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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 17:00
«Le 20ème anniversaire de la mort du président Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) : Quel héritage ?» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Poète académicien, maire de Thiès et premier président d'un Sénégal indépendant de 1960 à 1980, Léopold Sédar SENGHOR est né le 9 octobre 1906 et mort le 20 décembre 2001, à Verson, dans le Calvados, en Normandie, soit il y a de cela 20 ans. Quel héritage du président SENGHOR ?
J'ai toujours pensé que la vérité n'est ni blanche ni noire ; elle est souvent grise. Léopold Sédar SENGHOR, un artiste de la politique, éminent de lettres, était un chef d’Etat complexe. L’héritage de Léopold Sédar SENGHOR oscille entre les audaces, la prudence et le conservatisme.
Léopold Sédar SENGHOR, un éminent homme de culture n'était pas seulement qu'un poète de la contemplation refusant tout engagement littéraire. Certains de ses poèmes et notamment au sortir de la guerre étaient marqués par une certaine radicalité que David DIOP n'aurait pas renié. Le poème, en 1944, «Tyaroye» dans Hosties Noires, bâti sur une prosopopée, atteste de l’indignation et de la grande colère de Léopold Sédar SENGHOR, qui s’interroge «Est-ce donc vrai que la France n’est plus la France ? La haine des banquiers a acheté ses bras d’acier. Et votre sang n’a-t-il pas ablué ? Vos funérailles seront-elles de la Vierge-Espérance ? Sang vous tâchez l’innocence de mes draps. Non, vous n’êtes pas morts gratuits. Vous êtes témoins de l’Afrique immortelle. Dormez ô Morts !» écrit-il. La façon dont la France a traité les Tirailleurs sénégalais, en décembre 1944, au Camp de Thiaroye est intolérable. La France qui représentait, pour un SENGHOR, un citoyen assimilé, la Justice, l’Honneur et la Fidélité, a trahi ses engagements républicains. En effet, ces Tirailleurs sénégalais étaient venus défendre "la mère-patrie" pendant la Seconde guerre mondiale, réclamant leur solde, ils ont été assassinés à l'arme lourde et jetés dans une fosse commune. Léopold Sédar SENGHOR interviendra pour les soldats condamnés et emprisonnés, pour mutinerie, soient libérés. Jusqu'à présent, et en dépit de la lutte héroïque du professeur Armelle MABON, le parti colonial refuse de rouvrir les archives et de réhabiliter ces héros pendant que l'on célèbre Napoléon et Éric ZEMMOUR.

Quoi qu'on en dise sur la Négritude initiée par Léopold Sédar SENGHOR avec Aimé CESAIRE (1913-2008), Léon GONTRAN-DAMAS (1912-1978) et Alioune DIOP (1910-1980) dans les années 30, en plein triomphe du colonialisme, c'était un mouvement de révolte ayant participé puissamment à la renaissance de la culture noire et donc au réveil des peuples colonisés dans leur lutte pour leur liberté et leur dignité. La Négritude a été définie comme étant «la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture» dit Aimé CESAIRE.  En effet, SENGHOR a eu le mérite de s’engager dans la promotion d’une identité culturelle des Noirs, tout en faisant la promotion d’un dialogue des cultures, en vue d’une civilisation de l’universel.
SENGHOR était-il un simple «commis» de la Françafrique, obsédé par ses titres de docteur honoris causa, la promotion d'une francophonie obséquieuse en vue de son accession à l’Académie française ?
Arrivé au pouvoir en pleine Guerre froide, et ayant choisi résolument le camp de la Françafrique, le président Léopold Sédar SENGHOR n'en reste pas moins, et c'est à son crédit, le fondateur de la Nation sénégalaise, un «grand petit pays», comme je le surnomme, fondé sur la diversité ethnique et religieuse particulièrement stable. Le caractère civil du pouvoir étatique est une donnée majeure au moment en Afrique on connaît une inquiétante résurgence des coups d'Etat militaires. Léopold Sédar SENGHOR est, l'un des rares chef d'Etat africain, à avoir renoncé, volontairement, au pouvoir, et engagé une démocratie pluraliste limitée. Depuis lors, le Sénégal a connu deux alternances pacifiques en 2000 et en 2012.

Quel bilan au plan économique ?

Aux éloges succèdent de réserves sérieuses. Dans le conflit qui l'a opposé dès 1962 à son président du Conseil, Mamadou DIA (1910-1909), SENGHOR arrivé au pouvoir en s'appuyant sur les masses rurales, contre son mentor Lamine GUEYE (1891-1968), me semble a commis une faute politique particulièrement lourde. Les Sénégalais, sans modèle de consommation national, n'ont pas 61 ans les indépendances, une agriculture viable comme le voulait Mamadou DIA. Tout ce qui est consommé vient de l'étranger, sans aucun début d’industrialisation. Il n'est pas étonnant que la jeunesse lors des violences urbaines récentes concernant un scandale sexuel impliquant les partisans des salons de massage, se sont attaqué aux magasins d'alimentation français. Mais est-ce vraiment de leur faute, si les nationaux comme au temps colonial, sont encore orientés vers l'arachide une culture d'exportation ?
Dans cet héritage lourd de SENGHOR, avec la complicité, en 1962, d’une partie des marabouts, est celui de la persistance de différents groupes de parasites vivant le dos de l'Etat. Mamadou DIA voulait combattre cette bourgeoisie nationale alliée aux marabouts et détournant à grande échelle les ressources publiques.
Le plus grave reproche que je fais à Léopold Sédar SENGHOR et à son successeur, Abdoulaye DIOUF, c'est leur insolence pendant 40 ans, dans une période de stabilité où l'argent coulait à flot. Ce qui obnubilait, à l'époque le président SNGHOR, ce sont différents déplacements dans 37 universités, en vue d’un titre de docteur honoris causa. Les Sénégalais, tout en reconnaissant les mérites de SENGHOR fondateur de la Nation sénégalaise, ont gravement sanctionné les Socialistes en 2000.
Mamadou DIA relève dans ses mémoires qu'à la veille du référendum du 28 septembre 1958, que Léopold Sédar SENGHOR s'était déjà engagé à voter OUI à cette consultation électorale. Pour le président SENGHOR le Sénégal ne serait pas assez mûr pour une indépendance en 1960 et qu'il fallait attendre au moins 20 ans, soit vers 1978.
Par conséquent une des questions majeures de notre temps, est la liquidation de la Françafrique, un des héritages lourds de SENGHOR. Tous les présidents français, dont François MITTERRAND (1916-1996) avec son discours à la Baule du 20 juin 1990 (Loire-Atlantique), s'étaient engagés à liquider la Françafrique. Le candidat Emmanuel MACRON avait mené un diagnostic pertinent sur la Françafrique en considérant que l'Afrique est un continent d'opportunités à respecter. Une fois élu le président MACRON qui a considérablement droitisé la vie politique française s'est orienté vers une grave lepénisation de la vie politique, notamment dans ses rapports avec le Mali, le Tchad et l'Algérie. «La présence de la France au Sahel est la conséquence de l’intervention de la France en Libye qui, à l’époque, a ignoré l’Union africaine» dit un intervenant au sommet de Montpellier, sur la Françafrique. Bien avant cela la réforme de la loi sur l'immigration, le durcissement de la politique des visas et surtout l'augmentation considérable des droits d'inscription des étudiants africains passant de 200 euros à 2800 euros ont été mal ressentis. La Francophonie est en train de mourir.
Cependant l'opinion publique africaine et ses diasporas, réclament des relations saines et équilibrées avec l'ancien colonisateur. Le sommet de la Françafrique, à  Montpellier, du 8 octobre 2021 traduit bien ce besoin de justice d'équité et de respect entre la France et l'Afrique. En effet, le président Emmanuel MACRON a été sérieusement bousculé par de nombreux intervenants. D’une manière générale, la Françafrique est condamnée, sans appel «Si la relation entre les pays d’Afrique et la France était une marmite. Elle est sale de reconnaissance légère des exactions commises ; elle est sale de corruption, de vocabulaire dévalorisant ; elle est sale, Monsieur le Président ! Je vous invite à la récurer» dit un intervenant. Les Africains ne veulent plus de l’aide à la recolonisation «Cela fait près d’un siècle que votre aide au développement se balade en Afrique. Ça ne marche pas. Sachez que l’Afrique se développe par elle-même, par le potentiel local et celui de sa diaspora, et certainement dans l’interdépendance avec les autres nations de la planète, mais surtout à travers des collaborations saines, transparentes, constructives. Il y a des têtes, il y a des investisseurs aussi en Afrique. Nous innovons déjà en Afrique. Si ce n’est pas constructif, dans cette relation qu’on imagine, on n’en veut pas» dit un autre intervenant.
Je suis persuadé comme DENG Xiao Ping qu'en politique le pragmatisme doit primer sur l'idéologie ; peu importe que le chat soit gris ou noir l'essentiel est d'attraper la souris. Dans cette compétition mondiale entre la France, la Chine et la Russie en Afrique, chaque chef d'Etat devrait courageusement et fermement défendre les intérêts de son pays. Les États n'ayant que des intérêts les Africains ne sont pas des ennemis de la France. Les États doivent coopérer sur des bases mutuellement avantageuses et dans le respect mutuel. C'est pour cela que je formule constamment l'abolition de la Françafrique, une méthode de prédation de violence et de domination d'un autre âge.
Je me félicite que le président Macky SALL un pharaon des temps modernes ait considérablement diversifié les partenaires économiques du Sénégal, gage de son indépendance, tout en restant en bons termes avec la France qui a grand intérêt à respecter ses partenaires historiques. Macky SALL a considérablement changé la face du Sénégal. Tout président qui lui succédera un jour devra faire mieux. Les incantations et le verbiage ne suffiront pas aux Sénégalais, preuve à l'appui, qui sont devenus particulièrement exigeants à l'égard de leurs gouvernants.
Un colloque organisé par la Francophonie aura lieu le 5 novembre 2021 à la Sorbonne à Paris. De prestigieux intervenants sont programmés : le professeur Romuald Blaise FONKUA, Mme Fatou DIOME. Notre ami, Foulo BASSE sera le modérateur de l'une des tables rondes. Mme Anne HIDALGO clôturera ces travaux.
Il est regrettable qu'à sa mort, Lionel JOSPIN à l'époque premier socialiste ait choisi de bouder les obsèques du président SENGHOR. La ville de Paris a donné le nom de SENGHOR à un pont sur la Seine entre le Musée du Quai d'Orsay devenu musée GISCARD D'ÉTAIN et les Tuileries. SENGHOR a ouvert la voie à d'autres académiciens noirs, comme Dany LAFERRIERE et l'artiste Ousmane SOW.
S'il a été un homme de culture et un dirigeant politique comblé, le président SENGHOR n'a connu presque que la tragédie dans sa vie privée.
Seul son aîné Francis Arfang, né 20 juillet 1947, fils de sa première épouse Ginette EBOUE (1923-1992) est encore en vie. Après des études d'arts cinématographiques, Guy Arfang qui fuit la lumière est sorti des radars en allant s'installer aux États-Unis.
Son deuxième fils, Guy-Wali SENGHOR, un philosophe, né également de Ginette EBOUE, s'est suicidé à Paris, en 1983, en se défénestrant du 5ème étage.
L'unique fils avec sa «Normande», orginaire de Verson, Colette SENGHOR (1925-2019), est Philippe Maguilen, (1958-1981) mort à Dakar avec sa fiancée allemande, dans un accident de la route. «Et j’ai dit «Non» au médecin. Mon fils n’est pas mort, ce n’est pas possible. Il était vie et raison de vivre de sa mère, lampe veillant dans la nuit et la vie » écrit Léopold Sédar SENGHOR dans son poème de 1997, «Elégie pour Philippe Maguilen». Tous les trois sont tous maintenant réunis, à jamais, au cimetière de Bel-Air à Dakar.
Paris, le 9 octobre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 15:51
«Abdulrazak GURNAH, un tanzanien exilé en Grande-Bretagne, Prix Nobel de Littérature 2021» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans ce monde de plus en plus lepénisé et frileux, je me réjouis pleinement du Prix Nobel de littérature décerné à un Tanzanien, Abdulrazak GURNAH, né à Zanzibar le 20 décembre 1948. Son pays, une place stratégique dans le commerce mondial, sur les routes entre l’Inde, l’Afrique et le Moyen-Orient, anciennement appelé le Tanganyika, un territoire initialement occupé par les Portugais, les Arabes, les Perses, puis colonisé par  l’Allemagne de 1884 à 1919, sous mandat britannique à partir de 1919, est devenu indépendant le 9 décembre 1961, pour prendre le nom de Tanzanie, en intégrant Zanzibar, le 26 avril 1964. Arrivé en Grande-Bretagne, en 1960, à l’âge de 18 ans, en qualité de réfugié, il fuyait le régime du président Abeid Amani KARUME (1905-1972), premier président de la République de Zanzibar, et les persécutions dont étaient victimes les Musulmans.  «Mon exil est synonyme d’une immense tristesse liée à la perte du pays de mon enfance. Je conçois l’exil comme une question de principe si c’est un départ volontaire. Comme s’extraire de soi pour changer les choses. Je suis parti de mon pays parce que je cherchais à m’accomplir de je ne sais plus trop quelle manière. Ensuite, c’est la vie qui a pris le dessus» dit Abdulrazak GURNAH. Abdulrazak GURNAH n’est retourné dans son pays qu’en 1984, peu de temps avant la mort de son père.
Abdulrazak GURNAH se lance dans la littérature à l’âge de 21 ans, et jusqu’à sa retraite, il enseigne la littérature anglaise et postcoloniale à l’université du KENT, à Canterbury et à l’université de Kano, au Nigéria. Il est un grand spécialiste des œuvres de Wole SOYINKA, NGugi Wa THIONG’O et de Salman RUSHDIE. Peintre de la Côte Est de l’Afrique, romancier et critique littéraire, Abdulrazak GURNAH vit à Brighton, dans le Sussex.
Le Prix Nobel de Littérature qui a été décerné à Abdulrazak GURNAH, le 6 octobre 2021, a surpris. En effet, Maryse CONDE, Prix Nobel alternatif, N’Gugi Wa THIONG’O et Annie ERNAUX faisaient partie des nobélisables. Peu de Prix Nobel ont été attribués à des racisés. S’agissant des Prix de Nobel de la paix, sur les 118 récipiendaires, une vingtaine sont allés aux Africains dont Albert LUTILI en 1960, à Desmond TUTU en 1984, et à Nelson MANDELA en 1993, le gynécologue congolais, Denis MUKWEGE en 2018 et le nigérian, Secrétaire des Nations Unis, Kofi ANNAN (1938-2018), en 2001. Depuis 1901, un Prix Nobel de littérature est attribué et le premier, non européen, un bengal, à être honoré est Rabindranath TAGORE (1861-1941), en 1913, auteur de contes du Bengal et des «Offrandes lyriques». Sur 118 lauréats, Wole SOKYNKA, un écrivain nigérian, est le premier africain récipiendaire en 1986, du Prix Nobel de Littérature. Il y aura l’égyptien Naguib MAHFOUZ (1911-2006) en 1988 et les Sud-Africains, Nadine GORDIMER en 1991 et John Maxwell COETZEE en 2003. Toni MORRISON (1931-2019) est la première afro-américaine, en 1993, Prix Nobel de Littéraire. Certains éminents auteurs noirs sont passés entre les mailles du filets : Aimé CESAIRE, Léopold Sédar SENGHOR, Chinua ACHEBE (1930-2013) ou Langston HUGHES (1902-1967).
Cependant cette distinction est d’autant plus symbolique, pour un monde multiculturel, harmonieux et fraternel, qu’elle est attribuée à un réfugié en Grande-Bretagne, le pays du BREXIT, retranché dans une forteresse qui n’est plus une île. Au Royaume-Uni, les délais de rétentions sont illimités, un demandeur d’asile peut être en rétention entre 10 et 12 ans. Depuis quelques années les frontières des pays riches se referment, l’océan Atlantique est devenu un gigantesque tombeau pour les candidats à l’exil. «Je suis un observateur (...) J'écris sur ce qui se passe dans le monde dans lequel je vis et, en ce moment, la question migratoire)est le thème, la préoccupation du monde dans lequel je vis ; c'est l'histoire de notre temps» dit Abdulrazak GURNAH. L’auteur étudie, à travers l’immigration la question des luttes la conquête et la conservation du pouvoir, à travers la vie quotidienne, en décrivant les tensions dans la relation entre l’individu, sa famille et la société, la relation amoureuse ou au travail : «He explores the representation of human relations, focusing on the theme of power and how it is attained, consolidated, used and contested in the human relations depicted in the novels” écrit Anne Ajulu OKUNGU dans sa thèse «Reading Abdulrazak Gurnah, Narrating Power and Human Relationship”.
Contrairement aux auteurs africains engagés, comme N’Gugi Wa THIONG’O, Abdulrazak GURNAH est un admirateur de Joseph CONRAD (1857-1924), un écrivain polonais de langue anglaise, attaché à l’ordre, mais défendant les parias, dans une fuite de l’ailleurs. Gurnah’s novelistic project is not that of writing back to the colonialist or lamenting about failed nationalism, but rather an engagement with writing back to the self” écrit Anne Ajulu OKUNGU. Dans cette introspection sur lui-même et les autres, Zanzibar, sa ville d’origine, est marquée par son passé esclavagiste, le commerce de l’or et des épices ainsi qu’un fort brassage culturel et démographique swahili, arabe, perse, omanais, portugais et britannique. De langue Swahili et de souche arabe, Abdulrazak GURNAH a puisé dans le folklore, les contes de son pays ainsi que son histoire personnelle de réfugié, avec des références à l’Islam et à la Bible. La contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH est à la croisée de multiples récits religieux, littéraires ou historiques. Au cœur de son œuvre littéraire, se situent les thèmes de l'immigration, de l’exil et de la colonisation, et la façon dont ils façonnent l'identité. Aussi, le Prix Nobel a insisté l’originalité de la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH «Le dévouement du lauréat Abdulrazak Gurnah, pour la vérité et son aversion pour la simplification sont frappants. Ses romans sont loin des descriptions stéréotypées et ouvrent notre regard sur une Afrique de l’Est, diverse culturellement et mal connue des autres régions du monde. Il est un écrivain qui rompt avec les conventions, bousculant la perspective coloniale pour mettre en valeur les populations locales». En effet, Abdulrazak GURNAH est installé dans sa quête mémorielle concernant l’exil, l’immigration et l’aliénation, et écarte toute démarche appelée par les conservateurs de «victimaire». Il ne faudrait pas nier l’humanité des autres par des raisonnements simplistes ou manichéens. Abdulrazak GURNAH ne voit pas de divisions insurmontables entre les peuples «Les gens se déplacent partout dans le monde, ce phénomène, notamment d’Africains venant en Europe, est relativement récent. Mais celui des Européens allant dans le monde existe depuis des siècles» dit-il. Pour Abdulrazak GURNAH, «voyager loin de chez soi offre de la distance et de la perspective., ainsi qu’un degré d’amplitude et de libération. Cela rend plus intenses les souvenirs qui sont l’arrière-pays de l’écrivain» dit-il.
Conteur merveilleux et tragique, sur un ton linéaire et distancié, la langue littéraire d’Abdulrazak GURNAH est empreinte d’un élégant et apaisant classicisme. «J’ai donc découvert Abdulrazak Gurnah en traduisant «By the Sea». Et j’ai été aussitôt séduite. Une écriture fine, légère, précise, sensuelle et profonde à la fois. Touchant à l’indicible parfois, d’où la difficulté à la traduire. Il n’y a pas de texte littéraire facile à traduire, mais certains le sont encore moins que d’autres. Et l’anglais de Gurnah est de ceux-là. Car Gurnah sonde les profondeurs de l’âme dans de tout petits riens parfois, quelques mots laconiques suffisent» écrit Sylvie GLEIZE, sa traductrice. La mémoire du pays natal, la mer, le cosmopolitisme et la figure titulaire de l’oncle, sont omniprésents dans sa contribution littéraire. «L’univers d’Abdulrazak Gurnah, son évocation de l’Orient a été pour moi un éblouissement. Cette Afrique que je ne connaissais pas, que je n’imaginais pas aussi «orientale», celle de l’Océan Indien, tout en secrets, méandres et mystères» dit Sylvie GLEIZE. S’il y a déjà eu des thèses sur l’auteur, c’est Kaur Mohineet BOPARI qui a publié une étude d’ensemble, en août 2021, recensant les thèmes qui hantent la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH, à savoir notamment les questions d’oppression, de mémoire, de race, de genre, de classe, et de solidarité. Au moment où la Françafrique plastronne, Abdulrazak GURNAH a été nobelisé pour son récit «empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents» dit Anders OLSSON, président du jury pour le Prix Nobel de Littérature. Pour la poétesse, Louise GLUCK, la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH est d’une «beauté austère». Abdulrazak GURNAH se dit honoré et flatté de cette distinction. Abdulrazak GURNAH déclare qu’il n’avait pas un plan de carrière «J’ai commencé à écrire avec désinvolture, dans une certaine angoisse, sans aucune idée de plan, mais pressé par le désir d’en dire plus» dit-il.
Abdulrazak GURNAH est l’auteur d’une dizaine de romans, en langue anglaise, dont trois ont été traduits en langue française. Il s’agit de «Paradis», traduit d’abord les éditions de Denoël et repris par Serpent à plumes, «Adieu Zanzibar» et «Près de la mer» chez Galaade, une maison d’édition indépendante, créée en 2005, mais disparue depuis 2017.
Un de ses romans le plus célèbre, «Paradis», nominé, en 1994, au «Man Booker Price for Fiction» et au «Whitbread Prize», traite de l’esclavage qui avait sévi à Zanzibar et du grand commerce caravanier de l’Afrique de l’Est, au moment où la logique précoloniale de cette économie est perturbée par la colonisation. La colonisation relève d’une logique de prédation, de piraterie, tandis que la logique marchande traditionnelle si elle est progressiste, reste tout de même entachée par des relents féodaux et esclavagistes, faisant le jeu du colonisateur. C’est donc un roman à la fois historique et anthropologique, décrivant une société de transition, en pleine mutation entre la tradition et la modernité. «Paradise» est donc une œuvre moderne, post-coloniale
Yusuf est enlevé à sa famille par Aziz, un grand commerçant, à qui son père doit de t'argent. Il travaille dans une boutique, sous la direction de Khalil, qui a subi le même sort que lui, mais à la différence de son compagnon, Aziz l'emmène dans une longue expédition commerciale à t'intérieur de t'Afrique. D'abord laissé dans un poste-relai, il est ensuite entraîné avec la caravane d'Aziz au-delà des grands Lacs, jusqu'aux extrémités du monde. L'expédition connaîtra un échec cuisant infligé par le sultan Chatu, dont le peuple a été cruellement trompé par d'autres marchands, mais Chatu et Aziz tomberont sous les coups de boutoirs des Allemands, forçant Yusuf à rejoindre les auxiliaires de la colonisation. Yusuf, Joseph, l'enfant vendu et exilé, comme le fils de Jacob dans la Bible, coupé de ses racines, porte en lui une profonde nostalgie des origines tout en s'attachant désespérément, aveuglément, à Aziz pour survivre dans un monde inconnu. Yusuf finit cloîtré dans un jardin d'Eden au gré des caprices de sa maîtresse. Récit tumultueux d'une jeunesse africaine au début du siècle entre Zanzibar et le lac Victoria. Il découle de la colonisation une mise en contact entre des cultures, le plus souvent très différentes, qui se trouvent à être confrontées à des systèmes de valeurs discordants. De même, la colonisation conduit à une ère de changement profond pour un pays.
Dans le roman «Paradis», Abdulrazak GURNAH expose le thème de la tension entre la perception individuelle de la colonisation et ce qui en a été retenu par la collectivité. Son pays, la Tanzanie, est exposé à l’influence de la colonisation européenne, plus particulièrement celle des Allemands et des Anglais, bien que celle des Belges soit aussi présente. Aussi, dans «Paradis», le personnage de Yusuf, un jeune tanzanien ayant grandit au cœur de l’expansion coloniale en Tanzanie, est confronté à une crise de valeurs, à un conflit de cultures. Pour Eve LEGER-BELANGER, ce roman est «l’incarnation d’une culture de l’échange au pluriel». Ainsi, le personnage de Yusuf, qui a quitté ces contrées paysannes pour se joindre à la vie de commerce d’un personnage nommé l’oncle Aziz, vit désormais en ville et en participant aux voyages des caravanes pour faire du commerce, le protagoniste atteint le statut de «civilisé». Les marchands Grecs et Indiens tiennent le commerce ; cet échange se fait entre des personnages de pays distincts, ce qui crée une confrontation entre des cultures différente ; ce qui entraîne un dialogues des cultures, notamment à travers une langue de communication.
Dans «Près de la mer», récompensé du prix RFI, Saleh Omar, un réfugié de 65 ans, n’est pas un sans-papiers. Claquemuré dans un silence, Saleh Omar, arrivé à Gatwick, avec de faux papiers, se replie dans le mutisme, pour lutter toute «contamination» européenne, toute pollution de son intégrité et de son monde originaire. Comme cet Angolais rencontré dans un centre de détention qu’il refuse de quitter, tant qu’il n’aura pas fini d’écrire son livre, par crainte de perdre le fil de ses souvenirs au contact des Anglais. Saleh choisit de ne pas parler anglais et se conforme au rôle imposé du réfugié sans défense, à l’histoire toute tracée. Le silence qui émane de lui se voit bientôt empli par les mots des agents d’immigration, travailleurs sociaux ou autres. À l’image de l’Europe coloniale qui remplaçait les histoires africaines par les siennes, convaincue d’en savoir plus sur l’Afrique que l’Afrique elle-même. Saleh Omar laisse aux autres le soin de s’exprimer à sa place, jusqu’au moment où il rencontre Latif Mahmoud, un interprète, poète et professeur de littérature originaire de son pays, le Zanzibar. On se méfie souvent des choses qu’on ignore, derrière ces réfugiés se cache un passé riche, parfois glorieux. Une fois délivrés de ce face-à-face avec l’ancien colonisateur, les deux hommes se retrouvent dans la ville de bord de mer où Saleh a été logé. C’est là qu’ils peuvent rompre le silence sur leur vie et redevenir eux-mêmes à la faveur des paroles qu’ils échangent. Leur vie passée remonte alors à la surface et le passé zanzibarien, en rencontrant le présent anglais, abolit le récit réducteur et stéréotypé du réfugié. Saleh avait rapporté de chez lui un coffret d’encens, Ud-Al-Qamari, comme la madeleine de Marcel PROUST s’il en est, dont l’odeur libère plusieurs vagues de souvenirs, d’impressions et d’histoires, comme un fragment de voix ou le souvenir d’un toucher. Bien qu’il soit, de manière significative, confisqué par la police aux frontières, l’encens a rempli son rôle de transmission du monde que Saleh a laissé derrière lui, et dont la narration constitue l’essentiel du roman. La fragrance incarne la fragilité de l’existence des protagonistes : elle est éphémère, flottante, elle ne s’arrête pas à un lieu. Comment donc rebâtir chez soi, quand on a quitté son pays ? The dominant theme in Gurnah’s the entire oeuvre is that of migrancy, of characters attempting to construct ideas of home away from home” écrit Anne Ajulu OKUNGU.
Dans «Près de la mer», Abdulrazak GURNAH relate l’arbitraire, des vies brisées, un gâchis, un pouvoir oppressif et dictatorial, ainsi qu’une misère sociale dans les pays africains. Ce roman recèle une part autobiographique «Je suis un réfugié, un demandeur d'asile. J'ai débarqué à l'aéroport de Gatwick en fin d'après-midi le 23 novembre de l'an dernier. C'est un point culminant, mineur et familier de nos histoires que de quitter ce qu'on connaît pour arriver dans des lieux étranges, emportant avec soi pêle-mêle des bribes de bagages» écrit Abdulrazak GURNAH, «Près de la mer» s’inspire aussi d’un fait divers, à la suite du détournement d’un avion des lignes intérieures afghanes, d’autres passagers, victimes collatérales sollicitent l’asile également en Grande-Bretagne.
Au moment, où à Paris, des réfugiés dont les pays ont été dévastés par la Français s’agglutinent, misérablement, aux boulevards périphériques, Abdulrazak GURNAH pose cette question redoutable : Qu'est-ce qui pousse un vieil homme à quitter son île de Zanzibar pour demander, sous une fausse identité, l'asile politique en Angleterre ? «Je savais, évidemment, que le noir c'était l'autre, le mauvais, le bestial, le perfide, inscrit au plus profond de l'être chez l'Européen même le plus civilisé, mais je ne m'attendais pas à contempler tant de noirceur sur cette page. Tomber là-dessus sans y être préparé a été pour moi un choc plus grand que d'être traité de mowicaud hila' (moricaud hilare) par un homme qui tenait le rôle du grincheux dans un film daté» écrit-il.
«Adieu Zanzibar», traduit en français en 2009, raconte les amours et les illusions de Martin Pearce, un aventurier britannique, battu, volé et abandonné de ses guides dans le désert, séduit et abandonne Réhana, une jeune et sulfureuse zanzibarite, la sœur de son hôte. Différents personnages se relayent : Amin s’éprend d’une femme âgée, Farida vit un amour caché et Rachid, le narrateur part étudier à Londres, un univers glacial et raciste. Ils sont Noirs ou Blancs, Indiens ou Arabes, Chrétiens ou Musulmans et tissent, de Zanzibar à Londres, autant d'histoires d'amour, d'interdit, de mémoire et d'exil. Portée par la force d'évocation et la poésie d'Abdulrazak GURNAH, cette fable désenchantée, dans laquelle résonne le destin légendaire des Atrides, a le souffle des grandes histoires. Dans un style policé et maîtrisé, il est donc question dans ce roman d’identité, d’amour, de trahison, de vengeance et de mémoire perturbée «enracinés dans l’histoire coloniale de l’Orient africain, bruissant de légendes swahilies, servi par une langue ensorceleuse, les récits de Gurnah naviguent entre le conte initiatique, l’exploration des douleurs de l’exil, l’introspection autobiographique et la méditation sur la condition humaine» écrit Abdourahman WABERI.
Dans les autres romans d’Abdulrazak GURNAH, il n’est pas question d’attaques contre le colonialisme ou l’échec des bourgeoisies nationales africaines ayant trahi leurs missions devant l’indépendance, mais de destins singuliers, en rapport avec la mémoire, la culture, les contes comme dans les Mille et Une Nuits, et l’estime de soi. Ainsi, le héros de «Admiring Silence» égrène des contes pour épater son entourage et ses parents ; il fait resurgir les questions d’appartenance et de racines. Le personnage, Daud, dans «Pilgrim’s Way», se lance dans une ambition littéraire épistolaire, mais ses lettres ne parviennent jamais à leurs destinataires. Abbas, dans «The Last Gift», après avoir échappé à une attaque cardiaque fatale, réduit au silence, ne s’exprime par différentes notes pour transmettre l’histoire de Zanzibar. «Desertion» fait appel à un journal intime afin de révéler des vérités cachées aux populations, toutes ces barrières raciales et culturelles, parfois superficielles. Dans «Memory of Departure» son premier roman, paru en 1987, c’est l’histoire d’un jeune, Hassan à la recherche de sa propre identité, dans une société en pleine mutation, la transition n’étant pas source de paix et de stabilité intérieures. Tous ces récits baignent dans une atmosphère d’amertume, de beauté, de trahison et de résilience, mais aussi de cosmopolitisme.
 
En définitive, l’œuvre d’Abdulrazak GURNAH s'éloigne des «descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une Afrique de l'Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses parties du monde» estime le jury de RFI. Pour ce nouveau Prix Nobel de Littérature, réfugiés venus d'Afrique, parfois des «gens talentueux et plein d’énergie» sont une richesse pour le pays d’accueil ; ils ne viennent pas «les mains vides» dit-il. «Beaucoup de ces gens qui viennent, viennent par nécessité, et aussi franchement parce qu'ils ont quelque chose à donner» précise-t-il.
Nous continuerons de réclamer, dans cette France, avec son message universel, que les universités françaises ouvrent leurs portes aux études africaines et qu’une Maison d’Afrique voit enfin le jour à Paris. Il n’y aucune raison, dans cette France républicaine, que dans les sondages, les gens aux idées continuent à nous narguer. Dans un récent article, et en réponse aux arguments nauséabonds d’Eric ZEMMOUR, avec sa bulle médiatique, Jacques ATTALI a eu le mérite et le talent de rappeler tous ces étrangers qui ont fait la France, sous un titre sarcastique «ces étrangers qui détruisent la France !» il s’agit notamment de Guillaume APOLLINAIRE, Pablo PICASSO, Juan GRIS, Cristobal BALENCIAGA, Blaise CENDRARS, Lino VENTURA, Françoise GIROUD, Le Corbusier, Agnès VARDA, Milan KUNDERA, Marie CURIE, Joséphine BAKER, Louis CHEDDID, SEMBENE Ousmane, Ousmane SOW, Alioune DIOP, Ahmadou KOUROUMA, Mongo BETI, etc.
 
Références bibliographiques
 
1 – Contribution d’Abdulrazak GURNAH
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GURNAH (Abdulrazak), Admiring Silence, The New Press, 1996, 216 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Afterlives, Bloomsbury, 2020, 288 pages ;
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GURNAH (Abdulrazak), Desertion, Knop Double Day Publishing Group, 2005, 271 pages ;
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GURNAH (Abdulrazak), Essays in African Writings, Oxford, Heineman Educational Books, 1995, 184 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Memory of Departure, Bloomsbury, 1988 et 2016, 160 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Paradise, Penguin, 1995, 246 pages, en langue anglaise ou Paradis, en français, traduction d’Anne-Cécile Padoux, Paris, Serpent à Plume, 1999, 300 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Pilgrim’s Way, Jonathan Cap Ltd, 1988, 192 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Près de la mer, traduction de Sylvette Gleize, Paris, Galaade éditions, 2006, 313 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), The Cambridge Companion To Salman Rushdie, Cambridge University Press, 2007, 218 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), The Last Gift, Bloomsbury, 2014, 288 pages.
2 – Critiques Abdulrazak GURNAH
ADAM (Shafi), “Approche d’une œuvre, entretien avec Abdulrazak Gurnah”, Project-Iles, n°4, 8 octobre 2021 ;
AJULU OKUNGU (Anne), The Fiction of Abdulrazak Gurnah : Journeys Through Subalternity and Agency, Johannesburg, University of Witwatersrand, 2016, 176 pages ;
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BOPARI (Mohineet, Kaur), The Fiction of Abdulrazak Gurnah : Journeys Through Subalternity and Agency, Cambridge Scholars Publishing, 2021, 160 pages ;
BOSMAN (Sean, James), Rejection of Victimhood in Literature : By Abdulrazak Gurnah, Viet Thanh Nguyen an Luis Alberto Urrea, Leiden, Brill, 2021, 216 pages ;
CARRE (Nathalie), «Des récits de voyages, aux textes de voyageurs : le cas du roman «Paradis» d’Abdulrazak Gurnah», Twentieth Century Literature, Trans, Hors Frontières, 14 mars 2021, n°26, pages 1-26  ;
CONRAD (Joseph), Au cœur des ténèbres, traduction Jean-Jacques Mayoux, présentation de Claude Maisonnat et Josiane Paccaud-Huguet, Paris, GF Flammarion, n°1583, édition originale de 1898, rééditée en 2017, 240 pages ;
DJAILANI (Nassuf), “Entretien avec Sylvie Gleize traductrice d’Abdulrazak Gurnah”, Project-Iles, 27 juin 2014 et 8 octobre 2021 ;
FALK (Erik), Subject and History in Selected Works by Abdulrazak Gurnah, Yvonne Vera and David Dabydeen, Karlstad, Karlstad University Press, 2007, 172 pages, spéc pages 25-63 ;
FAWZIA (Mustafa), “Abdulrazak Gurnah’s Paradise and Admiring Silence : History, Stories and the  Figure of the Uncle”, Twentieth Century Literature, mai 2015, Vol 61, n°2, pages 232-263 ;
FLOOD (Alison), “Abdulrazak Gurnah Wins the 2021 Nobel Price in Literature”, English Studies in Africa, The Guardian, 7 octobre 2021 ;
HARZOUNE (Moustapha), “Près de la mer. Abdulrazak Gurnah compte rendu”, Hommes et migrations, nov-déc 2006, n°1264, pages 150-151 ;
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KNELWOLF KING (Christa), “Multiple Positioning : Responses to Cultural Difference in Readings of  Abdulrazak Gurnah’s Novel, By the Sea”, Penn State University Press, 2019, Vol 53, n°2, pages 185-204 ;
LEGER-BELANGER (Eve), “Paradis d’Abdulrazak Gurnah : une culture de l’échange”, Etudes romanes, 2017, Vol 38, n°1, pages 153-161 ;
NAUMANN (Michel), “Abdulrazak Gurnah, Paradise”, Etudes littéraires africaines, 1996, n°1, pages 61-64 ;
NYMAN (Jopi), Migration and Melancholia in Abdulrazak Gurnah’s Pilgrims Way, in Displacement, Memory and Travel in Contemporary Migrant Writing, Leiden, Brill, Brill-Rodopi, 260 pages ;
RUBERTO (Marco, Neil), Itinerant Narratives : Travel, Identity and Literary Form in Abdulrazak Gurnah’s Fiction, Nottingham, Trent University, avril 2009,  318 pages ;
WABERI (Abdourahman, A), “D’exil et d’amour. «Adieu Zanzibar» d’Abdulrazak Gurnah”, Le Monde diplomatique, juin 2010, page 29.
Paris, le 7 octobre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 14:41
«Bernard TAPIE (1943-2021) mort d'un homme d'affaires controversé et antiraciste résolu» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Bernard TAPIE, né le 26 janvier 1943, à Paris 20ème, soit il y a de cela 78 ans. Il est mort dans son hôtel particulier, à rue des Saints-Pères, Paris 7ème, le dimanche 3 octobre 2021. Son patronyme, «TAPIE», désigne un mur en pisé, et donc une maison construite selon ce procédé, est un dérivé du nom commun Tapia, dont l'origine est incertaine. Son père, Jean-Baptiste TAPIE (1920-2010), originaire de l’Ariège, est un ouvrier-ajusteur fraiseur communiste devenu patron d’une PME. Sa mère, Raymonde NODOT (1920-2013), est aide-soignante. Son grand-père, un cheminot, s’installe au Blanc-Mesnil, dans la banlieue parisienne. Bernard TAPIE, après une brève carrière de chanteur, sans succès, s’essaie à la Formule 3, et là aussi, un accident grave le contraint d’abandonner la course automobile. En 1976, il entame, avec un panache extraordinaire la vente de postes télévision ; ce qui le conduira, par la suite, à devenir entrepreneur, le rachat d’entreprises en difficultés. «Très tôt, il se dessine un destin hors du commun. Son impressionnant trajet de vie ressemblait à un fabuleux inventaire à la Prévert. Ce qu’il aimait par-dessus tout était de prendre des risques et se lancer sans cesse des défis» écrit Jack LANG, ministre de la Culture de François MITTERRAND.
Sa lutte héroïque contre le cancer de l'estomac nous a tous attendris. Loin de se lamenter sur son sort, il a regardé la grande faucheuse en face et l'a même tutoyée. Bernard TAPIE, en ce sens, est une leçon de résilience, de courage et de vie. Bernard TAPIE c'est «le courage, la passion, l'audace et les excès» écrit Mme Anne HIDALGO.
Bernard TAPIE, patron de l'olympique de Marseille, de presse «la Provence», acteur, écrivain, animateur de télévision, homme politique et d'affaires, était un individu controversé. Tout le monde a apprécié son audace et son grand souci de s'en sortir et d'être en haut de l'affiche. Cependant certaines de ses méthodes ont été diversement appréciées. L'incident OM-Valenciennes de matches truqués, le rachat d'entreprises en difficultés et ses déboires avec le crédit Lyonnais dans le rachat d’Adidas, ont, dans une large mesure, discrédité l'homme qui ne manquait pas de bagout et de panache.
Courageux, dynamique, pugnace, séducteur, doté d’un charisme, un franc-parler, un verbe haut et transgressif Bernard TAPIE, un véritable phénomène de société, suscite la curiosité, l'enthousiasme ou franchement l'agacement. Il ne laisse personne indifférent. «Bernard Tapie avait certes une personnalité clivante. Soit il énervait soit on l’admirait. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout c’était d’aider ceux qui en avaient besoin. Transmettre son énergie et bouleverser le cours des choses étaient ses crédos préférés. C’était un citoyen aux mille vies» écrit Jack LANG. En effet, qualifié de «Faux homme d'affaires, vrai pilleur d'épaves» par Ian HAMEL, il n’a pas été épargné par ses féroces détracteurs : «Vous avez envie de gagner vite beaucoup d’argent, vous rêvez de plastronner à la télévision, vous ambitionnez d’être salué dans les restaurants à la mode par les stars des médias ? Laissez tomber vos scrupules moraux, oubliez votre timidité naturelle et faites confiance» à Bernard TAPIE, écrit Christophe BOUCHET, ancien maire de Tours.
Tél un Phénix, en dépit de ce torrent de boue, Bernard TAPIE, particulièrement combattif, a toujours su renaître de ses cendres et rebondir. «Malgré les obstacles et de retentissants échecs, rien n’arrête ni ne résiste à Bernard Tapie. Son obsession sera toujours de regarder devant lui. Personnage truculent, un brin picaresque, quand il chute, il se relève toujours avec une force déconcertante» écrit Jack LANG. En effet, Bernard TAPIE estime que s’il est victime de cette détestation ou s’il a eu des difficultés avec la Justice, c’est qu’il est devenu un homme politique dangereux pour certains : «Le verrou. Je n'oublierai jamais ce bruit qui referme la vie derrière moi, qui répète et qui amplifie toutes les condamnations que j'ai ou que je vais subir, ce bruit de couperet, d'épée, de tranchoir, ce bruit qui fait mourir avant la mort. Même lorsqu'on l'ôtera, ce fer-là restera fiché en moi. La guerre, puisqu'il faut l'appeler par son nom, a commencé lorsque je suis entré au gouvernement en 1992. On aurait pu accepter le reste mais pas que je devienne ministre. C'était bien plus que ces mondes de pouvoirs enchevêtrés ne pouvaient admettre. Le vrai motif de leur coalition était bien mon insupportable singularité. Isolé, j'étais amusant. Engagé, j'étais déjà très inquiétant. Populaire, je suis devenu carrément dangereux» écrit-il dans son ouvrage «Librement». 
Dans ce pays de plus en plus lepénisé et où les forces du Chaos ne cessent d'avancer Bernard TAPIE était franchement et résolument antiraciste : «L'immigration et le racisme n'ont aucune raison d'être en tête des préoccupations des Français. Le Pen est devenu l'élément de référence du discours politique et que tout le monde fait l'erreur de se positionner par rapport à lui. Il réussit à canaliser tous les mécontentements, dans une société qui n'est plus une société d'adhésion mais de rejet. Remarquez, si la société française était en crise aigüe, Le Pen n'existerait pas. C'est parce qu'elle est assise sur sa graisse que l'immigration est surdimensionnée. Il y a ensuite des gens qui ne voient pas un Maghrébin de leur vie, qui habitent dans les quartiers les plus riches, les plus protégés» dit-il le 12 mai 1990. En effet, Bernard TAPIE a mis des mots derrière le racisme, tant nié par l’élite française : «Arrêtons de trouver, sans cesse, des excuses aux électeurs du FN. Arrêtons de dire que LE PEN est un salaud, mais ses électeurs doivent être compris, qu’ils ont des problèmes difficiles. Si l’on juge que LE PEN est un salaud, alors ceux qui votent pour lui, sont aussi des salauds» dit-il en 1993. Ministre de la Ville d'ouverture sous François MITTERRAND, il avait débattu, le 8 décembre 1989, contre Jean-Marie LE PEN sur la politique de l'immigration, sur ce prétendu «seuil de tolérance». L’Europe, pour laquelle il se battait est celle non pas de la frilosité ou du repli identitaire, mais de la liberté, de la diversité, de la tolérance. «Au ministère de la Ville dont il a eu trop peu de temps la charge, il voulait, à sa manière, renverser la table. On le pensait mercantile alors qu’il était la générosité même. Bernard Tapie aura surtout été un combattant permanent, inflexible, et intransigeant face au Front national. Il avait le verbe haut et fort pour défendre ses convictions» écrit Jack LANG. Dans un débat, face à l’odieux, Eric ZEMMOUR, il lançait ce défi «Les immigrés, que Zemmour ne veut plus voir, que Le Pen ne veut plus voir. Pendant quinze jours, vous ne bossez pas. Vous allez voir dans quelle merde vous êtes» dit-il le 14 décembre 2016. Cependant, Bernard TAPIE n’était pas un homme du sérail, il n’avait pas tous les codes de la politique, et a été combattu notamment par les Rocardiens : «S'il (Rocard) veut être un jour président de la République, il va falloir qu'il comprenne que pour être à gauche, faut être à gauche. Il faut l'annoncer, il faut le clamer. Ça se mérite, ça se décrète pas» avait-il dit.
A chaque fois qu’un homme sur cette terre, qui est mon frère, disparaît, notamment après tant d'épreuves et de souffrances, cela me plonge dans une tristesse infinie.
Aussi j'adresse à toute sa famille, mes sincères condoléances. Bernard TAPIE avait quatre enfants :
 
  • Nathalie née en 1968 et Stéphane né en 1969, issus d’un premier mariage du 8 février 1964, avec Michelle LAYEC (1945-1975) ;
 
  • Laurent né en 1974 et Sophie née en 1988, enfants de Dominique MIALET-DAMIANOS, rencontrée en 1969, sa secrétaire-comptable, devenue femme d’affaire à la tête d’un empire immobilier, et mariée le 23 mai 1987, en Grèce.
Bernard TAPIE a également neuf petits-enfants et un arrière-petit-fils.
Se posera la question de la succession. Bernard TAPIE a vendu à François PINAULT son hôtel particulier du 52 rue des Saints Pères à 80 millions d’euros. Il avait une maison à Saint-Tropez. Si la mort met fin aux poursuites pénales, les poursuites civiles, notamment les dettes demeurent.  Ses ayants-droits ont intérêt à accepter la succession, avec des réserves, sous réserves d’un inventaire.
Parisien de naissance, mais Marseillais de cœur, Bernard TAPIE, «le Boss», sera inhumé au cimetière de Mazargues, dans la capitale phocéenne, après une chapelle ardente, le jeudi 7 octobre 2021, au stade Vélodrome et une cérémonie à la cathédrale Sainte-Marie-Majeure (La Major) le vendredi 8 octobre 2021. Animé d’une profonde foi chrétienne, Bernard TAPIE estime que sa conscience croyante lui permet «un rapport lucide et décomplexé» à la mort. Bernard TAPIE a dit qu’il n’a pas peur de mourir, car il aura bien vécu : «Celui qui a peur de la mort, a peur de la vie. Toute sa vie, on n’a pas à avoir peur de la perdre. Ce qui est important, ce n'est pas de réussir dans la vie, c'est de réussir sa vie. J'ai réussi ma vie» dit-il.
En 1986, Edmonde CHARLES-ROUX et Gaston DEFERRE demandent à Bernard TAPIE de relancer l’Olympique de Marseille, qui n’avait gagné de titre depuis 1976. Marseille, rachetée à 1 franc symbolique, remportera quatre titres de champion de France consécutifs de 1989 à 1992, ainsi qu’une coupe d’Europe des clubs champions le 26 mai 1993, face au Milan AC, la seule victoire remportée par un club français. Bernard TAPIE sera élu député des Bouches du Rhône de 1989 à 1996, sous l’étiquette de la majorité présidentielle.
Références très sélectives
1 – Contributions de Bernard Tapie
TAPIE (Bernard), De l’énergie pour l’Europe, Paris,  les éditions radicales, 1992, 111 pages ;
TAPIE (Bernard), Des yeux trop grands, Paris, Plon, 2000, 308  pages ;
TAPIE (Bernard), Gagner, Paris, Librairie générale française, 1987, 215 pages ;
TAPIE (Bernard), Librement, Paris, Plon, 1998, 310 pages ;
TAPIE (Bernard), Paroles de Tapie, textes réunis par William Reymond, Paris, Albin Michel, 1994, 136  pages ;
TAPIE (Bernard), Un scandale d’Etat, oui mais pas celui qu’il vous raconte, Paris, Plon, 2013, 150 pages.
2  - Critiques de Bernard Tapie
BELLONE (Noëlle), Dix ans avec Tapie, Paris, Michel Lafon, 1994, 232 pages ;
BERCOFF (André), Comment ils ont tué Tapie ou le flambeur flambé, Paris, Michel Lafon, 1998, 233 pages ;
BOUCHET (Christian), Comment devenir riche et célèbre, sans vraiment le mériter : Bernard Tapie, Bernard Arnault, Pierre Bergé et les autres, Paris, Fenixx, 1995, 181 pages ;
GIESBERT (Franz-Olivier), Bernard Tapie, leçons de vie, de mort et d’amour, Paris, Presses de la Cité, 2021, 293 pages ;
HAMEL (Ian), Notre ami, Bernard Tapie, Paris, L’Archipel, 2015, 381 pages ;
LECASBLE (Valérie) ROUTIER (Airy), Le flambeur, la vraie vie de Bernard Tapie, Paris, Grasset, 1994, 459 pages ;
MAUDUIT (Laurent), Sous le Tapie, Paris, Stock, 2008, 287 pages ;
MAUDUIT (Laurent), Tapie, le scandale d’Etat, Paris, Stock, 2013, 408 pages ;
MUSNIK (Isabelle), Tapie, les secrets de sa réussite, Paris, Plon, 1985, 264 pages ;
REINARD (Philippe), Bernard Tapie, ou la politique au culot, Paris, France-Empire, 1991, 271 pages ;
ROUTIER (Airy), Le phénix, le retour de Bernard Tapie, Paris, Grasset, 2008, 400 pages.
Paris, le 3 octobre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 

 
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29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 15:16
«Gana GUEYE, le joueur sénégalais, homme du match PSG-Manchester du 28 septembre 2021» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Toute la presse française ne parle que du 2ème but marqué par Léo MESSI, pour la première fois sous le maillot du PSG. S'il y a eu un deuxième but, c'est que quelqu'un auparavant, dont on a tu le nom, avait marqué un premier but.
Gana GUEYE, ce joueur sénégalais arrivé au PSG, en 2019, traité en minorité invisible, a bien été l'homme du match PSG-Manchester au Parc des Princes, à Paris.
Lors des 30 premières minutes, le PSG dominé les Anglais, a terriblement souffert. Pourtant, joueur du milieu, Gana GUEYE, au four et au moulin, en défense comme en attaque, a fini par marquer le merveilleux but qui a libéré Paris de ses inhibitions.
Pour la saison 2021-2022, Idrissa Gana GUEYE a déjà marqué 4 buts dont 3 en Ligue 1 et 1 en Europa Ligue des Champions.
Joueur de 32 ans, né à Dakar, a débuté en 2008, à Lille, puis il est passé à Aston Villa et à Everton. Gana est maintenant à Paris Saint-Germain, au milieu de super stars, gagnant des millions, mais cela ne l'intimide pas. Loin de là ; il déploie constamment son vaste et prometteur talent.
Le héros du match du PSG contre Manchester, est donc Idrissa Gana GUEYE, à qui j'adresse les très vives félicitations pour sa grande contribution au bien-vivre ensemble montrant que ce pays est plus attaché à la diversité plus qu'on ne le pense.
Le public du Parc des Princes, en fin connaisseur, ne s'y est pas trompé ; les supporters du PSG ont adressé une extraordinaire ovation à Gana GUEYE lors de sa sortie du match.
Le sport, comme la musique, ont bien fait exploser les barrières raciales. Tant mieux comme cela ! Pélé et Manoel Garrincha (1933-1983) ont ouvert la voie. Pap DIOUF (1951-2020) a été président de l’Olympe marseillais, et seul président d’un club de football européen, à ce jour, dans ce monde du football où les racisés, loin d’être des séparatistes, sont les meilleurs.
Paris, le 28 septembre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 11:07
«Choguel MAIGA, premier ministre de transition du Mali à l'assemblée générale des Nations et à Paris : Plaidoyer pour l’intégrité territoriale et la sécurité du Mali et une coopération respectueuse et mutuellement avantageuse» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Devant la 76ème assemblée générale des Nations Unies, le premier ministre Choguel MAIGA rappelle que le Mali n'est ni anti onusien, ni anti français ; son pays n'est pas surtout pas un peuple ingrat, mais reconnaissant.
L'objectif du peuple malien est de défendre sa sécurité et l'intégrité de son territoire. L'insécurité dans le Nord du Mali est assimilée «une métastase» une sorte de cancer généralisé, gangrénant la société malienne déjà confrontée aux problèmes de sous-développement, et maintenant, cette pandémie du Covid-19. Aussi, le Mali demande aux Nations Unies que les forces de la MUNISMA de quitter le statut de forces d'interposition, en s’engageant dans les combats, en application du Chapitre VII des Nations unies.
M. Choguel MAIGA est également en visite en France du 26 au 28 septembre 2021. M. MAIGA estime que la «France qui a abandonné le Mali en plein vol» et a procédé à des «décisions unilatérales», sans concertation, sans respect de la souveraineté malienne. Probablement le retrait annoncé des forces BARKANE et les négociations des Maliens avec les Russes ont été au cœur des échanges avec des représentants de la France, venus le rencontrer le 27 septembre 2021, dans l’après-midi.
M. Choguel MAIGA a rencontré la presse française et la communauté malienne, dont M. Mamoudou CISSOKO, son représentant en France.
Je suis persuadé, qu'en raison des liens culturels et historiques avec l'Afrique, la France a grand intérêt à négocier avec des hommes lucides et courageux, comme le premier ministre, M. Choguel MAIGA. Les vieilles méthodes de la Françafrique, fondées sur la violence, la prédation ou la subordination, transformant l'Afrique en provinces françaises, ont fait leur temps.
Devant l'avancée des Russes et des Chinois, la France devrait privilégier avec ses partenaires africains, la négociation fondée sur des intérêts mutuellement avantageux. C'est le seul chemin qui vaille : une vraie coopération, et non le diktat. Par conséquent, il faudrait apprendre à écouter et respecter ses partenaires.
Paris, le 27 septembre 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 15:36
«Mme Anne HIDALGO une candidate écologiste et socialiste, qui inquiète et pouvant créer un tremblement de terre le 24 avril 2022» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
En politique, on connaît la formule de Léon ZITRONE (1914-1995) : «Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi !». Quand on parle de vous, même en mal, c'est que vous êtes au centre du jeu politique ; vous inquiétez donc vos adversaires. Quand on ne parle plus de vous, cela commence à devenir inquiétant. On tire rarement sur une ambulance.
La candidature de Mme Anne HIDALGO est sérieuse et de nature à provoquer un tremblement de terre, en battant le 24 avril 2022, toutes les forces lepénisées, avec l’élection, pour la première fois, d’une Femme présidente de la République. Aussi, c'est la grande panique. Toutes les forces lepénisées, dans un curieux rapport distancié à la Vérité, attaquent, sans retenue, sans aucune décence, Mme Anne HIDALGO.
La dernière rumeur serait que Mme Anne HIDALGO aurait eu le permis de conduire suspendu pour excès de vitesse. Cette fausse nouvelle, relayée abondamment et malhonnêtement, dans les réseaux sociaux, a été, curieusement, exhibée lors de la limitation de la vitesse à 30 km à Paris, intervenue le 30 août 2021. Or, cette information mensongère n’est qu’une pure intoxication, fondée sur un poisson d’avril, du 1er avril 2015 du journal «Le Parisien».
Les attaques concernant auparavant le tramway, ou la dénonciation dite du «Paris saccage», la prétendue gêne des travaux de Mme Anne HIDALGO, ou que Paris serait sale, puis avant cela, la piétonnisation des voies sur berges, sont du même ordre. On nous disait, qu'avec ces projets, Mme Anne HIDALGO, si «impopulaire», dans son orientation radicale de défense de l'écologie, ne serait jamais réélue maire de Paris en juin 2020. En dépit de ces opérations de lynchage, dignes de «Strange Fruit», Mme Anne HIDALGO a gagné, haut la main, les municipales de juin 2020. Du même coup, Mme Anne HIDALGO a fait resuscité une Gauche moribonde et ringardisée depuis 2017, et créé une dynamique de sa victoire en 2022, devenant ainsi, de facto, sa patronne. C’est cela qui inquiète les forces lepénisées : la Gauche, loin de mourir face à un prétendu «Nouveau Monde», a relevé la tête, et peut donc remporter les présidentielles de 2022.
Dans ces boules puantes qu’on fait circuler, à grands renforts, dans les réseaux sociaux, des sondages sont exhibés, suivant lesquels Mme Anne HIDALGO, en dépit de sa déclaration officielle de candidature, sa côte de popularité aurait chuté et ne serait qu’à 4% ; Mme HIDALGO ne décollerait pas. Depuis quand les sondages peuvent-ils remplacer une élection ? Si oui, autant supprimer les consultations électorales et donner cette mission aux Instituts de sondage. Mme Anne HIDALGO qu’on donnait souvent perdante de différents scrutins les a gagnés de haute lutte. Les sondages sont le reflet d’un instant précis de l’opinion publique, mais ne peuvent, en aucune manière, préjuger de l’avenir ; c’est le peuple qui décide. «C'est à la fin de la foire, que l'on compte les bouses de vaches» dit un dicton breton. Il arrive très souvent que les sondages, dont les instituts sont essentiellement aux mains de la très haute finance, se trompent, très lourdement. En effet, une campagne électorale est une dynamique, une rencontre un homme ou une femme avec le peuple. En mai 1981, la Droite giscardienne avait fait relayer des sondages bidons, estimant qu'elle serait encore au pouvoir, pour 50 ans, soit jusqu’en 2031. Auparavant, Jacques CHABAN-DELMAS (1915-2000), qui voulait incarner la modernité, avec une communication sur sa «Nouvelle société», se croyait plus populaire que le général Charles de GAULLE (1890-1970). Michel ROCARD (1930-2016) avait des sondages plus flatteurs que ceux de François MITTERRAND, que l’on disait maîtrisant peu les médias. Bien mal en a pris le président Jacques CHIRAC (1932-2019), se croyant populaire, en décidant la dissolution de l’Assemblée nationale, le 21 avril 1997 ; il avait provoqué ainsi la première alternance sous la Vème République avec la victoire du socialiste, Lionel JOSPIN, devenu premier ministre. Je rappelle qu'en 2012, François HOLLANDE, dans tous les sondages était à 3%. Qui aurait parié, aux présidentielles de 2017, sur M. Emmanuel MACRON ? Même François HOLLANDE, un professionnel de la politique, n'avait pas vu, qu'un obscur gratte-papier à la banque de Rothschild, allait le mettre à la retraite, de façon prématurée. Plus près de nous, aux régionales de 2021, tous les instituts de sondage, dans leurs certitudes tranquilles et leur majesté impériale, n'acceptant jamais d'avouer leur lourde et patente erreur, prévoyaient une victoire massive du Rassemblement national aux régionales. Et pourtant, là aussi, la Gauche a battu, à plate couture, les forces lepénisées. Dans cette éclatante victoire aux régionales de 2021, Mme Anne HIDALGO y est, grandement, pour quelque chose. Mme Carole DELGA, en Occitanie, a été la présidente de région socialiste la mieux élue de France.
Une des ignobles attaques contre Mme Anne HIDALGO concerne les conséquences de la politique désastreuse et lepénisée du gouvernement concernant certains réfugiés. Je ne parle pas des Chrétiens d’Orient qui sont bien accueillis et logés, et donc personne ne parle. J’évoque le cas des réfugiés Afghans, Syriens, Albanais ou Tchéchènes, parqués comme des bêtes dans les boulevards périphériques, livrés à la violence, à la prostitution masculine, à la délinquance, au travail clandestin journalier, et surtout à la drogue. A que je sache, les questions d’accueil des réfugiés, de logement, de drogue et d’insécurité ne sont pas de la compétence de la Mairie de Paris, mais du pouvoir exécutif, et donc du Préfet de Police de Paris. «Le ministère de l'intérieur et le préfet de police de Paris ne jouent pas leur rôle et abandonnent des quartiers entiers [...] où il y a un énorme espace de deal. Dans le XIXème arrondissement, il un marché de la drogue et du crack aux yeux de tout le monde avec un préfet de police qui regarde, et qui n'intervient pas. C'est scandaleux. «J'en appelle au ministre de l'Intérieur» pour régler le problème de sécurité» ; c’est «situation absolument inacceptable» dit Mme Anne HIDALGO. En effet, dans sa politique lepénisée assumée, l’Etat a choisi de traiter ces réfugiés, que la Macronie a saccagé par ses guerres locales et injustes leur pays, en parias. On veut par conséquent refiler le bébé et l’eau du bain à Mme Anne HIDALGO. Par ailleurs, dans cette politique migratoire, je rappelle aussi cette hausse des droits d’inscription des étudiants africains passant de 200 € à 2770 €. Un scandale, une politique d’Apartheid qui ne dit pas son nom ! J’accuse le silence coupable des gouvernements africains.

Je crois sincèrement que la Politique, c'est l'art de faire bouger les lignes, à travers un projet innovant, mais aussi une grande dose de sincérité et de conviction. M. Emmanuel MACRON, élu par défaut en 2017 contre Marine LE PEN, pour sauver la République, après avoir trahi François HOLLANDE, tous les Socialistes réformateurs qui l'avait accompagné, a également cocufié le peuple français, à travers un projet politique maintenant lepénisé. «Le Nouveau monde» a donc pris un sacré coup de vieux, dans sa lepénisation et sa sarkozysation assumées. On sait maintenant, au terme de son mandat, qui est M. Emmanuel MACRON, les choses sont claires aux yeux de tous : Jupiter est tombé de son Olympe. La Gauche, que M. Emmanuel MACRON avait molestée à coups de matraques et éborgné des manifestants, lors de ses réformes injustes. Le président MACRON voulait liquider la Gauche, par un slogan fumeux, «Ni de Droite, Ni de Gauche» ; or celle-ci est toujours debout et plus combative que jamais. En effet, on nous annonçait la fin de «l’Ancien Monde», le triomphe d’un «Nouveau Monde» et qu’il allait y avoir une «recomposition politique». Cependant ces prévisions se sont révélées fausses devant l’effondrement de la Macronie ; les régionales ont fait renaître le clivage Gauche-Droite ; les forces lepénisées ont été laminées. En effet, Mme Anne HIDALGO, aux municipales de 2020, avec de nombreuses nouvelles villes conquises (Marseille, Bordeaux, Lyon, Montpellier), et aux régionales de 2021, a redonné l'espoir et l'espérance aux forces de progrès. Pour ces présidentielles d’avril 2022, les forces de Gauche seront dispersées au 1er tour, mais c'est une concurrence saine.

Dans les boules puantes, les réseaux sociaux affirment souvent, de façon éhontée, que Arthur GERMAIN serait le fils de François HOLLANDE. Or Mme Anne HIDALGO vit, depuis 2004, avec M. Jean-Marc GERMAIN, un homme particulièrement discret, un fin cuistot et pianiste, rencontré au cabinet de Martine AUBRY. François HOLLANDE, après une tournée africaine, pour récolter des fonds, n’a jamais digérer sa défaite de 2017 et voulait torpiller la candidature de Anne HIDALGO. Aussi, François HOLLANDE se cache derrière son sous-fifre, Stéphane LE FOLL, son ancien directeur de cabinet. Dans cette opération en eaux troubles, téléguidée par l’ancien président, Stéphane LE FOLL réclame, à tue-tête, un débat télévisé autour de l'investiture de Mme Anne HIDALGO par les militants du Parti socialiste. M. LE FOLL, c'est fou que de tirer contre son camp, en faisant ainsi le jeu et la campagne électorale du président Emmanuel MACRON. On parlera, en temps utile, du bilan de François HOLLANDE, dont M. Emmanuel MACRON est, justement, l’héritage ; c’est son bébé. Je me souviens encore de ce désastreux et odieux projet de la loi de déchéance de la nationalité de François HOLLANDE, mais aussi, et surtout, de la nomination de Manuel VALLS premier ministre, après le désastre des municipales de 2014, droitisant et lepénisant encore un peu plus la vie politique française. C'est le même Manuel VALLS qui, au deuxième tour des régionales de 2021 en IDF, a appelé à voter pour la Droite lepénisée contre la liste de Gauche.
Je dis à notre ami Stéphane LE FOLL, que j'avais rencontré aux salons Vianey, à Paris 12ème, en 2005, et Mme Anne HIDALGO était présente ce jour-là, que ce référendum avait failli faire exploser le Parti socialiste. La primaire du Parti socialiste, en 2016, a été un désastre, puisque l'aile droite du PS, ayant rejoint la Macronie dont Manuel VALLS, avait refusé de soutenir M. Benoît HAMON. Par conséquent, Mme Anne HIDALGO sera donc adoubée le 14 octobre 2021 par les militants socialistes. Nous avons besoin de rassembler notre camp, au lieu de nous diviser, pour pouvoir convaincre les autres. La Droite, tirant les leçons du passé, en raison des risques de division, a renoncé à une primaire ouverte pour sélectionner son candidat aux présidentielles. Ce sont les militants, les Républicains, qui décideront lors d’un congrès. Je trouve cela sage.
Pour les forces lepénisées, la Politique se réduit au pugilat, au mensonge et à la duplicité, alors que Mme Anne HIDALGO fait ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait. En dépit des calomnies et des intoxications, Mme Anne HIDALGO a toujours tenu le cap et ne dévie pas de ses engagements. Ce qui constitue un honneur en Politique, en réhabilitant ainsi la parole publique, si discréditée par ces forces conservatrices. C'est cela peut être cela qui inquiète encore plus les forces lepénisées qui parlent d'une France fantasmée qui n'a jamais existé. Ceux qu'on désigne par le terme «d'étrangers», ces «Mohamed», sont des Français issus de l’immigration. Par conséquent, ces forces lepénisées, dans le déni permanent du passé esclavagiste, colonialiste, du racisme institutionnel et systémique et des violences policières, ne voient pas que la seule vraie France, la Républicaine, est déjà un pays multiculturel. Le bien-vivre ensemble, est largement «En Marche», si je puis utiliser ce terme jeté à la boue.
Mme Anne HIDALGO saura, en temps utile, faire des propositions audacieuses pour un bien-vivre ensemble au lieu de diviser et de stigmatiser certaines personnes. Mme Anne HIDALGO rassemblera, tous, autour des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté. Je suis personnellement attaché à une Maison d’Afrique à Paris, pour apprendre aux différentes communautés les règles du bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel. Je crois que le Parti socialiste devrait apprendre à mieux mobiliser les Français issus de l’immigration, dans cette promesse républicaine d’égalité républicaine, une bonne réserve de voix se situe dans là. Les forces lepénisées font tout marginaliser, stigmatiser les Français issus de l’immigration, afin de les décourager d’aller voter, par des débats fumeux.  Quand est citoyen et qu’on le droit de vote, il faudrait s’en servir, la classe politique ne respecte que ceux qui  se respectent et vont voter.
La politique, au sens noble du terme, c'est un débat d'idées, projet contre projet ; ce n’est ni la calomnie, ni le mensonge, ni la duplicité ou l’enfumage, pour occulter les vrais et grands enjeux majeurs du pays. Les forces lepénisées essaient de noyer le poisson, afin de mieux occulter leur funeste projet politique : «Nous vivons des temps difficiles et ingrats, avec des débats où règnent la confusion, l'intolérance, l'agressivité, servant beaucoup à détourner l'attention sur les urgences sociales, l'aggravation des inégalités. Il faudrait et sortir de ces périodes écrasantes. Il est toujours difficile de livrer bataille dans ces périodes sombres ; cela demande du courage. C'est un acte de dignité que de se battre et défendre ses convictions. Et tu le fais admirablement, malgré les cris, les meutes, sans céder à la facilité, à la lâcheté. C'est ainsi que la Politique résiste aux mauvais vents» dit, fort justement, Mme Christiane TAUBIRA. Les forces lepénisées, et dont M. MACRON en est devenu le chef de file, ne sont pas mes ennemis, mais des adversaires politiques. En politique, je ne crois ni à la violence, ni aux attaques au-dessous de la ceinture, ni aux boules puantes, comme méthode républicaine.
Loin de ces postures et instrumentations, Mme Anne HIDALGO, dans sa droiture, sa probité, sa dignité, sa retenue et sa résilience, a choisi de prendre de la hauteur, en proposant un projet novateur, pour changer, radicalement, la vie des gens. Je viens de recevoir le livre de Mme Anne HIDALGO, une «Femme française», contenant de nombreuses propositions innovantes, dont une revalorisation substantielle des salaires, le pouvoir d’achat, notamment le doublement du salaire des enseignants en cinq ans. Ces propositions audacieuses sont à la base aussi de ces boules puantes des forces lepénisées à l’encontre de Mme Anne HIDALGO.
Pour les forces lepénisées, tout est communication : «dire, c’est faire» ; qu’importe même si l’on disait quelque chose et son contraire, «Et en même temps», ces oxymores maintenant célèbres de la Macronie. En revanche, Mme Anne HIDALGO est attachée à la promesse républicaine d’égalité réelle, à la considération et au respect des citoyens et s’insurge contre l’assignation identitaire, en appliquant une géographie du labeur. Chacun doit pouvoir vivre, dignement, de son travail. Mme Anne HIDALGO est attachée à l’écologie, au-delà des partis et à un big-bang de la proximité.
L’actualité bruisse de partout, une augmentation substantielle du prix de gaz et de l’électricité. Il n’a échappé à personne que pendant ce mandat de M. Emmanuel MACRON, président des riches, les fortunés, ses amis de la Samaritaine, ont été les grands gagnants de la crise et de cette pandémie. Les milliards qui pleuvent, depuis le début de la pandémie de la Covid-19, ont bénéficié, essentiellement, aux copains et aux coquins de la haute finance. Les ménages et les salariés ont morflé, du moins, par cette théorie dite du «ruissellement» macronienne, ils n’ont eu que de l’aumône. Je suis persuadé que le chômage partiel sera aboli, si par malheur, M. MACRON était réélu, et les réformes injustes (retraites, chômage) appliquées contre les faibles.
Les citoyens, au lieu d’être intoxiqués contre les boules puantes, en se retranchant dans l’abstentionnisme, sauront se mobiliser, très fortement, pour élire, pour la première fois, une Femme présidente de la République française le 24 avril 2022. 40 ans près François MITTERRAND, ce séisme, en perspective, inquiète et à juste titre. La haute finance, après tant de services rendus, saura recaser ses bienfaiteurs !
Paris, le 25 septembre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Mme Anne HIDALGO une candidate écologiste et socialiste, qui inquiète et pouvant créer un tremblement de terre le 24 avril 2022» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Mme Anne HIDALGO une candidate écologiste et socialiste, qui inquiète et pouvant créer un tremblement de terre le 24 avril 2022» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 15:36
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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 19:34
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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 19:04
«Abdoulaye M’BOUP (1937-1975), chanteur et compositeur, moraliste de l’ère senghorienne, un artiste du roman national sénégalais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Auteur-compositeur, chanteur à la voix d’or, moraliste et poète, artiste emblématique des années SENGHOR et du début des indépendances, Abdoulaye M’BOUP, communément appelé «Laye M’BOUP», est tragiquement décédé, le 23 juin 1975, dans un accident de la route, sur la route de Dagana. Ce jour-là trois accidents meurtriers ont été dénombrés dans cette zone : «Le 3ème accident a eu lieu le lundi 23 juin 1975, vers 18 h, sur la route nationale 3, à quelques mètres de l’embranchement Richard-Toll – Rosso. Une 403, à bord de laquelle avait pris place, depuis Saint-Louis Laye M’Boup, a fait des tonneaux, après l’éclatement de sa roue arrière. Evacué sur le centre de santé de Richard Toll, Laye M’Boup devait s’y éteindre, quelques minutes après son arrivée, des suites de ses graves blessures» écrit Elhadji N’Gary BA. Une mort soudaine qui a surpris et jeté dans la consternation incommensurable le peuple sénégalais, une disparition en pleine gloire.  «La réalité est vaine lorsqu’il s’agit de partir du néant, du vide brutal pour resusciter une vie. (…). Abdoulaye M’Boup est mort. Il est mort ! Toute raison vacille devant une disparition aussi brutale, aussi imprévisible, le mot est absurde, mais il est correct. Il est à sa place imprévisible. Imprévisible ! Ceux qui ont connu ce garçon me comprennent. Il y avait eu tant de vies en lui. Aucune place pour la mort ! Vraiment. Pourtant Dame Mort l’a saisi ! Elle l’a saisi en plein vol, en pleine ascension. Inflexible, brutale, inhumaine»  écrit Jean-Pierre LEURS, metteur en scène à Sorano. «Voici qu’une main lourde frappe la grande famille de la culture. Un accident de la circulation absurde, brutal, inattendu comme toujours, vient d’arracher Abdoulaye, dit Laye M’Boup à notre estime et à notre admiration» écrit Alioune SENE, (1932-2005), ministre de la culture, de 1970 à 1978. En effet, Abdoulaye M’BOUP en tournée avec la troupe du théâtre national Daniel Sorano, en Casamance, au Sénégal oriental, puis dans la région du fleuve, à Richard Toll, il devait se rendre à Dagana. Il s’était, par la suite, détaché du groupe pour se rendre à Saint-Louis. C’est pendant qu’il retournait auprès de ses collègues, à bord d’un taxi, qu’il est mort dans un accident de la route. Cette escape a soulevé de nombreuses supputations, parfois malveillantes ou fantaisistes, mais ce n’est le sujet de cet article. «La veille de sa mort, dans le cadre d’une tournée de l’Ensemble lyrique à laquelle il participait si pleinement, Abdoulaye M’Boup chantait encore la vie et la mort, chantait l’espoir. En disparaissant ainsi dans la plénitude de ses possibilités, le ténor à la voix chaude et prenante nous laisse sur notre faim» écrit Alioune SENE, Ministre de la culture. Laye MBOUP, estimé de ses collègues de Sorano, l’avaient nommé délégué auprès de leur employeur. Aussi, le théâtre national Daniel Sorano, où son cercueil a été exposé le 24 juin 1975, lui a rendu un vibrant hommage, après sa disparition, devant une foule immense, et en présence notamment de M. Alioune SENE, ministre de la culture, Ibrahima DEME, attaché de presse à la Présidence, Tidiane Daly N’DIAYE, conseiller à la Primature et Maurice Sonar SENGHOR, Directeur de Sorano «Ceux qui l’ont connu sur les planches ont été conquis par son élégance, ses gestes mesurés» écrit Djib DIEDHIOU.
Abdoulaye M’BOUP, une météorite, disparue, prématurément, à l’âge de 38 ans, un artiste talentueux, déchiré entre la tradition et la modernité, une force créatrice dans les audaces de ses compositions, est devenu un mythe. «Une vie courte, mais intense et glorieuse», tel est le choix, dans la mythologie grecque, d’Achille, fils de Thétis. Artiste marquant des années de SENGHOR, Laye M’BOUP occupe une place de choix dans la mémoire des Sénégalais. En effet, Laye M’BOUP, de par son travail et son génie, est resté dans la mémoire et le cœur des Sénégalais. La musique étant une confidence du cœur, les chansons de Laye M’BOUP faisant l’éloge du Sénégal éternel, nous enchantent encore, et plus que jamais. «Il fut moraliste et poète, profondément attaché aux traditions sociales de son pays, à ses hommes et à son développement ; le moraliste se confond toujours au poète, au philosophe, au militant d’un développement efficace de son pays» écrit dans son hommage, Jean-Pierre LEURS, metteur en scène au théâtre national Daniel Sorano.
Pourtant et en dépit de ces éloges plus que bien mérités, il n’y a pas encore eu de biographie, à ma connaissance, sur la vie d’Abdoulaye M’BOUP. Des émissions de télévisions ont été conduites, si elles apportent quelques éclairages sa vie, ces initiatives louables ont été parasitées par différents éléments réduisant ainsi leur qualité et portée. Il subsiste un doute sur sa date de naissance. Dans cette émission télévisée, sa naissance est l’année 1929. Or d’autres sources concordantes estiment que Laye M’BOUP est né le 27 février 1937 à Dakar. Jean-Pierre LEURS situe sa date de naissance au 27 juin 1937 «Il est mort, alors que dans trois jours, le 27 juin 1975, il allait fêter ses 38 ans» écrit-il dans son hommage. Par conséquent, la date la plus plausible de naissance de Laye MBOUP est le 27 juin 1937.
Laye M’BOUP a baigné, depuis son enfance, dans une ambiance artistique et une immense piété familiale «L’homme, artistiquement et socialement parlant, était attachant à plus d’un titre. De l’art, il avait, en effet, une passion native, un amour qu’il élevait presque au rang d’un culte et des relations humaines, un sens aigu, sous-tendu par une aptitude toute naturelle. Les plaines immenses et ensoleillées, les terres fertiles du Diander qui l’ont vu grandir et mûrir, avaient certainement favorisé en lui, et en même temps que cette grande générosité qui était l’un de ses traits dominants, cet attachement quasi mystique aux joies simples de la vie quotidienne» écrit, dans son hommage, Alioune SENE, Ministre de la culture. Son père El Hadji M’BOUP, ancien combattant de la Première guerre mondiale, l’avait inscrit à des études coraniques, d’où sa grande rigueur morale et son grand attachement aux valeurs traditionnelles du Sénégal. Sa première chanson, «Seyni Baaye Samba», est consacrée à sa mère, Seyni NDIAYE. Abdoulaye M’BOUP était un héritage une religion, et descend d’une longue lignée de griots. «Le chant pour Laye M’Boup était un héritage et une religion, parce que sa mère, Seyni Ndiaye, était une grande chanteuse de Ndiam. Une religion, parce qu’il croyait avec cette ferveur, cette fougue, cet acharnement presque obstiné qui parfois donnait à penser qu’il élevait son talent à la hauteur d’une vaine prétention. Simple conviction d’un génial compositeur qui avait la pleine maîtrise de son talent de chanteur aux variations multiples» écrit Jean-Pierre LEURS, dans son hommage.
Laye M’BOUP était marié à Kardiata SENE et à Fatou Talla N’DIAYE. Il a eu seize enfants, notamment avec Nafi N’DIAYE, mère de Coura M’BOUP.
Laye M’BOUP avait une conception engagée de l’artiste, au service de l’édification d’une nation sénégalaise et de la résurgence des valeurs morales, pour une musique, authentiquement sénégalaise.
I - Laye M’BOUP, un artiste à l’aube des indépendances,
militant de la cause du Sénégal, pour son identité nationale à construire
Laye M’BOUP a démarré sa carrière de chanteur, en 1966, au sein de l’Ensemble Lyrique rattaché au Théâtre national Daniel Sorano. Son premier succès a été «Guédji N’gala Rir». En raison de ses talents, il sera vite propulsé au-devant de la scène : «Ses dispositions naturelles pour la composition, comme pour l’exécution, ne tardèrent pas à le projeter sur l’avant de la scène artistique, d’abord tout naturellement à Sorano, puis ensuite dans nos régions et dans les pays amis où le Sénégal organisait des semaines culturelles» écrit Alioune Badara SENE (1932-2005). Laye M’BOUP est donc membre à l’ensemble national lyrique composé de 45 artistes, reflétant la diversité ethnique et professionnelle du Sénégal, mais profondément enracinés dans la tradition. La mission de cet ensemble lyrique est, notamment de «représenter, au mieux, la diversité culturelle et le génie créateur du peuple sénégalais» écrit Maurice Sonar SENGHOR. En effet, Maurice Sonar SENGHOR (1926-2007), déniche des talents, dont Laye M’BOUP et Yandé Codou SENE (1932-2010), des chants sérères, Lalo Kéba DRAME (1926-1974), des chants mandingues dont «Coura M’Bissane». C’est l’époque également, où les antennes de la radio sénégalaise sont ouvertes à cet ensemble national lyrique, mais aussi, pour les artistes peuls, à Samba DIOP et son Lélé et Guélaye Aly FALL, pour le Pékane, ou le chant des pêcheurs. Par conséquent, l’influence de son passage à l’Ensemble Lyrique est considérable : «Cette immense scène de théâtre en rond, dans le plus grand style négro-africain, donnera peut-être à Laye M’Boup sa vocation dès sa plus tendre enfance. Parce que le théâtre complet lui léguera aussi un art riche et varié. Jailli de notre pur fond culturel traditionnel : des chansons aux accents graves, mélancoliques, exaltant tour à tour le sentiment patriotique, les vertus de la construction nationale, la qualité de la Femme, l’amour filial, célébrant aussi le culte des grands disparus», écrit dans son hommage à Sorano, Alioune SENE, Ministre de la culture.  
Laye M’BOUP ne faisait pas de la Politique, il ne débitait pas des slogans politiques flagorneurs, mais ses chansons ont un impact politique considérable, en participant ainsi à l’édification d’une conscience nationale. Laye M’BOUP «n’est jamais tombé dans la flagornerie. Il voulait, au contraire apporter sa contribution à la construction de la nation sénégalaise. Certaines de ses chansons exhortaient ses compatriotes à l’action utile ou conseillaient le retour aux sources» écrit Djib DIEDHOU, dans le journal «Le Soleil». Cependant, Laye M’BOUP, un artiste des débuts de l’indépendance, avait été recruté en qualité d’ouvrier à Sorano et à la grande mosquée de Dakar. C’est Elimane N’DOUR, le père de Youssou N'DOUR, qui l’a formé au métier de soudeur. «A ses moments libres, il allait travailler avec un groupe de musiciens de variétés. Il venait ainsi de se lancer dans une grande tâche : adapter les airs traditionnels à la musique moderne» écrit Djib DIEDHIOU. Il évoluait donc dans une ambiance nourrie par l’idéologie senghorienne, le fondateur de la nation sénégalaise. Moraliste et nationaliste, «Chanteur de renom, attaché au sol natal. Abdoulaye M’Boup s’était engagé sur une voie à laquelle le prédestinaient ses convictions religieuses inspirées par de solides études coraniques. Il fut un moraliste, un poète, profondément attaché aux traditions sociales de son pays, à ses hommes et à son développement» écrit Jean-Pierre LEURS. La Politique, au sens de l’art de gérer la Cité, et la culture sont intimement liées : «L’homme, par le seul qu’il existe et qu’il se pense en tant qu’homme, dément la fatalité de sa condition. Ce pouvoir, l’artiste l’affirme avec force, qui non seulement développe sa propre vision du monde, mais sait la partager à d’autres ; le Grand Homme l’affirme également, qui perpétue par l’Histoire ses actes exemplaires» écrit André MALRAUX (1901-1976) dans «La Politique et la culture». Effet, Laye M’BOUP est un artiste charismatique d’un Sénégal nouvellement indépendant, aux intonations griotiques et aux envolées lyriques exceptionnelles, doté d’un engagement marqué pour la cause de son pays. Laye M’BOUP est un chanteur des quinze premières années de l’indépendance, à l’époque de la présidence du fondateur de la Nation sénégalaise, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), marquée par un renouveau culturel et artistique. L’ensemble lyrique, une des composantes du théâtre national de Daniel Sorano est doté de «répertoires essentiellement tournés vers des œuvres aboutissant, soit à la prise en compte de nos valeurs traditionnelles, soit à la réflexion portant sur des sujets spécifiques à la nation sénégalaise en gestation, soit encore à la diffusion d’idées propres à la reconversion des mentalités aux réalités nouvelles» écrit Maurice Sonar SENGHOR (1926-2007), directeur du théâtre Sorano, dans ses «Souvenirs de théâtres d’Afrique». En effet, pour le président-poète, SENGHOR, la culture et l’identité culturelle sont le fondement et le cœur du processus de développement «L’Etat assigne à la politique culturelle, la vocation d’exprimer et de forger , tout à la fois, une identité nationale, cette politique tout naturellement s’incarnera dans les institutions culturelles, voulues créées et entretenues par les pouvoirs publics» écrit Momar Coumba N’DIAYE, dans le «Sénégal contemporain».
En définitive, Laye M’BOUP est un artiste qui a considérablement participé à l’écriture du roman national sénégalais «On était envoûté par cette voix qui faisait resurgir dans les mémoires la bravoure et les chevauchées des guerriers d’antan : Lat-Dior, Bouna N’Diaye. L’homme avait séduit par la seule magie du poste-transistor.» écrit Djib DIEDHIOU. «Sénégal, Sunu Gaal» ou «Sénégal, notre pirogue» de 1972, participe, par conséquent, à cette écriture du roman national sénégalais, en glorifiant ce grand petit pays. Suivant Léopold Sédar SENGHOR, ayant instauré un Parti unique, l’Union progressiste sénégalaise, le pays est embarqué, dans la pirogue, dans une lutte pour le développement ; chacun doit donner sa contribution à la cohésion et à l’effort national, en ramant, non pas à contre-courant, mais dans le même sens. Par ailleurs, le Sénégal est un pays de «Téranga», d’hospitalité, les étrangers sont si bien accueillis qu’ils finissent par oublier de repartir chez eux. Cependant, l’étymologie du nom Sénégal est controversée. Cette version mythique et idyllique de SENGHOR, permettant de consolider la nation sénégalaise, est inspirée de l’abbé David BOILAT (1814-1901), un métis franco-sénégalais, dans ses «Esquisses sénégalaises», faisant fi de la longue histoire du peuple sénégalais, se place dans la logique coloniale, avant l’idée que le Sénégal serait d’abord «découvert» en 1364 par les commerçants de Dieppe, puis en 1446, par Denis FERNANDEZ, un navigateur portugais, «le premier Européen, qui passa l’embouchure du Sénégal, et lui donna ce nom facile à expliquer, quand on connaît la langue Wolof, car il l’appelle «Sanaga» ou «Sénégal». Il paraît évident qu’il dut demander au premier piroguier qu’il rencontra le nom du fleuve et lui répondit «Samma Gal» ou mon bateau, ou bien «Sougnou Gal», nos bateaux» écrit-il. Mais ce récit de l’abbé David BOILAT que SENGHOR tente d’accréditer, maintenant largement accepté, est contestée par certains chercheurs. En effet, pour Théodore MONOD (1902-2000) et d’autres chercheurs, Denis FERNANDEZ n’a pas débarqué à Saint-Louis en 1446, et le Sénégal serait tiré du nom d'une tribu berbère du Sahara, «Sénéga» ou «Sanaga». Ils se fondent sur un manuscrit en latin d’un Portugais, Diogo GOMES (1420-1502), découvert par un Allemand et traduit en français en 1959, qui précise que c’est un voyageur génois, Lanzarotto MALOCELLO (1270-1336), qui aurait fait adopter ce nom, d’une tribu maure, au XVIème siècle.
Riche de cet héritage culturel, Laye M’BOUP a su y apporter sa talentueuse touche personnelle «Laye M’Boup c’était une synthèse vivante d’un art aux facettes multiple, qui avait le don, sans rompre avec les exigences de l’harmonie, de s’appuyer à la fois sur le passé et le présent. On s’est interrogé parfois sur ses capacités de création, sur la richesse de son répertoire, bref sur sa puissance de renouvellement. On a ensuite tenté d’expliquer cela par les traditions lointaines d’un milieu familial dont les diverses générations surent apporter dans nos chansons une contribution fort enrichissante. Mais la tradition, à elle seule, ne peut tout expliquer. Elle ne serait que si peu de chose sans le talent allié à cette grande volonté de Laye M’Boup» écrit Alioune SENE, Ministre de la culture. Homme de son temps, Laye M’BOUP en sociologue et historien, a su capter et restituer par son art, une fidèle peinture du Sénégal, dans la deuxième moitié du XXème siècle.
«Lat-Dior» est l’une des importantes chansons de Laye M’BOUP, dans ce roman national sénégalais, glorifiant le Damel du Cayor et participant ainsi à en faire un héros national. «On est envoûté par cette voix qui faisait resurgir dans les mémoires la bravoure et les chevauchées des guerriers d’antan» écrit Djib DIEDHOU, dans le journal «Le Soleil». En effet, Léopold Sédar SENGHOR, un président modéré et particulièrement favorable aux intérêts de la France, comme d’ailleurs son premier ministre et successeur, M. Abdou DIOUF, ont réécrit l’Histoire, en imposant Lat-Dior DIOP (1842-1866), comme un héros du Sénégal. Des résistances héroïques ont été occultées, notamment celles des Jihadistes, El Hadji Omar TALL (1794-1864) et Maba Diakhou BA (1809-1867), sont de mentors de Lat-Dior. Le colonisateur, dans son entreprise de domination a tenté d’insuffler le complexe d’infériorité, en falsifiant l’histoire africaine. Le résistants africains, présentés comme de vulgaires roitelets, sanguinaires et assoiffés de pouvoir, des tyrans et cupides, à défaut d’être discrédités, ont été volontairement oubliés. Laye M’BOUP s’inscrit donc dans ce roman national du Sénégal, tel que l’ont conçu les pères de l’indépendance, une histoire lisse ne remettant pas fondamentalement le point de vue du colon. Il est constant et établi que Lat-Dior DIOP, Damel du Cayor, a combattu le colonisateur, qui l’avait détrôné, et envisageait de construire le chemin de fer traversant tout le Cayor, en vue de l’annexer ; il n’a donc pas accepté d’abdiquer, en renonçant à cette victoire totale du colonialisme. Cependant, dans ce récit, des faits majeurs ont été passés sous silence par le régime de SENGHOR. Tout d’abord, cette résistance louable, est tardive, élu Damel du Cayor, en 1861, vaincu à Loro, en 1864. D’autre part, Coumba N’Doffène DIOUF (1871-1923), le Roi du Sine, un grand collaborateur des colons, a refusé d’accueillir Lat-Dior, lorsqu’il a été chassé du pouvoir. C’est Maba Diakou BA, Almamy du Nioro du Rip, ou Badibou (voir mon article) qui a accueilli et protégé Lat-Dior DIOP durant son exil. Curieux destin, le 18 juillet 1867, jour de la bataille de Somb, Lat-Dior s’est enfui abandonnant lâchement Maba Diakhou BA son mentor. Ensuite, quand Lat-Dior retrouve son trône entre 1881 et 1882, une obsession de sa vie, il part combattre, avec les Français, Sékou Ahmadou. Enfin, c’est à partir de 1877, que Lat-Dior comprendra que le projet de chemin de fer traversant son royaume est une annexion, et se révolte contre les Français. Mais c’est trop tard, il est vaincu à Derkélé, le 26 octobre 1886, Samba Laobé FALL, neveu de Lat-Dior, un collaborateur du colon, ayant été tué à Tivaoune, le 6 octobre 1886.
La chanson «Jaraaf» diffusée à la radio sénégalaise, comme générique des matches de football, est bien populaire. Le «Jaaraf», un club de football de Dakar, créé le 20 septembre 1969, dont l’ancêtre est le «Foyer France Sénégal», a fait de cette chanson son hymne. Le «Jaraaf» est surtout un titre de l’aristocratie ouolof, chez les Sérères, un vice-roi ou chef du village, des royaumes précoloniaux du Sénégal, en particulier du N’Diambour. «Le Grand Jaraaf (Diourèye) devait recevoir toutes les doléances et plaintes sérieuses émanant du peuple ; il devait les exposer solennellement et souvent publiquement dans une palabre présidée par le Bourba (Roi). Le Grand Jaraaf seconde le Roi dans ses autres attributions» écrit Jean BOULEGUE (1936-2011), un historien. Pour Amady Aly DIENG (1932-2015), le «Jaraaf», mémoire et bouclier du royaume, est «un roi sans sceptre. L’importance de son pouvoir impressionne» écrit-il. En effet, Abdoulaye Bara DIOP a comparé le Grand Jaraaf à une sorte de Premier ministre. Le Jaraaf, dans la société Sérère qui est égalitaire, est un contrepoids au pouvoir absolu du Roi. «Contrairement à Rome où la royauté existait depuis le VIIIe siècle avant J.C., en milieu sérère, il n’y avait pas de pouvoir central avec un seul individu à la tête. Il y avait plutôt des patriarches qui rendaient la justice et administraient les hommes, chacun dans sa zone: ces Laman» écrit Ibrahima DIOUF.
La chanson «Lamine Gueye», en 1971, est un puissant hommage à un mentor de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Il faudrait replacer cette chanson dans le contexte de l’époque. Mamadou DIA (1910-2009), président du Conseil est emprisonné depuis 1962. Ses amis ont été exilés. Une chape de plomb lourde pèse sur le Sénégal. La grève de 1968 des étudiants a sérieusement secoué le régime qui a dû faire appel à la France pour rétablir l’ordre. Le prestige politique est moral de Lamine Amadou GUEYE (20 septembre 1891, à Médine, actuel Mali, 10 juin 1968, à Dakar), membre de la première et seconde constituante, député puis sénateur du Sénégal au Parlement français de 1946 à 1959, premier président de l’Assemblée nationale sénégalaise, est tel qu’à sa mort, en 1968, toutes les grèves étudiantes et des travailleurs, tous les troubles qui avaient inquiété le président SENGHOR, ont comme par enchantement cessé. Initiateur de la loi du 7 mai 1946 octroyant la pleine citoyenneté aux colonisés, mettant ainsi fin au Code de l’Indigénat, chef de la SFIO au Sénégal, maire de Saint-Louis et de Dakar, instituteur, avocat, mathématicien, directeur d’un journal, et premier docteur en droit africain en 1921, il avait défendu en 1944, les insurgés du Camp de Thiaroye, en 1947, les révoltés de Madagascar, Duguay Clédor N’DIAYE (1836-1937), maire de Saint-Louis et président du Conseil colonial, victime de violences, Cheikh HAMALLAH (1883-1943), chérif du Nioro (Mali), mort en déportation en France, et El Hadji Cheikh Anta M’BACKE, fils de Momar Anta Sally M’BACKE, des marabouts persécutés par le colonisateur. Membre du Parti socialiste et de la Ligue de Défense de la Race Noire fondée par le Sénégalais Lamine SENGHOR (1889-927), cette radicalisation inquiète les autorités coloniales. Il n’a jamais pu battre Blaise DIAGNE (1872-1934). Quand arrive l’Occupation de la France, et contrairement à Galandou DIOUF (1875-1941), député du Sénégal qui a voté les pleins pouvoirs au Maréchal Philippe PETAIN (1856-1951), il démissionne de tous ses mandats et revient au Sénégal. Aux élections de 1951, Léopold Sédar SENGHOR, allié à Mamadou DIA, qui avait choisi pour cible électorale les populations rurales, bat son mentor, Lamine GUEYE, encore resté citadin, et hors du Sénégal réel. Cependant, SENGHOR, qui a une dette à son égard, lui réserve en octobre 1961, le poste de président de l’Assemblée nationale jusqu’à sa mort.
La chanson de Laye M’BOUP «Aynina Fall», est un épisode dramatique de la lutte politique entre SENGHOR et Lamine GUEYE, avant l’indépendance. Dans cette concurrence féroce pour le leadership politique au Sénégal, entre le Bloc Démocratique sénégalais (BDS) et la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) de maître Lamine GUEYE, en vue de la préparation de la campagne des législatives de 1956, pour deux sièges de députés à pouvoir, le 23 janvier 1955, des partisans du BDS tirent sur la caravane de Lamine GUEYE en Casamance et font quatre morts. Ousmane Socé DIOP, écrivain, un proche de Lamine GUEYE, est grièvement blessé à la cuisse. Les partisans de Lamine GUEYE, lynchent et tuent Aynina FALL, un partisan de SENGHOR et un syndicaliste. En revanche, il a été bien inspiré d’être aux côtés des grévistes ; ce qui lui avait valu une grande popularité. Lamine GUEYE avait refusé de soutenir la grève des cheminots, de la ligne Dakar-Niger, qui avait paralysé le Sénégal, du 11 octobre 1947 au 19 mars 1948. Léopold Sédar SENGHOR, devenu maire de Thiès en novembre 1956, compose un poème en l’honneur de ce martyr, une «Elégie pour Aynina Fall, poème dramatique à plusieurs voix». Il y est question du courage et de la dignité de Aynina FALL, Secrétaire-Général Adjoint du BDS, le parti de SENGHOR, lynché à mort en 1956, à Thiès : «C’était à Thiès, l’autre année. Les chacals étaient réunis autour de l’hyène, et les cynocéphales. Les chacals se jettent sur lui, lui plantent leurs crocs dans le dos. Les chacals aboient. Le sang ruisselle de ses blessures profondes, qui arrosent la terre d’Afrique». SENGHOR immortalise le militant du B.D.S «Il a donné sa vie sans rupture de l’unité des peuples noirs. Aynina Fall est mort, Aynima Fall est vivant parmi nous». Le roman, «les Bouts de bois de Dieu» de SEMBENE Ousmane (1923-2007), valorise cette lutte héroïque des cheminots.
La chanson «Bouna N’Diaye» est aussi une partie du roman national sénégalais. Laye M’BOUP fait de Bouna N’DIAYE, le dernier Bourba du Djolof, avant l’annexion de son pays par les colons, celui qui a ramené la paix, la prospérité et la joie. Cependant, cette vision idyllique de l’époque senghorienne, masquant l’héroïsme du père Alboury N’DIAYE et la collaboration du fils, Bouna N’DIAYE, ne correspond pas à la réalité des faits historiques. Certes, Bouna N’DIAYE (1877-1952) avait une certaine éthique et une conception haute de sa mission «Quiconque profite des deniers d’un pays qui lui est confié ne servira jamais ce pays» dit-il. «Ceux qui ne voient rien de grand, n'engendreront rien de grand pour le Sénégal. Les âmes obscures ne sauront s'affranchir de la pauvreté» ajoute-t-il. Né à Yang-Yang et mort à Saint-Louis, Bouna N’DIAYE, homme des colons, a été investi le 17 décembre 1895. Délégué à l’Exposition coloniale de 1906, et à celle de 1931 à Paris, le 23 juin 1947, Croix de guerre avec un salaire à vie, et en récompense aux services rendus à la France, il est promu le 23 avril 1947, Grand officier de la légion d’honneur. Bouna N’DIAYE est héritier de l’empire du Djolof, fondé au XIIIème siècle, par N’Diadiane N’DIAYE, un métis arabo-peul. Si Bouna N’DIAYE a été accommodant avec le colonisateur, son père, Alboury N’DIAYE (1847-1901) a été une grande figure de résistance au colonialisme auprès de l’Almamy, Maba Diakhou BA, du Nioro du Rip, et exilé pour ce fait. En effet, en relation avec l’Almamy du Fouta, Maba Diakhou, Alboury combat les colons en 1881. Il défait les troupes de Samba Laobé FALL, le 6 juin 1886 et attaque le Cayor. Refusant de collaborer avec les Français et considéré comme un roi «Faroteur», un frimeur, la capitale de Alboury, Yang-Yang est détruite par le colonel Alfred DODDS (1842-1922). Alboury part alors au Soudan, actuel Mali, pour rechercher l’appui de Amadou Cheikhou TALL (1836-1897), fils d’El Hadji Omar TALL, un résistant. Les Français en profitent pour annexer le Djolof. C’est Louis ARCHINARD (1850-1932), avec l’aide des Maures, qui capture Bouna NDIAYE et le conduit à l’école des otages, ou école des fils de chef. Aussi, avec l’appui des Peuls du Mali vaincu par  Louis ARCHINARD et s’exile au Sokoto. D'après la tradition l’indomptable, Alboury N’DIAYE, mourut à Kalakala (Nigeria, Etat du Kano), et fut enterré à la place même. Il mourut d'une flèche empoisonnée tirée par un enfant non circoncis, qui le toucha à l'auriculaire. Cheikh Aliou NDAO est l’auteur d’une pièce de théâtre, «l’exil d’Alboury» qui a été jouée à Sorano.
«N’Dongo Daara» est une chanson de Laye M’BOUP dénonçant la misère et la maltraitance des enfants, «les Talibés» ou disciples fréquentant les écoles coraniques. «N’Dongo Daara» insiste sur le thème de l’éducation, un puissant outil de développement, favorisant également l’égalité des chances. En particulier, Laye M’BOUP insiste sur la quête du savoir, libérateur de l’obscurantisme. L’éducation est aussi un des axes majeurs de la politique senghorienne. Sans éducation, il n’y a pas de développement. Cette chanson de Laye M’BOUP est plus que jamais d’actualité, notamment en ce qui concerne les écoles coraniques, où il a été parfois observé de la maltraitance. Par ailleurs, outre la baisse du niveau éducatif, la formation professionnelle et l’adaptation des études aux besoins du pays, sont les enjeux majeurs du pays.
II – Laye M’BOUP, moraliste, poète précurseur d’une musique sénégalaise authentique
Tant qu’il a été au théâtre Daniel SORANO, Laye M’BOUP, sans doute un grand compositeur, change de dimension dès qu’il rejoint l’Orchestra Baobab, en passant avant cela par le Rio Stand Band de Dakar. Laye M’BOUP a «introduit, à travers l’Orchestra Baobab de Dakar, le chant griotique original dans la musique sénégalaise d’orchestration moderne. C’est au sein de cette formation que les mélomanes découvrent qu’il avait toujours, en chantant, une vision très élevée des choses de la cité» écrit Nago SECK. En effet, à cette époque, l’Orchestra Baobab, par ailleurs fondé sur la diversité et accueillant des hommes venus de différents horizons, était encore subjugué par les musiques cubaines, noires américaines, guinéennes et congolaises. Leur répertoire de la musique sénégalaise particulièrement pauvre, voire inexistant. Curieux constat, car le folklore sénégalais, et en particulier de la société ouolof dont est issu Laye M’BOUP, est particulièrement riche. Il existe une grande variété des chansons traditionnelles ouolofes, avec une dimension littéraire ; c’est l’Afrique des forces de l’esprit : «Le Taajaboon» ou chant de la nuit du Tamkarit ou Maouloud, sera exploité par Ismaël LO, «le Baawnaan» ou chant de prière pour la pluie, «le Ndëupp» ou un rite de dépossession, d’exorcisation, «le Gumb» ou un chant aux divinités de la mer, «le Xas» une déclamation lors d’une veillée d’armes, «le Ngomar» ou l’accompagnement à l’initiation ou la circoncision, «le Njam» accompagnant le douloureux tatouage des gencives, «le Céet» chant pour la nouvelle mariée, «Xaxar» le bizutage de la nouvelle mariée, «le laaban» célébrant la défloraison de la nouvelle mariée, «le Taasu» ou «Taag» des éloges parfois accompagnés de généalogie, «le Bakku» ou autolouanges ou autoglorification des lutteurs, «les Kassak» et les «Ngonar» lors de la circoncision, etc. Par conséquent, l’apport déterminant de Laye M’BOUP, qui venait de l’ensemble lyrique de Sorano, c’est ce savant mélange entre tradition et modernité. Remarquable compositeur. Quand SENGHOR fonde l’ensemble lyrique auquel appartient Laye M’BOUP, il préparait déjà la prochaine étape : le Festival Mondial des Arts Nègres. Laye MBOUP collaborera un certain temps avec le «Star Band» de Ibra KASSE, avant de rejoindre l’Orchestra Baobab. La contribution de Laye M’BOUP à l’Orchestra Baobab, pour son rayonnement national et international a été décisive ; il a décillé les yeux de tous les artistes sénégalais, encore sous le charme des influences musicales étrangères ; en allant chercher ailleurs, ces chanteurs sénégalais, des débuts des indépendances, n’avaient pas réalisé qu’ils étaient assis sur une mine d’or. Laye M’BOUP nous a donc aidés à croire en nous-mêmes.
La chanson de Laye MBOUP qui a marqué les esprits est «Jigeen Del Wax Nijaay» en 1972, année d’inauguration de la télévision sénégalaise. La promotion de ce disque a été faite par Ibra KASSE, en compagnie de Laba SOSSEH (1943-2007) chanteur, à Bruxelles. Laye M’BOUP, qui ne boit pas et ne fume pas, est un moraliste appréciant les bonbons et déteste la noix de colas. Il puise ses chansons, qu’il compose lui-même dans les valeurs traditionnelles du Sénégal, restées encore profondément aristocratiques. «L’après-midi, quand tu te pomponnes et te pares de tes plus beaux atours, bien parfumée, de nos jours les hommes sont faciles à séduire, ton mari sera conquis. Belle dame, il faut appeler ton mari Nijaay (Tonton)» chante-il. Dans cette chanson, «Jigeen Del Wax Nijaay» Laye M’BOUP fait l’éloge des valeurs aristocratiques, de cette Afrique maternelle, si une femme est obéissante, elle fera de bons, beaux et valeureux enfants. Abdoulaye Bara DIOP a bien montré le statut prééminent de l’homme sur la femme, comme d’ailleurs dans la société traditionnelle qu’il a bien étudiée. S’il y avait, dans la littérature quelques éléments en faveur de la libération de la Femme, c’est l’année 1975 qui donne un peu plus de visibilité à la lutte des femmes pour l’égalité. Le «Soroptimiste International Club de Dakar», le meilleur pour les femmes, n’a été créé que le 28 avril 1977, par Annette M’BAYE D’ERNEVILLE, une femme de lettres, même si les idées bouillonnaient, les débats étaient encore largement confinés dans des cercles restreints, que Mariama BA (1929-1981) popularisera. C’est un thème récurrent, dépassant largement la société ouolof, présent chez les Peuls, et les Malinkés, Aoua KEITA, une féministe malienne (voir mon article) en parle dans les contes que lui racontait sa mère. Je crois même que le coup de boule de Zidane, lors d’une coupe du monde, contre un joueur italien, qui avait insulté sa mère, témoignage, dans le Maghreb, de la puissance de ce thème traditionnel, d’une Afrique maternelle, d’une Mère sacrée, à chérir. Aussi en Afrique, la femme traditionnelle ne doit pas prononcer le prénom de son mari, par respect. Cependant, la société ouolof, dans la société sénégalaise, dans ce rapport de la femme à son époux, a une dimension affective et originale : la femme doit appeler son mari «Nijaay» ou «tonton». C’est une relation pudique, pleine de séduction, de tendresse, de respect et de complicité, une des grandes originalité de la société ouolof.
Le Sénégal, à l’aube des indépendances, est société où l’individu est resté longtemps écrasé par la famille et le groupe social, les chants d’amour, exprimant l’individualisme, n’étaient pas monnaie courante dans le répertoire musical sénégalais. Aussi, quand, Laye M’BOUP, dans un Sénégal en pleine mutation et modernité, «Yaama Don Xool» son tube sentimental fait un tabac. Il y chante le désir, la convoitise et les regards échangés sources d’amour.
Subitement au milieu de sa chanson, en hommage à Ndiaga M’BAYE, Laye M’BOUP explose et crie à la face du monde : «Amoul Guéwél ! Amoul Guéwél !» ; en matière d’amour il faut abattre toutes les barrières notamment de caste ou d’ethnie. Cette chanson participe à l’écriture d’un roman national sénégalais, un pays de tolérance et d’égalité, où tous les préjugés doivent être bannis.
A la mort de Laye M’BOUP, l’Orchestra Baobab, entré en crise, a disparu de la scène, pour ne réapparaître qu’en 2002. L’Orchestra Baobab n’avait pas réalisé que le travail de Laye M’BOUP, le Mbalax avait conquis le Sénégal et le monde entier. La nationalisation de la musique sénégalaise est devenue une donnée majeure de notre temps. D’autres musiciens, notamment comme Baaba MAAL, devenu le «Daandé Légnol» ou la voix du peuple du Fouta-Toro (voir mon article), ont, comme Laye M’BOUP fait confiance au riche folklore du Fouta-Toro, notamment «le Yéla», en le modernisant. «Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits» dit la Bible. Le motif secret de nos actes, les plus décisifs nous échappe. Laye M’BOUP qui avait le pressentiment que sa vie serait courte, voulait transmettre son art. Laye M’BOUP, chez lui recevait des jeunes qui souhaitant s’orienter vers la musique en les encadrant les encourageant.
En 1973, parmi ceux-ci, il y avait Thione SECK (voir mon article), âgé de 17 ans «Je ne serai bientôt plus là, mais tu seras mon digne successeur» dit-il à Thione SECK (1955-2021), quinze jours avant sa mort. Laye M’BOUP avait composé, quelques jours avant sa mort, «Ndjirim», une chanson évoquant la sollicitude et la compassion dont on doit entourer la famille d’un défunt. Thione SECK, puis son fils Waly SECK, ont repris le flambeau, et c’est Youssou N’DOUR, le roi du Mbalax, qui a internationalisé la musique sénégalaise. «Abdoulaye M’Boup laissera planer, longtemps encore après sa disparition, l’image poignante d’un arbre en pleine sève, qui s’élançait vers la lumière, mais que la mort aura tout foudroyé. Au-delà de la tombe, Abdoulaye M’Boup pourrait continuer encore à servir l’art et la chanson sénégalaise si sa vie brève, mais bien remplie, servait d’exemple à ses camarades des différentes disciplines», Alioune Badara SENE, Ministre de la culture, qui appelait à un renouvellement et un enrichissement de la musique sénégalaise, ne croyait pas si bien dire.
Mes très vifs remerciements à mes amis et frères, M. Amadou BAL, magistrat à Dakar et à M. Moussa DIOP, journaliste au «Soleil»,  pour les précieuses et rares archives du journal «Le Soleil» de juin 1975 transmises.
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SENE (Alioune), Sur le chemin de la Négritude, préface d’Amadou Samb, Beyrouth, éditions Dar El-Katib, Allubnami, 1969, 255 pages ;
SENGHOR (Maurice, Sonar), Souvenirs de théâtres d’Afrique et d’Outre-Afrique, pour que lève la semence, contribution à l’édification d’un théâtre noir universel, Paris, L’Harmattan, 2004, 184 pages ;
THILMANS (Guy), «Lat-Dior, Cheikh Saad Bou, et le chemin de fer», Revue de Saint-Louis, Lille, 1992, 41 pages ;
WANE (Ibrahima), «Les artistes sénégalais au miroir de leurs oeuvres», Présence Africaine, 2015, vol 1, n°191, pages 193-204.
Paris, le 19 septembre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«Abdoulaye M’BOUP (1937-1975), chanteur et compositeur, moraliste de l’ère senghorienne, un artiste du roman national sénégalais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 16:50
«Abdelaziz BOUTEFLIKA (1937-2021), mort d’un ancien président algérien au bilan contrasté» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
L'ancien président Algérien, Abdelaziz BOUTEFLIKA, né le 2 mars 1937, à Oujda (Maroc), est mort dans une résidence médicalisée, le 17 septembre 2021. Il a été président de l’Algérie du 27 avril 1999 au 2 avril 2019. Sa vie privée est restée un grand mystère. Longtemps un célibataire endurci, Abdelaziz BOUTEFLIKA a été marié, religieusement, en août 1990, puis divorcé de Amal TRIKI, une étudiante en médecine et fille d’un diplomate, Yahia TRIKI. Ainé d’une fratrie de quatre garçons et deux filles, nommé Ministre sous Ahmed BEN BELLA (1916-2012) à 26 ans, Abdelaziz BOUTEFLIKA, dans sa vie privée, était loin d’être un rigoriste, sur le plan moral.  
Ministre des Affaires étrangères pendant 15 ans et fin diplomate, à la mort de son mentor, Houari BOUMEDIENE (1932-1978), il envisage de prendre le pouvoir, mais l'Armée, l'accusant de détournement de deniers publics, le contraint à l'exil. A la faveur des tueries islamistes, considéré comme une référence morale et un recours, Abdelaziz BOUTE reviendra en Algérie au pouvoir en Algérie en 1999. Il sera réélu 4 fois, mais la tentative de briguer un 5ème mandat lui sera fatale. Il est contraint, dans la honte et le déshonneur, à la démission à la suite d'un mouvement de révolte populaire, le «Hirak», un néologisme assimilé à «la révolution du sourire» ou au «printemps algérien», venu de Kabylie.
Quelle trace laissera-t-il dans l'Histoire ?
Je crois fondamentalement que la Vérité n’est ni Blanche, Ni Noire ; elle est souvent grise. Aussi, le bilan d’Abdelaziz BOUTEFLIKA est en demi-teinte : «De l’homme que j’ai bien connu à chaque étape de sa vie, y compris pendant son exil, je garderai en mémoire ses divers visages : d’un côté le patriote et porte-parole des pays du Tiers-monde, l’habile et jeune ministre des affaires étrangères qui aura donné une place importante à l’Algérie sur la scène internationale, le Président qui a permis de retrouver une forme de réconciliation nationale après les années noires de la guerre civile. Il était devenu aussi un autocrate, laissant la corruption prospérer dans tout le pays, et s’est trouvé, malgré lui, à l’origine indirecte du fabuleux mouvement populaire du «Hirak» par lequel le peuple algérien a exprimé avec force et dignité sa magnifique aspiration à la liberté» écrit Jacques LANG, un ancien Ministre de la Culture de François MITTERRAND.
Dans ce bilan particulièrement contrasté, venu sauver l'Algérie de l'impasse de la victoire islamiste, il a instauré, le 8 juillet 1999, «Une Concorde civile», le pardon des terroristes, sous réserve de renoncer à la violence armée, une opération à la Mandela diversement appréciée par les Algériens. Devenu un légume, en 2013, à la suite d’un AVC, Abdelaziz BOUTEFLIKA s’est accroché au pouvoir, pitoyablement, et a gouverné son pays, par procuration, avec l’aide de son frère, avant d'être destitué, en 2019.
Pourtant l'Algérie est un merveilleux pays, riche de ses matières premières, de sa jeunesse, de sa grande proximité géographique avec l'Europe. «L'Algérie, c'est la France» disait le colon qui a eu du mal à lâcher ce pays.
L'Algérie, c'est un grand pays qui a été solidaire avec tous les mouvements de libération nationale et n'a pas lésiné sur les moyens financiers nécessaires. Cela lui a valu une grande inimitié du Roi du Maroc qui estime que le Sahara espagnol est intégralement marocain.
Après une victorieuse et héroïque guerre d’indépendance, l'Algérie reste encore, de nos jours, confrontée à bien d'autres démons.
Ne serait-ce d'abord, et comme dans les autres pays africains, les questions de démocratie, de bonne gouvernance et de probité de nos gouvernants, dominent les préoccupations majeures des populations.
Ensuite l'héritage du colonialisme, est d'avoir opposé les Arabes aux Kabyles. Par ailleurs, il est inscrit dans la Constitution de ce pays, non pas le principe de laïcité, mais l'Islam est une religion d'état. C'est l’une des causes de la guerre civile de 1991 à 2002 (60 000 à 150 000 morts), à la suite de la victoire du Front Islamique du Salut (F.I.S.), de l’annulation de leur victoire suivie de l’interdiction de ce parti de fondamentalistes religieux.
Enfin, comme d'ailleurs pour le reste de l'Afrique et de ses diasporas, le citoyen très ingénieux, pour les stratégies de survie personnelle, se désintéresse des questions fondamentales du pays, notamment la souveraineté, l’industrialisation, la Justice, le contrôle des autorités publiques dans leur frénésie de détournement de deniers publics et leur boulimie du pouvoir.
Par ailleurs,  plus de 5 millions de personnes de souche algérienne, devenues françaises, vivent en France. Un poids électoral considérable. Mais une quantité négligeable quand on préfère s’abstenir aux différents scrutins.
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