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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 16:11
J'ai appris, avec un peu de retard, le décès survenu le 3 octobre 2018, à Paris, du professeur Prosper WEIL. Né le 21 septembre 1926, à Strasbourg, cet éminent et brillant juriste de droit public, s'est singularisé par une grande modestie et une discrétion ; il fuyait la lumière. C’est peut-être pour cela que la disparition de ce monument de droit public, est passée inaperçu du grand public, au moment où on nous rabâche, sans arrêt, des actualités sur Johnny HALLIDAY, une «sommité intellectuelle»,  ayant bénéficié d’un hommage national. Professeur émérite de l'Université de droit Paris II - Panthéon Assas, Prosper WEIL a débuté sa carrière démarré sa carrière d’enseignant aux facultés de droit de Grenoble et Aix-en-Provence Nice, avant d'être nommé professeur à Paris II, en 1965. Il a également enseigné à l'Institut d'études politiques et à l'Académie de droit international de La Haye (1969, 1976 et 1992). Parallèlement il a occupé les fonctions de directeur, puis directeur honoraire, de l'Institut des hautes études internationales de Paris.
Tous les étudiants de 2ème année de droit, même au Sénégal et dans toute l'Afrique francophone, connaissent son ouvrage datant de 1956, «Les grands arrêts de la jurisprudence administrative» (GAJA) co écrit avec Marceau LONG et Guy BRAIBANT et actualisé en 2017, pour sa 21ème édition. Brillant administrativiste, il avait écrit dans son ouvrage «droit administratif» paru chez PUF, en 1964, que : «l'existence même d'un droit administratif relève d'un miracle», l'Etat acceptant de se soumettre aux règles de droit qu'il a posées. Pourtant la tentation du discrétionnaire et de l'arbitraire reste constamment grande. Déjà jeune enseignant, dans sa thèse de doctorat de 1952, il s’était interrogé sur «les conséquences de l’annulation d’un acte administratif pour excès de pouvoir». Il a brossé le critère de l’acte administratif et ainsi que le renouveau du contrat administratif, et leurs crises. Le droit administratif est un droit byzantin, tant redouté par les étudiants en droit, mais le professeur WEIL a su en désengager ses subtilités, ses tendances, les différentes techniques de protection des libertés, ses rapports avec le droit international.
Professeur émérite, Prosper WEIL m'a enseigné le droit international public à l'université de Paris 2 Panthéon Assas. En effet, le professeur WEIL est reconnu par ses pairs comme un juriste, surtout de droit international public, un grand spécialiste des contrats internationaux et des questions de délimitations maritimes. En effet, le professeur WEIL, membre de l'Académie de droit international de la Haye, n'était pas seulement qu'un juriste de droit administratif, avocat international, il était un maître à penser en droit international public. Ainsi, dans son ouvrage «Le droit international en quête de son identité», paru en 1992, il relate le changement perpétuel du droit, son relativisme, devant la seule vérité incontestable, la seule constante «il y a l'attachement encore des Etats à leur souveraineté». En visionnaire, bien avant la montée des populismes, il avait détecté que la société internationale est entrain de se déliter, face aux égoïsmes des Etats. Aussi, en humaniste, le professeur WEIL a plaidé pour un nouvel ordre mondial et pour le renforcement du multilatéralisme.
Ce qui caractérisait le professeur WEIL, quand il dispensait ses cours de droit international public, c'est sa passion et un amour sans limites pour son métier. C'était un enseignant et un avocat d'une éloquence et d'une fougue telle que les matières les plus ardues, vous captivaient. Sur le fond, en grand pédagogue, structuré, clair et accessible, il mettait à notre disposition, dans ses savantes démonstrations, en toute simplicité, la profondeur de ses connaissances. C'est un plaisir que d'écouter quelqu'un qui sait de quoi il cause. Il est vrai, comme le dit BOSSUET : «Ce qui se conçoit bien, d'énonce clairement». Je me rappelle que recalé, pour la première fois de ma carrière d’étudiant  à la session de février, avec 11 autres étudiants, nous avions demandé à voir nos copies. Je devais passer une session de rattrapage en février, nos égos en prenaient un coup. Le professeur WEIL n’a pas délégué cette fonction ingrate à son assistant, Patrick RAMBAUD, il a tenu, en personne, à nous recevoir, dans une ambiance électrique et survoltée. Le commentaire de texte portait sur «l’équité en droit en droit international». Il a placé l’équité, au centre de sa réflexion, pour une justice internationale performante. Il nous a d’emblée expliqué que si on a été ajourné à la première session, ce n’était pas sur le fond, on avait les connaissances suffisantes, mais que la technique du commentaire de texte n’était pas maîtrisée. Il fallait, tout simplement exposer, en première partie «Ce qu’est l’équité» et en deuxième partie «Ce qui n’est pas l’équité». Tout de suite, devant cette lumière jaillissante, les colères se sont calmées et apaisées. J’avais voulu rechercher l’originalité. J’ai donc compris que le plan élaboré, dans ma copie, était déséquilibré. Le professeur WEIL est resté, pendant longtemps avec nous, après, et pendant ses cours, il nous a clarifié certaines méthodes de travail. Ces conseils, ainsi recadrés et clarifiées, m’ont été profitables à la session de février, et pour le reste de ma carrière, quand je m’étais consacré à l’enseignement à la capacité en droit à Paris II, puis à l’Université de Dakar, en droit administratif et en droit constitutionnel.
Le professeur Prosper WEIL, dans sa grande discrétion a eu une vie bien remplie. En effet, Prosper WEIL n'était pas qu'un théoricien de la science juridique, il était aussi un arbitre international et conseil  devant la Cour internationale de justice de la Haye ; il a présidé le Tribunal administratif de la Banque mondiale de 1989 à 1993 ; il a été membre de la Cour permanente d'arbitrage, président de l'Institut de droit international, membre du Comité de supérieur d'études juridiques de la Principauté de Monaco qu’il a présidé à partir de 2004. C’est ce comité qui a été chargé de l'élaboration de la Constitution de la principauté de Monaco en 1962. Membre du conseil scientifique de la Revue générale de droit international public, du comité de patronage du Journal de droit international, de la Société française de droit international, de l'American Society of International Law et de la branche française de l'Association de droit international (I.L.A), Prosper WEIL a été nommé, en 1999, au fauteuil de René-Jean DUPUY à l’Académie des Sciences morales et politiques, et il a été associé à l’Institut de Droit international.
Prosper WEIL nous disait souvent  que dans les cas délicats, le bon arbitre, c’est celui qui coupe la poire en deux. A ce titre, il a remporté des succès indéniables dans des dossiers emblématiques comme l’affaire du canal de Beagle. Dans la décision arbitrale concernant les frontières maritimes entre la Guinée Bissau et le Sénégal, en 1989, les conseils du Sénégal se sont appuyés sur les travaux et les arbitrages du professeur WEIL, qui font autorité, en la matière. Face à des plateaux continents qui se chevauchent : «Contrairement à la délimitation terrestre, la délimitation maritime ne consiste pas à rechercher le meilleur titre, donc le seul décisif en droit, elle consiste à résiste à résoudre les difficultés nées  de la coexistence de deux titres, de même qualité juridique» écrit Prosper WEIL. C'est ainsi que le Sénégal a pu faire valoir, avec succès, que «L'utis posseditis juris», à savoir que la règle des frontières terrestres héritées de la colonisation, s'applique aussi aux frontières maritimes. L’enjeu de cet arbitrage est colossal pour le Sénégal, puisqu’il a été découvert, dans cette zone, d’importants gisements de gaz.
Naturellement, on n'était pas d'accord sur tout, notamment quand il exposait des considérations de science politique ce qui était rare de sa part, mais il avait de la considération et de l'écoute pour les avis divergents. C'est ainsi que le professeur WEIL soutenant, à l'époque, Valérie GISCARD D'ESTAING, je me souviens des échanges cocaces que j'ai eus avec son invité du FMI. Il ne m’en a pas tenu rigueur.
Le professeur WEIL, un Juif originaire de Strasbourg avait privilégié de faire ses cours le vendredi matin. Naïf et jeune, je lui ai dit : «pourquoi vous ne faites pas le vendredi après-midi ? ». Il m'a répondu, simplement : «Je fais le Shabbat». Je lui ai dit : «moi aussi je vais à la Mosquée de Paris toute proche du Panthéon, chaque vendredi, dès que possible». Alors un autre jour, il m'a posé une multitude de questions sur l'Islam et notamment les rites de la prière. Il s'intéressait aux autres, dans leurs différences, sans paternalisme, ni curiosité malsaine. Le professeur WEIL était également associé à l'université d'Athènes, pas mal d'étudiants étrangers fréquentaient notre classe (Algériens, Tunisiens, Gabonais et Latino-américains, une japonaise, etc.). Ce multiculturalisme, dans une université particulièrement conservatrice qu'est Assas, loin de l'effrayer était constamment une source d’enrichissements et d'échanges.
Le professeur WEIL n'avait pas d'ennemis, car il s'est toujours concentré sur son métier, loin du microcosme. Cependant, juriste classique, il était en désaccord avec la démarche originale et moderniste de Michel VIRALLY (1922-1989), un autre mandarin de Paris 2. C'était de la compétition saine.
Le professeur WEIL était aussi le mentor, de mon directeur de thèse, Jean COMBACAU. C'est dire l'estime et la considération qu'il bénéficiait auprès de ses étudiants.
En définitive, de par son prestige, la haute idée qu'il avait de la noblesse, de la vocation et du métier d'enseignant, le professeur WEIL était une institution de droit public.
Pour ma part, il y a deux catégories d'enseignants : les Seigneurs et les autres. Le professeur Prosper WEIL était un grand Seigneur.
Un grand baobab est tombé.
Je m'incline respectueusement devant sa mémoire.
Indications bibliographiques
1 – Contributions du professeur émérite, Prosper WEIL
WEIL (Prosper), «Armée et fonction publique», Paris, PUF, Défense nationale, 1958, pages 183-203 ;
WEIL (Prosper), «Droit international et contrats d’Etat», in Le droit international, unité et diversité : mélanges offerts à Paul Reuter, 1981, pages 549-582 ;
WEIL (Prosper), «Droit international et droit administratif», in Mélanges offerts à M. le doyen, Louis Trotabas, 1970, pages 511-528 ;
WEIL (Prosper), «L’officier et le fonctionnaire», Aix-en-Provence, La pensée universitaire, Annales de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, 1957, 36 pages  ;
WEIL (Prosper), «La technique, «comme partie intégrante du droit international» : à propos des méthodes de délimitation des juridictions maritimes», in Droits et libertés à la fin du XXème siècle : mélanges offerts à Claude-Albert Colliard, 1984, pages 347-359 ;
WEIL (Prosper), «Le critère du contrat administrative en crise», Mélanges offerts à Marcel Waline : le juge et le droit public, 1974, tome II, pages 831-848 ;
WEIL (Prosper), «Le règlement territorial dans la résolution du 22 novembre 1697», Paris, Nouveaux cahiers, hiver 1970, n°23, 7 pages ;
WEIL (Prosper), «Le renouveau du contrat administratif et de ses difficultés», in Mélanges en l’honneur du professeur Michel Stassinopoulos, 1974, pages 217-227 ;
WEIL (Prosper), «Les clauses de stabilisation ou d’intangibilité dans les accords de développement économiques», La communauté internationale : mélanges offerts à Charles Rousseau, 1974, pages 301-328 ;
WEIL (Prosper), «Les techniques de protection des libertés publiques en droit français», Mélanges Marcel Bridel, 1965, pages 609-629 ;
WEIL (Prosper), «Some Observations on the Arbitral Award in the Taba Case», Israel Law Review, 1989, Vol I, pages 1-25 ;
WEIL (Prosper), «The Strength and the Weakness of French Administrative Law», The Cambridge Law Journal, novembre 1965, pages 242-259 ;
WEIL (Prosper), BARRIS (José, Miguel), In the Matter of Beagle Channel, Paris, éditeur inconnu, 1975, 433 pages ;
WEIL (Prosper), DRAGO (Roland), «Notice sur la vie et les travaux de René-Jean Dupuy (1918-1997)», Paris, Palais de l’Institut, 2000, 15 pages ;
WEIL (Prosper), Droit administratif, Paris, PUF, Collection «Que sais-je ?», 1987, 127 pages ;
WEIL (Prosper), Ecrits de droit international : la théorie générale du droit international, droit des espaces, droits des investissements privés internationaux, Paris, PUF, 2000, 423 pages ;
WEIL (Prosper), La nature du lien de fonction publique dans les organisations internationales, Paris, Pedone, RGDP, avril-juin 1963, n°2, 24 pages ;
WEIL (Prosper), Le droit administratif international international : bilan, tendances, Paris, Cours à l’IHEI, 1962-63, 36 pages ;
WEIL (Prosper), Le droit international en quête de son identité : cours de droit international public, Leyden, Boston, Brill, Martinus Nijoff Publishers, collection recueil des cours n°237, 2008,  pages 11-370 ;
WEIL (Prosper), Le judaïsme et le développement du droit international, Leyden, Boston, Brill, Martinus Nijoff Publishers, collection recueil des cours n°151, 2008,  pages 253-336 ;
WEIL (Prosper), Les conséquences de l’annulation d’un acte administratif pour excès de pouvoir, c’est sa thèse de doctorat, Paris, Jouve, 1952, 275 pages ;
WEIL (Prosper), MARCEAU (Long), BRAIBANT (Guy) DELVOVE (Pierre), GENEVOIS (Bruno), Les grands arrêts de la jurisprudence administrative, Paris, Dalloz, 2017, 21ème édition, 1018 pages ;
WEIL (Prosper), Perspectives du droit de la délimitation maritime, Paris, Pédone, 1988, 319 pages ;
WEIL (Prosper), Problèmes relatifs aux contrats passés entre un Etat et des particuliers, Leyden, Boston, Brill, Martinus Nijoff Publishers, collection recueil des cours n°128, 2008,  pages 95-240 ;
WEIL (Prosper), The Law of Maritime Delimitation, Cambridge, Grotius, 1989, 327 pages ;
WEIL (Prosper), TROTABAS (Louis), Finances publiques, Paris, Dalloz, collection «Précis Dalloz» 1964, 887 pages.
2 – Autres références
KINTZ (Jean-Pierre), «Prosper Weil», Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 48, page 5011 ;
COTTEREAU (Gilles), «La sentence arbitrale du 31 juillet 1989 (Guinée-Bissau contre Sénégal,), demande en indication de mesures conservatoires, ordonnance du 2 mars 1990», Annuaire français de droit international, 1990, vol 36, pages 368-389, spéc 384  ;
DIAITE (Ibou), «Le règlement du contentieux entre la Guinée-Bissau et le Sénégal relatif à la délimitation de leur frontière maritime», Annuaire français de droit international, 1995, vol 41, pages 700-710 ;
QUENEDEC (Jean-Pierre), «L’affaire de la sentence arbitrale du 31 juillet 1989, devant la CIJ, (Sénégal contre Guinée-Bissau», Annuaire français de droit international, 1991, vol 37, pages 419-443, et CIJ, recueil, 1991, pages 53 et suivantes.
Paris, le 12 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
Prosper WEIL (1926-2018) Un baobab est tombé !
Prosper WEIL (1926-2018) Un baobab est tombé !
Prosper WEIL (1926-2018) Un baobab est tombé !
Prosper WEIL (1926-2018) Un baobab est tombé !

Prosper WEIL (1926-2018) Un baobab est tombé !

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 16:08

J'ai appris avec regret, le décès du professeur émérite de droit, à Paris II, Assas, Prosper WEIL (1926-2018) : Un baobab est tombé. Prosper WEIL, un spécialiste du droit administratif, du droit international et des arbitrages internationaux, était mon professeur.

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 22:57

Cette révélation de MEDIAPART sur le fichage ethnique au PSG, est le signe d'une lepénisation grandissante et inquiétante des esprits ; cela qui devrait interpeler chacun d'entre nous. La peste est là. Il faut sauver la République !

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 22:41
«Ainsi comme le fascisme. Il ne dit jamais son nom. Il rampe, il flotte, quand il montre le bout du nez, on dit : «C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer !» Et puis, un jour, on le prend dans la gueule, et il est trop tard pour l’expulser» écrit François GIROUD. Déjà que le Front National ou Rassemblement national, est devenu, pour bien des gens, un parti comme les autres, une organisation politique respectable. Il n’y a plus, comme du temps de Jean-Marie LE PEN, ces protestations énergiques contre le FN, qui a été par deux fois, au 2ème tour des présidentielles, en 2002 et 2017. Il y a donc une masse importante de Français qui ont légitimé et sont complices de ce monstre. J'apprends par MEDIAPART que Jean-Luc MÉLENCHON et Jean-Christophe CAMBADÉLIS ont été à un anniversaire de Eric ZEMMOUR, un négationniste ayant fait de la négrophobie son fonds de commerce. Si cette information est confirmée et je n'ai aucune raison de douter du professionnalisme de Eddy PLENEL, cela me trouble, profondément. Cette caste de professionnels de la politique politique pratiquant l"entre-soi à haute dose et festoyant avec le diable, c'est profondément répugnant, si les faits sont confirmés. La République c'est avant tout une éthique et une morale. Nous sommes bien dans un pays, hypocrite, miné par une mentalité colonialiste et esclavagiste, affirmant théoriquement, des principes d'égalité et de fraternité, mais dans les faits, pratiquant une démocratie ethnique. Les digues sont tombées !
 
Notre époque, cependant, est marquée par une avancée, maintenant au grand jour, du populisme, du racisme, des logiques de violence et de prédation. Ces manifestations des "Gilets jaunes", avant cela l'Institut Civitas, Frigide FARJOT ainsi Sens Commun de François FILLON, rappellent bien ces ligues factieuses des années 30 qui voulaient renverser la République. Mais, tout le monde ou presque s’en accommode. La France, en dépit de son histoire tragique, avec deux guerres mondiales, sans compter les guerres coloniales, serait à l’abri, de toute dictature, dans l’inconscient de bien des gens ordinaires. "C'est dans le vide la pensée que s'inscrit le Mal" avait dit Hannah ARENDT.
 
Cependant, cette affaire de fichage ethnique, au Paris Germain, révélée par MEDIAPART, me trouble, profondément : Notre démocratie serait-elle devenue une démocratie ethnique, sans qu’on y prenne garde ?
 
Depuis bien longtemps on soupçonnait, que bien des entités, notamment les banques, les assurances, les bailleurs de locaux à usage d’habitation, sociétés nationales, avaient déjà instauré une préférence nationale, de fait. Si vous n’êtes pas de la bonne couleur, sans le savoir, vous êtes écartés, souvent, injustement, de certaines compétitions. En effet, la classe politique, de droite comme de gauche, s’est spécialisée dans l’exclusion des racisés et des femmes, dans les lieux de décision. «L’égalité, c’est une excellente chose, mais pas chez nous» semblent dire ces professionnels de la politique, tant attachés à leurs privilèges, jusqu’à ce le «dégagisme» se met en mouvement. Nous «habitons un désert», pour reprendre une formule d’Hannah ARENDT.
 
Dans le domaine du football, il a fallu attendre de longues années, qu’à Nice et à Monaco, deux anciens champions du monde (VIEYRA et HENRY), puissent devenir des entraîneurs. Jean Amadou TIGANA, après de vaines tentatives, a dû s’exiler. Antoine KAMBOUARE, qui avait un excellent travail au PSG, a été remercié comme un malpropre. Certains joueurs jouent à faire du «Black face», mais c’était juste pour rire. Se moquer devient moins drôle, quand on devient soi-même la cible récurrente et permanente. Au plan national, Laurent BLANC, le bien nommé, avait bien ses critères de promotion ethnique. Lilian THURAM, qui sait de quoi il parle, avait dénoncé certaines pratiques discriminatoires à la Fédération française de football. Pourtant, c’est un domaine où seul le talent, comme l’a prouvé Killyan M’BAPPE, devrait compter.
 
L’enseignement universitaire reste encore, largement, le domaine du mandarinat et de la ségrégation raciale. En dépit de profondes mutations démographiques, il n’y a pas d’études africaines, dans nos universités, comme c’est le cas en Amérique. En raison de la hiérarchie des cultures fondée sur l’assimilation, ce serait du communautarisme, que de réclamer des études africaines. Mais eux, ils ont leurs moyens de communications, leurs écoles et leurs lieux de culte pris en charge par l’Etat. La communauté juive a ses écoles et ses associations financées, en partie, par nos deniers et cela ne choque personne. Pourtant la question du bien-vivre ensemble en France, est devenue une des préoccupations majeures de notre temps. D’éminents professeurs, comme Alain MABANCKOU ont dû s’exiler aux Etats-Unis, pour être, enfin, reconnu en France. Quel chemin sinueux, avant la reconnaissance !
 
C’est donc une mentalité coloniale et esclavagiste, une démocratie ethnique, pour le groupe dominant, qui relègue ses citoyens au rang d’indigènes de la République. Appelons un chat, un chat. La République est en train de se déliter. Contrairement aux calomnies et aux mensonges, les Français issus de l’immigration ne sont pas tous des délinquants et des profiteurs de la sécurité sociale viennent envahir la France. Pour leur écrasante majorité, ils sont des héros du quotidien qui ont considérablement contribué au bien-être de ce pays. L’élément nouveau, c’est que la deuxième génération est composée de brillants étudiants surdiplômés des grandes écoles. Mais ils peinent à trouver des emplois à la mesure de leurs qualifications. Ainsi, les grands groupes français qui pillent l’Afrique (Total, Orange, Bolloré) refusent de recruter cette deuxième génération, qui connaît, pourtant bien l’Afrique. Bien des médecins et des enseignants africains sont recrutés sur des contrats précaires, en dépit de leurs qualifications. Or, une démocratie sans partage du pouvoir est une démocratie ethnique. Ce refus du multiculturalisme, dans la haute administration, est l’un des enjeux majeurs des années à venir.
 
Dans le secteur privé, je suis, attentivement, l’excellent travail que SOS-racisme, à l’encontre des bailleurs et des boîtes de nuit qui appliquent des critères, uniquement ethniques, pour admettre ou rejeter quelqu’un.
 
Les citoyens, dans la République, sont censés être égaux devant le justice, en droits, comme en obligations. Mais comme le dirait Coluche, «certains citoyens sont plus égaux que d’autres». Ravalés au rang d’indigènes de la République, on ne cesse de réclamer vérité et justice, pour ces jeunes étouffés à mort (Adama TRAORE, Amadou KOUMé et autres), lors d’un banal contrôle d’identité au faciès. Les affaires Bouna et Zied, ainsi que celles de Théo et MUSENGA, sont devenues d’une dramatique banalité. Ces jeunes sont tués, parce qu’ils ont un casier judiciaire, comme cela autorisé, automatiquement, à liquider nos enfants. En effet, Théo victime d’un viol au tonfa, se voit mit en examen, pour la gestion antérieure de son association. 5 frères d’Adama TRAORE, qui réclamaient justice, ont été emprisonnés « pour rébellion ». Pourtant le droit de résistance à l’oppression, face à ces crimes, est inscrit à l’article de la déclaration de 1789.
 
Bien des gens naïfs croient que les calomnies contre les racisés ce n’est que pure vérité. En réalité ces faux débats sur l’immigration et les détails vestimentaires, le terrorisme alimenté par des guerres injustes des Occidentaux, occultent, dans un libéralisme féroce pour les faibles, des sujets d’une extrême importance (emploi, logement, pouvoir d’achat). Tout est fait pour détourner le citoyen ordinaire, sans esprit critique, des vrais sujets «L’homme de masse doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé, comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon, socialement» écrit, premier époux d’Hannah ARENDT, Günter ANDERS (1902-1992), dans son ouvrage «L’obsolescence de l’homme». Dans sa stratégie de dissimulation et de mensonge, le président des riches prétendait combattre le «Vieux monde». Aussitôt au pouvoir, sa nature profonde de président des riches a surgi et s’est imposée comme une évidence. Ainsi, la caste des gens du château voulait retirer 5 euros APL aux pauvres ; ce gouvernement des riches et des barbouzes s’attaque au statut de la fonction publique, aux cheminots, aux retraités et au pouvoir d’achat des gens modestes. Mais pour créer des emplois. A chaque fois les riches reçoivent d’importants dégrèvements fiscaux et des aides, ils se plaignent encore : «les charges sont trop lourdes». Pleurer la bouche pleine, est devenu un sport national. Tous les Républicains, quelque soit leurs origines, devraient combattre cette démocratie ethnique, celle des possédants contre les faibles.
 
La question majeure posée n’est pas, à mon sens, celle de la Nation, mais celle de la citoyenneté et bien-vivre ensemble. Citoyens français, nous réclamons notre juste place au sein de la société, ni plus, ni moins. Le multiculturalisme est devenu une donnée irréversible que personne ne pourra remettre en cause. Il faudrait donc que de part et d’autre, apprendre à vivre ensemble dans le respect mutuel.
 
Cependant, je suis profondément troublé, en cette année du centenaire de la Première guerre mondiale, quand j’examine les postures des plus hauts dirigeants de l’Etat. C’est bien François HOLLANDE, un président prétendu de gauche qui avait initié un projet de loi pétainiste, de déchéance de la nationalité. Il avait aussi annulé le concert de Black M., dont les ancêtres étaient des Tirailleurs sénégalais. Vichy avait retiré la nationalité française aux Juifs, considérés comme étrangers, comme le sont maintenant les racisés, devenus les Juifs de notre temps. Bref, le Parti socialiste a toujours marginalisé en son sein, les femmes, les ouvriers et les racisés, ne faisant, essentiellement, la promotion que pour l’ethnie dominante, les Juifs et les invertis. Ce parti, hostile aux gens des quartiers, à cette «France métissée» pour reprendre un concept de Ségolène, absent dans les luttes syndicales, applique encore, rigoureusement une démocratie, c’est une cause de sa déchéance. Je suis encore en colère quand des fascistes ont traité Mme Christiane TAUBIRA, garde des sceaux, de «singe» que François HOLLANDE ne l’ait pas soutenu, publiquement. C’est encore le grand choc quand Christiane TAUBIRA, une conscience morale de ce pays, a été obligée de démissionner, pour avoir critiqué le funeste projet de loi sur la déchéance de la nationalité. Toutes les digues sont tombées. Jean JAURES a été bien trahi, et le Parti socialiste marginalisé, en raison de ces forfaitures.
Je suis encore plus sidéré d’entendre que M. Emmanuel MACRON, pour qui j’avais voté au 2ème tour, dans un front républicain, contre l’entreprise familiale, se lepénise, chaque jour davantage. Déjà, son amitié, même si elle s’est distendue avec Philippe DEVILLIERS, un facho notaire, m’horripile. Cette loi sur l’immigration, suivie maintenant d’une déclaration de M. CASTANER, en vue de l’intensification des expulsions en 2019, c'est faire du LE PEN, sans LE PEN. Quid encore toutes les déclarations du chef de l’Etat à notre égard, particulièrement blessantes, comme le «ventre de nos mères» ? Depuis le départ de Laura FESSEL, son gouvernement est blanc et encore blanc. A force de réclamer un soi-disant «Islam de France», le Ministre de l’Intérieur finira par diriger la prière du vendredi à la grande mosquée de Paris. Nos mosquées sont bien bondées, en raison des mutations démographiques. Avec l’interdiction des prières de rue, les mosquées sont devenues, notamment à Paris, comme les classes de double flux, on est obligé d’attendre que d’autres libèrent la place. Pourtant cette mosquée de Paris, c’est un hommage vibrant de la Nation, en direction des Français musulmans qui ont contribué à la victoire de 1918. Nous manquerons terriblement de lieux de culte. Nous sommes aussi la France, quand la laïcité est devenue, en fait, une arme de guerre contre les croyants (Burqa, Burkini). Pourtant, ce concept doit rester un extraordinaire outil pour le bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.
 
Pour cette cérémonie du centenaire de la Première guerre mondiale, non satisfait d’être empêtré dans ce scandale des barbouzes qui matraquent les grévistes, et voila que M. MACRON élève Philippe PETAIN, en dépit de «ses choix funestes», au rang de «bon soldat». Tant qu’on y est, Jean-Marie LE PEN serait-il, en Algérie, un bon soldat ? Ces rafles, ces internements et ces déportations, tout serait-il donc pardonné ! Sans la vigilance et les vives protestations des forces de progrès, M. MACRON voulait honorer aux Invalides, avant un rétropédalage, ce maréchal condamné à mort, frappé d’indignité nationale et dont les biens ont été confisqués. «La parole est comme de l’eau, une fois qu’elle est tombée à terre, on ne peut plus la ramasser» dit un diction Peul. Ce registre du révisionnisme est pourtant solidement occupé par Eric ZEMMOUR et Alain FINKIELKRAUT. Quand, on est chef de l’Etat, gardien de l’unité nationale et de la cohésion nationale, et qu’on crache sur la tombe de tous ces déportés communistes, tziganes, francs-maçons, résistants, et naturellement, Juifs, quelle infamie ! Quelle honte pour la République !
 
Nous demandons et exigeons que l’ouverture, sans délai et sans restrictions, sur ces guerres coloniales génocidaires. Nous avons encore en mémoire les massacres de Sétif le 8 mai 1945, à Madagascar en 1947, et surtout, ce 1er décembre 1944, à Thiaroye, quand plus de 300 tirailleurs sénégalais ont mitraillés, parce qu’ils avaient réclamé leur solde. On se bat pour la mère et tout ce qu’on gagne c’est une fosse commune et un refus de la vérité. A l’initiative du gouverneur FAIDEHERBE (voir mon article), il a été créé dans l’Armée française, en 1856, une compagnie de Tirailleurs sénégalais. Déjà les réflexions racistes fusaient. On disait que ce sont des gens maladroits qui «Tirent ailleurs». Pourtant ces Tirailleurs sont plus de 200 000 lors de la Première guerre mondiale, 150 000 à la Seconde Guerre mondiale et 60 000 en Indochine. Ils ont été le fer de lance des conquêtes coloniales et ont accompli le sale boulot pour leur Maître, notamment à Madagascar, en Algérie, en 1926, lors de la guerre du Rif, au Maroc, contre AbdelKérim. Lors de la Première guerre mondiale et dès le 1er jour, 1400 Tirailleurs sénégalais ont été tués. Ils seront plus de 60 000 à perdre leur vie. Pourtant, à la fin de ces guerres mondiales, et contrairement aux promesses du colon, ils n’ont jamais accéder à la nationalité française. Mon père, Harouna Samba N’DIAYE, a participé à la deuxième guerre mondiale. A la fin des hostilités le général de Gaulle (voir mon article) a refusé qu’ils participent au grand défilé des Champs-Elysées lors de la Libération. Aussi, ils ont envoyés loin de Paris, au foyer AFTAM au Havre.
 
A l'initiative d'Aïssata SECK, élue à Bondy, dans la proche banlieue parisienne, le président HOLLANDE a honoré, le samedi 15 avril 2017, 28 tirailleurs sénégalais qui vont accéder à la nationalité française. Les autres sont souvent morts, sans que justice leur soit rendue. Je suis reconnaissant pour ce geste hautement symbolique. C’est une reconnaissance tardive (plus de 60 ans d’attente), mais "Mieux vaut tard que jamais" a-t-on coutume de dire. "Justice trop tardive est déni de justice" dit Turgood MARSHALL (1908-1993), un juge noir américain à la Cour suprême des États-Unis, confronté aux pratiques discriminantes.
 
Pendant longtemps, les pensions de ces Tirailleurs sénégalais qui ne touchent pas le même montant que leurs collègues gaulois. Ainsi, un Sergent français reçoit, annuellement, 7512 € de retraite, un Marocain 643 € et un Sénégalais 2681 €. De plus, ces pensions ont été gelées à l’indépendance (Ordonnances de 1958 et 1959). Les Nations Unies ont condamné ce système raciste : «La différence de traitement dont les auteurs sont l’objet n’est pas fondé sur des critères raisonnables et objectifs et constitue une discrimination interdite par le Pacte» dit le Comité des Nations Unies des droits de l’Homme, Guèye et autres contre la France, 6 avril 1989, communication n°169/1985. En dépit de cette décision, le Conseil d’Etat français a pendant longtemps refusé de l’appliquer. Il a encore fallu un recours de M. DIOP (CE assemblée, 30 novembre 2001, Ministre de la Défense contre Diop, requête 212179), sur le fondement de la Commission européenne des droits de l’Homme pour que cette discrimination soit reconnue par la justice française «Les pensions de retraite constituent, pour les agents publics, une rémunération différée destinées à leur assurer des conditions matérielles de vie avec la dignité de leurs fonctions passées ; la différence de situation existant entre d’anciens d’agents publics de la France, selon qu’ils ont la nationalité française ou sont ressortissants d’Etats devenus indépendants, ne justifie pas, eu égard à l’objet des pensions de retraite, une différence de traitement», ce gel des pensions est donc contraire à l’article de la Convention européenne des droits de l’Homme.Le Conseil d’Etat a donc fini, après 42 années de procédure, par reconnaître que ce système de gel des pensions est ségrégationniste : C.E. 6 février 2002, Ministre de l’Economie et des finances contre Doucouré, requête n°216172. La Cour de justice européenne a condamné la France pour discrimination, dans un recours introduit par un Marocain, CEDH, ordonnance du 13 juin 2006, Echouikh, C. 336/05. Le Conseil constitutionnel finira par dire que gel est discriminatoire, dans sa décision du 28 mai 2010, consorts Labane, n°2010-1Qpc. Mais, dans une démocratie ethnique, le calvaire des anciens combattants n’est pas fini. Nicolas SARKOZY avait annoncé aux chefs d’Etats africains, le 13 juillet 2010, la fin du dégel et l’égalité entre les Tirailleurs sénégalais et les Français. C’est finalement, l’article 211, de la loi de finances 2011, qui consacrera le dégel des pensions. Outre le fait bien des anciens combattants sont déjà morts, et sans information préalable et adéquate des intéressés ou de leurs héritiers, l’administration, au lieu de revaloriser automatiquement les pensions, a posé la règle draconienne, d’une demande expresse des pensionnés, formulée dans un délai de 3 ans, soit avant 2014. Pour les veuves des anciens combattants, il faut que le mariage soit célébré 4 ans avant le décès et une empreinte légalisée doit être recueillie.
 
Les descendants des Tirailleurs sénégalais, même avec la nationalité française sont relégués au rang d’indigènes de la République, on l’a vu pour l’accès aux postes de décision, mais cette logique fasciste s’applique aussi au regroupement familial ainsi que l’enregistrement de leur mariage à l’étranger, mais à la transcription d’actes de naissance de leurs enfants nés hors de France. Les procédures peuvent prendre entre 4 et 6 ans, et à chaque fois, il faut réactualiser le dossier, devenu, évidemment obsolète. Les familles de travailleurs immigrés, qui meurent souvent peu après leur retraite, ont toutes les peines du monde, à recouvrer les pensions de réversion. M. MACRON a décidé de faire exploser les droits d'inscription des étudiants africains et arabes de 2800 à 3800 euros. L'apartheid est bien arrivé !
 
Cette lepénisation croissante des esprits, dans le pays de l’Homme, et un contexte de montée des populismes, devrait pourtant inquiéter tous ceux sont attachés à la démocratie, à la République. La France reste encore un grand pays, dont l’essentiel de ses citoyens, en dépit de la progression de la lepénisation des esprits, sont attachés à la République. Mais leur silence est inquiétant pour l’avenir de la République.
 
Face à ces calomnies, ces instrumentalisations, ces violences, ces forfaitures et ces politiques de la peur, pour ma part, la seule et vraie France, c’est la France républicaine, celle de 1789, celle de l’égalité, la fraternité, la liberté et le bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel. Nous sommes aussi la France, à égalité de droits et d’obligations. Si le président a reculé dans les affaires PETAIN et d’une Commission de redressement fiscal à l’encontre de certains Juifs, c’est que leur communauté est organisée et vigilante. En revanche, nous les pauvres racisés, dispersés, désorganisés, sans structures pour nous défendre, on se laisse à chaque fois avoir, comme des moutons que l’on égorge à la baignoire. Les racisés qui nous disent : «Je ne fais de la Politique. La Politique ne m’intéresse pas. Ils sont tous pourris», se rendront, un jour, et tardivement, la politique, l’art de gérer la Cité, est un rapport de force, si on ne se défend pas, elle s’occupera de vous, et en mal. Un système oppressif ne peut prospérer qu’avec des complices, se désengager de l’action citoyenne, c’est cautionner aussi cette démocratie ethnique dans sa logique de prédation et de violence.
 
Voici un poème SENGHOR pour les Tirailleurs sénégalais.
 
Voici le soleil
 
Qui fait tendre la poitrine des vierges
 
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
 
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
 
J'entends le bruit des canons - est-ce d'Irun ? -
 
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
 
Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
 
On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des futurs morts, on les remercie d'avance futurs morts obscurs
 
Die schwarze Schande !
 
Ecoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
 
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
 
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres du village
 
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.
 
Nous n'avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
 
Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l'ardeur des vivants.
 
Les plaintes des pleureuses trop claires
 
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèche les torrents du Fouta
 
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.
 
Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez
 
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l'amitié de vos camarades d'âge.
 
Ah ! puissé-je un jour d'une voix couleur de braise, puissé-je chanter
 
L'amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
 
Écoutez-nous, morts étendus dans l'eau au profond des plaines du Nord et de l'Est.
 
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d'été ce sol rougi du sang des blanches hosties
 
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais
 
Morts pour la République !
 
Léopold Sédar Senghor, Hosties noires, 1948
 
Paris, le 8 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Vers une démocratie ethnique : une lepénisation grandissante et inquiétante des esprits» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 00:25
«Ma voix connaît trente années de silence, trente années de brimades» écrit Mariama BA, une éminente pionnière de la littérature sénégalaise, devenue célèbre grâce à son roman, «Une si longue lettre». L’engagement littéraire de Mariama BA, un acte hautement subversif contre l’ordre établi, entonne l’hallali contre la misogynie séculaire et ancestrale, déclenchant ainsi un vaste mouvement d’émancipation de la femme africaine ayant pris une ampleur considérable, depuis lors. On connaît cette chanson des écoliers africains, dans Mamadou et Bineta : «Les coqs chantent, le jour paraît tout s’éveille dans le village. Pour que le couscous soit prêt, femmes debout et du courage». Aminata SOW FALL (voir mon article), une grande dame des lettres du Sénégal, apprécie, à sa juste valeur, la démarche de Mariama BA, dans son article paru en 1983, «Du pilon à la machine à écrire». Elle écrit «Chanson d’écolier, certes, campant merveilleusement l’image de la femme au pilon. Mais surtout condensé significatif du rôle assigné à la femme dans la société africaine : mère nourricière, travailleuse et douce». Certains hommes, comme Paul HAZOUME (1890-1980) dans son roman, «Douguicimi», paru en 1938, avait dénoncé l’égoïsme des hommes et la nécessité de reconnaître la femme comme un être humain. Mais il ne contestait pas sa condition et son assujettissement à l’homme. Le cinéaste et écrivain sénégalais, Ousmane SEMBENE (voir mon article, 1923-2007) était aussi féministe. Cependant, dans cette littérature, c’est à travers le point de vue masculin qu’est montré la situation des femmes, «à la lueur de leurs rêves, de leurs aspirations sociales ou politiques ou selon les désirs de la société» écrit Aminata SOW FALL. L’écrivaine sénégalaise, Awa THIAM, dans son roman «La parole aux négresses», paru en 1978, avait dénoncé, de façon véhémente, l’asservissement des femmes : «Longtemps, les Négresses se sont tues. N’est-il pas temps qu’elles recouvrent leurs voix, ou reprennent la parole, ne seraient ce que pour dire qu’elles existent ?». En effet, les femmes ont été pendant longtemps écartées de l’écriture (Poids des traditions, double fonction de mère et travailleuse salariée, absence d’études poussées, etc.). En définitive, c’est Mariama BA qui a secoué, vigoureusement, le cocotier : «Comment ne pas prendre conscience de cet état de fait agressif ? Comment ne pas être tenté de soulever ce lourd couvercle social ? C'est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l'ordre établi à notre détriment et ne point le subir. Nous devons user comme les hommes de cette arme, pacifique certes, mais sûre, qu'est l'écriture» écrit-elle.
En effet, «le roman (Une si longue lettre) est résolument féministe et décrit avec sensibilité et sobriété la fragilité du statut de la première femme chez ces deux héroïnes aussi attachantes l’une que l’autre» écrit Lilyan KESTELOOT. Mariama BA ne se bat pas pour ou contre les hommes, mais simplement pour l’épanouissement des femmes qui ont trop longtemps souffert, et qui souffrent encore de l’amputation de leurs libertés. Elle a pris sa plume pour faire un procès retentissant à la polygamie, à l’égoïsme et l’inconstance des hommes, ainsi qu’à leurs trahisons. Mariama BA envisage, résolument, dans son roman, «Une si longue lettre», l’ardente nécessité, pour la femme, de se libérer, de s’émanciper, et de reprendre, pleinement, sa place dans la société, qu’elle n’aurait pas dû perdre. Ainsi, à la mort de son mari, Ramatoulaye, l’héroïne et la narratrice du roman, prend la plume pour se confier à Aïssatou, grande amie de ses années d’étudiante. Evoquant leurs aspirations féministes et leurs idéaux d’indépendance, entre tradition et modernité, elle revient sur l’injustice et les trahisons qui ont scellé leurs sorts : la polygamie qui est entrée, par effraction dans leurs vies. Peu de femmes ont pris place parmi les grands noms de la littérature africaine, alors qu'elles sont souvent au cœur du sujet des ouvrages africains francophones.  Mariama Bâ, romancière sénégalaise, a su se démarquer et a joué un rôle précurseur dans cette littérature, ce qui lui a permis d’obtenir une renommée internationale. Certes, le sujet concernant la libération de la femme était dans l’ère du temps : «corps esclave, corps torturé, corps sensuel ou corps maternel. Le corps de la femme apparait comme une grande machine à fantasmes et la représentation du corps de la femme noire est un des derniers tabous de la littérature de nos jours» écrit Françoise NAUDILLON. Cependant, c’est Mariama BA qui fut la première à mettre au jour certaines réalités sociales propres à l’Afrique post-coloniale, plus particulièrement au Sénégal, notamment la condition des femmes. «L’écrivain a un rôle d’éveilleur de conscience et de guide» dit-elle en 1980, à Francfort. Elle a donc engagé une bataille frontale contre l’hégémonie patriarcale, teintée d’un regard paralysant et dissuasif. En effet, la femme qui revendique ou qui proteste était souvent discréditée, calomniée ou mise au banc de la société. Mariama BA a donc brisé la glace. A travers sa contribution littéraire, elle invite la femme à prendre la plume pour dénoncer cette oppression : «C’est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l’ordre établi à notre détriment et de ne point le subir. Nous devons user contre les hommes cette arme, pacifique, certes, mais sûre, qu’est l’écriture» ajoute-t-elle dans son discours de Francfort sur «la fonction politique des littératures africaines». Par conséquent, Mariama BA a donc été une figure littéraire féminine majeure en Afrique au XXème siècle. Elle fut une femme écrivaine engagée affirmant et réaffirmant les droits de la femme, qui ne doit plus être passive face à l’homme, décidée à combattre l’hégémonie masculine. Elle dédicace son roman : «A toutes les femmes et aux hommes de bonne volonté». Le personnage de Ramatoulaye rappelle cet engagement pour l’émancipation des femmes : «Nous étions de véritables sœurs destinées à cette mission émancipatrice. Nous sortir de l’enlisement des traditions, superstitions et mœurs ; nous faire apprécier de multiples civilisations, sans reniement de la nôtre ; élever notre vision du monde, cultiver notre personnalité, renforcer nos qualités, mater nos défauts ; faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle».
Toutefois, le féminisme assumé et revendiqué de Mariama BA recèle deux grandes originalités par rapport aux combats engagés dans les pays occidentaux. D’une part, le modernisme, le savoir acquis à l’école française, ne signifie nullement, pour Mariama BA, un reniement de sa culture, des valeurs traditionnelles et familiales, et de sa religion. La culture sénégalaise reste un élément essentiel dans sa vie et sa contribution littéraire, comme en témoigne un texte de jeunesse, produit lors de la dernière année d’étude à Rufisque : «J'avais huit ans et je criais "Tam-tam emporte moi". Puis un jour, vint mon père, vint l'école, et prit fin ma vie libre et simple. On a blanchi ma raison ; mais ma tête est noire, mais mon sang inattaquable est demeuré pur, comme le soleil, pur, conservé de tout contact. Mon sang est resté païen dans mes veines civilisées et se révolte et piaffe aux sons des tam-tams noirs» écrit-elle en 1947.
D’autre part, pour bien des auteurs en Occident, le féminisme doit rimer avec la liberté sexuelle, une libération du corps. «Chaque femme fait de sa vie, ce qu’elle souhaite. Une vie de femme dissolue est incompatible avec la morale. Que tire-t-on des plaisirs ? Un vieillissement précoce et l’avilissement» écrit-elle. En effet, Mariama BA, dans ce conflit entre la tradition et la modernité, réaffirme son attachement à la religion musulmane et à l’aristocratie, à une conception pudibonde, et non licencieuse, de l’écriture du corps de la femme : «Mon cœur s’accorde aux exigences religieuses. Nourrie, dès l’enfance, à leurs sources rigides, je crois que je ne faillirai pas» dit Ramatoulaye. Ce roman est épuré de toute revendication jouissive et libertine. Tout en comprenant les tenantes de la liberté sexuelle la femme ne pouvant se réaliser que dans le couple : «Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple» dit Ramatoulaye, qui «reste persuadée de l’inévitable et nécessaire compatibilité entre l’homme et la femme». Mariama tente de concilier la tradition et la modernité «Nous sortir de l’enlisement des traditions, des superstitions et des mœurs, nous faire apprécier les multiples civilisations, sans reniement de la nôtre» écrit-elle. Mariama croit en l’influence libératrice de l’école pour les femmes.
«Une si longue lettre», comme l’indique son titre, est un roman épistolaire. La narratrice, Ramatoulaye, s’adresse du début à la fin du roman à sa meilleure amie Aïssatou, sous une forme de «confidence» qui «noie la douleur». La forme épistolaire exprime donc «la souffrance et la création» littéraire, mais aussi la modernité, «le rêve et la méditation philosophique», avance Ousmane DIA. En effet, ce récit, écrit à la première personne, dévoile des secrets et prend corps au sein de l’amitié : «J'ai voulu donner au roman une forme originale. En général, l'auteur se met en dehors des personnages et raconte. J'ai choisi la forme d'une lettre pour donner à l'oeuvre un visage humain. Quand on écrit une lettre, on dit je. Ce «je» s'identifie à Ramatoulaye et non à l'auteur» précise-t-elle dans l’entretien avec Touré DIA. Mais cette amitié n’est qu’un prétexte pour dénoncer, violemment, la condition des femmes. C’est une charge portée contre une société traditionnelle corsetée, dominée par le mâle, mais aussi, l’influence néfaste des vieilles femmes ainsi que la religion ne sont pas épargnées. En effet, Ramatoulaye écrit à son amie d’enfance, Aïssatou, une lettre lui annonçant le décès de son mari, Modou, d’une crise cardiaque. Ramatoulaye décrit, minutieusement, les différentes cérémonies de présentation des condoléances, avec leur défilé incessant de convives. Ces cérémonies, fastueuses, doivent se prolonger jusqu’au terme du délai de viduité de 4 mois et 10 jours, pendant lesquels la veuve doit rester recluse. Ramatoulaye découvre la trahison de son mari, non seulement il était polygame, mais il avait également hypothéqué sa maison. Le récit n’est pas linéaire, la narratrice revient sur les qualités de Modou, pendant les fiançailles. En dépit de ses  qualités, c’était «un mari trop poli pour être honnête», dit la mère.
A la vie dans la rage et l’aigreur qu’aurait été, pour elle, une vie polygamique, Aïssatou choisit la rupture, radicale, définitive. Elle est professeur des universités. Avec ses seuls enfants pour bagage, elle quitte la quiétude financière de son foyer pour une vie de bagarre qui s’ouvre positivement sur une carrière aux États-Unis. Le choix de la liberté, le choix d’une vie sans concession, même à celui qu’elle aime réellement. Mawdo BA c’est le témoignage de la faiblesse d’un homme qui laisse s’échapper celle qu’il aime et qui, en choisissant de baisser les armes face à sa mère, s’est choisi une mort lente et douloureuse, par absorption quotidienne de couleuvres cyanurées.
Contrairement à Aissatou, par courage ou lâcheté, Ramatoulaye choisit de s’accrocher à son homme. Elle opte, désespérément de garder la tête haute, de rester dans son foyer, dans l’espoir  de refaire sa vie ou de vivre avec ses enfants, sans père. «Je survivais. Je me débarrassais de ma timidité pour affronter, seule les salles de cinéma. (..) Je mesurais, aux regards étonnés, la minceur de la liberté accordée à la femme» écrit-elle.
En définitive, ce roman, «Une si longue lettre» aurait pu, aussi, s’intituler «Lettre ouverte à tous les mufles et prédateurs sexuels du monde entier». En effet, les scandales sexuels récents, notamment à Hollywood, à l’Académie du Prix Nobel de Littérature et même au sein de l’Eglise, invitent les Occidentaux, souvent prompts à donner des leçons au Tiers-monde, à un peu plus d’humilité et de modestie. Ce roman interpelle tous ces misogynes dans la classe politique française, qui par leurs sarcasmes, leurs attaques inqualifiables, ont tenté d’humilier et de détruire des femmes remarquables comme Christiane TAUBIRA, Ségolène ROYAL, Rama YADE, Rachida DATI, Anne HIDALGO et Edith CRESSON. Je me sens particulièrement solidaire du combat des femmes et de toutes les minorités, y compris les homosexuels du Sénégal, qui luttent pour l’égalité et la tolérance. On connaît tous les barrages mis sur le chemin de l’égalité réelle pour les Français issus de l’immigration. Dans ces conditions, on comprend mieux l’audace et l’originalité de la contribution littéraire de Mariama BA mettant en scène des personnages féminins qui ont du mal à se situer, et même plus largement à exister dans une société corsetée, marquée par la crise des valeurs traditionnelles. Une certaine violence émane de ce récit où les institutions écrasent les individus sous le poids de règles désuètes, entraînant alors la femme, contre son gré, dans un mariage polygamique typiquement musulman. Une sorte de désespérance et de violence pour ces femmes qui, par amour, se résignent à subir ces conditions. Mariama BA présente et conteste cet ordre établi, signe d’un malaise de la société contemporaine. Ici, la femme africaine affirme sa singularité par la prise de parole et l’écriture.
Mariama BA a peu écrit, mais sa contribution littéraire dense, composée de deux romans seulement, a considérablement marqué notre temps. La qualité de son expression écrite témoigne d’un style magnifique, une langue belle et lyrique, voire philosophique. Ses récits, avec une intrigue bien ficelée, démarrant sans bifurcation, accrochent le lecteur dès les premières lignes et le tiennent en haleine. On a envie de lire, tout de suite, le chapitre suivant. S’il est vrai qu’en raison de la puissance de sa dénonciation, le combat pour le féminisme a éclipsé les autres sujets, Mariama BA, avec sa verve et son récit poignant, brasse des thèmes d’une grande richesse, comme l’amour, l’amitié, la trahison, la dégradation des mœurs, l’éducation et l’histoire. D’une manière générale, ce conflit entre tradition et modernité, est le fil conducteur de ce roman «Nous étions d’accord qu’il fallait bien des craquements pour asseoir la modernité dans les traditions. Ecartées entre le passé et le présent, nous déplorions «les suintements» qui ne manqueraient pas». Au passage, Mariama BA se fait sociologue et philosophe. Guidée par une grande économie de mots, sans digression, Mariama BA évoque l’amour et le bonheur du mariage dans un couple uni, et puis la cruauté de la trahison, l’influence néfaste des familles, et donc la jalousie, la colère et même la rupture pour l’une des protagonistes, la souffrance ou la résignation, mais aussi la dégradation des mœurs, l’inconstance des maris libidineux. «Alors que la femme puise, dans le cours des ans, la force de s'attacher, malgré le vieillissement de son compagnon, l'homme, lui, rétrécit de plus en plus son champ de tendresse. Son œil égoïste regarde par-dessus l'épaule de sa conjointe. Il compare ce qu'il eut à ce qu'il n'a plus, ce qu'il a à ce qu'il pourrait avoir» écrit-elle. Finalement, même si le féminisme a vampirisé tout le reste, des thèmes riches sont traités dans ce roman : l’amour, l’amitié, la trahison, les castes, l’éducation, le conflit entre tradition et modernité. Ce roman est également un voyage dans l’histoire, enseignement et éducation.
«La saveur de la vie, c’est l’amour. Le sel de la vie, c’est l’amour» écrit-elle. Le thème de l’amour, au cœur de sa réflexion, est décliné dans tous ses aspects. Mariama BA valorise l’amour maternel «On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue s’enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin» écrit-elle. Cependant, à l’égard de ses enfants, Mame Coumba N’DIAYE, sa fille et biographe, a relaté «l’amour-passion» de sa mère, ses coups de colère, sa sévérité et ses punitions : c’est une mère exigeante, pour rendre ses enfants meilleurs. Ainsi, quand sa fille tombe enceinte d’un étudiant, le personnage de Ramatoulaye est convaincu par la plaidoirie d’Ibrahima SALL, convoqué, qui dira «Votre fille est mon premier amour. Je souhaite qu’elle soit l’unique». En dépit de la trahison de son mari, Ramatoulaye rappelle le profond amour entre un mari et sa femme : «J’ai aimé passionnément cet homme, dire que je lui ai consacré trente ans de ma vie, dire que j’ai porté douze fois son enfant». Mariama BA donne sa définition du mariage qui «n’est pas une chaîne. C’est une adhésion réciproque à un programme de vie» écrit-elle. Pour Mariama BA, l’amour de sa famille, et notamment de son mari, revêt un caractère majeur «Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple, tout en respectant le choix des femmes libres. J’ai aimé ma maison. (…) Tu connais ma sensibilité, l’immense amour que je vouais à Modou» et en dépit de la trahison, elle dit «ma vérité est que, malgré tout, je reste fidèle à l’amour de ma jeunesse». L’auteure est sur ce point en rupture avec la tradition : «Une femme doit épouser l’homme qui l’aime, mais point celui qu’elle aime ; c’est le secret du bonheur durable» lui disait-on. «L’amour si imparfait, soit-il, dans son contenu et son expression, demeure le joint naturel entre deux êtres. C’est de l’harmonie du couple que naît la réussite familiale». Le personnage d’Aïssatou invoque également la question de l’amour dans sa lettre de rupture avec Mawdo qui a pris une deuxième épouse, sous la contrainte de sa mère : «Si tu peux procréer sans aimer, rien que pour assouvir l’orgueil de ta mère, je te trouve vil. (…) Je me dépouille de ton amour, de ton nom. Vêtue du seul habit valable de la dignité, je poursuis ma route». Quand les hommes sont marqués par la bestialité des instincts, par des trahisons charnelles, ce n’est plus de l’amour : «Je ne pouvais pas être l’alliée des instincts polygamiques» dit-elle. Mariama rend hommage à son institutrice, Berthe MAUBERT pour son altérité : «Le mot aimer avait une résonance particulière en elle. Elle nous aima sans paternalisme».
L’amitié est supérieure à l’amour «J’ai toujours chanté l’amitié. Elle n’a pas les limites égoïstes de l’amour, ni ses exigences. Elle a des élans nobles, doux et entiers» dit-elle. Mariama a donc une conception exigeante de l’amitié «L’amitié a des grandeurs inconnues de l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l’amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l’amour». Ramatoulaye a de l’amitié pour Mawdo qui n’a pas pu sauver son mari terrassé par une crise cardiaque : «ses yeux rougis témoignent de quarante années d’amitié». A Daouda qui courtisait Ramatoulaye devenue veuve, il est offert l’amitié. Mariama BA ne conçoit l’amour que dans le mariage «Mon cœur n’aime pas Daouda Dieng. Ma raison apprécie l’homme. Mais le cœur et la raison sont souvent discordants. (…) L’estime ne peut justifier une vie conjugale» fait-elle dire à Ramatoulaye. Mariama revient sur la force de l’amour, dans le Chant écarlate : «On ne peut rien contre l'amour. Celui qui lutte contre l'amour est semblable à celui qui veut assécher la mer».
La trahison est présente dans ce roman. Modou, le mari de Ramatoulaye, a épousé Binetou, une amie de sa fille, Daba. A la mort de son mari polygamique, elle écrit : «Je mesure, avec effroi, la trahison de Modou. L’abandon de sa première famille. Mort sans le sou». La veuve est dépouillée de sa maison au profit de sa belle-mère. La trahison génère l’amertume, et la tentation de la résignation, dans un pays musulman, est grande : «Pour vaincre ma rancoeur, je pense à la destinée humaine. Chaque vie recèle une parcelle d'héroïsme, un héroïsme obscur fait d'abdications, de renoncements et d'acquiescements, sous le fouet impitoyable de la fatalité». Pour se prémunir de la fatalité, et avoir envie de lutter en tant que femme, Mariama a ses recommandations : «Pour vaincre la détresse quand elle vous assiège il faut de la volonté, quand on pense que chaque seconde écoulée abrège la vie, on doit profiter intensément de cette seconde, c'est la somme de toutes les secondes perdues ou cueillies qui fait les vies ratées ou réussies» écrit-elle. Il est aussi question de racisme dans ce roman, Jacqueline, venant d’un autre pays africain, est affublée du sobriquet de «Gnac», une broussarde.
Mariama évoque la question des castes. Dans ce roman, Mawdo BA, un médecin noble et Guelwar du Sine, est marié à Aïssatou, de la caste des forgerons : «Un mariage controversé. (..) Un Toucouleur qui convole avec une bijoutière ? Jamais, il n’amassera de l’argent». La mère de Mawdo, «rigide et pétrie de morale ancienne», est attachée «à la véracité de la loi du sang». Mais Mariama défend une autre noblesse, celle de l’esprit : «Chaque métier, intellectuel ou manuel, mérite considération, qu’il requiert un pénible effort physique, des connaissances étendues ou une patience de fourmi». Aïssatou gagne sa noblesse par le travail, elle a étudié et a eu un poste aux Etats-Unis. Les livres «te permirent de te hisser. Ce que la société te refusait, ils te l’accordèrent : des examens passés, avec succès, te menèrent, toi aussi, en France. L’école d’interprétariat, d’où tu sortis, permit ta nomination à l’ambassade du Sénégal aux Etats-Unis». La noblesse d’esprit, c’est aussi rester fidèle à sa famille : «Les princes dominent leurs sentiments, pour honorer leurs devoirs» écrit-elle.
L’éducation est présente dans les thèmes traités par Mariama BA «Le rêve d’une ascension sociale fulgurante pousse les parents à donner plus de savoir que d’éducation à leurs enfants. La pollution s’insinue autant dans les cœurs que dans l’air» écrit-elle. Pour Mariama BA, le moderne accompagne aussi la dégradation des mœurs : «Je jugeais affreux le port du pantalon quand on n’a pas, dans la constitution, le relief peu excessif des Occidentales. Le pantalon fait saillir les formes plantureuses des Négresses, que souligne davantage une cambrure profonde des reins» écrit-elle. Pourtant, le personnage de Ramatoulaye entame l’éducation sexuelle de ses filles «Je ne voulais pas armer mes filles en leur offrant l’immunité du plaisir. Le monde est à l’envers. Les mères jadis enseignaient la chasteté. (…) J’insiste sur la signification sublime de l’acte sexuel, une expression de l’amour» écrit-elle.
Mariama BA, c’est un mélange de dictons sénégalais et de philosophie tirés de la tradition orale ou de dictons de sa grand-mère : «La honte tue plus vite que la maladie» ; «On ne brûle pas un arbre qui porte des fruits» ; «On ne change pas les habitudes d’un homme fait» ; «La vie n’est pas lisse, on y bute des aspérités» ; «On n’abat pas l’arbre dont l’ombre vous couve. On l’arrose. On le veille» ; «On a beau nourrir un ventre, il se garnit quand même à votre insu».
Mariama BA était une militante associative, tout en étant très proche du Parti socialiste de SENGHOR et de son club Soroptimiste, elle n’était pas une militante politique : «A regarder les tiraillements stériles au sein d’un même parti, à regarder l’appétit de pouvoir des hommes, je préfère m’abstenir» écrit-elle. «Si la femme est animée d’un idéal politique, si elle ne veut pas être un support, un objet qui applaudit, si elle a un message politique, il lui est difficile de s’insérer dans un parti politique», dit-elle en 1979. Pour elle, «quand on a envie de travailler sainement, qu’on ne recherche pas à être connue, les associations féminines offrent des cadres d’évolution aux angles plus arrondis». Cependant, Mariama BA revendique, pour les femmes, une juste place dans le jeu politique : «La femme ne doit plus être l’accessoire qui orne, l’objet que l’on déplace, la compagne qu’on flatte ou calme avec des promesses. La femme est la racine fondamentale de la Nation où se greffe tout apport, d’où part aussi toute floraison. Il faut inciter la femme à s’intéresser davantage au sort de son pays» écrit-elle.
Les chercheurs se sont longtemps et longuement interrogés : ce roman est-il autobiographique ?
Son roman a, incontestablement, des éléments tirés de la vie de l’auteure : Ramatoulaye, est une femme divorcée, résidant au quartier de la Médina, à Dakar, c’est une enseignante, confrontée, dans l’éducation de ses enfants, à la dégradation des mœurs. Il est indubitable que ce roman s’est enrichi de l’expérience personnelle de Mariama BA. Par ailleurs, ce roman a une dimension historique. L’école normale supérieure des Institutrices de Rufisque étant créée en 1938, le vécu de Mariama BA, au frémissement des idées d’indépendance, est un aspect important de sa création littéraire, notamment en ce qui concerne le rôle et la place des femmes dans la société. Germaine Le GOFF qui a dirigé cette école entre 1938 et 1945, a exercé une influence décisive sur Mariama, dans son combat pour l’identité et l’émancipation des femmes. Mme Le GOFF avait pour ambition de former de jeunes filles «assez cultivées, maîtresses de maisons indigènes assez parfaites» écrit-elle. «Une si longue lettre» ce roman est-il pour autant autobiographique ?
Mariama BA avait écarté une réponse positive à cette question, en affirmant, à la sortie de son roman qu'elle n'avait «ni la grandeur d'âme, ni les qualités de son héroïne», il était donc difficile de savoir dans quelle mesure l'œuvre n'était pas d'inspiration autobiographique. La récente publication de la biographie de Mariama BA, par sa fille Mame Coumba NDIAYE, donne des éclairages nouveaux sur ce roman. Troisième fille, issue du premier mariage, Mame Coumba présente une biographie romancée, dans laquelle les affects ont pris une part considérable : «Au-delà des liens profonds faits de complicité totale et d’affectueuse tendresse, Mame Coumba conquiert et revigore, par l’amour incommensurable qu’elle portait à sa mère, amour qu’elle a su magnifiquement rendre compte tout au long de son ouvrage» écrit Aminata Maïga KA (1940-2005), dans sa préface.
A certains égards, cette biographie m’a semblé manquer de distance critique, elle est restée, fondamentalement, un cri du cœur pour une mère exceptionnelle, et quelle mère !
Mame Coumba, sa fille et biographe, s’interrogeait dans son avant-propos : «Je me demandais comment j’arriverais à avoir cette objectivité froide et impartiale, cette distanciation non intime, qui font la force des biographes, pour écrire un livre crédible sur Mariama Ba». Dans sa préface, Aminata Maïga KA estime, qu’en «véritable intellectuelle, elle (Mame Coumba N’DIAYE) a du prendre du recul par rapport à ses sentiments, pour promener un regard critique sur la forte personnalité de sa mère qu’elle appelle «Mariama Ba» avec beaucoup de détachement, de rigueur, voire de sévérité». En effet, Mame Coumba a fait, considérablement, avancer la recherche, et cela à plus d’un titre, elle a pu accéder à une correspondance inédite et des carnets de notes de Mariama BA, à des documents épars, déjà publiés, mais difficiles d’accès, qu’elle a regroupés, en annexe. Pour la question qui nous occupe : est-ce un roman épistolaire ou biographique ?
Mame Coumba, me semble-t-il, a tranché, définitivement, la question. C’est une voix autorisée. «Le grand mérite de Mariama Ba, c’est d’être placée au cœur de ce roman, d’avoir cohabité avec l’héroïne jusqu’à céder aux tentations de la biographie» écrit Mame Coumba N’DIAYE. Suivant cette biographe, le livre auquel pensait Mariama, au départ  n’avait rien à voir avec sa vie personnelle. «Une si longue lettre» était né, fortuitement, des confidences de deux sénégalaises, amies de l’auteur que les déboires conjugaux avaient plongées dans le désarroi, loin de leur pays» écrit Mame Coumba N’DIAYE.
Mariama BA, née le 17 avril 1929, à Dakar, a vécu essentiellement avant l’indépendance et durant la deuxième moitié du XXème. A moins de quatre ans, la petite Mariama perd sa mère des causes de la peste, dont elle ne garde que peu de souvenirs, si ce n’est «le sourire froid et figé de vieilles photographies» écrit-elle. Mariama, la benjamine d’une famille de quatre enfants, garde peu de souvenir de ses deux soeurs aînées, mortes à deux années d’intervalle. En l’absence d’une figure maternelle, qu’il juge indispensable pour l’éducation de ses deux filles, le père de Mariama les confie  à leurs grands-parents maternels.
Mariama BA nait à la rue Armand Angrand, à Dakar au Sénégal le 17 avril 1929, dans une famille musulmane, «si elle ne vivait pas dans l’opulence, elle était à l’abri du besoin» écrit Mame Coumba N’DIAYE, sa biographe. L’auteure, Mariama BA, précise «Dans notre cour, traînaient à longueur de journée aveugles et éclopés que grand-mère nourrissait». La famille transférera sa résidence au quartier de la Médina à Dakar, et Mariama habitera avec Obèye DIOP, à Fann-Résidence, toujours à Dakar. Son grand-père paternel, Mody Coumba BA, est un Peul originaire de Bakel, mais dont les ancêtres seraient du Mali, dans le Macina. Cheikh Anta DIOP (voir mon article), dans sa thèse, a établi que les Peuls viennent de l’Egypte ancienne. Le grand-père maternel de Mariama travaillait comme interprète pour l’administration coloniale française, à Saint-Louis, puis a transféré sa résidence à Dakar. Bien que de culture ouolof, Mariama BA, de son patronyme, est, incontestablement, une descendante de Coly Tenguella BA (voir mon article), celui qui avait fondé l’Empire des Déniankobé ayant régné 400 ans sur le Fouta-Toro. En effet, tous les BA, sont des nobles et descendants de cet empereur du Fouta-Toro, dit Cheikh Moussa Camara (voir mon article), un grand spécialiste de la généalogie des Hal-Poulaar. Ce côté de la noblesse peule a donc été occulté au profit des ses origines de l’aristocratie ouolof. En effet, son grand-père maternel, El Hadji Macoumba DIOP, était un homme discret et pieux musulman. Sa grand-mère, Coumba Diaw DIOR, était une femme fière et forte, héritière de la lignée royale des souverains de l’Etat ouolof du Cayor. «Très représentative de l’ancienne aristocratie cayorienne, elle avait une conscience très nette de son milieu social, signe irréfutable de ses origines. Yaye Coumba appartenait à la lignée royale. (..) Elle en avait l’allure fière et solennelle, la noblesse de caractère, le sens poussé de l’honneur qui préférait la mort au déshonneur» écrit-t-elle. Incarnation vivante du matriarcat africain pilier de la société et garante de l’ordre social, la grand-mère aura une très forte influence sur sa petite-fille, sur son caractère, sa foi musulmane ardente et sa perception des droits des femmes. «Brave grand-mère, je puisais, dans ton enseignement et ton exemple, le courage qui galvanise au moment des choix difficiles» écrit-elle. Mariama BA avait bien détecté, dès son jeune âge, à travers l’éducation de sa grand-mère, la puissance du pouvoir des femmes, notamment pendant la nuit, sur l’oreiller : «Grand-mère disait que si la femme parlait, bien des élimanes (imams) ne seraient plus à la tête des prières. C’est dans la nuit d’alcôve que les réalités éclatent, loin des regards et des haines. Toute carapace se fend. L’individu dans sa vérité fait face à soi-même, face à sa femme. Les décisions éclaboussent le jour, nées de la réflexion et du raisonnement des femmes» écrit-elle. Mame Coumba N’DIAYE, de renchérir, «Yaye Coumba qui, selon tous les témoignages familiaux, s’est faite le chantre de la grandeur du féminisme». Mariama sait, dans son combat pour le féminisme, la dette à l’égard de sa grand-mère : «A la gloire de grand-mère, qui, par sa voix, m’a apprise que la femme est un être précieux» écrit-elle.
Son père, Amadou BA (1892-1967), a été ministre de la Santé à l’époque de la loi-cadre, entre 1957 et 1958. Sa mère, Fatou Kiné GAYE meurt en 1933, alors qu’elle n’avait que quatre ans ; elle est alors confiée à sa grand-mère Yaye Coumba. L’hostilité des traditionnalistes à l’égard de l’inscription des filles à l’école française, était encore vive : «L’éducation des filles passait par la soumission à l’homme. Elle passait également par le renoncement, l’abdication de leur personnalité et les érigeait en servante de l’époux qui avait en main, «la clef du Paradis» écrit Mariama BA, dans ses carnets que cite Mame Coumba N’DIAYE. Son père, Amadou BA, un militant socialiste, «affichait des idées libérales et se référait à sa propre philosophie» écrit Mame Coumba N’DIAYE. «J’eus la chance de fréquenter l’école grâce aux instances réitérées de mon père qui, à chacun de ses congés, priait mes grands-parents de lui accorder cette faveur. Je fus la première à changer de voie. Depuis, des cousins et cousines ont suivi le pas» écrit Mariama BA. En effet, Amadou BA, son père, l’inscrit à l’actuelle école des jeunes filles, devenue école Berthe MAUBERT.  «Puis un jour, vint mon père, vint l'école, et prit fin ma vie libre et simple» écrira-t-elle en 1947.
Talentueuse, et ayant un goût prononcé pour la lecture, son père l’a aidée et soutenue dans ses études : «En même temps que l’école, mon père fortifiait mes acquis. Financier, mais homme de lettres, il m’a appris à lire. Ses retours de voyage m’inondaient de livres. Je lui dois de savoir m’exprimer oralement. Il me faisait raconter en français ce que j’avais lu et ne se lassait jamais de me reprendre» écrit-elle. Mariama a rendu hommage à ce père visionnaire, à la base de sa carrière littéraire : «Un père hors du commun, pionnier de l’émancipation féminine de la première heure. Son option d’hier me propulse aujourd’hui au-devant de la scène» écrira-t-elle. Mariama BA a subi l’influence de sa directrice d’école, Berthe MAUBERT, qui, au CM2, organisait des cours supplémentaires pour le rayonnement de son école et lui a inculqué les règles grammaticales qui régissent la langue française. En effet, à la fin du primaire Mariama obtient son certificat d’études primaires, mais grand-mère s’oppose à ce qu’elle fasse de longues études. Pour bien des gens traditionnalistes, adversaires de l’éducation des jeunes filles : «le remède apporté par l’école des Blancs est plus dangereux que le mal lui-même» écrit Mame Coumba N’DIAYE. Les filles de l’époque de Mariama, étaient censées devenir secrétaire, sage-femme ou femme au foyer. «J'avais choisi d'être secrétaire. J'avais à cette époque 14 ans. L'importance du choix d'un métier ne m'apparaissait pas du tout. C'est la directrice de l'école des filles qui est venue me retirer du groupe des élèves du secrétariat» confesse Mariama BA, dans l’interview accordée à Alioune Touré DIA. En effet, Berthe MAUBERT la Directrice de l’école, ayant repéré son talent littéraire, l’incite à s’orienter vers des études plus poussées : «Tout le monde, mais pas toi. Tu es intelligente. Tu as des dons. Même si tu ne veux pas y aller, tu vas préparer le concours pour le renom de notre école», dit-elle. La Directrice écrivit au père de Mariama, alors en voyage au Niger : «Mon père absent, Mme Berthe Maubert dut vaincre seule la résistance familiale» écrit Mariama BA. Dans son roman, elle rend hommage à cette française «Je n’oublierai jamais la femme blanche, qui la première, a voulu, pour nous, un destin «hors du commun».
En juin 1943, Mariama passe le concours organisé à l’échelle de l’ex-AOF (Afrique occidentale française) et en sort première. Suivant l’influence de son enseignante, Germaine Le GOFF (1891-1986), elle a choisi l’enracinement et l’ouverture «enracinement dans nos valeurs traditionnelles propres, dans ce que nous avons de bien et de beau, et ouverture aux autres cultures, à la culture universelle» dit-elle dans l’entrevue accordée à Alioune Touré DIA. En effet, Mme Le GOFF, une institutrice, avait pour préoccupation, d'ouvrir aux filles africaines la possibilité de fréquenter l'école. Après un séjour au Mali, de 1923 à 1926, et de longues années d’enseignement, elle fut chargée de créer, en 1938, peu de temps après le Front populaire, au Sénégal, la première Ecole Normale d'institutrices ouverte aux Africaines. Elle y travailla jusqu'à sa retraite, en 1945. Enseignante laïque, du temps où l’Eglise accompagnait le colon, Germaine Le GOFF, est une humaniste laïque. «La femme noire africaine n'existe pas dans l'esprit du colonisateur, et sans égalité des sexes, il n'y a aucun progrès possible, ni en France, ni en Afrique, ni ailleurs» estime Mme Le GOFF. Elle préconise un système éducatif basé sur le travail, la tolérance, l'égalité et la liberté religieuse. « Mme Le Goff avait une vision juste de l'avenir de l'Afrique. Son éducation reposait sur les principes que nous entendons prôner aujourd'hui : «enracinement et ouverture» dit Mariama BA à Alioune Touré DIA. Par conséquent, l’école, loin d’être une source de dépersonnalisation coloniale, est ressentie, par elle, comme un moyen de libération de la femme. Le thème de l’éducation occupe une place importante de son roman. «Un remarquable éducateur français pensa un jour, contre les habitudes livresques, que la première tâche, dans un pays agricole, est de susciter des élites paysannes» écrit Emmanuel MOUNIER. «Nous avons droit, autant que vous, à l’instruction qui peut être poussée jusqu’à la limite de nos possibilités intellectuelles» écrira Mariama BA.
En classe, les devoirs de Mariama sont jugés très bons. C’est déjà à l’école, «dans les ferments intellectuels où elle côtoie tant d’idées, que se scella définitivement le destin littéraire du futur écrivain. Elle éblouissait tant par son intelligence et derrière un air de rien, battait les records de bonnes notes dans la plupart des disciplines», écrit Mame Coumba N’DIAYE, sa fille et biographe. Mme LE GOFF, la responsable de l’établissement, montre, le 15 avril 1947, un écrit de Mariama, à Emmanuel MOUNIER (1905-1950) et Maurice GENEVOIX (1890-1980), de la revue «Esprit», alors en visite au Sénégal. Ce dernier trouve le texte (Enfance à Dakar) intéressant et le publie. Maurice GENEVOIX écrira sur ce texte : «Les dons personnels y éclatent, mais sa portée, à mon sens, dépasse le cas particulier». Encouragée par ces monstres de la littérature française, de là date le penchant de Mariama BA pour l’écriture. «Il est étonnant de constater combien cette première livraison prenait le pas sur le réel. Elle comporte malgré des traces de fiction, une haute teneur autobiographique» écrit Mame Coumba N’DIAYE.
La publication du roman, «une si lettre longue lettre» a été possible avec l’appui de Mme Annette M’BAYE d’ERNEVILLE. Le poète sénégalais Birago DIOP (voir mon article), se plaignait du fait qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes sénégalaises en littérature : «Je suis très fière d’avoir «marrainée» Une si Longue Lettre de Mariama Bâ et le Baobab fou de Ken Bugul. J’ai pris l’initiative de les présenter aux Nouvelles Editions Africaines parce que les génies ne se reconnaissent pas eux-mêmes […] Il a fallu que Birago Diop, qui ne la [Mariama Ba] connaissait pas, dise au cours d’une réunion du comité de rédaction : “Mariama Bâ, c’est une bête de plume».
Mariama BA enseigne pendant douze ans, avant d’être mutée au sein de l’Inspection régionale de l’enseignement, en tant qu’inspectrice. Parallèlement à sa carrière de fonctionnaire, elle se marie trois fois : elle a trois filles avec Bassirou N’DIAYE, une fille avec Ablaye N’DIAYE, décédée en 1988, et cinq enfants avec le député et ministre Boubacar Obèye DIOP (1922-1995), dont elle divorcera. Mère de neuf enfants, Mariama BA a évoqué ses trois mariages qui se sont soldés, à chaque fois, par un divorce. Un des grands mérites de la biographie de Mame Coumba BA, troisième fille du premier lit, de Bassirou N’DIAYE, est d’avoir exploité les écrits inédits de Mariama BA, et elle fait état des mariages malheureux de sa mère (pages 45-65), de ses engagements pour le féminisme, et probablement, de l’influence de ceux-ci sur ce roman, «Une si longue lettre». Le mariage avec Bassirou N’DIAYE, avec une différence d’âge de 11 ans, a duré 4 ans de bonheur intense : «Cet homme avait la stature, le visage de guide, de cœur sensible». Ce mariage s’est fracassé sur un des thèmes majeur du roman, «une si longue lettre», à savoir le conflit entre la tradition et la modernité, la duplicité, voire la tyrannie des hommes. «Tout ce qui touchait l’émancipation féminine était perçue comme une hostilité. (…) J’avais rêvé d’un épanouissement dans la dignité. J’ai cru possible l’alliance des valeurs de l’ordre ancien et notre idéal de liberté. Quand, je l’ai connu Bassirou avait des idées en avance sur son temps. Il m’étonnait. (…) Mais c’est en véritable héritier des privilèges du passé qu’il s’installa dans notre couple. (…) Il me voulait tendre, empressée mais faible, dépossédée de tout « ce surplus » qui rentrait dans ma féminité. (..) Ce n’était pas du mariage que je voulais sortir, mais du lien étouffant qui semblait m’éloigner de ma véritable personnalité. (…) Les conflits devenaient réels et fréquents. (…) En prenant le parti de rompre, j’ai choisi d’exister. (..) Je devais vivre. J’avais choisi de lutter» écrit-elle. Moins d’un an après ce divorce, Mariama BA se remarie avec Ablaye N’DIAYE, «un médecin discret, presque timide, mais qui ne manquait pas de culture et, encore moins d’humour. (…) Il m’apportait, en plus de son affection, l’équilibre familial qui m’avait manqué. Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple. Au moment des premiers doutes, j’avais compris que je me suis trompée de voie». Mame Coumba N’DIAYE voit dans ces déboires conjugaux de Mariama BA, les origines de son féminisme. Mariama BA se remariera, une troisième fois, avec Obeye DIOP, un militant politique, (Ministre de l’information de 1960 à 1962, député de 1983 à 1988), un brillant intellectuel, un homme de culture et de plume, partisan de l’indépendance. «L’eau douce des beaux discours, n’étanche pas certaines soifs. J’incline vers l’audace et le défi» dit-elle, sceptique, à propos des prétentions politiques des dirigeants africains. «En nous libérant, que l’homme se libère aussi» écrit Mariama, restée ferme dans ses engagements pour le féminisme. Le couple aura résisté pendant 20 ans, avant de se dissoudre. Ce conflit des valeurs et de la tradition serait, selon Mariama BA, la source de l’échec de ses trois mariages : «C'est de l'intérieur d'un contexte réactionnaire, fait de tensions multiples, entre l'ancien et le moderne, de crises avec nous-mêmes, avec nos partenaires masculins, que la plupart d'entre nous ont tenté d'asseoir un amour neuf qui était condamné avant de naître» écrit-elle.
Conclusion
Disparue le 17 août 1981, à Dakar, à 52 ans, des suites d’un cancer du poumon, Mariama BA, une écrivaine intelligente, talentueuse et douée, une fierté pour le Sénégal et l’Afrique, nous laisse le goût amer d’une carrière inachevée. «Sur son lit d'hôpital, Mariama Bâ, m'exhortait à saisir les Nouvelles Editions Africaines pour qu'elles publient avant sa mort, car elle se savait condamnée, son roman «Un Chant écarlate» écrit Aminata Maïga KA. Auteure du  livre, «Un chant écarlate», publié à titre posthume, Mariama BA nous parle, dans ce roman, d’un couple mixte soumis à l’épreuve d’un environnement familial traditionnel et hostile. La première partie du roman se fixe sur l’histoire entre Ousmane et Mireille. C’est là la mise en place du drame qui commence par une idyllique histoire d’amoureux qui se battent l’un pour l’autre. Ils se rencontrent sur les bancs d’un lycée dakarois et c’est le coup de foudre ultime. Ousmane, fils d’un ancien combattant, Djibril Guèye, un homme fier et de grande moralité. Ousmane est très proche de sa mère, Yaye Khadi, femme totalement vouée au bonheur de son mari et de son père. Ils sont très proches, au point où Djibril Guèye, le père, s’en inquiètera. Et ceci n’est pas neutre car la très grande proximité d’Ousmane d’avec sa mère va avoir un impact énorme sur ses choix, ou ses non-choix, dans son couple plus tard.  « Ousmane, aimes-tu cette fille longue comme un rônier, plus laide qu’une hyène ? Sa tête ressemble à celle d’une tortue qui rentre et sort son cou» lui dit-elle. La seconde partie du roman, elle, est fixée sur le couple Ousmane-Mireille et leur combat pour résister à la vie dans un milieu urbain entouré d’un environnement campé dans ses traditions. Mariama BA décrit de façon magistrale le choc que peut ressentir Mireille face à l’envahissante présence de l’entourage d’Ousmane. Fille unique, elle est née et a grandi dans un milieu aristocratique et elle se retrouve entourée d’amis qui viennent et partent sans s’annoncer, à tout heure, qui ne tiennent aucun cas de son chez elle, sont sans gêne et la considère à peine. Et au-delà des amis sans gêne d’un mari qui ne veut faire de concession, exige de sa femme qu’elle «comprenne» tout et accepte tout, il y a l’hostilité de Yaye Khadi. «Elle se curait les dents et crachait sur le tapis, sans ignorer que son geste, après son départ, allait déclencher la bagarre». Ousmane n’a pas pris la mesure de ce qu’est pour une mère de n’avoir pas de bru du cru. De devoir renoncer aux honneurs d’un baptême traditionnel fait de fastes et de présents, durant lequel toutes grand-mère se change en parangon de mère à qui toute la communauté rendra hommage. Quand la famille De La Vallée décide de renier Mireille qui s’est exilée par amour à Dakar avec un «ça», Djibril Guèye accepte le choix de son fils, mais Yaye Khadi, elle, n’accepte pas Mireille. Cette dernière connaîtra un destin tragique.
«C’est sur les genoux de la femme que se forme ce qu’il y a de plus précieux au monde : un honnête homme» écrit Mariama BA, en 1976, en l’hommage de Germaine LE GOFF. Infatigable dans son combat, elle réitérait «Je voudrais être l’interprète de la paysanne que fanent, prématurément, la sous-alimentation, la recherche de l’eau, les pénibles démarches. (…) Je voudrais répercuter, sans colère, mais en échos retentissants, toutes les voix étranglées, les voix des sœurs opprimées, maintenues dans des moules d’évolution dépassée, qui ont la tête de maternités incontrôlées» dit-elle, à l’assemblée nationale, le 25 mars 1979, lors de la journée nationale de la femme. Si Mariama BA savait la difficulté de la tâche pour l’émancipation des femmes, elle était restée optimiste pour l’avenir «Les irréversibles courants de libération de la femme qui fouettent le monde ne me laissent pas indifférente. Cet ébranlement qui viole tous les domaines, révèle et illustre nos capacités. Mon cœur est en fête à chaque fois qu’une femme émerge de l’ombre», écrit-elle. Depuis sa mort, Mariama BA est devenue un mythe et une icône mondiale pour l’émancipation des femmes, sa réputation et sa célébrité ne cessent de s’étendre à travers tous les continents. On la cite à chaque fois qu’il est question de féminisme : «Dame, la mort est aussi belle que fut la vie» écrit-elle. Son roman, «Une si longue lettre» a été traduit en 17 langues, ce qui lui vaut le Prix Norma en 1980. Mariama BA est enseignée au Sénégal, en Afrique, et son roman a été traduit, notamment en langue anglaise sous le titre «So Long Letter» et figure au programme des études africaines. Un nombre incalculable de thèses et d’articles ont été écrits sur son roman, «Une si longue lettre». La relève est assurée, avec notamment Ken Bugul M’BAYE, Fatou DIOME, Liking WEREWERE, Calixthe BEYALA, etc. Son nom est immédiatement reconnu par le moteur de recherche Google, et bien orthographié ; ce qui constitue une forme de consécration. Comme l’a si bien dit Mame Coumba NDIAYE, sa biographe et fille : «Ce que le temps n’a pas voulu accorder à Mariama Bâ, elle l’a gagné dans le cœur des hommes».
Indications bibliographiques
1 – Contributions
BA (Mariama), Un chant écarlate, Dakar, Paris, Présence africaine, 1981, 250 pages ;
BA (Mariama), Une si longue lettre, Dakar, les Nouvelles éditions sénégalaises, 1979 et 1987, 131 pages ; Paris, Le Serpent à plumes, collection motif, n°137, 2001, et Paris, Groupe Privat/Le Rocher, 2005n 164 pages ;
BA (Mariama), So Long a Letter (Une si longue lettre), traduction de Modupé Bodé-Thomas, Oxford, Heinnemann, collection «African Writers», série n°248, 1989 et 1981, 90 pages ;
BA (Mariama), «Succès littéraire de Mariama Bâ pour son livre Une si longue lettre», interview d’Alioune Touré Dia, Amina 84, novembre 1979, pages 12-14 ;
BA (Mariama) collaboratrice, M’BAYE d’ERNEVILLE  (Annette), éditeur scientifique, Femmes africaines, propos sur les thèmes de femmes et société, suivi de «Une si longue lettre» de Mariama Bâ, avec 5 compositions de Gnagna Diène, Paris, Martinsart, 1982, 356 pages ;
BA (Mariama), «La fonction politique des littératures écrites», Ecritures africaines dans le Monde, 1981, n°3, pages 6-7 ;
BA (Mariama), «Interview : Mariama Bâ», conduit par Barbara Harrell-Bond, The African Book Publishing Record, 1980, Vol. 63, n°4, pages 209-214 ;
BA (Mariama), «Enfance à  Dakar» (Le titre initial : Combien j'ai douce souvenance - Du joli lieu de ma naissance)», in Maurice GENEVOIX, Afrique blanche, Afrique noire, Paris, Flammarion, 1949 et 2003, 219 pages, spéc pages 118-119, et Emmanuel MOUNIER, L’éveil de l’Afrique noire, Paris, Presse de la Renaissance, 1948 et 2007, 123 pages, spéc n°63-66, soit pages 20-24.
2 – Critiques
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Sembène Ousmane, «Une si longue lettre» de Mariama Bâ et «La grève des Battu» d’Aminata Sow Fall, thèse, Université du Nigeria, Nsukka, 2011, 61 pages ;
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VOLET (Jean-Marie), La parole aux africaines, ou, l’idée de pouvoir : chez les romancières d’expression française de l’Afrique, Rodopi, 1993, 367 pages ;
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Paris, le 7 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 00:17

Mariama BA et "Sa si longue lettre" est devenue l'icône de la littérature sénégalaise et mondiale de l'émancipation de la femme. Dans ce conflit entre tradition et modernité, l'acte d'écriture est hautement subversif, contre la misogynie, pour rétablir les femmes, pleinement, dans leur droits.

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3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 14:25

Les élections américaines de mi-mandat du 6 novembre 2018, sont un enjeu pour le monde entier en raison de la progression du populisme, et du rétablissement de lois ségrégationnistes en matière de vote. Cependant, les minorités pourraient percer dans ces Midterm.

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3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 13:09
«La question majeure du XXème siècle sera la ligne de partage des couleurs» avait prophétisé W.E.B. du BOIS (voir mon article), un intellectuel majeur pour la conquête des droits civiques. Il veut tout «simplement qu’il soit possible à un homme d’être à la fois un Noir et un Américain, sans être maudit par ses semblables, sans qu’ils lui crachent dessus, sans que les portes de l’Opportunité se ferment sur lui». W.E.B. du BOIS avait ajouté que «Le problème noir n’est rien d’autre qu’un test concret des principes fondateurs de la grande République». Ces élections américaines de mi-mandat, avec le renouvellement complet de l’ensemble de la Chambre des Représentants (435 sièges) et un tiers des 100 membres du Sénat (35 postes), 36 postes de gouverneurs et 30 postes de procureurs, ainsi que divers mandats locaux, au total 6 665 mandats sont en jeu concernant, hautement, les Noirs, la diaspora et l’ensemble de ceux qui croient encore en la République et la démocratie. En effet, suivant la prophétie de WEB du BOIS, avec la foudroyante progression du populisme, «la ligne de partage des couleurs» est plus que béante. Songez seulement que l’Italie, la Hongrie, le Brésil et naturellement l’Amérique de Donald TRUMP, la plus grande démocratie occidentale, ont déjà basculé dans le camp de l’horreur. La peste brune frappe à la porte de la France, pays des Lumières et des droits de l’homme.
Ces élections américaines de «Midterm» sont un véritable référendum pour ou contre Donald TRUMP, un populiste, un xénophobe, un islamophobe, un isolationniste et un prédateur sexuel. Il agite maintenant des restrictions concernant l’accès à la nationalité, pour les enfants de parents étrangers nés aux Etats-Unis. Si les démocrates gagnent la majorité à la Chambre des représentants, c’est ce qu’indiquent tous les sondages, cela ouvre, pour eux, de grandes perspectives, notamment la présidence de diverses commissions (renseignements, justice, etc.). Les pouvoirs d’enquête de la Chambre des représentants sont larges, et concernent aussi, une perspective d’Impeachment (destitution) contre Donald TRUMP (voir mon article). En effet, Donald TRUMP a des intérêts personnels financiers importants en Arabie Saoudite, avant et après qu’il soit devenu président, sans aucune information du Congrès ; c’est un conflit d’intérêts majeur qui a pris une actualité brûlante depuis l’assassinat de Jamal KASHOGGI et la famille sévissant au Yémen.
Les élections de Midterm ont un autre intérêt majeur pour les Noirs et la Diaspora, c’est la possibilité, pour certains candidats issus de ces communautés, d’émerger dans celles-ci, après plus de 400 années d’esclavage. Ils pourront ainsi, gravir «la montagne raciale» suivant une expression du poète, Langston HUGHES (Voir mon article). Une démocratie, sans partage du pouvoir, est une énorme escroquerie. En effet, relégués au rang de citoyens de seconde classe, ces minorités réclament leur juste place au soleil : «Nous ne devons pas accepter d’être lésés, ne fusse que d’un iota de nos pleins droits d’homme. Nous revendiquons tout droit particulier appartenant à tout Américain né libre au point de vue politique, civil et social ; jusqu’à ce que nous obtenions tous ces droits, nous ne devons jamais nous arrêter de protester et d’assaillir la conscience américaine» avait déjà souligné W.E.B du BOIS.
Cependant, le combat de ces minorités sera particulièrement rude. Non seulement, traditionnellement, ces élections de mi-mandat sont marquées par des taux d’abstention très forts, mais il s’agit des éléments nouveaux rétablissant, de façon pernicieuse, les lois Jim Crow, celles de la ségrégation raciale dont parlait WEB du BOIS. Pourtant, dans la lutte pour les droits civiques, et à la suite de la grande manifestation à Selma organisée par Martin Luther KING, réprimée dans le sang, le président JOHNSON avait, officiellement et théoriquement, rétabli les Noirs dans leur droit de vote, plein et entier. La première attaque contre les droits des minorités de voter, est venue, curieusement, de la Cour suprême, progressivement caporalisée par les conservateurs et les racistes. Ainsi, la Cour suprême a reconnu, dans un Etat fédéral, d’importants pouvoirs de législation aux Etats fédérés, y compris la faculté de restreindre le droit de vote. En raison de la jurisprudence de la Cour suprême dite précédent «Gerrymandering», les Etats conservateurs, du camp Républicain, ont institué un système de découpage électoral, même avec une majorité en voix, ils pourront battre, par cette supercherie, quand même les Démocrates. Dans ce système de GerryMandering, il s’agit, d’une part, de réserver aux candidats républicains, des circonscriptions taillées sur mesure pour leur candidat. D’autre part, la stratégie est d’éparpiller les votes des Démocrates et de les dissoudre dans différents bastions républicains, de nature à les empêcher de devenir majoritaires. En effet, 23 Etats fédérés américains, dont le Wisconsin, ont institué ce découpage électoral opportuniste et inéquitable. La justice anglo-saxonne, appliquant la règle du précédent, tous les recours engagés contre ces législations, restreignant notamment les droits de vote des Noirs, ont été rejetés. La charge de la preuve repose sur le plaignant.
Depuis l’arrivée  de Donald TRUMP au pouvoir, des législations ségrégationnistes ont pris une tournure, sans précédent. Sous prétexte de fraudes électorales, des obstacles injustifiables sont posé contre le droit de vote des minorités. En effet, Chris KOBACH, du Kansas, l’instigateur de la politique xénophobe en matière d’immigration, a affirmé qu’il y aurait des votes multiples et frauduleux, venant souvent des étrangers irréguliers. Par conséquent, certains Etats imposent, désormais, la production d’une copie de la pièce d’identité, notamment pour «Les Early Votes». Jusqu’ici, et en dehors des élections présidentielles, les réglementations nationales permettaient de voter aux élections locales, dans différents endroits, à condition d’y payer des impôts. Les enquêtes ont montré que 3000 personnes ont voté de façon multiple dans différents Etats fédérés, et seulement, trois étrangers étaient concernés par ces fraudes.
Dans ce système du Jim Crow, les Etats ségrégationnistes ont mis en place différentes techniques pour écarter, astucieusement, les minorités, du droit de vote : suppression de certains bureaux de vote, radiations massives sur les listes électorales, etc.
Ces «Midterms» étant un référendum contre le populisme, Donald TRUMP agite les peurs irrationnelles, par des publicités agressives et racistes. En effet, Donald TRUMP prétend que les illégaux massés à la frontière mexicaine, et qui vont envahir les Etats-Unis, seraient tous des violeurs, des délinquants et des terroristes. C’est ainsi qu’un esprit faible et militant d’extrême-droite, favorable à TRUMP, a tout récemment, assassiné 11 Juifs, pendant le Sabbat. Il y a donc des mots qui tuent. Par ailleurs, Donald TRUMP affirme, que depuis son arrivée au pouvoir, les Etats-Unis connaissent une croissance forte de 3,5%. Mais ce qu’il omet de dire, pendant ce temps, sa politique isolationniste, a fait chuter les exportations américaines créant ainsi une panique dans la haute finance.
Les sondages donnent une avance aux démocrates, et 31 millions d’Américains ont déjà participé aux votes anticipés (Early Votes), 40 % de jeunes, traditionnellement abstentionnistes, envisagent d’aller voter, et en raison de mutations démographiques, 531 577 nouveaux électeurs sont inscrits en 2018, contre 448 209 en 2017. Le vote des personnes âgées et des intellectuels blancs des classes moyennes, est traditionnellement acquis aux Républicains. Mais ces données vont-elles profiter, cette fois-ci aux Démocrates ?
Les tendances montrent que les démocrates ont remporté le contrôle de la chambre des représentants avec une estimation de 35 sièges gagnés  (230 pour les démocrates contre 205 pour les républicains). Nancy PELOSI, la Speaker contestée des démocrates, restera, sans doute présidente de la Chambre. Les républicains contrôleront toujours le Sénat. Les démocrates devaient gagner 2 nouveaux sièges, or ils en ont perdu 3. Quelques consolations pour les démocrates, dans leur promotion en faveur des minorités, ont été élus : Ayanna PRESSLEY, de Boston, première femme afro-américaine élue sénatrice, après plus de 400 années d’esclavage, Jared POLIS, gouverneur gay, au Colorado, Ilhan Omar, d’origine somalienne, et Rashida TLALEB, de parents palestiniens, deux musulmanes, Deb HAALAND, de la tribu Laguna Pueblo.
Cependant, «La ligne de partage des couleurs», après de 400 années d’esclavage est toujours largement présente. En effet, Mme Stacey ABRAMS semble avoir perdu l'élection est pour le poste gouverneur de la Géorgie, un Etat du Sud marqué jadis par la ségrégation raciale. Donald TRUMP a radié, dans cet Etat plus de 51 000 électeurs, essentiellement, des Noirs votant pour les démocrates. Ces élections peuvent donc être contestées devant le juge. En effet, on a donc volé à Stacey ABRAMS sa victoire, par des méthodes déloyales et racistes, comme au bon vieux de la ségrégation raciale. Le gouverneur actuel de la Géorgie est John Nathan DEAL, un républicain. Nathan DEAL est très conservateur ; il avait soutenu la loi sur le droit d’accès sur la nationalité et avait vainement d’instaurer le droit du sang. M. DEAL est également hostile au mariage gay, en vue de «protéger la liberté religieuse» dit-il. La Géorgie c’est le pays du chanteur Ray CHARLES, dont une ses chansons, composée en 1930, «Georgia in My Mind» est  devenue l’hymne national. En effet, Ray CHARLES avait fui la ségrégation raciale en Géorgie pour aller s’installer en Californie. Dans les années 50, quand il envisage de donner son unique concert dans son pays, il découvre, amèrement, que la salle de concert est toute réservée au Blancs.  Il annule le concert et décide de ne plus revenir en Géorgie. C’est un geste fort dans la lutte contre la ségrégation raciale qui a été renforcé par l’action de Rosa PARKS et Martin Luther KING.
Mme ABRAMS est non seulement une avocate, formée à Yale, mais elle est aussi romancière et femmes d’affaires. Elle a publié pas moins de huit romans, essentiellement des romances, sous le pseudonyme Selena MONTGOMERY. Son premier roman, «Rules of Engagement», est sorti en 2001 et son dernier, «Déception», a été publié en 2009 ; elle est décrite comme «avocate le jour, et écrivain du matin au soir». Mme ABRAMS, encore inconnue du grand public en France, n’a pas encore été traduite en français.
Mme Stacey Yvonne ABRAMS, née le 9 décembre 1973, à Madison (Wisconsin), a grandi à Gulfport, la deuxième grande ville du Mississippi, dans une famille pauvre avec ses cinq frères et sœurs. Ses parents, originaires du Mississippi, des missionnaires, ont mis un point d’honneur pour éduquer leurs enfants.
Mme ABRAMS, écrivaine et diplômée de Yale, a fait de l’éducation un de ses thèmes majeurs de campagne. En dépit des deux mandats en demi-teinte de Barack OBAMA et de la tentation d’un vote sanction à l’encontre de Donald TRUMP, Mme ABRAMS mène une campagne positive en direction des 200 000 abstentionnistes. Elle veut convaincre chacun de voter pour que de voter contre. Outre l’éducation, chacun doit pouvoir en fonction de ses capacités ou de son potentiel, avoir un emploi rémunérateur, avoir accès aux soins médicaux et s’épanouir dans sa vie.
Le populisme ayant actuellement le vent en poupe, cette victoire des Démocrates à la chambre des représentants, et donc ce revers de Donald TRUMP dans ces élections américaines, est une grande bouffée d’air et un espoir, pour tous les partisans de la République, dans le monde entier. C’est un point d’appui important pour les prochaines présidentielles qui, je l’espère, verront l’élection de Mme Michèle OBAMA. En effet, dans ces Midterms, 77% des Américains estiment que Donald TRUMP a profondément divisé le pays, et 71%  que les minorités, notamment les femmes, les jeunes, les habitants des banlieues, et les Noirs, devraient avoir plus de responsabilités politiques. Pour 41%, l’Obama Care, sur lequel les Démocrates ont engagé leur campagne électorale, est un acquis social majeur et irréversible. En revanche, une des causes de l’échec de Donald TRUMP, à la chambre des représentants, est d’avoir agité les peurs irrationnelles. L’Amérique des Démocrates semble donc encore attachée au bien-vivre ensemble.
Donald TRUMP souhaite, dans un tweet, travailler avec les Démocrates. Il y a des sujets de consensus qui peuvent faire l’objet d’un deal (Infrastructures, réglementation sur les médicaments). D’autres sujets sont particulièrement clivants (Immigration, accès à la nationalité d’enfants d’illégaux, guerre commerciale et isolationnisme). Les Démocrates, maintenant majoritaires vont-ils engager une procédure d’Empeachment contre TRUMP, ou diligenter des enquêtes, notamment sur l’intrusion des Russes dans les présidentielles de 2016 (Facebook, pour ces Midterms ont supprimé plusieurs comptes qui appelaient à l’abstention dans certains Comtés favorables aux Démocrates), l’enrichissement de TRUMP grâce aux Saoudiens ?
Donald TRUMP majoritaire au Sénat, instance de validation pour la désignation de hauts fonctionnaires, pourra notamment les juges de la Cour suprême. La campagne des présidentielles de 2020 a presque démarré.
Indications bibliographiques sur Stacey ABRAMS, alias Selena MONTGOMERY
MONTGOMERY (Selena), Deception, New York, Saint Martin’s Press, 2009, 384 pages ;
MONTGOMERY (Selena), Hidden Sins, Harper Torch, 2006, 384 pages ;
MONTGOMERY (Selena), Never Tell, New York, Saint Martin’s Press, 2004, 352 pages ;
MONTGOMERY (Selena), Power of Persuasion, Harlequin, 2002, 288 pages ;
MONTGOMERY (Selena), Reckless, New York, Harper Collins Publishers, 2008, 374 pages ;
MONTGOMERY (Selena), Rules of Engagement, Saint Martin’s Paperbacks, 2001, 350 pages ;
MONTGOMERY (Selena), Secret and Lies, New York, Harper Collins Publishers, 2009, 384 pages.
Paris, le 7 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
«Midterm, (élections américaines de mi-mandat) du 6 novembre 2018 et les minorités ethniques» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 12:46

«Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse», avait déclaré Nelson MANDELA, un humaniste habité par l’espoir et l’espérance. L’Africain, victime de longue date de préjugés, a fini par les intérioriser, et se croyant ainsi qu’il est voué, éternellement, à se maintenir dans l’esclavage, à se cantonner dans le statut de consommateur, dans la dépendance et les travaux ingrats et mal rémunérés. Pourtant, des signaux faibles et forts, indiquent qu’une race de capitaines d’industrie issue de la diaspora, est entrain de voir le jour. Ainsi, Nelly WANDJI, consultante et entrepreneure,  est à l’initiative d’une galerie-boutique, au 93 rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris 8ème, une adresse prestigieuse, dans le quartier des grandes marques de luxe et des grandes galeries d’art. C’est une entreprise jeune, qui génère des revenus à près de 7 chiffres. Cette initiative, qu’il faut saluer et encourager, est un challenge attestant, qu’en dépit de l’afro-pessimisme ambiant, certains entrepreneurs de la diaspora, comme Nelly WANDJI, ont vaincu «la montagne raciale», en référence à une expression de Langston HUGUES, un poète américain. En effet, l’Afrique est un continent d’opportunités, de talents et de créativité en qualité et authenticité. «La galerie est née de la volonté d’offrir aux acteurs des arts et cultures d’Afrique une place internationale pour raconter l’héritage, se rencontrer, échanger et enfin développer économiquement  les activités des uns et des autres» dit-elle à Ici Cameroun. Les sélections proposées sont méconnues de l’International. La création africaine est en plein essor ; il existe des personnes curieuses, à la recherche d’objets rares, uniques et authentiques. Nelly WANDJI a créé les conditions d’un partenariat avec les créateurs africains qui se développe. En effet, il manquait, à Paris, un lieu pérenne faisant la synthèse des univers africains du luxe et du Lifestyle contemporains tels que l’art, le design et la mode. La galerie Nelly WANDJI, du nom de sa créatrice, à Paris 8ème, est donc un espace pour la  visibilité et l’accessibilité de la création africaine : «Je voulais valoriser l’Afrique, sans distorsions ni raccourcis, après mon expérience dans l’horlogerie et la joaillerie. Avec cette adresse, je souhaite présenter les créations du continent sous leur meilleur angle» explique Nelly WANDJI, dans le Point Afrique. Il s’agit de «mutualiser les efforts et capitaliser nos réseaux respectifs pour garantir le succès» dit Mme WANDJI. Pour cela, il faut revaloriser la valeur travail, et s’éloigner de l’assistanat, du défaitisme, de l’inhibition tétanisante, ainsi que des lamentations permanentes : «Je ne suis pas une fille à papa friquée. Je bosse, je me lève à 5 heures du matin et me couche à minuit», dit-elle. Derrière cette initiative, se cache l’envie d’ouvrir de réelles boutiques permanentes en Europe, mais surtout en Afrique où la demande est en constante progression.

Née au Cameroun, et après avoir obtenu un bac de comptabilité, Nelly WANDJI, poursuit, à la «Paris Graduate School of Management», des études en commerce international, avec une spécialisation en Marketing du management de luxe. «Mes parents ont toujours voulu que mon parcours soit structuré et débouche sur quelque chose de concret» dit-elle. A Douala, quand ses enseignants la questionnent sur son futur métier, elle répond sans hésitation : «Je serai douanière, car la douane est la porte d’entrée d’un pays. Je contrôlerai tout ce qui entre et tout ce qui sort». Nelly WANDJI a travaillé pour plusieurs grandes marques internationales, dans le secteur de la joaillerie et l’horlogerie  en particulier. Durant sa formation elle a effectué une année d’échange entre la Suède, à Stockholm et Lettonie, à Riga. Sa première mission est dans le 6eme à quelques pas du «Bon marché». Sensible aux parcours des grandes maisons, et grâce à cela, Nelly WANDJI s’est spécialisée en management du luxe ; cela lui a ouvert les portes du luxe. Elle a 24 ans quand elle démarre comme assistante marketing avant de gravir les échelons. Bientôt, elle accompagne le développement des marques de l’entreprise en France et dans toute l’Europe. Titulaire d’un M.B.A, Nelly WANDJI a intégré un grand groupe international (n°1 mondial de l’horlogerie, Swatch), et, a travaillé sur un projet d’implantation de nouvelles boutiques en Europe (17 points de vente, dans 6 pays européens). Nelly WANDJI avait alors la responsabilité de coordonner tous les réseaux en Europe (42 points de vente). L’aventure dure quatre ans, jusqu’à ce que Nelly WANDJI s’interroge sur son identité et la possible contribution de l’Afrique au commerce international. Et puis la jeune femme s’interroge sur les possibilités de bâtir un grand groupe de luxe africain. «Je suis fascinée par les grandes maisons françaises et par leur aptitude à s’imposer et à cristalliser une certaine adoration, mais je suis africaine avant tout». Nelly WANDJI a beaucoup voyagé et cela lui a permis d’éveiller sa curiosité. Sa transition professionnelle s’opère peu après un voyage à Milan. Dans la vitrine d’une boutique italienne, elle découvre le travail de la styliste italo-haïtienne Stella JEAN : des pièces en tissu Wax et Faso Dan Fani. C’est le déclic qui suscite son envie de valoriser les talents africains. Puis, en 2013, elle se rend à la «Fashion Week» d’Accra, au Ghana, alors capitale de la mode africaine, supplantée aujourd’hui par Lagos la nigériane. À son retour en France, elle rapporte dans ses valises une flopée de pièces de créateurs des deux pays dans l’optique de faire découvrir «ce fabuleux monde» en racontant d’où viennent les uns et les autres, et quel est le processus de fabrication suivi. Comptant, bien entendu, les proposer à la vente.

Fascinée par la Douane : «Quand j’étais petite, je rêvais d’être une femme très importante, d’avoir de l’influence sur les autres ; celle qui contrôlait les entrées et les sorties, cela signifie de comprendre comment pouvoir agir sur les leviers de la performance d’un pays, ou de proposer des choses intéressantes». C’est en raison de ce rêve d’enfant, que Nelly WANDJI a évolué vers le commerce international ; elle avait cette ambition de comprendre les flux du monde, avec une vision globale, elle a beaucoup voyagé pendant ses congés, très curieuse de tout, elle s’est rendue compte que «les Africains ne sont pas si différents des autres, mais ont une difficulté à faire valoir qui ils sont» dit-elle. Dans le monde entier, on a une vision, une image des autres pays (La France, produits de luxe, gastronomie, beau pays). Mais quand on évoque l’Afrique, c’est l’ignorance la plus complète. A tout le moins, l’Afrique est ramenée aux stéréotypes que véhiculent les médias (la famine, les guerres, les dictatures, les flots d’immigrants). Avec sa double culture, une grande richesse Nelly WANDJI souhaite que l’on porte un autre regard sur l’Afrique : «Je me rends compte, que ce qu’on appelle le «racisme» est alimenté par la méconnaissance de l’autre. Les gens ne connaissent pas, et ils ont peur de l’autre, parce qu’ils ne se connaissent pas. Mais si on parle des choses positives de l’Afrique (gastronomie, art, mode, design, destination de vacances) cela créé un autre imaginaire. Etant dans un groupe international, on parlait de tout, sauf de l’Afrique, même en matière commerciale. Je me  suis dite, je ne vais passer ma vie à servir les autres. J’aimerais contribuer à partager et à changer les choses» dit-elle.

Mme WANDJI se lance, alors, dans les affaires en créant d’abord une plate-forme. Quand on parle de projet, on pense tout de suite à des études de marché, des business plan, des scénarii de vente. Mme WANDJI a choisi une autre méthode, celle de la stratégie dite «Incremental Growth» (Croissance progressive). On procède par itération. Il est recommandé de débuter par une structure modeste. On évalue ses résultats, on les confronte aux ambitions de départ, et on fait des ajustements. Il ne faudrait donc pas partir d’une idée figée, ou d’un projet pharaonique avec des capitaux colossaux. Au départ, «On part avec une volonté, une vision, une envie, mais on abandonne toute méthode figée ou des idées arrêtées. C’est le marché qui nous guide, nous donne la direction. Si on a des convictions et des moyens importants, on peut résister au marché. Le défi au départ, c’est la méconnaissance des autres, des talents africains. Il fallait bien communiquer sur ce point» dit-elle. En Afrique, il y a beaucoup de créativité, de marques, des artistes talentueux, mais très peu de produits sont accessibles. «Le magazine Vogue a traité du design africain ; cela veut donc dire qu’il y a un intérêt, mais si quelqu’un veut acheter des produits africains, comment s’en procurer ? d’où l’idée de la plate-forme» dit Nelly WANDJI. C’est ainsi que naît le concept de la plateforme digitale : «MoonLook», que Nelly WANDJI, désormais cheffe d’entreprise, ouvre en 2014. «Je me suis attachée à des marques de tout le continent et qui ont leur propre A.D.N» dit-elle. Mais Internet, c’est difficile, c’est comme un océan, avec une masse de plus en plus importante d’informations, et il faut bien communiquer, émerger de la masse, pour s’y faire bien connaître. Et pour cela, on peut soit investir beaucoup de fonds en publicité ou sur les réseaux sociaux.

La plateforme, après un stade d’évolution de l’entreprise, ne suffit plus, à elle seule. En effet, la clientèle de luxe, particulièrement exigeante, a un besoin de voir les produits, de les toucher et de solliciter, éventuellement, une adaptation et une personnalisation de ce qui est proposé. Par conséquent, il fallait surtout provoquer une rencontre avec les gens, physiquement. Nelly WANDJI, crée alors, en octobre 2014, une boutique éphémère, au boulevard Beaumarchais, à Paris qui a duré 1 mois (15 marques de designers africains et de la diaspora, sur 35 mètres, 700 pièces vendues, avec un prix moyen de 80 €).  En avril 2015, 800 pièces ont été écoulées, avec un prix moyen plus élevé. «C’est là que j’ai compris que j’aurais dû ouvrir mon propre espace dès le début ! Il ne s’agissait plus seulement de mettre la mode à l’honneur, mais d’exprimer ce qui me tenait à cœur» dit Nelly WANDJI.

La galerie, au cœur du triangle d’or, un espace parisien en quête de création africaine d’exception, est une opportunité offerte aux jeunes marques de se faire connaître (événement, lancement présentation à l’occasion des «Fashion Weeks»). «Je veux que ma galerie soit un lieu de passage consacré à la créativité africaine à Paris, de la mode au design en passant par l’art, confie-t-elle. Je veux proposer des choses que l’on peut toucher et emporter» dit-elle à Jeune Afrique. Comment fait-on pour avoir un local commercial à Paris ? Il y a plusieurs formules, soit on accepte un bail précaire de la part de personne ayant déjà un bail, soit on essaie d’être soi-même le propriétaire du bail. Si on veut être bailleur, on a deux options, soit on achète un «pas-de-porte», également appelé «droit d’entrée» (Local vacant, un supplément de loyer ou une indemnité devant être précisé dans le contrat, c’est un actif incorporel), soit un bail dont le loyer est un peu plus élevé. On aura les frais d’agence à payer, soit l’équivalent de 3 mois de loyer, et une garantie que le bailleur va demander, environ 6 mois de loyer. Avant de s’engager, il faudrait économiser par conséquent, un an de loyer. Il est recommandé de démarrer son affaire avec un petit projet, en testant le marché. Mme WANDJI avait déjà fait des événements éphémères et qu’elle avait des chiffres, des volumes et savait qu’elle pouvait vendre, et envisageait de passer sur une gamme de produits. Elle avait donc une petite société qui avait de l’activité et une banque, elle a demandé à la banque de la suivre sur ce projet de la rue Faubourg Saint-Honoré, à Paris 8ème. Si on veut acheter un pas-de-porte, la banque peut le financer, c’est une immobilisation qui prend souvent de la valeur et qui est rarement dépréciée. Par ailleurs, il existe des organismes à Paris et sa proche banlieue proposant des locaux à louer dans des zones dans lesquelles, ils souhaitent revitaliser le commerce. Un organisme gère ces offres de locaux, c’est  la SEMAEST, (sans pas-de-porte, mais dépôt de garantie de 3 mois, taxe annuelle d’habitation, charges trimestrielles, frais de rédaction du bail à prévoir). On peut candidater en ligne sur le site de la SEMAEST. Mais ce sont des locaux convoités, il faut avoir un projet solide.

Une des difficultés majeures, pour le commerce des produits africains, est la déficience de production en quantité. On n’a pas des volumes importants. Les jeunes designers ne peuvent pas encore produire en série, par manque d’unités de production performante. Pour mettre en place une unité de production, cela coûte cher ; certains s’appuient sur d’anciennes usines qui existaient, mais pour cela, il faut avoir, au préalable beaucoup de volume, et un personnel, techniquement bien formé. Si on travaille sur des matériaux fragiles, il est nécessaire de recruter des modélistes (découpe) et des machines pour exécuter de belles finitions. On n’est plus à l’échelle artisanale du tailleur. Les jeunes designers font eux-mêmes certains travaux avec leurs petits ateliers, avec quelques artisans tailleurs qu’ils forment, mais quand on monte en gamme, c’est difficile pour eux de répondre aux exigences de qualité du luxe. «En montant en gamme, on a un travail de qualité plus long, et plus cher» d’où l’installation de sa galerie à Paris. «Sur Internet, il y a beaucoup de concurrence et sur l’offre Afrique, il est nécessaire pour le client de luxe, de voir et de toucher » dit-elle. Ainsi, durant l’année 2016, Mme WANDJI a travaillé pour trouver un lieu, une galerie, sans idée préconçue, mais en changeant de gammes et de clientèle, elle avait des exigences pour les zones où elle voulait s’installer. Elle entame des recherches d’un local adapté, d’abord autour du Bon Marché, à Paris 6ème, puis le Marais, à Paris 4ème, pour s’installer à la rue du Faubourg Saint-Honoré connue pour sa notoriété concernant les marques internationales. Mme WANDJI est animée de ce désir de positionnement de l’offre africaine pour la sortir d’une image folklorique ou négative. Ce qu’elle fait, c’est de la haute couture, du nouveau luxe, à l’africaine, même si elle ne dispose pas encore de la notoriété et de la marque qui vont avec. Son offre propose les pièces les plus recherchées, mais ce sont de petites éditions.

Nelly WANDJI se fixe des objectifs ambitieux, mais atteignables : «Mon ambition en France c’est de viser 1% du marché, soit 10 millions. A court terme, c’est de consolider son affaire et d’accélérer sa croissance avec internet, en permettant aux designers africains de proposer leurs offres en ligne» dit Nelly WANDJI. En effet, les Africains de la Diaspora (44 millions) ont envoyé en 2016, en Afrique, 70 milliards de dollars. A titre comparatif, LVMH représente 20% du luxe, soit 217 milliards de dollars. Par conséquent, les transferts d’argent de la diaspora vers l’Afrique, c’est un peu plus d’un tiers du chiffre d’affaires de ce groupe français. «Chacun doit faire le sacrifice qui lui convient pour se réaliser» dit-elle. En effet, l’Afrique est un potentiel de marché considérable, si les entreprises de la diaspora proposent une offre adaptée. Par ailleurs, en termes de parts  de marché sur le continent noir, en 2017 près de 300 000 Africains avaient plus de 1 million d’euros «High net worth individual» en liquidité; ils sont obligés pour consommer de se rendre en Europe. Pour les designers africains, cela reste toujours compliqué de suivre la demande, en raison du cloisonnement (routes logistiques), en particulier d’un pays africain à l’autre. L’objectif de la plateforme c’est de relier les consommateurs africains aux designers africains, où qu’ils soient. Paris, provisoirement est la base opérationnelle. Un Africain aisé vient une fois par an à Paris, devenu en raison de la colonisation la plateforme africaine. Après l’ancrage à Paris, il faudrait se développer sur le continent noir. Les Africains ont de l’argent pour consommer du luxe, ils sont exigeants. Il faudrait y ajouter l’authenticité (un vrai produit africain ne peut pas être  fabriqué en Chine). Il faudrait entamer l’industrialisation de l’Afrique, être ambitieux, en améliorant la qualité de nos produits, pour nous-mêmes et ensuite pour les autres. Les marques sélectionnées par la galerie sont des marques de luxe d’origine africaine avec  de très petite série. «Si on ne veut pas être locataire chez nous, il faut qu’on se mette au travail» dit-elle.

La diaspora ne devrait pas redouter de se lancer dans les affaires : «Il faut être capable de se projeter, de ne pas se limiter, on peut bâtir des choses» dit-elle. Ainsi, LVMH est un jeune groupe de moins de 30 ans, si on veut bâtir un groupe, au début on ne sait pas où est-ce qu’on va, mais il faut savoir se projeter, comment ça se fait on apprends en le faisant. Il faut se retirer la barrière, «c’est difficile, je ne vais pas y arriver». La finalité c’est de se dire dans 10 ou 15 ans, on sera capable de proposer des produits, d’avoir des marques africaines, connues et reconnues, ailleurs qu’en Afrique. Il faut changer l’image de l’Afrique, qui n’est pas seulement que celle des guerres et des famines, c’est aussi et surtout, la beauté du monde. «L’Afrique, c’est le sous-sol du monde (60% des matières de l’Afrique), et d’injecter la créativité avec les matières premières dont on dispose. Cela se rapproche de son rêve d’enfant, «contrôler les entrées et les sorties». Il faut sortir le maximum de choses de l’Afrique (coton transformé, cuir meilleures tanneries, les Italiens vont au Nigeria acheter des peux qu’ils revendent à travers les marques). Il faut un travail de labellisation de l’Afrique, (tissage sénégalais, broderie marocaine). Il faut protéger nos marques, mais pour cela, il y a un besoin de formation et d’accompagnement des Africains», dit-elle. Contrairement à une idée reçue, suivant laquelle «les Africains ne savent rien faire», en fait, les «Africains ne sont pas formés à mieux faire». Ce qui fait la qualité des produits européens, c’est plusieurs années de formation et de transformation. C’est au travail et à la formation de combler ce retard, et même de repenser la production avec les contraintes actuelles de l’environnement (rareté des matières premières, la pollution de la terre), et faire une proposition de valeur ajoutée : labelliser le maximum de produits africains, former et accompagner, afin de diffuser le maximum de ces produits à l’échelle mondiale. Les produits proposés sont de luxe, comme parfois ceux proposés par les grands magasins. Cependant, les grands magasins font beaucoup de communication et répercutent ce coût sur la vente de leurs produits, c’est la seule différence avec le luxe africain.

Mme WANDJI ne s’est pas posée d’objections au démarrage de son projet. «Il faut confronter ses idées au terrain. Il faut en parler aux personnes de confiance, expérimentées. J’ai été accompagné par plusieurs mentors qui me conseillent sur les différents aspects de mon métier. Il faut avoir cette facilité à échanger avec les autres, à challenger ses idées, et être à l’écoute de ce que l’autre peut transmettre par son expérience ou sa clairvoyance. Se fixer un objectif et résoudre les problèmes au fur et à mesure» dit-elle. La diaspora devrait prendre des risques et valoriser davantage le continent africain. «Si on veut changer les choses, il faut avoir les mains dans le cambouis, on peut enrichir les autres. Si on a des projets pour l’Afrique, ce ne sera pas derrière un ordinateur d’un grand groupe» dit-elle. Il faut savoir oser «j’ai quitté mon travail bien rémunéré, je n’avais pas de plan B, j’étais un peu folle sur les bords. S’il n’y avait pas de folie, il y a tellement de choses qu’on n’atteindrait pas dans cette vie. Il faut avoir une confiance en soi, sauter dans le vide, croire en ses idées, ce qu’on est capable d’apporter et oser de changer les choses» dit Nelly WANDJI. Finalement, dans l’inconnu, il y a tout ce qu’on doit bâtir. «Si ce n’est pas nous les Africains qui bâtissons l’Afrique, les autres vont nous la voler cette Afrique, et ils ont déjà commencé à le faire, et chaque jour un peu plus, avec tous ces grands groupes qui prennent des parts de marchés et qui asservissent les Africains. 90% du chiffre d’affaires de ces entreprises est rapatrié dans leur pays d’origine. On a en Afrique une croissance à deux chiffres, mais dans la vraie vie, les Africains sont toujours pauvres». Les Africains et leur diaspora devraient se battre pour une économie inclusive de chaque africain, de la culture africaine, de l’idéologie des Africains «On doit être plus fiers de nous, conscients de la valeur qu’on a, de notre richesse, et s’évertuer à transformer chacune de ces richesses en offre de services, en produits, en œuvres d’art qu’on va partager avec les autres» dit Mme WANDJI.

Nelly WANDJI, dénicheuse de marques africaines depuis plusieurs années ouvre à Paris la première adresse consacrée au luxe et à la créativité africaine. Tandis que l’Afrique s’impose dans les tendances actuelles, notamment sur les derniers podiums internationaux, les créateurs africains rencontrent des difficultés à faire valoir leur savoir-faire et se faire connaître. Par conséquent, «L’espace met en avant la sélection d’une Africaine qui sait où elle met les pieds et a la capacité de flairer les tendances» dit-elle. Il s’agit, pour Nelly WANDJI, de présenter la création artistique africaine «sous sa plus belle lumière». En effet, Nelly WANDJI collabore, notamment avec des créateurs du Sénégal, comme Aissa DIONE, des designers Balla SIDIBE, Pape Ahmadou N’DOYE, Amsa CISSE, Selly Raby KANE, le designer et décorateur Ousmane M’BAYE. Mme WANDJI, par son réseau dense, couvre toute l’Afrique : Imane AYISSI (Cameroun), le plasticien Barthélémy TOGUO (Cameroun), ZYNE (Maroc), Tiffany Amber (Nigeria), les designers AAKS et Christie BROWN (Ghana), les pièces en raphia de Palm Style et la maroquinerie de Mykilim (Maroc), le Design de Maison Intègre (Burkina Faso), le mobilier de Meyer Von Wieligh (Afrique du Sud), ainsi que la joaillière Adèle DEJAK (Kenya), la maroquinerie de luxe d’Aprelle Duany, (une Africaine-Américaine installée au Kenya), les pièces de Laduma NGXOKOLO (Afrique du Sud), Doreen MASHIKA (Tanzanie), Femi Handbags (Nigéria) Nadrey Laurent de Marie Kipré (RCI), les tanneurs du Maroc, les tisserands Burkinabés, et bien d’autres créateurs.

Passionnée d’art, d’artisanat, mode et Design, Nelly WANDJI est une cheffe d’entreprise qui croit en l’Afrique et son développement, par une identité culturelle forte : «valoriser l’Afrique à travers des produits d’exception», tel est son objectif majeur. Son souci est de développer une identité moderne pour la création africaine. C’est ainsi qu’elle créée des rendez-vous favorables à un développement commercial. En définitive, la galerie-boutique de Nelly WANDJI, une adresse prestigieuse est un haut lieu pour la promotion d’une nouvelle esthétique de la culture afro-descendante.“Les créateurs et designers africains créent des œuvres exceptionnelles. Ouvrir un lieu comme celui-ci à Paris, et mettre en avant cette créativité singulière, c’est permettre au monde de découvrir ces talents exceptionnels. Le public parisien recherche de plus en plus d’objets, vêtements ou accessoires venant de Johannesburg, Dakar ou encore Lagos» déclare Nelly WANDJI à Inrockuptibles.

La diaspora ainsi que les Parisiens ont manifesté leur grand intérêt pour la créativité africaine. La galerie de Nelly WANDJI est un espace «où se rencontrent les histoires africaines», un lieu de dialogue avec les Parisiens et les esthètes du monde en quête de création d’exception singulière. 

En définitive, le cosmopolitisme, contrairement aux peurs irrationnelles qu’agitent les esprits étriqués, fait de Paris, une capitale, ouverte sur le monde. «Etre à Paris, c’est un peu comme être au centre du monde. C’est pour cela qu’il a semblé pertinent pour elle d’inscrire cette adresse-là sur un parcours d’un parisien qui se balade pour découvrir de nouvelles choses, ou d’une personne qui voyage et qui découvre les différentes facettes de Paris» dit Nelly WANDJI. Cette opportunité qu’offre Paris, est aussi une formidable occasion, pour la diaspora, de partir à la conquête de l’Afrique, pour une grande créativité.

Contact

Nelly WANDJI galerie, 93 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8ème. Tél 01-40-07-57-37 Sites : www.nellywandji.com/ ; Facebook: @NellyWandjiParis ; Instagram: @nelly_wandji ; Twitter: @nelly_wandji.

Indications bibliographiques

AIRAULT (Pascal), «Nelly Wandji, dénicheuse de talents de la mode en Afrique», L’Opinion, 6 avril 2017 ;

ANTONIOL (Laurine), «Une galerie, concept-store qui met à l’honneur l’Afrique créative et authentique, Nelly Wandji», TimeOut, 14 juin 2017 ;

Club Efficience, “Nelly Wandji, MoonLook”, Club Efficience, 20 août 2016 ;

DANSOKO TOURE (Katia), «Les créateurs du continent se font la place dans la vitrine parisienne de Nelly Wandji», Jeune Afrique du 9 février 2018 ;

DELENTE (Clara), «La mode africaine a désormais son temple, Nelly Wandji»,  Les Inrockuptibles, du 5 mai 2017 ;

LAURENCE (Raphaëlle), «Moonlook, concept store en ligne afro chic par Nelly Wandji», Into the Chic, 5 janvier 2017 ;

MAVEAU (Roger), «La nouvelle adresse tendance de Nelly Wandji»,  Le Point Afrique, du 29 avril 2017 ;

NGAKO (Diane, Audrey), «Entrez dans le Moon-Look, avec Nelly Wandji»,  Ici-Cameroun, n°89, 28 août 22018 ;

ORIOT (Karine), «Nelly Wandji donne carte blanche à Aïssa Dione», Amina, Mag, 23 août 2017 ;

WANATEAM, «La galerie Nelly Wandji, le cabinet (africain) des curiosités», WanaCorp, 28 avril 2017.

Paris, le 26 octobre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

«Nelly WANDJI, sa galerie d’art, à Paris 8ème, son Design entre qualité et authenticité» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 12:46

Passionnée d’artisanat, mode et Design, Nelly WANDJI croit en l’Afrique et sa créativité, en raison de son identité culturelle forte. Elle a créé, pour le luxe africain, une galerie au 93 du Faubourg Antoine à Paris 8ème. Ce qui est signal positif pour la Diaspora.

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