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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 12:16
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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 11:52
Romancier, dramaturge et poète visionnaire, par la radicalité de sa critique KATEB Yacine est considéré, grâce à son roman «Nedjma», comme le chef de file de la littérature algérienne. Tout est sorti de la prison et de l'amour, les deux sources de l'œuvre de KATEB Yacine. Il porte un regard lucide sur le drame du peuple algérien vivant entre la cruauté inouïe du colonialisme et le rejet du fondamentalisme religieux. Dans la colonisation, l’esclave en arrive à aimer ses chaînes, car après la conquête militaire, il a été entrepris l’assimilation et l’acculturation. Faisant appel à Tacite, à l’histoire de l’Antiquité, KATEB constate que Numides et Gaulois ont été vaincus par les Romains, dont le vaste empire a fini par s’effondrer.  Ecrivain réaliste, il voulait transformer le monde. «Je suis Algérien par mes ancêtres, internationaliste par mon siècle» et il précise : «Ni musulman, ni arabe, mais algérien». Ecrivain engagé, il estime que «le rôle de l’écrivain consiste à prendre position». En effet, «Nedjma» dénonce la colonisation et se situe dans «la période de l’affirmation de soi et du combat» écrit Jean DEJEUX. Poète rebelle, adversaire du colonialisme et partisan de l’indépendance, KATEB occupe en Algérie «la place du mythe ; comme dans toutes les sociétés, on ne connaît pas forcément son œuvre, mais il est inscrit dans les mentalités et le discours social». «Nedjma», conçue dans une grotte par un Algérien et une Française d’origine andalouse et juive islamisée, vivant en marge d’un monde perturbé, est le symbole d’une Algérie meurtrie et divisée par la guerre entière, mais toujours unie par l’amour de sa terre. La femme occupe une place de choix dans la libération de l’Algérie : «Gloire aux cités vaincues ; elles n’ont pas livré le sel des larmes, pas plus que les guerriers n’ont versé notre sang : la primeur en revient aux épouses, les veuves éruptives qui peuplent toute mort, les veuves conservatrices qui transforment en paix la défaite, n’ayant jamais désespéré des semailles, car le terrain perdu sourit aux sépultures, de même que la nuit est qu’ardeur et parfum, ennemie de la couleur et du bruit, car ce pays n’est pas encore venu au monde : trop de pères pour naître au grand jour, trop d’ambitions déçues, mêlées, confondues, contraintes de ramper dans les ruines» écrit-il dans «Nedjma». KATEB milite pour une Algérie libre, sans détour : «La grande importance de Kateb Yacine, c’est qu’il ne construit pas des ponts entre Orient et Occident, il a plutôt tendance à les miner ces ponts, à montrer que ces ponts ce sont des ponts artificiels, et que la réalité c’est celle du conflit» dit Gilles CARPENTIER. Par conséquent, «Nedjma» s’identifie aux héroïnes de la guerre de libération : «Elle fut la femme voilée de la terrasse, l’inconnue de la clinique, enfin femme sauvage sacrifiant son fils unique, sa noirceur native avait réapparu, visage dur, lisse et coupant. Nous n’étions pas assez virils pour elle. (…) Et le colt sous le sein».  Par la dimension métaphorique de sa contribution littéraire, KATEB Yacine reste ainsi l’une des figures les plus importantes et révélatrices de l’Histoire douloureuse de l’Algérie. «L’Auteur de Nedjma manipulera la plume à l’encontre de l’oppression comme d’autres manipuleront les armes pour combattre l’oppresseur» écrit le professeur Benaouda LEBDAI. «Nedjma, c’est l’héroïne du roman, qui d’ailleurs… enfin, ne domine pas tout à fait la scène, qui reste à l’arrière plan. C’est d’ailleurs le personnage symbolique de la femme orientale, qui est toujours obscure et qui est toujours présente également. Nedjma, c’est aussi une forme qui se profile, qui est à la fois la femme, le pays, l’ombre où se débattent les personnages […] principaux du roman, qui sont quatre jeunes Algériens dont je raconte les aventures et mésaventures. Algérie qui est actuellement noyée dans une espèce d’opacité, l’opacité d’un pays qui est en train de naître et dont les acteurs projettent des lueurs et finalement montrent le visage» dit KATEB Yacine. Aussi libre et libertaire, insolente et provocante, indéchiffrable et éblouissante que son œuvre, fut la vie de KATEB. Militant de toute son âme pour l’indépendance, au sein du Parti populaire algérien, puis du Parti communiste, il s’engage avant tout avec les «damnés de la terre», dont il est avide de connaître et faire entendre les combats : «Pour atteindre l’horizon du monde, on doit parler de la Palestine, évoquer le Vietnam en passant par le Maghreb» dit-il. Ainsi, «L’Homme aux sandales de caoutchouc» est, en 1970, une vaste fresque historique sur Ho-Chi-Minh et du Vietnam. Ecrivain réaliste, KATEB Yacine est adoubé par les «Lettres françaises» que dirige Louis ARAGON : «Yacine Kateb a 18 ans. Il est parti en France, il y a quinze jours. Conférences à Paris. Visites à Eluard, Aragon. M’a écrit une lettre enthousiaste. Je serais heureux qu’il réussisse à s’imposer. Il a un réel talent», écrit Emmanuel ROBLES qui l’a fortement soutenu. Pour Jean GRENIER, dans une lettre du 10 août 1951, de recommandation à Albert CAMUS, notre auteur est «enthousiaste et brûlant comme la poudre», Jean SENAC le présente en un écrivain qui «parle plus haut que le mot». KATEB Yacine est convaincu que les mots sont une arme contre l’oppression : «Beaucoup (…) n’ont pas besoin de livres pour vivre. Pauvres idéalistes ! Ils ne savent pas que les livres, à la fin des fins, resteront la dernière propriété de l’homme, propriété rarissime… Les révolutions commenceront plus que jamais dans les bibliothèques» dit-il.
SENAC qualifie «Nedjma» d’une allégorie en prise avec l’Histoire de l’Algérie en train de se faire (1er novembre 1954), un éclatement du récit réaliste s’opposant au nouveau roman code déjà dominant, une unicité d’une œuvre à venir. N’appartenant à aucune école de pensée, même s’il a lu William FAULKNER, James JOYCE, John DOS PASSOS et Bertolt BRECHT, le style de KATEB Yacine peut être parfois sinueux ; son récit n’est pas linéaire, les histoires s’enchevêtrent. «Ce qui fait la force du texte katébien, c’est sa non-transparence ; il n’est jamais de grandes proclamations de foi dans Nedjma, c’est dans la construction même du texte, dans la stratégie discursive que s’affirme l’indépendance» écrit Geneviève CHEVROLAT. Fragments, bourgeonnements, variantes, éclatement de la narration traditionnelle, par sa structure innovante et par sa densité poétique, le récit de KATEB écrit par spasmes et construit avec des guenilles comme des morceaux de jarre cassée, innove et déroute le lecteur. «Moi, j'ai choisi la Révolution. Je suis prêt à sacrifier beaucoup de recherches de formes pour atteindre les objectifs de fond, vitaux pour la littérature (...) Nous avons une réalité qui demande d’être appréhendée directement de façon vierge (…) il y a des gens qui parlent de [la Révolution] comme s'ils étaient des esthètes. Ils ne se rendent pas compte que c'est odieux ou ridicule. (…) Il faut tout repenser, il faut se libérer des tabous universitaires, ne pas se préoccuper d’être toujours à la mode» dit-il. C’est donc en raison de son refus perpétuel du conformisme que la biographie de KATEB nous éclaire sur le sens de son message : «La mémoire n’a pas de succession chronologique. En cela l’œuvre de Kateb Yacine est doublement œuvre de mémoire : elle est éclatement et récupération du passé, dans le cercle du temps et dans le polygone étoilé de l’espace. Mais pour approcher cet éclatement poétique et politique, constaté et refusé, il est utile en raison notamment de l’importance du contenu biographique de l’œuvre et parce que cette vie est significative de l’évolution suivie par la plupart des écrivains de la même génération de recomposer cette succession chronologique que la mémoire et l’écriture décomposent» écrit Gérard FAURE. KATEB Yacine décrit une sédimentation d’histoires, de drames et de conquêtes accumulées, enfouis, recouverts, mais jamais effacés. Brassant l’histoire depuis les temps reculés, KATEB estime que la colonisation française a été sanglante et destructrice : «Ni les Numides ni les Barbaresques n'ont enfanté en paix dans leur patrie. Ils nous la laissent vierge dans un désert ennemi, tandis que se succèdent les colonisateurs, les prétendants sans titre et sans amour» écrit KATEB Yacine. Les envahisseurs avaient «la hache d’une main, le sabre de l’autre» écrit-il dans «Nedjma». Mais dans leur tentative de dépersonnalisation de l’homme algérien, celui-ci s’est révélé d’une grande capacité de résistance : «La peuplade égarée se regroupait autour du bagne passionnel qu’ils appellent l’Islam, Nation, Front ou Révolution, comme si aucun mot n’avait assez de sel» écrit-il dans le «Polygone étoilé». KATEB Yacine dresse aussi, de façon critique, l’histoire du mouvement national algérien en faisant référence à l’élimination du M.L.T.D Messali HADJ : «On n’en finissait pas avec les crimes de Raspoutine. Il avait torpillé l’ancien parti du peuple» écrit-il dans le «Polygone étoilé». Et il y évoque aussi, «la vieille tyrannie» reprenant «pied, sous le costume national». La révolte de la jeunesse d’octobre 1988, mettant fin à l’hégémonie du parti unique, lui donnera raison.
Publié en 1956, au moment où la guerre d’Algérie est encore une plaie ouverte, Nedjma est une œuvre hermétique, mais c’est le fil conducteur de la contribution littéraire de KATEB Yacine, son noyau dur, en raison de sa force et de sa richesse. La construction du roman ne peut que désorienter le lecteur : la chronologie est fortement brouillée, les points de vue narratifs sont multiples, partagés entre celui d’un narrateur extérieur et ceux des quatre personnages principaux dont le roman épouse le flux et le reflux des prises de position. En fait, KATEB s’engage délibérément dans l’Histoire et s’engage pour l’Algérie indépendante. «Nedjma» ou en arabe, «l’étoile» symbolisant l’idéal nationaliste, rayonne et domine sur toute l’œuvre de KATEB Yacine : «Ce qui fait tenir le tout, c’est une sorte de vertige, cette ivresse qu’on éprouve à courir dans le grand vent : le centre vide du Polygone, l’Algérie rêvée à l’image du monde» dit Gilles CARPENTIER dans la préface du «Polygone étoilé». KATEB Yacine écrivait : «Il n’y a plus alors d’Orient, ni d’Occident». Tout ça c’est du vent. L’Esprit souffle où il veut. «Pour écrire Nedjma, il m’a fallu sept ans. C’est que l’art, comme le bon vin, exige beaucoup de temps» dit-il. KATEB Yacine se définit comme l’homme d’un seul livre, toute sa contribution littéraire pouvant se rattacher aux thèmes de l’amour et de la révolution dans «Nedjma». En effet, le «Polygone étoilé» constitue les fragments n’ayant pas trouvé leur place dans «Nedjma», les personnages sont les mêmes. On retrouve dans «le Polygone étoilé», poésie, théâtre, récit historique et chronique de presse, mais aussi cette constante d’une «Algérie rêvée, une Algérie plurielle, de par ses langues, ses races, ses religions, ses aspirations» écrit Mohand KHERROUB.  On a reproché à KATEB de publier sous des formes différentes, le même récit obsessionnellement repris et déplacé d’un texte à l’autre. En fait, en rupture avec ses prédécesseurs, et ses contemporains (Mouloud FERAOUN, Mohamed DIB et Mouloud MAMMERI), en écrivain réaliste, il insiste sur la dimension mythique et s’est arrogé le pouvoir de dire l’Histoire. S’insurgeant contre l’injustice et la tyrannie, il décrit «une Algérie multiple et contradictoire, agitée des soubresauts de sa longue et violente histoire, une Algérie jeune et âgée, musulmane et païenne, savante et sauvage» écrit Gilles CARPENTIER. Son héroïne, «Nedjma», se présente sous des facettes multiples. Tout d’abord, elle est la femme fatale, belle, perverse et dangereuse poussant ses prétendants à s’entredéchirer : «Et si loin qu’on remonte, une femme sauvage est occupée à dévorer les hommes, sans haine et sans pitié. De la vie à la mort, son choix reste équivoque. Elle est originaire de la tribu de l’aigle et du vautour» écrit dans «les Ancêtres redoublent de férocité». Ensuite, «Nedjma» est aussi la femme sauvage, mystérieuse et fuyante sachant diriger les hommes vers le combat : «Naïves et redoutables sont nos armes, comme le peuple qui accourt gagné par la prophétie, oui elle sera lavée de la défaite séculaire. Et notre terre, en enfance tombée, sa vieille ardeur se rallume» écrit-il. KATEB réaffirme que la littérature n’appartient pas seulement qu’aux Français. De même que «Nedjma» n’appartient ni à son père, ni à son mari, mais existe surtout dans le regard des quatre soupirants qui la convoitent la désirent. Enfin, Nedjma est la femme symbole de l’identité algérienne, Nedjma c’est l’Algérie. Nedjma est assimilée à Salammbô, personnage d’un roman historique de Gustave FLAUBERT ; il retrace cette atmosphère de violence folle, irrationnelle et paroxystique des scènes de bataille et de massacres. KATEB fait une allusion directe aux massacres du 8 mai 1945. Par ailleurs, «Nedjma» est la femme mythique, la Kahina, reine Berbère. Comme Madame Bovary de FLAUBERT qui s’est suicidée, «Nedjma» signe la mort d’un mythe, celui d’une France civilisatrice et bienfaitrice. Par conséquent, la contribution littéraire de KATEB est justement une laborieuse et chaotique reconquête de la mémoire, une nécessité de combattre cette histoire falsifiée, et d’inventer la Révolution. En effet, les autres principales œuvres de KATEB Yacine «Le Polygone éclaté» et «Le Cercle des représailles» tentent précisément de répondre à ce mal historique par le biais d'un univers violemment poétique, voué à la discontinuité et à l'errance. «Il n’y a rien d’autre : amours, misères, mort de l’Algérie colonisée ou de l’Algérie renaissant dans le sang et l’horreur» écrit Yves BENOT. Mélange de biographie et d’histoire, les personnages Rachid, Mourad, Lakhadar et Mustapha, ainsi que Nedjma sont encore condamnés à l’impuissance en raison des dissensions entre mouvements nationalistes. Le réel est transformé et prend une dimension mythique, collective et épique. KATEB dépeint la dignité et la tragédie des hommes dominés. Le choix de la polyphonie et de la pluralité des genres correspond ainsi à l'image d'une Algérie dispersée par la guerre et par l'émigration, mais que le «chaos créateur» se donne pour vocation de refaçonner, à la recherche de l'origine perdue. KATEB a dit lui-même que ses poèmes «Soliloques» sont liés au massacre à Sétif : «Ces poèmes ont été écrits alors que j’avais 15 ans, avant et après la manifestation du 8 mai 1945. J’étais interne au collège de Sétif. Ce jour-là c’était la fête, la victoire contre le Nazisme. On a entendu sonner les cloches, et les internes ont été autorisés à sortir. Il était à peu près dix heures du matin. Tout à coup j’ai vu arriver au centre de la ville un immense cortège. C’était mardi, jour de marché, il y avait beaucoup de monde, et même des paysans qui défilaient avec leurs vaches. A la tête du cortège, il y avait des scouts et des camarades de collège qui m’ont fait signe, et je les ai rejoints, sans savoir ce que je faisais. Immédiatement, ce fut la fusillade suivie d’une cohue extraordinaire». Il ajoute «le 13 mai, au matin, j’ai été arrêté par des inspecteurs qui m’ont conduit à la prison de la gendarmerie. Autour de la prison, on entendait des coups de feu, les exécutions sommaires avaient lieu en plein jour. Devant la mort, on se comprend, on se parle plus et mieux». Ces massacres du 8 mai 1945 font basculer KATEB Yacine dans le camp de la révolution : «Et quand je suis devenu collégien, plus tard au collège de Sétif, c’était beaucoup plus dur parce que là les camarades se moquaient du poète qui s’enfermait ou qui écrivait des vers, enfin qui n’était pas comme les autres. À ce moment-là il y a eu pour moi une espèce de nuit, de solitude qui a commencé jusqu’au moment où j’ai découvert les idées révolutionnaires, jusqu’au moment où en classe on a commencé à se passer les premiers journaux progressistes, révolutionnaires, nationalistes, communistes, etc. Ça a été comme une flamme dans un baquet d’essence, tout de suite ça m’a pris. Puis les événements se sont précipités, il y a eu les manifestations de 1945, je me trouvais dans la rue, j’ai été pris, emprisonné, toute ma famille a été profondément bouleversée par ça. Du point de vue personnel j’ai basculé vers la politique, si vous voulez. J’ai basculé vers ce qui était pour moi la révolution, mais encore très théorique, et surtout livresque, parce que je vivais dans un monde français, je lisais des livres français, lorsque je pensais à la révolution, je ne sais pas, je pensais à Napoléon ou Kléber mais je ne voyais pas le peuple algérien qui était devant moi tous les jours, c’est en prison que je l’ai vu» dit-il.
De son vrai nom, Mohammed KHELLOUTI, il a pris le pseudonyme de KATEB Yacine, parce que l'administration coloniale appelait les indigènes par leur patronyme suivi de leur prénom. KATEB, qui signifie «écrivain» en arabe, était issu d’une famille de lettrés de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien). Le 8 mai 1945, il n’a pas encore 16 ans, il participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l’indépendance. A Sétif, les policiers tuent le porte-drapeau Bouzid et trois Algériens. En représailles, la population tue 74 Européens. La loi martiale est instaurée et le grand massacre va commencer. Arrêté à Sétif, KATEB Yacine est incarcéré durant trois mois à la suite de la répression, qui fait 45 000 morts. Sa mère, à laquelle il est profondément attaché, c’est elle qui l’a initié à la tradition orale et à la poésie, sombrera dans la folie. Cette date du 8 mai marquera l’élément déclencheur de sa vocation littéraire. C’est en septembre 1945, à Annaba, qu’il tombe éperdument amoureux d’une de ses cousines, Zoulheikha, qui va inspirer «Nedjma» (étoile), rédigé en français, œuvre fondatrice qui a totalement bouleversé l’écriture maghrébine. «A ma libération, j’ai traversé une période d’abattement. J’étais exclu du collège, mon père agonisait, et ma mère perdait la raison. J’étais resté enfermé dans ma chambre, les fenêtres closes, plongé dans Beaudelaire. Puis, mon père m’a persuadé, pour changer d’air, d’aller à Annaba, où nous avions des parents. Là, ce fut le deuxième choc, l’amour. J’ai rencontré Nedjma. J’ai vécu près de 8 mois avec elle. C’était le bonheur absolu. Mais, en même temps, j’étais fasciné par les militants, les gens que j’avais connus en prison, et que je retrouvais, immanquablement. Il y a eu en moi un déchirement entre Nedjma et mes camarades. Et puis, elle était déjà mariée, j’étais trop jeune pour elle, je savais bien qu’il fallait rompre, mais c’était difficile» dit-il. KATEB rencontre au bar, un éditeur qui accepte de publier «Soliloques» ses poèmes de jeunesse, «on y retrouve deux thèmes majeurs : l’amour et la révolution» dit KATEB. «Soliloques» n’est pas encore «Nedjma», mais son acte de naissance. Dans cette histoire métaphorique où quatre jeunes gens, Rachid, Lakhdar, Mourad et Mustapha, gravitent autour de Nedjma en quête d’un amour incestueux, impossible et d’une réconciliation avec leur terre natale et les ancêtres, la jeune fille, belle et inaccessible, symbolise aussi l’Algérie résistant sans cesse à ses envahisseurs, depuis les Romains jusqu’aux Français. La question de l’identité, celle des personnages et d’une nation, est au cœur de l’œuvre, pluridimensionnelle, polyphonique.
«Nedjma» deviendra une référence permanente dans l’œuvre de KATEB, amplifiée en particulier dans «Le Polygone étoilé», mais aussi dans son théâtre «Le Cercle des représailles» et sa poésie. Pour Moa ABAID, comédien qui l’admirait, il était «un metteur en scène génial, proche de la réalité, qui a vraiment travaillé sur la construction du personnage pour parler au public, sans camouflage ni maquillage. Son utilisation de la métaphore et de l’allégorie n’est pas un évitement, puisqu’il a toujours dit haut et fort ce qu’il pensait, mais provient du patrimoine culturel arabo-musulman».
KATEB Yacine est né le 6 août 1929, Condé Smendou (Zirout Youcef), dans le Nord Constantinois, mais cette naissance a été déclarée le 26 août 1929. Il est issu d’un milieu qui sut lui apporter, avec le sentiment de son appartenance tribale, un contact familier avec les traditions populaires du Maghreb. Originaire d’un «lieu de séisme et de discorde ouvert aux quatre vents», il est passionnément attaché à retrouver ses racines et celles de son peuple. KATEB Yacine est un «Keblout», sa famille est issue d’une lignée berbère installée près de Nadhor, dans l’est du pays. Keblout, chef d’une tribu racine du peuple algérien, renvoie à l’image d’Abdel El Kader, ce nationaliste algérien brisé par le colonialisme. Keblout pourrait aussi se rattacher aux Almoravides qui ont islamisé le Sénégal ou aux origines du Maghreb entier, dans sa période la plus glorieuse. L’ancêtre Keblout est un Diogène oriental, «un sage paradoxal, poète et buveur, amoureux des belles étrangères» écrit Gilles CARPENTIER. Les Berbères, souvent tentés par la migration, doivent se rattacher à la famille, à la tribu, pour conserver leur patrimoine culturel : «Nous ne sommes que des tribus décimées. Ce n’est pas revenir en arrière que d’honorer notre tribu, le seul lien qui nous reste pour nous retrouver, même si nous espérons mieux que cela» écrit-il dans «Nedjma». Son père et sa mère, «un véritable théâtre arabe», sont cousins germains. «Mon père était avocat, mon père et ma mère, mon grand-père et ma grand-mère, mes oncles, mes tantes, tout ça, ça vient de la même tribu et nous sommes tous issus de mariages consanguins» écrit-il. Pourfendeur du système colonial, il estime que «la Justice n’est juste que pour les hommes égaux». Le colonialisme, assimilé au vautour, c’est la loi du plus fort : «Je suis de la tribu de l’aigle. Mais l’aigle a disparu. Un vautour le remplace. Les Ancêtres nous ont prédit que lorsque sonneront les dernières heures de la tribu, l’aigle noble et puissant devra céder sa place à l’oiseau de la mort et de la défaite» écrit-il dans «la poudre d’intelligence». Dans le processus de libération de l’Algérie, il assigne un rôle particulier aux Ancêtres : «Ce sont des âmes d'ancêtres qui nous occupent, substituant leur drame éternisé à notre juvénile attente, à notre patience d'orphelins ligotés à leur ombre de plus en plus pâle, cette ombre impossible à boire ou à déraciner, l'ombre des pères, des juges, des guides que nous suivons à la trace, en dépit de notre chemin» écrit-il dans «Nedjma».
Le jeune Yacine a vécu une enfance insouciante, heureuse et vagabonde. «La plus grande époque de ma vie, je crois que c’était quand j’étais gosse. Tout homme est dans l’enfant» dit-il. KATEB Yacine avait puisé dans sa famille, composée de gens lettrés, un goût prononcé pour les livres et la lecture. Son grand-père maternel était auxiliaire de justice. Son père, avec une double culture, française et musulmane, était un avocat indigène qui a travaillé à Sédrata, à Sétif et à Lafayette (Bougaâ). «Mon père était oukil, c’est-à-dire qu’il était une sorte d’avocat en justice musulmane, et il était appelé à souvent changer de résidence, de sorte que nous avons beaucoup déménagé pendant ma jeunesse. Mon père était aussi voyageur par tempérament. J’ai tenu déjà de lui et de ma mère une espèce de pratique quotidienne de la poésie, qu’on retrouve dans toute notre tribu. Ce qui est caractéristique de cette tribu c’est précisément que dans son sein un filon poétique qui se retrouve chez presque tous ses membres, de façon naïve, de façon plus approfondie, de façon plus ou moins affirmée» dit-il. Sa mère, Yasmina, «Elle, la source de tout. Elle se jetait dans le feu, partout où il y avait du feu. Ses jambes, ses bras, sa tête, n'étaient que brûlures. J'ai vécu ça, et je me suis lancé tout droit dans la folie d'un amour, impossible pour une cousine déjà mariée». KATEB lui a consacré, un poème, «La Rose de Blida» et se fait promoteur, à travers elle, du féminisme : «La question des femmes algériennes dans l'histoire m'a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m'a toujours semblé primordiale. Tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai fait jusqu'à présent a toujours eu pour source première ma mère. C'est ma mère qui a fait de moi ce que je suis. Je crois que c'est vrai pour la plupart des hommes. Certains le disent, d'autres l'ignorent, mais s'agissant notamment de la langue, s'agissant de l'éveil d'une conscience, c'est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l'enfant, c'est elle qui construit son monde» dit dans «Parce que c’est une femme». Son nationalisme, il le doit en partie, aux histoires que lui racontait sa mère : «Ma mère lorsque son mari s’absentait, avait peur la nuit. Pour me tenir éveillé, elle contait d’interminables légendes nationales où Abd-El-Kader se mêlait aux héros anciens qui tous évoquaient nostalgiquement la grandeur passée des Arabes aujourd’hui asservis» écrit-il.  
Après l'école coranique, qu'il apprécia peu, KATEB fréquenta l'école française, sur insistance de son père : «La langue française domine. Il te faudra la dominer et laisser en arrière tout ce que nous t’avons inculqué dans ta plus tendre enfance. Mais une fois passé maître dans la langue française sans danger revenir avec nous à ton point de départ». Cependant, KATEB nourrit des sentiments contradictoires à l’égard de la langue française : c’est un moyen de perdre sa personnalité, ses racines culturelles et religieuses ; on est «dans la gueule du loup», mais, en même temps, KATEB y découvrit la vertu libératrice de l'esprit critique. Très tôt, il est témoin de la colonisation de sa terre natale, et en subit les conséquences. L’apprentissage de la langue française est une première déchirure, mais aussi premier combat de sa vie. Il aura cette phrase : «La francophonie est une machine de guerre néocoloniale, qui ne peut que perpétuer notre aliénation, mais l’usage de la langue française ne signifie pas qu’on soit l’agent d’une puissance étrangère, et J’écris en français, mieux que les Français, pour dire que je ne suis pas français». Pour lui, la langue française est un butin de guerre : l’écriture est une lutte, et le poète, un «boxeur». «Je pense que la phrase de KATEB Yacine est encore d’actualité. Pourquoi ? Parce qu’elle signifie bien que si on a imposé une langue par la fameuse politique d’assimilation culturelle, dont il faut rappeler qu’elle ne s’adressait qu’à une minorité, l’apprenant colonisé, en choisissant d’être écrivain, en a fait son arme de révolte et de remise en cause du système, en la travaillant à partir de son imaginaire, de sa culture, de sa langue d’origine. J’aime bien dire que si la langue a été imposée au petit colonisé à son corps défendant, il n’est devenu écrivain, usant de cette langue, qu’à son corps consentant.  La langue appartient à celui ou celle qui la travaille avec les instruments qu’il ou elle se forge», dit Christine CHAULET ACHOUR.
KATEB luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait «révolutionner la révolution». Il considérait qu’il ne pouvait pas renoncer au «chaudron» (la langue française) : «J'ai honte d'avouer que ma plus ardente passion ne peut survivre hors du chaudron. C'est pourquoi, plutôt que de te promener au soleil, je préférerais de beaucoup te rejoindre dans une chambre noire, et n'en sortir qu'avec assez d'enfants pour être sûr de te retrouver. Et seule une troupe d'enfants alertes et vigilants peut se porter garante de la vertu maternelle» écrit-il. En effet, s’il considérait le français comme un «butin de guerre», il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le Tamazight (berbère) comme langues nationales.  Pour KATEB Yacine, libérer l'Algérie, c'était lui rendre sa véritable langue et son histoire. Écrivain d'abord de langue française, langue dans laquelle il a découvert le sens du mot «Révolution», il se met rapidement à l'arabe dialectal algérien pour se faire entendre de son peuple. À partir de l'Indépendance, il s'engage pour la reconnaissance du Tamazigth (berbère), langue d'avant la colonisation arabo-islamique. «Il faut créer un arabe moderne et rajeunir certains dialectes» dit-il.
En 1945, l'expérience de la prison lui a révélé «les deux choses qui [lui] sont les plus chères : la poésie et la Révolution». De retour en Algérie, en 1948, il entre au quotidien Alger Républicain et exerce divers métiers. Il est alors docker, puis il revient en France où il exerce divers métiers, publie son premier roman et part à l'étranger (Italie, Tunisie, Belgique, Allemagne...). Ensuite, il poursuivra ses voyages avec les tournées de ses différents spectacles.  Proche des milieux nationalistes, inscrit au Parti communiste, il travaille un temps comme journaliste, notamment à «Alger républicain», seul journal de gauche géré en ces années-là par Henri ALLEG ; ce journal interdit en 1955, mais réhabilité en 1962, sera interdit en 1965, sous BOUMEDIENE, puis autorisé, à nouveau, à la suite des émeutes d’octobre 1988. Il collaborera avec «Mercure de France», la revue «Esprit» et les «Lettres françaises». En 1950, son père meurt, et ayant la charge de ses deux jeunes sœurs et sa mère malade, KATEB s'exile en Europe, où il fait éditer romans et pièces de théâtre. Il vit dans une extrême précarité jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1954-1962), principalement en France, harcelé par la direction de la surveillance du territoire (DST), et voyageant beaucoup. Dans le bouleversement terrible et euphorique de 1962, il rentre en Algérie, mais déchante rapidement. Il s’y sent «comme un Martien» et entamera une seconde période de voyages  (Moscou, Hanoï, Damas, New York, Le Caire) : «En fait, je n’ai jamais cru que l’indépendance serait la fin des difficultés, je savais bien que ça serait très dur» dit-il.
KATEB Yacine est un poète du réalisme. «La réalité exprimée ici est celle du peuple algérien. (…) Il est permis à Nedjma du «Cadavre» de s’accomplir souterrainement jusqu’à devenir la femme des «Ancêtres», c’est l’Algérie, dramatique et toujours présente, qui anime la scène» écrit Edouard GLISSANT dans sa préface sur le «Cercle des représailles». KATEB revient à Paris, et monte la pièce «La femme sauvage», un autre nom de Nedjma. Il rentre en Algérie en 1972, où il dirige une troupe théâtrale que les autorités préfèrent reléguer à partir de 1978 au théâtre régional de Sidi-bel-Abbès, dans l'Ouest algérien. Il est confronté au manque d’actrices, de femmes qui travaillent au théâtre, ainsi qu’au manque de moyens financiers ; ce qui limite les déplacements, l’intendance (logement, nourriture), les décors, les costumes, la documentation et même la lumière. Mais il a pu toucher un public nouveau, notamment les jeunes. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (A.C.T.), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques, avec des moyens très simples et minimalistes, les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages, le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration. «Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (...) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle» dit-il.
KATEB Yacine abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont «Mohamed, prends ta valise», sa pièce culte, donnera le ton. «Nous travaillons toujours en arabe dialectal, pour la bonne raison que nous voulons toucher l’ensemble du public et pas seulement une partie du public. C’est-à-dire les gens du peuple, le grand public» dit-il. A travers son théâtre, il a voulu sensibiliser les Algériens sur l’Apartheid, ainsi que la guerre palestino-israélienne, et montant une pièce «Palestine trahie» qui retrace et remonte à l’histoire des religions, de manière à éclairer le présent. Il a été bouleversé par le massacre de Sabra et Chatilla. «Le Roi de l’Ouest» est un clin d’œil au conflit du Sahara Occidental. «Lorsque je suis allé au Vietnam, j’ai été frappé par le fait que les Vietnamiens ont porté presque toute leur histoire au théâtre, depuis l’invasion chinoise, il y a bien longtemps, plus d’un millénaire. Je voudrais faire la même chose en Algérie, c’est-à-dire porter notre histoire, ainsi que notre histoire brûlante actuelle, parce que là je touche à des thèmes d’actualité» dit-il.
Ses premières œuvres ont accompagné l'insurrection nationaliste contre le colonialisme français. Mais l'arrivée au pouvoir d'une bourgeoisie arrimée à l'arabe classique et à l'islam le conduit vers un autre combat. Surnommant les islamo-conservateurs les «Frères monuments», il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : «La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (...). S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde». En lisant «l’histoire des Berbères et des dynasties» d’Ibn KALDOUN (1332-1406), il écrit et monte «La voix des femmes», présentée pour la première fois, le 3 juillet 1971, à Tlemcen. Cette pièce relate le rôle des femmes dans l’Histoire en partant de la Kahina (début du VIIIème siècle), également appelée Dihya, la Yemma ou la maman, une reine berbère, symbole de la résistance Amazigh aux conquêtes étrangères (Romains, Arabes, Turcs, Français). Il fut une époque où les femmes avaient voix au chapitre. Peu à peu, la voix des femmes disparait et il ne reste plus que le lointain écho qui s’éloigne de plus en plus de son émetteur. KATEB retrace le siège de Tlemcen, par les Mérinides et la fondation du Maghreb central (aujourd’hui l’Algérie), par la tribu des Béni Abdelwed, originaire des Aurès, dont le chef Yaghmoracen résista victorieusement aux rois de l’Est et de l’Ouest.
Ses prises de position, toujours attendues et toujours fidèles à l'esprit du soulèvement de 1954, n'ont jamais cessé d'appeler à la libération de l'Algérie. Ainsi en octobre 1988, quand il proteste contre la répression des manifestations algéroises «Moi, je veux être perturbateur, même au sein de la perturbation. Il faut révolutionner la Révolution. Elle a des ornières» dit-il. Il constate, dépité, que l’indépendance a été décevante : «Tout ce que je peux dire, c’est que rien n’a changé pour le prolétaire émigré, même si son pays est indépendant, bien au contraire». Il écrit en Arabe, une pièce «Mohamed, prend ta valise» L’engagement politique de KATEB détermina fondamentalement ses choix esthétiques : «Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie». Libérer l’Algérie, c’était lui rendre sa véritable langue et son histoire. Écrivain d’abord de langue française, langue dans laquelle il a découvert le sens du mot «Révolution», il se met rapidement à l’arabe dialectal algérien pour se faire entendre de son peuple. En effet, KATEB reconnaît, à son époque, que l’arabe littéraire n’était pas maîtrisé par la grande masse de la population, et cette langue s’est sclérosée et ne s’est pas modernisée, suffisamment. De sorte qu’écrire en Arabe n’est pas forcément un gage de l’accès à une audience plus grande. Il s’engage donc dans la valorisation de l’Arabe dialectal. En 1967, il décide de ne plus écrire que pour le théâtre et parcourt l’Algérie, à partir de 1970, avec sa troupe de théâtre La Mer de Bab El-Oued. Sa rencontre, grâce à Jean-Marie SERREAU, avec Bertolt BRECHT, a été celle d’un jeune dramaturge, doué mais encore peu connu, et d’un grand maître de la scène, sûr de lui et euro-centriste sans le sentir. Ce fut un échange court, un dialogue de sourds : A BRECHT, qui avait alors dit à KATEB que le temps de la tragédie était fini, le dramaturge algérien répondra avec aplomb que son pays était justement entrain d’en vivre une. Ils finiront cependant avec le temps par se rencontrer dans le monde des idées et tendre vers la convergence : BRECHT qui voulait un théâtre marqué par le sérieux et la «distanciation» finira par ouvrir son théâtre au rire et au chant comme moyens didactiques tandis que KATEB abandonnera lentement le monde du tragique pour s’orienter vers un théâtre populaire qui, utilisant les mêmes armes et outils, se voudra une leçon de sciences politiques. Il écrira le «Cadavre encerclé».
Pour KATEB, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge «vraiment essentielle dans l’expression de l’homme». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. «Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (...). J’ai en tous les cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié». Un «pouvoir explosif» qu’il utilisera dans «Le Cadavre encerclé», où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au cœur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective. KATEB a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post-indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Il dénonce, avec férocité le fanatisme arabo-islamiste : «Les ennemis de la philosophie ont inventé le turban comme un rempart, protégeant contre toute science, leurs cranes désertiques» dit-il dans sa pièce, «la poudre d’intelligence». Et il dira, «le doute n’est qu’un grain de sable dans le désert de la foi».
Prix Jean AMROUCHE de 1963, KATEB Yacine obtient le Grand Prix national des lettres par l’Académie française en 1986. «Un grand écrivain ? Je suis un mythe plutôt. Je représentais jusqu’à présent un des aspects de l’aliénation de la culture algérienne. J’étais considéré comme un grand écrivain parce que la France en avait décidé ainsi» dit-il. Décédé en exil, le 28 octobre 1989, à Grenoble, sans avoir pu terminer les émeutes algériennes de la jeunesse du 5 octobre 1988 (contre le parti unique, la vie chère et la raréfaction des denrées de première nécessité ; les années 90 seront tragiques (plus de 150 000 morts, basculement dans le libéralisme), KATEB Yacine est inhumé au cimetière El Alia, dans la banlieue d’Alger, Oued Smar. Il avait trois enfants (Hans, Amazigh et Nadia). Dans le cortège où figurent des étudiants en lutte et des amis qui seront assassinés au cours de la décennie suivante, on chante l’Internationale en Tamazight. KATEB Yacine connaît toujours une popularité certaine en Algérie, où un colloque international lui a été consacré. En France, une bibliothèque municipale, au 202, Grand Place, à Grenoble, porte son nom. Ce «poète en trois langues», selon le titre du film que Stéphane GATTI lui a consacré, demeure un symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustice, et l’emblème d’une conscience insoumise, déterminée à rêver, penser et agir debout. «Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion» écrit-il. Rebelle à tous les pouvoirs, pourfendeur du colonialisme, de l'impérialisme et de tous les intégrismes, tout ce que la mort a fait de lui, c'est de le transporter du monde de la prétention à celui de la consécration. «Notre peuple sait bien qu’une guerre, comme la nôtre, n’ayant jamais cessé, ne sera jamais finie» écrit-il. Pour Edouard GLISSANT, KATEB Yacine n’est pas simplement un écrivain algérien, mais un écrivain du monde, il est l’un des plus grands écrivains du XXème siècle aux côtés de James JOYCE et William FAULKNER. Le temps serait-il donc un long mensonge ?
KATEB était avant tout un génie de la poésie, et il vouait une grande admiration pour l’émir Abdelkader (1808-1883), le nationaliste algérien.
J’ai caché la Vie d’Abdelkader.
J’ai ressenti la force des idées.
J’ai trouvé l’Algérie irascible. Sa respiration…
La respiration de l’Algérie suffisait.
Suffisait à chasser les mouches.
Puis l’Algérie elle même est devenue…
Devenue traîtreusement une mouche.
Mais les fourmis, les fourmis rouges,
Les fourmis rouges venaient à la rescousse.
Je suis parti avec les tracts.
Je les ai enterrés dans la rivière.
J’ai tracé sur le sable un plan…
Un plan de manifestation future.
Qu’on me donne cette rivière, et je me battrai.
Je me battrai avec du sable et de l’eau.
De l’eau fraîche, du sable chaud. Je me battrai.
J’étais décidé. Je voyais donc loin. Très loin.
Je voyais un paysan arc-bouté comme une catapulte.
Je l’appelais, mais il ne vint pas. Il me fit signe.
Il me fit signe qu’il était en guerre.
En guerre avec son estomac, Tout le monde sait…
Tout le monde sait qu’un paysan n’a pas d’esprit.
Un paysan n’est qu’un estomac. Une catapulte.
Moi j’étais étudiant. J’étais une puce.
Une puce sentimentale… Les fleurs des peupliers…
Les fleurs des peupliers éclataient en bourre soyeuse.
Moi j’étais en guerre. Je divertissais le paysan.
Je voulais qu’il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant mon père le paysan. Je bombardais la lune dans la rivière.
Bibliographie
1 – Contributions de KATEB Yacine :
1 – 1 – Ouvrages
KATEB (Yacine), Abdelkader et l’indépendance algérienne, Alger, En-Nahda, 1947, 44 pages ;
KATEB (Yacine), Eclats de mémoires, textes réunis par Olivier Corpet, Albert Dichy et Mireille Djaider, Paris, IMEC, 1994, 78 pages ;
KATEB (Yacine), L’homme aux sandales de caoutchouc, Paris, Seuil, 1970 et 2001, 283 pages ;
KATEB (Yacine), L’œuvre en fragments, textes présentés par Jacqueline Arnaud, Paris, Sindbad, 1986, 446 pages ;
KATEB (Yacine), La femme sauvage, Paris, Julliard, 1962,  pages 7-25 ;
KATEB (Yacine), Le cercle des représailles, préface d’Edouard Glissant, Paris, Seuil, 1959, 172 pages ;
KATEB (Yacine), Le polygone étoilé, préface de Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1966, 1994 et 1997, 186 pages ;
KATEB (Yacine), Loin de Nedjma, Alger, Laphonic, 1986, 93 pages ;
KATEB (Yacine), Minuit passé de douze heures : écrits journalistiques, 1947-1989, textes réunis par Amazigh Kateb, Paris, Seuil, 1999, 358 pages ;
KATEB (Yacine), Nedjma, préface Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1956 et 1996, 275 pages ;
KATEB (Yacine), Soliloques, Paris, La Découverte, 1991, 57 pages ;
KATEB (Yacine), Un poète comme boxeur, textes réunis et présentés par Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1994, 184 pages.
1 – 2 – Articles et Interviews
KATEB (Yacine), «Entretien avec Arlette Casas», Mots, 1998, (57) pages 96-108 ;
KATEB (Yacine), «Nedjma de Kateb Yacine, ou l’âme de l’Algérie» interview accordée à Yacine Gamarra, Les lettres françaises, 11 octobre 1956, n°649 ;
KATEB (Yacine), «Sa biographie, par lui-même», Les lettres françaises, 7 novembre 1963 ;
KATEB (Yacine), «Keblout et Nedjma», Europe, juin 1950, n°66, pages 27-29 ;
KATEB (Yacine), «Entretien télévisé du 14 août 1956, avec Pierre Desgraupes», dans l’émission Lecture pour Tous ;
KATEB (Yacine), «Interview», Les lettres françaises, 17 novembre 1971.
2 – Critique de KATEB Yacine
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AMMARI (Messaoud), L’étoilement symbolique dans Nedjma de Kateb Yacine, mémoire de Master, sous la direction de Brahim Rahmani, Université Mohamed Kheider-Biskra (Algérie), 2014-2015, 61 pages ;
AMRANI (Mehana), La poétique de Kateb Yacine : l’autobiographie au service de l’histoire, Paris, L’Harmattan, 2012, 155 pages ;
ARNAUD (Jacques), La littérature maghrébine de langue française, Paris, Publisud, 1986, spéc tome 2, «Le cas de Kateb Yacine» 741 pages ;
AURBAKKEN (Kristine), L’étoile d’araignée : une lecture de Nedjma de Kateb Yacine, Paris, Plublisud, 1986, 224 pages ;
BEIDA (Chiki), DOUAIRE BANNY (Anne), Kateb au cœur d’une histoire polygonale, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, 324 pages ;
BENAMAR (Médiène), Kateb Yacine : le cœur entre les dents, Paris, Laffont, 2006, 343 pages ;
BENNAIR (Hakima), Réception de l’œuvre Kateb Yacine dans les champs littéraire, intellectuel et éditorial parisiens de 1947 à 1958, thèse sous la direction de Jacques Chevrier, Université Paris-Sorbonne, Paris IV, 2010 ;
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SEDIKI (Fatma-Zohra), Le traitement de l’histoire dans Nedjma de Kateb Yacine, thèse sous la direction de Jacques Chevrier, Université de Paris-Est, Créteil-Val-de-Marne, 1988, 125 pages ;
TAMBA (Saïd), Kateb Yacine, Paris, Seghers, 1991, 217 pages.
Paris, le 19 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 12:33
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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 12:24
Jusqu'ici les forces de l'ordre, dans ces tensions politiques et sociales, se sont acquittées de leur mission, particulièrement difficile, avec un grand professionnalisme. Cette fois-ci il y a eu la mort, à Saint-Louis, d'un jeune étudiant, Mohamed Fallou SENE ; la ligne rouge est franchie.
Des mesures à court terme s'imposent.
L'Etat devrait indemniser, sans délai, la famille de la victime. Nous leur présentons nos sincères condoléances. La vie de chaque Sénégalais est précieuse, unique et irremplaçable. Quelque soit l'issue de l'enquête en cours, un jeune homme qui ne réclamait que sa bourse, a perdu la vie. Le rôle de l’Etat, c’est de naturellement, maintenir l’ordre public, mais quand des dommages sont causés aux particuliers, il faut les réparer. Par conséquent, les moyens employés pour maintenir l'ordre public ont été disproportionnés par rapport à l'objectif à atteindre. Le résultat est là, on ne peut que gravement le déplorer.

Par ailleurs, un lourd contentieux, depuis 1973, sous SENGHOR, a créé un lourd climat de suspicion et de défiance entre le monde politique et la communauté éducative. Je rappelle que Oumar Blondin DIOP (1946-1973), un militant d'extrême gauche, détenu à Gorée, pour avoir lancé une grenade au passage du président POMPIDOU, avait reçu la visite de Jean COLLIN. Oumar DIOP, qui lui a craché au visage, avait été battu à mort, par ses geôliers, lorsque COLLIN a quitté les lieux. L'Etat est donc responsable de cette mort tragique. Dial DIOP a demandé, sans succès, la réouverture du dossier. Là aussi, plus de 40 ans après cette tragédie, l'Etat devrait faire un geste pour apaiser la douleur de la famille en débloquant une indemnisation. Arrêtons de tergiverser quand l'Etat est fautif. Ce n'est pas une faiblesse, mais c'est l'honneur d'un Etat de droit de reconnaître et réparer sa faute.

Depuis plusieurs décennies les universités sénégalaises sont secouées, en permanence, par des crises qui ont considérablement abaissé le niveau scolaire. Là aussi, pour éteindre durablement ce feu qui brûle tout, et met en danger l'avenir de nos enfants, il serait nécessaire de remettre aux étudiants ce qui leur est dû, dans les délais impartis, à savoir leurs bourses.

Les enseignants ont signé un accord avec l'Etat le 17 février 2014 et «le gouvernement et les syndicats conviennent, dans le cadre d’une commission ad hoc, d’étudier le niveau, les conditions et les modalités de la prise en charge de cette revendication pour la rendre soutenable par les finances publiques». Par conséquent, cet accord innovant (11 points de convergence), mais réaliste sur le plan budgétaire quand à sa faisabilité, est un droit ; ce n'est donc pas une mesure de faveur ou utopique. Je ne vois pourquoi, 4 années après, un plan d'apuration, acceptable, de ces dettes de l'Etat à l'égard des enseignants, n'est pas encore proposé. Il y a des enseignants qui ont acquis des échelons depuis de nombreuses années, sans aucune conséquence financière sur leur bulletin de salaire. Ce n’est pas normal.

Sur le moyen et long terme, il faudrait une commission spéciale pour proposer des mesures durables, afin de mettre fin à ces grèves qui ont saccagé notre système éducatif.

Je songe en particulier :
- à l’allongement de l'année scolaire trop courte. En effet, les cours ne démarrent jamais au temps prévu et l’année scolaire est déjà amputée des nombreuses fêtes musulmanes, laïques et chrétiennes, sans parler des grèves ; il faudrait aligner le calendrier scolaire à celui de la France ; ce que font les écoles privées sénégalaises. En effet, les enfants des riches ne sont plus inscrits à l'école publique devenue un repoussoir. Ce développement des écoles privées est la plus défiance à l’égard de notre système éducatif public ; c’est la marque de son échec, et l’appel, sans tarder, à une réforme durable.

- les programmes scolaires sont-ils adaptés ?

- quel modèle éducatif voulons-nous ? Quelle est la place de l'enseignement professionnel et notamment que fait-on de ces jeunes talentueux mais qui n'ont pas réussi à l'école ? Quel sort pour les diplômés chômeurs ? Quelle est la place, en particulier, des métiers de l'agriculture et de la pêche, restés à l’âge de la pierre ?

- les études scientifiques, en médecine ou les métiers du pétrole occupent une place trop faible par rapport aux filières de droit et lettres  représentant 75% des effectifs des étudiants. Ce déséquilibre flagrant nécessiterait un rééquilibrage.
D'une manière générale il faudrait aussi réfléchir sur cette révolution numérique, en termes d'opportunités, d'emplois pour les jeunes (dématérialisation, numérisation des documents, systèmes intranet permettant à des services d’échanger des informations).
Je songe notamment à l'Etat civil au Sénégal où les archives sont souvent perdues ou brûlées. Pour avoir un extrait de naissance c’est la croix et la bannière. On nous impose à revenir devant le juge, avec deux témoins. Une gestion électronique rendrait plus fiable l'état civil et serait un gain de temps pour tous.
Dans les autres administrations, notamment à l'éducation nationale, bien des documents (frais de mission, heures supplémentaires, gestion de la carrière), sont transmis des régions à Dakar par support papier et s'égarent.
Je me souviens quand, j’étais enseignant à l’université de Dakar, les étudiants, faute de moyens,  arrachaient les pages des articles qu’on leur demandait de lire. Je sais que la bibliothèque de l’UCAD a entrepris un travail remarquable de numérisation louable. Je les consulte, régulièrement. Mais il faudrait accélérer ce travail de numérisation aussi bien pour les bibliothèques que les archives nationales, régionales et départementales. A l'heure de la révolution informatique, la numérisation des livres ou articles fondamentaux permet l'égalité des chances de tous les élèves sur le territoire. Tout cela c’est des gisements d’emplois pour les jeunes.
Par ailleurs même si ce n'est pas le sujet, ce projet de privatisation des forages ruraux du Sénégal n'est ni opportun ni justifié c'est un grave attentat contre le monde rural. Si on veut une autosuffisance alimentaire il faudrait permettre à nos paysans un accès permanent à l'eau pour pouvoir travailler 12 sur 12 au lieu des 3 mois en hivernage seulement. Le bon sens aurait été de quadrupler ces forages gratuits.
Je n’ai pas encore compris pourquoi l’aéroport Léopold Sédar SENGHOR a été vendu aux Marocains, ainsi que certaines terres qui auraient pu être réservées aux paysans. Naturellement, je n’ai rien contre les Marocains qui sont nos amis de très longue date. Mais le libéralisme à tout-va, sans protection de nos intérêts fondamentaux, sans réciprocité, c’est brader notre patrimoine national. Si des promoteurs achètent nos terres, c’est qu’elles sont rentables. Quelle politique alors de défense de nos intérêts fondamentaux ?
Dans bien des secteurs, le président Macky SALL fait du bon travail, il a mon modeste soutien. En temps que militant de sa cause et celle du Sénégal, je dis qu’il est grand temps d'éteindre durablement et proprement cet incendie que représente la crise scolaire. Je soutiendrai, sans failles, tout ce qui va dans le bon sens, mais le rôle de chacun d’entre nous, est aussi d’alerter, en vue d’avance dans le bon sens.
Paris, le 16 mai 2018, par M. Amadou Bal BA  - http://baamadou.over-blog.fr/
 
Crises universitaires et scolaires récurrentes au Sénégal : éteindre durablement cet incendie" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr
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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 12:31
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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 12:29
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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 11:09
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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 15:16
Ce jeudi 10 mai 2018, je suis au Jardin de Luxembourg à Paris pour une cérémonie sous le patronage du Premier ministre, M. Edouard PHILIPPE.
Le 10 mai est, pour moi, hautement symbolique ; ce n'est pas seulement que la journée de la mémoire, c'est avant tout le 10 mai 1914 la victoire de Blaise DIAGNE, premier député africain à l'assemblée nationale française, et c'est aussi le 10 mai 1981 que François MITTERRAND, un socialiste, provoquait la première alternance, sous la 5ème République.
Le monde reste encore profondément divisé entre deux camps : les vainqueurs et les vaincus.
De nos jours, l'esclavage revêt des formes plus insidieuses ; on a parfois du mal à cerner et combattre ces chaînes invisibles qui nous maintiennent encore dans la servitude et l'exploitation. 170 ans, après l'abolition de l'esclavage, à travers les discriminations, la servitude est plus que d'actualité. La liberté et l'égalité ne devraient pas seulement être que des prétentions théoriques, mais des actes concrets. L'affaire Naomi MUSENGA, moquée par les services d'urgence et morte sans secours, atteste de la gravité de la situation. La famille d'Adama TRAORÉ (jeune étouffé à mort lors d'un banal contrôle d'identité) est menacée de poursuites pour avoir protesté contre ce meurtre raciste. On nous maintient dans un statut d'indigènes de la République, assimilable à l'esclavage.
L'Afrique, riche de ses matières premières et de ses populations, devrait mettre fin à cette Françafrique, retrouver sa souveraineté, sa liberté et sa dignité.
La Diaspora devrait combattre ce statut d'indigène de la République auquel il est confiné, pour jouir pleinement de sa citoyenneté en vue du bien-vivre ensemble. Une maison pour l'abolition de l'esclavage est un bon début, mais il faut aller plus loin ; il faut une égalité réelle. Beaucoup d'élus de droite refusent encore d'honorer le devoir de mémoire. Esclaves d'hier, migrants d'aujourd'hui !
Par conséquent, il faudrait en finir avec la mentalité colonialiste et esclavagiste, en fondant une société plus juste, plus fraternelle.
Était-il opportun d'inaugurer une place de l'Europe à Gorée ? Cette décision du maire de Gorée est une bourde monumentale, à corriger rapidement.
Pourquoi maintenir, 58 ans après l'indépendance, des noms de rue dédiés aux esclavagistes et colonialistes en centre ville de Dakar ?
"Emancipez-vous de l'esclavage mental. Personne d'autre que nous ne peut libérer nos esprits" avait chanté, fort justement, Bob MARLEY, disparu le 11 mai 1981.
 
Paris le 10 mai 2018 par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr

 

"Journée nationale des memoires de la traite de lesclavage et de leur abolitions" par M. Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/
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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 17:47
En France, dès qu’on engage une conversation avec un Européen, très souvent, une question insidieuse surgit : «Tu viens d’où ?». Cette inquisition s’accompagne, parfois, d’un commentaire superflu : «Tu habites depuis quand en France ? J’aime vraiment l’Afrique. Pourquoi tu ne rentres pas dans ton pays ? Quel gâchis !». Au début, agacé par ces rapports sociaux racisés et ethnicisés, je répondais, par provocation, que j’étais Suédois, ou tout simplement que je suis Parisien. La question «tu viens d’où ?», traduit le refus, d’une partie de la population française lepénisée, d’accepter un fait accompli, à savoir que l’intégration est déjà en marche. Ceux qui se réfugient derrière une France mythique, monocolore, ont encore du mal à admettre que ce pays soit devenu cosmopolite, multiculturel et que l’Islam est sa deuxième religion. C’est un débat, en apparence ethnique, mais sur le fond, l’enjeu partage du pouvoir au sein de la société française ; certains veulent ravaler les Français issus de l’immigration, comme au temps colonial, au statut d’indigènes de la République. «Tu viens d’où ?» signifie pour les tenants de la doctrine assimilationniste, «tu ne seras jamais comme nous, tu seras toujours chassé de la lumière, tu ne pourras jamais t’intégrer aux conditions qu’on a fixées, de façon paternaliste pour toi, et tu vivras, éternellement, en marge de la société française, comme un exclu, un marginal». Par conséquent, loin d’être une interpellation purement ethnique, c’est une question de place, de partage du gâteau, une question de classe, comme le dirait les communistes. Dans les faits, l’écrasante majorité de nos ancêtres les Gaulois croient aux valeurs républicaines d’égalité. Les Français issus de l’immigration sont aussi la France, mais il leur appartient de ne pas se laisser entraîner dans un débat identitaire piégé à l’avance par un discours lepénisé : «Ce n’est pas un problème de race. C’est le problème de savoir si vous acceptez, ou non, de regarder votre vie, d’en prendre la responsabilité et puis de vous mettre à la changer» dit BALDWIN. On doit saluer l’extraordinaire travail fait par les associations, en France, pour le bien-vivre ensemble, en termes notamment d’accès au logement, de régularisation de sans-papiers et d’accompagnement dans les démarches administratives. Je suis agréablement surpris par ces jumelages entre ces villes françaises et sénégalaises et ces associations humanitaires qui font un remarquable travail de solidarité avec l’Afrique. Le jumelage entre la ville du Val-de-Reuil et mon village, depuis 1998, Danthiady, est un exemple remarquable de coopération décentralisée ayant conduit à des projets innovants en matière d’eau, de santé, d’éducation et de culture maraîchère.
La question «tu viens d’où ?» est une vraie occasion de découverte de l’autre en vue d’échanger et de s’enrichir, mutuellement. «Sache d’où tu viens. Si tu sais d’où tu viens, il n’y a pas de limites à là où tu peux aller» dit BALDWIN. Le Noir américain sait maintenant qui il est et quelle est sa place réelle au milieu de ses concitoyens. Lorsqu’un opprimé a entrevu la possibilité d’être libre et qu’il accepte d’en payer le prix, il est vain d’espérer encore la paix pour longtemps. L’ignorance perpétuant les abus, j’ai décidé finalement, à travers le récit de la saga des Danthiadynabé de France, de ne pas rallier aux questions de curiosité malsaine, de botter en touche les diktats qui veulent nous enfermer dans nos déterminations. J’ai bien compris, qu’à travers cette question insidieuse «Tu viens d’où ?», se cache un profond mal-être des néo-maurrassiens pensant qu’avant c’était mieux. On ne naît pas Noir, on le devient à travers un regard colonial et néocolonial qui veut nous singulariser pour mieux nous enfermer dans des colères stériles afin de nous marginaliser. Je me définis comme un citoyen français originaire du Sénégal. En conséquence, j’ai pris la ferme résolution de me chercher, et chercher les autres en me cherchant. Au carrefour de plusieurs cultures, j’écris, aussi, d’affronter ces impostures, ces mensonges, ces hypocrisies, ces fantasmes simplificateurs. C’est une entreprise de thérapie pour être en paix avec moi-même, pour mieux entrer en relation avec les autres, dans une démarche apaisée et constructive.
La saga des danthiadynabé de France, et toute l’histoire de l’immigration en France, est récente, elle ne couvre qu’une cinquantaine d’années ; tout est encore frais dans les esprits. Il faudrait à mon sens, distinguer la première vague d’immigrants de celle de la deuxième génération qui est née en France. S’agissant des Français issus de l’immigration nés en Afrique, les liens et les souvenirs avec le continent noir sont encore intacts et vivaces. On reste ainsi hanté par cette aventure ambiguë, digne de Cheikh Hamidou KANE, par cette double culture et par ce mythe du retour. Deux mondes s’affrontent et se combattent : d’une part, l’école française, son mode occidental de vie dans lequel le colonisateur, niant nos valeurs culturelles et notre humanité, considérait que nos ancêtres étaient des Gaulois. J’ai connu aussi cette Afrique traditionnelle et sa culture de solidarité et d’entraide, son hospitalité, ses valeurs d’humanité, ses coutumes et traditions. J’ai entendu parler de l’histoire de mon Fouta-Toro, avec la dynastie des Satiguis fondée par Colly Tenguella BA, qui aura duré plus de quatre siècles (voir mon post), du Fouta-Toro et ses Almamy, notamment de Thierno Sileymane BAL, un de mes ancêtres, qui ont islamisé le Sénégal, en fondant un Etat théocratique, de la plus longue et la plus héroïque résistance du Fouta-Toro à la conquête coloniale, notamment avec El Hadji Omar TALL. L’histoire de l’origine des Peuls a immobilisé bon nombre de chercheurs (Louis FAIDHERBE, Henri GADEN, Maurice DELAFOSSE, Boubou Hama et Cheikh Anta DIOP) : sont-ils des sémites ou des Egyptiens ?

Les Français issus de l’immigration, avec leur double culture, sont hantés par le mythe du retour. Fonctionnant avec des codes culturels parfois décalés, cette première génération entretient des relations de tension éducation, mariage, perpétuation. «Français à part entière et Français entièrement à part» suivant une formule de Jean-Marie LE PEN. Mes enfants sont d’une mère Chinoise et d’un père Sénégalais : qui sont-ils donc ? Et que seront leurs descendants, s’ils continuaient à vivre dans un monde, en partie, racisé et ethnicisé ?
 
I – La première génération d’immigrants

Les immigrants en France, essentiellement des Peuls et Soninkés, viennent souvent de petits villages de la périphérie et défavorisés, de la région de Matam et de Bakel. Danthiady.

A – Le village des origines : une société autarcique et féodale

1 – L’histoire Danthiady et ses valeurs

L’élément eau est à l’origine de Danthiady. Il résulte de plusieurs témoignages que j’ai recueillis, le village de Danthiady, initialement, était installé à Pouléma, à 5 kilomètres, à l’Ouest de l’emplacement actuel. Pouléma, non loin de M’Bélone, dont on arrive pas encore à le localiser, est resté un endroit mythique, auréolé d’histoires surnaturelles. On raconte que les Danthiadynabé y sont restés pendant sept ans, sans maladie et sans morts. De confession musulmane et profondément superstitieux, les Danthiadynabé ont estimé que cette situation était anormale ; ils ont alors déménagé vers l’est. Mais, grands éleveurs de bétail (ovins et caprins), ils n’avaient pas d’eau. Le berger, pour les vaches, originaire de Dikka, non loin de Thiancogne, avait remarqué que les phacochères, allaient régulièrement se désaltérer, dans une vallée ; il suffisait seulement de creuser, sans profondeur avec leurs défenses, et l’eau jaillissait. Aussi, les Danthiadynabé déménagèrent rapidement à ce nouvel emplacement où on a trouvé de l’eau à profusion, en creusant des puits. Danthiady serait une déformation de «Danthianguo», c’est-à-dire là où on a retrouvé de l’eau.

La religion, ainsi que les questions de sécurité, pendant la colonisation, sont à la base de l’organisation de Danthiady. Là aussi, les témoignages sont presque concordants. On estime que sept grandes familles sont à la base de la création de Danthiady, auxquelles sont venues s’adjoindre d’autres communautés. Il s’agit des familles SALL, N’DIAYE, SOW, N’GAM, ANNE, AW et SY. C’est un point acquis que Thierno Demba SALL a fondé Danthiady au milieu du XIXème siècle. Par conséquent, Danthiady est un village relativement neuf de 160 ans. A partir de là, les versions des témoignages si elles ne divergent, comportent des nuances.
 
Une première version consiste à relater que Thierno Demba SALL viendrait du Toro, et arrivé à Ogo, il aurait lâché un représentant de la famille ANNE. Auparavant, son frère l’avait recommandé de continuer, seul sa route, deux éminents marabouts, ne pouvant pas résider dans le même village. L’un pouvant éclipser l’autre.

Une deuxième version, isolée, mais qui m’a été relatée, consisterait à soutenir, le village de Danthiady, serait d’abord dirigé par la plus ancienne famille, les AW. Ces derniers souhaitant suivre El Hadji Omar TALL, dans son Jihad au Mali, aurait confié la direction et le commandement de Danthiady. Mais à leur retour, les SALL aurait refusé de rendre le pouvoir aux AW.

Cette version «d’un coup d’Etat» me paraît peu plausible, compte tenu du caractère consensuel et démocratique de l’exercice du pouvoir à Danthiady, un village marqué par la transparence et la sérénité des décisions. En effet, des témoignages, et qui me semblent plus probants, insistent sur le fait que les SALL, pour conforter leur hégémonie sur le village, se sont alliés à certaines grandes familles, notamment les SOW, N’GAM, et surtout les N’DIAYE. Cette alliance s’est concrétisée par de nombreux mariages au sein de cette communauté. Ainsi, Khady SALL, l’ancêtre des N’DIAYE est bien un membre de la famille de Thierno Demba SALL. Ma grand-mère, Hapsa SALL, dont le père Abou Elimane SALL, un chef de village, est également originaire de cette famille.

Une troisième version que je tiens d’Oumar SALL, un descendant de Bassirou Elimane SALL, me paraît plus solide. En effet, Thierno Demba SALL est originaire de Bagodine, dans le département de M’Bagne, région de Brakna, en Mauritanie. Le père de Thierno Demba Ramata SALL, qui s’appelait Boubou Abda SALL, avait épousé la fille de Samba AW, un savant islamique avec des connaissances ésotériques. Cette fille s’appelle Ramata AW. Par ailleurs, son père Boubou Abda SALL, est le petit-fils d’Ali Eli Bana SALL, qui fut tué à Kahone, non loin de Kaolack. Ali Eli Bana était aussi allié de la dynastie des Déniankobé, et sans doute un des ancêtres de Macky SALL, président du Sénégal depuis 2012. Thierno Demba SALL, un érudit, voyant et guérisseur, a pris la décision de quitter la Mauritanie, vers 1777, au moment où Thierno Sileymane BAL, après la révolution des Torodos, céda le pouvoir à Thierno Abdoul Bocar KANE, mort le 4 avril 1807, assassiné par les Peuls Jaagordoo. Thierno Demba, s’installa, provisoirement, à Ouro-Sogui, à 10 km, de l’actuel village de Danthiady. Il alla, par la suite, à Ogo, à quelques kilomètres de là ; les habitants éblouis par ses connaissances islamiques et son intégrité, le nommèrent Cadi, un juge musulman, appliquant la Charia. Il s’acquitta, convenablement, de cette mission, jusqu’au jour où il sera saisi d’une affaire d’assassinat opposant une famille noble à une autre de rang plus modeste. En jurisconsulte rigoureux, Thierno Demba SALL prononça la peine de mort à l’encontre du coupable, même noble. Les familles s’étant opposées à l’application de cette peine, Thierno Demba SALL, épris de justice et d’équité, quitta le village d’Ogo, en raison de ce camouflet. Il s’enfonça dans la forêt profonde, en direction de l’Ouest, et s’installa dans une zone sereine et sans bruit, appelée Pouléma, emplacement d’origine du village de Danthiady.
Thierno Demba Ramata, demanda à l’Almamy du Fouta de s’installer à Pouléma, une autorisation qui lui est immédiatement consentie. Ce qui situe la première installation de Danthiady vers la fin du 18ème siècle. Suivant la tradition orale, et sans qu’on puisse le vérifier, naturellement, cette zone paradisiaque était le domaine des Djins, des esprits, qui ne contestaient la venue de ces intrus. Devant ce conflit majeur, entre un savant islamique, non impressionné, et des esprits se sentant envahis par ces nouveaux immigrants, un accord fut trouvé de recourir à un arbitrage pour les départager. Le tribunal de Daléma, au Nord de Matam, comme celui de Hawdou, donnèrent gain de cause à Thierno Demba SALL. Savourant sa victoire, il fit venir, auprès de lui, son frère Amadou Ramata SALL, ainsi que Tapsirou Yéro et Amadou Samba Lari.
Thierno Demba SALL décida d’aller au Fouta-Djallon, pour approfondir ses connaissances islamiques et ésotériques, suivant ainsi la voie ouverte par Thierno Sileymane BAL et Cheikh Oumar TALL. A son retour, son frère Amadou Ramata, décida de retourner en Mauritanie ; il est enterré à Toullel N’Gadiari, près de Dawallel.
Ce qui caractérise la vie à Pouléma, c’est le règne d’une vie harmonieuse, fondée sur la solidarité, l’entraide, la justice et la paix. Les Danthiadynabé vivent au plus près de la nature, les pluies sont abondantes, et le gibier est largement suffisant pour nourrir tout le monde. Cependant, en période sèche, soit pendant neuf mois, entre octobre et juin, l’eau manquait. Sur l’emplacement actuel de Danthiady, un jour, un berger avait constaté qu’un phacochère, dans la vallée, pouvait se désaltérer aisément en creusant légèrement un trou avec ses défenses. Mis au courant, de cette nouvelle, Thierno Demba demanda aux habitants de Pouléma de déménager, sans délai. Etant entendu, la terre n’appartenant à personne, le premier arrivé est le premier servi. Thierno Demba fit d’abord installer son nouveau village à un lieu appelé «Toumbouddou». Thierno Demba, déjà âgé, est mort à Toumbouddou, c’est le premier décès depuis 7 ans. Il sera remplacé par son fils unique, Mamoudou Demba SALL. La nature est généreuse, le mil, l’arachide et le «Foléré» (fleur d’hibiscus) sont en abondance. Mais la famille SALL a renoncé d’élever des vaches, contrairement aux autres familles du village ; ils préféraient se consacrer à l’acquisition de connaissances, sources de richesses spirituelles.

Mamoudou Demba SALL, à sa disparition, est remplacé par son fils unique, Malick Mamoudou SALL, dit Elimane Malick qui avait quatre enfants : Amadou, Samba, Demba et Bassirou Elimane. A la disparition d’Elimane Malick, il est remplacé par Elimane Oumar SALL de 1914 à 1916, puis par Elimane Abou SALL, un fils direct d’Amadou Ramata SALL, de 1916 à 1918. Son fils Amadou Elimane reprend le flambeau à partir de 1918.

Les Danthiadynabé, comme tous les Foutankais, sont musulmans de confession Soufie, une tendance ésotérique et mystique de l’Islam sunnite, en opposition radicale contre le fondamentalisme et le fanatisme religieux. Le Soufisme combat le «moi» égoïste, fréquemment comparé à un cheval fougueux, et influencé par ¬Satan. Une forme d’ascèse cultivant la simplicité et répandue par Cheikh Ahmed Tidjani, né en 1737 à Aïn Mahdi, en Algérie, mais, en 1815, mort à Fès, au Maroc. Pour accéder à cette doctrine soufie, il faut l’intercession d’un guide religieux, «Mouggadam». Or, jusqu’en 1918, Danthiady ne célébrait pas le Mawloud, l’anniversaire de la naissance du Prophète Mohamed ; Elimane Amadou fut donc dépêché à Kaolack auprès d’El Hadji Abdoulaye NIASS, un marabout d’origine peule, mais de culture ouolof, proche de Maba Diakou BA, né à Beli, dans le Djiolof, en 1844. Il y rencontre Tapsirou Balla, de Mogo, un village voisin. Abdoulaye NIASS bénit le village de Danthiady pour que les récoltes en arachide et en foléré soient toujours abondantes. Par ailleurs, El hadji NIASS avait effectué, en 1890, un voyage à Fès et à Alexandrie, en Egypte. Exilé pendant longtemps, en raison de sa proximité avec Maba Diakhou BA (1867-1809), un Jihadiste, il ne rentra au Sénégal, qu’en 1910, pour s’installer à Kaolack. Ce chef religieux, ayant des attaches avec Taïba , Abdoulaye NIASS disparaît le 9 juillet 1922. Cependant, depuis lors les Danthiadynabé sont restés particulièrement fidèles et attachés à la famille des NIASS.
Quand Mamoudou Elimane disparaît en 1928, il est remplacé par Thierno Demba, junior.
La fonction de chef de village, était traditionnellement exercée aussi par le guide religieux, l’Iman de la mosquée. Cette confusion entre le temporel et le spirituel. Thierno Bassirou SALL (1922-1998), dit Bassirou «Tokossel» (junior), révolutionne, à partir de 1960, la fonction de chef de village. Il réintroduit le 3 janvier 1961, l’élection du chef de village, une institution qui avait perdu son crédit, en raison de sombres histoires de détournements d’impôts, mais surtout du fait des brimades de l’administration. En raison du résultat serré, 23 contre 22, le préfet demande un tirage au sort que Bassirou SALL gagne aussi. Il a mis de l’ordre dans les bases fiscales et rédigea à chaque fois, un procès-verbal des décisions de justice qu’il rendait. Le chef de village dispose, pour communiquer avec la population, d’un tabala, avec une peau de vache, confectionné par les Guissé. 7 coups annonce le décès, 3 coups un mariage et des coups discontinus un événement grave, appelant une intervention urgente, comme un incendie, tant redouté en raison, jadis, du nombre important de cases.
A son décès en 1998, Bassirou SALL est remplacé au poste de chef de village par Mamadou Baïdy SALL, le grand frère de maître Malick SALL, avocat.
Le village de Danthiady, au début ne comptant que quelques âmes, s’est progressivement, sous l’impulsion de son fondateur élargi à d’autres couches sociales. La famille de Hassane GUISSE est très ancienne, puisqu’ils sont présent au village depuis l’ère de Toumbouddou. Hassane était un ami personnel de Thierno Demba, il est originaire de Hamady Hounaré. La famille de Hamady GUISSE est originaire de Pattouki. Les GUISSE sont spécialisés dans la poterie et le tissage. Vivant dans une société agraire, Thierno Demba a recherché divers artisans, pour un équilibre du village, comme les forgerons et les tanneurs. Les Laobé (SOW et GADJIGUO) travaillent traditionnellement le bois ; ils fabriquent les mortiers pour piler le mil et les écuelles servant d’assiettes ou pour la traite des vaches. Les Sakké, qui travaillent le cuir, ont connu avec la prestigieuse école de Danthiady, un ingénieur, Amadou SYLLA, qui a été un remarquable président de l’association villageoise, transcendant ainsi ces questions de stratifications sociales. Son jeune frère est le directeur de l’école du village. Les forgerons, travaillant le fer, (hilaire pour cultiver le champ, fusil, hache) sont originaire d’un village tout proche, Bélaïndé.
D’autres familles se sont installées à Danthiady, pour diverses raisons. Ainsi, pour certaines familles venant du Ferloo, elles fuyaient le pouvoir tyrannique du chef de canton. En effet, le colonisateur avait en place pour l’administration des provinces, des anciens nobles du Fouta-Toro, souvent d’une grande férocité avec les populations locales. Mamadou COULIBALY, un Bambara, originaire du Mali, pour échapper au travail forcé, pendant la colonisation, pour la construction du chemin de fer Dakar-Bamako, mis en service en 1924, avec une grève majeure, en 1947. Un Peul, originaire de la Guinée, un DIALLO, est venu étudier le Coran au village, a eu un fils, puis est reparti définitivement dans son pays.
Une partie des habitants de M’Bélone, sans forage et donc sans eau en saison sèche s’est installée durablement à Danthiady. Ce sont des Maures et anciens esclaves fuyant les persécutions de leur pays d’origine et qui sont installés à 5 km à l’Est de Danthiady. En 1989, la Mauritanie expulse plus de 70 000 Peuls, dont certains viennent s’installer à Danthiady. C’est l’une des plus grandes mutations démographiques qu’ait connu Danthiady.
Depuis 2013, une route bitumée relie Danthiady à Dakar ; ce qui augure des mutations profondes. Dans les années 60, il fallait presque deux jours pour rejoindre la capitale sénégalaise. Maintenant le trajet peut s’effectuer en moins de 5 heures, dans un village de Danthiady complètement transformé avec l’arrivée de l’électricité et de l’internet. Fait rare, un commerçant Ouolof est venu s’installer à Danthiady, introduisant un début de diversité dans ce village connaissant peu la mixité ethnique.
La société foutankaise, dans son caractère féodal, est fondamentalement, inégalitaire. L’individu appartient à un lignage (Légnol) et à un village. Chaque individu appartient, par la naissance, à une caste, et le mariage étant endogamique, se fait à l’intérieur de chaque caste ; les castes sont aussi un régime de spécialisation professionnelle. Cependant, l’élevage et l’agriculture ne sont pas des activités castées. Cette société est répartie en trois principales castes de personnes. Les Nobles (Rimbés) qui comprennent les Peuls, les Torobés, les Sebbés (guerriers), les Soubalbés (pêcheurs) et les Jawambé (nobles, mais courtisans). Les Torobé sont les gardiens du savoir islamique, et ont été souvent des Almamy, la classe régnante. En réalité, les Torodo, très vaniteux et orgueilleux, sont exploités par les griots, les castés. Cette noblesse du sang, ne correspond à rien. Les artisans (Niégnembé) et artistes (tisserands, forgerons, cordonniers, bûcherons, griots, guitaristes). Les esclaves, au bas de l’échelle sont, comme leurs biens, attachés à une famille ; jusqu’à présent les mariages entre les Torodo et les esclavages ne sont pas encouragés. Ces castes qui correspondent, initialement à une bonne répartition et une spécialisation du travail au sein du village, avaient abouti à un artisanat développé. Ainsi, outre l’habillement, la poterie, les chaussures, même les nobles savaient faire du savon, à base de cendres des plantes de mil.
On était pauvre, mais on vivait ensemble, et la société était solidaire et harmonieuse. Ce qui frappe l’observateur avant tout, c’est la joie de vivre de nos villageois, qui en dépit des temps durs, ont choisi de conserver la bonne humeur, en toute circonstance. Après le déjeuner ou le dîner, une fois que le thé à la menthe ou le «Tiakiri» (bouillie de mil mélangée au lait caillé) est en route, les discussions les plus oiseuses vont bon train. On a de l’espace ; on parle fort et rit à gorge fendue ; on débat sur tout et rien : «Jéddi» ; il suffit qu’un bout-en-train s’en mêle et l’hilarité est générale.
Danthiady est une société rurale et agraire dans laquelle l’individu n’a aucun espace ; le groupe décide de tout. La terre ainsi que le bétail appartiennent à tout le clan. L’individu, tant que son père est vivant, reste un mineur et doit obéir à ses parents. En contrepartie de cette individualité absorbée par le groupe, c’est l’individu qui bénéficie d’une protection et d’une solidarité sans failles de son clan, mais cette solidarité s’étend à toute la famille dont les limites ne sont pas parfois aisées à déceler. Les biens n’appartenant à personne, appartiennent aussi à tous. C’est le règne d’une société harmonieuse, dans laquelle la solidarité, aussi bien dans le bonheur que le malheur, s’exerce de manière indéfectible. Ce qui caractérise essentiellement la société foutankaise, c’est la conscience de sa culture, de ses valeurs et de l’unité de son groupe, face aux adversités de la vie. C’est en ce sens que l’origine du terme «Neddo Ko Bandoum» (l’individu dépend de sa famille) que la solidarité est encore vivace entre les Foutankais. Les immigrés qui envoient des mandats à leur famille, et qui se sacrifient, durant toute leur vie, pour subvenir aux besoins de leur famille, applique ce concept de solidarité, «Neddo Ko Bandoum». Le concept de «Neddo», ou personne humaine revêt un caractère hautement symbolique dans la société foutankaise, l’individu doit se situer dans la communauté avec toutes ses valeurs ancestrales d’échange, d’équilibre, d’interdépendances et surtout de solidarité. L’homme réalisé, c’est celui qui est utile à lui-même, à sa famille et tout son lignage, au sens large du terme, donc à ses parents, (Bandiraabé). La notion de parenté n’est pas seulement que dans les liens de sang, elle peut être affective. L’amitié et le bon voisinage sont des éléments importants à prendre en considération dans ce concept de «Neddo Ko Bandoum». Les Foutankais sont habités par diverses valeurs traditionnelles, comme l’hospitalité, l’intégrité, la probité, le sens de l’honneur, la fierté, une grande pudeur, le courage, la dignité et la compassion.
Les lieux de vie sont la solidarité autour des événements familiaux (naissance, décès) mais aussi d’entraide pour la construction de maisons ou l’achèvement de la culture des champs. Les villages se rassemblent au centre du village, «Diakka» pour débattre des grands problèmes de la communauté.
L’Islam n’avait pas fait disparaître les savoirs ancestraux. Les Anciens connaissaient la nature et vivaient en harmonie avec elle. Il y avait d’importantes survivances de l’animisme. C’est ainsi que les Peuls grands éleveurs de vaches, croient en l’esprit de Koumen, sensé enrichir en ovins et caprins. Ainsi, lorsque Yéro Sira Boulla BA, a rejoint Danthiady, il avait un «Dialangue» (fétiche), source de sa richesse ; il avait de nombreuses vaches. Mais ce fétiche lui interdisait aux membres de sa famille de voir un nouveau-né avant le baptême. On disait que toute violation de cette coutume entraînerait la mort de l’enfant ou de sa mère. Aussi, les femmes de Yéro Sira Boulla BA accouchaient toutes dans notre maison qui jouxtait la leur. D’après un témoignage qu’il m’a livré, Hamadel BA est le premier à remettre en cause le «Wodda» cette coutume de sa famille ; son fils aîné est le premier à naître dans l’enceinte de leur maison. Tout en étant musulmans, les Peuls ont de nombreuses croyances et superstitions. Tout malheur qui arrive n’est jamais fortuit. Ainsi, ils croient au diable, au «mauvais œil» (l’envie des autres) au «Soukounia», une sorte d’anthropophage qui dévore les individus pendant leur sommeil.
De mon temps, il y avait de nombreux sorciers et magiciens qui prédisaient l’avenir, protégeaient les personnes contre les mauvais sorts ou la tyrannie ou soignaient certaines maladies. Je me souviens bien de grand-père Doro N’DIAYE, un chasseur et sorcier, dès qu’un enfant naissait dans la famille, sans le voir et entendant seulement ses cris ou en l’observant jouer dans la cour de la maison, il disait son avenir, et ses prévisions ont été fort justes. J’ai vu baba N’DIAYE, un chasseur, soigner des personnes atteinte du cancer du sein. Samba Hamady GUISSE et Coly Mabo GUISSE étaient des géomanciens et noueurs de cordes. La famille SY savait fabriquer le «Toul» (invulnérabilité au couteau), le «Nibbi Nirki» (invisibilité). Il est regrettable que toutes ces personnes, dotées de savoirs ancestraux et sachant bien utiliser à bon escient les plantes médicinales, n’aient pas transmis leurs connaissances à leurs descendants. Il faut rappeler aussi que les cérémonies du mariage obéissaient à un protocole loin des prescriptions de l’Islam. Particulièrement attachés à la virginité de la jeune mariée, pour l’honneur de sa famille, le pagne taché de sang est exhibé devant tous. La cérémonie du mariage démarre par un bain rituel au cours duquel la jeune fille est assise sur un mortier troué. Le marié doit offrir un cadeau aux Tisserands du village qui sont des noueurs de cordes, peuvent, dans le cas contraire, «Kabbal», lui jeter un sort ; il sera impuissant et ne pourra donc pas honorer sa nouvelle épouse.
B – Les mutations profondes de Danthiady : une société ouverte et moderne
1– L’école bouleverse les données au village
Danthiady étant à la lisière du Ferloo, et pendant longtemps peu accessible, est resté coupé du reste du pays. Peu de voitures passaient par là, un ou deux véhicules à moteur au maximum par semaine. Le calme était si prodigieux, qu’on entendait, bien au loin, une voiture qui arrivait. Le colonisateur, dans «sa mission de civilisation» n’avait pas cru utile, en dépit de sa présence au Sénégal depuis 1364, de scolariser les populations rurales. Par conséquent, la première école date de 1961, sous Mamadou DIA, président du Conseil. Les Foutankais étant musulmans à 100%, une violente polémique s’est engagée : fallait-il ou non accepter la scolarisation à l’école française ?
Suivant El Hadji Mamadou Seydou BA (1900-1981), un disciple d’El Hadji Omar TALL, originaire de Thikité (Podor), mais installé à partir de 1936, à Médina Gounass, pour faire pression sur la population, avait dit que «celui qui conduira son fils à l’école, ce dernier prendra sa main pour le jeter en Enfer». Prenant en compte au pied de la lettre, cette prise de position sans nuance, les villages environnants ont refusé, à l’indépendance, la construction d’une école pour leurs enfants. A Danthiady, le juste milieu et la clairvoyance y ont souvent prévalu ; on a pris une voie médiane : de la première génération des écoliers, seuls les garçons ont été admis sur les bancs, on a exclu essentiellement les filles. Mon père, connaissant l’hostilité de ma mère à l’égard de l’école française, a remis à ma mère quand on a quitté Kaolack, en décembre 1962, une lettre en Arabe cachetée, pour un de ses amis, Mamadou N’DIAYE dit Mamel. Dès qu’on arriva au village la mission de cet ami fut de me conduire, l’après-midi même à l’école. Ma mère a aussitôt crié à la trahison, en soulignant que si elle avait su le contenu de cette missive, elle l’aurait déchirée et jetée.
Initialement, il y avait une grande réticence à inscrire les filles à l’école, a été maintenant vaincue, avec maintenant de nombreux cadres femmes, dans le domaine de la santé, de l’enseignement, et même une première femme, élue conseillère municipale à la mairie d’Ogo, Mme Aïssata Demba DIALLO.
Pour un village qui compte maintenant 5000 habitants, Danthiady qualifié de «Quartier Latin du Fouta-Toro» est petit, mais grand par le rayonnement, le bouillonnement intellectuel et culturel animant et composant ses habitants. A titre purement indicatif, et cette liste de cadres et de personnalités est loin d'être exhaustive : Kalidou KANE, un Ministre de l'éducation nationale sous Abdoulaye WADE, Mallé NDIAYE un Directeur des nouvelles technologies sous Macky SALL, Maître Malick SALL, avocat d’affaires international bien connu des Foutankais, le regretté Amadou SYLLA, ingénieur et président de notre association villageoise ADDA, M. Daouda NDIAYE Directeur général de l'ORTS, puis conseiller à l'assemblée nationale, Amadou BA, historien et universitaire, au Canada, Harouna BAL et Abdoulaye NDIAYE des universitaires à Thiès et à Dakar, Alassane DIALLO journaliste, Abdourahmane BA, un fonctionnaire international au Ghana, et très une longue liste de médecins dont Mamoudou AW, des inspecteurs de l’enseignement, des enseignants, de hauts fonctionnaires, etc.
En France, nous comptons aussi de nombreux cadres, un champion de FRANCE de Basket à Limoges, Ousmane CAMARA et M. Adama DIALLO, un «Torodo» (noble), chanteur du groupe Sexion d'Assaut. Je place en tête de cette liste, ces héros du quotidien, ces ouvriers qui «se lèvent tôt», qui ont participé de façon décisive, au développement de la France, et qui sont restés solidaires avec Danthiady à travers des projets innovants (santé, assainissement, culture, sport, etc). Notre regretté, M. Kalidou DIALLO, dit Samba DIALLEL est le fondateur, en 1971, de notre association des Ressortissants de Danthiady en France (ARDF), cette association a été reprise par M. Abou Aly KANE, puis maintenant par M. Abass DIALLO, des Mureaux.
Cependant, cette prestigieuse école de Danthiady, en introduisant le mérite par l’éducation, a considérablement bousculé les valeurs ancestrales de notre société féodale, autarcique et fortement hiérarchisée. En effet, désormais, la valeur de l’individu, ainsi que son rang dans la société, ne viennent plus de sa naissance, mais de ses aptitudes.
Certes, il existe encore des voix dissonantes qui font état du régime des castes dans la sphère politique. C’est ainsi que les Foutankais, attachés aux valeurs féodales en 1960, ont en partie contesté l’autorité de M. Mamadou DIA, président du Conseil, prétendant qu’il serait originaire de la caste des «Matiouddo» (esclaves), c’est le débat actuel autour de M. Farba N’GOM, un «Gawlo» (griot), et membre de l’A.P.R. Les Foutankais avaient soutenu Léopold Sédar SENGHOR, dès le départ, il était venu à Danthiady en 1959. Cependant, les Fountakais, à l’époque, se battaient en politique, non pas pour l’intérêt du Foutankais, mais des valeurs liées à la fierté et à l’estime de soi. A l’époque, les Fountakais qui voulaient se rendre à Dakar disaient «Je vais me rendre au Sénégal» ; ils se sentaient exclus du jeu politique, abandonnés par les politiciens, et n’avaient pas le sentiment d’appartenir à la Nation sénégalaise.
L’école a ébranlé ces valeurs féodales dans notre village Danthiady. C’est ainsi que M. Amadou SYLLA, de la caste des Cordonniers, a été un éminent et incontesté président de l’association villageoise ADDA, jusqu’à sa mort. M. Mehdi SOW, de la caste des Laobé (Bûcherons), est le premier à installer une usine de fourrage pour le bétail et emploie de nombreux villageois. Chaque mois, Mehdi donne aux villageois, y compris aux Torodos (nobles) des aides alimentaires. La grande mutation est venue surtout des cadres femmes qui ont pris de grandes responsabilités au sein du village, dans les domaines de la santé, de l’enseignement et de la politique.
Les deux domaines de la féodalité qui restent encore vivaces sont les mariages entre les différentes castes ainsi que les mutilations sexuelles des jeunes filles.
2 – L’argent et le reflux des valeurs traditionnelles
Un autre fait majeur, l’irruption de l’argent et donc la monétarisation des rapports sociaux, ont fait fissurer les lignes de défense de cette société féodale autarcique. En effet, mon Afrique à moi, celle des années 60, n’est plus l’Afrique de 2018. L’individu n’est plus totalement le «Neddo Ko Bandoum» des temps anciens ; il est devenu un homme hybride, traversé par des sentiments contradictoires. Les bouleversements vont à une vitesse si vertigineuse, que parfois, je me sens étranger dans mon cher Sénégal. Comme Erasme, je suis «Guelfe chez les Gibelins et Gibelin chez les Guelfes». Je me rends compte que l’argent a pourri toutes nos relations sociales, et nos valeurs africaines ancestrales de solidarité, d’intégrité, d’honorabilité, d’hospitalité, de dignité et d’humanité, sans avoir complètement disparu, sont entrain de céder, progressivement, le pas à l’individualisme, à l’égoïsme, à l’assistanat, voire à la fourberie. «La crise est le moment où l'ancien ordre du monde s'estompe et où le nouveau doit s'imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» disait Antonio GRAMSCI.
Jadis les Fountankais était une société agraire avec une forte solidarité au sein du clan, ce pacte au cœur des valeurs défendues par les exilés des Danthiadynabé de France, a tendance à s’affaisser. De plus en plus on assiste à une solidarité familiale distendue ou à zone de solidarité à géométrie variable. En effet, face à l’irruption de l’argent et le repli sur soi, l’individualisme ainsi que le repli sur soi gagnent du terrain. A tort ou à raison, les immigrés ont, parfois, le sentiment qu’ils sont devenus des «tiroirs-caisses» pour leur famille restée au pays, et qu’aucune volonté de bien gérer les mandats n’est perceptible. On est choqué par certains messages téléphoniques laconiques, comminatoires, sans préliminaires ou introduction, et sans aucune nouvelles de la famille ; c’est brutal : «Rappelle-moi. Il faut m’envoyer de l’argent !». Dans ce «Neddo Ko Bandoum», on s’interroge sur le sens de la piété et de la solidarité familiales à l’aube du XXIème siècle : est-ce qu’ils nous aiment encore comme des parents ou est-ce que tout cela n’est qu’une démarche intéressée enveloppée dans de nobles sentiments ?
Les valeurs anciennes traversent, de nos jours, une grave crise. Les immigrés, ces héros du quotidien, après plusieurs années de labeur et de privation, une fois de retour au village, pour deux ou deux mois de congés, sont exploités notamment par des parasites et par des griots. En effet, toutes leurs petites économies, accumulées pendant des périodes de dur labeur, sont dépensées en quelques semaines. Parfois même des mandats envoyés pour réaliser un projet sont détournés. Par ailleurs, les villageois ont souvent la critique facile, ils s’impliquent peu dans les projets solidaires ; au lieu d’apporter leur contribution par leur travail, ils veulent être rémunérés comme des ouvriers.
3 – L’irruption de la culture et de la conscience politique
Jadis, les principaux faits sociaux avaient lieu autour des «Lamba» séances de lutte entre différents villages pendant l’été ou à l’occasion d’événements familiaux (baptême, mariage ou décès). D’une manière générale, la société traditionnelle foutankaise, particulièrement coincée, corsetée et patriarcale, et où domine la religion, n’encourageait pas les réjouissances dans ce bas monde. Notre religion, telle qu’elle est interprétée, est tournée vers la mort : «Etrange cette fascination du néant sur ceux qui n’ont rien. Leur néant, ils l’appellent l’absolu. Ils tournent le dos à la lumière, mais ils regardent fixement l’ombre» dit Samba DIALLO, le héros du roman de l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE. Ainsi, dans notre village, on ne tolérait que le «Teddoungal», un accueil galant (faire du thé), mais tout à fait platonique, sans mélange entre garçons et filles, réservé aux jeunes filles venant d’un autre village. Je me souviens d’un premier bal qu’on avait organisé, mais très vite dispersé.
Cependant, sous l’influence de la modernité, cette société jadis autarcique est devenue ouverte sur le monde (électricité, télévision, portable, parc important de voitures). La virginité, comme élément fondamental pour l’honneur de la famille de la jeune fille, a presque disparu. Il n’est pas rare que les relations sexuelles soient entamées bien avant le mariage, les mères célibataires n’étant plus un tabou, les infanticides ont quasiment disparu. Le diabète, l’hypertension et les maladies sexuellement transmissibles ont fait leur apparition.
Danthiady organise, régulièrement, des journées culturelles, avec un important brassage de toutes les couches de la population.
4 – Exode rural et l’immigration en Afrique
Le Danthiady des temps anciens, est une société exclusivement paysanne. Pendant la saison des pluies (l’hivernage), qui durent trois mois, de juillet à septembre, les paysans cultivent leurs champs de mil et d’arachide, un peu de «Niebbé» (haricot) et Foléré. Durant 9 mois, il ne pleut pas. Ce sont, comme tous les Peuls, des éleveurs de vaches, de moutons et de chèvres, avec un amour irrationnel pour leur bétail qui leur coûte, plus qu’il ne rapporte. Les bœufs sont vendus en été, et les vaches donnent un peu de lait, pendant cette période. Mais pour le reste du temps, il faut entretenir les vaches (berger, faire boire, soigner, fourrage).
L’argent étant rare, pour pouvoir payer leurs impôts et acheter des habits, les Danthiadynabé pratiquaient l’exode rural. Il n’y avait pas de voiture ; les voyageurs marchaient environ une semaine, avec comme seule viatique du couscous sec et quelques jujubes. La première destination a été Kaolack, en raison des liens historiques avec Abdoulaye NIASS. Puis les destinations suivantes ont été Thiès et Dakar. Ils se livraient à de petits boulots (cireurs, garçon de café, employé de maison).
Dans les années 60, les principales destinations des Danthiadynabé ce sont certains pays africains, comme le Congo et la Côte-d’Ivoire. L’esprit de fête régnait dans le village, quand en été, les immigrants de ces pays revenaient au bercail. Pendant plusieurs semaines, c’est la bamboula, les griots affluent, et des festins pantagruéliques sont organisés. Jusqu’à la chute de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, nos Danthiadynabé allaient s’installer au quartier de Treichville, devenu pratiquement un village sénégalais. Dans les années 70, certains de nos immigrants revenaient avec une maladie curieuse, attribuée au Djin (esprit de Côte-d’Ivoire). Je me demande si ce n’était pas, déjà, la maladie du SIDA. Au Congo, l’amplification de la guerre civile, allait orienter les Danthiadynabé vers le Gabon. Le commerce marche bien dans ce pays, mais l’administration les soumet, parfois à des traitements arbitraires.
Les enfants nés, hors du village, dans les grands centres urbains, comme Dakar, Kaolack, Thiès ou M’Bour, on les appelle les «Ndiouddo Diéri», de culture ouolof, ils ne se considèrent plus comme étant de notre village. C’est l’une des mutations majeures qu’il fallait recenser ; la société Hal Poulaar, se dissout, en partie, dans la communauté nationale. Compte tenu des rigueurs climatiques, certains immigrés de France, à la retraite, ont choisi de s’installer à M’Bour, devenue petit à petit, au détriment de Dakar, un lieu de résidence permanente. Le concept de «Loutouddé», signifiant l’abandon de son village et donc de ses racines, tant redouté par les Hal Poulaar, s’est banalisé et perd sa signification d’antan. On observe le même phénomène en France, où de nombreuses familles de Danthiady ont fixé, durablement, leur résidence.
4 – Exode rural et l’immigration en Afrique
Le Danthiady des temps anciens, est une société exclusivement paysanne. Pendant la saison des pluies (l’hivernage), qui durent trois mois, de juillet à septembre, les paysans cultivent leurs champs de mil et d’arachide, un peu de Niebbé (haricot) et Foléré. Durant 9 mois, il ne pleut pas. Ce sont, comme tous les Peuls, des éleveurs de vaches, de moutons et de chèvres, avec un amour irrationnel pour leur bétail qui leur coûte, plus qu’il ne rapporte. Les bœufs sont vendus en été, et les vaches donnent un peu de lait, pendant cette période. Mais pour le reste du temps, il faut payer un berger pour garder le bétail, le faire boire, soigner les bêtes malades ou leur apporter du fourrage.
L’argent étant rare, pour pouvoir payer leurs impôts et acheter des habits, les Danthiadynabé pratiquaient l’exode  rural. Il n’y avait pas de voiture ; les voyageurs marchaient environ une semaine, avec comme seule viatique du couscous sec et quelques jujubes. La première destination a été Kaolack ; cela s’explique par les liens historiques avec Abdoulaye NIASS. Puis les destinations suivantes ont été Thiès et Dakar. Ils se livraient à de petits boulots, comme cireurs, garçon de café, employé de maison chez les Européens.
Dans les années 60, les principales destinations des Danthiadynabé ce sont certains pays africains, comme le Congo et la Côte-d’Ivoire. L’esprit de fête régnait dans le village, quand en été, les immigrants de ces pays revenaient au bercail. Pendant plusieurs semaines, c’est la bamboula, les griots affluent, et des festins pantagruéliques sont organisés. Jusqu’à la chute de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, nos Danthiadynabé allaient s’installer au quartier de Treichville, devenu pratiquement un village sénégalais. Dans les années 70, certains de nos immigrants revenaient avec une maladie curieuse. On attribuait ce mal au Djin (esprit de Côte-d’Ivoire). En me remémorant les symptômes de cette maladie, je me demande si ce n’était pas, déjà, la maladie du SIDA. Le Congo était déjà troublé depuis les temps de Patrice LUMUMBA, mais le commerce de l’or et tous les trafics continuaient. Cependant, l’amplification de la guerre civile, allait orienter les Danthiadynabé vers une autre destination : le Gabon. Le commerce marche bien dans ce pays, mais l’administration les soumet, parfois à des traitements arbitraires.
Nous avons toujours une importante communauté dans ces pays. Les Danthiadynabé qui y résident, de longue date, ont noué des relations et ont des enfants dans ces pays.
Les enfants nés, hors du village, dans les grands centres urbains, comme Dakar, Kaolack, Thiès ou M’Bour, on les appelle les «Ndiouddo Diéri», de culture ouolof, ils ne se considèrent plus comme étant de notre village. C’est l’une des mutations majeures qu’il fallait recenser ; la société Hal Poulaar, se dissout, en partie, dans la communauté nationale. Compte tenu des rigueurs climatiques, certains immigrés de France, à la retraite, ont choisi de s’installer à M’Bour, devenue petit à petit, au détriment de Dakar, un lieu de résidence permanente. Le concept de «Loutouddé», signifiant l’abandon de son village et donc de ses racines, tant redouté par les Hal Poulaar, s’est banalisé et perd sa signification d’antan. On observe le même phénomène en France, où de nombreuses familles de Danthiady ont fixé, durablement, leur résidence.
II – Les Danthiadynabé de France : une cohabitation de deux générations
A – La première génération des blédards et des Mamadou, ou l’obsession du retour
Le premier ressortissant de Danthiady, à se rendre en France, était un tirailleur sénégalais, pendant la Première guerre. Je n’ai pas eu de précisions sur son identité. Cependant, il m’a été relaté une sombre histoire de tentative d’extorsion de fonds de la part des villageois. En effet, cet ancien militaire, de la caste des esclaves, à la fin des hostilités, est revenu à Danthiady, avec un pécule que lui a versé l’Etat français. Etant un esclave, ses maîtres ont confisqué ses indemnités, au motif qu’il n’est pas un homme libre, ses biens appartiendraient automatiquement à eux. Cet ancien tirailleur, face à une si grave injustice, est allé faire une réclamation auprès du commandant de cercle à Matam. Il a été rétabli dans ses droits, mais la crise des valeurs ayant provoqué une forte déchirure au sein de cette société féodale, il a été contraint de s’exiler au Ferloo.
Hamadel BA m’a relaté l’histoire d’un de ses ancêtres, Yéro Sira BA, qui a été un militaire dans l’armée française. Il a été nommé commandant de cercle au Congo, où il est mort dans les années 50. C’est Abdou Salam KANE qui a annoncé, personnellement, à sa famille, le décès de cet ancien militaire. Hamadel m’a dit qu’il avait conservé les archives militaires de ce militaire, mais je n’ai pas eu la communication de ces documents. Un port, au Congo Brazza, porte son nom.
Une certitude, mon grand-père maternel, Harouna Samba Dieynaba N’DIAYE (1898-1975), a été tirailleur sénégalais 2ème guerre mondiale. Il a perçu sa retraite trimestrielle d’ancien tirailleur sénégalais de 70 francs français (10,67 €), jusqu’à sa mort en 1975. Les pensions des anciens tirailleurs sénégalais ont été gelées depuis 1959 et n’ont été dégelées qu’en 2006. Mon grand-père m’a montré le gris-gris que la famille SY lui avait prêté, qui semble-t-il, l’a protégé pendant la guerre ; il est revenu au village, sans une seule égratignure. Mon grand-père a servi pendant la campagne d’Algérie et ils ont combattu, notamment le général Erwin ROMMEL (1891-1944), entre 1941 et 1943. A la Libération, ils ont été transférés en France métropolitaine, le Général de GAULLE ne voulant pas, pour des raisons de fierté nationale, que les Tirailleurs sénégalais défilent sur les Champs-Elysées, ils ont été éloignés de Paris et transférés au Havre. Ils ont été mis en quarantaine au Foyer AFTAM au 92 rue Gustave Brindeau, au Havre. De nombreux hommes étant fauchés par les deux guerres mondiales, des femmes venaient au foyer A.F.T.A.M. chercher un nouveau compagnon. Certains Tirailleurs sénégalais qui ont succombé à l’appel de ces sirènes, se font porter «morts» ou «disparus» pendant les hostilités. En revanche, mon grand-père a préféré revenir au village. En effet, pour un Peul, imbu d’une grande fierté, il ne doit jamais abandonner les siens, c’est le principe même de solidarité du «Neddo Ko Bandoum».
Le premier ressortissant de Danthiady à venir en France, en qualité d’immigrant, a été Hamady Diouldé SOW. Il s’est installé à partir de 1963, jusqu’à son décès à Saint-Cyr-L’Ecole, dans les Yvelines.
Mon oncle Moussa BAL est venu en France, en 1969, il résidait dans les Vosges, mais au bout de 9 mois, il est retourné au Sénégal. Mon père a travaillé pour une compagnie maritime bordelaise de 1968 à 1985, qui faisait un cabotage entre l’Afrique et l’Europe. Il arrivait que quand l’entretien du navire était nécessaire, que son bateau revienne de longs mois à Bordeaux. Je me souviens la dernière fois que je suis allé le voir à Bordeaux, on m’a pris pour Jean Amadou TIGANA, et j’ai dû signer un autographe au nom de ce footballeur célèbre. Bordeaux du temps de CHABAN-DELMAS était une ville triste où les murs étaient gris et les monuments mal entretenus.
C’est à partir de 1969 et 1970 que la vague des premiers immigrants de Danthiady a commencé à déferler en France. Parmi les anciens, on compte Kalidou Mamadou DIALLO, dit Samba DIALLEL, Sara Boubou CAMARA. C’est encore la période des 30 glorieuses, le chômage étant encore inconnu en France. Les témoignages recueillis auprès de ces premiers arrivants attestent que le chemin de l’exil est hautement périlleux. Ainsi, oncle Doro N’DIAYE du Havre, pour venir en France, est d’abord passé par le Maroc. A Tanger, un passeur l’a embarqué à destination de l’Espagne, mais n’ayant pas de visa, il fut refoulé à Casablanca. N’ayant plus d’argent, un étudiant sénégalais l’aide à se rendre à Fez. Des parents lui envoient un mandat du Sénégal, ce mandat est bloqué en raison d’une tentative de détournement de cet argent. La deuxième tentative de se rendre en Espagne, à Malaga, fut la bonne. Il se rend à Madrid, puis à Barcelone, et c’est là qu’il rencontre Demba N’GAM, maintenant installé à Val-de-Reuil. Il était un groupe de sept immigrants entassés, par un passeur, dans une voiture, ils devaient se coucher, pour ne pas être repérés par la police des frontières. L’aventure a continué à pied, et ils se sont cachés dans un abri de fortune en attendant les consignes du passeur. Quand, l’occasion s’est présentée, ils ont dû franchir la frontière à pied, en passant par la montagne et cela afin d’éviter les contrôles de la Police. Doro arrive en juin 1971 en France, après une expédition qui aura duré un an.
M. Abass DIALLO, président de l’association des ressortissants de Danthiady en France (A.R.D.F.), en 1972, a traversé de nombreux Etats, son voyage aura duré 18 mois. N’ayant pas de ressources, pour financer son voyage en France, Abass est passé par le Mali, la Haute-Volta (Burkina-Faso), le Niger, le Nigéria, le Cameroun, le Tchad, le Soudan. Il n’est admis ni en Algérie, ni en Libye. Il sera refoulé à deux reprises à la frontière et renvoyé en Egypte. La troisième tentative par Nice sera la bonne. Mais il n’avait que cinquante centimes. Il tente de prendre un taxi de Nice à Saint-Etienne du Rouvray, en Seine-Martine, soit une distance de plus de 1053 km, il lui est conseillé de faire l’autostop. Son premier emploi de bureau, il le trouve au port du Havre. Il changera vite de travail pour l’usine Renault avec un salaire plus intéressant.
Mon oncle Moussa N’DIAYE, dit Balla, n’a pas eu cette chance. N’ayant pas assez d’argent, il est passé par la Libye. Emploi dans une société de vente du bois, les amarres du camion qu’il chargeait se sont rompus et la cargaison de bois massif l’a écrasé ; il en est mort après trois jours de souffrance.
Nicolas SARKOZY, par démagogie avait parlé de cette «France qui se lève tôt». En réalité, les héros du quotidien sont cette vague des premiers immigrants, pour l’essentiel n’ont pas été à l’école. Ils se sont rabattus dans le secteur de l’automobile, notamment pour un travail à la chaîne chez Renault, en qualité d’ouvriers pratiquant les équipes de 4 fois 8. Résidant dans des foyers de travailleurs immigrés, il fallait se réveiller tôt le matin et changer souvent d’horaires.
La première génération d’immigrants est obsédée par le mythe du retour au Sénégal, même si certains résident en France depuis plus de 50 ans. Ils portent encore en eux ces valeurs féodales de solidarité familiale du «Neddo Ko Bandoum». Gagnant le SMIC, ils ont choisi, massivement, de résider dans des foyers de travailleurs immigrés afin d’économiser durement de quoi nourrir leurs familles restées au Sénégal. Cette solidarité s’étend aux immigrants sans emploi qui sont nourris par ceux qui travaillent, tout le monde mangeant dans la même gamelle, et ceux dont les ressources ne permettent pas de se loger sont hébergés en clandestins dans les autres chambres du foyer.
Dans les valeurs féodales importantes, il faut construire une belle maison au village. Les premières habitations au village sont des cases, et il en reste encore. Cependant, les immigrants ont fait construire de belles maisons modernes. En 1971, il a été constitué en France, l’association des ressortissants de Danthiady (ARDF) dont les objectifs est de venir en aide aux villageois. Initialement, les principales réalisations de cette association ont été la construction d’une nouvelle mosquée (1972-1982), puis d’une clôture des cimetières. La question a été réglée avec l’érection d’un forage et la mise en place d’un réseau de distribution de l’eau. Les questions de santé et d’éducation (écoles élémentaires, nouveau lycée), à travers la construction de salles de classe ont été solutionnées. Tout récemment, Danthiady est l’un des premiers villages au Sénégal à se doter d’un réseau de canalisation. L’ensemble de ces projets innovants ont été réalisées grâce à l’aide de la ville du Val-de-Reuil et le Département de Normandie, avec lesquels nous collaborons depuis 1998.
Cette obsession du retour se manifeste par le rapatriement, systématique, du corps des immigrants décédés en France, au village. Par ailleurs, et pour l’essentiel, les retraités ont choisi de retourner au Sénégal, mais certains d’entre eux, comme je l’ai signalé sont installé, non pas au village de Danthiady, mais à M’Bour. Pour les enfants nés en France des colonies de vacances au village sont organisées chaque année pendant l’été.
B – La seconde génération des Danthiadynabé de France
Initialement, les Danthiadynabé de France se sont implantés dans des zones industrielles notamment en Normandie (Le Havre, Oissel, Val-de-Reuil, Saint-Etienne du Rouvray), et la région parisienne, en particulier dans Les Yvelines (Les Mureaux, Mantes-la-Jolie) et Paris intramuros). Ce sont des zones qui recrutaient des ouvriers à faible qualification. On comptait entre 50 et 60 personnes présentes en France.
Compte tenu des naissances en France, la communauté des Danthiadynabé se situe à environ deux cent personnes. Les nouvelles générations ont acquis la nationalité française et ont fait de bonnes études ; ce qui a conduit à l’éclatement des zones d’implantation de cette population à Evian, Lyon, le Loiret (Orléans, Chalette sur Loing), Nancy, etc. Il est à signaler certains jeunes ont immigré au Canada, d’autres se sont implantés à Londres et aux Etats-Unis.
Les Foutankais vivant dans un monde clos et féodal, pratiquaient les mariages endogamiques. On se mariait entre cousins et cousines pour renforcer les liens de parenté et s’entraider. Dans ce contexte, la notion de caste avait une importance pour la société féodale. Les nouvelles générations nées en France sont libérées de ces contraintes. On observe des mariages mixtes, hors du clan, notamment avec les européens ou les maghrébins. L’immigration est, par conséquent, une double remise en cause du système des castes et du concept de «Neddo Ko Bandoum», de solidarité familiale, avec l’appui de l’association villageoise. Cette mutation démographique interpelle, au plus haut point, l’ARDF qui avait centré ses activités autour du mythe du retour, ses activités étant exclusivement à destination des villageois de Danthiady ; cette association s’intéresse peu aux conditions de vie des jeunes nés en France. Compte tenu de la moyenne d’âge de la première génération, l’A.R.D.F. est donc menacée d’extinction, si elle ne réorientait pas ses activités, notamment en faveur de ces Français issus de l’immigration. Une initiative a été prise depuis quelques années d’un grand barbecue, en août, à Val-de-Reuil, pour une rencontre entre les Anciens et les jeunes issus de l’immigration.
Le plus grand défi qui attend les jeunes issus de l’immigration concerne les questions d’identité et de citoyenneté, et donc du bien-vivre ensemble. Pour l’essentiel, l’intégration est en marche. Cependant, une partie de la population les regarde, non pas comme des nationaux Français, mais comme des immigrants. Albert MEMMI établit une relation très étroite entre le racisme et l’oppression, notamment coloniale : «Le racisme est la dévalorisation profitable d'une différence» ou, plus techniquement, «Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression», écrit-il.
Les Danthiadynabé de France sont des personnes paisibles, respectueuses de l’ordre public républicain et travaillent, sans relâche, pour améliorer leurs conditions de vie. Face à la stigmatisation et aux instrumentalisations, cette seconde génération doit, sans complexe, sans excès, revendiquer son statut de Français issus de l’immigration. «Neddo Dieya Koto Hoddi», la personne appartient au pays de sa résidence.
Nos Ancêtres les Gaulois nous sommes de nous assimiler, sans conditions ; conçue ainsi, l’assimilation est injonction purement coloniale, et donc inacceptable. En revanche, si l’assimilation signifie une bonne connaissance de l’environnement dans lequel on vit, sans perdre son identité, c’est un concept noble : «Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être mais jamais il ne deviendra caïman !» dit un proverbe africain. «Assimiler sans être assimilé» avait dit le poète Léopold Sédar SENGHOR. En effet, la différence est une complémentarité et source d’enrichissement, il faut se découvrir et se connaître avait dit Amadou Hampâté BA. «Je suis comme une espèce de chauve-souris, j’essaie toujours de m’adapter à la situation, mais en veillant de ne pas cesser d’être moi-même» dit dit-il.
Nos Ancêtres les Gaulois nous taxent facilement de «communautaristes», en fait les plus grands communautaristes c’est bien eux-mêmes. En effet, les Noirs comme les Arabes, ravalés au statut d’indigènes de la République, ont été écartés des hauts lieux de décisions, aussi bien dans le monde de la politique, de la culture, des médias qu’économique. Les Blancs s’entraident entre eux, mais tout est fait avec discrétion et finesse. Ainsi, à la ville de Paris, les postes sont flashés, avant la déclaration de vacance. On pratique, à haute dose, l’entre-soi, dans tous les autres secteurs. C’est une démocratie ethnicisée et racisée. Les Chinois et les Juifs ont bien compris ces techniques d’exclusion et se sont organisés en conséquence.
Il appartient aux Français issus de l’immigration, tout en réclamant plus que jamais leur citoyenneté française, de s’organiser et de lutter pour une égalité réelle. Ils doivent être utiles à eux-mêmes, à leur communauté, à la société et au monde entier. Il faudrait fuir, constamment, le Mal et œuvrer, sans cesse pour le Bien souverain. On devrait viser l’excellence à tous les niveaux et être les meilleurs, travailler dur pour y arriver ; car rien n’est donné, tout se conquiert. L’école publique gratuite, ainsi que les diverses formations offertes, sont de formidables outils de promotion, fondés sur le mérite. Les premiers immigrants, dont la plupart n’ont pas été à l’école, n’ont pas démérité. La deuxième génération qui n’est pas confrontée aux problèmes de papiers, bénéficie d’un cadre idéal pour réussir dans la vie. Il faudrait donc abandonner la facilité et être dignes de nos parents qui sont héroïques. Nous pouvons nous inspirer tous d’une part, des Chinois, qui ont conservé leur langue et leur culture, et sont entrain de conquérir la France, par leur goût de l’effort, leur discrétion et la valeur travail. Ils ont racheté tous les tabacs parisiens. D’autre part, la communauté juive est un modèle conciliant l’intégration et la préservation de leurs valeurs culturelles. Ils sont à la fois Juifs et Israéliens, et plus personne ne conteste leur appartenance à la communauté française. Par conséquent, être musulman et français n’a rien d’incongru. Ce pays est devenu multiculturel. Nous devrions nous débarrasser des colères stériles, ainsi que les activités ou comportements déviants, et nous attacher à solutionner nos problèmes fondamentaux : accès à la propriété, dès le jeune âge, pour quitter ces zones de relégation, intégrer le pouvoir économique, par la création des entreprises.
Il y a de bonnes choses à prendre dans la société française, encore faudrait-il s’entendre sur le sens des mots. La laïcité, au sens originel du terme, est un extraordinaire outil pour le bien-vivre ensemble. En effet, si la laïcité signifie que la religion doit rester dans la sphère privée, la séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse, ainsi que l'impartialité ou de neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses, alors cela nous va parfaitement. Or, force de constater, depuis que l’Islam est devenu la deuxième religion de France et avec la poussée des idées du Front national, la laïcité est devenue une bombe contre les Français issus de l’immigration. Dès qu’on sollicite un permis de construire pour une mosquée, une subvention pour une association ou on demande la réservation d’une salle, une fin de non-recevoir est opposée au nom de la laïcité. Ne parlons même pas du débat récurrent et honteux concernant les tenues vestimentaires des musulmans. En revanche, nos Ancêtres les Gaulois financent la rénovation de leurs églises, la laïcité n’a jamais été appliquée en Alsace et en Moselle (58 millions d'euros de rémunération des 1 393 ministres des quatre cultes reconnus (catholique, protestant luthérien et réformé, et israélite) et les 2 millions d'euros pour l'entretien des bâtiments). Pour ce qui concerne la communauté juive, en particulier, les collectivités locales financent leurs écoles, leurs crèches et leurs associations confessionnelles.
Les Occidentaux ont inventé la démocratie, avec sur le plan théorique, des principes républicains, fondés sur la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Dans la réalité, il y a parfois une forte distorsion entre cette affirmation de principe et le vécu quotidien des Français issus de l’immigration. Toute cette tension autour de l’immigration n’est pas fondamentalement une question de couleur, mais de places au sein de la société. Cependant, pour ne pas demeurer, éternellement, des citoyens de seconde zone, les Français issus de l’immigration doivent réclamer leur juste place dans la société. Le repli sur soi est une attitude qui nous fragilise gravement. La politique, au sens noble du terme, est une question de rapports de forces. Par conséquent, j’invite les Français issus de l’immigration à avoir, constamment, une démarche citoyenne. Si on ne s’occupe pas de la politique, la politique va s’occuper de nous.
Une partie conservatrice de la société française est hostile à l’immigration africaine, et parle, à tort, du grand remplacement. En fait, l’image des Français issus de l’immigration ne s’améliorera que si l’Afrique, riche de ses matières premières, retrouve sa souveraineté et sa dignité. La diaspora a un rôle de décision, dans les décennies à venir, à faire de l’Afrique un continent libre, indépendant, une zone d’opportunités, de coopération fondée sur la justice et l’équité.
Mes sources bibliographiques
ANNE (Baïdy), du village de Danthiady, ayant vécu au Havre, et réside entre la France et le Sénégal ;
BA (Hamadel), du village de Danthiady, un ancien travailleur immigré à Saint-Quentin, dans le Nord, France et résidant maintenant à M’Bour ;
DIALLO (Abass), président de l’association des ressortissants de Danthiady en France (ARDF), résidant aux Mureaux ;
LY (Sogui), ayant immigré en Côte-d’Ivoire et récemment disparu ;
N’DIAYE (Doro), membre fondateur de l’ARDF, et résidant au Havre ;
N’DIAYE (Ifra, Doro), connaisseur de la généalogie des grandes familles du village de Danthiady ;
N’DIAYE (Samba Daouda), du village de Danthiady, qui réside entre Nice et le Sénégal
SALL (Oumar Bassirou), élu à la commune de Ogo, et fils de Bassirou Elimane SALL, chef de village de Danthiady de 1961 à 1998
SALL (Mamoudou Bocar), résidant à Orléans.
Paris, le 8 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 14:23
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