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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 11:55
«Le colonialisme est un crime contre l’Humanité : Le 17 octobre 1961, Deux Cent Algériens ont été jetés à la Seine» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Le président Emmanuel MACRON, dans un communiqué «a reconnu les faits : les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République. La répression fut brutale, violente, sanglante. Près de 12 000 Algériens furent arrêtés et transférés dans des centres de tri au stade Pierre-de-Coubertin, au Palais des sports et dans d’autres lieux. Outre de nombreux blessés, plusieurs dizaines furent tués, leurs corps jetés dans la Seine. De nombreuses familles n’ont jamais retrouvé la dépouille de leurs proches, disparus cette nuit-là. Le président de la République rend hommage à la mémoire de toutes les victimes». Mme Anne HIDALGO est venue se recueillir sur le Pont de Saint-Michel, «Comme chaque année, Paris se souvient et honore la mémoire de tous les Algériens tués, blessés ou disparus lors de la répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961. N’oublions jamais» dit la Maire de Paris et candidate des Socialistes.
Le président algérien a réagi à cette déclaration de la France «Je réaffirme notre souci ferme de traiter les dossiers de l’Histoire et de la mémoire, sans complaisance, loin des engouements et de la prédominance de la pensée colonialiste arrogante de lobbies incapables de s’affranchir de leur extrémisme chronique» dit Abdelmadjid TEBBOUNE.  Le forfait commis le 17 octobre 1971, Maurice PAPON (2010-2007), avec plus de 200 morts, c'est avant tout un crime d'Etat. Cette répression meurtrière «révèle des massacres abjects et des crimes contre l’Humanité qui resteront gravés dans la mémoire collective» rajoute le président algérien. Depuis le massacre du Camp de Thiaroye, au Sénégal, le 1er décembre 1944 (plus de 300 Tirailleurs sénégalais exterminés), le massacre du 17 octobre 1961, à Paris, est  «la répression d’Etat la plus violente qu’eût jamais provoquée une manifestation de rue», écrivent les historiens Jim HOUSE et Neil MacMASTER. C’est l’occasion de rendre un vibrant hommage à Jean-Luc EINAUDI (1951-2014), pionner et immense héros de la Vérité et de la Justice, pour sa bataille constante, afin que ce crime contre l’Humanité ne reste pas impuni.  En effet, les faits sont connus, mais pas depuis très longtemps, mais constamment étouffés. Une chape de plomb a pesé sur l’événement et ses archives, des décennies durant, au temps la négation de l’histoire coloniale, le déni permanent, et même la célébration d’un esclavagiste, Napoléon. En effet, on n’écrit pas l’Histoire avec une gomme ; l’ignorance est la pire des choses. Loin de «civiliser», la colonisation, une domination d'un peuple sur un autre peuple, est fondée sur une logique de violence et de prédation. Ce déni permanent du racisme institutionnel et systémique, inspiré de l'esprit colonialiste et esclavagiste, loin de disparaître, imprègne plus que jamais la société française. Cette mentalité coloniale est encore si profonde qu'elle inhibe et empêche les victimes du colonialisme de prendre en main leur destin : «regarde tes chaussures et avance» dit un dicton Algérien incitant à se replier sur soi, et à ne pas s'intéresser à la chose publique. C'est l'équivalent de l'injonction de Candide, un personnage de Voltaire «il vaut mieux vivre modestement en cultivant son jardin». Faut-il s’accommoder à la réalité de l’injustice et de l’oppression ?
En 2017, le candidat Emmanuel MACRON, à Alger, avait dit à juste titre, que la «colonisation fait partie de l’histoire nationale ; c’est un crime contre l’Humanité, et cela fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses». La réplique immédiate, à l’époque, de Moussa DARMANI, devenu maintenant son ministre de l’intérieur sarkozyste, et des forces conservatrices, est cinglante : «Honte à Emmanuel MACRON qui insulte la France de l’étranger !». Cette belle promesse de campagne, le temps d’un voyage en Algérie, fut vite oubliée par Emmanuel MACRON, coutumier de très belles paroles, le temps d’une campagne électorale, et vite oubliées.
La colonisation n'est pas seulement qu'un crime commis par un homme isolé, Maurice PAPON, c'est avant tout un crime d'Etat. Alexandre BENALLA, un garde du corps du chef de l’Etat, est actuellement devant la Justice pour ses brutalités, sans aucun titre particulier, contre des manifestants du 1er mai 2018 et utilisation frauduleuse de documents administratif. 113 jeunes racisés ont été étouffés à morts et on attend toujours la Vérité et la Justice. Qui doit-on, un jour, sanctionner pour les grandes brutalités commises à l’égard des Gilets jaunes (350 blessés et 30 éborgnés) ? Le Préfet de police particulièrement répressif en service commandé ou les donneurs d'ordre ?
On parle souvent du devoir de mémoire, il est donc bon que l’on ne se limite pas à l'évocation, importante et capitale, du nazisme et du régime du régime de Vichy. Il est, plus que jamais, nécessaire d’abandonner les indignations sélectives, et de mettre aussi en lumière les crimes commis contre l’Humanité ayant marqué un passé colonial particulièrement sanglant. «Le génocide est amoral par essence. Il n’y a pas de bon génocide, pas de génocide juste» écrit Yves TERNON. Le concept de génocide ne s’applique pas seulement qu’à la Shoah, un crime monstrueux contre l’Humanité commis par les Nazis, il est également pertinent pour l’esclavage et la colonisation. Aucun peuple n’a le monopole de la souffrance, UN étant égal à UN.
Par conséquent, ces crimes de la colonisation, en raison du déni et du silence qui les entourent, sont un obstacle majeur au bien-vivre ensemble. En raison de cette conspiration du silence et de ce déni, face à la montée des populismes et du racisme, les Noirs et les Arabes sont devenus, désormais, les nouveaux Juifs d’Occident. Le droit international définit le génocide comme «la destruction d’une nation ou d’un groupe ethnique. D’une manière générale, génocide ne signifie pas nécessairement la destruction immédiate d’une nation, sauf quand il est réalisé par des meurtres de masse. Il se propose de signifier plutôt un plan coordonné de différentes actions visant à détruire les fondements essentiels de la vie de groupes nationaux, pour anéantir ces groupes mêmes» écrit Raphaël LEMKIM, en 1945.
Si le XXème siècle aura eu le triste privilège de connaître la barbarie organisée, administrée, étatisée, avec notamment lors de la Deuxième guerre mondiale, la souffrance des peuples colonisés est plus ancienne, et s’étend sur une longue période qui continue encore sous d’autres formes : «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», dit Martin Luther KING (1929-1968). En effet, la colonisation, visant à conquérir des territoires, au besoin par la force, impliquait dans sa logique, une démarche génocidaire, c’est «des techniques de destruction politique, sociale, culturelle, religieuse, morale, économique, biologique et physique» des peuples dominés, au sens où l’entendent les Nations Unies (résolution 260 (III) de l’A.G. de l’O.N.U. du 9 décembre 1948). La colonisation fut bien coupable d’un crime contre l’Humanité : «Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme» écrit, fort justement, Aimé CESAIRE (1913-2008) dans son «discours sur le colonialisme». En effet, habillé du manteau de «mission civilisatrice», en réalité, la colonisation est un crime contre l’humanité en ce qu’elle introduit, à travers ses objectifs de prédation, des phénomènes d’aliénation, d’oppression et d’humiliation permanentes du colonisé, avec une grande dose de violence. Avec la colonisation «Le matin de l’Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canons et de verroteries brillantes. Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules» dit ironiquement Cheikh Hamidou KANE. Cette hiérarchisation des civilisations est déjà, en elle-même, un attentat contre l’esprit des Lumières et le caractère prétendu universel des droits de l’Homme : «Je suis inconditionnellement contre toutes les oppressions, je vois dans l’oppression le fléau majeure de la condition humaine, qui détourne et vicie les meilleures forces de l’homme ; opprimés et oppresseurs (…). Si la colonisation détruit le colonisé, elle pourrit le colonisateur» écrit Albert MEMMI (1920-2020), un grand spécialiste des questions coloniales (Voir mon article). «Le colonialisme refuse les droits de l’homme à des hommes qu’il a soumis par la violence, qu’il maintient dans la force et l’ignorance, donc, comme dirait Marx, en état de sous-humanité» écrit Jean-Paul SARTRE (1905-1980).
Les nombreux crimes contre l’Humanité remontent au début de la colonisation. Ainsi, pendant la Première guerre mondiale, Blaise DIAGNE (1872-1934), député du Sénégal, et Secrétaire d’Etat aux colonies, avait fait enrôler, de force, de nombreux Tirailleurs Sénégalais. Devant les résistances, il leur avait promis la nationalité française à la fin de la Guerre. Cependant, le colonisateur, non seulement n’a pas honoré cette promesse, les anciens combattants africains n’avaient pas les mêmes pensions que les Français, pire encore, ces pensions furent gelées jusqu’en 2010. «La France nous connaît lorsqu’elle a besoin de nos soldats, mais elle continue à nous traiter comme des êtres inférieurs lorsque le danger est passé» écrit Lamine SENGHOR (1889-1927, voir mon article), le premier grand pourfendeur du colonialisme.
En Amérique, les colons anglais ont exterminé les Indiens, les «Natives Americans», et les ont parqués dans des réserves. A la veille de cette conquête, les Indiens étaient environ 18 millions répartis en 52 tribus, 600 000 en 1800, 400 000 en 1850, ils ne sont que 250 000 en 1890. En 1831, Alexis de TOCQUEVILLE (1805-1859) s’interrogeait : «Et que sont devenus les Indiens ?», un homme lui répond : «Les Indiens, ils ont été je ne sais pas trop où, par-delà les grands lacs ; c’est une race qui s’éteint ; ils ne sont pas faits pour la civilisation, elle les tue». Les causes de ce génocide ont été identifiées par Alexis de TOCQUEVILLE : «Ce n’est pas cependant que nous leur fassions souvent la guerre, mais l’eau-de-vie que nous leur vendons à bas prix en enlève tous les ans plus que ne pourraient faire nos armes. Ce monde-ci nous appartient, ajoutaient-ils ; Dieu, en refusant à ces premiers habitants la faculté de se civiliser, les a destinés par avance à une destruction inévitable. Les véritables propriétaires de ce continent sont ceux qui savent tirer parti de ses richesses» écrit-il. Alexis de TOCQUEVILLE, en analyste politique exceptionnel et en sociologue hors pair, est un témoin majeur de cette période génocidaire. En effet, il a examiné, scrupuleusement, la démocratie américaine, ses penchants, son caractère, ses passions, mais aussi ses préjugés, ainsi que les relations entre maîtres et serviteurs. Le diagnostic qu’il établit, dans son livre, «La démocratie en Amérique», sur le génocide des Indiens, est sans appel : «On n’avait jamais vu parmi les nations un développement si prodigieux, ni une destruction si rapide […] L’amour instinctif de la patrie les attache au sol qui les a vu naître, et ils n’y trouvent plus que la misère et la mort. […] On ne saurait se figurer les maux affreux qui accompagnent ces émigrations forcées. Au moment où les Indiens ont quitté leurs champs paternels, déjà ils étaient épuisés et réduits. La contrée où ils vont fixer leur séjour est occupée par des peuplades qui ne voient qu’avec jalousie les nouveaux arrivants. Derrière eux est la faim, devant eux la guerre, partout la misère». L’Amérique s’est illustrée aussi par un autre génocide, ce sont ces 400 années d’esclavage (20 millions de morts pour la traite Transatlantique) qui continuent encore de faire des vagues. En effet, en ce début du XXIème siècle, pour être un bon Américain, légitime à gouverner ce pays, il faudrait être, suivant les suprémacistes, de souche irlandaise. Les Indiens avaient déjà répliqué : «Quand le sang de tes veines retournera à la mer, et que la terre de tes os retournera dans le sol, alors peut-être, te rappelleras-tu que cette terre ne t’appartient pas, mais c’est toi qui appartiens à cette terre» dit un proverbe indien Navajo.
Les Britanniques arrivés en Australie, en 1778, ont déclaré ce territoire «Terra Nullius» alors que les Aborigènes y résident depuis de 40 000 ans. James COOK (1728-1779) y installe un régime raciste en niant tout droit aux Aborigènes, considérés comme des êtres qui «réunissent toutes les choses mauvaises que ne devrait jamais présenter l’humanité, et plusieurs dont rougiraient les singes, leurs congénères». Les Aborigènes, composés de 500 tribus réparties sur tout le territoire australien, sont progressivement, comme les Indiens d’Amérique, enfermés dans des réserves. «En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues» affirme en 1895, Joseph CHAMBERLAIN (1836-1914), ministre Britannique des Colonies. Les épidémies et le massacre de ce peuple réduisent leur nombre de 1 million à 60 000 individus, en seulement un siècle d’invasion. Le «fardeau de l’homme blanc» porté en étendard «glorieux» par la Couronne britannique révèle, toute sa cruauté et son inhumanité, dans le génocide des Aborigènes. Les Aborigènes de Tasmanie ont subi le même sort. Rudyard KIPLING (1865-1936), écrivain britannique, Prix Nobel de Littérature en 1907, a été également un des plus fervents défenseurs de la colonisation. Dans son poème de 1899, «Le fardeau de l’homme blanc», il popularise davantage la hiérarchisation des civilisations ; l’Aborigène étant, selon lui, un sauvage, le «fardeau» qui pèse sur l’homme blanc est de le civiliser, en s’exposant à de nombreux périls : «O Blanc, reprend ton lourd fardeau : envoie au loin ta plus forte race, jette tes fils dans l’exil pour servir les besoins de tes captifs ; pour lourdement équipé, veiller sur les races sauvages et agitées, sur vos peuples récemment conquis, mi-diables, mi-enfants» écrit Rudyard KIPLING.
Au Jardin zoologique d’Acclimatation, à Paris, entre 1877 et 1912 (30 exhibitions), aux Expositions Universelles de 1878, 1889 et 1900 (400 Nègres, Touaregs, Malgaches exposés) puis aux Expositions coloniales à Marseille en 1906 et 1922, à Paris en 1907 et 1931, ont été organisés, ce qu’on appelle des «Zoos humains» où l’on exposait des colonisés. Les théâtres privés et les foires s’y mettent également. Dans ces exhibitions, des individus, mêlés à des bêtes sauvages, étaient mis en scène derrière des grilles ou des enclos. Présentés comme des cannibales ou des bêtes, les visiteurs les haranguent et leur jettent de la nourriture. «Les zoos humains», symboles oubliés de l'époque coloniale, ont été totalement refoulés de notre mémoire collective. Ces exhibitions de l'exotique ont pourtant été, en Occident, une étape majeure du passage progressif d'un racisme scientifique à un racisme populaire.» écrit Nicolas BANCEL. L’idée de promouvoir un spectacle zoologique mettant en scène des populations exotiques apparaît en parallèle dans plusieurs pays européens au cours des années 1870. En Allemagne, tout d’abord, où, dès 1874, Carl HAGENBECK, (1844-1913), revendeur d’animaux sauvages et futur promoteur des principaux zoos européens, décide d’exhiber des Samoa et des Lapons comme populations «purement naturelles» auprès des visiteurs avides de «sensations». Le succès de ces premières exhibitions le conduit, dès 1876, à envoyer un de ses collaborateurs au Soudan égyptien dans le but de ramener des animaux ainsi que des Nubiens pour renouveler l’«attraction». Ainsi, commencèrent les zoos humains à travers toute l’Europe. Bien des personnes exposées à zoos, dès fois en hiver, y laissèrent leur vie, peu donc retournèrent dans leur pays d’origine.
Ce qui a frappé le plis les esprits au début au milieu du XXème, ce sont ces Algériens, en pleine guerres coloniales, qui ont été noyés dans la Seine le 17 octobre 1961. Jusqu'ici, ces crimes se déroulaient hors du territoire métropolitain, et sans images. Et voilà que ces crimes, que l'on cachait ou niait, s'exposent à la vue de tous, sous leur face la plus hideuse, dans cette belle ville des Lumières. En effet, le 17 octobre 1961, des Algériens, répondant à l’appel du F.L.N., qui manifestaient à Paris, à côté de Saint-Michel, sont jetés à la Seine, dont des femmes et des enfants. Mohamed, qui avait participé à cette manifestation, et que j’ai rencontré, me raconte que des nervis l’ont poussé à aller se réfugier vers le café du Départ. Il n’y avait pas, à l’époque, de station de métro à cet endroit. Les gars d’extrême droite demandaient aux manifestants s’ils savaient nager. Ceux qui ne savaient nager sont tout de suite balancés au fleuve, les autres, ils les lestaient avec un sac de sable, afin qu’ils ne puissent pas remonter à la surface. Le bilan est lourd : 395 morts et plusieurs disparus, dont certains ont, en fait, été rapatriés en Algérie, au Douar, et torturés à mort dans des camps de concentration. Par ailleurs, des massacres ont été perpétrés aussi en banlieue parisienne, notamment sur le Pont de Neuilly et à Argenteuil. La manifestation du 17 octobre 1961, s’insurgeait contre une mesure discriminatoire du 5 octobre 1961, qui instaurait un couvre-feu visant, uniquement, les Algériens ; cet arrêté de Maurice PAPON (1910-2007), conseillait aux «travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris». Ceux qui sont parvenus à se rassembler crient : «Algérie algérienne !», «levez le couvre-feu !» ou encore «libérez Ben Bella !».
Ce crime contre l’Humanité du 17 octobre 1961 est le fait du préfet de Police de l’époque, Maurice PAPON est un crime d’Etat. Ce sinistre personnage, déjà connu dans la déportation de 1560 Juifs de Bordeaux, pour ces méfaits, le 2 avril 1998, est condamné à dix ans de réclusion criminelle pour «complicité de crime contre l’humanité». Laissé libre, car il se pourvoit en cassation, Maurice PAPON s’enfuit en Suisse, mais il est arrêté. Il ne fera que trois ans à Fresnes, en raison de son état de santé. Il meurt en 2007 et est enterré avec sa Légion d’honneur. En revanche, en ce qui concerne les assassinats d’Algériens, c’est l’impunité totale pour Maurice PAPON, due au grave manque d’organisation et de cohésion des Français issus de l’immigration. La manifestation se déroule en pleine négociation des accords d’Evian, conclus en 1962, mais le Premier ministre, Michel DEBRE (1912-1996), est particulièrement hostile à l’indépendance de l’Algérie, il a donc encouragé et couvert de son autorité, les activités criminelles de Maurice PAPON, qui n’a jamais été inquiété pour ses méfaits. Aucune commission d’enquête n’a été diligentée. Cette «permission de tuer» les Algériens remonte, en fait, aux pouvoirs spéciaux donnés à la police dans une réglementation d’exception proposée par le gouvernement socialiste de Guy MOLLET (1905-1975), et votée, le 12 mars 1956, par tous les députés, de gauche et de droite, à l’exception d’un député communiste, Robert BALLANGER. «La décision (de voter les pleins pouvoirs, à l’instigation de Maurice Thorez) a été prise avant tout à partir de l'idée qu'il fallait laisser intactes les possibilités de rassemblement et d'action du mouvement populaire, pour prolonger la volonté exprimée lors des élections et exiger la négociation et la paix en Algérie. (…)Je crois, en effet, qu'il y a eu une erreur d'appréciation. Nous avions pensé que ce vote favoriserait le développement du mouvement populaire alors qu'il a contribué, au contraire, à le désarmer, puisqu'il a contribué à une réelle désillusion. Nous étions conscients que le Parti socialiste était en train d'amorcer une politique d'alliance avec la droite, mais nous pensions que notre vote freinerait considérablement ce processus ; dans la réalité, cela n'a pas été le cas, nous nous sommes trompés» dit Roland LEROY (192-2019), député et membre du Comité Central du P.C.F. La Gauche, et notamment les socialistes, n’a pas été exemplaire dans ces crimes commis pendant la colonisation. «Les Fellaghas, il n’y a qu’à les tuer» avait dit François MITTERRAND (1916-1996). C’est cette unanimité de la classe politique, favorable à la colonisation, mais des nuances, a permis aux tortionnaires de se livrer à leurs activités favorites. «Je hais les indifférents. Je crois (…) que «vivre signifie être partisans». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents» a écrit Antonio GRAMSCI (1891-1937).
En Algérie, les crimes commis à Sétif, qualifiés simplement «d’événements», annonçaient déjà la guerre d’indépendance sanglante, pour les deux parties, qui allait venir. En effet, le 8 mai 1945, jour de la Libération, à Sétif, lors d’une manifestation, les policiers tuent le porte-drapeau Bouzid et trois Algériens. En représailles, la population tue 74 Européens. La loi martiale est instaurée, et le grand massacre va commencer. Ces massacres auront fait 45 000 morts. C’est un crime odieux, sans images et naturellement les archives étant cadenassées. Ce génocide porte en lui, les prémisses de la guerre d’indépendance de l’Algérie, une guerre sans nom : «Evénements d'Algérie», «opérations de police» ou «de maintien de l'ordre» : la Guerre d'Algérie fut longtemps une guerre sans nom. Les mots pourtant, tout autant qu'ils masquent la réalité» écrit Benjamin STORA.
Au Sénégal, le 1er décembre 1944, des Tirailleurs sénégalais, démobilisés qui réclamaient leur solde, sont massacrés à la mitrailleuse lourde, plus de 300 morts jetés dans une fosse commune. Les archives ont été rapatriées en France. En dépit du combat, héroïque d’Armelle MABON, une universitaire de Bretagne, le gouvernement refuse la révision judiciaire et tout accès à ces archives. Ousmane SEMBENE, un cinéaste sénégalais, a produit un film sur le Camp de Thiaroye, que tous les distributeurs français ont naturellement refusé de diffuser. Les tombes étaient anonymes, mais le film de SEMBENE, «Le Camp de Thiaroye», paru le 5 septembre 1990, a mis en lumière ce crime odieux, un véritable génocide à l’encontre ceux qui étaient venus défendre la «Mère-patrie». Je rends hommage au combat héroïque et inlassable que mène la professeure à l’université de Bretagne Sud, l’historienne, Armelle MABON, pour la Vérité et la Justice et l’accès aux archives.
En 1947, l’insurrection qui avait eu lieu à Madagascar, a fait plus de 100 000 victimes. A la fin de la Seconde guerre mondiale, au lieu de récompenser les anciens combattants réclamant, non pas l’indépendance, mais l’égalité, la citoyenneté, une répression terrible s’est alors abattue sur les Malgaches : «Ironiquement, le malaise a explosé à cause de la mauvaise gestion des administrateurs de la France Libre, qui avaient durci le Code de l’indigénat et rétabli le travail forcé pour alimenter l’effort de guerre», rappelle Jean FREMIGACCI. A partir de mai 1946, un mouvement de désobéissance civile, de véritables dissidences des populations se développent dans certaines régions de l'île, et pas seulement dans celles qui se révoltent. Et tout cela débouche sur un climat pré-insurrectionnel dès novembre 1946 avec d'importantes conséquences : la répression administrative et policière se met en marche. La Police utilise la violence, la torture, pour obtenir des aveux. Extrêmement médiatisée au départ, par le Parti communiste, évincé du gouvernement de Paul RAMADIER le 5 mai 1947, ce crime contre l’Humanité est vite tombé dans l’oubli. Depuis lors, une conspiration du silence s’est installée.
La guerre d’Indochine de 1946 à 1954, témoigne également des crimes commis contre l’humanité dans ce pays. Des révoltes sporadiques avaient lieu dans ce pays, mais après la Seconde guerre mondiale qu’elles vont changer de nature et devenir insurrectionnelles sous la direction de Ho Chi MINH (1890-1969). Les autorités coloniales ont eu du mal à résoudre la terrible famine de 1944-1945. Dans un premier temps, les autorités coloniales reconnaissent le concept de «Vietnam libre et unifié» dans le cadre de l’Union française. Mais la situation se dégrade le 23 novembre 1946, 6000 Vietnamiens sont tués à la suite d’incidents au port de Haiphong. D’escalades en escalades, c’est la radicalisation des partisans de Ho Chi MINH. En mars 1954, les Français seront pris au piège à Dien Bien Phu.
En pleine guerre froide (Le Nord est pro-soviétique, le Sud est dirigé par des hommes de paille de l’Occident), les Américains entameront, au Vietnam, leur guerre coloniale de 1964 à 1975, comme en Irak, avec des motifs fallacieux (Prétendue agression de deux destroyers américains dans le golfe du Tonkin). La plus grande puissance du monde, avec 500 000 homes va gazer et incendier le Vietnam. En effet, les défoliants chimiques, le napalm et l'«agent orange», sont utilisés à très grande échelle. L'US Air Force s'en sert pour brûler le couvert végétal, les habitations en bois et les récoltes. Les populations civiles en ont payé le prix fort. En dépit de ce génocide, et le Vietnam sera, en 1975, réunifié, mais les séquelles de cette guerre sont encore perceptibles à travers le désastre écologique et les malformations. Certains G.I.A, de retour aux Etats-Unis vont sombrer dans la folie ou se suicider. On parle de 58 000 victimes américaines, et personne n’a compté le nombre de morts vietnamiens. Un afflux massif de boat-people débarquera en France, pour s’installer, notamment au XIIIème arrondissement de Paris. Ces guerres locales allumées ou entretenues par les Occidentaux finissent toujours par se retourner contre eux. La guerre du Vietnam a coûté en vies humaines, mais aussi beaucoup d’argent, inutilement. Martin Luther KING avait, dans son sermon du 30 avril 1967, dénoncé violemment la guerre du Vietnam : «Permettez-moi de préciser d’emblée que je considère cette guerre comme injuste, mauvaise et vaine. Je prêche aujourd’hui devant vous sur cette guerre parce que ma conscience ne me laisse pas d’autre choix. Il est temps que l’Amérique entende la vérité sur ce conflit tragique. Dans les conflits internationaux, la vérité a de la peine à se faire jour car la plupart des nations se trompent sur leur propre compte. Les rationalisations et la recherche incessante de boucs émissaires nous rendent aveugles à nos péchés. (…) Et l’esprit humain a énormément de peine à secouer toute l’apathie de sa pensée conformiste et de celle du monde qui l’entoure. Une des difficultés à parler aujourd’hui provient du fait qu’il y a des gens qui cherchent à assimiler le désaccord à la déloyauté. (…) Il existe un rapport évident et presque simpliste entre la guerre et la lutte que je mène avec d’autres en Amérique. (…)on estime à 500 000 de dollars le coût de chaque soldat ennemi tué alors que nous ne dépensons que cinquante-trois dollars pour chaque personne rangée parmi les pauvres et que l’essentiel de ces cinquante-trois dollars est destiné au salaire de personnes qui ne sont pas pauvres. Aussi, j’ai été de plus en plus obligé de considérer la guerre comme une ennemie des pauvres et de m’y opposer pour cette raison» dit-il. Peut-être, pour cette position lucide et courageuse, Martin Luther KING a été assassiné le 4 avril 1968.
Pendant l’insurrection de l’U.P.C au Cameroun, n’ont seulement les résistants ont été massacrés dont Ruben UM NYOBE (1913-1958), Ernest OUANDIE (1924-1971) et N’Gouo WOUNGLY-MASSAGA alias KISSAMBA (1936-2020), chef de la branche armée de l’UPS, torturé, exilé de France, puis exilé au Ghana et au Sénégal. La population a également été gazée au napalm. Déjà le 8 août 1914, les Allemands avaient pendu, pour rébellion, Rudolph Duala Manga Bell (1873-1914), fils du roi Manga Bell. Les militants de l’indépendance ont été pourchassés et tués, comme le cas, le 3 novembre 1960, de Félix MOUMIE (1925-1960) empoisonné à Genève par un agent des services secrets français et son assassin a été acquitté. Sous Ahmadou AHIDJO (1924-1989), président du Cameroun de 1960 à 1980 et Paul BIYA, président du Cameroun depuis 1984, des pions importants de la France, une chape de plomb et une répression féroce se sont abattues sur le Cameroun menacé d’implosion en raison de ces régimes dictatoriaux et préhistoriques aux ordres de l’ancienne puissance coloniale. Même après l’indépendance, la colonisation a continué de faire des victimes. Le tout premier à en faire les frais fut Patrice LUMUMBA (1925-1961) (Voir mon article), premier ministre du Congo. Depuis lors, son pays, pourtant riche en matières premières, a subi une guerre civile et reste encore déstabilisé.

 

Le général de GAULLE (voir mon article), dans sa décolonisation pacifique, a mis en place un régime d’indépendance, dans la dépendance, ce qu’on appelle la «Françafrique» et qui perdure encore, à travers des régimes africains aux ordres (Congo, Gabon, Cameroun, Togo, Guinée Equatoriale, Tchad, etc.). Plusieurs chefs d'Etat africains ont été tués parce qu'ils sont censés représenter une menace pour les intérêts de la France, dont Thomas SANKARA (1949-1987). Pas moins de quatre attentats manqués contre Sékou TOURE (1922-1984) de la Guinée, avec la complicité de SENGHOR. côté des colons pendant la guerre d’indépendance, et de ce fait ont trahi leur pays.
En 2019, le président MACRON a annoncé l’ouverture des archives qu’on attend toujours. Les paroles ne suffisent pas ; dire ce n’est pas faire. Tout n’est pas communication ; il faut des actes concrets.
Finalement, la colonisation est bien un crime contre l’humanité. Et pour apaiser les esprits, en d’une meilleure compréhension, entre les peuples, ainsi qu’un bien-vivre ensemble, il est demandé au gouvernement français :
- d’ouvrir les archives, pour l’ensemble des guerres coloniales, y compris le massacre au Camp de Thiaroye en 1944 ;
- de reconnaître que la colonisation est un crime contre l’humanité ; ce qui est demandé ce n’est pas la repentance, mais la reconnaissance de ces crimes d’Etat ; d’apposer une stèle à Saint-Michel en raison du génocide du 17 octobre 1961 ;
- et d’indemniser les victimes de ces génocides du colonialisme.
Face à la montée du populisme et de l'islamophobie, les périls qui se sont manifestés, il y a de cela 60 ans sont plus jamais présents. Bien des Français issus de l’immigration pensent que participer à la vie citoyenne en France serait trahir leur pays d’origine. Or, ces sondages flatteurs pour les forces lepénisées, avec la montée de fascisme et du double discours, montrent bien qu’il est nécessaire de se battre pour son identité, sa dignité et sa liberté.
Comme Antonio GRAMSCI, «je hais l'indifférence. Vivre c'est participer».
Inscrivez-vous massivement sur les listes électorales et aller voter aux présidentielles d’avril 2022 !
Indications sommaires bibliographiques
Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples africains, sous la direction de François Arzalier et Jean Suret-Canale, Madagascar 1947 : la tragédie oubliée, colloque Asfa des 9, 10 et 11 octobre 1997, Université Paris VIII, Saint-Denis, Temps des Cerises, 1999, 250 pages ;
BANCEL (Nicolas), BLANCHARD (Pascal) GERVEREAU (Laurent), sous la direction de, Images et colonies, Paris, BDIC, et ACHAC, 1993, 304 pages ;
BANCEL (Nicolas), BLANCHARD, Zoos humains, XIXème et XXème siècles, Paris, LA Découverte, 2002, 479 pages ;
BIGEARD (Marcel), Ma guerre d’Indochine, Paris, Hachette, 1994, 160 pages ;
BLANCHARD (Pascal), Zoos humains : l’invention du sauvage, Arles, Actes Sud, Beaux-Arts, hors collection, 2011, 384 pages ;
BOSA (Bastien), Itinéraires aborigènes : Histoire des relations raciales dans le Sud-Est australien, Paris, Karthala, 2012, 657 pages ;
BRAECKMAN (Colette), Lumumba : un crime d’Etat, Bruxelles, Aden, collection sur des Charbons ardents, 2002, 110 pages ;
BRASSINE de BUISSIERE (Jacques), KESTERGAT (Jean), Qui a tué Patrice Lumumba ?, Louvain-La-Neuve, Paris, Duculot, 1961, 228 pages ;
BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), Enquêtes sur la mort de Patrice Lumumba, thèse de doctorat, Bruxelles, 1991, volumes 1 et 2, 601 pages et volume sur «les témoignages» ;
BRUNET (Jean-Paul), Police contre FLN, Le drame d'octobre 1961, Paris, Flammarion, 1999, 345 pages ;
CASTEJON (Vanessa), Les Aborigènes et l’Apartheid australien, Paris, L’Harmattan, 2005, 269 pages ;
CAZEMAJOU (Jean), La guerre du Vietnam et l’opinion publique américaine 1963-1973, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle, 2018, 200 pages ;
CESAIRE (Aimé), Discours sur le colonialisme, suivi de discours sur la Négritude, Paris, Présence africaine, 2013, 92 pages ;
COLLOMB (Gérard), «La photographie et son double. Les Kaliña et le «droit de regard» de l’Occident», L’Autre et nous, éd. Syros-Achac, 1995, pages 151-157 ;
COULON (Paul), «Le fardeau de l’homme blanc (The White Man’s Burden)», Histoires et Missions Chrétiennes, 2012, Vol 1, n°21, pages 3-4 ;
DE WITTE (Ludo), L’assassinat de Patrice Lumumba, Paris, Karthala, 2000, 412 pages ;
EINAUDI (Jean-Luc), La bataille de Paris, Paris, Seuil, 2007, 432 pages ;
FLEURY (Georges), La guerre en Indochine, Paris, Perrin, 2003, 690 pages ;
FREMIGACCI (Jean), «Madagascar, insurrection de 1947, ce que révèlent les reconstitutions historiques», Etudes coloniales, 19 avril 2007 ;
GARDNER SMITH (William), Le visage de pierre, traduit par Brice Matthieussent, Paris, Christian Bourgeois, 2021, 280 pages ;
GARRIGUES (Emmanuel), Villages noirs, Zoos humains, L’Entretemps éditions, 2003, 235 pages ;
HOUSE (Jim), MACMASTER (Neil), Paris 1961, les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire, traduction de Christophe Jacquet, Paris, Gallimard, Folio, 2021, 752 pages ;
KANE (Cheikh Hamidou), L’aventure ambiguë, préface de Vincent-Mansour Monteil, Paris, R. Julliard, 1961, 207 pages ; 1971, Paris, Union générale d’éditions, 192 pages, et 1993, Paris, Union générale d’éditions, 191 pages et 1998, 191 pages ;
KANE (Cheikh Hamidou), Les gardiens du temple, Paris, Stock, 1995, 337 pages ;
KIPLING (Rudyard), «The White Man’s Burden (Le fardeau de l’homme blanc)», McClure’s Magazine, février 1899, traduction de A.M Sohn et Jacques Bouillon, Le XIXème siècle et ses racines, Histoire/Seconde, Paris, Bordas, 1981, page 345 ;
LE QUANG (Van, Don), La guerre américaine d’Indochine : 1964-1973, Paris, éditions Universitaires, 1973, 221 pages ;
LEMKIN (Raphaël), «Genocide : A Modern Crime», Free World, avril 1945, vol 4, pages 39-43 ;
LEROY (Roland), «Guerre d’Algérie, l’erreur des pouvoirs spéciaux», entretien avec Jean-Paul Monferran, L’Humanité, 8 juin 2001, rubrique Monde ;
MBEMBE (Joseph-Achille), U’m Nyobe Ruben : le problème national Kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, 444 pages ;
MBEMBE (Joseph-Achille), U’m Nyobe Ruben, écrits sous maquis, Paris, L’Harmattan, 1989, 296 pages ; PORTES (Jacques), Les Américains et la guerre du Vietnam, Paris, éditions complexe, 1993, 358 pages ;
RABEARIMANANA (Lucile), FREMIGACCI (Jean), RAZAFIMBELO (Célestin), éditeurs scientifiques, L’insurrection de 1947 et la décolonisation de Madagascar : à travers les régions «où il ne s’est rien passé», Antanarivo, (Madagascar), éditions Tsipika, 2008, 453 pages ;
RABINBACH (Ansom), «Raphaël Lemkin et le concept de génocide», traduction de Claire Devon, Revue d’Histoire de la Shoah, 2008, Vol 2, n°189, pages 511-554 ;
RICEPUTI (Fabrice), Ici on noya les Algériens. La bataille de Jean-Luc Einaudi pour la reconnaissance du massacre policier et raciste du 17 octobre 1961, Paris, Le Passage clandestin, 2021 pages ;
SCHAMBERGER (Beate), Camp de Thiaroye, éditions universitaires européennes, EUE, 2018, 144 pages ;
STORA (Benjamin), Les mots de la guerre d’Algérie, Presses universitaires du Mirail, 2005, 127 pages ;
TERNON (Yves), L’Etat criminel : les génocides au XXème siècle, Paris, Seuil, 1995, 456 pages ;
TOCQUEVILLE de (Alexis), De la démocratie en Amérique, introduction et notes de Philippe Reynaud, Paris, Flammarion, G.F. n°1443, Philosophie, 2010, 304 pages ;
TOCQUEVILLE de (Alexis), Quinze jours au désert, suivi de Course au Lac Oneida, préface de Claude Corbo, Paris, éd. Le Passager clandestin, 2011, 112 pages ;
TRAN (Van, Don), Les guerres du Vietnam : Un quart de siècle au Vietnam du Sud, Paris, FeniXX, Vertiges publications, 1985, 422 pages ;
TRONCHON (Jacques), L’insurrection malgache de 1947, Paris, Karthala, 1986, 398 pages ;
VALETTE (Jacques), La guerre d’Indochine, 1945-1954, Paris, Armand Colin, collection Histoire, 1994, 432 pages ;
WILLAME (Jean-Claude), Patrice Lumumba : la crise congolais revisitée, Paris, Karthala, 1990, 496 pages.
Paris, les 17 octobre 2018, 2019, et 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le colonialisme est un crime contre l’Humanité : Le 17 octobre 1961, Deux Cent Algériens ont été jetés à la Seine» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 20:34
«Le bilan très positif de l'équipe BIDEN HARRIS et le chemin de l'honneur pour la France» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Depuis novembre 2020, le visage de l'Amérique a changé et en bien. On a vu un président américain, M. Joe BIDEN, téléphoner à la famille, celle de la victime George FLOYD. Là où il y avait l'impunité et en moins d'un an, la justice a été rendue : Derek CHAUVIN, ses lunettes noires, les mains dans les poches et le genou sur le genou sur le cou de George FLOYD pendant 8 minutes et 46 secondes, a été reconnu coupable. Derek CHAUVIN connaître le quantum de sa peine, dans trois semaines.
Le président Joe BIDEN, à l'annonce du verdict reconnaissant Derek CHAUVIN coupable, a fait une déclaration télévisée annonçant qu'aucun policier, coupable de violences ou d'un meurtre, ne bénéficiera une impunité. «Le verdict de culpabilité ne fera pas revenir George. Mais cette décision peut être le moment d’un “changement significatif”. Les Américains ne doivent jamais oublier cet épisode tragique. Nous devons écouter. ‘Je ne peux plus respirer, je ne peux plus respirer » : ce furent les derniers mots de George Floyd. Nous ne pouvons les laisser mourir avec lui. Nous devons continuer à entendre ces mots. Nous ne devons pas nous détourner” a déclaré le président Joe BIDEN. Le président américain a appelé son pays à se rassembler et à lutter contre le racisme qui «entache son âme. L'heure est venue pour ce pays de se rassembler», ajoute-t-il. La communauté afro-américaine, ayant retrouvé confiance en la Justice, a exulté. Par la même occasion le président BIDEN a annoncé une enquête sur la police de Minneapolis et une réforme de l'institution policière, notamment les méthodes d'étouffement ou «Chokehold». Il souhaite aussi limiter les armes.
 L’équipe BIDEN-HARRIS a posé des actes concrets et forts en rupture avec l’Ancien régime : le retour du multilatéralisme, la respect de la diversité culturelle, la lutte résolue contre le Covid-19, des projets de rénovation la police et l'indemnisation des familles noires victimes de l'esclavage, la régularisation des sans-papiers, le retrait des troupes américaines en Afghanistan. Bref, c'est l'Amérique, comme l'on l'apprécie.
J'apprends aussi que Raoul CASTRO va quitter la direction du Parti communiste cubain. L'actualité est si riche qu'on en oublie des faits majeurs.
Pour ma part, en ce mois béni du Ramadan, le Jihad ce n'est nullement de faire du mal aux autres. Loin de là ! Que le Seigneur nous éloigne du Mal. L'homme de Bien c'est celui qui suit «la ligne droite» disait un sage indien. Aussi les Américains ont accompli un véritable Jihad en débarrassant le monde de Donald TRUMP, celui-là, pendant son mandat, avait régner la Discorde. En un temps record, avec Joe BIDEN et Kamala HARRIS, les divisions factices et les complots ont disparu pour faire place à l'Harmonie, à la Justice et à la Fraternité.
Pendant ce temps, dans notre chère France, et comme au bon vieux temps des barbouzes, au Tchad le fils a remplacé le père, Idriss DEBY, probablement tué par son cousin et garde du corps ; au Mali les militaires ont volé la victoire à la population ; en Côte-d’Ivoire et en Guinée les intérêts de la Françafrique ont été protégés.
Sur le plan interne une loi sur le séparatisme a rétabli le Code de l’Indigénat et organisé l’impunité des policiers ripoux. En effet, M. Christophe CASTANER, qui avait évoqué des sanctions disciplinaires contre des policiers fautifs, a été très vite remercié, sous la pression des syndicats de Police qui dictent maintenant leur loi. Napoléon qui avait rétabli l’esclavage sera honoré. Aucune statue d’esclavagiste ou de colonialiste en sera déboulonné. Et surtout les familles des 113 jeunes issus de l’immigration étouffés à mort par les forces de l'ordre attendent parfois depuis plus de 10 ou 15 ans, une justice coloniale qui ne sera jamais rendue.
Je le redis à tous les racisés si vous voulez que cela change, cessez de pleurnicher. Tenez votre rang d'hommes et choisissez le chemin de l'honneur. Aussi, faites comme les Américains, allez sanctionner, massivement, aux régionales des 20 et 27 juin 2021 et aux présidentielles de 2022, cette Macronie négrophobe et islamophobes, représentante des forces du Chaos et de la Discorde.
Le 21 avril 2002 a été une date traumatisante. Prenez le chemin de la dignité et de votre liberté, pour que cessent ces calomnies dont nous sommes en permanence l'objet !
Les Français issus de l'immigration que je crois dans leur immense majorité ce sont des personnes dans cette pandémie qui sont au front partout pour «faire battre le cœur» de ce pays en référence à un slogan de Benoît HAMON. Par conséquent, le seul et unique chemin qui vaille et efficace, c'est le bulletin de vote, l'action citoyenne, pour élire une Femme présidente Mme Anne HIDALGO.
Paris le 19 février 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 19:35
Abdelkrim, juriste, fils de notable, fut d’abord le premier journaliste marocain, enseignant et juge, et a pris les armes contre l’occupant espagnol. Avant, Abdelkrim, il y avait eu de nombreux résistants africains (El Hadji Oumar Foutiyou TALL et Maba Diakhou BA au Sénégal, Béhanzin au Dahomey, Samory TOURE et Alpha Yaya DIALLO en Guinée). Cependant, toutes ces révoltes ont été matées ; ce qui a conduit au triomphe du colonialisme entre 1890 et la fin de la Première guerre mondiale. Le Sénégalais, Lamine SENGHOR, contemporain d’Abdelkrim, ancien tirailleur sénégalais, avait théorisé le colonialisme, à Paris, sans lutte armée ; sa résistance étant purement idéologique. Par conséquent, bien avant les guerres d’Indochine et d’Algérie, c’est donc bien Abdelkrim, au début du XXème siècle, au Rif, qui a levé, seul, dès 1920, sans le Sultan du Maroc, l’étendard de l’indépendance contre la domination coloniale franco-espagnole. Abdelkrim est donc devenu le chef d’un mouvement de résistance contre la France et l’Espagne au Maroc, puis l’icône des mouvements indépendantistes luttant contre le colonialisme. «Quand un pays est occupé, l’essentiel est de coordonner n’importe quelles forces pour évincer la présence visible gênante» écrit Pierre FONTAINE, dans «Abdelkrim, origines de la guerre nord-africaine». Abdelkrim parcourt le Rif et sensibilise les populations contre l’oppression coloniale au Rif : «Nous devons, sauver notre prestige et éviter l'esclavage à notre pays» dit-il. En 1921, les Espagnols envoient une armée de 100 000 hommes commandée par le général SYLVESTRE. Le 20 juillet 1921, à la bataille d’Anoual, l'armée espagnole subit un véritable désastre : 15 000 à 20 000 soldats tués, plus de 5 000 sont faits prisonniers, toute l'artillerie lourde espagnole et un véritable arsenal (fusils et munitions) tombent entre les mains des Rifains. De victoire en victoire, Abdelkrim repousse les Espagnols sur les côtes. Le gouvernement espagnol, en raison de cette crise, tombe. Pendant deux ans, il a tenu les montagnes du Rif et mis en place une véritable «République du Rif» de 1921 à 1926, vécue comme un prélude à la libération de tout le Maroc. Homme de culture et d'ouverture, celui qui qualifie l'Occident de «civilisation du fer» par opposition au Maroc rural et sous-développé, est tout, sauf un fanatique. Abdelkrim a un projet politique : faire du Rif une République moderne, développer l'économie et l'éducation, et la faire reconnaître par la Société des nations (SDN). Il pense faire accéder le Rif à l'indépendance en bonne entente avec les Espagnols. Mais pour les puissances occidentales réclamant une soumission totale des colonisés, le pouvoir ne se partage pas : «Un petit Etat indépendant et sauvage sur la côte méridionale de la Méditerranée ne pourrait être que dangereux pour l’Europe» disait le général PRIMO de RIVERA. Espagnols et Français, s’allient en 1926, pour vaincre Abdelkrim qui est exilé à la Réunion.
Abdelkrim, un nationaliste irréductible, lettré, stratège et organisé, a secoué, violemment, l’ordre colonial au siècle dernier. Sa résistance, une tentative vaine de se libérer du joug de l’étranger, est devenue le premier épisode des guerres de libération nationale qui allaient survenir. Juste moins de 6 ans après la Révolution russe de 1917, un peu partout dans le monde, des «révolutionnaires» ont eu les yeux tournés vers l’émir Abdelkrim, dont les méthodes de guérilla auront inspiré, par la suite Che Guevara, Mao Tsé-Toung et Hô Chi Minh. En effet, Abdelkrim n’a pas inventé la guérilla, forme de résistance du faible contre le puissant, mais il l’a pensée et théorisée, et un redoutable art de la guerre :  «Ce qui se joue au Rif c’est toute la puissance coloniale de l’Europe occidentale et surtout le destin de l’Empire africain de la France» dira le Maréchal Hubert LYAUTEY. En effet, le mouvement d’Abdelkrim retentit jusqu’en Bolivie, en Inde, en Chine et même au Mexique, et donne des idées aux révolutionnaires et indépendantistes du Tiers-Monde. Des mouvements nationalistes et indépendantistes naîtront en Tunisie et en Algérie. L’Espagne, ayant déjà perdu Cuba et les Philippines, et se sentant concurrencée par la France, est tentée d’abandonner la région aux rebelles. 
La guerre du Rif est également le premier entraînement des forces antirépublicaines en Europe, et en particulier, l’apprentissage du fascisme pour le général Francisco FRANCO (1892-1975) en Espagne et Philippe PETAIN (1856-1951), pour la France. La République du Rif met en lumière des intérêts concurrents et convergents des différentes puissantes occidentales, une stratégie perverse : «Abdelkrim met tout le système en danger ; c’est pour cela que les alliances presque «contre nature», qui vont se constituer sont fondées sur l’idée que peu importe qui contrôle le Rif, pourvu que cela ne soit pas un Marocain, même Rifain !» écrit Bruno ETIENNE dans la préface  «Abdelkrim, une épopée d’or et de sang». La guerre du Rif entre 1917 et 1923 a provoqué 13 crises ministérielles en Espagne. En 1923, le général Miguel PRIMO de RIVERA suspend la Constitution espagnole et en 1931, le roi Alphonse XIII abdiquera. Ce sont les prémices du fascisme et la guerre civile en Espagne. En France, le maréchal Hubert LYAUTEY (1854-1934) demande l’élimination d’Abdelkrim. «Au cours de la Grande guerre, nos ennemis étaient intéressés à nous créer les pires difficultés» écrit J. ROGER-MATHIEU. Le gouvernement français mit fin au proconsulat de LYAUTEY ; ce qui contribua à provoquer, entre communistes et socialistes, la dislocation des Blocs de Gauche. En effet, la France redoute la contagion anticoloniale, la victoire totale d’Abdelkrim aurait changé le cours de l’histoire d’un pays colonisé depuis peu. En France, les conservateurs mènent une campagne d’une violence inouïe contre Abdelkrim, considéré comme un dangereux islamiste et un communiste. Charles MAURRAS demande de ne pas tenir compte de la Convention de Genève et de gazer les Rifains. Pour l’extrême-droite, on ne négocie pas avec les insurgés, on les écrase. Plus que les intérêts français, c’est la «civilisation occidentale» qui est menacée. Abdelkrim, soutenu par ses coreligionnaires musulmans et par l’Internationale communiste, est présenté comme l’enfant monstrueux de deux fanatismes. Les journaux rivalisent dans les descriptions des atrocités de ces «indigènes» retournés à l’état sauvage. 
Pour les milieux colonialistes, la guerre du Rif est censée être une action de «rétablissement de l’ordre». Il ne s’agirait pas d’une guerre coloniale pour s’accaparer du sous-sol des montagnes du Rif censés être riche en minerai, mais d’une bataille entre races, d’une guerre contre l’Islam «Il fallait faire triompher l’Europe contre l’Afrique et le Christ, contre Mahomet» dit le maréchal LYAUTEY. «Il s’agit d’une lutte de l’Europe civilisée contre une tentative de l’Orient» dira Paul PAINLEVE (1863-1933), président du Conseil. La France de l’époque est dirigée, depuis le 11 mai 1924, pourtant de gauche, de tendance colonialiste, avec Gaston DOUMERGUE (1863-1937), en président radical-socialiste de 1924 à 1931. Le Maréchal LYAUTEY, pour des raisons de santé et jugé proche des Marocains, retourne en France, le 10 octobre 1925. Cependant, au début du XXème siècle, l’Occident connaît une formidable effervescence d’idées et d’idéaux, en réaction contre le fait colonial à son apogée. Aussi, des intellectuels de gauche s’engagent à détruire ce système oppressif qui exploite et asservit l’homme africain. C’est dans ce contexte que seuls, les communistes naissant, ayant rompu avec les Socialistes depuis le Congrès de Tours de 1920, soutiennent Abdelkrim, à travers un télégramme de 1924 de Pierre SEMARD (1887-1942), Secrétaire général du P.C.F. et Jacques DORIOT (1898-1945), responsable des jeunesses communistes. Un comité d’action est mis en place sous la direction de Maurice THOREZ (1900-1964). Des intellectuels (Louis Aragon, André Breton, Robert Desnos, Paul Éluard),  lancent, à l’appel de Henri BARBUSSE (1873-1935), une tribune dans le journal l’Humanité du 2 juillet 1925. Une grève générale est décrétée le 12 octobre 1925. Les surréalistes (André BRETON, Louis ARAGON, Raymond QUENEAU), horrifiés par la Première guerre mondiale, se sont dressés contre les visées coloniales contre le Rif : «Pas un sou, pas une goutte de sang pour le Rif» ou encore «Hissez le drapeau rouge, n’embarquez pas de cadavres en sursis pour la terre africaine». Pour Louis ARAGON (1897-1982) «Abdelkrim fut l’idéal qui berça notre jeunesse».
Le passé devrait instruire le présent. L’action de résistance d’Abdelkrim reste en effet, d’une très grande actualité, 60 ans après les indépendances, l’esprit colonialiste et esclavagiste restent plus que jamais vivace. Abdelkrim, né dans un pays tiraillé entre plusieurs tribus, au début sans armes, sans guerriers aguerris, a résisté, vaillamment à deux puissances coloniales «Depuis des siècles, le Métropolitain a oublié, ou n’a pas tenu compte, que, s’il s’élevait chaque fois un peu plus, le niveau matériel et moral de l’indigène, celui-ci, dans sa simplicité, évoluait» écrit Jean RENAUD. Cela atteste donc, pour les pays africains luttant de nos jours contre des régimes préhistoriques et monarchiques, que la politique reste, essentiellement, une question de volonté. Si l’on veut, on peut . C’est légitime de se remémorer de l’action héroïque d’Abdelkrim, afin de combattre l’amnésie et rallumer la flamme  de la lutte contre toutes les forces de domination ou d’oppression. En effet, Abdelkrim a été un jalon important de toute une généalogie militante dont il faudrait perpétuer le combat. Si la guerre du Rif est aujourd’hui un peu oubliée, elle a été, pour deux générations nouvelles, un moment marquant, au point d’avoir été qualifiée par le grand historien Charles-André JULIEN de «plus difficile guerre coloniale qu’ait faite la France» avant la décolonisation. La France et l’Espagne, ont dû se coaliser et aligner près de 500 000 hommes. Le maréchal Hubert LYAUTEY, considéré comme «mou» est assisté de 42 généraux, dont le général Philippe PETAIN, ainsi que dix escadrilles aérienne pour venir à bout du Rif. En effet, la Guerre du Rif ne fut réprimée qu'à l'aide des troupes françaises et en particulier de l'aviation et des armes chimiques :  le gaz «hypérite» ou «gaz moutarde». Le Rif a été une guerre particulièrement meurtrière «De toutes les entreprises coloniales, elle est celle qui aura coûté le plus cher en hommes et en argent» écrit en 1927, Victor BARRUCAND.
Une littérature abondante, notamment en espagnol, en portugais et en arabe, dont je n’ai pas pu prendre connaissance, est consacrée à la guerre du Rif . Un agent secret français de 1924 à 1926, Léon GABRIELLI (1877-1950) a produit ses mémoires sur le Rif. Abdelkrim y est décrit comme commandeur des croyants et chef d’une République «Personnellement, je n’ai aucune ambition, je n’aspire ni au Sultanat, ni au pouvoir absolu. Si je suis une gêne, je suis prêt à disparaître pour laisser ma place à un autre» rapporte-t-il un propos d’Abdelkrim. Jacques LADREIT de LACHARRIERE (1881-1958), qui a sans doute consulté les archives secrètes françaises, est le premier à avoir écrit sur le Rif, un ouvrage rigoureux et documenté. En dépit d’un point de vue colonial, il dresse un portrait intéressant d’Abdelkrim qualifié de «moderniste». Walter Burton HARRIS (1866-1933), un correspondant du Times au Maroc, a écrit en 1927, «France, Spain and the Rif».
Cependant, l’action d’Abdelkrim demeure encore enfouie sous le tapis de l’oubli en raison de la puissante propagande coloniale, voulant camoufler sa retentissante défaite au début du siècle dernier : «Peu d’hommes politiques ont laissé, dans l’histoire de leur époque, une trace aussi fulgurante que celle de Mohamed Ben Abdelkrim dit Abdelkrim, ou encore l’Emir, et ont été, par la suite, autant volontairement occultés. Un homme étonnamment en phase avec son époque. Un homme dont la stratégie guerrière a ébranlé le système colonial alors à son apogée et dont la prescience politique de réformateur a jeté les bases d’un Etat pré-moderne et révolutionnaire pour son temps et ses moyens» écrit Zakya DAOUD dans «Abdelkrim, une épopée d’or et de sang». La guerre, en dépit de cette masse de documents, pose une question essentielle : comment interpréter cet événement majeur. Dans son obsession identitaire et de hiérarchisation des cultures, ne datant pas de nos jours, le colonisateur l’a présentée comme le conducteur de la guerre sainte contre l’Occident : «Sorte de Vercingétorix berbère, il (Abdelkrim) a d’abord personnifié, au milieu des siens la résistance contre l’envahisseur chrétien, devenant en même temps, par la contagion de l’exemple, le symbole de la vieille Berbérie anarchique hostile à la formation historique de l’empire chérifien» écrit Robert MONTAGNE. En fait, et en dépit des calomnies, Abdelkrim, un nationaliste et partisan de l’unité africaine, tout en  plaidant pour la renaissance de la culture islamique, admirait, tout autant, le progrès européen moderne sur le plan matériel et culturel. Abdelkrim était un penseur réformiste, loin de vouloir mettre en place un Califat islamique, mais adapté à un Etat républicain à l’européenne. Abdelkrim s’est lui-même défini, comme un héritage multiculturel : «Je suis de race berbère et j'ignore à quel point vous nous sous-estimez mais j'affirme cependant que les berbères sont des gens avancés, qui ont hérité de nombreuses civilisations. Vous ignorez par exemple qu'en tant que berbère, je suis d'origine juive. Mes ancêtres sont ensuite devenus chrétiens, puis musulmans. Maintenant nous parlons l'arabe, langue du Coran, nous nous entendons en berbère, langue de nos aïeux mais nous conversons aussi en français, langue de notre pays asservi» dit-il dans un entretien avec un journal égyptien, «Aker Saa» de 1952. Abdelkrim est un berbère européanisé en surface, qui fit ses études occidentales à Melilla. C’est un financier consommé et c’est de bonne guerre les calomnies des Occidentaux à son égard le qualifiant de «barbare». Abdelkrim, un esprit libre, a voulu réunifier diverses tribus : «Quand un peuple, épris d’indépendance, habitué à l’insurrection et entraîné aux razzias, a conscience de son éparpillement et de sa mobilité qui lui permettent de faire longtemps échecs aux armées modernes ; il peut, s’il y voit des avantages, tolérer des amateurs, mais il se révolte contre les huissiers» écrit ROGER-MATHIEU. Le colonialisme ne tolérait pas les rebelles : «La hantise d’Abdelkrim obsédait l’opinion. Le Rif semblait s’incarner dans une seule silhouette. Il ne s’agissait plus que de capturer le Seigneur de la guerre paysanne» écrit Victor BARRUCAND.
La révolte d’Abdelkrim en réalité, a secoué le monde occidental, tout autant que les  Etats musulmans de l’époque et a mis en lumière, les lignes de fracture du monde arabe après la dislocation de l’Empire ottoman. Moustapha KEMAL (1881-1938) voulant mettre en place une  République et des réformes dont le droit de vote des femmes, dans un pays musulman. L’ensemble musulman est donc fracturé par un autre partage annonciateur, entre les résistances tribales ou rurales et les monarchies arabes. Dans ses mémoires recueillis par un correspondant de guerre du «Matin», J ROGER-MATHIEU, publiés en 1927 on y décrypte cette pensée conciliant l’Islam et la modernité et ses  «confessions sincères» à bord du bateau, «l’Abda», le conduisant en exil, à la Réunion. La sincérité de ces mémoires attribués à Abdelkrim a été mise en doute, par certains chercheurs, notamment les auteurs espagnols estimant que ce texte est défavorable à leur pays. Cependant, ROGER-MATHIEU, dont la rhétorique, dans l’introduction, celle du colonialisme français, semble avoir laissé une grande liberté d’expression à Abdelkrim, qui comprenait le français, sans le parler. Abdelkrim a été assisté par son frère, lors des entretiens et la transcription des réponses en arabe. «Il faut reconnaître que nous y trouvons des données historiques qui, soumises à vérifications historiques, sont dignes de foi» écrit Mohamed TAHTAH. C’est donc un document historique, même s’il faut l’accueillir avec une distance critique, notamment dans sa deuxième partie. On y entend, de façon claire, la voix d’Abdelkrim qui se sentait investi d’une «politique africaine» en vue de protéger «nos nationaux dans le Maghreb» et de réagir «contre l’anarchie». Il existe deux autres mémoires d’Abdelkrim. Abdelkrim a rédigé d’autres mémoires, pendant son exil, de 1926 à 1947, à la Réunion.  Germain AYACHE mes a consultés, mais à l’époque il n’existait que des bribes de ces seconds mémoires d’une soixantaine de pages. En 2017, à Rabat ont été publiés les mémoires complets de 173 pages en arabe et en français, mais peu accessibles. Abdelkrim aurait écrit d’autres mémoires pendant son séjour en Egypte de 1947 à 1963, mais personne ne peut en administrer la preuve irréfutable. Le beau-frère d’Abdelkrim, son ministre des affaires étrangères et confident, Muhammad ARZQAN, a produit des mémoires, inédits, en arabe. Un texte donc peu accessible. Au moment où Ahmad SRIJ a recueilli le témoignage de Muhammad ARZAQAN, celui-ci, en résidence surveillée, n’était pas libre de s’exprimer. Ce document comporte un intérêt sur l’origine de la famille d’Abdelkrim, cependant, la chronologie est chaotique, et à bien des égards, il s’agit d’une biographie, largement romancée : «Les hommes, surtout les nationalistes de tous les pays, préfèrent bien souvent une histoire plus fausse que la vraie pour survivre ensemble» écrit Bruno ETIENNE. Toutefois, Germain AYACHE, un chercheur marocain, a exploité dans sa thèse, en 1981 «Les origines de la guerre du Rif», les mémoires d’AZARQAN. Germain AYACHE a pu démontrer que la société rifaine n’était pas «sauvage», anarchique et insoumise à l’autorité du Sultan du Maroc, comme le prétendait la propagande coloniale. Les relations ne sont détériorées qu’au moment où le Maroc avait perdu sa souveraineté et que le colonisateur voulait réduire au silence la rébellion des Rifains. Germain AYACHE, fidèle à l’orientation du Grand Maroc de son pays, dépeint Abdelkrim, un héros, comme un «pro-espagnol» et la résistance rifaine ne serait qu’un épiphénomène de la résistance marocaine, un haut fait national marocain : «Les Rifains n’étaient pas que des Rifains. Ils étaient des Marocains. Ils avaient la mission séculaire de défendre les côtes contre les invasions des Chrétiens» écrit-il. 
Qui était Abdelkrim ?
De son nom complet Mohamed ben Abdelkrim AL-KHATTABI, est né vers 1882 à Ajdir, près d’Al-Hoceima, au Maroc et décédé le 6 février 1963 au Caire en Égypte), de son nom complet Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi. Il est descendant direct de SI Mohammed Ben Abd-El-Krim, originaire du Hedjaz, de Yambo, sur les bords de la Mer Rouge. Sa famille est venue s’établir au Maroc vers l’An 900, entre la Baie d’Alhucemas et Targuirt. Il n’est ni descendant du Prophète Mohamet, ni arabe, mais un Berbère qui appartient à la tribu des Béni Ouriaghel, unie, forte et clairvoyante, et ayant donc une ascendance sur les autres tribus éparses. Le Rif oriental est un peuple de 3 millions d’habitants, 18 tribus berbères sédentaires, vivant sur un territoire long de 300 km et large entre 50 à 80 km. Abdelkrim est très attaché à l’histoire et la liberté de son peuple, qui a pendant longtemps refusé de se plier à l’autorité du Sultan du Maroc. Le Rif, appelé par les Phéniciens «Agrath», pour les Romains «Ad Ripam», pour les Arabes, «Er Rif», désigne, sous ce nom, la région limitée au Nord par la Méditerranée, à l’Ouest par le massif des Djébala, et au Sud par une chaîne montagneuse, dite du Rif. En effet, le colonisateur fait démarrer l’histoire de son pays avec les occupations espagnoles et françaises. Pourtant, l’Histoire indique le contraire ; ce sont les Africains qui avaient d’abord occupé l’Andalousie. En effet, à la fin du XIème, les Almoravides, venus de l’Adrar, avaient fondé un royaume éphémère  qui s’étendait de la Mauritanie à l’Andalousie, avec pour capitale Marrakech. Les Almohades, originaires de l’Atlas, renversent les Almoravides, et s’installent eux aussi en Andalousie et infligent une sévère défaite au roi Alphonse VIII de Castille et de Tolède (1155-1214), en 1195, à Alarcos. Tous les Etats chrétiens d’Europe, sentant la menace africaine, s’unissent pour battre le Calife abbasside de Bagdad, Abdou Al Abbas AN-NASIR (1158-1225), en 1212, à la bataille de Las Navas Tolosa. Bien que la présence des Espagnols soit ancienne au Rif, elle était limitée aux enclaves des villes de Ceuta, prise en 1305 et Melilla en 1497, et n’avait donc aucune prise sur l’intérieur du Rif. Ces possessions espagnoles ont été pendant longtemps contestées par le Portugal, mais aussi par le Maroc, les Espagnols ayant été délogés de la Marmora en 1861 et de Larache en 1689. Auparavant, le Sultan Moulay Ismail BEN CHERIF (1645-1727) a assiégé Ceuta, pendant 30 ans, sans succès. En 1804, une révolte dans le Rif, menace gravement Ceuta. En 1871 et en 1893, les Rifains encerclent et attaquent, sans succès, Melilla ; un traité du 5 mars 1894 sera conclu avec les Marocains. Ils se révoltent également en 1909. C’est la guerre hispano-marocaine de 1859-60 qui marque le début, non pas de la colonisation espagnole, mais de sa réelle présence économique. A la conférence d’Algésiras (Espagne), la France qui avait des visées sur le Maroc, un Etat jamais colonisé, lui consent «une liberté économique sans aucune inégalité». Cependant, la France met sous tutelle le Maroc, un Etat encore indépendant, à travers «le droit de venir en aide au Sultan dans l’organisation de la police». La Banque d’Etat du Maroc est également sous tutelle des puissances occidentales (Allemagne, Espagne et Angleterre). En raison de troubles internes, le général LYAUTEY occupe Oujda le 29 mars 1907. Il faudra attendre l’année 1912 par 2 traités (Franco-marocain du 30 mars et franco-espagnol du 27 novembre) pour que le Maroc soit partagé en deux protectorats, l'essentiel du Rif revenant aux Espagnols, une terre montagneuse, jugée presque infranchissable et hostile aux étrangers. Si l’Espagne est restée retranchée dans Ceuta et Melilla, la France entrepris de soumettre le Maroc à un régime, non pas de protectorat, mais de colonisation, de fait. Les tribus du Rif, sans sultan du Maroc, essayèrent de combler ce vide, en se remettant à l’autorité de la famille AL-KHATTABI. Le Maroc sera indépendant le 2 mars 1956. Le 14 novembre 1975 l’Espagne rendra le Sahara espagnol au Maroc. Or, Léon L’Africain ou Hassan AL-WAZZAN (1496-1548), historien, géographe et philologue, avait déjà décrit le Rif au XVIème siècle : «Les Guméras font semblablement leur demeurance aux monts de la Mauritanie, c’est-à-dire aux monts regardant la mer Méditerranée, tenant et occupant toute la rivière qui s’appelle Rif» écrit-il dans «De l’Afrique contenant la description de ce pays». 
Abdelkrim AL-KHATTABI dit Si Zian (1860-1920), son père, un jurisconsulte a été nommé Cadi, par le sultan du Maroc, Moulay Al-HASSAN, le 10 juin 1879. La famille AL-KHATTABI respectait l’autorité du Maghzen, du Sultan du Maroc, aussi longtemps que ses tribus seront libres. Jouissant d’un prestige incontestable, en raison de sa droiture, de sa sagesse et de son aménité, il avait eu deux fils : M’hammed (1872-1967) et Abdelkrim, qui passent leur jeunesse chez leur oncle, Abdelsalam AL-KHATTABI à Ajdir. Abdelkrim se rend, par la suite, à Tétouan et à Fès aux universités de Attacine et Saffarine, pour préparer l’entrée à la grande université de Karaouine, pour le droit islamique. Abdelkrim étudie le droit espagnol à l’université de Salamanque, en Espagne. «Ma jeunesse est semblable à celle de mon frère. J’ai commencé mes études auprès de mon père ; puis, je me suis rendu à Tétouan et à Melilla. A la fin de mes études primaires, nous sommes désignés comme titulaires d’une bourse du gouvernement pour aller continuer à Mogador, nos études, dans une école normale, où je devins professeur au bout de deux ans» écrit Abdelkrim dans ses mémoires. Après le baccalauréat, il regagne Madrid, pour préparer son admission à l’école des Mines. Durant son séjour en Espagne, Abdelkrim a rencontré de hautes personnalités politiques, dont le Sous-secrétaire d’Etat des affaires du Maroc, ainsi que le Roi d’Espagne qui voulait l’inciter à une politique de collaboration avec son pays. Cependant, Abdelkrim jugera que les conceptions des hommes politiques espagnols étaient radicalement incompatibles, avec les principes de son père, qui voulait, pour le Rif, non seulement la prospérité, mais aussi la liberté, et son indépendance.
Homme d’une intelligence vive et souple, Abdelkrim a été nommé professeur et traducteur dans une école indigène à Melilla, après trois années de professorat, il fut nommé Cadi, juge musulman, à Melilla. Entre 1906 et 1915 il fut journaliste au quotidien de Melilla, «El Telegrama del Rif», section langue arabe, où il préconisaient la laïcité et la coopération avec les occidentaux afin de libérer la Oumma de l’ignorance et du sous-développement. Abdelkrim rendait des visites fréquentes à son père, «un partisan de l’unité africaine» précise-t-il. Son père était chef politique et chef de guerre : «J’étais entraîné au «baroud », au jeu du fusil et de la poudre» dit Abdelkrim, dans ses mémoires. Au retour, à son village, son père l’initie à la politique et lui confie une mission qui consistait à renseigner le Maghzen sur la politique et sur les intentions de l’ensemble du Rif, à son égard. Son père envisageait un regroupement dans le Rif, composé de 18 tribus et 3 millions d’âmes, de toutes les forces indigènes, pour battre  Jilali Ben DRISS, alias Rogui Bou Hamara (1860-1909), inféodé au Sultan du Maroc : «Les luttes intestines dans les villages y sont si constantes, si implacables, que nul n’ose construire sa maison près de celle du voisin, si bien que chaque regroupement humain se compose de fermes isolées, jalousement entourées de figuiers de Barbarie. L’anarchie est telle qu’il y a vingt ans, de véritables guerres d’extermination se livraient entre les clans rivaux» écrit Hubert MONTAGNE. Tribus batailleuses et grandes pillardes, elles savaient aussi s’unir devant un grave danger venant de l’extérieur. Abdelkrim, un homme lettré et en raison de sa science religieuse, avait suffisamment de prestige pour circuler dans ce monde de chaos et négocier avec les différentes tribus. Son père, suite à cette mission, obtint l’alliance de tous les chefs rifains. A cette époque, le Maroc était en proie aux pires dissensions, Moulay Hafid venait de battre son frère Abdel-El-Aziz. Son père s’allia donc avec Moulay Hafid pour battre Bou Hamara au Rif. Il mourra dans des conditions atroces à Fès.
En 1915, alors qu’il est Cadi, les Espagnols emprisonnent Abdelkrim, à la demande du maréchal Hubert LYAUTEY «en raison de relation que j’avais entretenues avec un certain Francisco Farle, un individu d’origine allemande, habitant à Melilla» dit Abdelkrim. C’est en effet, à ce moment que l’Espagne entre dans la danse. L’Allemagne, dans un jeu trouble, incitait les Marocains à l’indépendance : «Tout était confus, au début de la Grande guerre. La propagande contre la France était active et hostile. L’Allemagne flattait les ambitions nationales et locales» écrit Abdelkrim.  En effet, en 1944, Francisco FARLE lui avait promis des armes et de l’argent, s’il se révoltait contre le Maroc : «Le rêve de l’affranchissement de l’étranger se dressait devant moi» écrit Abdelkrim dans ses mémoires. Abdelkrim ne voulait pas se lancer dans une guerre contre le Maroc, mais voulait seulement l’indépendance du Rif : «Nous n’en voulons qu’à l’Espagne. Elle n’a pas su nous comprendre ; elle a révolté tous nos sentiments» disait Abdelkrim. Homme fier et énergique ne supportant pas les injures et les vexations, il tente de s’évader et se casse la jambe. Il sera libéré après 11 mois de détention ; les Espagnols voulaient l’armer contre la France, ce qu’il refusa.
Pendant l’incarcération d’Abdelkrim, son père avait entretenu, tout de même, des relations normales avec les Espagnols, jusqu’au moment ils voulaient établir au Rif un régime de protectorat, une sorte de colonie déguisée : «c’est faire preuve d’une étrange méconnaissance de l’âme musulmane, et particulièrement rifaine, que de croire qu’on peut triompher par le mensonge et la calomnie» dit Abdelkrim. Entre 1912 et 1920, son père voulait rester neutre, mais la persécution des Espagnols s’accentuait sur le Rif «Il n’existe pas assez de mots forts pour qualifier leur cruauté, sans exemple, à l’égard de nos populations» écrit Abdelkrim. L’Espagne a essayé de séduire la famille KHATTABI, en 1920, en proposant de réintégrer Abdelkrim dans ses fonctions d’enseignants et d’octroyer une bourse à son grand-frère pour Madrid : «Mes fils ne retourneront vers vous que si l’Espagne est décidée à collaborer, réellement, avec nous» dit son père. Un agent secret est alors envoyé par l’Espagne, pour surveiller la famille AL-KHATTABI. Une campagne de calomnies, propagande et de discrédit est engagée à l’encontre des AL-KHATTABI, présentés comme des «ennemis» de l’Espagne. En riposte, le père d’Abdelkrim organise, non pas une action violente, mais pacifique et politique de résistance à l’occupant espagnol. Son père tombe malade, et meurt dans des conditions suspectes, probablement empoisonné. Avant de mourir, le père d’Abdelkrim recommanda à ses enfants de «ne pas laisser asservir, honteusement» le Rif, et si cette mission se révélait impossible, de se mettre sous la protection de la France, un «pays juste et humain». La mort du père d’Abdelkrim n’a pas de révolte, mais un débat, dans les différentes tribus, sur la stratégie à adopter «Si vous ne pouvez pas défendre le Rif ; si vous ne pouvez pas en faire un pays libre et fortement organisé, évacuez-le» dit Mohammed TAHAN, un notable. A cette époque, Abdelkrim voulait éviter la guerre à son peuple ; il recherchait une solution négociée avec l’Espagne «Nous décidions d’écrire aux Espagnols pour les conjurer de renoncer à cette politique belliqueuse, et d’organiser, avec notre collaboration loyale, un régime profitable à leur pays, comme au nôtre» dit Abdelkrim. Cependant, l’Espagne ne jugeait pas nécessaire de négocier avec des tribus jugées arriérées, divisées et faibles.  En raison de cette démarche modérée de Abdelkrim à l’égard des Espagnols, sa famille est considérée par les nationalistes rifains, comme suspecte, «vendue» aux espagnols. 
 A l’époque, Abdelkrim n’avait ni armes, ni argent, ni armée fiable et disciplinée, mais il connaissait son pays et a engagé une guérilla contre les Espagnols : «Les Rifains avaient un avantage important sur leurs adversaires : ils combattaient dans leur pays qu’ils étaient seuls à connaître dans ses moindres méandres ; ils avaient repéré les passages, les endroits propices pour engager la lutte. Ils savaient que, lorsque dans certaines parties de leurs montagnes le combat au fusil n’était pas efficace, il était préférable de recourir à une avalanche de rochers qui, bien préparée, offrait le double avantage d’obstruer les défilés tout en décimant l’adversaire» écrit Pierre FONTAINE. C’est à ce moment que le général Manuel SYLVESTRE, un militaire très brave, mais dépourvu de tout sens politique, décide d’attaquer le Kelatès et Porto-Nuevo, pour chasser Abdelkrim de son pays. Pourtant, Abdelkrim refuse l’offre d’Etchevarieta, de 20 000 pesetas, pour attaquer le Maroc. Le nationaliste rifain a toujours rejeté la cupidité et le mensonge. Les Espagnols occupent alors Dar-Abara, en pays Tensamane ; ce qui donna l’occasion à Abdelkrim d’engager son premier combat de résistance d’envergure. La partie était pourtant risquée «Je disposais, à cette heure, de 300 guerriers. Je reviens me mettre à leur tête. Et malgré une pauvreté en munitions, je déclenchais la contre-attaque. Après un combat des plus durs, ma troupe réoccupa Dar-Abara» écrit Abdelkrim. Au cours de cette bataille, l’Espagne a perdu 400 soldats, dont 2 capitaines et 4 lieutenants et surtout un lot important d’armes. 9 morts rifains. Abdelkrim vient de gagner son premier galon de chef de guerre : «c’est un métier facile que de commander devant l’ennemi. Il suffit du bon sens et de la décision» dit-il. Abdelkrim saisit cette nouvelle gloire pour renforcer l’unité du bloc rifain, ainsi que ses positions acquises, tout en s’abstenant de toute contre-attaque. A Sidi-Boyane, le général SYLVESTRE y laisse 317 morts ainsi que des armes, contre 17 Rifains. Les canons sont mis en sûreté.
Abdelkrim a eu vent que le ravitaillement des Espagnols est défectueux ; il décide en conséquence de couper leurs communications avec Tizi Aza, leur base. Le général SYLVESTRE décide alors de contre-attaquer et à chaque fois, Abdelkrim récolte un important butin en armes et munitions, dont 15 canons. Le général SYLVESTRE donne alors l’ordre d’évacuer : «L’armée espagnole battait en retraite, littéralement, affolée, dans le désarroi si complet que nos guerriers eux-mêmes avaient de la peine, en progressant si rapidement, à croire à la réalité de leur victoire, à la catastrophe où sombrait l’ennemi» dit Abdelkrim. Plus de 100 postes militaires, tombèrent aux mains des rifains. Le bilan est lourd pour les Espagnols : 200 canons, 20 000 fusils, des obus, des milliers de cartouches, des vivres, des médicaments, 700 prisonniers, 15 000 morts et blessés espagnols, dont le général MORALES. Abdelkrim qui avait de l’estime pour ce général, fit transporter son corps à Melilla. A Mont-Arruit, le général NAVARRO et 2 colonels furent prisonniers. Estimant que son organisation militaire était encore embryonnaire, Abdelkrim s’arrêta aux portes de Melilla, il voulait éviter des «complications diplomatiques». Abdelkrim a regretté cette décision qu’il a considérée comme une grosse erreur : «J’ai manqué, ces jours-là, de clairvoyance politique nécessaire» dit-il.
En 1921, comme une retombée inattendue de leurs efforts pour détruire la puissance de Raisuni, un brigand local, les troupes espagnoles approchent des secteurs inoccupés du Rif. Abdelkrim envoie à leur général Manuel Fernández SILVESTRE Y PANTIGA (1871- 22 juillet 1921) un avertissement : s’ils franchissent le fleuve Amekran, il le considérerait comme un acte de guerre. Fernández Silvestre aurait ri en prenant connaissance du message. Le général installe un poste militaire sur le fleuve à Abarrán. Le même jour au milieu de l’après-midi mille rifains l’avait encerclé ; 179 militaires espagnols furent tués, forçant le reste à la retraite. Les jours qui suivirent après plusieurs escarmouches sanglantes pour les troupes de Fernández Silvestre un événement inattendu se produisit. En effet méprisant Abdelkrim, Fernández Silvestre décide de le défier, et avec 3 000 hommes Abdelkrim parvient en deux jours grâce à la ruse à vaincre l’Espagne. Pour l’Espagne, la bataille d’Anoual a été un véritable désastre. Elle y a perdu près de 16 000 soldats, récupéra 24 000 blessés 150 canons et 25 000 fusils. En outre, 700 soldats espagnols ont été faits prisonniers. Il s’agit aussi de la première défaite d’une puissance coloniale européenne, disposant d’une armée moderne et bien équipée devant des résistants sans ressources, sans organisation, sans logistique ni intendance. La victoire d’Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d’immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu’elle allait prouver qu’avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques.
Le 1er février 1921, Abdelkrim proclame la première République dans le monde maghrébin, et se proclame Emir, une fonction religieuse et politique. Il créa un parlement constitué des chefs de tribus qui lui vota un gouvernement. «Nous venons d’assister à la victoire d’un peuple, considérée par plusieurs, comme anormale, alors qu’il a souffert de l’hégémonie espagnole, dont l’armée a été chassée. L’équilibre des forces au Maroc a changé au détriment des impérialistes qui l’occupaient. Nous ne sommes plus face à une petite guerre de libération de trois millions d’hommes, mais nous sommes confrontés à des nations musulmanes, dont les peuples se comptent en dizaines de millions» dit Abdelkrim, lors de sa déclaration d’indépendance. AL-KHATTABI «n’est ni un rebelle qui cherche à atteindre le Roi, ni un avocat, ni un messager pour réformer. C’est un patriote qui libère sa terre et s’oppose à l’hégémonie étrangère. De nouvelles forces sociales ont émergé et réalisé des révolutions pour l’Equité au sein de la société, l’unification du pays et la modernisation des pouvoirs» écrivait déjà, en 1925, un Rapport du 2ème bureau français, Etat-major de guerre. Abdelkrim, un nationaliste, était un rénovateur. Il abolit le droit coutumier berbère, lutta contre le maraboutisme et les confréries, notamment salafistes, et voulait enraciner un Etat moderne au Rif, précurseur de l’action de Moustapha KEMAL en Turquie. C’est un Etat moderne soucieux des questions de justice et de réformes agraires. Chaque tribu, à sa tête avec une Douma (assemblée) élue, avait pour chef un caïd dont les attributions se révélaient assez semblables à celles des maires de France, à la seule différence qu’il possédait le pouvoir absolu, administratif et militaire d’un cercle délimité. Le caïd était chargé de l’état-civil, tenait des livres de naissances, de mariages, de décès. Le pouvoir législatif est confié à 80 députés directement élus par les tribus.
L’Espagne a été profondément traumatisée par la bataille d’Anoual et mobilise 200 000 hommes, en vue de récupérer les positions perdues jusqu’à Tizi-Aza et voulait racheter ses prisonniers. Abdelkrim en réponse, offre une proposition de paix négociée, mais que les Espagnols déclinent. En 1922, Abdelkader part à Londres, afin de rallier Edouard CHAMBERLAIN à sa cause, en vain. En 1923, il se rend à Paris, et descend à l’hôtel Terminus, à Saint-Lazare, et voulait rencontrer le président Raymond POINCARRE, afin d’assurer l’essor et l’industrialisation du Rif, et acheter des avions français, pour impressionner les tribus. Avant son départ de France, sans être reçu par le gouvernement, il apprendra que les troupes françaises avaient déjà envahi l’Ouergha, en vue de provoquer des soulèvements en masse des différentes tribus. Les Français considéraient que le Rif devrait être rattaché au Maroc : «Ils sont dans l’erreur s’ils considèrent que le Rif fait partie du Maroc. Géographiquement notre République fait partie de l’Afrique. Notre langue est si singulièrement différente des autres» dit Abdelkrim.
Abdelkader devant ces échecs attaquera les troupes françaises dans le Rif «une grande effervescence régnait dans les tribus du Rif, mais elle se calma un instant, à notre égard, la rébellion des tribus montagnardes. Le fait, pour nous, d’avoir mâté en partie cette rébellion, retrempa notre courage» dit Abdelkrim. Abdelkrim ne voulait pas vraiment engager une guerre frontale avec les Français, mais ces derniers n’acceptaient pas une République du Rif entre le Maroc et l’Algérie. Aussi, dès 1925, la France incite le soulèvement des tribus en s’appuyant sur les Beni Zéroual. En décembre 1925, Abdelkrim sentait sa cause perdue, il rêvait de l’indépendance du Rif, dans la modernité et l’unité «Je sentais un certain flottement des tribus qui m’avaient juré fidélité, et qui, jusque-là, ne s’étaient point départis de leur loyalisme. L’activité de nos officiers de renseignement avait été considérable parmi les tribus» dit-il. Toutes les tentatives d’Abdelkrim pour négocier la paix ont échoué. Les Français avaient exigé qu’il capitule, sans conditions, et être exilé au Maroc. Or pour lui, les Rifains «s’étaient battus pour leur indépendance, j’avais personnifié leur lutte, une lutte pour leur liberté. Ce n’était pas à moi d’abdiquer. C’eût été trahir» dit-il. Alors, le maréchal Philippe PETAIN vint avec 200 000 hommes, des avions et de l’armement lourd. En 1926, Abdelkrim allait perdre immanquablement «J’ai repris la lutte désespéré, par devoir, sans aucune lueur d’espoir, prévoyant ce qui ne tardait pas à s’accomplir : le lâchage progressif de mes guerriers, la soumission rapide des tribus» écrit Abdelkrim. Après la menace de génocide, Abdelkrim se rend comme prisonnier de guerre, demandant à ce que les civils soient épargnés : «Votre civilisation est celle du fer. Vous avez de grosses bombes, donc vous êtes civilisés ; je n’ai que des cartouches de fusil, donc je suis un sauvage» dira Abdelkrim, le jour de sa capitulation. En dépit de cette reddition, les puissances coloniales ne peuvent tolérer qu’un tel soulèvement reste impuni. Ainsi dès 1926 des avions munis de gaz moutarde bombarderons des villages entiers faisant des marocains du Rif les premiers civils gazés massivement dans l’Histoire, à côté des kurdes iraqiens gazés par les britanniques. On estime à plus de 150 000 le nombre de morts civils durant les années 1925-1926, mais aucun chiffre crédible ne peut être avancé.
Le 14 juillet 1926, sous l’Arc de Triomphe, le général fasciste Miguel PRIMO de RIVERA, entouré du président Gaston DOUMERGUE, d’Aristide BRIAND et, pour faire bonne mesure, du sultan Moulay YOUSSEF, célèbrent ensemble cette «victoire de la civilisation sur la barbarie». Mais que faire d’Abd El Krim, un prisonnier bien encombrant, trop célèbre pour être éliminé, danger potentiel par son charisme auprès des populations colonisées. En 1926, Abd el-Krim est exilé à la Réunion, où on l’installe d’abord jusqu’en 1929 au Château Morange, dans les hauteurs de Saint-Denis. Quelques années passent. Il devient habitant de la commune rurale de Trois-Bassins, dans l’ouest de l’île, où il achète des terres et construit une belle propriété. Il y vit douze à quinze ans. En mai 1947, ayant finalement eu l’autorisation de s’installer dans le Sud de la France, il embarque à bord d’un navire des Messageries Maritimes en provenance d’Afrique du Sud et à destination de Marseille avec 52 personnes de son entourage et le cercueil de sa grand-mère, le Katoomba. Arrivé à Suez où le bateau fait escale, Abdelkrim réussit à s’échapper et passa la fin de sa vie en Égypte, où il présidera le «Comité de libération pour le Maghreb arabe». Il a donc conseillé tous les leaders arabes en lutte pour l’indépendance, dont les Tunisiens et les Algériens. Il a reproché aux Marocains de pactiser avec la France au moment où l’Algérie menait sa guerre d’indépendance. Il fallait, selon lui, unir tous les pays africains. Il a rencontré d’autres combattants en lutte, comme Che GUEVARA (1928-1967), afin que «naissent un, deux, trois Vietnam». Abdekrim, au Caire, a repris le ministère de la parole : «Des milliers de personnes mourront si la France n’accorde pas l’indépendance à l’Afrique du Nord» déclaration reproduite par «le Monde», 20 septembre 1949. Au sortir de l’indépendance, la répression d’une révolte du Rif fait plus de 8 000 morts entre 1958 et 1961.
Dans son sommeil  et pendant le mois du Ramadan, Abdelkrim meurt, le 6 février 1963, d’une crise cardiaque au Caire. Gamal Abdel NASSER (1918-1970) lui accorda des funérailles nationales. De son vivant, Abdelkrim avait refusé de rentrer au Maroc après l’indépendance, et cela en dépit d’une visite de Mohamed V en 1960, au Caire. La situation, à ses yeux, manquait de clarté : «Je ne mettrai pas les pieds au Maroc tant qu’il y restera un soldat français» avait-il dit. Sa fille, Aïcha avait demandé, vainement, en 2013, que sa dépouille soit ramenée au Rif mais le Roi du Maroc, avait opté pour Raba.
Les méthodes de guérilla d’Abdelkrim ont inspiré les révolutionnaires du monde entier «Abdelkrim Al-Khattabi a été l’un des piliers des stratégies dont j’ai les bases de la guérilla» dira Mao ZE-DONG (1893-1976), devant une délégation de l’OLP. Mais la guerre du Rif a un tel retentissement que le nom d'Abdelkrim est devenu le symbole de la décolonisation. Abdelkrim avait de son vivant, sur la période (1920-1925), avec quelque amertume : «Je suis venu trop tôt».
Bibliographie sélective
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ROGER-MATHIEU (J), Mémoires d’Abd-El-Krim, Paris, Librairies des Champs-Elysées, 1927, 243 pages ;
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TAHTAH (Mohamed), Entre pragmatisme, réformisme et modernisme, le rôle politico-religieux des Kathabbi, dans le Rif, (Maroc), jusqu’en 1926, Leiden, 1995, 246 pages ;
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WANAIM (MBark), «La France et Abdelkrim : de l’apaisement politique à l’action militaire, 1920-1926», Cahiers de la Méditerranée, 2012, vol 85, pages 285-301 ;
ZURLO (Yves), Ceuta et Melilla, histoire, représentations et devenir de deux enclaves espagnoles, Paris, l’Harmattan, 2005, 320 pages
Paris, le 2 août 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
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