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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 23:00
«La Côte d'Azur, un lieu de villégiature, de souvenir, d'inspiration des écrivains et artistes» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Tout ici rayonne, tout fleurit, tout chante. Le soleil, la femme, l'amour, sont chez eux. J'en ai encore le resplendissement dans les yeux, dans l'âme» écrit Victor HUGO (1802-1885) à propos de la Côte d'Azur. La Côte d'Azur, haut lieu de villégiature, symbolise, à elle seule, la grande beauté et la diversité de la France. On trouve dans ce pays, la mer, la montagne, et même le désert à travers la dune du Pilat. «La France est le plus beau royaume, après celui du Ciel» écrit Hugo GROTUIS (1583-1645), un jurisconsulte hollandais. En effet, les grands écrivains ont célébré la beauté des paysages, de la pierre, de la mer ou de la lumière de la Côte d'Azur, une grande source d'inspiration pour une création littéraire ou artistique. Guy de MAUPASSANT (1850-1893, voir mon article) séjournait souvent à Golfe-Juan, à Antibes et à Cannes et parcourait la mer au bord de son bateau, Bel-Ami «L’âme a la couleur du regard. L’âme seule porte en elle du rêve ; elle a pris son azur aux flot et à l’espace» écrit-il. La Côte d'Azur, son beau temps et son esprit carte postale, est avant tout perçue comme un lieu de fête avec parfois ses extravagances et ses excès. «A partir de novembre, pour les clochards, il n’y a que deux solutions : la Côte d’Azur ou la prison» dit Michel AUDIARD (1920-1985).
Si j'ai choisi Cannes, c'est en raison de son emplacement géographique pour pouvoir me déplacer facilement sur la Côte d'Azur et le Var tout proche. Jean-Philippe, un grand supporter du PSG, redoute d'aller à Marseille. Aussi, on est allé l'île de Porquerolles, dans le Var. Pas si simple de se rendre de Cannes à l’Ile de Porquerolles ;  il fallait un train pour Toulon, un autre pour Hyères, et delà prendre un bus 67 direction  «La Tour Fondue» ; un bateau vous transporte sur cette île Porquerolles qui vaut bien le détour. Les déplacements à Porquerolles se font souvent à vélo. Sylvia FOURNIER (1887-1971) est la pionnière du tourisme à Porquerolles et sa famille a attiré de nombreux ouvriers venus d’Italie. François-Ferdinand FOURNIER (1857-1935) est un homme qui est parti de rien. Né dans une cale de bateau, il était destiné à évoluer dans la misère. Mais il a eu envie de plus. Il est donc allé travailler dans un laboratoire, puis il a pris la mer pour explorer de nouvelles contrées. C’est au Mexique qu’il fait fortune. Après 5 années de recherches infructueuses, il découvre une mine d’or. La Veta Verde, la mine la plus riche du pays. François Ferdinand Fournier en extraira 96 tonnes d’or fin. C’est grâce à cette fortune qu’il pourra acquérir, en 1912, l’île de Porquerolles à son retour en France. L’île de Porquerolles, dévastée par un incendie, le couple FOURNIER travailla durement afin de la rendre agréable à vivre et propice au tourisme.
Cannes anciennement appelée Canoas en ligurien, signifie «sommet» ou «hauteur », en référence au village fortifié sur la colline. De là, on l'a appelé Canua, Canoïs, Canue et Cano, prendra, en 1793, son nom définitif, Cannes. C’était un tout petit village de pêcheurs depuis le IXème siècle jusqu’à ce que la gentry anglaise, notamment Lord Henry Peter BROUGHAM (1778-1868), découvre ce coin charmant maintenant mondialement connu grâce au festival du cinéma et à la Croisette et ses grands hôtels, le Majestic, le Carleton et le Martinez.
Ce qu'on sait le moins de Cannes, c'est que Galandou DIOUF (1875-1941), le député du Sénégal à l'assemblée nationale française y avait vécu et est mort dans cette ville, comme d'ailleurs Prosper MERIMEE (1803-1870). Galandou DIOUF avait remplacé en 1934, Blaise DIAGNE (1872-1934, voir mon article) depuis de 1914 jusqu'à sa mort. Galandou DIOUF avait comme assistante parlementaire Paulette NARDAL (1896-1935 voir mon article). Il y avait un salon littéraire chez les sœurs NARDAL dans les Hauts-de-Seine et le jeune Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) convoitait une des sœurs NARDAL qui «l'avait frappé le bâton » un terme ouolof, équivalent à repousser ses avances. Paulette NARDAL qui voulait découvrir l'Afrique est allée au Sénégal avec Galandou DIOUF voir sa famille à Dakar, à Rufisque et à Saint-Louis et le raconte dans ses mémoires. Si l'histoire n'a pas retenu l'histoire n'a pas retenu le nom de Galandou DIOUF il fait partie des députés qui avaient voté les pleins pouvoirs au maréchal Philippe PETAIN (1856-1951).
Signalons que des Sénégalais privilégiés résident à Cannes, le footballeur Patrick VIEIRA au Cannet. Il faudrait aussi rendre un vibrant hommage à deux monstres sacrés du cinéma sénégalais qui ont eu leur heure de gloire à Cannes : SEMBENE Ousmane (1923-2007, voir mon article) notamment avec ses films «Moolaadé» un titre en peul signifiant réfugié, «Borom Charrette» et «La Noire de ...» et Djibril Diop Mambéty (1945-1998), son fameux «Touki Bouki» et «Hyènes».
Au-delà des cotillons et des paillettes de la Côte d'Azur, il y a aussi ces «Hommes du souterrain» un clin d’œil à un roman de Fiodor DOSTOIEVESKI (1821-1881), ces héros du quotidien, ces hommes invisibles venus d'Afrique. En effet, dans une certaine mesure, et de nos jours, le Sénégal est toujours présent à Cannes. D'une part, il existe de nombreux «Banabana» ou commerçants ambulants, souvent des Ouolofs qui vendent des chapeaux ou des lunettes de soleil sur la Croisette. D’autre part, J'ai vu aussi des Sénégalaises faire des tresses aux Européennes, les scandinaves en raffolent. L’industrie de l’hôtellerie et de la restauration, très florissante sur la Côte d’Azur, emploie de nombreux Africain travaillant, en dehors du gardiennage, non pas en salle ou en qualité de bagagistes, mais dans les caves ou les sous-sols. Une minorité invisible.
Pour l'instant, destination Vintimille et par la suite Monaco, c'est là où est enterrée Joséphine BAKER (1906-1975, voir mon article). Le président MACRON a fait apposer au Panthéon une plaque en la mémoire de cette première grande artiste noire internationale au début du XXème siècle.
Saint-Tropez, dans le Var, est à 1 heure 15 en bateau de Cannes ; par la route, c'est bien compliqué. Toutes les stars dont Brigitte BARDOT, Nicolas SARKOZY, Brad PITT et Johnny DEPP, y habitent. La série des gendarmes avec Louis de FUNES (1914-1983), y a été tournée. De son vivant Eddy BARCLEY (1921-2005) et Johnny HALLYDAY (1943-2017, voir mon article) donnaient de grandes fêtes à Saint-Tropez.
La Côte d’Azur n'est pas seulement pour moi qu'un instant estival de répit ; c'est pour moi, dans les temps anciens, de bons souvenirs qui remontent à la surface. Oui, je me rappelle bien de Juan-les-Pins, l'avenue Guy de Maupassant, juste devant la plage, oncle Samba Daouda NDIAYE, y possédait un restaurant. Pendant les grandes et petites vacances, le soir quand Oncle Samba repartait sur Nice, la nuit ne faisait que commencer. Un soir, en allant à la discothèque «Whisky à Gogo», j'entends une meute d'homme courir et escorter quelques qui se dirigeait vers la scène du festival de Jazz, installée sur la mer ; je réalisais subitement que c'était Miles DAVIS (1926-1991). Hélas, ce n'était pas l'époque des portables et je n'avais pas pu immortaliser cet instant magique. Plusieurs décennies après cette musique de Jazz ne cesse de résonner dans ma tête, comme la madeleine de la tante Léonie de Marcel PROUST. Ai-je rêvé ou bien vécu cette époque ?
Claude NOBS (1936-2013), l’initiateur par la suite du festival de Montreux, a créé le 7 juillet 1960, le festival de Jazz d’Antibes-Juan-les-Pins. Miles DAVIS est venu pour la première fois, en 1963, un concert à Juan-les-Pins, une ville balnéaire crée en 1882 «A Antibes, une immense affiche de moi est placardée près de mon hôtel. J’ai pensé : c’est pas quand même un monde. On ne donne pas la même chose à New York, mais ici, 10 000 personnes se déplacent spécialement pour écouter et communiquer leur fraternité» dit Miles DAVIS. D’éminents jazzman sont venus produire au Square Jay Gould, à Antibes : Louis ARMSTRONG, John COLTRANE, Ella FITZGERALD, Ray CHARLES, George BENSON ou Sara VAUGHAN.
Francis SCOTT FITGERALD (1896-1940) et sa femme Zelda, ont séjourné à Juan-les-Pins. «Tendre la nuit» ou «Gatsby le Magnifique» relatent en partie cette invitation à la fête de la Côte d'Azur. «A cette époque, Scott et Zelda étaient des familiers du lieu. Scott, avec sa faculté d’adoration, se mit à porter un culte à Gerald et Sara. Le couple doré que Scott et Zelda rêvaient de faire (à travers le roman «tendre est la nuit»), existait réellement. Les Murphy étaient riches. Ils étaient beaux. Ils s’habillaient avec brio. Ils connaissaient les arts. Ils avaient un don pour les réceptions. Ils avaient des enfants adorables. Ils avaient atteint le barreau supérieur de l’échelle humaine. C’était la fortune personnifiée» écrit John DOS PASSOS (1896-1970) dans la «Belle vie».
La Rivera est un haut lieu de rencontres mondains, où la musique, l'alcool, le sexe ou la drogue peuvent être parfois des adjuvants à la création littéraire ou artistique. Zelda et Francis SCOTT FITGERALD habitaient «la villa Saint-Louis» au Cap d'Antibes devenue Hôtel Belles Rives. Après Hyères et l'île Porquerolles, au Cap d'Antibes, c'est le bonheur infini : «Alors que nous revenons dans la jolie villa de cette Riviera que j'aime ; je suis le plus heureux que j'ai été depuis des années. C'est un de ces moments étranges, précieux, éphémères surtout, quand tout dans la vie semble aller bien» dit le 15 mars 1926 Francis SCOTT FITZGERALD. En effet, dans les années 20, une Amérique ségrégationniste, conservatrice et puritaine, empêtrée dans la prohibition, étouffant la vie et la création artistique. Ainsi, les artistes et écrivains, noirs comme blancs, immigrent vers la France, symbole de liberté, d'amour et de fantaisie : «Le meilleur de l'Amérique s'en va à Paris. Les Américains de Paris sont les meilleurs. C'est plus amusant pour une personne amusante de vivre dans un pays intelligent. La France possède les deux seules choses qui nous attirent quand nous nous vieillissons : l'intelligence et les bonnes manières» dit Francis SCOTT FITGERALD dans une interview en avril 1927, accordée au New York World.
Nice, ville de Giuseppe GARIBALDI (1807-1882) le fondateur de l’Italie, sa colline, sa vieille ville et sa Promenade des Anglais, est la ville que je connais le mieux sur la Côte d’Azur. «Sur le port flottait un nuage d’odeurs exquises qui faisaient battre le cœur de tout jeune garçon rêvant d’aventure» écrit Jean-Marie-Gustave LE CLEZIO, un écrivain niçois, Prix Renaudot de 1963. Nice où mon tonton Samba Daouda NDIAYE avait possédé un restaurant, «le Dakar», à côté de la Porte Fausse et Mamoudou Mody BA travaillait au Negresco, est une cité, pendant longtemps sous la coupe de la dynastie des MEDECIN. En effet, Jean MEDECIN (1890-1965), la principale avenue porte son nom, député de 1945 à 1962 et maire de ville Nice de 1928 à 1943, puis de 1947 à 1965, a cédé son fauteuil à son fils, Jacques MEDECIN (1998), député-maire de 1966 à 1990. Il a dû s’enfuir pour mourir au Paraguay à la suite d’un scandale financier. «Une belle courtisane, mollement couchée au bord de son miroir d’azur, à l’ombre de ses orangers en fleurs, avec ces longs cheveux abandonnés aux brises de la mer, et dont les flots viendraient mouiller ses pieds nus, car Nice, c’est la ville de la douce paresse et des plaisirs faciles» écrit, en 1841, Alexandre DUMAS (1802-1870 voir mon article) dans «Une année à Florence». Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) venait soigner ses rhumatismes à Nice. Il séjourna dans la maison la plus ancienne de Eze et retrouva l'inspiration pour rédiger «Ainsi parlait Zarathoustra». Il dira «lors de mes promenades dans ces coins cachets et les hauteurs silencieuses dans les paysages de Nice ont été sanctifiés pour moi par des moments inoubliables» dit Friedrich NIETZSCHE dans «Ecce Homo». En effet, «Beaucoup de coins cachés et de hauteurs silencieuses dans le paysage de Noce ont été sacrifiés pour moi par des moments inoubliables» écrit Friedrich NIETZSCHE dans «Ecce Homo». Il séjournera à Nice du 2 décembre 1880 au 20 avril 1884, soit pendant 5 ans. Quand il arrive à Nice son moral est au plus bas : ses livres se vendent mal, il vient de se brouiller avec Richard WAGNER, s'est fait éconduire par Lou Andreas Salomé : «Ici (Côte-d’Azur) je crois au soleil, comme la plante y croit» dit-il. Aussi NIETZSCHE se promène dans Eze et la Côte-d’Azur, le climat et les paysages lui redonnent le moral «L'agilité des muscles fut toujours la plus grande pour moi, lorsque la puissance créatrice était la plus forte. Le corps est enthousiasmé. Je pouvais alors, sans avoir la notion de fatigue être en route pour ces montagnes pendant huit ou sept heures. Je dormais bien. Je riais beaucoup. J'étais dans un parfait état de vigueur et de patience» dit Friedrich NIETZSCHE.
Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918), un poète précurseur du surréalisme, a étudié au collège Stanislas d'Antibes et au lycée Masséna de Nice ; il est l'auteur de poèmes à Lou, dédiés à Louise de COLIGNY-CHATILLON, sa muse, une aristocrate devenue prostituée dans un bordel à Nice. «C'est Lou, qu'on la nomme. Il est des loups de toute sorte. Je connais le plus inhumain. Mon cœur, que le diable l'emporte, et qu'il le dépose à sa porte, n'est plus que le jouet dans sa main». Dans un autre poème il écrit «Je pense à toi, ton cœur est ma caserne ; ton souvenir est ma luzerne. Je t'aime. Tes mains et mes souvenirs font sonner à toute heure la fanfare. Ta bouche est une blessure ardente du courage. Tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus qui éclate au Nord ».
Comme Marcel PROUST, issu d'une moyenne bourgeoisie déclassée, reluquant du côté de la haute société, le Foutankais, le Parisien de Danthiady, est retourné en pèlerinage à Juan-les-Pins et à Antibes, escortés de mes deux poussins, nous avons longé l'avenue du maréchal Juin, sur les bords de bords jusqu’au Cap d'Antibes, en passant devant l'hôtel Saint Roch, les stars de cinéma du festival de Cannes comme les musiciens de Jazz y logent.
Après le Cap d'Antibes, les plages, le marché et la murailles, la ballade au sein de la vieille ville d'Antibes a permis de découvrir à travers différentes plaques que des artistes et écrivains y avaient résidé. Je tombe nez à nez avec Mme Alice BOTERO, de la rue de la Pompe, une ancienne coiffeuse pendant 44 ans qui me raconte que sa tante, Marie GRASSINI, avait été la femme de ménage de Pablo PICASSO (1881-1973, voir mon article. «Dommage qu'elle n'ait pas conservé tous les mots qu'il lui laissait, des instructions pour son travail» me dit-elle. Marie BOTTERO était là voisine de l'artiste peintre et photographe japonais Eiichi AOKI, (1948-2015).
Cannes, le 19 août 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 23:16
«Honfleur, dans le Calvados, une pittoresque vieille ville de Normandie» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Située entre deux collines, Honfleur au pays d’Auge, non loin du Havre, de Rouen et de Trouville, chef-lieu du canton du Calvados, en Normandie, une ville médiévale est bien carte postale, intégralement conservée, pittoresque en raison de ses ruelles étroites pavées propices à la flânerie, de ses maisons à colombages, de son église médiévale du Xième siècle, son Café des artistes et de son port historique. «C’est entre les collines touffues et escarpées qui franchissent l’estuaire de la Seine qu’Honfleur a niché, en des rues tortueuses, ses maisons étroites et ses choppes rustiques aux façades sculptées en bois. Le port que les hommes ont creusé est la raison d’être de la cité» écrit en 1933, Raymond Jean LABEYRIE, dans «En parcourant Honfleur».
La signification du nom de cette ville, Honfleur, est incertaine : «L’origine de Honfleur est comme celle de beaucoup de villes en France, un mystère impénétrable à la sagacité humaine» écrit, en 1834, l’abbé Pierre VASTEL. dans son «Essai sur l’histoire de la ville de Honfleur». En effet, «Si cette ville, dont l’origine est inconnue, n’offre aucune curiosité, aucun monument digne de remarque, on ne peut refuser à ses environs, les plus rapprochés, un tribut de légitime admiration. Honfleur n’est plus rien depuis que le Havre est quelque chose. Cependant de grands travaux ont été entrepris pour améliorer son port et le rendre accessible. Ce port est en lutte continuelle avec un ennemi qui triomphe de tous les efforts de l’art. Cet ennemi, c’est la vase qui encombre et obstrue son chenal et oppose ainsi des difficultés incessantes à la navigation» écrit Joseph MORLENT. Les Armoricains commerçaient avec les Anglais, le cuivre, l’étain, les peaux de bêtes et les esclaves. Puis vinrent les invasions normandes du IXème siècle, le pays d’Auge fut rattaché à la Normandie. La fondation de Honfleur remonte-t-elle au Xième siècle ou bien avant ?
«L’acte de naissance est comme perdu. Les origines de Honfleur sont là, se dressant devant nous, comme une montagne infranchissable. Le Xème siècle est, pour nous, cette étoile qui commence, par sa lumière, à faire contraste avec les ténèbres du passé.» écrit, en 1867, un enfant de Honfleur dans son «histoire de Honfleur». Cependant, des théories audacieuses ont été échafaudées à d’expliquer l’origine du nom de la ville de Honfleur. THOMAS pense que la première dénomination de la ville serait «Ohn-flusst», un mot celte ; l’évêque DAVRANCHES estime que ce serait «Ohne-Flou» ou «Ohne-Fleu». Pour René LEPELLEY, linguiste, Honfleur aurait une consonnance viking, en ancien scandinave, «Hornfloth» signifierait «l’embouchure du tournant» en référence à l’estuaire de la Seine. Honfleur serait donc une dégradation en français de ces appellations. En 1104, Robert 1er, seigneur de Honfleur, à sa mort, fut remplacé par son fils, Guillaume II. Captif au Kent, qu’il voulait conquérir, y meurt en 1138. Honfleur fut alors annexé à la couronne d’Angleterre jusqu’en 1204. La ville fut fortifiée. Quand Jean Sans Terre fit assassiner à Rouen, son neveu, Arthur, Philippe AUGUSTE engagea la guerre contre les Anglais qui finiront par quitter la Normandie, jusqu’au milieu du XIVème siècle. Les RONCHEVILLE prirent le pouvoir à Honfleur. A l’extinction de cette dynastie, ils seront remplacés par la famille de LAROCHE-GUYON. En 1346 les troupes d’Edouard III prirent et pillèrent Honfleur. Un traité de paix sera conclu le 19 mai 1360, à Brétigny.
Au XVIIIème quand la paix et la stabilité seront retrouvées, grands navigateurs, les Honfleurais vont se livrer à un commerce sordide, celui de la traite négrière. L’opération consiste à envoyer des bateaux le long des côtes africaines, à les charger d’esclaves (capturés et vendus par les royaumes noirs) puis à aux Antilles ou aux Amériques, pour travailler dans les plantations de coton ou de sucre. En moyenne, quatre bateaux négriers quittent Honfleur par an et le rythme s’accélère. Au début de la Révolution, Honfleur se hisse au rang de 3ème port négrier de France, derrière Nantes et Le Havre. A partir de 1825, Honfleur est progressivement délaissé pour les Antilles où sévit l’esclavage et la culture du café ou de la canne à sucre. En effet, à l’abolition de l’esclavage, la ville de Honfleur entre dans une grande récession, accentuée par le développement du port du Havre. De nos jours, le tourisme est devenue une vraie manne financière pour Honfleur, une ville épargnée par les bombardements pendant la Deuxième guerre mondiale.
Honfleur, ville remontant au Xème siècle, avec ses franchises et privilèges, dispose d’archives bien tenues depuis 1450 : «On s’applique avec plus de goût et plus de soin à recueillir ce qui reste des temps anciens ; à conserver les souvenirs et touchants de ce qui a vieilli, à faire revivre ce qu’on a connu, aimé et perdu» écrit Charles BREARD (1839-1913), écrit, en 1900, «Vieilles rues et vieilles maison de Honfleur». Dès le 18 décembre 1627, d’occuper les rues ou places publiques, et donc de ne pas empêcher le libre passage. A partir de 1629, l’administration communale entreprit le nettoyage de celles-ci. Les effets vestimentaires au XVIIème siècle étaient rudimentaires «Honfleur est un pauvre ville de pêcheurs qui n’est guère remarquable que les vêtements bizarre, mais utiles, que portent les bonnes femmes. Ces vêtements sont des peaux d’ours ou d’autres animaux» John EVELYN (1620-1706), écrit en 1644, dans son journal. Les vestiges des murailles de Honfleur rappellent l’occupation pendant 33 ans de la Normandie par les Anglais, dont 10 ans, sous le règne de Charles VII dit «Le Victorieux» ou «Le Bien servi» (1403-1461). En 1562, à la suite de 2700 coups de canons, les fortifications s’effondrèrent. Les vieilles maisons ou certains édifices (Les tours, le Port, l’église Sainte-Catherine), datant du XVIème siècle, ont été largement conservées avec leur nom de rues. Pourtant, en ces temps reculés, «les habitants de Honfleur sont habitués à vivre de peu de choses. Ils se distinguent par une grande simplicité de mœurs. Les plaisirs essentiels sont la table, la chasse, la musique, les jeux de société et les bals» écrit, en 1853, Joseph MORLENT (1793-1861) dans «Nouveau guide du voyageur au Havre, à Honfleur». La réclamation de l’impôt ou autres taxes a été souvent une source de discorde. Les habitants de Honfleur n’ont jamais apprécié les percepteurs. Le curé de l’hôpital de Sainte-Catherine s’insurge contre les religieuses qui voulaient «se soustraire à son autorité spirituelle» écrit BREARD. Les marchés bien achalandés et attirant les paysans des alentours sont également une source de nuisance. Aussi, en 1683, les religieux réprimandent ces campagnards qui «viennent tous les jours, exposer dès minuit, dans le carrefour des Logettes, des cerises et autres fruits à noyau, ce qu’ils ne peuvent faire qu’en troublant, par leur grand bruit, à une heure indue, le repos de tous les bourgeois» écrit-il. Les cahiers de doléances des habitants de Honfleur, pendant la Révolution, s’attaquent aux prérogatives des officiers municipaux, mais, en même temps, permettent de juger de «l’énergie du corps municipal, pour conserver au Tiers-Etat, la libre expression de ses revendications et de ses vœux» écrit Albert BLOSSIER. En effet, avant la Révolution, le baillage agricole (pommiers et cidre, melon), de pêche, artisans et commerce (drapiers, merciers, cordonniers) de Honfleur avait un gouverneur et un lieutenant du Roi. En 1754, ville fortifiée il y avait encore un major, des aides-majors, un capitaine de portes et un porte-clés. Disposant d’un dépôt de sel, avec une juridiction du grenier du sel s’étendant sur 46 communes, il y avait un receveur, une brigade coiffée par un capitaine. Par ailleurs, de nombreux militaires y séjournent, comme un détachement du corps des Grenadiers de France, ainsi que des milices chargées de la sécurité de la population. Tout cela faisait que les habitants devaient s’acquitter de lourds impôts. L’accaparement des fermes et herbages, ainsi que différentes dimes issues de droits seigneuriaux, (garenne, gravage, pêche) faisaient que la mendicité est devenue un fléau à Honfleur. L’exemption de la taille est devenue une importante revendication.
En raison de l’ancienneté de cette ville, de son port et de sa gloire, d’illustres personnages ont séjourné ou visité Honfleur. Edouard III, Charlemagne, Louis XI, Louis XIII, Louis XVI, Napoléon se sont rendus à Honfleur. Françoise SAGAN (1935-20024) et Michel SERRAULT (1928-2007) font partie des grands admirateurs de Honfleur. Le président Emmanuel MACRON a pris l’habitude de s’y rendre lors du week-end de la Toussaint. Auparavant, c’est une ville tout d’abord réputée, au départ, comme étant un repaire de grands navires et de corsaires. Charles BREARD, dans un livre daté de 1897, a dressé une série de biographie de ces personnages historiques, comme BARBEL (1625-1680), Jean-Baptiste BAUSSARD (1752-1833), Pierre BERTHELOT (1600-1638), Elie CHAUDET (1540-1572), Pierre de CHAUVIN (1589-1603), Jean-Baptiste DEGAULLE (1732-1810). Samuel CHAMPLIN est celui a exploré l'académie et le Canada en 1608. «Nous n’avons pas le droit de revendiquer de grands hommes, mais des marins, des pilotes audacieux, de vaillants officieux. Avec eux, on eût certains triomphes de Louis IX ; avec eux on alla visiter le Brésil peut-être le Cap de Bonne-Espérance sous Louis XII ; explorer l’Amérique septentrionale, le golfe et les bouches du Saint-Laurent au temps des voyages de Jacques Cartier ; fonder le Québec, en 1608, au cours du second voyage de Champlain. Après leurs expéditions, on conçoit que les Honfleurais, tout en restant au second rang, aient joui d’une assez grande réputation» écrit Charles BREARD.
Sans doute le corsaire le plus célèbre est Jean-François DOUBLET (1655-1728). L’obscurité de sa date de naissance, calculée à partir de son embarquement clandestin, à 7 ans et 3 mois, pour accompagner son père au Canada, n’a pas permis d’établir, avec exactitude, ses descendants à Honfleur, suivant Charles BREARD. C’était l’un des 16 enfants, d’un bourgeois de Honfleur, dénommé François DOUBLET, un apothicaire devenu marchand. Sa mère, Madeleine FONTAINE, fille d’un tabellion royal en la vicomté d’Auge. Jean-François DOUBLET se maria, en 1692, à Saint-Malo, et eut une fille, Jeanne Rose, née 1693. Il a navigué dans les mers pendant plus de 50 ans. D’abord précieux auxiliaires des chefs d’escadre, pilote habile, il a travaillé avec Jean BART. Jean-Baptiste COLBERT le prit sous sa protection et le recommanda à l’abbé Guillaume DENYS, pour son école d’hydrographie, à Dieppe, pour les ports militaires et marchands. «Officier marinier et capitaine marchand, il trafiqua avec des chances diverses, corsaire et commandant de frégates, il fut l’adversaire redoutable du commerce ennemi» écrit Charles BREARD. Après la guerre contre les Anglais, devenu libre, Jean-François DOUBLET se mit au service des Espagnoles et des Portugais. Après 1711, il se retira à Honfleur. Ensuite, Honfleur est une ville d’artistes. Eugène BOUDIN est maintenant reconnu comme étant un artiste majeur et surtout précurseur de l'impressionnisme. Il a joué sur les différentes couleurs dans la journée. Aussi Honfleur lui a dédié un musée. Ainsi, André-Ernest-Modeste GRETRY (1741-1813), un Français d’origine liégeoise, maître de l’opéra-comique, y a composé, dans le presbytère de l’église Sainte-Catherine, en 1778, deux opéras : «Les amants jaloux» et «Les événements imprévus». L’académie de musique de Liège porte son nom.
Sans doute, le musicien le plus célèbre de cette ville est Erik SATIE (1866-1925), compositeur. Figure étrange, déroutante et originale, Erik SATIE «a pratiquement inventé un mode d’expression qui lui est propre. La seule clé de ce langage personnel est le caractère de l’artiste qui l’inventa. En effet, le plus souvent, l’analyse des partitions n’apporte guère d’éclairage sur la substantifique moelle de cette musique qui ne se laisse en aucun réduire à des catégories formelle ou autre considération de langage musical. Dilettante, obsessionnel, procédurier, imaginatif, pince-sans-rire, drôle, susceptible à l’excès, solitaire et précurseur malgré lui, pauvre et bon vivant, Satie compose une musique, mais non simpliste, néo-classique, sans être académique» écrit Rollo MYERS, un de ses biographes, en 1948. Ce musicien de gauche, désargenté et alcoolique, est né le 17 mai 1866, à Honfleur, de Jane Leslie ANTON (1838-1872), une londonienne d’origine écossaise ayant épousé Jules Alfred SATIE, un catholique et courtier maritime. C’est une fratrie de 5 enfants : Olga (1868-1948), Conrad (1869-1938) et Diane (1871-1872). Pour des questions religieuses, les grands-parents d’Erik désapprouvant ce mariage, son père s’installe en 1870, à Paris. A la suite de la mort de sa mère, en 1872, Olga est confiée à une famille du Havre, et Erik et son frère retourne à Honfleur, le père, déprimé, voyageant à travers l’Europe. Erik étant attiré par la musique, ses grands-parents l’inscrivent au cours de Gustave VINOT, organiste et maître de chapelle. En 1878, sa grand-mère meurt d’hydrocution à la plage de Vasouy, près de Honfleur, aussi le petit Erik repart vivre à Paris. Déscolarisé, il bénéficie de cours privés. Son père, se remarie, le 21 janvier 1879, à Eugénie BARNETCHE, enseignante, pianiste et compositrice ; la famille déménage dans le 8ème arrondissement, 2 rue Constantinople, près du conservatoire de musique et de déclamation. En 1887, Erik SATIE est engagé au Chat Noir, à Montmartre, en qualité de pianiste et y retrouve Alphonse ALLAIS, humoriste, conteur et poète, natif également de Honfleur. Il fréquente aussi, à Paris, d’autres établissements, comme l’Ane rouge, l’Auberge du Clou et se lie d’amitié avec Claude DEBUSSY, une amitié complexe et sulfureuse. Parmi ses œuvres célèbres, il y a en février 1888, les «Trois Gymnopédies», des fêtes à Sparte en l’honneur d’Apollon. Il y aura les «Ogives» et les «Sarabandes». Il participe à l’Exposition universelle du 5 au 31 octobre 1889, à Paris. Erik SATIE est mort, Arcueil, le 6 juillet 1925, d’une cirrhose.
L’historien, Charles BREARD (1839-1913), auquel je me réfère abondamment, a rendu un vibrant hommage à Honfleur, sa ville natale, à travers différents ouvrages, bien documentés, qui n’ont pas pris une ride. Je vous renvoie à la bibliographie. Stéphane MALLARME (1842-1898), poète, chef du mouvement symboliste, a résidé à Trouville et à Honfleur, à partir de 1892. «Vers de circonstance» paru en 1920, fait référence à ce séjour. «Honfleur est un pays merveilleux, jamais autant de verdure jointe à l’eau qui, sans être la mer du large, enchante : le vieux petit port normand, les eaux fortes. Si ma femme n’était pas malade, nous serions heureux ici» écrit-il le 7 août 1892, à James McNeill WHISLTER. D’autres écrivains célèbres ont vécu ou sont nés à Honfleur, comme Jean-Charles-Emmanuel NODIER (1780-1844), écrivain, romancier académicien, Henri de REGNIER (1864-1938), poète, essayiste et romancier, Gabriel REUILLARD (1885-1973), écrivain et journaliste de Rouen, Albert SOREL (1842-1906).
Lucie DELARUE-MARDRUS (1874-1945), poétesse, née à Honfleur le 8 novembre 1845 et morte à Château-Gontier, le 26 avril 1945, est la fille de Georges DELARUE (1841-1910) et de Marie-Louise JAZET (1841-1917). Surnommée «la prince Amande», le maréchal Philippe PETAIN voulait la marier, mais elle épousera, le 5 juin 1900, à Paris 2ème, Joseph-Charles MARDRUS (1868-1949), un poète, traducteur et orientaliste. Lucie DELARUE-MARDRUS-a rendu hommage à sa ville, Honfleur : «Honfleur, ma ville de naissance, que j’aime plus que de raison, je te reviens de l’horizon, ayant mené loin mon enfance. Je t’avais dans l’âme et la chair, et j’ai quitté ta jetée, ce n’est qu’à tout jamais hantée par ta grisaille sur la mer» écrit-elle, en 1908, dans le poème «Chant de retour». De nombreux auteurs poèmes sont dédiés à Honfleur, notamment le Port, Soir d’Honfleur. Mais le poème, «De Honfleur» est spécialement en hommage à sa ville : «Honfleur, ma ville, je te vois du haut de ta colline, ô pluvieuse, ô grise, entre les flots pressés de ta mer qui se brise et le moutonnement terrien de tes bois. Que de fois, devant d’autres villes, j’évoquais tes contours tout immatériels, parmi l’Afrique fauve et ses blancheurs faciles, te voici donc enfin devant mes yeux réels» écrit Lucie DELARUE-MARDRUS. L’auteure fait référence aussi au voyage, au désert, à l’Afrique, à la nostalgie notamment dans une série de poèmes intitulés «Premier Islam», «Paroles sur Carthage» ou «Barbaresque». Peuple de voyageurs, les Honfleurais connaissaient le continent noir : «Je m’en irai bien loin des villes où vous êtes, sans revoir et sans adieu. Je m’en irai hors de vos glas européens et vos fêtes, ouvrir mes yeux de Pharaon doré. L’Afrique où l’air a le goût des bananes ou des dattes, me tend ses sables éblouis. J’aimerai ce pays qui n’est pas mon pays. Je le posséderai dans mes mains musulmanes» écrit-elle dans «Aux Quittés». Née à Honfleur, au 44 rue des Capucins, devenu un hôtel, «Chez Lucie», la famille de Lucie DELARUE-MARDRUS est allée s’installer, partir de 1880, à Paris puis à Saint-Germain-en-Laye, mais la poétesse y revient régulièrement : «Honfleur, ma ville de naissance, que j’aime plus que de raison, je te reviens de l’horizon, ayant mené loin mon enfance. Ailleurs, il fait parfois bon vivre, mais toujours ville des prés verts, on est un peu ton marin ivre, qui tangue à travers l’univers. Quand on naît monarque, monarque on reste jusqu’au bout» écrit-elle dans «Chant de retour». Dans un autre ouvrage, «Souffles de tempête», paru en 1918, après la Première guerre mondiale, Lucie DELARUE-MARDRUS rend hommage à la richesse architecturale de Honfleur, sa Chapelle Notre-Dame de Grâce, l’église Sainte-Catherine, le Pavillon de la Reine : «Je n’ai jamais vu la fin de mes ravissements, Honfleur tout en ardoise, où pourtant je suis née, Oh ville riche d’éléments. Rien de bon, de pur, pour cette ville-ci ! Je l’aime simplement comme on aime son père et sa mère» écrit-elle dans le poème, «Honfleur».
Alphonse ALLAIS (1854-1905), écrivain, journaliste, conteurs et humoriste, est né le 20 octobre 1854, à Honfleur. Il ne voulait pas être pharmacien comme son père, Charles ALLAIS (1825-1895), et collabore avec le Chat noir, à Paris et publie de nombreuses nouvelles. Son recueil de 44 contes, publié en 1894, sous le titre «Rose et Pomme-vert», tout commence dans l’horreur. Dans un petit jardin contigu à la voie, un homme jeune encore était pendu à un arbre fruitier. Jonchant le sol, tout près, une dame en costume d'amazone, un revolver au poing, venait de se tuer, probablement pour ne pas survivre au monsieur pendu. À deux pas, sur le gazon, une femme entièrement nue, le ventre ouvert, les intestins au soleil, les yeux démesurément agrandis par la terreur. En fait, Alphonse ALLAIS ne cesse, dans «Rose et Pomme-vert» d’évoquer des scènes de la vie de sa ville natale, Honfleur. Candidat malheureux aux élections législatives d’août 1893, Albert Caperon, dit le Captain Cap, présente un programme résolument antibureaucratique et anti-européen. Il souhaite également transformer la place Pigalle en port de mer. Publié en 1902, Captain Cap, en fait un ami d’Alphonse ALLAIS, a été considéré comme l’un des grands chefs-d’œuvre de la littérature humoristique. En effet, «Le Captain Cap» est un personnage hallucinant, ancien aventurier des mers et du Far-West, qui rentre en France et se lance dans la politique pour lutter contre le mensonge, l'hypocrisie, la fraude et la bêtise. Armé d'un humour absurde et d'une batterie de cocktails antidépresseurs, il déboulonne les fausses valeurs de la France éternelle. Captain Cap affirme vouloir combattre la bureaucratie et être anti-européen. Et s'il part vers les Amériques, à l'âge de dix-huit ans, c'est parce qu'il est las de combattre en vain l'indécrottable esprit bureaucratique européen. Alphonse ALLAIS est un maître des écrits loufoques, acerbes, humoristiques, mais dont la verve est empreinte d'un sérieux proche de l'humour anglais. Le personnage de Captain Cap, homme créatif et probablement mégalomane, mythomane, mais si sympathique et cynique à la fois, fustige les mensonges, la mauvaise foi et les belles promesses de la classe politique. Alphonse ALLAIS est un véritable pince-sans-rire dont le fils naturel littéraire pourrait être Pierre DAC (1893-1975). «Avant d'éblouir le peuple en lui promettant de l'eau chaude, il faut lui fournir des récipients pour la recueillir» écrit-il dans «Le Captain Cap».
Charles BAUDELAIRE, (1821-1867), auteur des «Fleurs du Mal», précurseur du symbolisme, bien que natif de Paris, séjourne régulièrement à Honfleur, à partir de juin 1857. Sa mère, Caroline AUPICK née DUFAYS (1793-1871), après son remariage le 8 novembre 1928, avec le général Jacques AUPICK (1789-1857), un homme d’esprit étroit, a vu les relations de son fils, un rebelle, bohême et homosexuel, avec son beau-père, se dégrader, considérablement. La famille s’installe à Honfleur, à la rue de Neubourg, devenue rue Alphonse Allais, une demeure surnommée par Charles BAUDELAIRE, de «Maison joujou», achetée le 7 mars 1855. Il y compose le poème «voyage» : «J’ai fait un long poème à Maxim Ducamp, qui est à faire frémir la nature, et surtout les amateurs du progrès» écrit-il, à Honfleur, le 21 février 1859 à Charles ASSELINEAU. Il entretient une importante correspondance avec sa mère, à laquelle Charles BAUDELAIRE est particulièrement attaché.
 Je suis allé à plusieurs reprises à Honfleur,  à chaque fois c'est en coup de vent. Cette fois-ci j'ai décidé d'y rester quelques nuits pour flâner dans la ville, avec ses colombages est majestueux.  A l’hôtel l’Ecrin, un vieux manoir normand, 19 rue Eugène Boudin (hotel.ecrin@honfleur.com), on est accueillie comme un duc de Normandie.
Références bibliographiques
ALBERT-SOREL (Albert), Lucie Delarue-Mardrus, sirène de l'Estuaire née-native de Honfleur, Éditions de la Lieutenance, 1999, 125 pages ;
ALLAIS (Alphonse), Le Captain Cap : ses aventures, ses idées, ses breuvages, Paris, La Table ronde, 1997, 308 pages ;
ALLAIS (Alphonse), Rose et Pomme-vert, Paris, Ollendorff, 1894, 328 pages ;
BLOSSIER (Albert), Cahiers de doléances du baillage de Honfleur pour les Etats généraux de 1789, Caen, Imprimerie E. Adeline, G. Poisson, 1913,  207 pages ;
BREARD (Charles), Jean Doublet de Honfleur, lieutenant de frégate sous Louis XIV, Paris, Perrin, 1887, 302 pages ;
BREARD (Charles), Le vieux Honfleur et ses marins. Biographies et récits maritimes, Paris, Alphonse Picard, 1885, 421 pages ;
BREARD (Charles), Les archives de la ville de Honfleur. Notes historiques et analyses de documents, Rouen, Imprimerie Cagniard, 1897, 374 pages ;
BREARD (Charles), Vieilles rues et vieilles maisons de Honfleur du XVème siècle à nos jours, Honfleur, Société normande d’ethnographie et d’art populaire, 1900, 350 pages ;
CARADEC (François), Alphonse Allais, Paris, Belfond, 1994, 552 pages ;
CATHERINE (André), Histoire de la ville et du canton de Honfleur, 1864, 404 pages ;
CHOUARD (Robert), Lucie Delarue Mardrus, comtesse de Normandie, Lexo Imprimerie, 1994, 72 pages ;
COTE (Jean-François), Lucie Delarue-Mardrus. Femme de lettres oubliée, mémoire sous la direction de Alain Baudot et Marie-France Silver, Université York, Toronto, avril 1999,  97 pages ;
DELARUE-MARDRUS (Lucie), «Mes mémoires. Souvenirs littéraires», Revue des Deux-Mondes, mars 1938, tome XLIV, pages 71-107 et pages 385-414 ; doc BNF RF 56332, Paris, Gallimard, 1938, 329 pages, non réédité ;
DELARUE-MARDRUS (Lucie), Figure de proue, Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle éditeur, 1908, 294 pages ;
DELARUE-MARDRUS (Lucie), L’Ex-voto, Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle éditeur, 1922, 297 pages ;
DELARUE-MARDRUS (Lucie), Souffles de tempête. Poésies, Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle éditeur, 1918, 298 pages ;
DEVILLE (Etienne), Honfleur, Paris, H. Laurens, 1923, 64 pages ;
EVELYN (John), The Diary of John Evelyn. From 1641 to 1705, édités par William Bray,  Londres, W.W Gibbins, 1890, 619 pages, spéc page 56 ;
GINER (Bruno), Erik Satie, Paris, Bleu Nuit éditeur, 2016, 176 pages ;
HARRY (Miriam), Mon amie, Lucie Delarue Mardrus, Paris, éditions Ariane, 1946, 210 pages ;
HOUSSAYE (Henry), Honfleur, la ville sur le flot, petite histoire de la ville de Honfleur. Des origines à nos jours, Paris, 1964, 102 pages ;
JEAN-AUBRY (Georges), Un paysage littéraire : Baudelaire et Honfleur, Paris, Maison du Livre, 1917, 63 pages ;
LEROY-ALLAIS (Jeanne), Alphonse Allais, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, Paris, Ernest Flammarion, préface d’Alfred Capus, 1913, 316 pages ;
MORLENT (Joseph), Nouveau guide du voyageur au Havre et dans les environs : promenades maritimes et pittoresques à Tancarville, Honfleur, Trouville, Etretat, Paris, Chez Mme Bertin, 1853, 202 pages, spéc pages  ;
MYERS (Rollo, H.), Erik Satie, traduit par Robert Le Masle, Paris, Gallimard, 1959, 200 pages ;
PLAT (Hélène), Lucie Delarue Mardrus, une femme de Lettres aux Années Folles, Paris, Grasset et Fasquelle, 1994, 305 pages ;
RAIMES (Gaston, de), Les croyances perdues, Paris, Alphonse Lemerre, 1882, 124 pages ;
SATIE (Erik), PICASSO (Pablo), Mémoires d’un amnésique, Paris, éditions Dynamo, 1953, 14 pages ;
TEMPLIER (Pierre-Daniel), Erik Satie, New York, Da Capo Press, 1980, 127 pages ;
THOMAS (Philippe-Pierre-Urbain), Histoire de la ville de Honfleur, Honfleur, 1840, E. Dupray,  432 pages ;
Un enfant de Honfleur, Histoire de Honfleur, Honfleur, Charles-François Libraire-éditeur, 1867, 274 pages ;
VASTEL (Pierre, abbé), Essai historique sur Honfleur, et la nouvelle chapelle de Notre-Dame de Grace, par LVCG, Le Havre, Imprimerie du Cercelet, 1833, 204 pages.
Honfleur, le 27 avril 2022 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 23:38
«Vive les vacances !» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Loin de mon Fouta-Toro, de ses terres arides et désolées où il ne pousse que du mil, du Folléré et des Niébé, le Midi de la France, sans le Mistral ou la Tramontane, ressemble bien à une contrée paradisiaque.
Point n'est besoin de descendre au Martinez ou au Negresco, un simple hôtel à deux étoiles, près de la gare, et à quelques mètres la Croisette, à Cannes, zone centrale pour aller notamment à Monaco et à Nice, nous a largement suffi. Quand on est un Foutankais on peut se suffire de peu.
Ces vacances sont également une sorte de pèlerinage. La première fois que je venais à Nice, il y a de cela plusieurs décennies, j'avais pris le train de nuit à la gare de Lyon à Paris 12ème, un bel arrondissement, et le train a roulé toute la nuit. Le tonton Samba Daouda NDIAYE venait d'ouvrir un petit restaurant sur l'avenue Guy de Maupassant, à Juan les Pins. Le soir, il rentrait à Nice et me laissant le studio au-dessus du restaurant. A moi la plage, les discothèques, et bien d'autres aventures. Quand on est jeune et insouciant, on peut ne pas dormir la nuit, et faire souvent le con. En ces temps-là, le festival de Jazz battait à fond la caisse et la musique résonnait bien sur l'eau, un phénomène acoustique époustouflant. Un soir, j'entends une nuée de fans crier, et puis un gars, bien maigre, courir au milieu de nombreux gardes du corps. Je réaliserai très tardivement que je venais de voir Miles DAVIS (1926-1991). Hélas les portables et Facebook n'existaient pas encore.
Jean-Philippe ne souvient pas de notre premier voyage ensemble à Nice. Du moins le seul souvenir qui lui reste ce sont ces galets de la place de Nice qu'il jetait et avait du mal à s'en débarrasser.
Avec le tonton Samba et un de ses amis, on aimait, après la fermeture du restaurant allait en pleine nuit à Monaco au Casino. Je voyais parfois au visage de cet ami, qu'un petit drame venait de se produire : il venait encore de perdre au jeu. Monaco, c'est le rocher, où se situe le château, les imposants bateaux de plaisance, le jardin botanique et ses cactus, la course automobile, le stade Louis II et bien sûr et toujours le majestueux casino, son ballet de voitures luxueuses ainsi que son jardin. De nos jours, Monaco, comme Nice et Cannes ce sont ces nombreuses caméras de vidéosurveillance qui épient ceux qui ne portent pas de masque et mettent une contravention aux automobilistes indélicats.
Antibes, son vieux port, sa tour, son musée Picasso, son marché, sa vieille ville, et surtout son cap, ses hôtels haut de gamme comme Éden Roc, et notamment ses villas somptueuses, il y a de quoi traîner ses guêtres.
A Cannes, contrairement à Nice, les plages ne sont pas en galets mais en sable fin. La Croisette, la nuit, c'est le ballet des artistes ; tous les anonymes écrasés par le poids des difficultés de la vie viennent se pavaner. Les musiques des plages privées auxquelles ils n'ont pas accès parviennent tout de même à leurs oreilles ; c'est déjà un réconfort et une forme de revanche de ces populations des quartiers de Cannes, car il y a aussi des pauvres à Cannes. La consommation se réduit à lécher des vitrines. Sans partir, ils peuvent crier «vive les vacances !».
Il faut le dire également Cannes, son Festival du cinéma, ses belles boutiques et ses paillettes, est une petite ville merveilleuse belle.
Les vendeurs à la sauvette, «les Bana Bana» et les tresseuses sont présentes sur la Croisette à Juan-les-Pins.
Il va falloir quand même après toutes ces considérations retourner à notre triste sort : métro boulot dodo.
Cannes,  août 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 21:52
Je ne veux pas parler de ce film policier de 2008, de Martin McDONAGH, «Bons baisers de Bruges», relatant la ballade cauchemardesque de deux tueurs à gages dans Bruges. Ce dont il est question cet été clément, c’est de Bruges, en Belgique, dans la Flandre occidentale, cette Venise du Nord, avec ses canaux, ses maisons colorées, ses porches voûtés, ses églises en pierres, ses rues pavées, ses balades en bateau ou en calèche, bref son charme désuet : «Bénies soient les vieilles villes, muettes et endormies, que nos agitations bruyantes croient flétrir du nom de villes mortes ! Elles seules nous gardent encore, avec leurs reliques de générations disparues, leur image et leur âme. C’est aujourd’hui, Bruges la Venise des Flandre qui nous appelle et nous invite» écrit Georges LAFENESTRE, dans son ouvrage «Les primitifs». Située à 15 km de la mer, riche de son commerce et de son tourisme, foyer de l’industrie belge, Bruges est célèbre pour ses chocolats, ses moules-frites, sa carbonade flamande, ses 500 variétés de bières (La Leffe et la Stella), sa dentelle. Mais Bruges, c’est aussi le berceau des arts avec son musée Groeninge de la peinture flamande. En effet, Jean Van EYCK (1390-1441), mort à Bruges, et son réalisme minutieux, Hans MEMLING (1430-1494), à Albrecht DURER (1471-1528), une synthèse de la peinture italienne et flamande, les peintres primitifs flamands sont à Bruges. Ville de 115 000 habitants, pour 138,5 km2, perle de l’architecte, bien colorée, Bruges, hautement touristique, est devenue a été érigée au patrimoine mondial de l’Unesco, depuis l’année 2000. En effet, il existe des lieux qui vous captivent, sans que vous ne puissiez tout à fait en saisir le pourquoi. Bruges est l’un de ces endroits. «Dans cette étude passionnelle, nous avons voulu aussi et principalement évoquer une ville, la ville comme personnage essentiel, associée aux états d’âme, qui conseille, dissuade, détermine à agir. Ainsi, dans la réalité, cette Bruges qui nous a plu d’élire, apparaît comme presque humaine. Un ascendant s’établit d’elle sur ceux qui y séjournent» écrit Georges RODENBACH, dans son roman, «Bruges-la-morte».
Le plus ancien document écrit, nommant cette ville, est une série de monnaies carolingiennes du IXème siècle où Bruges est orthographiée de différentes manières : «Brugga», «Bruggas» ou «Bruggia». Le nom de la ville de «Bruges», issu d'une contraction du mot flamand «Rugja », qui est le nom du cours d'eau qui y coulait, et du mot norvégien «Bryggia», qui signifie ponton ou embarcadère, atteste bien que Bruges avait des contacts commerciaux maritimes anciens avec le monde viking de la Scandinavie. A l’époque franque, une forteresse, appelé «Burg» y était construite. La tradition orale veut que, sous le règne de Mérovée, vers l’an 445,  que sur les ruines d’Oudenburg, détruits par les Huns d’Attila, se forma le bourg de Bruges, véritable château-fort érigé contre les incursions des barbares : «Il est certain que, vers le milieu du VIIème siècle, Saint-Eloi (588-660) vint prêcher l’évangile à Bruges, et y jeta les fondements d’une église, qui est, depuis lors, devenue la cathédrale Saint-Sauveur. (…) La direction de la route et l’emplacement de l’église, prouvent évidemment, que cette partie de la ville est bien le berceau de Bruges ; car là où il y a route, là où il y a église, là, nécessairement s’est concentré la population» écrit Alexandre COUVEZ dans son «histoire de Bruges». Suivant Hyppolite FIERENS-GEVAERT : «L’histoire de Bruges, jusqu’au Xième siècle, reste assez obscure et il est difficile d’y distinguer la réalité de la légende. Il est hors de doute que la cité dut son développement rapide à l’organisation des guildes et des corporations urbaines».
Suivant Tacite, la conquête de la Belgique coûta neuf années de combat et de travaux à César ; il ne lui fallu que de deux ans pour s’emparer des Gaules. Au IVème et Vème siècles, tandis que toutes les Gaules étaient déjà ou presque chrétiennes, les Belges étaient restés sous l’influence des superstitions germaniques, jusqu’au VIIème siècle. L’empire de Charlemagne commença à se disloquer sous le règne de son successeur, Louis Le Débonnaire, c’est à ce moment qu’émerge, en territoire politique, la Flandre, initialement qui ne recouvrait que Bruges. En 862, BAUDOIN 1er, dit «Bras de Fer», (863-879), reçoit en dot, à la suite de son mariage avec Judith de France (844-870), la fille aînée de Charles II, dit Le Chauve (823-877), un petit-fils de Charlemagne, les territoires de Flandre, alors sous juridiction de Bruges, et diverses autres contrées (le Mempiscus entre Lille et Gand, Seclin, Ostrévant, Cambrésis, Térouenne, Boulogne, Etamples, Vermandois, Hainaut, Brabant, Liège). «Les historiens nous désignent sous le nom d’homme de fer, de cœur inflexible, était de grande taille ; ses membres quoique souples et agiles, étaient nerveux et montraient sa force. Sa poitrine était velue, ses sourcils profondément arqués, tout en lui respirait l’énergie», écrit Le Comte d’Héricourt ACHMET de SERVIN, dans sa courte biographie sur BAUDIN. Suivant la légende, BAUDIN (Baldwin), avait reçu son surnom de «Bras de Fer», en raison de sa témérité, de son audace et de son courageux : «Ce chef, en traversant un jour l’Escaut, le diable surgit de l’eau, lui apparut et l’assaillit pour l’entraîner avec lui dans les flots ; mais, Baudin saisissant son épée, lui fit lâcher prise et reçut, pour cet exploit, le nom d’homme de fer» écrit Edward LE GAY dans son «histoire des comtes de Flandre».   BAUDOIN combattait souvent pour les rois Francs et connaissait notamment Compiègne et Senlis. En 861, fier et arrogeant, BAUDOIN enlève la belle princesse, Judith, mariée à 10 ans et veuve d’un vieux roi anglais de Wessex (Aetelwulf), au monastère de Senlis, en fait sa femme et la présente au Pape. A la mort de Charles Le Chauve, la charge devient héréditaire, dans la maison de Baudouin. On raconte que BAUDOIN aurait triomphé des troupes royales françaises, qu’il aurait remporté une seconde victoire, puni les évêques et les guerriers qui avaient conseillé à Charles Le Chauve de lui faire la guerre, dicté ses conditions et qu’il serait ainsi devenu le soutien fidèle de la France. Charles Le Chauve, ambitieux, mais très faible, craintif à l’excès, trop préoccupé à lutter contre les Normands et n’ayant pas confiance en ses enfants ; la France lasse de ces guerres continuelles et aspirant au repos. Charles Le Chauve, impuissant, se contente, par l’intermédiaire des évêques de Soissons, de lancer une excommunication contre BAUDOIN, ce qui, en fait, lui laissait presque le champ libre dans la conquête du pouvoir à Bruges. La Flandre entre donc ainsi dans l’ère féodale. Avant sa mort, Baudouin Ier fortifie Arras, Gand et Bruges,, sa capitale, où il fonde, selon la légende, l’église Saint-Donat, à l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à la Vierge.
Les hauts lieux de tourisme de Bruges sont notamment, la «Grote Markt» (Grande place), simplement appelée «le Markt», où se situe le beffroi, un art gothique du XIIIème XVème siècle, avec ses 366 marches, culminant à 83 mètres. Le beffroi comporte une horlogerie et un carillon sophistiqué, avec 47 cloches. On trouve sur le Markt les statuts de Jan BREYDEL, de la corporation des bouchers et artisans, et de Pieter de CONINCK, un tisserand, symboles de la résistance contre Français. En effet, en 1301 à la suite de la conquête de la Flandre par Philippe Le Bel (1268-1314), les Brugeois se révoltent le 18 mai 1302 et assassinent plus de 1000 soldats Français dans leur sommeil. On ne peut pas manquer le «Provinciall Hof» ou Palais du Gouverneur, un bâtiment néogothique de 1887, établi sur une ancienne de marché, «le Burg», une ancienne forteresse pour défendre les Brugeois des invasions des Vikings ; c’est là où se situent notamment l’hôtel de ville de style gothique et l’église romane de Saint-Sang, ainsi que l’ancien marché aux poissons. La ballade dans les canaux est incontournable.
Bruges a une église, dénommée aussi «Notre-Dame», et datant du XIIIème siècle, d’un style néogothique, avec la plus haute tour du monde, de 122 mètres. Si l’on en croit Robert de BEAUCOURT, cette église tire son origine d’une petite chapelle construite, en 745 par Saint BONIFACE, dont un pont porte le nom, de nos jours ; elle fut, progressivement agrandie, embellie et reconstruite à la gloire de Marie. Lideric FORESTIER l’aurait faite rebâtir en l’an 801 et BAUDOIN Bras de Fer, premier Comte de Flandre, l’aurait achevé cinquante après. Restée longtemps sous la juridiction de la chapelle d’Utrecht ; c’est Radhobe, évêque de Noyon et Tournay, qui l’a érigée, 1091, église collégiale. Le Pape l’a confirmé en l’an 1102. Gummarus en devient le premier prévôt.   Charles Le Téméraire, Duc de Bourgogne (1433-1477) et sa fille unique, Marie de Bourgogne (1457-1482), morte à la suite d’une chute d’un cheval, y sont inhumés. Son corps resta enseveli dans l’église de Saint-Georges, à Nancy, jusqu’en 1550, où l’Empereur Charles QUINT (1500-1558), né à Gand, en Belgique, son petit-fils, le redemanda à la Duchesse douairière de Lorraine, pour lui ériger un tombeau à Bruges. La raison de ce transfert à Bruges, c’est que Charles Le Téméraire, duc de Bourgogne, à la mort de son père Philippe le Bon en 1466, en dehors de ses campagnes, réside à Bruges, Bruxelles et Malines. Il épouse en 1468, en 3èmes noces, Marguerite d’York, sœur d’Édouard IV, alors roi d’Angleterre. Le mariage est célébré à Damme, l’avant-port de Bruges, par l’évêque de Salisbury ; puis suivent pendant dix jours, à Bruges même, des fêtes fastueuses qui constituent une promotion éclatante de l’État bourguignon, dominant alors Bruges : «C’est sous les ducs de Bourgogne que Bruges atteignit l’apogée de sa splendeur et de sa prospérité. Sous le gouvernement de ces princes, amis du luxe, des arts et des lettres, les relations commerciales de nos grandes villes avec les pays étrangers prirent une extension extraordinaire : nos provinces étaient en rapport directs avec les côtes d’Afrique et les principaux ports d’Orient» écrit Jules SAINT GENOIS dans «Les voyageurs belges».
Je ne savais pas que Bruges avait une relation particulière avec l’Afrique, depuis le moyen-âge, jusqu’à ce que je prenne connaissance des écrits de Charles de la RONCIERE (1870-1941), un éminent historien et bibliothécaire. En effet, Bruges, dès le XIIIème siècle, recevait des produits du Sahara, notamment les dattes de la ville de Sidjilmassa (ville actuelle de Rissani, au Maroc). Les navires lui apportaient la cire, et la pelleterie de Fez et les peaux d’agneau de Tunis, ainsi que les épiceries d’Egypte et du Soudan : «Fez renferme deux villes : la ville ancienne est populeuse, jusqu’à contenir 50 000 familles ; vers le centre du terrain qu’elle occupe, Fez se prolonge en formant une ville nouvelle située au dehors, et qui est entourée de murailles» écrit Arnold STEYTER, dans une lettre du 15 avril 1541 qui cite SAINT GENOIS, dans son ouvrage «Les voyageurs belges» page 222. En 1470, Portinari, une maison commerciale de Bruges, avait tenté de fonder un comptoir à Tombouctou. Au XVème siècle, un navigateur flamand, Geeraet de CONINCK ou LE ROY, avait abordé la grande île de Madagascar. Les navigateurs belges se rendront aussi, dans les îles du Cap-Vert.
La ville de Bruges est étroitement liée à l’histoire de France : «Il est à présumer que pour se garantir contre les incursions journalières des barbares du Nord, les habitants de la ville naissante n’auront pas hésité à recevoir une espèce de protectorat des rois Francs qui avaient envahi la Gaule» écrit Alexandre COUVEZ dans son «histoire de Bruges». Je comprends un peu mieux sur les blagues sur les Belges, cousins à plaisanterie, pour les Français.  En effet, la Belgique a été occupée par les Français et les Hollandais, et n’a été indépendante qu’en 1830, pour aller coloniser, à son tour, le Congo. Peu d’événements ont autant fait de bruit, en leur temps que l’assassinat, à Bruges, du Comte de Flandre, Charles Le Bon, le 2 mars 1127, par Robert Le FRISON. En effet, Charles Le Bon, fils de Canut, roi de Danemark, et d’Adèle de Flandre, succède, en 1119, à son cousin, le roi BAUDOIN VII. On découvre, à l’occasion d’un duel judiciaire, que la famille du prévôt de Bruges, Bertulf, est d’origine servile. Charles Le Bon réclame alors, en 1126, ses droits sur cette famille : «En se montrant partout, bon justicier, et prince impartial, qu’il se vit entouré bientôt de l’estime de toutes les gens de bien et surtout de l’amour du pauvre peuple» écrit Alexandre COUVEZ. Durant la famine rude de l’hiver 1115, Charles Le Bon avait réprimé la spéculation de certains nobles (Berthulf, prévôt de Saint-Donat, d’ascendance servile) qui profitaient de la misère du peuple. En raison de la haine que lui voue certains envieux, Charles Le Bon sera assassiné, à Bruges, dans l’église de Saint-Donat.  Charles Le Bon fut remplacé par Guillaume de Normandie, le 27 mars 1127. Louis VI organise une expédition pour venger la mort de Charles Le Bon. Galbert de BRUGES, qui a connu, personnellement, Charles Le Bon, nous a légué un ouvrage, en 1127, sur la mort de ce roi Français en Belgique. Des Brugeois, Josué Van den BERGHE et Jacques de BRUGES, ont obtenu, le 3 mars 1450, dans l’île de Terceire ou du Bon Jésus, aux Açores, sous domination portugaise.
Indications bibliographiques
ACHMET de SERVIN (Comte d'Héricourt), «Baudouin de Fer comte de Flandre et les pierres d'Acq», extraits, Mémoires de l’Académie d’Arras, Arras, 1861, tome XXXIII, imprimerie, A. Tierny, 1861, 29 pages ;
BARANTE (Amble-Guillaume, Prosper, Baron, de), Histoire des Ducs de Bourgogne, de la maison des Valois, 1364-1477, Paris, Ladvocat Librairie, 1826, 4ème édition, 424 pages, spéc Livre 7, sur Charles Le Téméraire, pages 1-173 ;
BEAUCOURT DE NOORTVELDE (Robert, de), Description historique de l’église Notre-Dame à Bruges, préface de Nicolas Boileau, Bruges, Imprimerie Joseph de Busscher, 1773, 343 pages ;
COUVEZ (Alexandre), Histoire de Bruges, et des événements dont cette ville a été le théâtre jusqu’à la Révolution française, Bruges, Imprimerie de Vandencasteele-Werbrouck, 1850, 326 pages ;
DE SAINT GENOIS (Jules, Baron), Les voyageurs belges du XIIIème au XVème siècle, Bruxelles, Imprimerie Wahlen, 1864, 227 pages ;
DESMULLIEZ (Janine) MILLIS (Ludo), «Histoire des provinces françaises du Nord», in sous la direction d’Alain Lottin, De la Préhistoire à l'an Mil, Westhoek (Belgique), éditions des Beffrois, 1988, tome 1, 256 pages ;
DESSART (Charles), Bruges, la Venise du Nord, Bruxelles, Ch Dessart éditeur, 1948, 70 pages ;
DOUXCHAMPS (Cécile) DOUXCHAMPS (José), Nos dynastes médiévaux, Wépion-Namur, José Douxchamps, 1996, 200 pages ;
DUCLOS (Ad), Bruges, histoire et souvenirs, Bruges, K. Van Vyvere-Petyt, 1910, 592 pages ;
DUMONT (Georges-Henri), Histoire de la Belgique, Bruxelles, Paris, Hachette, 1977, et éditions Verviers et Marabout Université, 1983, 536 pages ;
FIERENS-GEVAERT (Hyppolite), Psychologie d’une ville, essai sur Bruges, Paris, Félix Alcan, 1901, 189 pages ;
GALBERT de BRUGES, Histoire du meurtre de Charles Le Bon, Comte de Flandre (1127-1128), préface de M. Guizot, Paris, Henri Pirenne, Alphonse Picard, 1891, 202 pages ;
GILLIODTS-VAN SEVEREN (L), Inventaire des archives de la ville de Bruges,  Bruges, Edward Gaillard, 1873, tome IV, spéc page 8 ;
KERVYN de LETTENHOVE (Joseph, Marie, Bruno, Constantin, Baron de), Histoire de la Flandre féodale, Bruges, Charles Beyaert, 1898, 5ème édition, 259 pages ;
KURMANN (Peter), «L'architecture du gothique tardif en France et aux Pays-Bas», L'art gothique, Architecture, sculpture, peinture, sous la direction de Rolf Toman, éditions H. F. Ullmann, 2007, pages 183-184 ;
LAFENESTRE (Georges), Les primitifs à Bruges et à Paris, 1900-1902-1904, vieux maîtres de France et des Pays-Bas, Paris, Georges Baranger, 1904, 281 pages, spéc pages 91-146 ;
LE GLAY (Edward), Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la Maison de Bourgogne, Paris, Comptoir des Imprimeurs-unis, 1843, 466 pages ;
LECUPPRE-DESJARDIN (Elodie), Royaume inachevé des ducs de Bourgogne (XIVème-XVème siècles), Paris, Belin, 2016, 430 pages ;
MEYER de (Isaac Joseph), Origine des apothicaires de Bruges, Imprimerie de Félix de Pachetere, 1842, 85 pages ;
RODENBACH (Georges), Bruges-La-morte, roman, Paris, Ernest Flammarion, 1892, 221 pages ;
RONCIERE de (Charles-Marie), La découverte de l’Afrique au Moyen-âge, cartographes et explorateurs, Le Caire, Société royale de géographie d’Egypte, 1925, 175 pages ;
RONCIERE de la (Charles-Marie), Bruges et la découverte de l’Afrique au moyen-âge, Bruges, Imprimerie Veuve L. de Plancke, 1924, 12 pages, doc BNF, 8O3 1365 ;
VERHUTSL (A. E), «Les origines et l’histoire ancienne de la ville de Bruges (IX-XIIème siècles)», Le Moyen-Age, Bulletin mensuel d’histoire et de philologie, 1960, pages 37-63.
Bruges, le 16 août 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 18:17
La guerre de cent ans qui a duré de 1337 à 1457 opposant les Plantagenêt aux Valois, avait décimé presque toute l'aristocratie française. La place dite Trafalgar Square célèbre la victoire de l'Amiral NELSON d'octobre 1805 de la flotte anglaise contre celle de Napoléon.
En prenant l'Eurostar, à la gare à Paris Gare du Nord, on débarque en trois heures 20 minutes à Londres Saint Pancras, en plein centre-ville. La Grande-Bretagne n'est plus depuis longtemps une île. La Ratp est un partenaire des bus londoniens.
Mais les Anglais ne font presque rien comme personne. Ici à Londres ce n'est pas 2 heures, mais une heure de décalage par rapport à Dakar. Ils ont encore leur monnaie, la livre et les voitures roulent à droite. Autant dire quand on circule à pied, on n'a pas toujours le réflexe de regarder à gauche avant de traverser. En plus, il y a travaux au Parlement de Londres. Nous n'avons donc pas pu voir Big Ben.
 Cependant Londres est une ville bien vivante où la magie opère à chaque coin de rue. Les enfants m'ont imposé certaines visites. Jean-Philippe a souhaité la visite à Chelsea où Ngolo KANTE et Didier DROGBA sont les stars de ce prestigieux club de football. Arsinoé voulait aller au Musée de cire Madame TUSSAUD, fondé en 1835. La famille royale,  Bob MARLEY, Michael JACKSON, Nelson MANDELA, Barack OBAMA, Martin Luther KING, toutes mes idoles sont là. Il faut dire aussi que Marie TUSSAUD, née à Strasbourg en 1761, morte à Londres en 1850, a vécu pendant 9 ans, à Versailles, à la cour de Louis XVI.
Londres est une ville assiégée par les touristes chinois et indiens qui ont supplanté les Japonais ; les ressortissants de leurs pays en raison de leurs performances économiques, en profitent. Nous rêvons, un jour, que les Sénégalais, en raison des revenus du pétrole et du gaz à venir, soient aussi bichonnés que les Chinois et les Indiens. Tout le monde leur fait courbette dans les grands magasins, hôtels et restaurants. Les Français, en raison de la proximité géographique et de d'Eurostar, sont présents en grand nombre à Londres. Une sortie de l'Union européenne pourrait être dommageable pour le business anglais.
Londres est sur le plan culturel et artistique très animé avec ses nombreux théâtres, ses concerts, ses comédies musicales et concerts ainsi d'autres évènements.
Londres est une ville horriblement chère, mais en logeant dans les «Bed and Breakfast», en se déplaçant avec leur «Oyster Card», équivalent du Navigo à Paris et en sélectionnant ses restaurants, on peut limiter les dégâts.
Sur le plan architectural, en dépit des violents bombardements de Londres pendant la seconde guerre mondiale et du soutien de Churchill à la France, la capitale britannique est restée préservée. C'est un patrimoine architectural exceptionnel mélangeant harmonieusement le moderne et l'ancien.
Contrairement à la France républicaine, les Britanniques sont encore largement très attachés à la royauté. Elisabeth II, en fonction depuis 1926 (plus de 67 ans), a battu le record de longévité de la reine Victoria (63 ans au pouvoir). C'est une démocratie encore tolérante à l'égard des minorités musulmanes. Point de réglementation sur la laïcité, le burqa, le burkini.
Comment visiter Londres ?
Certains sites sont incontournables, comme Big  Ben, le palais royal, Trafalgar Square, le pont de Londres, le quartier de Soho, le musée de cire Mme TUSSAUD, Harry POTTER.
Pour ma part, c'est Virginia WOOLF (1982-1941), écrivaine du «Stream of Consciousness» (courant ou flux de la conscience), qui a le mieux décrit Londres. Son roman, Mrs Dalloway nous prolonge dans les ruines du temps, ce Londres du début du 20ème siècle, devenu intemporel. Dans l'obsession du rapport au temps que Virginia WOOLF nous décrit dans sa contribution littéraire on retrouve le Londres de son enfance, de sa vie adulte, de ses délires, mais aussi les codes et usages de la gentry anglaise à travers Mrs Dalloways. Londres, juin 1923. Ce soir-là, Mrs Dalloway donne une réception. Virginia WOOLF nous plonge dans les rues et dans les consciences de la capitale marquées par les coups retentissant de Big Ben. En toile de fond de l’intrigue qui rassemble les personnages les plus hétérogènes, Londres dégage une véritable présence, à travers Hyde Park, Regent avenue, Piccadilly. La vie des rues, le vacarme de la foule, le ballet des automobiles s’insèrent à la fois dans l’intrigue et dans les réflexions des personnages. C’est donc à travers son cheminement dans les rues de Londres que le lecteur découvre pour la première fois Mrs Dalloway. A travers les bruits, les odeurs, les rencontres de la ville, c’est le temps et même la vie qui semblent peser sur les personnages, les étreindre, les étouffer. La vie de Clarissa Dalloway, c’est la société mondaine londonienne et ses codes ; elle ne veut pas rater sa réception. Toute l’action du roman est marquée par cette réception qu’il lui faut organiser, comme pour remplir le silence et faire taire sa mélancolie. Finalement, elle apparaît comme prisonnière de ces mondanités, de cette vie dont elle n’est que spectatrice. 
Dans plusieurs de ses livres, Virginia WOOLF évoque les demeures de son enfance, dans ce Londres aristocratique ou parfois déjanté. Ses journaux intimes sont riches de détails tant sur les maisons qu'elle a habitées que sur les parcs et les squares qu'elle a fréquentés. Virginia WOOLF est née dans une maison victorienne sombre décorée de rouge et de velours cramoisi, au numéro 22, de Hyde Park Gate ; elle y a habité pendant 22 ans, jusqu'à la mort de son père c’est un cul-de-sac débouchant sur Kensington Road, à deux pas de Hyde Park. Après la mort de leur père, au moment où Virginia se remet d'un état de «démence», c'est sa sœur, Vanessa, qui établit le premier contact avec le quartier de Bloomsbury en choisissant le 46, Gordon Square. En 1907, avec son marie, ils emménagent donc au 29, Fitzroy Square, encore dans Bloomsbury. Au début de 1924, le couple s’installe au 52, Tavistock Square, non loin de Saint-Pancrasse, la gare actuelle de l’Eurostar.
Londres, le 2 août 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 13:11
A la Galerie de l'évolution au Muséum d'histoire naturelle, l'Afrique est bien représentée, à travers les nombreux animaux de la savane qui y sont exposés. En 1635, Louis XIII créé le Jardin Royal des Plantes Médicinales, dans le 5ème arrondissement de Paris, près de la Gare d’Austerlitz. En 1793, la Convention y ajoute le Muséum d’Histoire Naturelle. En 1889, lors de l’Exposition universelle, la Galerie de zoologie est ouverte, en même temps que la Tour Eiffel. On compte un Zoo, dans ce Jardin des Plantes.
L’origine du Jardin royal des plantes médicinales, ancêtre du Musée d’Histoire Naturelle en se rapporte pas seulement qu’aux goûts futiles de la royauté. Ce Jardin des plantes, ce Musée d’Histoire naturelle, est avant tout une inspiration des jardins antiques, chefs d’œuvre du génie de l’homme et de la nature, pour «charmer nos sens et plaire à nos esprits» dit Arnaud MANGIN. On compte dans les jardins merveilleux, notamment «les Champs-Elysées» des Grecs et des Latins. Virgile y fait descendre le pieux Enée, conduit par la Sybille, auprès de son père Anchise. Le «Paradis merveilleux de Mohamet», suivant la tradition musulmane, est situé au 7ème ciel, juste au-dessous du trône de Dieu, dans lequel se situe un arbre, Tûba, situé dans le palais de Mahomet, et ses branches s’étendent dans la maison de chaque croyant.  Dans la pensée des religions monothéistes, Adam et Eve, vivaient, tous nus, au Paradis, dans le jardin, dénommé, «Eden», un lieu par excellence des plaisirs humains. Les Anciens, avec Xénophon, Plutarque et Lysandre, dans leur description du «Jardin suspendu de Babylone», l’ont assimilé au Paradis terrestre, un lieu d’insouciance, d’éternelle jeunesse et de plaisirs illimités. Les Egyptiens, avec leur civilisation ancienne, avaient élevé des temples dans leurs jardins.
Le Jardin des Plantes, au milieu du XVIIème siècle, est en relation avec l’Afrique et la colonisation, la découverte de ce continent ayant permis d’acclimater en Europe certaines plantes précieuses. Le règne animal sera développé avec la création du Musée d’histoire naturelle, et dans ce domaine, la faune africaine, occupe une place de choix. Cette faune devrait être classée patrimoine mondial de l’humanité, car elle est, en permanence, menacée par les destructions de ses milieux naturels et par les activités humaines.
Le Musée d’histoire naturelle célèbre, en partie, le règne animal, c’est-dire, les vertébrés, les batraciens, les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les batraciens, les poissons, ainsi que la faune marine. C’est donc la jungle africaine qui a pris le dessus et plastronne au milieu de la Grande galerie d’évolution, rénovée en 1994, par François MITTERRAND, un pharaon avec ses grands travaux à Paris.
J'ai toujours pensé, que dans une large mesure, Paris est la capitale culturelle et politique de l'Afrique. C'est bien au début du siècle dernier, en pleine ère coloniale arrogante et ses odieux zoos humains au Jardin d’Acclimatation (Bois de Boulogne), que Pablo PICASSO (1887-1973) et Maurice de VLAMINCK (1876-1958), des artistes peintres du cubisme, ont revalorisé les arts dits «primitifs». Blaise DIAGNE (1872-1934), député du Sénégal, avait convoqué, avec l'appui de Georges CLEMENCEAU, en 1919, la première conférence panafricaine. C'est ici qu'est née la Négritude, la fameuse conférence de 1956 des intellectuels noirs à la Sorbonne, l'émergence en 1947 des éditions Présence africaine d'Alioune DIOP (1910-1980), éditeur, ainsi que les mouvements étudiants pour l'indépendance.
C'est à Paris, que Lamine SENGHOR (1889-1927), un militant d'extrême-gauche, a lancé, à travers ses écrits, sa guérilla contre le colonialisme. Ces Tirailleurs sénégalais, désabusés au retour de la guerre, par le comportement scandaleux et parfois criminel du colon, ont fait évoluer les consciences, pour une égalité réelle et l'émergence des idées d'indépendance.
Je n’oublie pas, dans ce recensement non exhaustif, le triomphe d'Alain MABANCKOU, en 2016, au Collège de France. Il a secoué la vieille institution, fondée en 1530, et mit le feu dans cette ambiance littéraire restée jusqu'alors dans le déni du multiculturalisme. Subitement, là où quelques pelés et tondus d'auditeurs, dans un public clairsemé, somnolaient et que le bruit parfois d'une flatulence réveillait, le Collège de France a refusé du monde. Ce peuple invisible, par son affluence et son assiduité aux leçons de l'excellent professeur Alain MABANCKOU, a crié à la face du monde : "Nous sommes aussi la France et nous avons notre identité et notre culture, dans le bien-vivre ensemble !".
Ce pays, cette France républicaine, est bien diverse, et le Musée d'histoire naturelle de Paris en témoigne par cette savane africaine qu'a apprécié ma petite Arsinoé, qui grandit. 
Paris, Nuit blanche, du 18 mai 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
L'Afrique à l'honneur à la Grande Galerie du Musée d'Histoire Naturelle, à Paris 5ème.
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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 20:36
Inaugurée le 7 mai 1889, la Tour construite par Gustave EIFFEL (1832-1923), a donc 130 ans. Bon anniversaire à notre vieille dame de fer, parisienne !
La Tour Eiffel a été construite en 1889, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, pour célébrer le centenaire de la Révolution de 1789. La construction a duré 2 ans, 2 mois et 5 jours.
Initialement, la Tour Eiffel était vouée à la destruction au bout de 20 ans, et être démontée en 1909. Cependant, les expériences en matière de transmissions radiographiques et par la suite de télécommunication (de la Tour au Panthéon en 1898, radio militaire en 1903, radio publique en 1925, puis la télévision jusqu’à la TNT), l’ont pérennisée. Lors de la Bataille de la Marne, en 1914, des signaux étaient émis du sommet de la Tour, pour guider les troupes françaises. En 1960, le président Charles de GAULLE avait envisagé le démontage temporaire de la Tour Eiffel pour une exposition en 1967, au Canada. Puis le projet a été abandonné.
En matière architectural, le XIXème siècle innove avec cette masse de ferraille qui avait suscité, en son temps, des polémiques oiseuses. «Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, pour protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisé du nom de «Tour de Babel», écrivent des protestataires le journal «Le Temps» du 14 février 1887, une lettre ouverte à ALPHAND. Parmi eux, Charles GARNIER, Charles GOUNOD et Guy de MAUPASSANT. «J’ai visité la Tour énorme, le mât de fer en dur agrès. Inachevé, confus, difforme, le monstre est hideux, vu de très près» dira François COPPEE. «J’ai quitté Paris et même la France, parce que la Tour Eiffel finissait par m’ennuyer trop. Non seulement on la voyait de partout, mais on la trouvait partout, faites de toutes la matières connues, exposée à toutes les vitres, cauchemar inévitable et torturant» écrira Guy de MAUPASSANT dans «La vie errante». Dans «Le promeneur de Paris» Léon-Paul FARGUE écrira : «Tour, objet de ton blasphème, pourrait t’envoyer Polyphème, écraser tes os, tout en bas !».  
C’est une tour de fer puddlé de 324 mètres de hauteur, 1710 marches, plus de 18 000 pièces d’acier assemblées par 2 500 000 rivets. La Tour est composée de trois étages : le 1er étage est à 57 mètres, le 2ème à 115 mètres et le 3ème à 276 mètres. Dans sa réponse aux protestataires contre la Tour Eiffel, l’ingénieur Jean-Charles Adolphe ALPHAND (1817-1891) «Pour la gloire de Paris ; et donc pour la France, ceux qui auront le courage de grimper au sommet de cette titanesque dame d’acier découvriront alors un paysage nul autre pareil, ils pourront alors admirer notre somptueuse cité dans tout son éclat, la découvrant d’un point de vue à un autre avec son éclatante beauté qui étonnera toujours les foules» dit-il.
Situé non loin du Champs de Mars, en face du Trocadéro, et le huppé 7ème arrondissement de Paris, la Tour Eiffel est, avec Notre-Dame, le Louvre, et l’Arc de Triomphe, l’un des grands monuments de Paris. Les fils d’attente peuvent durer plusieurs heures. Gustave EIFFEL, en visionnaire avait lui-même défendu son projet incompris à l’époque : La Tour «sera la preuve éclatante des progrès réalisés en ce siècle par l’art des ingénieurs. C’est seulement à notre époque, en ces dernières années, que l’on pouvait dresser des calculs assez sûrs et travailler le fer avec de précision pour songer à une aussi gigantesque entreprise. N’est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science contemporaine soit érigé dans ses murs ?» écrit-il, en février 1887, dans le journal «Le Temps». La Tour Eiffel symbolise, en cela, l’âge du fer, la puissance du modernisme et de ses technologies. La Tour, a pour prétention, de représenter, à elle seule, le modernisme, à cette Exposition de 1889. «Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps nous faisons solide et durable, nous nous efforçons de ne pas faire élégant ?», s’interroge Gustave EIFFEL.
Un des symboles de l’attractivité touristique de la Tour Eiffel, est la présence de ces commerçants sénégalais ambulants, souvent sans papiers qui vendent tout autour, des objets de souvenirs. Ils sont nos héros du quotidien, mais aussi témoignent du caractère universel de cette tour.
J’avais accompagné, à la Tour Eiffel, ma tante Hawa Merry ANNE, venue de mon village séjourner à Paris. J’ai été étonné de toute l’attention et de sa forte concentration pendant toute la découverte de cette Grande Dame de Fer, un ravissement.

Paris fête les 130 ans de la Tour Eiffel avec un spectacle sons et lumières. "Paris est une fête" avait dit Ernest HEMINGWAY.

Paris, le 15 mai 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
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La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 21:04
La Basilique de Saint-Denis, près de Paris, ce joyau de l’art gothique, est célèbre pour abriter, depuis le VIIème siècle, les nécropoles royales. Le nom et l’histoire de la ville Saint-Denis, ancien village de l’Estrée (chemin pavé), sur le chemin de Soissons, sont liés à la tragédie du martyr de Saint-Denis qui aurait vécu au 1er siècle de notre ère. François GIRY, qui lui a consacré une biographie, dit que Saint-Denis, surnommé «le céleste et le divin», est né à Athènes, en Grèce, en «la neuvième année du Fils de Dieu». Féru de rhétorique et de philosophie, ses parents l’envoient en Egypte pour étudier les  mathématiques et l’astrologie. Retourné à Athènes, avec son trésor d’érudition, Denis est nommé archonte de la ville. En raison de ses qualités d’intégrité et de justice, son désintéressement et sa grande probité, il sera choisi comme conseiller du célèbre Sénat de l’aéropage, d’où le surnom «Denis, l’aéropagiste». Saint-Paul, venu à Athènes combattre l’idolâtrie et la superstition, procura à Denis son prénom chrétien, à l’âge de 43 ans, soit en l’an 52. C’est «cette grande éclipse qui devait, par ses ténèbres éclipser les siennes, et le faire entrer dans le beau jour du christianisme» écrit François GIRY. A 68 ans, Saint Jean convainquit Denis, après une période d’errance, à rejoindre le pape Saint Clément successeur de Saint Pierre, à Rome. Il fut envoyé au pays des Gaules, en compagnie de Rustique et Euthère. Étonné par la ferveur religieuse qu’il provoqua, le préfet Fescenin SISSINE, qui gouvernait pour l’Empereur romain, adorateur de Mars et de Mercure, exerça, en vain, sur Denis et ses compagnons des sévices afin qu’ils renoncent au christianisme «Il les fit jeter dans les cachots de prison voisine, on leur passa la tête dans de grosses pièces percées par le milieu, et on les attacha de telle sorte qu’ils étaient obligés de demeurer toujours couchés par terre» écrit François GIRY. Finalement, les promesses, les menaces ou sévices, n’ayant fait qu’accroître la foi de ces martyrs, Denis est décapité à la colline de Mercure, maintenant Montmartre, à la Place des Abbesses, une rue des Martyrs existe encore de nos jours dans ce quartier du 18ème arrondissement de Paris. «Saint Denis ayant été ainsi décapité, son corps se leva de lui-même, et prenant sa tête, la porta en triomphe jusqu’au lieu où est à présent la ville de son nom, à deux lieues de Paris» écrit François GIRY qui rapporte divers témoignages de ce miracle. La basilique Saint-Denis fut bâtie précisément à l’endroit où il mourut. En effet, une femme pieuse, Catulle, a osé recueillir les corps des trois mutilés (l’évêque Denis, le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère) par les Romains, et les plaça dans son champ, devenu l’emplacement de l’enceinte de l’abbaye de Saint-Denis.
Cette église, tombée en ruines au Vème siècle, sera reconstruite par Sainte-Geneviève (419-512), patronne de Paris. Animée de piété et de contemplation, Sainte-Geneviève priait de longues heures devant la tombe de Saint-Denis, «une chose cependant l’attristait : c’était de voir le petit édifice qui renfermait de si précieuses dépouilles en proie à la dégradation et tomber en ruines. (…) Après avoir pris l’avis de quelques ecclésiastiques influents dans le pays, elle se met à solliciter les riches, et, par ses pieuses sollicitations, elle les fait contribuer aux frais du nouvel édifice», écrit M. F. VALENTIN. L’église est baptisée «Saint-Denis de l’Estrée». Vers 625, Dagobert, roi d’Austrasie, rénova cette église qui honorait ces martyrs ; on lui décerna, de ce fait, le titre de fondateur de cette église et fit faire trois châsses d’or fin et enrichis d’une infinité de pierres précieuses. Saint-Eloi, ministre-orfèvre, cisela, de ses mains, les tombeaux des martyrs. «La générosité de Dagobert brilla surtout envers le monastère ; il avait changé la petite et obscure chapelle du Martyr parisien en basilique éclatante de marbre, de pierreries» écrit Henri MARTIN, un historien.
En 754, Pépin le Bref (714-768) entrepris de rénover cette église qui sera achevée en 775 par Charlemagne (743-768). En raison des invasions normandes et diverses civiles, l’église de Saint-Denis fut terriblement endommagée, ses trésors vandalisés et pillés. «Combien nous avons pu supporter d’humiliations et destructions, et surtout combien de merveilles de notre belle France ont excité des jalousies de nos inexorables vainqueurs» écrit Georges d’HEYLLI. Charles le Chauve (840-877) lègue sa bibliothèque à la basilique. L’abbé SUGER (1081-1151), ministre et conseiller des rois Louis VI et Louis VII, rebâtit une nouvelle église, richement ornée ; il éleva le portail et les tours, le cœur et la nef, les chapelles, l’abside, et y  plaça des vitraux. Il avait trouvé que cette église était trop étroite, les jours d’affluence et les ornements étaient d’un mauvais goût. L’abbé SUGER repose, depuis le 13 janvier 1152, à Saint-Denis. En 1219, la foudre endommagea une haute flèche en charpente qui couronnait la tour septentrionale du portail. L’abbé Eudes CLEMENT et Mathieu de VENDOME restaurèrent les dégradations. Henri II et Catherine de MEDICIS enrichissent le lieu d’une chapelle des Valois, détruite à l’époque de Philippe d’Orléans (1674-1723). Louis XIV retira à cette église le titre abbatial. Sous Louis XV les bâtiments sont détruits et remplacés par un nouvel édifice.
Sous la Révolution, les 6, 7 et 8 août 1793, les tombeaux des Rois sont détruits ou profanés et rassemblés dans un terrain, appelé cimetière des Valois : «Pour célébrer le 10 août, qui a abattu le trône, il fallait, dans le jour anniversaire, détruire les mausolées fastueux qui sont à Saint-Denis. Dans la monarchie, les tombeaux avaient appris même à flatter le Roi. L’orgueil et le faste royal ne pouvaient s’adoucir sur ce théâtre de la mort, et les portes sceptres qui ont fait tant de maux à la France semblent encore, dans la tombe, s’enorgueillir d’une grandeur évanouie. La main puissante de la République doit effacer impitoyablement ces épitaphes superbes et démolir ces mausolées qui rappelleraient des rois l’effrayant souvenir» mentionne un rapport du 1er août 1793, du Comité du salut public.  Sous le Concordat, en 1806, Saint-Denis est érigé au rang de tombeau de la dynastie nouvelle. En 1837, la foudre frappa la grande flèche qui est restaurée par François DEBRET, mais qui échoue dans ses autres missions. L’église sera restaurée, entre 1847 et 1867, par Eugène VIOLLET-LE-DUC (1814-1879). Hostile aux matériaux modernes, comme le fer, cet architecte autodidacte estime que «restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné». En 1859, Eugène VIOLLET-LE-DUC reçoit, de Napoléon III (1808-1873), l’ordre de construire un caveau destiné à recevoir les tombes de la famille impériale. Ce sera «certainement, le plus beau titre de gloire de ce savant et habile architecte. Il ne faut point se dissimuler qu’il a entrepris la tâche la plus difficile, la plus délicate et en même temps la plus considérable qu’aucun architecte ou homme d’art de ces temps-ci ait tenté de mener à bonne fin. Rendre à nos yeux, le Saint-Denis primitif, le Saint-Denis de SUGER et de Saint-Louis, le Saint-Denis absolument complet tel que l’avait trouvé la Révolution» écrit Georges d’HEYLLI.
Dagobert (603-639), roi mérovingien, fut le premier à être enterré à Saint-Denis. Dagobert étant un roi dissolu, il était donc menacé à sa mort, suivant l’église, par les flammes de l’Enfer. Dans la représentation de l’art funéraire, son âme emportée par les démons, était censée de voguer le Stromboli, aux portes de l’Enfer. Mais, le gisant de Dagobert, couché sur le côté gauche, prie en direction du tombeau de Saint-Denis, qui était en face de l’autel principal. Saint Denis tape les démons avec une massue, ce qui sauvera Dagobert et le mènera au paradis. On voit là la toute puissance et l’emprise de l’Eglise, à cette époque sur l’imaginaire des populations. Charlemagne imita Dagobert.
Initialement, dans la nécropole gallo-romaine, tous les Capétiens, à l’exception de Philippe 1er (1052-1108) de Louis VII (1120-1180) et Louis XI (1423-1483), viennent reposer auprès de Saint-Denis, protecteur de la dynastie royale. Cependant, ce schéma est bouleversé, par le roi très catholique, Saint-Louis qui a pris le titre de Louis IX,  (1214-1270, mort à Tunis), qui fait, au XIIIème siècle, entre 1263 et 1264, de l’abbaye de Saint-Denis, une nécropole officielle et monumentale des rois de France, en y transférant 16 gisants. Les Mérovingiens (Vème au VIIIème siècles) et les Carolingiens (751- Xème siècle) au Sud, les Capétiens directs et indirects, Valois, Bourbons et Orléanais, (987-1792, et 1814-1830) au Nord de la basilique. Au centre, on trouve maintenant le tombeau de Saint-Louis. A la Renaissance, apparaissent des tombeaux exceptionnels comme ceux de Louis XII (1462-1515) et sa femme, Anne de Bretagne (1477-1514), François 1er et Henri II (1519-1559) et Catherine de MEDICIS (1519-1589). Les Bourbons, sans monuments, occupent la partie centrale de la basilique.
La basilique compte plus de 70 tombeaux de Rois, de reines et d’hommes d’église. Les rois avaient en fait trois tombeaux : le corps, le cœur et les entrailles, pour multiplier leurs chances d’aller au paradis. Ainsi, quand Saint-Louis mourut au port de Tunis, en 1270, ses chairs furent données au roi de Sicile et conservées à Montréal, près de Palerme, mais les ossements et le cœur furent rapatriés à Saint-Denis. L’art funéraire a évolué avec le temps. Avant le XIIème siècle, les premiers gisants sont taillés en creux, dans la dalle funéraire de pierre. A partir de cette époque, ils sont taillés en relief sur la dalle, dégagés du sol par un soubassement, et portent les attributs royaux (sceptre, couronne). Les figures des gisantes ne dénotent en rien de l’altérité de la mort, mais elles manifestent une allure souriante et calme, une douceur noble, mais sans aspérité (pas de double menton, ni rondeurs). Ils sont tous beaux, jeunes et grands. Entre les XIIIème et  XVème siècles, le marbre et l’albâtre font leur apparition. Au XVIIème siècle les Bourbons se font inhumer dans un cercueil de bois enveloppé de plomb. Louis XIV (1638-1715) et sa femme, Marie de MEDICIS (1573-1642) sont à la Basilique de Saint-Denis. Louis XVI (1754-1793), ainsi que Marie-Antoinette d’Autriche, dont les restes du cimetière de la Madeleine ont été transférés en 1815.
A la Révolution, la Basilique étant saccagée, Louis XVIII (1755-1824) entreprendra, dès son retour au trône par ordonnance du 24 avril 1816, de restituer à ce lieu sa fonction de nécropole royale. Ce travail étant terminé en 1817, il recueille les ossements royaux qui sont placés dans une crypte, au sous-sol de la basilique. En fait, les gisants ne renferment pas les corps des rois. Tous les rois de France y reposent, sauf Charles X (1757-1836, décédé en Italie, il est inhumé en Slovénie) et Louis-Philippe (1873-1850, décédé à Claremont House, Hersham au Royaume Uni).
La ville de Saint-Denis est célèbre aussi pour son stade de France, et a vu naître des personnalités prestigieuses, comme le poète surréaliste, Paul ELUARD (1895-1952), Francisque POULBOT (1879-1946), artiste. C’est une ville accueillante et particulièrement tolérante pour la grande diversité de sa population africaine et maghrébine, un modèle du bien-vivre ensemble. Charles MARTEL (685-741) doit se retourner dans sa tombe. C’est désormais, depuis le 24 février 2019, que la diaspora sénégalaise à Paris, vote à Saint-Denis, au numéro de l’avenue 50 avenue du président Wilson.
Basilique de Saint-Denis, 1 rue de la Légion d’honneur, 93200 Saint-Denis. Ligne de métro 13, métro Basilique Saint-Denis. Prix adulte, 9 €. Ouverture du lundi au samedi et certains dimanches, de 10 à 17 h 15. Renseignements au : 01 48 09 83 54.
Indications bibliographiques
BERNARDI (Joseph, de), Essai historique sur l’abbé Suger, régent du Royaume, sous le règne de Louis-le-Jeune, Paris, Xhrouer, 1807, 115 pages, spéc pages 44-46 ;
CHARDON (Jacques), Trésor, les corps des Saints, les tombeaux, et les raretés qui se voient dans l’église royale de Saint-Denis, en France, avec des remarques curieuses, Paris, J Chardon, 1715,  51 pages ;
D’AYZAC (Félicie), Histoire de l’abbaye de Saint-Denis, Paris, Imprimerie impériale, 1861, 573 pages ;
D’HEYLLI (Georges), Les tombes royales de Saint-Denis : histoire et nomenclature des tombeaux, extraction des cercueils en 1793, les Prussiens dans la Basilique en 1871, Paris,  Librairie générale, 1872, 274 pages ;
DOUBLET (Jacques), Histoire de l’Abbaye de Saint-Denis, en France, contenant les antiquités d’icelle, les Fondations, Prérogatives et Privilèges, Ensemble les tombeaux et épitaphes, Paris, 1625, 1377 pages ;
FELIBIEN (Michel), Histoire de l’Abbaye royale de Saint-Denis, en France contenant la vie des abbés qui l’ont gouvernée, Paris, Frédéric Léonard, 1706, 592 pages, avec des annexes ;
GIRY (François), Les patrons de Paris : Vies de Sainte-Geneviève et Mgr Saint-Denis, Paris, Victor Palme, 1870, 62 pages, spéc sur la vie de Saint-Denis pages 25-50 ;
GUILBERT (A.P.M.), Description historique de l’église de Saint-Denis, avec les détails sur la cérémonie de l’inhumation de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Paris,  Plancher, Emery, Delaunay, 1815, 91 pages ;
GUILHERMY (Ferdinand de, baron), L’église royale de France : tombeaux et figures historiques, Paris, Librairie archéologique de V. Didron, 1848, 326 pages ;
HAVET (Julien), «Questions mérovingiennes, V, Les origines de Saint-Denis», Bibliothèque de l’école des Chartes, 1890, tome 51, pages 5-62 ;
J. A, Les tombeaux de Saint-Denis, Paris, F. Maurice, 1825, 276 pages ;
KOHLER (Charles), Etude critique sur le texte de la vie latine de Sainte-Geneviève de Paris, avec deux textes de cette vie, Paris, F. Vieweg, 1881,  90 pages ;
LE GALL (Jean-Marie), Le mythe de Saint-Denis. Entre Renaissance et Révolution, Paris, Champ Vallon, 2007, 537 pages ;
PLANGNIEUX (Philippe), «L’œuvre de François Debret à Saint-Denis», Bulletin monumental, 2000, tome 58, n°4, pages 378-379 ;
Saint-Denis, l’aéopagiste, Oeuvres de Saint-Denis, traduites du grec par Mgr Darboy, évêque de Paris,  Paris, Maison La Bonne Presse, 1845, 329 pages ;
TRENEUIL (Joseph), Les tombeaux de l’abbaye royale de Saint-Denis, Paris, Giguet et Michard, 1806, 55 pages ;
VALENTIN (M. F.), La vie de Sainte-Geneviève, patronne de Paris, Paris, Paul Mellier, 1844, 62 pages, spéc pages 25-27 ;
VITRY (Paul) BRIERE (Gaston), Saint-Denis et ses tombeaux : notice historique et archéologique, Paris, D-A Longuet, 1908, 179 pages.
Paris le 10 mars 2019 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 23:02
«Le musée Grévin, avec son déploiement silencieux de cires, de tentures, d’électricité cotonneuse, son côté cauchemar et son côté feutre, ses audaces et ses naïvetés, ses sortes d’idées fixes en chair et en os, son vaste étalage d’yeux, d’uniformes, de gestes et de dents, le musée Grévin est un palais englouti qui serre le cœur et fait chanter la mémoire. (..) C’est un magasin ouvert sur l’infini, c’est le vaste miroir où se regardent vivre et trépasser le fanômes» écrit Claude CEZAN.
Paris, cette ville-musée, est toujours une source d’étonnement et de ravissement. «Paris est une fête» (Paris is a movable feast) avait fort justement écrit Ernest HEMINGWAY. En ce week-end, printanier, des vacances d’hiver 2019, quand ma petite Arsinoé m’a dit avec insistance, qu’elle voulait visiter le musée Grévin, j’ai cédé à la tentation d’une escapade dans le 9ème arrondissement. Au début, j’avais une grande appréhension : d’aller en ce beau temps m’ennuyer dans une salle bourrée de cire. Dès l’entrée, l’artiste Oumar SY, un français d’origine peule, attire l’attention de la foule. Quelle joie immense que de rencontrer, le temps d’une visite : les footballeurs Kylian M’BAPPE et Pélé, les musiciens Ray CHARLES et Louis ARMSTRONG, les hommes politiques, Barack OBAMA et Nelson MANDELA, la tentation a été grande de tirer la moumoute de Donald TRUMP. Admirateur de Bernard PIVOT et Jean-Paul SARTRE, j’ai salué Voltaire.
Musée de cire, inauguré le 5 juin 1882, cet espace regroupe des reproductions en cire de personnages célèbres. En effet, le musée GREVIN a reconnu et consacré le multiculturalisme et la diversité du monde. Cela devra terriblement ennuyer Alain FINKIELKRAUT et Eric ZEMMOUR, ainsi que tous les esprits étriqués. Ce musée est une vraie célébration du bien-vivre ensemble.
Ma petite Arsinoé a été subjuguée, notamment par la Casa de Papel, Michael JACKSON, Titeuf, le Petit Prince, les chapeaux de la Reine d’Angleterre, Nostradamus, Maria CALLAS, et naturellement, The Voice, le Chat noir. Ces supplices du Moyen-âge et le sort de Jeanne d’Arc, les assassinat d’Henri IV et de Marat l’ont horrifiée. Emmanuel MACRON et Marylin MONROE n’étaient pas à leur avantage. En effet, certaines effigies en cire n’étaient pas vraiment ressemblantes.
Musée Grévin, 10 boulevard Montmartre, Paris 9ème. Métro Grands boulevards ou Bourse. Prix des billets 24,50 € adulte et enfant 18,50 €.
Paris, le 23 février 2019 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Escapade au Musée Grévin, à Paris 9ème, symbole du bien-vivre ensemble» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 20:55
La convivialité, la reconnaissance et l'attention portée au personnel peuvent contribuer, grandement, à la cohésion et à la compréhension mutuelle, et favoriser ainsi la motivation, ainsi qu'un meilleur service rendu à la population.
C'est un privilège que d'aller au Musée des Arts forains à Paris,  installé depuis 1996, au quartier de Bercy, ligne de métro n°14, Cour Saint-Emilion, où l'on entre que sur invitation d'une institution. On passe souvent à côté de ce Musée, sans se rendre compte de son existence. Le Musée des Arts Forains, après un passage à Gentilly, puis dans le XVème arrondissement, s’implante en 1996 dans le quartier de Bercy, dans les anciens chais à vin LHEUREUX, d’époque XIXème. Ce Musée des Arts forains est installé dans l’ancienne halle aux vins.
C’est en 1704 que le destin de Bercy prit un tournant, lorsque Louis XIV se rendit à Bercy afin d’assister à une messe. Lors de la cérémonie, le Roi remarque que l’un de ses fidèles ne s’est pas agenouillé. Crime de lèse-majesté ! Celui-ci est amené immédiatement devant le Roi. Il se trouve que l’homme était bien agenouillé mais sa taille de géant le faisait paraitre debout. A la fin de la messe, Martin, le vigneron originaire de Bourgogne, loin de se laisser impressionner profita de la situation pour se plaindre au Roi de ne pouvoir vendre son vin aisément. Amusé par la situation, Louis XIV lui assure qu’à partir de ce jour, l’octroi serait levé et qu’il pourrait faire commerce de son vin à Bercy, sans taxes. Le premier entrepôt à vin de Bercy était né. En effet, Bercy est surtout connu comme un quartier festif au XIXème siècle. Ce Joyeux-Bercy alors au-delà des limites de Paris jouissait du privilège de la détaxe du vin. On le vendait et on le buvait. Les guinguettes s’y sont tout naturellement installées ainsi que les principaux entrepôts de négociants.
La fête foraine du XIXème siècle est un fait social, un media aussi important qu’ont pu l’être les cathédrales dans les siècles passés et la télévision aujourd’hui. Egalement creuset de toutes les formes de spectacle moderne, on retrouvait sur les champs de foire théâtre, music-hall, bonimenteurs, sport-spectacle, magie et illusions, acrobates, marionnettes.
La fête foraine remonte à des temps anciens. Espace privilégié d’échanges et de commerce jusqu’au XVIIIème siècle, la foire devient au XIXème siècle un lieu festif, consacré essentiellement au divertissement. Cette transformation est le reflet du changement de régime politique et économique opéré dans la société.
D’abord avec la Révolution Française, qui insuffle sa nouvelle idéologie de liberté et de laïcité aux grandes manifestations populaires, succédant aux fêtes religieuses ; ensuite avec la Révolution Industrielle, qui provoqua le déplacement en masse des populations rurales vers les centres industriels des grandes villes. L’urbanisation entraîne le déracinement des gens et la perte des valeurs traditionnelles, laissant un vide et la voie libre à des idées laïques basées sur la nouveauté et la modernité. On assiste alors à la naissance d’un phénomène social : la Fête Foraine.
Entre 1850 et 1900, elle devient le canal privilégié pour véhiculer une nouvelle image du bonheur, née de l’idée du Progrès dans une société qui aspire au Paradis Moderne. En même temps qu’elle diffuse les nouveautés de l’ère industrielle, la Fête Foraine offre à ces populations, victimes de l’industrialisation, une échappée dans un univers de liberté, d’excès et de rêverie baroque. À son apogée à l’ère de «la Belle Époque», la Fête Foraine apparaît comme le miroir des désirs de tous ceux qui veulent s’émerveiller ou s’encanailler.
Après la Seconde Guerre Mondiale, on constate la disparition progressive de la plupart des théâtres, musées, ménageries, cinématographes et autres, car ces spectacles nomades quittent la scène foraine pour se sédentariser. Sur le champ de foire subsistent encore les jeux (loteries et tirs), mais on voit se développer de plus en plus d’attractions où dominent les sensations de vertige et de vitesse.
De l’étonnement et de l’invitation au voyage immobile d’autrefois, la Fête Foraine actuelle est passée à la proposition d’une aventure physique, avec des attractions mettant le public dans des situations extrêmes et capables de susciter chez lui l’esprit de performance et d’exploit sans risque.
Le 7 mars 1859, Bercy, une ancienne seigneurie de Charles-Henri de MALON  (1678-1742) dépendante d’Yerres, une annexe de la Paroisse Sainte-Marguerite, est annexée à la ville de Paris. Cette dernière décide alors de reconstruire les entrepôts, avec 8 à 9000 fûts de vin, la proximité des gares et de la Seine pouvant favoriser ce commerce.
De nombreuses catastrophes qui sont survenues dans ce quartier. Ainsi, l'incendie de 1820, touche une grande partie des marchands. Dès lors, on interdit les couvertures de chaume et les bâtiments sont entièrement construits en pierre. L'eau constitue également un autre danger; souvent, le fleuve, instable, sort de son lit, inonde les quais et les entrepôts et saccage les tonneaux de vin. Lors des crues de la Seine de 1910,  La Seine submergeât les entrepôts et les tonneaux se retrouvèrent jusque dans les arbres.
Toutefois, dans les années 1960, avec l’invention de la «Mise en bouteille au château», les négociants quittent peu à peu Bercy pour laisser progressivement le quartier à l’abandon. Délaissé et marginalisé le quartier de Bercy devient alors insalubre et peu fréquentable.
En 1979, le Conseil de Paris lance la réalisation d’un centre omnisports à Bercy qui marque le début d’une longue série de démolitions, participant au rééquilibrage de Paris vers l’est. Bien peu de chais ont survécu et les actuels Pavillons de Bercy en sont l’un des plus beaux fleurons restés intacts. Le nouveau quartier de Bercy s’articule aujourd’hui autour d’un des deux plus grands parcs aménagés dans Paris depuis Haussmann. 14 hectares de jardins romantiques qui rappellent l’aspect pittoresque de ce que fut le quartier au siècle dernier.
De nos jours, et grâce aussi à la volonté de du président François MITTERRAND, un pharaon des temps modernes, le quartier de Bercy, autrefois à l’abandon, est devenu un véritable pôle économique et culturel de l’est parisien grâce à la ligne de métro 14, et l’essor du Cour Saint Emilion (Bercy-Village) comprenant cinéma, restaurants et commerces et de Bercy Lumière.
Renouant avec les réjouissances d’antan, les Pavillons de Bercy, qui regroupent le Musée des Arts Forains, Le Théâtre du Merveilleux et les Salons Vénitiens, sont destinés à être un musée vivant dédié aux différentes traditions de la fête et des spectacles en Europe.
L’Histoire des Pavillons de Bercy-Musée des Arts Forains  est intimement liée à celle de leur créateur, Jean Paul FAVAND, metteur en scène du Patrimoine du spectacle et des Arts Forains. «Le passé y a rejoint le futur, et c’est lui qui permet d’humaniser les techniques contemporaines que j’inscris dans ma démarche de mise en scène» dit-il. Tout comme les forains utilisaient à la Belle Epoque les techniques de la Révolution Industrielle, Jean Paul FAVAND se tourne vers le futur et les innovations technologiques afin de donner vie à ses objets.
Le Musée des Arts forains, un endroit magique où l’on renoue avec l’enfance.
Indications bibliographiques
CHAMPEIX (Jacques),  MOURAUX (Lionel), Bercy, éditions L.M, Paris, 1989, 133 pages ;
LAMBEAU (Lucien), Histoire des communes annexées à Paris en 1859, Paris, Ernest Leroux, 1910, vol. I, 452 pages, spéc sur l’histoire de Bercy pages 5-26 et sur la délibération d’annexion pages 445-449 ;
MALON de BERCY (Charles-Henri), Topographie historique de la Seigneurie de Bercy, Arthur de Boislile, éditeur scientifique, Paris, 1882, 94 pages ;
SABATIER (Alfred, de Bercy), Bercy, son histoire, son commerce, préface de Louft, Paris, Gayet, 1875, 207 pages, spéc sur la halle aux vins, pages 1-4 et 12-15.
Paris, le 2 février 2019, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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