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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 15:51
«Abdulrazak GURNAH, un tanzanien exilé en Grande-Bretagne, Prix Nobel de Littérature 2021» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans ce monde de plus en plus lepénisé et frileux, je me réjouis pleinement du Prix Nobel de littérature décerné à un Tanzanien, Abdulrazak GURNAH, né à Zanzibar le 20 décembre 1948. Son pays, une place stratégique dans le commerce mondial, sur les routes entre l’Inde, l’Afrique et le Moyen-Orient, anciennement appelé le Tanganyika, un territoire initialement occupé par les Portugais, les Arabes, les Perses, puis colonisé par  l’Allemagne de 1884 à 1919, sous mandat britannique à partir de 1919, est devenu indépendant le 9 décembre 1961, pour prendre le nom de Tanzanie, en intégrant Zanzibar, le 26 avril 1964. Arrivé en Grande-Bretagne, en 1960, à l’âge de 18 ans, en qualité de réfugié, il fuyait le régime du président Abeid Amani KARUME (1905-1972), premier président de la République de Zanzibar, et les persécutions dont étaient victimes les Musulmans.  «Mon exil est synonyme d’une immense tristesse liée à la perte du pays de mon enfance. Je conçois l’exil comme une question de principe si c’est un départ volontaire. Comme s’extraire de soi pour changer les choses. Je suis parti de mon pays parce que je cherchais à m’accomplir de je ne sais plus trop quelle manière. Ensuite, c’est la vie qui a pris le dessus» dit Abdulrazak GURNAH. Abdulrazak GURNAH n’est retourné dans son pays qu’en 1984, peu de temps avant la mort de son père.
Abdulrazak GURNAH se lance dans la littérature à l’âge de 21 ans, et jusqu’à sa retraite, il enseigne la littérature anglaise et postcoloniale à l’université du KENT, à Canterbury et à l’université de Kano, au Nigéria. Il est un grand spécialiste des œuvres de Wole SOYINKA, NGugi Wa THIONG’O et de Salman RUSHDIE. Peintre de la Côte Est de l’Afrique, romancier et critique littéraire, Abdulrazak GURNAH vit à Brighton, dans le Sussex.
Le Prix Nobel de Littérature qui a été décerné à Abdulrazak GURNAH, le 6 octobre 2021, a surpris. En effet, Maryse CONDE, Prix Nobel alternatif, N’Gugi Wa THIONG’O et Annie ERNAUX faisaient partie des nobélisables. Peu de Prix Nobel ont été attribués à des racisés. S’agissant des Prix de Nobel de la paix, sur les 118 récipiendaires, une vingtaine sont allés aux Africains dont Albert LUTILI en 1960, à Desmond TUTU en 1984, et à Nelson MANDELA en 1993, le gynécologue congolais, Denis MUKWEGE en 2018 et le nigérian, Secrétaire des Nations Unis, Kofi ANNAN (1938-2018), en 2001. Depuis 1901, un Prix Nobel de littérature est attribué et le premier, non européen, un bengal, à être honoré est Rabindranath TAGORE (1861-1941), en 1913, auteur de contes du Bengal et des «Offrandes lyriques». Sur 118 lauréats, Wole SOKYNKA, un écrivain nigérian, est le premier africain récipiendaire en 1986, du Prix Nobel de Littérature. Il y aura l’égyptien Naguib MAHFOUZ (1911-2006) en 1988 et les Sud-Africains, Nadine GORDIMER en 1991 et John Maxwell COETZEE en 2003. Toni MORRISON (1931-2019) est la première afro-américaine, en 1993, Prix Nobel de Littéraire. Certains éminents auteurs noirs sont passés entre les mailles du filets : Aimé CESAIRE, Léopold Sédar SENGHOR, Chinua ACHEBE (1930-2013) ou Langston HUGHES (1902-1967).
Cependant cette distinction est d’autant plus symbolique, pour un monde multiculturel, harmonieux et fraternel, qu’elle est attribuée à un réfugié en Grande-Bretagne, le pays du BREXIT, retranché dans une forteresse qui n’est plus une île. Au Royaume-Uni, les délais de rétentions sont illimités, un demandeur d’asile peut être en rétention entre 10 et 12 ans. Depuis quelques années les frontières des pays riches se referment, l’océan Atlantique est devenu un gigantesque tombeau pour les candidats à l’exil. «Je suis un observateur (...) J'écris sur ce qui se passe dans le monde dans lequel je vis et, en ce moment, la question migratoire)est le thème, la préoccupation du monde dans lequel je vis ; c'est l'histoire de notre temps» dit Abdulrazak GURNAH. L’auteur étudie, à travers l’immigration la question des luttes la conquête et la conservation du pouvoir, à travers la vie quotidienne, en décrivant les tensions dans la relation entre l’individu, sa famille et la société, la relation amoureuse ou au travail : «He explores the representation of human relations, focusing on the theme of power and how it is attained, consolidated, used and contested in the human relations depicted in the novels” écrit Anne Ajulu OKUNGU dans sa thèse «Reading Abdulrazak Gurnah, Narrating Power and Human Relationship”.
Contrairement aux auteurs africains engagés, comme N’Gugi Wa THIONG’O, Abdulrazak GURNAH est un admirateur de Joseph CONRAD (1857-1924), un écrivain polonais de langue anglaise, attaché à l’ordre, mais défendant les parias, dans une fuite de l’ailleurs. Gurnah’s novelistic project is not that of writing back to the colonialist or lamenting about failed nationalism, but rather an engagement with writing back to the self” écrit Anne Ajulu OKUNGU. Dans cette introspection sur lui-même et les autres, Zanzibar, sa ville d’origine, est marquée par son passé esclavagiste, le commerce de l’or et des épices ainsi qu’un fort brassage culturel et démographique swahili, arabe, perse, omanais, portugais et britannique. De langue Swahili et de souche arabe, Abdulrazak GURNAH a puisé dans le folklore, les contes de son pays ainsi que son histoire personnelle de réfugié, avec des références à l’Islam et à la Bible. La contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH est à la croisée de multiples récits religieux, littéraires ou historiques. Au cœur de son œuvre littéraire, se situent les thèmes de l'immigration, de l’exil et de la colonisation, et la façon dont ils façonnent l'identité. Aussi, le Prix Nobel a insisté l’originalité de la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH «Le dévouement du lauréat Abdulrazak Gurnah, pour la vérité et son aversion pour la simplification sont frappants. Ses romans sont loin des descriptions stéréotypées et ouvrent notre regard sur une Afrique de l’Est, diverse culturellement et mal connue des autres régions du monde. Il est un écrivain qui rompt avec les conventions, bousculant la perspective coloniale pour mettre en valeur les populations locales». En effet, Abdulrazak GURNAH est installé dans sa quête mémorielle concernant l’exil, l’immigration et l’aliénation, et écarte toute démarche appelée par les conservateurs de «victimaire». Il ne faudrait pas nier l’humanité des autres par des raisonnements simplistes ou manichéens. Abdulrazak GURNAH ne voit pas de divisions insurmontables entre les peuples «Les gens se déplacent partout dans le monde, ce phénomène, notamment d’Africains venant en Europe, est relativement récent. Mais celui des Européens allant dans le monde existe depuis des siècles» dit-il. Pour Abdulrazak GURNAH, «voyager loin de chez soi offre de la distance et de la perspective., ainsi qu’un degré d’amplitude et de libération. Cela rend plus intenses les souvenirs qui sont l’arrière-pays de l’écrivain» dit-il.
Conteur merveilleux et tragique, sur un ton linéaire et distancié, la langue littéraire d’Abdulrazak GURNAH est empreinte d’un élégant et apaisant classicisme. «J’ai donc découvert Abdulrazak Gurnah en traduisant «By the Sea». Et j’ai été aussitôt séduite. Une écriture fine, légère, précise, sensuelle et profonde à la fois. Touchant à l’indicible parfois, d’où la difficulté à la traduire. Il n’y a pas de texte littéraire facile à traduire, mais certains le sont encore moins que d’autres. Et l’anglais de Gurnah est de ceux-là. Car Gurnah sonde les profondeurs de l’âme dans de tout petits riens parfois, quelques mots laconiques suffisent» écrit Sylvie GLEIZE, sa traductrice. La mémoire du pays natal, la mer, le cosmopolitisme et la figure titulaire de l’oncle, sont omniprésents dans sa contribution littéraire. «L’univers d’Abdulrazak Gurnah, son évocation de l’Orient a été pour moi un éblouissement. Cette Afrique que je ne connaissais pas, que je n’imaginais pas aussi «orientale», celle de l’Océan Indien, tout en secrets, méandres et mystères» dit Sylvie GLEIZE. S’il y a déjà eu des thèses sur l’auteur, c’est Kaur Mohineet BOPARI qui a publié une étude d’ensemble, en août 2021, recensant les thèmes qui hantent la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH, à savoir notamment les questions d’oppression, de mémoire, de race, de genre, de classe, et de solidarité. Au moment où la Françafrique plastronne, Abdulrazak GURNAH a été nobelisé pour son récit «empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents» dit Anders OLSSON, président du jury pour le Prix Nobel de Littérature. Pour la poétesse, Louise GLUCK, la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH est d’une «beauté austère». Abdulrazak GURNAH se dit honoré et flatté de cette distinction. Abdulrazak GURNAH déclare qu’il n’avait pas un plan de carrière «J’ai commencé à écrire avec désinvolture, dans une certaine angoisse, sans aucune idée de plan, mais pressé par le désir d’en dire plus» dit-il.
Abdulrazak GURNAH est l’auteur d’une dizaine de romans, en langue anglaise, dont trois ont été traduits en langue française. Il s’agit de «Paradis», traduit d’abord les éditions de Denoël et repris par Serpent à plumes, «Adieu Zanzibar» et «Près de la mer» chez Galaade, une maison d’édition indépendante, créée en 2005, mais disparue depuis 2017.
Un de ses romans le plus célèbre, «Paradis», nominé, en 1994, au «Man Booker Price for Fiction» et au «Whitbread Prize», traite de l’esclavage qui avait sévi à Zanzibar et du grand commerce caravanier de l’Afrique de l’Est, au moment où la logique précoloniale de cette économie est perturbée par la colonisation. La colonisation relève d’une logique de prédation, de piraterie, tandis que la logique marchande traditionnelle si elle est progressiste, reste tout de même entachée par des relents féodaux et esclavagistes, faisant le jeu du colonisateur. C’est donc un roman à la fois historique et anthropologique, décrivant une société de transition, en pleine mutation entre la tradition et la modernité. «Paradise» est donc une œuvre moderne, post-coloniale
Yusuf est enlevé à sa famille par Aziz, un grand commerçant, à qui son père doit de t'argent. Il travaille dans une boutique, sous la direction de Khalil, qui a subi le même sort que lui, mais à la différence de son compagnon, Aziz l'emmène dans une longue expédition commerciale à t'intérieur de t'Afrique. D'abord laissé dans un poste-relai, il est ensuite entraîné avec la caravane d'Aziz au-delà des grands Lacs, jusqu'aux extrémités du monde. L'expédition connaîtra un échec cuisant infligé par le sultan Chatu, dont le peuple a été cruellement trompé par d'autres marchands, mais Chatu et Aziz tomberont sous les coups de boutoirs des Allemands, forçant Yusuf à rejoindre les auxiliaires de la colonisation. Yusuf, Joseph, l'enfant vendu et exilé, comme le fils de Jacob dans la Bible, coupé de ses racines, porte en lui une profonde nostalgie des origines tout en s'attachant désespérément, aveuglément, à Aziz pour survivre dans un monde inconnu. Yusuf finit cloîtré dans un jardin d'Eden au gré des caprices de sa maîtresse. Récit tumultueux d'une jeunesse africaine au début du siècle entre Zanzibar et le lac Victoria. Il découle de la colonisation une mise en contact entre des cultures, le plus souvent très différentes, qui se trouvent à être confrontées à des systèmes de valeurs discordants. De même, la colonisation conduit à une ère de changement profond pour un pays.
Dans le roman «Paradis», Abdulrazak GURNAH expose le thème de la tension entre la perception individuelle de la colonisation et ce qui en a été retenu par la collectivité. Son pays, la Tanzanie, est exposé à l’influence de la colonisation européenne, plus particulièrement celle des Allemands et des Anglais, bien que celle des Belges soit aussi présente. Aussi, dans «Paradis», le personnage de Yusuf, un jeune tanzanien ayant grandit au cœur de l’expansion coloniale en Tanzanie, est confronté à une crise de valeurs, à un conflit de cultures. Pour Eve LEGER-BELANGER, ce roman est «l’incarnation d’une culture de l’échange au pluriel». Ainsi, le personnage de Yusuf, qui a quitté ces contrées paysannes pour se joindre à la vie de commerce d’un personnage nommé l’oncle Aziz, vit désormais en ville et en participant aux voyages des caravanes pour faire du commerce, le protagoniste atteint le statut de «civilisé». Les marchands Grecs et Indiens tiennent le commerce ; cet échange se fait entre des personnages de pays distincts, ce qui crée une confrontation entre des cultures différente ; ce qui entraîne un dialogues des cultures, notamment à travers une langue de communication.
Dans «Près de la mer», récompensé du prix RFI, Saleh Omar, un réfugié de 65 ans, n’est pas un sans-papiers. Claquemuré dans un silence, Saleh Omar, arrivé à Gatwick, avec de faux papiers, se replie dans le mutisme, pour lutter toute «contamination» européenne, toute pollution de son intégrité et de son monde originaire. Comme cet Angolais rencontré dans un centre de détention qu’il refuse de quitter, tant qu’il n’aura pas fini d’écrire son livre, par crainte de perdre le fil de ses souvenirs au contact des Anglais. Saleh choisit de ne pas parler anglais et se conforme au rôle imposé du réfugié sans défense, à l’histoire toute tracée. Le silence qui émane de lui se voit bientôt empli par les mots des agents d’immigration, travailleurs sociaux ou autres. À l’image de l’Europe coloniale qui remplaçait les histoires africaines par les siennes, convaincue d’en savoir plus sur l’Afrique que l’Afrique elle-même. Saleh Omar laisse aux autres le soin de s’exprimer à sa place, jusqu’au moment où il rencontre Latif Mahmoud, un interprète, poète et professeur de littérature originaire de son pays, le Zanzibar. On se méfie souvent des choses qu’on ignore, derrière ces réfugiés se cache un passé riche, parfois glorieux. Une fois délivrés de ce face-à-face avec l’ancien colonisateur, les deux hommes se retrouvent dans la ville de bord de mer où Saleh a été logé. C’est là qu’ils peuvent rompre le silence sur leur vie et redevenir eux-mêmes à la faveur des paroles qu’ils échangent. Leur vie passée remonte alors à la surface et le passé zanzibarien, en rencontrant le présent anglais, abolit le récit réducteur et stéréotypé du réfugié. Saleh avait rapporté de chez lui un coffret d’encens, Ud-Al-Qamari, comme la madeleine de Marcel PROUST s’il en est, dont l’odeur libère plusieurs vagues de souvenirs, d’impressions et d’histoires, comme un fragment de voix ou le souvenir d’un toucher. Bien qu’il soit, de manière significative, confisqué par la police aux frontières, l’encens a rempli son rôle de transmission du monde que Saleh a laissé derrière lui, et dont la narration constitue l’essentiel du roman. La fragrance incarne la fragilité de l’existence des protagonistes : elle est éphémère, flottante, elle ne s’arrête pas à un lieu. Comment donc rebâtir chez soi, quand on a quitté son pays ? The dominant theme in Gurnah’s the entire oeuvre is that of migrancy, of characters attempting to construct ideas of home away from home” écrit Anne Ajulu OKUNGU.
Dans «Près de la mer», Abdulrazak GURNAH relate l’arbitraire, des vies brisées, un gâchis, un pouvoir oppressif et dictatorial, ainsi qu’une misère sociale dans les pays africains. Ce roman recèle une part autobiographique «Je suis un réfugié, un demandeur d'asile. J'ai débarqué à l'aéroport de Gatwick en fin d'après-midi le 23 novembre de l'an dernier. C'est un point culminant, mineur et familier de nos histoires que de quitter ce qu'on connaît pour arriver dans des lieux étranges, emportant avec soi pêle-mêle des bribes de bagages» écrit Abdulrazak GURNAH, «Près de la mer» s’inspire aussi d’un fait divers, à la suite du détournement d’un avion des lignes intérieures afghanes, d’autres passagers, victimes collatérales sollicitent l’asile également en Grande-Bretagne.
Au moment, où à Paris, des réfugiés dont les pays ont été dévastés par la Français s’agglutinent, misérablement, aux boulevards périphériques, Abdulrazak GURNAH pose cette question redoutable : Qu'est-ce qui pousse un vieil homme à quitter son île de Zanzibar pour demander, sous une fausse identité, l'asile politique en Angleterre ? «Je savais, évidemment, que le noir c'était l'autre, le mauvais, le bestial, le perfide, inscrit au plus profond de l'être chez l'Européen même le plus civilisé, mais je ne m'attendais pas à contempler tant de noirceur sur cette page. Tomber là-dessus sans y être préparé a été pour moi un choc plus grand que d'être traité de mowicaud hila' (moricaud hilare) par un homme qui tenait le rôle du grincheux dans un film daté» écrit-il.
«Adieu Zanzibar», traduit en français en 2009, raconte les amours et les illusions de Martin Pearce, un aventurier britannique, battu, volé et abandonné de ses guides dans le désert, séduit et abandonne Réhana, une jeune et sulfureuse zanzibarite, la sœur de son hôte. Différents personnages se relayent : Amin s’éprend d’une femme âgée, Farida vit un amour caché et Rachid, le narrateur part étudier à Londres, un univers glacial et raciste. Ils sont Noirs ou Blancs, Indiens ou Arabes, Chrétiens ou Musulmans et tissent, de Zanzibar à Londres, autant d'histoires d'amour, d'interdit, de mémoire et d'exil. Portée par la force d'évocation et la poésie d'Abdulrazak GURNAH, cette fable désenchantée, dans laquelle résonne le destin légendaire des Atrides, a le souffle des grandes histoires. Dans un style policé et maîtrisé, il est donc question dans ce roman d’identité, d’amour, de trahison, de vengeance et de mémoire perturbée «enracinés dans l’histoire coloniale de l’Orient africain, bruissant de légendes swahilies, servi par une langue ensorceleuse, les récits de Gurnah naviguent entre le conte initiatique, l’exploration des douleurs de l’exil, l’introspection autobiographique et la méditation sur la condition humaine» écrit Abdourahman WABERI.
Dans les autres romans d’Abdulrazak GURNAH, il n’est pas question d’attaques contre le colonialisme ou l’échec des bourgeoisies nationales africaines ayant trahi leurs missions devant l’indépendance, mais de destins singuliers, en rapport avec la mémoire, la culture, les contes comme dans les Mille et Une Nuits, et l’estime de soi. Ainsi, le héros de «Admiring Silence» égrène des contes pour épater son entourage et ses parents ; il fait resurgir les questions d’appartenance et de racines. Le personnage, Daud, dans «Pilgrim’s Way», se lance dans une ambition littéraire épistolaire, mais ses lettres ne parviennent jamais à leurs destinataires. Abbas, dans «The Last Gift», après avoir échappé à une attaque cardiaque fatale, réduit au silence, ne s’exprime par différentes notes pour transmettre l’histoire de Zanzibar. «Desertion» fait appel à un journal intime afin de révéler des vérités cachées aux populations, toutes ces barrières raciales et culturelles, parfois superficielles. Dans «Memory of Departure» son premier roman, paru en 1987, c’est l’histoire d’un jeune, Hassan à la recherche de sa propre identité, dans une société en pleine mutation, la transition n’étant pas source de paix et de stabilité intérieures. Tous ces récits baignent dans une atmosphère d’amertume, de beauté, de trahison et de résilience, mais aussi de cosmopolitisme.
 
En définitive, l’œuvre d’Abdulrazak GURNAH s'éloigne des «descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une Afrique de l'Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses parties du monde» estime le jury de RFI. Pour ce nouveau Prix Nobel de Littérature, réfugiés venus d'Afrique, parfois des «gens talentueux et plein d’énergie» sont une richesse pour le pays d’accueil ; ils ne viennent pas «les mains vides» dit-il. «Beaucoup de ces gens qui viennent, viennent par nécessité, et aussi franchement parce qu'ils ont quelque chose à donner» précise-t-il.
Nous continuerons de réclamer, dans cette France, avec son message universel, que les universités françaises ouvrent leurs portes aux études africaines et qu’une Maison d’Afrique voit enfin le jour à Paris. Il n’y aucune raison, dans cette France républicaine, que dans les sondages, les gens aux idées continuent à nous narguer. Dans un récent article, et en réponse aux arguments nauséabonds d’Eric ZEMMOUR, avec sa bulle médiatique, Jacques ATTALI a eu le mérite et le talent de rappeler tous ces étrangers qui ont fait la France, sous un titre sarcastique «ces étrangers qui détruisent la France !» il s’agit notamment de Guillaume APOLLINAIRE, Pablo PICASSO, Juan GRIS, Cristobal BALENCIAGA, Blaise CENDRARS, Lino VENTURA, Françoise GIROUD, Le Corbusier, Agnès VARDA, Milan KUNDERA, Marie CURIE, Joséphine BAKER, Louis CHEDDID, SEMBENE Ousmane, Ousmane SOW, Alioune DIOP, Ahmadou KOUROUMA, Mongo BETI, etc.
 
Références bibliographiques
 
1 – Contribution d’Abdulrazak GURNAH
GURNAH (Abdulrazak), Adieu Zanzibar, traduction de Sylvette Gleize, Paris, Galaade éditions, 2009, 282 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Admiring Silence, The New Press, 1996, 216 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Afterlives, Bloomsbury, 2020, 288 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), By the Sea, Bloomsbury, 2002, 245 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Desertion, Knop Double Day Publishing Group, 2005, 271 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Dotties, Bloomsbury, 2016, 160 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Essays in African Writings, Oxford, Heineman Educational Books, 1995, 184 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Memory of Departure, Bloomsbury, 1988 et 2016, 160 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Paradise, Penguin, 1995, 246 pages, en langue anglaise ou Paradis, en français, traduction d’Anne-Cécile Padoux, Paris, Serpent à Plume, 1999, 300 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Pilgrim’s Way, Jonathan Cap Ltd, 1988, 192 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Près de la mer, traduction de Sylvette Gleize, Paris, Galaade éditions, 2006, 313 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), The Cambridge Companion To Salman Rushdie, Cambridge University Press, 2007, 218 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), The Last Gift, Bloomsbury, 2014, 288 pages.
2 – Critiques Abdulrazak GURNAH
ADAM (Shafi), “Approche d’une œuvre, entretien avec Abdulrazak Gurnah”, Project-Iles, n°4, 8 octobre 2021 ;
AJULU OKUNGU (Anne), The Fiction of Abdulrazak Gurnah : Journeys Through Subalternity and Agency, Johannesburg, University of Witwatersrand, 2016, 176 pages ;
BARDOLPH (Jacqueline), “Abdulrazak Gurnah’s Paradise and Admiring Silence : History, Stories and the  Figure of the Uncle”, Derek Wright, éditeurs, Contemporary African Fiction, Bayreuth, Breitinger, 1997, pages 77-89 ;
BARDOLPH (Jacqueline), “Swahili Histories and Texts in Abdulrazak Gurnah’s Paradise”, English Studies in Africa, janvier 2015, Vol 58, n°1, pages 14-29 ;
BOPARI (Mohineet, Kaur), The Fiction of Abdulrazak Gurnah : Journeys Through Subalternity and Agency, Cambridge Scholars Publishing, 2021, 160 pages ;
BOSMAN (Sean, James), Rejection of Victimhood in Literature : By Abdulrazak Gurnah, Viet Thanh Nguyen an Luis Alberto Urrea, Leiden, Brill, 2021, 216 pages ;
CARRE (Nathalie), «Des récits de voyages, aux textes de voyageurs : le cas du roman «Paradis» d’Abdulrazak Gurnah», Twentieth Century Literature, Trans, Hors Frontières, 14 mars 2021, n°26, pages 1-26  ;
CONRAD (Joseph), Au cœur des ténèbres, traduction Jean-Jacques Mayoux, présentation de Claude Maisonnat et Josiane Paccaud-Huguet, Paris, GF Flammarion, n°1583, édition originale de 1898, rééditée en 2017, 240 pages ;
DJAILANI (Nassuf), “Entretien avec Sylvie Gleize traductrice d’Abdulrazak Gurnah”, Project-Iles, 27 juin 2014 et 8 octobre 2021 ;
FALK (Erik), Subject and History in Selected Works by Abdulrazak Gurnah, Yvonne Vera and David Dabydeen, Karlstad, Karlstad University Press, 2007, 172 pages, spéc pages 25-63 ;
FAWZIA (Mustafa), “Abdulrazak Gurnah’s Paradise and Admiring Silence : History, Stories and the  Figure of the Uncle”, Twentieth Century Literature, mai 2015, Vol 61, n°2, pages 232-263 ;
FLOOD (Alison), “Abdulrazak Gurnah Wins the 2021 Nobel Price in Literature”, English Studies in Africa, The Guardian, 7 octobre 2021 ;
HARZOUNE (Moustapha), “Près de la mer. Abdulrazak Gurnah compte rendu”, Hommes et migrations, nov-déc 2006, n°1264, pages 150-151 ;
KEARNEY (J. A), “Abdulrazak Gurnah and the “Disabling Complexities” of Parochial RealitiesEnglish in Africa, mai 2006, vol 33, n°33, n°1, pages 45-58 ;
KNELWOLF KING (Christa), “Multiple Positioning : Responses to Cultural Difference in Readings of  Abdulrazak Gurnah’s Novel, By the Sea”, Penn State University Press, 2019, Vol 53, n°2, pages 185-204 ;
LEGER-BELANGER (Eve), “Paradis d’Abdulrazak Gurnah : une culture de l’échange”, Etudes romanes, 2017, Vol 38, n°1, pages 153-161 ;
NAUMANN (Michel), “Abdulrazak Gurnah, Paradise”, Etudes littéraires africaines, 1996, n°1, pages 61-64 ;
NYMAN (Jopi), Migration and Melancholia in Abdulrazak Gurnah’s Pilgrims Way, in Displacement, Memory and Travel in Contemporary Migrant Writing, Leiden, Brill, Brill-Rodopi, 260 pages ;
RUBERTO (Marco, Neil), Itinerant Narratives : Travel, Identity and Literary Form in Abdulrazak Gurnah’s Fiction, Nottingham, Trent University, avril 2009,  318 pages ;
WABERI (Abdourahman, A), “D’exil et d’amour. «Adieu Zanzibar» d’Abdulrazak Gurnah”, Le Monde diplomatique, juin 2010, page 29.
Paris, le 7 octobre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 11:11
«Aoua KEITA (1912-1980), une sage-femme malienne lettrée, rebelle, syndicaliste et militante de l’indépendance» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
L’existence, hors norme, d’Aoua KEITA ayant coïncidé, un certain temps avec le destin de l’Afrique, épouse les contours riches de multiples vies : sage-femme, femme de lettres, syndicaliste, féministe, indépendantiste, première femme députée au Mali, sociologue, voire historienne. «Aoua Kéita fait partie des figures de proue de l’histoire du Mali. En tant que femme leader politique, sa vie et ses activités se confondent avec tout un pan de l’histoire coloniale du Mali et la lutte pour les indépendances. Si Modibo Kéita et Mamadou Konaté sont célébrés comme les pères de l’indépendance, les avocats indéfectibles de la liberté et la démocratie, Aoua Kéita s’est distinguée comme l’une des vaillantes mères de l’indépendance» écrit Fatoumata KEITA. Cependant, Aoua KEITA n’est connue que de cercles restreints de spécialistes. Je crois que son engagement, sans concession, en faveur de l’indépendance, en pleine Guerre froide, avec des attaches communistes, y est pour quelque chose. Qualifiées de «femmes savantes» et de «frigidaires», mais reconnues comme pionnières du féminisme, certaines femmes africaines sont mondialement identifiées (Awa THIAM, Ken Bugul M’BAYE et Mariama BA). Aoua KEITA est, quant à elle, confinée dans une quasi clandestinité. Par ailleurs, la littérature concernant les femmes émane, tout début des indépendances, des hommes (SEMBENE Ousmane, Cheikh Anta DIOP) dont les écrits, en Afrique, véhiculent avec une image, sans être réductrice, focalisée sur le caractère maternel du continent noir. «Nombre d’Africaines d’origines et de conditions diverses se sont investies dans des actes de résistance et des luttes émancipatrices, mais leurs noms figurent trop rarement dans les livres d’histoire, (….) leurs efforts et leurs sacrifices n’ont pas été suffisamment transmis à la postérité, au risque de les murer dans l’oubli.(….). Même si cet engagement féminin est souvent éclipsé pour laisser aux seuls hommes la paternité d’actions produites collectivement, les femmes africaines savent ce que lutter signifie» écrit Irina BOKOVA, Directrice générale de l’UNESCO, dans la préface de «Femmes africaines, panafricanisme et Renaissance africaine».
Née le 12 juillet 1912, Aoua KEITA grandit à Bamako, une ville à l’époque de 8000 habitants, au Soudan, actuel Mali, qui faisait alors partie de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Son père Karamoko KEITA, originaire de Kouroussa en Guinée, s’est installé avec ses épouses, griots et serviteurs. Karamoko KEITA, un ancien tirailleur sénégalais de la Première guerre mondiale, est un agent reclassé au service d’hygiène. Sa mère, Mariam COULIBALY (Vers 1890-1965), également originaire de Guinée, est une mère-courage et besogneuse, une ménagère, cultivatrice de riz et tisseuse de coton. Dans les contes que lui raconte sa mère, une traditionnaliste, les femmes sont exhortées à être des bonnes épouses, à ne pas être jalouses des coépouses et d’être de bonnes ménagères obéissantes ; celles qui se marient, par amour, sont transgressives, individualistes ou n’acceptent pas la douleur, risquent d’affronter un mauvais sort. Sa mère terminait ses contes «en donnant des conseils de politesse, d’obéissance, de serviabilité, de respect envers les parents, les personnes âgées et les nécessiteux» écrit-elle. En effet, le rôle et la valeur de la femme dépendent de sa fécondité, de sa résilience et de son aptitude à se conformer à la tradition, fut elle parfois absurde ou surannée. Or, cette pression sociale, ces caractères stéréotypés maintiennent la femme dans un statut d’infériorité, et renforcent donc la domination de l’homme. «Les femmes intériorisent l’idéologie patriarcale dominante et contribuent à leur propre soumission» écrit Sophie BESSIS.
Allant à l’encontre de la volonté de sa femme, le père d’Aoua KEITA décide de la scolariser le 15 septembre 1923 au foyer des Métisses qui venait. En tant que fille aînée d’une fratrie de cinq sœurs, dont une veuve avec six enfants,  un jeune fils, (qui décédera le 13 juin 1958) Karamoko KEITA estime qu’Aoua se doit d’apprendre un métier qui lui permette de travailler pour l’administration coloniale afin de soutenir sa mère, une fois le chef de famille décédé. «L’avenir de ta mère constitue un gros souci pour moi. En effet, avec quatre filles qui iront construire d’autres foyers, que deviendra ta mère après ma mort ?» lui dit son père. En dépit des ruses et intimidations que sa mère emploie pour la garder auprès d'elle, Aoua KEITA, tenace et curieuse de tout ce qui est nouveau, quitte ainsi une éducation purement rituelle, pour fréquenter l’école française. Sa mère hostile à l’entrée de sa fille à l’école française lui dira : «Va-t’en t’occuper de tes papiers et crayons, c’est ce que tu donneras à manger à l’homme malheureux qui acceptera de te prendre» comme épouse. Après l’obtention du certificat d’études primaires en 1928, Aoua réussit le concours de l’école de médecine de l’Afrique Occidentale Française (AOF) de Dakar pour y être formée comme sage-femme. Diplômée en  novembre 1931, elle est affectée à Gao, dans le Nord, au grand regret de sa mère qui voyait d’un mauvais œil qu’une jeune femme célibataire effectue un tel voyage et habite seule dans une ville reculée «considérée comme un autre monde». Arrivée à Gao le 22 décembre 1931, une région septentrionale dont elle ne connait pas la langue, le Sonrai, Aoua KEITA, une Malinké, est, selon ses propres mots, «la seule jeune fille émancipée» ou la «Toubab», courtisée par les jeunes fonctionnaires, commerçants et notables de la ville. Sa maison devient rapidement un espace de sociabilité.
Le 17 novembre 1935, Aoua KEITA épouse Daouda DIAWARA, un médecin rencontré au Sénégal, aux côtés duquel elle s’initie au militantisme syndical et politique. Avec son époux, Aoua KEITA s’engage à l’Union Soudanaise – Rassemblement Démocratique Africain (US-RDA). Tout en l’encourageant dans ses activités militantes et à lire des journaux, comme «Paris-Dakar», Daouda DIAWARA lui impose une posture de retenue silencieuse pour éviter les foudres des maris ne tolérant pas que leurs épouses s’occupent de politique. «Tu observes, tu t’occupes des camarades venus de Ségou au point de vue de la nourriture, tu nous représentes au bureau et tu votes. Ce sera déjà une grande contribution. Évite surtout de parler de politique» lui dit son mari. Par ailleurs, femme stérile, Aoua KEITA affronte la foudre de Malon CAMARA, sa belle-mère ; ses cinq enfants (quatre filles et un garçon) avaient tous des enfants, sauf Daouda. Aussi elle menace son fils «Je sais que tu tiens à Aoua. Mais si jamais ma mort se trouve dans l’union avec Aoua, tu seras malheureux le reste de ta vie. Je te maudirai même dans ta tombe» dit sa belle-mère à son fils. «Le manque d’estime de soi de ma belle-mère, se transforme en une véritable animosité dès qu’elle apprit mon incapacité d’avoir des enfants à la suite de ma dernière opération chirurgicale en septembre 1945. Mais ce qui rendit ma belle-mère furieuse par désespoir, ce fut l’attitude de mon mari. Il refusa en effet de prendre une deuxième épouse. Toute la famille m’imputa ce refus qui cependant était indépendant de ma volonté» écrit-elle. Après quatorze années de mariage, le couple divorce en 1949. Craignant la malédiction de sa mère, Daouda DIAWARA répudie Aoua KEITA «Tu peux prendre ta liberté. A partir d’aujourd’hui, je ne t’aime plus» lui dit-il. «J’accepte ma nouvelle avec courage et persévérance » lui réplique Aoua KEITA.
Aoua KEITA a été la femme députée au Mali, «Mon premier mandat de députée date du mois de mars 1959 et a été renouvelé en 1964. Je crois avoir été la première femme d’Afrique, sinon l’une des premières à accéder à un poste politique, c’est-à-dire être membre d’un Parlement. Ce geste de l’Union-Soudanaise RDA concrétise l’intérêt que notre parti accorde à l’émancipation de la femme, et à l’égalité de l’homme et de la femme dans tous les domaines» dit-elle, dans un entretien, de 1964, accordé au magazine féminin sénégalais, «Awa». Ce geste a été suivi par la Haute-Volta (Burkina-Faso), le Ghana, l’Algérie, la Guinée et le Sénégal. L’entrée en politique, des femmes au Mali, a été progressive «Depuis 1945, date à laquelle les peuples colonisés d’Afrique d’expression française ont eu le droit de participer à la vie politique, nous avons commencé à militer. Notre objectif était de soutenir un nos frères élu comme membre d’une assemblée nationale française. Il n’y avait pas d’indépendance, mais nous avons eu le droit de vote, le droit d’éligibilité. A partir d’octobre 1946, la lutte politique des femmes s’est bien définie, à partir du Congrès constitutif du RDA, à Bamako, du 18 au 21 octobre 1946. Depuis ce temps-là, j’ai milité, avec ferveur, pour la liberté des peuples qui seule, pouvait permettre aux femmes d’obtenir les droits auxquels elles aspiraient ; je me suis engagée, avec d’autres femmes, pour la libération des femmes» dit Aoua KEITA.
En 1955, Aoua KEITA n’avait encore gravi des échelons décisifs dans son parti, en dépit de ses luttes. En 1956, elle fonde à Bamako, avec l’institutrice Aïssata Sow, le Comité des femmes travailleuses qui prend le nom, deux ans plus tard, d’Inter-syndicat des femmes travailleuses. Ce n’est qu’au 5ème Congrès du Parti en août 1958 qu’elle est désignée une «commissaire à l’organisation des femmes». À ce titre, elle devient la seule femme membre du Bureau Politique. Elle est élue députée de la Fédération du Mali à Sikasso en 1959, devenant la première Africaine d’AOF à accéder à un tel poste. En 1962, Aoua KEITA participe avec d’autres militantes à l’élaboration d’un Code du Mariage promulgué en 1962, après l’indépendance du Mali. Si les militantes échouent à faire interdire la polygamie et l’excision, le consentement au mariage est instauré. Au Mali, elle devient responsable du comité de rédaction de la Commission Sociale des Femmes (CSF). Il s’agit d’un poste clef au sein de la section féminine du Parti créée en 1963, qui confère à Aoua KEITA la charge de la rédaction des textes de l’organisation. Sous la pression de la première dame, Mariam TRAVELE, écarte Aoua KEITA, considérée comme cadre modéré, du pouvoir. Aoua KEITA continue à militer dans la section féminine locale de son quartier de Bamako avant de rejoindre, en 1970, Djimé DIALLO, au Congo, un fonctionnaire de l’UNESCO, et ne rentra au Mali qu’en 1979, un an avant son décès à l’âge de 67 ans. Aoua KEITA disparaît le 7 mai 1980 à Bamako.
L’essentiel de mes sources repose, en grande partie, sur l’autobiographie de Aoua KEITA, publiée chez Présence africaine en 1975, et rééditée en 2014, avec une puissante et éclairante préface de Sophie BESSIS, et accompagnée d’un plan de présentation de l’éditeur. «Les mémoires d’Aoua Keita ont l’immense mérite d’être à la fois un témoignage personnel d’une des premières femmes diplômées d’Afrique de l’Ouest, d’une des premières responsables politiques féminines dans une région encore marquée par un indéracinable patriarcat, un livre d’histoire à la première personne sur la période coloniale. Mais il est avant tout le récit d’une vie entièrement consacrée à deux combats intimement mêlés, celui pour l’indépendance et celui pour l’émancipation des femmes» écrit Sophie BESSIS. Les mémoires, répartis en huit chapitres, couvrent la période de 1931 à 1960, soit jusqu’à l’éclatement de la Fédération du Mali et donc l’indépendance de son pays. «On n’en finit pas de regretter ait choisi de clore son récit en 1960 ; elle qui prit une part active sous la présidence de Modibo Keita. Qu’aurait-elle dit, celle qui mourut en 1980, si elle avait repris sa plume ?» s’interroge Sophie BESSIS. Et cela soulève de multiples questions.
Tout d’abord, est-ce que le refus d’évoquer les indépendances signifierait que celles-ci ont été trahies ? Ahmadou KOUROUMA avait dans «Soleil des indépendances» décrit ce phénomène  de «désenchantement national » en référence au titre d’un ouvrage de Hélé BEJI. L’US-RDA, sur une ligne dite «anticolonialiste» conduit le Mali à l’indépendance et l’engage dans la voie socialiste. Aoua KEITA ne se prononce pas dans ses mémoires, sur la politique de Modibo KEITA, caporalisant les organisations des femmes, dans le cadre d’un parti unique. En effet, la Commission sociale des femmes, créée en 1963, directement rattachée au Parti, est, en fait, dirigée par les épouses des responsables politiques, une sorte de caisse de résonance aux mots d’ordre du régime, et s’attachant peu  à l’amélioration ou au changement du statut de la femme. A la fin de son régime, il n’existait plus de femmes haut responsable dans les organes de l’Etat. Le général Moussa TRAORE, nommera une seule femme au gouvernement, Mme Inna SISSOKO CISSE, au poste de Secrétaire d’Etat en charge des affaires sociales.
Ensuite, en arrêtant ses mémoires à l’année 1960, Aoua KEITA refuse ainsi de se prononcer, lors de la sortie du Franc CFA, sur la liquidation, le 30 juin 1964, de Fily-Dabo SISSOKO (1900-1964), chef du Parti pour la Solidarité et le Progrès (PSP), de Hammadoun DICKO (1924-1964), chef de file des commerçants et El Hadji Kassoum TOURE dit Marba. Fily-Dabo SISSOKO, présenté par Aoua KEITA, dans ses mémoires, sous la colonisation, comme étant la bête noire de l’US-RDA et un allié des colons, était, en fait, en déclin, ne représentait plus une menace pour Modibo KEITA. Une commission, au Mali, étudie, en ce moment, les conditions de la réhabilitation de Fily-Dabo SISSOKO, proche du Parti socialiste français, un personnage beaucoup complexe dans son itinéraire, mais largement caricaturé par Aoua KEITA, dans ses mémoires.
Enfin, Aoua KEITA, témoin de l’Histoire, ne nous éclaire pas sur les circonstances de sa propre liquidation politique par Modibo KEITA. En effet, en 1966, Aoua KEITA part à la retraite, mais continue à siéger au Bureau politique, au titre de la Commission des Femmes, jusqu’au 22 août 1967, date de la «Révolution active» de l’US-RDA, où elle est totalement évincée du pouvoir. En effet, cette purge a été décidée par le «Comité national de défense de la Révolution» (CNDR) en vue d’un «sursaut patriotique», de fidélité aux engagements de l’indépendance du 22 septembre 1960. Le Bureau politique national, dont faisait partie Aoua KEITA, est dissout «Cette vague révolutionnaire, née de la volonté de l’ensemble des couches saines de notre pays de voir liquider rapidement les aspects négatifs de notre action politique, ne doit pas s’arrêter» dit Modibo KEITA. En fait, au-delà de cette grandiloquence, Le Mali procède à une forte dévaluation de la monnaie nationale et surtout, il accepte de conclure avec la France, en décembre 1967, trois accords monétaires qui sonnent le glas de l’exercice de la souveraineté monétaire, c’est le retour du franc CFA avec la réintégration du Mali dans l’Union monétaire ouest africaine. Aoua KEITA était-elle en désaccord avec ce double discours ? En tout cas, et en dépit, de son éviction du Bureau politique, Aoua KEITA refusera de collaborer avec le régime de Moussa TRAORE (1936-2020) ayant renversé Modibo KEITA le 19 novembre 1968.
Dans ses mémoires, Aoua KEITA, si elle parle longuement de la relation avec sa mère, est restée particulièrement discrète sur sa vie privée. Pour elle, l’amour et la vie privée en sont presque évincés, simple pudeur ou juste réalité. Maîtrisant son chagrin et sa solitude, après la séparation avec son premier mari, Aoua KEITA est une femme pleine de fierté et d’honneur. «Le récit autobiographique d’Aoua Keita, paru en 1975, est un livre assez difficile à classer, et il n’a pas eu l’audience qu’il méritait. Aoua Keita y retrace à la fois une existence singulière et exemplaire, qui se confond avec l’histoire du Mali, de la période coloniale à l’accession de l’indépendance» écrit Bernard MOURALIS. Je souscris pleinement à ce point de vue, et cela pour plusieurs raisons. Le livre de Aoua KEITA un pan de l’histoire africaine été récompensé en 1976 par le Grand prix littéraire d’Afrique noire et en 1977, pour son récit exceptionnel sur l’engagement professionnel et politique d’une sage-femme africaine à l’époque coloniale. Par ailleurs, pour l’essentiel, les écrits des Africains, après les indépendances sont des contributions de dénonciation du néocolonialisme ou traitant d’un thème éculé : les rapports entre tradition et modernité. A travers son vécu, Aoua KEITA nous a légué un précieux et irremplaçable témoigne sur l’Afrique au siècle dernier. Par ailleurs, la qualité de l’expression écrite d’Aoua KEITA, alliée à son talent de narration ou de conteuse, son souci pédagogique, avec de nombreuses interpellations du lecteur ou des parenthèses permettant de mieux saisir le contexte, sont autant de qualités fort appréciables. Aoua KEITA «possédait l’art de raconter, de restituer à touches vives l’ambiance d’une époque, de relever des faits significatifs dans le quotidien, en soulignant la gravité de moments historiques décisifs, avec l’humour d’un acteur-témoin» écrit Marie ELIOU. En dépit parfois de certaines formules ou slogans inspirés de la culture communiste, trahissant ses préférences politiques, abandonnant tout dogmatisme, et attachée à la Vérité, Aoua KEITA a conduit des investigations rigoureuses, nuancées et balancées. C’est à titre que dans ses mémoires, en grande sociologue ou historienne, Aoua KEITA donne des renseignements précieux notamment sur les diverses coutumes africaines, le sens à donner à certains contes ou maximes africaines, au regard du statut de la femme, le statut des chefs coutumiers ou de canton, des fonctionnaires coloniaux et leurs conditions de vie (Mutations disciplinaires, menaces, brimades, calomnies ou achat de conscience). Sa description de la vie ordinaire des Maliens dans la première moitié du XXème siècle (castes, habitation, nature, alimentation, moyens de communication, etc.) est remarquable.
I – Mme Aoua KEITA, sage-femme, syndicaliste et indépendantiste
Aoua KEITA a utilisé ses fonctions de sage-femme pour développer une activité syndicale et politique, contre la politique d’assimilation du colonisateur, et en vue de l’indépendance totale de son pays. «En narrant sa vie, elle se fait la porte-parole des masses sans voix et la porte-étendard de leur combat pour la liberté et la démocratie. Son combat devient celui de toute l’Afrique, et sa souffrance la leur. Face à la tyrannie de l’oppresseur, elle oppose une rhétorique guerrière digne d’une résistante qui ne recule devant rien avant d’atteindre sa mission de décolonisation politique et mentale des Africains» écrit Fatoumata KEITA. Au début, l’affectation de Aoua KEITA à Gao a été considérée, par sa famille, comme une sanction déguisée. Aoua KEITA se sentait honorée d’être utile aux femmes défavorisées de son pays «La jeune africaine tenait à mettre ses connaissances «Toubab», de savoir «blanc», au service de son peuple et de ces femmes qui, maintenant, à travers pauvreté, ignorance, exploitation et domination étrangère, le tissu social de leur communauté. C’est dans la relation éducative entre la sage-femme et les mères qu’elle assiste, que commence à se former, chez l’une chez les autres, la prise de conscience politique» écrit Marie ELIOU.
Durant ses deux séjours à Gao, (1er séjour de 1931 à 1937, 2ème séjour de 1950 à 1951) Aoua KEITA, transgressant l’ordre traditionnel conservateur et la domination coloniale, parvient à se faire adopter par la population en devenant un membre du «Gnaff Conde», l’organisation des jeunes femmes, à entrer dans les bonnes grâces des notabilités, et à créer pour, la ville de Gao, sa première maternité construite en 1934. Aoua KEITA a surtout officialisé une section féminine du RDA, et mit en place des comités de jeunes et pris en charge la propagande électorale pour le compte de son Parti, l’US-RDA. «J’ai profité de mes relations avec les femmes pour avancer dans le travail politique et c’est pour ces raisons qu’on m’avait expulsée. Au lieu de cela comme un martyr, j’en ai fait une gloire» dit-elle. A Gao, comme à Nara, Aoua KEITA se heurte aux autorités coloniales, dans sa lutte pour l’organisation des femmes et des élections régulières «Si vous hommes, vous avez peur, cela vous regarde, quant à nous femmes Sonraïs, Armas, Arabes et Touaregs, nos pagnes sont solidement serrés autour de nos reins. S’il le faut, nous achèterons des bandes de coton, pour les ceindre davantage, nous le ferons avec empressement, car nous en avons assez. Nous ne pouvons plus continuez à subir les vexations de ces brigands, qui ont arraché notre pays» écrit-elle. A Nara, Aoua KEITA est confrontée à l’arrogance, au sexisme et au mépris du chef de canton de Fogoty, un membre du Parti de la Solidarité et du Progrès (PSP), de Fily-Dabo SISSOKO, allié aux notabilités : «Depuis plus de dix ans, que je suis á la tête de cette population, jamais un homme ne m’a contrarié, jamais un homme ne m’a interrompu, même pas les Européens, à plus forte raison une femme» lui dit-il. Par ailleurs, et lors des élections du 8 avril 1959, Aoua KEITA est menacée par du chef de village de Singne qui lui refusa l’accès au bureau de vote : «Sors de mon village, femme audacieuse. Il faut que tu sois non seulement audacieuse, mais surtout effrontée pour essayer de te mesurer aux hommes en acceptant une place d’homme. C’est la faute des fous dirigeants du RDA qui bafouent les hommes de notre pays en faisant de toi leur égale. Moi, sergent-chef de l’Armée française, ayant combattu les Allemands, accepter d’être coiffé par une femme ? Jamais. Fous-moi le camp femme à langue mielleuse. Je me moque de toi, de tes paroles de diable et de Satan, ainsi que ton RDA. J’ai trois femmes, comme toi, qui me grattent le dos, tous les soirs, à tour de rôle. Retiens ta langue. Si tu continues à me parler, je te ferai bastonner par les femmes» dit-il.
En raison de son activité politique intense, considérée comme «sage-femme communiste» par l’administration coloniale, Aoua KEITA est mutée, à titre disciplinaire au Sénégal, à Bignona au lendemain de la victoire du RDA à Gao aux élections législatives du 17 juin 1951. En effet, à l’occasion de celles-ci, Aoua KEITA, membre d’un bureau, qui a bien étudié le Code électoral, a courageusement tenu tête au commandant de cercle qui incitait les militaires à voter contre son parti. Dans un premier temps, le commandant de cercle refuse de quitter le bureau de vote : «Je me moque totalement de vos procurations, je suis dans mon bureau et j’entends y demeurer tant que je le voudrai. Est-ce vous qui commandez Gao ou moi ?» dit-il. La réplique d’Aoua KEITA a été cinglante : «Monsieur, personne ne conteste votre commandement. Durant la journée d’aujourd’hui, cette salle appartient à ce peuple pour lequel vous n’avez aucune considération. Donc, monsieur, vous sortez ou je fais arrêter les opérations» dit Aoua KEITA.
Le colonisateur envisageait de la muter en Afrique équatoriale, puis s’est ravisé, en raison de la qualité de ses services. La mère d’Aoua KEITA qui la croyait révoquée, s’en est inquiétée. «Tranquillise-toi. Ces gens ne peuvent rien contre ta fille qui est protégée par tes ferventes bénédictions et par celles de son père. Ce n’est ni eux ni le gouverneur du Soudan qui m’ont donné mon diplôme. Donc, ils n’ont aucun moyen de me le retirer. Tout ce que le gouverneur de Gao peut faire, c’est me donner de mauvaises notes, afin de retarder mon avancement, ou encore demander mon affectation hors de ma colonie d’origine. Ce but est atteint, je suis expulsée du Soudan» écrit Aoua KEITA. En dépit de mesures d’éloignement, Aoua KEITA continue de militer dans chacun des postes, nombreux, où elle est affectée : Tougan, Kayes, Niono, Kokry, Markala, Bignona, Nara, et Bamako «J’ai été déportée. Nous avons eu des sœurs qui ont perdu leur situation, qui ont fait de la prison, mais cela ne faisait qu’aiguiser notre esprit de sacrifice national. Chaque fois qu’il m’arrivait un coup dur, c’est que mon parti a diminué la force de l’oppresseur et cela m’encourageait pour affronter nos difficultés. Nous savions que c’est avec l’indépendance seule que nous pouvions obtenir notre plein épanouissement. Pendant les moments, les plus difficiles, les déplacements, les exclusions s’abattaient sur tous les militants de l’US-RDA» dit-elle. Son intense activité politique n’a pas eu d’effets négatifs sur son couple «Ma vie n’a pas été affectée. Mon mari était un homme qui aimait la politique. J’étais marié à un homme premier responsable de l’US-RDA à Niono. Il a été investi en 1947 pour être sénateur de la République française» dit-elle. Aoua KEITA, une femme debout, transgressive, refusant la violence et la prédation des hommes et du colonialisme, n’a jamais plié. En effet, tous ses interlocuteurs, même les plus bienveillants, recommandent à Aoua KEITA d’abandonner la politique et de ne s’en tenir qu’à ses fonctions de sage-femme, un domaine dans lequel elle excelle. Ainsi, lors d’un bref séjour en Guinée-Bissau, un diplomate lui dit «Chère Madame, je vous donne un conseil d’aîné : retirez-vous de la politique, elle n’est pas bonne pour les hommes et elle peut être fatale pour une femme». A Bignona, au Sénégal, un inspecteur de la santé de l’AOF, lui conseille ceci «Je vous demande, Madame, de ne plus faire de la politique. Vous avez un métier qui vous permet de vous rendre très utile à votre pays. Mais surtout pas d’activités politiques !».
Communicative, combative, inflexible et animée d’une grande compassion, Aoua KEITA est également une sociologue et historien. Elle consacre une bonne partie de son temps à la lecture, au jardinage, à la couture et surtout à une observation fine de la société qui l’entoure (Mode de vie, culture, habitation, groupes ethniques, coutumes et mœurs, rapports avec les colons, rapports de forces politiques, notamment la place des femmes et des jeunes). En effet, ses séjours dans différentes contrées reculées «lui donnent l’occasion d’en décrire les coutumes, d’en critiquer les aspects néfastes. L’esclavage et le système des castes sont, entre autres, des données structurelles de l’organisation sociale, de même que le statut inférieur des femmes» écrit Sophie BESSIS. En effet, elle raconte, avec talent, la façon dont la médecine moderne fait irruption à la campagne, souvent avec des moyens dérisoires, le métier des matrones. Aoua KEITA pointe du doigt ce conflit entre tradition et modernité. A Nara, capitale des Soninkés, on apprend de la plume de Aoua KEITA, que la femme, suivant les accoucheuses traditionnelles, doit supporter les douleurs provoquées par les contractions utérines. Les «Magnamagan», initiatrices des jeunes mariées et conseillères conjugales, apprennent à la nouvelle mariée de limiter les rapports sexuels, de ne jamais manifester le désir d’être possédée. Trop de rapports sexuels engendreraient la stérilité, la lassitude de l’homme qui finira pas devenir polygame ou tromper sa femme. Elles enseignent la soumission aux parents du mari.
Aoua KEITA a évité, très soigneusement, d’évoquer les mutilations sexuelles, l’excision «On ne pourra regretter qu’Aoua Keita n’ait pas accordé une plus grande place à son expérience et à ses réflexions de sage-femme ayant pu observer, pendant des années, la rude condition faite aux femmes en milieu traditionnel. Ainsi, on ne trouvera dans l’ouvrage aucune allusion aux mutilations traditionnelles, qui ont pourtant une part considérable dans les souffrances et les difficultés endurées dans les accouchements» écrit Catherine MAZAURIC. En effet, Aoua KEITA, compte tenu de l’ampleur de la tâche, dans un pays encore conservateur, avance parfois avec prudence «Si Aoua Keita s’étend longuement sur certains de culture nocifs de son pays, elle ne dit mot sur les mutilations génitales qui touchent la quasi-totalité des Maliennes. On peut s’en étonner. Ce silence donne la mesure des forces qui ligotent sa société» écrit Sophie BESSIS.
Partout où passe Aoua KEITA, elle scrutin au tamis la société, sa population, ses coutumes et mœurs, les rapports de forces politiques. A Gao, une région conservatrice et féodale où existent encore les castes et l’esclavage, noble ne doit pas directement s’adresser à une assemblée, c’est un porte-parole, un casté ou un esclavage, qui relaie, à haute voix ce qu’il marmonne à voix basse. A Nara, Aoua KEITA créé une mutuelle de solidarité entre femmes. A Fogoty, une contrée rurale, à dominante peule, l’esclavage est encore vivace. «Les Dimadios (esclaves) continuaient à servir docilement leurs maîtres, en plein XXème siècle, plus de cent après l’abolition de l’esclavage. Il faut reconnaître et dire honnêtement que ces personnes ne subissaient aucune contrainte de la part de leurs maîtres» écrit-elle. En Casamance, lors de son séjour entre 1951 et 1953, Aoua KEITA note que les Sudistes ont un certain ressentiment à l’égard des habitants noirs des quatre communes, très tôt éduqués, et ont été féroces avec les Diolas ; ils se seraient «évertués à bafouer leur dignité, par un comportement révoltant» écrit-elle. En Guinée-Bissau, alors sous domination portugaise, le centre-ville de la capitale, propre, éclairé et moderne, n’est habité que des Blancs ou Métis. Les Noirs (Mandiaques, Peuls, Soudanais, Créoles), non éduqués, sont relégués à la périphérie, dans des zones insalubres et livrés à l’alcoolisme et à la violence. «La ville indigène semblait sale. L’odeur désagréable qui s’en dégageait témoignait un manque total d’hygiène. Les rues étaient poussiéreuses et mal entretenues» écrit-elle.
II – Mme Aoua KEITA, militante pour la promotion et l’émancipation de la femme
«L’évolution d’un pays est fonction de la place que les femmes occupent dans la vie de ce pays» dit Aoua KEITA. Le Mali, un vaste territoire enclavé, une population de 19,- millions d’habitant, est composé à majorité de femmes (51%) dont 73,4% sont en zone rurale et 82,3% n’ont pas été scolarisées. Les hommes désireux de maintenir la Femme dans un statut de minorité, adoptent le même point de vue que le colonisateur. En effet, l’autobiographie d’Aoua KEITA «apparaît comme un contre-discours hégémonique, afrocentré et ‘womaniste’ qui expose l’inhumanité, la dépersonnalisation et la violence du système colonial, tout en saluant la contribution des femmes dans la lutte contre la colonisation» écrit Fatoumata KEITA. Aussi, Aoua KEITA a pour ambition de lutter pour la promotion et l’émancipation de la Femme, notamment par l’accès à l’éducation, aux lieux de décisions, à la lutte contre la pauvreté et la participation aux décisions qui les concernent, notamment le droit de vote, bref de sortir de la tutelle, de la minorité, des différentes discriminations ou violences : «L’objectif d’un empowerment des femmes, terme difficile à traduire, qui exprime à la fois le renforcement du pouvoir politique, l’autonomie économique, la capacité à exercer pleinement des droits juridiquement reconnus et la maîtrise de la destinée, n’est pas une simple exigence de justice mais un moyen et une garantie de l’efficacité dans la lutte pour le développement et contre la pauvreté» écrit  M. BOZON. Cependant, la terreur inspirée par le colon, notamment à Gao, est encore considérable : «La crainte du Blanc était à son comble à cause du comportement barbare d’un officier du Rebaine. Ce colonel de l’armée française avait semé la terreur dans tout le cercle de Gao. Par ses lynchages, ses emprisonnements, ses tortures et ses assassinats […] Les difficultés du moment avaient, d’une manière révoltante, agit sur les moeurs. Les femmes se vendaient pour le prix d’un kilo de riz ou pour un mètre de tissu. Les soldats qui étaient presque tous ressortissants des autres colonies abusèrent consciemment ou non de leurs sœurs» écrit-elle. Aoua KEITA, en dépit de son courage, était confrontée aux structures traditionnelles pesantes, muselant les femmes.  Effet, dès que Aoua KEITA entamait des échanges politiques avec les femmes de sa communauté, leurs maris étaient réticents et ne voulaient pas que leurs épouses s’associent à elle. Ainsi, un mari dit à sa femme : «Tu ferais mieux d’aller faire ta cuisine au lieu de t’occuper de l’action d’autrui, la politique c’est l’affaire des hommes et non la tienne» dit-il. En raison du patriarcat, même quand elles s’engagent, les femmes ont dû mal à participer à la décision.
Où en est-on  sur ces combats d’Aoua KEITA ?
Mme Aoua KEITA reste, plus que jamais le modèle de référence du combat des Femmes au Mali et en Afrique. En effet, pendant la période coloniale, sous sa direction, les femmes maliennes étaient déjà organisées. Après l’indépendance, leur combat change de nature. Un grand bond en avant, a été franchi avec l’adoption, en 1962, du Code de mariage et de la tutelle, la création, en 1968, d’un Secrétariat aux affaires sociales, du Commissariat à la promotion de la femme en 1992  et du ministère en charge de la Promotion de la Femme de l’Enfant de la Famille, en 1997. Ensuite, sur le plan social, l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, sans oublier l’alphabétisation des femmes.
En dépit des progrès réalisés sur le plan économique et social, de nos jours, la femme malienne a encore du chemin à faire, face aux nombreuses pesanteurs sociales. L’accès à l’éducation des femmes a connu certes un essor considérable, mais l’enseignement des filles est surtout développé dans les villes. En revanche, dans les campagnes diverses pesanteurs sociales entravent l’émancipation des  femmes (groupes fondamentalistes, insécurité et abandon des services de l’éducation, insuffisance d’enseignants qualifiés et motivés, abandon scolaire, mariages précoces, pauvreté et obscurantisme). Le Mali est partie à la Convention pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) depuis septembre 1985 et a ratifié le protocole additionnel à ladite convention en septembre 2000. Pourtant, malgré la volonté des autorités d’améliorer la situation des femmes, les maliennes sont encore l’objet de discriminations de fait et de droit. En outre, la situation des femmes est conditionnée par la pauvreté, le Mali occupant la 174ème position pour développement humain, et par le poids de certaines traditions culturelles et religieuses. Bien que le Mali soit une République laïque, son paysage religieux reste dominé par l’islam avec environ 90% de la population malienne musulmane et moins de 10% de chrétiens et d’animistes. Les autorités maliennes invoquent souvent le fait religieux et des pratiques coutumières pour justifier son immobilisme à engager des réformes pour mettre fin aux discriminations à l'égard des femmes.
L’héritage le plus important, c’est que Aoua KEITA a voulu que les Femmes croient elles-mêmes, à condition de s’en donner les moyens, elles peuvent réussir. «Les femmes servent d’escalier aux hommes politiques pour grimper au sommet ou à la direction des affaires» dit un dicton malien. Il s’avère qu’à cause du poids des travaux domestiques, du faible accès à l’éducation formelle et non formelle, du manque de confiance en elles-mêmes, les femmes ont des difficultés à se forger une place de choix dans la vie publique notamment dans l’arène politique. Aoua KEITA, première femme députée du Mali, avait ouvert la voie. Femmes députées ont percé notamment, mais elles peuvent faire plus. Au Mali, la Femme est plus présente dans des instances de décisions que sous les Républiques précédentes. En effet, sous la IIIème République de 1992-1997 sur 116 députés, il y avait 3 femmes, soit 2,58%, et de 1997 à 2002, sur 147 députés, on comptait 18 femmes, soit 2,43%. Le 12 Novembre 2015 une loi instituant un quota de 30% aux femmes dans les postes électifs et nominatifs a été adoptée. Ce qui constitue une avancée non négligeable dans la promotion de l’égalité Femmes–Hommes. En 2017, 7 femmes sur 35 sont ministres soit 20%, 14 femmes parmi 147 députés soit 9,52% des sièges. Aux élections communales du 20 Novembre 2016, elles étaient à 25, 6%.
Dans ce combat pour l’égalité réelle, si l’on note de légères avancées, des obstacles perdurent. L’inclusion, la lutte contre la pauvreté, ainsi qu’une meilleure intégration des femmes dans les lieux de décision, tels sont désormais un des thèmes majeurs du nouveau gouvernement de transition de Choguel MAIGA. «Rome ne s’est pas fait en un seul jour» dit un diction. Aussi, le combat d’Aoua KEITA est d’une d’ampleur, qu’elle n’a pas pu s’attaquer, radicalement, à tous les fronts. C’est le cas de la question de la polygamie. Un nouveau Code de la famille est en chantier depuis 2002. La réglementation actuelle sur le droit de la famille est en grave  distorsion avec les engagements internationaux du Mali notamment les question d’abandon domicile, de succession avec une vieille loi de 1831, ainsi que l’application de diverses coutumes  musulmanes, comme le délai de viduité, 3 ou 4 mois, le mari chef de famille choisit le domicile conjugal, la dot est restituée de moitié, en cas de rupture des fiançailles, si le mariage n’est pas consommé.
Aoua KEITA a été honorée de plusieurs distinctions : Médaille d’or de l’indépendance du Mali, Ordre de la Perfection de la R.A.U., Mérite de la Croix-Rouge de l’Empire de l’Ethiopie, de plus elle a été élevée au rang de Grand Officier de l’Ordre National du Sénégal, de Grand Commandeur de l’Ordre de l’étoile d’Afrique du Libéria et d’Officier de l’Ordre National du Dahomey actuel Bénin. L’Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes (APDF) a créé le Prix Aoua KEITA, remis chaque année lors de la Journée panafricaine de la Femme, pour honorer «l'effort, le dévouement, et le courage des femmes et les hommes » pour la « promotion et la défense des droits de la femme». Un centre social, à Bamako, portant son nom, est étroitement associée au travail gouvernemental concernant l’amélioration de la condition des Femmes au Mali.
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Paris, le 28 août 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Aoua KEITA (1912-1980), une sage-femme malienne lettrée, rebelle, syndicaliste et militante de l’indépendance» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 13:56
«Paulette NARDAL (1896-1985), marraine et égérie de la Négritude» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Qualifiée par Joseph ZOBEL de «marraine de la Négritude», Paulette NARDAL est une journaliste, écrivaine, femme de lettres, curieuse, militante de la cause de l’égalité réelle, professeure d’anglais, et même musicienne. Etudiantes à Paris, Paulette NARDAL et ses sœurs Jane et Anne, tiennent, à partir de 1929, au 7 rue Hébert, dans leur maison de Clamart, dans les Hauts-de-Seine, un salon littéraire, pour promouvoir «l’Internationalisme noir». S'y croisent des artistes qui portèrent la «Harlem Renaissance» (Claude McKAY (1889-1948), Langston HUGHES (1901-1967), Joséphine BAKER (1921-1975), le panafricaniste Marcus GARVEY (1887-1940), ainsi que Félix EBOUE (1884-1944), administrateur colonial et humaniste. Occultée, éclipsée et écrasée par la notoriété des pères fondateurs officiels de la Négritude, comme Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) ou Aimé CESAIRE (1913-2008), elle a eu une activité éditoriale décisive pour faire émerger «la conscience noire». Tanella BONI, évoquant les combats de Paulette NARDAL et de Suzanne ROUSSI épouse CESAIRE (1915-1966), écrit que «malgré la faiblesse supposée de leurs corps, elles ont été, leur vie durant, des résistantes et des battantes pour la cause des femmes mais aussi du point de vue de la pensée littéraire, artistique et philosophique. Si l’une et l’autre dénoncent l’assimilation qui, entre autres, produit une littérature et une poésie d’imitation, elles accordent une place de choix à la part africaine présente dans l’histoire des Caraïbes». Paulette NARDAL est désormais une figure reconnue et majeure de la cause de l’émancipation des offensés et des humiliés : «A l’occasion du premier festival mondial des Arts nègres, j’ai été amené à faire l’historique du mouvement de la Négritude. C’est ainsi que je me suis souvenu, qu’à côté des Négro-Américains et des Haïtiens, il y avait les Martiniquais et, parmi ceux-ci, votre initiative, si féconde, de la Revue du monde noir» écrit le président SENGHOR à Paulette NADAR, dans une lettre du 11 octobre 1966. En effet, Paulette NARDAL dira, par la suite, à propos de la négritude et de l’appropriation de cette idée, «Césaire et Senghor ont repris des idées que nous avons brandies, et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelle, nous étions que des femmes, nous avons balisé la piste pour les hommes». Le président-poète sénégalais le reconnaît : «C’est grâce à Paulette Nardal, la Martiniquaise, fondatrice de la Revue du Monde Noir, dans les années 30, que j’ai rencontré Alain Locke et Mercer Cook» écrit-il dans «Liberté» vol 3, page 274. Le prédisent SENGHOR écrira «Elle nous conseillait dans notre combat pour la résurrection de la négritude». Dans ses mémoires, Paulette NADARL affirme qu’elle l’a aidé à s’inscrire à la Sorbonne. SENGHOR «est venu après les revues nègres. Au cours de ma première année en Sorbonne René Maran, reçoit le Prix Goncourt. C’est lui qui, à ma demande, a fait inscrire Senghor en Sorbonne ; il avait un ami au secrétariat» dit-elle. Aimé CESAIRE n’aimait que rarement au salon littéraire des NARDAL : «Deux Martiniquaises, les sœurs Nardal, tenaient alors un grand salon. Senghor le fréquentait régulièrement. Pour ma part, je n’aimais pas les salons, je ne les méprisais pas pour autant, et je ne m’y suis rendu qu’une ou deux fois, sans m’y attarder» écrit-il. Aimé CESAIRE, alors maire de Fort-de-France, le 22 mai 1975, au cours d’une cérémonie de l’esclavage, a rendu un vibrant hommage à Paulette NARDAL «pour sa contribution à la fierté noire».
Bien avant «Présence Africaine» en 1947, Paulette NARDAL est Secrétaire générale de «la Revue du Monde Noir», fondée en 1931 par le docteur SAJOUS, hébergée chez elle, une revue bilingue qu’elle traduit en anglais. L’objectif de cette revue dont est de donner à l’élite intellectuelle de la Race noire et aux Amis des Noirs, un organe où publier leurs œuvres, et de créer entre les Noirs du monde entier un lien intellectuel et moral. Par ce moyen, la Race noire contribuera, avec l’élite des autres races, «au perfectionnement matériel, intellectuel et moral de l’Humanité. En vue de former une grande Démocratie, prélude à la Démocratie universelle». Des noms prestigieux ont collaboré à cette revue comme Jean PRICE-MARS (1876-1969) ethnographe, diplomate et écrivain haïtien, Etienne LERO (1910-1939), martiniquais et fondateur du groupe «Légitime Défense», René MENIL (1907-2004), philosophe et grand penseur martiniquais, René MARAN (1887-1960), prix Goncourt de 1921, et Léo FROBENIUS (1873-1938), explorateur, ethnologue et archéologue allemand. La «Revue du Monde noir» n’a fait paraître que six numéros. Elle a été tout de suite interdite en Afrique et aux Antilles et les publications ont cessé faute de soutien financier «Nous avons pleinement conscience, de ce que nous devons à la culture blanche, et nous n’avons nullement l’intention de l’abandonner pour favoriser, je ne sais quel retour à l’obscurantisme. Sans elle, nous n’eussions pas pris conscience de ce que nous sommes. Mais nous entendions dépasser le cadre de cette culture pour chercher, à l’aide des savants de race blanche et de tous les amis des Noirs, à redonner à nos congénères la fierté d’appartenir à la race dont la civilisation est peut-être la plus ancienne du monde» dit-elle.
Née le 12 octobre 1896, au François, en Martinique, Paulette NARDAL est l’ainée d’une famille de sept sœurs : Emily (1898-1981), Alice (1900-2000), Jane (1902-1993), Lucie (1905-1998), Cécile (1903-1999), Andrée (1910-1935). Dans ses mémoires, Paul NARDAL affirme que Léopold Sédar SENGHOR, en 1935, qui préparait son diplôme d’études supérieures sur Jeanne Duval, avait demandé en mariage sa jeune sœur, Andrée, mais «elle était déjà fiancée à Roland Boisneuf, le fils du député de la Guadeloupe, qu’elle a épousé ; elle a eu huit jours de mariage, et elle est morte de méningite». Issue d’une famille bourgeoise et cultivée, son père, Paul NARDAL, (1864-1960), dont les parents avaient été esclaves, fut le premier le Martiniquais noir, après l’abolition de l’esclavage à avoir obtenir une bourse pour les Arts et métiers, dont il dont il sortira le premier ingénieur noir. Enseignant en physique et chimie, il terminera sa carrière en qualité de chef des eaux et assainissement. Ses grands-parents paternels sont des anciens esclaves : Joachim NARDAL, affranchi en 1854 et d’Alexandrine AVANET, affranchie en 1849. Ce qui caractérise son père, non politisé et refusant d’adhérer à la franc-maçonnerie, c’est sa grande droiture, son honnêteté, et la considération qu’il accorde à chacun, quelle que soit sa caste sociale. Sa mère, Louise ACHILLE (1869-1942), est institutrice et professeure de piano ; pieuse et charitable, elle est co-fondatrice et présidente de groupes mutualistes et charitables de femmes.  «Nous étions baignés dans la culture. J’étais toujours entourée de jeunes qui s’intéressaient à l’art, mes parents organisaient des concerts et animaient des stages de musique. Merci à nos parents, nous étions plongés dans une ambiance de foi et de beauté intérieure» dit Paulette NARDAL. Passionnée de musique comme sa mère, elle a chanté, en 1916, devant le président Théodore ROOSEVELT (1859-1919) en visite en Martinique. Paulette NARDAL est élevée dans l’admiration des grandes œuvres de la culture classique occidentale, mais également dans la fierté d’être noire, contre les stéréotypes de l’époque en Martinique.
Paulette NARDAL séjourne à Paris entre 1920 et 1939. Sa première résidence est une pension protestante, à la rue Boulard, à Paris 14ème, puis à la rue docteur Roux, dans le 15ème, avant de déménager à Clamart. C’est une époque où les étudiants noirs, encore peu nombreux en France, vivaient entre eux, en ghetto. «Nous trouvions qu’il y avait assez de quantités de qualités à acquérir au contact du peuple français. Ils se privaient d’un certain enrichissement en vivant comme cela entre eux» dit-elle dans ses mémoires. Paulette NARDAL est émue par le suicide de Roger SALENGRO (1890-1936), député du Nord et maire de Lille ; et, elle a apprécié la finesse de Léon BLUM (1872-1950), président du conseil et figure historique du socialisme. Les années 20, c’est surtout l’émergence des revues nègres de Joséphine BAKER, l’emballement pour l’art nègre qui a révélé Pablo PICASSO (1881-1973), bref une réhabilitation de l’homme noir. Par la suite, il y aura l’Exposition coloniale. Dans son article, «En exil» et publié en 1929, dans «La Dépêche africaine» puis sur sa contribution à un guide touristique de la Martinique qu’elle rédigea à la demande du ministère des Colonies pour l’Exposition coloniale internationale de 1931, ces contributions montrent, chez Paulette NARDAL, la permanence d’une approche intersectionnelle pour décrire la condition des femmes martiniquaises et d’une pensée qui articule la France comme «grande patrie» et la Martinique comme «petit pays». En effet, Paulette NARDAL milite pour une conception d’une citoyenneté plurielle franco-antillaise et donc fait émerger, bien avant Edouard GLISSANT (1928-2011), une vision nuancée et complexe de l’identité caribéenne, conçue comme un espace de convergences et d’influences multiculturelles. En effet, dans «Exil», Paulette NARDAL fait le récit de la vie dure d’une vendeuse martiniquaise, contrainte, pour nourrir sa famille, de s’exiler en métropole : «Ce pays ne convient vraiment pas à cette vieille négresse déjà alourdie par l’âge et percluse par les rhumatismes. Le regard lointain, elle se revoyait dans son bourg natal, en Sainte-Marie, où elle avait passé sa jeunesse» écrit-elle.
Pour l’éditeur PAYOT considère que le Noir n’est pas assez profond pour susciter un nombre de lecteurs capables d’intéresser un éditeur. Ce qui a frappé le plus Paulette NARDAL, c’est que les Français pouvaient vibrer devant les productions musicales noires et admirer les acteurs noirs de passage. «Nous étions étudiantes, complètement assimilées. C’est en France que j’ai pris conscience de ma différence. L’esclavage. C’est une révélation ! Nous faisions connaissance, là, en même temps avec l’histoire des Noirs ; car les Negro Spirituals sont l’aboutissement de toutes leurs souffrances ; nous faisions connaissance avec notre histoire. C’est à ce moment-là que nous avons ressenti de la fierté de ce que les Noirs, si décriés, ont apporté aux Blancs» écrit-elle.
Paulette NARDAL est la première femme noire inscrite à la Sorbonne, où elle étudie l’anglais. Elle consacre son mémoire de fin d’études à Harriet BEECHER STOWE (1811-1896), abolitionniste convaincue, philanthrope, et auteure, en 1852, de «La case de l’Oncle Tom». Paulette NARDAL avait voulu aborder le sujet sous l’angle racial ; ce qui a été refusé par la Sorbonne ; la version définitive est devenue : «The Work of Mrs. Beecher Stowe 1. Uncle Tom's Cabin ; 2. Puritanism in New England”. En effet, ce séjour en France est une révélation pour sa conscience de Noire «Certains sujets étaient tabous en Martinique. Malheur à qui osait y toucher : On ne pouvait parler ni d’esclavage, ni proclamer sa fierté d’être descendante de Noirs Africains, sans faire figure d’exaltée ou, tout au moins, d’originale. Cependant la conscience de race s’était éveillée chez certains Antillais, mais il leur avait fallu, pour cela, s’éloigner de leur patrie.  Le déracinement qu’ils ressentirent dans la métropole où le Noir n’a pas joui de considération leur avait fait une âme nègre» écrit-elle en 1932.
Militante féministe, Paulette NARDAL participe à l’animation de différentes revues «La Femme dans la cité» et la «Dépêche Africaine». Elle se battait pour la participation des femmes aux élections, pour elle, l’abstention est «un crime social». Paulette NARDAL a voulu secouer le cocotier, en remuant la conscience des femmes «J’en appelle à toutes les femmes qui, jusqu’ici sont restées indifférentes à la chose politique, mais qui trouvent néanmoins que tout va mal, à toutes celles qui ne votent pas. Vous avez la possibilité de changer tout cela. Vous n’avez pas conscience de votre valeur. Vous comptez pour rien dans la Nation. Le jour du scrutin vous serez les égales des hommes. Ce jour-là, les distinctions de classe seront abolies» écrit-elle en novembre 1946. Pour Eve GIANONCELLI, il s’agit de la naissance d’une «conscience noire genrée», la socialisation de l’individu doit être associée à sa capacité de révolte contre un ordre injuste. «Très sensible à la condition féminine, toujours, avant et surtout après mon séjour parisien. Si j’avais dit ce que je pensais réellement, j’aurais dressé tous les hommes de la Martinique contre moi. Fervente chrétienne, ce fut le choc des Negro Spirituals à Paris. Ayant perçu, avant les hommes, la nécessité d’une solidarité raciale, j’ai aussi voulu sensibiliser les femmes à la chose sociale et à la fierté noire, avant-guerre, dans de nombreuses publications, puis en Martinique» dit-elle. «En faisant de la Négritude, on s’occupait déjà du combat des femmes» dit-elle. Paulette NARDAL est à l’affût de tout stéréotype pouvant dévaloriser ou humilier l’Homme noir. Ainsi, dans son article «Guignol ouolof», en 1935, Paulette NARDAL, dans un café du Quartier Latin, est confronté à un Noir dans un accoutrement grotesque «Tout à coup s’interpose la silhouette d’un Noir immense. Costume de général d’opérette. Drap noir sur lequel éclatent des brandebourgs imposants, épaulettes, casque d’officier allemand, galonné d’or et de rouge, et détail encore plus inattendu, monocle à cordonnet noir, encastré dans l’arcade sourcilière gauche. Ce détail incongru, dans ce costume absurde, n’arrive pas à donner au long visage ouolof, l’effet grotesque recherché» écrit-elle. Ce Noir caricatural amuse les Blancs, mais faudrait-il pour autant participer à ce triste spectacle, du Noir léger, ne se prenant pas au sérieux, au détriment de la solidarité de couleur ? Est-ce pénible, pour ce guignol, de faire rire les autres ? Il répond, avec bon sens «Pas plus qu’un acteur comique au théâtre. J’ai d’ailleurs été acteur. J’aime autant faire ce métier ridicule que d’être chômeur ou vivre des femmes. Les Blancs veulent qu’on les fasse rire ; moi, je veux bien, au moins, je peux manger» répond le guignol ouolof. Dans le même numéro de 1935, de «l’Etudiant noir», Aimé CESAIRE est l’auteur d’un article sur «Négreries : jeunesse noire et assimilation». Il est bien question d’assimilation malencontreuse, un Nègre qui voulait devenir autre : «Un jour un Nègre s’empara de la cravate du Blanc, se saisit d’un chapeau melon, et repartit en riant. Ce n’était qu’un jeu, mais le Nègre se laissait prendre au jeu : il s’habitua si bien à la cravate et au chapeau melon qu’il finit par croire qu’il avait toujours portés ; il se moqua de ceux qui n’en portaient point et renia son père qui avait Esprit de brousse» écrit-il. Pour Aimé CESAIRE, le fou est toujours fou, en un certain sens, mais le Nègre qui tue en lui le Nègre n’a pas la foi en soi, et par là qu’il se sauve de la folie. C’est une sottise que de vouloir être assimilé ; c’est oublier nul ne peut changer de faune.
Paulette NARDAL a hérité de sa mère la fibre sociale, l’esprit religieux ainsi que les dimensions artistique et musicale. «J’ai appris le piano, j’ai fait 5 ans de violon. Il y a de ces impressions d’enfance, ces impressions qu’on garde, impressions d’enfance, ces choses qui vous reviennent plus tard» dit-elle dans ses mémoires. Institutrice, Paulette NARDAL, dans sa fibre sociale, s’intéressait à la médecine scolaire. En 1935, Paulette NARDAL se mobilise contre l’invasion de l’Ethiopie par l’Italie. En raison de cet esprit religieux et ses relations, cela lui a aussi ouvert les portes du journalisme, notamment dans diverses revues chrétiennes, comme «La Paix». En effet, c’est le père André FROSSARD (1915-1995), chroniqueur au Figaro, membre de l’Académie française et fils de Louis-Oscar FROISSARD (1889-1946), fondateur du Parti communiste, qui «m’a donné les quelques leçons de journalisme ; il m’a appris les leçons du journalisme ; ce que je faisais était synthétique. J’ai dû apprendre la sténographie et la dactylo. Je voulais vivre ; faire quelque chose d’autre. Il faut croire que j’avais une espèce de vocation. Plus tard, j’ai lancé la revue» dit-elle. Paulette NARDAL a également exercé des fonctions d’assistante parlementaire, d’abord de Joseph LAGROSILLIERE (1872-1950), député socialiste de la Martinique, puis du député du Sénégal, Mamadou N’Galandou DIOUF (1875-1941). Mais, elle a pu rencontrer de nombreuses personnalités grâce aux pères dominicains, dont les pères Denys GORCE (1890-1984) et DUCOTILLON, qui ont été ses directeurs de conscience. Ils étaient «libéraux et d’une grande générosité à l’égard des problèmes raciaux» dit-elle dans ses mémoires. Ainsi, Paulette NARDAL a publié des articles dans la revue du Cerf, notamment sur la situation économique aux Antilles, concernant la misère du peuple et les bas salaires. Assistante parlementaire du député du Sénégal, N’Galandou DIOUF, qui avait une femme peule, Paulette NARDAL avait un désir intense de connaître l’Afrique. N’Galandou DIOUF consultait souvent un marabout ou se faisait tirer des cartes qui prévoyaient un malheur, en cas de voyage de Paulette NARDAL en Afrique. Paulette NARDAL finira, en dépit de ces superstitions, par se rendre, pendant un mois et demi, au Sénégal avec N’Galandou DIOUF «Je me suis dit «Me voici en Afrique ! Me voici au pays de mes ancêtres !». N’Galandou DIOUF, un polygame, avait une deuxième femme au Sénégal et l’a faite visiter Saint-Louis qui «ressemble un peu à Fort-de-France» dit-elle. A Dakar, Paulette NARDAL habitait, avec les coloniaux, dans un hôtel et la journée devait se rendre, pour son travail à l’hôtel de ville ; le maire de l’époque était Alsacien. Ce que déplore Paulette NARDAL, c’est l’occidentalisation des hommes sénégalais et la solidarité familiale «Il suffit qu’un fils de famille ait été à l’école, qu’il ait acquis un petit grade quelconque ; il s’habille comme un métropolitain ; c’est le seul qui gagne de l’argent et toute la famille compte sur lui». Cependant, pour Paulette NARDAL les Africains n’ont pas le sens de la valeur de l’argent «C’est pourquoi, on dit qu’on ne peut pas leur confier une caisse. Ce qui est à toi est à moi. C’est cela la leçon de la colonisation». Cependant, Paulette NARDAL a salué l’existence d’un journal féminin au Sénégal : «Awa».
Femme jalouse de son indépendance et de sa liberté, profondément croyante, Paulette NARDAL, sans enfants, ne s’est jamais mariée : «J’aime bien les enfants, mais je suis affreusement lâche ! Je ne supporte pas la douleur physique. J’ai eu l’occasion, de me marier, j’ai dit non. L’affirmation de mon indépendance réside dans mon célibat. Je crois à la destinée ; je crois que le mariage n’était pas fait pour moi» dit-elle. Paulette NARDAL n'acceptait pas les préjugés et le défaitisme «Souvent, on a dit : «Ah ! c’est la plus foncée, mais c’est la plus intelligente ! . C’est ce «mais» que nous n’avons jamais admis» dit-elle. «Dieu nous a fait Noirs ! Il faut le supporter» une idée bien répandue, avec un sous-entendu, qu’il faudrait accepter son infériorité, cette noirceur inhérente à la barbarie. «En ces temps-là, la pauvreté, la laideur, la bêtise, voire la méchanceté, étaient imputées à la couleur noire. La noirceur de peau semblait aussi désavouable que l’esclavage et la traite, qu’on semblait lui faire grief d’avoir inspirés» écrit Joseph JOBEL dans «Et si la mer n’était pas bleue». Dans cet ouvrage, Joseph ZOBEL (1915-2006) a rendu hommage à la famille NARDAL «On lui savait gré d’avoir honoré la race. Les Nardal, ces gens-là, on a cru qu’ils faisaient exprès d’être Noirs comme ça. Les Nardal, on aurait dit une famille royale d’Afrique transplantée à la Martinique. Retranchée dans une manière d’être, ils sont dans une sorte d’entêtement à ne pas renier, ni oublier, ni déprécier. Être Noirs, comme l’étaient les Nardal, et habiter la rue Schoelcher ! Fallait y trou Ils ne voulaient faire partie de la bonne société de Fort de France. Les Nardal, elles avaient des allures de porte-drapeaux de la race» écrit-il. «Vous auriez pu être notre Jeanne d’Arc» lui dit un jour, un ami de N’Galandou DIOUF, député du Sénégal.
Paulette NARDAL a été victime d’un grave accident, en octobre 1939, à la suite du naufrage du bateau «Bretagne», le genou gauche est invalide à 65%. Enseignante pendant seize années, Paulette NARDAL sera également secrétaire particulière du militant pour les droits civiques, Ralph BUNCHE (1904-1971), politologue, compagnon de route de Martin Luther KING (1929-1968), diplomate afro-américain et prix Nobel de la paix,  puis sera déléguée à l'O.N.U. de 1946 à 1949, à la section des territoires autonomes. Paulette NARDAL s’installe, définitivement en Martinique. Paulette NARDAL disparait à Fort de France, en Martinique, le 16 février 1985.
Paulette NARDAL et ses soeurs «ont voulu être des intellectuelles. C’était en fait un domaine réservé aux hommes. Alors on ne leur permettait pas d’entrer dans ce terrain qui les fascinait» écrit Maryse CONDE, prix Nobel alternatif de littérature. La reconnaissance est finalement arrivée, de façon tardive. Le 3 décembre 1966, Paulette NARDAL, à 70 ans, est décorée de la distinction de Commandeur de l’Ordre National du Sénégal. «J’ai adressé, en ce soir mémorable de la remise de la décoration sénégalaise, une pensée émue à ma mère grande chrétienne qui, au-delà des œuvres de charité, nous a inculqué le sens du service social» dit-elle. En 2019, une Promenade, Paulette et Jane NARDAL, a été inauguré, 2 rue Huguette Schwartz, à Paris 14ème. A Fort-de-France, une place et un lycée portent son nom.
Références
1 – Contributions de Paulette NARDAL
NARDAL  (Paulette), «Éveil de la conscience de race», La Revue du Monde noir, 1932, n°6, pages 343-349 ;
NARDAL (Paulette), «A la Martinique», Les Annales coloniales, mars 1935, pages 30-31 ;
NARDAL (Paulette), «Cantiques de Noël. Notre folklore», La Femme dans la cité, n°43, janvier 1949 ;
NARDAL (Paulette), «En exil», La Dépêche africaine, n°19, 15 décembre 1929, page 6 ;
NARDAL (Paulette), «Guignol ouolof», L’Étudiant noir, mars 1935, n°1, pages 4-5 ;
NARDAL (Paulette), «L’hygiène scolaire et la médecine aux colonies», France Outre-mer, 1er mars 1936, page 14 ;
NARDAL (Paulette), «La Musique et les noirs», Martinique, n°4, décembre 1944 ;
NARDAL (Paulette), «Le Nouveau bal nègre de la Glacière», La Dépêche africaine, n°14, 30 mai 1929, page 3 ;
NARDAL (Paulette), «Une femme sculpteur noire», La Dépêche africaine, n° 27 et 28, septembre 1930 ;
NARDAL (Paulette), «Une noire parle à Cambridge et à Genève», La Revue du Monde noir, 1931, n°1, pages 40-41 ;
NARDAL (Paulette), Fiertés de femmes noires. Mémoires de Paulette Nardal, entretiens avec Philippe Grollemund entre 1974 et 1975, préface de Christiane Eda-Pierre, Paris L’Harmattan, 2018, 198 pages ;
NARDAL (Paulette), Martinique, Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1931, 230 pages.
2 – Critiques de Paulette NARDAL
ACHILLE (Louis, T.), «In Memoriam, Paulette Nardal», Présence Africaine, 1985, vol I, n°133-134, pages 291-293 ;
BOITTIN (Jennifer-Anne), «In Black and White : Gender, Race Relations, and the Nardal Sister Interwar Paris”, French Colonial History, 2005, Vol 6, pages 119-135 ;
BONI (Tanella), «Femmes en négritude : Paulette Nardal et Suzanne Césaire», Rue Descartes, 2014, vol 4, n°83, pages 62-76 ;
CESAIRE (Aimé), «Négreries : jeunesse noire et assimilation», L’Étudiant noir, mars 1935, n°1, page 3 ;
COTTIAS (Myriam), FITTE-DUVAL (Anne), «Femme, famille et politique dans les Antilles françaises de 1828 à nos jours», Caribbean Studies, janvier-juin 1995, vol 28, n°1, pages 76-100 ;
DEWITTE (Philippe), «Le rouge et le nègre», Hommes et Migrations, sept-oct. 2005, pages 34-40 ;
FABRE (Michel), «Autour de René Maran», Présence Africaine, 1973, n°86, pages 165-172 ;
GIANONCELLI (Eve), La pensée conquise : contribution à une histoire intellectuelle transnationale des femmes et du genre au XXème siècle, thèse sous la direction d’Eleni Varika, Paris VIII, Vincennes-Saint-Denis, 2016, 514 pages, spéc pages 24-49, 91-139, 286-306 et 389-461 ;
HOPQUIN (Benoît), «Les soeurs Nardal, aux avant-postes de la cause noire»», Le Monde, 24 juillet 2021 ;
 
JOSEPH-GABRIEL (Annette; K), «Paulette Nardal : Martinican Woman As Politicals Protagonists in The Overseas Department»», CLA Journal, septembre 2001, vol 45, n°1, 53-68 pages  ;
MUSIL CHURCH (Emily), «In search of seven sisters: A Biography of the Nardal Sisters of Martinique», Callaloo, printemps 2013, vol 36, n°2, pages 375-390
NARDAL (Andrée), «Étude sur la biguine créole», La Revue du Monde noir, n°2, 1931, pages 121-123 ;
NARDAL (Jane), «Pantins exotiques», La Dépêche africaine, n°8, octobre 1928 ;
NGAL (Georges), Aimé Césaire, un homme à la recherche d’une patrie, Paris, Présence Africaine, 2000, 328 pages, spéc pages 47-65 ;
RIPA (Yannick), «Le rouge et le nègre», Femmes d’exception, 2018, pages 201-21 ;
SIRINELLI (Jean-François), «Deux étudiants coloniaux à Paris, à l’aube des années trente», Vingtième siècle, avril-juin 1988, n°18, pages 77-88 ;
SMITH (Robert, P. Jr), «Black Like That : Paulette Nardal and the Negritude Salon»», Reimagining Liberation : How Black Women Transformed Citizenship in the French Empire, Champaign, Illinois University Press, 2019, 262, spéc pages 51-81 pages  ;
UMOREN (Imaobong, Denis), Race Women Internationalists : Activist-Intellectuals and Global Freedom Struggles,  Oakland (Californie), University of California Press, 2018, 193 pages ;
ZOBEL (Joseph), Et si la mer n’était pas bleue, Paris, Éditions caribéennes, 1982, 89 pages, spéc «Nardal» pages 80-89.
Paris, le 15 août 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Paulette NARDAL (1896-1985), marraine et égérie de la Négritude» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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12 août 2021 4 12 /08 /août /2021 12:21
«Alexandre DUMAS (1802-1870), maître du roman historique, un mousquetaire, un d’Artagnan de l’égalité réelle» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le nom d’Alexandre Dumas est plus que français, il est européen ; il est plus qu’européen, il est universel ; il féconde les âmes, les cerveaux, les intelligences ; il crée la soif de lire» écrit Victor HUGO (1802-1885). Incarnant l’esprit de son temps et se confondant avec lui, Alexandre DUMAS fait partie, au XIXème siècle, l’âge d’or de la littérature française, d’un des grands noms emblématiques de cette époque : «Avec vous, nous avons rêvé. Et avec vous, nous rêvons encore. La République, aujourd'hui, ne se contente pas de rendre les honneurs au génie d'Alexandre DUMAS. Elle répare une injustice. Cette injustice qui a marqué DUMAS dès l'enfance, comme elle marquait déjà au fer la peau de ses ancêtres esclaves. L'œuvre profondément humaniste de DUMAS porte en elle un fragment de la France éternelle. Universelle, rayonnante et généreuse, elle permet à chacun de rêver en français et même de se sentir Français» dit le président Jacques CHIRAC (1932-2019), dans son discours du 30 novembre 2002, à l’occasion du transfert des cendres d’Alexandre DUMAS au Panthéon. Dramaturge, romancier, voyageur, chroniqueur, passionné de cuisine, de chasse et mondain, Alexandre DUMAS parcoure la vie à toute allure et avec allégresse ; à l’instar de ses personnages, tout est démesure chez lui : «Ce volcan en éruption de livres, qui se nommait Dumas» dit de lui Guy de MAUPASSANT (1850-1893). En effet, travailleur acharné et infatigable, il a écrit plus de trois cent ouvrages, dans tous les genres littéraires : essais, théâtres, autobiographies, dictionnaires, critique, récits de voyage «Vous êtes surhumain !» lui dit Alphonse de LAMARTINE (1790-1869).
Alexandre DUMAS est l’inventeur du roman historique : «L'histoire est un clou auquel j'accroche mes romans» écrit Alexandre DUMAS. Dans les conflits entre Royauté et République, il a retracé, merveilleusement, l'épopée d'une France éternelle, ombrageuse, batailleuse, héroïque et galante. En effet, dans ses récits, il s’est attelé aux grandes fresques historiques et aux romans de cape et d’épée qui font aujourd’hui encore sa célébrité, comme «Le Comte de Monte-Cristo», «Les Trois mousquetaires», «Joseph Balsamo» ou «La Reine Margot». Les œuvres à succès d’Alexandre DUMAS ont irrité, au plus haut point, les historiens et les écrivains plus conventionnels de son époque. Un jour, alors qu’on lui jette froidement : «Monsieur, vous violez l’Histoire !» et Alexandre DUMAS de répondre : «Certes, mais je lui fais de beaux enfants». En fait, ses personnages sont des mythes. «Ils parlent au cœur des Hommes dont ils expriment les rêves, les aspirations, les blessures» dit le président Jacques CHIRAC. «Vous avez plus appris d'Histoire au peuple que tous les historiens réunis. (…). Voyez-vous la race africaine, si gaie, si bonne, et si aimante ? Du jour de la Résurrection, à ce premier contact d’amour qu’elle eut avec la race blanche, elle fournit à celle-ci un accord extraordinaire des facultés font la force, un homme intarissable de sève. Un homme ? Non, un élément, comme un volcan inextinguible ou un grand fleuve d’Amérique. Jusqu’où n’eut-il pas été sans l’orgie  d’improvisation qu’il fait depuis 1827 ? Qu’importe, il n’en reste pas moins  et le plus puissant machiniste et le plus vivant dramaturge qui ait été depuis Shakespeare », dit l’historien Jules MICHELET (1798-1874). Il n’a jamais été membre de l’Académie française. Dans sa vie narcissique et tumultueuse, prolifique et féconde, ce génie hors norme, plein d’humour et de plaisanteries, n’était pas grand que par l’esprit ; il était également grand par la taille et doté d’une force de la nature : «C’était un géant, c’était un homme qui n’avait pas son pareil pour enfoncer les portes d’un coup d’épaule ou enlever les gens à bout de bras. Il dut à ce tempérament d’athlète quelques-unes des plus précieuses qualités qui le firent aimer par tous ceux qui l’approchaient : générosité, facilité, bonté de colosse joyeux» écrit René DOUMIC (1860-1937).
Alexandre DUMAS avait ses détracteurs, ses opposants résolus, avec des inquisitions haineuses ou des blâmes excessifs. Cependant, le thème concernant la question raciale et Alexandre DUMAS écrivain, a été très peu étudié ou occulté par les chercheurs, et plus personne ne fait attention, comme Alexandre POUCKHNIE, en Russie, que l’un des plus grands écrivains français, est d’ascendance africaine, et c’est en cela qu’il est devenu le mousquetaire de l’égalité réelle. La contribution littéraire d’Alexandre DUMAS est devenue si intemporelle et universelle, qu’on a fini, de nos jours par oublier, le lynchage dont il avait fait l’objet, en son temps, en raison de sa couleur. Pourtant, Eugène MERICOURT (1812-1880) lui avait reproché, au moment où en 1848 l’esclavage allait être aboli, d’avoir inventé un nouveau type d’esclavage : «le Nègre littéraire» (Ghost Writer, écrivain fantôme), en raison de sa collaboration avec Auguste MAQUET (1813-1888) un jeune professeur d’histoire. «Oui, monsieur Dumas, vous avez tué la littérature. Vous l’avez tuée, en rassemblant autour de vous des écrivains sans conscience qui répudient la dignité de la plume, qui se cachent honteusement sous l’anonyme, et auxquels, dès lors, il importe peu de jeter au sein des masses le levain du mauvais goût, les principes corrupteurs […] Aujourd’hui les bons livres passent inaperçus, le beau style est dépouillé de ses charmes, le vrai paraît fade, le naturel ennuie. Qu’on élabore un chef-d’œuvre, et l’on est sûr que la préférence sera donnée sans conteste au premier venu de vos feuilletons grotesque et menteur» dit Eugène de MERICOURT. En fait, à l’époque, il était courant de faire recours à un documentaliste débrouillant le terrain. Alexandre DUMAS, par son génie, retravaillait le texte, notamment à ses merveilleux dialogues. Auguste MAQUET son collaborateur était un bon chercheur, mais sans génie littéraire. Eugène de MERICOURT décrit, avec beaucoup de mépris, le père de DUMAS : «Très grivois de sa nature et très en appétit de cotillons. Grâce aux soins de la noire africaine qui lui avait donné l’être, l’enfant devint un homme à son tour et trouva quelque peu de légèreté dans la conduite paternelle» écrit-il. Le portrait qu’il dresse de DUMAS est carrément raciste : «Lèvres saillantes, nez africain, tête crépue, visage bronzé. Son origine est écrite d’un bout à l’autre de sa personne. Grattez de l’écorce de M. Dumas et vous trouverez le sauvage. Il tient du nègre et du marquis tout ensemble. Cependant, le marquis ne va au-delà de l’épiderme. Effacez un peu le fard (…) bientôt le nègre vous montrera ses dents», écrit Eugène de MERICOURT, qui sera condamné à six mois d’emprisonnement et une amende. Ses détracteurs, dans leur procès en illégitimité, qui le caricaturent, dans la presse, en Nègre, lui reprochent, en pleine expansion de l’idéologie coloniale, ses origines ethniques. En effet, petit-fils d’une esclave, Alexandre DUMAS est, en grande partie victime, des préjugés raciaux de son temps. Un jour, un journaliste lui pose cette question «Au fait, votre père était-il Noir ?». La réponse d’Alexandre DUMAS est cinglante : «Au fait, cher Maître, vous devez bien vous y connaître en nègres ? Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit» rétorque Alexandre DUMAS. «Fils de mulâtre, sang mêlé de bleu et de noir, Alexandre DUMAS doit alors affronter les regards d'une société française qui, pour ne plus être une société d'Ancien Régime, demeure encore une société de castes. Elle lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus, à quoi trop de caricaturistes de l'époque voudront le réduire, sa folle prodigalité aussi. Certains de ses contemporains iront même jusqu'à lui contester la paternité d'une œuvre étourdissante et son inépuisable fécondité littéraire qui tient du prodige» dit le président Jacques CHIRAC.
D’autres attaques contre Alexandre DUMAS sont concentrées sur son style «Bien des auteurs populaires à succès peuvent attirer sur eux, à un titre ou à un autre, la vindicte sociale, beaucoup parmi eux ont laissé une œuvre à la fois conforme et non conforme, mais Dumas focalise mieux qu’un autre les regards indignés ou méfiants de toutes les factions. Je me demande pourquoi. Je me demande sur quel terrain durable repose l’opprobre ou alors le malentendu. Je crois qu’il y a anguille sous roche. Mon soupçon est conforté par le fait que la rancœur critique s’en prend, presque systématiquement, au style de l’écrivain, au bâclage dont il fait montre, comme à l’odeur de fabrique qui distinguerait ses écrits : Dumas le grand copieur, Dumas le falsificateur, on ne se fait pas faute de le dire !» écrit Charles GRIVEL. En effet, écrivain narcissique, Alexandre DUMAS a été longtemps décrié, par certains auteurs, pour son style populaire. «Le style de Dumas est de ces styles qui prête à tous les sujets. Je ne lui connais qu’un défaut, il manque de conviction et vous presque toujours sur le qui-vive. On n’y sent pas la sincérité qui vous persuade ; mais en dehors de cette critique, d’ailleurs for grave quand il s’agit d’un écrivain que l’histoire passionne, ce style a, selon moi, tous les mérites ; il est propre à la narration, à la discussion, à la conversation surtout» écrit Henri BLAZE de BURY (1813-1888), critique littéraire. En fait, Alexandre DUMAS, s’il nous tient en haleine dans ses récits, c’est qu’il peut, dans sa verve, être ému quand il le faut, pittoresque, railleur et parfois même lyrique. Ses mémoires et autres écrits sont fertiles d’anecdotes «Être anecdotique et parler de soi dans des mémoires, rien de plus naturel. Ce qu’on a pu lui reprocher, c’est de faire partout ce qu’il fait dans ses mémoires et de ne pas pousser ni plus haut, ni plus loin que son personnage» écrit Henri BLAZE de BURY. «Le style n’est pas fameux, la psychologie bafouille, l’intrigue manque de rigueur, mais à force de mouvement, de panache et de vie, les héros sont inoubliables. Nous ne nous sommes jamais ennuyés avec eux» écrit Jean d’ORMESSON (1925-2017), académicien.
Par ailleurs, certains critiques n’ont pas pris au sérieux Alexandre DUMAS notamment, dans ses récits, pour ses invraisemblances : «C’est un des caractères du talent de Dumas de ne pouvoir respecter à aucun degré la vérité historique dans ses récits. Si peu qu’il en ait besoin, il n’en tient compte ; il n’est bon que dans les inventions et les hâbleries» écrit Charles-Augustin SAINTE-BEUVE (1804-169). «Ce n’est ni un penseur ni un écrivain original. Il a un style absolument factice, manquant de véritable haleine, empruntant une fausse chaleur à tout un système de phrases exclamatives» écrit Emile ZOLA (1840-1902). Si Victor HUGO, un contemporain et grand ami de l’auteur, par son génie est resté maître et seigneur par son style élitiste, en revanche, Alexandre DUMAS a choisi délibérément une littérature populaire : «franc du collier, populaire par le seul effort de sa dramaturgie et de ses talents, vibrant à l’intérêt commun du romantisme, battant la plaine et les buissons» écrit Henri BLAZE de BURY. Le goût est universel, et l’esthétique est une discipline dont les lois sont variables.
Alexandre DUMAS, homme de cœur et de talent, avait aussi ses partisans acharnés et inconditionnels : «M. Dumas est l’une des plus curieuses expression de l’époque actuelle. Passionné par tempérament, rusé par instinct, courageux par vanité, bon de cœur, faible raison, imprévoyant de caractère, c’est tout Antony pour l’amour. Superstitieux quand il pense, religieux quand il écrit, sceptique quand il parle ; Nègre d’origine et Français de naissance, son sang est une lave, sa pensée une étincelle ; aussi aimable, par ses défauts que par ses qualités ; plus séduisant par ses vices que par ses vertus : voilà M. Dumas, tel qu’on l’aime, tel qu’il est» écrit Louis-Henry LECOMTE (1844-1914), historien et biographe. Alexandre DUMAS savait qui il était ; aussi, dans «Georges», (1848), ce sont des Noirs tragiques qui ont pris les premiers rôles ; méprisés par les Blancs, haïs des Noirs, ils sont méprisés des Métis. En effet, dans ce roman, «Georges», Alexandre DUMAS retrace ici l’histoire d’une famille de mulâtres à l’île de France, les Munier. Ces derniers sont confrontés à l’esclavage, le racisme, le préjugé de couleur, l’assujettissement et le déracinement du pays natal. Même si la question raciale, a été occultée par les chercheurs dans l’œuvre d’Alexandre DUMAS, l’auteur a su trouver, en lui, les forces nécessaires pour résister à l’adversité : «Force de la littérature, force de la nature, comme son héros Porthos qu'il aimait tant, il choisit de vivre sa vie. Cette vie foisonnante, luxuriante, parfois criarde, jamais mesquine, tout entière habitée par une généreuse lumière» dit le président Jacques CHIRAC. En effet, Alexandre DUMAS a également été reconnu et célébré en son temps. «Alexandre Dumas a été véritablement le professeur d’Histoire des masses», écrivent les frères GONCOURT. «Vous êtes plus qu’un écrivain, vous êtes une force de la Nature ; et j’ai pour vous des sympathies profondes que j’ai pour elle-même» écrit Jules MICHELET le 23 mars 1851.
Alexandre DUMAS DAVY de la PAILLETERIE, père, à ne pas confondre avec son fils du même nom et auteur de «La Dame aux camélias», nait le 24 juillet 1802, à Villers-Cotterêts, «petite ville de l’Aisne, à deux pas de la rue de Noues, où mourut Demoustiers, à deux lieues de la Ferté-Milon, où naquit Racine, à sept lieues de Château-Thierry, où naquit la Fontaine. Je me présentais à la vie avec de grandes apparences de force et de vigueur» écrit-il dans ses mémoires. Petit-fils d’une esclave noire de Saint-Domingue, et victimes de nombreuses caricatures racistes, fils d’un général républicain ostracisé par Napoléon, il n’a que quatre ans lorsque son père mourut le 26 février 1806. «Vers la moitié de l’année 1805, mon père souffrant et se trouvant mal partout, quitta notre château, pour une maison à Antilly. Mon père s’affaiblit ; il sortit moins souvent ; il monta plus rarement à cheval ; il garda plus longuement la chambre ; il me prit tristement sur ses genoux. La veille, mon père, voulant vaincre la douleur, était monté à cheval. Mais cette-fois, le vainqueur avait été vaincu. Il avait, au bout d’une demi-heure, était forcé de revenir. A partir de ce moment, mon père se mit au lit, et ne se releva plus.» écrit-il. La famille, sans ressources, alla se réfugier chez les grands-parents encore vivants. Jeune et le soir, il lisait des ouvrages de Georges-Louis LECLER de BUFFON (1753-1788) : «Il en résulte que j’ai appris à lire, je ne sais trop comment, mais je puis dire pourquoi : c’était pour connaître l’histoire, les mœurs, les instincts des animaux. A l’âge où les enfants épèlent encore, j’avais lu tous les livres qui forment la bibliothèque du jeune âge» écrit-il.
Alexandre DUMAS évoque les préjugés ou injustices dont il a été victime, notamment sa prétendue bâtardise : «Je suis un des hommes de notre époque auxquels on a contesté le plus de choses. On m’a contesté jusqu’à mon nom de Davy de la Pailleterie» écrit-il dans ses mémoires. Sa mère, Marie-Louise-Elisabeth LABOURET (1769-1838), est la fille de Claude LABOURET (1743-1809), un commandant de la garde nationale et propriétaire de l’hôtel, «l’Ecu». Elle a rencontré le général Thomas Alexandre DUMAS (1762-1806), en 1789, envoyé à Villers-Cotterêts, pour rassurer la population pendant la Révolution, et ils se sont mariés le 28 novembre 1792. Son père, Thomas Alexandre DUMAS «était le fils du marquis Antoine-Alexandre Davy de la Pailleterie, colonel et commissaire général d’artillerie, auquel appartenait, par héritage, la terre de la Pailleterie, érigée en marquisat, par Louis XIV en 1707». Il dépeint son grand-père, Alexandre-Antoine DAVY de la PAILLETERIE (1714-1786), comme un «homme excellent et assez charitable, quoique avare». Son grand-père, suite à une brouille avec la royauté, vend sa propriété et part, en 1760, s’installer à Saint-Domingue. C’est là où nait son père, le 25 mars 1762, d’une mère esclave, Louise-Cessette DUMAS, décédée en 1772. Son grand-père, compagnon de Richelieu et du prince Conti, ne revient en France qu’en 1780, pour habiter à Saint Germain-en-Laye et a servi Louis XVI.
 
Alexandre DUMAS décrit son père comme étant «beau de visage, quoique son teint de mulâtre donnât un caractère étrange à sa physionomie ; élégant comme un créole, prodigieusement adroit à tous les exercices du corps. Mon père était créole, c’est-à-dire à la fois plein de nonchalance, d’impétuosité et d’inconstance» écrit-il. «La vie de Paris, sans argent, étant une sotte vie», écrit-il, alors son père s’engagea dans l’armée, en 1786, dans le régiment des Dragons de la Reine ; il sera nommé, le 11 septembre 1793, général en chef, en pleine Révolte des Chouans et guerre contre l’Espagne, la Prusse, la Toscane, le Piémont et la Hollande. Il aura participé à  la campagne d’Egypte de Napoléon. Il a choisi finalement le nom de son père «Je m’appelle Alexandre Dumas, et pas autrement. J’ai connu mon père, et je n’ai pas connu mon grand-père. Que penserai donc mon père, qui était venu me dire adieu au moment de sa mort, si je le reniais, lui, pour m’appeler comme mon grand-père ?» écrit-il dans ses mémoires.
Le jeune Alexandre lisait aussi les journaux et leurs faits divers, parfois terrifiants. Son tuteur, M. COLLARD, avait une Bible magnifique qu’il lisait et allait souvent au cimetière avec sa mère «A tout cela, j’ai dû un grand respect pour les choses saintes, une grande foi dans la Providence, un grand amour en Dieu. Je n’oserai pas dire que je suis sûr de l’immortalité de mon âme, mais je dirai que je l’espère. Mais je crois que la mort c’est l’oubli du passé, sans être la renonciation de l’avenir. Si l’on arrivait à donner une mémoire aux âmes, on aurait résolu un grand mystère dont Dieu garde le mot : les âmes se souviendraient, et l’immortalité serait révélée» écrit-il. Le jeune Alexandre s’intéresse tôt à la littérature (Les Mille et une nuit, Robinson Crusoé), mais sa mère avait décidé, comme sa sœur, qu’il sera musicien, un violoniste, mais il avait horreur du solfège. A dix, ans sa mère avait décidé de s’occuper de son éducation morale ; il sera séminariste, à Soissons, mais il s’évadera de là : «Ne sois pas inquiète de moi, bonne mère. Je me sauve parce que je ne veux pas être séminariste» écrit-il à sa mère. Il est inscrit au collège l’abbé GREGOIRE, à Villers-Cotterêts, «Un honnête, digne et saint homme ; un esprit élevé, un esprit juste» dit-il de lui. Alexandre DUMAS a appris l’équitation tout seul, «comme les Romains en montant à poil les premiers chevaux venus» écrit-il. Alexandre DUMAS n’est pas à l’aise pour les chiffres «J’ai toujours eu pour l’arithmétique une si profonde antipathie, que je n’ai pas pu dépasser la multiplication. Je suis incapable de faire la moindre multiplication» écrit-il. A 13 ans, Alexandre DUMAS fait sa communion avec l’abbé GREGOIRE «Je mets mon corps, mon cœur, mon âme aux pieds de sa miséricorde, mon humilité aux pieds de sa grandeur. Je le bénis dans le passé, je le glorifie dans le présent, et j’espère en Lui dans l’avenir» écrit-il. «J’ambitionne de gloire de faire parler de moi.  A la première leçon de l’abbé Grégoire, je le priais de m’apprendre à faire des vers français» dit-il. Et pour cela, Alexandre DUMAS devra lire Virgile et Tacite.
Très jeune, à 16 ans, Alexandre DUMAS se réveille aux idées politiques. «Bonapartistes, nous ! La chose était curieuse. Bonaparte nous avait disgraciés, exilés, ruinés ; Napoléon nous avait oubliés, laissés mourir de faim, et nous étions bonapartistes ! Waterloo était un désastre politique, mais un bonheur social» écrit-il. Fils d'un général bonapartiste trahi et abandonné par Napoléon, ami des Orléans, mais républicain, conservateur, mais révolutionnaire, DUMAS incarne la France dans ses contradictions les plus intimes. Dans cette opposition entre oppresseurs et oppressés, Alexandre DUMAS, un d’Artagnan de l’égalité réelle, sait que la République porte les valeurs qui émancipent. Qu'elle seule peut ouvrir l'avenir à tous ceux qui, comme lui, n'ont que leur travail, leur talent, leur mérite pour obtenir leur juste place dans la société française. Par ailleurs, lors de la Révolution de juillet 1830, par amour de la Liberté, il court le Paris des Trois Glorieuses en bel habit de chasse. Il fait le coup de feu contre les soldats du roi, prend d'assaut le musée de l'Artillerie et, heureux de sa prise de guerre, coiffe le casque de François 1er.  Le 27 février 1848, on le retrouve au pied de la Colonne de Juillet pour la proclamation de la nouvelle République. Il s'écrie alors : «ce que nous voyons est beau ; ce que nous voyons est grand. Car nous voyons une République, et jusqu'ici, nous n'avions vu que des révolutions» dit-il. Longtemps protégé par la famille d’Orléans, après le coup d’Etat de 1851, le Second Empire le persécutant, il s’exile d’abord en Belgique. Il reviendra toutefois dès 1853, puis voyagera beaucoup par la suite, en Angleterre, en Russie, en Italie, en Espagne. Alexandre DUMAS est un admirateur de Giuseppe GARIBALDI (1807-1882), l’unificateur de l’Italie, né à Nice.
Alexandre DUMAS commence à chasser avec un certain Hanniquet, surnommé Biche : «Personne n’a jamais distingué un lapin au gîte dans un buisson, un lièvre au jachère, comme Biche ; personne n’a jamais su, comme Biche, approcher nonchalamment de ce lapin ou de ce lièvre, et le tuer d’un coup de pierre ou d’un coup de bâton» écrit-il. Cependant, la marette et la pipée, la chasse une existence agréable, ne pouvant pas garantir un bel avenir au jeune Alexandre, sa mère le fait entrer dans une étude de notaire, en qualité de saute-ruisseau, un troisième clerc. Le notaire est un «homme d’esprit, brusque souvent, entêté toujours, voltairien enragé, et déjà républicain à une époque où personne ne l’était» écrit-il. Apparemment, il a pris du plaisir dans ses fonctions de clerc «L’apprentissage du notariat me fut assez doux. Quand les paysans ne pouvaient pas se déranger, c’était moi qui recevait la mission d’aller leur fait signer les actes à domicile. Si c’était au temps de la chasse j’avais un excellent compagnon de route, mon fusil» écrit-il. L’enfant commence à devenir un homme ; cette danse avec la nièce de l’abbé GREGOIRE réveille les premiers sentiments amoureux. Dans ce rude passage de l’enfance à la jeunesse, il a dû exploiter certains de ses atouts «J’avais les mains assez belles, les ongles bien faits, les dents fortes, mais blanches. J’ignorais tous ces avantages» dit-il. Certaines filles ou garçons de son entourage avaient fait un bon mariage «Je n’ai jamais envié ni la richesse d’un homme, ni la possession d’une chose» écrit-il. L’éveil au sentiment amoureux, dans cette aube de la puberté, le remplit d’ardentes passions : «cette charmante lutte de l’amour, qui demande sans cesse et qui ne se lasse pas d’un éternel refus ; cette conquête successives de petites faveurs, dont chacune, au moment où on l’obtient vous remplit de joie, période matinale et fugitive d’une vie, qui pareille à l’aurore plane au-dessus d’une vie» écrit-il.
Alexandre DUMAS commence à entrevoir une carrière d’écrivain lorsqu’il rencontre Adolphe de LEUVEN (1802-1884), dramaturge et directeur de théâtre français, qui l’initie à l’art de la poésie et aux codes de l’écriture pour le théâtre. Sa mère l’avait fait lire Corneille et Racine, «Mais je dois l’avouer, à ma honte, cette lecture m’avait prodigieusement ennuyé. J’ignorais à l’époque ce que c’était le style, ce que c’était la forme, ce que c’était le fond» écrit-il. La première fois qu’il vit une tragédie, «Hamlet» de Jean-François DUCIS (1733-1816) c’était à Soissons, la deuxième capitale de l’Aisne. Cette pièce étant une pâle imitation de l’original, le premier  réflexe d’Alexandre DUMAS est de se procurer l’ouvrage de William SHAKESPEARE «J’ai une si fatale mémoire, que je n’ai jamais pu l’oublier. Hamlet fut la première œuvre dramatique qui produisit une impression sur moi ; impression profonde, pleine de sensations inexplicables, de désirs sans but, de mystérieuses lueurs, aux clartés desquelles je ne voyais que le chaos» écrit-il.
A partir d’avril 1823, Alexandre DUMAS se rend à Paris et obtient un emploi dans la maison du Duc d’Orléans, au Palais-Royal, grâce à une recommandation d’un ami de son père, le général Maximilien Sébastien FOY (1775-1825). En raison de sa belle écriture et de sa curiosité, le jeune Alexandre, en autodidacte, y complète sa culture ; il lit notamment Schiller, Scott, Byron, Cooper et redécouvre aussi les classiques. Il fréquente à «l’Arsenal», de jeunes romantiques, comme Jean-Charles-Emmanuel NODIER (1780-1844), romancier et académicien, ainsi que Victor HUGO. Cet emploi permet à Alexandre DUMAS de commencer à écrire des pièces de théâtre, participant ainsi à la révolution romantique. En 1827, il écrivit un drame en vers «Stockholm, Fontainebleau et Rome !». Mais il ne connaissait ni l’histoire, ni l’art de rimer : «Je possédais alors cet effroyable aplomb qui accompagne toujours l’inexpérience et la suprême satisfaction de soi ; il m’a fallu bien du succès pour me guérir de mon amour-propre» reconnut-il. C’est son drame historique «Henri III et sa cour», joué en 1829, qui le consacre auteur à succès : «Peu d’hommes ont vu s’opérer dans leur vie un changement aussi rapide que celui qui s’était opéré dans la mienne, pendant les quatre heures que dura la représentation d’Henri III. Complètement inconnu le soir, le lendemain […] je faisais l’occupation de tout Paris», écrit-il dans ses «Mémoires». En 1831, avec «Antony» est  «peut-être le plus grand événement littéraire de son temps», selon Maxime du CAMP ; c’est la consécration ; ce héros deviendra le type même du héros ténébreux, brisé par une société qu’il rejette. Sa pièce, «Don Juan», en 1836, est saluée par les critiques «J’ai applaudi chaudement votre drame, j’y étais profondément émue. Vous avez emprunté tour à tour les couleurs de Goethe, de Shakespeare, de Dante et de Calderon» écrit George SAND (1804-1876), romancière et amie de la famille.
Pendant cette période faste, les conquêtes féminines se multiplient. Le 27 juillet 1824, Alexandre DUMAS a un fils, qu’il reconnaîtra, Alexandre DUMAS (1824-1895), junior, avec une voisine disposant d’un atelier de lingerie, Catherine Laure LABAY (1793-1868), une «Laborieuse, dévouée et jolie, elle est d’instruction nulle» écrit Henri BLAZE de BURY. La vie familiale et sentimentale d’Alexandre DUMAS fils, est largement dominée par la figure écrasante du père, à qui il voue un grand culte. DUMAS va nouer une relation avec l’actrice Belle KREILSAMER (1803-1875) qui lui donnera une fille, le 5 mars 1831, Marie-Alexandrine (1831-1878). Alexandre DUMAS se mariera, le 5 février 1844, avec Ida FERRIER (1811-1859), une comédienne et François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848) sera son témoin. Tout comme son œuvre romanesque, l’œuvre théâtrale d’Alexandre DUMAS frappe d’abord par son ampleur et sa variété. Plus d’une centaine de pièces, souvent écrites en collaboration, qui s’échelonnent de sa vingtième année jusqu’à sa mort en 1870 : drames romantiques, tragédies historiques, comédies de mœurs contemporaines, pièces sociales et politiques, le plus souvent en prose, mais pas exclusivement, Alexandre DUMAS aura expérimenté tous les genres, connu le succès, parfois l’échec, les foudres de la censure, les éloges et les moqueries de la critique.
Sans renoncer au théâtre, qui a fait sa célébrité, Alexandre DUMAS passe, avec succès, au roman historique, pour lequel, il est fortement influencé par Walter SCOTT (1771-1832), auteur «d’Invanhoé», qui «venait de jeter son regard d’aigle sur la période vers laquelle se dirigeait depuis trois ans tous les efforts de ma pensée ; tout est d’accord avec les lignes du plan qui s’ébauchait dans mon esprit» dit-il. Ses amis de l’époque sont notamment MICHELET, Victor HUGO, Prospère MERIMEE, Stendhal. Une nation qui croit en son avenir aime à connaître son passé. Le peuple n’aime pas les gros livres, il veut des sources plus attrayantes d’informations, semblables à ces enfants qu’on calme avec des sucettes. Aussi, dans sa recherche des passions humaines, Alexandre DUMAS a eu le génie, pour ses romans historiques, pourtant volumineux, de les faire paraître d’abord en feuilletons dans différents journaux de l’époque : Le Journal des Débats, La Presse, Le Siècle, Le Constitutionnel, la Revue des Deux Mondes, etc. Parmi ses romans à succès on peut notamment citer : «Les Trois Mousquetaires (1844), «Le Comte de Monte-Cristo» (1845), «La Reine Margot» (1845), «Joseph Balsamo» (1846-1848) ou «Le Collier de la reine» (1849-1850). Loin de participer à l’asservissement et à l’abrutissement de la foule, le vent soufflant du côté de l’histoire, va pour l’histoire qui s’empare des masses et aiguise la curiosité des enfants. L’étude de l’histoire n’appartient pas qu’aux historiens ; le romancier s’en empare et se l’approprie. En écrivain chaleureux, valeureux et primesautier, sans être archéologue, Alexandre DUMAS est un vulgarisateur exceptionnel de l’histoire de France. On prend Alexandre DUMAS pour un amuseur public, mais sa contribution littéraire recèle des moments d’élévation et de philosophie. «Doué d’une activité et d’une organisation exceptionnelles, il peut passer pour «le Juif errant» de la littérature et de son époque. Il marche, marche toujours, glisse parfois, mais se relève, grâce à une étincelle de sincérité et de cœur que tous ses travers n’ont pu éteindre» écrit Pierre LAROUSSE.
En définitive, conteur et dramaturge, vulgarisateur, compilateur et spécialiste du roman historique, certains de ses grandes œuvres d’Alexandre DUMAS, intemporelles et universelles, n’ont pas pris, après plus de deux siècles, une ride. On songe tout de suite aux «Trois mousquetaires», de 1844,  un des romans les plus lus et les plus traduits dans le monde entier. C’est une œuvre hors de l’espace et du temps, comme tous les grands chefs-d’œuvre. «Aux problèmes du temps que pose l’Histoire, la fiction romanesque apporte des réponses datées (Monarchie de Juillet, Révolution qui l’a suivie, marchepied pour Napoléon), en même temps que des réponses-fantasmes, universelles» écrit Jeanne BREM. Dans son romantisme, ses vrais héros sont de beaux seigneurs, des tempéraments insoumis ; ils vivent et meurent à volonté, et ne succombent jamais que parce qu’il faut que le roman ait une fin. Il transpire de cette création littéraire le ressentiment, la cruauté des gouvernants et donc la cause perdue du peuple ; ce qui donne une valeur à la fois héroïque et tragique des mousquetaires. Dans cette épopée, le héros préfère conserver de bonnes relations avec ses amis «Quoi que nous combattions pour des causes opposées, gardons-nous amis ; les ministres, les princes, les rois passeront comme un torrent, la guerre civile comme une flamme, mais nous, resterons-nous ? J’en ai le pressentiment» écrit Alexandre DUMAS. Contrairement à une idée reçue, les héros de Louis XIII et Richelieu ne sont pas trois, mais quatre mousquetaires : Porthos, le grossier pour la sensation, Athos, noble pour le sentiment, d’Artagnan, le fougueux, et Aramis, rusé pour la pensée. Les «Trois mousquetaires», une œuvre vigoureuse et fantastique, un roman de chevalerie. «Un pour tous, tous pour un» telle est leur devise ; ils ne forment «qu’une âme vouée à la réalisation de l’impossible» écrit Isabelle CANI. d’Artagnan appartient à l’histoire, comme le Don Quichotte de Miguel CERVANTES. «Les trois mousquetaires» sont un roman en quatre partie :
Dans la première partie du roman, cadet de Gascogne, le jeune d’Artagnan, tout juste 18 ans, rejoint la capitale avec sa lettre de recommandation afin d’entrer au service des mousquetaires du roi Louis XIII en cette année 1625. Toutefois, son voyage ne se passe pas comme prévu, après avoir provoqué involontairement, en duel les trois mousquetaires, il se retrouve à faire équipe contre des envoyés du cardinal de Richelieu qui veulent en découdre. De cette altercation naît une amitié indéfectible entre Athos, Porthos, Aramis et d’Artagnan. L’intrigue du roman repose sur la volonté des mousquetaires de sauver l’honneur de la reine de France Anne d’Autriche face aux complots ourdis par le cardinal de Richelieu aidé du comte de Rochefort et de Milady de Winter.
Dans la seconde partie, la reine de France s’est éprise du duc de Buckingham. Comme toute amoureuse, même si c’est son amant, elle lui a fait un cadeau, des ferrets qui lui appartenait et que le roi lui a demandé de porter au prochain bal, une demande peu anodine ;  le cardinal de Richelieu veut faire en sorte que la reine trahisse sa relation adultère. D’Artagnan est alors envoyé en Angleterre toutes affaires cessantes pour faire récupérer ses fameux ferrets afin de ne pas dévoiler le secret de la reine. D’Artagnan s’acquitte de sa mission arrive à revenir à temps au palais royal pour remettre à la reine de France ses ferrets afin qu’elle puisse paraître avec au prochain bal. L’honneur est sauf grâce à la sagacité de d’Artagnan.
Dans la troisième partie, d’Artagnan est épris de Constance Bonacieux, la lingère d’Anne d’Autriche mais celle-ci se fait enlever par les hommes du Cardinal de Richelieu. D’Artagnan rappelle ses trois amis, qui n’étaient plus trop dans l’optique des combats à l’épée, pour partir à la recherche de sa bien-aimée. Toutefois, le supérieur de d’Artagnan le somme de partir pour le siège de la Rochelle qu’il doit tenir. En contrepartie de son dévouement, le roi le fera nommer officiellement mousquetaire du roi, ce qu’il n’est pas encore. Lors des préparatifs, d’Artagnan provoque en duel le beau-frère de Milady de Winter. Il gagne son duel, mais l’épargne en échange d’une entrevue avec Milady de Winter, au cours de laquelle il va découvrir sur son épaule la marque infamante des voleurs. Milady ne supporte pas de voir son secret démasqué et se jure de tuer d’Artagnan pour cela. Après avoir filé le cardinal de Richelieu, Athos reconnaît en Milady son épouse répudiée. Athos arrive en dernier instant à lui voler le papier qui donnait l’autorisation à Milady de tuer d’Artagnan sans craindre d’être poursuivie par la justice.
Dans la quatrième partie, les mousquetaires se comportent en héros a siège de La Rochelle mais ils doivent continuer à démasquer les complots menés par Milady. Celle-ci, retenue prisonnière en Angleterre, parvient à séduire son geôlier et le convainc d’assassiner le duc de Buckingham. Milady arrive à quitter le pays et se réfugie en France dans un couvent, où est toujours enfermée Constance Bonacieux qui se fera assassiner par Milady. Toutefois, les trois mousquetaires arrivent à mettre la main sur la meurtrière. Il lui organise un simulacre de procès où la condamnation à la peine capitale, par décapitation. De retour à Paris, d’Artagnan, nommé mousquetaire, se réconcilie avec le Cardinal de Richelieu et avec Rochefort. Les mousquetaires retournent à une vie normale : Athos va vivre à la campagne, Porthos devient baron et Aramis rentre dans les ordres. Ainsi s’achève «Les trois Mousquetaires», mais on retrouve les mêmes personnages dans «Vingt ans après» et dans «le Vicomte de Bragelonne», deux suites qui eurent autant de succès que ce premier volume.
«Le Comte de Monte-Cristo», écrit en 1844, tient en cette formule du héros, Edmond Dantès «Attendre et espérer». Le comte de Monte-Cristo relate un thème intemporel et moderne, c’est un livre sur la vengeance, sur l'argent et l'intelligence. En effet, Edmond Dantès est face à trois hommes, chacun d'eux représentant la justice, l'argent et l'armée, trois hommes puissants donc, ont établi leur fortune et leur notoriété sur une dénonciation mensongère et diabolique. Ils représentent l'égoïsme, la cupidité et la haine. Ce roman est donc l'histoire d'une métamorphose, celle d'Edmond, un jeune homme vertueux qui après avoir subi une terrible injustice se mue en machine à punir. Fier marin sur le point d'être nommé capitaine et d'épouser sa bien-aimée, Mercédès, il est arrêté. Dénoncé comme bonapartiste il est enfermé au château d'If et attendra quatorze ans sa délivrance et sa vengeance. Elle sera terrible. Edmond Dantès est devenu riche et titré. Son vieux compagnon de cellule, l'abbé Faria, en lui révélant son secret, l'a fait comte de Monte-Cristo. Après sa spectaculaire évasion, les fortunes se font et se défont au gré de son implacable volonté. Dumas raconte ces aventures extraordinaires avec génie, «Il lui a fallu des excès de vie pour renouveler cet énorme foyer de vie», disait George SAND, admirative et amie de DUMAS.
Le roman historique, «Joseph Balsamo», écrit en 1853, se situe dans les dernières années du règne de Louis XIV, de 1770 à 1774. Le personnage de Joseph Balsamo veut apporter le bonheur aux hommes en sapant les monarchies du monde pour instaurer des gouvernements basés sur la souveraineté populaire, et cela en commençant par la monarchie française. Dans une dimension fantastique, faisant recours à un sorcier, et à un magnétiseur, il est à la tête de puissantes sociétés secrètes s'étendant à tous les continents et dont les membres appartiennent à toutes les couches sociales. Balsamo est accompagné de  son maître, l'alchimiste Althotas obsédé par la quête de l'ingrédient final d'un élixir de vie qui doit rallonger son existence et de son épouse, Lorenza Feliciani, qu'il a enlevée au couvent et dont il utilise le talent de médium pour ses fins personnelles. La route de Balsamo croise celle de la famille de Taverney le vieux baron, arriviste, orgueilleux et immoral, son fils Philippe, gentilhomme loyal empreint de philosophie, ce qui lui vaut l'exécration de son père, ainsi que sa fille Andrée, dont la beauté n'a d'égal que la vertu. C’est un ouvrage riche, dense, mêlant histoire, fiction et spiritualité, Alexandre DUMAS, un républicain relate l’agonie de la Monarchie et le prémisse du triomphe des idées révolutionnaires.
La «Reine margot», un roman historique écrit en 1845, est une sordide histoire d’intolérance, de complot, de machination et de meurtres. La France des guerres de religion est devenue le champ clos des grands seigneurs et des prétendants au trône. A Paris, le jeune roi protestant de Navarre, le futur Henri IV, vient d'épouser Marguerite de Valois, dite Margot ; mariage politique qui n'empêche pas les Guise et le roi Charles IX de fomenter les horreurs de la Saint-Barthélemy. Sur les pas du jeune comte de La Mole, dont s'éprend éperdument la belle Margot, et de son compagnon, le tonitruant Annibal de Coconnas, nous entrons dans ce labyrinthe d'intrigues, d'alliances, de trahisons. Les poignards luisent sous les pourpoints. René le Florentin fournit les poisons à l'implacable Catherine de Médicis. Le vieux Louvre avec ses fêtes brillantes, ses passages secrets, son peuple de soldats et de jolies femmes, est le théâtre où se déploient en mille péripéties les jeux de l'amour, de la politique, de la haine.
Grand voyageur, au croisement de plusieurs cultures, Alexandre DUMAS, homme de passion, dans sa contribution littéraire, connait les aspirations et les blessures des humiliés et des offensés, et a su se dresser contre toutes les formes d’injustices. Alexandre DUMAS amasse une fortune considérable, qu’il dépense aussitôt en voyages et en réceptions extraordinaires, en cadeaux pour les maîtresses qu’il collectionne. Alexandre DUMAS, un grand sociologue, au-delà, à l’époque, l’émerveillement, il s’attachait à décrire «ses impressions de voyage» dans une vingtaine de volumes, un tableau de mœurs ou un exposé du contexte social ou historique du pays visité. «Dandy génial, écrivain prolifique, historien chevronné, amoureux célèbre, amateur d'art éclairé, journaliste à la plume alerte, dramaturge de talent, voyageur infatigable, Alexandre Dumas fut tout cela» écrivent Christian BIET, Jean-Paul BRIGHELLI et Jean-Luc RASPAIL. A la fin de l’année 1846, il a visité l’Afrique du Nord, l’Algérie et la Tunisie. Il était accompagné de son fils, qui n’avait pas encore écrit «la Dame aux Camélias» et de son domestique Eau de BENJOIN, un Noir, d’ascendance éthiopienne. Le Bey de Tunis est qualifié «d’homme de progrès». La peine capitale est rarement prononcée, et il décrit la pendaison, souvent exécutée avec la protestation de la foule «Le condamné est placé sur un âne, la tête tournée vers le côté de la queue. On lui passe une corde au cou ; on le fait monter sur la porte ; on attache l’autre extrémité de la corde à un créneau, et on le lance dans l’espace» écrit-il. Tunis est décrit comme un ange de douceur, «presque jamais de vols, si ce n’est sur des Chrétiens ou des Juifs, ce qui ne compte pas» écrit-il. Les Arabes reprochent trois choses aux Occidentaux : «C’est d’embrasser nos chiens, de donner la main aux Juifs et de pisser debout» écrit-il. Les prix ne sont pas affichés à l’avance, il faut tout négocier, marchander. Dans ses conversations avec les Arabes, il a essayé, de façon hasardeuse, à décrypter le non-verbal «La vivacité de nos mouvements préoccupe toujours les Orientaux ; ils ne peuvent rien deviner d’après gestes, nos gestes vont plus vite que leur pensée» écrit-il. Alexandre DUMAS s’est prononcé sur le statut de la femme «la femme arabe n’est point une femme, mais une femelle, mais une femme coquette, coquette comme la chatte, comme l’hermine, comme la souris» écrit-il. Alexandre DUMAS a visité Carthage ou «cité neuve», ville d’Hanibal, rivale et ennemie de Rome, fondée en 1059 avant Jésus-Christ. Suivant la légende, Didon, fille de Bélus, roi de Tyr, devait, après la mort de son père, régner conjointement avec son frère Pygmalion, mais confisque le pouvoir à son profit. Aussi, Didon va se réfugier en Tunisie, et Carthage devait durer 8 siècles, avant d’être détruite par Scipion EMILIEN (185-129 avant J-C). Il a aussi visité le tombeau de Louis IX dit Saint-Louis (1214-1270), mort à Tunis «Les Arabes ne voyant point de différence entre le tombeau d’un Saint français et d’un Saint musulman, devaient respecter, l’un à l’égal de l’autre. Saint-Louis, est dans la Régence de Tunis, un marabout presque aussi vénéré que Sidi Fath-Allah ou Sidi Abdel-Kader» écrit-il. Dans ses «impressions de voyage en Russie», Alexandre DUMAS se fait notamment critique littéraire. Il évoque la tragédie de certains poètes qui meurent jeunes «On dirait que l’arbre de l’art n’est pas assez vigoureux, pour pousser ses fruits jusqu’à leur maturité : Pouchkine a été tué en duel à 48 ans, Lermontov à 44 ans» écrit-il.
Dans sa passion de l’aventure et son panache, Alexandre DUMAS est toujours resté mondialement connu et reconnu ; il a été adapté au cinéma, à la télévision ou les bandes dessinées. Fin gourmet, Alexandre DUMAS est l’auteur d’un imposant dictionnaire de cuisine de 1155 pages. Charles BEAUDELAIRE (1821-1867) s’y est essayé. On ne pourrait citer un plus grand esprit qui, interrompant ses travaux littéraires, s’est attelé à l’art de manger. «L’Homme reçut de son estomac, en naissant, l’ordre de manger, au moins trois fois par jour, pour réparer les forces que lui enlève le travail et, plus souvent encore, la paresse. Quelque part que l’Homme soit né, il faut qu’il mange, c’est à la fois la grande préoccupation de l’homme sauvage et de l’homme civilisé. Seulement, le sauvage, il mange par besoin. Civilisé, il mange par gourmandise. C’est pour l’homme civilisé que nous écrivons ce livre» écrit-il.
Ruiné et atteint d’une hydropisie qui le fait somnoler, Alexandre DUMAS part se réfugier chez son fils, à Puys, près de Dieppe. Se sentant faiblir, il demande la visite d’un prêtre «J’ai toujours un respect pour les choses saintes et un grand amour en Dieu » dit-il. Alexandre DUMAS meurt le 5 décembre 1870, dans l’indifférence la plus complète, en pleine invasion du nord de la France par les troupes prussiennes. «Il était le génie de la vie. Il n’a pas senti la mort. Il n’a peut-être pas su que l’ennemi était à sa porte et assistait à sa dernière heure, car on dit que Dieppe est occupée» écrit George SAND, dans son journal. DUMAS est alors enterré sur place, dans une sépulture provisoire, dans le cimetière de Neuville. Ce n’est que deux ans plus tard qu’Alexandre DUMAS reçoit les honneurs posthumes qui lui étaient dus. Le 16 avril 1872, sa dépouille est transférée dans sa ville natale, Villers-Cotterêts, dans l’Aisne. C'est dans le cimetière du lieu qu'était déjà enterré le père d'Alexandre DUMAS, le général de la PAILLETERIE. C'est là qu'il doit reposer à son tour. «Sympathique, nul ne l'a été plus parmi ses contemporains; il fut bon autant que grand ; son cœur était tout à tous, sa fortune celle de tout le monde. A chaque visite qu'il faisait dans son pays, il a répandu l'or comme il le répandait partout. Aussi est-on en droit de s'étonner de la mauvaise grâce que la municipalité de Villers-Cotterêts a laissé voir dans cette circonstance : pas un de ses membres n'assistait à la cérémonie, au moins officiellement; quant au maire, il avait pris soin de s'absenter dès la veille. Ainsi l'on peut dire que cette ville qu'il a faite illustre était absente de ses funérailles. Question d'amour-propre, assure-t-on; mais, en pareil cas, l'amour-propre qui ne sait pas désarmer s'appelle de l'ingratitude ! Qu'importe, au surplus ! Ce n'était plus une ville, c'était la France entière, représentée par l'élite de sa littérature, qui faisait cortège à l'illustre mort. Ils étaient là tous, ses amis, ses confrères, ayant en tête ceux qui furent ses collaborateurs, Maquet, de Leuven, Noël Parfait, Meurice; et aussi ces amis inconnus, ceux qu'il a charmés, qu'il charme encore tous les jours par ses fictions émouvantes ou ses récits enchantés» mentionne l’Univers illustré du 27 avril 1872.
Un vibrant hommage rendu à Alexandre DUMAS, après sa mort, intervient enfin le 4 novembre 1883 avec l’inauguration de sa statue place Malesherbes à Paris 17ème. Le point d’orgue de ces hommages sera surtout le 30 novembre 2002, lors du transfert de ses cendres au Panthéon, à Paris «Lorsque les portes de bronze du Panthéon se refermeront, Alexandre DUMAS trouvera enfin sa place aux côtés de Victor HUGO et d'Emile ZOLA, ses frères en littérature, ses frères en engagement, ses frères qui ont marqué et fait de leur plume l'Histoire de la République en défendant avec autant d'acharnement que de génie la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. La République aussi à ses mousquetaires» dira le président Jacques CHIRAC.
Bibliographie particulièrement sélective
1 – Contributions d’Alexandre Dumas
DUMAS (Alexandre), Ange Pitou, Paris, Michel Lévy, 1860, vol I, 339 pages, 1861, vol II, 445 pages ;
DUMAS (Alexandre), Georges, Paris, Gallimard, 2017, 512 pages ;
DUMAS (Alexandre), Grand dictionnaire de cuisine, Paris, Alphonse Lemerre, 1873, 1155 pages ;
DUMAS (Alexandre), Impressions de voyage à Tunis, texte présenté et annoté par Moncef  Cherfeddine, et préface de Mohamed Yalaoui, Paris, Alexandre Cadot et Bertinnet, 1848, 131 pages, en annexes croquis et photos ;
DUMAS (Alexandre), Impressions de voyage en Russie, Paris, Michel Lévy, 1866, 309 pages ;
DUMAS (Alexandre), Joseph Balsamo. Le collier de la Reine. Mémoires d’un médecin, préface Judith Lyon-Caen, Paris, Gallimard, 2012, 1600 pages ;
DUMAS (Alexandre), Mes mémoires, Paris, Michel Lévy, 1863-1884, 22 volumes ;
DUMAS (Alexandre), La Reine Margot, Paris, Flammarion, 2013, 800 pages et Paris, Gallimard, préface Jean Tulard, 1973, 690 pages ;
DUMAS (Alexandre), Le Comte de Monte-Cristo, Paris, Classiques Hâtier, 2003, 160 pages et Gallimard, préface Jean-Yves Tadié, Gilbert Sigaux, éditeur scientifique, 1998, 768 pages ;
DUMAS (Alexandre), Le théâtre, Paris, Gallimard, 2019, vol I, 900 pages ;
DUMAS (Alexandre), Les Trois mousquetaires, Paris, Furet du Nord, 2018, 303 pages.
2 – Critiques d’Alexandre Dumas
ARNAUD (Alain), «Alexandre Dumas, père et fils : relations familiales et hommages posthumes», Mémoires des fédérations de sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, 1997, tome XLII, pages 299-318 ;
AKIKI (Karl), La recette du roman populaire, façon Alexandre Dumas, Paris III, Sorbonne Nouvelle, Sciences de l’Homme et Société, 2013, 337 pages ;
BEM (Jeanne), «D’Artagnan, et après. Lecture symbolique et historique de la trilogie de Dumas», Littérature, 1976, n°22, pages 13-29 ;
BIET (Christian), BRIGHELLI (Jean-Paul) RASPAIL (Jean-Luc), Alexandre Dumas ou les aventures d’un romancier, Paris, Gallimard, 1986, 128 pages ;
BLAZE de BURY (Henri), Alexandre Dumas, sa vie, son temps, son œuvre, Paris, Calmann-Lévy, 1885, 344 pages ;
BOREL (Pétrus), Alexandre Dumas, Alais, Imprimerie J. Martin, 1881, 72 pages ;
CLOUARD (Henri), Alexandre Dumas, Paris, Albin Michel, 1955, 437 pages ;
DOUMIC (René), «Alexandre Dumas, père», Revue des Deux-Mondes, 1902, t VII, pages 446-457 ;
GLINEL (Charles), Alexandre Dumas et son œuvre, Reims, F Michaud, 1884, 518 pages ;
GRIVEL (Charles), «Alexandre Dumas : mal écrire, bien écrire», in Fernande Bassan et Claude Shopp, éditeurs, Cent cinquante ans après, «Les Trois Mousquetaires» et «Le Comte de Monte-Cristo», Actes du colloque de Marly-le-Roi, 3-4 septembre 1994, Champflour éditeur, 1997, 271 pages, spéc pages 197-201 ;
JAN (Isabelle), Alexandre Dumas, romancier, Paris, éditions ouvrières, 1973, 166 pages ;
LECOMTE (Louis-Henry), Alexandre Dumas, 1802-1870. Sa vie intime. Ses oeuvres, Paris, J. Taillandier, 1902, 279 pages ;
LEDDA (Sylvain), Le théâtre d’André Dumas, Lausanne, Ides et Calendes, 2019, 128 pages ;
MAUREL (André), Les trois Dumas. Le général Dumas. Alexandre Dumas père. Alexandre Dumas fils, Paris, A la librairie illustrée, 1896, 292 pages, spéc pages 61-154  ;
MAUROIS (André), Les trois Dumas, Paris, Hachette, 1957, 499 pages ;
MERICOURT (Eugène, de), Fabrique de romans. Maison Alexandre Dumas et Cie, Paris, Chez tous les Marchands de Nouveautés, 1845, 64 pages ;
NET (Mariana), Alexandre Dumas, écrivain du XIXème ou l’impatience du lendemain, Paris, L’Harmattan, 2008, 316 pages ;
PARIGOT (Hyppolite), Alexandre Dumas, Paris, Armand Colin, Calmann-Lévy, 1897, 384 pages ;
PERRET (Margot), La littérature d’esclave : de l’engagement littéraire d’Alexandre Dumas dans «Georges» à la réflexion didactique pour une classe de collège, Grenoble, Université Stendhal III, 2012, 68 pages ;
RIBBE (Claude), Le diable noir, biographie du général Alexandre Dumas, 1762-1906, père de l’écrivain, Monaco, Paris, Alphée J-P Bertrand, 2008, 235 pages ;
SCHOPP (Claude), LEDDA (Sylvain), Les Dumas : bâtards magnifiques, Paris, Vuibert, 2018, 346 pages ;
SIMON (Gustave), Histoire d’une collaboration : Alexandre Dumas et Auguste Maquet, Paris, Georges Crès, 1919, 201 pages ;
TERRANOVA (Valérie), «Alexandre, le Très, Grand», Revue des Deux Mondes, janvier 2002, pages 106-111 ;
TROYAT (Henri), Alexandre Dumas, Paris, Grasset et Fasquelle, 2005, 512 pages ;
TULARD (Jean), Alexandre Dumas, Paris, PUF, 2008, 121 pages ;
WAGNER (Frank), «Lire les Trois mousquetaires aujourd’hui», Romantisme, 2002, n°115, pages 53-63 ;
ZIMMERMANN (Daniel), Alexandre Dumas, le grand : biographie, Paris, Julliard, 1993, 736 pages.
Paris, le 11 août 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«Alexandre DUMAS (1802-1870), maître du roman historique, un mousquetaire, un d’Artagnan de l’égalité réelle» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 15:30
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922), le 150ème anniversaire de sa naissance et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se refermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : «Je m’endors», c’est ainsi que démarre le premier volume de «A la recherche du temps perdu» qui est à la fois une sorte d'autobiographie, un roman historique, une analyse psychologique, une critique littéraire et un traité philosophique. Historien de la société PROUST, à travers sa Recherche du temps perdu, traite, avec de sublimes lueurs, de certains thèmes majeurs : l’amour et son pendant nécessaire la jalousie, la dégradation de la vie mondaine, le génie et la paresse, la rédemption par l’art. Grâce au mécanisme de la mémoire involontaire, PROUST parvient à faire coïncider la sensation éprouvée dans le moment présent avec celle du moment éloigné. «Proust a fait avancer l’introspection, la conscience que l’homme prend de lui-même, dans une mesure qui l’égale des meilleurs moralistes de tous les temps» écrit Léon DAUDET. Cette évocation onirique est d’inspiration freudienne : «je passais la plus grande partie de la nuit à me rappeler notre vie d’autrefois» écrit PROUST qui se remémore de son enfance à Combray.  Suivant Jacques RIVIERE, PROUST a contribué «à l’invention d’une nouvelle manière d’attaquer les sentiments et les sensations». Portraitiste, mémorialiste, romancier et moraliste, Marcel PROUST résume, lui-même, ainsi sa Recherche : «Mon livre est l’histoire de toute une vie. Je prends mon héros depuis l’enfance et je le suis à travers sa vie mondaine, ses amours et ses plaisirs, jusqu’à sa retraite, où il s’enferme pour se consacrer à la création». Le problème littéraire majeur de PROUST est celui de reconstituer l’intégrité d’une vie psychique, de combler les lacunes de la mémoire. Il a fouillé dans la poubelle de notre subconscient «Proust veut apporter un élément nouveau, fait d’observations insoupçonnées, de coins mystérieux de la nature humaine, grandeurs et puissances demeurées jusqu’ici cachées» écrit Gabriel de la ROCHEFOUCAULD. D’une mémoire prodigieuse, si PROUST a pu reconstituer le paradis perdu de Combray, c’est grâce à la petite madeleine trempée dans le thé. Ces considérations débouchent sur cette vérité : si le temps efface tout, il ne peut pourtant pas effacer le souvenir, car l’essence des choses reste éternelle, et peut être ressentie tant dans le moment actuel que dans un temps éloigné. Ce à quoi s’intéresse PROUST, ce n’est point la description de la réalité, mais la psychologie dans le temps, une sensation vécue aussi bien, dans le passé que dans le présent, il veut édifier avec sa Recherche du temps perdu «une cathédrale du souvenir».  La mémoire involontaire permet finalement de retrouver le temps perdu et d’échapper aux entraves du temps, pour être capable d’y vivre en dehors. Suivant BRUNEL, Marcel PROUST, en s’inspirant des théories d’Henri BERGSON et de Sigmund FREUD (1856-1939), a bâti un «édifice immense du souvenir» en attachant de l’importance aux sensations passagères mais bouleversantes qu’éveille la fugacité des êtres et des choses «Proust et Freud inaugurent une nouvelle matière d’interroger la conscience ; Ils rompent avec les indications du sens intime ; ils ne veulent plus y demeurer parallèle ; ils attendent, ils guettent, au lieu des sentiments, leurs effets», écrit Jacques RIVIERE. En effet, PROUST réussit à briser les entraves classiques du temps et de l’espace, se rendant capable de se promener à son gré dans le passé, le présent et le futur, tel le maître du temps. Si le temps s’écoule sans qu’on puisse l’arrêter, le souvenir et la mémoire nous permettent de retrouver le temps perdu. Le temps qui passe nous éloigne de merveilleux instants du passé, mais la mémoire involontaire et l’effort volontaire de la mémoire concourent à annuler cette distance, et finissent par ramener le passé dans le présent, contribuant à l’emporter sur le temps. Les entraves du temps sont brisées, le temps perd deviendra finalement un temps retrouvé. La Recherche, «plus que le regret ou le délice d’instants vécus au hasard, c’est peut-être surtout l’exhumation de tous les moi de Proust», écrit Jacques RIVIERE.
«La Recherche est un désir d’écrire» dit Roland BARTHES. C’est, avant tout, une histoire de la vocation littéraire de PROUST, à travers son monde intérieur, un monde psychologique visant à intégrer à cette somme la totalité de son expérience d’homme et de sa réflexion sur l’art. Marcel PROUST considérait Gustave FLAUBERT (1821-1880) comme un précurseur et comme l'écrivain qui «le premier a mis le temps en musique». PROUST admirait dans «l'Éducation sentimentale» un «blanc», un énorme «blanc» qui indique un changement de temps soudain d'une dizaine d'années. Paul SOUDAY reproche à PROUST une surabondance de menus faits et une insistance à en proposer des explications, ainsi qu’un style obscur : «cette obscurité, à vrai dire, tient moins de la profondeur de sa pensée qu’à l’embarras de l’élocution. M. Marcel Proust use d’une écriture surchargée».  SOUDAY pense que « Du côté de chez Swann est mal composé, aussi démesuré que chaotique, «mais qu’il renferme des éléments précieux dont l’auteur aurait pu former un petit livre exquis». En fait, le style de PROUST, reflet parfait du mouvement de sa pensée est particulièrement original. «Marcel Proust a beaucoup de talent. (…). Il a une imagination luxuriante, une sensibilité très fine, l’amour des paysages et des arts, un sens aiguisé de l’observation réaliste et volontiers caricatural» précise SOUDAY. «Marcel Proust, comme tant d’autres écrivains contemporains, est avant tout un impressionniste. Mais il se distingue de beaucoup d’autres en ce qu’il n’est pas uniquement, ni même principalement, un sensoriel : c’est un nerveux, un sensoriel et rêveur» rajoute SOUDAY.  En effet, le roman proustien, ce n'est pas seulement de la psychologie, mais de la psychologie dans le temps. Ses longues phrases, qu’on lui reproche parfois, expriment les profondeurs de l’âme humaine qui exige une sorte d’abandon du flux de la pensée «La phrase de PROUST épouse le tout d’un moment ; elle tend une sorte de filet indéfiniment extensible qui traîne sur le fond océanique du passé, en ramasse toute la flore et la faune à la fois», dit Henri GHEON. La phrase proustienne contient à la fois la description du cadre et des gens plus une analyse extérieure et intérieure du héros. En effet, chez PROUST, l’intrigue de la Recherche est invisible c’est parce que le récit raconte la découverte de son sujet : la vocation ignorée du héros qui a pour mission d’écrire le livre que nous en sommes en train de lire et qui est en lui. Marcel PROUST est un grand, mais le lire demande du courage et de la persévérance. En effet,  contrairement au roman balzacien, le déroulement du récit n’est ni linéaire ni chronique. Le récit suit plutôt le temps de la psychologie du narrateur, qui se déroule de façon non chronique, induisant ainsi une opposition entre connaissance intuitive et raisonnement ordinaire. C’est la déraison qui l’emporte sur la raison dans l’œuvre proustienne. A l’encontre du roman traditionnel, PROUST, délibérément, relègue au second plan l’action, l’intrigue, le temps chronique et linéaire, en particulier, les personnages typiques qui vivent dans les milieux typiques, et ses romans n’obéissent nullement aux règles du récit classique. Ce qui compte dans son ouvrage capital, c’est le temps. En effet, Marcel PROUST consacre une rupture avec la tradition littéraire, le personnage est d’abord secondaire, selon Aristote, qui considère qu’il est toujours subordonné à l’action ; c’est l’intrigue qui commande le récit, celui qui agit n’intervenant que secondairement. Si le roman devient le règne du personnage, c’est que celui-ci n’est plus seulement un rôle, mais une entité existentielle et psychologique de plus en plus individualisée. Henry JAMES (1843-1915) renverse ainsi les termes du postulat aristotélicien : «qu’est-ce que l’action sinon l’illustration du personnage ?». Aussi le personnage est-il le pilier de l’invention et le nerf du plaisir de lecture propre au roman. Si le monde anglo-saxon a classé Marcel PROUST, dans le mouvement littéraire de "Stream of Conciousness" (courant de conscience, monologue intérieur), un peu comme chez  Virginia WOLF et James JOYCE, en fait il n’appartient à aucune école. Spécialiste de l’autofiction, Marcel PROUST développe une théorie anti-essentialiste. Pour lui, l'imaginaire n'est pas l'instrument qui révèle l'essence inaltérable des choses, mais sert de médiation entre le monde extérieur et le monde intérieur. PROUST ne cesse d'affirmer que l'imaginaire est une interface où prennent consistance les être aimés, les souvenirs lointains et l'œuvre artistique dans une continuelle métamorphose qui plie le monde extérieur au jeu de nos désirs.  Observateur solidaire du système observé, et donc changeant avec lui,  Marcel PROUST, à travers son regard critique n’est pas en dehors du monde qu’il décrit mais qui occupe dans ce monde une position précise, mobile et changeante selon les aléas de sa vie. Dès les premières lignes de Swann, cette relativité de toute observation, et même de toute perception, est étudiée et démontrée à propos d’un phénomène familier de la vie : le sommeil. Dans la suite de l’œuvre, elle est l’un des thèmes fondamentaux et récurrents du récit ; on a le sentiment que PROUST ne cesse de penser à ce proverbe arabe qui affirme que celui qui vit assez longtemps verra tout et le contraire de tout. Sa contribution littéraire est l’histoire d’un monde qui change perpétuellement. Mais cette œuvre si pessimiste, si noire, qui devrait nous anéantir dans le désespoir, se lit dans un bonheur de chaque minute et nous laisse, après l’avoir lue, une très forte impression, un trouble de notre esprit, un transport et un émerveillement. De ce point de vue, Marcel PROUST incarne le génie français. «L’œuvre de Proust est du moins pour moi, l’œuvre de référence, la mathesis générale, le mandala de toute la cosmogonie littéraire», dit Roland BARTHES.
Dans la Recherche du temps perdu, l’Amour et donc la jalousie, tiennent une place considérable, comme l’avarice, l’ambition et la cupidité dans les romans d’Honoré de BALZAC. «La Recherche est une quête de l’amour, vaine et navrante poursuite d’un mirage délicieux, qui se dérobe et se renouvelle sans cesse dans le désert sentimental où l’amour est exilé» dit PROUST dans ses correspondances. L’impossibilité de l’amour, son mensonge et son tourment, dérivent de la nature même de l’homme, de sa tragique solitude. Tout amour est faux, l’amour n’existe pas. Romancier de l’amour, Marcel PROUST s’est fait un nom dans l’histoire du cœur, notamment l’amour du narrateur pour Gilberte. L’homme projette dans la femme aimée l’état de sa propre âme, et c’est dans la profondeur de cet état que réside tout ce qui est important dans cette passion. Mais les personnages de Marcel PROUST ne procréent pas. L’amour n’est donc pas, pour PROUST, «quelque chose qui forme des couples, ce serait plutôt quelque chose qui empêche d’en former» dit Emmanuel BERI. «Ces êtres que décrit Marcel PROUST, c’est des personnages de fuite, c’est-à-dire l’absence qu’à la présence à la fois de l’être aimé», dit BERI. Marcel PROUST, dans sa Recherche, fait allusion aux qualités qui rendent une personne à la fois désirable et plus saisissable qu’une autre. En amour, il n’y a aucune règle. N’importe qui peut aimer n’importe qui. Ainsi, l’amour Albertine ne tient pas à ce que c’est elle, mais ce que c’est lui. Comme PLATON, Marcel PROUST pense qu’on aime les qualités et non pas les personnes, la Beauté.  Si un amant est sensible à certaines qualité de l’être qu’il aime, ce ne sera pas celles que cet être possède réellement, mais celles qu’il a lui-même conférés, par un oukase arbitraire de son esprit. C’est souvent l’attitude de Marcel PROUST envers l’amitié qui révèle, le mieux, selon lui, l’idée que l’on se fait de l’amour, jusqu’à ce que la jalousie entre en jeu : «Ma vie avec Albertine n’était, pour une part, quand je n’étais pas jaloux, qu’ennui, pour l’autre part, quand j’étais jaloux, que souffrance» dit-il.  L’amitié et l’amour se ressemblent. Mais l’amitié n’existe pas ; elle est à la fois impuissante et futile. Flagorneur, avec un désir de plaire, Marcel PROUST recherchait désespérément l’admiration et l’amitié des autres ; il «proustifiait»  : «ce que j’ai le plus aimé en toi, ce n’était toi-même, mais moi, plutôt toi-même par rapport à moi, le charmant, le doux ton de ton éloge» dit-il.  Finalement, pour Marcel PROUST l’amour est un début de la névrose, une régression narcissique. L’amour est considéré en tant qu’illusion faite de mensonge et meurt de fatigue. En définitive, l’amour a rendu à Marcel PROUST à la solitude. La solitude, l’une des pièces maîtresse de la recherche du temps perdu, est le fruit splendide des souffrances rédemptrices que lui a causé l’amour. Face à ses déceptions amoureuses, ses souffrances, Marcel PROUST déforme les réalités extérieures qu’il substitue à une réalité intérieure fondée sur nos mémoires. L’œuvre d’art est le salut et nous hisse hors du temps perdu, vers un temps retrouvé ; elle seule confère une certaine immortalité. Si l’œuvre d’art est une fin, l’amour est le moyen unique. A force de nous mentir, l’amour nous révèle la grande vérité, à savoir «qu’il n’y a pas de vérité hors de notre esprit et de notre cœur» dit PROUST. De ce point, l’amour étant une exaltation dans la solitude et la souffrance, «il n’y a pas d’amour heureux» suivant Louis ARAGON.
En s’inspirant du mémorialiste SAINT-SIMON et des contes des Mille et une nuits, avec un narrateur, des personnages enchâssés, ainsi que leurs vices et vertus, Marcel PROUST, dans sa Recherche du temps perdu, a étudié, ce qui a été délaissé par ses devanciers : la haute société aristocratique du Faubourg de Saint-Germain-des-Prés.  S’il évoque les domestiques, comme Françoise qui incarne Céleste à Combray et à Paris ou ses mignons dans les grands hôtels qui lui accordé des faveurs sexuelles, les paysans majoritaires à son époque et les prolétaires sont quasi absents de la Recherche du temps perdu. En fait, PROUST historien et sociologue de «ces gloires périmées», avec comme héros, Swann, Verdurin et les Guermantes, a nous a légué une peinture de leurs plaisirs, leurs vices, la tristesse de leur vie malheureuse et leur égoïsme. En effet, Marcel PROUST dépeint la noblesse comme une société inintelligente, décadente et vicieuse, avec satire et réprobation «Les plaisirs mondains causent, tout au plus, le malaise provoqué par l’indigestion d’une nourriture abjecte» dit-il. Cependant, le snobisme ou désir de se mêler à la société, ne détruit pas l’esprit de vérité. «Se plaire dans la société de quelqu’un parce qu’il a eu un ancêtre aux croisades, c’est la vanité ; l’intelligence n’a rien à voir avec cela. Mais se plaire dans la société de quelqu’un parce que le nom de son grand-père se trouve dans Alfred de VIGNY ou CHATEAUBRIAND (…), voilà où le péché de l’intelligence commence» dit notre PROUST qui joue au naïf, comme s’il ne connaissait pas les codes de la haute société, fait ressortir la cocasserie et le profond comique des situations, provoquant l’hilarité. Dans son aventure de la mémoire, loin d’être purement obséquieux, Marcel PROUST dénonce les préjugés bourgeois et le snobisme à rebours. PROUST manipule, à haute dose, et avec une grande finesse, l’ironie et la satire aux pays de l’extravagance des mœurs de la haute société. Il souligne ainsi le caractère risible et la bêtise du snobisme «Marcel PROUST est un observateur de la vie parisienne, reçu dans les salons, dont il scruta les mystères avec sympathie, avec un art minutieux du détail, et une délicatesse exquise» dit Jacques-Emile BLANCHE, un portrait de l’auteur. En fait, Marcel PROUST semble voir dans la bourgeoisie un commencement d’imitation de la noblesse, surtout dans le mauvais sens, pour ses fautes et ses vices.
Pour Gilles DELEUZE (1925-1995), philosophe français, la recherche du temps perdu n'est pas un exercice de mémoire, volontaire ou involontaire, mais, au sens le plus fort du terme, une recherche de la vérité qui se construit par l'apprentissage des signes. Il ne s'agit pas de reconstituer le passé mais de comprendre le réel en distinguant le vrai du faux. Gilles DELEUZE, lecteur de PROUST, est aussi l'interprète de BERGSON, NIETZSCHE ou SPINOZA. L'intelligence de l'œuvre est, certes, un plaisir de l'esprit ou une dégustation des sens. Elle est aussi un chemin de la connaissance. En effet, Gilles DELEUZE avance l’idée que, pour l’essentiel, la recherche du temps perdu est une interprétation des signes, des signes de l’Amour, de la mémoire et de l’aristocratie. Les signes mondains, ceux émis par les snobs, sont les plus curieux et dérisoires, car ils ne correspondent à rien. En effet, l’ambition mondaine demande une farouche énergie pour conquérir du vent, quelque chose d’impalpable, d’inexistant. Ce qui force à penser, c’est le signe. Le signe est l’objet d’une rencontre ; mais c’est précisément la contingence de la rencontre qui garantit la nécessité de ce qu’elle donne à penser. «L’acte de penser ne découle pas d’une simple possibilité naturelle. Il est, au contraire, la seule création véritable. La création, c’est la genèse de l’acte de penser dans la pensée elle-même. Or cette genèse implique quelque chose qui fait violence à la pensée, qui l’arrache à sa stupeur naturelle, à ses possibilités seulement abstraites. Penser, c’est toujours interpréter, c’est-à-dire expliquer, développer, traduire un signe. Traduire, déchiffrer, développer sont la forme de la création pure» dit Gilles DELEUZE dans son ouvrage «Proust et les signes».
Dans son ouvrage, «Proust antijuif», Alessandro PIPERNO pense que la Recherche est un chef-d’œuvre de dissimulation, certainement pas d’exhibitionnisme. Selon lui, les raisons de l’aversion de PROUST pour la biographie sont «personnelles et névrotiques». C’était sa vie d’homosexuel insatisfait et de salonard que le tribunal spécial de sa conscience jugeait indigne d’être relaté. C’était son origine petite-bourgeoise qui le dégoutait. PROUST a écrit sa Recherche pour ne pas s’exposer en public. Son histoire était irracontable c’est pour cela que PROUST a créé un monde épuré, sidéral et artificiel, «une forteresse pleine de passages secrets et de ponts levis». Suivant PIPERNO, Marcel PROUST avait manifestement honte de sa judéité, de son homosexualité, de son snobisme et de son insignifiance sociale. Par conséquent, il a déversé dans sa Recherche «tout son ressentiment d’homme incomplet et insatisfait». A la Belle époque, siècle de la duperie fondé les ténèbres de xénophobie, du fondamentalisme chrétien et du revanchisme militariste,  Marcel PROUST a mis en scène le spectacle de l’humiliation : «sa généalogie juive avait représenté pour lui, dès le départ, une blessure angoissante, avec lesquels régler les comptes  de la seule façon qui était la sienne : l’ambiguïté». Les critiques d’Alexandro PIPERNO me semblent excessives et tranchées. En effet, le snobisme qu’il a, en fait, dénoncé, serait la face présentable de la haine. Une partie de ses amis de l’aristocratie (Mme STRAUSS-BIZET, Mme Léontine LIPMANN dite ARMAN de CAILLAVET), et Marcel PROUST, avaient soutenu Alfred DREYFUS. Dans sa Recherche du temps perdu, Marcel PROUST étant un demi-juif, a une inclination, certes, pour la société catholique : «si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive, vous comprenez que c’est une raison assez forte, pour que je m’abstienne de ce genre de discussion» dit PROUST. Il n’en reste pas moins, et que le principal personnage de la Recherche du temps perdu, Charles Swann, inspiré principal de Charles HAAS, venu de la haute bourgeoisie, mais accepté dans l’aristocratie parisienne, est un Juif. Le personnage de Swann, riche, généreux, cultivé, véritable amateur d’art et de musique, ressemble, à s’y méprendre, à Marcel PROUST. Notre auteur a rendu compte des polémiques de l’époque qui avaient violemment divisé la société française. Ainsi, dans la Recherche, M. Verdurin est dreyfusard, la duchesse des Guermantes, est nationaliste et prétend être dreyfusarde, pour paraître intellectuelle, et le duc des Guermantes voit là une affaire non pas religieuse et politique. Certains membres de l’aristocratie sont ouvertement antisémites et antinationalistes. Marcel PROUST ne fait que rendre compte de ces déchirements de son époque.
Enfant de la IIIème République, élevé dans la laïcité, Marcel PROUST n’est pas religieux d’où tout le culte qu’il voue l’art : «la première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse, comme la seconde est la vérité» dit-il. La réalité est de nature spirituelle ; elle se forme et réside dans l’esprit : «la meilleure part de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur renfermé d’une chambre ou l’odeur d’une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-même, ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes les larmes sont taries, sait nous faire pleurer encore» dit PROUST. La manière dont on voit le monde extérieur est subjective ; il y a autant d’univers «qu’il existe des prunelles d’intelligence et d’inintelligence humaines qui s’éveillent tous les matins» dit PROUST. Par conséquent, l’idéal d’art remplace celui de Dieu. Agnostique, la Recherche du temps perdu montre que, pour PROUST, l’art devint le but suprême de la vie, non pas un art reproduction de la nature, mais un art qui apprend à voir autrement, à «soulever le voile de la laideur de l’insignifiance qui nous laisse incurieux de tout». Le secret de la beauté et de la vérité sont les buts de sa vie. Admirateur des impressionnistes, notamment de Claude MONET, le personnage d’Eltsir dans la Recherche est l’artiste qui incarne la peinture. C’est RUSKIN qui le fait découvrir l’architecture, en particulier l’art gothique. L’influence de la musique Wagnérienne est manifeste dans son œuvre. La musique possède le pouvoir d’évoquer les secrets les plus profonds de l’âme humaine et la musique comme moyen d’analyse psychologique surplombe tout le reste de l’art. Finalement, pour Georges CATTAUI, le héros de PROUST est comme celui de DANTE, c’est un homme au milieu du chemin de la vie, aux portes des Enfers et du Paradis, et qui accède enfin à la Béatitude. Mais, Marcel PROUST est un dissimulateur ; sa vie est aussi mystérieuse que son œuvre ; son «aventure intérieure», à travers sa Recherche du temps perdu, occulte certains aspects de la sa personnalité, comme l’homosexualité, le mysticisme et la recherche de la vérité. «Si relativiste que doive devenir sa conception de l’amour, il ne doutera jamais de l’amour maternel, de la tendresse en amitié, du devoir d’être bon» dit André MAUROIS.
Marcel PROUST prétend que «dans toute ma vie, j’ai fort peu pensé à moi». Suivant Pietro CITATO, cette phrase est surprenante quand on songe que Proust est un infatigable ver à soie, mais cette idée est exacte «Proust ne pensait pas à lui-même, prêtait peu attention à son moi, ne s’intéressait pas à sa propre personne. (…) Même s’il apparaissait comme un jeune Narcisse, aérien et scintillant». En fait, héros de son œuvre, Marcel PROUST, un stratège de la dissimulation n’a pas voulu parler directement de lui ; ce n’est pas, du moins, une autobiographie classique ; PROUST a conduit une étude de sa vie intérieure ; il a avancé masqué. Sa contribution littéraire est un roman historique au même titre que la Comédie humaine de BALZAC, la fusion de la classe aristocratique et bourgeoise, au temps de la Belle époque en est le thème principal. Si la dimension politique est négligeable dans cette vaste étude sur la Recherche du temps, perdu ce qui a passionné Marcel PROUST, c’est la psychologie de l’individu, dans ses rapports avec la société et les contrastes entre les classes de la haute société. C’est donc la vie intellectuelle et artistique qui domine dans le champ de son observation. L’art remplace l’idée de Dieu, et la peinture, la musique et l’architecture sont des éléments d’analyse psychologique. En penseur métaphysicien, Marcel PROUST a bâti une cathédrale de sensations : « si les écrivains souffrent d’une pauvreté d’idées, «Proust souffrait d’une surabondance d’idées, de sensations, de sous-sensations et de sous-sentiments» écrit CITATI.
La diversité des sujets, l’originalité et la complexité de la méthode de Proust nécessitent l’étude de ses sources et de ses influences. Marcel PROUST puise son inspiration dans tous les espaces familiaux, artistiques et aristocratiques, dans la nature, ainsi que dans son génie.
I – La Recherche du temps perdu, une gigantesque cathédrale d’Amour à sa mère
La Recherche du temps perdu est dédiée à l’amour, fusionnel, pour sa mère et c’est une immense cathédrale du souvenir. Blessé de la vie, écorché vif, «La Recherche du temps perdu», est inséparable de l’expérience intime de Marcel PROUST. Si l'écrivain a pour fonction de traduire sa vie, les aliments qui nourriront son œuvre devront être cherchés dans son propre passé et non pas dans le présent ni dans le passé d'autrui. Il n'est question que de nous-mêmes : «Je compris que tous ces matériaux de l'œuvre littéraire, c'était ma vie passée ; je compris qu'ils étaient venus à moi […] sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance même que la graine mettant en réserve tous les aliments qui nourriront la plante». Son père, Achille Adrien PROUST (1834-1903), un médecin, aurait aimé qu’il s’affirmât, soit capable de surmonter ses angoisses et ses crises nerveuses et devienne un haut fonctionnaire de l’Etat. Le manque de volonté, la santé délicate et l’incertitude qui était projetée de son avenir, préoccupait grandement le père de PROUST. «La concession qu’elle (la mère) faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m’embrasser, en m’apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes» écrit PROUST. Il avait un jeune frère, Robert PROUST (1873-1935) devenu, comme son père médecin et qui est absent de la Recherche du temps perdu. Né au numéro 96 rue de la Fontaine, devenue avenue Mozart, à Auteuil le 10 juillet 1871, chez l’oncle sa mère Louis WEIL, pendant les événements de la Commune de Paris, et issu d’une famille de la bourgeoisie parisienne, Marcel PROUST est, dès l’enfance, entouré de soins maternels, et élevé dans un milieu très privilégié.
Doté d’un don d’observation exceptionnel et d’un esprit créatif et pénétrant, écrivain sensible Marcel PROUST restitue ses émotions, à travers la qualité de son expression écrite. Ainsi, de retour d’une promenade, tout à coup il aperçoit les deux clochers de Martinville-le-Sec. L’âme du jeune Marcel est envahie par une joie inexprimable. Au cours d’une autre promenade avec Andrée, PROUST découvre un buisson d’aubépines défleuries et s’arrête attendri. Il se remémore son enfance à Combray, et de ses souvenirs d’enfance émergent le clocher  de Saint-Hilaire, le jardin de Combray, la Vivonne, les nymphéas, le petit raidillon et Gilberte : «Soit que la foi crée, soit tarie en moi, soit que la réalité ne se forme dans la nature, les fleurs que l’on me montre (…) ne semblent pas de vraies fleurs. Le côté de Méséglise, avec ses lilas, ses aubépines, ses bleuets, ses coquelicots, le côté de Guermantes, avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure du pays où j’aimerais vivre» dit-il. Il aimait aussi les lilas  qui lui rappelaient son enfance : «quand les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et chacun boude l’orage, c’est aux côté de Méséglise que je dois rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles et persistants lilas» dit-il.  La nature c’est «le trésor caché, la beauté profonde» dit-il.
 
 
II – La Recherche du temps perdu, une géographie de l’enfance,
du «Paradis perdu»
La Recherche est une géographie de l’enfance, un édifice immense du souvenir «Le paradis perdu» de Marcel, c’est les vacances à Illiers (Combray) une petite ville à 25 km de Chartres, entre la Beauce et le Perche, chez Jules et Elisabeth AMIOT, oncle et tante paternelle du futur écrivain.  C’est une maison avec un petit jardin, un enclos, sur les bords de la Loire, avec ses aubépines, symboles de la beauté spontanée. L'enfant y passait ses vacances, entre six et neuf ans, et il dut y renoncer à cause de ses crises d'asthme, au cours d’une promenade au Bois de Boulogne ; ce qui le força, par la suite à fréquenter l’hôtel des Rochers noirs à Trouville et le Grand hôtel à Cabourg. A Combray, Marcel PROUST aimait lire dans un coin tranquille du jardin, «Et j’aurais vouloir m’assoir là et rester toute la journée à lire en écoutant les clochers»  et il évoque de «beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidé par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventure et d’aspirations étranges». Marcel PROUST aimait les promenades avec sa famille, avec deux côtés opposés : le côté de Méséglise-la-Vineuse et le côté des Guermantes. Ces deux côtés opposés deviennent dans la Recherche du temps perdu, les symboles de deux classes sociales diamétralement opposées, incompatibles, mais qui finiront par se rencontrer et s’unir à travers Mademoiselle Saint-Loup.
A Combray, Marcel PROUST observe la nature, les fleurs, les églises et les personnes qu’il rencontre, mais c’est la madeleine cristallise sa théorie de la mémoire. Enfant, sa tante, Madeleine AMIOT, donnait à Marcel de petites madeleines trempées dans du thé. Adulte, il se rend compte que le fait de manger à nouveau une madeleine fait resurgir le contexte de son enfance. La madeleine est le symbole de ce passé qui surgit de manière involontaire. En effet, certains objets ou odeurs appellent les souvenirs. «Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir» dit-il «Du côté de chez Swann». Cette théorie affirme plutôt que le passé peut redevenir présent. Tous ces aspects se combinent et se lient inextricablement dans le héros qui représente l'auteur lui-même.
Marcel PROUST rejette le concept de «mémoire volontaire» qui ne lui aurait pas permis de songer à ce Combray de son enfance : «la mémoire volontaire, la mémoire de l’intelligence, et comme les renseignements qu’elle donne sur le passé ne conserve rien de lui». En revanche, dans sa Recherche du temps perdu,  la mémoire affective a une vertu éternisante dans le goût de la madeleine, le tintement de cuiller, la sonnette empesée, les cloches de Martinville, les pavés inégaux d l’hôtel des Guermantes. Pour PROUST, la réalité ne se forme que dans la mémoire accidentelle. «Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelques êtres inférieurs, dans une bête, dans un végétal, une chose inanimée, perdues, en effet, pour nous jusqu’à ce jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors, elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous». C’est en ce sens que la madeleine actuelle renvoie à la mémoire ancienne : «A l’instant où la gorgée (de thé) mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était en moi, elle était moi. D’où avait me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle la dépassait infiniment, ne devait être de la même nature J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent et mortel» dit PROUST qui cultive le sentiment d’éternité, se sent affranchi du temps. «Quand d’un passé ancien il ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, la cathédrale du souvenir» écrit PROUST.
III - La Recherche du temps perdu, une ambition littéraire longtemps contrariée
La Recherche du temps perdu, c’est avant tout, l’histoire d’une ambition littéraire chez Marcel PROUST pour qui, les notions traditionnelles du «Bien» et du «Mal» n’ont guère de sens ; le seul vice qui soit un vice, c’est la paresse, le temps perdu, le temps de remettre au lendemain l’effort créateur. Cet examen de conscience, cette révision des valeurs, est l’acte révélateur de sa vocation littéraire. En effet, suivant Jean-François REVEL, «le temps perdu est d’abord le temps simplement passé, les événements que l’on n’a pas vraiment sentis en les vivant et que la mémoire reconstitue ou plutôt constitue dans leur réalité profonde et intégrale, mais aussi le temps perdu à ne rien faire, à ne pas écrire, à ne pas porter en soi une vocation d’écrivain, sans parvenir à la réaliser ou à l’oublier». En effet, la Recherche du temps perdu est un récit d’apprentissage, puisque Marcel PROUST raconte la vocation littéraire de son narrateur. Cependant, cet apprentissage du héros proustien s’effectue d’une curieuse manière : sa formation d’homme de lettres passe davantage par les déceptions que par les succès. Les déceptions sont partout dans la Recherche1, elles en sont le leitmotiv, elles en tissent le fil rouge. La seule réelle réussite, la ou le succès du héros sera irréversible, est au «Temps retrouvé», lors du passage du «Bal de têtes», tout juste après «L’adoration perpétuelle». A la fin du roman, le narrateur comprend enfin la nature de sa vocation. Il sait maintenant quoi écrire et, surtout, comment l’écrire. Son «salut» ne passera ni par le souvenir, ni par le monde, ni par l’amour, ni par le voyage, mais bien par la littérature. Et encore, par une nouvelle forme de littérature, une autre façon d’écrire.
Cependant, le cénacle littéraire ne voyait en Marcel PROUS qu’un mondain futile, un enfant oisif et enfant gâté et un prince des conversations oiseuses, un frivole et un vaniteux.  Dans son ambition littéraire : «La Recherche tout entière n’est qu’une chasse aux Dieux qui peuplent encore les temps modernes : chasse semée de déceptions, d’illusions, de duperies, de fausses routes, mais couronnée, malgré tout par une victoire paradoxale» dit Pietro CITATI.
La Recherche du temps perdu est l’histoire des mœurs à travers ses personnages de la Belle époque, de la haute aristocratie et ses décadences. Plus de quatorze années d'écriture, trois mille pages, quelque deux cents personnages, dans la Recherche du temps perdu, les personnages ont une double existence, leur existence réelle et celle qu’ils ont dans l’esprit de PROUST, avec un subjectivisme et une nébuleuse poétique. «Si l’on y regarde de près, les personnages, étonnamment divers de Proust, en sont pas décomposés, ils sont construits, inventés, composés par l’intérieur» dit Louis MARTIN-CHAUFFIER. En effet, Marcel PROUST en historien des mœurs est un redoutable observateur de la société de son temps. «On n’écrit bien que ce qu’on n’a pas vécu», dit Rémy de GOURMONT (1858-1915) ; ce qui n'est guère qu'un paradoxe, PROUST s'écria : «Cela, c'est toute mon œuvre !». Or, la Recherche est avant tout une sorte d'œuvre de mémorialiste. S'il n'a pas vécu, au sens exact du mot les aventures qu'il raconte, les circonstances qu'il dépeint, il les a apprises sur le compte de tiers, il a fait ses personnages avec des gens qu'il a connus, observés, fréquentés. Il y a dans son œuvre ses souvenirs d'enfance et ses souvenirs du milieu dans lequel il a vécu. Le titre de son œuvre lui-même est significatif : A la recherche du temps perdu  Les personnages qu’il dépeint sont souvent composite ; il a juxtaposé et fondu les traits essentiels de plusieurs personnes qu’il a connues
Ainsi, nous faisons connaissance des Verdurin, riches bourgeois, snob littéraires et aristocratiques, par opposition au snobisme des Guermantes. Le prince de POLIGNAC, fils du ministère réactionnaire de Charles X est le prototype du duc de Guermantes. Dans la Recherche, celui des Guermantes est le nom le plus chargé d’assonances, de souvenirs de suggestions. Laure de SADE qui a épousé le Comte de CHEVIGNE, gentilhomme d’honneur prétend au trône ; Laure incarne le personnage d’Oriane de Guermantes, dans son nez busqué, ses lèvres minces, yeux perçants, sa peau trop fine et sa race issue d’une «déesse et d’un oiseau». Dans la Recherche du temps perdu, on y rencontre, Bergotte qui évoque le pouvoir magique des mots. Bergotte, un mélange de clairvoyance et de double vie, a choisi de vivre au milieu des sots et de pervers, pense que seule la douleur est féconde. Bergotte ce sont des traits empruntés à Anatole France et Ernest RENAN. La maladie et la mort de Bergotte ressemblent aux souffrances de Marcel PROUST. M. VINTEUIL, une synthèse de César FRANK et de VERMEER, est un amoureux de la musique. La littérature n’est plus un dialogue vers la réalité, mais un effort vers la musique, un effort vers la vraie vie inventée ou rêvée. Le personnage d’Eltsir, passionné de la peinture, un adepte de la religion de la beauté, est inspiré de Renoir, Monet et Manet. L’inspiration de l’artiste consiste à pénétrer au plus intérieur de soi, patrie véritable qui donne la joie. Posséder le sens artistique, c’est aussi la «soumission à la réalité intérieure, la seule qui compte» dit PROUST. Le personnage de Palmède Charlus, est un inverti, un aristocrate qui croit aux vertus de ses privilèges ; entêté de sa noblesse ancienne et authentique, il attaché trop de prix aux vanités sociales. Les exclusives hautaines, son intransigeance en matière de noblesse, ressemblent davantage à un délire de fou qu’au snobisme, sauf pour les jeunes gens. Il tombe d’un excès à l’autre. Le personnage de SAINT-LOUP est dû à ses trois amis issus de la noblesse, le prince Antoine BIBESCO, le marquis d’Albuféra et Bertrand de FENELON. Le personnage de NORPOIS, rempli de son importance, est une description de Gabriel HANOTEAU, un diplomate ami du père de PROUST. La marquise de VILLEPARISIS a déjà entrevu Chateaubriand, Balzac, Hugo et Vigny. Le personnage d’Odette de CRECY ressemble bien à Laure HAYMAN rencontrée en 1891. Laure HAYMAN, la femme en rose, courtisane célèbre, était la fille d’un ingénieur anglais, et allait être aimée du duc d’Orléans, du roi de Grèce, et inspirer divers artistes dont PROUST qui évoque l’amour de Swann pour une cocotte.
IV - Pourquoi il faut lire ou relire Marcel PROUST ?
Admettons que l’œuvre de PROUST renferme quelques passages arides et même parfois ennuyeux. Même si c’est une œuvre difficile et exigeante, pour le lecteur du XXIème siècle, elle procure une grande culture générale et des connaissances sur l’histoire, l’art, la musique, la littérature et la philosophie. «Déconcertés au premier instant, intrigués, retenus ensuite, nous ne tardions pas à nous laisser gagner par une attirance mystérieuse» dit Robert-Ernest CURIUS. La puissance créatrice de Marcel PROUST offre un magnétisme d’autant plus admirable qu’est l’expression de la plus riche culture littéraire et intellectuelle qui brasse la psychologie, la poésie, la science, l’observation et l’émotion. Instigateur du cœur humain, la Recherche du temps perdu, teintée d’impressionnisme. Si on est subjugué par l’étendue et la puissance de son intelligence, de sa fantaisie, de sa sensibilité, de sa faculté d’introspection, on est également conquis par la variété la richesse des thèmes qu’il a développés : «Marcel Proust est le premier écrivain qui a fait de la mémoire le fondement, le sujet et le centre d’une grande œuvre. (…). Toute son œuvre est une conservation ou une poursuite du passé et met d’abord en oeuvres la mémoire, l’instrument à conquérir le passé», dit Jacques RIVIERE. Peintre de l’amour, «son travail essentiel a consisté à dissocier, à diviser, dans ses éléments primordiaux, chacune des émotions qui nous frappent» écrit Edmond JALOUX.
Paris, le 10 juillet 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Marcel PROUST (10 juillet 1871-18 novembre 1922), le 150ème anniversaire de sa naissance et sa Recherche du temps perdu», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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9 juillet 2021 5 09 /07 /juillet /2021 23:37
«M. Edgar MORIN, un centenaire humaniste, théoricien de la pensée complexe et adepte du cosmopolitisme, faisant honneur à la France républicaine» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Directeur de recherches émérite au CNRS, M. Edgar MORIN, de son vrai nom Edgar NAHOUM, de parents immigrés Juifs originaires laïcisés de Salonique (Grèce), est né le 8 juillet 1921 à Paris. Aussi, ce centenaire à l'esprit neuf et vif, nous lui souhaitons tous bon anniversaire ! Le prénom, «Edgar», il le tient d’Edgar QUINNET (1803-1875), un historien, dont son père était un grand admirateur. En effet, son père, Vidal NAHOUM (1894-1984), installé en France depuis 1918, gérait un commerce de bonneterie en gros dans le quartier parisien du Sentier et avait acquis une certaine aisance économique. Son grand-père venait de Toscane et parlait italien, sa langue maternelle était l’espagnol du XVème siècle, mais, tout jeune, il sut s’exprimer en français et en allemand. Le 26 juin 1931, le jeune Edgar perd sa mère, Luna BERESSI (1897-1931), de souche italienne, morte d’une crise cardiaque, alors qu’il n’avait que 10 ans, un événement traumatisant, une tragédie, assimilable à Hiroshima, qui l’a fait devenir ce qu’il est. «J'ai tellement incorporé la mort de ma mère, je sais tellement bien que si ma mère n'était pas morte, je serais  autre. Je ne peux pas dire qui je serais mais je ne serais pas qui je suis. J'ai l'impression que la mort de ma mère fait partie de moi, que je n'arrive pas à me concevoir ce que j'aurais été si ma mère était vivante. D'un côté je la regrette infiniment et d'un autre côté je peux me dire : je ne peux pas regretter d'être ce que je suis» dit-il. Le jeune Edgar grandit à Montmartre, à Paris XVIIIème, et y rencontre notamment Henri ALLEG (1921-2013), journaliste et membre du P.C.F. Edgar MORIN s’abreuve de lectures de philosophes et s’initie au marxisme. «Ce qui m’a sauvé, je crois, c’est que je lisais sans arrêt, et j’allais au cinéma, dès que je le pouvais. Je m’évadais dans la culture» dit-il. Edgar MORIN a retenu du philosophe allemand, Georg W. F. HEGEL (1770-1831), le concept de contradiction, moteur de la pensée et du réel ; chaque chose devant passer dans son «autre» pour se réaliser, selon un mouvement dialectique qui veut que la synthèse soit le produit du dépassement de la thèse et de l'antithèse. «Toute chose est en soi-même contradictoire» disait HEGEL. Dans sa théorie de la pensée complexe, Edgar MORIN est un disciple de Blaise PASCAL (1623-1662), pour qui : «Je tiens pour impossible de connaitre le tout si je ne connais les parties, et de ne connaitre les parties si je ne connais le tout». 
A la Sorbonne, Edgar étudie les sciences politiques, la philosophie, le droit, l’économie et l’histoire. Ses professeurs sont notamment, Gaston BACHELARD (1884-1962), un philosophe et Georges LEFEBRE (1874-1959), un historien. En 1940, Edgar s’installe à Toulouse, pour y poursuivre ses études, avec notamment Vladimir JANKELEVITCH (1903-1985), un philosophe et musicologue, et Clara MALRAUX (1897-1982) écrivaine. C’est pendant cette période, qu’il fait la connaissance de Violette CHAPELLAUBEAU (1917-2003), qui lui donnera deux filles : Irène et Véronique. En 1938, après une lutte aux côtés des républicains espagnoles, en septembre 1942, Edgar s’engage dans la Résistance, sous l’égide des «Forces Unies de la Jeunesse Patriotique», et prend le pseudonyme de «MORIN», qu’il conservera. Il collabore avec Julien BENDA (1867-1956), un philosophe, qu’il assiste dans ses recherches d’historien. Résistant, il se déplace notamment à Lyon et Besançon ; il fait la connaissance de nombreux intellectuels dont Marguerite DURAS (1914-1996), une écrivaine, et Georges SEMPRUN (1923-2011), écrivain, scénariste et homme politique. En mai 1943, il adhère au Parti communiste français, dont il sera exclu en 1951. De cette expérience au Parti communiste, il en tire un ouvrage, «Autocritique» et estime que l’Appareil pouvait transformer un brave en lâche, un héros en monstre, un martyr en bourreau. Il milite pour l’anticolonialisme, lors de la guerre d’Algérie, et débute ses travaux en sociologie. Il se rapprochera de François MITTERRAND (1916-1996). Son influence sur la Deuxième gauche, dont Michel ROCARD (1930-2016) a été le chef de file, est décisive «Le passé proche m’a convaincu que le danger principal pour la droite était son arrogance technologique, sa frénésie accumulatrice, sa difficulté à limiter le retournement des vices privés en vertus économiques. Mais pour la gauche n’est pas moins dangereux un moralisme auto-complaisant, parfois hypocrite, qui consiste à prendre et accroître le pouvoir sous prétexte de l’abolir ou de l’humaniser, et peut devenir parfois un moralisme hostile à tout adversaire. Comme ces passions n’ont pas été liquidées, elles continuent d’être agissantes» écrit-il dans «Autocritique». C’est quoi, donc pour lui, être de gauche ?
La Gauche, un terme complexe, occultant des différences, est constituée d’oppositions, de conflits, de concurrences et d’antagonismes. Globalement, la Gauche, dans sa diversité, reste une puissante aspiration à un monde meilleur, l'émancipation des opprimés, exploités, humiliés, offensés, l'universalité des droits de l'homme et de la femme : «A mes yeux, c’est se ressourcer dans une multiple racine : libertaire (épanouir l’individu), socialiste (amélioration de la société), communiste (communauté et fraternité), et désormais écologique afin de nouer une relation nouvelle à la nature» dit Edgar MORIN.
«Qui suis-je ?» s’interroge Edgar MORIN «Je suis un être humain. C’est mon substantif. Mais j’ai plusieurs adjectifs, d’importance variable selon les circonstances ; je suis français d’origine juive sépharade, partiellement italien et espagnol, amplement méditerranéen, européen, citoyen du monde, enfant de la Terre-Patrie» écrit-il dans «Leçons d’un siècle de vie». Edgar MORIN se définit comme un «judéo-gentil et laïque, c’est-à-dire métissé et universaliste». Par conséquent, il m'arrive parfois de m'insurger, violemment, contre les gens aux idées courtes ; ils ne sont pas nombreux mais font beaucoup de bruit, et démobilisent les gens de bien, pourtant nombreux, mais réduits au silence. «Ce qui m’effraie ce n’est pas l’oppression des méchants, mais l’indifférence des bons»  disait Martin Luther KING (1929-1968). Ceux qui luttent pour un bien-vivre ensemble, sont aussitôt qualifiés «d’islamo-gauchistes» et doivent se justifier devant l’opinion publique pour leur défense de la paix et des valeurs républicaines. Juif laïque, Edgar MORIN est fortement engagé pour le bien-vivre ensemble «Ma conscience juive se diluait dans ma recherche d’une conscience politique humaniste qui cherchait une voie dans la crise de la démocratie, l’antifascisme et l’anti-stalinisme. Je n’ai jamais contesté le droit à l’existence d’un Etat israélien, et j’ai toujours eu conscience des périls historiques. J’ai, en revanche, critiqué l’action répressive de l’armée ou de la police israéliennes, sur les Palestiniens, et j’ai reconnu le droit de ces derniers à un Etat national» écrit-il. Cette position équilibrée, témoigne de la grandeur de cet homme. En effet, entre Israéliens et Palestiniens, c’est avec ses ennemis qu’on fait la paix. Par ailleurs, les extrémistes doivent se rendre compte que les Allemands ont fini par réaliser, à la fin de la Seconde guerre mondiale, que le vrai ennemi de leur peuple, ce n’était pas les autres, mais le fascisme. Donald TRUMP, dans ses slogans fumeux et complotistes, a été démasqué et congédié. «Je demande aux jeunes de lutter contre toutes les forces de haine ou de mépris» dit Edgar MORIN.
Humble, grand humaniste, cosmopolite et universaliste, Edgar MORIN est un ardent défenseur des causes justes. Pour lui, le monde est une communauté de destin où nous sommes liés les uns aux autres. Curieux des uns des autres, Edgar MORIN est un admirateur du philosophe, Michel Eyquem de MONTAIGNE (1533-1592), pour qui «Je reconnais en tout homme mon compatriote  ; On appelle barbares les peuples d’autres civilisations» écrit-il dans ses «essais». Dans son universalisme, Edgar MORIN considère que tous les hommes sont égaux. Il est un disciple de Fiodor DOSTOIEVSKI (1821-1881) par l’attention portés, dans ses écrits, aux humiliés, aux offensés, aux laissés pour compte, bref à tous les invisibles : «Surtout, je vous le dit «rabaissez votre orgueil !» dit l’écrivain russe dans ses «frères Karamazov», préférant les souffrances élevées au bonheur facile. Aussi je ne cache pas ma joie, en ce 8 juillet 2021 de redire, haut et très fort, que Edgar MORIN incarne bien cette réelle France, la républicaine. Les autres, ce sont des menteurs et des usurpateurs. Or le mensonge ne peut durablement triompher. Penseur du cosmopolitisme, de la défense de l’humain, Edgar MORIN indique, sans relâche, que la seule «voie», qui vaille, est celle du Bien souverain contre le Chaos. Humaniste lucide, Edgar MORIN dénonce la «folie de l'hubris ou démesure, celle des ambitions insatiables et sans terme comme la chimérique maîtrise de la Terre. bien des protestations, colères et révoltes populaires, comme le mouvement des 'Gilets jaunes', comportent chez leurs participants, pas uniquement certes, mais incontestablement, le besoin d'être reconnus dans leur pleine qualité humaine, ce qu'on appelle dignité. Je vois actuellement des dérives intellectuelles étonnantes» écrit-il. Edgar MORIN se bat pour un humanisme regénéré : «Nous sommes liés à une communauté de destin. Nous sommes tous humains semblables et différents, ce n’est pas seulement vouloir échapper aux catastrophes, et aspirer à un monde meilleur» écrit-il.
Animé par une grande curiosité, un esprit critique et de transmission, Edgar MORIN est habité par un esprit irrésistible de résister au conformisme. Ni philosophe, ni sociologue, ni anthropologue, Edgar MORIN est tout cela en même temps. «Autodidacte par complexion, c’est-à-dire ne me laissant pas trop intimider par les décrets d’École et la majesté des Autorités spirituelles, je ne pouvais m’empêcher de considérer le nœud gordien que l’anthropologie officielle pensait avoir superbement tranché» écrit Edgar MORIN dans «le paradigme perdu : la nature humaine». Edgar MORIN est un penseur prolixe, passionné par tous les savoirs, toutes les disciplines, fuyant la compartimentation réductrice de la connaissance de l’être humain. L’œuvre d’Edgar MORIN est immense protéiforme et, touche à de nombreuses disciplines. «Je n’aime pas être enfermé dans une étiquette de sociologue. Tout ce que j’écris a une dimension sociologique, mais ne s’y réduit pas» écrit-il. Tout est désormais interdépendant, mais tout est en même temps séparé. L’unification techno-économique du globe s’accompagne de conflits ethniques, religieux, politiques, de convulsions économiques, de la dégradation de la biosphère, de la crise des civilisations traditionnelles mais aussi de la modernité. Une multiplicité de crises sont ainsi enchevêtrées dans la grande crise de l'humanité, qui n'arrive pas à devenir l'humanité. Dans son humanisme, il nous invite à une «voie», dans la lucidité et vigilance. «De même que j’ai voulu rappeler que toute connaissance humaine émerge sans cesse du monde de la vie, au sens biologique du terme, je tiens à rappeler ici que toute connaissance philosophique, scientifique ou poétique émerge du monde de la vie culturelle ordinaire» écrit Edgar MORIN. Doté d’un altruisme et d’une altérité exceptionnelle, Edgar MORIN appelle chacun, à lutter contre le repli identitaire : «Vous connaissez la pièce d’Ionesco «Le Rhinocéros», où des humains se transforment les uns après les autres en rhinocéros. Que chacun essaie de ne pas devenir un rhinocéros ! La solution cosmopolitique d’une confédération mondiale est souhaitable, techniquement possible, mais actuellement impossible. Il faudrait au préalable une conscience assez forte d’une communauté de destin de tous les humains» dit-il. Dans son pessimisme ensoleillé, Edgar MORIN estime que l’objectif à poursuivre est celui de l’Harmonie, le Bonheur «Si un être humain est capable du meilleur comme du pire, le propre de l'Homme est de toujours espérer le meilleur et d'éloigner le pire».
Edgar MORIN a toujours combattu les certitudes tranquilles, manichéennes ou binaires ; il est en permanence dans le doute, l’interrogation et la réflexion sur les grands problèmes de la vie : «Connaître et penser, ce n’est pas arriver à une vérité absolument certaine, c’est dialoguer dans l’incertitude» dit-il. En effet, Edgar MORIN est un philosophe de la complexité ; penser global, c'est penser complexe, c'est toujours considérer le tout et la partie, c'est penser l'incertitude, c'est éviter la rationalité fermée, la dogmatisation, la croyance en une vérité totale. Qu’est-ce qu’un être humain ? s’interroge Edgar MORIN, dans sa théorie de la pensée complexe : «Puis, j'ai perçu que la connaissance de l'humain nécessitait un rassemblement, une association et une articulation de savoirs dispersés et compartimentés dans des disciplines closes. Puis j'ai compris que, pour effectuer cette association et articulation, il fallait modifier notre mode de "connaître" et notre mode de pensée. Puis, j'ai compris que cette modification nécessitait un paradigme prescrivant distinction et conjonction, au lieu du paradigme dominant imposant disjonction et réduction. Seul ce mode de "connaître" et de penser permettrait d'affronter les complexités de notre monde en interaction et transformation, multiples et incessantes» dit-il. Edgar MORIN propose la «Méthode», soit accepter de ne pas avoir toutes les réponses, mais en se posant les bonnes questions.
Par conséquent, la pensée complexe, ce n’est pas la théorie fumeuse que voulait avancer le président MACRON. En effet, Jupiter, au sommet de sa gloire, snobait les journalistes et prétendait que sa «pensée complexe se prêtait mal au jeu des questions réponses avec des journalistes». Suivant Edgar MORIN la complexité est un défi : «Le défi de la globalité est en même temps un défi de complexité. En effet, il y a complexité lorsque sont inséparables les composants différents constituant un tout (comme l’économique, le politique, le sociologique, le psychologique, l’affectif, le mythologique) et qu’il y a tissu interdépendant, interactif et inter-rétroactif entre les parties et le tout, le tout et les parties. Or les développements propres à notre siècle et à notre ère planétaire nous affrontent de plus en plus souvent et de plus en plus inéluctablement aux défis de la complexité». En effet, la femme, l’entreprise, le football, la France, l’Europe, les pays de l’est, les pays arabes, le monde sont, pour Edgar MORIN, complexes. Edgar MORIN a ainsi réussi à amener la gauche à jeter Marx et ses analyses tranchées aux poubelles de l’Histoire. La pensée d'Edgar MORIN est inclassable. Ni science ni philosophie, enjambant la science et la philosophie, les sciences humaines et les sciences naturelles, sa pensée échappe aux classements disciplinaires et aux modes de connaissance compartimentée. Edgar MORIN a abordé des disciplines aussi différentes que la biologie, la sociologie, l'anthropologie, la philosophie et l'épistémologie des sciences.
Docteur honoris causa de 34 universités, Edgar MORIN a une vie longue et riche, en voyages, en rencontres et où l’amitié et l’amour occupent une place centrale ; et il en fait le point dans son livre «leçons d’un siècle de vie». Loin de donner des leçons aux autres, Edgar MORIN tire le bilan d’un parcours hors norme. «Une des grandes leçons de ma vie est de cesser de croire en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur», écrit-il dans son dernier ouvrage, «Leçons d'un siècle de vie» écrit-il. Edgar MORIN a vécu la Seconde guerre mondiale, mais aussi la pandémie du Covid-19 : «Il y a eu des épidémies mondiales jamais un confinement mondial. Il y a eu des ébranlements sociaux provoqués par des épidémies, jamais un bouleversement mondial. J’étais de ceux qui pensaient que la course folle dans laquelle est emportée l’humanité apporterait des catastrophes, mais pas celle-là» dit-il. Edgar MORIN croit, de façon mesurée, à un nouveau monde, fondé sur la protection de la nature : «Je crois qu’un nouveau monde serait possible mais il est encore improbable. Les forces du statu quo sont énormes. Le vide de la pensée politique est énorme. Une pensée compartimentée et qui réduit tout au calcul est partout aux commandes. Le profit déchaîné détruit toute régulation» dit-il. Edgar MORIN croit au volontarisme «L’imprévu peut arriver, en bien ou en mal. Et moi, je compte donc sur l’improbable. L’Histoire n’est jamais écrite d’avance» dit-il.
Références
1 – Contributions d’Edgar MORIN
MORIN (Edgar), «Edgar Morin, contrebandier d’une pensée complexe», propos recueillis Nicole Mathieu, Natures, Sciences, Sociétés, 1996, vol 4, n°3, pages 250-257 ;
MORIN (Edgar), «Les deux humanismes», Le Monde diplomatique, octobre 2015, pages I-III ;
MORIN (Edgar), «La Gauche au XXème, au XXIème siècle. Pour une double autocritique, idéologique et écologique», dialogue avec Gil Delannoi, Seuil, Communication, 2008, vol 1, n°82, pages 171-188 ;
MORIN (Edgar), Autocritique, Paris, Seuil, 2012, 328 pages ;
MORIN (Edgar), Introduction à la pensée complexe, Paris, Seuil, 2014, 160 pages ;
MORIN (Edgar), L’année zéro de l’Allemagne, avant-propos Bernard Groethuysen, Paris, éditions de la Cité universelle, 1949, 260 pages ;
MORIN (Edgar), L’aventure de la méthode, suivi de Pour une rationalité ouverte, Paris, Seuil, 2015, 161 pages ;
MORIN (Edgar), La complexité humaine, textes présentés par Heinz Weinmann, Paris, Flammarion, 1994, 380 pages ;
MORIN (Edgar), La voie pour l’avenir de l’humanité, Paris, Fayard, 2011, 320 pages ;
MORIN (Edgar), Le paradigme perdu : la nature humaine, Paris, Seuil, 1973, 256 pages ;
MORIN (Edgar), Leçons d’un siècle de vie, Paris, Denoël, 2021, 160 pages ;
MORIN (Edgar), Ma gauche, Paris, Les Pérégrines, 2010, 275  pages ;
MORIN (Edgar), Mes démons, Paris, Stock, 1994, 340 pages ;
MORIN (Edgar), Penser global, Paris, Robert Laffont, 2015, 180 pages ;
MORIN (Edgar), Science avec conscience, Paris, Seuil, 2017, 320 pages ;
MORIN (Edgar), Vidal et les siens, Paris Seuil, 2019, 512 pages.
2 – Critiques d’Edgar MORIN
AIT ABDELMALIK (Ali), Edgar Morin : sociologue de la complexité, Rennes, éditions Apogée, 158 pages ;
DEMORGON (Jacques), Déjouer l’humain avec Edgar Morin, Paris, Economica, Anthropos, 2010,  137 pages ;
DORTIER (Jean-François), Edgar Morin : l’aventure d’une pensée, thèse sous la direction de Louisa Yousfi, Auxerre, éditions sciences humaines, 2019, 191 pages ;
FAGES (Jean-Baptiste), Comprendre Edgar Morin, Paris, Privat, 1980, 240 pages ;
FORTIN (Robin), Comprendre la complexité : introduction à la méthode d’Edgar Morin, préface d’Edgar Morin, Sainte-Foy (Québec), Presses de l’université de Laval, Paris, l’Harmattan, 2000, 206 pages ;
FORTIN (Robin), Penser avec Edgar Morin, Sainte-Foy (Québec), Université de Laval, 2020, 246 pages ;
JACOB (Jean), Edgar Morin : la fabrique d’une pensée et ses réseaux influents, Paris, Golias, 2011, 299 pages ;
LEMIEUX (Emmanuel), Edgar Morin, l’indiscipliné, Paris, Seuil, 2009, 576 pages ;
ROGGERO (Pascal), «Pour une sociologie d’après la méthode», Seuil, Communication, 2008, vol 1, n°82, pages 143-159.
Paris, le 8 juillet 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«M. Edgar MORIN, un centenaire humaniste, théoricien de la pensée complexe et adepte du cosmopolitisme, faisant honneur à la France républicaine» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 12:22
«William FAULKNER, Prix Nobel de littérature : Le Sud, les questions raciales, de l’esclavage et de la ségrégation» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
William FAULKNER, Prix Nobel de littérature en 1949, pour «sa puissante et indépendante contribution artistique», issu d’une classe moyenne déclassée s’identifiant à la haute société, a sublimé un ordre ancien : le Sud ségrégationniste antebellum vaincu, mais nostalgique d’un passé révolu. «Nous qui sommes nés dans le Mississippi, qui y avons vécu simplement parce nous aimions le Mississippi, ses mœurs et ses coutumes, son sol et ses gens ; nous qui, pour cet amour, nous avons été prêts pour défendre nos mœurs et coutumes contre les étrangers dont nous pensions qu’ils ne nous comprenaient pas, nous devions craindre d’avoir eu tort» dit William FAULKNER. Issu d’une vieille famille de propriétaires terriens ruinée par la Guerre de Sécession, la contribution littéraire de William FAULKNER, avec une puissance et une netteté de ses récits, décrit un Sud conservateur, aristocratique et agricole, ainsi qu’une rancune à l’égard du Nord du melting-pot vainqueur, plus libéral et plus tolérant à l’égard des Noirs. Homme enraciné dans un Sud rural, sécessionniste vaincu, la persistance de l’échec et du châtiment domine sa contribution littéraire. En effet, William FAULKNER «est confronté à la contrition du Sud, résultat historique de l’esclavage, mais avec un sentiment de remords, avec lequel un Sudiste des temps modernes ne peut échapper, puisqu’il partage encore le racisme de sa région, et participe à la ségrégation et à l’exploitation de la race noire» écrit Gwendolyne CHABRIER. Les écrits de William FAULKNER témoignent, avant tout, d’une merveilleuse langue inspirée du dialecte des Noirs, aussi belle que spectrale, gothique, biblique et sensuelle à souhait. En effet, la création littéraire de FAULKNER est majestueuse, absconde et déroutante, mais d’une très haute valeur esthétique, tout aussi géniale que démoniaque. En effet, les personnages de William FAULKNER ont «une qualité et une vérité humaines qui nous touchent plus profondément que l’exotisme de leur milieu» écrit Valérie LARBAUD, dans la préface de «Tandis que j’agonise».
Dans les romans de William FAULKNER, le puritanisme, la fatalité et l’impuissance de l’esclave sont des données constantes. Le Sud, c’est un «monde inégal, puissant, sauvagement personnel, non sans vulgarité parfois. Monde où l’homme n’existe qu’écrasé. Il y a un Destin dressé, derrières tous ces êtres différents et semblables. Une obsession intense broie en les heurtant ses personnages, sans qu’aucun d’eux ne l’apaise. La fascination, la plus profonde, celle de l’artiste, tire sa force de ce qu’elle est à la fois l’horreur, et la possibilité de la concevoir» écrit André MALRAUX (1901-1976), dans la préface de «Sanctuaire». L’univers de FAULKNER, trop souvent vicieux, dépravé, décadent, corrompu, et surtout violent, est empreint d’une vision déformée de la réalité, l’homme étant souvent en conflit avec lui-même et son époque. «William Faulkner est un créateur de mythes, non un romancier naturaliste. Il ne retient des éléments du réel que ceux qui entrent dans la construction de ce fantastique monument de tristesse et d’horreur. Le monde de Faulkner est un monde sans rédemption, une tragédie-comédie de la mort et de l’échec, gouverné, le plus souvent par des ratés haineux et des fous sadiques. Le complexe du viol et de la castration qui tient une si grande place» écrit Marcel BRION. William FAULKNER, dans ses romans, relate les médiocrités quotidiennes, les exactions, les malédictions, la fatalité, les tares biologiques ou sociales, l’idiotie, le puritanisme et de monstrueuses violences, comme la castration, le viol, l’inceste, le racisme, l’esclavage et le lynchage, mais aussi les beuveries des chasseurs, ainsi que leur extraordinaire misogynie.
Dans le Sud, les femmes blanches, soumises et craintives, partagent le sort des Noirs, tentatrices et procréatrices, mais faisant partie du décor, elles sont absentes des lieux de décision et de cogitation. «Aucune des femmes, noires ou blanches, ne se plaint, même au paroxysme de la plainte et du désespoir. Dans ce malheur généralisé, le malheur est leur lot» écrit Edouard GLISSANT (1928-2011). Ainsi, le personnage de Miss Burden, dans «Lumière d’août», incarne une femme lascive, nymphomane dotée d’un instinct de dissimulation et d’une folie destructrice pour concevoir, de façon diabolique, le Mal. «Là où la femme blanche est souvent désemparée, sotte et futile, la femme noire prend le relais ; elle est la mère et la nourrice, le refuge et la continuité» écrit Jeanne BRUNSCHWIG dans «William FAULKNER et ses Noirs».
La grandeur de William FAULKNER réside «non seulement dans sa capacité à transformer des images sombres et tragiques en images de la sensibilité et du désir, mais aussi dans sa capacité à faire que la mortifiante insatisfaction serve les objectifs de la vie» écrit David MINTER, un de ses biographes. Le Sud ségrégationniste, jusqu’en 1962, est resté marqué par l’obsession de la goutte de sang noir, et donc l’interdiction absolue du croisement des races; l’infime et invisible goutte de sang noir pourrait tout contaminer et conduire à la malédiction. Ainsi, dans le Mississippi, toute alliance entre un individu blanc et une personne, ayant au moins un huitième de sang noir, est considérée comme nulle. «Dans le vécu, Faulkner prendra inlassablement le parti de ce Sud, avec ses préjugés, ses limites, ses non-dits. Dans l’œuvre, au contraire, il questionnera» écrit Edouard GLISSANT dans «Faulkner, Mississippi». Certains romans, comme «Les palmiers sauvages» ou «The Wild Palms» paru en 1929 sortent parfois de cet univers perverti et morbide. Ici, un homme sacrifie tout à l’amour et à la liberté, mais perd l’un et l’autre. Une évasion peut aboutir à un univers carcéral. Les «palmiers sauvages», dans ses thèmes sur l’amour, l’honneur, la pitié, l’orgueil, la compassion et le sacrifice, est une étude «des problèmes du cœur humain en conflit avec soi-même, seuls problèmes d’où l’on puisse tirer de belles œuvres parce que seuls ils méritent qu’on les prenne pour thèmes, qu’on peine et qu’on souffre pour eux» écrit Maurice-Edgar COINDREAU (1892-1990). Comme les autres romans de William FAULKNER, et c’est là une grande constante, les «Palmiers sauvages» est une œuvre énigmatique, hermétique et complexe, mais cela n’est jamais gratuit de sa part. 
William FAULKNER est né le 25 septembre 1897, à New Albany, dans l'État du Mississipi, un Etat agraire, féodal et raciste. «Je suis né de sexe mâle et célibataire à un âge très précoce dans le Mississippi, d'une esclave noire et d'un caïman qui se nommaient tous deux Gladys Rock. Plus tard, j'ai quitté le collège et j'ai commencé à travailler dans la banque de mon grand-père. J'ai goûté aux vertus médicinales de son alcool. Mon grand-père en rendit responsable le portier. Et c'est retombé sur le portier. Vint la guerre. J'aimais l'uniforme britannique. On me fit pilote de la Royal Air Force. On me radia. Cela coûta 84,30 dollars au gouvernement britannique. Le roi dit : «Bien joué !» Je retournai dans le Mississippi» écrit-il. Premier enfant de Maud BUTLER (1871-1960) et Murry FALKNER (1870-1932), en 1898, sa famille partit pour Ripley, pour s’installer en 1892 à Oxford. Son père, homme massif et actif, est introverti; il ordonne le silence pendant les repas et inscrit son fils en droit. Sa mère, Maud, préfère la lecture, la peinture et les offices religieux. «Je n'ai aucune instruction. Mon grand-père avait une bibliothèque moyenne. C'est là que j'ai reçu la plus grande part de ma première éducation. Et son goût allait aux choses franchement romantiques comme les romans de Walter Scott et de Dumas» avoue William FAULKNER.
Marié à Lida Estelle OLDHAM (1896-1972), en 1929, ils ont eu deux filles : Alabama, en référence au Sud, qui n’a vécu que quelques jours, et Jill née en 1954 qui a eu trois enfants. Sa famille, de souche écossaise, les FALKNER, ruinée par la guerre de Sécession, a pour héros, William Clark FALKNER (1825-1889), son grand-père, un colonel vindicatif accusé de deux meurtres, planteur, homme politique et de loi, soldat, et constructeur de chemins de fer; il a participé à la guerre de sécession, et finira par être assassiné dans un wagon du chemin de fer, dont il avait créé la ligne.
William FAULKNER, presque un self-made man, ajoute un «u» à son nom en 1918, passant de «FALKNER» à «FAULKNER», un acte d’émancipation littéraire. En effet, se disant «poète raté», William FAULKNER s’est rabattu sur les romans «J’ai souvent pensé que j’ai écrit des romans parce que je ne pouvais écrire des poèmes, que peut-être j’aurais voulu être un poète» dit-il. Les écrits de FAULKNER sont, dans une large mesure autobiographiques, une caisse de résonance de la discorde, de l’échec et de l’amertume au sein de sa famille, une classe moyenne et ses rêves inaccessibles. Le roman, «Les Sartois», s’inspire de l’histoire du grand-père, en l’enjolivant. William FAULKNER aime la chasse, les alcools forts, le sport et surtout la lecture. Comme la comédie humaine de Honoré de BALZAC (1799-1850), les romans de FAULKNER se déroulent dans un univers clos, celui d’un comté fictif du Sud de Yoknapatawpha, ressemblant au Mississippi, et une saga de grandes familles de Blancs, traversant parfois plusieurs romans, en vue de bâtir un domaine, une famille avec de nombreux serviteurs, comme au temps de l’esclavage. «La plupart des personnages de Faulkner ne sont pas des êtres seuls et isolés, mais des entreprises collectives, le produit et le processus de drames familiaux, sans lesquels l'acteur individuel est à peine compréhensible» écrit Donald M. KARTIGANER. Pour William FAULKNER, dans le monde patriarcal d’un Sud passéiste et en déclin, la famille est «l’institution dominante» écrit Gwendolyne CHABRIER dans sa «Saga de la famille sudiste». Les personnages de William FAULKNER «tentent de s’évader du présent pour se réfugier dans un passé idéalisé» ajoute Gwendolyne CHABRIER. En effet, William FAULKNER, issu d’une famille déclassée, est nostalgique d’un passé révolu où les «Nègres de la maison portaient le parasol et chassaient les mouches» écrit-il dans «Absalon ! Absalon !». Dans ces récits de FAULKNER, il y a les Compson, notamment dans «Bruit et fureur», les Stupen, dans «Absalon ! Absalon !» et les McCalin, dans «Absalon ! Absalon !». L’obsession d’une goutte de sang noir, en dépit du viol constant sur les femmes noires, et l’horreur du mélange, conduit à des crimes abominables. Pourtant, dans ces familles que décrit FAULKNER, la mixité et le métissage sont une réalité incontournable, Noirs et Blancs, dans ces grandes lignées blanches, se croisent et se mélangent, dans des liens parfois inextricables. Les Noirs, dans ces écrits, sont ravalés à une «masse d’ombres déroutantes» ; les personnages noirs sont réduits à des «consciences opaques, impénétrables, tout autant insignifiantes», écrit Edouard GLISSANT.
Enfant, William FAULKNER affectionne les contes de sa nourrice noire, Caroline BARR, dite Mamie Callie (1840-1940), au service de la famille à partir de 1902. Analphabète, Mamie Callie avait une mémoire fabuleuse concernant les histoires des temps anciens et des gens d’autrefois, l’esclavage, la guerre, le Ku Klux Klan et la saga de la famille. «Il avait seize ans. Pendant six ans, il a écouté parler les hommes. Depuis six ans, il a entendu parler la fine fleur de tout ce qu’ils disaient de la brousse, des grands bois. Ce qu’ils disaient des hommes, des chasseurs et des chiens, de l’ours et du cerf, le plus beau de tout ce qu’on entendait, les voix de l’évocation du passé, le souvenir, le souci d’exactitude rendaient contenues, graves, circonspectes» écrit William FAULKNER dans «Descends, Moïse». En effet, William FAULKNER, avec sa prodigieuse mémoire, les récits de ses romans englobent toujours le présent, le futur et le passé. L’auteur a senti, tout comme son personnage, Quentin Compson que «son corps même était une grande salle vide où résonne en écho des noms de personnes, et qu’il était une caserne remplie de fantômes obstinés aux regards tournés en arrière» écrit-il dans «Absalon ! Absalon !».
«Les personnages de Faulkner sont essentiellement des gens de l’oralité : ils ne cessent de se parler et parler. De sorte que, d’emblée, le lecteur se trouve plongé dans un véritable flot de paroles dont il ne peut dire, avant longtemps, ni à qui elles s'adressent ni à quoi elles se réfèrent, ayant l'impression d'assister «au procès de quelque querelle tribale», mais dont l'élucidation requiert sa pleine participation» écrit Jean JAMIN, dans un article «cousu de fil noir». En effet, dans ses monologues intérieurs déroutants ou «Stream of Consciousness» ses drames épiques ou homériques, William FAULKNER, s’inspirant de James JOYCE (1882-1841), a adopté une technique littéraire particulièrement novatrice, mais sans doute hermétique «Sanctuaire est un roman d’atmosphère policière sans policiers, de gang aux gangsters crasseux, parfois lâches sans puissance. Mais l’auteur acquiert par là aussi une sauvagerie que le milieu justifie, et la possibilité de faire accepter, sans quitter un minimum de vraisemblance, le viol, le lynchage, l’assassinat, les formes de violence que l’intrigue fera peser sur tout le livre» écrit André MALRAUX dans la préface de «Sanctuaire». Par conséquent, le flux de conscience est une méthode de narration qui décrit les événements dans le flux de pensées dans l'esprit des personnages. Suivant, Virginia WOOLF (1882-1941), la conscience, loin d'être linéaire, est une entité qui s'étend, puis se rétracte en réponse à des stimuli temporels aléatoires ; de ces mouvements de conscience résulte, in fine, l'acceptation du temps qui passe.. Dans ses grands écrits, il fait appel à des voix intérieures polyphoniques, avec un flux de conscience travaillant l’inconscient, le surmoi et le chaos. Narré par un idiot muet et condamné à l'hébétude, ce monologue constitue un discours impossible. Construit sur le primat de la sensation et sur la prééminence des choses sur les idées, ce discours élabore cependant une véritable esthétique de l'idiotie. Le monologue de Benjy Compson, dans le «bruit et la fureur», est considéré comme le geste précurseur et emblématique de l'écriture faulknérienne. Le lecteur participant au récit, doit pouvoir détecter le non-dit «Le véritable drame n'est jamais décrit, il ne se joue pas devant nos yeux ni devant ceux des personnages, il est toujours derrière : derrière les arbres, derrière les gestes, derrière les paroles» écrit Jean-Paul SARTRE (1905-1980).
Figure centrale dans la création littéraire de FAULKNER, «Le négro suggère la possibilité d’une plénitude, mais il incarne aussi les tensions non résolues dans la vie dans le Sud» écrit Thadious DAVIS. Le racisme et la violence sont une donnée majeure : «C’est hallucinant de constater comment un racisme animal suinte de certains de ses personnages, sans qu’on puisse dire s’il réprouve, condamne, accepte ou applaudit» écrit Edouard GLISSANT. Dans sa création littéraire les Femmes, comme les Noirs, sont réifiés et qualifiés péjorativement de «Niggers», de «sale Nègre». Réifiés, les Noirs, sans terre, sans lignée et sans désirs, sont sans histoire et hors de l’Histoire, au service de leur maître. «De tout temps j'avais vu, j'avais connu des Noirs. Pour moi, ils étaient quelque chose comme la pluie, les meubles, la nourriture, le sommeil» écrit William FAULKNER dans «Lumière d’août». Chosifiant les Noirs, uniquement ravalés au rang de domestiques ou d’esclaves, des êtres obéissants, William FAULKNER a dédié «Descend Moïse» à Caroline BARR, la domestique de sa famille, une ancienne esclave, qui «fit preuve envers ma famille d’une fidélité profondément désintéressée et entoura mon enfance d’un dévouement et d’une affection sans bornes» écrit-il.
Dans les romans de FAULKNER, les Noirs tiennent leur rang et prennent tout sur eux : «ils endurèrent» écrit-il, et acceptent même, tranquillement de mourir, pour des forfaits qu’ils n’ont pas commis. Ainsi, Lucas Beauchamp, le nègre de «L'intrus», accusé à tort d'avoir abattu un Blanc, et menacé de lynchage par une populace vindicative et bavarde, tait l'identité du vrai coupable, qui se trouve être un Blanc. Mais nul ne saura pourquoi il la tait, ni pourquoi il se tait, obstinément, au péril de sa vie. Les Noirs, témoins de l’ancien ordre esclavagiste, souffrant et claquemurés dans la fatalité, sont présents dans les récits de William FAULKNER, mais ils ne bougent pas, ne changent pas : «ils endurent», passivement, la défaite, la faillite ; la faute de la société sudiste ne semble pas les concerner. «Si les Noirs sont capables de se couler dans la durée, c’est parce qu’ils ne maîtrisent pas l’Histoire, c’est-à-dire qu’ils ne tentent pas le diable, ne se condamnent pas pour fonder un domaine, n’assassinent pas à seule fin de garantir leur filiation. Ils ne se font pas tuer que parce qu’ils endurent obstinément» écrit Edouard GLISSANT.
Finalement, le Noir, suivant William FAULKNER, c’est l’immobilisme et l’opacité, l’incapacité de prendre en main son destin. Aussi, le monologue intérieur des maîtres esclavagistes ne concernent pas les personnages noirs de William FAULKNER, sans rêve, sans débat intérieur métaphysique, comme les Blancs ; ils sont résignés, effacés et courbent l’échine. «La description des Noirs ne peut être qu’immobile : Ils sont la permanence, et la ruralité qui les enferme, les signifie, est le lieu-vigile de l’absolu» écrit Edouard GLISSANT.  Ainsi, dans «Absalon ! Absalon !», Shreve, le Canadien, dit à son ami sudiste, Quentin Compson : «II vous reste un nègre. Un seul nègre Sutpen. Bien entendu, vous ne pouvez pas l'attraper et vous ne le voyez même pas toujours et vous ne serez jamais capables d'en faire quelque chose. Mais vous l'avez toujours là. Vous l'entendez toujours de temps en temps la nuit, n'est-ce pas ?». Le domestique, Lucas Sambo, dans «l’intrus», a la capacité de survivre, parce qu’il a de la patience. Dans «Descend Moïse» Sam Fathers et son totémisme, moitié noir et moitié indien, sans descendance ni filiation, parle peu et ne s’adresse qu’aux enfants et aux esprits. Dans le «bruit et la fureur», Dilsey Gibson, la servante noire des Compson est comme un zombi. Joe Christmas, dans «Lumière d’août» est castré. «Ce qui est, est» dit Antigone. La fatalité est le destin des Noirs de FAULKNER. Les serviteurs noirs, sans voix au chapitre, doivent apprendre les bonnes manières, la courtoisie, la loyauté, et surtout être obéissants à l’égard de leurs maîtres et leurs enfants. Dans «l’intrus», seul le personnage de Lucas Beauchamp, un fermier noir, avec un peu de sang blanc, fait exception à ses personnages noirs soumis. En effet, Lucas Beauchamp n'est pas un noir ordinaire ; avec ce personnage c'est tout le talent de William FAULKNER qui s'impose. Lucas Beauchamp est le prototype du nègre qui ne s'incline pas devant les Blancs, qui n'enlève pas son chapeau, ne remercie pas, ne plie pas le genou. Il n’est pas le prototype du Noir qui fait ce que l'on attend de lui, c'est à dire endurer pour survivre. En effet, le Sud ségrégationniste, quand un lynchage se prépare, les Noirs redoutant les dégâts collatéraux, les débordements de haine et de racisme de la foule, disparaissent. Or dans «l’intrus», le défi est de profaner une tombe d’un Blanc, un acte de diversion, afin d’éviter le lynchage d’un Noir. Finalement, les Noirs, objets décoratifs, et en dépit de la fin de l’esclavage, dans la création littéraire de FAULKNER ne sont pas des Hommes, mais uniquement des serviteurs. Sans famille, ni domaine, taciturnes, les Noirs ne font pas la guerre. Dans la tragédie et la malédiction de l’esclavage, les Noirs ont une grande capacité de résilience, de souffrir, d’être loyaux et fidèles, de témoigner de la reconnaissance, d’être sensibles à la pitié et à la compassion. «Faulkner began with a stereotype of the Negro and ended with human beings» écrit Ralph ELLISIN.
Le Sud ségrégationniste représente naturellement la banalisation du lynchage, par des Blancs en furie dans «Sanctuaire» et dans «Lumière d’août» une lettre fait pratiquement du lynchage un instrument de justice sociale, sous prétexte de retracer l’histoire du Sud. Ainsi, dans «Lumière d’août» (Light in August) de 1932, plein d’évocations et d’allusions, à la suite de l'incendie d'une maison et du meurtre de sa propriétaire, Joanna Burden, d’une famille anti-esclavagiste. En effet, une maison brûle et la propriétaire a été trouvée égorgée. Un métis, à la peau blanche, Joe Christmas, qui habitait dans la propriété et ex-amant de la défunte, a disparu. William FAULKNER plonge dans le passé de l’accusé, qui a du sang mêlé. Dans ses investigations, l’auteur trouve de précieux alliés : les fous et les faibles d’esprit. Le racisme n’est pas loin. Dans les recherches de la police, il est mentionné «l’odeur des Noirs, l’odeur rance, lourde, partout présente, affole et subjugue». Joe Christmas n'est ni blanc, ni noir. Il est les deux. Autrement dit, il n'est personne. Ni blanc parmi les blancs, ni noir parmi les noirs, sans attaches, sans rien qui puisse lui donner un quelconque sentiment d'appartenance, sans assises assez solides. Le supposé criminel, se laisse castrer, avec une désinvolture ahurissante. On découvre alors le passé de ce métis, Joe Christmas, en butte depuis sa naissance au racisme, au puritanisme et à l'intolérance, qui trouveront leur apothéose dans un dénouement barbare. Le puritanisme dans le Sud, source de fatalisme et de haine, fait exploser une violence impunie. «William Faulkner n’est ni un monstre, ni un fou. Encore moins un écrivain pornographique. C’est un homme qui est né au pays du puritanisme. Il possède ce sentiment tragique de la vie. La Fatalité enveloppe un monde où il ne voit qu’atrocités, où les hommes et les femmes, marionnettes aveugles du Destin, ne connaissent que le sang, la volupté et la mort» écrit Maurice-Egard COINDREAU dans la préface de la «Lumière d’août». Dans ce roman, c'est sur l'histoire secondaire d'une jeune femme à la recherche du père, et viennent se greffer à ce récit, celles des autres personnages, dans un roman construit sur le principe du retour en arrière. La poursuite amoureuse de l'innocente, Léna, peut être considérée comme un voyage initiatique, comme l’est l’interminable poursuite de Joe Christmas au bout de laquelle il découvre qu'il ne pourra échapper à sa malédiction que pour entrer dans sa mort. Le roman est l’orchestration magistrale du thème faulknérien par excellence : la malédiction qui pèse encore sur le Sud dans les années vingt, en raison de la question raciale. Il y donna au problème noir et à ses conséquences, violentes, absurdes, une ampleur exemplaire. Victime et bourreau tout à la fois, Joe Christmas accomplit son destin qui le conduit au lynchage, comme un rite sacrificiel.
Dans «Sartoris», situé dans le comté fictif de Yoknapatawpha, les Noirs ses résument à la famille Strother, un père escroquant ses paroissiens, un fils héros durant la Seconde guerre mondiale, une mère qui a fauté avec le colonel John Sartoris, héros de la guerre de sécession.  Le jeune Bayard, qui, au début du roman, revient dans sa maison natale à Jefferson, rongé par la culpabilité de rentrer de la guerre sans son frère jumeau, John, dont l’avion a été attaqué, sous ses yeux par un escadron allemand, est en proie aux pulsions suicidaires. Le jeune Bayard se retrouve, à plusieurs reprises, hors de chez lui en compagnie de Noirs, notamment dans une famille le jour de Noël, et où il semble vivre son seul moment de sérénité de tout le roman, les diverses scènes où Noirs et Blancs se côtoient dans «Sartoris» semblent condamner, irrémédiablement, toute mixité sociale, ou relation normale entre Noirs et Blancs. Bayard, personnage sur lequel repose l’avenir de la lignée, va en effet rythmer l’action du roman et bouleverser la routine familiale des Sartoris, en faisant alterner des temps de répit avec de brusques accès de violence.  «La famille, le nom même de Sartoris devient, pour Faulkner, le symbole d’une lignée à laquelle il identifie sa propre famille et qui résume assez bien l’histoire du Sud en cinquante ans. […] Pour la première fois dans la littérature du Sud, le monde moderne avec ses pompes et ses fastes se dresse avec violence sur la toile de fond d’une société déclinante que jamais Faulkner ne décrira mieux : indolence des femmes et faiblesse des jeunes gens, luxe et sensualité de la petite ville non encore contaminée par le progrès et l’usure, présence bénéfique d’une nature riche qui reste proche de l’homme» écrit Monique NATHAN. Dans cette saga familiale conflictuelle sur quatre générations, mais communautariste, hiérarchisée et profondément ségrégationniste, les Sartoris incarnent, à plus d’un titre, de vieilles valeurs aristocratiques sudistes qui perdent leur sens, au fur et à mesure que la région se modernise. «Sartoris» est l’un des textes les plus sudistes de William FAULKNER : «à chaque page l’on y sent les subtiles contraintes d’un ordre social stratifié et hiérarchisé, où chaque classe, chaque groupe a ses protocoles de conduite et ses codes de valeurs propres» écrit André BLEIKASTEN. En effet, le Sud est l’obsession de la goutte de sang noir, un Sud ténébreux où se concentrent des êtres de violence et d’orgueil. Or le viol est consubstantiellement lié à l’esclavage. S’il est défendu à un homme noir d’avoir des relations sexuelles avec une blanche, le Maître peut user et abuser de ses esclaves. A l’ombre impérieuse de l’ancêtre, John Sartoris, les soliloques du vieux Nègre, Simon, une force mystérieuse ou la fatalité conduit inexorablement au drame. John Sartoris, las de tuer, finira par succomber, à son tour d’une balle de son adversaire politique. Le jeune Bayard, un métis, héros ténébreux et hautain, violent comme les autres membres de sa famille, finira par mourir. Par conséquent, à travers «Sartoris», nom de grandeur, nom de folie et de dégénérescence, William FAULKNER refait le match ; les Sudistes refusent de capituler en dépit de leur défaite contre le Nord. Pour eux, le Sud, l’Amérique doit rester une grande plantation, avec ses Noirs d'abord esclaves, puis domestiques, mais toujours liés aux familles blanches par des chaînes invisibles de l’esclavage. C’est ce Sud-là, n'ayant jamais capitulé, que William FAULKNER  continue à faire l’apologie dans sa création littéraire. «J’ai découvert que mon petit timbre-poste de terre natale valait la peine de l’écriture, que je ne vivrais jamais assez longtemps pour l’épuiser, et qu’en sublimant le réel en apocryphe, j’aurais la liberté d’employer tout le talent que je pouvais avoir. Cela m’ouvrit une mine d’or de personnages ; c’est ainsi que je me suis créé un univers bien à moi» écrit-il.
Dans «Absalon ! Absalon !», sans doute le roman le plus abouti, un véritable chef-d’œuvre, Quentin Compson narre à son camarade de Harvard, le Canadien Shreve McCannon, telle qu’il l’a entendue lui-même, à Jefferson, racontée par la vieille Miss Rosa Coldfield, belle-sœur de Stupen, l’histoire de celui-ci. Un réseau de relations inextricables, un besoin d’argent, d’une maison, d’une plantation au détriment des Indiens, d’esclaves et d’une famille, ainsi qu’une dramaturgie sans nom. Il est question dans ce roman, d’un racisme à l’envers, les grandes familles de petits blancs déclassés, mais rêvant d’héroïsmes grandioses, qui seraient victimes d’un racisme des Noirs, valets dans les grandes plantations. Parce qu'il avait été éconduit, enfant, à la porte d'une riche villa de planteur, par un valet noir en livrée, Thomas Sutpen décida, lui aussi, d'avoir une plantation, des valets, des esclaves. Sa volonté de puissance n’allait plus connaître de limites. Il allait tout faire pour réaliser ce qu'il appelait lui-même «le projet». Douze ans plus tard, il fit son apparition dans la ville de Jefferson et, grâce à une fraude, obtint des terres des Indiens, qui seront chassés de leur territoire et anéantis.
«Absalon ! Absalon !» c’est aussi et surtout la résurgence de la question raciale, l’obsession de la goutte de sang noir, et donc refus d’une société multiculturelle. Thomas Sutpen a un premier fils, Charles Bon, d'une femme qu'il répudie en apprenant qu'elle a du sang noir. D'une esclave noire de son domaine, il a eu une fille, Clytie, qui est donc la demi-sœur métis de Judith et Henry, enfants blancs de son épouse Ellen Coldfield. Henry alla faire ses études à l'université du Mississippi. Il revint chez son père, accompagné d'un ami plus âgé que lui, Charles Bon, qui se fiança à Judith. Or, Thomas Sutpen apprit que Charles Bon n'était autre que le fils né de son premier mariage et le chassa. Henry, qui refusa de croire à son degré de parenté avec Charles Bon, s'enfuit avec celui-ci. La guerre de Sécession survint. Les trois hommes se battirent. Tous trois survécurent. Après la guerre, Charles Bon décida d'épouser Judith. Dans ce roman, William FAULKNER réunit les contraires : l’inceste et le métissage, une obsession de la goutte de sang noir. L'interdit est alors jeté par le père à la fin du roman : «II est impossible qu'il l'épouse», dit-il, s’adressant à Henry. Pour empêcher le mélange des races, Henry tua Charles Bon, son demi-frère devant la porte du domaine et s'enfuit. Et, bien des années plus tard, Henry périra reclus, sans épouse, ni fils. Sutpen rentra à son tour pour trouver sa femme morte, ses esclaves dispersés, ses terres ruinées et saisies pour dettes. Le seul survivant était un certain Jim Bond, à moitié idiot, et plus qu’à moitié noir, petit-fils de Charles Bon.
Dans «Sanctuaire» la misogynie persistante de William FAULKNER, est mise à nue, par sa méfiance à l’égard des femmes. L’héroïne, Temple, une jeune femme aimant les fêtes et dansant plus qu’elle ne marche, espiègle et légère, se fait violer par un épi de maïs. Popeye, le sadique et impuissant, la conduit à un bordel, pour un viol collectif.  C’est l’apologie de la violence et de la luxure, puis que Temple, un être fini, résigné et cynique, refuse de s’enfuir, et accuse même Lee Godwin d’un meurtre commis par Popeye.
Dans «le bruit et la fureur», une sombre histoire de folie et de haine, plombée par les banals accidents de la vie (amour, mort, sexe et chagrin) le métissage ne peut engendrer que la dégénérescence, l’idiotie et le désordre. «J’ai conçu l’idée d’un être qui serait plus qu’un enfant, un être qui, pour résoudre un problème, n’aurait même pas à son service un cerveau normalement constitué, autrement dit un idiot. C’est ainsi que Benjy est né» écrit William FAULKNER. Un puissant et embrouillé monologue intérieur, relate le récit de la déchéance de la dynastie Compson, par l’intermédiaire des délires d'un idiot, Benjy, le cadet des fils que son frère, Jason, a fait castrer. Il y a des omissions, de l’inexprimé, des sensations et des allusions : «Je comparerais volontiers ce roman à ces paysages qui gagnent à être vus quand la brume les enveloppe. La brume tragique s’en accroit, et le mystère voile les horreurs qui perdraient en force sous des lumières trop crues» écrit Maurice-Edgar COINDREAU.
Dans «Descend Moïse» de 1936, le roman, divisé en petites unités, se focalise sur la famille de Ike McCalin, un séparatiste et puritain, sur l’esclavage, la terre, le désir de possession et de puissance. Pour protéger sa pureté, Ike McCalin s’abaisse à une existence indigne de l’homme. Les thèmes abordés sont donc l’honneur, la vérité, la pitié, la considération et la résilience. Ce roman est dédié par William FAULKNER à la domestique noire de sa famille, Caroline BARR, d’une grandeur d’âme, elle a connu une longue vie, en dépit des injustices avec lesquelles on l’a traitée, elle avait fait preuve envers ma famille d’une «fidélité profondément désintéressée» écrit-il. La première malédiction du Sud n'est pas l'esclavage, mais le vol de la terre à laquelle les Indiens appartenaient, celui-là n'étant que la conséquence inéluctable de celle-ci. Dans cette emprise basse et condamnable,  il s’agit d’asservir et humilier une partie de la société. En substituant le Noir à l'Indien, l'esclave au sauvage, la société esclavagiste du Sud n'avait fait, au fond, que se punir davantage. «Faulkner ne pouvait voir les Noirs que par rapport à lui et non par rapport à eux-mêmes» écrit James BALDWIN.
«Tandis que j’agonise», une marche funèbre écrite en six semaines, allie la farce grotesque et la tragédie humaine d’une famille de misérables Blancs, mais élevés en héros épiques. Addie Bundren vient de décéder ; sa dernière volonté aura été d'être enterrée auprès de ses parents dans sa ville d'origine. Son mari, Anse, accompagné de leurs cinq enfants, va traverser le comté de Yoknapatawpha, pour tenir sa promesse. Sous la chaleur de juillet, le corps se décompose, les mulets se perdent, un des fils se casse une jambe, l'autre, Dalle, perd la raison, tandis que le père ne pense qu'au nouveau dentier qu'il va s'acheter. L’auteur relate aussi l’adultère de Addie et sa pénitence. Les Noirs sont une minorité invisible dans ce roman.
En définitive, William FAULKNER était-il raciste, ou du moins, peut-on distinguer l’homme de son œuvre ? «La littérature fait-elle  oublier le malheur, l’injustice ? A-t-elle au contraire à voir avec eux, pour les montrer et les combattre, et l’œuvre de Faulkner tout particulièrement, parmi d’autres ?» s’interroge Edouard GLISSANT, dans «Faulkner, Mississippi».
Maurice Edgar COINDREAU (1892-1990), un grand spécialiste de William FAULKNER, et qui a traduit et préfacé ses nombreux ouvrages chez Gaston Gallimard, a soigneusement  évité d’aborder la question. Les autres biographes, notamment David MINTER, mettent sur le compte de cet univers faulknérien de violence et de racisme, la hantise de FAULKNER de la décadence du sudiste ou sa satire d’un monde moderne sans avenir, sans espoir, à savoir que l’artiste n’aurait jamais eu de mère et son père aurait échoué dans la vie. Cette question raciale n’a pas été éludée par d’autres auteurs, pour qui William FAULKNER «idéalise les familles noires et métisses, puisqu’en tant que Sudiste libéral, il porte la responsabilité de leur exploitation. En même temps, Faulkner présente toujours des familles rurales paisibles noires, bien qu’elles se révoltent, de façon périodique, contre leurs maîtres. C’est la famille noire qui, dans la réalité, est obligée de s’occuper des familles blanches décadentes, fin de race, et impuissantes, revers-ultime de la relation-maître esclavage» écrit Gwendolyne CHABRIER. Les écrivains afro-américains, dans leur lutte pour les droits civiques, ont évité, soigneusement, de se référer aux écrits de William FAULKNER. Depuis pratiquement 1960, de nombreux écrits, notamment des thèses ont été produits sur des écrivains afro-américains, dénonçant le racisme de FAULKNER, mais ils sont passés sous silence.  La famille noire est soudée, effacée et paisible, sans droit de vote et ne pouvant détenir une arme à feu, doit ne pas faire de vagues, pour mieux soutenir ses maîtres. «Les Blancs de ce pays auront à apprendre à s’accepter tels qu’ils sont et à aimer ce qu’ils voient, quand ils y seront parvenus, ce n’est pas pour demain, le problème noir cessera d’exister parce qu’ils n’en auront plus besoin» écrit James BALDWIN (1924-1987). «Faulkner n’est pas un combattant des droits civiques, ni un réformateur de société. Il est plutôt, par nature autant que par fonction, conservateur que simple réactionnaire» écrit Edouard GLISSANT.
Il est à mettre au crédit de William FAULKNER qu’il a capté admirablement le dialecte des Noirs, ses voisins, dans sa création littéraire. Sur la question raciale William FAULKNER était, en fait, inconsistant dans ses positions, et ne gardait pas durablement un cap cohérent. «L’univers faulknérien est non seulement celui de la coexistence des contraires, mais de la contradiction reconnue et assumée. Faulkner proclame son refus de trier dans l’héritage sudiste, de trancher entre le Bien et le Mal, de faire la part de ce qu’il aime et ce qu’il hait» écrit Jean ROUBEROL dans «l’esprit du Sud dans l’œuvre de William Faulkner». Sa création littéraire est nourrie de ces contradictions. En effet, du Sud, FAULKNER «aime tout, même s’il doit en haïr une partie» écrit Jean-Paul SARTRE. Finalement, en analysant l’attitude de Faulkner envers les Noirs, «il ne faut pas oublier que cet auteur se situe par rapport à toute une tradition qui glorifiait le Sud blanc, et le présentait comme l’apogée de la civilisation blanche par opposition à la soi-disant barbarie des Noirs. Faulkner récupère et renforce les préjugés courants» écrit Viola SACHS dans «Faulkner et les Noirs».
Dans une position de principe, William FAULKNER a considéré que «le racisme était le plus grand problème du monde, et la tolérance son seul espoir». Ainsi, dans un entretien accordé à Robert Penn WARREN, publié le 22 mars 1956, il estime que «les préjugés raciaux, ce n’est pas notre haine ; c’est la haine que nous font endosser les ancêtres morts ou enterrés». Il invite le Sud à quitter le déni, pour assumer sa propre histoire liée notamment à l’injustice économique qu’affronte les Noirs «Je dis que l’injustice est notre fait, à nous gens du Sud. Nous devons l’expier et l’abolir nous-mêmes, seuls et sans aide» écrit-il dans «l’Intrus», (Intruder in the Dust). L’homme noir «est plus calme, plus sage, plus stable que le Blanc. Pour s'être accommodé de cet état de fait pendant si longtemps avec si peu de violence il a du faire preuve de grandeur d'âme. Avec un peu plus d'égalité sociale, économique et scolaire, le Noir se retrouvera souvent propriétaire terrien et le Blanc travaillera pour lui» dit William FAULKNER. En effet, l’auteur estime que la ségrégation raciale est une «situation scandaleuse, monstrueuse, qui doit seulement cesser» et croit en la «coexistence des races» dans l’égalité. Il arrivait à William FAULKNER de dénoncer la ségrégation raciale associée à «l’injustice, l’humiliation, le déshonneur et la honte», la stupidité et la sauvagerie, ainsi que l’humanité des racistes. Par ailleurs, FAULKNER, en particulier, a milité pour que les noms des soldats noirs morts au combat pendant la deuxième guerre mondiale soient inscrits sur le monument aux morts d'Oxford, Mississippi ; Ils seront, mis sur une liste à part.
William FAULKNER prenant parti, dans les années 50-60, en faveur de l'intégration scolaire, s’est retrouvé, dès lors, en butte à l'hostilité haineuse de ses compatriotes blancs : sa maison et sa situation financière sérieusement menacées. En effet, les ségrégationnistes considèrent William FAULKNER comme un libéral, un négrophile, «a Negro Lover». William FAULKNER, en écrivain ambigu, devant les attaques de sa communauté, a nuancé ses positions sur la question raciale : «Faulkner pouvait être froid et indifférent autant que charmant, impitoyable et cruel autant que sensible ; il avait en lui-même des forces profondément destructrices» écrit David MINTER. A certaines occasions, William FAULKNER s’est déclaré solidaire avec le Sud ségrégationniste, contre les Noirs «S'il fallait se battre, je me battrais pour le Mississipi contre les Etats-Unis» dit-il sans détours. William FAULKNER affirme son opposition à l'intégration forcée et réclame une «mise en place progressive» de l’égalité, une théorie dite du «juste milieu». En 1957, il s’est déclaré «soulagé» que le projet d’intégration des Noirs, initié par Dwight EISENHOWER (1890-1969) n’ait pas été adopté.
Cependant, William FAULKNER avait déclaré qu'il n'hésiterait pas à descendre dans la rue et à tirer sur les Nègres pour défendre l’Etat sudiste et ségrégationniste du Mississippi, puis il s’est rétracté, évoquant l’idée que ses propos déplacés avaient été prononcés sous l’emprise de l’alcool. «Cette phrase est due à un excès de patriotisme peu susceptible, chez Faulkner, de se traduire en acte. Son inconvénient, c’est qu’elle a certainement encouragé d’autres à une telle action. Les portraits de Noirs que Faulkner a faits, malgré une absence de nuances que seul, peut-être, un écrivain noir est capable de sentir ; car Faulkner ne pouvait voir les Noirs que par rapport à lui et non par rapport à eux-mêmes, sont néanmoins rendus vivants par le tourment de leur créateur. Il cherche à exorciser une histoire qui est aussi une malédiction. Il veut que le système traditionnel, établi à partir du meurtre gratuit et d’une cupidité sans limite, soit purifié et racheté sans autre effusion de sang, c’est-à-dire sans se remettre en question, et sans contrainte extérieure. Cette domination est la clef de leur identité, le triomphe et la justification de leur histoire et c’est sur elle qu’ils assoient leur bien-être matériel» écrit James BALDWIN  dans son ouvrage, «chassés de la lumière».
Par ailleurs, tout en affirmant sa solidarité avec les Noirs, William FAULKNER leur demandait aussi de la prudence et de la patience, de ne pas brusquer le système ségrégationniste : «Faulkner espérait que les Noirs américains auraient la générosité d’y aller doucement, c’est-à-dire qu’ils donneraient aux Blancs le temps de se racheter, comme s’ils n’en avaient pas eu suffisamment et comme si leurs victimes croyaient encore aux miracles blancs» écrit James BALDWIN. En effet, partisan de la doctrine du «gradualisme», il disait dans sa lettre au Nord : «J'étais contre la ségrégation imposée. Je suis tout aussi fortement contre l'intégration forcée. D'abord bien sûr par principe. Deuxièmement parce que je ne crois pas que cela fonctionnera” dit-il dans un entretien accordé au magazine «Life» du 5 mars 1956. «Tout ce qu’un Noir obtiendra d’un Oukase de la Cour suprême, tout ce qu’imposera la police lui sera repris sitôt par celle-ci» dit William FAULKNER. En effet,  sans remettre en cause, fondamentalement, les théories de l’inégalité raciale, William FAULKNER demandait aux Noirs de «mériter leur liberté avant de l'obtenir ou de la conquérir, et ceci afin de mieux pouvoir ensuite la conserver». Pour William FAULKNER : «En donnant au Noir la possibilité de faire preuve de son aptitude à l'égalité, nous garderons la supériorité : il nous devra la reconnaissance ; tandis que si cette égalité nous est imposée par la loi, par l'effet d'une contrainte extérieure, ce sera le Noir qui nous dominera car, en dépit de notre opposition, il sera le vainqueur, le gagnant. Et nul tyran n'est plus cruel que celui qui la veille encore était l'opprimé, l'esclave» écrit-il en 1956 à David KIRK, un étudiant à l’université de l’Alabama. «Faulkner espérait que les Noirs américains auraient la générosité «d’y aller doucement», c’est-à-dire qu’ils donneraient aux Blancs le temps de se racheter, comme s’ils n’en avaient pas eu suffisamment et comme si leurs victimes croyaient encore aux miracles blancs» écrit James BALDWIN. «Seul est libre un homme capable de renoncer, sans amertume, ni apitoiement sur soi, à un privilège longtemps préservé. William Faulkner n’a pas franchi ce pas. Le Sud est resté, pour lui, une mère très chère que l’on peut blâmer, mais sans jamais renier, ni condamner».
En réalité, William FAULKNER ne pouvait pas se désolidariser de sa tribu, de son Sud ségrégationniste, dont il fait partie intégrante. «On a souvent l'impression que la littérature américaine n'est qu'un moyen de se délivrer d'obsessions individuelles et collectives, de surmonter de tragiques inhibitions, de rejeter ses hantises, de reporter sur un ensemble de «monstres» ; il y a beaucoup de monstres chez Faulkner, quelques-unes des anxiétés qui oppriment l'homme américain» écrit Marcel BRION. Le génie de FAULKNER a été de dénoncer, de façon énergique, ce système odieux à travers seulement sa contribution littéraire. «La littérature prévaut sur le témoignage ou la prise de position, non parce qu’elle excède toute appréciation possible du réel, mais parce qu’elle en est l’approche la plus approfondie, la seule qui vaille finalement. A partir de quoi, Faulkner traitera, sans ménagement, les Noirs, les décrivant, ainsi qu’il fait, pour toutes les personnes qu’il met en œuvre, sans aucune précaution de style, d’une manière parfois très conventionnelle, et avec ce qu’il pense être les égards dus, c’est-à-dire une impitoyable impartialité» écrit Edouard GLISSANT.
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Paris, le 1er juillet 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«William FAULKNER, Prix Nobel de littérature : Le Sud, les questions raciales, de l’esclavage et de la ségrégation» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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24 juin 2021 4 24 /06 /juin /2021 23:17
«Abdoulaye Bocar LOM dit «Woody» et son livre «s’engager pour sa ville. Mon amour pour Thilogne» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
M. Abdoulaye Bocar LOM, dit «Woody», vient de publier un livre : «s’engager pour sa ville. Mon amour pour Thilogne». Au cœur de cet ouvrage, Woody fait l’éloge de l’engagement et du don de soi pour les autres. En effet, M. Abdoulaye Bocar LOM a «prématurément compris que la vie doit être plus un don qu’un dû, un sens de la responsabilité» écrit Moussa DIA, dans sa préface. Refusant la résignation et le découragement, au décès de son père, Bocar LOM, un polygame avec trois femmes et quinze enfants, alors qu’il n’avait que dix ans, Woody, Secrétaire-Adjoint de Thilogne Association Développement (TAD – France) a trouvé un sens à donner à sa vie, en se consacrant aux autres, par une solidarité avec son village. «Servir et soutenir mon peuple ont toujours donné un sens particulier à ma vie, cela procure un immense et indescriptible plaisir» écrit Woody. L’association villageoise, créée en 1965, sous la dénomination initiale de «Jeunes de Thilogne», et depuis 1985 transformée en structure fédérative, Thilogne Association de Développement, a initié divers projets (éducation, santé, eau et culture), pour une ville verte et propre avec une bibliothèque municipale. TAD unit les habitants de Thilogne avec ses diasporas, en Afrique, en Europe et en Amérique. Les Peuls sont en effet, marqués par une grande mobilité humaine, tout en restant particulièrement attachés à leur village d’origine. Une solide coopération décentralisée a été nouée entre Thilogne avec les villes de Trappes, Les Mureaux et Dreux.
La gestion désintéressée et l’esprit de sacrifice, à travers les associations villageoises que décrit M. Abdoulaye Bocar LOM, mettent le doigt sur une des institutions essentielles du Fouta-Toro des Almamy : la décentralisation, avec au centre du dispositif l’organisation d’une société cohérente et harmonieuse, fondée sur l’entraide et la solidarité, son chef de village, ses castes n’étant pas une hiérarchisation sociale, mais une répartition du travail dans la complémentarité, et surtout sa bienveillance, à toute épreuve, ayant traversé les siècles et les frontières.  Initialement, il s’agissait d’une immigration intérieure ou dans certains pays africains, mais celle-ci est «devenue durable et de plus en plus lointaine. En effet, le projet initial de migration impliquait un retour cyclique au village où demeurait la famille. Dans ce cas, le maintien des relations entre le migrant et son village est inéluctable. Il doit opérer des transferts monétaires pour construire une maison à Thilogne et, si possible, une autre à Dakar. En même temps, il est tenu d'envoyer régulièrement de l'argent» écrit Abdoulaye KANE sur «la diaspora villageoise : le cas de Thilogne». En définitive, quand des personnes malintentionnées salissent le concept de «Neddo Ko Bandoum» (solidarité familiale ou villageoise) cela ne peut que susciter en moi colère et révolte. Une des grandes valeurs humanistes du Fouta-Toro est et reste la solidarité, la bienveillance et la compassion : Ne jamais abandonner les siens, notamment quand ils sont dans le besoin. L’immigration témoigne du don immense de soi de ces héros du quotidien, se sacrifiant, en dépit des métiers ingrats, du climat rude ou du racisme, pour le bien-être de leur famille et de leur village. En effet, les diasporas du Fouta-Toro, établies à l’étranger, s'organisent pour s'entraider mutuellement dans leur pays d'accueil et pour maintenir les liens de solidarité avec leurs villages d'origine. Elles mettent en place des associations qui regroupent des individus appartenant au même village aux niveaux local, national et à l'étranger. Les ressources financières mobilisées par le biais des contributions périodiques des membres ou par le concours financier de partenaires sont destinées à la prise en charge des ressortissants en difficulté au niveau du pays d'accueil et à la réalisation de projets communautaires liés au développement local au niveau du village d'origine.
Cet ouvrage, dans une certaine mesure, comporte des éléments autobiographiques. Woody, un Peul, est particulièrement fier de son lieu de naissance, Thilogne, un village du Fouta-Toro, de plus de 17000 habitants, capitale du Bosséya, situé dans le Nord du Sénégal, à 631 km de Dakar, à 60 km de Matam, entre Agnam et N’Guidjilone, à 20 km de la frontière mauritanienne et non loin de Kaédi.  Thilogne, village de Mamoudou TOURE (1926-2017), ancien Ministre des finances du Sénégal,  est aussi celui de Thierno Mollé LY, un titre culturel et religieux, occupé en premier par Mamoudou LY, et cumulant la gestion de la ville, la justice, la police et le calendrier de diverses festivités.  En effet, apparemment la famille LY était initialement exilée, sous les Satigui à Kaédi, mais est venue se réinstaller à Thilogne après la Révolution de 1776 : «Les Mollés, fervents marabouts qui semblent originaires du Nord, constituèrent, sous couvert de religion, un parti politique très puissant. Ils allèrent s’installer sur la rive gauche, dans le Bosséya. Leur centre fut le village de Thilogne, où ils sont toujours» écrit, en 1961, Jean-Paul DUBOIS, dans sa thèse sur la vallée du Gorgol.
Thilogne, ville d’érudits, première université islamique du Fouta-Toro, a contribué au succès de la Révolution de Thierno Sileymane BAL en 1776, contre la dynastie animiste des Déniyankobé. Baptisé «Salndou Fouta» en raison de sa position stratégique, Thilogne est la capitale économique, politique et religieuse de la province historique du Fouta-Toro : le Bosséya et ses écoles-universités. Au milieu du XVIIIème siècle on nota dans presque toutes les provinces du Fouta-Toro l’existence de plusieurs foyers ardents, écoles coraniques, avec des programmes englobant diverses matières d’où sortirent d’éminents savants. Pays de «Diagaraf», de maîtres de la terre et d’éleveurs, Thilogne, avec ses grandes familles (DIA, SALL, BARRY, LY, LOM, SY, HAIDARA), en raison de son dynamisme, a attiré d’autres populations. «Je savais que tous les LOM de Golléré Lao» dit Woody, à propos de ses origines familiales. Aussi, Tafsirou Aly Oumar Diam LY, originaire de Gourel Oumar LY est parvenu très rapidement à gagner la confiance des habitants de Thilogne, pour devenir leur guide spirituel. A partir de cet instant les LY eurent une prééminence religieuse sur le reste de la population. L’histoire de Thierno Hamet Baba TALLA (1872-1936), après Nguidjilone, Saint-Louis et Dakar, venu s’installer à Thilogne à partir de 1908, pour créer une université islamique a retenu l’attention des historiens, comme Amar SAMB. Les savants islamiques de Thilogne étaient en relation avec d’autres grands marabouts comme Amadou Tidiane WONE de Kaédi, El Hadji Malick SY de Tivaoune et Thierno Baba SALL de Kayes (Mali).
Le décès de son père a tout de suite suscité le besoin de Woody de venir en aide à sa famille, au risque de délaisser ses études. Il a vu sa mère-courage, une héroïne du quotidien prendre le relais du père disparu. Woody finira par reprendre les études et les terminer en France. Les péripéties de l’obtention d’un visa ont aussi influencé Woody pour apporter son assistance aux jeunes de Thilogne confrontés à ce parcours semé d’embûches. Le séjour en France, loin de l’éloigner de son village, l’a encouragé à militer au sein de diverses associations, dont le Réseau d’Associations pour la Coopération Internationale du Val-de-Seine (RACIVS) dirigée par M. Saïdou THIAM, des Mureaux, originaire de N’Dioum. Dans sa générosité et son altruisme, Woody entreprend aussi, auprès de divers organismes (YCID, FORIM, PAISD), des actions pour financer des projets de développement, notamment en matière de santé en faveur de villages africains : «J’en ai accompagné une dizaine qui ont servi à améliorer les conditions de vie des populations, dont j’ignorais jusqu’ici l’existence, tant qu’elles me sont éloignées géographiquement» écrit Woody. Naturellement, Woody s’intéresse particulièrement à l’association de son village, Thilogne, en termes de montage de projets : «Depuis mon arrivée, en France, pas un seul projet ne s’est fait pour Thilogne, sans mon apport technique, matériel et/ou financier» écrit-il.
Abdoulaye Bocar LOM, a été influencé par différentes rencontres qu’il relate dans son livre, dont celle avec Samuel DOE, un nigérian qui lui a transmis l’amour de la langue anglaise. Aussi, le jeune Abdoulaye, dès la 6ème adhère au Club d’Anglais, prendra, le surnom de «Woody» : «Mon habileté à manier la langue anglaise m’a permis de gagner en notoriété dans tout le lycée, et même au-delà, dans les villages environnants» écrit-il.  L’auteur entreprendra, par la suite un Master 2 en langues, Interprétations et Stratégies Interculturelles à l’Université de Paris VII, Denis Diderot.
«Les populations du Fouta-Toro ont une conscience aiguë de l’apport considérable des migrants dans l’aménagement du territoire comme dans la lutte contre la pauvreté et la survie des villages. En effet, il existe généralement une bonne cohésion sociale entre les migrants internes, les immigrés et les populations autochtones qui se manifeste à travers les relations sociales entre les groupes qui partagent un même territoire» mentionne une étude de 2014 menée conjointement entre l’Agence Française de Développement (AFD) et l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) de Dakar. Les autorités sénégalaises ont une grande conscience du rôle des migrants, non seulement pour ce qui concerne l’envoie des mandats mensuels pour la survie des populations paupérisées du Fouta-Toro, mais aussi les divers projets de développement au cœur de l’ouvrage de Woody.  Les écoles manquant de moyens sont parfois délabrées «Je suis allé voir toutes les écoles. Là, mon cœur s’est rempli de pitié en voyant les conditions dans lesquelles travaillent nos jeunes frères et sœurs. Sous des abris de fortune, dans des bâtiments délabrés, des enfants et des maîtres se penchent sur des livres de lecture. Ma gorge s’est serré à la vue de ce spectacle désolant. Il est inadmissible de parler «d’émergence» quand l’éducation des populations se voit si délaissée» écrit-il. Cependant, et pour autant, les autorités sénégalaises et à ce jour, n’ont pas intégré dans leurs politiques publiques, la dimension migratoire et ses apports bénéfiques pour les populations du Fouta-Toro. Il arrive même que les élus locaux, se sentant dépossédés de ces projets locaux entre les associations villageoises, particulièrement dynamiques, innovantes et surtout désintéressées, entre en conflit avec elles. Le montage des projets nécessite la collaboration de la mairie parfois peu coopérative. «A chaque fois, il s’agissait d’un parcours du combattant que d’avoir sa convention de partenariat avec la mairie de Thilogne en temps et en heure. Il y a un véritable manque d’investissement de la part de la mairie et de ses agents dans les projets de développement portés par TAD-France en faveur de la ville» écrit Woody.
«En réaction à cette situation, des migrants de retour s’impliquent, avec le soutien des associations de migrants internationaux, dans le combat politique en vue d’être élus localement ou de faire élire une personne de confiance afin de mieux contrôler leurs terroirs d’origine» mentionne l’étude conjointe entre l’AFD et l’IFAN précitée. Abdoulaye Bocar LOM a-t-il une ambition politique ?
Dans son ouvrage, Woody ne le dit pas explicitement, mais il dégage une perspective ressemblant fort bien à un projet politique, aussi bien dans son style que dans son contenu «Cher Thilognois, il est temps, qu’ensemble, nous imaginions un projet de société viable. Il est grand temps de tout reprendre à zéro et de partir sur un fondement solide de ce qui est appelé à devenir un projet de vie et de société qu’il faudra léguer aux générations futures. Je me fais votre serviteur pour porter ce lourd fardeau de servir mes compatriotes dans cette voie» écrit-il.
Par ailleurs, aussi noble, désintéressée et efficace que soit l’action associative, elle a ses limites. La solidarité si elle a réduit la pauvreté et préservé une grande part de la dignité des populations, a favorisé la consommation, au détriment de l’investissement, source d’une grande autonomie, d’indépendance et de bien-être durable. La première génération l’immigration encore attachée viscéralement à l’Afrique prend de l’âge ; la deuxième génération de la diaspora peule ne perpétuera pas ce système d’entraide villageoise. Un village qui n’est pas le leur, mais celui de leurs ancêtres.
Par ailleurs, il y est bien question, dans cet ouvrage, d’une ambition littéraire. La naissance de la fille de Woody, Réhana, a été le moment favorable pour engager l’écriture de ce livre «J’ai voulu profiter des nuits blanches que nous étions certains de passer, ma femme et moi, pour me lancer dans cette entreprise. Avec l’arrivée de ma fille, j’ai trouvé, en moi, de la force et de l’énergie considérables pour affronter tout type de projet. Il ne m’a pas fallu beaucoup de nuits blanches pour les coucher sur le papier» écrit Woody. Cet ouvrage se termine par un slogan anglais «To be continued» à suivre. Woody nous annonce que cet ouvrage n’est qu’un début, j’ajouterai prometteur, d’une longue et fructueuse création littéraire.
 
Références
1 – Le livre de Woody
LOM (Abdoulaye, Bocar), S’engager pour sa ville. Mon amour pour Thilogne, Dakar, l’Harmattan (Sénégal), 2021, 98 pages.
2 – Les autres références
Agence Française de Développement et IFAN, Etude de la dimension locale de la dialectique migration et développement : le cas France-Sénégal, Montreuil, GRDR, octobre 2014, 74 pages ;
BOUTILLIER (Jean-Louis), CANTRELLE (Pierre), CAUSSE (J), LAURENT (C), N’DOYE (T), Moyenne vallée du Sénégal, Paris, P.U.F., 1962, 368 pages ;
DIOP (Abdoulaye, Bara), Société toucouleur et migration, Dakar, IFAN, 1965, 232 pages ;
DUBOIS (Jean-Paul), Le bassin de la vallée du Gorgol (Mauritanie). Etude de géographie régionale, Université de Paris, diplôme d’études supérieures de géographie, Paris, 1961, doc B DJ 207 00126, 148 pages, spéc pages 64, 77-78 ;
KANE (Abdoulaye), «Diaspora villageoise et développement local en Afrique : Le cas de Thilogne association développement», Hommes et migrations janvier-février 2001, n°1229, pages 96-107 ;
KANE (Amadou, Moctar), «Thierno Mollé de Thilogne : investiture de Mamadou Racine», CRIDEM du 24 avril 2009 ;
MOTTE (Emmanuel), Thilogne Association Développement. Les Thilognois du monde, pour le développement de leur commune, Versailles, YCID Yvelines, octobre 2016, 27 pages ;
N’DIAYE (Racine, Oumar), «Les foyers d’enseignement religieux en Afrique : le cas de Thilogne (Sénégal), des Mahdhir (Mauritanie), XIème, XIXème siècles», Revue Ivoirienne Historique, 2013, vol 21, pages 122-124 ;
WANE (Baïla), Le Yirlaabe-Hebbiyaabé et le Bosséya de 1850 à 1880, Mémoire de maîtrise d’histoire, Dakar, Université de Dakar, 1977, 223 pages ;
WANE (Birane), L’Islam au Sénégal, le poids des confréries ou l’émiettement de l’autorité spirituelle, Université Paris-Est, UCAD, 2010, HAL, 275, spéc pages 25, 35, 117, 238-239.
Paris, le 24 juin 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 21:02
«Christine SITCHET et son roman, commencer dans le noir. Impulsions de Harlem» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Mme Christine SITCHET, docteure en sociologie, critique littéraire et journaliste, a publié un roman, «Commencer dans le noir. Impulsions» de Harlem. Cette œuvre a été qualifiée, de "récit de voyage" par la professeure à l’Université de New York, Mme Sylvie KANDE, de «promenade littéraire engagée», une ville où art et résistance se mêlent.
Christine SITCHET, dans un monde parfois envahi par les forces du Chaos, a choisi, quant à elle, dans ses chroniques au «Monde diplomatique», de porter constamment un regard d’altérité et de bienveillance envers les autres, et notamment les Noirs. Ainsi, Christine SITCHET a déjà fait deux comptes-rendus sur Maya ANGELOU (1928-2014). «Je sais pourquoi l’oiseau chante» est un roman de la géographie d’une enfance douloureuse, dans un Sud rural et raciste, et donc la confrontation à la discrimination raciale génératrice d’une dépréciation de l’image de soi avec le désir d’être autre. «Tant que je serai noire», après avoir croqué la vie à pleine dents, et diverses pérégrinations, May ANGELOU viendra s’installer à Harlem, en pleine Renaissance et rencontre des personnalités de premier plan, dans la lutte pour les droits civiques (Billie Holiday, Abbey Lincoln, Martin Luther King, Malcolm X). Les deux livres de Maya ANGELOU «donnent à voir le cheminement d’un destin qui se cherche, affirme sa dignité, clame sa liberté» écrit Christine SITCHET.
C’est un roman d’une rencontre avec soi-même et avec les autres. En effet, Christine SITCHET incarne le métissage culturel franco-britannique, avec parfois des allures autobiographiques : «Je suis une entre-deux. Française par ma mère, britannique par mon père. Mais j’ai grandi en France. D’où mon anglais teinté d’une petite touche exotique» écrit-elle. De nombreux dialogues, en langue anglaise, avec une traduction immédiate ou différée, sont une des originalités de ce roman. En effet, Christine SITCHET, avec son accent français, navigue d’une langue à l’autre, avec une grande aisance «Elle parlait. Je parlais. Français et anglais se chevauchaient» écrit-elle au sujet de l’une de ses rencontres.
Ce roman est avant tout une histoire prégnante, celle d’une ambition littéraire, de se raconter et de raconter «A priori, rien n’a commencé. Elle est là. Toute nue. Immaculée. Silencieuse. Devant soi le possible d’un chemin en devenir, à tracer au bout de la plume, avec la transpiration et la chair des mots. Devant soi, une page blanche» écrit Christine SITCHET. L’auteure est venue rencontrer la ville du Jazz, «L’inattendu. L’inopiné. L’improbable. Les croisements» écrit-elle, avec son style saccadé, où un mot, à lui seul, résume une pensée complexe. Christine  SITCHET est donc décidée, plume à la main, d’aller à la rencontre de cette ville mythique, de la démesure, avec ses folies de grandeurs «Je me sens prête à commencer dans le noir, plume à la main. Je ferai mien l’incertain et l’imprévisible» écrit-elle.
Christine SITCHET évoque, dans ses flâneries, et sous sa plume, cet Harlem, au passé glorieux ; un lieu où différents artistes (Langston Hugues, James Baldwin, Maya Angelou, Louis Armstrong, Alex Haley, etc.), au début du XXème siècle ont choisi de se rassembler, à travers le mouvement «Harlem Renaissance», afin de défendre leur identité culturelle, pour mieux lutter contre la ségrégation raciale.
New York est une ville-monde, «il est possible de voyager, sans même se déplacer. Car la planète entière y est présente» écrit-elle. Aussi, le Harlem que décrit Christine SITCHET, et dont elle fait l’éloge, est celui de la diversité ethnique et culturelle, et en particulier du Sénégal. En effet, pour le président-poète sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), Harlem est ce pays noir, mis à distance d’un Manhattan de verre et d’acier par le violent préjugé «Ecoute New York ! ô écoute ta voix mâle de cuivre, ta voix vibrante de hautbois, l’angoisse bouchée de tes larmes en gros cailloux de sang» chante-t-il dans son poème «New York». La 116ème avenue, où l’on peut consommer des plats sénégalais (Yassa ou Thiébou Dieun) a été baptisé «Little Sénégal».
Dans sa thèse de doctorat, en 2007, Christine SITCHET avait déjà fait observer que l'afrocentrisme inscrite dans un projet de contre-acculturation, prenait la forme d'une africanisation. Ainsi, son ami, Kuofo de Brooklyn, amateur d’art et artiste, marié à une ivoirienne, puis à une argentine, refusant tout mariage mixte, en dépit du racisme, «malgré la blessure béante, malgré la soif de guérison inassouvie, est parvenu à une profonde métamorphose de conscience. A transmué, peu à peu sa souffrance en puissance. A présent, il aime à cultiver une identité fluide, inscrite dans l’ordre de l’impalpable» écrit Christine SITCHET. Les Noirs américains sont en quête de leurs origines «Si tu es Noir, ou métis, difficile d’oublier que tu es aussi défini par les autres», écrit-elle. Aussi, Aminata, mariée à un  Sénégalais, sans doute influencée par les idées de Marcus GARVEY (1887-1940), est une Américaine, revendiquant ses racines africaines. «Nier la culture et le passé est une meilleure façon, très efficace de dévaloriser un individu» écrit-elle. En revanche retrouver ses racines donne de la force, c’est une question d’estime de soi. «La chose la plus difficile est de comprendre l’autre. D’arriver à dépasser les préjugés qu’on a de lui» dira Aminata
Harlem, comme le dirait WEB du BOIS (1868-1963), c’est cette «ligne de couleur» raciale. «Il ne se passe pas de jour sans que cette discrimination ne me rende fou de rage, et comme je ne peux être constamment furieux, je me sers de ma musique pour vider ma rage» dit Miles DAVIS (1926-1991), que cite, d’emblée, Christine SITCHET. Aussi, Christine SITCHET évoque cette tendance lourde à la gentrification de ce quartier mythique noir de New York. Résidante au départ au quartier de Greenwich, Christine SITCHET a l’opportunité de déménager sur Harlem «J’ai la bonne couleur de peau. L’agence m’accepte» dit-elle. Sa nouvelle voisine, une ancienne institutrice, aimant la lecture lui fait cette recommandation «Il ne faudra pas oublier de parler de Harlem. Et de donner la parole à ses habitants. A son allégresse. A sa souffrance et ses humiliations. A la trace indélébile de ses blessures. A sa force et sa résilience» écrit-elle. Harlem, comme le quartier du Château Rouge, à Paris, est en pleine mutations. Une voisine américaine blanche lui dit «Ce coin de Harlem est relativement tranquille. Il y a de plus en plus de Blancs» dit-elle. Sous prétexte de rénovation urbaine, les loyers flambent, pour des Noirs installés à Harlem de longue date, et qui sont obligés d’aller vers le Bronx, avec ses bavures policières, comme le cas de Amadou DIALLO (1975-1999), abattu, «par erreur» de 19 balles.
La musique de Jazz est consubstantiellement liée à l’histoire des Noirs. Il s’agit de ne pas oublier, se souvenir et témoigner : «Des privations, humiliations, vexations, oppressions, offenses, blessures, fêlures, déchirures, meurtrissures, séquelles, traumas. Ne jamais oublier. L’arbre macabre. Les fruits étranges (Strange Fruit de Billie). La récolte amère» écrit Christine SITCHET. En effet, écouter John COLTRANE (1926-1967) en plein quartier du Times Square, c’est donner à sa musique «toute sa sapidité. Le jeu de Coltrane suspend le temps, concentre les sens, les fait chavirer» écrit-elle. Harlem, en particulier, ce sont non seulement ses avenues (125ème devenue Martin Luther King, Lenox Avenue Malcolm X), les grandes boites de nuits (Cotton Club, Apollo Theatre, Love Supreme) tous les fantômes des grands musiques de Jazz qui planent dans l’atmosphère (Charlie Parker, Billie Holiday, Duke Ellington, John Coltrane, Nina Simone, etc.). A Harlem, Christine SITCHET «respire» la musique qui prend son envol : «Très vite, je ferme les yeux. Le flot continu de mes pensées s’amenuise. Laisser la page blanche se remplir de notes et de silences. Ecouter. Recevoir. Léviter aux côtés du jazz. Le jazz. L’acuité de son énergie m’éclabousse l’âme. Une énergie suprême. Ineffable. Immarcescible» écrit-elle.
En définitive, et en dépit des défis et des incompréhensions, Christine SITCHET, en philosophe, est d’un pessimisme ensoleillé : «L’important dans la vie, c’est ne pas contrarier nos rêves. (…). Le mieux est de faire comme les arbres. Continuer de déployer nos branches et nos racines. Et s’efforcer de vivre au plus près de nos rêves. Même si la terre ne tourne pas rond. Même si elle est traversée et secouée par un incommensurable tumulte. Fais comme si de rien n’était. Continuer à mettre un pied devant l’autre» écrit-elle.
Références
SITCHET (Christine), Commencer dans le noir. Impulsions de Harlem, postface de Sylvie Kandé, Le Plessis-Trévise, Tahem éditions, 2019, 248 pages, prix de 15 euros.
1 - Chroniques au Monde diplomatique
SITCHET (Christine), «A la dérive, Haïti rêve toujours)», Le Monde diplomatique, octobre 2008, page 26 ;
SITCHET (Christine), «Ahmadou Kourouma, Jean-Michel Djian)», Le Monde diplomatique, avril 2011, page 25 ;
SITCHET (Christine), «Appel aux jeunes générations, d’une Afrique à l’autre)», Le Monde diplomatique, octobre 2003, page 35 ;
SITCHET (Christine), «Autobiographie d’une militante. Combats civiques d’une Noire américaine (Maya Angelou)», Le Monde diplomatique, avril 2009, page 26 ;
SITCHET (Christine), «Coulisse d’un retour au pays (Théo Ananissoh, Ténèbres à midi, Togo)», Le Monde diplomatique, janvier 2011, page 28 ;
SITCHET (Christine), «Croyances et valeurs chez les jeunes maghrébins», Le Monde diplomatique, janvier 2004, page 30 ;
SITCHET (Christine), «Le rebelle (Mongo Béti, Cameroun)», Le Monde diplomatique, novembre 2008, page 28 ;
SITCHET (Christine), «Le trophée de capitaux de Guy Régis Jr, Debout dans le feu», Le Monde diplomatique, mars 2012, page 25 ;
SITCHET (Christine), «Ma grand-bantoue et mes ancêtres les Gaulois, Henri Lopès», Le Monde diplomatique, décembre 2002, page 13 ;
SITCHET (Christine), «Passeur d’âme rebelle (Etienne Ebodé, la transmission, Cameroun)», Le Monde diplomatique, juillet 2003, page 30.
2 – Autres contributions
TULLY-SITCHET (Christine), Pratiques et représentations afrocentristes chez les Africains-Américains : usages sociaux des origines et de la différence ethnoculturelle dans un itinéraire collectif de revalorisation, de ré-enchantement et d'affirmation, thèse sous la direction de Dominique Desjeux, Paris, Université Paris Descartes, 2007, 2 vol, 427 pages ;
TULLY-SITCHET (Christine), «Noirs américains, rêve d'Afrique et invention du retour», Hommes et Migrations, janvier-février 2002, n°1235, pages 72-81.
Paris le 13 juin 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 16:32
«Hermann HESSE (1877-1962),  Prix Nobel de littérature, un loup des steppes et son Siddhartha» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Tout lecteur qui fréquentera la vaste, grandiose, savante et mystique contribution littéraire de Hermann HESSE, n’en sortira jamais indemne ; on finit, devant les conflits intérieurs, par être apaisé et fortement réconcilié avec soi-même, et donc avec les autres. Les fragrances et les réminiscences des enseignements de Hermann HESSE vous poursuivront tout au long de votre vie, avec cette injonction majeure : perfectionne-toi, rend-toi chaque jour meilleur au contact de l’autre, en apprenant à entrer en symbiose avec lui, débarrassé de toute haine et habité par la Compassion. L’œuvre de cet humaniste, marquée par Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) et les philosophies d’Extrême-Orient, s’ancre dans les profondeurs de l’âme et l’amour de la nature : «La tendresse est plus forte que la dureté, l’eau plus forte que le rocher, l’amour plus fort que la violence» dit Hermann HESSE. Il est également un puissant trait d’union entre l’Europe et l’Asie, en recherchant une synthèse, de toutes les religions sur la base d'une mystique universelle, «une religion en dehors, au milieu et au-delà des confessions, qui soit indestructible» écrit-il. En effet, Hermann HESSE recommande la philosophie bouddhiste, celle du juste milieu, à savoir l’accomplissement de soi, la sagesse et la découverte de son identité. «Je suis persuadé depuis longtemps que l'esprit européen en est à son déclin et a besoin de retourner à ses sources asiatiques. J'ai vénéré Bouddha durant des années et j'ai lu la littérature indienne dès ma toute première jeunesse» écrit-il.
 «Siddhartha», roman paru en 1922, une quête existentielle et spirituelle, est une puissante apologie sur le renoncement au réel, comme moyen de conquérir l’individualité la plus authentique. Les thèmes de ce roman irriguent toute l’œuvre de Hermann HESSE, à savoir l'étude de l'évolution de l'Homme vers un idéal dont il sera le principal acteur. Siddhartha, un jeune homme admiré pour sa beauté, son intelligence et sa sagesse, va quitter sa famille et ses richesses, afin de parcourir le monde. Accompagné de son fidèle ami Govinda, il désire parvenir à l'Illumination. Le personnage de Siddhartha Gautama, dit «Bouddha», est un passeur, réconcilié avec le monde et avec la vie, ayant appris à comprendre et à aimer. Il lui aura fallu passer, comme tout un chacun, par les affres des possessions et de la souffrance, pour parvenir à ce détachement parfait, qui n'est pas l'indifférence et le mépris de la condition humaine, mais bien plutôt son accomplissement par-delà les agitations et les troubles de l'âme. Siddhartha ayant dépassé la sagesse de son Brahmane de père, n'en reste pas moins frustré quant à sa recherche du Nirvana que ne peuvent combler ni la compagnie des ascètes Samanas, ni la rencontre avec le grand Bouddha. Poursuivant son éveil, en compagnie de la belle courtisane Kamala qui lui fait découvrir amour et cupidité, il en perd presque son âme, et c'est en fin de vie au bord du fleuve qu'il trouve enfin la sagesse. «Le Savoir peut se communiquer, mais pas la Sagesse. On peut la trouver, on peut en vivre, on peut s'en faire un sentier, on peut, grâce à elle, opérer des miracles, mais quant à la dire et à l'enseigner, non, cela ne se peut pas» écrit-il. Siddhartha, dans sa quête de la sagesse et du bonheur, finira, à la fin de ce voyage initiatique, par un renoncement aux biens matériels et spirituels, et adopter l’oubli de soi, le jeûne, la solitude et la méditation. Le chemin de la vie est semé d’embûches, mais il peut finir par «l’illumination», qui sait aimer et être exigeant avec lui-même.
Il n'est guère possible de comprendre Hermann HESSE sans connaître ses origines familiales qui l'ont imprégné. Dans ses racines familiales, le monde dans lequel Hermann HESSE vit le jour se caractérise par son côté à la fois étriqué et ouvert : d'un côté la rigueur intègre du piétisme de sa ville natale et de la maison paternelle, de l'autre l'ouverture au monde et la grande culture de ses parents et grands-parents. Ses deux grands-pères, dont il portait le prénom, ont eu notamment une grande influence sur lui. Hermann HESSE est né le 2 juillet 1887, à Calw, près de Stuttgart, en Forêt noire, dans le Bade-Wurtemberg, dans le Sud de l’Allemagne «Ma naissance eut lieu à la tombée de la nuit, et sans le savoir, cette chaleur que j’ai aimée et recherchée tout ma vie. Je suis né vers la fin de l’époque moderne, peu avant le Moyen-Age, sous le signe du Sagittaire et sous les rayons propices de Jupiter» écrit-il dans sa brève autobiographie. Son père, Karl Otto Johannes HESSE (1847-1916), est un missionnaire, directeur d’édition et écrivain, est de Lubeck, mais dont les ancêtres sont des russes de l’Estonie. Sa mère, Marie GUNDERT DUBOIS, veuve ISANBERT (1842-1902), née en Inde, est d’ascendance suisse romande. «Mes parents avaient une religion ; je les aimés tendrement et les eussent encore aimés davantage encore si on ne m’avait pas familiarisé, très tôt, avec le quatrième commandement. Dès que j’entendais dire «tu dois», tout se hérissait en moi et je devenais buté. On peut imaginer la fâcheuse influence qu’exerça ce trait de caractère sur ma vie d’écolier. Toute tentative de faire de moi un être socialement utile se soldait par un échec, souvent par un scandale infamant qui aboutissait à la fuite et à l’exclusion», écrit-il. En effet, Hermann HESSE, déjà révolté contre son éducation piétiste qui doit faire de lui un pasteur, décide de devenir poète et rien d’autre, ce que sa famille rigide et conservatrice interprète comme un signe de démence. En 1892, exaspéré par la discipline religieuse que lui imposait la vie de séminaire, il s’enfuit de l’internat. Il s’ensuit une quête d’identité et de conflit avec sa famille «L’école ne m’avait pas réussi, je commençais à l’âge de quinze ma propre éducation, avec énergie et lucidité. J’eus la chance et le plaisir que la maison familiale abritait l’immense bibliothèque de mon grand-père». En effet,  son grand-père maternel, Hermann GUNDERT (1814-1893), dont il porte le nom est un théologien et directeur d’une maison d’édition ; &agr