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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 18:36
J’ai toujours rêvé, un jour, d’aller visiter l’Académie française, mais à chaque fois c’est un rendez-vous manqué. Il y a de cela plus de deux décennies, j’avais eu l’immense privilège de rencontrer le président SENGHOR à son appartement dans le 17ème arrondissement de Paris. Le projet de visite n’a pas pu se concrétiser. Dans les années 90, Assia DJEBAR est passée à notre association INTERCAPA, à la place du Panthéon, pour la régulation de la régularisation de sa fille adoptive, elle connaissait la future marraine de mes enfants. Harcelé par des sans-papiers, je n'avais eu le temps d'échanger avec cette grande dame de la littéraire. J’ai eu l’insigne honneur de rencontrer Dany LAFERRIERE, à une conférence au salon du livre à Paris, en mars 2016, et je l’ai revu, deux fois après, quand Alain MABANCKOU avait triomphé au Collège de France en mai 2016 et en décembre 2017, lors d’un hommage à James BALDWIN, au Musée de l’Homme. M. Dany LAFERRIERE a été élu académicien, le 12 décembre 2013, sur le fauteuil n°2 de Hector BIANCIOTTI. Là aussi la visite à l’Académie française n’a pas pu se faire avec ma petite Arsinoé. Il faut dire que l’Académie française reste fermée pour le grand public. En effet, ceux qui ne sont pas de l’Académie ne peuvent être admis dans les assemblées ordinaires ou extraordinaires, pour quelque motif que ce soit. En effet, jusqu’ici, seulement quelques visites privées ont été accordées, mais à de très hautes personnalités politiques : le Président Abdou DIOUF du  Sénégal, le 26 juin 1997, le Président Abdoulaye WADE du Sénégal, le 21 juin 2001, et le Président Laurent GBAGBO, de la Côte-d’Ivoire, le 7 décembre 2001.
L’Académie française, une ancienne institution, s’ouvre progressivement à la société. Cependant, le débat sur la langue française, très passionné, reste traversé par des polémiques, et un besoin de concevoir autrement cet outil, devenu «un butin de guerre» pour la Diaspora et les colonisés. La contribution littéraire de M. Dany LAFERRIERE exprime, fortement, ce désir de changement et du bien-vivre ensemble.
I – L’Académie française, son histoire, son ouverture progressive
et timide aux forces vives de la société
A – L’Académie des origines, l’aristocratique
L’Académie française est cette prestigieuse institution rassemblant une quarantaine personnalités culturelles qui appartiennent aux mondes de la littérature, de la poésie, du théâtre, de la littérature et des sciences. D’illustres poètes avaient l’habitude de se réunir, pour un gala intellectuel, chez Valentin CONRART (1603-1675), à la rue Saint-Martin, à Paris 3ème. On y lisait des tances et des sonnets autour d’un bon repas, parfois en présence du secrétaire de RICHELIEU, un certain François LE METEL de BOISROBERT (1592-1662). Le cardinal RICHELIEU se demanda «Si ces personnes ne voudraient pas faire un corps, et s’assembler régulièrement, et sous une autorité publique». En effet, RICHELIEU voulait abandonner les révolutions du goût, les caprices de la mode, et proposait que l’Etat reçoive ces hommes de Lettres, en leur donnant, au lieu d’une faveur précaire, un rang assuré, incontestable, privilégié, érigé au range de nouvel ordre reconnu et protégé. Par conséquent, l’Académie française est née, sans préméditation : «Quand il parle de ce premier âge de l’Académie, ils en parlent comme un âge d’or, durant lequel, et avec toute l’innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autre loi que celle de l’amitié, ils goûtaient ensemble toute ce que la société des esprits a de plus doux et de plus charmant», écrit, en 1652, Paul PELISSON, le premier biographe des origines l’Académie française, puis Pierre-Joseph THOULIER d’OLIVET, ont repris ce récit jusqu’en 1700 ; la mort de Racine est le dernier événement rapporté. C’est le 29 janvier 1639, sous le règne de Louis XIII, que l’Académie française est officiellement créée, rassemblant des «académistes» qui deviendront des «académiciens» en charge d’améliorer la langue française comme l’indique l’article 27 de ses Statuts et Règlements : «La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences». À cet effet, «il sera composé un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique». Armand Cardinal Duc de RICHELIEU est désigné protecteur de l’Académie qui a un contre-sceau avec une couronne de laurier, avec ces mots «A l’Immortalité». L’Académie française a été créée dans un but politique : renforcer l’unité de la France au moyen de la langue française et une mission principale de veiller sur l'état de la langue et de rappeler son bon usage. Il s’agit de «nettoyer la langue française des ordures qu’elle avait contractées». La mission de l’Académie est de conserver et perfectionner la langue française.
Mais les origines de l’Académie française sont plus anciennes puisque Jean DORAT (1508-1588) réunissait à l’hôtel de la Montagne-Sainte-Geneviève : Pierre de RONSARD, Jean-Antoine de BAIF, Ludovico ARISTO dit L’Arioste, Joachim du BELLAY. On y étudiait la grammaire et la musique ; ils avaient, pour but, de célébrer le culte et le progrès des lettres. Ces coteries ne sont pas nouvelles, RONSARD avait eu sa Pléiade. En 1570, Charles IX, un roi poète, octroya à ce cercle, de beaux esprits, des lettres patentes où il déclare que «pour ladite académie soit suivie et honorée des plus grands, il accepte le surnom de protecteur et auditeur d’icelle». Le Parlement et l’université se montrèrent hostiles à l’Académie, mais celle-ci réagit en accueillant en son sein des parlementaires et des universitaires. Charles IX appréciait Antoine BAIF, comme un très excellent homme de lettres ; il lui donna les moyens de subvenir aux besoins des gens de lettres.
L’Académie a un Directeur, un Chancelier, un Secrétaire perpétuel à vie, et une Bibliothèque. Mais cette Académie prit des airs aristocratiques, et ne voulut point de dîner en famille. Cette ancienne maison voulait établir six lois fondamentales : prier, étudier, se réjouir, ne faire tort à personne, ne pas croire légèrement et ne se soucier point du monde. Si un académicien fait quelque faute indigne d’un homme d’honneur, il peut être destitué ou écarté temporairement, suivant la gravité de la faute (22 décembre 1684 Abbé Antoine de FURETIERE, pour vols de documents, et abbé Charles-Irénée Castel de SAINT-PIERE, critique du Roi).
«L’Académie française est une puissance qui, comme les autres, a rencontré, à côté des indifférents, des partisans déclarés, et des adversaires si bruyants qu’on les a crus nombreux» écrit Charles-Louis LIVET. La Révolution était hostile à l’Académie : «La Vérité a vaincu ; le genre humain est sauvé !» s’écrit CONDORCET. La Constituante réduit les crédits budgétaires de l’Académie, et Charles-François LEBRUN de dire «En créant l’Académie française, Richelieu n’y chercha peut-être que des panégyristes et des esclaves. Elle expie son origine». Le 10 août 1793, l’abbé GREGOIRE demanda la suppression de l’Académie française, «l’aînée, qui présente tous les symptômes de la décrépitude» dit-il. NAPOLEON rétablira l’Académie française qui retrouva «l’esprit qui l’animait, la modération et la dignité qu’elle avait constamment gardées et des matériaux pour continuer son histoire». En 1815, l’Institut de France, au quai Conti, sera divisé en quatre classes : Académie des sciences, Académie française, Académie des inscriptions et des belles lettres et Académie de peinture et de sculpture.
Jusqu'au milieu du XIXème siècle, on désignait ceux qui se présentaient à l'Académie sous le nom de «prétendants». Un terme éloquent. On les appelle maintenant des «candidats», et ils doivent faire une véritable cour auprès de ceux qui vont décider de leur élection. Depuis 1635, quiconque veut déclarer sa flamme aux Immortels doit d'abord envoyer un courrier au secrétaire perpétuel. Les Académiciens ayant le droit de coopter leurs confrères, jusqu’au milieu du XVIIIème, les philosophes audacieux en furent écartés. Jadis, il y régnait un esprit monarchique et religieux. René DESCARTES, frappé de disgrâce par RICHELIEU, se tenait éloigné de ce cénacle. Jules MAZARIN ne pouvait pas être désigné protecteur de l’Académie, sa connaissance de la langue française étant jugée insuffisante ; ce sera le Duc d’ENGHEIN, époux de la nièce de RICHELIEU, qui entrera à l’Académie française ; il vouait une admiration pour CORNEILLE et MOLIERE. A la mort de Louis XIII (27 septembre 1601 - 14 mai 1643), précédée, de très près, de celle de RICHELIEU (9 septembre 1585 – 4 décembre 1642), c’est Gilles BOILEAU qui est nommé en 1659.  Des prélats, des Ducs, des maréchaux et de grands seigneurs et quelques hommes de lettres (élection de Montesquieu en 1727 et de Marivaux en 1742), dominaient cette assemblée, fort conservatrice. L’Académie, se revendiquant de l’Immortalité, de par l’autorité qu’elle exerce sur le langage, celle qu’elle revendique sur le goût, sa rhétorique, les cabales qu’elle a nourries, ont en fait une institution raillée par les esprits critiques ou sarcastiques que sont, notamment, les philosophes. Aussi, pendant longtemps, l’Académie se méfia des philosophes, l’homme de guerre et d’insurrection contre l’Eglise et la Royauté. Sous l’Ancien régime, une monarchie absolue, les philosophes des Lumières n’avaient aucune marge de manœuvre, et donc n’étaient pas les bienvenus à l’Académie française. L’Académie, «c’est une maitresse contre laquelle les gens de lettres font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs» disait Voltaire. L’Académie commence son aggiornamento avec les élections de Voltaire en 1746, et celle de DUCLOS, en 1747, qui devient secrétaire perpétuel, puis celle de d’Alembert en 1754, qui succéda à DUCLOS dans ses fonctions. En 1760, Voltaire disposait à l’Académie d’une majorité agissante, qui reflétait l’opinion d’une grande partie du public lettré et répondait à leurs aspirations. Cependant, bien d’éminents gens de lettres seront écartés de l’Académie française, notamment Charles BEAUDELAIRE, Emile ZOLA, Paul VERLAINE et Louis ARAGON.
B – L’Académie et les minorités ethniques
Le combat des femmes, à l’image de celui de la Diaspora, marque l’aspiration profonde à l’égalité réelle et à la fraternité, même au sein de l’Académie française. En effet, l’Académie est restée pendant longtemps un monde masculin. En réaction contre cette misogynie, Madeleine de SCUDERY (1607-1701), dite Sappho, avait fondé une Académie des beaux esprits, à l’hôtel de Rambouillet, l’Académie des précieuses et l’Académie galante chez Anne dite NINON de L’ENCLOS (1620-1705), une femme athée et libertaire, au Marais, à Paris 4ème. Mme George SAND (1804-1876, voir mon post) réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post du 20 février 2016). Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Fatma-Zorah Imalhayène, dite Assia DJEBAR (30 juin 1936 à Cherchell, Algérie- 6 février 2015, à Paris), une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (Constantine 1929-1989 Grenoble), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour».
L’élection de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) à l’Académie française, sur le fauteuil n°16 d’Antoine Lévis MIREPOIX, en 1983, puis sa réception, sa réception le 29 mars 1984, en présence du chef de l’État, protecteur de l’Académie, a marqué une date de très haute importance dans l’histoire de cette institution. Avec lui, ce n’était pas seulement l’agrégé de grammaire, l’ancien président de la République du Sénégal, le grand poète partout connu et reconnu, l’homme de dialogue entre les cultures, les religions, le chantre du métissage et de l’universel, qui entrait sous la Coupole, c’était l’ensemble de ceux qui ont la langue française en partage, c’était la Francophonie tout entière. Pour SENGHOR, la civilisation française est «une force de symbiose. Elle prend, de siècle en siècle et dans les autres civilisations, les valeurs qui lui sont d’abord étrangères. Et elle les assimile pour faire du tout une nouvelle forme de civilisation, à l’échelle, encore une fois, de l’Universel».
Après Léopold Sédar SENGHOR, premier Africain à être admis à l’Académie française, M. Dany LAFERRIERE est élu en 2013, à cette institution. Deux noirs, deux styles «Pour rien, la langue française comme toute langue n’a aucune valeur. Ce sont ses locuteurs qui donnent des valeurs à la langue. Car les Résistants, comme le Vichyste, parlaient français tout autant comme aujourd’hui les discours de la haine contre les Noirs ou les Juifs sont en français» dit LAFERRIERE. La Littérature française contemporaine est devenue faible et appauvrie, parce que repliée sur elle-même. Cependant, M. LAFERRIERE a rendu un vibrant hommage aux chantres de la Négritude que sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR, dans son discours de réception du 28 mai 2015 «Pour moi ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent» dit-il. Mais quelle conception, l’Académie française a-t-elle de la Francophonie ?
En 1783, l’Académie royale des Sciences et des Belles Lettres de Berlin mettait au concours un triple sujet ainsi libellé «Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu’elle la conserve ? ».  Antoine RIVAL (1753-1801), comte de RIVAROL, un farouche opposant à la Révolution, remporta ce prix, le 3 juin 1784, avec son «Discours sur l’universalité de la langue française». La France, jadis, partagée entre le Picard et le Provençal, avec une forte influence du Latin, sera conquise par le français, «La langue est la peinture de nos idées» dira RIVAROL. La langue est le reflet de la domination, de l’hégémonie d’un pays, de la puissance coloniale «qui tenait dans ses mains la balance des empires».
Le président Emmanuel MACRON avait proposé au professeur Alain MABANCKOU de collaborer avec Leïla SLIMANI pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». Cependant, M. Alain MABANCKOU a décliné cette offre : «Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale» dit-il. Le professeur MABANCKOU poursuit : «La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies». Le but de l’Alliance française, d’après son programme, est d’étendre l’influence de la France. Par conséquent, les autorités françaises ont une conception racisée et ethnicisée de la langue française : «Repenser la Francophonie, ce n'est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n'est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d'auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial» dit M. MABANCKOU. Depuis l’avènement de la Négritude dans les années 30, c’est le professeur Alain MABANCKOU qui a le feu sur la scène littéraire à Paris, en allant à l’assaut du Collège du France en mai 2016, puis à la Fondation Louis VUITTON, à Paris. M. MABANCKOU a eu le mérite d’appuyer et de mettre en valeur, au cours de ces manifestations, des artistes congolais talentueux, mais encore écrasés par un monde racisé et ethnicisé. Je m’en réjouis et lui adresse mes vifs remerciements. La Francophonie pourrait aider à reconstruire un monde nouveau, mais à condition qu’elle soit débarrassée de sa vision coloniale, de son obsession identitaire et de sa peur puérile de l’immigration. En effet, il est regrettable que la France, avec une politique de visa stricte, soit désertée par les étudiants africains au profit de la Chine et des Etats-Unis. Pour Cheikh Anta DIOP, il n’y aura pas de développement de l’Afrique, sans une valorisation des langues nationales. Le français, parlé dans 14 pays africains, pourrait avoir un avenir en Afrique, à plusieurs conditions : tenir compte de l’héritage et du patrimoine culturel africain, notamment de ses auteurs, devenir un espace de solidarité et de coopération fondé sur la justice et l’équité, réserver une place particulière à la diaspora dans les relations entre la France et l’Afrique, et combattre les dictatures ainsi que la Françafrique en restaurant la confiance, la justice et la fraternité.
Dany LAFERRIERE conteste, lui aussi, cette conception racisée et ethnicisée de la francophonie : «Il y avait un besoin, de la part de la France, de rassembler tout ceux qui parlent français sur la planète pour faire le poids à l’anglophonie qui, de plus en plus, s’affirmait comme puissance démographique. La littérature a une grande visibilité, d’autant plus que les écrivains peuvent venir de toutes les classes sociales, contrairement à l’économie, qui ne quantifie que les puissants et les riches. À l’inverse, les écrivains viennent de partout. J’avais compris qu’avec la francophonie, Paris est à part, et le reste est la province, que ce soit la province française ou les autres pays parlant français. Je ne pouvais accepter ce fait d’être un écrivain provincial, parce que j’écris précisément pour sortir de l’espace où je suis, pour aller dans un lieu à la fois intemporel et sans espace. J’écris à partir d’une grande rêverie, je n’écris donc pas pour me faire remettre à ma place après. C’est pour ça que j’étais d’accord avec cette idée d’une «littérature-monde», qui est le contraire de la mondialisation. L’idée est de faire en sorte que la marge devienne le centre ; on prend place au centre et comme centre. Il n’y a plus de francophonie qui ne soit pas la France, c’est-à-dire regroupant tous les pays parlant français sauf la France» et M. LAFERRIERE précise qu’il est pour une littérature monde «Je ne suis pas un écrivain de langue française, ni francophone, je suis un écrivain. J’écris avec un langage qui ne tient pas forcément compte de ce langage codé avec lequel on m’identifie». M. LAFERRIERE, dans son discours de réception du 28 mai 2015, à l’Académie française, a rendu hommage à la Diversité qui s’invite dans cette illustre institution, à travers Alexandre DUMAS, fils : «Je me demande si Dumas a compté pour vous, et s’il a illuminé votre enfance comme il l’a fait de la mienne. Si je parle de Dumas c’est parce qu’il a occupé aussi ce fauteuil. Même si ce n’était pas le Dumas des Trois Mousquetaires mais plutôt son fils, l’auteur de La Dame aux camélias. De toute manière les Dumas ont de profondes racines en Haïti puisque c’est une «négresse», selon l’appellation de l’époque, qui a donné naissance au général Dumas, le grand-père de notre confrère Alexandre Dumas fils. Je dois souligner que le nom Dumas ne vient pas du père, le marquis de La Pailleterie, mais de la mère, une jeune esclave du nom de Marie Louise Césette Dumas. Ces Dumas ont le sang vif de ces mousquetaires qui osèrent affronter notre fondateur le cardinal Richelieu. Enfant, j’étais du côté de d’Artagnan, aujourd’hui je me range derrière le Cardinal. Le temps nous joue de ces tours» dit-il.
II – Dany LAFERRIERE, une littérature inspirée de l’Amour
Né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953, d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert LAFERRIERE et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor KLEBERT, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : «L’Odeur du café» et «Le Charme des après-midi sans fin». Gilberte MOREAU estime que les valeurs véhiculées dans la contribution littéraire de LAFERRIERE, au-delà de l’exotisme et de la prose, sont repérables ; il s’agit, notamment de «l’amour, l’amitié, le bonheur de vivre, la tolérance, la fidélité à ses racines».
À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany LAFERRIERE commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel «Le Petit Samedi soir». Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien «Le Nouvelliste». «Lorsque j'étais jeune journaliste en Haïti, je n'étais pas un contestataire qui élève la voix. Je travaillais pour un journal, «Le Petit Samedi soir», avec un groupe de jeunes gens de mon âge, et j'étais le plus littéraire de tous. Mes chroniques n'étaient presque pas politiques, ou alors très politiques, si on entend par ce mot une proximité recherchée avec la réalité. J'allais dans les profondeurs de l'île, rencontrer des gens, raconter leurs vies. Avec l'idée que la dictature ne pénètre pas partout, ne dévore pas tout. Il faut parvenir à être heureux malgré la dictature, c'est la chose la plus subversive qui soit» dit-il.
À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, Dany LAFERRIERE quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman «Le Cri des oiseaux fous». «Montréal a fait de moi un écrivain méditatif» écrit Dany.
A – Combattre l’humiliation et la peur, retrouver son individualité
Les récits de l’enfance sont largement autobiographiques. Le but de Dany est avant tout de témoigner de son enfance, heureuse malgré la dictature, et de l’enfance de toute une génération de jeunes qui a vécu les années terribles des DUVALIER, sans succomber au régime de la peur. Ce qu’il cache, en lui, c’est un «cœur collectif». Ainsi, «L’Odeur du café», une chronique de l’enfance, parue en 1991, relate des événements datant de 1963, sous le régime dictatorial de DUVALIER ; un des personnages, Passilus, aime parler politique et invite des amis chez lui pour discuter. A la suite de troubles dans la capitale, ils sont tous arrêtés. Dans ce petit village pauvre et analphabète, on vit du café et du sisal. Matriarcat domine dans cette communauté traditionnelle ; Da, la grand-mère du narrateur a un rôle important dans l’éducation des femmes et des enfants. Récit autobiographique, le narrateur se découvre un amour infini pour Vava. DA, la grand-mère, incarne une vieille dame au visage souriant ; elle représente une métaphore d’Haïti, un pilier inattaquable, dans la tourmente, pleine de vitalité et de sagesse. DA enseigne aux jeunes, «ce rire princier» et ce qu’il faut «avoir face à la misère».
«Le charme des après-midi sans fin» est plutôt le temps de l'adolescence faisant naître le désir et la découverte du sexe. Les filles sont présentes, Vava celle dont Vieux Os est amoureux depuis longtemps et dont la timidité l'empêche de l'approcher, pire il se sauve quand il la voit ou tombe dans les pommes, mais aussi sa cousine Didi, Fifi, Edna. Cette grand-mère qui représentait tout pour l’auteur, l’autorité et l’indulgence, la sagesse et la protection dans un petit cocon familial sécurisant. Da lui a tout appris sur ses ancêtres, sur les anciennes coutumes, elle lui a raconté sa vie, une vie dure mais auréolée d’un certain mystère entretenu pour garder de nouvelles anecdotes qu’elle lui narre au fil du temps. Mais Da lui a surtout ouvert l’esprit en s’adressant à lui comme à un adulte le plus souvent et elle lui a appris les bonnes manières, celles qui l’aideront à se comporter en parfait «gentleman», ce qui lui sera d’un grand secours plus tard.
Dixième roman de Dany LAFERRIERE, «Le cri des oiseaux fous» est aussi l'ultime récit de sa vaste «autobiographie américaine». Le narrateur apprend que les tontons macoutes ont tué son ami, que lui-même est sur la liste, que cette nuit sera sa dernière nuit en Haïti, celle du départ. LAFERRIERE, le  héros de son roman raconte comment il est venu à quitter sa terre natale, journaliste, il est affecté aux chroniques culturelles. Avant de s’exiler, il fait le tour de ses amis, sans les prévenir de son départ. Tout le récit coule des yeux et des pensées, des peurs et des méditations de ce jeune homme de vingt-trois ans confronté au crime et forcé à l'exil. Comment se sentir citoyen d'un pays qui veut votre mort ? «L'exil est pire que la mort pour celui qui reste. L'exilé est toujours vivant bien qu'il ne possède aucun poids physique dans le monde réel», dit-il. Ce roman est une ultime insurrection contre la dictature et l’intolérance, un droit de parler de culture sans parler de politique. D'avoir des désirs qui lui sont propres. «Et l'indifférence que j'ai toujours manifestée pour le pouvoir et sa propagande diabolisante ne jouerait pas en ma faveur. Car le rêve de tout pouvoir est qu'on s'intéresse à lui», dit-il. Dans «le cri des oiseaux fous»,  les thèmes abordés sont variés : l’amour et la sexualité, l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurdité, la construction de l’identité, par rapport au père et à la mère. Le développement du roman, loin d’être narcissique, se construit sur les adieux que Dany LAFERRIERE fait à ses amis. Comme, il fréquente le monde de la culture, ce roman est particulièrement instructif de la vitalité littéraire et artistique d’Haïti. On ne se croirait pas dans un pays sous-développé. Les artistes compensent la pauvreté de ce pays par leur créativité et leur énergie débordante. Dany LAFERRIERE rencontre aussi les prostituées qu’il a fréquentées. Il ne s’en cache pas et n’est pas complaisant. Il fait ressortir les qualités de cœur des Haïtiens. On sent que LAFERRIERE voue une grande affection pour son entourage et son pays. Parallèlement à cette déchirure, se profile la vie politique haïtienne d’une grande brutalité. Finalement, ce roman relate la vie quotidienne des Haïtiens, confrontés à diverses difficultés, mais qui ont su garder leur héroïsme et leur noblesse d’esprit. «Le dictateur, lui, a volé le sens collectif, l’a pris en otage et naturellement voudrait qu’on se soumette à lui un à un. Il y a peu de choses pouvant soumettre les individus autant que la peur. La peur est une chose individuelle. Le rêve du dictateur est d’intégrer, dans chaque individu, cette peur. Dans ce contexte, il ne faut donc pas perdre de vue que le plus résistant, c’est encore l’individu. Il faut commencer par être résistant soi-même si l’on veut ensuite se regrouper dans la résistance. Ce que le dictateur veut faire, c’est d’abord nous annuler, nous humilier et faire en sorte que nous perdons toute individualité. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de choses qui sont liées, que ce soit dans la colonisation ou la dictature, à l’humiliation personnelle. On veut vous humilier» dit-il. «Il faut redonner de l’importance à la parole parce que quand elle est réfléchie et pensée, c’est une action», dira Dany. Il considère que la littérature est une arme, un instrument de liberté. La première raison d’être de l’écrivain, c’est dire que le Roi est nu. «D’être exilé permet d’écrire sans concession et sans la peur. L’exil m’a aidé à dire ce que je pense, et m’a donné la possibilité de parler à un autre pays» dit-il. Quand on est libre, on est dangereux.
LAFERRIERE fait publier en 1985, le roman «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», qui a connu un succès retentissant. Il se familiarise avec le cinéma. C’est un roman constitué d’une succession de brefs chapitres proposant chacun une petite scène à connotation sexuelle. LAFERRIERE déploie style sec, aux phrases juxtaposées, dont le rythme haché rappelle celui du jazz. Il y expose des lieux communs, certes, sur les Noirs et sur les Blanches, mais présentés toujours avec un humour à la fois cru, sain et jubilatoire. C’est une satire féroce sur les stéréotypes et les clichés racistes, dans laquelle deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman et, pour s’occuper, connaît diverses aventures féminines en dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c'est un juste retour des choses, après avoir souffert de l'esclavage, que de séduire toutes ces jeunes donzelles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran, sur des airs de jazz.
«Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?» fait ressortir la complexité des sens propres à la littérature migrante qui puise dans le pays d’origine et celui du lieu de résidence. Les sens multiples doivent être analysés à la lumière des codes culturels, à la communication entre divers univers et leur enrichissement réciproque. En effet, LAFERRIERE, durant son exil au Canada se positionne comme un écrivain québécois qui porte, cependant, un puissant témoignage sur ses souvenirs d’immigrant. «Mon premier livre était un acte de rupture. Je voulais savoir si un Haïtien pouvait écrire un livre qui se passe hors d'Haïti, un livre où le mot Haïti ne figure pas, n'est pas prononcé. J'avais compris qu'il y avait ce pays natal, gouverné par les Duvalier, que j'avais fui, mais qu'il y avait aussi la petite chambre où je vivais désormais, dans le quartier Latin de Montréal, et qui était gouvernée par moi seul. Finalement, ce territoire très étroit était la plus grande, la plus belle chose qui pouvait m'arriver, le grand événement de ma vie. La clé que j'avais dans ma poche était une chose nouvelle pour moi, d'ailleurs. En Haïti, on n'a pas de clé, on n'en a pas besoin, il y a toujours à la maison une mère ou une grand-mère. A Montréal, tout à coup, j'avais une clé, qui était la clé de ma vie. Avant d'écrire, je m'étais posé la question : qu'est-ce qui m'importe le plus en ce moment ? Duvalier ? L'agitation politique en Haïti ? Eh bien non, ce qui m'importait, c'était la petite clé. Et la machine à écrire que j'avais achetée avec l'argent gagné en travaillant à l'usine» dit-il. Ce roman, marqué par la polyphonie, outre son caractère ironique, provocateur et exotique, est une réflexion profonde sur la littérature migrante, sur l’altérité, sur les différences culturelles. En l’occurrence, les Noirs sont souvent de culture occidentale, mais ils jouent, parfois, au Nègre pour draguer les Blanches. A travers, la parodie, LAFERRIERE renverse la perception de la Négritude qu’il désacralise. Par conséquence, l’aliénation et la recherche d’une nouvelle identité sont au coeur de ce roman. Il fait référence aux filles anglaises que tente de séduire le héros de son roman, qui sont censées, par rapport aux francophones, être supérieures et «disciplinées». Il affirme son ambition littéraire «L'écriture est engendrée par la solitude, et en même temps elle chasse la solitude. Lire, écrire, rêver : si mes jours pouvaient être occupés à cela, ma vie me convenait» dit-il.
Par ailleurs, ce roman, «Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?»   est bourré de clins d’œil littéraires. En effet, c’est durant son exil qu’il met à lire des auteurs étrangers. «Les écrivains que je lisais à l'époque s'appelaient Hemingway, Bukowski, Henry Miller ; ils constituaient la mythologie de l'écriture dans laquelle je voulais m'inscrire. Il y avait, en Haïti, une tradition littéraire forte aussi, mais très classique, très XIXe siècle. Moi je voulais une littérature plus directe, plus concrète. Je venais d'une dictature, donc d'un monde abstrait, construit de rêves, de symboles, de métaphores, parce que c'est cela la dictature, les gens qui la combattent ne l'ont souvent jamais vue vraiment, ils se battent contre un ennemi masqué, insaisissable, et je voulais que le monde devienne enfin concret» dit LAFERRIERE. En 1986, meurt Jorge Luis BORGES, un écrivain aveugle argentin, pour qui LAFERRIERE voue une grande admiration. BORGES est un spécialiste de l’art de la nuance. «Tous les pouvoirs ont peur de la nuance. Seule la nuance est subversive», dit-il. LAFERRIERE cite, dans ce roman, James BALDWIN, un auteur noir, homosexuel qui a vécu en exil en France.
B – Devenir un écrivain international
La littérature de l’exil est présente de longue date au sein de la diaspora haïtienne : «Il y a d’abord l’exil offensif de jeunes gens de «bonne famille» partis poursuivre leurs études à l’étranger. Promis à de brillantes carrières, ils sont confrontés au racisme. Leur obsession est de prouver que l’Haïtien est intelligent. Pas autant que le Blanc, mais plus. Une autre forme d’exil s’installe au début des années 1960 avec l’arrivée des Duvalier au pouvoir, celle des bannis, plutôt défensive. Ils ont le sentiment d’être des victimes, et ils sont dans la nostalgie et non dans l’action. Ils se contentent de regarder vivre les autres en attendant de rentrer chez eux. Preuve que parfois l’émigration abrutit. Alors que chez eux ils allaient au théâtre, au cinéma, discutaient de sujets universels, une fois en exil, ils ne parlent plus que de leur pays. Et plus ils le font, plus ils s’en éloignent. C’est une perte sèche» dit-il. Cependant, Dany LAFERRIERE se définit, non pas comme un écrivain de l’exil, mais du voyage : «Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne parlais pas d'exil à mon sujet, car la notion d'exil me reliait à la dictature haïtienne, avec laquelle je voulais rompre. Je préférais le mot voyage” dit-il. Il ne renonce pas pour autant à sa créolité, loin de-là : «En me disant «écrivain américain» écrivant en français, je faisais un immense pas de côté, je sortais de la détermination antillaise. Et je m'inscrivais dans une mythologie : j'étais dans le Nouveau Monde, j'y avais tous les droits. Evidemment, cette revendication était un peu de la provocation, à une époque où le discours sur la créolité était très en vogue. Mais Haïti, c'est moi ! Je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur les toits, au contraire même : elle est si enracinée en moi que je n'ai pas besoin de m'y intéresser, elle me suivra où que j'aille. C'est comme faire du vélo : il ne faut pas regarder la roue, il faut n'avoir plus aucune conscience du vélo pour avancer» dit Dany.
«Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités» s’agace Dany LAFERRIERE. En effet, certains critiques ont reproché à Dany LAFERRIERE d’être trop dandy, distant, presque un hussard ; il ne se pose pas l’énigme du retour ; il a une soif de vivre, là où il est : «J'ai toujours regretté qu'Aimé Césaire ou Senghor n'aient parlé que de leur lutte, et pas assez des voyages qu'ils ont faits, des rencontres. Ils n'étaient quand même pas que des machines à sauver l'humanité ! Ils pouvaient eux aussi rencontrer quelqu'un dans un bar, un soir, et nous le raconter simplement, sans voir cela à travers le prisme de la négritude. Avec mes chroniques de voyage, je voudrais montrer aux jeunes gens du tiers-monde qu'on a le droit de voyager, de voir le monde de ses propres yeux, et non à travers un prisme politique. Qu'on n'est pas tout le temps un exilé, un Noir, un ancien colonisé ou je ne sais quoi d'autre. On peut juste être un homme assis à une terrasse de café, et qui regarde. Mon problème est sans doute que je n'ai pas de problème d'identité. Elle est ancrée en moi, peut-être même surabondante, à tel point que je ne m'en soucie pas» dit-il. Dany LAFERRIERE se sent nationaliste à travers ses écrits : «Le patriotisme me semble plus fort chez les exilés. Peu d’écrivains placent Haïti au centre de leur œuvre autant que moi». Le Cri des oiseaux fous est sans complaisance avec la dictature de Duvalier. Pays sans chapeau raconte la réalité haïtienne, le rapport entre la vie quotidienne et la vie rêvée mâtinée de sacré. L’Odeur du café est perçu par les Haïtiens comme le livre qui leur parle le plus de leur enfance. Dany LAFERRIERE, comme Alain MABANCKOU, son grand ami, ont choisi d’abandonner le discours victimaire ; ils veulent engager une littérature délivrée de la culpabilité : «La culpabilité, ce n’est pas mon genre. Ma relation avec Haïti peut sembler complexe si on mélange la vie personnelle et la littérature. Il ne faut pas confondre ce qui est dit dans mes œuvres avec ma réalité. Mon écriture ratisse large, essaie de rendre toutes sortes d’émotions de gens différents, également Haïtiens et exilés. Leurs expériences sont mises à contribution dans mes œuvres. Comme je sais qu’il y a des gens qui se sentent coupables d’être à l’extérieur d’Haïti, il arrive qu’il y ait des traces de cette culpabilité dans mes livres. Je donne toujours priorité au livre ; quand j’ai envie de réfléchir sérieusement à quelque chose, j’écris un livre. Cela me permet d’explorer plusieurs angles de la question, parce que la vie est un kaléidoscope». Les écrits de Dany LAFERRIERE s’éloignent du sentiment étriqué d’appartenance ; Dany estime qu’il est citoyen international : «Je me considère comme un écrivain international, sans formalité, dans le sens que, pour moi, la promesse de la littérature est l’universalité. J’écris pour comprendre ce que je vis et je partage mes sentiments, mais pour découvrir en même temps que c’est la situation de l’ensemble des gens qui vivent sur cette planète. En fait, je ne suis pas seul ; c’est ça, la promesse de la littérature. Vous n’êtes pas seul. Quand on gratte la petite couche folklorique des individus, on s’aperçoit que les sentiments humains sont pareils. Je ne cherche pas à me décrire par ma littérature, je cherche à écrire ce que je ressens. Quant à cette intégration à l’espace québécois, il est vrai que je la fais au niveau citoyen. Je participe à ce qui se passe au Québec, je suis sensible aux événements qui nous arrivent, aux débats qui nous touchent, bref à la réalité quotidienne» dit-il. Dany LAFERRIERE réaffirme que l’Amour est plus fort que le ressentiment : «Il y a un aspect universel de la littérature. Les sentiments, les émotions, la résistance individuelle qu’on a vu depuis Antigone de Sophocle. Quand Antigone dit : «Je ne suis pas ici pour la haine, je suis ici pour l’amour», c’est un peu ce que je dis dans tous mes livres. Je n’ai pas de temps à perdre avec des choses qui ne donnent pas d’élan à mon enthousiasme» dit-il.
Prix Médicis 2009 pour «l’énigme du retour», Dany LAFERRIERE invite à distinguer le pays réel et le pays rêvé : «Dans les livres écrits par des gens du Sud qui vivent au Nord, il y a toujours un moment où il y a un divorce avec le pays d’origine. Comme si l’auteur qui vit hors de son pays ne pouvait plus suivre et qu’il devait se contenter de regarder, admirativement, de loin. C’est aussi pour dire que tout individu, tout écrivain est étranger à son pays, parce qu’il ne peut pas observer ce pays s’il n’y est pas étranger. Il faut qu’il prenne une distance. Donc, c’est cela, la notion poétique qui rend l’affaire intéressante, il ne s’agit pas simplement de dire : «Je suis devenu étranger dans mon pays parce que je n’y suis pas allé depuis longtemps» .C’est une distance qui est prise jusqu’aux fibres les plus profondes» dit-il. Sur fond de la mort d’Aimé CESAIRE et de «pays sans père», que peut-on savoir de l’exil et de la mort : «Je ne suis jamais arrivé à comprendre comment on parvient à vivre dans une autre culture que la sienne» dit-il.
 
Les livres de Dany ont été traduits en une quinzaine de langues. Les dix premiers romans, s’inspirent du «Mentir-vrai» de Louis ARAGON ; ils «font apparaître des scènes et des expériences qu’il a vécues et transformées par fiction par le biais du travail littéraire» écrit Ursula MATHIS-MOSER. En publiant, en 2011, «Tout bouge autour de moi», portrait d'Haïti ravagé par le séisme du 12 janvier 2010, Dany LAFERRIERE a voulu «jeter comme un drap blanc sur le corps des victimes, les décrire avec discrétion et tendresse». En dépit des aléas de l'Histoire et des catastrophes naturelles, Haïti, la première République noire, est une terre de création féconde. Une terre où une riche littérature francophone se déploie dans un univers créole, où les romanciers sont des poètes et les poètes des romanciers, où la mort rôde et nourrit une vitalité artistique des plus foisonnantes. Haïti «c’est un pays aux trente-deux coups d’État. Peut-être. Mais, trente-deux fois aussi, les gens ne l’ont pas accepté. C’est un pays en bouleversement constant dans un univers extrêmement politisé. Un pays capable de rompre avec deux cents ans d’esclavage et de se relever psychologiquement en un an de l’un des séismes les plus meurtriers au monde. L’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face» dit-ilIl y a chez Dany LAFERRIERE «une esthétique de la roue. Pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même. Chaque fois qu’il fait un tour, lui, il ramasse tout ce qui précède, ne réchauffe pas, même s’il utilise la même recette. On découvre donc des œuvres que l’on connaissait déjà, mais retravaillées». Auteur d’un roman, «Les Mythologies américaines», Dany LAFERRIERE se joue des clichés ; la littérature est l’héroïne principale. C’est un livre organique qui traverse toute l’Amérique et dévoile la vision globale que les Haïtiens en ont. «Aux États-Unis, les Noirs écrivent sur les Noirs et pour les Noirs ; les Blancs, sur les Blancs et pour les Blancs. Dans ce long reportage, j’essaie d’observer les deux communautés de manière transversale, avec la même objectivité pour les uns et pour les autres. Et je souligne de manière indifférenciée l’injustice faite aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs en les mettant côte à côte sans que survienne l’histoire de l’esclavage et du racisme. La réalité historique haïtienne m’habite et me permet de regarder les États-Unis de manière impassible et sereine. Parce que je n’ai pas de névrose coloniale. Quand je vois un Blanc, je ne vois pas un ennemi. Parce que je l’ai battu et l’ai fait retourner chez lui. La gifle de l’esclavage a été rendue grâce à une indépendance acquise de haute lutte. On est quitte. J’ai donc voulu parler en public comme je le fais en privé. Mon discours ne doit pas être un manifeste à tous les coups. Ce qui ne m’empêche pas de dénoncer ce qui doit l’être» dit-il.
Bibliographie très sélective
1 – L’Académie française
Académie française,  Trois siècles de l’Académie française 1635-935, par Les Quarante, Paris, Firmin-Didot, 1935, 530 pages ;
BEUVIN d’ALTENHEYM (Gabrielle), Les fauteuils illustres et quarante études littéraires, faisant suite au quatre siècles littéraires, Paris, E. Ducrocq, 1860, 428 pages ;
BIRE (Edmond), GRIMAUD (Emile), Les poètes lauréats de l’Académie française, recueil de poème couronnés depuis 1800, Paris, A Bray, 1864, 392 pages ;
BOISSIER (Gaston), L’Académie française sous l’Ancien régime, Paris, Hachette, 1909, 267 pages ;
BRUNEL (Lucien), Les philosophes et l’Académie française au xviii siècle, Paris, Hachette, 1884, 389 pages ;
CAPUT (Jean-Paul), L’Académie française, Paris, PUF, 1986, 127 pages ;
CARLIER (Christophe), Lettres à l’Académie française, préface Hélène Carrère d’Encausse, Paris, Les Arènes, 2010, 232 pages ;
CARRERE d’ENCAUSSE (Hélène), Des siècles d’immortalité : l’Académie française, 1635, Paris, Fayard, 2011, 350 pages ;
CASTRIES,  René de la CROIX, duc de, La Vieille Dame du quai Conti, une histoire de l’Académie française, préface Jean Mistler,  Paris, Perrin G.F., 1978 et 1985, 477 pages ;
CROM (Nathalie), «Dany Laferrière,je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur tous les toits», Télérama, édition du 10 juin 2011 ;
DUMAS (Pierre-Raymond), «Entretien avec Dany Laferrière», Conjonction, juillet décembre 1986, n°170-171, pages 80-81 ;
FREMY (Edouard), L’Académie des derniers Valois, académie de poésie et de musique (1570-1576), académie du Palais (1576-1585), d’après les documents nouveaux et inédits, Paris, Leroux, 1843, 399 pages ;
GAXOTTE (Pierre), L’Académie française, Paris, Hachette, 1965, 120 pages ;
HAZARD (Paul), Discours sur la langue française, Paris, Hachette, 1913, 57 pages ;
HOUSSAYE (Arsène), Histoire du 41ème fauteuil de l’Académie française, Paris, E. Dentu, 1882, 327 pages ;
KERVILER (René), Essai d’une bibliographie raisonnée de l’Académie française, Paris, La société bibliographique, 1877, 106 pages ;
MASSON (Frédéric), L’Académie française, 1629-1793, Paris, Paul Ollendorf, 1912, 339 pages ;
MERY (Joseph), BARTHELEMY (Auguste), VIDAL (Léon), Biographie des Quarante de l’Académie française, Paris, Les Marchands de nouveautés, 1826, 254 pages ;
MESNARD (Paul), Histoire de l’Académie française depuis sa fondation jusqu’en 1830, Paris, Charpentier, 1857, 324 pages ;
MORELLET (André), Mémoires de l’abbé Morellet sur le dix-huitième siècle et la Révolution, précédé de l’éloge de l’abbé Morellet par Lemontey, Paris, 1822, 472 pages, vol  2, 516 pages, spéc pages 81-106 ;
OSTER (Daniel), Histoire de l’Académie française, Paris, Vialtey, 1970, 196 pages ;
PELLISSON (Paul) et THOULIER d’OLIVET (Pierre-Joseph), Histoire de l’Académie française, introduction de Charles-Louis Livet, Paris, Didier, 1838, vol 1, 326 pages et vol 2, 572 pages ;
PETER (René), L’Académie française et XXème siècle, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1949, 258 pages ;
RIVAROL de (Antoine), De l’universalité de la langue française, Paris, BNF, Obsidiane, 1991, 71 pages ;
ROBITAILLE (Louis-Bernard), Le Salon des immortels : une académie très française, Paris, 2002, Denoël, 342 pages ;
ROSTAND (Edmond), Discours de réception à l’Académie française, le 4 juin 1903, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1903, 36 pages ;
SIMON (Jules), Une Académie sous le Directoire, Paris, Calmann-Lévy, 1885, 472 pages.
2 – Dany LAFERRIERE
LAFERRIERE (Dany), Baiser mauve de Vava, illustrateur Frédéric Normandin, Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, Interforum Editis Diff, 2014, 46 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, Montréal, VLB éditions, 1993, 200 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Montréal, VLB éditions, 1994, 136 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Paris, Le Livre de poche, 2014, 187 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Comment faire l’amour avec un Nègre, sans se fatiguer, Paris, J’ai Lu, 1990, 199 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Eroshima, Montréal, VLB éditions, 1987, 168 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Je suis fatigué,  Outremont, Québec, Lanctôt 2001, 142 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Je suis fou de Vava,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 48 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Je suis un écrivain japonais, Paris, Librairie générale française, 2012, 210 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Journal d’un écrivain en pyjama, Paris, Livre de poche, 2015, 328 pages ;
LAFERRIERE (Dany), L’art presque perdu de ne rien faire, Paris, Bernard Gresset, 2014, 419 pages ;
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LAFERRIERE (Dany), L’odeur du café, Paris, Zulma, 2016, 208 pages ;
LAFERRIERE (Dany), La chair du maître,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1997, 311 pages ;
LAFERRIERE (Dany), La fête des morts,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 44 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Le charmes des après-midi sans fin, Paris, Zulma, 2016, 216 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Le Serpent à Plumes, 2000, 345 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Zulma, 2015, 315 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Le goût des jeunes filles,  Montréal, VLB éditions, 1992, 206 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Les années 80, dans ma vieille Ford, illustrateur Frédéric Normandin, Montréal, Québec, Mémoire d’encrier, La Roque-d’Anthéron, Diff Ici et Ailleurs, Interforum Editis Diff, 2014, 194 pages ;
LAFERRIERE (Dany), MAALOUF (Amin), Réception de Dany Laferrière, Académie française, discours prononcés dans la séance publique du jeudi 28 mai 2015,  Paris, Palais de l’Institut, 2015, 37 pages ;
LAFERRIERE (Dany), MAGNIER (Bernard), J’écris comme je vis,  Grenouilleux, La Passe du vent, 2000, 195 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Mythologies américaines, préface Charles Dantzig, Paris, Bernard Grasset, 2015,  557 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Pays sans chapeau,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1996, 221 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Tout bouge autour de moi,  Paris, Bernard Grasset, 2010, 178 pages et Librairie générale française, 2012, 1876 pages ;
LAFERRIERE (Dany), Vers le Sud,  Paris, Bernard Grasset, 2006, 250 pages.
3 – Autres références
BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, écrivain de la subversion», Spirale, janvier-février 1998, n°158, page 6 ;
BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, sans arme et dangereux», Lettres Québécoises, printemps 1994, n°73, pages 9-10 ;
BRODZIAK (Sylvie), Haïti : enjeu d’écriture, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2013, 218 pages ;
CORMIER (Pénélope), «Entrevue avec Dany Laferrière», The Postcolonialist, 19 novembre 2013 ;
DEVELEY (Alice), «Alain Mabanckou refuse de participer au projet francophone d’Emmanuel Macron», Le Monde du 16 janvier 2018 et Bibliobs du 15 janvier 2018 ;
FOREST (Julia, Farrah), Littératures migrantes du nouveau monde : exils, écritures, énigmes chez Ying Chen, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, thèse sous la direction du professeur Jean Bessière, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2015,  336 pages ;
JUOMPAN-YAKAM (Clarisse), «Dany Laferrière, l’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face», Jeune Afrique, édition du 15 mars 2016 ;
MARCOTTE (Hélène), «Je suis né écrivain à Montréal», Québec, automne, 1990, n°79-80-81 ;
MATHIS-MOSER (Ursula), «Dany Laferrière, un écrivain méditatif», Québec français, 2015 (174), pages 52-54 ;
MATHIS-MOSER (Ursula), Dany Laferrière : la dérive américaine, Montréal, L.V.B. éditeur, 2003, 344 pages ;
MOREAU (Gilberte), «L’inscription dans l’odeur du café de Dany Laferrière», Québec français, 1997, (105) pages 66-69 ;
MORENCY (Jean), THIBEAULT (Jimmy), «Entretien avec Dany Laferrière», Voix et Images, 2011, (36) n°2, pages 15-23 ;
N’DIAYE (Christiane), Comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière, Port-au-Prince, éditions de l’Université d’Haïti, 2010, 59 pages ;
N’DOMBI-SOW (Gaël), L’entrance des écrivains africains et caribéens dans le système littéraire francophone : les œuvres d’Alain Mabanckou et Dany Laferrière dans les champs français et québécois, thèse sous la direction du professeur Pierre Halen, Metz-Nancy, Université de Lorraine, 2012, 344 pages ;
PESSINI (Alba), Regards d’exils : trois générations d’écrivains haïtiens (Jacques Stephen Alexis, Emile Ollivier, Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert), thèse Paris IV, 2007, Presses académiques francophones, 2012, 448 pages ;
RICHER (Anne), «Fuir les carcans, Anne Richer rencontre Dany Laferrière», La Presse, 15 mars 1993, pages A1-A2 ;
SELAO (Ching), «L’énigme du retour de Dany Laferrière», Spirale, 2010, (231), pages 54-57 ;
SROKA (Ghila), «Dany Laferrière : de la francophonie et autres considérations», Tribune Juive, août 1999, vol XVI, n°5, pages 8-16 ;
VASILE (Beniamin), Dany Laferrière : l’autodidacte et le processus de création, Paris, L’Harmattan, collection Critiques littéraires, 2008, 285 pages.
Paris, le 16 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
L'Académie française, une vieille dame à bousculer, dans le sens du bien-vivre ensemble.
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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 20:34
«En une époque où la poésie hésite entre une tradition qui s’essouffle et une avant-garde qui se cherche, Aragon était sans conteste le premier des poètes français. Le plus éclatant.  Le plus populaire. Le plus habile et le plus déchirant. Le plus connu en France et dans le monde entier (..). Brillant, hautain, toujours mobile, provocant, il était capable de tout : du meilleur et du pire» écrit Jean d’ORMESSON. Depuis sa disparition le 24 décembre 1982, Louis ARAGON n’a pas connu le purgatoire dans lequel plongent certains écrivains célèbres après leur mort. En effet, depuis lors on n’a pas compté les rééditions de ses œuvres. Ce plus grand poète français du XXème siècle, prolifique et riche reste à découvrir ou à redécouvrir si l’on veut accéder à la vérité d’une œuvre inscrite dans l’histoire et qui ne peut se comprendre que par cette référence à l’histoire. Louis ARAGON est un poète, romancier, journaliste et essayiste français, surréaliste, communiste, militant révolutionnaire, résistant aussi, héraut de l'internationalisme prolétarien et du patriotisme, blessé, engagé dans toutes les grandes batailles de ce siècle batailleur. «Ce qui frappe d'abord chez Aragon, c'est la diversité de ses dons. Il est journaliste, il est romancier, il est poète, il est essayiste, il est critique d'art et polémiste. Et dans chacun de ces genres, dont un seul suffirait à assurer une durable célébrité, il excelle. Aragon est un créateur aux multiples visages et à la facilité déconcertante. Il ne s'exerce pas seulement dans des genres différents. Il épouse tour à tour toutes les passions du siècle. Comme un Picasso, comme un Chaplin, comme un Einstein, il incarne son époque. Il se confond avec elle. Il la traduit et il la marque» écrit Jean d’ORMESSON. «Je ne suis ni les règles du roman ni la marche du poème. Je pratique tout éveillé la confusion des genres» écrit ARAGON. «La plupart des écrivains considèrent le journalisme comme un obstacle à leur art, ses obligations comme desséchantes pour leur génie. Moi, je dois tout à ce stage aux travaux forcés» dit ARAGON. C’est un auteur qui nous a hypnotisés par la magie du style, par l’intelligence des formes, par la tempête des passions, et Bernard PIVOT a monté la richesse de sa contribution pour l’éclat de la langue française.
Révolté contre le colonialisme et révulsé par la guerre du Rif (1920-1926), menée au Maroc par Mohamed Ben Abdelkrim AL KHATTABI (1882-1963), Louis ARAGON est également connu pour son adhésion au Parti communiste français à partir du 6 janvier 1927 jusqu’à sa mort : «C’est aux premiers jours de l’an vingt-sept que, sans en avoir consulté personne, que j’ai donné mon adhésion au Parti communiste français» dit-il. Si ARAGON a pu traverser tous les courants de son temps sans jamais se laisser submerger, s'il a dominé nombre de ses contemporains en littérature, «c'est que les mots, pour lui, étaient plus que de simples outils de travail, plus que des occasions de jeu. C'est que les mots, les siens, touchent l'essentiel du monde des hommes, ils ont le pouvoir de révéler ces vérités cachées que le poète seul entrevoit et à qui il peut, seul, donner un langage» dira Pierre MAUROY aux obsèques du 28 décembre 1982. ARAGON a défendu le réalisme socialiste : «Retracer les étapes de la découverte du monde réel et du déchiffrement de la vie par Aragon, le passage de l'individualisme anarchique et des ambitions surréelles, à l'insertion militante et efficace dans le monde réel, avec ses responsabilités et ses solidarités, ce cheminement exemplaire d'Aragon, peut éviter à la jeunesse actuelle de refaire tout le chemin avec tous ses détours. (..) en découvrant le "sens" de l'itinéraire d'Aragon, ils peuvent découvrir celui de leur propre vie» écrit Roger GARAUDY. En sa qualité d’intellectuel officiel du Parti communiste, ARAGON a liquidé, progressivement, ses concurrents (Henri BARBUSSE, Roger GARAUDY, Louis ALTHUSSER, Aimé CESAIRE). Tacticien, et d’une grande finesse, ARAGON a survécu aux différentes batailles internes du PCF, à la crise du communisme soviétique et aux attaques de ses adversaires politiques. Si certains critiques littéraires, pour des raisons purement idéologiques, ont descendu et ostracisé Louis ARAGON, d’autres ont reconnu ses talents littéraires, son génie : «Aragon appartient aujourd'hui à notre patrimoine commun» écrit Jean d’ORMESSON.
Progéniture de l’automne, enfant de la Belle époque, né le 3 octobre 1897, à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris, Louis ARAGON est le fils naturel de Louis ANDRIEUX (1840-1931), ambassadeur en Espagne, préfet de police, député, avocat, homme politique, procureur de la République, et de Marguerite TOUCAS-MASSILLON (1873-1943), son œuvre porte, en filigrane, la secrète blessure de n’avoir pas été reconnu par son père. En effet, Louis ANDRIEUX, de 33 ans plus âgé que sa mère, afin de préserver l’honneur de sa famille et de son amante, le fait passer pour le fils adoptif de sa mère et devient son parrain. ARAGON doit vivre son enfance dans un monde de fiction destiné à sauver les apparences d'une mère sans époux, le mensonge, le jeu et le trucage font partie de son enfance. Dans son ouvrage autobiographique, le «mentir-vrai», ARAGON écrit : «mon père est marié, il faut le dire avec une vieille dame que je ne connais pas. Alors, il n’habite pas avec nous. J’appelle, publiquement, mon père mon tuteur, et maman Marthe ; il est convenu que pour les autres je suis un enfant adoptif de grand-mère. Ma mère s’appelle Blanche et elle est morte, son mari est parti pour l’Espagne ou l’Amérique du Sud». «Je me méfie de la mémoire. Elle fabrique à foison de faux souvenirs que l’on prend pour des vrais» dit-il. Le grand-père maternel, Ferdinand TOUCAS (1897), quitte sa femme, Claire MASSILLON et ses quatre enfants, en 1899, pour Alger, puis pour la Turquie, où il s’établit en dirigeant des cercles de jeux. ARAGON écrira, en 1965, les «Voyageurs de l’Impériale», un roman inspiré de l’histoire de son grand-père. Pour vivre, la famille tient une pension. C’est un lieu plein de croisements et de rêves, il lit notamment Dickens, Tolstoï et Gorki. Fréquentant la librairie Adrienne Monnier, il découvre Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé et Rimbaud. «Toute sa vie, Louis Aragon n’eut de cesse de reconstruire sa jeunesse», souligne Pierre DAIX. Louis ARAGON s'est beaucoup raconté, en prose et en vers ; il n'a cessé d'appliquer avec virtuosité le principe du «mentir-vrai» à sa vie riche déjà de tant d'énigmes et de paradoxes : enfant illégitime à qui le secret de ses origines fut longtemps caché ; antimilitariste décoré de la Grande Guerre, puis médaillé de la Résistance ; dandy dadaïste devenu militant discipliné du parti de Staline et de Thorez ; poète surréaliste converti au réalisme socialiste ; homme à femmes – et quelles femmes ! – métamorphosé en chantre de l'amour conjugal, avant de découvrir sur le tard le goût des garçons. Tous ces personnages différents n'en font qu'un seul dont l'itinéraire littéraire, intellectuel et politique transcrit le génie et le chaos du siècle. Dans le mentir-vrai, «la réalité n’existe jamais que sous la forme que lui prête la légende. Et la légende ne prend forme qu’en raison de la réalité qu’elle réinvente et à partir de laquelle elle fabrique ses fables» écrit Philippe FOREST, dans son «Aragon».
«J’admire beaucoup Aragon, mais dans ce temps-là, il était peut-être un peu trop intellectuel pour mon goût. Je me souviens toujours que, m’ayant accompagné un jour jusque chez moi, il m’entretint tout le long du trajet de Racine. Et il avait douze ans !» dit Henri de MONTHERLANT (1895-1972), un camarade de classe à Neuilly. Après une brillante scolarité, Louis ARAGON entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il est affecté au Val-de-Grâce où il rencontre André BRETON (1896-1966). Tous deux admirent Mallarmé, Rimbaud et Apollinaire.
Jeune et dandy dans le quartier voluptueux de Montmartre à Paris, ARAGON avoue découvrir cette fureur du corps, ces dérèglements de l’esprit, ce vagabondage des sens : «une pensée unique me possédait à chaque souffle. Je lui sacrifiai tout, je lui soumis toutes mes velléités. La sensualité s’était pour toujours emparée de ma vie. (..) J’étais en proie à tout moi-même. (..) Le désir de l’amour prépare l’amour et l’engendre», dit-il dans «le cahier noir» du mentir-vrai. Dans sa jeunesse, ARAGON a toujours confondu l’amour et le plaisir, il était l’amant des femmes de petite vertu : «J’ai eu besoin de ces femmes comme pas un. J’ai passé ma jeunesse au milieu de vos pas. Je vous ai parlées, je vous ai suivies, je vous ai touchées, je vous ai laissées. J’ai aimé les putains parce qu’elles étaient des putains avant d’être des femmes. J’ai adoré les pires d’entre elles, celles qui font frémir dans les livres, et qui font frissonner de plaisir dans les lits » dit-il dans le «Mauvais plaisant», un extrait du mentir-vrai. «Je suis le prisonnier des choses interdites» dit-il. Par ailleurs, ARAGON a éprouvé une passion amoureuse, notamment pour aristocrate anglaise d’origine américaine, Eyre de LANUX (1894-1996), une maîtresse de DRIEUX La ROCHELLE, et pour Denise LEVY, née KAHN (1896-1969), la cousine de l’épouse d’André BRETON et épouse de Georges LEVY, puis de Pierre NAVILLE, c’est la Bérénice d’Aurélien. Denise est au cœur des réseaux littéraires surréalistes. «Si je ferme les yeux, je me souviens des vôtres» dira t-il. ARAGON aura eu une relation amoureuse de 1926 à 1928,  avec Nancy CUNARD (1896-1965), héritière de la compagnie maritime britannique. Cet amour lui a ouvert la route dérobée du pays émerveillé qui se tient au-delà du miroir : «J’ai toujours eu de la peine à m’imaginer qu’en si peu de temps, il ait pu se passer tant de choses» dit-il. ARAGON tente de se suicider à Venise, quand Nancy l’abandonne pour Henry CROWDER, un pianiste noir, d’un orchestre de jazz. C'est que Nancy CUNARD, décrite dans le «Con d’Irène» n'était pas femme «à transiger avec son désir». Toute sa vie, elle n'a transigé sur rien.  Les parents d’ARAGON pensaient le marier pour le stabiliser : «Un propre à rien, il faut qu’on le marie. J’avais donc assisté muet à la révision de toutes les femmes que mon père pensait me donner. Pour Blanche, il l’avait nommée, l’éliminant, elle est déjà prise» dit-il. ARAGON a sa conception de l’amour : «L’amour est un bien abstrait qui nie tout ce qui n’est pas lui-même. L’amour est un grand soleil» dit-il.
Parti pour le front des Ardennes en juin 1918, ARAGON en revient décoré de la croix de guerre. Anarchiste au départ, puis dadaïste, ARAGON devient l’un des chefs de file de l’avant-garde littéraire. Il abandonne vite le dadaïsme : «il suffit à Tzara de montrer son visage un peu puéril pour que la légende s’écroula» dit-il. Avec André BRETON (1896-1966), Paul ELUARD (1895-1952) et Philippe SOUPAULT (1897-1990), il crée la revue «Littérature», et fut l’un des animateurs du surréalisme qu’il qualifie de «fils de la frénésie et de l’ombre» dans «le paysan de Paris» ; Il publie, en 1919, «Feu de joie, en 1921 «Anicet ou le panorama», en 1924 un «vague de rêve», et en 1926, le «Mouvement perpétuel». Désormais, ARAGON se consacre à l'écriture et abandonne la médecine : «Travailler m’a toujours ennuyé. Mais c’est vers quatorze ans que j’ai compris que je n’étais pas fait pour ça» dit-il dans le «Cahier noir», un extrait du mentir-vrai. Il dira, à propos de son ambition littéraire, «Les mots m’ont pris la main». Jacques DOUCET (1853-1929), un célèbre couturier, sera son mécène, et il rejoindra aussi la N.R.F. qui le financera.
La césure essentielle de la vie d’ARAGON est la rencontre, à la Coupole, le 6 novembre 1928, avec Elsa KAGAN, épouse TRIOLET (12 septembre 1896 - 16 juin 1970), écrivaine et belle-sœur de Vladimir MAIAKOVSKI (1893-1930). «Elsa surgit dans ma vie au cœur des désordres qui suivirent l’attentat que j’avais commis contre moi-même» dit-il. Elsa est, suivant André THIRION, «une petite femme rousse, au corsage plein, à la peau de lait, ni belle, ni laide, son visage avait une expression sérieuse et pas commode». «J’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant» dit-il dans le «Roman inachevé». Ils se marient le 28 février 1939, et Elsa lui «sauva la vie en lui redonnant sens». Ici commence la vie nouvelle ; femme exceptionnelle, Elsa apaise toutes les autres blessures du cœur d’ARAGON : «Ma vie en vérité commence le jour où je t’ai rencontrée, toi dont les bras ont su barrer sa route atroce à ma démence. (…) Je suis né vraiment de ta lèvre, ma vie est à partir de toi» dit-il à Elsa, dans le «Roman inachevé». La poésie d’ARAGON est largement inspirée  par l’amour qu’il voue à sa muse, Elsa : «Je suis plein du silence assourdissant d'aimer»  dit ARAGON. Ensemble, ils voyagent en URSS et représentent les surréalistes lors du congrès des écrivains révolutionnaires de Kharkov en 1930, et en profite pour renforcer sa position au PCF. ARAGON qui a effectué de nombreux voyages en URSS, connaissait bien de l’intérieur le communisme. Mais il n’a pas parlé des crimes et des purges staliniennes ayant touché des juifs, des intellectuels, et même des proches d’Elsa ; hélas, ceux qui savent, souvent, ne parlent pas ! En revanche, il écrira dans «Hourra L’Oural», «Et gloire aux Bolchéviks», en dépit des purges staliniennes. Après l’affaire du poème «Front rouge», ARAGON opère une mise au point dans «L’Humanité» qui entraînera la rupture définitive avec André BRETON. Il se lance dans le militantisme, le cycle du Monde réel, et se consacre parallèlement à l’écriture romanesque (Les Cloches de Bâle, 1934 ; Les Beaux Quartiers, 1936) et journalistique (L’Humanité, secrétaire général de la revue Commune, puis rédacteur en chef du quotidien Ce soir en 1937).
La déroute de la France conduit Louis ARAGON jusqu’à Périgueux. Capturé, il parvient à s’échapper, se réfugie en zone libre et rencontre, en 1940, Pierre SEGHERS et, en 1941, Henri MATISSE. ARAGON utilise ses romans pour illustrer le réalisme socialiste et prône l’avènement du communisme (Aurélien, 1944 ; Les Communistes, 1949-1951), et participe à la Résistance en créant avec Elsa TRIOLET le Comité national des écrivains pour la zone Sud et le journal «La Drôme en armes». Il s’engage aussi par ses poèmes, publiés dans la clandestinité, dans lesquels l’amour de la femme rejoint l’amour de la patrie : Le Musée Grévin, La Diane française, Le  Crève-cœur, Les Yeux d’Elsa. ARAGON est le première à dénoncer les camps de concertation, mais il n’a pas été entendu : «Moi, si je veux parler, c’est afin que la haine, ait le tambour des sons pour scander ses leçons, aux confins de Pologne, existe une géhenne dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! Ici l’on vit, ici l’on meurt à petit feu. On appelle cela l’extermination lente» écrit-il dans son poème Auschwitz du 6 octobre 1943. De nos jours, les immigrés occupent, désormais, la place des Juifs de la Seconde guerre mondiale ; la stigmatisation permanente des «Non-souchiens», par une certaine France, vivant dans la peur et recroquevillée dans un passé fantasmé, prépare des rafles, dignes du Vélodrome d’Hiver, dans l’indifférence presque totale. On a perdu la capacité d’indignation.
ARAGON fonde «Les Lettres françaises» (1942-1972) que l’U.R.S.S refusera de ne plus financer après sa condamnation de l’intervention en Tchécoslovaquie. En 1968, «Les chambres» est un recueil de poèmes «explicitement dédié» à Elsa, qui devait mourir le 16 juin 1970 : «Parce que tout passe, mais non le temps d'avoir aimé, d'aimer encore, jusqu'à ce souffle dernier, bientôt, ce dernier mot proche et terrible». Evoquant ce recueil, ARAGON disait : «C'est le dernier cadeau que j'ai fait à Elsa, histoire d'avouer que tout entre nous n'a pas été si ensoleillé qu'on se plaisait, qu'on se plaît à le croire, qu'il y a eu entre nous des journées comme celle-là par exemple où je t'avais perdue, dont il est question dans «Les Chambres».  Cette phrase tourne sur elle-même. «Ainsi la vie, et la mémoire». Anéanti par la disparition d’Elsa TRIOLET, il décide de léguer au CNRS ses archives personnelles ainsi que celles d’Elsa. Curieusement,  après le décès de son épouse et sa muse tant célébrée avec une poésie envoûtante, ARAGON affiche ses préférences homosexuelles, que DRIEU La ROCHELLE avait évoquées dès les années 1930, dans «Gilles». Il assume  «La pédérastie me paraît, au même titre que les autres habitudes sexuelles, une habitude sexuelle. Cela ne comporte de ma part aucune condamnation morale» écrit ARAGON. «C’est le seul homme capable d’assister à une réunion du Comité Central du PCF en smoking rose» écrit Roger NIMIER. Il croyait avoir raté sa vie : «Ma vie, cette vie dont je sais bien le goût amer qu’elle m’a laissé, cette vie à la fin des fins qu’on ne m’en casse plus les oreilles, qu’on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu’on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j’ai perdu. Que j’ai gâché de fond en comble» écrit ARAGON. Il meurt le 24 décembre 1982, veillé par son ami Jean RISTAT. A défaut de funérailles nationales, le P.C.F organise une cérémonie le 28 décembre 1982, à la Place du Colonel Fabien, à Paris, en présence de Pierre MAUROY, premier ministre. ARAGON est inhumé dans le Parc du Moulin de Villeneuve, dans sa propriété de Saint-Arnoult-en-Yvelines, aux côtés de son épouse, Elsa TRIOLET.

 

I – Louis ARAGON, un romancier du monde réel
 
«L’homme ne peut rien créer, n’a jamais rien créé qui ne prenne pied dans la réalité» dit-il. ARAGON a été mobilisé dans deux guerres mondiales. Par conséquent, se pencher sur le cycle du monde réel de Louis ARAGON, c’est remonter le temps, revenir à ce monde qui mourra dans les tranchées de 1914, assister à la naissance d’une nouvelle société qui, elle, perdra son âme dans les camps de la mort. «Tous les romans du Monde réel ont pour perspective ou pour fin l’apocalypse moderne, la guerre», constate ARAGON dans «Je n’ai jamais appris à écrire ou Les Incipit». Pour Louis ARAGON, «L’artiste ne doit pas se consacrer à la satisfaction des intérêts matérialistes les plus bas, mais doit exalter les sphères supérieures vers lesquelles l’individu doit s’élever pour le plus grand profit de la communauté nationale» dit-il dans «La souris rouge», un texte du «mentir-vrai».
1 – Les Cloches de Bâle (1934)
Le cycle du monde réel voit le jour avec «Les Cloches de Bâle». «C’est là que tout a commencé» écrit ARAGON dans la préface de son roman inaugural du  cycle du Monde réel, «le réalisme socialiste». En rupture avec le surréalisme, ARAGON va construire une grande suite de romans qui englobent la fin du XIXème siècle, l’érection de la Tour Eiffel à Paris, jusqu’en juin 1940 et la Capitulation de la France. Sur fond de l’affaire Stavisky, avec un humour corrosif, dans les «Cloches de Bâle», l’héroïne du roman, Diane de NETTENCOURT, issue d’une famille de châtelains désargentés, est une jeune femme belle et entretenue. L’argent est le leitmotiv de cette société ; elle couche avec qui elle veut, et poursuit sa carrière aux dépends des hommes. Diane finit par épouser un usurier qui émarge à la police et qui est financé par Wisner, mais dont elle se séparera. Catherine SIMONIDZE, une jeune géorgienne vivant à Paris, collectionne les amants mais s’interdit l’amour : «Elle haïssait les hommes, et elle aimait leur amour». Catherine estime que la vie est une absurdité, l’ennui, la tuberculose, le bruit des bombes ; tout la déprime et la révolte dans la société ; elle a entrevu l’art agonisant de Georges BATAILLE (1897-1962, écrivain). Dégoûtée du monde, elle se penche sur le parapet du Pont Mirabeau. Mais le suicide est-il une solution ? On n’est pas seul au monde. En intellectuelle révoltée, le sens de la vie, pour Catherine, va changer quand elle rencontre le prolétariat. Devoir travailler pour vivre. A l’occasion de la grève des taxis, elle découvre la solidarité entre grévistes, la violence de la police et de l’armée. «Le mal n’est pas en moi, mais dans ce monde auquel j’appartiens, qui tourne et qui m’entraîne» dira l’écrivain qui sauve Catherine d’une rafle, un artiste d’un monde condamné. Catherine est liée à Victor, un militant social et syndical qui l’empêche de se suicider. Catherine est tentée par le mouvement anarchiste : «Avec Bonnot, en France, agonise l’anarchie». L'intérêt du roman réside dans son style éblouissant, dans la description satirique de certains milieux bourgeois et dans la peinture des motifs qui poussent Catherine à s'engager dans le mouvement socialiste, et elle sera expulsée de France. Au congrès de Bâle de 1912, les Socialistes ont l’illusion d’arrêter la menace de la Première guerre mondiale. ARAGON évoque la figure de Clara ZETKIN (1857-1933), une marxiste allemande qui a échappé à un assassinat. C’est un hymne à la Femme : «La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai» écrit ARAGON. «C’est un bonheur d’aimer une morte, on en fait ce qu’on veut» dira ARAGON.
 
Ce roman inaugure une analyse critique de la France bourgeoise de 1890 à 1940, ainsi qu'une remontée aux années de l'enfance. On admire que pour éclairer celle-ci,  Louis ARAGON ait éprouvé le besoin de reconstituer, dans le détail de ses rouages, un monde de cette ampleur. Car si le surréalisme est désormais critiqué comme stade idéaliste, voire solipsiste, de l'écriture, l'auteur ne le quitte au profit du «réel» qu'afin de mieux s'expliquer les destinées individuelles et les mécanismes de classe de la pensée. L'enchaînement dans le même roman de l’histoire de Diane, de Catherine et de Clara ne figure-t-il pas, par la voie des femmes et sans didactisme excessif, les trois époques que lui-même a successivement traversées : la fascination pour le grand ou le demi-monde, la révolte anarchiste, l’engagement responsable enfin, qui sait rallier l'organisation et les buts de la classe ouvrière. 
Dans sa magistrale préface, Louis ARAGON justifie ainsi l’écriture des «Cloches de Bâle» : «Je n'ai pas mémoire de comment je sortis de la forêt. J'en puis donner idée, raconter ces années, les épisodes, les voyages, les colères, les querelles, les ruptures : tout cela, c'est l'anecdote. Ce qu'il faudrait patiemment retrouver en moi, c'est le cheminement profond, le dessin qui se reforme quand l'eau cesse d'être agitée où l'homme se mire». Il précise encore dans sa préface ce qu’il a voulu dire : «C'était une quête à tâtons de moi-même. J'ignorais encore le commun dénominateur de ces écrits disparates. Un jour vint que j'osai penser le nom de la chose : et j'écrivis le mot réalisme. (…) Quand se brisèrent les liens entre les surréalistes et moi, je l'ignorais, c'était en moi le réalisme qui revendiquait ses droits. (…) Tout roman n'est pas réaliste. Mais tout roman fait appel en la croyance du monde tel qu'il est, même pour s'y opposer. Il y aura toujours des romans parce que la vie des hommes changera toujours, et qu'elle exigera donc des hommes à venir qu'ils s'expliquent ces changements, car c'est une nécessité impérieuse pour l'homme de faire le point dans un monde toujours variant, de comprendre la loi de cette variation: au moins, s'il veut demeurer l'être humain, dont il a, au fur et à mesure que sa condition se complique, une idée toujours plus haute et plus complexe». ARAGON d’ajouter : «L'extraordinaire du roman, c'est que pour comprendre le réel objectif, il invente d'inventer. Ce qui est menti dans le roman libère l'écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité. Ce qui est menti dans le roman est l'ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière. Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité. On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l'épouvante des ignorantins dans le domaine propre au romancier». Ce roman comporte une part autobiographique : «C'était un monde, un monde pour une grande part aboli, où j'étais né, j'avais grandi, dont je voulais te communiquer connaissance. Vous ne sauriez pas qu'en réalité ce roman a été une conversation avec Elsa, un plaidoyer pour moi devant Elsa, une justification de l'homme et de l'écrivain devant la femme qu'il aimait, qu'il aime, et devant laquelle il n'a jamais cessé d'éprouver le besoin de cette justification perpétuelle». 
Les milieux conservateurs ont tiré, sans retenue, sur ce roman : «Était-ce enfin là ce grand roman qui nous dépeindrait le monde d'aujourd'hui ? La société ? Serait-ce notre Balzac ? Les premières cent pages du livre le laissaient croire, désespérante, mais hardie et vivante fresque d'une débordante pourriture que, de-ci, de-là l'ardeur bolcheviste d'Aragon l'ait poussé à noircir peut-être, mais à peine. Et puis ces impostures, ces fausses amours, ces courses à l'argent, dont le répugnant prenait de la grandeur parce qu'il apparaissait vrai, tout cela retombe à un fade reportage de grande information sentimentale de gauche, sur une histoire de grève sans intérêt», écrit Jean GAUCHERON. Cependant, la critique littéraire est restée, globalement, favorable aux «Cloches de Bâle» : «Ce roman a, entre autres mérites, celui d'indiquer dans sa composition même, que le problème préconçu, si souvent posé par les écrivains d'une contradiction prétendue entre l'individuel et le social, a depuis longtemps trouvé sa solution.Ce livre n'est pas plus la description passive de certains aspects du monde actuel, (..) mais un roman qui peint à travers les individus leurs classes, à travers l'action, la lutte de ces classes, et qui fait ainsi entrevoir, par sa peinture de la réalité d'hier, la réalité socialiste de demain» écrira Georges SADOUL. «Lorsqu'il parle de réalisme, Aragon se réfère à cette tradition romanesque qui va de Balzac à Charles Dickens, de Flaubert à Thomas Hardy. Le réalisme est une machine inventée par l'homme pour l'appréhension du réel dans sa complexité», écrit Eduardo MANET.
2 – Les Beaux Quartiers (1936)
Prix Renaudot de 1936, ce deuxième roman du cycle du monde réel, approfondit l’esthétique ainsi que l’analyse de la société ; une multitude de personnages s’y rencontrent et s’y affrontent. C’est l'histoire de deux frères, Edmond et Armand Barbentane. Le premier devra sa fortune à l'abandon qu'un homme riche lui fait de sa maîtresse. Armand, lui, abandonnant les siens, est devenu ouvrier dans une usine de Levallois-Perret : son avenir s'en trouvera changé. Dans la préface des «Beaux Quartiers», ARAGON nous donne une grille de lecture : «Les Beaux Quartiers sont nés du double sentiment que j’avais, touchant Les Cloches de Bâle : comme d’un livre sans construction d’une part, insatisfaisant à l’esprit par là même, mais surtout d’un récit étroitement parisien. Un besoin d’ouvrir les fenêtres, de laisser entrer l’air d’ailleurs, d’apercevoir le paysage des provinces, le pays».
 
La première partie se déroule dans la petite ville imaginaire de Sérianne, en 1912, au pied des pré-Alpes du Sud. Sérianne proche de Toulon, région d’origine de la famille maternelle d’ARAGON, possède des traits varois, également et des bas-alpins. ARAGON dépeint l’atmosphère de ce roman fait de brutalité et de chaleur : «Dans une petite ville française, une rivière se meurt de chaud au-dessus d’un boulevard, où, vers le soir, des hommes jouent aux boules, et le cochonnet valse aux coups habiles d’un conscrit portant à sa casquette le diplôme illustré, plié en triangle, que vendaient à la porte de la mairie des forains bruns et autoritaires» dit-il. Le maire de la commune bientôt conseiller général, le docteur Philippe Barbentane, radical, libre-penseur, un franc-maçon, a deux fils, Edmond qui se destine à la médecine et Armand que sa mère verrait bien dans un habit de religieux, à l’opposé des convictions de son mari. C’est la lecture de Barrès qui conduit Armand à la sensualité et à l’abandon de la religion. «Barrès justifiait en lui la montée d’une sensualité qui ne se connaissait guère, et catholique par son départ, sa pensée courait à l’apostasie» écrit ARAGON. Armand, en rupture avec son milieu, se tourne vers un adversaire politique de son père, le socialiste Vinet. Différents personnages fourmillent : ceux qui fréquentent le bordel, une noblesse décadente, Les Lomélie de Méjouls, une bourgeoisie, propriétaire d’une chocolaterie qui empeste l’air, un marchand méchant veule qui abuse de sa servante, la femme du percepteur un peu volage, des immigrés italiens, vivant en marge de la ville qui se révoltent. La campagne électorale et la grève, les affrontements avec la milice d’extrême-droite se terminent par la mort d’un ouvrier. Edmond est envoyé à Paris faire sa médecine, Armand au lycée d’Aix. Ville de province, à la vieille de la première guerre mondiale, il évoque le pourrissement d’une société de domination et de violence : «Une odeur douce et pénétrante comme la gangrène sur les champs de bataille. Sérianne-le-Vieux, chef-lieu de canton» écrira ARAGON. Il dénonce la volupté, les drames, l’hypocrisie, la lâcheté de cette ville qui cuit sous le soleil et s’amuse.
 
La deuxième partie se déroule à Paris, avec ses beaux quartiers. Edmond devient l’amant de la femme du patron de l’hôpital ; il est ainsi introduit dans la haute société parisienne. «Le professeur Beurdeley habitait une maison du quai Conti qui donna le vertige du luxe à son externe» écrit ARAGON. Dans ce milieu, Edmond rencontre la grande actrice Réjane et le couturier Charles Roussel pilotis du couturier et mécène, Jacques Doucet, qu’Aragon ne ménage pas. Edmond, ébloui par ce monde, est en même temps conscient de sa dangerosité et de sa pourriture, travaille, comme un dérivatif, sa médecine d’arrache-pied ; il souhaite, en fait, échapper à l’emprise de sa famille. Sa personnalité, plus complexe que celle d’Armand, est partagée entre l’ambition et la paresse. Armand, surpris avec la lingère du lycée, est mis à la porte de son établissement. Il se rend à Paris, découvre le monde de la rue, de la misère. Edmond ne veut pas s’encombrer de ce frère indigent. 
 
Une troisième partie : «Passage Club», un cercle de jeu parisien où Edmond se laisse entraîner par sa nouvelle maîtresse, la belle Carlotta. Victime d’un coup monté par son ancienne maîtresse, il se retrouve suspecté de son assassinat. Si «Les Beaux Quartiers» est un livre sur une vision réaliste des années qui ont préludé à la 1ère guerre mondiale, on oublie généralement que c’est aussi un roman d’amour. Quant à Armand, embauché par l’intermédiaire de son pays Adrien dans l’usine de Wisner à Levallois, il finit par se rend compte qu’il est un briseur de grève, pour un mouvement d’extrême-droite «Pro Patria», un jaune, et décide de rejoindre le camp des grévistes. «Armand regardait les ouvriers, les ouvrières rassemblés, avec des yeux neufs. Ceux-là, ce seraient ses compagnons, ses amis. D’avoir crevé la faim, il se sentait leur frère» dit ARAGON. La grève sera perdue, mais la défaite est le point de départ de nouvelles luttes et de nouvelles espérances. «Camarades, dit-il, camarades, vous voyez bien qu’il ne faut jamais désespérer !», conclut le roman dans le sens d’un combat jamais terminé.
3 – Les Voyageurs de l’Impériale (1942)
Troisième roman du monde réel, ARAGON en écrivit l'essentiel entre octobre 1938 et août 1939, et les dernières cent pages dans l'ambassade du Chili à Paris où, menacés par des extrémistes de droite, lui et Elsa Triolet avaient trouvé refuge. La fin du roman porte la date «Paris, 31 août 1939». Avec la censure de Vichy, le livre a été imprimé tardivement en France, en 1942.
Le personnage principal, Pierre Mercadier, a été son propre grand-père maternel «Ce livre est l’histoire imaginaire de mon grand-père maternel. Dans la réalité, je l’ai vu quelques minutes, à la gare de Lyon. J’avais dix-sept ans» écrit ARAGON, dans la préface. Dans le roman, le héros est professeur d'histoire et de géographie dans l'enseignement secondaire et marié à Paulette d'Ambérieux, une femme assez sotte issue de la petite noblesse, dont le père fut préfet de police. Il est intéressé, voire fasciné par le phénomène de l'argent, aimant le jeu pour le jeu, Pierre joue à la bourse où il perd, notamment dans le cadre du scandale du Panama, une partie de sa fortune, ce qui ne l'oblige pourtant pas à réduire son style de vie. Après une déception amoureuse avec une femme d’un industriel, un jour de novembre 1897, il vend tous ses titres boursiers, quitte sa famille et sa profession, comme l'avait fait le propre grand-père maternel d'Aragon, Fernand de Biglione, abandonne sa famille, et disparaît sans laisser d'adresse. Pierre Mercadier représente le type de l'homme profondément solitaire et qui cherche l'isolement : «il traverse le monde sans s'y mêler». Aussi, ARAGON a, dans la préface de 1965, placé son roman sous le signe de la «liquidation de l’individualisme», de «la condamnation de l’individualisme par l’exemple», Pierre Mercadier étant désigné comme «le dernier individualiste», un individualiste «forcené». Les thèmes du roman sont la responsabilité et l'irresponsabilité de l'homme et du citoyen, le goût de la solitude, le rejet des liens sociaux traditionnels, le «parasitisme» social, l'amour et la sexualité, la déception et le jeu, l'enfance et la jeunesse, la «Midlife Crisis» et la tragédie du vieillissement, le mourir et la mort. Devant cette tragédie humaine, ARAGON ne flétrit pas la «décadence de la société bourgeoise»,  mais certains penchants dangereux de la nature humaine. En effet, ARAGON ne distingue pas deux classes sociales, mais deux catégories d'êtres humains : les ignorants et ceux qui savent, ceux qui traversent l'existence d'une manière passive, se laissant tout simplement porter par la société, et, d'autre part, ceux qui agissent activement sur la société avec l'intention de la modeler, de la transformer, de la pervertir d'après leur propre vision.
4 – Aurélien, (1944)
«La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation» écrit Louis ARAGON. «Aurélien», un roman d’amour sur fond de guerre, se situe au sortir de la Première guerre mondiale, pour nous montrer les ravages de l’après-guerre et les tourments de l’indicible. Aurélien Leurtillois,  un ancien combattant, jamais vraiment remis des années passées au front, mène, dans le Paris des années 1920, l'existence oisive d'un jeune rentier célibataire et séducteur : garçonnière dans l'île Saint-Louis, nuits blanches au «Lulli's Bar», soirées mondaines et liaisons sans lendemain. Spectateur désengagé de sa propre vie, il attend, sans conviction, de découvrir enfin l'objet d'une passion et cet objet sera Bérénice une jeune épouse d'un pharmacien de province, est venue passer quelques jours dans la capitale chez sa cousine Blanchette, fille du magnat des taxis. Leur rencontre est le contraire même du coup de foudre. Un processus de cristallisation est, néanmoins à l'œuvre qui fait en quelques jours d'Aurélien, homme à femmes blasé, un être bouleversé par la force d'une passion inédite.
Bérénice recherche la compagnie d'Aurélien mais, trop éprise d'absolu, ne répond jamais à ses avances. Un soir pourtant, elle se rend chez lui, mais il est absent. Au petit matin, il revient du Lulli's Bar. Elle comprend qu'il a passé la nuit avec une autre femme et s'enfuit. Aurélien la retrouve sans le vouloir alors qu'elle se cache près de Giverny avec un amant de hasard, Paul Denis, qu'elle quitte bientôt pour regagner sa province. Bérénice disparue, tout s'écroule. Paul Denis est tué dans une rixe ; Blanchette divorce d'avec Edmond Barbentane qui fait faillite et entraîne Aurélien dans sa ruine. Privé de ressources, celui-ci se résout à travailler dans l'usine de son beau-frère et abandonne sa vie de bohème. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Aurélien, de nouveau officier, se replie dans un village qui n'est autre que celui de Bérénice. Là, il retrouve d'abord le mari de celle-ci qui lui confie : «Vous avez été toute sa vie», puis Bérénice, à qui il avoue : «Vous avez été ce qu'il y a de meilleur, de plus profond dans ma vie» Peu après, dans la voiture qui les emmène, une rafale de mitraillette allemande atteint mortellement Bérénice.
5 – Les Communistes  (1949-1951)
Dernier épisode du monde réel, le roman, «Les Communsites», raconte le début de la seconde guerre mondiale en France du printemps 1939 à la défaite de juin 1940. «Nous pensions que parler de la guerre, fût-ce pour la maudire, c’était encore lui faire de la réclame. Notre silence nous semblait un moyen de rayer la guerre, de l’enrayer» avait dit ARAGON. C’est l’œuvre la plus significative du réalisme français ; ARAGON s’exprime, en militant, sans ambiguïté ; il veut organiser une nouvelle résistance contre la bourgeoisie ; il valorise ce parti des fusillés «Le roman doit aussi être un outil à transformer le monde qu'il décrit, et on ne peut rien transformer sans l'enthousiasme» dit-il. En effet, dans ce roman, ARAGON s’engage dans un autre conflit, non résolu au moment de son écriture : une guerre idéologique, qui oppose les communistes à tous les autres : la «guerre froide» en toile de fond, le Plan Marshall, le bellicisme américain, le réarmement de l’Allemagne, ratification du Pacte atlantique, crispation de la situation intérieure (en 1947, exclusion du PCF du gouvernement, répression dure de grèves). Le projet initial d'ARAGON était de raconter l'ensemble de la seconde guerre mondiale, mais il abandonna. Le récit couvre d'abord, La drôle de guerre en insistant sur la répression anticommuniste. C'est bien des «communistes» qu'il s'agit, et non du communisme ; ARAGON a pour ambition de provoquer la «formation de la conscience dans l'homme dans ses rapports avec les autres, que pour simplifier on appelle la politique». ARAGON doit donc réécrire l’histoire et défendre les Communistes contre les calomnies. Dans un monde bipolaire, où s’affrontent des rivalités idéologiques, les bases de la lutte des classes sont posées dans le roman. La fin de la guerre ne signe donc pas la fin du combat, au contraire, la guerre froide est là. «Est-ce que tu ne comprends pas que cette guerre, ils l’ont commencée, pris dans leurs propres contradictions, cherchant depuis vingt ans à faire une guerre à l’est, que les peuples ne leur permettaient pas de faire. […] et puis il y avait besoin de l’état de guerre pour liquider les conquêtes de Trente-six… pour faire faire machine arrière à l’histoire… […] Il leur fallait la guerre pour, à l’abri des lignes de défense modernes, pratiquer le détroussement de nous tous» écrit Louis ARAGON.
Dans les «Communistes», le personnage de Fred Wisner, fasciste et antisémite, se réjouit de la défaite des Républicains espagnoles. Le père de Simon de Cautèle a subventionné les Croix-de-Feu et rêve de liquider le Front populaire. Jean, petit bijoutier des Halles, président de la Section des «Amis de l’URSS», est un lecteur du journal l’Humanité. Guillaume, ouvrier plombier, est communiste. Roman d’attaque et de défense, «Les Communistes» sont un roman de guerre partie en guerre. Les précédents romans du monde réel laissaient entrevoir la guerre, seuls Les Communistes nous décrivent la chose, plongent dans «l’orgie, l’orgie de sang». De la défaite des républicains espagnols à la débâcle de Dunkerque, le roman est tout entier habité par la guerre, toile de fond omniprésente qui affecte l’ensemble de l’univers romanesque. Sa dernière partie surtout relève du roman de guerre, immergeant le lecteur dans la catastrophe de mai-juin 1940 et dans la violence du front. Dans «Les Communistes», il prête au personnage qui le représente, le lieutenant Armand Barbentane, un goût si fort pour d’Aubigné qu’il en emporte le volume dans sa musette de combattant en 1940. Ce roman a été un échec, en dépit de diverses rencontres avec les militants communistes, notamment à la rue Grange aux Belles à Paris 10ème.
II – Louis ARAGON, un écrivain engagé
Une partie importante de la poésie d’ARAGON, notamment «Le Crève-cœur», «La Diane française» ou «Le Musée Grévin», est marquée par la guerre, il décrit la nation brisée, humiliée, et ce que la guerre a détruit. Loin de se cantonner dans une parole intimiste, il s’enracine dans le patriotisme et dans des circonstances tragiques de nature à susciter la résistance et l’espoir. ARAGON entend «héroïser» l’histoire «Les procédés savants des grands rhétoriqueurs servent une intention populaire. Ainsi, le souci de la forme loin de se fermer à l’histoire se laisse investir par elle» écrit Nathalie PIEGAY-GROS, dans «L’esthétique d’Aragon».
À partir de la fin des années 1950, nombre de ses poèmes ont été mis en musique et chantés (Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Brassens, Mouloudji, etc.), contribuant ainsi populariser son œuvre poétique.
A – Louis ARAGON, un engagement communiste
 
1 – ARAGON fustige la social-démocratie et abandonne le surréalisme
 
Les communistes ont dégagé une ligne de littérature authentiquement révolutionnaire que le fidèle soldat, Louis ARAGON, a porté la lutte des classes jusque sur le «front littéraire» suivant une expression de Jean-Pierre MOREL, notamment à travers son poème «Front rouge», d’une rare violence ; c’est une invitation à l’insurrection : «Descendez les flics camarades. Un jour tu feras sauter l’Arc de Triomphe, prolétariat connais ta force et déchaîne-là. (..) Feu sur Léon Blum. Feu sur Boncart, Frossart, Déa.  Feu sur les ours savants de la social-démocratie. Feu, feu, j’entends passer, la mort qui se jette sur Garchevery. Feu, vous dis-je sous la conduite du Parti communiste». «Sous le long règne de l’épouvantable Staline, la poésie est devenue un tracteur» écrit Philippe SOLLERS. «La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, (..) le principe d’une littérature de Parti» énonce Novaïa JIZN, dans la revue «Littérature de la révolution mondiale» de juillet 1931. Auparavant, en 1923, Henri BARBUSSE (Asnières 13 mai 1873 – Moscou 30 août 1935, empoisonné par Staline ?), auteur du roman «Feu», un prix Goncourt de 1916, est le premier intellectuel, à avoir appliqué cette orientation, «d’art populaire » ou de «littérature prolétarienne», mais en émettant des doutes sur l’efficacité du recours aux rabcors, un système de correspondants ouvriers. L’ouvriérisme ambiant au sein du P.C.F, n’est pas favorable aux intellectuels, le rôle d’éducation prolétarienne pouvant conduire au crétinisme puéril et déclamatoire, ou à «un prodigieux concours d’âneries» suivant André THIRION. «Quand j’y suis entré (au PCF), la vie dans le parti pour un intellectuel était assez intolérable. Il fallait pour y demeurer être fou : j’étais fou», dit ARAGON. Le poème «Front rouge» a suscité des polémiques et des conséquences judiciaires. L’Etat saisit et interdit «Front rouge», et le 16 janvier 1932, ARAGON est inculpé : «excitation des miliaires à la désobéissance et de provocation au meurtre dans le but de propagande anarchiste».
 
André BRETON lance une pétition pour soutenir ARAGON, mais reste en désaccord avec lui sur sa conception du surréalisme. André GIDE refuse de signer cette pétition, estimant qu’un texte littéraire engage son auteur : «Et puis, pourquoi demander l’impunité pour la littérature. Quand j’ai publié Corydon, j’étais prêt à aller en prison. La pensée est aussi dangereuse que des actes. Nous sommes des gens dangereux. C’est un honneur que d’être condamné sous un tel régime». Pour Romain ROLLAND, «Nous sommes des combattants. Nos écrits sont nos armes. Nous sommes responsables de nos armes. Au lieu de les renier, nous sommes tenus de les revendiquer». André BRETON, dans son fameux livre, «Misère de la poésie», tout en défendant son surréalisme, vitupère contre toute tentative d’interprétation d’un texte poétique à des fins judiciaires. Ce texte ne reflète pas son point de vue sur l’écriture automatique, c’est un poème de circonstance, «sans lendemain, parce que poétiquement régressif». Pour Louis ARAGON, le surréalisme est nécessairement révolutionnaire, ce n’est pas de l’art pour l’art. Il faut «considérer comme un fait acquis le passage des surréalistes aux côtés du Prolétariat dans sa lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie» dit-il. C’est la rupture entre ARAGON et ses amis surréalistes «Je n’ai jamais rien fait de ma vie qui m’est coûté plus cher» confesse-t-il. ARAGON s’en repentira : «J’écoute au fond de moi-même la voix d’André Breton, non pour la critiquer, mais pour mieux l’entendre» dira Louis ARAGON. 
ARAGON a situé sa contribution littéraire, clairement, dans le sens de l’engagement politique. «Il est temps d’en finir avec le faux héroïsme, le toc de la pureté, le clinquant d’une poésie qui de plus en plus prend ses éléments dans les aurores boréales, les agates, les statues des parcs, les châteaux des châtelains bibliophiles, et non aujourd’hui dans la poubelle étincelante où sont jetés les corps déchirés des insurgés, la boue où coule le sang très réel des Varlin, des Liebknecht, des Wallisch, des Vuillemin. Je réclame ici le retour à la réalité» écrit ARAGON, dans son «Discours de clôture au congrès international des écrivains de Paris du 25 juin 1935», in L’Œuvre poétique, t. VI (1934-1935), Paris, Le Livre Club Diderot, 1975, p. 322. Dans sa contribution littéraire, ARAGON s’est posé une question essentielle : Que peut, et que doit la littérature ?
«La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, sous une forme aussi complète et aussi totale que possible, le principe d’une littérature de parti» écrit Novaïa JISN, dans l’éditorial du n°1 de juillet de la revue «Littérature de la révolution mondiale», publiée à Moscou. ARAGON disait, à propos de Victor HUGO, que ce qu’il appréciait par dessus tout chez l’écrivain des «Misérables», c’était sa façon de mettre les pieds dans le plat. Nul doute qu’ARAGON, à travers l’écriture de ses romans de la série du «Monde réel», n’ait pas hésité, comme l’écrit Claude ROY, à mettre les pieds dans les plats pas toujours délicats de la réalité, de la politique, de l’argent, du roman. On peut ajouter que tout cela est une manière pour lui de mettre les pieds dans le plat de l’Histoire. ARAGON ne sépare pas l’homme, l’artiste et le partisan : «Soyez les ingénieurs des âmes ! Ecrivez la vérité» disait MOUSSIGNAC qui reprenait une formule de Staline ; il ne suffit pas de réfuter l’ennemi, mais de «l’anéantir» disait-il. Dans son réalisme littéraire, il part en guerre contre Marcel PROUST (1871-1922, Prix Goncourt, voir mon post) : «Les gens qui souffrent d'insomnie ont le loisir d'étudier le mécanisme du sommeil, voilà une pensée originale qui vous dispenserait de quatre pages de fausses finesses psychologiques, dans lesquelles le gros malin retourne cent fois sa maxime comme un bonnet de nuit. Ce qui s'appelle la pensée proustienne demande à être serré de près ; on s'aperçoit alors que c'est un bavardage de concierge. Saint-Simon (je reviens à cette prétention), mais Saint-Simon dit en trois lignes autant que Proust en trois livres. J'en suis fâché, Monsieur Proust, vous êtes un commerçant qui ne donne pas le poids. À ce qu'il paraît, vous seriez fort intelligent. Il n'y a pas de votre faute, dit-on, si le monde que vous peignez se montre si sot». A la mort d’Anatole FRANCE (16 avril 1844-12 octobre 1924), les Dadaïstes, survoltés,  s’attaquent à une gloire littéraire : «Anatole France n'est pas mort : il ne mourra jamais» écrit Philippe SOUPAULT. Dans la provocation, ARAGON se distingue par la violence de son texte : «Avez-vous déjà giflé un mort ?». ARAGON ne mâche pas ses mots. Pour lui, Anatole FRANCE «écrivait bien mal, je vous le jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur, du ridicule. Et c’est encore très peu que bien écrire, que d’écrire, de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau, pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret, dont on me faire vainement valoir la douceur. (…) Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé». ARAGON poursuit : «Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, (..) râclures de l’humanité, (..), individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous qui venaient de perdre un si bon serviteur». Anatole FRANCE est alors une véritable icône. S'attaquer à lui au lendemain de sa mort relève dès lors, au sens le plus plein du terme, d'une profanation : «Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l'idiot, le traître et le policier. Avec France, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va. Pour y enfermer son cadavre qu'on vide si on veut une boîte des quais de ces vieux livres "qu'il aimait tant" et qu'on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière», c’est ainsi qu’André BRETON signe «un refus d’inhumer».
ARAGON avait, certes, accueilli, favorablement, le «Voyage au bout de la nuit», publié, en 1932, par Louis-Ferdinand CELINE (1894-1961), considérant cette contribution littéraire, en dépit de son pessimisme, comme étant une dénonciation magistrale et virulente de la société moderne, une disqualification de toutes les idéologies. En revanche, et à propos de la pièce en cinq actes, «L’église», ARAGON est le premier, à travers son article «A Louis-Fernand Céline, loin des foules», à déceler l’antisémitisme manifeste de CELINE. Ainsi, dans «l’église», CELINE décrit l’exaspération propre à la petite bourgeoisie, dont CELINE se fait le porte-parole. Le héros de la pièce, Bardamu, est un antisémite assumé : «Le petit bourgeois antiparlementariste n’est pas très différent qu’il s’appelle Rip ou Céline. Mais un trait marque plus particulièrement le docteur Bardamu. L’antisémitisme. Oh un antisémitisme assez passif. Notre homme voyage dans un bateau qui s’appelle Youpi-nium ; A Genève, il nous montre que les fils de la SDN sont tenus par des messieurs qui s’appellent Yuddenzweck, Mosaïc, Moïse. Gens intelligents, un peu sentimentaux. Ce n’est pas le docteur Bardamu qui donnera l’ordre des pogromes, mais n’est-ce pas ? Il les regardera venir comme le reste» dit ARAGON, dans son commentaire sur «L’église». CELINE est nihiliste, «tout est la même chose», il fait l’éloge de la mort, du suicide et du néant. ARAGON invite, en définitive, CELINE à rejoindre les communistes. CELINE le qualifie de «supercon».
 
B  – ARAGON, poète de la Résistance
 
1 – Le Musée Grévin (1943)
En pleine Deuxième guerre mondiale, la France étant occupée et vaincue ; «Le Musée Grévin» parut sous le pseudonyme de François La COLERE ; c’est une poésie dite de «contrebande». La volonté du poète est de critiquer, de faire une satire de la société, en guerre, qu’il décrit, mais aussi le besoin de dépeindre une épopée, l’espoir d’un renouveau et d’une paix qui feraient suite aux heures les plus sombres de l’Histoire. En effet, ARAGON se montre très critique, notamment dans ses 23 poèmes tels que «Feu de joie», où il affirme son appartenance au mouvement dadaïste, en étant impertinent vis-à-vis du pouvoir et de l’ordre établi. Ces poèmes expriment une sensibilité aiguë et touchante, révélant les sentiments du jeune poète, ses souvenirs d'enfance, de guerre, d'enterrement d'un ami, l'appréhension des regards curieux des autres, une pudeur farouche; ils évoquent également l'amour éphémère, la sexualité, l'amitié et la mort. Ils donnent la voix à la révolte de la jeunesse sortie tout juste de la guerre, et témoignent de sa volonté de rebâtir la société et la littérature. La satire porte également, et c’est évident, sur les dirigeants de l’époque : Pétain, Mussolini, ou bien sûr Hitler. Les destinataires explicites de cette poésie sont évidemment les prisonniers et les déportés dont ARAGON envisage le retour. Leurs souffrances sont soulignées par l'évocation de leurs mains martyrisées et de leurs pieds las. ARAGON fait également allusion à l'occupation de la capitale de façon indubitable, car l'indication chronologique est claire. Il faut, cependant, remarquer que le poète évite les allusions trop directes et trop précises, aucun nom propre lié à l'actualité, l'ennemi allemand n'est même pas désigné, si ce n'est peut être métaphoriquement par «les fantômes». Les malheurs de Paris, sous l'Occupation, ne sont évoqués que par une métaphore qui connote les exécutions de résistants. Il apparaît donc que le poète a choisi en préférant le registre lyrique au registre polémique, de voiler en quelques sortes l'atrocité présente pour valoriser un passé glorieux et un avenir meilleur, l'un étant le garant de l'autre. ARAGON délivre avant tout un message d'espoir et adopte, délibérément, un optimisme inébranlable que la réalité de 1943 ne pouvait raisonnablement pas susciter. Le retour des prisonniers est affirmé avec certitude : «Il y aura des fleurs» comme pour affirmer une certitude de libération et de paix. L'avenir prend alors les traits d'un Eden retrouvé évoqué de façon très traditionnelle comme un jardin fleuri et lumineux. La fête qui est promise aux prisonniers est une fête de tous les sens : bonheur tactile des pieds sur la mousse, plaisir de l'oreille grâce à la musique apaisante et le plaisir de l'odorat grâce à l'haleine des jardins. Ainsi, Louis ARAGON, pour parler des événements de son époque, choisit la voie du lyrisme et du symbolisme d'une manière qui donne souvent à son poème l'apparence d'une prière où les références à la tradition sont nombreuses.
 ARAGON, en résistant, refuse de quitter, la France et travaille parallèlement à la création du réseau de résistance des Etoiles et à celle du Comité National des Ecrivains et des Lettres françaises. Là ARAGON n’écrit plus en contrebande, mais il attaque. «Le fait qu’Aragon, en 1943, interpellât directement l’ennemi par son nom montre que la poésie de contrebande cède la place à une "poésie d’urgence", une "poésie qui prend le maquis". Les poètes combattent avec les mots. Ils ne sont pas au-dessus de la mêlée. Il faut que la poésie crie plus fort que la guerre» suivant Paul ELUARD. Les écrits d’ARAGON font référence à l’histoire toujours nécessaire, il faut éviter l’amnésie et le discours équivoque. Se voulant didactique, ARAGON se heurte à l’Histoire, il écrit sa douleur et sa révolte.  «Que pour mieux jouir de la poésie il faut, au-delà de son énigme apparente, aller au fond des ténèbres rechercher «les poissons noirs de la réalité», cette réalité à l’origine de la vraie poésie qui s’enracine dans les circonstances et ne se pique pas d’une prétendue éternité» Marie-Thérèse EYCHART dans sa notice des «Poissons noirs».
 
On observe un tel glissement dans le chant II du «Musée Grévin», qui répond à la demande de pardon des «fantômes», les collaborateurs : « Qu’avez-vous fait de nos héros pris à vos crocs, je vous regarde tous et je vois le bourreau. Fantômes, fantômes, fantômes. Oublierais-je la beauté des femmes flétries, le masque atroce mis à la mère Patrie. Et l’angoisse des Juifs sous le ciel étouffant. Et leurs petits enfants pareils à mes enfants. Vous avez dissipé ce que j’aime en fumée, et mêlé mes drapeaux à des drapeaux gammés. Ma justice ouvre un oeil démesuré sur vous Fantômes qu’au soleil cette justice voue». Dans les invectives contre Laval du chant III, l’épopée vire cependant à la satire, comme chez Théodore AGRIPPA d’AUBIGNE (1552-1630) : «Ce macaque est un maquignon de bas étage, un gratte-sous hideux qui de tout fait marché. De l’encre du mensonge il tire son potage sur les clous du cercueil il est prêt à toucher. Tu crèveras c’est tout toi l’homme de Montoire, une vieille charogne à la fin dégrisée. Nul ne t’hébergera la légende l’histoire». ARAGON laisse entrevoir une issue heureuse à la guerre en faveur de la France Républicaine. «Les Châtiments (de Victor Hugo), ce n’est pas simplement une oeuvre magistrale contre Napoléon III ou contre Hitler, c’est avant tout une merveilleuse leçon de réalisme dans la poésie», écrit ARAGON. La réalité est une opposition entre la lumière, le matin, l’aurore et les ténèbres : «Ils ont beau baptiser lumières les ténèbres, élever l’ignorance au rang de la vertu, ils ne peuvent cacher la couleur de leurs larmes. Il faut bien qu’à la nuit succède le matin. Il faut bien que l’aurore entre ses mains de cuivre consume ces rois d’ombre et leurs chantres pourris». Paul ELUARD aborde la question de l’espoir et de l’espérance sous son poème «Liberté» daté de 1942 : «Et le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer : Liberté».
 
2 - La Diane française
 
Le titre, «La Diane française» est, à lui seul, révélateur des intentions de l’auteur. Inspiré de la poésie de Charles BEAUDELAIRE (1821-1867), «la diane  désigne une batterie ou une sonnerie de clairon, annonçant aux soldats l’heure du réveil. «La Diane française» de Louis ARAGON reprend cette métaphore, et envisage le moment où la France sort de sa torpeur, l’heure à laquelle, il est temps de reprendre les armes pour libérer la patrie occupée. Par ailleurs, Diane, la déesse romaine de la chasse, a pour mission de protéger et de défendre, surtout pendant la nuit ; ce qui interpelle toutes les personnes qui doivent entrer en résistance. Le poème emblématique, «La Rose et le Réséda», dédié Gabriel PERI (1902-1941), Honoré d’ESTIENNES d’ORVES (1901-1941) et Guy MOQUET (1924-1941), fusillés par les Allemands, invite, tous les Français, de Droite ou de Gauche, à libérer la France. En effet, la Rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge est une allusion directe au Parti communiste, et le Réséda, par sa couleur blanche, désigne les monarchistes et les catholiques. C’est l’histoire de deux résistants, l’un chrétien, l’autre athée, qui sont fusillés le lendemain de leur arrestation : «Celui qui croyait au ciel ; celui qui n’y croyait pas. Tous adoraient la belle prisonnière des soldats. Le sang versé par les guerriers a fertilisé la terre et a rendu sa force à la nature. Quand viendra l’aube cruelle (…) le grillon rechantera».
 
Dans le poème «Il n’y a pas d’amour heureux», chanté par Georges BRASSENS, la célébration d’Elsa est celle de la France, la femme aimée incarnant la patrie malheureuse : «Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri. Et pas plus que de toi l’amour de la patrie. Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs». Dans «Richard Cœur de Lion», un poète extrait des «Yeux d’Elsa» de 1942, le dialogue entre la femme aimée et le poète, est en fait une méditation entre les Français et la France : «Si l’univers ressemble à la caserne à Tours en France où nous sommes reclus. Si l’étranger sillonne nos luzernes (…) Je ne dois pas regarder l’hirondelle qui parle au ciel un langage interdit. (…) Tous les Français ressemblent à Blondel. Quel que soit le nom dont nous l’appelions, la Liberté comme un bruissement d’ailes, répond au chant de Richard Cœur-de-Lion».
 
3 - Le roman inachevé, 1956
 
Une chanson bouleversante est écrite, «Strophes pour se souvenir», à l’occasion de l’inauguration de la rue «du groupe Manouchian» dans le 20ème arrondissement de Paris. Quatre ans plus tard en 1959, le poète, musicien, chanteur Léo FERRE (1916-1993) met le texte en musique et inscrit le titre à son répertoire. En fait ce sont 23 résistants qui seront «jugés» par un «tribunal» militaire allemand lors du procès Manouchian. Parmi ces 23 résistants, 10 seront «mis en scène» par les forces d’occupation sur la fameuse «Affiche rouge» placardée sur les murs de Paris pour discréditer les mouvements de résistance assimilés à des bandes de criminels étrangers. Ils seront fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944. Par conséquent, ce poème, «Strophes pour se souvenir», une oeuvre engagée, dont l’objectif est de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié : «Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes, ii l'orgue ni la prière aux agonisants. Onze ans déjà que cela passe vite onze ans. Vous vous étiez servi simplement de vos armes. (…)Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes, noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants. L'affiche qui semblait une tache de sang, parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles y  cherchait un effet de peur sur les passants. Nul ne semblait vous voir français de préférence. Les gens allaient sans yeux pour vous le jour dura. (…) Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA France. (…). Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent. Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant. Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant». Le poème, recensé au «Roman inachevé».
 
4 – Le Crève-cœur
 
La poésie d’Aragon est tournée vers la réalité, celle de la guerre, puis celle de la défaite, de l’Armistice, de l’Occupation et de la Résistance. Cette réalité historique investit les poèmes, composés en réaction à l’événement. Le Crève-Coeur se transforme ainsi immédiatement après la signature de l’Armistice. Tant que la France était officiellement en guerre sans pour autant combattre, durant la «drôle de guerre», ARAGON écrivait une poésie amoureuse déplorant la séparation des amants. Le texte qui marque le tournant est «Les Lilas et les Roses», premier poème sur la défaite et l’exode. Et déjà, «Les Croisés» est un chant pour la liberté.
Louis ARAGON a rendu hommage, dans son cosmopolitisme  à Frederico GARCIA LORCA (5 juin 1898 – 18 août 1836), par les Franquistes. Quand la guerre civile espagnole éclate, GARCIA LORCA quitte Madrid pour Grenade, conscient qu'il va vers la mort. Il y sera fusillé par des antirépublicains à Víznar. Ce poème, «un jour, un jour» sera interprété, sous forme de chanson, par Jean FERRAT : «Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime, sa protestation, son chant et ses héros, au dessus de ce corps et contre ses bourreaux, à Grenade aujourd'hui surgit devant le crime, et cette bouche absente, et Lorca qui s'est tu, emplissant tout à coup l'univers de silence, contre les violents tourne la violence, Dieu ! Le fracas que fait un poète qu'on tue ! Un jour pourtant, un jour viendra, couleur d'orange, un jour de palmes, un jour de feuillages au front, un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche».
 
Conclusion
«Lorsque meurt un poète, il emporte une parcelle de ce feu que lui seul pouvait allumer en nous. Poète, écrivain, il est peu de fonctions qui engagent à ce point un être. C'est pourquoi sans doute, à ceux qui lui demandaient "Etes-vous d'abord communiste, ou d'abord écrivain ? ARAGON répondait toujours : «écrivain». Tel était son engagement» dit Pierre MAUROY, à la cérémonie du 28 décembre 1982, à laquelle j’ai assisté. A l’engagement communiste, ARAGON demeurera toujours fidèle, quels que soient les succès, les épreuves, les déchirures et les joies. Cette fidélité de toute une vie exige que, lorsque tout est clos, l'on n'ampute pas l'homme d'une dimension si importante de son existence, que l'on n'oublie pas le militant au profit de l'écrivain. Cette fidélité, qui force le respect, est celle des idées mises au service de l'action. Elle exprime la permanence de l'espoir en un monde plus juste. Cette obstination dans l'amour, à une époque où l'amour n'échappe pas à la contestation des valeurs, c'est aussi un engagement. Et cet engagement, ARAGON le tiendra jusqu'au terme de sa vie. «Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots et cela qui lui faisait toujours discerner la lueur d’une aube» dit Pierre MAUROY.
Louis ARAGON a été un brillant intellectuel, mais son engagement auprès du Parti communiste lui a été reproché par la Droite. Or, nous les «Non-Souchiens», Mongo BETI (voir mon post), avait violemment critiqué la «littérature rose». Nous sommes dans l’arène, parfois dans la boue, lorsque les Etats africains sont qualifiés de «pays de merde», pour dire au monde que nous sommes contre la castration, l’esclavage, la colonisation, le sous-développement, l’obscurantisme. Nous sommes pour la liberté, l’égalité, la fraternité et la coopération sur des bases équitables et justes. 
 
«Aragon était sans doute le dernier des géants de notre histoireCeux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas se retrouveront dans le souvenir de ce magicien sans égal, réaliste et lyrique, sentimental et narquois, imprudent et superbe», écrit Jean d’ORMESSON. A la Libération, le général de GAULLE avait proposé à ARAGON d’entrer à l’Académie française ; il a refusé. «Je crois qu'Aragon a pris place pour toujours dans l'aventure merveilleuse de la littérature française. (..)  Pour des raisons différentes, j'aurais voulu faire entrer trois écrivains sous la coupole du quai Conti : Marguerite Yourcenar, Aragon, Raymond Aron. Je n'ai été capable de forcer les barrages que pour la première des trois. Je crois bien, pourtant, que le plus grand des trois était Louis Aragon» écrit Jean d’ORMESSON.

 Bibliographie très sélective

1 – Contributions de Louis Aragon

1 -1 Récits romans et nouvelles

ARAGON (Louis), Anicet ou le Panorama ; Le libertinage, Paris, Robert Laffont, 1964, 368 pages ;

ARAGON (Louis), Aurélien, Paris, Gallimard, 1994, 696 pages ;
 

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, Folio, 2014, 596 pages ;

ARAGON (Louis), Henri Matisse, Paris, Gallimard, 1998, 865 pages ;

ARAGON (Louis), La Défense de l’infini, suivi des aventures de Jean Foutre La Bite, éditeur scientifique, à titre posthume, Edouard Ruiz, Paris, Gallimard, 1986, 375 pages ;
ARAGON (Louis), La Mise à mort, Paris, Gallimard, 1973, 526 pages ;
ARAGON (Louis), La Semaine Sainte, 1998, 835 pages ;

ARAGON (Louis), Le Mentir-vrai, Paris, Gallimard, 1980, 670 pages ;

ARAGON (Louis), Les Aventures de Télémaque, Paris, Gallimard, 1993, 128 pages ;

ARAGON (Louis), Les Beaux Quartiers, Paris, Robert Laffont, 1965, 2 vol, 279 et 256 pages ;

ARAGON (Louis), Les Cloches de Bâle, Paris, Gallimard, 1972, 437 pages ;

ARAGON (Louis), Les Communistes, éditeur scientifique Jean Ristat, Paris, Temps actuel, 1982, 2 vol, 614 et 619 pages ;
ARAGON (Louis), Les Voyageurs de l’impériale, Paris, Gallimard, 1975, 651 pages ;

ARAGON (Louis), Théâtre/Roman, 1978, 525 pages.

 2 - Poésie

ARAGON (Louis), Brocéliande, Neuchâtel, éditions La Baconnière, 1945, 55 pages ;

ARAGON (Louis), Elégie à Pablo Neruda, Paris, Gallimard, 1993, 37 pages ;

ARAGON (Louis), Elsa, postface Olivier Barbant, Paris, Gallimard, 1959, 156 pages ;

ARAGON (Louis), Hourra L’Oural, Paris, Stock, 1998,  104,  pages ;

 ARAGON (Louis), Il ne m’est Paris que d’Elsa, postface Sylvie Servoise, Paris, Seghers, 2014, 200 pages ;

ARAGON (Louis), La Diane française, suivi en étrange pays dans mon pays, postface de Jacques Perrin, Paris, P. Seghers, 2006, 198  pages ;

ARAGON (Louis), La Grande Gaîté, Paris, Gallimard, 1929, 122 pages ;

ARAGON (Louis), Le Crève-cœur, Le Nouveau Crève-cœur, Paris, Gallimard, 1946 et 1948, 187 pages ;

ARAGON (Louis), Le Fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 2002, 545 pages ;

ARAGON (Louis), Le mouvement perpétuel ; précédé de Feu de joie et suivi de Ecritures automatiques, Paris, 1994, 156 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Musée Grévin et autres poèmes, Paris, éditeurs réunis, 1946, 118 pages ;

ARAGON (Louis), Le Roman inachevé, Paris, Gallimard, 1994, 255 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Voyage de Hollande et autres poèmes, Paris, Seghers, 1981, 121 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les Adieux et autres poèmes, Paris, Stock, 1997, 138 pages ;


ARAGON (Louis), Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, Paris, Stock, 1997, 96 pages ;

ARAGON (Louis), Les Poètes,  Paris, Gallimard, 1960, 140 pages ;
 

 ARAGON (Louis), Les Yeux d’Elsa, Paris, Ellipses, 1995, 144 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les yeux et la mémoire, Paris, Gallimard, 1954,  240 pages ;
ARAGON (Louis), Persécuté persécuteur, Paris, Denoël et Steele, 1931, 87 pages ;

ARAGON (Louis), Une vague de rêves, Paris, Seghers, 1990, 28 pages ;
ARAGON (Louis), Le Paysan de Paris, 1978, 248 pages.


1 – 3 - Essais

ARAGON (Louis Pour expliquer ce que j’étais, Paris, Gallimard, 1989, 69 pages ;

ARAGON (Louis) Chroniques Paris, Stock, 1998, vol. I (1918-1932), 497 pages ;

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, 1968, 520  pages ;

ARAGON (Louis), Écrits sur l’Art moderne, Paris, Flammarion, 1981, 377 pages ;

ARAGON (Louis), J’abats mon jeu, Ivry-sur-Seine, Les Lettres françaises, Mercure de France, 1992, 287 pages ;

ARAGON (Louis), Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit, Paris, Flammarion, Genève, A Skira, 1981, 148 pages ;

ARAGON (Louis), L’Homme communiste, Paris, Le temps des cerises, 2012, 497 pages ;

ARAGON (Louis), Les collages, Paris, Hermann, 1993, 136 pages ;

ARAGON (Louis), Pour un réalisme socialiste, Paris, Denoël et Steele, 1935, 125 pages ;

ARAGON (Louis), Traité du style, Paris, Gallimard, 1991, 236 pages.
 

1 – 4 Autres références

ARAGON (Louis), «A propos «L’Eglise», Louis-Ferdinand Céline, loin des foules», Commune, juillet 1933 (10) n°2, pages 277-283 ;

ARAGON (Louis), «Je m'acharne sur un mort», Littérature, nouvelle série, no 8, janvier 1923, LXI, pages 23-24 ;

ARAGON (Louis), «Le Front rouge», Littérature de la révolution mondiale, juillet 1931, n°1, pages 39-46 ;

ARAGON (Louis), Avez-lu Victor Hugo ?, Paris, éditions Messidor/Temps actuel, 1985, 343, pages ;

ARAGON (Louis), Hugo, poète réaliste, Paris, éditions sociales, 1952,  62,  pages ;

ARAGON (Louis), La lumière de Stendhal, Paris, Denoël, 1954, 268 pages ;

ARAGON (Louis), Lautréamont et nous, Pin-Balma, Sables, 1992, 98  pages ;

ARAGON (Louis), Le fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 1963, 458 pages ;

ARAGON (Louis), Le roman inachevé, Paris, Gallimard, 1956, 255 pages ;

ARAGON (Louis), Les yeux d’Elsa, Paris, P. Seghers, 1946, 159 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres complètes, préface de Jean Ristat, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de Daniel Bougnoux, François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2007, vol 1, 1639 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques complètes, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2 vol (1917-1982), 3332 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques, préface de Jean Ristat, Paris, Livre Club Diderot, 1974-1981, 15 volumes.

2 – Critiques de Louis Aragon

ANGLES (Auguste), «Aragon est aussi un romancier», Confluences, problèmes du roman, juillet-août 1943, pages 111-118 ;

BAYARI (Maha), Le mentir-vrai dans les derniers romans de Louis Aragon : La mise à mort, Blanche ou l’oubli, Théâtre/roman, thèse sous la direction de Marie-Claire Dumas, Université de Paris Diderot, Paris VII, 1991, 374 pages ;

BEGUIN (Edouard), «Aurélien, roman du monde réel ?», Revue d’Histoire Littéraire de la France, janvier-février 1990, n°1, 50-67 pages ;

BERNARD (Jacqueline), La permanence du surréalisme dans le cycle du monde réel, Paris, José Corti, 1984, 204 pages ;

BERNARD (Jean-Pierre), «Le Parti communiste et les problèmes littéraires, 1920-1939», Revue française de science politique, 1967, n°3, pages 520-544 ;

BRETON (André), Misère de la Poésie, l’affaire Aragon devant l’opinion publique, Paris, éditions Surréalistes, 1932, 30 pages ;

BRETON (André), Manifeste du surréalisme, Paris, éditions Kra, 1924, 194 pages ;

BRETON (André), Un cadavre, Paris, éditeur non indiqué, 1924, 4 pages ;

BOUGNOUX (Daniel) JARNOUX (Cécile), Comment Aurélien d’Aragon, Paris Foliothèque, 2004, 244 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), La confusion des genres, Paris, Gallimard, L’un et l’autre, 224 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), Le vocabulaire d’Aragon, Paris, Ellipses, 2002, 94 pages ;

CHIASSAI (Marc),  Aragon, peinture, écriture : la peinture dans l’écriture des «Cloches de Bâle» à la «Semaine sainte»Paris, éditions Kimé, 1999, 200 pages ;

COLLINET-WALLER (Roselyne),  Aragon et le père, romans, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2001, 304 pages ;

COUROIS (Stéphane), LAZAR (Marc), «Le parti communiste français dans la Résistance», in Histoire du Parti communiste français, Paris, P.U.F, 1995, pages 166-171 ;
  

D’ORMESSON (Jean), «Louis Aragon, le moderne par excellence», L’Humanité du 17 décembre 1992 ;
DAIX (Pierre),  Aragon : une vie à changer, Paris, Flammarion, 1994, 564 pages ;
DAIX (Pierre), Aragon retrouvé, Paris, Tallandier, Hors collection, 2015, 240 pages ;
DE LA DOES (Julien), Aragon, poète de la Résistance, Bruxelles, éditions Ferd, F. cWellens-Pay, 1945,  33 pages ;
DE LESCURE (Pierre), Aragon romancier, Paris, Gallimard, 1960, 128 pages ;
DESANTI (Dominique), Elsa-Aragon : le couple ambigu, Paris, Belfond, 1994. 414 pages ;
EON (Lucie),  Dans les pas de Louis Aragon, j’ai vu ! Brissac, éditions du Petit pavé, 2000, 132 pages ;
FAURE-BIGUET (Jacques-Napoléon), «Le congrès international des écrivains», Les Echos du 19 juillet 1935 ;
FAURE-BIGUET (Jacques-Napoléon), Les enfances de Montherlant de neuf à vingt ans, Paris, Plon, 1941, 248 pages, spéc pages 47 et suivantes ;
FERNEY (Frédéric),  Aragon, la seule façon d’exister, Paris, B. Grasset, 1997, 190 pages ;
FOLLET (Lionel), Aurélien : le fantasme et l’histoire, Paris, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Les Belles Lettres, 1980, 146 pages ;
FOREST (Philippe), Aragon, Paris, Gallimard, collection N.R.F. biographie, 2015, 896 pages ;
FOREST (Philippe), Vestige d’Aragon, Paris, Cécile Defaut, 320 pages ;
GARAUDY (Roger), Itinéraire d’Aragon : du surréalisme au monde réel, Paris, Gallimard, 1961, 448 pages ;
GAUCHERON (Jacques), «Les Cloches de Bâle», La Revue du XXème siècle, janvier 1935, n°3, page 74 ;
GAVILLET (André), La littérature au défi : Aragon surréaliste, la littérature au défi, thèse université de Lausanne, Fribourg, Galley et Cie, 1957, 331 pages ;
GINDINE (Yvette),  Aragon prosateur surréaliste, Genève, Droz, 1966, 116 pages ;
GIRAUD (Jacques), LECHERBONNIER (Bernard), sous la direction de, Les engagements d’Aragon, Paris, L’Harmattan, 1998,
GOIN (Emilie), «Analyse d’un discours d’action collective mis en écrit. L’anarchie dans les Cloches de Bâle d’Aragon», ARBORESCENCES, 2016 (6) pages 39-53 ;
GRENOUILLET (Corinne), «Catherine ou le féminisme, roman. La représentation du féminisme  dans Les Cloches de Bâle d'Aragon», Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet, 2002, n°8, p. 117-137 ;
GURSEL (Nedim),  «Le mouvement perpétuel» d’Aragon : de la révolte dadaïste au «Monde réel»Paris, L’Harmattan, 1997, 195 pages ;
HAROCHE (Charles),  Les langages du roman, Paris, éditeurs français réunis, 1976, 318 pages ;
JUQUIN (Pierre), Aragon, un destin français (1897-1939), Paris, La Martinière, 804 pages ;
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LEVIN-VALENSI (Jacqueline), Aragon romancier d’Anicet à Aurélien, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, Sedes, 1989, 286 pages ;
LEVY (Joachim), L’écriture de résistance de Louis Aragon : entre écriture de l’histoire et ré-unification nationale, Mémoire de master 1, sous la direction du professeur Dominique Massonnaud, Université Stendhal, Grenoble 3, Département de Lettres modernes,  2010-2011, 116 pages ;
MARJOUX (Cécile),  «Les voyageurs de l’impériale ou la «grande aventure négative», Revue d’histoire littéraire de la France, nov.-déc. 2001, (101) n°6, pages 1627-1652 ;
MATONTI (Frédérique), Intellectuels communistes : essai sur l’obéissance politique. La Nouvelle critique (1967-1980), Paris, La Découverte, 2013, 504 pages ;
MERLIN (Merlin), «Naissance du Monde réel. Sur la réédition des Cloches de Bâle d'Aragon», La Nouvelle Critique, juin 1954, 6e année,  pages 146-152 ;
MITTERAND (Henri), «Les trois lecteurs des Cloches de Bâle», Europe, janvier-février 1989, n°717-718, pages 111-121 ;
MOREL (Jean-Pierre), Le roman insupportable : L’Internationale littéraire et la France (1920-1932), Paris, Gallimard, bibliothèque des idées, 1986, 496 pages ;
MOUTHIER (Maurice), Louis Andrieux et les deux Aragon : un aventurier du XIXème siècle, Aléas 2007, 479 pages ;
NADEAU (Maurice), Histoire du surréalisme, Paris, Seuil, 1964, 198 pages ;
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PIEGAY-GROS (Nathalie),  L’esthétique d’Aragon, Paris, Sedes, 1997, 283 pages, spéc pages 151-162 ;
POYARD (Pierre-Olivier), «Aragon et le réalisme socialiste», Les Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2010, n°12, pages 226-335 ;
REBOUL (Yves),  «Le point aveugle des Voyageurs de l’impériale»,  Littératures, automne 2001 (45), pages 215-223 ;
ROY (Claude), Aragon, un essai, Paris, Seghers, 1960, 230 pages ;
SADOUL (Georges),  Aragon, Paris, Seghers, 1988, 214 pages ;
SADOUL, (Georges), «Les Cloches de Bâle», Commune, no 17, janvier 1935, pages 500-503 ;
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SOLLERS (Philippe), «Hugo, Aragon : deux oeuvres en miroir», Magazine littéraire, janvier 2002, n°405, pages 55-56 ;
THIRION (André), Révolutionnaires sans révolution, Paris, Babel, Révolutions, 1999, 912 pages ;
TOSSOU OKRI (Pascal), Le mentir vrai chez Louis Aragon romancier, des Cloches de Bâle à Servitude et grandeur des Français, thèse du 23 janvier 2007, sous la direction du professeur Jacques Migozzi, Université de Limoges, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 2007, 431 pages ;
VALLIN (Marjolaine), «Le Musée Grévin, poème épique», Louis Aragon et Elsa Triolet en résistance, Actes du colloque de Romans sur Isère, 12-14 novembre 2004, in Annales de la société des amis de Louis Aragon et d’Elsa Triolet, 2004, n°6, pages 230-245 ;
VASSEVIERE (Maryse), «Aragon journaliste et romancier», Recherches croisées Aragon Elsa Triolet, 2004, n°9, pages 269-300 ; 
VAISSIE (Cécile), Les ingénieurs des âmes en chef : Littérature et politique en URSS, 1944-1986, Paris, Belin, 2008, 515 pages ;
Paris, le 21 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Louis ARAGON, un romancier et poète du Monde réel.
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13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 11:54
«Ma gloire se répandra dans la grande Russie, et les races qui l’habitent y répéteront mon nom, chacune en sa langue, aussi bien le fier petit-fils des Slaves, que le Finnois et l’indompté Toungouse, et le Kalmouk, ami de la steppe. Et longtemps je serai cher au peuple russe, parce j’ai voué ma lyre au culte du beau et du bien, parce que dans mon siècle barbare j’ai célébré la liberté, et prêché la pitié pour les faibles» écrit Alexandre POUCHKINE dans le «Monument», paraphrasant ainsi Horace. Pour lui, le poète est, de par sa vocation même, un solitaire et un incompris, il doit suivre loin les foules, et «ne guère tenir à l’amour du peuple». Gustave FLAUBERT (1821-1880) avait, de façon imprudente, dit à Ivan TOURGUIENIEV : «il est plat votre Pouchkine». En revanche, Fiodor DOSTOIEVSKI (1821-1881) a parlé du «secret» de POUCHKINE et du caractère «prophétique» de son œuvre, dont le sens demeure encore en partie caché à nos yeux, et qui ne se révélera qu’à mesure que se développera la culture russe. «Il fut le premier homme souffrant de la vie consciente russe» dit DOSTOIESVKI. En effet, POUCHKINE, créateur de la langue littéraire russe, a remplacé le langage conventionnel, pédantesque et froid de ses devanciers, par une langue naturelle et aisée. «Bien qu’il connut toutes les ressources, toute l’étonnante richesse de sa langue, sa pensée se produit sous une forme si simple qu’on ne croirait pas l’exprimer autrement» écrit Prosper MERIMEE (1803-1870). POUCHKINE n’est pas seulement un poète en langue russe, mais le poète de la langue russe. Accomplissant la révolution linguistique, poétique et esthétique, toute la littérature russe s’ébranle et marche après lui. POUCHKINE buvait les contes de sa nourrice, Arina, qui maniait à la perfection, la langue populaire, si vivante et imagée. Il courait les foires, écoutant les propos des marchands et des chalands. Les différents exils qu’il a subis, l’ont mis en contact direct et durable avec la terre et les paysans russes ; ce qui lui a permis ainsi de renouveler la langue écrite russe, en rupture avec le français, langue de la noblesse européenne de son temps. «Vraiment on peut croire, si  Pouchkine n’avait pas existé, il n’y aurait pas eu les talents qui lui ont succédé. Du moins, quelques grands qu’ils fussent, ils ne seraient pas produit avec la force et la netteté avec lesquelles nous les avons vu se révéler de nos jours» écrit DOSTOIEVSKI. «Dépouillé de tout ce qui est passager ou fortuit, Pouchkine se dresse devant nous comme le plus grand poète national, comme le véritable fondateur de la littérature russe» écrit Maxime GORKI. Pendant la période de la Russie tsaristes, les œuvres de POUCHKINE étaient interdites par la censure et n’ont pu paraître qu’à l’étranger. : «Je me suis érigé mon propre monument qui n’est point l’œuvre de la main. Et jamais le sentier qui y mène le peuple ne sera pas envahi de ronces» écrit POUCHKINE. Un jubilé avait été organisé en 1899 marquant le centenaire de la naissance du poète, qui était pourtant décembriste et libéral. La Révolution russe, s’aperçut très vite de tout l’intérêt à récupérer POUCHKINE comme penseur de l’âme russe. En effet, Joseph STALINE (1878-1953) a consacré un retour à la culture traditionnelle, à l’histoire et à l’art, notamment aux écrits de POUCHKINE, proclamé poète national russe et de la culture populaire. POUCHKINE devenait le symbole de l’âme russe, la gloire de la nation, sa lumière, sa jeunesse, son miroir dans lequel le peuple russe cherchait et trouvait son image. Les élèves devaient connaître, par cœur, les poèmes de POUCHKINE. Ainsi, l’édition des œuvres de POUCHKINE ne comptait, en 1907, que 13 ouvrages en russe, est tirée, en 1937, à 35 000 exemplaires. Lors du centenaire de la mort de POUCHKINE, 1,5 million d’exemplaires ont été tirés en 52 langues de l’Union soviétique, le russe n’y étant pas compris. Le nom de POUCHKINE fut donné à la ville Tsarskoïé-Sélo, ville où il avait fait le lycée. Un meeting est organisé avec 250 000 personnes devant la statue de POUCHKINE à Moscou. STALINE assiste à une représentation au théâtre lors de ce jubilé. A Leningrad, on a érigé un monument sur le lieu du duel. «Par toutes les fibres de son génie, Pouchkine se rattachait au peuple russe, dont il a exprimé si fortement les idéaux et les sentiments» écrira un journal russe. Le nom de POUCHKINE pénétra, avec la rapidité d’un éclair, dans les coins les plus reculés de l’ex-U.R.S.S. «Il faut croire au miracle du génie. Cent après sa mort, Alexandre Pouchkine en a fait un : il a réconcilié sous son nom tous les Russes, ceux de l’URSS et ceux de l’émigration dispersés dans l’univers. Les uns et les autres communient dans le culte de ses œuvres immortelles et oublient, pour un instant, leurs querelles politiques. Un même sentiment les anime : la fierté d’avoir donné au monde un poète égale aux plus grands» écrit André PIERRE.
«Un peuple ne compte intellectuellement au nombre des nations que lorsqu’il a une littérature en propre. (…) Jusqu’à lui, (Pouchkine), à part le fabuliste Krilof, la Russie n’avait pas eu la force d’enfanter un génie national. (…) C’est un homme d’idées et de forme, un poète et un patriote» écrit Alexandre DUMAS (1802-1870) dans ses «Impressions de Russie». Ses prédécesseurs bornaient leur ambition à copier les modèles occidentaux. Ils s'exprimaient en russe et pensaient en français. Lui, le premier, pensa et s'exprima en russe. Très jeune, il s'imposa à l'admiration de ses contemporains et ouvrit de tous côtés les voies où s'engouffrèrent, plus tard, les héritiers de sa pensée. Il ne se contenta pas d'être le plus pur poète lyrique de son siècle. POUCHKINE incarne l’âme russe. «Pouchkine me livra, généreusement, des pensées nouvelles, des sentiments et des mondes inconnus où j’aspirais dès lors» écrit Serge LIFAR. Il est «un miroir, le lieu de la reconnaissance de toute personne de langue maternelle russe» dira Alexandre MARKOWICZ. «Le nom de Pouchkine évoque immédiatement l’image du poète national russe. Pas un d’entre nos poètes ne mérite que lui le titre «barde national», ce titre ne peut appartenir qu’à lui, à lui seul. En son œuvre, comme dans son lexique, sont renfermées toute la richesse, toute la force et toute la souplesse de notre langue dont, mieux que personne, il a sur reculer les frontières et montrer l’étendue» dit Nicolas GOGOL.  Pour Ivan TOURGUENIEV, quand il est triste, mal disposé, vingt vers de POUCHKINE le retirent de l’affaissement, le remontent, le surexcite ; cela lui donne l’attendrissement administratif qu’il n’éprouve pour aucune des grandes et actions. Il n’y a que cette poésie seule capable ce rassérénement, cette sensation agréable. «Si je veux de la gloire, c’est pour que mon nom, frappe à toute heure à ton oreille ; afin que tu sois entourée, par moi ; afin qu’en rumeurs éclatantes, tout, tout retentisse autour de toi ; afin qu’en écoutant dans le silence de la voix fidèle, tu te souviennes de mes dernières supplications, au jardin, dans l’ombre de la nuit, à la minute des adieux» écrit POUCHKINE, dans «Désir de gloire», dont la poésie est un moyen de conquête des cœurs ou de vengeance au service de la passion. Le théâtre russe était encore bien pauvre : il lui donna «Boris Godounov» et les «Quatre petites tragédies» qu'il négligea de développer. Il s'attaqua à l'histoire russe avec son étude sur «l'Émeute de Pougatchev». Il inaugura le roman historique russe avec «La Fille du Capitaine», le roman fantastique russe avec «La Dame de Pique», la poésie populaire russe avec ses contes en vers du «Tsar Saltan» et du «Coq d'or». POUCHKINE ne fut pas seulement qu’un poète de l’art pour l’art, il manifeste dans ses écrits un patriotisme ardent. Il provoque les adversaires de sa patrie, notamment la France Louis Philippe, qui soutenait la cause de la Pologne, hostile au despotisme de Nicolas 1er qui n’avait pas voulu reconnaître le Roi issu de la révolution «Il y a longtemps que la Russie et la Pologne sont en lutte (…) Laissez-nous. Vous n’avez pas lu ces tablettes sanglantes. Vous ne comprenez pas cette haine de famille. (…) Vous nous menacez en paroles. Essayez en réalité. Est-ce chose nouvelle pour nous de lutter contre l’Europe ? La Russie est-elle déshabituée de vaincre ? Il y a de la place pour eux dans les champs de Russie, parmi des tombeaux qui ne sont point étranger» écrit-il dans l’ode «Aux détracteurs de la Russie». Dans sa contribution littéraire, POUCHKINE assigne une mission particulière au poète «Errant sans cesse à travers le monde, brûle par tes chants les cœurs des hommes». POUCHKINE réclame pour son pays une ère d’égalité, de justice et de liberté, ses compatriotes n’hésitent pas à reconnaître en lui un poète national, le symbole de l’âme russe. «Dépouillé de tout ce qui nous apparaît en lui aujourd’hui comme passager et fortuit, il se dresse devant nous comme le grand poète national, comme le véritable fondateur de la littérature russe» dira en 1937, Maxime GORKI lors du centenaire de la mort de POUCHKINE. «Chez Pouchkine, la poésie éclot d’une façon merveilleuse de la prose la plus sombre» dira Prospère MERIMEE. En effet, POUCHKINE a la faculté de parler, d’une façon individuelle, des choses générales ce qui est l’essence même de la poésie. MERIMEE compare POUCHKINE aux Anciens Grecs pour la belle proportion de la forme et de l’ordonnancement du sujet, pour l’absence de tout commentaire ou de toute considération morale. Le génie de POUCHKINE c’est aussi cette grande faculté d’appropriation des culturelles étrangères, d’assimilation et de digestion de ses lectures au service du roman national russe. Il a su fixer une langue et créer une littérature nouvelle et universelle. Le passé vivait en lui avec la vivacité que le présent, et qu’au même degré il avait l’intuition de l’avenir.
Alexandre Serguéiévitch POUCHKINE naît le 26 mai 1799 à Moscou. Son père, Serge Lvovitch POUCHKINE (1770-1848), un ancien officier de la garde impériale, est issu d’une ancienne famille de l’aristocratie russe. . Son père composait des poèmes, son oncle, Vassili, est un poète estimé, et sa famille recevait de nombreux poètes, dont Vassili JOUKOSVKI (1783-1852). Quant à sa mère, Nadejda OSIPOVNA (1775-1836), petite-fille du général noir, Abraham HANIBAL, surnommé «Le Nègre de Pierre Le Grand». Sa mère lui préfère Olga, de deux ans son aînée, et Léon, son frère, né après lui. Les Russes et les Occidentaux ont toujours mis en avant les origines allemandes et russes de POUCHKNINE, occultant ou dévalorisant ainsi les origines africaines de ce poète national. «Les Pouchkine, sont issus de Radscha, lequel vient d’Allemagne en Russie au milieu du XVIème siècle. Cette maison a produit le poète le plus national qu’ait jamais eu la Russie, le célèbre Alexandre Pouchkine dont le nom fera époque dans la littérature russe» écrit Pierre DOLGOROUSKY dans sa notice sur les principales familles de Russie. En effet, du côté paternel, l’ancêtre de POUCHKINE, RATCH, un Prussien entré en qualité de cantonnier, était au service d’un grand prince à Moscou ; son nom a été russifié. Pourtant, côté maternel : «peu de généalogies d’écrivains ont autant fait discuter que celle de Pouchkine. Lui-même, en a été le premier commentateur, par curiosité d’historien autant que orgueil de race» écrit Henri HAUMANT.
Esprit moqueur et incisif, ses études furent médiocres : «Jusqu’à sept ans, le plus grand poète russe passa pour un crétin ; soit que le sang africain infus si brusquement à la race moscovite eût en lui déconcerté la nature, soit que l’enfant eût dérouté sa famille» écrit Ernest COMBES. Le Directeur du lycée l’évalue ainsi : «Il craint toute étude sérieuse et son intelligence est dénuée de profondeur ; c’est un esprit essentiellement superficiel, un esprit français». En fait, d’une grande réceptivité et une faculté d’assimilation, POUCHKINE doit aux Français la clarté, le sens du mot fort et la concision dense. «Je trouve que la phrase de Pouchkine est française, est toute française, j’entends française du XVIIIème siècle» dit MERIMEE. En effet, il éprouve un amour filial pour Voltaire, BOILEAU, CHATEAUBRIAND et Mme de STAEL. Admirateur de la Révolution et de Napoléon, mais ces régimes ayant basculé dans la violence, devenu sceptique, il fut donc séduit par BYRON : «Le Byronisme est né à l’époque où les hommes se sentaient plein d’une profonde tristesse et presque désespérés (…) C’est à ce moment-là qu’un vaste et puissant génie, un poète passionné, fit son apparition». Passionné de la lecture des grands classiques, POUCHKINE décrit ainsi l’impression qu’il a faite aux Parisiens : «Ai-je eu l’air, devant eux d’un Ostiak ? D’un sauvage ? Ont-ils pensé : «Le Scythe a besoin de leçons ?» Certes, ils ont vu, dès le premier âge, j’ai tâché de savoir mieux de que des mots, des sons ; Qu’avec le transport, j’ai lu Tacite, Thucydide, et j’ose avouer, sans frémir, Candide !». La mère de POUCHKINE, considérée comme despotique, sujette à des colères inouïes, n’a pas élevé notre poète. En fait, c’est sa grand-mère maternelle et ses livres, ainsi que sa nourrice Arina RADIONOVA, foncièrement russe, qui assurèrent son éducation. C’est surtout sa nourrice qui l’initia à la littérature populaire. «Le soir, à côté de mon lit, elle (Arina) restait dans ma chambrette, priait pour chasser les esprits. Et puis, bénissant ma couchette, en se signant dévotement, elle me parlait, à voix basse, des loups-garous, d’enchantements, de fantômes, et des disgrâces dont souffrir les bons géants» dit POUCKINE qui a gardé une profonde affection pour sa nourrice : «Amie de mes jours de tristesse, ma vieille chérie ! Toute seule au fond des bois de pins, depuis longtemps, tu m’attends» dit-il. L’exubérance du sang africain, épicurisme, mondanités, complaisances aux traditions, tout cela allait ressurgir dans la  contribution littéraire de POUCHKINE : «Les magiciens et les fées accouraient bienveillant essaim, remplir leur vision d’orée, tous mes rêves jusqu’au matin. Et chaque jour, sous chaque ombrage, je m’attendais à chaque instant, à voir surgir dans le feuillage, reines et chevaliers errants» écrit POUCHKINE dans «le Sommeil».
En octobre 1811, il fut admis au lycée Tsarskoïé-Sélo et eut comme professeur de français, M. Marat BOUDRY, un frère de Jean-Paul MARAT (1743-1793), député montagnard. Dès 1812, POUCHKINE connaissait ses classiques et témoignait d’une maturité étonnante. Il compose des poèmes «Mon portrait» et «Mon messager d’Europe». Le 8 janvier 1815, dans la salle des fêtes du Lycée Tsarskoïé-Sélo, POUCHKINE, déclame un poème : «Le voile d’une nuit mélancolique s’étend, sur le voûte du ciel ensommeillé ; un brouillard grisâtre enveloppe la forêt lointaine. A peine entend-on le ruisseau courir à l’ombre des grands arbres et l’haleine de la brise expirer dans leur feuillage. Ainsi qu’un cygne majestueux, la lune paisible, s’avance au milieu des nuages argentés». On raconte que Gavrila DERJAVINE (1743-1816), le grand poète de l’époque, s’écriera en entendant quelques vers prononcés par le jeune homme : «Je ne suis pas mort». Le vieux DERJAVINE âgé de 72 ans, dans son enthousiasme, posa les mains sur la tête de l’élève et le sacra poète : «Pouchkine, Retenez ce nom. C’est qui me remplacera» dit-il. C’est ainsi que débutait une brillante carrière du poète national de la Russie.  «Ses succès faciles, en inspirant l’idée d’en obtenir de nouveaux le plus tôt possible, nuisirent beaucoup au développement de son talent : car Pouchkine était encore un enfant (…) Il commença à vivre trop tôt, il gaspilla son talent, il présuma trop de ses forces, il s’élance trop tôt dans de hautes régions, où il ne pouvait pas se maintenir par lui-même» dit Louis LEGER. Au lycée, POUCHKINE compose plus de 120 poésies ; dans son inspiration littéraire, il se sent possédé par une sorte de Muse : «C’était comme un démon qui me suivait partout qui possédait mon âme ; qui, me suivant partout, au repos, dans mes jeux, me murmurait tout bas des refrains merveilleux. Ma tête s’égarait dans la fièvre. Sans trêve, le rêve fantastique y succédait au rêve ; pour conter en vers, le mot obéissant s’alignait, et la rime accourait à l’instant» dit-il. «Je suis l’élève de Joukovski. Tout ce que j’ai fais de personnel, ç’a  été d’avoir choisi un sentier de traverse au lieu de m’engager sur sa route» dit POUCHKINE qui voue une grande admiration pour Evariste de PARNY (1753-1814). Cette poésie de jeunesse, d’imitation, POUCHKINE la qualifie de «fadaises doucereuses», la forme y étant plus intéressante que le fond. Mais déjà adolescent, son cœur s’emballe pour une camarade de classe, Catherine BAKOUNINA, en évoquant : «ces jours où la première fois, j’ai remarqué les traits gracieux, d’une vierge aimable ; où l’amour me troublait, pour la première fois, où je cherchais partout ses traces, où tout le jour je l’attendais» dit-il dans «Eugène Oniéguine». Puis ce fut la guerre contre Napoléon, une grande exaltation patriotique s’empara de POUCHKINE ; il jeta au panier ses poèmes en français, et se sentit désormais poète russe. «Je suis romain de cœur, la liberté brûle en moi. En moi veille l’esprit du Grand peuple» écrit-il dans «Licinius» qui exalte la ferveur patriotique. «Ce sera un géant qui nous dépassera tous» s’écrit, en 1815, Vassili JOUKOVSKI. «Quelle plume a déjà ce scélérat» renchérit Constantin BATIOUCHKOV (1787-1855) à propos de «Iouriev».
Au collège, en 1817, affecté au Ministère des affaires étrangères, POUCHKINE préféra les mondanités aux études. Il mène une vie dissipée, accumule des dettes et des orgies : «Descendant d’un Nègre difforme, je plais parfois à nos beautés, mais par le cynisme énorme de mes caprices effrontés» dit-il.  POUCHKINE, un contemporain de Victor HUGO (1802-1885) et de Lord Georges BYRON (1788-1824), eut très tôt, le sentiment de sa grandeur et, par-delà ce sentiment, celui des valeurs spirituelles qu’il servait. POUCHKINE compose, en 1818, les premiers chants de «Rouslan et Lioudmila» qu’il dédia «aux belles tsarines» de son âme. «Jusqu’à présent, on ne le connaît que par de petits vers et de grosses sottises ; après son poème, on verra en lui, sinon une perruque académique, du moins autre chose qu’un jeune polisson» dira Alexandre TOURGUENIEV, un ami de la famille. En 1818, POUCHKINE fréquente également la société littéraire, «L’Arzamas» regroupant les Karaziministes, les novateurs en lutte contre les archaïques, avant d’adhérer, en 1819, au cercle de «La Lampe Verte», une société apolitique et attirée par la volupté. En juillet 1826 est publié son poème «Rouslan et Loudmila», à l’origine en Russie d’une «querelle entre Anciens et Modernes». Pendant la nuit de noces, la foudre éclate, quand Rouslan ouvre les yeux, sa promise Loudmila n’est plus là, enlevée et séquestrée dans un château lointain. Rouslan finira par la délivrer grâce à une tête coupée disposant d’un pouvoir surnaturel. Infidèle à l’épicurisme d’antan, POUCHKINE a pour prétention, pour son pays, de poursuivre un idéal de civilisation et de liberté. C’est le début d’une œuvre nationale russe, indépendante de la pensée occidentale et du classicisme. Pour les Russes apprécient «Rouslan» qui leur rappellent les contes dont leurs nourrices les ont bercés et surtout à cause de la qualité de la langue et des vers. Il devient sympathisant du mouvement libéral, des futurs «Décembristes», et en raison du contenu frondeur de certains de ses poèmes, il est surveillé par la police à partir de 1820. Il commit l’imprudence de se mêler de politique, d’écrire des épigrammes, et d’exhiber, en plein théâtre, le portrait de Louis Pierre LOUVEL (1783-1820), l’assassin du Duc de Berry. Avec l’intervention de Nicolaï KARAMZINE (1766-1826), il ne sera pas envoyé en Sibérie, mais confié à l’Inspecteur général des Colonistes, à Kichenev. Tombé malade, le général Nicolaï RAEVESKI (1771-1829), l’amène, avec lui, en tournée au Caucase et en Crimée. «Je goûte ici la paix nouvelle pour mon cœur, et grâce à mon exil, ma muse vagabonde, connaît le travail et la réflexion» dit-il. En souvenir à ces paysages pittoresques, il écrira : en 1820, «Le Châle Noir», en 1821 «Le Prisonnier du Caucase», en 1821, «Les Frères Brigands», en 1822 «La Fontaine de Bakhtchisaraï» et, en 1824, «Les Tsiganes». «J’ai voulu peindre, dans le personnage du prisonnier (du Caucase), cette indifférence à la vie et à ses plaisirs, cette vieillesse prématurée de l’âme qui caractérisent la jeunesse du XIXème siècle» écrit POUCHKINE. Ce sont ces poèmes, immolant les amantes à des amants amers et méprisants, qui ont fait dire à Adam MICKIEWICZ (1798-1855) que POUCHKINE est un auteur qui «tourne autour du soleil de Byron». En effet, dans ses ouvrages de jeunesse, tout est byronien, les sujets, les caractères, l’idée et la forme. POUCHKINE assigne à ses personnages les sentiments et les aspirations des milieux progressistes de son temps. En 1823, transféré à Odessa, il découvre les femmes du monde et les sociétés secrètes, et démissionne de l’Administration. Il commence à composer son «Eugène Oniéguine» et écrit à ce sujet «Je sais que mes forces sont dans leur épanouissement ; je sens que je puis créer» dit-il.
Déporté de 1824 à 1829,  dans son domaine familial, au village Mikhaïlovskoïé, balloté d’un endroit à l’autre, POUCHKINE s’interroge : «Jouet du sort inexorable, j’erre exilé, seul, misérable, au gré des vents capricieux. Je vais m’endormir, et j’ignore dans quel exil, sous quels cieux, demain me retrouvera l’aurore». Il mène une vie solitaire et retrouve la vieille Arina et ses merveilleux contes : «Qu’ils sont merveilleux ces contes russes ! Grâce à eux, je comble les lacunes de ma satanée éducation» dit-il.  POUCHKINE commence à écrire «Boris Goudonov», «La Grande route en Hiver» et «Le Prophète», ainsi que le «Comte Nouline». Le roman historique, «Boris Goudonov», est un drame des temps troubles. A l’instigation de Boris Goudonov, sous le règne de Fédor, le fils d’Ivan Le Terrible tue le tsar. A la suite d’une succession de meurtres, Michel ROMANOV finira par récupérer le trône, au détriment des Polonais, ennemis héréditaires de la Russie. Le personnage du père Pimène est un tableau de la vieille Russie : «Je voulais peindre en lui les traits qui m’avaient séduit dans nos vieilles chroniques (…) la douceur attendrissante, la simplicité à la fois enfantine et avisée, la foi dans la puissance du Tsar, créée par Dieu». Dans «Boris Goudonov», POUCHKINE se fait historien, il a saisi l’âme particulière d’un temps, d’un peuple, tout en lui insufflant le souffle de tous les temps. «Eugène Onéguine» entamé à Odessa, après la lecture de «Don Juan» de BYRON, est achevé à Boldino en 1830, mais c’est entre 1825 et 1826 que POUCHKINE écrit, dans son village, les chapitres décisifs. Retenu à Boldino, pendant quatre mois, il compose plusieurs drames dont «Salieri et Mozart» et achève «Eugène Onéguine». Ce chef-d’œuvre, entamé depuis 1823, et composé à de longs intervalles avec un cadre mobile, a permis à POUCHKINE d’entasser, sans contrainte, ses idées, ses sentiments, ses réminiscences, ses fantaisies et ses boutades, et les digressions les plus hétéroclites. «Ce n’est pas la nature, c’est Staël et Chateaubriand qui nous apprennent l’amour» dit-il. POUCHKINE mène sa vie conjugale entre Tsarskoïé-Sélo et Saint-Pétersbourg. Il écrit sa lettre «Aux calomniateurs de la Russie» qualifiée de «patriotisme officiel». Il effectue des recherches historiques, notamment, sur L’histoire de la révolte de Pougatchev, Dubrowski, La Dame de Pique, la fille du capitaine, Le Sovremennik, et le Cavalier de Bronze. Dans le drame de la «Dame de pique», une très vieille dame, Anna FEDOTOVNA, possède le secret que lui a révélé Caligliostro, au temps où elle était belle, de ponter à coup ; elle posséderait une combinaison de trois cartes qui gagnerait à tous les coups au jeu du Pharaon. Un jeune officier allemand, Hermann, joueur, décide de s’emparer de ce pouvoir, en séduisant la demoiselle de compagnie, Lisabeta IVANOVNA ; il s’introduit de nuit chez cette vieille, la menace, avec un poignard, mais celle-ci prise de peur, meurt. Le soir de l’enterrement de la comtesse, Hermann a une vision dans laquelle le secret des cartes gagnante lui est révélé. Au cours d’une partie de cartes, il mise toute sa fortune, et perd. L’officier allemand sombre dans la folie. POUCHKINE, pendant cette période, lit beaucoup, notamment Dante, Shakespeare, Goethe, l’Arioste, Schiller, Lamartine, etc.
En 1825, la révolte des décembristes éclate et en janvier 1826, POUCHKINE sollicite au Tsar une entrevue pour lui demander l’autorisation de revenir à Saint-Pétersbourg. Elle lui est accordée, mais le Tsar s’octroie le droit de censurer lui-même ses écrits. «À partir de maintenant, tu n’es plus le Pouchkine d’autrefois, tu es mon Pouchkine» dit le Tsar. Génie captif et liberté déniée, il peut écrire des poèmes «utiles à la patrie», mais ne peut les imprimer qu’avec l’autorisation du Tsar. «Aucun écrivain russe n’est aussi persécuté que moi» dit POUCHKINE. Le Tsar se charge, personnellement, de la censure des œuvres de POUCHKINE. En fait, le poète est placé sous la tutelle du chef de la police, Alexandre BENKENDORFF (1781-1844), qui doit «guider sa plume». Un journaliste, Faddei BOULGARINE (1789-1859), tsariste et critique littéraire, tente de le pousser vers les milieux de l’aristocratie et de la Cour. En 1834, nommé Page de la Chambre de sa Majesté et membre de l’Académie, POUCHKINE est réintégré, fictivement, le 30 décembre 1833, au Ministère des Affaires étrangères, avec un salaire de 5 000 roubles. La population de Moscou réserve un accueil chaleureux à POUCHKINE, un exilé pendant 6 ans, qui, de nouveau, mène une vie mondaine et dissipée, avec de nombreuses conquêtes féminines.
En 1829, à Moscou, POUCHKINE vit Nathalie GONTCHAROVA (1812-1863) dans un bal «elle me tourna la tête, et je demandai aussitôt sa main» dit-il. A 31 ans, il se marie, le 18 juin 1831, avec Nathalie, une belle jeune fille de 19 ans, dépensière, frivole, mondaine, et appartenant à une famille ruinée, mais aussi d’esprit fort étroit. «Je crains pour vous le côté prosaïque du  mariage. J’ai toujours pensé que le génie ne peut subsister que dans l’indépendance totale et ne se développer que parmi les malheurs répétés» lui écrit une amie, E. KHITROVO. «Il n’est de bonheur que dans les voies communes. J’ai passé la trentaine. A trente ans, les gens se marient généralement, je fais comme tout le monde et je suppose que je ne m’en repentirai pas. Du reste, je marie sans transport, sans enchantement puérile. L’avenir m’apparaît sans fard, dans toute sa nudité. Les chagrins ne me surprendront pas, ils entrent dans mes calculs domestiques. Toute joie sera pour moi une surprise», écrit POUCHKINE. Le couple semblait mal assorti : «elle était grande et belle ; lui, avec son visage qui rappelait son ascendance africaine, manquait de séduction et paraissait petit à côté d’elle» écrit, avec mépris, André PIERRE. Sa femme lui donne 4 enfants : Marie, (1832-1919), Alexandre (1833-1914), Grégoire, (1835-1905), et Nathalie (1836-1913). Durant ces années de mariage, la puissance créatrice du poète reprend le dessus, mais il est terriblement jaloux. Le tsar Nicolas 1er (1796-1855), amoureux de la belle Nathalie, prend POUCHKINE à son service, lui alloue un traitement, lui ouvre les archives d’Etat pour lui permettre d’écrire sur Pierre Le GRAND. Obligé et prisonnier du Tsar, POUCHKINE est pris dans un engrenage qui sera mortel. En 1834, Nathalie rencontre Georges d’ANTHES de HEECKEREN (Colmar 1812 – Soultz 1895), un Chouan, partisan de la Duchesse de Berry, un légitimiste, chassé Saint-Cyr lors de la Révolution de 1830 et réfugié en Russie. D’ANTHES est chevaliers-garde et fils adoptif du baron Georges HEECHEREN, ministre des Pays-Bas, un ultraconservateur dont la malveillance, la fourberie et l’esprit d’intrigue, perdront le libéral POUCHKINE. En effet, un billet anonyme du 16 novembre 1836, est envoyé à POUCHKINE le nommant «Grand maître de l’Ordre des Cocus». POUCHKINE sentant une cabale de la Cour, rembourse tous salaire reçus de l’Empire et provoque d’ANTHES en duel, mais celui-ci épouse le 22 janvier 1837, la sœur  Catherine GONTCHAROV, la sœur de Nathalie. POUCHKINE considère, son nouveau beau-frère ; comme étant lâche. Mais cette nouvelle parenté n’a fait qu’attiser les cabales et les calomnies, après un entretien avec Nicolas 1er, POUCHKINE invite une deuxième fois d’ANTHES à un duel.
Le 10 février 1837, POUCHKINE est mortellement blessé lors d’un duel. D’ANTHES, l’officier français qui tua POUCHKINE fut dégradé et expulsé de Russie. Devant la maison mortuaire, se produit quelque chose d’insolite ; spontanément, une vague de marée humaine d’inconnus déferla pour rendre hommage au poète. La foule cria «Pouchkine est notre !». Lors de ses funérailles, le Tsar s’empressa de barrer tous les chemins par où aurait pu se manifester l’indignation sociale qui grondait. Il fut, strictement, enjoint aux journaux d’observer, en annonçant la mort de POUCHKINE, une extrême modération, et de s’en tenir au ton compassé des convenances mondaines. La veille de l’enterrement la foule fut dispersée par les forces de l’ordre ; l’église Saint-Isaac où devait avoir lieu le service religieux, fut remplacée, à la dernière minute, par l’église de Kouniouchenkaïa. Le corps fut transporté au cimetière, à la sauvette et en toute hâte, comme un criminel, sur un chariot au milieu d’une botte de paille.

I – POUCHKINE,  le poète national russe et son ancêtre africain

A –  POUCHKINE revendique son africanité

1 – POUCHKINE et son aïeul : Le nègre de Pierre Le Grand

Léon Pavlicev POUCHKINE, neveu de Pouchkine, rapporte dans une «Chronique familiale» une conversation entre POUCHKINE et une Française : «À propos, M. Pouchkine, vous et votre sœur avez donc du sang noir dans les veines ?». «Certainement», répondit le poète.   «C’était votre bisaïeul qui était nègre, mais alors qui était son père à lui ?» relança la Française. «Un singe», Madame», rétorqua, de façon ironique, POUCHKINE. «M. de Boulgarin décide, qui me traite en ilote, décide que jadis mon grand-père Annibal, pour un verre de rhum, fut, par certains pilote, acheté sur les bords du fleuve Sénégal : c’est vrai, mais il devrait, à cette facétie, que ce fut ce pilote de Dieu, qui, guidant le vaisseau de la Sainte-Russie, la proue en Amérique, et la poupe en Asie. Joignit la mer de glace avec la mer de feu» réplique POUCHKINE.

Dans son roman «Eugène ONEGUINE», il déclare envisager d’écrire un roman sur son arrière grand-père, Abraham Pétrovitch HANIBAL (1696-1781) : «En Russie où faute de mémoires historiques, on oublie vite les hommes, la singularité de la vie d’Hannibal n’est connue qu’à travers les légendes familiales. Avec le temps, nous espérons publier sa biographie complète» dit-il. Et pour entreprendre ce travail, il va s’appuyer sur le témoignage du seul fils encore vivant de cet ancêtre, un général de l’armée russe : «Je compte voir encore mon vieux nègre de grand-oncle qui, je suppose, va mourir un de ces quatre matins et il faut que j’ai de lui des mémoires concernant mon aïeul» dit-il dans une lettre d’août 1825. Dans un poème, «Ma généalogie», POUCHKINE évoque ainsi ses origines africaines : «L’auteur du côté de ma mère est d’origine africaine. Son bisaïeul, Abraham Pétrovitch Hanibal, fut enlevé à l’âge de huit sur les rives de l’Afrique et emmené à Constantinople. L’ambassadeur de Russie, après l’avoir délivré, l’envoya en cadeau à Pierre-le-Grand qui le fut baptisé à Wilna». POUCHINE précise que «Par la suite, son frère se rendit à Constantinople, puis à Saint-Pétersbourg pour offrir de le racheter, mais Pierre n’accepta de lui rendre son filleul. Jusqu’à un âge très avancé, Annibal se remémora de l’Afrique, de la vie somptueuse de son père, de ses dix-neuf frères, dont il était le plus jeune ; il se rappelait comment on les menait les voir leur père les mains liées sur le dos, alors que lui seul était libre et nageait dans les fontaines de la demeure paternelle ; il se souvenait aussi de sa sœur préférée, Lagan, qui, au loin, suivait à la nage le vaisseau qui l’emportait». POUCHKINE raconte aussi la vie de son ancêtre en Russie et en France «A l’âge de 18 ans, le Tsar envoya Annibal en France où il commença son service dans l’armée du régent. Il revint à la Russie avec des blessures graves à la tête et le grade français de lieutenant. Dès lors, il se trouva en permanence auprès de la personne de l’empereur». POUCHKINE relate les persécutions dont a été l’objet son ancêtre : «Sous le règne de Anna,  Annibal ennemi personnel de Biron, fut expédié en Sibérie sous un prétexte spécieux. Comme il en eut assez de ce lieu désert et de son climat féroce, il revint de son propre chef à Saint-Pétersbourg et se présenta à son ami Münnich. Münnich en fut ébahi et lui conseilla de se cacher sans tarder. Annibal gagna ses terres, où il demeura tout le règne d’Anna. Elisabeth, montée sur le trône, le combla de bienfaits. Annibal mourut sous le règne de Catherine, dispensé de ses hautes fonctions avec le grade de général en chef».

WALISZEWSKI, auteur d’une biographie sur Pierre-le-GRAND (1672-1725) écrit que ce tsar, doté d’une grande force de travail et d’une énergie vitale ne se reposait presque jamais. En revanche, il est sans préjugés et ne faisait pas confiance à l’aristocratie russe en raison de nombreux complots ; il aimait donc à s’entourer de collaborateurs venus parfois de pays lointains «Vous y découvrirez jusqu’à un Nègre» dit-il. Pour cet auteur, Pierre-le-GRAND cherche à détendre ses nerfs afin d’éviter des excès. «Au fond, tout cet entourage d'étrangers ou d'indigènes n'est guère composé que d'utilités et de comparses. Pas un nom vraiment grand et pas une grande figure n'en ressortent» écrit Kazimierz WALISZEWSKI (1849-1935). Dans cette biographie, on trouve des éléments précieux sur l’ancêtre de POUCHKINE. Né vers 1696, enlevé de son pays à l'âge de sept ans et amené à Constantinople, où, en 1705, le comte Tolstoï, ambassadeur du Tsar, en fait l'acquisition, ce naturel de la côte  d'Afrique, voué à une destinée singulièrement mouvementée, conservera toute sa vie dans les yeux une vision douloureuse : sa sœur bien-aimée, Lagane, se jetant à la mer et suivant  longtemps, longtemps, à la nage le vaisseau qui l'emporta. Il a reçu sur les bords du Bosphore le surnom d'Ibrahim ; en  1707, pendant le séjour du Tsar à Vilna, on le baptise, Pierre Le GRAND lui servant de parrain et la reine de Pologne de marraine, et il  s'appellera désormais Abraham Pétrovitch HANIBAL. Il débute  comme page du souverain, fait, en cette qualité, une connaissance intime avec la Doubina, mais gagne la faveur du maître, autant par sa gentillesse que par son intelligence singulièrement éveillée. C'est un négrillon prodige. En 1716, on décide de l'envoyer à Paris pour compléter son éducation. Il a déjà  beaucoup travaillé, et, prenant aussitôt du service dans l'armée française, il s'y fait apprécier. Il gagne le grade de lieutenant pendant la campagne de 1720 contre les Espagnols, où il reçoit une blessure à la tête. Revenu à Paris, il se voit entouré d'une certaine célébrité ; les salons le recherchent, et il y fait, des conquêtes, notamment une baronne avec qui il a eu un enfant. Mais ses goûts  sérieux l'éloignent de la vie frivole; il entre à l'école des ingénieurs et n'en sort, en 1726, avec le rang de capitaine,  que pour revenir en Russie, y trouver une place de lieutenant  dans la compagnie de bombardiers dont Pierre 1er a été le chef et se  marier. Sa femme, fille d'un négociant grec, très belle personne, accouche d'une fille blonde ; il l'oblige à prendre le voile, fait élever avec soin la petite Polyxène, la marie, la dote, mais ne veut jamais la voir. Après la mort de  Pierre, il a maille à partir avec Alexandre MENCHIKOFF (1673-1729), compagnon de Pierre 1er, prince et gouverneur de Saint-Pétersbourg, comme tout le monde, est exilé en Sibérie. En 1740, sous le règne d’Elisabeth PRETOVNA, HANIBAL devint général en chef, reçut des terres des paysans et devait mourir à un âge avancé. 

L’Abbé GREGOIRE cite dans son ouvrage HANIBAL parmi les «Nègres et mulâtres distingués  pour leurs talents», et écrit «Hanibal, dont l’éducation fut cultivée, et qui, sous ce monarque (Pierre 1er) devint en Russie Lieutenant-général, et directeur du génie ; il fut décoré du cordon rouge de l’ordre de Saint-Alexandre-Newski. Il passait pour un homme habile». Surnommé «Le Vauban russe», HANIBAL, qui est à la fois polyglotte, traducteur, mathématicien, auteur de savants traités mais encore importateur de la pomme de terre en Russie, deviendra le 4e personnage de l'Empire russe sur le plan protocolaire. Il s'éteint à l'âge de 85 ans dans son domaine proche de Saint-Pétersbourg. Une plaque a été déposée le 23 octobre à la mémoire d'Abraham HANIBAL (1696-1781), général en chef de l'armée russe, brillant élève de l'école d'artillerie de La Fère.

2 – Les récentes recherches sur la généalogie de POUCHKINE

M. Dieudonné GNAMMANKOU, un chercheur béninois, a mis en lumière, dans un ouvrage «L’aïeul noir de Pouchkine» que l’ancêtre du poète national russe, n’est pas d’Abyssinie, mais natif de la ville de Logone, près du lac Tchad, dans le nord de l'actuel Cameroun. «La thèse d’Anouchine est totalement (…). Il écrit qu’il est impossible qu’un nègre pur sang ait pu devenir le premier mathématicien russe, le premier architecte russe, même en ayant reçu une éducation européenne. (…) Quand j’ai lu ça, j’ai réalisé qu’on n’était plus dans la recherche scientifique. Cela a été écrit à l’occasion du centenaire de Pouchkine, en 1899, au moment où le nationalisme russe devait se consolider autour de cette figure. Au XIXe siècle, les Russes considéraient que la Russie n’était pas encore une nation à part entière parce qu’elle n’avait pas de littérature établie. Pouchkine va donner à la Russie sa littérature. La place qu’il va occuper dans la société russe devient tellement importante qu’on ne pouvait pas admettre, dans le cadre des thèses racistes du XIXe siècle, que ce héros puisse être noir. Tous les grands écrivains russes le considéraient comme leur grand maître. En 1995, je tombe sur cette cité de Logone, capitale d’une principauté divisée entre le Cameroun, le Nigeria et le Tchad. Elle se trouve sur les bords du fleuve Logone, du côté camerounais» dit cet écrivain béninois.

Auparavant, certains auteurs avaient raillé POUCHKINE sur ses origines africaines «Pouchkine est né du mélange assez fantasque de deux sangs violents. (…) Sa mère était de race abyssine, fille du nègre Hannibal, lequel acheté au bazar pour un litre d’eau de vie, était devenu le favori du Tsar» écrit le marquis de Ségur dans le Figaro du 23 janvier 1913. Au début de l’adolescence, le jeune POUCHKINE ne voit pas tellement qu’il est noir, du moins, il use de l’ironie dans son cas «vrai démon pour l’espièglerie, vrai singe par la mine» dit-il dans son poème «Mon portrait». T. J. BINYON remarque que si le poète tirait fierté de sa double ascendance POUCHKINE et HANIBAL, celles-ci «étaient si différentes l’une de l’autre, deux antipodes à tous égards, que se réclamer des deux exigeait la réconciliation de valeurs contradictoires. Chez Pouchkine, cette réconciliation n’eut jamais lieu, et la tension qui en résulta se manifesta parfois dans son comportement comme dans son oeuvre». POUCHKINE, avait hérité de son ancêtre africain, à travers les femmes, d'une physionomie quelque peu africaine : teint basané, tignasse crêpée et œil de feu. Au lieu d'être gêné par ses origines exotiques, Pouchkine en tirait orgueil. Toute sa vie, si brève, si cahoteuse, si inspirée, témoigna de son double besoin de jouir du présent et de créer pour l'éternité.

B – POUCHKINE, sa poésie et son africanité

Georg BRANDES disait que la poésie de POUHCKINE «sent le Nègre». «On retrouvait dans ses traits et l’on peut rechercher dans son œuvre la trace de cette origine exotique» écrit Louis LEGER dans son histoire de la Littérature russe en 1907. «La chaleur de ses sentiments, la fougue de sa pensée, la vivacité de son langage n’avaient rien de spécialement russe. On aurait dit que tout cela lui était légué par son lointain aïeul, ce prince éthiopien du nom d’Anibal (…)  Du reste, physiquement aussi, Pouchkine n’avait rien du russe typique ; il avait les cheveux crépus tirant sur le roux, de grands yeux très expressifs et le teint mat» écrit Nicolas BRIAN-CHANINOV. «Le fait que le poète national n’était pas de souche parfaitement pure, cela pourrait, dans d’autres pays, lui causer de vagues désagréments. Notez avait incontestablement un, je ne sais quoi, d’étranger. Cheveux noirs, frisés, lèvres fortes, teint basané» écrit, dédaigneusement, Jean ERNEST-CHARLES. Pour d’autres auteurs, le métissage est une source de fécondité : «Parmi les métis se rencontrent (…) des individus que leurs facultés intellectuelles ont placé au premier rang de leurs concitoyens ; on ne s’est pas avisé de faire des recherches dans cette direction. On peut citer quelques exemples bienfaits pour attirer leur attention. (…) Alexandre Dumas était un tierceron ; le grand poète Pouchkine était le petit-fils du Nègre, Annibal» écrit Armand QUATREFAGES, dans son «histoire générale des races humaines». «Toute grande civilisation est un métissage biologique et culturelle» dira Léopold Sédar SENGHOR. «Le sang africain de son aïeul, pour être mêlé dans ses veines, n’avait rien perdu de sa chaleur native. (…) Dans ses traits mêmes, on reconnaissait avec l’empreinte de la race africaine, tous les signes d’un caractère indomptable. (…) Le regard vif et impérieux donnait à l’ensemble de sa physionomie une singulière expression de grandeur et de fermeté. Mieux encore que le regard, la parole animée et brillante faisait dans Pouchkine reconnaître le poète» écrit Charles de SAINT-JULIEN.

POUCHKINE qui vitupère contre «la tyrannie des préjugés», assume et revendique fièrement, ses origines africaines ; il tenta de faire le récit de l’histoire de cet aïeul dans un roman resté inachevé : «Le nègre de Pierre le Grand». Il avait donc toutes les raisons d’être fier de son aïeul noir, personnage prestigieux, remarquable par son intelligence et sa culture ; il possédait une des dix meilleures bibliothèques appartenant à des intellectuels russes de l’époque. Dans sa correspondance, il parle de ses «frères nègres» et fulmine contre l’esclavage et dénonce «le cynisme dégoûtant, les cruels préjugés et l’intolérable tyrannie» de la société américaine. Partisan de la liberté, il fait référence, dans ses poèmes, à l’Afrique.

Viendra-t-elle à l’heure de ma délivrance

Il est temps ! Il est temps ! Je clame vers elle,

 J’erre à la mer, j’attends le bon vent,

J’appelle vers moi les voiles des bateaux

Sous la tempête en luttant contre les flots

Dans le libre espace de la mer.

Il est temps de quitter le rivage ennuyeux

De l’élément qui m’est hostile ;

Et dans les mers du Midi,

Sous le ciel de mon Afrique,

Soupire après la morne Russie ;

Où j’ai souffert, où j’ai aimé.

Où j’ai enterré mon cœur.

II - POUCHKINE, un libéral : poète de la Liberté et de l’Amour
POUCHKINE a chanté l’amour dans ses poèmes «Avez-vous vu la tendre rose, l'aimable fille d'un beau jour, quand au printemps à peine éclose, elle est l'image de l'amour ? Telle à nos yeux, plus belle encore, parut Eudoxie aujourd'hui : Plus d'un printemps la vit éclore, charmante et jeune comme lui» dit-il dans «Stances». POUCHKINE est un chantre de l’Amour, de la joie et de la volupté, mais c’est surtout un poète de la liberté.
A - POUCHKINE, une littérature subversive, un combat pour la Liberté
«Pouchkine rêvait une liberté à laquelle son pays n’était pas encore préparé» écrit Prosper MERIMEE. «Né par la suprême volonté des cieux, dans les chaînes au service du tsar, à Rome, il eût été Brutus, à Athènes Périclès ; Ici, il est officier de Hussards» dit-il. Vivant au milieu de l’aristocratie, il voulait pénétrer la vie intime des paysans, du petit peuple. Il avait un dégoût pour les conventions de la société et était enclin à l’exagération, à l’étrangeté et prenait pour beau, ce qui est étrange et terrible. POUCHKINE passe la plupart de ce temps en exil, assigné à résidence sur l’ordre du tsar Alexandre Ier à cause de ses écrits subversifs. «Toute parole hardie, toute œuvre révoltante m’est attribuée d’office» écrivait POUCHKINE. A l’autocratie de la Sainte-Alliance, il a opposé la puissance créatrice de la liberté : «Dans mon siècle cruel, j’ai chanté la liberté» écrit-il. «Bien que Pouchkine n’appartînt pas à la conjuration, que ses amis lui cachaient, il vivait dans une atmosphère ardente et survoltée, et ne pouvait y rester indifférent» écrit Piotr VIAZEMSKI (1792-1878). POUCHKINE relance aussi son activité littéraire, avec les poèmes  «Arion» et «En Souvenir» aux décembristes exécutés ou languissant en Sibérie. «Je puis être un sujet et même un esclave, je ne consentirai pas de servir de valet ou de bouffon même au Roi des Cieux» écrit POUCHKINE. Il se rapproche de Dimitri VENEVITOV, un poète libéral et d’Adam MIKIEWICK, déporté en Sibérie pour avoir soutenu une organisation patriotique de la jeunesse polonaise. Il orienta son activité littéraire vers «le sentiment national officiel», avec une dose de poésie intimiste, amoureuse, des réflexions sur le sens et le but de la vie, sur la mort. Sa poésie réaliste étant incomprise, isolé, il est envahi par le scepticisme : «Tu es roi ; vis donc seul. Va, sur un chemin libre, où ton esprit tout à fait libre te conduit. Cherche à rendre parfait les fruits de ta pensée, pour ton noble labeur n’attend pas de salaire». POUCHKINE, en dépit des apparences, reste hostile à tendance de «l’art pour l’art», un mouvement totalement étranger aux préoccupations sociales et progressistes. Nicolas 1er a maté la révolte des décembristes et de nombreux amis de POUCHKINE sont exilés en Sibérie ou pendus. «Le poète est partout persécuté, mais en Russie son destin est pire : Ryléïev est né pour la beauté, mais le jeune homme aimait la liberté. La potence a brisé sa vie martyre» écrit un ami de POUCHKINE. Le poète prend la plume et s’indigne : «Où êtes-vous ; mes amis, mes frères ? Ce noble Ryléïef que je serrais fraternellement dans mes bras, le voila suspendu, par l’ordre du Tsar, à l’infâme gibet ! Malédiction sur les peuples qui lapident leurs prophètes !». En effet, POUCHKINE reste préoccupé par les questions de justice et de liberté. Dans «Arion», écrit en 1827, à l’occasion du premier anniversaire de l’exécution des chefs de l’insurrection, sous une allégorie transparente, il exprime sa solidarité avec les décembristes ; «j’ai chanté pour ceux que la barque emportait» dit-il. POUCHKINE reste fidèles aux idéaux qu’il a toujours défendus : «je chante les mêmes hymnes qu’autrefois». Dans le poème «Antchar», POUCHINE dénonce la «féroce autocratie», et souligne, avec force, le caractère inhumain, qui déshumanise et l’esclave et le maître, des rapports sociaux fondés sur l’esclavage et la persécution : «Et le misérable esclave expire aux pieds de son prince invincible. Et le prince, de ce poison, abreuve ses flèches obéissantes. Elles vont porter la destruction». Il soutient les exilés en Sibérie et leur demande de ne pas perdre espoir ; leur bravoure ne sera pas vaine.  En effet, face à la grandeur de l'exploit, il a exprimé la conviction que leur acte va enflammer le cœur du peuple sur les exploits inspirés au nom de la patrie et le peuple. Ainsi, il écrit aux «Décabristes» : «Aux fonds des mines sibériennes, gardez votre fière patience, votre labeur douloureux. Et le grand élan de vos âmes ne périra pas. L’amour et l’amitié, parviendront jusqu’à vous, à travers les geôles lugubres. De même qu’à vos tanières de forçats, parvient ma libre voix. L’heure chérie arrivera. Les lourdes chaînes tomberont, les prisons s’écouleront et la liberté vous accueillera joyeuse à la sortie. Et vos frères vous rendront vos épées».
POUCHKINE est aussi connu pour son impertinence ; s’il a le sentiment qu’on lui manque de respect ; il «grince des dents et fait sa figure de chat-tigre». En libéral, mordant ou irascible, il peut avoir un propos critique ou moqueur. S’il admire Pierre Le GRAND : «C’est que toutes les classes de la société sont égales devant son gourdin». S’il a écrit son poème «Stances» pour Pierre Le GRAND, mais c’est en vue de l’espoir de «la Gloire et du Bien». Ne renonçant pas à ses idéaux, POUCHKINE pense que les changements pourraient venir d’un «despote éclairé» ; il s’agit d’orienter la «force immense» du Tsar vers le progrès. Il s’intéresse, non point aux monarques, mais aux peuples qui luttent contre eux. Loin d’être un acte d’allégeance, le poème «Stances» demande à Nicolas 1er de ne pas être «rancunier» et d’accorder «la grâce aux vaincus». Dans le «Cavalier de Bronze», le poète célèbre la grandeur de Pierre Le Grand. Debout sur le bord de la Néva, devant le fleuve majestueux et désert, le Tsar songe à la forteresse qui bridera l’orgueil des Suédois, à la fenêtre qu’il faut percer sur l’Europe. Puis le poète dit son amour pour Saint-Pétersbourg, la majesté de son fleuve, l’ombre transparente de ses nuits, ses fêtes où sur le front des troupes flottent ces drapeaux percés de tant de balles. «Jouis de ta beauté, cité de Pierre, et reste inébranlable, ainsi que la Russie ! Qu'avec toi se réconcilie l'élément jadis terrassé» écrit POUCHKINE,  poète fougueux et épris de justice, il s’oppose ouvertement à la monarchie. Il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre le GRAND qui fit construire la ville impériale un siècle plus tôt, au mépris du peuple. Nicolas 1er interdit la publication du «Cavalier de bronze». POUCHKINE s’insurge contre la misère des paysans : «Ces pauvres toits, ces champs par la neige envahis où peine le Moujik nourri de graisses de rances, c’est le séjour natal des longues endurances. Peuple russe, c’est ton pays ! Mais l’étranger qu’exalte une autre destinée, en son cœur fier et dans l’orgueil de son esprit, ne peut pas soupçonner ce qui germe et fleurit, sous ta misère résignée».
En 18020, il écrit «Rouslan et Ludmila», et des poèmes de tendance révolutionnaire, dont le succès fut inouï. «La langue neuve et les quelques idées nouvelles introduites  dans la littérature russe semblèrent, en ce temps tellement anormales qu’elles provoquèrent, à côté de l’enthousiasme, l’indignation» écrit Vasily VODOVOZOV. La Police s’en émue, il fut exilé en province. En effet, POUCHKINE a écrit certaines poésies jugées séditieuses, comme «L’Ode à la Liberté» évoquant les questions de justice, de liberté, de punition et de récompense. Ce poème est dirigé contre Alexandre 1er auquel l’auteur prédisait le sort tragique de Paul 1er, assassiné par des officiers de sa garde. Le Tsar juge séditieux les poèmes de Pouchkine, et l'exile à Iekanterinoslav, actuelle Dnipopretrovsk en Ukraine :
Tyrans du monde, frémissez !
Et vous, prenez courage et voix,
Révoltez-vous, esclaves déchus ! (...)
Seigneurs, la couronne et le trône sont vôtres,
C'est la loi qui vous les donne - non la nature.
Vous êtes plus puissants que le peuple,
Mais la loi est plus forte que vous.
Apprenez, ô tsars !
Ni punitions, ni récompenses,
Ni le sang des prisons, ni les autels,
Ne sont des barrières suffisantes.
Inclinez les premiers votre tête
Sous la justice des lois.
Et alors la liberté des peuples et la paix
Deviendront les gardiens éternels du trône
«Peut-on chanter l’amour là où coule le sang ?» interpelle Nicolaï RAIEVSKI (1771-1829), un général héros de la guerre de 1812, emprisonné. POUCHKINE était, avant tout et par-dessus, tout un poète engagé. Il estimait que la littérature, art du verbe, est l’un des éléments les plus importants de la vie intellectuelle et de l’activité humaine : c’est la «parole» du prophète, torche flamboyante qui embrase et éclaire la voie d’un idéal accessible, guidant l’humanité des ténèbres vers la lumière, du «siècle de fer», «siècle mercantile», «siècle cruel des cœurs cruels», vers un âge où «les peuples, ayant oublié leurs querelles, s’uniront dans une grande famille» écrit le poète. Ainsi, POUCHKINE critique violemment le servage : «Du mal qui pèse encore sur le peuple ignorant, sourd aux gémissements sans pitié pour les larmes, pour le malheur du monde élu par les destins, le servage a conquis, par les coups, par les larmes, le temps du laboureur, son travail et ses biens. C’est ici que les serfs traînent toute leur vie, sous le bâton levé de maîtres menaçants ; ici que vos beautés fleurissent, jeunes filles, pour servir au plaisir cruel de vos tyrans (…) Mais faudrait-il compter sur l’avenir ? Puissé-je voir, mais notre peuple sans chaîne, le servage aboli sur un signe d’en haut et sur nos paysans briller l’aube sereine, des jours de repos libres et de libres travaux»  écrit POUCHINE dans «Le village». Il dénonce les exils et les exécutions sommaires «Peu de règne et déjà beaucoup d’ouvrage fait : Cent deux en Sibérie et cinq mis au gibet» dit-il. POUCHKINE a écrit aussi, pour soutenir les Décembristes, un poème «Le Prophète» : «Tourmenté par la soif des choses spirituelles, je me traînais dans un désert sombre, quand un séraphin à six ailes m’apparut à l’entrecroisement d’un sentier. (…) Et il se colla à mes lèvres, et arracha ma langue pécheresse, pleine d’artifices et de mensonges ; et de ses mains ensanglantées il darda entre mes lèvres l’aiguillon du sage serpent. Et il me fendit la poitrine avec son glaive et en ôta mon cœur pantelant et dans ma poitrine ouverte il enfonça un charbon tout en flammes. Comme un cadavre, j’étais couché dans le désert ; et la voix de Dieu retentit jusqu’à moi : Lève-toi, prophète, regarde et écoute ; que ma volonté te remplisse et parcourant les terres et les océans, brûle de ta parole les cœurs des hommes !». POUCHKINE semble parfois désespéré à cause de cette situation pesante et sans issue, dans son poème «Souvenir» : «Que tout repose que tout s’endort. Alors viennent pour moi, dans le calme profond, les heures d’angoisse mortelle ; alors, je sens au cœur plus douloureusement, les crochets aigus des serpents. Dans ma tête enfiévrée, en foule, discordants, les rêves se heurtent aux rêves ; des fantômes muets surgissent devant moi, et défilent en long cortège. Avec dégoût, je vois le tableau de ma vie, je tremble alors et je maudis. Je gémis, et je verse des pleurs amers. Mais rien n’efface le passé». A travers son poème, «Le Démon» POUCHKINE flétrit le fatalisme, combat le scepticisme du mauvais génie qui ne croit ni en l’amour, ni à la liberté, qui méprise l’inspiration «Un mauvais esprit vint me trouver en secret, ombrageant d'une mélancolie soudaine, les heures d'espoirs et de plaisirs. Ces rencontres étaient tristes : Son sourire mystérieux, ses paroles cyniques, versaient un poison glacé dans mon âme. Par ses mensonges perpétuels, il bravait le destin ; il appelait illusion le Beau ; il méprisait l'inspiration ; il ne croyait ni en l'amour ni en la liberté. Il regardait la vie en se moquant. Et rien dans la Nature ne trouvait grâce à ses yeux». POUCHKINE a dénoncé le pouvoir arbitraire : «L’or dit «Tout est à moi» ! «Tout est à moi !», dit le fer. L’or dit « Tout est à vendre ! ». «Tout est à prendre !» dit le fer».
 
POUCHINE tirera de la révolte des paysans conduite par le marquis Emile de POUGATCHEV, décapité en 1775, un ouvrage «La Fille du capitaine». En effet, POUGATCHEV qui se prenait pour Pierre III, promettait aux serfs et aux paysans terres et liberté. Trahi par ses fidèles, il sera capturé par Catherine II de Russie, en septembre 1774. Ce fut alors le début d’une répression, sans précédent. Dans «La fille du capitaine», un jeune lieutenant donne une pelisse à un vagabond, et ce bienfait lui vaut plus tard la faveur du terrible insurgé qui le force à tout voir. Pour sauver sa fiancée, le loyal soldat est entraîné dans l’armée révoltée. Il se justifiera un jour et rejoindra son amie. La morale de ce livre est que le plus coupable n’est pas peut-être l’esclave qui se venge.
B - POUCHKINE, un sens aigu de l’honneur et de la dignité
«Quelque chose de notre race résonne dans ces chants sans fin. Tantôt, c’est l’élan fou, l’audace. Tantôt, l’ennui qui nous étreint» écrit POUCHKINE. A la lecture de certaines œuvres et dans la vie de POUCHKINE, on peut percevoir la présence et la persistance du thème du duel. Les duels dans l’œuvre de POUCHKINE sont tous entraînés par des motifs en rapport avec la honte, la jalousie, l’humiliation. La haine et le désir de meurtre se déchaînent souvent dans des situations de rivalité où une femme est en jeu. C’est précisément ce qui va se produire dans «Eugène Onéguine», une œuvre intermédiaire entre roman en vers et poésie de la réalité, une découverte de la nature russe et de ses évolutions sociales, une vraie encyclopédie de la vie russe. Le héros n’est pas un personnage exceptionnel, mais un personnage typique, un personnage de son temps. «J’écris maintenant, non pas un roman, mais un roman en vers, ce qui est diantrement différent ! Quelque chose du genre de Don Juan» dit POUCHKINE. C’est un roman psychologique, social et lyrique, dans lequel l’auteur prend position surtout ce qu’il raconte et décrit, et interpelle les personnages. Onéguine, c’est POUCHKINE, il a pris «les traits caractéristiques de la jeunesse du XIXème siècle». Onéguine est un jeune aristocrate cynique et blasé, que «le bruit du monde à Moscou ennuyait» : il se réfugie dans une maison de campagne dont il vient d’hériter où la vie lui paraît tout aussi terne. Il semble très proche de POUCHKINE lui-même, lui qui passait d’une joyeuse excitation à l’humeur la plus sombre. Lensky, poète doté d’un romantisme ardent et exalté, un aristocrate progressiste, naïf, confiant et passionné. Lensky meurt tragiquement, avec lui meurt tous les rêves de jeunesse, l’époque «de l’espoir, de la pureté, l’ignorance». Tatania, sœur de Lensky, se sent étrangère au monde qui l’entoure et elle en souffre ; elle est d’un milieu social différent, de la campagne, ses serfs misérables, les contes russes, les croyances et superstitions du passé ; elle incarne l’âme russe. Tatania méprise l’agitation du monde, la pompe et le clinquant, «ces oripeaux de mascarade, cet éclat, ce bruit, ces fumées». Le héros, Onéguine, jadis refroidi et incapable d’aimer la Tatiana d’autrefois, soudain éprouve un profond sentiment pour la Tatiana de Saint-Pétersbourg, l’impassible princesse, «l’inaccessible déesse de la Néva royale et somptueuse». Mais Onéguine, rejetant «un monde dominé par la servilité et l’ambition mesquine» est devenu un homme de trop, même si Tatania l’aime et partage certaines valeurs avec lui, elle s’est remariée et entend rester fidèle à son nouveau mari. Lors d’une fête, chez les parents d’Olga et de Tatiana, Onéguine est d’humeur provocante. Il danse avec la fiancée de son ami et la serre de très près. C’est précisément pour un motif de jalousie et d’honneur. En effet, POUCHKINE, quelques années plus tard, va mourir au cours d’un duel contre Georges d’ANTHES qui courtisait sa femme : «Epousez la belle duchesse, vous êtes riche, elle n’a rien : elle ira bien à la richesse et les cornes vous iront bien» dit-il de jalousie. «Le sang africain, d’une exceptionnelle force, mêlé au sang russe a influencé aussi bien le tempérament impulsif et passionné de Pouchkine que son apparence – son nez fin et relevé, ses grosses lèvres, ses dents blanches et brillantes, sa peau basanée, ses doigts longs et minces d’une rare beauté» écrit TSIALOVSKAIA. Dans «Eugène Onéguine» POUCHKINE écrit : «Heureux celui qui part sans achever sa vie, qui salut et sort dignement, sans dégoût d’avoir bu son vin jusqu’à la lie. Sans regret d’avoir épuisé son roman !».
CONCLUSION
Après sa mort, le 10 février 1937, la Russie finira par reconnaître l’immense talent de POUCHKINE : «Il est mort calomnié par la rumeur publique. Son âme ne pouvait souffrir l’affront des médisances quotidiennes. Il s’est levé seul cette fois encore, contre l’opinion du monde, et le voila tué» écrit Mikhaïl LERMONTOV (1814-1841). Les écrits de POUCHKINE ont indiqué les tendances nouvelles, ont réveillé l’esprit national et lui ont enseigné sa force ; il a indiqué, pour les générations suivantes, une voie féconde pour le génie russe. «L’amour de Pouchkine a quelque chose d’intime et de chaudement personnel, qui manque à celui de Goethe chez les Allemands et ne ressemble guère au culte de Shakespeare en Angleterre et à celui de Dante en Italie. Son œuvre commande, certes de l’admiration et le respect, mais davantage encore éveille la sympathie. Ils y entrent de plain-pied : tout ce qu’ils trouvent de particulier n’est pour eux que l’incarnation du général, une incarnation unique mais qui va de soi, et à côté de laquelle ils ne sauraient en imaginer une autre» dit Wladimir WEIDLE. «Sans vouloir répondre à la question si on doit appeler Pouchkine poète national, dans le sens de Shakespeare, de Goethe, etc., nous constaterons qu’il a fixé notre langue poétique et littéraire ; nous et nos descendants nous n’avons qu’à suivre le chemin qu’il nous a tracé» dit d’Ivan TOURGUENIEV (1818-1883), lors d’un discours du 20 juin 1880. TOURGUENIEV poursuit son hommage «Nous trouvons dans la langue créée par Pouchkine toutes les conditions de vitalité. L’individualité et la réceptivité russes s’y sont harmonieusement fondues dans un langage admirable, et Pouchkine a été le plus admirable artiste russe». «C’est le soleil de notre poésie qui disparaît» écrit un journal à la mort de POUCHKINE. En Russie, quelque soit le régime, on vénère POUCHKINE «car, dans son poète national, son enfant, son orgueil, le peuple russe découvre et contemple le génie de sa race, ses dons naturels et son avenir» dit Zinovy LVOVSKY. «Pouchkine fut même l’axe de notre art, il fut celui qui tenait de plus près au noyau de la vie russe. C’est bien par ce trait qu’il faut expliquer sa puissance de se laisser pénétrer librement les formes venues d’autres pays. Les étrangers, eux-mêmes nous reconnaissent cette capacité, tout en désignant du nom quelque peu méprisant de la faculté «d’assimilation» écrit TOURGUENIEV. «Je le répète nous pouvons proclamer désormais le génie universel de Pouchkine. Il a su, en son âme, unir le génie de l’univers entier, comme le sien propre. En art, du moins dans le domaine de la création artistique, il a mis en évidence la complexité, l’universalité des tendances de l’esprit russe ; et il l’a fait d’une manière absolue» dira DOSTOIEVSKI qui voyait en lui un humaniste et un pacifiste : «Par l’universalité de son génie et sa faculté de vibrer à tous les souffles d’idées venus d’Europe, au point de se réincarner presque dans les génies de peuples étrangers, il a prouvé par là l’universalité de l’esprit russe et faire pressentir que la vocation de l’esprit russe, un jour, sera de tout unir, de tout concilier, de tout régénérer». DOSTOIEVSKI précise qu’être «un vrai russe, être pleinement russe, cela veut dire être uniquement être le frère de tous les hommes». Dans son poème «Monument», daté de 1836, POUCHKINE écrit : «Je me suis élevé un monument qui n’est pas construit de la main de l’homme, et dont le peuple russe n’oubliera pas le chemin : il dresse sont faîte superbe plus haut que la colonne d’Alexandre. Non ! Je ne mourrai pas tout entier ! Et mon âme dans ma lyre sacrée survivra à ma cendre, et sauvée du Néant. Ma gloire durera tant qu’Ici Bas vivra, fut-il seul au monde, un poète».
Bibliographie très sommaire :
1 – Contributions de Pouchkine
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïevitch), Autobiographie, critiques, correspondances, traduction de André Meynieux, préface de Louis Martinez, Lausanne, L’Age d’homme, 1958, 789 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Boris Goudonov, traduction de O. Lanceray, Paris, B. Grasset, 1911, 150 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Contes de Pouchkine, Milan, éditions Fabbri, 1963, 56 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Epître au censeur ; Souvenirs à Tsarkoé-Sélo ; Dialogue d’un libraire et du poète,  traduction d’André Meynieux, Paris, L. Mazenod, 1962, 230 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Eugène Onéguine, traduction de Marc Semenoff et Jacques Bour, avant-propos et notes de Jacques Bour, Paris, Aubier, 1979, 335 pages et Paris Seuil, 1998, traduction Nata Minor ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Journal secret, traduction de Mickael Korvin, notes et préface de Mikhael Armalinsky, Paris, Sortilèges, Les Belles Lettres, 1994, 205 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), L’âme russe (Pouchkine, Gogol, Tourgueniev, Dostoïevski, Garchine et Léon Tolstoï), traduction de Léon Golschmann et Ernest Jaubert, illustrations de Korochansky, Paris, P. Ollendorf, 1896, 300 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), L’heure de la nuit, présentation et notes de Christiane Pighetti, Paris, La Différence, collection Le Fleuve et l’Echo, édition bilingue, 2016, 188 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La Dame de pique, traduction de Prosper Mérimée, présentation de Cécile Cazanove, Paris, Nathan, 2012, 118 pages et Gallimard, traduction d’André Gide et J Schiffin, 1994 ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La fille du capitaine, Paris, E-books, Libres et gratuits, 2014, pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La princesse morte et les sept cavaliers, traduction de Semenoff et autres, postface et notes Francis Lacassin, Paris, Union générale d’éditions, 1981, 236 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Le nègre de Pierre Le Grand, traduction et annotation de Gustave Aucouturier et Simone Sentz-Michel, Paris, Gallimard, collection Folio, n°166, 2010, 120 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Les récits de feu, Ivan Petrovitch Bielkine, traduction de G. Wilkomirsky, Bruxelles, Maestrich, A.A.M Stols, 1930, 94 pages ;
POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Lettres en français, présentation de Bernard Kreise, Toulouse, éditions Ombres et Castelnau-Le-Lez, 2004, 242 pages ;
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2 – Critiques de Pouchkine et autres références
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MICKIEWICZ (Adam), «Notice biographique et littéraire sur Alexandre Puszkin, signée un ami de Puszkin», Le Globe, revues des arts, des sciences et lettres, du 25 mai 1837, n°1, pages 17-20,  et Mélanges à titre posthume d’Adam Mickiewicz, Paris, Librairie du Luxembourg, 1872, 368 pages, spéc  pages 295-305, et 306-329 ;
NABOKOV (Vladimir), Notes on Prosody, and Abram Gannibal : From the Commentary to The Author’s Translation of Puskin’s Eugene Onegin, Princeton University Press, 1964, 182 pages ;
PICCARD (Eulalie, Güée), Pouchkine, essai biographique, préface d’Alfred Lombard, Neuchâtel, éditions du Lis Martagon, 1967, 224 pages ;
PIERRE (André), «La mort tragique de Pouchkine», La revue de Paris, 15 février 1937, pages 893-907 ;
SAIN-ALBIN (Emmanuel), Poètes russes, anthologie et notices biographiques, Paris, 1893, Albert Savine, 450 pages, spéc pages 105-177 ;
 
SAINT-JUST de (Charles), «Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis quarante ans», Revue des Deux Mondes, octobre 1847, pages 42-79 ;
SHAKHOSVSKAIA (Zinaïda, Alekseeva), présentation de, Hommage à Pouchkine, Bruxelles, Les Cahiers du journal des poètes, 1937, 83 pages ;
SICHLER (Léon), Histoire de la littérature russe depuis les origines jusqu’à nos jours, Paris, Dupret, 1887, 340 pages, spéc pages 199-214 ;
THURAM (Lilian), «Le plus grand poète russe, Alexandre Pouchkine, 6 juin 1799, 10 février 1837», in Mes étoiles, de Lucy à Barack Obama, Paris Philippe Rey, collections Points, 2010, pages 141-147  et «Général en chef de l’armée russe, Abram Pétrovitch Hanibal, (1696-14 mai 1781)», pages 63-67 
TOURGUENIEV (Ivan), «Discours du 20 juin 1880, lors de l’inauguration de la statue e Pouchkine à Moscou», Le Temps du 30 juillet 1880, 20ème année, n°7040, pages 5-6 ;
TROYAT (Henri), Pouchkine-biographie, Paris, Plon, 1953 et Perrin, 1986, 846 pages ;
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VERGER (Frédéric), «Aimer Pouchkine», Revue des Deux Mondes, février 2008, pages 149-155 ;
VITALE (Serena), Le Bouton de Pouchkine. Enquête sur la mort d'un poète, trad. de l'italien Jacques Michaud-Paterno, Paris, Plon, 1998, 346 pages ;
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WALIESZEWSKI (Kazimierz), Pierre Le Grand, l’éducation, l’homme l’œuvre, Paris, Plon, 1897, 633 pages sur Hanibal, spéc page 249-250 ;
WEIDLE (Wladimir), Puskin 1799-1837, traduit par David Scott, Paris, Unesco, 1949, 38 pages ;
WILLY (Alante-Lima), «L’aïeul noir de Pouchkine», Présence Africaine, 1996, 1, n°154, pages 313-315 ;
ZVIGUILSKY (Alexandre), Deux maîtres de Tourgueniev : Goethe et Pouchkine, poètes de l’amour, Paris, Association des Amis de Tourgueniev, Pauline Viardot et Maria Malibran, 1999, 188 pages.
Paris, le 12 janvier 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Alexandre POUCHKINE, poète national russe et ses racines africaines.
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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 19:07
«Chaka, c’est l’histoire d’une passion humaine, l’ambition, d’abord incontrôlée puis incontrôlable, grandissant et se développant fatalement, comme attisée par une Némésis implacable, envahissant graduellement l’être, puis consumant tout devant elle, pour aboutir à la ruine de la personnalité morale et au châtiment inéluctable» écrit Victor   ELLENBERGER dans la préface du roman. Depuis son règne au début du XIXe siècle, Chaka n'a jamais cessé de troubler les consciences, en Afrique comme en Occident. On a vu en lui un despote dément assoiffé de sang et un politique visionnaire, le fondateur par le fer et la guerre de la nation zouloue et l'un des derniers rois indépendants de l'Afrique précoloniale. Thomas Mokopu MOFOLO, instituteur et traducteur dans une mission protestante française d’Afrique du Sud, avait écrit dans sa langue, le Souto, une épopée inspirée de la vie du grand chef Zoulou, Chaka (1786-1828) qui, entre 1817 et 1828, avait fondé un vaste empire recouvrant une grande partie de l’Afrique australe et centrale, avant d’être assassiné par ses deux demi-frères. Son génie militaire et administratif l’a fait souvent comparer à Napoléon. Le courage des Zoulou est resté légendaire, le vrai Chaka s’étant illustré par sa grande cruauté. Ce Néron africain tuera de sang froid sa fiancée, sa mère, ses frères, ses soldats, sa population, et la liste de ses victimes peut s’allonger à l’infini. «En vain cherchait-on dans l’histoire de cette malheureuse nation des faits attrayants, quelques traits aimables ; elle n’en contient que d’affreux. Chaka, pour ne parler de lui et de son successeur, était un maître horrible, absolu, dur, cruel, au-delà de toute expression» écrit Jean Thomas ARBOUSSET qui relate son voyage de 1836 en Afrique. En fait, le mythe de Chaka se rattache à l’imaginaire africain et incarnera l’idéal d’unité africaine. «L'on entend ici la voix des pasteurs Bassoutos, leurs paroles à la fois cérémonieuses et pleines d'humour ; l'on entend la voix des conteurs, des guerriers, des féticheurs, comme autrefois, dans les chansons de geste, la voix des soldats et des ménestrels. Ce livre tragique et violent est aussi un livre d'images, un conte fabuleux, et un document sur la vie du peuple zoulou à la veille de l'arrivée des Oum'loungou, les Hommes Blancs.  C'est bien là la force des grands poèmes épiques. Ils sont à la fois les livres d'un peuple, pleins de la vérité terrestre, et les messages secrets de l'au-delà. Chaka, symbole de la grandeur et de la chute de l'empire zoulou, par son aventure exemplaire, nous révèle un autre monde où les vérités essentielles sont encore vivantes. Alors, écoutant cette parole pleine de force, nous reconnaissons notre propre aventure, qui va du réel au magique» écrit dans la préface Jean-Marie LE CLEZIO, prix Nobel de Littérature. En effet, ce roman ou le personnage mythique de Chaka, vont inspirer de nombreux écrivains africains : Léopold Sédar SENGHOR lui consacrera un poème, Gérard-Félix Tchikaya U Tam’si, Seydou BADIAN, Abdou Anta KA, Sènouvo Agbota ZINSOU, une pièce de théâtre. Un des groupes statuaires d’Ousmane SOW, un sculpteur sénégalais, exposé en 1999 sur le Pont des Arts, était intitulé «La Cour royale de Chaka». En 1984, Albert GERARD publiait un article «Relire Chaka, ou les oublis de la mémoire française». En effet, Thomas MOFOLO, quand il a écrit son roman Chaka, travaillait pour une mission catholique française au Lesothoqui a fait, en 1912, «un Livre d’Or de la Mission Lessouto», avec quelques consacrées à Thomas MOFOLO.
Son père, Abner, était un excellent conteur et connaissait probablement bien l’histoire de Chaka. Thomas MOFOLO conçut l'idée son roman épique en 1908, et sillonna le Natal à bicyclette afin de recueillir les matériaux nécessaires à l'ouvrage qu'il voulait écrire sur le grand chef zoulou du XIXème siècle, Chaka, qui unit les tribus et se rendit maître d'une grande partie de l'Afrique du Sud et de l'Afrique centrale. En fait, ce livre achevé en 1911, ne sera publié qu’en 1925 en raison des réticences de l’Eglise qui considérait que Thomas MOFOLO avait surévalué par la puissance des forces occultes africaines, il glorifiait la magie africaine, la rendait fascinante assurant ainsi la cohésion du monde traditionnel africain et faisait l’apologie de l’aventure politique et les conquêtes de ce chef zoulou. En effet, MOFOLO invente les personnages du sorcier Issanoussi et de ses aides Ndlébe et Malounga qui mèneront le jeune roi à sa perte et représentent l’influence satanique du paganisme. Un des missionnaires français, René ELLENBERGER qui fera la préface du roman par la suite, reproche à MOFOLO de faire «l’apologie des superstitions païennes». Pour l’Eglise, Chaka incarne la cruauté et la religion chrétienne, la civilisation. «Le livre de Mofolo est certes une critique de la mégalomanie cruelle de Chaka ; il n’en donne pas moins une peinture admirative du monde Zoulou, qui transparaît dans le récit de la visite au camp de Chaka» écrit Alain RICARD. Albert GERARD évoque «une contemplation admirative» pour Chaka, inventeur d’une nouvelle nation, faite d’un assemblage de clans hétéroclites, les Zoulous. Désormais, le Chaka de Thomas MOFOLO fait partie du patrimoine culturel mondial.
Dans sa création littéraire, l’intention de Thomas MOFOLO n’était pas de faire l’apologie de la force brutale, mais de démontrer, par une œuvre d’inspiration chrétienne, que le paganisme était condamnable, l’ascension et la chute de Chaka étant dues à des pratiques obscures de sorcellerie. Thomas MOFOLO relate, en mêlant le beau, le laid, le terrifiant, le réel, la croyance et le mystique, l’histoire d’un païen cruel, puissant et sans scrupules, mené par un sorcier qui le pousse à commettre un meurtre sacrificiel. Véritable tragédie, comme Macbeth, ce roman nous interpelle sur le rôle du héros. «Le lecteur appréciera, par lui-même, la beauté des descriptions, la pénétration de l’analyse des caractères, l’habileté avec laquelle est développée l’action, en même temps que la haute portée philosophique et morale de l’ouvrage. De nombreuses visions de scènes africaines (scènes de fétichisme et même de sorcellerie, par exemple), et de piquants détails de mœurs indigènes, ajoutent à l’intérêt et à la valeur de ce livre» dit Victor ELLENBERGER. Les deux romans publiés auparavant par Thomas MOFOLO nous éclairent sur l’intention de l’auteur ; ce déferlement de violence et de cruauté de Chaka est une allégorie de la domination coloniale. En effet,  L'un des écrivains bantous les plus marquants : Thomas MOFOLO écrivit trois romans dans sa langue maternelle, le sesotho, et on le considère généralement comme le premier romancier africain du xxe siècle. En 1907, MOFOLO écrit «Le voyageur de l’Orient (Moeti Oa Bochabela» qui paraît en feuilleton dans le journal «Lésélinyana». Ce roman est qualifié de chef-d’œuvre «Avec quel charme, quel pittoresque et quelle vie, cette histoire est racontée ! Le style est pur, le langage est excellent ; la narration suit son cours sans ces multiples répétitions auxquelles les écrivains et orateurs Bassoutos échappent rarement. On y trouve même de la poésie (…) que l’âme des Bassoutos est dénuées et incapable de tout sentiment poétique» écrit Hermann DIETERLEN. En 1910, il publie la «Vallée heureuse, Pitseng» et quitte la Mission catholique. C'est une parabole chrétienne présentant un jeune homme qui, rebuté par la mentalité des membres de sa tribu, part à la recherche de Dieu ; Dieu, pense-t-il, doit comme lui être dégoûté de la corruption humaine. «Pitseng», c'est le nom d'une ville, qui parut d'abord sous forme de feuilleton, est le récit en grande partie autobiographique de l'enfance, de l'éducation ainsi que des amours d'un Mosotho du XXème siècle. Ces deux romans nous révèlent Thomas MOFOLO partagé entre une attitude chrétienne, le portant à condamner l'Afrique pré-missionnaire qu'il considère comme «cannibale» et «enveloppée de ténèbres», et son propre bon sens qui perçoit clairement les effets négatifs des missions sur la vie des tribus. Pour le catéchiste Southo qu’est Thomas MOFOLO, l’histoire de ses voisins Zoulous se lit au travers d’un prisme chrétien. Il est question d’une époque lointaine, d’un temps d’avant les missions «où les hommes vivaient dans les ténèbres». En effet, les missionnaires qui avaient des préjugés sur l’ethnie de MOFOLO sont tout de même surpris par sa créativité et son caractère «prolifique» : «Si on nous avait demandé, il y a quelques années, ce que nous pensons des capacités littéraires des Bassoutos, nous aurions répondu probablement en ces termes : Autant, ils sont forts pour la parole, autant ils sont nuls pour écrire. Le beau parler est le fait de personnes oisives ou paresseuse qui, n’ayant de mieux rien à faire, passent leur temps à causer, et acquièrent en grande virtuosité en conversation et en discussion. (…) Placez-les devant une feuille de papier blanc, leur pensée se refroidit en essayant de passer de leur tête dans leurs doigts» écrit H. DIETERLEN, dans le livre d’or du centenaire. Mais il existe dans ces pays, en matière de littérature, des «filons d’argent recouverts de terre et de pierres » qui mériteraient d’être découverts». Qualifié «d’homme du peuple», un de ses biographes anglais, Daniel KUNENE, mentionne : «His love life, his family life, his passions, his successes and failures, his goings and comings-all these not only belong to him individually and privately, but also to all of us collectively and publicly, for he is a man who has touched our souls, he is our idol, and therefore we shall never let him be”.
Né  le 22 décembre 1876, Khojane, au Basutoland (Lesotho), issu d’une fratrie de 8 frères et sœurs, Thomas MOFOLO, a été scolarisé dans deux écoles locales protestantes de Morija, dirigées par des missionnaires français. Son père, Abner MOFOLO, un fermier, était loyaliste, sa famille a donc été protégée par l’Eglise pendant la guerre des Boers (1880 à 1881) qui a secoué le Lesotho. Mais son père voulait qu’il revienne travailler à la ferme et ne souhaitait que Thomas entreprenne de longues études. Le jeune Thomas, brillant élève et utile à l’Eglise, a été encouragé dans ses études notamment par Adolphe MABILLE et Eugène CASALIS. Thomas étudia l’anglais, le Sesotho, l’Evangile et le Hollandais, et il eut la chance d’avoir un instituteur qui devint l’un des guides les plus respectés de l’Eglise indigène. A la suite du décès de MABILLE, il s’installe à Morija, une ville qui formait, à l’époque, l’élite noire. Il achève ses études en 1899 et trouve un emploi d’instituteur et de secrétaire à la mission catholique où il fait office de journaliste et de correcteur d’épreuves. Il se marie le 15 novembre 1904 avec Francine MAT’ELISO SHOARANE, une fille d’un policier. «Fils de païen, instruit d’abord dans nos écoles primaires, puis à l’école biblique et à l’Ecole normale, à Morija, ainsi qu’à l’école industrielle de Léloaléng, ayant voyagé, beaucoup vu et beaucoup lu, il arriva au dépôt de livres de Morija où il fut employé comme secrétaire et factotum, sans toutefois faire beaucoup parler de lui» écrit Hermann DIETERLEN au sujet de MOFOLO. Un voyage dans le Natal, durant lequel il se rend sur la tombe du roi Chaka, grand chef zoulou, lui inspirera son chef d'oeuvre «Chaka», lequel lui vaudra une reconnaissance universelle, mais sera pour lui à l'origine d'un changement de vie radical, en raison de la gêne que le livre suscitera auprès des missionnaires. Ainsi, Thomas MOFOLO abandonne pratiquement l'écriture, et s'installe en Afrique du Sud où il exerce différents métiers : dans un premier temps recruteur d'ouvriers pour des mines de diamants, il est ensuite commerçant et enfin fermier, à partir de 1937, avant de s'éteindre à Teyateyaneng en 1948. Considéré comme l'un des pères du roman africain, la Bibliothèque de l'université nationale du Lesotho porte son nom.
I – Chaka, fondateur de la Nation Zoulou
A – Analyse du roman Chaka
Chaka est-il un héros ou un tyran ? Le personnage de Chaka évolue dans la façon dont Thomas MOFOLO relate son histoire.
1 – Chaka, un jeune enfant persécuté d’une nation faible
Chaka appartient au clan des Amazoulous, une tribu des Cafres faible parmi les faibles. Le petit clan des Zoulous avait à sa tête un jeune roi, Sénza’ngokona, polygame, mais sans héritier mâle. Ce roi, au cours d’une fête de danses, jette son dévolu sur une délicieuse jeune fille d’un autre village, Nandi qui se trouvera enceinte avant le mariage. Il était d’usage, chez les Cafres, de mettre à mort la jeune fille ayant donné naissance à un bâtard. Le chef épouse Nandi, et le fils recevra le nom de Chaka. Enfant illégitime de Nandi, Chaka subit la dure loi des foyers polygames. Son père, sous la pression de ses autres épouses, répudie la jeune Nandi, l’accusant d’être arrivée chez lui enceinte. Dès lors, le jeune homme est exposé aux sarcasmes de ses camarades qui l’humilient et le traitent de bâtard. Le sort de sa mère est pire. Elle doit baisser la tête, en signe de soumission et de défense. Chaka, devenu berger, est persécuté par les autres enfants qui s’acharnent souvent sur lui en le rouant de coups. Chaka, adroit dans le maniement du bâton, est également d’une extrême vélocité pour échapper à ses adversaires. Pour échapper à ces persécutions, il sera chargé de veiller aux cultures en éloignant les oiseaux qui pillent le grain. Mais les autres enfants continuent de le rouer de coups jusqu’à ce qu’il en perdit la connaissance.
Pour le protéger, sa mère l’emmena chez une fêticheuse : «il tuera, mais ne sera pas tué. Cet enfant sera l’objet de dispensation extraordinaires» dit-elle. En raison de ses gris-gris, Chaka est transformé ; il fut saisi d’une frénésie de se battre, retourna garder les vaches et mit en déroute tous les enfants qui l’attaquaient. Chaka tua un lion qui attaquait la population, mais cet exploit attisa encore la jalousie des autres femmes de son père. Chaka tua aussi l’hyène qui dévorait dans leur sommeil les villageois. Les jeunes ont omis de dire que c’est Chaka qui a abattu cet animal. Acharné tous contre lui, pour échapper à la mort, il s’enfuit, et c’est à ce moment qu’il rencontre, dans la forêt, son nouveau féticheur, Issanoussi qui lui dit «le bonheur et la prospérité qui te furent prédits dans ta petite enfance vont affluer sur toi». Chaka veut avoir un pouvoir démesuré et de la célébrité. Issanoussi promet une célébrité jusqu’aux extrémités de la terre et des exploits comme si on narrait un conte, mais à une seule condition : «Promets-tu d’observer, rigoureusement, les ordres que je te donnerai ?» Ces ordres exigeront un renoncement complet. Chaka répond à son féticheur : «Je m’engage, formellement». Issanoussi cache les gris-gris favorisant le succès et la prospérité dans une incision au front de Chaka. «Personne n’osera te regarder en face» dit Issanoussi qui lui remet à une sagaie à hampe très courte. «La médecine que je t’ai inoculée est celle du sang ; si tu ne répands pas le sang en abondance, elle se retournera contre toi, et c’est toi qu’elle fera mourir. Ton devoir à partir de maintenant, c’est de tuer, de massacrer sans pitié» lui dit Issanoussi.
2 – Chaka, un chef militaire aguerri chez son suzerain
Ding’Iswayo, chef de la tribu qui assure la souveraineté sur celle de Chaka, demande à rencontrer ce guerrier, dont il a entendu parler les exploits. Chaka tue un fou qui inspirait la peur aux habitants en enlevant leurs chèvres et bœufs pour les manger. Ding’Iswayo décida alors, avec l’appui de Chaka, d’attaquer son ennemi et voisin, Zwidé. Chaka neutralisa Zwidé, et fut passé dans la hiérarchie militaire au rang supérieur. Issanoussi envoya à Chaka deux collabateurs pour les futures campagnes militaires : Ndlélé, apparemment mou, sans énergie et stupide, mais avec de grandes oreilles pour faire du renseignement militaire et Malounga.
Zwidé, prisonnier, sera libéré et Senza’Ngakona, vassal Ding’Iswayo, et père de Chaka, meurt. Ding’Iswayo, en qualité de souverain, intronise Chaka, en dépit de la tentative de ses frères de lui ravir son trône. Chaka convoite Noliwé, la sœur de Ding’Iswayo, une fille d’une beauté exquise, accentuée par la pureté d’un cœur tout de bonté et de compassion. Chaka se rend sur la tombe de son père avec Issanoussi. Son féticheur lui rappelle que le pouvoir ne s’obtient que par la force. C’est dans cette période de calme relatif que Zwidé décida attaquer par surprise Ding’Iswayo, l’exécuta, coupa sa tête et la fit mettre à un pieu que l’on porta la nuit au village de Ding’Iswayo. Tous les chefs de guerre révulsés de cette ignominie, désignent, unanimement, Chaka comme le successeur de Ding’Iswayo. Chaka qui ambitionnait le pouvoir suprême, mit en déroute l’arme de Zwidé et le contraignit à l’exil jusqu’à sa mort et devint le chef incontesté de tous.
3 – Chaka, fondateur de la nation zouloue
Chaka entreprit de réunifier tous les tribus de la nation Zoulou, avec succès. Issanoussi estime que «Ngouni», le nom du clan de Chaka, est vulgaire et laid, il faudrait le changer. «Vous avez vaincu tous vos ennemis, c’est pourquoi je vous ai cherché un nom magnifique» dit-il. Chaka répondit «Zoulou», «Amazoulou», c’est-à-dire ceux du ciel, «Je ressemble à ce grand nuage où gronde le tonnerre : ce nuage personne ne peut l’empêcher de faire ce qu’il veut» dit Chaka. Les flatteurs interprétèrent cette nouvelle appellation  par le fait que Chaka, fils du Ciel, avait été envoyé par les Ancêtres pour venir habiter parmi les hommes. Par conséquent, le mythe peut commencer : Chaka n’appartient pas à la terre ; on se mettait à genoux devant lui. On le salue en disant «Bayété» c’est-à-dire «Celui qui se tient entre Dieu et les Hommes». Chaka est devenu un demi-Dieu.
Chaka insuffla parmi les ouvriers le désir de produire de belles œuvres en récompensant les meilleurs. Il inspira à son peuple des sentiments humanitaires et fit cesser les disputes inutiles. La prospérité revint. Il aménagea une capitale avec une forteresse militaire. Lors des audiences, les armes du visiteur sont confisquées, celui-ci doit se prosterner dans la poussière et n’avancer qu’à plat ventre. Il enseigna à ses militaires l’art de la guerre avec des entraînements intensifs, avec défense de se marier. Il faut combattre au corps à corps, avec une seule sagaie ; celui qui perd son arme au combat, s’il revient est tué.
Après un délai de réflexion, Inassoussi revient demander à Chaka s’il ambitionne encore un pouvoir plus haut. Le féticheur réclame des sacrifices humains, la vie de la mère de Chaka et celle de Noliwé, sa fiancée devenue enceinte. «Tu brilleras au sein des nations de la terre comme brille le soleil sans nuages, le soleil devant lequel s’effacent les étoiles quand il paraît. De même, en ce qui te concerne, les nations pâliront et s’effaceront quand tu paraîtras devant elles, parce que le sang de Noliwé t’apportera une prospérité véritablement miraculeuse» promet Issanoussi. Cependant, le jour où Chaka sacrifia Noliwé, il descendit dans l’abîme des ténèbres, bascula dans l’animalité et la cruauté les plus absolues. Le pays qui menait, jusqu’ici, une vie heureuse et insouciante, bascula dans l’horreur absolue.
4 – Chaka, le fou et sanguinaire
Chaka commence par massacrer, en public, tous les soldats qui avaient pris la fuite lors des combats et les jeta aux vautours. Les personnes qui ne purent pas retenir leurs larmes, se virent arracher les yeux. Ceux qui parlaient eurent la langue coupée. En un seul jour, plusieurs dizaines de milliers de personnes furent exécutées. Il s’attaqua aux tribus voisines, massacra tout sur son passage, et réduisit en cendres leurs villages et leurs cultures. Avec la famine, le cannibalisme fit son apparition. Plus il tuait, plus il était encore ivre de sang. Devant cette folie meurtrière, une partie de ses généraux commença à déserter. Chaka suspecta certains de ceux qui le servaient de déloyauté et les fit exécuter. Les chefs militaires qui revenaient sans butin, subissaient le même sort. Chaka tua sa mère qui avait caché un de ses fils. La cause de tous ces malheurs, selon Issanoussi, c’est que Chaka ne doit pas se relâcher, il faut qu’il fasse couler davantage du sang. Chaka ayant perdu toute lucidité, avait soif de sang, une soif inextinguible. Il organisa une grande fête et fit tuer tous ceux qui ne savaient ni chanter, ni danser. Ceux pleuraient d’émotion «de la beauté de son geste» furent également tués. A partir de cet instant, Chaka est hanté par des rêves terrifiants qui viraient au cauchemar. La nation Zoulou lasse de ces tueries décida, à travers ses deux frères, d’assassiner Chaka. Son demi-frère prit le pouvoir.
B- Le mythe Chaka Zoulou
L’œuvre de Chaka est-elle ou non une épopée ? L’épopée est la déformation, la transformation et transfiguration de faits historiques. L’époque est «l’histoire que l’art a changée en poésie et que l’imagination a changé en légende» dit Lilyan KESTELOOT. Personnage mythique de fameuse mémoire, Chaka s'est bel et bien emparé des esprits, après avoir, par la sagaie, édifié dans la première moitié du dix-neuvième siècle un vaste empire en Afrique australe, le chef zoulou règne toujours par la plume des écrivains négro-africains. Suivant Anne CARLYN le mythe d’un Chaka sanguinaire a été véhiculé seulement après sa mort par ses adversaires africains, puis amplifié par les coloniaux, pour asseoir et conforter leur domination. Karl Heinz JANSEN accusera même MOFOLO d’avoir travesti le personnage de Chaka «Quoi qu’Africain, Mofolo donne une image très négative du roi zoulou et de son temps (..) Il écrit en chrétien convaincu des premières générations, sous l’influence de ses professeurs et patrons de la mission, qui condamnaient comme ténèbres païennes le passé et la culture de l’Afrique».
Nous avons des témoignages de voyageurs européens sur le règne de Chaka. Ainisi Nathaniel ISAACS (1808-1872) est arrivé au Natal en 1825, au moment où Chaka est mort, et il est remplacé par son frère Dinga’an. «The family of Chaka appears to have been a remarkable one for its conquests, cruelties, and ambitions” écrit ISAACS. Le père de Chaka s’appelait Essenzingercona. Il a fait bâtir un Kraal nommé Nobamper ou Graspat. Son père était polygame avec 33 épouses et de nombreuses concubines. Sa mère, Umnate, était indisposée quand elle a conçu Chaka, aussi les co-épouses ont trouvé extraordinaire qu’elle en soit la mère. Le jeune Chaka s’est manifesté par des dispositions particulières «His strength appeared herculean ; his disposition turbulent ; his mind a warring element ; and his ambition knew no bound». Jaloux du pouvoir de son père qu’il voulait détrôner, il alla chez les Umtatwas et devient un guerrier distingué chez eux et combatit les Umgartie pour prendre leur royaume. Il régnait sur un vaste empire. La discipline militaire qu’il imposa à ses soldats et sa férocité lui donnèrent de nombreuses victoires sur ses adversaires. Il pratiquait les sacrifices humains. Célibataire, il avait des cours composées de 300 à 500 femmes (servantes et sœurs) qui n’avaient pas, sous peine de mort, droit de tomber enceinte. «In war he was an insatiable and exterminating savage, in peace an unrelenting and ferocious despot” dit ISAACS.  Il avait certains caprices, il mangeait couché, à plat ventre sur terre, et obligeait ses invites à observer la même pratique. Il régnait donc par la terreur, mais il était très généreux avec ses troupes après les périodes de guerre. ISAACS reconnaît qu’il était hospitalier et protégeait les étrangers qui lui rendaient visite.
Henry-Francis FYNN (1803-1861) a séjourné dans le Natal de 1824 à 1836 ; il était auprès de Chaka pendant plus de 10 ans, et l’a retranscrit dans son journal de voyage. FYNN considère Chaka comme étant intelligent, un guerrier exceptionnel qui savait être généreux. Bénédicte-Henry REVOIL (1816-1882) qui a étudié les Câfres et les Zoulous, qualifie Chaka de «Charlemagne des Zoulous». Adulphe DELEGORGUE (1814-1850) a effectué un voyage en 1841 en Afrique du Sud et nous livre l’héritage de Chaka à travers la description qu’il fait de son peuple. Les Zoulous ont une réputation de férocité rare ; l’homme se considère né pour guerroyer et chasser. Le Zoulou est né fier, et possède à un haut point le sentiment de nationalité. Le Zoulou «devient fanatique, excessif ; dévoué aux intérêts du chef, il se vante des excès commis pour son service» dit-il. Selon DELEGORGUE, Chaka a tué son père pour le pouvoir, il sera assassiné par son demi-frère, Dinga’an.
II – La réécriture et la destinée du roman Chaka, au service du nationalisme africain
A – Le Chaka de SENGHOR, une poésie engagée, antiraciste et anticoloniale,
Poème complexe, mais hautement important et éclairant toute l’œuvre de SENGHOR, «Chaka» est une contribution engagée, anticoloniale et antiraciste. Le poème est divisé en deux chants : le premier chant est consacré au rôle de Chaka dans la révolte des Zoulous, le second à sa liaison avec Noliwé et à sa mort tragique ; c’est donc comme l’indique son titre «un poème dramatique plusieurs voix» ; il met en scène, outre le personnage de Chaka, la «Voix Blanche», le «Chœur» dirigé par le «Coryphée». Cette dramaturgie s’inspire de la tragédie grecque, comme celle de Sophocle, une fatalité pèse sur Chaka et l’oblige, contre on gré, à agir mal.
SENGHOR dédie ce poème aux «Martyrs bantous de l’Afrique du Sud» ; ce qui confère à ce poème une dimension politique. Après avoir assuré la victoire de son peuple sur les Bantous, Chaka, chef du peuple zoulou, mourut assassiné. Comment parler des martyrs sud africains si ce n’est en célébrant Chaka le résistant, en sortant de «l’oubli» le symbole de la Résistance. Chaka est donc une méditation poétique sur la libération de son Afrique. MOFOLO d’abord, SENGHOR ensuite, mettent l’accent sur les forces en présence. D’un côté, il y a les colons qui ont la force des armes, de l’autre, le leader bantou, armé d’un grand dessein : l’unité, la fraternité de tous les peuples. Suivre Chaka sur ce point est une fierté pour SENGHOR le militant politique, lui qui tentera plus tard l’éphémère fédération du Soudan français ; lui, le chantre de la négritude. Léopold Sédar SENGHOR élève Chaka au rang de symbole de la Négritude. Cependant, la figure de Chaka est ambivalente : est-il un héros ou un tyran assoiffé de sang ? SENGHOR, à travers son poème, décrit un chef politique et un héros épique dont le destin se confond avec celui de son peuple, mais aussi un poète, dont la souffrance et le sacrifice atteignent une dimension universelle.
Chaka est présenté d’abord dans ce poème comme étant le symbole de l’émancipation des peuples noirs. Ainsi, dans le premier chant, la «Voix Blanche», celle des oppresseurs et des colonialistes, qualifie Chaka de sanguinaire, il ne serait «qu’un boucher» et un «grand pourvoyeur des vautours et des hyènes». La «Voix blanche» qui met l’accent sur le côté sanguinaire de Chaka : «Promis au néant vagissant. Te voilà donc à ta passion. Ce fleuve de sang qui te baigne, qu’il te soit pénitence».  La réponse de Chaka est à la mesure de son projet. Avec sang froid et courage, il reconnaît les griefs qui lui sont faits : «Oui me voilà entre deux frères, deux traîtres deux larrons. Deux imbéciles hâ ! non certes comme l’hyène, mais comme le Lion d’Ethiopie tête debout. (…) Et c’est la fin de ma passion». Cependant, SENGHOR estime que cette image négative est largement compensée par l’importance historique du combat de Chaka «il n’est pas de paix sous l’oppression, de fraternité sans égalité». Chaka refuse toute soumission et toute aliénation. L’oppression se matérialise  par la volonté du Blanc, cet homme à «l’épiderme blanc les yeux clairs, la parole nue et la bouche mince» de refaçonner le continent africain, «avec des règles, des équerres, des compas des sextants».C’est la raison pour laquelle Chaka se bat : «Je n’ai haï que l’oppression» dit-il. Au moment où SENGHOR publie son poème «Chaka», en 1954, il n’est pas encore le chef d’Etat du Sénégal qu’il sera mais il médite déjà sur les responsabilités de l’homme d’Etat d’un pays dominé. Comme Mofolo avant lui, il réhabilite le chef guerrier noir. Comme tous les chefs qui ont voulu libérer leurs peuples, Chaka fut aveuglé par la mission qu’il s’était donnée. Voulant réhabiliter le symbole de l’affirmation de la fierté du nègre, l’artisan de l’unité africaine, SENGHOR passe sous silence tous les crimes commis par le chef guerrier. Comme la mort de Noliwé, la fille de Ding’iswayo le tuteur de Chaka, la femme de celui-ci. La mort de Nolivé est, pour SENGHOR, un sacrifice qui libèrera l’énergie de Chaka afin de mener à bien sa mission : «Le pouvoir ne s’obtient pas sans sacrifice. Le pouvoir absolu exige le sang de l’être le plus cher». Du moins, SENGHOR, justifie les horreurs commises par Chaka comme un mal nécessaire et transforme le tyran en héros incompris et en Christ «cloué au sol par trois sagaies» entre «deux larrons». La violence devient pour lui un moyen, et non une fin en soi, et même le meurtre de sa fiancée, Noliwé, n’est plus un crime mais un renoncement : «Je ne l’aurais pas tuée si moins aimée».
Pour SENGHOR, en quête de héros noirs, on a besoin d’un Chaka, pur de tout contact avec l’Occident, pour montrer que l’Afrique n’était pas dépourvue de grandeur avant l’arrivée des Blancs. En effet, dans un contexte colonial, SENGHOR, comme d’ailleurs semble légitimer la violence émancipatrice et fait de Chaka, non sans anachronisme, un héros de la négritude. «Ce n’est pas haïr que d’aimer son peuple. Je dis qu’il n’est pas de paix armée, de paix sous l’oppression» écrit SENGHOR qui raisonne comme Machiavel (voir mon post sur ce politologue italien). Chaka dénonce, prophétiquement, les crimes de la colonisation «Les forêts fauchées, les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers». Chaka dénonce l’exploitation du peuple noir «les bras fanés, le ventre cave». SENGHOR fait de Chaka le porte-parole du peuple noir victime d’un commerce inéquitable pendant la colonisation «épices, or et pierres précieuses échangés contre des présents rouillés et de poudreuses verroteries». SENGHOR dénonce les crimes de la colonisation ««Je voyais dans un songe les pays aux quatre coins de l’horizon soumis à la règle, à l’équerre et au compas. Les forêts fauchées les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers. Je voyais les pays aux quatre coins de l’horizon sous la grille tracée par les doubles routes de fer Je voyais les peuples du Sud comme une fourmilière de silence. Au travail. Le travail est sain, mais le travail n’est plus le geste (…). Peuples du sud dans les chantiers, les ports les mines les manufactures». SENGHOR relève la contradiction entre les richesses produites par l’Afrique australe et la misère des peuples africains : «Et le soir dans les kraals de la misère. Et les peuples entassent des montagnes d’or noir d’or rouge. Et ils crèvent de faim».
Chaka est une fierté nationale grâce au courage, à la volonté de réunifier les tribus et les peuples contre la volonté coloniale qui maintenait, voire renforçait les divisions ethniques. Chaka, chef guerrier, a défendu les peuples de l’Afrique australe : les Xhosas, les Zoulous, les Vendas. Cependant, l'action politique se fait au détriment de la création poétique, et Chaka indique que, pour servir son peuple, il a dû sacrifier une partie de lui-même, renoncer à la femme qu'il aimait et tuer en lui le poète. Cette alternative vécue douloureusement par Chaka n'a aucune réalité historique et résulte de la transformation du personnage par SENGHOR, lui-même écartelé entre ses convictions politiques, assorties de pesantes responsabilités, et son désir de consacrer sa vie à son art.
Entre la nécessité de l’action politique et le désir poétique, le deuxième chant du poème apporte un début de solution à cette contradiction : au moment de mourir, Chaka, célébré par le Choeur du peuple zoulou, qui proclame "Gloire à Chaka" ("Bayété Bâba ! Bayété ô Zoulou !"), se réconcilie avec lui-même et avec le souvenir de Noliwé, la femme qu'il a aimée et sacrifiée. Dès lors, la poésie et la politique ne s'opposent plus, et le Choeur peut proclamer : «Bien mort le politique, et vive le poète !». En assumant pleinement sa double condition de nègre et de poète, réunie dans la figure du poète-griot, Chaka devient le modèle de SENGHOR lui-même ; préparant et annonçant une aurore nouvelle, il peut à bon droit s'écrier : "Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau !". «C’est ma situation que j’ai exprimée sous la figure de Chaka, qui devient, pour moi, le poète homme politique déchiré entre les devoirs de sa fonction de poète et ceux de sa fonction politique» dira SENGHOR. Il fait de Chaka le prince de la solitude, attribut qu’il partage avec le poète. L’homme politique, comme le poète, ont besoin de la solitude pour prendre des décisions importantes ou pour écrire un vers, ou un poème. Cette solitude rend l’acteur politique d’abord maladroit, puis impitoyable. La solitude du pouvoir plonge l’acteur dans une sorte de névrose. Chaka transforme chacun de ses concitoyens en conspirateur. Cette solitude fait que l’homme obéit aux événements qui souvent accroissent sa cruauté, étouffant au fond de l’être ce qu’il a d’essentiel : «Je devins une tête un bras sans tremblement, ni guerrier ni boucher. Un politique tu l’as dit, je tuai le poète, un homme d’action seul. Un homme seul et déjà mort avant les autres, comme ceux que tu plains. Qui saura ma passion ?». SENGHOR reprend ici la tragédie de l’homme politique : incompris à cause de l’inadéquation entre la volonté de son peuple et son désir de grandeur, aveuglé par un besoin tenace de refaire un monde à la mesure de son ambition, pour communiquer aux siens le même désir de grandeur, il oublie de se rendre compte de l’essentiel. En effet, Chaka exige beaucoup plus de son peuple qu’il n’est capable de lui donner, plus qu’il ne peut s’offrir à lui-même. La démesure du projet, de l’ambition, transforme Chaka en un condamné qui se débat désespérément contre des forces supérieures à lui, et fait de lui un criminel. Ce Chaka de SENGHOR est le précurseur des pouvoirs sans partage, du dictateur africain postcolonial que Tchicaya dénoncera violemment.
B - Chaka au service d’un théâtre nationaliste
1 – La pièce de théâtre de Tchicaya U Tam’Si
Si SENGHOR, inspiré de Machévial, a un point de vue ambivalent sur Chaka, en revanche, Tchicaya, le moraliste, a un point de vue plus tranché : il ne transige pas. Il condamne sans appel Chaka. La posture des deux hommes expliquera leurs attitudes face au comportement «criminel» du leader africain. Pour Tchicaya, la mort de Noliwé est un crime gratuit, un acte de démence. «La folie est contagieuse. Il faut la cautériser» écrit-il. Il est vrai que Tchicaya fait référence aux dictatures actuelles du continent noir. En effet, Tchicaya dénonce, à travers son Chaka, les pouvoirs sanguinaires des dictateurs africains qui ne tolèrent aucune contestation. Ce crime contre Noliwé fait partie de la longue liste des assassinats de Chaka. Les uns sont accusés de comploter contre lui, les autres comme Noliwé d’être atteints de folie. Or, le fou est celui qui dit la vérité. Il est comme l’enfant qui se singularise par la vérité en rappelant au souverain jusqu’où il peut aller. Il est le marqueur rouge qui trace la limite. Il est le fou qui dit ce que tout le monde pense. C’est en somme la voix du bon sens, celle du bouffon. Noliwé est la métaphore de l’Afrique postcoloniale sacrifiée. Chaka, par sa cruauté a, comme bien des dirigeants africains après lui, trahi sa mission. Le mal qu’il fait est à mettre sur le compte de l’égoïsme maquillé en amour ou en patriotisme.
La pièce de théâtre, en trois actes, trente-et-une scènes, de Gérard-Félix Tchicaya U Tam’si, un poète, dramaturge et romancier congolais (1931-1988), occupe une place particulière ; elle a été jouée à Avignon en 1976, et fait l’objet d’un feuilleton radiophonique. La pièce de théâtre de Tchicaya reste plus ou moins fidèle au «Chaka» originel. Trois syntagmes en particulier, constats ou prophéties, reviennent de manière obsessionnelle, et semblent structurer la pièce de théâtre. À la scène trois, la Voix annonce, de manière cryptée, l’arrivée des Occidentaux : «Que rien de Blanc n’apparaisse au Sud. Surveille l’écume de la mer». À l’acte trois, scène quatre, c’est Zwidé, trahi par Chaka, qui maudit ce dernier : «Tu trahis et tu condamnes. Moi, je te maudis. Ton propre sang t’étouffera». Enfin, Noliwé, se doutant que son mari est responsable de la mort de son frère, répète jusqu’à la folie une phrase de Chaka : «Souvent le destin improvise. Je vais faire comme lui». Dans les deux premiers cas, les paroles alimentent les obsessions de Chaka qui voit partout des ennemis. En effet, Noliwé souligne la démesure de Chaka qui se prend pour le destin lui-même et donc pour une force aveugle et impitoyable. Ses paroles en forme d’énigme sont exhibées par la jeune femme jusqu’à ce qu’elle soit elle-même assassinée : «Chaka m’a dit : “Souvent le destin improvise. Je vais faire comme lui.” Chaka, dis-moi pourquoi ? Chaka ! Chaka-a-a-a !». Une Voix Off, dit «Tue-moi, ton propre sang t’étouffera».
Tchicaya reconnaît que Chaka est un guerrier exceptionnel. Il a la personnalité extraordinaire et somme toute tragique du guerrier, sa lutte acharnée contre l’occupation et la colonisation, enfin une volonté farouche d’unification et de consolidation de la nation zouloue. La personnalité de Chaka, en tant que guerrier redoutable, ne fait aucun doute. Le coryphée rappelle dans le chant II ses attributs d’autrefois, attributs qui rendent compte de cette force dont il était doté : «Ô Zoulou Ô Chaka ! Tu n’es plus le lion rouge dont les yeux incendient les villages au loin.Tu n’es plus l’Eléphant qui piétine patates douces, qui arrache palme d’orgueil ! Tu n’es plus le Buffle terrible plus que Lion et plus qu’Eléphant. Le Buffle qui brise tout bouclier des braves». Cependant, Chaka est devenu sanguinaire, et dans cette pièce de théâtre, il finira par se suicider. En effet, c’est dans la solitude des palais que les dirigeants africains manigancent la mort des opposants. Dans la pièce de Tchicaya la nuit est le moment dangereux pour Chaka, c’est le moment propice pour les comploteurs. Dans le théâtre ayant pour sujet le pouvoir, les intrigues se nouent la nuit. Tout a lieu la nuit. A la fin du texte de Tchicaya, Chaka qui se sait condamné, s’interroge alors sur le chef qu’il a été. Lucide, il s’est aperçu de ses erreurs, de ses crimes : «Mon sang va rejaillir sur moi. Tout sera accompli selon… Pas de testament. J’ai égorgé Noliwé (…). J’ai égorgé Nandi. A qui léguer un tel héritage ? Le sang répandu. A qui léguer un rêve qui a tourné au cauchemar… Je suis venu avec la nouvelle du renouveau…avec la trêve qu’il faut à l’arbre, à tel moment de l’an pour que tout reverdisse, et que la fleur en exhalant laisse assez de saveur au fruit. Le fruit était le symbole du peuple à l’unisson. (…) L’homme,… Quel homme ai-je été ? Une caricature de moi-même, parce que je ne me suis rendu ni maître de l’écume de la mer, ni féal du destin ! Allons donc ! L’homme est aveugle puisqu’il ne voit pas où il va». Au moment où Tchicaya publie sa pièce de théâtre en 1977, les pouvoirs africains se sont radicalisés. Un peu partout sur le continent, les opposants sont persécutés s’ils ne sont pas exécutés. Chaka est donc la figure de ces dictateurs-là. Tchikaya, tout en mettant l’accent sur le chef nationaliste, insiste sur le côté du dictateur sanguinaire.
2 – Les autres pièces de théâtres
Dans la pièce «On joue la comédie» de Sènouvo Agbota ZINSOU, les exemples sont multiples et variés.  Il s’est agit d’un personnage qui s’interpose dans le jeu d’un autre et le continue autrement. C’est le cas de Chaka qui substitue à la prédication du vieillard, une parodie de prière au dieu N’koulou N’koulou ; d’un spectateur qui intervient directement dans l’action, cas du jeune spectateur ; d’un acteur qui sur scène ou dans la salle, engage le dialogue avec le public ; des spectateurs qui discutent entre eux en pleine représentation, cas de la scène du banquet. La pièce est composée de 7 tableaux, développe l’idée que Chaka, militant combattant de la cause noire en Afrique du Sud, mène la lutte armée contre l’apartheid, et entreprend aussi une action de prise de conscience auprès de ses frères.
Le dramaturge sénégalais Abdou Anta KA, dans une pièce de théâtre s’improvise en historien, fait ressusciter Noliwé, les frères de Chaka et les dignitaires de la cour royale pour qu’ils disent leur part de vérité sur le règne de Chaka.
Que retenir de ce Chaka de Thomas MOFOLO, outre la dénonciation des dictatures africaines sur laquelle il faut rester vigilant ?
«Chaka est l’un des grands conquérants de l’histoire de l’Afrique, et son nom mérite d’être retenu par l’histoire universelle» écrit l’historien Joseph KI-ZERBO. «Le génie de Mofolo se marque dans le fait que son Chaka est un personnage beaucoup plus complexe que ne pourrait avoir une figure créée et conservée dans la mémoire collective d’une société non lettrée. (…) Il est axé sans hésitation sur l’anti-thèse du Bien et du Mal» écrit Albert GERARD. Le roman de Chaka «est une œuvre spécifiquement africaine car (…) elle célèbre la culture de l’Afrique, son orgueil, sa tradition et sa dignité» dit Donald BURNESS.
Bibliographie très sommaire :
1 – Contributions de Thomas Mofolo
MOFOLO (Thomas), Chaka : une épopée bantoue, Morija (Lesotho), 1925, Sesuto Book Depot, 288 pages, traduit de l’anglais par F H Dutton et Henry Newbolt, Londres, International Institute of African of African Languages et Oxford University Press, 1931, 198 pages,  traduit du Sesotho, ou Souto, en français par Victor Ellenberger, préface Zakea D. Mangoaela, Paris, Gallimard, 1940, 271 pages ; 1981, préface de Jean-Marie Gustave LE CLEZIO, 269 pages ; 2010, 336 pages ;
MOFOLO (Thomas), L’heureuse vallée, (Pitseng), traduit du Sesotho par Roland Leenhardt, Morija (Lesotho), Sesuto Book Depot, 1910, 433 pages ;
MOFOLO (Thomas), L’homme qui marchait vers le soleil levant (Moeti Oa Bochabela), préface Alain Ricard, Bordeaux, éditions Confluences, 2003, 155 pages ;
MOFOLO (Thomas), Le Pèlerin de l’Orient, traduit du Sesotho par Victor Ellenberger, 1907, 74 pages.
2 – Critiques de Thomas Mofolo et autres références
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RICARD (Alain), «Shaka/Chaka, transcrire, traduire, interpréter» in HAL, Archives Ouvertes du 13 novembre 2006 ;
RITTER (Ernest, August), Shaka Zulu : The Rise of the Zulu Empire, Londres, New York, Longmans, Green, 1955, 383 pages ;
SCHEUB (Harold), «Some Interpretatives Approachives to Thomas Mofolo’s Chaka» Journal of African Studies, 19 janvier 2007,
SEMUJANGA (Josias), «Chaka de Mofolo : entre l’épopée et sa réécriture»,  Néohelicon, 1994, vol. 21, n°2, pages 261-277 ;
SENGHOR (Léopold, Sédar), «Chaka, poème dramatique à plusieurs voix», in Poèmes, Paris, Seuil, 1956, 1964 et 1973, 251 pages, spéc rubrique «Ethiopiques», pages 116-131 ;
SEVRY (Jean), Chaka : Empereur des Zoulous, histoire, mythes et légendes, Paris, Harmattan, 1991, 251 pages ;
STUART (James), MALCOM (D. Mck) préface de, The Diary of Henry Francis Fynn, Compiled from Original Sources,  Pietermaritzburg, 1950, 341 pages ;
TSIKUMANBILA (Niyembwe), “Le personnage de Chaka du portrait épique de Mofolo au mythe poétique de Léopold Sédar Senghor”, Zaïre-Afrique, 1974, 87, pages 405-420 ;
U TAM’SI (Tchicaka, Gérard-Félix), Le Zulu suivi de Wvène le Fondateur, Paris, Nubia, 1977, 152 pages ;
VASSILATOS (Alexia), “The Transculturation of Thomas Mofolo’s Chaka”, Tydskrif Vir Letterkunde, 2006, vol. 53, n°2, pages 161-174 ;
YAPO (Ludovic, Musso), Aspects du mythes dans Chaka de Thomas Mofolo, Senghor et Seydou Badian, Presses universitaires européennes, 2015, 464 pages ;
ZINSOU (Nestor, Sénouvo, Agbota), On joue la comédie, préface de Gbeasor Tohonou, Lomé, éditions Haho, Haarlem (Pays-Bas), Ire de Knipscheer, 1984, 62 pages.
Paris, le 1er décembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Thomas MOFOLO (1876-1948) et son Chaka Zoulou : dénonciation de la tyrannie ou célébration d’un héros ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 18:57
«Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne» écrit ROUSSEAU dans son «Discours sur l’inégalité». La philosophie politique de ROUSSEAU se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIème et XVIIIème siècles, et son fameux «Discours sur l'inégalité» se conçoit aisément comme un dialogue avec l'oeuvre de Thomas HOBBES. Le fondement de l’inégalité morale ou politique, c’est la propriété. «Hommes devenez humains, c’est votre premier devoir» tel pourrait être le slogan de ROUSSEAU. Il y a chez ce penseur une recherche permanente de la Vérité, un apprentissage de soi, mais aussi, simultanément, un apprentissage de l’humanité et la découverte de l’autre. Ecrivain, philosophe emblématique du XVIIIème siècle et musicien genevois de langue française, Jean-Jacques ROUSSEAU est l'un des plus illustres philosophes du siècle des Lumières. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'homme, la société ainsi que sur l'éducation. «L'homme est né libre et partout il est dans les fers» écrit-il. L’auteur du «Contrat social» et de «l’Emile» dénonce les excès de la civilisation et le raffinement aristocratique. Comme remède à la décadence morale, il préconise des lois et un contrat social sous l’égide du «peuple souverain» seul capable, selon lui, d’articuler la volonté générale. Il se pose ainsi en théoricien de la démocratie et de la Révolution de 1789. Paradoxalement, les théoriciens de la contre-révolution (Joseph de MAISTRE, Louis-Gabriel de BONALD) se réclament eux aussi de Jean-Jacques ROUSSEAU. Ainsi, MAISTRE défend la monarchie et ROUSSEAU défend la souveraineté populaire, mais ils définissent la souveraineté dans les mêmes termes, comme irrésistible et toute-puissante. Ils ont en commun une même conception de la souveraineté, même si elle n’est pas exercée par les mêmes forces. ROUSSEAU était considéré par Arthur SCHOPENHAUER comme le «plus grand des moralistes modernes». Ce philosophe allemand disait : «Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes» : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le coeur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la Chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les coeurs».
Jean-Jacques ROUSSEAU est né à Genève, le 28 juin 1712, dans la famille modeste, d'un horloger calviniste. Ses ancêtres, de bibliothécaires parisiens, ont quitté la France en 1550, pendant les guerres de religion. «Parmi les grands écrivains français, l’originalité de Rousseau, et la plus essentielle, c’est de n’être pas Français, mais Genevois» dira, avec ironie, Gaspard VALETTE. «Je suis né d’Isaac Rousseau et de Suzanne Bernard. Un bien fort médiocre à partager entre quinze enfants ayant réduit presque à rien la proportion de son père» écrit-il dans ses «Confessions». Sa mère meurt des suites de l'accouchement et son père doit l'abandonner à un âge encore tendre aux soins d'un pasteur peu commode «Je naquis infirme et malade, je coutais à ma mère et ma naissance fut le premier de mes malheurs» dit-il. Autodidacte, ses parents lui ont légué un «cœur sensible» et le goût de la lecture : «Ma mère avait laissé des romans. Nous nous mimes à les lire après souper, mon père et moi, mais bientôt l’intérêt devint si vif que nous lisions tour à tour sans relâche et passions la nuit à cette occupation. (…) Quelquefois mon père entendant, le matin, les hirondelles disait tout honteux : allons nous coucher, je suis plus enfant que toi». La lecture des Anciens, notamment de Plutarque, avait enraciné en ROUSSEAU la haine de la frivolité, la passion des belles chimères, le culte des belles lettres, un esprit libre et républicain, l’amour de l’égalité et de la liberté et un caractère indomptable et fier. «Son caractère naquit, pour ainsi dire, comme une fleur de sa tige, de ses lectures, ou dangereuses, ou trop précoces. Les romans exaltèrent son imagination, échauffèrent sa sensibilité et lui donnèrent une intelligence des passions que l’on rencontre rarement à son âge» écrit Henri BEAUDOIN. Mais ROUSSEAU est un personnage complexe avec une nature nerveuse, impressionnable, ondoyante et qui oscille entre faiblesse et courage, entre mollesse et vertu.
Déplorable jouet de la destinée qui, depuis l’enfance jusqu’à l’âge mûr, le traîna dans des épreuves de la vie : tour à tour commis greffier, apprenti graveur, vagabond, laquais, séminariste, maître de musique, interprète, copiste, secrétaire d’ambassade, compositeur, caissier, etc. En effet, son père s’attire des ennuis qui le contraignent à l’exil dès 1722 ; le jeune Jean-Jacques, est mis en pension par son oncle Bernard, à Bossey, près de Genève, et découvre la campagne, d’où son goût si vif pour la nature qui a fortement influencé sa contribution philosophique et littéraire. Il commit une légère faute et fut renvoyé du pensionnat. Placé comme apprenti auprès d’un greffier, il est ensuite confié à un graveur brutal et intransigeant, M. DUCOMMUN. En 1728, Jean-Jacques a seize ans quand, de retour d'une promenade à la campagne, il trouve les portes de Genève closes. Plutôt que d'être battu par son maître d'apprentissage, il décide de partir sur les routes chercher fortune. «J’adore la liberté ; j’abhorre la gêne, la peine, l’assujettissement» dit-il. Là, Jean-Jacques est récupéré par un curé, M. PONTVERRE, qui le place à Chambéry chez sa première protectrice, la baronne Louise-Eléonore de WARRENS, née De la TOUR de PIL (1699-1762), en tant que candidat à la conversion au catholicisme ; Mme WARRENS, à 28 ans et originaire du Vaud, n’est pas une vieille bigote ; elle initie le jeune ROUSSEAU à la littérature, à la musique, aux joies de la flânerie et à l’amour  en devenant son amante : «Cette époque de ma vie a décidé de mon caractère» dit-il. Il séjournera à Turin de 1728 à 1731, dans un hospice pour l’instruction des catéchumènes. Il abjure le protestantisme et devient le laquais de Mme VERCELLIS. Il y vole un ruban couleur or et argent, mais accuse la cuisinière, Marion qui ne le dénoncera pas. Il revient en 1732 chez Mme de WARRENS. Placé chez le maître de musique à la cathédrale, il finira par s’enfuir. Il part en Suisse, à Lyon, puis revient à Chambéry chez Mme de WARRENS. ROUSSEAU devient intendant des cadastres. En 1736, il se retire avec Mme WARRENS aux Charmettes, dans la banlieue de Chambéry ; un endroit qui respire le bonheur : «Ce jour est celui du bonheur et de l’innocence, si nous ne le trouvons pas ici, l’un avec l’autre, il ne faut les chercher nulle part. (…) Ici commence le bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire, j’ai vécu. (…) Je me levais avec le soleil et j’étais heureux, je me promenais et j’étais heureux, je voyais maman et j’étais heureux, je la quittais et j’étais heureux, je parcourais les bois, les coteaux, les vallons, je lisais, j’étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j’aidais au ménage et le bonheur me suivait partout, il n’était dans aucune chose assignable, il était tout de même en moi, il ne pouvait me quitter un seul instant». Aux charmettes, ROUSSEAU lit sans arrêt, mais incorrigible, il séduit une nouvelle dame, Mme de LARNAGE. Madame de WARRENS était également amoureuse d’un garçon-perruquier. En 1740, ROUSSEAU devient le percepteur des enfants de MABLY, grand prévôt de Lyon et frère aîné d’Etienne BONOT de CONDILLAC.
En 1741, voulant entreprendre une carrière musicale, il rejoint Paris et soumet, le 17 août 1742, à l’Académie des sciences et des arts, son système de notation musicale, qui n’est jugé ni neuf, ni utile. Ce goût de la musique lui a été transmis par son père et en particulier par sa tante : «Je suis persuadé que je lui dois le goût ou plutôt la passion de la musique (…) Elle savait une quantité prodigieuse d’airs et de chansons qu’elle chantait avec un filet de voix fort douce. La sérénité de cette excellente fille éloignait d’elle et tout ce qui l’environnait la rêverie et la tristesse» dit-il. A Paris, il rencontre Denis DIDEROT (1713-1784), par l’intermédiaire de Daniel ROGUIN, un banquier et officier de l’Armée suisse. Il fait la rencontre du Paris savant et littéraire (MARIVAUX, L’abbé MABLY, FONTENELLE, BUFFON, VOLTAIRE). ROUSSEAU prend un poste de secrétaire d’Ambassade à Venise de 1743 à 1744 auprès du Comte Pierre-François de MONTAIGU, mais il sera licencié au bout d’un an. De retour à Paris, il loge à l’hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, une rue disparue, près de la Sorbonne et y rencontre Marie-Thérèse LEVASSEUR (1721-1801), lingère dans cet établissement «Là m’attendait la seule consolation que le ciel m’ait fait goûter dans ma misère, et qui seule me la rend supportable» écrit-il. Il déclara qu’il ne l’abandonnerait, ni ne l’épouserait jamais. Cependant, après être honoré du titre d’éducateur des peuples et de directeur du genre humain, ROUSSEAU abandonnera les cinq enfants aux «Enfants trouvés» (Assistance publique), mais épousera la mère.
Curieusement, ROUSSEAU, cet éternel errant, a une oeuvre très structurée chronologiquement. De 1745 à 1749, ROUSSEAU a diverses occupations (essais musicaux et littéraires). A la demande du Duc de RICHELIEU, et pour célébrer la victoire de Fontenoy, il compose «La princesse de Navarre» et présente une comédie, «Narcisse» pour les Italiens. En automne, 1747, il devient secrétaire de Mme DUPIN et de M. FRANCUEIL, au château de Chenonceau, en Touraine. Pendant cette période, il rencontre l’Abbé de CONDILLAC et d’ALEMBERT. En 1750, à 38 ans, ROUSSEAU participe et gagne un concours organisé par l’Académie de DIJON sur le thème «Si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou épurer les mœurs ?». En audacieux sophiste, et pour faire bêler tout le monde, ROUSSEAU déclare que les sciences et les arts corrompent les mœurs. Ses contemporains y virent une satire des mœurs littéraires de l’époque. C’est une première attaque de ROUSSEAU contre la société qui va le sortir de l’anonymat. Denis DIDEROT imprime ce discours. Grâce à Mme de POMPADOUR, son opéra, «Le devin du village» est présenté à la Cour en 1752, à Fontainebleau. Il vint à la représentation mal fagoté pour se remarquer par l’élégante société aristocratique. Voulant rester indépendant, il refuse la bourse offerte par le Roi, Louis XV (1710-1774).
ROUSSEAU ayant acquis une notoriété se tourne vers la philosophie et entame une réflexion sur l’organisation sociale et politique, puis s’oriente vers le roman. Ainsi, en 1754, l’Académie de Dijon avait posé la question suivante : «Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ?». ROUSSEAU alla consulter DIDEROT emprisonné à Vincennes et lui demanda quel parti prendre : «Le parti que vous prendrez c’est celui que personne ne prendra» lui dit DIDEROT. En effet, ROUSSEAU trouve là une belle occasion de s’attaquer frontalement à la société. Retiré à Saint-Germain-en-Laye avec Thérèse, il écrira «Je faisais main basse sur tous les petits mensonges des hommes, j’osais dévoiler à nu leur nature, suivre leur progrès du temps et des choses qui l’ont défigurée et comparant l’homme de l’homme à l’homme naturel leur montrant dans son perfectionnement la véritable source des misères. (…) Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux viennent de vous». Le prix est remporté par l’Abbé François-Xavier TALBERT. ROUSSEAU a conquis la célébrité avec son talent, sa plume. Il abjure le catholicisme et redevient protestant. En 1755, son «Discours sur l’économie politique» fait pour l’Encyclopédie est violemment contempteur de ses contemporains. Il veut nous apprendre à éviter la richesse et à l’éviter comme un Mal : «Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? (…) Qu’un home de considération vole fasse d’autres friponneries n’est-il pas toujours sûr de l’impunité ? (…) Que le sort du Pauvre est différent, plus l’Humanité lui doit, plus la société lui refuse» dit-il. En juin 1754, en septembre 1755 et du 9 avril 1756 au 15 décembre 1757, Mme Louise d’EPINAY (1726-1783), une femme de Lettres, maîtresse de Frédéric-Melchior GRIMM et confidente de de Denis DIDEROT, proposa à ROUSSEAU et Thérèse, de loger au château de Chevrette, à l’Ermitage, à la lisière de la forêt de Montmorency. En effet, au cours d’une promenade, à Chevrette, ROUSSEAU découvre un «lieu solitaire et très agréable» «où était un joli potager avec une petite loge fort délabrée qu’on appelait L’Ermitage». Il s’exclame : «voilà un asile tout fait pour moi». Mais ROUSSEAU rencontre Elisabeth Sophie LALIVE de BELLEGARDE, comtesse d’HOUDETOT (1730-1813), belle-sœur de Mme d’EPINAY, et résidente à Eaubonne qui l’aide à se loger au 4 rue Mont Louis à Montmorency (devenu Musée Rousseau) où il écrit ses œuvres majeures. ROUSSEAU congédie sa belle-mère et se brouille avec DIDEROT et GRIMM qui venaient, secrètement, en aide financière à sa famille. La devise de Mme HOUDETOT, celle qui a inspiré en partie «Julie ou la Nouvelle Héloïse», est «Jouissez c’est le bonheur, faites jouir c’est la vertu». A la parution d’Emile, ROUSSEAU est contraint, par le Parlement de Paris, de quitter la France, il se rend en Suisse et en Angleterre, mais il est obligé de retourner les deux dernières années de sa vie en France.
Jean-Jacques ROUSSEAU meurt le jeudi 2 juillet 1778, d’une attaque d’apoplexie sérieuse, dans la matinée, à Ermenonville, chez René Louis de GIRARDIN, marquis de Vauvrey, seigneur d’Ermenonville, (1735-1808), dans le département de l’Oise, en France. Jean-Antoine HOUDON, sculpteur (1741-1828), a, dès le 3 juillet 1778, modelé le visage de Jean-Jacques ROUSSEAU confirmant bien qu’il s’agissait d’une mort naturelle. Enterré d’abord sur l’île des peupliers, à Ermenonville (Oise), il sera transféré au Panthéon, à Paris 5ème.
Penseur lumineux du siècle des Lumières, esprit indépendant et original, susceptible et soupçonneux, incompris ou provoquant un enthousiasme fanatique, ROUSSEAU philosophe et poète est, tour à tour, l’objet de l’admiration des uns et de la haine farouche des autres. La Révolution de 1789 n’est que la victoire de la bourgeoisie immobilière et financière contre l’aristocratie terrienne et l’Eglise, et Voltaire adhérait sans réserve à cette démarche. En revanche, se situant résolument à gauche, ROUSSEAU a fait l’objet d’attaques ignobles. Calomnié ou insulté il a été traité de «neurasthénique», «Anarchiste» ou «métèque». L’Eglise, la Royauté, les conservateurs et une partie des révolutionnaires, l’ont violemment attaqué ou caricaturé.
En fait, ROUSSEAU est un «homme à paradoxes plutôt qu’un homme à préjugés» comme il le dit dans son «Emile». Il est difficile de séparer l’homme de son œuvre, or ROUSSEAU est pétri de contradictions «Tantôt égoïste et cynique, il est tantôt affectueux et tendre, épris d’héroïsme et de vertu ; c’est un monstre incompréhensible» dira Louis DUCROS En effet, pour ses détracteurs, la pensée de ROUSSEAU ne serait qu’incohérence et contradiction. En effet, ROUSSEAU est tour à tour individualiste exaspéré ou socialiste autoritaire. Il suppose l’homme naturel féroce pour l’avoir déclaré bon. Il se prononce successivement pour l’éducation publique et l’éducation privée. Il déclare la société tantôt artificielle, tantôt naturelle, tantôt corruptrice, tantôt bienveillante ; il en fait tantôt un mécanisme, tantôt un organisme. Il lance l’anathème à la propriété, et bientôt après il la proclame sacrée. Il peint un athée vertueux et punit de mort l’athéisme. Sans cesse il détruit ses propres idées ou se rétracte. Créateur, avec Les Confessions, de l’autobiographie moderne, il est, disait François MAURIAC, «l’un de nous», toujours agissant et vivant. «Ce contraste de l’homme et de l’œuvre, qu’on appellera la contradiction, si l’on veut, il ne faut pas essayer de voiler cela : car cela, c’est Rousseau même» écrit Gustave LANSON. TOLSTOI (voir mon post) a confirmé avoir été fortement influencé par Jean-Jacques ROUSSEAU «J’ai lu Rousseau tout entier, et il y avait un temps où je l’admirais avec plus que de l’enthousiasme. Il y a des pages qui me sont si familières qu’il me semble les avoir écrites» dit-il.  Les errements reprochés à ROUSSEAU, notamment l’abandon de ses enfants «n’affectent en aucune manière, la vérité et l’excellence de se doctrines» écrit Albert SCHINZ.
Pourtant, ROUSSEAU défend l’unité de son œuvre, aussi bien les aspects philosophiques que romantiques : toute son œuvre ne serait que le développement du plan conçu sous le chêne de Vincennes. Pour ma part, j’estime que l’unité de l’œuvre de ROUSSEAU vient de son inspiration de la doctrine Confucius (voir mon post) qui l’a fortement inspiré, tout comme Voltaire et les philosophes des Lumières. Confucius militait pour la perfection de l’individu. «Faites bon usage de vos facultés, vous vous perfectionnez ; faites-en un mauvais usage, vous vous pervertissez» dit ROUSSEAU. Confucius pensait que l’éducation est un puissant outil en vue de la perfection l’homme et ROUSSEAU, saisi de remords pour avoir abandonné ses enfants, a écrit «Emile ou de l’Education». Confucius était légitimiste, mais il pensait que les gouvernants comme les administrés devaient être inspirés par la Vertu et le souverain Bien. ROUSSEAU dans ; son «Contrat social»  pense que les individus en faisant adopter la loi, expression de la volonté, devaient être inspirés par le Bien, la justice, la liberté et l’égalité. La conception de ROUSSEAU de la religion s’inspire fortement de la pensée de Confucius, propagateur d’une religion sans Dieu.
I – Rousseau et son système de pensée philosophique
Dans sa philosophie politique, ROUSSEAU contribua, de façon décisive, à liquider les institutions de l’Ancien régime et popularisa les idées républicaines. Idéologue de la Révolution française de 1789, il a été pour ce fait, pourchassé, critiqué et persécuté par ses adversaires.
A – ROUSSEAU et ses deux Discours à l’Académie de Dijon
  1. - Le Discours sur les Sciences et les Arts (1750)
«Dès l’entrée de son discours, l’auteur offre à nos yeux le beau spectacle ; il nous représente l’homme aux prises, pour ainsi dire, avec lui-même, sortant de quelque manière du néant de son ignorance ; dissipant par les efforts de sa raison les ténèbres dans lesquels la nature l’avait enveloppé ; par l’esprit jusque dans les plus hautes sphères des régions célestes ; asservissant à son calcul les mouvements des astres, et mesurant de son compas la vaste étendue de l’univers ; rentrant dans le fond de son cœur et se rendant compte à lui-même de la nature de son âme, de son excellence, de sa haute destination» écrit Stanislas, Roi de Pologne, lors de la réception du discours sur les sciences. Avec ce texte, Rousseau bouleverse le paysage de la philosophie politique de son siècle. Il montre que les sciences et les arts découlant de l’oisiveté, doivent leur naissance à nos vices. ROUSSEAU dénonce les hypocrisies, les pièges pour la liberté et les œuvres qui abrutissent les plus faibles : «Tandis que le gouvernement et les lois pourvoient à la sûreté et au bien-être des hommes assemblés, les lettres et les arts, moins despotiques et plus puissants peut-être, étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes dont ils sont chargés, étouffent en eux le sentiment de cette liberté originelle pour laquelle ils semblent être créés, leur font aimer leur esclavage, et font ce qu’on appelle des peuples policés. (…) Nos âmes sont corrompues à mesure qu’avancent nos sciences et nos arts vers la perfection» dit ROUSSEAU. Les sciences nées de l’oisiveté, elles la nourrissent ; le luxe ne va rarement sans la science. L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie, de l’avarice ; la physique, d’une vaine curiosité ; la morale, elle-même, de l’orgueil humain. La dissolution des mœurs entraîne la corruption des goûts. La culture des sciences est nuisible aux qualités guerrières, elle l’est encore plus aux qualités morales. «D’où naissent tous ces abus, si ce n’est de l’inégalité funeste introduite entre les hommes par les distinctions des talents et par l’avilissement des vertus» dit-il. Pour ROUSSEAU, les sciences et les arts n’étant que la connaissance du vrai, du bon, de l’utile, ils ne peuvent pas être incompatibles avec la vertu ; il faut éclairer les esprits pour contribuer à épurer les moeurs. ROUSSEAU affirme que la Science est bonne en soi, mais son usage peut se révéler mauvais, et peut causer ainsi des malheurs et des crimes, mais il faut il conserver la Science, la protéger et la répandre. «On n’a jamais vu de peuple corrompu revenir à la vertu. (…) Il n’y aura plus de remède, à moins de grande Révolution» dit-il.
Stanislas LESZCYNKSKI, roi de Pologne et Duc de Lorraine, protecteur des Lettres et des Arts, dans sa réponse au Discours de Dijon, est le premier à tenter de montrer les contradictions de ROUSSEAU : «Sa façon de penser annonce un cœur vertueux. Sa manière d’écrire décèle un esprit cultivé ; mais s’il réunit effectivement la science et la vertu et que l’une soit incompatible avec l’autre, comment sa doctrine n’a-t-elle pas corrompu sa sagesse ? ou comment sa sagesse n’a-t-elle pas déterminé à rester dans l’ignorance ? (…) Qu’il commence par concilier des contradictions si singulières, avant de combattre les notions communes ; avant d’attaquer les autres, qu’il s’accorde avec lui-même !». Avoir comme contradicteur un Roi, c’est trop d’honneur pour un écrivain resté inconnu du grand public jusqu’ici. Cette querelle a fait de ROUSSEAU un homme à la mode. ROUSSEAU savait ce qu’il faisait pour sortir de l’anonymat «Désespérant d’y arriver à force de génie, j’ai dédaigné de tenter, comme les hommes vulgaires, d’y arriver à force de manège» écrit-il le 30 janvier 1750, à Voltaire.  «Son Discours achevant de le tirer de l’obscurité, lui obtint un succès d’originalité» dit Henri BEAUDOUIN. Il est paradoxal de voir ROUSSEAU, «cet artiste des comédies et des opéras, condamner les sciences et les arts, rendre les littérateurs, les savants et les artistes responsables des maux et des crimes de l’humanité, employer les charmes d’une belle parole pour démontrer à une académie les inconvénients des académies et des belles paroles.» résume ainsi Henri BEAUDOIN les attaques contre ROUSSEAU. En réplique, Adolphe VILLEMAIN pense qu’il y a une unité de la pensée de ROUSSEAU «Ne voyez pas dans ce discours (Discours sur l’inégalité), un caprice, un calcul, mais son génie même, ce génie pour préparer à la fois la révolution politique et une réforme morale. (…) Sous ce beau langage de Rousseau perce une rancune démocratique qui s’en prend à la philosophie comme aux abus, aux Lettres comme aux grands seigneurs, et frappe les premières pour mieux atteindre les seconds». Saint Marc Girardin fait la même analyse «Les vices des sociétés civilisées qu’il énumère avec le plus de complaisance, sont les défauts du monde et des salons». Denis DIDEROT a défendu le «Discours» de son ami : «Il prend tout par-dessus les nues ; il n’y a pas d’exemple d’un succès pareil» dit-il. ROUSSEAU lui-même a préparé, à l’avance sa défense : «Je ne répondrais que deux mots : Vertu, Vérité», ou encore dit-il «Ce n’est point la science que je maltraite, c’est la vertu que je défends devant des hommes vertueux». Il rappelle certaines sociétés antiques dont la vertu avait fait le bonheur (La Perse, Rome, Athènes, l’Egypte, etc.).
  1. Le Discours sur l’origine de l’inégalité (1754)
«C’est à l’homme que j’ai à parler. (…) Je défendrai donc avec confiance la cause de l’humanité» dit-il d’emblée. Dans ce «Discours sur l’origine de l’inégalité», il ne s’agit plus des ornements et des accessoires plus ou moins nécessaires à la société et la civilisation, mais de la civilisation et de la société, elles-mêmes dans leur essence. Droits et devoirs, vertus et vices, bonheur et malheur de l’humanité, la nature humaine reste l’idée fondamentale de la thèse qu’il défend. Il s’interroge sur «ce qu’aurait pu devenir le genre humain, s’il fût resté abandonné à lui-même, mais ce qu’il a été, en effet, à cette époque qui n’a jamais existé». Si l’école spiritualiste faisait recours aux concepts de bien et de mal, de justice, de devoirs et de vertus, ROUSSEAU écarte cette dimension morale, en dehors des appétits de sens, l’homme à l’état de nature n’éprouve ni désirs, ni passions. Il n’y a pas de souci de mal faire : «Faites à autrui comme tu veux qu’on te fasses» reprenant ainsi un dicton antique de Confucius ; chaque individu a le droit de n’être point maltraité inutilement par l’autre. Les hommes sont inspirés par une qualité sociale de la pitié dans un état où «il n’y a ni commerce, ni vanité, ni considération, ni estime, ni mépris, ni notion du tien et du mien, ni aucune idée véritable de justice» dit-il. En fait, c’est la marche vers la sociabilité due au besoin de perfectibilité est source de tous les maux pour l’homme : «On ne voit pas pourquoi l’animal, qui ne se perfectionne pas, parce qu’il est parfait, vaudrait moins que l’homme, qui se dégrade sans cesse, sous prétexte de se perfectionner, qui détériore l’espèce en développant la raison de l’individu, qui devient méchant en devenant sociable» écrit-il. Finalement l’homme retombe plus bas que la bête et devient «le tyran de lui-même et de la nature».
La question posée par l’Académie de Dijon est la suivante  : «Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la Loi naturelle ?». Pour la première fois, il présente sa vision complète de l'homme et du monde, avec cette idée forte : c'est la société, fondée sur la propriété, qui est la cause de l’inégalité et de la corruption des hommes. ROUSSEAU montre que l'homme est son propre fossoyeur, que la propriété et l'appât du gain l'éloigne de sa vraie nature et que, faute de revenir à l'innocence primitive, il ira à sa perte et préparera son malheur. C’est la propriété et la famille qui sont les sources de toutes les dissensions et de toutes les injustices. Il n’avait pas pour prétention d’améliorer la société qui pervertit l’homme, mais de la détruire. Il s’agit de ramener les communautés à leur simplicité première. Il aurait aimé naître dans une société d’une «grandeur bornée par les qualités humaines» et vivre dans un pays où le souverain et le peuple ne puissent avoir qu’un seul et même intérêt. Il aimé vivre dans une société régie par les lois que «ni moi, ni personne n’en pût secouer l’honorable joug» et personne ne doit être au dessus des lois. Il réclame la République «Les peuples, une fois accoutumés à des maîtres, ne sont plus en état de s’en passer. S’ils tentent de secouer le joug, ils s’éloignent d’autant plus de la liberté, que, prenant pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque à des séducteurs qui ne font qu’aggraver leurs chaînes».
ROUSSEAU envoie une copie de son discours à Voltaire qui lui répond de façon distante : «On n’a jamais on a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage». C’est ROUSSEAU, lui-même en 1755, qui semble se contredire «Tout en moi dépend d’un concours de mes semblables. Je ne suis plus un être individuel et isolé, mais partie d’un grand tout, membre d’un grand corps» ou quand il écrit : «Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous».
Dans son discours de Dijon, ROUSSEAU annonce un point important de sa philosophie, à savoir que l’homme est naturellement bon, et tout ce que lui ajoute la société ne fait que le pervertir. Cette idée de l’homme naturellement bon traverse ses œuvres majeures «Dès sa jeunesse, il s’était souvent demandé pourquoi il ne trouvait pas tous les hommes bons, sages, heureux, comme ils semblaient être faits pour l’être. (…) En admirant les progrès de l’esprit humain, il s’étonnait de voir croître en même temps les calamités publiques. Il entrevoyait une secrète opposition entre la constitution de l’homme et celle de nos sociétés (…) Une malheureuse question d’académie, qu’il lut dans le Mercure (concours académie de Dijon), vint tout à coup dessiller ses yeux, brouiller ce chaos dans sa tête lui montrer un autre univers, un véritable âge d’or, des sociétés simples, sages, heureuses, et réaliser en espérance tous ses visions, mais dont il crut voir en ce moment découler les vices et les misères du genre humain» écrit-il dans «Rousseau juge Jean-Jacques». Le discours de Dijon est l’acte fondateur de la philosophie politique de ROUSSEAU qui met la perfection originelle de l’homme en opposition avec la littérature et les arts, il la mettra en opposition avec la société et les lois ; dans «Emile», en opposition avec l’éducation ; dans la «Nouvelle Héloïse» en opposition avec le monde, ses usages et ses préjugés. Il y a donc une certaine unité et cohérence de sa pensée. Le succès du «Discours» a encouragé ROUSSEAU pour plus d’engagement philosophique et poétique «Cette nouvelle réveilla toutes les idées qui me l’avaient dicté, les anima d’une nouvelle force, et acheva de mettre en fermentation dans mon cœur ce premier levain d’héroïsme et de vertu que mon père, et ma patrie, et Plutarque y avaient mis dans mon enfance» dit-il dans la préface de sa pièce «Narcisse».
B – Emile ou de l’Education
«Emile», un élève imaginaire et orphelin, est un acte de contrition ; cet ouvrage a été écrit parce que ROUSSEAU a eu un grand remords d’avoir abandonné ses cinq enfants nés entre 1747 et 1755. «Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n’a point le droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain, qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même» écrit-il dans Emile. «Notre véritable étude est la condition humaine. Celui d’entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé» dit-il. ROUSSEAU part de ce postulat : «L’homme naturel est tout pour lui ; il est l’unité numérique, l’entier absolu, qui n’a de rapport qu’à lui-même ou à son semblable. L’homme civil n’est qu’une unité fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont la valeur est dans son rapport à l’entier, qui est le corps social. Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l’homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le Moi dans l’unité commune ; en sorte que chaque particulier ne se croit plus un, mais partie, et ne soit plus sensible que dans le tout». L’homme ainsi caractérisé est en contradiction avec lui-même, toujours flottant entre ses penchants et ses devoirs, il ne sera jamais ni homme, ni citoyen. Par conséquent, l’homme civil nait et meurt dans l’esclavage. «Pour être quelque chose, pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle ; il faut être toujours décidé sur le parti que l’on veut prendre, le prendre hautement, et le suivre toujours» dit-il. En effet, dans son «Emile», un ouvrage majeur et ayant des aspects philosophiques, ROUSSEAU part du postulat que l’homme naît bon, c’est la société qui le déprave. Par conséquent, l’éducation, monopole réservé jusqu’ici aux Jésuites, consiste, pour lui, à laisser l’enfant à s’abandonner aux instincts naturels, à le préserver soigneusement de tout contact avec la société qui ne pourrait avoir sur lui qu’une influence funeste. ROUSSEAU s’insurge déjà, dans son «Discours sur l’inégalité» contre l’éducation de l’Ancien régime «Une éducation insensée orne nos esprits et corrompt notre jugement. Vos enfants ignoreront leur propre langue, (…) ils sauront composer des vers, qu’à peine ils sauront comprendre ; sans savoir démêler l’erreur de la vérité. (…) Mais les mots de magnanimité, d’équité, de tempérance, d’humanité, de courage, ils ne sauront ce que c’est (…) Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant des hommes, et non ce qu’ils doivent oublier» dit-il. «L'éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses»  dit-il. Par conséquent, il faut donc élever l’enfant à part, dans un état de séquestration aussi complète que possible et sous l’influence d’un percepteur chargé de présider à l’éclosion et à l’épanouissement de cette âme. ROUSSEAU qui dénonce la corruption de l’homme par la société,  propose une éducation conforme à la nature. «Tout est bien en sortant des mains de l’auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme». Il faut donc protéger l'enfant contre l'influence néfaste de la civilisation. Le but de cette éducation est de développer chez l'enfant son sens moral et décourager la vanité, l'esprit de domination, la cupidité, le mensonge. Il s'agit de former en même temps que l'intelligence, une âme naturelle. Dans l'ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme : «Vivre est le métier qu'il veut apprendre à son élève». Le principe, dans «Emile», est : «Observez la nature, et suivez la route qu'elle vous trace». Son système s'oppose à la tradition des Jésuites privilégiant l’apprentissage par coeur ; il préfère l'expérience et l'observation aux livres, prône le travail manuel et les exercices physiques, met l'enfant au centre d'un processus éducatif qui respecte sa personnalité et sa liberté intérieure, lui permettant ainsi de devenir l'homme accompli dont la société a besoin. À travers cette description de la formation d'un être humain accompli, ROUSSEAU donne la version la plus achevée de sa philosophie.
«Émile» est le nom du jeune homme imaginaire dont Rousseau se propose de faire un élève modèle. ROUSSEAU veut que son Émile soit riche : «Le pauvre n'a pas besoin d'éducation : celle de son état est forcée» ; qu'il ait de la naissance : «ce sera toujours une victime arrachée au préjugé» ; qu'il soit de bonne santé : «Pourquoi un homme se sacrifierait-il à un être fatalement impuissant ? Ce serait doubler la perte de la société et lui ôter deux hommes pour un» Émile doit être mis entre les mains de son précepteur dès le berceau et n'en sortir que pour se marier. «Émile» développe les principes d’une éducation idéale depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Les quatre premiers livres abordent les questions par étape, à mesure qu’Émile grandit. Le dernier livre traite de l’éducation des filles à partir du cas de Sophie, éduquée pour devenir l’épouse idéale d’Émile. Le bébé doit obéir à la nature, ne pas porter de maillot, et être allaité par sa mère, sans recourt à une nourrice. Jusqu’à 5 ans, l’épanouissement physique est privilégié ; de 5 à 12 ans c’est une liberté bien réglée avec un éveil des sens et du corps ; de 12 à 15 ans une éducation intellectuelle et technique avec une observation de la nature pour être sociable et de 15 à 20 ans, une éducation morale et religieuse, quand s’il le souhaitera, et la recherche d’une femme idéale.
Quand «l’Émile» parut, en France, il fit grand bruit. Cet ouvrage devait être imprimé en Hollande, à Anvers, mais Mme de LUXEMBOURG insista pour qu’il soit publié en France et rechercha la protection de MALSHERBES. ROUSSEAU eut des admirateurs, mais aussi de puissants adversaires. «Au fond, Rousseau est plus dangereux que Voltaire et les Encyclopédistes. Ceux-ci révoltent promptement le sens moral, tandis que Rousseau, par son déisme affectueux et sentimental, trompe le sentiment religieux ; il dénature la morale en substituant des sentiments vagues à l’idée positive du devoir» écrit Daniel BONNEFON. «Avez-vous vraiment l’idée qu’il est utile et fécond d’exalter, solennellement, au nom de l’Etat, le pédagogue qui a le mieux écarté l’enfant de sa famille et de sa race ?» s’interroge Maurice BARRES. Pourchassé par ses adversaires, ROUSSEAU dut se réfugier dans la principauté de Neuchâtel, sous la protection du roi de Prusse. En effet, un arrêt du Parlement de Paris du 9 juin 1762 décréta la prise de corps de ROUSSEAU et ordonna que son ouvrage, Emile, soit brûlé. Il est reproché à ROUSSEAU d’avoir «soumis la religion à l’examen de la raison, essayé de détruire les certitudes des miracles énoncés dans les livres des Saints, l’infaillibilité de la révélation et l’autorité de l’église». A ces impiétés, ROUSSEAU «a ajouté des propositions qui tendent à donner un caractère faux et odieux de l’autorité souveraine, à détruire le principe de l’obéissance qui lui est due et l’amour des peuples pour leur roi».
C – Le contrat social
 «L’homme est né libre et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse plus d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ?  Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette difficulté» dit-il. De tous les ouvrages de ROUSSEAU, le contrat social est le mieux structuré. Son style concis, ses maximes élaborées, ses formules abstraites et l’enchaînement des idées, témoignent d’une grande maturation du texte. Pendant son séjour en 1743, à Venise, il a eu l’occasion d’étudier la Constitution aristocratique de cette République, ses vices et ses abus. De retour en France et après ses deux discours à l’académie de Dijon qui ont suscité des polémiques, il approfondit ses idées politiques sur les institutions. Républicain, ROUSSEAU souhaitait ardemment la Révolution pour instaurer la liberté et l’égalité. Il condamnait le despotisme assimilé à l’anarchie, à l’abus de pouvoir, mais surtout à l’usurpation du pouvoir souverain. «Le Contrat social» est l’exposé des idées politiques de ROUSSEAU. Sous l’Ancien régime, la souveraineté vient de Dieu et le peuple doit obéissance au Prince au même titre que les enfants doivent respect et obéissance à leur père. Louis XIV disait «L’Etat, c’est moi». ROUSSEAU renversa cette conception monarchique : seul le peuple est souverain. Le Contrat social, seul pacte légitime, établit la souveraineté de la loi sur tous les citoyens, en général, et sur chaque citoyen en particulier. Cette souveraineté est inaliénable et indivisible. Elle ne peut se transmettre, ni se partage ; tous sont égaux pour toujours et solidaires les uns des autres. Dans cet état, l’homme ne peut conserver la primauté des sentiments primitifs, il est avant tout citoyen. La volonté générale est armée d’une force supérieure à toutes les volontés particulières pour prévenir le désordre et les vices qui naissent dans une société mal ordonnée.
Dans «le Contrat social», ROUSSEAU ne voit que deux bases possibles à l’ordre social, la nature et la convention : «Le passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et en donnant à ses actions la moralité qui lui manquait auparavant». Cependant, «ce n’est plus la justice qui commande à l’homme, c’est l’homme qui commande à la justice».  Si une convention n’est pas juste, elle peut être contestée. En revanche, le fondement et la légitimité du pouvoir politique ne reposent pas sur une convention, ce serait introduire la précarité dans l’espace public, mais c’est sur la Loi, expression de la volonté générale ; c’est une forme d’association, «qui défend et protège toute la force commune de la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant» dit-il. Ainsi, chaque citoyen, pour être libre, commence par aliéner, totalement et sans réserve, tous ses droits : «car s’il en restait quelqu’un, je serai en quelque point mon juge, (…) l’état de nature subsisterait». En conséquence, «chacun se donnant à tous, ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquiert le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force de conserver ce qu’on a». Par suite, ROUSSEAU est un apôtre de l’égalité sociale comme politique, ce qui a fait son succès. La démocratie française n’a pas entièrement repris la logique de la pensée de ROUSSEAU qui suppose une démocratie populaire dans laquelle ce sont les citoyens qui détiennent directement le pouvoir. Il a été choisi une démocratie représentative. En effet, la Constitution française dispose en son article 3 que «la Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum». L’article 2 pose le principe de la République comme étant le «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple».
Après avoir dressé un état des maux de la société dans le «Discours sur l’origine de l’inégalité», ROUSSEAU traite des remèdes dans son traité «Du Contrat social». Il propose un pacte entre les citoyens dans le but de remédier aux inégalités de la société. Mais il faut aussi que des circonstances exceptionnelles permettent à un peuple de recouvrer sa liberté. C’est à cette possibilité que correspond l’idée de Révolution. «Tant qu’un peuple est contraint d’obéir, et qu’il obéit, il fait bien ; sitôt qu’il peut secouer le jour, et qu’il le secoue, il ferait encore mieux : car, recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé à la reprendre, ou on ne l’était point à la lui ôter» dit-il. La doctrine politique de ROUSSEAU résultait concrètement d'une réflexion approfondie sur les théories soutenues par l'Ecole du droit de la nature et des gens. C'est cette situation de ROUSSEAU, dans la science politique de son temps, qui permet à la fois d'apprécier son génie propre et de mesurer exactement son originalité. Le problème historique des sources de la pensée politique de ROUSSEAU est certes difficile, mais son enjeu est tout a fait capital : en raison même des multiples allusions qu'il renferme, et dont le sens échappe au lecteur actuel, le «Contrat Social» notamment reste l'un des textes les plus obscurs de la littérature politique et a suscité d’importantes critiques de la part des conservateurs. BERTRAND dira, à propos du manuscrit du Contrat social acquis par la bibliothèque Sainte-Geneviève, «Rousseau n’a qu’un tort, mais il est grave : ses idées se modifient, et il s’obstine à n’en convenir ni avec les autres, ni peut-être avec lui-même». ROUSSEAU admettra que ce texte n’était pas parfait : «Ceux qui se vantent d’entendre mon Contrat social, sont plus habiles que moi. C’est un livre à refaire» dit-il.
II – Rousseau et son imaginaire poétique
Si le ROUSSEAU philosophe et penseur de la Révolution avait ses détracteurs, le ROUSSEAU littérateur, propulsant le Moi, le romantisme au devant de la scène, fait presque l’unanimité. «Mettons-nous au ton de l’âme de Rousseau, non pas pour l’approuver dans tout ce qu’il dit, mais pour l’admirer partout où il est admirable. Son œuvre est bien mêlée, bien vieillie : elle renferme toutefois des beautés solides, éternelles ; des pages empreintes d’un mysticisme qui a toujours fait les délices des âmes tendres, délicates et jeunes» écrit Mme Germaine de STAEL. Ses qualités d’artiste ont été célébrées par Emile FAUGUET de l’Académie française «Personne plus que Rousseau n’a mis son tempérament dans l’art, et personne, aussi, plus que lui, n’a été guidé et maîtrisé dans ses idées et par son tempérament par ses impulsions d’artiste» dit-il.
A – Les confessions,
Dans ses «Confessions» ROUSSEAU promet de faire preuve d’une sincérité absolue : «Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. (…) Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le Juge souverain. Je dirai hautement, voila ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. Je dis le bien, je dis le mal avec la même franchise» dit-il. Récit autobiographique en douze livres, «Les Confessions» empruntent, en fait, leur titre à Augustin d’HIPPONE dit SAINT-AUGUSTIN (354-430, après J.-C) qui, le premier, avait entrepris d’analyser sa vie à la lumière d’une exigence morale, sans concession. Se sentant entouré d’un monde, parfois, hostile, ROUSSEAU cherche à se défendre par le texte. Cependant ce procédé est en lui-même ambigu, car si le discours peut amener le lecteur à la vérité, il peut aussi travestir les choses, mentir. Pour ROUSSEAU, la sincérité de l’auteur démontre la véracité de son propos. Cette transparence de l’écrivain garantit l’authenticité de sa parole. Il ne doit donc rien cacher de ce qu’il est.  Si les Confessions s’arrêtent à 1766, soit 12 ans avant sa mort, les ouvrages de ROUSSEAU et ses correspondances offrent une source d’information importante sur l’artiste. Jugé cynique et orgueilleux par certains, les qualités littéraires de ROUSSEAU ont été reconnues par tous. Du point du vue de son style, ROUSSEAU est admirable et marque un progrès réel dans l’art d’écrire : «On y découvre deux choses nouvelles, le sentiment de la nature vraie, prise sur le fait dans les champs, dans les bois ; et le pathétique familier, aux petits détails de la vie» écrit Jean-Claude VILLEMAIN.  
 
C’est une révolution dans le domaine de la littérature ; en parlant de soi, les autres peuvent s’y reconnaître. En effet,  les auteurs classiques parlaient généralement peu d’eux-mêmes : «Le Moi est haïssable», disait Blaise PASCAL. Les oeuvres autobiographiques de ROUSSEAU annoncent le Romantisme, et tout un pan des lettres françaises et mondiales. Aujourd’hui plus que jamais, l’exploration des méandres de la personnalité, le regard intérieur et l’introspection sont au coeur de la littérature, par delà le journal intime, les mémoires ou l’autofiction. Ce qui a survécu au temps, c’est son style souverain, la beauté de ses textes, la force et la clarté de son écriture qui nous aide à penser notre société contemporaine. En cela, Jean-Jacques Rousseau est notre contemporain. «J’admire autant que personne l’artiste, tout de passion et de sensibilité, le musicien pourrais-je dire, des Rêveries d’un promeneur solitaire, des Confessions, et de la Nouvelle Héloïse. L’homme, lui-même, cette vertu pauvre et revêche alliée à cet amour lyrique de la nature et de la solitude, je ne ferai pas son procès» écrit Maurice BARRES.
 
B – Julie ou la Nouvelle Héloïse
«Julie» est  un roman écrit sous forme épistolaire et dont le sujet rappelle les amours d’Héloïse et d’Abélard. ROUSSEAU s’est jugé lui-même sur la valeur morale de cette monstrueuse production. L’intrigue est simple ; une jeune fille et son percepteur, bien élevés, se prennent d’amour. Ils voudraient se cacher mutuellement leurs sentiments ; mais la passion aura raison de leurs vaines précautions ; ils finissent par s’écrire et se lâchent. Les imprudences s’enchaînent. Leur amour idéal devient ce que tout temps est devenu un amour idéal. Julie accepte un mariage forcé, en dépit de ses élans d’ardeur pour son amant, Saint-Preux. Julie, la femme héroïque, vertueuse et fidèle, choisira Saint-Preux comme étant le percepteur de ses enfants. Tout le monde, libéré de la perversité, est doux, vertueux, bon et heureux. Saint-Preux est guéri, l’atmosphère de cette maison, la présence de Julie, ont élevé son âme, purifié ses affections. «L’intérêt que produit ce recueil est pur et sans mélange de peine ; il n’est point excité par des noirceurs, par des crimes, ni mêlé de tourments de haïr» écrit ROUSSEAU. Tout finira tragiquement. «Le véritable amour est le plus chaste de tous les liens. Sa flamme honore et purifie toutes les caresses ; la décence et l’honnêteté l’accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout accorder aux désirs, sans rien ôter à la pudeur» avait dit Julie avant sa disparition. L’amour inspire la vertu, l’amour élevé à une certaine puissance est nécessairement vertueux. Une autre idée, peu morale, domine aussi ce roman, c’est que la sagesse humaine la morale, sans Dieu, suffit à la conduite de la vie. Encore une idée inspirée de Confucius.
L’auteur a placé la scène de son roman à Clarens, petite ville située sur le Lac de Genève ; ce lieu lui a fourni l’occasion de peindre plusieurs tableaux ravissants de la nature suisse. Ce qui assure à ce roman une longue durée, c’est moins l’intérêt de l’action que l’éclat du style et les épisodes qu’il renferme. «Il faut des spectacles dans les grandes villes, et des romans au peuple corrompu. J’ai vu les mœurs de mon temps, et j’ai publié ces lettres. Que n’ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu !» écrit ROUSSEAU sur le sens de cet engagement littéraire. «Julie, ou La Nouvelle Héloïse» est le récit d'une passion impossible entre Saint-Preux, un précepteur roturier, et son élève Julie, fille du baron d'Etanges. «Jamais une fille chaste n’a lu de roman, et quant au mien, celle qui osera en lire une seule page sera une fille perdue. Qu’elle n’impute point sa perte à ce livre, le mal était fait d’avance. Puisqu’elle a commencé, qu’elle achève de le lire ; elle n’a plus rien à risquer» dit-il dans la préface. Ce roman est né de souvenirs érotiques, d’amours platoniques ou contrariés, de transports sentimentaux de ROUSSEAU, Mesdames WARRENS et d’HOUDETOT sont en toile de fond. Il voulait ramener le roman à la simplicité de la nature, renoncer aux intrigues compliquées, prendre l’homme par le dedans et non par le dehors, se faire historien de son âme, de son coeur et de ses passions. Ce roman est une charge violente contre la société bienpensante de son époque ; son but était de réagir contre l’immortalité des romans du XVIIIème siècle et de montrer que ce genre si dangereux si dangereux l’est surtout par la faute de ceux qui le traitent. Cristallisant toutes les aspirations sentimentales de l'époque, ce roman, publié en 1761, eut un retentissement considérable. ROUSSEAU y dépeint une société harmonieuse qui concilie pureté et passion absolue dans une nature bienfaisante. La forme épistolaire choisie sert une vérité immédiate et subjective où le souvenir réactualise les sentiments. Roman pré-révolutionnaire, «La Nouvelle Héloïse» prône l'abolition des classes par le sentiment amoureux.
C – Les rêveries d’un promeneur solitaire
«Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché, dans les raffinements de leur haine, quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes ; ils n’ont pu qu’en cessant de l’être, se dérober à mon affection. Les voila donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi, puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voila ce qui me reste à chercher», écrit ROUSSEAU dans ses «Rêveries».  Après avoir formulé les éléments d'un système de pensée (les Discours, Émile, le Contrat social), satisfait son imaginaire romanesque (Julie, ou la Nouvelle Héloïse), ROUSSEAU a tenté de raconter sa vie et de se justifier des accusations portées par ses adversaires (Les Confessions, Le Dialogues). ROUSSEAU fait retour sur lui-même, dans ses «Rêveries» et se laisse aller au pur plaisir de la mémoire et de l'écriture. Il magnifie les sensations de la seule existence. Au-delà de toutes les formes littéraires reconnues, il prend des notes sur des cartes à jouer, retrouvées par le marquis de GIRARDIN, et compose, de 1776 à 1778, des rêveries au gré de promenades à pied, au hasard d'associations d'esprit et d'obsessions récurrentes.
Il meurt en laissant inachevée la dixième promenade. «Les Rêveries» seront publiées à titre posthume, en 1782, en 10 promenades. Chacune des promenades est relatée à partir d'un thème ou d'un souvenir. Les thèmes peuvent être les persécutions et la solitude (1), la morale et la religion (3), la vérité et le mensonge (4), la pitié et la bienfaisance (6), la solitude et la sérénité (8), la charité et la sociabilité (9) ; les développements se croisent et se font écho les uns aux autres. Les épisodes biographiques, récents ou anciens, sont un accident durant lequel Jean-Jacques est renversé, à Ménilmontant, par un gros chien danois qui court devant un carrosse (2), l'accusation de vol portée contre l'innocente Marion (4), l'isolement dans la petite île de Saint-Pierre au milieu du Lac de Bienne, près de Neuchâtel (5), les parties d'herborisation et la connaissance du monde végétal (7), la première rencontre avec Mme de WARRENS, cinquante ans plus tôt (10). Chaque texte amène des développements sur la vie morale et spirituelle, ou bien sur le plaisir d'exister, la fusion dans les rythmes de la nature. Se réveillant après son évanouissement à Ménilmontant, s'isolant au bord du lac de Bienne et se laissant aller au battement de l'eau, ROUSSEAU expérimente un bonheur négatif.
«Les Rêveries» sont une œuvre phare du romantisme, à côté des «Souffrances du Jeune Werther de Goethe. Les «Rêveries» sont aussi une quête de soi, dont les déambulations dans la nature serviraient de révélateur, la nature étant présentée comme vraie refuge de la réalité, contre les vicissitudes du monde civil, vain et mauvais, contre le «torrent de ce monde». A partir de ce lieu isolé, solitaire, ROUSSEAU, dans ses Rêveries, dévoile l’éclat, la douce liberté de la nature, qui n’est pas sans rappeler les descriptions de l’état de nature faites dans le «Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes». Ce romantisme, à première vue bien loin de sa philosophie politique, révèle cependant une «anthropologie romantique» dans la mesure où ROUSSEAU y défend l’idée d’une identité du Moi et de la nature, une subjectivité dont la raison peut se transcender par l’imagination. Ainsi, le romantisme de ROUSSEAU fonde sa philosophie politique dans la mesure où c’est la conception de l’homme qui pousse ROUSSEAU à rebâtir les rapports sociaux sur la base d’un nouveau contrat. Autrement dit, sans les présupposés romantiques de ROUSSEAU, il n’y a pas de «Contrat Social». Et au fond, il semble que ce qui est habituellement jugé comme un essai purement biographique pose en fait les fondements de la philosophie politique de ROUSSEAU.
Conclusion
Le 27 août 1791, les cendres de ROUSSEAU sont transférés au Panthéon. ROUSSEAU est qualifié, lors du centenaire de sa naissance, par Louis BLANC «d’immortel génie, de démolisseur de la royauté, de destructeur des servitudes et de théoricien de la démocratie». Il a nié le droit royal et affirmé la souveraineté du peuple et l’égalité. «Il a vécu et il est mort dans l’espérance, comme tous les hommes vertueux, d’une meilleure vie ; il a défendu la cause des enfants, des amants malheureux, des infortunés, de la vertu, et il a été persécuté» écrit Maurice SOURIAU. «La gloire de Rousseau est d’avoir senti et compris que l’on ne détruisait bien le despotisme, les privilèges et la superstition qu’en les remplaçant par la liberté, l’égalité, la morale» écrit Auguste CASTELLANT. «Rousseau était l’homme du peuple. Il avait souffert. Il avait voulu rester pauvre, pour conserver son indépendance et sa fierté dans une société sceptique, épicuriennes dont les vices lui inspiraient un invincible éloignement» dira Louis BLANC.
ROUSSEAU ayant forgé des outils pour le futur, a pensé la Révolution avant son avènement. Précurseur du romantisme, les romantiques ont une dette considérable à son égard. Inventeur avant l’heure de l’écologie, il nous invite à écouter la nature, à en jouir, nous a montré à quel point elle pouvait être belle et consolatrice. Explorateur de lui-même et, partant, de l’homme, il a décrit les mouvements de l’âme, les sentiments, les humeurs, les contrariétés, les exaltations, les joies, les fureurs et les peurs qui l’agitaient et qui le menaient parfois là où il aurait préféré ne pas aller. Il a dépeint, avec brio, les passions qui s’emparent de l’être au point, parfois, de transfigurer le réel autour de lui. Il a aussi montré, racontant son histoire, comment l’être social peut se sentir rejeté par une société qui le blesse et dont il se sent, soudain, l’étranger. La  force de ROUSSEAU est peut-être précisément d’avoir osé penser, écrire, réfléchir en intégrant ses propres contradictions et paradoxes, en n’occultant ni ses sentiments, ni ses errances, ni les corruptions de la société. Dépourvu de tout manichéisme, il a relaté, sincèrement, les noirceurs et les illuminations de l’âme, dans un style flamboyant.

 

Bibliographie très sommaire :
1 – Contributions de Jean-Jacques Rousseau
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Les rêveries d’un promeneur solitaire, Illustration de Maximilien Vox, Paris, Lemercier, 1925, 264 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Pensées et maximes, Paris, Roret et Roussel, 1820, tome 1, 228 pages et tome 2, 223 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Emile ou de l’Education, Paris, J. Bry Aîné, 1856, 327 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Emile ou de l’Education, Paris, J. Bry Aîné, 1856,  pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Suite d’Emile, Lettres à M. de Beaumont, Discours sur les sciences, Discours sur l’origine de l’inégalité, sous la direction de Louis Barré, illustrations de Tony Johannot et Baron et Célestin Nanteuil, Paris, J. Bry Aîné, 1856,  298  pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Lettres de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Encyclopédie méthodique, CP Panckoucke, 1828, 66 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Rousseau juge Jean-Jacques, dialogue, Paris, tome 1, 251 pages et tome 2, 345 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Du contrat social, introduction et notes d’Edmond Dreyfus-Brisac, Paris, Félix Alcan, 1896,  424 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Les confessions Paris, 1865, Garnier, 583 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Julie ou La nouvelles Héloïse, sous la direction de Louis Barré, illustration de Tony Johannot, Baron et Célestin Nanteuil, 1856, J. Bry Aîné, 304 pages ;
ROUSSEAU (Jean-Jacques), Dictionnaire de la musique, Londres, 497 pages.
2 – Critiques de Jean-Jacques Rousseau
ADLI (Saloua), La perfectibilité chez Rousseau, mémoire de Master, sous la direction de Sophie Roux, Grenoble, Université Pierre Mendès-France, Sciences sociales et humaines, 2006-2007, 146 pages ;
ALTHUSSER (Louis), HOCHART (Patrick) Sur le contrat social, Houilles, éditions Manicus, 2009, 107 pages ;
Association des amis de Jean-Jacques Rousseau, Jean-Jacques Rousseau au présent, 1978, 265 pages ;
AUDI (Paul), Rousseau, éthique et passion, Paris, P.U.F., 1997, 417 pages ;
AUDI (Paul), Rousseau, une philosophie de l’âme, Paris, Verdier, 2008, 444 pages ;
BACZKO (Bronislaw), Rousseau. Solitude et communauté, traduit par Claire Bendel-Lamhout,  Paris, Mouton, Ecole pratique des hautes études, et La Haye, Walter de Gruyter, 1974, 420 pages ;
BARRES (Maurice), Le bicentenaire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, éditions de l’Indépendance, 1912, 23 pages ;
BAYE (Joseph, Baron de) GIRARDIN (Le Marquis, de), Karamzin et Jean-Jacques Rousseau, Paris, Henri Leclerc, 1912, 46 pages ;
BEAUDOIN (Henri), La vie et les œuvres de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Lamulle et Poisson, 1981, tome 1, 585 pages et tome 2, 609 pages ;
BELCOURT (Victor), Petite vie du grand Jean-Jacques Rousseau, Paris, P. Rosier, 1906, 52 pages ;
BELLE-ISLE (Francine), Jean-Jacques Rousseau, le défi de la perversion, Québec, Nota Bene, 1999, 230 pages ;
BERSOT (Ernest), Jean-Jacques Rousseau, sa vie et ses œuvres, Paris, Charpentier, 1875, tome 1 et tome 2, 411 pages ;
BESSE (Guy), Jean-Jacques Rousseau. L'apprentissage de l'humanité, Paris, Éditions sociales, 1988, 447 pages ;
BLANC (Louis) sous la présidence de, Le centenaire de Jean-Jacques Rousseau célébré à Paris, Paris, Derveaux, 1878, 87 pages ;
BONNEFON (Daniel), Les écrivains célèbres de la France, ou, histoire de la littérature française depuis l’origine de la langue française jusqu’au XIXème siècle, Paris, 593 pages, spéc pages 493-509 ;
BOURGET (Paul), «Sur Jean-Jacques Rousseau», La Revue critique, vol. XVII, no 101, 1912, p. 643
BREDIF (Léon), Du caractère et moral de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Paris, Hachette, 1906, 414 pages ;
BUFFENOIR (Hyppolite), Le prestige de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Emile-Paul, 1909, 476 pages ;
BURGELIN (Pierre), La philosophie de l’existence de J J Rousseau, Paris, PUF, 1952, Genève, Slatkine, 1978, 597 pages ;
BURGELIN (Pierre), La Philosophie de l'existence de J.-J. Rousseau, Paris, P.U.F., 1952, 599 pages ;
CASTELANT (Auguste), Jean-Jacques Rousseau, hommage national, Paris, Léon Vanier, 1887, 172 pages ;
CHARPENTIER (John), Jean-Jacques Rousseau ou le démocrate par dépit, Paris, Perrin, 1931, 331 pages, spéc page 98 ;
CHARRACK (André) et SALEM (Jean), sous la direction de, Rousseau et la philosophie, Paris, Publications de La Sorbonne, 2004, 238 pages ;
CHATELAIN (L. Docteur), La folie de Jean-Jacques Rousseau, Neuchâtel, Attinger, 1890, 235 pages ;
CHUQUET (Arthur), J.J Rousseau, Paris, Hachette, 1893, 201 pages ;
CHURTON COLLINS (J), Voltaire, Montesquieu et Rousseau en Angleterre, traduit par Pierre Deseille, Paris, Hachette, 1911, 253 pages ;
COTTRET (Monique et Bernard), Jean-Jacques Rousseau en son temps, Paris, Perrin, 2005, 906 pages ;
COZ (Michel), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Vuibert, 1997, 223 pages ;
DAUDET (Léon), «La chienlit de Rousseau, Le Fou et les Singes», L’Action française, 30 juin 1912 ;
DEMULIER (Gaëtan), Apprendre à philosopher avec Rousseau, Paris, Ellipses, 2009, 208 pages ;
DERATHE (Robert), «L’unité de la pensée de Jean-Jacques Rousseau», in Samuel Baud-Bovy, Robert Derathé, éditeurs, Jean-Jacques Rousseau, Neuchâtel, La Baconnière, 1962, 262 pages, spéc pages 203-218 ;
DERATHE (Robert), Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps, Paris, Vrin, 1995, 473 pages ;
DERATHE (Robert), Le Rationalisme de J.-J. Rousseau, Paris, P.U.F., 1948, pages, réimpression de Slatkine, Genève, 2010, 201 pages ;
DUCROS (Louis), Jean-Jacques Rousseau, de Genève à l’Hermitage (1712-1757), Fontemoing, 1908, 418 pages ; 
DUFOUR (Théophile), Le testament de Jean-Jacques Rousseau, Genève, A. Jullien, février 1907, 18 pages ;
ESPINAS (Alfred), La philosophie sociale au XVIIIème siècle et la Révolution, Paris, F. Alcan, 1898, 412 pages, spéc pages 68-71 ;
FABRE (Joseph), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Félix Alcan, 1912, 251 pages ;
FAGUET (Emile), «La politique de Jean-Jacques Rousseau», La Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1909, pages 396-409 ;
FAGUET (Emile), Rousseau artiste, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1912, 394 pages ;
FAGUET (Emile), Rousseau contre Molière, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1900, 299 pages ;
GENOUX (Claude), Les enfants de Jean-Jacques Rousseau, préface d’Alfred de Lacaze, Paris, Serrière, 1857, 250 pages ;
HOFFDING (Harald), «Rousseau et le XIXème siècle», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, p. 68-98 ;
KOUENE (F), Quelques pages sur Jean-Jacques Rousseau, Lausanne, Georges Bridel, 1875,
L’AMINOT (Tanguy), «Jean-Jacques Rousseau face à la Droite française (1940-1944)», in Voltaire Foundation,  Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1986, n°242, p. 473-489 ;
L’AMINOT (Tanguy), Images de Jean-Jacques Rousseau de 1912 à 1978Oxford, 1992, Oxford, Voltaire Foundation, 1992, 798 pages ;
L’AMIOT  (Tanguy), «Les saligauds de la célébration. La bande à Bonnot, Rousseau et le culte de la charogne», Études Jean-Jacques Rousseau, no 18, 2010-2011, et «Rugosité de Rousseau», p. 153-178 ;
LACROIX (Jean), BURGELIN (Pierre), «Philosophie de l’existence de Jean-Jacques Rousseau», Revue française de science politique, 1952, n°2, pages 408-11 ;
LAMARTINE (Alphonse, de), Jean-Jacques Rousseau : son faux Contrat social et le vrai contrat social, Paris, André Delpeuch, 1926, 288 pages, spéc pages 70 et suuivantes ;
LAMARTINE, de (Alphonse), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Calmann-Lévy, 1878, 288 pages ;
LANSON (Gustave), «L’unité de la pensée de Jean-Jacques Rousseau», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, p. 1-32 ;
LASCAGNE (A), La mort de Jean-Jacques Rousseau, Lyon, Rey, 1913, 57 pages ;
LEBASTEUR (Henri), Essai sur le caractère de Jean-Jacques Rousseau, Chambéry, C-P, Ménard, 1889,  39 pages ;
LECERCLE (Jean-Louis), Jean-Jacques Rousseau et l’art du roman, Paris, A. Colin, 1969, Genève, Slatkine  1979, 481 pages ;
LECERCLE (Jean-Louis), Rousseau : modernité d'un classique, Paris, Larousse,  Collection Thèmes et textes, 1973, 256 pages ;
LEMAITRE (Jules), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Calmann-Lévy, 360 pages ;
LESZCZYNKSKI (Stanislas, Duc de Loraine, Roi de Pologne), «Réponse au discours qui a remporté le Prix de l’Académie de Dijon», Mercure de France, septembre 1751, pages 63-84 ;
MacDONALD (Frederika), La légende de Jean-Jacques Rousseau, traduction de Georges Roth, Paris, Hachette, 1909, 287 pages ;
MAUGRAS (Gaston), Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, Paris, Calmann-Lévy, 1886, 607 pages ;
MELZER (Arthur M.), Rousseau, La bonté naturelle de l'homme, essai sur le système de pensée de Rousseau, traduit par Jean Mouchard, Paris, Belin, Collection Littérature et Politique, 1998, 490 pages ;
MEYLAN (A), Jean-Jacques Rousseau, sa vie et ses œuvres, Paris, Sandoz et Fischbacher, et Berne F B Haller, 1878, 133 pages ;
MEYNIER (Albert), Jean-Jacques Rousseau, révolutionnaire, Paris, Schleicher, 254 pages ;
MORNET (Daniel), «L’influence de Jean-Jacques Rousseau au XVIIIème siècle», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, p. 33-67 ;
MUNTEANO (Basil), Solitude et contradictions de J.-J. Rousseau, Paris, A.G Nizet, 1975, 224 pages ;
MUSSET-PATAY     (Victor-Donatien), Histoire de la vie et des ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Pellissier, Blanchard, Niogret, J. J Paschoud, 1821, tome 1, 526 pages et tome 2, 557 pages ;
N’GUYEN (Vinhe-De), Le problème de l’homme chez Jean-Jacques Rousseau, Paris, PUQ, 1991, 278 pages ;
NEMO (Maxime), «Humanisme de Jean-Jacques Rousseau», Bulletin de l’Association Guillaume Budé, décembre 1953, n°12, pages 102-123 ;
PARIS (J-M), Honneurs rendus à la mémoire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Neuchâtel, Sandoz, 1878, 192 pages ;
PELLERIN (Pascale), Les philosophes des Lumières dans la France des années noires : Voltaire, Montesquieu, Rousseau et Diderot 1940-1944, Paris, L’Harmattan, 2009,232 pages ;
POUGIN (Arthur), Jean-Jacques Rousseau, musicien, Paris, Fischbacher, 1901, 141 pages ;
PROAL (Louis), La psychologie de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Félix Alcan, 1923, 463 pages ;
REGIS (E. docteur), La neurasthénie de Jean-Jacques Rousseau, Bordeaux, G. Gounouilhou, 1900, 15 pages ;
REY (Auguste), Jean-Jacques Rousseau dans la vallée de Montmorency, Paris, Plon, 294 pages ;
RHEINWALD (Albert), Jean-Jacques Rousseau et la campagne genevoise, Genève, 1916, 14 pages ;
RITTER (Eugène), La parenté de Jean-Jacques Rousseau, Genève, Henri Kundig, 1902, 27 pages ;
RODE (Edouard), L’affaire Jean-Jacques Rousseau, Paris, Perrin, 1906, 359 pages ;
RODET (Henri), Le contrat social et les idées politiques de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Arthur Rousseau, 1909, 443 pages ;
SALVAT (Christophe), «Rousseau et la « Renaissance classique» française (1898-1933)», Astérion, mis en ligne le 24 juin 2014 ;
SCHINZ (Albert), Vie et œuvre de Jean-Jacques Rousseau, Boston, New York, Chicago, DC Heath, 1921, 382 pages ;
SEILLIERE (Ernest), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Garnier, 1921, 458 pages ;
SIEPPEL (Paul), «La personnalité religieuse de Jean-Jacques Rousseau», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, pages 205-231 ;
SOURIAU (Maurice), La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Hachette, 1907, 190 pages ;
STAROBINSKI (Jean), Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l'obstacle, suivi de sept essais sur Rousseau, Paris, Gallimard, 1976, 462 pages ;
TERRASSE (Jean), Jean-Jacques Rousseau et la quête de l'âge d'or, Bruxelles, Palais des académies, 1970, 314 pages ;
TROUSSON (Raymond), Jean-Jacques Rousseau jugé par ses contemporains : du discours sur les sciences et les arts, aux Confessions, Paris, Champion, 2000, 635 pages ;
TROUSSON (Raymond), Jean-Jacques Rousseau : heurs et malheurs d’une conscience, Paris, Hachette, 1993, 350 pages ;
TROUSSON (Raymond), Rousseau, Paris, Gallimard, 2015, 368 pages ;
VALLETTE (Gaspard), Jean-Jacques Rousseau, Genevois, Paris, Plon, Genève, A Julien, 1911, 454 pages ;
WYSS (André), Jean-Jacques Rousseau, l’accent de l’écriture, Neuchâtel, La Baconnière, 1988, 286 pages ;
WYSS (André), La langue de Jean-Jacques Rousseau, formes et emploi, Genève, Slatkine, 1989, 335 pages.
Paris, le 19 novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Jean-Jacques ROUSSEAU, philosophe et poète.
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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 16:50

Je suis heureux, à cette rencontre, d'avoir échangé avec l'écrivaine sénégalaise, Mme Ken Bugul M’BAYE, M. Abdourahman WABERI, écrivain, M. Doudou DIENE de L'UNESCO, Mme Yandé Christiane DIOP, veuve d'Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, M. Adrien DIOP, M. Karfa Sira DIALLO, et bien d'autres amis. Avec ces universités de Présence africaine,  «on renoue avec la belle tradition de réunir les intellectuels et artistes noirs» dit Mme Yandé Christiane DIOP, présidente des éditions Présence Africaine, et veuve d’Alioune DIOP.

Le programme est riche :

Samedi 21 octobre 2017 :
10 H 30 - 12 H 00 : "Cheikh Anta Diop : un héritage et des questions", avec M’Backé DIOP, Yoporeka SOMET, modérateur Ousmane N’DIAYE ;

13 H - 14 H 30 : «L'écriture et le voyage : regards de femmes", avec Fathia RADJABOU, Ken Bugul, Nafissatou Dia DIOUF, modératrice Aminata THIOR ;

14 H 45 - 16 h 15 : «Romans de la migration », avec Mohamed M’Bougar SARR, Jussy KIYINDOU, Khalid LYAMLAHY, Jean-Roger ESSOMBA, modérateur Yvan AMAR ;

16 H 30 - 18 H 00 : «Les arts : créativité et dynamisme», avec Abd Al Malick, Aïssé N’DIAYE, Jo GUSTIN, Seloua Luste BOULBINA, modératrice Hortense ASSAGA ;

Dimanche 22 octobre 2017 :

10 H 30 - 12 H : «Diaspora noire en Amérique Latine : un héritage lointain et proche», avec Doudou DIENE, Karfa Sira DIALLO, Steve-Régis KOVO NSONDE, modératrice Sophie HARTMANN ;

13 H 14 H : «Aimé CESAIRE», avec Daniel MAXIMIN, modérateur Yvan AMAR ;

14 H 15 15 H 15 : «Souveraineté économique : les enjeux», avec Martial ZE BELINGA, Lamine SAGNA, Kako NUBUKPO, modérateur Joël ASSOKO ;

15 H 30 16 H 30 : «Critique littéraire : vide ou trop plein», avec Réassi OUABANZI, Ninon CHAVOZ, Romuald Blaise FONKUA, Khalid LYAMLAHY, modérateur, Joss DOSZEN ;

16 H 45 18 H : «Féminisme le grand schisme ?», avec Rokhaya DIALLO, Maboula SOUMAHORO, Ken Bugul M’BAYE, Sophie BESSIS, modératrice Stéphanie HARTMANN.

Les arts créativité et dynamisme ?

Les écrivains sont des porteurs de mots soit ils entérinent ou occultent la réalité, dans ce cas c'est un aveu de faiblesse ; soit l'écriture devient un acte militant et devient un moyen de libération. «Le poisson pourrit par la tête» a-t-on coutume de dire. La diaspora a besoin des écrivains, des grands penseurs, pour terrasser cette idéologie coloniale et raciste.

Les racines culturelles influencent l'engagement des auteurs. «Je suis, j'existe», on a besoin de s'exprimer pour pouvoir changer ses conditions de vie. L'acte peut venir au début d'une colère, d'un sentiment d'injustice, de relégation, mais on ne peut rien construire avec la colère. Si on veut donner sens à cette colère, il faut un oui à la justice, à la fraternité et au bien-vivre ensemble. La colère fait sens si on comprend ce qui soutient la révolte, pour une vie meilleure, si on lutte contre l'injustice. La colère stérile, la passion triste destructrice, est à éviter ; il faut privilégier l'amour de la justice. Dans la tragédie et la colère, il faudrait réagir de façon positive «reconnaître les autres à travers son désir» suivant Frantz FANON. Il faudrait abandonner les alternatives et les allégeances : soit on est immigré ou Français. Or, «j'ai besoin de toi pour être moi. Tu as besoin de moi pour être toi» dit Abd Al Malik. L'identité française est diverse, et elle nous enrichit. «La double culture, en s'intéressant à l'autre, favorise le bien-vivre ensemble» dit Aïssé NDIAYE. On vit un monde racialisé, mais il faut être en paix avec soi même, créer des liens de solidarité, en qualité d'être humain. Totalement Français tout en prenant soins et chérissant ses racines.

Diaspora noire en Amérique Latine : un héritage lointain et proche ?

Les esclaves ont résisté en se réfugient dans leur identité culturelle ; ils ont revêtu de la religion chrétienne de croyances africaines. Ils ont reconquis leur humanité à travers une résistance culturelle. Ce qui a fait la résistance des esclaves, leur survie c'est leur créativité artistique. La question de la mémoire est un des enjeux majeurs pour la Diaspora. Certains conservateurs sont en train de réécrire et falsifier l'histoire de l'esclavage. Pourtant le 1er maire noir était noir. Alexandre POUCHKINE a pour arrière grand père un noir. Doudou DIENE a été le grand témoin de cette table ronde.

Aimé CESSAIRE quel message ?

CÉSAIRE et SENGHOR, dans les années 30, se sont questionnés et se sont retrouvés ; ce sont des hommes méprisés qui veulent retrouver leur dignité ; fidèles à internationalisme et profondément des hommes de culture, ils ont adopté une démarche subversive. Ils ont trouvé dans la culture européenne des éléments pour justifier leur humanité et leur liberté. «Assimiler sans être assimilé» dit SENGHOR. On additionne, sans soustraire, on sort du ressentiment par la création et la jubilation. "Haïr c'est encore dépendre" disait CÉSAIRE. Dans ce contexte la langue française n'est pas un outil d'aliénation, mais de libération. "L'émotion est nègre et raison est Hélène" cela a été reproché à SENGHOR. En fait la dimension complète de l'homme c'est à la fois la raison et l'émotion. La politique ne doit pas être dépendre de la politique ; la poésie est au dessus la politique ; il ne faut pas être assoiffé de la politique ; il faut savoir partir quand il le faut c'est pourquoi SENGHOR, à un certain moment donné, a démissionné.

L'Afrique peut-elle penser sa souveraineté économique ?

La souveraineté économique est liée pour l'Afrique aux questions de décolonisation. Les modèles économiques proposés sont les causes d'appauvrissement de l'Afrique. Les biens culturels ont été exclus des modèles. Il faudrait un travail sur la souveraineté de penser. Il n'y a pas de facteurs endogènes de la croissance. L'Afrique n'a pas remis en cause le modèle économique colonial qui privilégiait les cultures d'exportation (coton, arachide) au détriment des cultures vivrières. La question du FCA est d'une grande banalité mais les chefs d'Etats et les économistes africains, vivent dans la banalité certains États sont sortis du FCA (Algérie, Maroc, Mauritanie, Madagascar etc.). «Dormir sur la nappe de l'autre, c'est dormir par terre», dit un dicton africain. L'Afrique peut mobiliser ses ressources pour défendre sa monnaie, notamment ses matières premières et combattre les fuites des capitaux.

Comment évaluer le critique littéraire africain ?

Il y a trois catégories de critiques littéraires pour vulgariser le savoir africain, c'est une démarche engagée. Tout d'abord, le journaliste avec un aspect promotionnel ; l'avantage de la presse c'est la réactivité un public large touché. Ensuite, l'universitaire qui rend compte de l'actualité littéraire dans des revues spécialisées, avec des codes et toute la rigueur pour évaluer objectivement l'oeuvre, mais l'inconvénient c'est qu'il faut attendre 1 ou 2 ans avant la publication. Enfin, le critique qui a le choix du mode de publication. Dans la presse privée africaine, la critique littéraire occupe une place incongrue au profit de la politique, de la religion et du folklore. Les revues littéraires choisissent leurs contributions ce sont des cercles fermés, avec parfois de la complaisance. Mais qu'est ce que qui est littérature ? Que le texte soit bon ou mauvais c'est un autre sujet, mais si on le lit, c'est qu'il a une certaine valeur littéraire.

Le féminisme : le grand schisme ?

Si le féminisme signifie la lutte contre l'oppression, la lutte pour l'égalité et la dignité ; c'est encore d'actualité. L'Afrique est matriarcale, avec la Grande royale de Cheikh Hamidou KANE. Le féminisme est impacté par diverses considérations mais ce thème était porte jusqu'ici par des femmes blanches qui ont la prétention de parler pour toutes les femmes (avortement islamophobie). Avec des arguments pseudos féministe cela a conduit au racisme. Les femmes du tiers-monde vivant en France ont le droit de défendre leurs droits dans un monde racialisé (canons de la beauté effets vestimentaires voile, le genre, la sexualité, la classe sociale, la race, IVG, femmes lesbiennes, etc.). L'oppression et la domination des femmes est racialisée et ethnicisée en France. Comment en France dans ce moment postcolonial articuler la féminité avec la citoyenneté ?

La France avait à Paris une grande mosquée et l'hôpital Avicenne pendant la période coloniale. Il faut lutter contre l'islamophobie et le racisme. Dans la République française le voile n'est pas une obligation juridique. Les femmes doivent avoir la liberté de porter ou non le voile. Il y a deux Prix Nobel qui portent le voile sans qu'on s'en offusque. La femme doit avoir la liberté de disposer de leur corps avec la protection et la bienveillance de la République. En Afrique les grandes préoccupations des femmes sont des questions de survie et d'indépendance économique (viols, indépendance économique, accès à la terre, accès au crédit, excision, la survie du quotidien, polygamie, femmes seules). S'agissant du camp d'été colonial à Paris en 2017 (Nyansapo), c'était un confort pour se retrouver et trouver de la bienveillance. Les femmes ont le droit de se retrouver entre elles pour développer des stratégies. En 1956, il y a eu un congrès des artistes noirs avec Présence Africaine.

La Colonie, au 128 rue La Fayette, à Paris, métro Gare du Nord, est un endroit pour méditer, échanger, penser sa culture et dépasser la colonisation. Suivant son fondateur, Farid ATTIAS, «la Colonie n'est pas un projet vindicatif, mais son ambition est de jeter les ponts entre les différentes cultures». On peut reconstruire à partir de l'héritage de la colonisation. Un endroit sympa, ouvert et accueillant, une agora de la pensée engagée, un lieu festif et un espace d'expositions à découvrir.

Mme Ken Bugul M’BAYE m'a dédicacé ses livres ; c'est donc un post en perspective ; une grande dame !

Paris, le 21 octobre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Mme Yande Christiane DIOP présidente des éditions Présence Africaine, rue des écoles Paris 5eme
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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 22:37

«Deux images de George Sand masquent, comme des préjugés tenaces, la richesse de son œuvre. Ses liaisons orageuses avec Musset et Chopin, la liberté de ses mœurs, cette coquetterie du scandale qu’elle ne répugnait pas à cultiver, l’ont faite connaître comme une aventurière présente à tous les rendez-vous de la petite histoire littéraire. (…) Il suffit d’enlever à ces images tout ce qu’elles peuvent avoir de réducteur, de considérer la masse imposante de l’œuvre de George Sand. La profusion de cette œuvre atteste un labeur constant et une extraordinaire fécondité» écrit George LE RIDER. En effet, George SAND appartient au mouvement du romantisme, avec la Révolution de 1789, et son cortège de violences, les idéaux des Lumières sont sérieusement ébranlées. C’est un sentiment d’échec, d’impuissance, à imposer les valeurs de la Révolution, dans une société dominée par le bien-être matériel. La littérature du XIXème siècle marque ainsi un retour à des valeurs fondamentales : l’individualité, le cœur et la nature. Dans ses romans, le jeune Marcel PROUST (voir mon post) a déjà célébré le talent de George SAND en vantant «la bonté et la distinction de sa prose» ; sa contribution littéraire fait recours à «des procédés de narration destinés à exciter la curiosité et l’attendrissement». Aussi, la plupart des écrivains de son temps ont salué son génie : «J’ai la tête tournée de Valentine ; la variété des tons et des portraits, le charme des descriptions, la vérité de la profondeur des sentiments font de ce roman un ouvrage à part et qui vivra» dira Prosper MERIMEE dans une lettre du 7 mars 1833. «Il y a dans Lélia des vingtaine de pages qui vous vont droit au cœur, franchement, vigoureusement, tout aussi belles que celles de René et Lara. Vous voila George Sand» écrit Alfred de MUSSET. «Vous êtes un des plus grands esprits de la France et du monde, et, ce qu’il y a de plus beau dans le monde, un esprit fait de cœur. Dieu a, au milieu des hommes, une preuve, le génie. Vous êtes, donc il est» écrit Victor HUGO dans une lettre du 28 novembre 1865. Charles MAURRAS, qui n’est pas pourtant tendre avec SAND, a reconnu les talents de l’auteur, pour la fraîcheur, la netteté et la force de son langage : «On ne peut refuser à madame Sand une place éminente entre les premiers écrivains de son âge et de son école ; il n'est pas impossible que la postérité détache de son fatras bien des pages belles et pures» dit-il. «Vous cherchez l’homme tel qu’il devrait être ; moi, je le prends tel qu’il est. (…). Ces êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne vous intéressent. Je les grandis, les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques. Vous faites bien de ne pas regarder les êtres qui vous donneraient le cauchemar. Idéalisez dans le joli et le beau, c’est un ouvrage de femme» lui dit Honoré de BALZAC.

«Tout est roman chez George Sand, et autour d’elle : non seulement son œuvre, mais sa vie ; non seulement sa vie, mais celle de ses parents en remontant jusqu’à la troisième génération» écrit Samuel ROCHEBLAVE. Notre auteure est née, sous le nom d’Amantine, Aurore, Lucile DUPIN de FRANCUEIL, le 1er juillet 1804, au numéro 15 de la rue Meslay, à Paris 3ème. «Je suis née l’année du couronnement de Napoléon, l’An XII de la République française. Mon nom n’est pas Marie-Aurore de SAXE» dit George SAND. En effet, son père, Maurice DUPIN de FRANCUEIL (1778-1808) aristocrate, était un descendant de Maurice de SAXE (1696-1750), maréchal de France, vainqueur de Fontenoy. Des amours de son arrière grand-mère, Aurore Koenigsmark (1670-1728), avec Frédéric Auguste, roi de Pologne, est né un fils naturel. «Mon père était l’arrière petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII» dit George SAND. La grand-mère de George SAND, s’appelait Marie-Aurore de SAXE (1748-1821), elle avait épousé en premières noces, à 15 ans, en sortant d’un couvent, le capitaine Antoine de HORNE, un bâtard de Louis XV et chevalier de Saint-Louis, mais le mariage n’a pas été consommé, son mari ayant été tué à un duel. Sa grand-mère se remaria, en secondes noces, à Louis-Claude DUPIN de FRANCUEIL (1715-1786), un aide de camp du prince Murat. La grand-mère de SAND était «une âme ferme, clairvoyante, éprise particulièrement d’un certain idéal de liberté et de respect de soi-même. (…). Condamnée par un destin étrange à ne pas connaître l’amour dans le mariage, elle résolut le grand problème de vivre calme et d’échapper à toute malveillance, à toute calomnie» écrit SAND. Sa grand-mère accoucha le 13 janvier 1778, un enfant unique Maurice de Saxe, en mémoire du Maréchal de Saxe, l’arrière grand-père. Le couple vivait à Châteauroux et avait fondé une manufacture de draps. Généreux et avec des dépenses inconsidérées, quand son grand-père mourut dix ans après son mariage, il laissa des dettes à sa grand-mère. L’hôtel Lambert, qu’ils habitaient à Paris 4ème (Ile Saint-Louis), depuis 1732, fut vendu. A la Révolution, certains de leurs biens furent confisqués. Mais sa grand-mère qui avait caché ses bijoux pendant la Révolution, fut dénoncée et incarcérée au couvent des Anglaises, rue des Fossés-Saint Victor à Paris.  En août 1794, Mme DUPIN libérée, après 6 mois de détention. La mère de notre auteure, Antoinette-Sophie-Victoire DELABORDE (1773-1837), une pauvre enfant du vieux pavé de Paris, était la fille d’un oiseleur qui vendait des serins et des chardonnerets. «On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi, un peu, je crois, l’enfant de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés, de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Je tiens au peuple par le sang, d’une manière aussi intime que directe. Il n’y a point de bâtardise de ce côté-là» écrit SAND. Son frère, Maurice a sombré dans l’alcool et les dettes, avec des envies suicidaires. Aurore sera partagée, après la mort de son père survenue en 1808, entre une mère à la dévotion non-conformiste et une grand-mère voltairienne, qui toutefois lui fera faire sa première communion. «Sa courte vie fut un roman de guerre et d’amour terminé à trente ans par une catastrophe imprévue. (..) Ce père que j’ai à peine connu, et qui est resté dans ma mémoire comme une brillante apparition, ce jeune homme artiste et guerrier, est resté tout entier vivant dans les élans de mon âme, dans les fatalités de mon organisation, dans les traits de mon visage.» écrit George SAND à propos de son père. Confiée d’abord aux bons soins d’un précepteur, l’abbé DESCHARTRES, le 18 janvier 1818, Aurore entre comme pensionnaire au couvent des Augustines anglaises, à Paris. Elle quitte l’institution le 12 avril 1820, non sans avoir connu l’été précédent une invasion étrange du sentiment religieux.

Avec le décès de sa grand-mère, le 26 décembre 1821, se pose de nouveau le problème de la tutelle de la jeune fille, partagée entre sa mère et une tierce personne choisie par Mme DUPIN. Afin de s’éloigner de ces intrigues, Aurore séjourne au printemps 1822 chez des amis de son père, près de Melun, et fait alors la rencontre de François-Casimir DUDEVANT, un sous-lieutenant d’infanterie de 27 ans, licencié en droit, et bon parti, qu’elle épouse le 17 septembre 1822, à Paris, à l’âge de 18 ans. De cette union, naitront deux enfants : Maurice, le 30 juin 1823 et le 13 septembre 1828, Solange. Le mariage semble avoir été heureux pendant quelques années, puis les époux se séparent, en raison d’aspirations et de conceptions de la vie profondément divergentes. En janvier 1831, Madame DUDEVANT s’installe à Paris avec Jules SANDEAU (1811-1883), son amant de 19 ans, aux côtés duquel elle se lance dans une carrière littéraire. Aurore obtient l’accord de son mari de partager désormais son temps entre Nohant. Les deux premiers romains de George SAND (Le Commissionnaire – Rose et Blanche) sont signés par Jules SANDEAU. Cet ouvrage «fut ébauché par moi, refait en entier par Jules SANDEAU». Aurore DUPIN entame sa carrière littéraire sous le pseudonyme de George SAND. Pour le premier roman, «Rose et Blanche», l’éditeur donna à Jules SANDEAU, le nom de «SAND». «Le nom est tout pour la vente, et le petit pseudonyme (Jules SAND) s’était bien écoulé, on tenait essentiellement à le conserver. Henri Delatouche (1785-1851), consulté, trancha la question par un compromis : SAND resterait intact et je prendrai un autre prénom qui ne servirait qu’à moi. Je pris vite sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de Berrichon. Jules et George, inconnus au public, passeraient pour frères ou cousins» écrit George SAND. En effet, Henri de LATOUCHE, découvreur de talents, mentor de BALZAC, a trouvé un emploi au Figaro à SAND : «On me blâme, à ce qu’il paraît, d’écrire dans le Figaro. Je m’en moque […]. Il faut bien vivre et je suis assez fière de gagner mon pain moi-même» écrit-elle et explique ainsi son ambition littéraire naissante : «Etre artiste ! Oui, je l’aurais voulu, non seulement pour sortir de la geôle matérielle, où la propriété, grande ou petite, nous enferme dans un cercle d’odieuses petites préoccupations ; pour m’isoler du contrôle de l’opinion en ce qu’elle a d’étroit, de bête, d’égoïste, de lâche, de provincial, pour vivre en dehors des préjugés du monde, en ce qu’ils ont de faux, de suranné, d’orgueilleux, de cruel, dans des mansardes hideuses».

Issu d’un sang royal et populaire, George SAND ne croit pas à la fatalité ; on n’est pas prisonnier de son destin. Admiratrice de Jean-Jacques ROUSSEAU, elle pense que nous sommes tous nés bons, éducables et perfectibles. Il n’y a aucune perversité générale qui s’empare de l’homme au berceau pour le corrompre et inoculer en lui l’amour du mal. «Chaque famille a sa noblesse, sa gloire, ses titres : le travail, le courage, la vertu ou l’intelligence» écrit notre auteure. Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) était secrétaire de Mme Louise DUPIN (1706-1799), mère de Louis-Claude DUPIN de FRANCUEIL, et habitait au château de Chenonceau ; il travaillait sur un ouvrage sur le mérite des femmes qui n’a jamais été publié. Mme Louise DUPIN pense que tous les hommes ont un droit égal au bonheur, «au plaisir. Son véritable sens est un bonheur matériel, une jouissance de la vie, bien-être, répartition des biens». L’égalité de l’homme et la femme est dans l’ordre de la nature. Dans sa recherche de vérité religieuse et sociale, George SAND a eu pour mentor Hugues Félicité Robert de LAMMENAIS (1782-1854), un religieux qui a renoncé à la graphique nobiliaire de son nom. C’est Frantz LISZT qui l'avait présenté à George SAND en mai 1835. Il admirait et aimait ce prêtre courageux qui venait de rompre avec Rome, le prêche d’un humanisme chrétien, répondant ainsi à sa quête de fusion entre vérité sociale et religieuse. Malgré son caractère rugueux et irascible, George SAND lui conserva toujours son admiration, voire une certaine vénération : «M. Lammenais, petit, maigre et souffreteux, n’avait qu’un faible souffle de vie dans la poitrine. Mais quel rayon dans sa tête ! (…) Sa parole était belle, sa déduction était vive, et ses images rayonnantes. (…). Par le génie et la vertu qui rayonnaient en lui, il était mon ciel sur ma tête.» dit-elle dans «Histoire de ma vie». George SAND cherchait à parfaire ses idées politiques avec Pierre LEROUX (1797-1871), issu du saint-simonisme : «La langue philosophique avait trop d’arcanes pour moi et je ne saisissais pas l’étendue des questions que les mots peuvent embrasser. (..). Grâce à ce noble esprit, je pus saisir enfin quelques certitudes» dit SAND qui considérait LAMMENAIS et LEROUX comme étant «les deux plus grands intellectuels» du XIXème siècle. «Il [Pierre Leroux] a la figure belle et douce, l'œil pénétrant et pur, le sourire affectueux, la voix sympathique [...]. Il était alors le plus grand critique possible dans la philosophie de l'histoire et, s'il ne vous faisait pas nettement entrevoir le but de sa philosophie personnelle, du moins il faisait apparaître le passé dans une si vive lumière, et il en promenait une si belle sur les chemins de l'avenir, qu'on se sentait arracher le bandeau des yeux comme avec la main» dira George SAND.

George SAND engage, à 47 ans, la rédaction de «L’histoire de ma vie» qu’elle compose entre 1847 et 1855. «Cette maturité m’est si agréable que j’ai l’impression, à mesure que je m’approche de la mort, de voir la terre et d’être bientôt sur le point d’arriver au port après un long voyage» écrit Cicéron. A un âge avancé la curiosité, le désir d’apprendre ne l’ont pas quittée : «Votre époque m’interpelle avec force et je compte bien profiter de vous pour assouvir ma soif de connaissance et d’idées nouvelles. J’ai encore tant à apprendre et à découvrir, c’est la curiosité qui me garde vivante» écrit George SAND. Avec une rare lucidité, SAND analyse le «devenir soi» d'un caractère, rappelle sa petite enfance à Nohant, les conflits familiaux la déchirant, les tensions qui habitent une famille brisée par la mort du père, la grande mélancolie qui s'ensuit jusqu'à sa tentative de suicide à 17 ans. Si elle évoque admirablement le passé, SAND sait aussi dire le présent et l'avenir : elle expose ses vues sur le devenir de la société, le rôle de la religion, la condition des femmes. SAND évoque, avec profondeur, l’atmosphère de l’Empire, la naissance et le développement du «mal du siècle». SAND explique le titre de cette monumentale histoire littéraire de France : «Je ne l’ai pas intitulé mes mémoires, et c’est à dessein que je me suis servi de ces expressions : Histoire de ma vie, pour bien dire que je n’entendais pas sans restriction celle des autres». SAND ne veut pas donner une autobiographie à la manière des Confessions de ROUSSEAU : Il n’y a pas lieu «à se chercher des torts puérils et à raconter des fautes inévitables» dit-elle. Ces fautes ne sont que des «bêtises» et, selon elle, «il y a toujours vanité, vanité puérile et malheureuse, à entreprendre sa propre justification». En effet, George SAND tait certaines misères, certaines fautes, mais non sans nous apprendre beaucoup sur son enfance ballottée et son existence si caractéristique. «Je ne pense point qu’il y ait de l’orgueil et de l’impertinence à écrire l’histoire de sa propre vie. (…) Je ne connais rien de plus mal aisé que de se définir et de se résumer en personne» dit George SAND. C’est un amour du devoir que de faire profiter les autres de sa propre expérience : «Charité envers les autres, dignité envers soi-même» écrit-elle. C’est «une étude sincère de ma propre nature et un examen attentif de ma propre existence» dit SAND. Pour Samuel ROCHEBLAVE «l’histoire de ma vie» de SAND est plutôt «l’histoire de ses admirations dans le passé, une consécration de pages poétiques et les plus attendrissantes». Constantin LECIGNE n’est pas tendre avec SAND qui, dans ses mémoires «s’y dévoile tout entière, sans pruderie, trop souvent sans pudeur». LECIGNE est encore plus féroce : George SAND «fut victime de l’éducation qu’elle reçut, victime du milieu où elle vécut, la victime de la nature fougueuse qu’elle ne sut pas gouverner. Elle souffrit de son impiété, elle pleura sur ses fautes. Elle fit beaucoup de mal, en se figurant qu’elle faisait quelque bien». Cependant, notre démarche n’est ni de juger, de condamner ou d’absoudre l’auteure. La seule ambition c’est de faire entendre la voix de George SAND de façon claire et intelligible, dans ce XIXème siècle teinté de romantisme et agité par de fortes luttes politiques. De ce point de vue, force est de reconnaître que la puissance et l’originalité de la création littéraire de George SAND résident dans la mise en scène de sa vie, de ses sentiments et de ses prises de politiques ou sociales. Sur ce registre, George SAND, témoin de l’Histoire, est un génie littéraire incontestable. Amie d’Eugène LACROIX, notre auteure considère qu’il «n’y a qu’une vérité dans l’art, le beau ; qu’une vérité dans la morale, le bien, qu’une vérité dans la politique, le juste».

Ecrivain le plus fécond du XIXème siècle, George SAND a produit plus de 70 romans, une cinquantaine de contes, une trentaine de pièces théâtres, et de nombreux articles. George SAND nous a légué une importante contribution épistolaire, soit plus de 1200 lettres. Sa devise est «tout étudier est le devoir». Sa contribution littéraire est particulièrement riche : romans psychologiques, à thème sentimental, idéaliste, champêtre ou social, philosophique ou ayant une valeur historique. Elle s’est intéressée à l’entomologie, à la musique et surtout l’amour dans ses différentes facettes. Les préfaces et notes de ses ouvrages sont souvent d’un grand intérêt pour l’histoire de ses œuvres et de ses idées. Deux points émergent dans ses écrits :

- une littérature champêtre ;

- une littérature féministe.

 

I – George Sand et son engagement dans le romantisme
Georges SAND, depuis son enfance, s’est sentie attirée vers le paysan bon et hospitalier, rusé et chicaneur, de mœurs douces, de tempérament calme, d’esprit réfléchi et d’aspect plein de dignité et de fierté. La nature est belle et la fête champêtre réunit tous : «Tout cela mange sur l’herbe. Tout cela vient pour se montrer en calèche ou sur un âne, en cornette ou en chapeau de paille d’Italie, en sabot de bois de peuplier ou en soulier de satin turc, en robe de soie ou en robe de droguet» écrit George SAND.  En effet, l’auteure découvre dans la vie des champs une poésie simple et naïve «Le paysan est le seul historien qui nous reste des temps anté-historiques. Honneur et profit intellectuel à qui se consacrerait à la recherche de ces traditions merveilleuses de chaque hameau qui, rassemblées ou groupées, comparées entre elles et minutieusement groupées disséquer, jeter peut-être de grandes lueurs sur la nuit profondes des âges profondes» écrit George SAND. L’auteure a valorisé cette littérature orale qui est «un mélange de terreur, d’ironie, une bizarrerie d’invention extraordinaire jointe à un symbolisme naïf qui atteste du vrai moral au sein de la fantaisie délirante».
A – George Sand et ses romans champêtres :
 
Dans sa contribution littéraire, SAND a pour ambition de parler clairement pour le parisien et naïvement pour le paysan. Il s’agit de «donner l’illusion de la naïveté paysanne en lui conservant son intelligibilité pour le bourgeois citoyen» écrit Maurice TOESCA dans la préface de François le Champi. «Les pensées et les émotions d’un paysan ne peuvent être traduites dans notre style sans s’y dénaturer entièrement, et sans y prendre un air d’affectation choquant» écrit George SAND. Ainsi, dans «Valentine» en 1832 et «Mauprat» en 1837, on retrouve des figures paysannes et dans «Jeanne» en 1844, George SAND donne la parole aux paysans. Mais c’est surtout dans «Maîtres Sonneurs», «François le Champi», «La Mare au diable» et «La Petite Fadette», que George SAND donne ses lettres de noblesse à la littérature champêtre.
La «Mare au Diable» est la touchante histoire du second mariage de Germain, un métayer de 28 ans. Resté veuf de bonne heure avec trois enfants, il ne songeait pas à se remarier, mais c'est son beau-père lui-même, le père Maurice, qui l'en presse : il veut une seconde femme pour s'occuper de ses petiots. A quelques lieues demeure une veuve qui serait un bon parti. Germain part lui rendre visite accompagné par Marie, une jeune fille de 16 ans du pays dont lui a confié la garde. Elle doit se placer dans une ferme proche du lieu où vit la veuve. Un des fils de Germain est aussi du voyage, en passager clandestin. Un orage les presse de quitter leur route pour se réfugier dans une forêt. Ils campent toute la nuit près d’une mare enchantée, «la Mare au diable». Si quelqu’un avait le malheur de s’arrêter à cette mare la nuit, il ne pourrait pas en sortir avant le jour.  C'est un lieu enchanté qui les rapproche irrésistiblement les uns des autres. Il ne faudrait pas s’approcher de cette mare sans jeter trois pierres dedans, en faisant le signe de la croix de la main droite : cela éloigne les mauvais esprits. Marie confie qu'elle préfère les hommes plus âgés qu'elle. Au matin, on reprend la route, la magie de la nuit s'étant dissipée. Ayant atteint le but de leur voyage, Germain et Marie doivent tous les deux faire face à de cruelles déconvenues. Germain n'est pas le seul prétendant auprès de la veuve qui joue les coquettes. Il est celui qu'elle préfère, mais il ne veut pas participer à une compétition qu'il juge humiliante. Il part chercher son fils qu'il a confié à Marie. Mais la jeune fille et l'enfant ont fui la ferme où le propriétaire a tenté d'abuser de Marie. Germain les retrouve dans les bois. Chacun rentre chez soi. Il faudra bien du temps à Germain pour s'avouer qu'il est amoureux de Marie et la demander en mariage. George SAND décrit les fiançailles et le mariage, avec  les coutumes du pays.
La «Petite Fadette», publié pour la première fois en 1849,  est une histoire qui se concentre sur une famille de paysans du nom de Barbeau. Tout commence à la naissance des deux bessons ou jumeaux : Sylvain et Landry. Lorsque ces derniers atteignent l'adolescence, l'un est obligé de quitter le foyer pour gagner de l'argent et subvenir aux besoins de la famille. Landry se plait dans sa nouvelle vie de travailleur à la ferme du père Caillaud mais Sylvain sombre dans la dépression. En voulant venir en aide à son frère, Landry fait alors la connaissance d'une jeune fille peu ordinaire, surnommée la petite Fadette. En effet, Fanchon Fadet, surnommée «La Petite Fadette», elle avait la taille d'un farfadet et les pouvoirs d'une fée, et guérissait les hommes et les animaux. La Petite Fadette, abandonnée très jeune par sa mère, orpheline de père, est confiée avec son petit frère à sa grand-mère, vieille femme aigrie, violente, maltraitante. La petite Fadette ne mange pas à sa faim, ne porte que des guenilles et vit dans une petite maison en bordure de forêt. Au-delà de sa pauvreté, matérielle et affective, la pauvre enfant souffre encore du regard des autres : elle est décrite comme très laide, et perçue comme une sorcière, petite-fille d'une guérisseuse, on lui étiquette une qualité malicieuse et démoniaque. C’est une réflexion sur la différence et l’originalité. La «Petite Fadette» se décide finalement : Landry devra danser avec elle, et rien qu'avec elle, lors d'une grande fête au village. S'humiliant devant tous, avec ce grelet tout laid et malpropre, il tient pourtant sa promesse, Landry est un garçon de parole.  Et puis, au fil du temps, des discussions, Landry découvre une autre Fadette, pleine de raisonnement et d'intelligence, grande observatrice de la nature et de ses bienfaits. Loin d'une sorcière, elle au contraire très pieuse et chrétienne, clairvoyante quant à sa laideur et aux appréhensions des autres. Elle connaît ses torts mais la petite méchanceté dont elle a pu faire preuve ne découle que des violences que les autres lui ont infligées. Et ainsi naissent des sentiments amoureux très forts. George SAND nous gratifie de cette morale : ne pas se fier aux apparences, ne pas jeter la pierre au plus démuni, gratter la surface dure et découvrir la tendresse qui se cache. «La Petite fadette» est une figure de la lutte féministe, hors du commun, à l'opposé des autres filles du village, elle s'habille en garçon et dont la coquetterie fait défaut. C’est une fille révoltée, pertinente, pétillante, à l’image de George SAND.
 «François le Champi», roman champêtre de 1850 comportant une part autobiographique, est aussi une œuvre qui marque l’engagement politique et social de l’auteure. Un champi est un petit enfant bâtard, un enfant trouvé ou abandonné dans les champs par ses parents. En grandissant, suivant la croyance populaire, les champis, dont l’esprit serait tourné à la malice, deviennent des paresseux et des voleurs. «C’est le diable qui met ces enfants-là dans le monde, et il est toujours après eux» fait dire George SAND à des personnages du roman. Pour George SAND, cette légende ne serait pas exacte, si les champis sont aimés. Ainsi, dans son roman, «François le Champi», une pauvre dame, Isabelle Bigot alias Zabelle, puis Madeleine Blanchet, une jeune femme mal mariée, recueilleront un bel enfant et l’aimeront tant qu’il leur rendra au centuple. Dans ce roman, il  n’est question que d’amour, amour maternel et amour filial, amour frivole ou passionné. Ce roman est inspiré du souci social hérité de Jules BARBES et de Pierre LEROUX. «J’aime mieux souffrir le mal que de le rendre» dit Madeleine. François CHAMPI viendra en aide à Madeleine quand elle sera dans la difficulté ; il finira par l’épouser. «Il n’est rien de si laid que la méconnaissance, rien de si beau que la recordation des services rendus» dit Jean Vertaud, un personnage du roman.
Dans les «Maîtres sonneurs» paru en 1853, on croise dans cette quête musicale et humaine au sein d’une société paysanne les figures habituelles de l’idiot du village, de l’enfant illégitime, et les histoires d’amour y trouvent une conclusion heureuse, tout au moins pour les personnages à la vertu tranquille et à l’âme simple. «Les Maîtres Sonneurs» est celui des romans champêtres qui évoque avec le plus d'ampleur les trésors des sociétés rurales, leurs croyances occultes, leurs rites d'initiation, leurs traditions secrètes. Deux pays, deux cultures : le Berry et le Bourbonnais, le chêne et l'épi, la plaine et la forêt. Roman de l'une de ces corporations itinérantes, celle des joueurs de cornemuse, jadis constituées en associations quasi maçonniques, «Les Maîtres Sonneurs» disent aussi l'histoire d'un pauvre enfant du plat pays, Joset «l'ébervigé», l'Idiot dont la musique des sonneurs de la forêt fera un Élu, l'incarnation même du génie populaire. Joset, le héros du roman, est un enfant simplet et faible aux yeux des villageois de Nohant ; son caractère contraste étrangement avec celui de la belle Brulette et du turbulent Tiennet, ses amis. Solitaire, comme Frédéric CHOPIN, il se découvre une vive passion pour la musique et ne peut se satisfaire du seul mode majeur de la plaine. Pour devenir un musicien complet, il lui faudra découvrir le mode mineur dont les sonneurs de musette usent naturellement dans les  lieux sauvages et isolés du Haut-Bourbonnais. Sur les conseils de son ami Huriel, sonneur et muletier «du pays dont-il a pris le nom», il entreprend un voyage de douze lieues pour perfectionner son art. En définitive, George SAND, en conteuse, reste fidèle à la mémoire des paysans, du peuple.
B – George Sand, engagement politique et social dans sa littérature agreste
George SAND se défend, dans sa littérature champêtre, d’avoir créé un genre nouveau : «Je n’ai voulu ni faire une nouvelle langue, ni me chercher une nouvelle manière» écrit-elle dans la «Mare au diable». Pourtant, il a été décelé un engagement politique et social dans lequel elle exalte ses idées socialistes, égalitaires et religieuses, et met en valeur les pauvres gens ignorés de la campagne. L’enfer n’existe pas, le démon est un mythe, seule la nature doit être glorifiée : «La nature est une œuvre d’art, mais Dieu est le seul artiste qui existe, et l’homme n’est qu’un arrangeur de mauvais goût. La nature est belle, le sentiment s’exhale de toutes ses pores ; l’amour, la jeunesse, la beauté y sont impérissables» écrit SAND «François le Champi». En effet, George SAND a aimé, d’un amour sincère et passionné, la terre et les paysans qui l’arrosent de leur sueur pour la rendre féconde. «Les créations de l’art parlent à l’esprit seul, et (…) le spectacle de la nature parle à toutes les facultés» écrit George SAND. Les romans champêtres de George SAND se passent dans les bois et les champs, dans les cours des fermes et les fêtes campagnardes. SAND, une romantique, chante la douceur de vivre de la campagne berrichonne. «Malgré tout ce que j’invente ici pour chasser le spleen que cette belle capitale me donne toujours, je ne cesse d’avoir le cœur enflé d’un gros soupir quand je pense aux terres labourées, aux noyers autour des guérets, aux bœufs briolés par la voix des laboureurs, mais toujours si douces, si complètes. Il n’y a pas dire, quand on est campagnard, on ne se fait jamais aux bruits de la ville» écrit George SAND. Ethnologue et comprenant le patois du terroir, elle a inventé le concept de «culture orale» ; lors des veillées d'hiver elle a écouté le chanvreur ; ses récits fantastiques l'ont passionnée, parfois effrayée. George SAND sait évoquer, dans ses romans, les habitudes ancestrales des paysans qui risquent de disparaître avec le progrès technologique. «Tu (Maurice Sand) as recueilli diverses traditions, chansons et légendes, que tu as bien fait, selon moi, d’illustrer ; car ces choses se perdent à mesure que le paysan s’éclaire, et il est bon de sauver de l’oubli qui marche vite quelques versions de ce grand poème du merveilleux, dont l’humanité s’est nourrie depuis longtemps et dont les gens de campagne sont aujourd’hui, à leur insu, les derniers bardes» écrit George SAND dans «Les légendes rustiques». Romantique dans l'âme, SAND, persuadée que l'action du peuple peut régénérer la société, prône donc un retour aux éléments de la culture populaire, au genre rustique et champêtre.
On a reproché à George SAND d’avoir idéalisé la nature et le paysan dans ses romans champêtres, et occulté certaines réalités trop crues, le laid et le spectacle répugnant de la vie champêtre. George SAND sait que l’homme a des vices et que le paysan n’est pas exempt de défaut, mais elle préfère considérer longuement ses qualités, afin de le rendre sympathique. En effet, elle a donné libre cours à se facultés poétiques, son imagination et sa sensibilité, ainsi que le rayonnement de pureté. Ces romans sont des actes de foi, d’espérance en un avenir meilleur pour les pauvres et les malheureux. «Nous croyons que  la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour. (…). L’art n’est pas une étude de la réalité positive, c’est une recherche de vérité idéale» écrit George SAND dans «la Mare au diable». C’est le sens de l’engagement littéraire de George SAND qui caresse, comme Jean-Jacques ROUSSEAU, le rêve d’une vie sociale mieux organisée. L’originalité de sa contribution littéraire champêtre est d’essayer de trouver la pureté, dans l’âme humaine. Le milieu champêtre est présenté comme une société idéale ayant échappé à la perversion des valeurs. C’est un retour à la théorie du bonheur primitif de l’homme, le paysan incarnant, dans sa simplicité, cet idéal humain. «La mission de l’artiste est de célébrer la douceur, la confiance, l’amitié, et de rappeler aux hommes endurcis ou découragés que les mœurs pures, les sentiments tendres et l’équité primitive sont ou peuvent être encore de ce monde» écrit George SAND.
II – George Sand et les combats politiques et sociaux de son temps
A – George Sand et le féminisme militant
1 – George Sand et le droit au plaisir des femmes
L’actualité politique, à l'aube du XXIème, siècle bruisse de prédateurs sexuels, de violences à l'égard des femmes, souvent le fait de gens puissants qui continuent d'écraser la Femme : «Je suis automatiquement attiré par les belles femmes. Je les embrasse immédiatement, c’est comme un aimant. Quand t’es une star, elles te laissent faire ce que tu veux. Leur saisir la chatte… tu peux faire ce que tu veux.», disait en 2015, Donald TRUMP, un milliard obscène, devenu président des Etats-Unis.
Au XIXème siècle, et à l’image de son arrière-grand-mère, George SAND prend la défense résolue des femmes, prône la passion, le droit à la jouissance, le désir des plaisirs charnels, fustige le mariage et lutte contre les préjugés d’une société conservatrice. «On savait vivre et mourir dans ces temps-là. On trouvait qu’il valait mieux mourir au bal ou à la comédie que dans le lit, entre quatre cierges et de vilains hommes noirs» disait sa grand-mère, Aurore de Saxe. George SAND fait aussi scandale par sa vie amoureuse agitée et ses effets vestimentaires. Elle n’était pas sensuelle, mais son impétuosité naturelle, des passions débordantes d’un ordre élevé, l’ont entraîné dans une série d’aventures romanesques. «L’amour n’est pas le calcul de pure volonté. Les mariages de raison sont une erreur où l’on tombe, ou un mensonge que l’on se fait à soi-même. (…). Dieu a mis le plaisir et la volupté dans les embrasements de toutes les créatures» dit-elle. Ses biographes prétendent que son mariage serait la plus grave erreur de sa vie, son mari serait «infidèle, brutal, avare, ivrogne, repoussant» écrit Marie-Louise VINCENT. Wladimir KARENINE parle d’un mari : «grossier et brutal». Pour le journal Le Figaro, «nous avons de nombreux regrets à donner à toutes ces aberrations d’un talent qui aurait pu intéresser le public à travers ses œuvres, si la femme s’était contentée d’être femme». Aussi, en raison de ces polémiques et scandales, George SAND a déployé une formidable énergie pour se justifier : «Le père de mon mari était colonel de cavalerie sous l’empire. Il n’était ni rude, ni grognon, c’était le meilleur et le plus doux des hommes. (…) . On accuse mon mari de torts dont j’ai absolument cessé de me plaindre. (…). Je n’ai pu vivre avec lui, nos caractères et nos idées différaient essentiellement. ». George SAND reconnaît aux femmes l’aptitude «à toutes les sciences, à tous les arts, et même à toutes les fonctions comme les hommes». Elle exige qu’on «rende à la femme les droits civils que le mariage seul lui enlève, et que seul le célibat lui conserve».
L’indépendance affichée par George SAND, notamment dans sa vie amoureuse, a contribué à propager le cliché d’une femme émancipée, souvent confondu avec celui d’une militante féministe. Il est vrai que la romancière a conquis sa liberté de haute lutte et s’est affranchie du mariage à la suite d’un procès célèbre contre son mari. Séparée de Casimir DUDEVANT, elle est rentrée en possession de son bien et a obtenu la garde de ses enfants. Toute sa vie, elle a travaillé énergiquement pour assurer son autonomie et entretenir sa famille. George SAND est définie, par ses adversaires, comme «une femme vieillie, épuisée par toutes les débauches de l’esprit et corps» suivant BREUILLARD dans un discours du 7 août 1858. Défendue par ses amis, George SAND est qualifiée de «grand homme» par Gustave FLAUBERT. C’est «La femme la plus féminine que j’aie connue» renchérit Alfred de MUSSET. Appelée, affectueusement, par Hugues LACROIX et Firmin ROZ, la «Bonne dame de Nohant», pour Paul LACROIX, l’œuvre de George SAND, pourrait s’intituler : «L’histoire des femmes au XIXème siècle ou l’Histoire de l’Amour». En effet, «l'amour, c'est une chose qui embrouille la cervelle et fait clocher la raison» écrit George SAND.
George SAND a eu toutes les audaces, publiques et privées, et elle est fortement attirée par Paris et Venise, synonymes, pour elle, de liberté et d'émancipation. «La solitude est bonne, et les hommes ne valent pas un regret» Cependant, elle a eu de nombreux amants : «J’ai eu des amours à tous les crins, qui reniflaient dans mon cœur comme des cavales dans les prés. J’en ai d’enroulés sur eux-mêmes, de glacés et de longs comme les serpents qui digèrent. J’ai plus de concupiscence que j’en ai de cheveux perdus» écrit-elle. «George avait l'âme grande, généreuse et hospitalière ; c'est-à-dire presque incapable du sentiment que le commun des hommes appelle l'amour» écrit Charles MAURRAS dans les «Amants de Venise», pour qui tout n’est que «fausseté de passion». Ce culte voué à la liberté sexuelle, «ce n’est pas seulement le bonheur, c’est le droit supérieur à la personne humaine, c’est une sorte de devoir, même un culte divin ; si bien que tout devient permis, et légitime et un droit sacré à la passion pourvu qu’elle soit sincère» rétorque George SAND.
Ses amours passionnels ont été notamment Alfred de MUSSET et Frédéric CHOPIN. En effet, Alfred de MUSSET et George SAND deviennent amants en juillet 1833. Les amoureux partent en Italie, s’arrêtent à Venise ; George SAND souffre de fièvres violentes, et au lieu de rester à son chevet, MUSSET va s’encanailler toutes les nuits dans les bals et les bordels ; rétablie et furieuse de ses incartades, SAND le congédie ; puis il tombe malade à son tour, et SAND, oubliant son amertume, prend soin de lui. Elle appelle un jeune médecin à la rescousse, Pietro PAGELLO, et un triangle amoureux infernal s’instaure. Leur liaison devient destructrice, faite de disputes violentes, de reproches, de cruautés, et, incapable de supporter un tel quotidien, Musset quitte Sand un mois plus tard. «Je me dis seulement : À cette heure, en ce lieu, Un jour, je fus aimé, j’aimais, elle était belle. J’enfouis ce trésor dans mon âme immortelle. Et je l’emporte à Dieu !» écrit Alfred de MUSSET dans «Souvenir». Alfred de MUSSET, en réaction à cette relation sulfureuse, écrira «On ne badine pas avec l’amour».
La liaison avec Frédéric CHOPIN de 1838 à 1847, a suscité d’acerbes polémiques et critiques. Ils se rencontrent la première fois chez Frantz LISZT. C’est une relation passionnée qui va sombrer dans la destruction. C’est une folle aventure, romantique, électrique, le triomphe de la passion jusqu’à son triste déclin, le couple se découvre, s’aime et se déchire. Mais avant ces orages, cette période est féconde et mutuellement avantageuse pour les deux amoureux. Le compositeur, d’un tempérament assez tyrannique qui ne fait pas bon ménage avec le féminisme de SAND, s’aliène les deux enfants de l’écrivaine, Maurice et Solange. La rupture, qui clôt dix ans de relation, est violente. Particulièrement féroce, George SAND dira avoir été de CHOPIN «le garde-malade pendant 9 ans».
2 – Une littérature féministe visionnaire,
pour l’égalité, une protestation contre la tyrannie
George SAND, en avance sur son temps, résolument antiraciste, a fait l’éloge vibrant du droit à la différence. Elle a osé, une des premières, vivre sa vie, de manière toute virile. Georges LUBIN n’hésite à dire que les attaques, dont elle a fait l’objet, sont une attitude digne de la période victorienne : «Et j’ose dire raciste à l’égard du sexe féminin. C’est toujours le même principe : à l’homme tout est permis, à la femme rien». En effet, sa littérature agreste porte déjà un regard affectueux et compassionnel sur les paysans, les enfants misérables et abandonnés. SAND a pris une position de principe, dans une lettre de mai 1837 : «J’en fais le serment, et voici la première lueur de courage et d’ambition de ma vie ! Je relèverai la femme de son abjection, et dans ma personne et dans mes écrits». Elle réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post).
 
Casimir DUDEVANT, époux violent, ivrogne et infidèle, avait inspiré l’ignoble mari d’Indiana. Pour André MAUROIS «Indiana, c’est George SAND». «Indiana, n’était pas mon histoire dévoilée. (…) C’était une protestation contre la tyrannie en général» dit SAND dans «l’Histoire de ma vie». En fait, «Indiana» est un roman d’amour relatant l’histoire d’une jeune fille mal mariée. «J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société» écrit SAND dans la préface d’Indiana. C’est une dénonciation de la dévalorisation de la femme victimisée. Indiana, jeune et belle Créole de 19 ans, morne, naïve et ignorante, rencontre un jeune noble, le colonel Delamare, plus vieux qu’elle de 44 ans. C’est un mari autoritaire, brutal, tyrannique et partisan de l’Empire. Indiana, une femme se confondant avec le décor de son milieu familial, tiraillée entre le devoir conjugal et la passion pour Raymon, envisage d’abord le suicide, puis se ravise et choisit un autre amant. George SAND défend la thèse suivant laquelle la vérité romanesque est supérieure et à la moralité, Indiana étant «une histoire de cœur humain, avec ses faiblesses, ses violences, ses droits, ses torts, ses biens, ses maux».  René DOUMIC considère «Indiana», «Valentine» et «Jacques» comme des «romans de vulgarisation de la théorie féministe». Leslie RABINE, qui appuie son étude sur «Indiana», «reproche à Sand de fonder son statut exceptionnel de femme écrivain sur l’infériorité des autres femmes». «Flamarande», un roman de George SAND, prouve le contraire de ce qu’affirme le Comte à propos des femmes : «Ce sont des êtres inférieurs en tout ce qui est bon, supérieurs à nous quand il s’agit de faire le mal».George SAND, dans la préface d’Indiana, déclare : «Nous vivons dans un temps de ruine morale, où la raison humaine a besoin de stores pour atténuer le trop grand jour qui éblouit». Pour notre auteure, Indiana n’est ni un genre nouveau, ni roman philosophique, mais «c’est un type ; c’est la femme, l’être faible chargé de représenter les passions opprimées ou si vous l’aimez mieux réprimées par les lois ; c’est la volonté aux prises avec la nécessité, l’amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation. Mais le serpent use et brise ses dents à vouloir ronger une lime, les forces de l’âme s’épuisent à vouloir lutter le positif de la vie». Mais le joug social est si pesant, la vertu si rude, la raison si triste, l’opinion si injuste. La société est gouvernée par la fausse morale.
Les passions amoureuses sont, en partie, une source de la fécondité intellectuelle de George SAND. Ainsi, dans «Lélia», roman du désir irréalisé, irréalisable, travesti, différé et sublimé, le poète Sténio aime passionnément Lélia d'Almovar. C'est une jeune femme qui préfère s'adonner aux joies et aux souffrances de la méditation plutôt qu'aux plaisirs charnels, car, très jeune, elle a vécu un amour malheureux. Lélia aime Sténio mais se refuse à lui. Lélia a un ami et confident nommé Trenmor, qui est un bagnard repenti. Sténio est d'abord jaloux de Trenmor. Il devient pourtant son ami lorsqu'il le retrouve au chevet de Lélia atteinte du choléra. Ils essaient de la sauver avec l'aide d'un moine, Magnus, qui, lui aussi, est très attiré par Lélia. La jeune femme survit. Le roman «Lélia» est un cri de détresse et de révolte. Tout n’est que de froideur, de désespoir sombre, de découragement, de cruelles déceptions. La jouissance ne parait nulle part. C’est l’impossibilité à éprouver du plaisir sexuel qui est la cause de sa détresse. Lélia, c’est la frigidité, aucun homme ne semble la satisfaire : est-ce sa faute ? ou celle des hommes ? Lélia illustre le contraste entre l’infini du rêve et le contraste de la réalité. Léila, corps de marbre alliant à la fois beauté et froideur en quête d’absolu en contraste avec le personnage de Pulchérie incarnant le sens de la vie au corps, les plaisirs et la volupté.
Dans «Le Secrétaire intime» George SAND écrit «Je me suis livrée à tous mes goûts, j’ai cherché toutes les distractions, toutes les amitiés qui me tentaient». Indépendante et fière, le personnage de Quintilia marche dans la vie, la tête haute, sûre d’elle-même, sans se soucier du qu’en dira-t-on. La princesse sortira pure et victorieuse de toutes les calomnies. Le roman «Jacques» est une soumission à la destinée cruelle, la force dans le sacrifice, l’immolation complète, l’acceptation de l’infériorité physique. Dans «Valentine» George SAND dénonce le silence qui règne sous les toits, les affres de la vie conjugale. Dans  «Antonia», paru en  1863, une femme de lettres, extrêmement cultivée, mais aussi véritable précurseur de son temps, milite pour la défense des femmes et de leurs droits, et lutte contre la société conservatrice de l'époque. C’est une littérature engagée, de protestation contre l’esclavage des femmes et le mariage qui en fait de perpétuelles mineures.
B – George Sand et les combats politiques et sociaux de son époque
George SAND a été témoin de faits politiques et sociaux majeurs du XIXème siècle : «Mon siècle a fait jaillir les étincelles de la vérité qu’il couve ; et je les ai vues, et je sais où sont les principaux foyers» écrit SAND. Elle est née seulement 5 ans après la Révolution  qui est, selon elle, «une des phases actives de la vie évangélique. Vie tumultueuse, sanglante, terrible à certaines heures, pleine de convulsions, de délires et de sanglots. C’est la lutte violente du principe d’égalité prêché par Jésus» écrit-elle dans l’histoire de ma vie. «Depuis trente ans on nous pose ainsi la question : Eussiez-vous été royaliste, girondin ou jacobin ? A coup sûr, répondrais-je, jacobin» confesse SAND. «Apparue en un temps fécond, elle se pencha sur son siècle, sur la vie, pour y puiser l’inspiration ; elle regarda le mouvement des hommes qui s’agitent, elle pénétra les pensées de leur tête, elle écouta les palpitations de leur cœur ; elle prit les idées et les passions, les doutes et les croyances, les plaintes et les espoirs, tout le rêve d’une époque troublée, elle embellit ce songe des âmes en ajoutant ses richesses propres» écrit Michel REVON.
Châtelaine, mais de gauche, George SAND aura défendu la République et la liberté à travers sa contribution littéraire. La notion de parti lui déplait ; elle se réclame d’un seul parti : le peuple. Elle a exposé sa sensibilité socialiste, notamment dans son ouvrage «Souvenir de 1848» et dans l’Histoire de ma vie.  «C'est à la lumière de l'idée républicaine d'égalité qu'elle écrit et qu'elle pense. Tant sur le plan privé que public, elle s'est efforcée d'imaginer des transformations du lien social incluant la réciprocité» écrit Nicole MOZET.
1 – George SAND, ses convictions socialistes et les révolutions de 1830 et  1848
Jusqu’en 1830, George SAND ne s’était guère préoccupée de la politique et affectait d’être dépassée par les débats d’idées. 1830 est, pour elle, une année charnière : la Révolution de Juillet l’émeut et l’intéresse. Les journées révolutionnaires du 27 au 29 juillet 1830, à Paris, renversèrent Charles X et mirent fin à la Restauration. Charles X est remplacé par le Duc d’Orléans, qui prend le nom de Louis Philippe 1er. Une liaison passionnée avec l’avocat et député, Michel de BOURGES (197-1853), précipite l’évolution des idées de George SAND. En effet, Michel de BOURGES est un ardent républicain, défenseur des accusés du «procès monstre» d’avril 1835 lorsque sont jugés devant la Cour des pairs les insurgés de Lyon et de Paris. «J’ai vu le peuple grand, sublime, naïf, généreux. (…) La République est conquise, elle est assurée, nous y périrons plutôt que de la lâcher» dit George SAND qui pose la question sociale et celle du partage des biens.
«Les chefs-d’œuvre de la littérature, indépendamment même des exemples qu’ils présentent, produisent une sorte d’ébranlement moral et physique, un tressaillement d’admiration qui nous dispose aux actions généreuses» écrit Mme de STAEL dans «De la littérature». Suivant George SAND, «La bourgeoisie avait fait fortune, elle n’aimait plus les révolutions ; son rôle de 1830 était terminé, elle n’avait plus de principes de gouvernement, elle n’avait plus de philosophie à elle, elle ne se tenait plus, à force de vouloir tenir à tout, elle ne tenait plus à rien». Dans «Compagnons du tour de France», une églogue humaine, George SAND veut initier une littérature populaire : «ce peuple qui forme la race forte où se trouvera la jeunesse intellectuelle dont elle a besoin pour prendre sa volée» dit-elle. George SAND a tracé «le portrait le plus agréable, le plus sérieux possible, pour que tous les ouvriers intelligents et bons eussent le désir de lui ressembler, le roman n’est pas forcément la peinture de ce qui est, la dure et froide réalité des hommes et des choses contemporaines». George SAND voulait cultiver l’amour, la passion de l’humanité et le sentiment de la nature pour aboutir à une doctrine égalitaire. Ce roman a suscité l’ire de la bourgeoisie, et de l’Eglise, en particulier, qui l’a accusée «d’aller étudier avec les mœurs de la populace le dimanche, à la barrière, d’où elle revenait ivre avec Pierre Leroux».
2 – George Sand, et l’Empire de  Bonaparte (1851)
La Révolution de février 1848, animée par des amis socialistes de George SAND substitue la IIème République à la Monarchie de Juillet de Louis Philippe 1er. Le 15 mai 1848 la République sociale est écrasée. Les conservateurs, Le Parti de l’Ordre, avec Adolphe THIERS, élisent Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon III (1808-1873) le 10 décembre 1848, et gagne les législatives du 13 mai 1849. Rendue amère par l’échec de la révolution de 1848, SAND déclare, dès le 16 avril 1848 : «Ici, tout va de travers, sans ensemble. Il y aurait pourtant de belles choses à faire en politique et en morale pour l’humanité». Après la répression de la population, George SAND laisse exploser sa colère : «La République a été tuée dans son principe et dans son avenir. (…) Elle a été souillée par ses cris de mort, la liberté et l’égalité ont été foulées au pied, avec la fraternité». L’ambition et l’égoïsme des dirigeants de gauche a fait échouer la Révolution de 1848. Elle ne revient sur la scène politique qu’après le coup d’État du 2 décembre 1851. «Ce coup d’Etat qui, dans les mains d’un homme vraiment logique, eut pu nous imprimer un mouvement de soumission ou de révolte dans le sens du progrès, ne nous a conduit qu’à un affaiblissement tumultueux à la surface, pourri en dessous. Le Français veut vivre vite. Il se préoccupe peu de l’avenir, il oublie le passé Ce qu’il lui faut, c’est l’intensité d’émotion de chaque jour » écrit en mars 1860, dans «Impression et souvenirs» dit George SAND. Après ce coup d’État perpétré par le président Louis-Napoléon Bonaparte pour se maintenir au pouvoir, George SAND écrit qu’elle donne sa «démission politique», et estime qu’il n’y a plus rien à tirer de l’Empire. Elle ne croit ni en la libéralisation du régime, ni en la politique sociale du souverain. «Les trois actes de la politique de Bonaparte, la paix, le  Concordat et le Consulat à vie, sont les trois aspects d’une même pensée, une volonté personnelle» écrit SAND dans «l’histoire de ma vie». Bonaparte ne fait que préparer «son envahissement absolu» et sa «dictature». George SAND croit en une religion de l’amour qui admet la loi du progrès dans l’humanité, dans la charité, la tolérance et la fraternité avec «un instinct du beau, du vrai et du bien».
Cependant, et en contradiction avec cette position initiale radicale, George SAND plaide pour la libération des prisonniers politiques et l’amnistie des exilés. «Après tout, lorsque les lois fondamentales d’une République sont violées, les coups d’État, ou pour mieux dire les coups de fortune ne sont pas plus illégitimes les uns que les autres […]. Nous n’étions vraiment plus en République, nous étions gouvernés par une oligarchie, et je ne tiens pas plus à l’oligarchie qu’à l’Empire. Je crois que j’aime encore mieux l’Empire» écrit le 29 décembre 1851, George SAND. Pourtant, dans son engagement républicain et socialiste,  sa devise est : «Je soupire après le juste, le vrai et la liberté». Ses amis socialistes estiment qu’elle s’est ralliée à l’Empire, et ses démarches auprès de Napoléon, pour implorer la libération des prisonniers, seraient une trahison. «Républicaine toujours, mais, convaincue que vous seriez le meilleur chef d’une république, ou la meilleure compensation à une République impuissante à renaître, je me moque pour mon compte de l’accusation de trahison que quelques-uns ne m’épargnent pas» écrit George SAND.
Conclusion :
Retirée à Nohant depuis 1870, avec de rares déplacements, George SAND meurt le 8 juin 1876. A ses obsèques, sont présents notamment : le prince Napoléon, parrain de sa petite fille Gabrielle, et Alexandre DUMAS. «Je pleure une morte et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée, aujourd’hui dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple. Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon.» dira Victor HUGO le 10 juin 1876.
Bibliographie très sommaire :
1 – Contributions de George Sand
SAND (George), André, Paris, Calmann-Lévy, 1856, 282 pages ;
SAND (George), Claudie, drame en 3 actes, Paris, Michel Lévy, 1866, 90 pages ;
SAND (George), Compagnon du tour de France, Paris, Pérotin, 1841, 2 vol, 392 et 480 pages ;
SAND (George), Consuelo, Paris, Calmann-Lévy, 1882, 359 pages ;
SAND (George), Correspondances 1812-1876, Paris, Calmann-Lévy, 1884, 413 pages ;
SAND (George), Correspondances George Sand et Alfred de Musset,  Félix Decori, éditeur, Bruxelles, E. Deman, 1904, 187 pages ;
SAND (George), François Le Champi, Paris, Michel Lévy, 1869, 243 pages ;
SAND (George), Histoire de ma vie, Paris, La Pléiade, tome 1 (1800-1822), 1970, 1536 pages et tome 2, (1822-1832), 1971, 1648 pages et Paris, Gallimard, Quarto, 2004, 1664 pages ;
SAND (George), Impressions et souvenirs, Paris, Michel Lévy, 1873, 366 pages ;
SAND (George), Indiana, Paris, Calmann-Lévy, 1852, 334 pages ;
SAND (George), Jacques, Paris, Michel Lévy, 1857, 282 pages ;
SAND (George), L’homme de neige 3, Paris, Michel Lévy, 1883, 300 pages ;
SAND (George), La comtesse de Rudolstadt II, Paris, Calmann-Lévy, 1882, 332 pages ;
SAND (George), La confession d’une jeune fille, Paris, Calmann-Lévy, 1880, 311 pages ;
SAND (George), La mare au diable, Paris, J. Hetzel, 1857, 96 pages ;
SAND (George), La petite Fadette, Paris, Calmann-Lévy, 1887, 237 pages ;
SAND (George), Le château des dessertes, Paris, Michel Lévy, 1866, 287 pages ;
SAND (George), Le Marquis de Villemer, Paris, Calmann-Lévy, 1876, 379 pages ;
SAND (George), Le meunier d’Angibault, Paris, Calmann-Lévy, 1884, 377 pages ;
SAND (George), Légendes rustiques, Guéret, Verso, 1987, 101 pages ;
SAND (George), Lélia, Paris, Calmann-Lévy, 1864, 308 pages ;
SAND (George), Les amours de l’âge d’or : Evenor et Leucippe, Paris, Michel Lévy, 1866, 320 pages ;
SAND (George), Les lettres d’un voyageur, Paris, Michel Lévy, 1869, 344 pages ;
SAND (George), Les maîtres sonneurs, Paris, Alexandre Cadot, 1853, 303 pages ;
SAND (George), Ma vie littéraire et intime, Clermont-Ferrand, éditions Paléo, 2012, 393 pages ;
SAND (George), Mauprat, Paris, Calmann-Lévy, 1930, 383 pages ;
SAND (George), Pourquoi les femmes à l’académie ?, Paris, Michel Lévy, 1863, 16 pages ;
SAND (George), Questions d’art et de littérature, Paris, Calmann-Lévy, 1878, 431 pages ;
SAND (George), Souvenirs de 1848, Paris, Calmann-Lévy, 1880, 434 pages ;
SAND (George), Souvenirs et idées, Paris, Calmann-Lévy, 1904, 281 pages ;
SAND (George), Théâtre de George Sand, Paris, Michel Lévy, 1860, 372 pages ;
SAND (George), Valentine, Paris, Henri Dupuy, 1832, tome 1, 351 pages et tome 2, 344 pages.
2 – Critiques de George Sand
AGEORGES (Joseph), «Parler rustique dans l’œuvre de George Sand», Revue du Berry, septembre 1901, pages 308-392 ;
AGEORGES (Joseph), L’enclos de George Sand, Paris, Bernard Grasset, 1910, 198 pages ;
ANCEAU (Eric), «George Sand et le pouvoir politique : du coup d’Etat du  2 décembre 1851 à la révolution du 4 septembre 1870» in George Sand, terroir et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, pages 247-262 ;
ARON (Raymond), Misérable et glorieuse : la femme au XIXème siècle, Paris, éditions Complexe, 1984, collection Bibliothèque de littérature et d’histoire, 248 pages ;
AURAIX-JONCHIERE (Pascale), BERNARD-GRIFFITHS (Simone) et LEVET (Marie-Cécile), La marginalité dans l’œuvre de George Sand, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2012, 404 pages ;
BARRY (Joseph), George Sand ou le scandale de la liberté, Paris, Seuil, collection Points, Essai, 1982, 567 pages ;
BEIZER (Janette), ENDER (Evelyne), «Ecoute le chant du labourage : chants de travail et de l’écriture dans les veillées du chanvreur», Littérature, 2004, n°134, pages 95-110 ;
BENOIST (Antoine), Essai de critique dramatique : George Sand, Musset, Feuillet, Augier, Dumas fils, Paris, Hachette, 1898, 384 pages, spéc «Le théâtre de George Sand» pages 1-63 ;
BENOIT (Claude), «L’art de bien vieillir chez deux grandes deux grandes femmes des lettres : George Sand et Colette», Gérontologie et société, 2005, 3, vol 23, n°114, pages 167-193 ;
BERGER (Anne-Emmanuelle), «L’amour sans hache», Littérature, 2004, n°134, pages 49-63 ;
Bibliothèque Nationale de France, George Sand, visage du romantisme, sous la direction de Roger Pierrot, conservateur en chef, Paris, 1977, 160 pages ;
BORDAS (Eric), «Les histoires du terroir à propos des légendes rustiques de George Sand», Revue d’Histoire Littéraire de France, 2006, 1, vol 106, pages 67-81 ;
BOSCO (Monique), «George ou la nouvelle Aurore», Etudes Françaises, 1988, 241, pages 85-93 ;
BUIS (Lucien), Les théories sociales de George Sand, Paris, Pédone, 1910, 207 pages ;
CAMENISH (Annie), La condition féminine dans les romans de George Sand, de Monsieur Sylvestre (1865) à Albine (1876), Thèse pour le doctorat de littérature, sous la direction du professeur Jean-Pierre Lacassagne, Strasbourg, 1997, 2 volumes, 520 pages ;
CARO (Elme-Marie), George Sand, P. Bordard et Gallois, collection «Les Grands écrivains français», 1887, 203 pages ;
CLOUARD (Maurice), Alfred de Musset et Georges Sand, Paris, Imprimerie et librairie centrale des chemins de fer, 1896, 39 pages ;
D’HAUSSONVILLE (Vicomte), Etudes biographiques et littéraires, Paris, Calmann-Lévy, 1879, 409  pages, spéc pages 233-409 ;
D’HEYLLI (Georges), La fille de George Sand, commentaire de Mme Edmond Poinsot, Paris, 1900, 133 pages ;
DEVAUX (Auguste), George Sand, Paris, Paul Ollendorff, 1895, 136 pages ;
DIAZ (Brigitte), George Sand, pratiques et imaginaires de l’écriture, Presses universitaires de Caen, 2017, 403 pages ;
DOUMIC (René), George Sand, dix conférences sur sa vie et son œuvre, Paris, Perrin, 1909, 362 pages ;
FAGUET (Emile), Amours d’hommes de Lettres, Chateaubriand, Lamartine, Guizot, Mérimée, Sainte-Beuve, George Sand et Musset, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1907, 501 pages, spéc 439-501 ;
GANCHE (Edouard), Frédéric Chopin, sa vie, son œuvre, Paris, Mercure de France, 1921, 462 pages, spéc pages 176-202 ;
GRIMARD (Elise), Le féminisme de George Sand : engagement individuel ou collectif ?, Maîtrise ès Arts, histoire, juin 1998, Sherbrooke, 124 pages ;
GROS (J-M), Le mouvement littéraire socialiste depuis 1830, Paris, Albin Michel, 322 pages, spéc pages 84-109 ;
HAECK (Philippe), «Cœur et intelligence, histoire de ma vie», L’art du roman aujourd’hui, mars-avril 2005, n°201, pages 32-33 ;
HAMON (Bernard), George Sand et la politique, préface de Michelle Perrot, Paris, L’Harmattan, 2001, 496 pages ;
HOOG NAGISKI (Isabelle), «Lélia, ou l’héroïne impossible», Etudes Littéraires, 2003, 352-3, pages 87-106 ;
JUIN (Hubert), «George Sand et Pierre Leroux» in Lectures du XIXème siècle, Paris, U.E.G, 1977, pages 172-180 ;
KARENINE (Wladimir), George Sand, sa vie et ses œuvres (1833-1838), Paris, Plon-Nourrit, 1899, 160 pages ; 1899, période de 1848-1876, 757 pages ;
LAPAIRE (Hugues), ROZ (Firmin), La bonne dame de Rohant, avec le portrait de George Sand, Paris, F. Laur, 1898, 231 pages ;
LAPORTE (Dominique), «L’art romanesque et la pensée de George Sand, dans Jacques 1834», Etudes Littéraires, 1996, 292, pages 123-136 ;
LAPORTE (Dominique), «Une scénographie républicaine au féminin : la confession d’une jeune fille», Tagence, 2010, n°94, pages 23-43 ;
 LECIGNE (Constantin), George Sand, Paris, P. Lethilleux, collection «Femmes de France», 1910, 126 pages ;
Les Amis de George Sand, «Divers articles», 1977, 23 pages ;
MARIETON (Paul), Une histoire d’amour : les amants de Venise, George Sand et Musset, Paris, Paul Ollendorf, 1903, 335 pages ;
MARILLER (Léon), La sensibilité de l’imagination chez George Sand, Paris, H. Champion, 1896, 188 pages ;
MARIX-SPIRE (Thérèse), «Naissance d’une passion : George Sand et Chopin», Cahiers de l’association internationale des études littéraires, 1976, n°28, pages 263-277 ;
MAUPASSANT de (Guy), Lettres de Gustave Flaubert à George Sand, Paris, G. Charpentier, 1884, 289 pages ;
MAUROIS (André), Lélia ou la vie de George Sand, Paris, 2004, Le Livre de Poche, 736 pages ;
MAURRAS (Charles), Les amants de Venise, Paris, Flammarion, 1902 et 1926, 268 pages ;
MOSELLEY (Emile), George Sand, Paris, éditions d’art et de littérature, collection «Femmes illustres», 1911, 204 pages ;
PEILLON (Vincent), Pierre Leroux et le socialisme républicain : une tradition philosophique, Lormont (Gironde), Bord de l’eau, 2003, 327 pages ;
PERES (Jacques-Noël), «George Sand, entre socialisme évangélique et messianisme social», Autres temps, Cahiers d’éthique sociale et politique, 1999, n°63, pages 49-60 ;
PERROT (Michelle), présentation, George Sand : politique et polémiques (1843-1850), Paris, Imprimerie nationale, collection «Acteurs de l’histoire», 1997, 578 pages ;
PHILIBERT (Audebrant), Romanciers et viveurs du XIXème siècle, Paris, Calmann-Lévy, 1904, 246 pages, spéc sur le château de George Sand, pages 99-127 ;
PLANTE (Christine), «George Sand et le roman épistolaire : variations sur l’historicité d’une forme», Littérature, 2004, n°134 pages 77-93 ;
POLI (Annarosa), «George Sand et la mythologie d’eau douce, les lacs italiens», Etudes françaises, 1988, 241, pages 29-40 ;
POMPERY de, (Alexandre), Un ami de George Sand, Paris, Chez tous les libraires, 1897, 44 pages ;
REVON (Michel), George Sand, Paris, Paul Ollendorff, 1896, 148 pages ;
ROCHEBLAVE (Samuel), George Sand et sa fille, d’après leurs correspondances inédites, Paris, Calmann-Lévy, 1905, 299 pages ;
ROCHEBLAVE (Samuel), George Sand, pages choisies, Paris, Armand Colin et Calmann-Lévy, 1900, 390 pages ;
ROUGET (Marie-Thérèse), George Sand, «Socialiste», thèse de doctorat, université de Dijon, 1931, Bosc Frères, L Riou, 222 pages ;
SALOMON (Pierre), «Les rapports de George Sand et de Pierre Leroux en 1845 d’après le prologue de la mare au diable», Revue d’histoire littéraire de la France, 1948, 1, pages 352-357 ;
SCHOR (Naomi), «Le féminisme et George Sand : Lettres à Marcie», Revue des Sciences humaines, 1992, n°226, pages 23-35 ;
THOMAS (P. Félix), Pierre Leroux, sa vie, son œuvre, sa doctrine : contribution à l’histoire des idées au XIXème siècle, Paris, Félix Alcan, 1904, 340 pages ;
VALOIS (Marie-Claire), «Histoire de ma vie : George Sand, poète ouvrière»,  Littérature, 2004, n°134, pages
VIARD (Jacques), «George Sand et les chroniques romanesques de Giono», Revue d’histoire littéraire de France, janvier-février 1977, 77, n°1, pages  75-100 ;
VINCENT (Marie-Louise), George Sand et l’amour,  Paris, Edouard Champion, 1917, vol 1, 270 pages ;
VINCENT (Marie-Louise), George Sand et le Berry,  Paris, Edouard Champion, 1919, vol 2, 366 pages ;
VINCENT (Marie-Louise), La langue et le style rustiques de George Sand dans les romans champêtres,  Paris, Edouard Champion, 1917, vol 1, 270 pages ;
WERMEYLEN (Pierre), Les idées politiques et sociales de George Sand, Bruxelles, éditions de l’université de Bruxelles, 1985, 372 pages ;
ZANONE (Damien), «Romantiques ou romanesques ? Situer les romans de George Sand», Littérature, 2004, 134, pages 5-21.
Paris, le 18 octobre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 

 

George SAND (1804-1876), un puissant souffle de liberté du romantisme.
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«George SAND (1804-1876), une littérature champêtre, une féministe, laïque et républicaine», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 17:46
«Toute sa noble vie fut un long apostolat en faveur du peuple, seule puissance légitime qui puisse assurer l’immortalité à ses défenseurs» écrit Guillaume PAUTHIER dans la préface de la Grande étude. Organe et représentant de la raison et de la conscience humaines, Confucius continue, après 26 siècles, à recevoir des honneurs presque divins. «Réanimer le Vieux pour acquérir la connaissance du Nouveau» tel est l’objectif général poursuivi par Confucius. «Deviens ce que l'homme est» pourrait être la maxime de Confucius. Ce grand sage invite les hommes de pénétrer et approfondir les choses, de rectifier les mouvements de leur cœur, de se corriger, de se perfectionner eux-mêmes et de gouverner les hommes dans la rectitude, pour le Bien commun. L’esprit de l’homme a acquis assez de maturité ; chacun doit accomplir ses devoirs envers lui-même, envers les autres hommes et envers la société tout entière, avec abnégation, rigueur, amour, pour l’intérêt général, et en visant la perfection de soi-même. Cette exigence morale s’adresse aussi bien aux administrés qu’aux gouvernants. En effet, l’homme a une mission sacrée : celle d’affirmer et d’élever toujours plus haut sa propre humanité. La doctrine de Confucius est une véritable révolution culturelle qui se confond avec le destin de la civilisation chinoise. Figure de la conscience universelle, au même titre que Socrate, Bouddha ou le Christ, la pensée de Confucius est un saut qualitatif, une réflexion de l’homme sur l’homme afin de le rendre meilleur. En effet, Confucius a vécu dans une époque où régnaient les guerres et la confusion. Homme de génie de la civilisation la plus ancienne du monde, maître érudit et éveilleur de conscience, pour sauver le monde de son temps, qu’il jugeait en perdition, Confucius s’employa, sans relâche, à travers son enseignement et par une conduite qu’il voulait irréprochable, à former le cœur de ses disciples pour en faire des hommes de bien. Croyant au pouvoir de l’exemple, il rêva aussi de réformer la classe dirigeante en s’efforçant de lui inculquer l’esprit de moralité qui avait habité les Sages Rois du passé, à lui faire recouvrer la voie de la rectitude que ces bienfaiteurs de l’humanité s’étaient attachés de suivre, et à prendre comme modèle ces parangons de vertu. Confucius n’a jamais cessé de chercher et défendre un chemin vers le dépassement des difficultés grâce à la connaissance. «Si tu veux être sage, apprend à interroger raisonnablement, à écouter avec attention, à répondre sereinement et à te taire quand tu n’as rien à dire» dit-il. «La conscience est la lumière de l’intelligence pour distinguer le Bien du Mal» écrit-il. Confucius est celui qui s’obstine à vouloir sauver un monde en décomposition, tout en sachant que c’est peine perdue ; il a une démarche messianique, canonique. Après avoir étudié la doctrine des Anciens, pour sauver la Chine de l’affaissement des valeurs morales, Confucius a dégagé, dans sa Grande étude, les principes suivants : «Développer et rendre à sa clarté primitive le principe lumineux de la raison que nous avons reçu du Ciel ; renouveler les hommes et ne placer sa destination définitive que dans le souverain Bien ; connaître le but où on doit tendre, ou sa destination définitive ; mettre le bon ordre, bien gouverner, pacifier et porter ses connaissances à leur dernier degré de perfection». La mémoire des anciens rois est restée dans le souvenir des hommes parce qu’ils ont dirigé la Chine en pratiquant la vertu. Les Chinois ont adoré le créateur de l’univers appelé Xam-Ti et auquel le troisième empereur, Hoam-Ti, a bâti un temple. Fo-hi serait le 1er empereur qui aurait régné 2952 ans avant Jésus-Christ. Dans son ouvrage, Chun Qiu ou       Annales des «Printemps et Automnes», Confucius écrit que dans les Etats florissants, ceux du Printemps, sont ceux dirigés par des Princes vertueux et sages. En revanche,  lorsque les Princes sont méchants et ont peu d’esprit, ils tombent, comme à l’Automne, et se détruisent entièrement en feuilles mortes. C’est pour cela que les hommes conserveront, pour les princes sages, une grande vénération, plus le temps s’éloignera, moins ils seront oubliés. La tendance athéiste a dominé un instant, faisant croire que «le principe et la fin de toutes choses, étaient le néant». Confucius rétablit les valeurs morales. En effet, la pensée de Confucius tourne autour de l’éducation, et notamment de trois vertus fondamentales : la Bonté, qui génère paix et joie intérieures ; la Science, qui permet de dissiper les doutes et le Courage, qui fait fuir toute forme de peur. Dans sa pensée, un esprit tolérant, Confucius plaide pour la réflexion et la modération dans le comportement.
Confucius, un lettré, philosophe et théoricien de la politique, est le fondateur de la première école chinoise de la sagesse, dans la Chine féodale des premiers siècles, au temps des «Royaumes combattants». Confucius, dans sa doctrine, n’avait pour but que de dissiper les ténèbres de l’esprit, bannir les vices, rétablir cette intégrité qu’il assurait avoir été un présent du Ciel. Il faut écouter et obéir les instructions du Ciel, à le craindre, à le servir, à aimer son prochain comme soi-même, à se vaincre, à soumettre ses passions à la raison, à ne rien faire, à rien dire, à ne rien penser qui fût le contraire. Pragmatique, il prône une «voie à suivre» dans l'action, la transmission du savoir et le respect pour «l'Antiquité», assimilée à un ordre parfait. «Appliquez-vous à garder en toute chose, le juste milieu» dit-il. De ses réflexions sur les problèmes de son temps, ses élèves tirent un recueil destiné à l’enseignement de la vertu. Un siècle et demi plus tard, ses disciples, notamment Meng-Tzu ou encore appelé Mencius (372-289 avant J-C), ont propagé sa pensée. Au centre de la pensée de Mencius se trouve la bonté innée de la nature humaine, don du Ciel qui atteint la perfection avec le saint Confucéen. Il importe avant toute chose de développer son attirance vers le bien et la justice. Le Saint joue un rôle essentiel dans la conservation de la voie dite royale face aux hérésies et à la décadence morale. Un autre disciple de Confucius, Hsün-Tsu (310-238 avant J-C), ne croit pas à la bonté naturelle de l’homme ; il met l’accent sur le rôle de l’éducation en vue du perfectionnement de l’individu.  De nos jours, on reconnaît en Confucius une des grandes figures de la civilisation mondiale. Le confucianisme va dès lors profondément imprégner la manière d’être et de penser des Chinois, en particulier l’élite d’administrateurs lettrés recrutés par concours, les mandarins. «Quand vous plantez une graine une fois, vous obtenez une seule et unique récolte. Quand vous instruisez les gens, vous en obtenez cent» dit-il. Divers empereurs, tel Wang Mang, se conduisent aussi en fervents adeptes de l'antique sage. Confucius et sa doctrine n'appartiennent pas seulement à la Chine, mais au monde tout entier où il est reconnu comme une des grandes figures de la civilisation et de la culture universelle. Il a considérablement influencé les philosophes grecs, même si l’Occident a du mal à le reconnaître.
Confucius, dont le patronyme était QIU et le prénom Zhongni, naquit à Quyi, ville de la principauté de Lu, ville appelée aujourd'hui Qufu, dans la province du Shandong. Confucius est la latinisation, opérée par les Jésuites missionnaires en Chine, à partir du XVIème siècle, du nom chinois de Kong Fuzi ou maître Kong. Présumé lointain descendant d'une dynastie royale, le petit Kong naquit au sein d'une famille modeste. Son père, officier de rang subalterne, épousa à plus de soixante dix ans une jeune fille d'une quinzaine d'années. Son enfance est pauvre et misérable, car ayant perdu son père à l'âge de trois ans, sa mère l'éleva avec les maigres revenus qu'un lopin de terre, octroyé aux veuves de fonctionnaires sans fortune, lui rapportait. Il est certain que ce quasi dénuement influença et marqua profondément l'enfant, car il n'eut de cesse d'étudier et de travailler pour améliorer sa condition. Son ambition était grande. Sa vie apparaît plutôt comme l'histoire d'un échec, l'échec d'un homme qui, naît dans des conditions modestes, et qui veut s’élever dans la société, se perfectionner. Confucius nourrissait de grandes ambitions politiques mais ne parvint jamais à les réaliser. La plupart de ses disciples réussirent très vite à s'imposer, alors qu'il resta un théoricien et un enseignant. Il s'appliqua avec rigueur et constance aux études, se maria très jeune, puis vers l'âge de vingt deux ans. Il eut un fils nommé PEYN ; c’est le seul enfant qu’il eut mais sa race ne s’éteignit pas pourtant ; il lui resta un petit-fils, appelé Cusu qui s’attacha à sa philosophie. Alors qu'il n'était encore qu'un enfant, Confucius perdit son père, modeste fonctionnaire, laissant sa famille dans la misère. D'abord petit employé chargé de l'administration du bétail, puis des greniers, il accéda vers la quarantaine aux fonctions de préfet, et de responsable des travaux publics, puis de responsable de la sécurité et de la justice. Confucius fut un moralisateur prodiguant ses conseils aux souverains qui voulaient bien l'écouter. Par ce fait, il tentait de poser quelques principes dans le monde de chaos qui était la Chine d'alors. A l'instar des autres grands initiés que furent Pythagore, Moïse, Socrate et Jésus, il écrivait très peu et son enseignement nous a été délivré par ses disciples.
Toute sa vie, Confucius eut la passion d'apprendre et d'enseigner. Il fut un grand érudit aux multiples talents et, de son vivant même, sa réputation s'étendait fort loin. Avant lui, sous la dynastie des Zhou, les études s'effectuaient dans l'administration sous la conduite de fonctionnaires de celle-ci. L'enseignement général était le monopole exclusif des nobles, mais il était dénié au peuple. Au surplus, la notion même d'enseignant professionnel à plein temps était inconnue. L'enseignement visait à dispenser aux nobles une formation à la fois civile et militaire par l'étude des «six arts»: rites, musique, tir à l'arc, conduite des chars, calligraphie et mathématiques. Confucius vécut à la fin de la période «des Printemps et des Automnes» au moment où la société chinoise, passant de l'esclavagisme au féodalisme, connaissait des troubles et subissait de profonds changements. Les «études au sein et par l'administration» perdaient progressivement leur fondement politique et économique tandis que la culture se popularisait. Conscient de cette tendance, Confucius brisa le monopole exercé sur l'éducation par la classe noble en ouvrant une école privée, accueillant aussi bien les pauvres que les riches. «Mon enseignement est destiné à tous, sans distinction» disait-il. Confucius parcourut avec ses disciples les pays de Wei, Cao, Song, Zheng, Chen, Cai, etc., exposant ses points de vue politiques et enseignant sa doctrine morale, mais sans succès. Confucius revint finir sa vie dans la principauté de Lu, où il se consacra à l'écriture et à l'enseignement. Vers la soixantaine, Confucius abandonnera ses fonctions administratives, pour se consacrer, chez lui, exclusivement à l’enseignement. Il a compris que la carrière politique était liée à des compromissions avec des souverains ayant perdu le sens du mandat céleste. Il commença à s'attacher des disciples quand il eut atteint la trentaine. De son vivant et par après, son enseignement eut une influence considérable dans les domaines de l'éducation, de la politique, de l'économie, de la culture, aussi bien que dans celui de l'éthique et de la morale. Il s'y consacra près d'un demi-siècle jusqu'à ce que la maladie l'emporte à l'âge de 72 ans. Ses disciples observèrent un deuil de trois ans. Né et mort à Qufu, son temple, sa maison et le cimetière où il est enterré sont devenus monuments historiques classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1994. Douze dynasties d’empereurs chinois ont agrandi et conservé ces sites. En 213, avant Jésus-Christ, Cheu Houang de la dynastie des Ts’în persécuta les disciples de Confucius, mais de nombreuses tablettes ont été cachées par la famille de Confucius, et donc de ce fait, ont été sauvées de la destruction par le feu.
La pensée de Confucius n'a pas seulement exercé une profonde influence sur le développement de la société chinoise, et en particulier de l'éducation et de la morale, elle a aussi eu un impact hors de Chine. En Occident, la philosophie grecque ainsi la pensée des Lumières, ont adopté une conception positive et laudative de la société et de la politique chinoise, notamment de la philosophie chinoise classique. Confucius influencera considérablement les stoïciens Epictète et Marc-Aurèle, ainsi que la métaphysique d’Aristote. En effet,  à la fin du XVIème siècle, les missionnaires jésuites, venus évangéliser la Chine, répandirent les idées de Confucius en Occident. C'est principalement sur les philosophes des Lumières que cette influence fut considérable en Europe. Celle-ci en était alors au stade de la révolution bourgeoise et, pour combattre le despotisme et le principe du droit divin, ces penseurs cherchèrent des arguments dans la doctrine de Confucius. Sa philosophie athée, sa vision moraliste de la politique, sa conception du caractère indissociable de la politique et de l'éthique et sa théorie de l'économie qui mettait l'accent sur la production agricole remplirent d'admiration des penseurs tels que d'Holbach, Voltaire, ou Quesnay, qui encensèrent Confucius, l'utilisant à leur façon pour dénoncer les abus de leur temps et attaquer le despotisme et la doctrine du droit divin, en lui prêtant leurs propres idéaux.
Par les récits qu’en ont faits les Jésuites, envoyés en 1685 en Chine par Louis XIV, la pensée de Confucius traduite ainsi en langue française, est devenue, pour les philosophes des Lumières, une importante source d’inspiration, l’asile de la vertu, de la sagesse et de la félicité «On peut dire que la morale de ce philosophe est infiniment sublime, et qu’elle en même temps sensible et puisée dans les plus pures sources de la raison naturelle. Assurément, jamais la raison destituée des lumières de la révélation divine n’a paru si développée, avec tant de force. Comme il n’y a aucun devoir dont Confucius ne parle, il n’y en a aucun qu’il outre. Il pousse bien sa morale, il ne la pousse pas plus loin qu’il ne faut, son jugement lui faisant connaître toujours jusqu’où il faut aller et il faut s’arrêter» écrit Simon FOUCHER dans l’introduction de la morale de Confucius. «Quiconque a écrit sur nos devoirs a bien écrit dans tous les pays du monde, parce qu’il n’a écrit qu’avec raison. Ils ont tous dit la même chose : Socrate, Epicure, Confucius et Cicéron, Marc-Antonin et Amurah second ont eu la même morale» écrit Voltaire dans son dictionnaire philosophique. Opposé fermement au catholicisme, avocat du déisme, Voltaire propose de remplacer la religion par la morale, en faisant à la raison, pour bâtir une société équitable. Pour édifier une philosophie des lumières, Voltaire reprend la vulgate sinophile et la morale de Confucius suivant laquelle «ne faites pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fissent». Il loua la Chine antique de Confucius qui adorait la vertu. «Sans éblouir le monde, éclairant les esprits, il (Confucius) qu’en sage, et jamais en prophète. Cependant, on le crut, et même en son pays» écrit Voltaire qui valorise la doctrine émancipatrice de Confucius fondée sur les vertus d’unité, de modération, de tolérance, de critique de soi, d’amitié, d’humilité, d’humanité et d’hospitalité. Par conséquent, l’humanité est identique à elle-même, en dépit de ses multiples aspects. La lutte contre le despotisme des gouvernements d’Asie est, pour Voltaire, une source d’inspiration pour les Occidentaux qui combattaient l’absolutisme royal. Dans l’esprit des Lumières, il fallait donc réformer la monarchie française. «Confucius ne recommande que la vertu ; il ne prêche aucun mystère (…) pour apprendre à gouverner, il faut passer tous ses jours à se corriger» écrit Voltaire dans l’introduction de l’essai sur les mœurs. Le Prince doit réprimer ses passions et « rectifier la raison qu’il a reçue du Ciel, comme on essuie un miroir terni ; qu’il doit aussi se renouveler soi-même, pour renouveler le peuple par son exemple. En Chine, l’Empereur, premier pontife souverain du Ciel et de la Terre, était «le premier philosophe de l’empire : ses édits sont presque toujours des instructions et des leçons de morale» dit Voltaire dans son Essai sur les moeurs. «Que devrons faire nos souverains d’Europe en apprenant de tels exemples ? Admirer et rougir, mais surtout imiter» écrit Voltaire dans son dictionnaire philosophique. Pour Voltaire, Confucius a tous les honneurs, non pas les honneurs divins, mais ceux que mérite un homme qui a donné de la divinité les idées les plus saines que puisse former l’esprit humain. Voltaire qui se défend de faire l’apologie de l’athéisme dans la doctrine de Confucius reprend la formule de P. COMTE «Les Chinois ont connu le vrai Dieu, quand les autres étaient idolâtres, et qu’ils lui ont sacrifié dans le plus ancien temple de l’univers».
La pensée de Confucius nous est utile au XIXème siècle à plus d’un titre, elle nous aide à nous enrichir de l’art du bien-vivre ensemble, à nous rappeler de toujours chercher à nous améliorer, à nous redresser lorsque nous traversons des situations difficiles, à nous réveiller lorsque la facilité nous envahit et à développer en nous la vertu de bienveillance, de prudence éclairée ou d’humanité pour un monde harmonieux et fraternel. Au cœur de la pensée antique chinoise, il y a le «Tao», qui désigne une voie, une route un chemin. L’harmonie et l’ordre universel dépendent des manifestations de ce Tao. Cependant, contrairement aux religions monothéistes, c’est une volonté divine qui ne fait pas référence à un Dieu créateur. Différent en cela aux autres religions, le bouddhisme n’est pas un acte d’allégeance à Dieu, mais une doctrine de sagesse individuelle, une croyance en l’homme et en sa capacité de devenir meilleur. Confucius rejeta la religion et la piété et arrêta le torrent de superstition et d’idolâtrie. L’âme humaine ne devrait être ornée que sobriété, frugalité, modération et justice. Sa doctrine est un formidable pari sur l’homme. En effet, pour Confucius, il y a une providence qui provoque une harmonie naturelle, de façon à ce que chaque chose occupe la place qui lui échoit afin de remplir sa fonction propre. Ainsi, si les gouvernants s’acquittaient de leurs devoirs avec équité et justice, l’Etat connaîtrait une prospérité. Si le peuple se montrait disposait à rechercher la voie, la société serait pleinement fondée sur la réussite et le bonheur.
Le Taoïsme préconise la passivité et le retour à la nature. Il faut laisser les choses se dérouler et s’abandonner au mouvement naturel. En instituteur du genre humain, et rejetant les spéculations intellectuelles, Confucius qui reprend le Tao des Anciens chinois, dans ses principaux ouvrages (La Grande étude, L’invariabilité dans le Milieu, ses entretiens philosophiques) y a apporté sa touche personnelle en privilégiant le pragmatisme. Pour lui, l’ordre social ne règne que si les hommes s’acquittent de leurs devoirs, du gouvernant jusqu’au modeste citoyen. La pensée de Confucius codifie les rapports sociaux en intimant aussi bien aux gouvernants qu’aux citoyens une bonne conduite à tenir. Confucius recommande les vertus de la bienveillance, de la générosité, de la bonne foi et de la loyauté. Ce grand sage part du principe que quelle que soit sa place dans la société, la nature humaine n’est ni, par principe, bonne ou mauvaise, mais que tout individu doit apprendre à devenir meilleur par une connaissance et un effort constant sur soi-même. «Lorsque le Milieu et l’Harmonie sont au point de perfection, le ciel et la terre sont dans un état de tranquillité parfaite et tous les êtres reçoivent leur complet développement» dit-il dans le «Tchoung-Young» ou L’invariabilité dans le Milieu. «Sur terre, tous les rapports humains sont du type, frères aînés, frères cadets» dit Confucius. Cela veut dire que tous les humains forment une famille, comme à l’intérieur de toutes les familles, les relations sont hiérarchisées, les aînés primant sur les cadets.
Finalement, Confucius assigne à tous, gouvernants et gouvernés, la persévérance de la conduite dans une ligne droite, éloignée des extrêmes, la  voie de la vérité.
I – Confucius et la codification du rapport avec les  gouvernants
La Chine antique était composée de plusieurs Etats féodaux qui se combattaient incessamment. Les troubles compromettaient l’autorité des gouvernants. Par ailleurs la population souffrait en raison de cette instabilité incessante. Différentes écoles de pensée apparurent afin de préconiser les voies et moyens de remédier à ce désordre en vue d’établir un ordre social et un code moral. C’est dans ce contexte que les enseignements de Confucius auront une influence déterminante. Il faut faire «jouir le monde de la paix  et de l’harmonie, en bien gouvernant l’empire» dit Confucius.
Confucius est légitimiste et sa pensée se caractérise par un goût prononcé de l’ordre ou plus exactement de l’ordonnancement érigé au rang de Bien suprême. Cette rationalité chinoise est imprégnée d’un esprit rituel afin de parvenir à une harmonie productrice du Bien. En effet, Confucius était confronté à un délitement de l’ordre politique et sa conception particulière de l’art de gouverner était une réponse pour apaiser ces tensions.
A – La bonne gouvernance en vertu d’un mandat céleste
Confucius considère l’art de  gouverner les hommes comme la plus haute et la plus importante mission confiée à un mortel, comme un «véritable mandat céleste». L’élite n’a pas de privilèges, mais d’importantes responsabilités ; les gouvernants doivent avoir une conscience critique. Le souverain doit pratiquer le Bien et éviter le Mal. Le Prince  conservera ainsi l’affection du peuple, s’il gouverne avec un principe rationnel et moral. En effet, l’homme noble n’est plus déterminé exclusivement par la naissance, mais sa valeur dépend surtout de ses qualités d’être humain accompli et bienveillant. «Le mandat du Ciel qui donne la souveraineté à un homme ne la lui confère pas pour toujours. Ce qui signifie qu’en pratiquant le Bien ou la Justice, on l’obtient ; et qu’en pratiquant le Mal ou l’Injustice, on le perd» dit-il dans La Grande étude. Confucius confère aux gouvernants, non pas des privilèges, mais d’importants devoirs et obligations «Gouverner son pays avec la vertu et la capacité nécessaires, c’est ressembler à une étoile polaire qui demeure immobile à sa place, tandis que les autres étoiles circulent autour d’elles et la prennent pour guide» dit-il dans ses Entretiens philosophiques. L’étude du cœur humain et de l’histoire avaient appris à Confucius que le pouvoir pervertissait les gouvernants quand ils n’observaient pas une éthique ; cela pourrait conduire à l’abus de pouvoir et à l’oppression. «Le Prince dont la conduite est toujours pleine d’équité et de sagesse, verra les hommes des quatre parties du monde imiter sa droiture» dit-il dans Le Ta Hio ou La Grande étude. Aussi, Confucius est persuadé que le respect par l’Etat des règles morales de bonne conduite freinerait la mal-gouvernance, la passion ou la tyrannie. «Lorsque la Voie prévaut dans le monde, le peuple n’a pas de raisons de se plaindre» dit Men Zi, un de des disciples. Confucius considère la Voie comme une loi céleste devant être respectée par tous ceux qui vivent sous le Ciel, y compris les gouvernants. «Si je possédais le mandat de la royauté, il ne me faudrait pas plus d’une génération pour faire régner partout la vertu de l’Humanité» écrit Confucius.
B – La gouvernance avec justice et équité.
«Le gouvernement est ce qui est juste et droit» dit-il. Dans la pensée de Confucius, il y a plusieurs allusions à l’importance de la congruence entre la manière de penser, de sentir et d’agir. «Lorsque le Prince aime l’humanité et pratique la vertu, il est impossible que le peuple n’aime pas la justice ; et lorsque le peuple aime la justice, il est impossible que les affaires du Prince n’aient pas une heureuse fin» écrit-il dans la Grande étude. Confucius donne une importance essentielle aux actes, car ce sont eux qui révèlent la véritable validité des mots. Il rejette les postures artificielles et exalte la simplicité. Voici ce qu’il pense : «L’homme supérieur c’est celui qui d’abord met ses paroles en pratique, et ensuite parle conformément à ses actions» ou encore «Le type le plus élevé d’homme est celui qui agit avant de parler et qui fait ce qu’il promet».
Le «Tao» fait appelle à la piété familiale et à la bienveillance. «Pour bien gouverner un royaume, il est nécessaire de s’attacher auparavant à mettre le bon ordre dans sa famille. Il est impossible qu’un homme qui ne peut pas instruire sa propre famille, puisse instruire les hommes» écrit-il dans la Grande étude. La famille est conçue comme étant une extension de l’individu et l’Etat comme une extension de la famille, et le Prince étant à ses sujets ce qu’un père est à ses fils. «Le seul Prince qui inspire la joie, est celui qui est le père et la mère de la Nation» écrit Confucius. En effet, le Prince est comme «une mère qui embrasse tendrement son nouveau-né. Elle s’efforce, de toute son âme, à prévenir ses désirs naissants ; si elle ne les devine pas entièrement, elle se méprend beaucoup sur l’objet de ses vœux» écrit Confucius dans la Grande étude. Il faut donc gouverner avec une droiture du cœur, humanité et charité pour obtenir l’obéissance et la soumission du peuple. «Traitez le peuple avec égard et vous serez vénéré» dit-il. Le Prince avare et cupide causera du désordre dans une nation. Le bon gouvernant est celui traite ses sujets avec confiance, respect et bienveillance. Il faut que le Prince soit proche du peuple comme de sa vraie famille. «Pour ordonner son pays, on commence par régler sa propre maison. Pour régler sa propre maison, on commence par se perfectionner soi-même. Pour se perfectionner soi-même on commence par rendre son cœur droit. Pour rendre doit son cœur, on commence par rendre authentique son intention» écrit Confucius dans la Grande étude. On peut recenser d’autres maximes : «Sous un bon gouvernement la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte» ; «Qui ne se préoccupe pas de l’avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats».
Pour Confucius, les gouvernants doivent entretenir la paix et la bonne harmonie dans le monde. «Faire jouir le monde de la paix et de l’harmonie consiste à bien gouverner son peuple» écrit Confucius dans la Grande étude. «Ce que l’on a résolu ou promis de tenir, il faut le tenir fermement, et ce qu’on a promis d’effectuer, il faut l’effectuer. Ce sont là les moyens d’entretenir la paix et la tranquillité dans l’Empire» écrit Confucius. «Quand on peut accomplir sa promesse sans manquer à la justice, il faut tenir sa parole» dit-il. «L’homme supérieur est celui d’abord met ses paroles en pratique, et ensuite parle conformément à ses actions» dit-il. 
II - Confucius et le perfectionnement de soi-même
«A quinze ans, je résolus d’apprendre» dit-il. Confucius s’intéresse à la façon dont on devient un être humain à part entière. Pour lui, au commencement, il y a l’apprendre. Il l’intime conviction que la nature humaine est perfectible : l’homme est un être humain capable de s’améliorer, de se perfectionner à l’infini. La doctrine de Confucius impose à l’homme d’être perfectible, l’obligation de se perfectionner ; la perfection étant la vertu de l’humanité. «Mon enseignement est là pour tous, sans distinctions» dit-il en rejetant ces barrières aristocratiques ou claniques concernant l’accès au savoir. «Apprendre quelque chose pour pouvoir le vivre à tout moment, n’est-ce pas la source de grand plaisir ?». Par conséquent, l’optimisme de Confucius est un pari sur l’homme capable de se dépasser et de briser tous les liens fondés sur le déterminisme.
Cependant, Confucius rejetait toute forme de savoir livresque. L’éducation a une vertu pratique pour former des hommes de Bien. «Celui qui ne sait pas distinguer le Bien du Mal, le Vrai du Faux, qui ne sait pas reconnaître dans l’homme le mandat du Ciel, n’est pas arrivé à la perfection» écrit-il dans l’Invariabilité dans le Milieu. L’étude du Bien, du Vrai et de la Vertu, est le moyen d’aboutir au perfectionnement. «L’homme bien connaît le Juste, l’homme de peu ne connaît que le profit. L’homme de bien est impartial et universel ; l’homme de peu, ignorant universel, s’enferme dans le sectaire» dit-il.
A – L’éducation pour un homme de Bien
1 – Apprendre à être humain
«Seulement, lorsque ce sont les passions aveugles, les penchants vicieux qui dominent l’homme, que ses désirs immodérés l’offusquent, alors c’est le moment où ce principe lumineux de la raison l’obscurcit» écrit Confucius. C’est le moment où l’homme devrait faire appel à la raison, pour y voir clair. En effet, d’une grandeur d’âme et d’une personnalité lumineuse, Confucius estime que pour chacun, il y a une obligation morale de pratiquer la vertu, la rectitude, en de devenir «un homme de qualité». Pour lui, «apprendre, c’est apprendre à être humain». Le but de l’éducation est de devenir un homme de bien, un homme de qualité. «Apprendre, c’est apprendre à faire de soi un être humain». Il ne faut «penser rien de méchant ou sale». L’homme ne devient humain que dans le champ relationnel, dans sa relation à autrui, c’est aimer les autres. Comme le dira le Christ, il recommande «aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux vous haïssent» dit-il.  «Ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ne l’inflige pas aux autres» dit-il. L’homme vertueux doit persévérer dans le Milieu, la voie droite, la sagesse, la piété familiale et la défense fraternelle. «La doctrine de notre maître consiste uniquement à posséder la droiture du cœur et aimer son prochain comme soi-même» dit la doctrine de la raison, «Lyn-Yu». L’éducation et la connaissance font partie de la philosophie de Confucius. Cet érudit pensait que la nature humaine était bonne, mais qu’elle devait être cultivée et formée pour qu’elle arrive à sa meilleure expression. Savoir est une voie sûre pour atteindre la vertu et la vertu amène avec elle-même la paix intérieure et le bonheur.
Dans la relation à autrui, Confucius demande de faire preuve d’exigence d’équilibre, d’équité, de mesure, de solidarité générationnelle. Il insiste en particulier sur la piété familiale. «Mettre le bon ordre dans sa famille consiste à se corriger soi-même des passions vicieuses. (…) C’est pourquoi aimer, et reconnaître les défauts de ceux qu’on aime ; haïr et reconnaître les bonnes qualités de ceux que l’on hait, est une chose rare sous le Ciel» écrit Confucius dans la Grande étude. Tout homme a des devoirs. Ces devoirs sont ceux des pères et des mères envers leurs enfants ; ceux des enfants envers leurs  pères et leurs mères ; les devoirs du mari et de la femme ; ceux des amis ; ceux qui regardent l’hospitalité, ceux dont il faut s’acquitter, soit à la porte, ou dans la maison, ou dans la maison, ou dans les festins. Il faut vénérer ses morts. Le fils répond à la bonté et à l’amour de ses parents par la bienveillance et la confiance. Cette piété familiale est par la suite étendue à la fratrie, à toute la communauté et à l’humanité entière.
Dans la philosophie de Confucius, il y a beaucoup de réflexions orientées vers des formules adaptées pour améliorer les relations entre les personnes. Le respect doit être à la base de toute société et la générosité est un bien maximal, qui amène bonheur à quiconque la pratique. Cela encourage l’idée de juger les autres de manière vertueuse et maintient la concorde. Voyons quelques conseils sages à ce propos : «Exigez beaucoup de vous-même et attendez peu des autres. Vous vous économiserez ainsi des contrariétés» ou encore «Exige beaucoup de toi-même et attend peu des autres». Ainsi, beaucoup d’ennuis te seront épargnés. «Rendez le Bien pour le Bien et la justice pour le Mal» ; «Agis avec gentillesse, mais n’attend pas de la reconnaissance».
L’âme humaine doit être armée de la droiture et de la probité. Il faudrait pour cela maintenir ses désirs et ses passions dans des limites raisonnables afin de ne pas connaître des déconvenues. «Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et obscur ; devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne, ou le perfectionner de soi-même, est la base de tout progrès et de tout développement moral» écrit Confucius dans la Grande étude. Le grand but de la philosophie de Confucius unique était l’amélioration constante de soi-même et des hommes ; de soi-même, ensuite des autres. «Renouvelle-toi complètement chaque jour ; fais-le de nouveau, encore de nouveau, et toujours de nouveau» dit le maître. Se renouveler soi-même, renouveler le peuple, c’est vouloir parvenir à la perfection souveraine. «L’oiseau jaune, au chant plaintif, fixe sa demeure dans le creux touffu des montagnes» dit-il dans le Livre des Vers.  «En fixant là sa demeure, il prouve qu’il connaît le lieu de sa destination ; et l’homme, la plus intelligente des créatures, ne pourrait en savoir autant que l’oiseau» écrit Confucius. L’homme doit connaître le point de perfection où il doit tendre et s’arrêter. Le but auquel il doit tendre est la recherche du souverain bien, la pratique de l’humanité, la bienveillance.
2 – Se fixer un but auquel on doit tendre
Chaque individu doit connaître le but auquel il doit tendre. Auparavant, il faudrait rendre ses intentions sincères, pures, et tendre vers la perfection morale. La vie d’un homme est brève. Elle passe, en un instant. En cela est elle est semblable au courant d’un fleuve. Dans ce bref espace de leur existence, les hommes doivent apprendre, s’exercer, peiner, se perfectionner, sans un seul instant de relâche. «De même que le cours d’un fleuve aspire à l’immensité de la mer, de même que le cours de la vie humaine, celui de l’humanité entière tendent vers l’immensité marine, aspirent à la réalisation d’une grande société» dit ce grand sage. Confucius pense, qu’à l’âge mur, l’homme doit se fixer un objectif majeur et donner une direction, un sens à sa vie, il doit «réaliser la volonté du Ciel». L’individu, quelle que soit la difficulté de la tâche, doit persévérer dans sa mission, s’atteler entièrement à sa mission. Finalement «connaitre la volonté du Ciel» signifie reconnaître la mission dont nous avons été investis ; découvrir ce que nous devons faire durant notre vue d’être humain. L’homme n’est homme que s’il tient à ses convictions, et s’il lutte sans considération des succès ou des échecs, pourvu qu’il fasse ce qu’il croît être juste et dans ses possibilités.
«Les richesses ornent et embellissent une maison, la vertu orne et embellit la personne ; dans cet état de félicité pure, l’âme s’agrandit, et la substance matérielle qui lui est soumise profite de même. C’est pourquoi le sage doit rendre ses intentions pures et sincères» écrit Confucius dans la Grande étude. La réalité de la vertu est à l’intérieur et la forme est à l’extérieur. Il faut donner une droiture à son âme. On doit aimer son prochain comme soi-même ; ne pas lui ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fît. L’amélioration ou le perfectionnement de soi-même est d’une nécessité absolue pour arriver à l’amélioration et au perfectionnement des autres. «L’homme supérieur ne demande rien qu’à lui-même ; l’homme vulgaire et sans mérite demande tout aux autres» dit-il.
Confucius invite chaque individu à travailler sur lui-même et faire preuve de mansuétude dans son entourage. Tout commence par soi dans le sens d’une exigence sans limite envers soi-même. Ainsi, il recommande ceci : «Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie». Ou encore «Trois sortes d’amis vous sont utiles, trois sortes d’amis vous sont néfastes. Les utiles : un ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes : un ami faux, un ami mou, un ami bavard». Il ajoute : «Je ne cherche pas à comprendre les réponses, je cherche à comprendre les questions». «Nulle plus grande gloire n’est point de tomber, mais de savoir nous relever à chaque fois que nous tombons» écrit-il. «Examine ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette» dit-il. «Que l’on s’efforce d’être pleinement humain, il n’y aura pas de place pour le Mal». «La vraie faute est celle que l’on ne corrige pas» dit-il.
B – La doctrine de Confucius et la postérité, un exemple pour l’Afrique
Loin d’être une figure poussiéreuse de l’Antiquité chinoise, Confucius, par son puissant et lumineux héritage, nous aide à comprendre le monde du XXIème siècle.
1 – L’influence de la doctrine de Confucius dans la Chine contemporaine
La doctrine de Confucius a laissé sur la culture chinoise une trace indélébile. «Toute grande puissance qui apparaît sur la terre y laisse des traces plus ou plus moins durables de son passage. Des pyramides, des arcs de triomphe, des colonnes, des temples, des cathédrales, en portent la marque à la postérité ; mais les monuments les plus durables, ceux qui exercent la plus puissante influence sur les destinées des nations ce sont les grandes œuvres de l’intelligence humaine» écrit Guillaume PAUTHIER dans la préface du Ta Hio ou la Grande étude.
Au XIXème siècle, l’influence de Confucius s’est estompée ; la Chine n’est plus une puissance, elle n’est qu’un territoire que les Européens partagent à leur gré. Depuis la première guerre de l’opium (1839-1842), et sa défaite militaire face aux puissances occidentales une crise sous-jacente a agité l’opinion publique chinoise quant à son retard sur l’Occident sur des aspects militaires mais également financiers et même philosophiques. Le traité de Versailles enfonce définitivement le clou, la Chine est reléguée au rang de puissance mineure. Le 4 mai 1919 est annoncé le traité de Versailles ; 3000 étudiants manifestent alors dans les rues de Pékin et répandent la nouvelle dans toute la Chine.
Lorsque les Chinois, au début du XXe siècle voulurent mettre à bas l’héritage traditionnel de leur nation, ils s’en prirent spontanément à Confucius, confirmant par là son caractère indissociable de la civilisation chinoise. Il y eut certes en Chine de nombreux courants de pensée qui marquèrent durablement sa culture, mais seul le confucianisme en fut pour ainsi dire le cadre qui fit de l’empire du Milieu un monde si spécifique. Si l’étude de la pensée confucéenne est d’une importance capitale à celui qui veut comprendre ce monde chinois, elle offre également une méditation fondamentale sur l’homme.
Depuis la fin des années 1980, avec la recherche de la grandeur de la Chine, des professeurs-chercheurs d’universités ont réussi à réhabiliter l’héritage de Confucius. Les cours sur le confucianisme font classes pleines quand les cours sur le marxisme peinent à remplir les amphithéâtres. Ce mouvement de fond a percé en 2004 quand les Instituts Confucius ont été créés. De plus, Hu JINTAO en souhaitant en février 2005 dans un discours aux membres du parti communiste une société harmonieuse, fait explicitement référence aux valeurs confucéennes. En 2006, il prononcera un discours incitant les membres de l’administration à suivre les principes confucéens de probité morale. Les valeurs confucéennes seront aussi mises en valeur par Xi JINPING pour lutter contre la corruption.
La valorisation de la doctrine de Confucius coïncide avec le retour de la puissance chinoise. En effet le peuple a déconsidéré Confucius, les Mandarins et l’Empire car ils n’avaient pas été capables au cours du XIXe siècle de défendre les intérêts chinois. L’occidentalisation du pays avait été vue comme seule réponse à la supériorité européenne, décision définitivement entérinée après l’échec du Grand Bond en Avant et les réformes de 1978 qui avaient inscrites la Chine dans une logique plus libérale. Mais aujourd’hui la Chine est redevenue la première puissance économique du monde même si son PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat est inférieur à celui de la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union Européenne. Et cette puissance retrouvée qui coïncide avec le manque de valeur propre à la mondialisation et au libéralisme qui ont frappé la Chine ces 30 dernières années l’incite à puiser dans sa longue histoire pour créer sa légende nationaliste et retrouver un système de valeur qui lui est propre en faisant appel à la doctrine de Confucius.
DENG Xiaoping (1904-1997), contrairement à Mao Tsé-Toung, isolationniste, s’est inspiré, en 1962, du pragmatisme de Confucius : «Peu importe qu'un chat soit noir ou blanc, s'il attrape la souris, c'est un bon chat». Cela veut dire, à l’époque, au vu de la pauvreté de la Chine profonde, il faut prendre des mesures économiques efficaces, même si elles rompent avec l'idéologie marxiste. À condition toutefois que l’hégémonie du Parti communiste soit maintenue. Dans les années 70, le débat était vif entre partisans et adversaires des systèmes communistes soviétique et russe : quel système communiste allait gagner ? Le système communiste soviétique rigide s’est effondré. La Chine, se fondant sur le pragmatisme de  Confucius, a maintenu un régime communiste de façade, mais a instauré une économie de marché dynamique, avec de fortes inégalités entre la ville et la campagne.
2 – La doctrine de Confucius : un modèle pour l’Afrique ?
La Chine sous l’impulsion de la doctrine de Confucius, en dépit de la masse importante de sa population, est sortie du sous-développement en moins de 30 ans, pour devenir un géant mondial, respecté de tous. En effet, jadis la Chine suscitait le mépris ou la peur à travers le concept de «péril jaune». Alain PEYREFFITTE (1925-1999), de l’Académie française, Ministre de l’Information sous de Gaulle, et Garde des Sceaux sous Giscard, est un des rares hommes de l’Occident à avoir prédit dans un ouvrage paru en 1973 «Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera». Alain PEYREFITTE part de l’idée que la Chine est une civilisation millénaire avec l’héritage de Confucius : «La Chine d'aujourd'hui ne prend son sens que si on la met en perspective avec la Chine d'hier» dit-il. Ce réveil de la Chine intéresse l’Afrique à plus d’un titre.  
Tout d’abord, la démographie n’a été conçue comme un handicap en Chine, mais comme un formidable atout. En effet, la Chine, avec un régime politique fort, a transformé la masse de sa population en une armée d’esclaves qui produisent à bas coûts. Le résultat : la Chine est largement gagnante dans le cadre de la mondialisation. Ainsi, quand M. MACRON, président français, évoque avec un grand mépris, le cas de ces femmes africaines qui ont entre 7 ou 8 gosses, doit-on suivre aveuglément les recommandations des occidentaux à limiter la population africaine ?
Ensuite, l’optimisation des ressources humaines, s’est doublée d’un fétichisme sur la valeur travail. En effet, les Chinois sont de grands travailleurs qui ne connaissent ni le samedi, ni le dimanche. La Chine ne s’arrête de travailler que pendant le Nouvel An, soit 15 jours. En Afrique et au Sénégal en particulier, nous avons les fêtes religieuses musulmanes ainsi que les fêtes catholiques, sans compter le Magal de Touba et différentes retraites religieuses ou des grèves incessantes qui ont cassé le système éducatif. En revanche, en Chine tout est mis en œuvre pour réussir dans son projet professionnel. Cette discipline, ce goût prononcé de l’effort, sont un héritage de la doctrine de Confucius : chaque individu doit avoir dans sa vie un objectif raisonnable et se donner les moyens de l’atteindre. Cette valeur travail est aussi une forte exigence sur soi-même en vue d’atteindre la perfection. La conséquence de cela c’est que les Chinois ont conquis l’Afrique et tous les cafés parisiens sont tombés sous leur escarcelle. A Paris, les grands magasins ont engagé des personnes parlant le mandarin, pour bien recevoir les touristes chinois qui sont supplanté les Japonais.
Enfin, contrairement à l’idiotie des Etats africains qui créent des zones franches industrielles dont on voit peu l’intérêt pour les nationaux, la Chine a toujours exigé le recrutement de ses nationaux dans les cadres dirigeants des entreprises étrangères ; ce pays impose surtout une clause de transfert de technologie. Il est donc urgent pour les Africains de mettre fin à cette Françafrique qui les maintient dans le néocolonialisme.
Par ailleurs, la Chine s’est dotée d’un modèle de consommation adapté à ses besoins réduisant ainsi sa dépendance vis-à-vis des autres pays. En revanche, les principales denrées consommées en Afrique, viennent de l’étranger. La Chine, sans se fermer au monde, a coupé les principaux moyens de communication américains (Facebook, Google et Overblog), mais elle a mis en place des réseaux sociaux nationaux adaptés (QQ et Wicha). Les Africains, en revanche, sans aucune précaution, ont ouvert les vannes et ce sont les chaînes françaises d’information continue qui inondent le Sénégal.
Confucius valorise à l’extrême la piété familiale, mais il ne s’agit pas du népotisme dévastateur africain. Pour le philosophe chinois, aussi bien les gouvernants que les gouvernés doivent se comporter en bon père de famille ; chacun doit faire son devoir, en se fondant sur la bienveillance, être exigeant avec lui-même et se perfectionner en permanence.  Chacun doit faire avancer sa famille et donner sa contribution en fonction de ses capacités. On est loin ainsi de l’esprit de mendicité et la solidarité familiale étouffante africaine.

L’Afrique, berceau de l’humanité, en raison de son énorme potentiel humain et ses matières premières, reste fondamentalement un continent d’opportunité et d’avenir. Tout reste à construire, mais il faudrait au préalable s’armer de la confiance en nous-mêmes, retrouver nos valeurs culturelles et combattre l’esprit colonial qui nous inhibe. En effet, Confucius nous invite «à pardonner les injures et à ne se souvenirs que des bienfaits. A veilleur sans cesser soi-même. A corriger aujourd’hui les fautes d’hier. A réprimer les passions, et à cultiver l’amitié (…) il recommande toutes les vertus» écrit Voltaire.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Confucius

Confucius, Citations et enseignements, Paris, Biotop, 2004, 80 pages ;

Confucius, Code la nature, poèmes de Confucius, traduction du père Paris, Londres, Le Roy, 1788, 127 pages ;

Confucius, Entretiens, traduit et présenté par Anne Cheng, Paris, Seuil, 1981, Seghers, 1962, 223 pages ;

Confucius, Li-Ki ou Mémorial des rites, traduction de Joseph-Marie Callery, Imprimerie royale de Turin, 1853, 200 pages ;

Confucius, L’invariable milieu, traduction Albert Rémusat, Nice, éditions des Cahiers astrologiques, 1952, 62 pages ;

Confucius, Chunquin Zuozhuan ou Chronique de la principauté de Lu (Annales des printemps et automne) traduction Séraphin Couvreur, Paris, Société d’édition Les Belles Lettres, 1914 et 1951, tome 1, 672 pages et tome 2, 586 pages ;

Confucius, Hiao King, ou le livre canonique sur la piété familiale, Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts, les mœurs, les usages et coutumes des Chinois, traduction de Joseph Marie Amyot, François Bourgeois,  Pierre-Martial Cibot,  Aloys Caho, Aloys de Poirot, Louis-Georges-Oudard Feudrix de Bréquigny,  Paris, Nyon, 1776, 556 pages spéc sur la piété familiale de Confucius, pages 28-76 ;

Confucius, La morale de Chou-Kin ou le livre sacré de la Chine, préface de Antoine Gaubil, Paris, V. Lecou, 1851, 227 pages ;

Confucius, La morale de Confucius, traduction Jean de Labrune, éditeur scientifique Hubert Martin-Cazin, Paris, E. Le Grand, Fontenay-le-Comte, Gaudin Fils, 1844, 159 pages ;

Confucius, Le livre de la sagesse de Confucius, éditeur scientifique Eulalie Steens, Paris, Monaco, éditions du Rocher, 1996, 239 pages ;

Confucius, Les entretiens de Confucius, préface de René Etiemble, éditeur scientifique Pierre Ryckmans, Paris, Gallimard, 1994, 168 pages ;

Confucius, Les livres classiques de l’Empire de la Chine, annotations François-André-Adrien Pluquet, traduction François Noël, Paris, de Bure, Barrois Aîné et Jeune, 1784, 7 volumes ;

Confucius, Les quatre livres de la philosophie morale et politique, préface de Zi Zhu, traduction de  Guillaume Pauthier, Paris, Garnier Frères, 1921, 485 pages ;

Confucius, Maximes et pensées, Paris, A. Silvaire, 1963, 160 pages ;

Confucius, Pensées de Confucius, Paris, Pockett, 1995, 160 pages ;

Confucius, Sources de la sagesse, Paris, Genève, Wéber, 1974, 23 pages ;

Confucius, ZENG (Zi), Le Ta Hio, ou la Grande étude, Paris, Firmin Didot Frèces, 1837, et Rouvré, édition du Prieuré, 1993, 104 pages.

2 – Critiques de Confucius

BLANCHON (Flora), RANG-RI (Park-Barjot), Le nouvel âge de Confucius, Paris, Presses de la Sorbonne, 2007, 367 pages ;

CHENG (Anne), Histoire de la pensée chinoise, Paris, Seuil, 1997, 696 pages, spéc pages 61-93 ;

COUVREUR, (Séraphin), Les quatre livres, Guanchi Presse, 1972, 748 pages ;

COUVREUR, (Séraphin), Li-Ki ou mémoires sur les bienséances et les cérémonies, Paris, Imprimerie de la Mission Catholique, 1913, 868 pages ;

DOBLIN (Alfred), Confucius, Paris éditions d’Aujourd’hui, 1975, 233 pages ;

DOBLIN (Alfred), Les pages immortelles de Confucius, Paris, Corrêa, 1947, 237 pages ;

ETIEMBLE (René), Confucius, maître Kong, Paris, Gallimard, Collection Folio, essai n°40, 1966, réédition de 1986, 320 pages ;

FINGARETTE (Hébert), Confucius : du profane au sacré, Paris, PUM, 2004, 167 pages ;

FOUCHER (Simon), LABRUNE, de (Jean), COUSIN (Louis), La morale de Confucius, Paris, Edouard Legrand, 1844, 188 pages ;

HELMAN (Isidore-Stanislas), AMIOT (Joseph-Marie), ATTIRET (Jean-Denis), BERTIN (Léonard-Henri-Jean-Baptiste), PONCE (Nicolas), Abrégé historique des principaux traits de la vie de Confucius, célèbre philosophe chinois, Paris, Didot l’Aîne, 1782, 110 pages ;

INOUE (Yasushi), Confucius, Paris, Stock, 1989, 414 pages ;

JAVARY (Cyrille), Paroles de Confucius, Paris, Albin Michel, 2005, 53 pages ;

JAVARY (Cyrille), Sagesse de Confucius, Paris, Eyrolles, 2016, 181 pages ;

JING (Shi), Couvreur (Séraphin), Cheu King, texte chinois avec double traduction en français et en latin, Paris, 1896, Imprimerie de la Mission Catholique, 556 pages ;

LEVI (Jean), Les entretiens de Confucius, Paris, Albin Michel, 2015, 288 pages ;

LEVI (Lévi), Confucius, Paris, La Martinière, X. Barral, 2003, 64 pages ;

MARTINO (Pierre), L’Orient dans la littérature française au XVIIème et au XVIIIème siècles, Paris, Hachette, 1906, 378 pages, spéc pages pages 308-323 ;

PALMER (Martin), Le taoïsme, traduction de Sophie Bastide-Foltz, Paris, Payot et Rivages, 1991, 238 pages ;

PAUTHIER (Jean-Pierre-Guillaume), Les livres sacrés d’Orient : comprenant le Chou-King ou le Livre par excellence, les Ssce-Chou ou les quatre livres moraux de Confucius et de ses disciples, les lois de Manou, premier législateur de l’Inde, le Koran de Mohamet, Paris, Société du Panthéon littéraire, 1843, 764 pages ;

SANCERY (Jacques), Confucius, l’appel à la rectitude, Paris, Seuil, 2010, 96 pages ;

SILHOUETTE de (Etienne), Idée générale du gouvernement et de la morale des Chinois tirée particulièrement des ouvrages de Confucius, Paris, GF Quillau, 1731, 61 pages ;

VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique, Paris, Imprimerie de Cosse et Gaultier-Laguionie, 1838, tome 1, 948 pages, spéc. sur la Chine, avant-propos et pages 269-282  ;

VOLTAIRE, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, Paris, Treuttel et Würtz, 1835, tome 1, 516 pages, spéc sur la Chine, pages 13-39 ;

YANG (Huanyin), «Confucius (K'Ung Tzu) (-551/-479)», Perspectives, vol. XXIII, n° 1- 2, mars-juin 1993, pages 215-223.

Paris, le 23  septembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 23:06
Cet article a été publié dans le journal FERLOO, édition du 23 août 2017.
«Jamais voix pareille à celle de Tolstoï n'avait encore retenti en Europe. Comment expliquer autrement le frémissement d'émotion que nous éprouvions alors à entendre cette musique de l'âme, que nous attendions depuis si longtemps et dont nous avions besoin ? Mais c'était trop peu pour nous d'admirer l'oeuvre : nous la vivions, elle était nôtre» écrit Romain ROLLAND. «Titan des lettres», scrutateur d’âmes, messager spirituel et écrivain prolifique, TOLSTOI a produit : 4 romans, 35 nouvelles, 2 pièces de théâtres, 4 essais autobiographiques, 14 essais et une importante production épistolaire. Reconnu comme l'un des plus grands écrivains planétaires, avec «Guerre et Paix» et «Anna Karénine», issu de la haute aristocratie, TOLSTOI, en puriste de la langue russe, a révolutionné langue russe. Par rapport à ses devanciers (TOURGUENIEV, DOSTOIEVSKI), libre de toute attache d’école, indifférent aux partis politiques qu’il dédaigne, solitaire et méditatif, TOLSTOI est un écrivain original, parfois fantasque. DOSTOIEVSKI, citadin sans fortune, épileptique, écrivain vivant de sa plume, a introduit le roman psychologique en créant dans l'angoisse et la maladie, avec une énergie surhumaine. Par conséquent, le monde extérieur apparaît sous des formes contrefaites, hideuses, sinistres ; il s’exhale de tout cela un air malsain, des odeurs fétides qui ne sortent que des lieux hantés par la pauvreté, la débauche et le crime. Partisan de la réforme sociale, DOSTOIEVSKI a été influencé par les idées de Charles FOURRIER. En revanche, TOLSTOI a rompu avec le passé, avec la servitude étrangère : «c’est la Russie nouvelle, précipitée dans les ténèbres de la recherche de ses voies, rétives aux avertissements de nos goûts» écrit le Vicomte Eugène Melchior VOGUE. Elevé dans le culte de l’art et de la chevalerie, hostile au populisme, comme à la tyrannie, TOLSTOI décrit des conflits politiques, des oppositions de caractères. TOLSTOI est à la fois le traducteur et le propagateur de cet état d’âme russe qu’on appelle le nihilisme. «Il a la vue nette, prompte, analytique, de tout ce qui est sur terre, à l’intérieur comme ce qui est à l’extérieur de l’homme ; les réalités sensibles d’abord, puis le jeu des passions, les plus fugitifs mobiles des actions, les plus légers malaises de la conscience» précise VOGUE.
TOLSTOI est un grand admirateur de Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) avec qui la littérature est devenue active et militante. Pour lui, ROUSSEAU est le «prophète du cœur», possédé par une manie moralisante. ROUSSEAU prêche le retour à la vie naturelle niant la civilisation, les arts et les sciences qui corrompent l’homme, parce qu’ils le détournent de la nature, source de toutes les vertus. Ce que TOLSTOI admire en ROUSSEAU, ce n'est ni la beauté esthétique, ni le «bavardage artistique», mais c’est l'élément moral qu'il trouve en lui, le degré d'utilité, le perfectionnement intérieur de l'homme et l'amélioration de ses rapports avec son prochain. En effet, écrire n’est plus amuser, ni rechercher le beau, c’est prophétiser, agir, entraîner ou convertir. Par conséquent, pour TOLSTOI, la plume est comme une croix ou une épée. En revanche, TOLSTOI, en sévère moraliste et ascète, est critique vis-à-vis de Guy de MAUPASSANT, un artiste sensuel, dionysiaque et misogyne (voir mon post). MAUPASSANT est un homme qui n’écrit pas pour prouver quelque chose et pour nous dire ce qu’il pense ; un homme, en un mot, qui n’écrit pas pour agir : «qu’est-ce que c’est cet écrivain ? Je cherchais un sermonnaire, j’ai trouvé un romancier» dit-il. Or, pour TOLSTOI, l’artiste doit pouvoir distinguer le Bien du Mal, il est tenu d’être un prédicateur, un directeur de conscience. En 1861, TOLSTOI rendit visite à Joseph PROUDHON (1809-1865) à Bruxelles, pour qui «la propriété, c’est le vol». TOLSTOI estima alors : «il ne se dit pas une vérité plus forte en un siècle». C’est PROUDHON qui a suggéré le titre de «Guerre et paix» à TOLSTOI. La guerre et la paix sont deux fonctions alternant dans la vie de l’humanité, «La guerre comme phénomène moral, inspiratrice d’art et de poésie».
Léon TOLSTOI est le précurseur de la non-violence. «Ce n’est pas la violence, mais le Bien qui supprime le Mal» dit-il. Ardent défenseur de l’environnement et passionné de la chasse, TOLSTOI a toujours manifesté un amour passionné de la vérité, orientée vers le progrès social et le progrès personnel. Il dira, dans sa nouvelle «Sébastopol» : «Le héros de cette histoire est une héroïne, une héroïne que j’aime de toute la force de mon âme, que je me suis  efforcé de retracer dans toute sa beauté, et qui a été et sera éternellement belle, l’héroïne de ma nouvelle c’est la Vérité». TOLSTOI est hanté par la mort omniprésente dans sa réflexion : «La vraie vie commence et se termine avec l’agonie» écrit-il. En réalité, TOLSTOI est l’un des principaux personnages de sa contribution littéraire. L’évolution de sa vie, comme celle de son œuvre, a suivi une voie logique. «Son œuvre littéraire est continue, immense et perplexe et sa vie peut être considérée comme le premier de ses ouvrages, comme la matière de la plupart d’entre eux» écrit LOURIE. On décerne trois étapes majeures dans sa vie. Jeune et fougueux, son exubérance vitale est conforme à sa joie de vivre. A l’âge mûr, il se fait historien et sociologue ; il a foi dans le progrès et dans l’action. Avec l’âge qui avance, TOLSTOI est en quête sens, et adopte une nouvelle religion.
1ère étape de L’enfance aristocratique et heureuse (1828-1852)
Dans ses souvenirs, écrits en Caucase, TOLSTOI évoque son enfance, «une période merveilleuse, innocente, poétique et joyeuse», et il rêve de se refaire «un cœur d’enfant, bon sensible et capable d’amour». En effet, TOLSTOI a grandi à la campagne dans un environnement paradisiaque. Sa merveilleuse peinture réaliste de l’enfance est peuplée d’une bonhommie affectueuse et narquoise, teintée d’une nature aristocratique : «J’ai constamment l’impression d’avoir volé un bonheur immérité, illégitime qui ne m’était pas destiné. J’ai eu toute ma vie, pour tout ce qui m’arrivait de bien, le sentiment que cela ne m’était pas destiné» écrit TOLSTOI. Il n’était pas beau, mais sa mère lui avait une recommandation «tâche d’être brave et avoir beaucoup d’esprit». Enfant timide, original, en raison de son physique, Léon rentre en lui-même, s’isole, vit dans ses pensées et prend le goût de la réflexion et de l’analyse.
TOLSTOI appartient à la haute noblesse d’origine allemande (Dick, gros en allemand, traduit en russe, Tolstoï), émigrée en Russie en 1353. Son père, Nicolas Ilitch, un lieutenant-colonel, après la guerre de 1812, se retire à Iasnaïa-Poliana (la claire clairière), dans le district de Krapivna, dans la province de Toula, à 200 km de Moscou, où naquit le 28 août 1828, Léon Nicolaiévitch TOLSTOI. «Je suis né et j’ai passé ma tendre enfance à Iasnaïa Polinia» dit-il. Cette maison apportée en dot par la mère de TOLSTOI, devient la propriété de Nicolas TOLSTOI à la mort de son père. TOLSTOI est né sous le règne de Nicolas 1er (1796-1855), empereur de Russie, roi de Pologne, grand-duc de Finlande, un régime aristocratique et despotique, marqué par la censure et la répression. Sa mère, Marie NICOLAEVNA, comtesse VOLKONSKAIA, meurt en 1830 : «Je ne me rappelle pas de ma mère (…), J’en suis presque content, car la représentation que j’ai d’elle est ainsi toute spirituelle. Ma mère n’était pas jolie. Elle était, pour son temps, très instruite. Sa qualité la plus précieuse était de savoir dominer son caractère emporté. (…) Si je pouvais entrevoir ce sourire dans les moments difficiles, je ne saurais pas ce que c’est le chagrin» dit TOLSTOI. Ses deux parents sont représentés dans son roman «Guerre et paix». Il avait une sœur, Marie, qui se fit religieuse et trois frères (Serge, un égoïste et charmant, Dimitri, un passionné et concentré qui finit dans la débauche et meurt à 29 ans, Nicolas, un militaire, l’aîné, un ironique et un conteur hors pair). En 1837, la famille s’installe à Moscou pour les études de son frère, et son père décède. La famille est contrainte, pour des raisons financières, de revenir Iasnaïa-Poliana. Le portrait qu’il dégage de son père est peu flatteur : «mon père était de taille moyenne, bien bâti, sanguin et très vif, il avait le visage agréable et les yeux toujours tristes». Son père était aimable et moqueur d’une existence indépendante et dénuée de toute ambition.
TOLSTOI fréquente l’université de Kazan en 1844 pour étudier les langues orientales, et la civilisation française, mais se livre aussi aux orgies, duels et jeux de cartes. En 1847, il abandonne les études et revient se fixer à Iasnia-Poliana «Je vais me consacrer à la vie rustique. (…) J’ai trouvé ma propriété dans le plus grand désordre. A force de chercher un remède à cette situation, j’ai acquis la certitude que le mal vient de la misère des Moujiks» écrit-il. TOLSTOI avait 700 serfs sous sa responsabilité. Il observe les Moujiks vicieux, méfiants, paresseux, menteurs et butés. Mais, il n’a pas réussi à changer leurs conditions de vie et retourne un certain temps à Moscou. Dans cette ville, il sera obligé de vendre sa maison pour rembourser des dettes de jeu.
Le 23 septembre 1862, il épouse Sophie-Andreivna BERS (1844-1919), une fille de 17 ans et lui en avait 34 : il se regardait comme un vieil homme, qui n’avait pas le droit d’associer sa vie usée, souillée, à celle d’une innocente jeune fille. Sophia, une femme écrasée par le génie de son mari, deviendra également sa secrétaire, copiste et traductrice ; elle conserve soigneusement tous ses manuscrits et s’occupe de la publication de ses livres. TOLSTOI lui communique son journal intime qui retraçait ses débordements. Ils eurent 13 enfants dont 9 ont survécu (4 filles, 5 garçons). «Je tenterai d'être sincère et authentique jusqu'au bout. Toute vie est intéressante et la mienne attirera peut-être un jour l'attention de ceux qui voudront en savoir plus sur la femme que Dieu et le destin avaient placée à côté de l'existence du génial et complexe comte Léon Nikolaïevitch Tolstoï», avoue-t-elle. Sophie BERS a inspiré TOLSTOI dans «Bonheur conjugal», Natacha dans «Guerre et paix» et Kitty pour «Anna Karénine». Dans ces romans, les caractères de femmes sont supérieurs à ceux des hommes. «Le poète enlève ce qu’il y a de meilleur dans sa vie pour le mettre dans son œuvre. C’est pourquoi son œuvre est si belle et sa vie, si laide» dira TOLSTOI.
 
Entré au service militaire, il passe quelques années au Caucase, dans un régime d’artillerie. Le Caucase, dont la nature merveilleuse respire la beauté étrange, produit sur TOLSTOI une influence apaisante. En 1854 il est transféré à Sébastopol, quand la guerre de Crimée éclate et soutient le siège mémorable.
 
2ème étape : L’historien, le sociologue et génie de la langue russe (1852-1880)
 
Dans cette deuxième tranche de sa vie, TOLSTOI est le porte-drapeau de l’école réaliste russe. En novembre 1855, TOLSTOI est envoyé comme courrier à Saint-Pétersbourg ; il commence à être reconnu dans les cénacles littéraires. Il juge avec sévérité, la vie de ces hommes «arrivés». Mollesse, gourmandise, vanité, potins, absence d’idéal et de convictions profondes, il fera le procès de cette époque, plus tard, dans ses «Confessions».
 
Grâce à son épouse, avec son énergie vitale, qui a su créer une atmosphère de sérénité et de paix, TOLSTOI écrira ses deux romans majeurs : «Guerre et paix» ainsi que «Anna Karénine» qui éclipseront les autres contributions littéraires. L’influence d’une vie familiale heureuse, détourne TOLSTOI de toute recherche du sens général de la vie. Cependant, dans une lettre du 30 août 1869, TOLSTOI affirme découvrir Arthur SCHOPENHAEUR, un pessimiste «J’éprouve une admiration sans bornes pour Schopenhaeur ; il me procure des plaisirs moraux que je méconnaissais jusqu’à présent».
3ème étape - Le moraliste et l’humaniste (1880-1910)
Cette dernière partie de la vie de TOLSTOI est marquée par une conversion religieuse et un profond changement des vues artistiques. En effet, c’est en pleine gloire que TOLSTOI va basculer dans le mysticisme et l’espérance religieuse «La vie n’aboutit à rien, elle n’a aucun sens» dit-il. Il songe même à devenir moine, donner ses biens ou se suicider. Il abandonne la littérature profane et s’interroge à travers ses écrits sur le sens de sa vie. «Il n’est plus possible de continuer à vivre comme j’ai vécu jusqu’à présent. Voila ce que m’ont révélé la mort d’Ivan Ilitch et le journal qu’il a laissé. Je veux donc décrire ma conception de la vie et de la mort, avant cet événement, et je transcrirai ce journal tel qu’il m’est parvenu» dit-il dans «La mort d’Ivan Ilitch. TOLSTOI va donc réviser sa conception de la vie : «Pendant 35 ans de ma vie j’ai été nihiliste, dans l’exacte acception du mot, c’est-à-dire non pas un socialiste révolutionnaire, mais un homme qui ne croit à rien» dit-il. TOLSTOI constate que la religion classique autorise l’esclavage et fait l’apologie du défaitisme et de la résignation. Il forge alors un christianisme arbitraire inventé par lui tout seul : «Il y a cinq ans la foi me vint ; je crus à la doctrine de Jésus et toute ma vie changea subitement. Je cessais de désirer ce que je désirais auparavant, et je mis, au contraire, à désirer ce que je n’avais désiré. Ce qui, auparavant, me paraissait bon me parut mauvais, et ce qui me paraissait mauvais me parut bon. Il m’arriva ce qui arrive à un homme qui, sortit pour une affaire, décide, chemin faisant que l’affaire ne lui importe guerre et retourne chez lui. Tout ce qui était à sa droite se trouve alors à sa gauche, et tout ce qui était à sa gauche se trouve à sa droite» écrit TOLSTOI dans «Ma religion». Léon TOLSTOI est à la fois ce chrétien en "quête de la vérité", révolté par la pauvreté, la peine de mort, l'indifférence à autrui, l'esclavage, le militarisme et l'hypocrisie du clergé, et c’est un intellectuel curieux des autres cultures. «Tolstoï n’a pas mis cinquante ans à dominer et à briser les survivances et les préjugés qu’il tenait de son rang et de sa caste, à faire un homme libre du prisonnier qu’il fut, à conquérir sa croyance morale, pour culbuter au temps de la vieillesse, aux déprimantes élégances d’un impuissant pyrrhonisme. Donc, il affirme, mais cependant, il discute, il écoute. (…) La curiosité d’un cerveau en constant travail, et qui professe que la Vérité se plaît parfois à s’exprimer par les bouches les plus humbles» écrit  Georges BOURDON.
I – TOLSTOI, patriote, peintre de la société russe
A – TOLSTOI, l’écrivain soldat, ivre de la vie
«Le patriotisme est un principe que, dès notre petite enfance, nous adoptons sans examen» dit-il. TOLSTOI n’attaque le patriotisme qu’en ce lui paraît avoir pour complément nécessaire l’idée de guerre. TOLSTOI hait la guerre, mais il dit sa haine avec l’ardeur des batailles. Cependant, la liberté n’est si belle que pour l’ardeur de lutter pour elle. Poursuivi par ses créanciers, TOLSTOI s’enfuit en Caucase et s’engage dans l’armée de son frère, Nicolas. Dans ces montagnes poétiques, il commence, sous la passion du jeu, de la sensualité et de la vanité, à rêver et à écrire : «La nuit dernière, j’ai à peine dormi. Je me suis mis à prier Dieu. Il m’est impossible de décrire la douceur du sentiment que j’éprouvais en priant. Je me suis endormi en rêvant de gloire et de femmes. Je remercie Dieu pour ce moment de bonheur, pour ce qu’il m’a montré ma petitesse et ma grandeur» dit-il.
Dans «Les Cosaques» rédigé en 1852, mais publié en 1862, il note la surabondance de sa vie antérieure «ce que je sentais en moi était un amour profond et chaud pour moi-même de bon et de beau, susceptible de développement» dit-il. TOLSTOI se laisse vivre en Caucase : «Les hommes vivent ici selon les lois de la nature ; ils naissent, engendrent, se battent, mangent, boivent, jouissent de la vie, meurent et ne connaissent d’autres lois que celles imposées invariablement par la nature au soleil, à la végétation, aux animaux. Il n’y a en pas d’autres» écrit-il. En éveillant, dans son âme, la passion de la simplicité, la haine de la vie de salon, des complications factices de l’existence, c’est cette simplicité primitive, c’est cette beauté grandiose et simple de la nature qu’il va respirer au Caucase.  Libidineux, TOLSTOI est saisi par la joie de vivre. La vie est tout bien, tout bonheur, la vie toute puissante, universelle : la vie est Dieu. «S’amuser avec une fille n’est pas un péché, c’est le salut» dit-il. Dieu a tout fait pour la joie de l’homme. Rien n’est péché. C’est l’époque de la volupté intense dans sa rencontre avec la belle et sauvage Marianka. Ainsi, ce sont les guerres, notamment en Caucase et à Sébastopol, qui ont inspiré en premier sa contribution littéraire. TOLSTOI commence à écrire ses souvenirs autobiographiques, et évoque le bonheur familial. Il est encore sous influence de David Copperfield de Charles DICKENS. Il faisait de la littérature par intermittence. Son vrai héros n’est pas apparemment, comme il le dit la Vérité, mais la foule, la nation russe. En cette foule, en ses croyances, ses goûts, ses idées, TOLSTOI a dépeint ses vérités. Bien vivre, c’est faire battre le cœur de la nation russe. Bien penser, c’est bien penser comme elle. La sagesse devient le sentiment inconscient des masses populaires que la littérature de TOLSTOI a bien capté. Les «Cosaques», dira TOURGUENIEV c’est là «le plus beau récit de toute la littérature narrative russe».
Cependant, ce délire de force et de vie n’entament en rien la lucidité de TOLSTOI qui commence, profondément, à s’interroger sur le sens de sa vie : «En même temps, c’était en Caucase, j’étais particulièrement solitaire et malheureux. Je tendis toutes les forces de mon esprit, comme on ne peut le faire qu’une seule fois dans sa vie. C’était un temps de martyre et de félicité. Jamais, ni avant, ni après, je n’ai atteint une telle hauteur de pensée, je n’ai vu aussi profond que pendant ces deux années. Et tout ce que j’ai trouvé alors restera ma conviction» dit-il.
Avec les trois récits de «Sébastopol», empreints de patriotisme et d’héroïsme, TOLSTOI mettait une certaine passion dans la vie et un esprit de sacrifice. Le véritable héros de la guerre de Crimée, avec le siège des Anglais et des Français, c’est la masse des simples soldats, héroïque et grande, parce qu’elle ne doute pas de la grandeur qu’il y a à mourir pour la patrie. TOLSTOI perd tout senti