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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 20:28
«Birago DIOP, poète, conteur et traditionnaliste sénégalais (11 décembre 1906 – 25 novembre 1989)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Birago DIOP est le plus africain des écrivains sénégalais» décrète le cinéaste sénégalais SEMBENE Ousmane (1923-2007). Vétérinaire, conteur et poète sénégalais d’expression française, Birago DIOP est marqué par l'enracinement dans les valeurs culturelles ancestrales. Birago DIOP a résolu ce déchirement culturel par un humour inaltérable, de plus en plus tendre et féroce : «L’hybride n’est pas toujours ce caractère inquiet et, parmi les produits de culture antagonistes, surgit un original, les yeux plissés par le rire derrière des verres épais, la bouche faite pour la  raillerie et la satire» souligne Roger MERCIER. En effet, Birago, qualifié par Jean-Paul SARTRE (1905-1980), de «centre calme du maelström» est connu pour ses rapports avec la Négritude, et la mise par écrit de contes traditionnels de la littérature orale africaine. «J’avais appris à lire pour écrire. J’ai beaucoup écouté pour savoir dire. Et j’ai essayé de bien écrire des dits», souligne, dans sa grande modestie, Birago DIOP, sa conception de l’écrivain.  «Birago DIOP a vécu, comme seuls savent le faire les auditeurs négro-africains, les récits des griots ; il les a repensés et écrits en artiste nègre et français» dit Léopold Sédar SENGHOR. Le philosophe sénégalais, Souleymane Bachir DIAGNE pense que le français est une langue africaine. Fin lettré, puisant dans les richesses d'expression, d'émotion et d'expérience des deux mondes qu'il connaît, la France et l'Afrique, Birago connaît ses grands classiques : «J’ai bu longuement chez Villon. Je me suis abreuvé des classiques, ayant récité à satiété Corneille, Racine, Boileau et Molière, après Ronsard. J’ai été inoculé du virus Voltaire. Et ne m’en suis trouvé que plus accompli, sans complexe, avant d’aborder les Maîtres romantiques et parnassiens, ou je me suis étanché abondamment, et ensuite chez Anatole France» dit-il. En effet, Birago DIOP emploie la langue de l'un pour révéler la beauté, le mystère et la vie profonde de l'autre. «L’arbre ne s’élève qu’en enfonçant ses racines dans la Terre nourricière» dit Birago DIOP. C’est à Paris qu’il composa en 1942 «les Contes d’Amadou-Koumba», publiés en 1947, marquant dès ce premier livre sa prédilection pour la tradition orale des griots. Les traits des mœurs qui caractérisent ses personnages renvoient-ils à la réalité villageoise dans ce qu'elle a à la fois de particulier et d'universel. Son recueil de poèmes, «Leurres et Lueurs», en 1960, est profondément imprégné de culture française alliée aux sources d’une inspiration purement africaine. A travers son œuvre, on reconnaît bien le cadre africain de manière générale, mais surtout le style nègre dont SENGHOR parle assez souvent : l'asymétrie dans le rythme qui n'ennuie nullement le public du conte. Les contes de Birago DIOP, associés à l’enfance, ont leur origine dans la tradition orale de l'Afrique. Récitées rituellement à un groupe la nuit par un conteur souvent professionnel, un griot, les histoires folkloriques furent répétées par les gens qui les écoutaient. Pendant la cérémonie on interpolait des chansons et des danses. Ainsi tout en servant de divertissement les contes africains remplissaient une fonction didactique : ils enseignaient aux jeunes pendant des veillées émotionnellement impressionnantes les croyances et les valeurs de leurs ancêtres. Evoquant les histoires que lui racontait sa grand-mère Birago dit : «J’ai bu l’infusion d’écorce et la décoction de racines, j’ai grimpé sur le baobab. Je me suis abreuvé enfant aux sources, j’ai entendu beaucoup de parole de sagesse, j’en ai retenu un peu».  Son fameux poème, «Les Souffles», convoque les forces de l’esprit et constitue une puissante réflexion sur les rapports entre la vie et la mort, sur le sens de notre existence.
 
Né le 11 décembre 1906, à Ouakam, dans une proche banlieue de Dakar. Birago DIOP, dont la concession familiale est établie à Dakar, n’a jamais habité Ouakam. Mais le caprice du sort a voulu qu’il y soit né par hasard. Sa mère, Sokhna DIAWARA, d’origine Soninké et ménagère, devait porter à son mari, Ismaël DIOP, un Ouolof et maître-maçon, le repas de midi et parcourir ainsi, à pied, plusieurs kilomètres par jour. C’est au cours d’une de ces navettes, que Birago est né, par hasard, à Ouakam. Son père qui travaillait à la construction du camp militaire (lieu de naissance de Ségolène ROYAL) devait mourir deux mois plus tard, après sa naissance. Il est élevé par le second de sa mère, chef religieux et sa mère.  Les femmes occupent une place singulière dans ses contes. «Grand-mère morte, j'eus dans mon entourage d'autres vieilles gens, et, en grandissant à leur côté, j'ai bu l'infusion d'écorce et la décoction de racines, j'ai grimpé sur le baobab. Je me suis abreuvé, enfant, aux sources, j'ai entendu beaucoup de paroles de sagesse, j'en ai retenu un peu» écrit Birago DIOP, dans l’introduction des «Contes d’Amadou Koumba». Birago issu d’un métissage entre deux ethnies, a grandi à Dakar, dans un contexte de diversité culturelle, auprès des Capverdiens, des Soussous, des Peuls et des Européens ; ce qui témoigne de son ouverture d’esprit. Birago voue un culte sans limites à sa mère ; il est donc attaché à la tradition. Son frère Badara est envoyé à Saint-Louis, puis en Côte-d’Ivoire. Massyla et Youssouf, ses deux frères aînés, exerceront sur lui une influence considérable. Massyla DIOP, rédacteur du journal «Le Sénégal moderne» et de la «revue africaine», demi-frère de Birago qui disparaîtra en 1932, est un commis principal aux affaires indigènes, un intellectuel et sensible qui avait voulu entreprendre des études de Lettres. Auteur de deux nouvelles, «Les Chemins du salut» (1923) et du «Le réprouvé, roman d’une Sénégalaise» (1912), ainsi de quelques sonnets, dont «Thiaga», Massyla a été le directeur d’une revue éphémère, «la Revue africaine artistique et littéraire», en 1925. L’autre grand-frère, brillant médecin et passionné d’histoire, européanisé, parfait érudit, Youssouf, «gardien de mémoire et berger de souvenirs», est resté le guide spirituel de Birago, jusqu’à sa mort en 1962. Birago reconnaît avoir été fortement inspiré par ses frères : «J’avais aussi et surtout, dans la famille, deux grands frères qui avaient été mes exemples et mes moniteurs. J’ai tenté de « plonger ma poésie aux sources mêmes de croyances et de la sensibilité négro-africaine».
 
Birago DIOP reçut, en 1911 une formation coranique, chez un marabout Peul, et suivit, à partir de 1916, de son propre chef, les cours de l’école française, à la rue Thiong, à Dakar. En juin 1920, il échoue au certificat d’études primaires et ne pourra donc pas aller à l’école William Ponty, à Gorée, pour devenir instituteur. Mais, il réussit au concours des bourses et s’inscrit, en janvier 1921, au cours secondaire, au lycée Faidherbe, à Saint-Louis, un établissement fréquenté par des Européens, des Africains et des Métis. C’est la découverte du monde de l’esprit, la soif et le plaisir d’apprendre. L’air mental de Saint-Louis « éduquait » dit-il. Fort en sciences, mais s’intéressant aux grands classiques de la littérature, à la poésie, Birago découvre les africanistes comme Maurice DELAFOSSE (1870-1926), Léo FROBENIUS (1873-1938) et Georges HARDY (1884-1972).   Birago DIOP se met au diapason des écrits de l’époque. Il avait entendu parler d’Amadou Duguay-Clédor N’DIAYE (1836-1937), un homme politique sénégalais, qui a publié en 1912, «la Bataille Guîlé», un récit historique et épique. L’année 1921 sonne comme un coup de tonnerre avec le prix Goncourt attribué au «Batouala» de René MARAN (1887-1960). Il connaissait à la rue de Thiong, Amadou Mapaté DIAGNE (1886-1976) avec ses «Trois volontés de Malick». Quand, il obtient son baccalauréat, de justesse, Birago DIOP devait faire son service militaire, à l’hôpital militaire de Saint-Louis. Pendant onze mois, il va se «dissiper, dans une vie de fête» dit Mohamadou KANE. Les bourses n’étant accordées qu’aux étudiants en médecine vétérinaire, et à la fin de cette année 1928, il rejoint Toulouse où l’hypothèque familiale ne lui permet pas d’entreprendre des études de médecine humaine. Il se spécialise dans les pathologies bovines et devient docteur. «Je me suis fait vétérinaire par nécessité. Mes fonctions de véto colonial m’ont permis d’être et plus en contact avec la brousse, la nature et les gens. J’ai cessé d’écrire lorsque je suis devenu vétérinaire (à Dakar)», dit-il. Birago DIOP rejoint alors l’Institut de Médecine Vétérinaire Exotique de Maisons-Alfort dont il obtient le diplôme. Il arrive à Paris, en novembre 1933, en plein bouillonnement intellectuel sur la Négritude, une entreprise de réhabilitation du continent noir. «Stagiaire après mon doctorat à l’Institut des Études de Médecine Vétérinaire Exotique d’Alfort, de novembre 1933 à juin 1934, j’avais fait la connaissance du Sénégalais Léopold Senghor, du Martiniquais Aimé Césaire et du Guyanais Léon-Gontran Damas, les trois «promoteurs» de la Négritude. Le premier me sera «un frère», dit-il. Birago DIOP participe à l’aventure de «L’Étudiant noir», la revue littéraire que l’on considère comme l’acte de naissance du mouvement de la Négritude, et se lie d’amitié avec ses fondateurs. «Je vous étonnerai peut-être en vous confessant que je n’ai jamais lu une page de L’Étudiant Noir  dont j’ai toujours ignoré le format et le volume. Même pas l’exemplaire ou avait du être publié mon conte «Kotje Barma ou les Toupets Apophtegmes», envoyé de l’École Vétérinaire de Toulouse en 1932» dit-il. Il s’est lié d’amitié avec le Guyanais, Léon-Gontran DAMAS (1912-1978à qui l’a présenté au prix Goncourt de 1921, René MARAN : «J’avais retrouvé Damas et Senghor. Damas avait été mon mentor. Il m’avait installé à «un établi» au Café Le Méphisto, rue de Seine, à l’angle du boulevard Saint-Germain, pour me faire reprendre la plume. Il m’avait commandé un conte pour La Revue du Monde que venaient de créer Paul Morand et Ramon Fernandez, un des premiers clients assidus du Méphisto», dit Birago. Damas fait paraître la totalité du manuscrit, en 1947, dans sa collection «Ecrivains d'Outre-Mer», chez Fasquelle. Fin 1949, Les Contes d'Ahmadou Koumba reçoivent leur récompense : le recueil obtient le Grand Prix littéraire de l'Afrique Occidentale Française. Sa devise de la vie est «se poser pour n’avoir ni à s’opposer, ni à s’imposer». D’un coup de poing, il administre une correction à un colonial au cinéma de Bamako «J’exorcise la jeunesse du Soudan de sa crainte révérencielle, et mi-séculaire du Toubabou (Blanc)» dit-il.
 
Birago se marie le 5 avril 1934, à Toulouse. Ils auront deux filles, Renée et Andrée. Sa femme, Marie-Louise Paule PRADERE (1909-1989), est originaire de Sengouagnet, en Haute-Garonne. A son retour en Afrique, il est affecté, en qualité de vétérinaire, de 1934 à 1937, à Kayes au Mali ; ce qui lui donne l'occasion de parcourir la brousse et de faire la rencontre avec Fily Dabo SISSOKO (1900-1964), un instituteur, poète et futur parlementaire, surtout avec Amadou Koumba N’GOM, griot de la famille maternelle auprès de qui il recueillit beaucoup d'histoires. Commence alors un travail de «véto de brousse» qu’il résume dans cette formule aussi lapidaire qu’explicite : «courir au cul des vaches et en faire des rapports». Il exerce ainsi jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où il prend la mesure de la mise en péril de l’économie locale au profit exclusif des Blancs et de la métropole. «Amadou Koumba m’a raconté, les mêmes histoires (…) qui bercèrent mon enfance. Il m’en a appris d’autres qu’il émaillait de sentences et d’apophtegmes où s’enferme la sagesse des ancêtres» dit Birago DIOP. «C’est que je suis devenu homme, donc un enfant incomplet. C’est que surtout, il me manque la voix et la mimique de mon vieux griot » ajoute notre écrivain. Se révoltant contre ce qu'on appelait «la mission civilisatrice de la France», ce Sénégalais recherche ses racines et la source de sa puissance créatrice dans les croyances, les coutumes et les valeurs de son continent natal. «Dans la trame solide de ses contes et de ses sentences (Amadou Koumba), me servant de ses lices sans bavures, j’ai voulu, tisserand malhabile, confectionner quelques bandes pour coudre un pagne sur lequel grand-mère, si elle revenait, aurait retrouvé le coton qu’elle fila la première ; et où Amadou Koumba reconnaîtra, beaucoup moins vif, sans doute, les coloris de la belle étoffe qu’il fila naguère» précise ainsi l’auteur toute l’orientation de sa contribution littéraire. Birago DIOP amasse de nombreux contes et se sent investi d’une mission : «la nécessité de réhabiliter les cultures, d’en attester le dynamisme, c’est-à-dire les facultés d’adaptation au monde nouveau» dit Mohamadou KANE (1933-1995), son biographe. Il séjournera une seconde fois au Soudan, entre 1937 et 1942 et naviguera entre Nioro-du-Sahel, Ségou et Djenné. Il fait une découverte plus poussée des choses et des gens. Pendant, il est affecté à l’Institut de Médecine vétérinaire exotique, à Paris de 1942 à 1944. Il retournera en Afrique servir l’administration coloniale, pendant cinq ans, en Côte-d’Ivoire, en Haute-Volta (Burkina-Faso), en Mauritanie et à Saint-Louis du Sénégal. Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) publie ses poèmes dont les «Souffles» dans son «Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache». En 1950, Birago DIOP rentre au Sénégal et prend sa retraite de fonctionnaire colonial en mai 1961.
 
Nommé ambassadeur du Sénégal à Tunis (1960-1965), au lendemain de l’Indépendance, il affirme dans un premier temps vouloir renoncer à la littérature ; mais son séjour en Tunisie est au contraire marqué par une exploration plus profonde encore de la littérature traditionnelle africaine avec la publication, «Déjà à Tunis, ma Chancellerie était plus un «atelier littéraire» qu’une ambassade, d’où sortiront, aux Éditions Présence Africaine dans le même semestre 1963, les poèmes «Reliefs» de mon conseiller feu Malick Fall, et «Négristiques » de mon secrétaire Lamine Niang, en même temps que mon troisième livre « Contes et Lavanes», dit Birago DIOP. En 1963 les «Contes et Lavanes», peinture de la société traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest, qui lui valut le Grand Prix Littéraire d’Afrique noire, en 1964.
 
Sa carrière diplomatique, après l’indépendance du Sénégal, et son retour à son premier métier de vétérinaire à Dakar, à partir de 1965, n’entravèrent pas son exploration de la littérature traditionnelle africaine. «Ni poème, ni conte. Car l’âge venant et venu, je considère ma vie comme le meilleur des contes, le plus réussi. J’essaie de la rapporter, depuis les sources généalogiques (ce qui est la seule richesse mentale du Négro-africain en général, et du Sénégalais en particulier), en me racontant et en racontant le peu que j’ai retenu de celles et ceux que j’ai rencontrés ou fréquentés au cours de mes diverses «carrières» que je trouve plus que remplies, depuis que j’ai quitté le bercail dakarois, pour y repasser par intermittence d’abord, et y revenir ensuite définitivement» dit-il dans une interview de 1985, à Bernard MAGNIER. Vice-président de la Confédération internationale des auteurs et compositeurs, il préside pendant plus de vingt ans, l’Association des Écrivains du Sénégal, et dirige également le comité de lecture des Nouvelles Éditions africaines.  Grand ami d’Amadou Mahtar M’BOW, il côtoie d’éminentes personnalités de la culture, dont Léopold Sédar SENGHOR et Mme Aminata SOW FALL qu’il cite abondamment dans ses mémoires. 
 
Même s’il déclare avoir «cassé sa plume», son œuvre semble se décliner en deux temps : le temps de la création et le temps des souvenirs. Birago DIOP a publié «la Plume raboutée» et quatre autres volumes de mémoires de 1978 à 1989. Dans ses mémoires, auxquels il a consacré la dernière décennie de sa vie, l’existence de Birago DIOP est bien connue. Grace à la biographie établie par Mohamadou KANE, à son autobiographie «tous contes faits», on peut reconstituer la vie de Birago DIOP, un homme méticuleux et rigoureux.
 
Ses mémoires constituent un précieux témoignage pour comprendre aussi bien l’homme que son époque. Birago DIOP est un mondain et ses mémoires foisonnent de détails sur ses réceptions, ses voyages, ses thalassothérapies. «C’est un carabin, du genre littéraire, certes, mais il aime par-dessus le monde et le bruit», dit Mohamadou KANE. Dans son originalité, le professeur KANE précise «son manque de conformisme et du peu de cas qu’il fera des écoles et des théories».  Birago DIOP est en effet un paradoxe incarné : vétérinaire et fonctionnaire colonial d’une part, écrivain, garant et rénovateur de l’art de conter africain de l’autre. C’est un conteur-poète.
 
I – Birago DIOP, le conteur
Entre la poésie, le conte et le théâtre, la contribution littéraire de Birago DIOP est riche. «Le conte domine et inspire tout» dit Mohamadou KANE. Le conte englobe tout. C’est l’époque où Birago DIOP a participé, de manière décisive à la réhabilitation de la culture africaine, souvent méprisée. «Ces civilisations que l’on tenait pour périssables comme le bois et le verbe qui en sont le support naturel, se dégagent de la gangue du parti pris et de jugements hâtifs qui les étouffaient pour se montrer dans toutes leurs splendeurs» renchérit le professeur KANE.
A – Birago DIOP, gardien de la tradition orale
1 – Les contes d’Amadou Koumba, un retour à l’authenticité de la culture africaine,
Le recueil des contes d’Amadou Koumba est qualifié par Mohamadou KANE de «tableau complet de la vie rurale, du lever au coucher de soleil, et au fil des saisons». L’ouvrage s’ouvre sur une brève introduction où Birago rend hommage, avec une grande modestie, aux deux personnes qui ont forgé son goût du conte : sa grand-mère et le griot Amadou Koumba N’GOM. Il prétend ne faire que traduire et répéter ce que dit la tradition orale. En fait, «c’est au moment où il compose les Contes d’Amadou Koumba, qu’il se libère de ses Maîtres pour aller à la découverte de l’authenticité des Choses et des Êtres de la Surréalité» souligne Mohamadou KANE. C’est à partir de 1936 qu’il a rassemblé son contes avec les trois objectifs :«Montrer la complexité et l’intérêt littéraire de ces contes, les transposer en français en conservant leur valeur littéraire et en les rendant susceptible d’être reçus comme morceaux littéraires, les faire reconnaître par la critique européenne et assurer leur survie. La rédaction des Contes manifeste une double intention de l’auteur : témoigner d’une culture collective et développer une écriture personnelle» dit Viviane  AZARIAN. Birago DIOP reconnaîtra, dans la biographie que lui consacre le professeur Mohamadou KANE, sa part de créativité ; «Amadou Koumba n’a été qu’un prête-nom, un pavillon commode, pour couvrir presque toute la marchandise que j’ai essayé de présenter et qui m’est venue de plusieurs sources».
C’est un recueil composé de dix-neuf contes, et abordant divers thèmes Le premier et le dernier conte traite du thème de l’incapacité à changer. «Fari l’ânesse» transformée en femme pour échapper à la famine, ne peut devenir autre, et est condamnée à être démasquée  et asservie.
Les légendes cosmologiques ne tiennent aucune place dans les contes de Birago DIOP. Ces êtres supérieurs à l'humanité se manifestent de façons diverses. Dans le conte le «BoIi», l'ombre d'une statuette sacrée, «le BoIi», se transforme en jeune homme pour aider un forgeron et effectue sur une vieille femme une opération magique à la suite de laquelle elle redevient jeune et belle. Dans les «Mamelles», une femme bossue, assistant à la danse des filles-génies un vendredi de pleine lune, réussit à se débarrasser de sa bosse en la faisant passer pour un enfant qu'elle porte dans son dos, et en la confiant à sa voisine pendant qu'elle danse. Mais quand une autre veut faire de même, la fille-génie lui ajoute au contraire la première bosse; désespérée, la femme se jette à la mer, et ses deux bosses deviennent les «Mamelles», les deux collines du Cap-Vert. Les génies, les Kouss, s'abritent souvent dans les branches des tamariniers, et il est dangereux de s'endormir à l'ombre de ces arbres.
Dans les contes de Birago DIOP on trouve, un mélange de l'humain, du naturel et du surnaturel, l'animisme de l'univers, le manque de barrière entre la vie et la mort, les animaux avec des personnalités et des faiblesses humaines. Le merveilleux domine dans certains contes comme dans «Les mamelles», récit étiologique expliquant la présence des «Mamelles» du Cap Vert, et effets réalistes comme le récit «N’Gor Niébé», qui stigmatise l’indiscrétion des femmes. Les contes de Birago sont pleins de poésie. «Mauvais tisserand l’hiver n’arrive pas à égrener ni à carder le coton» dit-il dans les «Mamelles» ou encore dans ce même conte, il début avec cette maxime : «Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît».
Le conte «Maman-Caïman» est particulièrement intéressant puisqu’il combine  le merveilleux de la fable avec cette mère caïman que ces enfants refusent d’écouter et le réalisme des guerres entre Maures et Wolofs. Il ouvre une longue série de contes ayant des animaux pour héros : «Maman-Caïman» que ses petits refusent d’écouter, «Les mauvaises compagnies I, II, III et IV», deux contes mettant en scène l’hyène Bouki et son fils M’bar, «La lance de l’hyène» et «Une commission» puis deux contes mettant en scène «Leuk le lièvre» : «Le salaire» et «Tours de lièvre». Le recueil propose ensuite un conte sans personnage zoomorphisé qui s’achève tragiquement «Petit-mari». Suit ensuite une fable «Vérité et mensonge» et deux contes animaux «La biche et les deux chasseurs» et «Les calebasses de Kouss».
 «Sarzan», dans le recueil des contes d’Amadou Koumba, est l'aventure d'un ancien sergent africain revenu à son village natal, avec la ferme intention de le «civiliser», est rendu fou par les «souffles» du village qui le ramène à sa nature profonde africaine. Selon toute probabilité ce conte est la création de Birago DIOP et ne doit rien au griot. Dans ce récit on voit l'Afrique de deux points de vue différents: celui de Kéita, le sergent, influencé à un tel degré par les Français qu'il veut se révolter contre sa culture natale pour «civiliser» les «sauvages» africains; et celui du narrateur qui, aimant les traditions indigènes, emploie une ironie mordante pour se moquer des valeurs de la «civilisation» européenne. Dès le commencement du conte, on apprend que les indigènes tiennent beaucoup à leurs croyances. L'emprise de leur religion se révèle à travers le récit pour culminer dans deux poèmes, chants musicaux maintenant célèbres en dehors de ce conte où l'on peut la sentir comme une force surnaturelle. Alors que le premier poème décrit la vie intense de l'univers animé, le second révèle la peur et l'horreur de l'ordre renversé. Ce n'est donc pas seulement par son récit et par ses personnages que Birago DIOP saisit son lecteur ; c'est aussi, et peut-être surtout, par sa puissance poétique.
2 – Birago DIOP, entre divertir et instruire,
«L’Os de Mor Lam», comédie satirique, a été adapté pour le théâtre. Dans ce conte, un homme, Mor Lam, à cause de sa gourmandise et de son ingratitude, finira par provoquer sa propre mort, car il ne voulait pas partager son repas avec son frère Moussa. Birago défendant, avec vigueur les valeurs traditionnelles de l’hospitalité et de la fraternité, dénonce le parasitisme social. On sent sa volonté de fixer les mœurs qui tombent en désuétude. Dans une société solidaire, si l’individu se singularise, le groupe se dresse contre lui, et cette confrontation s’achève par sa perte.
Entre 1947 et 1963, Birago DIOP a publié trois recueils contenant 52 contes dans lesquels les principaux personnages sont des animaux. Dans ses contes, Birago DIOP fait défiler, dans la brousse et ses villages, des hommes et des animaux pleins de vie et de couleurs. «Les contes de Birago DIOP sentent nettement la brousse africaine tendant l’oreille aux battements sourds des tam-tams mâles et femelles» dit René MARAN. S’appuyant sur la tradition de moquerie de certains groupes ethniques, on retrouve très souvent dans ses contes, un Maure, un Peul, une femme ou un marabout. Ainsi, les flatulences de Mawdo, le vieux peul du Macina, sont au cœur de «N’Gor Niébé. Le marabout est souvent décrit comme, un gourmand, un parasite qui tire partie de l’incrédulité de ses disciples. Birago dépeint dans ses contes (Commission, Le tam-tam du lion, un jugement,  N’Gor Niébé, Liguidi-Malgam, etc.) une vue nette de la place de la femme au sein du foyer et dans la société traditionnelle. La femme est, à première vue, considérée comme un objet dont on peut se servir. Elément essentiel de la société, la femme sait tourner les choses à son avantage par son savoir-faire. La femme est coquette, mais indiscrète. Kotje BARMA recommandait d’aimer sa femme, mais de ne jamais se fier à elle. On se moque des femmes, pour divertir.
 
Dans ses contes, le merveilleux côtoie le réel. Le jujubier parle, le tamarinier fait des affaires. Il dresse une peinture complaisante des mœurs des animaux. Ainsi, «Leuk-le-lièvre», petit mais déloyal et rusé, discute d’égal à égal à égal avec le lion. A certains égards, Birago DIOP fait appel à la fantaisie : l’hyène demande au chasseur des conseils pour capturer plus facilement une proie. Le lièvre fait un enfant à la fille du Roi. Les animaux ont leurs graves défauts. Ainsi, le singe est malfaisant, mal élevé, voleur et malicieux. La panthère, fourbe et sans honneur, voit avec les œil d’un maître et l’âme d’un esclave. Le caïman est impitoyable et féroce. L’âne est méchant et sot. Le lion, roi puissant, est un tyran despotique. L’hyène, bête et cupide, est la victime conventionnelle que la tradition accepte de ne pas plaindre.
 
 
«E""Afrique Noire, toute fable, voire tout conte, est l’expression imagée d’une vérité morale, à la fois connaissance du monde et leçon de vie sociale» dit Léopold Sédar SENGHOR le 20 octobre 1957, dans sa préface aux Nouveaux contes d’Amadou Koumba. Dans les contes de Birago DIOP la dialectique de la vie, la paix et l’ordre finissent par triompher, par l’effet de ces vertus que sont la pitié, le bon sens, la générosité, la patience, le courage. Birago DIOP voit dans les contes un «miroir fidèle de la sensibilité et de la sagesse africaine» souligne M. KANE. Le conte n’est qu’une forme de divertissement mais c’est élément majeure de la culture africaine, avec une vertu morale, sociale voire philosophique. Il a réussi à concilier l’écrit et l’oralité, sans bavardages, il a restitué l’Afrique rurale, dans son authenticité, ses modes de vie, ses sagesses et ses civilisations.
Dans certains contes (Boli et Sarzan), les coutumes et traditions sont menacées par l’impatience et l’incompréhension de la jeunesse. Le conte «N’Gor Niébé» célèbre la vertu de la mémoire des hommes et les indiscrétions des femmes. «Mor Lam» est une condamnation de la gourmandise et de la cupidité : «s’il avait le ventre derrière lui, ce ventre le mettrait dans un trou».
II – Birago DIOP, sa poésie et les forces de l’esprit,
 
L’Africain est fondamentalement superstitieux, et croit, comme Birago DIOP, aux forces de l’esprit. Dans son conte «L’héritage» Birago fait état de croyances animistes : «le défunt n’a jamais offensé la terre». A côté des êtres humains, il y aurait un monde des Djins, des démons et des esprits. «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire et dans l'ombre qui s'épaissit, les morts ne sont pas sous la terre : ils sont dans l'arbre qui frémit, ils sont dans le bois qui gémit, dans l'eau qui coule, dans l'eau qui dort, dans la cave, ils sont dans la foule, les morts ne sont pas morts», ce poème, «Les Souffles», dédié à M. CASSAGNE et son fils Charles, pour leur aimable accueil dans un village français, est l’un des plus célèbres du continent africain. C’est un extrait du recueil de poèmes «Leurres et Lueurs» paru en 1960.  Léopold Sédar SENGHOR avait fait publier ce poème en 1948, dans son «Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache», page 143. Birago commence à écrire ses premiers poèmes lyriques, sensiblement influencés par Verlaine, dès 1925. «Mes poèmes sont datés, ainsi que je vous l’ai dit. Je l’ai précisé : les premiers de 1925 au Lycée Faidherbe, le dernier de 1946 en Haute-Volta. Parce que justement j’ai trouvé dans les contes la substance et l’expression de la poésie de mon terroir et des régions que j’ai parcourues en Afrique Noire. Je vous apprendrai que le mot «poème» n’existe pas dans mon wolof sénégalais. Chez nous, on connaît le «woï», le chant. Et même la Geste, telle celle du Roi (Charlemagne) ou de Garin de Monglane, chantée et non dite, pour Samba Guiladjégui ou Lat-Dior DIOP» dit-il.
 
Pour achever de définir l’originalité de Birago DIOP, il faut enfin mentionner la place que le merveilleux et le fantastique tiennent dans son œuvre, notamment dans ce poème «Souffles». L’écrivain a l’habileté de nous rendre plausibles ces données irréalistes en évitant de les présenter trop brutalement et en ménageant toujours un passage entre l’imaginaire et le réel. La croyance que les esprits des ancêtres morts continuent à errer dans le monde autour de leurs descendants sert de support à Birago DIOP laisse deviner derrière la réalité un arrière-plan de mystère, reste exceptionnel.
 
Dans ce poème, les «Souffles»,  qui animent les choses et les êtes sont les ancêtres, des êtres sereins. Birago nous invite à «écouter plus souvent les choses que les êtres». Les choses étant les êtres inanimés, les situations, c’est-à-dire, le Rocher, la Demeure, l’Eau, le Feu, la Case, le Bois. Les «Souffles» est un poème hautement symbolique et expressif qui renvoie à nos ancêtres. Les «Souffles» symbolisent tous les êtres animés et inanimés : le feu crépite, l’eau coule et dort, le buisson sanglote, l’arbre gémit et les herbes pleurent.
 
Renouant avec l’animisme africain, pour Birago DIOP la vie n’est pas synonyme d’existence : «les morts ne sont pas morts». «La mort, est le fruit de la vie. La vie est le fruit de la mort» dit un dicton au pays Diola, au Sénégal. «Il n’y a pas de frontière, en Afrique Noire, pas même entre la vie et la mort» précise M. Mohamadou KANE. La vie continue par-delà de notre existence. «Dans la cosmogonie négro-africaine, l’idéologie de la vie prime sur celle de la thanatologie, car la vie ne finit pas avec la mort. A contrario, elle la dépasse, la transcende et continue dans l’Au-delà. Ainsi, la mort n’est pas le dernier mot de la vie pour l’Africain. Celle-ci est, reste et demeurera une phrase en pointillés qui s’achèvera au village des ancêtres lors du retour final» dit Marcel ANGANGA. Les ancêtres vivent, en toutes choses, animées ou inanimées : «tous ceux sont morts ne sont pas partis». Un pacte nous lie à nos ancêtres ; c’est pour cela que nous devons les respecter. Commentant la philosophie de TEMPELS, Souleymane Bachi DIAGNE, un éminent philosophe sénégalais estime que «Le Muntu, l’être humain, est vivant et fort de ses liens à la divinité, à son clan, à sa famille, à ses descendants, comme il est fort et vivant de son patrimoine et de sa terre, de ce qu’elle porte et de ce qu’elle produit, de ce qui y pousse ou y vit». , «Les morts en Afrique ne sont pas morts». Ils ne sont pas partis, à en croire le poète sénégalais Birago DIOP, bien que vivant ailleurs d’une autre façon, ils restent cependant présents parmi les vivants. Ils sont avec eux, mais autrement. Invoqués en cas de nécessité, ils répondent et donnent satisfaction. D’où les rites d’invocations et d’offrandes pratiqués à leur égard.
 
Birago est décédé à Dakar le 25 novembre 1989. Le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre c’est son poème, plein de mélancolie et de sérénité : «Les Souffles». Il existe une récurrence dans ce poème, comme mort, fuir, ou rêve. Une de ses grandes inquiétudes est l’absence et la fugacité du temps, un pacte entre la vie et la mort. Entre Amour et Compassion, ce poème est un puissant hommage, dans une Afrique animiste, aux Ancêtres. «Le plaisir que nous donne un artiste, c’est de nous faire connaître un univers de plus», disait Marcel PROUST (1871-1922).
Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.
Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.
 
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.
 
Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
 
Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
Bibliographie sélective :
 
I - Contributions de Birago DIOP
 
1 – 1  Contes et autres contributions
 
DIOP (Birago), Contes d’Amadou-Koumba, Paris, Présence Africaine, 1961, 187 pages ;
 
DIOP (Birago), Les nouveaux contes d’Amadou Koumba, Paris, Présence Africaine, 1981, 188 pages ;
 
DIOP (Birago), L’os de Mor Lam, Dakar, Nouvelles éditions du Sénégal, 1997, 64 pages ;
 
DIOP (Birago), Leurres et lueurs, préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, Dakar, Présence Africaine, 1960, 86 pages ;
 
DIOP (Birago), Contes et Lavanes, Paris, Présence Africaine, 1963, 255 pages ;
 
DIOP (Birago), «Tous contes faits» revue Awa, 1964, n°7 page 22 et 8 page 24 ;
 
DIOP (Birago), Contes d’Awa, illustrations d’A. Diallo, Paris, NEA, 1977, 39 pages.
 
 
1-2 – Mémoires de Birago DIOP
 
DIOP (Birago), La plume raboutée, mémoires vol I, Paris, Présence Africaine, 1978, vol I, 253 pages ;
 
DIOP (Birago), A rebrousse-temps, mémoires vol. II, Paris, Présence africaine, 1982, 235 pages ;
 
DIOP (Birago), A rebrousse-gens, épissures, entrelacs et reliefs, mémoires vol. IV, Paris, Présence africaine, 1985, 235 pages ; 
 
DIOP (Birago), Le Sénégal du temps de …,  mémoires vol IV, Paris, L’Harmattan, 1987, 220 pages ;
 
DIOP (Birago), Et les yeux pour me dire, vol V, Paris, l’Harmattan, 1989, 199 pages.
 
1 – 3 La contribution de Massyla DIOP (demi-frère de Birago)
DIOP (Massyla), «Les chemins du salut», Bulletin de l’éducation de l'A.O.F., 1923, pages 52 ;
DIOP (Massyla), «Le réprouvé, roman d’une Sénégalaise» (1912), Revue Africaine artistique et littéraire 1925 et in Culture française, 1969, n°18, pages 28-30 ;
II - Critiques de Birago DIOP
ALLAH (Kouadio, Alexis), La vision de l’au-delà de Selma Lagerlöff, Birago Diop et Bernard Dadié, mémoire maîtrise littérature comparée, Limoges, faculté des lettres et sciences humaines, 1995, 101 pages ;
 
ANGANGA (Marcel), «Vie et mort en Afrique noire», in Théologiques, 2011, vol. 19, n°1, pages 87-106 ;
 
AZARIAN (Viviane) «Double démarche individuelle et collective dans l’écriture de Birago Diop : mise en parallèle des Contes d’Amadou Koumba et des Mémoires», Francofonía, 2006, n°15, Universidad de Cadíz, pages  53-70 ;
 
BLAIR (Dorothy, S), «Le bestiaire islamique de Birago Diop», in Cahiers de l’Association internationale d’études africaines, 1979, n°31, pages 59-72 ;
 
BONGEH SHANG (Gladys), Introduction à la Négritude comme illustré chez Birago Diop, Washington State University, 1982, 108 pages ;
 
COLIN (Roland), «Birago Diop, écrivain de parole, diseur d’écriture : un passeur impertinent et détectable», in Présence Africaine, 2009, n°1 (179-180), pages 144-150 ;
 
DERJ (Aïssa), La société Ouolof à travers les contes de Birago Diop, Paris, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 286 pages ;
DERIVE (Jean), "La réécriture du conte populaire oral chez Birago Diop, d’après les contes d’Amadou Koumba", in Itinéraires, littératures et contact de cultures, 1982, vol.1, pages 65-79 ;
DERIVE (Jean), «Le traitement littéraire du conte africain : deux exemples chez Bernard Dadié et Birago Diop»,  mis en ligne sur internet le 29 avril 2007 ;
FALL (Khady) "De l’oral à l’écrit : les contes d’Amadou Koumba de Birago Diop et les kinder-und hausmärchen des frères Grimm», Études Germano-Africaines, n°4, 1986 ;
FERNANDEZ (Elena, Lusante), NARBONA (Immacula, Diaz), Birago Diop et Léopold Sédar Senghor, cent après, Universidad de Cädiz, 2006, 286 pages ;
 
GRIJALBA CASTANOS (Covadonga) PAULET DUBOIS (Françoise), «A l’écoute des morts : «Souffles de Birago Diop», Francofonia, 2006, vol 15, pages 108-122 ;
 
KANE (Mohamadou), Essai sur les Contes d’Amadou Koumba, du conte traditionnel au conte moderne d’expression française, Dakar, NEA, 1981, 249 pages ;
 
KANE (Mohamed Lamine), Birago Diop, l’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1971, 237 pages ;
 
LAMBERT (Fernando), «Un leader de la critique africaine, Mohamadou Kane», Etudes françaises 2001, vol 37, n°2, pages 63-77 ;
 
MABANCKOU (Alain), Poésie africaine : six poèmes d’Afrique francophone : Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Jacques Rabémananjara, Bernard B. Dadié, Tchicaya U Tam’Si, Jean-Baptiste Tati Loutard, Paris, Points, 2010, 142 pages ;
 
MERCIER (Roger), «Un conteur d’Afrique noire : Biago Diop», in Etudes françaises, 1968, vol. 4, n°2, pages 119-149 ;
 
MERCIER (Roger), BATTESTINI (M. S.), Birago Diop, écrivain sénégalais, Paris, F. Nathan, 1976, 63 pages ;
 
MERCIER (Roger), «Un conteur d’Afrique Noire : Birago Diop», Etudes françaises, 1968, vol 4, n°2, pages 119-149 ;
 
MOURALIS (Bernard), «Le jeu de la mémoire et de la culture - Birago Diop», Le Français aujourd’hui, n°81, mars 1988, pages 64-69 ;
MOURALIS (Bernard), «Littératures africaines, Oral, Savoir», Semen (revue en ligne), 2004 n°18, mis en ligne le 29 avril 2007, URL : http://semen.revues.org/2221 ;
MOURALIS (Bernard), Les contes d’Amadou Koumba, Paris, Bertrand Lacoste, 1991, 127 pages ;
MUPAYA KAPITEN (Didier), «Vivre sa mort dans les traditions initiatiques d’Afrique noire, une voie d’approche au mystère de la croix», in Théologiques, 2011, vol 19, n°1, pages 163-180 ;
PIERO (Battista), Présence de Birago Diop, conteur africain, Napoli Fratelli Conte, 1979, 202 pages ;
RIESZ (Jànos), «Birago Diop, écrivain et vétérinaire, un regard sur la société coloniale», in  De la littérature coloniale à la littérature africaine, Paris, Karthala, 2007, 424 pages, spéc pages 2011-222 ;
THIARE (Samba), Etude comparative des rapports entre certains contes africains et certains contes européens, sous la direction de René Ferriot, Dakar, UCAD, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1984-1985, 130 pages ;
TSHIJI BAMPENDI (Albert), KASONGO NGOY PAUNI (P), «Etudes de Souffles de Birago Diop», in Recherches linguistiques et littéraires, août 1999, (Université de Lubumbashi), pages 54-64.
Paris, le 9 juillet 2016, par M. Amadou Bal BA –http://baamadou.over-blog.fr/

 

"Birago DIOP, poète, conteur et traditionnaliste sénégalais (11 décembre 1906 – 25 novembre 1989)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 22:21

Socrate, lui qui n’a rien écrit, est un sujet d’étonnement. Personnage historique et mythique dominant toute la pensée antique, son nom est associé aux plus grands penseurs comme Conficius, Bouddha, Moïse et Jésus. Socrate n’est pas fondateur d’une religion, mais il interpelle encore notre conscience au XXIème siècle, à bien des égards. Initiateur de la rationalité et de la philosophie, «Socrate fut l’existant irréductible aux systématisations de l’histoire et qui revit, ou devait revivre, en chacun d’entre nous ; dès lors comprendre Socrate, ce n’est pas chercher à savoir ce qu’il fut, mais bien ce qu’il est pour nous autres hommes du XXème siècle» dit Sören KIERKEGAARD (1813-1855). A une question posée par Chérophon, à l’oracle de Delphes, au temple d’Appolon : «Y a-t-il un homme plus sage que Socrate ?». «Non, il n’y en pas» répond la Pythie. Socrate est le plus «grand événement de la vie intérieure», souligne l’oracle de Delphes. Désigné comme l’homme le plus sage, Socrate affirme, modestement, n’être qu’un messager de Dieu. D’après le Phédon de Platon, Socrate était passionné de physique dans sa jeunesse, mais par la suite, déçu, il s’est «tourné vers les mots» et, finalement, s’est converti à des croyances pythagorisantes. «La sagesse commence dans l’émerveillement» dit-il. Le philosophe est celui qui aspire au savoir qui est l’apanage de la divinité. Mais cette aspiration suppose au préalable que l’on reconnaisse son ignorance, car celui qui croit savoir ne se mettra jamais en quête de la connaissance dont il est en réalité dépourvu. «Vivre, pour lui, ce fut penser» estime Alphonse de LAMARTINE (1790-1869).

Marc Tullii CICERON (103-46 avant J-C) a promu Socrate comme étant le «père de la philosophie». En effet, les tentatives philosophiques avant Socrate se caractérisent, «par l’absence complète de méthode et goût excessif des spéculations» souligne Pierre MONTEE. Socrate a introduit la sagesse en tant que science et art de vivre. Il va contredire les sophistes qui pensent que la sagesse est une accumulation de connaissances. Pour lui, la philosophie doit cesser de se tourner, exclusivement, vers le dehors, pour se tourner vers soi-même et examiner les conditions de la connaissance vraie, de l’action droite, c’est-à-dire ce qui définit et fonde le Bien, la Justice, la Vertu, bref toutes les valeurs de l’action humaine. En faisant appel à la conscience de soi, Socrate représente la mauvaise conscience des Athéniens. Suivant Socrate, la sagesse n’est pas un savoir mais un savoir-vivre et un art du bonheur. La doctrine de Socrate est que la justice est la vertu principale de l’accomplissement personnel de l’homme. L’homme est composé d’une âme et d’un corps. Pour Socrate, l’âme est supérieure au corps. Selon lui, l’âme représente l’amour, la raison, la conscience et par conséquent, le bonheur. L’âme permet de vivre en accord avec soi-même et donc, par la force des choses, d’être heureux. Vivre en accord avec son âme et en prendre soin, c’est vivre selon la justice, vertu morale suprême. Par conséquent, la conduite morale doit être au centre de toutes les préoccupations. Socrate veut enseigner à ses disciples, dont Platon, la vertu. C’est par la réforme des individus qu’il voulait procurer le bonheur à la Cité. C’est ce projet de réforme morale et politique d’Athènes qui allait le perdre.

Né, sans fortune, ni noblesse, à Athènes, Socrate était fils de Sophronisque, un tailleur de pierres et de Phénarète, une sage-femme. Socrate, alors qu’il n’a jamais quitté sa ville, affirme d’emblée son cosmopolitisme : «Je ne suis ni d'Athènes, ni de Corinthe, je suis citoyen du monde».Voué, lui-même ; au métier de sculpteur, il l’abandonne pour se consacrer à la philosophie. On dit qu’il était polygame. Sa première femme, Xanthippe, réputée être acariâtre, lui donna un fils, Lamproclès. Il eut avec sa seconde épouse, Myrto, deux enfants, Sophronisque et Ménéxène. Sobre et se passant du superflu, Socrate a été raillé par Aristophane dans ses «Nuées» en ces termes : «tu te rengorges et tu lances des regards obliques. Insensible, tu vas nu-pieds, l’œil méprisant». Homme ordinaire et ignorant la langue de la suffisance des intellectuels, on représente toujours Socrate discutant, vêtu d’un manteau grossier, parcourant les rues pieds nus, par tous les temps. Il a une apparence ignorante et vulgaire, il est laid et a une femme insupportable et pleurnicharde. L’originalité de sa figure, sa grande noblesse d’âme et la puissance de sa parole consistent alors à discuter avec ses concitoyens, en déambulant où que ce soit dans Athènes, mais de préférence sur l’agora. Il ne se prétend pas fondateur d’une école. À la différence des sophistes, professeurs itinérants, Socrate ne fait pas payer ses leçons. Il a la réputation de vivre dans la pauvreté. Socrate ne quitte jamais Athènes, ne s’intéresse pas à la science de la nature mais au monde humain, et en particulier aux problèmes moraux. Caractérisé par le sentiment moral, Socrate a développé la maïeutique d’où devait sortir la dialectique platonicienne. L’ironie de Socrate suggère la remise en question d’un mode de vie trop étranger à la connaissance de soi, point de départ de la vie authentique. Socrate est inquiétant et déroutant, obsédant même. Pour lui, l’ironie est une source inépuisable de réflexion. Le discours ironique de Socrate prend la forme d’un non-savoir, une feinte d’ignorance. «Si vous êtes beaux, restez dignes de votre beauté ; si vous êtes laids, faites oubliez votre laideur par votre savoir», dit-il. Il s’interroge sur l’essence des vertus (comme le courage, la justice, la piété, l’amitié, l’amour…) et cherche à en proposer des définitions. Socrate discute avec les gens et leur montre qu’ils ne savent rien ; lui-même prétend ne rien savoir : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien».

Fondateur de la rationalité et de la philosophie, Socrate a repris l’injonction du temps de Delphes : «Connais-toi, toi-même» dont la traduction exacte est «Sache ce que tu es». Cette devise reflète l’humilité même de Socrate. L’homme n’est rien d’autre au regard de la divinité. Sa sagesse n’est que néant. Tout ce qu’il y a de grand, de beau, de noble lui vient des dieux et il n’a aucun motif de s’enorgueillir. Dans «l’Iliade», Achille choisit la mort, sachant qu’il est des valeurs supérieures à la vie. Socrate agit de même : «Il ne faut considérer qu’une chose, quand on agit, si ce que l’on fait est juste ou injuste». Socrate avait la posture d’un prophète : il vaut mieux obéir à dieu qu’aux hommes. Les hommes passent, les dieux demeurent. «Le mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien» dit-il.

D’où sont nées la spéculation et les interrogations philosophiques ? D’où vient-il que la raison humaine, délaissant la poésie mythique et la théologie épique, ait pris soudain le parti de philosopher ?

Socrate était l’ami d’Archélaos de Milet, le physicien et le discipline d’Anaxagore de Clazomène (500-428, avant J-C), lui-même élève d’Anaximène de Milet (585-525, avant J-C), était le penseur officiel de Périclès (495 – 429, avant J-C). Anaximène retient sa préoccupation pour la recherche d’un principe matériel qui soit en même temps illimité ou encore infini, comme l’air et le feu. Anaxagore qui reprend cette théorie affirme que derrière le visible se dissimule toujours l’invisible. Anaxagore refuse la création découlant du Big bang ou du chaos et fait appel à l’intellect, moteur de la révolution universelle. Socrate salue, comme il convient, la postulation d’un intellectuel divin ordonnateur du monde, mais il reproche à cet intellectuel de n’être pas un dieu entendu comme étant la cause finale qui mouvrait les êtres, comme le bien auquel ils aspirent. Les Athéniens ont été secoués par cette critique. Témoin d’une société en crise morale, Socrate perdra la vie, dans sa recherche obstinée de dire la Vérité. Le crime de Socrate, c’est sa farouche indépendance dans la liberté de pensée. Socrate laissa de côté la physique pour étudier la morale, en déclarant rechercher «ce qui est bien, ce qui est mal dans les maisons». Pour Socrate, il n’existe qu’un seul bien : le savoir, et qu’un seul mal, l’ignorance. Il est un bien naturel d’apprendre ce qu’on ignore.

Socrate prétendait avoir un démon qui lui indiquait l’avenir ; que le bien était une chose importante, et qu’il ne connaissait qu’une seule chose : son ignorance. «Le démon de Socrate était la perception que Socrate avait du langage muet des puissances célestes (éternuement, paroles entendues par hasard» souligne PLUTARQUE (45 après JC – 120 après JC). Socrate montre que les Dieux ont des favoris parmi les hommes, favoris qu’ils dirigent par la raison, sans faire appel au sensible. Comment se fait-il si cette «voix intérieure», ce démon lui a confié une telle mission et que Socrate ne fasse pas de la politique ? Socrate pense que la démocratie athénienne est tellement corrompue, au point que vouloir, en politique, prendre la défense de la justice, c’est se condamner soi-même à mort. «Il est nécessaire, si l’on veut combattre réellement pour la justice et préserver quelque temps sa vie, de demeurer simple particulier et ne pas faire de politique» dit Socrate.

I – Socrate, initiateur de la philosophie et du rationalisme

A – Socrate, un martyr de la liberté

Platon (428-348 avant J-C) a fait de la condamnation injuste de Socrate, martyr de la liberté de pensée, l’acte fondateur de la philosophie. En effet, le procès de Socrate se déroule dans un contexte d’affaissement des valeurs morales. Après avoir perdu la guerre du Péloponnèse, Sparte impose un régime sanglant. Bien que la démocratie fût vite rétablie, il règne un climat de méfiance et de découragement. L’esprit critique s’éveilla et ne réussit qu’à ruiner les croyances dont on avait vécu jusqu’alors. La démocratie, de plus en plus débridée, et cependant incapable de se gouverner elle-même, tomba très vite entre les mains de vils démagogues, qui usèrent de leur ascendant pour la corrompre. Le peuple soupçonne les intellectuels, les penseurs d’être à l’origine de la défaite face à Sparte. Socrate servit alors de bouc émissaire. Socrate a été condamné à mort parce qu’il aurait nié les Dieux que reconnaît l’Etat, et de vouloir introduire des divinités nouvelles et aussi de corrompre la jeunesse. Socrate a été condamné en raison des haines qu’il s’attira en démasquant l’ignorance des grands personnages devant les jeunes. Socrate ne cachait pas le dédain que lui inspirait le régime de flatterie et d’incompétence qu’était la démocratie athénienne. Contrairement à ce qu’avance Aristophane, Socrate n’était pas sophiste, c’est-à-dire qu’il n’appartenait pas à ce mouvement philosophique qui passait comme étant le destructeur des vieilles traditions, des impies, des athées et des professeurs d’immoralité. Socrate a refusé de s’évader, de sa prison, alors qu’il en avait l’opportunité. Anaxagore, Protagoras et Aristote, devant les persécutions des intellectuels, avaient préféré s’enfuir. «Il vaut mieux subir l’injustice que la commettre» dit Socrate. Il n’a pas voulu non plus être condamné à l’emprisonnement, pour être nourri au Prytanée aux frais de l’Etat. La fameuse «prosopopée des lois» dans le «Criton» indique Socrate, lui qui s’est présenté libre devant le juge, préfère une mort injuste à une fuite qui bafouerait les lois de sa ville. «J’obéirai au dieu plutôt qu’à vous», dit Socrate à ses juges. «Séparé d’Athènes par l’intervalle d’une conscience, Socrate est pourtant Athènes, il est Athènes» souligne Micheline SAUVAGE.

«Pour ma part, Socrate, ce qui me peine le plus, c’est de te voir mourir injuste» dit Apollodore à Socrate, un de ses fidèles et affectueux ami. «Très cher, préférerais-tu donc me voir mourir justement qu’injustement ?» lui rétorque, avec ironie, Socrate. Condamné à boire la ciguë, Socrate reste fidèle à sa cité et accepte son sort. On peut même dire que Socrate s’est condamné lui-même. Dans le «Criton», Platon raconte la scène : à ses amis qui lui proposent de s’évader, Socrate refuse, affirmant que bien que les juges aient tort sur son compte, il respectera leur verdict car il a toujours accepté et aimé la démocratie : il doit donc obéir à sa loi. Socrate aurait pu échapper à la mort mais il préfère mourir, par respect pour les lois qu’il aime et accepte. En effet, Socrate place la Justice bien au-dessus de la vie : il préfère la mort à une injustice, et il semble d’ailleurs croire à une vie après la mort dans laquelle les Justes sont récompensés.

Dans ses paroles dont la noblesse et la beauté résonnent encore à nos oreilles, Socrate n’a pas non plus imploré la clémence à ses juges. Car pour lui la justice est divine. «Je crois aux dieux, Athéniens, comme aucun de mes accusateurs, c’est pourquoi je m’en remets à vous et au dieu afin que vous décidiez ce qui sera le meilleur pour moi et pour vous» dit-il. Socrate préfère la mort au déshonneur : «la difficulté n’est pas d’échapper à la mort, mais au vice. Car le vice court plus vite que la mort». «Philosopher, c’est apprendre à mourir», suivant Socrate. Mourir, c’est séparer le corps de l’âme. En se détachant du corps, l’âme débutera son parcours ascendant vers l’absolu qu’il contemple. Philosopher est donc une façon de se préparer à l’éternité. Par conséquent, la mort de Socrate est «le plus bel acte de la vie» suivant une formule de LAMARTINE.

B – Socrate, à travers le récit de ses disciples

Socrate est connu, à travers les écrits de ses disciplines. Pour Xénophon (570-478 avant J-C), dans ses mémorables, qui agit en historien, la condamnation de Socrate reste une affaire personnelle, affective. Il se contente de souligner une affirmation rhétorique banale que «Socrate a laissé aux yeux du monde beaucoup plus d’éclat à notre République que Lichas à celles des Lacédémoniens». Xénophon relate «la noblesse de sa fierté». «S’il a daigné de s’abaisser aux prières, c’est qu’il croyait déjà que la mort était pour lui préférable à la vie» dit Xénophon dans son Apologie de Socrate. «Il est un trait de la vie de Socrate qu’il est juste» dit Xénophon.

Platon était malade lorsque Socrate bu la ciguë, et il ne put assister à ses derniers moments. En réaction contre la mort injuste de son maître, Platon écrit, trois ans après sa mort, son «Apologie de Socrate», véritable acte qui révolutionne la démarche philosophique. «Une œuvre participe d’autant plus de l’éternité qu’elle rend, qu’elle exprime de ce qui y a de plus profond, de réel de religieux, et c’est précisément ce que fait l’apologie», affirme Georges MEAUTIS (1890-1970), biographe de Platon. Socrate, préférant la mort au déshonneur, avait lui-même envisagé que ses disciples allaient continuer la lutte pour la justice et contre les mœurs corrompues d’Athènes : «Si vous vous figurez qu’en tuant les gens vous empêcherez qu’il ne se trouve quelqu’un pour vous reprocher de vivre mal, vous trompez. Car cette manière de se débarrasser des censeurs n’est ni belle, ni efficace. La plus belle, la plus simple consiste, non pas à empêcher les autres de dire ce qu’ils pensent, mais bien à essayer de devenir soi-même meilleur». Socrate, fidèle aux mystères d’Eleusis, a une autre conception de la mort qui n’est pas un anéantissement, un monde sans rêves, ou un changement de lieu, mais c’est un véritable départ pour un autre monde. La mort vaut mieux que la vie, notamment dans le déshonneur ; la vie n’est que la mort et c’est la mort qui est la véritable vie. La sagesse humaine n’est de rien, Dieu seul est grand ; ayons confiance en lui, en sa bonté, en sa sollicitude envers les hommes. Platon croit à la vie de l’âme. C’est l’être intérieur qu’il découvre la vraie beauté, la véritable noblesse. La supériorité de l’âme par rapport au corps s’effectue par la recherche de la sagesse. Lorsqu’on a paré son âme des ornements qui lui conviennent, de la raison, de la justice, de la liberté, de la vérité, alors on peut, avec sérénité, attendre le moment de mourir.

II – Socrate et sa doctrine du développement de l’esprit humain

«Il (Socrate) a pensé à la fois avec son temps, pour son temps, contre son temps ; il a légué à la postérité, non seulement ses idées, mais encore si l’on peut dire, sa personne, sa vie et sa mort même» dit Victor DELBOS (1862-1916). De par sa démarche inspirée de la sagesse, Socrate a considérablement contribué au développement de l’esprit humain. Il faut cultiver notre âme afin de la rendre meilleure.

1 – Socrate et sa révolution intellectuelle : le culte de la raison

Socrate s’est fixé un objectif particulièrement subjectif, novateur révolutionnaire qui nous anime même maintenant : la vertu interdit à tout homme de renoncer à soi, d’abdiquer sa liberté en faveur de qui ou quoi que ce soit. Par conséquent, Socrate met les hommes en face d’eux-mêmes et les appelle à une transformation radicale.

Pour CICERON, dans son traité «Sur la nature des dieux», «la philosophie enseignait la science des nombres. (…). En fin, les choses célestes. Socrate le premier fit descendre la philosophie du ciel, l’introduisit, non seulement dans les villes, mais jusque dans les maisons, et la força de régler la vie, les mœurs, les biens, les mots». Il faut bien préciser, qu’avant Socrate, la philosophie était déjà un art de vivre, avec Thalès de Millet (585 avant J-C) qui expliquait les phénomènes naturelle à partir des causes naturelles. Pythagore et les doctrines orphistes, vont jusqu’à proposer des recommandations diététiques. La cosmogonie d’Héraclite fait état d’importants développements sur la sagesse et l’âme. Empédocle d’Agrigente (500-480 avant J-C), inspiré du vrai savoir, pense que le bienheureux est celui «possède la richesse d’une intelligence divine» et exhorte à lutter contre le mal de l’ignorance.

En revanche, la révolution socratique est d’avoir introduit la conscience de soi. L’homme est renvoyé à lui-même. Sans pensée, l’homme n’est pas homme, mais chose, «une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue» dit-il. Socrate lance cette proclamation « Je cherche ». Il cherche un pouvoir de l’homme qui puisse se substituer à l’univers défaillant des choses pour fonder «le règne humain. Une liberté qui puisse assurer la relève des vieilles certitudes chancelantes » dit Micheline SAUVAGE. Par conséquent, Socrate met l’homme en face de lui-même pour susciter une conduite réfléchie et autonome. Le courage, c’est de penser notre courage, au lieu de l’être.

La démarche de Socrate, hautement intellectuelle et révolutionnaire, a introduit le culte de la raison, et une dialectique, à travers son art du dialogue entre les hommes. Platon fera de cet art un instrument de détermination des essences, l’instrument de la connaissance vraie, celle qui appréhende les Idées, et ultimement l’Idée des Idées, celle du Bien. En somme, à travers les concepts l’homme doit tendre à voir clair en soi et se faire voir clair. Le culte de la raison de Socrate est finalement le culte de la conscience claire. La condition de la prise de conscience, c’est la prise de parole, «la parole ordonnée et féconde de l’homme qui se cherche lui-même» souligne Micheline SAUVAGE.

Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) a qualifié Socrate «d’homme théorique», c’est-à-dire qui ne veut agir qu’éclairé. Il faut dissiper l’obscurité des esprits. La conduite droite est science et la vertu peut s’enseigner. Mais ce savoir et contrairement à ce que pense Alcibiade, dans le Banquet ne s’acquiert pas automatiquement, par le contact avec le maître. «En nous connaissant, nous pourrions connaître la manière de prendre soin de nous-mêmes» dit Socrate. On ne peut enseigner la vertu parce qu’elle réside dans une conversion, un mouvement d’âme que le maître aide le disciple à opérer en lui-même. «J’exerce le même métier que ma mère ; accoucher les esprits est ma tâche, et non pas d’enfanter, qui est l’affaire du dieu» dit Socrate. Science vraie, c’est une certaine conscience, c’est avoir faim d’une certaine faim. La sagesse hindoue identifie le mal du monde à l’ignorance. Le savoir est une illumination libératrice. Cependant, Socrate, contrairement aux Orientaux, ne croit pas à l’illumination du sage. L’intelligence est le seul outil dont dispose l’âme pour arriver à voir clair. Par conséquent, agissant en «homme théorique», Socrate propose à l’homme, pour y voir clair, la parole, la lucidité et la conscience, et non la méditation muette, la vision sans yeux et l’inconscience. Socrate revient à l’impératif de Delphes : «connais-toi, toi-même». «Ceux qui ne se connaissent pas (…) ; ils ne savent pas ce qu’il faut, ni ce qu’ils font, ni de qui ils se servent ; mais, abusés sur tout, ils laissent échapper le bien et tombent dans le malheur» dit Socrate, dans les mémorables de Xénophon. En définitive, la conscience n’est autre chose que l’esprit. Elle est clairvoyance, liberté et vérité.

2 – Socrate rejette le Sophisme et s’attache à la Vérité

L’analyse de Socrate est tout avant une réaction contre les idées des Sophistes (Hippias d’Elis, Protagoras d’Abdère, Prodicos de Céos). Le sophisme ou l’art des discours captieux, du «raisonnement injuste», suivant Aristophane, peut servir à berner le bon droit et à ne pas payer son débiteur. En effet, les Sophistes diffusaient une doctrine destinée à rendre tout citoyen capable de se tirer d’affaire en toute circonstance, à lui assurer les meilleurs moyens d’action, le plus grand pouvoir et de faire dominer l’individu sur les forces de la tradition. En effet, les Sophistes considèrent, suivant une formule de Protagoras d’Abdère (487-416, avant J-C) que «l’homme est la mesure de toute chose» ; c’est-à-dire qu’il n’y pas de vérité fixe et universelle. L’objectif des Sophistes n’était pas d’’étalir la science, mais de faire prévaloir de simples opinions, dans l’intérêt de chacun. C’est une ambiance qui pousse à la curiosité intellectuelle, mais sans tenir compte du Bien commun.

Socrate ressemble aux Sophistes sur la sensibilité et l’argutie de ses raisonnements. Il rejette la science de la nature et ne se préoccupe que des choses humaines. Cependant, Socrate s’oppose, radicalement, aux Sophistes dans la foi qu’il a de la vérité. La sagesse, selon Socrate, et s’inspirant des doctrines védiques de l’Inde, est la connaissance de l’Immuable ; c’est une vérité impersonnelle et la loi, la justice et l’éthique doivent régler la conduite humaine. En effet, Platon a relié la théorie des Idées aux spéculations de son maître. Il s’agissait de savoir si les concepts ont une existence, non seulement dans notre esprit, mais dans la réalité, si les idées générales correspondent à des êtres. Comment donc résoudre ce conflit entre la constatation empirique et le devenir ? Héraclite a avancé une formule choc : «Tout s’écoule. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve». Les Eléates, notamment Parménide, estiment que «l’Etre est, le Non-Etre n’est pas». La philosophie du «concept» de Socrate de Socrate allait permettre à Platon de résoudre cette énigme. Les Sophistes qui savaient défendre toute chose et son contraire, prétendaient qu’il n’y aurait pas de vérité universelle ; ce qui peut conduire au scepticisme moral. La doctrine du réalisme de Platon a balayé ces doutes. Pour cet élève de Socrate, c’est au dessus du sensible, dans le domaine de l’intelligible pur, que se situent les vraies réalités, appelées Idées. Par conséquent, pour Socrate, de toutes choses l’homme n’est pas la mesure, mais le support.

En distinguant ainsi savoir et opinion, Socrate est le fondateur de la rationalité et de la philosophie. Contrairement à l’opinion (doxa), le savoir est une croyance que l’on peut justifier par des raisons, et non une croyance simplement admise. «L’écriture ne peut saisir le savoir, car le savoir, contrairement à l’information, n’existe pas en dehors de l’homme» dit Socrate. Du même coup, Socrate a ringardisé les discussions parfois oiseuses d’Héraclite et Parménide : toute affirmation qui se veut scientifique doit être rigoureusement démontrée. Descartes introduira une révolution comparable, lui aussi par l’application d’un doute méthodique, au XVIIe siècle. René DESCARTES (1596-1650) posera le concept, en tant qu’idée claire et distincte, comme l’objet même du savoir.

3 – Les méthodes de Socrate : maïeutique et ironie

Dans sa démarche, Socrate fait appel à la maïeutique ou l’art de faire accoucher les esprits de la vérité, tout comme sa mère faisait accouchait les femmes. Par la maïeutique, Socrate, inspiré de la sagesse indienne se propose d'éveiller chez les auditeurs de ses entretiens la conscience de leur nature impérissable, terme ultime à la recherche de soi. L'homme est capable d'appréhender la vérité soit implicitement présent en tout homme, c'est la plus intime conviction de Socrate. En effet, Socrate est habile à persuader qu’à dissuader. «Je cherche. Ensemble nous examinons chaque problème qui se présente. Si je cherche, c’est que moi-même» dit-il à Critias. A travers, sa maïeutique, une interrogation jamais innocente, Socrate adopte une posture philosophique, c’est un accoucheur des esprits hors norme. Sa philosophie est avant tout un comportement, une attitude. Très souvent, dans la maïeutique ne mène à aucune conclusion édifiante. Socrate lui-même prétend ne rien savoir : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien». Cette reconnaissance de notre ignorance est le point de départ nécessaire de toute recherche. «Toute la philosophie n'est fondée que sur deux choses : sur ce qu'on a l'esprit curieux et les yeux mauvais» dit Bernard Le Bouyer de FONTENELLE (1657-1757).

On a glosé sur l’ironie socratique ou l’art d’interroger, tout en surprenant l’interlocuteur en étant là où il ne s’attend pas à nous trouver. L’ironie vise à faire identifier par l’interlocuteur une ignorance non identifiée. Elle s’adresse aux personnes qui prétendent savoir, alors qu’elles sont dans l’ignorance, alors que la maïeutique est appliquée aux personnes qui ignorent qu’elles savent. «Il n’y a de vie humaine authentique sans ironie» et «le doute est à la science ce que l’ironie est à la vie personnelle» dit Sören KIERKEGAARD. Avec l’ironie, qui est essentiellement pratique, alors que le doute est théorique, il y va de la subjectivité et de la liberté individuelle. «L’ironie est la négativité absolue et infinie » précise Hegel. L’ironie est nécessaire au sujet pour qu’il se libère de l’immédiateté du phénomène et accède à au plan de l’idée ou du concept. Dans la démarche de Socrate, il ne s’agit pas d’une ironie négative ou individuelle, mais de l’objectivité des valeurs morales. Socrate invite à se lancer sur la piste infinie de la vie intérieure. En effet, il avait pour ambition d’être un éveilleur de conscience qui libère l’homme authentique des multiples déterminations de la vie concrète, en l’amenant, sans cesse, à l’abstrait en vue de découvrir le chemin à suivre.

4 – La morale de Socrate : l’art de cultiver la vie

Plus de vingt-cinq siècles après sa mort injuste, Socrate interpelle encore notre conscience, par sa morale. Il avait comparé les Athéniens qui voulaient le condamner à des «gens ensommeillés qu’on réveille», dans un mouvement de colère, alors qu’un mouvement de colère gronde et qu’ils passeront le reste de leur vie à dormir. L’acte de courage de Socrate, sa fermeté intellectuelle devant l’affaiblissement des valeurs et vertus traditionnelles, rappelle l’Antigone de Sophocle invoquant, contre le décret de Créon (interdiction d’honorer un mort), les lois non écrites des Dieux, les obligations éternelles auxquelles l’homme, ni le temps ne doivent toucher. «On ne peut rien faire de bon et d’honnête sans la vertu» nous dit Socrate.

La morale de Socrate c’est l’art de cultiver la vie comme un champ, en vue d’une abondante moisson et d’éviter les maux de ce monde. La vie morale est le principe de la connaissance et de la vérité. La vertu, c’est le chemin de l’harmonie, du bien-vivre et donc du bonheur. Socrate ramène la vertu, dans ses différents aspects (tempérance, courage, justice, équité, etc.) à un seul concept : la vérité. En effet, la morale est un ensemble de percepts à respecter dans l’intérêt de l’homme.

Albert CAMUS (1913-1960) écrit au début du «Mythe de Sisyphe» qu’il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, celui de savoir si la vie mérite d’être vécue. Se demander si la vie mérite d’être vécue revient, aujourd’hui, à se demander si la vie peut avoir un sens. Socrate avait répondu à cette question depuis l’Antiquité par sa morale. Il est un réformateur de la vie pratique. Il voulait qu’on s’occupe à ce qui peut servir à quelque chose. L’homme devrait consacrer sa vie à la poursuite du Bien souverain et vivre en harmonie avec certaines vertus.

«La plus importante des affaires humaines est de persuader l’âme d’aller vers le Bien plutôt que vers le Mal» dit Socrate. Socrate découvre qu’il n’y a pas de plus grand mal que l’ignorance, ou plutôt, que l’ignorance est à la source de tous les maux. «En toutes choses, on doit agir pour le Bien» dit Socrate. Le Bien souverain, c’est ce qui est utile. «L’utile est la raison, le principe du bon et du beau» dit Alfred FOUILLEé.

«Le point de vue «dialectique» consiste à ne pas séparer la pensée de l’être» dit Alfred FOUILLEé. La dialectique de l’action consiste à examiner ce qu’il y a de meilleur. Ainsi, on devient à la fois bon et heureux dans la dialectique. Mais une chose est bonne à une certaine fin, relative. La notion de «finalité» et de «bien» sont au cœur de la pensée socratique. Le but unique auquel l’homme doit tendre est le meilleur. C’est la tendance à aspirer vers le Bien.

Socrate est une âme profondément religieuse. «Je crois la philosophie une œuvre de l’esprit humain, et je place l’esprit humain, non dans la région des causes nécessaires et fatales, mais dans les sphères morales et libres» dit Antelme Edouard CHAIGNET (1819-1901). Marqué par une grande religiosité, Socrate professe, dans sa morale, les devoirs envers Dieu ; il faut l’honorer, prier et lui ressembler. «L’homme doit s’élever au-dessus de la terre, aux limites de l’atmosphère et au-delà, ainsi seulement pourra-t-il comprendre le monde dans lequel il vit» dit Socrate. Le principe de cette ressemblance à dieu est dans l’âme que Socrate appelle «la chose la plus parfaite qu’ait produite l’être le plus parfait». L’âme doit commander notre action vers le Bien souverain. Cependant, Socrate estime qu’une voix intérieure divine lui parle qu’il appelle son démon. «Quand je me fie à mon démon j’annonce à mes amis la volonté des dieux, elle se réalise toujours et pas une seule fois mon démon ne m’a menti» dit Socrate. La piété de Socrate est une mythologie de la raison. En effet, «faiseur de Dieux», Socrate était profondément croyant, mais il croyait au «Démon» aux esprits intermédiaires entre les dieux et les hommes, à cette voix intérieure, à ce «génie». «Je n’apporte pas un dieu nouveau, quand je parle de mon démon. Je crois en cette voix divine comme vous croyez» dit Socrate. Ce démon est un «ensemble intérieur et extérieur à l’âme qui l’illumine pour s’imposer à celle» ; c’est une parole médiatrice, suivant une formule de Micheline SAUVAGE. Par conséquent, le ciel n’est pas vide, une quête de dieu est possible, mais la conscience est seule garant dépositaire de cette quête. Ce démon fut pour Socrate un gardien, un intime, un familier, qui l’écartait des choses à éviter, lui révélait des choses à craindre, l’avertissait des choses à savoir. Là où la prudence humaine faisait défaut, le pressentiment et l’inspiration protégeaient Socrate.

Socrate, dans sa morale, professe des devoirs envers l’âme. Il croit en l’immortalité de l’âme, d’où une sérénité à l’égard de la mort. Chaque homme a un devoir à l’égard de son âme, en l’honorant, en adoptant dans sa conduite, la sobriété, la tempérance, la frugalité, le renoncement, l’indépendance, la droiture. Il faut éclairer et élever son intelligence, vers la vérité et le bien. «Si l’homme aime assez son âme, pour la purifier de toute souillure, et l’affermir dans la sainteté et la vérité, ses intentions pures et droites lui donnent une inaltérable limpidité, grâce à laquelle l’homme de bien reconnaît son semblable et lui accorde son estime et sa confiance», dit Mme Jules FAVRE, VELTEN. Dieu unit les belles âmes par la vertu.

Socrate nous a légué l’amour de l’humanité, c’est-à-dire l’idée du juste, la justice, la fermeté du juste, l’équité, l’amitié, la bienveillance, la charité, le pardon, l’éducation et la perfection possible de chacun. Homme de devoir, l’amour de l’humanité signifie, pour Socrate, que l’homme n’appartient ni à lui-même, si à sa famille, ni à ses amis, il doit à sa communauté, son cœur, ses biens. Notre lutte et notre existence doivent tendre vers le Bien commun. Dans ce contexte, «la justice consiste en ce que chacun fasse ce qu’il a à faire» dit Socrate. Par conséquent, la justice n’est pas qu’une conception négative, s’abstenir de faire du tord aux autres, mais c’est une conception active et positive, qui exige encore «que nous fassions pour eux ce qui leur est dû» précise Socrate. Mais ce grand ajoute encore que la justice est l’harmonie de l’âme, c’est-à-dire la perfection qui résulte de la concorde, de l’ordre, de l’accord parfait de toutes les parties de l’âme, la raison, le sentiment et la volonté. Bref, c’est l’idée du Bien qui doit régler notre conduite, la conscience humaine. «On ne peut vivre qu’en cherchant à devenir meilleur, ni plus agréablement qu’en ayant la pleine conscience de son amélioration» nous dit Socrate.

BIBLIOGRAPHIE TRES SELECTIVE

1 – Ouvrages de base sur Socrate

CICERON (Marc Tullii), Entretiens sur la nature des dieux, traduction de l’abbé Pierre Joseph d’Olivet, Paris, Frères Barbou, 1793, 381 pages, spéc page 118 ;

LAERCE (Diogène), Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Paris, Garnier Flammarion, 1965, tome I, 365 pages, spéc sur Socrate, pages 109-119 ;

LELUT (Louis-Francisque), Le démon de Socrate, Paris, J. B. Baillière, 1856, 348 pages ;

PLATON, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, traduction et notes d’Emile Chambry, Paris, Garnier Flammarion, 1965, 187 pages ;

PLUTARQUE, Œuvres morales, traduction de Jean Hani, Paris, Société les Belles lettres, 1980, tome VIII, 271 pages, spéc sur «le démon de Socrate», pages 39-129 ;

XENOPHON (de Colophon), Apologie de Socrate, Paris, Hachette, 1843, 37 pages ;

XENOPHON (de Colophon), Entretiens mémorables de Socrate, Paris, Hachette, 1868, 166 pages.

2 – AUTRES CRITIQUES DE SOCRATE

ADRADOS (Francisco Rodriguez), «Tradition et raison dans la pensée de Socrate», in: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, Lettres d'humanité, n°15, décembre 1956, pages 27-40 ;

ANGELOPOULOS (Elie, Ioannes), Aristophane et ses idées sur Socrate, Athènes, 1933, 48 pages ;

AUBENQUE (Pierre), Socrate, Paris, P.U.F., Que sais-je ? n°899, 1960, 128 pages ;

BABUT (Daniel), Le dialogue de Plutarque sur le démon de Socrate : essai d’interprétation, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 1994, pages 405-430 ;

BASTIDE (Georges), Le moment historique de Socrate, Paris, Félix Alcan, 1939, 322 pages ;

BOUCHARD (Denis) «L’ironie socratique», in Laval théologique et philosophique, 2001, vol 57 n°5, pages 277-289 ;

BOUTROUX (Emile), Socrate fondateur de la science morale, in Etudes d’histoire de philosophie, Orléans, Paul Colas, 1883, 63 pages ;

BRUN (Jean), Socrate, Paris, PUF, collection Que sais-je ? 1960 et 1991, 128 pages ;

CALLOT (Emile), La doctrine de Socrate, Paris, M. Rivière, 1970, 177 pages ;

CHAIGNET (Antelme-Edouard), Vie de Socrate, Paris, Didier, 1868, 332 pages ;

CHAMOUX (François), «L’homme Socrate», in L’Académie des inscriptions et des belles lettres et l’Académie des beaux arts face au message de la Grèce ancienne, Actes du 6ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-mer, les 6 et 7 octobre 1995, Paris, Académies des Belles Lettres, 1996, pages 55-70 ;

COURCELLES (Pierre), Connais-toi, toi-même de Socrate à Saint Bernard, Paris, Etudes augustiniennes, 1975, 790 pages ;

CRESSON (André), Socrate, sa vie, son œuvre avec un exposé de sa philosophie, Paris, 1956, 127 pages ;

DELBOS (Victor), Figures et doctrines de philosophes (Socrate, Lucrèce, Marc Aurèle, Descartes, Spinoza, Kant, Maine de Biran), Paris, Paris, Plon, Plon-Nourrit, 1921, 327 pages, spéc. sur Socrate pages 1-27 ;

DEMAN ((Thomas), Le témoignage d’Aristote sur Socrate, Paris, Les Belles Lettres, 1942, 140 pages ;

DEMAN (Thomas), Socrate et Jésus, Paris, L’Artisan du livre, 1944, 309 pages ;

DESMARET de SAINT SORLIN, (Jean), Les morales de Socrate, de Plutarque et de Sénèque, 1653, Au Château de Richelieu, Etienne Migon, 196 pages ;

DONAY (Guy), «Le parcours intellectuel de Socrate», in L’Antiquité Classique, 2009 tome 78, pages 39-61 ;

DORION (Louis-André), Socrate, Paris, P.U.F., Que sais-je ? n°899, 2004, 127 pages ;

DUPRE (Raoul) «Socrate», in Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°5, juin 1948, pages 77-90 ;

DUPREEL (Eugène), La légende socratique et les sources de Platon, Bruxelles, Robert Sand, et Paris, Agence générale de librairie, 1922, 450 pages ;

EGGER (Emile), Le Socrate et le dialogue socratique, Paris, Georges Charmont, 1879, 16 pages ;

FAVRE (Jules), La morale de Socrate, Paris, Félix Alcan, 1888, 328 pages ;

FESTUGIERES (André-Jean), Socrate, préface de A-D Sertillanges, Paris, Flammarion, 1954, 189 pages ;

FOUILLEE (Alfred), La philosophie, Paris, Ladrange, 1874, tome I, Socrate, 432 pages ;

FRAISSES (Anne) FRAISSE (Jean-Claude), Socrate, Paris, P.U.F, 1972, 236 pages ;

GARNIER (Adolphe), Histoire de la morale second mémoire Socrate, Paris, SN, 1855, 75 pages ;

GARNIER (Adolphe), De la morale de l’Antiquité, précédée d’une introduction par Prévost-Paradol, Paris, 1865, Germer Baillière, 180 pages, spéc. sur Socrate, pages 51-123 ;

GILSON (Etienne), L’esprit de la philosophie médiévale, Paris, J. Vrin, 1944 et 1969 «Connais-toi, toi-même» 446 pages ;

GODEL (Roger), Socrate et Diotime, Paris, Les Belles lettres, 1955, 62 pages ; voir aussi Bulletin de l'Association Guillaume Budé : Lettres d'humanité, n°13, décembre 1954. pages 3-30;

GODEL (Roger), Socrate et le sage indien, Paris, Les Belles lettres, 1953, 46 pages ;

GODEL (Roger) «De Socrate au Sage indien», in Bulletin de l'Association Guillaume Budé, Lettres d'humanité, n°11, décembre 1952, pages. 3-21 ;

GOGUEL (Edouard), Aristophane et Socrate, Reims, 1859, P. Dubois, 94 pages ;

GOTTLIB (Anthony), Socrate, martyre de la philosophie, Paris, Seuil, 2000, 86 pages ;

GRONDIN (Jean), «Le sens de la vie : une question assez récente, mais pleine de saveur», in Théologiques, 2001, vol n°2, pages 7-15 ;

GUARDINI (Romano), La mort de Socrate : interprétation des dialogues philosophiques Euthyphron, Apologie, Criton, Phédon, Paris, Seuil, 1956 et Ipagine, traduction de Paul Ricoeur, préface de Jean Greisch, 2015, 268 pages ;

KIERKEGAARD (Sören, AAbye), Œuvres complètes, tome II, Le concept d’ironie constamment rapporté à Socrate, confession publique ; Johannes Climacus ou De omnibus dubitandum est, traduction de Paul-Henri Tisseau et Else-Marie Jacquet-Tisseau, introduction de Jean Brun, Paris, 1975, éditions de l’Orante, 367 pages ;

KOFMAN (Sarah), Socrate, Paris, Galilée, 1989, 337 pages ;

LACOMBE (Olivier), «Socrate et la sagesse indienne», in Revue du Nord, tome 36, n°142, Avril-juin 1954. Mélanges offerts à Louis Jacob à l'occasion de son 70e anniversaire, pages 111-114 ;

LAMARTINE (Alphonse, de), Homère et Socrate, Paris, Michel Lévy, 1863, 213 pages, spéc Socrate pages 119 -2013 ;

LUCCIONI (Jean), Socrate et le socratisme, Paris, P.U.F, 1953 156 pages ;

MAGALHAES-VILHENA de (Vasco Manuel), Socrate et la légende platonicienne, Paris, P.U.F., 1952, 235 pages ;

MEAUTIS (Georges), Platon vivant, Paris, Albin Michel, 1950, 360 pages, spéc sur Socrate, pages 105-164 ;

MEUNIER (Mario), La légende de Socrate, Paris, Albin Michel, 1965, 183 pages ;

MILLET (René), Socrate et la pensée moderne, Paris, Paris, Plon-Nourrit, 1920, 287 pages ;

MONTEE (Pierre), La philosophie de Socrate, A Durand et Pédone-Lauriel, 1869, 380 pages ;

MORALI (Claude), Socrate, Paris, La Martinière, 2004, 64 pages ;

MOSSé (Claude), Le procès de Socrate, Bruxelles, La mémoire des siècles, 1989 et Paris, éditions Complexe, 1996, 153 pages ;

PIAT (Clodius), Socrate, Paris, Félix Alcan, 1900, 268 pages, et 1974, Robert Laffont, 281 pages ;

PIAT (Clodius), «La valeur morale de la science d'après Socrate», in Revue néo-scolastique. 6ᵉ année, n°22, 1899, pages 119-130 ;

PAISSE (Jean-Marie), «Socrate et Descartes» in Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°2-3, Juin-octobre 1968, pages 241-257;

SAUVAGE (Micheline), Socrate et la conscience de l’homme, Paris, Seuil 1957 et 1997, 166 pages ;

STONE (Isidore, Feinstein), Le procès de Socrate, Paris, Odile Jacob, 1990, 318 pages ;

STRAUSS (Léo), Le discours socratique de Xénophon, traduit par Olivier Sedeyn, Combas, éditions de l’Eclat, 1992, 242 pages ;

TOVAR (Antonio), Socrate, sa vie, son temps, traduit par H. E. Del Medico, Paris, Payot, bibliothèque historique, 1954, 443 pages.

Paris, le 6 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Socrate (470-399 avant J-C), incarnation mythique de la sagesse», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 14:05
Joseph ZOBEL est un écrivain martiniquais qui a longtemps séjourné et au Sénégal. Il s’était retiré, à la fin de sa vie, dans les Cévennes en France. J’avais rencontré, le samedi 21 mars 2015, au salon du livre, à Paris, Mme Jenny ZOBEL, la fille de Joseph ZOBEL ; elle vit à Londres. Son père, Joseph ZOBEL est un fidèle ami du Sénégal. En 2015, les Martiniquais ont célébré le centenaire de la naissance de Joseph ZOBEL, écrivain et artiste. Jenny me dédicace son livre consacré à son père «A Amadou BA, ces écrits de mon père qui était aussi un frère du Sénégal». Il faut dire que Joseph ZOBEL est venu, pour la première fois, au Sénégal, en 1957. Il est recruté par Amadou Maktar M’BOW, ministre de l’éducation, pour diriger un collège à Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du Sénégal (actuellement, Lycée Djignabo). Le collège n’étant pas terminé, Joseph ZOBEL rejoindra, en 1958, Dakar pour occuper les fonctions de surveillant général du Lycée Van Vollenhowen. Il entrera par la suite à la radio nationale du Sénégal, pour y créer un service culturel.
En 1961, Joseph ZOBEL est chargé de réorganiser l’école des Arts de Dakar. Il obtient son détachement à la radio du Sénégal, pour former le service culturel et ne quitte le Sénégal qu’en 1974. Jenny exhume un écrit de Joseph ZOBEL, datant de 1958, datant de 1958 sur le «Sabar», danse au tam-tam : «Elles arrivaient par groupes, dans leurs boubous légers comme des tissus de brume et de lumière». Joseph ZOBEL décrit encore un peu plus l’atmosphère du sabar «Toute une foule debout formait autour d’eux une clôture bourdonnante de gaité admirative. D’autres arrivaient encore lorsque les tam-tams commençaient à battre. Six tam-tams que portaient en bandoulière de jeunes batteurs au torse nu. Devant eux, à l’intérieur du cercle, un tam-tam plus gros, posé par terre, qui, sous les doigts d’un batteur plus âgé, parlait d’une voix grave, alors que les six autres, frappés avec le plat d’une main et une baguette, alternativement, sonnaient plus clair».
1 – Joseph ZOBEL, un écrivain de l’identité culturelle et de la fierté martiniquaise
Joseph ZOBEL est né à Rivière-Salée, au quartier Petit Bourg, en Martinique, le 26 avril 1915. Issu d’une famille très modeste (une mère employée de maison et un père cocher de l’administration), il est élevé par sa grand-mère, Marie ROCHER, dite «Manman Marie», ou «Man Time», dans le film «La Rue Cases-nègres», ouvrière dans les plantations à sucre. Ce roman écrit en 1950, est tiré de ces souvenirs d’enfance. L'identité individuelle et antillaise est opposée à une identité française clairement distincte, inculquée par l'école. Celle-ci étouffe aux yeux du personnage principal, José, toute expression de l’univers antillais. L’école doit rester un lieu de conquête de la liberté, et non un instrument qui «étouffe et débilite». L’instituteur noir écrit au tableau que «l’instruction est la clé qui ouvre la deuxième porte de notre liberté». La plantation est le symbole du rejet de l’assistanat et de la dépendance. «C’est la première fois que l’Antillais se regarde, lui-même, avec fierté» dit Edouard GLISSANT à propos de ce roman qui s’inscrit dans la démarche de la Négritude initiée par Aimé CESAIRE Léopold Sédar SENGHOR. Douta SECK (1919-1991), une gloire nationale du Sénégal, est l’un des acteurs du film «La Rue Cases-nègres», en 1983, réalisé par Euzhan PALCY que j’ai rencontré le 15 juin 2015, avec ma petite Arsinoé.
Sage du village et mémoire de la communauté, M. Médouze (personnage que joue Douta SECK) a pris José sous son aile et lui apprend de nombreuses choses sur la vie, la nature, le passé d’esclaves de leurs ancêtres. La famille de Douta SECK était également dans ce cinéma aux Champs-Elysées. Que d’émotion ce jour-là ! «Mon film, c’est la haine du colonialisme» dira, à Cannes, Euzhan PALCY.
Brillant élève, ne pouvant pas avoir une bourse, pour poursuivre ses études en France, après le baccalauréat, il accepte, en 1937, un emploi de secrétaire comptable qui le conduit, successivement, au Saint-Esprit et au Diamant, où il découvre la vie des pêcheurs, différente du monde agricole. Après des articles sous un pseudonyme dans un journal, «Le Sportif», et afin d'éviter la censure vychiste, Joseph ZOBEL écrira, en 1942, son premier roman, «Diab’la» qui est l’histoire d’un paysan qui voulait s’émanciper en vivant dans une communauté de pêcheurs. «Je sens comme si je suis un peuple, tout un peuple» écrit Joseph ZOBEL. Dans sa lumineuse préface Georges PILLEMENT souligne que «les écrivains martiniquais ont décidément droit de cité dans la littérature française, ils s’imposent à nous autant par la qualité de terroir, par leur particularisme, que leurs accents profondément humains, par leur esprit  généreux et social qui les anime».  En effet Joseph ZOBEL nous séduit, dans ce roman par sa peinture savoureuse des Noirs dans un petit village de pêcheurs de Martinique, avec des coutumes curieuses et sympathiques. Il décrit un cabaret, «Les Sept pêchés» avec l’envie d’y prendre un punch. Les fêtes, les danses, la nuit de la Toussaint dans le cimetière, les jeux des enfants sur la plage, sont autant une atmosphère envoûtante. Ce chef-d’œuvre de la littérature régionale ne s’illustre pas seulement par son particularisme, mais c’est avant tout l’histoire d’un homme costaud, fort qui ne veut pas travailler dans la plantation. Il se veut se consacrer à la terre ingrate et rocailleuse.  Et c’est en même temps, l’histoire  de «la libération de l’homme, dans l’espoir d’une vie meilleure, libre des servitudes et des exploitations» dit Georges PILLEMENT. Joseph ZOBEL brosse un hymne à la liberté, une revendication d’une société mieux organisée où les Martiniquais auront la place qui leur est due. C’est un roman social, «sans acrimonie, sans haine, qui apporte aux Noirs de la Martinique et d’ailleurs, la confiance dans un destin nouveau» dit PILLEMENT.
En 1946, Joseph ZOBEL quitte la Martinique, pour suivre, à Paris, des cours à la Sorbonne, d’ethnologie et d’art dramatique. Il s’installe à Fontainebleau avec sa famille, en qualité de surveillant au lycée François 1er. En 1953, il publie son roman, «La Fête à Paris». En effet, dans les années 50, l’activité culturelle à Paris est intense. Il existe un vrai engouement pour la culture noire et notamment pour le jazz. Dans les caves, Joseph ZOBEL participe à ces fêtes en déclamant des poèmes. Pour Joseph ZOBEL «chaque jour qui passe est une victoire contre la mort». Aussi la vie, comme à Paris de son époque, est une fête.
2 – Joseph ZOBEL, un poète
«Le Soleil m’a dit» est un recueil de poèmes réédité en 2002, dans lequel, Joseph ZOBEL donne à voir une facette moins connue mais tout aussi intéressante d'un des écrivains antillais les plus populaires. Incantation pour un retour au pays natal, dont le titre fait un clin d'œil au chef-d'œuvre d'Aimé Césaire, est un bref recueil daté de 1965, composé de trois chants d'amour à la Martinique, à son peuple chaleureux et aux racines familiales de l'auteur, chants qui laissent sourdre l'angoisse que lui cause l'exil.
Les «Poèmes de moi-même», publiés pour la première fois en 1984 lors d'un séjour de Joseph ZOBEL en Martinique, mêlent les évocations de l'enfance villageoise, les références à l'expérience sénégalaise et des poèmes plus intemporels où le spectacle de la nature et du jardin de l'auteur le disputent à l'introspection et au thème de l'amour, traité avec une légèreté empreinte de mélancolie. Présentés une première fois en 1994 dans l'ouvrage du même nom, qui mêlait poésie, dessin et extraits du journal personnel de Joseph ZOBEL, les Poèmes d'Amour et de Silence poursuivent les mêmes thèmes avec une esthétique empreinte de compassion et de sérénité. Les poèmes les plus récents de Joseph ZOBEL ont pour leur part été regroupés sous le titre «Le Soleil m'a dit», et sont présentés dans un essai de classement thématique : qui voit se succéder l'évocation du monde de l'enfance de Joseph ZOBEL, le processus de création artistique, le spectacle de la nature et des tableaux plus intimistes sur les rêves, l'Amour, les voyages et le temps qui passe.
3 – Joseph ZOBEL, un conteur
«Et si la mer n’était pas», atteste que Joseph ZOBEL est le plus populaire des écrivains antillais. Cette popularité, il la doit à son talent de conteur, mais aussi à sa remarquable faculté de faire revivre les Antilles d'antan. Dans ce recueil, on croise un campagnard qui entreprend une longue marche pour découvrir la mer, on participe à la vie d'un bourg qui s'anime autour de la boutique du coiffeur puis ZOBEL parle, sans émotion, d'une famille qui illustrait "la négritude en action"; les Nardal. Ce recueil (c'est un peu La Rue Cases-Nègres sous des angles nouveaux), procure un plaisir de lecture aussi grand que le célèbre roman.
Dans «Gertal» un recueil de nouvelles inédites, Joseph ZOBEL donne une fois de plus la mesure du talent de conteur qui a fait de lui un des écrivains antillais les plus populaires. La première nouvelle, «Gertal», nous ramène un étonnant personnage qui nous était apparu dans «Laghia de la Mort», et qui nous reçoit chez lui quelques décennies plus tard, dans une situation aussi tendue. Le récital, une soirée en Guadeloupe. Escale dans un bar branché faisant suite, sur fond de James BROWN, au concert d'un guitariste virtuose, sert de prétexte au narrateur pour nous parler de l'amour fraternel et de la magie du spectacle, qui meurt quand s'éteignent les projecteurs. L'homme au baiser de silence est le récit d'une rencontre aussi brève que singulière dans le Paris de l'immédiat après-guerre, un hymne à l'amitié par delà les frontières et les circonstances. Avec L'étrangère, nous retrouvons le petit yacht assurant la liaison entre Fort-de-France et Petit-Bourg, et qui ramène cette fois une femme partie faire fortune bien des années plus tôt à Panama. Joseph ZOBEL partage enfin, avec humour et légèreté, les petits tracas du quotidien dans le récit intitulé Le porte-monnaie. Ce recueil de nouvelles est suivi d'extraits du Journal de l'auteur, de 1946 à 2002, dont les premiers avaient été publiés dans le livre D'Amour et de Silence en 1994. A travers quelques moments de la vie de Joseph Zobel, nous avons le privilège de découvrir son parcours et son entourage au fil des ans, ainsi que le regard qu'il pose sur le monde contemporain.
Joseph ZOBEL n’est pas seulement qu’un romancier et un conteur, il est aussi un poète, même quand il écrit ses romans : «La mer dansait au soleil comme un banc de sardines vives. Soudain, l’air se mit à trépider, et se confondit dans un chaos d’éblouissement» écrit-il dans «Les mains pleines d’oiseaux».
Joseph ZOBEL s’intéressait à la poterie, aux fleurs, à la vie et à la rencontre avec les autres. Joseph ZOBEL est un amoureux de la France. Il achète, en 1955, à Générargues, petit village du Gard, non loin d’Anduze, dans les Cévennes, une petite maison. Celle-ci lui servira de maison de vacances, jusqu’à sa retraite où il s’y installera, définitivement. Il est mort le 17 juin 2006, à Alès, dans le Gard, en France. José LE MOIGNE a écrit un titre évocateur sur cet homme de métissage culturel : «Joseph Zobel : le cœur en Martinique, les pieds dans les Cévennes».
Bibliographie sélective
1 – Contributions de Joseph ZOBEL
ZOBEL (Joseph), D’amour et de silence, Provesta, 1994, 203 pages ;
ZOBEL (Joseph), Diab’la, roman antillais, préface de Georges Pillement, Paris, Bibliothèque de l’Union française, 1940, et 1979, Nouvelles éditions Latines, 174 pages ;
ZOBEL (Joseph), Gertal et autres nouvelles, éditions Ibis Rouge, 2002, 222 pages ;
ZOBEL (Joseph), Jours immobiles, Kraus Reprint, 1970, 217 pages ;
ZOBEL (Joseph), La Fête à Paris, Periodical Service Company, 1953, 256 pages ;
ZOBEL (Joseph), La rue Cases-Nègres, Paris, Présence Africaine, 1974, 240 pages ;
ZOBEL (Joseph), Laghia de la mort, Paris, Présence Africaine, 1978, 111 pages ;
ZOBEL (Joseph), Le soleil m’a dit, Paris, éditions Ibis Rouge, 2002 207 pages ;
ZOBEL (Joseph), Le soleil partagé, Paris, Présence Africaine, 1984, 215 pages ;
ZOBEL (Joseph), Les mains pleines d’oiseaux, Paris, Nouvelles éditions Latines, 1978, 157 pages ;
ZOBEL (Joseph), Mas Badara, Paris, Nouvelles éditions Latines, 1983, 150 pages ;
ZOBEL (Joseph), Quand la neige aura fondu, Paris, éditions Caribéennes, 1979, 145 pages ;
ZOBEL (Joseph), Si la mer n’était pas bleue,  Paris, éditions Caribéennes, 1982, 88 pages.
2 – Critiques de Joseph ZOBEL
CESAR (Sylvie), La «rue Cases-Nègres» du roman au film, Paris, L’Harmattan, 1994, 221 pages ;
LE MOIGNE (José), Joseph Zobel : le cœur en Martinique, les pieds en Cévennes, Ibis Rouge, 2008, 172 pages ;
TAHER (Amode), Analyse critique : la rue Cases-nègres, Vacoas (Maurice), Le Printemps, 1989, 67 pages ;
VALDOR (Sylvie), L’image de la femme dans les romans de Joseph Zobel : Diab’la, La rue Cases-Nègres, Les mains pleines d’oiseaux, 1993, 90 pages ;
ZOBEL (Jenny), Joseph ZOBEL : écrits inédits, Rivière Pilote, Collection régionale de Martinique, Connaissance du patrimoine, 34 pages ;
Paris, le 4 juin 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Joseph ZOBEL (1915-2006), un écrivain au carrefour de plusieurs civilisations, entre
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 10:58

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 2 juin 2016.

Sous la forme d'une lettre à son fils, Samori (prénom d’un résistant guinéen à la colonisation), M. COATES, appartenant la génération d’écrivains moins académiques, mais plus radicaux, face à la montée du conservatisme de Donald TRUMP, explore dans «Une colère noire», c’est-à-dire le racisme sur lequel se sont bâtis les Etats-Unis, le sentiment de dépossession physique induit par les brutalités policières et discriminations. M. COATES décrit la vie des Noirs aux Etats-Unis, comme des prisonniers du racisme, de la violence et du prétendu "Rêve" américain. M. COATES pourfend un des préjugés sur l’homme noir, souvent considéré comme un père absent et adulte irresponsable : «Je te le dis : cette question - comment vivre avec un corps noir dans un pays perdu dans le Rêve - est la question de toute ma vie». La mort de Mickael BROWN, en 2014, à Ferguson, au Missouri, est une des sources d’inspiration de ce livre. «Voilà ce qu’il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition, un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher» souligne Ta-Nehisi COATES. Ce livre, primé aux Etats-Unis du prestigieux «National Book Award», devenu un grand classique et figure parmi les meilleures ventes, «la Colère noire» a bouleversé l’Amérique. «Je me suis demandé qui remplirait le vide intellectuel après la mort de James BALDWIN. Sans aucun doute, c’est Ta-Nehisi Coates» dit Toni MORISSON, prix Nobel de littérature. M. COATES reconnaît avoir été inspiré par James BALDWIN (sur cet auteur voir mon post du 20 mai 2016) qui «est l'un des essayistes les plus importants à mes yeux, mais surtout pour sa façon d'écrire, le rythme, le son, le style. J'admire aussi le courage de BALDWIN. Car il y a une grande tentation de conforter le lecteur dans son sentiment que tout va bien, et ce n'est pas celle de BALDWIN. En écrivant, je pensais à "La Prochaine Fois, le feu", son livre si dense, si concentré, oui, je cherchais à écrire un livre comme celui-là, pas avec les mêmes idées politiques, mais avec le même pouvoir, la même esthétique. C'était mon but quand j'ai commencé» dit-il.

L’auteur vit actuellement sa famille, près de la Place République, à Paris. «Quand je suis arrivé en 2013 pour un week-end, je suis tombé amoureux de cette ville (Paris), immédiatement. La seconde fois, je suis resté deux mois. Et maintenant, je suis là pour un an. Chaque journée devient une étude d'anthropologie» dit COATES à propos de la capitale française. Mais il n’aime pas Paris, pour les mêmes raisons que l’écrivain américain, Richard WRIGHT : «Je ne suis pas sûr d'aimer Paris pour les mêmes raisons que d'autres écrivains noirs. J'adore Paris pour des raisons plus simples. Je ne veux pas dire à d'autres Africains américains que les choses sont meilleures à Paris ! Elles le sont pour moi : j'adore le Musée Rodin, j'aime cuisiner, la cuisine est très importante pour moi ! A Paris, je suis américain avant d'être noir» dit-il. Ou encore il précise les raisons pour lesquelles il a quitté les Etats-Unis : «au moment où j'ai quitté les Etats-Unis, quand je marchais dans la rue, les gens me reconnaissaient et cela me mettait très mal à l'aise. En France, je suis anonyme. A Paris, je me sens moi-même».

Ta-Nehisi COATES, journaliste à «The Atlantic» qui a reçu le prix Hillman pour le journalisme d’opinion et d’analyse en 2012, est né le 30 septembre 1975, à Baltimore, une des villes les plus violentes d’Amérique. «Etre Noir, dans Baltimore de ma jeunesse, c’était comme être nu face aux éléments, face aux armes à feu, aux coups de poing, aux couteaux, au crack, au viol, à la maladie». Pourtant, et pour COATES, cette nudité n’a rien d’une erreur, rien de pathologique elle n’est que le résultat logique et volontaire d’une politique, la conséquence prévisible de ces siècles passés à vivre dans la peur. «C’est le système qui fait de ton corps un objet destructible» dit-il.

M. COATES n’éprouve aucune peur de séjourner à Paris : «En France, je ne ressens pas cette relation entre le pays et moi. (Surtout avec mon accent qui me fait passer d'abord et avant tout pour un Américain.) Ici, vous avez la relation coloniale, que peut ressentir un Sénégalais ou un Maghrébin par exemple. À l'inverse, les Africains qui viennent aux USA apprécient de ne pas sentir de relation historique entre eux et l'Amérique» dit-il. Le père de COATES était un des leaders des «Panthères noires», mais l’auteur refuse de s’engager en politique. Il veut être un écrivain et un journaliste : «Quand j'étais jeune, j'étais très frustré car je sentais que je ne pouvais rien changer, je pensais que je devais accepter cela. Mais par la suite, il s'est agi de réfléchir à quoi l'on sert, pourquoi on en est là, et je me suis dit que j'étais là pour l'écriture, et maintenant pour ma femme, mon fils ; mais pas pour les grandes choses» dit-il.

Le professeur Alain MABANCKOU (sur cet éminent universitaire, voir mes posts des 26 mars 2016 et 1er mai 2016), qui triomphe en ce moment au Collège de France, a préfacé cet ouvrage. Le professeur MABANCKOU, qui est également l’auteur du «Sanglot de l’homme noir» a établi, dans cette préface de la «Colère noire» une savante démonstration, un parallèle entre la situation des Noirs en Amérique, en Europe et en Afrique. Pour les Africains en Afrique, «nous voulions changer notre terre, notre pays réel, dessaisir le colonisateur du pouvoir de décider à notre place, puisque lorsque la chèvre est là, il ne faut surtout pas bêler à sa place». Tandis que le Noir américain «lutte pour être reconnu comme citoyen à part entière». Mais le passé d’esclave est un élément «constitutif de l’identité noire américaine, bien au-delà de l’appartenance à la nation américaine», au «rêve américain». Pour le professeur MABANCKOU, et à l’instar de la lucidité de James BALDWIN, cet ouvrage «Colère noire», apporte une «modernité et une fraîcheur de regard qui remettent en selle les grands principes civiques». En Europe, le professeur MABANCKOU fait le constat qu’en dépit du principe de l’affirmation de l’égalité républicaine, «La France n’a pas encore réglé les conséquences de son passé colonial. Il est urgent que la France combatte systématiquement une certaine conception rétrograde de la composition de sa population». Il y a une sorte de crispation lorsque la «couleur est au cœur du débat». Le professeur MABANCKOU estime que l’ouvrage «La Colère noire» arrive à un bon moment où en France quelques voix veulent nous persuader que «le raciste devient un résistant, un courageux face à la pensée unique».

Pourtant, son fils est de la génération OBAMA, premier président noir des Etats-Unis. Mais l’élection de Barack OBAMA, aussi symbolique qu’elle soit, n’a pas réglé la question du racisme. «Avant l'élection d’OBAMA, il était inenvisageable de dire qu'un Noir pouvait devenir président des Etats-Unis... Cela est important pour chacun, pour chaque personne, de voir que c'est possible. C'est comme pour mon succès, c'est individuel : cela ne concerne pas le groupe. Je rappelle souvent que ce n'est pas parce que Léon Blum a été chef du gouvernement français que la France n'a jamais connu de problème d'antisémitisme» dit-il. Chaque été, la Maison Blanche publie les titres des livres emportés par Barack Obama sur l’île de Martha’s Vineyard. Le fait que la présidence ait fait connaître à l’opinion publique de l’intérêt pour ce livre a dopé les ventes.

Ce que M. COATES appelle «le Rêve», c'est cette idée selon laquelle les Etats-Unis furent créés sans faire de mal, sans porter préjudice à personne. L'histoire des Etats-Unis est plutôt intrinsèquement liée à l'oppression, à la destruction du corps des Noirs. “L'essentiel pour moi, c'est la lutte. La lutte quotidienne pour l'égalité”, dit-il. Cette contribution plonge dans la machine raciste américaine, fondée sur la destruction et la dépossession du corps noir. M. COATES met en garde son fils : «N’oublie jamais que pendant deux cent cinquante ans les personnes noires naissaient enchaînées, des générations entières, suivies par d’autres générations, n’ont rien connu d’autre que les chaînes». Pour M. COATES le «Rêve» n’est que «le résultat d’un pillage : celui de la vie, de la liberté, du travail et de la terre». 2015 fut une révélation pour l’adolescent : «Tu sais à présent que les services de police de ton pays ont été dotés du pouvoir de détruire ton corps. Peu importe que cette destruction soit le résultat d’une réaction malencontreuse et excessive. Les auteurs de cette destruction auront rarement des comptes à rendre. Pour la plupart, ils percevront leur retraite» dit-il. «Je n’ai aucun contrat social avec les criminels qui vivent dans ma rue, alors que je paye les policiers censés me protéger avec mes impôts. Une bavure policière n’est pas juste un meurtre, c’est une trahison» pense Ta-Nehisi COATES.

«Ta-Nehisi Coates appartient à cette nouvelle génération d’intellectuels noirs qui ne croient pas en Dieu, ni en la rédemption, ni au fait de tendre l’autre joue. Ils ne veulent pas être des martyrs comme Martin Luther King. Ils croient en l’instant présent et ne veulent plus attendre» entonne Manthia DIAWARA, un écrivain d’origine malienne, enseignant à l’Université de New York. Du même coup, la vieille garde des droits civiques s’est retrouvée discréditée au moment où les tensions raciales étaient ravivées par différents meurtres de Noirs aux Etats-Unis par la Police. «Les intellectuels noirs ont vendu leur âme. Ils sont devenus des pom-pom girls pour Obama ou des experts en autopromotion» souligne Eddie S. GLAUDE. «L’élection d’Obama a fait croire à l’avènement d’un monde "postracial". La réalité des violences policières a été un retour sur terre, un choc. Il fallait des gens pour mettre les mots sur ce traumatisme», analyse Louis-George TIN. L’auteur appartient à une génération qui n’est ni «dans la recherche de validation ou d’inclusion, ni dans l’opposition au mainstream, mais à la recherche de sa propre voie», estime Chris JACKSON, l’éditeur afro-américain de COATES. Cet intellectuel médiatique a su utiliser sa position de journaliste pour porter sur la place publique «des problématiques communautaires généralement peu débattues dans les médias de masse, tout en gardant un point de vue très afro-américain», analyse Maboula SOUMAHORO, maître de conférences et membre du Cercle d’études afro-américaines et de la diaspora.

Comme le fait remarquer, fort justement, dans sa préface, le professeur MABANCKOU, la peur qui anime M. COATES n’est pas celle des Blancs, mais celle des autres Noirs. Mais M. COATES comprendra plus tard que cette violence des Noirs contre leur propre communauté n’était en réalité que «le produit du racisme blanc». Pour COATES, s’adressant à Samori, son fils «Aucune technologie n’aurait pu combler le fossé entre deux mondes, le sien et celui au nom duquel j’étais inviter à te parler». La démocratie américaine, le progrès de l’Amérique blanche est fondé sur le pillage et la violence. «J’ai senti en moi une tristesse ancienne, profonde et confuse» dit-il. Les Américains vouent un culte à la démocratie, mais ils l’ont trahie cette démocratie. C’est une hérésie que de se réclamer de la démocratie et pratiquer «la torture, le vol et l’esclavage». L’Amérique se croit exceptionnelle, elle se voit comme la nation la plus grande et la plus noble. «On ne peut pas en en même temps prétendre être surhumain et plaider que l’erreur est humaine», dit-il. La race naît du racisme, et non le contraire. «La façon dont on nomme les gens n’a jamais été une affaire de généalogie, ni de physiognomonie. Elle est plutôt une affaire de hiérarchie» dit-il.

COATES résume brutalement la situation des Noirs en Amérique : "Si tu es né noir, tu es né en prison". Le drame des Noirs américains est immense. «Tout le monde avait perdu un enfant, d’une manière ou d’une autre : dans la rue, en prison, à cause de la drogue ou des armes à feu » dit-il. Les Noirs vivent dans la peur. «La violence naissait de la peur, comme la fumée naissait du feu» dit-il. M. COATES fait une recommandation à son fils : «Tu devrais préserver ta vie, parce que ta vie et ton corps valaient autant que ceux de n’importe qui, parce que ton sang était aussi précieux que ce joyau». M. COATES est habité par un désir irréductible, irrépressible, de libérer son corps de ses chaînes et d’atteindre la vitesse de libération.

M. COATES avait pour souci d’être bien éduqué, d’aller à la «Mecque», c’est-à-dire à l’université Howard. L’école est présentée traditionnellement non pas comme un lieu d’apprentissage fondamental, mais comme moyen d’échapper à la mort et à l’emprisonnement. En fait, l’école telle est conçue «sanctifie l’échec et la destruction». La salle de classe reste une prison. Il faut être curieux, lire et se construire une bibliothèque « ouverte, infinie et libre ». Selon COATES, le but de son éducation est une forme d’inconfort, un processus qui n’est pas destiné à lui récompenser son propre rêve, mais «qui, au contraire, devait briser tous les rêves, tous les mythes réconfortants de l’Afrique, de l’Amérique, de toutes les parties du monde, pour me laisser face à l’humanité dans ce qu’elle a de plus terrible ».

Par ailleurs, de sa rencontre avec une fille aux longs drealocks, qui vivait avec un homme blanc, avec des pratiques homosexuelles a changé sa vie avec de nouvelles formes d’aimer. M. COATES appris à être tolérant, et «l’amour doit être doux et compréhensif, et l’amour qu’il soit doux et lent, était un acte héroïque».Quelles perspectives ?

Le professeur MABANCKOU propose le recours à deux principes, afin de mieux combattre la haine : la création et la liberté de penser. Le raciste inspiré du crétinisme, incapable de créer et penser librement, est trop «préoccupé à détruire». En définitive, le professeur MABANCKOU pense que ce livre, «La Colère noire», est une «invitation au dialogue, ce dialogue qui aboutira, un jour, à ce que Derek WALCOTT, appelle la culture de la courtoisie et de l’échange».

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

COATES (Ta-Nehisi), Une colère noire, lettre à mon fils, traduit de l’anglais par Thomas Chaumont, préface d’Alain Mabanckou, Paris, Autrement, janvier 2016, 202 pages, prix 17 € ;

En langue anglaise :

COATES (Ta-Nehisi), Between the World and Me, Random House Pushing Group, juillet 2015, 176 pages.

Critiques

MARIN LA MESLEE (Valérie), «TA-NEHISI Coates, un Africain-Américain à Paris», Le Point, édition du 28 janvier 2016 ;

CERF (Juliette), «Entretien avec TA-NEHISI Coates», in Télérama, du 8 février 2016 ;

GENDRON (Guillaume), «TA-NEHISI Coates, la cause noire à bras-le-corps», Libération du 14 février 2016 ;

CESSOU (Sabine), «La colère noire de Ta-Nehisi Coates», RFI, les Voix du Monde, 14 avril 2016 ;

LEVENSON (Claire), «Ta-Nehisi Coates, chroniqueur de la rupture radicale entre Noirs et Blancs aux Etats-Unis», Slate, 15 septembre 2015 ;

TIN (Louis-Georges), «Ta-Nehisi Coates, entre rage et peur», Le Monde des Livres, 20 janvier 2016 ;

BISSON (Julien) «Ta-Nehisi Coates lance un cri de rage contre le racisme aux Etats-Unis», L’Express du 27 janvier 2016.

Autres ouvrages en relation avec le thème abordé par Ta-Nehisi Coates

BALDWIN (James), La prochaine fois, le feu, traduction de Michel Sciama, préface d’Albert Memmi, Paris, Gallimard, Collection Folio, 1962 et 1963, 136 pages ;

MABANCKOU (Alain), Le sanglot de l’homme noir, Paris, Fayard, 2012, 178 pages.

Paris, le 28 mai 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Ta-Nehisi COATES et son livre : Une colère noire, lettre à mon fils», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Ta-Nehisi COATES et son livre : Une colère noire, lettre à mon fils», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 12:14
«Aimez ce que j’écris et non ce que je suis» proclame James BALDWIN qui se dit avoir été profondément marqué par un triple particularisme, celui d'être noir, pauvre et homosexuel. L'écrivain noir américain James BALDWIN évoque dans la «prochaine fois, le feu», son enfance dans le ghetto de Harlem, en butte au racisme. Héritier de la tradition du prêche et du sermon des Églises afro-américaines, il n'eut de cesse de confronter l'Amérique à ses mensonges et démons. : «Il m’a fallu beaucoup d’années pour vomir toutes les saletés qu’on m’avait enseignées sur moi-même, et auxquelles je croyais à moitié, avant de pouvoir arpenter cette terre comme si j’y étais autorisé» dit-il. Dans la tourmente des mouvements Noirs, BALDWIN devint une voix prophétique, celle d'un «peuple invisible», opprimé, demandant reconnaissance. «C’est l’innocence qui constitue le crime» dit-il. Comme jeune pasteur, puis après avoir quitté l'église comme militant et écrivain, James BALDWIN découvre le pouvoir du verbe et ce que représente d'être «investi d'une parole qui se doit d'être prononcée haut et fort, envers et contre tous". «Témoigner de la vérité», telle est la tâche que s'assigna James BALDWIN. Sa vie offre un brillant témoignage des forces de l’esprit face à l’adversité et à la discrimination, une preuve criante du pouvoir des idées  et des mots pour changer la société et les hommes. Son rôle en tant qu’artiste, comme il le disait lui-même, est «d’illuminer cette obscurité, de tracer des chemins à travers de vastes forets pour que nous ne perdions pas de vue le sens dans l’effervescence de nos actes, et pour que nous fassions du monde un endroit plus habitable».
James BALDWIN est laid et petit, mais il sait faire, avec ses  écrits du grand bruit. Né de père inconnu le 2 août 1924, à Harlem (New York), avec un père adoptif pasteur et une mère, faisant des ménages pour nourrir neuf enfants, qui s’est remariée alors qu’il avait trois ans avec un prédicateur très strict. Sa mère refusera toujours de lui révéler l’identité de son père biologique.  Il commence par découvrir les vertus de la lecture en fréquentant assidûment la bibliothèque publique de son quartier. C’est son institutrice qui lui donne le goût de la lecture «A ce moment-là, j’avais été pris en main par une jeune institutrice blanche du nom de Bill Miller une belle femme, très importante pour moi. Elle m’a donné des livres, m’a parlé de ces livres et du monde : de l’Ethiopie, de l’Italie, et du Troisième Reich allemand. Elle m’a emmené voir des pièces et des films auxquels personne n’aurait imaginé emmener un garçon de dix ans» dit-il. Jeune, il croyait que les Blancs étaient des héros «Parce que Oncle Tom refusait de se faire vengeance, il n’était pas un héros pour moi. Aussi loin que je m’en souvienne, les héros étaient des Blancs, pas seulement à cause des films, mais à cause du pays dans lequel je vivais et que les films ne faisaient que refléter» dit-il. Prédicateur à 14 ans, l’adolescent rompt avec les bondieuseries à 17 ans, âge où il quitte également le domicile familial à cause de ses mauvais rapports avec son père adoptif. Il s’installe alors à Greenwich Village, lieu de la marginalité par excellence, où s’affirme son homosexualité. Mais l’élève Baldwin est passé entre-temps par le lycée DeWitt-Clinton, dans le Bronx. C’est dans cet établissement qu’il termine ses études secondaires et découvre surtout sa vocation littéraire. Il écrit d’abord des articles pour des revues, avant de s’attaquer à la fiction. Aucun éditeur n’accepte ses textes. Pour James BALDWIN les écrivains ne sont pas des parlementaires, encore moins des procureurs. La littérature n’est ni sociologie ni Histoire.
 
BALDWIN reste un témoin majeur de son époque et a dénoncé les injustices dont les Noir ont été l’objet. «Je sais comment, en grandissant, on voit littéralement s’empiler autour de soi les cadavres de ses frères et sœurs. Pas pour quelque chose qu’ils auraient fait. Ils étaient trop jeunes pour avoir pu fait quoi que ce soit. Mais ce qu’on comprend, c’est quand on essaie de se tenir debout et de regarder le monde en face comme si on avait le droit d’être là, on attaque toute la structure du monde occidental. (…) Ce n’est pas un problème de race. C’est le problème c’est de savoir si vous acceptez, ou non, de regarder votre vie, d’en prendre la responsabilité et puis de vous mettre à la changer» dit BALDWIN.
 
James BALDWIN est un amoureux de la France : «A Paris, j’ai réussi à me débarrasser de tous les stéréotypes dont m’avaient infligé mes concitoyens... Et, une fois que vous vous en êtes débarrassé, c’est irréversible !... A Paris on me laissait tranquille - tranquille de devenir ce que je voulais devenir... Je pouvais écrire, penser, ressentir, marcher, manger, respirer librement. Aucune sanction ne venait frapper ces simples faits humains» dit-il. C’est en France James BALDWIN a connu sa période la plus faste, c’est en France qu’il a écrit ses plus grandes œuvres de fiction : «La Conversion», «La chambre de Giovanni» et «Un autre pays». Venu en France à 24 ans, en novembre 1948, il était d’abord parti poussé par un sentiment d’urgence. Noir, homosexuel et pauvre, il avait tout à craindre de l’intolérance qui sévissait à New York au milieu du siècle dernier. Au moment du départ, «ce n’était pas tant le choix de la France, il s’agissait avant tout de quitter les États-Unis. Si j’étais resté, j’aurai sombré. (..) Les années que j’ai passées à Paris m’ont apporté une chose : elles m’ont libéré de cette terreur sociale là qui n’était pas le fruit de mon imagination, une paranoïa, mais un danger social bien réel et visible sur le visage de tout flic, de tout patron, de tout le monde», écrit-il.  Dans la préface de sa pièce de théâtre, «le Coin des Amen», James BALDWIN est encore plus explicite sur les raisons de son exil : «Personne ne veut vraiment quitter son pays. J’étais parti parce que j’étais chassé du mien, parce que mon pays ne me permettait pas de grandir dans la direction que pusse prendre» dit-il. Il décrit les conditions de son arrivée en France : «J’arrivai à Paris avec quarante dollars et sans un mot de français». Cependant, le regard des Français sur les Noirs américains est différent de celui des New Yorkais Blanc : «La pauvreté n’est pas un crime à Paris ; elle ne signifie pas que vous êtes bon à rien».
Mais ce choix de la France ne relève pas entièrement du hasard, il s’inscrit dans un mouvement déjà suivi par nombre d’artistes noirs américains, ou de personnalités en exil comme Joséphine BAKER ou l’écrivain Richard WRIGHT, le mentor de James BALDWIN. «Durant mes années à Paris, rien d’américain ne m’avait jamais manqué, ni les gaufres, ni les glaces, ni les hot-dogs, ni le baseball, les majorettes, les films, ni l’Empire State Building, ni Coney Island, ni la Statue de la Liberté, ni le Daily News, ni Times Square. J’ai laissé derrière moi toutes ces choses. Elles auraient aussi bien pu n’avoir jamais existé, et les revoir ou non m’était absolument égal»  dit BALDWIN.  C’est finalement en France que BALDWIN s’installa en 1970, après des années d’errance entre Paris, la Suisse et la Turquie. Il emménagea dans un mas à Saint-Paul-de-Vence, et devint l’une des figures emblématiques de l’endroit et joua les hôtes pour la communauté noire américaine de passage en France, offrant le gîte aux plus illustres artistes de l’époque, Miles Davis, Harry Belafonte, Ella Fitzgerald ou Nina Simone. «James Baldwin a aimé la France. Mais la France se souviendra-t-elle de lui ?», écrit Raoul PECK.
Notre juste colère ne devrait pas nous aveugler. Ce que nous réclamons c'est notre juste place au sein de la société et dans le respect mutuel. On peut tenir ferme dans ses convictions en rejetant toute haine ou violence inutile parce que notre cause est fondée sur la justice. «Nous avons un cœur tendre, mais un esprit ferme» disait Martin Luther KING qui a fortement impressionné James BALDWIN. Quand on a raison, on doit pouvoir se préparer pour mourir, s'il le fallait, pour défendre une noble cause. Il n'y aura pas de paix durable sans justice et égalité. De ce point de vue, la lecture de la contribution littéraire de James BALDWIN m’a rassuré et conforté dans mes convictions que le sectarisme n’a aucun sens qu’en revanche, le respect de soi et l’Amour sont de puissantes armes contre la haine destructrice. James BALDWIN est resté animé du sens de la mesure, et nous exhorte dans ce combat contre le Mal à ne pas perdre de vue l'essentiel, le Bien finira par triompher.
I – James BALDWIN, l’écrivain, militant des droits civiques
1 -James BALDWIN et sa rencontre avec Martin Luther KING
Dans «Retour dans l’œil du cyclone» James BALDWIN revient sur les circonstances de sa rencontre avec Martin Luther KING et sa contribution dans la structuration idéologique du mouvement des Noirs. Ce qui frappe chez Martin Luther KING, dit BALDWIN c’est son éloquence. «Ce qu’il dit aux Noirs, il le dit aux Blancs ; ce qu’il dit aux Blancs, il le dit aux Noirs» dit-il. Les anciens dirigeants noirs avaient un discours ambigu, ils disaient aux « Blancs dépêchez-vous et au Noirs, attendez !». Cette clarté de Martin Luther KING en dit long sur lui-même. «Jamais il n’a été en conflit avec lui-même. KING aime réellement les personnes qu’il représente et ne ressent, par conséquent, aucun besoin caché, intime de détester les Blancs qui s’opposent à lui» souligne James BALDWIN. Martin Luther KING ne cherchait pas à provoquer des changements objectifs dans la vie de ses auditeurs. L’unique chose qu’ils venaient de chercher était la nourriture spirituelle nécessaire pour affronter les aléas d’une journée d’existence de plus. En revanche, les Noirs peuvent changer leur situation, s’ils le veulent. Martin Luther KING n’étant pas un démagogue, n’offre pas de réconfort facile. Il demande à ses ouailles le respect de soi et insiste pour qu’il y ait respect de soi : «Nous savons qu’il y a beaucoup de choses qui vont mal dans le monde blanc. Mais, il y a beaucoup de choses qui vont mal dans le monde noir, aussi. Nous ne pouvons continuer de blâmer sans cesse l’homme blanc. Il y a beaucoup de choses que nous-mêmes devons faire par nous-mêmes» dit Martin Luther KING. James BALDWIN a retenu une grande leçon de la vie de Martin Luther KING, à savoir que «le sectarisme est une maladie et que la première victime de cette maladie n’était pas la cible du sectaire, mais le sectaire lui-même. Et seul seul l’Amour pouvait sauver ces gens. Qu’en se libérant soi-même, il était possible de les libérer aussi».
James BALDWIN devient «l’intellectuel», la tête pensante du mouvement des droits civiques que dirige le jeune pasteur noir Martin Luther KING. En dépit de sa célébrité, il sera critiqué de toutes parts, son approche de la question raciale, base de toute la problématique, ayant été jugée insultante pour les Noirs. Certains de ses détracteurs iront jusqu’à l’accuser de «haine de soi» en tant que Noir. Que prône-t-il, au juste ?
Il insiste sur le rejet de la haine de l’autre, et prône sur ce qui rapproche le Blanc du Noir, plutôt que ce qui les sépare. Cette recherche de consensus, cette conjuration de l’affrontement par l’amour est résumée dans son livre The Price of the Ticket paru en 1985. Il écrit : «Chacun de nous, inéluctablement et à jamais, contient l’autre – il y a de l’homme dans la femme, de la femme dans l’homme, du Blanc dans le Noir, et du Noir dans le Blanc. Nous sommes une partie de chacun. Beaucoup de mes compatriotes semblent trouver cela très malcommode et même injuste. Mais personne n’y peut rien» dit-il. En effet, James BALDWIN, l’homme et son œuvre, jette un pont entre les continents et les hommes Intellectuel modéré, James BALDWIN ne laissa jamais séduire  par une politique du ressentiment, préférant la nuance et la complexité. «J’imagine qu’une des raisons pour lesquelles les gens s’accrochent à leurs haines avec tellement d’obstination, est qu’ils sentent qu’une fois la haine partie, ils devront affronter leurs souffrances» dit-il dans «Chronique d’un pays natal». BALDWIN a toujours essayé de trouver cette humanité, y compris chez ceux-là même qui détestaient les gens comme lui. Il savait que la haine et l’intolérance sont des poisons jumeaux pour ceux qu’ils affectent, qu’ils soient persécuteurs ou persécutés. Nous sommes tous, indépendamment de nos identités individuelles et des circonstances, enfermés dans les rôles que nous devons jouer. «Tous les rôles sont dangereux, c’est toujours très difficile de garder du recul, une distance critique entre soi tel qu’on semble être et soi tel qu’on est réellement» dit-il. Dans la lutte pour les droits civiques, James BALDWIN a produit deux ouvrages de propagande pour l’égalité des droits : «La prochaine fois, le feu» et «Personne ne sait mon nom».
2 – James BALDWIN et son ouvrage «La prochaine fois, le feu»
Dans «La prochaine fois, le feu», en lisant la préface d’Albert MEMMI, une sourde frayeur s’empare de vous.  «Tous les opprimés se ressemblaient. (…). Tous, ils subissent un joug qui laisse qui laisse des traces analogues dans leur âme et imprime un gauchissement similaire dans leurs conduites» souligne MEMMI. «La prochaine fois, le feu» est la mise en la dénonciation de la ségrégation raciale et la prétendue supériorité des Blancs qui serait conforme à la volonté divine, en raison de la malédiction de Cham. «Le monde est blanc et ils sont noirs» dit-il. Tout ce qui fait que «bien avant que l’enfant noir ne le perçoive et plus longtemps encore avant qu’il ne la comprenne, il a commencé à en subir les effets, à être conditionné par elle», à se mépriser. «Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition» dit Michel MONTAIGNE. Mais, pour ce qui est de l'homme noir, BALDWIN démonte qu'il porte en plus de cela la condition que l’homme blanc lui a assignée dans la société des hommes. Partout, en effet, les Noirs ne comprennent pas pourquoi les Blancs les traitent comme ils le font. Cette persécution, incompréhensible, qui confine le Noir dans son ghetto, rend la communication difficile ou impossible avec les autres, en raison d’une absence de mixité. «Je savais comment lutte en moi, la tendresse et l’ambition, la douleur et la colère et l’horrible écartèlement que je subis entre ces extrêmes» écrit James BALDWIN. La peinture qu'il fait alors des Noirs opprimés donne la sensation d'entendre gronder une sourde colère. «C’est une terrible découverte de l’opprimé lorsqu’il comprend qu’il n’a plus rien à perdre» dit Albert MEMMI. En dépit de ce constat sombre, James BALDWIN est d’une humanité bouleversante puisqu’il indique de manière claire l’alternative, seule capable d’arrêter cette course infernale de la pensée blanche nourrie par la chrétienté vers sa fin.
Mais ce qui fait que le ton reste effroyable, c'est que ceux qui en détiennent la clef n'en sont nullement conscients. Seul l’amour peut sauver le monde. Les Blancs en sont-ils capables ? Qui pourrait les réveiller pour qu'ils arrêtent cette machine infernale qui va les emporter et certainement nous avec eux ? La deuxième solution, un pendant de l’amour, c’est de «transcender les réalités sociales et religieuses». James BALDWIN assigne au mot «intégration» un sens précis : «Nous, à force d’amour, obligerons nos frères à se voir tels qu’ils sont, à cesser de fuir la réalité et à commencer à la changer». James BALDWIN a prévenu à défaut de cette solution fondée sur l’Amour, la prochaine fois, ce sera le feu. «Sache d’où tu viens. Si tu sais d’où tu viens, il n’y a pas de limite à là où tu peux aller» dit BALDWIN. Le Noir américain sait maintenant qui il est  et quelle sa place réelle au milieu de ses concitoyens. Lorsqu’un opprimé a entrevu la possibilité d’être libre et qu’il accepte d’en payer le prix, il est vain d’espérer encore la paix pour longtemps. James BALDIN a posé correctement le problème : l’Amérique doit accepter de devenir une nation multiraciale ou la confrontation, la guerre. En effet, BALDWIN nous rappelle cette prophétie de la Bible : «Et Dieu dit à Noé, vois l'arc en ciel bleu. L'eau ne tombera plus. Il me reste le feu».
3 – James BALDWIN et son ouvrage
«Personne ne sait mon nom»
«Personne ne sait mon nom», c'est le témoignage pathétique d'un homme qui lutte, pour que prenne fin le drame qui déchire les États-Unis. James BALDWIN en militant actif des droits civiques qui avait accompagné Martin Luther KING, y  évoque son séjour en Europe ; il détaille ses impressions, lors de son retour en Amérique et à Harlem, de son premier voyage dans le Sud au moment où éclatait la bataille pour l'intégration scolaire. Ce recueil d'essais contient en outre des portraits pénétrants de Richard WRIGHT et de Norman MAILER, une critique passionnée de la défense du vieux Sud par William FAULKNER et une peinture de Harlem qui a suscité de véhémentes controverses. Le problème noir occupe une place importante dans ce maître livre et de nombreux thèmes apparaissent sans cesse : relations entre Blancs et Noirs, rôle des Noirs en Amérique et en Europe, question de l'identité sexuelle. Une préoccupation essentielle domine l'ensemble : faire face à la vérité, qu'elle plaise ou non, car c'est là, affirme James BALDWIN, le rôle et la justification de l'écrivain. Aucun auteur, qu'il soit blanc ou noir, n'a exposé avec une telle intensité et une telle éloquence les revendications d'une minorité opprimée, tout en condamnant avec vigueur les excès des extrémistes de tous bords.
II – James BALDWIN, un écrivain sur la question identitaire et les relations raciales
 
L’assassinat des trois principaux leaders noirs Medgar EVERS, Malcolm X et, surtout, Martin Luther KING le blesse profondément et font douter Baldwin de la capacité des Etats-Unis à pouvoir se réformer. Il va désormais passer la majeure partie de son temps en Europe, s’installant d’abord à Istanbul, de 1965 à 1967, puis, en France, à partir de 1970. Il faudra attendre le roman Si Beale Street pouvait parler (1974) pour voir l’écrivain renouer avec un certain optimisme et adopter un nouveau credo: l’amour comme ultime moyen de survie. Son dernier chef-d’oeuvre, Harlem Quartet (1979) nous présente en une symphonie fantastique, toute la gamme des sentiments humains. «J’aimerais me servir du temps qui me reste pour changer le monde. Pour enseigner aux enfants ou transmettre aux gens qui ont des enfants, l’idée que la vie est sacrée».  dit-il
 
Dans «l’homme qui meurt», (Tell me How Long the Train's been Gone)  James BALDWIN raconte à la première personne l'histoire d'un célèbre acteur noir américain, Léo PROUDHAMMER. Ce comédien de trente-neuf ans, un soir, au cours d'une représentation dans un théâtre de San Francisco, est terrassé par une crise cardiaque. Transporté à l'hôpital, il se voit imposer une période d'immobilité au cours de laquelle il revit en pensée son enfance, sa jeunesse et les débuts de sa carrière d'acteur. "L'homme qui meurt" est un roman dans lequel il raconte comment, à 10 ans, battu par des policiers blancs, il découvre qu'il est noir. Il a quitté les Etats Unis dit-il pour éviter de devenir fou comme son père, drogué ou criminel. BALDWIN incarne le sens de la mesure. Militant des droits civiques engagé et l'écrivain passionné, il refusait toute catégorisation, qu’elle soit raciale, sexuelle, religieuse ou politique. Il représente une position particulière, non conforme dans l'univers des auteurs noirs américains. Position qui lui permet de développer une pensée complexe, libérée de tout dogme. La question de l'Autre, de son humanité, et la reconnaissance de l'Autre en soi, est centrale chez BALDWIN. En ce sens, bien que profondément critique envers la société blanche américaine, il évitera les amalgames faciles, les tentations manichéennes : «Il faut arracher ces masques sans lesquels nous craignons de ne pouvoir vivre» écrira-t-il.
«La Conversion» est un roman semi-autobiographique qui raconte l'histoire d'un jour, son anniversaire, dans la vie d’un pauvre gamin de 14 ans, John Grimes, qui passe la majeure partie de son temps à parcourir les rues de New York et à méditer sur les différents démons qui règnent sur sa vie : son beau-père, un prédicateur violent, son église, et la société raciste dans laquelle il a eu le malheur de naitre. Le roman capture un aspect essentiel de la vie en Amérique, ses contradictions et ses séductions, ce mélange aigre-doux d'amour et de haine que beaucoup ressentent envers le pays. Tourmenté par l'idée de péché, après être allé jusqu'aux racines de sa culpabilité, il lui semble à l'aube du dimanche avoir connu son moment de vérité. Dans ce premier roman écrit en 1952, James Baldwin raconte, avec des accents d'une sincérité déchirante, à la fois son expérience et une odyssée collective, celle d'une famille aux attitudes violemment contrastées, celle d'un peuple venant du Sud rural dans un ghetto du Nord. Ce roman, devenu un classique, est un des premiers livres sur la condition des Noirs.
«La chambre de Giovani» décrit les histoires d'amour tourmentées et douloureuses d'un jeune Américain à Paris dans les années cinquante. La sincérité et l'audace avec lesquelles James Baldwin décrit le trouble émotionnel de David, déchiré entre Giovanni, un homme, et Hella, une femme, font de ce livre un classique. Se réfugiant derrière un choix qu'il croit possible, il ne réussit que très maladroitement à ne pas s'avouer que le seul mal dont il souffre et qu'il répand derrière lui n'est en fait que son incapacité d'aimer. Tout choix alors lui est dès le départ impossible. Comment peut-on choisir entre deux êtres que l'on croit aimer alors que ces deux amours en fait n'existent pas. Le mensonge de l'un génèrera la violence de l'ange. C'est beau, c'est magnifiquement écrit, une véritable tragédie. Le narrateur est lâche, une "honteuse", qui plus est, loin de son Amérique puritaine natale et de son père : un peu facile ! L'auteur réussit cependant à nous faire prendre en affection Giovanni dans le sort qui l'attend, et à nous faire détester ou prendre en pitié un narrateur englué, malgré lui, dans les conventions de son époque.
Dans «un autre pays», Rufus SCOTT n'en pouvait plus de vivre dans le monde cruel et implacable des Blancs, humilié, abandonné de tous, écrasé par le poids d'une cité inhumaine. Par une nuit froide de novembre, il est allé s'engloutir à jamais dans l'eau glacée du fleuve. Ce drame est le point de départ d'une œuvre émouvante, violente et passionnée dont les personnages, à la recherche d'eux-mêmes et du bonheur, tentent désespérément de renverser les barrières de la ségrégation raciale et des conventions bourgeoises.
«Le coin des Amen», est une pièce de théâtre dans laquelle sœur Margaret, séparée de son mari Luke, trompettiste de jazz, et vivant avec leur jeune fils David, célèbre le culte dans l'église d'une communauté noire. Ce qu’évoque James BALDWIN ce n’est une catégorie de personnes, non pas parce qu’ils sont Noirs, mais parce qu’ils appartiennent à la catégorie de personnes les plus défavorisées de New York. Mourant d'alcoolisme, Luke revient vers sa femme, tandis que David, au contraire s'en va, révolté par le milieu étroit et dévot où il a vécu. Qu'enseigne souverainement le Seigneur ? Une loi unique triomphe de tous les hommes et de tous les cantiques, celle de l'amour absolu entre les hommes. La préface écrite en excellent anglais par BALDWIN pour présenter son texte donne au lecteur un étonnant tableau autobiographique de ce très grand écrivain noir. BALDWIN considère qu’écrire cette pièce est un «geste désespéré et un peu dément». Il s’agit de traiter des «aspects obscurs» de la vie des Noirs. «L’amour, la compassion qui viennent toujours à nous, sous des aspects inattendus, n’ont rien à voir avec la couleur de peau» souligne James BALDWIN. Il explique les motivations profondes qui ont abouti à l’écriture de cette pièce de théâtre. Il pense d’abord à lui-même : «C’est terrible à penser que l’amour ne meurt jamais ! Cette ligne, bien entendu, en dit plus long sur moi, toute la pièce en dit plus long sur moi». BALDWIN pense, non seulement à l’atroce détresse de sa vie privée, mais aussi aux souffrances de son père «au pesant fardeau qu’avait porté son père. J’étais d’âge, enfin !, à comprendre combien dure avait été sa vie». BALDWIN pense aussi à sa mère qui a élevé ses neufs enfants «aux stratagèmes auxquels elle était forcée de recourir pour sauver ses enfants de la destruction qui les attendait sur le pas de la porte». Dans cette pièce de théâtre, «Le Coin des Amen», James BALDWIN entrevoit l’espoir, la clef du Royaume. « Le Royaume, c’est l’amour. L’amour n’est pas un retour en arrière vers le Moi, bien que seul le Moi puisse nous conduire à lui» dit-il.
Dans «Chassés de la lumière, la «question noire» est inséparable de la révolution.  «Cette histoire n’a été qu’un joug intolérable, une horrible prison, une tombe», écrit-il. De quoi BALWDWIN parle-t-il dans «Chassés de la lumière» ? Il y évoque l’histoire des Noirs écrite par les Blancs en général, et par William FAULKNER, en particulier, mais aussi de l’histoire des Noirs écrite par des Noirs subjugués par le joug blanc. L’Histoire est un piège. Soulever le joug, faire tomber les murs de cette prison, ouvrir cette tombe, tel est le défi que James BALDWIN releva en dramaturge, romancier et essayiste noir américain. «Les risques sont si grands et le chemin à parcourir si long encore et si dangereux qu’il n’y a pas de temps à perdre et que chaque action en acquiert un caractère d’urgence impersonnelle», poursuit-il. Ouvrage de propagande, James BALDWIN y achève sa radicalisation politique. Véritable récit de la crise de la suprématie blanche, Chassés de la lumière est une traversée des années 1960, de leurs luttes, de leurs espoirs ; c'est aussi la fresque amère d'une Amérique blanche agrippée à ses privilèges.
L’œuvre de BALDWIN trace un chemin de libération, et l'énigme de son écriture est à déchiffrer dans le fait que, pour lui, ce chemin est nécessairement tortueux. C'est ce qui fait l'unité de son approche : isoler des points de vue et les faire travailler, réfléchir, penser et repenser une situation. «La vérité qui libérera les Noirs libérera aussi les Blancs mais ceux-ci ont du mal à l’accepter» dit-il. Cette affirmation qu’il n’est pas possible de libérer les Noirs sans libérer les Blancs, James Baldwin l’exprime par le biais d’une série d’épisodes vécus qui entrent en résonance avec des évènements de la grande Histoire (assassinat de Martin Luther King, guerre d’Algérie, révolte dans la prison d’Attica). Son écriture introspective se fait l’écho d’une expérience collective et nous renseigne sur l’universalisme d’un militant considéré à tort comme « modéré » parce que réticent à l’égard du «nationalisme noir» cher à Malcolm X. Pourtant, dans sa dénonciation des rapports de race et du pouvoir politique, ce texte, à la fois récit autobiographique, pamphlet et essai littéraire, se place d’emblée dans la lignée des «Black Panthers».
C’est à Saint-Paul de Vence qu’il finit ses jours le 1er décembre 1987, un an après avoir reçu la Légion d’Honneur des mains du président MITTERRAND. «Peut-être l’origine de toutes les difficultés humaines se trouve-elle dans notre propension à sacrifier toute la beauté de nos vies, à nous emprisonner au milieu des totems, tabous, croix, sacrifices du sang, clochers, mosquées, races, armées, drapeaux, nations, afin de dénier que la mort existe, ce qui est précisément notre unique certitude. Il me semble à moi que nous devrions nous féliciter de l’existence de la mort, nous décider à gagner notre mort en faisant passionnément face aux mystères de la vie. Nous sommes responsables envers la vie. Elle est le point lumineux dans toutes ces terrifiantes ténèbres desquelles nous sommes issus et auxquelles nous retournerons. Il nous faut négocier ce passage aussi noblement que nous en sommes capables par égard à ceux qui viendront après nous», écrit James BALDWIN dans «La prochaine fois, le feu». Cependant, James BALDWIN se dit optimiste : «Je suis obligé de croire que nous pouvons survivre à ce qui met notre survie en jeu. L’avenir des Noirs dans ce pays sera exactement aussi radieux aussi sombre que celui du pays. C’est entièrement au peuple américain et à ses représentants, qu’il revient de décider s’il va, ou non, regarder en face cet étranger qu’il calomnie depuis si longtemps, s’occuper de lui et l’embrasser. Ce que les Blancs doivent faire, c’est de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un «Nègre», parce que je ne suis pas un «Nègre», je suis un Homme» disait BALDWIN.
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
1 – Contributions de James Baldwin
BALDWIN (James)  KAHANE (Eric), Sans allusion, Paris, Julliard, 1964, 75 pages ;
BALDWIN (James) HALEY (Alex), Le jour où j’étais perdu (One Day I Was Lost), autobiographie de Malcom X, Paris, Stock 1973, 315 pages ;
BALDWIN (James), Chassés de la lumière (No Name in the Street), Paris,  Stock, 1972,  251 pages ;
BALDWIN (James), Chronique d’un pays natal (Notes of Native Son), Paris, Gallimard, 1988, 213 pages ;
BALDWIN (James), Face à l’homme blanc (Going to Meet the Man), traduction Jean-René Major, Paris, Gallimard, 1988, 286 pages ;
BALDWIN (James), Harlem Quartet (Just Above Me), Paris, Stock, 1978 et 2017, 569 pages ;
BALDWIN (James), L’homme qui meurt (Tell Me How Long the Train’s Been Gone), traduction par Jean Autret, Paris, Gallimard, 1988, 446 pages ;
BALDWIN (James), La chambre de Giovanni, traduit de l’anglais, par Elisabeth Guinsurg, Paris, Rivages et Payot, 1998, 201 pages ;
BALDWIN (James), La conversion (Go Tell it to the Mountain), Paris, Rivages, 2004, 313 pages ;
BALDWIN (James), La prochaine fois, le feu (The Fire Next Time), préface d’Albert Memmi, traduction de Michel Sciama, Paris, Gallimard, 1988, 123 pages ;
BALDWIN (James), Le coin des Amen (The Amen’s Corner), traduit de l’anglais par Marguerite Yourcenar, Paris, Gallimard, 1983, 114 pages ;
BALDWIN (James), Le diable trouve à faire (Devil Finds Work),
BALDWIN (James), MEAD (Margaret), Le racisme en question, préface de Roger Bastide, Paris, Calmann-Lévy, 1972, 303 pages ;
BALDWIN (James), Personne ne sait mon nom, traduction de Jean Autret, Paris, Gallimard, 1993, 249 pages ;
BALDWIN (James), Retour dans l’œil du cyclone, traduction de Hélène Borraz, Paris, Christian Bourgeois, 2015, 226 pages ;
BALDWIN (James), Si Beale Street pouvait parler (If Beale Street Talk), préface de Magali Berger, Paris, Stock, 1993, 239 pages ;
BALDWIN (James), Un autre pays (Another Country), traduit de l’anglais par Jean Autret, Paris, Gallimard, 1964, 464 pages ;
BALDWIN, (James), Les élus du Seigneur, Paris, La Table ronde, 1957, 261 pages ;
BALDWIN, (James), PECK (Raoul), I am not your Negro, Paris, Robert Laffot, Velvet Film, 2017, 138 pages.
2 – Critiques de James BALDWIN,
BLOOM (Harold), éditeur, James Baldwin, New York, Chelsea House, 2006, 158 pages ;
BRODIN (Pierre, E.) «James Baldwin, L’homme qui meurt», LIBERTE, 1974, n°1, vol 16 (91) pages 120-128 ;
DAUTREY (Marianne), «James Baldwin ou l’écriture noire de l’histoire», Le Monde des Livres, 1er avril 2015 ;
DEPARDIEU (Benoît), James Baldwin, l’étendue des choses qu’on ne dit pas, Paris, Belin, 2004, 126 pages ;
DICKSTEIN (Morris), James Baldwin, Pasadena (Californie), Salem Press, 2011, 455 pages ;
GOMMARD (Jean-François), Le problème noir dans les œuvres de Richard Wright et de James Baldwin, Paris, Naaman, 1984, 335 pages ;
KOUADIO (Fily), L’esthétique de James Baldwin face à l’élaboration des canons de la littérature afro-américaine, thèse sous la direction d’Alain Suberchicot, Clermont-Ferrand, Université Blaise Pascal, 1997, 2 vol 521 pages ;
NIGDELIAN-FABRE (Valérie), «La prochaine fois, le feu», Le Matricule des Anges, n°163, mai 2015 ;
NJAMI (Simon), James Baldwin ou le devoir de violence, Paris, Seghers, 1991, 269 pages ;
O’DANIEL (Therman, B), James Baldwin et son oeuvre, traduction Catherine Kieffer, Paris, Nouveaux Horizons, 1980, 255 pages ;
Paris, le 21 mai 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«James BALDWIN (New York 1924 – Saint-Paul-de-Vence, 1987), écrivain noir américain et son sens de la mesure», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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«James BALDWIN (New York 1924 – Saint-Paul-de-Vence, 1987), écrivain noir américain et son sens de la mesure», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 13:10
Le 15 mai 1991 disparaissait, il y a de cela 30 ans, un géant mondial de la littérature africaine et gardien de la tradition orale, Amadou Hampâté BA, écrivain, philosophe, poète, ethnologue, historien et romancier. Je reprends à mon compte ce que disait le Directeur général de l’UNESCO : «Je n’ai pas eu la chance de connaître Amadou Hampâté Ba, et pourtant, je me sens proche de lui. Quand je le lis, j’entends des voix dont la résonnance a pour moi la même ampleur que celle d’Homère ou de Cervantès, et dont le timbre ressemble à celui de mon père, le Sage vers lequel je me tourne quand, dans le doute, j’ai besoin d’aspiration» écrit Frederic MAYOR. Peul, musulman, de culture française, bambara et animiste, Amadou Hampâté BA était un citoyen du monde «Ma race ? La race humaine» disait-il. Amadou Hampâté BA n’appartenait pas seulement qu’à l’Afrique, il était aussi, et surtout, un vestige, par la puissance de son message, du patrimoine mondial de l’Humanité. «Amadou Hampâté Ba est, sans doute, une des plus illustres figures des lettres africaines ; mais il est aussi un philosophe qui œuvre à l’émergence d’une civilisation plus humaine et plus fraternelle. Il ne cherche pas tant à revendiquer ou à combattre, qu’à éduquer : ce n’est pas tant «l’africanité» ou «la négritude» qui le préoccupaient, mais la perte de sens, la quête de l’être, au sens le plus universel. Le souffle qui l’anime, dont il tente d’être le passeur, plonge dans les racines les plus profondes de la culture : ce sentiment de Dieu, inhérent à l’humain» écrit Oscar BRENIFIER. Mémoire vivante de l’Afrique, «fils aîné» du XXème siècle, doté d’un sourire chaleureux et bienveillant, suivant Diélika DIALLO et cela est confirmé par sa fille, Inna Hampâté BA GABATO : «Je garde de mon père le souvenir d’un homme chaleureux et toujours souriant qui s’efforçait de vivre selon les conseils qu’il prodiguait aux autres» dit-elle. Pour le professeur Abdourahman WABERI, Amadou Hampâté BA est «une leçon d’humanité». Conciliateur, il savait dénouer les situations les plus tendues. Il avait l’écoute, le respect de l’autre et recherchait en permanence la compréhension mutuelle, la tolérance.
L’immense talent littéraire de Amadou Hampâté BA exprime «la qualité du regard même qu’il portait sur toutes les choses et qui lui faisait voir tout à la fois, profondément, de l’intérieur avec la connaissance authentique qui lui venait de son vécu, et de l’extérieur, avec une connaissance objective qu’il avait acquise par sa curiosité et la fréquentation de multiples cultures» écrit Christiane SEYDOU. Inspiré de la sagesse africaine, mémorialiste, la production littéraire d’Amadou Hampâté BA s’étendant de 1940 jusqu’à sa mort, se manifeste, avant tout, par sa grande diversité, sa prolixité et sa richesse : biographies, autobiographies, contes, romans, essais, ouvrages ethnographiques, historiques ou religieux. Il tire sa légitimité d’écrivain de son appartenance culturelle au monde peul, de son parcours intellectuel à l’école française, de son érudition ethnographique et historique, de son expérience au sein de l’administration coloniale, de l’IFAN et de l’UNESCO. Amadou Hampâté BA situe les religions africaines dans une «unité de la diversité» écrit Serigne Ababacar WADE, dans sa thèse. Ami des Dogons qui avaient protégé son père, dans ses écrits, la cohabitation du christianisme, de l’Islam et de l’Animisme est harmonieuse : «L’ensemble de ces croyances a reçu le nom d’animisme, de la part des ethnologues occidentaux, le Noir attribue une âme à toute chose, âme-force qu’il cherche à se concilier par des pratiques magiques, et parfois, par des sacrifices» écrit-il dans «Aspects de la civilisation africaine» dit-il. Dans ce multiculturalisme et pour Théodore MONOD, il y a entre la nature et l’homme «une profonde alliance».
Amadou Hampâté BA estimait que «l’homme est un danger permanent. Que l’homme soit encore en danger, alors qu’il n’est pas toujours en danger, voila le défi que nous devons relever» disait-il. «Le verbe est un attribut divin, aussi éternel que le Dieu lumineux. C’est par la puissance du verbe que tout a été créé. En donnant à l’homme le verbe, Dieu lui a délégué une part de puissance créatrice» dit Amadou Hampâté BA.  Traditionnaliste, il place la parole au cœur de la philosophie africaine : «Sois à l’écoute, dit la Vieille Afrique. Tout parle. Tout est parole. Tout cherche à nous communiquer un état mystérieusement enrichissant. Apprends à écouter le silence, et pour découvrir qu’il est musique» dit Amadou Hampâté BA. En effet, dans la tradition Bambara du Komo’, la parole ou Kouma, est une force fondamentale ; elle émane de l’Etre suprême lui-même, créateur de toutes les choses : «Ce que dit Maa Ngala, c’est». La parole est la potentialité du pouvoir, du vouloir et du savoir. La parole est génératrice du mouvement et du mythe, donc de vie et d’action. Par conséquent, le logos créateur d’une parole, c’est aussi la Raison, avec la même nature que la réalité du monde. «Parlez aux gens à la mesure de leur entendement» disait également le Prophète, Mahomet. Pour Amadou Hampâté BA, la parole est vibration ; elle incarne bien notre vision du monde. «Dans l’univers, et à tous les niveaux, tout est vibration. Seules les différences de vitesse de ces vibrations nous empêchent de voir les réalités que nous appelons invisibles» dit-il. «Tout parle ; tout est parole» dit-il. L’art n’est pas séparé de la vie. «Tout est lié. Tout repose sur le sentiment profond d’unité de la vie, de l’unité de toutes les choses», écrit-il. Les forces invisibles se présentent comme les aspects multiples de la vie ; elles se rattachent au sacré. L’art est tout ce qui peut concourir «à former l’Homme, lui-même» dit-il. Dans cet Afrique traditionnelle, il y a une osmose entre la Nature et l’Homme : «L’homme était également considéré comme responsable de l’équilibre du monde naturel environnant. Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n’était pas sa propriété, mais un dépôt sacré confié par le Créateur et dont il n’était que le gérant» dit-il.

Amadou Hampâté BA est un traditionnaliste, défenseur radical des cultures orales. Membre du Conseil exécutif de l’UNESCO de 1962 à 1970, il fit reconnaître le monde les cultures orales africaines. En même temps qu’il en révéla les valeurs et les richesses, Amadou Hampâté BA mit l’accent sur leur précarité. En effet, l’UNESCO se préoccupait, à juste titre, de sauver des monuments historiques, comme les monuments de Nubie à la suite de l’édification du barrage d’Assouan. Amadou Hampâté BA a saisi cette opportunité pour lancer un vibrant appel au sauvetage, de cette vaste culture orale traditionnelle africaine menacée de disparition. Cette culture fait partie intégrante du patrimoine de l’humanité et avec la disparition des Anciens, de vastes connaissances risquent de disparaître avec eux. En 1966, pour attirer l’attention de l’opinion publique, il lance cette phrase devenue célèbre qui a été légèrement déformée : «En Afrique, chaque fois qu’un vieillard traditionnaliste meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Cette phrase est devenue un proverbe africain : «En Afrique, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Pour lui, l’Afrique doit parler par elle-même, en puisant notamment sur sa tradition orale : «Quand la chèvre est présente, il ne faut pas bêler à la place de la chèvre» dit-il. «En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle» ; Cette citation devenue célèbre résume, à elle seule, les brillants travaux d’Amadou Hampâté BA.  En effet, Amadou Hampâté BA a mené un combat inlassable en faveur de la réhabilitation des traditions orales africaines en tant que source authentique de connaissances et partie intégrante du patrimoine culturel de l’humanité. Dans son «Kaydara» , un récit initiatique peul, la tradition dans l’Afrique antique se transmettait lors des veillées ; cet art où la mémoire écoute : «Je suis Kaydara, bien proche parce qu’il n’y a ni obstacle, ni distance entre les êtres et moi. Retiens bien ce que tu viens d’entendre et transmets-le de bouche à oreille à tes descendants, et qu’il en soit ainsi de tes descendants à leurs descendants» dit-il. Au-delà de la valeur documentaire ou littéraire de Kaïdara, on y découvre quelque chose de plus profond, cette sagesse africaine, un étrange voyage d’un passeur, à la conquête du Bien suprême, la voie de la découverte de la perfection et de la Vérité.  Kaïdara, le guide des âmes, s’enrichit en donnant, partage son savoir, sans s’appauvrir «L’esprit est ce don, dont on peut tirer plus qu’il n’y a» disait Henri BERGSON (1859-1941).

En définitive, la contribution d’Amadou Hampâté BA, à la valorisation de la tradition orale africaine, a été plus que déterminante.  En effet,  pour certains Occidentaux, l’écrit prime sur l’oralité, le livre étant le principal véhicule du patrimoine culturel. Pour eux, les peuples sans écriture sont des peuples sans culture. Selon eux, tout le problème est de savoir si l’on peut accorder à l’oralité la même confiance qu’à l’écrit pour témoigner des choses du passé. En effet, certains ont voulu discréditer la tradition orale, estimant que les peuples de tradition orale seraient sans culture «L’écriture est une chose et le savoir est autre chose. L’écriture est la photographie du savoir, mais n’est pas le savoir lui-même. Le savoir est une lumière qui est en l’Homme. Il est l’héritage de tout ce que les Ancêtres ont pu connaître et qu’ils nous ont transmis en germe, comme le baobab est contenu en puissance dans sa graine» écrit-il. Dans toutes les sociétés africaines, «il existe un lien entre l’homme et sa parole. Il est engagé par elle. Il est sa parole et sa parole témoigne de ce qu’il est. La cohésion de la société repose sur le respect de la parole. La parole a donc une valeur sacrée» écrit-il. Pour Amadou Hampâté BA le problème est ainsi mal posé. Le témoignage, qu’il soit écrit ou oral, reste finalement un témoignage humain. Il vaut ce que vaut l’Homme. L’oralité est la mère de l’écrit. Un document écrit n’est pas à l’abri de falsifications ou d’altérations volontaires ou involontaires. Ce qui est en cause derrière le témoignage, c’est la valeur même de l’homme qui témoigne. En un mot, le lien entre l’homme et la Parole. «Les peuples de race noire n’étant pas des peuples d’écriture ont développé l’art de la parole d’une manière toute spéciale. Pour n’être pas écrite, leur littérature n’en est pas moins belle. Combien de poèmes, d’épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l’oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poètes !» dit Amadou Hampâté BA.

En traditionnaliste, Amadou Hampâté BA a exposé une contribution littérale originale et nouvelle. Loin d’être une tradition figée et sclérosée, il milite pour une culture orale vivante et dynamique. La tradition africaine est une civilisation de responsabilité et de solidarité dont l’un des grands objectifs est «l’acquisition, par l’individu, d’une totale maîtrise de soi,  et d’une paix intérieure sans laquelle il ne saurait y avoir de paix extérieure». Il invite les nouvelles générations à conserver ces valeurs traditionnelles positives : «La vie humaine est comme un grand arbre chaque génération comme un grand jardinier. Le bon jardinier n’est celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes». Il rappelle cet adage en direction notamment des jeunes de la diaspora ou pris dans le tourbillon de la modernité : «Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être mais jamais il ne deviendra caïman !».

Confronté à la colonisation et «aux Dieux de la brousse» c’était le surnom des administrateurs coloniaux qui niaient, par essence, les valeurs culturelles africaines, Amadou Hampâté BA a conquis la liberté d’être lui-même ; il a bien résolu la difficile question de l’identité personnelle et affirmé, sans ambiguïté, ses valeurs, et par la même occasion celles du continent noir. «Je suis comme une espèce de chauve-souris, un animal qui peut vivre dans tous les éléments. Je ne me trouve jamais dépaysé dans une situation, j’essaie toujours de m’adapter à la situation, mais en veillant de ne pas cesser d’être moi-même» proclame le Sage de Bandiagara. Amadou Hampâté BA avait une vision apaisée de l’Histoire africaine qu’il défendait, sans nier ce que les autres ont de meilleur eux-mêmes. «Le regard historique africain ne sera pas un regard vengeur, mais un exercice vital de la mémoire collective qui balaie le champ du passé pour y reconnaître ses propres racines», souligne Joseph KI-ZERBO (1922-1906), un historien burkinabé.

Issu d’une famille aristocratique et traditionnaliste peule, Amadou Hampâté BA y a puisé, dès sa naissance, toutes les sources d’inspiration qui vont guider sa conduite. «Je suis diplômé de l'université de la Parole à l'ombre des baobabs», se plaît-il à rappeler. Amadou Hampâté BA  est né vers 1901, à Bandiagara, au Mali, en pays Dogon, dans le Macina. Son grand-père maternel, Paté Poullo BA, un peul descendant des Satigui, était un berger et un compagnon d’El Hadji Omar TALL (1797-1864) qui avait quitté le Fouta-Toro pour s’installer dans cette région. En 1864, alors qu’El Hadji Omar TALL se trouvait assiégé par les Français, dans la grotte de Déguembéré, au milieu de caisses de munitions, une violente explosion eut lieu. On ne retrouva pas son corps. Amadou Hampâté BA écrira plus tard, un magistral ouvrage, qui n’a pas été réédité depuis 1984  «L’Empire peul du Macina» qui couvrait la période du 1818 à 1853. Cet empire a été fondé par de fils aîné d’El Hadji Omar : Cheikou Amadou, un marabout Toucouleur, qui fixa la capitale à Hamdallahi. Véritable creuset de traditions historiques et culturelles diverses, le Macina résonne de l’écho des guerres qui opposèrent les Peuls, les Toucouleurs et les Maures Kounta. En 1977, Amadou Hampâté BA réussit à réunir les familles des trois clans ennemis héréditaires (Les Cissé, Peuls du Macina, les Tall représentant la famille d’El Hadji Omar et les Kounta de Tombouctou). Ils échangèrent un pardon solennel après avoir récité le Coran et prié toute la nuit. Le père de ce magicien du verbe, Hampâté BA, issu d’une famille peule maraboutique et guerrière du pays Poromani, mourut alors qu’il n’avait que trois ans. Sa mère, Khadîdja, fille de Paté Poullo DIALLO, épousa en secondes noces, Tidiane Amadou Ali THIAM, chef de la province de Louta, déchu de son titre, et exilé à Bougouni. Il ne reviendra, à Bandiagara, qu’en 1908, après la mort d’Aguibou TALL, roi de Bandiagara.

 

Tidiane THIAM, roi du Macina, son père adoptif, était entouré d’une véritable cour de plus de 50 personnes, en raison de sa naissance, de ses hautes qualités morales et religieuses, ainsi que de sa générosité. De ce fait, dès sa jeunesse, Amadou Hampâté BA reçut une solide éducation de sa famille traditionnaliste, et grâce à différentes rencontres qui ont illuminé sa vie. «Nous portons tous en nous, longtemps, la nostalgie du temps rond et lumineux des premières rencontres», selon Jacques SALME. Amadou Hampâté BA a puisé dans ses souvenirs de jeunesse pour nous restituer, très fidèlement, les différents témoignages des Anciens. «Dès l’enfance, nous étions entraînés à observer, à regarder, à écouter, si bien que tout événement s’inscrivait dans notre mémoire comme dans une cire vierge», dit Amadou Hampâté BA. Le souvenir est bien une rencontre, et il doit, à ce titre, son goût pour la tradition africaine à un conteur peul qui fréquentait sa famille, Souleymane BO dit «Koullel», sofa et un ami de son père. Amadou Hampâté BA devint le conteur pour sa classe d’âge regroupant plus de 70 enfants. «C’est lui qui m’a inculqué cette volonté de connaître et de comprendre», dit-il. Il avait tellement assimilé les contes de Koullel qu’on avait fini par le surnommer «Amkoullel» (Am-Koullel contraction d’Amadou et de Koullel), c’est-à-dire «petit Koullel». Les deux tomes des mémoires d’Amadou Hampâté BA, «Amkoullel, l’enfant peul», et «Oui mon commandant», feront une référence à ce généalogiste et conteur hors pair.

Bandiagara a été conquis par l’Armée française en 1893. C’est donc logiquement, qu’Amadou Hampâté BA fut inscrit, comme fils de chef à l’école française, à titre d’otage. Sa mère voulait l’empêcher de fréquenter l’école française, de peur qu’il ne devienne «un infidèle». Mais Thierno Bokar incita Amadou Hampâté à aller à l’école en rappelant un Hadith du Prophète Mohamed : «La connaissance d’une chose est préférable à son ignorance». Les deux premières années, il fréquenta l’école de Bandiagara et fut, par la suite, envoyé à Djenné. Il logea à Djenné chez Amadou KISSO, un grand chef peul ; ce qui lui permit de compléter ses connaissances. Il dira à ce sujet «C’est chez Amadou Kisso que j’ai recueilli beaucoup de renseignements sur les Bozos, les Songhaïs, les Bambaras et bien sûr les Peuls».

En 1915, Amadou Hampâté BA s’évada de l’école pour aller rejoindre ses parents qui étaient à Kati, à 500 km. Pris, par la suite, de remords, il retourna à l’école en 1918 pour passer le certificat d’études primaires et fut affecté à Bamako. En 1921, il est admis à un concours, qui lui donne accès à l’école normale de Gorée. Mais sa mère s’opposa à son départ pour le Sénégal. Pour Amadou Hampâté BA : «En Afrique traditionnelle, on ne désobéit jamais à un ordre de sa mère, car tout ce qui vient de la mère est sacré». Le Gouverneur, pour le punir de cette seconde escapade, l’affecta en Haute-Volta, actuel Burkina Fasso, non pas en qualité de «commis expéditionnaire», mais comme «écrivain auxiliaire temporaire, à titre essentiellement, révocable». Pour rejoindre son poste. Il marcha une bonne partie du trajet à pied, escorté d’un garde pour le surveiller. Cette carrière de fonctionnaire, exercée de 1922 à 1932, en Haute-Volta, a également été une opportunité de rassembler différentes traditions locales. En effet, il retrouva dans cette contrée un oncle, Babaly BA, un grand traditionnaliste musulman qui s’était réfugié à la cour du Moro Naba, l’Empereur des Mossis, dont il était le conseiller. Amadou Hampâté BA obtint un congé de 8 mois en 1932 et se rend à Bandiagara, auprès de son marabout Thierno Bocar, pour suivre un enseignement intensif ésotérique supérieur de la voie Tidjaniya, le Soufisme. Thierno Bokar qualifié par Théodore MONOD «d’homme de Dieu» ou de «Saint-François d’Assise africain» par Marcel CARDAIRE, prêchait l’Amour et la tolérance pour tous les hommes quels qu’ils soient, et le respect de toutes les différences : «L’arc-en-ciel, rappelait-il, ne doit-il pas sa beauté à la variété de ses couleurs ?». Lors de ce séjour de 11 ans, en Haute-Volta, Amadou Hampâté BA commence à tout noter, dans son journal, en français, en peul ou en bambara, tous les renseignements sur la tradition orale. C’est le début de la création d’un prodigieux stock sur toutes les matières qui va constituer son fonds d’archives, recensé en grande partie, par Alfa Ibrahim SOW en 1970. Le récit de ce voyage, ainsi que le séjour en Haute-Volta fut relaté dans l’ouvrage autobiographique intitulé «Oui, mon commandant» et paru, à titre posthume, avec les soins d’Hélène HECKMANN.

Pendant, les vacances scolaires, il revenait à Bandiagara pour suivre une éducation religieuse, chez le marabout Thierno Bokar Salif TALL, appelé «la lessive des âmes». Thierno Bokar deviendra, plus tard, son guide spirituel dans le domaine du soufisme ; Thierno Bokar était également un éminent traditionnaliste africain doublé d’un polyglotte. Ce marabout parlait l’arabe, le maure, le haussa, le bambara, et, naturellement, le peul. Thierno possédait une vaste connaissance des traditions propres aux peuples dont il parlait la langue et a transmis sa passion à Amadou Hampâté BA. Suivant Thierno Bokar, «Dieu est Amour et Charité» et la vie s’appelle «lâcher». On ne doit pas s’attacher aux choses matérielles. Amadou Hampâté BA apprit alors à pratiquer le détachement sur cette terre où tout est éphémère. Amadou Hampâté BA écrira, par la suite, un remarquable ouvrage intitulé : «Vie et enseignement de Thierno Bokar, le Sage de Bandiagara». Thierno Bocar le guidera sur la voie religieuse et spirituelle, et lui enseignera la tolérance, l’amour et le respect de tous les êtres. «C’est lui qui m’a inculqué cette volonté de connaître et de comprendre, de ne jamais parler d’une chose que je ne connais pas, de n’avoir jamais peur d’entrer dans n’importe quelle réalité, pourvu que j’en sois respectueux et que cela n’ébranle pas ma foi», dit Amadou Hampâté BA. Cette rencontre avec Thierno Bokar Salif TALL, un saint Soufi et éminent traditionnaliste, a profondément marqué la personnalité et l’œuvre d’Amadou Hampâté BA empreinte d’humanisme et de spiritualité. «Trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour. Mais la plus grande des trois, c'est l'amour» écrit Amadou Hampâté BA, un sage africain. En effet, et dans sa liberté d’esprit, Amadou Hampâté n’hésita pas, à l’occasion d’un différend religieux, à prendre parti pour Thierno Bokar et Cheikh HAMALLAH contre la famille d’El Hadji Omar TALL.  En effet, Thierno Bokar menait la vie la plus simple qui soit, entre enseignements et prières. Pour Thierno Bokar, tout est Amour de Dieu et foi, «des paroles imprégnées de tolérance infinie envers tous les hommes ; paroles opposées à toute violence et à toute oppression, d’où qu’elles viennent» écrit-il. En effet, Thierno Bokar appartenait à une famille peule où la vie spirituelle était une valeur première. Son grand-père, Seydou Anne, un mystique Quadria et soufi, avait finalement rejoint le Tidjanisme. Le Mal ne peut être détruit que par les armes du Bien et de l’Amour. Quand, Thierno Bokar rencontra son maître, Amadou Tapsirou BA, il fut grandement séduit par sa profondeur spirituelle et son détachement. Ainsi, sans être ascète, Thierno Bokar décida de mener une vie simple et frugale, de prière, d’enseignement et de piété familiale. Devant cette résistance passive, le colon entreprit alors de persécuter Thierno Bokar, notamment à l’occasion de cette querelle religieuse, entre la tendance du Wird de «onze grains», à laquelle il appartient, et des «douze grains». La première tendance a été jugée séditieuse et antifrançaise, d’autant plus que Thierno Bokar avait soutenu Cheikh HAMALLAH (1883-1943), le chef de file des «onze grains». Par conséquent, le colon interdit à Thierno Bokar de diriger la prière à la mosquée et ostracisa ses rencontres religieuses, «les Zaouias». Cependant, Thierno Bokar n’a jamais ressenti de haine à l’encontre des ennemis et des envieux qui voulaient le détruire : «Ils sont plus dignes de pitié et de prière que de condamnations et de reproches, parce qu’ils sont ignorants. Ils ne savent pas et, malheureusement, ils ne savent pas» dit-il. Sous l’Occupation, Cheikh HAMALLAH, constamment persécuté, plusieurs fois exilé et ses biens confisqués, mourut en France en 1943, à Montluçon où il fut enterré.

Sous l’impulsion de Théodore MONOD (1902-2000), une tentative de réhabilitation de Thierno Bokar fut engagée. En 1942, grâce à Théodore MONOD, fondateur de l’IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire), Amadou Hampâté BA, placé «hors cadre» fut affecté à l’IFAN et acquis de réelles méthodes de travail et de conduite d’enquêtes systématiques. Au sortir de l’école coloniale, il n’avait que le certificat d’études primaires. L’auteur précise ceci : «auparavant, je recueillais tout ce qui se présentait, sans poser de questions systématiques. A partir de mon entrée à l’IFAN, j’ai appris à questionner, et surtout j’eus accès à une documentation considérable, puisque toutes les archives de l’Afrique Occidentale Française se trouvaient à l’IFAN». Il intégra la section d’ethnologie en qualité de préparateur, puis d’agent technique. Le rôle de préparateur est d’aller récolter des renseignements sur le terrain, notamment en Guinée, au Niger, en Haute-Volta, en Mauritanie, au Nigéria, au Ghana et en Côte-d’Ivoire et participe aux fouilles de Koumbi Saleh (Empire du Ghana). Au Ferlo, au Sénégal, il rencontre Ardo Dembo BA, un Saltigui peul, grand maître d’initiation et dépositaire des secrets pastoraux  ce qui va inspirer son ouvrage sur «Koumen». De 1952 à 1954, affecté à l’antenne de l’IFAN à Diafarabé, au Mali, sous la direction de Jacques DAGET il complète ses recherches sur le Macina et sur l’Empire toucouleur d’El Hadji Omar TALL.

Dans son livre «Kaïdara», il décrit un voyage initiatique de trois compagnons, à travers un pays souterrain, parsemé de rencontres symboliques et mystérieuses, vers la demeure du «Lointain et bien proche Kaïdara», Dieu de l’or et de la connaissance. Sur le chemin de retour, un seul sortira victorieux de toutes les épreuves. Dans son ouvrage, «Njeddo Déwal», mère de la calamité, aux premiers âges du peuple, apparut une terrible sorcière (Njeddo Déwal, mère de toutes les calamités), envoyée par Dieu lui-même pour punir les Peuls de leurs pêchés. Au fil de multiples aventures féériques et mystérieuses, seul Bâgoumâwal, enfant miraculeux pourra, finalement, triompher de la puissance maléfique de cette sorcière. «Petit Bodiel» conte drolatique peul, retrace l’histoire d’un lièvre malicieux qui, ayant obtenu de Dieu lui-même le don de la ruse pour compenser sa petite constitution, entreprend d’abuser, sans vergogne les plus respectables personnages de la brousse pour en tirer profit, jusqu’au jour où il dépassera les limites.

Amadou Hampâté BA s’est servi, en partie, de sa prodigieuse mémoire pour écrire un roman remarquable qui a été primé, «L’étrange destin de Wangrin» Ce roman n’est pas une autobiographie, Wangrin a bien existé ; il s’appelait, en fait, Samba TRAORE. Selon Hélène HECKMANN, assistante d’Amadou Hampâté BA dès 1966 et exécutrice testamentaire de son œuvre littéraire, Amadou Hampâté BA et Wangrin s’étaient déjà rencontrés, une première fois, en 1912. Wangrin, interprète de François-Victor EQUILBECQ (1872-1917), commis des affaires indigènes, fut chargé par le Gouverneur de recenser les contes populaires de l’Ouest-africain. Amadou Hampâté BA qui était à bonne école avec Amkoullel, fut missionné par Wangrin de lui recueillir, directement, les contes. Amadou Hampâté BA eut alors l’occasion d’enrichir sa collection de contes.

En 1933, Amadou Hampâté BA est affecté à Bamako en qualité de «commis expéditionnaire de 1ère classe» pour exercer les fonctions d’interprète particulier du Gouverneur, puis de premier secrétaire à la mairie de Bamako. Il poursuit sa collecte de traditions orales, particulièrement en milieu bambara. Un vent de liberté avait soufflé, en 1936, sur la France et ses colonies, avec le gouvernement socialiste du Front Populaire de Léon BLUM. «Essai de la littérature merveilleuse des Noirs, suivi de contes de l’Ouest-africain» : «pour bien connaître la race humaine, pour apprécier sa mentalité, pour dégager ses procédés de raisonnement, pour comprendre sa vie intellectuelle et morale, il n’y a rien de tel que d’étudier son folklore» écrit EQUILBECQ. La tradition orale africaine venait de gagner ses premières lettres de noblesse alors qu’Amadou Hampâté BA n’était qu’au début de sa vocation littéraire. 

Le roman de Wangrin est ambivalent. Interprète au service de l’autorité coloniale, le héros met à profit les avantages que lui procure sa position pour satisfaire son appétit de savoir. Il disposera ainsi d’une autonomie lui permettant de ruser avec le manichéisme de l’autorité coloniale. Wangrin était un Dieu fabuleux que «l’eau ne pouvait mouiller, ni le soleil dessécher. Le sel ne pouvait le saler, le savoir ne pouvait le rendre propre» écrit-il. Wangrin dégage une éthique de la transmission de la parole et de la richesse, une redistribution au détriment de l’égoïsme et de la cupidité. Wangrin, qui jouait des «tours carabinés» au colonisateur, Amadou Hampâté BA le retrouva une seconde fois, en 1927, à Ouagadougou, en Haute-Volta. Wangrin se fondant sur l’extraordinaire talent de conteur d’Amadou Hampâté BA lui demanda d’écrire un livre sur lui, après sa mort, et sous réserve d’utiliser un nom d’emprunt, afin de «divertir les hommes et leur servir d’enseignement». Et, dès lors, chaque soir, après le dîner, Wangrin, dans une langue bambara, d’une grande beauté, raconta à Amadou Hampâté BA sa vie, tandis que son griot, Diéli Maadi, jouait doucement de la guitare pour accompagner ses paroles. Il recueillit des renseignements complémentaires et, pendant son séjour en Haute-Volta, Amadou Hampâté BA, eut la chance d’être affecté partout où était passé Wangrin qui avait laissé des souvenirs vivaces.

Contrairement à certains commis noirs qui ont été parfois plus méchants que les «Dieux de la  brousse», Amadou Hampâté BA souvent utilisa sa position de commis, en faveur de la justice et de l’équité. Il sortit des difficultés des personnes victimes de cabales ou de mépris. En 1951, et avec l’appui, de Théodore MONOD, il eut une bourse pour venir en France, pour la première fois, et fréquente les cours du Collège de France, la Bibliothèque des langues orientales et le Musée de l’Homme à la section «Afrique Noire». Il noue des relations d’amitié avec le professeur orientaliste Louis MASSIGNON du Collège de France (1883-1962), et avec les principaux anthropologues africanistes, comme Marcel GRIAULE (1898-1956) et Germaine DIETERLEN (1903-1999).

Comme son maître Thierno Bokar, Amadou Hampâté BA, a toujours professé la tolérance, un monde multiculturel, fondé sur la diversité des mœurs et des comportements. Il y a une multiplicité des voix et de la vérité «les personnes de la personne sont multiples dans la personne» dit un proverbe peul. La notion de «personne» ou «Neddo» en peul, est complexe et en perpétuel mouvement, une dynamique constante. Il y a donc une quête permanente de soi, dans ses dimensions multiples et évolutives. A l’intérieur de nous, il y a plusieurs mois, dans cette lutte entre le Bien et le Mal, qui se combattent, perpétuellement. Par conséquent, tous les Hommes, surtout ceux qui sont animés d’une foi sincère, renferment «une parcelle de l’esprit de Dieu». Aussi, «l’arc-en-ciel doit sa beauté aux tons variés de ses couleurs» dit-il. Pour Amadou Hampâté BA, la perte des repères culturels et l’incompréhension entre les peuples sont les principales sources de conflits entre les Hommes. Il prône la tolérance et milite pour la rencontre des religions et des croyances, ainsi que celle des peuples. Cette démarche est au cœur même de sa pensée et de sa philosophie. Il le souligne dans son ouvrage : «Jésus vu par un musulman», véritable invitation au dialogue religieux, à la tolérance et à l’écoute de l’autre. Dans sa fameuse lettre à la jeunesse, en 1985, soit 6 ans avant sa mort, Amadou Hampâté BA, milite ardemment, au-delà des différences culturelles, pour la compréhension mutuelle. «Certes, qu’il s’agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres ; mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c’est cela qu’il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l’autre et dialoguer avec lui. Alors nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentarité et source d’enrichissement mutuel. De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde» dit-il. Amadou Hampâté BA a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine «pour se découvrir et bien se connaitre, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence». Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant, en faisant un pas vers l’autre : «À notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l’accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu’ils ont de commun, dans le respect de l’identité de chacun. La rencontre et l’écoute de l’autre est toujours plus enrichissante, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d’Afrique disait : il y a «ma» vérité et «ta» vérité, qui ne se rencontreront jamais. «La» Vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de «sa» vérité pour faire un pas vers l’autre». Par conséquent, Amadou Hampâté BA est un «caméléon de la tolérance». Pour lui, l’observation du caméléon nous en dit long sur le bien-vivre ensemble : «Quand il arrive dans un endroit, le caméléon prend la couleur du lieu. Ce n'est pas de l'hypocrisie ; c'est d'abord la tolérance, et puis le savoir-vivre. Se heurter les uns les autres n'arrange rien. Jamais on n'a rien construit dans la bagarre. La bagarre détruit. Donc, la mutuelle compréhension est un grand devoir. Il faudrait toujours chercher à comprendre notre prochain. Si nous existons, il faut admettre que, lui aussi, existe».

Pour Amadou Hampâté BA, toute tradition est vivante : «il y a des choses qui doivent être dépassées, et qui sont dépassées», par exemple le droit du chef de famille de disposer de ses femmes et de ses enfants ou le droit du père de famille de donner sa fille en mariage, sans consentement volontaire. Il faut conserver des traditions orales africaines ce qu’il y a de spécifique au continent noir et qui peut servir de référence au reste du monde, comme la place des aînés dans la société, ou la place de l’homme tout court, dans la société.

Gardien de la tradition orale africaine, il est resté ouvert aux autres, et a démontré l’universalité de sa contribution pour un monde meilleur, fondé sur la compréhension mutuelle et la fraternité. Pour Amadou Hampâté BA, les mariages mixtes, c’est avant tout une question d’amour. Mais il signale un risque de perte d’un côté ou de l’autre, ou bien une perte de valeurs des deux côtés. Il n’est pas contre les mariages mixtes puisque son fils, qui résidait à l’époque à Toulouse, s’est marié avec une Française, mais s’en l’aviser. Il lui a demandé d’être honnête avec son épouse et de ne pas abandonner ses enfants. «Lorsque j’écris, c’est la parole couchée sur le papier» dit Amadou Hampâté BA. Même si la colonisation fut blâmable, poursuit-il, «aucune langue africaine n’aurait pu remplacer la langue française». La langue française est un véhicule de pensée, «une langue de communication qui permet de regarder l’extérieur». Amadou Hampâté BA précise qu’il «pense en peul et traduit en français». En utilisant le peul, le bambara ou le français pour restituer la tradition orale africaine, il a non seulement contribué à les conserver pour les générations futures, mais aussi, il a apporté sa touche personnelle, son génie créateur.

A l’indépendance, Amadou Hampâté BA, rédacteur de l’hymne national du Mali, fut aussi nommé, en 1957, Directeur de la radiodiffusion française dans les territoires d’Outre-mer. En 1958, il fonda à Bamako, l’Institut des sciences humaines du Mali. En 1962, Amadou Hampâté BA est membre fondateur de la Société Africaine de Culture. La même année, il est élu au Conseil exécutif de l’UNESCO, mandat qu’il conservera jusqu’en 1970. De 1962 à 1966, Amadou Hampâté BA est nommé ambassadeur du Mali en Côte-d’Ivoire. Au cours d’une mission privée, en Côte-d’Ivoire Amadou Hampâté BA obtient du président Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), la libre disposition du port d’Abidjan pour le Mali. Le président  ivoirien demande à Modibo KEITA (1915-1977), de désigner, dès lors, Amadou Hampâté BA comme ambassadeur, et personne d’autre. Sympathisant du RDA, il est ami personnel du président ivoirien.

A partir de 1970, Amadou Hampâté BA cesse toutes fonctions officielles pour se consacrer, exclusivement, à ses travaux personnels de recherche. En 1974, il est élu membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, à Paris et en 1979, membre de la Société des gens de lettres, à Paris. Amadou Hampâté BA a reçu diverses distinctions (commandeur de l’Ordre national de Côte-d’Ivoire, Etoile Noire du Bénin, et en France, médaille d’honneur du travail, officier des Palmes académiques, Chevalier de la légion d’honneur et officier des arts et lettres).

Le 2 novembre 1986, une lettre d’Hélène HECKMANN fait état, à un éditeur nigérian, «d’événements graves depuis un an» : Amadou Hampâté BA est malade ; en juillet 1986, il est frappé d’une hémiplégie du côté droit, avec aphasie. Le «grand fleuve de la parole» qu’il était, est devenu un fleuve aux eaux presque silencieuses. Il meurt le 15 mai 1991, dans son quartier de Marcory, à Abidjan en Côte-d’Ivoire, et il est enterré au cimetière de Williamsville. Curieux de tout, Amadou Hampâté BA se définissait lui-même comme «un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd’hui encore sa soif d’apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours». Dans cette fameuse «Lettre à la jeunesse», Amadou Hampâté BA «a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et bien se connaître, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence» dit-il. Le savoir et l’éducation sont au cœur de sa pensée : «Si tu veux être, il ne faut pas paraître, car pour être, il faut connaitre» écrit-il.

Amadou Hampâté BA, avec 21 enfants, s’était marié à 6 reprises, dont deux divorces. Ses épouses sont : Baya DIALLO, une authentique peule et sa cousine ; elle est la mère de 2 filles, Kadidia et Fanta, décédées à l’âge adulte ; Banel THIAM, épousée et divorcée, mère de Thierno et Aminata ; Fatimata BA, ivoirienne d’origine guinéenne, amie de Félix HOUPHOUET-BOINGY et militante du RDA ; Dicko SOUKA, mère d’un garçon et de 6 filles, dont la cadette, Roukiatou, la présidente de la Fondation Amadou Hampâté BA ; Hélène HECKMANN, dite «Nouria», légataire de ses œuvres littéraires.

Dans ce monde globalisé, standardisé et aseptisé, l’héritage africain de Amadou Hampâté BA, gardien de la tradition est gravement menacé : «Il ne faut pas que la bibliothèque brûle !». Aussi, sa fille cadette, Mme Roukiatou Hampâté BA, est la présidente de la Fondation Amadou Hampâté BA, basée dans le quartier de Cocody, à Abidjan, en Côte-d’Ivoire. Cette fondation, créée en 2002, a vocation de conserver ses travaux accumulés pendant 75 ans, dont plus de 4000 manuscrits et 3000 ouvrages, de recueillir, de transmettre et d’enseigner. Amadou Hampâté BA, a dit que lorsqu’il écrit, «c’est de l’oralité couchée sur du papier». Par conséquent, «Il a commencé par réflexe à consigner tout ce qu’il pouvait entendre. Et après il s’est rendu compte que s’il ne le faisait ça, ça manquerait un jour dans les pages de l’histoire de l’humanité. Donc, il a décidé de consacrer sa vie à recueillir. Recueillir pour transmettre, pour une meilleure connaissance de ces valeurs africaines» dit Roukiatou BA.

Un Square, à Paris 10ème, rend hommage à Amadou Hampâté BA.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions d’Amadou Hampâté BA

BA (Amadou Hampâté) «Culture peule», Présence Africaine, juin novembre 1956, pages 8-10 ;

BA (Amadou Hampâté) «Elégie pour la mort de Thierno Bocar Salif», Journal des Africanistes, 1993, vol 63, n°2, pages 61-79 ;

BA (Amadou Hampâté) «En Afrique, cet art où la mémoire écoute», Le Courrier de l’Unesco, 1976, vol XXIX,  n°2, pages 12-17 ;

BA (Amadou Hampâté) «La parole mémoire vivante de l’Afrique», Le Courrier de l’Unesco, 1986, vol XXXIX,  n°5/6, pages 52-53 ;

BA (Amadou Hampâté) «La tradition vivante», in Histoire générale de l’Afrique, Paris Jeune Afrique-UNESCO, Stock, 1980, vol I, chapitre 8, spéc. pages 191-230 ;

BA (Amadou Hampâté), interview accordée M. J-L Gouraud, à Jeune Afrique du 20 octobre 1969, 23 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Amkoullel, l’enfant peul, Paris, Actes Sud, collection Babel, 1991, 535 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Aspects de la civilisation africaine, Paris, Présence africaine, 1972, 140 pages ;

BA (Amadou Hampâté), CARDAIRE (Marcel), Thierno Bokar, le sage de Bandiagara, Paris, Présence africaine, 1957, 124 pages ;

BA (Amadou Hampâté), DAGET (Jacques), L’empire Peul du Macina, Diafarabé, I.F.A.N., Centre du Soudan, 1955, 306 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Etude et présentation des cultures africaines Kaydara, Paris, UNESCO, 1966, doc WS/0766.55 CT, 88 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Histoire du Sahel occidental malien : des origines à nos jours, Bamako, Diamana, 244 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Kaydara Abidjan, NEA, 1985, 155 pages ;

BA (Amadou Hampâté), KESTELOOT (Lilyan) SEYDOU (Christiane) SOW (Alpha, Ibrahim), éditeurs, L’éclat de la Grande étoile suivi du Bain rituel, Paris, Les Belles Lettres, Collection Classiques africains, 1974, 149 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Koumen, récit initiatique peul, Paris, Julliard, 1969, 181 pages ;

BA (Amadou Hampâté), L’étrange destin de Wangrin ou les roueries d’un interprète africain, Paris, 1973 et 1992, éditions 10/18, 381 pages ;

BA (Amadou Hampâté), La notion de personne en Afrique Noire, Paris, Groupe de Recherche 11, Etude des phénomènes religieux en AOEE, 1971, 16 pages ;

BA (Amadou Hampâté), La parole : mémoire vivante de l’Afrique, suivi de Carnet de Bandiagara, Saint-Clément, Fata Morgana, 2008, 31 pages ;

BA (Amadou Hampâté), La poignée de poussière : contes et récits du Mali, Abidjan, NEA, 1987, 112 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Le chant de l’eau, Saint-Clément, Fata Morgana, 2013, 31 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Njeddo Dewal, mère de la calamité : conte initiatique peul, Abidjan, Paris, Stock, 1984, 239 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Oui, mon commandant !, Paris, Actes Sud, collection J’ai Lu, 1994, 508 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Mémoires, Amkoullel, l’enfant peul, Oui mon commandant, sur les traces d’Amkoullel, préface de Théodore Monod, Paris, Actes Sud, collection Thésaurus, 2012, 850 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Petit Bodiel, Abidjan, NEA, Vanves, EDICEF, 1993, 96 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Vie et enseignement de Thierno Bokar, le sage de Bandiagara, Paris, 1980 Seuil, 254 pages.

2 – Critiques d’Amadou Hampâté BA

AGGARWAL (Kusum), «Africanisme français et littératures africaines», Cahiers d’études africaines, 2010, 2, n°198, 199 et 200, pages 1191-1213 ;

AGGARWAL (Kusum), Amadou Hampâté BA et le savoir : de la recherche africaniste à la fonction auctoriale, Thèse sous la direction de Robert Jouanny, Paris, Université Sorbonne, 1997, 493 pages et Paris Harmattan, 1999, 264 pages ;

AUSTEN (A. Ralph), «From a Colonial and Post-Colonial African Voice : Amkoullel, L’enfant peul”, Research in African Literature, 2000, vol 31, n°3, pages 1-17 ;

AZARIAN (Viviane), «L’irréel du passé comme relief fictionnel dans les écritures de soi africaines. L’exemple d’Amadou Hampâté Ba, Fily-Dabo Sissoko, Birago Diop», Etudes littéraires africaines, 2008, n°26, pages 52-60 ;

BRENIFIER (Oscar), «La tradition soufie moderne en Afrique : Thierno Bokar et Amadou Hampâté Ba”, in, La civilisation arabo-musulmane au miroir de l’universel : perspectives philosophiques, Paris, UNESCO, 2010, 395 pages, spéc pages 133-140 ;

CAMARA (Abdoul, Karim), L’analyse narrative et thématique des contes d’Amadou Hampâté Ba, thèse sous la direction d’Amadou Ly, Dakar, UCAD, 2015, 316 pages Thl 2015 0002 ;

CHEVRIER (Jacques), “La ruse dans l’Etrange destin de Wangrin”, in Robert Jouanny, Lectures de l’œuvre d’Amadou Hampâté Ba, Paris, L’Harmattan, 1992, pages 41-51 ;

CONSTANT (Isabelle), «Un roman dans un rêve : L’Etrange destin de Wangrin ou les roueries d’un interprète africain d’Amadou Hampâté Ba», Arachmé : revue interdisciplinaire des humanités, 1998, vol 5, n°1, pages 79-88 ;

DEVEY (Muriel), Hampâté Bâ l’homme de la tradition, Paris, Publisud, Dakar, Lomé, N.E.A, 1993, 192 pages ;

DIALLO (Diélika) «Amadou Hampâté Ba, un homme de dialogue», Le Courrier de l’Unesco, 1992, vol XLV,  n°1, page 3 ;

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DUCOURNAU (Claire), «De l’intermédiaire colonial au mémorialiste postcolonial. Les fonctions de déplacement géographiques dans les mémoires d’Amadou Hampâté Ba», Etudes Littéraires africaines, 2013, vol 36, pages 33-45 ;

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MURAD MACHADO (Fernanda), Construction d’un univers fabuleux : l’écrivain et le lecteur dans l’œuvre d’Amadou Hampâté Ba, Thèse sous la direction de Beyda Chiki, Université de Paris IV, 2010, 224 pages ;

N’DIAYE (Christiane), «Les mémoires d’Amadou Hampâté Ba : récit d’un parcours identitaire exemplaire», in Récits de la vie de l’Afrique et des Antilles, Exil, Errance, Enracinement, Collection Grelca, 1998, n°16, pages 13-36 ;

NGORWANUBUSA (Juvénal), Boubou Hama et Amadou Hampâté Ba, la Négritude des sources, Paris, Publisud, 1992, 345 pages ;

NOVIVOR (Ayelevi), Du conte au roman dans l’œuvre d’Amadou Hampâté Ba, Thèse sous la direction de Christiane N’Diaye, Université de Montréal, Département d’études françaises, novembre 2004, 294 pages ;

OUPOH (Gnaoulé), «Autopsie politique d’une œuvre l’Etrange destin de Wangrin de Amadou Hampâté Ba», Revue de littérature et d’esthétique négro-africaine, 1987, n°7, pages 69-80 ;

PARAVY (Florence), «Espace et écriture autobiographique : les mémoires d’Amadou Hampâté Ba», Journal des Africanistes, 2009, vol 72, n°2, pages 297-314 ;

RICARD (Alain), «La réappropriation de la signature : brèves réflexions sur l’œuvre d’Amadou Hampâté Ba», Nouvelle du Sud, 1987, vol 6-7, pages 203-206 ;

SECK (Mouhamed, Lamine), La quête du savoir et du pouvoir dans l’œuvre littéraire d’Amadou Hampâté Ba : Kaydara et l’éclat de la Grande étoile, Mémoire de maîtrise sous la direction de Samba Dieng, Université de Gaston Berger, Saint-Louis, 2002-2003, 175 pages, (doc BUGB THL 2608) ; 

SEYDOU (Christiane), «L’œuvre littéraire de Amadou Hampâté Ba», Journal des Africanistes, 1993, vol 63, n°2, pages 57-60 ;

SOW (Alfa Ibrahim), Inventaire du fonds Amadou Hampâté Ba, Paris, C. Klincsieck, 1970, 85 pages ;

SY (Papa, Daouda), La quête identitaire dans l’écriture autobiographique : l’exemple de «Oui mon commandant !» de Amadou Hampâté Ba et les «Mémoires d’une jeune fille rangée» de Simone de Beauvoir, mémoire Master 2, sous la direction de Amadou Falilou N’Diaye, Dakar, UCAD, 63 pages, doc Thl 2018 0589  ;

TOURE (Amadou), MARIKO (Ntji, Idriss), sous la direction de, Amadou Hampâté BA, homme de science et de sagesse, mélanges pour le centième anniversaire de la naissance d’Hampâté Ba, Bamako, Nouvelles éditions maliennes, 2005, 250 pages ;

TRIAUD (Jean-Louis), «D’un maître à l’autre, l’histoire d’un transfert : Amadou Hampâté Ba entre Thierno Bocar et Théodore Monod», Sociétés politiques comparées, 2009, 30 pages et Hall, Archives ouvertes ;

WABERI (Abdourahman) «Une leçon d’humanité», Le Courrier de l’Unesco, 2018,  n°2, pages 47-49 ;

WADE (Serigne, Khalifa, Ababacar), Le magico-religieux dans l’œuvre d’Amadou Hampâté Ba, thèse du 2 janvier 2016, sous la direction de Bassirou Dieng, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 2016, 384 pages doc Thl 2016 0003.

Paris, le 18 mai 2013 et actualisé le 15 mai 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

 

Amadou Hampâté BA, le sage de Bandiagara et gardien de la tradition orale africaine.
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7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 20:33

«Paris est tout petit, c’est sa grandeur. Tout le monde s’y rencontre" souligne le poète Jacques PREVERT. J'avais rencontré le professeur M’BEMBE au Collège de France le 2 mai 2016. Il m'a impressionné par sa docte contribution. De par son bouillonnement culturel Paris est bien la capitale culturelle de l’Afrique. J'en profite pour demander à Mme Anne HIDALGO qu'une maison de la culture et des arts pour l’Afrique soit enfin créé à Paris. C’est ainsi que le samedi 7 mai 2016, à 14 h 30, j’ai revu, au Musée Dapper, à Paris 16ème, le professeur Achille M’BEMBE autour de son nouvel ouvrage : «Politiques de l’inimitié» qu'il m'a dédicacé. Cet essai explore cette relation particulière qui s'étend sans cesse et se reconfigure à l'échelle planétaire : la relation d'inimitié, pour ne pas dire de la haine. S'appuyant en partie sur l'œuvre psychiatrique et politique de Frantz FANON, le professeur M’BEMBE montre comment, dans le sillage des conflits de la décolonisation du XXème siècle, la guerre, sous la figure de la conquête et de l'occupation, de la terreur et de la contre-insurrection, est devenue le sacrement de notre époque. Cette transformation a, en retour, libéré des mouvements passionnels qui, petit à petit, poussent les démocraties libérales à endosser les habits de l'exception, à entreprendre au loin des actions inconditionnées, et à vouloir exercer la dictature contre elles-mêmes et contre leurs ennemis.

Le professeur M’BEMBé part du constat que le monde est tout petit, en raison de la finitude des ressources et de l’accélération de la vitesse qui abolit les distances. Nous vivons un emboîtement ; l’ici est ailleurs et l’ailleurs est ici. Pourtant, ce qui frappe c’est le désir de séparer, d’exclusion des minorités (Noirs, Arabes, Juifs, immigrés, etc.) de rétablir les frontières. L’inimitié c’est la mise en valeur de l’adversité, la haine, tout ce qui repousse. C’est un contexte caractérisé par des guerres, des polémiques et le terrorisme. Comment se fait-il que les démocraties libérales font appel, si facilement, à la guerre comme un moyen de résolution des conflits, alors que les solutions sont ailleurs ?

La guerre est toujours une défaite de l’imagination morale avec des prétextes fallacieux vitaux, Dans cette démarche de recours à la guerre qu’est-ce qui est accidentel ? Quest-ce qui est structurel ?

Les «ennemis de l’intérieur» comme l’immigré, le Noir, l’Arabe, le Juif sont exclus, parce que la différence de la différence n’est pas tolérée. La différence est traduite en hiérarchisation. C’est finalement une démocratie d’esclaves ; ceux qui ne sont pas autochtones sont marginalisés. L’universel devient une indifférence à la différence, c’est un universel ethnique.

Les explications purement matérialistes ne permettent pas de comprendre la crise actuelle des démocraties libérales qui est de l’ordre de la pulsion, du désir ou du non désir. Pour comprendre ces passions qui se déchaînent, le professeur fait à la psychanalyse de Sigmund FREUD et à la psychiatrie de Frantz FANON. FANON était médecin ; il soignait les gens atteints de folie. Il se trouve que des sociétés entières peuvent être atteintes de folie, soit par le racisme ou le terrorisme. Quelles perspectives ?

«L’ignorance, c’est le privilège des puissants» dit le professeur M’BEMBé. Il faut faire appel à «la pharmacie du passant». C’est la fête de l’imagination. Il y a des luttes essentielles et des luttes qui ne valent pas la peine d’un recours à la guerre. Le désir d’élimination de l’autre doit être réprimé et combattu, comme l’idéologie coloniale. Il pose par-delà l’humanisme, les fondements d’une politique de l’humanité.

Discret, modeste mais accessible et savant dans ses lumineuses démonstrations, le professeur M’BEMBE redonne confiance et espoir aux Africains, dans le respect de la diversité et de la rencontre avec les autres cultures.

Dans «De la postcolonie», le professeur estime ce que l'Afrique en tant que notion met en crise, c'est la façon dont la théorie sociale a, jusqu'à présent, pensé le problème du basculement des mondes, de leurs oscillations et de leurs tremblements, de leurs retournements et de leurs déguisements. C'est aussi la façon dont cette théorie a échoué à rendre compte du temps vécu dans sa multiplicité et ses simultanéités, sa volatilité, sa présence et ses latences, au-delà des catégories paresseuses du permanent et du changeant qu'affectionnent tant d'historiens.

«Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée», est un essai critique dans lequel le professeur Achille MBEMBE montre qu'au-delà du mélange de choses qui prévaut aujourd'hui, le mérite de la décolonisation africaine fut d'ouvrir sur une multitude de trajets historiques possibles. À coté du monde des ruines et de la destruction, de nouvelles sociétés sont en train de naitre. Il convient certes de décrypter ces mutations africaines, mais aussi de les confronter aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes, en particulier celle de la France, qui décolonisa sans s'auto-décoloniser, pour en finir avec la race, la frontière et la violence continuant d'imprégner les imaginaires de part et d'autre de la Méditerranée. C'est la condition pour que le passé en commun devienne enfin un passé en partage. Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

Dans «Critique de la raison nègre», Achille M’BEMBE constate que dans l'ordre de la modernité, le Nègre est le seul de tous les humains dont la chair fut faite marchandise. Mais dans un retournement spectaculaire, ce nom honni est devenu le symbole du désir de vie, une force pleinement engagée dans l'acte de création. Dans cet essai à la fois érudit et iconoclaste, Achille M’BEMBE engage une réflexion critique indispensable pour répondre à la principale question sur le monde de notre temps : comment penser la différence et la vie, le semblable et le dissemblable.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

M’BEMBE (Achille), Politiques de l’inimitié, Paris, La Découverte, hors collection, 2016, 184 pages ;

M’BEMBE (Achille), La naissance de maquis dans le Sud Cameroun, 1920-1960, Paris, Karthala, 1996, 438 pages ;

M’BEMBE (Achille), Du gouvernement privé indirect, Dakar, Codesria, 1999, 113 pages ;

M’BEMBE (Achille), L’intégration régionale dans le monde : innovations et ruptures, Paris, Karthala, 1994, 305 pages ;

M’BEMBE (Achille), La postcolonie, Paris, Karthala, 2005, 300 pages ;

M’BEMBE (Achille), Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée, Paris, La Découverte, 2013, 227 pages ;

M’BEMBE (Achille), Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, 2015, 245 pages.

Paris, 7 mai par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Rencontre avec Achille M’BEMBé autour de son livre : Politiques de l’inimitié», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 19:46

«Voyageur immobile», en référence au titre d’un ouvrage de Jean GIONO, je m’intéresse à tout ce qui bouge à Paris, véritable capitale culturelle de l’Afrique. Aussi, le lundi 2 mai 2016, en éternel étudiant, j’ai décidé de retourner au Collège de France, pour assister au séminaire «Penser et écrire l’Afrique Noire aujourd’hui», organisé par Alain MABANCKOU. Ont participé à cette rencontre, notamment : le professeur Achille M’BEMBé, les Sénégalais Souleymane Bachir DIAGNE et Pape N’DIAYE, Françoise VERGES et Dany LAFERRIERE, académicien.

Cette rencontre est un moment historique inoubliable par la qualité de la prestation des intervenants, ainsi que la maîtrise et l’animation du colloque par le professeur Alain MABANCKOU, toujours plein d’humour, impertinent et mordant. En effet, il a su faire passer, comme l’historique colloque de 1956 à la Sorbonne relatif aux écrivains et artistes noirs, des messages d’une gravité exceptionnelle, violenter la veille institution qu’est le Collège de France, mais avec beaucoup de tact et de finesse, et se faire applaudir par un public européen, parfois sensible. Mieux encore la couverture médiatique exceptionnelle de la prestation d’Alain MABANCKOU et sa distinction des insignes d’officier de l’ordre des arts et des lettres, le 3 mai 2016 par la Ministre de la Culture et de la Communication Mme Audrey AZOULAY, ferait pâlir de jalousie, même les lauréats d’un Prix Nobel, qu’il mérite bien. «Vous prônez avec humour et érudition une éthique de responsabilité et une lucidité nécessaire au progrès pour l’avancée réelle des droits», dit la Ministre. Premier écrivain noir à entrer et faire entrer, comme ce 2 mai 2016, l’Afrique au Collège de France depuis sa création en 1530, Alain MABANCKOU est resté modeste dans son triomphe : «Je ne rentre pas tout seul au Collège de France, je rentre avec la voix de SENGHOR, avec la voix de CESAIRE, de Sony LABOU TANSI» dit-il dans sa leçon inaugurale du 17 mars 2016 au Collège de France. En effet, cette prestigieuse institution, qu’est le Collège de France, a confié à Alain MABANCKOU, un écrivain, poète et enseignant, franco-congolais, la chaire de création artistique, pour l’année 2015-2016. C’est la première fois qu’un Africain est choisi au collège de France. «Si j’ai été nommé au Collège de France, ce n’est parce que je suis un écrivain noir, mais parce que je suis un écrivain tout court», dit-il. En effet, la désignation d’Alain MABANCKOU témoigne de son talent littéraire et surtout sa façon d’utiliser sa contribution littéraire de façon non victimaire. «Les Français doivent comprendre qu’il n’y a pas plus Français que ceux qu’ils ont colonisés, puisqu’on a appris au pied de la lettre» dit Alain MABANCKOU qui est fier de sa double culture. «J'ai décidé que la géographie importait peu, qu'il faut s'efforcer de vivre bien là où l'on est» prend t-il le soin de préciser.

Au moment où sur tous les murs de France, le gouvernement a engagé une campagne sur le C.V anonyme et la valorisation des compétences, c’est aux Etats-Unis qu’Alain MABANCKOU a décroché son premier emploi d’universitaire. Et maintenant Alain MABANCKOU triomphe dans cette prestigieuse institution qu’est le Collège de France localisé en plein Quartier Latin, à côté du Lycée Louis Le Grand et la Sorbonne.

Le colloque du 2 mai 2016 était divisé en quatre parties :

- «penser l’Afrique» (Souleymane Bachir DIAGNE, Lydie MOUDILENO, Séverine KODJIO-GRANDJEAN et Célestin MONGA) ;

- «écrire l’Afrique aujourd’hui» (Sami TCHAK, Armand GAUZ, Lucy MUSHITA, Dieudonné NIANGOUNA) ;

- «Ecrire la France noire : la diversité en questions» (Pascal BLANCHARD, Pap N’DIAYE, Rokhaya DIALLO, François DURPAIRE) ;

- «L’Amérique au miroir de l’Afrique» (M. Dominic THOMAS, Dany LAFERRIERE, Françoise VERGES, Achille M’BEMBE, avec une conclusion d’Alain MABANCKOU).

Le colloque a eu le mérite de retracer une histoire décomplexée de l’Afrique. Aucune civilisation ne peut revendiquer le monopole de la pensée. Le philosophe sénégalais, Souleymane Bachir DIAGNE, professeur à Columbia University, aux Etats-Unis, a présenté une contribution sur «le philosophe africain, comme traducteur». Dans la fameuse conférence de 1937 de Léopold Sédar SENGHOR, intitulée «ce que l’homme noir apporte», les critiques se sont focalisées sur la phrase malheureuse «l’émotion est nègre et la raison est hellène». En fait, il s’agit d’une contribution majeure sur la négritude. Son propos est ailleurs. En effet, pour SENGHOR, l’homme nouveau doit être au moins bilingue et penser en plus d’une langue. La colonisation n’avait pas voulu instituer un enjeu de réciprocité ; elle voulait imposer sa langue et sa culture aux Africains. Or, l’individu moderne doit avoir la capacité de se décentrer. Penser de langue à langue est une condition majeure. Une langue est toujours une langue parmi d’autres. Il ne faudrait pas s’enfermer dans les particularités d’une langue, fut-elle française, il faut penser plus riche, et philosopher dans un va-et-vient, de pensée de langue à langue, et non dans une démarche séparatiste, et entrer, ainsi, dans l’incompréhension entre les peuples. Par conséquent, le français est une langue africaine. Sans l’apport des populations africaines dans l’enrichissement et la vitalité de la langue française, il est probable que le français ne serait actuellement qu’un simple dialecte parisien.

Mme Lydie MOUDILENO, professeure à University of Pennsylvania, a débattu de «penser l’Afrique à partir de sa littérature». MONGO BETI ou Esa BOTO regrettait qu’il n’y ait que peu de littérature de qualité. Il n’y aurait pas, selon lui, de littérature réaliste et engagée. Il n’y a qu’une littérature pittoresque ou rose. Qu’est ce donc un classique africain ? Quel est le pouvoir de la littérature ?

La littérature africaine a considérablement contribué à reconstituer les archives africaines, et la mémoire du continent noir. En effet, en réglant ses comptes avec le colonialisme, la littérature africaine a su montrer ce versant de l’Afrique qui pense et se pense.

La littérature est un devoir de résistance qui a su rendre l’Afrique habitée et habitable.

La littérature africaine, pour la diaspora, a fait penser l’Afrique de manière particulière, maintenir la filiation et renforcer le socle affectif avec ce continent, comme à l’image de Samba DIALLO, tiraillé en deux cultures, dans «l’aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE.

La critique littéraire occidentale est sévère avec la production littéraire africaine qui n’est envisagée que sous le champ de l’anthropologie, de communautés bornés dont on contrôle le sens de manière policière. Mais, pour ces ethnologues européens qui se sont partagé l’Afrique en zones d’influence, l’Afrique pense-t-elle réellement ?

Mme Séverine KODJO-GRANDVEAUX, docteur en philosophie, directrice des pages cultures et médias de journal «Jeune Afrique» a introduit le thème «Effets de miroirs : penser l’Afrique, penser le monde». Mme KODJO fait appel à cette théorie de l’A.N.C développée par Nelson MANDELA de «l’Ubuntu», proche des concepts d’humanité et de fraternité : Nous sommes unis par des liens invisibles. «Je suis parce que vous êtes ce que vous êtes», suivant un dicton de l’Ubuntu. «Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous» suivant une autre formule. Quelqu'un d'Ubuntu est ouvert et disponible pour les autres car il a conscience d'appartenir à quelque chose de plus grand. Il faut privilégier l’intérêt commun, et s’identifier aux autres, y compris dans leurs sentiments hostiles. Dans sa tradition humaniste, l’Afrique privilégie la réconciliation à la vengeance. C’est par cette technique de la réconciliation que MANDELA a liquidé l’Apartheid. Certains chercheurs occidentaux estiment que l’Afrique étant une société totalisante serait donc primitive et ne penserait pas. En effet, la primauté de la société, de l’intérêt collectif sur les individus est mise en avant en Afrique. Comment donc, dans ces conditions agir en sujet libre et agissant ?

En fait, la prise de conscience d'un individu se définit par le contexte humain dans lequel il vit, et par ses interrelations avec autrui. Par conséquent, philosopher, c’est apprendre à nous défaire de nos préjugés. Penser, c’est nous penser, c’est bien gérer la relation à l’autre, c’est s’ouvrir au monde, s’exposer à l’altérité pour grandir d’elle. L’Occident doit cesser le monologue avec lui-même, sortir de ses préjugés et de son autocélébration.

M. Célestin MONGA, écrivain, économiste, Directeur général adjoint de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) a présenté une contribution sur «penser une Afrique affamée». «Si l’estomac ne répond pas il n’y a plus de cerveau» dit d’emblée, M. MONGA. Qu’est-ce que les Africains pensent d’eux-mêmes ?

Pour certains les déficits seraient d’ordre structurel. Pour d’autres, les conservateurs, les Africains doivent assumer leur histoire et cesser de se lamenter. Développant une stratégie victimaire et se comportant en «grands enfants», les Africains n’ayant pas le monopole de la souffrance, doivent apprendre à s’émanciper.

Les différentes pistes énoncées ne sont pas pour l’instant pertinentes. Le concept de «bonne gouvernance» n’est pas opérationnel, si les gens ont faim. L’agriculture de subsistance développe le misérabilisme et reste un frein à la productivité. Le secteur informel ne permet pas d’affirmer la dignité.

C’est l’industrialisation, même si elle a des coûts, en évitant les erreurs du passé, qui permet d’accroître la productivité, et d’assurer ainsi la dignité et la confiance en soi.

Une note d’humour et d’histoire, dans ce colloque avec la prestation d’Armand GAUZ, «les rêves de Kong de Binger». On a célébré en 2015, le centenaire de la naissance du professeur Roland BARTHES (1915-1980) qui a été professeur émérite au Collège de France. Mais personne n’a relaté que sa mère, Henriette, était la fille de Louis-Gustave BINGER (1856-1936), explorateur de l’Afrique de l’Ouest, premier gouverneur de la Côte-d’Ivoire (1893-1895). BINGER a «donné» la colonie de Côte-d’Ivoire à la France.

M. Pascal BLANCHARD, historien, documentaliste, spécialiste de l’Empire colonial français a débattu du thème «La France noire au regard de l’histoire de France». Ecrire l’histoire c’est se référer aux moments saillants. Le colloque du 2 mai 2016 au Collège de France est un moment historique. Comment, les Noirs, les minorités visibles sont-elles devenues invisibles ? Comment inscrire cette histoire dans l’histoire de France ?

Dans l’imaginaire colonial, les Noirs sont censés n’avoir pas d’histoire. «L’Homme africain n’est pas entré dans l’histoire» avait dit M. SARKOZY. Il n’y a pas une manière d’être Noir en France. Les Blancs ne veulent pas reconnaître les minorités visibles dans leur authenticité, non pas parce que qu’ils ne savent pas, mais parce qu’ils ont peur pour leur identité. Dans les faits, la place des minorités visibles oscille entre les ténèbres et la lumière. Paris à certains égards est la capitale culturelle de l’Afrique (naissance à Paris dans les années 30 du mouvement de la Négritude, création de la revue Présence Africaine par Alioune DIOP en 1947, colloque de 1956 à la Sorbonne sur les écrivains noirs, victoire de Balting Sikki contre Carpentier à la boxe, etc.).

M. Pap N’DIAYE, historien, spécialiste de l’histoire sociale des Etats-Unis, enseignant à sciences politiques, a traité du sujet «les représentations de l’Afrique pour les Afro-descendants de France». La deuxième génération d’Africains nés en France a tendance à prendre ses distances avec les immigrants de la première génération organisés sous formé d’associations villageoises ou d’organisations étudiantes comme la F.E.A.N.F. D’après une enquête sociologue du professer Pap N’DIAYE l’attitude de la deuxième génération a pris cinq variantes :

- un repli identitaire, avec une contradiction d’être Noir et doté de la nationalité française ;

- un attachement à la France, mais qui ne signifie pas un abandon d’autres identités ou d’autres attaches ; c’est une identité à géométrie variable ;

- une identification racialisée ; ce n’est pas un choix identitaire, mais il faut assumer sa condition de Noir, parce que de toute façon, les autres vous considèrent comme étant Noir avant d’être Français. On connaît la question traditionnelle «Tu viens d’où ?».

- une référence aux Etats-Unis, parce que c’est le seul pays où les Noirs ont réussi.

- le mythe du retour au pays d’origine des parents.

Mme Rokhaya DIALLO, journaliste, réalisatrice et militante associative française a discuté du thème «Formuler la question noire dans les médias : du déni à l’affirmation». Les médias jouent un rôle important dans la manière dont ils façonnent la mentalité française. Or, les médias ne sont pas à l’image de la société française ; les minorités visibles en sont exclues. En 1999, le Collectif Egalité, fondé par, entre autres, la romancière Calixthe BEYALA, tape du poing sur la table. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel les reçoit. A la suite des violences urbaines de 2005, un journaliste noir, Harry ROSELMACK, est nommé présentateur du 20 heures, à T.F.1, mais il a fallu attendre 6 mois pour qu’il prenne ses fonctions et cela afin de préparer les esprits. Les militants associatifs n’ont pas confiance aux déclarations hypocrites des dirigeants politiques sur l’égalité, seule la mobilisation peut faire évoluer les mentalités.

«Y’a Bon Award» récompense la déclaration la plus raciste de l’année. Ont été primés, le publicitaire, Jacques SEGUELA, le journaliste Christophe BARBIER, Sylvie BROSSOLETTE, journaliste à l’Express et membre du CSA, de surcroît, et Mme Laurence ROSSIGNOL, membre du gouvernement qui avait pourtant dénoncé les attaques racistes contre Mme TAUBIRA.

Les femmes noires, membres du gouvernement, si elles ne sont pas insultées ou qualifiées d’incompétentes, sont décrites dans la presse, à la rubrique de l’exotisme (mensuration, beauté, activités culinaires, ect.).

M. François DURPAIRE, historien, spécialiste des questions d’éducation et de diversité culturelle aux Etats-Unis, a présenté le thème : «Etre Noir en France en 2016 : ce qui passe et ce qui ne passe pas». Il existe peu d’études universitaires sur la diversité en France. Le gouvernement n’a porté une attention particulière qu’à la question de la laïcité. Le rapport à l’autre a été considérablement occulté ou tronqué, notamment en termes de représentation politique, de lutte contre les discriminations.

Pourtant, il est urgent de rétablir un récit commun sur l’histoire de France, dans les médias, à l’école, et en particulier à l’université, en termes de transmission de l’esprit critique et de littératures africaines, et non pas seulement que de littérature francophone, concentrée sur le patrimoine culturel de l’hexagone.

A l’instar des universités américaines, la France devrait, avec les moyens nécessaires et dans les grandes universitaires, ouvrir la recherche sur sa diversité. La France a pris des couleurs ; c’est son identité plurielle qu’il faut connaître et reconnaître à travers la recherche universitaire.

M. Dominic THOMAS, professeur et chef du département de français et des études francophones, à U.C.L.A, admirateur de Sony LABOU TANSI, a recruté Alain MABANCKOU aux Etats-Unis. Ce qui lui a permis d’être nommé par la suite au Collège de France. Pour être reconnu en France, quand on est Noir, il faut d’abord s’expatrier aux Etats-Unis. Le professeur THOMAS a présenté une contribution sur le thème «L’Afrique à l’université : globalisation et décolonisation». La France part d’un postulat, apparemment cohérent et juste, de la République ; la République est une et indivisible, tous les citoyens sont égaux devant la loi. Or, cette indifférence à la différence est une tolérance aux discriminations. Il en appelle à la promotion des études africaines dans toutes les universités françaises, et que celles-ci ne soient plus occultées ou écrasées par la francophonie.

M. Dany LAFERRIERE, grand ami d’Alain MABANCKOU, de l’académie française, romancier a causé du thème : «Haïti : présences africaines, ruptures et mythologies». Haïti est un pays de ruptures (esclavage, catastrophes naturelles, premier pays noir indépendant, 32 dictatures, etc.) mais un espace d’une vitalité culturelle et artistique exceptionnel. Ce pays a donné naissance à de grands auteurs, dont M. Jean PRICE-MARS, dont la littérature a inspiré SENGHOR.

M. Achille M’BEMBE, philosophe, politologue, historien, professeur à University of Wirwatersand, Jonesburg/ Duke Ellington, USA, a présenté une brillante intervention sur le thème «Afropolitanisme et Afrofuturisme». Au-delà de ce néologisme pouvant dérouter, le professeur M’BEMBE dans sa savante démonstration, a délivré un message d’espoir, loin de l’afro-pessimisme.

Nous vivons une période exaltante sur le plan intellectuel, à la fois sombre et pleine d’espérance. La pensée complexe s’effondre avec des conflits sur les identités. Qu’est-ce qui est en jeu pour l’Afrique ?

- rétablir le nom dont l’Afrique était revêtue ; chasser cette entité vaseuse et réhabiliter ce prestigieux nom qu’est l’Afrique ;

- ramener à la vie et à l’espoir, ce qui a été occulté par des messages de négation ;

- valoriser les gisements futurs de l’humanité ;

- contribuer à l’avancement d’un monde habitable ;

Le professeur M’BEMBE invite à une écriture de la transfiguration en évitant le vertigineux et l’éparpillement.

Le désastre des dictatures est une incarnation d’une civilisation africaine avachie.

Les rapports entre l’Europe et l’Afrique ne concernent pas une démarche de revanche, mais de réhabilitation d’un continent noir, dans sa dignité.

Dans les années à venir, si on n’y prend garde, l’Europe sera un continent de vieillards et l’Afrique représentera l’avenir, notamment pour la langue française. Le continent noir doit donc investir dans le capital humain et abolir ses frontières.

L’Afrique doit rester son propre centre.

Alain MABANCKOU, «Pour en finir avec le sanglot africain» a tenté de rectifier le tir et mieux préciser sa pensée. Il ne faudrait pas sangloter sur le passé. Il faut que le Noir s’occupe davantage de son présent afin de l’améliorer et refuser ainsi la capitulation. Les différences ne sont pas des oppositions. Il faut opposer la culture de la courtoisie à la culture de la récrimination.

Paris, le 2 mai 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Alain MABANCKOU triomphe au Collège de France – le colloque du 2 mai 2016, penser et écrire l’Afrique d’aujourd’hui», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 20:14

Grande dame des Lettres africaines, auteur d’œuvres inscrites au programme d’enseignement, Aminata SOW FALL témoigne, par son importante contribution littéraire, d’une bienveillance et d’une attention particulière aux sans-voix, aux rébus de la société. Mme SOW FALL, fe>mme discrète et modeste fuyant la lumière, préfère rester à l’ombre. «Je ne fais que ce que j'ai à faire et ce que je sais faire. Et ce que je sais faire, c'est écrire. J'y mets toute ma passion et mon énergie. Je ne cherche pas à me faire voir, à me créer une audience» dit-elle. Observatrice attentive de la société sénégalaise en pleine mutation, Mme SOW FALL est une écrivaine engagée pour l’égalité et la fraternité. Humaniste et dotée d’une satire inégalée, Mme SOW FALL dénonce les maux dont souffre la société sénégalaise. L’attention qu’elle porte aux autres m’a profondément bouleversé. Sa production entamée avec «Le Revenant» en 1976 et qui se poursuit est une véritable sociologique de la société sénégalaise. Ses premiers textes comme «Le Revenant» et «La Grève des Bàttu» en 1979, devenus d>es classiques, révélaient déjà une écriture engagée, visionnaire et d'une dimension esthétique incontestablement séduisante. L'auteure aborde, avec justesse presque, les problèmes les plus immédiats auxquels les Africains sont confrontés, sans oublier les grandes questions de l'heure, telles l'émigration, «Douceurs du bercail», en 1998 et les politiques de développement de la Banque mondiale «Festins de la détresse», 2005. Mme SOW FALL se pose des questions à dimension universelle, tout en étant profondément enracinée dans ses valeurs sénégalaises : «Comme toutes les littératures, la littérature africaine pose les problèmes de l'humain. Toute littérature, d'où qu'elle soit pose toujours le questionnement essentiel que tout être humain se pose : qui suis-je ? Comment survivre ? Comment échapper à la mort ? Ce sont des questions immuables auxquelles les hommes cherchent des solutions. (…). Dire que je suis sénégalaise ne me dispense pas d'être universelle. Toute œuvre littéraire, artistique a une vision d'éternité. Même lorsque l'auteur ne pose pas le problème, ce sont ces problèmes qui ressortent. Regardez tout ce que Mariama BA écrit sur la polygamie. Toutes les femmes, toutes les personnes qui ont lu son livre ne connaissent pas ces problèmes. Mais ce qu'ils ont perçu, c'est la souffrance, c'est la condition humaine, le destin de l'être humain dans ses aspirations, dans ses oppressions, dans ses questionnements, ses émotions. Et tout ça, c'est humain. C'est tout cela qu'on partage avec l'humanité, avec l'universel. La littérature africaine est universelle » souligne t-elle.

Née à Saint-Louis le 27 avril 1941, Mme FALL est issue d'une vieille famille de cette ville. «J’habite Saint-Louis qui est une île, une île jetée sur le fleuve comme une chaussure, le grand bras d’un côté, le petit bras d’un côté. Chaque fois que je me réveillais le matin, du balcon de ma maison, j’apercevais la mer. C’était une invitation au rêve, au départ, à l’infini» dit-elle. Sérieuse, intelligente et travailleuse, après quelques années passées au Lycée Faidherbe, elle finit le cycle secondaire au lycée Van Vollenhoven de Dakar (Lamine Guèye). Elle se rend ensuite en France où elle prépare une licence de lettres modernes. Elle se marie en 1963 puis elle rentre au Sénégal où elle devient enseignante. Dans son itinéraire professionnel, Mme SOW FALL s’est fixée un objectif majeur : «vaincre les nouveaux défis, pour conserver notre intégrité physique, morale, spirituelle et matérielle» dit-elle. Aussi, Mme SOW FALL travaille ensuite dans le cadre de la Commission Nationale de Réforme de l'Enseignement du Français. Elle fut de 1979 à 1988 directrice des Lettres et de la Propriété intellectuelle au ministère de la Culture et directrice du Centre d'Etudes et de Civilisations. Mme SOW FALL est aussi la fondatrice de la maison d'édition Khoudia, du Centre Africain d'Animation et d'Echanges Culturels (CAEC), du Bureau Africain pour la Défense des Libertés de l'Ecrivain (BADLE) à Dakar, et du Centre International d'Etudes, de Recherches et de Réactivation sur la Littérature, les Arts et la Culture (CIRLAC) à Saint-Louis. Elle est Docteur Honoris Causa du «Mount Holyoke College», «South Hadley», «Massachusetts» ainsi que d'autres établissements universitaires.

Mme SOW FALL a été couronnée du grand prix de la littérature d’Afrique et du grand prix international pour les lettres africaines, pour sa brillante contribution littéraire sur la fonction sociale de l’écriture. «La littérature doit évoluer et dépasser le stade de réhabilitation de l’homme noir. J’ai pensé que l’on pouvait créer une littérature qui reflète simplement notre manière d’être, qui soit un miroir de notre âme et de notre culture. Je me suis mise à écrire comme modèle la société dans laquelle je vivais» dit-elle. Ainsi, «La grève des Bàttu» relate l’histoire d’une grève imaginaire de ces mendiants pour montrer leur importance dans la société. Les hommes au pouvoir considèrent les mendiants comme des «déchets humains» qui défigurent la ville et qui entravent le développement du tourisme. Mour N’DIAYE, un haut bureaucrate plein d’ambitions décide donc de se débarrasser une bonne fois pour toute de ces indésirables. Plus exactement il en chargera son adjoint zélé, Kéba DABO et ne veut plus entendre parler de ces mendiants. Il y a donc deux camps qui s’affrontent. Les puissants ne lésinent pas sur la violence et expédient les mendiants à deux cents kilomètres de la ville. Mais ces derniers sont solidaires entre eux. Ils refusent d’être frappés et humiliés surtout, ils sont conscient de la place qu’ils occupent dans la société. Leur grève a des conséquences déroutantes pour les puissants. Très rapidement, Mour lui-même eut besoin d’eux pour la réalisation d’un sacrifice qui allait lui attribuer le poste de vice président, mais ces derniers lui refusèrent leur aide. Mour voit alors son rêve s’écrouler avec la nomination du ministre de l’intérieur Toumané TOURé au poste de vice-président. Ce roman est une interaction du social et du politique. Les individus ravalés au rang de «déchets humains», n’ont pas totalement perdu tout ce qui leur reste, la dignité.

Dans «Le Revenant» ce sont les grands moments de la vie des individus et du groupe social qui articulent le récit : le mariage, le baptême, les funérailles et les réceptions des grandes dames, «Driankés». Avec les dépenses somptuaires que génèrent ces événements, la société traditionnelle africaine se trouve bousculée par l’argent-roi, la soif de reconnaissance ou de promotion sociale. La société monolithique, hiérarchisée par la naissance et solidaire, vacille en raison de ces nouvelles valeurs.

«L’appel des arènes» situe le récit à Dakar. Les deux jeunes hommes fréquentent les arènes de différentes manières. Sory est dans la périphérie. Nalla vit les arènes de l'intérieur grâce à l'amitié qui le lie aux deux lutteurs, André et Malaw. Le personnage de Sory, permet de découvrir l'environnement des arènes, la vie nocturne de Dakar mais aussi la dureté du quotidien. «L’aliénation est assurément la plus grande mutilation que puisse subir l’homme» dit Mme SOW FALL. La tradition se meurt.

«Douceurs du bercail», Mme SOW FALL écrit, de façon visionnaire, sur le thème de l’immigration. «Pour Douceurs du bercail, je n'ai pas choisi un thème d'actualité. J'ai écrit ce livre en 1981 et il n'était pas encore question de charters, de sans-papiers etc. Mais j'avais déjà perçu la mentalité de la jeunesse africaine à cette époque. C'était toujours du " on ne peut rien faire ici ". Et j'ai pensé qu'il fallait écrire pour sensibiliser. J'aurais du mal à prouver que ce livre a été écrit au début des années 80 s'il n'y avait pas ce numéro de Notre librairie daté de 1982 dans lequel on me demandait le sujet de mon prochain livre et où j'avais répondu l'immigration. Aujourd'hui, ce sujet est devenu un sujet d'actualité», dit Mme SOW FALL. Notre écrivaine délivre, à ceux qui sont encore tenté par l’immigration, un message d’espoir : "Le plus dur aujourd'hui est que l'espoir s'en va. Aimons notre terre ; nous l'arroserons de notre sueur et la creuserons de toutes nos forces, avec courage. La lumière de notre espérance nous guidera, nous récolterons et bâtirons. Alors seulement nous pourrons emprunter les routes du ciel, de la terre et de l'eau sans être chassés comme des parias. Nous ne serons plus des voyageurs sans bagages. Nos mains calleuses en rencontreront d'autres en de chaudes poignées de respect et de dignité partagée", dit-elle.

«Festin de la détresse», c'est le titre fort révélateur qu'a choisi l'écrivaine sénégalaise Aminata Sow Fall pour dénoncer "ceux qui se nourrissent de la détresse des autres". Dans ce roman, Mme SOW FALL souligne, avec beaucoup de sensibilité et de bon sens que son pays et par là l'Afrique, doit rompre avec le cercle vicieux des pseudos projets "d'aide au développement" et de corruption encouragés par l'Occident.

«Le jujubier du patriarche» évoque la question complexe de la mémoire africaine, tissée autour d'un chat, le chant qui célèbre les lignées des héros antiques, des bâtisseurs et des grands guerriers. L'enjeu de la mémoire c'est la place qui revient aujourd'hui à chacun au sein de la société. Mais le tissage peut aussi être déchiré par l'intrusion du monde "moderne" qui suit les Indépendances. Un foisonnement de personnages, de temps, de castes, et partout, toujours, les mots qui figent ou qui brisent. Narrations et dialogues, paroles de griots, de femmes, de chefs nous emmènent en procession jusqu'au jujubier du patriarche où devra s'accomplir la renaissance.

«L’ex-père de la nation» est un roman qui trace le portrait d'un homme de coeur qui devient président de son pays.

«Un grain de vie et d’espérance», Aminata SOW FALL agrémente ce roman de toutes les saveurs culinaires du Sénégal, comme le Thiébou Dieun, le mafé, le yassa, etc.

Bon anniversaire, longue vie et bonne santé à Mme Aminata SOW FALL qui vient de fêter, pour le bonheur des amoureux des lettres, ses 75 ans.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

1 – Contributions de Mme Aminata SOW FALL

SOW FALL (Aminata) Douceurs du bercail, Dakar/Abidjan, Editions Khoudia, et Nouvelles éditions ivoiriennes, 1998, 224 pages ;

SOW FALL (Aminata), Ex-Père de la nation, Paris, L'Harmattan, 1987, 189 pages ;

SOW FALL (Aminata), Festin de détresse, Paris, éditions d’En Bas, 2005, 158 pages ;

SOW FALL (Aminata), La Grève des Bàttu, ou, les déchets humains, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines, 1981, 131 pages ;

SOW FALL (Aminata), Le Jujubier du Patriarche, Paris, Serpent à plumes, 1998, 188 pages ;

SOW FALL (Aminata), Le Revenant, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines, 1976, 125 pages ;

SOW FALL (Aminata), Sur le flan gauche du «Belem», Paris, Actes Sud, 2002, 39 pages ;

SOW FALL (Aminata), Un grain de vie et d’espérance, Paris, Truffaut, 2002, 141 pages ;

SOW FALL, L'Appel des arènes, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines, 1993, 155 pages.

2 – Critiques de Mme Aminata Sow Fall

BONI-SIRERA (Jacqueline), «Littérature et société: étude critique de La Grève des Battu d'Aminata Sow Fall», in Revue de littérature et d'esthétique nègre africaine, 1984 n°5, pages 59 à 89.

BORGOMANO (Madeleine), Lectures de l’appel des arènes d’Aminata Sow Fall, Paris, N.E.A, 1984, 80 pages ;

CABAKULU (Mwamba) CAMARA (Boubacar), Comprendre et faire comprendre la grève des Bàttu, préface du professeur Oumar Sankaré, Paris L’Harmattan, 2002, 128 pages ;

DIAW (Alioune) et DIOP (Cheikh), Aminata Sow Fall, itinéraire d’une pionnière, Paris, Alliance française Lecce, 2015, 270 pages ;

GUEYE (Médoune), Aminata Sow Fall, oralité et société dans l’œuvre romanesque, Paris, L’Harmattan, 2005, 197 pages ;

N’DOW (Isatou), La technique romanesque dans les œuvres d’Aminata Sow Fall, Dakar, Faculté des lettres et sciences humaines, 2000, 132 pages ;

LAMBERT (Fernando) «Aminata Sow Fall, romancière sénégalaise : l’écriture et sa fonction sociale», QUEBEC FRANÇAIS, 1987, n°65, pages 20-22.

Paris, le 28 avril 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Aminata SOW FALL, une écrivaine sénégalaise talentueuse, entre discrétion et compassion pour les exclus», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 19:29
«Batoula», premier et unique prix Goncourt attribué à un Noir le 14 décembre 1921, est tombé dans l’oubli. «C’est René MARAN qui, le premier, a exprimé «l’âme noire » avec le style nègre en français» souligne Léopold Sédar SENGHOR qui voyait en ce roman un «précurseur de la négritude». René MARAN qui a mis six années pour écrire «Batouala» qualifié de véritable «roman nègre», relate que son ouvrage est «une successions d’eaux fortes». Il n’a fait rien inventé dans ce roman ; il n’a fait que constater et enregistrer la vie des Africains. Il faut se méfier des préjugés : «Les Nègres de l’Afrique équatoriale sont, en effet, irréfléchis et n’auront jamais  aucune espèce d’intelligence. Du moins, on le prétend. A tort, sans doute. Si l’intelligence caractérisait le Nègre, il y aurait fort peu d’Européens» dit d’emblée René MARAN dans la préface. Dans un roman autobiographique, «un homme pareil aux autres», paru en 1947, René MARAN exprimera tout le mal-être lié à sa double culture et contre la politique coloniale d’assimilation : «tu te crois Nègre, et on te croit  Erreur ! Tu n’as que l’apparence. Pour le reste, tu penses en Européen», dit-il. La préface de ce brûlot constitue, en effet, une véritable charge frontale contre le système colonial puisque MARAN s'attaque de manière directe à la façon dont l'administration coloniale gère ses territoires de l'Afrique Équatoriale Française. Ce roman est une diatribe violente contre le colonialisme français qui, loin d’être une entreprise de «civilisation», serait un «royaume de cadavres». Dans son entreprise de domination, fondée sur la force, le colonialisme est inspiré des idées racistes qu’exprime clairement Montesquieu, à savoir «ils sont noirs des pieds jusqu’à la tête, et ils ont le nez écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre». René MARAN est encore plus précis dans sa préface : «après tout, s’ils crèvent de faim, par milliers comme des mouches, c’est que l’on met en valeur leur pays. Ne disparaissent que ceux qui s’adaptent à la civilisation. Civilisation, civilisation, orgueil des Européens, et leur charnier d’innocents. Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. (…). Tu es la force qui prime sur le droit. Tu n’es pas un flambeau, mais un incendie. Tout ce que tu touches, tu le consumes». Les indigènes débilités par des travaux incessants, excessifs et non rétribués, le colonialisme les a met dans l’impossibilité de se consacrer à leurs semailles, d’où la famine dans un pays pourtant fertile. «Si, comme je le crois, René Maran dit la vérité, que maudite cent fois soit une civilisation qui produit de tels résultat», dit René VIOLAINES, un des amis de René MARAN.
Pour René MARAN, la vie coloniale, n’est pas une mission de «civilisation», mais elle est faite d’abus, de malversations, d’atrocités, ainsi que de bassesses. En effet, le colonialisme avilit peu à peu les serviteurs de la France «rares sont, parmi les fonctionnaires, les coloniaux qui cultivent leur esprit. Ils n’ont pas la force de résistance à l’ambiance. On s’habitue à l’alcool». Ces excès et d’autres, ignobles, conduisent à ceux qui y excellent à «la veulerie, la plus abjecte». Les fonctionnaires coloniaux, pour avancer en grade, hantés par cette idée, «ont abdiqué à toute fierté, ils ont hésité, temporisé, menti, délayé leurs mensonges. (…). A leur anémie intellectuelle, l’asthénie morale s’ajoutant, sans remords, ils ont trompé leur pays».
Un député, pourtant communiste, Georges BARTHELEMY exige des sanctions contre René MARAN, un fonctionnaire «qui a répandu sa bile sur la grande famille coloniale française». René MARAN affirme pouvoir prouver certains comportements humiliants de ses supérieurs à l’égard des indigènes et des fonctionnaires de «race noire» qu’ils traitent avec un mépris absolu de la dignité humaine ou un parti pris, et ont voulu de diminuer l’autorité attachée à leurs fonctions. L’administration coloniale est naturellement fortement irritée contre ce roman devenu célèbre : «Conserver un agent dont la valeur est nulle qui ne se distingue que par sa suffisance et son incapacité ; dont l’orgueil est indomptable et ne lui permet pas d’obéir ; qui ne fait usage de ses facultés que pour critiquer ses chefs, enfin qui ne peut être qu’une charge pour la colonie, serait regrette», souligne un rapport. On s’étonne, dès lors, comment le prix Goncourt a été attribué à René MARAN. En fait, les Noirs ayant partagé l’expérience des tranchées, la dette du sang devient un argument fondamental des demandes d’égalité. Courtisés par des mouvements d’obédience communiste, à travers un journal «Paria», les tirailleurs sénégalais ont commencé à acquérir une conscience politique. En effet, l’attribution de cet unique prix Goncourt à un Noir, depuis près d’un siècle, était à l’époque une sorte d’hommage aux 160 000 tirailleurs sénégalais qui avaient vaillamment combattu pour la «mère patrie» pendant la première guerre mondiale. Sur les 370 000 Noirs américains enrôlés dans la Première Guerre mondiale à partir de 1917, environ 200 000 servirent en France. «Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort. Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ? Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux. Je ne laisserai pas -non! Les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires «banania» sur  tous les murs de France» dit SENGHOR dans un poème liminaire d’Hosties Noires.
Au début du siècle dernier, en pleine expansion de la domination française en Afrique, personne n'osait douter des aspects positifs du colonialisme censé être porteur de civilisation et de paix. Pourtant une voix singulière s’insurge contre cette imposture, celle de René MARAN, auteur antillais (1887-1960), de surcroît fonctionnaire au ministère des Colonies. Ses propos font l’effet d’une bombe dans le paysage politique d’une France victorieuse de la première guerre mondiale et sûre d’elle-même. Lorsque René MARAN obtient le prix Goncourt avec le roman «Batouala», il acquiert une immense réputation internationale. Brillant élève à Bordeaux, fonctionnaire colonial en Afrique, écrivain talentueux et intellectuel engagé, René MARAN est resté jusqu'ici une personnalité peu connue, voire ignorée du grand public. René MARAN, à travers la première biographie que lui consacre Charles ONANA, est un homme de lettres et de culture qui a bouleversé et marqué la vie littéraire française en termes de dualité de construction identitaire.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, René MARAN décrit ses compatriotes de façon stupéfiante : "Les Français sont, présentement, ou anglophiles, ou hitlérophiles, ou américanophiles, ou sovietophiles, ou fascistophiles. Tous comptent, selon leurs affinités électives, ou sur l'Amérique, sur l'Angleterre, sur la Russie, sur l'ordre hitlérien ou sur les disciplines fascistes pour les sauver du chaos où les ont plongés, leur insouciance, leurs querelles intestines et leur incurie». Comme le nom l’indique, «Batouala» est un roman africain. Par contre le nom de l’auteur ne révèle pas qu’il s’agit d’un noir, «le premier Goncourt noir». Ce roman couronné d’un Goncourt «trop noir et ineuropéen» pour les Français, qui force l'admiration des uns, et provoque la colère des autres, est interdit de diffusion en Afrique. René MARAN, fonctionnaire colonial en Oubangui Chari, (République Centrafricaine), sera contraint de démissionner de son poste. Léon DAUDET, membre de l’Académie Goncourt écrit, le 16 décembre 1921 que le roman «Batouala est un livre remarquable, d’une langue puissante et hardie». Loin de disqualifier le Goncourt, Léon DAUDET en parlait  termes élogieux : «L’attribution du prix Goncourt le seul prix littéraire qui compte vraiment aujourd’hui, à un écrivain de race noire, M. René MARAN, auteur de Batouala, confirme ce que j’ai eu l’occasion de répéter ici, à maintes reprises, quant à la prétendue infériorité de la race noire. Cette infériorité est un mythe, comme, dans un autre genre, la prétendue supériorité du dix-neuvième siècle».
La relecture au XXIème siècle de René MARAN est d’une grande actualité face à la montée du Front National et à la grande lepénisation des esprits. En effet, les discussions qu’il a entretenues sur les questions relatives aux Noirs (leur statut, leur identité, etc.) avec d’autres intellectuels et artistes au sein de ces différents espaces sont encore des questions majeures de notre temps, même si le contexte a changé. Les idées de René MARAN, sont certes radicales, mais sont été au fondement d’un travail de compréhension des situations et conditions des Noirs dans leurs spécificités contextuelles mais aussi dans ce qu’elles ont de commun. Par ailleurs, et en dépit de l’affirmation du principe d’égalité encore en ce moment, les Noirs de plus en plus nombreux en France, sont exclus des principaux de décisions : direction des partis politiques, représentation à l’Assemblée nationale, dans les groupes publics, postes à responsabilité dans la haute administration. C’est une ségrégation qui ne dit pas son nom. Dans les années 20, René MARAN parlait d’une «américanisation» de la société française, avec le phénomène d’exclusion que développe le colonialisme.
La relecture de «Batouala» soulève d’autres questions. En quoi René MARAN invite à réfléchir à la figure de l’écrivain engagé et en quels sens. En quoi permet-il d’éclairer, ou non, le parcours d’autres écrivains. René MARAN est un grand précurseur du roman nègre et africain. «Bien plus aux circonstances qu’à mes origines. Celles-ci, compte tenu des mystérieuses lois de l'hérédité, m’ont sans aucun doute permis de mieux comprendre, de mieux sentir et de mieux traduire qu'un Européen la vie de la brousse. Mais ce sont les circonstances qui m'ont contraint à devenir ce que je suis devenu. Le succès de Batouala m'a fait prisonnier des causes que j'ai défendues» dit-il en 1953. Sa contribution littéraire est particulièrement dense et importante. Il a écrit des romans, des essais et des poèmes. «Tout le roman nègre en francophonie procède de René Maran» dit Nimrod. Qui était donc René MARAN ?
René MARAN est né le 5 novembre 1887 sur le bateau qui menait ses parents d’origine guyanaise à Fort-de-France. Comme c’est là où sa naissance a été enregistrée, on le présente souvent comme un écrivain de Martinique. «Je suis né en effet à Fort-de-France le 5 novembre 1887, que je sois né ici ou là n'a d'ailleurs, pour moi, qu'une importance relative. L'essentiel est de vivre et d'essayer de laisser une œuvre après soi. Le reste dirait Verlaine, n'est que littérature» dit René MARAN. Le jeune René fut très vite contraint de déménager dans «la métropole», à Bordeaux plus précisément, alors que son père est muté en Afrique Equatoriale. Dès l’âge de sept ans, on le retrouve pensionnaire au petit lycée de Talence, en Gironde, avant d’intégrer le Lycée Montaigne en 1902. Il publie son premier recueil de poèmes en 1904 et se destine à une carrière littéraire lorsqu’il doit brusquement renoncer à s'inscrire à la Faculté de Lettres pour subvenir dorénavant aux besoins de sa famille. Il connut ainsi la jeunesse mélancolique des enfants de coloniaux, des quasi-orphelins qui n’avaient droit à la présence de leurs parents que pendant un semestre tous les trois ans, au rythme des congés administratifs. C’est au grand lycée de Bordeaux, en classe de seconde, que se confirma sa vocation littéraire grâce à la rencontre avec son professeur de lettres, Monsieur LAMBINET, auquel il devait prodiguer des témoignages de fidélité tout au long de son existence. On demeure rêveur quand on découvre dans l’éloge funèbre de LAMBINET rédigé par MARAN que ce dernier se montre particulièrement reconnaissant à son maître de lui avoir révélé ces deux chefs d’œuvre de la poésie française que sont «La cithare» de Théodore de BANVILLE et «Les bœufs» de Louis MERCIER. Reçu bachelier en 1906, MARAN fut étudiant à Paris. On sait qu’il a joué au rugby au Stade français dans la même équipe qu’un autre Guyanais célèbre, Félix ÉBOUE, futur haut-fonctionnaire colonial qui organisera la Résistance gaulliste en Afrique Équatoriale Française (A.E.F.).
En 1910, il part donc pour l'Afrique, désormais aux ordres de l’administration coloniale française, juste après avoir publié un premier recueil de poèmes, La Maison du bonheur. Il est nommé commis de 4ème classe des affaires indigènes à Bangui, où il retrouve son père, Léon Herménégilde MARAN, pour peu de temps puisque Léon MARAN prendra sa retraite six mois plus tard et regagnera la maison familiale à Bordeaux. René MARAN passa la plupart de sa vie entre la France et l'Afrique, en Oubangui Chari notamment, ce qui rend d'autant plus problématique la catégorisation de l'appartenance géographique de cet écrivain, mais ceci explique aussi son intérêt pour la communauté noire, non seulement antillaise, mais aussi d'Afrique, de France et des États-Unis. C’est en Afrique qu’il commence dès 1912 son Batouala, un roman dans lequel il souhaite restituer l’intériorité des indigènes du point de vue d’un chef de village.
René MARAN ne marcha pas très longtemps sur les traces de son père. Il interrompit sa carrière coloniale à la fin de 1924, avec le grade «d’adjoint principal de 3ème classe des services civils». Se considérant persécuté par son administration en raison des positions qu’il avait prises dans «Batouala», il jugea préférable de s’installer à Paris et de se consacrer à plein temps à la carrière littéraire. René MARAN fit alors l’apprentissage de l’existence pas toujours facile d’un écrivain qui doit vivre seulement de sa plume. En 1927 il avait épousé une demoiselle Camille BERTHELOT, née en 1894. De milieu modeste, si elle fut une épouse aimante et dévouée, elle ne pouvait pas l’aider à résoudre ses problèmes financiers. Elle survécut dix-sept ans à son mari, lui-même décédé le 9 mai 1960, grâce aux secours de divers amis du couple, en particulier du Président SENGHOR.
I – Batouala un roman résolument anticolonialiste
A – Exposé de Batouala
René MARAN dont l’œuvre est primée faisait partie de l’administration coloniale française depuis 1909 et qu’il occupait à ce moment-là un poste en A.E.F. où il reçut la nouvelle, deux mois plus tard, en raison des délais de transmission du courrier. Dans cet ouvrage, dédié à Manoël GAHISTO, biographe, traducteur, et qui portait l’indication générique : «véritable roman nègre», René MARAN souhaite couper court avec l'exotisme à la Pierre LOTI, et décrire ce qu'il voit, ce qui a lieu effectivement sous ses yeux, un personnage fictif, "Batouala le Mokondji", dans un cadre documentaire anticolonial et non-européen. L’empathie de René MARAN est telle qu’il nous montre la mentalité africaine comme de l’intérieur. «On ne parlera jamais assez de ces pauvres gens qu'une civilisation à laquelle je dois tout a immolés et immole chaque jour davantage à sa conservation», dit-il dans une lettre du 30 octobre 1918. Là est la prouesse du livre, puisque ses descriptions hyperréalistes coupent courts avec les pesanteurs de la mode. René MARAN devait écrire ensuite pour se justifier : "Je me suis proposé d'autres buts, en écrivant ces pages, que de donner au lecteur un aperçu sommaire, mais correspondant à la véritable vie coloniale d'Afrique. Mon unique souci a été celui de l'impartialité la plus complète vis-à-vis des Blancs comme vis-à-vis des Noirs. Je ne les ai pas opposés les uns aux autres, je les ai juxtaposés simplement, comme ils le sont dans la vie". «Batouala» est un roman «naturaliste» au sens où il «naturalise» les Africains. Il les présente comme des êtres de sensation bien plus que de réflexion. Et l’on ne peut manquer, en le lisant, de se remémorer l’aphorisme de SENGHOR : «l’émotion est nègre, la raison hellène».
Dans ce roman, au bord du fleuve Nioubangui vit le grand chef Batouala, l'un des plus puissants féticheurs du pays des Bandas, dont le monde traditionnel commence à s'effondrer. C’est l’histoire d’un vieux chef aux neuf épouses, fainéant, alcoolique et dépravé qui parle aux animaux et vit en harmonie avec la nature. Le grand chef Batouala ne peut plus dormir comme avant dans la quiétude de sa haute brousse. De nombreux soucis l'empêchent de rejoindre "Le doux feu intérieur du sommeil" : ses fonctions rituelles, la proximité des chasses, l'éloignement manifeste de sa femme. Il s’inquiète de voir sa jeune épouse, sa favorite, Yassindja, succomber aux charmes d’un jeune et vigoureux guerrier, Bissibingui, «coq préféré des femmes». Lors de la chasse à la panthère, il tente de tuer son rival. Le fauve le blesse. Batouala met deux jours pour mourir. Pendant que les autres villageois se disputent ses biens, sans attendre son décès, il n’est que deux personnes pour veiller sur lui : Yassindja et Bissibingui qui ne se cachent plus.
Et surtout, «Batouala» est préoccupé par cette sourde rumeur qui répète que l'homme blanc accable l'homme noir, et le traite moins bien que son chien. Batouala rejette le monde colonial qui est imposé : «On vivait heureux jadis, avant la venue des Boundjous (Blancs).  Que nous ont-ils pas promis !» dit-il. «Vous reconnaîtrez plus tard, que c’est en vue de votre bonheur que nous forçons à travailler», rétorque un colon. Il s'inquiète également de voir des soldats noirs enrôlés dans l'armée française pour participer à un conflit absurde entre «Blancs frandjés» et «Blancs zalémans». Dans quelle galère sont-ils embarqués? Faut-il souhaiter la victoire des "zalémans" contre les colons «Frandjés» ? 
Les Blancs, décrits comme des figures bouffonnes et autoritaires, ont pour les Noirs un mépris absolu et féroce. Batouala ne se lasse pas de dénoncer «la méchanceté des «Boundjous» (Blancs), leur cruauté, leur rapacité». Malgré les reproches qu'il adresse ainsi indirectement aux colons, René MARAN ne sombre pas dans le manichéisme et décrit sans complaisance les vices des tribus africaines, jalousie, paresse, lâcheté. Grandeurs et bassesses vont de pair, car «L'homme, quelle que soit sa couleur, est toujours homme». L’incompatibilité entre les Noirs et les Blancs se noue autour de la valeur du travail. Si le nègre n’est pas «fainéant», selon MARAN, il revendique le droit à la paresse : «On vivait heureux, jadis, avant la venue des «Boundjous». Travailler peu, et pour soi, manger, boire et dormir ; de loin en loin, des palabres sanglantes où l’on arrachait le foie des morts pour manger leur courage et se l’incorporer – tels étaient les seuls travaux des noirs, jadis, avant la venue des blancs. À présent, les nègres n’étaient plus que des esclaves».
Ce roman est complet parce qu’il renferme au-delà de l’intrigue autour de la vie banale d’un chef de village en période coloniale, l’histoire de tout un peuple face à différentes situations causées par le colonisateur. La réussite de MARAN réside dans la façon de rendre vivant son récit avec l’animation de la faune et de la flore qui participent dans le rythme de la vie des africains. Cette symbiose réussie actualise le roman dans le débat actuel de l’homme face à son environnement. L’indispensable vie naturelle des noirs s’offre ici comme un exemple d’harmonie que la civilisation occidentale n’a pas fini de détruire, et avec une grande partie des coutumes africaines.
B – Réception de Batoula
1 - Les critiques défavorables
On se souvient que le roman obtient le prix Goncourt, récompense qui jette plus qu’une «pierre dans la mare aux grenouilles littéraires». Dans ce contexte international d’après-guerre, la crainte de voir se diffuser au sein de l'opinion française un tel récit de la vie coloniale, n’est pas aussi vive que celle de le voir servir de propagande contre l’administration coloniale et l'occupation française de la Rhénanie par les Troupes noires. C’est ce contexte qui autorise en bonne part, les attaques les plus violentes contre l'auteur de Batouala tandis que l’inquiétude envahit la presse littéraire de voir le roman, traduit dès 1922 en Allemagne, servir outre-Rhin de propagande antifrançaise.
Le roman, favorablement accueilli au moment de sa parution, est devenu l’objet d’une polémique retentissante dans la presse coloniale et métropolitaine. «Il y eut quelque stupeur dans le ban et l’arrière ban des lettres, lorsqu’on apprit que l’auteur, inconnu hier encore en dépit de deux excellents volumes de vers parus, était un “véritable nègre”. On savait, à Paris surtout, les noirs de première force sur les “bruitteurs” de jazz-band à la mode; on ne les soupçonnait pas encore de taille à nous donner des modèles de style», souligne Henri-René LAFON dans «l’Afrique Latine» du 15 janvier 1922.  «M. Maran est sans doute un génie pour les Nègres de l’Oubangui. Mais il n’est qu’un élève dans la patrie des Lettres», écrit Jacques BOULANGER, dans «l’Opinion».
Les premières réactions attestant d’un tournant radical du mode de la réception après le Goncourt, furent celles des journaux de gauche, à commencer par «L’Humanité» du 15 janvier 1922 qui présentait le roman comme un document sur l’exploitation des Noirs en Afrique par ceux qui disaient leur apporter la civilisation.
En raison de cet appui de la gauche, René MARAN a été longtemps suspect de communiste alors que, par ses propos et ses actes, il s’est toujours explicitement opposé tant au communisme qu’aux idées de Marcus GARVEY. Ses professions républicaines et assimilationnistes n’ont pas, pour autant, empêché que son discours soit perçu par le pouvoir comme potentiellement dangereux. Maurice DELAFOSSE, un éminent africaniste déclara que MARAN n’avait qu’une vision superficielle de l’Afrique et ne comprenait rien aux identités noires locales. DELAFOSSE s’interroge et accuse : «Une œuvre de haine ? Batouala ou la calomnie ? En couronnant ce pamphlet l’Académie Goncourt a commis une mauvaise action». Maurice DELAFOSSE affirme que René MARAN a terni l’image de marque des coloniaux. L’indifférence, soutient DELAFOSSE, dans une série d’articles, «pour les fonctionnaires coloniaux” entamée dès janvier 1922, n’est pas l’attitude qui convient à la circonstance, d’une  part parce que les intérêts du pays sont en jeu, d’autre part parce qu’il n’est pas possible de demeurer indifférent en face des braves gens qui souffrent dans leur honneur injustement attaqué». La condamnation de MARAN par le tribunal de Bangui pour violences et voies de faits  à la suite de l’affaire Mongo, le 26 juin 1919, qui établissait la responsabilité de MARAN dans la mort d’un porteur en novembre 1917, ressurgit comme par miracle.
Les critiques violentes viendront de René TRAUTMANN qui estime que MARAN est un imposteur, un raciste et un surendetté. «Mais, si j'en juge par la préface de l'auteur, Batouala n'est pas le simple Mokoundji d'un village quelconque des rives de la Bamba ; Batouala dépasse le cadre du petit roman colonial couronné par l'Académie Goncourt ; Batouala est le Nègre opprimé qui saisit chaque occasion,  sans danger pour lui, d'exprimer sa haine contre le Blanc envahisseur», dit TRAUTMANN. René TRAUTMANN (1875-1956, médecin au Congo, membre de l’Académie des sciences d’Outre-mer) commence en cherchant à priver MARAN de toute légitimité à parler pour l'ensemble des Noirs d'Afrique : «Il est facile de découvrir de nombreux peuples noirs, heureusement très supérieurs au tien. Pour cette raison, [leur] opinion […] aurait incontestablement plus de valeur, plus de poids, que celle du chef d'un pays perdu comme le tien. Tu ne t'offenseras donc pas, si je me refuse à te considérer comme le porte-parole de toute la race noire», dit cet auteur conservateur. TRAUTMANN introduit une distinction entre le «Nègre», qui n'aurait pas bénéficié des bienfaits de la colonisation française et qui vivrait selon des mœurs barbares, et les «Noirs» qui représenteraient l'émancipation apportée par la France en Afrique. Ce souci français «d'obtenir un jour l'égalité absolue de toutes les races» serait lui-même attesté par l'exemple des abolitions françaises de l'esclavage et de la traite. TRAUTMANN, en évoquant la libération des esclaves antillais et leur inclusion à la nation par le décret de 1848, veut montrer que la France a fait de ces anciens esclaves des citoyens et non de nouveaux esclaves. De même que Batouala devrait à la France, comme tous les «Noirs» d'Afrique, la disparition de l'esclavage et de la traite «Mais, Batouala, nous connaissons votre manière de vivre heureux ; piller, supplicier, tuer ou réduire en esclavage tous vos voisins, quels qu'ils soient, tel est le comble du bonheur pour vous, bons nègres de l'Afrique centrale !». Avant la venue des Blancs en Afrique, il n’y avait que razzias, vente de captifs aux négriers et sacrifices humains.
Pour légitimer l'entreprise coloniale française ébranlée par la préface de Batouala, TRAUTMANN n’hésite donc pas à réduire MARAN à sa condition raciale, c'est-à-dire à des origines soi-disant barbares qu'il partagerait avec les «Nègres» actuels d'Afrique. La colonisation aurait apporté la «civilisation» à tous les Nègres.
2 - Les critiques enthousiastes
René MARAN a participé au premier Congrès mondial des écrivains et artistes noirs qui s’est tenu à Paris en 1956. Il était également présent à Rome en 1959 lors du second congrès. On sait par ailleurs qu’il était en relation amicale avec l’écrivain noir américain Mercer Cook, une premisse pour la Négritude.
Les auteurs de la «Harlem Renaissance» (Américains noirs réfugiés à Paris, comme, Claude McKAY, Langstone HUGUES) célébrèrent immédiatement dans la presse noire le Goncourt de MARAN, signe supplémentaire, pour eux, de l’absence de préjugés raciaux en France. «Un écrivain nègre, vivant au cœur de l’Afrique centrale, a remporté le prix Goncourt, un des plus prestigieux de France» souligne le New York Times. Ernest HEMINGWAY en fait un compte rendu dans le Toronto Star. Le Figaro fait état de «mérites littéraires considérables».
Pour Bocquet, MARAN est un «Français noir» et ses origines ethniques emportent avec elles des conséquences littéraires. René MARAN écrit d'ailleurs, dans Batouala, «qu'il n'y a ni Bandas ni Mandjias, ni Blancs ni Nègres ; il n'y a que des hommes - et tous les hommes sont frères".  «Car maintenant, avec un cœur français, je sens que je suis sur le sol de mes ancêtres, ancêtres que je réprouve parce que je n'ai pas leur mentalité primitive ni leurs goûts, mais ce n'en sont pas moins mes ancêtres", lettre du 1er février 1910. Pour René MARAN, c’est au regard de la mixité «raciale» que l’on peut véritablement juger de l’effectivité de l’antiracisme à l’intérieur d’une société donnée. «La France est un pays où l’on est trop souvent généreux qu’en parole. Dès qu’on essaie de l’incliner aux faits, elle se révèle tout autre. […] il y a beau temps que je sais à quoi m’en tenir là-dessus et que le racisme français est plus profond qu’on ne croit. À preuve mon tout dernier roman», dit-il.  Pour Léon BOCQUET (1876-1954), ami écrivain rencontré en 1909 lors de la publication de «La Maison du bonheur» sous la firme de la revue lilloise «La Bibliothèque du Beffroi», le qualifie de «hymne de foi envers les destinées de la France éprouvée, imprévoyante mais immortelle». Suivant Léon BOCQUET, René MARAN n'est pas un «mauvais Français» comme cela a pu être dit ou sous-entendu pendant la campagne contre Batouala. Au contraire, René MARAN a été profondément affecté par les années de guerre contre l'Allemagne, alors qu'il pressent le danger qui menace la France. «Je songe que la France, pays de rêves où je ne suis pas, s'achemine vers ses destinées. Je songe que nous ne pouvons pas les prévoir, ces destinées, et que sont parfois inquiétants les télégrammes que nous recevons» lettre du 30 octobre 1913. «Parce que la ville ou j'ai grandi et vécu est une ville de France, parce que la France est mon pays, enfin parce que je l'aime de si exclusif amour que s'il venait à disparaître, vivre me serait à charge – que la fortune sourie aux destins de la France !» dira-t-il dans son journal intime.
René MARAN retient ses larmes lorsqu'il apprend que les Allemands s'approchent de Paris en septembre 1914. Il se saoule nous dit BOCQUET, alors qu'il ne boit jamais, lorsqu'il apprend la victoire de la Marne. Son patriotisme s'exacerbe au début de l'année 1915 après la mort de sa mère. Il demande à se faire engager, veut aller se battre pour la France et laisser sa vie au front aux côtés de tous ceux, écrivains bordelais, qui ont déjà été raflés par les combats. «Ma pauvre mère est morte. Je suis toujours aussi abattu. Il n'y a que l'idée de patrie qui me soutienne. Je pense avoir le temps de rentrer pour me faire tuer pour notre France», lettre du 10 mars 1915. Il essaie de partir mais en vain. Son inaction le déprime alors, au point de ne plus réussir à lire, lui pour qui les livres sont tout. Ne pas pouvoir venir en aide à sa patrie l'attriste à tel point qu'il est pris d'un «dégoût mortel». La France est donc son pays, celui de ses amis, membres du milieu littéraire bordelais et dont il comprend le sacrifice, comme le confirme la correspondance qu’il entretient au même moment avec son jeune compagnon Charles BARAILLEY : «La génération littéraire montante a été cueillie en sa belle fleur. Plaise à la fatalité régulatrice des empires que ce soit pour le plus grand bien de la France. Ils sont morts pour qu'elle vive. Si regrettable que soit leur perte, il ne faut pas trop pleurer sur eux». BOCQUET soutient MARAN, traversé une construction identitaire contradictoire n'a pas rédigé un livre raciste.  «Dix années de solitude hostile dans ces régions éloignées de tout, […] quelques vexations subies […] quoi qu'il advienne et quoi qu'il fasse, à valeur égale, desservi par sa couleur, il verra ses camarades européens favorisés à son détriment. C'en est assez pour aigrir un caractère ombrageux» dit-il. BOCQUET préfère donc une explication d'ordre psychologique. MARAN a cherché à pénétrer l'intériorité des hommes blancs et noirs qui habitent ces contrées hostiles. C’est en discutant avec les indigènes qu’il a pu, écrit Bocquet, restituer «la véritable haine que le nègre Banda nourrit, non point contre le blanc, mais contre l'occupant, qu'il soit d'ailleurs Français, Anglais, Allemand ou Portugais». Ce qui a touché MARAN est au fond ce qui toucherait toute «âme fraternelle», à savoir le « spectacle réaliste de la misère et de la déchéance indigène» dont l’avilissement à des mœurs sauvages ne saurait justifier l’oppression des «civilisateurs».
MARAN s’attèlerait donc à une critique de la domination coloniale. Il se serait fait le témoin des effets destructeurs de la colonisation, dont il contesterait la légitimité à partir d’une critique de la civilisation  «Si toute civilisation ne se condamnait pas elle-même, le geste que fait celle-ci suffirait. Je comprends qu'il ait été fait. Je me refuse à l'approuver» dit René MARAN. Cette fraternité écrivaine se double d‘une filiation à la tradition littéraire française. Fils spirituel de la France, il aurait reçu l’héritage des Maîtres des Lettres françaises, transmission qui aurait scellé son appartenance culturelle.
II – Batouala un roman précurseur de la Négritude
A – Une importante contribution littéraire de René MARAN
L’œuvre publique de René MARAN est abondante. Elle comprend, outre les romans comme Batouala, des œuvres pour la jeunesse (M’Bala l’éléphant, Djouma chien de brousse, etc.), des récits historiques, des recueils de poèmes, des romans pour adultes, des essais, une autobiographie, «Un Homme pareil aux autres», paru en 1947. A côté, se développe une œuvre de propagandiste de l’entreprise coloniale, pas toujours facile à repérer car publiée sous le couvert de l’anonymat.
A certains égards, René MARAN est ambigu est-il du camp de opprimés ou dans celui des oppresseurs ?
À partir de 1937, en effet, MARAN fut stipendié par le «Service intercolonial» pour rédiger des articles qui étaient ensuite adressés gracieusement aux journaux. Ce travail pour le compte du ministère français des Colonies se poursuivit au moins pendant une partie de la période de l’occupation. MARAN s’est défendu d’avoir été un collaborateur. Il a pourtant reçu en 1942 le prix Broquette-Gonin de l’Académie française, destiné à récompenser des auteurs remarquables par leurs «qualités morales ». Contrairement à son ami Félix Éboué qui servait le général de Gaulle au Tchad, MARAN a condamné le recrutement d’une armée d’Afrique, en arguant que les colonisés étaient faits pour être protégés par leurs maîtres et non l’inverse. Ajoutons que, en 1949, par décision de Bernard CORNUT-GENTILLE (1909-1992), Haut-commissaire de la République et gouverneur général de l’A.E.F., René MARAN s’est vu octroyer une allocation viagère annuelle de 100.000 F, en témoignage de «reconnaissance pour l’œuvre littéraire, qu’il avait consacrée (à l’AEF)» pension qui lui fut supprimée, à son grand dam, par le Haut-commissaire suivant, en 1953.
René MARAN s’intéresse à l’histoire. Il a donc consacré des biographies à certains grands hommes. 1957 est une année charnière : la guerre d’Algérie fait rage, mais la décolonisation approche. La loi cadre de Gaston DEFFERRE vise à éviter dans le reste de l’Afrique ces déchirures de l’Afrique du Nord. Ainsi «Félix Eboué, Grand Commis et Loyal serviteur» est un des derniers ouvrages publiés par René MARAN (1887-1960). René MARAN y retrace l'itinéraire et la personnalité de son ami Félix EBOUE (1884-1944), utilisant beaucoup de lettres inédites. Né à Cayenne le 26 décembre 1884, administrateur des colonies en Afrique centrale, secrétaire général des Gouvernement de la Martinique et de la Guadeloupe, puis en 1939, gouverneur du Tchad, Félix EBOUE fut nommé en 1941 par le général De GAULLE, gouverneur général de l'AEF et Compagnon de la Libération. Félix EBOUE rencontre en 1901, à Bordeaux, René MARAN.
«Légendes et coutumes nègres de l'Oubangui-Chari, choses vues» est un texte très peu connu et pourtant  important. A partir des textes du docteur CUREAU et de Félix EBOUE et de ses propres observations, René MARAN nous propose chez les Banda (Centrafrique) et les Sara (Tchad) une description des croyances, coutumes et pratiques qui entourent la naissance (l'accouchement), l'éducation du jeune enfant et les soins médicaux qui lui sont éventuellement apportés; le rapport à la maladie est ensuite l'occasion de nous décrire les moments qui entourent la mort dans ces deux peuples. Ces descriptions sont à chaque fois accompagnées des textes (en français) de contes qui s'y rapportent. «Asepsie noire !» est une très curieuse et rare plaquette composée de plusieurs petits chapitres indépendants décrivant les usages médicaux de populations d'Afrique Centrale, et en particulier le lavement. Ce roman à rapprocher de celui concernant les légendes d'Afrique Centrale qui accorde également une place importante aux soins périnataux.  Intitulé des chapitres :  De la colonisation en général et de la colonisation médicale en particulier,  les sorciers et les sociétés secrètes,  sorciers blancs et sorciers noirs, les noirs et l'hygiène, de l'accouchement et de la puériculture, traitement de certaines douleurs locales, de la dysenterie et de la blennorrhagie, à propos de l'excision et de la circoncision, aphrodisiaques, appendicite et fièvre jaune.
Dans «Le Tchad de sable et d'or» MARAN relate qu’il quitte Fort-Crampel pour prendre fonction à Fort Archambault, aujourd'hui devenu Sarh, puis il s'installera à Koumra et rentrera en France par la voie anormale (le Nigeria) sans l'accord de ses chefs. Cet ouvrage est pour lui l'occasion de livrer impressions personnelles, souvenirs et carnet de tournée tout en présentant une vision générale du pays dans lequel il sert.
«Djouma, chien de brousse» c’est l’histoire de Djouma, fils de la chienne de Batouala, qui va porter son regard canin sur les rapports d'un petit village Banda en Oubangui avec la colonisation : tirailleurs, récolte et vente du caoutchouc et loin derrière l'ombre du Commandant. «Le livre de la brousse» c’est un ouvrage dédié à Pierre BELLANGER et Félix EBOUE qui est considéré par certains comme son œuvre majeure et la plus achevée. 
B – «Batouala», un monument de la conscience noire
Considéré par Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR comme un acteur du combat anticolonial et un précurseur de la négritude, René MARAN exprimera pourtant sa réserve vis-à vis de ce mouvement. «Il avouait qu'il le comprenait mal et avait tendance à y voir un racisme plus qu'une nouvelle forme d'humanisme». Dès lors, si Batouala a un rapport avec le mouvement ultérieur de la Négritude, c’est sans doute parce que l’empathie de l’auteur est telle qu’il nous montre la mentalité africaine comme de l’intérieur.
Un critique littéraire de l'époque, dit de René MARAN, qu'il «est un noir authentique, ce qui ne l'empêche pas d'être un remarquable écrivain français (...)». Ce roman "vient nous convaincre définitivement qu'il est urgent que nous songions à réformer nos méthodes colonisatrices, à abdiquer nos préjugés touchant une race "inférieure", à estimer enfin qu'un homme en vaut un autre, quelle que soit la couleur de sa peau, quel que soit le climat sous lequel il est né», souligne Jean-Michel RENAITOUR, dans La Bataille du 15 septembre 1921.
René MARAN a conscience d'être le «bon Noir» instruit, investit d'une mission civilisatrice. "Le noir antillais sera d'autant plus blanc, c'est-à-dire se rapprochera d'autant plus du véritable homme, qu'il aura fait sienne la langue française" écrira Frantz FANON en 1962, dans «Peau noir, masque blanc».
 
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
1 – Contributions de René MARAN
1-1 – Romans de René MARAN
 MARAN (René) La Vie intérieure, Paris, éditions du Beffroi, 1912, 163 pages ;
MARAN (René) Le cœur serré, Paris, Albin Michel, 1931, 253 pages ;
MARAN (René) Mbala, l'éléphant, illustrations de G. Barret, Paris, éditions Arc-en-Ciel, 1947, 186 pages ;
MARAN (René), Bacouya, le cynocéphale, Paris, Albin Michel, 1953, 241 pages.
MARAN (René), Batouala, véritable roman nègre, Paris, Albin Michel, 1921, réédition 2012, 256 pages ;
MARAN (René), Djogoni, eaux fortes, Paris, Présence africaine, 1965, 38 pages ;
MARAN (René), Djouma, chien de brousse, Paris, Albin Michel, 1927, 253 pages ;
MARAN (René), Journal sans date, Paris, Fayard, «Les œuvres libres», n°073, 371 pages
MARAN (René), La Maison du bonheur, Paris, éditions du Beffroi, 1909, 164 pages ;
MARAN (René), Le Petit Roi de Chimérie, préface de Léon Boquet, Paris, Albin Michel, 1924, 237 pages ;
MARAN (René), L'homme qui attend, Paris, Fayard, 1936, 130 pages ;
MARAN (René), Un Homme pareil aux autres, Paris, Arc-en-Ciel, 1947, Paris, Albin Michel, 1947 et 1962, 252 pages.
1 2 Essais de René MARAN
MARAN (René) FINBERT (Elian Judas), Le livre de la sagesse nègre, Paris, R. Laffont, 1950, 109 pages ;
MARAN (René), «L’A.E.F. dans la littérature», in CAHIERS CHARLES  FOUCAULT, 1952 (28) pages 71-77.
MARAN (René), Afrique Équatoriale Française : terres et races d'avenir, illustré par Paul Jouve, Paris, L'Imprimerie de Vaugirard, 1937, 82 pages ;
MARAN (René), Asepsie noire, Paris, Laboratoires Martinet, 1931, 45 pages, Paris, Jean-Michel Place, 2006 et Paris, JM Place, préface René Hénane, postface Claude Maran, 2007, 64 pages ;
MARAN (René), Bertrand du Guesclin, l'épée du roi, Paris, Albin Michel, 1960, 323 pages ;
MARAN (René), Bêtes de la brousse, Paris, Albin Michel, 1952, 241 pages.
MARAN (René), Brazza et la fondation de l'A.E.F., Paris, Gallimard, 1941, 304 pages ;
MARAN (René), Défense d’aimer, Paris, 1932, 39 pages ;
MARAN (René), DELONCLE (Pierre Eugène Marie Joseph), Le Tchad, de sable et d'or, Paris, Revue française, 1931, 159 pages ;
MARAN (René), Djogoni, eaux fortes, Paris, Présence Africaine,  38 pages
MARAN (René), Félix Éboué, grand commis et loyal serviteur, 1885-1944, Paris,  éditions Parisiennes, 1957, 128 pages, Paris, l’Harmattan, 2007, présentation Bernard Mouralis, 101 pages ;
MARAN (René), Le livre de la brousse, Paris, Albin Michel, 1956, 287 pages ;
MARAN (René), Légendes et coutumes nègres de l’Oubangui Chari, Paris, Fayard, collection les oeuvres libres, 382 pages ;
MARAN (René), Les pionniers de l'empire. Paris, Albin Michel, 1943-55, Tome 1,  Jean de Béthencourt. Anselme d'Isalguier. Binot le Paulmeir de Gonneville. Jacques Cartier. Jean Parmentier. Nicolas Durand de Villegaignon. Jean Ribaut, 1943, Albi, Michel, 347 pages. Tome 2 : Samuel Champlain. Belain d'Esnambuc. Robert Cavelier de la Salle, 1946, 422 pages. Tome 3 : André Brüe. Joseph-François Dupleix, René Madec, Pigneaux de Behaine, Paris, A Michel, 1955, 347 pages ;
MARAN (René), Livingstone et l'exploration de l'Afrique, Paris, Gallimard, 1938, 277 pages ;
MARAN (René), Pohirro, Paris, Présence africaine, 1987, (3) n°147, 29 pages ;
MARAN (René), Savorgnan de Brazza, Paris, éditions du Dauphin, 1951 et 2009, 239 pages ;
2– 3 – Essais de René MARAN
MARAN (René), Peines de cœur. Paris, SPLE, 1944, 208 pages ;
MARAN (René), Le petit roi de Chimérie, préface de Léon Bocquet, Paris, Albin Michel, 1924, 237 pages.
  1. 1– 4 – Poésie de René MARAN
MARAN (René), La maison du bonheur. Paris, Le Beffroi, 1909, 164 pages ;
MARAN (René),  La vie intérieure; poèmes (1909-1912), Paris, Le Beffroi, 1912, 164 pages ;
MARAN (René), Le livre du souvenir, poèmes, 1909-1957. Paris, Présence Africaine, 1958, 143 pages.
2 – Critiques de René MARAN
2- 1 Hommages à René MARAN
ASTRUC (Charles), «Maran, le poète», in Hommage à René Maran. Paris, Présence Africaine, 1965 311 pages, spéc. pages 71-77 ;
FRAITURE  (Pierre-Philippe), «Batouala: véritable roman d'un faux ethnographe ?», in FRANCOFONIA 14, RUBIALES (Lourdes) sous la direction de, René Maran (1887-1960), Universidad de Cadiz- Servicio de Publicaciones, 2005, 227 pages, spéc. pp. 23-37 ;
GAHISTO (Manoel), «La genèse de Batouala», in Hommage à René Maran. Paris, Présence Africaine, 1965 311 pages, spéc. pages 93-157 ;
KUNSTLER (Charles), «Le cœur, l’esprit et la raison», in Hommage à René Maran. Paris, Présence Africaine, 1965 311 pages, spéc. pages 43-70 ;
MOURALIS (Bernard),  «René Maran et Gaston Monerville : entre négritude et radicalisme», in FRANCOFONIA 14, RUBIALES (Lourdes) sous la direction de, René Maran (1887-1960), Universidad de Cadiz- Servicio de Publicaciones, 2005, 227 pages, spéc pp. 101- 122,
RUBIALES (Lourdes), «Notes sur la réception du Goncourt 1921 en France», in FRANCOFONIA 14, RUBIALES (Lourdes) sous la direction de, René Maran (1887-1960), Universidad de Cadiz- Servicio de Publicaciones, 2005, 227 pages, spéc 123-145 ;
SENGHOR (Léopold Sédar), «René Maran, précurseur de la négritude», in Hommage à René Maran. Paris, Présence Africaine, 1965 311 pages, spéc. pages 9-15.
2 – 2 – Autres critiques sur René MARAN
ALLOUACHE (Ferroudja), Fabrication et réception du texte littéraire «francophone» dans la presse française : du Prix Goncourt attribué à René Maran (1921)  aux lendemains des Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma (1970), thèse sous la direction de Zineb Ali-Benali,  Paris, VIII, 2015 ;
BOCQUET (Léon) et HOSTEN (E.), Un fragment de l’épopée sénégalaise, Bruxelles-Paris, Van Oest, 1918, 63 pages ;
BOCQUET (Léon), préface à René MARAN, Le Petit roi de Chimérie, Paris, Albin Michel, 1924, 237 pages.
CAMERON (Keith), «Il y a cent ans, René Maran», PRESENCE AFRICAINE, 1987 3 (143) pages 8-13 ;
CAMERON (Keith), René Maran, Boston, Twayne Publishers, 1985, 176 pages ;
COOK (Mercer), «René Maran» THE FRENCH REVIEW, janvier 1944 (17) 3, pages 157-159 ;
COTTIAS (Myriam), «René Maran contre Maurice Delafosse» in Esclavage et subjectivité, Paris, Openéditons, 2016, 302 pages, spéc. pages 237-254 ;
FABRE (Michel), «Autour de René Maran», PRESENCE AFRICAINE, 1973 86, 2ème semestre, page 171 ;
GUIMENDEGO (Maurice), «Le roman Batouala de René Maran : portrait satirique du colonisateur ou materia prima pour l'histoire?» FRANCOFONIA,  2001 (10) pages 61-77 ;
HAUSSER (Michel), Les deux Batouala, Sherbrooke (Québec), Bordeaux, Naaman Sobodi, 1975, 105 pages ;
HOPKIN (Benoît), Ces Noirs qui ont fait la France : de Chevalier Saint-Georges à Aimé Césaire, Paris Calmann-Lévy, 2009, 314 pages, spéc. pages ;
KESTELOOT (Lilyan), Les écrivains noirs de langue française, Bruxelles, éditions de l’université de Bruxelles, 1983, 340 pages, spéc pages 3-115 ;
KHALFA (Jean), «Naissance de la négritude»,  Les temps modernes, 2009 5 (656), pages 38-63 ;
LOURDES (Rubiale), éditeur scientifique, René Maran, Cadiz, Universidad, 2005, 227 pages ;
 
MALELA (Buata, Bundu), «René Maran et la question noire en France : stratégies et prises de position dans le champ intellectuel dans les années vingt et trente», Présence africaine, 2013 (1) n°187-188, pages 121-138 ;
MALELA (Buata, Bundu), Les écrivains afro-antillais à Paris, (1920-160), stratégies et postures identitaires, Paris, Kartala, 2008, 465 pages, «René Maran ou le syndrome de Véneuse», spéc pages 30-68 ;
MONGO-MBOUSSA (Boniface), «René Maran, Léopold Sédar Senghor : une relecture», PRESENCE AFRICAINE, 2013 (187-188) pages – 245-252 ;
OJO-ADE, (Femi),  René Maran, écrivain négro-africain, Paris, F. Nathan, collection littérature du monde, 1977, 95 pages ;
ONANA (Charles), René Maran, le premier Goncourt noir, Paris, Duboiris, 2007, 193 pages ;
Présence africaine, Hommage  René Maran, Paris, Présence africaine, 1965, 311 pages ;
SANKO (Hélène), «Les Mots pour le dire : L'Afrique d'après Batouala de René Maran». FRANCOGRAPHIES, 1993 (2): 131-141.
TRAUTMANN (René), Batouala au pays des Noirs et Blancs en Afrique, Paris, Payot, 1922, 254 pages.
Paris, le 23 avril 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«René MARAN (1887-1960) et son roman Batouala, prix Goncourt de 1921», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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