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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 22:15
«Gaston DEFFERRE dit «Gastounet» (1910-1986), Ministre d’Etat de la Décentralisation de François MITTERRAND et initiateur de la Loi-Cadre de 1956 sur l’Outre-mer» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans cette série d’articles, en hommage au 40ème anniversaire de la victoire du 10 mai 1981, de François MITTERRAND, le rôle de Gaston DEFFERRE, Ministre d’Etat de l’Intérieur de  ne peut pas être passé sous silence. Avocat au barreau de Marseille à partir de 1931, militant socialiste depuis 1933, Maire de Marseille en 1944, puis à partir de 1953, puis à partir de 1944, Directeur du Provençal, député puis sénateur socialiste des Bouches-du-Rhône de 1945 à 1958, Ministre de la France d'outre-mer de 1956 à 1957 et Ministre de l'Intérieur de 1981 à 1984, Gaston DEFFERRE, ou «Gastounet», avec son accent du Sud est un personnage haut en couleur, le dernier à se battre en duel en France, le 21 avril 1967, contre le gaulliste, René RIBIERE.
Pendant deux siècles, la France est restée jacobine, centralisatrice. Dans son projet politique, la décentralisation est conçue comme une audace, un instrument de rupture avec ce lourd passé où les collectivités locales sont placées sous le statut de la minorité et du contrôle permanent de l’Etat. Charles de GAULLE a démissionné à la suite de l’échec de la régionalisation en 1969. Michel ROCARD appelait à : «Décoloniser la province». Suivant François MITTERRAND, «pour changer la vie», il faudrait décentraliser. «La décentralisation est une grande affaire d’un gouvernement de gauche, et le maître-mot d’une expérience de progrès», disait en 1977, François MITTERRAND. La Gauche doit être habitée par une exigence de «démocratie territoriale» ajoute-t-il. Dans cette «grande affaire du septennat» suivant Pierre MAUROY, la décentralisation, une des grandes réussites de François MITTERRAND, il s’agissait de mener une stratégie claire : la rapidité de la rupture pour éviter l'enlisement. La décentralisation «ne pourra réussir que si elle provoque d'emblée une rupture radicale de l'équilibre d'ensemble du système», disait en 1970, François MITTERRAND, un ancien élu local. Il faut que «les dossiers ne remontent plus à Paris» disait-on au Parti socialiste. Aussi, la loi du 2 mars 1982 sur la décentralisation, octroie aux élus locaux ainsi confortés, des pouvoirs étendus, en matière d'urbanisme ou d'action sociale et les moyens mis à leur disposition sont renforcés. Et, surtout, principale attente de ces élus, la tutelle de l'Etat sur les collectivités locales est supprimée ; le contrôle de l’Etat est devenu une surveillance à posteriori, devant le juge administratif, avant laquelle le Préfet, fait préalablement des observations. Cependant, les collectivités locales n’ont pas gagné le pouvoir fiscal escomptés et le «mille feuilles», cet empilement de structures locales, restent des défis de notre temps, avec notamment la suppression de la taxe d’habitation, ainsi que la réduction des dotations financières. Par ailleurs, à Paris, Lyon et Marseille, les mairies d’arrondissement n’ont pas eu les compétences escomptées, Gaston DEFFERRE, confronté dans sa ville à une opposition virulente, s’y était opposée. Et la question de l’extension des pouvoirs des maires d’arrondissement a refait surface.
Si François MITTERRAND dans sa stratégie gagnante s’est attaché de la collaboration de Gaston DEFFERRE, c’est en raison de sa carte de visite exceptionnelle. Tout d’abord Gaston DEFFERRE est la tête de l’une plus puissantes fédérations du Parti socialiste, celle des Bouches-du-Rhône, rivalisant avec celle du Nord. Résistant, protestant languedocien, patron de presse, Gaston DEFFERRE a été candidat aux présidentielles de 1965 contre le général de GAULLE, avant de s’allier avec François MITTERRAND.
Contrairement à une idée reçue, Gaston DEFFERRE n’est pas né à Marseille, à Marsillargues (Hérault), le 14 septembre 1910. Il était venu à Marseille pour son stage d’avocat, puis il est resté. Sa sœur, Marie-Louise DEFFERRE (1908-2009), mariée André CORDESSE (1898-1968), protestant et riche industriel, à la tête d’une importante entreprise d’huilerie-savonnerie, l’introduit dans le milieu des affaires.
Gaston DEFFERRE est le plus Africain de tous les ministres de François MITTERRAND. Fils d’Eugénie Suzanne CAUSSE (1882-1961) et de Paul DEFERRE (1882-1971), son père a été une éminente personnalité au Sénégal. Issu d’une famille bourgeoise protestante nîmoise, d’origine cévenole. Les Protestants ont connu les bûchers, les guerres de religion et l’accalmie de l’Edit de Nantes. Face aux brimades et aux vexations, Gaston DEFFERRE sait et notamment lors de la Deuxième mondiale, sait ce que cela veut dire, résister.
Son père, Paul DEFFERRE étant avoué, à Nîmes, le jeune Gaston partage sa vie entre Nîmes et Dakar, au Sénégal, où sa famille fut conduite à s’installer, à partir de 1918, son père ayant été ruiné par le jeu. On dit que Gaston DEFFERRE serait né à Dakar, mais que ses papiers auraient été falsifiés pour déclarer sa naissance à Martigues. Une certitude, Gaston a vécu à la rue Waguane Diouf, dans la maison familiale à Dakar. Il y a passé une bonne partie de son enfance, à partir de 1920 ; son père, avocat, a ouvert un cabinet à Dakar devenu florissant. «Pour Gaston, la vie redevient facile, la mer, les domestiques» écrit, Gérard UNGER, un de ses biographes. A défaut d’une école, les parents assurent l’éducation des enfants. L’été, toute la famille regagne la France. Mais au cours d’une excursion dans un casino, Paul DEFFERRE noue une liaison avec une jeune femme. Aussi son épouse le quitte et refuse et refuse de revenir au Sénégal. Paul DEFFERRE s’est présenté aux législatives de 1924 contre le député Blaise DIAGNE et a essuyé une défaite : «La masse indigène s’est liguée pour faire triompher le représentant de sa race. Elle a donné sa voix, non à l’homme, mais à l’épiderme» dira-t-il, amèrement. En raison de sa proximité avec l’Afrique, Gaston DEFFERRE, sous Guy MOLLET, avec l’appui de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, et face aux guerres coloniales menaçant l’Empire français, aura le coup de génie de retard l’échéance de la dislocation en proposant la loi-cadre du 23 juin 1956, un début d’émancipation des pays africains, dans le cadre d’une autonomie interne, sans souveraineté internationale. Au sein de l’Union française, c’est un début d’africanisation des cadres, avec une assemblée territoriale dans chaque pays africain, et un premier ministre.
Gaston DEFFERRE s’est marié deux fois. Sa première épouse, Renée DEFFERRE-ABOUKER est une sympathisant communiste et l’union a duré de 1935 à 1945, puis la relation s’est distendue. Jouisseur et fréquentant les bordels et sans enfants, Gaston DEFFERRE finira par se ranger dès qu’il rencontre, Edmonde CHARLES-ROUX (1920-2016), résistante, muse de Louis ARAGON, amie d'Orson WELLES, prix Goncourt et décorée de la Croix de guerre. «C'était juste après mon Goncourt, j'étais descendue à Marseille à l'invitation de la municipalité, avec mon éditeur. Gaston Defferre me reçoit chez lui, avec sa femme ; on déjeune, on se baigne dans la piscine et je rentre à Paris. Le lendemain, je reçois ce télégramme : «J'arrive», c’est ainsi qu’Edmonde CHARLES-ROUX relate sa rencontre avec «Gastounet». Le jour de leur mariage, en 1973, Edmonde CHARLES-ROUX lui dira : «Tu n'auras le droit de me tromper qu'avec une seule femme: Marseille».
Egérie de la gauche anticonformiste et antiraciste, Edmonde CHARLES-ROUX est une femme anticonformiste qui cachait, sous ses allures de grande bourgeoise un cœur à gauche, une volonté de fer et les passions d'une rebelle. Elle s’implique auprès des légionnaires les plus démunis et reçoit en 2007 le grade de caporal d’honneur de la Légion étrangère. «On me dit gauche caviar. Pourquoi pas ? L'essentiel, c'est la gauche. Si le caviar vient avec, tant mieux ! Cela veut dire qu'on était destiné à vivre à droite et qu'on a le cœur à gauche», lançait-elle. Résistante pendant la guerre, Edmonde devient infirmière volontaire aux armées. Elle a 19 ans. Résistante à Marseille, elle est appelée par le général de LATTRE de TASSIGNY, rallié au général De Gaulle, et reste attachée à son cabinet jusqu'à la Libération. Blessée à deux reprises, Edmonde reçoit la Croix de guerre. Contrairement à l’avis de ses parents, Edmonde devient journaliste 1947 au jeune magazine Elle avec Françoise GIROUD et Hélène LAZAREFF. "Ma chance ? La journaliste qui devait couvrir la réouverture de la Scala tombe malade, on m'y envoie. C'est le retour de Toscanini après son exil. Je connaissais ses filles, j'ai été invitée dans sa loge", racontait-elle. Féministe et indépendance, Edmonde est une romancière talentueuse. En 1955, elle participe aussi à l'écriture de la saga historique à succès "Les Rois maudits" de Maurice DRUON. "J'ai été un de ses nègres en somme", s'amusait-elle. «Oublier Palerme», son premier roman, a connu un grand succès public et la consécration par le Prix Goncourt. «Oublier Palerme» raconte l'histoire de deux femmes, Babs et Gianna, qui travaillent dans la presse féminine, et l'histoire de deux mondes, New York qu’Edmonde critique et la Sicile dont elle loue les beautés. «D’un côté, Palerme, la Sicile de la poussière, de l’étouffement, de l’honneur, de la misère, des passions gratuites et violentes, de la mer... De l’autre, n’importe laquelle de nos métropoles de commerce, d’argent, avec leur façon de briser les vies par la hâte, la férocité... Et, voguant entre ces deux univers, d’une époque à l’autre, les émigrants, paysans ou seigneurs, nostalgiques ou avides de recommencer. Si ce roman nous apparaît aussi dense, riche, lourd de vraie vie et de tendresse, c’est qu’il a été écrit à côté des modes littéraires, en plein cœur des souvenirs et de l’imagination» souligne François NOURISSIER. «L’amour d’Edmonde Charles-Roux pour la Sicile, sa connaissance et son intuition du monde sicilien, de certaines de ses réalités et de ses profondeurs historico-culturelles m’ont fait retrouver dans Oublier Palerme des thèmes que je poursuis dans ma tentative de brosser un portrait au cinéma du Sud de l’Italie» ajoute Francesco ROSI. Dès sa parution Oublier Palerme obtint le Prix Goncourt et connut un succès mondial.
La disparition de Gaston DEFFERRE est tragique. Mis en minorité, lors d’une réunion de la fédération des Bouches-du-Rhône du Parti socialiste, face à Michel PEZET, le 6 mai 1986, Gaston DEFFERRE mourut, victime d’un malaise, le 7 mai 1986, à Marseille.
Indications bibliographiques très sommaires
ALEXANDRE (Philippe), L’adversaire du général Gaston Defferre, Paris, R Solar, 1964, 174 pages ;
COTTAT (Michèle), Les élections présidentielles de 1965, Paris, Crapouillot, 1966, 86 pages ;
FURLON (Murielle), Un socialiste face à la guerre d’Algérie : Gaston Defferre, 1992, 112 pages ;
MARION (Georges), Gaston Defferre, Paris, Albin Michel, 1989, 361 pages ;
ROCHU (Gilbert), Marseille, les années Gaston Defferre, Paris, éditions A Moreau, 1983, 271 pages ;
SUFFERT (Georges), De Defferre à Mitterrand, la campagne présidentielle, Paris, Seuil, 1966, 198 pages ;
UNGER (Gérard), Gaston Defferre, Paris, Fayard, 2011, 416 pages.
Paris le 22 mai 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 23:26
"François MITTERRAND (1916-1996), la victoire de la Gauche du 10 mai 1981. Bilan et perspectives», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Tout au long de cette année 2021, je continuerai, si le Seigneur m’en donne encore le privilège, à célébrer la victoire du 10 mai 1981. En effet, 40 ans après cette victoire historique de François MITTERRAND en quoi nous interpelle-t-elle encore de nos jours ?
Le 10 mai 1981 est une date hautement symbolique. Avant celle-ci la gauche n’avait gouverné la France que d’une manière sporadique : en 1924 avec le Cartel de gauche, en 1936, avec le Front populaire. On saisit mieux, dans ces conditions, la déclaration de MITTERRAND le soir de l’alternance : «Cette victoire est d’abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces du renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l’emploi, la paix, la liberté, thèmes qui furent ceux de ma campagne présidentielle et qui demeureront ceux de mon septennat». Ceux qui ont pris le pouvoir, après lui, ne sont plus que des intendants et de vagues commis, des laquais du grand capital, peu visionnaires, sans grands desseins, oublieux des plus démunis. «Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la sécurité sociale, car ceux qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus, et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur» avait-il prédit.
A bien des égards, en cette période de perte de valeurs et de repères, François MITTERRAND qui a réconcilié la gauche et le pouvoir, sous réserve d’un «droit d’inventaire», suivant une formule de Lionel JOSPIN, nous manque, énormément. «Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura que des financiers et des comptables» avait dit François MITTERRAND, un grand seigneur de la politique. François MITTERRAND  ne croyait pas si bien dire. Nous vivons drôle d’époque, où nos gouvernants sont féroces avec les faibles et complaisants avec les gens du château. Notre temps est surtout marqué par une avancée considérable des forces du Chaos faisant l’apologie du Mal. Par deux fois en 2002 et 2017, la Petite entreprise familiale est arrivée au deuxième tour des présidentielles.  Tout est fait pour que la présidentielle de 2022 ne soit qu’un match entre blanc bonnet et bonnet blanc. On veut nous convaincre que les esclavagistes, comme Napoléon Bonaparte et Colbert, sont des humanistes et héros, et que les différentes réformistes injustes (retraites, chômage, loi sur le séparatisme) sont faites pour le bien du peuple. François MITTERRAND est resté 23 ans dans l’opposition. Et la Vérité finit toujours par triompher, en particulier en 2022, avec une Femme, Mme Anne HIDALGO, présidente de la République. En effet, cette victoire de François MITTERRAND est celle de l’habileté en Politique. François MITTERRAND a su bénéficier d’un appui considérable de sa femme, Danielle MITTERRAND, une caution de gauche, s’inspirer de diverses luttes sociales, unifier le Parti socialiste en 1971, ménager son challenger, Michel ROCARD, négocier une alliance avec les Communistes en pleine guerre froide et maitriser les médias. Je vois en Anne HIDALGO, dans un contexte différents, une aptitude à reprendre le flambeau, dans sa démarche socialiste et écologique, sa stratégie gagnante aux municipales de juin 2020, et sa préparation des régionales des 20 et 27 juin 2021, étape déterminante pour la victoire aux présidentielles de 2022. Mme Anne HIDALGO occupe et laboure le terrain, pour redonner l’espoir et l’espérance.
Dans son premier discours de président élu, M. MITTERRAND avait déclaré «il appartiendra à l’histoire de juger». Pour les Français, François MITTERRAND est le meilleur président de la République ces 40 dernières années. Pharaon bâtisseur, doté d'un sens aigu de l'histoire, il a profondément modifié la physionomie de Paris (Grand Louvre, Opéra Bastille, Musée d'Orsay, Institut Monde Arabe, Grande Arche, La Villette, La Très Grande Bibliothèque, etc.). Riche de talents littéraires, polémiste, habile, redoutable tribun, prince de la réversibilité, intriguant, avide de pouvoir et sans cesse en quête de lui-même, séducteur, parfois retors, machiavélique, cynique, mais nationaliste, fidèle en amitié et bienveillant, François MITTERRAND est initialement un provincial de droite devenu patron de la gauche. «Si je suis un homme du passé, vous êtes un homme du passif» réplique-t-il à Valéry GISCARD-d ’ESTAING lors du débat des présidentielles de 1981. Adulé ou vilipendé, «tonton», comme on l’appelait affectueusement, a représenté un immense espoir populaire à la suite de la victoire du 10 mai 1981. «Je crois pour demain, comme hier, à la victoire de la Gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que toute sa famille, c’est la Gauche. Hors du rassemblement des forces populaires, il n’y a point de salue» dit-il. Tacticien et surtout stratège de haute voltige, MITTERRAND est un artiste de la politique, passionné de littérature et d’écriture, il a mis sa contribution littéraire au service de son ascension politique. Doté d’une répartie et d’un sens de la formule, il savait aussi balancer des vacheries. «Chirac c’est un type sympathique, dommage qu’il manque de structure mentale» dit-il, ou encore, «Quand j’ai nommé Edith Cresson, je lui avait dit qu’elle avait le devoir d’être impopulaire. Je ne savais qu’elle réussirait aussi bien». Michel ROCARD est sévère à l’égard de son éternel rival : «Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François MITTERRAND». Parfois ambigu, trouble et complexe, MITTERRAND est un véritable personnage de roman. Dans sa biographie, Jean LACOUTURE montre bien que François MITTERRAND est une «histoire de Français», sa personnalité, jusque dans ses ambiguïtés, incarne les Français eux-mêmes. Entre le catholicisme des origines et le socialisme d’adoption, entre Vichy et Londres, entre stoïcisme et cynisme, ruses et conviction, François MITTERRAND réunit et exacerbe en lui les contradictions françaises. Dans un pays, champion de familles recomposées, l’homme avec ses deux familles, fascine, «Sa vie est un miroir qui se promène sur une grande route», en référence à une expression de Stendhal. «J’aime ton corps, la joie qui coule en moi quand je détiens ta bouche, la possession qui me brûle de tous les feux du monde, le jaillissement de mon sang au fond de toi, ton plaisir qui surgit du volcan de nos corps, flamme dans l’espace, embrasement» écrit-il à Anne PINGEOT, sa maîtresse, le 16 juillet 1970. Avec ses paradoxes et contradictions, MITTERRAND fut, à la fois, le dirigeant d’un mouvement de résistance décoré par Vichy, un jeune parlementaire conservateur et l’artisan de l’union de la Gauche. Imposant les communistes au gouvernement, il fut le fossoyeur du Parti communiste français. Féroce opposant à De Gaulle et à la constitution de la Vème République, il le caricature dans son ouvrage «le coup d’Etat permanent» : «Il existe dans notre pays une solide permanence du bonapartisme, où se rencontre la vocation de la grandeur nationale, tradition monarchique, et la passion de l’unité nationale, tradition jacobine» écrit-il. Une fois au pouvoir, il a su cependant, tirer le meilleur profit de ce cadre constitutionnel, s’inscrire dans sa logique, et le sacraliser, plus que jamais, notamment à travers la gestion de la première cohabitation.
François MITTERRAND après des hésitations de jeunesse, a fini par s’ancrer, définitivement, à gauche : «sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop» dit-il. Le président MITTERRAND entre en fonction le 21 mai 1981, il met son septennat sous les auspices des grands ancêtres de l’humanisme qu'il va honorer au Panthéon : Jean JAURES, inspirateur du socialisme, Jean MOULIN, symbole de la Résistance, et Victor SCHOELCHER, qui abolit l'esclavage, symbole des idéaux universalistes et de l'égalité entre les humains. Dès le 22 mai 1981, il nomme un Premier ministre ancré à gauche, Pierre MAUROY, maire de Lille, qui semble capable de faire travailler ensemble les différentes tendances du Parti socialiste. Jusqu’en 1983,  il engage un programme de rupture : augmentation de 10 p. 100 du S.M.I.C., revalorisation des allocations familiales et de l'allocation logement, annonce de la création d'un nombre important d'emplois publics, abolition de la peine de mort, abrogation du délité d’homosexualité, libération des ondes avec la création de radios privées, nationalisations, régularisation des sans-papiers, 5ème semaine de congés payés, etc. Mais il ne fera pas le droit de vote des étrangers aux élections locales ; l’irruption durable du Front national, devenu Rassemblement national, aux élections locales à Dreux, est devenu un affront national.
Né le jeudi 26 octobre 1916 à Jarnac, François, Marie, Adrien, Maurice, MITTERRAND passe son enfance, en Saintonge, en Charente, dans une fratrie au total de huit enfants. «J’ai souvent regretté de ne pouvoir garder davantage de lien avec cette Charente, avec le Jarnac de mon enfance. Ma vie politique m’a conduit vers un territoire différent, auquel j’ai voué beaucoup d’attachement. Pourtant, je n’ai jamais vraiment quitté Jarnac. Je reviens de temps à autre dans la maison où je suis né, dans la maison où mes grands parents, mes parents ont vécu» dit-il. François MITTERRAND est issu d’une famille catholique, bourgeoise et conservatrice du Bloc National, mais ouverte. «François Mitterrand a donné de lui, une image fluctuante, floue, trouble parfois, qui s’est traduite par une expression définitive : «c’est un Florentin». Bien plus, «c’est un émule de Machiavel», écrit Geneviève MOLL. Pour son art de l’esquive, de l’intrigue et son cynisme, François MAURIAC le surnomma le «Florentin». «Je n’étais pas assuré de mon talent. Pour ce qui est d’agir sur les hommes, je l’ai su d’emblée» dit-il. Dans sa contribution littéraire, personnage complexe et ambigu, MITTERRAND s’est fabriqué un personnage de roman, entre mythe et réalité.  «Ceux de mes ancêtres dont je porte nom étaient bourgeois de Bourges. Notre généalogie, peut-être complaisante, prétend les suivre à la trace jusqu’aux brouillards du Moyen-âge» écrit-il dans «Ma part de vérité», et il exhibe, fièrement, ses origines du Berry, et donc son enracinement dans le terroir français. «Il n’y a de Mitterrand que Berry» dit-il et deux de ses ancêtres ont prévôts de Bourges. Le nom «Mitterrand» dérivé du mot «Mittier» signifierait des mesureurs de grains, et François MITTERRAND, même si aucun de ses parents n’a exercé ce métier, y fait dans son ouvrage, «La paille et le grain». Si MITTERRAND, c’est le grain, l’opposition ne peut incarner que la paille. Un de ses ancêtres, Sylvain MITTERRAND, vigneron, né en 1625 du temps de Louis XIII, a échappé la peste, adulte il sera témoin des ravages de la Fronde. Le fils de Sylvain, un certain Mathurin, né à Bourges, le 11 février 1681, deviendra également vigneron, et il aura un fils, dénommé Martin, qui lui-même aura comme descendant, Gilbert, (1744-1813), un quadrisaïeul de François MITTERRAND. Ce sont souvent des personnes modestes, des jardiniers, des journaliers ou domestiques. Un de ses ancêtres, Jean-Baptiste, renonce au métier de vigneron pour devenir cordier. Charles MITTERRAND, un bisaïeul de François, deviendra éclusier de Roueron. C’est une rupture dans l’histoire familiale des MITTERRAND.
Son père, Joseph (1873-1946) qui voulait devenir journaliste, a finalement, par sécurité, choisi une carrière dans les chemins de fer. Il a gravi les différents échelons de la hiérarchie et dirigé alors la gare d’Angoulême où toute la famille habitait. Ce n’est qu’en 1919, lorsque Joseph se lance dans les affaires en attendant de reprendre la vinaigrerie familiale, que sa famille s’installe définitivement à Jarnac. Joseph, un catholique, de droite, mais avec une inspiration sociale, est renfermé, solitaire et rigide ; «Il s’était réfugié dans la réflexion, loin de l’action qui le tentait et le repoussait à la fois. (…) Il aurait aimé le mouvement des villes, le mouvement des idées. La solitude et le silence firent ses compagnons» écrit MITTERRAND. Pudique, François MITTERRAND a appris de son père, l’art de se taire, de protéger sa vie privée, ainsi que le goût de l’économie. «Je sais qu’on me reprocher d’aimer le secret. Pourtant, il faut bien garder une part de secret pour exister» dit-il. Yvonne LORRAIN (1880-1936), la mère de François, est la fille d’un producteur de Cognac, devenu par la suite, vinaigrier à Jarnac ; elle est cultivée, musicienne et fait de la peinture. L’écrivain, François MAURIAC (1885-1970) auquel MITTERRAND consacrera un ouvrage, est une connaissance de sa mère. MAURIAC a bien décrit cette bourgeoisie de province, parfois méprisante et recluse. Le jeune François a de l’ambition, il veut s’élever dans la hiérarchie sociale : «Je serai roi ou Pape ? Diriger, commander aux autres, s’élever au-dessus des autres», il s’applique cette formule. «Quand l’enfant naît, il naît avec toutes les nuances du monde. Il a ses exigences, ses ambitions. C’est l’enfant, en moi, qui me créé» écrit-il. Les grands-parents maternels, installés à Touvent, dans une maison rustique, jouent un grand rôle dans l’éducation du jeune François. «Cette enfance, je l’ai surtout vécu en pleine campagne, dans la propriété de mes grands-parents maternels, à la limite des départements de Charente et de Dordogne» écrit-il. C’est là, certainement, qu’il développe ce besoin quasi charnel d’un contact avec la nature ; «J’avais la tête pleine de musique naturelle : le vrai vent sec, la rivière. Chaque heure avait son odeur. J’avais une vie sensorielle», dit MITTERRAND. Cette Charente de l’enfance, François MITTERRAND la découvre à pied. Il en gardera, toute sa vie durant, une passion immodérée pour la marche, entraînant dans son sillage ceux qui l’entoure, jusqu’à la roche de Solutré. Sa mère communique à ses enfants sa passion des livres. Ses goûts la conduisent d’ailleurs bien au-delà de ses propres considérations morales.
En pension, à Angoulême, au Collège Saint-Paul, il découvre d’autres milieux, d’autres adolescents. En octobre 1934, MITTERRAND s’inscrit à la faculté de droit de Paris. «Je suis arrivé comme étudiant à Paris. C’était un autre monde dont je faisais connaissance et j’avais encore beaucoup à apprendre», dit-il. Il est éloquent, ce qui l’a convaincu, sans doute, de prendre le chemin du barreau, mais aussi de poursuivre des études en sciences politiques. Jeune bourgeois de province arrivant dans la capitale, il se cherche et ne perd pas toutes ses habitudes charentaises. En particulier, il continue de s’adonner à la marche à pied. Il sillonne ainsi Paris, parcourt ses rues, notamment le Quartier latin, cafés, théâtres, expositions, dancings, rencontres mondaines de toutes natures, tournois sportifs, font partie de ses activités. Pétri de littérature, le voilà vite amoureux de sa «très chère cité». «A dix-sept ans, j’ai découvert Gide, Martin du Gard, Claudel, Jouhandeau ; je suis devenu fanatique de Paul Valéry. Dostoïevski, Tolstoï ont été révélateurs de toute une foule de sensations, de réflexions : les malheurs du monde» écrit-il. MITTERRAND, qui a su par la suite domestiquer les médias, est avant tout un passionné des belles lettres, de Stendhal, Pascal, Voltaire et Châteaubriand. François MITTERRAND étant encore un catholique pratiquant, réside dans un foyer d’étudiants catholiques au 104 de la rue de Vaugirard, tenu par des pères maristes. On y pratique la retraite. On y célèbre la messe. Des conférences sur la foi y sont données.
François MITTERRAND reste classé, à l’époque, à droite de l’échiquier politique, sans aucun doute critique à l’égard de la IIIème République tout en restant à l’écart des ligues fascistes ou royalistes, par ailleurs condamnées par l’Église catholique. En effet, il adhère quelque temps aux «Volontaires nationaux», c’est-à-dire à la branche «jeunesse» de la ligue du colonel François La ROCQUE (1885-1946), chef des Croix-de-Feu, puis du Parti social français, l’un des plus puissants mouvements de la droite contestataire de l’époque. Le discours de La ROCQUE est empreint d’un réel patriotisme, fait sans cesse référence aux vertus du catholicisme social, prône l’ordre et la rigueur morale dans les affaires publiques. Admirateur de François MAURIAC, un ami de sa famille, ses goûts littéraires reflètent son engagement catholique et politique. Mais c’est à ce moment que MITTERRAND rencontre un de ses fidèles compagnons, Georges DAYAN (1915-1919), jeune étudiant juif et socialiste. MITTERRAND tombe amoureux d’une fille de 15 ans, qu’il nomme «Béatrice», de nom vrai nom Marie-Louise TERRASSE (1923-1998), qui prendra le nom de Catherine LANGEAIS quand elle deviendra speakerine de la télévision française.
Depuis l’automne 1938, MITTERRAND est sous les drapeaux, à 23 ans, pendant la deuxième guerre mondiale. Le 14 juin 1940, après de terribles combats pour lesquels il sera décoré, un éclat d’obus le blesse à Verdun. Il frôle la mort, est évacué de justesse vers un hôpital militaire où les Allemands le capturent. MITTERRAND assiste, en effet, à un événement qui le marque à jamais : la naissance d’une société. Car au «règne du couteau» et de l’anarchie ne tarde pas à se substituer la règle du partage. Les hommes se regroupent. Des lois se créent. Ce qui l’étonne, aussi, c’est que ceux qui sont à l’origine de tout cela ne sont pas forcément de son milieu. Voilà qui ébranle ses valeurs et ses croyances. On apprécie son esprit, ses analyses. Il prend part à toutes sortes d’activités intellectuelles et se constitue un réseau d’amis qui l’aideront plus tard dans la résistance ou dans sa vie politique. Après plusieurs tentatives, il finira par s'évader et rejoindre en janvier 1942 Vichy. Les années de la guerre sont les périodes les plus troublées de la vie de MITTERRAND et qui ont généré de nombreuses controverses. «Par le hasard de la petite histoire, j’ai connu successivement, en l’espace de ces quatre à cinq ans, les camps de prisonniers de guerre en Allemagne, la France occupée, l’Angleterre, l’Afrique du Nord, de nouveau l’Angleterre et de nouveau la France, quelques mois avant la libération de mon pays. Tout cet itinéraire a préparé, il faut bien le dire, tout naturellement, une nouvelle étape de réflexion» dit François MITTERRAND. Ces soupçons de connivence avec le maréchal PETAIN ont été exhumés après sa mort. En effet, Pierre PEAN les a exposés dans son ouvrage, «une jeunesse française». C’est François MAURIAC qui a évoqué, le premier, l’enfance barrésienne de MITTERRAND, dans ses bloc-notes : «Il a été, en 1959, un garçon chrétien, pareil à nous, dans une province. (…) Il a été cet enfant barrésien souffrant jusqu’à serrer les poings du désir de donner la vie ! ».  MITTERRAND réplique, sèchement : «S’il est vrai que j’eusse été d’extrême-droite dans ma jeunesse, je jugerai plus honorable d’être où je suis aujourd’hui, que d’avoir accompli le chemin inverse, où l’on se bouscule, semble-t-il». Il prend contact avec le milieu «Prisonniers» et participe, avec d’autres, à sa structuration. Il aide les prisonniers restés en Allemagne à s’évader en fabriquant de faux papiers qui sont ensuite envoyés dans des colis de la Croix-Rouge.
En décembre 1943, MITTERRAND gagne secrètement Londres et s’engage dans la Résistance. Puis de Londres, il part pour Alger où il rencontre le général de GAULLE. Entré en février 1944 dans la clandestinité sous le pseudonyme de capitaine MORLAND s’exécute, il devient un des dirigeants du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Paris est libéré en août 1944. François MITTERRAND prend part aux combats dans la capitale. Désigné par de GAULLE commissaire général correspondant du ministère des Prisonniers, il assure l’intérim du gouvernement français en attendant le retour du général de GAULLE en France. Il n’a pas 28 ans, le voilà le plus jeune ministre de la IVème République. «J’ai été un très jeune ministre. Je m’étais habitué à entendre dire : “le plus jeune”, il arrive très vite le moment où l’on ne peut plus le dire», dit-il.
Avec la Libération, MITTERRAND se marie le 28 octobre 1944, en l’église Saint-Séverin, à Paris, avec Danièle GOUZE (1924-2011), fille d’une famille de résistants, de laïcs, républicains et membres de la SFIO. De cette union naîtront trois fils : Pascal, Jean-Christophe et Gilbert. Le premier, malheureusement, ne survivra que trois mois. Il décède prématurément en 1945. La famille s’installera d’abord à Auteuil, puis à la rue Guynemer, dans le VIe arrondissement. Les MITTERRAND y resteront jusqu’en juillet 1973, date à laquelle ils déménagent rue de Bièvre dans le 5ème arrondissement.
Pour se présenter à la députation, Henri QUEUILLE, en soutient, lui dit «On vous offre cette chance, parce qu’elle n’existe pas. Allez-y quand-même. Vous réussirez si vous écoutez tout le monde et n’en faites qu’à votre tête». Le 10 novembre 1946, MITTERRAND devient député de la Nièvre, contre le tripartisme. Le Morvan est une vieille terre de protestation, réfractaire au pouvoir central. MITTERRAND, homme de province très attaché à la terre et aux hommes qui y vivent, va défendre ce coin de France avec amour et vigueur. «Je suis resté 35 ans parlementaire de la Nièvre. Je suis resté 32 ans Conseiller Général en plein Morvan, 17 ans Président du Conseil général. Mon mandat de maire de Château-Chinon n’a été interrompu que par mon élection à la Présidence de la République», dit-il. Député à 30 ans, il s’apparente immédiatement au groupe U.D.S.R., une de ces petites formations charnières de la IVème République. Fin tacticien, orateur brillant, il sera nommé onze fois ministre de 1947 à 1957.
François MITTERRAND est défavorable à l’indépendance des pays africains. «L’Algérie, c’est la France» dit-il. Ferhat Abbas, lui prête même cet ordre, les fellaghas, «vous n’avez qu’à les tuer». Il ne concède aux Algériens que des réformes à la marge. Benjamin STORA et François MALYE relatent cette guerre coloniale, en Algérie. François MITTERRAND, Ministre de l’intérieur depuis quatre mois, quand la guerre d’Algérie éclate le 1er novembre 1954, se retrouve donc au cœur de la tourmente. Devenu ministre de la Justice, en février 1956, du gouvernement socialiste de Guy MOLLET, il reste un homme d’ordre, fidèle à la politique répressive qui s’installe. La guillotine en devient une des armes. Quand MITTERRAND quitte la place Vendôme à la fin du mois le 21 mai 1957, quarante-cinq condamnés à mort ont été guillotinés en seize mois. Michel ROCARD accuse François MITTERRAND d’avoir envoyé, injustement, de nombreuses personnes au peloton d’exécution. Cette violence, avec ses escalades, n’a fait que renforcer la détermination des combattants algériens. Les Harkis et les Pieds-Noirs finiront par quitter l’Algérie en 1962. MITTERRAND reconnaîtra son erreur : «J’avais cru que la société coloniale pourrait se transformer autrement que par la violence. À l’expérience, j’ai compris qu’elle était, en soi, la violence, que la violence la gouvernait, que la violence lui répondait et que pour sortir du cercle de la violence il fallait sortir de la société coloniale, qu’il n’y avait pas de solution moyenne. L’ayant compris, j’avais mis du temps à l’admettre».
Dès le départ, François MITTERRAND est hostile à la solution du général de Gaulle de mettre en place les institutions de la Vème République qu’il qualifie de «coup de force». «Après 1958 les choses ont changé. Ce qui m’autorise à répéter qu’en 1965, oui, j’étais le candidat des forces de progrès, de certaines forces sociales, en face du général de Gaulle ; que je respectais et que j’admirais, mais auquel je ne pouvais pas identifier ma propre démarche» dit-il. Eloigné du pouvoir, il entame une première traversée du désert. «L'affaire de l’Observatoire» survenue dans la nuit du 15 octobre 1959, l’atteint de plein fouet.
En mars et avril 1959, il s’est fait élire tour à tour maire de Château-Chinon jusqu’en 1981 et sénateur de la Nièvre. Il prend aussi le temps de voyager. Il découvre notamment la Chine et publie à cette occasion son quatrième livre, «La Chine au défi», en 1961. Durant cette mise en quarantaine, la situation politique évolue. Aux élections législatives de 1962, si le parti gaulliste l’emporte largement, MITTERRAND retrouve son siège de député de la Nièvre. Dès 1963, il crée le Comité d’action institutionnel, fédération de clubs républicains et progressistes, à l’intérieur duquel il regroupe ses plus fidèles partisans : Roland DUMAS, Claude ESTIER, Louis MERMAZ, Georges DAYAN, Georges BEAUCHAMP, Charles HERNU, Pierre JOXE, Georges FILLIOUD, André ROUSSELET. En 1964, MITTERRAND publie ce qu’il considérera plus tard comme son meilleur ouvrage : «Le Coup d’Etat permanent». De Gaulle est considéré comme un dictateur. Le livre est un succès. ««Les temps du malheur sécrètent une race d'hommes singulière qui ne s'épanouit que dans l'orage et la tourmente. Ainsi de Gaulle, réduit à briller aux dîners mondains et à se pousser dans les cabinets ministériels de la IIIe République, étouffait-il à respirer l'air confiné d'une époque figée dans sa décadence. Mais le désastre où s'abîma la France ouvrit d'un coup ses fenêtres et il put se saouler à son aise au grand vent de l'Histoire» écrit-il. Pour MITTERRAND, le général de GAULLE arrive toujours au pouvoir par effraction : «Entre de Gaulle et les républicains, il y a d’abord, il y aura toujours le coup d’Etat. (..) De Gaulle occupe le pouvoir parce qu’il l’a ardemment désiré, patiemment approché, habilement investi, audacieusement saisi» précise-t-il.
Pour l’élection présidentielle de 1965, c’est Gaston DEFFERRE (1910-1986) qui semble le candidat le mieux placé contre de GAULLE. Et c’est lui qui, dans un premier temps, tente de fédérer la gauche, sans les communistes. Or, François MITTERRAND l’a très bien compris, l’équation politique de la Vème République rend indispensable de s’entendre avec le P.C.F. pour parvenir au pouvoir. L’écart de stratégie est de taille. Après le retrait de Gaston DEFFERRE, MITTERRAND se lance dans la présidentielle de 1965, met en ballotage le général de Gaulle et devient le leader de la gauche. Il créé la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) qui regroupe toutes les forces de la gauche non communiste. MITTERRAND ne prend pas la mesure de ce qui souffle sur le Quartier latin en mai 1968. Ou, plutôt, il échoue à le canaliser. Lorsqu’en 1969, après la démission de De GAULLE, MITTERRAND cherche à imposer sa candidature, il échoue. La gauche part désunie. Gaston Defferre, candidat, ne recueille qu’un peu plus de 5 % des voix. Deux candidats de droite s’affrontent au second tour. Georges POMPIDOU est élu. MITTERRAND dit alors son amertume de voir la gauche échouer, une fois de plus, dans un nouveau livre, «Ma part de vérité», publié en 1969.
MITTERRAND entreprend alors une longue marche vers le pouvoir. Au congrès d’Epinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971, grâce à une alliance entre le CERES de Jean-Pierre CHEVENEMENT, la motion DEFFERRE-MAUROY et les Conventionnels, MITTERRAND prend la tête du Parti Socialiste, et évince Guy MOLLET (1905-1975), secrétaire général de la SFIO de 1946 à 1969. «En France, je cherche à entraîner un mouvement populaire et je veux que les classes sociales qui composent ce mouvement populaire aient leur mot à dire dans les affaires de la Nation et dans les affaires de l’Etat», dit-il. Le nouveau premier secrétaire se met immédiatement au travail. Première étape, doter son parti d’un programme de gouvernement avec en mars 1972, le slogan «Changer la vie». Débutent alors de longues et difficiles tractations avec le P.C.F.. Finalement, le 26 juin 1972, avec l’aide des radicaux de gauche, le Parti socialiste impose à son puissant partenaire d’extrême gauche un programme comparable au sien. Le 27 juin 1971 devant l’Internationale socialiste qui s’interroge, MITTERRAND explique le sens de cet accord : «Notre objectif fondamental, c’est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PCF lui-même, afin de faire la démonstration que sur les cinq millions d’électeurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste».
À l’été 1972, le Parti socialiste sous la direction de François MITTERRAND est en ordre de marche. L’union de la gauche est réalisée, elle a un programme à proposer aux Français. Mais le calendrier est soudainement bouleversé par le décès de POMPIDOU (5 juillet 1911 – 2 avril 1974), président depuis le 20 juin 1969. La campagne est courte : moins d’un mois. Malgré une situation sociale MITTERRAND échoue une fois de plus, avec seulement 400 000 voix de retard. On se souvient de la réplique cinglante de Giscard d’Estaing : «Vous n’avez pas le monopole du cœur, M. Mitterrand».
Après 1974, le Parti socialiste se transformer et accueille le P.S.U de Michel ROCARD, des militants de la CFDT, des milieux chrétiens de gauche – tels que Jacques DELORS des «Sabra», jeunes intellectuels ou hauts fonctionnaires comme Paul QUILES, Lionel JOSPIN, Jacques ATTALI, Laurent FABIUS, Hubert VEDRINE. En 1977, aux élections municipales, le PS fait un véritable raz de marée, emportant 37 villes de plus de 10 000 habitants. Aux élections législatives de 1978, le PS devance désormais les communistes : 26,3 % contre 20 %. La prophétie de MITTERRAND s’est réalisée. Georges MARCHAIS (1920-1997), secrétaire général du PCF de 1972 à 1994, met alors un terme à l’union de la gauche. MITTERRAND opère un gauchissement de la ligne politique du PS pour prendre davantage de voix aux communistes, d’où une guerre sans merci contre les «rocardiens» Au congrès de Metz du 6 au 8 avril 1979, MITTERRAND appelle à la «rupture». Les militants applaudissent. Michel ROCARD est écarté. Dans «La Paille et le Grain», publié en 1975, dans «L’Abeille et l’Architecte», publié en 1978 et surtout dans «Ici et Maintenant», publié en 1980 MITTERRAND ne ménage pas ses critiques à l’égard du pouvoir.
La campagne présidentielle s’engage au tout début de l’année 1981. Cette fois-ci, le candidat MITTERRAND, grâce à Jacques SEGUELA, a appris à mieux communiquer et lance des slogans accrocheurs : «Changer la vie», «La force tranquille». Son programme est résumé en 110 propositions, dont le droit de vote des étrangers aux élections locales et l’abolition de la peine de mort. Lors du débat télévisé qui précède le scrutin, à un Valéry Giscard d’ESTAING qui l’accuse d’être «l’homme du passé», François Mitterrand réplique que le «Président sortant» est quant à lui «l’homme du passif». Au soir du 10 mai 1981, MITTERRAND est élu président de la République avec 51,76 % des voix.
I – François MITTERRAND et l’alternance du 10 mai 1981,
 
Le 10 mai 1981, dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on a tous exulté : «On a gagné !». C’est bien tout un peuple, écarté depuis près d’un quart de siècle de toute participation au pouvoir, qui se reconnaissait spontanément dans la victoire de MITTERRAND. Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance. Communistes tant redoutés en plein guerre froide, allaient gouverner avec les Socialistes. Première élément de rupture, à la Place de la Bastille ce soir du 10 mai, un député communiste de l’Essonne, Pierre JUQUIN, monte à la tribune, ivre de joie et fait l’éloge de MITTERRAND. C'est une violente tornade, vers minuit qui nous a chassés de la Place de la Bastille. Pendant la marche vers mon domicile à la rue des Boulangers, à quelques 20 minutes de la Place de la Bastille, j'ai savouré, sans limites, cet instant magique de bonheur. Parfois, certains moments fugaces, mais intenses, sont logés dans votre mémoire et résument toute une situation.
Dès le lendemain, un camion débarque des caisses de champagne au métro Luxembourg. Les passants et les touristes qui n’y comprenaient rien, s’en donnent à cœur joie. Au restaurant universitaire à Mazet, près des Mouffetard, avec les jeunesses socialistes, on perturbe le repas de midi, en entonnant encore : «on a gagné !».
Ce 21 mai 1981, j’arrive très tôt à la rue Soufflot, dans le 5ème arrondissement, où se trouve le Panthéon, pour pouvoir apercevoir François MITTERRAND ; Le nouveau président venait déposer une rose et se recueillir sur les tombes de Jean Jaurès, du résistant Jean MOULIN et de Victor SCHOELCHER qui a participé à l'abolition de l'esclavage en France. L’affluence de la foule et la dureté du service d’ordre sont tels que je suis rejeté loin de l’itinéraire de François MITTERRAND. Je suis même tombé, sans être piétiné par cette foule délirante. Mais j’ai pu entendre l’orchestre de Paris, entonner l'Hymne à la joie. C’est grâce à la caméra de mon ami, Serge MOATI, que j’ai pu apprécier, par la suite, à la TV, cette cérémonie magique. J’étais là pour participer à cette immense joie que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Traditionnellement, les Parisiens sont méfiants, distants et peu exubérants. Et les voila qui se lâchent, vous saluent, et même vous embrassent. Moi aussi, j’en ai profité pour embrasser quelques unes. Cette liesse et ambiance fraternelles, je les ai ressenties, par la suite, lors du Bicentenaire de la Révolution en 1989. Et de nouveau, avec les jeunes socialistes on s’est tempête à la cafétéria de la place de la Sorbonne : «on a gagné !».
40 années après, je me pose encore cette question : «Mais au fait, en tant que citoyen français d’origine sénégalaise, qu’avons-nous exactement gagné ?»
Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie». Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, ont été durs avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans «le panier à salade». Ainsi, un matin, habitant à l’époque à la rue des Boulangers, dans le 5ème arrondissement, et me rendant, en courant à ma faculté à la Place du Panthéon, j’étais en retard. La police m’interpelle : «Pourquoi tu cours ? Tu as ta carte de séjour ?». Oui, pour eux un Noir qui court ce n’est être qu’un voleur et un clandestin. Je réponds à l’agent que je n’en ai pas. Menotté et jeté dans la camionnette, je me retrouve au commissariat, tout près du Boulevard Saint-Germain. L’officier de police de garde me toise : «alors tu n’as pas de séjour, tu vas rentrer dans ton pays». Je lui réponds que, citoyen français, mon pays n’est pas loin. Je n’ai donc pas de carte de séjour. J’étais quand même en retard à mon cours à la faculté de droit. Moi, le paresseux, il fallait remonter la Montagne Sainte-Geneviève. Quant aux étudiants étrangers, les retraits de carte de séjour arbitraires étaient fréquents. On a fondé une association de défense des étudiants étrangers, INTERCAPA. J’ai prié, à Sainte-Geneviève, patronne de Paris, que ces vexations puissent cesser, un jour. Avec la victoire de la Gauche, MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.
Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voix de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public. La peine de mort a été abolie. En 2005, j’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, au Sénat, lors du trentenaire de la loi du 13 juillet 1983 sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel. Le bilan de Jacques LANG, Ministre de la culture, est l’un des plus solide et glorieux héritage de François MITTERRAND.
Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les quatre Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.
Comme «Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive.
Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire.
Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une «Apartheid» qui ne dit pas son nom.
M. Lionel JOSPIN, un remarquable Premier Ministre, a diminué le chômage, équilibré les comptes, et mis en œuvre des réformes de progrès, comme la parité. M. JOSPIN a corrigé les dérives de cette «Gauche caviar». Protestant et rigoriste, M JOSPIN a introduit de grandes valeurs morales dans la politique. Il fait ce qu’il dit. Il dit ce qu’il fait. Comme le dirait Amadou Hampâté BA, «L'homme c'est sa parole. La parole est l'Homme». Je regrette très profondément le coup du sort du 21 avril 2002, et surtout cette fierté mal placée de sortir définitivement du jeu politique.
D.S.K. est un réformiste compétent et brillant universitaire, mais il a choisi de mener une vie de bâtons de chaise.
Un autre François, M. HOLLANDE, avait comme slogan, « le changement, c’est maintenant ». Le changement est arrivé, mais pas celui qu’on attendait, notamment le projet de loi sur la déchéance de la nationalité. Oublié le droit de vote des étrangers aux élections locales. «Le pouvoir éblouit, le pouvoir pétrifie», disait Michel FOUCAULT. La sanction est tombée, et le Parti socialiste contraint, en raison d’une cuisante défaite en 2017, d’abandonner son siège emblématique de la rue Solférino, et de licencier du personnel.
II – François MITTERRAND : la littérature une arme politique
L’ascension politique de François MITTERRAND ne peut être séparée de la littérature, une arme politique. Son œuvre littéraire comporte une vingtaine d’ouvrages principaux. «J’aime écrire. En avais-je le talent ? En tout cas, j’en ai le goût. Comment écrire ? Il faut l’unité de l’esprit», dit-il à l’émission de Bernard PIVOT, 5ème édition d’Apostrophe du 7 février 1975. Homme de culture, la littérature fut pour une passion pour MITTERRAND, et il fera de l'écriture une activité de chaque instant : «Si j'avais eu une ambition, elle aurait été celle-là », dit-il.
François MITTERRAND, un témoin majeur de notre histoire est d’abord et avant tout un homme de la IVème République, avec ses guerres. Il a écrit sur les «prisonniers de guerre devant la politique» dans lequel il examine les principales forces politiques (M.R.P, P.C.F, S.F.I.O.) et le Parti radical en perte de vitesse. «Aux frontières de l’Union française» il brosse certaines guerres coloniales en Indochine, au Maroc et en Tunisie. Il réclame des évolutions inévitables, mais dans le maintien des relations avec la France. Il veut servir à la fois son pays et la vérité. Il revient sur ces thèmes dans «présence française et abandon».
Initialement, François MITTERRAND s’est révélé, à travers ses contributions comme étant un farouche adversaire du pouvoir personnel du général de GAULLE et des institutions de la Vème République qu’il qualifie, à travers un ouvrage, de «coup d’Etat permanent». Par ce livre brillant, passionné, passionnant, MITTERRAND se range dans la lignée des plus grands polémistes. Ce livre de combat est critique sans ménagements du régime gaullien, de ses institutions, de ses dignitaires et de son chef. Qu’il séduise ou qu’il irrite, il invite à la réflexion. Cependant, François MITTERRAND finira, le 4 septembre 1987, par rendre hommage au général de GAULLE «Je reconnais tout à fait la place inimitable qu’a rempli le général de Gaulle, les services incomparables rendus par lui dans un des moments les plus dramatiques de notre histoire».
Dans «Ma part de vérité» et après avoir mis le général de Gaulle en ballotage au second tour des présidentielles de 1965, François MITTERRAND veut incarner l’unité de la gauche, en miettes. C’est un livre de combat. Il a pour ambition de reconstruire cette gauche en miettes.
Dans «la Rose au poing», MITTERRAND s’impose ici comme un écrivain et aussi un leader pour tous les hommes de bonne volonté. La rose au poing, symbole du combat socialiste, signifie que changer la vie est un impératif. Le peuple doit pouvoir échapper à la jungle des intérêts, au règne de l’argent, à toutes les formes d’exploitation pour maîtriser eux-mêmes leur destin. Le socialisme, qui veut rendre le citoyen responsable de la communauté politique et le travailleur responsable de la communauté économique, apporte une réponse conforme aux exigences de notre temps. Cette présentation du programme commun de la gauche est une façon pour l’auteur de dire ce qu’il pense de la Ve République, comme de dévoiler les raisons de son combat.
«La pagaille et le grain», est une chronique personnelle, un journal, où l’auteur exprime en toute liberté ce qui lui vient à l’esprit, s’étend de 1971 à l’été 1974. Certains textes ont paru dans le «bloc-notes» de l’Unité, hebdomadaire du Parti socialiste ; d’autres sont inédits. La paille et le grain des choses. D’origine paysanne, MITTERRAND estime que la paille est d’origine noble. Aux yeux de MITTERRAND, il n’existe pas de matière vile ou noble : chacune a son usage, et la «paille» vaut le «grain». Pour peu que le lecteur accepte, comme le chroniqueur l’y invite, de traverser les apparences, il rencontrera partout des sujets de réflexion.
Dans «L’abeille et l’architecte», François MITTERRAND laisse place à l’élan du rêve, aux sensations, aux émotions. MITTERRAND est un de ceux qui croient qu’il n’est de bonne écriture qu’exacte. Tandis qu’il mène sa vie d’homme d’action, un autre, en lui, observe le vent «grande rumeur dans le ciel immobile», garde le rythme des jours avec l’odeur du blé, l’odeur du chêne, la suite des heures. L’écrivain qu’il est Bonheur d’écrire, culture fulgurante, sagesse à la Montesquieu, charme des paysages de la mémoire, éblouissement devant la vie, ce livre, à la suite de La paille et le grain, fait partie des œuvres qui échappent au temps. L’abeille la loi de la nécessité, et l’architecte et la loi de l’initiative, y compris de la médiocrité.
«Ici et maintenant» est un livre issu d’une série d’entretiens avec Guy CLAISSE, dans lesquels MITTERRAND brosse le tableau de la France de l’Etat-Giscard et d’un monde malade du couple infernal dollar-pétrole. Reste à se battre, ici et maintenant, pour faire entrer l’air du dehors, maîtriser le progrès et vivre autrement. «Etre d’accord avec soi-même, je ne connais pas meilleur bulletin de santé». Le François Mitterrand d’Ici et maintenant tient tout entier dans cette affirmation tranquille. Trois ans après la rupture de l’union de la gauche, à quelques mois d’une nouvelle élection présidentielle, il fournit ses clés pour comprendre, savoir où il en est et où il veut aller. «Je fais partie du paysage de la France» dit-il. Il n’a pas l’intention d’en sortir. Dans cet ouvrage François MITTERRAND a apporté, avec tout son talent d’écrivain, une haute qualité littéraire.
On le dit parfois versatile ou insaisissable, mais «La grande constance de François Mitterrand est sa croyance dans l’idée européenne et dans sa construction» écrit Michèle COTTA. «De l’Allemagne, de la France», MITTERRAND est un européen convaincu et il a fortement œuvré pour un renforcer l’alliance entre la France et l’Allemagne comme moteur de la construction européenne. «Je rêve à la prédestination de l’Allemagne et de la France, que la géographie et leur vieille rivalité désignent pour donner le signal de l’Europe», dit-il. Au-delà de la leçon d’histoire, au-delà de l’essai politique, ce livre est le témoignage émouvant d’un homme habité par le destin de son pays, instruit par les guerres qui l’ont déchiré, déterminé à construire une Europe ouverte et sûre d’elle-même, capable de faire l’Histoire au lieu de la subir.
«Mémoires à deux voix» est un ouvrage en collaboration avec Elie WIESEL et MITTERRAND s’en explique : «Lorsque le mandat s’achève, que l’œuvre s’accomplit, et qu’avec l’âge l’horizon se rapproche, le besoin naît, souvent, de rassembler des pensées éparses et de confier à l’écriture le soin d’ordonner sa vie». Dans «Mémoires interrompus» MITTERRAND résume son propos, «L’histoire de la France me possédait, j’aimais ses héros, ses fastes, et les grandes idées venues d’elle qui avaient soulevé le monde. J’avais la conviction, depuis l’enfance, que j’aurais à la continuer. J’éprouvais une profonde admiration pour le caractère, le courage, l’intelligence du chef de la France libre même si je contestais ses méthodes avant de combattre sa politique», dit-il. Il y a plus d’un demi-siècle, l’histoire personnelle de MITTERRAND a rencontré l’histoire de la France. Jusqu’à la fin, il aura poursuivi son dialogue avec elle. C’est à un demi-siècle de luttes et de rêves que ce livre est consacré, œuvre que la mort a interrompue.
Le Président lutte contre la maladie, il sait que la mort est proche, il a décidé d'aller jusqu'au bout de son mandat. C'est alors qu'il entreprend une «tournée des adieux» pour remercier et encourager à l'action tous ceux qui l'ont soutenu depuis le premier septennat. «Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas», c’est par ces mots énigmatiques et intrigants que MITTERRAND, l’agnostique et le mystique, adresse son dernier message à la nation française, le 31 décembre 1994. François MITTERRAND est mort le 8 janvier 1996. Il n’est pas allé au Panthéon ; il nous a fait le coup de Jarnac. «Dans le cimetière de cette ville reposent mes arrière-grands-parents, mes grands-parents que j’ai aimés, mes parents et dans les cimetières alentours les générations d’auparavant par ma mère qui était très Saintongeaise au point que l’on parlait chez moi très souvent par souci de rester fidèle à cette province le patois saintongeais. Mon arrière-grand-père Beaupré - je ne sais pourquoi on l’appelait Beaupré de son prénom - Beaupré Lorrain l’enseignait de la façon qu’il aimait c’est-à-dire à la fin des banquets, des mariages avec Burgaux des Marais dont il était l’ami au point qu’ils se sont attelés à un moment donné à une grammaire du Saintongeais. C’est vous dire que je me sens à l’aise à l’endroit où se trouvent mes principales racines» explique François MITTERRAND. «Je n’ai pas peur de mourir, mais j’ai peur de ne plus exister» dit-il.
Bibliographie très sélective :
1 – La contribution de François Mitterrand
MITTERRAND (François), Aux frontières de l’Union française, Paris, Julliard, 1953, 220 pages ;
 
MITTERRAND (François), De l’Allemagne, de la France, Paris, Odile Jacob, 1996, 247 pages ;
 
MITTERRAND (François), François MAURIAC, Paris, l’Herne, 1996, 109 pages ;
 
MITTERRAND (François), Ici et maintenant, conversations avec Guy Claisse, Paris, Fayard, 1981, 309 pages ;
 
MITTERRAND (François), L’abeille et l’architecte, Paris, Flammarion, 1975, 402 pages ;

MITTERRAND (François), La Chine au défi, Paris, Julliard, 1961, 199 pages ;
 
MITTERRAND (François), La paille et le grain, Paris, Librairie générale française, 1975, 285 pages ;
 
MITTERRAND (François), La rose au point, Lausanne, Rencontres, 1982, 239 pages ;
 
MITTERRAND (François), Le coup d’Etat permanent, Paris, Julliard, 1984, 273 pages,
 
MITTERRAND (François), Le socialisme du possible, Paris, 1970, Seuil, 118 pages ;
 
MITTERRAND (François), Les plus belles vacheries de François Mitterrand, Paris, Albin Michel, 2001, 141 pages ;
MITTERRAND (François), Les forces de l’esprit, messages de demain, préface de Roland, Dumas, Paris, Fayard-Institut François Mitterrand, 1998, 162 pages ;
 
MITTERRAND (François), Les prisonniers de guerre devant la politique, Paris, éditions du Rond Point, 1945, 51 pages ;
 
MITTERRAND (François), Ma part de vérité, de la rupture à l’unité, Paris, Fayard, Collection En toute liberté, 1969, 207 pages ;
 
MITTERRAND (François), Mémoires à deux voix, en collaboration avec Elie Wiesel, Paris, Le Grand Livre du Mois, 1995, 216 pages ;
 
MITTERRAND (François), Mémoires interrompus, entretiens avec Georges-Marc BENAHAMOU, Paris, Odile Jacob, 2001, 246 pages ;
MITTERRAND (François), Politique, Paris, Fayard, vol I, (1938-1977), 640 pages et vol. II (1977-1989), 368 pages ;
 
MITTERRAND (François), Présence française et abandon, Paris, Plon, 1957, 240 pages ;
 
MITTERRAND (François), Réflexions sur la politique extérieure de la France, Paris, Fayard, 1986, 444 pages.
2 – Les biographies de François MITTERRAND
ABBAS (Ferhat), Autopsie d’une guerre : l’aurore, Paris, éditions Garnier, 1991, 346 pages ;
ATTALI (Jacques), C’était François Mitterrand, Paris, Fayard, 2005, 462 pages ;
BALVET (Marie), Le roman familial de François Mitterrand, Paris,  Plon, 1993, 400 pages ;
 
BATTUT (Jean), François Mitterrand, le Nivernais, 1946-1971, la conquête d’un fief, Paris, l’Harmattan, 1971, 330 pages ;
BAYARD (Jean-François), La politique africaine de François Mitterrand, Paris, Karthala, 1984, 149 pages ;
BOCCARA (Edith), Mitterrand, en toutes lettres, 1971-1994, préface de Michèle Cotta, Paris, Belfond, 1995, 423 pages ;
COTTA (Michèle), Le monde selon Mitterrand, combats, pensées, arrière-pensées, piques polémiques, Paris, Taillandier, 2015, 336 pages ;
DENIS (Stéphane), La leçon d’automne : jeux et enjeux de François Mitterrand, Paris, Albin Michel, 1983, 249 pages ;

DUHAMEL (Eric), François MITTERRAND, l’unité d’un homme, Paris, Flammarion, 1998, 260 pages ;

 
DUMAS (Roland), Coups et blessures, 50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand, Paris, Cherche-Midi, 2011, 402 pages ;
GOUZE (Roger), François MITTERRAND : l’homme, l’écrivain, Paris, Le Cherche Midi, 1994, 175 pages ;
GUIGO (Pierre-Emmanuel), François MITTERRAND, un homme de paroles, Paris, Presses universitaires de Vincennes, 2017, 188 pages ;
 
HALLIER (Jean-Edern), La force d’âme, suivi de l’honneur perdu de François Mitterrand, Paris, Les Belles Lettres, 1992, 373 pages ;
 
HOURMANT (François), François Mitterrand, le pouvoir et la plume, portrait d’un président écrivain, Paris, 2010, Presses universitaires de France, collection le nœud gordien, 240 pages ;
 
LABBE (Dominique), Le vocabulaire de François Mitterrand, Paris, La Fondation Nationale de sciences politiques, 1990, 326 pages ;
LACOUTURE (Jean), François Mitterrand, une histoire de Français, les risques de l’escalade, Paris, Seuil,  1998, 444 pages ;
 
LANG (Jack), François Mitterrand, fragments de vie partagée, Paris, Seuil, 2011, 298 pages ;
 
LONSI KOKO (Gaspard-Hubert), Mitterrand, l’Africain ?, Paris, L’atelier de l’Egrégore, collection l’arbre à palabre, 2006, 229 pages.
 
MALYE (François), STORA (Benjamin), François Mitterrand et la guerre d’Algérie, Paris, Calmann-Lévy, 2010, 312 pages ;
MANCERON (Claude), PINGAUD (Bernard), François Mitterrand, l’homme, les idées, le programme, Paris, Flammarion, 1981, 191 pages ;
MOLL (Geneviève),  François Mitterrand, le roman de sa vie, Paris, Sand, 1995, 216 pages ;

NAY (Catherine), Le rouge et le noir ou l’histoire d’une ambition, Paris, Grasset, 1984, 384 pages ;

 
PEAN (Pierre), François Mitterrand : une jeunesse française, 1934-1947, Paris, Fayard, 1994, 624 pages ;
RIBAULT (Jean-Yves) GOLDMAN (Philippe), Contribution à la généalogie de M. François Mitterrand, Archives départementales du Cher, 1987,
SCHNEIDER (Robert), Les Mitterrand, Paris, Perrin, «Tempus», 2013, 416 pages ;  
SHORT (Philip), François Mitterrand, portrait d’un ambigu, traduit de l’anglais par Madison Deschamps, Paris, Nouveaux Monde éditions, 2015 ;
 
WINOCK (Michel), François Mitterrand, Paris, Gallimard, 2015, 432 pages.
Paris le 8 mai 2021 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
"François MITTERRAND (1916-1996), la victoire de la Gauche du 10 mai 1981. Bilan et perspectives», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 22:19
«Danielle GOUZE-MITTERRAND (1924-2011), une authentique socialiste, une Femme rebelle, souveraine et d’exception, une caution morale pour François MITTERRAND» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans le cadre de la commémoration, tout au long de cette année 2021, des 40 ans de la victoire de François MITTERRAND, du 10 mai 1981, il est impensable de ne pas évoquer la place exceptionnelle de Mme Danielle MITTERRAND. En effet, derrière chaque grand homme se cache une Femme exceptionnelle. François MITTERRAND qui venait d’un milieu conservateur, a eu la grande intelligence, de trouver des cautions morales, pour son virage à gauche. «Une femme toujours en avance de deux pas sur notre temps» écrit Jean LACOUTURE.
Danielle MITTERRAND a été un soutien inébranlable à l’ambition politique de François MITTERRAND, courageuse toujours,  en dépit des blessures du cœur. Solide dans ses convictions humanistes, elle dira «Au fil des jours, dans l'existence de chaque individu, se tisse la certitude que son sort n'est pas indépendant de celui de ses contemporains. Que ce qui le concerne nous concerne tous». En effet, le rôle joué par Danielle MITTERRAND dans cette virage a été particulièrement déterminant. En effet, Femme de caractère, Danielle MITTERRAND n’a pas été seulement que l'épouse du président de la République François MITTERRAND. Personne de convictions marquées à gauche, et ne renonçant jamais à ce qu’elle croît, par sa détermination et sa fermeté, a réussi à encrer, durablement et définitivement, François MITTERRAND à gauche. «Chemin faisant, je m'interroge sur la capacité des pouvoirs et des hommes de décision à mettre en œuvre une construction pacifique du monde. Ils en parlent tous en toutes occasions mais se résoudre à toucher aux causes de l'injustice, origine des révoltes et des insurrections, ne leur vient pas à l'esprit» écrit Danielle MITTERRAND, une socialiste authentique.
Je préfère cette trajectoire de MITTERRAND, l’Homme politique qui a corrigé certaines errances en allant vers le Bien souverain. «C’est toujours le bon moment de faire ce qui est juste» disait en substance Martin Luther KING (1929-1968). Le maréchal Philippe PETAIN (1856-1951), grand héros de la Première guerre mondiale, avait fait lors de la Seconde guerre mondiale, le chemin inverse ; il a fini ses jours dans la honte et le déshonneur. De nos jours, cette lepénisation croissante la vie politique d’une partie des partisans de la République est un signe inquiétant pour l’avenir de ceux qui se vautrent dans le mensonge et l’instrumentalisation de la haine. «Quand on crache en l’air, ça vous retombe sur le nez» dit un dicton.
Femme de tête, révoltée permanente, généreuse, engagée et souveraine, Danielle MITTERRAND aura vécu plusieurs vies. Danielle GOUZE, fille d'instituteurs radicaux-socialistes, a été élevée dans le culte de la patrie et de l'héroïsme. Résistante à quinze ans, elle s'emploie à sauver les blessés et rencontre nombre de figures illustres. «Mon engagement à gauche, je le tiens de mes ancêtres. J’ai été élevée dans une famille profondément laïque et de gauche. Une famille formidable. Des vignerons bourguignons du côté de ma grand-mère paternelle, des commerçants du côté de mon grand-père paternel. La famille de ma mère était dans les transports et mes parents étaient instituteurs. Si je n’avais pas rencontré François, je serais devenue institutrice à mon tour. C’est grâce à eux que j’ai fait le choix d’une société où c’est l’homme qui est au cœur des préoccupations et non pas l’argent» dit Danielle MITTERRAND.
Née le 29 octobre 1924 à Verdun (Meuse), sous le nom de GOUZE, Mme Danielle MITTERRAND grandit dans une famille cultivée et modeste, auprès de ses parents tous deux employés à l'Éducation nationale. La jeune résistante «aux admirables yeux de chat», l'amie de Berty ALBRECHT (1893-1943), une résistante, est la fille d’Antoine GOUZE (1885-1958), un enseignant qui se distingue déjà en 1940 par son refus de recenser les élèves juifs de son collège. Sa mère est Renée FLACHOT (1890-1971) est une institutrice laïque. «Tout à coup ma mère sembla vouloir s'échapper en courant. Mon père la retint par le bras. Elle se débattait, elle courut comme une folle vers le pont. [...] Trop malheureuse elle voulait mourir. [...] Il aurait suffi qu'un geste désespéré aboutisse. Comme elle devait souffrir cette jeune femme enceinte de moi, trahie par l'homme qu'elle aimait» écrit Danielle MITTERRAND dans «Le livre de ma mémoire».
Résistants de la première heure la famille de Danielle GOUZE héberge clandestinement des résistants durant la guerre. Danielle n'a que 17 ans lorsqu'elle s'engage dans la Résistance, aux côtés de sa sœur Christine GOUZE-RAYNAL (1914-2002), productrice de films et épouse de Roger HANIN. C'est au sein de son réseau qu'elle rencontre François MITTERRAND sous le nom de code «Morland». Danielle est chargée d'aider ce camarade à fuir, et pour ce faire, feint d'être éprise de lui à bord du train dans lequel ils voyagent.
Les deux faux fiancés se prennent à leur jeu et tombent amoureux : «1939-1940 : c’est la drôle de guerre. J’ai quatorze ans. Ma poitrine bat la chamade : «Et je serai à Huez. Heureux si vous le voulez, malheureux s’il vous plaît» Le cœur chaviré, je lis et relis ce message. En cette année-là le monde gronde et vacille. Et moi, j’étais cette jeune fille en fleur et je croyais être amoureuse !» écrit Danielle MITTERRAND. Ils se marient le 28 octobre 1944. Quand la paix sera retrouvée, François MITTERRAND s'engage dans la vie politique en devenant député, conseiller général, puis ministre des anciens combattants. Soutenant la vie politique de son époux, Danielle Mitterrand s'affiche comme une épouse dévouée, simple et proche du peuple, durant les campagnes présidentielles. En raison de la double vie de François MITTERRAND, avec Anne PINGEOT, qui lui a donné une fille, Mazarine, le couple acceptera que Danielle ait un amant, un certain Jean, connu et intégré à la famille.
Quand François MITTERRAND deviendra président de la République, Mme Danielle MITTERRAND refusera ce rôle symbolique et décoratif de «Première dame de France» et préférera le terme «d’épouse du Président de la République». Indépendante et femme de conviction, Mme MITTERRAND n’a jamais renié ses idées. Mme Danielle MITTERRAND, une vraie première dame de l'ombre et capable d'aller vers la lumière au nom de ses convictions quitte à bousculer l'ordre souverain de son mari. «Danielle Mitterrand n'a semble-t-il jamais collé à l'image de ce que doit être « une Première dame de France ». À savoir une femme plus que discrète, dénuée d'opinion, et de caractère — une sourde et muette assez jolie, mais pas trop, serait l'idéal. Les chats ne faisant toujours pas de chiens, Danielle Mitterrand, née Gouze, a hérité du caractère de son père, instituteur radical-socialiste, de surcroît franc-maçon, un rien intransigeant, qui lui a inculqué une admiration totale pour les héros et le sens du courage. Elle est entêtée, Danielle, absolue» écrit François XENAKIS, une de ses biographes.
Dans son livre, «La levure du pain», dans les années trente, en Bretagne, encore jeune, Danielle GOUZE découvre sa conscience et l’intolérance adulte. Elle a eu son tableau d’honneur, mais pas les framboises acidulées qui, rituellement, l’accompagnent. Elle sait pourtant qu’elle a bien travaillé, que ces bonbons, elle les mérite. Alors, pourquoi ? Il lui faudra quelque temps pour comprendre qu’à travers elle, la directrice «punissait» son père, ardent démocrate et libre penseur. L’exclusion, l’injustice, Danielle MITTERRAND n’acceptera jamais de s’en accommoder. Danielle MITTERRAND est en permanence animée par un désir intact d’équité. Ne pas baisser les bras devant des causes réputées perdues. Ne pas éluder la responsabilité élémentaire de restaurer l’homme, d’où qu’il soit, dans sa liberté et dans sa dignité. «Il faudra bien qu'un jour j'aie le courage d'aller encore plus loin dans mes réflexions, que j'aborde le véritable devoir d'ingérence humanitaire, donc politique, et que j'oublie les frontières diplomatiques» dit-elle. La tâche n’est pas simple, et le constat souvent douloureux. «Certains diront que je suis entêtée, mais comment ne pas l'être quand on croit à la cause que l'on défend» dit Danielle MITTERRAND. Mais si l’on n’a pas le pouvoir de donner le pain, il faut continuer d’en être la levure. Aussi, à travers son association «France Libertés», créée en 1986, Danielle MITTERRAND a tenu rester dans l’arène social et politique, par une posture très à gauche, en recevant même Fidèle CASTRO, en faisant libérer des prisonniers politiques, en lançant des appels pour la fin de l’Apartheid. «J’ai fondé France Libertés en 1986. J’ai eu envie de continuer à défendre les causes qui me tenaient à cœur : les droits de l’homme, l’éducation, l’économie solidaire. Ce n’est pas parce que j’étais Première Dame que j’allais cesser de respirer et d’agir !» dit-elle. Depuis le Var jusqu'au Brésil, «La liberté se conquiert» aimait à dire Danielle MITTERRAND. «Ce livre est le reflet d'une volonté d'écrire et de raconter, en toutes libertés certes, mais aussi en toute conscience. Sans trop déborder sur ma vie privée ni juger les hommes en dehors de leurs actes. Certes, mes coups de boutoir sont nombreux, percutants et sans concession, mais ils viennent du coeur, s'adressant autant à ceux que j'aime qu'à ceux qui me détestent» précise-telle, dans son livre «en toutes libertés».
Disparue le 22 novembre 2011, Mme Danielle MITTERRAND avait donné naissance à trois enfants, Pascal est mort prématurément en 1945, Jean-Christophe, né le 19 décembre 1946 et Gilbert, né le 4 février 1949. «J’ai eu une vie bien remplie. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Une vie avec de grandes joies. Avec de grandes souffrances aussi. Mais je n’ai aucun regret. J’assume tous mes choix. J’ai mes convictions et je m’y tiens» disait-elle.
Indications bibliographiques
1 – Contributions de Danielle Mitterrand
MITTERRAND (Danielle), Ces hommes sont avant tout nos frères, Paris, EAN, Pockett, 1997, 140 pages ;
MITTERRAND (Danielle), En toutes libertés, Paris, EAN, 1996, 351 pages ;
MITTERRAND (Danielle), La levure du pain, Paris, J-C Gasewitch, 1992,  207 pages ;
MITTERRAND (Danielle), Le livre de ma mémoire, Paris, J-C Gawsevitch, 2007, 518 pages ;
MITTERRAND (Danielle), Le printemps des insoumis, Paris, Ramsay, 1998, 305 pages ;
MITTERRAND (Danielle), Mot à mot, Paris, Cherche Midi, 2011, 188 pages.
2 – Critiques de Danielle Mitterrand
PICAR (Michel), MONTAGARD (Julie), BASILE (Anne), Danielle Mitterrand, portrait, Paris, Ramsay, 1982, 234 pages ;
SAUVARD (Jocelyne), Les trois vies de Danielle Mitterrand, Paris, L’Archipel, 2012, 221 pages ;
XENAKIS (Françoise), Danielle Mitterrand, une fille qui voulait être Antigone, Paris, Ramsay, 2006, 454 pages.
Paris le 6 mai 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 18:34
Dans le prolongement de mes séries d’articles sur les 40 ans d’anniversaire de la victoire du 10 mai 1981, Robert BADINTER, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, de François MITTERRAND, et son combat mémorable en faveur de l’abolition de la peine de mort, est un incontournable. «C’est la mort que vous réclamez. Pas la justice» dit Robert BADINTER, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice de François MITTERRAND d’octobre 1981 à février 1986. La peine de mort, cette sanction qui rend chacun de nous complice d’un assassinat commis par l’État, est le combat de la vie de Robert BADINTER. La peine de mort c’est une exécution, «un meurtre judiciaire» suivant Victor HUGO, une vengeance publique d’un autre temps. «Lors de la reconstitution, il traversait la foule, entre des gendarmes. Sous les coups, les insultes, les crachats, son visage était devenu celui du Christ. Ceux qu'emporte la haine ne savent pas quel présent ils font à l'objet même de leur haine» écrit Robert BADINTER dans «l’Exécution».
La France, pays des droits de l’Homme, pendant deux siècles rechignait à l’abolition de la peine de mort. On disait que l’opinion publique n’était pas favorable à l’abolition de la peine de mort. La France ayant connu deux guerres mondiales et de nombreuses coloniales, dont celle de l’Algérie, au cours de laquelle François MITTERRAND, Ministre de la Justice, pour soulager sa conscience, avait de bonnes raisons à se faire pardonner, en abolissant la peine de mort : «Je rends toujours hommage à François Mitterrand. Il avait vécu avec la peine de mort, y compris comme ministre de la Justice, en Algérie. Mais il fallait du courage et de l’intuition. Mitterrand avait le sens de l’histoire, il savait que le moment était venu de mettre un terme à la peine de mort et que l’impopularité que suscitait cette décision nourrirait en définitive son image : lui qui était taxé d’être un Machiavel, un politicien très habile, voulait montrer qu’il avait aussi des convictions profondes» dit Robert BADINTER. Sous la IVème République, Robert BADINTER ne faisait pas partie des cercles intimes de François MITTERRAND. «La première fois que j'ai rencontré François Mitterrand, ce devait être en 1953, avant qu'il ne devienne ministre de Pierre Mendès France. Je l'ai croisé ensuite à quelques reprises, mais ce n'est qu'à l'automne 1958 que nous sommes devenus amis. Le souvenir marquant que je garde de lui sous la IVe République est lié à un match de tennis. Ce jour-là, j'arbitrais un match, dans un tennis privé, qui l'opposait à Félix Gaillard. Le match a duré 3 heures et demie. Et finalement Mitterrand a gagné. C'était le triomphe de la volonté sur la technique» dit Robert BADINTER. Habité par une force de volonté, ne lâchant rien, François MITTERRAND, en dépit de l’hostilité de l’opinion publique a fini par faire abolir la peine de mort. Dans sa politique pénale, François MITTERRAND supprime les tribunaux d’exception, diverses lois scélérates, comme la loi anticasseurs du 8 juin 1970, tendant à réprimer les manifestants, après les événements de 1968 (texte rétabli insidieusement en 2019 par le président MACRON), et la loi d’Alain PEYREFITTE du 2 février 1981 dite «sécurité et liberté». François MITTERRAND réaffirme, avec force, la présomption d’innocence. En dehors de l’abolition de la peine de mort, une autre mesure emblématique d’une Gauche humaniste, aura été la loi du 5 juillet 1986, garantissant aux piétons et aux cyclistes, victimes d’un accident de circulation, une pleine réparation des dommages, quel qu’ait été leur comportement, sauf s’ils ont commis une faute inexcusable.
En dépit de la grande hostilité de l’opinion publique, François MITTERRAND a inscrit l’abolition de la peine de mort dans ses 110 propositions (proposition n°53), en vue des présidentielles de 1981. Politiquement, l’abolition de la peine de mort était considérée comme un sujet à éviter, car la grande majorité des Français étaient en faveur du maintien de la peine de mort. Robert BADINTER à la veille de la fameuse émission de «Cartes sur table» a eu l’intuition politique de rédiger une note pour François MITTERRAND : «Je me doutais bien que la question serait abordée le soir même. J'ai donc dit à Mitterrand, avec qui je travaillais les émissions de télévision, qu'il fallait se préparer. Ça l'a rendu nerveux. Il m'a dit : "Laissez-moi tranquille avec votre obsession. Assez avec cette histoire de peine de mort, ça n'intéresse pas les Français !». Sur ce, j'ai pris une feuille de papier et, en gros caractères, j'ai fait taper des citations des grandes religions, des grands écrivains et, bien entendu, de Jaurès et de Blum. Puis je suis allé rue de Bièvre et j'ai demandé à sa secrétaire de la glisser dans le dossier de Mitterrand en espérant qu'il la lirait avant l'émission» dit Robert BADINTER. En effet, le 16 mars 1981, François MITTERRAND participant à l'émission politique «Cartes sur table» présentée par Alain DUHAMEL et Jean-Pierre ELKABBACH sur Antenne 2, a exprimé sa conviction personnelle sur l’abolition de la peine de mort : «Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l’église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales, et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et, je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire. Une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la Présidence de la République, et je demande une majorité de suffrages aux Français, mais je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j’adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation. Je ne suis pas favorable à la peine de mort. Je ferai ce que j’aurai à faire dans le cadre d’une loi que j’estime excessive, c’est-à-dire régalienne, un pouvoir excessif donné à un seul homme, disposer de la vie d’un autre, mais ma disposition est celle d’un homme qui ne ferait pas procéder à des exécutions capitales» dit le candidat aux présidentielles, François MITTERRAND. Le candidat socialiste se place dans la tradition humaniste depuis le XVIIIème siècle jugeant barbare la pratique de la torture et de la peine de mort : «Si je prouve que la peine de mort n’est ni utile ni nécessaire, j’aurai fait triompher la cause de l’humanité», écrit le philosophe et juriste italien Cesare BECCARIA (1738-1794), en 1764, dans son traité «Des délits et des peines».
Robert BADINTER, avocat de l’abolition de la peine de mort, a été fortement influencé par Victor HUGO (1802-1885), dont le premier de tous ses combats, le plus long, le plus constant, le plus fervent, est sans doute celui qu’il mène contre la peine de mort. «C'est de France, c'est de cette enceinte, souvent, que se sont levées les plus grandes voix, celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine, celles qui ont soutenu, avec le plus d'éloquence la cause de l'abolition. Vous avez, fort justement, monsieur Forni, rappelé Hugo, j'y ajouterai, parmi les écrivains, Camus. Comment, dans cette enceinte, ne pas penser aussi à Gambetta, à Clemenceau et surtout au grand Jaurès ? Tous se sont levés. Tous ont soutenu la cause de l'abolition» dit Robert BADINTER, ce 17 novembre 1981 à l’Assemblée nationale. L’exécution de Louis XVI (1754-1793), pendant la Révolution, avait auparavant profondément divisée la société française. Dès l’enfance, Victor HUGO est fortement impressionné par la vision d’un condamné conduit à l’échafaud, sur une place de Burgos, puis, à l’adolescence, par les préparatifs du bourreau dressant la guillotine en place de Grève (actuelle Place de l’Hôtel de ville de Paris). Hanté par ce qu’il appelle «meurtre judiciaire», il va tenter toute sa vie d’infléchir l’opinion en décrivant l’horreur de l’exécution, sa barbarie, en démontrant l’injustice, les vrais coupables étant la misère et l’ignorance, et l’inefficacité du châtiment. Utilisant tour à tour sa notoriété d’écrivain et son statut d’homme politique, Victor HUGO met son éloquence au service de cette cause. La préface de Victor HUGO de son livre, «dernier jour d’un condamné», constitue, à elle seule, un réquisitoire contre la peine de mort. Victor HUGO avoue que l’écriture du roman l’a libéré d’une culpabilité ; l’auteur «n’a plus senti à son front cette goutte de sang qui rejaillit de la Grève sur la tête de tous les membres de la communauté sociale. Se laver les mains est bien, empêcher le sang de couler serait mieux». Réfutant les arguments habituellement avancés en faveur de la peine capitale, en particulier celui de l’exemplarité, Victor HUGO plaide en outre pour «un remaniement complet de la pénalité sous toutes ses formes, du haut en bas, depuis le verrou jusqu’au couperet». Victor HUGO condamne la peine de mort et réclame, à sa place, la détention perpétuelle. Victor HUGO est bien le défenseur de l’inviolabilité de la personne humaine à travers d’autres écrits, notamment dans «Hans d’Islande», «Claude Gueux». Il plaide pour l’acquittement de Armand BARBES, (1809-1870) condamné à mort pour tentative de coup d’Etat du 12 mai 1839, et finalement amnistié par Louis PHILIPPE, William TAPNER (1800-1859), assassin, incendiaire et voleur de Guernesey sera exécuté le 10 février 1854 ; à Guernesey, la peine de mort ne sera abolie qu’en 2003, et John BROWN (1800-1859) militant antiesclavagiste américain est exécuté en 1859.
Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, professeur émérite à la Sorbonne, avocat depuis 1951, ancien président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, sénateur des Hauts-de-Seine de 1995 à 2011, écrivain, passionné de musique classique et de ski, Robert BADINTER, avec son projet d’humanisation des prisons et son souci constant de faire abolir la peine de mort, a toujours voulu faire progresser la Justice. Le combat de Robert BADINTER, pour l’abolition de la peine de mort, a commencé au jour de l'exécution de Claude BUFFET, un ancien légionnaire et délinquant récidiviste (1933-1972) et de Roger BONTEMS (1936-1972), poursuivi pour vols, braquages et complicité de meurtre, le 28 novembre 1972, à Paris, dans la cour de la prison de la Santé. Tous deux avaient été condamnés à mort par la Cour d'assises de Troyes pour avoir pris en otage et égorgé, à la Centrale de Clairvaux, une infirmière et un gardien. Leur grâce avait été refusée par le Président Georges POMPIDOU (1911-1974). Il le relate dans son livre «l’exécution». Quelques années plus tard, c’est Patrick HENRY qui est promis à l’échafaud. Qu’importe, si Robert BADINTER n’a pas pu sauver l’innocent, il sauvera le monstre. Car ce n’est pas le kidnappeur et meurtrier d’enfant qu’il doit défendre, mais la sanction capitale qu’il doit éradiquer. Le procès de Patrick HENRY s’apprête à entrer dans l’histoire comme celui qui verra disparaître la peine de mort en France.
«Il y a quelque chose de la possession physique dans l'éloquence. Dans ses moments de lyrisme, mon maître s'exclamait : Plaider, c'est bander. Convaincre, c'est jouir» écrit Robert BADINTER, dans son livre «l’Exécution». Aussi, son discours du 17 novembre 1981 devant l’Assemblée nationale est resté dans l’Histoire : «J'ai l'honneur au nom du Gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France» dit-il. Dans le passé la France avait réalisé d’importantes réformes, sans pourtant abolir la peine de mort : «Je regarde la marche de la France. La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par l'éclat des idées, des causes, de la générosité qui l'ont emporté aux moments privilégiés de son histoire. La France est grande parce qu'elle a été la première en Europe à abolir la torture malgré les esprits précautionneux qui, dans le pays, s'exclamaient à l'époque que, sans la torture, la justice française serait désarmée, que, sans la torture, les bons sujets seraient livrés aux scélérats. La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l'esclavage, ce crime qui déshonore encore l'humanité. Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d'efforts courageux l'un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort. Le pays a élu une majorité de gauche ; ce faisant, en connaissance de cause, il savait qu'il approuvait un programme législatif dans lequel se trouvait inscrite, au premier rang des obligations morales, l'abolition de la peine de mort» dit Robert BADINTER. Jusqu’en 1981, tous les gouvernements ont été tétanisés par une opinion réfractaire à l’abolition de la peine de mort : «Il n'a jamais, jamais été établi une corrélation quelconque entre la présence ou l'absence de la peine de mort dans une législation pénale et la courbe de la criminalité sanglante. On a, par contre, au lieu de révéler et de souligner ces évidences, entretenu l'angoisse, stimulé la peur, favorisé la confusion» dit Robert BADINTER. Par conséquent, cette bataille commencée en 1972 s'achève avec le vote de l'abolition, le 30 septembre 1981. Depuis lors, l'abolition s'est étendue à la majorité des États dans le monde, plus de cent pays. La peine de mort est désormais abolie dans toute l'Europe occidentale. Elle marque un progrès irréversible de l'humanité sur ses peurs, ses angoisses, sa violence.
Juif laïc, discret et pudique, son exemplarité, sens de la Justice, ses grandes intégrité et droiture, ainsi que sa résilience sont un héritage familial. Pendant l’Occupation, son père, arrêté à Lyon par Klaus BARBIE (1913-1991) et mort à Sobibor, et son oncle ayant été déporté, il dira, à 16 ans, «je suis devenu un homme». Robert BADINTER, résidant non loin du Jardin du Luxembourg, est né le 30 mars 1928, à Paris 16ème, de Juifs originaires de la Bessarabie (Russie), Simon BADINTER (1895-1943) et Charlotte ROSENBERG (1899- date de décès inconnue), mariés à Paris le 7 juin 1923. Sa grand-mère maternelle, Idiss (1863-1942), est arrivée en France en 1907. De 1957 à 1965, il est marié à l'actrice Anne VERNON, de son vrai nom, Édith Antoinette Alexandrine VIGNAUD. Fille d’ouvriers, Anne VERNON, avec sa boulimie de lecture, déclare dans son autobiographie «Grâce au ciel j’étais née dans un nid d’amour habité par deux êtres beaux et joyeux» écrit-elle. Ces sept ans de mariage d’amour furent l’occasion pour Robert BADINTER de côtoyer le milieu du cinéma et d’y trouver des clients. Robert BADINTER épouse, en secondes noces, le 1er juillet 1966, à Villennes-sur-Seine (Yvelines), Elisabeth BLEUSTEIN-BLANCHET, une fille d’un publicitaire, Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET (1906-1996), qui lui donne trois enfants (Judith, Simon et Benjamin).
Robert BADINTER réalise ses études supérieures aux facultés de Lettres et de Droit de l'université de Paris, où il obtient la licence en lettres en 1947 et la licence en droit en 1948. Il obtient une bourse du gouvernement français pour compléter sa formation aux États-Unis, et obtient en 1949 la maîtrise en arts de l'université Columbia. Revenu en France, il s'inscrit comme avocat au barreau de Paris en 1951 et commence sa carrière comme collaborateur d’Henry TORRES (1891-1966). «Mon père rêvait pour mon frère aîné, très doué pour les études, de l’Ecole normale supérieure. Beaucoup de grands hommes politiques et d’intellectuels en sortaient. Finalement, c’est mon frère qui a repris l’entreprise familiale et moi qui suis devenu professeur de droit. C’était mon ambition. Mais, à l’époque, on ne pouvait pas passer l’agrégation avant 25 ans. J’avais 21 ans et il fallait que je gagne ma vie. C’est ainsi que je suis devenu avocat. Par hasard, pas par vocation. Plus tard, j’ai rencontré mon maître, au sens intellectuel du terme. Ce fut Henry Torrès, grand avocat d’avant-guerre. Je lui dois tout, y compris les valeurs sur lesquelles a reposé ma vie professionnelle. Il m’a inculqué une certaine idée de la justice et du métier d’avocat» dit Robert BADINTER.
Robert BADINTER obtient un doctorat en droit à la faculté de droit de Paris en 1952 avec une thèse sur «Les conflits de lois en matière de responsabilité civile dans le droit des États-Unis». Lauréat du concours d'agrégation de droit en 1965, il devient ainsi maître de conférences, puis occupe des postes de professeur d'université de droit à l'université de Dijon, à celle de Besançon, d'Amiens, avant d'être nommé, en 1974 à l'université Paris I, où il enseigne jusqu'en 1994, date à laquelle il devient professeur émérite. Parallèlement à sa carrière universitaire, il fonde en 1965 avec Jean-Denis BREDIN le cabinet d'avocats «Badinter, Bredin et partenaires», où il exerce jusqu'à son entrée dans le gouvernement en 1981. Il participe à la défense du baron Edouard-Jean EMPAIN après l'enlèvement de celui-ci et exerce autant comme avocat d'affaires (Boussac, talc Morhange, Empain, l'Aga Khan, etc.) que dans le secteur du droit commun.
Lorsqu’il était Garde des Sceaux, Robert BADINTER était impopulaire : «J’étais détesté par une majorité de Français. J’étais devenu l’incarnation du laxisme et le protecteur du crime ! On a même mis une bombe sur le paillasson de mon appartement» dit-il. La reconnaissance est venue bien plus tard. «Ce qui est difficile n’est pas l’impopularité, mais l’hostilité ; on se résigne à ne pas être aimé, être détesté c’est tout autre chose. Juste après avoir aboli la peine de mort et fait voter la loi d’amnistie, lorsque j’allais au restaurant, il y avait généralement des gens à une table proche pour s’exclamer à voix très haute «Ma voisine a encore été cambriolée, cela ne m’étonne pas avec tous ces criminels qu’on a remis en liberté» dit Robert BANDINTER. De nos jours, célébré et adulé par tous comme l’honneur et la conscience de la Gauche, Robert BADINTER a pourtant mis des années à conquérir sa place dans la popularité auprès des Français. Le cardinal Jean-Marie LUSTIGIER (1926-2007), qui recevait la confession des forces conservatrices l’avait prévenu au lendemain de l’abolition : «On ne touche pas à la mort impunément» révèle-t-il dans son ouvrage «les épines et les roses». En fait, depuis la Seconde Guerre mondiale, l'abolition n'a cessé de progresser dans le monde. «A ce moment de mon existence déjà longue, me retournant vers ce qui fut un combat passionné, je mesure le chemin parcouru vers l'abolition universelle. Mais, tant qu'on fusillera, qu'on empoisonnera, qu'on décapitera, qu'on lapidera, qu'on pendra, qu'on suppliciera dans ce monde il n'y aura pas de répit pour tous ceux qui croient que la vie est, pour l'humanité tout entière, la valeur suprême, et qu'il ne peut y avoir de justice qui tue. Le jour viendra où il n'y aura plus, sur la surface de cette terre, de condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : La peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que les sceptiques, les nostalgiques ou les amateurs de supplices le pensent» écrit Robert BADINTER dans «Contre la peine de mort», en 2006. L'abolition de la peine de mort trouve son fondement dans les droits de l'homme, dont le premier est le droit à la vie. La Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948 proclame : «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne».
En septembre 1981, la France était le 35ème État à abolir la peine de mort. Aujourd'hui, sur les 198 États membres des Nations unies, 129 sont abolitionnistes en droit et en fait. L'Europe tout entière, à l'exception de la Biélorussie, a banni la peine de mort. Les protocoles 6 et 13 à la Convention européenne des droits de l'homme interdisent le recours à cette peine inutile, inhumaine et dégradante. L'article 2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne proclame : «Nul ne sera condamné à mort ni exécuté». Instrument de portée universelle, le deuxième protocole facultatif de 1989 au Pacte international relatif aux droits civils et politiques oblige tout État partie à abolir la peine de mort. Tous les statuts des juridictions pénales internationales, notamment la Cour pénale internationale créée par le Traité de Rome de 1998 pour juger les responsables des crimes contre l'humanité excluent la peine de mort. En dépit de la survivance de la peine de mort dans certains États, notamment la Chine, l'Inde, les États-Unis, la marche vers l'abolition universelle s'avère irréversible. Il existe cependant, des formes déguisées d’application de la peine de mort dans les pays dictatoriaux, à travers des disparitions, le poison, ou des jugements sommaires. Les guerres locales coûteuses et injustes des pays occidentaux contre des pays faibles, sont une application ignominieuse de la loi du Talion. Il est vrai que «la loi du plus fort est toujours la meilleure» disait Jean de la FONTAINE (1621-1695).
Références bibliographiques
1 – Contributions de Robert BADINTER
BADINTER (Robert), «Plaidoirie à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort» Paris, 17 novembre 1981 ;
BADINTER (Robert), Après l’abolition, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 258 pages ;
BADINTER (Robert), BADINTER (Elizabeth), Condorcet, un intellectuel en politique (1743-1794), Paris, Fayard, 2014, 672  pages ;
BADINTER (Robert), Contre la peine de mort, Paris, Fayard, 2006, 330 pages ;
BADINTER (Robert), Idiss, Paris, Fayard, 2019, 240 pages ;
BADINTER (Robert), L’abolition de la peine de mort, Paris, Dalloz, 2007, 224 pages ;
BADINTER (Robert), L’abolition, Paris, Fayard, 2000, 327 pages ;
BADINTER (Robert), L’exécution, Paris, Fayard, 2014, 2334 pages ;
BADINTER (Robert), Les épines et les roses, Paris, Fayard, 2011, 396 pages ;
BADINTER (Robert), LYON-CAEN (Antoine), Le travail et la loi, Paris, Fayard, 2015, 80 pages.
2 – Autres contributions
BARDIAUX-VAIENTE (Marie, Gloris), KERFRIDEN (Malo), L’abolition le combat de Robert Badinter, Paris, Glénat BD, 2019, 128 pages ;
BECCARIA (Cesare), Des délits et des peines, traduit de l’italien par Alessandro Fontana et Xavier Tabet, Paris, Gallimard, 2015, 240 pages ;
CASSIA (Paul), Robert Badinter, un juriste en politique, Paris, Fayard, 2009, 569 pages ;
DREYFUS (Pauline), Robert Badinter à l’épreuve de la justice, Paris, éditions Toucan, 2009, 368 pages ;
HUGO (Victor), Claude Gueux, Paris, EAN, 1995, 96 pages ;
HUGO (Victor), Hans d’Islande, Paris, EAN, 1981, 576 pages ;
HUGO (Victor), Le dernier jour d’un condamné, Paris, EAN, 160 pages ;
FREREJEAN (Alain), Robert et Elisabeth Badinter, Paris, Archipel, 2018, 270 pages ;
VERNON (Anne), Hier, à la même heure, Paris, Acropole, 1988, 222 pages.
Paris le 14 février 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 23:36
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans cette série d’articles que je consacre au quarantième anniversaire de la victoire de François MITTERRAND, et donc à sa promesse pour 2022, Jack LANG est incontournable, un ministre de la culture qui croit en l’urgence de tous les combats pour changer la vie : «C’est un homme de la Renaissance égaré parmi nous» dit Jean-Denis BREDIN. Il a fait bouger les lignes, bousculé le conservatisme et le conformisme, durablement. Professeur agrégé de droit public, mendésiste, anticolonialiste et antiraciste, dès dix-sept ans, initiateur à vingt-quatre ans du Festival mondial de théâtre de Nancy, puis directeur à trente-trois ans du Palais de Chaillot, notre ami Jack LANG, est ce Ministre emblématique de la culture de François MITTERRAND, qui a eu la durée en ayant appartenu à tous les gouvernements du président socialiste, dont il a souvent partagé l’intimité familiale, et bénéficié de sa grande confiance. Et, Jack LANG le raconte dans ses ouvrages «François Mitterrand, fragments de vie partagée» et le «Dictionnaire amoureux de François Mitterrand». En effet, Jack LANG, avec Christian DUPAVILLON, directeur artistique à Nancy et à Chaillot, vont organiser les principaux événements de la campagne électorale de 1981, la passation de pouvoirs avec Valéry GISCARD D’ESTAING, ainsi que les cérémonies d’investiture de François MITTERRAND du 21 mai 1981. Au Panthéon, il y avait là, le concert de Daniel BARENBOIM, des invités prestigieux (Gabriel Garcia MARQUES, Carlos FUENTES, James BALDWIN, William SYRON et Hortensia BUSI ALLENDE). C’est un événement qui marque une rupture avec toutes les cérémonies officielles, une fête populaire, pour un peuple de gauche longtemps écarté du pouvoir. C’est «l'invitation à la vie et au mouvement, le déferlement de joie dans toutes les grandes capitales du monde pour célébrer le commencement libérateur» dit Jack LANG. Au Panthéon, François MITTERRAND, avec la complicité de Roger HANIN, et la mise en scène de Serge MOATI, dépose une rose sur les tombes de Jean MOULIN, Jean JAURES et Victor SCHOELCHER. Jack LANG a été aussi le chef d’orchestre de la soirée festive à la Bastille du 10 mai 1981 : «Le peuple de France était enfin passé des ténèbres à la lumière» dit Jack LANG. «Enfin un pouvoir, le pouvoir, n'avait plus peur ni de la jeunesse ni de l'intelligence et que, pour la première fois, les forces de la création se reconnaissaient en lui. Voici qu'enfin, un pouvoir, le pouvoir, renouant avec la mémoire du pays, pouvait inventer à son peuple un avenir» dira Jack LANG, dans son fameux discours du 17 novembre 1981. Alors que le nouveau gouvernement est confronté à la bataille de l’emploi, Jack LANG est le chantre de l’enjeu économique, social et politique de la culture. «Jack Lang met en scène la vie même, plus que le théâtre ; c’est proprement un homme politique, et dans ce sens, un artiste» écrit Antoine VITEZ. En effet, il introduira cette Révolution qui intègre non seulement la culture classique, mais tous les autres domaines variés et inattendus comme le Design, la mode, la gastronomie et les musiques technos. Il a compris que la Révolution technologique a provoqué une énorme demande de produits culturels. Jack LANG se caractérise essentiellement par son conformisme, son imagination toujours débordante «La culture n’est ni un privilège, ni un supplément d’âme. Elle ne se réduit pas aux loisirs et aux divertissements. Elle constitue, certes un levier économique, social et éducatif, mais elle est surtout indispensable à notre intelligence, a fortiori en période de crise économique et de perte de repères» écrit Christophe GIRARD, dans son «petit livre rouge de la culture».
A cette époque, simple conseiller de Paris, sans fief politique, et sans enracinement dans le Parti socialiste, Jack LANG devient, subitement, l’homme politique le plus populaire de France, une bonne image, depuis lors, qui ne s'est jamais démentie. «De tous ceux que la Gauche a placés sous les feux de la rampe, Jack Lang est sans doute celui qui a fait le plus parlé de lui. Il a su faire de la culture un enjeu politique majeur» écrit Mark HUNTER. La fin des années MITTERRAND aurait dû logiquement soustraire Jack LANG de la lumière. C’est le contraire qui s’est produit. «Le bel homme», en référence au surnom des Guignols, est toujours au-devant de la scène, toujours sémillant et inventif. Maire de Blois de 1989 à 2000, député à Boulogne-sur-Mer de 2004 à 2010, Jack LANG est président de l’Institut du Monde Arabe, depuis 2013. En effet, Jack LANG est resté, éternellement, le Ministre de la Culture qu’on continue encore de consulter «La culture a beaucoup à perdre dans une telle compétition. Survivre, se nourrir sont des exigences absolues. La culture peut paraître moins vitale quand autant de gens souffrent et meurent. Et pourtant, les artistes et les créateurs ont témoigné, au cours de cette période, d’une inventivité étonnante et ont montré que la culture est une nécessité de l’âme, une source de bonheur, de générosité» dit Jack LANG, à propos de cette période de pandémie de la Covid-19.
La culture étant un des moyens de «changer la vie», Jack LANG s’est voulu le continuateur de l’ambition culturelle de la Révolution de 1789, pour qui, en réaction au vandalisme de l’Ancien régime, par un volontarisme, pose le principe que l’affirmation de la liberté d’opinion se traduit par l’instauration de la liberté des théâtres. La culture est placée au cœur de l’ambition de régénération de la société : changer les mentalités, transformer les pratiques les plus quotidiennes, construire de nouvelles institutions, instruire et émouvoir. Si la IIIème République  s’est désintéressée à l’art et à la culture, Jack LANG a recherché son inspiration dans l’héritage du Front populaire qui, dans un contexte de grave crise économique et de montée des totalitarismes a voulu construire une réplique démocratique à l’embrigadement de la culture devant être popularisée. «L'échec économique de nos prédécesseurs fut d'abord un échec culturel. Ils avaient perdu la foi en la force de l'esprit et de la volonté. Nous croyons en la force de l'esprit et de la volonté pour transformer le cours des choses. La culture, c'est donc la vie de l'esprit. Elle ne peut être confinée en une lointaine forteresse, éloignée des douleurs et des peines des hommes ; elle est la vie même. Pourquoi un ministère de la culture ? Pour accomplir une double tâche ; apporter sa propre contribution avec les autres ministères de ce Gouvernement, avec le Parlement, au projet de civilisation voulu par le pays, et conduire une politique nouvelle pour l'art et la création» dit Jack LANG. La culture est, par ailleurs, étroitement liée à la politique de loisirs, Jean ZAY (1904-1944) s’étant appuyé sur un vaste mouvement associatif. En effet, Jack LANG voit aussi dans la culture un enjeu économique et social. Selon lui «tout est culture», toute action gouvernementale est culturelle ; il y a, non pas un seul, mais quarante-quatre ministres de la culture dans le gouvernement de Pierre MAUROY. Tous les Français et non plus seulement une classe sociale, ont droit à la culture. Il identifie le combat de la gauche à un manifeste culturel et place le Ministère de la Culture «au service d'un projet de civilisation». A partir de 1959 deux ministres de la culture sortent du lot : André MALRAUX est celui qui a donné à la politique culturelle son «prestige», et Jack LANG, lui a donné  une vaste assise populaire, en raison de son imagination et de sa créativité débordantes, mais sa puissante capacité à agir, donc à faire bouger les lignes. Dans cette énergie créative et débordante, Jack LANG sait valoriser les hommes qui ont des projets ; ce qui le caractérise c’est «sa curiosité, sa sensibilité, son enthousiasme, sa capacité d’engagement immédiat. Quand il reconnaît la justesse d’un projet, il ne pose aucune question, ne cherche pas à atermoyer ; il donne le feu vert» écrit Patrick BOUCHAIN.
Jack LANG tenait une bonne partie de sa légitimité en raison de sa grande proximité avec le président MITTERRAND qui avalisait tous ses projets culturels. «François Mitterrand était un homme d’une grande culture, il était passionné de littérature, de cinéma, il avait une grande connaissance de l’histoire, du patrimoine. Sa culture était plutôt classique, même s’il était curieux de tout. Je lui ai fait découvrir et apprécier l’art d’avant-garde mais aussi la bande dessinée ou les musiques nouvelles. Il aimait les choses incarnées, sensuelles, le roman, la poésie. Il plaçait la culture au cœur de son projet politique, pour des raisons à la fois logiques et affectives, par raison et par passion. Il croyait profondément dans la culture pour transformer la société, accomplir la promesse de la gauche de libérer le temps libre, que chacun puisse l’utiliser pour se former, pour créer, pour rêver» dit Jack LANG.
Pour François MITTERRAND, la culture est l’expression du génie des peuples et ce qu’il y a de plus durable dans l’action des hommes. Lui-même aime à s’entourer d’artistes, affectionne certains écrivains et les éditions rares. En effet, François MITTERRAND a réfléchi sur une politique culturelle de gauche, sur  les multiples relations que peuvent nouer la culture et la politique : «Au fond, la palette est sans frontières : de Molière protégé du pouvoir royal à Beaumarchais ébranlant le pouvoir royal, en passant par les relations Voltaire-Frédéric de Prusse, Diderot-Catherine de Russie, Chénier-Robespierre, Malraux-de Gaulle» dit François MITTERRAND le 19 mars 1981, au symposium international sur la science et la culture, une rencontre abritée par l’UNESCO, avec la complicité d’Amadou Makhtar M’BOW, alors Directeur général de cette institution. MITTERRAND insiste sur la nécessaire humilité qui doit inspirer l’action de l’homme politique : «Au fond, l’exercice des responsabilités publiques n’est qu’une section des affaires culturelles. Si la culture est l’ensemble de nos modes de vie et de pensée, l’homme politique est un homme parmi d’autres. Avec d’autres, il essaie de comprendre le monde, avec d’autres il essaie de changer le monde» dit François MITTERRAND. La culture est un projet de société, un projet de vie, l’un des puissants socles du changement que la gauche entend mettre en place : «Le socialisme, c’est d’abord un projet culturel, c’est moins un choix de société qu’un choix de civilisation : en vérité, un choix de vie ou plutôt un choix de survie. Aujourd’hui, notre système à bout de souffle, à court d’idées, désespère l’homme et l’enferme dans la solitude» dit François MITTERRAND. La culture c’est réensemencer un vaste dessein mobilisateur des énergies et des talents «Gouverner l'avenir et non en être le jouet. Pour ce faire, concevoir un immense effort d'éducation artistique et scientifique à travers le pays, à l'école et hors de l'école» dit François MITTERRAND. Un projet culturel, c'est aussi une grande politique de la lecture publique, une politique audacieuse des programmes télévisés, orientés vers l'éducation, la connaissance et la formation du goût public, c'est redonner l'amour du beau dans sa ville dans son habitat, dans sa vie, c'est multiplier les groupes amateurs ; c'est ouvrir largement les portes de l'école aux artistes et aux techniciens. Réensemencer, c'est réintroduire l'art au cœur de la vie et non l'utiliser comme cache-misère.
Pour l’emblématique ministre de François MITTERRAND, dans son discours du 17 novembre 1981, la culture se trouve inscrite au cœur de tout projet politique et non à la périphérie de l’action gouvernementale ; et la politique culturelle participe d’un «projet de civilisation» qui vise à redonner droit de cité à la beauté et au bonheur. André MALRAUX, ministre de la culture du général de GAULLE parlait du «combat pour la civilisation, du jour contre la nuit». Pour le général de GAULLE «La culture domine tout». Le président sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, un des membres du comité de François MITTERRAND sur la culture, défendait le primauté de la culture sur la politique, l’assimilation du champ culturel à la totalité du champ politique : «la culture est au début et à la fin de tout développement» disait le président sénégalais.
Qui est Jack LANG ?
Son arrière-grand-père maternel, Emile BOUCHET (1895-1926), un républicain, laïc et franc-maçon est institution en Vendée, catholique, conservatrice et monarchiste et sa grand-mère est Berthe BOULANGER (1896-1944). Les curés manifestent une hostilité à l’égard d’Emile, un enseignant de l’école du «démon». Jack LANG se dit areligieux, mais il introduira l’enseignement du fait religieux à l’école. Sa mère, Marie-Luce, est née le 5 janvier 1919. En 1926, à la mort d’Emile BOUCHET, sa famille vint s’installer à Nancy.  Sa mère, Marie-Luce BOUCHET, née le 5 janvier 1919, se marie, le 25 mai 1938, à Roger LANG (1902-1955), laïc, d’ascendance juive et directeur commercial d’une entreprise de son père, Albert LANG. Alors qu’elle attendait un enfant, et craignant que Nancy ne soit bombardée, Marie est envoyée à Méricourt, dans les Vosges, c’est là que naît le 2 septembre 1939, Jack LANG. En pleine guerre, et en hommage aux Anglais, son père voulait lui donner le prénom de Winston ; l’état civil refuse d’enregistrer ce prénom qui n’est pas français, mais accepte celui de «Jack», une francisation de «Jacques». Pendant la guerre, la famille se réfugie d’abord à Vichy, mais est obligée par la suite de se rendre en Corrèze.
Jack LANG fait des études secondaires au lycée Henri-Poincaré de Nancy. Entré en sixième en 1949, il redouble cette classe, puis est envoyé deux ans en pension au collège de Lunéville. Il revient en classe de quatrième au lycée Poincaré. Placé en section scientifique au premier trimestre de la classe de seconde, il demande à passer en section économique et sociale en cours d'année. Jack LANG perd son père à l'âge de 15 ans, en 1955. Il obtient le baccalauréat en 1957, puis s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Nancy et au centre universitaire d'études politiques, dépendant de l'Institut d'études politiques de l'université de Paris. Ayant réussi avec mention ses deux premières années d'études au centre, il peut entrer directement en 1959 en deuxième année d'études à l'Institut d'études politiques de l'université de Paris, section service public, dont il est diplômé en 1961. Il continue en parallèle ses études de droit à la faculté de droit de l'université de Paris, et y obtient la licence, également en 1961. Après ses études à Paris, Jack LANG entame une carrière universitaire à la faculté de droit de l'université de Nancy. Il devient assistant du professeur de droit international, Charles CHAUMONT, obtient en 1964 les diplômes d'études supérieures en sciences politiques et en droit administratif puis, après l'obtention du doctorat en droit en janvier 1967, il devient chargé de cours. Après deux échecs successifs, il est lauréat du concours d'agrégation de droit public et sciences politiques, et est nommé maître de conférences le 1 janvier 1971 à l'université Nancy II. Titulaire d’un doctorat de droit international en 1976, et doyen de l'unité d'enseignement et de recherche de sciences juridiques et économiques de 1977 à 1980, Jack LANG obtiendra ensuite sa mutation à l'université Paris X-Nanterre.
Sa grand-mère paternelle, Camille LANG, dite «Mame», l’emmène à son premier spectacle d’opérette. Elle pense que Jack, un enfant sensible et intellectuel, est promis à un bel avenir. Par la suite, Jack suit les leçons de piano et de danse, mais sa véritable et durable passion, sera le théâtre. Jack LANG, qui zozotait, s’est passionné pour le théâtre «L’erreur de tous les hommes, c’est de ne pas croire assez au théâtre» écrit Albert CAMUS dans son «Caligula». On dit de lui, narcissique ou mégalomane, Jack voulant être objet de toutes les attentions, a besoin de plaire et de séduire. En fait, Jack LANG célèbre, en permanence la vie «Ah ! c’est maintenant que je vais vivre ; c’est moi qui le dit et moi qui m’invite à une fête sans mesure. Aujourd’hui, et pour le temps qui va venir, la liberté n’a plus de frontière» écrit Albert CAMUS dans son «Caligula».
Initialement, Jack LANG n’était pas socialiste, mais un anticolonialiste virulent et inconditionnel, dans un contexte de guerres en Algérie et en Indochine. Admirateur de Pierre MENDES-FRANCE (1907-1982), il rêve d’un monde plus juste et plus fraternel. Adhérent du mouvement des jeunes radicaux, il en est exclu en 1958. Il entretiendra une relation épistolaire avec Pierre MENDES-France «En 1959, je suis étudiant à Paris, je défends des idées de Pierre Mendès-France, qui, président du Conseil, a mis fin en 1954, à la guerre d’Indochine, et ouvert la voie à l’indépendance de la Tunisie et du Maroc. Grâce à son courage intellectuel et sa passion de la Vérité, il incarne alors l’idéal de ma génération» écrit Jack LANG dans «François Mitterrand, Fragments de vie partagée».
A Nancy, ville conservatrice se tenant à l’écart de la vitalité artistique française, Jack LANG fonde, en 1963, le Festival international du théâtre universitaire, un théâtre contestataire, éphémère et amateur qui attirera bientôt des troupes du monde entier et connaîtra une renommée internationale. Cette expérience est un haut lieu de découverte de nouveaux talents (Patrice CHEREAU, Chico BUARQUE). En ce temps-là, le théâtre dominant est celui des gags, le procès du système moral ou politique est rarement abordé. Or, en partisan de la liberté, de la poésie et de la fraternité, Jack LANG se passionne pour Albert CAMUS (1913-1960) et surtout Bertolt BRECHT (1898-1956), dans son esthétique de la distanciation. «Le rôle du comédien n’est pas de dire et de bien dire. Loin d’être un interprète docile et soumis, il deviendra lui-même créateur» écrit Antoine VITEZ. C'est au Conservatoire d'art dramatique de Nancy, en 1957, que Jack LANG fait la connaissance d’une petite brune, Monique BUCZYNSKI,, fille d’un juif polonais, Jacques BUCZYNSKI, originaire de Lituanie, et d'Elvire HAHN, qu'il épousera le 13 mars 1961. Ils auront deux filles. L'aînée est Caroline, née le 27 septembre 1961, senior vice-présidente de Warner Bros. International Television Distribution. La cadette est la comédienne Valérie LANG (1966-2013), compagne de Stanislas NORDDEY, fils de Jean-Pierre Mocky, est décédée des suites d’un cancer «Valérie nous manque, énormément ; elle était un trésor, un bijou, une personne merveilleuse. C’est particulièrement difficile» dit Jack LANG, face à ce drame. Derrière la réussite de chaque grand homme, se cache une femme exceptionnelle. En effet, Monique, l’épouse, a joué un rôle déterminant, mais discret, dans la carrière de Jack LANG. Il a de l’esprit, du charme et des convictions, Monique, conseillère privée, coach et directrice de conscience, lui a apporté le culot et l’appoint, l’esprit de décision. Monique a tenu un rôle central dans le fonctionnement du ministère de la culture et dans la constitution des réseaux de Jack LANG : «Pharaonne. moderne, pour influentes que soient nos trois «ministresses» du gouvernement Chirac, aucune n'a le pouvoir ni le statut (elles ne sont pas salariées) dont jouissait Monique Lang à la Culture» écrit Marie-Thérèse GUICHARD. Jack LANG ne manque ni d’allure, ni de panache et il a cultivé une proximité et une grande complémentarité avec sa femme, Monique «Il est impossible d’approcher Jack Lang, sans passer par Monique. C’est elle qui fait le tri et fixe les rendez-vous» écrit Mark HUNTER, un de ses biographes. A Nancy, il croit au bienfait de la contestation du théâtre des étudiants, et il a la passion de la liberté, au risque de se brouiller avec le maire conservateur de la ville, et donc de perdre tout appui logistique.
En 1972, Jacques DUHAMEL (1924-1977), ministre de la culture de Georges POMPIDOU (1911-1974), nomme Jack LANG, directeur du théâtre de Chaillot, à Paris, un établissement en déclin «Jack Lang est le lieu même de l’échange. Il est la vision, l’audace décisionnaire, le sens du terrain et des convictions peu conformistes» écrit Patrick BOUCHAIN. Assisté d’Antoine VITEZ, en qualité de Directeur artistique, Jack LANG institue un théâtre national pour enfants et diligente une transformation radicale de la grande salle. A Chaillot, Jack LANG veut donner plus d’écho au vivant ; il a cette façon de modifier les règles du jeu de l’intérieur, de faire de l’institution même un lieu de révolution, une réinvention permanente. Dans son imagination au pouvoir, Jack LANG considère que le théâtre est l’art le plus complet de tous, d’expérimentation et d’interprétation «rêveur insouciant, le temps d’une fête ou d’un regard, curieux et gourmand de tout, sitôt qu’il a décidé, tumultueux, impossible à arrêter, joyeux quand la vie quotidienne le retient, il est porté à l’action, au sérieux et devient infatigable. Gauchiste, disent ses ennemis ! Il l’est d’une certaine manière, par son mépris des idées reçues, sa haine du moindre conformisme. Il ne se reconnaît pas de maître. Il ignore le respect, sauf quand il admire» écrit Jean-Denis BREDIN.
En juillet 1974, lorsque François MITTERRAND se rend au théâtre de Chaillot pour soutenir Jack LANG qui vient d’en être évincé par le nouveau secrétaire d’État à la Culture, Michel GUY (1927-1990). François MITTERRAND est ensuite invité, en 1975 et en 1977, au festival de Nancy par Jack LANG, qui le séduit par ses idées, sa fougue, son entregent. Jack LANG, dans ses convictions fortes comme des montagnes et une volonté aussi forte que ses convictions, est un être entier, et cela peut lui jouer  des tours : «Avec ceux auxquels il n’accorde ni estime, ni crédit, ceux qui se dressent contre lui, il les affronte violemment et souvent sans précaution. Au risque de perdre la direction de Chaillot, à laquelle il tient tant, il malmène Maurice Druon, son ministre, parce qu’il ne peut pas le supporter» écrit Jean-Denis BREDIN. En effet, Jack LANG, dans sa force vitale, il sait où il est et quel chemin il va emprunter. Or, Maurice DRUON (1918-2009), auteur du «chant des partisans», hostile à toute innovation ou avant-garde culturelle, et voyait dans toute audace une forme de contestation ou de subversion politique ; En cela Jack LANG dérangeait le nouveau pouvoir giscardien.
En 1977, Jack LANG se présente sur une liste socialiste des municipales à Paris 3ème dirigée par Jérôme CLEMENT, homme de culture, écrivain et futur président d’Arte. Au cours de cette campagne, Jack LANG fait la connaissance de Georges DAYAN (1915-1979), député du Gard et sénateur de Paris, un des amis intimes de François MITTERRAND. C’est à ce moment que Jack LANG, petit à petit, va entrer dans le cercle fermé des amis du futur président socialiste de la République. En 1978, Michel ROCARD, populaire dans les sondages, et un redoutable concurrent de François MITTERRAND, le qualifie «d’archaïque». Au congrès de Metz, Jack LANG soutient François MITTERRAND contre Michel ROCARD (1930-2016). François MITTERRAND ressentant alors le besoin de renouveler et densifier, l’entoure de nouvelles recrues et accorde une place de choix aux «Sabras» ou descendants de Juifs nés en Israël (Jacques ATTALI, Laurent FABIUS, Jean-Marc AYRAULT) : «A leurs yeux, je représente une nouvelle génération du monde de la culture, une certaine modernité et forme de créativité» dit Jack LANG. En 1979, Jack LANG, nommé conseiller culturel, est désigné directeur de la campagne des européennes, pour la première fois au suffrage universel direct, et le Parti socialiste (22%) devance la Libération le Parti communiste (19%) : «Cette campagne sera, pour moi, une sorte de laboratoire géant, et pour François Mitterrand, une rampe de lancement» écrit Jack LANG.
Jack LANG est choisi par François MITTERRAND pour prendre en charge la délégation nationale à l’action culturelle et participe activement à la campagne présidentielle de 1981, s’employant à rassembler autour du candidat socialiste intellectuels et «créateurs» de toutes disciplines.

 

Au soir du 10 mai 1981, François MITTERRAND dira, à la rue Solférino, le nouveau siège du Parti socialiste depuis 1980, «Je vous retrouverai, chacun, dans les prochains jours». Paul QUILES, directeur de la campagne électorale de 1981, avait demandé à Jack LANG, dans l’hypothèse d’une victoire d’organiser une grande fête à la Place de la Bastille. Mais Jack LANG ne savait pas encore sa place dans le futur gouvernement «Nous étions prêts à exercer le pouvoir, nous sommes impatients d’agir» dit Jack LANG. Le 12 mai 1981, Jack LANG ainsi que son épouse Monique, sont invités à prendre un café à la rue de Bièvre au domicile parisien. Au moment du départ, François MITTERRAND lui demande de l’accompagner au pigeonnier et lui demande de s’occuper de la partie publique de la cérémonie de passation de pouvoirs du 21 mai 1981 ainsi que la visite du Panthéon «Après le Front populaire et la Libération, la majorité politique vient de s’identifier à la majorité sociale» avait dit François MITTERRAND. Mais MITTERRAND n’a rien dit de son entrée au gouvernement. Jack LANG est revenu le 13 mai 1981, mais François MITTERRAND est resté silencieux. Dans cette période intense et c’est la nature de François MITTERRAND, il ne disait rien à personne et restait souvent dans la réserve ; il écoutait plus que ce qu’il ne parlait. Puis, il décidait. «Dès qu’on est plus de deux à savoir, il n’y a plus ni discrétion, ni secret publics» disait François MITTERRAND. C’est finalement Gaston DEFFERRE qui a vendu la mèche en félicitant Jack LANG, nommé Ministre de la culture : «Nous gravirons ensemble les marches de l’Elysée pour aller à la salle des fêtes» lui dit-il.
Nommé Ministre de la culture, Jack LANG savoure cet instant de joie «Un sentiment de bonheur m’étreint. Depuis des années, je me bagarre pour que cela advienne, et soudain le rêve se réalise. François Mitterrand m’accorde une confiance qui me donne des ailes. Ce n’est pas l’ivresse du pouvoir que je ressens, mais l’ivresse de pouvoir enfin faire bouger les lignes, inverser les priorités» écrit-il. Dans ces années 80, la nomination de Jack LANG au ministère de la culture est loin d’être anodine. La culture est un haut lieu de confrontation et de concurrence entre le Parti socialiste et le Parti communiste qui, dans les années 70 et 80, détenait une hégémonie culturelle incontestable depuis la Libération : «Nous voulions faire pièce au P.C.F, qui prétend être le parti des intellectuels» écrit Jack LANG. Le poète communiste, Louis ARAGON (1897-1982) invitait à construire des «galeries vers le ciel» et Jack RALITE (1928-2017) aurait pu être un bon ministre de la culture. «La culture fait partie intégrante de notre identité et de notre histoire, elle fédère et rassemble les citoyens, contribue à donner à la France sa place spécifique en Europe et dans le monde» écrit Christophe GIRARD «le petit livre rouge». Par conséquent, la Gauche, François MITTERRAND et Jack LANG ont vite compris qu’en vue d’une conquête ou conservation durable du pouvoir, la culture est devenue un enjeu politique. Or traditionnellement, le ministère de la culture, parent pauvre du budget de l'État, était en quelque sorte la «Cendrillon» suivant André MALRAUX, avec «un budget des menus plaisirs» suivant Jean VILAR. Aussi Jack LANG sollicite le doublement du budget du Ministère de la Culture : «Bonne idée, mais bonne idée difficile à réaliser» dit François MITTERRAND. Jack LANG se bat pour l’émergence de 40 ministres de la culture : «Et fini le temps où, campant jalousement sur ses hauteurs, l'administration de la culture somnolait loin des bruits du monde. La culture n'est la propriété de personne. La culture n'est pas la propriété d'une administration. Si notre ambition culturelle est une ambition de civilisation, alors aucun ministère n'en est exempté. Chaque administration, chaque service public, chaque entreprise nationale en sera l'artisan. Ce Gouvernement ne compte pas un ministre de la culture, mais si je puis dire, quarante-quatre ministres de la culture, car chacun à sa manière peut apporter sa contribution à ce projet d'ensemble» dit Jack LANG. En effet, la culture est un puissant désir de changement dans toute la société, «en vue d’inoculer le désir de beauté, d’harmonie» dit-il. «Jack Lang est boulimique, et l’idée de Mitterrand était sans doute  de le contenir partiellement. Même si, de toute façon, Jack Lang on le sort par la porte, il revient par la fenêtre, il a été toujours comme cela ! François Mitterrand l’appréciait mais ne voulait pas l’avoir tout le temps dans les pattes» dit Jérôme CLEMENT.
Jack LANG, ministre de la culture, au service du projet de rupture de François MITTERRAND, a témoigné de l’audace, la politique reste le domaine de la volonté et de l’action, abandonnant ainsi la résignation et les incantations stériles. François MITTERRAND avait déjà fixé le cap «Réfléchissez, dans les prochains jours, à une liste de grands projets qui soient architecturalement emblématiques et répondant à un vrai besoin culturel. Et enclenchez immédiatement dans l’ensemble du pays un vaste mouvement d’où surgiront des centres d’art et de création» avait-il dit le 19 mars 1981. En effet, Jack LANG  «a des convictions fortes comme des montagnes, et une volonté aussi forte que ses convictions. Il ne sait rien d’impossible, et rend tout ou presque possible, à force de vouloir, de bousculer les obstacles et rompre les règles ordinaires du jeu» écrit Jean-Denis BREDIN dans «Eclats». Pour François MITTERRAND, la culture est un puissant levier pour le changement «un changement profond équivaut à un tremblement de terre. «Nous voulons changer la vie, imaginer un autre système de civilisation qui puisse faire prévaloir l’exigence de la création et du savoir sur les impératifs de rentabilité à court terme, et en même nous voulons assurer la prééminence de la justice sociale sur les intérêts des profiteurs et des spéculateurs» dit François MITTERRAND.
François MITTERRAND a laissé à Jack LANG, une grande liberté de marge de manœuvre : «Il est pudique et réservé ; il préfère la litote aux longs discours ; il nous laisse mettre en scène sa pensée. Le geste large, il maintient le cap sur l’essentiel et, pour le reste, il se laisse porter par la vague» dit Jack LANG. Les premières visites de François MITTERRAND sont au Centre Pompidou, symbole de l’art moderne et au festival d’Avignon pour soutenir Ariane MNOUCHKINE. De nombreux écrivains étrangers sont naturalisés, comme Milan KUNDERA. Dans le passé, la Gauche n’ayant gouverné que de façon sporadique, est prise par un vertige de l’urgence du temps. «Avant 1981, le sentiment que les conservateurs et la droite étaient installés au pouvoir pour l’éternité pesait sur l’atmosphère. Vous avez hérité de cette aspiration à l’alternance, au droit à vivre, à penser et à gouverner autrement» dit Jack LANG. Aussi, différents projets sont immédiatement mis en chantier : loi sur le prix du livre, doublement du budget du ministère de la culture, lancement des grands travaux, exception culturelle. Mais ce programme n’est pas aussi spontané que cela, il est le fruit de nombreuses années de réflexions et de combats : «L’armature intellectuelle, politique et culturelle de notre programme nous sert de boussole» écrit Jack LANG.
Le projet de loi sur le prix du livre est présenté le 23 juillet 1981 en conseil des ministres ; son ambition est de «sauvegarder tout à la fois notre réseau de librairies, la diversité de la création et de l’édition» écrit Jack LANG. Ce projet de loi se heurte aux intérêts financiers de grands groupes de distribution et de supermarchés. Ainsi, Jérôme LINDON, Directeur des éditions de Minuit et créateur d’une association pour le prix unique du livre, dénonce la logique grossiste de la FNAC et le «mal français consistant à dédaigner les progrès de l’organisation et de la gestion, qui privilégie la défense du marginal sur l’essor économique, qui demande en permanence à l’Etat aide et protection». En effet, les années 80 sont marquées par la crise du livre. Elle a deux origines : le développement des nouvelles pratiques culturelles, qui concurrencent la lecture, et la crise de 1973. Le monde de l’édition est révolutionné par de gros éditeurs comme Hachette, et l’édition technique est plus en avance technologiquement ; le monde de la distribution est quant à lui attaqué par l’apparition des grandes surfaces. L’arrivée de la FNAC a porté le fer dans le monde des librairies, qui sont passées de plus de 60% du marché à 50%. Cette crise est maintenant accentuée par le phénomène de l’autoédition et cette pandémie de la Covid-19. A l’époque, dans sa croisade, Jack LANG est soutenu par Gaston DEFFERRE (1910-1986) et sa compagne, Edmonde CHARLES-ROUX (1920-2016, voir mon article). Le 10 août 1981 est promulguée la loi relative au prix du livre, connue sous le nom de loi LANG, entrée en vigueur le 1er janvier 1982, elle met en place, sur le territoire français, l’obligation de vendre les livres neufs au prix fixé par l’éditeur. Cette loi, hautement symbolique dans laquelle se retrouve aujourd’hui la grande majorité des acteurs du livre, est issue du contexte spécifique des années 1970 qui voit se développer de nouvelles formes de concurrence à la librairie traditionnelle. L’émergence du problème du prix du livre dans les années 1970 a été analysée par Yves SUREL : constatant une baisse du poids de la librairie indépendante, les acteurs de la chaîne du livre l’attribuent aux discounts consentis par les nouveaux acteurs de la distribution. Soulignant le rôle essentiel de la librairie indépendante pour la chaîne du livre et pour la culture, ils érigent le problème en enjeu de politiques culturelles et requièrent à ce titre une régulation de la concurrence par l’État via la mise en place d’un prix unique du livre. Les gouvernants ont toujours entretenu des rapports conflictuels avec le livre. En effet, celui-ci est considéré à la fois comme un soutien et une menace par les titulaires du pouvoir. Si la censure et le mécénat ont constitué deux formes privilégiées de cette relation séculaire, les liens actuels s’inscrivent plus volontiers dans le cadre traditionnel des politiques publiques. L’héritage de la Gauche, maintenant exporté dans toute l’Europe, est celui de la promotion générale du livre (Salon du Livre, Temps du Livre), à la législation sur les prix, en passant par les aides à la publication, l’Etat s’est aujourd’hui doté d’un répertoire d’actions très diverses.
Jack LANG engage, ce qu’il est convenu d’appeler les «Grands travaux», une expression trompeuse. L’ambition de la Gauche, à l’époque, était autre. Il ne s’agissait pas de construire pour construire, mais d’engager une politique des arts et de la culture complètement nouvelle : «A vrai dire, le manque était général. La situation culturelle était d’une grande pauvreté. Le musée du Louvre ou la Bibliothèque nationale, par exemple, étaient dans un état de décrépitude avancée: des salles ne pouvaient ouvrir au public qu’une demi-journée par semaine, l’eau coulait à travers les collections… L’opéra Garnier craquait de toutes parts, il y avait très peu de représentations possibles dans ­l’année» dit Jack LANG. Aussi, François MITTERRAND poursuit les projets de ses prédécesseurs, comme le musée d’Orsay, le musée des Sciences et des techniques de La Villette, l’Institut du monde arabe et l’aménagement de la Tête Défense, et en lançant de nouveaux, encore plus nombreux et ambitieux : le Grand Louvre, l’opéra de la Bastille, la Cité de la musique, la Grande Arche de la Défense au cours du premier septennat ; la Très Grande Bibliothèque lors du second. «Une France en marche, une France au travail, c'est avant tout une France foisonnante et inventive, une France confiante en elle-même, explorant les gisements encore insoupçonnés de son intelligence» dit Jack LANG.
François MITTERRAND est un homme politique d’une culture classique. Le projet du Grand Louvre a suscité de grandes controverses : «La cour Napoléon était un épouvantable parking. Le musée était handicapé par l'absence d'entrée centrale. L'idée initiale était de faire entrer les visiteurs au milieu, et de couvrir cette entrée» dit Jack LANG. Le Ministre de la culture a dû batailler, très durement ;  il «n’est pas l’homme des combats absurdes, ni des actions désespérées. Il n'est pas du tout anarchiste. Cette volonté peu commune, cette capacité à plier les évènements, à soumettre ou entraîner les autres, il ne les met pas au service d’impulsions irréfléchies. Il cherche le pouvoir, non pas pour ses intrigues, ou ses avantages, mais l’exacte mesure où le pouvoir permet l’action» écrit Jean-Denis BREDIN. Ainsi, la bataille pour le «Grand Louvre» a été mémorable. C’est l’époque où Louis PAUWELS (1920-1997), un journaliste de la presse conservatrice de Robert HERSANT qualifie Jack LANG de «Pape du SIDA mental». En fait, l’objectif de Jack LANG est d’affecter le bâtiment, tout entier, aux musées, de retrouver son unité, et donc d’en faire le plus grand musée du monde ; cela implique donc que le ministère des finances occupant l’aile de la rue de Rivoli doit déménager : «Bonne idée mais difficile à réaliser comme les bonnes idées» dit François MITTERRAND. Une bataille qui durera huit années. La pyramide de verre de Ieoh MING PEI (1917-2019), un américain de souche chinoise, de Canton, audacieuse et sobre, provoque une violente polémique ; on crie à la profanation. Mais François MITTERRAND ne plie pas et le Grand Louvre est inauguré le 29 mars 1989, lors du Bicentenaire de la Révolution française de 1789. «Le Louvre est le seul musée au monde dont l'entrée est une œuvre d'art, et la pyramide est devenue le symbole d'un musée résolument tourné vers l'avenir» dira Jean-Luc MARTINEZ. Les adversaires des grands chantiers disaient qu’ils seraient coûteux, mais la culture est un investissement sur l’avenir : «Il ne faut pas se laisser emprisonner par ce terrorisme. Un grand chantier national est créateur d’emplois, d’espoir, de ressources. A l’époque, on me disait que le Grand Louvre coûtait très cher. Aujourd’hui, cet investissement est remboursé au centuple en bonheur de vivre, en recettes touristiques, en fierté nationale, en emplois» dit Jack LANG. De 1991 à 1995, Jack LANG pourra faire aboutir 15 grands projets, avec des concours internationaux d’architecture : Musée d’Orsay, Musée des Sciences, Grande galerie du Muséum au Jardin des Plantes, Cité de la Danse, rénovation du Musée des arts et métiers, Cité de la Musique, Grande arche de la Défense, Institut du monde arabe, Opéra Bastille, Grande Bibliothèque portant maintenant le nom de François MITTERRAND, etc..
La Fête de la musique, initiée le 21 juin 1982, a été reprise par 140 pays de tous les continents et d’autres initiatives, comme la Fête du cinéma et les Journées du Patrimoines ont été pérennisées. Dans son imagination au pouvoir, Jack LANG sait transformer l’éphémère en durable «Là est son art à lui. Il suscite ou organise des événements dont on ne peut plus se débarrasser ; en ce sens, il gêne, il sert à ça» écrit Antoine VITEZ. Dans le projet des Colonnes de BUREN au Jardin du Palais-Royals, François MITTERRAND a accordé à son Ministre de la Culture la liberté de créer et la possibilité d’étonner, mais en même temps, le Président de la République n’étant pas un fanatique de la création contemporaine, n’adhère que modérément à cette initiative. Le projet des colonnes de BUREN soulève l’ire des conservateurs (Comédie française, Conseil d’Etat, Conseil Constitutionnel) et provoque de graves remous dans l’opinion publique, «l’esthétique académique» serait menacée. La commission des monuments historiques émet un avis favorable, cependant, Jack LANG, se fondant sur « une fuite d’eau », demande à Patrick BOUCHAIN d’entamer les travaux sur les fameuses colonnes, qui sont inaugurées le 30 juillet 1986, en pleine période de cohabitation. Ces colonnes seront même classées monuments historiques en 1994. François MITTERRAND accepte d’ériger différentes statues dans Paris et en province : Léon BLUM, place Voltaire dans le 11ème arrondissement, Pierre MENDES-France dans le Jardin du Luxembourg et Alfred DREYFUS, dans un Square du VIème arrondissement.
Jack LANG est un militant authentique antiraciste, considérant que l’immigration, dans l’un de ses ouvrages comme «positive».  Pour le Ministre de la culture et président de l’Institut du monde arabe, loin des esprits étriqués qui ne voient partout que des séparatistes, «la langue arabe est un trésor de la langue française» proclame un de ses ouvrages. Il est l’auteur d’un ouvrage, «Nelson Mandela, une leçon de vie pour l’avenir», avec une préface de Nadine GORDIMER. «C’est lui (Abbé Grégoire) qui, le premier, avec éloquence et force et courage, s’est élevé contre les discriminations raciales à l’égard des Noirs, à l’égard des juifs, à l’égard de toute exclusion» dira Jack LANG en 1989, à propos de l’hommage à l’abbé GREGOIRE. MITTERRAND, un féru d’histoire, a souhaité relier l’espoir du présent aux éclaireurs du passé. En effet, lors du Bicentenaire de la Révolution de 1798, Jack LANG est le maître de cérémonie au Panthéon, le 12 décembre 1989, lors de l’hommage rendu à Monge, Condorcet et l’abbé Grégoire : «On ne commémore pas une chose morte. On commémore une chose vivante, et la révolution a toujours été le mouvement, si j’ose dire. Une révolution, je veux dire la construction d’une république, c’est une œuvre constamment inachevée. Et je crois que ce qui est justement passionnant dans la période que nous vivons en ce moment, c’est que nous sommes, je le crois, à l’aube d’une nouvelle époque, pour la République» dit-il.
«Je suis le dernier des grands présidents. Après moi il n’y aura que des financiers et des comptables» avait dit François MITTERRAND, avec ses grands travaux, est un véritable pharaon du XXème siècle. La culture ne faisait pas partie des 110 propositions phares de François MITTERRAND, mais Jack LANG, dans son imagination débordante, a renversé la table : «De tous les responsables qui se sont succédé à la tête du ministère de la Culture depuis sa création, Jack Lang est incontestablement celui qui, avec André Malraux, l’aura le plus fortement marqué de son empreinte. Il aura, certes, bénéficié pour cela d’une progression importante des moyens financiers alloués par l’État à la culture ainsi que du temps nécessaire, deux mandatures de cinq ans, pour mener jusqu’à leur terme la plupart des projets engagés. Mais surtout, il a su inscrire son action dans des lignes de force qui ont donné du sens à ses initiatives. Sa force de conviction a permis de mobiliser la plupart des institutions et acteurs culturels. L’ouverture à de nouvelles activités artistiques, considérées auparavant comme tout à fait secondaires, ainsi qu’à de nouveaux publics, laissés jusque-là à l’écart pour des raisons géographiques ou sociales, ont également contribué à toucher de très larges couches de la population. Tout cela a donné à son ministère une aura incontestable auprès de l’opinion» écrit Mme Aurélie FILIPPETTI, ancienne Ministre de la Culture et de la Communication, dans la préface de l’ouvrage de Maryvonne SAINT PULGENT, «Jack Lang, batailles pour la culture, dix ans de politiques culturelles». Ces éloges sont loin d’être immérités ou complaisants : «S’il y a un discours mondial, il est d’abord celui des Hommes qui luttent, jusqu’au bout, pour se reconnaître, et dans une même mort, finir par inventer leur propre fraternité. Soyons fiers de nos identités et de nos particularités, et regardons avec admiration le spectacle de nos différences. Rebelle, je le crois, et fraternel, naturellement. L’art et la création doivent occuper dans nos sociétés une place centrale, et non pas ornementale ou décorative. L’art est d’abord un art de vivre, et comme tel, il doit recevoir plein droit de cité» dit Jack LANG, dans son discours, en 1982, à Mexico. En effet, «ce monde tel qu’il est n’est pas supportable. J’ai besoin de la vie, du bonheur et de l’immortalité. Je ferai de ce siècle le don de l’égalité», dit Caligula, qu’avait joué à Nancy Jack Lang, batailles pour la culture, dix ans de politiques culturelles LANG ; une formule qui lui sied bien, et pour toujours.
Références bibliographiques sélectives
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SAINT-PULGENT de (Maryvonne), Jack Lang, batailles pour la culture : dix ans de politiques culturelles, préface d’Aurélie FILIPPETTI, Paris, La documentation française, France Culture, 2013, 253 pages ;
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URFALINO (Philippe), L’invention de la politique culturelle, Paris, Hachette, 2004, 424 pages.
Paris, le 23 janvier 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 22:41
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
J’entame, dans le cadre du quarantième anniversaire de la victoire de François MITTERRAND du 10 mai 1981, et la perspective des présidentielles de 2022, de rendre hommage à un personnage emblématique : Pierre MAUROY. Le Parti socialiste s’il entend renouer avec la victoire et l’Histoire, devrait abandonner ces politiques libérales qui l’ont plongé dans de grandes difficultés, en renouant avec son passé glorieux. «Les hommes passent avec le reste. Les justes causes, elles, ne meurent pas» disait Pierre MAUROY. En effet, les fonctions de premier ministre du 21 mai 1981 au 17 juillet 1984 ont correspondu à l’âge d’or de la période authentique de changement des années MITTERRAND «La Droite et la Gauche, ce n'est pas la même chose» disait-il. Pierre MAUROY avait réhabilité la Politique ; en grand rêveur, conciliant la liberté, la démocratie et le socialisme, il avait allié le pragmatisme et l’action : «Aller à l’idéal, en comprenant le réel» comme le dirait Jean JAURES (1859-1914).
Secrétaire général de la Fédération Léo Lagrange, maire de Lille, patron de la Fédération du Nord du Parti socialiste, artisan du Congrès d’Epinay de 1971, premier des premiers ministres de François MITTERRAND, homme de cœur, «Pierre Mauroy savait rêver les yeux ouverts» écrit Patrick KANNER. Il a mis du bleu dans le ciel : «C'est le 24 août 1993 à Hardelot-Plage, station balnéaire proche du Touquet, qu'eut lieu ma dernière vraie journée d'intimité avec François Mitterrand. En fin d'après-midi, se retournant pour me saluer alors qu'il montait dans son hélicoptère, il porta son regard vers le ciel si caractéristique de la côte d'Opale, un ciel d'été encore très bleu où s'étiraient quelques nuages. Il me glissa doucement, en guise d'adieu, cette phrase poétique et mystérieuse : «Et vous, continuez à mettre du bleu au ciel», écrit Pierre MAUROY dans ses mémoires. Homme de conviction, Pierre MAUROY représentant la Gauche authentique et populaire : «Il me semble aujourd'hui que, depuis mon adhésion au socialisme en 1945, à la fédération Léo-Lagrange, aux jeunesses socialistes, à la mairie de Lille, à l'Hôtel Matignon, à la direction du Parti socialiste, à l'Internationale socialiste, partout où m'a conduit mon engagement, «mettre du bleu au ciel» exprime bien la mission que j'ai tenté de remplir, au fil du temps et à ma place, au service du progrès et du bonheur des hommes» précise Pierre MAUROY. «Il savait défendre, en tout et en tout lieu, les valeurs du Socialisme» écrit Bernard DEROSIER. En effet, dès le 21 mai 1981, après la passation de pouvoirs, François MITTERRAND a annoncé qu’il allait nommer Pierre MAUROY premier ministre : «Dès la campagne de la présidentielle, des indications donnaient à penser que François Mitterrand irait dans ce sens. Il m’avait personnellement indiqué qu’il nommerait Pierre Mauroy, après le 10 mai» dit Lionel JOSPIN.
François MITTERRAND avait choisi Pierre MAUROY, en qualité de premier ministre, pour sa proximité avec le peuple, pour ses valeurs et sa volonté de changement. En dépit du Congrès de Metz du 6 au 8 avril 1979, François MITTERRAND est obligé de composer avec Pierre MAUROY. En effet, François MITTERRAND est fragilisé à l’intérieur du Parti socialiste, l’échec aux législatives de 1978 lui est imputé. A Metz, Pierre MAUROY, numéro du PS, présente sa motion et tente même de s’allier avec Michel ROCARD, populaire dans les sondages et rival dangereux de François MITTERRAND. En dépit de cela, François MITTERRAND choisit quand même Pierre MAUROY comme premier ministre : «Je comprends pourquoi, malgré la prise de distance au congrès de Metz où le maire de Lille s’était tenu aux côtés de Michel Rocard, le président élu faisait ce choix. D’abord, il voulait rassembler les Socialistes ; ensuite, malgré cet écart, il avait confiance en Pierre Mauroy ; enfin Pierre était peut-être, pour lui, une figure représentative des milieux populaires, qui s’accordaient avec ce qu’il voulait incarner» dit Lionel JOSPIN.
S’il a été promu premier ministre, c’est que Pierre MAUROY incarne cette Gauche populaire, le socialisme traditionnel, il légitimait ainsi la victoire de François MITTERRAND : «En homme d’origine modeste, obsédé par l’unité des Socialistes, il a gravi tous les échelons du Parti socialiste ; incarnant l’authenticité, il tranchait avec le passé ambigu de François Mitterrand. Il rassurait le Parti communiste ; il a mis en œuvre en 1981 le programme économique et social le plus avancé, le plus progressiste depuis la Libération» écrit Alain DUHAMEL. Son socialisme a toujours été à la fois instinctif et réaliste, idéaliste et pragmatique. Le courage politique de Pierre MAUROY est reconnu par tous. Dans les bourrasques, il a manifesté une ténacité qui a conduit François MITTERRAND à le privilégier pour diriger à ses côtés le pays ou le parti socialiste.  «Il faut garder la nuque raide quand on sait que ce que l’on fait est juste» disait François MITTERRAND. Patron de la puissante fédération du Parti socialiste, celle du Nord, avec ses 15 000 adhérents, Pierre MAUROY avait apporté un soutien décisif à François MITTERRAND pour la conquête du Parti au congrès d’Epinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1973. Jusqu’ici François MITTERRAND se s’appuyait que sur différents groupuscules (Les associations de prisonniers de guerre, la Fédération de la Gauche, Démocrate et Socialiste). Pierre MAUROY a également convaincu François MITTERRAND que son projet de socialisme de rupture avec l’ordre établi ne pouvait être mené qu’avec une alliance avec le Parti communiste, resté encore puissant, à l’époque. «Le pays repousse la Révolution dans le désordre et la confusion ; ce qu’il souhaite, la seule Révolution qu’il admette, c’est la Révolution dans la clarté et dans la sécurité, c’est-à-dire sans la violence. La Gauche a besoin du concours du Parti communiste, et après évolution du Parti communiste pour battre la Droite, et pour avoir en France un gouvernement de Gauche. Une Gauche dominée par le Parti communiste n’a aucune chance d’accéder au pouvoir ; une Gauche dominée par le Parti communiste ce serait le plus beau cadeau que nous puissions faire à l’U.N.R.» dit Pierre MAUROY, dans son intervention au Congrès d’Epinay. François MITTERRAND, pour capter les voix récalcitrantes, avait besoin du concours de Pierre MAUROY, en gauchisant son discours sur le thème de la rupture «Réforme ou Révolution ? La Révolution est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. Nous avons rompu avec un passé qui nous est cher. Le véritable ennemi, celui qu’il faut déloger, c’est le monopole ! Terme extensif pour signifier la toute-puissance de l’argent qui corrompt, qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des Hommes» dit François MITTERRAND au congrès d’Epinay.
Sa vie privée et son honnêteté n'ont jamais été mises en cause. Son attachement à sa ville de Lille, à sa région, en font un homme du Nord emblématique. Né le 5 juillet 1928, à Cartignies, dans le Nord, était fils de Henri MAUROY (1902-1971), instituteur et d’Adrienne BRONNE (1907-1996). «Je n'oublierai jamais le jour où j'ai vu la mer pour la première fois parce que c'est aussi le jour de ma première révolte. Ma carrière politique, c'est à dire toute ma vie, a commencé là» dit-il. Pierre MAUROY insistait sur le côté paternel, où on était bûcheron de père en fils. Il le disait moins, mais du côté de sa mère, il était issu d’une famille de notables, où on était catholique pratiquant. Son père Directeur d’école, fut un bûcheron amandinois comme les trois générations avant lui. Sa mère était la fille d’Arthur BRONNE, un directeur de laiterie de l’Avesnois. «La couleur de mes convictions, c'est mon village, moi je suis un villageois. Jusqu'à l'âge de vingt ans j'étais à la campagne et dans un village d'ouvriers, de sidérurgiste alors là j'ai pris conscience qu'il fallait être socialiste» dit-il.
Pierre MAUROY était, en 1951, marié à Gilberte DEBOUDT qui lui a donné, en 1957 un fils, Fabien, lui-même père deux enfants (Alexis et Laura) et grand-père d’Eglantine. Pierre MAUROY fait ses études primaires à Cartignies, puis à Cateau, et ses études secondaires à Cambrai. Après le baccalauréat, il poursuit une formation à l’école nationale d’apprentissage de Cachan (Val-de-Marne), actuellement ENSET. Professeur d’histoire et de géographie,  partir de 1952, à Colombes (Hauts-de-Seine). De 1955 à 1959, il est Secrétaire général du Syndicat des collèges d’enseignement technique. «Nous étions la tendance autonome de la Fédération de l’Education nationale, qui était socialiste et qui ne voulait pas créer des ennuis au gouvernement et à Guy Mollet. Mais nous n’étions pas d’accord avec lui sur la question de l’Algérie. Je n’étais pas d’accord. D’autant plus que j’avais eu beaucoup d’adhésions de la part de Français qui habitaient l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, si bien que je suis devenu très adversaire de la politique algérienne du gouvernement de Guy Mollet» dit-il à Michèle COTTA. Militant socialiste depuis l’âge de 16 ans, Pierre MAUROY a été Secrétaire national des Jeunesses socialistes de 1950 à 1958. A la SFIO, il devient Secrétaire fédéral de la Fédération du Nord en 1961 et entre au bureau national en 1963. Membre du Comité exécutif de la Fédération de la Gauche Démocratique et Socialiste de 1965 à 1968, il devient premier Secrétaire de la Fédération du Nord et Secrétaire à la coordination du Parti socialiste de 1971 à 1979, et Premier Secrétaire du Parti socialiste du 1988 à 1992. Il a une riche carrière politique : conseiller général du Cateau de 1967 à 1973, maire de Lille (1973-2001), vice-président, député du Nord (1973-1981 et 1986-1992), puis président de la communauté urbaine de Lille en 1971, Président du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (1974-1981), sénateur en 1992, élu au Parlement européen en 1979, et président de l’Internationale socialiste de 1992 à 2011.
Pourtant, et en dépit de cette expérience politique exceptionnelle, bien des militants socialistes, au départ, l’ont sous-estimé ; il est plus rusé qu’on ne le croit «Il y a toujours eu un malentendu à propos de Pierre Mauroy. Comme il était grand et massif, le visage poupin et les joues colorés, qu’il portait de lourdes lunettes à l’ancienne, s’habillait comme un notable de province, on en a fait un personnage médiocre, balourd, certes sympathique et jovial, mais naïf et dépassé par la tâche. Contresens absolu et erreur psychologique totale. Il possédait une finesse, une intuition politique enviable, l’expérience d’un maire d’une grande ville et une autorité naturelle, le faux candide était un vrai rusé ; il a su faire preuve de courage et de lucidité» écrit Alain DUHAMEL. En effet, de 1981 à 1984, Pierre MAUROY a poursuivi les bonnes conditions de l’alliance entre Socialistes et Communistes, et construit le socle du changement. Pierre MAUROY, en ouvrier du changement, artisan d’un socialisme réformiste et raisonnable, il a appliqué le programme de François MITTERRAND (Revalorisation du SMIC et des allocations familiales, retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort, une semaine supplémentaire de congé, réduction d’une heure du temps de travail, dépénalisation de l’homosexualité, suppression des tribunaux d’exception, égalité Homme-Femme, remboursement de l’IGV, libération des ondes, la politique culturelle audacieuse et innovante de Jack Lang, etc.). Il avait créé un ministère du temps libre, un clin d’œil au gouvernement du Front populaire de Léon BLUM (1872-1950), en référence au Secrétariat aux loisirs confié à Léo LAGRANGE (1900-1940). «A gauche je suis, à gauche je reste» disait-il.
En définitive, Pierre MAUROY, «l’autre force tranquille» suivant Raymond KRAKOVITCH, incarne mieux que quiconque l’héritage du Parti socialiste de François MITTERRAND. Pierre MAUROY avait choisi à son cabinet Michel DELBARRE, un homme du Nord avec d’importantes qualités relationnelles et de négociateur. Pierre MAUROY, c’est le volontarisme de gauche, le primat de la politique sur l’administration, en rupture avec la toute-puissance de l’finances et de l’administration ; il appartient aux politiques d’indiquer le cap. Dans ses relations avec François MITTERRAND, notamment leurs entretiens les lundis et mardis, Pierre MAUROY estime que le chef de l’Etat avait «une douceur féline et apportait de l’intelligence» au travail gouvernemental. Premier ministre en temps de crise, Pierre MAUROY n’était pas un dirigeant résigné : «La crise n'est pas comme une maladie dont on ne peut sortir: elle est comme une sorte de nouvelle naissance ! Je me sens proche de ces utopistes qui, à force de croire obstinément à leurs rêves, finissent par leur imposer la réalité. Face au chômage, la solution de la sagesse, c'est que les travailleurs travaillent moins» disait-il. Il a été le grand artisan de la décentralisation qui «sera au cœur de l'expérience du gouvernement de la gauche. La République se sera enfin libérée de la monarchie» dit-il.
Pour la réussite de sa mission, Pierre MAUROY était attaché à l’unité de tous les socialistes et les différentes sensibilités sont représentées à son gouvernement «Pour ce gouvernement, il faut que cela soit clair, nous formions un ensemble ; c’est que nous avons fait sans exclure les minoritaires. Avec le Président nous voulions que toutes les sensibilités du Socialisme y trouvent leur compte» écrit Pierre MAUROY dans ses mémoires. Pierre MAUROY, en homme de terrain qui a l’instinct des situations, tolérant et honnête, a su durer à Matignon, en raison de son rapport d’autorité avec les têtes dures ; il a bien négocié sa relation avec François MITTERRAND, un homme subtil et parfois compliqué ou retors. A Matignon, «les premiers ministres passent, les cuisiniers restent» dit-on.
Sur les 110 propositions, Pierre MAUROY en aura réalisé 93. Il était attaché à un grand service public laïc et démocratique, mais que François MITTERRAND, à la suite de la grève du 24 juin 1984, n’avait pas voulu poursuivre. Quand Pierre MAUROY a quitté son poste de premier ministre le 17 juillet 1984, les Ministres communistes sont également partis.
«La fin de vie je la vois un petit peu comme la mer, comme quelque chose qui s'impose à vous majestueusement avec solennité, beaucoup de force et une très grande beauté» disait-il. Pierre MAUROY décède le 7 juin 2013 à Clamart. A Lille, où il est inhumé, une rue et un stade portent son nom. «Pierre Mauroy ne voulait pas seulement se révolter, gronder, s’insurger. Toujours, il a ressenti le besoin et la volonté de changer les choses, et donc d’agir» dit Martine AUBRY à propos de son mentor. Toute sa vie, Pierre MAUROY a été un militant pour défendre ses idéaux et changer la société. «Dans ce monde, il y a ceux qui restent chez eux, et puis il y a les militants», une citation de Rudyard KIPLING (1865-1936) reprise dans son hommage aux Invalides par le président François HOLLANDE.
Références bibliographiques
1 – Contributions de Pierre MAUROY
MAUROY (Pierre), A Gauche, un Premier ministre parle, Paris, éditions Marabout, 1985, 352 pages ;
MAUROY (Pierre), C’est ici le chemin, Paris, Flammarion, 1982, 249 pages ;
MAUROY (Pierre), Ce jour-là, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2012, 366 pages ;
MAUROY (Pierre), GIESBERT (Franz-Olivier) RIOUX (Lucien), Héritiers de l’avenir, Paris, Le Livre de poche, 317 pages ;
MAUROY (Pierre), Léo Lagrange, Paris, Denoël, 1997, 240 pages ;
MAUROY (Pierre), Paroles de Lillois, Paris, Lieu Commun, 1994, 250 pages ;
MAUROY (Pierre), Vous mettez du bleu dans le ciel. Mémoires, Paris, Plon, 2003, 506 pages.
2 – Critiques de Pierre MAUROY
BERSTEIN (Serge), MILZA, BIANCO (Jean-Louis), Les Années Mitterrand, les années du changement. 1981-1984, Paris, Perrin, 2001, 973 pages ;
COTTA (Michèle), Une vie socialiste, entretiens avec Pierre Mauroy du 21 au 25 septembre 2009, préface de Henri Nallet, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2013, 100 pages ;
DUPUIS (Jérôme) PREVOT (Maryvonne), Pierre Mauroy, passeur d’avenirs, préface Patrick Kanner, avant-propos Bernard Derosier, introduction générale Maryvonne Prévot, Paris, 2020, Presses universitaires de Septentrion, 236 pages ;
FAVIER (Pierre) MARTIN-ROLLAND (Michel), La décennie Mitterrand, Paris, Seuil, tome 1, «les ruptures» (1981-1984) 708 pages, tome 2 «les épreuves», (1984-1988), 1991, 780 pages, tome 3, «les défis» (1988-1991), 1996, 600 pages et tome 4, «les déchirements» (1992-1995), 1999, 646 pages ;
FAVIER (Pierre) ROTMAN (Patrick), Lionel  Jospin raconte, Paris, Seuil, 2020, 288 pages ;
GUERRIER (Thierry), Entretien avec Pierre Mauroy, Paris, éditions Michel de Maune, 2004, 66 pages ;
GUISLIN (Pierre), Pierre Mauroy et la culture, revue du Nord, 2018, 206 pages ;
KRAKOVITCH (Raymond), Pierre Mauroy l’autre force tranquille, préface Michèle Cotta, 2015, 243 pages ;
NZE-GUEME (Fidèle, Pierre), Premier ministre. A gauche, Paris, Albin Michel, 1985, 447 pages ;
PFISTER (Thierry), La vie quotidienne au temps de l’Union de la Gauche, Paris, Gallimard, 1986, 372 pages ;
POTTRAIN (Martine), Le Nord au cœur, historique de la fédération socialiste du Nord (1880-1993), Lille, éd. Nord-Matin, 1993, 215 pages ;
PREVOT (Maryvonne), «Pierre Mauroy maire bâtisseur : «L’héritier de l’avenir»», Revue du Nord, (Université Lille III), janvier-mars 2011, t. 93, no 389,‎ pages 181-192.
Paris le 15 janvier 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 14:36
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Cette année 2021 est chargée en évènements historiques, dont les 25 ans de la disparition de François MITTERRAND, mais aussi les 40 ans de la victoire de la Gauche, le 10 mai 1981. Nous venons de célébrer les 100 ans du Congrès de Tours, mais aussi la défaite de Donald TRUMP, un putschiste, ainsi que la victoire de Joe BIDEN et Kamala HARRIS. Et j’espère que pour honorer ces grands rendez-vous avec l’Histoire, le Conseil régional d’Ile-de-France, prélude à la victoire de Mme Anne HIDALGO aux présidentielles de 2022, reviendra au bon endroit.
«Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura que des financiers et des comptables» avait dit François MITTERRAND, un grand seigneur de la politique habité par une âme littéraire. Dans son premier discours de président élu, M. MITTERRAND avait déclaré «il appartiendra à l’Histoire de juger». Pour les Français, François MITTERRAND est le meilleur président de la République ces 40 dernières années. Ceux qui ont pris le pouvoir, après lui, ne sont plus que des intendants et de vagues commis, des laquais du grand capital, peu visionnaires, sans grands desseins, oublieux des plus démunis. «Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la sécurité sociale, car ceux qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus, et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur» avait-il prédit.
Notre époque est marquée par une avancée des forces du Chaos. En effet, il n’a échappé à personne cette constante progression de la petite entreprise familiale LE PEN, ces politiques libérales dont un autre François, mais HOLLANDE, a été le promoteur, mais aussi cette grave trahison des valeurs républicaines du président Emmanuel MACRON qui entend célébrer, le 5 mai 2021, le 200ème anniversaire de la mort Napoléon, l’homme de Waterloo et sa Bérézina.
A bien des égards, en cette période de perte de valeurs et de repères et de résurgence des idées vichystes, François MITTERRAND qui a réconcilié la gauche et le pouvoir, sous réserve d’un «droit d’inventaire», suivant une formule de Lionel JOSPIN, nous manque, énormément. Pharaon bâtisseur, doté d'un sens aigu de l'histoire, il a profondément modifié la physionomie de Paris (Grand Louvre, Opéra Bastille, Musée d'Orsay, Institut Monde Arabe, Grande Arche, La Villette, La Très Grande Bibliothèque, etc.). François MITTERRAND avait régularisé les sans-papiers. Riche de talents littéraires, polémiste, habile, redoutable tribun, prince de la réversibilité, intriguant, avide de pouvoir et sans cesse en quête de lui-même, séducteur, parfois retors, machiavélique, cynique, mais nationaliste, fidèle en amitié et bienveillant, François MITTERRAND est initialement un provincial de droite devenu patron de la gauche.
«Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas», c’est par ces mots énigmatiques et intrigants que MITTERRAND, l’agnostique et le mystique, adresse son dernier message à la nation française, le 31 décembre 1994. François MITTERRAND est mort le 8 janvier 1996. Il n’est pas allé au Panthéon ; il nous a fait le coup de Jarnac. «Dans le cimetière de cette ville reposent mes arrière-grands-parents, mes grands-parents que j’ai aimés, mes parents et dans les cimetières alentours les générations d’auparavant par ma mère qui était très Saintongeaise au point que l’on parlait chez moi très souvent par souci de rester fidèle à cette province le patois saintongeais. Mon arrière-grand-père Beaupré - je ne sais pourquoi on l’appelait Beaupré de son prénom - Beaupré Lorrain l’enseignait de la façon qu’il aimait c’est-à-dire à la fin des banquets, des mariages avec Burgaux des Marais dont il était l’ami au point qu’ils se sont attelés à un moment donné à une grammaire du Saintongeais. C’est vous dire que je me sens à l’aise à l’endroit où se trouvent mes principales racines» explique François MITTERRAND. «Je n’ai pas peur de mourir, mais j’ai peur de ne plus exister» dit-il.
Par conséquent, nous allons entretenir la flamme de cet extraordinaire héritage de François MITTERRAND. Aussi, que j’entends, d’ici le 10 mai 20211, moi aussi célébrer, à ma manière, l’appel à la résurgence des valeurs républicaines, pour le bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel, pour que cela change, vraiment.
Paris le 8 janvier 2021 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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