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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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20 mai 2021 4 20 /05 /mai /2021 16:34
«Le 20ème anniversaire de la loi du 21 mai 2001 de Mme Christiane TAUBIRA, déclarant l’esclavage crime contre l’Humanité : entre Colère noire et Espoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Le 21 mai 2001, Mme Christiane TAUBIRA, alors députée de la Guyane, fait reconnaître l’esclavage comme crime contre l’humanité, et fait entrer la mémoire de la traite et de l’esclavage dans le récit national, prenant en compte les victimes et les responsabilités des crimes commis par l’État. «Nous sommes là pour dire que la traite et l’esclavage furent et sont un crime contre l’humanité ; que les textes juridiques ou ecclésiastiques qui les ont autorisés, organisés percutent la morale universelle ; qu’il est juste d’énoncer que c’est dans nos idéaux de justice, de fraternité, de solidarité, que nous puisons les raisons de dire que le crime doit être qualifié. Et inscrit dans la loi parce que la loi seule dira la parole solennelle au nom du peuple français» disait le 18 février 1999, Mme Christiane TAUBIRA, dans la présentation de son projet de loi. La loi a mis deux ans avant d’être votée, certaines communautés estimant qu’elles avaient le monopole de la douleur et de la mémoire, et que la notion de «crime contre l’Humanité»  ne pouvant pas s’appliquer à la colonisation et à l’esclavage.
Mme Christiane TAUBIRA, avec l’énergie et la détermination que l’on connaît d’elle, a fini par vaincre moult obstacles : «Le sujet dont nous nous sommes emparés n’est pas un objet froid d’étude. Parce qu’il s’écoulera encore quelque temps avant que la paix et la sérénité ne viennent adoucir la blessure profonde qu’irrigue une émotivité inassouvie, parce qu’il peut être rude d’entendre décrire par le menu certains aspects de ce qui fut une tragédie longue et terrible, parce que l’histoire n’est pas une science exacte. Ce rapport n’est pas une thèse d’histoire. Il n’aspire à aucune exhaustivité, il ne vise à trancher aucune querelle de chiffres, il reprend les seules données qui ne font plus litige. Il n’est pas le script d’un film d’horreur, portant l’inventaire des chaînes, fers, carcans, entraves, menottes et fouets qui ont été conçus et perfectionnés pour déshumaniser. Il n’est pas non plus un acte d’accusation, parce que la culpabilité n’est pas héréditaire et parce que nos intentions ne sont pas de revanche. Il n’est pas une requête en repentance, parce que nul n’aurait l’idée de demander un acte de contrition à la République laïque, dont les valeurs fondatrices nourrissent le refus de l’injustice. Il n’est pas un exercice cathartique, parce que les arrachements intimes nous imposent de tenaces pudeurs. Il n’est pas non plus une profession de foi, parce que nous avons encore à ciseler notre cri de foule. Pourtant, nous allons décrire le crime, l’œuvre d’oubli, le silence, et dire les raisons de donner nom et statut à cette abomination» dit Mme TAUBIRA.
La traite des Nègres a duré 4 siècles et concerné plus de 70 millions de personnes, les bénéficiaires étant, essentiellement, les puissances européennes qui ont profité de «ce commerce, ce négoce, ce trafic dont les seuls mobiles sont l’or, l’argent, les épices. Elle a été impliquée après d’autres, avec d’autres, dans l’esclavage qui transforme l’homme en captif, qui en fait une bête de somme et la propriété d’un autre. Le Code noir, qui a séjourné dans le droit français pendant près de deux siècles, stipule que l’esclave est un meuble et que l’esclave affranchi doit un respect singulier à ses anciens maîtres, aux veuves et aux enfants» dit Mme TAUBIRA. On estime à plus de 40 millions morts en raison de cette traité. Rien qu’à Haïti, ses premiers habitants, les Amérindiens, alors qu’on on en dénombrait 11 millions le long des Amériques en 1519, n’étaient plus que 2,5 millions à la fin du XVIème siècle : «Le commerce triangulaire a été pratiqué à titre privé ou à titre public pour des intérêts particuliers ou pour la raison d’État. Cette violence et cette brutalité expliquent très probablement, pour une large part, le silence convergent des pouvoirs publics, qui voulaient faire oublier, et des descendants d’esclaves, qui voulaient oublier» dit Mme Christiane TAUBIRA.
Qualifié d’historique, le texte a fondé l’obligation de concéder «la place conséquente» que la traite négrière et l’esclavage méritent dans les programmes scolaires et de recherche. La loi TAUBIRA, déclarant l’esclavage «un crime contre l’Humanité», est une parole forte et officielle de la République. C’est une forme de réparation morale et symbolique et constitue, à ce titre, «une réparation symbolique, la première et sans doute la plus puissante de toutes. Mais elle induit une réparation politique en prenant en considération les fondements inégalitaires des sociétés d’outre-mer liées à l’esclavage, notamment aux indemnisations en faveur des colons qui ont suivi l’abolition. Elle suppose également une réparation morale qui propulse en pleine lumière la chaîne de refus qui a été tissée par ceux qui ont résisté en Afrique, par les marrons qui ont conduit les formes de résistance dans toutes les colonies. Elle suppose que cette réparation conjugue les efforts accomplis pour déraciner le racisme, pour dégager les racines des affrontements ethniques, pour affronter les injustices fabriquées. Elle suppose une réparation culturelle, notamment par la réhabilitation des lieux de mémoire» dit Mme Christiane TAUBIRA.
20 ans après la loi TAUBIRA de 2001, si la réparation «politique et mémorielle» a progressé en France de façon contrastée, en revanche, le dédommagement des anciens esclaves ou de leurs descendants, a été expressément exclu par ce texte, à la suite d’une manœuvre honteuse de dernière minute. On sait que les esclavagistes et les colons, qui avaient exploité et brimé cette population, ont reçu une forte compensation. «Ce débat est interminable parce que le crime en soi est irréparable, que personne ne peut ramener les vies perdues ni rembourser les générations de travail gratuit. Pour ouvrir ce débat en France, il faut une parole politique courageuse, intelligente, subtile (...) qui ait le courage de faire face à l’Histoire» a déclaré Mme Christiane TAUBIRA.
Dans ce bilan en demi-teinte, j’exprime, plus que jamais, mon immense colère, contre la progression des idées d’extrême-droite ne cessant de gagner du terrain, dans cette France Républicaine, avec son message universel des droits des droits de l’Homme. «Je me sens capable de hurler pour toujours contre ceux qui m’entourent et qui m’empêchent à jamais d’être un homme» disait Léon-Gontran DAMAS (1912-1978). En effet, et depuis plusieurs mois, de vents mauvais soufflent très fort dans notre chère France républicaine. J’ai parfois l’impression, de nos que le  Code Noir et celui de l’Indigénat, ont été sournoisement, rétablis dans ce pays. Devant cette affaissement grave des valeurs républicaines «la vigilance est en train de tomber» dit Mme Christiane TAUBIRA, et cela plusieurs points de vue.
Tout d’abord, quand Mme Christiane TAUBIRA a été nommée Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, j’ai été révulsé par le traitement carrément raciste dont elle a été l’objet par certains la qualifiant de «singe». Je n’ai pas entendu, à l’époque, une défense vigoureuse et énergique de la part des autorités publiques, en faveur de la Ministre, et contre ces propos ignobles ne relevant nullement de la liberté d’expression ; le racisme n’est pas une opinion, mais un délit qui aurait dû être poursuivi devant les tribunaux répressifs. De nombreuses autres personnalités publiques noires ont été lynchées (Lilian THURAM, Danièle OBONO, Sibeth N’DIAYE, Joseph M’BAYE, etc.), comme au temps de «Strange Fruit », sans que cela ne choque certaines autorités publiques.
Ensuite, je m’étonne, en dépit de la loi TAUBIRA déclarant l’esclavage «un crime contre l’Humanité», un refus opposé injustifié à débouler certaines statues, dont celle de Jean-Baptiste COLBERT. Pire, quand M. Franco LOLLIA, un militant anti-négrophobe, en légitime protestation, badigeonne cette statue de Jean-Baptiste COLBERT (1619-1683), le promoteur du Code noir, il est poursuivi devant les tribunaux répressifs. Je rappelle quand même, c’est Napoléon BONAPARTE (1769-1821), en 1808, celui-là même qui avait rétabli l’esclavage en 1802, qui a érigé cette statue de Colbert devant la représentation nationale et qui nargue maintenant tous les Républicains. Par ailleurs, je suis horrifié par l’hommage national rendu à Napoléon, lors du bicentenaire de sa mort, le 5 mai 2021.
Enfin, le déni des violences policières et du racisme, ne cessant de progresser dans ce pays, la stratégie d’impunité à travers la loi sur le séparatisme, ainsi que les interdictions sélectives de manifester ne s’adressant qu’aux racisés, font que la loi de Mme Christiane TAUBIRA, par des techniques insidieuses est, progressivement, vidée de son contenu.
En définitive, n’ayons pas peur des mots, le président MACRON a rétabli le Code de l’indigénat abrogeant ainsi, implicitement, la loi de 2001 de Mme Christiane TAUBIRA déclarant l’esclavage un crime contre l’Humanité. Quand il y a une distorsion entre ce que dit et ce que fait une personne, je préfère juger cette personne à la lumière de ses actes. Il n’a échappé à personne que le 10 mai 2021, le chef de l’Etat qui s’est rendu au Jardin du Luxembourg, à l’occasion de cette cérémonie d’abolition de l’esclavage, mais est resté claustré dans un grand mutisme. A-t-il eu honte d’avoir célébré le bicentenaire de la mort de Napoléon ? «Un silence peut être solennel, ceci étant, il est quand même édifiant de constater que le président de la République n'a rien trouvé à dire sur plus de deux siècles de l'Histoire de France alors qu'il y a cinq jours, il (le président Macron) faisait des gammes sur Macron. On a le droit d'avoir les fascinations qu'on veut, ceci étant même lorsqu'on a le culte des héros, c'est une époque qui ne manque pas de figures héroïques. Il y a des personnalités qui se sont battues contre le rétablissement de l'esclavage et contre l'esclavage et qui y ont perdu leur vie (Toussaint-Louverture ou Solitude)», dit Mme Christiane TAUBIRA.
Par conséquent, le discours n’est pas seulement que le langue articulé, les faits aussi parlent ; ils peuvent être même parfois, très bavards. La nomination d’un premier ministre et d’un ministre de l’intérieur sarkozystes, ainsi que celle d’un Préfet ultra-répressif, maintenant assisté depuis justement le 10 mai 2021, par un préfet délégué à l’immigration, participent de cette politique de renoncement à la défense des valeurs des valeurs républicaines. Je m’étonne d’ailleurs que ce gouvernement, parfois féroce avec les faibles (chômeurs, étudiants étrangers et retraités) soit aussi faibles avec ces militaires séditieux, défiant publiquement l’autorité de l’Etat dans les journaux. Qui est donc vraiment séparatiste ?
Si la loi TAUBIRA a été arrachée de haute lutte, après plus de 2 ans de procédure, son maintien et sa survie, face à la montée en puissance de l’esprit colonialiste et esclavagiste, dépendra aussi de la volonté de chacun de faire triompher les valeurs républicaines d’égalité, de liberté et de fraternité, pour un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.
En dépit de notre période sombre et ses dangereux errements, je reste profondément habité par l’espoir et l’espérance. Quand est citoyen, et que ses droits d’être humain et sa dignité sont bafoués, la République offre encore des armes redoutables : la démarche citoyenne et le droit de vote. Le philosophe allemand, Emmanuel KANT (1724-1804) avait raison de dire, que les Lumières, c’est la volonté de chacun, de s’émanciper, principalement de ses faiblesses individuelles, de la paresse et la lâcheté «qui empêchent l’individu de sortir de sa minorité, c’est-à-dire de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui». Ainsi, l’athlète noir américain, champion du monde aux JO de Mexico en 1968, Lee EVANS (1947-2021), avait refusé l’opprobre et la servitude, en levant le poing, contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis. La mort de George FLOYD a radicalement changé la donne aux Etats-Unis avec la défaite de Donald TRUMP et la victoire d’une équipe, BIDEN-HARRIS, que tout le monde encense, maintenant.
Les 20 et 27 juin 2021 aux régionales et départementales, sont un prélude à une alternance en 2022, en vue de la victoire d’une Femme présidente, Mme Anne HIDALGO. Allez donc voter massivement pour défendre la République !
Paris, le 21 mai 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 20:22
«TOUSSAINT-LOUVERTURE (1743-1803), héros de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, et précurseur de la première République noire indépendante, en 1804, d’Haïti» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

En ce 10 mai 2021, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, un crime contre l’Humanité, j’ai décidé d’honorer la mémoire de François Dominique TOUSSAINT-LOUVERTURE, souillée en ce moment par un hommage indue du bicentenaire de la mort de Napoléon, un esclavagiste. Le 21 mai 2021, c’est le 21ème anniversaire de la loi TAUBIRA déclarant la traite des Nègres, un crime contre l’Humanité. «Premier des Noirs» TOUSSAINT-LOUVERTURE, général des armées de Saint-Domingue, dont les cendres devraient être transférés au Panthéon, est un héros de notre temps, en raison des vents mauvais qui soufflent sur cette France républicaine. La vie de TOUSSAINT-LOUVERTURE se confond, de nos jours, avec sa légende, celle de libérateur de l’esclavage, précurseur de la Négritude et héros du peuple haïtien : «Quiconque a séjourné en Haïti a été frappé de constater à quel point le souvenir de Toussaint-Louverture habite les esprits et le cœur. Il appartient à chacun, comme Napoléon dont il fut la victime, à chaque Corse. L’ancien Saint-Domingue voue à son libérateur une dévotion patriotique qui ressemble à un culte. Comme les héros de Sparte : Léonidas, le guerrier, et Lycurgue, le législateur, Toussaint-Louverture, à la fois combattant de l’indépendance et organisateur de la Nation, est moins qu’un Dieu, mais plus qu’un homme» écrit Charles-André JULIEN, la préface du livre d’Aimé CESAIRE sur TOUSSAINT-LOUVERTURE.

Napoléon 1er, maintenant considéré comme un héros, avait envoyé une expédition du général , mais finira par échouer dans sa tentative de «pacifier» l’île Saint-Domingue. Napoléon réussira, à la suite d’un traquenard, le 7 juin 1802, à Ennery, à exiler en France, TOUSSAINT-LOUVERTURE qui mourra de froid et de solitude, le 7 avril 1803, dans le cachot de Fort-de-Joux (Jura), classé monument historique le 18 juillet 1996. «En me renversant on n’a abattu que le tronc d’arbre de la Liberté des Noirs. Il repoussera par les racines, parce qu’elles sont profondes et nombreuses» dira notre héros, symbole de la lutte contre l’esclavage. En effet, l’arrestation de TOUSSAINT-LOUVERTURE, suivie du désarmement de la population, excita les esprits au sein des Noirs. Charles BELAIR (1718-1802), neveu de TOUSSAINT-LOUVERTURE, se proclama chef des insurgés. Jean-Jacques DESSALINE (1758-1806) en prit ombrage, s’allia avec LECLERC et fit tomber Charles BELAIR, dans un guet-apens qui fut fusillé avec sa femme. Cependant, le général Charles-Victor-Emmanuel LECLERC (1772-1802) excédé et dépassé par la résistance, fit recours à une terreur sans nom. «Cet homme (Toussaint-Louverture), depuis le moment que je l’ai pardonné, n’a cessé de conspirer sourdement. Il cherche à organiser, parmi les cultivateurs, une insurrection. Dans ces circonstances, j’ai ordonné de le faire arrêter» écrit le général LECLERC à Napoléon. Les fusillades, les pendaisons et les noyades, n’eurent d’autres résultats que d’accroître l’audace des Noirs et leur mépris de la mort. En réponse à une lettre de Napoléon, transmise par le général LECLERC, «le Premier des Noirs», répond «Les forces destinées à faire respecter la souveraineté du peuple français ont effectué une descente ; elles répandent partout le carnage et la dévastation. De quel droit veut-on exterminer, par le fer et par le feu, un peuple grossier, mais innocent ? Saint-Domingue aspire à l’indépendance. Pourquoi, non ? Les Etats-Unis ont fait comme nous ; et avec l’assistance du gouvernement français, ils ont réussi à consolider leur liberté. Le gouvernement que j’ai établi pouvait seul convenir à des malheureux, à peine affranchis par un joug oppresseur. Vous me demandez si je désire de la considération, des honneurs, de la richesse. Oui, sans doute ; mais je ne veux pas les tenir de vous. Ma considération dépend du respect de mes compatriotes, mes honneurs de leur attachement, ma fortune de leur fidélité. La puissance que je possède est aussi légitimement acquise que la vôtre.» écrit TOUSSAINT-LOUVERTURE, une lettre reproduite par Charles MALO page 433. Les colons, inquiets pour leurs privilèges, réclamèrent à Napoléon le rétablissement de l’esclavage ; ce qui sera fait le 20 mai 1802. Cependant, la révolte des esclaves deviendra une révolution, et sera la fin d’un rêve français de colonisation en Amérique. La Louisiane sera vendue, Saint-Domingue étant considérée comme une tête de pont des colonies en Amérique. Cependant, après l’indépendance de Haïti, Charles X (1757-1836) imposera une lourde amende à ce pays d’un montant de 150 millions francs, pour dédommager les colons. Naturellement aucune indemnité n’est prévue pour les anciens esclaves, dont la victoire donne à leur café un goût de sang ; 36000 colons ont exploité, pendant des décennies, 500 000 esclaves.

TOUSSAINT-LOUVERTURE est mort dans la plus grande dignité «Une fois pris, Toussaint-Louverture est mort sans proférer une parole. Napoléon, une fois sur son rocher, a babillé comme une pie ; il a voulu s’expliquer» écrit Honoré de BALZAC. En fait, le général TOUSSAINT-LOUVERTURE, un mémorialiste, nous a laissé un authentique mémoire protestataire sur sa vie, conservé dans les archives impériales et retranscrit, en 1853, par Joseph SAINT-REMY (1815-1858), un historien haïtien. Cette version, dans un français obsolète et fautif, a été revue et corrigée par les éditions Garnier en 2011, sous la direction de Daniel DESORMEAUX. «Il est de mon devoir de rendre au gouvernement français compte exact de ma conduite, je raconterai les faits avec toute la naïveté d’un ancien militaire, en y ajoutant les réflexions qui se présenteront naturellement. Enfin, je dirai la Vérité, fut-elle contre moi» écrit TOUSSAINT-LOUVERTURE, dans ses mémoires. Il y est question de pouvoir, de gloire et de Justice, de richesses volées, dilapidées ou perdues.

A la Révolution de 1789, diverses révoltes éclatent dans la partie orientale de l’île de Saint-Domingue (Haïti, actuelle) et notamment celle des esclaves d’août 1791. TOUSSAINT-LOUVERTURE, promu général le 1er septembre 1791 en raison de son ralliement à une République abolitionniste, bat les Anglais qui avaient tenté de s’emparer de l’île. A cette époque, Saint-Domingue était une colonie, une île riche grâce à ses plantations fructifiées par la sueur et la vie d’esclaves venus d’Afrique. Le 1er janvier 1804, les rebelles et esclaves haïtiens proclament l’indépendance de leur pays ; c’est la première fois dans l’histoire, qu’une République noire est érigée. «Saint-Domingue est le premier pays des temps modernes à avoir posé, dans la réalité, et à avoir proposé à la réflexion des hommes, le grand problème que le XXème siècle s’essouffla à résoudre : le problème colonial. Le pays où est noué ce problème. Le premier pays où il s’est dénoué» écrit Aimé CESAIRE (1913-2008). Cette Révolution de Saint-Domingue a été conduite par TOUSSAINT-LOUVERTURE, un dirigeant charismatique et habile, qui a su mobiliser les esclaves et les mulâtres contre les colons français, et parvenir à libérer son pays. Quand TOUSSAINT-LOUVERTURE entre en scène, trois mouvements s’affrontent : le mouvement des colons blancs vers l’autonomie et la liberté commerciale, le mouvement des mulâtres vers l’égalité sociale ; le mouvement nègre vers l’indépendance. La société coloniale, en raison de l’abolition de l’esclavage en 1794, à la suite de la Révolution, est pourtant pleine de contradictions «Le pouvoir bourgeois de la Révolution française éprouva que la liberté est indivisible, que l’on pouvait accorder la liberté politique ou économique aux planteurs blancs et maintenir les mulâtres sous la férule ; que l’on pouvait reconnaître l’égalité civile aux hommes de couleur libres et dans le même temps maintenir des Nègres dans l’ergastule ; bref, pour libérer une des classes de la société coloniale, il fallait les libérer toutes, et que pour libérer toutes, il fallait libérer Saint-Domingue elle-même, remettre en jeu l’existence de la société coloniale : ce qui parut au pouvoir contraire aux intérêts de la France» écrit Aimé CESAIRE.

Les Historiens ont dressé un portrait contrasté du héros de l’indépendance de Haïti. Suivant Cyril Lionel Robert JAMES (1901-1989), TOUSSAINT-LOUVERTURE est le guide d’un processus révolutionnaire émancipateur, le héros charismatique qui conduisit un soulèvement d’esclaves à la libération nationale (Les jacobins noirs). Aimé CESAIRE a défendu ce point de vue «Quand, Toussaint-Louverture vint, ce fut pour prendre à la lettre la Déclaration des droits de l’homme, ce fut pour montrer qu’il n’y a pas de race paria ; qu’il n’y a pas de pays marginal ; qu’il n’y a pas de peuple d’exception. On lui avait légué des bandes. Il en avait fait une armée. On lui avait laissé une jacquerie. Il en avait fait une Révolution ; une population, il en avait fait un peuple. Une colonie, il en avait fait un Etat ; mieux, une Nation» écrit-il. Pierre PLUCHON et Jacques de CAUNA ont dressé un portrait celui d’un chef iconoclaste, surtout motivé par les intérêts de sa caste, celle des noirs libres, nostalgique d’une prospérité coloniale anéantie par la Révolution. Son projet, dès lors, est celui de restaurer la splendeur passée, mais au profit d’un ordre racial où l’ancien groupe des «Noirs libres» aurait supplanté définitivement la caste des planteurs blancs.

Qui était donc TOUSSAINT-LOUVERTURE ?

François-Dominique TOUSSAINT-LOUVERTURE est né le 20 mai 1743, d’un esclave descendant d’Allada, au Dahomey, surnommé «Bréda» puis Louverture, un certain Hyppolite Le Gahou DEGUEGON (1720-1794). Sa mère, Pauline (1734-1774), est originaire du Comté de Noé, non loin du Haut-du-Cap. Certains biographes fixent sa date de naissance en 1746, mais la date retenue est celle de 1743. Jusqu’à l’âge de 45 ans, aucun fait notable, dans sa vie privée n’a été enregistré. Certains biographes, comme Charles MALO (1790-1871), dans son histoire d’Haïti, estiment que son bailli ou directeur, en raison de sa bonne conduite, de sa ponctualité et de son exactitude, lui aurait appris à lire ou à écrire. En fait, il était berger, puis cocher de BARJON-LIBERTAS, qui, le trouvant intelligent, l’avait attaché à son service personnel. Il appartenait à la classe d’hommes «sortant à peine de la barbarie. Jusqu’à l’âge de cinquante ans, il avait vécu dans l’état de dégradation qu’est l’esclavage» écrit Victor SCHOELCHER (1804-1893). Pour d’autres, ce fut son parrain, à la mort de ses parents en 1774, un certain Pierre BAPTISTE, un Noir libre éduqué par un Jésuite, sera son mentor.

Sa seconde femme Suzanne SIMON née BAPTISTE (1742-1816), belle-fille de son mentor, lui a donné trois enfants : Placide (1781-1841), Isaac (1784-1898) et Saint-Jean (1791-1804). Suzanne avait un fils d’une autre union, Placide, qu’il a élevé comme son enfant. En réalité, il avait eu une première femme, Cécile, et de cette union, il y avait eu trois enfants : Toussaint, Gabriel et Marie-Marthe. Affranchi, en 1776, TOUSSAINT-LOUVERTURE avait loué 13 esclaves, dont Jean-Jacques DESSALINES.

En raison de ses nombreuses lectures, la prédiction faite d’un Spartacus vengeur de la race noire, frappa vivement son imagination. A la révolte de 1791, il sauva ses maîtres, qui l’avaient bien traité, de massacres de la population noire. Ses éminentes qualités ont été reconnues même par les biographes qui lui sont hostiles «Toussaint-Louverture occupera une place dans l’histoire. Il est d’une taille médiocre ; il a l’œil vif ; son regard est rapide et pénétrant. Sobre de caractère, rien ne met un obstacle à l’infatigable activité avec laquelle il travaille au succès de ses projets» écrit Charles-Yves COUSIN D’AVALLON (1769-1840). Mesurant 1m63 et souffreteux pendant son enfance, surnommé «Fatras-bâton» ou contrefait, il compense ce handicap physique par un travail sur lui-même. «Malgré sa faiblesse apparente, Toussaint, dont le système nerveux était surexcité par une grande puissance de caractère s’adonnait à tous les exercices de corps. Doué d’une grande intelligence, d’un excellent jugement, d’une mémoire prodigieuse, d’une faculté d’assimilation étonnante, méprisant les paresseux, visant aux honneurs», il avait l’histoire, les traités de stratégie et avait un style ainsi qu’une manière de penser, estime Thomas-Prosper GRANGNON-LACOSTE (1820-1895). Très dévot, il a tout de suite mis l’église officielle face à ses contradictions concernant l’esclavage. En Spartacus noir, ses lectures de l’abbé Guillaume-Thomas RAYNAL (1713-1796) l’ont conforté dans sa détermination à combattre l’injustice, notamment l’esclavage et le colonialisme «Nations d’Europe, vos esclaves n’ont pas besoin de votre générosité, ni de vos conseils pour briser le joug sacrilège qui les opprime. Il ne manque aux Nègres qu’un chef» écrit l’abbé RAYNAL dans «l’histoire de la philosophie des Deux Indes».

En août 1792, une bonne partie de Saint-Domingue est occupée par les Espagnols. En 1793, à un âge avancé, il s’engage dans l’armée espagnole où sa hiérarchie le distingue très vite. Les Espagnols lui apprirent à discipliner ses bandes et l’initièrent à l’art de la guerre. Il se retrouve à la tête d’une armée de 4000 hommes et bat le général français, Edme Etienne BORNE DESFOURNEAUX (1767-1849), à Ennery, le 20 juin 1793. Il reçut une décoration, une épée d’honneur et le grade de lieutenant. A la suite d’un guet-apens où son frère est tué, il démissionne de l’armée espagnole.

Lorsque le Directoire succéda à la Convention, et à l’abolition de l’esclavage en 1794, la guerre entre esclaves et colons, cessa momentanément. Le général Etienne de LAVEAUX (1751-1828), gouverneur de Saint-Domingue, décidé à récupérer TOUSSAINT-LOUVERTURE, entretient une correspondance avec lui. TOUSSAINT-LOUVERTURE, uniquement intéressé par la liberté des Noirs et sachant que les Anglais n’étaient pas décidés à abolir l’esclavage, se remet à disposition de la France. Il délivre les Gonaïves que menaçaient les Anglais. Organisateur, TOUSSAINT-LOUVERTURE finit par vaincre les Anglais. Homme de parole et d’une grande probité, TOUSSAINT-LOUVERTURE resta attaché aux révolutionnaires. Les Noirs, devenus libres, sont maintenant des salariés dans les plantations.

Le 31 mars 1776, en récompense à ses loyaux services, TOUSSAINT-LOUVERTURE est promu, par les Français, général de division et commandant en chef des troupes de Saint-Domingue ; il devient chef de l’île. La Convention l’avait élevé au grade de général de brigade le 23 juillet 1795, le premier Noir à ce rang. Il écarte, très habilement, tous ses rivaux, dont Etienne Maynaud de LAVEAUX (1751-1828), son mentor et rival, en 1796 Léger-Félicité SONTHONAX (1763-1813), un abolitionniste, en 1797 et Gabriel de HEDOUVILLE (1755-1825), commissaire extraordinaire, en 1798.

En raison du coup d’Etat de Napoléon, en 1799, la donne allait changer. TOUSSAINT-LOUVERTURE, resté jusqu’ici loyal à la France prend conscience de la nécessité de se battre pour la liberté et l’égalité en faveur des Noirs. Napoléon a fait débarquer sur l’île une importante armée. Le 18 juin 1801, TOUSSAINT-LOUVERTURE après différentes péripéties avec les colons, et notamment la mauvaise gestion de la situation par RIGAUD, fit voter, avec des délégués, une Constitution.

TOUSSAINT-LOUVERTURE, enfermé dans un donjon froid et humide, meurt le 27 avril 1803, en exil, en France. Dans sa cellule du Jura, «c’est un homme seul qui défie les cris de la mort blanche» écrit Aimé CESAIRE. Ses parents qui l’avaient suivi dans son exil, se sont installés à Bordeaux. Louise CHANCY (1782-1871), veuve d’Isaac, y est morte le 23 juillet 1871, comme Isaac LOUVERTURE le 26 août 1898. Placide LOUVERTURE (1781-1841), après un séjour en prison à Belle-Ile-en-Mer, après des séjours à Bayonne et Agen, rejoint la ville de Bordeaux en 1804, Joséphine de LACAZE (1798-1878) le à Astaffort et aura deux enfants : Joseph (1821-1822) et Rose, (1823-1900). Placide meurt le 16 janvier 1841, à Agen. Suzanne SIMON, l’épouse de TOUSSAINT-LOUVERTURE était déjà morte, depuis 1816, à Agen, et recevra les honneurs de Louis XVIII (1755-1824). Les descendants légitimes de TOUSSAINT-LOUVERTURE sont encore, de nos jours, présents en France, à travers  trois familles françaises dans le Sud-Ouest, en Lot-et-Garonne, dans les secteurs d’Agen et d’Astaffort : les SABARDU, les FONTUS et les BEYNIER. C’est le travail des généalogiste, Joséphine de LACAZE était une Blanche.

Mort sans sépulture, ses ossements étant jetés dans les remblais, lors de la rénovation du Fort entre 1876 et 1880, il est tombé quelques temps dans l’oubli : «L’injustice ne règne qu’un moment ; il n’y a que la sagesse des aïeux qui compte et laisse une postérité» écrit René-François de CHATEAUBRIAND. Napoléon estima qu'il avait fait une erreur au sujet de TOUSSAINT-LOUVERTURE, en négligeant de répondre à ses nombreuses lettres, pendant sa détention en France, et qu'il aurait pu gouverner Saint-Domingue «par l'intermédiaire de Toussaint», car «ce n'était pas un homme sans mérite». En 1840, Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) a entrepris également la réhabilitation de TOUSSAINT-LOUVERTURE : «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute, sans aimer, sans haïr les drapeaux différents, partout où l'homme souffre il me voit dans ses rangs. Plus une race humaine est vaincue et flétrie, plus elle m'est sacrée et devient ma patrie» écrit le poète humaniste, en hommage au héros de l’indépendance de Haïti (acte II, scène 4). Mais sa pièce de théâtre, censurée, n’a été jouée qu’à partir de 1850. C’est Thomas-Prosper GRAGNON-LACOSTE, par la suite, en 1877, qui lui a rendu un vibrant éloge : «Ce livre n’a point besoin d’introduction. L’homme qui en est le sujet ou le héros nait d’une révolution spontanée comme la foudre, violente comme un volcan des Andes. Son nom occupe un instant les deux mondes. Mort, d’une mort obscure, sur un coin perdu de terre, un long silence se fait sur sa tombe enfourcha pour lui la trompette de la renommée. Le colosse qui l’abattit (Napoléon) parce qu’il faisait ombre à sa renommée, roula à son tour dans la poussière. L’Histoire juge à cette heure, le despote et sa victime» écrit-il dans «Toussaint-Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue».

«Je viens ici ému, la gorge nouée, mesurer le prix du courage, des convictions, des déterminations d'un homme. La Patrie haïtienne vous est à jamais reconnaissante, Général ! Spartacus noir», dit le président M. Michel MARTELLY, premier chef d’Etat haïtien, venu au Fort de Joux, le samedi, 1er novembre 2014, rendre hommage à TOUSSAINT-LOUVERTURE. En dépit du tapis de poussière dans lequel certains voulaient faire oublier son combat pour la liberté, TOUSSAINT est plus que jamais présent dans notre cœur : «Lui qui naquit esclave et mourut emprisonné dans une cellule de ce château… Et nous savons que la liberté, toutes les libertés, appartiennent à ceux qui les défendent et non seulement à ceux qui se limitent à en parler. La liberté n’est pas transmissible par héritage, il faut s’affranchir chaque jour pour devenir et rester libre !» dit, le 7 avril 2019, M. René EMILLI, vice-président du Grand Pontarlier, en charge du tourisme.

«Si Dieu habitait sur terre, il ne pourrait pas habiter un cœur dont les apparences fussent plus imposantes» dit un auteur anonyme de la «vie privée, politique et militaire de Toussaint-Louverture». De nos jours, différentes statues ont été érigées en hommage à TOUSSAINT-LOUVERTURE, notamment à la Rochelle, à Paris, Bordeaux, à Allada au Bénin, à la Réunion, en Haïti, à Massy-Palaiseau, et au Québec. En 2005, la République d'Haïti fit don d'une statue de TOUSSAINT-LOUVERTURE, à la ville de Bordeaux. La statue a été réalisée par le sculpteur haïtien Ludovic BOOZ, et se situe sur les bords de la Garonne, de l'autre côté du quai d'où partaient les bateaux négriers entre 1672 and 1837. Une statue de TOUSSAINT-LOUVERTURE plastronne devant la mairie de la Rochelle. Et aux conservateurs qui s’en offusquaient, l’artiste sénégalais, Ousmane SOW (1935-2016), réalisateur de cette statue, avait dit le 22 mai 2015, lors de son inauguration : «Il ne s'agit pas d'une repentance, mais du courage d'assumer son passé». Pour M. Jean-François FOUNTAINE, maire de la Rochelle, «l'esclave debout dans la maison des maîtres ne constitue pas une revanche, mais une réconciliation de la ville avec son histoire». Le 10 mai 2021, Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a choisi de rendre hommage à cette grande figure des mouvements anticolonialiste et abolitionniste, en donnant son nom à un bel espace arboré, lieu de vie accueillant des jeux d’enfants et des équipements sportifs, au cœur d’un quartier populaire, au 35 rue Duris, à Paris 20ème : «En ce 10 mai, Paris honore Toussaint Louverture, figure de la lutte contre l’esclavage et héros de l’indépendance d’Haïti, en lui dédiant un jardin dans le 20e arrondissement. Pour que vive la mémoire de ce grand combattant de la liberté» dit Mme Anne HIDALGO.

Références bibliographiques

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CESAIRE (Aimé), Toussaint-Louverture : la Révolution française et le problème colonial, préface de Charles-André Julien, Paris, Présence Africaine, 1981, 345 pages ;

COUSIN D’AVALLON (Charles-Yves), Histoire de Toussaint-Louverture, chef des insurgés noirs de Saint-Domingue, Paris, Pillot, 1802, 211 pages ;

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GRAGNON-LACOSTE (Thomas-Prosper), Toussaint-Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue, Paris, Durang, et Pedone, 1877, 426 pages ;

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MADIOU (Thomas fils), Histoire d’Haïti, Port-au-Prince, Imprimerie Jh Courtois, 1847, 7 vol, spéc vol 2, 440 pages ;

MALO (Charles), Histoire d’Haïti (Ile de Saint-Domingue), depuis sa découverte jusqu’en 1824, Paris, Louis Janet, 1825, 480 pages, spéc Ch VII et VIII, pages 180-235 ;

NEMOURS (Colonel, Alfred), Histoire de la captivité et de la mort de Toussaint-Louverture, Paris, éditions Berger-Levrault, 1929, pages ;

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PAULEUS-SANNON (Horace), Histoire de Toussaint-Louverture, Port-au-Prince, Imprimerie Auguste A. Heraux, 1938,  240 pages ;

PLUCHON (Pierre), Toussaint-Louverture, un révolutionnaire de l’Ancien régime, Paris, Fayard, 1989, 654 pages ;

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SAINT-REMY (Des Cayes, Haïti), Mémoires du général Toussaint-Louverture, écrits par lui-même, pouvant servir à l’histoire de sa vie, Paris, Pagnerre, 1853, 170 pages ;

SCHARON (Faine), Toussaint-Louverture et la révolution de Saint-Domingue, Port-au-Prince, Imprimerie de l’Etat, 1959, 2 vol pages ;

SCHOELCHER (Victor), Vie de Toussaint-Louverture, introduction de Jacques Adélaide-Merlande, Paris, Karthala, 1982, 455 pages ;

SMARTT BELL (Madison), Toussaint-Louverture, traduction de Pierre Girard, Arles, Actes Sud, 2007, 384 pages ;

TOUSSAINT-LOUVERTURE (François-Dominique), Mémoires du général Toussaint-Louverture, étude critique par Daniel Desormeaux, Paris, Classiques Garnier, 2011, 232 pages.

Paris, le 9 mai 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 21:58
«Richard PIERPOINT (1744-1838) ancien esclave peul originaire du Sénégal et héros national du Canada» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
La Maison du Canada au Sénégal porte désormais le nom de Richard PIRPOINT, un ancien esclave, né, vers 1744, dans le royaume peul et Torodo du Boundou de l’Almamy Malick SY (1650-1699), devenu héros national du Canada. Créé en 1926, sous la dénomination de «Negro History Week», par Carter Godwin WOODSON (1875-1950), le «Black History Month» est, depuis 1976, célébré à partir de la deuxième semaine du mois de février de chaque année, pour glorifier et réhabiliter l’Histoire des Noirs, encore empreinte de préjugés et de stigmates de l’esclavage et de la colonisation, Abraham LINCOLN (1809-1865) avait aboli l’esclavage le 12 février 1865. Le «Black History Month» est donc une occasion de manifester la fierté et la dignité de la culture des Noirs, de poser l’exigence d’égalité réelle et de reconnaissance politique, la solidarité avec tous les opprimés, et donc lutter pour une puissante promotion du bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.
Par conséquent, on peut dire que M. Justin TRUDEAU, premier ministre du Canada, est un «Woke», un terme anglosaxon à la mode, dérivé du verbe «To Wake», «se réveiller». En effet, M. Justin TRUDEAU, un homme politique tolérant, loin de stigmatiser les autres, par sa conscience particulièrement aiguë contre le racisme institutionnel et systémique, ainsi que tous ces phénomènes d’injustice et d’oppression à l’égard des minorités, est en permanence solidaire avec les racisés. En dehors de Michel ROCARD (1930-2016), ancien ministre de France, la «Fondation France-Libertés», de Mme Danielle MITTERRAND (1924-2011), ayant contribué à la rénovation de la Maison des Esclaves, y avait fait apposer une plaque le 5 décembre 1990. C'est donc M. Justin TRUDEAU, le deuxième homme d'Etat occidental, à avoir visité la Maison des esclaves de l'île de Gorée au Sénégal : «Cette île de Gorée est, pour la conscience universelle, le symbole de traite des Nègres. Nous avons tous un devoir de mémoire. Nous devons tous réfléchir à ce passé terrible, mais qui hante encore notre présent, à travers nos vies de tous les jours, notamment les horreurs, les diverses oppressions et injustices dans le monde. On n'a pas, pour autant, en tant qu'Humanité, tiré toutes les leçons du passé. C'est une réflexion qui doit se poursuivre pour bâtir un monde plus juste et plus fraternel» dit Justin TRUDEAU, lors de sa visite à l'île de Gorée. Son excellence, M. Sébastien BEAULIEU, ambassadeur du Canada au Sénégal, a fait apposer, au nom de son gouvernement, une plaque en l'honneur de Richard PIERPOINT : «La Maison des esclaves, tout comme l'île de Gorée aujourd’hui, sont le symbole de la fragilité des libertés. Les libertés sont fragiles. Donc, nous nous devons de faire en sorte de pouvoir les protéger. Personne ne doit, aujourd'hui, oublier ce qui s'est passé, parce que lorsqu’on interroge l'histoire, souvent cela évite la commission de nouveaux forfaits ; des forfaits qui seraient semblables à ce que le monde aura ou aurait déjà vécu. Ce sont les monuments qui rappellent que les mémoires sont fragiles ; il faut les protéger et pour cela, il faut qu'il y ait une acceptation de cette histoire douloureuse. Aujourd'hui, c'est à Gorée, que se célèbre le plus la réconciliation entre les peuples» dit Eloi COLY, conservateur de la Maison des esclaves à Gorée, successeur du charismatique, Boubacar Joseph N’DIAYE (1922-2009).
En revanche, le président MACRON envisage de célébrer, en grandes pompes, le 5 mai 2021, le bicentenaire de la mort de Napoléon ; celui-là même qui avait rétabli l’esclavage en 1802. Contrairement aux mauvais vents de négrophobie et d’islamophobie savamment entretenus, pour de basses raisons électoralistes par le président MACRON en France, en revanche, au Canada, le premier ministre Justin TRUDEAU a toujours manifesté sa grande solidarité avec les racisés. Ainsi, chaque année, dans une allocution télévisée, le premier canadien, souhaite aux Musulmans du Canada et du monde entier, de bonnes fêtes de l’Aïd. A ma connaissance, et en dehors des dîners du CRIF où se bouscule la classe politique française, aucun dignitaire politique gouvernemental français, pas même le Ministre de l’Intérieur, pourtant en charge de tous les cultes, ne souhaite pas de bonnes fêtes aux Musulmans, considérés tous désormais comme des séparatistes, et donc des pestiférés. En France, on invente même une rhétorique d’extrême-droite, «l’islamo-gauchisme», pour mieux culpabiliser, rabaisser, assujettir et oppresser tous les faibles (chômeurs, retraités, immigrés), en particulier les racisés, devenus des sujets, des indigènes de la République ; c’est la définition même qu’en donne du racisme par Albert MEMMI (1920-2020), un extraordinaire anticolonialiste.
Dans cette prétendue liberté d’expression, à la mode Macronienne, dévoyée de son sens, pour stigmatiser les Musulmans et les racisés, le premier ministre canadien a recadré le président MACRON, à propos des caricatures de Mahomet : «La liberté d’expression n’est pas sans limites. Nous devons agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser, de façon arbitraire, ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète. On n’a pas le droit, par exemple de crier au feu dans un cinéma bondé de monde, il y a toujours des limites» dit Justin TRUDEAU. L’affaire George FLOYD (14 octobre 1973 – 25 mai 2020), étouffé à mort par des policiers suprémacistes, avait ému et secoué le monde, en raison du racisme institutionnel et systémique, ainsi que ces violences policières récurrentes contre les Noirs, signes de la vivacité encore de nos jours, de la mentalité esclavagiste. Ici en France, dans le déni permanent de l’esprit colonial, le président MACRON a décidé qu’aucune statue ne sera déboulonnée, et il a même, par sa loi sur le séparatisme, rétabli le Code de l’Indigénat. En revanche, Justin TRUDEAU, par un acte hautement symbolique, a mis genou par terre, lors d’une manifestation du mouvement «Black Lives Matter». M. Justin TRUDEAU a ainsi dénoncé toutes les discriminations et les violences à l’encontre des racisés : «Partout des Canadiens se lèvent, pour dénoncer, haut et fort, les discriminations systémiques qui existent depuis bien longtemps dans notre pays» dit Justin TRUDEAU.
Qui était donc Richard PIERPOINT ?
Richard PIERPOINT n’est pas naturellement son nom peul du Boundou, au Sénégal, c’est le patronyme de son maître, un officier britannique. Richard PIERPOINT, on l’a dit est né en 1744, du temps de l’Almamy Maka-Guiba SY ou Maka-Djiba, fils de Boubou Malick (tué après de 3 ans au pouvoir), ayant régné sur le Boundou pendant 36 ans, soit de 1728 à 1764, suivant A. RANDON. En effet, les Peuls du clan des SY et alliés des TALL, originaires de Souïma, à côté de Podor, dans le Fouta-Toro, qui avaient combattu, vainement, les animistes, dans le Nord, sont venus s’installer au milieu du XVIIème siècle à Koussan (Arrondissement de Boynguel Bamba, dans le département de Goudiry). Cette province du Boundou historique qui a existé jusqu’en 1959, jadis dominée par les héritiers de l’Almamy Malick SY, des alliés du Gadiaga, mais en permanence en conflit avec les royaumes du Fouta-Toro, dont elle est le vassal, et du Khasso. Les SY, alliés aux Peuls originaires de Sansanding (Mali), les DIALLO et les BA, ainsi qu’aux Diakhanké originaires du Macina (Mali) ont conquis le Gadiaga, dont la capitale est Bakel. Richard PIERPOINT a donc été capturé en 1760, au cours de l’une de ces guerres fréquentes de conquête ou de conservation du pouvoir, et réduit en esclavage. Auparavant, probablement homme un Torodo libre, aristocrate peul et musulman du Boundou, acheté pour une pièce de monnaie, Richard PIERPOINT est devenu domestique ; son identité perdue le réduit à une réification, à la perte de son humanité, le condamnant ainsi à servir, un officier de la Nouvelle-Angleterre, aux Etats-Unis. On l’appelle aussi Pawpine, Parepoint, Captain Pierpoint, Captain Dick ou Black Dick.
Loyaliste et soldat, Richard PIERPOINT a été l’un des premiers responsables de la communauté noire au Canada. Quand la guerre d’indépendance des Etats-Unis s’est déclarée, Richard PIERPOINT, en loyaliste, s’engage aux côtés des Anglais, au Fort Niagara, non loin de New York. En 1775, le gouverneur royal de Virginie accorde, dans toute la colonie, la liberté à tous les esclaves appartenant à des propriétaires rebelles en échange de leur engagement militaire contre les rebelles américains ; il s’engage donc pour retrouver sa liberté, à servir au sein des «Rangers» de John BUTLER (1728-1796). Si l’on suppose que son maître faisait partie des officiers britanniques restés fidèles à la Couronne il est possible que Richard PIERPOINT se soit vu promettre la liberté s’il acceptait de servir au sein des forces loyalistes. Le 30 juin 1779, le général de l’armée britannique sir Henry CLINTON publie la «Phillipsburg Proclamation» promettant la liberté à toutes les personnes réduites en esclavage par les rebelles américains. Quand les Britanniques ont perdu la guerre d’indépendance la guerre contre les révolutionnaires Américains, Richard PIERPOINT se rend au Canada. En 1791, il reçoit 200 acres de terres, soit une superficie identique à celle accordée aux officiers et deux fois supérieure à celle des simples soldats. Il reçut, tardivement, ses lettres patentes de concession le 10 mars 1804, mais dès le 11 novembre 1806 il vendait ses lots, dont l’un au personnage le plus en vue de la région, Robert  HAMILTON (1753-1859), un homme politique et juge.
Richard PIERPOINT, devenu libre, maintenant installé à Niagara au Haut Canada a entrepris d’organiser la communauté africaine installée dans ce pays. En effet, le 29 juin 1794, Richard PIERPOINT signe la «Petition of Free Negroes» ou «Pétition des Nègres libres» avec 18 autres résidents noirs du Haut-Canada, document adressé au lieutenant-gouverneur John Graves SIMCOE (1752-1806). En effet, les Noirs même libres, se voyaient opposés diverses entraves pour valoriser et exploiter leurs terres (taxes, servitudes comme le passage de route ou construction de cabanes). Par cette pétition, les esclaves libres et propriétaires de terrains, exigent des autorités la possibilité de s’installer les uns à côté des autres afin de pouvoir créer une communauté et d’être en mesure de travailler collectivement au défrichage de leur terrain respectif et de se prêter mutuellement assistance. Cependant, les visées stratégiques de ce regroupement des Noirs, qui nous manque tant de nos jours, c’était aussi ensemble, pour les Noirs, de combattre les préjugés et les calomnies des colons blancs. Unis, ils sont plus forts, pour retrouver leur dignité. La communauté qu'il va fonder deviendra un point de sortie du chemin de fer clandestin, de nombreux esclaves en fuite vont être hébergés chez Richard PIERPOINT.
Lorsque la guerre éclate entre l’Angleterre et les États-Unis en 1812, Richard PIERPOINT est âgé de 68 ans. Il réclame toutefois le «leadership» militaire pour la création d’une milice composée exclusivement de Noirs afin de combattre aux côtés des Britanniques. Peu après, il rejoint le «Corps of Coloured Men» du capitaine Robert RUNCHEY (1759-1819), simplement surnommé «Le Coloured Corps», une milice comprenant uniquement des Noirs libres.
Richard PIERPOINT, en 1821, à l’âge de 77 ans, avait l’autorisation de retourner au Sénégal, mais les autorités coloniales de l’époque lui ont refusé ce droit. «Quel est le sens de ma vie ? J’ai longtemps servi les Britanniques. Nous sommes en 1821. J’ai 77 ans. Je suis prêt à retourner chez moi. J’entrevois le Sénégal et ma parenté. Je souhaite retourner dans mon pays natal. En fermant les yeux, je vois un spectacle qui me coupe le souffle. Les vastes plaines d’herbe d'or, les montagnes majestueuses qui s’étendent jusqu’au ciel. C’est facile d’imaginer le gazouillement des oiseaux d’Afrique. Le rythme des vagues qui déferlent sur les plages de sable. Je songe avec envie au temps où je vivais sans contrainte. J’envoie donc une demande au gouvernement. Refusée. J’ai le cœur gros. Je me suis battu toute ma vie pour la liberté. La liberté pour mon âme, pour mon peuple, pour ce pays. Le Canada que j’ai servi» dit-il. En revanche, Ayouba Souleymane DIALLO ou Job Solomon (1701-1773), un ami d’enfance du prince Déniyankobé, Samba Guéladio Diégui BA, né à Thiambé, dans le Boundou, capturé en Gambie et envoyé dans le Maryland, aux Etats-Unis, pendant deux ans, a été racheté par des philanthropes britanniques. Il a été libéré en même temps qu’un autre esclave Manding parlant peul, Lamine GAYE, et raccompagné en Afrique par Thomas HULL.
Les Américains connaissent mieux Phillis WHEATLEY (1753-1784), première poétesse, ancienne esclave et mère de la littérature noire aux Etats-Unis, devenue une domestique de John WHEATLEY, de Boston. En effet, en 1776, Phillis WHEATLEY a quitté Boston, pour se rendre à Cambridge, à l’invitation de George WASHINGTON ; elle avait écrit de nombreux poèmes pour les révolutionnaires américains, dont l’un est justement dédié à George WASHINGTON (1732-1799). On sait peu de choses sur la vie de Phillis WHEATLEY, avant d’être arrivée en 1761 aux Etats-Unis. Ses biographes pensent qu’elle est musulmane, d’origine peule, du Sénégal. Reconnaissant très tôt ses talents, ses maîtres lui accorde des privilèges inhabituels pour une esclave, l'autorisant notamment à apprendre à lire et à écrire. En moins de deux ans, Phillis parvient, grâce aux leçons de Mme WHEATLEY et de sa fille, à maîtriser l'anglais. Elle poursuit par ailleurs son instruction en s'initiant au grec et au latin et fait sensation parmi les intellectuels de Boston lorsqu'elle traduit un texte d'Ovide. Dès quatorze ans, elle écrit des poèmes sur la morale et la piété. Elle est affranchie lorsque M. et Mme WHEATLEY meurent tous deux peu après son retour. En 1778, elle épouse John Peters, un Noir affranchi, qui finira par l'abandonner. À la fin de sa vie, Phillis WHEATLEY travaille comme domestique et meurt dans la pauvreté, le 5 décembre 1784, à Boston. Ses ouvrages ont été réédités par ses amis et la ville de Boston lui a dédiée une statue, réalisée par Meredith BERGMANN, inaugurée le 25 octobre 2003 et située sur la Commonwealth Street.
Richard PIERPOINT décède le 27 septembre 1838, et ne laisse derrière lui ni famille ni héritier, léguant ses biens à Lemuel BROWN du canton de Grantham. On ne connaît pas le lieu de sa sépulture.
Par conséquent, le vrai héritage de Richard PIERPOINT, cadre bien les objectifs du «Black Mont History». Richard PIERPOINT, un homme capturé jeune en tant qu’esclavage, ayant recouvré sa liberté, s’est battu pour celle des autres, et en particulier, pour la dignité des Noirs contre toutes les formes de servitudes. Notre cousin, homonyme et ami, Amadou BA, historien et universitaire, a effectué des recherches poussées sur les Noirs au Canada. «Comme beaucoup d'autres personnes, j'ai toujours pensé que les Noirs étaient des immigrants récents au Canada» le professeur Amadou BA. «Le premier Noir arrive au Canada à l'époque de Samuel CHAMPLAIN, au cours de son voyage en 1605. Il s'agit de Mathieu COSTA» précise le professeur et historien, Amadou BA dans son livre «L’histoire oubliée de la contribution des esclaves et des soldats noirs, à l’édification du Canada (1604-1945)» paru, en octobre 2019, chez éditions de l’Afrikana. A l'époque, les esclaves étaient considérés comme des biens meubles que l'on pouvait vendre à sa guise. Les Noirs se sont engagés dans l'Armée en qualité de soldats, un vecteur d'intégration et de preuve de loyauté.
De nos jours, les Noirs au Canada, ce sont de hauts cadres, comme le professeur Amadou BA, notre frère ami de Val-de-Reuil, Abou N’GAME, ainsi que Mme Aoua Bocar LY-TALL, Raki KANE de la mission diplomatique sénégalaise. Les temps changent, avec ce bon accueil et cette magnifique intégration de la part du premier ministre canadien, M. Justin TRUDEAU. Honneur et Gloire à Lui !
En définitive, il appartient à ces nouveaux immigrants africains, compte tenu de ces bonnes dispositions du gouvernement canadien à leur égard, de rester digne de l’héritage et du message de Richard PIERPONT, un remarquable partisan du bien-vivre ensemble n’ayant pas oublié le riche passé culturel africain. On peut être différents mais égaux, et vivre ensemble, de façon apaisée et harmonieuse. La diversité et le multiculturalisme, contrairement, aux délires macroniens, sont des biens précieux, pour une société apaisée. Aussi, les Sénégalais vivant au Canada sont invités par Mme Viviane Laure Elisabeth BAMPASSY, ambassadrice du Sénégal au Canada, à consolider le pont jeté entre les deux pays, il y a de cela trois siècles, et à reprendre à leur compte, le slogan, «l’avenir, c’est maintenant».
Indications bibliographiques
BA (Amadou), L’histoire oubliée de la contribution des esclaves et des soldats noirs, à l’édification du Canada (1604-1945), éditions de l’Afrikana, 2019, 300 pages ;
BARRY (Mamadou Moctar), Boubacar Saada. Almamy du Boundou (1857-1885), mémoire de maîtrise, Dakar, Université de Dakar, 1975, 160 pages ;
BENNETT, (Paula), “Phillis Wheatley's Vocation and the Paradox of the Afric Muse'", PMLA, 1998, vol 133, n°1 pages 64-76 ;
BLUETT (Thomas), Some Memoirs of the Life of Job, the Son of Solomon, the Higest Priest of Boonda, in Africa, Londres, Richard Ford, Angel and Poultry, 1734, 62 pages ;
CAMARA (Cheikh Moussa), «Histoire du Boundou», traduction de Amar Samb, BULLETIN de l’IFAN, 1975, série XXXV, pages 239-322 et traduction et présentation de Moustapha N’DIAYE, BULLETIN DE L’IFAN, 1975, série B, (XXXVII), n°1, pages 784-816 ;
CLARK (Andrew, F.), «The Fulbe of Bundu (Senegambia): From Theocracy to Secularization», The International Journal of African Historical Studies, 1996, vol. 29, n°1, pages 1-23 ;
CURTIN (Philip, D), «The Uses of Oral Tradition in Senegambia: Maalik Sii and the Foundation of Bundu», Cahiers d'études africaines, 1975, vol. 15, n°2, pages 189-202 ;
CURTIN (Philip, D), The Africa Remembered. Narratives by West Africans from the Era of Slave Trade, Madison, The University of Wisconsin Press, 1968, 363 pages ;
DAFTER (Ray), An Uncommon Slave, Kribworth, The Book Guild Publishing (UK), 2020,  200 pages ;
DAVID (Pierre-Félix-Barthélémy), Journal d’un voyage fait en Bambouc en 1744, manuscrit publié par André DELCOURT, Paris, Société française d’histoire d’Outre-mer, 1974, 303 pages, spéc sur Ayoub Souleymane Diallo ou Job Solomon, pages 273-275 ;
DIAGNE (Sékhou), Bokar Saada. Almaami du Bundu (1854-1885). Résistant ou collaborateur ?, D.E.A., Dakar, Université de Dakar, 1985, 51 pages ;
DIAGNE (Sékhou), Le Bundu des origines au protectorat français de 1858, mémoire de maîtrise, Dakar, Université de Dakar, 1976, 154 pages ;
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GOMEZ (Michael. A), “Malik Sy and the Foundation of the Bundu”, Cahiers d’études africaines, 1985, vol 25, n°100, pages 535-553 ;
GOMEZ (Michael. A), Malik Sy, Bokar Saada and the Almaamate of Bundu, Chicago, University of Chicago, 1985, VIII, 484 pages ;
GRANT (Douglas), The Fortunate Slave, an Illustration of African Slavery in the Early Eighteen Century, transcription des mémoires de Richard Hull sur Ayouba Souleyane Diallo, London, University Press, 1968, 231 pages ;
GRAY (John, Miller), A History of the Gambia, Cambridge, The University Press, 1940, réédité en 2015, 508 pages, spéc pages 209-213 ;
MEYLER (Peter), MEYLER (David), The Stolen Life, Surching For Richard Pierpoint, Toronto, Dundurn, 1999, 141 pages ;
MOORE (Francis), STIBBS (Bartholomew), LEO (Africanus) Travels Into the Inlands Parts of Africa, Londres, Edward Caves, 1738, 466 pages ;
NOSSENT (Maxence), Personne n’est jamais revenu, Paris, EAN, 2016, 178 pages ;
O'NEALE (Sondra), “A Slave's Subtle War: Phillis Wheatley's Use of Biblical Myth and Symbol”, Early American Literature, 1986, vol 21, n°2, pages 144-65 ;
RANCON (André), «Le Bondou : étude de géographie et d'histoire soudaniennes», Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux, 1894 no17, pages 433-463, 465-484, 497-548, 561-591, 593-623 et 625-647 ;
TENSING (Max), The Life of Phillis Wheatley, illustrations de Ron Himler, Houghton Mifflin Harcourt, 20 pages ;
Tétraktis, Diagnostic touristique et culturel. Réserve naturelle communautaire du Boundou, Conseil général de l’Isère et Conseil régional de Tambacounda, mai 2011, spéc sur l’histoire du Boundou, pages 14-24 ;
WHEATLEY (Phillis), Letters of Phillis Wheatley, The Negor-Slave, Poet of Boston, Boston, Private Printed, 1864, 19 pages ;
WHEATLEY (Phillis), Memoir and Poems of Phillis Wheatley, A Native African and a Slave, Boston, Geo, W Light, 1834, 103 pages, sur sa biographie, spéc pages 9-29 ;
WHEATLEY (Phillis), Poems on Various Subjects, Religion and Moral, Londres et Boston, Book Feller,  124 pages.
Paris, le 24 février 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 10:38
Ce 10 mai 2020, dernier jour du confinement, en raison de la pandémie du Covid-19, coïncide avec la Journée commémorative de l’abolition de l’esclavage, pour honorer le souvenir des esclaves et commémorer l’abolition de l’esclavage. Cette journée commémorative fait suite à la Loi du 10 mai 2001, à l’initiative de Christiane TAUBIRA, déclarant que la traite négrière est un «crime contre l’Humanité». Sur proposition de Maryse CONDE, le président Jacques CHIRAC, par un décret du 31 mars 2006, avait fixé au 10 mai 2006, la première célébration de cette journée commémorative.  J’assiste depuis le 10 mai 2013, au Jardin de Luxembourg, à Paris, à cette Journée commémorative de l’abolition de l’esclavage. En raison du confinement, prenant fin ce dimanche 10 mai 2020, quelle meilleure façon de parler de l’abolition que rappeler les combats de l’Abbé GREGOIRE, qui ne sont pas resté vains : «Le temps détruit tout, et ses ravages sont rapides : mais il n’a aucun pouvoir sur ceux que la sagesse a rendu sacrés : rien ne peut leur nuire ; aucune durée n’en effacera, ni n’en affaiblira le souvenir ; et le siècle qui la suivra, et les siècles qui s’accumuleront les uns sur les autres, en feront qu’ajouter encore à la vénération qu’on aura pour eux» écrit Sénèque, dans son «Traité de la brièveté de la vie». En effet, plus que jamais, cette pandémie appelle l’émergence d’un autre monde, celui que réclamait l’abbé GREGOIRE : la nécessité de bâtir une gigantesque cathédrale d’Amour, de Fraternité, de Solidarité, de Compassion, de Paix et de Justice.
Par ailleurs, le 10 mai 1914 a été «un tremblement de terre» au Sénégal, suivant une expression du professeur Iba Der THIAM, avec la victoire de Blaise DIAGNE (1872-1934), contre François CARPOT (1862-1936). Depuis 1848, c’est la première fois qu’un Africain est élu à l’Assemblée nationale française. Le 10 mai 1981, c’est aussi la victoire de François MITTERRAND (1916-1996) aux élections présidentielles. C’est également la première fois, avec cette alternance, que la Gauche accédait, durablement, au pouvoir.
Se surnommant «l’Ami des Hommes de toutes les couleurs», suivant le sous-titre d’un de ses ouvrages, Henri GREGOIRE est celui qui n’a jamais renoncé, en raison de sa lutte intransigeante contre la traite négrière, l’esclavage. Il a toujours lutté contre le «préjugé de couleur», c’est-à-dire le racisme, et ceci jusqu’à l’extrême fin de sa vie. Les fondements chrétiens de sa conception de l’unité de l’espèce humaine font de lui un grand humaniste : «L’époque de ma vie la plus heureuse est celle où j’étais curé. Un curé digne de ce nom est un ange de paix : à la fin de chaque jour, il doit s’applaudir d’avoir fait une foule de bonnes actions» écrit-il dans ses mémoires. En effet, ses charges d’enseignant, de curé d’Emberménil, près de Lunéville, en Lorraine, de prêtre du Diocèse de Nancy (1775-1791), d’évêque constitutionnel de Loir-et-Cher (1791-1802), de député aux États généraux, et à la Convention, membre du Conseil des Cinq-Cents (1795-1798), du Corps législatif (1800) et du Sénat (1801-1814), de membre de l'Institut de France de 1795 à 1816, firent de l’abbé GREGOIRE un homme de premier plan dans la vie intellectuelle, politique et religieuse durant le siècle des Lumières et la période révolutionnaire. Fondateur de l'hebdomadaire «Annales de la Religion» du Comité d’instruction publique, de l’Institut national, du Bureau des longitudes et du Conservatoire des arts et métiers, Henri GREGOIRE est défenseur ardent des arts et de l’instruction publique : «Sachez qu’un peuple ignorant ne sera jamais un peuple libre» écrit-il dans ses mémoires. On retrouvera, en lui, «les sentiments de piété, de philanthropie et de républicanisme dont cette existence fut l’entière application» écrit Hyppolite CARNOT en charge de publier ses mémoires. En effet, l’abbé, Homme d’église et des «Lumières chrétiennes», Henri GREGOIRE fut l’un des plus résolus dans la lutte pour l’extension des principes de 1789 aux peuples non-européens, avec toutes les ambiguïtés dont ce message était porteur «La physionomie morale de Henri Grégoire se distingue entre toutes dans les fastes de la Révolution française : elle est originale autant que noble et pure. On ne peut s’empêcher d’admirer ce prêtre chrétien qui ose confesser  sa foi au milieu d’un peuple insurgé contre la religion aussi bien que contre la politique du passé. Et pourtant, ce peuple respectant en lui ses convictions sincères et profondes, n’a cessé de regarder en lui comme un ami» écrit Hyppolite CARNOT. L’abbé GREGOIRE a vu en la Révolution française l’application des préceptes d’un christianisme républicain. Chef du clergé populaire, il assiste le 20 juin 1789 au Serment du jeu de paume, immortalisé par un tableau de David.
Curieusement, l’abbé GREGROIRE est moins connu en Afrique que Victor SCHOELCHER (1804-1893), à la base de l’abolition définitive de 1848. D’une manière générale, les Africains s’intéressent beaucoup plus aux questions de colonisation que d’esclavage. En 1315, Louis X interdit l’esclavage en France, mais en 1685, Louis XIV édicte «le Code Noir» autorisant l’esclavage dans les colonies françaises. C’est sous l’impulsion hardie de l’abbé GREGOIRE qu’un décret du 5 février 1794 a aboli l’esclavage. Cependant Bonaparte rétablit l’esclavage en 1802. Pourtant, l’abbé GREGOIRE est le précurseur et le mentor de Victor SCHOELCHER. En effet, en 1839, Victor SCHOELCHER remporte le prix de l’association des Amis des Noirs que lance l’Abbé GREGOIRE sur le thème «Quels seraient les moyens d’expurger le préjugé injuste et barbare des Blancs contre la couleur des Africains ?».  Dans son étude, il conteste les théories justifiant l’esclavage et la colonisation au nom de l’infériorité intellectuelle des Noirs : «Quant à moi, il me reste démontré, qu’en fait, les Nègres sont une variété d’espèces d’animaux appelés hommes, et ils sont libres de droit !» dit-il.  Son combat change donc de nature, il ne demande plus la libération progressive et graduée des esclaves, mais exige  une abolition immédiate de l’esclavage, dans un ouvrage de 1842. Il devient célèbre pour cette cause qu’il défendra, sans relâche jusqu’à la fin de sa vie. Il rencontre l’abbé GREGOIRE, membre de la société des Amis des Noirs, à partir de 1789 : «Personne n’a acquis plus d’honneur soutenant les Nègres que Grégoire ; son ardeur, loin de se refroidir, n’a fait qu’augmenter dans les obstacles. Tel est le caractère des hommes qui se dévouent à une noble cause» dit Jacques-Pierre BRISSOT. L'objectif des Amis des Noirs est bien de préparer la suppression de la traite et l'abolition de l'esclavage. Mais ils se heurtent aux intérêts des colons et à la haine des Montagnards, qui les envoient à l'échafaud, comme BRISSOT en 1793 ou les conduisent au suicide (CLAVIERE, CONDORCET). Seul l'abbé GREGOIRE échappe à la répression. Il est même élu à la Convention, où il demande «la mise hors la loi du commerce infâme». Sous son impulsion et celle de Danton, la Convention abolit l'esclavage le 4 février 1794. L'abbé GREGOIRE, qui continue de se battre et de publier des brochures en faveur de l'abolition de l'esclavage en France, mourra néanmoins, en  1831, sans avoir vu son pays revenir à la décision prise en 1794. Mais il n’a pas pu assister à la Révolution de 1848 ayant aboli, définitivement, l’esclavage : «Lorsqu’après une longue expérience, avec ce triste résultat, on arrive au soir de sa vie, la certitude de la quitter bientôt et d’échapper à ce monde est consolante. Chez tous les peuples il y a des âmes pures, et la véritable noblesse, la vertu, peut être l’apanage des hommes de toutes les couleurs» écrivait-il, en 1826, dans «la noblesse de la peau». Cependant, et en dépit de la difficulté de la mission, Henri GREGOIRE restera, en permanence, habité par ce beau rêve «Pourquoi désespérer que jamais il ne se réalise ? Le monde donne des espérances. Espérer que le despotisme qui est une grande erreur, que la guerre qui est une grande immoralité deviendront plus rares en Europe. Les bonnes mœurs et la justice sont la source unique du bonheur» écrit-il dans ses mémoires.
«Évoqué par les uns comme le sauveur du patrimoine culturel de la France, par les autres comme le pourfendeur de l’esclavage et l’ami des Juifs, affidé à une révolution antireligieuse pour les troisièmes, l’abbé Grégoire se tient encore dans la cohorte des inconnus célèbres. Pourtant sous son faux nom se concentrent plusieurs enjeux importants : l’attitude chrétienne à l’égard de la démocratie, la vocation pédagogique et culturelle de la République, les chances d’une véritable égalité des frères humains sans considération de couleur, de race ou de religion» écrit Rita HERMONT-BELOT. D’une imagination vive, très cultivé, esprit ardent et fécond, Henri, Jean-Baptiste, GREGOIRE est né le 4 décembre 1750 à Vého (Meurthe-et-Moselle), près de Lunéville. Ses parents de condition très modeste ne savent ni lire, ni écrire. Bastien GREGOIRE, son père, est un simple ouvrier tailleur d'habits, sa mère, Marguerite THIEBAUT, femme au foyer. Mais ils lui ont inculqué de très hautes vertus morales et humanistes : «Quant à moi, dont la roture remonte probablement jusqu'à Adam, né plébéien [...], persuadé, comme le dit un poète, que chacun est le fils de ses œuvres, je ne veux jamais séparer mes affections ni mes intérêts de ceux du peuple.  [...] Je remercie le Ciel de m'avoir donné des parents qui, n'ayant d'autre richesse que la piété et la vertu, se sont appliqués à me transmettre cet héritage», écrit Henri GREGOIRE, dans ses mémoires. Baptisé le 5 décembre 1750, le jeune Henri, à Vého, fréquente l'école du régent Nicolas HOUSSEMONT. Pour ses 8 ans, il sait lire et écrire. En 1758, il est pris en main par l'abbé CHERRIER, curé d'Emberménil, qui accueille dans le collège qu'il a fondé des enfants de familles aisées et de petite noblesse. Le petit Henri y est un élève non-payant, ses parents n'ayant pas les moyens de payer ses études. Seuls ses dons intellectuels lui ont ouvert cette porte. Il étudie les saintes Écritures, les mathématiques, la géométrie et la grammaire de Port-Royal-des-Champs. Il acquiert un esprit critique en lisant Montaigne, Racine, Pascal, Rousseau et Voltaire. Dès cette époque apparaît sa vocation sacerdotale. En 1768, les Jésuites, conciliant la foi et la raison, sont chassés de Lorraine, l'université qu'ils dirigeaient à Pont-à-Mousson, est transférée à Nancy. Henri y entre le 3 novembre 1768. Il fréquente la bibliothèque publique créée par Stanislas et s'y lie d'amitié avec le chevalier de SOLIGNAC, ancien secrétaire particulier du duc de Lorraine, qui l'initie à la question des Juifs : «Lorsque, pour la première fois, j’entrai à la bibliothèque de Nancy, le sous-bibliothécaire, me dit «Que désirez-vous ?», «des livres, pour m’amuser». « Mon ami, vous vous êtes mal adressé. Ici on en donne que pour s’instruire ». «De ma vie, je n’oubliera jamais la réprimande», écrit Henri GREGOIRE, dans ses mémoires. L'abbé SANGUINE jouera plus tard un rôle important dans la formation de Grégoire lorsqu'il sera son professeur de théologie dans les années 1771-1774. En 1764, âgé de 14 ans, il est admis au collège des Jésuites. Il étudie le français, le latin, le grec, l'histoire et la géographie, lit Bossuet, Voltaire et Rousseau. Il étudie chez les Jésuites de Nancy et conduit toute sa vie à la recherche de l’égalité parmi tous les hommes, de la liberté, plaide notamment pour les droits civiques des Juifs, des Noirs et des Métis des colonies. En août 1773, Henri GREGOIRE fait parvenir à la Société des sciences et des arts à Metz un exemplaire de son «Eloge de la poésie» qui vient de recevoir le prix des Belles-Lettres. En 1776, Henri GREGOIRE est l'un des membres fondateurs de la Société philanthropique de Nancy dont les associés déclarent que «leur association est à base d'amour des hommes», ainsi que le dit Térence ; ils excluent de leur compagnie les avares et les orgueilleux, ceux qui par superstition stupide regardent la tolérance comme une impiété; ils ne croient pouvoir mieux honorer la divinité que par l'amour du prochain, la bienfaisance et la bonté du cœur.
C’est à Paris, que l’abbé GREGOIRE découvre la question de l’esclavage et adhère à la société des Amis des Noirs. Auparavant et dès 1787, Henri GREGOIRE constitue un syndicat des curés du diocèse de Nancy. Dès janvier 1789, Henri GREGOIRE engage les curés lorrains à participer au débat politique : «Que le Clergé renonce à tout privilège en matière d’impôts. Nous sommes d’abord citoyens, toutes les autres qualités s’effacent devant celles-là. Mais comme curés, nous avons des droits» écrit-il. Par son érudition et ses voyages, il devient le «prêtre des lumières». Passionné d’agriculture, élu le 6 avril 1789, il participe aux Etats-généraux, à Versailles, dès le 5 mai 1789. Le 3 juillet 1789, Henri GREGOIRE devient l'un des deux secrétaires de l'Assemblée, désigné à la quasi-unanimité. Le 13 juillet, les royalistes menacent de faire charger la troupe : «Ils pourront éloigner la Révolution, mais certainement, ils ne l’empêcheront pas. Des obstacles nouveaux ne feront qu’irriter notre résistance  à leurs fureurs, nous opposerons la maturité des conseils et le courage le plus intrépide», écrit-il dans ses mémoires. Le fondement de la Déclaration du 26 août 1789, ne fait pas référence à Dieu, comme le demandait Henri GREGOIRE, mais à un «Être suprême» et on lui attribue, cependant, la paternité du principe d’égalité «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits» suivant l’article 1er de cette Déclaration des droits de l’Homme. C’est là un fondement légal à l’abolition de l’esclavage ainsi qu’à la prohibition des discriminations raciales.

L’abbé GREGOIRE meurt à Paris, le 28 mai 1831. Enterré d’abord au cimetière Montparnasse, ses cendres seront transférés, en 1989, au Panthéon.

I – L’Abbé Grégoire, ami des Hommes de toutes les couleurs
L’abbé GREGOIRE est en permanence en lutte contre les préjugés et toutes les formes de racismes. L'unité de l'espèce humaine, principe fortement souligné dans l'œuvre de l’abbé GREGOIRE, et qui sous-tend son combat contre l'esclavage, est une croyance a priori, fondée sur la religion. Quand parait en 1808, «De la littérature des nègres, ou Recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités morales et leur littérature ; suivies de Notices sur la vie et les ouvrages des Nègres qui se sont distingués dans les Sciences, les Lettres et les Arts, l’Angleterre a interdit depuis moins d’un an à ses sujets de pratiquer la traite atlantique. L’abbé GREGOIRE prend le contrepied de la politique raciste de Napoléon qui avait mis en place une politique de ségrégation raciale dans les colonies.  En effet,  même si la Révolution française a ancré le droit naturel des êtres humains à naître et demeurer libres, les abolitionnistes rencontrent des difficultés pour démanteler le système d'exploitation esclavagiste des empires européens. En républicain authentique, convaincu du principe de Fraternité, l’abbé GREGOIRE a défendu, toute sa vie, les êtres considérés comme inférieurs. Aussi, «De la littérature des Nègres» est dédié par l’abbé GREGOIRE «à tous les hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux noirs et sang-mêlé, soit par leurs ouvrages, soit par leurs discours dans les assemblées politiques, pour l’abolition de la traite, le soulagement et la liberté des esclaves» écrit-il. L’Abbé GREGOIRE est donc audacieux et assume ses idées. En effet, le contexte est particulièrement hostile, pour une publication défendant la cause des Noirs : rétablissement de l’esclavage en 1802, législation consulaire discriminatoire à l’égard des gens de couleur. En 1807, une enquête de police recense toutes les personnes de couleur établies en métropole, afin de les soumettre à un projet d’enrôlement militaire. Une loi du 3 juillet 1802 interdisait l’entrée des Noirs et des hommes de couleur sur le territoire métropolitain. En janvier 1803, les préfets furent chargés d’enjoindre aux maires de ne plus inscrire sur les registres de l’état-civil les mariages mixtes.
Auparavant, et dès 1763, les autorités s’inquiétaient de la présence d’hommes de couleur en métropole et il est interdit d’amener des hommes de couleur en métropole, de peur de voir l’expansion du métissage. Le Noir est esclave parce qu’il est inférieur et il est inférieur parce qu’il est esclave. Charles-Louis de Secondat de MONTESQUIEU (1689-1755), dans son «Esprit des lois», dans sa théorie des climats, appliquée au domaine de la philosophie politique, soutenait que l’asservissement des Noirs était une conséquence fâcheuse, mais logique du climat : «aucune curiosité, aucune noblesse d’entreprise, aucun sentiment généreux ; les inclinations y sont passives. La plupart des châtiments y sont moins difficiles à soutenir que l’action de l’âme, et la servitude moins insupportable que la force d’esprit» écrit-il. Les Noirs étaient interdits aux fonctions publiques et aux activités politiques, et il fallait les tutoyer au lieu de les vouvoyer. Une loi du 3 juillet 1802 interdit l’entrée des Noirs en métropole et en janvier 1803, les préfets enjoignent aux maires de ne plus célébrer les mariages mixtes. Pour échapper à la censure du ministre de la police, Joseph FOUCHE (1759-1820), l’abbé GREGOIRE se livre à une analyse essentiellement culturelle et intellectuelle plutôt que politique.
En humaniste, l’abbé GREGOIRE se livre à un savant plaidoyer pour l’unité de l’espèce humaine, au moment où des pseudo scientifiques prétendaient établir une hiérarchie des races, pour justifier la colonisation. Le Nègre fait partie de la grande famille de la race humaine, et de ce fait, il doit en remplir les devoirs et en exercer, pleinement, tous les droits. Ces droits et ces devoirs sont antérieurs au développement moral. Pierre-Louis Moreau de MAUPERTUIS (1698-1759) avait déjà posé le principe que la variété de l’homme noir était en quelque sorte un accident, une branche ou une variété de l’espèce humaine. Henri GREGOIRE s’appuie manifestement sur les travaux de Georges-Louis Leclerc BUFFON (1707-188), qui dans son traité de «l’histoire naturelle et ses variétés dans l’espèce humaine» de 1749, inspiré de récits de voyage au Sénégal et en Gambie, aborde le Nègre, sur le genre humain, en rejetant les théories, inspirées par la théorie biblique de la déchéance du Noir, celle de la malédiction de Cham : «Tout concourt à prouver que le genre humain n’est pas composé d’espèces essentiellement différentes entre elles, qu’au contraire, il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes, qui s’est multipliée et répandue sur toute la surface de la terre» écrit BUFFON. Quand un décret du 15 mai 1791 réintègre, environ 400 habitants de Saint-Domingue, dans la nationalité française, Henri GREGOIRE s’exclame : «Vous étiez des hommes, vous êtes des citoyens, et,  réintégrés dans la plénitude de vos droits. Le décret n’est point une grâce, car une grâce est un privilège, un privilège est une injustice, et ces mots ne doivent plus souiller le Code français. (…). Citoyens, relevez vos fronts humiliés ; à la dignité d’homme, associez le courage, la liberté, la fierté d’un peuple libre» écrit-il. Fidèle au droit naturel, l’abbé GREGOIRE part de l’idée que la Révélation est pour tous les hommes : «Les Nègres étant de même nature que les blancs, ont donc avec eux les mêmes droits à exercer, les mêmes devoirs à remplir. Ces droits et ces devoirs sont antérieurs au développement moral. Sans doute leur exercice se perfectionne ou se détériore selon les qualités des individus» écrit-il. En homme d’église atypique, pour l’abbé GREGOIRE, les qualités morales des individus permettent de les distinguer davantage des autres. Selon lui et suivant les écritures saintes «Vous aimerez votre prochain, comme vous-même». Or certains hommes d’église ont trahi ce commandement : «En méditant ces paroles qui pourrait ne pas remarquer le vide effrayant dans la conduite de cette multitude de zélateurs acariâtres, tracassiers, persécuteurs, déchirant à belles dents, et calomniant saintement, autrefois contempteurs des autels, mais qui, tout à coup, convertis à la religion par la politique, ont improvisé la ferveur et parodié la pitié en lui substituant la dévotion de parade» écrit-il.
Henri GREGOIRE a recensé de nombreux aux hautes qualités intellectuelles et morales. Ainsi, le Noir, Saint-Benoît de Palerme, du XVIème siècle, montre à quelle altitude les Noirs peuvent atteindre. Les Noirs peuvent atteindre de très hautes responsabilités, comme Angelo Soliman, favori du Prince du Liechtenstein, chargé de l’éducation du Prince héritier, et Hanibal, ancêtre de Pouchkine, devenu général de l’armée russe. Henri GREGOIRE, un des membres fondateurs de l’Institut des Arts et Métiers, et à son époque l’art africain étant encore discrédité, a valorisé les talents des Noirs dans les arts et métiers. Même s’il ne connaissait pas la cosmogonie et la tradition orale africaines, l’abbé GREGOIRE a eu le courage de s’opposer à des idées racistes, dominantes à son époque et celles-ci n’ont pas encore disparues. S’appuyant sur VOLNEY, qui avait étudié l’Egypte ancienne, l’abbé GREGOIRE estime qu’à la «race noire, nous devons nos arts, nos sciences et jusqu’à l’art de la parole» écrit-il. Pythagore et les Anciens grecs ont puisé dans la science et la philosophie de l’Egypte ancienne qui était noire.
Henri GREGOIRE s’est révélé être un porte-parole infatigable de la cause de l’égalité réelle : «L’opinion de l’infériorité des nègres n’est pas nouvelle. La prétendue supériorité des blancs n’a pour défenseurs que des blancs juges et parties, et dont on pourrait d’abord discuter la compétence, avant d’attaquer leur décision» écrit-il. Les écrits de l’abbé GREGOIRE sont un puissant viatique, pour la diaspora africaine, dans la lutte contre l’esclavage et la colonisation ; c’est «le premier pamphlet écrit en faveur de l’intelligence des Nègres et contre l’aristocratie de la couleur. L’abbé Grégoire y exalte les dons poétiques et musicaux des Nègres» écrit Amady Aly DIENG. Pour Augustin COCHIN «Les abolitionnistes bravant l’évidence et l’histoire, accordaient à la race noire les plus belles destinées intellectuelles. Nous n’en sommes plus à ces exagérations. Le sentiment Lgarde sa place, la raison a pris la sienne, le préjugé a perdu celle qui ne lui appartenait pas. Nous sommes devant les faits, les réalités pratiques» écrit-il, en 1861, dans «l’abolition de l’esclavage». L’abbé GREGROIRE a recensé différentes éminentes personnalités noires dans différents pays. Ainsi, en 1717, Don Juan Latino enseignait le latin à Séville. Michel ADANSON, dans son «voyage au Sénégal», en 1754, est surpris de voir les Noirs de ce pays lui nommer grand nombre d’étoiles et raisonner, de façon brillante, sur les astres. Il évoque aussi l’aïeul du poète national russe Pouchkine, qui s’appelait Abraham Hannibal, arraché du Cameroun et qui a été général de l’armée russe.
En France, l’ouvrage d’Henri GREGOIRE, «De la littérature des Nègres» soulève l’ire du parti colonial. Ainsi, Richard F. TUSSAC exprime, en 1810, la colère des milieux conservateurs à travers un livre intitulé «Le cri des colons contre l’ouvrage de M. l’évêque et sénateur, Grégoire». En revanche, «De la littérature des Nègres» a été très hautement apprécié par les colonisés «Les intellectuels continueront le combat pour l’émancipation des Noirs en exaltant la beauté des civilisations africaines et en brandissant l’étendard de l’Egypte nègre, mère des civilisations humaines, et particulièrement de la civilisation occidentale» écrit Antênor FIRMIN, dans «de l’égalité des races humaines», en 1885. Antênor FIRMIN ajoute que «l’abbé GREGOIRE, suivi par un petit nombre d’Européens consciencieux, ont mis leur haute intelligence, ainsi que leur grandeur d’âme au service de la vérité,  et se sont admirablement évertués, à convaincre leurs congénères de la réalité des faits. Ils ont héroïquement travaillé à rabattre la prétention de l’homme blanc à une supériorité native sur l’homme noir, prétention injustifiable et passant à l’état de dogme chez le plus grand nombre des Européens et dirigeant leur conduite générale dans toutes les relations avec les fils de l’Afrique» dit Antênor FIRMIN. «Un athlète courageux descend de nouveau dans l’arène, avec les armes qui lui sont depuis longtemps familières, celles de la Raison, de la religion, du sentiment et de l’érudition la plus étonnante ; on aime à voir s’avancer dans cette noble carrière, un membre distingué du Sénat Conservateur et de l’Institut national, un évêque illustre, un écrivain courageux, que rien n’a pu détacher des idées religieuses et libérales ; qui s’est montré constamment le patron des opprimés» écrit Joël BARLOW (1755-1812).
«De la littérature des nègres» atteste des connaissances encyclopédiques de l’abbé GREGOIRE, sur les multiples et riches formes de l’activité intellectuelle des Noirs. Dans les temps anciens, la diaspora a bien exploité les travaux de l’abbé GREGOIRE. Ainsi, William Burghardt DUBOIS (1868-1963), père du panafricanisme et partisan de l’antériorité des civilisations nègres d’Ethiopie et d’Egypte, a lu et a intégré, dans ses écrits et combats, «De la littérature nègre», traduit en anglais, aux Etats-Unis. Aimé CESAIRE est élogieux pour l’action de l’abbé GREGOIRE, en raison de son opiniâtreté et de sa pugnacité dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage «La Constituante avait sacrifié les Nègres aux colons, la législative aux ports de commerce. La Convention les sacrifiait à la paix. Un qui ne se découragea pas ce fut Grégoire» écrit-il. Léopold Sédar SENGHOR fait remonter la négritude aux idées de l’abbé GREGOIRE, «son ouvrage fut une défense et une illustration de la Négritude, non plus au nom des principes immortels, mais plus positivement, des valeurs de civilisation de l’Afrique noire» écrit-il dans «Liberté 3». En effet, l’abbé GREGOIRE affirme, comme Constantin-François VOLNEY (1757-1820), que les Egyptiens des temps pharaoniques étaient des Noirs, et que les Anciens grecs ou latins, ainsi que dans la Bible, désignaient, sous le nom d’Ethiopiens, tous les Noirs. Aimé CESAIRE se range à ce point de vue et considère que l’ouvrage de Cheikh Anta DIOP, «Nations nègres et culture» est le «plus audacieux qu’un Nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera, à n’en pas douter, dans le réveil de l’Afrique».
B – L’abbé GREGOIRE, adversaire des préjugés et amis des Juifs
Homme d’une grande tolérance, l’abbé GREGOIRE s’efforçait d’améliorer le sort des Noirs, des Juifs, des Catholiques irlandais, des Protestants et des domestiques. Tous les parias de la société eurent avec lui le plus grand défenseur. Pour les antisémites du XIXème siècle, raillaient la naïveté de l’abbé GREGOIRE. Pour eux, les Juifs ne pouvaient être jamais que «des usuriers avides et sans scrupules, des ennemis irréductibles du christianisme et des chrétiens, des exclusivistes fanatiques, des étrangers sans patrie, des traîtres en puissance». A ces haineux, l’abbé GREGOIRE répondaient «Corrigeons au plus tôt nos erreurs, émancipons les Juifs, sans retard. La liberté les guérira de leurs tares. Faisons-leur confiance, ainsi qu’au temps réparateur». L’abbé GREGOIRE a porté très haut les idées des Lumières, à savoir la foi en la nature humaine et dans sa faculté de régénération. Il faudrait refuser de mettre à l’écart des individus, comme des parias et les intégrer dans la société.
Henri GREGOIRE connaissait, de longue date, la communauté juive de Lorraine, ainsi que Moïse MENDELSSOHN (1729-1786), le grand-père du compositeur Félix. Aurélien LAMOURETTE (1742-1794), un professeur de philosophie et évêque constitutionnel, qui sera guillotiné en 1794, l’a sensibilisé à la question juive et à la tolérance religieuse. En 1774, il rencontre Isaac BERR-BING (1744-1828), savant de la communauté juive de Metz. La société philanthropique de Nancy propose, en 1779, comme sujet de concours : la place accordée aux Juifs dans la société, tant sur les plans civil que politique et social.
Henri GREGOIRE répond par un mémoire, montrant que sa réflexion sur ce sujet se poursuit. Il retravaillera, quelques années plus tard, ce mémoire, pour répondre à une nouvelle mise en concours lancée cette fois par la Société royale des sciences et des arts de Metz. Le 15 septembre 1786, la fête de Roch Hachana (Nouvel an juif) est célébrée dans la synagogue de Lunéville qui vient d'être construite. Invité à prêcher ce même jour en l'église St-Jacques de Lunéville, Henri GREGOIRE fait sensation en concluant son sermon par «les Juifs, mes frères». Pour, lui les Juifs sont membres de cette famille universelle qui doit établir la fraternité entre tous les peuples. 23 août 1788, Henri GREGOIRE publie «l'Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs». Cet écrit répond à la question mise en concours par la Société royale des sciences et des arts de Metz : «Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ?». Cet essai obtient la palme académique de Metz. C’est l’ouvrage le mieux écrit qui soit sorti de la plume de Henri GREGOIRE ; il dresse toutes les persécutions, les humiliations et les préjugés dont les Juifs ont été l’objet. Il réclame une loi civile pour les Juifs, tout en limitant, temporairement, leur mercantilisme et leur agiotage. Henri GREGOIRE est à la base d’une importante réforme pour les Juifs. Le 14 octobre 1789, à l'Assemblée nationale, Henri GREGOIRE reçoit une délégation de Juifs venue de Nancy et dirigée par Isaïe BERR-BING et demande que le Parlement traite immédiatement de la place des Juifs dans la nation. A partir de ce jour, les Juifs ont eu le sentiment d’appartenir à la Nation française. Le décret sur les droits civils et politique des Juifs, leur accordant la citoyenneté sera voté le 27 septembre 1791. Les Juifs de Bordeaux et de Bayonne, largement intégrés, parlant français, parfois riches, et disposant de droits reconnus par des lettres patentes sont admis dans le monde chrétien, les Juifs de Metz et de Colmar vivent à l'écart, au mépris des autres habitants qui leur en veulent particulièrement du commerce de l'argent qu'ils pratiquent. Créanciers de nombreux paysans et petits bourgeois, ils sont voués au mépris d'une population qui répugne, par ailleurs, à leurs coutumes religieuses, à leur façon de s'habiller, bref à leur étrange. Environ 50 000 Juifs (Ashkénazes et Sépharades) étaient exclus de la nationalité française depuis le règne de Louis XIV. «Les Juifs sont membres de cette famille universelle qui doit établir la fraternité entre tous les peuples» écrit l’abbé GREGOIRE.
Henri GREGOIRE est un adversaire résolu de tout préjugé qui est «une opinion qui, adoptée sur parole ou sans examen, peut être vraie ou fausse ; mais son usage assez commun en restreint la signification aux opinions erronées. L’ignorance, la paresse, une déférence passive à l’autorité, l’intérêt et l’orgueil sont les sources les plus ordinaires des préjugés» écrit-il. Dans les sociétés matérialistes la force physique est subordonnée à la force morale. Les audacieux, les lâches et les faibles associés ont vaincu les gens justes. Ainsi quand «la puissance et la richesse envahirent toutes les dignités, toute la considération sociale ; par une conséquence naturelle, le mérite réel, mais indigent, timide et modeste fut dédaigné ou même frappé d’ignominie» écrit Henri GREGOIRE. Suivant cette nouvelle hiérarchie, les puissants distribuent l’opprobre et l’éloge, le mépris et l’estime et dégradèrent ainsi l’image de certaines personnes, pour mieux les assujettir. La colonisation ou l’esclavage avaient inventé la noblesse de la peau, un préjugé de nature à légitimer ces servitudes établies par la cupidité, accepté par l’ignorance, fortifié par l’habitude et légitimé par des lois scélérates. Les préjugés de la couleur sont notamment fondés sur l’orgueil «Chez le sauvage, il veut briller par la longueur des ongles, des oreilles et de la perfection du tatouage ; chez ce qu’on appelle les nations civilisées, par les habits, des cordons, des parchemins ; chez les planteurs, par la noblesse de la peau» écrit-il. Ces préjugés sont encore tenaces de nos jours : «Avilir les hommes est le moyen de les rendre vils» écrit Henri GREGOIRE.
Le préjugé n’a aucun fondement dans la nature, dans la Bible ; la ligne entre la honte et l’honneur n’a pas de couleur : «Le délire seul pourrait supposer que l’affection et la haine, l’estime et le mépris forment des échelles de proportions applicables aux couleurs tranchées de l’espèce humaine» écrit Henri GREGOIRE. Si les âmes n’ont pas de sexe, les couleurs n’en ont pas non plus : «L’homme de bien, qu’il soit noir ou blanc, esclave ou libre, est plus grand aux yeux de l’Eternel qu’un être dépravé, fût-il ceint de diadème» écrit Henri GREGOIRE. Les partisans de l’esclavage et de la colonisation essayant de contourner la doctrine de la charité de l’Eglise, ont adopté une religion fondée sur l’intérêt ou l’orgueil. Pour eux, la religion est comme «celle des cours et des mondains, l’antipode de celle du Rédempteur. Ils l’écoutent sans répugnance lorsqu’elle instruit, il la repousse lorsqu’elle exige la réforme des mœurs. De l’Evangile on fait un canevas auquel les passions adoptent une broderie différente» écrit-il. Sur le plan strictement religieux, Henri GREGOIRE rappelle aux gouvernants «Malheur à la politique qui prétend fonder la prospérité d’un pays sur le désastre des autres, et malheur à l’homme dont la fortune est cimentée par les larmes des autres. (…) L’Eternel a l’éternité pour punir» écrit-il. La traite des nègres et leur esclavage est le plus grand crime commis par les nations européennes. Il en appelle à la Justice et à la Vérité, ainsi qu’à la Solidarité pour combattre le vice et les fautes des hommes.
Victor SCHOELCHER continuera de mener la bataille engagée par l’abbé GREGOIRE et critiquera le préjugé contre les Noirs : «Détruire la servitude des Noirs est le moyen le plus efficace pour détruire le préjugé contre les Africains» écrit-il dans «De l’esclavage, examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sangs-mêlés». Dans sa défense de cette race noire, si longtemps, si cruellement avilie, «Les propriétaires d’esclaves que vous, prêchassent à leurs frères cette loi de concorde. Ne laissez pas les partisans du statu quo s’emparer de tous les esprits, les corrompre» écrit-il. Les Noirs ne sont pas stupides parce qu’ils sont Noirs, mais parce qu’ils sont esclaves : «L’infériorité intellectuelle des hommes en servitude, n’est pas chose nouvelle ; les comédies antiques sont pleines de traits contre l’imbécilité des esclaves» écrit-il. En fait, c’est la servitude, la domination qui avilie l’homme : «La prétendue pauvreté intellectuelle des Nègres est une erreur créée, entretenue, perpétuée par l’esclavage ; conséquemment, ce n’est pas la couleur, mais la servitude qu’il faut haïr» dit-il.
II – L’Abbé Grégoire, partisan de l’abolition de l’esclavage
Dès la fin du XVIIIème siècle et sous l’impulsion des Quakers, un puissant mouvement abolitionniste s’était manifesté : «Honneur immortel à la société des Quakers. En affranchissant leurs esclaves, en déclarant en l’an 1754 exclus de leur sein quiconque ne les affranchissait pas, ils donnèrent un exemple que toutes les sociétés auraient dû imiter, un exemple sur lequel les catholiques auraient dû prendre initiative» écrit Henri GREGOIRE. «Acheter des hommes est un forfait aggravé par celui de les maltraiter, et celui de les contraindre à un travail sans rétribution» précise-t-il. Le silence de l’Eglise est une complicité de ce crime. La 4 février 1794, la Convention abolit l’esclavage.
L’abbé GREGOIRE a adhéré à Société des Amis des Noirs dont font partie Jean Antoine CONDORCET (1743-1794), Lafayette, La Rochefoucauld, Clermont-Tonnerre, Pétion et Clavière, etc, dont les buts sont l’accès à la citoyenneté et l’abolition de l’esclavage : «L’Homme est moins grand par son génie que par l’usage qu’il en fait» écrit-il dans ses mémoires.
Cette Société des Amis des Noirs est une réaction contre le monde intellectuel servile, cette multitude sans caractère et sans opinion fixe, une clique rampante et cupide «L’idolâtrie politique est l’une des grandes plaies de l’ancien monde. La flatterie a souillé les chaires et les tribunes» écrit-il. Les abolitionnistes ont une noble ambition «Libérer les esclaves, répandre parmi eux et parmi ceux qui sont déjà libres, l’instruction, l’amour du travail, de l’ordre, de la vertu, et surtout la pitié sans laquelle les vertus n’ont aucune garantie» écrit Henri GREGOIRE. William WILBERFORCE (1759-1833), en Angleterre et l’abbé GREGOIRE, en France, furent les éminents combattants pour l’abolition de l’esclavage, au nom des principes inspirés par un sentiment supérieur de justice et d’humanité. Evoquant les esclavagistes, l’abbé GREGOIRE estime que «la soif de l’or, du pouvoir, rend les hommes féroces, altère leur raison et anéantit leur sentiment moral» écrit-il. Henri GREGOIRE propose d’abord aux colons une abolition progressive de l’esclavage : «Que firent les colons ? Semblables à tous les despotes qui jamais ne trouvent les peuples assez mûrs pour la liberté, au lieu d’aller le joug, la plupart des colons l’aggravèrent. A des écrits raisonnés, ils opposèrent, sans relâche, des diatribes anonymes contre ces Amis des Noirs. A les entendre, nous aiguisons contre eux des poignards, nous voulions les faires égorger, nous étions des traîtres à la patrie» écrit Henri GREGOIRE. Les colons ont prétendu, également, que les Amis des Noirs ne connaissaient pas la réalité des territoires qu’ils décrivent. Sans avoir vécu dans les colonies, l’abbé GREGOIRE conteste la légitimité de l’esclavage au nom des principes de liberté et de morale ne devant pas varier suivant les degrés de latitude. Jusqu'à sa mort GREGOIRE mena la plus ardente campagne pour obtenir l'abolition définitive de l'esclavage et de la traite. Il restait rigoureusement fidèle à ce qu'il avait écrit, en 1790. «C'est une cause dont je me suis fait l'avocat et que je n'abandonnerai jamais». En 1817, l’abbé GREGOIRE écrivait encore au cardinal, préfet de la propagande à Rome : «Je me suis dévoué à la cause des enfants de l'Afrique à travers des persécutions dont la continuité et la noirceur, loin d'amollir mon courage, l'ont accru, et jusqu'à mon dernier soupir, ils trouveront en moi un défenseur» et l’abbé GREGOIRE tint parole. «Le trait le plus saillant du caractère de Grégoire était la ténacité, qui s’alliait avec une extrême mobilité d’imagination. Aucune existence ne se présente plus homogène au milieu de nos annales biographiques si bigarrées» écrit Hyppolite CARNOT.
La nature n’ayant pas fait d’esclaves, tous les hommes ont un droit égal à la liberté. L’abbé GREGOIRE est donc en rupture par rapport à l’église officielle, complice de l’esclavage «La religion chrétienne qui épure la joie, qui essuie les larmes, et dont la main est toujours prête à répandre des bienfaits, la religion se place entre les esclaves et les maîtres, pour adoucir la rigueur de l’autorité et le joug de l’obéissance» écrit-il. La barbarie est liée au commerce de l’esclavage en Afrique : «pour s’en procurer, les Européens y font naître et ils y perpétuent l’état de guerre habituelle ; ils ont empoisonné ces régions par leurs liqueurs fortes, par l’accumulation de tous les genres de débauches, de rapacité et de cruauté» écrit John BARROW (1764-1848). Les colons répètent que le sol des colonies a été arrosé de leur sueurs, et jamais un mot sur la sueur des esclaves. L’érudition des colons est riche de citations en faveur de leurs servitudes ; personne mieux qu’eux ne connaît la tactique du despotisme. L’abbé GREGOIRE reprend à son compte une formule du président de Saint-Domingue aux esclaves libérés «Vous êtes tous égaux et libres devant Dieu et devant la République».
Les colonialistes et les esclavagistes justifient l’asservissement des Noirs par leur prétendue infériorité morale. L’auteur anglais David HUME (1711-1776) avait prétendu que seule la race blanche est cultivée, et que jamais on ne vit un Noir distingué par ses actions et ses lumières. Adhémar BARRE de SAINT-VENANT (1797-1886) a dit de façon péremptoire que les Nègres seraient dépourvus d’esprit, de génie et de raison. Pour d’autres, sont fils des besoins naturels ou factices. Ceux-ci seraient inconnus en Afrique. Les Nègres seraient incapables de s’élever aux hautes conceptions de l’esprit humains A cela, l’abbé GREGOIRE objecte que Epictète, Térence, Phèdre et Esope étaient des Noirs. Il pose aussi cette question redoutable : comment le génie pourrait-il naître dans l’opprobre et la misère ? Dans la mythologie grecque, Homère assure que quand Jupiter condamne un homme à l’esclavage, il lui ôte la moitié de son esprit. La liberté conduit à ce qu’ont de sublime le génie et la vertu, tandis que l’esclavage les étouffe. Quels sentiments de dignité, de respect pour eux-mêmes peuvent concevoir des êtres considérés comme des choses ? «L’esclavage suppose tous les crimes de la tyrannie, et qu’il enfante, communément, tous les vices ; les vertus peuvent difficilement éclore parmi les hommes à qui on ne tient compte, aigris par le malheur, privés d’instruction religieuse et morale» écrit l’abbé GREGOIRE. Les esclaves sont des parias au même titre que les Juifs.
Dans «De la littérature des Nègres», Henri GREGROIRE s'attaque à l'un des préjugés sûrement les plus utilisés depuis le début du trafic négrier pour justifier la servitude et les violences associées sur les populations africaines : leur présumé indolence, mollesse ou fainéantise naturelles. L'auteur rappelle que les défenseurs de cette thèse sont ceux qui portent le fouet. L'idée qu'un travailleur libre est plus rentable et productif qu'un esclave se développe de plus en plus sous la plume des économistes et particulièrement des libéraux anglo-saxons. Henri GREGOIRE estime que le Nègre s’il est libre et considéré a une aptitude aux vertus et aux talents, notamment le naturel heureux, la loyauté l’amour du travail, le courage et la bravoure, la tendresse paternelle et filiale, ainsi que la générosité. Ainsi, pour lui, les Nègres du Sénégal travaillent avec ardeur parce qu’ils sont sans inquiétude sur leurs possessions et leurs jouissances. Depuis les Maures ne font plus leurs courses sur les Nègres, les villages se reconstruisent et se repeuplent. «L’histoire retentit de traits d’intrépidité, au milieu d’horribles supplices. On a vu des esclaves, après plusieurs jours de tortures non interrompues, aux prises avec la mort, converser froidement entre eux, et même rire aux éclats» écrit l’abbé GREGOIRE. Les Nègres marrons, en Jamaïque, avaient obligé en 1730, aux Anglais de leur céder une partie du territoire. Jean Boulogne de SAINT-GEORGE dit Chevalier Saint-Georges (1745-1799), originaire de Guadeloupe, commandant de brigade, le Voltaire de l’équitation, de l’escrime et de la musique instrumentale, ce nouvel Alcibiade de son temps, les journaux l’annonçaient aux oisifs de la capitale. Thomas Alexandre Davy de La PAILLETERIE, dit général DUMAS, (1762-1806), né à Saint-Domingue d’une esclave et d’un aristocrate déclassé et premier général noir de l’armée française, a participé aux campagnes d’Egypte et d’Italie. Mungo PARK, dans son «voyage à l’intérieur de l’Afrique», (1795) a fait des grandes marques d’hospitalité dont il a été l’objet dans le continent noir.
Opposant de la première et de la dernière heure à Napoléon BONAPARTE qui rétablie l'esclavage dans les colonies françaises en 1802 Henri GREGOIRE condamne que le traité franco-britannique de 1814 prévoit que, pendant cinq ans encore, les Français, rejoignant le «Concert des Nations», après la défaite napoléonienne, pourraient se livrer à la traite des Nègres. «Si les habitants de Haïti avaient des représentants au Congrès de Vienne, ils feraient observer, sans doute, que le droit de la France à les asservir est aussi illusoire que celui qu’ils s’arrogeraient de vouloir asservir la France, et qu’un peuple qu’on veut subjuguer rentre dans l’état de nature contre ses agresseurs» écrit Henri GREGOIRE. Cette perspective révolte plus que jamais Henri GREGOIRE considérant que les Français pourraient «voler ou acheter des hommes en Afrique, les arracher à leur terre natale, à tous les objets de leurs affections, les porter aux Antilles, où, vendus comme des bêtes de somme, ils arroseront des sueurs des champs dont les fruits appartiendront à d’autres, et traîneront une pénible existence, sans autre consolation, à la fin de chaque jour, que d’avoir fait un pas de plus vers le tombeau » écrit-il dans «De la traite de l’esclavage des Noirs» en 1815. Publié sous la Restauration, en 1815, sous le titre «De la traite et de l'esclavage des Noirs et des Blancs, par un ami des hommes de toutes les couleurs», le libellé de l'Abbé Grégoire est à la fois émouvant, pragmatique, et extrêmement documenté. Émouvant par l'affirmation des convictions républicaines, universalistes, de fraternité et d'égalité entre tous les hommes, par les exemples d'atrocités commises, dans les plantations des Antilles, contre les travailleurs forcés ; pragmatique aussi, car étayé sur des considérations économiques susceptibles de convaincre les plus acharnés colons esclavagistes de l'inefficacité et de la gabegie du système ; documenté enfin, car l'infatigable abbé a déniché ici ou là, dans des livres, des journaux, et grâce à des témoignages directs, des exemples où l'odieux le dispute à l'imbécillité, au ridicule, mais aussi à l'horreur et au crime.
«Le Noir n’est susceptible d’aucune vertu» rapporte l’abbé DILLON dans ses «mémoires sur l’esclavage colonial» en 1814. Pendant des siècles, l’idée du travail et celle de la servitude ont été inséparables dans l’esprit des colons et des esclavagistes, et l’idée de repos et d’indolence seraient synonymes de liberté. En effet, pour les planteurs, les esclaves, travaillant sous le fouet d’un commandeur, étaient plus heureux que les paysans d’Europe, quoique jamais il n’ait pris envie, même à aucun de ces prolétaires des Colonies, nommés Petits Blancs, d’échanger sa situation avec celle d’un Noir. «Notre intérêt n’est-il pas de ménager nos esclaves ?» disent les colons. Les charretiers de Paris tiennent précisément le même langage en parlant de leurs chevaux qui, par une mort anticipée, périssent excédés d’inanition, de fatigue et de coups.  Quel moyen de raisonner avec des hommes qui, si l’on invoque la religion, la charité, répondent en parlant de cacao, de balles de coton, de balance du commerce «Avilir les hommes, c’est l’infaillible moyen de les rendre vils. L’esclavage dégrade à la fois les maîtres et les esclaves, il endurcit les cœurs, éteint la moralité et prépare à tous des catastrophes» écrit Henri GREGOIRE. Les esclavagistes justifient ce crime odieux par le fait que le travail dans les colonies excède les forces des Européens et ne peut être exécuté que par des Noirs. Pour eux, le bon nègre doit être soumis au fouet et les abolitionnistes ne seraient pas des hommes désintéressés «La postérité ne pourra jamais concevoir la multitude et la noirceur des menaces, des impostures, des outrages dont nous fûmes les objets. On essaya même, et sans succès, de flétrir le nom de «philanthrope» dont s’honore quiconque n’a pas abjuré l’amour du prochain. Il fut bon ton de répéter que les principes d’équité, de liberté, étaient abstractions, de la métaphysique, voire de l’idéologie» écrit Henri GREGOIRE.
Pourtant, le Danemark, le Chili, le Venezuela et l’Argentine, à cette époque, avaient déjà aboli l’esclavage et les Etats-Unis ainsi que la Grande-Bretagne s’apprêtaient à le faire. La société des Amis des Noirs estime que la traite des esclaves n’est pas l’effet de l’ignorance sur la vraie cause et les effets de cet odieux commerce, mais «cette tendance est suggérée par l’avarice, l’affreuse avarice pour laquelle rien n’est sacrée», article 6 de la résolution du 18 juin 1814. A la fondation de Sierra-Léone, en 1787, par des esclaves affranchis, l’esclavage a été interdit sur ce territoire africain. Le précédent de la République de Haïti a été un coup de tonnerre, «une secousse universelle» dans un monde colonialiste et esclavagiste : «Aux motifs et aux faits connus ou devinés par le public, qui ont provoqué, escorté et suivi  cet événement, se sont jointes des prédictions, des conjectures, que le temps éclaircira ; mais abstraction faite des chances de l’avenir, en écartant tout ce qui est étranger à la question présente, pour ne parler que des faits de l’existence et de la reconnaissance,  ils comblent l’intervalle entre les variétés blanches et noires ; et remarquez que tout ce qui tend à réhabiliter la couleur africaine, prouve, simultanément, contre la traite et l’esclavage ; car ces questions sont connexes et indivisibles. Une République noire au milieu de l’Atlantique est un phare élevé, vers lequel tournent leurs regards  les oppresseurs en rugissant, les opprimés en soupirant. A son aspect, l’espérance sourit à cinq millions d’esclaves épars dans les Antilles et sur le continent américain» écrit Henri GREGOIRE dans «Noblesse de la peau». En effet, François Dominique TOUSSAINT-LOUVERTURE (1743-1803), général et homme politique, a libéré les esclaves planteurs de Saint-Domingue (Haïti). Les ténèbres couvraient de leur voile l’intelligence des peuples européens. L’ignorance, l’esclavage enfantent partout les pires maux de la terre : «N’est-pas le comble de la perfidie de dire au Nègre «tu resteras esclave parce que tu es ignorant ». Et à cela ne pourrait-on pas répondre : s’il est ignorant, c’est qu’il est esclave ?» écrit TOUSSAINT-LOUVERTURE dans ses «mémoires». L’abbé GREGOIRE avait déjà prédit aux Africains que le règne de la liberté finira par triompher : «Un jour le soleil n’éclairera parmi vous que des hommes libres ; et les rayons de l’astre qui répand la lumière ne tomberont plus sur des fers et des esclaves» écrit-il dans sa lettre du 14 juin 1791 aux «citoyens de couleur et Nègres libres». La révolution de Saint-Domingue est provoquée par le refus des colons d’accorder la citoyenneté, à leurs fils, les métis.
L’abbé GREGOIRE, à la Révolution, avait voulu rallier le bas clergé, à travers le serment civique, à la cause du peuple, contre le haut clergé devenu «courtisan du Roi» suivant Hyppolite CARNOT. La Constitution civile signifie que l’Etat organise l’Eglise et installe une religion officielle fondée sur le culte de la Raison. L’abbé GREGOIRE militait, en fait, pour «une religion humaine», pour une société de compassion, bien ordonnée. Or, il y aura des dérives de la Révolution et la Convention entamera, par la suite, un travail de déchristianisation et de répression des religieux. La société des Jacobins est devenue «un tripot de factieux» écrira l’abbé GREGOIRE, dans ses mémoires. Désigné comme ennemi du Roi, le haut clergé l’a souvent accusé, à tort, régicide : «Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique. Les cours sont l’atelier du crime, le foyer de la corruption et la tanière des tyrans» avait-il déclaré le 21 septembre 1792. En réalité, l’abbé GREGOIRE était un adversaire résolu de la peine de mort, et l’a répété, lors de la mise en accusation du Roi : «Je réprouve la peine de mort ; et, je l’espère, ce reste de barbarie disparaîtra de nos lois. Louis Capet partagera le bienfait de la loi si vous abrogez la peine de mort ; vous le condamnerez alors à l’existence, alors que l’horreur de ses forfaits l’assiège sans cesse et le poursuive dans le silence de la solitude» déclare-t-il le 13 novembre 1792. En fait, l’abbé GREGOIRE rejetait la théorie de l’inviolabilité constitutionnelle ou de l’inviolabilité Roi.
Depuis 1801, l’abbé GREGOIRE est sénateur, et le 25 juillet 1808, comte d’Empire. Il s’est remis à l’écriture et achève ses mémoires le 25 avril 1808. Le 3 avril 1814, il vote la déchéance de Napoléon 1er. Le 6 avril 1814, il refuse de voter la Charte constitutionnelle, pour Louis XVIII, estimant que la souveraineté «est inaliénable». A partir de cet instant, il est considéré par les Bourbons comme un proscrit et vit désormais à Auteuil. Le 11 mars 1816, la Sainte Alliance l’exclu de l’Institut, parce que régicide. Le 1er avril 1817 son livre sur le gallicanisme est mis à l’index et sa pension d’ancien sénateur est supprimée. Cependant, et en dépit d’une violente campagne électorale, il est élu député dans l’Isère, le 13 septembre 1819. Mais Louis XVIII s’oppose à son entrée au Parlement.  Contraint de vivre dans la retraite, l’abbé GREGOIRE ne percevra aucune pension et a dû vendre sa bibliothèque : «Cet homme, si l’Eglise chrétienne savait être fidèle à la pensée de son fondateur, cet homme serait dans l’église chrétienne, honoré comme un Saint» écrivait en 1882, Hyppolite CARNOT. L’abbé GREGOIRE c’est «une tête de fer» écrira Jules MICHELET (1798-1874). «Je suis comme le granit : on peut me briser, mais on ne me plie pas» écrit-il dans ses mémoires.
Le 28 mai 1831, à la mort de l’abbé GREGOIRE, Mgr Hyacinthe-Louis de QUELEN (1778-1839), archevêque de Paris, lui avait refusé les derniers sacrements et les funérailles religieuses. Un jeune curé et ami lui demande une rétractation du serment constitution «Ce n’est pas sans mûr examen que j’ai prêté le serment que vous me demander de renier ; ce n’est pas, non plus, sans sérieuses méditations au pied de la croix que j’ai accepté l’épiscopat, alors qu’il ne pouvait être un sujet d’ambition» lui répond t-il. En dépit de cela, l’abbé Jean-Henri BARADERE (1792-1839), un ami, lui administre l’extrême onction et Mgr Marie-Nicolas-Sylvestre GUILLON (1759-1847) l’absolution. En effet, l’abbé GREGOIRE est demeuré fidèle au serment prêté en 1791 à la Constitution du Clergé et les milieux catholiques conservateurs l’accusant de régicide. Toutefois, grâce à l'intervention de Gilbert du MOTIER de la FAYETTE (1757-1834), 2000 Parisiens (ouvriers, étudiants, personnels des écoles), accompagnent l’abbé GREGOIRE jusqu’au cimetière de Montparnasse, où il est enterré, dans un premier temps. Sur sa tombe, surmontée d’une grande croix est inscrit : «Mon Dieu faites-moi miséricorde et pardonnez à mes ennemis». Le conventionnel, Antoine-Claire THIBAUDEAU (1765-1854), en hommage dira «Grégoire, je ne te fatiguerai pas du récit de tes bonnes actions, de tes généreux sentiments, de tes vertus ! Tu as vécu inébranlable dans ta noble vocation, fidèle à la Révolution, à tes  anciens amis, à la patrie. Ainsi, la faux du temps moissonne chaque jour les vieux et rares débris de la Convention nationale ; mais leur mémoire ne périra pas ; elle vivra toujours  dans le souvenir et le respect des hommes généreux» s’écria-t-il. La République de Haïti annonça la mort de l’abbé GREGOIRE par des décharges de canon tous les quarts d’heure, un deuil national décrété, des prières et oraisons funèbres organisées. Mme Anne-Marie BRENIER, veuve de Pierre-Hubert DUBOIS (décédée en 1836), une amie, est la légataire universelle de l’abbé GREGOIRE, pour ses manuscrits, lettres et mémoires. Mais d’autres documents ont été détenus par Hyppolite CARNOT, la Société de Port-Royal et la bibliothèque de l’Arsenal.
Le centenaire de la mort de l’abbé GREGOIRE, en 1931, a reçu des hommages dignes de ce frère de tous les humains : «Le judaïsme français, le judaïsme universel ont contracté une dette imprescriptible de reconnaissance envers la mémoire de l’abbé Grégoire ; il fut un des hommes rares, en tout temps, et en tous pays, qui font honneur à l’Homme», écrivait Alfred BERL. Le 31 mai 1931, à la Sorbonne, le président français, Gaston DOUMERGUE, en présence de Price-Mars-Belley, descendant haïtien, du premier noir à la Convention, célébrait le centenaire de la mort de GREGOIRE. En Haïti, occupé depuis 1915, Duraciné VAVAL prononce, le même jour une conférence. Dans son sentiment de fraternité, l’abbé GREGOIRE regarde tous les hommes comme des frères ; il avait pour mission de défendre un peuple de parias : «Il eut été à souhaiter que l’humanité entière accueillie comme exemple cette existence d’une si harmonieuse unité. Par la façon dont vécu Grégoire, il rend plus précis et comme plus apparent le sens même de la vie» dit Duraciné VAVAL.
Le président MITTERRAND (1916-1996) fait rentrer l'abbé Grégoire, le mardi 12 décembre 1989 au Panthéon. Une délégation d’une centaine de Lunévillois a effectué le déplacement, en autocar, pour assister à l’événement avant d’être reçue, à l’invitation de Laurent FABIUS, à l’Hôtel de Lassay, résidence du président de l’assemblée nationale. Le discours d’entrée au Panthéon a été prononcé par Jack LANG, Ministre de la Culture. C'est Mgr Lorenzo ANTONETTI (1922-2013), nonce apostolique en France, doyen du corps diplomatique, qui représentera l'Eglise catholique lors du transfert des cendres au Panthéon, de l'abbé GREGOIRE, prêtre et évêque constitutionnel sous la Révolution française. En effet, Mgr Jean-Marie LUSTIGIER (1916-2007), archevêque de Paris a refusé de participer à l’hommage civil de l’abbé GREGOIRE «La conception de l'Eglise de l'abbé Grégoire, celle de la religion nationale, est différente de la tradition catholique» dit-il. L'abbé GREGOIRE, qui fit partie de la Convention, avait prêté serment à la constitution civile du clergé. Telle fut sa faute, et voilà pourquoi les évêques français ne s'associeront pas à sa «panthéonisation». Mgr LUSTIGIER y déplore notamment, sur le mode plaisant, l'épreuve posthume imposée à l'abbé GREGOIRE qui se trouve enterré dans une église désaffectée aux côtés de certains de ceux qui furent ses adversaires, Voltaire, Marat. Ce dernier, l'abbé l'avait affronté durant la Terreur. Bravant cette consigne de boycott de l’Eglise officielle, Mgr Jacques GAILLOT, évêque d’Evreux, a décidé de se rendre à la cérémonie d'hommage officiel : «Il est impensable que nous, évêques, nous ne rendions pas hommage à l'abbé Grégoire, passionné des pauvres et de l'Evangile, qui a voulu que l'Eglise rencontre son temps et soit davantage présente à la société» dit-il. A la cérémonie du 12 décembre 1989, où six citoyennes de Gorée portaient un drapeau français, l’abbé GREGOIRE est «un éveilleur d’avenir, un homme de l’avant et un homme de rupture» dit Jacques LANG dans son discours d’hommage. «Révolutionnaire en votre temps, vous l’étiez, révolutionnaire en notre temps, vous le demeurez. Bienvenue chez vous, dans le Temple de la République, dans le Parlement fantôme des hommes libres, égaux et fraternels. Alors saluez Fraternité. Il avait su concilier, Révolution et conscience, morale et politique» ajoute Jack LANG, Ministre de la Culture. En définitive, au vu de cet héritage de l’abbé GREGOIRE nous avons, plus que jamais, un énorme besoin vital de construire une énorme cathédrale d’Amour, de Fraternité, de Justice, de Paix et d’Egalité réelle, pour un bien-vivre ensemble.
Gloire et Honneur  éternels à l’Immortel, l’abbé Henri GREGOIRE, l’ami des Hommes de toutes les couleurs !
 
Bibliographie très sélective
1 – Contributions de l’Abbé Grégoire
GREGOIRE (Henri, Abbé), De la littérature des nègres, ou Recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités morales et leur littérature ; suivies de Notices sur la vie et les ouvrages des Nègres qui se sont distingués dans les Sciences, les Lettres et les Arts, Paris, Imprimerie des Sourds-Muets, Madran Librairie, 1808, 287 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), De la traite des Noirs et de l’esclavage, 1815, Adrien Egron imprimeur, 1815, et Arléa 2005 avec une préface d’Aimé Césaire, 84 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), De la noblesse de la peau ou du préjugé des Blancs contre la couleur des Africains et celle de leurs descendants, noirs et sangs-mêlés, Paris, de Fain, 1826, 75 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Écrits sur les Noirs,  vol. I (1789-1808) et vol. II (1815-1827), présentation de Rita Hermon-Belot, Paris,  L'Harmattan, 2009, 236 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Essai historique sur les arbres de la liberté, Paris, Imprimerie J. Tastu et éditions Beaudoin, 1824, 43 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Essai historique sur les libertés religieuses de l’église anglicane, Paris, Chez Desenne, Bleuet et Firmin Didot, 1794, 68 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Essai historique sur les libertés religieuses de l’église anglicane, Paris, Chez Desenne, Bleuet et Firmin Didot, 1794, 68 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Essai sur la régénération physique et morale des Juifs,  préface de Rita Hermon-Belot, Paris, 1788, réédition de 1988, Champs, Flammarion, 219 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Histoire des confesseurs des empereurs, des rois et d’autres princes, Paris, Beaudoin, 1824, 449 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Histoire des sectes religieuses, Paris, Beaudoin, 1828, 520 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), La liberté de conscience et de culte à Haïti, Paris, Chez Beaudoin, 1818, 459 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), «Lettre aux citoyens de couleur et Nègres libres de Saint-Domingue et des autres îles françaises de l’Amérique», Archives parlementaires, Assemblée nationale, 14 juin 1791, pages 232-235 ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Manuel de piété à l’usage des hommes de couleur et des Noirs, Paris, Beaudoin, 1818, 111 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Mémoires de l’abbé Grégoire, notice historique sur l’historique sur l’auteur par Hyppolite Carnot, Paris, Yonnet, 1840 vol 1, 479 pages et  Paris, Ambroise Dupont, 1937, vol. 2, 450 pages ;
GREGOIRE (Henri, Abbé), Mémoires en faveur des gens de couleur ou des sangs-mêlés de Saint-Domingue et des autres îles françaises de l’Amérique, Paris, Bélin, 1789, 74 pages.
2 – Critiques de l’Abbé Grégoire
ABENON (Lucien-René), «De la littérature des Nègres, défense et illustration de la race noire», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 69-74 ;
ANDRIES (Lise), Abbé Grégoire, Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs, préface Robert Badinter, Paris, 1988, 204 pages ;
BARADERE (Jean-Henri, Abbé), Derniers moments de M. Grégoire, ancien évêque de Blois, Paris, Delaunay, 1831, 59 pages ;
BENOT (Yves), «Grégoire défenseur de la cause des Noirs dans les revues de la Restauration», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 153-162 ;
BENOT (Yves), DORIGNY (Marcel), «Grégoire et les colonies : ses combats et ses projets», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 7-10 ;
BERL (Alfred), «L’abbé Grégoire et l’émancipation des Juifs», Paix et droit, mai 1931, n°5, pages 1-3 ;
BERNET (Jean-Jacques), PIQUET (Jean-Daniel), «L’émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1895)», Annales historiques de la Révolution française, 2002, n°328, pages 245-246 ;
BUFFON (Georges-Louis Leclerc), Histoire naturelle, Histoire de l’homme, présentée par P. Bernard, Paris, Hacquart, Ricard, Caillier et Ravier, 1807, 382 pages spéc pages 334-342 et vol 4, pages 311-312 ;
CARNOT (Hyppolite), L’abbé Grégoire, évêque républicain, Paris, Librairie centrale des publications populaires, 1882, 143 pages ;
CARNOT (Hyppolite), Notice historique sur Henri Grégoire, Paris, P. Beaudoin, 1837, 312 pages ;
CARNOT (Hyppolite), TILD (Jean), L’abbé Grégoire d’après ses mémoires, Paris, Nouvelles éditions Latines, 1946, 179 pages ;
CHABANON (Charles, de), Dénonciation de M. l’abbé Grégoire et de sa lettre du 8 juin 1791, adressée aux gens de couleur et nègres libres de Saint-Domingue et des autres isles françaises de l’Amérique, Paris, Imprimerie de la Feuille du jour, 1791, doc BNF LK 9 894, 50 pages ;  
COCHIN (Augustin), Abolition de l’esclavage, Paris, Jacques Lecoffre, Guillaumin et Frères, 1861, vol 1, pages et vol. 2, 533 pages ;
CHOPPIN D’ARNOUVILLE (Augustin), Quelques faits historiques relatifs à l’élection de M. Grégoire en 1819 dans le département de l’Isère, Paris, Imprimerie de Fain, 1820, 16 pages ;
COSSON (Marcel) «Hommage à l’abbé Grégoire», Mémoire de l’Académie Stanislas, 1974-1975, 7e série, tome IV, pages 486-502 ;
COURNAN (Antoine, de), Observations d’un habitant des colonies, sur le mémoire en faveur des gens de couleur, ou sang-mêlé, et autres isles adressé à l’Assemblée nationale Paris, 1790, doc BNF LK 9 72, 37 pages ;  
CUENOT (René) «Le Paradoxe de l’abbé Grégoire ou l’immobilisme religieux dans la Révolution», Le Pays lorrain, 1989, 86ème année, vol 70, n°4, pages 243-253 ;
CURRAN (Andrew), «Buffon et l’histoire naturelle des Africains», Dix-huitième siècle, 2012, vol 1, n°44, pages 183-199 ;
DEBIDOUR (Antonin), L’Abbé Grégoire, Nancy, Imprimerie Sordoillet, 1881, 15 pages ;
DIENG (Amady, Aly), «L’abbé Grégoire et l’Afrique Noire aujourd’hui», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 75-88 ;
DILLON (Henri, abbé), Mémoire sur l’esclavage colonial, la nécessité des colonies et l’abolition de la traite des nègres, Paris, J-J Blaise, 1814, 84 pages ;
DORIGNY (Marcel), «Grégoire et le combat contre l’esclavage pendant la Révolution», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 51-68 ;
DORIGNY (Marcel), «Intégration républicaine des colonies et projets de colonisation de l’Afrique : civiliser pour émanciper ?», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 89-105 ;
DURACINE (Vaval), «Le centenaire de la mort de L’abbé Grégoire conférence du 31 mai 1931», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 129-142 ;
ENARD (Jean-Baptiste), L’Abbé Grégoire jugé par lui-même, Paris, doc BNF, L 645 545, 21 pages ;
ERZAN (Maurice), L'Abbé Grégoire défenseur des Juifs et des Noirs, Paris, 1992, 204 pages ;
FIRMIN (Joseph-Antênor), De l’égalité des races humaines : anthropologie positive, Paris, Cotillon, F. Pichon, 1885, 665 pages ;
FRANKLIN TAVARES (Pierre), «Hegel et L’abbé Grégoire : question noire et Révolution française», Annales historiques de la Révolution française, 1993, n°293-294, pages 491-509 ;
GAINOT (Bernard), «L’abbé Grégoire et la place des Noirs dans l’universel», Gradhiva, 2009, n°10, pages 22-39 ;
GIROLLET (Anne), «L’abbé Grégoire son legs : six concours pour la liberté et l’égalité», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 163-175 ;
GOLDSTEIN-SEPINWALL (Alyssa), «Le centenaire de la mort de l’abbé Grégoire à Haïti : la conférence de Duraciné Vaval, 31 mai 1931», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 129-142 ;
GOLDSTEIN-SEPINWALL (Alyssa), «Les paradoxes de la régénération révolutionnaire : le cas de l’abbé Grégoire», Annales historiques de la révolution française, 2000, n°321, pages 69-90 ;
GROSSMANN (Roland) «Empreintes pascaliennes chez l'abbé Grégoire», Mémoire de l’Académie nationale de Metz, série VII, tome XVI, pages 99-131 ;
GRUNEBAUM-BALLIN (Paul), Henri Grégoire, l’ami de toutes les couleurs. La lutte pour la suppression de la traite et son abolition, Paris, Collection de la société des amis de l’abbé Grégoire, 1948, 280 pages ;
GRUNEBAUM-BALLIN (Paul), L’abbé Grégoire et les Juifs, Paris, G. Dangon, 1931, 22 pages ;
GUENOT (J) «Un homme engagé, l'abbé Grégoire (1750-1831)», Généalogie lorraine, 2013, n°168, p. 26-29 ;
HERMON-BELOT (Rita), «Grégoire et l’universalité des principes : les fondements chrétiens de son combat abolitionniste», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 25-36 ;
HERMON-BELOT (Rita), BENOT (Yves), «Bio-chronologie sommaire relative à Grégoire et la question coloniale», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 177-182 ;
HERMON-BELOTH (Rita) L'Abbé Grégoire, la politique et la vérité, préface de Mona Ozouf,  Paris, Seuil, 2000, 512 pages ;
JACQUET (P), «L’Abbé Grégoire (1750-1831) : bon catholique et bon républicain», dans Droit, histoire et société» Mélanges en l'honneur de Christian Dugas de la Boissonny, Nancy, Presses universitaires, 2008, pages 281-285 ;
Jérôme (Mr) «Centenaire de l’abbé Grégoire» Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1932, pages 55-100 ;
Léonard, G. «L'Abbé Henry Grégoire, un révolutionnaire humaniste lorrain, 1750-1831», Renaissance du Vieux Metz et des pays lorrains, n°164, juillet 2012, n°164, pages 28-36 ;
LIBER (M.), «Grégoire et Crémieux», Paix et droit, mai 1931, n°5, pages 4-5 ;
MAGGIOLO (Louis) «L’Abbé Grégoire, 1750-1789. Discours de réception», Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1872, pages XXX-XLVIII ;
MAGGIOLO (Louis) «La Vie et les œuvres de l’abbé Grégoire, 1794-1831», Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1884, pages 1-145 ;
MAGGIOLO (Louis), «La Vie et les oeuvres de l’abbé Grégoire (1ère partie : 1750-1789», Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1873, pages 75-147 ;
MAGGIOLO (Louis), «La Vie et les oeuvres de l’abbé Grégoire, 1789-1831», Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1883, pages 75-147 ;
MONNERVILLE (Gaston), «L’abbé Grégoire», Paris,  conférence à la Grande loge maçonnique de France, du 5 mai 1981 ;
MOUILLERON (P) «Généalogie de lorrains célèbres : hommage à l'abbé Grégoire, Alain et Gaston Litaize, Marthe Richard née Betenfeld, l'ascendance lorraine de l'éditeur Robert Laffont», Généalogie lorraine, décembre 2004, n°134, pages 49-54 ;
OUDIN (Georges), L’Abbé Grégoire, évêque et démocrate, Paris, Desclée de Brouwer, 1989, 190 pages ;
PIQUET (Jean-Daniel), L’émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, 509 pages ;
PIQUET (Jean-Daniel). «Un discours inédit de l'abbé Grégoire sur le décret du 15 mai 1791 : discours de M. Grégoire sur la révocation du décret relatif aux gens de couleur», Annales historiques de la Révolution française, janvier-mars 2011, n°363, pages 175-183 ;
PLONGERON (Bernard) L'Abbé Grégoire (1750-1831), ou l’Arche de la fraternité, Paris, éditions Letouzey, et Ané, 1989, 111 pages ;
PLONGERON (Bernard), «Fallait-il «panthéoniser» Grégoire ? Le bicentenaire de la Révolution», Revue d’histoire de France, 2009, t. 95, p. 281-297 ;
PLONGERON (Bernard), L'abbé Grégoire et la République des Savants, Paris, Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2001, 302 pages ;
PLUCHON (Pierre), Nègres et Juifs au XVIIIème siècle : le racisme au siècle des Lumières, Paris, Taillandier, 1984, 313 pages ;
RENARD (Edmond), «La Mort de l’abbé Grégoire», Études, 20 juin 1931, pages 675-693 ;
SUTTER (Abbé, Antoine), Les Années de jeunesse de l’abbé Grégoire : son itinéraire jusqu’au début de la Révolution, Sarreguemines, Éd. Pierron, 1992, 87 pages ;
TAVENEAUX (René) «L’Abbé Grégoire et la démocratie cléricale», Revue d’histoire de l’Église de France, 1990, vol. 76, n° 197,  pages 235-256 ;
THOMSON (Ann), «Grégoire et l’unité de l’espèce humaine», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 11-23 ;
TOUSSAINT-LOUVERTURE (François), Mémoires du général Toussaint-Louverture écrits par lui-même pouvant servir à l’histoire de sa vie, précédés d’une étude historique et critique sur les événements de Saint-Domingue par Saint-Rémy, Paris, Pagnerre, 1853, 157 pages ;
TUSSAC de (Richard), Le cri des colons contre un ouvrage de M. l’évêque Grégoire, ayant pour titre «La littérature des Noirs», Paris, Les Marchands de nouveautés, 1810,  312 pages ;
VAVAL (Duraciné), «Grégoire et Haïti, un héritage compliqué», Revue française d’histoire d’outre-mer, 2ème semestre 2000, tome 87, n°328-329, pages 107-128 ;
VOLNEY (Constantin-François), Voyage en Syrie et en Egypte, pendant les années 1783, 1784 et 1785, Paris, Volland, 1792, vol 1, 245 pages et vol 2, 289 pages ;
VIOX (Camille), L’Abbé Grégoire, conférence historique, Lunéville, Imprimerie nouvelle, 1882, 44 pages.
Paris, le 10 mai 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«L’Abbé GREGOIRE (1750-1831) partisan de l’abolition de l’esclavage, lutteur contre les préjugés et l’injustice» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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