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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 21:28
Intellectuel majeur du XXème siècle, l’influence de WEB du BOIS dans la lutte pour les droits civiques, l’émergence de la Négritude et les combats pour la citoyenneté de la diaspora, est considérable. Dans son livre, «Philadelphia Negro», une étude sociologique des habitants noirs du ghetto de Seventh Ward commandée par l’élite réformiste souhaitant reconquérir cette ville, W.E.B du BOIS relate les préjugés, les humiliations et les injustices, mais adopte un style narratif, explicatif, dénué apparemment de tout militantisme ; il était encore conformiste. Du BOIS n’était pas éloigné à cette époque, des idées de Booker T. WASHINGTON, un intégrationniste, à savoir que la criminalité chez les Noirs, libérés de l’esclavage, allait se réduire au fur et à mesure de leur bonne intégration dans la société américaine. WEB du BOIS avait une certaine estime pour WASHINGTON, et partageait avec lui certaines idées, à savoir que les Noirs, pour améliorer leurs conditions de vie, ne peuvent que compter sur eux-mêmes ; ils doivent vivre séparément des Blancs et créer leur propre cadre de vie. Les Noirs doivent remplir convenablement leurs obligations avant de réclamer des droits. Directeur du «Tuskegee Institute», une école d’enseignement technique fondée en 1881 à Tuskegee, une petite ville de l’Alabama et financée par les Blancs, WASHINGTON juge que les conditions de vie des Afro-américains doivent d’abord être améliorées sur le plan matériel avant de l’être sur le plan politique, et il pensait que par l’éducation dans certains secteurs (agriculture, mécanique, domesticité) et le travail, les Noirs pourraient, à force de persévérance et de droiture morale, gagner l’estime des Blancs, et avoir ainsi les mêmes droits. Par conséquent, WASHINGTON s’accommode du système ségrégationniste. Le séjour de Du BOIS en Allemagne où il étudie l’économie, la sociologie et l’histoire, s’inspirant de l’idéalisme hégélien et du marxisme-léninisme, a radicalement changé son point de vue. Il engage donc une bataille du leadership contre les idées «accomodationnistes» de WASHINGTON, et propose, à travers les «âmes du peuple noir» une alternative, en valorisant l’humanité du peuple noir, la grandeur de sa culture et les combats de ses grands hommes. En effet, Du BOIS a compris que les préjugés raciaux, niant l’égalité et la justice, sont plus souvent la cause que le résultat de la déchéance des Noirs, l’environnement social a de fortes incidences sur le comportement des personnes. Par conséquent, les réformes sociales sont urgentes afin d’améliorer la condition des Noirs. Désormais, il pense que la démarche WASHINGTON rendant les Noirs responsables de leur condition, sans tenir compte du système de ségrégation, était dangereuse. En effet, la déchéance physique et morale des Noirs est une conséquence de l’esclavage et des préjugés raciaux. La majorité des Noirs doit combattre le racisme et acquérir une éducation de qualité. Agissant en sociologue à Philadelphie et lors de ses conférences d’Atlanta, à partir de 1897, Du BOIS découvre, progressivement, la condition misérable des Noirs qui ne peuvent pas trouver un emploi ou un logement convenable et sont victimes de nombreuses injustices ; ce qui infirme l’idée suivant laquelle, ils seraient entièrement responsables de ce qui leur arrive. Au contact avec Alexander CRUMMELL (1819-1898, universitaire, président de la Negro Academy), et dont les idées transparaissent dans son roman, Du BOIS élabore sa philosophie d’une éducation supérieure de qualité, et met l’université au centre de ses préoccupations, l’université étant le lieu où les hommes apprennent à devenir des hommes avant de devenir des travailleurs. Du BOIS ne néglige pas la réussite économique des Noirs, synonyme de statut social et respect. Ils doivent être ambitieux et créer des entreprises. Il remet donc en cause le larbinisme sous-jacent aux idées de WASHINGTON. Dans les «âmes du peuple noir», Du BOIS fait une analyse raciale de la question noire suivant laquelle l’égalité raciale va créer une fraternité et une justice universelles.
«Les âmes du peuple noir» est aussi une réplique de la littérature raciste de certains Blancs conservateurs présentant les Noirs comme des êtres sans âme. A la fin du XIXème siècle, l’anthropométrie, sous couvert de la science, était en fait une propagande raciste, pour accréditer l’infériorité des Noirs. Il n’y aucun peuple plus vicieux et misérable que les Noirs prétendait William Hannibal THOMAS. Adepte du positivisme, chercheur rigoureux, bon vulgarisateur et prosateur de haut-calibre, WEB du BOIS croit aux vertus de la réforme de la société, et réclame l’égalité des droits. Si le monde noir est exploité, pillé et dégradé, à cause des préjugés, de l’insouciance, de l’injustice et de l’avidité, il en résultera, suivant Du BOIS, des conséquences graves pour l’humanité, et pour éviter un tel drame, il recommande de vivre dans l’entraide et la solidarité. «Les âmes du peuple noir» est un ouvrage majeur qui passe de la description au combat pour l’identité et les droits civiques. WASHINGTON ayant primé la prospérité matérielle au détriment de la culture, Du BOIS estime que le Noir est un être humain qui doit se consacrer, fondamentalement, à la recherche de la Beauté, de la Vérité et de la Justice. Du BOIS développe le thème de la fierté raciale, à savoir que le Noir est appelé à respecter ses «frères de couleur», à tirer une fierté de son histoire et des efforts qu’il a fait pour gagner sa liberté et améliorer sa situation depuis qu’il l’a acquise. Le Noir doit se rappeler, à tout moment, d’où il vient, l’injustice et l’humiliation qu’il subit et l’aide qu’il doit apporter à son prochain devant surmonter les mêmes difficultés que lui. Enfant, Du BOIS vivait dans un milieu à domination blanche, c’est quand il arrive à Fisk, en 1884, qu’il prend conscience de sa condition de Noir (ségrégation dans les transports, refus d’admission dans une chorale, ostracisme à l’école, insultes) et commence à développer un sentiment d’appartenance et de fraternité avec les Noirs. Contrairement à Frederick DOUGLASS (1817-1895), qui préconisait l’intégrationnisme, WEB Du BOIS s’oppose désormais à la séparation des races et réclame l’égalité immédiate et sans compromis. Les Noirs ne pourront améliorer leurs conditions que s’ils remettent en cause l’ordre social dans lequel ils évoluent. Que signifie donc être Noir, à l'aube du XXIème siècle ?
«Une grande partie de ce qui est enfoui dans ces pages peut aider un lecteur patient à saisir dans toute son étrangeté ce que signifie être Noir, ici, à l'aube du XX° siècle. Cette signification n'est pas sans intérêt pour toi, noble lecteur; car le problème du XX° siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs» écrit-il dans l’introduction «Les âmes du peuple noir».  «Le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs» (Color Line) dit-il. Quel effet ça fait d’être «un problème» ? C’est une expérience étrange ; Une expérience dont on n’a pas à se déprendre depuis le moment de son enfance, où arraché à l’insouciance, on a brutalement compris qu’on était coupé du monde des Blancs «par un immense voile». Le voile désigne chez Du BOIS, tout ce qui borne l’horizon des Noirs, la ségrégation, les préjugés, la souffrance, la pauvreté, une vie âpre et misérable, les frustrations, les humiliations et les aspirations déçues. Par conséquent, pour du BOIS, les questions de couleur vont dominer la bataille pour l’égalité, contre le racisme. Telle est aussi l’intuition fondamentale de Du BOIS dans «Les Âmes du peuple noir », œuvre majeure de la littérature nord-américaine, dans laquelle il évoque le passé de souffrances : l’esclavage, la déshumanisation du Noir, le racisme, le désespoir et la résignation. Dans ce recueil d’essais publié en 1903 sous le titre «The Souls of Black Folk», Du BOIS entreprend de donner à voir à un lecteur blanc la réalité de l’identité noire américaine, de dénoncer l’échec de la mise en pratique des idéaux fondateurs de la République américaine et de proposer une refonte de ces idéaux afin que l’Amérique devienne une démocratie rationnelle et morale. Cependant, du BOIS est habité par l’espérance, la vitalité d’un monde ignoré ou méprisé, ses hautes figures et ses luttes obstinées pour la liberté et l’égalité. C’est un ouvrage où se mélangent des récits personnels et les chants des esclaves. Ainsi, John, revenu en Géorgie, après avoir étudié à Johnstown, a les yeux décillés ; il a accédé au monde du savoir et des idées, il s’est mis à observer des différences, à ressentir des entraves, des affronts qu’il ne remarquait pas auparavant. Du Bois était pour une aristocratie noire, «Talented Tenth», pour éduquer les masses, les empêcher d’être corrompues par ceux dont les mœurs sont viles et basses. Scolariser, nourrir et habiller les affranchis n’est plus suffisant, le Noir doit s’éduquer, acquérir de nobles idéaux, affermir son caractère et lutter pour ce qui est juste, et créer une civilisation afro-américaine. Partisan de la diversité culturelle, Du BOIS estime que les races ont toutes une contribution à faire à l’humanité et la race nègre n’y fait pas exception. La destinée du Noir n’est pas d’imiter, servilement, la culture anglo-saxonne, mais à embrasser l’originalité et la diversité de la sienne pour mieux s’opposer aux injustices dont il est victime. Les Noirs ont, en particulier, une imagination fertile, un bon sens de l’humour et une oreille musicale. Ils doivent aussi corriger leurs défauts (débauche, paresse, délinquance) afin de mieux combattre les préjugés raciaux. A Atlanta, Du BOIS tient les conférences annuelles sur «The Negro Problems» de 1896 à 1915, traitant des difficultés que rencontrent les Noirs dans les zones urbaines (accès aux affaires, éducation, artisanat, rôle de l’église).
Les «âmes noires» est un livre relatant la douleur de la double conscience noire, ces rivalités et conflits entre différents soi, une vraie dualité existentielle : «Chacun sent, constamment, sa double nature, un Américain, un Noir ; deux âmes, deux pensées, deux luttes irréconciliables ; deux idéaux en guerre dans un seul corps noir, que sa seule force inébranlable prévient de la déchirure» écrit-il. WEB du BOIS aurait-il fait l’éloge de l’hybridité ?
A la question de «Qui suis-je ?» Du BOIS y a répondu : le Noir est à la fois un Américain et un Africain ; il doit «se réconcilier avec les deux parts de lui-même pour que puisse émerger un meilleur soi». Le Noir américain ne pourra être heureux que lorsqu’il assume tous ses héritages. Il faut donc qu’il réclame la place qui lui est due dans la société américaine. Les Noirs doivent renoncer à la réconciliation du pays si celle-ci est synonyme  pour eux d’esclavage industriel et de mort civique. Il espérait dépasser le racisme par la science, en oscillant entre réalisme et utopie. Il invente le concept de «diaspora noire», et affirme la possibilité d’être «à la fois Nègre et Américain». L’idée d’une dualité fondamentale du «Nègre d’Amérique», à la fois Nègre et américain, est caractéristique de la position de Du BOIS. C’est d’ailleurs cette idée, qu’il popularisera par la suite sous le nom de «double conscience» qui tend à faire de Du Bois l’inventeur de la notion de «diaspora africaine» ou de «diaspora noire». Ecrite dans une langue lumineuse et imagée, cette contribution, «les âmes du peuple noir», repose sur un postulat simple : la double conscience des Noirs américains évolue dans deux mondes, celui de la culture américaine en général et celui de la culture noire.
«Les âmes du peuple noir» est un ouvrage dégageant tous les enjeux philosophiques d’un texte qui se veut également «littéraire», lyrique et poétique. L’écriture élégante et passionnée de Du BOIS tisse les souvenirs autobiographiques et les paraboles épiques avec les analyses historiques et sociologiques, construisant ainsi l’unité culturelle et politique du peuple noir à partir de la multiplicité de ses âmes individuelles. «Les Âmes du peuple noir» a inspiré l’essentiel de la conscience collective noire et des mouvements en faveur des droits civiques dans les années soixante, et continue d’avoir un retentissement considérable au sein de la communauté afro-américaine. WEB du BOIS est le précurseur de la négritude. On peut lire dans les «Âmes du peuple noir» une critique et un déplacement d’un idéal fondateur de la nation libérale américaine, celui de la sympathie, concept central de la pensée politique des pères fondateurs, hérité des Lumières écossaises. C’est l’échec de la sympathie comme prétendu liant social universel dont Du BOIS prend acte dans les Âmes ; en le resituant dans son rapport historique et particularisant avec «l’idéal unifiant de la race», Du BOIS propose de repenser la sympathie à partir de l’hétérogénéité et fonde ainsi le modèle du «multiple self» comme modèle de l’identité démocratique. Publié pour la première fois en France en 1959 par les éditions Présence Africaine, le livre était devenu introuvable. Magali BESSONE, traductrice de l’édition de 2004, lui donne une deuxième vie. Dans une postface roborative, elle retrace la biographie de l'auteur, situe le livre dans son contexte d'énonciation, souligne son importance pour les Afro-Américains et surtout pour l'histoire contemporaine, pour la diaspora.
Du BOIS n'est pas seulement un universitaire : il s'engage fortement en faveur de l'obtention des droits civiques pour les Noirs, et milite activement pour la fin de la ségrégation. En 1900, il prépare la première conférence panafricaine qui a lieu à Londres. C'est là qu'il prononce pour la première fois son intuition célèbre : "Le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs". En 1905, il invite cinquante-neuf Noirs, des intellectuels, des savants, des universitaires, pour mettre au point une stratégie commune de lutte pour la progression des droits civiques des Noirs. Les vingt-neuf membres présents fondent le 11 juillet le mouvement Niagara, précurseur du NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) qui voit le jour en 1910. Ce mouvement biracial lutte contre l'exclusion dans l'emploi et à l'école, contre la ségrégation territoriale et contre la pratique du lynchage. Il utilise la médiatisation, la publicité et les plaintes devant les tribunaux. Du BOIS est embauché comme directeur des publications et des recherches, mais il est le seul Noir élu au conseil d'administration. Il est le rédacteur en chef du journal mensuel de l'association, «The Crisis». Ses audaces éditoriales, son intransigeance et ses provocations soulèvent une controverse au sein même de la communauté noire.
En 1912, Du BOIS soutient l'élection de Woodrow WILSON. Pendant la première guerre mondiale, Du BOIS incite les Noirs à s'engager, comme soldats ou dans les industries de guerre, pour gagner la reconnaissance des Blancs, mais il dénonce en même temps la discrimination à leur encontre dans l'armée, ce qui lui vaut d'être menacé de poursuites par le département de la Justice.
I – WEB Du BOIS, un éveilleur de la conscience noire
A – W.E.B du BOIS, un panafricaniste
Pour la plupart des Africains, le nom de William Edwad Burghardt du BOIS renvoie au panafricanisme. En sociologue et penseur, il estime que la libération des Noirs aux Etats-Unis est indissociable de celle du Tiers-monde. Du BOIS est considéré comme l’un des pères du panafricanisme, avec George PADMORE, après le congrès de Manchester en 1945 : les deux hommes avaient organisé ensemble la conférence panafricaine de Londres en 1900, exigeant pour les colonies des "gouvernements responsables" et le respect de l’indépendance de Haïti, du Libéria et de l’Ethiopie. En 1919 il organise le premier congrès panafricain, et avec l'aide de Blaise Diagne, membre sénégalais de la Chambre des députés en France, persuade Georges CLEMENCEAU d'autoriser le congrès à se réunir à Paris. Cinquante-sept délégués venus des États-Unis, d'Europe, d'Afrique et des Indes orientales y assistent. En 1921 a lieu le deuxième congrès panafricain, qui se tient successivement à Londres, Bruxelles et Paris ; il est marqué par les divisions entre les délégations anglaise et américaine d'une part, belge et française de l'autre. Les premières réclament des politiques de confrontation directe, alors que les secondes cherchent à réaliser un compromis avec leurs gouvernements. Du BOIS présente des résolutions à la Société des Nations à Genève et demande au Bureau International du Travail d'enquêter sur les conditions de travail dans les colonies. Il démissionne de son poste de secrétaire du mouvement panafricain. En 1927, il participe au Congrès panafricain qui a lieu à New York et en 1929 à celui qui a lieu en Tunisie. Il y rencontre notamment Kwamé N’KRUMAH.
W. E. B. Du BOIS est né le 23 février 1868 à Great Barrington (Massachusetts) dans une famille d’un père blanc et d’une mère noire, Mary Silvina BURGHART (1831-1885). Par son père, Alfred du BOIS (1825-date décès inconnue) descend d’une lignée de huguenots français installés aux États-Unis à la fin du XVIIIème siècle et propriétaires d’esclaves. Par sa mère, il descend d’un bisaïeul esclave, affranchi pendant la guerre d’indépendance. De là, tout est ambivalent en lui, sa vie, ses convictions, ses œuvres et les réponses qu’il y apporte sont complexes.
Sa mère étant morte, il obtient une bourse pour aller étudier à l’Université Fisk à Nahsville dans le Tennessee. Cette Université est l'une des plus importantes Universités noires aux États-Unis ; Du BOIS a toujours voulu étudier à la prestigieuse Harvard, mais son séjour à Fisk lui donne l’occasion de se trouver pour la première fois de sa vie dans un environnement majoritairement noir et lui ouvre les yeux sur la réalité de la misère et les frustrations auxquelles doivent faire face les Noirs dans le Sud. Admis à Harvard en 1888, il y poursuit des études d’histoire avant d’y obtenir son doctorat en 1895. Il est alors le premier Noir à obtenir un doctorat dans cette université. Sur les conseils de JAMES, il décide de travailler en thèse d’histoire sur la suppression de la traite des Noirs. En 1892, il obtient une bourse du Slater Fund pour aller étudier à Berlin où il suit des cours d’économie, de politique et d’histoire ; il a l'occasion d'assister à des conférences de Max WEBER, qui participera à la conférence annuelle organisée par Du BOIS en 1904 à l'Université d'Atlanta. De Berlin, il voyage dans toute l'Europe. À la fin de son troisième semestre à Berlin, sa bourse n’est pas renouvelée et il ne peut finir son doctorat en Allemagne. Il rentre donc à Harvard en 1894 pour terminer son troisième cycle. En 1895, il est le premier Noir à obtenir un diplôme de Harvard, avec sa thèse sur «la suppression de la traite négrière africaine aux Etats-Unis 1638-1870».
Il épouse Nina GOMER, une étudiante de Wilberforce, et la même année obtient un poste d'assistant en sociologie à l'Université de Pennsylvanie. Il dispose d'un fonds pour conduire une étude sociologique sur la population noire du septième «Ward» de Philadelphie. Les enquêtes aboutiront à «The Philadelphia Negro», publié en 1899, remarquable travail qui utilise les méthodes les plus modernes de sociologie que Du BOIS a notamment acquises à Berlin (contextualisation, usage de l’outil statistique, etc.) pour rendre compte de la situation dramatique des Noirs dans un Sud où règne la ségrégation.
En 1897, l’année où il fonde avec CRUMMELL l’American Negro Academy, il devient professeur d’histoire et d’économie à l’université d’Atlanta. L’année 1910 est particulièrement importante pour Du BOIS : elle voit la fondation de la «National Association for the Advancement of Colored People» (NAACP) qui se consacre à la dénonciation des discriminations dont sont victimes les Noirs aux États-Unis, ainsi que la création du mensuel «The Crisis», dont Du BOIS devient le rédacteur en chef proche du mouvement communiste depuis les années 1930, il est inquiété lors de la chasse aux sorcières au début des années 1950. Il n’adhère, cependant, au parti communiste qu’en 1961, l’année où il quitte les États-Unis pour le Ghana pour diriger le projet «Encyclopedia Americana» ; il y meurt en 1963, peu de temps après avoir acquis la nationalité ghanéenne.
B – WEB Du BOIS, un précurseur de la Négritude
«Je suis nègre, et je me glorifie de ce nom ; je suis fier du sang noir qui coule dans mes veines» souligne Du BOIS. Il veut «simplement qu’il soit possible à un homme d’être à la fois un Noir et un Américain, sans être maudit par ses semblables, sans qu’ils lui crachent dessus, sans que les portes de l’Opportunité se ferment sur lui". «Le problème noir n’est rien d’autre qu’un test concret des principes fondateurs de la grande république» précise t-il. Il va alors consacrer toute sa vie pour l’émancipation des Noirs aux Etats-Unis et dans le reste du monde.
On comprend avec ces citations que Du BOIS est le précurseur de la Négritude. Comme l’a dit fort justement, Jean-Paul SARTRE, l’écrivain noir «ramasse le mot Nègre qu’on lui a jeté comme une pierre en face du Blanc dans la fierté». Le combat des Noirs, à travers la littérature pour l’égalité des races, va conduire Aimé CÉSAIRE, l’homme dont le nom est un prénom à inventer le mot Négritude. Selon lui, «le propre du Zèbre est de porter ses Zébrures». Il définit la Négritude comme étant «la simple reconnaissance du fait d’être Noir, l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire, de notre culture».
Pour SENGHOR, la Négritude s’entend de deux manières : «Objectivement, dit- il, la Négritude, c’est l’ensemble des valeurs des civilisations propres au monde noir d’Afrique, mais encore d’Asie et d’Océanie sans oublier les Noirs de la diaspora américaine. Sens de la communion, sens de la communauté, sens de l’image symbolique et du rythme. Subjectivement, la Négritude c’est la manière dont chaque Nègre vit les valeurs que voilà selon son continent, sa nation». SENGHOR pense ainsi que la Négritude n’est ni racisme, ni micro-nationalisme. Si elle est enracinement dans la terre africaine, elle n’en est pas moins ouverture aux autres continents, aux autres races, aux autres nations, aux autres cultures. C’est donc une négritude qui est la négation de Négritude raciste.
Avant Du BOIS on parlait du «problème noir», après lui on parlera de la contribution des Noirs à la vie politique et culturelle américaine.
II – W.E.B. Du BOIS, un militant des droits civiques
A – Du BOIS, un combat pour l’égalité réelle et immédiate
Paru six ans avant «The Souls of Black Folk», le texte de W.E.B. Du BOIS «The Conservation of Races» est un texte capital pour saisir la position tout à fait particulière occupée par son auteur dans le champ du nationalisme noir de la fin du XIXème siècle, position médiane entre un pur intégrationnisme orienté vers l’accès des Noirs à l’intégralité des droits civiques et un pur séparatisme guidé par la nécessité du peuple noir-américain d’assurer sa propre formation et de tracer sa propre voie.
W.E.B. du BOIS se démarque de Marcus GARVEY et de Booker T. WASHINGTON, disparu en 1915. Il est tout d’abord marqué par la personne d’Alexander CRUMMELL (1819-1898), que Du BOIS a rencontré lors de son bref séjour comme enseignant à l’Université de Wilberforce entre 1894 et 1896, et qui est le premier président de l’American Negro Academy.
À l’époque, le mouvement noir se structure autour de deux pôles opposés, «l’intégrationnisme» et le «séparatisme». Frederick DOUGLASS (1817-1895), chef de file des intégrationnistes, insiste sur la nécessité pour les Noirs de lutter pour leurs droits civils afin de prendre place dans la nation américaine. CRUMMELL est séparatiste, et défend au contraire l’idée que les Noirs doivent éviter le plus possible de se mélanger avec les Blancs et ainsi former une nation au cœur de la nation. C’est à ce mouvement séparatiste qu’adhère également celui qui, dès 1895, grâce au discours qu’il prononce à Atlanta, devient le leader du mouvement noir-américain : Booker T. WASHINGTON (1856-1915), fondateur en 1881 du Tuskegee Institute dont la mission était d’assurer, dans un cadre séparé, la formation intellectuelle des Noirs américains. Pourtant, si CRUMMELL et Du BOIS partagent avec Booker T. WASHINGTON l’idée que la séparation Noirs-Blancs est nécessaire, ils accordent une importance bien plus grande que lui à la notion de «communauté» au détriment de celle d’individu qui est au cœur de l’approche et de l’action de Washington. Alors que ce dernier privilégie le rôle d’institutions séparées comme Tuskegee pour former des Noirs capables de s’insérer par la suite dans la société américaine, CRUMMELL et Du BOIS sont des défenseurs de la force collective, dans le cadre certes d’une critique très forte de l’individualisme et de l’universalisme de la République américaine, mais aussi dans le refus apparent de la dilution de l’identité noire dans le modèle constitutionnel et industriel des États-Unis. C’est en ayant ces distinctions en tête qu’il convient de lire «The Conservation of Races», dans lequel Du BOIS présente l’histoire du monde comme étant l’histoire des groupes, c’est-à-dire l’histoire des races. C’est en tant que race, et non en tant qu’individus, que les «Negroes» ont un message à délivrer.
WEB du BOIS est classé dans le camp du «radicalisme noir». En effet, il critique sévèrement la doctrine de «gradualism» du docteur Brooker T. WASHINGTON à savoir l’idée d’un lent cheminement vers l’émancipation, sans exiger, tout de suite, l’égalité et les droits civiques serait inacceptable. «Tant que M. WASHINGTON prêche en faveur de l’épargne, de la patience et de la formation technique pour les masses, nous devons marcher avec lui la main dans la main. (…). Mais quand M. WASHINGTON excuse l’injustice, au Nord et au Sud, ne voit pas que le droit de vote est un privilège et un devoir, sous-estime les effets castrateurs des distinctions de castrés par tous les moyens civilisés et non-violents possibles, nous devons lutter pour les droits que le monde accorde aux hommes», dit-il. Du BOIS est fondamentalement pour l’accès des Noirs à l’Université. «Les Noirs ne sont pas appelés à devenir maçons ou entrepreneurs uniquement, ou à faire de l’argent, ils doivent pouvoir penser» martèle Du BOIS. L’université ne permet pas seulement de gagner son pain, «mais de connaître la fin et le sens de cette vie que nourrit le pain», précise Du BOIS.
B – Du BOIS, une conscience noire à construire
1 – Construire une «double conscienc
C’est avec les concepts du «voile de couleur» et de la «double conscience» que Du BOIS théorise la question de la conscience noire. Pour Du BOIS la marche vers la liberté et l’égalité donnera aux Noirs une nouvelle «affirmation d’eux-mêmes» (Self-assertion) et une nouvelle «estime de soi» (self-respect).
Inspiré par Hegel, à travers le concept de conscience aliénée, Du BOIS fait appel à la «Conscience dédoublée». Le Noir est condamné à se renier lui-même pour se laisser intégrer la société blanche. En effet, Du BOIS pose l’existence de cette dualité fondamentale, associant la citoyenneté d’un pays et l’appartenance à un monde africain et/ou noir, qu’il nomme «double conscience». «Le Noir est une sorte de septième fils, né avec un voile et doué de double vue dans ce monde américain - un monde qui ne lui concède aucune vraie conscience de soi, mais qui, au contraire, ne le laisse s'appréhender qu’à travers la révélation de l'autre monde. C'est une sensation bizarre, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d'un autre, de mesurer son âme à l'aune d'un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante. L'histoire du Noir américain est l'histoire de cette lutte - de cette aspiration à être un homme conscient de lui-même, de cette volonté de fondre son moi double en un seul moi meilleur et plus vrai. Dans cette fusion, il ne veut perdre aucun de ses anciens moi. Il ne voudrait pas africaniser l'Amérique, car l'Amérique a trop à enseigner au monde et à l'Afrique. Il ne voudrait pas décolorer son âme noire dans un flot d'américanisme blanc, car il sait qu'il y a dans l'âme noire un message pour le monde. Il voudrait simplement qu'il soit possible à un homme d'être à la fois un Noir et un Américain», souligne Du BOIS.
Cependant, Du BOIS rompt avec une vision hiérarchique des races pour introduire l’idée que toutes les races collaborent, chacune à leur façon, à la progression de la civilisation. Du BOIS part d’une position originale tendue entre une insistance croissante sur la nécessité de l’accès aux droits civils tout en demeurant concentrée sur l’idée de fierté raciale, mais aussi sur l’importance de l’éducation et de l’enseignement des enfants noirs, éducation qui, pour des raisons pratiques, serait assurée par des Noirs.
Du BOIS invite les Noirs à renoncer à l’attitude de soumission, à penser par eux-mêmes et à développer l’affirmation de soi. «M. WASHINGTON représente, dans la pensée noire, la vieille attitude d’adaptation et de soumission. Il est devenu un véritable évangile du travail et de l’argent» dit-il. Il faut que les Noirs croient en eux-mêmes et trouvent en eux les ressources morales et intellectuelles pour recouvrer leur dignité.
2 – Lever le «voile de couleur»
Devant l’injustice, les Noirs ont tendance à porter un «voile», c’est-à-dire qu’ils ont tendance à se voir avec les yeux des Blancs, de manière déformée et aliénée. «Le Noir est né avec un voile et doué de double vue dans ce monde américain, un monde qui ne lui concède aucune vraie conscience de soi, mais qui, au contraire, ne le laisse s’appréhender qu’à travers la révélation de l’autre monde. C’est une sensation bizarre, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d’un autre, de mesurer son âme à l’aune d’un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante» dit-il. Or, il n’y a pas de libération des Noirs sans qu’ils soulèvent eux-mêmes ce «voile», dépassent les frontières, se réapproprient l’espace qu’on leur avait dénié et fassent tomber les murs de la ségrégation raciale. «Quand Moïse eut achevé de parler avec eux, il mit un voile sur son visage», proclame la Bible.
Pour Du BOIS si le Noir, «un Afro-Américain» est perpétuellement partagé en deux, il est possible qu’il soit américain sans renier son identité. La «double conscience» donne non seulement à l’afro-américain une «identité plurielle», d’être un Américain et un Noir, mais pose les conditions d’accès à l’émancipation. «Chacun sent constamment sa nature double, un Américain, un Noir ; deux âmes, deux pensées (…). L’histoire du Noir américain est l’histoire de cette lutte, de cette aspiration à être un homme conscient de lui-même, de cette volonté de fondre son moi double en un seul moi meilleur et plus vrai. Dans cette fusion, il ne veut perdre aucun de ses anciens moi. Il ne voudrait pas africaniser l’Amérique, car l’Amérique a trop à enseigner au monde et à l’Afrique. Il ne voudrait pas décolorer son âme noire dans le flot d’américanisme blanc, car il sait qu’il a dans le sang noir un message pour le monde», dit Du BOIS. Par conséquent, le Noir est appelé à fonder une nouvelle construction identitaire, et à demander d’être accepté, tel qu’il est. Sa démarche est finalement positive. «Il y a dans le sang noir, un message du monde» dit-il. Cette identité dédoublée et réconciliée du Noir, «en un seul moi meilleur et vrai» contribuera à rendre le monde meilleur. En effet, le destin du Noir et de la diaspora est de servir de trait d’union entre l’Amérique et l’Afrique, entre les dominants et les dominés. Il croit fondamentalement en l’égalité entre tous les hommes : «I believe in God, who made on blood of all nations on earth to dwell. I believe that all men, Black, Brown and White, are brothers” écrit-il dans l’introduction de “Darkwater”.
Bibliographie sélective,
1 – Contributions de WEB du Bois
Du BOIS (W. E. B), The Black North in 1901 : A Social Study, New York, Arno Press, 1969, 46 pages ;
Du BOIS (W. E. B), The Crisis Writings, une introduction de Daniel Walden, Greenwich, Fawcett Publications, 1972,  447 pages ;
Du BOIS (W.E.B) (1898), “The Study of Negro Problems”, Annals of the American Academy of Political and Social Science, 1898, vol 11, pages 1–23 ;
Du BOIS (W.E.B.) “The house of the Black Burghardts”, The Crisis, 1928, 35 n°4, pages 133–134 ;
Du BOIS (W.E.B.) The Gift of Black Folk : The Negroes in the Making of America, Boston, Stratford, 1924, 349 pages ;
Du BOIS (W.E.B.), “Strivings of The Negro People”, Atlantic Monthly, août 1897, n°80, pages 194-198 ;
Du BOIS (W.E.B.), “The Conservation of Races”, The American Negro Academy Occasional Papers, 1897, n°2, 15 pages ;
Du BOIS (W.E.B.), “The Evolution of the Negro Leadership”, The Dial, 16 juillet 1901, n°31, pages 53-55 ;
Du BOIS (W.E.B.), “The Religion of  American Negro”, The New World, décembre 1900, pages 614-625 ;
Du BOIS (W.E.B.), “The Talented Tenth”, in The Negro Problem, 1903, pages 31-75 ;
Du BOIS (W.E.B.), Black Folk, Then and Now : an Essay in the History and Sociology of the Negro Race, New York, Henry Holt, 1939 et 1973, 401 pages ;
Du BOIS (W.E.B.), Dusk of Dawn: an Essay toward an Autobiography of a Race Concept, introduction de K. Anthony Appiah, New York Harcours, 1940, 334 pages et Oxford University Press, 2007, 183 pages ;
Du BOIS (W.E.B.), The Autobiography of W. E. B. Du Bois: A Soliloquy on Viewing My Life from the last Decade of It First Century, New York, International Publishers, 1968, 448 pages ;
Du BOIS (W.E.B.), The Philadelphia Negro, Philadelphia, The University of Pennsylvania, 1899, 288 pages ;
Du BOIS (W.E.B.), The world and Africa : an Inquiry into the Part which Africa has Played in World History, New York, The Viking Press, 1947, 276 pages et 1965, NY, International Publishers, 1965, 352 pages ;
Du BOIS (WEB), «Strivings of the Negro People», Atlantic Monthly, août 1897 (80), pages 194-198 ;
Du BOIS (WEB), Black Reconstruction in America, 1860-1880, New York, Free Press, 1998, 774 pages ;
Du BOIS (WEB), Darkwater : Voices from within the Veil, New York, Harcourt, Brace and Howe, 1920, 276 pages ;
Du BOIS (WEB), John Brown, New York, International Publishers, 1974, 326 pages ;
Du BOIS (WEB), Les Ames du peuple noir, traduction Jean-Jacques Fol, Paris, Présence Africaine, 1959, 232 pages ; traduction, annotations et postface de Magali BESSONE, Paris, éditions rue d'Ulm, 2004, 339 pages et éditions la Découverte, 2007, 339 pages, avec une nouvelle introduction de Nathalie Bessone ;
Du BOIS (WEB), Prayers for Dark People, University of Massachusetts Press, 1980, 94 pages ;
Du BOIS (WEB), The Correspondence of WEB du Bois, 1997, University of Massachusetts Press, 518 pages ;
Du BOIS (WEB), The Negro Artisan, Université d’Atlanta, 27 mai 1902, 192 pages ;
Du BOIS (WEB), The Negro Church, Université d’Atlanta, 26 mai 1903, 212 pages ;
Du BOIS (WEB), The Negro in Business, Université d’Atlanta, 30 et 31 mai 1899, 77 pages ;
Du BOIS (WEB), The Philadelphia Negro, University of Pennsylvania Press, 1995, 582 pages ;
Du BOIS (WEB), The Quest of Silver Fleece : a Novel, Philadelphia, Pine Street Books, 2004, 444 pages
Du BOIS (WEB), Writings, Literacy Classics of the United States, 1986, 1374 pages ;
Du BOIS, (W.E.B), Darkwater : Voices from within the Veil, New York, Schocken Books et Harcourt, 1920, 1969 276 pages ;
N.A.A.C.P, An Appeal to the World, préface de W.E.B. du Bois, New York, 1947, 94 pages, spéc pages 1-14.
2 – Critiques de W.E.B. du Bois
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ALDRIDGE (Derrick, P.), The Educational Thought of WEB Du Bois : An Intellectual History, New York, Teachers College Press, 2008, 189 pages ;
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MOSS (Nathaniel), W.E.B du Bois : Civil Rights Leader, New York, Chelsea Junior, 1996, 79 pages ;
MOTTU (Henri), «Etude critique : William EB du Bois : les âmes du peuple noir», in Revue de théologie et de philosophie, 2008, n°58, pages 50-60 ;
MULLINGS (Leith), “Interrogating Racism : Toward an Antiracist Anthropology”, Annual Reviews in Anthropology, 2005, vol 34, pages 667–693 ;
ORUNO (D. Lara), La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du mouvement au XIXe siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 2000, 390 pages ;
PARINI (Jay), “The Souls of Black Folk : A Book that Changed America”, The Journal of Blacks in Higher Education, hiver 2008/2009, n°62, pages 72-80 ;
PAYNTER (Robert), “Building an Historical Landscape : Commemorating WEB du Bois”, International Journal of Historical Archaeology, juin 2014, vol 18, n°2, pages 316-339 ;
RAMPERSAD (Arnold), The Art and Imagination of WEB du Bois, Shocken Books, 1990, 342 pages ;
RUDWICK (Elliott), WEB du Bois : Propagandist of the Negro Protest, New York, Anthenum, 1968, 390 pages ;
RUTLEDGE (Dennis), WEB du Bois : The Scolar as Activist, Greenwich, JAI Press, 1996, 239 pages ;
STAFFORD (Mark), HUGGINS (Nathan, Irvin), W.E.B. du Bois, 1989, New York, Chelsea House, 138 pages ;
TROY (Don), WEB du Bois, Child’s World, 1999, 50 pages ;
VALENTI (Suzanne), «The Black Diaspora: Negritude in the Poetry of West Africans and Black Americans», Phylon, vol. 34, n° 4, 1973, p. 390-398 ;
WINTZ (Cary, D.), African American Political Thought, 1890-1930 : Washington, Du Bois, Garvey and Randolph, New York, Armonk, ME Sharpe, 1996, 366 pages ;
WOLTERS (Raymond), Du Bois and his Rivals, University of Missouri Press, 2002, 338 pages ;
ZUCKERMAN (Phil), Du Bois, On Religion, Walnut Creek, CA, AltaMira Pess, 2000, 230 pages ;
ZUCKERMAN (Phil), The Social Theory of WEB du Bois, Thousand Oaks, Pine Forge Press, 2004, 215 pages.
Paris le 13 avril 2016, actualisé le 28 août 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
WEB du BOIS, un intellectuel majeur du XXème siècle.
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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 22:22
Seydou KEITA (Bamako, 1921 – Paris 2001), photographe malien, est exposé au Grand Paris du 31 mars 2016 au 11 juillet 2016. Cette exposition, consacrée à la photographie de Seydou KEITA, au Grand Palais jouxtant les Champs-Elysées, témoigne de la beauté, de la fierté, de la force, de l’élégance, de la prestance et de l’authenticité de sa création artistique. Les visages, attentifs et vivants, interpellent le visiteur qui admire les photos de Seydou. A travers son immense talent, il a réalisé une étonnante galerie, immortalisé une société urbaine malienne qui aspire à la liberté et à la modernité. Au-delà la multitude d’instants saisis, Seydou offre dignité et visibilité du peuple noir, au siècle dernier, en route pour l’indépendance. Grand témoin de son temps, considéré comme le père de la photographie en Afrique, les productions de Seydou KEITA, plus 15 000 clichés entre 1948 et 1963, sont une véritable représentation sociologique d’une Afrique encore préservée du modernisme. «Ces modèles, dont l’élégance autant que l’expression dégagent une intense poésie, posent avec recherche et fierté sous l’objectif de KEITA» souligne Sylvie HUBAC.
Seydou KEITA disparu en 2001, à Paris est un cadavre exquis. En effet, André MANGIN, spécialiste de l’art africain et Jean-Marc PATRAS, galériste parisien, prétendaient être, chacun, l’agent exclusif de Seydou KEITA. Après sept années de conflit judiciaire, le tribunal de grande instance de Paris, dans un jugement du 9 avril 2016, a tranché en faveur d’André MANGIN qui a invoqué un moyen tiré de la période coloniale. En effet, il a prétendu avoir «découvert», en 1991, Seydou KEITA, pourtant né en 1921, grâce à une photographe François HUGUIER qui le connaissait depuis 1950, et l’avoir rendu célèbre dans le monde entier.
En effet, photographe officiel du gouvernement malien à l’indépendance le 22 septembre 1960, Seydou KEITA, retraité depuis 1977, avait rangé ses négatifs. En 1991, Jean PIGOZZI tombe sur des photos anonymes exposées au Center For African Art, à New York qu’il faxe à André MANGIN. Parti aussitôt à Bamako, André MANGIN retrouve et identifie, rapidement, Seydou KEITA. La première exposition personnelle de Seydou KEITA eut lieu en 1994 à Paris à la Fondation Cartier, dans le cadre du mois de la photo. Cette exposition, qui marque le premier séjour de KEITA en France, rencontre un succès médiatique et public inattendu. Elle est suivie de nombreuses autres dans divers musées, fondations et galeries du monde entier. «Vous n’avez pas idée de ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai vu mes négatifs tirés en grand format, propres et parfaits, sans une seule tache. Je savais à ce moment-là que mon travail était vraiment très bon. Dans mes photos. Dans mes photos, les gens ont l’air si vivants, on dirait presqu’ils sont là, debout devant moi», dit Seydou KEITA. Il est aujourd’hui unanimement reconnu comme le père de la photographie africaine et l’un des plus grands photographes du XXème siècle.
C’est la première fois qu’un photographe noir est exposé au Grand Palais. Jusqu’ici les expositions dans cette prestigieuse maison sont marquées par le sceau de l’ethnocentrisme ; c’est-à-dire blanc et blanc. Pourtant, c’est au Grand Palais, en 1906 qu’eut lieu la première «Exposition coloniale de Paris», avec un «Salon colonial des beaux-arts». Cette même année, Georges BRAQUE achetait un masque Tsogho du Gabon, André LHOTE, un masque Wé de Côte-d’Ivoire. DERAIN se porte acquéreur de statuettes africaines. Pablo PICASSO fut influencé, dans sa peinture, par l’art africain. Après le Festival mondial des arts nègres de Dakar, en 1966, et sous l’impulsion d’André MALRAUX, une grande exposition eut lieu au Grand Palais sur le thème «L’Art nègre, sources évolution et expansion». «Les cultures se changent en s’échangeant, et s’échangent en se changeant», souligne Edouard GLISSANT. L’art africain revient à la mode dans les années 90. Ainsi, en 1994, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a organisé à Paris, une exposition des photos de Seydou KEITA. En 2005, le Centre Pompidou consacre une exposition consacrée à quatre-vingt artistes africains, dit «Africa Remix». Pour l’exposition des photos de Seydou KEITA, en cette année 2016, le contexte a changé ; ce n’est pas celui d’une Afrique traditionnelle confrontée à la modernité, mais en plein dans la mondialisation. Cependant, cette exposition de photos est loin d’être décalée. Seydou KEITA est à la fois authentiquement africain et pleinement universel. Seydou n’est ni le chantre d’une vision étriquée de la Négritude, ni le bon sauvage qui cherche à plaire aux Occidentaux. Il est tout simplement un artiste talentueux. «Je dois reconnaître que ma véritable passion pour la photographie est née de ma rencontre avec Seydou KEITA, à Bamako, en 1991», dit André MANGIN, le conseiller scientifique de l’exposition au Grand Palais. Le débat qui pollue la vie française sur l’identité et la déchéance de la nationalité devient, ainsi, complètement anachronique.
Le souffle poétique qui traverse les photos de Seydou KEITA atteste parfaitement bien que le Grand Palais a eu raison de s’ouvrir à cette Afrique de la création. La ville de Paris confirme, décidément, sa place imprenable de capitale culturelle de l’Afrique. Alain MABANCKOU, un franco-congolais, spécialiste de la "littéraire migrante", est titulaire, cette année, de la chaire de création artistique au Collège de France. Ousmane SOW, artiste, sculpteur sénégalais, après sa phénoménale exposition, en 1999, sur le Pont des Arts, à Paris, est membre de l’Académie des Beaux Arts, depuis décembre 2013. Dany LAFERRIERE est membre de l’Académie française depuis 2013. En cette année 2016, la Ville de Paris a donné le nom de Rosa PARKS, une militante noire américaine des droits civiques, à une gare du RER E, dans un quartier du XIXème arrondissement. Un centre d’animation, à la rue Buzenval, à Paris 20ème porte le nom d’un écrivain nigérian, leader de l’ethnie Ogoni, Ken SARO-WIWA, injustement pendu. Après la passerelle, près du Louvre, une Place dans le 17ème arrondissement, où avait résidé le poète Léopold Sédar SENGHOR, porte son nom. Mon ami, Pédro Kouyaté, musicien originaire du Mali et qui réside à Paris 19ème est maintenant connu et reconnu. Romuald FONKUA, un français d'origine camerounaise, est professeur à la Sorbonne.
Seydou KEITA ouvre son studio de photographe portraitiste en 1948. Son oncle, de retour du Sénégal, qui lui a offert, avant-guerre, un appareil Kodak-Brownie, a déclenché sa vocation. Autodidacte, il bénéficie des conseils de son voisin, Mountaga DEMEBELE, photographe et instituteur malien et de la fréquentation du magasin-studio photo, d’un Français, Pierre GARNIER. Situé dans la parcelle familiale où il réalise le plus grand nombre de ses photographies à la lumière naturelle. Proche de la gare de Bamako et de nombreux lieux d’attraction de la ville, il sait bénéficier du flux de voyageurs de l’Afrique de l’Ouest, et séduit, très vite, la jeunesse urbaine qui devient sa principale clientèle.
Seydou KEITA devient, rapidement, célèbre grâce à son sens de la mise en scène, de la pose, et de la qualité de ses tirages. Il réalise l’essentiel de ses portraits en une seule prise, à la chambre 13X18, qu’il développe en contact au même format. «Se faire photographier, était un grand événement, il fallait arriver à donner la meilleure image possible de la personne. Souvent ils prenaient un air sérieux, mais je crois qu’ils étaient aussi intimidés par l’appareil, c’était nouveau», dit Seydou KEITA. Son succès tient également aux nombreux accessoires mis à la disposition de ses clients dans son studio : costumes européens, chapeaux, cravates, montres, bijoux, stylos, Vespa, etc. Ces accessoires contribuent à la projection d’une identité visuelle et sociale, réelle ou idéalisée, émanant d’une société qui aspire à la modernité.
La photographie de Seydou KEITA est en rupture avec la représentation coloniale des Noirs ; Seydou ouvre l’ère d’une photographie africaine qui affirme son identité. En effet, là où les indigènes étaient représentés par les colons comme des échantillons anthropologiques d’une tribu ou d’une population, Seydou KEITA magnifie et met en valeur ses clients qui ne sont pas des sujets, mais des êtres humains à part entière. Ses clients devenant ainsi les modèles actifs de sa démarche artistique. Ce qui fait l’esthétique de la photographie de Seydou c’est qu’il apporte un soin à chaque détail, avec une telle finesse que l’image toute entière nous donne l’impression d’une indéfinissable beauté. «J’ai tellement aimé la photo que j’ai toujours voulu donner la plus belle image de mes clients. Je crois que c’est pour cela que mes photos sont de l’art» dit-il.
Il est rare que l’intégrité esthétique repose sur un désintéressement total. Ce n’est pas l’amour pur de la photo qui a attiré Seydou à ce métier. Il y avait une motivation économique qui s’est transformée ensuite en un intérêt authentique et qui a abouti sur une véritable passion pour l’art de la photographie. En effet, compagnon menuisier travaillant pour son père fabricant de mobilier, Seydou KEITA, autodidacte, a abordé la photographie avec pragmatisme. «A vrai dire, nous travaillons ici pour gagner notre pain quotidien. Quand vous êtes chef de famille, votre responsabilité est de gagner de l’argent pour le ménage», confesse Seydou KEITA.
Seydou KEITA travaille sur commande, en lumière naturelle, en noir et blanc. Excellent portraitiste, il trouve des modèles parmi sa famille, ses amis et les gens de la ville. Il a du vaincre les réticences et les superstitions. En effet, dans un pays musulman, comme le Mali, photographier quelqu’un pourrait être considéré comme lui ravir son «double vital». Il représente aussi le monde de la nuit, les boites de nuit, les rues sombres et l’atmosphère des bars, la jeunesse. «Les jeunes générations, ma principale clientèle, aimaient vraiment mes photos, à cause de leur qualité, de leur netteté, de leur précision. Il y en avait qui disaient, même le poil qui pousse là, on le voit» dit Seydou KEITA. Seydou apprécie la radio, les voitures, la femme africaine respectueuse de la tradition. Il choisit les arrière-plans neutres, des rideaux de couleur sobre qui concentrent l’attention sur le modèle photographié. Seydou KEITA utilise aussi des arrière-plans de tissus à motifs fleur, avec des ornements abstraits. Le grand talent de Seydou KEITA est d’avoir anticipé les désirs de ses clients ; il leur donnait ce qu’ils voulaient. C’est ce qui fera sa réputation. En effet, «les accessoires qu’ils utilisent permettent aux clients de montrer qu’ils sont au fait des dernières tendances de la mode, d’étaler les richesses qu’ils n’ont toujours pas, et parfois de prétendre être ce qu’ils ne sont pas», dit Dan LEERS. Les accessoires créent une image que les clients veulent cultiver, mais ne possèdent pas nécessairement.
Le portraitiste, dont la maîtrise de la mise en scène et du cadrage est saluée par tous, fait preuve d’un grand sens esthétique. Quand un sujet pose pour un portrait, Seydou cherche généralement à donner la meilleure image de lui-même. «La technique de la photo est simple, mais ce qui faisait la différence, c’est que je savais pour chacun la bonne position, je ne me trompais jamais», affirme Seydou KEITA. Traditionnellement, cela signifie qu’il revêt ses plus beaux habits, qu’il se pare d’accessoires choisis et qu’il adopte une pose flatteuse dans un décor qui le met en valeur. Il intègre des objets dans l’image : sac à main, poste de radio, voiture, bicyclette, téléphone, Vespa, etc. qui représentent, à l’époque, des désirs de liberté et de modernité. Il possédait en plus, tout un arsenal d’objets, comme les costumes, chapeaux, pochettes, montres, stylos, que les clients pouvaient choisir la plus belle pose. «La technique de la photo est simple, mais ce qui faisait la différence, c’est que je savais trouver la bonne position, je ne me trompais jamais. Le visage à peine tourné, le regard vraiment important, l’emplacement des mains, etc. J’étais capable d’embellir quelqu’un. A la fin, la photo était très belle. C’est à cause de ça que je dis que c’est de l’Art» dit Seydou KEITA. En effet, les images que choisit Seydou sont devenues iconiques, sa mission est de les embellir et qu’ils soient satisfaits. «Leur habillement, leurs parures et surtout les positions leur donnent fière allure, inspire de la dignité, affirment leur personnalité avec un parfait naturel. Ils se découvrent élégants. Tout est à leur avantage. Une sorte de magie a opéré», dit André MANGIN. Sans excentricité, tout est fait pour mettre en valeur le sujet, lui conférer une grâce qui touche la poésie. «Le visage à peine tourné, le regard vraiment important, l’emplacement, la position des mains. J’étais capable d’embellir quelqu’un. A la fin, la photo était très belle. C’est pour cela que c’est de l’art», précise Seydou KEITA.
A travers l’objectif du photographe malien, c’est toute l’Afrique qui est à l’honneur à Paris, redevenue capitale du continent noir. Paris renoue ainsi avec la Belle époque, quand le jazz et Joséphine BAKER animaient la ville. Des faits culturels majeurs se sont tenus à Paris, comme le mouvement de la Négritude dans les années 30, la création de la revue Présence Africaine, en 1947, le premier congrès des artistes et écrivains noirs à la Sorbonne en 1956. Et maintenant, en 2016, Alain MABANCKOU a allumé le feu de la connaissance et de la passion au Collège de France.
Que l’aventure continue, dans ce bon sens !
Le Grand Palais, du 31 mars au 11 juillet 2016. Ouverture de 10h à 20h les lundis, jeudi, vendredi, samedi et dimanche. Nocturne de 10 h à 22h tous les mercredis. Fermé tous les mardis. Adulte 10 €, tarif réduit 7 €.
Bibliographie sélective
GLASBERG (Isabelle), Seydou Keita, photographies, Bamako, Mali, 1948-1963, Stadtdlangin, 2011, 440 pages ;
MANGIN (André) Seydou Keita, Youssouf Cissé, Zurich, Scalo, 1997, 286 pages ;
Réunion des Musées Nationaux, Grand Palais, Seydou Keita, préface de Sylvie Hubac, Paris, 223 pages ;
LAMUNIERE (Michèle), Photographe malien : Seydou Keita, Google Books, 2010, 24 pages ;
DORING (Julie, Alexandra), Seydou Keita : Making People more Beautiful, University of North Carolina, 1999, 104 pages ;
CISSE (T. Youssouf), Seydou Keita, Paris, Actes Sud, 2014, 114 pages ;
PATRAS (Jean-Marc), Seydou Keita : A Restrospective, Zurich, Scalo Verlag, 2006, 2006 pages ;
The Portrait Photograph : Seydou Keita and Malick Sidibé, Harward University Art Museum, 2001, 116 pages.
Paris, le 2 avril 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Paris, capitale culturelle de l’Afrique : Seydou KEITA, photographe malien au Grand Palais», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 20:05

Ce post a été publié dans le journal Ferloo édition du 30 mars 2016.

Autour du thème «Nos mythologies américaines», Alain MABANCKOU et Dany LAFERRIERE ont délivré une brillante prestation, sur les identités incertaines, le 19 mars 2016, au salon du livre, à Paris. Entre soumission et esprit de revolte, jusque dans les années 90, l'esclavage, la colonisation ou l'indépendance ont dominé la littérature noire. Désormais, dans un monde globalisé, le regard de la diaspora, un groupe tiraillé entre plusieurs cultures, charrie une nouvelle littérature noire appelée "littérature migrante". En effet, en se dispersant dans le monde, les Africains créent d'autres Afriques et tentent de valoriser la culture noire. "Mon sanglot de l'homme noir était un mélange de Peau noire, Masques blancs. Je ne veux pas être prisonnier de mon histoire, je veux avoir la liberté de pouvoir me critiquer et critiquer l'autre. Frantz FANON et James BALDWIN sont, pour moi, les deux intellectuels qui symbolisent la pensée noire dans sa diversité et dans son indépendance" souligne Alain MABANCKOU qui est un tenant de la littérature migrante. Alain MABANCKOU lorgne du côté des nouvelles générations issues de la diaspora qui n'ont pas connu la colonisation. "Ce sont les nouvelles plantes qui m'intéressent, cette quête des feuilles détachées de l'arbre. Elles ont leur histoire à raconter et cette histoire qui se retrouve dans les romans contemporains africains" dit-il. Les deux écrivains, grands amis qui se sont rencontrés, justement, au Salon du livre à Paris, en 1999, considèrent que James BALDWIN, écrivain majeur américain, a ouvert les yeux sur le sens de la mesure et de la tolérance. L'Amérique ne peut être libérée du racisme que par le culte de l'amour et le refus, par tous, de s'enfermer dans une identité stérile et étriquée. La colère ne résout rien.

En cette semaine de la francophonie, Alain MABANCKOU est à l’honneur puisqu’il vient de dispenser sa leçon inaugurale au Collège de France, le 17 mars 2016. Cette prestigieuse institution, créée en 1530, a confié à Alain MABANCKOU, un écrivain, poète et enseignant, franco-congolais, la chaire de création artistique, pour l’année 2015-2016. C’est la première fois qu’un Africain est choisi au collège de France. «Si j’ai été nommé au Collège de France, ce n’est parce que je suis un écrivain noir, mais parce que je suis un écrivain tout court», dit-il. En effet, la désignation d’Alain MABANCKOU témoigne de son talent littéraire et surtout sa façon d’utiliser sa contribution littéraire de façon non victimaire. «Les Français doivent comprendre qu’il n’y a pas plus Français que ceux qu’ils ont colonisés, puisqu’on a appris au pied de la lettre» dit Alain MABANCKOU qui est fier de sa double culture. «J'ai décidé que la géographie importait peu, qu'il faut s'efforcer de vivre bien là où l'on est» prend t-il le soin de préciser. Son livre, «le sanglot de l’homme noir», est un refus catégorique de la littérature de la victimisation. Mongo BETI lui a lui ouvert les yeux sur la recherche de son identité : «C’est peut-être en France que je me sens le plus Africain. Et aux Etats-Unis, je me sens Européen. Que va-t-il se passer si je pars en Asie ?», s’interroge t-il. Alain MABANCKOU est agacé, par cette tendance en France, de considérer les Français issus de l’immigration comme des étrangers. «Tandis qu'à l'étranger, en Inde, en Algérie, en Angleterre ou au Nigéria, je suis présenté comme un écrivain français, on continue en France à me cataloguer ''francophone'', dit-il. Selon lui, il faudrait en finir avec la stratégie victimaire des Africains et l’ostracisme des Blancs. «C'est à nous (Les Africains), nés ailleurs, de rompre ces barrières, sans nous contenter du périmètre carré où on nous confine» entonne MABANCKOU. Il précise aussi que "l'histoire de France est cousue de fil noir".

La leçon inaugurale du 17 mars 2016, au Collège de France, qui a drainé une importante affluence répartie finalement en deux amphithéâtres, a porté sur «Les lettres noires : des ténèbres à la lumière». Par la suite, les cours d’Alain MABANCKOU auront lieu le mardi à 14 heures, suivis de séminaires à 15 heures, du 29 mars au 31 mai. Il y sera notamment question :

- de «La négritude après SENGHOR, CESAIRE et DAMAS» ;

- des «grandes thématiques de la littérature d’Afrique noire francophone» ;

- «des études dites postcoloniales», avec un invité le philosophe Achille MBEMBé ;

- «des écritures noires francophones» avec Dominic THOMAS ;

- de «commémorer les abolitions de l’esclavage», avec Françoise VERGES ;

- «écrire après le génocide des Tutsi au Rwanda» ;

- rapports entre «peinture sociale et "griotisme" dans les deux Congo» ;

- d’un colloque intitulé : «Penser et écrire l’Afrique noire» le 2 mai 2016 de 9 h 30 à 17 heures, auquel devraient participer Achille M’BEMBé, les Sénégalais Souleymane Bachir DIAGNE et Pape N’DIAYE, Sami TCHAK, Françoise VERGES, ainsi que Dany LAFERRIERE, académicien.

La saison s'achèvera sur un face-à-face, à propos de «l'histoire congolaise», entre David Van REYBROUCK et Jean BOFANE, écrivain congolais.

Eclectique, ouvert, cosmopolite, conteur et sensible aux différents courants de la «World Literature», et sans partir en quête d’une authenticité culturelle africaine, Alain MABANCKOU témoigne d’une nostalgie du pays natal, dans un attachement à la mère comme source d’inspiration. C’est à la figure maternelle, Pauline KENGUé, que sont associés la langue et les récits de l’enfance.

Né au Congo le 24 février 1966, avec un baccalauréat de lettres et philosophie, MABANCKOU a, en 1989, entrepris des études de droit à Paris. Il a renoncé, par la suite, à un «emploi alimentaire» de conseiller juridique à la Lyonnaise des Eaux. C’est l’histoire douloureuse de l’esclavage, de la colonisation et du racisme, qui a poussé Alain MABANCKOU à retrouver la passion des mots, le désir de raconter et de se raconter, et ainsi de prendre la parole, à travers l’écriture. Dans sa production littéraire, Alain MABANCKOU aborde différents thèmes, comme le déracinement, l’incertitude identitaire, l’expression de toute expérience identitaire, qui sont au cœur de la littérature migrante. Pour lui, la recherche d’une identité suppose le dépassement des frontières géographiques, sociologiques ou politiques. Il faudrait se placer dans le cadre de la francophonie, de la littérature d’expression française. «En tant qu’écrivain d’origine africaine, les ressorts de ma révolte contre la langue française académique, sont liés à mon histoire personnelle et académique», dit-il.

Alain MABANCKOU n’est pas un idéologue, mais un conteur, un amoureux de la langue française et de la vie. Pour lui, le roman est un enchevêtrement d’idées et d’anecdotes. Il revendique à la fois l’enracinement, mais aussi l’ouverture aux autres, et surtout le sens de mesure. «Je ne critique pas nécessairement l'autofiction, mais je crains qu'il lui manque une part de générosité. Lorsque je lis les romans de Patrick MODIANO, je m'y reconnais. Bien que l'action se passe à Paris, ils sont ouverts au monde. MODIANO sait me parler, même lorsqu'il parle de son intimité ou de l'intimité d'une ville. Ce n'est pas le cas de certains romans où l'égocentrisme se mêle à un égoïsme tellement surdimensionné que ça étouffe la vocation de courtoisie que devrait charrier la littérature», dit-il.

Le 29 mars 2016, Alain MABANCKOU va consacrer sa leçon au Collège de France, sur le thème : «La Négritude après SENGHOR, CESAIRE et DAMAS». Dans son discours à l’Académie française, Dany LAFERRIERE fait référence aux pères fondateurs de la Négritude qui ont rendu aux Noirs leur dignité en ces termes : «Pour moi ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé CÉSAIRE, le Guyanais Léon-Gontran DAMAS, et le Sénégalais Léopold Sédar SENGHOR. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent».

Cependant, l’Amérique haïtienne de LAFERRIERE réfute tout nationalisme culturel et identitaire. «On nous emmerde avec l’identité depuis cinquante ans» dit-il. LAFERRIERE proclame même, dans l’un de ses romans, «je suis japonais». «Quand les gens parlent d’identité, ils veulent dire que vous venez d’un endroit, minoritaire, du tiers-monde, donc vous êtes un écrivain de l’exil, donc de la mémoire», dit-il. Pour lui, il ne faut pas être enfermé dans son univers. Notre vie est entre nos mains. «Je ne parle pas d’identité raciale, nationale ou autre connerie de genre. Je parle d’identité profonde. Est-il animal ou humain ? Je n’ai, moi, aucun parti pris, ni pour le Nègre, ni pour le Blanc» proclame LAFERRIERE. Il refuse tout aspect réducteur de la quête de soi. «Pour moi, le rapport Nord-Sud n’est pas un rapport d’affrontement. Je n’ai pas une vision arrêtée du monde, j’essaie de montrer, sans juger. C’est important d’élargir l’univers romanesque au-delà des rapports idéologiques de classe ou de race», dit-il.

Alain MABANCKOU et Dany LAFERRIERE ont réussi, jusqu’ici, leur vie et cela suscite l’admiration, parfois de la jalousie avec des critiques acerbes. Ainsi, on a reproché à ces deux auteurs mondains, mais talentueux, d’écrire pour les Blancs, sur commande ; ils auraient, ainsi, perdu leur âme, et seraient donc acculturés. Ils sont absous par Calixte BEYALA : «on n’écrit jamais pour un continent. C’est une ambition malsaine».

Les deux auteurs refusent toute catégorisation géographique, leurs contributions littéraires transcendent les frontières et les identités. «J’avoue en avoir marre de toutes ces étiquettes, parce qu’elles ne servent à rien, c’est à dire qu’elles ne servent qu’à la personne qui les propose, et pour un temps seulement. En réalité cependant, les étiquettes littéraires et politiques se contaminent facilement et brouillent les pistes ; c’est souvent le cas, en particulier, pour les littératures migrantes», dit LAFERRIERE né à Haïti, exilé dans un premier temps au Canada, et maintenant, académicien à Paris et universitaire aux Etats-Unis. Il prend soin d’ajouter : «Mon écriture ratisse large, essaie de rendre toutes sortes d’émotions de gens différents, également Haïtiens et exilés. Leurs expériences sont mises à contribution dans mes œuvres. Je donne toujours priorité au livre ; quand j’ai envie de réfléchir sérieusement à quelque chose, j’écris un livre. Cela me permet d’explorer plusieurs angles de la question, parce que la vie est un kaléidoscope».

Pour LAFERRIERE, il y a un aspect universel de la littérature. Les sentiments, les émotions, la résistance individuelle, depuis Antigone de Sophocle sont au cœur de ses attentions. Quand Antigone dit : «Je ne suis pas ici pour la haine, je suis ici pour l’amour», c’est un peu ce que dit LAFERRIERE dans tous ses livres.

I – Alain MABANCKOU, une identité brouillée mais riche

Citoyen français d’origine congolaise, professeur de littérature francophone depuis 2001, d’abord à Michigan, maintenant à Los Angeles, Alain MABANCKOU a publié son premier recueil de poèmes, «Au jour, le jour», à compte d’auteur, en 1993. En 1998, il reçoit le Grand Prix de littérature d’Afrique Noire, pour «Bleu, Blanc, Rouge». Le succès auprès du grand public est venu en 2005 avec «Verre cassé» et la consécration en 2006, avec «mémoires de porc-épic» couronné du prix Renaudot.

Alain MABANCKOU a tendance, dans ses écrits, à faire un clin d’œil aux écrivains qu’il aime. Il a été influencé, notamment par Amadou KOUROUMA qui a abordé la question de l’indépendance et des conflits en Afrique noire et par Mongo BETI, pendant la période coloniale, qui a produit des œuvres marquantes. Il apprécie les écrivains antillais, comme CESAIRE et DAMAS, les classiques de la littérature anglaise (DICKENS et Charlotte BRONTE), mais aussi la nouvelle génération d’écrivains, comme la sénégalaise Fatou DIOME. "Le monde est une addition, une multiplication, non une soustraction ou une division" dit-il.

La littérature est considérée, par Alain MABANCKOU, comme un grand roman. «Tout ce que j’écris, tourne autour du rapport entre l’homme et le livre», dit-il. «La littérature est une façon de comprendre le monde et même d’essayer de corriger ses aspérités. Les romanciers essayent toujours de modifier, de réécrire les choses» affirme MABANCKOU. En raison de sa forte notoriété et des sujets qu’il traite, comme la question de l’identité, Alain MABANCKOU est à la périphérie de la politique et de la littérature. «Je pense que toute publication est forcément politique, puisque l’auteur livre au lecteur une vision singulière du monde. Mais il y a assez de gens qui ont du génie politique pour que je m’abstienne de venir occuper la scène pour le plaisir du pouvoir» dit-il.

Dans ses écrits, Alain MABANCKOU qui navigue, notamment, entre trois pays (Congo, France, Etats-Unis), est attentif à la fantaisie, au rêve et aux questions de justice et d’égalité, à l’instar de Raymond ARON et Marcel AYME. «Je suis une sorte de passe-muraille entre les frontières et les barrières. Mais je me souviens toujours d’où je viens, de ce que je dois à tel territoire, et pourquoi je me trouve dans tel autre» dit-il. L’identité brouillée d’Alain MABANCKOU est bourrée d’une polysémie porteuse de sens et d’ambiguïté à éclaircir. «L’avenir de l’homme noir, c’est de se dire qu’il se construit là où il vit», précise t-il.

En dépit de cette identité incertaine, Alain MABANCKOU a su rendre sa différence, dans sa contribution littéraire, un puissant atout, une richesse extraordinaire. Dans ses romans, il décrit des sujets graves et particulièrement sensibles sur le ton de l’exagération, de la cocasserie ou de l’ironie. «Quand j’étais à l’école, j’étais très heureux quand on faisait une leçon d’Histoire qui avait des accents d’anecdotes. En cours de philosophie, ce qui nous intéressait, c’était de se demander pourquoi tel philosophe se promène dans la journée avec une lampe, dort dans une sorte de fût, c’est toujours plus palpitant. Je pense que la littérature doit emprunter cette sorte de narration dans laquelle l’Histoire est en bas. Et puis, n’oublions pas que la vraie Histoire n’est pas faite toujours par les grands personnages, les Napoléons, les ceci. L’Histoire est faite par des petites gens, et ce sont ces petites gens qui forment vraiment le roman», précise t-il. De la lecture de ses livres se dégage un cocktail de poésie et d’humour. On se sent vivant et qu’on a des frères dans le monde, à travers cette musique qui guide son écriture.

1 – MABANCKOU, une part d’autobiographie avec une mère source d’inspiration

Dans «Lumière de Pointe-Noire», MABANCKOU écrit : «J’ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m’évertue désormais à rétablir la vérité dans l’espoir de me départir de ce mensonge qui ne m’aura permis jusqu’alors que d’atermoyer le deuil». Après vingt-trois ans d’absence, Alain MABANCKOU retourne à Pointe-Noire, ville portuaire du Congo. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d’années après. Le fils unique ne s’est rendu aux obsèques ni de l’un, ni de l’autre. Entre le surnaturel et l’enchantement, l’auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années de l’enfance et de l’adolescence dans ses lieux d’origine. Au moment de repartir, il se rend compte qu’il n’est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Car c’est ce livre qui tient lieu, aussi, de tombeau. Et de résurrection.

C’est un roman qui parle de l'Afrique traditionnelle, de la mort et du rapport aux morts. MABANCKOU revient sur les croyances, les coutumes et les superstitions de son pays. Quand il retrouve sa famille, chacun attend de lui qu'il donne un cadeau. Il ne doit pas regarder l'hôpital, ni visiter ceux qui y sont, car cela porte malheur. Sur la parcelle de sa mère, deux chaises vides sont disposées, une cousine lui chuchote à l'oreille : «c'est ton père et ta mère qui sont assis sur ces deux chaises».

«Demain j’aurais vingt ans» est un récit de son enfance dans lequel il évoque le Congo-Brazzaville des années 1970-80, la radio qui portait les rumeurs du monde, les voyous qui prenaient les surnoms d'Amin Dada ou Bokassa Ier, et surtout sa famille qui n'était «ni riche ni très pauvre», mais partagée entre sa «maman Pauline» et sa «maman Martine», l'autre femme de son père. «C'est un homme très secret. On a accès difficilement à lui. La mort de sa mère l'a détruit. Il n'a de cesse de lui redonner vie. C'est pourquoi il a dû être si heureux et si malheureux en écrivant ''Demain j'aurai vingt ans''. Je n'ose imaginer ce qu'il a dû traverser. Alain ne rit jamais dans son cœur. C'est un homme très triste, très seul. Son univers n'est pas surpeuplé. Il a une femme, un ami, une passion (l'écriture) et sa mère. Pour le reste, il joue», souligne Dany LAFERRIERE.

Dans «Black Bazar», comme dans la plupart de ses romans, il y a une part d’autobiographie. «Dans la plupart de mes livres, je suis présent dans chacun des personnages. La part d'autobiographie réside peut-être davantage dans le destin du narrateur, où je mets des choses que je puise à droite et à gauche de ma propre expérience. Le narrateur de Black Bazar est un apprenti écrivain, c'est un Congolais comme moi, et il aime les cols à trois boutons: je porte toujours des cols à trois boutons», confesse Alain MABANCKOU.

Dans son dernier roman «Petit Piment», Alain MABANCKOU, enfant unique, raconte, avec humour et vivacité, l’enfance d’un orphelin à Pointe-Noire dans les années 60- 70, pendant la révolution socialiste et les débuts de l’indépendance congolaise.

2 – MABANCKOU, une description de l’Afrique dans son authenticité, mais sans complaisance

Dans «Mémoires d’un porc-épic», Alain MABANCKOU revisite en profondeur un certain nombre de lieux fondateurs de la littérature et de la culture africaines, avec amour, humour et dérision. Parodiant librement une légende populaire selon laquelle chaque être humain possède son double animal, il nous livre dans ce récit l'histoire d'un étonnant porc-épic, chargé par son alter ego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son «maître» ! En détournant avec brio et malice les codes narratifs de la fable, Alain MABANCKOU renouvelle les formes traditionnelles du conte africain dans un récit truculent et picaresque où se retrouvent l'art de l'ironie et la verve inventive qui font de lui une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.

«Verre cassé» est un vieil ivrogne, la soixantaine, qui sous l'impulsion de l'Escargot entêté, le patron du Crédit a voyagé, raconte les chroniques de la clientèle du bar. Par la plume du vieil instituteur, toute une horde de personnages apparait devant nous. L'histoire «très horrifique» du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est, ici, contée par l'un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d'en faire le geste, en immortalisant dans un cahier de fortune, les prouesses étonnantes de la troupe d'éclopés fantastiques qui le fréquentent.

Dans «verre cassé» Alain MABANCKOU témoigne de son affection pour les personnages anonymes, les marginaux et atypiques. «African psycho» relate également un sérial killer, un looser, victime de la rumeur publique, avec des informations exagérées et déformées. «Quand je vais au cinéma, je suis toujours fasciné par les personnages secondaires. Je pense que la vraie vie n'est pas celle des personnages principaux. J'aime les existences cabossées. J'ai plus de choses à dire sur quelqu'un qui est à la marge. Je sais que, derrière la marginalité, se cache la joie de vivre. C'est ce que je cherche en eux : l'étincelle de joie» dit-il. Ou encore MABANCKOU précise son propos : «Je suis persuadé que dans mon roman, les « importants » sont ces petits personnages de rien du tout, les éclopés, les gens de l’orphelinat, les petites prostituées, etc. Ils ont créé une certaine vie. L’Histoire de la société congolaise n’est pas forcément que politique, elle peut être aussi commerciale, sociale, etc. Et peut-être aussi que c’est ça qui fait la beauté de la littérature : prendre des petites vies pour les rajouter à la grande Histoire. La grande Histoire n’existe que parce que des «petites» personnes ont additionné leur vies, leurs souffrances, leurs joies pour accompagner le cycle de la vie».

«Les petits-fils Nègres de Vercingétorix» est un hommage aux femmes et à la richesse de la diversité culturelle du Congo. Dans ce roman, une ancienne colonie d'Afrique centrale, la République du Viétongo, est en proie à une terrible guerre civile. Le président Kabouya a perdu le pouvoir après un coup d'Etat, et Vercingétorix, le chef rebelle, se lance dans une entreprise de reconquête. Fuyant les violences avec sa fille, Hortense Iloki relate dans son journal les événements de cette guerre et reconstitue son passé en miettes. Une histoire effroyable écrite avec un ton beaucoup plus calme. On sent respirer dans chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, chaque page la peine de cette femme en fuite. Hortense a commis une bévue, c'est celle d'avoir épousée un sudiste alors qu'elle est nordiste. La guerre éclate au pays, elle est prise au piège. Là-bas au sud. Ni elle, ni son mari, ni sa fille, ni qui que ce soit ne peut rien contre les nouvelles lois qui régissent le pays. «C'est un livre axé sur la femme. La plupart du temps, des guerres civiles les médias ont tendance à ne nous montrer que les milices, donc les hommes. Mais on ne souligne jamais assez le rôle important que jouent les femmes en temps de guerre. Le plus souvent, ce sont elles qui essayent, par leur courage, par leur dignité, de juguler notre barbarie, de freiner notre instinct de tuer pour tuer. J'ai voulu par ce livre rendre hommage aux femmes, notamment celles qui vivent dans des "couples mixtes" entre Nordistes et Sudistes, et surtout à cette amitié entre Hortense et Christiane qui transcende les ethnies. La leçon qu'il faudra retenir de ce roman est à mon avis celle-ci : le Congo est un très beau pays, qui a vécu pendant longtemps avec sa diversité ethnique» souligne Alain MABANCKOU.

3 – MABANCKOU, la vie des Africains en France : l’égalité réelle et le refus du communautarisme

Dans «Le sanglot de l’homme noir», Alain MABANCKOU dénonce la tentative, trop facile, des Noirs à ériger leurs souffrances en signe d’identité. «Je suis noir, et forcément ça se voit. Du coup les Noirs que je croise à Paris m’appellent «mon frère». Le sommes nous vraiment ? Qu’ont en commun un Antillais, un Sénégalais, et un Noir né dans le Xème arrondissement, sinon la couleur à laquelle ils se plaignent d’être constamment réduits ?» s’interroge Alain MABANCKOU. Et il rajoute «J’oublie évidemment la généalogie qu’ils se sont forgée, celle du malheur et de l’humiliation – traite négrière, colonisation, conditions de vie des immigrés, etc. Car par-delà la peau, ce qui les réunit, ce sont leurs sanglots».

«Je ne conteste pas les souffrances qu’ont subies et que subissent encore les Noirs. Je conteste la tendance à ériger ces souffrances en signe d’identité. Je suis né au Congo Brazzaville, j’ai étudié en France, j’enseigne désormais en Californie. Je suis noir, muni d’un passeport français et d’une carte verte. Qui suis-je ? J’aurais bien du mal à le dire. Mais je refuse de me définir par les larmes et le ressentiment», dit-il.

Dans «Bleu, Blanc, Rouge», Alain MABANCKOU décrit un personnage central, «Moki», un parisien, originaire du Congo, un dandy et «sapeur», dont les affaires, des trafics en tout genre (faux papiers, agent immobilier à prix fort de squat, bref un marchand de rêve), sont profitables, jusqu’au jour où un Ministre de l’intérieur, Charles PASQUA, inaugure des «charters». MABANCKOU s’interroge à haute voix sur les rapports entre l’Afrique et la France : «Sans pour autant avoir des concertations préalables sur ce que nous écrivons dans nos romans, nous étudions le destin d´individus dans la société française en pleine mutation. Quelle est la place de l´écrivain face à la montée du racisme, face à l´immigration, à la déliquescence de la société française ? Pourquoi dans ce siècle les Africains continuent-ils de vouer une fascination à l´Europe, et en particulier à la France ? A travers ces questions, j´ai campé des personnages qui partent de l'Afrique en Europe et vice-versa, en essayant d´étudier ce phénomène. Qu'est-ce qui pousse les Africains, aujourd´hui encore, à venir en France ? Est- ce l'apparat ? La richesse ? L'accoutrement ? Que se passe-t-il lorsqu'un Africain arrive en France ? Est-ce dans le but de poursuivre des études ou bien plonge-t-il dans le milieu de la pègre ? Tous ces personnages sont recensés selon leurs caractères dans le roman». Dans ce roman, Alain MABANCKOU pose la question de l’égalité réelle en ces termes : «L'écrivain regarde le siècle s'achever avec son cortège de souffrances, avec ses problèmes d´immigration qui sont toujours courants. Cependant, je pense qu'il existe une note d'espoir, car au fur et à mesure que nous avançons, nous voyons des gens qui luttent pour les droits de la personne».

Dans «Tais-toi et meurs», quittant le Congo, Julien Makambo arrive en France sous le nom de José Montfort. Il est accueilli à Paris par Pédro, figure de proue du milieu congolais de la capitale. Sapeur à la pointe des tendances et «homme d’affaires» au bras long, Pédro prend Julien sous son aile et l’initie au monde des combines souterraines. Les affaires tournent, Julien a la vie belle et festive, jusqu’à ce vendredi 13 maudit, où il se retrouve malgré lui mêlé à la défenestration d’une jeune femme. En prison, il écrit son histoire, celle d’un jeune homme confronté à son destin : Makambo en lingala signifie «les ennuis». Et face aux ennuis, une règle d’or règne ici en maître : Tais-toi et meurs.

«Black Bazar » raconte les déboires d'un dandy congolais, surnommé «Fessologue», qui vient d'être plaqué par sa femme, Couleur d'origine, partie avec un obscur joueur de tam-tam. Cette histoire un peu tragique et bien comique, à des égards, permet à Alain MABANCKOU de s'interroger sur la place de la communauté noire dans le Paris d'aujourd'hui et de chahuter, au passage, bien des clichés. En effet, dans ce roman «Black Bazar», MABANCKOU pose la question du racisme notamment entre Antillais et Africains. Hippocrate est un concierge antillais ouvertement raciste, il n’aime pas les Congolais. «Avec ce personnage, j'ai voulu déplacer les clichés en posant une question fondamentale, celle du racisme qui peut se manifester au sein de la même race. Vous avez d'un côté les Africains qui reprochent aux Antillais de trop se prendre pour des Blancs, et les Antillais qui reprochent aux Africains de les avoir vendus avec leurs chefs de tribu pendant la colonisation. Donc, dans la mesure où vous avez une communauté dite «noire», et que cette population n'est pas homogène, un conflit couve à l'intérieur même de ce groupe de population qui n'est fondé que sur la couleur de la peau et non sur une identité de revendications. Monsieur Hippocrate symbolise en quelque sorte l'opposition actuelle au sein de cette population noire très éclatée, où les gens ont des différences très marquées» précise MABANCKOU.

La communauté noire en France est hétéroclite d’où la difficulté de la mobiliser sur le plan politique. «La communauté noire qui peut exister en France est celle qui va se fonder sur la lutte contre les injustices sociales subies sur le territoire français», souligne Alain MABANCKOU. Il va encore plus loin : «Parce que pour changer l’Afrique, on pense toujours qu’il ne faut changer que les Africains, mais il faut changer aussi le regard de l’Occident sur l’Afrique. Qu’on arrête de nous voir comme des anciens colonisés, qu’on arrête de nous bassiner parce que nous avons «une certaine malédiction», comme nous sommes nés «du côté obscur des choses». Non, l’obscurité, c’est peut-être les égoïsmes que nous avons, le manque d’hospitalité, la haine de l’étranger, la peur de l’immigré, les politiques de fermeture des frontières».

II – Dany LAFERRIERE, académicien et spécialiste de la littérature migrante,

Élu à l’Académie française, le 12 décembre 2013, au fauteuil d’Hector Bianciotti, né à Port-au-Prince le 13 avril 1953 d’un père intellectuel et homme politique, et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Dany LAFERRIERE passa son enfance avec sa grand-mère, Vava, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Tous ses livres sont passionnants, cri d'amour à ses parents, sa grand-mère, et à Haïti, dont nous comprenons la tragique histoire depuis son exil jusqu'à son retour. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : L’Odeur du café et Le Charme des après-midi sans fin.

Dans l’écriture de Dany LAFERRIERE, visions et épisodes s’enchaînent avec une grande liberté en ne respectant qu’un seul principe : l’harmonie Des visions à la fois douces et frappantes, pleines de couleurs. Elles passent assez fugitivement et de temps à autres, refont surface, dans des circonstances diverses du quotidien, pour se rappeler à notre bon souvenir. Ce sont des personnages et des situations qui restent gravés, profondément dans notre mémoire. Cette littérature migrante de la diversité et des différences culturelles est un puissant hymne pour le respect des identités des autres et l’égalité.

1 – Dany LAFERRIERE, une enfance délicieuse en Haïti

Dans «l’Odeur du Café», par bribes, et avec des anecdotes savoureuses, Dany LAFERRIERE nous raconte son enfance à Petit-Goâve, près de sa grand-mère Da. Celle-ci est toujours assise à côté de lui sur la galerie, buvant son café, le café dont l'odeur marque son enfance. Au fil des passages, on découvre la réalité de cet enfant de dix ans au cœur de son village, sa famille, ses amis, sa maison au toit éblouissant, Vava qui fait battre son cœur, et se révèle du même coup toute une culture racontée via les souvenirs. «Je suis le fils aîné de la fille aînée. Le premier enfant de la maison. La mer des Caraïbes se trouve au bout de ma rue. Nous avons un chien. Mais il est si maigre et si laid que je fais semblant de ne pas le connaître. Vava habite en haut de la pente. Elle porte une robe jaune. Des fois, elle me donne l’impression d’être un cerf-volant. Je la sens si proche. Montventre se met à bouillir. Je vais mourir. Un jour, j’ai demandé à ma grand-mère de m’expliquer le paradis. Elle m’a montré sa cafetière. C’est le café des Palmes que Da préfère, surtout à cause de sont odeur. Da boit son café. J’observe les fourmis. Le temps n’existe pas», ainsi démarre ce roman. Au cours de ce récit, il y a l'enfance. Celle d'un petit garçon passant chez Da, sa grand-mère, et accompagné de la chaleureuse vigilance de ses tantes. Un peu de fièvre, et le voici privé de jeux avec ses camarades. Alors il reste sur la terrasse de bois, à côté de Da qui se balance dans le rocking-chair, avec toujours une tasse de café à portée de la main pour les passants et les voisins. Le long des lattes de bois, l'enfant regarde les fourmis, les gouttes de pluie marquant le sol, regarde et écoute les adultes s'occuper et parler, respire les odeurs de la vie. Chronique des sensations enfantines, L'Odeur du café est un livre envoûtant, le récit d'un voyage au temps si fragile et si merveilleux de l'enfance.

«Le charme des après-midi sans fin», est, sans doute, le roman de Dany LAFERRIERE, le plus autobiographique, nous conte une jeunesse haïtienne en une succession de brefs tableaux sur le cours des jours à Petit Goâve. On retrouve une magnifique grand-mère, femme protectrice et tolérante. Tour à tour, drôle, attachant, touchant, ce roman, délicieusement nostalgique, est un hymne à la liberté, à l'insouciance de l'enfance écrit dans une langue riche et colorée. Manifeste d’amour adressé par l’auteur à Da, la grand-mère qui l’a élevé, mais aussi, sur fond de crise politique haïtienne, roman initiatique de l’adolescence, ce livre nous émeut par sa tendresse et sa justesse. Dany LAFERRIERE fait de la joie de vivre une épine plantée dans le pied des dictatures. Au lieu de nous ennuyer avec une documentation lourde et méticuleuse, LAFERRIERE, sur un ton léger, lit, flâne et flotte, c’est le bon moyen de se glisser partout, de démasquer les parades des uns et des autres. «Les mères passent leur temps à venir voir si leur fille n’est pas dans les parages du port. Comme toujours, les mères n’ont aucune idée de la façon donc cela se passe. Car si un type veut embrasser une fille; tu peux être sur qu’il ne restera pas sur le port avec elle. Mais les mères n’ont aucune idée de la réalité» souligne l’auteur. Vieux Os, un été de son adolescence en Haïti, vit tranquillement, entouré de ses amis, de ses voisins, de filles qu’il guette, d’animaux qu’il observe, de rêves ou de cauchemars qui le hantent. Ce roman retrace avec tendresse l'enfance : les bagarres, les aventures et les amours de Rico, Frantz et Vieux Os, les petites manies des habitants de la ville, leurs bonheurs et leurs soucis de tous les jours. Mais la crise politique finit par atteindre Petit-Goâve, marquant la fin de l'enfance pour Vieux Os et les adieux à la ville de Da.

Si Le Charme des après-midi sans fin se termine sur des adieux, «Le pays sans chapeau» débute avec des retrouvailles. De retour à Haïti après de longues années d'absence et plusieurs livres, Vieux Os retrouve cette même odeur du café, mais aussi la puanteur de la pauvreté, des "près de cent mille personnes concentrées dans un espace restreint sans eau courante". Da n'est plus, sans pour autant être partie. Elle est bien là, dans sa chambre restée inoccupée, dans sa petite robe grise accrochée sur le mur, la tasse de café qu'on lui sert tous les matins. Les morts observent les faits et gestes de l'écrivain. Car à côté de ce "Pays réel", il existe un "Pays rêvé", le Haïti des zombis et des esprits que Vieux Os redécouvre après toutes ces années "là-bas". Tout comme ces mots créoles restés en désuétude trop longtemps, qu'il faut de nouveau mastiquer et goûter. Ailleurs, Dany LAFERRIEE :"En écrivant en français, je tue ma langue, le créole. Et personne ne m'a jamais dit : Mes condoléances". Dany LAFERRIERE peint Haïti et ses couleurs par petits tableaux, instants d'émotion ou de souvenir, entre les odeurs retrouvées et les questions inquiètes de la mère :"Qu'est-ce que tu as mangé pendant ces vingt ans ?" A la joie des retrouvailles se mêle parfois une pointe d'amertume, le pays n'est plus tout à fait le même. Mais on retiendra surtout la leçon de Da :"Comment peux-tu aller dans la vie sans même prendre une tasse de café !"

2 – Dany LAFERRIERE une plaidoirie pour la tolérance

et la promotion de la diversité culturelle

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, il quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman «Le Cri des oiseaux fous».

Dixième roman de Dany LAFERRIERE, «Le cri des oiseaux fous» est aussi l'ultime récit de sa vaste "autobiographie américaine". Le narrateur apprend que les tontons macoutes ont tué son ami, que lui-même est sur la liste, que cette nuit sera sa dernière nuit en Haïti, celle du départ. LAFERRIERE, le héros de son roman raconte comment il est venu à quitter sa terre natale, journaliste, il est affecté aux chroniques culturelles. Avant de s’exiler, il fait le tour de ses amis, sans les prévenir de son départ. Tout le récit coule des yeux et des pensées, des peurs et des méditations de ce jeune homme de vingt-trois ans confronté au crime et forcé à l'exil.

Comment se sentir citoyen d'un pays qui veut votre mort ? «L'exil est pire que la mort pour celui qui reste. L'exilé est toujours vivant bien qu'il ne possède aucun poids physique dans le monde réel», dit-il. Ce roman est une ultime insurrection contre la dictature et l’intolérance, un droit de parler de culture sans parler de politique. D'avoir des désirs qui lui sont propres. «Et l'indifférence que j'ai toujours manifestée pour le pouvoir et sa propagande diabolisante ne jouerait pas en ma faveur. Car le rêve de tout pouvoir est qu'on s'intéresse à lui», dit-il.

Dans «le cri des oiseaux fous», les thèmes abordés sont variés : l’amour et la sexualité, l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurdité, la construction de l’identité, par rapport au père et à la mère. Le développement du roman, loin d’être narcissique, se construit sur les adieux que Dany LAFERRIERE fait à ses amis. Comme, il fréquente le monde de la culture, ce roman est particulièrement instructif de la vitalité littéraire et artistique d’Haïti. On ne se croirait pas dans un pays sous-développé. Les artistes compensent la pauvreté de ce pays par leur créativité et leur énergie débordante. Dany LAFERRIERE rencontre aussi les prostituées qu’il a fréquentées. Il ne s’en cache pas et n’est pas complaisant. Il fait ressortir les qualités de cœur des Haïtiens. On sent que LAFERRIERE voue une grande affection pour son entourage et son pays. Parallèlement à cette déchirure, se profile la vie politique haïtienne d’une grande brutalité. Finalement, ce roman relate la vie quotidienne des Haïtiens, confrontés à diverses difficultés, mais qui ont su garder leur héroïsme et leur noblesse d’esprit.

LAFERRIERE fait publier en 1985, le roman «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», qui a connu un succès retentissant. Il se familiarise avec le cinéma. «Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?», est un roman constitué d’une succession de brefs chapitres proposant chacun une petite scène à connotation sexuelle. LAFERRIERE déploie style sec, aux phrases juxtaposées, dont le rythme haché rappelle celui du jazz. Il y expose des lieux communs, certes, sur les Noirs et sur les Blanches mais présentés toujours avec un humour à la fois cru, sain et jubilatoire. C’est une satire féroce sur les stéréotypes et les clichés racistes, dans laquelle deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman et, pour s’occuper, connaît diverses aventures féminines en dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c'est un juste retour des choses, après avoir souffert de l'esclavage, que de séduire toutes ces jeunes donzelles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran, sur des airs de jazz.

«Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?» fait ressortir la complexité des sens propres à la littérature migrante qui puise dans le pays d’origine et celui du lieu de résidence. Les sens multiples doivent être analysés à la lumière des codes culturels, à la communication entre divers univers et leur enrichissement réciproque. En effet, LAFERRIERE, durant son exil au Canada se positionne comme un écrivain québécois qui porte, cependant, un puissant témoignage sur ses souvenirs d’immigrant. Ce roman, marqué par la polyphonie, outre son caractère ironique, provocateur et exotique, est une réflexion profonde sur la littérature migrante, sur l’altérité, sur les différences culturelles. En l’occurrence, les Noirs sont souvent de culture occidentale, mais ils jouent, parfois, au Nègre pour draguer les Blanches. A travers, la parodie, LAFERRIERE renverse la perception de la Négritude qu’il désacralise. Par conséquence, l’aliénation et la recherche d’une nouvelle identité sont au coeur de ce roman. Il fait référence aux filles anglaises que tente de séduire le héros de son roman, qui sont censées, par rapport aux francophones, être supérieures et «disciplinées». Par ailleurs, ce roman est bourré de clins d’œil littéraires. En effet, c’est durant son exil qu’il met à lire des auteurs comme Hemingway, Miller, Diderot, Tanizaki, Gombrowicz, Borges, Marie Chauvet, Bukowski, Boulgakov, Baldwin, Cendrars, Mishima, Marquez, Vargas Llosa, Salinger, Grass, Calvino, Roumain, Ducharme, Virginia Woolf, etc. En 1986, meurt Jorge Luis BORGES, un écrivain aveugle argentin, pour qui LAFERRIERE voue une grande admiration. BORGES est un spécialiste de l’art de la nuance. «Tous les pouvoirs ont peur de la nuance. Seule la nuance est subversive», dit-il. LAFERRIERE cite, dans ce roman, James BALDWIN, un auteur noir, homosexuel qui a vécu en exil en France.

Dany LAFERRIERE est l’auteur d’autres romans, comme «l’Enigme du retour», «L’Art presque perdu de ne rien faire», «Journal d’un écrivain en pyjama», ou «Tout bouge autour de moi».

Bibliographie très sélective

1 – Contributions d’Alain MABANCKOU

MABANCKOU (Alain), Petit piment Paris, Seuil, Collection «Fiction», 2015, 288 pages ;

MABANCKOU (Alain), Demain, quand j’aurai vingt ans, Paris, Gallimard, collection «Blanche», 2010, 384 pages ;

MABANCKOU (Alain), Black Bazar, Paris, Seuil, Cadre rouge, 2009, 252 pages ;

MABANCKOU (Alain), Mémoire de porc-épic, Paris, Seuil, Cadre rouge, 2006, 230 pages ;

MABANCKOU (Alain), Bleu blanc rouge, Paris, Présence africaine, 2000, 224 pages ;

MABANCKOU (Alain), African psycho, Paris, Points, 2006, 224 pages ;

MABANCKOU (Alain), Verre cassé, Paris, Seuil, Cadre rouge, 2005, 208 pages ;

MABANCKOU (Alain), Tais-toi et meurs, Paris, Pocket, Triller, 2014, 216 pages ;

MABANCKOU (Alain), Lumières de Pointe-Noire, Paris, Seuil, Fiction, 2013, 304 pages ;

MABANCKOU (Alain), Le sanglot de l’homme noir, Paris, Fayard, 2012, 184 pages ;

MABANCKOU (Alain), Lettre à Jimmy, Paris, Fayard, 2007, 192 pages ;

MABANCKOU (Alain), Ma sœur étoile, Paris, Seuil, Album de jeunesse, 2010, 326 pages ;

MABANCKOU (Alain), Les petits-fils Nègres de Vercingétorix, Paris, Le Serpent à Plûmes, 2002 et 2016 ;

MABANCKOU (Alain), Tant que les hommes s’enracineront dans la terre, Paris, Points, 2007, 320 pages ;

MABANCKOU (Alain), Et Dieu seul sait comment je dors, Paris, Présence africaine, 2001, 246 pages.

2 – Contributions de Dany LAFERRIERE

LAFERRIERE (Dany), L’odeur du café, Les éditions la Bagniole et la Soulière, 2014, 160 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le charme des après-midi sans fin, Rocher/Motif, 2011, 296 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Pays sans chapeau, Boréal, 2006, 275 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Lanctôt, 2000, 319 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Comment faire l’amour avec un Nègre, sans se fatiguer, Le Serpent à plumes, 2014, 166 pages ;

LAFERRIERE (Dany), J’écris comme je vis, Boréal, 2010, 257 pages

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Paris, Grasset, 2012, 224 pages

LAFERRIERE (Dany), Tout bouge autour de moi, Paris, Grasset, 2011, 224 pages

LAFERRIERE (Dany), Je suis un écrivain japonais, Paris, Grasset, 2008, 270 pages

LAFERRIERE (Dany), Vers le Sud, Paris, Grasset, 2006, 256 pages

LAFERRIERE (Dany), Le goût des jeunes filles, Paris, Grasset, 2005, 400 pages

LAFERRIERE (Dany), Un art de vivre par temps de catastrophe, University of Alberta, 2010, 51 pages.

Paris le 19 mars 2016 par M. Amadou Bal BA – http://baamadou.over-blog.fr/

«Rencontre avec deux grands universitaires spécialistes de la littérature migrante : Alain MABANCKOU et Dany LAFERRIERE», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 00:17

Bernard DADIE est mort le 9 mars 2019.

«La bibliographie des travaux critiques consacrés à Bernard Binlin Dadié est paradoxalement réduite si l’on considère les travaux édités. Il y a là, à nos yeux, un paradoxe, car Bernard Binlin Dadié est l’écrivain le plus fécond de la littérature néo-africaine, le plus divers, et, avec Léopold Sédar Senghor, le plus traduit. Bernard Binlin Dadié s’est essayé dans tous les genres», écrit Nicole VINCILEONI. Ecrivain, dramaturge et homme politique ivoirien, Bernard DADIE dont on célèbre le centenaire en cette année 2016, apparaît comme l’un des écrivains les plus représentatifs de la génération ayant donné ses lettres de noblesse à la culture africaine. «Le Vieux a eu l’âge du siècle où il est né, comme il a, aujourd’hui, celui du XXIe siècle qui vient de naître», écrit à son sujet Nicole VINCILEONI. Erigé au rang «d’Eluard Noir» par Claude QUILLATEAU, tout en demeurant proche de la tradition orale à travers ses contes, Bernard DADIE, écrivain constant de la protestation, a insufflé un souffle lyrique dans sa puissante contribution littéraire. Contrairement à certains auteurs africains qui se sont épuisés au bout d’un roman, et n’ont plus rien écrit depuis lors, les productions de Bernard DADIE sont riches et nombreuses, alliant souci de transmettre l’héritage culturel africain et engagement littéraire : «Tant qu’on n’aura pas supprimé les causes qui font penser les têtes, crier les bouches, on n’aura pas fini  de supprimer les bouches et les têtes qui, à leur tour, feront supprimer d’autres bouches et d’autres têtes» dit-il dans «Climbié». En effet, Bernard DADIE, témoin d’une période troublée et humaniste, est l'auteur d'une œuvre véritablement prolifique qui aborde tous les genres littéraires : poésie, roman, théâtre, chroniques, contes traditionnels, le plus significatif étant le théâtre. Son théâtre invite les Africains à y trouver du divertissement et en se divertissant s'instruire et se corriger. Inspiré de Molière, Bertolt BRECHT et Aimé CESAIRE, il recourt aux symboles, aux proverbes et à l’humour. Mais il proclame son indépendance d’esprit «Je n’ai pas de maître. Je refuse les maîtres. Ce que je rejette, c’est ce critère d’écriture. On doit écrire comme on sent. C’est la liberté de création», dit-il.
Très tôt, influencé dans sa vie par la pensée du maréchal Hubert LYAUTEY (1854-1934), selon laquelle «l'homme complet doit avoir ses lanternes ouvertes sur tout ce qui fait l'honneur de l'humanité», Bernard DADIE s’est fait le porte-parole de l’âme de son peuple. Auteur, en 1948, d’une nouvelle, «Mémoire d'une rue», puis d’un premier roman, «Climbié», édité en 1956, Bernard DADIE, et avant qu’il ne soit trop tard, mériterait bien le prix Nobel de Littérature. «Ecrire est, pour moi, un désir d’écarter les ténèbres, un désir d’ouvrir à chacun des fenêtres sur le monde», dit Bernard DADIE. Sa vaste contribution littéraire traite de questions socio-politiques, la colonisation, la justice, la liberté et la dignité humaines. Il a abordé des questions mineures comme la succession, l’adultère et le parasitisme. Dans les années 1970, Bernard DADIE a choisi de s’investir dans d’autres thèmes majeurs, comme la conservation du patrimoine culturel africain, le pouvoir et la démocratie, adoptant ainsi une posture de gardien de la conscience africaine. «S'agripper au sol, refuser de se laisser déraciner et emporter par la vague torrentielle des modes, c'était, hélas, vouloir rester sauvage» ironise Bernard DADIE. A travers cet art engagé, fervent catholique, il a délibérément placé son œuvre dans une dimension sociale critique en vue de contribuer à «l’édification commune d’une vie plus juste et fraternelle sur notre planète» dit-il.
«Bernard Dadié est moins sensible à la théorie qu’à l’action littéraire et politique. L’Afrique, dans sa vie, comme dans son œuvre, est un vécu quotidien, non une nostalgie» écrit Nicole VINCILEONI. Comment donc raconter cette vie si riche et tumultueuse d’un centenaire insoumis ?
Bernard Binlin DADIE est né vers 1916 à Assinie, dans la région orientale, lagunaire et forestière, à la Côte des Dents ou Côte de l’Or, actuelle Côte-d'Ivoire. Il puise son inspiration littéraire dans son cercle familial, pour résister à l’entreprise de dépersonnalisation du système colonial : la chicote, le prix dérisoire des matières premières et les prix excessifs des marchandises importées. Son grand-père, Binlin DADIE, a aidé la France à s’installer en Assinie, un territoire dépendant du royaume Agni-Sanwi de Krindjabo, et où un fort fut construit en 1701. «Binlin» signifie «Celui qui a raison, le plus fort ou le plus solide», DADIE veut dire «le couteau». Fils d’un ancien combattant de l’armée française, à Tours, avec le grade sergent en 1920, devenu planteur, son père de l’ethnie Agni, Gabriel Binlin DADIE (1891-1953), fondateur de l’association «Syndicat des Planteurs Africains» a joué un rôle dans le Parti Démocratique de la Côte d’Ivoire. Son grand-père a été à l’école française et avait le métier de postier. De retour en Afrique, après son service militaire en France, Gabriel DADIE, «Africain français, mais Africain avant tout», entreprend, sans complexe et sans haine, d’améliorer la situation des coloniaux. Commis de 1ère classe et ancien combattant, l’administration lui refuse les mêmes droits que les Français. Il démissionne de la Poste en 1924, pour combattre l’injustice, pour la dignité et l’égalité des droits. «Lui qui était citoyen depuis toujours, pratiquement, j’allais dire, il bâtira toute sa réussite sur le seul critère de son identification nègre», écrit Doudou GUEYE.
Si son grand-père a eu une influence décisive sur lui, en revanche, Bernard DADIE n’a pas été élevé par sa mère.  «Je suis le seul de ma maman. Je suis aussi le dernier. Mon père a eu une autre femme et d’autres enfants» dit Bernard DADIE. La mère de DADIE était une femme borgne qui a toujours pensé qu'elle possédait une malédiction. Ses trois enfants précédents étaient tous morts. Son oncle Melantchi, fermier à Bingerville, l'ancienne capitale de la Côte d’Ivoire, a élevé Bernard DADIE.
Il admirait son père, mais en avait une peur bleue, il le battait parfois, mais sa maladie les rapprocha : «Mon père veilla une semaine entière, en laissant en place toutes ses affaires. J’avais alors quinze ans. Sorti de ma léthargie, je fus frappé par ses traits tirés : je compris quelle sorte d’homme il était, et c’est à partir de ce jour-là que je me suis vraiment rapproché de lui» écrit-il. Comme son père, d’un caractère ombrageux, ouvert et réservé, pudique, DADIE a développé ses croyances philosophiques sous l'influence de la culture et de la société. Dans «Climbié», il fait dire à son père : «Tu comprendras plutard, mon enfant. Pour le moment, tu n’as qu’un seul devoir : étudier. Tes études t’apprendront à secourir tout homme qui souffre, parce qu’il est ton frère. Ne regarde jamais sa couleur, elle ne compte pas. Mais, en revanche, ne te laisse jamais piétiner tes droits de l’homme, car, même dans le plus dur esclavage, ces droits sont attachés à ta nature même». Il lit les journaux que reçoit son père et découvre les injustices du système colonial «L’œuvre coloniale, la mission de civilisation, de christianisation ? Des sujets dociles pour les uns et pour les autres, des robots, et lorsque les Blancs, notamment le Français, prenaient la défense des indigènes, les autorités les traitaient de communistes» dit-il.
Bernard DADIE qui s'est rendu compte de l’importance de la famille et de la communauté, écrira, par la suite, un roman, qualifié «d’autobiographie générale» : «Climbié». «C’est le roman d’une génération. C’est la vie de l’école, du village, l’école du groupe scolaire, l’école de William Ponty. Je suis là, mais ce n’est pas moi seul. Je charrie les choses et je transporte tous les remous que les compatriotes, les amis et moi, nous avons vécu dans les années 36 à 47», dit Bernard DADIE. L’auteur est en accord avec Stendhal qui considère que le roman est une sorte de miroir que l’on promène sur les choses. «Le roman est un filet qu’on pose et qu’on ramène avec des éléments entre autres», précise Bernard DADIE.
Pendant la première partie de sa vie, DADIE a connu la colonisation. Il a étudié d’abord en Côte-d’Ivoire à Grand Bassam, mais les enfants étaient battus par les enseignants ; il quitte cette école pour Bingerville, sur insistance de son oncle, Melantchi. Il obtient son certificat d’études primaires en 1930. Son enseignant Charles BEART, saura être un meilleur pédagogue. En 1931, c’est à cette école que sa vocation de dramaturge et manifeste sa verve indépendante et satirique. «Travaille, lis et je te prédis un bel avenir littéraire» lui dira un de ses professeurs. Bernard DADIE poursuivra ses études de 1932 à 1937, à l’École normale William-Ponty de Gorée, au Sénégal, et a pour promotionnaire Hubert MAGA (1916-2000), Modibo KEITA (1915-1977) et Hamani DIORI (1916-1989), futurs présidents qui seront évincés par la Françafrique. Déjà, dans la pièce de théâtre, écrite à William Ponty, «Assémien Déhylé, Roi du Sanwi», on y découvre ce qui préfigure tout le talent de Bernard DADIE : le travail précis sur le rythme, le mètre, la prosodie, et surtout une performance narrative exceptionnelle. Son professeur Charles BEART encourage sa vocation littéraire ; c’est l’époque où Maurice DELAFOSSE (1870-1926) repris par Charles DELAVIGNETTE (1897-1976) encouragent une meilleure connaissance des réalités locales. DADIE se défend d’avoir participé à un «théâtre aliéné». Pour lui, «ces contes sont mimés et dansés. Chacun de nos gestes a un sens. Ce sens échappe souvent aux Européens parce que seulement il est souvent ébauché, stylisé, il y a des conventions dans le théâtre indigène». Il évoque dans cette pièce, un mythe national portant l’avénèment du patriotisme ; la reine Pokou accepte d’immoler son fils, pour sauver son peuple. Par conséquent, Bernard DADIE est l’iniateur d’un théâtre africain engagé et nationaliste.
À cette époque, William-Ponty était le creuset des élites noires de l’Afrique française destinées à l’enseignement. Dakar est une fenêtre grande ouverte sur un monde encore inconnu, voire insoupçonné. Le 19 septembre 1937, Bernard DADIE assiste à une conférence de Léopold SENGHOR et c’est l’occasion pour lui de découvrir les écrivains noirs ou métis des Amériques et des Caraïbes. Il lit, notamment, Léon-Gontran DAMAS, Richard WRIGHT, Jean PRICE-MARS, Jorge AMADO, Ousame SOCE et Claude MacKAY. Bernard DIADIE découvre aussi, avec stupéfaction, que l’école William Ponty est au service du colonialisme, par les objectifs assignés : «Il s’agit de faciliter l’accès aux carrières administratives à ceux dont la famille a toujours secondé avec honneur notre mission civilisatrice et mis son prestige héréditaire au service de nos intentions ; il s’agit de distinguer parmi les autres ceux dont les qualités de caractère sont absolument certaines, et il faut surtout éliminer, avec un soin impitoyable, tous ceux dont les facultés qui feront servir à la satisfaction de leurs appétits le savoir qu’on leur donnera, qui pousseront leurs congénères à des révoltes et qui garderont toute leur vie l’inquiètude et la cruauté des loups mis en cage».
C’est un enseignement au rabais, sans esprit critique et tout ce qui n’est pas nécessaire pour devenir un laquais du système colonial, est élagué des programmes. L’objectif c’est de former des «commis de voie de garage», sans perspective d’une réelle promotion, dit-il. Avec son diplôme d’instituteur, le jeune DADIE n’a d’autre perspective que l’enseignement. Mais, à partir de 1937 et jusqu’en 1947, il sera bibliothécaire-archiviste à l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) de Dakar où il est en contact d’hommes de culture comme l’historien, archiviste et partisan du Front populairen André VIEILLARD (archiviste de 1935 à 1942) ou l’ethnologue Théodore MONOD (1902-2000). A Dakar, il rencontre des partisans du Front Populaire. «J’ai la chance d’avoir commencé mon travail avec des jeunes Européens issus du Front populaire. J’écrivais depuis Ponty, avec Béart, en 1932-1936. Et puis Villard qui était archiviste m’a dit : Pour dominer ton travail, il faut que tu lises», dit Bernard DADIE au cours d’un entretien avec Bernard MAGNIER. Son emploi d’archiviste, à Dakar, lui permettra d’accumuler une importante documentation qui sera utile pour ses futurs ouvrages.
DADIE prend conscience, au Sénégal, plus que jamais, du caractère néfaste de la colonisation. «Je ne crois pas que les Nègres puissent toujours être les esclaves de l’Europe. Les hommes sont faits pour vivre égaux, et non pour être sous la domination d’une autre race. Les Blancs sont très fins, ils divisent pour mieux régner. Ils contentent les plus brutes pour asservir les plus intelligents. Ils s’appuient sur des brutes intellégentes pour dominer les autres en leur donnant un fantôme de bien-être et des hochets» dit-il. DADIE travaille pour «Le Réveil», un journal du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), dont il a été membre actif lors de son séjour au Sénégal. Hostile au pétainisme, il garde ses distances à l’égard du gaullisme. Il se rend compte des limites du soutien des partis de gauche français, notamment «Sur les événements Thiès (grève des cheminots du 11 octobre 1947 au 19 mars 1948), sur cette boucherie immonde, aucun journaliste n’ose lever la voix. Ils se taisent. Où sont donc les défenseurs zélés de la race noire ? Où se tapissent les journalistes aux plumes flamboyantes ? Ont-ils perdu la parole ? Ils se taisent»,  dit-il. Il rendra compte du massacre au camp de Thioroye, du 1er décembre 1944 «des marins européens aller fouiller les Nègres morts pour ramasser leur argents et leurs papiers et correspondances, réplique de la captivité. Civilisation !». Le 15 septembre 1945, il devient le Secrétaire général de la section dakaroise du Comité d’études franco-africaines, un mouvement intellectuel anticolonial. Il rejoint le Rassemblement démocratique africain, à son congrés fondateur, du 18 octobre 1946, à Bamako. 
En 1947, il retourne dans son pays et milite au sein au sein de ce parti. «J’ai toujours aimé ma Côte d’Ivoire, et je l’aime encore plus depuis que je suis au Sénégal et je voudrais (…) que nous placions notre pays plus haut en cédant la place à nos enfants, c’est-à-dire que nous fassions de ce pays plein d’avenir autre chose qu’il n’est présentement», dit-il dans une lettre à un ami resté au pays. Les troubles du 6 février 1949, à la suite d'une provocation des membres du RDA, le conduisent en prison pour seize mois, où il tient un journal qui ne sera publié qu'en 1981, «Carnets de prison». «Ils m’ont enrichi sans le vouloir, sans le savoir. J’ai compris ce que sont Pouvoir et Justice», dit-il à sa sortie de prison. Le RDA, affilié au Parti communiste français jusqu’en 1951, est rentré dans les rangs et a abandonné toute perspective révolutionnaire. «Je poursuivrai, sur le plan littéraire, ce que j’avais fait sur le plan politique, mais avec beaucoup plus de liberté», prend soin de préciser Bernard DADIE.
À l'indépendance, il exerce, tour à tour, les fonctions de chef de cabinet du ministre de l'Éducation nationale, de directeur des Affaires culturelles, d'inspecteur général des Arts et Lettres. En 1977, il devient ministre de la Culture et de l'Information de 1977 à 1986. Sa création littéraire s'est développée parallèlement à cette brillante carrière politique et gouvernementale. Il revient au genre théâtral à la fin des années 1960 avec des pièces d'inspiration historique, «Béatrice du Congo» en 1970, ou militante, «Îles de tempête», en 1973, et des comédies qui frôlent la bouffonnerie comme «Monsieur Thôgô-Gnini» en 1970, caricature d'un nouveau riche Africain, amoral et cupide. Pétri des idées humanistes et de celles de la négritude, il rédige une série de poèmes à caractère patriotique (Afrique debout ! en 1950 ; La Ronde des jours, en 1956) dont plusieurs font désormais partie des programmes scolaires en Afrique. À la même époque, il écrit deux recueils de contes, «Légendes africaines», en 1954 et «le Pagne noir» en 1955, devenant ainsi l'un des précurseurs du mouvement de sauvegarde et de transmission du patrimoine culturel africain. Avec «Climbié» en 1956, roman largement autobiographique qui s'inscrit dans la thématique classique du jeune héros qui s'affronte au monde moderne, il donne l'une de ses meilleures œuvres. Bernard DADIE excelle surtout dans ses chroniques, inspirées par ses séjours à Paris, New York et Rome (Un Nègre à Paris, en 1959 ; Patron de New York en 1964 ; la Ville où nul ne meurt, en 1968). Sur un ton vif et sarcastique, elles mettent en scène un touriste africain dont le regard ingénu fait ressortir le côté étrange et paradoxal des grandes villes modernes. Ses dernières œuvres sont plus engagées politiquement et s'emploient à dénoncer l'injustice du colonialisme (les Jambes du fils de Dieu, en 1980 ; Commandant Taureault et ses Nègres, en 1980). Bernard DADIE fait partie des auteurs dans la mouvance de la négritude. Il a été fortement influencé par Aimé CESAIRE, qui dans son «Cahiers d’un retour au pays natal» invite notre âme à réagir et à jouer son rôle dans la construction d’un monde nouveau. En effet, l’homme noir est un peu assoupi, emporté dans l’image de spectateur stérile, d’une créature passive dont l’entoure son créateur, l’homme Blanc. «Mais la vie n’est pas un spectacle, car c’est une mer de douleurs» dit CESAIRE.
Bernard DADIE, écrivain de la protestation, s’est toujours insurgé contre les alliances contre nature et contre l’inféodation. Il a par ailleurs été un rempart contre les injustices et les persécutions. Ainsi, dans son ouvrage «l’Afrique Debout !», un recueil de poèmes, Bernard DADIE invite les Africains à prendre la peine de dénoncer l’abêtissement qu’a constitué la politique coloniale ; ce serait «une juste colère», dit-il. La situation coloniale est faite pour montrer que l’homme noir n’est rien. Bernard DADIE en appelle à la lutte émancipatrice, à la libération. Ce recueil de poèmes est un puissant appel aux Africains à restituer à l’Afrique sa dignité contestée. L’Afrique doit se mettre debout, cesser de dormir, se mobiliser. Le ton est amer. Il y a un désir de l’auteur de secouer l’Afrique afin qu’elle prenne conscience de sa véritable situation.
Il ressort de cette longue vie d’un écrivain engagé et rebelle, productif, la défense résolue de la liberté, de la dignité humaine et l’authenticité des culturelles traditionnelles africaines.
I – Bernard DADIE, un défenseur résolu de la liberté et de la dignité humaine
A – Bernard DADIE, un refus de l’injustice et de l’arbitraire
1 - Bernard DADIE un refus du système colonial
Bernard DADIE est un témoin majeur de cette Afrique colonisée qui s’éveille à la liberté. Son séjour au Sénégal lui a permis d’observer la lente mutation de la conscience politique des Africains, les hésitations, les craintes et les espoirs, jusqu’aux grèves décisives. Il a acquis la conscience de lutter pour changer les choses et part en guerre contre l’oppression et la répression de la colonisation française. «On croit résoudre en supprimant des têtes. Tant qu’on n’aura pas supprimé les causes qui font penser les têtes qui, à leur tour, feront supprimer d’autres bouches, et d’autres têtes, rien n’y fera», dit-il. Bernard DADIE a grandi sous l’influence française et les effets néfastes de la colonisation sont un thème principal de ses écrits. Bernard DADIE a publié des textes anticolonialistes et des contes qui montrent la beauté d’être Africain. Il valorise son peuple avec ses mots. Il fut une époque où sa plume rimait avec combats. Combat culturel, surtout, pour celui qui, raillant les idéologies racistes, remerciait dans un poème célèbre son Dieu de l’avoir créé noir, car «le Blanc est une couleur de circonstance, le Noir la couleur de tous les jours».
Bernard DADIE a été fortement marqué par son séjour au Sénégal en qualité d’étudiant et de fonctionnaire colonial. Ainsi, en 1948, il a écrit une nouvelle, «Mémoire d’une rue» qui relate un personnage inhabituel, la rue Raffanel, à Dakar, en pleine occupation coloniale. La rue Raffanel, que les familles honorables évitent soigneusement a été un haut lieu de prostitution. Cependant, c’est une rue fière de ce qu’elle est, une rue franche qui réprouve l’hypocrisie, contrairement à ses sœurs sournoises, silencieuses, aux enseignes tapageuses de commerçants tous complices de marchés parallèles. Cependant, le propos essentiel de cette nouvelle est ailleurs. En effet, cette rue Raffanel est, aussi et surtout, le témoin d’un meeting politique organisé le 3 décembre 1944 par les indigènes colonisés, sur la Place M’Both, où elle débouche. Les Africains réclament plus de liberté et de dignité. «Nous voulons respirer à l’aise sur le sol africain, l’air que le Créateur dispense chaque jour. Et quand nous enterrons, au coude à coude, avec nos frères Blancs, à coup de canon, contre toutes les injustices, il est normal, il est légitime, que la liberté, la justice et l’égalité rayonnent aussi sur le sol africain», fait dire Bernard DADIE à un orateur. Cette nouvelle de Bernard DADIE est un violent réquisitoire contre le système colonial, d’autant plus que pendant la deuxième guerre mondiale, Dakar, capitale de l’Afrique occidentale française, a été occupé par des pétainistes qui ont été particulièrement durs avec les Africains. C’est le début de la prise de conscience politique de Bernard DADIE qui observe les Africains traités comme des «sous-hommes». Son combat reste fondamentalement attaché à la dignité de l’être humain. Bernard DADIE exprime le refus de la soumission et de l’exploitation.
«Vive qui ?» est une nouvelle qui relate la défaite de la France en 1940, la mise au pouvoir du Maréchal Pétain et l’entrée en résistance du général de Gaulle. Le narrateur de cette nouvelle crie «vive de Gaulle». La police l’interpelle. Après une enquête expéditive qui révèle qu’il n’était qu’un pauvre paysan, peu instruit des affaires politiques, on le condamne, néanmoins, à deux ans de prison ferme pour avoir résisté à un agent de la force publique et lui avoir fait tomber ses galons.
A sa libération, et tout heureux d’être libre, le narrateur cria «vive le Maréchal» et reçut, pour cela une rude correction. On lui fit savoir que c’est maintenant le général de Gaulle qui est au pouvoir. Le mépris absolu de la dignité humaine, le vasselage brutal des consciences ont révolté, à travers cette nouvelle, Bernard DADIE. «On a identifié la liberté avec Pétain et de Gaulle. On n’a pas pu dissocier les hommes et l’autorité», s’interroge le narrateur désemparé et amer. «Vive qui ?» est ainsi une interrogation de Bernard DADIE sur le thème de la liberté et de la dignité humaine.
Dans son premier roman «Climbié» qui décrit la société rurale ivoirienne, Bernard DADIE fait écho à la dureté de la situation coloniale. «Climbié, c’est un nom propre qui veut dire plus tard, un jour, ça va finir, ça va changer» dit DADIE. Climbié est un villageois qui a appris auprès de son oncle le métier d’homme : mettre le feu à la brousse pour préparer les cultures, planter les bananes, les piments, les aubergines, la canne à sucre, le café et le cacao. Mais son oncle est emporté par la pneumonie. Auparavant, son oncle avait pris la décision de l’inscrire à l’école française. Climbié réussira ses études. Comme Bernard DADIE, le héros du roman se retrouvera à l’école normale William Ponty, à Gorée, au Sénégal. Affecté en qualité de commis, pendant 12 ans, dans une voie de garage, mobilisé pendant la guerre mondiale, Climbié commence à prendre conscience de sa situation de colonisé. Il n’y a aucune raison que les fonctionnaires colonisés soient traités comme des sous-hommes, mal payés. A Dakar, Climbié acquiert une conscience politique, grâce au Front Populaire qui propage ses idées progressistes dans les colonies. Rentré chez lui, en Côte-d’Ivoire, Climbié se jette dans la lutte politique. Accusé d’avoir organisé une grève des paysans qui refusaient de vendre leurs produits tant que le cours n’aurait pas augmenté, il est jeté en prison.
Bernard DADIE a semblé être, dans son roman «Climbié», mesuré dans sa critique du colonialisme, à tout le moins ambigu. Dans ce roman, il diagnostique le mal colonial en ce qui concerne l’éducation, l’administration et les rapports sociaux. Mais il ne préconise ni l’autonomie, encore moins l’indépendance. «Je me suis trouvé dans une situation de gêne, et je ne savais pas si je pouvais tout écrire. Aujourd’hui, nous Africains, nous faisons pire ce que le Blanc a fait» dit-il. Pour lui, l’écrivain doit se limiter à un éveilleur de conscience. «L’écrivain n’a pas à donner d’ordre. Il pose le problème. C’est au lecteur de tirer les conclusions nécessaires, suivant son idéologie, suivant sa formation. J’écris en sous-entendu. Je le fais exprès. Comme nous ne sommes pas en pays libre, tu écris de façon que tu dis ce que tu as à dire, sans avoir trop de problèmes», précise Bernard DADIE.
2 - Bernard DADIE une condamnation des pouvoirs autocratiques africains
Bernard DADIE revient, dans ses pièces de théâtre, notamment dans «Monsieur Thôgô-Gnini», sur les méfaits causés par l’héritage de la colonisation à savoir l’exploitation, l’abus de pouvoir et l’injustice. En effet, M. Thôgô-Gnini, Porte canne du Roi et auxiliaire des Blancs, plus craint que le Roi, avide de pouvoir détient le monopole de toutes les activités économiques. Bernard DADIE mène une insurrection contre toutes les formes d’injustices. Ainsi, «Monsieur Thôgô-Gnini», une pièce théâtrale qui met sur scène deux femmes et seize hommes, le personnage central est un homme orgueilleux et qui affectionne les fanfaronnades, d’où son nom Thôgô-Gnini. Au milieu du XIXème siècle, un traitant blanc et son acolyte débarquent sur l’une des côtes occidentales afin d’établir des liens commerciaux avec les autochtones.
Thôgô-Gnini s’enrichit grâce aux liens commerciaux qu’il réussit à tisser pour son propre compte personnel avec l’Europe. Un matin, N’Zekou, un petit planteur, pénètre chez Thôgô-Gnini, il vient réclamer une dette de vingt fus d’huile de palme. Dans un premier temps, Thôgô-Gnini feint l’oubli, mais une fois la reconnaissance de dette arrachée puis déchirée, il reconnaît les faits. N’Zekou dévient alors menaçant et Thôgô-Gnini appelle ses serviteurs à son secours. N’Zekou est arrêté. Le jour du procès de N’Zekou. On s’aperçoit très vite que la plupart des témoins ont été menacés ou corrompus par Thôgô-Gnini. N’Zekou, finalement reconnu non coupable, est relaxé, et Thôgô-Gnini est écroué à sa place. Dans le rêve de «M. Thôgô-Gnini», l’Etre étrange détruit les valeurs traditionnelles, chères à l’Afrique et représentées par des personnages allégoriques, comme Fidélité, Reconnaissance, Vieillesse, Tradition, Amour, Ame. La solidarité familiale s’évanouit. Cette pièce de théâtre «pose le destin de l’homme, dans tous ses états. Il s’agit de savoir, si dans nos Etats, l’Homme doit passer avant certaines choses. Si l’argent est fait pour l’Homme ou l’Homme est fait pour l’argent, si la fortune est service de l’Homme ou si l’Homme est au service de la fortune», souligne Bernard DADIE. Dans «Thôgô-Gnini», le monarque paraît être un roi décoratif, sans pouvoir. Il n’a pas prononcé une seule parole dans la pièce. «Le Roi est chez nous, ici, le chef. Il est là. Ce sont les notables qui décident. Quand le Roi parle, tout est foutu. Maintenant les choses ont évolué : ce sont les contacts extérieurs qui ont perverti ces missions qui avaient une vraie conception du Roi. Le Roi gouverne. Le silence du Roi permet la discussion. Ce sont les notables qui parlent. S’ils se trompent, le Roi intervient pour rectifier les choses», dit DADIE.
Dans «Béatrice du Congo», Bernard DADIE part en guerre contre les pouvoirs arbitraires africains. Dans cette pièce, le Roi est d’abord un monarque démocrate, aimé de son peuple et soucieux de son bien-être. Ensuite, il devient autocrate, tyran, aliéné, exploiteur et esclavagiste.
Bernard DADIE critique violemment les pouvoirs africains, après l’indépendance, mais dans un style hautement satirique. Ainsi, dans «Mhoi Ceul» une pièce de théâtre de 1979 et le «Secrétaire particulier» en 1975, Bernard DADIE dénonce le manque de conscience professionnelle des fonctionnaires africains, la corruption des gouvernants en particulier. Prétentieux, opportuniste, corrompu, c'est «Mhoi-Ceul», le bien nommé. Mhoi-Ceul, plein de lui-même, comme un neuf. Moi, moi tout seul, Monsieur le Directeur, enfin, tel qu'en sa suffisance imbécile le pouvoir bureaucratique le change. Bernard DADIE dépeint l’irresponsabilité et l’incurie des fonctionnaires africains, dans «Papassidi, maitre-escroc». Face à ces maux qui gangrènent le continent noir, DADIE répond : «Je n’ai pas de solution, ni d’explication. Je dénonce la situation. C’est le rôle de l’écrivain de dénoncer cela». L’affairisme, la recherche effrénée de gains, par tous les moyens, dans cette étude des mœurs, sont un appel, à peine déguisé, à la rénovation des valeurs morales et éthiques en Afrique.
«Les Voix dans le vent» est une pièce qui se situe dans l’Afrique indépendante. Le chef politique, Nahoubou 1er, est un véritable fou, inapte à gouverner. Bernard DADIE résume, par là, la tragédie africaine de notre temps. «Les Voix du Vent», c’est l’histoire du tyran qui, après avoir tué son frère et sa mère, est hanté par leurs fantômes. Les voix évoquent la Vérité éternelle, et la Mort. Or, Nahoubou 1er n’a pas de conscience. Les individus subissent un pouvoir arbitraire, parce que souvent ils n’ont pas conscience de cette injustice. Dans cette pièce de théâtre, les voix des morts reviennent et accusent. C’est la Mort qui vient de prendre parti contre la bêtise humaine. Le fantastique occupe une place importante dans l’œuvre de DADIE.
B – Bernard DADIE un partisan de la réconciliation universelle
«Hommes de tous les continents», un recueil de poèmes écrit entre 1943 et 1965, fondé sur les thèmes de la réconciliation universelle. «Hommes de tous les continents», est dédié à Pierre SEGHERS l’éditeur français (1906-1987) qui est le premier à publier les ouvrages de Bernard DADIE, car les autres éditeurs français hésitaient. SEGHERS est le premier à se pencher sur les problèmes coloniaux en tant qu’écrivain, et fut un grand poète de combat.
Catholique, et profondément croyant, Bernard DADIE estime que Jésus Christ a réconcilié le Ciel et la Terre, et son Amour a lié les hommes au même destin. L’Afrique doit être en marche vers sa renaissance. «Nous avons fait la critique des Blancs qui ont fait ceci et cela. Mais quand les Blancs nous ont laissé, nous avons fait pire que les Blancs. Les gens commencent à prendre conscience de cela. Les gens qui viennent vont réaliser nos espoirs : une Afrique libérée, une Afrique qui donne aux Européens une leçon» dit Bernard DADIE.
Dans «Climbié», Bernard DADIE revient, en ces termes, sur le thème de l’humanisme universel : Climbié «est un personnage réel, toujours moi, qui regarde, qui examine les coutumes, les mœurs, la culture de mon peuple, pour y décerner les différences et les points communs, dans la perspectives de l’humanisme universel».
«La Rondes des jours» Bernard DADIE est fier d’être Noir et espère une liberté totale, dans la justice et la dignité pour le continent. Dans ce recueil de poèmes, ce n’est pas le Bernard DADIE virulent qui se manifeste. Le ton est beaucoup sobre. En effet, l’auteur a le souci d’administrer la preuve du caractère universel de l’existence humaine, les rêves communs de l’humanité. Pour Bernard DADIE, tous les hommes sont les mêmes, nous sommes tous les enfants de Dieu. Cela impose un respect. Le jour qui se lève ici, c’est le même jour qui se lève là-bas.
Il en appelle à la célébration de la fraternité. Les thèmes abordés dans les «La Ronde des jours» sont variés. C’est une poésie militante qui célèbre, exalte les valeurs africaines. Ainsi, le poème, «Ode à l’Afrique» rend hommage à l’Afrique rayonnante, berceau de l’humanité et célèbre ses vertus. «Chanter l’Afrique» glorifie l’Afrique et met en valeur sa merveilleuse nature. «Sèche tes pleurs» est un poème de consolation, l’Afrique étant confrontée à de nombreux défis, mais dispose de nombreux atouts. «Le noir de mon teint» valorise la race noire. Dans «Je vous aime pas», Bernard DADIE fait la promotion de la culture africaine. Il exprime, dans «Feuille au vent», sa revendication à l’égalité dans la différence.
«Je suis homme à la couleur de nuit
Feuille au vent, je vais au gré de mes rêves.
Je suis l’arbre bourgeonnant au printemps
La rosée qui chantonne dans le creux du baobab.
Feuille au vent, je vais au gré de mes rêves.
Je suis l’homme dont on se plaint
Parce que contre l’étiquette
L’homme dont on se rit
Parce que contre les barrières.
Feuille au vent, je vais au gré de mes rêves.
Je suis l’homme dont on dit : ‘‘ Oh, celui-là !’’
Celui qu’on ne peut saisir
La brise qui vous frôle et fuit.
Feuille au vent, je vais au gré de mes rêves.
Le capitaine à la proue
Cherchant dans les rafales des nuages
L’œil puissant de la terre ;
La barque sans voile
Qui glisse sur l’océan.
Feuille au vent, je vais au gré de mes rêves.
Je suis l’homme dont les rêves
Sont aussi multiples que les étoiles
Plus bruissant qu’essaims d’abeilles
Plus souriants que sourires d’enfants
Plus sonores qu’échos dans les bois.
Feuille au vent, je vais au gré de mes rêves».
II – Bernard DADIE, un farouche défenseur de la culture et de l’identité africaine
La colonisation s’est traduite, non seulement par l’asservissement et la spoliation des Africains, mais surtout par la dévalorisation des valeurs traditionnelles africaines. L’Afrique est déshonorée et humiliée. Selon DADIE, il est important que les Africains valorisent leur héritage. Son respect pour la culture africaine a inspiré DADIE à établir le Cercle Culturel et Folklorique de la Côte d’Ivoire en 1953. Bernard DADIE est reconnu pour ses écrits et ses efforts de défendre la culture africaine. Il est un fervent avocat de l’importance à préserver la culture et l’identité africaines.
A - Bernard Dadié, défenseur des valeurs africaines à travers ses contes
Dans la défense de la culture africaine, Bernard DADIE reconnaît une dette à l’égard de la tradition orale, les conteurs et les griots l’ont inspiré. «Les contes et légendes sont pour nous des musées, des monuments, des plaques de rues, en sommes nos seuls livres», dit-il. Dans les contes, il y a des éléments fondamentaux chez tous les peuples. «Le conte nous permet de nous rattacher à notre passé, à notre histoire, nous qui n’avons pas de livres» souligne DADIE. Observateur passionné des êtres et des choses, dans quel autre genre que le conte, Bernard DADIE pouvait-il accomplir ces traits remarquables de sa personnalité africaine ?
Le pagne est, avec le boubou, un vêtement emblématique du continent africain tel qu’il est vu par l’Occident, comme le sari peut par exemple l’être pour l’Inde. Avec évidence, ces textes manifestent la rencontre heureuse d'un écrivain avec son monde, cette Afrique recréée à travers le merveilleux de la fable, l'ironique bestiaire de la tradition, la gaîté d'un savoir ancien et la tendresse d'une longue mémoire.
Ainsi, dans «Le Pagne noir», l’héroïne, Aïwa, se voit contrainte de vivre avec sa marâtre qui lui offre le calvaire. Ayant mission de laver un pagne noir de telle sorte qu’il devienne aussi blanc que le kaolin, elle part à la recherche d’une eau pouvant mouiller le pagne en question. Au bout de plusieurs jours d’épreuves, elle se voit offrir un pagne plus blanc que le kaolin. La marâtre reconnaît ce pagne qui avait servi à enterrer la première femme de son mari. Mais «Pagne noir» est également un recueil de seize contes du pays Agni de Côte-d’Ivoire dominé par Kacou Ananzé, l’Araignée, personnage avare, égoïste, craint des autres animaux, et prend successivement l’aspect des animaux les plus divers et jouit d’un anthropomorphisme lui permettant de multiples apparences humaines. Kacou Ananzé, un personnage haut en couleur, apparaît au fil des courts récits comme un être malicieux. Le lion, la panthère, l’éléphant et le buffle, qui occupent les échelons les plus élevés dans la hiérarchie des animaux le craignent, car ils ne sont jamais à l’abri d’un de ses exploits dont le bénéficiaire est toujours sa seule personne. Le cochon et toute sa lignée jusqu’à aujourd’hui se maudissent d’avoir perdu leur trompe dont ils étaient affublés aux temps originels, cela en voulant se débarrasser de ce vaurien d’Ananzé. Mal leur en a pris ! Non seulement cet aigrefin a dévoré leur appendice nasale, mais il les a affublé d’une queue ridicule en forme de serpentin. Dieu, lui-même, n’est pas à l’abri d’un ce ses coups tordus. Ainsi, réussit-il à dévorer la plus belle vache du troupeau du divin hiérarque dans le plus grand secret. Cependant, Kacou Ananzé a bien des défauts : ceux d’un être cupide, égoïste, jaloux et envieux qui s’autorise les trahisons les plus méchantes et les déshonneurs les plus infâmes. Ainsi, abandonne-t-il à la famine son épouse et ses enfants pour profiter, à lui seul, de ses récoltes mirifiques d’ignames. Mais ses mauvais profits ne sont pas impunis. Ses vices font sa perte. Bien souvent les fruits de ses entourloupettes lui échappent. L’honneur est sauf et la morale protégée. Décidément, mieux vaut faire taire ses passions, se contenter de ce que la nature nous a doté et de ne pas avoir des flatulences plus haut que son derrière. Que les hérauts qui enchantent les routes de nos villages vous invitent à vous laisser bercer aux délices de ces histoires merveilleuses et délicieuses nées de l’imaginaire de Bernard DADIE. Une âme d’enfant, une écriture fluide et bucolique, le conteur est un homme bercé par Dame Nature.
Dans les contes de Bernard DADIE les animaux les plus redoutables ne sont pas ces géants de la forêt comme l’éléphant ou le lion. L’Araignée, dans le «Pagne noir», est un petit animal rusé, et la ruse est une façon de survivre. «Les faibles, nous autres, on essaie de ruser en face de la force brutale. On utilise la ruse pour dompter la force brutale», dit-il. Mais l’Araignée est présentée comme un père dénaturé, égoïste, et d’une curiosité moribonde. L’Araignée veut prendre tout pour elle seule, par sa ruse, au lieu de s’occuper vraiment de sa famille. Cependant, ses subterfuges sont déjoués. Enfin de compte, la morale de l’histoire, c’est l’honnêteté, la justice, le bonheur qui triomphent toujours. Le conte dépeint la vérité cachée.
B - Bernard DADIE, défenseur des valeurs africaines à travers ses chroniques
Bernard DADIE, dans ses chroniques, y milite pour la préservation des cultures africaines. Ainsi, «Un Négre à Paris» a été écrit en 1959, à la veille des indépendances. Un jeune africain y découvre la grande métropole, avec tout ce que cela représente comme symbole pour le colonisé qu’il est. Il est certes fasciné, mais se trouve confronté à une équation qu’il doit nécessairement résoudre : comment s’adapter, exister encore dans ce monde totalement différent du sien ?
«Un Nègre à Paris», tout en restant une satire des mœurs parisiennes et une tentative de réhabiliter la culture africaine, Bernard DADIE y cultive l’ambiguïté. Il fait ressortir un sentiment ambivalent à l’égard de Paris : un amour – répulsion. «Je vais cesser de contempler le Paris des cartes postales et des écrivains, le Paris qu’on me choisit. Je vais voir Paris, moi aussi, avec mes yeux. On ne verra pas pour moi, on ne pensera pas pour moi, pour toi, pour tous les nôtres», dit-il. En effet, arrivé pour la première fois à Paris, le 14 juillet 1956, l’auteur est fasciné par les monuments, le métro et la liberté des écrivains. Cependant, il dénonce l’hypocrisie du colon. En effet, il existe un écart entre les idéaux de justice et de liberté que proclame chacun des monuments de Paris et la situation des colonisés. Ce que rejette Bernard DADIE, ce n’est pas Paris, mais c’est la culture coloniale inculquée aux Africains. «Je veux faire cesser cette fascination des Africains par la culture occidentale en leur faisant voir l’autre côté de cette culture» dit-il. Dans ce roman épistolaire, le narrateur s’appelle Bernard Tanhoe qui, chez les Agni, est un Dieu-fleuve, fier de sa singularité et jaloux de son autonomie. Bernard DADIE est particulièrement fier de l’authenticité et de la spécificité de la culture africaine. Il revendique même sa différenciation religieuse : «Je catholique chrétien romain, mais nous avons, comme partout, des Dieux. Je suis d’Assinie. Chez nous notre Dieu s’appelle Amanzi. Mais Tanhoe là-bas, est chez nous aussi. Tanhoe est partout. C’est un nom de Dieu. C’est un génie», dit-il.
«Patron de New York» proclame, une fois de plus, la valeur de l’homme, dans toute sa valeur intrinsèque et non celle que l’argent attribue. En Amérique, cette valeur de l’individu, mesurée uniquement au compas de l’argent, est à la base du rêve de cette société. Tout se paie. Tout s’achète. «A un moment donné, on a fait de l’homme une valeur contre les cauris, contre du café, du café», dit-il. L’Homme est au-dessus de tout cela. L’individu étant l’essentiel, «il n’y a pas de couleur» dit Bernard DADIE. Dans «la ville où nul ne meurt (Rome)» Bernard DADIE revient sur la place de l’individu dans la société. L’Europe a, en général, «un mépris souverain de l’homme». Pourtant Rome, siège de la chrétienté enseigne le concept «Aimez-vous les uns, les autres».
Bibliographie sélective
1- Contribution de Bernard DADIE
DADIE (Bernard), «Chanter l’Afrique», Présence africaine, 1949, vol 1, n°6, pages 126-127 ;
DADIE (Bernard), «L’ablation», Présence africaine, 1948, vol 3, n°4, pages 603-603 ;
DADIE (Bernard), «Le conte, élément de solidarité et d’universalité», Présence africaine, 1959, vol 4, n°27-28, pages 69-80 ;
DADIE (Bernard), «Le rôle des légendes dans la culture populaire des Noirs d’Afrique», Présence africaine, 1957 vol 3, n°14-15, pages 165-174 ;
DADIE (Bernard), «Mémoires d’une rue», Présence africaine, 1948, vol 3, n°4, pages 599-602 ;
DADIE (Bernard), «Misère de l’enseignement en AOF», Présence africaine, 1956, vol 6, n°11, pages 57-70 ;
DADIE (Bernard), «Puissance !», Présence africaine, 1947, vol 1, n°1, pages 60-61 ;
DADIE (Bernard), Afrique debout !, Paris, Seghers, 1950, 42 pages ;
DADIE (Bernard), Assémien Déhylé, roi du Sanwi, Abidjan, CEDA, 1980, 68 pages ;
DADIE (Bernard), Béatrice de Congo, Paris, Présence Africaine, 1970, 175 pages ;
DADIE (Bernard), Carnets de prison, Abidjan, CEDA, 1981, 335 pages ;
DADIE (Bernard), Climbié, Paris, Seghers, 1956, 189 pages ;
DADIE (Bernard), Hommes dans les continents, Paris, Présence Africaine, 1967, 103 pages ;
DADIE (Bernard), Iles de tempête, Paris, Présence Africaine, 1978, 141 pages ;
DADIE (Bernard), La ronde des jours, Paris, Seghers, 1956, 56 pages ;
DADIE (Bernard), La ville où nul ne meurt, Paris, Présence Africaine, 1968, 211 pages ;
DADIE (Bernard), Le pagne noir, Paris, Présence Africaine, 1955, 175 pages ;
DADIE (Bernard), Légendes et poèmes, Paris, Seghers, 1966, 260 pages ;
DADIE (Bernard), Les contes de Koutou-as-Samala, Paris, Présence Africaine, 1982, 123 pages ;
DADIE (Bernard), Les jambes du fils de Dieu, Abidjan, CEDA, 1980, 159 pages ;
DADIE (Bernard), Les voix dans le vent, Yaoundé, Clé, 1970, 167 pages ;
DADIE (Bernard), Mhoi Ceul, Paris, Présence Africaine, 1979, 101 pages ;
DADIE (Bernard), Monsieur Thôgo-Gnini, Paris, Présence Africaine, 1996, 115 pages ;
DADIE (Bernard), Papassidi, maître-escroc, Abidjan, Nouvelles éditions africaines, 1975, 79 pages ;
DADIE (Bernard), Patron de New York, Paris, Présence Africaine, 1964, 308 pages ;
DADIE (Bernard), Un Nègre à Paris, Paris, Présence Africaine, 1996, 217 pages ;
DADIER (Bernard), Le commandant Taureault et ses nègres, Abidjan CEDA, 1980, 126 pages.
2- Critiques de Bernard DADIE
ADE OJO (S), «L’écrivain africain et ses publics : le cas de Bernard Dadié», Peuples Noirs, Peuples africains, 1983, n°32, pages 63-99 ;
AMONDJI (Marcel), De Climbié à carnets de prison, essai sur l’invention de la littérature moderne ivoirienne, Paris, Anibwé éditions, 2012, 54 pages ;
BEART (Charles), «Le théâtre africain et la culture indigène», Education africaine, (Dakar), 1937, pages 3-4 ;
BEART (Charles), Jeux et jouets de l’Ouest-africain, préface de Théodore Monod, Dakar, IFAN, 1955, 888 pages ;
BEN JUKPOR (K’Anene), «Béatrice de Congo : une autopsie de la politique coloniale», in Litté Réalité, 1989 vol. I, n°2, pages 121-139 ;
BEN JUKPOR (K’Anene), «Bernard Dadié et son oeuvre», entretien avec Bernard Dadié des 8 et 9 septembre 1993, à Abidjan, Les Mots Pluriels septembre 1997, vol. 1, n°4, pages 33-52 ;
BERNARD-DUQUENNET (Nicole), Le Front Populaire et le Sénégal, thèse, Université de Paris VII, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch, 268 pages, spéc pages 26-32 (UCAD THL 68) ;
BONNEAU (Richard), «Bernard Binlin Dadié, écrivain ivoirien», in ENTENTE AFRICAINE, 1972, n°10, pages 52-57 ;
CHEVRIER (Jacques), «Lecture d’un Nègre à Paris, où il est prouvé qu’on peut être Parisien et raisonner comme un Agni», in L'Afrique littéraire et artistique, 1989 (85), pages 33-45 ;
DAGNY (Lucie), Images et mythes de la femme dans le théâtre de Bernard Dadié, thèse de doctorat sous la direction de Monique Banu-Borie, 1983, 87 pages ;
EDEBIRI (Unionmwan), Bernard Dadié, hommage et études, Cotonou, éditions Flamboyant, Ivry-sur-Seine, Nouvelles du Sud, 1992, 411 pages ;
GNAOULE-OUPOH (Bruno), La littérature ivoirienne, Paris, Karthala, 2000, 444 pages, spéc. pages 80 et suivantes ;
HONSCH (Marlène), Le pouvoir et l’argent dans l’œuvre romanesque et théâtrale de Bernard Dadié, thèse sous la direction de Pierre Citron, Paris, Université Sorbonne Nouvelle, 1981, 337 pages ;
KAMAGATE (Bassidiki), «Jeu et enjeu du comique de répétition dans Passidiki, maître escroc de Bernard DADIE», in Etudes Littéraires, 2007, vol. 38, n°2-3, pages 173-187 ;
KODJO (Léonard), «Bernard Dadié entre réalité et fiction», in Québec français, 1989, n°75, pages 64-66 ;
KODJO (Léonard), «Sur la piste du théâtre ivoirien», in Québec français, 1989, n°74, pages 92-93 ;
KOFFI (Gilbert), L’univers carcéral dans l’œuvre de Bernard Dadié, thèse sous la direction de Pape Samba Diop, Université Paris-Est, Créteil, Val-de-Marne, (UPEC), 2005, 90 pages ;
KOMPAORE (Prosper), Socio-critique et sémiologie théâtrale, étude de l’extra-texte dans l’œuvre théâtrale de Bernard Dadié, Thèse de doctorat sous la direction de Richard Demercy, Paris, Université Sorbonne Nouvelle, 1974, 207 pages ;
KOTCHY (Barthélémy), Critique sociale dans l’œuvre théâtrale de Bernard Dadié, Paris, l’Harmattan, 1984, 247 pages ;
KWAKYE (RSK), La structure textuelle du pagne noir, thèse sous la direction de Lawrence Tufuor, Kwame N’Krumah University of Science and Technology, Kumasi, juin 2011, 92 pages ;
LEMAIRE (Frédéric), Bernard Dadié : itinéraire d’un écrivain africain dans la moitié du XXème siècle, Paris, L’Harmattan, 2008, 207 pages ;
MAGNIER (Bernard), «Bibliograhie sur Bernard Binlin Dadié», in Présence francophone, 1976, n°12-13, pages 51 et suivantes ;
MAGNIER (Bernard), «Climbié de Bernard Dadié», Notre Librairie, janvier-avril 1980, n°52,  pages 88-91 ;
MERCIER (Roger), BATTESTINI (Simon et Monique), Bernard Dadié, écrivain ivoirien, Paris, F. Nathan, 1964, 63 pages ;
ONGUM (Louis-Marie), «Satire et humanisme de Bernard Dadié dans un Nègre à Paris», Etudes littéraires, décembre 1974, vol. 7, n°3, pages 405-419 :
PANPGOP KAMENI (Alain, Cyr), «Bernard DADIE et la dramaturgie du fantastique, dans les Voix dans le Vent», Analyses, revue de l’Université de Toulouse-le-Mirail, novembre 2006, n°11, pages 131-144 ;
QUILLATEAU (Claude), Bernard Binlin Dadié, l’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1967, 172 pages ;
SIDIBE (Valy) GNAOULE-OUPOH (Bruno), Bernard Dadié, conscience critique de son temps, Actes colloque en hommage à Bernard Dadié, Abidjan, CEDA, 1999, 273 pages ;
SIDIBE (Valy), La critique du pouvoir politique dans le théâtre de Bernard Dadié (1966-1980), thèse de doctorat, sous la direction de Jacques Scherer, Paris, Université Sorbonne Nouvelle, 1984, 339 pages ;
VINCILEONI (Nicole), Comprendre l’œuvre de Bernard Dadié, Issy-les-Moulineaux, Les classiques africains, 1986, 319 pages.
Albi, le 3 mars 2016 et actualisé à Paris le 3 avril 2018, par M. Amadou Bal BA – baamadou.over-blog.fr.
Bernard Binlin DADIE, un écrivain ivoirien engagé.
Bernard Binlin DADIE, un écrivain ivoirien engagé.
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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 11:15

Dans la contribution littéraire de Marguerite YOURCENAR convergent la mémoire, l’imagination, l’histoire et le mythe récrée et déformé. Célèbre mais restée assez mal connue du grand public, figure singulière de la littérature française du XXème siècle, traductrice et critique de plusieurs grands auteurs de la poésie universelle, Marguerite YOURCENAR n'a cessé de questionner le fait poétique, véritable source souterraine qui irrigue l'ensemble de son œuvre. Elle a traversé cette période en portant un regard neuf et ouvert sur toutes les dimensions de la vie. Suivant, la belle formule de Michel FOUCAULT, une «archéologie du silence» entoure la relation de Marguerite YOURCENAR avec la poésie. Son intelligence vive, son vaste savoir et sa curiosité débordante ont marqué chacune des pages d’une œuvre riche et complexe.

La technique narrative et la langue de perfection de YOURCENAR expriment son immense talent, son éducation, son humanité, sa grande connaissance de la philosophie, de l’histoire d’antiquité. YOURCENAR fait appel aux figures du style : comparaison, métaphores, périphrases, symboles. Le recours aux maximes et proverbes est une des procédés les plus utilisées dans l’écriture de YOURCENAR ; ce qui reflète le régime méditatif de l’œuvre. La qualité de son expression écrite, la rigueur de sa pensée et l’originalité de ses échafaudages intellectuels, donnent à ses propos, une puissance décuplée. L'oeuvre de Marguerite YOURCENAR vise très large, aussi bien dans l'espace que dans le temps. Elle allie de manière unique son ambition d'universalité à l'attention modeste aux aspects les plus singuliers de l'existence et aux êtres les plus obscurs de l'univers. L'inquiétude du temps est le foyer central d'où se relance toujours son écriture. Le temps demeure, pour elle, impensable, inscrutable, impossible à unifier et à totaliser, mais ses apories nourrissent l'imaginaire. YOURCENAR s’applique un principe bouddhiste : «travailler jusqu’au bout, car tout est périssable». Perfectionniste, elle a réécrit bon nombre de ses ouvrages.

Dans le paysage littéraire du siècle dernier, la situation d'insularité de l'œuvre de Marguerite YOURCENAR n'est pas contestable. YOURCENAR a fait le vœu de renouer avec le concept d'innutrition, fréquentant historiens, poètes, romanciers, peintres, penseurs de tous siècles et de tous horizons culturels et spirituels, qui parcourt les territoires génériques les plus variés (poésie, essais, récits brefs, amples fictions historiques, légendes revisitées, chroniques familiales) et dont la langue, tantôt classique, sobre et abstraite à l'excès, tantôt étrangement maniériste ou baroque, surprend tant elle est en décalage avec le champ des recherches scripturales contemporaines. Une force de direction constante assure pourtant, la cohésion de cet ensemble : l'écrivain semble s'être fixé la tâche de faire de ses ouvrages un espace d'accueil de toutes les expressions du souci de soi.

Issue d’un milieu aristocratique et aisé, Marguerite CLEENWERCK de CRAYENCOUR dont YOURCENAR est l'anagramme, née le 8 juin 1903 à Bruxelles, est morte le 17 décembre 1987 à Bar Harbor, dans l'État du Maine (États-Unis). Elle est une écrivaine française naturalisée américaine en 1947, auteur de romans et de nouvelles «humanistes», ainsi que de récits autobiographiques. Après la mort de sa mère d’origine belge, suite à son accouchement, Marguerite et son père quittent Bruxelles pour rejoindre le château du Mont-Noir près de Bailleul construit en 1824 par un trisaïeul. Elle y demeure alors tous les étés jusqu'en 1912 date où est vendue la propriété. Elle fut la première femme élue à l'Académie française, le 6 mars 1980, grâce au soutien actif de Jean d'Ormesson, qui prononça le discours de sa réception, le 22 janvier 1981.

Attirée très jeune par le goût de l'écriture, elle publie son premier roman : «Alexis ou le traité du vain combat», en 1929, quelques mois après la mort de son père. Ce roman écrit sous la forme d'une longue lettre d'un homme à sa femme. Dans cet échange, il lui avoue son homosexualité et met fin à des années de mensonge. Son père meurt la même année, après avoir lu ce premier roman. À partir de cette date, Marguerite YOURCENAR mène une vie de voyages, en visitant Paris, Lausanne mais aussi les îles grecques ou Constantinople.

De passage aux États-Unis lorsque la guerre éclate, elle accepte l’offre des Américains d’enseigner la littérature comparée dans un collège près de New York. Son premier et son dernier amour auront été des homosexuels, mais elle passera l’essentiel de sa vie avec une femme. C’est en 1937, à Paris, à trente-quatre ans, qu’elle fait une rencontre décisive, celle de Grace FRICK (1903-1979), universitaire américaine de son âge, qui va devenir la femme de sa vie pendant quarante-deux ans et sans doute au-delà de la mort. Amie, amour, collaboratrice et traductrice. Selon elle, «l’amitié est avant tout une certitude, c’est ce qui la distingue de l’amour. Elle est aussi respect et acceptation totale d’un autre être». Elle suit son amie aux États-Unis et, lorsque la guerre éclate, Grace est prête à tout faire pour adoucir l’existence de Yourcenar, l’aider, la soutenir et, si elle le peut, la rendre heureuse. Elle n’a pas mesuré sa peine pour lui obtenir un travail. «L’amour de Grace pour Marguerite est une attention de tous les instants», constate Josyane SAVIGNEAU, sa biographe. Dès 1947, elle se retire sur l’île des Monts Déserts, dans le Maine, dans une maison qu’elle baptise «Petite Plaisance», avec sa compagne et traductrice américaine, Grace Frick, qu’elle ne quitte plus jusqu’à la mort de cette dernière en 1979.

Continuant son travail d'écrivain, elle publie en 1951, «Les Mémoires d'Hadrien» qui lui vaut une renommée mondiale. Dans cet ouvrage, elle fait revivre Hadrien, empereur romain du 2ème siècle. Cet homme a une personnalité très forte, il a favorisé le développement des arts dans la société et a amélioré la vie des esclaves. L'auteure a eu l'idée de cet ouvrage dès ses voyages en Italie avec son père lorsqu'elle visite la Villa Adriana, villa d'Hadrien à Tivoli. Le roman se présente comme une longue lettre de l'empereur Hadrien à son petit-fils et successeur potentiel, Marc Aurèle. Il lui raconte ses exploits militaires mais lui parle aussi de philosophie, et de son amour pour le jeune Antinoüs, ainsi que la douleur que sa mort a provoqué chez lui. Le roman historique, très documenté, sert de trame à l'histoire d'amour entre Hadrien et Antinoüs. Les ouvrages qui suivent sont couronnés de succès à l'image de : «L'œuvre au Noir», paru en 1968 qui reçoit le prix Femina.

Après avoir été élue membre de l'Académie Royale de Belgique on 1970, elle entame une sorte d'enquête sur ses ancêtres, qui formera la trame de son oeuvre en trois volets intitulée: Le labyrinthe du monde et dont le premier volume: Souvenirs Pieux sort en 1974.

L'auteur reprend alors ses voyages à travers le monde, faisant en 1980 et 1982 une halte à Saint-Jans-Cappel. Le 29 septembre 1985, le Musée communal Marguerite Yourcenar fut inauguré en présence de Monsieur Maurice Schumann. Marguerite Yourcenar le visitera le 3 mai 1986, inscrivant sur le livre d’or : «Avec le très grand plaisir de me retrouver chez moi». Il abrite depuis, le travail réalisé par Louis SONNEVILLE durant de nombreuses années. Le Musée se propose d’unir par un lien plein de respect et d’affection, Marguerite YOURCENAR au pays de son enfance ; ajoutant ainsi à sa vocation didactique l’hommage de la Flandre au prestigieux auteur des «Archives du Nord».

Marguerite YOURCENAR décède le 18 décembre 1987 à l'hôpital de l'île des Monts-Déserts. Incinérée, elle sera inhumée au cimetière de Somesville, non loin de «Petite Plaisance», aux États-Unis.

Des thèmes majeurs reviennent dans la contribution littéraire de cette écrivaine indépendante et subversive : le refus du narcissisme, le rapport au temps et à l’histoire, l’Amour impossible ou réprimé, la mort et le suicide.

I – Marguerite YOURCENAR, une écrivaine indépendante et subversive

A – Marguerite YOURCENAR et le refus narcissisme

Est-il décent de parler de soi ?

Rompant avec le mythe barrésien de l’écrivain enraciné, pour Marguerite YOURCENAR il serait insensé de parler de soi à longueur de roman. «L’être fuit, le moi est poreux ; s’en faire une image globale relève de la pure illusion», dit-elle. Suivant YOURCENAR, ne mérite d’être évoqué et relaté c’est ce qui est commun «à la glaise humaine». L’auteur écarte «la gloriole» qui dérive de l’appartenance familiale, de la possession d’un nom. Elle rejette tout narcissisme. Cela ne signifie pas passer sous silence ses ascendants ou l’accession à elle-même. «L’être que j’appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903, vers les 8 heures du matin, à Bruxelles, et naissait d’un Français appartenant à une vieille famille du Nord, et d’une Belge dont les ascendants avaient été durant quelques siècles établis à Liège, puis fixés dans le Hainaut», dit-elle dans «Souvenirs pieux». L’histoire de sa famille et des Flandres belges est utilisée dans le but de parvenir à une compréhension de la réalité humaine et de l’univers. Marguerite YOURCENAR se livre à une importante introspection, à travers divers ouvrages autobiographiques. Ainsi, dans «Les Archives du Nord», Marguerite YOURCENAR part à la recherche de ses origines. Commençant par l’évocation de ces terres, de ces dunes, de ces forêts, elle descend le cours du temps. «Je pétris le pain ; je balaie le seuil ; après les nuits de grand vent, je ramasse le bois mort», dit-elle. L’Histoire devient comparable à une immense circulation sanguine dont l’écrivain serait toujours le cœur battant. Dans «Souvenirs pieux», Marguerite YOURCENAR tente de percer l’épaisseur du temps. Du récit de sa naissance, elle s’interroge sur l’origine de ses parents. Personne ne rend sensible, comme Marguerite YOURCENAR, l’existence d’âge en âge des êtres en un lieu donné, et le fait que les générations sur le même coin de terre s’entassent comme des strates géologiques, côte avec les bêtes et les plantes. Dans «Quoi ? L’Eternité» le centre du récit Michel, le père de Marguerite YOURCENAR. Il s’agit du récit de son enfance, même si elle y parle peu d’elle-même ; elle laisse seulement deviner, derrière le portrait du père, sa silhouette de petite fille, puis d’adolescente. Mais ce qui constitue son monde est la clé pour comprendre son œuvre romanesque.

Marguerite est élevée par son père, sa mère, de nationalité belge, meurt dix jours seulement après sa naissance. Marguerite sera donc élevée par son père, chez ses grands-parents. En 1912, après la mort de sa grand-mère, Marguerite et son père s’installent à Paris : rue Anatole-de-la-Forge puis 15 avenue d’Antin, aujourd’hui Franklin DELANO-ROOSEVELT. Les étés se passent à Westende, sur la côte belge, dans une villa finalement bombardée. Marguerite se plonge dans les livres que lui prête son père, en particulier les oeuvres de Racine, d’Aristophane, Chateaubriand, Shakespeare, Marc Aurèle, Tolstoï, Huysmans, Platon, Virgile, Homère, Romain Rolland, Ibsen, Lagerlöf, etc. Son père, homme fantasque et joueur, latiniste, amateur de livres, d’antiquités, de voyages, décèle très tôt les dons de sa fille et l’encourage dans l’étude des langues anciennes et de la littérature. Il lui donne ce goût des voyages. Les années qui suivent sont marquées par les nombreux séjours qu'elle effectue en compagnie de son père dans différents pays européens, formant sa culture en autodidacte au fil des visites. Le père de Marguerite occupe une place prépondérante dans la vie de sa fille unique, mais, tout en étant gâtée, celle-ci comprend très vite qu’on ne peut compter que sur soi-même. La mort de sa mère et le congédiement de sa bonne, Barbe, qui la remplaçait lui ont appris cruellement la nécessité d’être autonome. Marguerite dressera un portrait acerbe de sa grand-mère dans son roman «Archives du Nord».

B- Marguerite YOURCENAR, une révoltée contre son époque

Marguerite YOURCENAR a été influencée par divers auteurs. Elle a lu Maurice BARRES, l’homme de l’époque. Si «les déracinés» de BARRES lui ont paru «artificiel et voulu», en revanche, YOURCENAR trouve que «la colline inspirée» est un roman bouleversant, un grand livre sur le monde invisible et la réalité paysanne, un grand art véritable. IBSEN a appris à YOURCENAR l’indépendance totale de l’homme, comme «un ennemi du peuple», où le héros est le seul à s’apercevoir que la ville est polluée. YOURCENAR a été influencée également par NIETZSCHE et TOLSTOI, ces grands écrivains réfractaires, subversifs, en opposition avec toute une époque et leur entourage, contre la médiocrité humaine. Le NIETZSCHE du «Gai savoir», «d’Humain, trop humain» a une certaine manière de considérer les choses "à la fois de très près et de loin, lucide, aiguë, et en même presque légère» dit YOURCENAR. Elle a admiré, avec une certaine stupeur, avec des moments d’arrêt de souffle, par moments, tant a paru grand, DOSTOIEVSKI.

YOURCENAR a toujours aimé les poètes français de la Renaissance, ainsi que Hugo, Rimbaud et Apollinaire. Elle a lu et relu Marcel PROUST. Par l’incomparable perfection de la langue, chez Racine, considéré comme le plus grand poète, c’est presque exclusivement la passion amoureuse et la jalousie qui comptent. YOURCENAR se conforme à la tradition de Racine, qui dans les préfaces de ses tragédies énumère soigneusement ses sources. Marguerite YOURCENAR vénère surtout Saint-Simon : «j’avais le sentiment d’y rencontrer les foules humaines ; j’y ai vu le grand observateur de ce qui se passe. Quant à son style, il est si grand qu’à moins vraiment du métier on ne s’aperçoit pas qu’il en a un», confesse Marguerite YOURCENAR qui a fini par trouver son style poli et glacé. «A travers la vie, le style s’améliore, se débarrasse des scories imitatives, se simplifie, trouve sa pente, mais que le fond reste, enrichi, ou plutôt confirmé par la vie» dit-elle. YOURCENAR a connu COCTEAU et ROGER MARTIN du GARD, mais est restée très hostile aux écoles et aux amitiés littéraires.

C – Marguerite YOURCENAR, une femme virile

La consécration de YOURCENAR, en hommage au talent de sa plume, demeura son élection à l'Académie Française le 6 mars 1980, sur recommandation de son ami, Jean d’ORMESSON. Marguerite YOURCENARD a toujours eu les mêmes aspirations que les membres de l’Académie, et elle est fière qu’on la traite de confrère et non de consoeur. En bonne fille patriarcale, YOURCENAR se dissocie clairement des femmes et surtout des féministes. Sa biographe remarque à juste titre que : «Ce n’est pas l’absence de sa propre mère qui fonde son manque d’intérêt pour les figures maternelles. [...] Tout ce qu’elle a vu des mères, à commencer par sa propre grand-mère Noémi, l’a rendue absolument hostile à cette fonction-là. Et ce refus a une part au moins aussi importante que sa version officielle sur le terrible surpeuplement de la planète dans son désir de stérilité». Ces valeurs viriles lui valent un éloge ému de la plupart des critiques et son entrée en tant que première femme à l’Académie française. Pour Robert KANTERS, «L’œuvre au noir» est sans doute le chef-d’œuvre viril de la littérature féminine». Bernard PIVOT ajoute que «le secret de la force de cette femme qui sourit et cultive son jardin est sans doute ce pessimisme viril». On connaissait déjà son opinion concernant les droits des femmes : parlant d’une aïeule, elle écrit qu’elle était le chef-d’œuvre d’une société où la femme n’a pas besoin de voter et de manifester dans les rues pour régner». Elle a même précisé sa pensée en latin : «Sit ut sunt, que les choses restent comme elles sont !». S'appuyant sur une double lecture, littéraire et psychanalytique, Carole ALLAMAND se propose d'éclairer les rapports existant entre la poétique de la romancière et la perte irréparable de la mère, de mettre au jour une " écriture en mal de mère". Une écriture virile qui montre un mépris affiché pour le moi, pour un sujet dont la mise au monde fut aussi une mise à mort, une écriture qui narre la hantise de la féminité et de son sinistre privilège, la maternité. Au fil des pages de ce brillant essai, on comprend mieux que Marguerite Yourcenar a composé son personnage d'auteur avec autant de soin que chacun de ses livres, et que son style, loin d'être voué au seul perfectionnisme classique, procède d'une perpétuelle lutte contre les forces de la subjectivité. Ainsi se trouve mis à nu le désir obsédant l'écrivain : celui d'être enfin regardée et reconnue par sa mère, Fernande, laquelle "détourna la tête quand on lui présenta l'enfant", puis ferma les yeux pour toujours.

II – Marguerite YOURCENAR, une écriture de la mémoire et de l’Amour

A – Les mémoires d’Hadrien

«Les Mémoires d'Hadrien», chef-d’oeuvre de Marguerite YOURCENAR, est un mélange fascinant de faits et de fiction. D'une part, le livre constitue la reconstruction méticuleuse et scientifique de la vie d'un des plus grands empereurs romains. D'autre part, il se distingue par sa composition littéraire riche. C'est pourquoi Mémoires d'Hadrien est considéré aussi bien comme un roman historique qu'une autobiographie ou une biographie. «Les Mémoires d’Hadrien» sont écrits dans une langue épurée, parfaite imitation du style de stoïciens de l’antiquité, émouvante par la sobriété avec laquelle sont évoquées les souffrances et la maladie d’Hadrien, ses passions et son chagrin ; la narration sert comme le support à une longue méditation sur la vie, la sagesse, le temps, la mort. L’essentiel, c’est de dégager la ligne qui mène du particulier au général. Par ce procédé synecdochique, l’anecdotique ne sert que de prétexte pour la méditation philosophique de l’empereur sur la condition humaine. Yourcenar découvre certains types de comportements humains. Donc elle généralise. Situé dans l’époque d’Hadrien, elle dégage une personnalité qui n’appartient pas seulement à un moment historique précis, mais qui existe toujours dans les esprits.

L’histoire d’Hadrien est retracée comme une construction pyramidale : la lente montée vers la possession de soi et celle du pouvoir ; les années d’équilibre suivies de l’enivrement, puis l’effondrement, la descente rapide ; et de nouveau la reconstruction. La mort d’Antonüs n’est pas la seule cause d’effondrement dans la vie d’Hadrien qui a tendance à aller jusqu’au bout de ses forces, à les dépasser.

Cette œuvre, qui est à la fois roman, histoire et poésie, est en forme d’une lettre d’Hadrien, adressée à son petit fils adoptif de 17 ans, Marc Aurèle, son futur successeur. Au départ, Hadrien y décrit le jeune Marc-Aurèle, son quotidien de malade ; il est en effet atteint d’une maladie du cœur et sent ses forces décliner et la mort approcher. Mais progressivement, l’objectif d’Hadrien va changer. Il décide de poursuivre sa lettre et de faire au jeune homme le récit de sa vie, afin de le préparer au métier d’empereur mais aussi dans un but personnel. Hadrien fait le récit de sa vie avant qu’il ne devienne empereur. Son enfance en Espagne, son adolescence, ses études à Rome et en Grèce et sa formation à l’armée. Hadrien fait le récit de sa vie avant qu’il ne devienne empereur. Son enfance en Espagne, son adolescence, ses études à Rome et en Grèce et sa formation à l’armée. Hadrien décrit sa rencontre avec Antinöus à Nicomédie en Asie. Le jeune homme devient son compagnon et son amant. Commence une période de grand bonheur pour Hadrien. Elle prendra fin avec la mort d’Antinöus lors d’un voyage en Egypte. L’empereur et le jeune homme y rencontrent une magicienne qui prédit un avenir funeste à Hadrien et Antinöus se sacrifie pour protéger Hadrien de ce présage. Hadrien crée alors une ville en son nom, Antinoe et y établit le culte du jeune homme. Hadrien revient à Rome et ce concentre sur son métier d’empereur. La pensée d’Antinöus reste constamment présente. Hadrien se prépare à mourir. Il envisage le suicide puis y renonce, acceptant d’attendre la venue de la mort. Il meurt en écrivant les derniers mots de sa lettre à Marc-Aurèle.

Ce livre est également intéressant car il montre la fonction introspective de l’écriture. En effet, il existe une relation forte entre l’auteur, Marguerite Yourcenar, et Hadrien. Si elle a choisi de faire le récit de la vie d’Hadrien c’est notamment en raison de la proximité de leurs histoires. Hadrien est un homme marqué par la pensée grecque, grand voyageur et homosexuel, comme Marguerite Yourcenar. Le récit est à la première personne du singulier, mais très souvent Hadrien dépersonnalise le discours, ce qui est l’inverse de l’objectif de la communication épistolaire. La lettre commence par la visite d’Hadrien à son médecin ; il ne se sent pas bien et il revient sur son passé en désordre. L’œuvre ne se déroule pas d’une manière linéaire, mais autour d’un axe qui est la mort prochaine d’Hadrien. Le temps dans l’œuvre a le caractère fragmentaire. Aucune continuité ne réunit le passé au présent et le présent au futur. Il n’y a ni passé, ni futur, seulement une série des présents successifs. Le discours devient au fur et à mesure le monologue d’Hadrien. Avec la présence de ses réflexions, Yourcenar réussit à introduire le discours essayistique dans la narration romanesque. Ainsi place-t-elle son œuvre à la croisée de plusieurs genres.

La qualité principale de l’œuvre est l’actualité du passé. Les réflexions d’Hadrien sont d’un intérêt toujours actuel. Ses conseils valent pour tous les temps. D’après les mots de Yourcenar c’est l’histoire d’un homme intelligent et persécuté ; cela se passe vers 1569 et pourrait s’être passé hier ou se passera demain. YOURCENARD partage avec Hadrien la sagesse inspirée des doctrines orientales qui consiste à se préparer à sa propre mort, à y entrer les yeux ouverts.

C’est un récit met en avant la difficulté et la nécessité de se connaître soi-même, de se comprendre et surtout de s’accepter. Cet ouvrage qui sous-entend la nécessité d’être guidé, et aussi d’avoir quelqu’un à qui parler, capable d’écouter.

B – L’œuvre au Noir

En créant le personnage de Zénon, alchimiste et médecin du XVIème siècle, Marguerite YOURCENAR ne raconte pas seulement le destin tragique d'un homme extraordinaire. C'est toute une époque qui revit dans son infinie richesse, comme aussi dans âcre et brutale réalité ; un monde contrasté où s'affrontent le Moyen-Age et la Renaissance, et où pointent déjà les temps modernes, monde dont Zénon est issu, mais dont peu à peu cet homme libre se dégage et qui pour cette raison même finira par le broyer. YOURCENAR décrit le monde de la Renaissance où la culture et les découvertes scientifiques déstabilisent les assises d’un vieux monde porté par l’obscurantisme religieux et par l’amour du pouvoir et de la richesse.

«Qui consentirait à mourir sans avoir au moins fait le tour de sa prison» dit Zénon le héros tragique de «l’œuvre au Noir». Ce roman est une espèce de miroir qui condense la condition humaine de l’homme, à travers une série d’évènements. Zénon, ce mélange de personnage de Campanella, Erasme et Giordano Bruno, s’enfonce dans des cercles infernaux d’ignorance, de sauvagerie, de rivalités absurdes. En réaction à cela, il est contestataire et s’oppose à tout, aux universités quand il est jeune ; à la famille, où il est bâtard. Il récuse l’idéologie et l’intellectualisme. Il a pratiqué diverses formes de plaisir charnel, mais rejette la sensualité et la pensée chrétienne. Finalement, Zénon est un libre-penseur, l’homme sans illusions et sans compromis, d’un bout à l’autre de sa vie. Jusqu’à la fin Zénon reste en état d’étonnement et d’incertitude. Il pourrait appeler le gardien de prison, faire son autocritique et échapper au suicide.

Le suicide et la mort, thèmes récurrents dans l’œuvre de Marguerite YOURCENAR, caractérisent une analyse complexe des rapports de l’être humain avec son corps et l’affirmation fondamentale de la consistance de l’échec dans le destin des hommes. Pour l’écrivain japonais Mishima, il y a trois types de suicides : le pathologique, le désespéré, le raisonné. Suivant YOURCENAR, le suicide est une préparation méthodique en vue de l’affrontement des fins dernières, une épreuve définitive. Il existe deux voies pour atteindre la sagesse : la conscience de l’échec et du caractère atroce de la vie, ne doit pas entraîner une abdication ou un manque de goût à la vie. Le suicide représente la plus grande victoire de l’homme sur la mort.

III – Marguerite YOURCENAR et le rapport au temps

A – Marguerite YOURCENAR, un sens aigu de l’Histoire

Marguerite YOURCENAR entretient un rapport particulier avec le temps. «Quand on parle de l’amour du passé, c’est de l’amour de la vie qu’il s’agit ; la vie est beaucoup plus au passé qu’au présent. Quand on aime la vie, on aime le passé parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine» dit-elle. De ses premiers récits jusqu'aux chroniques familiales qui forment «Le Labyrinthe du monde», en passant par les romans et les pièces de théâtre, YOURCENAR tisse une poétique du temps qui fait leur place à la permanence des mythes, aux difficiles questions de la connaissance historique et du désenchantement de l'histoire, et à la quête de la transmission généalogique. La présente étude s'articule selon les grandes lignes de cette poétique et met en lumière la manière dont YOURCENAR orchestre les temporalités plurielles sur l'horizon d'un temps unique.

L'oeuvre de Marguerite YOURCENAR vise très large, aussi bien dans l'espace que dans le temps. «Le jour où une statue est terminée, sa vie, en un sens commence», dit-elle dans son ouvrage, «le temps, ce grand scuplteur». Elle allie de manière unique son ambition d'universalité à l'attention modeste aux aspects les plus singuliers de l'existence et aux êtres les plus obscurs de l'univers. L'inquiétude du temps est le foyer central d'où se relance toujours son écriture. Le temps demeure pour elle impensable, inscrutable, impossible à unifier et à totaliser, mais ses apories nourrissent l'imaginaire. Le temps ne vous coûte rien, à vous les philosophes : il existe pourtant puisqu'il nous sucre comme des fruits et nous dessèche comme des herbes, dit un personnage de Feux. Cependant, à défaut de mourir pour échapper au temps, vivre consiste en ripostes créatrices. De ses premiers récits jusqu'aux chroniques familiales qui forment Le Labyrinthe du monde, en passant par les romans et les pièces de théâtre, Yourcenar tisse une poétique du temps qui fait leur place à la permanence des mythes, aux difficiles questions de la connaissance historique et du désenchantement de l'histoire, et à la quête de la transmission généalogique. La présente étude s'articule selon les grandes lignes de cette poétique et met en lumière la manière dont Yourcenar orchestre les temporalités plurielles sur l'horizon d'un temps unique.

B – Marguerite YOURCENAR et l’Amour impossible ou réprimé

L’Amour impossible ou réprimé occupe une place singulière dans la contribution littéraire de Marguerite YOURCENAR. Ainsi, dans «Le coup de grâce», en 1919, dans les pays Baltes ravagés par la guerre, la révolution et le désespoir, trois jeunes gens, Eric, Conrad et Sophie, jouent au jeu dangereux de l'amour. Attirance, rejet, faux-semblants, conflits, mensonges et érotisme les pousseront aux confins de la folie. Marguerite YOURCENAR renouvelle le thème du triangle amoureux dans cette somptueuse et tragique histoire d'amour.

Dans «Alexis ou le traité du vain combat», il s’agit de l’histoire de l’histoire d’un jeune homme marié depuis deux ans, qui écrit à sa femme au moment de la quitter, les raisons pour lesquelles il s’en va. C’est un livre intimiste qui évoque Gide puisqu’il s’agit d’un homosexuel qui aime sa femme, et qui cependant la quitte. Alexis est tremblant. Son analyse prouve qu’il est fait d’un continuel flottement, d’un retrait, presque d’un balbutiement. Ce langage qui tremble et hésite est un flottement psychologique L’effort d’Alexis est de ne pas mélanger les sentiments. Il faut d’abord savoir ce qu’on entend par amour. On l’entend souvent par l’amour de sympathie, le sentiment profond de tendresse pour une créature. Pour Marguerite YOURCENAR cette notion d’amour traduit l’absence de sacré. Le vrai amour c’est l’union divine à travers une personne.

Dans «Alexis ou le traité du vain combat», Marguerite YOURCENAR, alors qu’elle n’avait que 24 ans, avait cru que le problème sexuel était le principal, le premier à résoudre, et que le reste suivrait de soi-même. Sigmund FREUD a sans doute eu raison de secouer les convenances viennoises, mais il était trop prisonnier de son siècle et de son milieu pour donner à sa théorie pan-sexuelle une valeur qui résiste au temps. Marguerite YOURCENAR reconnaîtra plus tard les dangers de cette libération sexuelle, parce que celle-ci est continuellement «en deçà du sacré». De ce point de vue, Marguerite YOURCENAR ne semble pas aller dans le sens de l’histoire. A tout le moins, elle récuse toute objection de courte vue : «Tous les grands combats sont d’arrière-garde. Et, l’arrière-garde d’aujourd’hui est l’avant-garde de demain. Ça tourne, la terre», dit-elle.

Il n’est pas étonnant que Marguerite YOURCENAR aborde dans sa contribution littéraire des sujets frappés d’interdit. En effet, la grande sensualité de la jeune Marguerite se manifeste dès l’enfance. Pour sa biographe, Josyane SAVIGNEAU, elle fait preuve d’un érotisme premier, naturel, insoucieux des sexes et des normes, s’inspirant en cela de ses deux mères, l’une réelle, l’autre rêvée. Au cours de recherches sur ses origines familiales, Marguerite apprend que sa mère Fernande a fait la rencontre, au pensionnat des Dames du Sacré-Cœur, de Jeanne, une jeune baronne hollandaise, avec qui elle devient amie. Dès l’arrivée de Jeanne, les très brillants résultats scolaires de Fernande se dégradent. YOURCENAR ne peut s’empêcher d’y voir «l’effet d’un engouement, ce qui revient à dire d’un amour, l’intimité sensuelle entre deux personnes du même sexe faisant trop partie du comportement de l’espèce pour avoir été exclue des pensionnats les plus collets montés d’autrefois». Cette histoire passionnée fait rêver la jeune Marguerite. Elle aimera elle-même Jeanne, venue vivre plus tard avec son père et elle, et donnera d’elle l’image d’une femme possédant le génie du cœur, la beauté et une forte personnalité.

C’est à Londres que Marguerite YOURCENAR connaît ses premières expériences sexuelles avec une jeune fille hébergée par son père : «Couchée cette nuit-là dans l’étroit lit de Yolande, le seul dont nous disposions, un instinct, une prémonition de désirs intermittents ressentis et satisfaits plus tard au cours de ma vie, me fit trouver d’emblée l’attitude et les mouvements nécessaires à deux femmes qui s’aiment». Mais elle comprend aussi très tôt que «manier les mots, les soupeser, en explorer le sens, est une manière de faire l’amour, surtout lorsque ce qu’on écrit est inspiré par quelqu’un, ou promis à quelqu’un» Ainsi, l’écriture participe du goût de la conquête et de l’amour chez Yourcenar, tel que le confirment nombre de témoignages et de photographies remontant à cette époque. Marguerite YOURCENAR est inspirée, d’un «nomadisme du cœur et de l’esprit», empreint d’une forte fascination, non pas prioritairement envers les femmes, tel que pouvaient le laisser croire ses premières expériences, mais pour des «hommes qui aiment les hommes» et dont elle voudrait être la maîtresse. Il s’agit en particulier, en 1930, d’André FRAIGNEAU, des éditions Grasset, qui apprécie «le talent et la tenue» des œuvres de YOURCENAR et qui, pendant plusieurs années, joue un rôle-clef dans la carrière et dans la vie privée de la jeune femme, qui se consume pour lui d’un amour impossible.

Bibliographie sélective :

1 – Ouvrages de Marguerite YOURCENAR

YOURCENAR (Marguerite), Alexis, le Coup de Grâce, Paris, Gallimard, Folio, 1971, 248 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Anna, Soror, Paris, Gallimard, Folio, 1981, 114 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), DIMARAS (Constantin), Présentation de Constantin Cavady 1863-1933, suivie d’une traduction des poèmes, Paris, Gallimard, Folio, 1974, 364 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Fleuve profond, sombre rivière, les Negros Spirituals, commentaires et traduction, Paris, Gallimard, 1966, 282 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), L’œuvre au Noir, Paris, Gallimard, Folio, 1968, 469 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), La couronne et la Lyre, poèmes, Paris, Gallimard, Collection Blanche, 1979, 488 pages

YOURCENAR (Marguerite), Le coup de grâce, Paris, Gallimard, 2006, 121 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Le Temps, ce grand sculpteur, essais, Paris, Gallimard, 1983, 246 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Les Archives du Nord, Paris, Gallimard, Folio, 1977, 370 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Les mémoires d’Hadrien, Paris, Gallimard, Folio, 1974, 364 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Les yeux ouverts, entretiens avec Mathieu Galey, Paris, Le Centurion, 1980, 336 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Quoi ? l’Eternité, Paris, Gallimard, Folio, 1988, 337 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Sous bénéfice d’inventaire, Paris, Gallimard, Collection Idées, 1962, 320 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Souvenirs pieux, Paris, Gallimard, Folio, 1974, 369 pages ;

YOURCENAR (Marguerite), Un homme obscur, une belle matinée, Paris, Gallimard, Folio, 1982, 228 pages

2 - Les critiques de Marguerite YOURCENAR

ALLAMAND (Carole), Marguerite Yourcenar, une écriture en mal de mère, Paris, Imago, 2004, 196 pages ;

BLANCHET-DOUSPIS (Mireille), L’influence de l’histoire contemporaine dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, Amsterdam, Rodopi, 2008, 513 pages ;

BONALI-FIQUET (Françoise), Réception de l’œuvre de Marguerite Yourcenar : essai de biographie chronologique, 1995-2006, Société Internationale d’Etudes Yourcéennes, 2007, 180 pages ;

GAUDIN (Colette), Marguerite Yourcenar, à la surface du temps, Amsterdam, Rodopi, 1990, 143 pages ;

HALLEY (Achmy), Marguerite Yourcenar en poésie : archéologie du silence, Amsterdam, Rodopi, 2005, 604 pages ;

HORMANN (Pauline, A.H.), La biographie comme genre littéraire : mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, Amsterdam, Rodopi, 1991, 191 pages ;

JULIEN (Anne-Yvonne), Marguerite Yourcenar, Paris, PUF, 2002, 287 pages ;

PEYROUX (Marthe), Marguerite Yourcenar : mon très cher père, Paris, Euredit, 2007, 171 pages ;

REAL (Eléna), Autobiographie et cosmologie dans le labyrinthe du monde de Marguerite Yourcenar, Université de Valencia, 1988, 273 pages ;


SAVIGNEAU (Josyane), Marguerite Yourcenar, l’invention d’une vie, Paris, Gallimard, 1990, 790 pages ;

VERGNIOLLE de CHANTAL (Henri), La morale de Marguerite Yourcenar d’après son œuvre romanesque, Paris, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 448 pages.

3 – Les colloques sur Marguerite YOURCENAR

• Le(s) style(s) de Marguerite Yourcenar, Actes du colloque international de Nicosie (4-5 octobre 2012), May Chehab éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2015, 284 pages.

La réception critique de l’œuvre de Marguerite Yourcenar, Actes du colloque international de Clermont-Ferrand (22-24 novembre 2007), Clermont-Ferrand, SIEY, 2010, 468 pages ;

Le Sacré dans l'œuvre de Marguerite Yourcenar, Actes du colloque de Bruxelles (26-28 mars 1992), R. Poignault éd., Tours, SIEY, 1993, VIII-325 pages ;

L'Écriture du moi dans l'oeuvre de Marguerite Yourcenar, R. Poignault, V. Torres, J.-P. Castellani, M. R. Chiapparo éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2004, 231 pages ;

Lectures transversales de Marguerite Yourcenar, R. Poignault & B. Arancibia éd., Tours, SIEY, 1997, 218 pages ;

L'universalité dans l'œuvre de Marguerite Yourcenar, Actes du colloque de Tenerife, M.-J. Vazquez de Parga, R. Poignault éd., volume 1, Tours, SIEY, 1994, XIV-261p., volume 2, Tours, SIEY, 1995, VIII-300 pages ;

Marguerite Yourcenar : un écrivain du XIXe siècle ?, G. Fréris & R . Poignault éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2004, 437 pages

Marguerite Yourcenar citoyenne du monde, Actes du colloque international de Cluj, Arcalia, Sibiu, 8-12 mai 2003 (en collaboration avec Maria Capusan et Maurice Delcroix), Clermont-Ferrand, SIEY, 2006, 267 pages ;

Marguerite Yourcenar entre littérature et science, Actes du colloque de Chypre (11-17 octobre 2003), May Chehab, Rémy Poignault éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2007, 202 pages ;

Marguerite Yourcenar essayiste. Parcours, méthodes et finalités d’une écriture critique, C. Biondi, F. Bonali Fiquet, M. Cavazzuti, E. Pessini éd., Tours, SIEY, 2000, 328 pages ;

Marguerite Yourcenar et l’enfance, M. Laurent, R . Poignault, L. Waleryszak éd., Tours, SIEY, 2003, 235 pages ;

Marguerite Yourcenar et l’univers poétique, Actes du colloque international de Tokyo (9-12 septembre 2004), Osamu Hayashi, Naoko Hiramatsu, Rémy Poignault éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2008, 396 pages ;

Marguerite Yourcenar et l'art. L'art de Marguerite Yourcenar, J.-P. Castellani & R. Poignault éd., Tours, SIEY, 1990, 379 pages ;

Marguerite Yourcenar. Écriture, réécriture, traduction, R. Poignault et J.-P. Castellani éd., Tours, SIEY, 2000, 400 pages ;

Marguerite Yourcenar. La femme, les femmes, une écriture-femme ?, Actes du colloque international de Baeza, 19-23 novembre 2002 (en collaboration avec Manuela Ledesma Pedraz, Clermont-Ferrand, SIEY, 2005, 437 pages ;

Marguerite Yourcenar. Retour aux sources, R. Lascu-Pop & R. Poignault éd., Bucarest-Tours, Ed. Libra-SIEY, 1998, 226 pages ;

Roman, histoire et mythe dans l'œuvre de Marguerite Yourcenar, M. & S. Delcroix éd., Tours, SIEY, 1995, 524 pages ;

La poétique de l’espace dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, Actes du colloque international de Cluj-Napoca (6-8 octobre 2010), Lucia Manea, Rémy Poignault, Rodica Pop éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2013, 480 pages ;

Les miroirs de l'altérité chez Marguerite Yourcenar, Actes du colloque international de Bogota (10-11 mars 2011, Rémy Poignault, Vicente Torres éd., Clermont-Ferrand, SIEY, 2014, 213 pages.

Paris, le 19 février 2016, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Marguerite YOURCENAR, de l'Académie française (1903-1987).
Marguerite YOURCENAR, de l'Académie française (1903-1987).
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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 22:47

I - Qu’est-ce que c’est la théosophie ?

Le mot «théosophie» concept mystérieux, inconnu ou incompréhensible, éveille la curiosité, suivant les individus, des réactions contradictoires. Sur l’un, il exerce une attraction magique, il est l’annonciateur de quelque chose qui émeut les forces intimes de l’âme. Chez l’autre, il provoque le mépris, la risée, l’éloignement, ou parfois un sourire de compassion. Les uns y voient le couronnement de tout savoir ; les autres un vagabondage de l’esprit, une rêverie creuse, aussi peu estimable que la superstition. On a même considéré la théosophie comme une «pseudo-religion», un danger spirituel, une invention propre à faire tourner les têtes faibles et les âmes mal trempées.

En fait, la théosophie signifie la sagesse divine, la religion de la sagesse, en vue de découvrir la «Vérité, avec sagesse et bonne foi» suivant une expression de Helena BLAVATSKY. Etre théosophiste, c’est trouver les solutions des lois de la Nature encore cachées à nos yeux. La théosophie est un système d’éthique basé sur des vérités éternelles. «Apprends à discerner ce qui réel de ce qui est faux, ce qui est à jamais passager de ce qui est éternel», dit Mme BLAVATSKY. La théosophie ne nie rien, mais tache de tout approfondir. C’est un système d’émancipation morale qui considère tous les individus comme égaux. La théosophie enseigne un sentiment absolu, l’Amour, un Amour sans limites, pour la Vérité et la Justice.

Helena Petrovna von HAHN, plus connue sous le nom d'Helena BLAVATSKY, née le 30 juillet 1831 à Ekaterinoslav, aujourd'hui Dniepropetrovsk en Ukraine, et morte le 8 mai 1891 à Londres, est l'un des membres fondateurs de la Société théosophique et d'un courant ésotérique auquel elle donna le nom générique de «théosophie» (en grec : theos, divin et sophia, sagesse), concept antique selon lequel toutes les religions et philosophies possèdent un aspect d'un vérité plus universelle. Enfant médium, mariée à 17 ans, cette aristocrate s'enfuit aussitôt pour chercher l'aventure de Saint-Pétersbourg aux bords du Nil, des vallées du Pérou à New York, de Londres à Bombay. Révolutionnaire, on la trouve aux côtés de Garibaldi dans la lutte de l'Italie contre la papauté ; Gandhi affirme que sa rencontre avec elle éveillera sa mission de Libérateur de l'Inde. Un demi-siècle avant les voyages d'Alexandra David-Neel, le Tibet ouvre à Mme BLAVATSKY les portes de ses sanctuaires secrets : elle proclame qu'ils sont la retraite de "Maîtres de Sagesse", gardiens d'une "Connaissance occulte" immémoriale. De nombreux hommes célèbres sont théosophistes, comme Honoré de Balzac, Einstein, Fernando Pessoa, Flammarion, Edison, etc.

La Société théosophique de France se trouve au n°4 du Square Rapp, à Paris dans le 7ème arrondissement. Animée par diverses personnalités, comme Allan Kardec, Pierre Gaétan-Leymarie, Lady Caithness, duchesse de Pomar, Edmond Izard, elle s’est dotée de diverses revues pour diffuser sa pensée (Le Lotus, le Lotus bleu, Revue spirite. la Revue théosophique, etc.).

Annie Besant (1847-1933) est l'une des cimes les plus authentiques de l'humanisme spirituel du XXe siècle. C'est par amour concret de l'humanité qu'Annie Besant mystique abandonna sa foi chrétienne pour la servir dans le socialisme. Et c'est par amour de la spiritualité concrète qu'elle quitta le socialisme pour la Théosophie. Féministe, Annie Besant a fortement contribué au rayonnement de la théosophie, à travers ses écrits et ses conférences.

II – La théosophie n’est pas une religion, mais la recherche de la Vérité.

La théosophie, selon ses adeptes, n’est pas une religion. Pour les théosophes, les religions se présentent comme des sujets d’études et non comme des articles de foi. La théosophie est aux religions ce que leur étaient les anciennes philosophies, et rejette des religions tout ce qui peut paraître absurde ou déraisonnable, notamment la superstition, le bigotisme ou l’athéisme.

La théosophie a pour prétention de s’ériger au rang de science précise, d’étudier les faits positifs. «Il n’y a pas de religion supérieur à la vérité», dit-on. La théosophie affirme qu’on peut connaître la vérité : le genre de vie que doit mener un homme honnête ; les qualités qu’il doit cultiver ; les vices qu’il doit fuir. Chaque individu, dans cette recherche de la vérité, est ardemment invité à suivre des routes nouvelles et aussi plus hautes.

La théosophie est l’ensemble des vérités qui forment les bases de toutes les religions. C’est une philosophie qui rend la vie compréhensible et démontre que la justice et l’amour guident l’évolution du monde. Trois vérités sont considérés par les théosophes comme essentielles :

A. Pour les théosophistes, Dieu n’est pas une réflection de l’homme, mais il est Dieu lui-même, un être absolu. Dieu existe et II est bon. Il est le grand dispensateur de vie qui habite en nous et hors de nous. L’homme, d’essence divine, à l’image de Dieu, est une étincelle divine qui porte en lui toutes les potentialités. «Au-dedans de lui, l’Homme est un Dieu, il a cependant, un cerveau d’animal dans la tête», souligne Mme BLAVATSKY. Dieu immortel et éternellement bienfaisant. Il ne peut être ni entendu, ni vu, ni touché, et pourtant le perçoit qui désire le percevoir. Dans le «plan divin», les théosophes croient, fermement, que le Bien finira toujours par triompher du Mal. Le Bien produit toujours le bonheur et favorise le développement de l’individu et le rend meilleur. Le Mal, au contraire, génère la souffrance et avilie son auteur. L’homme doit comprendre qu’il est, lui, la force supérieure, le «Soi supérieur» (le Grand maître), qui va toujours de l’avant et combat pour le Bien. L’homme rebelle doit apprendre à soumettre et dompter, cette partie rebelle qui le pousse à la bassesse, vers le Mal. «Si ton âme sourit en se baignant dans le soleil de ta vie, si ton âme chante dans sa chrysalide de chair et de matière ; si ton âme pleure en son château d'illusion ; si ton âme se débat pour briser le fil d'argent qui l'attache au Maître ; sache-le, ô disciple, c'est de la terre qu'est ton Âme», souligne Mme BLAVATSKY.

B. L'homme est immortel. La gloire et la splendeur de son avenir n'ont point de limites. La théosophie envisage la mort à son véritable point de vue, comme un incident périodique, dans une existence sans fin. Le présent est le résultat du passé et l’avenir sera le résultat du présent. Toutes choses sont le résultat du «Karma», c’est-à-dire de la somme accumulée de nos actions. C’est la loi des conséquences, tout acte commis dans une vie produit des résultats dans la vie suivante. Le règne de la Loi étant absolu, nous ne pouvons nous émanciper qu’en vivant non seulement en accord avec la Loi, mais au-dessus de la Loi.

C. Une loi divine de justice absolue gouverne le monde de telle sorte que chaque homme est en réalité son propre juge, l'arbitre de sa propre vie, se dispensant à soi-même gloire ou obscurité, récompense ou châtiment.

L’Eternité ne contient qu’une seule chose pour nous, c’est «l’Un», le Dieu qui est au-dedans de nous, en qui nous vivons. Nous devons perfectionner notre existence, adopter une conduite droite, afin d’atteindre l’Eternité, ou «le Nirvana».

A chacune de ces grandes vérités se relient quelques autres vérités subsidiaires qui les expliquent.

De la première on peut déduire celles-ci :

En dépit des apparences, toutes choses se combinent avec intelligence et précision pour le bien ; tous les événements, si fâcheux qu'ils puissent paraître, se produisent en réalité exactement comme ils doivent se produire. Notre ambiance tout entière tend à nous aider, non à nous entraver ; mais il faut le comprendre.

Puisque le plan astral entier de l'univers est de favoriser le progrès humain, le devoir des hommes est évidemment d'apprendre à connaître ce plan.

L'homme qui est parvenu à comprendre ce plan a aussi pour devoir d'y coopérer avec intelligence.

De la seconde grande vérité, on peut déduire celles-ci :

L'homme véritable est une âme dont le corps n'est qu'une annexe.

L'homme doit donc se placer au point de vue de l'âme pour envisager toutes choses, et chaque fois qu'un conflit s'élèvera dans son moi, l'homme vrai devra s'identifier avec la portion la plus élevée de son être et non avec l'autre.

Ce que nous appelons communément la vie de l'homme n'est qu'un des jours de cette vie plus étendue qui est la véritable.

La mort est une question de bien moins d'importance qu'on ne le croit habituellement; en effet, elle n'est pas le terme de la vie, mais seulement le passage d'un échelon de cette vie à un autre échelon.

L'homme a derrière lui, dans son passé, une immense évolution dont l'étude est excessivement attrayante, captivante et instructive.

Il a également devant lui, dans son avenir, une admirable évolution dont l'étude est plus attrayante et plus instructive encore.

Il est absolument certain que l'âme humaine finira par atteindre le but qui lui est fixé, si loin qu'elle puisse sembler s'être écartée du chemin de l'évolution.
De la troisième grande vérité, on peut déduir
e celles-ci ;

Chaque pensée, chaque parole, chaque action produit un résultat défini, résultat qui n'est point une récompense ou une punition extérieures en quelque sorte, mais une conséquence forcée de l'acte lui-même, ayant avec lui une relation d'effet à cause, cette cause et cet effet n'étant en réalité que deux parties inséparables d'un tout complet.

Il est à la fois du devoir et de l'intérêt des hommes d'étudier à fond cette loi divine, afin de pouvoir s'y conformer et s'en servir comme on en use avec les autres grandes lois de la nature.

Il est nécessaire que l'homme se rende absolument maître de lui-même, afin de pouvoir gouverner sa vie avec intelligence et conformément à la loi divine.

Pour les partisans de la théosophie on en retire plusieurs avantages.

Nous parvenons à comprendre la raison d'être de la vie ; nous apprenons comment et pourquoi nous devons vivre et nous savons alors que la vie, quand on la comprend bien, vaut la peine d'être vécue.

III – Critiques adressées à la théosophie

Pour certaines religions, la théosophie est nihiliste et dangereuse. Ces notions de divin, d’étincelle divine dans la nature, qu’elle soit minérale, végétale, animale, humaines n’ont pas été comprises par les Occidentaux. Ils ne peuvent pas imaginer l’univers habité par des forces occultes, des fluides ou des esprits supérieurs. La négation d’un Dieu personnel, la négation d’un rédempteur, la négation de l’enfer sont contraires aux enseignements des grandes religions monothéistes.

La théosophie est assimilée à une «mauvaise plaisanterie, une erreur dangereuse», pour René GUENON pour qui, Mme BLAVATSKY n’a fait que reprendre les idées d’un penseur allemand, Jacob BOEHME (1575-1624). Pour René GUENON, la théosophie serait pleine de contradictions, n’a rien à voir avec les idées néo-platoniciennes, son but serait de «balayer le christianisme de la terre et chasser les Dieux des cieux».

Pourtant, Saint-Paul avait proclamé «vous êtes le temple de Dieu et l’esprit de Dieu habite en vous». Il est probable que les tenants de la théosophie aient pour but de fonder une éthique supérieure sur des bases universelles. "Mes livres ne seront compris qu'à la fin du prochain siècle", disait Mme BLAVATSKY au XIXème siècle. Elle avait prévu une résurgence d’intérêt pour la spiritualité, le psychisme et le paranormal. On parle maintenant de l’imminence de la venue de l’ère du Verseau.

IV – La théosophie : une tentative de fonder une humanité pour demain

Un des objectifs majeur de la théosophie est de fonder une éthique supérieure sur des bases universelles. Chaque individu est fortement invité à changer le monde en changeant lui-même. Pour y parvenir, Mme BLAVATSY recommande de «maîtriser et vaincre, au moyen du Moi supérieur, le moi inférieur».

Religion de la sagesse, la théosophie traite de principes fondamentaux comme la notion du Divin, les origines de la vie et de la mort, l’importance de la connaissance de toutes les religions, avec un engagement de vivre conformément à l’idéal de fraternité universelle de l’humanité. «La théosophie est la recherche de la vie pure et désintéressée, le sacrifice de ses propres plaisirs dans l’intérêt d’autrui, l’amour de la Vérité, du Bien et de la Sagesse», dit Mme BLAVATSKY.

Nous apprenons à nous gouverner nous-mêmes, et par suite à nous développer.

Nous apprenons la meilleure manière d'aider ceux que nous aimons, de nous rendre utiles à qui nous touche, d'abord, et ensuite à la race humaine tout entière.

Nous apprenons à envisager toujours les choses du point de vue philosophique le plus élevé, et jamais du point de vue infime de la simple personnalité.

Conséquemment :

Les peines de la vie cessent de nous paraître aussi grandes.
Les événements qui se produisent autour de nous, comme aussi notre propre destinée, cessent de nous paraî
tre injustes.

Nous sommes libérés de la crainte de la mort.

La douleur que fait naître en nous la mort de ceux que nous aimons se trouve largement atténuée.

Nous acquérons des vues tout à fait différentes sur la vie qui succède à la mort, et nous comprenons le rôle de celle-ci dans notre évolution.

Nous sommes affranchis de tous soucis ou tourments d'ordre religieux, aussi bien eu ce qui nous concerne qu'en ce qui concerne nos amis.

Dans cette quête de la Fraternité universelle, il s’agit de dépasser les particularités en les annulant. La Fraternité implique le souci du prochain, la prise en charge du monde et l’entrée dans l’histoire. La reconnaissance de cette fraternité, considérée comme la nature supérieure de l’homme, est le seul but obligatoire de la société théosophique ; le seul article de foi que doivent accepter tous ceux qui veulent s’associer à elle. «La Fraternité est une nécessité et même une pierre d’angle de notre édifice», souligne Henri Steel OLCOTT. Ou encore suivant Mme BLAVATSKY «le premier des devoirs théosophes, c’est de se faire son devenir envers tous les hommes. C’est à travers la Fraternité que le règne de la justice et de l’égalité peuvent triompher».

Pendant, notamment, la première guerre mondiale, tout en étant pacifistes et patriotes, les théosophes ont réaffirmé leur idéal de fraternité et «ne veulent pas donner asile à aucune pensée de haine».

D’une part, la théosophie est une émancipation de la conscience de chacun vers plus de solidarité et de fraternité. La théosophie est un puissant appel qui se résume à la vie dans l’action morale et sociale, la pitié, la véracité, la douceur, la bonté, l’égalité, la tolérance et la libre pensée. «Aie le cœur pur avant d’entreprendre ton voyage» dit Mme BLAVATSKY. Chaque individu doit apprendre à répondre aux vibrations extérieures en vibrant synchroniquement avec elle, en choisissant la voie la plus haute et en se plaçant au point de vue le plus élevé. Le développement du moi doit tendre à la réalisation progressive de l’harmonie de l’individu, dans la société et dans l’univers.

D’autre part, les théosophes recherchent la perfection de l’individu en proclamant divers concepts sont lancés : «Dieu est en vous», «vous êtes des enfants de l’univers», ou «tous les êtres forment une seule famille». Ce sont des slogans invitant l’individu «à devenir plus», à s’épanouir, en un mot à conforter le moi terrestre. La vie peut confronter un individu à des adversités de toute nature. Mais ces obstacles n’ont qu’un but : lui apprendre à les surmonter et à développer, par conséquent, en lui-même, le courage, la décision, la patience, la persévérance, en un mot toutes les qualités qui lui manquent, en un mot chercher, résolument, à vivre de la vie supérieure. La théosophie apprend la gloire d’être maître de soi-même, d’étouffer en soi la malveillance et la colère.

Finalement, la théosophie est une voie d’ascèse visant à discipline l’individu afin de l’élever réellement vers le divin. Parvenu au Nirvana, l’existence dans l’infini et l’éternel, affranchie des contingences misérables, conduit au renoncement et à l’altruisme. «Vivre en autrui, est la vie la plus haute, car lorsque, par un acte de liberté, nous avons franchi nos propres limites, nous n’en rencontrons plus et une sorte d’infinité s’ouvre en nous», dit Jean JAURES.

Bibliographie très sélective :

1 – Ouvrages généraux

1 – 1 - La contribution de Helena Petrovana Blavastky

BLAVATSKY (Helena, Petrovna), La doctrine secrète : synthèse de la science de la religion et de la philosophie, Paris, La Famille théosophique : Vol. I, «évolution cosmique, stances de Dzyan», 1905, 286 pages ; vol. II, «évolution du symbolisme», vol. III, «science occulte et science moderne», 1907, 468 pages ; vol. IV 1925, «Le symbolisme archaïque des religions», 447 pages ; vol V, pages ; vol. VI, «miscellanées», 1924, 319 pages ;

BLAVATSKY (Helena, Petrovna), Isis dévoilée : clef des mystères de la science et de la théologie anciennes et modernes, Paris, éditions théosophiques, Vol I, 1913, traduction R. Jacquemot, sous la direction de Gaston Revel, 425 pages ; vol II, science, 1919, 473 pages ;

vol. III, «religions», 1920, 168 pages vol IV, «religion», 1921 394 pages ; vol V, «Miscellanées», 1909, 348 pages ; vol VI, «Miscellanées», 1910, 319 pages ;


BLAVATSKY (Helena, Petrovna), Les premiers pas vers le chemin de l’occultisme, Paris, La Famille théosophique, Adyar, 2ème édition, 1923, 70 pages ;

BLAVATSKY (Helena), JUDGE (William Quan) TINGLEY (Katherine), Le message de la théosophie : recueil de pensées secourables à l’heure actuelle, Point Loma,, Californie, Aryan Theosophical Press, 1922, 106 pages ;

BLAVASTKY (Helena), La clef de la théosophie, traduit par Mme de Neufville, Paris, Société théosophique, 1895, 410 pages.

1 – 2 - La contribution des théosophistes de la première heure

OLCOTT (Henri, Steel), Histoire authentique de la société théosophique, traduction La Vieuville, Paris, Publications théosophiques, 1907, 466 pages

BESANT (Annie), H.P. Blavatsky et les maîtres de la sagesse, Paris, Publications théosophiques, 1908, 134 pages ;

BESANT (Annie), La sagesse antique : exposé sommaire de l’enseignement théosophique, Paris, Publications théosophiques, 1905, 522 pages ;

BESANT (Annie), Le pouvoir de la pensée, sa maîtrise, sa culture, Paris, Publications théosophiques, 1907, 192 pages ;

BESANT (Annie), Lois fondamentales de la théosophie : conférences d’Adyar 1910, traduit par Gaston Revel, Paris, Publications théosophiques, 1911, 229 pages ;

BESANT (Annie), Pourquoi je suis devenu théosophe ?, traduction de Guillaume de Fontenay, Paris, Publications théosophiques, 1911, 11ème édition, 56 pages ;

CAITHNESS (Lady Ligaran, duchesse de Pomar), Fragments glanés dans la
théosophie occulte d’Orient, Nice, Victor Gauthier, 1884, 2015, Priment
o, 73 pages ;

CAITHNESS (Lady Ligaran, duchesse de Pomar), Théosophie universelle, théosophie bouddhiste, Paris, Georges Carré, 1886, 120 pages ;

LEADBEATER (Charles Webster), Une esquisse de la théosophie, Paris, Publications théosophiques, 1903, 90 pages ;

LEADBEATER (Charles Webster), Le plan mental, Paris, Publications théosophiques, 1917, 166 pages.

STEINER (Rudolph), La science occulte, traduit de l’allemand par Jules Sauerwein, Paris, Librairie académique Perrin, 12ème édition, 1938, réédité en 2010, 154 pages.

2 – Les autres contributions sur la théosophie

AUDOIN (Danielle), Connais-toi toi-même à la lumière de la théosophie, Paris, Adyar, 2004, 145 pages ;

BLECH (Charles), Contribution à l’histoire de la société théosophique en France, Paris, Adyar 1933, 215 pages

BLECH (Aimée), A ceux qui souffrent, quelques points de l’enseignement théosophique, Paris, Publications théosophiques, 1917, 120 pages ;

BOSC (Ernest), La doctrine ésotérique à travers les âges, Paris, Chamuel, 1899, vol I, 353 pages, vol. II, 341 pages ;

BOHRER (Marcel), La théosophie au XXème siècle, Paris, Adyar, 1990, 130 pages ;

BOUTROUX (Emile), Le philosophe allemand Jacob Boehme (1575-1624), Paris, Félix Alcan, 1888 60 pages ;

BOWEN (Robert), Comment étudier la théosophie selon Mme Blavastky ?, Paris, Adyar, 1979, 23 pages ;

DELALANDE (Marie-José), Le mouvement théosophique en France, 1876-1921, Paris, Adyar, 2010, 89 pages ;

GLACHANT (Suzanne), La vie d’Annie Besant, Paris, Adyar, 1948, réédition 2004, 135 pages ;

LECCIA (Guy Pierre), Le grand récit de la théosophie de Helena Petrovna Blavatsky à Rodolph Steiner, 1875-1914, Paris, La Hutte, Collection Essais, 2013, 535 pages ;

OLTRAMARE (Paul), L’histoire des idées théosophiques dans l’Inde brahmanique, Paris, 1906, E. Leroux, Vol. I, «La théosophie brahmanique», 373 pages ;

PASCAL (Th. Dr.), La théosophie en quelques chapitres, Paris, Publications théosophiques, 1900, 70 pages ;

ENCAUSSE (Gérard, dit PAPUS), L’occultisme contemporain : Louis Lucas, Wronski, Eliphas Lévi, Saint-Yves D’Alveydre, Mme Blavastky, Paris, Georges Carré, 1887, 36 pages

PECASTAING-BOISSIERE (Muriel), Annie Besant (1847-1933), la lutte et la quête, Paris, Adyar, 2015, 271 pages ;

R.A, Histoire de l’âme : ses véhicules et ses conditions d’existence, Paris, Publications théosophiques, 1904, 228 pages ;

RICHARD-NAFARRE (Noël), Helena P Blavatsky ou la réponse du sphinx, préface d’Alexandre Moryason, Paris François de Villac, 1996, 671 pages.

3 – Autres ouvrages critiques

Actes du colloque international, «Les postérités de la théosophie : du théosophisme au New Age», Paris, la Sorbonne, 12 et 13 décembre 1992, in Politica Hermetica, n°7, 1993, pages 6 -145 pages ;

ARNOLD (Edwin, sir), La lumière de l’Asie, Paris, Adyar, 1981, 221 pages ;
GANDHI (Mahatma), Autobiographie ou mes expériences de vérité, présentation de Pierre Meile, Paris, P.U.F., 2012, 668 pages, spéc.
pages 87-88.

GRASSET (docteur), L’occultisme, hier et aujourd’hui, le merveilleux préscientifique, Montpellier, Coulet, 1907, 410 pages ;

GUENON (René), Le théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1921, 307 pages

JAMES (Marie-France), Esotérisme et christianisme autour de René Guenon, Paris, Nouvelles éditions latines, 1981, 479 pages ;

LAURANT (Jean-Pierre), René Guenon, les enjeux d’une lecture, Paris, Dervy, collection figure de l’esprit, 2006, 397 pages ;

Anomyme, La théosophie bouddhique, c’est le nihilisme, Paris, G. Rougier, Sentier, 24 et 7 pages.

Paris le 5 février 2016, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

«Les forces de l’invisible : la théosophie ou la quête de la fraternité universelle», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Les forces de l’invisible : la théosophie ou la quête de la fraternité universelle», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:15

Romancière, journaliste et femme de culture, Edmonde CHARLES-ROUX nous a quittés le 20 janvier 2016. Elue à l’Académie de Goncourt en septembre 1983, dont elle est devenue présidente en 2002, Edmonde avait cédé à cette fonction à Bernard PIVOT en 2014. «Il existait une sorte de repli sur soi-même qui n'était pas forcément bon. Quand je suis devenue présidente, en 2002, avec le soutien d'autres jurés, j'ai fait le contraire: j'ai ouvert les portes» dit-elle. Il y avait des pratiques contraires à la déontologie (vote à distance, connivences avec les maisons d’édition) avant son arrivée à l’Académie de Goncourt : «Jean Giono votait par téléphone, il se trouvait le plus souvent dans le bureau de son éditeur. On m'a raconté aussi que Colette, avant les délibérations, téléphonait à deux ou trois amis et cela suffisait à orienter le vote. Il y avait aussi beaucoup de bagarres, de caprices, de bouderies, de démissions. Songez que certains jurés ne se parlaient pas. Le vote était secret. Nous avons mis fin à ce système en prenant des mesures importantes qui ont bousculé certaines pratiques».

Cosmopolite, Edmonde est née à Neuilly-sur-Seine elle naît à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, le 17 avril 1920. Fils d’un armateur marseillais, son père, François (1879-1961), est certes un homme d’affaires, mais aussi un diplomate. S’il devient membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques), ses, postes officiels l’entraînent, lui et les siens à vivre selon ses affectations, à Saint-Pétersbourg, Istanbul, Le Caire Prague, la ville de la petite enfance, et Londres.

Egérie de la gauche anticonformiste et antiraciste, Edmonde est une femme anticonformiste qui cachait, sous ses allures de grande bourgeoise un coeur à gauche, une volonté de fer et les passions d'une rebelle. Elle s’implique auprès des légionnaires les plus démunis et reçoit en 2007 le grade de caporal d’honneur de la Légion étrangère. "On me dit gauche caviar. Pourquoi pas ? L'essentiel, c'est la gauche. Si le caviar vient avec, tant mieux ! Cela veut dire qu'on était destiné à vivre à droite et qu'on a le coeur à gauche", lançait-elle. Résistante pendant la guerre, Edmonde devient infirmière volontaire aux armées. Elle a 19 ans. Résistante à Marseille, elle est appelée par le général de LATTRE de TASSIGNY, rallié au général De Gaulle, et reste attachée à son cabinet jusqu'à la Libération. Blessée à deux reprises, Edmonde reçoit la Croix de guerre.

Contrairement à l’avis de ses parents, Edmonde devient journaliste 1947 au jeune magazine Elle avec Françoise GIROUD et Hélène LAZAREFF. "Ma chance ? La journaliste qui devait couvrir la réouverture de la Scala tombe malade, on m'y envoie. C'est le retour de Toscanini après son exil. Je connaissais ses filles, j'ai été invitée dans sa loge", racontait-elle. Dans cette carrière de journaliste, Edmonde dirige ensuite la rédaction française de Vogue de 1950 à 1966, y imposant une vingtaine de pages culture par numéro. Le magazine tente de démocratiser le luxe et de faire connaître de nouveaux talents, tant chez les écrivains que chez les photographes ou les créateurs comme Christian DIOR, Yves SAINT-LAURENT Laurent et Emanuel UNGARO. Edmonde Charles-Roux a une particularité : elle traite la mode en la reliant aux autres formes de création. Invités de ces pages, ses amis écrivains et artistes, du communiste Louis ARAGON au poète et romancier homosexuel Jean GENET, sont trop sulfureux, pour ses patrons américains qui la renvoient finalement pour avoir choisi, en mars 1966, une mannequin noire, Donyale LUNA, en couverture d'un numéro. Il a fallu attendre 1988 pour qu'une mannequin, Naomi Campbell, puisse accéder à cet honneur. Ce combat d'Edmonde contre le racisme reste d'une grande actualité, en raison de la montée de la peste brune. grande proximité avec les communistes n'a pas été appréciée par son patron américain dans un contexte de guerre froide.

Féministe et indépendance, Edmonde est une romancière talentueuse. En 1955, elle participe aussi à l'écriture de la saga historique à succès "Les Rois maudits" de Maurice DRUON. "J'ai été un de ses nègres en somme", s'amusait-elle. «Oublier Palerme», son premier roman, a connu un grand succès public et la consécration par le Prix Goncourt. «Oublier Palerme» raconte l'histoire de deux femmes, Babs et Gianna, qui travaillent dans la presse féminine, et l'histoire de deux mondes, New York qu’Edmonde critique et la Sicile dont elle loue les beautés. «D’un côté, Palerme, la Sicile de la poussière, de l’étouffement, de l’honneur, de la misère, des passions gratuites et violentes, de la mer... De l’autre, n’importe laquelle de nos métropoles de commerce, d’argent, avec leur façon de briser les vies par la hâte, la férocité... Et, voguant entre ces deux univers, d’une époque à l’autre, les émigrants, paysans ou seigneurs, nostalgiques ou avides de recommencer. Si ce roman nous apparaît aussi dense, riche, lourd de vraie vie et de tendresse, c’est qu’il a été écrit à côté des modes littéraires, en plein cœur des souvenirs et de l’imagination» souligne François NOURISSIER. «L’amour d’Edmonde Charles-Roux pour la Sicile, sa connaissance et son intuition du monde sicilien, de certaines de ses réalités et de ses profondeurs historico-culturelles m’ont fait retrouver dans Oublier Palerme des thèmes que je poursuis dans ma tentative de brosser un portrait au cinéma du Sud de l’Italie» ajoute Francesco ROSI. Dès sa parution Oublier Palerme obtint le Prix Goncourt et connut un succès mondial.

En 1966, Edmonde quitte la rédaction en chef de Vogue et rencontre un Gaston DEFERRE, son futur mari. Femme passionnée, elle l'est aussi en amour. DEFFERRE est marié et le couple se voit clandestinement. "Il était d'une incroyable séduction", avouait cette célibataire farouchement éprise de liberté. Ils se marient en octobre 1973, après sept ans de liaison secrète, et deviennent le couple phare de la cité phocéenne. "Moi, j'étais plutôt pour l'union libre mais cela lui semblait impossible à Marseille.", dit-elle.

«L'Irrégulière ou mon itinéraire Chanel» paru en 1974 est le fruit d'une longue enquête et de rencontres avec Gabrielle CHANEL, qu'elle avait découverte en 1954. Cet ouvrage nous plonge dans l'intimité et les secrets de fabrication de la célèbre modiste à la vie aussi mouvementée que mystérieuse. Mystérieuse pour les intimes, acharnée à effacer toute trace de son passé, de ses origines, de sa famille même, Gabrielle CHANEL aura été tout au long de son existence une «irrégulière» dans une société conformiste, et peut-être ne faut-il pas chercher ailleurs le secret de sa prodigieuse réussite. Suivant l’itinéraire inverse de celui qui l’avait menée à Elle, Adrienne, roman dont la célèbre couturière était l’inspiratrice et non le modèle, Edmonde a dû déblayer une vie entière de mensonges ou d’aveux subtilement travestis pour nous montrer la fillette de forains cévenols, née par hasard à Saumur, l’orpheline oubliée dans un couvent de Corrèze, la petite pensionnaire des chanoinesses de Moulins, qui n’allait pas tarder à devenir «poseuse» dans un beuglant de la garnison, où elle chantait «Qui qu’a vu Coco dans l’Trocadéro ?». «Gomeuse» à Vichy, et même donneuse d’eau, celle à qui ses nombreux amis donnaient dès vingt ans son surnom devait faire son chemin. «Irrégulière», certes, au sens équivoque et proustien du terme, mais toujours marginale, indépendante, ambitieuse, et déjà sûre de son destin d’exception. Il n’est guère d’hommes et de femmes célèbres qui ne l’aient approchée, si bien que sa vie se confond avec l’histoire de l’entre-deux guerres. A travers cette carrière mouvementée, Edmonde Charles-Roux raconte une femme unique, en même temps qu’elle trace la chronique des soixante-dix années de ce siècle. Ce portrait d’une célèbre inconnue est beaucoup plus qu’un portrait : l’épopée d’un roman vécu et vécu comme un roman par son héroïne. L'occasion également pour l'auteur de mettre à mal la légende et d'inviter des personnalités telles que Jean COCTEAU, Max JACOB, Pablo PICASSO ou encore Igor STRAVINSKY. Ce roman a été porté à l'écran par Anne FONTAINE sous le titre «Coco avant Chanel», avec Audrey TAUTOU, en 2009.

«Stèle pour un bâtard» publié en 1980 nous rappelle la figure de Don Juan d'Autriche (1545-1578), le bâtard de Charles QUINT, personnalité relativement peu connue du grand public, à travers ce roman d'aventures. On y trouve de grandes scènes historiques: la bataille de Lépante, l'entrevue entre Don Juan d'Autriche et une ancienne lavandière de Ratisbonne, Barbe Plumberger, qui n'est autre que sa mère, l'entrée de Don Juan à Grenade. Edmonde suit à la trace le mystère de ce bâtard qui remporta à vingt-six ans, sur les Ottomans, une des plus grandes batailles de l'histoire, qui fut le premier chevalier de la chrétienté, et qui fut sur le point d'épouser deux reines. Un Don Juan mort prématurément, à 33 ans.

«Isabelle du désert » en 2003 retrace le parcours singulier de l'aventurière et écrivain suisse Isabelle EBERHARDT (1877-1904) et la suivre à travers le Maghreb. Dans cette biographie particulièrement fouillée et qui se lit comme un roman, Edmonde ressuscite cette jeune femme d'origine russe, convertie à l'islam, depuis sa naissance sur les rives du lac Léman jusqu'au moment où Isabelle accepte d'assumer le «désir d'Orient» qui la hante et de rencontrer par la suite une mort tragique. C'est à Aïn Sefra, où elle était en reportage, qu'elle trouva la mort un après-midi d'octobre 1904, engloutie dans les eaux d'un oued. C'est grâce au jeune lieutenant Paris, un des admirables personnages secondaires qui gravitent autour d'Isabelle et qui entreprendra de fouiller les décombres boueux, que ses manuscrits parviendront jusqu'à nous. Pour Edmonde Charles-Roux, il y avait là toute la matière d'un prodigieux roman vrai. A travers des archives inédites, elle a ainsi recomposé l'itinéraire d'une héroïne «irrégulière» et mystique.

Dans «L'Homme de Marseille» Edmonde présente ainsi son «récit-photos», un portrait amoureux de l'homme de sa vie, Gaston DEFFERRE (1910-1986). DEFFERRE, le résistant, le maire de Marseille pendant plus de trente ans, le ministre de l'Intérieur de MITTERRAND. «Drôle de projet, il faut bien le dire. Raconter l'existence d'un homme dont j'ai partagé un grand pan de vie. Commencer tout simplement par une enfance heureuse, son enfance. Par ses parents. Par le grand mas épais où il est né et qui est demeuré longtemps un point d'ancrage. Dérouler ensuite la bobine de soie et de corde, l'étrange tapisserie d'une vie. Grâce à cet homme, comprendre une ville: Marseille. L'amour d'une ville, d'un certain parler, d'une certaine lumière. Et à partir de cet homme, de cette ville, retracer une vie. Une vie de Français pas ordinaire. La vie d'un homme de conviction, l'histoire d'une certaine France» dit Edmonde CHARLES-ROUX.

Dans «Une enfance sicilienne, d’après Fulco Di Verdura», la Sicile du début du siècle, ses palais, ses jardins, ses fêtes, ses moeurs qui semblent plonger dans un passé fabuleusement éloigné, sa splendeur et sa folie, voilà qui nous est restitué dans ce livre unique, écrit par le duc Fulco di Verdura en son âge avancé, moins pour faire oeuvre littéraire que pour conserver dans le souvenir une époque à jamais révolue. Edmonde a mis toute sa connaissance de la Sicile et tout son talent de romancière à traduire et adapter quand il le fallait ce texte d'un délicieux anachronisme qui emportera le lecteur dans un monde drôle, savoureux, exotique. Il y apprendra comment on élevait un jeune aristocrate à Palerme avant la Première Guerre mondiale ; quelle impression mémorable causa l'arrivée d'un chameau dans la maison paternelle ; pourquoi et comment sainte Rosalie est devenue la patronne et protectrice de la capitale sicilienne ; quelle fonction symbolique était assignée aux cinq rangées de loges de l'Opéra ; et mille autres détails qui le plongeront dans ce même univers merveilleux où le prince de Lampedusa avait déjà puisé la matière de son Guépard. Quel plus beau voyage rêver que cette remontée capiteuse jusqu'aux temps où Palerme vivait les dernières heures d'une civilisation à nulle autre pareille et d'autant plus éclatante que les rayons du déclin la touchaient ?

Dans «Elle, Adrienne», surgissent des questions. Elle, Adrienne, qui est-ce ? Vivant mystère qui se donne, se reprend à travers ses vérités et ses mensonges, l'homme qui l'a aimée, le capitaine Ulric Muhlen, se le demandera tout au long de sa vie, tout au long de ce livre. Derrière ses aveux successifs et contradictoires, quelle enfance cache-t-elle, quels secrets ? Comment est-elle devenue cette femme d'exception qui a fait de son seul prénom une griffe d'élégance et de beauté, quels troubles liens l'attachent à l'énigmatique Licia, quelle a été son existence avant que ne la rencontre Ulric, jeune aristocrate originaire de Bohême, que le hasard des événements et la guerre ont transformé en officier de l'armée allemande d'occupation, à Paris ? Construit comme un constant contrepoint qui entremêle, autour d'Adrienne, le sort d'Ulric et celui de Serge, le livre d'Edmonde Charles-Roux nous propose une symphonie d'un lyrisme exceptionnel : l'inoubliable mélodie d'un chant d'amour s'y détache sur l'ample accompagnement d'une musique de combats, de tumultes, et de passions.

Dans «Lire le pays : ballades littéraires», regroupe 86 textes parus dans "L'Humanité" sur le thème lire le pays. Cette série débute le 30 juin 1977 avec Jean Genet et se termine avec Yves Gibeau le 3 juin 1978. Entre les deux, rassemble des grands noms de la littérature ou de la pensée française : Michel Tournier, Roland Barthes, Georges Perec, Hervé Bazin, Georges Simenon. Les textes sont classés par ordre alphabétique d'auteur.

«Pour avoir l’air d’un Chinois, en Chine, il ne faut jamais rougir» disait Edmonde dans son guide du savoir-vivre. Ne sachant pas rougir, je puis vous dire je suis fier de la vie extraordinairement riche et des engagements pour la République de cette grande dame, Mme CHARLES-ROUX.

Bibliographie sélective

1 – Contributions d’Edmonde Charles-Roux

CHARLES-ROUX (Edmonde), Oublier Palerme, Paris, Grasset, 1990, 322 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), L'Irrégulière, ou mon itinéraire Coco Chanel. Paris, Grasset, Livre de Poche, 1977, 592 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Une enfance sicilienne, d’après Fulco Di Verdura, Paris, Grasset, 1981, 320 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Elle, Adrienne, Paris, Grasset, 1971, 564 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Isabelle du désert, Paris, Grasset, 2003, 1 400 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Lire le pays : ballades littéraires, Paris, Le Passeur/Cecofop, 2004, 427 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), L’homme de Marseille : un récit photos, Paris, Grasset, 2001, 221 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Stèle pour un bâtard : Don Juan d’Autriche, 1545-1578 Paris, Grasset, 1980, 246 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Nomade j’étais : les années africaines d’Isabelle Eberhardt, 1899-1904, Paris, Grasset, 1995, 586 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Amour de la Provence : variations sur une certaine Provence, Plaisir du Livre, 1978, 48 pages ;

CHARLES-ROUX (Edmonde), Guide du savoir-vivre, Paris, Grasset, 1965, 288 pages ;

ADLER (Laure), CHARLES-ROUX (Edmonde) ELY Bruno, Festival d’Aix : 1948-2008, Paris, Actes Sud, 2008, 158 pages.

2 - Critiques

SAILLARD (Olivier), Edmonde Charles-Roux : les années mode, Musées de Marseille, 1995, 44 pages ;

UNGER (Gérard), Gaston Defferre, Paris, Fayard, 2011, 416 pages.

Paris le 23 janvier 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Edmonde CHARLES-ROUX, romancière, journaliste, femme de culture (1920-2016).
Edmonde CHARLES-ROUX, romancière, journaliste, femme de culture (1920-2016).
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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 23:48

 "Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura que des financiers et des comptables» avait dit François MITTERRAND, un grand seigneur de la politique habité par une âme littéraire. Dans son premier discours de président élu, M. MITTERRAND avait déclaré «il appartiendra à l’histoire de juger». Pour les Français, François MITTERRAND est le meilleur président de la République ces 40 dernières années. Ceux qui ont pris le pouvoir, après lui, ne sont plus que des intendants et de vagues commis, des laquais du grand capital, peu visionnaires, sans grands desseins, oublieux des plus démunis. «Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la sécurité sociale, car ceux qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus, et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur» avait-il prédit. A bien des égards, en cette période de perte de valeurs et de repères, François MITTERRAND qui a réconcilié la gauche et le pouvoir, sous réserve d’un «droit d’inventaire», suivant une formule de Lionel JOSPIN, nous manque, énormément. Pharaon bâtisseur, doté d'un sens aigu de l'histoire, il a profondément modifié la physionomie de Paris (Grand Louvre, Opéra Bastille, Musée d'Orsay, Institut Monde Arabe, Grande Arche, La Villette, La Très Grande Bibliothèque, etc.). Riche de talents littéraires, polémiste, habile, redoutable tribun, prince de la réversibilité, intriguant, avide de pouvoir et sans cesse en quête de lui-même, séducteur, parfois retors, machiavélique, cynique, mais nationaliste, fidèle en amitié et bienveillant, François MITTERRAND est initialement un provincial de droite devenu patron de la gauche. «Si je suis un homme du passé, vous êtes un homme du passif» réplique-t-il à Valéry GISCARD-d’ESTAING lors du débat des présidentielles de 1981. Adulé ou vilipendé, «tonton», comme on l’appelait affectueusement, a représenté un immense espoir populaire à la suite de la victoire du 10 mai 1981. «Je crois pour demain, comme hier, à la victoire de la Gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que toute sa famille, c’est la Gauche. Hors du rassemblement des forces populaires, il n’y a point de salue» dit-il. Tacticien et surtout stratège de haute voltige, MITTERRAND est un artiste de la politique, passionné de littérature et d’écriture, il a mis sa contribution littéraire au service de son ascension politique. Doté d’une répartie et d’un sens de la formule, il savait aussi balancer des vacheries. «Chirac c’est un type sympathique, dommage qu’il manque de structure mentale» dit-il, ou encore, «Quand j’ai nommé Edith Cresson, je lui avait dit qu’elle avait le devoir d’être impopulaire. Je ne savais qu’elle réussirait aussi bien». Michel ROCARD est sévère à l’égard de son éternel rival : «Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François MITTERRAND». Parfois ambigu, trouble et complexe, MITTERRAND est un véritable personnage de roman. Dans sa biographie, Jean LACOUTURE montre bien que François MITTERRAND est une «histoire de Français», sa personnalité, jusque dans ses ambiguïtés, incarne les Français eux-mêmes. Entre le catholicisme des origines et le socialisme d’adoption, entre Vichy et Londres, entre stoïcisme et cynisme, ruses et conviction, François MITTERRAND réunit et exacerbe en lui les contradictions françaises. Dans un pays, champion de familles recomposées, l’homme avec ses deux familles, fascine, «Sa vie est un miroir qui se promène sur une grande route», en référence à une expression de Stendhal. «J’aime ton corps, la joie qui coule en moi quand je détiens ta bouche, la possession qui me brûle de tous les feux du monde, le jaillissement de mon sang au fond de toi, ton plaisir qui surgit du volcan de nos corps, flamme dans l’espace, embrasement» écrit-il à Anne PINGEOT, sa maîtresse, le 16 juillet 1970. Avec ses paradoxes et contradictions, MITTERRAND fut, à la fois, le dirigeant d’un mouvement de résistance décoré par Vichy, un jeune parlementaire conservateur et l’artisan de l’union de la Gauche. Imposant les communistes au gouvernement, il fut le fossoyeur du Parti communiste français. Féroce opposant à De Gaulle et à la constitution de la Vème République, il le caricature dans son ouvrage «le coup d’Etat permanent» : «Il existe dans notre pays une solide permanence du bonapartisme, où se rencontre la vocation de la grandeur nationale, tradition monarchique, et la passion de l’unité nationale, tradition jacobine» écrit-il. Une fois au pouvoir, il a su cependant, tirer le meilleur profit de ce cadre constitutionnel, s’inscrire dans sa logique, et le sacraliser, plus que jamais, notamment à travers la gestion de la première cohabitation.

François MITTERRAND après des hésitations de jeunesse, a fini par s’ancrer, définitivement, à gauche : «sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop» dit-il. Le président MITTERRAND entre en fonction le 21 mai 1981, il met son septennat sous les auspices des grands ancêtres de l’humanisme qu'il va honorer au Panthéon : Jean JAURES, inspirateur du socialisme, Jean MOULIN, symbole de la Résistance, et Victor SCHOELCHER, qui abolit l'esclavage, symbole des idéaux universalistes et de l'égalité entre les humains. Dès le 22 mai 1981, il nomme un Premier ministre ancré à gauche, Pierre MAUROY, maire de Lille, qui semble capable de faire travailler ensemble les différentes tendances du Parti socialiste. Jusqu’en 1983,  il engage un programme de rupture : augmentation de 10 p. 100 du S.M.I.C., revalorisation des allocations familiales et de l'allocation logement, annonce de la création d'un nombre important d'emplois publics, abolition de la peine de mort, abrogation du délité d’homosexualité, libération des ondes avec la création de radios privées, nationalisations, régularisation des sans-papiers, 5ème semaine de congés payés, etc. Mais il ne fera pas le droit de vote des étrangers aux élections locales ; l’irruption durable du Front national, devenu Rassemblement national, aux élections locales à Dreux, est devenu un affront national.
Né le jeudi 26 octobre 1916 à Jarnac, François, Marie, Adrien, Maurice, MITTERRAND passe son enfance, en Saintonge, en Charente, dans une fratrie au total de huit enfants. «J’ai souvent regretté de ne pouvoir garder davantage de lien avec cette Charente, avec le Jarnac de mon enfance. Ma vie politique m’a conduit vers un territoire différent, auquel j’ai voué beaucoup d’attachement. Pourtant, je n’ai jamais vraiment quitté Jarnac. Je reviens de temps à autre dans la maison où je suis né, dans la maison où mes grands parents, mes parents ont vécu» dit-il. François MITTERRAND est issu d’une famille catholique, bourgeoise et conservatrice du Bloc National, mais ouverte. «François Mitterrand a donné de lui, une image fluctuante, floue, trouble parfois, qui s’est traduite par une expression définitive : «c’est un Florentin». Bien plus, «c’est un émule de Machiavel», écrit Geneviève MOLL. Pour son art de l’esquive, de l’intrigue et son cynisme, François MAURIAC le surnomma le «Florentin». «Je n’étais pas assuré de mon talent. Pour ce qui est d’agir sur les hommes, je l’ai su d’emblée» dit-il. Dans sa contribution littéraire, personnage complexe et ambigu, MITTERRAND s’est fabriqué un personnage de roman, entre mythe et réalité.  «Ceux de mes ancêtres dont je porte nom étaient bourgeois de Bourges. Notre généalogie, peut-être complaisante, prétend les suivre à la trace jusqu’aux brouillards du Moyen-âge» écrit-il dans «Ma part de vérité», et il exhibe, fièrement, ses origines du Berry, et donc son enracinement dans le terroir français. «Il n’y a de Mitterrand que Berry» dit-il et deux de ses ancêtres ont prévôts de Bourges. Le nom «Mitterrand» dérivé du mot «Mittier» signifierait des mesureurs de grains, et François MITTERRAND, même si aucun de ses parents n’a exercé ce métier, y fait dans son ouvrage, «La paille et le grain». Si MITTERRAND, c’est le grain, l’opposition ne peut incarner que la paille. Un de ses ancêtres, Sylvain MITTERRAND, vigneron, né en 1625 du temps de Louis XIII, a échappé la peste, adulte il sera témoin des ravages de la Fronde. Le fils de Sylvain, un certain Mathurin, né à Bourges, le 11 février 1681, deviendra également vigneron, et il aura un fils, dénommé Martin, qui lui-même aura comme descendant, Gilbert, (1744-1813), un quadrisaïeul de François MITTERRAND. Ce sont souvent des personnes modestes, des jardiniers, des journaliers ou domestiques. Un de ses ancêtres, Jean-Baptiste, renonce au métier de vigneron pour devenir cordier. Charles MITTERRAND, un bisaïeul de François, deviendra éclusier de Roueron. C’est une rupture dans l’histoire familiale des MITTERRAND.
Son père, Joseph (1873-1946) qui voulait devenir journaliste, a finalement, par sécurité, choisi une carrière dans les chemins de fer. Il a gravi les différents échelons de la hiérarchie et dirigé alors la gare d’Angoulême où toute la famille habitait. Ce n’est qu’en 1919, lorsque Joseph se lance dans les affaires en attendant de reprendre la vinaigrerie familiale, que sa famille s’installe définitivement à Jarnac. Joseph, un catholique, de droite, mais avec une inspiration sociale, est renfermé, solitaire et rigide ; «Il s’était réfugié dans la réflexion, loin de l’action qui le tentait et le repoussait à la fois. (…) Il aurait aimé le mouvement des villes, le mouvement des idées. La solitude et le silence firent ses compagnons» écrit MITTERRAND. Pudique, François MITTERRAND a appris de son père, l’art de se taire, de protéger sa vie privée, ainsi que le goût de l’économie. «Je sais qu’on me reprocher d’aimer le secret. Pourtant, il faut bien garder une part de secret pour exister» dit-il. Yvonne LORRAIN (1880-1936), la mère de François, est la fille d’un producteur de Cognac, devenu par la suite, vinaigrier à Jarnac ; elle est cultivée, musicienne et fait de la peinture. L’écrivain, François MAURIAC (1885-1970) auquel MITTERRAND consacrera un ouvrage, est une connaissance de sa mère. MAURIAC a bien décrit cette bourgeoisie de province, parfois méprisante et recluse. Le jeune François a de l’ambition, il veut s’élever dans la hiérarchie sociale : «Je serai roi ou Pape ? Diriger, commander aux autres, s’élever au-dessus des autres», il s’applique cette formule. «Quand l’enfant naît, il naît avec toutes les nuances du monde. Il a ses exigences, ses ambitions. C’est l’enfant, en moi, qui me créé» écrit-il. Les grands-parents maternels, installés à Touvent, dans une maison rustique, jouent un grand rôle dans l’éducation du jeune François. «Cette enfance, je l’ai surtout vécu en pleine campagne, dans la propriété de mes grands-parents maternels, à la limite des départements de Charente et de Dordogne» écrit-il. C’est là, certainement, qu’il développe ce besoin quasi charnel d’un contact avec la nature ; «J’avais la tête pleine de musique naturelle : le vrai vent sec, la rivière. Chaque heure avait son odeur. J’avais une vie sensorielle», dit MITTERRAND. Cette Charente de l’enfance, François MITTERRAND la découvre à pied. Il en gardera, toute sa vie durant, une passion immodérée pour la marche, entraînant dans son sillage ceux qui l’entoure, jusqu’à la roche de Solutré. Sa mère communique à ses enfants sa passion des livres. Ses goûts la conduisent d’ailleurs bien au-delà de ses propres considérations morales.
En pension, à Angoulême, au Collège Saint-Paul, il découvre d’autres milieux, d’autres adolescents. En octobre 1934, MITTERRAND s’inscrit à la faculté de droit de Paris. «Je suis arrivé comme étudiant à Paris. C’était un autre monde dont je faisais connaissance et j’avais encore beaucoup à apprendre», dit-il. Il est éloquent, ce qui l’a convaincu, sans doute, de prendre le chemin du barreau, mais aussi de poursuivre des études en sciences politiques. Jeune bourgeois de province arrivant dans la capitale, il se cherche et ne perd pas toutes ses habitudes charentaises. En particulier, il continue de s’adonner à la marche à pied. Il sillonne ainsi Paris, parcourt ses rues, notamment le Quartier latin, cafés, théâtres, expositions, dancings, rencontres mondaines de toutes natures, tournois sportifs, font partie de ses activités. Pétri de littérature, le voilà vite amoureux de sa «très chère cité». «A dix-sept ans, j’ai découvert Gide, Martin du Gard, Claudel, Jouhandeau ; je suis devenu fanatique de Paul Valéry. Dostoïevski, Tolstoï ont été révélateurs de toute une foule de sensations, de réflexions : les malheurs du monde» écrit-il. MITTERRAND, qui a su par la suite domestiquer les médias, est avant tout un passionné des belles lettres, de Stendhal, Pascal, Voltaire et Châteaubriand. François MITTERRAND étant encore un catholique pratiquant, réside dans un foyer d’étudiants catholiques au 104 de la rue de Vaugirard, tenu par des pères maristes. On y pratique la retraite. On y célèbre la messe. Des conférences sur la foi y sont données.
François MITTERRAND reste classé, à l’époque, à droite de l’échiquier politique, sans aucun doute critique à l’égard de la IIIème République tout en restant à l’écart des ligues fascistes ou royalistes, par ailleurs condamnées par l’Église catholique. En effet, il adhère quelque temps aux «Volontaires nationaux», c’est-à-dire à la branche «jeunesse» de la ligue du colonel François La ROCQUE (1885-1946), chef des Croix-de-Feu, puis du Parti social français, l’un des plus puissants mouvements de la droite contestataire de l’époque. Le discours de La ROCQUE est empreint d’un réel patriotisme, fait sans cesse référence aux vertus du catholicisme social, prône l’ordre et la rigueur morale dans les affaires publiques. Admirateur de François MAURIAC, un ami de sa famille, ses goûts littéraires reflètent son engagement catholique et politique. Mais c’est à ce moment que MITTERRAND rencontre un de ses fidèles compagnons, Georges DAYAN (1915-1919), jeune étudiant juif et socialiste. MITTERRAND tombe amoureux d’une fille de 15 ans, qu’il nomme «Béatrice», de nom vrai nom Marie-Louise TERRASSE (1923-1998), qui prendra le nom de Catherine LANGEAIS quand elle deviendra speakerine de la télévision française.
Depuis l’automne 1938, MITTERRAND est sous les drapeaux, à 23 ans, pendant la deuxième guerre mondiale. Le 14 juin 1940, après de terribles combats pour lesquels il sera décoré, un éclat d’obus le blesse à Verdun. Il frôle la mort, est évacué de justesse vers un hôpital militaire où les Allemands le capturent. MITTERRAND assiste, en effet, à un événement qui le marque à jamais : la naissance d’une société. Car au «règne du couteau» et de l’anarchie ne tarde pas à se substituer la règle du partage. Les hommes se regroupent. Des lois se créent. Ce qui l’étonne, aussi, c’est que ceux qui sont à l’origine de tout cela ne sont pas forcément de son milieu. Voilà qui ébranle ses valeurs et ses croyances. On apprécie son esprit, ses analyses. Il prend part à toutes sortes d’activités intellectuelles et se constitue un réseau d’amis qui l’aideront plus tard dans la résistance ou dans sa vie politique. Après plusieurs tentatives, il finira par s'évader et rejoindre en janvier 1942 Vichy. Les années de la guerre sont les périodes les plus troublées de la vie de MITTERRAND et qui ont généré de nombreuses controverses. «Par le hasard de la petite histoire, j’ai connu successivement, en l’espace de ces quatre à cinq ans, les camps de prisonniers de guerre en Allemagne, la France occupée, l’Angleterre, l’Afrique du Nord, de nouveau l’Angleterre et de nouveau la France, quelques mois avant la libération de mon pays. Tout cet itinéraire a préparé, il faut bien le dire, tout naturellement, une nouvelle étape de réflexion» dit François MITTERRAND. Ces soupçons de connivence avec le maréchal PETAIN ont été exhumés après sa mort. En effet, Pierre PEAN les a exposés dans son ouvrage, «une jeunesse française». C’est François MAURIAC qui a évoqué, le premier, l’enfance barrésienne de MITTERRAND, dans ses bloc-notes : «Il a été, en 1959, un garçon chrétien, pareil à nous, dans une province. (…) Il a été cet enfant barrésien souffrant jusqu’à serrer les poings du désir de donner la vie ! ».  MITTERRAND réplique, sèchement : «S’il est vrai que j’eusse été d’extrême-droite dans ma jeunesse, je jugerai plus honorable d’être où je suis aujourd’hui, que d’avoir accompli le chemin inverse, où l’on se bouscule, semble-t-il». Il prend contact avec le milieu «Prisonniers» et participe, avec d’autres, à sa structuration. Il aide les prisonniers restés en Allemagne à s’évader en fabriquant de faux papiers qui sont ensuite envoyés dans des colis de la Croix-Rouge.
En décembre 1943, MITTERRAND gagne secrètement Londres et s’engage dans la Résistance. Puis de Londres, il part pour Alger où il rencontre le général de Gaulle. Entré en février 1944 dans la clandestinité sous le pseudonyme de capitaine MORLAND s’exécute, il devient un des dirigeants du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Paris est libéré en août 1944. François MITTERRAND prend part aux combats dans la capitale. Désigné par de GAULLE commissaire général correspondant du ministère des Prisonniers, il assure l’intérim du gouvernement français en attendant le retour du général de GAULLE en France. Il n’a pas 28 ans, le voilà le plus jeune ministre de la IVème République. «J’ai été un très jeune ministre. Je m’étais habitué à entendre dire : “le plus jeune”, il arrive très vite le moment où l’on ne peut plus le dire», dit-il.
Avec la Libération, MITTERRAND se marie le 28 octobre 1944, en l’église Saint-Séverin, à Paris, avec Danièle GOUZE (1924-2011), fille d’une famille de résistants, de laïcs, républicains et membres de la SFIO. De cette union naîtront trois fils : Pascal, Jean-Christophe et Gilbert. Le premier, malheureusement, ne survivra que trois mois. Il décède prématurément en 1945. La famille s’installera d’abord à Auteuil, puis à la rue Guynemer, dans le VIe arrondissement. Les MITTERRAND y resteront jusqu’en juillet 1973, date à laquelle ils déménagent rue de Bièvre dans le 5ème arrondissement.
Pour se présenter à la députation, Henri QUEUILLE, en soutient, lui dit «On vous offre cette chance, parce qu’elle n’existe pas. Allez-y quand-même. Vous réussirez si vous écoutez tout le monde et n’en faites qu’à votre tête». Le 10 novembre 1946, MITTERRAND devient député de la Nièvre, contre le tripartisme. Le Morvan est une vieille terre de protestation, réfractaire au pouvoir central. MITTERRAND, homme de province très attaché à la terre et aux hommes qui y vivent, va défendre ce coin de France avec amour et vigueur. «Je suis resté 35 ans parlementaire de la Nièvre. Je suis resté 32 ans Conseiller Général en plein Morvan, 17 ans Président du Conseil général. Mon mandat de maire de Château-Chinon n’a été interrompu que par mon élection à la Présidence de la République», dit-il. Député à 30 ans, il s’apparente immédiatement au groupe U.D.S.R., une de ces petites formations charnières de la IVème République. Fin tacticien, orateur brillant, il sera nommé onze fois ministre de 1947 à 1957.
François MITTERRAND est défavorable à l’indépendance des pays africains. «L’Algérie, c’est la France» dit-il. Ferhat Abbas, lui prête même cet ordre, les fellaghas, «vous n’avez qu’à les tuer». Il ne concède aux Algériens que des réformes à la marge. Benjamin STORA et François MALYE relatent cette guerre coloniale, en Algérie. François MITTERRAND, Ministre de l’intérieur depuis quatre mois, quand la guerre d’Algérie éclate le 1er novembre 1954, se retrouve donc au cœur de la tourmente. Devenu ministre de la Justice, en février 1956, du gouvernement socialiste de Guy MOLLET, il reste un homme d’ordre, fidèle à la politique répressive qui s’installe. La guillotine en devient une des armes. Quand MITTERRAND quitte la place Vendôme à la fin du mois le 21 mai 1957, quarante-cinq condamnés à mort ont été guillotinés en seize mois. Michel ROCARD accuse François MITTERRAND d’avoir envoyé, injustement, de nombreuses personnes au peloton d’exécution. Cette violence, avec ses escalades, n’a fait que renforcer la détermination des combattants algériens. Les Harkis et les Pieds-Noirs finiront par quitter l’Algérie en 1962. MITTERRAND reconnaîtra son erreur : «J’avais cru que la société coloniale pourrait se transformer autrement que par la violence. À l’expérience, j’ai compris qu’elle était, en soi, la violence, que la violence la gouvernait, que la violence lui répondait et que pour sortir du cercle de la violence il fallait sortir de la société coloniale, qu’il n’y avait pas de solution moyenne. L’ayant compris, j’avais mis du temps à l’admettre».
Dès le départ, François MITTERRAND est hostile à la solution du général de Gaulle de mettre en place les institutions de la Vème République qu’il qualifie de «coup de force». «Après 1958 les choses ont changé. Ce qui m’autorise à répéter qu’en 1965, oui, j’étais le candidat des forces de progrès, de certaines forces sociales, en face du général de Gaulle ; que je respectais et que j’admirais, mais auquel je ne pouvais pas identifier ma propre démarche» dit-il. Eloigné du pouvoir, il entame une première traversée du désert. «L'affaire de l’Observatoire» survenue dans la nuit du 15 octobre 1959, l’atteint de plein fouet.
En mars et avril 1959, il s’est fait élire tour à tour maire de Château-Chinon jusqu’en 1981 et sénateur de la Nièvre. Il prend aussi le temps de voyager. Il découvre notamment la Chine et publie à cette occasion son quatrième livre, «La Chine au défi», en 1961. Durant cette mise en quarantaine, la situation politique évolue. Aux élections législatives de 1962, si le parti gaulliste l’emporte largement, MITTERRAND retrouve son siège de député de la Nièvre. Dès 1963, il crée le Comité d’action institutionnel, fédération de clubs républicains et progressistes, à l’intérieur duquel il regroupe ses plus fidèles partisans : Roland DUMAS, Claude ESTIER, Louis MERMAZ, Georges DAYAN, Georges BEAUCHAMP, Charles HERNU, Pierre JOXE, Georges FILLIOUD, André ROUSSELET. En 1964, MITTERRAND publie ce qu’il considérera plus tard comme son meilleur ouvrage : «Le Coup d’Etat permanent». De Gaulle est considéré comme un dictateur. Le livre est un succès. ««Les temps du malheur sécrètent une race d'hommes singulière qui ne s'épanouit que dans l'orage et la tourmente. Ainsi de Gaulle, réduit à briller aux dîners mondains et à se pousser dans les cabinets ministériels de la IIIe République, étouffait-il à respirer l'air confiné d'une époque figée dans sa décadence. Mais le désastre où s'abîma la France ouvrit d'un coup ses fenêtres et il put se saouler à son aise au grand vent de l'Histoire» écrit-il. Pour MITTERRAND, le général de GAULLE arrive toujours au pouvoir par effraction : «Entre de Gaulle et les républicains, il y a d’abord, il y aura toujours le coup d’Etat. (..) De Gaulle occupe le pouvoir parce qu’il l’a ardemment désiré, patiemment approché, habilement investi, audacieusement saisi» précise-t-il.
Pour l’élection présidentielle de 1965, c’est Gaston DEFFERRE (1910-1986) qui semble le candidat le mieux placé contre de GAULLE. Et c’est lui qui, dans un premier temps, tente de fédérer la gauche, sans les communistes. Or, François MITTERRAND l’a très bien compris, l’équation politique de la Vème République rend indispensable de s’entendre avec le P.C.F. pour parvenir au pouvoir. L’écart de stratégie est de taille. Après le retrait de Gaston DEFFERRE, MITTERRAND se lance dans la présidentielle de 1965, met en ballotage le général de Gaulle et devient le leader de la gauche. Il créé la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) qui regroupe toutes les forces de la gauche non communiste. MITTERRAND ne prend pas la mesure de ce qui souffle sur le Quartier latin en mai 1968. Ou, plutôt, il échoue à le canaliser. Lorsqu’en 1969, après la démission de De GAULLE, MITTERRAND cherche à imposer sa candidature, il échoue. La gauche part désunie. Gaston Defferre, candidat, ne recueille qu’un peu plus de 5 % des voix. Deux candidats de droite s’affrontent au second tour. Georges POMPIDOU est élu. MITTERRAND dit alors son amertume de voir la gauche échouer, une fois de plus, dans un nouveau livre, «Ma part de vérité», publié en 1969.
MITTERRAND entreprend alors une longue marche vers le pouvoir. Au congrès d’Epinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971, grâce à une alliance entre le CERES de Jean-Pierre CHEVENEMENT, la motion DEFFERRE-MAUROY et les Conventionnels, MITTERRAND prend la tête du Parti Socialiste, et évince Guy MOLLET (1905-1975), secrétaire général de la SFIO de 1946 à 1969. «En France, je cherche à entraîner un mouvement populaire et je veux que les classes sociales qui composent ce mouvement populaire aient leur mot à dire dans les affaires de la Nation et dans les affaires de l’Etat», dit-il. Le nouveau premier secrétaire se met immédiatement au travail. Première étape, doter son parti d’un programme de gouvernement avec en mars 1972, le slogan «Changer la vie». Débutent alors de longues et difficiles tractations avec le P.C.F.. Finalement, le 26 juin 1972, avec l’aide des radicaux de gauche, le Parti socialiste impose à son puissant partenaire d’extrême gauche un programme comparable au sien. Le 27 juin 1971 devant l’Internationale socialiste qui s’interroge, MITTERRAND explique le sens de cet accord : «Notre objectif fondamental, c’est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PCF lui-même, afin de faire la démonstration que sur les cinq millions d’électeurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste».
À l’été 1972, le Parti socialiste sous la direction de François MITTERRAND est en ordre de marche. L’union de la gauche est réalisée, elle a un programme à proposer aux Français. Mais le calendrier est soudainement bouleversé par le décès de POMPIDOU (5 juillet 1911 – 2 avril 1974), président depuis le 20 juin 1969. La campagne est courte : moins d’un mois. Malgré une situation sociale MITTERRAND échoue une fois de plus, avec seulement 400 000 voix de retard. On se souvient de la réplique cinglante de Giscard d’Estaing : «Vous n’avez pas le monopole du cœur, M. Mitterrand».
Après 1974, le Parti socialiste se transformer et accueille le P.S.U de Michel ROCARD, des militants de la CFDT, des milieux chrétiens de gauche – tels que Jacques DELORS des «Sabra», jeunes intellectuels ou hauts fonctionnaires comme Paul QUILES, Lionel JOSPIN, Jacques ATTALI, Laurent FABIUS, Hubert VEDRINE. En 1977, aux élections municipales, le PS fait un véritable raz de marée, emportant 37 villes de plus de 10 000 habitants. Aux élections législatives de 1978, le PS devance désormais les communistes : 26,3 % contre 20 %. La prophétie de MITTERRAND s’est réalisée. Georges MARCHAIS (1920-1997), secrétaire général du PCF de 1972 à 1994, met alors un terme à l’union de la gauche. MITTERRAND opère un gauchissement de la ligne politique du PS pour prendre davantage de voix aux communistes, d’où une guerre sans merci contre les «rocardiens» Au congrès de Metz du 6 au 8 avril 1979, MITTERRAND appelle à la «rupture». Les militants applaudissent. Michel ROCARD est écarté. Dans «La Paille et le Grain», publié en 1975, dans «L’Abeille et l’Architecte», publié en 1978 et surtout dans «Ici et Maintenant», publié en 1980 MITTERRAND ne ménage pas ses critiques à l’égard du pouvoir.
La campagne présidentielle s’engage au tout début de l’année 1981. Cette fois-ci, le candidat MITTERRAND, grâce à Jacques SEGUELA, a appris à mieux communiquer et lance des slogans accrocheurs : «Changer la vie», «La force tranquille». Son programme est résumé en 110 propositions, dont le droit de vote des étrangers aux élections locales et l’abolition de la peine de mort. Lors du débat télévisé qui précède le scrutin, à un Valéry Giscard d’Estaing qui l’accuse d’être «l’homme du passé», François Mitterrand réplique que le «Président sortant» est quant à lui «l’homme du passif». Au soir du 10 mai 1981, MITTERRAND est élu président de la République avec 51,76 % des voix.
I – François MITTERRAND et l’alternance du 10 mai 1981,
 
Le 10 mai 1981 est une date hautement symbolique. Avant celle-ci la gauche n’avait gouverné la France que d’une manière sporadique : en 1924 avec le Cartel de gauche, en 1936, avec le Front populaire. On saisit mieux, dans ces conditions, la déclaration de MITTERRAND le soir de l’alternance : «Cette victoire est d’abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces du renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l’emploi, la paix, la liberté, thèmes qui furent ceux de ma campagne présidentielle et qui demeureront ceux de mon septennat».
Le 10 mai 1981, dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on a tous exulté : «On a gagné !». C’est bien tout un peuple, écarté depuis près d’un quart de siècle de toute participation au pouvoir, qui se reconnaissait spontanément dans la victoire de MITTERRAND. Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance. Communistes tant redoutés en plein guerre froide, allaient gouverner avec les Socialistes. Première élément de rupture, à la Place de la Bastille ce soir du 10 mai, un député communiste de l’Essonne, Pierre JUQUIN, monte à la tribune, ivre de joie et fait l’éloge de MITTERRAND. C'est une violente tornade, vers 3 h 30 qui nous a chassés de la Place de la Bastille. Pendant la marche vers mon domicile à la rue des Boulangers, à quelques 20 minutes de la Place de la Bastille, j'ai savouré, sans limites, cet instant magique de bonheur. Parfois, certains moments fugaces, mais intenses, sont logés dans votre mémoire et résument toute une situation.
Dès le lendemain, un camion débarque des caisses de champagne au métro Luxembourg. Les passants et les touristes qui n’y comprenaient rien, s’en donnent à cœur joie. Au restaurant universitaire à Mazet, près des Mouffetard, avec les jeunesses socialistes, on perturbe le repas de midi, en entonnant encore : «on a gagné !».
Ce 21 mai 1981, j’arrive très tôt à la rue Soufflot, dans le 5ème arrondissement, où se trouve le Panthéon, pour pouvoir apercevoir François MITTERRAND ; Le nouveau président venait déposer une rose et se recueillir sur les tombes de Jean Jaurès, du résistant Jean Moulin et de Victor SCHOELCHER qui a participé à l'abolition de l'esclavage en France. L’affluence de la foule et la dureté du service d’ordre sont tels que je suis rejeté loin de l’itinéraire de François MITTERRAND. Je suis même tombé, sans être piétiné par cette foule délirante. Mais j’ai pu entendre l’orchestre de Paris, entonner l'Hymne à la joie. C’est grâce à la caméra de mon ami, Serge MOATI, que j’ai pu apprécier, par la suite, à la TV, cette cérémonie magique. J’étais là pour participer à cette immense joie que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Traditionnellement, les Parisiens sont méfiants, distants et peu exubérants. Et les voila qui se lâchent, vous saluent, et même vous embrassent. Moi aussi, j’en ai profité pour embrasser quelques unes. Cette liesse et ambiance fraternelles, je les ai ressenties, par la suite, lors du Bicentenaire de la Révolution en 1989. Et de nouveau, avec les jeunes socialistes on s’est tempête à la cafétéria de la place de la Sorbonne : «on a gagné !».
35 années après, je me pose encore cette question : Mais, au fait, en temps que citoyen français d’origine sénégalaise, qu’avons-nous exactement gagné ?
Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie». Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, ont été durs avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans "le panier à salade". Ainsi, un matin, habitant à l’époque à la rue des Boulangers, dans le 5ème arrondissement, et me rendant, en courant à ma faculté à la Place du Panthéon, j’étais en retard. La police m’interpelle : «Pourquoi tu cours ? Tu as ta carte de séjour ?». Oui, pour eux un Noir qui court ce n’est être qu’un voleur et un clandestin. Je réponds à l’agent que je n’en ai pas. Menotté et jeté dans la camionnette, je me retrouve au commissariat, tout près du Boulevard Saint-Germain. L’officier de police de garde me toise : «alors tu n’as pas de séjour, tu vas rentrer dans ton pays». Je lui réponds que, citoyen français, mon pays n’est pas loin. Je n’ai donc pas de carte de séjour. J’étais quand même en retard à mon cours à la faculté de droit. Moi, le paresseux, il fallait remonter la Montagne Sainte-Geneviève. Quant aux étudiants étrangers, les retraits de carte de séjour arbitraires étaient fréquents. On a fondé une association de défense des étudiants étrangers, INTERCAPA. J’ai prié, à Sainte-Geneviève, patronne de Paris, que ces vexations puissent cesser, un jour. Avec la victoire de la Gauche, MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.
Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voix de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public. La peine de mort a été abolie. En 2005, j’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, au Sénat, lors du trentenaire de la loi du 13 juillet 1983 sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel.
Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les quatre Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.
Comme «Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive. Je prie pour le repos de son âme et que cet esprit de tolérance, de justice, d’égalité et de fraternité, de mai 1981, puisse encore durer des siècles et des siècles.
Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire.
Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une «Apartheid» qui ne dit pas son nom.
En dépit de ces sérieuses réserves, qui appellent des mesures de correction, sans délai, je crois fondamentalement aux valeurs républicaines et socialistes, pour une société plus fraternelle et plus juste. Entre le 21 mai 1981, à l'assaut du Panthéon pour changer la vie, et le 21 avril 2002, où j'entends, depuis lors et sans cesse, les trompettes de la peste brune résonner, je me suis dit où est passé l'héritage de François MITTERRAND ?
M. Lionel JOSPIN, un remarquable Premier Ministre, a diminué le chômage, équilibré les comptes, et mis en œuvre des réformes de progrès, comme la parité. M. JOSPIN a corrigé les dérives de cette «Gauche caviar». Protestant et rigoriste, M JOSPIN a introduit de grandes valeurs morales dans la politique. Il fait ce qu’il dit. Il dit ce qu’il fait. Comme le dirait Amadou Hampâté BA, «L'homme c'est sa parole. La parole est l'Homme». Je regrette très profondément le coup du sort du 21 avril 2002, et surtout cette fierté mal placée de sortir définitivement du jeu politique.
D.S.K. est un réformiste compétent et brillant universitaire, mais il a choisi de mener une vie de bâtons de chaise. Tant pis pour lui et pour la France.
Un autre François, M. HOLLANDE, est un homme honnête qui a engagé une bataille très difficile, celle de l’équilibre des comptes publics. Mais ces efforts douloureux ne sont pas acceptables que s’ils sont suivis de résultats substantiels et tangibles, en termes d'emploi, de pouvoir d'achat et de bien-être de chacun. Les aides consenties aux entreprises ne sont légitimes qui elles contribuent à créer de la richesse nationale, et surtout de l’emploi. L’aide à la spéculation boursière doit être condamnée, sans réserve. En 2012, la Gauche avait tous les pouvoirs, y compris au Sénat, mais le droit de vote des étrangers a été remis aux calendes grecques. Le projet de loi sur la déchéance de la nationalité a été une trahison du projet socialiste. La sanction est tombée, et le Parti socialiste contraint, en raison d’une cuisante défaite en 2017, d’abandonner son siège emblématique de la rue Solférino, a licencié du personnel, et s’est exilé à Ivry-sur-Seine. Jean JAURES avait établi un lien direct entre le Socialisme et la République. Pour lui, le socialisme doit s’inscrire dans la continuité républicaine pour en être l’aboutissement, en créant les conditions d’une réelle démocratie politique, mais aussi d’une démocratie sociale et économique. La Gauche social-libérale se manifeste dans son action politique par la dissimulation, le mensonge et le renoncement. Ainsi, après la victoire aux présidentielles de 2012, les manquements au respect de la parole donnée constituent, indubitablement, des trahisons de l’héritage de Jean JAURES. Sans doute peu fier de son bilan, c'est en catimini, que François HOLLANDE est venu déposer une gerbe de fleurs, au Café Croissant, à Paris 2ème, lors du centenaire de l'assassinat de Jean JAURES. Pour Michel FOUCAULT dire la vérité, c’est la possibilité de fonder des actions sur la vérité. C’est pourquoi une étude sur la vérité, chez ce philosophe, s’analyse selon deux axes fondamentaux, d’une part celui des discours, en tant qu’ils prétendent dévoiler ou renfermer la vérité, et d’autre part celui des actions, en tant que celles-ci se devraient d’être justifiées en vérité. Alors que la vérité est habituellement comprise comme une qualité de ce qui est dit, Foucault introduit donc une perspective radicalement nouvelle : vérité du dire dans son rapport à la vie de celui qui l’énonce.
Cette faillite idéologique a mené à des désastres électoraux successifs de la Gauche et à une montée, sans précédent, du F.N. faisant peser des menaces sur la République. La Gauche a perdu la bataille de l’hégémonie culturelle, en référence à une expression d’un philosophe italien, Antonio GRAMSCI. Les thèmes en vogue (Nation, identité nationale, individualisme), sont fondamentalement contraires aux valeurs républicaines. Je me souviens du discours de François HOLLANDE au congrès du Mans, en novembre 2005, en pleines émeutes à la suite de l’assassinat de deux jeunes en Seine-Saint-Denis. Son discours sur la République nous avait réchauffé le cœur. Devenu président, M. HOLLANDE semble a oublié sa promesse pour un droit de vote des étrangers aux élections locales. «Le pouvoir éblouit, le pouvoir pétrifie», disait Michel FOUCAULT.
Pourtant, le P.S. reste un des principaux piliers pour encore sauver la République. Ce parti n’appartient pas à la Nomenclatura, seulement intéressée par le partage du gâteau et les combinaisons politiciennes, mais à ses militants qui doivent se battre pour le sauver de sa «mollétisation». Il faut un autre congrès d’Epinay ! Le Socialisme auquel je crois, c’est celui de la défense des valeurs républicaines d’égalité de justice, de fraternité, de démocratie et de dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société. «L’Homme est la mesure de toute chose», disait un ancien grec, PROTAGORAS.
II – François MITTERRAND : la littérature une arme politique
De l’homme qui aimait les livres au personnage de roman, l’ascension politique de François MITTERRAND ne peut être séparée de la littérature. Son œuvre littéraire comporte une vingtaine d’ouvrages principaux. «J’aime écrire. En avais-je le talent ? En tout cas, j’en ai le goût. Comment écrire ? Il faut l’unité de l’esprit», dit-il à l’émission de Bernard PIVOT, 5ème édition d’Apostrophe du 7 février 1975. François MITTERRAND est l’auteur de plus de vingt ouvrages. Homme de culture, la littérature fut pour une passion pour MITTERRAND, et il fera de l'écriture une activité de chaque instant : «Si j'avais eu une ambition, elle aurait été celle-là », dit-il. Arme politique tout autant que reflet d'une plume au style singulier, les textes mitterrandiens témoignent d'un homme et d’une époque.
François MITTERRAND, un témoin majeur de notre histoire est d’abord et avant tout un homme de la IVème République, avec ses guerres. Il a écrit sur les «prisonniers de guerre devant la politique» dans lequel il examine les principales forces politiques (M.R.P, P.C.F, S.F.I.O.) et le Parti radical en perte de vitesse. «Aux frontières de l’Union française» il brosse certaines guerres coloniales en Indochine, au Maroc et en Tunisie. Il réclame des évolutions inévitables, mais dans le maintien des relations avec la France. Il veut servir à la fois son pays et la vérité. Il revient sur ces thèmes dans «présence française et abandon». Les gouvernements successifs, pour avoir voulu tout ignorer afin de tout maintenir, ont d’abord tout compromis pour tout perdre enfin. Il a pu voyager en Chine et s’entretenir avec Mao Tsé TOUNG.
Initialement, François MITTERRAND s’est révélé, à travers ses contributions comme étant un farouche adversaire du pouvoir personnel du général de GAULLE et des institutions de la Vème République qu’il qualifie, à travers un ouvrage, de «coup d’Etat permanent». Par ce livre brillant, passionné, passionnant, MITTERRAND se range dans la lignée des plus grands polémistes. Sur nombre d’entre eux même il marque un avantage. Combattant de la dernière guerre, résistant, jeune député, plusieurs fois ministres et garde des Sceaux, appuyé sur une expérience déjà longue et une documentation sans défaut, il a le droit de parler et sait ce dont il parle. Ce livre de combat est critique sans ménagements du régime gaullien, de ses institutions, de ses dignitaires et de son chef. Qu’il séduise ou qu’il irrite, il invite à la réflexion. Cependant, François MITTERRAND finira, le 4 septembre 1987, par rendre hommage au général de GAULLE «Je reconnais tout à fait la place inimitable qu’a rempli le général de Gaulle, les services incomparables rendus par lui dans un des moments les plus dramatiques de notre histoire».
Dans «Ma part de vérité» et après avoir mis le général de Gaulle en ballotage au second tour des présidentielles de 1965, François MITTERRAND veut incarner l’unité de la gauche, en miettes. C’est un livre de combat. Il a pour ambition de reconstruire cette gauche en miettes. Pour cela, il s’agit de ne plus en laisser paralyser le renouvellement et donc de poser publiquement les problèmes comme ils se présentent, bref d’informer et non plus d’escamoter ou de voiler la réalité.
Dans «la Rose au point», MITTERRAND s’impose ici comme un écrivain et aussi un leader pour tous les hommes de bonne volonté. La rose au poing, symbole du combat socialiste, signifie que changer la vie est un impératif. Le peuple doit pouvoir échapper à la jungle des intérêts, au règne de l’argent, à toutes les formes d’exploitation pour maîtriser eux-mêmes leur destin. Le socialisme, qui veut rendre le citoyen responsable de la communauté politique et le travailleur responsable de la communauté économique, apporte une réponse conforme aux exigences de notre temps. Cette présentation du programme commun de la gauche est une façon pour l’auteur de dire ce qu’il pense de la Ve République, comme de dévoiler les raisons de son combat.
«La pagaille et le grain», est une chronique personnelle, un journal, où l’auteur exprime en toute liberté ce qui lui vient à l’esprit, s’étend de 1971 à l’été 1974. Certains textes ont paru dans le «bloc-notes» de l’Unité, hebdomadaire du Parti socialiste ; d’autres sont inédits. La paille et le grain des choses. D’origine paysanne, MITTERRAND estime que la paille est d’origine noble. Aux yeux de MITTERRAND, il n’existe pas de matière vile ou noble : chacune a son usage, et la «paille» vaut le «grain». Pour peu que le lecteur accepte, comme le chroniqueur l’y invite, de traverser les apparences, il rencontrera partout des sujets de réflexion.
Un tiers de l’œuvre concerne les promenades, les voyages. MITTERRAND griffonne assez souvent des notes, par souci de fixer dans leur contexte une impression, un fait. Ici il parle du Programme commun, des firmes multinationales, de l’inégalité fiscale, de la guerre au Proche-Orient. Ailleurs, il dresse un portrait : Sicco Mansholt, Valéry Giscard d’Estaing, Pablo Neruda, Georges Pompidou. Ailleurs encore, il dit son émotion devant un camélia de janvier, les tours de Paris, une plage l’hiver, les terrasses de Florence, un vol de grues à Latché ou son chien Titus.
Dans «L’abeille et l’architecte», François MITTERRAND laisse place à l’élan du rêve, aux sensations, aux émotions. MITTERRAND est un de ceux qui croient qu’il n’est de bonne écriture qu’exacte. Tandis qu’il mène sa vie d’homme d’action, un autre, en lui, observe le vent «grande rumeur dans le ciel immobile», garde le rythme des jours avec l’odeur du blé, l’odeur du chêne, la suite des heures. L’écrivain qu’il est Bonheur d’écrire, culture fulgurante, sagesse à la Montesquieu, charme des paysages de la mémoire, éblouissement devant la vie, ce livre, à la suite de La paille et le grain, fait partie des œuvres qui échappent au temps. L’abeille la loi de la nécessité, et l’architecte et la loi de l’initiative, y compris de la médiocrité.
«Ici et maintenant» est un livre issu d’une série d’entretiens avec Guy CLAISSE, dans lesquels MITTERRAND brosse le tableau de la France de l’Etat-Giscard et d’un monde malade du couple infernal dollar-pétrole. Reste à se battre, ici et maintenant, pour faire entrer l’air du dehors, maîtriser le progrès et vivre autrement. «Etre d’accord avec soi-même, je ne connais pas meilleur bulletin de santé». Le François Mitterrand d’Ici et maintenant tient tout entier dans cette affirmation tranquille. Trois ans après la rupture de l’union de la gauche, à quelques mois d’une nouvelle élection présidentielle, il fournit ses clés pour comprendre, savoir où il en est et où il veut aller. «Je fais partie du paysage de la France» dit-il. Il n’a pas l’intention d’en sortir. Dans cet ouvrage François MITTERRAND a apporté, avec tout son talent d’écrivain, une haute qualité littéraire.
On le dit parfois versatile ou insaisissable, mais «La grande constance de François Mitterrand est sa croyance dans l’idée européenne et dans sa construction» écrit Michèle COTTA. «De l’Allemagne, de la France», MITTERRAND est un européen convaincu et il a fortement œuvré pour un renforcer l’alliance entre la France et l’Allemagne comme moteur de la construction européenne. «Je rêve à la prédestination de l’Allemagne et de la France, que la géographie et leur vieille rivalité désignent pour donner le signal de l’Europe», dit-il. Au-delà de la leçon d’histoire, au-delà de l’essai politique, ce livre est le témoignage émouvant d’un homme habité par le destin de son pays, instruit par les guerres qui l’ont déchiré, déterminé à construire une Europe ouverte et sûre d’elle-même, capable de faire l’Histoire au lieu de la subir.
«Mémoires à deux voix» est un ouvrage en collaboration avec Elie WIESEL et MITTERRAND s’en explique : «Lorsque le mandat s’achève, que l’oeuvre s’accomplit, et qu’avec l’âge l’horizon se rapproche, le besoin naît, souvent, de rassembler des pensées éparses et de confier à l’écriture le soin d’ordonner sa vie».
«Mémoires interrompus» MITTERRAND résume son propos, «L’histoire de la France me possédait, j’aimais ses héros, ses fastes, et les grandes idées venues d’elle qui avaient soulevé le monde. J’avais la conviction, depuis l’enfance, que j’aurais à la continuer. J’éprouvais une profonde admiration pour le caractère, le courage, l’intelligence du chef de la France libre même si je contestais ses méthodes avant de combattre sa politique», dit-il. Il y a plus d’un demi-siècle, l’histoire personnelle de MITTERRAND a rencontré l’histoire de la France. Jusqu’à la fin, il aura poursuivi son dialogue avec elle. C’est à un demi-siècle de luttes et de rêves que ce livre est consacré, œuvre que la mort a interrompue.
Le Président lutte contre la maladie, il sait que la mort est proche, il a décidé d'aller jusqu'au bout de son mandat. C'est alors qu'il entreprend une «tournée des adieux» pour remercier et encourager à l'action tous ceux qui l'ont soutenu depuis le premier septennat : ses amis socialistes, ceux qui ont assumé des responsabilités publiques depuis 1981, le peuple de gauche, certains chefs d'Etat étrangers, etc. Nulle nostalgie dans tout cela, mais beaucoup d'émotion. Jamais d'apitoiement, mais la conviction que l'histoire reconnaîtra l'oeuvre accomplie. Ce n'est pas un vieil homme affaibli qui prend congé, mais l'incarnation d'un certain génie français qui désigne d'un geste assuré et affectueux le chemin qu'il faudra arpenter pour relever les défis de demain : la construction européenne, la défense des conquêtes sociales, la solidarité entre générations notamment.
«Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas», c’est par ces mots énigmatiques et intrigants que MITTERRAND, l’agnostique et le mystique, adresse son dernier message à la nation française, le 31 décembre 1994. François MITTERRAND est mort le 8 janvier 1996. Il n’est pas allé au Panthéon ; il nous a fait le coup de Jarnac. «Dans le cimetière de cette ville reposent mes arrière-grands-parents, mes grands-parents que j’ai aimés, mes parents et dans les cimetières alentours les générations d’auparavant par ma mère qui était très Saintongeaise au point que l’on parlait chez moi très souvent par souci de rester fidèle à cette province le patois saintongeais. Mon arrière-grand-père Beaupré - je ne sais pourquoi on l’appelait Beaupré de son prénom - Beaupré Lorrain l’enseignait de la façon qu’il aimait c’est-à-dire à la fin des banquets, des mariages avec Burgaux des Marais dont il était l’ami au point qu’ils se sont attelés à un moment donné à une grammaire du Saintongeais. C’est vous dire que je me sens à l’aise à l’endroit où se trouvent mes principales racines» explique François MITTERRAND. «Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur de ne plus exister» dit-il.
Bibliographie très sélective :
1 – La contribution de François Mitterrand
MITTERRAND (François), Aux frontières de l’Union française, Paris, Julliard, 1953, 220 pages ;
 
MITTERRAND (François), De l’Allemagne, de la France, Paris, Odile Jacob, 1996, 247 pages ;
 
MITTERRAND (François), François MAURIAC, Paris, l’Herne, 1996, 109 pages ;
 
MITTERRAND (François), Ici et maintenant, conversations avec Guy Claisse, Paris, Fayard, 1981, 309 pages ;
 
MITTERRAND (François), L’abeille et l’architecte, Paris, Flammarion, 1975, 402 pages ;

MITTERRAND (François), La Chine au défi, Paris, Julliard, 1961, 199 pages ;
 
MITTERRAND (François), La paille et le grain, Paris, Librairie générale française, 1975, 285 pages ;
 
MITTERRAND (François), La rose au point, Lausanne, Rencontres, 1982, 239 pages ;
 
MITTERRAND (François), Le coup d’Etat permanent, Paris, Julliard, 1984, 273 pages,
 
MITTERRAND (François), Le socialisme du possible, Paris, 1970, Seuil, 118 pages ;
 
MITTERRAND (François), Les plus belles vacheries de François Mitterrand, Paris, Albin Michel, 2001, 141 pages ;
MITTERRAND (François), Les forces de l’esprit, messages de demain, préface de Roland, Dumas, Paris, Fayard-Institut François Mitterrand, 1998, 162 pages ;
 
MITTERRAND (François), Les prisonniers de guerre devant la politique, Paris, éditions du Rond Point, 1945, 51 pages ;
 
MITTERRAND (François), Ma part de vérité, de la rupture à l’unité, Paris, Fayard, Collection En toute liberté, 1969, 207 pages ;
 
MITTERRAND (François), Mémoires à deux voix, en collaboration avec Elie Wiesel, Paris, Le Grand Livre du Mois, 1995, 216 pages ;
 
MITTERRAND (François), Mémoires interrompus, entretiens avec Georges-Marc BENAHAMOU, Paris, Odile Jacob, 2001, 246 pages ;
MITTERRAND (François), Politique, Paris, Fayard, vol I, (1938-1977), 640 pages et vol. II (1977-1989), 368 pages ;
 
MITTERRAND (François), Présence française et abandon, Paris, Plon, 1957, 240 pages ;
 
MITTERRAND (François), Réflexions sur la politique extérieure de la France, Paris, Fayard, 1986, 444 pages.
2 – Les biographies de François MITTERRAND
ABBAS (Ferhat), Autopsie d’une guerre : l’aurore, Paris, éditions Garnier, 1991, 346 pages ;
ATTALI (Jacques), C’était François Mitterrand, Paris, Fayard, 2005, 462 pages ;
BALVET (Marie), Le roman familial de François Mitterrand, Paris,  Plon, 1993, 400 pages ;
 
BATTUT (Jean), François Mitterrand, le Nivernais, 1946-1971, la conquête d’un fief, Paris, l’Harmattan, 1971, 330 pages ;
BAYARD (Jean-François), La politique africaine de François Mitterrand, Paris, Karthala, 1984, 149 pages ;
BOCCARA (Edith), Mitterrand, en toutes lettres, 1971-1994, préface de Michèle Cotta, Paris, Belfond, 1995, 423 pages ;
COTTA (Michèle), Le monde selon Mitterrand, combats, pensées, arrière-pensées, piques polémiques, Paris, Taillandier, 2015, 336 pages ;
DENIS (Stéphane), La leçon d’automne : jeux et enjeux de François Mitterrand, Paris, Albin Michel, 1983, 249 pages ;

DUHAMEL (Eric), François MITTERRAND, l’unité d’un homme, Paris, Flammarion, 1998, 260 pages ;

 
DUMAS (Roland), Coups et blessures, 50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand, Paris, Cherche-Midi, 2011, 402 pages ;
GOUZE (Roger), François MITTERRAND : l’homme, l’écrivain, Paris, Le Cherche Midi, 1994, 175 pages ;
GUIGO (Pierre-Emmanuel), François MITTERRAND, un homme de paroles, Paris, Presses universitaires de Vincennes, 2017, 188 pages ;
 
HALLIER (Jean-Edern), La force d’âme, suivi de l’honneur perdu de François Mitterrand, Paris, Les Belles Lettres, 1992, 373 pages ;
 
HOURMANT (François), François Mitterrand, le pouvoir et la plume, portrait d’un président écrivain, Paris, 2010, Presses universitaires de France, collection le nœud gordien, 240 pages ;
 
LABBE (Dominique), Le vocabulaire de François Mitterrand, Paris, La Fondation Nationale de sciences politiques, 1990, 326 pages ;
LACOUTURE (Jean), François Mitterrand, une histoire de Français, les risques de l’escalade, Paris, Seuil,  1998, 444 pages ;
 
LANG (Jack), François Mitterrand, fragments de vie partagée, Paris, Seuil, 2011, 298 pages ;
 
LONSI KOKO (Gaspard-Hubert), Mitterrand, l’Africain ?, Paris, L’atelier de l’Egrégore, collection l’arbre à palabre, 2006, 229 pages.
 
MALYE (François), STORA (Benjamin), François Mitterrand et la guerre d’Algérie, Paris, Calmann-Lévy, 2010, 312 pages ;
MANCERON (Claude), PINGAUD (Bernard), François Mitterrand, l’homme, les idées, le programme, Paris, Flammarion, 1981, 191 pages ;
MOLL (Geneviève),  François Mitterrand, le roman de sa vie, Paris, Sand, 1995, 216 pages ;

NAY (Catherine), Le rouge et le noir ou l’histoire d’une ambition, Paris, Grasset, 1984, 384 pages ;

 
PEAN (Pierre), François Mitterrand : une jeunesse française, 1934-1947, Paris, 1994, 624 pages ;
RIBAULT (Jean-Yves) GOLDMAN (Philippe), Contribution à la généalogie de M. François Mitterrand, Archives départementales du Cher, 1987,
SCHNEIDER (Robert), Les Mitterrand, Paris, Perrin, «Tempus», 2013, 416 pages ;  
SHORT (Philip), François Mitterrand, portrait d’un ambigu, traduit de l’anglais par Madison Deschamps, Paris, Nouveaux Monde éditions, 2015 ;
 
WINOCK (Michel), François Mitterrand, Paris, Gallimard, 2015, 432 pages.
Paris le 16 janvier 2016, actualisé le 7 août 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
François Mitterrand, homme de lettres, premier président socialiste de 1981 à 1995.
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 00:17

Pour Ernest HEMINGWAY (1899-1961), "Paris est une fête", par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

 

Dire, comme Ernest HEMINGWAY, que «Paris est une fête», pourrait relever, en ces temps de deuil, d’une forfaiture. En effet, depuis les attentats du 13 novembre 2015, Paris, ma ville fétiche, est plongée dans la sinistrose. Les traditionnelles illuminations de Noël ont été supprimées dans la plupart des quartiers parisiens. La montée, presque inexorable de la peste brune, a accentué cette atmosphère de mélancolie. Et pourtant les Parisiens ont décidé de résister. «Même pas peur !», tel est notre slogan. Ce samedi 19 décembre 2015, ma belle église de Jourdain célébrait un concert en l’honneur du centenaire d’Edith PIATH. Avec ma petite Arsinoé nous sommes allés chercher les cadeaux de Noël, dans le quartier des halles en plein travaux, sous un beau soleil de 15 degrés, digne du printemps sénégalais, après cette extraordinaire conférence sur le climat à Paris. Oui, Paris reste une fête.

 

«Paris est une fête» est officiellement présenté comme un ouvrage de fiction. HEMINGWAY prévient ainsi son lecteur en préambule : «Ce livre peut être tenu pour une œuvre d'imagination. Mais il est toujours possible qu'une œuvre d'imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait». «Paris est une fête» possède une dimension, largement autobiographique puisqu’il s’agit, ni plus, ni moins que d’une description des bonheurs connus par Ernest HEMINGWAY dans Paris, au début des années vingt. En novembre 1956, la direction de l'hôtel Ritz, à Paris, persuada Ernest HEMINGWAY de reprendre possession de deux malles-cabine entreposées là depuis mars 1928. Elles contenaient des vestiges oubliées de ses premières années à Paris. Il se peut que HEMINGWAY ait eu, avant cette date, l’envie de rédiger les mémoires de son premier séjour à Paris, «mais c’est l’entrée en possession de ces matériaux, véritable capsule de sa vie, qui le poussa à mettre l’idée à exécution» souligne Sean HEMINGWAY, son petit-fils. "Paris est une fête" est un récit publié de manière posthume en 1964 aux États-Unis et la même année en France chez Gallimard, avec une traduction de Marc SAPORTA.

 

HEMINGWAY avait recherché une longue liste de titres possibles, aussi farfelus les uns les autres, de son roman. Le titre finalement retenu pour «Paris est une fête» fut choisi par Mary, la quatrième épouse. Spécialiste de la fiction historique, HEMINGWAY traite dans cet ouvrage de l’écriture, plus que d’un souvenir particulier. Paris, sa ville préférée, est, à l’époque, l’endroit rêvé pour HEMINGWAY de vivre et écrire. «J’étais jeune et peu porté à la mélancolie», précise-t-il, pour son état d’esprit. «Je possédais encore la facilité lyrique du jeune âge, aussi périssable et inconsistante que la jeunesse elle-même», rajoute HEMINGWAY.

 

Les principaux thèmes abordés sont l’amour, l’amitié, l’écriture, les plaisirs de la vie et la mode française. Le livre est constitué de courtes vignettes illustrant chacune une relation ou un aspect de la vie parisienne, dans lesquels le bonheur et la nostalgie de l’auteur sont manifestes. Écrit entre 1957 et 1960, l'auteur y témoigne de ses premières années d'écrivain désargenté à Paris, dans les années 1920. Jeune journaliste, il abandonne son travail pour essayer de vivre de son écriture. La peinture intimiste de l’auteur et de sa femme donne une image frappante du jeune journaliste qu’était HEMINGWAY, ne disposant que d’un seul costume correct et d’une paire de chaussures de ville, obligé malgré tout de sacrifier aux conventions sociales et aux codes vestimentaires de sa profession. Il arrive dans la capitale française avec Hadley RICHARDSON (1891-1979) sa charmante épouse et son fils John (1923-2000) ; le couple vit d'amour et de vin frais. Le livre déborde d'amour pour la ville de Paris vers laquelle il revint à de nombreuses reprises. C'est également un émouvant hommage à son premier amour, Hadley, qui apparaît délicieuse. «Hadley et moi avons désormais trop confiance l’un dans l’autre et cette présomptueuse confiance nous rendait insouciants», dit-il lors d’un séjour de ski en Autriche, endeuillé par des avalanches. Leur histoire passée est rapportée avec une belle tendresse et beaucoup de nostalgie pour cette passion exubérante et le livre se clôt sur le prélude de la rupture qui va séparer les époux. «Le saccage de trois cœurs pour détruire un bonheur et en construire un autre, l’amour, le travail gratifiant et tout ce qui s’en est suivi ne font pas partie de ce livre», précise HEMINGWAY.

 

A Paris, HEMINGWAY fait la connaissance d’un monde nouveau d’écrivains. Il a du temps pour lire. «Dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l’on était pauvre, c’était comme si l’on vous avait fait don d’un trésor», dit-il. HEMINGWAY découvre les auteurs russes comme TOURGUENIEV, GOGOL et TCHEKHOV, TOLSTOI et DOSTOIEVSKI. «Dans Dostoïevski, il y avait certaines choses croyables et auxquelles on ne pouvait croire, mais d’autres aussi qui étaient si vraies qu’elles vous transformeraient au fur et à mesure que vous les lisez ; elles vous enseignent la fragilité et la folie, la méchanceté et la sainteté et les affres du jeu», dit-il.

 

Les personnages, et surtout les personnalités apparaissent. On rencontre la collectionneuse, une femme de lettres américaine, Gertrude STEIN (1874-1946), «une amie affectueuse et chaleureuse», qui tâche de régner en prophétesse des destinées artistiques sur le petit monde des bohèmes américains de Paris ; le poète Ezra POUND, (1885-1972), l’homme qui croyait au mot juste, le seul mot approprié à chaque cas, est bienveillant et enthousiaste, parfois un peu trop. Gertrude, lesbienne notoire et poétesse, a une influence hypnotique sur HEMINGWAY. Elle lui apprend à se débarrasser de la psychologie, à se focaliser sur la musique des mots, sur l'instant à décrire. Il a appris d’elle, la valeur du rythme et des répétitions de mots, et la nécessité toujours d’affiner son art. HEMINGWAY, réputé pour ses récits très concentrés, au style dépouillé et laconique, témoignant de son expérience de la vie et de la mort, passe ses journées à écrire à la «Closerie des Lilas», isolé du bruit de la ville. Le grand poète Ezra POUND, décrit comme un «grand poète, un homme courtois et généreux», corrige ses manuscrits en échange de leçons de boxe. HEMINGWAY devient le petit protégé de James JOYCE (1882-1941), qui vient de publier, en 1921, «Ulysse» grâce à Sylvia BEACH (1887-1962), une libraire et éditrice américaine, compagne d’André MONNIER, qu'Ernest emprunte des livres. Chez Gertrude STEIN, qui est la première à collectionner les tableaux de PICASSO, HEMINGWAY a rencontré les artistes André MASSON, peintre surréaliste (1896-1987) et Joan MIRO, peintre, sculpteur, graveur et céramiste (1893-1983).

 

Hadley offre à son mari une machine à écrire portative Corona. La naissance de son fils John ou Jack, dit Bumby (1923-2003), à Toronto, coïncide avec ses débuts dans la carrière. "Pendant que j'écrivais le premier jet, mon second fils Patrick vint au monde par opération césarienne à Kansas City ; et pendant que je récrivais l'ouvrage, mon père se tua à Oak Park», souligne-t-il.

 

L'écrivain s'avère incapable d'aimer pleinement, car il est souvent amoureux de deux femmes en même temps. Sa femme, Hadley, racontera plus tard : "Il était le partenaire des boxeurs à l'entraînement, l'ami des garçons de café, le confident des prostituées". HEMINGWAY "était alors le type d'homme par qui hommes, femmes, enfants et chiens sont attirés", se souviendra sa femme, Hadley. En 1924, sa situation conjugale se dégrade. En 1927, il divorce pour épouser sa maîtresse Pauline PFEIFFER (1895-1951), journaliste à Vogue, puis entame "L'adieu aux armes". Il divorça avec Pauline après son retour d’Espagne où il avait couvert la guerre civile espagnole, qui lui permit d’écrire "Pour qui sonne le glas". Martha GELLHORN (1908-1998), journaliste, correspondante guerre et écrivain, devint sa troisième femme en 1940, mais il la quitta pour Mary WELSH (1908-1986), journaliste, en novembre 1940.

 

L'écrivain américain Francis SCOTT FITZGERALD (1896-1940), fou et charmant, qui entraîne le narrateur dans un aller-retour pour Lyon aux rebondissements étonnants. Ils se sont rencontrés au Dingo Bar, 10 rue Delambre, à Paris 14ème, dans le quartier de Montparnasse. «Son talent était aussi naturel que les dessins poudrés sur les ailes d’un papillon. (…). J’ai eu la chance de le rencontrer juste après qu’il eut connu une période faste de son écriture ou de sa vie», dit-il. SCOTT FIGERALD venait de terminer son livre «Gatsby le magnifique». Ernest HEMINGWAY appartient à la «génération perdue». «Miss Stein et moi étions encore bons amis lorsqu'elle fit sa remarque sur la génération perdue». Elle avait eu des ennuis avec l'allumage de la vieille Ford T qu'elle conduisait, et le jeune homme qui travaillait au garage et s'occupait de sa voiture – un conscrit de 1918 – n'avait pas pu faire le nécessaire, ou n'avait pas voulu réparer en priorité la Ford de Miss Stein. De toute façon, il n'avait pas été sérieux et le patron l'avait sévèrement réprimandé après que Miss Stein eut manifesté son mécontentement. Le patron avait dit à son employé : "Vous êtes tous une génération perdue. C'est ce que vous êtes. C'est ce que vous êtes tous, dit Miss STEIN. Vous autres, jeunes gens qui avez fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue».

 

A bien des égards, HEMINGWAY s'impose comme une figure de cette «génération perdue» américaine, marquée par la guerre et dont les idéaux sont affectés. Au sens large, la «génération perdue» c’est ce groupe d'écrivains américains parvenus à l'âge adulte pendant la guerre et qui bâtirent leur réputation littéraire au cours des années vingt. Cette génération était «perdue» en ce sens qu'elle avait hérité de valeurs qui n'étaient plus d'usage dans le monde d'après-guerre ; elle souffrait de l'aliénation spirituelle des États-Unis qui, somnolant sous la politique de «retour à la normale» du président Harding, lui paraissaient incurablement provinciaux, matérialistes, vides d'émotion. Le terme peut s'appliquer à HEMINGWAY, à CUMMINGS, à FITZGERALD, à DOS PASSOS, aussi bien qu'à de nombreux autres écrivains qui firent du Paris de l'époque le centre de leurs activités littéraires. Ils ne constituèrent jamais une école. Les mêmes problèmes les unissaient pourtant : découvrir de nouvelles valeurs et un nouveau langage artistique capable de les exprimer, autant de buts qu'ils atteignirent chacun à sa manière.

 

Paradoxalement, Ernest HEMINGWAY, un écrivain de la tragédie, est celui qui a le mieux sanctifié le côté festif et culturel de Paris. Dans les années vingt, les Etats-Unis ont ratifié l'amendement sur la prohibition de l'alcool. Pour les artistes américains, les Etats-Unis ne sont plus synonymes de liberté, mais d'hypocrisie. Et Paris symbolise la modernité. Ses terrasses de café ne désemplissent pas. Montparnasse pullule de peintres, de musiciens et de poètes. Un carrefour obligé pour tout écrivain en mal de reconnaissance. La France offre un avantage supplémentaire aux Américains : le taux de change est particulièrement intéressant.

 

Paris est toujours resté une fête. En effet, notre capitale présente plusieurs facettes ; c’est à la fois une ville-musée, une ville-lumière et une ville-rebelle. La tragédie côtoie en permanence la fête. Cependant, la ville capitale a pu surmonter ses démons. C’est ainsi que le massacre des Protestants à la Saint-Barthélemy, la Terreur qui a suivi la Révolution de 1789, la répression des révolutions de 1830 et de 1848, ainsi que la grande brutalité d’Adolphe THIERS, le Versaillais, contre le peuple parisien à la suite des événements de la Commune, l’Occupation pendant la 2ème guerre mondiale, et maintenant les odieux attentats de janvier et novembre 2015, n’ont jamais pu annihiler la soif des Parisiens de vivre. C’est d’ailleurs contre cet esprit jugé «licencieux» que les fondamentalistes se sont attaqués, en massacrant des jeunes qui venaient assister à un concert ou boire un verre dans un bar.

 

«Paris est une fête» atteste bien, sous la plume d’Ernest HEMINGWAY, que la jeunesse est vulnérable. Quant à moi, je me souviendrai toujours, et pour le reste de ma vie, de mes années d’étudiant passées à la rue des Boulangers, au Quartier Latin. En compagnie de Mamadou DANSOKHO, maintenant professeur à la faculté d’économie à l’Université Cheikh Anta DIOP, avec qui j’ai fait les «400 coups», à Paris, j’ai ressenti les mêmes doux souvenirs qu’évoque notre écrivain américain, à chaque fois que je promène, à nouveau, au Quartier Latin. «Paris était une vieille ville et nous étions jeunes et rien n’était plus simple, ni même la pauvreté, ni la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d’un être endormi à vos côtés dans le clair de lune», confesse HEMINGWAY. En effet, HEMINGWAY débarque à Paris en janvier 1922, et réside au n°74 de la rue du Cardinal-Lemoine, dans un appartement de deux pièces, sans eau chaude courante, ni toilettes, sauf un seau hygiénique. «C’était un appartement gai et riant, avec une belle vue, un bon matelas et un confortable sommier posé à même le plancher et des tableaux que nous aimions, accrochés au mur», dit-il. HEMINGWAY n’avait que 23 ans et ce fut sans doute la période la plus jubilatoire de sa vie.

 

Cet ouvrage est un feu d'artifice, un inoubliable chef-d'œuvre, un livre culte qui n’a rien perdu de sa fraîcheur. Paris reste encore, pour une large part, «un lieu d’excès, de fêtes sans fin et de décadence tapageuse», souligne Sean HEMINGWAY dans l’introduction consacrée à ce livre de son grand-père. Mais Paris fut aussi, pour lui, le miraculeux laboratoire où, tout en feignant de batifoler, il fit ses gammes de romancier et découvrit sa morale : "Ce qu'il faut, c'est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses". Le Paris que décrit Ernest HEMINGWAY est celui du Paris d'après-guerre "où nous étions très pauvres et très heureux». Il précise encore un peu plus sa pensée : «Quand le printemps venait, même le faux printemps, il ne se posait qu’un seul problème, celui d’être aussi heureux que possible». En effet, Paris est une fête perpétuelle, un hymne à la joie, une quête quasi mystique de la vraie vie. "Si vous avez eu la chance de vivre à Paris quand vous étiez jeune, quels que soient les lieux visités par la suite, Paris ne vous quitte plus, car Paris est une fête mobile", Mary HEMINGWAY tient cette citation de son mari Ernest. Paris est bien une fête mobile, "A Moveable Feast" (c’est le titre de l’ouvrage en anglais).

 

A l'époque où HEMINGWAY écuma Paris, la ville était encore un jardin frémissant sous des lampions Art déco. HEMINGWAY fait une description pittoresque des cafés parisiens, une des grandes originalités de cette ville. Ainsi, le café des Amateurs, dans le quartier des Mouffetard, est un endroit «triste et mal tenu, où les ivrognes du quartier s’agglutinaient, et j’en étais toujours écarté par l’odeur de corps mal lavés et la senteur aigre de saoulerie qui y régnaient», dit-il. Il apprécie, dans ces cafés, tous les bons vins et liqueurs (Châteauneuf-du-pape, Rhum Saint-James, Kirsch, prunes rouges ou jaunes, les baies sauvages, Quetsche de mirabelle ou de framboise, Sherrys, etc.), mais il fait une belle description de l’atmosphère qui y règne. Il mentionne, à propos d’une charmante jeune fille qui venait de s’installer dans un café au boulevard Saint-Michel : «je t’ai vue, mignonne, et tu m’appartiens désormais, quelque soit celui qui t’attends, et même si je ne dois plus jamais te revoir. Tu m’appartiens et tout Paris m’appartiens». Paris c’est toute une atmosphère et il s’interroge : «Loin de Paris, pourrais-je écrire sur Paris, comme je pouvais écrire à Paris sur le Michigan». C’est au Restaurant, Michaud, situait à l’époque au numéro 29, rue des Saints-Pères, que HEMINGWAY rencontrait souvent James JOYCE, résidant à la rue de l’Université. Il fréquentait aussi la brasserie LIPP, située au 151 boulevard Saint-Germain à Paris 6ème. Fondée en 1880 par Léonard LIPP, cette brasserie décerne, chaque année, un prix littéraire, le Prix Cazes, du nom d’un des anciens propriétaires. En effet, HEMINGWAY apprécie les cafés chics, comme les Deux-Magots, situé au 6 Place Saint-Germain, style Art déco, fondé en 1884, de nombreux écrivains l’ont fréquenté, comme RIMBAUD, MALLARME, VERLAINE, SARTRE et GIDE. HEMINGWAY qui a déménagé de la rue Cardinal Lemoine, et qui habite désormais au n°113 rue Notre-Dame-des-Champs, affectionne, hautement, le café mythique, la Closerie des Lilas. «Il n’était pas de bon café plus proche de nous», dit-il. HEMINGWAY y a rencontré, un seul écrivain, Blaise CENDRARS (1867-1961), «avec son visage écrasé de boxeur et sa manche vide retenue par une épingle, roulant une cigarette avec la main qui lui restait». «Cendrars aurait pu se montrer plus discret sur la perte de son bras (à la guerre)», précise HEMINGWAY. En fait, la Closerie des Lilas, fondée en 1847, sise au 171 boulevard Montparnasse, à Paris 6ème, et proche des cafés célèbres comme la Dôme, la Rotonde, le Sélect et la Coupole, est l’un des grands cafés fréquenté par des artistes et intellectuels, comme Louis ARAGON, LENINE, Paul FORT, André BRETON, MODIGLIANI, PICASSO, GIDE, ELUARD, Oscar WILDE, etc.

 

Dans ses promenades, il descendait souvent vers le jardin du Luxembourg, décrit comme «le meilleur endroit où aller». Il allait visiter, au Palais du Sénat, situé dans ce jardin de Luxembourg, les peintures des impressionnistes, comme celles de Cézanne, Manet ou Monet. «J’apprenais beaucoup de choses en contemplant les Cézanne, mais je ne savais pas m’exprimer assez bien pour l’expliquer à quelqu’un d’autre», dit-il. «J’ai appris à comprendre bien mieux Cézanne et à saisir comment il peignait ses paysages, quand j’étais affamé», précise HEMINGWAY. La faim est une bonne discipline et elle est instructive.

 

Les fritures sur l'île Saint-Louis, le cervelas de la brasserie LIPP, le Cahors gouleyant servi au Nègre de Toulouse, les réverbères de la rue Mouffetard, les parfums de l'éphémère, les virées aux vespasiennes pour contrôler la virilité de FITZGERALD, les bouquinistes sur les quais, les carafons de cristal remplis de liqueurs dans l'atelier de Gertrude STEIN, l'oeil radieux de Sylvia BEACH à la librairie Shakespeare and Company, les nuits blanches, l'éternelle Dolce Vita et la vie de bohème, tout cela défile sous la plume nostalgique de HEMINGWAY, sorte de Marcel PROUST noctambule qui écrirait à la vitesse du jazz. La Gare du Nord est décrite par HEMIGWAY comme «la partie la plus sale et la plus triste de la ville».

HEMINGWAY qui fréquentait régulièrement deux champs de courses parisiens, Enghien et Auteuil, décrit cette passion comme une «amie exigeante». Lui qui est exigeant des autres, tolérait cette «amie qui était la plus fourbe, la plus belle, la plus troublante, la plus vicieuse et la plus exigeante, parce qu’elle pouvait nous être profitable». Quand il cessa de s’intéresser aux courses, il s’est senti heureux, mais «tout ce qu’on abandonne, bon ou mauvais, laisse un sentiment de vide».

 

HEMINGWAY était passionné de ski, à Schruns, en Autriche, de tauromachie en Espagne et de boxe, à Paris. Il raconte l’histoire de Larry GAIN, un boxeur noir, venu du Canada pour un combat à Paris, au stade Anastasie, rue Pelleport, à Ménilmontant dans le 20ème arrondissement. «L’endroit était juste un coin dangereux, mais facilement accessible, et pouvait draguer la clientèle de trois quartiers les plus chauds de Paris, dont Belleville. Il était suffisamment près du Père-Lachaise, pour attirer les cadavres du cimetière», souligne HEMIGNWAY.

 

Qui était donc Ernest HEMINGWAY ?

 

Ernest HEMINGWAY est né le 21 juillet 1899, à Oak Park, dans une commune huppée des faubourgs de Chicago. Fils de Clarence Edmond, un dentiste et de Grace HALL, professeur de chant, il est le deuxième enfant d'une fratrie de six. «Ce qui peut arriver de mieux à un enfant, c’est de vivre une enfance malheureuse», disait-il. Sa mère l’habille en fille et refuse de lui couper les cheveux. Aussi, Ernest apprécie, en rejet de cette mère «castatrice», la compagnie de son père. Très jeune, ses parents l'habituent à la vie et aux activités de plein air : chasse et pêche dans la région d'Hortons Bay, sur les bords du lac Willon. Dès ses 13 ans, HEMINGWAY étudie au lycée d'Oak Park. Enfant timide, il se réfugie dans la lecture et découvre des auteurs comme Dickens, Shakespeare et Stevenson. Le jeune garçon s'implique beaucoup dans la vie culturelle et sportive de l'établissement.

 

En 1916 paraissent ses premiers écrits dans les revues de son école, «Tabula» et «Trapèze». L'année suivante, HEMINGWAY obtient son diplôme mais refuse de poursuivre ses études, préférant devenir journaliste au Kansas City Star. HEMINGWAY pense, dès son jeune âge qu’il «est né pour écrire». Le travail guérissait de presque tout. «Je pensais que je devais me guérir de ma jeunesse et de mon amour pour ma femme», dit-il.

 

La première guerre mondiale éclate, et les Etats-Unis y entrent dès 1917. HEMINGWAY ne peut participer, car il a un œil défaillant. Il parvient quand même à rejoindre la Croix-Rouge italienne après avoir traversé l'Atlantique. Puis il se rend en France et en Italie, et rejoint le front. Il est blessé au combat et suivra trois mois de convalescence à Milan. Là, il tombe amoureux d'une infirmière, Agnès Von KUROWSKY, une grande brune de 26 ans, originaire de Pennsylvanie. "Elle avait la peau ambrée et des yeux gris. Je la trouvais très belle", écrit-il dix ans après dans "L'adieu aux armes" à propos de son héroïne Catherine BARKLEY, une infirmière à laquelle il donne les traits d'Agnès. Après lui avoir témoigné beaucoup d'affection, celle-ci le délaisse pour un aristocrate italien. Dépité, le jeune Ernest regagne son pays en janvier 1919. On accueille en héros le premier Américain à revenir blessé du front italien. Pourtant, il sombre dans la dépression. A Chicago, il fait la connaissance de Sherwood ANDERSON, écrivain en vogue qui prône la révolution des lettres américaines par le dépouillement du style. ANDERSON a vécu à Paris et encourage HEMINGWAY à l'imiter.

Autre rencontre décisive, en octobre 1920, à Chicago, celle d'Elizabeth Hadley RICHARDSON, une jolie rousse de huit ans son aînée. Hadley RICHARDSON a 28 ans et débarque du Missouri lorsqu’elle fait la connaissance d'un jeune homme de 20 ans, revenu blessé de la Grande Guerre, Ernest HEMINGWAY. Pianiste originaire de Saint-Louis, Hadley, cette jeune femme bohème est conquise par celui dont elle décrira la "petite bouche élastique quand il riait". Ils se marient le 3 septembre 1921. HEMINGWAY n'en oublie pas pour autant sa vocation : écrire. Il se fait engager comme correspondant en Europe du Toronto Star, décidé à faire ses débuts littéraires à Paris où il réside de 1922 à 1923. Paula McLAIN relate cette relation et en a fait un ouvrage «Madame Hemingway». Notre écrivain y est présenté comme un mufle et un ivrogne.

 

Plus tard, HEMINGWAY est journaliste pendant la guerre d'Espagne. "Pour qui sonne le glas" le rend célèbre, et il rencontre André MALRAUX. Initialement, fidèle représentant de l’individualisme américain, il ne se rend compte que trop tard "qu’un homme seul est foutu d’avance". Son expérience de la guerre modifie profondément son rapport à l'écriture : il délaisse les masques pour écrire de manière vraie et concrète, en simplifiant ses phrases. Il choisit une éthique de courage, et conçoit que les héros sont des hommes forts et silencieux. Il fait dire à un de ses personnages qu'il déclare vouloir «écrire comme Cézanne peint». Son style est incisif et très direct, sans grandes phrases inutiles. Il est aussi un des plus grands spécialistes du non-dit. Son œuvre développe les grands combats du siècle, dans un style unique et épuré, parfois presque télégraphique, proche de l'action journalistique. Car pour HEMINGWAY, l'esthétique est indissociable de l'éthique. Mais l'auteur a gardé une vision forte de l'existence, tentant de dépasser le scepticisme et la noirceur.

 

En 1953, il obtient le Prix Pulitzer. En 1954, HEMINGWAY obtient le Prix Nobel de littérature «pour le style puissant et nouveau par lequel il maîtrise l'art de la narration moderne, comme vient de le prouver Le Vieil homme et la mer».

 

Lorsqu'on lui remettre ce prix à Stockholm, HEMINGWAY prononcera le plus court discours de l'histoire de l'institution.

HEMINGWAY avait habité à Key West, en Floride et à Cuba pendant les années 1930 et 1940, mais, en 1959, il quitta Cuba pour Ketchum, dans l’Idaho. Affaibli physiquement et atteint de cécité chronique et de diabète, touché déjà par la folie, HEMINGWAY met fin à ses jours le 2 juillet 1961, après avoir reproché des années à son père de s'être suicidé, un acte qu'il considérait être lâche.

 

HEMINGWAY est «un homme sincère et fidèle, droit comme un I et fort comme la mort. Hem' n'aura vécu que pour trois choses, se plaisait-il à dire : écrire, chasser et faire l'amour» souligne Jean-Pierre PUSTIENNE.

 

Bonnes fêtes à toutes et à tous.

 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

HEMINGWAY (Ernest), Paris est une fête, traduit par Marc Saporta et Claude Demanuelli, avant-propos Patrick HEMINGWAY, introduction de Sean Hemingway, Paris, Gallimard, Collection Folio, 1964, rééditions en 1973, 2009, 2011 et 2012, 350 pages.

 

2 – Principaux ouvrages de Hemingway

 

HEMINGWAY (Ernest), Iles à la dérive, Paris, Gallimard, 2012, 660 pages ;

HEMINGWAY (Ernest), L’adieu aux armes, Paris, Gallimard, 2012, 320 pages ;

 

HEMINGWAY (Ernest), Le jardin d’Eden, traduit par Maurice Rimbaud, préface de Michel Mohrt de l’Académie française, Paris, Gallimard, 2012, 336 pages ;

 

HEMINGWAY (Ernest), Le soleil se lève aussi, Paris, Gallimard, 2012, 288 pages ;

 

HEMINGWAY (Ernest), Le vieil homme et la mer, Paris, Gallimard, 2012, 160 pages ;

 

HEMINGWAY (Ernest), Les neiges de Kilimandjaro, suivi des dix indiens, Paris, Gallimard, 2012, 192 pages ;

 

HEMINGWAY (Ernest), Les vertes collines d’Afrique, Paris, Gallimard, 2012, 320 pages ;

 

HEMINGWAY (Ernest), Pour qui sonne le glas, Paris, Gallimard, 1998, 499 pages.

 

3 – Autres références bibliographiques.

 

ASTRE (Georges-Albert), Hemingway par lui-même, Paris, Seuil, 1959, 187 pages ;

 

BAKER (Carlos), Hemingway : histoire d’une vie, traduit par Claude Noël er Andrée R. Picard, Paris, R. Laffont, 1971, 496 pages ;

 

HANDAJ (Abdellah), Le héros tragique dans les romans majeurs d’Ernest Hemingway, thèse sous la direction de Rose Meneses, 1999, Université de Nancy 2, 767 pages ;

 

HILY-MANE (Geneviève), Le style d’Ernest Hemingway : la plume et le masque, Université Rouen La Havre, 1983, 356 pages ;

 

McLAIN (Paula), Madame Hemingway, traduit par Sophie Bastide-Foltz, Paris, Buchet-Chastel, 2012, 478 pages ;

 

PUSTIENNE (Jean-Pierre), Ernest Hemingway, Paris, Fitway, 2005, 118 pages ;

 

WISOCKI (Oswald), Visions d’Afrique d’Ernest Hemingway, thèse sous la direction du professeur Monique Lakroum, 2001, Université de Reims, Champagne Ardennes, 265 pages.

 

Paris, le 19 décembre 2015, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.f

Ernest HEMINGWAY, Paris est une fête.
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 21:51
«La gloire n’est finalement que la somme de tous les malentendus qui se forment autour d’un nom nouveau» avait dit RILKE à propos de RODIN. RILKE fuyait la lumière ; il vécut dans une retraite volontaire de laquelle était exclu tout ce qui touchait à la notoriété, à la mode, à l’inquiétude du jour. Indifférent au goût du public, les intrigues, les coteries, la critique, le succès, sa préoccupation essentielle c’est être resté lui-même. D’une politesse cérémonieuse, particulièrement effacé, fragile, instable et solitaire avec une errance perpétuelle, RILKE était de petite taille, maigre, osseux, presque laid. Faible et malade, envahi par un sentiment de malaise et d’angoisse, las de la vie, avant même d’y avoir goûté, c’est la mort qu’il célèbre dès ses premiers poèmes, et c’est elle qui reste le thème fondamental de sa contribution littéraire déconcertante et parfois inquiétante. Isolé, inconnu, volontairement obscur, poète de la vie intérieure, de l’insaisissable, du fluent, le seul bonheur de RILKE consistait à descendre dans la rue pour suivre des êtres souvent obscurs comme lui. «C’est parce que, insoucieux d’une gloire qui l’effrayait comme un malentendu, il approfondit les thèmes universels de la douleur, de l’amour, de la mort et de la divinité. Sa poésie était vraiment celle du cœur, de ce cœur né au tout. D’où son droit de magnifier la sainte, riche, pure et vaste solitude» écrit Alfred COLLING. Ecrivain aux sentiments et aux idées comportant des nuances délicates et changeantes, d’une obscure complexité, «Rainer Maria Rilke est le type de poète isolé de la vie sociale, qui s’efforce de donner à ses sentiments particuliers un caractère d’universalité et d’élargir sa vision individuelle des êtres et des choses en une conception globale du monde» écrit A. CORNU. Poète de la solitude des cœurs et l’intimité des âmes, RILKE est difficile d’accès et hermétique : «La foule n’aime pas ce qui la dépasse ! Il lui faut de la nourriture toute prête, facilement assimilable. Voilà pourquoi Rilke, poète de l’ineffable, de l’intime dans ce qu’il a de plus intime, ne peut être goûté des masses. Il y a des nourritures délicates pour âmes délicates. L’œuvre de Rilke est de celles-là. Et ceux qui se contentent de l’extérieur, du contour des choses et des œuvres, ne pourront jamais pénétrer intrinsèquement, et malgré les snobismes et les modes, l’œuvre d’un des plus grands poètes du XXe siècle» écrit Jéhan DESPERT. La voix RILKE, écrivain de langue allemande, amoureux de la France et poète du «Tournant du siècle», est révélatrice des forces de l’invisible : «Rilke a atteint des sommets incomparables de style et de pensée. Au cœur de son œuvre, car il n’accepte pas qu’on demeure à la surface des êtres ou des choses, on se sent un peu comme au carrefour de l’âme et du corps, de l’esprit et de la chair» écrit Jehan DESPERT. Se rattachant à la philosophie de «l’existentiel», RILKE a pour ambition de résoudre le problème de la vie ; il aspire à l’être et s’efforce de saisir le réel : «La vie n’est que le rêve d’un rêve, mais l’état de veille est ailleurs» écrit-il. Des blessures intérieures le conduisent vers Dieu, rêve suprême et création dernière de l’homme. Poète du rêve, de l’inquiétude et de la mort, d’inspiration lyrique et ésotérique, RILKE a tenté de rattacher le pauvre moi humain à la nature, à l’univers, à l’infini, en dernier lieu à Dieu, qui est à la fois nature, univers et infini. La contribution littéraire de RILKE est «pure de passions humaines, baignée d’un rêve tendre, humble et angoissé» écrit Geneviève BIANQUIS. A Paris, «la ville de la douleur», il découvre la pauvreté et la solitude ;  il écrit les «Cahiers de Malte Laurids Brigge» où il se dépeint comme un enfant prodigue, qui va vers sa perdition, puisqu’il retourne vers un Dieu qui ne veut plus l’aimer.
 
L’expérience de la pauvreté et de la mort domine toute sa contribution littéraire. Toute vie doit s’éteindre, toute chose, pour s’accomplir, doit mourir ; mourir à elle-même, non pas de fait, quitter la vie, car vie et mort ne sont qu’un, qu’une seule grande aventure, cheminement vers l’éternel. Le combat de l’homme, c’est de consentir à la mort, en acceptant la peur et l’angoisse, tout en demeurant identifié à la vie, en lui donnant un sens, en lui trouvant une explication à la souffrance. RILKE n’a cessé, comme Orphée, de chercher l’amour par la poésie qu’il considère comme étant l’expression intégrale de la vie humaine. La poésie la traverse de part en part : de la femme enceinte à l’agonisant. Copie jusqu’au bout de notre existence, la poésie restitue notre existence, notre vécu, de sorte que tout ce qui est humain devient notre propre substance. Animé d’une ferveur humaniste, il croit en la vie profonde et active qu’engendre le commerce habituel de la beauté, en la vocation littéraire : «Mourrez s’il vous est défendu d’écrire» dit-il dans «Lettres à un jeune poète». Dans sa démarche mystique, inspirée de François d’Assise et de la Nature, il invoque une beauté si pure, qui ne peut être contemplée que dans la lumière terrible du regard angélique. «Rilke réalise au maximum le paradoxe humain, celui d’être un être qui, si proche de l’humanité primitive, si tenté d’y retourner, a cependant la vocation d’être un ange» écrit Jean DANIELOU.
Auteur symboliste, partisan de l’autonomie de l’œuvre d’art, poète du ressenti et de la spiritualité, il nous a légué une importante contribution épistolaire et une poésie touchante. La poésie de RILKE, novatrice, conçue dans une langue pure, est imprégnée du symbolisme. RILKE sait enchaîner des images ou les emboîter les unes dans les autres avec une incroyable économie de moyens, et en condensant son propos à l’extrême ; ce qui accentue la musicalité de ses vers, avec un goût de l’ellipse. RILKE parvient à exprimer des pensées les plus complexes, des formes simples et des métaphores sans relief. Ce principe de condensation, de brièveté, de réduction de l’écriture a été défini, par Paul BOURGET, comme étant le «style de la décadence».
La «vie douloureuse» de RILKE, la source de sa souffrance, doit être recherchée suivant Joseph-François ANGELLOZ, dans ce que GOETHE appelle le «Tyché», dans des hasards funestes, des circonstances adverses ou dans la nature intime et essentielle du poète lui-même. RILKE avait certes, dans son environnement rencontré des circonstances défavorables : l’incompréhension de ses parents, son éducation à l’école des cadets, la vie pauvre à Paris, les tristesses de la solitude et de la vie errante, la détresse affreuse de la guerre mondiale. En fait, RILKE portait en lui-même un germe morbide, il était un décadent, hypersensitif, hyper-émotif, hanté par une terrible angoisse devant la vie, hanté par les éternelles énigmes de l’existence, la souffrance, la mort, l’amour, incapable de stabilité, sans patrie, détaché de sa race et de son milieu natal, voué à l’errance et à la solitude, inadaptable. Toute la vie intérieure de RILKE a été une lutte incessante contre ces démons intérieurs. RILKE est toujours aux prises avec les difficultés du quotidien, il s’énerve quand la vie l’énerve, il s’émeut quand il l’émeut et il chante la tristesse dans quelques cris vibrants qui traversent la joie et l’espérance. Son oeuvre, introvertie, est une longue méditation sur les événements essentiels de l'existence humaine, et en particulier, la mort, qui lui semblait le point culminant auquel toute vie doit préparer. La mort est l’une des idées centrales de son œuvre, chacun devait avoir sa propre mort, une mort en quelque sorte autonome, qui fût à la fois la conclusion logique de la vie et le germe d’un développement nouveau. Le frisson de la mort irrigue toute son œuvre qui n’est qu’un art de mourir. Cette obsession de la mort est omniprésente dans le «livre d’heures» ainsi que dans les «Cahiers de Malte Laurids Brigge» ; on est saisi, sans cesse, par ce froid de caveau et ce vent d’outre-tombe.
Jean-François ANGELLOZ a retracé l’évolution spirituelle par laquelle RILKE s’est progressivement affranchi de ses angoisses, pour rendre la  vie supportable. RILKE trouve deux refuges confortables : Dieu et la poésie. A la fois Créature et Créateur, l’Homme n’est pas seulement un reflet de la Divinité, mais aussi un «artisan de Dieu». Pour se libérer du Serpent noir, le pâtre de Zarathoustra doit lui mordre la tête. Suivant RILKE, pour se libérer de l’angoisse vitale, il faut oser regarder le réel bien en face.
I – RILKE, sa vie et ses influences
A – Une vie angoissée et de création littéraire
«Plus que jamais les choses sombrent, celles qu’on peut vivre, car ce qui en les refoulant prend leur place, est un faire sans image» écrit RILKE. René Karl Wilhelm Johann Josef Maria RILKE naît, le 4 décembre 1875, d’une famille aristocratique ruinée, à Prague, en Bohême, en Tchécoslovaquie, alors dépendante de l’empire austro-hongrois. Son père, Joseph (1838-1906), un employé de chemins de fer, était un petit bourgeois borné, méticuleux et vaniteux. Sa mère, Sophie ENTZ dite Phia (1851-1931), femme bizarre et fantasque en proie à une religiosité morbide, qui savait le français, occupe une place importante dans ses écrits : «Tout est régi par une vaste maternité» écrit-il. La vie de RILKE se partage en trois périodes ; chacune d’elle débute par la souffrance et s’achève avec la création d’œuvres littéraires importantes, que suit une période de dépression. Ainsi, la première période qui va de 1875 à 1902, RILKE connaît une enfance solitaire, dans le calme et le travail fécond, mais les Pragois de langue allemande se sentent écrasés par les Slaves. Cette haine des Allemands n’a rien de politique, mais «provient du chagrin du peuple tchèque d’être condamné à grandir au milieu d’un peuple adulte» écrit-il. Entre rêve et réel, il écrit «Le livre d’heures» entre 1899 et 1901, avec ses trois parties (Vie monacale, pèlerinage, la pauvreté et la mort) ainsi que le «livre d’images» en 1902. RILKE est le fils unique de ce ménage désuni de bonne heure, une fille étant morte en bas âge. Enfant frêle et délicat, il passe une enfance peu heureuse. Destiné par son père au métier des armes, il est placé comme interne dans des écoles militaires, de 1886 à 1890, puis en Moravie, où, contraint à une discipline rigoureuse, que sa santé fragile supporte mal, il est livré aux railleries de ses condisciples. L'administration scolaire le renvoie définitivement en juillet 1891 pour «état maladif persistant». Le souvenir de ces cinq ans de solitude morale, dans un univers qui lui était résolument hostile, pèse lourdement sur l'adolescent. Il entreprend des études de commerce, puis des études de droit. «Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ?» écrit-il.
À l'automne de 1896, il quitte sa ville natale et n'y reviendra plus jamais. Il part pour l’Allemagne et fait la connaissance de Stefan GEORGE (1868-1933), le rénovateur du lyrisme, qui l’initie au culte sévère et grave de la forme, avec une haute conception de l’art, à l’écart de la vie sociale. Il est influencé par d’autres auteurs. RILKE est un lecteur fervent de Maurice MAETERLINCK (1862-1949) qui oppose le monde réel au monde supérieur du rêve. Il se lie avec l'écrivain Jakob WASSERMANN (1873-1934) et découvre les écrits du romancier danois Jens Peter JACOBSEN (1847-1885), peintre des âmes maladives et indécises, romancier des destinées manquées. Menant une vie irréelle, lointaine, intemporelle, où toute vitalité est éteinte, RILKE, comme Georg Philipp Friederich, alias NOVALIS, est crépusculaire ; il chante la solitude où tout s’estompe et s’efface, où l’esprit se détache du monde par le rêve, la religion ou la mort.
En Allemagne, il fait la connaissance de Lou ANDREAS-SALOME (1861-1937), une écrivaine d'origine russe-allemande, mariée avec le professeur Friedrich CAR ANDREAS, après avoir vécu une idylle tragique avec Friedrich NIETZSCHE. D'une sensibilité raffinée et d'un tempérament presque masculin, Lou demeure la confidente de RILKE : «A Paris, pendant ces journées extrêmement difficiles où toutes les choses se retiraient de moi comme un homme devenant aveugle (..), je me raccrochais au fait que toi, je te reconnaissais encore en mon for intérieur, et que ton image ne m’était devenue étrangère, et comme elle ne s’est pas éloignée comme tout le reste, mais se maintenant seule dans le vide étranger où j’étais contraint de demeurer. Et ici aussi, au milieu du déchirement avec lequel j’ai renoué, tu as été le lieu sûr auquel mon regard est resté fixé», écrit-il dans une lettre du 13 novembre 1905, à Lou ANDREAS-SALOME. De leur coup de foudre naîtra une longue amitié et une forte complicité artistique et humaine, jusqu’à la mort du poète. «Il n'est pas seulement précieux que deux êtres se reconnaissent, il est essentiel qu'ils se rencontrent au bon moment et célèbrent ensemble de profondes et silencieuses fêtes qui les soudent dans leurs désirs pour qu'ils soient unis face aux orages. Combien de gens se seront-ils manqués pour n'avoir pas eu le temps de s'habituer l'un à l'autre ? Avant que deux êtres aient le droit d'être malheureux ensemble, il leur faut avoir connu la félicité ensemble et en avoir en commun un souvenir sacré qui maintienne un même sourire sur leurs lèvres et une même nostalgie dans leurs âmes», écrit-il.
En octobre 1897, RILKE abandonne ses études universitaires, et change de prénom : de René Maria, il devient Rainer Maria. En 1901, il épouse Clara WESTHOFF (1878-1954). Une fille, Ruth (1901-1972), naît de cette union à laquelle il met fin un an plus tard. Il entreprend différents voyages, en Italie en Allemagne, en Russie. «La Russie est le pays où les hommes sont solitaires, dont chacun porte un monde en soi» écrit-il. La rencontre avec Léon TOLSTOI et la lecture de Féodor DOSTOIEVSKI, lui révéleront ce qui lui manquait au sentiment de plénitude de sa vie : l’éducation du cœur et l’humilité bienheureuse des choses simples.
La deuxième étape de sa vie, de 1902 à 1919, est marquée par son séjour à Paris ; il devient le secrétaire, à titre bénévole, de 1905 à 1906, d’Auguste RODIN, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine. Un jour, RODIN, qui l’accuse de ne pas lui avoir remis une lettre, le congédie brutalement : «Me voici chassé comme un domestique voleur de la petite maison où jadis votre amitié m’installait doucement. J’en suis profondément blessé» écrit-il. Pendant cette année au service de RODIN, c’est l’apprentissage douloureux du réel, tout ce que les hommes appellent âme, désir, regret, douleur ou félicité. RILKE s’installe dans une petite chambre, sans chauffage, sans sanitaires, à l’hôtel Biron (actuel Musée Rodin), au 77 de la rue de Varenne, à Paris 7ème. RILKE va convaincre RODIN de s’installer dans cet hôtel à partir de 1908. Il écrit des poèmes ainsi que les «Cahiers de Malte Laurids Brigge». Il y a une part autobiographique dans ce livre qu’il a enrichi : «Il était moi et il était un autre» écrit-il, à propos du héros, Malte. Il voyage dans le Midi de la France, à Venise, en Espagne, en Afrique du Nord. De nationalité autrichienne, RILKE doit, pendant la Première guerre mondiale, en 1914, quitter Paris, où tout ce qu’il possédait est placé sous séquestre et vendu. Il perd toutes ses archives.
Dans la troisième et dernière étape de sa vie, RILKE fait la connaissance de Louise Mathilde Wilhelmine Marie Maximilienne, princesse de TOUR et TAXIS (1859-1948), qui devient sa protectrice. Il se rend régulièrement en Suisse et compose au château de Duino son œuvre élégiaque majeure, les «Élégies de Duino».
À partir de 1919, il s'installe en Suisse et compose plusieurs recueils de poésies en français. Sitôt arrivé, il y retrouve Baladine KLOSSOWSKA (1886-1969) qu'il avait connue en 1907 à Paris, avec son époux, Erich KLOSSOWSKI. Elle vit à présent seule à Berlin, avec ses deux fils, Pierre et Balthazar dit BALTHUS, (le futur artiste peintre). Elle a onze ans de moins que lui, ils deviennent amants. Elle s'installe en Suisse, non loin de chez lui et RILKE se prend d'affection pour les deux enfants et encourage le talent qu'ils affirment, en effet, à l'âge adulte. En 1921, un industriel et mécène de Winterthur, Werner REINHART (1884-1951), lui achète la tour isolée de Muzot, à Veyras (Canton du Valais, Suisse), dont il fait sa résidence. Il meurt, en 1926, en Suisse.
B – Les influences sur RILKE
1 – Les influences de RODIN, CEZANNE,
révélation de la Nature et de la beauté antique
Ami de RODIN et admirateur de Paul CEZANNE, il a traduit, en allemand, les œuvres de Maurice de GUERIN, de Stéphane MALLARME, de Paul VALERY et d’André GIDE. A Paris, RILKE découvre la révélation de la Nature et de la beauté antique par l’intermédiaire d’Auguste RODIN (1840-1917), «celui qui écoutait les pierres», qui, «avec sa barbe de fleuve et sa face de prophète», avait le pouvoir «d’élever l’éphémère à l’impérissable». RILKE est profondément influencé par Auguste RODIN qui l’a guéri de tout ce qui subsistait en lui de tentation de romantisme. Car chez RODIN, dit-il : «Tout est demeuré réel. C’est la grande chose qui importe : ne pas habiter dans le rêve, le dessein, l’intention, s’efforcer de transformer en objet. Voila pourquoi j’ai besoin de trouver l’outil de mon art, le marteau, mon marteau qui maîtrisera et dominera de sa décadence tous les tumultes». L’œuvre d’art n’est que le reflet de la vie extérieure, la pierre chez RODIN, puisant toute sa vie au-dedans, et le sculpteur n’est qu’une oreille attentive appliquée contre cette pierre où il perçoit les battements d’une vie anonyme et exubérante.  Venu à Paris pour y rencontrer le Maître, afin d’écrire sur lui une monographie qui lui était commandée par un éditeur allemand, RILKE découvrit auprès du sculpteur un mode de vie, un mode de compréhension, une force, sur laquelle il put, par la suite, s’appuyer constamment. «Si je dois dire que j’ai appris quelque chose sur l’essence de la création, sur sa profondeur et son éternité, je ne puis nommer que deux noms : Celui de Jacobsen, le grand, le très grand poète, et celui d’Auguste Rodin» écrit RILKE. Ce qu’il attendait de RODIN, en dehors des éléments nécessaires à son travail d’historiographe, n’était autre qu’une confirmation de son destin. «Comment faut-il vivre ?» demanda-t-il. «En travaillant» répondit RODIN. «Il n’y a pas de génie, il n’y a pas d’inspiration, il n’y a que le travail» lui dira RODIN. «Je sens que travailler, c’est vivre sans mourir» dit RILKE.  RODIN, l’ouvrier, l’artisan patient et lucide, l’a dépouillé de cette fausse rêverie qui n’est que paresse : «Avant tout, le travail c’est l’espace, le temps, le rempart, le rêve et l’éternité». En effet, l’artiste ne vit quand il créé, et créer n’est que conjurer, sans cesse, par un effort de transmutation plastique, les puissances malsaines du rêve : «Là où je crée, je suis vrai» dit-il. Cette influence de RODIN lui donne «le désir de la netteté, de la fermeté dans la délicatesse, de la simplicité dans la confidence», nous dit Alfred COLLING. Au contact avec RODIN son impatience s’apaise. Il comprend les nécessités d’une discipline sévère et c’est la grande reconnaissance de sa vie : «Il y a autour de mon cœur un silence profond où se dressent vos paroles comme des statues» écrit-il.
RILKE est également ami de Paul VALERY (1871-1941), qui lui permettra d’écrire en français, «Vergers et les Quatrains valaisans». RILKE a aussi été influencé par Paul CEZANNE (1839-1906) qui lui recommande de n’écrire que pour lui : «La plupart des artistes d’aujourd’hui, gaspillent leurs forces à aller et venir entre le centre de leur art et les spectateurs ou leurs juges, et à se demander comment leur œuvre est appréciée par les autres, par le public. Ce qu’il y a d’infiniment grandiose et de saisissant chez un homme comme Cézanne, c’est d’être demeuré pendant presque quarante ans, sans interruption, au centre le plus intime de son œuvre» dit-il dans une lettre adressée en 1921, au docteur HEYGRODT. Paul CEZANNE l’a amené à abjurer de toute prétention, à écarter «tout impressionnisme», «la vision d’artiste» interposée entre l’œil et l’esprit. «Ces rouges, ces bleus et leur vivacité, voilà par où il nous attire. Ces fruits ne songent plus du tout au tableau, ce sont des choses éparses sur une table de cuisine. Ils ne sont plus du tout comestibles ; ils sont de dures réalités, dont la densité résistante repousse toute dent» écrit-il.
2 – L’influence des voyages, le cosmpolitisme et l’altérité
«Je ne suis pas un touriste, mais un voyageur» écrit-il. En artiste, RILKE considère que le voyageur ne doit être ni un consommateur, ni un voyeur, il ne doit pas essayer de prendre possession des beautés qu’il rencontre, mais plutôt s’efforcer de les comprendre et de les traduire dans une authentique expérience spirituelle. Cosmopolite, RILKE estime que le rôle véritable d’un voyageur est d’offrir le visible à l’invisible, d’accepter le monde tout entier, avec ses biens, de le comprendre avec ses souffrances et sa diversité, de le traduire pour le sauver. Altruiste, son ambition littéraire est d’intimiser les sensations et les souvenirs, d’incorporer le visible au mystère de la fraternité, de l’amour, qui est toujours celui de l’autre, de «l’étranger qui passe» et qu’il faut respecter. En effet, RILKE voyage beaucoup en Suisse, en France, en Italie, en Russie, en Allemagne, en Egypte, en Tunisie et en Algérie. Son roman «Les Cahiers Laurids Brigge» fait état de ces rencontres, de ces souvenirs et solitudes : «Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs, à des jours d’enfance dont le mystère n’est pas encore éclairci, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut, et volaient avec toutes les étoiles. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers» dit-il.
Philippe GARIEL avait qualifié RILKE, dans un article de «poète français», sa mère lui avait appris la langue de BEAUDELAIRE. «Un grand écrivain peut choisir son instrument, sa langue, en dehors de son pays d’origine : Conrad était Polonais, Moréas, Grec. Goethe, lui-même aurait hésité, croit-on, entre le français et l’allemand. Il est plus rare de rencontrer un poète qui joue sur plusieurs registres. Rilke fut ce poète» écrit GARIEL. Au moment où des âmes frileuses se retranchent dans des discours identitaires, RILKE était profondément cosmopolite : né à Prague, allemand de race et de langue, de cultures tchèque et autrichienne, imbibés d’idées russes, orientales et scandinaves, Parisien et Suisse d’adoption, voyageur impénitent, il était «citoyen de l’universel» pour reprendre une expression chère au président Léopold Sédar SENGHOR.
«La vie des grands hommes est une route abandonnée ; envahie de ronces, car ils rapportent tout à leur art»  écrit RILKE à sa femme le 5 septembre 1902. Au début de sa vie, il souffrit de cette solitude, dont il ne comprit que peu à peu la nécessité, et l’on est en droit de se demander si les innombrables voyages qu’il entreprit, n’étaient destinés, en définitive, qu’à la fuir, ou au contraire, à lui trouver une justification : «La solitude est pareille à ces pluies qui, montant de la mer, s’avancent vers les soirs. Des plaines elle va, lointaines et perdues, au ciel qui la contient toujours. Et c’est du ciel qu’elle retombe sur la ville. La solitude pleut aux heures indécises : lorsque vers le matin se tournent les rues neuves, lorsque les corps épuisés de méprises s’entr’écartent, tristes et inassouvis, et que les hommes qui se haïssent doivent coucher ensemble dans un lit : la solitude alors s’éloigne au fil des fleuves» écrit –il dans le «Livre d’images». Dans ses vagabondages, il justifie sa solitude «Ceci est le rêve : habiter sur la houle, et n’avoir point d’attaches dans le temps qui passe» écrit-il.  Marié, il fuira son épouse. Ami, amant, il fuira tous ceux à qui il se sera donné un temps, se reprenant, fugace, liquide dirons-nous, inabordable, incompréhensible à qui ne se place pas d’emblée à la même altitude que lui, assez égoïste en cela. Ainsi donc, RILKE se trouvera seul devant l’art et devant la vie, et il ne les séparera plus désormais, car l’universel l’attend. La solitude génère des risques. D’un côté, le risque est grand de se contempler soi-même, et de demeurer stérile, situation mortelle pour un être de sa qualité. D’autre part, le danger est tout aussi grand de se laisser enfoncer dans un rêve intérieur si permanent, qu’il interdirait toute communication avec les autres hommes, et ne permettrait de leur offrir qu’une œuvre incommunicable, inintelligible.
3 – Les influences religieuses : Un Dieu dans le contexte de la Nature
«Dieu est une direction donnée à l’amour» écrit-il. On a voulu voir dans certaines parties de l’œuvre de RILKE, une inspiration chrétienne. Ni chrétien, ni païen, en panthéiste, il a «un bon Dieu à lui». Il a trop le sens de l’universel, pour s’approprier l’être supérieur qui dominera toute sa vie et toute son œuvre. Car si RILKE n’est pas chrétien, il n’empêche que nous devons le considérer parmi les poètes les plus religieux que nous connaissions, et ce n’est pas le fait de sa non-souscription à un dogme qui puisse nous permettre de le rejeter parmi les a-religieux. S’il cherche Dieu à travers les choses, la pauvreté, sous le monde extérieur, il le cherche surtout en lui. En effet, il y a en RILKE, un grand élan inachevé vers Dieu. L’enfance de RILKE fut profondément croyante. Sa mère Phia RILKE, mystique et outrageusement pieuse, lui donna de la religion catholique, l’image la plus fausse, la plus élémentaire, la plus conventionnelle qui soit, faite de gestes extérieurs, de pratiques absurdes, de superstitions ridicules et sans résonnances profondes. Un moine bénédictin, le Père ZAEHRING, a remarqué chez lui que les représentations religieuses sont invariablement liées à l’effroi, à des sensations de contrainte. Son ouvrage «Le livre d’Heures» paru en 1906 est empli de Dieu. Il place Dieu dans le grand contexte de la nature. Il admire les cathédrales, surtout Chartres, qu’il visita avec RODIN, mais il refuse pour Dieu «l’internement dans les églises». Car à force de l’enfermer dans des lieux spécialement conçus pour lui, les hommes ne savent plus le voir au milieu d’eux. RILKE refuse l’image d’un Seigneur glorieux tel que nous le décrivent les Évangiles. Son Ange n’a rien de commun avec l’ange chrétien, mais il serait plutôt une figure de l’Islam. Il le veut seul, et ainsi plus semblable à l’homme, plus près de lui, plus proche de toute la souffrance apparentée à celle de l’humanité. En définitive, le Dieu de RILKE est insaisissable et ineffable : «D’infinies guirlandes d’images montent vers ce Dieu sans forme, et sans nom, qui peut pour cette raison même épouser toutes les formes et tous les noms : Dieu de la douceur et de la force, de la naissance et de la mort, à la fois proche et lointain, qui murit en nous et en dehors de nous, et croît organiquement de siècle en siècle comme un grand arbre ou une cathédrale» écrit Geneviève BIANQUIS.
II – RILKE, un poète angoissé du rêve et du réel,
A – Les lettres à un jeune poète : la vocation et le métier d’artiste.
RILKE évoque sa correspondance, «Lettres à un jeune poète», encore les thèmes de la mort, mais aussi de l'amour, de la solitude, et de la création, avec une profondeur qui fait encore de cet ouvrage une source où toute une jeunesse en quête d'une spiritualité sans dogme vient s'abreuver. RILKE adresse, entre 1903 et 1908, dix réponses aux missives du jeune Franz-Xaver KAPPUS (1883-1966), un jeune étudiant au prytanée militaire de l’armée austro-hongroise, qui sollicite ses conseils et son avis. Plusieurs lettres suivront que Franz publie en 1929, après la mort de RILKE. Quand Franz adresse sa première lettre à RILKE, il est en plein désarroi, hésitant entre une carrière d'officier pour laquelle il ne se sent aucune inclination et les incertitudes de la poésie, ne sachant pas si ce qu'il écrit a une quelconque valeur. A cette époque, RILKE qui n’avait que 27 ans, n’était pas encore au sommet de son art, mais il avait produit une douzaine d’ouvrages et ses œuvres majeures restent encore à écrire. En fait, ces fameuses lettres sont l’occasion, pour RILKE, de réfléchir lui-même sur son métier d’artiste et d’y rassembler les thèmes importants de sa contribution littéraire. En effet, dans ces lettres, RILKE expose sa conception de la poésie, de l’artiste, mais mène également une réflexion sur les grands thèmes de l’existence humaine : l’amour, la création, l’avenir, la solitude, les rapports entre les sexes et les générations, l’accomplissement de l’être. Suivant RILKE, l’artiste doit puiser son inspiration dans ce qu’il connaît, dans ce qu’il comprend, c’est-à-dire dans son quotidien : «Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C’est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous créer ? De cette réponse, recueillez le son, sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l’art vous appelle. Alors, prenez le destin, portez, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la nature à laquelle il se joint. Il suffit, selon moi, de sentir que l’on pouvait vivre sans écrire pour qu’il soit interdit d’écrire» écrit-il. Le poète doit savoir trouver en lui les sources de son œuvre. Ainsi, le poète doit bien «se faire voyant» comme le suggérait RIMBAUD dans sa lettre adressée à Paul DEMENY. En effet, l’art exige de dépasser la vision ordinaire du réel et de voir de la grandeur là où le commun des mortels ne voit que banalités. Aux grandes envolées amoureuses et métaphysiques, RILKE a opté pour la Nature, le Réel. La poésie exige donc que l’artiste sache transcender la réalité et de l’amener au rang d’œuvre d’art. «Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas lieux pauvres, indifférents» écrit-il. RILKE compare la vie d’artiste aux ébats amoureux : «Au vrai, la vie créatrice est si près de la vie sexuelle, de ses souffrances, de ses voluptés, qu’il ne faut y voir que deux formes d’un seul et même besoin, d’une seule et même jouissance. En une seule pensée créatrice revivent mille nuits d’amour oubliées qui en font la grandeur et le sublime» écrit-il.  
RILKE rappelle qu’il y a une grande solitude dans l’art. «Seule est nécessaire la solitude : une grande solitude intérieure. Rentrer en soi-même et, des heures durant, ne rencontrer personne, voilà ce à quoi on doit pouvoir parvenir. Être solitaire comme, enfant, on a été solitaire quand les adultes allaient et venaient, pris dans l’entrelacs de choses qui leur paraissaient importantes et sérieuses parce que les grandes personnes avaient l’air si affairées et qu’on ne comprenait rien à leurs affaires» dit-il. Seul l’amour permet de comprendre l’œuvre. A la fois créateur et premier lecteur, le poète doit donc être le premier à aimer son œuvre. «Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d’art» écrit-il.
Ces lettres à un jeune poète continuent de parler de l’existence humaine, de l’homme dans ce qu’il y a de plus noble, et en particulier de la vie et  de la mort, et de ceci que l'une et l'autre sont grandes et magnifiques. Loin d’une vision pessimiste et fataliste de l’existence, RILKE délivre un message positif sur la condition humaine. Certes l’Homme est inévitablement confronté à des difficultés douloureuses, cependant, c’est face à l’adversité et aux épreuves qui le transforment que l’Homme acquiert toute sa grandeur. «Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux» écrit-il. Toute la subtilité et la force du message de RILKE, c'est de ne pas juger le travail de Franz, de ne pas s'attarder à des considérations techniques qu'il pourrait tirer de sa propre expérience, s'appuyant sur sa notoriété déjà certaine, mais de renvoyer Franz à lui-même, à son intériorité, de l'inciter et l'aider à trouver la réponse en lui. RILKE conseille au jeune poète à ne plus se soucier des opinions extérieures et à apprendre à rentrer en lui-même. «Car celui qui crée doit être son propre univers, et trouver tout ce qu'il cherche en lui et dans la nature à laquelle il s'est lié», dit-il. Ainsi, commence leur échange, dans lequel RILKE exprime son point de vue sur la création artistique et poétique, son avis sur la critique, sa profession de foi sur la solitude, puis sa théorie sur l'amour véritable. Si l’amour est ce qui unit à Dieu, l’art est ce qui donne sens à la vie terrestre de l’homme, ce qui définit son rapport aux choses éphémères et sa mission. «L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même», dit-il. Aimer, c'est devenir un monde, un monde en soi pour quelqu'un d'autre. Vivre en artiste, c'est vivre sans calculer, sans faire du temps un critère, c'est laisser s'épanouir au plus profond de soi, dans cette région où notre propre entendement n'accède pas, toute impression, tout sentiment. «Être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter, mûrir tel un arbre qui ne presse pas sa sève, et qui, confiant, se dresse dans les tempêtes printanières sans craindre que l'été puisse ne pas venir» précise-t-il. Etre en accord avec soi-même, voilà vers quoi il faut tendre sans craindre de se heurter à l'incompréhension des autres et en acceptant le conflit entre aspirations personnelles et réalité de la vie. Ne pas avoir peur de la solitude, la grande solitude intérieure qui devient «cette demeure à peine visible loin de laquelle passe le vacarme des autres». Le chemin que RILKE propose à Franz d'emprunter est particulièrement exigeant ; il est pavé de doutes et de souffrances. Mais il l'encourage à voir dans les difficultés une source de richesses intérieures, de celles qui font aspirer aux grandes choses et conduisent à la connaissance de soi et à l'acceptation de ce que l'on est vraiment. «Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus pour l'entreprendre», recommande-t-il. Le plaisir physique est une expérience sensible qui n'est en rien différente de l'intuition pure ou du sentiment pur dont un beau fruit comble la langue ; c'est une grande expérience, infinie, qui nous est accordée, un savoir du monde, la plénitude et la gloire de tout savoir. Et ce qui est mal ce n'est pas que nous ressentions ce plaisir ; ce qui est mal c'est que presque tout le monde mésuse de cette expérience et la dilapide.
B – Les Cahiers de Laurids Brigge : Une glorification de la pauvreté
«C’est ainsi ici que les gens viennent pour vivre ? Je serai plutôt de croire que l’on meurt ici», tel est l’incipit des  «Cahiers de Malte Laurids Brigge», un mélange singulier de fraternelle pitié, de solitude farouche, de misère, de douleur et d’inquiétude humaine. Le goût personnel de RILKE l’a toujours porté vers les déshérités. Paris écrase d’abord RILKE par son immensité même, qui en fait un désert humain avec la pauvreté, les rues noires, les maisons lépreuses, les quartiers populaires, les hôpitaux et les bibliothèques, les jardins, le silence, la peur, la maladie, la mort et les souvenirs des amoureux. Désarmé, anéanti dans cette ville tentaculaire, mesurant parfaitement la profonde détresse qui pèse sur les exclus, RILKE célèbre et glorifie les malades, les pauvres et les faibles. Les pauvres sont nécessaires à Dieu, parce qu’ils sont plus nus, parce que tout en eux, leurs regards profonds et lointains, leurs figures ravinées, leurs mains discrètement implorantes, leurs douloureuses déformations mêmes, toutes racontent l’histoire de la nudité de la vie. Dans la ville, le pauvre est bafoué, il est souillé, il est honteux. Pour RILKE, il faut laver le pauvre de cette souillure, ôter de leur cœur cette infamie, lever l’interdit qui enclot leur léproserie. Il faut rétablir le sens divin de la pauvreté. Dieu est pauvre, parce qu’il ne possède rien. Il faut faire descendre Dieu dans la vie terrestre et élever cette vie vers une aspiration de Dieu. Or, Dieu est en toute chose, il faut chercher à le découvrir, à travers les gens simples et pauvres. Par conséquent, chez les exclus tout est vrai, pur et s’approche de Dieu : «La pauvreté est un grand éclat intérieur» dit-il. Les pauvres de Paris, confinés dans leur absurde misère, ne sont pas les vrais pauvres. «La pauvreté est comme une grande lumière au fond du cœur», écrit-il. RILKE est un mystique, un religieux habité par la compassion. Ce livre d’un décousu très voulu, qui n’est ni histoire, ni roman, relate la peur. C’est le journal d’un artiste décadent à la recherche anxieuse de son moi. Les souvenirs défilent, puis s’arrêtent à ce château de l’angoisse vitale et congénitale, ses revenants, avec l’expérience d’une enfance maladive ; seule l’image de la mère peut apaiser ces douleurs. Petit bourgeois déclassé, isolé à Paris et sur le point de succomber à la misère, RILKE se défend avec un instinct de classe, contre sa déchéance sociale. Obligé, par la misère, de fréquenter le peuple, il ne pousse aucun cri de révolte, mais il est envahi par un sentiment d’attendrissement, une vague et inutile pitié face à la misère qu’il côtoie. Cette impuissance à agir et à créer décuple son angoisse devant la vie. L’homme étant en proie à la mort, dès sa naissance, s’unit, progressivement, à la nature en l’humanisant, en l’adaptant à ses besoins et son mode de vie. Pour s’affranchir de la mort, il faut l’accepter. Il faut s’intégrer au réel pour le transformer.
«Les Cahiers de Malte Laurids Brigge» sont une œuvre emblématique de la période parisienne de RILKE. Il y a des livres qui donnent tout de suite leur substance, et que le lecteur vide comme une bouteille. D’autres, au contraire, ont le miraculeux pouvoir de se recharger, entre chaque lecture, de force et de vie. Les «Cahiers de Malte Laurids Brigge» ont ce don magique. «C’est un livre décourageant et triste, empli de brume au travers de laquelle les personnages se profilent indécis et vagues comme des ombres, mais quelle œuvre de poète chargée neuve et de réflexions profondes !» écrit Maurice BETZ. A Paris, ville artificielle et mensongère, «impitoyable», mais pleine aussi de beautés rares, RILKE a une révélation complète de la misère, de la souffrance et de la mort. Errant, déraciné, nostalgique, dépris de lui-même et abandonné aux choses et à sa voix intérieur, Malte un personnage unique dans sa diversité, fondu d’abord avec RILKE lui-même, puis peu à peu, s’en détache, progressivement. «Malte est son frère douloureux, dont la chair frémissante semble porter les stigmates de tout ce qu’il a rencontré de bonheur ou de détresse, de honte ou de splendeur, au cours de son pèlerinage terrestre» écrit Geneviève BIANQUIS. RILKE «avait résolu d’élucider sa pensée, de voir clair en lui-même» écrit Edmond JALOUX. Les confessions de Malte «fournissent presque la preuve que la vie, ainsi suspendue au-dessus d’un espace sans fond est impossible». Il faudra désormais regarder la vie telle qu’elle est. Dans ces cahiers, un jeune danois à Paris tente vainement d'y affronter les éléments insaisissables de cette vie. Au sortir d'une enfance presque légendaire dans le château de ses ancêtres, le jeune danois, Malte Laurids Brigge, vaincu par la vie, solitaire et angoissé, se retrouve à Paris, ville de la misère, de la maladie et de la mort. Malte Laurids Brigge arpente le pavé parisien à la recherche de la réalité. Une réalité crue, qui sent «l'iodoforme, la graisse de pommes frites, la peur». Autour de lui, on meurt dans l'anonymat et le vacarme de la métropole, on se déchire au détour d'une ruelle sans même prêter attention à sa présence. Qu'elle est loin, la douce harmonie d'une enfance passée dans un château bordant la mer Baltique. Chaque visage déformé par la misère s'imprime de façon indélébile dans l'âme de Malte, qui veut tout voir, tout entendre et tout éprouver. Cette terrifiante expérience rend criante une vérité que son éducation avait cherché à occulter : la mort est une chose que chaque être porte en lui. Ses cahiers sont le livre de la souffrance, où affluent les souvenirs et les angoisses de RILKE. Malte écrit pour conjurer ses angoisses, sans jamais tenter de se détourner de la violence du monde, car l'épreuve de l'art ne peut se satisfaire de faux-semblants. «Etre aimé, c’est se consumer dans la flamme. Aimer, c’est luire d’une lumière inépuisable. Etre aimé, c’est passer ; aimer c’est durer», souligne-t-il. C’est une confession d’un poète qui, conscient de son désarroi intérieur, veut le surmonter et le dépasser, avec une part de nostalgie et de rêve, comme dans les «souffrances du jeune Werther» de GOETHE. Le héros de ce roman, Malte, a appris à voir la vie en face : «J’apprends à voir. Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi profondément, et ne demeure pas où jusqu’ici cela prenait toujours fin. J’ai un intérieur que j’ignorais. Tout y va désormais. Je ne sais ce qui s’y passe».
C – Les élégies de Duino, les sonnets à Orphée, la célébration de la vie et mort
Dans la tour de Muzot, près de Sierre, dans le Valais, RILKE achève les Élégies et compose, dans une véritable fièvre poétique, les «Sonnets à Orphée». La poésie était, chez lui, le suprême affleurement de cette vie intérieure. «Ainsi la vie n’est que le rêve d’un rêve. Mais l’état de veille est ailleurs», dit-il. Dans son ouvrage «Elégies de Duino», paru pour la première fois en 1923, RILKE avance que, face à la complétude de l’ange, l’homme n’est qu’imperfection, aspiration vaine, impuissance. Dans les élégies, l’affirmation de la vie et de la mort se révèlent ne faire qu’un. La mort est la face de la vie détournée de nous. «Voici un poème terrible, né de l’angoisse qu’éprouve l’homme de notre temps. Jamais l’art poétique n’a poussé aussi loin sa recherche ; l’humaine condition y est mise à nue. Dès les premiers vers s’élève cette interrogation : qui donc pourrait venir à notre secours souligne Jean ROUNAULT, traducteur des élégies. «Qui donc nous a retournés de la sorte pour que, quoi que nous fassions, nous ayons toujours l'attitude de  celui qui s'en va ?» s’interroge-t-il. RILKE devant l’angoisse de la vie et de la mort, se fait rassurant «sans doute as-tu troublé son cœur, ce sont des peurs les plus anciennes, qui l’assaillent à travers toi».
Pendant des millénaires, l’homme a essayé de chasser la peur pour s’installer dans un monde de quiétude. Il n’a accepté que ce qu’il pouvait concevoir clairement. Dieu, l’amour, la mort, ces réalités évidentes, l’homme a usé de subterfuges pour les dissimuler. En se comportant ainsi, il voulait se rassurer lui-même. «Même si les lampes s’éteignent, même si l’on me dit : il n’y a rien plus rien, je resterai pourtant. Il y a toujours à regarder» écrit-il. Mais derrière cet écran de fumée, l’artiste reste assailli par d’angoissantes questions sur les forces de la nature et la beauté : «Le premier degré du terrible que nous supportons tout juste parce que, dans sa grandeur, peu lui chaut de nous détruire» écrit RILKE. Les «élégies de Duino» sont le résultat de cette expérience du poète, d’une vie riche et chaotique où il a confessé sa pauvreté et sa richesse ; «Ô arbres de la vie, à quand l'hiver ? Nous ne sommes point accordés, point avertis comme les oiseaux migrateurs. Dépassés, nous nous accrochons trop tard, tout à coup aux vents pour retomber sur un lac indifférent. Simultanément, nous avons conscience de fleurir et de nous flétrir. Et quelque part marchent encore des lions qui, dans leur magnificence, ignorent toute faiblesse» écrit-il. Ces élégies sont comme la musique qui «nous saisit, nous console et nous maintient» dit-il. Les élégies de Duino est, sans conteste, son oeuvre majeure. Ce recueil souligne le désarroi de la créature humaine qui se sent étrangère dans un monde abandonné par la beauté et par le sacré. Hantée par la fuite du temps et de la mort, elle se révèle impuissante à participer pleinement à la vie universelle. C’est une lyrique et romantique œuvre sur le sens de notre existence : «Certes, il est étrange de ne plus habiter la terre, ne plus avoir à se servir de gestes à peine appris, aux roses et à tant d'autres choses si pleines de promesses ne plus accorder le sens d'un avenir humain ; n'être plus ce qu'on a été entre des mains infiniment fragiles et abandonner jusqu'à son nom comme un jouet cassé. Etrange de ne plus désirer ses désirs. Etrange de voir flotter sans lien dans l'espace tout ce qui jadis fut lié. Etre mort est laborieux et plein de reprises jusqu'à ce que peu à peu on devine un peu d'éternité» écrit-il.  Cette réflexion sur la mort atténue ainsi l'angoisse et permet de libérer la liesse que l'on doit ressentir à être au monde. Dans ces conditions, le rôle du poète s'impose : il doit s'efforcer de rendre compte de ce jaillissement de l'existence dont la saisie est seule capable de faire reculer l'angoisse.
Les «Élégies» portent les traces de la crise que RILKE vient de traverser et il y exprime, avec profondeur et ampleur, sa conception de la vie et du monde. La grandeur de l’enfant est faite de son ignorance de la mort, à l’adolescence, il se réfugie dans l’amour qui est illusoire, car le désir est plus fort que lui et restant insatisfait et engendre ainsi la douleur. La vraie valeur de la vie, c’est le dépassement permanent. Après une longue période d’errance et d’aridité, RILKE se pose enfin et célèbre la pleine adhésion au réel ; il chante la splendeur de l’Ephémère, du Transitoire, du Caduc, des choses terrestres et de notre destinée : «L’affirmation de la vie et celle de la mort se révèlent comme n’en formant qu’une. La mort est le côté de la vie qui n’est pas tourné vers nous et que nous n’éclairons pas». Nous sommes chez nous dans le double domaine de la Vie et de la Mort : «Il n’y a ni un en deçà, ni un au-delà, mais la grande unité dans laquelle les êtres qui nous surpassent, les Anges, sont chez eux». C’est une ascension de RILKE hors des ténèbres de l’angoisse vers la lumière et la sérénité, c’est un oui à la vie. Dans son art poétique, inquiet des questions de la vie et de la mort, croyant en la théosophie et partisan de la réincarnation, RILKE draine des valeurs nouvelles, et ses élégies sont entièrement dominées par une vision altière de l’ange. En effet, une multitude de création s’y bousculent : au premier étage les choses d’art, à l’étage supérieur, les bêtes dont l’oiseau habitant «l’Ouvert» cet espace idéal qu’est la mort, au 3ème étage les humains avec les Saints et les Héros, au 4ème étage le bourgeois déguisé et au 5ème étage l’acrobate virtuose douloureusement vide, mais aussi les exclus, les délaissés ou déshérités. L´étage le plus élevé est «celui où on aurait jadis logé Dieu ou les dieux» et dans lequel RILKE se contente d´imaginer ses «anges», un degré supérieur de l’homme. J.-F. ANGELLOZ voit en l’ange «celui qui a subi l’épreuve ; il a franchi les bras chargés de fruits de la célébration, la porte qui donne accès à l’autre domaine, il sait que dans le cercle de l’évolution vitale, il n’y a pas d’arrêt, que par une suite de métamorphoses, l’homme s’élève de l’état d’homme à l’état d’ange et tend vers Dieu, Ange des Anges». Même si sa vision de l’ange, non intercesseur, n’est pas chrétienne, c’est un être qui nous surpasse, une figure supra-humaine, supra-terrestre. Comment échapper à la facilité de notre condition ? «Qui donc, si je criais, m’entendrait, d’entre les ordres des anges ?  Et cela serait-il, même, et que l’un d’eux, soudain, me prenne sur son cœur : trop forte serait sa présence et j’y succomberais. Car le beau n’est rien d’autre que le commencement du terrible. (…) Tout ange est terrible» dit-il dans la première élégie. Cette première élégie développe les thèmes de la solitude spirituelle et morale de l’homme, le mystère de la mort. La détresse de l’homme qui ne peut avoir recours ni à l’ange, ni à ses semblables, ni aux choses, est de n’avoir aucune part à l’éternel. La vie consciente de l’homme s’est formée dans l’angoisse de la mort. Cependant, RILKE tente de dépasser l’obsession de la mort en trouvant dans le monde l’esprit d’un motif d’espérance. Dans l’ange, toutes les limitations humaines sont supprimées et tous les contraires sont dissous et réconciliés. Notre condition est de vivre dans et par le temps, donc en face de la mort.
Face à la complétude de l'ange, l'homme n'est rien qu'imperfection, aspiration vaine, impuissance. «Tout ange est effroyable. Pourtant, malheur à moi ! Je vous invoque, oiseaux de l’âme presque mortels, sachant bien qui vous êtes. Qu’il est loin le temps de Tobie, où l’un des plus radieux se tenait à la porte un peu déguisé pour le voyage, cessant déjà d’être effrayant (Simple jeune homme pour le jeune homme qui, avec curiosité, le regardait)» dit-il dans la seconde élégie. La deuxième élégie, une puissance poétique, est une admiration et variation sur le thème de la fugacité de la vie, l’homme étant un être qui se dissipe et se dissout sans cesse. «Les élégies de Rilke sont un des hauts textes, un mystère, dont on ne s’approche pas sans un lent travail, sans ces fécondes patiences intérieures d’où naissent toutes métamorphoses, ni ces éclairs de l’enthousiasme, soudain, qui découvrent les longues perspectives matinales sur le paysage, accusant, comme par degrés, les progrès de l’ascension. Comprendre est le fruit de l’amour.» écrit Armel GUERIN. L'amour lui-même est impuissant à nous transformer, tout au plus peut-il nous empêcher de sombrer et de retourner dans le «dieu-fleuve du sang», la longue lignée des ancêtres qui empêchent tout envol. «Jusque dans l’amour se manifeste la déchéance de l’homme» écrit-il. Les trois poèmes suivants vont évoquer trois figures (la poupée, le saltimbanque, le héros) qui s'avèrent insuffisantes : «L'hostilité, nous est le plus prochain», car l’enfance n'est qu'un moment qui a tôt fait de sombrer dans la vie des préoccupations factices. Avec la cinquième «Élégie», le ton semble changer. Les saltimbanques, inspirés d'un tableau de Picasso, préfigurent, quoique de façon encore insuffisante, une sortie hors du monde de la pesanteur. A la sixième élégie, le héros ignore les dangers de la réflexion et des longues hésitations. Tout, en lui, pousse à l’action, le destin commande sa vie qui a de l’impétuosité du torrent. Le héros, être symbolique et exceptionnel, réalise déjà la métamorphose à venir, il connaît sa finitude et conjugue étroitement la vie avec la mort. «Étrangement proche est le héros de ceux qui sont morts trop jeunes. Peu lui importe de durer» écrit-il. Hanté par une mort prématurée, sa septième élégie chante l’héroïsme de la pensée, l’humanité sublime. La densité de la vie que nous ambitionnons ne nous vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur ; il faut donc se retourner vers sa bien-aimée, et donc vers la terre et la vie. Le passé disparaît, il faut le reconstruire, intérieurement. La tâche de l’artiste est de reconstruire la grandeur du passé. C’est par l’héroïsme de sa pensée, que l’homme s’est dépassé et se survit, grand même en face de l’ange. Les élégies 7 à 9 traitent du monde ouvert, l’infini temporel. L’Ouvert, c’est «le pur, l’insurveillé, que l’on respire, que l’on sait infini et ne convoite pas» écrit-il. RILKE est hanté par la question du temps, il a cru vivre un instant ce monde intemporel. L’animal, avec son instinct, n’a pas conscience du temps, et donc de la mort. Pour lui, le sentiment de l’infini existe dans l’enfance, dans l’amour et chez les mourants quand s’abolit la conscience et la peur de la mort. L’élégie finale relate un paysage de désolation, la Vallée où habitent les Lamentations.
Empreint de mysticisme RILKE prolonge cette réflexion dans les «Sonnets à Orphée», un véritable monument funéraire ; RILKE célèbre le héros qui met en jeu sa vie, et magnifie la mort en évoquant le souvenir d'une jeune fille, Véra KNOOP, amie de sa fille Ruth, morte de leucémie, en 1919, à l'âge de dix-neuf ans. Véra, privée de danse, pendant sa maladie, s’exprimait à travers la danse et la musique. Orphée et son chant de louange sont au cœur de cette œuvre ; ce qui est chanté c’est «l’être-ici», la présence au monde, ou le regret de sa perte. Les Sonnets, contrairement aux Elégies, sont comme il se doit rimés, et pour l’essentiel mesurés et rythmés. RILKE revient sur ses thèmes favoris, la solitude, la pauvreté et la mort.  «Les Sonnets à Orphée», cycles de 55 sonnets, sont considérés comme le chef-d'œuvre de RILKE et la meilleure expression de son talent. Dans la mythologie grecque, l’art d’Orphée est un art véritable, reflet des passions humaines, un art puissant, capable de rendre les hommes meilleurs et sensibles à la beauté. Orphée, qui n’a pas pu ramener de l’Enfer, sa bien-aimée Eurydice, ne cesse de chanter son bonheur d’aller la retrouver. Fasciné par la mort, pour RILKE, le vivant n’atteint sa pleine intensité que si, à chaque instant, le vécu s’entend, en quelque sorte, résonner sur le néant. «Tout ce qui est vitesse ne sera jamais dépassé ; car tout ce qui séjourne, qui seul nous initie», dit-il. L’inquiétude de vivre hante RILKE. Le poète est pour lui, Orphée le médiateur, à qui l’amour, la douleur et la poésie ouvrent les portes du monde souterrain. Vivre avec les morts comme s’ils étaient vivants encore, ou comme si nous étions déjà morts, c’est le secret magique de l’amour et de la poésie. La mort est une puissance tutélaire libératrice. Orphée, poète et musicien, initié à la mort, participe de l’universel et son immortalité : «Seul, celui qui a porté la lyre, jusque parmi les Ombres, sait sur quel ton une louange infinie doit résonner sur la lèvre de l’Infinie. Seul, celui qui a goûté avec les morts, au pavot dont ils se nourrissent, perçoit les plus subtiles musiques et sait retenir l’Insaisissable» écrit-il.
Très souffrant, depuis 1923 d’une leucémie, RILKE meurt le 29 décembre 1926 au sanatorium de Val-Mont, près de Montreux, en Suisse. Conformément à ses dernières volontés, il repose au cimetière villageois de Rarogne, dans le Valais. «Seigneur, donne à chacun sa mort, sa mort à lui, une mort qui vraiment sorte du fond de notre vie. Car nous ne sommes, nous autres mortels,  que l’écorce et la feuille : la Grande mort que chacun porte en soi, voila le fruit auquel ici bas tout aspire» écrit RILKE. Il meurt au moment où se levait, pour lui en France, l’aube d’une notoriété qu’il n’avait pas recherchée. Pour RILKE, poète de l’amour, «Dieu est une direction donnée à l’Amour», la mort est pour lui ce «moment qui nous permet de regarder au dehors avec un grand regard d’animal». Là il rejoint NOVALIS : «L’univers n’est-il donc pas en nous ? Nous ne connaissons pas les profondeurs de notre esprit. L’éternité est en nous, avec ses mondes, passés et à venir». Longtemps après sa disparition, l'oeuvre de Rainer Maria RILKE reste toujours très vivante, parce qu'elle peut parler à chacun. Par-delà les différences de culture et de sensibilité. Si nous cherchons des réponses à nos questions les plus fortes, alors RILKE devient un vrai passeur : celui qui aide à montrer le chemin.  Maurice BETZ, dans son ouvrage «Rilke vivant», estime que cet auteur est désormais dans notre cœur,  à l’abri de la mort, cette mort dont il avait si bien tant parlé et qu’il a, finalement, vaincue. «Mais est-il mort ? L’est-il beaucoup plus que lorsqu’il vivait parmi nous ? Il était si peu sur la terre. Il habitait un climat de poésie pure, une région de tendresse, d’intelligence et de détachement, où les haines n’ont point de place, où l’on ne connaît que ce qui est digne d’amour, la beauté, la pitié» écrit Louis GILLET. «Peut-être que les morts sont ceux qui se sont retirés à l’écart, afin de méditer sur la vie» dit RILKE. Regarder la mort, c’est la faire évanouir : «Près de la mort, on ne voit plus la mort» écrit-il.  En définitive, RILKE nous a enseigné «une façon de nommer les choses, et par elles d’entrer en nous, une façon de participer à la vie, à ce qu’il y a en elle de plus grand, de plus mystérieux, de plus pathétique» écrit Maurice BETZ.
Bibliographie sélective
 
1 – Ouvrages de RILKE

RILKE (Rainer-Maria), «L’amour de Marie-Madeleine», sermon du XVème siècle, traduit par Paule Reuss, La Revue Hebdomadaire de Paris, 8 mai 1937, pages 149-166 ;
 
RILKE (Rainer-Maria), Au fil de la vie, contes et récits de jeunesses, traduction de Hélène Zylberberg et Louis Desportes, Paris, «Je sers», 1937, 256 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Rainer-Maria Rilke, dits et maximes de vie, textes choisis et traduits par  Gérard Pfister,  Paris,  Arfyen, 2018, 170 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Auguste Rodin, Bressuire, Imprimerie Jolly, 1999, 164 pages et Paris, Max Cheil, 2017, 110 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Chant de l’amour et de la mort de Cornette Christoph, traduit par Maurice Betz, Paris, Emile-Paul, 1957, 41 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Correspondances (1909-1926),  recueillies par André Gide, introduction et commentaires de Renée Lang,  Paris, Corrêa, 1952, 262 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Correspondances avec Marie de la Tour et Taxis,  Paris, A Michel, 1960, 381 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l’Ici-Bas, suivi de Lettres à Emile Verhaeren, Paris, Arfyen, 2006, 116 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Elégies de Duino suivis de Sonnets à Orphée, Paris, L’Harmattan, 2010, 206 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), FLOUQUET (Pierre-Louis), Le livre de la vie monastique, Paris, éditions du Cahier du «Journal des poètes», 1934, 62 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Fragments en prose, Paris, Emile-Paul et Frères, 1929, 187 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Histoire du bon Dieu, traduction de Maurice Betz, Paris, Emile-Paul Frères, 1927, 187 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), L’amour inexaucé, textes choisis et présentés par Michel Midal, Paris, Points, 2009, 86 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), La vie de Marie, traduction de Claire Lucques, Paris, Arfyen,  1989, 70 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Le livre d’heures, Poésie, Paris, Le Cri, 2005, 221 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Le livre de la pauvreté et de la mort, Paris, Arfyen, 1977, 99 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Le roi Bohusch, préface d’Edmond Jaloux, Paris, Emile-Paul et Frères, 1931, 119 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Le vent du retour, traduction de Claude Vigée, Paris, Arfyen,  1989, 111 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Les amantes, traduction de Maurice Betz, Paris, Emile-Paul et Frères, 1944, 105 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Les cahiers de Malte Laurids Brigge, traduit de l’allemand par Maurice Betz, préface de Patrick Modiano, Paris, Seuil, 1996, 223 pages et Paris, Gallimard, 1991, traduction Claude David, 283 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Les lettres à Lou Andréas-Salomé, Paris, Fayard, 2005, 128 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Les lettres à Paul Cézanne, préface de Philippe Jaccottet, Paris, Seuil, 1991, 86 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Les lettres de Paris (1902-1910), Paris, Rivages Poche, 2005,  305 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Lettres à Rodin, préface de Georges Grappe, Paris, éditions Lapina, 1928, 167 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Lettres à un jeune poète, Paris, 1956, traduction de Bernard Grasset, 149 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Lettres à une amie vénitienne, préface et annotations de Michel Itty, Paris, L’Herne, 2016, 206 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Lettres autour d’un jardin, Fouad El-Etr éditeur scientifique, Paris, La Délirante, 2014, 61 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), NEVAR (Elya Maria), Une amitié de Rainer-Maria Rilke : rencontres, entretiens, notes, lettres inédites, avant-propos Marcel Pobé, Paris, Albin Michel, 1964, 220 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Œuvres poétiques, Marie-Hélène Quéval, éditeur scientifique, contributions de Bernhard Böchsenstein et autres, Nantes, éditions du Temps, 2004, 223 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Poésies d’amour, traduction de Sibylle Muller, Paris, Circé, 144 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Rainer-Maria Rilke, textes choisis par Pierre Desgraupes,  Paris, Seghers, 1977, 185 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Rilke et la France, essai et souvenirs de Raymond Jaloux, Paul Valéry, André Gide et autres, Paris, Plon, Bruxelles, De Kogge, 1943, 320 pages ;
RILKE (Rainer-Maria), Vergers, Paris, Gallimard, 1941, 92 pages.
2 – Critiques de RILKE
 
ANDREAS-SALOME (Lou), Rainer Maria Rilke, traduction de Jean Le Rider, Paris, Maren Sell, 1989, 121 pages ;
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ANGELLOZ (Joseph-François), Rainer-Maria Rilke : l’évolution spirituelle du poète, Paris ; P. Hartmann, 1936, 388 pages ;
BEDA (Alleman), «Rilke et Mallarmé, développement d’une question fondamentale de la poésie symboliste», Poésie, 2008, (4) n°126, pages 96-111 ; 
BETZ (Maurice), «Le visage de Rilke», Les nouvelles littéraires, 8 janvier 1927, 6ème année, n°221, page 5 ;
BETZ (Maurice), «Rainer Maria Rilke», La Revue Hebdomadaire de Paris, 22 janvier 1927, 36ème année, n°4, pages 454-463 ;
BETZ (Maurice), Rilke à Paris et les cahiers de Malte Laurids Brigge, préface André Sigfried, Paris, Emile-Paul Frères, 1941, 289 pages ;
BETZ (Maurice), Rilke vivant : souvenirs, lettres, entretiens, Paris, Emile-Paul Frères, 1937, 281 pages ;
BETZ (Maurice), Une petite stèle pour Rainer Maria Rilke : suivi de quinze sonnets à Orphée,  Strasbourg, J. Heissler, 1927, 73 pages ;
BIANQUIS (Geneviève), «Rainer Maria Rilke (1875-1926», Les langues modernes, avril 1927, 25ème année, n°3,  pages 215-218 ;
BIANQUIS (Geneviève), La poésie autrichienne de Hofmannsthal à Rilke, Paris, Presses universitaires, 1926, 335 pages ;
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BLANCHOT (Maurice), «Rilke et l’exigence de la mort», L’Espace littéraire, Paris, 1988, pages 121-166 ;
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TOUR et TAXIS, de la (Marie), Souvenirs sur Rainer-Maria Rilke, préface de Maurice Betz, Paris, Emile-Paul frères, 1936, 217 pages ;
VALERY (Paul), Reconnaissance à Rilke, Paris, Emile-Paul Frères, 1926, 160 pages ;
VAUDOYER (Jean-Louis), «Hommage à RILKE», La revue hebdomadaire, 15 janvier 1927, 36ème année, n°3, pages 354-357 ;
WINKELVOSS (Karine), Rainer Maria Rilke, Paris, Belin, collection “voix allemandes”, 2006, 191 pages ;
WINKELVOSS (Karine), Rilke, la pensée des yeux, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle, 2004, 360 pages ;
WINKELVOSS (Karine), Rilke, la pensée des yeux, préface de Georges Didi-Huberman, Paris, Presse de l’Institut d’allemand, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2004, 360 pages ;
ZERMATTEN (Maurice), Les dernières années de Rilke, Fribourg (Suisse), éditions Le Cassetin, 1975, 235 pages ;
ZYLBERBERG (Hélène), «Rilke et Rodin», Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, 15 janvier 1933,  pages 36-51.
Paris, le 1er novembre 2015, actualisé le 27 juillet 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
Rainer Maria RILKE, écrivain allemand, amoureux de la France et ami de RODIN.
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