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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 19:51
«Stefan ZWEIG (1881-1942) cosmopolite, humaniste, un lumineux et tragique portraitiste du déchirement intérieur» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Ecrivain, dramaturge, chroniqueur, traducteur, nouvelliste et biographe, Stephan ZWEIG, contrairement à bien de grands écrivains, peu reconnus de leur vivant, a été auréolé d’un immense succès, bien avant sa mort tragique, à Petrópolis, au Brésil. Prolifique, d’une œuvre dense et diversifiée, par la sereine puissance de son élégante et sobre expression écrite, la pureté de sa prose, Stefan ZWEIG n’a jamais connu de Purgatoire, et a même éclipsé de grands écrivains contemporains. «J'admire l'art avec lequel votre langue épouse les pensées, tout comme les vêtements que l'on imagine transparents épousent le corps de certaines statues antiques» lui écrit Sigmund FREUD. De nos jours, plus de 80 ans sa mort, la vente de ses livres témoigne d’un grand engouement encore jamais démenti. Auteur le plus lu, ses livres inspirent des réalisateurs de cinéma. «Ce parfait homme de lettres en apparence est un artiste qu’attire la foudre – les folies d’Amok ou les tabous de la vie des femmes, que celles-ci osent à peine s’avouer à elles-mêmes, leurs voluptés secrètes. Ami de Romain Rolland, d’Emile Verhaeren, de Thomas Mann, de Joseph Roth, tous grands Européens qui croyaient comme lui à la paix, à l’amitié, dans un monde ouvert et concilié, cet écrivain raffiné, choyé par les élites, aurait pu demeurer comme l’archétype d’une civilisation disparue. On aime son style, rapide et sûr. Sa compassion, inégalable. Sa sensibilité d’écorché vif. Peut-être aussi les lueurs sombres, les fumées délétères de son œuvre, qui correspondent si bien à nos angoisses, à nos tourments contemporains» écrit Dominique BONA, un de ses biographes. Héritier d’Emmanuel KANT (1724-1804), précurseur de l’idéal européen, visionnaire, il voulait mettre son talent littéraire, au service de la Raison, à rebours des idées dominantes, pour un monde de paix, de fraternité et du multiculturalisme. «Les idées n’ont pas véritablement de patrie sur terre, elles flottent dans l’air entre les peuples» dit Stephan ZWEIG. Tout ce qui encore largement défaut à notre époque, avec la résurgence des forces du Chaos. «Stefan Zweig appartient à une espèce qui n’est peut-être pas en voie de disparaître, du moins, je l’espère, mais qui est sérieusement menacée par les conditions actuelles, et qui ne se perpétue qu’à travers toutes sortes de difficultés : celles de grands Européens» disait déjà en 1939, Jules ROMAINS (1885-1972).
Ame inquiète et sensible, séducteur, mélancolique, hyperactif, animé d’une passion intérieure, disséquant les moindres recoins émotionnels de ses personnages, entre biographies et fictions, Stefan ZWEIG, c’est du FREUD en littérature, une contribution littéraire psychologique, un voyage dans les zones inexplorées et obscures de l’esprit humain, au carrefour de la souffrance, de la solitude et de l’incompréhension. «J'appartiens à cette génération d'esprits qui n'est redevable presque à personne autant qu'à vous en matière de connaissance, et je sens, avec cette génération, que l'heure est proche où votre exploration de l'âme, d'une si considérable importance, deviendra un bien universel, une science de dimension européenne» écrivait Stefan ZWEIG à Sigmund FREUD. En effet, sa contribution littéraire est dominée par le déchirement de ses personnages par de fortes émotions, une explosion et un déchirement intérieur, des douleurs, à peine contenues, et, dans son pessimisme, une faible lueur d’espoir dans cette exploration de l’âme humaine. Il associe l’inquiétude à la curiosité et à la création intellectuelles «Qui éprouve de vifs sentiments observe peu. Les gens heureux sont de mauvais psychologues. Seul un individu inquiet aiguise ses sens au maximum. L’instinct du danger lui insuffle une perspicacité qui dépasse de loin celle qui est naturelle» dit Stefan ZWEIG. En particulier, homme anxieux, voire dépressif et s’insurgeant contre toutes les formes d’intolérance des esprits étriqués, Stefan ZWEIG a célébré Baudelaire et Nietzsche, des destinées fulgurantes et sombres, où les éclairs du génie créateur illuminent des vies brèves, en proie à l’excès, à la démesure, parfois à la folie. «On peut tout fuir, sauf sa conscience» dit-il. Stefan ZWEIG est, dit-on, à la littérature ce que Johannes VERMEER (1632-1675) est à la peinture : des oeuvres de petit format, rares et délicates, où l'on voit entrer la lumière par un puits invraisemblablement limpide et se poser comme un voile de gaze sur les personnages pour délimiter leurs courbes en clair-obscur et laisser suggérer le reste.
Les mémoires de Stefan ZWEIG ont un titre évocateur : «Le monde d’hier, souvenirs d’un Européen», une réflexion prémonitoire et pessimiste du triomphe du fascisme. «Même la plus pure vérité, quand on l’impose par la violence, devient un pêché contre l’esprit» écrit Stefan ZWEIG. Ayant connu la Première guerre mondiale qui a ruiné l’empire Austro-hongrois, il s’est insurgé contre la montée du nazisme «J’ai été le témoin de la plus effrayante défaite de la Raison et du plus sauvage triomphe de la brutalité qu’atteste la chronique des temps» écrit-il. «Le sentiment provisoire domine ma vie» écrit-il dans ses mémoires. Stephan ZWEIG est célèbre pour ses nouvelles. Ses écrits, d’une rare concision, avec une grande profondeur, relate les tourments intérieurs «Cette voix, c’est d’abord une écriture sobre, élégante et fluide, qui a l’air de couler de source» écrit Dominique BONA. Homme discret et silencieux, Stefan ZWEIG, un cosmopolite, d’une grande curiosité, est surtout d’une redoutable efficacité narrative ; il sait constamment captiver l’attention du lecteur.  
Stephan ZWEIG est moins connu en sa qualité de biographe. Et pourtant, au carrefour de l’histoire, de la littérature et de la philosophie, c’est un excellent portraitiste (Cicéron, Baudelaire, Balzac, Dostoïevski, Erasme, Fouché, Marie-Antoinette, etc.). Stefan ZWEIG est un intellectuel et un humaniste qui a consacré sa vie à la paix et à la conciliation à travers ses discours et ses œuvres littéraires. Dans la biographie qu’il a consacrée à Erasme, il condamne les esprits étriqués et haineux : «Au lieu d’écarter les vaines prétentions des roitelets, des sectateurs et des égoïsmes nationaux, la mission de l’Européen est au contraire d’insister sur ce qui lie et unit les peuples, d’affirmer la prépondérance de l’européen sur le national». Erasme est l’humaniste qui a subi, sous LUTHER, les mêmes avanies que les humanistes allemands sous Adolphe HITLER. Aussi, ZWEIG veut proposer une analogie, donc une haine du fanatisme, des visions nationalistes et revanchardes ; c’est un visionnaire, un Européen avant la lettre.
Second fils de la riche bourgeoisie juive viennoise, Stefan ZWEIG né le 28 novembre 1881, à Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois. Son père, Moritz ZWEIG (1845-1926), originaire de Moravie, a donc fait fortune comme fabricant de tissus, un homme distingué et modeste ; Stefan hérite de lui le goût de la discrétion. Sa mère, Ida BRETTAUER (1854-1938), est la fille de banquiers suisses allemands, originaires d’Ancône (Région des Marches, Italie), et réinstallés à Vienne. Stefan ZWEIG n’a pas repris l’entreprise familiale. Sa situation de fortune le délivrant des préoccupations matérielles, c’est la seule curiosité qui guide ses études. Curieux, Stefan ZWEIG l’est à la fois de philosophie et de belles-lettres, d’histoire et de voyages, à la découverte des littératures étrangères. Il voulait «donner à son existence l’amplitude, la plénitude, la force et la connaissance, de la lier aussi à l’essentiel et à la profondeur des choses». Par conséquent, né avant la Première guerre mondiale, le jeune Stefan a vécu dans son enfance, dans une ère de paix et de prospérité et habité, avec sa famille, les beaux quartiers de Vienne, une ville multiculturelle légère, une capitale des arts et lettres. En dehors de banales «taquineries occasionnelles», il se souviendra, dans ses mémoires, avec beaucoup de nostalgie, que personne alors ne lui a jamais «suscité le moindre embarras ou témoigné du mépris, parce qu’il était Juif». Après le lycée, il est entré à l’université. Mais ce qui a le plus séduit à Vienne, ce sont ses cafés, hauts de rencontres et de bouillonnement culturel. Jeune adolescent timide et réservé ses lectures de Johann Wolfgang Von GOETHE (1749-1832) et de Friedrich Von SCHILLER (1759-1805) ont fait naître en lui une ambition littéraire. A Vienne, il fera de belles rencontres avec de nombreux artistes, notamment avec Johannes BRAHMS (1833-1897), Arnold SCHOENBERG (1874-1951), Rainer-Maria RILKE (1875-1928, voir mon article). Il commence en 1900 par faire éditer des poèmes, «Les cordes d’argent» et en 1907, «Les guirlandes précoces». Il écrit aussi des nouvelles dès ses débuts, qui seront ses chefs d'œuvre. Mais les éditeurs les ont refusées, sauf l'une «Dans la neige» relatant l'histoire tragique d'une communauté juive. Cette nouvelle paraît dans «Die Welt» un journal viennois sioniste, fondé par Théodor HERZL (1860-1904) fondateur, au congrès de Bâle (Suisse), du mouvement sioniste, dont l’objectif  de rassembler les Juifs du monde entier, et créer pour eux un Etat.
A Berlin, Stefan ZWEIG découvre les romans du russe Féodor DOSTOEIVSKI (1821-1881), spécialiste du roman psychologique, et lui consacrera une biographie. Zweig s’identifie souvent aux personnages sur lesquels il écrit, retrouvant en eux des similitudes avec sa propre personne, ou bien admirant les qualités de l’un, enviant le courage d’un autre. Les qualités humaines priment à ses yeux, les héros peuvent être de nature différentes. Les trois biographies de Balzac, Dickens et Dostoïevski, représentent des types de constructeurs épiques de l’univers, qui, dans le «cosmos» de leurs romans, juxtaposent une seconde réalité à celle existante. La route que suivent ces trois auteurs ne conduit pas comme chez les précédents dans le monde réel ou dans l’infini, mais elle les ramène simplement à eux-mêmes. Ils sentent instinctivement que la mission essentielle de leur art n’est pas de dépeindre le macrocosme, la plénitude de la vie, mais de dérouler devant le monde le microcosme de leur vie.
Stefan ZWEIG soutiendra à Vienne, une thèse de doctorat sur l’historien et philosophe français, Hyppolite TAINE (1828-1893). Aussi, d’une famille aisée, Stefan ZWEIG entame une série de voyages à travers l’Europe et le monde entier. Polyglotte, outre l’allemand, l’anglais et l’italien, Stefan ZWEIG a étudié le grec et le latin, et a une grande appétence pour la langue française qu’il parle et l’écrit couramment. Il est «un pèlerin passionné et toujours en voyage, parcourant tous les champs de la civilisation» écrit Joseph GIUDICIANNI. Stefan ZWEIG découvre donc Paris, la ville lumière et de culture qu’il affectionne, «ce Paris de ma jeunesse» et fréquente Café Vachette, 27 boulevard Saint-Michel, Paris 5ème, aujourd’hui disparu, où le poète Paul VERLAINE (1844-1896) consommait l'absinthe. En 1910, il écrira une biographie sur cet artiste français et fera traduire ses ouvrages en allemand. En février 1911, il fera la connaissance de Romain ROLLAND (1866-1944, voir mon article), résidant à l’époque, au 162 boulevard de Montparnasse, à Paris 14ème ; ils partagent le même idéal de paix et de fraternité entre les peuples.
Entre 1919 et 1934, Stefan ZWEIG s’installe à Salzbourg ; C’est là qu’il écrit quelques-unes des nouvelles qui lui apportent une célébrité mondiale : (Amok en 1922, la Confusion des sentiments en 1926, les Heures étoilées de l’humanité en 1928, Vingt-Quatre Heures de la vie d’une femme en 1934, Freud, la guérison par l’esprit en 1931). Avec la nouvelle, Stefan trouve  voie et s’affirme bientôt comme le peintre minutieux et magistral des drames de l’être intime. Parallèlement, il fait œuvre de biographe et d’essayiste avec, en 1919, Trois maîtres (Dostoïevski, Balzac, Dickens), en 1925 la Lutte avec le démon (Kleist, Hölderlin, Nietzsche). Lorsqu’il interroge la vie de ces écrivains, il mêle librement le portrait clinique à la biographie et, par l’analyse des tourments et des motivations intérieurs, tente d’éclairer les mécanismes de la création. Son goût pour l’histoire lui inspire encore des vies de Fouché, de Marie-Antoinette, de Marie Stuart. Plus que par le rôle historique qu’ont joué ces personnages, Stefan ZWEIG explore ces figures pathétiques ou leurs destins d’exception.
En 1934, Stefan ZWEIG vient s’établir à Londres pour y poursuivre les recherches préparatoires à sa vie de Marie Stuart. Son voyage n’a aucun motif politique, mais bientôt l’invasion de l’Autriche par les troupes d’Adolphe HITLER et sa réunion à l’Allemagne nazie dissuadent l’écrivain de rentrer dans son pays. C’est durant cet exil qu’il écrit Brûlant Secret (1938) et son unique roman, la Pitié dangereuse (1939). En 1940, il devient sujet britannique.
Au début de la Deuxième guerre mondiale, en compagnie de sa seconde femme, Lotte, il quitte l’Angleterre pour les États-Unis et réside quelques mois dans la banlieue de New York. Puis, en août 1941, il décide de s’installer au Brésil, un pays multiculturel. «Ici, l’absurdité de toute différence faite entre les races est démontrée quotidiennement avec une évidence absolue qui chaque jour nous semble également merveilleuse. Dans l’armée, à l’école, dans l’administration, des Noirs, des gens de couleur et des Blancs, joyeusement mélangés, pas de honte, de la fierté même à avoir en soi le sang d’Indiens, et même de Noirs. Le Brésil est la plus grande expérience de notre époque en la matière» écrit-il dans le «Brésil, un pays d’avenir». C’est à Petrópolis qu’il achève de rédiger son autobiographie, le Monde d’hier, portrait de l’Europe d’avant 1914, vue avec le regard enchanté de la mémoire.
Stefan ZWEIG, intellectuel cosmopolite, menant sa vie à grandes brides, fut un aristocrate de l'esprit ; Juif, pacifiste, détesté des nazis qui organisèrent un autodafé de ses oeuvres à Berlin, il dut s'exiler au Brésil, où il se suicida. Dans sa vie, en grand séducteur, Stefan ZWEIG mènera d’abord une vie de Dandy, avec de nombreuses liaisons passagères. Il sera marié deux fois. D’abord, en 1920 avec Fritzi BURGER (1882-1971), une écrivaine, journaliste et traductrice, qu’elle connaissait depuis 1912, puis après une longue liaison, en 1939, avec Elizabeth Charlotte dit Lotte ALTMANN (1908-1942), originaire de Catovice (Silésie, Pologne), petite-fille d’un rabbin de Francfort ; elle était sa secrétaire et amie, depuis 1934. Ils se sont suicidés ensemble, au Brésil. En effet, le 22 février 1942, avec son épouse Lotte, atteinte d'une maladie grave, Stefan ZWEIG, se donnera la mort en absorbant du véronal, à Petrópolis, sur les hauteurs de Rio, pendant le carnaval. Il avait appris la chute de Singapour. «Maintenant que le monde de mon langage a disparu et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même [...] mes forces sont épuisées par les longues années d'errance. Je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps et la tête haute à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit. Moi je suis trop impatient, je pars avant eux» écrit-il. «On peut appartenir à son peuple, mais quand les peuples sont devenus fous, on est pas obligé de l’être en même temps qu’eux» disait Stefan ZWEIG.
Par conséquent, Stefan ZWEIG est resté essentiellement pessimiste : «N'allez pas croire que j'aie foi en une amélioration prochaine de l'humanité, ce visqueux monstre aux mille têtes. Mais ne s'améliorera-t-elle pas, l'humanité, que si l'on cesse de lui répéter qu'elle a emprunté quelque voie mystérieuse, alors qu'elle ne fait vraisemblablement que s'entortiller autour de son propre axe ? Allez, «l’illusion» fait partie intégrante de la mixture magique de l'existence» disait-il. «La plus volontaire mort, c’est la plus belle. La vie dépend de la volonté d’autrui, la mort de la nôtre» dit Stefan ZWEIG. Evoquant la vie d’Empédocle (Vème siècle avant J-C) qui s’était jeté dans l’Etna, il parle d’une magnifique apothéose, d’une fin privilégiée, d’une chute héroïque «La douleur du génie est un plus haut trésor, qui n’appartient déjà plus à lui-même, cette souffrance est «sacrée» ; «la douleur des dieux n’appartient qu’à eux seuls» écrit-il dans «le combat avec le démon». La geste désespérée de Stefan ZWEIG n’est pas inutile ou vaine, et nous interpelle à ce moment précis où, dans cette démocratie ethnique, essentiellement celle de l’Homme blanc, les racisés sont devenus les Juifs d’Europe. «I am a Man» disait Martin Luther KING (1929-1968) qui a été crucifié. Habités par l’Espoir et l’Espérance, je considère que le suicide Stefan ZWEIG, pour un monde meilleur, ne sera vain «On croit que tout est fini, mais il y a toujours un rouge-gorge qui se met à chanter» disait Paul CLAUDEL (1868-1955). Dans cet affrontement en Ukraine, avec des interventions à peine déguisées des Occidentaux, ces guerres locales injustes contre les faibles, la troisième guerre mondiale nucléaire, n’aura pas lieu, et nous apprendrons à vivre ensemble, dans la difficulté certes, mais dans le respect mutuel.
I – Stefan ZWEIG, un portraitiste et maître à penser de la Cité
Stefan ZWEIG, moins célèbre pour ses biographies, pourtant s’y révèle, merveilleusement bien comme un guide, un directeur de conscience. Sa contribution littéraire fait de lui un maître à penser de la Cité, annonciateur de la construction européenne, un monde fondé sur le multiculturalisme. Agissant en maître à penser de la Cité, traumatisé par la Première guerre, une faillite de la Raison humaine, Stefan ZWEIG veut rapprocher les peuples européens. Educateur de la liberté, NIETZSCHE estime «qu’être grand, c’est donner une direction». La vocation de l’artiste est l’appel pour un monde de justice, de paix et de fraternité «Ceux-là seuls croient au divin, qui sont eux-mêmes divins» dit Friedrich HOLDERLIN. Après tant de ruines, de larmes et de guerres, il faudrait reconstruire une immense cathédrale spirituelle «mon but serait un jour de devenir non un grand critique, une célébrité littéraire, mais une autorité morale», écrit-il le 21 janvier 1918, à Romain ROLLAND. En directeur de conscience, Stefan ZWEIG s’est fixé une orientation pour sa contribution littéraire : «Il me fallait, par la parole, aider à surmonter le désastre. Alors que j’étais superflu pendant le conflit, il me semblait qu’après la défaite ma véritable place était là. (…) Il ne restait qu’un parti à prendre : travailler à son œuvre dans le silence et la retraite» dit-il. Aussi, il va s’attacher, à travers diverses biographies, dans lesquelles, il se reconnait en termes de valeurs d’humanisme, de tolérance, de fraternité et d’amour de la paix ainsi que la compréhension entre les peuples. «Toute vie qui ne se voue pas à un but déterminé est une erreur» dit Stefan ZWEIG.
Critique littéraire et biographe, Stefan ZWEIG a consacré de nombreux écrits à ses amis, un culte de l’amitié. En effet, c’est la rencontre avec le poète flamand belge d’expression française, Emile VERHAEREN (1855-1916) qui le conforte dans son ambition littéraire «J’avais environ vingt ans lorsque je fis la connaissance de Verhaeren : il fut le premier grand poète que je connus en tant qu’homme. J’éprouvais la plus grande envie de me trouver face à face, «âme à âme», avec un véritable poète dont l’exemple fût pour moi décisif. C’est ainsi que cet être merveilleux fit un jour irruption dans ma vie au moment propice et devint la bonne étoile de ma jeunesse» écrit-il dans «Ses souvenirs». Jusqu’ici, prisonnier de son monde et de son temps, il s’en libéra pour la création littéraire. Il est fasciné par le personnage du musicien, Arturo TOSCANINI (1867-1957), en raison de la très exigence qu’il a envers lui-même : «Toscanini hait la conciliation sous toutes ses formes, il abhorre dans l’art comme dans la vie la résignation facile, la modération complaisante, le compromis. Semblable au héros démoniaque de Balzac, il passera sa vie dans la «recherche de l’absolu». Mais toute volonté qui s’efforce constamment d’atteindre l’inaccessible, de rendre possible l’impossible, acquiert une force irrésistible : seul l’excès est productif, la modération jamais» écrit-il dans «Ses souvenirs». GOETHE fait dire à son «Faust» : «J’aime celui qui désire l’impossible» et l’art est un élément vital pour cet auteur allemand «La poésie lui est tout aussi indispensable et naturelle pour l’interprétation permanente de sa vie que le rayonnement à la lumière et la croissance à l’arbre. Elle est pour lui un phénomène organique, une fonction de l’élément Goethe, une activité dont il ne peut se passer» dit Stefan ZWEIG de GOETHE. Le mystique Rainer Maria RILKE fait partie de ses idoles, «car il était l’unique d’entre nous chez qui le verbe fût véritablement mélodie. Son verbe créateur savait exprimer toute la multiplicité des choses, toutes les formes de la vie se reflétaient dans le miroir sonore de ses vers, et la mort, la mort elle-même, surgissait, grandiose, tangible, de ses poèmes, comme la plus nette, la plus absolue des réalités» écrit-il dans «Ses souvenirs».
Au cours de la préparation de sa thèse, Stefan ZWEIG découvre que Romain ROLLAND (1866-1944)  et Ernest RENAN (1823-1892) avaient une affinité d’esprit et affective avec Hyppolite TAINE (1828-1893). Stefan ZWEIG aime la France et ses intellectuels. Ernest RENAN «faisait partie de la conscience française, européenne et mondiale qui résiste au déferlement violent de la haine par le simple fait qu'elle existe et persiste» écrit Stefan ZWEIG dans «Ses souvenirs». En effet, pendant longtemps Allemands et Français s’étaient combattus, et pourtant, des intellectuels du juste milieu, comme Ernest RENAN, prônaient la fraternité : «Renan n’a point énoncé de dogme, n’en a combattu aucun ; sa nature compréhensive, conciliante, mettait en lumière les différences entre les langues et les civilisations non pour en souligner les contrastes, mais pour prouver l’éternelle unité de l’esprit qui revêt toutes les formes, dieu invisible que chaque nation, chaque époque façonne à sa propre image. Il demeurait en dehors de toute religion, mais se penchait au-dessus de chacune, proche de toutes, les aimant toutes, quoique dénonçant leurs faiblesses et leurs imperfections. Il passa toute sa vie dans le temple du dieu inconnu. Encore une fois pour fuir ces heures déchirantes il se réfugie dans le royaume de l’esprit qui ne connaît ni provinces ni luttes fratricides, royaume de l’éternelle concorde pour qui sait voir les liens entre les choses les plus différentes» écrit-il dans ses «souvenirs».
Il a célébré le poète maudit, Arthur RIMBAUD (1854-1891) : «La poésie n’était rien pour lui qu’une tentative de libération, une soupape pour déverser l’excès de vitalité qui l’oppressait. La force jaillit de lui comme un blasphème. Il essaie d’user cette force. Tel un malade à qui la douleur tord les entrailles, qui court, grimpe, danse, gesticule, entreprend des choses insensées, Rimbaud prend sa course à travers le monde. A l’aventure, comme s’il s’évadait d’une prison, toujours plus loin vers les grands espaces, vers la liberté» écrit-il dans «Ses souvenirs».
Stefan ZWEIG admire chez Michel de MONTAIGNE (1533-1592), son attitude face à la vie, comme celle de tous les libres penseurs, aboutissant à la tolérance. Il n'est pas de croyance ou d'opinion qu'il refuse de prime abord, et son jugement ne se laisse troubler par aucun préjugé : «Je n'ai point cette erreur commune de juger d'un autre selon que je suis». Il met en garde contre la violence et la force brutale qui, plus que tout, peuvent gâter et insensibiliser une âme en soi bien faite. «Montaigne a fait la tentative la plus difficile qui soit sur terre : vivre par soi-même, être libre et le devenir toujours» écrit Stefan ZWEIG. «Il n’y a qu’une chose qui ne se donne pas, une chose essentielle : sa liberté. Car il n’existe pas de liberté humaine sans responsabilité. Il n’y a qu’une chose, rester soi-même», dit MONTAIGNE.
Pour Stefan ZWEIG, Honoré de BALZAC (1799-1850) est un génie universel qui observe et analyse la société, pour mieux cerner «La comédie humaine». Il sait «séparer l’essentiel de l’embrouillamini des choses insignifiantes» écrit-il. BALZAC connait bien le monde et la puissance, ainsi que les rudesses et les mesquineries de la vie quotidienne : «C’est parce qu’il a, dans sa jeunesse, passé par tant de métiers différents et tiré au clair leur contexte intime qu’il a pu vraiment peindre son temps» écrit Stefan ZWEIG. En effet, BALZAC comprime le réel et en arrive à l’essence des choses.  C’est cela  «Comédie Humaine» ; non seulement les personnages se complètent pour reformer entre eux la totalité du genre humain, mais les romans s’emboîtent également les uns dans les autres, le but étant toujours la description de l’univers dans sa globalité. «Constructeur du monde», Honoré de BALZAC, doté d’une immense imagination, la plus fertile, la plus dense entrainait, avec lui, la puissance créatrice et le rêve. En raison de sa prodigalité, des nombreux créanciers qui le poursuivaient «Balzac qui doit payer tous ses rêves de bonheur d’un lourd tribut dans la vie réelle, la malédiction s’abat de nouveau. Il restera pour l’éternité non seulement l’auteur, mais le héros douloureux des «Illusions perdues» écrit Stefan ZWEIG.
Stefan ZWEIG, qui voulait être poète, s’est intéressé à des artistes maudits, comme Charles BAUDELAIRE (1821-1867) «Baudelaire, qui réglait tout de même ses vers pour qu’ils provoquent un effet puissant, n’a rien de commun, dans sa retenue élégante, avec ce romanichel génial et pervers qu’était Paul Verlaine. C’est seulement dans les motifs les plus cachés que les racines de leurs natures entrent en contact : dans la nostalgie de l’individu, cette nostalgie fatiguée par la civilisation et qui cherche vainement à échapper à une époque sans nerfs, décadente et malade, parce qu’il se sent comme son enfant le plus propre et le reflet le plus fidèle» écrit Stefan ZWEIG. A côté de Victor HUGO, le poète à la main puissante, au rythme ferme et sonore, l’artiste d’une poésie de combat, se dresse Charles BAUDELAIRE. Ce poète, cet artiste de la beauté mélancolique, fait partie est des gens «qui ont reçu en don, à leur naissance, une autre nature et une autre humeur que le commun des hommes, leur cœur est plus vaste et leur sang plus impétueux, leurs désirs plus profonds, leurs passions plus violentes, plus sauvages et plus brûlantes que chez ceux qui portent communément le nom de noblesse.» écrit-il à propos de BAUDELAIRE.
Stefan ZWEIG, un nationaliste, a toujours refusé de prendre parti dans le débat politique. «La raison et la politique suivent rarement le même chemin» dit-il. «Quand un homme intelligent, mais pas très courageux, est confronté à quelqu’un de plus fort que lui, la plus sage des réactions qu’il puisse avoir, c’est de se mettre à l’écart, et d’attendre sans aucune honte le moment où il aura de nou­veau le champ libre» écrit-il dans sa biographie sur Cicéron. Cette attitude de distanciation, du juste milieu, ne signifie nullement qu’il s’intéresse pas aux grands enjeux de son temps. En 1934, pour justifier son silence face au nazisme, Stefan ZWIEG publie un essai historique sur Érasme (1466-1536), une véritable apologie. Par contre, Luther (1483-1546), l’irréductible opposant d’Érasme, disparaît presque entièrement sous la figure de Hitler, et n’a guère de consistance historique. Pour Stefan ZWEIG l’intellectuel doit rester impartial «L’intellectuel ne doit pas prendre parti, son domaine est l’équité laquelle plane toujours au-dessus de la discorde», écrit-il. Un intellectuel devrait rester dans le juste milieu, mais ne devrait pas fuir le champ bataille, il doit rechercher à instaurer la paix, à réconcilier les opposés, soit «Apaiser les conflits par une bienveillante compréhension mutuelle, éclaircir ce qui est trouble, démêler ce qui est embrouillé, raccommoder ce qui est déchiré» écrit-il. Dans la montée du racisme, raisonnable et rationaliste, Erasme est «affranchi de tous les préjugés de race», il est citoyen du monde, ennemi de tout débordement passionnel. En particulier, Stefan ZWEIG voyait dans «l’intolérance le mal héréditaire de notre société». Défenseur de la paix, Erasme est un adversaire résolu de l’emprisonnement de l’intelligence, de toutes les formes de fanatismes religieux, national ou philosophique.
Stefan ZWEIG oppose, par contraste, le personnage craintif et de sceptique d’Erasme, à la nature bouillante et volcanique du théologien Martin LUTHER un «fils de mineur et descendant d’une famille de paysans, Luther est plein de santé, débordant même ; il est doué d’une vitalité dont il se réjouit grossièrement. “Je mange comme un Bohémien et je bois comme un Allemand” ; toute la vie, l’élan, la brutalité d’un peuple se trouvent amassés dans cette nature trop riche, prête à éclater. Quand il élève la voix, on croirait entendre mugir un orgue» écrit-il à propos de LUTHER.  Dans sa colère, LUTHER n’a aucune compassion pour ses victimes : «On retrouve encore cette fureur, cette haine effroyable sous sa plume lorsqu’il tourne celle-ci contre Érasme [...] la colère de Luther se transforme en rage» écrit Stefan ZWEIG. Dans ce combat entre le religieux et l’humaniste, Erasme finira au bûcher. LUTHER, grand orateur et réformateur, est cependant, l’incarnation du fanatisme et le produit des forces les plus obscures du peuple allemand.
La biographie de Stefan ZWEIG consacrée la reine Marie-Antoinette, d’origine autrichienne, tranche avec celle des Goncourt datant de 1858, une vaste peinture de la société de la fin de l'Ancien Régime réduisant la Reine,  à un corps féminin, comme un objet uniquement sexuel. «La vie particulière, ses agréments, ses attachements sont défendus aux souverains. Leur plaisir doit être grand et royal, leurs amitiés hautes et sans confidences. Leur cœur même ne leur appartient pas. Cette reconnaissance fut longue et douloureuse chez Marie-Antoinette, elle fut la perte d’une illusion» écrivent les frères Goncourt. En 1932, Stefan ZWEIG publie une brillante biographie psychologique sur Marie-Antoinette, une femme moyenne et médiocre «l'Histoire  ne cesse de harceler  cette âme molle et faible, d'éprouver cette femme dans son corps pour la proposer  en exemple à la postérité» écrit-il. «Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine» écrit Stefan ZWEIG. La Marie-Antoinette de Stefan ZWEIG est avant tout un corps sensuel et sexuel, exposé et souffrant, non divinisé :  «La vérité psychologique, comme c'est le cas le plus souvent, se rapproche ici du juste milieu. Marie-Antoinette n'était ni la grande sainte du royalisme ni la grande «grue» de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire, pas trop intelligente, pas trop niaise, un être ni de feu ni de glace, sans inclination pour le bien, sans le moindre amour du mal, la femme moyenne d'hier, d'aujourd'hui et de demain, sans penchant démoniaque, sans soif d'héroïsme, assez peu semblable à une héroïne de tragédie» écrit Stefan ZWEIG. Sous le poids du malheur et de l'Histoire, Marie-Antoinette se révèle à elle-même et se rachète, passant de l'ombre de la jouissance à la lumière de la souffrance. «Mais le destin, parfois, sait bouleverser ces natures moyennes et de sa poigne impérieuse les sortir de leur médiocrité ; la vie de Marie-Antoinette en est peut-être un des plus éclatants exemples de l'Histoire. C'est dans le malheur qu'on sent davantage ce qu'on est. Et grâce à cette conscience d'un devoir supérieur à remplir son caractère grandit au-delà de lui-même. A la toute dernière heure, Marie-Antoinette, nature moyenne, atteint au tragique et devient égale à son destin».
Stefan ZWEIG est l’auteur d’une remarquable biographie, «Sigmund FREUD. La guérison par l’esprit» et pose souvent la question des tourments intérieurs dans ses écrits «C'est la souffrance tout d'abord qui a créé chez l'homme le sentiment de la religion, l'idée de Dieu. La santé étant l'état normal de l'homme ne s'explique pas et ne demande pas à être expliquée. Mais tout être qui souffre cherche à découvrir le sens de sa souffrance. Lutter pour la santé, aux premiers âges de l'humanité, ne signifie donc pas combattre sa maladie, mais lutter pour conquérir Dieu. Toute médecine au début n'est que théologie, culte, rite, magie, réaction psychique de l'homme devant l'épreuve envoyée par Dieu.» écrit-il. Sigmund FREUD, médecin de l’âme, propose une guérison psychique ; il a vu pendant toute sa carrière la souffrance humaine. «Ce regard qui contemple l'humanité est sombre ; seul le côté triste et aboulique de l'humanité est apparu inexorablement à cet homme durant toute une vie» écrit Stefan ZWEIG, à propos de son maître. Finalement, contre tous ses détracteurs, FREUD a réussi à administrateur la preuve scientifique qu’il existe des «forces curatives de l'âme, la «volonté de la santé» : elle est née de la conviction qu'en dehors de l'arsenic et du camphre on peut injecter à l'organisme humain des reconstituants purement spirituels comme le courage, la confiance en soi, la confiance en Dieu, l'optimisme actif» écrit-il. «Grâce à Freud on s'est rendu compte pour la première fois dans un sens nouveau et actif de l'importance de l'individu, de la valeur unique et irremplaçable de toute âme humaine» dit Stefan ZWEIG, chargé de l’oraison funèbre de FREUD.
La biographie sur Cicéron (106-43 avant J-C), est une réflexion profonde et humaniste sur le rôle de l’homme de lettres face au pouvoir et à la barbarie. En effet, Cicéron, un avocat et philosophe, un défenseur de la République, symbole universel de la lutte tragique menée par l’humanisme contre la dictature, a été assassiné. Dans un contexte de haine et de violence, «fatigué de la vie», il s’était retiré de l’action publique, pour se consacrer à la réflexion et à l’écriture. Le Cicéron de Stefan ZWEIG est une tentative de décrire et de comprendre la folie des temps antiques comme de sa propre époque. La description du peuple romain, oppressé, peut ainsi, s’appliquer à tout peuple victime d’une dictature, en particulier ceux sous le joug du régime nazi, mais aussi à la Françafrique et aux démocraties devenues ethniques européennes. L’Afrique est un continent riche, mais habitée par des populations pauvres martyrisées.
Stefan ZWEIG, en 1925, dans son livre, «combat avec le démon» écrit à Salzbourg, rassemble trois grands penseurs : Heinrich Von KLEIST (1777-1811), poète maudit et dramaturge allemand qui s’est suicidé, utilisant la psychanalyse ses personnages ayant déconcerté ses contemporains, Friedrich HOLDERLIN (1770-1843), un luthérien, discret, vivant en ermite que Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) fera sortir du purgatoire,  et Léon TOLSTOI (1828-1910, voir mon article), une force de la nature, écrivain désespéré, à qui la vie a tout donné, le génie, la gloire, l'amour, la santé, est constamment hanté par l'idée de la mort : «Si dans nos livres nous avons coutume de rapprocher certains portraits, c’est uniquement à la manière du peintre, qui choisit pour ses oeuvres la place favorable, où, sous l’action réciproque de la lumière et de l’ombre et par une disposition symétrique, se manifeste avec évidence l’analogie, d’abord cachée, du type. La comparaison nous a toujours paru un élément fécond, créateur, et nous l’aimons en tant que méthode parce qu’elle s’applique sans violence. Elle enrichit dans la mesure où la formule appauvrit ; elle rehausse toutes les valeurs en provoquant des clartés par des reflets inattendus et en enveloppant d’espace profond, comme d’un cadre, le portrait qui se dégage. Psychologue par passion, créateur volontaire, nous n’exerçons notre art qu’au gré de nos affinités profondes» écrit Stefan ZWEIG. Il décrit ainsi trois artistes, et héros tragiques, possédés par le démon, un esprit supérieur, poussant ces êtres supérieurs, dans un tourbillon, une ivresse, une exaltation, une exagération et une démesure, à se dépasser, et donc à réaliser une création littéraire féconde, hors du commun : «Nous appelons démon l’inquiétude primordiale et inhérente à tout homme qui le fait sortir de lui-même et se jeter dans l’infini. Tout esprit créateur est donc inévitablement amené à entrer en lutte avec son démon, et c’est toujours un combat passionné, héroïque, le plus magnifique de tous les combats. Souvent cette lutte grandiose et mystérieuse dure toute une vie. Elle prend sa forme visible dans l’œuvre de l’artiste, où vibre le souffle ardent des noces de l’esprit et de son éternel séducteur. C’est chez le créateur qui lui a succombé que le démon réussit à se dégager de l’ombre, devient verbe et lumière»  écrit Stefan ZWEIG.
«Je fais cas d’un philosophe dans la mesure où il est capable de fournir un exemple» écrit ZWEIG. Friedrich NIETZSCHE, ce philosophe hors du commun, est resté un lutteur solitaire et malade : «Pas un seul humain n’ose se risquer à entrer pleinement dans le cercle intérieur de cette destinée ; Nietzsche parle toujours, lutte toujours, souffre toujours pour lui seul. Il n’adresse la parole à personne et personne ne lui répond. Et, ce qui est encore plus terrible, personne ne l’écoute» écrit Stefan ZWEIG. Mais dans cette tragédie, NIETZSCHE n’est ni un spectateur, ni un auditeur, face à lui-même, il est resté une voix singulière du XIXème siècle, entonnant le chant de la grandeur de l’Homme, la posture du «Surhomme». Génie des oppositions violentes et contradictoire, la psychologie, l’intellectualité de NIETZSCHE «poussent  l’homme impressionnable vers la souffrance et jusque dans l’abîme du désespoir ; mais la psychologie, l’esprit, le ramènent à la santé. Comme sa maladie, la guérison de Nietzsche vient de la connaissance profonde qu’il a de lui-même. La psychologie devient ici une thérapeutique» écrit Stefan ZWEIG. La création littéraire devient, pour ce traqueur du domaine de la connaissance solitaire, un amour de la vérité, un amour honnête, durable, tout à fait fidèle. Amoraliste et athée, par ses questionnements NIETZSCHE a bien secoué les cocotiers du conservatisme. Ce qui domine sa philosophie, c’est le retour à soi : «Deviens qui tu es» dit-il.
Stefan ZWEIG est l’auteur d’un biographie sur Léon TOLSTOI (1828-1910, voir mon article). «Il n’y a rien qui produise une aussi forte impression et qui unisse aussi impérieusement tous les hommes dans le même sentiment, que l’œuvre d’une vie, et finalement toute une vie humaine» dit Léon TOLSTOI. Homme riche et comblé par sa famille et ses 700 serfs, TOLSTOI, subitement et à cinquième année, devient acariâtre, sombre et irritable. Il a subitement «aperçu l’immense néant comme étant sa destinée et celle de tout homme. Jamais un homme n’a entrepris avec une force aussi gigantesque la lutte contre l’indicible, contre l’angoisse primitive» écrit Stefan ZWEIG. En effet, TOLSTOI s’est fixé une nouvelle direction dans sa vie : sauver, non seulement sa propre personne, mais encore toute l’humanité, par sa lutte pour la Vérité. Il veut tout abandonner, ses biens et sa famille, et c’est en cours de route qu’il va mourir.
Stefan ZWEIG est également le biographe de Fiodor DOSTOIEVSKI (1821-1881), dont les personnages sont tourmentés. Peintre de la vie intérieure, avec son œuvre unique, puissante et immense, lointaine et effrayante : «Rien de gracieux n’y arrête notre regard, rarement une heure paisible nous incite au repos. Un crépuscule mystique du sentiment, tout chargé d’éclairs, alterne avec un esprit d’une lucidité froide et souvent glaciale ; au lieu d’un soleil qui nous réchauffe, une aurore boréale et sanglante illumine le ciel. En pénétrant dans l’univers de Dostoïevski on découvre un paysage antédiluvien, un monde mystique, primitif et virginal : une douce angoisse vous étreint comme à l’approche de forces élémentaires et éternelles ; bientôt l’admiration et la foi vous incitent à rester» écrit Stefan ZWEIG.
II – Stefan ZWEIG, un nouvelliste du drame intérieur et psychologique
Abandonnant la poésie, Stefan ZWEIG, très prolifique, s’est essayé au théâtre (Jérémie en 1916, l’Agneau du pauvre en 1930 et Volpone en 1927), Brûlant secret, connaîtra la consécration littéraire avec ses nouvelles, les plus célèbres étant écrites à Salzbourg. Son style bref et épuré a conquis les lecteurs. Ses nouvelles restant une partie vivante et moderne de sa création,  il a livré le secret de la conception de son art : «Le désir répété de résumer le destin d'un individu dans un minimum d'espace et à l'exemple de Maupassant, l'effort fait en vue de donner dans une nouvelle la substance d'un livre» dit Stefan ZWEIG. Conteur et poète, il sait dans ses nouvelles, exprimer les instants fugaces pour les rendre impérissables. Stefan ZWEIG est peintre minutieux et extraordinaire des drames de l’âme humaine. «Chaque livre est une harmonie, calculée et réalisée avec un art précis et raffiné. Rien de plus exceptionnel, à notre époque d’incohérence naturelle ou voulue, d’impromptus et d’impressions heurtées. Ce haut et fin sens musical, que ne remarque pas assez l’oreille tumultueuse du temps, est ce qui m’attache le plus à l’œuvre de Zweig. Et je tiens à le mettre en lumière» écrit Romain ROLLAND, dans la préface d’Amok. Le destin, sans être d’origine surnaturelle, occupe un grand rôle dans ses récits. Fidèle disciple de Sigmund FREUD, dans sa contribution littéraire, Stefan ZWEIG explore le processus de  fatalité dont ses personnages sont victimes, avec une grande dose de déterminisme de l’inconscient.
«Brûlant secret», une nouvelle de 1908, est une exploration du désir et de la passion enracinés au fond de chaque être, pouvant le révéler à lui-même et bouleverser son destin. Dans cette nouvelle, un jeune fonctionnaire en villégiature dans une station du Semmering se languit de Vienne et de ses plaisirs. L’exercice de la séduction offrant un dérivatif à son ennui, il jette son dévolu sur une jeune femme qui réside dans le même hôtel, en compagnie de son fils, Edgar, un garçon d’une douzaine d’années venu fortifier sa constitution chétive au grand air des montagnes. Comme le ferait tout bon séducteur, il se lie avec l'enfant, qui est très content d'avoir un ami adulte, pour mieux approcher la mère qui ne se montre guère farouche. Son rayonnement est tel qu'il séduit autant l'enfant que la mère. Mais, bientôt, Edgar devient une gêne pour le couple qui voudrait des tête-à-tête plus tranquilles. Ils en viennent donc à mentir, et l'enfant sent qu'il y a là un secret qu'il ne comprend pas. Il les épie donc, allant jusqu'à les suivre dans une promenade nocturne en forêt. Soudain, il entend sa mère protester, s'imagine que son grand ami est en fait un criminel et fait du bruit. Inquiets, les amants rentrent à l'hôtel sans avoir découvert la présence de l'enfant. Lorsqu'il entend sa mère passer devant sa chambre sans s'y arrêter, il se précipite dans le noir, frappe l'homme au hasard tandis que sa mère s'esquive. Le lendemain, elle exige de son fils qu'il écrive une lettre d'excuses à leur ami qui a quitté l'hôtel. Il refuse et prend le train pour trouver refuge chez sa grand-mère. Le soir même, il est retrouvé par ses parents. Sa mère a vite donné l'alarme et son père est là qui demande l'explication d'une telle conduite. Par-dessus l'épaule de son père, il perçoit la prière muette de sa mère : qu'il ne dise rien de ce qui s'est passé à l'hôtel. Il exulte : il est maintenant dépositaire d'un terrible secret par lequel il possède sa mère qui désormais n'appartiendra plus qu'à lui. «Alors commença le rêve profond de sa vie.»  
Dans «Amok, ou le fou de Malaisie», la pathologie étant donc une source d’inspiration féconde, flotte un désir, un volupté, une passion destructrice et irrésistible, semblable à la folie des thèmes traités dans deux autres nouvelles («Joueur d'échecs», «La Confusion des sentiments»). Sur le pont du transatlantique qui doit le ramener de Calcutta en Europe, le narrateur est brusquement arraché à sa rêverie par la présence quasi fantomatique d'un autre passager, qui se décide, lors d'une seconde rencontre, à lui confier le secret qui le torture. Amok, «avec son odeur de fièvre, de sang, de passion et de délire malais est des plus lucides tragédies de la vie moderne, de l’éternelle humanité» écrit Romain ROLLAND. Amok est l'enfer de la passion au fond duquel se tord, brûlé, mais éclairé par les flammes de l'abîme, l'être essentiel, la vie cachée. «Amok», une ardente curiosité psychologique, avec tous les caractères d’une «passion charnelle», est publié quelques années après la Première guerre mondiale, «La faim (de culture) s’est réveillée plus vive, et, les frontières rouvertes, elle a accepté de toutes mains, les aliments. Cette jeune vie vorace, qui renaît, est un heureux symptôme, qui rappelle l’ardente curiosité européenne de la génération française. Le trait le plus frappant de sa personnalité d’artiste est la passion de connaître, la curiosité sans relâche et jamais apaisée, ce démon de voir et de savoir et de vivre toutes les vies» écrit Romain ROLLAND, dans la préface de l’édition française de 1926. L'Amok, en Malaisie, est celui qui, prix de frénésie sanguinaire, court devant lui, détruisant hommes et choses, sans qu'on puisse rien faire pour le sauver. Le narrateur rencontre sur un paquebot un malheureux en proie à cette forme mystérieuse de démence. «Je voudrais vous raconter quelque chose. Je sais, je sais combien il est absurde, de ma part, de m’adresser ainsi à la première personne qui me rencontre, mais je suis dans un état psychique terrible. J’en suis à un point où il faut absolument que je parle à quelqu’un, sinon je suis perdu» dit l’inconnu ; un médecin qui avait détourné de l’argent pour une histoire de femme, ruinant ainsi sa réputation. Amok relate la puissance démoniaque, dans la vie de l'être humain, cette force psychique qu’est la passion, poussant l'individu à se mettre dans des situations pénibles et parfois périlleuses. Mais la passion peut faire de l'homme dominateur et méprisant, un être humilié et ridiculisé.
La «Peur», en 1925 relate les plus subtils mouvements de l'âme et de l'esprit de cette grande bourgeoise qui trompe son mari et qui est habitée par la peur. Irène, mariée à un avocat aisé, s'ennuie et, prend un amant. Pourtant, chaque fois qu'elle quitte la chambre de celui-ci, elle est en proie à une terrible peur. Un jour, son anxiété se justifie : une femme particulièrement vulgaire l'arrête sur le palier, dit être l'ancienne maîtresse du jeune homme et lui réclame de l'argent à titre de dédommagement. Irène lui en donne. Mais, dévorée par l'angoisse, elle s'enferme chez elle et envoie une lettre de rupture à son amant. Mais elle continue d’être victime de remords, de chantage et hésite, dans la conduite cohérente et efficace à tenir. Observateur de génie, dans une analyse psychologique des comportements humains, Stefan ZWEIG incarne «ce démon de voir, de savoir et de vivre toutes les vies, qui a fait de lui un pèlerin passionné, et toujours en voyage» écrit Romain ROLLAND.
Dans le «joueur d’échec», une dénonciation du nazisme, écrit en 1941 et publié  à titre posthume en 1943, sur le grand paquebot devant quitter New York à destination de Buenos-Aires, le narrateur apprend que se trouve Mirko Czentovic, le champion mondial des échecs. Il a traversé les États-Unis d’est en ouest, sortant vainqueur de tous les tournois, et maintenant il s’en va cueillir de nouveaux lauriers en Argentine. Czentovic, orphelin à l’âge de 12 ans, adopté par le curé du village, qui lui a apprend le jeu d’échecs, est champion d’échecs très orgueilleux, jusqu’ici enchaine des victoires. Un personnage mystérieux intervient dans la partie et amène les amateurs du jeu au match nul. Ce génie du jeu d’échecs s’efface rapidement en prononçant cette phrase énigmatique «il y a vingt ou vingt-cinq ans que je n’ai pas vu d’échiquier». L'orgueil de Czentovic est blessé : il explique qu'il a conduit à une partie nulle pour ménager ses adversaires. Cette excuse met le groupe de joueurs hors de lui, et déterminé à écraser le champion. Ils sont marqués par le contraste entre la modestie de l'homme pâle et l'arrogance de Czentovic, et veulent absolument provoquer une partie entre les deux génies. L’inconnu accepte une partie avec Czentovic ; il raconte au narrateur sa vie et sa relation avec les échecs. Il appartenait à une riche famille viennoise d'administrateurs de biens dont la discrétion protégeait leurs clients, membres de congrégations religieuses. Les nazis voulurent s’approprier ces biens et trompèrent leur vigilance par un espion à leur solde. «La veille du jour où Hitler entrait à Vienne», il fut arrêté «par des hommes de la SS». Il fut enfermé à l’hôtel “Métropole”, seul dans une chambre où il fut soumis à un isolement absolu, bientôt irrégulièrement interrompu par des interrogatoires de la Gestapo. Après quelques mois de ce traitement, alors qu'il se sentait sombrer dans la folie, il avait pu dérober, dans la poche d'un officier, un livre qui se révéla être un manuel d'échecs. Sa détention fut alors plus douce en jouant seul contre lui-même aux échecs. Atteint d'un dédoublement de personnalité dû à sa pratique solitaire des échecs, il avait agressé un de ses gardiens et s'était blessé en cassant une vitre. Le médecin comprit son problème, usa de son influence pour qu'il fut libéré et lui recommanda de ne plus jamais jouer aux échecs. L’inconnu gagne la partie contre Czentovic. Le champion réclame une revanche que l’inconnu (M. B), qui avait pourtant assuré n’en vouloir faire qu'une, accepte avec précipitation. Mais le champion, ayant perçu la faiblesse de son adversaire, joue très lentement. Hors de lui, recommençant à jouer contre lui-même, continuant dans sa tête une partie fictive au lieu de s'en tenir à son jeu sur un échiquier bien réel, oubliant la partie qui est en train de se dérouler, l’inconnu revient à ses errances hystériques, devient violent. Le narrateur l'interrompt et lui rappelle ses excès passés. La partie cesse. Le champion daigne admettre que son adversaire était «très remarquablement doué».
Références bibliographiques
I – Contributions de Stefan ZWEIG
ZWEIG (Stefan), Amok ou le fou de Malaisie, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le livre de Poche, 2013, 128 pages ;
ZWEIG (Stefan), Balzac : le roman de sa vie, traduction de Fernand Delmas, Paris, Le Livre de poche, 1996, 508 pages ;
ZWEIG (Stefan), Baudelaire et autres poètes, traduction d’Olivier Mannoni, Paris, Payot et Rivages, 2021, 125 pages ;
ZWEIG (Stefan), Brésil, terre d’avenir, traduction de Jean Longville, New York, éditions de la Maison française, 1942, 379 pages ;
ZWEIG (Stefan), Brûlant secret, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le livre de Poche, 2019, 112 pages ;
ZWEIG (Stefan), Cicéron, préface et traduction de Michel Magniez, Paris, Payot et Rivages, 2020, 90 pages ;
ZWEIG (Stefan), Conscience contre violence ou Castillon contre Calvin, traductrice Alzir Hella, préface de Hervé Le Tellier, postface de Sylvain Reiner, Paris, Le livre de Poche, 2010, 290 pages ;
ZWEIG (Stefan), Dostoïevski, bibliothèque russe et slave, 1928 et 2019, 88 pages ;
ZWEIG (Stefan), Ecrits littéraires d’Homère à Tolstoï, avant-propos et traduction de Brigitte Cain-Hérudent, Paris, Albin Michel, 2021,  368 pages ;
ZWEIG (Stefan), Emile Verhaerhen, sa vie, son œuvre, traduction Paul Morisse et Henri Chervet, Paris, Mercure de France, 3ème édition, 1910, 352 pages ;
ZWEIG (Stefan), Erasme, grandeur et décadence d’une idée, traduction d’Alzir Ella, Verlag, 1935, Paris, Le Livre de poche, Bernard Grasset, 1996, 185 pages ;
ZWEIG (Stefan), Essais, Isabelle Hausser-Duclos, éditrice scientifique, Paris, Le livre de Poche, 1996, Vol III, 1273 pages ;
ZWEIG (Stefan), Hommes et destins, préface de Hélène Denis-Jeanroy, traduction de Raymond Jeanroy,  Paris, Belfond, 1999, 218 pages ;
ZWEIG (Stefan), Joseph Fouché, traduction d’Alzir Ella et Olivier Bournac, Paris, Le Livre de poche, 2000, 284 pages ;
ZWEIG (Stefan), L’amour inquiet, correspondances 1912-1942, traduction de Jacques Legrand, Paris, Des Femmes, 1987, 497 pages ;
ZWEIG (Stefan), La confusion des sentiments, Paris, Le Livre de poche, 1992, 160 pages ;
ZWEIG (Stefan), La fuite dans l’immortalité, traduction d’Olivier Mannoni, Paris, Payot et Rivages, 2019, 96 pages ;
ZWEIG (Stefan), La peur, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le Livre de poche, 2002, 250 pages ;
ZWEIG (Stefan), La pitié dangereuse, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le livre de Poche, 2012, 504 pages ;
ZWEIG (Stefan), Le combat avec le démon : Kleist, Holderlin, Nietzsche, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le livre de poche, 2004, 340 pages ;
ZWEIG (Stefan), Le joueur d’échecs, traduction de Brigitte Verne-Cain et Gérard Rudent, Paris, Le livre de Poche, 1991, 94 pages ;
ZWEIG (Stefan), Le monde d’hier : souvenirs d’un Européen, traduction de Serge Niémetz, Paris, Belfond, 1993, 531 pages ;
ZWEIG (Stefan), Lettre d’une inconnue, traductrices Alzir Hella et Elsa Zylberstein, Paris, Stock, 2009, 105 pages ;
ZWEIG (Stefan), Magellan, Paris, Le Livre de poche, 2012, 288 pages ;
ZWEIG (Stefan), Marie-Antoinette, portrait d’un caractère moyen, Paris, Bernard Grasset, 1932, 520 pages ;
ZWEIG (Stefan), Montaigne, traduction de Corinna Gepner, introduction d’Olivier Philiponnat, Paris, Librairie générale française, 2019, 144 pages ;
ZWEIG (Stefan), Pas de défaite pour l’esprit libre, préface de Laurent Seksik, Paris, Le livre de Poche, 2022, 448 pages ;
ZWEIG (Stefan), Paul Verlaine, traduction de Corinna Gepner, introduction d’Olivier Philiponnat, Le Pré-Saint-Gervais, Le Castor Astral, 2015, 160 pages ;
ZWEIG (Stefan), Pays, villes et voyages, traduction de Hélène Denis-Jeanroy, préface de Raymond Jeanroy, Paris, Le Livre de poche, 1998, 250 pages ;
ZWEIG (Stefan), Romans, et nouvelles, Brigitte Verne-Cain et Gérard Rudent, éditeurs scientifiques, traducteurs Alzir Hella, Olivier Bournac et Manfred Schenker, Paris, Le livre de Poche, 1991, Vol I, 1340 pages ;
ZWEIG (Stefan), Romans, et nouvelles, traducteurs Alzir Hella et Olivier Bournac, Paris, Le livre de Poche, 2011, 126 pages ;
ZWEIG (Stefan), Romans, nouvelles et théâtres, Brigitte Verne-Cain et Gérard Rudent, éditeurs scientifiques, Paris, Le livre de Poche, 1995, Vol II, 1340 pages ;
ZWEIG (Stefan), Seuls les vivants créent le monde, traduction de David Sanson, Paris, Robert Laffont, 2018, 165 pages ;
ZWEIG (Stefan), Sigmund Freud, la guérison par l’esprit, traduction d’Alzir Ella et Hélène Denis-Jeanroy, Paris, Le Livre de poche, 2010, 160 pages ;
ZWEIG (Stefan), Souvenirs et rencontres, traduction d’Alzir Hella, Paris, Bernard Grasset, 2005, 252 pages ;
ZWEIG (Stefan), Tolstoï, traduction d’Alzir Hella et Olivier Bournac, Paris et Neuchâtel, Victor Attinger, 1928, 233 pages ;
ZWEIG (Stefan), Trois poètes : Stendhal, Casanova, Tolstoï, traduction d’Alzir Hella, Paris, Le Livre de poche, pages ;
ZWEIG (Stefan), Vienne, ville de rêve, traduction d’Alzir Hella, David Sanson et Guillaume Ollendorf, Paris, Bouquins, 2021, 430 pages ;
ZWEIG (Stefan), Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, traduction d’Alzir Hella et Olivier Bournac, Paris, Le livre de Poche, 2003, 128 pages.
II – Critiques de Stefan ZWEIG
ALLDAY (Elizabeth), Stefan Zweig, a Critical Biography, Chicago, J-P O’hara, 1972, 258 pages ;
ARENS (Hanns), Stefan Zweig : A Tribute to his Life and Work, Londres, W.H Allen, 1951, 191 pages ;
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ZARINI (Marie-Emmanuelle), L’idée d’Europe chez Stefan Zweig, thèse sous la direction de Michel Grunwald, Université de Metz, 1999, 451 pages ;
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Paris, le 31 janvier 2023, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
«Stefan ZWEIG (1881-1942) cosmopolite, humaniste, un lumineux et tragique portraitiste du déchirement intérieur» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 16:51
«Zora Neale HURSTON (1891-1960), Egérie du mouvement Harlem Renaissance, féministe, conteuse, anthropologue, dramaturge et épistolière» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Son nom est peu connu en France, mais l'influence de Zora Neale Hurston sur la littérature américaine a été considérable. Toni Morrison, prix Nobel de littérature, n'a cessé de proclamer sa dette à l'égard de celle qu'elle considère comme sa mère en littérature. Cela n'a rien de surprenant, puisque tout l'œuvre de Hurston s'était donné pour tâche de restituer la richesse et l'originalité de la culture noire des Etats-Unis, celle de son enfance, et d'en transmettre l'héritage. [...] Un des plus beaux hommages jamais rendus à la culture de ceux que, bon gré mal gré, elle considérait comme «son peuple», écrit Didier ERIBON dans le «Nouvel Observateur». Michel FABRE est beaucoup réservé, estimant, et sans le démontrer, que la réputation de Zora Neale HURSTON serait surfaite «Zora Neal Hurston fait figure de champion de la femme noire, pleine de ressource et de robuste volonté, sinon toujours libérée des contraintes communautaires et de la tyrannie masculine. Revendiquée comme figure de proue par Alice Walker après trente ans de purgatoire immérité, elle jouit aujourd'hui d'une réputation presque exagérée» écrit-il, dans «Notre Librairie» d’avril 1994. Il faut dire, qu’en dépit de ces éloges de Didier ERIBON, les quelques ouvrages de Zora Neale HURSTON, traduits en français (Barracoon, l’histoire de la dernière cargaison, Des pas dans la poussière, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu ou Spunk, traduction de l’Anthologie noire de Nancy Cunard avec des articles de Zora Neale, Une femme noire), n’ont pas été réédités ; et sont  donc commercialisés par des collectionneurs ou par Amazon. Par conséquent, et pour l’essentiel, la contribution littéraire de Zora Neale HURSTON est en langue anglaise, et donc demeure encore, pour les lecteurs francophones, notamment africains, dans la stricte confidentialité des initiés.
Robert ELLISON (1914-1994) avait posé, en 1947, cette interrogation, au cœur de la contribution littéraire de Zora Neale HURSTON :  «Homme invisible pour qui chantes-tu ?». En effet, ce roman, «Invisible Man» relate l’histoire, à la première personne, d’un jeune homme pauvre et méritant qui lutte dans un monde hostile, et qui, de péripétie en péripétie, atteint au succès ou, du moins, à la sagesse. Cependant, ce héros picaresque n’échappe pas à son destin. Il est exclu que, dans une société qui offre au talent et à l’effort des un homme jeune, énergique, et, comme disent les Américains, «charismatique», n’arrive pas à se hisser à un degré enviable de l’échelle, et ne connaisse pas, tôt ou tard, outre la sécurité financière, la notoriété et l’amour des femmes. Le héros, un jeune Noir à la recherche de son identité, ne lutte pas à armes égales contre la société. D’entrée de jeu, les dés sont pipés. L’enchère est en monnaie de singe, le chemin du succès mène à une impasse, la sortie est piégée. Car ni l’argent, ni la notoriété, ni l’amour des belles Blanches un peu mûres en quête de sensations primitives ne comblent le héros de ce roman. C’est là sa noblesse. Le succès individuel ne saurait le satisfaire. C’est la race noire tout entière qui devrait être, en même temps que lui-même, arrachée à son statut minoritaire et promue à l’égalité des chances. «On disait alors que les difficultés sociales du Noir provenaient de son trop haut degré de visibilité. L’ironie, c’est que mon personnage est invisible non seulement pour les autres, mais pour lui-même. Le Noir, dans une société blanche où il est nié, éprouve nécessairement une grande difficulté à être, et partant, à se voir. L’image du Blanc, telle qu’elle se forme dans sa conscience dès son plus jeune âge, est si irrésistiblement puissante, et si terriblement oppressive, que le Noir est réduit à se voir avec les yeux du Blanc, c’est-à-dire, à se haïr, à se mépriser, à se nier lui-même. Le regard qu’il tourne sur soi est pure négativité, un miroir docile.» dit Robert ELLISON. Ni intégré, ni séparé du reste de la communauté, le héros attend que les yeux de tous les républicains se décillent. «Je n’admire pas du tout le courage du dompteur. Une fois dans la cage aux lions, il est du moins à l’abri des hommes» disait, l’écrivain britannique, George Bernard SHAW (1856-1950).
Anthropologue, conteuse, folkloriste, dramaturge, spécialiste du «Black english», ce vernaculaire des Afro-américains, enseignante à l’université de Barnard College de 1925 à 1928 et à Columbia de 1928 à 1930, Zora Neale HURSTON, une féministe, a marqué l’histoire littéraire, en particulier au sein du mouvement Harlem Renaissance. «Y a pas une loi sur terre qui peut faire d'un homme un gars décent s'il a pas ça en lui. Y a plein dtypes qui prennent femme comme on prend un bout dcanne à suc'. C'est rond, juteux et sucré quand y la prennent. Mais y pressent et y broient, y pressent et y broient, et y tordent jusqu'à c-qu'ils en tirent la dernière goutte de plaisir. Quand y sont convaincus qu'elle est tordue-essorée, y la traitent comme on fait d'une mâchouillure de canne. Y la jettent. Y savent c-qu'y font au moment même, et y sdétestent de lfaire, mais y s'accrochent à elle jusqu'à c-qu'elle est vide. Après, y la détestent pas qu'elle est qu'une mâchouillure de canne sur leur chemin» dans «Spunk» avec un langage vernaculaire des Afro-Américains, Zora Neale HURSTON s’insurge violemment contre la misogynie, la société patriarcale, et les nègres sont considérées par les hommes, noirs ou blancs, comme des «mules» chargées de porter leur fardeau. Première femme noire à s’engager dans le combat du féminisme, dans ce chemin exigeant leur autonomie, Zora Neale HURSTON exhortait à  «Frapper droit avec un bâton tordu.». Cette orientation littéraire, jugée «folklorique» ou d’anthropologie, a été très mal comprise par certains écrivains afro-africains estimant que Zora Neale HURSTON ramait à contre-courant ; la priorité sera, selon les maîtres à penser de Harlem Renaissance, est le roman social ou contestataire, et donc l’apologie de la littérature combat pour les droits civiques, contre la ségrégation raciale. Loin d’être ces anthropologues du début, mesurant la boîte crânienne des Noirs, Zora a été audacieuse et innovante, dans sa recherche du patrimoine culturel du Noirs et de leur langage vernaculaire : «Au début et au milieu de sa carrière, Zora était une révolutionnaire culturelle simplement parce qu’elle était elle-même. Son travail était si vigoureux parmi les productions plutôt pâles de ses nombreux contemporains issus du peuple noir. Durant ses dernières années, pour des raisons révélées pour la première fois, dans son œuvre monumentale (comme tant c’est !), elle  prend peur de la vie qu’elle a toujours osée courageusement expérimenter auparavant» écrit Alice WALKER dans la préface de l’ouvrage de Robert HEMENWAY.
Considérée comme une artiste mineure pendant la période de Harlem Renaissance, une époque voulant faire émerger un «New Negro» Zora Neale a reçu les coups de foudre d’Alain LOCKE (1885-1954) : «C’est de la fiction folklorique à son meilleur, que nous acceptons avec gratitude comme un remplacement attendu depuis longtemps pour tant de fiction locale défectueuse sur les Noirs. Mais quand le romancier noir de maturité, qui sait raconter une histoire de manière convaincante – qui est le cadeau de berceau de Mlle Hurston – s’attaquera-t-il à la fiction de documents sociaux ? La fiction progressiste du Sud a déjà banni la légende de ces pseudo-primitifs divertissants avec lesquels le public de lecteurs aime toujours rire, tisser et envier. Après nous être débarrassés de la condescendance, dépassons maintenant la simplification excessive!» écrit-il dans «Opportunity» du 1er juin 1938.  Les tenants de la ligne dure de Harlem Renaissance ont reproché à Zora Neale HURSTON, dans ses écrits, une vision pastorale ou folklorique, en sous-estimant les dures réalités de la ségrégation raciale, de l’exploitation et de la misère. Aussi, Zora est entrée également en conflit avec Richard WRIGHT, (1908-1960, voir mon article) de la gauche radicale, qu’elle accusait de «misérabilisme». En effet, Richard WRIGHT a estimé que le roman de Zora, «They Eyes Were Watching God», «poursuit volontairement la tradition imposée au nègre au théâtre, c’est-à-dire la technique du ménestrel qui fait rire les Blancs. Son roman ne s’adresse pas au Nègre, mais à un public blanc, dont elle sait satisfaire les goûts chauvins. Ses personnages mangent, rient, pleurent, travaillent et tuent ; ils se balancent éternellement comme un pendule dans cette orbite sûre et étroite dans laquelle l’Amérique aime voir vivre des Noirs : Entre rires et larmes» écrit Richard WRIGHT. En effet, le féminisme controversé et novateur de Zora Neale HURSTON, son audace et esprit d’indépendance a remis en cause le patriarcat blanc comme noir, «Je n'appartiens à aucune race, ni à aucun temps. Je suis l'éternel féminin avec son collier de perles» écrit-elle. Cette vision novatrice de Zora avait suscité l’ire de Langston HUGHES «Dans sa jeunesse, elle recevait toujours des bourses, des aides sociales et des choses de riches Blancs, dont certains la payaient simplement juste pour s’asseoir et représenter la race noire pour eux, elle l’a fait d’une manière si racée à beaucoup de ses amis blancs, sans aucun doute, elle était une parfaite «Darkie», dans le sens agréable qu’ils donnent au terme, qui est un nègre naïf, enfantin, doux, humoristique et très coloré» écrit-il dans «The Big Sea».
Par conséquent, Zora Neale HURSTON a parfois croisé le fer avec cette gauche américaine radicale «Je n'appartiens pas à l'école larmoyante de la négritude, qui prétend que la nature a bien mal traité le Noir et qui se contente d'en souffrir. Non pas, je suis bien trop occupée à affûter mon couteau à huîtres» écrit-elle dans «How It feels To Be Colored Me». En réponse à ces diatribes, Zora Neale HURSTON opposait, comme les tenants de Harlem Renaissance, qu’elle dépeignait un mode de comportement propre à une communauté qui, au sortir de l’esclavage, avait appris à se protéger, subtilement, et de façon codifiée, des méfaits de l’oppression raciale. Par conséquent, refusant de s’aligner, sur ce qu’elle appelait, «l’école sanglotante de la Négritude», Zora soutenait que la libération des Noirs passe aussi par «la célébration de leur culture et de leurs propres institutions. Dépeindre une culture populaire vivante et riche, où l’on chante, aime et rit, comme tout le monde, faire le portrait de personnages «complets, complexes et non diminués», servait bien mieux son peuple que de s’aligner sur les critères esthétiques de la culture dominante» écrit Françoise BRODSKY, dans l’introduction d’une «Femme noire». Par ailleurs, Zora Neale, dans ses mémoires, traite à sa manière, la question raciale, omniprésente dans sa contribution littéraire «Mon peuple ! Mon peuple ! Dès les premiers balancements de mon berceau, j’ai entendu ce cri monter aux lèvres des miens. Il s’échappe pour exprimer la pitié, le mépris et une résignation exaspérée. Il est suscité par ce qu’une certaine catégorie de gens de couleur pense des faits et gestes d’une autre branche de la fraternité noire. Ainsi, les Noirs bien élevés gémissent lorsqu’ils montent dans un train ou un bus et y aperçoivent leurs congénères déchaussés, se bourrant de poisson frit, de bananes et de cacahuètes et jetant les déchets par terre. Et ces gens-là ne se contentent pas seulement de manger et de boire. Les coupables radiodiffusent largement, sans rien cacher de leur vie intime, et cela, d’une voix qui englobe le wagon tout entier. Le Noir bien habillé se ratatine sur son siège, secoue la tête et soupire : Mon peuple ! Mon peuple !» écrit-elle dans «Des pas dans la poussière». Zora Neale a voulu sortir du manichéisme des clichés raciaux et faire mettre en exergue la complexité de la vie : «J’appris qu’on ne juge pas les gens à leur couleur. Et les clichés raciaux perdirent toute signification. Je commençai à me moquer de tous ceux, Noirs ou Blancs, qui se croyaient bénis d’appartenir à leur race. Ce n’était pas une malédiction d’être noir, ou un atout d’être blanc» écrit-elle dans ses mémoires. «Parfois, je me sens discriminé, mais cela ne me met pas en colère. Elle m'étonne tout simplement. Comment peut-on se priver du plaisir de ma compagnie ? Cela me dépasse» dit-elle.
En définitive, et pendant toute sa vie, Zora Neale HURSTON s’est battue contre des moulins à vent, des procès en sorcellerie ou en illégitimité. L’artiste ne luttait pas que contre sa communauté, mais aussi tentait de survivre contre la pression des éditeurs, la manipulation des mécènes, les exigences des présidents de fondations, tous issus de la communauté blanche et voulait contrôler ou censurer ses écrits. Ecrivaine au sommet au sommet de son art, quand la seconde guerre éclate, ses droits d’auteurs sont gelés :  «Tout comme la roche froide et apparemment sans vie, j’ai enfoui en moi des souvenirs issus des matériaux qui m’ont moulée. Temps et Lieu ont leur mot à dire. Il vous faudra donc apprendre d’où je viens, de quel endroit, de quelle époque, pour que vous puissiez interpréter les incidents de ma vie et la direction qu’elle a prise» écrit Zora Neale HURSTON. En fait, entre Zora Neale HURSTON et Langston HUGHES, c’est une histoire d’amitié et de trahison. Ils se sont rencontrés à New York entre 1925 et 1931, date de leur rupture. Ils se sont appréciés, sans relations sexuelles, collaboré à la revue Fire et participé au mouvement Harlem Renaissance. «Leur amitié, tour à tour chaleureuse, engageante, inspirante, intellectuelle, adoratrice, jalouse, enflammée et condamnée, a informé pratiquement tout ce qu’ils ont écrit pendant ces années, la littérature afro-américaine tout à fait différente de toutes celles qui l’avaient précédée» écrit Yuval TAYLOR. Mais deux artistes avaient des caractères diamétralement opposés : «De nombreux auteurs ont qualifié Langston de naïf. Zora est généralement soit une caractérielle, soit une femme noire forte stéréotypée. Ceux-ci représentent les extrêmes de leurs caractéristiques. Langston ne laissait aucune femme entrer dans son intimité. Zora était passionnée, jalouse, têtue et n’hésitait jamais à dire ce qu’elle pensait, quelles qu’en soient les conséquences» ajoute Yval TAYLOR.
La plume de Zora Neale HURSTON se fait enfantine, superstitieuse, ironique, compatissante, joyeuse, et étudie dans la modernité l’ethnicité, le langage vernaculaire, le folklore et les traditions des Afro-américains. Dans sa démarche assertive, Zora a adopté une attitude littéraire engagée, une posture d'affirmation de soi tout en respectant l'autre. «L'engouement dont l'œuvre de Zora Neale Hurston fait l'objet aujourd'hui constitue le meilleur témoignage de son apport à l'éveil de la conscience afro-américaine. Sans doute, sa formation d'anthropologue, ses origines rurales ainsi que les années fastes de la renaissance de Harlem à laquelle elle prit part ont-elles détermine ses engagements d’artiste et d'intellectuelle noire. Quant au destin plutôt terne de sa carrière, il s'explique surtout par le contexte socio-politique et littéraire de la grande dépression qui la place au centre de sollicitations multiples dues aux pressions éditoriales et a l'apologie d'une littérature de combat par les nationalistes noirs et les communistes» écrit, dans sa thèse, Jean-Louis NDAMA. En effet, Zora Neale HURSTON «a cet esprit qui a été particulièrement dévolu à certaines femmes. Quoi qu’elle porte sa peau noire avec aisance, et puisse grâce à elle, pénétrer dans des cercles dont aucun homme blanc ne peut forcer l’entrée, elle semble être capable de se tenir en dehors de sa race et de la regarder objectivement, tout en la comprenant, puisqu’elle en fait partie» écrit, en 1946, Kiffin R. HAYES.
Le travail de Zora sur le folklore des Noirs, et donc leur identité, notamment les récits de vie, les contes, et les expressions de l’oralité des Noirs, l’ont marqué au fer rouge dans certains milieux, notamment les mécènes, fondations ou éditeurs. En particulier, l’engagement littéraire, dans la mouvance de Harlem Renaissance, aux côtés de Langston HUGHES (1901-1967, voir mon article), a été sans ambiguïté. En 2022, la traduction en français, de «l’Anthologie noire» de Nancy CUNARD (1896-1965, voir mon article), a rendu accessible à un plus large public, toute une série d’articles de Zora Neale HURSTON remontant à l’année 1934. Choisie entre 130 contributeurs, dont Langston HUGHES et Alain LOCKE, ainsi que WEB Du BOIS, pour cette Anthologie noire, Zora Neale HURSTON est alors reconnue comme l’un des marqueurs importants de Harlem Renaissance. Dans l’Anthologie noire, le thème général traité ce sont les caractéristiques de l’expression nègre : «La capacité universelle d’imitation du Nègre n’est pas tant une chose en soi que la preuve de ce qui parcourt tout son être. Et, cette chose-là, c’est le théâtre. La langue, c’est comme de l’argent. La  vie du Nègre est hautement dramatique. Tout est théâtralisé» écrit-elle. Zora y traite, avec une grande hauteur de point, n’ayant pas encore prise une seule ride, des conversions et visions (retraite spirituelle, le Shouting (Survivance de la possession des dieux animistes africains), le sermon (les blessures de Jésus), Mère Catherine, L’Oncle lundi (médecin guérisseur Vaudou). C’est en ce sens que Maya ANGELOU (1928-2014, voir mon article) et Toni MORRISON (1931-2019, voir mon article) ont une importante dette à son égard. Zora Neale HURSON «l'un des plus grands écrivains de notre époque» dit Toni MORRISON, auteure de «L’œil le plus bleu». Pour Maya ANGELOU, ««Zora Neale Hurston a choisi d’écrire sa propre version de la vie dans «Dust Tracks on a Road». Grâce à ses images, on apprend rapidement que l’auteur est né pour errer, écouter et raconter une variété d’histoires. Une curiosité active l’a conduite à travers le Sud, où elle a recueilli les sentiments et les paroles de son peuple comme un agriculteur exigeant pourrait ramasser des œufs. Quand elle a commencé à écrire, elle a utilisé tous les sites qu’elle avait vus, toutes les personnes qu’elle avait rencontrées et les exploits auxquels elle avait survécu. Une lecture de Hurston suffit à convaincre le lecteur que Hurston a eu des aventures dramatiques et était un survivant par excellence» écrit-elle dans la préface de «Dust Tracks on a Road». «Zora Neale Hurston était un KO dans sa vie, un écrivain merveilleux et une personne fabuleuse. Diablement drôle et académiquement solide : délicieux mélange» ajoute MAYA ANGELOU.
Zora Neale Hurston nait le 7 janvier 1891 à Notasulga (Alabama, Etats-Unis) et porte les prénoms d’une amie de sa mère qui est Lucy Ann POTTS épouse HURSTON (1866-1904), institutrice. Zora est la cinquième d’une fratrie de huit enfants et la deuxième fille de son père meurt qui accidentellement le 10 août 1918, fauché par un train. «Mon père menaçait sans cesse de me briser, même s'il devait me tuer au passage. Ma mère s'interposait à chaque fois. Elle me savait effrontée et prompte à la réplique, mais elle ne voulait pas briser mon «ardorité», de peur de me voir devenir une doucereuse poupée de son» écrit-elle. Son père, John HURSTON (1861-1918), prêcheur baptiste, devenu veuf en 1904, se remarie, rapidement, en 1905 à Mattie MOGE, née 1885, alors âgée de 20 ans, probablement sa maîtresse bien avant cela. Lorsque Zora a trois ans, sa famille déménage à Eatonville, en Floride, dans une communauté d’Afro-américains dont son père deviendra, pour deux mandats de 1897 à 1916, maire de la ville. Zora décrira plus tard Eatonville, créée le 18 août 1866, comme une seconde naissance, un lieu où les Afro-américains pouvaient vivre, comme ils le souhaitaient, indépendamment de la société blanche, essentiellement des Nordistes plus tolérants que les Sudistes. Jeune, elle se passionne déjà pour la littérature. En 1904, sa mère décède et son père se remarie presque immédiatement. Ses parents l’envoient dans une école baptiste à Jacksonville.  Ils finissent par arrêter d’en payer les frais, et la jeune fille est renvoyée de l’école. Par la suite, Zora travaille quelques temps comme domestique pour une compagnie théâtrale. En 1917, se faisant passer pour née en 1901, elle s’inscrit au Morgan College et obtient son diplôme en 1918. Zora fait ensuite des études à l’université Howard puis au Barnard College où elle est diplômée d’anthropologie en 1928. Intéressée par le folklore noir-américain et le vaudou haïtien, elle participe à la Renaissance de Harlem Renaissance ou «Renouveau de la culture afro-américaine», en produisant le magazine littéraire «Fire !!». Par la suite, Zora a écrit des articles pour divers journaux, travaille dans une bibliothèque puis comme professeure remplaçante.
La contribution littéraire a pour ambition de restituer la richesse et l'originalité de la culture noire des Etats-Unis, celle de son enfance, et d'en transmettre l'héritage. Aussi, dans son autobiographie, «Des pas dans la poussière» ou «Dust Tracks on The Roads», écrit en 1942, cette écrivaine, première afro-américaine diplômée en anthropologie, relate son enfance une petite ville de Floride ayant la particularité d'être composée uniquement de Noirs aussi bien en termes d'habitants que de direction, dans toutes les instances politiques et administratives. Contre toute attente dans cette partie de l’Amérique, Blancs et Noirs vivent en excellents termes ; la petite Zora, pendant cette période, n’en a pas ressenti de discrimination. Cette vision idyllique a été écornée par la traductrice de ses mémoires en France «Lorsque Bertram Linppicott lui demande de rédiger son autobiographie, elle s’exécute avec répugnance. Elle s’y présente avec une fausse naïveté sous les traits d’une petite fille pauvre, mais intelligente, poussée par un besoin impérieux de réussir et que le racisme n’a guère touchée ; mais elle dissimule des pans entiers de son passé. Elle insiste sur la bonté des Blancs qui, depuis sa naissance, l’ont toujours aidée, mais ne parle pas de conflits avec ses mécènes ou n’y fait allusion que pour s’excuser», écrit François BRODSKY, dans la postface «Des pas dans la poussière». Cette interprétation est contestée par Alice WALKER : «Zora a grandi dans une communauté de Noirs qui avaient un énorme respect pour eux-mêmes et pour leur capacité à se gouverner eux-mêmes. Son propre père avait rédigé les lois de la ville d’Eatonville. Cette communauté affirme le droit d’exister. Pour beaucoup d’autres Noirs américains, est-ce vrai ? Dans sa facilité d’acceptation, Zora ressemblait plus à une Africaine non colonisée que ses contemporains noirs américains ; leur noirceur semblait, à eux, étrange» écrit Alice WALKER dans la préface de l’ouvrage de Robert HEMENWAY.
Par conséquent étant née dans le Sud, Zora se fait observatrice attentive de cette société harmonise et se mêle aux adultes, écoute toutes les conversations, s'en imprègne. Elle utilisera tous ces souvenirs et en fera des matériaux, lorsqu'adulte, elle sillonnera-voyagera notamment pour Franz BOAS (1859-942), père fondateur de l'anthropologie au musée d'Histoire naturelle de New York puis à l'université Columbia. Zora Neale HURSTON met en place un groupe de danse folklorique concernant la culture du Sud des États-Unis puis part en Haïti pour y conduire des recherches sur la culture locale. Ses travaux ont une importance majeure, notamment en ce qui concerne l’utilisation des drogues durant les cérémonies Vaudou comme moyen d’entrer en transe. En parallèle, Zora entreprend l’écriture de nouvelles et d’articles. En 1954, Zora est envoyée à Jacksonville pour couvrir le procès pour meurtre de Ruby McCOLLUM (1909-1992), une femme noire qui avait tué, en 1952, C. Leroy ADAMS, un médecin blanc qu’elle accusait de viols à répétition. L’affaire connait une couverture médiatique. Zora participe également à la rédaction de «Woman in the Suwannee Jail», un livre de William Bradford HUIE (1910-1986), journaliste et défenseur des droits civiques. En dépit de la qualité de sa production littéraire, («Mules and Men» en 1935, «They Eyes Were Watching God» en 1937), le succès commercial, de son vivant, n’avait pas été au rendez-vous, notamment ce qui concerne la transcription du folklore des Noirs, en fait une commande de mécènes blancs : «Amère du rejet de la valeur du folklore, en particulier dans la communauté noire, frustrant ce qu’elle estimait être son échec à convertir la vision du monde afro-américaine en formes de fiction en prose, Hurston a finalement abandonné» écrit Robert HEMENWAY.
 Les thèmes récurrents et structurant la contribution littéraire de Zora Neale HURSTON sont notamment la race, le genre, le féminisme, l’esclavage et la mémoire, la croyance religieuse, les forces de l’esprit, en somme un projet du bien-vivre ensemble, dans la tolérance. Son livre, «They Eyes Were Watching God», publié en 1937, a été traduit sous le titre «Mais leurs yeux dardaient sur Dieu» chez Zulma ou «une femme noire» chez Le Castor Astral. C’est le premier roman d’une afro-américaine, revendiquant, sans détours, son féminisme. Dans ce roman initiatique, le personnage central, Janie Crawford, s’engage à se soustraire d’une vie tracée où l’homme blanc jette aux Noirs, qui, à leur tour, veulent se décharger sur la femme noire. Cependant, Janie refuse de devenir «la mule» de son mari, et s’engage dans un voyage métaphorique pour la libération des femmes. «Dans la littérature féminine noire contemporaine, les femmes apparaissent souvent comme les piliers de la communauté, sa matrice culturelle, son ciment. Dotées d’une grande force de caractère, elles revendiquent que leur culture propre face aux critères esthétiques blancs, leur identité face à l’oppression masculine» écrit Françoise Brodsky, dans la préface d’une «Femme noire». En effet, dans ce roman, Janie retourne à Eatonville, en Floride, suite au décès de son mari, un vieux paysan, Tea Cake. Alors qu’elle revient sous le soleil couchant, les habitants ont un sentiment mitigé à son égard. Ils font des remarques à la limite calomnieuses ou moqueuses à son égard on parle de son âge, de son accoutrement, de ses cheveux ; d’autres pensent que son mari n’est pas mort, mais l’aurait abandonnée. Dans ce roman, plusieurs thèmes sont évoqués, notamment la race ; Zora Neale HURSTON semble se demander si la race n’est pas, après tout, socialement construite, que c’est-à-dire des catégories non basées sur la biologie mais sur des concepts imaginés par l’homme. Nanny, la grand-mère de Janie, joue un rôle très important. Elle représente le passé esclavagiste, la libération, mais aussi le désordre qui a accompagné l’émancipation. En tant qu’esclave, elle a une expérience typique de terreur et d’oppression, et elle est exploitée sexuellement par le maître, portant son enfant. Le statut d’esclave de Nanny dans une plantation est transmis culturellement à Janie. Beaucoup des peurs et des préoccupations de Nanny, qui affectent Janie, sont nées pendant son temps en tant qu’esclave. La grand-mère essaie de donc de protéger sa petite-fille du monde réel nappé de prédation et de violence, notamment à l’égard des rumeurs et commérages. Le roman traite la question du conflit de classe, Janie semble aux yeux de certains, être affectée d’une déchéance, à travers ses effets vestimentaires. Lorsque Janie revient à Eatonville, elle porte une combinaison, le type de vêtements que porteraient les ouvriers ou agriculteurs. Les femmes qui regardent remarquent à quel point c’est tout un changement par rapport à la belle robe de satin qu’elle portait quand elle avait quitté la ville des années plus tôt. Il est aussi question, dans ce roman, de religion, question également traitée dans un autre ouvrage «Tous les dieux qu'on vénère sont cruels. Tous les dieux prodiguent une souffrance sans raison. Sinon on ne les adorerait pas. A travers la souffrance aveugle, l'homme connaît la peur et la peur est la plus divine des émotions. C'est la pierre de l'autel et le début de la sagesse. Les demi-dieux se vénèrent dans le vin et les fleurs. Les vrais dieux exigent du sang» écrit Zora, dans «une femme noire». A l’occasion de la survenance d’un ouragan, c’est une référence au titre de l’ouvrage, Zora Neale HURSTON écrit  «Ils semblaient regarder l’obscurité, mais leurs yeux regardaient Dieu». En d’autres termes, la puissance de Dieu se manifeste dans l’ouragan ; en même temps, ils sont à la merci de Dieu, plutôt impuissants et vulnérables. Ici, face à l’ouragan, un tournant dans le roman, au milieu de tous les nombreux choix de vie de Janie, en fin de compte, Dieu, ou plus généralement le monde naturel, détermine le destin ou le destin d’une personne. Dans ce langage littéraire symbolique ou métaphorique, la grand-mère, Nanny, représente une figure spirituelle, dont le but principal dans la vie, est de mettre sa petite-fille sur la bonne voie. «Dieu déchirait le monde ancien chaque soir pour en fabriquer un autre avant le lever du jour. C’était merveilleux de le voir prendre forme dans le soleil pour émerger des poussières grises. Les choses et les êtres familiers lui avaient failli, alors Janie se penchait pardessus la barrière et scrutait la route au lointain. Elle savait maintenant que le mariage ne faisait pas l’amour. Ainsi mourut le premier rêve de Janie, ainsi devint-elle femme» écrit Zora.
Dans «Mules and Men» de 1935, le texte reflète bien le travail d’anthropologiste, de folkloriste en relation avec la tradition orale collectée par Zora Neale HURSTON, avec une préface de Franz BOAS. Dans la confrontation entre l’esclavage et la liberté, le thème central évoque la guerre civile et ses horreurs, ainsi que l’Acte d’émancipation des Noirs. Ainsi, l’esclave John défie et terrasse son maître par ses capacités physiques et intellectuelles, illustrant l’idée que les Noirs ne sont pas inférieurs aux Blancs. En tant que tel, le personnage de Jean et sa prévalence dans ces contes peuvent refléter un fantasme d’accomplissement de souhaits pour les esclaves qui ont concocté ces contes à l’origine: Bien qu’ils aient pu être physiquement emprisonnés par leurs maîtres leurs esprits étaient libres de créer de grands fantasmes d’évasion ou de victoire sur leurs oppresseurs. Zora y traite de la question du genre, de cette relation femme-homme. Dans son travail d’anthropologue Zora a remarqué les femmes sont souvent reléguées au second rang. En revanche, ses contes, empreints de féminisme, valorisent le pouvoir et les capacités des femmes de trouver des moyens de conquérir leur indépendance et l’égalité. Il est bien question dans ce roman de Vaudou,  de la prestidigitation, du pouvoir des forces de l’esprit, une religion traditionnelle africaine, à changer le cours du destin. Dans la pensée des Noirs, la Nature occupe une place primordiale. L’Homme est en fusion avec la Nature, dont il dépend pour sa vie et sa survie. La mule est peut-être la plus importante symbole de la nature, car il fait partie intégrante du titre du livre. Le titre «Mules and Men» implique qu’il y a deux forces distinctes à venir en jeu ici, représentés par ces deux entités, la mule et l’homme. En fait, ces deux symboles ont des similitudes, les animaux agissant comme des hommes et les hommes agissant comme des animaux. En dépit, d’une représentation ou d’une opposition artificielle, les deux entités sont complémentaires et interdépendantes.
Dans son livre, «Barracoon : The Story of the Last «Black Cargo», traduit en français par «Barracoon : l'histoire de la dernière «cargaison noire», il s’agit du récit du dernier esclave. En décembre 1927, Zora Neale HURSTON avait recueilli, à Mobile (Alabama) l’histoire de Cudjo LEWIS (1841-1935), de l’ethnie Yorouba, du village de Banté, au Dahomey, actuel Bénin, dans sa traversée de l’Atlantique, avec 115 autres captifs africains. Olualé KOSSOLA, de son nom africain, alors âgé de 19 ans, embarqua en 1859 à bord du dernier navire négrier américain, le «Clotilda», au départ de Ouidah, sur les rives du Bénin. L’esclavage était interdit depuis 1807, l’ethnie Fon, du Dahomey avait poursuivi ce commerce estimé lucratif ; le roi Ghézo (1818-1858) du Dahomey reprit ainsi ses guerres et ses razzias en 1857. Codjo évoqua l’assaut de son village par les femmes guerrières du roi du Dahomey, la marche forcée de trois mois qui s’ensuivit, puis le séjour dans les baraques de Ouidah. Ces bâtiments servaient au confinement des Africains destinés à être exportés vers l’Europe et les Amériques. Le terme espagnol «barracó» peut se traduire par «caserne» et vient à l’origine du mot catalan «barraca», la «cabane», des «abri à esclaves» en contrastes avec les imposantes maisons ou châteaux des maîtres blancs, avec leurs colonnes, des domestiques et les grandes fêtes : «Je ne suis pas sûre qu’il ait jamais existé ouvrage plus difficile à lire pour ceux d’entre nous qui avons le devoir de porter les ancêtres, d’œuvrer pour eux au quotidien, tandis que nous menons nos vies dans les différents lieux du monde où ils ont été conduits dans les fers. Ces lieux où, esclaves de maîtres blancs (à de rares exceptions près) cruels, ou curieux, ou indifférents, ils ont mené une existence précaire et suspendue, coupée de leur vraie vie, et où nous-mêmes avons dû lutter pour défendre notre humanité et connaître les joies de la vie malgré tout le mal dont nous avons été témoins, ou qu’on nous a fait subir» écrit Alice WALKER, dans l’avant-propos de «Barracoon». Après l’éprouvante traversée de l’Atlantique, Kossola raconte sa vie d’esclave dans l’Alabama, de 1860 à la fin de la guerre de Sécession. Affranchis, lui et les siens ont fondé, non sans difficulté, Africatown, un village aujourd’hui appelé Plateau, en Alabama. La question de l’esclavage, et donc de la mémoire, loin d’être «un détail de l’Histoire» ou une «concurrence des mémoires», est un point central : c’est un crime contre l’Humanité, ayant précédé et justifié la colonisation. «Le fait incontestable qui me resta en travers de la gorge était celui-ci : ceux de mon peuple m’avaient vendue, et les Blancs m’avaient achetée. (…) Cela m’a permis de saisir la nature universelle de l’avidité et du désir de gloire» écrit Zora Neale HURSTON, à l’entame de ce témoignage poignant. Face à certaines polémiques misérables des partisans du Code de l’indigénat, et leur haine, toujours prompts à faire claquer le fouet : «Ceux qui nous aiment ne nous laissent jamais seuls avec notre chagrin» écrit Zora Neale HURSTON. C’est un livre, par rapport aux esprits confusionnistes, voulant mettre en cause soit les complicités, patentes, avérées, des Arabes ou des chefs traditionnels africains, afin de mieux acquitter au bénéfice du doute, ceux qui ont organisé ce commerce infâme pendant quatre siècles, a remis les choses à l’endroit : «Qu’on ne s’y trompe pas : la lecture de ce livre est une épreuve. On nous y montre les blessures. Néanmoins, une fois encore, le génie de Zora Hurston produit là un absolu chef-d’œuvre, ou plutôt une œuvre maîtresse. Qu’est-ce qui caractérise une œuvre maîtresse ? C’est la présence d’un point de vue ou d’un élément narratif féminin dans la construction de l’édifice, qu’il soit de pierre ou de fiction, sans lequel l’édifice tout entier ne serait qu’un mensonge. Et des mensonges, on nous en a servi tellement : les Africains n’étaient que des victimes de la traite négrière, pas des participants» écrit Alice WALKER. Devenu libre et loin de son Afrique des profondeurs, le message que nous livre le personnage de Cudjo LEWIS est celui de la sagesse et de l’Espérance : «Son bonheur d’être «libre», comment il a participé à la création d’une communauté, d’une église, comment il a bâti sa maison de ses mains Les morts tragiques qui ont suivi. Nous voyons un homme qui se sent terriblement seul loin de l’Afrique et sans les siens. Et alors l’évidence nous frappe : ce qu’il nomme là, c’est cette chose que nous faisons tant d’efforts pour étouffer, à quel point nous aussi nous nous sentons seuls dans ce pays qui nous est toujours étranger. Combien nous manquent notre vraie culture, notre peuple, notre lien singulier avec une autre vision de l’univers. Nous comprenons aussi que tout ce qui nous manque, comme c’était le cas de Cudjo Lewis, a disparu à tout jamais. Mais nous percevons autre chose, alors : la noblesse d’une âme qui a souffert quasiment jusqu’au point d’être annihilée, mais qui continue de se battre pour être complète, présente, généreuse. Animée d’un amour grandissant, d’une compréhension sans cesse approfondie des choses. La sagesse de Cudjo devient si évidente, à la fin de sa vie, que ses voisins viennent lui demander de leur parler en paraboles. Ce qu’il fait. Offrant la paix autour de lui. Là est le remède» écrit Alice WALKER.
En dépit de la qualité de sa production littéraire, femme forte et de caractère, Zora Neale HURSTON a été malheureuse dans sa vie privée, puisque ses trois mariages se sont soldés par un échec. Le 19 mai 1927, Zora Neale HURSTON épouse Herbert Arnold SHEEN (1897-1976), musicien de jazz âgé de moins de six que l’artiste ; ils divorceront le 7 juillet 1931, mais sont restés en bons termes. C’est à cette période que Zora entame de rédiger la biographie sur Codjo LEWIS, et un ouragan fauche la vie de 1800 migrants en situation irrégulière. Zora s’est remariée à Albert PRICE III (1891) du 27 juin 1939 au 9 novembre 1943, puis se remarie à James Howell PITTS (1892-1969) le 18 janvier 1944 et divorce le 31 octobre 1944. Son dernier mari voulait qu’elle abandonne son statut d’écrivaine. Alice WALKER s’est insurgée contre certains critiques ou biographes ayant attaqué injustement sa vie privée. «Les critiques n’aiment même pas «les foulards» sur sa tête. Ils n’aiment pas sa sensualité apparente : la façon dont elle avait tendance à épouser ou à ne pas épouser un homme, mais à les apprécier quand même, tout en ne manquant jamais à ses devoirs d’artiste. Ils ont sournoisement laissé entendre que Zora serait gay, ou du moins bisexuelle.  L’accusation est devenue humoristique, et bien sûr hors de propos, quand on considère que ce que j’écris était l’un des amours hétérosexuels les plus sains de notre littérature» écrit-elle. Mais ses déboires amoureux ont été à la source d’une partie de sa création littéraire, restée largement autobiographique  «They Eyes Were Watching God» est une histoire d’amour (avec Percy PUNTER). L’inspiration pour ce roman est venue de la liaison de Zora avec un homme d’origine antillaise qu’elle avait rencontré pour la première fois à New York en 1935. La relation était orageuse, peut-être vouée à l’échec dès le début.  L’homme ne soutenait pas son ambition littéraire, mais elle ne pouvait pas rompre, on plus. Son voyage de collecte, avec Lomax et sa bourse Guggheim étaient tous deux destinés à rompre la relation, à «modérer» ses sentiments» écrit Robert HEMENWAY, un de ses meilleurs biographes. «They Eyes are Watching God», roman écrit à Haïti, sera publié en septembre 1937. Zora a admis ces interférences dans sa vie privée et l’ont conduite à une création littéraire distanciée : «L’intrigue du roman est loin de ces circonstances, mais j’ai essayé d’embaumer toute la tendresse de ma passion pour lui dans «Ils regardaient Dieu» dit-elle. Les critiques ont salué ce roman comme une apologique du féminisme : «Parce que Hurston a placé Janie sur le chemin de la réalisation de soi, de l’autonomie, et l’indépendance, «Leurs yeux regardaient Dieu» a été salué comme un roman féministe. Que Hurston le voie de cette façon ou non, elle a transmis un puissant messages : les femmes sont les égales de les hommes à tous points de vue, et que leur vie intérieure est infiniment riche et digne d’attention» écrit Valérie BOYD.
En 1949, accusée à tort d’avoir molesté un garçon de dix ans et relaxée en 1949, plus aucun éditeur ne veut plus publier Zora, et sa carrière littéraire est ruinée par ce mensonge. Alors que Zora souffrait gravement de problèmes cardiaques, dans une lettre du 16 janvier 1959, elle écrit à l’un de ses éditeurs, Harper and Brothers, pour lui faire savoir qu’elle travaillait sur un projet de livre sur «Harod The Great». Le 28 janvier 1960, à Fort Pierce (Comté de Sainte Lucie, Floride), Zora Neale HURSTON décède d’une attaque cardiaque ; elle est enterrée dans une tombe anonyme. Comme Billie HOLIDAY (1915-1959, voir mon article), musicienne et Betty SMITH (1896-1972), écrivaine, Zora «était maintenant malade et seule, sans le sou et oubliée, sans la renommée ou la richesse qu’une telle carrière aurait pu procurer» écrit Alice WALKER dans la préface de l’ouvrage de Robert HEMENWAY. L’université de Yale lui avait rendu, en 1961, vite oublié : «À la vie, à son peuple, elle a laissé un legs de belle écriture et le souvenir d’une personnalité irisée de nombreuses couleurs. Sa courte étagère d’écrits mérite d’être conservée. Sans aucun doute, sa mémoire restera dans l’esprit et le cœur de ses amis. Nous nous réjouissons qu’elle soit passée de cette façon si brillamment mais hélas, trop brièvement» dit Fanny HURST.
De son vivant, sept ouvrages ont été publiés et les autres à titre posthume. Quelle postérité donc pour Zora Neale HURSTON ?
«Personnellement, Zora était une femme complexe avec une grande prédisposition pour les contradictions. Elle pouvait parfois manipuler les gens pour booster sa carrière et elle était une actrice naturelle qui pouvait jouer de nombreux rôles. Physiquement, c’était une personne énergique, capable d’un travail intense pendant de longues périodes, dotée d’une effervescence personnelle. Elle avait un instinct pour la publicité et elle était capable de populariser commercialement la culture noire.» écrit Robert HEMENWAY. «Ce que sera tout mon travail, je ne le sais pas non plus ; chaque heure être un étranger pour vous jusqu’à ce que vous le viviez. Je veux une vie bien remplie, un esprit juste et une mort en temps opportun» a écrit Zora Neale HURSTON dans «Dust Trucks on Road». Après la disparition de Zora Neale HURSTON, dans un certain dénuement, Alice WALKER prend l’initiative, en 1973, avec d’autres, de faire inscrire sur sa tombe l’épitaphe, à Fort Pierce : «Zora Neale Hurston. A Genius of the South, Novelist, Folklorist, Anthropologist (1901-1960)». Depuis 1989, il existe un festival des arts à Eatonville en hommage à l’écrivaine, presque canonisée. En 1994, Zora Neale HURSTON est inscrite au National Women’s Hall Fame. Par conséquent, ce n’est qu’après la parution, en 1975, de l’article de l’universitaire, Alice WALKER, Prix Pulitzer pour son roman, «La couleur pourpre», née le 9 février 1944, à Eatonton (Géorgie), à ne pas confondre avec Eatonville (Floride), «In Search of Zora Neale Hurston» ou «À la recherche de Zora Neale Hurston», que l’œuvre de Zora connait un regain d’intérêt et l’a ainsi expurgée de ce long et in injuste Purgatoire : «Condamnée à vie à une île déserte, avec un viatique de dix livres, je choisirais, sans hésitation, deux livres de Zora : «Mules and Men», parce que j’aurais besoin de pouvoir transmettre aux jeunes générations la vie des Noirs américains comme légende et mythe, et «Leurs yeux dardaient Dieu», parce que je voudrais m’amuser tout en m’identifiant à l’héroïne noire, Janie Crawford, alors qu’elle jouait de nombreux rôles dans une variété de contextes, et fonctionnait (avec des résultats spectaculaires!) dans l’amour romantique et sensuel. Il n’y a pas de livre plus important pour moi que celui-ci» écrit Alice WALKER. On sent l’influence de Zora Neale HURSTON, dans sa façon de concevoir Dieu, à travers le personnage de Janie, révérer le Seigneur doit être une attitude active et non passive : «Ils étaient assis en compagnie d’autres dans d’autres bidonvilles, leurs yeux tendus contre des murs grossiers et leurs âmes demandant s’il voulait mesurer leur puissance chétive contre la sienne. Ils semblaient regarder fixement dans l’obscurité, mais leurs yeux regardaient Dieu» écrit-elle. Alice WALKER adopte la même conception de Dieu, dans son roman, «La couleur pourpre». Dans l’espérance, on s’approche de Dieu, non seulement dans les ténèbres, mais en regardant, à travers les ténèbres, pour voir Dieu là où les autres voient la noirceur. Ce faisant, on a une sorte de vision déifiant les ténèbres, remplaçant le vide par la présence, la présence dans la noirceur. On a la même vision de Toni MORRISON dans «Paradis» ; on vient à Dieu non pas par la lumière, mais par la capacité de voir dans l’obscurité. En définitive, «si Hurston n’avait pas créé une «Janie» et une «Phoeby», par exemple, il n’aurait peut-être pas été possible pour Toni Morrison de produire un «Sula» et un «Nel», ou pour Alice Walker de créer un «Celie» et  «un Shug». En d’autres termes, parce que Hurston a écrit ce qu’elle a écrit et a publié les livres qu’elle a publiés, la littérature américaine a été modifiée en bien» écrit Valérie BOYD, une de ses biographes.
En 1990, Joan MANSON-GRANT de l’université de l’Ontario, est revenue sur la contribution majeure de Zora Neale HURSTON à l’affirmation de la culture noire et à sa contribution à l’universel : «L’œuvre complète de la nouvelliste/essayiste/folkloriste Zora Neale Hurston a récemment été tirée, avec amour, du trou noir de l'oubli littéraire. Ce sauvetage a eu lieu durant une période où une attention accrue est portée à l'art marginal et ses divers discours théoriques. Cette coïncidence historique et théoriquement m’a poussée à m'interroger sur la constante relégation de l'œuvre de Hurston au royaume du «genre littéraire» et sur la quasi-absence de toute exploration de son contenu anthropologique. Je crois que le travail de Hurston donne un exemple du «champ» de plus en plus complexe à l'intérieur duquel les anthropologues écrivent la culture, pour ainsi alimenter l'actuelle remise en question du processus, du produit et du statut de l'écriture ethnographique. Ses écrits sur la culture vont et viennent de manière fascinante entre la fiction et la non-fiction, la culture blanche et la culture noire, la classe urbaine riche et la classe rurale pauvre. En retraçant la manière avec laquelle l'œuvre de Hurston traite avec complexité de simples oppositions de type «nous-eux» et la recherche d'une voix unique, j'affirme que les approfondissements théoriques delà déconstruction viennent grandement éclairer les politiques de représentation à l'œuvre oins les textes hétérogènes de Hurston, et qu'ils nous aident à repenser leur statut de «représentatifs» écrit-elle.
 
Références bibliographiques
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Paris, le 19 janvier 2023, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
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16 janvier 2023 1 16 /01 /janvier /2023 21:46
«Charles BAUDELAIRE (1821-1867) ses «Fleurs du Mal» et sa Vénus noire, sa muse, Jeanne DUVAL» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Poète en prose, de la modernité, précurseur du symbolisme, artiste maudit, de la décadence, Charles BAUDELAIRE a traité de nombreux thèmes, comme le voyage, le scandale, la mélancolie, la beauté et l’horreur, l’idéal inaccessible et a fait le lien entre le Mal et la Beauté. En alchimiste, BAUDELAIRE a la prétention de transformer la laideur du réel en beauté «J’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or»  écrit-il dans le poème «Orgueil».
Le Beau est toujours bizarre : «Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ! Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau» écrit-il. BAUDELAIRE, un des poètes les plus célèbres au monde, «il y a du Dante dans l’auteur des «Fleurs du Mal», c’est du Dante athée et moderne, du Dante venu après Voltaire, dans un temps qui n’aura pas de Saint-Thomas» écrit Jules BARBEY d’AUREVILLY. En effet, «parfait magicien des lettres françaises, Baudelaire devient un artiste qui cisèle et lime, l’orfèvre des émaux et d’autres camées. Son problème était non seulement de se distinguer, à tout prix de l’ensemble des grands poètes exceptionnellement réunis dans la même époque, tous en pleine vigueur, d’être un grand poète, mais de n’être ni Lamartine, ni Hugo, ni Musset. Tous les instruments de la sorcellerie évocatoire sont employés dans un seul dessein ; l’invitation au voyage, le goût de la forme fixe poussé jusqu’à la gageure d’un pantoum français, l’allitération, la rime, l’écho vocalique» écrit Théophile GAUTIER (1811-1872) ami et biographe de BAUDELAIRE. Critique littéraire et d’art, BAUDELAIRE vénérait Eugène DELACROIX (1798-1863), même s’il le trouvait égoïste «Cet homme si frêle et si opiniâtre, si nerveux et si vaillant, cet homme unique dans l’histoire de l’art européen, a été emporté par une de ces fluxions de poitrine» écrit BAUDELAIRE, le 1er mars 1864.
Théoricien du rire et de l’éreintage de ses contemporains, BAUDELAIRE croyait, comme Denis DIDEROT (1713-1784) pouvoir vivre du journalisme : «Le ténébreux auteur des Fleurs du Mal, le plus lu des poètes français, fut d’abord le fils de la presse. Jeune dandy, il y a fait ses premières armes ; jusqu’à la fin de sa vie, il y a publié ses écrits en tous genres ; n’étant lié à aucun journal, il a collaboré à tous, et exprimé sous les formes les plus variées ses convictions d’artiste et son farouche mépris des bien-pensants» écrit Alain VAILLANT dans «Baudelaire, journaliste». Humaniste, cosmopolite ne visant qu’une gloire littéraire, BAUDELAIRE s’intéresse cependant à la Révolution de 1848, en termes de liberté de pensée «Mon ivresse en 1848. De quelle nature était cette ivresse ? Goût de la vengeance ; plaisir naturel de la démolition, ivresse littéraire ; souvenirs lectures. Il y a dans tout changement quelque chose d’infâme et d’agréable à la fois, quelque chose qui tient à l’infidélité. 1848 ne fut charmant que parce que chacun y faisait des utopies comme des châteaux en Espagne» dit-il. En religion, comme en politique, il y a quelque chose de libertaire en ce poète, sans parti, qui a appelé à fusiller son beau-père, le général AUPICK. Critique d’art, passionné des musiciens et des peintres, il est un grand admirateur de Richard WAGNER (1813-1883) : «Je vous dois la plus grande jouissance médicale» lui dira BAUDELAIRE. Il est resté étrangement silencieux sur l’abolition de l’esclavage : «Alors que la plupart de ses amis exaltent les vertus d’une abolition annoncée et encensent un certain Victor Schoelcher, Charles s’enfonce dans le mutisme. Pourtant, il est bien le seul d’entre eux à savoir de quoi il en retournait, hormis peut-être Manet qui s’était aventuré à Rio de Janeiro où il n’avait pas manqué de voir de ses yeux vu les méfaits de cette ignoble institution qu’est l’esclavage» écrit Raphaël CONFIANT. Finalement, il décidera d’être un poète «Le poète est semblable au prince des nuées qui hante la tempête et se rit de l’archer ; exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher» écrit-il dans «L’Albatros». Il confère au poète un rôle de prophète «Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance, comme un divin remède à nos impuretés. Je sais que vous gardez une place au Poète Dans les rangs bienheureux des saintes Légions, et que vous l’inviterez à l’éternelle fête» écrit dans son poème «Bénédiction». Cependant, dans son ambition littéraire, BAUDELAIRE voulait se distinguer des autres, en écrasant les gloires littéraires de son époque «Dans les domaines de la création, qui sont aussi les domaines de l’orgueil, le besoin, le devoir, la fonction de se distinguer, sont indivisibles de l’existence même» écrit Paul VALERY. Il est donc contraint à s’opposer aux idées dominantes : le romantisme ou le mysticisme de l’art pour l’art : «S’il y a quelque gloire à n’être pas compris, ou à ne l’être que très peu, je peux dire sans vanterie que, par ce petit livre, je l’ai acquise et méritée d’un seul coup» écrit Charles BAUDELAIRE dans son projet de préface des «Fleurs du Mal». Cependant, BAUDELAIRE est subjugué par la capacité de Victor HUGO de concilier le travail et la distraction, son don prodigieux le faisant régner sur le Parnasse : «Depuis bien des années déjà Victor Hugo n’est plus parmi nous. Je me souviens d’un temps où sa figure était une des plus rencontrées parmi la foule ; et bien des fois je me suis demandé, en le voyant si souvent apparaître dans la turbulence des fêtes ou dans le silence des lieux solitaires, comment il pouvait concilier les nécessités de son travail assidu avec ce goût sublime, mais dangereux, des promenades et des rêveries ? Cette apparente contradiction est évidemment le résultat d’une existence bien réglée et d’une forte constitution spirituelle qui lui permet de travailler en marchant, ou plutôt de ne pouvoir marcher qu’en travaillant» écrit BAUDELAIRE.
Génie double, tiraillé entre le spleen et l'idéal, la fange et la grâce, l'admiration, la tendresse, l'humour, la pitié mêlant leurs couleurs contrastées, la pluralité de son talent, BAUDELAIRE, poète nonchalant, insouciant, veut procrastiner, profiter de chaque instant, en dandy. «Il faut toujours être ivre. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s’enivrer sans trêve, de vin, de poésie ou de vertu à votre guise. Mais enivrez-vous !» écrit-il. BAUDELAIRE est l’incarnation de l’enfance sans défense et humiliée, la folie, la mort, la difficile survie dans un monde où règne une certaine dose de violence, la figure délibérément dérisoire du bouffon, du fou, du débauché, du saltimbanque, du bizarre, du mime ou du jongleur, ou du «paresseux nerveux» comme il se définit lui-même. Il a «le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné» dit-il. «Si l'œuvre éblouit, l'homme était détestable. Charles Baudelaire ne respectait rien, ne supportait aucune obligation envers qui que ce soit, déversait sur tous ceux qui l'approchaient les pires insanités. Drogué jusqu'à la moelle, dandy halluciné, il n'eut jamais d'autre ambition que de saisir cette beauté qui lui ravageait la tête et de la transmettre grâce à la poésie. Dans ses vers qu'il travaillait sans relâche, il a voulu réunir dans une même musique l'ignoble et le sublime. Il a écrit cent poèmes qu'il a jetés à la face de l'humanité. Cent fleurs du mal qui ont changé le destin de la poésie française» écrit Jean TEULE (1953-2022). Homme de gauche, humaniste et cosmopolite, fervent partisan de la Révolution de 1848, contre les monarchistes, Charles BAUDELAIRE exprimait, ouvertement, sa colère. «Baudelaire, qui réglait tout de même ses vers pour qu’ils provoquent un effet puissant, n’a rien de commun, dans sa retenue élégante, avec ce romanichel génial et pervers qu’était Paul Verlaine. C’est seulement dans les motifs les plus cachés que les racines de leurs natures entrent en contact : dans la nostalgie de l’individu, cette nostalgie fatiguée par la civilisation et qui cherche vainement à échapper à une époque sans nerfs, décadente et malade, parce qu’il se sent comme son enfant le plus propre et le reflet le plus fidèle» écrit Stefan ZWEIG. Homme aux contradictions déchirantes, célébrant les vertus du travail et la fainéantise, rêvant d’ordre et de luxe, il mène une vie de «chien mouillé» suivant Marie-Christine NATTA, une de ses biographes.  Dans sa quête de «l’Infini, dans le fini», Charles BAUDELAIRE, poète maudit, érudit, est aussi, et surtout, un écrivain talentueux reconnu, de son vivant, uniquement par une quantité microscopique de gens «Si jamais le mot séduction put être appliqué à un être humain, ce fut bien à lui, car il avait bien la noblesse, la fierté, l’élégance, la beauté à la fois enfantine et virile, l’enchantement d’une voix rythmique, bien timbrée, et la plus persuasive éloquence, due à un profond rassemblement de son être ; ses yeux, débordant de vie et de pensée parlaient en même temps que ses épaisses et fines lèvres de pourpre, et je ne sais quel frisson intelligent courrait dans sa longue, épaisse et soyeuse chevelure noire» écrit, en 1882, Théodore de BANVILLE (1823-1891) dans ses «Souvenirs».
L’œuvre de BAUDELAIRE «est bien lui-même ; mais il n’y est pas tout entier. Derrière l’œuvre écrite et publiée, il y a toute une œuvre parlée, agile, vécue, qu’il importe de connaître, parce qu’elle explique l’autre et en contient, comme il l’eût dit lui-même, la genèse. Curieux, contemplateur, analyseur, l’œuvre était ainsi le résumé de la vie, ou plutôt en était la fleur» écrit Charles ASSELINEAU. Charles BAUDELAIRE, dont les ancêtres viennent de Neuville-au-Pont (Marne, Grand Est) vit le jour le 9 avril 1821, au 13 de l’étroite rue Hautefeuille, à Paris 6ème, dans une vieille maison à tourelles, démolie lors du percement du boulevard Saint-Germain, par le baron HAUSSMANN. Nostalgique du vieux Paris, il a déménagé plus de 40 fois dans la capitale, il écrit «La vraie civilisation n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel. Paris change. Mais rien dans ma mélancolie n’a changé». Enfant d’un vieillard, en raison d’âge de 34 ans ses parents, son père, Joseph François BAUDELAIRE (1759-1827) mourut quand il n’avait que six ans, et sa mère, Caroline ARACHENBAUT DEFAYES (1793-1871) se remaria une année après. Le petit Charles reçut son éducation au Collège royal de Lyon, tout d’abord, puis, en 1836, il fut admis au prestigieux Lycée Louis Grand, à Paris, réservé à l’élite française. Là, Charles se distingua en composition latine ; si bien, même, qu’il obtint un prix au concours général. Son baccalauréat en poche, en 1839, alors âgé de 18 ans, ses parents le poussèrent vers des études de droit. Enfant, Charles voulait être comédien. Cette fantaisie est très sérieuse : elle révèle toute l’importance que BAUDELAIRE accorde à l’artifice, l’élément fondateur de son dandysme. Loin d’être une mode frivole ou juvénile, le dandysme représente pour lui une philosophie qu’il revendique et manifeste autant par sa vie que par son œuvre. Par conséquent, au lieu d’aller d’étudier, le jeune Charles mène une vie dissolue, si dissolue que ses parents en viennent à l’apprendre. En conflit avec son beau-père qui voulait qu’il devienne militaire ou diplomate, le jeune est resté toute sa vie attaché à sa mère «Il y a eu dans mon enfance une époque d’amour passionné pour toi. Je me souviens d’une promenade en fiacre, des quais qui étaient si tristes le soir ; ça a été moi le bon temps des tendresses maternelles. Tu étais à la fois une idole et un camarade» écrit-il. Ayant contracté une maladie vénérienne, ses parents, inquiets de ses fréquentations, l’envoyèrent découvrir le monde, le 9 juin 1841, à bord du paquebot-des-mers-du-Sud, en commençant par l’Inde. Mais, faisant escale à l’Île Maurice durant le voyage, BAUDELAIRE décida que rien d’intéressant ne pouvait l’attendre en Inde ; il insista pour prendre un autre bateau faisant retour en France. Mais tout de même, ce court voyage produisit un changement chez ce jeune qui ne voulait en faire qu’à sa tête ; un changement décisif, car c’est au même moment qu’il commence d’écrire les «Fleurs du Mal», un recueil de poèmes qui deviendra la plus célèbre de ses œuvres. Viendront ensuite les «Paradis artificiels» du vin et du haschich, était-il fou ou se servait-il de ces psychotropes pour sa création artistique et de la fréquentation de Jeanne DUVAL ?
Charles BAUDELAIRE dilapide sa fortune et, par dérision, s'enferme dans le jeu d'un dandysme satanique. Les femmes ont joué un rôle déterminant dans l’inspiration de cet artiste hors pair qui a eu trois muses (Marie DAUBRUN ou «La fille aux yeux verts», Apollonia SABATIER dite Aglaé SAVATIER, ou «Ange gardien» et Jeanne DUVAL ou «La Vénus noire»). Pour la postérité, le nom de Jeanne Prospère Caroline LEMER dite Jeanne DUVAL (1827-1870), demeurant rue Regrattier à Paris 4ème, reste lié à celui de Charles BAUDELAIRE. Par conséquent, c’est Jeanne DUVAL, rencontrée en 1842, qui a plus marqué l’histoire littéraire : «Une certaine Jeanne Duval lui apportait des Antilles une ardeur dont il a eu particulièrement à souffrir et qu’il traduisit en vers douloureux» écrit Jean-Yves LE DANTEC. Pendant longtemps, le statut de muse, de BAUDELAIRE, attribué à Jeanne DUVAL, femme noire, métisse, semble être réduit à celui d'intrigante, de prostituée, de scandaleuse et d'illettrée et celle qui lui aurait refilé la syphilis. Curieusement, on sait peu de chose de cette figure centrale qu’est Jeanne DUVAL, d’une origine nationale non encore tranchée (Haïti, Réunion, Ile Maurice, Les Mascareignes, l’Inde, Afrique du Sud ou Saint-Barthélemy). Sa photo de Félix TOURNACHON dit NADAR (1820-1910), une toile de Gustave COURBET (1819-1877), d’Edouard MANET (1832-1884) et un croquis de BAUDELAIRE lui-même nous sont parvenus. A partir de 1842, le poète habitait avec sa muse, à Paris, dans l’Ile Saint-Louis, quai d’Anjou, à l’hôtel Pimodan : «En lisant les vers de Baudelaire, ce poète, en réalité, n’aima qu’une seule femme ; cette Jeanne, qu’il a toujours et si magnifiquement chantée. C’était une fille de couleur, d’une très haute taille, qui portait bien sa brune tête ingénue et superbe, couronnée d’une chevelure violemment crespelée, et dont la démarche de reine, pleine d’une grâce farouche, avait quelque chose à la fois de divin et de bestial. Le hasard fit que l’ayant plusieurs fois rencontrée, chez des amis à elle, je la connus avant d’avoir jamais vu le poète qui devait plus tard l’immortaliser. (…) Parfois, ce contemplateur faisait asseoir Jeanne devant lui dans un grand fauteuil ; il la regardait avec amour et l’admirait longuement, ou lui disait des vers écrits, dans une langue qu’elle ne savait pas. C’est peut-être là, le meilleur moyen de causer avec une femme, dont les paroles détonneraient sans doute dans l’enivrante symphonie que chante sa beauté» écrit Théodore de BANVILLE dans ses «Souvenirs», pages 74-75. Frappée d’hémiplégie, handicapée et marchant avec des béquilles, BAUDELAIRE n’a jamais abandonné sa «Vénus noire». Victime du racisme de la bourgeoisie, la mère de BAUDELAIRE était hostile à cette liaison. «Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne, O vase de tristesse, ô grande taciturne... Je m'avance à l’attaque et je grimpe aux assauts, comme après un cadavre un chœur de vermisseaux, et je chéris, ô bête implacable et cruelle, jusqu'à cette froideur par où tu m'es plus belle !» écrit-il.
Si Charles BAUDELAIRE la nomme sa «gloire», les historiens ou critiques d'art n'ont retenu d'elle que la «maîtresse» exotique. En fait, Jeanne DUVAL, venue de Haïti, fit découvrir à BAUDELAIRE un monde insoupçonné de sensualité, et un adjuvant à la création littéraire. C’est cette passion torride, délétère et sublime : «L’amour, c’est le goût de la prostitution. Il n’est même pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à la Prostitution» écrit-il dans son journal intime, «Fusée». C’est donc cette femme, Jeanne DUVAL, qui fut la source d’inspiration de ses poèmes de la première période, aujourd’hui connue sous le nom de «période de la Vénus noire», et qui sont aujourd’hui considérés comme les plus beaux poèmes érotiques de la littérature française. Et c’est aussi durant cette période de 1842 à 1867, où Charles BAUDELAIRE put jouir d’insouciance et de liberté et ne jamais avoir à s’inquiéter de quoi que ce soit, qu’il écrivit la large majorité des poèmes qui composent «les Fleurs du mal», c’est-à-dire les poèmes lesbiens, ceux de révolte et de décadence, et ceux qui sont érotiques. Charles PEGUY attribue le génie littéraire de Charles BAUDELAIRE uniquement par l’influence d’Edgar Alan POE, en mettant sous silence l’influence de Jeanne DUVAL «Le démon de la lucidité, le génie de l’analyse, et l’inventeur des combinaisons les plus neuves et les plus séduisantes de la logique avec l’imagination, de la mysticité avec le calcul, le psychologue de l’exception, l’ingénieur littéraire qui approfondit et utilise toutes les ressources de l’art, lui apparaissent et l’émerveillent. Tant de vues originales et de promesses extraordinaires l’ensorcellent. Son talent en est transformé, sa destinée en est magnifiquement changée !» écrit Paul VALERY. Si BAUDELAIRE est conquis par Edgar POE, c’est qu’il aurai une connaissance insuffisante de la langue et de la littérature anglaises dit Peter Michael WETHERILL. Certains auteurs sont manifestement hostiles à la personne, voire à la race de Jeanne DUVAL «Cette Jeanne, c’est la maître noire, le vase de tristesse, la grande taciturne, la sorcière, la nymphe ténébreuse et chaude des «Fleurs du Mal». Or, il paraît bien qu’elle n’avait, à part sa race, rien de remarquable» écrit Jules LEMAITRE.
Pendant longtemps, Jeanne Duval «n’existe qu’à travers le racisme et la misogynie de ses contemporains» écrit YSLAIRE. Jean TEULE explique que cette indifférence ou hostilité à l’égard de Jeanne DUVAL, caricaturée sous les traits d'une femme vénale et violente, viendrait qu’on la blâme d’être à l’origine de la chute du poète. Ce portrait, résolument à charge, puise ici dans l'encre vénéneuse des écrits de la mère du poète, Caroline AUPICK, convaincue que Jeanne DUVAL avait transmis la syphilis à son fils. «Au fond, le cas de Baudelaire est simple, humilié, dans son intelligence, d’avoir lié sa destinée à une femme indigne de lui, honteux de lui avoir livré ses sens, quand son âme était si haute, il a voulu que la joie intellectuelle de la composition lui restituât, embelli par l’imagination, le plaisir qui l’avait écœuré, tout en lui permettant de maudire intérieurement sa faiblesse ou de crier très haut son indignité. Il s’est vengé de sa honte proclamant, et ce n’est pas une preuve d’humilité que d’étaler le spectacle de sa déchéance» écrit, en 1929, René FERNANDA. En effet, certains auteurs ne voient dans Jeanne DUVAL que la prostituée, à la poitrine généreuse, morbide et fatale, un puits de souffrances. «Il vivait en concubinage avec Jeanne Duval, et depuis qu’il la connaissait avait sondé jusque dans leur profondeur l’animalité de ce sang mêlé. Seuls restaient, malgré l’envoutement qu’exerçait sur lu son vampire avec un curieux besoin d’expiation, le remords de la dégradation où le maintenait sa passion avilissante» écrit, en 1941, Albert FEUILLERAT. Les préjugés carrément racistes sont tenaces «Jeanne Duval présentait sous les défauts que l’on dit être ceux des métisses. Sournoise, menteuse, débauchée, dépensière, alcoolique, et par surcroit ignorante et stupide, elle se fut, peut-être mieux trouvée à sa place dans le monde de la prostitution que dans la compagnie des artistes» écrit Pascal PIA. «Jeanne Duval régna sur les sens et l’imagination de Baudelaire que par l’incantation de sa volupté pénétrante et le charme magique de son étrangeté. La fille de Saint-Domingue n’empruntait sa beauté qu’à l’image poétique dont Baudelaire se plaisait à l’auréoler, dans son triste cœur. La passion des liqueurs fortes, la méchanceté sournoise des races de couleur, des infidélités quotidiennes en des crises d’hystérie bestiale, autant de raison qui, loin de détourner Baudelaire d’une liaison fantasque, fortifièrent son penchant pour la Vénus noire. Lui-même se l’avouait, elle était son inspiratrice ; ce n’est qu’une inspiration indirecte et lointaine. Il l’aimait de lui faire souvenir des pays parfumés que le soleil caresse et de l’invraisemblable décors des tropiques brûlants» écrit, en 1903, Féli GAUTIER. «Cette courtisane de bas étage, en qui reparut bientôt la passivité de la prostituée, cette infidèle et alcoolique, fut pour Baudelaire, durant des années, l’aspect tangible de l’Idéal. Moralement, elle était ignoble, nous ne parlons pas de la facilité de ses mœurs, naturelle à sa race, mais de la sécheresse de son cœur, de sa méchanceté calculée qui, par éclairs, l’égalait aux coquettes de nos climats» écrit Pierre FLOTTES. On ne voit chez Jeanne DUVAL que celle qui a ruiné BAUDELAIRE «Il fit des dettes et s’y enfonce de plus en plus ; cette liaison est faite surtout pour lui, de violente et tyrannique attraction. Pour cette créature banale, cupide et vicieuse, il fut indulgent et pitoyable. Il savait ce qu’elle valait, mais ne pouvait s’en passer» écrit Camille MAUCLAIR.
Cependant, il est indubitable que solitaire mélancolique, ministre du savoir et de la modernité, BAUDELAIRE est devenu BAUDELAIRE grâce  à sa muse, Jeanne DUVAL et grâce aussi à sa puissance créatrice consacrée par la postérité. En effet, ignorée, diabolisée, ange et démon, Jeanne DUVAL (1827-1862), est pour Charles BAUDELAIRE, dans son inspiration littéraire, le symbole de la femme sensuelle et tentatrice, dangereuse.  BAUDELAIRE a une curieuse conception de l’amour comparé à une charogne «Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme, ce matin d’été si doux : au détour d’un sentier une charogne infâme sur un lit semé de cailloux. Et pourtant, vous êtes semblable à cette ordure, à cette horrible infection, étoile de mes yeux, soleil de ma nature, vous, mon ange et ma passion» écrit-il. En effet, BAUDELAIRE, dans sa prose, est à la fois mystique et libertin, plutôt que sensuel. «Baudelaire a aimé, mais à sa manière. De peur d’être tyrannisé par la passion, il se traça une règle de conduite, dont il ne se départit jamais. Il fit à l’amour une large part à sa vie, mais il ne laissa jamais subjugué ni son cœur, si sa pensée» écrit Eugène CREPET. Selon Théophile GAUTUER, durant les dix de voyages à la Réunion, BAUDELAIRE avait déjà eu des aventures sexuelles avec des femmes noires.
Entre amour et répulsion, dans cette liaison impétueuse, avec Jeanne, faite de volupté, d’inspiration littéraire, de trahisons et d’infidélités réciproques, de ruptures et de retrouvailles, plusieurs fois ils ont rompu, et ils se sont rabibochés autant. C’est pendant cette période que BAUDELAIRE est au sommet de son art. «Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique, piétinant dans la boue, et cherchant, l'œil hagard, les cocotiers absents de la superbe Afrique, derrière la muraille immense du brouillard» écrit-il dans le «Cygne». Il reste avéré que Jeanne DUVAL a bien inspiré au moins 17 poèmes des «Fleurs du Mal», à partir de divers poèmes : Le poison, Sed Non Satiata, un hémisphère dans une chevelure, le parfum exotique, le Léthé, les bijoux, le serpent qui danse, le balcon, je t’adore à l’égal de la voute nocturne. «La Vénus noire» dans les poèmes des «Fleurs du Mal» évoque l’exotisme, l’érotisme, l’amour sensuel, la volupté, l’évasion, le paradis artificiel et la beauté brune, à travers sa chevelure. «Bizarre déité, brune comme les nuits, au parfum mélangé de musc et de havane, œuvre de quelque obi, le Faust de la savane, sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits, je préfère au constance, à l'opium, au nuits, l'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ; Quand vers toi mes désirs partent en caravane, tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis. Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme, O démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme ; Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois» écrit dans «Sed Non Satiata», un désir, une passion torride, une allusion Messaline, la femme de l’empereur romain, Claude, toujours dans ses désirs sexuels, non satisfaite. «Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir ! La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, vit dans tes profondeurs, forêt aromatique ! Comme d'autres esprits voguent sur la musique, le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum» écrit-il dans «La chevelure», un port, un voyage vers l’ailleurs, un univers sensuel fait de l’ailleurs, de pays lointains, comme l’Asie et l’Afrique, la mer et le soleil, un monde spirituel, de profondeur, de fécondité et de paresse, source de création, un monde d’évasion, de souvenir et de résurrection. «Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco» écrit-il dans «Hémisphère dans une chevelure». Dans le poème «Poison», les délices de la vie, comme le vin ou l’opium : «Tout cela ne vaut pas le poison qui découle de tes yeux, de tes yeux verts, lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers. Mes songes viennent en foule pour se désaltérer à ces gouffres amers. Tout cela ne vaut pas le terrible prodige de ta salive qui mord, qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord, et, charriant le vertige, la roule défaillante aux rives de la mort !» écrit-il. BAUDELAIRE est franchement conquis par Jeanne DUVAL «La très chère était nue, et, connaissant mon cœur, elle n'avait gardé que ses bijoux sonores, dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures. Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, ce monde rayonnant de métal et de pierre me ravit en extase, et j'aime à la fureur les choses où le son se mêle à la lumière» écrit-il dans «Les bijoux».
Refusés par divers éditeurs, et conçus sous différents titres (Lesbiennes, Catéchisme de la femme aimée ou Corsaire-Satan), des extraits des « Fleurs du Mal» sont d’abord diffusés par la Revue des Deux-Monde du 1er juin 1855, puis intégralement publiés le 21 juin 1857, par Auguste POULET-MALASSIS (1825-1878), un imprimeur persécuté, emprisonné pour dettes et déporté lors de la Révolution de 1848 : «C’est le seul être dont le rire ait allégé mes tristesses en Belgique» écrit BAUDELAIRE. Il a placé son livre sous la protection des «Tragiques» de Théodore Agrippa d’AUBIGNE (1552-1630) pour qui «Il faut couler les exécrables choses dans le puits de l’oubli et que les esprits le mal ressuscité infectera les mœurs de la Postérité. Mais le vice n’a point pour mère la science et la vertu n’est pas la fille de l’ignorance». Et il précise «Dans ce livre atroce, j’ai mis tout mon cœur, toute ma tendresse, toute ma religion (travestie), toute ma haine. Il est vrai que j’écrirai le contraire, que je jurerai mes grands dieux que c’est livre d’art pur, de singeries, de jongleries ; et je mentirai comme un arracheur de dents» écrit-il. Les «fleurs du Mal» resteront marquées par l’aura de scandale découlant du procès et de la condamnation du poète auquel s’attachait, par ailleurs, une légende négative tenace. «La sottise, l’erreur, le péché, occupent nos esprits et travaillent notre corps. Nos péchés sont têtus, nos repentir sont lâches. Sur l’oreiller, c’est Satan Trismégiste qui berce longuement notre esprit enchanté. C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent» écrit-il, en direction du lecteur. C’est Gustave BOURDIN, dans un article publié dans le «Figaro», qui a sonné l’hallali, une commande du Ministre de l’Intérieur, Adolphe-Augustin-Marie BILLAULT (1805-1863), en vue de la censure pour atteinte aux bonnes mœurs : «Il y a des moments où l’on doute de l’état mental de M. Baudelaire ; il y en a où l’on n’en doute plus. L’odieux y coudoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de pages ; jamais on n’assiste à une semblable revue de démons, de fœtus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur ; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables» écrit-il le 5 juillet 1857. «Toutes ces horreurs de charniers ouverts à froid, ses abîmes d’immondices fouillées à deux mains et les manches retroussées devaient moisir dans un tiroir maudit. Et voilà, qu’au grand jour l’aigle s’est transformé en mouche, l’idole est pourrie et les adorateurs fuient en se bouchant le nez» ajoute Gustave BOURDIN. En plein Second Empire, sous Napoléon III (1808-1873), dernier monarque de la France de 1852 à 1870, BAUDELAIRE avait décidé de défier cette société ultraconservatrice «Le goût obstiné de Baudelaire pour la mystification a été moins dû peut-être à une manie du sarcasme, à une anomalie spirituelle, à un mépris maladif qu’à une propension à défier la société» écrit dans la préface de l’édition de 1923, Camille MAUCLAIR (1872-1940).  «L'auteur des Fleurs du Mal se cassait constamment le cerveau pour se rendre absolument insupportable et il y parvenait. Il nous choquait presque tous, disons le mot, nous assommait, par son insupportable vanité, sa manie de poser, l'aplomb imperturbable avec lequel il débitait, sans en penser un mot, les sottises les moins divertissantes» renchérit Ernest FEYDEAU. Par conséquent, la vie de BAUDELAIRE, ce garçon raté, fut jonchée d’attaques sur son œuvre et sa personne, ainsi que de problèmes financiers. «Ce procès causa à Baudelaire un étonnement naïf. Il ne pouvait pas comprendre qu’un ouvrage de si haute spiritualité pût faire l’objet d’une poursuite judiciaire. Il se sentit blessé dans sa dignité de poète» écrit Charles ASSELINEAU. En effet, le 20 août 1857, BAUDELAIRE fut condamné à payer une amende de 300 francs et à supprimer six poèmes de son livre (Les bijoux, Le Léthé, A celle qui est trop gaie, Lesbos, Les femmes damnées, Les Métamorphoses du vampire). «Vos fleurs rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Une des rares décorations que le régime actuel peut vous accorder, vous venez la recevoir. La justice vous condamne au nom de ce qu’elle appelle sa morale ; c’est une couronne de plus» dit lui en réconfort, Victor HUGO. Le sulfureux recueil de poèmes, «Les Fleurs du Mal», mutilé par la justice impériale «Je me moque de tous ces imbéciles, et je sais que ce volume, avec ses qualités et ses défauts, fera son chemin dans la mémoire du public lettré» écrit-il. Remanié en 1861, avec une dédicace à son ami Théophile GAUTIER, constamment enrichi au fil des années, ce recueil de poèmes n’a été réhabilité qu’en mai 1949, par décision de la cour d’appel de Paris ; la censure de la publication des six poèmes manquants des «Fleurs du Mal» fut levée, et la sentence du 20 août 1857 prononcée contre Charles BAUDELAIRE fut déclarée «nulle et non avenue», comme si elle n’avait jamais existé. Le poète fut complètement réhabilité.
Révolutionnaire dans sa poésie et dans son approche de l'art et de la musique, défenseur farouche de la liberté des moeurs, BAUDELAIRE dénigre le progrès et méprise le peuple. Sa vie, à la fois fastueuse et misérable, dissolue et magnifique, pitoyable et éblouissante, est celle d'un «paria de génie» écrit Jean-Baptiste BARONIAN. Mais BAUDELAIRE a déjà indiqué sa conception de l’art pour l’art «Si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique, et il n'est pas imprudent de parier que son œuvre sera mauvaise. Aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d'écrire un poème» écrit-il. Pendant longtemps, entre ange et démon, génie et dandy, jugé «tantôt comme un sévère éducateur d'âmes et tantôt pour un apôtre malfaisant» ; les partialités dans l'enthousiasme et le dénigrement étaient, à son propos, de règle» écrit Ernest RAYNAUD (1864-1936), dans la préface de l’édition de 1921 des «Fleurs du Mal». Ce qu’on appelle le style décadent «n’est autre chose que l’art arrivé à ce point de maturité extrême que déterminent à leurs soleils obliques les civilisations qui déclinent : un style ingénieux compliqué, s’efforçant de rendre à la pensée ce qu’elle a plus ineffable. Ce n’est pas chose aisée que ce style méprisé des pédants, car il exprime des idées neuves avec des formes nouvelles et des mots qu’on n’a pas encore entendus» écrit Théophile GAUTIER.
Cet ouvrage est divisé en 6 parties, dont le Spleen de Paris ou petits poèmes en prose, un recueil posthume publié en 1869, est un manifeste de la modernité urbaine et industrielle, un moment décisif de l’histoire littéraire, une démarche singulièrement nouvelle, rejetant la versification. «Baudelaire est une origine. Il créé une poésie française après des siècles de fadeurs et de discours. Sa création annonce la grande mutation des valeurs, du rationnel à l’irrationnel, du prosaïsme de la pensée, au mystère de l’invention», écrit Pierre Jean JOUVE.  Le dandysme s’incarne surtout dans la figure du poète maudit, qui sans cesse recherche le beau autour de lui et tente de le transmettre à ses contemporains, tandis que ceux-ci refusent de l’entendre et rejettent l’art au profit du matérialisme. En effet, au XIXème siècle, la bourgeoisie, nouvelle couche sociale, grande gagnante de l'industrialisation cherchent dans le passé la réponse aux besoins du présent et impose un académisme afin de légitimer son pouvoir, en passant des commandes aux artistes. Rejetant ces principes, BAUDELAIRE, dans sa modernité et son esthétique, traite de la vie quotidienne et non pas de la Nature ; il incarne le poète-peintre de la société dans  sa fugitivité et ses métamorphoses. «Arrière la muse académique ! Je n'ai que faire de cette vieille bégueule. J'invoque la muse familière, la citadine, la vivante» écrit-il. Aussi, BAUDELAIRE s'intéresse aux êtres rejetés, mal-aimés, exclus, en traitant de l’évasion, du rêve, du voyage, de la femme, de l’amour, des déshérités, de la ville, de la foule et du temps. L’irrégularité, le péché, la maladie ou la mort, ce qui est difforme, n’est pas nécessairement, le Mal, mais l’incarnation de la beauté. Le Spleen de Paris fait référence à une mélancolie sans cause apparente et pouvant aller de l'ennui, la tristesse vague au dégoût de l'existence, le coup de cafard, neurasthénie, mais il ne s’agit pas d’une apologie du  Mal, mais d’une puissante célébration de la rage de vivre ; l'Idéal est un monde d'ordre, de sens et de beauté vers lequel le poète tend. Dans son humanisme, BAUDELAIRE évoque la solitude des gens solitaires, avec le manque que l'on ne peut combler. Des thèmes déjà présents dans ses «Fleurs du mal».  
Criblé de dettes, BAUDELAIRE s’installe, à partir d’avril 1864, en Belgique pour tenter de donner de gagner sa vie en donnant des conférences et publier une version définitive de ses oeuvres. A la suite d’une chute, devenu aphasique, sa mère le rapatrie en France. Le 31 août 1867, à quarante-six ans, Charles BAUDELAIRE s’éteint, de la syphilis, à Paris. Ironie du destin, il est enterré dans le même caveau que son beau-père, le général AUPICK, au cimetière de Montparnasse. «Charles Baudelaire est mort dans la force de l’âge, et sa robuste intelligence a résisté jusqu’au bout aux assauts d’une horrible névrose qui ne lui permettait plus l’usage de la parole. L’art dont le culte ardent a dévoré la vie de Baudelaire, fait en sa personne une perte considérable et dont l’étendue ne sera mesurée que plus tard lorsque l’histoire littéraire aura marqué sa vraie place à l’auteur des «Fleurs du Mal», cet étrange et magnifique bouquet de malédictions byroniennes, écrites dans une langue qui n’analogue que celle du Dante» écrit Auguste VITU, dans «l’Etendard» des 3 et 4 septembre 1867. «De son vivant même son œuvre avait été brillamment acclamée par les esprits supérieurs de la poésie et de la critique, en même temps qu’elle était durement contestée par les hommes qui contestent tout ce qui est beau. Mais tour à tour louée et dénigrée, elle s’imposait au public par une puissance virtuelle, à laquelle nul n’a pu résister. L'avenir prochain le dira d'une façon définitive, si «Les Fleurs du mal» sont l'œuvre, non pas d'un poète de talent, mais d'un poète de génie ; et de jour en jour on verra mieux quelle grande place tient dans notre époque tourmentée et souffrante cette œuvre essentiellement française, essentiellement originale, essentiellement nouvelle» écrit Théodore de BANVILLE, dans «l’Etendard». «Si la gloire commence aujourd’hui pour Charles Baudelaire, l’histoire commence aussi avec elle. Devant cette tombe, la vérité réclame ses droits» écrit Charles ASSELINEAU, dans son oraison funèbre.
Prenant le contrepied de la doxa, fasciné par la mort, un ultime voyage, BAUDELAIRE avait consacré le dernier chapitre des «Fleurs du Mal» à ce thème «ô mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’encre ! Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte ! Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau, le plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau» écrit-il. Ainsi, l’artiste rappelle la fin inéluctable de chacun et considérée comme libératrice des turpitudes de la vie, de ce bas-monde porteur de vice, et elle permet de vivre dans la lumière du paradis. Cependant, dans son dernier voyage, balloté entre le Ciel et l’Enfer, BAUDELAIRE faisait une prière, non pas à Dieu, mais à Satan, incarnation du Mal, pour qui a de l’empathie, en raison de sa misère, mais aussi de sa puissance négatrice le réhaussant au rang de créateur ; il rejette le divin et la nature, et fait de la damnation volontaire une condition d’un art nouveau, du Beau et du Bien : «ô toi, le plus savant et le plus beau des ange, Dieu trahi par le sort et privé de louange ! ô Satan prends pitié de ma longue misère» écrit-il. BAUDELAIRE a lui-même autopsié ce qui se passe dans sa tête «J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. C’est une pyramide, un immense caveau qui contient plus de morts que la fosse commune. Je suis un cimetière abhorré de la lune où comme des remords trainent de longs vers qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus proches» écrit-il dans le Spleen de Paris. «C’est fini. Il est mort hier, à onze heures du matin, après une longue agonie, mais douce et sans souffrance. Il était d’ailleurs si faible qu’il ne luttait plus» écrit Théophile GAUTIER, son ami. Quelques mois plus tard, une seconde notice est publiée. Théophile GAUTIER y rend un magnifique hommage à BAUDELAIRE ; avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, et un talent évident pour les portraits littéraires, il a fait entrer dans l’intimité de l’immortel poète de tous les temps. «Charles Baudelaire, ne craignons pas de le dire, est, après les grands maîtres de 1830, le seul écrivain de ce temps, à propos duquel on ait pu prononcer fans ridicule le mot de génie» écrit Charles ASSELINEAU (1820-1874) un contemporain et biographe de BAUDELAIRE.

 
Demeuré largement incompris pendant longtemps, après une longue période de purgatoire, quelle est la place de BAUDELAIRE dans la postérité ?
Charles BAUDELAIRE avait ses détracteurs, dont, ZOLA et VALLES et plus tard, SARTRE, AYME, MAURIAC, CAMUS, mais surtout des admirateurs (Gautier, Asselineau, Huysmans, Daudet, France, Gide, Proust, Valéry, Benjamin, Bonnefoy). «Ayant relu les «Fleurs du Mal», j’y ai plus de plaisir que je n’en attendais, et j’ai été contraint de reconnaître, quoi qu’en aient dit des gens habiles, l’irréductible originalité de cet esprit incomplet. (…) Son influence, après sa mort, a été grande. Le baudelairisme n’est, peut-être pas, une fantaisie négligeable dans l’histoire littéraire. Victor Hugo, lui-même, n’a guère été répandu hors de France que par ses romans. Mais avec Baudelaire la poésie sort enfin des frontières de la nation. Elle s’impose même comme la poésie de la modernité. S’il est des poètes, plus puissamment doué que Baudelaire, il n’en est point de plus important» écrit l’académicien, Jules LEMAITRE (1853-1914).  Cependant, devant cette prétendue morale conservatrice outragée, l’Histoire est un grand juge. BAUDELAIRE est maintenant, du haut son Olympe de la Postérité, loin de ces procès en sorcellerie ; il est autre chose que la «réponse frondeuse aux convenances du monde qui oppriment sa jeunesse. Baudelaire n 'est pas un ascète ; Il a connu des hommes et des femmes, il s'est modifié à leur contact, depuis l'enfance jusqu'à la mort» écrit Pierre FLOTTES (1895-1994), un de ses biographes. Il fut un initiateur pour les symbolistes (surtout Mallarmé), Rimbaud et les surréalistes. Il est aujourd'hui un des poètes les plus appréciés, est reconnu comme un écrivain majeur de l'histoire de la poésie mondiale, est devenu un classique. C’est comme traducteur d’Edgar POE que BAUDELAIRE fut surtout apprécié de son vivant. «Baudelaire est au comble de sa gloire. Ce petit volume des «Fleurs du Mal» balance dans l’estime des lettrés les œuvres les plus illustres, les plus vastes. Il a été traduit dans la plupart des langues européennes» écrit Paul VALERY. «Baudelaire a prouvé qu’en dehors des cloîtres, il n’y a d’autre attitude pour le chrétien que la révolte. Les «Fleurs du Mal» ont proclamé la défaite de l’Homme devant la férocité des hommes, férocité qui semble avoir été pire depuis qu’elle s’enveloppe du bruit de tant de mensongères promesses» écrit John CHARPENTIER.
La vengeance de BAUDELAIRE est tardive, puisque le centenaire de sa mort a été dignement célébré en 1967, notamment avec un numéro spécial de la Revue d’histoire littéraire de France d’avril 1967.  «Il a libéré les énergies éparses d'une poésie restée romantique, encore contenue, sentimentale, décente. Prisonnier de contradictions qui lui devinrent fatales, Baudelaire, privé d'amour, écrasé par la force d'inertie d'un siècle matérialiste, n'a certes pas maîtrisé sa vie. Mais il a mis tout son courage à habiter son œuvre, et à y chercher sa vérité» écrit Pierre BOISDEFFRE. Le bicentenaire de la naissance de BAUDELAIRE, le 9 avril 2021 a été célébré avec un grand faste. «Le temps détruit tout, et ses ravages sont rapides : mais il n’a aucun pouvoir sur ceux que la sagesse a rendu sacrés : rien ne peut leur nuire ; aucune durée n’en effacera, ni n’en affaiblira le souvenir ; et le siècle qui la suivra, et les siècles qui s’accumuleront les uns sur les autres, en feront qu’ajouter encore à la vénération qu’on aura pour eux» écrit Sénèque dans son «Traité de la brièveté de la vie», écrit Sénèque, dans son traité sur «la brièveté de la vie ». Pendant longtemps, Jeanne DUVAL est tombée dans les oubliettes «C’est toute une mémoire interdite, ou du moins qui ne transparaît jamais. Mémoire opaque qu’on ne peut évoquer sans susciter le soupçon de ces dieux que la France d’aujourd’hui : le journaliste aux ordres, l’historien oublieux, le politicien cauteleux, le sociologue doucereux, le présentateur de télévision précautionneux, le philosophe sérieux. C'est la dormeuse Duval, celle dont on ne parle jamais ou presque, noyée dans le sommeil de France, perdue dans la nuit du temps. Mémoire dormante, parole de nuit, eau profonde»,  écrit, en 2010, Michaël FERRIER, dans «Sympathie pour un fantôme». Le film de Régine ABADIA, diffusé au Musée d’Orsay, «La femme sans nom. Histoire de Jeanne et Baudelaire» a réveillé la Vénus noire encore plongée dans un long sommeil. Il est indéniable, que ces temps-ci, Jeanne DUVAL, par la création de nombreux écrivains, après deux siècles, comme une sans-papiers, est sortie de sa clandestinité : Raphaël CONFIANT, «La muse ténébreuse de Charles Baudelaire», Jean TEULE, «Crénom, Baudelaire !», Angela CARTER, «Vénus Noire», Michel FERRIER «Sympathie pour un fantôme», Karine EDOWIZA, «Jeanne Duval, l’aimée de Charles Baudelaire», IZLAIRE, «Mademoiselle Baudelaire», Emmanuel RICHON, «Jeanne Duval et Charles Baudelaire. Belle d’abandon», et bien sûr cette modeste contribution de votre serviteur que vous partagerez, sans modération.
Brèves références bibliographiques
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Paris, le 14 janvier 2023, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 19:57
«Taha HUSSEIN (1899-1973), doyen de la littérature arabe, écrivain égyptien de la révolte, de la Lumière et ses mémoires : «Le livre des jours»» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/ 

Obsédé par le bien-vivre ensemble, la contribution littéraire de Taha HUSSEIN, bien restée confinée aux cercles des initiés, m'interpelle plus que jamais à l'heure de cette montée des forces du Chaos. Comme Erasme, Gibelin pour les Guelfes, Guelfes pour les Gibelins, les Sénégalais qualifient souvent trop rapidement leurs expatriés de «complexés», de «lâches» de «faibles» ou même «d’ignares» de la réalité de leur pays d’origine. Valérie PECRESSE nous a affublés du titre de «Français de papiers». Quand on vit dans un monde globalisé, multiculturel, et Taha HUSSEIN a soulevé cette redoutable question : où se situer ?

En paix avec moi-même et avec les autres, comme Taha HUSSEIN, droit dans mes bottes, chacun a le droit de rester sur son quant-à-soi. «Si je me comparais à quelque chose, ce serait à cette terre humide des bords du Nil, en Haute-Égypte, qu'on ne peut pas toucher, même légèrement, sans en faire jaillir de l'eau» avait dit Taha HUSSEIN. Aucune capitulation, ni dans un sens, ni dans l’autre : «We Shall Never Surrender» comme l'avait dit, le 4 juin 1940, Winston CHURCHILL (1874-1965), dans la guerre contre le nazisme. Les Africains et leurs diasporas, connaissent «l'aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE (voir mon article), un roman de 1961 exposant un conflit de valeurs. Le héros du roman, Samba DIALLO, un aristocrate peul du Fouta-Toro, musulman et inscrit à l'école coranique ou «le foyer ardent», doit-il aussi aller à l'aube des indépendances à l'école française ? L'école française apprend «à vaincre sans avoir raison» mais elle fait aussi des élites africaines des déracinés et des décérébrés. Pour Cheikh Hamidou KANE, à travers son «aventure ambiguë», ce n'est pas une question de «races» mais de différences culturelles. Dans la Négritude, l'Africain doit faire une bonne synthèse entre le cultures occidentale et africaine, ou bien il périra. Il faudrait donc prendre les bonnes choses de chaque côté. Le choix que «la Grande Royale», dans «L’Aventure ambiguë», fait pour son peuple, est celui d’une formation dont l’objectif majeur est d’aguerrir les jeunes dans la quête du savoir, en vue de leur réussite dans la vie. Taha HUSSEIN est quant à lui, bien instruit de la civilisation ancienne égyptienne et des grands classiques arabes. Ainsi, il a beaucoup appris de l’archéologue Ahmad KAMAL (1851-1923) sur Ramsès, Akhénaton et bien d’autres pharaons. Les orientalistes, comme l’italien Carlo Alfonso NALLINO (1872-1928), lui ont enseigné, en arabe, l’histoire de la littérature et de la poésie des Omeyyades, ainsi que l’histoire de l’astronomie. Houfni NASIF (1856-1919) enseignait la description de l’Afrique, ses différentes contrées, son climat, sa politique, mais aussi la littérature arabe ancienne.

Sans apostasie, ni infidélité, esprit libre et très critique, Taha HUSSEIN a su garder «un œil à l'intérieur, l'autre à l'extérieur» écrit le 20 juillet 2020, dans le «Courrier de l'Atlas», Malika EL KETTANI. Sa pensée, d’une extrême liberté, d’une très grande audace dans un pays où le rigorisme religieux interdit souvent toute initiative spirituelle quelque peu hardie, n’a cessé de se manifester avec une sorte de souveraine et désinvolte ironie. «La civilisation arabe entre réellement avec lui dans le concert des grandes civilisations ; il sait la faire comprendre à l'étranger sans qu'elle cesse d'être compréhensible à ceux qui de droit en sont les porteurs» écrit Roger ARNALDEZ. Dans son rapport à l’autre c’est «un Occident approprié, maîtrisé qu'il entend ramener aux siens. Cet Occident-là, de même qu'il l'accueille au fond de lui-même, il se plaît à le reconnaître au tond du classicisme arabe» écrit Jacques BERQUE, «Dans au-delà du Nil». Peu connu des Sénégalais et éclipsé par son compatriote, Naguib MAHFOUZ (1911-2006), seul Prix Nobel de littéraire d’origine arabe, Taha HUSSEIN, en 1926, et bien avant Cheikh Hamidou KANE, avait soulevé ce conflit de cultures entre l'Occident et l'Afrique, la tradition et la modernité, à travers ses mémoires, «Le Livre des jours» ou «Al-Ayyam» en arabe. Ecrivain, enseignant, Ministre, romancier, essayiste, humaniste, critique littéraire et grand voyageur, Taha HUSSEIN entendait rattacher l'Égypte à ses racines antiques et à son héritage méditerranéen. Chef de file de la renaissance littéraire en Egypte, «La Nahda», à son époque, l’Égypte était très marquée par l’échec de la révolution et l’occupation britannique de 1882. «Taha Hussein Bey est, parmi les écrivains égyptiens contemporains, le représentant le plus éminent du mouvement qui se manifeste depuis quelques années en Egypte, lequel tend à libérer la littérature arabe des entraves imposées par le classicisme traditionnel et à lui insuffler une vie nouvelle, en harmonie avec les conditions et les exigences du siècle» écrit Josée SEKALY.

Fils d'une terre pauvre, élevé dans la tradition religieuse et coranique, Taha HUSSEIN est né en milieu rural, en Moyenne-Égypte à l’écart de Izbat Al-Kilu, non loin de Maghagha, le 14 novembre 1889, à 300 km au Sud du Caire. Cependant, ses parents déménageront par la suite, dans le Sud ; ses parents l’oublient dans une gare. Dans ses mémoires, le narrateur, curieusement parle de lui à troisième personne «Tout enfant, il avait commencé par être d'une curiosité ingénue, qui ne s'inquiétait guère des obstacles du chemin et s'élançait à la découverte de l'inconnu" écrit-il dans «Le Livre des jours». Taha est le septième de treize enfants du même père, le cinquième de onze de la mère et sentait qu'il avait une position particulière au sein de sa famille. Chez sa mère, il ressentait la tendresse et l'indulgence et chez son père ; il trouvait douceur et bonté ; de la part de ses frères, il y avait de la sollicitude parfois de la brusquerie, parfois avec une pitié mélangée de mépris. En effet, à l’âge de trois ans en raison d’une conjonctivite mal soignée, il devient aveugle ; le barbier du village, venu pour le guérir, a versé du liquide chaud et brûlant dans ses yeux. Avant cet accident, il lui reste de ce souvenir clair et distinct, ne laissant aucune prise de doute, «c’est celui d’une barrière devant lui de roseaux. Le premier de ses souvenirs est celui d’une haire illimitée et infranchissable. Il envie alors la liberté des lapins, mais il doit vivre avec cette clôture» écrit-il dans «Les jours». Son grand-père aveugle récite les prières Soufis. Enfant, déjà, il était insurgé contre ce coup du sort et contre l’enseignement coranique (kuttab) archaïque, en se montrant réticent aux méthodes d’enseignement traditionnel. Pourtant, à neuf ans, il connaissait le Coran par cœur, ce qui lui permit, à treize ans, d’obtenir le droit d’accompagner, en 1902 son frère aîné au Caire. Son frère, promis à de brillantes études en médecine, meurt lors d’une épidémie de choléra «Cela a laissé dans mon cœur et dans toute ma vie, la plus affreuse des marques» écrit-il dans ses mémoires. La douleur le marquera aussi à la mort de sa petite-sœur.

Taha HUSSEIN a su observer, très finement, son pays en ébullition, mais aussi sa société rurale marquée par des traditions rigides, la superstition et les séances d'exorcisme, pour protéger le jeune Taha du Mal : «Sa mère avait vécu dans la terreur, hantée par la crainte du mauvais œil ; Elle avait rassemblé dans une casserole des braises sur lesquelles elle jetait divers parfums», écrit-il. Sa famille consultait aussi un grand imam de la Mosquée en recherchant pour lui la Baraka et le succès dans sa vie. Le Rif égyptien est une population de «vivait dans un monde coloré par une profonde vie intérieure, bien à elle, tissu de simplicité et de mystères, de mysticisme et de naïveté» écrit-il. Son père et sa mère appartiennent à la même confrérie religieuse. Aussi, c'est un monde marqué par la bienveillance et l'hospitalité. Les hôtes sont dignement honorés: «On tuait les brebis, on étalait le sol de nappes pour recevoir les plats» écrit-il. A la fin du repas, il arrive que l'on demande à un enfant de réciter le Coran, mais gare à lui si sa langue fourchait «Fils de chien ! Qu'Allah maudisse vos pères et les pères de vos pères jusqu'à Adam ! Vous voulez donc mettre en ruine la maison de cet homme», s'écrit l'hôte un bouillant Cheikh.

Taha HUSSEIN manifesta bientôt un insatiable désir de s'instruire. Il fréquentait l'école communale, et, le soir, travaillait à la maison, se faisant lire ce qu'il désirait apprendre. Il sut rapidement par cœur le Coran tout entier. En dépit de sa cécité, Taha HUSSEIN, doté d'une mémoire prodigieuse, savait réciter tout le livre du Coran à l'âge de 9 ans de neuf ans, était d'une rare curiosité. Il appris à connaître beaucoup de jeux d'enfants, sans y prendre aucune part, à écouter les contes et légendes, la récitation du poète, les conversations de sa famille notamment les expéditions et conquêtes de l'Islam, les chants et les complaintes des femmes, les récitations du Coran de son grand-père. Il absorbait tout le gardait en mémoire. «Il aimait par-dessus tout, entendre la récitation du poète, la conversation des hommes avec son père ou celle des femmes avec sa mère. Il apprit à goûter au plaisir d’entendre» écrit-il dans ses mémoires. Affublé du titre de «Cheikh», celui qui savait le Coran, Taha, resté humble, avec une distance critique qui le caractérisera estime que l'existence est un «tissu d'iniquités et d’impostures» et qu'il fallait rester à «l'abri de cet esprit de fausseté et de vanité ; l'orgueil abusait l'âme de ses parents» écrit-il dans ses mémoires. Grand observateur de la société de son temps, il a fustigé les vices et les méchancetés de ses maîtres coraniques, leurs vilaines histoires de cupidité ainsi que leurs méthodes archaïques d'enseigner la religion musulmane. Dans les écoles religieuses, les enseignants supposés être des savants, «parlent, et peuvent parler longtemps, avec de copieuses digressions, sans que personne ne s'y intéresse, sauf peut-être leurs élèves» écrit-il. En effet, il a appris tout le Coran par cœur, sans bien en comprendre le sens ou en retirer un quelconque bénéfice. Étudiant, à El Azhar, il devait réciter un chapitre de «Al-Fiyya» d'Ibn Malik, à un Cadi, un juge musulman. Il apprendra de ce jurisconsulte, de fuir l'égarement et l'orgueil : «Celui qui s'abaisse, Allah l'élèvera» lui dit-il.

Ses notes brillantes lui valurent d'être admis comme boursier à la Faculté religieuse et de lettres d’abord à Al-Azhar. Les révoltes contre les Britanniques qui suivent l’incident de Denshawi en 1906 permettent l’ouverture, le 21 décembre 1908 de l’Université Nationale du Caire, laïque. Taha HUSSEIN profite de cette opportunité pour quitter El-Azhar, dont l’enseignement trop rigide lui déplait. Au Caire, il soutient une thèse sur le poète et philosophe, né et mort à Ma’arrat Al-Numan (Syrie du Nord), Abu-Alala’ AL-MA’ARI (973-1057) qui l’a considérablement influencé : «Combien de fois, il lut et relut la poésie et la prose d’Abou l Ala. Cette œuvre fit sur lui une telle impression, il y crut si fort, qu’il se persuada que la seule façon de vivre, c’était d’Abou l Ala, et c’était sur lui qu’il devait prendre pour modèle » écrit-il dans «La traversée intérieure». Aussi, Taha HUSSEIN développe, par conséquent, de nouvelles idées, découvrant la philosophie islamique et l’histoire de l’Égypte ancienne. «La cécité est une honte» disait Al-MA’ARI. Mais il écrivait aussi : «La cécité t’a fait un don précieux, car tes yeux voyaient la génération présente, ta prunelle n’apercevrait pas un seul homme». Taha HUSSEIN, comme AL-MA’ARI, c’est le refus d’un destin injuste en poussant les possibilités de la langue jusqu’à leur extrême limite. Ce poète antéislamique, un aveugle végétarien, d’une grande virtuosité dans son art et d’une profondeur de sa pensée, athée, pessimiste, ascétique, retiré du monde, confiné dans sa demeure, vivait uniquement entouré de ses intimes. Sceptique,  pessimiste, plein de mélancolie et d’inquiétude, AL-MA-ARI considère que la vie ne serait que peine, labeur et souffrance. En effet, Abu-Alala’ AL-MA’ARI, un doublement reclus, rejetait fondamentalement le caractère dogmatique de la religion, à savoir l’infaillibilité et l’impeccabilité des imans chargés de son interprétation : «Une dynastie orgueilleuse et puissante, a été vaincue par une dynastie nouvelle, qui est elle-même prisonnière de ses erreurs. Cette dynastie prétend que certaines personnes sont infaillibles et impeccables, mais moi je jure qu'il n'en est rien» écrit-il à propos des Fatimides. Poète des philosophes et philosophe des poètes, AL-MA’ARI est un précurseur d’Omar KHAYAM (1048-1131), un poète athée, entre le monde physique et métaphysique, a choisi un troisième lieu : «Ah ! Ma barbe a balayé le seuil de la taverne ! J'ai dit adieu au bien et au mal des deux mondes s'ils tombent dans ma rue comme deux balles tu me trouveras, si tu me cherches, dormant du sommeil de l'ivrogne» écrit Omar KHAYYAM. Le poète AL-MA’ARI est aussi, dit-on, l’inspirateur de la «Divine comédie» de Dante.

Personnage singulier, grand et sévère artiste, essentiellement volontaire d’une intelligence rare, vive, inquiète et fine, AL-MA’ARI, orgueilleux, est d’une grande rigueur morale. Aussi, les thèmes de la nuit, l’insomnie, l’encerclement, la précarité, la mort et la protestation contre les limites, sont omniprésents dans l’œuvre littéraire de Taha HUSSEIN. Dans sa cécité, Taha HUSSEIN a repris aussi les suggestions positives de son maître, à savoir l’approfondissement solitaire, l’écoute des ténèbres et l’exploration du destin. En effet,  AL-MA’ARI est partisan d’une «peine qui purifie l’âme sans la corrompre, un plaisir qui élève l’âme, sans l’abaisser, qui la renforce sans l’affaiblir», écrit Taha HUSSEIN. Pour AL-MA’ARI le vrai croyant n’a affaire qu’à Dieu, au regard duquel, il n’est de subterfuges, d’escamotages, ni d’apparences. «Les lois révélées ont semé la haine en nous, et nus ont légué des serpents de rancœur» dit-il. AL-MA’ARI était habité par le pouvoir incommensurable de la Raison «Les gens attendent qu’un Imam apparaisse, et parle au milieu des silencieux. Or, il n’y a d’autre Imam que notre raison, pour nous guider le matin et le soir» dit-il. Taha HUSSEIN le compare au personnage de Degas, décrit par Paul VALERY (1871-1945), dont il est également un grand admirateur. Dans son dégoût de la vie, AL-MA’ARI, se dit prisonnier de trois prisons «Je me trouve en une triple prison, mais nulle mauvaise nouvelle, sinon que j’ai perdu la vue, que je vis reclus, et que mon âme est dans un méchant corps détendu» écrit le poète et sage. Pour Taha HUSSEIN, dans son infirmité et sa mélancolie, blâmant le monde, AL-MA’ARI a inventé «la prison philosophique», en consacrant le reste de sa vie à la réflexion et à la production intellectuelle. «La vertu de la mort est bien un soulagement pour le corps» dit AL-MA’ARI. Dans son œuvre exigeante et sentant le soufre, AL-MA’AR y exprime, en «un style de virtuose, une vision pessimiste de l’existence, avec une hauteur de vue et une liberté de ton rares» écrit Taha HUSSEIN. AL-MA’ARI était un adversaire de la procréation ; car, pour lui, procréer c’est augmenter la somme du Mal dans le monde en offrant de nouvelles victimes à de nouvelles souffrances. Il recommande le jeûne, la prière, l’aumône et offre sa conduite comme un exemple de rectitude et de dignité morale. La vraie religion, dans son essence, c’est la pitié et la poursuite du bien souverain «J'ai beaucoup voyagé. Mais je n'ai acquis aucun bien matériel ou spirituel. Je n'ai trouvé, à mon retour, que la sottise et la faiblesse. Dieu ne marchandera pas ses dons à l'homme qui lui témoigne une piété sincère, quand bien même cet homme se tournerait-il, pour prier, vers le soleil levant» écrit-il.

La première découverte de Taha HUSSEIN de la culture française a commencé relativement tard, à l’âge de dix-neuf ans, quand il choisit le français comme langue étrangère et entreprit de suivre avec assiduité les cours que Louis MASSIGNON dispensait à l’Université du Caire. Le Cheikh GAWICH qui lui a inspiré l’idée d’aller en France. L’université a rejeté par trois fois sa demande de bourse pour la France en y mettant une condition : soutenir d’abord sa thèse ; ce qui fut fait le mardi 5 mai 1914, avec la mention très bien. Premier docteur égyptien, il part donc pour la France le 14 novembre 1914. Penseur inclassable, épris de liberté et de tolérance, il fut séduit par la culture occidentale «J’étais semblable à ce Cheikh ; j’estimais qu’aller en France était un acte d’infidélité ou tout au moins d’apostasie» dit-il. En novembre 1914, Taha HUSSEIN obtient une bourse pour partir étudier en France, ravagée par la guerre, il séjournera par deux fois en France, à Montpellier et à Paris, de novembre 1914 à septembre 1915 et de décembre 1915 à octobre 1919. Il aimait à la situation culturelle à Paris qu’il compare à Athènes à son apogée. Il étudie en France ces sciences nouvelles qu’étaient la psychologie et la sociologie, et y compose une thèse sur la philosophie sociale d’Ibn KHALDOUN, partiellement dirigée par Émile DURKHEIM (1858-1917) qu’il soutient, en 1917, à la Sorbonne. «Plus qu’historien, Taha Hussein est un philosophe, psychologue et moraliste de l’histoire» écrit Raymond FRANCIS, dans l’introduction de «L’appel de Karaouan». Après une année de droit civil il décide en 1919, de rentrer en Egypte. En France, à Montpellier, il rencontre Suzanne BRESSEAU (1895-1989) originaire de Lusigny-sur-Ouche (Côte-d’Or, Bourgogne), qu’il épouse le 9 août 1917 à Paris. «Nous nous sommes vus pour la première fois le 12 mai 1915, à Montpellier. Rien ne m'a avertie que mon destin se décidait ; ma mère, qui m'accompagnait, ne pouvait imaginer chose pareille» écrit Suzanne BRESSEAU. C’est une nouvelle vie qui commence et fait «de son infortune un bonheur, de son désespoir une espérance et de ses ténèbres une lumière» écrit-il dans «La traversée intérieure». En effet, cette rencontre est décisive pour son avenir «Voici qu’à présent une voix douce chassait de son âme tout ce que Abou l Ala y avait versé de tristesse et de mélancolie. Il vécut une seconde naissance. La voix douce lui avait fait découvrir les merveilles de la littérature française» écrit-il dans «La traversée intérieure». Suzanne a été «mon professeure de latin. Grâce à elle, je suis le premier égyptien qui ait passé une licence dans la langue de Tacite» dit Taha HUSSEIN. Ils ont eu deux enfants, dont l’un a un prénom chrétien, Claude-Moénis (8-9-1921 au Caire – 27 novembre 2003, à Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine), l’autre un prénom musulman, Marguerite-Amina, née à Montpellier le 5 juin 1918.

A son retour en Egypte, son pays est en pleine révolte contre les Britanniques, Taha HUSSEIN commence à enseigner l’histoire de l’Antiquité à l’Université nationale du Caire. Il a pour ambition de moderniser la vie culturelle de l’Egypte. «L’Egypte a toujours été une partie de l’Europe dans tout ce qui est lié à la vie de la raison et à la culture» dit Taha HUSSEIN. En 1922, à la Protectorat britannique, la déclaration d’indépendance et une nouvelle constitution en 1924, l’Université nationale du Caire est créée en 1915. Taha HUSSEIN, nommé professeur de littérature arabe, sera promu, en 1928, doyen de la faculté des lettres du Caire ; il est surnommé alors «Doyen de la littérature arabe». Dans ses fonctions de professeur en littérature arabe, Taha HUSSEIN apprit à ses élèves à aborder tous les problèmes d'une façon objective. C'était là une méthode insolite dans cette Egypte où jusqu'alors on attendait des étudiants qu'ils crussent aveuglément aux dogmes transmis par la tradition. Avant lui, les récits mythiques du folklore égyptien le plus reculé étaient considérés comme vérités intangibles. Taha HUSSEIN dressa contre lui le fanatisme religieux en publiant un livre dans lequel il affirmait que bon nombre des croyances traditionnelles de l'Islam n'étaient que légendes. Il est créé en 1942 l’université d’Alexandrie, dont Taha HUSSEIN est devenu le recteur. C’est l’époque aussi d’une ascension politique, il sera nommé, après la victoire du WALD, en 1950, Ministre de l’Éducation nationale, secteur qu’il a profondément rénovée en défendant, une éducation libre et gratuite pour tous, et non confinée aux familles possédantes et a transformé les écoles coraniques en écoles primaires laïques : «L’éduction est (nécessaire) comme l’eau et l’air» écrit-il dans «Le livre des jours». Dans son inspiration hellénique et du modèle français de l’école républicaine, Taha HUSSEIN a l'accent mis sur l'enseignement élémentaire, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, l'exaltation du rôle de l'instituteur, et, par-dessus tout, la conception de l'école comme lieu unique de la transmission des valeurs de civilisation ; faire de l'École le seul foyer de diffusion des Lumières. «J'ai compris, que l'unique moyen d'instaurer en Egypte la véritable démocratie consiste à répandre l'instruction dans le peuple. Le droit des citoyens à l'enseignement gratuit peut nous paraître une idée inoffensive, mais dans le Proche-Orient elle passait alors, et passe encore dans certaines régions, pour révolutionnaire» écrit-il. Démissionné, Taha HUSSEIN sera réintégré en 1933, à la suite de la non-reconduction dans ses fonctions de SIDKY. Le 12 octobre 1944, il est forcé de démissionner de l’université d’Alexandrie ; mais pendant les années 1944-1950, abandonnant les disputes inutiles, Taha HUSSEIN, par une écriture fastueuse et rugueuse, se consacre exclusivement à sa production littéraire, une époque à l’apogée de son art. Un jury de critiques littéraires décernera, en 1946, à Taha HUSSEIN, le prix Fouad 1er, que l’auteur refusera.

Le projet littéraire de Taha HUSSEIN est un Islam méditerranéen où la fidélité à la tradition et l’approfondissement de l’identité égyptienne vont de pair, avec l’aspiration à la rencontre et au dialogue avec l’Occident. Pour Taha HUSSEIN, l’Islam est le devoir de faire le Bien dans la Liberté. Cette religion a laissé au croyant une Raison pour discerner, un cœur pour se remémorer, assumer la rectitude, l’intérêt général. «Il a simplement ordonné l’équité, la bienfaisance, la liberté envers les proches et interdit la turpitude, les actes odieux et l’injustice» écrit-il dans «La grande épreuve». Armé d’un doute cartésien, un rationalisme, il fait œuvre d’historien et de sociologue, pour éveiller la conscience de la Nation arabe, afin de la conduire vers la Lumière «L’égalité sociale est l’expression de l’un des deux piliers de l’Islam, à savoir : l’Unité de Dieu et la Justice» écrit-il dans la «Grande épreuve». Dans sa démarche intellectuelle subversive, Taha HUSSEIN estime que deux siècles avant la Révélation du Coran, une première révolution linguistique et poétique avait agité le monde arabe au contact avec la Perse et Byzance. Taha HUSSEIN plaide contre le complexe d’infériorité dans la confrontation du monde arabe avec l’Occident. Dans l’enracinement et l’ouverture, il considère que les deux univers se complètent. L’Egypte doit rester elle-même, tout en s’enrichissant des apports extérieurs. Aussi, le poète sénégalais, chantre de la civilisation de l’universel, était son grand ami. Pour Taha HUSSEIN, la culture égyptienne est construite autour de trois apports : tout d’abord l’élément autochtone, le Nil, le désert et les pharaons, ensuite, l’élément arabe, sa langue et sa religion, et enfin l’élément étranger. Entre tout cela, l’Egypte doit garder une distance et un équilibre. Dans son universalisme, il plaide pour un heureux mélange refusant les faux-semblants et veut imprimer, dans le général, son empreinte, à travers sa contribution littéraire. «Ecrire, c’est aussi agir ; chaque écrivain, chaque artiste ne peut avancer qu’avec honnêteté» dit-il.

Les fondamentalistes considèrent que Taha HUSSEIN est inspiré d’un excès de l’Occidentalisme ou d’un irrespect de la religion musulmane. Taha HUSSEIN a été forcé, en 1928, de démissionner de ses fonctions de doyen, par Ismaël SIDQI (1875-1950). En effet, les écrits de Taha HUSSEIN, en 1926, sur la poésie préislamique, publiés en langue française sous le titre, «Dans la prison d’Aboul-Ala» ont soulevé d’importantes polémiques en Egypte. En effet, à travers le récit concernant, AL-MAARI (973-1057), un poète syrien, Taha HUSSEI relate une Arabie païenne, irréligieuse, obscure et barbare «Toutes les religions se valent, dans l’égarement. Les habitant de la terre se divisent en deux : ceux qui ont un cerveau et pas de religion et ceux qui sont une religion, mais pas de cerveau» écrit AL-MAARI, dans son recueil de poèmes «L’étincelle d’Amadou». En effet, pour Taha HUSSEIN, dans l’héritage Coran on retrouve des traces du paganisme «Le Coran est le reflet le plus authentique de l’époque de la Jâhiliyya. Je l’étudie aussi dans la poésie de ceux qui sont venus plus tard mais qui étaient encore influencés par les idées et le mode de vie de leurs pères qui ont vécu avant la venue de l’islam. Je l’étudie même dans la poésie omeyyade elle-même» écrit-il. Suivant Taha HUSSEIN, le dire ce n’est pas une hérésie : «J’ai dit : «Ceux qui ont été ravis à l’écoute des versets coraniques n’ont pu les apprécier que parce qu’il y avait quelque chose de commun entre eux et la musicalité coranique. Le Coran, de par son style et son contenu, était un livre arabe. Sa langue était la langue littéraire usitée à son époque, c’est-à-dire à l’époque Jâhiliyenne. Et il y a dans le Coran des réponses adressés aux idolâtres au sujet de leurs croyances païennes. Et l’on y trouve une réponse aux juifs, aux chrétiens, aux Sabéens, et aux manichéens, non pas en général, mais des juifs arabes, des chrétiens arabes, des Sabéens arabes et des manichéens arabes qui représentent ces religions en pays arabe» écrit-il. Taha HUSSEIN, «Dans la prison d’Aboul-Ala», y exprime, en un style virtuose, une vision pessimiste de l'existence, avec une hauteur de vue et une liberté de ton rares. C'est non seulement le logis où le poète désespéré s'enferma pendant la majeure partie de sa vie, mais aussi la cécité qu'ils eurent tous deux en partage. Taha HUSSEIN prouve que certaines œuvres dites préislamiques sont apocryphes. Il est alors jugé pour apostasie, mais innocenté. «Il ne convient pas de tenir pour véridique une partie de l’histoire et de refuser une autre, uniquement parce que la première vous plaît et que la seconde vous blesse» écrit-il.

En 1938, promoteur d’idées nouvelles, dans son ouvrage «L’Avenir de la culture en Égypte», Taha HUSSEIN y encourage ses concitoyens à s’ouvrir sur les pays de la rive occidentale de la Méditerranée. Les conservateurs musulmans, en lutte contre le colonisateur britannique sont naturellement hostiles à cette ouverture vers l’Occident. Admirateur des Grecs et des auteurs classiques français connus grâce à des orientalistes en Egypte, Taha HUSSEIN a traduit la Constitution des Athéniens d'Aristote, et formulé, de la manière la plus précise, ce rapport organique liant le monde arabe et l'hellénisme. Il est apprécié en France, avait été attaqué par des fondamentalistes musulmans, pour sa francophilie : «Ce militant de la modernité véritable, cet adversaire de tous les immobilismes, de toutes les suffisances, n'a jamais rien abdiqué de son identité personnelle ou collective. Affamé du vaste monde, il n'a jamais déserté en esprit son limon natal. La nouveauté en lui s'est voulue gardienne de l'authenticité, et il fait résider une part de cette dernière dans un dialogue de civilisations. Ce message ne sera pas inutile, croyons-nous, aux débats de notre temps» écrit Jacques BERQUE.

 

Taha HUSSEIN, c’est une contribution littéraire massive et importante de 65 volumes. «Une écriture précise, simple et musicale, faite de vieux de neuf. Elle possède à la fois la rigueur et le déroulement du classicisme et une mise en cause des formes figées. Elle a parfois une manie du détail, du mot juste, de ces petites choses qui donnent du relief au quotidien» écrit Bruno RONFARD dans «Taha Hussein, les cultures en dialogue». Dans ce conflit entre anciens et modernes, réformateur particulièrement critique, Taha HUSSEIN a revitalisé la langue arabe

Taha HUSSEIN entreprend de traduire en arabe de grands classiques occidentaux comme Sophocle, Racine et André GIDE. Cependant, quand Taha HUSSEIN a voulu traduire en Arabe le livre «Les portes étroites» d’André GIDE, ce dernier s’est montré condescendant et paternaliste «J’ai souvent et longtemps vécu en compagnie d’arabisant et d’islamisés, et ne serait sans doute pas le même, si je ne m’étais pas attardé sous l’ombre des palmiers, après avoir goûté jusqu’à l’extase l’âpre brûlure du désert. (…). Une traduction de mes livres en votre langue, à quel lecteur pourra-t-elle s’adresser ? Ai-je mis dans ma «Porte étroite», assez d’humanité authentique et commune, assez d’amour, pour émouvoir ceux qu’une instruction différente aura su maintenir à l’abri de semblables tourments ?» écrit André GIDE, dans une lettre du 5 juillet 1945. La réponse de Taha HUSSEIN est cinglante «Mais non, vous ne vous trompez pas, tout en faisant erreur. Loin d’inviter à la tranquillité, l’Islam pousse l’esprit à la réflexion, la plus profonde et suscite l’inquiétude la plus tourmentée. Vos rapports avec Musulmans et Arabisants, ne vous ont pas permis de voir l’angoisse que l’Islam a soulevée dans toute l’Arabie, pendant les deux premiers siècles de l’Hégire, angoisse qui a donné à la littérature mondiale la poésie amoureuse la plus lyrique et la plus mystique. L’Islam donne plus qu’il en reçoit, il a donné parce qu’il a reçu. Il mérite votre confiance, cet Orient arabe qui répand votre message, comme il l’a fait jadis des maîtres de l’Antiquité» écrit-il dans sa réponse du 5 janvier 1946.

C’est dans cette tempête que Taha HUSSEIN entreprend d’écrire ses mémoires en 1927 et traduits en français en 1947, «Livre de l'émotion nue, vécue, dicté par une grande sensibilité et l'exigence d'authenticité. Il dit l'Égypte de la pauvreté et de l'espoir. Il la dit dans sa vie quotidienne, dans son histoire, dans ses éclats de rire. Taha Hussein cherchera à sortir du milieu rural comme toute sa vie il tournera le dos aux ténèbres qui l'ont tôt encerclé» écrit Tahar BEN JELLOUN. Bien plus qu’une autobiographie, l’ouvrage est un récit de vie, limpide, subtilement initiatique et le narrateur parle de lui à troisième personne. «J’ai lu votre beau livre avec une émotion bien vive. Il respire de part en part, un sentiment d’humanité de sympathie profonde, fraternelle, qui trouve aussitôt écho dans mon cœur» écrit André GIDE dans sa lettre du 16 mars 1939. Dans «le livre des jours», il y décrit longuement les années d’enfance et d’apprentissage à l’école. «La mémoire des enfants est fantasque, lorsqu’il essaie d’interroger l’histoire de son enfance» écrit-il dans «Le Livre des jours». C’est un livre de sagesse, respirant l’art de vivre des Anciens, mais dans un style novateur, une musicalité de la langue, du rythme, et surtout un éveil à la modernité. «Il se dégage de ces pages, une atmosphère et un caractère qui en font un chef-d’œuvre de la littérature, dont les autres récits ne parviennent pas à égaler la puissance» écrit Bruno RONFARD, un de ses biographes. Refusant la disgrâce des ténèbres, la cécité est devenue une force de volonté, animant une solide ambition littéraire. «Le livre des jours» est un défi relevé par Taha HUSSEIN qui a réussi à surmonter les handicaps de sa cécité. La lumière, égale à la fuite des jours, il la poursuit toute son existence pour vaincre les obstacles de la vie.

Dans le premier volume du «livre des jours», il décrit son enfance jusqu’à l’âge de 13 ans, une histoire naïve, touchante, à la découverte du monde extérieur. «Aucun ouvrage n’exprime mieux le charme de la campagne égyptienne ; aucun ne peut apporter aux Européens une documentation plus exacte sur les habitudes de vie et l’âme du Fellah» écrit Josée SEKALY. Son infirmité lui tenant lieu de vocation, l’enfant y est placé pour apprendre à devenir récitateur du Coran. «Il nous peint ce monde qu’il ne peut voir, et dont il ne prendra connaissance que par les multiples petites blessures qu’il en reçoit» écrit dans la préface André GIDE. La lumière, au centre de ses mémoires, une petite musique composée par un homme contraint de vivre dans la nuit, témoigne «d’un dépaysement de la pensée. Il s’y ajoute une autre étrangeté : c’est l’œuvre d’un aveugle. Il est sans cesse attentif à ne pas laisser transparaître sur son visage cette disgrâce des ténèbres qui, si souvent, obscurcit la physionomie des aveugles. Emmuré dans sa cécité, il ne peut participer aux amusements des autres enfants. Mais cet isolement et ce repli involontaires développeront à son insu les qualités les plus rares de moraliste, de critique et de poète. C’est l’exemple d’une réussite d’un triomphe de la volonté, d’une patiente victoire de la lumière spirituelle sur les ténèbres ; par quoi, ce livre exotique et inactuel est si noble, si réconfortant», écrit, en 1947, dans la préface André GIDE du «Livre des jours». Donnant accès à l’univers d’un enfant pauvre et aveugle, cette illumine le genre humain. «J’admirais la pertinence de ses critiques et tout à la fois la générosité de ses enthousiasmes et la violence de ses oppositions. Entre toutes choses de lui, j’aimais son rire ; pur, amusé, joyeux, comme le rire des enfants» écrit André GIDE.

 

La deuxième partie du «livre des jours», l’enfant, devenu adolescent, s’en va à El Azhar, une cité d’étudiants pauvres, mal nourris. Il ne cessa de réciter la Sourate de Ya Sin, pour obtenir la grâce de Dieu. Au Caire, il se souvient des moindres aspérités ou ruelles de la ville, ses bruits, odeurs, chaque heure de la vie quotidienne et en a dressé une galerie de portraits. L’enfant devenant adulte, il est confronté à la solitude, à la fuite des jours «Dans cette chambre-là, il a vécu en exilé, coupé des hommes et des choses, oppressé jusqu’en cet air pesant où, loin de respirer le calme et la vie même, il ne trouvait qu’ennui et douleur» écrit-il. A El-Azhar, il étouffait ; il voulait découvrir la littérature et connut la vérité et révisa une partie de ses jugements. «Il voulait vouer toute sa vie entière pour cueillir le plus possible, les fruits de la science ; il était venu au Caire, à El Azhar pour se plonger dans cet océan, il ne boirait ce qu’il pourrait, quitte à s’y noyer» écrit-il. Au Caire, il décrit sa résidence, son quartier et le corps professoral conservateur, en dehors de l’imam Mohammad ABDO (1849-1905), fondateur du modernisme égyptien. «Ce n’est plus l’enfant guidé par un compagnon chargé de lui éviter les aspérités du chemin. C’est notre guide, et c’est avec lui que nous découvrons, que nous voyons cette chambre, cet immeuble, ces ruelles. El Azar est le trait d’union de tous les tableaux ; c’est le personnage principal» écrit Gaston WIET. Dans sa soif de connaissance, il a une devise «travaille avec zèle tu réussiras !». Le désir de son père était pour lui de faire commerce de ses connaissances en Coran, mais Taha HUSSEIN devenir homme de lettres, poète ou prosateur. Or, il est très déçu de l’enseignement à El Azhar qui l’écrasait de tout son poids de conservatisme, dune nuit noire, gorgées de nuages sombres et de pensées obscures. En effet, il ne recevait, dans cette université-mosquée, que des leçons ennuyeuses de droit, de grammaire et de logique : «Il perdit son temps cette année-là ; il n’acquit aucune connaissance nouvelle à l’université ; il ne profita que des livres qu’il étudia de sa propre initiative et des conversations avec ses camarades» écrit-il. Aussi, Taha HUSSEIN commence à publier des chroniques dans le journal «El Garida», un organe du parti modéré, «El Oumma», dirigé par Ahmad Loutfi SAYYID (1872-1963). Mais ses articles frondeurs et enflammés, il les publiait au journal du parti nationaliste, «Le Drapeau» ou El Alam d’Abdelaziz GAWICH. Taha HUSSEIN, dans son plaisir d’écrire, a très vite acquis la réputation d’impertinence, d’esprit libre et de frondeur. En effet,  grand témoin des secousses politiques et sociales ayant agité l’Egypte, ses chroniques sont féroces quand il le faut, agressive parfois et ironiques.

 

Taha HUSSEIN annonçait à la fin du «livre des jours» une suite de ses mémoires «Laissons là, le jeune homme engagé dans cette lutte entre les anciens et les modernes ; à savoir le vieil esprit d’El Azhar d’une part, de l’autre le modernisme. Qui sait ? nous le retrouverons» peut-être écrit-il. Le deuxième volume de ses mémoire, intitulé «La traversée intérieure»,  fait référence à la traversée de la Méditerranée et donc son séjour en France, mais aussi toutes les mutations profondes qui ont bouleversé sa vie. Il y relate les dernières étapes de sa formation, tout d'abord à l'Université du Caire, qui vient tout juste d'être créée, puis à Montpellier, plus tard à la Sorbonne, et le retour en Égypte, où le protagoniste est nommé professeur d'université.
«L’aveugle qui indique la voie», suivant Robert SOLE, porteur de rêves de la modernité, plein d’humour et de verve, la tête haute, le caractère entier, transgressif, une volonté d’être, la rage de réussir, Taha HUSSEIN a toujours entendu se rattacher à son héritage culturel arabe. «Les livres du docteur Taha sont restés le point de départ et la source des études littéraires contemporaines. L’histoire de la littérature arabe n’a pas connu de secousse qui ressemble à une révolution, ni à un mouvement proche du renouveau que cette secousse qu’ont fait jaillir les recherches du docteur et ses opinions» dit Sukri FAYSAL au colloque de Bordeaux. Taha HUSSEIEN, «ce militant de la modernité véritable, cet adversaire de tous les immobilisme, de toutes les suffisances, n’a jamais rien abdiquer de son identité personnelle et collective. Affamé du vaste monde, il n’a jamais déserté son limon natal. La nouveauté, en lui, s’est voulue gardienne de l’authenticité, et il fait résider une part de cette dernière dans un dialogue des civilisations» écrit Jacques BERQUE dans «Au-delà du Nil».  Cité à trois reprises, dans l’obtenir, pour le Prix Nobel de littéraire, nommé président de l’Académie de la langue arabe, sous Gamal Abdel NASSER, Grand collier de l’Ordre du Nil, en 1961, il est opéré des vertèbres cervicales. Taha HUSSEIN meurt le 28 octobre 1973, au Caire ; sa maison, Ramatane, dans laquelle il vivait depuis 1956, est devenue un Musée. «On ne vit pas pour être heureux : on vit pour accomplir ce qui vous a été demandé. Nous étions à la limite du désespoir, et je pensais, «non, pas pour être heureux, pas même pour rendre les autres heureux. J'avais tort. Tu as donné de la joie. Tu as donné le courage, la foi, qui étaient en toi» écrit Suzanne TAHA-HUSSEIN, décédée le 26 juillet 1989 au Caire. «Il y a de nombreuses personnes qui meurent et qu’on enterre, mais peu nombreuses sont celles qui meurent vivantes, et qui restent vivantes après leur enterrement» écrit Youssef IDRISS (1927-1991), un écrivain égyptien. «La Vérité a guidé les pas de Taha Hussein dans sa marche à l’écoute de la lumière. Il ne s’est pas dérobé aux exigences de sa tâche et de son temps. Et il en a payé le prix. Il a donné, avec générosité, un élan nouveau au monde arabe. Ses recherches ont favorisé aussi un retour aux sources qu’un renouvellement de la langue critique. Il a montré un chemin de fidélité à ses contemporains, fait de liberté et de contrainte. IL y a du Pascal chez cet Homme. Un style de feu. Une même rigueur. Un même regard exigeant et sévère sur l’Homme, ses grandeurs et ses misères» écrit Bruno RONFARD.
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Paris, le 17 décembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Taha HUSSEIN (1899-1973), doyen de la littérature arabe, écrivain égyptien de la révolte, de la Lumière et ses mémoires : «Le livre des jours»» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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26 novembre 2022 6 26 /11 /novembre /2022 23:13
«CAMARA Laye (1928-1980), son roman du merveilleux, l’enfant noir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Grand lecteur de Franz KAFKA, de Gustave FLAUBERT, des existentialistes et des surréalistes, CAMARA Laye est profondément marqué, par les coutumes et la culture africaines. Ce qui domine la contribution littéraire de CAMARA Laye, entre le mystique et le traditionnel, ce sont les thèmes du fabuleux, du merveilleux et la glorification de la tradition orale. L’Homme africain, dans sa symbiose avec la Nature, dans la quête de soi et son environnement, est en constante recherche du Graal, de la sagesse. CAMARA Laye au programme scolaire en Afrique, a été largement traduit et commenté en anglais, avec une introduction de Toni MORISON (Voir mon article du 26 août 2019, dans Médiapart), Prix Nobel de Littérature dans «The Radiance of the King». Son roman, l’enfant noir, écrit dans une langue épurée, mais avec des mots choisis, a été couronné, le 24 février 1954 du Prix Charles-VEILLON (1900-1971), un prix littéraire décerné depuis 1948 par un mécène Suisse, souhaitant réconcilier l’Europe et la culture, une sorte de Prix Goncourt suisse "Le plus grand mérite de Laye Camara est d'avoir fait, de son roman, un long poème, comme les conteurs négro-africains" écrit Léopold Sédar SENGHOR. «On sait que cette année, Camara Laye, un jeune écrivain guinéen, de couleur, né en Haute-Guinée, l’a emporté sur tous ses concurrents, avec son roman mi-exotique, mi-autobiographique» écrit BERRY. «C’est un vrai roman, les personnages autres que l’auteur ont une personnalité à eux, complète, bien constituée et développée. C’est une réussite de style» écrit Lilyan KESTELOOT. «C’est l’un des textes fondateurs de la littéraire africaine» écrit Alain MABANCKOU dans la préface de «l’enfant noir».

Aîné d’une fratrie de 12 enfants, CAMARA Abdoulaye, dit Laye, un malinké, est né le 1er janvier 1928, à Kouroussa, province de l’Anama, en Haute Guinée, dans le Haut plateau entre Siguiri et Kankan, d’une famille de forgerons, mais où cohabitent divers groupes ethniques (Peuls, Guerzès, Cognaguis, Manos, Soussous, Malinkés, etc). La Haute Guinée qui dépendait du Soudan, ne sera rattachée à la Guinée qu’à partir du 19 octobre 1899. C’est donc le pays du résistant, Samory TOURE (Voir mon article du 11 février 2020, dans Médiapart), le président guinéen, Sékou TOURE a dit Non au référendum du 28 septembre 1958, organisé par De GAULLE. La Guinée a été sous domination de l’Empire du Ghana du IVème au XIème siècle, puis de l’Empire du Mali du XIIIème au XVIIIème siècle. Son aïeul, Tabon-Wana Fan CAMARA serait un contemporain de Soundiata KEITA. Après des études coraniques, il est inscrit à l’école française et obtient le certificat d’études à Kouroussa. En dépit des réserves de sa mère, son père décide de l’envoyer poursuivre, au collège Poiret à Conakry, des études à caractère technique. Le jeune Abdoulaye voulait pourtant fréquenter le collège Camille Guy, ouvrant la voie royale des lycées de Dakar. Mais son oncle, Mamadou, le persuade que c’est le bon choix et qu’il valait mieux avoir un bon métier de technicien que de rester gratte-papier. Brillant élève, après l’obtention d’une bourse d’étude, en 1947, le jeune Abdoulaye part en France pour étudier à l’Ecole centrale d’ingénierie automobile à Argenteuil, dans la banlieue parisienne et obtient un certificat de mécanicien. Sa bourse étant suspendue, il est obligé de prendre des petits boulots, notamment à l’usine automobile de SIMCA en 1951, puis à la RATP et enfin à la Compagnie des compteurs à Montrouge. Parallèlement à cela, Abdoulaye poursuit des études au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Habité par le mal du pays, isolé, entre joie et déprime, Abdoulaye entreprend d’écrire les souvenirs de son enfance en Haute-Guinée. Marie-Hélène LEFAUCHEUX (1904-1964), qui s’intéresse à l’Afrique et aux débats sur l’Union française, le met en contact avec son frère, André POSTEL-VINAY (1911-2007), qui lui trouve un emploi à la Caisse centrale d’Outre-mer et en 1955, d’attaché au Ministère de la Jeunesse ; il lui donne, auparavant, des contacts pour faire publier son manuscrit «L’enfant noir», chez Plon le 9 juillet 1953. Bien qu’il soit discret à ce sujet, probablement, CAMARA Laye a bien reçu des appuis du gouvernement français.

En 1956, CAMARA Laye retourne en Afrique, d’abord au Dahomey (Bénin), puis au Ghana. En 1958, à l’indépendance de son pays, il regagne la Guinée ; il est nommé le premier ambassadeur au Ghana. A son rappel en Guinée, il occupe différents postes dans l’administration, avant d’être nommé Directeur de l’Institut national de la documentation et de la recherche. En conflit avec l’orientation politique de Sékou TOURE, il est brièvement emprisonné, avant de s’enfuir, en 1960 vers la Côte-d’Ivoire de Felix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993) et sera, à partir de 1965, réfugié au Sénégal de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Au Sénégal, à Dakar, il sera recruté à l’IFAN de Dakar, et rendra hommage à la tradition orale, à travers son livre, «Kouma, Lafôlo Kouma» ou la «Première parole», la plus ancienne, en racontant l’histoire de Soundiata KEITA, premier empereur du Mali.
I – CAMARA Laye et «l’enfant noir»,
l’Afrique des forces de l’esprit et de la tradition orale
«L’enfant noir», publié en 1953, à Paris, chez Plon, est avant tout un récit autobiographique, un brillant portrait de la culture africaine traditionnelle, dans un style simple, direct, vivant et alerte. Ce grand classique de la littérature africaine, est celui d’un homme mûr qui se penche, à travers le temps et l’espace, sur son passé. Roman de jeunesse et de la vie d’un écolier en Haute-Guinée, tout commence dans son petit village, à Kouroussa, où la vie traditionnelle se déroule avec bonheur entre sa mère, son père forgeron, sa grand-mère, sa famille et ses amis. L’action de «L’Enfant noir» de CAMARA Laye débute lorsqu’une femme, désirant avoir un nouveau bijou pour assister à une fête religieuse, se rend chez un orfèvre, le père du narrateur. La femme et l’enfant sont captivés par la transformation de l’or en bijou et par le travail de l’orfèvre. L’épouse de ce dernier, par contre, pense que le travail de l’or nuit à la santé de son époux. On y contemple la vie journalière aux champs, dans la forge et les rites de puberté. Le récit se termine, un plan de Paris en poche, dans l’avion qui l'emmène en France et qui l’éloigne durablement de ses proches clôturant ainsi définitivement son enfance. «On n'a pas oublié ce petit chef-d'œuvre, «l'Enfant noir», où un jeune écrivain de la Haute-Guinée, Camara Laye, faisait un étonnant début. Il y contait, dans la meilleure langue, la plus précise, la plus nuancée, la plus souple, les premiers souvenirs de sa vie africaine, la vie familiale et vénérée des siens, ses attaches profondes aux mœurs de sa tribu, et cela formait un saisissant contraste avec ce que Camara Laye nous apprenait de ce qui lui était advenu depuis» écrit Emile HENRIOT, en 1954, pour «Le Monde».
Doté d’un réel talent de conteur, «L’enfant noir» de CAMARA Laye est un roman du merveilleux, de l’Afrique des forces de l’esprit, des cultivateurs et des forgerons en Haute Guinée. Dans un contexte d’un Islam bien particulier car mâtiné d’animisme, on découvre, à travers un mystérieux petit serpent noir, le totem de la famille. L’âme de l’Afrique est bien logée en Haute-Guinée. Son père, CAMARA Kamady, un forgeron-orfèvre, doté de pouvoirs occultes, dialogue avec ce petit serpent lui rendant visite : «Quand il était à portée, mon père le caressant avec la main, et le serpent acceptait sa caresse par un frémissement de tout le corps ; jamais je ne vis le petit serpent tenter de lui faire le moindre mal. Cette caresse et le frémissement qui y répondait, me jetaient chaque fois dans une inexprimable confusion : je pensais à je ne sais quelle mystérieuse conversation ; la main interrogeait, le frémissement répondait. Oui, c'était comme une conversation» écrit-il dans «l’enfant noir». La mère, Daman Sadan, native de Tindican, fille d’un forgeron, est investie de pouvoirs surnaturels. «Ma mère puisait réellement l’eau du fleuve, sans que les crocodiles, les animaux les plus voraces de la création, songeassent à l’assaillir. Des génies peuplaient réellement l’eau, l’air, la terre, les savanes. Des génies qu’il fallait rendre secourables, à force de prières, de sacrifices et d’incantations» écrit-il. Sa mère, Daman Sadan, incarnant les vertus domestiques et morales, active, sans hâte, résignée sans veulerie, courageuse, discrète, efficace et présente sans ostentation, est le symbole d’une Afrique maternelle : «Femme noire, femme africaine, ô toi ma mère, je pense à toi. Toi qui me portas sur le dos, toi qui m’allaitas, qui gouvernas mes premiers pas. Toi qui, la première, m’ouvris les yeux aux prodiges de la terre, je pense à toi» écrit CAMARA Laye en dédicace à sa mère. 
En rupture avec tous les écrivains africains de l’époque revendiquant, dans une démarche parfois pamphlétaire, l’indépendance, CAMARA Laye, épaulé par les Français et les Belges dans sa création littéraire et favorable au plan de De GAULLE de retarder les indépendances, lui, a décidé d’esquiver ces sujets épineux. Aussi, dans son roman «l’enfant noir», il décrit une Afrique-Nature, folklorique, stéréotypée, paisible, équilibrée, harmonieuse et bien ancrée dans ses valeurs traditionnelles, parfois mystiques. En éludant les sujets qui fâchent, notamment les luttes et guerres anticoloniales (Indochine, Algérie) ainsi que les massacres coloniaux (Camp de Thiaroye, Sétif, Madagascar), CAMARA Laye a été encensé par les Occidentaux, parfois sur un ton condescendant ou paternaliste : «L’acceptation tranquille et consciente du surnaturel dans la vie courante  est ce qui frappe chez ce fils de la nature. Il se peut que l’un des plus détestables effets «du progrès» est de nous priver du sens auquel les primitifs et les simples demeurent en communication avec l’invisible» écrit Walter ORLANDO, dans «Le Phare» (Belgique) du 20 septembre 1953. Son refus de remettre en cause la colonisation a été apprécié par les critiques littéraires. «Tout est ici fondé sur ce qui rapproche, non ce qui divise. Ce jeune Malinké a bu avec le lait maternel, celui de l’humaine tendresse» écrit René HUYGUE dans le «Monde Nouveau», d’avril 1954. En effet, partagé entre plusieurs cultures, CAMARA Laye a bien vécu toutes ses différences : «C’est sans doute la plus grande surprise qu’apporte ce livre. Pour Camara Laye, ces questions ne se posent pas. Il fait confiance aux Blancs, mais rien de ce qu’il a appris d’eux, ne touche sa vie profonde. Il ne fait, dans son esprit, aucun tri, pour garder ou rejeter ; il garde tout, car si l’esprit a pu changer, l’esprit est resté le même» écrit Jean BLANZAT dans «Le Figaro Littéraire» du 6 mars 1954. Cependant d’autres ont reconnu les qualités littéraires de CAMARA Laye «On a apprécié l’enfant noir de Camara Laye, un de ces livres d’une fraîcheur incomparable, qui soudain trempée de rose, apparaissent, on ne sait comment, au milieu des décombres et des détritus de la littérature contemporaine. Avec étonnement, on voyait s’encadrer, dans une glorieuse galerie du folklore national, ce tableau d’une Guinée débonnaire et familière, peinte avec une plume naïve certes, mais très ferme et intelligente. Ce qui m’intéresse en ce Camara Laye, c’est ce guide vivant qui, en dehors de toute signification idéologique, nous conduit à travers la poésie et les réalités prestigieuses de l’Afrique noire, dans la pensée la plus simple et trouble des indigènes et leur prodigieuse sensualité» écrit André BERRY dans «Combat». Décrit comme aimable et modeste, son roman est une «leçon de politesse et une leçon d’invisible» écrit Max-Pol FOUCHET.
En dépit de ces éloges, parfois dithyrambiques, une voix discordante et tonitruante de Mongo BETI a lancé une charge violente contre cette option de CAMARA Laye, considérée comme une «littérature rose», en privilégiant le pittoresque, voire le fantastique ; ce qui lui a fait écrire «des sottises». Ce roman est un écœurant produit de «l’art pour l’art». Pour Mongo BETI, la seule réalité de l’Afrique à cette époque, c’est la revendication pour l’indépendance et la dignité des Africains. Par conséquent, un écrivain doit valoriser l’affirmation de soi : «Si l'écrivain manque de personnalité, il fera ce que lui demande le public. S'il a de la personnalité, il fera de la littérature selon son goût et ses propres conceptions. Savoir ce que le public français demande à un romancier africain est une autre question. Le romancier africain, qu'il soit blanc ou noir, écrit essentiellement pour le public français de la métropole, ce qui explique bien des choses. Aux yeux du colon et du bourgeois français, qu'est-ce donc que l'Afrique ? "Une réserve inépuisable d'hommes et de matières premières». L'on devine dès lors qu'une littérature africaine réaliste ne peut être du goût de ces messieurs-dames. Ils tâcheront donc d'étouffer dans l'œuf toute littérature réaliste africaine. Car, la réalité actuelle de l'Afrique Noire, sa seule réalité profonde, c'est avant tout la colonisation et ses méfaits» écrit-il.
Vivian STEEMERS parle, à propos de «L’Enfant noir» de CAMARA Laye, de «néocolonialisme littéraire». En effet, pour elle, tous les romans africains véhiculant une rhétorique anticolonialiste ont été fortement et énergiquement combattus par la Françafrique (Mongo BETI, Ahmadou KOUROUMA, Yambo OUOLOGUEM, Olympe BHELY-QUENUM). En revanche, CAMARA Laye, favorable aux intérêts des Occidentaux, décrivant une Afrique idyllique, a été épaulé dans ses romans par des écrivains belges et le gouvernement français et encensé par les critiques littéraires de ces pays. Pour Vivian STEEMERS ce phénomène de néocolonialisme littéraire «n’est pas prêt de disparaître». Si on veut percer, rapidement, en littéraire, il faut plaire et ne pas déranger le Maître.
Pour ma part, le fait d’être un partisan ou adversaire de la Françafrique, ne fait pas nécessairement de soi un bon ou mauvais écrivain. L’artiste doit avoir une belle plume et savoir raconter une histoire captivant le lecteur. S’il est engagé c’est encore mieux et CAMARA Laye a bien  défendu les valeurs culturelles africaines. En fait, cette polémique soulevée par Mongo BETI n’était qu’un subterfuge, commercial, pour attirer l'attention des lecteurs chez l’éditeur Alioune DIOP, dira Daniel MAXIMIN, en octobre 2019, aux 70 ans de Présence africaine, à la Colonie, à Paris 10ème. En réalité, CAMARA Laye, ne voulait pas parler au nom de tous les Africains en général. Il avait seulement et uniquement l’ambition, dans le désarroi et la nostalgie de son pays, la solitude de l’exil, par une démarche thérapeutique, d’écrire ses souvenirs d’enfance, la savane verte et les visages du passé. Il avait envisagé d'intituler son roman «un enfant de la Haute Guinée», mais l’éditeur Plon, a, en 1953, un imposé un autre titre, «l’enfant noir». En définitive, et de nos jours, ce roman, «l’enfant noir» devenu un livre incontournable, brosse divers thèmes notamment la relation entre l’Homme et Nature, dans son aspect pastoral, si elle est respectée, la Nature est source de paix, d’harmonie et d’amour. «Nous sommes, en Afrique, plus proches des êtres et des choses qu’on ne l’est en Europe, et pour des raisons qui n’ont rien de mystérieux. Nous menons simplement une vie moins agitée. Il y avait réellement des jeteurs de sort et des paroles pour conjurer les maléfices, une infinité de gris-gris pour se protéger, des choses sacrées qui disaient des choses cachées, des guérisseurs qui guérissaient réellement» dit-il à «Actualité littéraire» n°6, 1955.
II – CAMARA Laye et le «Regard du Roi» un roman symbolique
glorifié par Toni MORRISON, prix Nobel de littérature
Le second livre écrit, en 1954, par CAMARA Laye, «Le regard du roi», sans doute inspiré de Franz KAFKA, relate le voyage terrestre, symbolique de l’itinéraire spirituel du héros, Clarence, un Français. «Le Seigneur passera dans le couloir, regardera le prisonnier et dira : Celui-ci, il ne faut pas l’enfermer de nouveau ; il vient à moi» écrit KAFKA, dans «le Château». Ce roman a été encensé par une partie des critiques littéraires : «Kafka revu par un Alain Fournier africain. Mais ce merveilleux, qui semble s’être assimilé d’emblée les secrets de la plus fine, la plus jolie prose française, ne cesse d’entendre les rythmes éternels de son pays. Il y a là comme l’annonce constante d’un chant, que psalmodient les troubadours noirs, les griots. C’est très savant, très concerté. C’est de l’art tout simplement» écrit Jean-Louis CURTIS dans «L’Art», du 11 janvier 1955.
Entre humour, mystère mysticisme, débarqué à Adramé, une ville du Nord d’un pays imaginaire de l’Afrique de l’Ouest, Clarence rencontre différentes difficultés. «Le regard du Roi est un roman symbolique, un récit riche d’un noble sens, un sens tout évangélique, et harmonieusement conduit. Camara Laye a bâti son chef-d’œuvre, en utilisant le folklore de sa patrie, mais un folklore bien élevé au-delà du pittoresque facile. Seuil un Africain pouvait user du fonds héréditaire, avec ce constant bonheur et cette justesse infaillible» écrit «Les amitiés de la Louvière» de février 1955. Dans cette expédition initiatique, Clarence, arrivé avec ses certitudes, va subir une transmutation ; il va murir profondément, psychologiquement et spirituellement, dans son chemin le menant à l’enfant-roi, symbole du Dieu Suprême. Le héros meurt dans le cœur du Roi.
Cependant, «Dramouss» est d’un style radicalement différent de celui «l’enfant noir» (1953), un roman symbolique, a été considéré comme une trahison littéraire. Cela a donc suscité des interrogations sur la paternité de ce livre. Pour Adèle KING, une de ses grandes biographes, qui lui est favorable, «le regard du roi» serait écrit un ami, un riche héritier homosexuel belge, un criminel de guerre, Francis SOULIE, un chroniqueur à différentes revues, sous le pseudonyme de Gilles ANTHELME. Adèle KING ajoute aussi que quatre fonctionnaires français aux Nations Unies ont aidé CAMARA Laye dans la rédaction du «regard du roi». Francis SOULIE, bien introduit dans les cercles littéraires parisiens, avait hébergé, un certain temps, CAMARA Laye et sa première épouse, Marie LOROFI au 15 rue Molière, à Paris 1er.  La polémique «Regard du Roi» commence à enfler en 1981, lorsque l’universitaire belge Lilyan KESTELOOT (Voir mon article du 28 août 2022, sur Médiapart), installée au Sénégal et proche de SENGHOR, révéla que CAMARA Laye lui avait confié que ce roman «avait été écrit par un Blanc». Cette rumeur persistante est alimenté par le contenu de roman : l’image de l’Afrique que peint son auteur était trop mythique pour être crédible, en contradiction totale avec celle dessinée dans un autre classique de l’écrivain, «L’enfant noir». Daniel DELAS évoque «la supercherie du «regard du roi de Camara Laye» et souligne «Publier sous son nom un texte qu’on n’a pas écrit n’est pas un plagiat, puisque le véritable auteur est consentant voire demandeur, c’est une forme de supercherie. «Le Regard du roi» qui, comme on dit dans un langage codé, déconcerte la critique et dont il semble aujourd’hui quasi prouvé qu’il n’a pas été écrit de sa main. Révéler l’imposture aurait jeté le discrédit sur toute la jeune littérature africaine d’expression française, encore fragile, et pour des raisons de convenance d’autre part : la situation de l’écrivain guinéen à la fin de sa vie était mauvaise et c’eût été cruel d’ajouter à ses malheurs» écrit Daniel DELAS.
Finalement, dans son enquête, Adèle KING, «Rereading Camara Laye», a disculpé le Guinéen ; il a seulement été encouragé et aidé, dans la rédaction de son autobiographie d’enfance, par Aude JONCOURT, une professeure en littérature. C’est une tradition littéraire, l’éditeur, ici Plon, notamment Robert POULET, corrige les manuscrits de ses auteurs. C’est, en réalité, Toni MORRISON (Voir mon article du sur Médiapart) qui donnera ses lettres de noblesse dans une introduction magistrale à ce roman «Camara Laye, non seulement a convoqué un vocabulaire imagiste sophistiqué et entièrement africain pour lancer une négociation discursive avec l’Occident, mais il a exploité avec finesse technique les images mêmes qui ont servi les écrivains blancs pendant des générations. L’auberge crasseuse où vit Clarence, le protagoniste, pourrait être reprise mot pour mot par «Mister Johnson» de Joyce Cary ; la susceptibilité et l’obsession des odeurs se lisent comme un jeu de mots sur «The Flame Trees of Thika» d’Elspth Huxley ; sa fixation européenne sur le sens de la nudité rappelle H. Rider Haggard ou Joseph Conrad, pratiquement dans tous les récits de voyage» écrit-elle, en 2001, dans «The Radiance of the King». C’est ma traduction approximative de ce texte en anglais.
C’est un roman de la rédemption, entre rationalisme et mysticisme, le personnage de Clarence, manœuvré par un mendiant roublard et livré comme, à une très misérable exploitation de sa personne, avant d'être mystiquement lavé de ses impuretés involontaires et récompensé de ses épreuves. Dans cette satire parodique et pleine d’allégories, de métaphores de la traite des noirs, un saut dans l’inconnu, Clarence, réduit à l'impuissance dès son arrivée en Afrique par son manque d'argent et sa désorientation, devient la proie facile d'un mendiant noir. Descendu dans un hôtel, se croyant chanceux, après le vol de son portefeuille, il en est chassé. Dorénavant, comme tout effort de sa part s'avérerait inefficace, démuni, il pense devoir recourir au secours d'autrui, celle du Roi, renonçant ainsi à sa liberté et à la responsabilité de ses actes. Mais le Roi disparaît avant qu’il n’ait eu l’occasion de lui parler ; il va donc s’abandonner aux bons soins d’un mendiant, mais une faveur se paye ou se mérite. Mais c’est quoi la responsabilité morale, si l’on a plus de choix ?
Par conséquent, la vie de Clarence devient une longue attente du Roi qui viendra et portera son regard sur lui : «Le regard, rien que le regard, et tout serait dit. Tout !» écrit-il. Dans ce chemin de croix, désespéré, Clarence veut mourir. La vie de l'homme peut certainement se comparer a bien des égards à un séjour indéfini en prison, un enclos spirituel où l'âme, accablée de pêchés, obsédée par des tentations, limitée par les imperfections et les faiblesses de l'individu, est empêchée de prendre son essor. Le voyage deviendrait alors le symbole de la transformation de cette âme qui s'interrogerait en se repliant sur elle-même. Dieu seul, détermine la longueur du voyage, la durée de l'emprisonnement. La liberté est la récompense suprême octroyée, par Lui, à celui qui a conscience du Mal qu'il a fait acte de contrition. Contrairement à Franz KAFKA (1883-1924), les Africains rejettent l’absurdité de la vie, le désespoir ou le suicide. Clarence devant donc apprendre à se connaître en Afrique, pour sa rédemption doit aller de l'ignorance au savoir, de l'impureté à la pureté. Dans cette quête, Clarence est invité à la tolérance, à la persévérance, cette volonté qui sous-tend la progression vers le Roi, une perfection partant vers Dieu, symbole du noble mystère de l’Amour.
III – CAMARA Laye et son «Dramouss», un hymne à la Liberté, une dénonciation des régimes monarchiques et dynastiques africains
En 1966, le roman «Dramouss», reprend l’autobiographie, au moment où CAMARA Laye est devenu un adulte en France, un temps de l’innocence, en raison son éloignement de la Guinée. Cependant, le héros du roman, Fatoman, prend deux semaines de congé et rentre au pays. Au cours d’une nuit blanche, il revoit, par la mémoire involontaire, son séjour en France. En raison de l’influence de son expérience en France, il prend conscience de la dictature que sévit son pays et entreprend de la dénoncer et de la condamner. «Dramouss» explore deux thèmes majeures : l’acculturation et la lutte pour la liberté, contre l’oppression, et en particulier du régime de Sékou TOURE.
«Darmouss», tout d’abord, comme dans «l’aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE, un conflit de cultures «Au contact avec l’Occident, le négro-africain est formé comme le métropolitain de sa classe, selon les méthodes occidentales, au nom de principes occidentaux, pour devenir, auprès de ses congénères, le messager de l’Occident» écrit Thomas MELONE. Au carrefour de cultures française, animiste et musulmane, CAMARA Laye veut rester lui-même «La culture c’est le résultat d’un double effort d’intégration de l’Homme à la nature et de la nature à l’Homme» écrit Léopold Sédar SENGHOR. Fatoman, doté de l’intelligence, du bon sens et de la volonté, qui voulait servir son pays, découvre que l’Occident s’est imposé aux Africains par les armes à feu, mais aussi par l’école et ses effets d’acculturation, une colonisation mentale. Il craint de perdre son patrimoine culturel africain, ses coutumes ancestrales.
«Darmouss», c’est ensuite, une confrontation de son héros, Fatoman, à une crise des valeurs sociales, la société guinéenne ayant perdu son âme dans la modernité ; les valeurs traditionnelles se délitent. «Le monde bouge, le monde change et le mien, peut-être, plus rapidement que tout autre !» écrivait déjà CAMARA Laye dans «l’enfant noir». La société guinéenne est également confrontée à une crise des valeurs culturelles. Dans une société dictatoriale, l’art s’appauvrit pour ne devenir qu’un objet de divertissement, utilitaire et commercial, à des fins touristiques. «La vengeance du ciel nous menaçait. D'où le pourrissement commençant de notre vie artisanale et de notre vie sociale, d'où le braillement frénétique que je venais d'entendre, et ces rugissements de maisons de fous, au moyen desquels on prétendait éduquer une société qui ne demande qu'à manger et à vivre en paix» écrit-il. C’est donc une grave profanation de la dimension mystique et sacrée de l’art africain : «Le mystère et le pouvoir ne sont plus là où ils étaient. C’est qu’ils commencent à se dissiper au contact des idées nouvelles» écrit CAMARA Laye.
Quand il était jeune, CAMARA Laye admirait Sékou TOURE (1922-1984), un nationaliste, qui n’était ni socialiste, ni capitaliste. «L'occident a apporté ce qu'il a de précieux, c'est-à-dire, la langue française et la langue anglaise. Ce sont la deux merveilleux outils qui doivent pouvoir nous permettre de réaliser notre promesse, la promesse que nous avons faite au reste du monde en prenant nos indépendances respectives : assimiler  et non être assimilés, la promesse de sortir L'Afrique de la faim, et enfin la promesse de faire connaitre nos civilisations particulières» écrit-il en 1963, à Dakar. Aussi, en 1958, le jeune CAMARA Laye veut servir son pays, nouvellement indépendant, en manque de cadres : «Il n'y a pas longtemps, la Guinée comptait très peu de cadres (or, il nous en faut beaucoup), parce que la formation de ceux-ci dépendait du bon vouloir de la puissance coloniale, laquelle faisait tout pour maintenir la majeure partie du peuple dans un état permanent d'analphabétisme ou de demi-ignorance. Nous sommes heureux aujourd'hui de constater que notre ville commence, elle aussi, à fournir des cadres valables à notre pays. Nous avons l'honneur et la joie d'accueillir parmi nous un de nos frères, Fatoman, revenu de Paris» dit un cadre du Parti, dans «Dramouss». D’autres Africains, comme le jeune poète, David Mandessi DIOP (voir mon article du 28 octobre 2018, dans Médiapart) étaient venus s’engager aux côtés de Sékou TOURE, mais déçus, sont vite repartis.
Comme le héros, dans «Dramouss», CAMARA Laye, un partisan de la coopération avec la France, découvre le régime du Parti unique répressif de Sékou TOURE. Maintenant réfugié au Sénégal, avec sa famille, «Darmouss» est violent réquisitoire contre le régime de Sékou TOURE et tous les régimes autocratiques. En effet, Fatoman, qui avait idéalisé son pays pendant son séjour en France, de retour en Guinée, découvre, avec effroi, la violence et la répression qui se sont abattus sur le peuple guinéen «Chose étrange, je n'avais senti et compris combien j'étais un homme divisé. Mon être, je m'en rendais compte, était la somme de deux «moi» intimes : le premier, plus proche de mon sens de la vie, façonné par mon existence traditionnelle d'animiste faiblement teinté d'islamisme, enrichi par la culture française, combattait le second, personnage qui, par amour pour la terre natale, allait trahir sa pensée, en revenant vivre au sein de ce régime. Un régime qui, lui aussi, trahirait sans aucun doute, tout à la fois le socialisme, le capitalisme et la tradition africaine. Cette espèce de régime bâtard en gestation, après s'être fait soutenir par l'Église, par la Mosquée et par le Fétichisme, renierait Dieu après son triomphe. Il avait commencé à museler les populations naïves de Guinée» écrit-il. En effet, le dictateur Sékou TOURE, désigné dans «Dramouss» par le sobriquet de «Gaillard», a quadrillé le pays entier par d’innombrables comités afin de régenter et manipuler le peuple, contre un complot hypothétique. «Le R.D.A. veut la fraternité franco-africaine et combat le colonialisme, ainsi que ses fantoches, instruments du colonialisme. Je veux parler des réactionnaires du B.A.G. Respectez ces réactionnaires (ennemis de notre mouvement) au cas où ils se tiennent tranquilles. S'ils feignent de méconnaître la force de notre Parti, appliquez les consignes : mettez les saboteurs hors d'état de nuire, incendiez leurs cases. Et alors, justement intimidés, ils ne se mettront plus en travers de l'évolution harmonieuse de notre pays. (…) Le premier ennemi de l'homme est l'homme lui-même. La vie et la mort de notre peuple se trouvent en lui-même. La mort de chacun de nous se trouve en chacun de nous» dit un responsable du Parti, dans «Dramouss».
Par conséquent, toutes les belles promesses, qui, jadis, avaient mobilisé le peuple guinéen, dans sa lutte pour l’indépendance, ont été trahies : «Il n’y a pas de dignité sans liberté. Nous préférons la liberté dans la pauvreté, à la liberté dans l’esclavage. L’indépendance est à la disposition des Guinéens» avait dit le 2 septembre 1958, Sékou TOURE, dans sa campagne pour le Non au référendum DE GAULLE du 28 septembre 1958. En effet, dans un grand machiavélisme et cynisme, le Parti unique, contrôlant tout, est une courroie de transmission de sa propagande, de ses mensonges et de ses instrumentalisations, afin de mieux excuser ou occulter ses méfaits. Fatoman, questionné par un Responsable du Parti, s’insurge contre ces crimes que personne n’ose dénoncer : «Il faudra, un jour, que quelqu'un dénonce tous ces mensonges. Il faudra dire que si la colonisation, vilipendée par ce comité, a été un mal pour notre pays, le régime que vous êtes en train d'y introduire sera, lui, une catastrophe, dont les méfaits s'étendront sur des dizaines d'années. Il faudra dire qu'un régime qui se bâtit dans le sang, par les soins des incendiaires de cases et de maisons, n'est qu'un régime d'anarchie et de dictature, un régime fondé sur la violence, et que détruira la violence. La violence que vous êtes en train d'instaurer dans ce pays sera payée par chacun de vous et plus encore par les innocents. Il faudra surtout, pour bâtir une société viable, plus d'actions concrètes et honnêtes, moins de discours, plus de respect de l'opinion d'autrui, plus d'amour fraternel» écrit-il dans «Dramouss».
En définitive, ce roman, «Dramouss», un puissant hymne à la liberté, est une création littéraire prophétique qu’un jour viendra, où la Guinée sera libre. Le personnage de Fatoman, contrairement à Samba Diallo, dans «l’aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE, qui avait choisi le suicide, a préféré l’exil intérieur. On sait, par la suite, que Sékou TOURE, victime de tout de même de quatre attentats manqués à partir du Sénégal, et qui criait à longueur de journée, «à bas l’impérialisme», est mort en 1984, aux Etats-Unis. La visite président Valéry GISCARD-D’ESTAING (1926-2020, vor mon article) avait rétabli les relations franco-guinéennes «Il s’agit de célébrer la réconciliation de la Guinée et de la France, de rechercher, ensemble, les voies d’une coopération favorable à la Guinée et à la France. Je veux vous dire, avec joie profonde et sincère, la France et la Guinée, qui, voici 20 ans, s’étaient perdues, se sont aujourd’hui retrouvées. La vocation de la Guinée m’apparaît comme celle de l’indépendance. Vous avez rencontré des difficultés et de nombreux obstacles, vous les avez surmontés. Vous offrez le spectacle d’un pays qui, la tête haute, s’apprête à s’engager dans une nouvelle phase de son histoire» dit le 21 décembre 1978, au Stade du 28 septembre. Mais le pays reste encore secoué par des dictatures militaires et Alpha CONDE, un formidable opposant, n’a pas tenu ses engagements, une fois au pouvoir du 21 décembre 2010 au 5 septembre 2021. L’Afrique serait-elle maudite ?
«Dramouss» refuse cet afro-pessimisme ; CAMARA Laye dans son optimisme ouvre une lueur d’espoir et d’espérance. La «Révolution» guinéenne étant trahie par le Parti unique de Sékou TOURE, la Guinée est devenue un peuple en guenilles, affamé et entouré par une haute muraille. Cependant, Fatoman a vu, en rêve, qu’un jour viendra le «Lion Noir» calme, ne rugissant pas, libérera sa Guinée natale,: «Les forêts sacrées, les biens spoliés, étaient restitués à leurs propriétaires; la famine le cédait à la prospérité, l'illégalité à la légalité, la barbarie à la civilisation. Et la vie, qui avait été pour nous jadis, un mélange de tristesse, d'absurdité et d'angoisse, était redevenue toute de joies et de rires. Je contemplais ma Guinée, guidée avec sagesse par le Lion Noir, l'héroïque et sage Lion Noir. Et je découvrais qu'il n'était pas seul ; je constatais que le peuple de ses frères l'accompagnait dans son ascension merveilleuse vers le soleil; et vers cette extraordinaire source de lumière, vers le progrès; tous embarqués sur un même esquif, passagers solidaires, promis au même port» écrit-il. Cela me fait songer à une citation d’un éminent poète français : «Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera» écrit Victor HUGO.
CAMARA Laye est mort le 1980, à Dakar, au Sénégal, à l’âge de 52 ans, des suites d’une longue maladie, d’une néphrite et de l’hypertension, dit-on consécutives à un empoisonnement dans les prisons de Sékou TOURE. Sa femme, Marie LOROFO, une métisse dont le père, le docteur Henry LOROFY, un Corse, lui a donné sept enfants. «Elle était métisse, très claire de teint, presque blanche en vérité ; à mes yeux, elle était belle comme une fée ! elle était douce et avenante, et de la plus admirable égalité d’humeur» dit-il de sa femme. En 1970, Marie était rendre visite à son père qu’on disait mourant en Guinée et sera emprisonnée par Sékou TOURE pendant sept ans, au sinistre Camp Boiro. A sa libération, Marie, une catholique, découvre que CAMARA Laye, pendant son absence, s’était remarié à une sénégalaise, originaire de Vélingara, Ramatoulaye KANTE, une infirmière qui le soignait ; ils ont eu trois enfants. Marie LOROFI demande et obtient le divorce.
Références bibliographiques
I – CAMARA Laye
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I - 2 – Articles interview reportages sur CAMARA Laye
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CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Jacqueline Leiner, Présence francophone, printemps 1975, n°10, pages 153-167 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Jacqueline Sorel, RFI, série Archives sonores de la littérature noire, 1977 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Marcel Ebode, Afrique (Paris), juillet 1963, n°26, pages 54-57 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Roger N’Da, pour la télévision ivoirienne et transcrite dans Fraternité-Matin, 3 et 10 octobre 1972 ;
CAMARA (Laye), «Et demain ?», Présence africaine, 1957, Vol 3-4, n°14-15, pages 290-295 ;
CAMARA (Laye), «L’Afrique et l’appel des profondeurs», conférence de Fourah-Bay, Sierra-Léone, 1963 ;
CAMARA (Laye), «L’écrivain est obligé de se taire ou de tordre sa plume», entretien accordé à Gaoussou Kamisso, Fraternité Matin, (RCI), 6 avril 1976 ;
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II – Autres références sur CAMARA Laye
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AUGUSTAVE (Elsie), ASSIBA D’ALMEIDA (Irène), Autour de l’enfant noir de Camara Laye, un monde à découvrir, Paris, L’Harmattan, 2018, 220 pages ;
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STEEMERS (Vivian), «L’enfant noir : le parrainage des nègres blancs de droite», Le néocolonialisme littéraire : quatre romans africains face à l’institution littéraire parisienne 1950-1970, Paris, Karthala, Lettres du Sud, 2012, 234 pages, spéc pages 39-88 ;
VINCENOT (Guy), L’enfant de Camara Laye, Paris, L’Ecole, 1972, 24 pages ;
YEPRI (Léon), Relire l’enfant noir de Camara Laye, Dakar, NEA, 1987, 89 pages.
Paris, le 26 novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
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18 novembre 2022 5 18 /11 /novembre /2022 18:13
«Centenaire de la mort de Marcel PROUST (1871-1922)» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Il y a 100 ans, Marcel Proust disparaissait à Paris, changeant à jamais l’histoire de la littérature. Marcel Proust et Paris, c’était une belle histoire d’amour. Et c’est pourquoi nous voulons lui rendre un hommage solennel et ému pour saluer son génie qui, aujourd’hui encore, ne cesse de nous inspirer, de nous élever et de nous émerveiller. Oui, Marcel Proust aimait Paris et notamment sa Rive Droite, entre le parc Monceau où il jouait enfant, le faubourg Saint-Honoré et la place de la Concorde qu’il arpentait régulièrement et le bois de Boulogne et l’Étoile qu’il adorait» écrit Mme Anne HIDALGO, maire de Paris. Présent au Musée Carnavalet de Paris, Marcel PROUST est né à le 10 juillet 1871, chez son oncle maternel, Louis WEIL, à Auteuil, un village non encore rattaché à Paris, et mort à Paris, le 18 novembre 1922 ; il y a juste 100 ans. Le mercredi 22 novembre 1922, par une froide et maussade journée d'automne, Marcel PROUST est enterré au cimetière du Père-Lachaise dans le caveau où reposent déjà ses parents. La messe de funérailles a eu lieu en l'église Saint-Pierre de Chaillot, située avenue Marceau dans le 16e arrondissement, non loin de son dernier domicile du 44 de la rue Hamelin, où il est décédé des suites d'une pneumonie, le samedi précédent, à l'âge de cinquante et un ans.
«Marcel Proust a donné de sa vie pour que son œuvre vive. Proust s’est séparé du monde pour construire un monde»  écrit François MAURIAC. Ce titi parisien ne dormait pas la nuit et connaissait tous les bons coins de Paris. «Il avait l’air d’un homme qui ne vit plus à l’air et au jour, l’air d’un ermite qui n’est pas sorti depuis longtemps de son chêne, avec quelque chose d’angoissant sur le visage et comme l’expression d’un chagrin qui commence à s’adoucir. Il dégageait de la bonté amère» dit Léon-Paul FARGUE. Un siècle après sa disparition, le temps est un grand juge : Marcel PROUST est toujours célébré : «Le temps est le seul critique dont l’autorité soit indiscutable. Il réduit à néant des gloires qui avaient paru solides ; il confirme des réputations que l’on avait pu croire fragiles. Un quart de siècle après sa mort, Virginia Woolf garde sa place dans l’histoire littéraire et ses lecteurs. Ses œuvres complètes se trouvent dans toutes les librairies britanniques. Son influence est reconnue bien au-delà des frontières de son pays», écrivait l’académicien, André MAUROIS (1885-1967).
Marcel PROUST est obsédé par le temps, son écoulement, son effritement, le temps qui détruit tout, mais que la mémoire conserve. L’Homme peut reconstruire son passé, par la mémoire accidentelle, ce goût de la madeleine, la coïncidence entre une sensation présente et un souvenir. Ainsi, ressurgit notre passé, en procurant un temps d’éternité. «Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se refermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : «Je m’endors», c’est ainsi que démarre le premier volume de «A la recherche du temps perdu» qui est à la fois une sorte d'autobiographie, un roman historique, une analyse psychologique, une critique littéraire et un traité philosophique. Historien de la société PROUST, à travers sa Recherche du temps perdu, traite, avec de sublimes lueurs, de certains thèmes majeurs : l’amour et son pendant nécessaire la jalousie, la dégradation de la vie mondaine, le génie et la paresse, l’ambition littéraire, la rédemption par l’art. «Les seuls vrais paradis, sont les paradis que l’on a perdus» dit PROUST. Grâce au mécanisme de la mémoire involontaire, PROUST parvient à faire coïncider la sensation éprouvée dans le moment présent avec celle du moment éloigné. «Proust a fait avancer l’introspection, la conscience que l’homme prend de lui-même, dans une mesure qui l’égale des meilleurs moralistes de tous les temps» écrit Léon DAUDET. Cette évocation onirique est d’inspiration freudienne : «Je passais la plus grande partie de la nuit à me rappeler notre vie d’autrefois» écrit PROUST qui se remémore de son enfance à Combray. Suivant Jacques RIVIERE, PROUST a contribué «à l’invention d’une nouvelle manière d’attaquer les sentiments et les sensations». Marcel PROUST, grand admirateur de Charles DICKENS, George ELIOT et qui avait traduit John RUSKINS, avait inspiré Virginia WOLF (voir mon article) qui a traduit ses œuvres en langue anglaise «Aldous Huxley et Virginia Wolf doivent évidemment beaucoup à la «psychométrie» d’A la Recherche. Les réflexions de Proust, le passage du temps et la mutabilité des destinées humaines nous ont apporté tout un champ d’expériences nouvelles. Et son traitement scientifique des problèmes de la jalousie et de l’inversion ont fait beaucoup pour effacer de nos esprits les dernières traces du puritanisme» écrit Harold NICHOLSON. Si le monde anglo-saxon a classé Marcel PROUST, dans le mouvement littéraire de «Stream of Conciousness» (courant de conscience, monologue intérieur), un peu comme chez Virginia WOLF et James JOYCE, en fait il n’appartient à aucune école. Spécialiste de l’autofiction, Marcel PROUST développe une théorie anti-essentialiste.
Portraitiste, mémorialiste, romancier et moraliste, Marcel PROUST résume, lui-même, ainsi sa Recherche : «Mon livre est l’histoire de toute une vie. Je prends mon héros depuis l’enfance et je le suis à travers sa vie mondaine, ses amours et ses plaisirs, jusqu’à sa retraite, où il s’enferme pour se consacrer à la création». Le problème littéraire majeur de PROUST est celui de reconstituer l’intégrité d’une vie psychique, de combler les lacunes de la mémoire. Il a fouillé dans la poubelle de notre subconscient «Proust veut apporter un élément nouveau, fait d’observations insoupçonnées, de coins mystérieux de la nature humaine, grandeurs et puissances demeurées jusqu’ici cachées» écrit Gabriel de la ROCHEFOUCAULD. D’une mémoire prodigieuse, si PROUST a pu reconstituer le paradis perdu de Combray, c’est grâce à la petite madeleine trempée dans le thé. Ces considérations débouchent sur cette vérité : si le temps efface tout, il ne peut pourtant pas effacer le souvenir, car l’essence des choses reste éternelle, et peut être ressentie tant dans le moment actuel que dans un temps éloigné. Ce à quoi s’intéresse PROUST, ce n’est point la description de la réalité, mais la psychologie dans le temps, une sensation vécue aussi bien, dans le passé que dans le présent, il veut édifier avec sa Recherche du temps perdu «une cathédrale du souvenir». La mémoire involontaire permet finalement de retrouver le temps perdu et d’échapper aux entraves du temps, pour être capable d’y vivre en dehors. Suivant BRUNEL, Marcel PROUST, en s’inspirant des théories d’Henri BERGSON (1859-1941) et de Sigmund FREUD (1856-1939), a bâti un «édifice immense du souvenir» en attachant de l’importance aux sensations passagères mais bouleversantes qu’éveille la fugacité des êtres et des choses «Proust et Freud inaugurent une nouvelle matière d’interroger la conscience ; Ils rompent avec les indications du sens intime ; ils ne veulent plus y demeurer parallèle ; ils attendent, ils guettent, au lieu des sentiments, leurs effets», écrit Jacques RIVIERE. En effet, PROUST réussit à briser les entraves classiques du temps et de l’espace, se rendant capable de se promener à son gré dans le passé, le présent et le futur, tel le maître du temps. Si le temps s’écoule sans qu’on puisse l’arrêter, le souvenir et la mémoire nous permettent de retrouver le temps perdu. Le temps qui passe nous éloigne de merveilleux instants du passé, mais la mémoire involontaire et l’effort volontaire de la mémoire concourent à annuler cette distance, et finissent par ramener le passé dans le présent, contribuant à l’emporter sur le temps. Les entraves du temps sont brisées, le temps perd deviendra finalement un temps retrouvé. La Recherche, «plus que le regret ou le délice d’instants vécus au hasard, c’est peut-être surtout l’exhumation de tous les moi de Proust», écrit Jacques RIVIERE.
«La Recherche est un désir d’écrire» dit Roland BARTHES. C’est, avant tout, une histoire de la vocation littéraire de PROUST, à travers son monde intérieur, un monde psychologique visant à intégrer à cette somme la totalité de son expérience d’homme et de sa réflexion sur l’art. Marcel PROUST considérait Gustave FLAUBERT (1821-1880) comme un précurseur et comme l'écrivain qui «le premier a mis le temps en musique». PROUST admirait dans «l'Éducation sentimentale» un «blanc», un énorme «blanc» qui indique un changement de temps soudain d'une dizaine d'années. Paul SOUDAY reproche à PROUST une surabondance de menus faits et une insistance à en proposer des explications, ainsi qu’un style obscur : «cette obscurité, à vrai dire, tient moins de la profondeur de sa pensée qu’à l’embarras de l’élocution. M. Marcel Proust use d’une écriture surchargée». Paul SOUDAY pense que «Du côté de chez Swann est mal composé, aussi démesuré que chaotique, mais qu’il renferme des éléments précieux dont l’auteur aurait pu former un petit livre exquis». On connaît les phrases longues et chaotiques de Marcel PROUST. En fait, son style est le reflet parfait du mouvement de sa pensée est particulièrement original. «Marcel Proust a beaucoup de talent. (…). Il a une imagination luxuriante, une sensibilité très fine, l’amour des paysages et des arts, un sens aiguisé de l’observation réaliste et volontiers caricatural» précise Paul SOUDAY. «Marcel Proust, comme tant d’autres écrivains contemporains, est avant tout un impressionniste. Mais il se distingue de beaucoup d’autres en ce qu’il n’est pas uniquement, ni même principalement, un sensoriel : c’est un nerveux, un sensoriel et rêveur» rajoute Paul SOUDAY. En effet, le roman proustien, ce n'est pas seulement de la psychologie, mais de la psychologie dans le temps. Ses phrases expriment les profondeurs de l’âme humaine qui exige une sorte d’abandon du flux de la pensée «La phrase de PROUST épouse le tout d’un moment ; elle tend une sorte de filet indéfiniment extensible qui traîne sur le fond océanique du passé, en ramasse toute la flore et la faune à la fois», dit Henri GHEON. La phrase proustienne contient à la fois la description du cadre et des gens plus une analyse extérieure et intérieure du héros. En effet, chez PROUST, l’intrigue de «la Recherche» est invisible c’est parce que le récit raconte la découverte de son sujet : la vocation ignorée du héros qui a pour mission d’écrire le livre que nous en sommes en train de lire et qui est en lui. Marcel PROUST est un grand, mais le lire demande du courage et de la persévérance. En effet, contrairement au roman balzacien, le déroulement du récit n’est ni linéaire ni chronique. Le récit suit plutôt le temps de la psychologie du narrateur, qui se déroule de façon non chronique, induisant ainsi une opposition entre connaissance intuitive et raisonnement ordinaire.
C’est la déraison qui l’emporte sur la raison dans l’œuvre proustienne. A l’encontre du roman traditionnel, PROUST, délibérément, relègue au second plan l’action, l’intrigue, le temps chronique et linéaire, en particulier, les personnages typiques qui vivent dans les milieux typiques, et ses romans n’obéissent nullement aux règles du récit classique. Ce qui compte dans son ouvrage capital, c’est le temps. En effet, Marcel PROUST consacre une rupture avec la tradition littéraire, le personnage est d’abord secondaire, selon Aristote, qui considère qu’il est toujours subordonné à l’action ; c’est l’intrigue qui commande le récit, celui qui agit n’intervenant que secondairement. Si le roman devient le règne du personnage, c’est que celui-ci n’est plus seulement un rôle, mais une entité existentielle et psychologique de plus en plus individualisée. Henry JAMES (1843-1915) renverse ainsi les termes du postulat aristotélicien : «Qu’est-ce que l’action sinon l’illustration du personnage ?». Aussi le personnage est-il le pilier de l’invention et le nerf du plaisir de lecture propre au roman. Pour lui, l'imaginaire n'est pas l'instrument qui révèle l'essence inaltérable des choses, mais sert de médiation entre le monde extérieur et le monde intérieur. PROUST ne cesse d'affirmer que l'imaginaire est une interface où prennent consistance les être aimés, les souvenirs lointains et l'œuvre artistique dans une continuelle métamorphose qui plie le monde extérieur au jeu de nos désirs. Observateur solidaire du système observé, et donc changeant avec lui, Marcel PROUST, à travers son regard critique n’est pas en dehors du monde qu’il décrit mais qui occupe dans ce monde une position précise, mobile et changeante selon les aléas de sa vie. Dès les premières lignes de Swann, cette relativité de toute observation, et même de toute perception, est étudiée et démontrée à propos d’un phénomène familier de la vie : le sommeil. Dans la suite de l’œuvre, elle est l’un des thèmes fondamentaux et récurrents du récit ; on a le sentiment que PROUST ne cesse de penser à ce proverbe arabe qui affirme que celui qui vit assez longtemps verra tout et le contraire de tout. Sa contribution littéraire est l’histoire d’un monde qui change perpétuellement. Mais cette œuvre si pessimiste, si noire, qui devrait nous anéantir dans le désespoir, se lit dans un bonheur de chaque minute et nous laisse, après l’avoir lue, une très forte impression, un trouble de notre esprit, un transport et un émerveillement. De ce point de vue, Marcel PROUST incarne le génie français. «L’œuvre de Proust est du moins pour moi, l’œuvre de référence, la mathesis générale, le mandala de toute la cosmogonie littéraire», dit Roland BARTHES.
Dans «la Recherche du temps perdu», l’Amour et donc la jalousie, tiennent une place considérable, comme l’avarice, l’ambition et la cupidité dans les romans d’Honoré de BALZAC. «La Recherche est une quête de l’amour, vaine et navrante poursuite d’un mirage délicieux, qui se dérobe et se renouvelle sans cesse dans le désert sentimental où l’amour est exilé» dit PROUST dans ses correspondances. L’impossibilité de l’amour, son mensonge et son tourment, dérivent de la nature même de l’homme, de sa tragique solitude. Tout amour est faux, l’amour n’existe pas. Romancier de l’amour, Marcel PROUST s’est fait un nom dans l’histoire du cœur, notamment l’amour du narrateur pour Gilberte. L’homme projette dans la femme aimée l’état de sa propre âme, et c’est dans la profondeur de cet état que réside tout ce qui est important dans cette passion. Mais les personnages de Marcel PROUST ne procréent pas. L’amour n’est donc pas, pour PROUST, «quelque chose qui forme des couples, ce serait plutôt quelque chose qui empêche d’en former» dit Emmanuel BERI. «Ces êtres que décrit Marcel PROUST, c’est des personnages de fuite, c’est-à-dire l’absence qu’à la présence à la fois de l’être aimé», dit BERI. Marcel PROUST, dans sa Recherche, fait allusion aux qualités qui rendent une personne à la fois désirable et plus saisissable qu’une autre. En amour, il n’y a aucune règle. N’importe qui peut aimer n’importe qui. Ainsi, l’amour Albertine ne tient pas à ce que c’est elle, mais ce que c’est lui. Comme PLATON, Marcel PROUST pense qu’on aime les qualités et non pas les personnes, la Beauté. Si un amant est sensible à certaines qualités de l’être qu’il aime, ce ne sera pas celles que cet être possède réellement, mais celles qu’il a lui-même conférés, par un oukase arbitraire de son esprit. C’est souvent l’attitude de Marcel PROUST envers l’amitié qui révèle, le mieux, selon lui, l’idée que l’on se fait de l’amour, jusqu’à ce que la jalousie entre en jeu : «Ma vie avec Albertine n’était, pour une part, quand je n’étais pas jaloux, qu’ennui, pour l’autre part, quand j’étais jaloux, que souffrance» dit-il. L’amitié et l’amour se ressemblent. Mais l’amitié n’existe pas ; elle est à la fois impuissante et futile. Flagorneur, avec un désir de plaire, Marcel PROUST recherchait désespérément l’admiration et l’amitié des autres ; il «proustifiait» : «ce que j’ai le plus aimé en toi, ce n’était toi-même, mais moi, plutôt toi-même par rapport à moi, le charmant, le doux ton de ton éloge» dit-il. Finalement, pour Marcel PROUST l’amour est un début de la névrose, une régression narcissique. L’amour est considéré en tant qu’illusion faite de mensonge et meurt de fatigue. En définitive, l’amour a rendu à Marcel PROUST à la solitude. La solitude, l’une des pièces-maîtresses de la recherche du temps perdu, est le fruit splendide des souffrances rédemptrices que lui a causé l’amour. Face à ses déceptions amoureuses, ses souffrances, Marcel PROUST déforme les réalités extérieures qu’il substitue à une réalité intérieure fondée sur nos mémoires. L’œuvre d’art est le salut et nous hisse hors du temps perdu, vers un temps retrouvé ; elle seule confère une certaine immortalité. Si l’œuvre d’art est une fin, l’amour est le moyen unique. A force de nous mentir, l’amour nous révèle la grande vérité, à savoir «qu’il n’y a pas de vérité hors de notre esprit et de notre cœur» dit PROUST. De ce point, l’amour étant une exaltation dans la solitude et la souffrance, «il n’y a pas d’amour heureux» suivant Louis ARAGON.
En s’inspirant du mémorialiste de Louis ROUVROY de SAINT-SIMON (1675-1755) et des contes des Mille et une nuits, avec un narrateur, des personnages enchâssés, ainsi que leurs vices et vertus, Marcel PROUST, dans sa Recherche du temps perdu, a étudié, ce qui a été délaissé par ses devanciers : la haute société aristocratique du Faubourg de Saint-Germain-des-Prés. S’il évoque les domestiques, comme Françoise qui incarne Céleste ALBARET (1871-1984) à Combray et à Paris ou ses mignons dans les grands hôtels qui lui accordé des faveurs sexuelles, les paysans majoritaires à son époque et les prolétaires sont quasi absents de la Recherche du temps perdu. En fait, PROUST historien et sociologue de «ces gloires périmées», avec comme héros, Swann, Verdurin et les Guermantes, a nous a légué une peinture de leurs plaisirs, leurs vices, la tristesse de leur vie malheureuse et leur égoïsme. En effet, Marcel PROUST dépeint la noblesse comme une société inintelligente, décadente et vicieuse, avec satire et réprobation «Les plaisirs mondains causent, tout au plus, le malaise provoqué par l’indigestion d’une nourriture abjecte» dit-il. Cependant, le snobisme ou désir de se mêler à la société, ne détruit pas l’esprit de vérité. «Se plaire dans la société de quelqu’un parce qu’il a eu un ancêtre aux croisades, c’est la vanité ; l’intelligence n’a rien à voir avec cela. Mais se plaire dans la société de quelqu’un parce que le nom de son grand-père se trouve dans Alfred de VIGNY ou CHATEAUBRIAND (…), voilà où le péché de l’intelligence commence» dit notre PROUST qui joue au naïf, comme s’il ne connaissait pas les codes de la haute société, fait ressortir la cocasserie et le profond comique des situations, provoquant l’hilarité. Dans son aventure de la mémoire, loin d’être purement obséquieux, Marcel PROUST dénonce les préjugés bourgeois et le snobisme à rebours. PROUST manipule, à haute dose, et avec une grande finesse, l’ironie et la satire aux pays de l’extravagance des mœurs de la haute société. Il souligne ainsi le caractère risible et la bêtise du snobisme «Marcel PROUST est un observateur de la vie parisienne, reçu dans les salons, dont il scruta les mystères avec sympathie, avec un art minutieux du détail, et une délicatesse exquise» dit Jacques-Emile BLANCHE, un portrait de l’auteur. En fait, Marcel PROUST semble voir dans la bourgeoisie un commencement d’imitation de la noblesse, surtout dans le mauvais sens, pour ses fautes et ses vices.
Pour Gilles DELEUZE (1925-1995), philosophe français, la recherche du temps perdu n'est pas un exercice de mémoire, volontaire ou involontaire, mais, au sens le plus fort du terme, une recherche de la vérité qui se construit par l'apprentissage des signes. Il ne s'agit pas de reconstituer le passé mais de comprendre le réel en distinguant le vrai du faux. Gilles DELEUZE, lecteur de PROUST, est aussi l'interprète de BERGSON, NIETZSCHE ou SPINOZA. L'intelligence de l'œuvre est, certes, un plaisir de l'esprit ou une dégustation des sens. Elle est aussi un chemin de la connaissance. En effet, Gilles DELEUZE avance l’idée que, pour l’essentiel, la recherche du temps perdu est une interprétation des signes, des signes de l’Amour, de la mémoire et de l’aristocratie. Les signes mondains, ceux émis par les snobs, sont les plus curieux et dérisoires, car ils ne correspondent à rien. En effet, l’ambition mondaine demande une farouche énergie pour conquérir du vent, quelque chose d’impalpable, d’inexistant. Ce qui force à penser, c’est le signe. Le signe est l’objet d’une rencontre ; mais c’est précisément la contingence de la rencontre qui garantit la nécessité de ce qu’elle donne à penser. «L’acte de penser ne découle pas d’une simple possibilité naturelle. Il est, au contraire, la seule création véritable. La création, c’est la genèse de l’acte de penser dans la pensée elle-même. Or cette genèse implique quelque chose qui fait violence à la pensée, qui l’arrache à sa stupeur naturelle, à ses possibilités seulement abstraites. Penser, c’est toujours interpréter, c’est-à-dire expliquer, développer, traduire un signe. Traduire, déchiffrer, développer sont la forme de la création pure» dit Gilles DELEUZE dans son ouvrage «Proust et les signes».
Dans son ouvrage, «Proust antijuif», Alessandro PIPERNO pense que la Recherche est un chef-d’œuvre de dissimulation, certainement pas d’exhibitionnisme. Selon lui, les raisons de l’aversion de PROUST pour la biographie sont «personnelles et névrotiques». C’était sa vie d’homosexuel insatisfait et de salonard que le tribunal spécial de sa conscience jugeait indigne d’être relaté. C’était son origine petite-bourgeoise qui le dégoutait. PROUST a écrit sa Recherche pour ne pas s’exposer en public. Son histoire était irracontable c’est pour cela que PROUST a créé un monde épuré, sidéral et artificiel, «une forteresse pleine de passages secrets et de ponts levis». Suivant PIPERNO, Marcel PROUST avait manifestement honte de sa judéité, de son homosexualité, de son snobisme et de son insignifiance sociale. Par conséquent, il a déversé dans sa Recherche «tout son ressentiment d’homme incomplet et insatisfait». A la Belle époque, siècle de la duperie fondé les ténèbres de xénophobie, du fondamentalisme chrétien et du revanchisme militariste, Marcel PROUST a mis en scène le spectacle de l’humiliation : «sa généalogie juive avait représenté pour lui, dès le départ, une blessure angoissante, avec lesquels régler les comptes de la seule façon qui était la sienne : l’ambiguïté». Les critiques d’Alexandro PIPERNO me semblent excessives et tranchées. En effet, le snobisme qu’il a, en fait, dénoncé, serait la face présentable de la haine. Une partie de ses amis de l’aristocratie (Mme STRAUSS-BIZET, Mme Léontine LIPMANN dite ARMAN de CAILLAVET), et Marcel PROUST, avaient soutenu Alfred DREYFUS. Dans sa Recherche du temps perdu, Marcel PROUST étant un demi-juif, a une inclination, certes, pour la société catholique : «si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive, vous comprenez que c’est une raison assez forte, pour que je m’abstienne de ce genre de discussion» dit PROUST. Il n’en reste pas moins, et que le principal personnage de la Recherche du temps perdu, Charles Swann, inspiré principal de Charles HAAS, venu de la haute bourgeoisie, mais accepté dans l’aristocratie parisienne, est un Juif. Le personnage de Swann, riche, généreux, cultivé, véritable amateur d’art et de musique, ressemble, à s’y méprendre, à Marcel PROUST. Notre auteur a rendu compte des polémiques de l’époque qui avaient violemment divisé la société française. Ainsi, dans la Recherche, M. Verdurin est dreyfusard, la duchesse des Guermantes, est nationaliste et prétend être dreyfusarde, pour paraître intellectuelle, et le duc des Guermantes voit là une affaire non pas religieuse et politique. Certains membres de l’aristocratie sont ouvertement antisémites et antinationalistes. Marcel PROUST ne fait que rendre compte de ces déchirements de son époque.
Enfant de la IIIème République, élevé dans la laïcité, Marcel PROUST n’est pas religieux d’où tout le culte qu’il voue l’art : «la première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse, comme la seconde est la vérité» dit-il. La réalité est de nature spirituelle ; elle se forme et réside dans l’esprit : «la meilleure part de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur renfermé d’une chambre ou l’odeur d’une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-même, ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes les larmes sont taries, sait nous faire pleurer encore» dit PROUST. La manière dont on voit le monde extérieur est subjective ; il y a autant d’univers «qu’il existe des prunelles d’intelligence et d’inintelligence humaines qui s’éveillent tous les matins» dit PROUST. Par conséquent, l’idéal d’art remplace celui de Dieu. Agnostique, la Recherche du temps perdu montre que, pour PROUST, l’art devint le but suprême de la vie, non pas un art reproduction de la nature, mais un art qui apprend à voir autrement, à «soulever le voile de la laideur de l’insignifiance qui nous laisse incurieux de tout». Le secret de la beauté et de la vérité sont les buts de sa vie. Admirateur des impressionnistes, notamment de Claude MONET, le personnage d’Eltsir dans la Recherche est l’artiste qui incarne la peinture. C’est RUSKIN qui le fait découvrir l’architecture, en particulier l’art gothique. L’influence de la musique Wagnérienne est manifeste dans son œuvre. La musique possède le pouvoir d’évoquer les secrets les plus profonds de l’âme humaine et la musique comme moyen d’analyse psychologique surplombe tout le reste de l’art. Finalement, pour Georges CATTAUI, le héros de PROUST est comme celui de DANTE, c’est un homme au milieu du chemin de la vie, aux portes des Enfers et du Paradis, et qui accède enfin à la Béatitude. Mais, Marcel PROUST est un dissimulateur ; sa vie est aussi mystérieuse que son œuvre ; son «aventure intérieure», à travers sa Recherche du temps perdu, occulte certains aspects de la sa personnalité, comme l’homosexualité, le mysticisme et la recherche de la vérité. «Si relativiste que doive devenir sa conception de l’amour, il ne doutera jamais de l’amour maternel, de la tendresse en amitié, du devoir d’être bon» dit André MAUROIS.
Marcel PROUST prétend que «dans toute ma vie, j’ai fort peu pensé à moi». Suivant Pietro CITATO, cette phrase est surprenante quand on songe que Proust est un infatigable ver à soie, mais cette idée est exacte «Proust ne pensait pas à lui-même, prêtait peu attention à son moi, ne s’intéressait pas à sa propre personne. (…) Même s’il apparaissait comme un jeune Narcisse, aérien et scintillant». En fait, héros de son œuvre, Marcel PROUST, un stratège de la dissimulation n’a pas voulu parler directement de lui ; ce n’est pas, du moins, une autobiographie classique ; PROUST a conduit une étude de sa vie intérieure ; il a avancé masqué. Sa contribution littéraire est un roman historique au même titre que la Comédie humaine de Honoré de BALZAC, la fusion de la classe aristocratique et bourgeoise, au temps de la Belle époque en est le thème principal. Si la dimension politique est négligeable dans cette vaste étude sur la Recherche du temps, perdu ce qui a passionné Marcel PROUST, c’est la psychologie de l’individu, dans ses rapports avec la société et les contrastes entre les classes de la haute société. C’est donc la vie intellectuelle et artistique qui domine dans le champ de son observation. L’art remplace l’idée de Dieu, et la peinture, la musique et l’architecture sont des éléments d’analyse psychologique. En penseur métaphysicien, Marcel PROUST a bâti une cathédrale de sensations : «si les écrivains souffrent d’une pauvreté d’idées, Proust souffrait d’une surabondance d’idées, de sensations, de sous-sensations et de sous-sentiments» écrit Pietro CITATI.
La diversité des sujets, l’originalité et la complexité de la méthode de Proust nécessitent l’étude de ses sources et de ses influences. Marcel PROUST puise son inspiration dans tous les espaces familiaux, artistiques et aristocratiques, dans la nature, ainsi que dans son génie.
I – La Recherche du temps perdu, une gigantesque cathédrale d’Amour à sa mère
Loin du concept d’André GIDE, «Famille, je vous hais», La Recherche du temps perdu de PROUST est dédiée à l’amour, fusionnel, pour sa mère, Jeanne WEIL (1849-1905) et c’est une immense cathédrale du souvenir. Nerveux, sensible, blessé de la vie, écorché vif, asthmatique : «La Recherche du temps perdu», est inséparable de l’expérience intime de Marcel PROUST. Si l'écrivain a pour fonction de traduire sa vie, les aliments qui nourriront son œuvre devront être cherchés dans son propre passé et non pas dans le présent ni dans le passé d'autrui. Il n'est question que de nous-mêmes : «Je compris que tous ces matériaux de l'œuvre littéraire, c'était ma vie passée ; je compris qu'ils étaient venus à moi […] sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance même que la graine mettant en réserve tous les aliments qui nourriront la plante». Son père, Achille Adrien PROUST (1834-1903), un médecin, aurait aimé qu’il s’affirmât, soit capable de surmonter ses angoisses et ses crises nerveuses et devienne un haut fonctionnaire de l’Etat. Le manque de volonté, la santé délicate et l’incertitude qui était projetée de son avenir, préoccupait grandement le père de PROUST. «La concession qu’elle (la mère) faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m’embrasser, en m’apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes» écrit PROUST. Il avait un jeune frère, Robert PROUST (1873-1935) devenu, comme son père médecin et qui est absent de la Recherche du temps perdu.
Doté d’un don d’observation exceptionnel et d’un esprit créatif et pénétrant, écrivain sensible Marcel PROUST restitue ses émotions, à travers la qualité de son expression écrite. Ainsi, de retour d’une promenade, tout à coup il aperçoit les deux clochers de Martinville-le-Sec. L’âme du jeune Marcel est envahie par une joie inexprimable. Au cours d’une autre promenade avec Andrée, PROUST découvre un buisson d’aubépines défleuries et s’arrête attendri. Il se remémore son enfance à Combray, et de ses souvenirs d’enfance émergent le clocher de Saint-Hilaire, le jardin de Combray, la Vivonne, les nymphéas, le petit raidillon et Gilberte : «Soit que la foi crée, soit tarie en moi, soit que la réalité ne se forme dans la nature, les fleurs que l’on me montre (…) ne semblent pas de vraies fleurs. Le côté de Méséglise, avec ses lilas, ses aubépines, ses bleuets, ses coquelicots, le côté de Guermantes, avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure du pays où j’aimerais vivre» dit-il. Il aimait aussi les lilas qui lui rappelaient son enfance : «Quand les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et chacun boude l’orage, c’est aux côté de Méséglise que je dois rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles et persistants lilas» dit-il. La nature c’est «le trésor caché, la beauté profonde» dit-il.
II – La Recherche du temps perdu, une géographie de l’enfance, du «Paradis perdu»
La Recherche est une géographie de l’enfance, un édifice immense du souvenir «Le paradis perdu» de Marcel PROUST, c’est les vacances à Illiers (Combray) une petite ville à 25 km de Chartres, entre la Beauce et le Perche, chez Jules et Elisabeth AMIOT, oncle et tante paternelle du futur écrivain. C’est une maison avec un petit jardin, un enclos, sur les bords de la Loire, avec ses aubépines, symboles de la beauté spontanée. L'enfant y passait ses vacances, entre six et neuf ans, et il dut y renoncer à cause de ses crises d'asthme, au cours d’une promenade au Bois de Boulogne ; ce qui le força, par la suite à fréquenter l’hôtel des Rochers noirs à Trouville et le Grand hôtel à Cabourg. A Combray, Marcel PROUST aimait lire dans un coin tranquille du jardin, «Et j’aurais vouloir m’assoir là et rester toute la journée à lire en écoutant les clochers» et il évoque de «beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidé par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventure et d’aspirations étranges». Marcel PROUST aimait les promenades avec sa famille, avec deux côtés opposés : le côté de Méséglise-la-Vineuse et le côté des Guermantes. Ces deux côtés opposés deviennent dans la Recherche du temps perdu, les symboles de deux classes sociales diamétralement opposées, incompatibles, mais qui finiront par se rencontrer et s’unir à travers Mademoiselle Saint-Loup.
A Combray, Marcel PROUST observe la nature, les fleurs, les églises et les personnes qu’il rencontre, mais c’est la madeleine cristallise sa théorie de la mémoire. Enfant, sa tante, Madeleine AMIOT, donnait à Marcel de petites madeleines trempées dans du thé. Adulte, il se rend compte que le fait de manger à nouveau une madeleine fait resurgir le contexte de son enfance. La madeleine est le symbole de ce passé qui surgit de manière involontaire. En effet, certains objets ou odeurs appellent les souvenirs. «Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir» dit-il «Du côté de chez Swann». Cette théorie affirme plutôt que le passé peut redevenir présent. Tous ces aspects se combinent et se lient inextricablement dans le héros qui représente l'auteur lui-même.
Marcel PROUST rejette le concept de «mémoire volontaire» qui ne lui aurait pas permis de songer à ce Combray de son enfance : «la mémoire volontaire, la mémoire de l’intelligence, et comme les renseignements qu’elle donne sur le passé ne conserve rien de lui». En revanche, dans sa Recherche du temps perdu, la mémoire affective a une vertu éternisante dans le goût de la madeleine, le tintement de cuiller, la sonnette empesée, les cloches de Martinville, les pavés inégaux d l’hôtel des Guermantes. Pour PROUST, la réalité ne se forme que dans la mémoire accidentelle. «Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelques être inférieurs, dans une bête, dans un végétal, une chose inanimée, perdues, en effet, pour nous jusqu’à ce jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors, elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous». C’est en ce sens que la madeleine actuelle renvoie à la mémoire ancienne : «A l’instant où la gorgée (de thé) mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférente, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était en moi, elle était moi. D’où avait me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle la dépassait infiniment, ne devait être de la même nature J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent et mortel» dit PROUST qui cultive le sentiment d’éternité, se sent affranchi du temps. «Quand d’un passé ancien il ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, la cathédrale du souvenir» écrit PROUST.
III - La Recherche du temps perdu, une ambition littéraire longtemps contrariée
«La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ; cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant, chez tous les hommes, aussi bien que chez l’artiste» écrit PROUST dans «Le temps retrouvé». Par conséquent, «La Recherche du temps perdu», c’est, avant tout, l’histoire d’une ambition littéraire chez Marcel PROUST pour qui, les notions traditionnelles du «Bien» et du «Mal» n’ont guère de sens ; le seul vice qui soit un vice, c’est la paresse, le temps perdu, le temps de remettre au lendemain l’effort créateur. Cet examen de conscience, cette révision des valeurs, est l’acte révélateur de sa vocation littéraire. En effet, suivant Jean-François REVEL, «le temps perdu est d’abord le temps simplement passé, les événements que l’on n’a pas vraiment sentis en les vivant et que la mémoire reconstitue ou plutôt constitue dans leur réalité profonde et intégrale, mais aussi le temps perdu à ne rien faire, à ne pas écrire, à ne pas porter en soi une vocation d’écrivain, sans parvenir à la réaliser ou à l’oublier». En effet, la Recherche du temps perdu est un récit d’apprentissage, puisque Marcel PROUST raconte la vocation littéraire de son narrateur. Cependant, cet apprentissage du héros proustien s’effectue d’une curieuse manière : sa formation d’homme de lettres passe davantage par les déceptions que par les succès. Les déceptions sont partout dans la Recherche1, elles en sont le leitmotiv, elles en tissent le fil rouge. La seule réelle réussite, la ou le succès du héros sera irréversible, est au «Temps retrouvé», lors du passage du «Bal de têtes», tout juste après «L’adoration perpétuelle». A la fin du roman, le narrateur comprend enfin la nature de sa vocation. Il sait maintenant quoi écrire et, surtout, comment l’écrire. Son «salut» ne passera ni par le souvenir, ni par le monde, ni par l’amour, ni par le voyage, mais bien par la littérature. Et encore, par une nouvelle forme de littérature, une autre façon d’écrire.
Cependant, le cénacle littéraire ne voyait en Marcel PROUST qu’un mondain futile, un enfant oisif et enfant gâté et un prince des conversations oiseuses, un frivole et un vaniteux. Dans son ambition littéraire : «La Recherche tout entière n’est qu’une chasse aux Dieux qui peuplent encore les temps modernes : chasse semée de déceptions, d’illusions, de duperies, de fausses routes, mais couronnée, malgré tout par une victoire paradoxale» dit Pietro CITATI.
La Recherche du temps perdu est l’histoire des mœurs à travers ses personnages de la Belle époque, de la haute aristocratie et ses décadences. Plus de quatorze années d'écriture, trois mille pages, quelque deux cents personnages, dans la Recherche du temps perdu, les personnages ont une double existence, leur existence réelle et celle qu’ils ont dans l’esprit de PROUST, avec un subjectivisme et une nébuleuse poétique. «Si l’on y regarde de près, les personnages, étonnamment divers de Proust, en sont pas décomposés, ils sont construits, inventés, composés par l’intérieur» dit Louis MARTIN-CHAUFFIER. En effet, Marcel PROUST en historien des mœurs est un redoutable observateur de la société de son temps. «On n’écrit bien que ce qu’on n’a pas vécu», dit Rémy de GOURMONT (1858-1915) ; ce qui n'est guère qu'un paradoxe, PROUST s'écria : «Cela, c'est toute mon œuvre !». Or, la Recherche est avant tout une sorte d'œuvre de mémorialiste. S'il n'a pas vécu, au sens exact du mot les aventures qu'il raconte, les circonstances qu'il dépeint, il les a apprises sur le compte de tiers, il a fait ses personnages avec des gens qu'il a connus, observés, fréquentés. Il y a dans son œuvre ses souvenirs d'enfance et ses souvenirs du milieu dans lequel il a vécu. Le titre de son œuvre lui-même est significatif : A la recherche du temps perdu, les personnages qu’il dépeint sont souvent composites ; il a juxtaposé et fondu les traits essentiels de plusieurs personnes qu’il a connues.
Ainsi, nous faisons connaissance des Verdurin, riches bourgeois, snob littéraires et aristocratiques, par opposition au snobisme des Guermantes. Le prince de POLIGNAC, fils du ministère réactionnaire de Charles X est le prototype du duc de Guermantes. Dans la Recherche, celui des Guermantes est le nom le plus chargé d’assonances, de souvenirs de suggestions. Laure de SADE qui a épousé le Comte de CHEVIGNE, gentilhomme d’honneur prétend au trône ; Laure incarne le personnage d’Oriane de Guermantes, dans son nez busqué, ses lèvres minces, yeux perçants, sa peau trop fine et sa race issue d’une «déesse et d’un oiseau». Dans la Recherche du temps perdu, on y rencontre, Bergotte qui évoque le pouvoir magique des mots. Bergotte, un mélange de clairvoyance et de double vie, a choisi de vivre au milieu des sots et de pervers, pense que seule la douleur est féconde. Bergotte ce sont des traits empruntés à Anatole France et Ernest RENAN. La maladie et la mort de Bergotte ressemblent aux souffrances de Marcel PROUST. M. VINTEUIL, une synthèse de César FRANK et de VERMEER, est un amoureux de la musique. La littérature n’est plus un dialogue vers la réalité, mais un effort vers la musique, un effort vers la vraie vie inventée ou rêvée. Le personnage d’Eltsir, passionné de la peinture, un adepte de la religion de la beauté, est inspiré de Renoir, Monet et Manet. L’inspiration de l’artiste consiste à pénétrer au plus intérieur de soi, patrie véritable qui donne la joie. Posséder le sens artistique, c’est aussi la «soumission à la réalité intérieure, la seule qui compte» dit PROUST. Le personnage de Palmède Charlus, est un inverti, un aristocrate qui croit aux vertus de ses privilèges ; entêté de sa noblesse ancienne et authentique, il attaché trop de prix aux vanités sociales. Les exclusives hautaines, son intransigeance en matière de noblesse, ressemblent davantage à un délire de fou qu’au snobisme, sauf pour les jeunes gens. Il tombe d’un excès à l’autre. Le personnage de SAINT-LOUP est dû à ses trois amis issus de la noblesse, le prince Antoine BIBESCO, le marquis d’Albuféra et Bertrand de FENELON. Le personnage de NORPOIS, rempli de son importance, est une description de Gabriel HANOTEAU, un diplomate ami du père de PROUST. La marquise de VILLEPARISIS a déjà entrevu Chateaubriand, Balzac, Hugo et Vigny. Le personnage d’Odette de CRECY ressemble bien à Laure HAYMAN rencontrée en 1891. Laure HAYMAN, la femme en rose, courtisane célèbre, était la fille d’un ingénieur anglais, et allait être aimée du duc d’Orléans, du roi de Grèce, et inspirer divers artistes dont PROUST qui évoque l’amour de Swann pour une cocotte.
IV - Pourquoi il faut lire ou relire Marcel PROUST ?
Prix Goncourt le 10 décembre 1919, pour son roman «A l'ombre des jeunes filles en fleurs» paru chez Gallimard, Marcel PROUST, un bourgeois mondain, dont la notoriété n'était pas encore assise, avait soulevé une bronza littéraire, une «émeute littéraire», suivant le titre d'un ouvrage de Thierry LAGUET. En effet, certains critiques littéraires estimaient, qu'au sortir de la Première guerre, cette gloire littéraire devrait magnifier les Poilus. Par conséquent, le roman de Roland DORGELES (1885-1973) aurait dû être primé, pour son roman «Croix de Bois» paru chez Albin Michel. Il s’y ajoute un feu nourri des Danaïdes et de l’extrême-droite. Le style de PROUST, un jeune prétentieux, est jugé ennuyeux, insipide, avec des observations et réflexions puériles ; il y aurait une complicité mercantile de son éditeur, Gaston Gallimard.
Admettons que l’œuvre de PROUST renferme quelques passages arides et même parfois ennuyeux. Même si c’est une œuvre difficile et exigeante, pour le lecteur du XXIème siècle, elle procure une grande culture générale et des connaissances sur l’histoire, l’art, la musique, la littérature et la philosophie. «Déconcertés au premier instant, intrigués, retenus ensuite, nous ne tardions pas à nous laisser gagner par une attirance mystérieuse» dit Robert-Ernest CURIUS. La puissance créatrice de Marcel PROUST offre un magnétisme d’autant plus admirable qu’est l’expression de la plus riche culture littéraire et intellectuelle qui brasse la psychologie, la poésie, la science, l’observation et l’émotion. Instigateur du cœur humain, la Recherche du temps perdu, teintée d’impressionnisme. L’un des aspects originaux de Marcel Proust est de «s’intéresser moins à l’action d’observer, qu’à une certaine d’observer toute action. Par-là, il opère une révolution «Copernicienne à rebours». L’esprit humain se trouve placé au centre du monde ; l’objet du roman devient de décrire l’univers réfléchi et déformé par l’esprit» écrit André MAUROIS. Si on est subjugué par l’étendue et la puissance de son intelligence, de sa fantaisie, de sa sensibilité, de sa faculté d’introspection, on est également conquis par la variété la richesse des thèmes qu’il a développés : «Marcel Proust est le premier écrivain qui a fait de la mémoire le fondement, le sujet et le centre d’une grande œuvre. (…). Toute son œuvre est une conservation ou une poursuite du passé et met d’abord en oeuvres la mémoire, l’instrument à conquérir le passé», dit Jacques RIVIERE. Peintre de l’amour, «son travail essentiel a consisté à dissocier, à diviser, dans ses éléments primordiaux, chacune des émotions qui nous frappent» écrit Edmond JALOUX. Il est surtout l’inventeur du roman d’un genre nouveau «Les fameux ouvrages de Marcel Proust, par leur seul aspect, risquent d’abord d’éloigner le lecteur timide ou paresseux. Marcel Proust n’a guère fait, selon nous, que renouveler un genre littéraire : le roman. La vision plus aiguë de Marcel Proust lui découvre un monde plus étendu que celui qui nous est donné d’observer» écrit François MAURIAC.
Références bibliographiques
PROUST (Marcel), A la recherche du temps perdu, sous la direction de Jean-Yves Tadié, Paris, Gallimard, 1999, 2400 pages, et 1954, préface d’André Maurois, 3597 pages ;
ALBARET (Céleste), Monsieur Proust, souvenirs recueillis par Georges Belmont, Paris, Robert Laffont, collection Arion, 1973, 458 pages ;
BARTHES (Roland), Marcel Proust. Mélanges, Paris, Seuil, 2020, 192 pages ;
CARTER (William, C), Marcel Proust : A Life, Yale University Press, 2013, 946 pages ;
CITATI (Pietro), La colombe poignardée Proust et la Recherche, Gallimard, 2001, 496 pages ;
COMPAGNON (Antoine), Proust entre deux siècles, Paris, Seuil, 2014, 320 pages ;
DELEUZE (Gilles), Proust et les signes, Paris, PUF, 2003, 111 pages ;
DREYFUS (Robert), Souvenirs sur Marcel Proust, Paris, Grasset et Fasquelle, 2013,  272 pages ;
ERMAN (Michel), Le Paris de Proust, Paris, Alexandrines éditions, 2015, 112 pages ;
ERMAN (Michel), Marcel Proust, la vie, le temps, Arles, Actes Sud, 2021 132 pages ;
ERMAN (Michel), Marcel Proust, une biographie, Paris, éditions de la Table ronde, 2018, 384 pages ;
HILLERIN (Laure), A la Recherche de Céleste Albaret : l’enquête sur la captive inédite de Marcel Proust, Paris, Flammarion, 2021, 496 pages ;
KRISTEVA (Julia), Marcel Proust and the Sense of Time, Columbia University Press, 1993, 103 pages ;
LAGET (Thierry), Proust, Prix Goncourt : une émeute littéraire, Paris, Gallimard, 2019, 352 pages ;
MAURIAC (François), «L’art de Marcel Proust», Revue Hebdomadaire, 26 février 1921, n°9, pages 373-376 ;
MAURIAC (François), «Sur la tombe de Marcel Proust», Revue Hebdomadaire, 2 décembre 1922, n°48, pages 5-9 ;
MAURIAC (François), Du côté de chez Proust, Paris, La Table ronde, 1947, 148 pages ;
MAUROIS (André), MAY (Marie-Thérèse), Le monde de Marcel Proust, Paris, Hachette, 1960,  94 pages ;
NICOLSON (Harold), «Marcel Proust et l’Angleterre», Revue Hebdomadaire, 6 juin 1936, t IV, pages 7-21 ;
PAINTER (George, D), Marcel Proust : A Biography, Random House, 1989, 363 pages ;
PATMORE (Derek), «The Paris of Proust», The Observer Magazine, 30 mai 1971 ;
PICON (Jérôme), Marcel, une vie à s’écrire Proust, Paris, Flammarion, 2016, 654 pages ;
REVEL (Jean-François), Sur Marcel Proust : remarques sur «A la Recherche du temps perdu», Paris, Grasset, Les Cahiers rouges, 2004, 220 pages ;
RICHARD (Jean-Pierre), Proust et le monde sensible, Paris, Seuil, 2015, 240 pages ;
TADIE (Jean-Yves), Marcel Proust et la société, Paris, Gallimard, 2019, 256 pages ;
TADIE (Jean-Yves), Marcel Proust, croquis d’une époque, Paris, Gallimard, 2019, 376 pages ;
WATT (Adam), Marcel Proust in Context, Cambridge University Press, 2014, 288 pages.
Paris le 18 novembre 2022 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
«Centenaire de la mort de Marcel PROUST (1871-1922)» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 20:38
«Brigitte GIRAUD, Prix Goncourt 2022, pour son roman, «Vivre vite» : une littérature intimiste teintée d'universalité» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Succédant au Sénégalais, Mohamed M’Bougar SARR (Voir mes articles), Mme Brigitte GIRAUD est la treizième femme française, depuis 1903, à être primée au Goncourt. Souvenons-nous de Marie NDIAYE, la sœur de Pap N’DIAYE, Ministre de l'éducation nationale (Voir mon article), Prix Goncourt de 2009 pour son roman «Trois femmes puissantes». Prix Goncourt de la Nouvelle en 2007, pour son recueil, «L’Amour est surestimé», Prix Jean GIONO, pour «Une année étrangère», en 2009, Brigitte GIRAUD, a déjà à son actif 11 livres, des essais et des nouvelles. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de pays.

Après Annie ERNAUX, Prix Nobel de littérature 2022 (Voir mon article), on peut dire que les Femmes ont la frite ; c'est le triomphe des romans intimistes. La tendance littéraire est de se raconter, s'exhiber et se mettre en scène, à la manière de Virginia WOOLF (1882-1941, voir mon article). Mais le drame personnel, l'introspection, la perception de soi, ne sont pas nécessairement de l'exhibitionnisme ou du voyeurisme ; ce style peut-être, en raison d'un talent littéraire, quelque chose d'universel, dans laquelle chacun d'entre nous, peut, parfois, s'y reconnaître.  

Dans ce roman, une généalogie de l'amour et de l'existence de Brigitte GIRAUD, «Vivre vite», c'est un hommage à son mari Claude, disparu, tragiquement d'un accident, il y a de cela plus de 23 ans. «Quand un drame surgit, on veut comprendre comment on devient un chiffre dans des statistiques, une virgule dans le grand tout. Alors qu'on se croyait unique et immortel» écrit Brigitte GIRAUD. En effet, Claude, aimant le rock et la moto, , est mort d'un accident de la circulation le 22 juin 1999, à Lyon.

Par conséquent, cette création littéraire traite de la mémoire, du hasard, du destin, du Mektoub (c'est écrit en Arabe, fatalisme), du deuil et donc de la capacité des survivants après un désastre à survivre et vivre. «Après un accident, c'est plus qu'un accident, c'est qu'on en fait. C'est d'abord la trace qu'il laisse dans nos vies, ce qu'il dit de nous» dit-elle. Il va donc falloir affronter le désastre de la disparition et d'autres obligations familiales, un garçon à élever. «Vivre vite» est à la fois un récit intime, mais celui d’une époque : «J'avais vraiment envie que ce livre soit chargé de l'histoire des autres, de l'histoire collective. Parce que l'intime n’a de sens que parce qu'il résonne avec une époque, une société, avec un lieu, avec ce que vivent les autres avant vous et en même temps que vous. J'avais envie qu’on voie ce qu'étaient les années 90» dit-elle. Le titre du roman, s’inspire de Lou REED, «Vivre vite, mourir jeune». «Je n'ai jamais eu l'impression d'écrire des choses ni vraiment graves ni vraiment douloureuses. Douloureuses certes, mais pas plus que la douleur de vivre qui est égale au bonheur de vivre. La douleur n'est pas uniquement douloureuse ; c'est aussi une façon d'être pleinement en vie, d'être dans une lucidité très grande par rapport à un destin qui est là, qui accompagne les hommes, avec lequel il faut se débrouiller de la façon la plus vivante. La douleur va avec l'expérience de la vie la plus intense. Pour moi l'expérience de l'écriture est vraiment très précieuse, indispensable, au moins à double titre : c'est une possibilité de faire un détour, d'emprunter une voie parallèle et de se cogner à un  réel, pas seulement pour le plaisir de s'y cogner pour y adhérer mais pour se bagarrer avec, pour  le transformer, pour lui faire accoucher de quelque chose» disait-elle, en 2004, à Martine MOUHOT, du «Café littéraire».

Dans «Vivre vite», un roman du coup du sort, l'auteure en sociologue, en flic ou écrivaine, se pose différentes questions : «Et si ?». En effet, ce roman, en rétrospective, est construit sur une succession d’analyses, à coups de pourquoi, tentant de trouver une explication qui aurait pu éviter ce désastre. «Quand aucune catastrophe ne survient, on avance sans se retourner, on fixe la ligne d’horizon, droit devant Quand un drame surgit, on rebrousse chemin, on revient hanter les lieux, on procède à la reconstitution. On veut comprendre l’origine de chaque geste, chaque décision. On devient le spécialiste du «cause à effet». On traque, on dissèque, on autopsie. On rembobine cent fois. On veut tout savoir de la nature humaine, des ressorts intimes et collectifs de ce qui arrive» écrit Brigitte GIRAUD. Son mari, une Honda 900 CBR Fireblade réservée à l’exportation et interdite au Japon, en allant chercher, Théo leur petit garçon à l’école. Brigitte GIRAUD était à Paris pour la sortie de son deuxième roman, «Nico», paru chez Stock. Brigitte GIRAUD avait hérité au suicide de grand-père et le couple venait d'acheter une maison à rénover à Caluire-et-Cuire, jouxtant le 4ème arrondissement de Lyon, une ville où Jean MOULIN (1899-1943, voir mon article) avait été arrêté par la Gestapo. «J'ai été aimantée par cette double mission impossible. Acheter la maison et retrouver les armes cachées. C'était inespéré et je n'ai pas flairé l'engrenage qui allait faire basculer notre existence. Parce que la maison est au cœur de ce qui a provoqué l'accident», écrit-elle «Vivre vite» reste aussi, et surtout, un roman de la vie : «C'est un livre qui dit que ce n’est pas la peine de faire la gueule quand l'autre n’a pas pris le pain, parce que ce qui est intéressant, c'est quand l'autre est là, au moment où il est là ; vous n’êtes pas conscient qu'il est là, vous êtes tellement heureux qu'il soit là, vous passez votre temps à chercher des petits grains de sable, vous flirtez avec le danger. C'est drôlement rassurant, c'est un luxe extraordinaire. C'est un livre qui parle aussi de cela, le prix d'être en vie et de se rendre compte à quel point on n'avait pas le temps d'attendre encore pour être bien parce qu'on était bien. Mais comme on est d'une exigence folle vis à vis de soi mais aussi des autres. C’est très grisant finalement de faire une scène parce que vous avez pris un P.V., parce que c'est la vie, faire des scènes s'engueuler c'est la vie. C'est magnifique de s'engueuler, de se bagarrer parce que les bagarres débouchent parfois sur quelque chose de tellement positif» dit-elle au «Café Littéraire».

Les romans de Brigitte GIRAUD écrits, parfois, à la première personne, nous font entrer au plus profond de l’intime, de l’identité, de la construction de soi, en toile de fond la peinture d’une société en convulsion. Née en Algérie le 1er novembre 1960 à Sidi-Bel-Abbès, Brigitte GIRAUD. Des Français célèbres sont nés en Algérie comme Albert CAMUS (1913-1960), Prix Nobel de littéraire, Alain MIMOUN (1961-2013) champion olympique du marathon, ou Alain AFFLELOU, opticien. Son père était infirmier à l'hôpital militaire ; il avait refusé de manier les armes. «Je crois que ce sont les attentats de Paris qui ont déclenché mon envie d'écrire, ils ont réveillé mon propre traumatisme de la guerre et le besoin de trouver ma place dans cette histoire. J'ai toujours pensé que le parcours de mon père était assez romanesque pour être raconté. J'ai essayé de le faire parler mais c'était très compliqué de lui soutirer ses souvenirs de guerre» dit-elle. Dans ce roman ont sent la tension qui déchire le pays : «1960, l’année de ma naissance, est l’année de la bascule, le moment où De Gaulle laisse entendre que le référendum sur l’autodétermination va avoir lieu. Le moment de crispation ultime avant l’escalade qui va suivre, le putsch des généraux, la création de l’OAS. C’est aussi le moment de bascule pour mes parents parce que justement, ils deviennent parents. il y a la prise de conscience que le danger est là. Surtout que le retour se fait début 61, juste avant le début des plasticages par l’OAS» dit-elle. Son roman, «un loup pour l'homme», en 2017, évoque la figure du père, gagné par le chagrin et la révolte. Cette guerre d'Algérie, une tragédie innommable, est restée dans le non-dit, les instrumentalisations, les mensonges et les contradictions «Ce qui m’a toujours fait écrire, ce sont les paradoxes. J’essaie de rendre visible ce qui en principe est invisible et j’ai retrouvé cela dans le rapport à la guerre d’Algérie. à force de travailler le sujet, j’ai compris que cette grande manipulation d’État a été un tel gâchis humain qu’il fallait que le propos soit aussi politique et social» écrit Brigitte GIRAUD. En effet, «Dans la guerre, la première victime est la Vérité» disait Rudyard KIPLING (1865-1936). Le héros du roman, un jeune homme qui part alors en Algérie, va être confronté à des horreurs mais ça ne l’empêche pas d’écouter du rock’n’roll, d’être fou d’amour pour une femme, et de faire le con le soir dans la chambrée, tout en étant traversé par la trouille de tomber dans une embuscade.

En 1961, Brigitte GIRAUD est venue, avec sa famille, s'installer à Rillieux-La-Pape, près de Lyon, la ville des Canuts. Après des études d'allemand, elle devient librairie, puis critique littéraire et a été l'animatrice de la fête du livre de Bron. De 2010 à 2016 Brigitte GIRAUD a dirigé la collection «La Forêt» aux éditions Stock. «J'ai été un peu libraire. J'ai travaillé comme journaliste, pigiste à Lyon Libération. Qu'est-ce que j'ai fait d'autre? Conseillère littéraire pour des festivals. J'ai été éditrice aussi à un moment. Et j'ai écrit une dizaine de livres: romans, essais, nouvelles» dit-elle.

Le premier livre de Brigitte GIRAUD, de 1997, «La Chambre des parents», a mis la cellule familiale au centre de sa contribution littéraire ; le quotidien, les choses ordinaires de la vie peuvent nous émouvoir, si elles sont bien racontées. Sur les petits riens de l’existence, elle a bâti des récits aux lignes sobres, où se mêlent l’intime et le social, voire l’histoire. Dans son deuxième roman, en 1999, «Nico», c’est avant tout l'histoire, en Normandie, à huis clos, d'une famille qui se délite. Un père violent qui prend un malin plaisir à s'attaquer au membre le plus faible de la famille, son fils, Nico. Une mère qui passe plus de temps à s'occuper de ses patients que de sa famille et qui fait mine de ne pas voir ce qui se passe sous son toit, qui s'éloigne chaque jour davantage de ses enfants. Face à cette adversité, Nico peut compter sur sa grande sœur, Laura. Un lien très fort les unit. Dans cette enfance compliquée, il y a des instants de bonheur : les vacances passées chez leurs grands-parents à la campagne, les moments de complicité, les secrets partagés... Mais en grandissant, les choses changent. Le héros du roman devient de plus en plus dur. Les punitions infligées par son père deviennent le moyen de montrer sa fierté et sa valeur. Ainsi, lorsque son père aura finalement quitté le foyer, Nico continuera à s'infliger des punitions. Nico en veut à tout le monde et notamment aux patients de sa mère. C'est à cause d'eux que sa mère est si fatiguée, fanée avant l'heure et qu'elle n'a pas de temps pour lui. Nico en veut au monde entier. Il se forge une carapace que même sa sœur n'arrive plus à percer. C'est avec horreur que Laura prend conscience de l'homme que son frère, le mal-aimé ne sachant pas aimer, est en train de devenir, un monstre, un fasciste, et va basculer dans l’intolérance, le racisme et la violence. Ce roman traite de la situation de toutes ces personnes concentrées dans des zones de relégation, dans la banlieue lyonnaise, ses drames et ses espérances : «Il y a beaucoup de choses que j’ai vécues enfant, dans ma banlieue. J’ai voulu parler de tous ces gens que j’ai connus alors, qui ont été jetés ensemble, qui n’ont pas choisi de quitter leur pays, mais qui ont été condamnés à se supporter parce que c’était le résultat de la politique française de l’époque. Se croisaient, comme dans mon livre, des exilés du Portugal, des immigrés d’Algérie et bien sûr des rapatriés, des Pieds-Noirs. Depuis quarante ans, tout cela génère de l’incompréhension, de l’intolérance, du racisme, mais aussi un mélange d’attirance et de répulsion qui est très particulier» dit-elle au journal «Le Progrès».

Son roman, «Jour de courage» évoque les premiers autodafés nazis et met en lumière Magnus HIRSCHLELD (1868-1935), un médecin juif allemand, pionnier du combat pour les droits des homosexuels. Dans la banlieue de Lyon, Livio a choisi de faire un exposé sur lui en cours d’histoire, au lycée. Au risque de prendre de se dévoiler, un livre, sans doute marqué par un engagement politique. Il y est bien question d'adolescence, de la politique, de la musique du corps et du droit à la différence. Le narrateur en choisissant d'évoquer une minorité considérée comme des parias, celle des homosexuels, s'expose à de considérables. Les homosexuels, ces «parias» comme les appelaient Marcel PROUST (1871-1922, voir mon article), les femmes comme les racisés, sont soumis à la discrimination que personne ne veut reconnaître. Livio, «se rendit compte en le disant que L'homosexualité était la seule minorité qui ne trouve pas forcément de réconfort auprès des siens, la seule communauté qui se construit la plupart du temps hors de la famille. Tout le monde mesurait la violence d'être mise dehors, d'être classé, du devoir de se chasser soi-même» écrit Brigitte GIRAUD.

Dans «Nous serons des héros», le décor du roman est le Lyon des années 1970. Deux gamins se lient d’amitié. Olivier et Ahmed. Pourquoi cette attirance de l’un pour l’autre ? Quel ressort souterrain anime la mécanique de l’attraction  dans les cours de récréation ? Olivier c’est Olivio, petit portugais débarqué avec sa mère fuyant la dictature d'Antonio de OLIVEIRA SALAZAR (1889-1970), au Portugal. Ahmed est algérien, hanté par la guerre d’Algérie. Le père de l’un est mort, sous la torture des hommes de la Pide, la police politique de SALAZAR. Le père de l’autre, torturé lui par la soldatesque française, traîne un handicap qui l’empêche de travailler. De cela Olivio et Ahmed parlent peu. Ahmed est hanté, obsédé par la Guerre d’Algérie, au point d’imprégner leurs jeux d’une violence qui renvoie aux cruautés de ce conflit : «Nous déchargions la violence qui nous habitait» dit Olivio, « nous luttions mais nous ne savions pas contre quoi». Les dictatures, les tortures pendant les guerres coloniales, ce n'est pas seulement qu'au Tiers-monde. L'Europe a eu aussi ses démons. Dans ce roman, des membres d'une famille portugaise, fuyaient donc la dictature de SALAZAR. Le père d’Olivio avait été arrêté pour raison politique et était mort en prison. Toute la famille était surveillée. Veuve, sa mère ne voyait qu’une échappatoire : commencer une nouvelle vie ailleurs, se reconstruire. La mère et le fils arrivent dans une banlieue populaire lyonnaise au début des années soixante-dix, lieu où les grands ensembles poussent comme des champignons accueillant les immigrés algériens, espagnols, portugais, les rapatriés. Il leur faudra s’intégrer, s’adapter, apprendre la langue, aller vers les gens. Faire face au racisme, au rejet, à l’absence d’un mari et d’un père, prendre leurs marques, baliser un chemin, faire des projets.

 

Références bibliographiques très sélectives

GIRAUD (Brigitte), Vivre vite, Paris, Flammarion, 2022, 208 pages (Prix Goncourt, 3 novembre 2022) ;
GIRAUD (Brigitte), «Entretien» avec Martine MOUHOT, Café Littéraire, automne 2004 ;
GIRAUD (Brigitte), «Je suis venue à la littérature pour ce livre (Un loup pour l'homme)», Rue89Lyon, 27 septembre 2017 ;
GIRAUD (Brigitte), «La virilité impossible», entretien avec Françoise Monnet, Le Progrès, 17 août 2015 ;
GIRAUD (Brigitte), A Présent, Paris, Stock, 2001, 80 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Avoir un corps, Paris, Stock, 2013, 240 pages ;
GIRAUD (Brigitte), J'apprends, Paris, Stock, 2005, 162 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Jour de courage, Paris, Flammarion, 2019, 160 pages ;
GIRAUD (Brigitte), L’éternité, bien sûr, Paris, Montréal, L’Harmattan, 1999, 111 pages ;
GIRAUD (Brigitte), La chambre des parents, Paris, Fayard, 1997, 152 pages ;
GIRAUD (Brigitte), L'amour est très surestimé, Paris, J’ai Lu, 2008, 80 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Marée noire, Paris, Stock, 2004, 140 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Nico, Paris, Stock, 2014, 182 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Nous serons des héros, Paris, J'ai Lu, 2016, 190 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Pas d’inquiétude, Paris, J’ai Lu, 2013, 224 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Porté disparu, Paris, L’école des Loisirs, 2022, 163 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Un loup pour l'homme, Paris, Flammarion, 2017, 248 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Une année étrangère, Paris, Stock, 2009, 207 pages.
Paris, le 15 novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 22:10
«Abdoulaye BATHILY et ses mémoires : «Passion de liberté»» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Ecrivain, historien, sociologue, universitaire, linguiste, panafricaniste, engagé à gauche, diplomate et homme politique, Abdoulaye BATHILY a publié, en 2022, ses mémoires chez Présence Africaine. Composés de 724 pages, le professeur Abdoulaye BATHILY y relate son enfance et son environnement familial, à Tiyabou, une ville royale, dont le souverain porte le titre de Tounka, les derniers sursauts de résistance du marabout Mamadou Lamine DRAME (1840-1887), sa défaite, la répression qui s’est abattue sur sa famille, sa scolarité difficile à Bakel, ses études turbulentes au Prytanée militaire de Saint-Louis, son renvoi, son atterrissage à l’IFAN de Dakar, la réussite au baccalauréat, ses révoltes à l’université de Dakar, son éloignement de Dakar et son embrigadement dans l’armée pendant 18 mois, et puis une bourse pour l’Angleterre. Dans ses combats politiques, son adhésion en 1967 au PAI, les répressions de SENGHOR, l’émergence d’un multipartisme limité, l’avènement de l’ère Abdou DIOUF, sa participation au gouvernement, le multipartisme illimité, l’éviction des barons du Senghorisme, les dissensions au sein du Parti socialiste, la montée de vers l’alternance du 19 avril 2000. A travers le destin singulier du professeur Abdoulaye BATHILY, on voit dérouler, sous nos yeux, des pages importantes de l’histoire du Sénégal, depuis «la pacification» du Sénégal, à travers la défaite du marabout Mamadou Lamine DRAME, puis, les soubressauts menant à l’indépendance, l’échec de la fédération du Mali, l’embastillement de Mamadou DIA, les grèves des étudiants, le multipartisme limité, la journée du 23 juin 2011, les Assises nationales, jusqu’aux deux alternances de 2000 et 2012.
«Plus qu’une autobiographie, le livre d’Abdoulaye BATHILY est tout à la fois, la biographie et le portrait intime de sa génération, d’une jeunesse qui, dans la ferveur de l’engagement politique et culturel, s’est fixé comme principaux objectifs : l’émancipation du continent, la réalisation de l’unité africaine et du panafricanisme et une forte présence de l’Afrique» écrit l’éditeur, Présence africaine. Peu de dirigeants africains, sénégalais en particulier, alors qu’ils ont eu une vie riche, écrivent leurs mémoires. Lamine GUEYE (voir mon article), qu’il évoque dans ses mémoires, avait rédigé une autobiographie, forte décevante. Le président Abdou DIOUF, pour qui il a de l’estime, est l’un des rares anciens présidents, avoir rédigé ses mémoires. Spécialiste du Wagadou (Ghana) du Galam, Abdoulaye BATHILY traite de l’histoire des Soninkés, que peu de personnes évoquent à Dakar : «Aux vivants, je dédie ces souvenirs avec l’espoir que la jeunesse militante du Sénégal s’en servira dans ses luttes d’aujourd’hui, pour dépasser les Aînés et réaliser les espoirs lancinants d’une Afrique libre, indépendante et prospère» écrit-il en préface. Symbole de résilience et de combativité, BATHILU représente une leçon de vie. Abandonnant toute forme de manichéisme, il sait, au-delà de la couleur ou de l’ethnie, reconnaître les qualités humaines de certains de ses interlocuteurs. Dans les situations même  fort désagréables, il a su en tirer des leçons positives. Par ailleurs, dans sa participation aux gouvernements d’Abou DIOUF, c’est un intercesseur, un diplomate, pour dénouer des conflits.
Ces mémoires d’Abdoulaye BATHILY sont une charge violente contre la conception monarchique du pouvoir du président maître Abdoulaye WADE. S’il a de l’estime pour le président Abdou DIOUF, il n’épargne pas non plus le président Macky SALL. S’il tire, a posteriori de ces deux alternances, dont il est l’un des grands acteurs, pourtant, Abdoulaye BATHILY fait l’éloge de la grandeur et de la servitude de ces combats : «De ce parcours marqué par la répression, les privations de toutes sortes, les souffrances physiques et morales, la solitude, le sacrifice, je n’ai gardé ni regret, ni amertume, ni haine, ni stigmate moraux. J’en ai tiré, au contraire, un profond sentiment de satisfaction et de fierté. Je suis reconnaissant d’avoir écrit, avec d’autres, les plus belles de l’histoire démocratique et sociale du pays» écrit-il. Pour lui, la démocratie, un processus jamais achevé, est un défi permanent, un combat de chaque instant : «La lutte ne s’arrête pas à l’alternance politique ; c’est une étape, parce qu’au-delà de l’alternance politique, il faut une alternative. Il nous faut l’alternance qualitative de notre société. Les harcèlements se sont succédés» dit-il. Dans cette époque cruciale, animé par l’espérance, il en appelle à la jeunesse du Sénégal qui «doit se battre avec les moyens de son époque. Partout où je vais, je vois ce bouillonnement, même jusque dans les excès qui sont les produits par ceux qui sont en face. La passion de la liberté habite en chacun d’entre nous. La passion de la liberté, je la vois en chacun d’entre nous. Je les encourage en ça. C’est par la lutte qu’on se libère. Ce n’est pas par la soumission qu’on se libère» dit-il.
I – Abdoulaye BATHILY, l’historien et le sociologue
Contrairement à ce qu’indique ses papiers officiels, Abdoulaye BATHILY n’est pas né en 1947 à Bakel, mais après différents recoupements le 9 novembre 1945, à Khérisinghané ou «Plateau du bonheur», un des villages saisonniers, où les habitants de Tiyabou aller camper pour cultiver, le temps de l’hivernage, leurs champs. Son village natal est situé à 7 km de Bakel, qui fut, pendant des siècles, le centre du royaume du Gadiaga appelé Galam, pays de l’or. Son patronyme, «Bathily» est celui du roi de Tiyabou, désigné sous le titre de «Tounka». A Bakel, y vivent non seulement des Foutankés, mais aussi, les N’DIAYE ayant fui le Djolof, au XVIème siècle à la suite de guerres de succession. Par conséquent, si Abdoulaye BATHILY est devenu par la suite «un révolutionnaire», il est issu d'un sang royal, son oncle, est le Tounka de Tiyabou. Aussi, ses travaux universitaires ont porté en grande partie sur cette partie de l’histoire glorieuse du Sénégal. Il ne relate pas l’humiliation de Samba Guéladio Diégui BA un prince Déniyanké avait infligée au Tounka de Tiyabou, son village est resté une terre d’exil, pour les princes Déniyanké chassés du pouvoir.
Abdoulaye BATHILY nous conte, brièvement, l’histoire méconnue de Niama (1734-1809), princesse du Galam, petite-fille du Tounka de Tiyabou, prise en otage à l’âge de 9 ans, soit vers 1743. J’ai essayé, par des recherches à la Bibliothèque nationale de France, d’en savoir plus sur cette princesse du Galam, Niama. C’était une femme d’assez grande taille. Sa figure ne portait aucune trace de tatouage, d’une grande douceur, d’une modestie, d’une vive sensibilité, d’une réserve naturelle et d’une beauté incomparable beauté cuivrée, assurément, son pays le Gajaaga ou Galam est surnommé «le pays de l’or», c’est une terre décrite dès le IXème siècle où «l’or brillait comme des plantes dans le sable ou comme des carottes cueillies au soleil» dit-on. Les Français, installés à Saint-Louis ou N’Dar, suscitent des conflits et des divisions au sein des royaumes du Sénégal, notamment le Galam, pour se procurer à bon compte l’or et des esclaves. Envoyée à Saint-Louis du Sénégal, vendue à l’Ile Maurice, puis transférée à la Réunion, après la naissance de sa fille, le Code noir interdisant à l’époque les mariages interraciaux. Niama vivant de force à un ingénieur, Jean-Baptiste LISLET GEOFFROY, est convertie au christianisme sous le nom de Marie-Geneviève, le couple eu un fils, Jean-Baptiste LISLET GEOFFROY, (né le 13 avril 1755, à Saint-Pierre – mort le 9 février 1836, à Port-Louis, Réunion). «Je suis né à l’île Bourbon, le 23 août 1755, de Niama, négresse de Guinée. Elle était petite fille de Tonca Niama, roi de Galam, qui fut pris dans une guerre et massacré avec tous les mâles de sa famille, selon un usage assez fréquent dans ces contrées» écrit Jean-Baptiste LISLET-GEOFFROY cité par François ARAGO. Sa mère est née, non pas en Guinée, mais au Galam. «Niama, négresse de pur-sang, était petite-fille du Tounka, roi du Galam, lequel, pris dans une guerre, fut massacré avec tous les enfants mâle de sa famille» écrit, en 1867, Auguste VINSON, dans sa notice biographique sur LISLET-GEOFFROY. Niama est affranchie, le 23 août 1755, le jour du baptême de son fils. Son père, frappé par la vivacité de son esprit et ses aptitudes en sciences, lui apprit les mathématiques. «Des dispositions naturelles, un grande persévérance, le caractère le plus heureux, lui permirent de franchir les barrières de la cupidité des colons, leurs préjugés et l’empire de l’habitude, opposaient, jadis, sans relâche, au développement moral et intellectuel des homme de couleur» écrit François ARAGO (1786-1853), dans sa biographie. En effet, Jean-Baptiste LISLET GEOFFROY, astronome, botaniste, cartographe et géologue, est le premier noir correspondant du duc de la ROCHEFOUCAULT à l’Académie des Sciences de Paris, à partir du 23 août 1786. «S’il est un homme dont on doit hautement et dignement honorer la mémoire dans son pays natal et dans son pays d’adoption pour le lustre qu’il a ajouté à leur gloire, c’est bien Lislet Geoffroy» écrit Léon LE CLEZIO. Un lycée, à Saint-Denis la Réunion porte son nom. «Un fait vraiment curieux dans nos annales, c’est que la race africaine unie à la race européenne est la seule qui puisse revendiquer, avec fierté, la plus haute illustration que l’Ile de la Réunion ait encore produite dans les sciences» écrit Auguste VINSON.
Abdoulaye BATHILY est de l’ethnie des Soninkés, les fondateurs de l’empire du Ghana, dénommé le «Wagadou», dont le fondateur mythique serait Yougou Khore DINHGA, après de multiples pérégrinations, avait installé sa capitale à Koumbi Salé. Son père, El Hadji Samba BATHILY (1887-1967) a fait les deux guerres mondiales et a été à la Mecque ; le voyage avait pris deux ans, soit de 1948 à 1950. De sa mère, Dieynaba Dado SOUMARE, aux origines lointaines mauritaniennes, cette branche des Manna avait régné sur le Fouta-Toro entre le IXème et le Xième siècle. Sa mère, Fenda Demba Diégui BATHILY, est née à Tiyabou (1912-2007) ; son grand-père maternel est originaire du Nioro au Mali. Il a été l’artilleur et l’architecte en chef d’El Hadji Omar TALL (voir mon article). Sous la poussée de l’invasion des colons français, la famille BATHILY se rallie, progressivement, à l’Islam ; les princes de Tiyabou n’étaient «musulmans que de manière superficielle» écrit-il. Son arrière-grand-mère paternelle, Coumba Torodo DIALLO est une peule venant de Woudourou, dans le Damga. Par conséquent, Abdoulaye BATHILY a grandi dans un espace multiculturel où cohabitent, de façon harmonieuse, des Soninké, Peuls, Bambara, Malinké, Khassonké, Berbères ou Arabes «La généalogie de ma famille reflète un composé ethnoculturel et racial complexe. L’ethnie est une donnée linguistique et culturelle en perpétuelle recomposition dans le temps et l’espace» écrit-il. La famille est d’Abdoulaye BATHILY est nombreuse : deux grandes sœurs, un jeune frère, six demi-sœurs et deux demi-frères.
Son père était le conseiller et médiateur dans différents litiges, pour le dernier Tounka de Tiyabou, son cousin, Konko Gola, intronisé en 1935, et mort en février 1956. Son père lui a inculqué le goût de l’effort «Mon enfance fut très tôt marquée par le travail. J’ai, très vite, aux travaux des champs. Nous quittons la maison au lever du jour pour ne rentrer très souvent qu’à la tombée de la nuit. Mon père avait voulu nous transmettre l’éducation très dure qu’il avait reçue lui-même» écrit-il. Après l’échec du Jihad de El Hadji Omar TALL, et l’assassinant de Mamadou Lamine DRAME, en 1887, certains membres de la famille de BATHILY furent fusillés, emprisonnés, d’autres disparurent. «Mon grand-père paternel, Amady Boubou dit Hamady Coumba Torodo, comptait parmi les otages que les Français à la suite de l’échec du siège (Fort Faidherbe). Ils auraient été exécutés ou morts d’inanition» écrit Abdoulaye BATHILY. En tout cas, son grand-père maternel, Demba Diégui BATHILY, qui était au Mali, au service de Amadou Sékou, fils d’El Hadji Omar TALL, revient à Tiyabou, pour convertir sa famille à l’Islam et ouvrir une école coranique. Il a été aidé dans cette mission par Fodiyé N’Dondi BA, originaire de Guédé.
Quand vint l’âge d’aller à l’école, la famille d’Abdoulaye BATHILY, comme dans «l'aventure ambiguë», le fameux roman de Cheikh Hamidou KANE, s’est déchirée. Son père, un ancien tirailleur sénégalais, voulait qu’il aille à l’école française et sa mère à l’école coranique. «L’école française n’était pas très populaire. Les parents étaient généralement hostiles à l’inscription de leurs qui les privaient d’une main-d’œuvre très utile» écrit-il. Inscrit à l’école régionale de Bakel, à 7 kilomètres de son village Tiyabou, il fallait y résider, et surtout y trouver un correspondant, dormir entassé sur des nattes rugueuses, sans nourriture suffisante. En raison de cet enfer, le taux d’échec est particulièrement élevé «Rares étaient ceux d’entre nous qui pouvaient tenir au-delà de deux ou trois mois» écrit-il. Logeant chez un marabout, Mamadou Lamine DRAME, il fallait fréquenter obligatoirement le matin son école coranique, aller puiser de l’eau au fleuve distant d’un kilomètre, chercher du bois mort l’après-midi, faucher l’herbe pour les chevaux et participer aux récoltes. Le matin, il était impérieux d'arriver à l’heure à l’école française ; à défaut, c’est un châtiment corporel. Dans la cour, il était interdit de parler Soninké ; celui revient en classe après la récréation avec «le symbole», est sévèrement puni. Si Abdoulaye BATHILY est devenu maintenant universitaire et fonctionnaire international, l'enseignement au rabais, infantilisant, qu’il avait suivi pendant son enfance, comme certains d’entre nous, se fait avec le syllabaire : «Toto tape Nama. Nama tape Toto».
Sa famille, après une fuite devant de toutes ces privations et violences, le confiera à Youghoukhassé BA et Lika BARRY. Le système de solidarité, le fameux «Neddo Ko Bandoum», a sauvé bien des écoliers dans la difficulté. La famille «m’aidait à réviser mes leçons et à faire mes devoirs. Lui et son épouse me redonnèrent le goût des études» dit-il. Après la fermeture de la cantine scolaire en 1958, le jeune Abdoulaye est accueilli par une autre famille, celle d’Abdou Khadre TANDIAN, dont le père était gérant d’une compagnie coloniale. Ancien interprète à la retraite et devenu aveugle, polyglotte, il possédait une radio et recevait beaucoup de journaux ; il est à l’origine, pour Abdoulaye, de son «goût réel pour les études». C’est l’année également, pour la première fois, il part en colonie de vacances à M’Bour et découvre «l’immensité de la mer».
En sociologue et en observateur très attentif de la société sénégalaise, Abdoulaye BATHILY décrit, dans ses mémoires, divers faits sociaux, grands et petits, que seul un esprit curieux et averti peut déceler et exposer avec une telle clarté. Ce sont des choses peu spectaculaires, de la vie quotidienne, mais d'une grande profondeur, rarement abordées, et qui parlent à chaque Sénégalais. Une constante, dans ses mémoires, est celle de l’Afrique des forces de l’esprit. La société soninké, avant d’être musulmane, est restée longtemps imprégnée, comme le reste du Sénégal, par l’animisme. Ainsi, à Tiyabou les familles aller présenter leurs nouveau-nés, au génie du fleuve, «Goundeyni» habitant une grotte. Des cérémonie de «libations ou d’offrandes alimentaires ou des danses» sont organisées écrit-il. «J’ai été témoin du verdict du pilon, une espèce d’ordalie» dit-il, pour retrouver un voleur, qui avouera son forfait. Par ailleurs, un prédicateur, Baba Guiro, géomancien célèbre, lui avait prédit un «avenir radieux». En 1955, c’est l’épreuve de circoncision.
Abdoulaye BATHILY évoque aussi le phénomène de ce qu'on appelle les «classes d'âge» ou «Guidjiraabé» en Peul. En effet, les jeunes du même âge mangent et souvent dorment ensemble et restent souvent solidaires et amis, toute leur vie. Progressivement, et comme les jeunes de son âge, vint le désir de séduire les filles venant d’un autre village : le «Teddungal», SENGHOR y a consacré un poème à ce Royaume d’enfance : «Sall ! je proclame ton nom Sall ! du Fouta-Damga au Cap-Vert. (…) Les chiens jaunes n'avaient pas aboyé. Et contre les portes de bronze je proférai le mot explosif Teddungal ! Teddungal Ngal du Fouta-Damga au Cap-Vert. Ce fut un grand déchirement des apparences, et les hommes restitués à leur noblesse, les choses à leur vérité.  Vert et vert Walo et Fouta, pagne fleuri de lacs et de moissons. De longs troupeaux coulaient, ruisseaux de lait dans la vallée. Honneur au Fouta rédimé ! Honneur au Royaume d'enfance !» écrit SENGHOR. Pour Abdoulaye BATHILY cet émerveillement vers la vie adulte ne fait référence qu’à des amours platoniques, en offrant de la cola et de bons plats à la jeune fille venue d’un autre village. A l'âge adulte, un jeune doit construire sa case, marquant ainsi son début d'autonomie. Il rappelle aussi l’excision des filles, les douloureuses séances de tatouage des gencives et des lèvres de celles-ci. Bien qu’à la fin de ses mémoires, il critique, sans retenue, le président Macky SALL, son témoignage sur l’état des routes du Sénégal en juin 1959, entre Bakel et Tambacounda, un tronçon de 250 km, est un hommage à ce Pharaon des temps modernes. «A cette époque, c’étaient des camions d’un commerçant libanais servaient de transport de passagers et de courrier postal. Il fallait s’accrocher à ce qu’on trouvait. Menaçant de disloquer à chaque fois. Le parcours du combattant durait, dans le meilleur des cas, au moins 24 heures» écrit-il. De Bakel à Kidira, en pirogue et pour 70 km, il fallait compter 15 heures. Entre Matam et Bakel, pour 150 km, il fallait dix heures pour affronter «une piste poussiéreuse, défoncée, ressemblant à un champ de patates» écrit-il. C’est sur le plan environnemental que l’on ressent de nos jours, les dégâts que l’Homme a commis sur la Nature. En effet, la nature luxuriante et la savane arborée, ainsi que les lions ont presque disparu.
Un système scolaire inadapté, français ou coranique, est à l’origine de l’échec scolaire massif au Sénégal, et donc du début de l’immigration : «Je ne supportais pas, au fond de moi, les violences physiques et morales des deux systèmes éducatifs. L’école coloniale était, par ses fonctions, un outil de domination et d’asservissement moral et culturel de la société africaine. L’école coranique traditionnelle témoigne d’un manque d’efficacité et d’archaïsme» écrit-il. Abdoulaye BATHILY a décrit de façon simple la question de l’immigration, un phénomène d’abord saisonnier, vers le bassin arachidier et lié aussi au fort taux d’échec scolaire. Devant les adversités de la vie et ayant un grand sens de l’honneur, de la dignité et de la solidarité familiale, «Neddo Ko Bandoum», les Peuls, comme les Soninkés, sont de grands voyageurs. Par ailleurs, certains Soninkés ont été engagés en qualité de tirailleurs sénégalais, lors de différentes guerres coloniales. L’immigration des Soninkés, la plus ancienne, est marquée par une devise «la fortune ou le tombeau lointain» ou bien «il vaut mieux rester longtemps à l’étranger pour travailler et faire fortune, plutôt que de revenir les mains vides». Ce sont les trente glorieuses en France, qui ont accéléré le mouvement d’immigration des Soninkés vers l’Europe «Pour la reconstruction de la France, les usines attendaient les bras venus d’ailleurs pour tourner à plein régime. Une main-d’œuvre massive et bon marché» écrit-il. C’est l’époque, où il n’y avait pas de WhatsApp, aussi Abdoulaye BATHILY s’improvise, pendant ses vacances scolaires Tiyabou, en écrivain public ; les émigrés envoyant des mandats, ont besoin de rester en contact avec leur famille du village, pour prendre de leurs nouvelles. Ce mouvement migratoire, un fait majeur de la deuxième moitié du XXème siècle, a bouleversé l’organisation sociale et la vie culturelle du Sénégal. Dans les zones du Fouta-Toro et de Bakel, «L’économie traditionnelle s’est effondrée au profit des revenus tirés de l’immigration. L’Etat s’est déchargé totalement de ses responsabilités sur cette solidarité généreuse des immigrants» écrit-il.
En dépit de sa scolarité chaotique, comme à l'image de bien des jeunes des zones défavorisées de Bakel et du Fouta-Toro, BATHILY est un miraculé ; il obtient en juin 1959 son certificat d’études primaire (CEPE). Aussi, il se retrouve en septembre 1959, à l’école militaire préparatoire africaine (EMPA), située à l’époque à Saint-Louis : «C’est là, à Bango, que j’eus, pour la première fois, le sentiment de l’unité et de la diversité de l’Afrique» écrit-il. Les guerres coloniales au Cameroun et en Algérie, le Non de Sékou TOURE à de Gaulle l’échec de la fédération du Mali, le choix de SENGHOR de la Françafrique et l’arrestation de Mamadou DIA tout y passe. A l’école militaire, il a apprécié l’humanisme de certains enseignants français ; il a sur toujours faire la part des choses. «Leur comportement quotidien, à notre égard, le respect et la sympathie que j’ai reçus personnellement d’eux, sans une once de paternalisme, de mépris culturel, ni de préjugés racistes, comme l’ensemble de leurs congénères, avaient encore du mal à admettre que tout était fini» écrit-il. En avril 1966, Abdoulaye BATHILY, estimant que les conditions de vie à cette école militaire étaient dégradées, tente d’organiser un mouvement de révolte. Il est tiré de sa chambre, exclu de l’école militaire et jeté dans le train-express Dakar-Bamako ; mais, il s’échappe et se retrouve à Dakar.
A Dakar, c’est Vincent MONTEIL (1913-2005), Philip David CURTAIN et Claude MEILLASSOUX (1925-2005) de l’Institut fondamental d’Afrique noire qui l’engagent comme technicien de laboratoire et pour d’autres missions, notamment la récolte des traditions orales. Ces chercheurs européens travaillent sur les Soninkés, les clans et les castes sociales en Afrique, sur l’histoire du Boundou et les Diakhanké. Blacklisté, et n’ayant pas pu s’inscrire en octobre 1966 au lycée Van Vollenhowen, pour le baccalauréat, il décide de se présenter en candidat libre, option philosophie. Il recevra de l’aide d’une professeure française, Mme AVENTURIN, de précieux conseils de Ravane M’BAYE et de sa cousine, Henriette BATHILY travaillant au centre culturel français. Son père meurt le 10 mai 1967, quelques semaines avant le baccalauréat «Sa mort ne fit que raffermir ma volonté d’aller jusqu’au bout du chemin qu’il m’avait tracé. J’ai pleuré les seules larmes qu’il méritait, les seules qu’il eût aimé me voir verser : des larmes de sueur. Mon père n’avait pas besoin de chagrin, mais d’espérance» écrit-il. Abdoulaye BATHILY réussit au bac avec «mention bien».
Sans bourse pour l'étranger, en dépit de ce baccalauréat avec mention, il continue son travail à l’IFAN et décroche, avec l’aide de Claude MESSAILLOUX, auprès d’Assane SECK (1919-2012, voir mon article), Ministre de la culture, un poste d’animateur à la radio en Soninké, à la radio sénégalaise. Bachelier inscrit à la faculté des Lettres, il va s’embarquer dans une autre bataille, celle de la grève des étudiants à l’université en 1968 et en tirera un livre publié chez l'Harmattan. Il sera exclu de l’université du 22 mars 1971 au 30 septembre 1972 et enrôlé de force dans l’Armée, à Tambacounda, zone traditionnelle de relégation notamment pour Mamadou DIA et ses amis, après sa chute en 1962 (voir mon article). Optimiste, Abdoulaye BATHILY, même dans les expériences de la vie amères de la vie, voit toujours le côté positif des choses : «J’ai découvert de charmants villages. Je profitais de mes passages, dans ces villages, pour récolter des traditions orales, des récits de l’histoire, de sociologie ou de culture J’en ai tiré une riche expérience humaine, qui compte parmi mes souvenirs de jeunesse» des différentes ethnies, écrit-il.
A son retour à Dakar, Abdoulaye BATHILY, en raison de son enrôlement dans l’Armée, est licencié de l’IFAN. Cependant, Paul FARIAS, un de ses contacts à l’IFAN, devenu enseignant au Nigéria, puis à Birmingham, lui a fait savoir que la Fondation Cadbury, pour le centre d’études africaines de l’université de Birmingham, offrait une bourse. Après divers obstacles pour le visa de sortie, Abdoulaye BATHILY s’embarqua donc le 22 octobre 1972, pour Birmingham, et y séjourna jusqu’en septembre 1975. Il a collaboré avec plusieurs universités, dont celle d’Aberdeen en Ecosse «L’Angleterre m’était parue comme un pays singulièrement intéressant, qui offrait l’image d’une unité paradoxale et qui conjuguait, dans la bonne humeur et de manière décomplexée, les idées sociales les plus avancées et le conservatisme le plus rance» écrit-il.
II – Abdoulaye BATHILY, le combattant politique
Les mémoires du professeur BATHILY couvrent une très longue période de l'histoire du Sénégal, soit de la résistance tragique du marabout Mamadou Lamine DRAME, entre 1885 et 1887, à l'avènement de la présidence de Macky SALL, pour la période 2012-2022. C'est donc un précieux et inestimable livre que je recommande à tous ceux qui s'intéressent aux combats politiques au Sénégal. En effet, Abdoulaye BATHILY a été témoin d’un phénomène ayant provoqué la chute de maître Lamine GUEYE (1891-1968, voir mon article) ; il avait le 3 juin 1951 giflé le commandant REY de Bakel. Bien qu’assimilationniste, il a été lâché par les colons. Une autre raison de sa défaite, est aussi liée au fait qu’homme des grandes villes, il avait négligé, dans sa campagne électorale de se rapprocher du monde paysan.
Dans son orientation politique, Abdoulaye BATHILY se situe dans le camp de la Gauche radicale «Rebelle de tempérament, j’ai toujours considéré qu’une action politique ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans un mouvement collectif. Je portais mon choix sur la ligne du PAI, même si à ce moment-là, celui-ci traversait une des périodes les plus difficiles» écrit-il. Cependant, des divergences politiques au sein du PAI, dues à «un subjectivisme», conduiront Abdoulaye BATHILY à créer son propre parti, la Ligue Démocratique (1er congrès des 7 et 8 avril 1984), un journal, «Vérité». Il s’engage dans diverses actions politiques, à partir de 1976, visant à rassembler les forces de gauche : «Nous devons nous débarrasser de Senghor qui a fait trop de mal à ce pays, avec le soutien de la France» écrit-il. En 1974, avec un PDS «parti de contribution», une caricature du PAI sous l’égide de Majmout DIOP, le multipartisme limité ne permettait pas une bonne expression de la démocratie multipartisane. Aussi, Abdoulaye WADE n’était encore fréquentable ; la Coordination de l’opposition sénégalaise unie (COSU), entre 1978 et 1983, ne regroupait que cinq partis politiques, sans le PDS.
Cependant, l’arrivée de Abdou DIOUF au pouvoir, à partir de 1981, avec un multipartisme illimité, va changer la donne. Abdoulaye WADE, jusqu’ici le «pestiféré» de l’opposition, devient fréquentable, mais au départ, sur une argumentation affective et surprenante du marxiste Abdoulaye BATHILY : «En marge de nos réunions, je suis surpris d’être abordé par Abdoulaye LY, lui d’habitude réservé. Il voulait savoir de quelle famille Bathily j’appartenais. Lorsque je lui ai dit que j’étais de Tiyabou, son visage s’éclaira d’un large sourire. Il m’a appris que sa mère, Awa Fall, était la fille de Seyni Bathily, qui était originaire de Tiyabou. J’ai appris plus tard que le père d’Abdoulaye Wade, Mor Wade, était le fils de Tola Bathily. Tola Bathily et sa sœur Seyni, nées à Saint-Louis, dont le père est originaire de Galam» écrit-il. Par ailleurs, les élections de février 1983 vont considérablement modifier le paysage politique du Sénégal. Certains opposants politiques de longue date sont passés à la trappe : «Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Ly, qui, tout en conservant une influence morale, incontestablement, perdirent pied sur le terrain de la dynamique politique. Et ce, au profit de Maître Wade et son PDS, plébiscité dans les milieux populaires et ruraux et de certains leaders de gauche solidement ancrés en milieux scolaire et étudiants chez les enseignants, les travailleurs et l’intelligentsia» écrit-il.
Bien qu'il soit l'un des acteurs majeurs de l'alternance du 19 avril 2000, les mémoires d’Abdoulaye BATHILY sont un violent réquisitoire contre maître Abdoulaye WADE, un libéral soutenu uniquement par Alain MADELIN. Le président Jacques CHIRAC, contrairement aux usages diplomatiques, a indiqué, ostensiblement, sa préférence pour le socialiste, Abdou DIOUF. Déjà, dans l’opposition, il estimait que contrairement à Abdoulaye FAYE, responsable du PDS à Dakar, maître Abdoulaye WADE, lors des marches de l’opposition, n’était pas courageux et retardait, indûment, les marches de l’opposition : «Il avait pour l’habitude de ne pas manifester à pied. Il préférait toujours, pour des prétendues raisons de sécurité, «marcher» dans sa voiture décapotable. Me Wade avait un excellent odorat. Lorsqu’il flairait que le risque d’un orage de coups de Leafs était trop élevé, il traînait volontairement les pieds pour sortir» écrit-il. Après les élections mouvementées de 1988, avec des bombes, l’opposition décidera un boycott des élections locales 25 octobre 1990 et obtiendra, en 1992, un Code électoral dit «Kéba M’Baye», plus consensuel, un peu plus transparent et sur la base duquel, les élections présidentielles de février 1993 ont été organisées. Il en résultera une liberté plus grande de la presse (Sud-FM, Walfadjiri) créant un nouveau rapport de forces entre l’opposition et le pouvoir, englué dans les réformes du FMI. Mais c’est la période dite des «transhumances», certains opposants rejoignant le président Abdou DIOUF, à la suite d’un achat de conscience.
La Ligue démocratique d’Abdoulaye BATHILY, sollicitée une première fois, en 1991, pour entrer au gouvernement socialiste d’Abdou DIOUF, avait décliné l’offre. Cependant, le Comité central de la Ligue Démocratique, en date du 26 mai 1993, à l’unanimité, a décidé l’entrée au gouvernement «pour bonifier l’image du Parti, réputé jusqu’alors être un parti de protestation, gérer autrement et mieux, et contribuer, de ce fait, à ruiner la légitimité et les prétentions du PS à détenir le monopole de la gestion de l’Etat». Pendant, cette participation au gouvernement, on sent une certaine estime, très nuancée, accordée au président Abdou DIOUF, et au départ, une certaine réserve à l’égard d’Ousmane Tanor DIENG : «Contrairement aux Ministre PS, nous nous conformions aux règles républicaines en nous référant au Président de la République, au Premier ministre et au Secrétaire général du gouvernement, dans la gestion des dossiers. Notre esprit d’indépendance gênait le principal collaborateur du président Abdou Diouf, Ousmane Tanor Dieng, Ministre d’Etat, des Services et Affaires présidentiels» écrit-il. «J’ai, dans plusieurs situations, noté chez Abdou Diouf son inappétence pour la gestion directe et personnelle des deniers publics. Il avait délégué cette tâche à plusieurs de ses collaborateurs : Jean Colin, puis Ousmane Tanor Dieng. Le deuxième caractère que j’ai décelé et apprécié chez le président Abdou Diouf, c’était sa sobriété. Abdou Diouf n’était pas quelqu’un hanté par l’argent. A maintes égards, Abdou Diouf était le bon élève de Senghor, engoncé dans ses vertus : discipline, ponctualité, rien en d’autres des textes. Il avait les défauts de ses qualités : l’esprit routinier, le manque d’inspiration, d’initiative, de spontanéité créatrice. Sa vision politique était fondée sur l’alliance stratégique avec la France et son pré-carré» écrit-il. Abdoulaye BATHILY, après avoir quitté le gouvernement d’Abdoulaye WADE, atténuera son jugement défavorable sur Ousmane Tanor DIENG (1947-2019, voir mon article), à l’occasion de la campagne de boycott des législatives de 2007 : «J’ai compris que l’image d’homme hautain et arrogant que son apparence renvoyait était due en réalité à la timidité, à de la réserve, voire un certain manque d’assurance» écrit-il.
Abdoulaye BATHILY, observateur, après le congrès sans débat de 1994, désignant Ousmane Tanor DIENG patron du PS, un séisme précédant la défaite du 19 avril 2000, compte les coups : «A certains moments, les rivalités de clans et de personnes internes au PS étaient plus exacerbées que celles qui l’opposaient à ses partenaires, voire à l’opposition» écrit-il. Le sort des barons du PS est scellé : «Tout indiquait qu’Abdou Diouf et Tanor n’entendaient plus s’encombrer de compagnonnages gênants de barons de l’ère senghorienne que symbolisaient Djibo Ka er Moustapha Niasse. Ironie du sort, ces défenseurs les plus intolérants de la politique du PS à son apogée vont se retrouver dans l’opposition» écrit-il. C’est dans ce malstrom, qu’Abdoulaye BATHILY n’hésite pas d’interpeler le président DIOUF pour des médiations qu’il juge utiles, notamment des rumeurs concernant Djibo Laïty KA ou sur les critiques, en plein conseil des ministres, contre Robert SAGNA et en particulier, l’arrestation de maître Abdoulaye WADE, à la suite, le vendredi 13 mai 1993, de l’assassinat maître Babacar SEYE (1915-1993, voir mon article). Il a tenté de convaincre le président Abdou DIOUF de libérer maître WADE et ses amis «faute de preuves convaincantes» écrit-il. Abdoulaye BATHILY révèle, en pleine cohabitation, lors d’un voyage officiel à Paris, une mise en garde, sage et amicale, du président François MITTERRAND (1916-1996, voir mon article) : «un opposant en prison est toujours un prisonnier politique» dit MITTERRAND à Abdou DIOUF. Venu aux funérailles de son épouse Ana SAR, maître WADE l’a remercié de son intervention pour sa libération. Pour Abdoulaye BATHILY son geste à l’égard de Me WADE est «une passion de liberté, de démocratie et de progrès social» écrit-il. Et pourtant dans cette affaire Babacar SEYE, des doutes sérieux planent encore. L’enquête d’Abdou Latif COULIBALY, «l’affaire maître SEYE, un meurtre sur commande» publiée par l’Harmattan en 2006, nous a paru minutieuse. La loi Ibrahima Ezzan du 17 février, initiée par maître Abdoulaye WADE, d’amnistie des assassins de maître SEYE (Amadou Clédor SENE, Assane DIOP et Pape Ibrahima DIAKHATE, condamnés par la Cour d’assises du 30 septembre 1994), est fort troublante.
Les batailles sanglantes, d’un Parti socialiste usé par 40 ans au pouvoir et un puissant mouvement populaire, vont conduire le 19 mars 2000, à la première grande alternance au Sénégal depuis 1960. Au départ, Abdoulaye BATHILY entame d’abord des négociations avec le PIT d’Amath DANSOKHO. Pendant ce temps, maître Abdoulaye WADE est resté loin du Sénégal, à Versailles. Abdoulaye BATHILY révèle qu’il s’est rendu avec Amath DANSOKHO et Landing SAVANE, à Paris, à l’hôtel California, à la rue des écoles, à côté des éditions Présence africaine son éditeur, rencontrer Maître WADE : «Je n’ai plus d’argent, le PS va encore gagner» répond-il. L’argent ne garantit pas une réussite électorale : «A notre avis, la volonté du peuple sénégalais de se débarrasser du PS» est manifeste, rétorque le trio. En réponse favorable de se présenter aux présidentielles de 2000, Maître WADE a pris soin de préciser «Je vais tenter encore une fois. Si on gagne, je ne ferai qu’un mandat. J’ai 74 ans. Je vous laisserai, à vous les jeunes, le soin de continuer» dit-il. On sait que, même après sa défaite aux présidentielles de 2012, maître WADE s’est présenté, et a été élu, aux législatives du 31 juillet 2022. Il espère toujours le retour, sur la scène politique, de son fils Karim WADE, et a encore gardé, pour cela, à plus 96 ans, la haute main sur le PDS.
En tout cas, le RETOUR de Me WADE, le 23 octobre 1999 au Sénégal, a été un triomphe populaire. Ayant démarré difficilement, la campagne des présidentielles de 2000, pris de l’ampleur, même avec peu de moyens financiers. Pendant que l'opposition se débattait dans des difficultés financières et n'ayant qu'un vieux mégaphone pour faire entendre sa voix, le PS au pouvoir déversait des milliards «Allez prendre l’argent du PS, mais dans l’isoloir, votez contre son candidat» telle est la consigne de l’opposition. Abdoulaye BATHILY condamne, à mots couverts «le Ndiguël» ou consigne de vote du clergé musulman «Les chefs religieux mériteraient respect et considération de tous. Toutefois, la confusion de ce rôle avec le militantisme mène à un mélange des genres, préjudiciable, à terme, à l’image et à la crédibilité des guides religieux» écrit-il. Au soir du deuxième tour des présidentielles, Abdoulaye BATHILY se rend chez Abdoulaye WADE et suggère qu’un communiqué soit diffusé sur Sud-FM et Walfadjiri, afin d’improviser un meeting, éviter ainsi que la victoire de l’opposition ne soit «volée». L’opposition avait mis en place «une commission de gestion de la victoire» notamment pour désigner le Premier ministre (Moustapha NIASSE, une personne expérimentée et rassurant les milieux d’affaires), le Ministre de l’intérieur (Le général NIANG, une personne neutre et consensuelle) et tous les postes régaliens du gouvernement. Au bout de deux ans, revenant à ses engagements, le général est limogé pour être remplacé par M. Macky SALL, un jeune cadre du PDS. Tous les postes de souveraineté (Défense, affaires étrangères et économies) ont finalement été choisis dans les rangs du PDS. Il finira par congédier, progressivement, les différents ministres de gauche qui avaient contribué à sa victoire : «Pour nous la victoire commençait déjà à avoir un goût âcre. Wade aurait déclaré publiquement que personne ne devrait trouver à redire, s’il décidait de faire un chauffeur un ambassadeur ! Peu à peu on s’habitua à des choses ahurissantes» écrit-il. Dans ses mémoires Abdoulaye BATHILY a avoué, a posteriori, sa naïveté au sujet de la vraie personnalité de Me WADE : «Dans les mois qui ont suivi, nous avons tenté, pour le freiner dans ses prise de décisions inconsidérés. Nous avons pris notre mal en patience, espérant que le président se ressaisirait» écrit-il. Abdoulaye BATHILY est fier d’avoir réintégré la SENELEC dans le patrimoine de l’Etat, en raison des coupures d’électricité intempestives.
Le portrait qu’Abdoulaye BATHILY dresse du président WADE est sévère : «Il a toujours cherché à «rouler dans la farine», ses adversaires, comme ses adversaires. Incapable de constance et de fidélité dans ses relations, il nouait et dénouait, ses relations en fonction de ses intérêts personnels. Son comportement, à l’égard de ses compagnons, frisait le manque de respect, voire le mépris. J’avais compris ses traits de caractère, j’ai appris, sinon à le changer, du moins «à le gérer». D’aucuns ont pu penser que nous étions de «grands amis». La vérité, c’est qu’Abdoulaye n’est que l’ami d’Abdoulaye Wade» écrit-il. La décadence et la chute du régime de WADE, porté par un vaste élan populaire, sont un «sujet de profonde méditation» écrit-il. En effet, pour lui, Me WADE a ramé à contre-courant, dans un système mafieux, de corruption décomplexée, de vaines prétentions et d’arrogance. Ainsi, le Monument de la Renaissance sur la colline des Mamelles, à Ouakam, a été conçu par l’artiste Ousmane SOW (1935-2016, voir mon article) présentant un homme et une femme, mais ce sont les Coréens qui ont raflé la mise. Ce monument a été financé par un montage les plus scandaleux : «Des terrains autour de Yoff, furent récupérés par expropriation de l’ASECNA et de privés, cédés pour des broutilles à un promoteur privé, lequel les revendit à prix d’or. C’est une partie de ces bénéfices qui finança le Monument de la Renaissance. Abdoulaye Wade, à son tour, directement s’invita à table. Il commença par s’octroyer, de manière indue, des droits d’auteur, puis des parts de revenus à perpétuité, sur les sommes tirées de l’exploitation de l’œuvre. Le «Sopi» (changement) avait viré au «Sapi» (dégoût)» écrit-il.
En 2011, lors de la tentative de Me WADE d’imposer un régime monarchique et dynastique, en introduisant une vice-présidence et la possibilité d’élire au premier tour le président avec 25% des voix, les mots d’Abdoulaye BATHILY sont encore plus durs : gestion partisane et outrancière de l’Etat, dictature rampante. La manifestation du 23 juin 2011 devant l’Assemblée nationale a enterré ce projet «Le bilan de la résistance, contre l’entêtement du «Pape du Sopi», a été beaucoup plus lourd, en termes de blessés et de pertes en vies humaines que celui de l’ensemble des manifestations des décennies précédentes» écrit-il. «Le pouvoir et l’argent ont rendu arrogants, aveugles et sourds les nouveaux dirigeants. Ces derniers ont tendance, dès qu’ils s’installent au pouvoir par les urnes, à se considérer comme libérés de toute obligation. Ils mettent en place un système d’appropriation privée du pays, de ses ressources, et de domestication par la force et la corruption» écrit-il.
A la veille de l’alternance de 2012, au moment où Abdoulaye BATHILY tentait de construire un autre front contre Abdoulaye WADE, en négociation en vain avec Moustapha NIASSE et Ousmane Tanor DIENG, c’est finalement un «troisième larron», Macky SALL qui provoquera la deuxième alternance, contre mentor, WADE. Après avoir été Ministre conseiller du président Macky SALL, Abdoulaye BATHILY est maintenant représentant spécial des Nations unies en Libye. En dépit de son devoir de réserve, il a lancé une mise en garde au président Macky SALL : «J’insistai sur la grave crise et ses multiples dimensions, (…) au-delà de l’affaire du viol présumé (allusion à l’affaire SONKO). Je recommandais sans tarder des mesures d’apaisement, le renoncement à tout projet de troisième mandat, (…) pour une évolution paisible du pays» écrit-il dans ses mémoires.
Sur le plan privé et familial, le professeur Abdoulaye BATHILY est père de quatre enfants : Dieynaba, Nayé, Coumba Carrie et Samba, issus d’un premier mariage religieux à Dakar et d’un mariage civil, célébré le 11 août 1973, avec Nane SAR, à Rome où son père était fonctionnaire à la FAO depuis 1969. Nane SAR, diplômée de l’école supérieure de commerce et d’administration des entreprises de Nice, avait entrepris son certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique. Sa mère, Madeleine BATHILY, est la grande sœur d’Henriette BATHILY (1927-1984), est originaire de Kéniou, une des capitales du Galam. Henriette BATHILY, dont le musée de la Femme à Gorée porte nom. Le père de Nane SAR, est Samba Cor SAR, un docteur vétérinaire, originaire de Saint-Louis et cousin d’Ibrahima SAR (1915-1976), Ministre sous DIA, de 1958 à 1962, syndicaliste et leader de la grève des cheminots entre 1946 et 1947. Nane SAR est décédée, subitement, le 23 mai 2002, des suites d’un AVC.
En 2009, Abdoulaye BATHILY s’est remarié, en secondes noces, à Madeleine MUKAMABANO, une franco-rwandaise, une journaliste.
R&eacu