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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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9 septembre 2022 5 09 /09 /septembre /2022 17:52
«Claude SERILLON, journaliste, écrivain-poète» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Animateur de l’émission Géopolis, journaliste vedette du 20 heures sur TF1 et Antenne 2, licencié en lettres, Claude SERILLON est recruté en qualité de pigiste, en 1970, chez «Presse Océan», un quotidien régional. Témoin d’un incendie, en 1972, de la cathédrale de Nantes, et capturant l’évènement, Claude SERILLON est subitement sorti de  l’ombre. En 1973, il intègre l’ORTF Ile-de-France, puis Antenne 2. Claude SERILLON présente le 20 heures de T.F.1 de 1984- 1985, puis d’Antenne 2 de 1986-1987 et 1998- 2001. En 2007, l’équipe de chroniqueurs chez Michel DRUCKER et continue de collaborer avec la presse régionale.
Mon tonton, Daouda N’DIAYE, journaliste, Directeur général de la télévision sénégalaise est un grand admirateur ce grand journaliste fidèle à sa passion, Claude SERILLON ; c’est son modèle. Ce qu’exige Claude SERILLON du journaliste, c’est de la rigueur. Aucune information n’est neutre ; toute information est colorée : « J’ai essayé de le dire et répéter quand j’étais sur Antenne 2 : il faut assumer nos choix. Nous ne devons pas être objectifs, nous devons travailler dans la subjectivité. Ensuite l’honnêteté, dans une très grande rigueur. d’abord parce que l’objectivité ça n’existe pas, c’était une grande illusion marxiste. Moi, j’ai ma morale, ma culture. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt en disant : moi, je suis neutre. On n’est jamais neutre. On a des émotions. Il m’est arrivé lors d’une émission où il y avait des images d’une catastrophe de ne pas pouvoir m’empêcher de réagir. J’ai dit : « c’est dégueulasse ! » J’ai des engagements humanitaires, contre la peine de mort. Nous avons tous notre identité, notre subjectivité. Il ne faut pas se dissimuler. Simplement, ce que je demande c’est de la rigueur, de la hiérarchie de l’information, la plus grande honnêteté possible» dit-il. En effet, journaliste très indépendant, rigoureux, attaché aux faits, à la vérité et la liberté, Claude SERILLON a des principes et valeurs, une certaine éthique du métier de journaliste «Aujourd’hui, malheureusement, l’audiovisuel est fondé sur deux critères : l’émotion et l’immédiateté. On va au plus pressé, on est dans l’émotion, il faut faire pleurer. On est loin de la raison. Aujourd’hui la priorité ce n’est pas la rigueur de l’information, c’est d’être immédiatement celui qui transmet l’information. On est dans cette espèce de surenchère, de compétition médiatique qui évidemment est totalement contradictoire avec la rigueur scientifique» dit-il. Aussi, on ne dicte pas à Claude SERILLON sa conduite ; il n’obéit qu’à sa conscience ; Appliquant ces principes jusqu’au bout, il est arrivé, par trois qu’il en paie le prix fort. En effet, Claude SERILLON avait eu l’audace d’abord, à la télévision, dans une chaîne publique, «la Voix de la France», en 1979, sous Valéry GISCARD D’ESTAING (1926-2020), l’affaire des diamants de Jean-Bedel BOKASSA (1921-1996), un cadeau, en 1973, d’un valeur de un million de franc. Aussi, Claude SERILLON est licencié d’Antenne 2, pour cette audace.  En 1986, intégré, à nouveau, à la rédaction d’Antenne, il évoque au journal de 20 h, l’affaire de Malik OUSSEKINE (1964-1986), ce jeune étudiant, battu à mort, le 6 décembre 1986, à la rue Monsieur le Prince, au Quartier, une compagnie de «Voltigeurs». Le Préfet de police prétendait que Malik OUSSEKINE avait un casier judiciaire «C’est faux, donc je l’ai dit au début du journal de 20 h». Le soir même, le PDG de l’époque lui demande de partir. Cependant, le Ministre de l’éducation nationale, Alain DEVAQUET (1942-2018), est contraint à la démission, et la compagnie de Voltigeur dissoute. Cependant, pour la deuxième fois, Claude SERILLON, en raison de son indépendance d’esprit, son attachement à la Vérité et à la Justice, perd son poste. Claude SERILLON a aussi perdu, une troisième fois son poste, pour une interview qui a irrité à Lionel JOSPIN «J’ai fait une interview du Premier de l’époque (Jospin). Ça lui a déplu et comme à ce moment les sondages étaient très hauts pour Lionel Jospin, un des dirigeants de la Deux m’a dit «Il ne veut plus venir sur le journal télévisé de la Deux, donc tu comprends, c’est lui ou toi» dit-il.
Claude SERILLON a été pendant 16 mois, conseiller à l’Elysée du président François HOLLANDE. «Je suis lié d’amitié avec lui (François Hollande) depuis très longtemps. Il m’a fait la proposition de le rejoindre. Il me charge de contacts, de lui faire des notes. Je n’étais pas conseiller en communication. C’est très de participer, au plus haut niveau de l’Etat, j’ai côtoyé beaucoup de gens, dont Emmanuel Macron qui était mon voisin de palier» dit-il. Claude SERILLON a donc «franchi le mur» en référence à une scène dans un film de Woody ALLEN. Mais le monde la politique est féroce et violent : «Je ne suis pas un militant politique, je n’ai pas fait l’ENA, donc on se sent forcément décalé, un peu saltimbanque. C’était très dur. Les petits confrères ne m’ont pas loupé. Je ne sais pas ce qui s’est passé une semaine où l’on ne m’a pas prêté toutes les avanies possibles et imaginables de ce début de quinquennat. C’était assez violent» dit-il.
Vivant entre Paris et le Sud de la France, Claude SERILLON se consacre maintenant à ; il est déjà l’auteur de plus de 23 romans, essais et poésies. «Il me reste du temps pour aimer, des jours, des nuits pour fabriquer des rêves, des lunes claires, des étoiles en poche, si proches jusqu'à se noyer dans les grands espaces libres où les sentiments inattendus sont complices des désirs. Il me reste de quoi écrire des poèmes, de les laisser s'embarquer en vies canailles, en drôleries, folies de vieilles enfances. Les mots se sont assemblés, couchés, amants, s'amusent à me réciter des vers étranges et tendres, belles phrases où les larmes déchirent les sourires. Un jour avant l'autre je joue tous les rôles inscrits au grand répertoire sur une toile immense au-dessus du ciel. Il faut faire vite avant que le soleil cru n'apparaisse. La poésie se nourrit de l'essentiel de ce que nous sommes. Mais qui es-tu ?» écrit-il dans «Un jour avant l’autre».
Par son romans et essais plein de poésie, Claude SERILLON, en toute liberté, porte une relation distanciée par rapport à cette information parfois anecdotique, répétitive, rapide, voire superficielle. «Pendant plus d'une dizaine d'années, je me suis noirci le bout des doigts en feuilletant la presse et les dépêches d'agences. J'ai connu le privilège de vivre, au quotidien, toutes les pulsions du monde moderne. Je le fis avec émotion. C'est-à-dire avec des partis pris, des moments de joie ou de dégoût. Ce n'est pas un libelle de plus sur la télévision bien que ce milieu y occupe la place qui lui est due. J'ai simplement voulu, à ma manière, et sans m'exclure, esquisser un tableau de nos moeurs [...] Ce livre se veut prétexte à une réflexion ironique, et malgré tout optimiste, sur cette génération qui est la mienne» écrit Claude SERILLON, dans «De quoi, je me mêle». Observateur de la vie, de l’actualité, de notre temps et des valeurs qui l’anime, Claude SERILLON est un peintre avisé de l’actualité, de l’imaginaire et de la fiction. Qu’est-ce qui unit la valise, la pute et le comédien ? : «Les valises, ce sont celles que chacun, chacune porte, transporte, emplies de souvenirs, de désirs, de tristesse et de tendresse. Des valises dont on se débarrasse pour aller de l'avant, que l'on cherche à retrouver parce qu'elles sont pleines de moments personnels, de sentiments intimes. L'acteur : un monologue où l'acteur engage tout ce qu'il est bien en face du public. Il se raconte, raconte ce qu'est le jeu du théâtre, ce qu'il contient de mensonges et de beautés. comme deux vieilles putes, où deux femmes, l'une star de la télévision en mal de reconnaissance culturelle et l'autre comédienne étrangère au monde du média, vont sur un trottoir se mettre à jouer ensemble, à reconnaître ensemble ce qui les unit» écrit-il dans la «Valise».
En raison de la qualité de son expression écrite, son roman, «la Conversation», a été, en 2017, finaliste du Prix Goncourt de la Nouvelle :  «C’est inattendu. C’est troublant. Lui est troublé. Il ne le montre pas, aucun agacement ni mot précipité. Tout est contrôlé, pense-t-elle. Elle qui se sent intriguée, surprise. Elle redoute les surprises et regrette néanmoins que nul ne lui en fasse plus. Tout est tellement convenu ! Que va-t-il se passer ?» il entretient le suspense dans cette nouvelle.
Dans son roman historique, «un déjeuner», Claude SERILLON relate cette rencontre insolite, en décembre 1969, entre le général Charles de GAULLE (1890-1970), le chef de la Résistance, humilié après son référendum de 1969, et le général FRANCO, le Caudillo, un fasciste : «On sait que Charles Quint l’intéressait, Cervantès, Don Quichotte. Il ajoute à l’ambassadeur de France, que naturellement, il verrait Franco Stupéfaction totale. Franco est allé faire les saluts nazis fascistes à côté d’Hitler. Au fond, le réalisme de Gaulle qui va voir Franco, c’est peut-être aussi une leçon de modestie sur nos jugements à nous, journalistes. Immédiatement, on fait des camps, le Bien et le Mal. Mais il faut bien que les leaders discutent entre eux» dit-il.
L'année 2020 et la pandémie du Covid-19 depuis la grippe espagnole en 1918 avait fortement secoué l'humanité. Aussi, dans son «Journal 2020», Claude SERILLON y a puisé des réflexions sur la relation à l'autre et sur le sens d'y bien-vivre ensemble. «Tenir un journal est une aventure intime, une envie de curiosité partagée, une façon de conserver un lien avec l’extérieur, l’autre, l’inconnu bloqué quelque part, loin, près, en attente de nouvelles. Ce que les pages suivantes révèlent est du domaine personnel, une façon d’observer et de réagir, de se mettre dans la peau d’un spectateur certes mais surtout de quelqu’un qui se mêle de ce qu’il regarde. Les mois de cette année se sont laissés enfermer dans d’infernales consignes, règlements, interdictions, limitations et autres entraves aux libertés. Il en allait paraît-il de notre santé et il fut laissé croire que la mort pouvait être vaincue, que nous étions plus forts bouches cousues» écrit-il.
Dès le début de notre rencontre, tout-à-trac, la discussion commence, à bâtons rompus, sans préliminaires. Très curieux des autres, Claude SERILLON s’intéresse beaucoup à l’Afrique. Ainsi, au cours de nos échanges, à Paris, dans le 15ème arrondissement plusieurs sujets, d’une grande profondeur, loin de ces débats oiseux des chaînes de Vincent BOLLORE, ont surgi.
Tout d’abord, pour ce grand professionnel de l'information, écrivain et poète, les Français connaissent mal l'Afrique et ne cherchent même pas à la découvrir. Il est vrai qu'il existait depuis les temps de l'esclavage et de la colonisation une sorte d’universalisme ethnique ; la seule culture digne d'intérêt depuis la Renaissance serait la Raison et la Renaissance occidentale. Dans leur sentiment de supériorité, pendant la colonisation les colons n'ont même pas chercher et apprendre les langues africaines. De nos jours il n'existe pas d'études africaines dans les universités françaises pouvant contribuer à une meilleure connaissance des diasporas africaines vivant, en vue d'un «rendez-vous du donner et du recevoir» suivant une expression du président Léopold Sédar SENGHOR. En revanche, dans ce déséquilibre de l'information des chaînes françaises diffusent en direct l'actualité française au Sénégal. Les Sénégalais amateurs de football connaissent bien tous les clubs européens et leurs performances. Une chose curieuse on joue au Sénégal au tiercé de France. Les bons joueurs du hasard connaissent bien tous les champs de courses français, l'entraîneur le cheval, et la météo pouvant avoir des incidences les pronostics. Ne parlons pas de la classe politique française que chaque sénégalais reconnaît comme s'il faisait partie de la famille. Hervé BOURGES (1933-2020) avait bien écrit un remarquable livre «décoloniser l’information».
J’ajouterai à cela, tout en combattant le concept «d’assimilation», une démarche colonialiste, je milite pour le bien-vivre ensemble en France, c’est-à-dire, au-delà du concept étroit de la nationalité, tout individu, vivant dans ce pays, devrait en prendre les bonnes choses, bien sûr rejeter les mauvaises. Parmi les bonnes choses, SENGHOR parlait de la méthode et de l’organisation. J’y ajouterai le bénéfice de la dimension culturelle et l’esprit critique de nature à élever tout Africain vers l’autonomie et la prise en charge de ses intérêts fondamentaux. L’individualisme forcené et la pauvreté des relations sociales, même si cela favorise la lecture et la production intellectuelle, est fort dommageable, ainsi que l’abandon des personnes âgées et des déficients mentaux. La diaspora africaine vivant en France est habitée par le mythe du retour. Peu de gens se font enterrer en France ; il existe des associations villageoises pour rapatrier le corps du défunt au pays. En temps Peul, né avec une valise sur la tête, je me dis parfois, il est temps de se poser. Sans trahir le Sénégal, un dicton peul dit «l’individu appartient là où il habite». On remarquera que la première génération des immigrants sénégalais en France, maintenant retraitée, a essentiellement choisi finalement de rester en France ; leurs enfants y sont nés et y vivent ; ils sont eux-mêmes devenus des étrangers dans leur village d’origine au Fouta-Toro. Cela étant dit nos racines et notre culture africaine sont fondamentales. La diaspora devrait un puissant pont entre la France et l’Afrique.
Ensuite, Claude SERILLON a ajouté un sujet fondamental, l’incivisme en Afrique et les graves défaillances de l’Etat ayant notamment abouti à la tragédie du «Joola», un drame infiniment plus grand que celui du Titanic, mais dont la presse occidentale a peu fait état. En effet, le 26 décembre 2002, sous la présidence de maître Abdoulaye WADE, le bateau, «le Joola», reliant Dakar à Ziguinchor (Casamance), surchargé, mal-entretenu, sous mauvais temps, sombre en mer : 1900 morts dont 22 Français, et seulement 64 survivants. Le «Joola» était mal-entretenu. Auparavant, immobilisé pendant plus de 13 mois, il n’y a eu que des travaux de façade. Par conséquent, la négligence et l’incurie de l’Etat sont la cause de ce drame sans nom. Jusqu’à présent le juge sénégalais ne s’est pas prononcé sur les demandes d’indemnisation des familles. Nous avons connu tout récemment, l’incendie de l’hôpital de Tivaoune, 11 bébés ont péri dans un incendie (voir mon article du 26 mai 2022) ; les agents chargés de veiller sur eux, étaient absents ; comme si les bébés pouvaient se garder tout seuls.
Enfin, Claude SERILLON s’interroge sur les moyens juridiques en Afrique de mettre fin à ces régimes dynastiques et monarchiques en Afrique, souvent corrompus. Il disait en 2013 : «L’une des raisons pour lesquelles France 2 n’est plus diffusée en Tunisie, c’est que le président Ben Ali n’a pas supporté ce que nous avons montré de son pays dans Géopolis» disait-il à «Jeune Afrique». Pour ma part, et en temps que juriste, le droit est important, mais dans bien des pays africains, la Constitution a été tripatouillée comme en Guinée, en RCI, au Togo. Au Sénégal, la réforme Constitutionnelle du 20 mars 2020 ne concerne pas le mandat en cours du président Macky SALL. Le Sénégal est un «Grand petit pays» en référence au titre de mon troisième livre. Seul le Conseil constitutionnel et non l’opposition, est habilité à valider les candidatures à la présidentielle de 2024 et le peuple sénégalais, souverain, tranchera. Le débat politique au Sénégal, avec des relents ethnicistes, est souvent violent, mais en définitive, parce que c’est «un Grand petit pays», le résultat du scrutin finit par être accepté de tous. Nous avons de réels blocages démocratiques notamment au Cameroun, au Tchad, au Gabon, et en Guinée Equatoriale, c’est à leur peuple de refuser l’esclavage. Bien des régimes africains qui estimaient indéboulonnables ont été balayés par le vent de l’Histoire, notamment au Soudan, en Tunisie, etc. La résurgence des régimes militaires, avec des périodes transitoires qui s’allongent n’est pas encourageante.
La place de l’argent, qui a tout pourri dans les sociétés africaines est, pour ma part, un enjeu considérable. A l’indépendance, en 1960, les pays africains ont renoncé à constituer de grandes fédérations ; il y a eu ce qu’on appelle «la balkanisation» de l’Afrique. La fédération du Mali n’a tenu que quelques mois. Résultat, chacun des chefs d’Etat africain s’est retranché, comme dans un bunker, dans un minuscule territoire. «L’Afrique est mal partie» avait dit René DUMONT (1904-2001). Bien que les pays africains soient riches de matières premières, les termes d’un échange inégal, pour reprendre une expression de Samir AMIN (1931-2018, voir mon article), les rendus pauvres. En effet, sans aucun début d’industrialisations, nos matières premières ne sont pas transformées en Afrique, mais directement exportées en Occident et les produits finis revendus très chers aux Africains. Il s’y ajoute, on ne cultive même pas ce qu’on consomme au Sénégal, le riz. La population, notamment les jeunes et les paysans sont désœuvrés. Ce diagnostic est connu de tous ; en dehors du bla-bal rien n’est fait pour que cela change. Le résultat est dramatique : seul l’Etat est la vache à lait : les gouvernants, les fonctionnaires, les marabouts et bien d’autres parasites se servent. Le Sénégal est devenu un pays riche en pétrole et en gaz. L’opposition qui a perdu la boule, parce que c’est que Macky SALL, un Peul, qui est aux commandes ne parle que du pétrole et du gaz. Je dis là aussi, tant qu’on n’a pas changé les structures économiques : l’industrialisation, une agriculture et un modèle de consommation et l’émergence d’une bourgeoisie nationale, l’opposition au lieu de servir va se servir. Je sais que Macky SALL a réalisé d’importantes infrastructures, notamment un pont pour aller en Casamance qui n’existait du temps du drame du «Joola» ; cela est à mettre au crédit de ce Pharaon des temps modernes. Les revenus du pétrole ne devraient pas être une malédiction. Le Sénégal est un «Grand petit pays» et un consensus national sera trouvé pour «une gouvernance sobre et vertueuse» suivant un slogan du président Macky SALL.
Originaire de Nantes, Claude SERILLON est le  fils d’Yvette LE COZANNET (1919-2017) et son père, Paul SERILLON (1920-2010),  est un préparateur en pharmacie ; il a trois frères et une sœur : «Mon père était préparateur en pharmacie à Nantes. Tous les jeudis, j’avais le droit d’aller le chercher dans la pharmacie de son patron. Il était en blouse et je l’ai vu faire des préparations avec un mortier. Mais pour nous soigner, il y avait très peu de médicaments. On avait droit aux cataplasmes, aux ventouses ! Il y avait une approche des médicaments, pour ne pas dire de la santé, très prudente, très mesurée, très sage. Nous étions quatre enfants, il est vrai que nous n’avons pas eu de gros problèmes. Mais plusieurs amis de mon âge sont morts jeunes, donc j’ai été confronté très tôt à ce qu’était une vie, une durée de vie, l’hôpital» dit-il. Vivant en couple avec Catherine CEYLAC depuis plus de 38 ans, ancienne animatrice de «Thé ou Café », c’est elle qui connaît le mieux les qualités personnelles de Claude SERILLON «C’est quelqu’un qui échappe aux stéréotypes. J’ai senti que cet homme avait une exigence, une honnêteté et ça m’a sûrement à donner du sens à ma vie professionnelle » dit-elle à Paris-Match.
Références bibliographiques
SERILLON (Claude), De quoi je me mêle : essai, Paris, Ballan, 1987, 216 pages ;
SERILLON (Claude), Dire du mal, Paris, Descartes et Cie, 2015, 79 pages ;
SERILLON (Claude), Dis-moi je t’aime. Nouvelle, Paris, Balland, 2004, 184 pages ;
SERILLON (Claude), Journal 2020, Paris, Cent mille milliards, 2021, 173 pages ;
SERILLON (Claude), La conversation, Paris, Cent mille milliards, 2017, 192 pages ;
SERILLON (Claude), Le bureau. Roman, Paris, J-C Lattès, 1996, 239 pages ;
SERILLON (Claude), Les années 70, Paris, Chêne, 2006, 335 pages ;
SERILLON (Claude), Les années 90, Paris, Chêne, 2007, 335 pages ;
SERILLON (Claude), Les mots de l’actu, Paris, Marabout, 2009, 349 pages ;
SERILLON (Claude), Les valises. L’acteur. Comme deux vieilles putes, Paris, Cent mille milliards, 2018, 164 pages ;
SERILLON (Claude), PELTIER (Jean-Louis), Un certain sentiment d’injustice, Presses Pocket, 1989, 260 pages ;
SERILLON (Claude), Se donner rendez-vous, Paris, Ateliers Baie, 2022, 144 pages ;
SERILLON (Claude), Tu dors ? Non, je rêve, Paris, éditions du Panama, 2006, 201 pages ;
SERILLON (Claude), Un déjeuner à Madrid, Paris, Cherche Midi, 2018, 99 pages ;
SERILLON (Claude), Un jour d’avant l’autre, Paris, Cent mille milliards, 2020, 200 pages ;
SERILLON (Claude), Une femme coupable. Roman, Paris, Bernard Grasset, 1999, 228 pages ;
SERILLON (Claude), Vers à moi, Paris, Cent mille milliards, 2017, 186 pages ;
SERILLON (Claude), «Nous ne devons pas être objectifs», Les tribunes de la santé, 2012, Vol 1, n°4, pages ;
DE SAINT PERRIER (Laurent), «Claude Sérillon, «un Africain » à l’Elysée», Jeune Afrique, du 8 décembre 2013.
Paris, le 7 septembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 

 
 
«Claude SERILLON, journaliste, écrivain-poète» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 20:32
«Jimi HENDRIX (1942-1970), un guitariste, un chanteur et compositeur hors pair, une étoile filante» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Je suis entré dans la littérature comme un météore, j’en sortirai par un coup de foudre», rongé par la syphilis, ainsi se confiait en novembre 1890, Guy de MAUPASSANT à José Maria de HEREDIA (1842-1905). Jimi HENDRIX s'intéressait à trois choses sa musique, les filles et la drogue. Guitariste, auteur-compositeur et chanteur, Jimi HENDRIX est une étoile filante disparue à l’âge de 27 ans. Ses années fastes ont été entre 1966 et 1970, mais il est allé au «bout de la nuit» de son art. Musicien particulièrement créatif et inventif du XXème siècle, la vie de Jimi HENDRIX a été brève, mais glorieuse vie ; il a considérablement marqué l’histoire de la musique, notamment en raison de son approche unique de la guitare électrique et des techniques d'enregistrement en studio. Son style innovant, combinaison de Fuzz, de Feedback et de distorsion contrôlée, fut à l’origine d’une musique nouvelle. Avec son groupe, «The Jimi Hendrix Experience», il est considéré comme «un des personnages les plus révolutionnaires de la musique pop, musicalement et sociologiquement parlant», dit Frank ZAPPA (1940-1993), un compositeur. Jimi HENDRIX, un guitariste gaucher, jouait sur une guitare de droitier, en improvisant ; il avait inversé les cordes. Il ne savait ni lire ni écrire la musique, mais sa musique profondément novatrice et moderne annonçait déjà toutes les audaces à venir, notamment le Heavy Metal. «Il y a quelques années, alors que la musique pop s’avérait rentable, un manager découvrit un monstre : Jimi Hendrix. Ce noir américain qui résidait en Grande-Bretagne, avait de quoi étonner : hirsute et sauvage, il ne se contentait pas de chanter, il avait inventé un style à une époque où le style officiel était celui des Beatles. Il semblait vivre dans un monde électronique et mythique» écrit le journal «Combat» du 19 septembre 1970. Jimi HENDRIX est un tenant de la musique psychédélique, délirante et parfois surréaliste : «La façon dont j'écris les choses est un clash entre la réalité et la fantaisie. Tu dois utiliser de la fantaisie pour montrer les différents côtés de la réalité. [...] Je déteste appartenir à une seule catégorie. Je déteste être juste un guitariste, un parolier ou un danseur de claquettes» dit-il dans un entretien du 11 septembre 1970, accordé à Keith ALTHAM du journal «The Independent». En effet, Jimi HENDRIX est bien plus qu’un guitariste de génie, c’est un musicien complet ayant une aversion profonde pour les clichés réducteurs : «Je déteste être catalogué. Je déteste seulement être considéré comme un guitariste, ou alors juste comme un compositeur ou seulement qu’un danseur de claquettes. J’aime seulement être dans les parages» précise-t-il.
Jimi HENDRIX, de ses diverses origines ethniques (noire, blanche et indienne) a abattu toutes les barrières artificielles, en faisant de sa musique un mélange de Blues, de Soul, de Jazz et de Rock et se rapprochant de toutes communautés. Il avait pour amis les Beatles et les Animals et ses nombreuses  conquêtes féminines étaient de toutes les couleurs.
Dans ses grandes obsessions Jimi HENDRIX, un autodidacte, voulait être un musicien de blues, et compensait son handicap par l’écoute de grands musiciens comme B.B KING, Muddy WATERS ou Buddy HOLLY. En 1958, son père, Al, lui achète une guitare acoustique d’occasion cinq dollars. Perfectionniste, il répétait sans cesse ses morceaux jusqu'à épuiser et excéder ses accompagnateurs. Dévoré par la passion de son art, il ne vivait que par et pour sa musique et ne quittait que rarement sa guitare. «Je vivais dans une pièce plein de miroirs, je ne voyais que moi» dit Jimi HENDRIX, dans «Room Full of Mirors». Personnage timide et tragique, Jimi HENDRIX se révélait sur scène, à travers ses accoutrements et sa musique déjanté. Voyageur immobile, Jimi HENDRIX est constamment à la recherche de lui-même, d’un artiste ayant voulu constamment se dépasser «Si je suis libre, c’est parce que je cours toujours» disait-il.
En 1961, Jimi s’engage comme parachutiste dans l’Armée mais, il se casse la jambe, et sera libéré en 1962. Il s’installe en janvier 1964 à New York et obtient le premier prix amateur de l’Apollo Theater et intègre divers groupes. Il est engagé pour accompagner les artistes les plus en vue de l’époque, tels que Ike TURNER, Little RICHARD, Wilson PICKETT, Jackie WILSON, Sam COOKE, etc. En 1964, Jimi HENDRIX débarque à New York, où il accompagne différents groupes les Isley Brothers, John Paul HAMMOND, King CURTIS et, plus particulièrement, Curtis KGNIGHT, avec qui il écrit quelques chansons avant de les enregistrer sur son album. Le premier vrai groupe de Jimi Hendrix est formé en 1965 et adopte le nom de «Jimmy James et The Blue Flames», et continue la tournée des clubs de New York.
Aussi longtemps qu'il est resté en Amérique Jimi HENDRIX, resté dans l’anonymat, s’est contenté de  reprendre les morceaux des autres et joué dans des endroits essentiellement réservés aux Noirs. Jimi n’était pas un militant acharné des droits civiques, il ne s’exprimait qu’à travers sa musique. Et pourtant, au début de sa carrière, Jimi HENDRIX a été victime du racisme ordinaire «Désolé, les gars on ne sert pas les types comme vous ici. On a des règles, vous savez» lui dit, un jour, un barman.
C’est lors d’un concert au célèbre «Café Wha ?» que l’ex-bassiste des Animals devenu producteur, Chas CHANDLER (1938-1996), conquis par sa reprise de « Hey Joe » décide d’emmener Hendrix en l’Angleterre, le 24 septembre 1966 «Je me suis dit qu’il était impensable que personne n’ait encore signé ce type. Je n’arrivais pas à croire qu’il traînait là sans que personne ne se soit occupé de lui» dit Chas CHANDLER. En octobre 1966, Jimi HENDRIX reprend un tube de Tim ROSE, «Hey Joe». Le succès est immédiat : le titre s’installe au sommet des charts britanniques et le groupe est invité à faire la première partie des Who au Saville Theatre. Il restera dans les charts pendant 33 semaines, atteindra la deuxième place derrière le «Sergent Pepper Lonely Hearts Club Band» des Beatles. Le deuxième single, «Purple Haze», sort en mars 1967, un autre classique, est son premier album. Jimi HENDRIX rencontre les Beatles en pleine gloire, ainsi que de nombreux autres artistes, dont Eric CLAPTON et Mike JAGGER. En France, en première partie de Johnny HALLYDAY et se produit à l’Olympia le 18 octobre 1966. En virtuose halluciné, Jimi HENDRIX faisant pleurer et crier sa guitare. A Londres en 1966, ce mélange de rock, de blues et de musique psychédéliques détonne. Aussi, Jimi HENDRIX sort de l'anonymat et fait exploser son talent.
La musique psychédélique de Jimi HENDRIX, repoussant toutes les limites du genre, exhale et incarne, à elle seule, toute une époque, celle des années 60. Jimi HENDRIX aspirait au changement et chacun, par son exemplarité devrait contribuer à rendre le monde meilleur. «Je pense qu’il faut que tout cela viennent de l’intérieur. Je crois qu’une personne devrait changer elle-même, afin d’être un exemple vivant de ce qu’elle chante. Afin de changer le monde, vous devriez d’abord avoir procédé à un examen de conscience, avant de donner de donner des leçons aux autres. Mes opinions politiques s’expriment dans ma musique. On a cette chanson, «Straight Ahead» qui dit « pouvoir au peuple, liberté de l’âme », transmets cela aux jeunes, comme aux vieux, et on s’en fout que tes cheveux soient longs ou courts» dit-il le 11 septembre 1970, à «The Independent». En effet, Chaque génération veut reconstruire le monde, celle de Jimi HENDRIX coïncide avec la lutte contre la guerre au Vietnam, les droits civiques pour les Noirs, la reconnaissance de la liberté et de l'orientation sexuelle, et c'est surtout cette génération «Flower Power» avec ses grands concerts en plein air notamment à Woodstock. C’est une époque de forte contestation de l’ordre établi par diverses forces, les anarchistes, les syndicalistes, les militants féministes, les héritiers de la Beat génération, les hippies décident de se retirer de ce monde violent et sans attraits et choisissent principalement la Californie. Jimi HENDRIX, dans sa musique psychédélique, est un disciple de l’écrivain et philosophe Aldous HUXLEY (1894-1963), toxicomane adepte de la mescaline, pour qui, l’utilisation des champignons hallucinogènes, et notamment l’absorption de drogues, entraînerait un élargissement de la conscience, permettant de vivre des expériences uniques et d’accéder à la rencontre du Divin. Jimi HENDRIX est donc un représentant authentique des années 60 : «J’ai pris pratiquement toutes les drogues possibles et imaginables, de l’herbe à la cocaïne ; mais je n’ai jamais utilisé d’héroïne» dit Jimi HENDRIX en 1969.
C'est en particulier au festival de pop music à Monterey, en Californie, du 16 au 18 juin 1967, que Jimi HENDRIX se révèle par sa musique détonante, son accoutrement, sa sensualité et ses Gimmick, ses artifices. «Toujours les gimmick ! J’en ai marre d’entendre que ça ! Le monde est gimmick. La guerre, les bombes au Napalm ; les gens qui se font brûler à la TV, des gimmicks ?» disait-il. En effet, il mime de faire l'amour sur un coin, il brûle sa guitare et en casse une autre, devant un public médusé. Cette subite notoriété est une aubaine pour lui ; il sera invité partout et enchaîne 57 concerts d'affilié en moins d'un an. Il est partout sur les radios, mais l'Amérique conservatrice lui refuse un passage à la télévision. Les Jeunes filles de la Révolution réclament que Jimi, jugé obscène et séducteur soit déprogrammé de ses salles de concerts.
James Marshall HENDRIX, né Johnny Allen HENDRIX, dit Jimi HENDRIX voit le jour le 27 novembre 1942, à Seattle, dans l’Etat de Washington. Son père, James Allen Ross HENDRIX (1919-2002), dit Al, un militaire, de Vancouver, de la Colombie britannique (Canada), arrivé à Seattle en 1940, travaillait initialement, pour une fonderie. Sa mère, Lucille JETER, (1925-1958), dont ancêtres originaires de Richmond, en Virginie, une fille jolie et naïve, était une serveuse. Ses parents se sont mariés le 31 mars 1942. Jimi, un fils aîné, il avait trois sœurs (Janie et Kathy et Pamela) et deux frères (Léon et Joseph). A neuf ans, ses parents de conditions modestes et sa mère alcoolisée, se séparent. Il apprend à jouer de la musique et son père lui achète une guitare. Il écoute les nombreux disques de son père et apprécie les musiques de Elvis PRESLEY, Little RICHARD, Muddy WATERS, BB KING ou Chuck BERRY.
Londres a permis à Jimi HENDRIX de devenir lui-même. Il avait trouvé un appartement, dans le quartier de Mayfair, au 23 Brook Street, à Londres. L’appartement devenu un musée, n’était, à l’époque, entouré que de magasins, ce qui permettait à Jimi HENDRIX de jouer sans guitare, en pleine nuit, sans importuner qui que ce soit.
Les différents biographes ont voulu, comme trop souvent, ramener un artiste noir, Jimi HENDRIX, à des clichés superficiels. «On voit Hendrix se rouler par terre, frotter sa guitare entre ses jambes, trafiquer ses amplificateurs, passer son instrument derrière son dos, tout cela en plein solo. Et puis, Jimi amène sa guitare à sa bouche, comme pour l’embrasser ou la caresser, et d’un coup, joue avec ses dents» écrit Benoît FELLER, un de ses biographes. C’est uniquement un Noir jouant la musique des Blancs, le rock, un queutard, un junkie, issu d’une famille pauvre ayant su se hisser en haut de l’affiche. Il y a une part de vérité dans ce portrait, mais l’essentiel est ailleurs, à savoir que Jimi HENDRIX était un musicien de génie et les thèmes irriguant ses chansons sont riches et d’une hauteur de point de vue. On n’a pas encore recensé l’ensemble des chansons de Jimi HENDRIX, dont une part importante, n’ont pas encore diffusées. En effet, Jimi HENDRIX avait un studio d’enregistrement à New York, d’un valeur de 1 million de dollar, une fortune à l’époque et il passait une bonne partie de son temps à composer et enregistrer ses chansons. Les grands tubes, déjà diffusés, de Jimi HENDRIX sont notamment Hey Joe, Purple Haze, Wind Cries Mary, All Along Watchtower, Woodoo Chile, Star Spangled Banner, Little Wing, Foxey Lady ou Bold as Love.
La chanson «Hey Joe», enregistrée le 13 octobre 1966, une reprise de la version chantée de Tim ROSE,  et de celle de Billy ROBERTS en 1962, est une interpellation de deux personnages, qu’interprète le chanteur. Cette chanson qui a popularisé Jimi HENDRIX, est un standard du rock, déjà interprété par plus de 147 artistes. Le personnage de Joe envisage de tuer sa femme pour s’enfuir au Mexique ou dans le Sud, pour échapper à la peine de mort. «Hey Joe, where are you going with that gun on your hand ? I’m going down to shoot my old lady. You know, I caught her messing around with another man“ ou «Hé Joe, où vas-tu avec cette arme à la main ? Je descends abattre ma poule. Tu sais que je l’ai attrapée en train de me tromper avec un autre homme». Les conservateurs ont vu dans «Hey Joe» une chanson misogyne évoquant le meurtre d'une femme pour lequel Joe, qui n'en éprouve aucun remords, s'enfuit pour échapper à la Justice. En fait, Jimi HENDRIX, on l’a dit un représentant de la génération des années 60, où les violences conjugales ou, en pleine ségrégation raciales, les violences, tout court, faites à toutes les minorités, sont dénoncées et elles sont causées par l’alcool, la vente libre d’armes ou les drogues. Il s’agit donc à travers «Hey Joe» de dénoncer toutes les violences illégitimes, et d’esquisser les moyens de les combattre, qu’elles émanent de la sphère privée ou publique.
On a aussi voulu faire croire que, «Purple Haze», «Nuée violette », ou «Brume pourpre», une chanson composée et enregistrée par Jimi HENDRIX à Londres en janvier février 1967, serait une apologie des drogues ou substances hallucinogènes. En effet, aux Etats—Unis, on refuse pendant un certain temps, dans certaines radios, de diffuser «Purple Haze» une musique jugée «sale». Cependant, Jimi HENDRIX s’en défend et estime que «l’idée venait d’un rêve que j’avais fait, dans lequel je marchais sous la mer. C’était en rapport avec une histoire que j’avais lue dans un magazine de science-fiction. Il y est question d’une planète appelée «Danse Joy» où le ciel devient parfois violet la nuit et mauve le jour» dit-il, en référence à une nouvelle de Jose FARMER écrite 1957, mais publiée en 1966, «Night of Light Day of Dreams». Par conséquent, l’inspiration vient d’un récit de science-fiction. En effet, «Purple Haze» surnommé «Danse Joy», est une musique étrange, triste et exhalant la désespérance «Oh, help me. I cannot go like this» ou «Aidez-moi, je ne peux pas partir comme ça». Jimi HENDRIX semble s’embarquer pour une planète étrange, mais probablement, il s’agirait d’un voyage initiatique. Le chanteur est dans d’autres sphères, un souffle lui a ravi son esprit. Il invite à une communion de tous par le cœur et l’esprit.
La chanson, «All Along Watchtower», un rock psychédélique, est une reprise, le 21 septembre 1968, à Londres, d’une chanson de Bob DYLAN, composée en 1967. Cette interprétation de Jimi HENDRIX eut beaucoup plus de succès que celle de Bob DYLAN. En 2021 le magazine, «Rolling Stone» a classé la version «All Along Watchtower» de Jimi HENDRIX en 40ème position des 500 plus grandes chansons de tous les temps : «Les gens qui n’aiment pas les chansons de Bob Dylan, devraient lire ses textes. Ils sont faits de joie et de peines de la vie. Parfois, je joue des chansons de Dylan et elles me ressemblent tellement que j’ai l’impression de les avoir écrites» dit Jimi HENDRIX. Il se dégage de cette chanson, après un accident de moto de Bob DYLAN, une prise de conscience des valeurs de la vie ; la vie n’est pas un jeu. Dans cette chanson, une conversation s’engage entre «le Joker», bouffon, l’artiste et un voleur. L’artiste a l’impression que personne ne comprend vraiment son travail et n’est pas rétribué à la mesure de son talent. Le voleur, un marginal, estime que l’artiste, tous les deux apprécient la vie. Pendant qu’ils devisent, ils s’approchent d’un château et de son donjon ou «Watchtower» ; le château incarne l’ordre établi, les deux individus sentent qu’une confrontation entre deux valeurs de la vie est imminente. «There must be some kind of way out of here There is too much confusion. I cannot get no relief». ou «Il doit y avoir un chemin pour s’échapper de là. Il y a trop de confusion. Je ne peux pas obtenir la sérénité». En humaniste, Bob DYLAN face à cet ordre social rigide, appelle à la résurgence de nouvelles valeurs de la vie. Cette chanson de 1968, est pour Jimi HENDRIX, l’année de l’émancipation de Chas CHANDLER qui l’avait introduit en Grande-Bretagne. Il recherche de nouvelles sonorités de sa guitare, par une utilisation intensive de la stéréo.
Les femmes occupent une place particulière dans le répertoire musical de cet artiste jouisseur qui avait le cœur en bandoulière, un croqueur de femmes. Aussi, il compose «Little Wing» ou «Petite aile» qui est «à propos des jolies groupies que je rencontre parfois. Et, ces jolies filles viennent et de te divertissent vraiment. Tu tombes vraiment amoureux d’elles, car c’est le seul amour que tu puisses avoir. Ce n’est pas toujours physique, ce n’est juste que des occasions. Elles te disent vraiment quelque chose, et te livrent différents éléments de leur moi intérieur» dit Jimi HENDRIX. L’artiste, un éminent représentant des années 60, voulait juste mordre la vie à pleine dents «Je voudrais juste me lever le matin, rouler hors de mon lit, tomber dans une piscine intérieure et nager jusqu' à la table du petit-déjeuner. Lever la tête hors de l'eau, prendre un jus d'orange, me laisser tomber de ma chaise jusque dans la piscine, nager jusqu'à la salle de bains et aller me raser ou peu importe» dit-il à Keith ALTHAM, dans un entretien du 11 septembre 1970 accordé à «The Independent». En effet, il séduisait ses groupies et les changeait, comme il changeait de chemise. «Des filles, Jimi Hendrix en a connu par dizaines. Mais il n'a jamais aimé comme il l'a fait avec Kathy Etchingham et Devon Wilson, deux femmes pourtant bien différentes» écrit le magazine, «Vanity Fair». Cependant, parfois, la jalousie et les peines du cœur transparaissent dans cette création musicale. Ainsi, «The Wind Cries Mary», sorti en 1967, un rock psychédélique, est composé à Londres, à la suite d’une querelle de jalousie. En effet, une de ses conquêtes, Kathy ETCHINGHAM, avait quitté la maison, après une dispute, et quand elle revient, le lendemain, Jimi HENDRIX avait composé cette chanson en utilisant son deuxième prénom. Leurs relations tumultueuses se poursuivront jusqu’au 9 avril 1969. Jimi HENDRIX avait rencontré à Los Angeles, une autre fille, Devon WILSON (1943-1971), originaire de Milwaukee, qui se suicidera en février 1971. Jimi HENDRIX avait consacré une chanson à Devon WILSON, intitulée «Dolly Jagger» diffusée en 1997, à titre posthume. Quand, Jimi est arrivé à Londres le 24 septembre 1966, il était sans le sou, partout où il passait dans les club, on lui demandait ses références, «Are you Experienced ?» d’où par la suite le nom de son groupe. Kathy ETCHINGHAM, née en 1946, une irlandaise, installée à Londres et devenue une Disc Joker, a été d’un grand secours pendant ces moments difficiles.  «Il avait l’air original, vraiment très beau. Il était frais, et il avait un accent américain vraiment très doux» avait dit de Jimi, Kathy ETCHINGHAM Les paroles oniriques évoquent une rupture, des sanglots, le bonheur fugace et les cris du vent. «After all the jacks are in their boxes and the cloxns have all gone in bed. You can hear happiness staggering on down street, footsep dressed in red and the wind whispers Mary» «Après tout que les valets soient rangés dans leurs boites et que les clowns soient couchés, tu peux entendre le bonheur descendre la rue en titubant, ses pas habillés en rouge et le vent murmure, Mary». Cette chanson poétique n'évoque nullement la consommation de la drogue. On y sent, certes, l’influence des Beattles qui l’ont bien accueilli à Londres, à travers «Strawberry Fields Forever» de John LENON, mais le message, de «The Wind Cries Mary», semble être ailleurs. C’est apparemment un hymne dédié à toutes les femmes qu’il a aimées. Il a écrit cette chanson «pour ses copines, nos tantes, et surtout notre mère qui nous surveillait dans l’Au-delà» écrit Léon HENDRIX, son frère.
Jimi HENDRIX, tout en étant anticonformiste, n’a jamais été marqué par un engagement politique frontal. On a même dit qu’il était ouvertement anticommuniste ; il s’était même, un certain temps engagé dans l’Armée et ne s’intéressait qu’à sa musique. Il pense que les politiciens doivent s’occuper de la politique et les artistes leur musique. Les Blacks Panthers l’avaient reprocher de jouer pour un public blanc et qu’il appréciait trop les femmes blanches. Après l’assassinat de Martin Luther KING (1929-1968, le 4 mai 1968, à Memphis, suivi de graves émeutes, Sidney POITIERS, Sammy DAVIS Jr, Louis ARMSTRONG et Diana CAROLL ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à la cérémonie des Oscars. Jimi HENDRIX a maintenu son concert programmé le 5 avril 1968, au Symphony Hall, à Newark, en New Jersey, un Etat du Sud. Il dira à l’entame du concert «j’ai perdu un ami». Le public blanc qui a compris qu’il parlait de Martin Luther KING, se mit à verser des larmes. Jimi HENDRIX donna de l’argent pour les funérailles du 9 avril 1968, de Martin Luther KING.
Au concert de Woodstock, du 15 au 18 août 1969, renouant avec l’ambiance de sa génération de contre-culture, il chante «The Star Spangled Banned», la «Bannière étoilée», ou l’hymne national des Etats-Unis, mais à sa manière, en protestation contre la guerre au Vietnam, la discrimination raciale et contre tous les conservatismes. A cette époque et à Woodstock, une période d’espoir et d’optimisme, émerge les mouvements «Flower Power» «Peace and Love», «Faites l’amour, pas la guerre». Jimi HENDRIX utilise toutes les palettes techniques possibles (pédales, vibrato) pour créer des effets sonores évoquant la guerre ; il fait hurler sa guitare, en mimant les bruits de bombardements et de sirènes. Cette interprétation de l’hymne national des Etats, avec un tempo lent, en gommant son aspect martial, est une forme de contestation de la guerre du Vietnam.
Le 4 juillet 1970, à quelques semaines de sa mort, Jimi HENDRIX participait à la deuxième édition de l’Atlanta Pop Festival, à Byron, en Géorgie, un Etat du Sud, marqué par la ségrégation raciale, l’intolérance et la haine. Ce qui déchaina la fureur de Lester MADDOX, gouverneur de cet Etat sudiste, en raison de la venue de 300 000 jeunes, essentiellement des hippies.
«Je sacrifie une part de mon âme, à chaque fois que je joue. Je ne suis pas sûr de vivre jusqu’à 28 ans. Je veux dire que lorsque je n’ai plus rien donner, au plan musical, je ne serai plus de cette planète, à moins que j’aie une femme et des enfants. A part cela, je n’ai aucune raison de vivre» il parlait parfois de sa mort. Jimi HENDRIX est décédé, le 18 septembre 1970, d’un cocktail de médicaments et de vin, à Londres, dans une chambre d’hôtel, en compagnie d’une amie allemande, Monika Charlotte DANNEMAN (1945-1996). Il a été étouffé par ses vomissures suite à une intoxication aux barbituriques mélangés à de l’alcool. On a retrouvé dans ses notes un message énigmatique : «The story of love is quicker than the wink of an eye. The story of love is hello and goodbye until we meet again». Comme Janis JOPLIN ou Billie HOLIDAY ou Kurt COBAIN, le chanteur Jimi HENDRIX est mort de ses excès. Jimi HENDRIX est inhumé à Renton, Greenwood Memorial Park à Washington, une banlieue Sud-Est de Seattle. L’artiste avait un fils, James SUNDQUIST, né le 5 octobre 1969, d’une mère suédoise, Eva SUNDQUIST. Suivant, James WRIGHT, et cela n’a pas été prouvé de façon convaincante, Jimi HENDRIX aurait été assassiné par Michael JEFFREY, son manager.
Comme le plus souvent, la mort d’un grand artiste est une cadavre exquis, les membres de sa famille se disputent autour de l’héritage, estimée à 80 millions de dollars. En 2002, à la mort du père et en l’absence en 1970 d’un testament, c’est Janie, la sœur adoptive, qui a été désignée pour gérer le patrimoine du musicien, «Experience Hendrix» et «Authentic Hendrix». Il n’a été laissé à Léon qu’un disque d’or. En 2004, la Cour suprême de l’Etat de New York a estimé que Léon HENDRIX ne pouvait pas contester le testament de son père, Al HENDRIX et devait en accepter la validité.
A sa mort, certains conservateurs disaient qu'il ne fallait pas rendre hommage à "un drogué". Cependant, Jimi HENDRIX ne vivant que son art, en dépit de sa vie brève, a transcendé toutes les générations. En dépit de ses excentricités dans ses effets vestimentaires, il voulait être reconnu comme un musicien sérieux et talentueux, en explorant des pistes nouvelles : «Chas nous encourageait toujours à aller plus loin, nous expliquant : la règle est qu'il n'y a pas de règles» disait-il. L’appartement qu’il occupait, entre 1968 et 1969, à Londres, dans le quartier de Mayfair, 23 Brook Street, est devenu un musée. Le musicien Georg Friedrich HANDAEL (1665-1759) habitait au 25 Brook Street. Jimi y résidait avec Kathy ETCHINGHAM. C’est à Londres qu’il a connu la gloire et dans cette ville qu’il est mort : «Le seul foyer que j'aie jamais eu» disait Jimi HENDRIX.

Références bibliographiques

ALTHAM (Keith), «Jimi Hendrix », The Independent, du 11 septembre 1970, un entretien diffusé intégralement à la radio ; BURREL (Ian) «Jimi Hendrix’s Final Interview to be broadcast on Radio in his Entirety», The Independent, du 18 septembre 2013 ;
BELCACEM (Bahlouli), «Un jour, une histoire, 18 septembre 1970, disparaissait Jimi Hendrix», Rolling Stone, du 18 septembre 2021 ;
CANSELIER (Régis), Jimi Hendrix. Le rêve inachevé, Paris, Les mots et le reste, 2010, 430 pages ;
CROSS (Charles ; R.), Jimi Hendrix. L’expérience des limites, Paris, Camion blanc, 2006, 512 pages ;
FELLER (Benoit), Jimi Hendrix, Paris, Albin Michel, 2001, 190 pages ;
LAWRENCE (Sharon), Jimi Hendrix : L’homme, la magie, la vérité, Paris, Flammarion, 2005, 357 pages ;
MARTINEZ (Frédéric), Jimi Hendrix, Paris, Tallandier, 2010, 126 pages ;
MEDIONI (Franck), Jimi Hendrix, Paris, Gallimard, 2012, 400 pages ;
MURRAY (Charles Shaar), Jimi Hendrix. Vie et légende, traduction de François Gorin, Paris, Seuil, 1996, 350 pages ;
NUC (Olivier), Jimi Hendrix, préface de Ben Harper, Paris, J’ai Lu, 2003, 90 pages ;
Vanity Fair, «Kathy Etchingham et Devon Wilson, les deux amours contradictoires de Jimi Hendrix», Vanity Fair, du 18 septembre 2020.
Paris, le 20 juillet 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
 
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27 mai 2022 5 27 /05 /mai /2022 23:02
«Amiens, capitale de la Picardie, et sa cathédrale» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
C’est la première fois, pour un voyage éclair, que je me rends à Amiens : «La découverte d’Amiens ressemble à un parcours initiatique. Au fil du regard, du temps, des rues, des saisons, la capitale de la Picardie offre différents visages à ceux qui prennent le temps de s’arrêter. De la splendeur gothique à la modestie de Saint Leu, de la végétation du Parc Saint-Pierre aux reflets du soleil dans l’eau des hortillonnages, des rues étudiantes aux monuments historiques, Amiens offre aux voyageurs et aux curieux un formidable choix de promenades et de découvertes. Notre ville est belle des hommes qui l’ont construite génération après génération» écrit Gilles de ROBIEN, ancien député-maire de la ville, dans la préface du livre de Michel CURIE.
Capitale de la Picardie, Amiens une ville du Nord, se situe dans la région les Hauts-de -France. On dit que sa cathédrale gothique Notre-Dame, édifiée entre 1220 et 1288, est plus grande et plus majestueuse que les médiatiques cathédrales de Paris et Reims. On est fortement impressionné par son riche et varié ornement : «La cathédrale d’Amiens est considérée, avec raison, comme le prototype des édifices vulgairement appelés gothiques, est le chef-d’œuvre de l’architecture du Moyen-Age. En effet, il est peu de temps de ce genre qui offrent autant de grandeur, d’unité de style et d’élégance dans l’ensemble et les détails» écrit, en 1833, Antoine-Pierre-Marie GILBERT. La cathédrale d’Amiens, détruite en 1218, à la suite d’un incendie, sera reconstruite en plus grandiose. Eugène VIOLLET-LE-DUC (1814-1879), architecte, a pu dire de la cathédrale d’Amiens qu’elle était «l’église ogivale par excellence». 
Dans les temps anciens, ville de tissage, de filature et de drapiers, Amiens avait renforcé le prestige du clergé. Saint-Firmin, patron d’Amiens, a été le premier évêque de Notre-Dame d’Amiens. Né en 272, à Pampelune (Espagne), fils d’un sénateur converti au christianisme, en raison du succès de ses prédications, qui incitèrent 3 000 personnes en trois jours à se convertir, Saint-Firmin est emprisonné dans le cachot de l’amphithéâtre transformé en forteresse, sur ordre du gouverneur Sébastianus qui le fit décapiter le 25 septembre 303. Aussi, le 25 septembre de chaque année, un hommage lui est rendu à ce martyr.
C’est en préparant un article sur Marcel PROUST (1871-1922) que je découvre que sa vocation littéraire est, en grande partie, liée à son entreprise de traduction de la «Bible d’Amiens», en 1904 du philosophe et esthète anglais, John RUSKIN (1819-1900) : «Mon admiration pour RUSKIN donnait une telle importance aux choses qu’elles semblaient chargée d’une plus grande valeur que celles de la vie» écrit Marcel PROUST. Cette bible d’Amiens éclaire, non seulement la pensée de RUSKIN, mais aussi la pensée de PROUST, notamment au regard de sa conception de l’art, sa recherche du temps perdu. John RUSKIN est venu, à plusieurs reprises, à Amiens, en 1844, 1849, 1854, 1856, 1868 et 1880. Cette cathédrale qu’il considérait, au début mièvre, trouve ses origines dans l’installation des Francs dans cette ville et son évangélisation. 
Le  vieux quartier de Saint Leu est le cœur mythique de la ville anciennement marécageuse, avec cet homme à la bouée au milieu de la rivière, non loin des Hortillonnages, ou maraîchers. Le beffroi, jadis une sinistre prison, se dresse, majestueusement, à proximité de l’hôtel de ville. Amiens est également une ville bourgeoise, conservatrice et royaliste, sa devise est un «lien puissant m’unit au Lys». Ville du Moyen-âge, Amiens, dotée en 1185 par Philippe AUGUSTE (1165-1223) d’une charte, dispose d’un maire depuis 1790, aussi bien sous l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la IIème République, le Second Empire, les IIIème, IVème et Vème République. La maire, depuis 2014, est Mme Brigitte FOURE, de l’UDI et avait été à la tête de cette ville entre 2002 et 2007. Alphonse FIQUET (1841-1916) et Maurice VAST (1898-1979) ont été trois fois maires de cette ville. Amiens a été dirigée, à deux reprises, par un maire de gauche : de 1971 à 1989, par un maire communiste, René LAMPS (1915-2007), un enseignant et résistant, et de 2008 à 2014, par un Socialiste, Gilles DEMALLY, un chimiste et universitaire.
L’histoire de la ville d’Amiens a été brillamment relatée par le vicomte Albéric CALONNE D’AVESNE (1843-1915) en trois volumes, Aimé DUTHOIT (1803-1869), Louis-François DAIRE (1713-1792), Antoine GOZE (1803-1874), Léon PAUL (1874-1962) ou Hyacinthe DUSEVELE (1796-1881). On dit que, jadis, Amiens était habitée par les Ambiens, tribu belge venue s'installer au bord de la Gaulle. La ville est ensuite conquise par les armées de Jules CÉSAR en 57 av. J-C. et connait une longue période de paix jusqu'à l'invasion des Francs au IVème siècle de notre ère. A cette époque, Saint FIRMIN, venu de Pamplune en Espagne, évangélise Amiens. Au VIe siècle, le royaume des Francs est divisé en plusieurs parties, le nord de la France, dont Paris et Soissons, se trouvant rattaché à la Neustrie où CHARLEMAGNE règnera en 768. En 860, les Normands prennent Amiens et les pillages s'y succéderont pendant près d'un demi-siècle. Après cette période d’insécurité, Amiens souffre du désaccord qui règne entre l'évêque et les premiers chefs féodaux, en particulier Enguerrand de BOVES (1042-1116), censés représenter l'autorité royale. Cette situation prend fin avec la prise de la forteresse de Castillon par le roi de France, Louis le GROS (1137-1081), venu au secours de l'évêque GEOFFROY (1065-1115). Amiens se voit alors attribuer une chartre de franchises. Cette charte est confirmée par Philippe AUGUSTE successivement en 1185 et en 1209 ; la ville connaît depuis lors une période de grande prospérité. 
L'industrie y est florissante, notamment celle de la draperie , dont les teintes pastel sont tirées de la Waide , plante tinctoriale. Le commerce n'est pas moins prospère , ainsi que le prouve l'appartenance d'Amiens à la Hanse, groupement commercial et bancaire de l'Europe du Nord et septentrionale , aux XIII-XVème siècles. Les noms des rues tels que la rue des Orfèvres, des Parcheminiers, des Gantiers, des Tanneurs, des Huchers, attestent de la diversité des corporations établies à cette époque qui est aussi l'époque de l'édification de la cathédrale (1220-1280). En 1337 débute la guerre de Cent Ans, conséquences des difficultés liées à la succession de Philippe le BEL revendiquée par Philippe de Valois son neveu et Edouard III d'Angleterre son petit-fils. L'occupation anglaise prend fin à Amiens en 1437 avec la venue de Charles VII ; une réception grandiose lui est offerte en la cathédrale illuminée de mille cierges. Les armées anglaises reviendront à Amiens en 1475 pour y rester jusqu'au traité de Picquigny signé par Louis XI et Edouard VII.
Devenue foyer protestant, Amiens va connaître, sous le règne de Charles IX , trente ans de guerre de religions qui prennent fin en 1597 grâce à Henri IV. En 1658 une terrible inondation ravage Amiens ; dix ans après, c'est la peste qui cause plus de 20.000 morts. En effet, Auguste DUBOIS (1824-1900) signale dans son ouvrage, en 1873, que diverses pestes ou contagions entre le XVème , XVIème et le XVIIème siècles ont failli décimer toute la population. «Après le choléra, il a fallu subir la guerre et l’occupation étrangère, tristes lots des infortunes qui s’abattent quelquefois sur les peuples» écrit-il.
Pendant la Révolution, la cathédrale d’Amiens est transformée en «Temple de la Déesse Raison» : elle est le théâtre de la fête de l'Etre Suprême, mais le monument ne subit qu'une faible détérioration. Le 25 mars 1802, la paix, signée à Amiens entre la France, l'Angleterre et la République Batave (la Hollande), restaure le calme en Europe, dans le pays et dans la ville. Cette paix sera pourtant rompue dès 1803. Pendant la guerre de 1870, la citadelle, sous les ordres du capitaine Jean-François VOGEL (1821-1870), résiste héroïquement aux Prussiens ; il est tué le 29 novembre 1870. En 1914, Amiens est occupée temporairement par les Allemands, lesquels de replient après la bataille de la Marne et de fixent à une trentaine de kilomètres. A partir de mars 1918, lors de la bataille de Picardie, la ville subit de nombreux bombardements. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Amiens est sinistrée à 60 %, notamment du fait des bombardements et incendies provoqués durant la bataille de la Somme. La cathédrale n'en sera que peu endommagée. 
Depuis l'après-guerre Amiens et son agglomération doivent faire face à une progression démographique continue, passant de moins de 85.000 habitants en 1947 à plus de 132.000 habitants au dernier recensement. Parallèlement la ville connaît un important essor économique. La fabrication du célèbre velours d'Amiens mérite toujours sa réputation, et la création d'une zone industrielle permet l'implantation de nombreuses industries nouvelles françaises et étrangères.
Amiens est composée essentiellement de trois quartiers : Saint-Leu, la vieille ville étudiante et très touristique, assimilée à une Venise du Nord, sa cathédrale et ses hortillonnages ; Henriville, très bourgeois ; Saint-Roch de la-Hotoie ; Saint-Maurice et Saint-Pierre. Dans les années 1970, le vieux et populaire, quartier Saint-Leu, est devenu insalubre. Finalement, au cours de la campagne des élections municipales de 1971, un projet de réhabilitation du quartier fut porté par le candidat communiste, René LAMPS et contribua à la victoire de son équipe aux municipales. Aussi, certaines bâtisses jugées trop vétustes furent détruites pour faire place l'artisanat et les commerces de proximité, à des lieux culturels, ainsi qu’une université, sur le site l'ancienne brasserie. On y trouve désormais une salle de spectacle, la Lune des Pirates, au Quai Bélu, une Maison de théâtre, 8 rue des Majots, un théâtre des Marionnettes Chés Cabotans, 31 rue Edouard David, et un cinéma, 33 rue Vanmarke. Ce qui conduit à la gentrification du quartier Saint Leu, les populations les plus modestes ont été rejetées à la périphérie, pour des classes plus jeunes et aisées. Les maires successifs n’ont pas remis en cause cette orientation d’un quartier Saint-Leu lieu touristique et de flânerie.
M. Emmanuel MACRON, 25ème président de la République française, est né le 21 décembre 1977 à Amiens. On pense que «MACRON» est une forme contractée de  «MAQUERON» désignerait en picard le menton ; ce pourrait donc être le surnom de celui qui a un menton proéminent. Son père, Jean-Michel MACRON, né le 29 juin 1951, à Vouët (Aisne) est fils d’un cheminot, M. André MACRON (1920-2010), professeur à l’université de Picardie, est un neurologue ayant soutenu une thèse sur «le fonctionnement physiologique de la respiration des chats». Sa mère, Mme Françoise NOGUES, médecin-conseil à la sécurité sociale, est née le 8 décembre 1950, à Poix-de-Picardie, dans la Somme, d’une famille d’enseignants. D’autres personnalités célèbres sont originaires d’Amiens, notamment Edouard BRANLY, (1844-1940) physicien et médecin, comme Jean-Pierre PERNOT (1950-2022) et Laurent DELAHOUSSE, journalistes. 
En raison d’une ancienne, intense activité littéraire et artistique, Amiens est une ville où l’imprimerie, «plus divine qu’humaine», suivant Louis XII (1462-1515), s’y est développée très tôt. Ce point n’avait pas fait l’objet de recherches approfondies jusqu’en 1861. «Des historiens nombreux ont payé un large tribut aux célébrités de la ville d’Amiens ; mais, par un oubli dont il est permis de s’étonner, une des branches importante de cette industrie, celle qui est considérée, à bon droit, comme un art, l’Imprimerie, est restée en dehors de la plume, sinon de la pensée, de tant d’écrivains, dont elle a pourtant fait passer les noms et les œuvres à la postérité» écrit Fernand POUY (1824-1891). Pourtant, à cette époque, cet auteur signale 101 éditeurs et lithographes, dont GAUTHIER-DESCHAMPS, dont l’activité remonte, à Amiens, à l’an 1461. Tout au début, cette ville était celle de féodalités, de châtelains, de princes et de barons, comme les FLIXECOURT et les VIGNACOURT. Les premiers sujets connus sont l’illustre et antique race des Amiens, dont un certain Adam d’AMIENS ou Guy d’AMIENS, son fils et successeur. C’est une famille d’artistes, auteurs de chansons et de fabliaux, comme Thibaud d’AMIENS au XIIème et XIIIème siècle, de poètes et conteurs, Girardin d’AMIENS. Jacques d’AMIENS (1250-1280) est l’auteur de chansons courtoises, d’une pastourelle, d’un Art d’aimer et d’un Remède d’amour ; il a inspiré Ovide (34 Avant J-C 17 Après J-C). Vicquier d’AMIENS était un poète. 
Au XXIème, à Amiens, la bande dessinée occupe une place importante dans les activités artistiques, à travers un «Rendez-vous de la Bande dessinée» créé par une association en 1995.
Jules VERNE, bien que né à Nantes le 8 février 1828, a épousé, le 10 janvier 1857, à Paris 10ème, une résidente d’Amiens, Honorine du FRAYSNE de VIANE (1829-1910), originaire de Vesoul.  «Sur le désir de ma femme je me fixe à Amiens, ville sage, policée, d’humeur égale, la société y est cordiale et lettrée. On est près de Paris, assez pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l’agitation stérile», écrit Jules VERNE dans une lettre en 1871. Jules VERNE a vécu à 2 rue Charles -Dubois à Amiens et il y est mort le vendredi 14 mars 1905 et enterré au cimetière de la Madeleine. Le couple aura un enfant, Michel VERNE (1861-1925). Par conséquent, Jules VERNE, dont la maison est devenue un Musée à Amiens, occupe une place importante dans cette ville où il a résidé pendant 34 années. En effet, l'auteur a été membre du conseil municipal de cette ville pendant 16 ans, de 1888 à 1904, initialement sous le mandat du maire, Frédéric PETIT (1836-1895). Jules VERNE a milité, activement, dans le milieu associatif. Ainsi, en 1872, il a été reçu à l’Académie d’Amiens, en 1895 nommé administrateur à la Caisse d’épargne et de 1898 à 1904, membre du conseil directeur de cet organisme. En 1889, il adhère à la Société industrielle d’Amiens.
L’œuvre de Pierre PUIS de CHAVANNES (1824-1898), un tenant de l’impressionnisme et ses peintures murales, a été magnifiée par le musée de Picardie, à Amiens. Gustave SCHIED lui a consacré, en 1907, un ouvrage.
Amiens, une ville à moins de 2 heures de Paris, très accessible, est à découvrir ou revoir.
Référence bibliographiques
CALONNE D’AVESNE (Albéric, Vicomte de), Histoire de la ville d’Amiens, Amiens et Paris, Piteux et Picard, Tome I, 1899, 501 pages, Tome II, 1900, 621 pages et Tome III,  1906, 467 pages ;
CURIE (Michel), Amiens au fil du regard, préface de Gilles de Robien, Amiens, La Martelle, 1999, 111 pages ;
DAIRE (Louis-François, Abbé), Histoire littéraire de la ville d’Amiens, Paris, Firmin Didot, 1782, 665 pages ;
DARRAS (Jacques), PIOCHE (Jacqueline), DEBRIE (René) IVART (Pierre), La forêt invisible, Amiens, édition des Trois Cailloux, Amiens, 1985, 482 pages ;
DEKISS (Jean-Paul), Jules Verne à Amiens : la maison des voyages, Paris, Belin, 2014, 123 pages ;
DUBOIS (Auguste), Les pestes ou contagions à Amiens pendant les XVème, XVIème et XVIIème siècles, Amiens, Emile Glorieux, 1873, 44 pages ;
DU CANGE (Charles Du Fresne), Histoire de l’Etat de la ville d’Amiens et de ses Comtes, Amiens, Duval et Herment, 1840, 498  pages ;
DURAND (Georges), Monographie de l’église Notre-Dame, cathédrale d’Amiens, Amiens, Yvert et Tellier, Paris, A. Picard et fils, 1901, Vo I, 641 pages et Vol II, 810 pages ;  
DUSEVEL (Hyacinthe), Histoire de la ville d’Amiens : depuis les Gaulois jusqu’en 1830, Amiens, Imprimerie R. Machart, 1832, 566 pages ;
DUTHOIT (Aimé et Louis), Le vieil Amiens, Amiens, T Jeunet, 1874, 137 pages ;
GILBERT (Antoine-Pierre-Marie), Description historique de l’église cathédrale de Notre-Dame d’Amiens, Amiens, Caron-Vitet, 1833, 377 pages ;
GOZE (Antoine, Michel), Histoire des rues d’Amiens, Amiens, Alfred Caron, 1854 en 4 volumes, et édition de la Tour Gilles, 1995, 869 pages ;
GOZE (Antoine, Michel), Nouvelle description de la cathédrale d’Amiens, Amiens, Alfred Caron, 1847, 215  pages ;
LEON (Paul), Amiens, la cathédrale, Paris, L’art et les artistes, 1918, 46 pages ;
MORLIERE (Adrien, de la), Les antiquités, histoires et choses remarquables de la ville d’Amiens,  Paris, Sébastien Cramoisy, 1642, 402 pages ;
NOULENS (Joseph), Maison d’Amiens. Histoire généalogique, Paris, Picard, 1888, 516 pages ;
PINCHEMEL (Philippe), GODARD (J), NORMAND (René), LAMY-LASSALLE (Colette), Visages de la Picardie, Éditions des Horizons de France, collection Les Provinciales, Paris, 1949, 177 pages ;
POUY (Ferdinand), Recherches sur l’imprimerie et la librairie à Amiens, Amiens, Amiens, Lemer Aimé, 1861, 203 pages ;
RUSKIN (John), La Bible d’Amiens, traduction, avant-propos et préface de Marcel Proust, Paris, 1904, Mercure de France, 347 pages ;
SALMON (Charles), Histoire de Saint-Firmin, martyr, premier évêque d’Amiens, Arras, Rousseau-Leroy, 1851, 523 pages ;
SCHIED (G. Gustave), L’œuvre de Puis de Chavannes à Amiens, Amiens, Office d’édition des musées et des arts, 1907, 68 pages.
Amiens, le 27 mai 2022 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 22:47
«Miriam MAKEBA (1932-2008), militante anti-Apartheid, chanteuse Voix de l’Afrique» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Miriam MAKEBA, militante acharnée pour les droits civiques des Afro-américains et panafricaniste, orpheline de père, venue des ghettos d'Afrique du Sud, et après 31 années d’exil et d’errance, est devenue, par son art, icône de la lutte contre l'Apartheid. En effet, la création artistique de Miriam MAKEBA témoigne de son combat inlassable pour la Justice, pour l’indépendance et contre l’Apartheid «Si j’avais choisi mon sort, j’aurais choisi d’être dans le camp des opprimés plutôt que celui des oppresseurs. En réalité, je n’ai pas eu le choix. Pourtant dans ce triste monde où les victimes abondent, je m’enorgueillis d’avoir choisi la lutte. Ma vie, ma carrière, toutes mes chansons, tous mes concerts et la lutte de mon peuple ne font qu’un. Il y a trois dons avec lesquels je suis venue au monde et que je garderai jusqu’au jour de ma mort, ce sont l’espérance, la volonté et le chant. Nous voulons tous la même chose : une vie décente, la paix, l’amour» écrit Miriam MAKEBA, dans ses mémoires. En 1966, Miriam MAKEBA est la première femme africaine à obtenir un Grammy Award pour un album qu'elle a enregistré avec Harry BELAFONTE, surnommé le Grand Frère : «An Evening with Belafonte/Makeba», évoquant, notamment les souffrances des Noirs pendant l'Apartheid. «En l’histoire de la personne de Miriam Makeba se concentre l’histoire de l’Afrique, histoire faite d’injustices, de souffrances et de déni d’humanité» déclarait Chadli BENDJEDID, président algérien. Artiste majeure du XXème siècle, Miriam MAKEBA est en révolte permanente contre l’injustice, les inégalités et pour la reconnaissance des cultures africaines : «Le vainqueur écrit l’histoire ; ils sont venus, ils ont vaincu et ils ont écrit. On ne peut pas attendre de ceux qui nous ont envahi qu’ils écrivent la Vérité sur nous» écrit Miriam MAKEBA, dans ses mémoires. En effet, elle a été considérée comme «la révolutionnaire qui a chanté les souffrances de l’esclavage et la libération des griffes du colonialisme» suivant Kenneth KAUNDA (1924-2021), président de Zambie. Miriam MAKEBA est la première grande vedette internationale qui n’est ni chanteuse de Jazz, ni afro-américaine ; elle revendique ostensiblement son Africanité. «Passionnée, mais sensible aux nuances et sachant doser l’humour et l’émotion, elle présente la plupart de ses chansons avec une étonnante force de persuasion expliquant leurs origines et prenant en compte leur signification», écrit Michel PEREZ, dans le journal «Combat». En effet, Miriam MAKEBA, ambassadrice des cultures et musiques africaines, a été intronisée, à titre posthume, «Mama Africa», pour «sa voix magnifique, son esprit combattant et son interprétation avant-gardiste de la musique africaine», dira Alex OKOSI, directeur de MTV Afrique : «Miriam Makeba a sans cesse cherché à promouvoir l’unité des nations de son continent et a constamment rappelé le rôle de la jeunesse dans le choix d’un engagement similaire. Le contexte historique de la Guerre froide, des luttes contre la ségrégation raciale et des indépendances africaines, a eu une influence certaine sur l'évolution de sa carrière» écrit Michaël MOUITY-NZAMBA.
Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama dite Miriam MAKEBA, est née le 4 mars 1932, dans le Township de Prospect, à Johannesburg, en Afrique du Sud, au temps de l’Apartheid. Trois communautés s’affrontent en Afrique du Sud, les Anglais minoritaires, mais détenteurs du pouvoir politique, les Hollandais et les Huguenots, des paysans, appelés les «Boers» parlant l’Afrikaans, un mélange de hollandais et d’allemand, et les Africains natifs du pays, dépossédés de leurs terres, regorgeant de richesses naturelles (diamants, or, pétrole, uranium), et relégués dans des ghettos plombés par la violence : «Pendant les fins de semaine et au moment de Noël, le ghetto se transforme en abattoir» écrit Miriam MAKEBA. Quand un Noir s’adresse à un Blanc, il doit toujours répondre avec soumission en disant, en Afrikaans, «Ja, Baas» ou «Oui, patron». Elle dira que «les Noirs sud-africains sont prisonniers dans leur propre pays». Miriam MAKEBA grandit donc sous l’Apartheid (absence de droit de vote, résidences séparées, limitation des déplacements avec des laisser-passer, emplois peu qualifiés et mal rémunérés, brimades, etc.). En dépit de cela, Miriam MAKEBA est restée une femme debout :«Je regarde une fourmi et je me vois : native d’Afrique du Sud, dotée par la nature d’une force bien supérieure à ma taille, ce qui me permet supporter le fardeau du racisme qui écrase mon esprit. Je regarde un oiseau et je me vois : native d’Afrique du Sud, prenant mon essor sur les ailes de la fierté, fierté de notre beau peuple, et m’élevant au-dessus des injustices de l’Apartheid. Je regarde le fleuve et je me vois : dans mes flots jusqu’à ce qu’ils deviennent lisses et un jour se désintègrent» écrit-elle dans ses mémoires, «Une voix pour l’Afrique».
La grossesse de sa mère ayant été difficile, aussi Miriam hérite du prénom africain de «Uzenzile», voulant dire «tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même». Cadette d’une fratrie de six enfants, son père, Mpambane Caswell MAKEBA (1902-1938), un Xhosa et instituteur, «un homme bon et généreux, mais dont la vie a été bien dure pour nous pendant la Grande dépression» écrit-elle. Son père meurt le 3 décembre 1938, quand elle n’avait que six ans. Sa mère, Nomkomndelo Christina MAKEBA, une Swazi, est une domestique et aussi une «Isangoma», une guérisseuse traditionnelle. Sa mère a épousé son père en secondes noces. Miriam MAKEBA, comme le poète sénégalais, Birago DIOP (1906-1989), est habitée par les forces de l’esprit. Sa mère est morte en 1960. «Ma mère, c’était une femme extraordinaire. Pour l’Occident, le passé est comme un animal mort. Mais pour nous le passé est toujours vivant, la mort n’est pas une séparation ; nos ancêtres sont toujours là en esprit, ils veillent sur nous» écrit-elle. Pendant l’Apartheid, il est interdit aux Noirs de boire l’alcool. Aussi, ils fabriquent une bière africaine, «Umquobothi», distillée, clandestinement, à base de malt et de farine de maïs. Lorsque Miriam n’avait que 18 jours, sa mère a été arrêtée, condamnée à une amende de 18 livres qu’elle ne pouvait pas payer ; elle subira six mois d’emprisonnement passés en prison avec sa fille, devenue «bébé criminel»,  pour avoir vendu cette bière africaine. Pendant sa détention, sa mère qui connaissait l’Afrikaans sert d’interprète de prison et fait de la broderie.
A la sortie de prison de sa mère, son père emmène sa famille à Nelspruit ou Mbombéla, dans le Nord du pays, à l’Est du Transvaal, dans la province de Npumalanga. Son père devient employé de bureau pour Shell ; sa mère fait la cuisine pour les Blancs, et confie les enfants à sa grand-mère, qui a 21 petits-enfants. Quand Miriam sera un peu plus grande, elle aide aux travaux ménagers (balayer la cour, puiser de l’eau). C’est une maison sans électricité, ni frigidaire et il fait froid dans le Transvaal. L’école est à 7 km de la maison, sans transport scolaire, le trajet est à pied, même en temps d’intempéries. Cependant, aller à l’école, pour un enfant noir, en Afrique du Sud, est considéré comme «un acte séditieux». Pour dormir ou manger, les enfants sont divisés en deux groupes. Les visites des policiers dans les maisons des Noirs, sous prétexte de vérifier les livrets ou chercher les clandestins, sont fréquentes, accompagnées parfois d’humiliations ou de disparitions : «Un de mes oncles ne montre pas son livret assez vite au gré d’un jeune policier à peine sorti de l’enfance. Il insulte mon oncle et le gifle. Il arrive qu’on emmène des gens et qu’on ne les revoie jamais», écrit-elle. Miriam et ses cousines ont été forcées par un fermier blanc Allant marauder dans les vergers des Blancs, le fermier Boers à manger tous les fruits volés. Miriam porte des robes de seconde main, celles de sa sœur Hilda.
Ramener toute la musique de Miriam MAKEBA à «Pata Pata» ou à un «petit rien», en Xhosa, un tube planétaire conçu en 1956 à Sophiatowan et enregistré en 1967 aux Etats-Unis, relève de l’anecdotique. Elle a sorti 32 albums, dont de grands tubes comme «Sing me a Song», «Mama Africa», «The Definitive Collection» en 2002, «The Click Song» ou «Malaika». Miriam MAKEBA, simple, prudente et avisée, même si elle s’est adaptée au show, n’a pas oublié les chansons traditionnelles bien composées et ayant du sens. Pendant longtemps, son deuxième mari de 1965 à 1966, et compagnon sur scène, Hugh MASEKELA (1939-2018), a composé de nombreuses chansons pour elle. Prudente et pragmatique, Miriam MAKEBA a pu mener à bien une longue et riche carrière musicale. Miriam MAKEBA chante en Tswana, en Zhoxa ou en Zoulou. Tout démarre dans la maison de la grand-mère de Miriam remplie de chants et de danses «Nous dansons dans les grandes occasions ou quand nous sommes heureux. Ma mère a une voix merveilleuse et c’est une musicienne accomplie. Elle joue de plusieurs instruments traditionnels : de l’harmonica, du piano à pouce et du tam-tam. Elle brille toujours parce qu’elle est la meilleure», écrit Miriam MAKEBA, dans ses mémoires. Les Africains sont qualifiés par les Boers de Kaffirs ou païens, ce qui pourrait aussi signifier «sale nègre». En fait, baptisée protestante, Miriam chante dans la chorale de son église des hymnes en Afrikaans, anglais, Xhosa, Sotho ou Zoulou. «C’est vraiment l’Esprit qui bouge en moi. Je suis petite, mais je chante à pleine voix» confie-t-elle. Au Transvaal, la jeune Miriam découvre les Bapedi, une tribu du Nord de chanteurs ayant la joie de vivre, en dépit des difficultés : «J’ai découvert que la musique est une sorte de magie. La musique a toutes sortes de pouvoirs. Elle rend heureux les gens tristes, elle oblige les gens mornes à s’animer. Je sais bien l’effet qu’elle me fait» écrit-elle dans ses mémoires.
Miriam fera partie de la chorale des grands élèves de son école dirigée par le professeur MOLEFE qui fera d’elle une attraction. Miriam MAKEBA, encore jeune, écoutait des disques de jazz venus d’Amérique qui lui prêtait son frère Joseph, un musicien «J’ai chanté l’américain bien avant de savoir le parler. Quand ses amis viennent, ils me demandent de chanter pour eux» écrit-elle. Tout en continuant à chanter dans les mariages et autres cérémonies, Miriam MAKEBA, inscrite au lycée, à l’Institut Kilnerton, continue de perfectionner son art. Un certain Joseph MUTUBA, un accompagnateur au piano de sa chorale, aura une influence durable sur la chanteuse «Pour la première fois, j’apprends à me mouvoir sur scène. Nos mouvements sont lents et gracieux et nous bougeons le corps tout entier. Je commence à communiquer. Je suis en train de devenir une artiste» écrit-elle. Miriam MAKEBA chantera devant le roi d’Angleterre, George VI (1895-1952), en visite officielle en Afrique du Sud, le 21 avril 1947, pour le 21ème anniversaire de sa fille, Elizabeth. A cette occasion, Joseph MUTUBA compose, une chanson «Quelle triste vie pour un Homme noir !», en langue nationale : «Réveille-toi mon peuple ! Unissons-nous !».
En 1952, vivant désormais seule avec sa fille, Bongi, Miriam MAKEBA part habiter chez sa tante à Johannesburg, puis chez sa cousine, Sonti NGWENYA, possédant une société de taxis. Aussi, Miriam passe ses journées à laver ces taxis. Un jour, le fils de sa cousine, Sonti SWELI, l’invite à une répétition d’un nouvel orchestre, le groupe «Cuban Brothers», ou les frères cubains, animant, bénévolement, des kermesses dans les églises. Miriam est passionnée pour la musique. Mesurant 1m60 avec ses cheveux courts non frisés, de son temps, monter sur scène, pour une jeune femme, de surcroît timide, était mal vu par la société. Cependant, sa mère l’encouragea dans sa carrière de chanteuse «C’est ce que mon père aurait voulu que je fasse s’il avait vécu. Mon père était musicien. Il savait jouer du piano et composer de la musique. Ma mère me dit que mon père aurait voulu que j’étudie la musique» écrit-elle dans ses mémoires.
Grâce à Nathan MDLEHDLHE qui venait au foyer Donaldson, Miriam MAKEBA va collaborer entre 1954 et 1957 avec les «Manhattan Brothers», un groupe produisant des disques, avec des tournées dans tout le pays : «Miss Makeba, j’ai beaucoup aimé votre spectacle. Vous avez une voix ravissante. On dirait une voix de rossignol. Je voudrais vous auditionner pour nous» lui déclara Nathan, le chanteur-vedette des «Manhattan Brothers». C’est comme cela que Miriam est devenue soliste de ce groupe : «Je n’ai jamais eu une vie facile, et ce n’était pas la peine de perdre mon temps à rêver de choses impossibles. Je n’ai jamais rêvé d’une vie dans le spectacle, ou de faire ce que j’aime le plus au monde : chanter. Mais maintenant, tout ceci se réalise comme dans un rêve !» écrit-elle. C’est à ce moment que Zenzi MAKEBA prend le prénom de scène «Miriam» et on lui a apprend, à bien s’habiller sur scène. Le groupe, qui n’a pas le droit de chanter en anglais, se produit dans les banlieues noires, des lieux fréquentés par les gangsters, avec parfois des bagarres, des fusillades ou des émeutes. Miriam gagne cinq livres par spectacle et loue une maison, à Mofolo, au Sud-Ouest de Johannesburg, les Noirs n’ayant pas le droit d’être propriétaire. Sa fille, Bongi et sa mère, viennent habiter avec elle. Un jour, Gallotone, une maison de disque, demande à Miriam d’enregistrer un disque en solo, une mélodie d’amour en Xhosa. Le disque se vendant bien, est diffusé à la radio ; ce qui permet à Miriam MAKEBA de sortir de l’anonymat. Curieusement, Gallotone obtient l’autorisation de diffuser cette chanson en version anglaise ; ce qui contribue à abattre les barrières raciales. Les gens commencent à reconnaître Miriam MAKEBA dans la rue. Mais l’Apartheid reste marquée, pour les Noirs, par la colère, le ressentiment, la douleur et la peur. C’est à ce moment et après son spectacle que Miriam MAKEBA rencontre un certain Nelson MANDELA, préoccupé pour sa charte de la liberté posant le principe que «l’Afrique du Sud appartient à ceux qui l’habitent, Noirs et Blancs». Le groupe les «Frères Manhattan» organise des tournées au Swaziland, au Lesotho, en Rhodésie du Sud et du Nord et au Congo belge.
En 1956, Miriam MAKEBA part en tournée de 18 mois avec le groupe «African Jazz and Variety», dont la vedette est Sonny PILLAY, un Indien sud-africain devenu célèbre et qui deviendra son mari. Dans ce monde racisé et ethnicisé, les Noirs sont méprisés, les métis et les Indiens se sentant supérieurs à eux : «Sonny est très beau, il a les cheveux noirs et raides, ses yeux bruns sont remplis de chaleur, d’amour et d’humour. Tout à coup notre vie privée devient l’affaire de tous. Je fréquente un indien qui n’a pas honte de me fréquenter» écrit-elle dans ses mémoires. «The African Jazz and Variety» est fondé par un Juif, Alfred HERBERT, «un homme qui déborde d’énergie, de gaieté et d’optimisme» dit Miriam MAKEBA. Les Juifs libéraux seront des alliés des Noirs dans la lutte contre l’Apartheid. Dans les tournées, il s’agit tantôt d’un public de Blancs, tantôt le jeudi, jour de congé des domestiques, de Noirs. La compagnie a décidé de créer un groupe exclusivement féminin, les «Skylarks», dont Miriam MAKEBA est la vedette.
En 1959, Lionel ROGOSIN (1924-2000), un cinéaste américain indépendant, assistant à une représentation de l’African Jazz Variety au Town Hall, propose à Miriam MAKEBA de jouer son propre rôle, dans un documentaire sur la vie des Noirs en Afrique du Sud. «Miriam, il est impensable qu’un talent comme le vôtre reste confiné, pour toujours, à l’Afrique du Sud. Le monde entier vous verra et vous entendra chanter dans mon film. Ensuite, ils vous verront en personne, si vous consentez à m’accompagner promouvoir le film» lui dit Lionel ROGOSIN. Cette rencontre, avec le réalisateur américain, est décisive pour la carrière de Miriam MAKEBA. En effet, Miriam MAKEBA, dans un documentaire, «Come-Back» interprète deux chansons dans un Night-Club. En fait, «Come-Back» est un des premiers films à dénoncer ouvertement l’Apartheid en Afrique du Sud, institutionnalisé dès 1948, et préfiguré par des lois coloniales discriminatoires établies dans les années 1901. Le réalisateur, Lionel ROGOSIN et sa femme Elinor séjournent à Johannesburg en vue de ce projet, dès mai 1952 ; le film est tourné en 1958 et diffusé en 1960, sur une période de quatre mois, dans une situation de quasi-clandestinité. Le réalisateur, Lionel ROGOSIN a prétendu aux autorités tourner un documentaire sur la musique et les traditions vivantes ou encore une adaptation des mémoires de Deneys REITZ (1882-1944) sur la guerre des Boers. Miriam MAKEBA est invitée au festival de Venise, pour la promotion du documentaire, «Come-Back». C’est pour avoir participé à ce film militant, où le racisme et l’Apartheid sont associés à l’esclavage, que Miriam MAKEBA s’est vue retirer la nationalité sud-africaine : «D’une intégrité brulante, c’est l’acte d’accusation le plus accablant de l’Apartheid et du système des permis que j’ai jamais vu. Dans un climat de rage et de frustration presque insupportable, le film martèle la question qui, bien qu’inexprimée, vient à l’esprit de chaque personne qui le voit : combien de temps allons-nous encore accepter l’existence de ces conditions épouvantables de vie ?» écrit Nina HIBBIN, une journaliste du «Daily Worker».
Avant de quitter l'Afrique du Sud, Miriam MAKEBA participera à une comédie musicale, en Jazz, «King Kong» qui va déclencher des controverses. Cet opéra de Harry BLOOM (1913-1981), un Juif sud-africain opposé à l’Apartheid, journaliste et romancier, mais aussi de Todd MATSHIZIKA (1921-1968) et Clive Sydney MENELL (1931-1996), est tiré de la vie du célèbre boxeur sud-africain, Ézéchiel DLAMINI (1921-1957), dont la carrière s’est étendue entre 1947 et 1956, un homme grand et fort, surnommé «King Kong» parce qu’il mettait KO tous ses adversaires. Ezéchiel DLAMINI est une figure dramatique. En dépit de sa notoriété, le système de l’Apartheid refusa à ce boxeur de se rendre à l’étranger. Dépité, il commença à boire et finit par tuer son amie, qu’il soupçonnait d’infidélité. Condamné à perpétuité, il se suicide en prison, le 3 avril 1957. Cependant, cet opéra, «King Kong», est devenu, en musique, un puissant symbole de la lutte et de résistance contre l’Apartheid. Aussi, «King Kong» ne sera diffusé en Afrique du Sud qu’en 2017, soit près de 60 ans après. Pour son premier voyage à l’étranger, Miriam MAKEBA s’envole pour l’Italie, par la South African Airlines : «Aucun passager blanc ne veut s’asseoir à côté de moi. Je suis la seule noire dans l’avion. J’ai trois sièges à moi toute seule» écrit-elle dans ses mémoires. En Italie, Miriam MAKEBA découvre qu’elle peut s’asseoir à un restaurant ou un café, comme tout le monde, et être servie, sans difficulté.
A Londres, après son passage à «In Town Tonight», une émission de la BBC, Miriam MAKEBA fait la connaissance de Harry BELAFONTE, venu également enregistrer une émission pour Noël. «Miss Makeba, après le film (Come-Back), je suis un de vos admirateurs» lui déclare Harry BELAFONTE. Aussi, Harry BELAFONTE l’invite aux Etats-Unis, en novembre 1959, et forme ses musiciens. Miriam MAKEBA venait de se marier, depuis trois mois à Sony PILLAY. A son arrivée aux Etats-Unis, elle part, en Californie, pour le Show de Steve ALLEN (1921-2000), et entame une série de concerts pour le «Village Vanguard», un club de Jazz, au numéro 178 de la 7ème avenue, à New York. De nombreuses personnalités des arts et lettres ou showbiz viennent assister à son spectacle, comme Lauren BACALL (1924-2014), Langston HUGHES (1902-1967), Cecely TYSON (1924-2021), Bing CROSBY (1903-1977) ou Elisabeth TAYLOR (1932-2011). Les critiques de la presse américaine sont enthousiastes : «Il y a très peu de cas dans le monde spectacle où la vie d’une artiste change aussi rapidement, de façon spectaculaire, et montre autant de promesses», écrit le New York Times. Miriam est invitée chez Diahann CAROLL (1935-2019) actrice et chanteuse. L’agence William Morris prend en charge ses intérêts et elle gagne maintenant 750 dollars par semaine. Le talent de Miriam MAKEBA est reconnu de tous «Elle chante avec la voix embrumée et le phrasé délicat d’Ella Fitzgerald, et si l’occasion se présente, elle fait preuve de l’abattage culotté d’Ethel Merman et le sens de l’amitié de Franck Sinatra» écrit Newsweek, à son sujet. Harry BELAFONTE organise une grande rencontre en présence de nombreux artistes et journalistes. Miriam MAKEBA noue de solides amitiés notamment avec Marlon BRANDO (1924-2004), Bette DAVIS (1908-1989) et Nina SIMONE (1933-2003) ; elle sera invitée au fameux anniversaire de John Fitzgerald KENNEDY (1917-1963), au Madison Square Garden le 29 mai 1962, où Marilyn MONROE (1926-1962), chante pour son amant, un langoureux «Happy Birthday to you, Mr President». Désormais, Miriam MAKEBA est sortie de l’anonymat ; elle fait le plein au Carnegie Hall et au Apollo Theater.
Miriam MAKEBA, dont la situation financière s’améliore, achète une maison dans le New Jersey, et Dizzy GILLESPIE (1917-1993), le musicien de Jazz, est son voisin. Aussi elle fait venir aux Etats-Unis sa fille unique, Bongi. Gallotone, une compagnie sud-africaine, cède ses droits à RCA, pour 75 000 dollars. Après les massacres de Sharpeville du 21 mars 1960 (69 morts), Nelson MANDELA est emprisonné et l’ANC interdite. A la mort de sa mère, son passeport sud-africain est invalidé. Venue aux Etats-Unis pour un mois, elle y restera 10 ans. «Il y a eu Miriam Makeba, les influences de Jazz les plus mêlées, mais depuis son premier répertoire de chansons tribales, la chanteuse n’a cessé d’élargir son style et son inspiration. Elle aborde aujourd’hui les airs de tous les pays. Elle puise dans tous les folklores, mais elle leur donne sa chaleur et sa couleur» écrit Michel PEREZ, pour «Combat». Lors d’un déplacement à Atlanta, en Géorgie, un Etat du Sud, Miriam MAKEBA découvre qu’elle est refusée dans les hôtels. Elle était venue assister une rencontre avec Martin Luther KING (1929-1968), «un homme qui a du poids. Quand il s’adresse à un groupe, tout le monde l’écoute attentivement. Il a cette puissance, ce charisme» dit Miriam MAKEBA. «Miriam Makeba est le talent le plus révolutionnaire qui soit apparu au cours des dix dernières années. Je la considère comme une grande et importante artiste» dit Harry BELAFONTE, à Paris le 19 mars 1969, à l’Olympia, où l’artiste était venue se produire. En effet, Miriam MAKEBA est devenue, «une incarnation sonore» du continent africain dans la société américaine, en référence à une expression d’April SIZEMORE-BARBER. Dans un contexte de Guerre froide et de début des indépendances africaines, Miriam MAKEBA, devenue visible et audible, est alors invitée au Kenya, en Angola, en Tanzanie et lors de l’inauguration de l’Organisation de l’Unité Africaine, à Addis-Abeba, en Ethiopie. Symbole de la liberté de la Femme et de son peuple opprimé, et grâce à Sékou TOURE, Miriam MAKEBA pourra s’exprimer en 1963 et 1964, au Comité spécial des Nations Unies contre l'Apartheid, alors présidé par le guinéen, DIALLO Telli (1925-1977). «Les Nations Unies doivent user de leur influence pour ouvrir les portes des prisons et des camps de concentration d’Afrique du Sud où des milliers de Noirs sont actuellement prisonniers. Mon pays a été transformé en vaste prison» dit-elle. Aussi, Miriam est déchue de sa nationalité sud-africaine et interdite de séjour, comme ses disques, en Afrique du Sud. Miriam reçoit alors la distinction de la «Femme du siècle» de la «Bedfort Stuyvesant Communion of New York».
Harry BELAFONTE, dit le «Grand frère», se rend d’abord en 1964, à New York, et il y est bien reçu. Fortement engagée dans la défense des droits civiques aux États-Unis, et à la suite de sa brouille avec Harry BELAFONTE, Miriam MAKEBA se rend en Guinée à l’invitation de Sékou TOURE (1922-1984), et elle y restera de 1967 à 1986. La Guinée a dit non à Charles de GAULLE, et c'est aussi un pays producteur de bauxite : «Conakry est un gros village, fait de bâtiments coloniaux français sur le déclin et de taudis qui servent de logements aux pauvres» écrit Miriam MAKEBA. C'est lors de ce séjour que Miriam MAKEBA rencontre Stokely CARMICHAEL (1941-1998), un militant Afro-Américain des droits civiques, «Student Non-Violent Coordinating Committee» (S.N.C.C.) dont il est le président. En 1967, Stokely CARMICHAEL quitte le mouvement SNCC, pour adhérer au «Black Panther Party». Egérie de l'égalité raciale, Miriam MAKEBA épousa «par amour», en mars 1968, Stokely CARMICHAEL. Après l’assassinat de Martin Luther KING (1929-1968), le 4 avril 1968, «l’Amérique est au bord de la folie. On dirait que la moitié des gens est dans la rue à protester ou à faire des émeutes et que l’autre moitié est barricadée chez elle» écrit-elle. Par conséquent, Miriam MAKEBA est considérée comme fréquentant un extrémiste : «Stokely est intelligent et il s’exprime avec aisance. Mais il est passionné, et sa passion le rend furieux, et sa fureur lui fait dire des choses qui sonnent comme des menaces aux oreilles de certaines gens» écrit Miriam MAKEBA. Par conséquent, tous les contrats de Miriam MAKEBA, aux Etats-Unis, sont été rompus.
Expulsée de la Jamaïque, les Etats-Unis refusent de la réadmettre sur son territoire. C'est à ce moment que 9 pays, dont la Guinée et Cuba où elle s’est produite en août 1972 avec Charles MINGUS (1922-1979), remettent à Miriam MAKEBA un passeport pour pouvoir se déplacer à l’étranger. C’est la période où Miriam MAKEBA rencontre un immense succès sur la scène africaine, et joue un important rôle en tant que militante panafricaniste et anticolonialiste. En raison de son long séjour en Guinée, notamment à Dalaba, dans le Fouta Djallon, Miriam MAKEBA s’exprime parfaitement en français et en Peul. «La campagne guinéenne est pauvre aussi, elle est très belle, particulièrement dans les environs de Dalaba, une région montagneuse» écrit Miriam MAKEBA. Le répertoire musicale de l'artiste, durant son long séjour en Guinée, certes méconnu, est pourtant particulièrement riche et varié ; il intègre des interprétations de ses célèbres chansons sud-africaines, mais aussi des textes chantés dans d’autres langues africaines, en Lingala (Congo), Kiswahili, ou chantés en arabe, français, espagnol, anglais. Miriam MAKEBA a aussi enregistré des chansons dans les langues guinéennes. On peut rappeler à titre d’exemple les interprétations en Soussou, “Djuinguira”, Maninkaka, “Touré Barika”, “Sékou Famake”, et “Maloumayé” et en Peul, “Maobé Guinée”.
Miriam MAKEBA aura participé à trois concerts Panafricains : Alger du 21 juin au 1er août 1969, Tunis en 1973 et Lagos en 1977. Le festival panafricain d’Alger en 1969 avait une importance particulière pour la Guinée, puisqu’elle a remporté la médaille d’or pour les réalisations artistiques de son équipe dans diverses compétitions. En effet, le festival panafricain, à Alger, en 1969, a été un grand moment artistique pour Miriam MAKEBA. «L’une des participations les plus importantes fut, sans doute, celle des Afro-Américains, notamment un garçon nommé Stokley Carmichael, accompagnant sa femme, Miriam Makeba» écrit Jean-Jacques NAUDET, pour «Combat». Ce festival d’Alger est une réplique de celui de 1966, organisé par Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), arrimé au camp occidental. En pleine guerre froide et de lutte contre l’Apartheid, avec le PANAF d’Alger, le président Houari BOUMEDIENNE (1932-1978) revendique le leadership du combat panafricain. «Il faut que ce festival soit une entreprise enthousiaste d’affirmation de notre identité» dit le président algérien. La manifestation doit promouvoir «les réalités de la culture africaine et le rôle de la culture africaine dans la libération nationale, dans la consolidation de l’unité africaine et dans le développement économique et social de l’Afrique» dit-on. Miriam MAKEBA brillera de mille feux, aux musicales organisées au Zaïre en 1974 et au Zimbabwe en 1987. En effet, lors du festival «Zaïre 74», et avant «le combat du siècle» de boxe entre George FOREMAN et Mohammad ALI, organisé par Don KING, et le président Mobutu Sese Seko, des concerts de musique sont planifiés pendant trois nuits, avec notamment la participation de James BROWN, B.B. KING, Miriam MAKEBA, Ray BARETTO et The Crusaders. En 1987, Miriam MAKEBA rencontre Paul SIMON au Zimbabwe. En 1987, Miriam MAKEBA enregistre «Graceland» donnant plus de visibilité internationale aux artistes sudafricains. En 1988, elle  participe au concert organisé à l’occasion du 70e anniversaire de Nelson MANDELA au Wembley Stadium de Londres. L’événement attire un public de plus de 600 millions de téléspectateurs, dans 67 pays.
Par ailleurs, en 1967, à la suite de la victoire d’Israël lors de la guerre des six jours face à l’Égypte, membre fondateur de l’ONU et de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), Miriam MAKEBA refuse de céder aux pressions des délégués de nations africaines à l’ONU qui lui demandent de retirer un chant en hébreu de son répertoire. Cette décision, prise en pleine tournée, met fin à sa collaboration avec Harry BELAFONTE. En 1970, elle fait face à des difficultés similaires quand une lettre du Premier ministre Abdou DIOUF, l’informe qu’elle est désormais persona non grata au Sénégal en raison de sa proximité avec Sékou TOURE. En 1993, Miriam MAKEBA est la première femme interprète à recevoir le prix du Conseil international de la musique de l’UNESCO, qui distingue «des musiciens ayant contribué par leur activité à l’édification humanitaire du monde [et] au rehaussement de la culture musicale de l’humanité». Miriam MAKEBA ne considère pas comme une «activiste», et selon elle, «tout le monde aujourd’hui admet que l’Apartheid était une horreur et tout ce que j’ai fait c’est dire aux gens qui voulaient savoir comment nous vivions, d’où je venais, c’est-à-dire en Afrique du Sud. J’ai juste dit la Vérité au monde et si ma Vérité est alors devenue «politique», je n’y peux rien» dit-elle.
Miriam MAKEBA a été mariée à cinq reprises. Elle rencontre quand elle n’avait que 17 ans, un jeune de 19 ans, James KUBAY surnommé Gooli, le mariage durera de 1950 à 1952. La mère de James KUBAY, une métisse et propriétaire de différents logements, était opposée à ce mariage. Le père de James, allié de Miriam, meurt prématurément d’un cancer. Par ailleurs, James la trompait avec sa demi-sœur, Mizpah. De cette union, avec James, naîtra l’unique fille de Miriam, Angela Sibongile MAKEBA, dite «Bongi», (Pretoria 20 décembre 1950 – Conakry, 17 mars 1985). Bongi, morte à 34 ans, a eu quatre enfants : Nelson Lumumba, né le 4 avril 1968, date de l’assassinat de Martin Luther KING, et dont le deuxième prénom est en hommage à Patrice LUMUMBA, premier président du Congo, également assassiné, Zenzi Monique née en 1971, Thembi, décédé en bas âge, ainsi qu’un autre enfant mort-né. Bongi meurt quelques jours après avoir accouché son dernier enfant. Miriam MAKEBA se remariera avec Sonny PILLAY (1932-2019) en 1959, puis à Hugh MASEKELA (1939-2018), de 1964 à 1966, qu'elle connaissait depuis qu’il avait 14 ans. Hugh MASEKELA venu aux Etats-Unis mais n’y ayant pas rencontré le succès escompté ; il est devenu amer et dépité. Miriam MAKEBA se remariera à Stokely CARMICHAEL, surnommé Kwame TURE, de 1968 à 1978. Son dernier mariage est avec Bageot BAH, un guinéen, un agent de la compagnie aérienne belge.
Miriam MAKEBA a connu des drames, grands ou petits, dans sa vie, et elle y a survécu. Après un concert, Miriam est victime d’un accident de la route en Afrique du Sud, non loin de Volkurst, dans la voiture des Blancs, le mari et un de ses enfants sont morts, le frère a perdu une jambe. «Vous avez tué des Blancs ! J’ai le droit de vous fusiller tous tant que vous êtes !» dit un gendarme venu faire le constat de cet accident. Aussi, les services de secours abandonnent Miriam, la clavicule enflée, et ses amis, dans le froid, et aucun hôpital blanc ne veut les admettre. Il a fallu payer 19 livres à un camion pour évacuer ses amis blessés. Un des musiciens, Victor, meurt à cause de négligences. «Je viens de voir, de très près, le visage du génocide. Des regards remplis de haine et de désir de meurtres fixés sur moi, une Noire d’Afrique du Sud» écrit-elle. Lors d'un concert en Mozambique et à la suite d'une bousculade, 31 personnes meurent piétinées. Après plusieurs décennies d'exil, en Guinée, elle échappe à la mort, aux côtés de Sékou TOURE, l’avion présidentiel ayant pris feu. Des mercenaires portugais attaquent, vainement, Conakry. Deux jours après la mort de Sékou TOURE (9 janvier 1922 – 26 mars 1984), un coup d’Etat militaire sème la terreur à Conakry. Sa demi-sœur aînée, Mizpah meurt à la suite d’un accouchement.
En septembre 2005, Miriam MAKEBA entame une tournée mondiale dans tous les pays qu’elle a eu l’occasion de visiter «Je dois faire le tour du monde pour dire merci et adieu. Puis je veux que mes cendres soient dispersées dans l’Océan indien. Ainsi, je pourrai naviguer à nouveau dans tous les pays» déclare -t-elle. Miriam MAKEBA a toujours rêvé d'une grande Afrique unie. Pour l’Afrique du Sud, elle exhortait ses frères noirs au pardon : «Il faut nous laisser grandir. Les Noirs et les Blancs doivent apprendre à se connaître, à vivre ensemble» dit-elle.
Le 9 novembre 2008, à Castel Volturno, près de Naples, en combattante, Miriam MAKEBA est presque morte sur scène. En effet, elle a succombé à un arrêt cardiaque peu après son concert ; elle était venue soutenir Roberto SAVIANO, auteur en 2006 de «Gomorra», déclaré «homme à abattre» par les parrains de la Camorra napolitaine. Miriam MAKEBA est considérée un «symbole même de l'esprit de résistance» selon Bernard KOUCHNER, Ministre des affaires étrangères. «Pendant presque une décennie, l'Ambassadrice de bonne volonté de la FAO Miriam Makeba a apporté un soutien actif au combat de la FAO pour réduire la faim et améliorer les moyens d'existence des plus pauvres de par le monde. «Mama Afrika» combattait la violence, l'inégalité et la maladie qui condamnent tant de personnes, particulièrement les femmes et les enfants, à vivre dans des conditions de pauvreté extrême. Son énergie et son souci respectueux des plus vulnérables nous manqueront», écrit M, Jacques DIOUF, Directeur général de la FAO. Pour son rôle lors du festival de 1969 les autorités algériennes ont également rendu hommage à Miriam MAKEBA qualifiée de «symbole pour tout un continent, mais aussi pour l’humanité entière. Sa lutte infatigable contre l’apartheid et le racisme a fait d’elle un symbole. Par son engagement, et par son art, elle a montré la plus authentique, la plus juste, la plus vraie de la dignité, du courage et de la grandeur qui sont les marques les plus profondes de notre personnalité africaine» écrit M. Tewfik KHELLADI, Directeur général de l’Entreprise nationale de la radiodiffusion sonore (E.N.R.S.). «Disons-le avec force et clarté, Miriam Makeba n'était pas affectueusement appelée «Mama Africa» pour rien. Sa musique a reflété, avec acuité, les difficultés réelles des Sud-Africains. De nombreux jeunes talents rempliront ce vide. Je lance un appel à tous les jeunes musiciens, ne renoncez jamais, continuez à vous battre comme elle l'a fait» dit M. Pallo JORDAN, Ministre des Arts et de la culture Sud-africain.
Références bibliographiques
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Paris, le 8 mars 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
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3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 15:33
«Harry BELAFONTE, chanteur, compositeur, acteur et militant des droits civiques» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Harold George BELLAFONTE Jr, plus connu sous le nom Harry BELAFONTE est né le 1er mars 1927 à Harlem, à New York. Sa mère, Melvine Clarasteen LOVE (1906-1988) née d’une mère écossaise, Sarah Jane CLARK (1874-1934) et d’un père noir, William Alexander LOVE (1878-1930) de la Jamaïque, est employée de maison. Une jeunesse faite de pauvreté et de privation : «I was born into poverty, grow up in poverty, and for a long time poverty was all I though I had know. It defined me ; in the depths of my soul, it defined me still» écrit-il dans ses mémoires. En effet, sa mère, pleine d’honneur et de dignité,  travaillant dur, lui a appris, dès l’âge de sept ans, de toujours se battre pour des causes justes. Son père, Harold George BELAFONTE (1899-1976), un chef cuisinier, est né en Jamaïque d’une mère noire et d’un père juif séfarade hollandais. Il a été élevé sous la religion catholique. Harry n’a jamais connu son grand-paternel, mais il le décrit comme «un Juif hollandais blanc qui a dérivé vers les îles après avoir chassé l'or et les diamants, sans aucune chance» écrit-il dans ses mémoires. 
Le jeune Harry, à 18 mois, part avec ses parents en Jamaïque. Quand il est revenu à New York, il a fréquenté le lycée George Washington. En 1941, il s’est engagé volontairement dans la Marine et a servi pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe. De retour dans son pays, il constate que l’Amérique qui a vaincu le Nazisme, applique, dans son pays, la ségrégation raciale. Les Noirs n’avaient même pas après 1945 le droit de vote.
Dans les années 1940, le jeune Harry travaillait comme assistant d'un concierge à New York quand un locataire lui a donné, en guise de pourboire, deux billets pour voir «l'American Negro Theatre». En raison de sa dyslexie, Harry BELAFONTE avait connu parcours scolaire médiocre. Il découvre le pouvoir et la magie des mots pour transformer les esprits. Il est tombé amoureux de la forme d'art. C’est là où il a rencontré Sidney POITIER (1927-2022) et a pris des cours de jeu à l'atelier dramatique de la nouvelle école à New York avec l'influent directeur allemand Erwin PISCATOR. Il fait la connaissance notamment de Marlon BRANDO (1924-2004) et Tony CURTIS (1925-2010).
De son séjour en Jamaïque, il puisera une partie de son inspiration musicale caractéristique de sa carrière artistique. Reconnu principalement comme étant le «Roi calypso» un air des Antilles, Harry BELAFONTE a pourtant excellé dans de nombreux genres musicaux différents, notamment le Blues, le Folk , le Gospel ou le grands standards américains. En 1955, son troisième Album «Calypso» atteint le million d'exemplaires vendus en moins d’un an, et il obtient le Emmy Award. Harry BELAFONTE a connu d’autres succès, comme «Matilda», «Banana Boat Song», «Jamaica Farewel » ou «Mama Look a Boo-Boo». Par ailleurs, Harry BELAFONTE s’est frotté à la musique du Jazz. En effet, chanteur intermittent au Royal Roost, club de jazz de Monty KANE, il est remarqué par Miles DAVIS (1926-1991). A ses débuts, Harry BELAFONTE a eu des mentors prestigieux, notamment Charlie PARKER (1920-1955), saxophoniste et Maxwell Lemuel ROACH (1924-2007), percussionniste, batteur et compositeur. Il a donc pu faire ses débuts au légendaire club de jazz, The Village Vanguard. En 1953, il signe un contrat avec RCA Victor, enregistrant régulièrement pour le label jusqu'en 1974. Dans les années 1960, Harry BELAFONTE fait la connaissance de nombreux artistes, dont la chanteuse sud-africaine d’ethno-Jazz, engagée contre l’Apartheid, Miriam MAKEBA (1932-2008), ainsi que la grecque, Nana MOUSKOURI, mais un jeune harmoniciste, Bob DYLAN. Cependant, la montée des Beatles, à cette époque, va amenuiser le succès de Harry BELAFONTE.
Au début des années 50, Harry BELAFONTE rencontre le Docteur Martin Luther KING (1929-1968) dont il devient un des fervents soutiens et grand ami. La relation amicale qu'il entretient avec Nelson MANDELA (1918-2013) lui donne la satisfaction de recevoir le leader sud-africain lors de sa visite aux États-Unis. Harry BELAFONTE a consacré sa vie à unir les gens et à se battre pour des justes, pour la Fraternité. Il estime que l’intégration raciale est un problème qui ne se limite pas aux Etats-Unis, mais devrait concerner le monde entier «C’est la fusion de différentes cultures et par l’essor culturel dans les nouvelles républiques du monde que les gens seront plus aptes à se comprendre mutuellement et apprendront à régler leurs problèmes individuels d’une façon plus intelligente et plus directe» dit à Paris, Harry BELAFONTE, accompagné de Martin Luther KING, pour son concert en France du lundi 3 mars 1966.
Harry BELAFONTE a dédié sa vie de nobles causes humanitaires et pacifiques. En 1960, il est nommé Consultant culturel dans le «Corps pour la Paix» par le président John Fitzgerald KENNEDY (1917-1963). Il sera un fervent défenseur de la justice, se battra contre toute forme d'injustice, d'inégalité et encouragera les artistes à s’engager dans cette voie. «J’ai toujours été curieux au sujet des pauvres, des personnes privées de leurs droits. J’ai toujours été attiré par l’histoire et les inégalités de la condition sociale – les pauvres, les Noirs, les Juifs. Dans mes premières années, étant élevé dans la pauvreté et vivant de plein fouet le racisme, j’ai vu se développé en moi un instinct. Tout cela avait un impact sur ma vie et je ne pouvais pas le contrôler.  Les premières influences ont été des artistes qui ont utilisé leur don et leurs talents pour explorer les inégalités et influencer l’issue de la condition sociale. J’ai toujours été frappé par Charlie Chaplin, parce que c’était un gars qui prenait le sujet de la pauvreté, par exemple en traitant d’un pauvre clochard face au choc de l’animosité sociale, et il faisait cela avec un talent et un humour incroyable. Et son délire contre la pauvreté a attiré les spectateurs ; tous ceux qui l’ont vu ont vu un peu d’eux-mêmes dans ce qu’il a fait. Quand je suis allé voir des pièces de théâtre et des films et que j’ai vu des choses qui parlaient des conditions dans lesquelles nous vivions, je découvrais enfin le sens et la ligne conductrice de ma vie. Et une fois lancé dans le monde de l’art, j’ai développé un style d’expression pour dire quelque chose, dire quelque chose de valable, dire quelque chose qui aidait la condition sociale» écrit-il dans ses mémoires
Opposé au colonialisme et aux préjugés raciaux, cet engagement, sans concession, Harry BELAFONTE le poursuit également à travers sa carrière cinématographique, comme dans «Bright road», «Odds Against Tomorrow» ou encore «White Man’s». Son premier rôle, au cinéma, aux côtés de l’actrice, Dorothy DANDRIDGE (1922-1965), est en 1953, dans «Bright Road». Les deux comédiens ont, en 1954, joué dans «Carmen Jones», une comédie musicale d’Otto PREMINGER (1905-1986), un réalisateur américain né en Ukraine ; ce film est inspiré d’un opéra du compositeur français, Georges BIZET (1838-1875). «Carmen Jones», une version sudiste, avec des acteurs noirs, quoique présenté à Cannes en 1955, sera interdit de diffusion en France jusqu'en 1981, par une action en justice, officiellement, pour «détournement», intentée par les héritiers des librettistes originaux. Cette adaptation d’Otto PREMINGER a été considérée comme un «attentat» contre une création artistique française. «La Carmen de Bizet a changé de nationalité, de couleur et d'atmosphère. Les personnages sont devenus des Nègres» écrivent les «Lettres françaises». En effet, pleine période coloniale et ségrégation raciale, Otto PREMINGER a eu l’audace de son film, de mettre en valeur des Noirs : «L'enjeu était d'importanceDepuis très longtemps, dans la culture du cinéma, régnait le grand mythe selon lequel la meilleure garantie d'un échec économique était de faire un film avec des Noirs. Otto Preminger n'était pas de cet avis. Il est allé contre le courant, en montrant des Noirs intelligents, dignes» dira Harry BELAFONTE. En revanche, Harry BELAFONTE, a décliné un rôle dans «Porgy and Bess», un opéra créé en 1935 par George GERSHWIN (1898-1937), et adapté au cinéma par Otto PREMINGER, parce que ce rôle était empreint de préjugés raciaux. «Bess et Porgy» est considéré par la communauté noire, comme l’opéra «le plus insultant, le plus dégradant des actes qu’il soit possible de perpétrer contre les Américains de couleur des temps modernes» écrit en 1952 un journal de Baltimore. George GERSHWIN s’est défendu d’avoir pastiché la musique de la communauté noire, en pleine lutte pour les droits civiques : «J’ai fait en sorte d’utiliser les qualité de cette race : son sens du drame et de l’humour, ses croyances superstitieuses et sa ferveur religieuse, son instinct de la danse et son entrain débordant» dit le compositeur.
En 1969, Harry BELAFONTE a participé au «Coup de l’escalier» (Odds Against Tomorrow), un film de Robert WISE (1914-2005), abordant le thème du racisme au travers d’une lutte à mort entre un ex-flic haineux, Robert RYAN (1909-1973), et un musicien de jazz noir, Harry BELAFONTE, réunis malgré eux pour commettre un hold-up. Dans ce film, Robert RYAN, interprète une crapule vieillissante, odieuse et pathétique, dont le racisme viscéral déclenchera la catastrophe finale, une explosion parmi les plus célèbres de l’histoire du cinéma et une conclusion à l’ironie féroce, attention «spoiler» : personne de pourra identifier les corps carbonisés des deux ennemis mortels, distinguer le Blanc du Noir. «Le Coup de l’escalier» n’est pas un film à thèse, mais une œuvre profondément pessimiste où le racisme est une «erreur» ou «une faiblesse», parmi tant d’autres. A travers les souffrances, les fragilités, un instinct de survie domine ce film noir, une chronique tragique d’une société à l’agonie, au bord de l’implosion, rongée par l’individualisme, les pulsions humaines et le racisme.
Harry BELAFONTE apparaît, en 2018, dans un film de Spike LEE, «BlacKkKlansman, j’ai infiltré le Ku Klux Klan», en qualité de pionnier des droits civiques des personnes âgées. C’est une histoire relatant le lynchage, à Waco, le 15 mai 1916, de Jesse WASHINGTON, un jeune Noir de 17 ans, accusé de viol d’une Blanche. Harry BELAFONTE milite très activement pour un engagement des artistes : «Les artistes ont une responsabilité morale, sociale et personnelle. Ils ont aussi le droit de faire ce qu'ils veulent. Ou dire ce qu'ils veulent. Mais je crois vraiment que l'art dans son expression suprême, c'est de servir et d'instruire la société. Et veiller à son développement» dit-il. «Une grande partie de ce que j’ai compris, en tant qu’activiste, a été apprise des artistes qui m’ont précédés et qui ont fortement influencés mes convictions. Paul Robeson a dit dans les premières années de mon enseignement: «Les artistes sont les gardiens de la vérité.» J’ai pensé que c’était un concept très lourd jusqu’à ce que j’examine ce qu’il disait et ai découvert qu’il y avait plus de validité dans cette idée que nulle part ailleurs. Les artistes traitent toujours des expériences de vie et parlent dans la forme choisie pour le bien-être de l’humanité. Écrivains et peintres, expressionnistes et chanteurs ont toujours creusé dans l’expérience humaine et ont toujours raconté des histoires de l’expérience humaine. De nos jours, grâce à la nouvelle technologie, les artistes ont la capacité d’avoir un rôle plus dominant dans la formation de la pensée sociale : et je profite pleinement de ce fait !» écrit-il dans ses mémoires.
Il s’est fortement engagé dans des causes humanitaires, notamment contre la guerre et la famine en Afrique. Ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF depuis 1987, il est à la base d’une association «USA pour l’Afrique» à la suite d’une grande famine en Ethiopie entre 1983-1985.
Dans sa vie privée, Harry BELAFONTE s’est d’abord marié à Marguerite BYRD, de 1948 à 1957. Ils ont eu deux filles : Adrienne et Shari, une photographe et mannequin. Après une liaison avec l’actrice Joan COLLINS, il épouse en deuxièmes noces, de 1957 à 2008, Katherine DUNHAM COMPANY ; ils ont eu un fils, David (mannequin, acteur producteur et directeur de la société familiale des Belafonte), et une fille, Gina, actrice, coach et productrice de films. Depuis avril 2008, Harry BELAFONTE a épousé Pamela Frank, une photographe. Harry BELAFONTE a cinq petits-enfants : Rachel, Brian, Maria, Sarafina et Amadeus.
Au cours de sa longue et riche carrière, Harry BELAFONTE a remporté trois Grammy Awards, y compris un Grammy Lifetime Achievement Award, un Emmy Award et un Tony Award. En 1989, il a reçu le Kennedy Center Honors. Il a reçu la médaille nationale des arts en 1994. En 2014, il est récipiendaire le prix humanitaire Jean Hersholt, lors de la 6e cérémonie annuelle des Governors Awards de l'Académie.
Références bibliographiques très sélectives
BELAFONTE (Harry), My Song : A Memoir of Art, Race and Defiance, New York, Vintage Books, Random House, 2012, 518 pages ;
CL (M.), «Sing your Song : L’engagement politique de Harry Belafonte», Le Monde, 10 septembre 2011 ;
DEVIS (Pierre), «Harry Belafonte relance la Bamba pour défendre les droits civiques», Combat, 28 mars 1966, 4ème année, n°6770, page 9 ;
FOGELSON (Genia), Harry Belafonte, Los Angeles, CA Melrose Square Publishing Company,  1991, 230 pages ;
PETROLOPOULOS (Anoula), «Harry Belafonte le Noir n’était pas mon métier, mais une réalité», Terre de Compassion, 23 mars 2018 ;
RAYMOND (Emilie), Stars for Freedom. Hollywood, Black Celebritries, and the Civil Rights Movement, 2015, The University of Washington Press, 311 pages, spéc « Harry Belafonte and the Northen Liberal Network», pages 75-112 ;
SMITH (Judith, E.), Becoming Belafonte : Black Artist, Public Radical, Austin, University of Texas Press,  2014, 378 pages ;
SOTINEL (Thomas), «Harry Belafonte : Les artistes noirs ont capitulé», Le Monde, 7 août 2012 ;
STEIRMAN (Hy), Harry Belafonte : His Complete Life Story, Himan Periodicals, 1957, 74 pages.
Paris, le 1er mars 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 20:24
«Amadou Hampâté BA, le Sage de Bandiagara et son héritage : les journées de l'université d'Évry du 19 au 22 octobre 2021» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Sous le patronage de M. Abdoul Hamet BA, maître de conférences et chef du Département d’histoire à l’université d’Evry, et de notre ami Foulo BASSE, longtemps Directeur général des services de cette université des journées sur l’héritage d’Amadou Hampâté BA ont été tenues du 19 au 22 octobre 2021 à l'université d'Évry, dans l'Essonne, sous les signes de la conscience du visionnaire, de la tolérance, de la paix. Etaient également et notamment présents : Thierno Monémembo DIALLO, écrivain guinéen, Prix Renaudot en 2008 et Cheikh M’Backé DIOP, fils de Cheikh Anta DIOP, ainsi que M. Saliou DIALLO, président du mouvement Equité, luttant pour la diversité en politique.
L’Homme est un vivant parmi les vivants. Il ne faudrait perdre ses racines, tout en conservant la capacité d’entrer en contact l’autre, un Sage habité par des paraboles. Il faut reconnaître que j'étais intimidé par cette rencontre avec les différentes sommités intellectuelles et Mme Roukiatou Hampâté BA fille cadette d’Amadou Hampâté BA et présidente de sa fondation.
Ne serait-ce tout d'abord parce que j'ai un nom particulièrement lourd à porter, Amadou BA. Bien des personnes me disent que si elles recherchent mes articles sur Médiapart, ThieyDakar ou mon blog, tombent sur Amadou Hampâté BA (1901-1991), cet extraordinaire gardien de la tradition orale. «En raison de l’importance des sources orales authentiques puisées et recueillies par Amadou Hampâté Bâ, l’accueil de ces messages par nos contemporains témoigne de l’actualité et de la pertinence des idées qu’il a toujours défendues et des valeurs essentielles d’humanisme, de respect de la différence, de l’esprit d’ouverture et de la passion du savoir. Pour construire l’avenir, il nous disait qu’il faut se fonder sur le socle culturel du passé et estimait que les idées et les valeurs positives, essentiellement humanistes, doivent être préservées, revivifiées et transmises. Tous les Africains sont donc redevables au génie d’Hampâté Bâ» estime Roukiatou Hampâté BA.
Ensuite parce que mes travaux de recherche portent sur le bien-vivre ensemble. Bien que nous venons de célébrer le 15 mai 2021, en grandes pompes les 30 ans de la disparition de Amadou Hampâté BA (voir mon article) on mesure combien ce poème de Birago DIOP (1906-1989), «les morts ne sont pas morts» est d'une puissance symbolique. On dit, à la veille de ces présidentielles en France d'avril 2022, que les forces du Chaos auraient le vent en poupe, le colonialisme, l'esclavage et la Françafrique ce serait des concepts dépassés. Il faudrait donc que les racisés rentrent dans les rangs et s'assimilent. Comme dans les années 30, au moment de la naissance de la Négritude, on agite, plus que jamais les peurs irrationnelles, «le grand remplacement», les menaces sur la laïcité, le terrorisme et une prétendue identité chrétienne et monochrome d'une France éternelle fantasmée, n'ayant jamais existé. Dans ce climat délétère de lynchage, les messages d’Amadou Hampâté BA de tolérance, de respect mutuel et de l'éloge d'une tradition vivante et progressiste sont, plus jamais, d'actualité et raisonnent très fort. Le message d’Amadou Hampâté BA est un viatique pour les générations actuelles et à venir de l'Afrique et de ses diasporas. Amadou Hampâté BA est un remarquable avocat de la tolérance, et donc de la cause de l’Homme. Si l'arc en ciel est merveilleux c'est en raison de la diversité de ses couleurs. Le multiculturalisme loin d'être un repoussoir est un atout majeur pour le bien-vivre ensemble. Par ailleurs, et selon Amadou Hampâté BA, toute Vérité est relative. Au lieu d'opposer sa vérité à celle des autres, il faudrait apprendre à dialoguer et s'enrichir des autres.
Un individu qui n'a pas de conscience de soi, de sa culture et de son identité, qui n'est pas en paix avec lui-même et qui ne sait pas qui il est, rempli de colères stériles est incapable d'entrer en contact de façon harmonieuse avec l'autre. Aimer soi-même et se respecter n'a jamais voulu dire haïr les autres. Si les Africains étaient ignorants d’eux-mêmes, ils seraient étrangers à leur être, sans boussole. Pour les Peuls, se connaître soi-même est la meilleure de toutes les connaissances.
Enfin, il ressort de cet héritage d’Amadou Hampâté BA, que les diasporas africaines devraient conserver leurs valeurs d'humanisme, notamment de solidarité, de partage, de considération pour les aînés et les anciens et surtout une vie en harmonie avec la Nature. En effet Amadou Hampâté BA est un écologiste avant, comme les Africains des temps anciens. Amadou Hampâté BA estime que la tradition est «vivante» ; loin d’être exotique ou folklorique, encore moins un musée à ciel ouvert. Le temps évolue et donc la tradition doit évoluer en fonction de son époque. Progressiste, Amadou Hampâté BA estime qu’il ne faudrait pas opposer la tradition au modernisme. La tradition porte en elle-même les germes du progrès. Par conséquent, ce qui stagne est appeler à pourrir ; il faudrait donc conserver les coutumes progressistes, les faire évoluer avec notre temps, combattre et abandonner les coutumes rétrogrades. C’est une exigence que d’éduquer les femmes, qu’elles prennent la parole et refusent l’obscurantisme. Les valeurs africaines d’humanisme et de sacralité sont fondamentales et universelles.
Amadou Hampâté BA recommande également de s'ouvrir aux autres, et prendre ce qui a de bon en eux. C'est à titre dans cette campagne des présidentielles d’avril 2022 que je ne cesse de réclamer à Mme Anne HIDALGO, ma candidate, une Maison d’Afrique à Paris. Chaque société a ses codes et ses usages, ses lieux économiques politiques et culturels ainsi l'information stratégique. Cette Maison d’Afrique ce serait un lieu de dialogue des cultures, pour une égalité réelle. Amadou Hampâté BA disait aussi qu'il ne faut pas bêler à la place d'une chèvre en sa présence. En d'autres termes, tout ce qui est fait sans nous est contre nous. Par conséquent, cette initiative de l'université d'Évry des journées Amadou Hampâté BA est donc particulièrement heureuse et louable. «Ce fut une très belle initiative de l’Université d’Evry, organisée dans le prolongement de la relation séculaire d’amitié qui unit Hampâté Bâ à la France, qu’il a découverte grâce à une bourse de l’Unesco. Une relation faite d’amour profond, de respect mutuel et de reconnaissance», estime Roukiatou Hampâté BA. En effet, en 2016, l'entrée de Alain MABANCKOU au collège de France avait soulevé un engouement et un espoir sans limites. Et puis tout est retombé comme un soufflet. Pire, les voix qui s'expriment à la veille de ce scrutin majeur des présidentielles de 2022, avec une grande complaisance d'une centaine presse, sont celles de la haine, de la discorde et du chaos. Aussi je ne cesse de réclamer des études africaines dans les universités françaises. Quand les liens sont distendus, l’objet de ces études africaines est de comprendre pour renouer un dialogue fructueux.
Par ailleurs, Amadou Hampâté BA estime qu’on ne peut pas, comme pour les Croisades, rendre responsables tous les Français de la colonisation. La colonisation est un fait révolu ; il y a eu des abus, la cruauté n’étant pas le privilège d’un peuple. Il estime que grâce à la langue française, devenu «un butin de guerre», suivant l’écrivain KATEB Yacine (1929-1989) il a pu transcrire, par écrit, la tradition orale africaine, menacée de disparition, la bibliothèque aurait brûlé. Dans ce monde globalisé, tout s’écrit et ceux qui n’écrivent pas, leur raison est perdue. Il n’en demeure pas moins que Amadou Hampâté BA se disait anticolonialiste, un système, par principe, de hiérarchisation des cultures. «Mon père disait que son cœur est trop petit pour faire la moindre place à la haine qui détruit. C’est l’amour qui présidait à tous les actes qu’il posait, à toutes les pensées qu’il développait. Hampâté Bâ disait aimer la France ! Il estimait que la colonisation s’est bâtie au détriment des cultures africaines et parfois avec des violences physiques ou psychologiques et tous leurs impacts, il dénonçait le principe même de la colonisation, mais – en même temps – il n’avait aucun ressentiment envers la France. Pour lui, la colonisation est un fait et un fait révolu. Si on doit aujourd’hui l’évoquer au risque d’accentuer encore des blessures et d’inciter ceux qui la dénoncent à être aussi haineux, c’est une démarche regrettable. L’abus, les excès, la cruauté ou la bêtise ne sont pas l’apanage d’un peuple et il faut donc éviter de frapper toute une communauté, en rendant ses membres responsables des maux que d’autres ont commis dans le passé» dit Roukiatou Hampâté BA. Les relations entre la Franc et l’Afrique «doivent être des relations d’amitié, de respect mutuel et de partage de toutes les valeurs positives que l’on vient d’évoquer» dit-elle.
Evry, le 22 octobre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 19:04
«Abdoulaye M’BOUP (1937-1975), chanteur et compositeur, moraliste de l’ère senghorienne, un artiste du roman national sénégalais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Auteur-compositeur, chanteur à la voix d’or, moraliste et poète, artiste emblématique des années SENGHOR et du début des indépendances, Abdoulaye M’BOUP, communément appelé «Laye M’BOUP», est tragiquement décédé, le 23 juin 1975, dans un accident de la route, sur la route de Dagana. Ce jour-là trois accidents meurtriers ont été dénombrés dans cette zone : «Le 3ème accident a eu lieu le lundi 23 juin 1975, vers 18 h, sur la route nationale 3, à quelques mètres de l’embranchement Richard-Toll – Rosso. Une 403, à bord de laquelle avait pris place, depuis Saint-Louis Laye M’Boup, a fait des tonneaux, après l’éclatement de sa roue arrière. Evacué sur le centre de santé de Richard Toll, Laye M’Boup devait s’y éteindre, quelques minutes après son arrivée, des suites de ses graves blessures» écrit Elhadji N’Gary BA. Une mort soudaine qui a surpris et jeté dans la consternation incommensurable le peuple sénégalais, une disparition en pleine gloire.  «La réalité est vaine lorsqu’il s’agit de partir du néant, du vide brutal pour resusciter une vie. (…). Abdoulaye M’Boup est mort. Il est mort ! Toute raison vacille devant une disparition aussi brutale, aussi imprévisible, le mot est absurde, mais il est correct. Il est à sa place imprévisible. Imprévisible ! Ceux qui ont connu ce garçon me comprennent. Il y avait eu tant de vies en lui. Aucune place pour la mort ! Vraiment. Pourtant Dame Mort l’a saisi ! Elle l’a saisi en plein vol, en pleine ascension. Inflexible, brutale, inhumaine»  écrit Jean-Pierre LEURS, metteur en scène à Sorano. «Voici qu’une main lourde frappe la grande famille de la culture. Un accident de la circulation absurde, brutal, inattendu comme toujours, vient d’arracher Abdoulaye, dit Laye M’Boup à notre estime et à notre admiration» écrit Alioune SENE, (1932-2005), ministre de la culture, de 1970 à 1978. En effet, Abdoulaye M’BOUP en tournée avec la troupe du théâtre national Daniel Sorano, en Casamance, au Sénégal oriental, puis dans la région du fleuve, à Richard Toll, il devait se rendre à Dagana. Il s’était, par la suite, détaché du groupe pour se rendre à Saint-Louis. C’est pendant qu’il retournait auprès de ses collègues, à bord d’un taxi, qu’il est mort dans un accident de la route. Cette escape a soulevé de nombreuses supputations, parfois malveillantes ou fantaisistes, mais ce n’est le sujet de cet article. «La veille de sa mort, dans le cadre d’une tournée de l’Ensemble lyrique à laquelle il participait si pleinement, Abdoulaye M’Boup chantait encore la vie et la mort, chantait l’espoir. En disparaissant ainsi dans la plénitude de ses possibilités, le ténor à la voix chaude et prenante nous laisse sur notre faim» écrit Alioune SENE, Ministre de la culture. Laye MBOUP, estimé de ses collègues de Sorano, l’avaient nommé délégué auprès de leur employeur. Aussi, le théâtre national Daniel Sorano, où son cercueil a été exposé le 24 juin 1975, lui a rendu un vibrant hommage, après sa disparition, devant une foule immense, et en présence notamment de M. Alioune SENE, ministre de la culture, Ibrahima DEME, attaché de presse à la Présidence, Tidiane Daly N’DIAYE, conseiller à la Primature et Maurice Sonar SENGHOR, Directeur de Sorano «Ceux qui l’ont connu sur les planches ont été conquis par son élégance, ses gestes mesurés» écrit Djib DIEDHIOU.
Abdoulaye M’BOUP, une météorite, disparue, prématurément, à l’âge de 38 ans, un artiste talentueux, déchiré entre la tradition et la modernité, une force créatrice dans les audaces de ses compositions, est devenu un mythe. «Une vie courte, mais intense et glorieuse», tel est le choix, dans la mythologie grecque, d’Achille, fils de Thétis. Artiste marquant des années de SENGHOR, Laye M’BOUP occupe une place de choix dans la mémoire des Sénégalais. En effet, Laye M’BOUP, de par son travail et son génie, est resté dans la mémoire et le cœur des Sénégalais. La musique étant une confidence du cœur, les chansons de Laye M’BOUP faisant l’éloge du Sénégal éternel, nous enchantent encore, et plus que jamais. «Il fut moraliste et poète, profondément attaché aux traditions sociales de son pays, à ses hommes et à son développement ; le moraliste se confond toujours au poète, au philosophe, au militant d’un développement efficace de son pays» écrit dans son hommage, Jean-Pierre LEURS, metteur en scène au théâtre national Daniel Sorano.
Pourtant et en dépit de ces éloges plus que bien mérités, il n’y a pas encore eu de biographie, à ma connaissance, sur la vie d’Abdoulaye M’BOUP. Des émissions de télévisions ont été conduites, si elles apportent quelques éclairages sa vie, ces initiatives louables ont été parasitées par différents éléments réduisant ainsi leur qualité et portée. Il subsiste un doute sur sa date de naissance. Dans cette émission télévisée, sa naissance est l’année 1929. Or d’autres sources concordantes estiment que Laye M’BOUP est né le 27 février 1937 à Dakar. Jean-Pierre LEURS situe sa date de naissance au 27 juin 1937 «Il est mort, alors que dans trois jours, le 27 juin 1975, il allait fêter ses 38 ans» écrit-il dans son hommage. Par conséquent, la date la plus plausible de naissance de Laye MBOUP est le 27 juin 1937.
Laye M’BOUP a baigné, depuis son enfance, dans une ambiance artistique et une immense piété familiale «L’homme, artistiquement et socialement parlant, était attachant à plus d’un titre. De l’art, il avait, en effet, une passion native, un amour qu’il élevait presque au rang d’un culte et des relations humaines, un sens aigu, sous-tendu par une aptitude toute naturelle. Les plaines immenses et ensoleillées, les terres fertiles du Diander qui l’ont vu grandir et mûrir, avaient certainement favorisé en lui, et en même temps que cette grande générosité qui était l’un de ses traits dominants, cet attachement quasi mystique aux joies simples de la vie quotidienne» écrit, dans son hommage, Alioune SENE, Ministre de la culture. Son père El Hadji M’BOUP, ancien combattant de la Première guerre mondiale, l’avait inscrit à des études coraniques, d’où sa grande rigueur morale et son grand attachement aux valeurs traditionnelles du Sénégal. Sa première chanson, «Seyni Baaye Samba», est consacrée à sa mère, Seyni NDIAYE. Abdoulaye M’BOUP était un héritage une religion, et descend d’une longue lignée de griots. «Le chant pour Laye M’Boup était un héritage et une religion, parce que sa mère, Seyni Ndiaye, était une grande chanteuse de Ndiam. Une religion, parce qu’il croyait avec cette ferveur, cette fougue, cet acharnement presque obstiné qui parfois donnait à penser qu’il élevait son talent à la hauteur d’une vaine prétention. Simple conviction d’un génial compositeur qui avait la pleine maîtrise de son talent de chanteur aux variations multiples» écrit Jean-Pierre LEURS, dans son hommage.
Laye M’BOUP était marié à Kardiata SENE et à Fatou Talla N’DIAYE. Il a eu seize enfants, notamment avec Nafi N’DIAYE, mère de Coura M’BOUP.
Laye M’BOUP avait une conception engagée de l’artiste, au service de l’édification d’une nation sénégalaise et de la résurgence des valeurs morales, pour une musique, authentiquement sénégalaise.
I - Laye M’BOUP, un artiste à l’aube des indépendances,
militant de la cause du Sénégal, pour son identité nationale à construire
Laye M’BOUP a démarré sa carrière de chanteur, en 1966, au sein de l’Ensemble Lyrique rattaché au Théâtre national Daniel Sorano. Son premier succès a été «Guédji N’gala Rir». En raison de ses talents, il sera vite propulsé au-devant de la scène : «Ses dispositions naturelles pour la composition, comme pour l’exécution, ne tardèrent pas à le projeter sur l’avant de la scène artistique, d’abord tout naturellement à Sorano, puis ensuite dans nos régions et dans les pays amis où le Sénégal organisait des semaines culturelles» écrit Alioune Badara SENE (1932-2005). Laye M’BOUP est donc membre à l’ensemble national lyrique composé de 45 artistes, reflétant la diversité ethnique et professionnelle du Sénégal, mais profondément enracinés dans la tradition. La mission de cet ensemble lyrique est, notamment de «représenter, au mieux, la diversité culturelle et le génie créateur du peuple sénégalais» écrit Maurice Sonar SENGHOR. En effet, Maurice Sonar SENGHOR (1926-2007), déniche des talents, dont Laye M’BOUP et Yandé Codou SENE (1932-2010), des chants sérères, Lalo Kéba DRAME (1926-1974), des chants mandingues dont «Coura M’Bissane». C’est l’époque également, où les antennes de la radio sénégalaise sont ouvertes à cet ensemble national lyrique, mais aussi, pour les artistes peuls, à Samba DIOP et son Lélé et Guélaye Aly FALL, pour le Pékane, ou le chant des pêcheurs. Par conséquent, l’influence de son passage à l’Ensemble Lyrique est considérable : «Cette immense scène de théâtre en rond, dans le plus grand style négro-africain, donnera peut-être à Laye M’Boup sa vocation dès sa plus tendre enfance. Parce que le théâtre complet lui léguera aussi un art riche et varié. Jailli de notre pur fond culturel traditionnel : des chansons aux accents graves, mélancoliques, exaltant tour à tour le sentiment patriotique, les vertus de la construction nationale, la qualité de la Femme, l’amour filial, célébrant aussi le culte des grands disparus», écrit dans son hommage à Sorano, Alioune SENE, Ministre de la culture.  
Laye M’BOUP ne faisait pas de la Politique, il ne débitait pas des slogans politiques flagorneurs, mais ses chansons ont un impact politique considérable, en participant ainsi à l’édification d’une conscience nationale. Laye M’BOUP «n’est jamais tombé dans la flagornerie. Il voulait, au contraire apporter sa contribution à la construction de la nation sénégalaise. Certaines de ses chansons exhortaient ses compatriotes à l’action utile ou conseillaient le retour aux sources» écrit Djib DIEDHOU, dans le journal «Le Soleil». Cependant, Laye M’BOUP, un artiste des débuts de l’indépendance, avait été recruté en qualité d’ouvrier à Sorano et à la grande mosquée de Dakar. C’est Elimane N’DOUR, le père de Youssou N'DOUR, qui l’a formé au métier de soudeur. «A ses moments libres, il allait travailler avec un groupe de musiciens de variétés. Il venait ainsi de se lancer dans une grande tâche : adapter les airs traditionnels à la musique moderne» écrit Djib DIEDHIOU. Il évoluait donc dans une ambiance nourrie par l’idéologie senghorienne, le fondateur de la nation sénégalaise. Moraliste et nationaliste, «Chanteur de renom, attaché au sol natal. Abdoulaye M’Boup s’était engagé sur une voie à laquelle le prédestinaient ses convictions religieuses inspirées par de solides études coraniques. Il fut un moraliste, un poète, profondément attaché aux traditions sociales de son pays, à ses hommes et à son développement» écrit Jean-Pierre LEURS. La Politique, au sens de l’art de gérer la Cité, et la culture sont intimement liées : «L’homme, par le seul qu’il existe et qu’il se pense en tant qu’homme, dément la fatalité de sa condition. Ce pouvoir, l’artiste l’affirme avec force, qui non seulement développe sa propre vision du monde, mais sait la partager à d’autres ; le Grand Homme l’affirme également, qui perpétue par l’Histoire ses actes exemplaires» écrit André MALRAUX (1901-1976) dans «La Politique et la culture». Effet, Laye M’BOUP est un artiste charismatique d’un Sénégal nouvellement indépendant, aux intonations griotiques et aux envolées lyriques exceptionnelles, doté d’un engagement marqué pour la cause de son pays. Laye M’BOUP est un chanteur des quinze premières années de l’indépendance, à l’époque de la présidence du fondateur de la Nation sénégalaise, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), marquée par un renouveau culturel et artistique. L’ensemble lyrique, une des composantes du théâtre national de Daniel Sorano est doté de «répertoires essentiellement tournés vers des œuvres aboutissant, soit à la prise en compte de nos valeurs traditionnelles, soit à la réflexion portant sur des sujets spécifiques à la nation sénégalaise en gestation, soit encore à la diffusion d’idées propres à la reconversion des mentalités aux réalités nouvelles» écrit Maurice Sonar SENGHOR (1926-2007), directeur du théâtre Sorano, dans ses «Souvenirs de théâtres d’Afrique». En effet, pour le président-poète, SENGHOR, la culture et l’identité culturelle sont le fondement et le cœur du processus de développement «L’Etat assigne à la politique culturelle, la vocation d’exprimer et de forger , tout à la fois, une identité nationale, cette politique tout naturellement s’incarnera dans les institutions culturelles, voulues créées et entretenues par les pouvoirs publics» écrit Momar Coumba N’DIAYE, dans le «Sénégal contemporain».
En définitive, Laye M’BOUP est un artiste qui a considérablement participé à l’écriture du roman national sénégalais «On était envoûté par cette voix qui faisait resurgir dans les mémoires la bravoure et les chevauchées des guerriers d’antan : Lat-Dior, Bouna N’Diaye. L’homme avait séduit par la seule magie du poste-transistor.» écrit Djib DIEDHIOU. «Sénégal, Sunu Gaal» ou «Sénégal, notre pirogue» de 1972, participe, par conséquent, à cette écriture du roman national sénégalais, en glorifiant ce grand petit pays. Suivant Léopold Sédar SENGHOR, ayant instauré un Parti unique, l’Union progressiste sénégalaise, le pays est embarqué, dans la pirogue, dans une lutte pour le développement ; chacun doit donner sa contribution à la cohésion et à l’effort national, en ramant, non pas à contre-courant, mais dans le même sens. Par ailleurs, le Sénégal est un pays de «Téranga», d’hospitalité, les étrangers sont si bien accueillis qu’ils finissent par oublier de repartir chez eux. Cependant, l’étymologie du nom Sénégal est controversée. Cette version mythique et idyllique de SENGHOR, permettant de consolider la nation sénégalaise, est inspirée de l’abbé David BOILAT (1814-1901), un métis franco-sénégalais, dans ses «Esquisses sénégalaises», faisant fi de la longue histoire du peuple sénégalais, se place dans la logique coloniale, avant l’idée que le Sénégal serait d’abord «découvert» en 1364 par les commerçants de Dieppe, puis en 1446, par Denis FERNANDEZ, un navigateur portugais, «le premier Européen, qui passa l’embouchure du Sénégal, et lui donna ce nom facile à expliquer, quand on connaît la langue Wolof, car il l’appelle «Sanaga» ou «Sénégal». Il paraît évident qu’il dut demander au premier piroguier qu’il rencontra le nom du fleuve et lui répondit «Samma Gal» ou mon bateau, ou bien «Sougnou Gal», nos bateaux» écrit-il. Mais ce récit de l’abbé David BOILAT que SENGHOR tente d’accréditer, maintenant largement accepté, est contestée par certains chercheurs. En effet, pour Théodore MONOD (1902-2000) et d’autres chercheurs, Denis FERNANDEZ n’a pas débarqué à Saint-Louis en 1446, et le Sénégal serait tiré du nom d'une tribu berbère du Sahara, «Sénéga» ou «Sanaga». Ils se fondent sur un manuscrit en latin d’un Portugais, Diogo GOMES (1420-1502), découvert par un Allemand et traduit en français en 1959, qui précise que c’est un voyageur génois, Lanzarotto MALOCELLO (1270-1336), qui aurait fait adopter ce nom, d’une tribu maure, au XVIème siècle.
Riche de cet héritage culturel, Laye M’BOUP a su y apporter sa talentueuse touche personnelle «Laye M’Boup c’était une synthèse vivante d’un art aux facettes multiple, qui avait le don, sans rompre avec les exigences de l’harmonie, de s’appuyer à la fois sur le passé et le présent. On s’est interrogé parfois sur ses capacités de création, sur la richesse de son répertoire, bref sur sa puissance de renouvellement. On a ensuite tenté d’expliquer cela par les traditions lointaines d’un milieu familial dont les diverses générations surent apporter dans nos chansons une contribution fort enrichissante. Mais la tradition, à elle seule, ne peut tout expliquer. Elle ne serait que si peu de chose sans le talent allié à cette grande volonté de Laye M’Boup» écrit Alioune SENE, Ministre de la culture. Homme de son temps, Laye M’BOUP en sociologue et historien, a su capter et restituer par son art, une fidèle peinture du Sénégal, dans la deuxième moitié du XXème siècle.
«Lat-Dior» est l’une des importantes chansons de Laye M’BOUP, dans ce roman national sénégalais, glorifiant le Damel du Cayor et participant ainsi à en faire un héros national. «On est envoûté par cette voix qui faisait resurgir dans les mémoires la bravoure et les chevauchées des guerriers d’antan» écrit Djib DIEDHOU, dans le journal «Le Soleil». En effet, Léopold Sédar SENGHOR, un président modéré et particulièrement favorable aux intérêts de la France, comme d’ailleurs son premier ministre et successeur, M. Abdou DIOUF, ont réécrit l’Histoire, en imposant Lat-Dior DIOP (1842-1866), comme un héros du Sénégal. Des résistances héroïques ont été occultées, notamment celles des Jihadistes, El Hadji Omar TALL (1794-1864) et Maba Diakhou BA (1809-1867), sont de mentors de Lat-Dior. Le colonisateur, dans son entreprise de domination a tenté d’insuffler le complexe d’infériorité, en falsifiant l’histoire africaine. Le résistants africains, présentés comme de vulgaires roitelets, sanguinaires et assoiffés de pouvoir, des tyrans et cupides, à défaut d’être discrédités, ont été volontairement oubliés. Laye M’BOUP s’inscrit donc dans ce roman national du Sénégal, tel que l’ont conçu les pères de l’indépendance, une histoire lisse ne remettant pas fondamentalement le point de vue du colon. Il est constant et établi que Lat-Dior DIOP, Damel du Cayor, a combattu le colonisateur, qui l’avait détrôné, et envisageait de construire le chemin de fer traversant tout le Cayor, en vue de l’annexer ; il n’a donc pas accepté d’abdiquer, en renonçant à cette victoire totale du colonialisme. Cependant, dans ce récit, des faits majeurs ont été passés sous silence par le régime de SENGHOR. Tout d’abord, cette résistance louable, est tardive, élu Damel du Cayor, en 1861, vaincu à Loro, en 1864. D’autre part, Coumba N’Doffène DIOUF (1871-1923), le Roi du Sine, un grand collaborateur des colons, a refusé d’accueillir Lat-Dior, lorsqu’il a été chassé du pouvoir. C’est Maba Diakou BA, Almamy du Nioro du Rip, ou Badibou (voir mon article) qui a accueilli et protégé Lat-Dior DIOP durant son exil. Curieux destin, le 18 juillet 1867, jour de la bataille de Somb, Lat-Dior s’est enfui abandonnant lâchement Maba Diakhou BA son mentor. Ensuite, quand Lat-Dior retrouve son trône entre 1881 et 1882, une obsession de sa vie, il part combattre, avec les Français, Sékou Ahmadou. Enfin, c’est à partir de 1877, que Lat-Dior comprendra que le projet de chemin de fer traversant son royaume est une annexion, et se révolte contre les Français. Mais c’est trop tard, il est vaincu à Derkélé, le 26 octobre 1886, Samba Laobé FALL, neveu de Lat-Dior, un collaborateur du colon, ayant été tué à Tivaoune, le 6 octobre 1886.
La chanson «Jaraaf» diffusée à la radio sénégalaise, comme générique des matches de football, est bien populaire. Le «Jaaraf», un club de football de Dakar, créé le 20 septembre 1969, dont l’ancêtre est le «Foyer France Sénégal», a fait de cette chanson son hymne. Le «Jaraaf» est surtout un titre de l’aristocratie ouolof, chez les Sérères, un vice-roi ou chef du village, des royaumes précoloniaux du Sénégal, en particulier du N’Diambour. «Le Grand Jaraaf (Diourèye) devait recevoir toutes les doléances et plaintes sérieuses émanant du peuple ; il devait les exposer solennellement et souvent publiquement dans une palabre présidée par le Bourba (Roi). Le Grand Jaraaf seconde le Roi dans ses autres attributions» écrit Jean BOULEGUE (1936-2011), un historien. Pour Amady Aly DIENG (1932-2015), le «Jaraaf», mémoire et bouclier du royaume, est «un roi sans sceptre. L’importance de son pouvoir impressionne» écrit-il. En effet, Abdoulaye Bara DIOP a comparé le Grand Jaraaf à une sorte de Premier ministre. Le Jaraaf, dans la société Sérère qui est égalitaire, est un contrepoids au pouvoir absolu du Roi. «Contrairement à Rome où la royauté existait depuis le VIIIe siècle avant J.C., en milieu sérère, il n’y avait pas de pouvoir central avec un seul individu à la tête. Il y avait plutôt des patriarches qui rendaient la justice et administraient les hommes, chacun dans sa zone: ces Laman» écrit Ibrahima DIOUF.
La chanson «Lamine Gueye», en 1971, est un puissant hommage à un mentor de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Il faudrait replacer cette chanson dans le contexte de l’époque. Mamadou DIA (1910-2009), président du Conseil est emprisonné depuis 1962. Ses amis ont été exilés. Une chape de plomb lourde pèse sur le Sénégal. La grève de 1968 des étudiants a sérieusement secoué le régime qui a dû faire appel à la France pour rétablir l’ordre. Le prestige politique est moral de Lamine Amadou GUEYE (20 septembre 1891, à Médine, actuel Mali, 10 juin 1968, à Dakar), membre de la première et seconde constituante, député puis sénateur du Sénégal au Parlement français de 1946 à 1959, premier président de l’Assemblée nationale sénégalaise, est tel qu’à sa mort, en 1968, toutes les grèves étudiantes et des travailleurs, tous les troubles qui avaient inquiété le président SENGHOR, ont comme par enchantement cessé. Initiateur de la loi du 7 mai 1946 octroyant la pleine citoyenneté aux colonisés, mettant ainsi fin au Code de l’Indigénat, chef de la SFIO au Sénégal, maire de Saint-Louis et de Dakar, instituteur, avocat, mathématicien, directeur d’un journal, et premier docteur en droit africain en 1921, il avait défendu en 1944, les insurgés du Camp de Thiaroye, en 1947, les révoltés de Madagascar, Duguay Clédor N’DIAYE (1836-1937), maire de Saint-Louis et président du Conseil colonial, victime de violences, Cheikh HAMALLAH (1883-1943), chérif du Nioro (Mali), mort en déportation en France, et El Hadji Cheikh Anta M’BACKE, fils de Momar Anta Sally M’BACKE, des marabouts persécutés par le colonisateur. Membre du Parti socialiste et de la Ligue de Défense de la Race Noire fondée par le Sénégalais Lamine SENGHOR (1889-927), cette radicalisation inquiète les autorités coloniales. Il n’a jamais pu battre Blaise DIAGNE (1872-1934). Quand arrive l’Occupation de la France, et contrairement à Galandou DIOUF (1875-1941), député du Sénégal qui a voté les pleins pouvoirs au Maréchal Philippe PETAIN (1856-1951), il démissionne de tous ses mandats et revient au Sénégal. Aux élections de 1951, Léopold Sédar SENGHOR, allié à Mamadou DIA, qui avait choisi pour cible électorale les populations rurales, bat son mentor, Lamine GUEYE, encore resté citadin, et hors du Sénégal réel. Cependant, SENGHOR, qui a une dette à son égard, lui réserve en octobre 1961, le poste de président de l’Assemblée nationale jusqu’à sa mort.
La chanson de Laye M’BOUP «Aynina Fall», est un épisode dramatique de la lutte politique entre SENGHOR et Lamine GUEYE, avant l’indépendance. Dans cette concurrence féroce pour le leadership politique au Sénégal, entre le Bloc Démocratique sénégalais (BDS) et la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) de maître Lamine GUEYE, en vue de la préparation de la campagne des législatives de 1956, pour deux sièges de députés à pouvoir, le 23 janvier 1955, des partisans du BDS tirent sur la caravane de Lamine GUEYE en Casamance et font quatre morts. Ousmane Socé DIOP, écrivain, un proche de Lamine GUEYE, est grièvement blessé à la cuisse. Les partisans de Lamine GUEYE, lynchent et tuent Aynina FALL, un partisan de SENGHOR et un syndicaliste. En revanche, il a été bien inspiré d’être aux côtés des grévistes ; ce qui lui avait valu une grande popularité. Lamine GUEYE avait refusé de soutenir la grève des cheminots, de la ligne Dakar-Niger, qui avait paralysé le Sénégal, du 11 octobre 1947 au 19 mars 1948. Léopold Sédar SENGHOR, devenu maire de Thiès en novembre 1956, compose un poème en l’honneur de ce martyr, une «Elégie pour Aynina Fall, poème dramatique à plusieurs voix». Il y est question du courage et de la dignité de Aynina FALL, Secrétaire-Général Adjoint du BDS, le parti de SENGHOR, lynché à mort en 1956, à Thiès : «C’était à Thiès, l’autre année. Les chacals étaient réunis autour de l’hyène, et les cynocéphales. Les chacals se jettent sur lui, lui plantent leurs crocs dans le dos. Les chacals aboient. Le sang ruisselle de ses blessures profondes, qui arrosent la terre d’Afrique». SENGHOR immortalise le militant du B.D.S «Il a donné sa vie sans rupture de l’unité des peuples noirs. Aynina Fall est mort, Aynima Fall est vivant parmi nous». Le roman, «les Bouts de bois de Dieu» de SEMBENE Ousmane (1923-2007), valorise cette lutte héroïque des cheminots.
La chanson «Bouna N’Diaye» est aussi une partie du roman national sénégalais. Laye M’BOUP fait de Bouna N’DIAYE, le dernier Bourba du Djolof, avant l’annexion de son pays par les colons, celui qui a ramené la paix, la prospérité et la joie. Cependant, cette vision idyllique de l’époque senghorienne, masquant l’héroïsme du père Alboury N’DIAYE et la collaboration du fils, Bouna N’DIAYE, ne correspond pas à la réalité des faits historiques. Certes, Bouna N’DIAYE (1877-1952) avait une certaine éthique et une conception haute de sa mission «Quiconque profite des deniers d’un pays qui lui est confié ne servira jamais ce pays» dit-il. «Ceux qui ne voient rien de grand, n'engendreront rien de grand pour le Sénégal. Les âmes obscures ne sauront s'affranchir de la pauvreté» ajoute-t-il. Né à Yang-Yang et mort à Saint-Louis, Bouna N’DIAYE, homme des colons, a été investi le 17 décembre 1895. Délégué à l’Exposition coloniale de 1906, et à celle de 1931 à Paris, le 23 juin 1947, Croix de guerre avec un salaire à vie, et en récompense aux services rendus à la France, il est promu le 23 avril 1947, Grand officier de la légion d’honneur. Bouna N’DIAYE est héritier de l’empire du Djolof, fondé au XIIIème siècle, par N’Diadiane N’DIAYE, un métis arabo-peul. Si Bouna N’DIAYE a été accommodant avec le colonisateur, son père, Alboury N’DIAYE (1847-1901) a été une grande figure de résistance au colonialisme auprès de l’Almamy, Maba Diakhou BA, du Nioro du Rip, et exilé pour ce fait. En effet, en relation avec l’Almamy du Fouta, Maba Diakhou, Alboury combat les colons en 1881. Il défait les troupes de Samba Laobé FALL, le 6 juin 1886 et attaque le Cayor. Refusant de collaborer avec les Français et considéré comme un roi «Faroteur», un frimeur, la capitale de Alboury, Yang-Yang est détruite par le colonel Alfred DODDS (1842-1922). Alboury part alors au Soudan, actuel Mali, pour rechercher l’appui de Amadou Cheikhou TALL (1836-1897), fils d’El Hadji Omar TALL, un résistant. Les Français en profitent pour annexer le Djolof. C’est Louis ARCHINARD (1850-1932), avec l’aide des Maures, qui capture Bouna NDIAYE et le conduit à l’école des otages, ou école des fils de chef. Aussi, avec l’appui des Peuls du Mali vaincu par  Louis ARCHINARD et s’exile au Sokoto. D'après la tradition l’indomptable, Alboury N’DIAYE, mourut à Kalakala (Nigeria, Etat du Kano), et fut enterré à la place même. Il mourut d'une flèche empoisonnée tirée par un enfant non circoncis, qui le toucha à l'auriculaire. Cheikh Aliou NDAO est l’auteur d’une pièce de théâtre, «l’exil d’Alboury» qui a été jouée à Sorano.
«N’Dongo Daara» est une chanson de Laye M’BOUP dénonçant la misère et la maltraitance des enfants, «les Talibés» ou disciples fréquentant les écoles coraniques. «N’Dongo Daara» insiste sur le thème de l’éducation, un puissant outil de développement, favorisant également l’égalité des chances. En particulier, Laye M’BOUP insiste sur la quête du savoir, libérateur de l’obscurantisme. L’éducation est aussi un des axes majeurs de la politique senghorienne. Sans éducation, il n’y a pas de développement. Cette chanson de Laye M’BOUP est plus que jamais d’actualité, notamment en ce qui concerne les écoles coraniques, où il a été parfois observé de la maltraitance. Par ailleurs, outre la baisse du niveau éducatif, la formation professionnelle et l’adaptation des études aux besoins du pays, sont les enjeux majeurs du pays.
II – Laye M’BOUP, moraliste, poète précurseur d’une musique sénégalaise authentique
Tant qu’il a été au théâtre Daniel SORANO, Laye M’BOUP, sans doute un grand compositeur, change de dimension dès qu’il rejoint l’Orchestra Baobab, en passant avant cela par le Rio Stand Band de Dakar. Laye M’BOUP a «introduit, à travers l’Orchestra Baobab de Dakar, le chant griotique original dans la musique sénégalaise d’orchestration moderne. C’est au sein de cette formation que les mélomanes découvrent qu’il avait toujours, en chantant, une vision très élevée des choses de la cité» écrit Nago SECK. En effet, à cette époque, l’Orchestra Baobab, par ailleurs fondé sur la diversité et accueillant des hommes venus de différents horizons, était encore subjugué par les musiques cubaines, noires américaines, guinéennes et congolaises. Leur répertoire de la musique sénégalaise particulièrement pauvre, voire inexistant. Curieux constat, car le folklore sénégalais, et en particulier de la société ouolof dont est issu Laye M’BOUP, est particulièrement riche. Il existe une grande variété des chansons traditionnelles ouolofes, avec une dimension littéraire ; c’est l’Afrique des forces de l’esprit : «Le Taajaboon» ou chant de la nuit du Tamkarit ou Maouloud, sera exploité par Ismaël LO, «le Baawnaan» ou chant de prière pour la pluie, «le Ndëupp» ou un rite de dépossession, d’exorcisation, «le Gumb» ou un chant aux divinités de la mer, «le Xas» une déclamation lors d’une veillée d’armes, «le Ngomar» ou l’accompagnement à l’initiation ou la circoncision, «le Njam» accompagnant le douloureux tatouage des gencives, «le Céet» chant pour la nouvelle mariée, «Xaxar» le bizutage de la nouvelle mariée, «le laaban» célébrant la défloraison de la nouvelle mariée, «le Taasu» ou «Taag» des éloges parfois accompagnés de généalogie, «le Bakku» ou autolouanges ou autoglorification des lutteurs, «les Kassak» et les «Ngonar» lors de la circoncision, etc. Par conséquent, l’apport déterminant de Laye M’BOUP, qui venait de l’ensemble lyrique de Sorano, c’est ce savant mélange entre tradition et modernité. Remarquable compositeur. Quand SENGHOR fonde l’ensemble lyrique auquel appartient Laye M’BOUP, il préparait déjà la prochaine étape : le Festival Mondial des Arts Nègres. Laye MBOUP collaborera un certain temps avec le «Star Band» de Ibra KASSE, avant de rejoindre l’Orchestra Baobab. La contribution de Laye M’BOUP à l’Orchestra Baobab, pour son rayonnement national et international a été décisive ; il a décillé les yeux de tous les artistes sénégalais, encore sous le charme des influences musicales étrangères ; en allant chercher ailleurs, ces chanteurs sénégalais, des débuts des indépendances, n’avaient pas réalisé qu’ils étaient assis sur une mine d’or. Laye M’BOUP nous a donc aidés à croire en nous-mêmes.
La chanson de Laye MBOUP qui a marqué les esprits est «Jigeen Del Wax Nijaay» en 1972, année d’inauguration de la télévision sénégalaise. La promotion de ce disque a été faite par Ibra KASSE, en compagnie de Laba SOSSEH (1943-2007) chanteur, à Bruxelles. Laye M’BOUP, qui ne boit pas et ne fume pas, est un moraliste appréciant les bonbons et déteste la noix de colas. Il puise ses chansons, qu’il compose lui-même dans les valeurs traditionnelles du Sénégal, restées encore profondément aristocratiques. «L’après-midi, quand tu te pomponnes et te pares de tes plus beaux atours, bien parfumée, de nos jours les hommes sont faciles à séduire, ton mari sera conquis. Belle dame, il faut appeler ton mari Nijaay (Tonton)» chante-il. Dans cette chanson, «Jigeen Del Wax Nijaay» Laye M’BOUP fait l’éloge des valeurs aristocratiques, de cette Afrique maternelle, si une femme est obéissante, elle fera de bons, beaux et valeureux enfants. Abdoulaye Bara DIOP a bien montré le statut prééminent de l’homme sur la femme, comme d’ailleurs dans la société traditionnelle qu’il a bien étudiée. S’il y avait, dans la littérature quelques éléments en faveur de la libération de la Femme, c’est l’année 1975 qui donne un peu plus de visibilité à la lutte des femmes pour l’égalité. Le «Soroptimiste International Club de Dakar», le meilleur pour les femmes, n’a été créé que le 28 avril 1977, par Annette M’BAYE D’ERNEVILLE, une femme de lettres, même si les idées bouillonnaient, les débats étaient encore largement confinés dans des cercles restreints, que Mariama BA (1929-1981) popularisera. C’est un thème récurrent, dépassant largement la société ouolof, présent chez les Peuls, et les Malinkés, Aoua KEITA, une féministe malienne (voir mon article) en parle dans les contes que lui racontait sa mère. Je crois même que le coup de boule de Zidane, lors d’une coupe du monde, contre un joueur italien, qui avait insulté sa mère, témoignage, dans le Maghreb, de la puissance de ce thème traditionnel, d’une Afrique maternelle, d’une Mère sacrée, à chérir. Aussi en Afrique, la femme traditionnelle ne doit pas prononcer le prénom de son mari, par respect. Cependant, la société ouolof, dans la société sénégalaise, dans ce rapport de la femme à son époux, a une dimension affective et originale : la femme doit appeler son mari «Nijaay» ou «tonton». C’est une relation pudique, pleine de séduction, de tendresse, de respect et de complicité, une des grandes originalité de la société ouolof.
Le Sénégal, à l’aube des indépendances, est société où l’individu est resté longtemps écrasé par la famille et le groupe social, les chants d’amour, exprimant l’individualisme, n’étaient pas monnaie courante dans le répertoire musical sénégalais. Aussi, quand, Laye M’BOUP, dans un Sénégal en pleine mutation et modernité, «Yaama Don Xool» son tube sentimental fait un tabac. Il y chante le désir, la convoitise et les regards échangés sources d’amour.
Subitement au milieu de sa chanson, en hommage à Ndiaga M’BAYE, Laye M’BOUP explose et crie à la face du monde : «Amoul Guéwél ! Amoul Guéwél !» ; en matière d’amour il faut abattre toutes les barrières notamment de caste ou d’ethnie. Cette chanson participe à l’écriture d’un roman national sénégalais, un pays de tolérance et d’égalité, où tous les préjugés doivent être bannis.
A la mort de Laye M’BOUP, l’Orchestra Baobab, entré en crise, a disparu de la scène, pour ne réapparaître qu’en 2002. L’Orchestra Baobab n’avait pas réalisé que le travail de Laye M’BOUP, le Mbalax avait conquis le Sénégal et le monde entier. La nationalisation de la musique sénégalaise est devenue une donnée majeure de notre temps. D’autres musiciens, notamment comme Baaba MAAL, devenu le «Daandé Légnol» ou la voix du peuple du Fouta-Toro (voir mon article), ont, comme Laye M’BOUP fait confiance au riche folklore du Fouta-Toro, notamment «le Yéla», en le modernisant. «Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits» dit la Bible. Le motif secret de nos actes, les plus décisifs nous échappe. Laye M’BOUP qui avait le pressentiment que sa vie serait courte, voulait transmettre son art. Laye M’BOUP, chez lui recevait des jeunes qui souhaitant s’orienter vers la musique en les encadrant les encourageant.
En 1973, parmi ceux-ci, il y avait Thione SECK (voir mon article), âgé de 17 ans «Je ne serai bientôt plus là, mais tu seras mon digne successeur» dit-il à Thione SECK (1955-2021), quinze jours avant sa mort. Laye M’BOUP avait composé, quelques jours avant sa mort, «Ndjirim», une chanson évoquant la sollicitude et la compassion dont on doit entourer la famille d’un défunt. Thione SECK, puis son fils Waly SECK, ont repris le flambeau, et c’est Youssou N’DOUR, le roi du Mbalax, qui a internationalisé la musique sénégalaise. «Abdoulaye M’Boup laissera planer, longtemps encore après sa disparition, l’image poignante d’un arbre en pleine sève, qui s’élançait vers la lumière, mais que la mort aura tout foudroyé. Au-delà de la tombe, Abdoulaye M’Boup pourrait continuer encore à servir l’art et la chanson sénégalaise si sa vie brève, mais bien remplie, servait d’exemple à ses camarades des différentes disciplines», Alioune Badara SENE, Ministre de la culture, qui appelait à un renouvellement et un enrichissement de la musique sénégalaise, ne croyait pas si bien dire.
Mes très vifs remerciements à mes amis et frères, M. Amadou BAL, magistrat à Dakar et à M. Moussa DIOP, journaliste au «Soleil»,  pour les précieuses et rares archives du journal «Le Soleil» de juin 1975 transmises.
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SENE (Alioune), Sur le chemin de la Négritude, préface d’Amadou Samb, Beyrouth, éditions Dar El-Katib, Allubnami, 1969, 255 pages ;
SENGHOR (Maurice, Sonar), Souvenirs de théâtres d’Afrique et d’Outre-Afrique, pour que lève la semence, contribution à l’édification d’un théâtre noir universel, Paris, L’Harmattan, 2004, 184 pages ;
THILMANS (Guy), «Lat-Dior, Cheikh Saad Bou, et le chemin de fer», Revue de Saint-Louis, Lille, 1992, 41 pages ;
WANE (Ibrahima), «Les artistes sénégalais au miroir de leurs oeuvres», Présence Africaine, 2015, vol 1, n°191, pages 193-204.
Paris, le 19 septembre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«Abdoulaye M’BOUP (1937-1975), chanteur et compositeur, moraliste de l’ère senghorienne, un artiste du roman national sénégalais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 18:27
«Oum KALSOUM (1898-1975), l’Etoile d’Orient, la Voix des Arabes, une Diva égyptienne nationaliste» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Chanteuse, nationaliste et comédienne égyptienne, Oum KALSOUM a «marqué les arts et la littérature par une tradition éthique de l’écoute et du respect du public, changeant ainsi la perception des chanteurs à travers l’histoire de la culture et des beaux-arts» écrit Mohamed ARAD, dans son livre, «Oum Kalthoum, l’histoire d’une passion». Dotée d’une voix intense, vibrante et fragile dans l’intonation, Oum KALSOUM, la cantatrice du peuple arabe, on considère au-dessus d’elle, il n’y a que le Coran «Aucune chanteuse n’a été adulée à l’égale d’Oum Kalsoum, aucune voix, si belle soit-elle, n’a incarné comme elle, l’âme de tout un peuple, au point d’être sacralisée de son vivant, non seulement en Egypte, mais dans tout le monde arabe» écrit Xavier VILLETARD. Chantant aussi bien l’Amour divin que l’Amour humain, ainsi que de la Patrie, Oum KALSOUM est considérée comme la plus grande artiste du «Tarab», le quart ton, le maximum de plaisir à tirer de la musique, «Le Tarab, c’est elle» écrit Naguib MAHFOUZ (1911-2006), Prix Nobel de littérature. Gamal Abdel NASSER la considérait comme la «Première dame d’Egypte», avant sa femme. «La Rossignol du Delta», «La Quatrième pyramide d’Egypte», «L’Etoile de l’Orient», «la Perle de l’art», «Le Souffle parfumé», Oum KALSOUM avait divers surnoms dont «l’Etoile de l’Orient» : «Sans doute parce que qu’inaccessible au commun des mortels, elle brillait pourtant dans le ciel de chacun» écrit Francis DORDOR. «Si on veut la décrire, on n'arrivera jamais à trouver son équivalent», disait Ahmed RAMI (1892-1981), poète et un de ses plus fameux paroliers. Oum KALSOUM est «El Sett» ou «La Dame», chantant debout au milieu des hommes, qui finit de s’imposer comme le symbole du féminisme arabe contre la misogynie. Féministe et libre, symbole de l’alliance entre la tradition et la modernité, Oum KALSOUM appelait les femmes, dans ses concerts, à se prendre en charge : «Vous êtes la moitié de l’humanité, prenez votre destin en main !» disait-elle. Perfectionniste, et ayant de l’autorité dans un monde d’hommes, elle prend seule les décisions. Figure, elle sollicite la participation des femmes à ses concerts et leur demande d’enlever leur voile «Dévoilez-vous mes sœurs, les forces productrices de nos sociétés ; nous pouvons garder la tête haute et nue» dit-elle. La gloire de Oum KALSOUM, c’est d’être à la fois une voix asexuée et une voix bisexuée. Dans sa voix, les femmes écoutaient l’homme, et les hommes la femme. «Politiquement, c'est une femme arabe libre, qui peut faire taire tous ceux qui voudraient que l'on se taise» estime Ghalia BENALI, une artiste tunisienne. Pour le poète et parolier d’Oum KALSOUM, qui lui a écrit 137 de ses 283 chansons, «si on veut la décrire, on n’arrivera jamais à trouver son équivalent» dit Ahmed RAMI (1892-1981) : «J’ai aimé les musiques et la voix d’Oum Kalsoum, la plus grande chanteuse de tous les temps, celle qui chanta le plus et le plus longtemps, devant le plus de monde. Les succès d’Elvis Presley ou de la Callas sont de petites choses à côté des siens. Sa musique me nourrit. Oum Kalsoum est profondément maternelle, maternelle comme les déesses du monde antique. Elle est la voix de millions d’êtres sans voix» dit Maurice BEJART (1927-2007).

Oum KALSOUM est issue d’une famille rurale, très pauvre et profondément religieuse. Son père voulait avoir un garçon, mais c’est une fille qu’il a eue ; il ouvre le Coran et tombe sur le nom d’Oum KALSOUM, le prénom de la nouvelle née est trouvé. Oum KALSOUM, dont l'artiste porte le prénom, est la troisième fille du Prophète Mohamed et de Khadîdja, Oumm KOULTHOUM (603-630), mariée une première fois, à un des fils à Abu Lahab, puis répudiée, se remariera au Calife Othman, quand sa sœur Ruqayya sera morte. Le prénom d’Oum KALSOUM, dans sa version française que j’ai adopté, a été orthographié de diverses manières «Umm Kultum» ou «Oum KALTHOUM», «Oumou KOULSOUM» ou «Umm KULTUM». En effet, Oum KALSOUM, surnommée «Souma», est la transcription anglaise de l'arabe, ou en dialecte égyptien. Elle se présentait avant tout comme «une femme, une paysanne, une Égyptienne».

Par ailleurs, la date de naissance de Oum KALSOUM est incertaine ; on la situe tantôt en 1898, 1895 ou 1902. J’ai retenu la date de naissance officielle du 18 décembre 1898, dans le petit village de Tunamel El Charqui, dans le Delta, dans Nord de l’Egypte. Issue d’une famille très pauvre de trois enfants, sa sœur aînée Sayyida est alors âgée de dix ans et son frère Khalid d’un an. Sa mère, Fatma AL-MALIJI, est femme au foyer et son père, Cheikh Ibrahim, est imam ; il psalmodiait des chants religieux pour faire vivre sa famille. En écoutant son père enseigner le chant à son grand frère, la jeune fille répétait à son tour en jouant à la poupée. «La première fois que mon père me demanda d’aller chanter avec lui, je lui ai dit non. J’allais vers 7 ans. Mon père était l’imam de la mosquée du village. Pour nous faire vivre, il donnait des récitals lors des fêtes religieuses. Mon frère Khaled l’accompagnait ; il voulait lui transmettre son art. En cachette, je retenais les psalmodies qu’il lui apprenait, et je les chantais en jouant avec ma poupée» dit-elle, dans ses mémoires radiophoniques. Son père comprit vite que sa fille, un «Rossignol du Delta», possédait un talent pour le chant ; il lui demanda alors de rejoindre sa petite troupe. «Un jour, mon père m’a surprise, et il s’est tu, jusqu’à ce que je termine de chanter. C’est alors qu’il m’a proposée de l’accompagner chez le chef de village. Et pour m’amadouer, il m’a dit qu’il me donnerait des sucreries et du flanc à la fleur d’oranger. Je suis têtue, mais gourmande. Finalement, j’ai accepté» dit-elle dans ses mémoires radiophoniques. Oum KALSOUM n’alla pas dans une école traditionnelle, mais au «Kutab» ; elle y apprit à lire et réciter le Coran. Mais l’apprentissage du Coran aide à mémoriser les textes et à façonner la voix. A cette époque, il n’y avait rien de sentimental dans ses nombreux chants religieux au sein de son village. Peu à peu sa notoriété grandie malgré son jeune âge. Ibrahim, craignant que l’on s’intéressât plus à son physique qu’à son chant, l’habillait d’une longue «Galabeyya», tel un garçon. Durant les fêtes religieuses ou les événements familiaux, en contrepartie de ses chansons, les villageois lui offraient un bol de riz et du lait. Fervente religieuse et submergée d’un culte voué à Dieu, «Son pays natal c’est le Coran. Sa foi n’est pas un refuge, mais sa raison de vivre» écrit Ysabel SAIAH-BAUDIS, une de ses biographes. À seize ans, Oum KALSOUM fut remarquée par un chanteur alors très célèbre, Cheikh Abou AL ILA MOHAMED (1872-1927), passé du chant religieux au chant profane, lui apprend la musique et le goût des mots ; en particulier il attira son attention sur la nécessité de comprendre les textes. «Quand je commençais à chanter, je ne comprenais rien ; j’étais comme un phonogramme ou un perroquet. On me disait de dire quelque chose, et je le répétais. Je ne réalisais même pas que j’avais un don pour le chant. Mon père avait besoin de nous faire vivre, il m’a poussée. Les gens étaient contents parce que j’étais une petite fille courageuse et que je chantais. Je suis devenue la vedette de la famille. C’est tout» dit-elle. Ainsi démarra la carrière d'une chanteuse hors du commun, d’une petite paysanne défavorisée, Oum KALSOUM, à travers les villages du Delta «Nous avons été partout, dans les villages et les fermes, des kilomètres à pied ou à dos d’âne. La première fois que j’ai pris le train, j’ai vu les arbres marcher. Je n’avais compris qu’ils reculaient. On commençait à chanter à 8 heures du soir, et on continuait jusqu’au matin. Et souvent, il y avait des bagarres. On attendait que les gens se calment pour recommencer à chanter. Un jour, il n’y a pas eu de bagarre et nous avons vite épuisé notre répertoire. Il a fallu qu’on enrichisse notre programme jusqu’au lever du jour» dit-elle. Pour perfectionner son art, Oum KALSOUM fut auditionnée par Zakaria AHMED (1896-1961), musicien, compositeur et chanteur, qui incita sa famille à s’installer au Caire.

Quand, Oum KALSOUM arrive, en septembre 1923, au Caire, le pays est en pleine effervescence politique ; le leader nationaliste, Saad ZAGHLOUL (1859-1927), du parti Wafd, a obtenu la fin du protectorat, mais avec une importance présence britannique aux affaires étrangères, à la défense, et donc au Canal de Suez. Oum KALSOUM hommage à ce nationaliste «Saad s’absente de l’Egypte». Oum KALSOUM aura eu une relative longue existe, et a vécu pendant une époque importante de l’histoire de l’Egypte et des pays arabes. En effet, en moins de trois quarts de siècle, Oum KALSOUM aura connu le protectorat britannique, l’émergence du nationalisme, les règnes des souverains FOUAD 1er (1868-1836) arrière-petit-fils de Méhémet Ali, et Farouk, ayant proclamé l’indépendance de l’Egypte le 15 mai 1932, mais en laissant le Canal de Suez aux Occidentaux, et de FAROUK (1920-1965), ainsi que la Révolution de 1952, les mandats de Gamal Abdel NASSER (1918-1970) et Anouar EL-SADATE (1918-1981), sans oublier les deux défaites face à Israël en 1948-49 et 1967.

Dans la capitale égyptienne, Oum KALSOUM devient lyrique et sentimentale dans ses chansons «J’ai abandonné tous mes amis les proches. J’ai préféré reste seule avec mon amour. Seuls mes yeux peuvent exprimer ce que je ressens, cette immense angoisse» chante-t-elle. En effet, le Caire, une ville tolérante et cosmopolite connaît en cette période, une puissante Renaissance culturelle, «l’Essor» ou «Al Nahda» autour du féminisme, du nationalisme, de la sociologie et de l’art ; un immense mouvement de protestation, contre l’occupation britannique, gronde à travers, notamment des chansons révolutionnaires. En paysanne, issue d’un milieu rural conservateur et corseté, et son père ne voulant pas qu’elle apparaisse en fille, Oum KALSOUM était décalée dans ce Caire de la Renaissance, et continuait à s’habiller en garçon. Aussi, on s’est donc moqué d’elle. «Le Caire, qu'on appelle la mère du monde, est une ville bouillonnante, sous domination étrangère. Oum Kalsoum commence à chanter des chansons très austères, alors qu'à l’époque, beaucoup de chanteuses sont très dénudées, et chantent des chansons grivoises. Elle, elle commence par l'austérité, mais sa voix fait des miracles», écrit Ysabel SAIAH-BAUDIS. Oum KALSOUM, dans sa ferveur religieuse, avait privilégié les chants sacrés, comme «Touba» ou le repentir : «Repenti je suis, mes larmes coulent de remord. Où est mon cœur des larmes du repentir ? Que ne me suis-je pas fondu de honte chaque fois. Que la largesse du Bienfaiteur renouvela le pardon. Dans mon cœur, le démon a enlacé le démon. Et je me suis inquiété de ceci et de cela. Les illusions m'ont submergé, j'ai invoqué Ton amour. Le pêché plana avec mon être, mais mon présent se jeta pour panser la douleur de mes blessures. J'ai délaissé le péché pour atteindre la paix» chante-t-elle. L’artiste a vite compris que si elle voulait conquérir la capitale, il fallait être moderne, plutôt qu’un répertoire musical sacré, il fallait s’orienter vers des chansons sentimentales : «Même s’il me tourmente, les larmes que l’Amour provoque, me sont douces. Je lui pardonne tout, alors qu’il est mon bourreau» chante-t-elle. Oum KALSOUM commence donc à s’habiller à l’occidentale et travaille le détail, l’ornementation du chant. Dans cette effervescence artistique et culturelle, Oum KALSOUM a été précédée au Caire par de prestigieuses militantes féministes et anticolonialistes, comme Hoda CHAARAOUI (1879-1947), fondatrice de l’Union féministe égyptienne en 1923 ou Ceza NABARAWI (1897-1985), rédactrice en chef d’un journal, «l’Egyptienne». L’élite intellectuelle choisit Oum KALSOUM comme «Quatrième pyramide d’Egypte», une idole du Renouveau culturel du Caire. L’autre mutation majeure, est l’arrivée de la TSF, avec des enregistrements et concerts à la radio égyptienne entre 1934 et 1960. Le contrat conclu avec la radio, c’est que Oum KALSOUM, dont les concerts sont retransmis dans tous les pays arabes, soit la mieux rémunérée. La radio est une nouveauté pour Oum KALSOUM qui avait l’habitude des concerts en public «Je peux dire que ce m’a le plus dérangée, c’est d’être avec toutes les lumières rouges et vertes, seule et isolée ; comme si je parlais toute seule à moi. C’était l’instant de surprise pour moi, je n’ai pas aimé. Et ensuite, les concerts ont été retransmis en direct, avec une interaction entre l’artiste et le public ; cela change tout» dit-elle.

En 1932, Oum KALSOUM entame une grande tournée à Damas, Bagdad, Beyrouth, Tunis, Haïfa et Jérusalem, et offre son cachet pour combattre l’occupant britannique et pour aider l’immigration juive. Oum KALSOUM, dans son ascension, et tenant compte de ambiance culturelle favorable, n’a pas négligé le cinéma. Elle aura été actrice de six films (Weddad en 1936, Le chant de l’espoir en 1937, Dananir en 1940, Aïda en 1942, Sallama en 1945 et Fatma en 1947). Dans ces films, autour du conte des Mille et une nuit, elle incarne aussi la fille du peuple, esclave, paysanne ou infirmière, parvenant à vaincre les pesanteurs de la société. Elle refuse d’embrasser l’acteur masculin, et demande à ce que la scène soit coupée quand celui-ci approche de ses lèvres.

Tenant compte de toutes ces mutations profondes de la société du Caire en chanteuse classique, dans un arabe littéraire ou populaire épuré, évitant les chansons grivoises, frivoles, vulgaires ou légères, Oum KALSOUM, l’idole de la classe populaire, a bouleversé les codes, par sa façon de chanter et son répertoire. Son concurrent, Ahmed ADAWIYA sera, par la suite, le chantre de la musique «Sha’abi» ou musique populaire, des habitants des bidonvilles du Caire, en évoquant les difficultés de la vie quotidienne, les problèmes d’argent et de sexe. Oum KALSOUM, dans sa jeunesse, exécutait des chansons sacrées «Oum Kalsoum a un don. Sa voix. Une voix qui libère. Rendue libre par son don, elle loue Dieu et l’amour. L’Amour et Dieu» écrit Isabel SAIAH-BAUDIS, une de ses biographes. Mais les chansons religieuses, dans un Caire en pleine mutation, n’attirent pas la foule. Apprenant vite des erreurs, Oum KALSOUM, dans son intelligence artistique, savait s’adapter. Pendant ses soixante ans de carrière, elle ne laissa rien au hasard. Chignon, foulard et lunettes noires, Oum KALSOUM, en grande professionnelle, sélectionna les poètes et les compositeurs, exigeant d'eux la quintessence de leur art ; elle devient également une cheffe d’orchestre exigeante et perfectionniste, dans les répétitions. Oum KALSOUM a une voix exceptionnelle, elle est également servie par la qualité des musiques et des textes qu’on lui compose. Ainsi, dans sa commande au poète, Ahmed RAMI, elle veut «une langue des journaux, comprise par tout le monde, qui ne soit ni vulgaire, ni hermétique» dit-elle. Aussi, Ahmed RAMI mélange le dialecte des chanteurs de variétés à la langue littéraire ; ce qui confère une puissance aux chansons d’Oum KALSOUM. «Si l’on choisit les paroles on peut avoir l’impression que ce que chante, on le vit, c’est le point le plus haut, se mettre dans la peau d’une personne heureuse, triste ou exaltée. Pour convaincre, par mes chansons, il faut que je sois convaincue. Il faut d’abord des paroles, des paroles qui ont un sens et un but précis» dit Oum KALSOUM, dans un entretien accordée à la radio égyptienne. Evitant d’être élitiste, tout en étant raffinée dans ses chansons, Oumou KALSOUM se voulait éducatrice «Grâce à elle, les paysans analphabètes récitent des vers raffinés, les nationalistes glorifient la langue, les mystiques entrent en transe et les femmes cloîtrées rêvent d’amour galant» écrit Naguib MAHFOUZ, Prix Nobel de littérature. Oum KALSOUM s’attache des services d’un grand compositeur et musicien, le plus influent de l’Egypte, Mohammed El QASABGI (1892-1966), qui devient également son mentor.

Oum KALSOUM, en ces années 20, avait de nombreuses concurrentes, comme Fathiyya AHMAD (1898-1975) et Mounira EL MAHDEAYA (1885-1975) ou la «Sultane de l’Extase», des chanteuses de cabarets, à la vie particulièrement dissolue, buvant l’alcool et collectionnant les amants. En revanche, Oum KALSOUM menait une vie sobre et recluse ; elle détestait les mondanités. Certaines mauvaises langues ont même fait courir, à son sujet, en raison de cette existence austère, des calomnies. Elle a été étiquetée d’avare, de lesbienne et même de droguée. Particulièrement discrète sur sa vie privée. Oum KALSOUM vivait dans une forteresse ; elle était elle-même coffre-fort blindé, et ne laissait personne devenir intime avec elle, mais celle savait communiquer avec toutes les classes sociales à travers son art. «S’éloigner des gens, cela créé chez l’auditeur quelque chose. Par exemple, si quelqu’un me voit, un jour, au cabaret, et m’écoute le lendemain en train de chanter en l’honneur du Prophète, comment va-t-il accepter ou comprendre ça. Une partie de notre art est d’avoir une bonne réputation pour les gens. Tu es mieux écoutée, si tu n’apparais pas partout et n’importe comment» dit-elle, dans ses mémoires radiophoniques. En effet, Oum KALSOUM «s’est faite respecter du public et lui a fait comprendre que la femme qu’il venait d’écouter n’était pas une courtisane, mais une véritable artiste» dit un journaliste égyptien. Elle s'est donnée à son art comme une religieuse s'offre à Dieu. L'enfant pauvre du delta du Nil, élevée dans une rigoureuse piété, qui n'avait commencé à chanter dans des mariages que pour donner du pain à sa famille, se glissa dans la peau d'une diva inflexible et pointilleuse, allant jusqu'à choisir un photographe personnel pour protéger son image. On ne lui connaisse aucune liaison, à l'exception de son mariage tardif en 1953, avec son médecin, Hassen EL-HAFNAOUI, en introduisant une clause de pouvoir prendre, l’initiative, si nécessaire de divorcer.

Comparée à Edith PIATH (1915-1963), à Bob DYLAN à Maria CALLAS (1923-1977) et Jean-Sébastien BACH (1685-1750) tous réunis, Oum KALSOUM avait un timbre de voix riche, une voix puissante et forte, faisant vibrer, une intensité et une amplitude sonore impressionnante dans différentes gammes et mélodies, une diction parfaite pour des poèmes qui ont parfois le même mètre et la même rime des temps anciens. «Oum KALSOUM se fit une place dans le cœur des gens grâce à sa prestance, son lyric et sa voix. Cette dernière resta à jamais gravée dans les esprits, profonde et puissante, elle comportait 14 000 vibrations par seconde. La voix d’Oum Kalthoum soulevait les foules, elle mettait le public et l’artiste dans un état d’extase comparable au nirvana» écrit Gihan ABDELHADI. En effet, Oum KALSOUM savait électriser l’audience, sur fond d’un délire collectif avec des «vagues de foules ardentes», une «hystérie» et des «Maazag» ou un «plaisir à son comble», une «intense volupté». En communion avec toutes les couches de la société, chantant tantôt en arabe classique tantôt en dialectal, «Lorsqu’elle chante, on est tous ensemble, on écoute la même chose et on nie un peu la réalité. On est dans l’ivresse de la nuit, on se sent bien, loin des yeux du pouvoir et des ennuis domestiques… C’est le Tarab, cette ivresse esthétique qui a quelque chose de très maternel, comme une espèce de ventre commun qu’on ne peut pas quitter» écrit Selim NASSIB, dans «Oum». Dans la tradition du soufisme, la quête de Dieu peut être soutenue et guidée par la musique ; l’acte d’écouter le Coran, un poème ou une musique spirituels, peut atteindre le «Wajd» ou «transe mystique». Sa voix aiguisée par sa relation au public, faite de mystère, de désir, de frustration, et de pur plaisir musical, peut jusqu'à déclencher le fameux «Tarab», cette émotion artistique d'intensité maximale. «En réalité, quand j’écoute le compositeur, je ne suis plus Oum Kalsoum. Je suis un être banal qui écoute. Les phrases musicales qui me touchent, sont celles que je reçois e auxquelles j’adhère. Dans le Tarab, j’aime beaucoup la composition, laquelle fait sentir le sens des mots. C’est primordial» dit-elle dans ses mémoires radiophoniques. Oum KALSOUM fut celle qui, le soir de ses concerts radiophoniques, tous les premiers jeudis du mois, plongeait Le Caire dans une atmosphère de fête. La voix d'Oum KALSOUM surgit des entrailles du Caire dans le tintamarre du crépuscule. Elle s'élève, brûlante comme le souffle de la nuit d'été qui se glisse entre les tables de bois du café. «Nuit, tes étoiles sont témoins de mes tourments, ô nuit ! Elles ont entendu mes plaintes et mes larmes, ô nuit ! Que de fois je t'ai confié mes insomnies. Que de fois je t'ai suppliée et que de souffrances j'ai endurées !» chante-t-elle. dans une posture hiératique, la voix et la fierté d’être Arabe, Oum KALSOUM, seule sur le devant de la scène, debout, pendant de longues heures, avait une capacité stupéfiante d'improviser des arabesques, avec une présence remplie de tendresse, de passion et de souffrance, de sentiments profanes et sacrés, ainsi qu'un nationalisme exacerbé. Oum KALSOUM pouvait chanter quatre heures de suite, soit la durée d'un opéra complet.

Oum KALSOUM est, avant tout, une diva de l’Amour, du Désir et de la Douleur. «Pourquoi mon Amour me fais-tu souffrir ? Pourquoi enlèves-tu le sommeil à mes yeux ? Qu’ai-je fais pour être malmené et abandonné au feu qui me brûle ?» chante-elle. Quand les jeunes tombent amoureux, ils découvrent la profondeur de ses textes et la puissance de sa voix, notamment à travers sa chanson «Enta Omri», ou «Tu es ma vie», composée par Mohamed ABDELWAHHAB (1902-1991) «Tes yeux m’ont ramené à mes jours passés Ils m’ont appris à regretter le passé et ses blessures. Tout ce que je voyais avant que mes yeux ne te voient était une vie gâchée. Comment pourraient-ils considérer cette part de ma vie ? Avec ta lumière, l’aube de ma vie a commencé. Pourquoi ne t’ai-je pas rencontrer longtemps avant ? Tout ce que j’ai vu avant que mes yeux ne te voient était une vie gâchée. Tu es ma vie qui commence à l’aube de ta lumière» chante-t-elle. C'est leur peine qu'elle chante quand elle exalte, inlassablement, le chagrin des amants délaissés et la nostalgie d'un âge harmonieux. En 1924, Oum KALSOUM enregistre «Al-Sabbou Tafdhahoubou Ouyounou» ou «L'amoureux est trahi par ses yeux», une chanson composée par Ahmed RAMI, et inspirée des vers persans d’Omar KHAYYAM (1048-1131), un poète de l’ivresse, de la transe et de l’Amour. Dans «Rubaiyat Al-Khayyam», les Quatrains d’Omar KHAYYAM sont une exhortation à éveiller sa pensée et son corps à ce qui est là. Ils invitent à habiter pleinement le présent, dans la conscience de la mort jamais loin et la joie immense de la vie qui brûle. «A l’aube fine et claire me parvint d’une voix douce et légère surgie des profondeurs inconnues l’appel au réveil de l’humanité endormie. Levez-vous emplissez de vos envies la coupe de vos désirs avant que ne remplisse le calice de la vie la main du destin. Gardez-vous des tourments du passé révolu et de la crainte du futur non encore abouti. Savourez du présent ses délices car est là la clarté du grand jour et il n’est point de quiétude dans la nature de la nuit» chante-t-elle, dans «Les Quatrains». La chanson «Alf Leila Wa Leila» ou «Mille et une nuits», connaît un succès en 1969 : «Mon amour, mon amour, mon amour Voici la nuit, son ciel, ses étoiles, sa lune et ses veillées. Toi et moi, mon amour à moi, tu es ma vie. Allons vivre dans les yeux de la nuit mon amour, allons-y, Et demandons au soleil de ne pas se lever pendant un an; pas avant un an au moins. Notre nuit d'amour est savoureuse comme mille et une nuits, vaut mille et une nuits, mille et une nuits, toute une vie, mais la vie n'est rien si elle ne ressemble pas à cette nuit, à cette nuit, à cette nuit». Les chansons sentimentales d’Oum KALSOUM, un «amour humain, proche de l’amour divin. Dans un monde miséreux et réprimé sexuellement, elle a fait croire que l’assouvissement de la chair était pauvre à côté d’un amour éternel» écrit Omar SHARIF (1932-2015). Ainsi, «Laylet Hob» ou «Une nuit d’Amour» est l’une des grandes chansons d’Oum KALSOUM : «Vous, qui n’avez jamais manqué un rendez-vous dans votre vie. Pourquoi cette nuit êtes-vous absent? Vous me rendez confus. Qu’est-ce qui vous maintient loin de moi ? C’est impossible que la vie vous tienne loin de moi J’attends avec espoir. Je reste éveillé… venez à moi. ma vie, que je puisse vous tenir éveillé. Mon amour, mon cœur battait et la lumière de ma vie. Souriant à l’imagination et les souvenirs de cette nuit. Le monde entier s’est arrêté et vous a attendu. Le monde entier est avec moi ici et vous regarde. Le printemps, la fleur, la rivière», chante-t-elle. L’Amour est inséparable des peines du cœur, aussi Oum KALSOUM chante souvent la douleur et la souffrance «En esprit, j’ai rompu avec toi. Et puis, je me suis réconciliée, et j’ai rompu à nouveau. Mais il est dur d’être éloignée de toi, quand la séparation s’éternise» chante-t-elle. «Je te parlerai de toi de ce qui cause mon insomnie. Je te parlerai de ce qui fait couler mes larmes. Et, je dis mon cœur, pourquoi tu te caches ? Et toi, mon âme, pourquoi tu me tiens ?» chante-t-elle. «Mon amour, et ma promesse d’un jour, la nuit et l’horloge qui tournent son tic-tac, éveille même la nuit» dit-elle.

Oum KALSOUM avait de nombreux concurrents (Mohamed ABDELWAHHAB (1901-1991), qui sera son allié, et Adel Halim HAFEZ (1929-1977), Ahmed ADAWEYIA (né en 1945), etc.). Cependant, elle s’est autoproclamée, dans ce rêve de la construction d’une nation arabe, comme étant «la voix du peuple». En effet, au début du XXème siècle, des revendications nationalistes et anticolonialistes se font jour en Egypte. Traditionaliste et fondamentalement pieuse, Oum KALSOUM se borne, dans un premier temps, à apporter son soutien à la monarchie ; elle savait flatter les gouvernants. Ainsi, elle chante à l’occasion de l’anniversaire du roi FAROUK, le 11 février 1937. Le 4 mai 1948, quand David BEN GOURION (1886-1973) proclame l’Etat d’Israël, la contre-attaque des pays arabes se solde par un cuisant échec, c’est la «Nakba» ou le désastre. Le 23 juillet 1952, le roi FAROUK, un monarque corrompu et libidineux et de souche albanaise, à la solde des Britanniques est renversé par le général Mohamed NEGUIB (1901-1984), président du 18 juin 1953 au 14 novembre 1954, qui sera démis de ses fonctions, par Gamal Abdel NASSER. C’est la première fois que l’Egypte, depuis le temps des Pharaons, est dirigée par un Egyptien. NASSER lance la réforme agraire, instaure le droit de vote des femmes, nationalise la Canal de Suez et initie une fédération entre l’Egypte, la Syrie et le Yémen. En pleine guerre froide, NASSER a besoin de Oum KALSOUM afin d’asseoir son autorité auprès des masses. Oum KALSOUM se rend à la radio et détruit, devant la presse, tous ses enregistrement du temps de l’Ancien régime. Cependant, le Directeur de la radio, bannit, un certain temps, l’artiste d’antenne. Elle sera vite réhabilitée «Les pyramides étaient déjà là du temps du roi, pourquoi ne vas pas les raser» dit NASSER au Directeur de la Radio. Oumou KALSOUM, conservatrice et réservée, avait besoin aussi de NASSER ; elle est propulsée au-devant de la scène en raison de ses concerts à la radio égyptienne. En effet, saisissant le profit politique à tirer du talent de chanteuse auprès des masses populaires, NASSER demande à Oum KALSOUM, d’inaugurer, en 1953 la nouvelle radio, «Sawt Al-Arab» ou «la Voix des Arabes», pour insuffler l’unité du peuple arabe et libérer les Palestiniens. Devenue la Diva du nationalisme arabe, et nouvelle alliée de NASSER, Oum KALSOUM a vu sa carrière boostée au somment. Aussi, elle chante, «Ana El-Sha’ab» ou «Je suis le peuple». Sa chanson, «Wallah Zaman Y Silahi» ou «Il y a longtemps mon arme» est devenue, depuis 1977, l’hymne national d’Egypte : «O jeunesse du Nil. O pilier de cette génération, l’Egypte vous appelle. Répondez à ses nobles ambitions. Consolidez sa gloire par la science, puis suivez chacun votre chemin. Nous sommes l’outil de la patrie ; prêts au sacrifice pour sa grandeur» chante-t-elle. Oum KALSOUM a chanté «Le Nashid El-Gala» ou «L’hymne à la liberté». La résistance à l’impérialisme et la cause palestinienne devrait être défendue par l’Egypte et par toutes les nations arabes «Asbah Andi Bunduqyia» ou «Et maintenant, j’ai un fusil», inspiré d’un poème de Nizzar QABBANI. Oum KALSOUM, épousant le nationalisme arabe et devenant l’arme secrète de NASSER, voulait «transformer la défaite en victoire». «Nous sommes des fedayins. Nous mourrons plutôt que de céder. Pas de trêve dans le combat» dit-elle. Oum KALSOUM chante un poème d’Ibrahim NAGI (1898-1953), «Al Atlal» ou «les ruines», les vestiges d’un Amour et le rêve d’un pays : «Mon cœur, ne me demande pas où notre amour s'en est allée. Ce n'était qu'une citadelle de mon imagination qui s'est effondrée. Étanche moi de ma soif, et laisse-moi boire sur ses ruines. Aussi longtemps que les larmes puissent étancher la soif. Raconte l'histoire en mon nom, dis leurs comment cet amour est devenue un passé. Comment il est devenu un objet de douleur. Oh toi qui ne dors plus et qui somnole. Qui se rappelle la promesse et qui se réveille. Sache que si une plaie commence à guérir. Une autre surgira du fond des souvenirs. Alors apprends à oublier. Et apprends à effacer» chante-t-elle.

Alliée invisible du projet idéologique de Gamal Abdel NASSER dans son nationalisme et son panarabisme, Oum KALSOUM a chanté, en 1960, «Wallahi Zaman Ya Sihabi» ou «Cela fait longtemps, ô arme qui est mienne». Une grande complicité et complémentarité entre eux : «Ça fait longtemps mon arme.. Tu m'as manqué lors de mon combat. Parle, dis : ” je suis prête. Ô la guerre! Ça fait longtemps”, L'Egypte libre, qui peut la défendre si ce n'est pas nous, par nos armes ? Oh l’Egypte, la terre de la révolution ! Nous n'épargnerons pas nos vies pour te protéger. l’Egypte, la terre de la révolution! Nous n'épargnerons pas nos vies pour te protéger. Le peuple émerge comme la lumière. Le peuple est une montagne, une mer. Le peuple érupte comme un volcan en colère, fend comme un tremblement de terre  chante-t-elle. Oum KALSOUM aura contribué à construire un pan de l’identité moderne arabe. A la guerre dite des Six jours, le 5 juin 1967, l’Egypte des Pharaons est vaincue par Israël. L’aviation égyptienne est détruite en 6 heures, et en 5 jours, Israël reprend le Sinaï, la bande de Gaza, le Cisjordanie et Jérusalem-Est. La Nation arabe, qu’Oum KALSOUM avait, par ses chansons, contribué à magnifié, est gravement humiliée. Aussi, en guise de réconfort, le 9 juin 1967, face à la démission de NASSER, la diva chante «Relève-toi et écoute mon cœur, car je suis le peuple. Reste, tu es la digue protectrice. Reste, tu es le seul espoir qui reste». NASSER revient sur sa démission. Oum KALSOUM offre ses bijoux pour renflouer les caisses de l’Etat et demande à tous de suivre son exemple. Oum KALSOUM entame une tournée international afin de participer à l’effort de guerre. Les 13 et 15 novembre 1967, à l’invitation de Bruno COQUATRIX (1910-1979), Oum KALSOUM chante pour la première fois et dernière fois, dans un pays occidental, à l'Olympia, à Paris. Elle a près de 70 ans. En cinquante ans de carrière, la France sera son unique escapade musicale hors du monde arabe. «Elle a été ma folie. C’était incroyable de voir ce public déchaîné qui l’accueillait en hurlant comme une bête sauvage domptée» dit Bruno COQUATRIC (1910-1979), Directeur de l’Olympia. A Paris, Oum KALSOUM chante «L’Amour de la Nation» et rend hommage à NASSER «Tu es le Bien, tu es la Lumière. Tu es la Patience face au destin». A la mort de NASSER, le 28 septembre 1970, des suites d’une crise cardiaque, Oum KALSOUM annule son concert à Moscou et retourne en Egypte. Anouar EL-ASSAD, arrivé au pouvoir, écarte Oumou KALSOUM de la scène artistique.

Oum KALSOUM, souffrant d’une néphrite aiguë et ne donnant plus de concert depuis 1973, est morte au Caire, le 3 février 1975 ; elle n’avait pas d’enfant. De nombreux suicides ont été enregistrés le jour de sa mort, et les funérailles gigantesques, dignes de celles de Gamal Abdel NASSER, avec plus de 2 millions de personnes, ont été impressionnantes. Après une cérémonie funéraire à la mosquée Omar Makran, Oum KALSOUM est enterrée au cimetière d’El Bassatine, au Caire auprès de ses parents et de son frère. «Oum Kalsoum était unique, sans pareille ; elle n’appartenait pas au commun des mortels ; elle aura incarné les rêves et les frustrations de millions d’Arabes» écrit Robert SOLE dans «Ils ont fait l’Egypte moderne».

De nos jours, rien qu'en Égypte, 300 000 cassettes et CD de la diva se vendent encore chaque année. 285 chansons répertoriées dans la discographie. Un couturier libanais a sorti une marque à son effigie et de nombreux produits dérivés, tirés de son image, sont abondamment commercialisés. En 2001, le gouvernement égyptien a inauguré le musée Kawkab Al-Sharq ou «Astre de l’Orient», en hommage à Oum KALSOUM. Si Oumou KALSOUM, loin d’être dépassée, est restée dans le cœur et la mémoire des Arabes, de toutes les catégories sociales, plus de 46 ans après sa mort, c’est qu’elle a reflété, à travers son art, une aspiration à l’unité, à l’indépendance et à la liberté. «Cela fait dix ans, cela fait un jour qu’elle est partie pour la nuit. Ses surnoms n’ont pas trouvé de remplaçantes dignes d’elle. Tout ce que faisait le personnage a disparu, mais Elle, elle demeure» écrit Omar SHARIF, dans la préface du livre d’Isabel SAIAH-BAUDIS. Tout en restant traditionnaliste, Oum KALSOUM est dans une large mesure une incarnation de la modernité, un refus de soumission aveugle aux valeurs occidentales, tout en rejetant un traditionalisme arabe passéiste et rétrograde. Oumou KALSOUM «allait être l’héritière de tout un art, elle l’a été. Mais héritière dernière, fruit, dernier fruit, et quel fruit !, comme il pouvait n’en exister qu’un seul éblouissant» écrit Sélim NASSIB.

 

Références bibliographiques
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Paris, le 3 septembre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Oum KALSOUM (1898-1975), l’Etoile d’Orient, la Voix des Arabes, une Diva égyptienne nationaliste» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 21:42
«Jacob DESVARIEUX (1955-2021) : musicien humaniste, sympathique porte-parole du groupe Guadeloupéen KASSAV, le plus Africain des musiciens antillais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
L'Agence France Presse, ainsi que plusieurs autres journaux, dont ceux des Antilles, ont confirmé, cette fois-ci, la nouvelle que nous redoutions tant : Jacob DESVARIEUX est bien mort le 30 juillet 2021 du Covid-19. "On est un peu abasourdis. On espérait qu’il s’en sorte. C’est comme être amputé d’un membre. C’était quelqu’un qui était extrêmement efficace, qui prenait en main un peu toutes les choses du groupe au niveau organisationnel, avec évidemment notre manager» dit Mme Jocelyne BEROARD, sa grande complice. Maudite soit cette cochonnerie de faucheuse de vies ! Auparavant des nouvelles alarmantes, confuses et contradictoires avaient circulé à propos de la mort de Jacob DESVARIEUX. Plusieurs fois déclaré mort, la famille avait démenti ces folles rumeurs. En effet, Jacob DESVARIEUX, chanteur, musicien, arrangeur et producteur, est bien mort. M. Jacob DESVARIEUX, diabétique et d’une insuffisance rénale, hospitalisé, sous coma artificiel, nous a finalement quittés. «Moun la Gwadloup, nou tchò maré. Voilà des dizaines d’années que vous partagez Jacob Desvarieux, sa voix, sa dégaine, son talent, sa joie, ce sourire, cette inclinaison de la tête et même sa salopette des débuts, avec nous ici et sur tous les continents. Nous sommes tristes» écrit Mme Christiane TAUBIRA en hommage à l’artiste, amoureux du Sénégal et de l’Afrique. Jacob DESVARIEUX était proche du Parti socialiste, il n’est pas donc étonnant que l’ancien Ministre de la Culture, M. Jacques LANG, lui ait rendu hommage particulièrement élogieux et appuyé : «Jacob Desvarieux avait une voix rocailleuse, reconnaissable en toutes. Son talent fou et sa présence magique enthousiasmaient. Fervent militant, il s’est aussi investi pour donner plus de visibilité aux artistes ultramarins injustement peu reconnus» écrit M. Jacques LANG. Grace à sa voix exceptionnelle, unique sensuelle et tonitruante, la musique antillaise est devenue planétaire et universelle.
En ce moment le Sénégal et la Tunisie affrontent une violente vague du Covid-19, avec de nombreux décès. Cette cochonnerie nous a déjà fauché Pape DIOUF, Manu DIBANGO et bien d'autres grands artistes ou des anonymes. Et le virus progresse aussi de façon inquiétante au Sénégal. Je suis en profond désaccord politique avec le président MACRON. Cependant, le chef de l’Etat en charge de la santé de tous, a raison d'instaurer un Pass sanitaire ; espérons qu’il sera ferme. Quand j'en avais parlé quelques jours auparavant, notamment à propos du variant Delta, je me suis fait insulter, copieusement, sur Facebook. Vaccinez-vous pour vous, protéger et protéger les autres !
Jacob DESVARIEUX, dont le patronyme est d’origine bretonne, issu d'une famille très modeste, est resté très solidaire avec les racisés et les nobles causes, tout en restant discret sur ses engagements humanitaires, sans en faire un objet de promotion personnelle : «On réalise beaucoup d’œuvres humanitaires. Pour nous, quand on a la chance d’avoir de la notoriété, on doit donner aux gens qui nous l’ont donnée. On se rend compte également que les gens que l’on aide n’ont pas envie de servir de publicité» dit, fort modestement, Jacob DESVARIEUX, un musicien humaniste. «La France perd un artiste engagé, défenseur de la diversité culturelle» écrit Mme Elisabeth MORENO, Ministre déléguée en charge de l’Egalité. Jacob DESVARIEUX n’était pas que le chanteur de Kassav’, il était aussi leur porte-parole. En effet, dans sa lutte pour l'égalité réelle, la dignité des offensés, des humiliés et des exclus, dans son engagement, il aimait à répéter «le Zouk est mon seul médicament».
J'ai connu Jacob DESVARIEUX à l'occasion de la dernière campagne législative en 2017 de George PAU-LANGEVIN dont il était un fervent soutien, depuis 2012. Jacob qui n'avait pas la grosse tête, avait longuement discuté avec mon fils Jean-Philippe.
Jacob DESVARIEUX est le plus Sénégalais et le plus Africain de tous les artistes antillais, aussi célèbre en Afrique qu’Aimé CESAIRE (1913-2008), le poète et écrivain antillais. «Les Antilles, l’Afrique et la musique ont perdu l’un de ses plus grands ambassadeurs. Jacob, grâce à ton art, tu as rapproché les Antilles à l’Afrique. Dakar, où tu as vécu, te pleure. Adieu, l’ami» écrit le musicien sénégalais, Youssou N’DOUR. L’amitié entre SENGHOR, CESAIRE et Alioune DIOP, le fondateur de Présence africaine, avait tissé de solides liens entre Africains et Antillais. Mme Maryse CONDE, par ses écrits, a consolidé cette solidarité, qui s’est détendue, par la suite, avec le temps. En effet, certains écrivains antillais ont voulu, au nom de la défense de la culture caraïbéenne ou de la traite des Nègres, s'éloigner de l'Afrique, la Terre-mère. Au lieu de diviser, Jacob DESVARIEUX a insisté sur ce qui rassemble tous les opprimés, à savoir la lutte pour leur identité culturelle et leur dignité, rétablissant ainsi un solide pont de fraternité, une gigantesque cathédrale d’Amour entre Antillais et Africains : «Maître incontesté du Zouk, Jacob Desvarieux portait en étendard mes sons métissés, les brassages des cultures. Pour lui, les musiques antillaise et africaine aux sonorités et aux rythmes si proches, se mariaient à merveille» écrit Jacques LANG.
Quelques mois après sa naissance, le 21 novembre 1955, à Paris, sa mère, Cécile DESVARIEUX (1922-2016), dite Lucienne, originaire de Saint-François, en Guadeloupe, alors qu’il n’a que trois mois, part s’installer en Martinique, mais un cyclone, Dorothy, détruira leur maison. Aussi, par l’intermédiaire du BUMIDOM, Mme Cécile DESVARIEUX va s’installer au Vésinet, dans les Yvelines, pour faire des ménages, puis elle s’est rendue au Sénégal. En effet, le jeune Jacob a séjourné à Dakar notamment entre 1966 et 1968. En effet, sa mère, Cécile DESVARIEUX, l’emmène au Sénégal «J’avais dix ans, quand ma mère, une couturière, prit la décision de s’installer en Afrique ; ses amis lui conseillaient de visiter ce continent dont l’image est déformée par les médias de l’époque. On racontait que ce sont des sauvages comme dans Tarzan, la misère, les huttes, les guerres tribales, les catastrophes ; autant de clichés qu’elle voulait combattre. Nous avons pris le bateau et débarqué à Dakar. Je suis allé à l’école là-bas. J’y ai appris mes premières notes de guitare avec des frères du quartier, et j’en garde des souvenirs très précis. Il faut croire que j’étais prédestiné pour cette rencontre avec l’Afrique. Ce sont mes origines. Dès le premier contact, avec ce continent, je me suis senti chez moi, comme aux Antilles. Je pense que tous les Antillais devraient aller, au moins une fois, en Afrique. J’apprécie leur sagesse, le respect qu’ils ont des aînés» dit Jacob DESVARIEUX. Sa mère, pour ses dix ans, lui offre une guitare, mais il aurait préféré un vélo : «Ce n’était évidemment pas ce que je voulais. Comme, elle était là, à un moment donné j’ai appris à en jouer. J’avais pour voisin le musicien Adama Faye. Il se servait d’ailleurs de ma guitare pour assurer ses shows. Et tous ses petits frères savaient en jouer et moi pas. Ça m’énervait ! Ils sont d’ailleurs aller très loin dans la musique. L’un d’eux n’est autre que le bassiste de Youssou N’Dour» dit-il.
Né dans une île de moins de 450 000 habitants, c’est l’Afrique qui a ouvert la voie à un succès mondial à Jacob DESVARIEUX. Il a été élu citoyen d’honneur de Cocody, un quartier huppé d’Abidjan, en Côte-d’Ivoire. En effet, en France, le groupe KASSAV, dont Jacob DESVARIEUX était l’un des fondateurs, considéré comme folklorique, n’était pas vraiment pris au sérieux. Jacob DESVARIEUX connait bien de nombreux pays africains, comme le Congo, mais c’est en Côte-d’Ivoire que le succès a commencé à émerger ; il a touché un cachet de 1,5 million de FCA. Le concert de Bouaké (RCI) a généré 25000 spectateurs et il est citoyen d'honneur à Cocody (Abidjan) : «C’est en Côte d’Ivoire que les choses sont véritablement parties. On a joué tout d’abord pour une ONG des femmes appelée Soroptimiste. Après, on est allé à Bouaké. C’était en 1985. Où on a joué devant 35 000 personnes. C’était inimaginable. Vous savez, nous, nous venons de petites îles pas du tout peuplées» dit-il. Jacob DESVARIEUX déplore le piratage de la musique, notamment en Afrique «A partir du moment où l’on ne vend pas de disques, il ne nous est plus possible de financer les tournées. Le piratage est carrément devenu la forme de distribution officielle en Afrique. Les disques piratés représentent 90% du marché et les Etats sont plus ou moins complices» dit-il. Deux concerts à Luanda, au Mozambique, avec 90 000 spectateurs, ont secoué le cocotier. A Lusaka, en Angola, 30 000 spectateurs ont été le prélude d’une tournée triomphale dans de nombreux pays africains. Par conséquent, il a fallu que KASSAV remplisse des stades en Afrique, pour que la presse française les prenne, enfin, au sérieux. Ils sont invités à l’émission Zénith, de Michel DENISOT, à Canal Plus. KASSAV signe un contrat avec la maison de disque, Sony.
En pleine fièvre du Disco, la révolution de la musique Zouk, dans une ambiance de collé serré, a redonné, dans les années 80, une nouvelle vie à la musique antillaise. Crée en 1979 par Georges DECIMUS, le groupe KASSAV, ou galette de manioc mélangée à la noix de coco, un projet culturel, est donc un éveilleur de conscience. «Desvarieux a rythmé tant de moments heureux de nos vies. C’était un grand musicien qui a inventé et crée, sans jamais oublier ses racines. Son talent a porté la voix des Antilles dans le monde entier» écrit M. François HOLLANDE, ancien président de la République. En effet, le Zouk est un mélange de funk, biguine, «Gwo Ka», une musique traditionnelle de la Guadeloupe, et calypso, s'inscrivant, sans ambiguïté, dans la catégorie «musiques populaires». En particulier, le groupe KASSAV s’est revendiqué spécifiquement des valeurs culturelles guadeloupéennes : «Ce groupe, nous l’avons formé en partant d’un constat: les Antilles françaises étaient largement squattées par les musiciens d’Haïti. Il fallait réagir, développer la musique du coin, notamment en intégrant le tambour, car la base de la musique d’ici, c’est le couple tambour–voix. Tout cela pour nous procédait d’une démarche identitaire. C’était important de faire une musique évolutive immédiatement identifiable, même lorsque le tambour n’était pas là physiquement d’ailleurs. C’est à dire que quand un étranger l’écoutait, il devait se dire immédiatement : ça c’est de la musique antillaise» dit Jacob DESVARIEUX. La Guadeloupe est entourée d’îles anglophones et hispaniques : «Au départ Kassav’, ce n’est pas seulement un groupe d’amuseurs. On a aussi bien du message identitaire, sociologique, écologique que des histoires d’amour à raconter. Cette variété de thématiques, ce n’est pas pour ratisser large mais parce qu’on parle d’ici tout simplement» dit Jacob DESVARIEUX. Jusqu’ici, et sans création majeure, les orchestres antillais se contentaient d’animer les bals ou de jouer dans les carnavals. Après le mythique Tabou Combo d'Haïti, Kassav’ a suivi les traces de ce dernier tout en forgeant son identité. KASSAV’, en évitant la World Music, s’inspire du riche folklore antillais, tout le modernisant, à travers le Zouk. «Pour parler du début du groupe, il faut voir le contexte de l’époque avec les mouvements identitaires», explique Jacob DESVARIEUX. «A l’époque, tout le monde se posait des questions, sur ce qu’on faisait là... On savait qu’on était originaires d’Afrique, des descendants d’esclaves, mais quoi d’autre ?» dit Jacob DESVARIEUX.
Jacob DESVARIEUX est, avec Jocelyne BEROARD, l’un des musiciens emblématiques du groupe KASSAV’, inventeur du Zouk, une musique qui avait déferlé à travers le monde entier, dans les années 80. En effet, KASSAV, aux Victoires de la musique en 1988 a été élu «Meilleur groupe de l'année». KASSAV, récompensé de deux disques d’or, s’est produit plus de 60 fois au Zénith, à Paris 19ème, et, contrairement à une légende, c’est le 1er groupe français à avoir rempli le stade de France. La nouvelle génération préfère le «Raggamuffin» mais Jacob DESVARIEUX estime que le Zouk restera dans l’héritage musical antillais. La longévité de ce groupe a une explication «Il y a eu un très bon casting ! L’idée est venue de Pierre-Édouard Décimus, puis des candidats intéressants, intéressés, ont été auditionnés. On a tenté de s’appuyer sur un concept plutôt que sur de la musique : créer une musique antillaise, appréciée par les Antillais, qui puisse parler au reste du monde. L’idée n’était pas, comme pour la world music, de poser un artiste du Tiers Monde sur de la variété internationale, mais de partir de nos racines» dit Jacob DESVARIEUX.
Je crois que l’Afrique et le Sénégal, en particulier, seraient bien inspirés de rendre un exceptionnel hommage à Jacob DESVARIEUX qui a rapproché le continent noir aux Antilles, par son art et son africanité. Je souhaiterais que des noms de rue ou d’établissements soient donnés à cet homme engagé pour la cause de l’Homme noir et de leurs diasporas, pour la Justice et la Fraternité.
Jacob DESVARIEUX, marié deux fois, avait quatre enfants, dont les aînés sont deux jumeaux.
Nos sincères condoléances, à la famille, aux amis, aux fans, aux Antilles, à la France, à l’Afrique et au monde entier, pour la disparition de cet artiste hors pair, qu’était Jacob DESVARIEUX.
Paris, le 19 juillet 2021, actualisé le 31 juillet 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«Jacob DESVARIEUX : musicien humaniste et sympathique du groupe Guadeloupéen KASSAV, le plus Africain des musiciens antillais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 18:18
«La Samaritaine, temple de la consommation, réouverture d’un grand magasin parisien de luxe» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«On trouve de tout à la Samaritaine» tel le slogan de la Samaritaine, à Paris, grand magasin de luxe parisien, à côté du Pont-Neuf. Fermée depuis 2005, pour des motifs sécuritaires, sous l’égide de l’agence japonaise Sanaa, la nouvelle Samaritaine après d’importants travaux de bureaux, un hôtel de luxe, en façade sur la Seine, des logements sociaux et une crèche dans les épaisseurs de l’îlot. Cette rénovation devait surtout protéger le patrimoine architectural de Paris. Avant 1962, la loi du 31 décembre 1913 protégeait les immeubles au titre des monuments historiques. Elle s’appliquait aux immeubles monumentaux, aux éléments du patrimoine industriel et rural, aux ensembles paysagers. Une loi n°62-903 du 4 août 1962, sur la protection du patrimoine historique et esthétique de la France et tendant à faciliter la restauration immobilière, à l’initiative d’André MALRAUX (1901-1976), Ministre de la culture du général de GAULLE (1890-1970), complète et renforce ce dispositif de sauvegarde du patrimoine bâti de Paris. Désormais, on est passé de la protection du monument à la protection du patrimoine de proximité.
La Samaritaine, appartenant maintenant au groupe LVMH, a réouvert ses portes depuis le 23 juin 2021, après 16  années de travaux de rénovation, sur deux immeubles. Les travaux ne sont pas complètement ouverts, puisque seul le 1er étage du 2ème immeuble est accessible au public. Il faut faire la queue pour y accéder, mais les délais d’attente sont raisonnables. Il y avait quelques touristes, mais ce n’est pas encore le flot traditionnel des temps avant le confinement.
La Samaritaine, comme le Bon Marché, les Galeries Lafayette et le Printemps, est un magasin à la gloire du savoir-faire français. Ce temple de la consommation, fondé en 1870, par la famille COGNACQ-JAY, entre art déco et art nouveau, et autour de la légende de «la Samar». En effet, un ancien vendeur de tissus, Ernest COGNACQ (1839-1928), décide de monter un commerce rue du Pont-Neuf : «Il n’est pas toujours commode à vivre, mais c’est un travailleur» dit son épouse. En effet, Ernest COGNACQ se marie, en 1872, à Marie-Louise JAY (1838-1925), une haut-savoyarde, ancienne bergère, installée à Paris depuis 1853, dure en affaire, pingre, bonne gestionnaire et visionnaire, auparavant première vendeuse du rayon des confections au magasin «Le Bon Marché». Un des grands principes de Marie-Louise JAY, pour gagner des parts de marché : un client n’a jamais tort, et il faut tout faire pour le satisfaire; il reviendra. Localisé à un endroit stratégique de Paris, entre le Louvre et Notre-Dame de Paris, le succès de la Samaritaine tient à des concepts novateurs. Parmi eux, le fait que les produits ont un prix unique et affiché, ainsi que la possibilité de pouvoir essayer les vêtements. Les produits sont également organisés en rayons, de façon très moderne pour l'époque. Au décès de Marie-Louise JAY, comme de son mari, la Samaritaine ne fut pas fermée un seul jour. Telle était leur volonté. Cependant, couple sans enfant, ils ont légué leur fortune aux œuvres de bienfaisance. «La Samaritaine, le génie et la générosité de deux grands commerçants» tel est le titre d’une biographie que leur consacre Fernand LAUDET. Dans sa biographie sur le couple des COGNACQ-JAY, Michel GAUDIN parle de «vie samaritaine».
La Samaritaine fait référence à la Bible, à cette rencontre entre le Christ et une femme de la Samarie. «Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : «Donne-moi à boire». La Samaritaine lui dit : Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle» Evangile, La Samaritaine, Saint Jean 4, 5-42. Edmond ROSTAND (1868-1918) avait fait, en 1901, de la Samaritaine une pièce de théâtre, avec Sarah BERNHARDT (1844-1823), comme actrice principale. Mais la Samaritaine était aussi, depuis Henri IV, une pompe à eau servant à alimenter de la Seine les jardins des Tuileries.
La Samaritaine fait écho à la puissante littérature d’Emile ZOLA (1840-1902), notamment son roman, «Au Bonheur des dames» paru en 1883, dans un Second Empire, avec son capitalisme féroce et triomphant. Les grands magasins, dont l’influence va bien au-delà de la simple distribution de produits, ont constitué dès leur naissance un élément fondamental de la modernité. Ainsi, dans «Au Bonheur des Dames», le personnage d’Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d'enfer. Les grands magasins permettent aussi un brassage de population sans précédent, dans une société encore organisée en classes séparées, et facilitent l’accès aux beaux-arts ainsi qu’à des idées et des styles différents. Symboles de progrès, ils ont prospéré et perduré parce qu’ils se sont toujours adaptés au développement industriel et à la vie moderne.
La Samaritaine, c’est un Espoir, pour le «Monde d’Après», le savoir-faire français aurait pu être une belle occasion de réindustrialiser le pays, d’avoir, enfin, une politique touristique audacieuse et stratégique, pour le plein emploi et la mobilisation de toutes les énergies, en régularisant les sans-papiers.
Références bibliographiques
BUFFET (R.P.), «Louise Jay, épouse Cognacq», Académie de Faucigny, Mémoires et documents, tome V, 1943, pages 66-70 ;
CABESTAN (Jean-François), LEMPEREUR (Hubert), La Samaritaine, Paris, éditions Picard, 2015, 280 pages ;
CLAUSEN (Meredith, L.), Frantz Jourdain and the Samaritaine, Leiden, E J Brill, 1987, 330 pages ;
ESCANDE (Louis), «Les grands travaux de la Samaritaine, à Paris», La technique des travaux, mai 1929, vol 5, n°5, pages 275-295, et vol 5, n°6, pages 343-358, et décembre 1933, vol 9, n°12, pages 737-753 ;
GAUDIN (Michel), La vie samaritaine des Cognacq-Jay, Paris, La Dame aux Oies éditions, 2019, 532 pages ;
KOFLER (Andreas), Architectures japonaises à Paris (1867-2017), Paris, éditions du Pavillon de l’Arsenal, 2017, 605 pages, en français et en japonais ;
LAUDET (Fernand), La Samaritaine, le génie et la générosité de deux grands commerçants, Paris, Dunod, 1933, 189 pages ;
MARREY (Bernard), Les Grands Magasins, Paris, éditions Picard, 1939 et 1979, 272 pages ;
ROSTAND (Edmond), Samaritaine, Evangile, en trois tableaux, en vers, Paris, 1901, 120 pages ;
THUBERT (Emmanuel), La nouvelle Samaritaine, Paris, éditions de la Douce France, 1933, 360 pages ;
ZOLA (Emile), Au Bonheur des Dames, Paris, Librairie générale française, classiques n°228, 1971, 544 pages.
Paris le 26 juin 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/