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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 20:33
«La démocratie Sénégalaise, sa liberté de la presse ou d'expression : entre audaces, terrorisme intellectuel, violences et pugilat» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
Au Sénégal, ce «Grand petit pays», de la Téranga (hospitalité), de la tolérance et de la diversité, la démocratie présentée comme un modèle, n'en présente pas moins de failles importantes au point parfois qu'on a l'impression d'être au bord du gouffre, du point de rupture. Plusieurs signaux, forts ou faibles, attestent que ce bien-vivre ensemble, construit de longue date, par différentes luttes, reste encore fragile ; l'attention de chacun est attirée sur la nécessité de contribuer à consolider la démocratie sénégalaise, à élargir ses conquêtes, pour avancer ensemble dans le bon sens.
 
Je reviendrai, par une série d'articles, sur ces menaces pesant sur la démocratie sénégalaise, afin d'en établir, ma part de vérité, sur ces dysfonctionnements. J'ai donc choisi le thème de la liberté de la presse ou d'expression, non pas seulement en raison des actualités brûlantes, mais de ces questions fondamentales, au cœur de la démocratie, empoisonnant, régulièrement, la scène politique sénégalaise, par un manichéisme ou une autocélébration hors de propos, un terrorisme physique ou intellectuel. La politique ne devrait pas être un pugilat permanent, la bastonnade ou la violence, notamment contre les femmes, mais une confrontation d'idées et de projets.
 
I - Liberté de la presse oui, mais dans le respect de la Loi ; la détention doit rester l'exception, sous réserve de garanties de représentation
 
Socle majeur de la démocratie, la liberté d'expression ou de la presse sont étendues au Sénégal, est-ce pour autant, la seule qualité d’opposant ou de journaliste suffirait-elle, à elle seule, d'octroyer un talisman d’impunité, une irresponsabilité totale ?
 
Je crois, et c’est l’essence même de toute démocratie, toute liberté n'est pas absolue ; elle suppose des limites posées par la Loi, notamment la prohibition de la diffamation, de l'atteinte à l'honneur et à la dignité d’autrui, l'interdiction de la violence, l'ethnicité et la nécessité de préserver les intérêts fondamentaux de l'Etat ou la cohésion de la Nation.
 
Le journaliste et militant politique, Pape Alé NIANG, est détenu à la prison de Sébikhotane, depuis le 6 novembre 2022, pour trois chefs d’inculpation : divulgation de secrets militaires, recel de documents administratifs et diffusion de fausses nouvelles. Pape Alé NIANG est coutumier d’écrits outranciers, mais il y a des limites à ne pas dépasser, sous le contrôle naturellement du juge. Pourtant, même lorsque la détention est légitime, c’est la maxime que le président François MITTERRAND avait adressée au président Abdou DIOUF, lors de l'arrestation de maître Abdoulaye WADE, à propos de l’assassinat de maitre Babacar SEYE, qui se met en marche : «Un opposant en prison est toujours un prisonnier politique» dit-il (Voir mon article sur les mémoires d’Abdoulaye BATHILY). Je crois, et c’est mon modeste avis, il faudrait, pour nos gouvernants, privilégier ce que préconisait l’ancien Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, maître Malick SALL, à savoir que la détention devrait être limitée au strict nécessaire pour une enquête. Dans l’hypothèse où l’inculpé offre des garanties sérieuses de représentation, il devrait être placé sous contrôle judiciaire. En cas de condamnation, pour certains délits, l'Etat pourra recourir au bracelet électronique. Par conséquent, et notamment pour les délits presse, la détention doit rester l'exception, et être réservée uniquement aux faits troublant gravement l'ordre public.
 
Il ne faudrait pas se voiler la face, aucune information n'est jamais neutre ; elle est souvent orientée, colorée politiquement. Cependant, le journaliste devrait être guidé par une certaine éthique professionnelle : si le commentaire est libre, il devrait enquêter et informer, le plus objectivement possible en se fondant, sur des faits rigoureusement établis : «porter le fer dans la plaie et juger la chose jugée», disait Albert LONDRES (1884-1932, voir mon article, 6 août 2014). Des pionniers ont contribué à défendre et étendre la liberté de la presse au Sénégal, dont Mame Less DIA (1940-1997), fondateur d’un journal satirique, inspiré du «Canard enchaîné». Ce journal, «Le Politicien», publié de 1977 à 1998, a été ressuscité depuis l’été 2022. Mame Less DIA, un ancien communiste du Parti africain de l’indépendance, arrivé à une époque d’un multipartisme limité, a usé de l’humour, pour survivre et faire «passer la pilule». Mais quand les journalistes vous disent qu’ils seraient «indépendants», mais indépendants par rapport à quoi ?
 
En France, la presse est fortement concentrée aux mains de quelques grands groupes financiers, contrôlés justement par la Françafrique et qui diffusent leur poison, en direct, même au Sénégal. Si vous émettez une opinion qui déplairait à Vincent BOLLORE, l’animateur de CNews, Cyril HANOUNA, vous «bastonnera», vous lynchera, publiquement, même si vous êtes un député de la République, Louis BOYARD de la France Insoumise.
 
Au Sénégal, la question financière, et notamment des sponsors de publicité, est au cœur de la conquête de l'indépendance de la presse ; les Sénégalais achètent très peu les journaux ou les livres. Mame Less DIA (1940-1997), un excellent enquêteur, quand il découvrait une information importante et vérifiée, concernant une personnalité aisée, il la faisait parfois «chanter» : il faut casquer, sinon l’affaire est rendue publique, comme dans la cas de l’affaire «Ousmane Diable». De nos jours, on sait que tout est payant. Un homme politique souhaitant que son événement soit couvert par les médias doit casquer ; certains journalistes «mendiants» et misérables n’hésitent pas à tendre la main pour un petit billet de banque. Devant la paresse intellectuelle de certains journalistes, parfois, l’information se réduit à des articles très pauvres, anecdotiques, sommaires et relayés par tous : le déballage, le sensationnel ou le voyeurisme.
 
Au Sénégal, il règne une certaine violence dans les réseaux sociaux ou les médias, notamment en novembre 2021 pour le Prix Goncourt de Mohamed M’Bougar SARR ; des journalistes conservateurs, qui n’avaient même pris la précaution de lire son livre, l'ont descendu carrément, provoquant une émeute littéraire. Il faudrait savoir «lire et bien lire» leur dit Mohamed M’Bougar SARR. Le professeur émérite, Iba Der THIAM (voir mon article) avait également subi une violente attaque, d'une famille maraboutique quand il avait publié l'histoire du Sénégal.
 
II - Une violence politique endémique d'une opposition sans projet politique alternatif crédible
 
Pourquoi donc tout ce raffut, ces violences et même ces baffes, ces coups de pieds assénées, le 1er décembre 2022, à Mme Amy N’DIAYE, dite «Gniby», une femme parlementaire enceinte ?
 
Tout d’abord, il est incontestable que l’opposition a très mal géré ses succès électoraux aux municipales de janvier 2022 et, en particulier, aux législatives du 31 juillet 2022. En effet, la première fois, dans l’histoire politique du Sénégal indépendant, depuis 1960, un gouvernement n’a pas eu de majorité absolue. Pour combler l’écart d’une voix, le président Macky SALL a recherché l’appui d’un député indépendant, M. Pap DIOP. Au lieu de capitaliser cette poussée électorale, l’opposition qui avait une coalition électorale hétéroclite aux législatives, n’a pas pu se mettre d’accord sur un candidat unique pour briguer le poste du président de l’Assemblée.
 
Par conséquent, l’opposition fondamentalement divisée, et c’est une de ses grandes tares, n’a pas, en fait, de projet politique alternatif viable ; toute cette violence n’est qu’une médiocre question d’appétits du pouvoir. Ce qui marque l’opposition, ce sont essentiellement ses violences anti-républicaines et ses prédations. En effet, on avait déjà assisté à une guérilla de l’opposition, le 12 septembre 2022, qu’on croyait révolue (voir mon article) : un micro a été arraché par le député-maire de Dakar, Jean-Paul DIAS encore l'objet de poursuites pénales pour avoir tué de 17 balles un militant du PDS, des tables renversées, des bouteilles jetées en projectiles, un député a arraché la perruque d'un collège, des coups de poing ont été échangés, Guy Marius SAGNA a tenté, vainement, de s'emparer et saccager l'urne pour le vote du président de l'assemblée nationale et des insultes proférées à l’encontre de la présidente de séance ; Mme Aïda SOW DIAWARA a été contrainte et forcée, de faire appel aux gendarmes.
 
De nouveau, le 1er décembre 2022, Mme Amy N’DIAYE dite «Gniby», une députée enceinte, et appartenant à la majorité présidentielle, a été giflée en pleine séance de l’Assemblée, par un autre député de l’opposition, M. Massata SAMB du PUR, appartenant à la coalition de M. Ousmane SONKO. C’est devenu une mauvaise habitude de maltraiter les femmes et se victimiser, de surcroît. Dans la cohue, Mme N’DIAYE a répliqué en lançant une chaise, un autre élu lui aurait asséné un coup de pied dans le ventre. A la suite d’un malaise, Mme N’DIAYE a été évacuée de l’hémicycle. Contrairement à ce qu’affirme l’opposition, la députée Mme Amy N’DIAYE dite «Gniby» n’a pas ni insulté, ni proféré des propos désobligeants à l’égard d’un membre du clergé musulman, M. Moustapha SY, un militant de l’opposition. Mme N’DIAYE n’a fait que rappeler, les prophéties de ce marabout annonçant une défaite de Macky SALL en 2019, ont été inexactes.
 
Les faits sont là, l’agression filmée devant l’opinion publique interne et internationale, contre une femme, est inexcusable. Les deux députés de l'opposition Massata SAMB et Mamadou NIANG, qui avaient, respectivement, giflé et donné un coup de pied à Mme Amy N’DIAYE, en pleine séance de l'assemblée, sont en fuite. Leur geste est odieux et vilain, et en plus, ils n'assument pas leurs responsabilités ; ce sont des lâches. «C'est inédit dans l'histoire parlementaire du Sénégal. Tout le monde espérait, qu'avec cette représentation plus large, l'opposition allait favoriser une pluralité, un débat d'idées sain, contradictoire fondé sur des idées et non sur des gifles et coups de pied» dit M. Bara N’DIAYE, un responsable de l’APR, le parti présidentiel. Les membres de la majorité réclament fermeté et justice «Aucun démocrate ne peut passer sous silence cet acte odieux d’une bestialité inqualifiable. Aucun Sénégalais épris de paix et de justice ne peut manquer de dénoncer de telles dérives qui ternissent gravement l’image de l’institution parlementaire» dit Abdoulaye DIEYE, de Benno Bokk Yaakaar.
 
Peut-on faire confiance à des politiciens irresponsables excusant la violence, devenue une méthode de conquête du pouvoir politique, par tous les moyens, y compris quand ils sont crapuleux ?
 
L'opposition, en dehors de Mme Aminata TOURE dite Mimi, n'a pas encore condamné ces actes graves de violence commis contre une femme parlementaire enceinte, devant les caméras de la télévision. Loin de là, une partie de l’opposition tente même de justifier l'injustifiable. Ainsi, l'ancien maire de Dakar, M. Khalifa SALL, condamné, avec privation de droits civiques pour avoir détourné les deniers de sa mairie, se dit «fier» des deux députés de l'opposition qui ont molesté une femme enceinte en pleine séance de l’Assemblée nationale ; selon lui, ces violences illégitimes à l'encontre d'une femme seraient des actes de résistance. «Je suis fier de tous nos députés. Les gens vous diabolisent. Certes, il y a ce qui n’est pas souhaitable, mais je voudrais vous faire comprendre que quand c’est le moment de résister, il faut résister» dit, le 5 décembre 2022, M. Khalifa SALL, ancien maire de Dakar, au journal «L’Observateur». M. Khalifa SALL se dit solidaire avec les deux députés de l’opposition en fuite «Je veux que nos députés comprennent que nous sommes de tout cœur avec eux, que nous les soutenons. Ce pays changera d’une façon ou d’une autre. Nous n’acceptons plus que les gens fassent ce qu’ils veulent dans ce pays», ajoute-t-il.
 
En définitive, ces méthodes répétitives et assumées de voyous, d’une partie de l’opposition, n'augurent rien de bon pour l'avenir pour des personnes aspirant à prendre le pouvoir. Naturellement, le rôle des journalistes, c’est d’informer, de l’opposition, avec une courte majorité présidentielle, de s’opposer et surtout de proposer une alternative crédible. Pour une partie de l’opposition, tous les moyens sont bons pour se victimiser (Affaire de viol dans un salon de massage, un militant du P.D.S. abattu de 17 balles par l’actuel maire de Dakar, détournements de deniers publics par le Ministre du Ciel et de la Terre et par l’ancien maire de Dakar, violences répétitives l’assemblée nationale et devant les caméras du monde entier, insultes d’un haut dignitaire religieux mouride de Touba, etc).
 
A chaque fois, l’opposition, pour se dédouaner, des faits de nature pénale qui lui sont reprochés, prétend que ce ne serait «qu’un complot» de Macky SALL, pour les écarter de la course des présidentielles de 2024. En effet, poursuivi pour un cas de viol, et prétendant venu «soigner son mal de dos» dans un salon de massage, pendant 8 heures de confrontation, M. Ousmane SONKO a refusé de répondre aux questions de sa victime, Mme Adji SARR. Il a refusé aussi les tests ADN, un aveu de culpabilité. En France, François FILLON, aux présidentielles de 2017, avait également, dans l’affaire de ses costumes et d'un emploi fictif, avancé une défense aussi avancé une défense similaire, facile et commode ; il a, avec sa femme, écopé d’une lourde peine, en première instance. Personne n’a obligé, M. SONKO, un opposant, avec son revolver, ses gardes du corps et ses grosses voitures, de fréquenter, pour un responsable politique, sans aucune discrétion ou précaution, ces lieux mal famés. Où est donc le complot ? Il s'est tiré une balle dans le pied.
 
Cette violence verbale ou physique, endémique, de nature crapuleuse, entretenue à l’assemblée nationale et dans le pays, notamment à l'égard des femmes, dans les salons de massage, le non-respect de la parité pour les listes des législatives du 31 juillet 2022, est-elle acceptable ?
 
Je dis que non ! Il y a des règles républicaines que tout le monde devrait respecter, y compris les opposants, astreints même à faire preuve d’une grande exemplarité, afin de mériter, un jour, la confiance du peuple. La profanation permanente des valeurs républicaines, par une partie de l’opposition, requiert une fermeté et une détermination de l’Etat. Comme personne n’est au-dessus des règles républicaines, force restera à la Loi. Ces deux députés en cavale devraient être punis à la hauteur de leurs méfaits. Ils n’ont pas compris qu’être député, c’est être au service de la Nation, et non violenter les femmes. En démocratie, tous les coups ne sont pas permis.
 
Toute cette rage, cette aigreur, c'est ressentiments et ces violences, cela sent l’odeur du pétrole et du gaz. Ils l'ont mauvaise parce que c'est Macky SALL, un pharaon des temps modernes, qui est aux commandes de l’Etat, à un moment où l’opposition, faisant l’impasse sur un projet alternatif crédible, croit que le débat politique se réduit à un pugilat, aux insultes, menaces ou victimisations.
 
Par conséquent, cette ambiance de violence délétère, teintée parfois d'ethnicité à travers le détournement de son sens noble du concept de «Neddo Ko Bandoum» ou piété familiale, cette agitation d'un prétendu spectre d'un troisième, tout cela relève de l'avidité ou des appétits du pouvoir de l'opposition, désunie, sans leadership et en panne de projet. Mais le pouvoir ne se donne pas ; il se mérite dans l'union, non dans la division à coup de claques, mais par un projet alternatif crédible ; or l'opposition en est bien très loin.
 
Calme, serein et stratège, le président Macky SALL, en moins de 12 ans, a transformé le visage du Sénégal. Le pétrole et le gaz, n'appartiennent pas à l'opposition frustrée, qui veut «se sucrer», mais au peuple sénégalais ; c'est ressources ne seront pas une malédiction du pays, mais une opportunité pour le bien-être être de tous ; le président Macky SALL à travers ses réalisations et ses projets, et en particulier, le Comité stratégique du pétrole et du gaz, y veille, scrupuleusement. «Pour une gouvernance sobre et vertueuse» dit-il.
 
Pour un débat politique constructif, contradictoire, respectueux de tous, notamment une plus grande considération pour les femmes !
 
Paris, le 2 décembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«La démocratie Sénégalaise, sa liberté de la presse ou d'expression : entre audaces, terrorisme intellectuel, violences et pugilat» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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26 novembre 2022 6 26 /11 /novembre /2022 23:13
«CAMARA Laye (1928-1980), son roman du merveilleux, l’enfant noir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Grand lecteur de Franz KAFKA, de Gustave FLAUBERT, des existentialistes et des surréalistes, CAMARA Laye est profondément marqué, par les coutumes et la culture africaines. Ce qui domine la contribution littéraire de CAMARA Laye, entre le mystique et le traditionnel, ce sont les thèmes du fabuleux, du merveilleux et la glorification de la tradition orale. L’Homme africain, dans sa symbiose avec la Nature, dans la quête de soi et son environnement, est en constante recherche du Graal, de la sagesse. CAMARA Laye au programme scolaire en Afrique, a été largement traduit et commenté en anglais, avec une introduction de Toni MORISON (Voir mon article du 26 août 2019, dans Médiapart), Prix Nobel de Littérature dans «The Radiance of the King». Son roman, l’enfant noir, écrit dans une langue épurée, mais avec des mots choisis, a été couronné, le 24 février 1954 du Prix Charles-VEILLON (1900-1971), un prix littéraire décerné depuis 1948 par un mécène Suisse, souhaitant réconcilier l’Europe et la culture, une sorte de Prix Goncourt suisse "Le plus grand mérite de Laye Camara est d'avoir fait, de son roman, un long poème, comme les conteurs négro-africains" écrit Léopold Sédar SENGHOR. «On sait que cette année, Camara Laye, un jeune écrivain guinéen, de couleur, né en Haute-Guinée, l’a emporté sur tous ses concurrents, avec son roman mi-exotique, mi-autobiographique» écrit BERRY. «C’est un vrai roman, les personnages autres que l’auteur ont une personnalité à eux, complète, bien constituée et développée. C’est une réussite de style» écrit Lilyan KESTELOOT. «C’est l’un des textes fondateurs de la littéraire africaine» écrit Alain MABANCKOU dans la préface de «l’enfant noir».

Aîné d’une fratrie de 12 enfants, CAMARA Abdoulaye, dit Laye, un malinké, est né le 1er janvier 1928, à Kouroussa, province de l’Anama, en Haute Guinée, dans le Haut plateau entre Siguiri et Kankan, d’une famille de forgerons, mais où cohabitent divers groupes ethniques (Peuls, Guerzès, Cognaguis, Manos, Soussous, Malinkés, etc). La Haute Guinée qui dépendait du Soudan, ne sera rattachée à la Guinée qu’à partir du 19 octobre 1899. C’est donc le pays du résistant, Samory TOURE (Voir mon article du 11 février 2020, dans Médiapart), le président guinéen, Sékou TOURE a dit Non au référendum du 28 septembre 1958, organisé par De GAULLE. La Guinée a été sous domination de l’Empire du Ghana du IVème au XIème siècle, puis de l’Empire du Mali du XIIIème au XVIIIème siècle. Son aïeul, Tabon-Wana Fan CAMARA serait un contemporain de Soundiata KEITA. Après des études coraniques, il est inscrit à l’école française et obtient le certificat d’études à Kouroussa. En dépit des réserves de sa mère, son père décide de l’envoyer poursuivre, au collège Poiret à Conakry, des études à caractère technique. Le jeune Abdoulaye voulait pourtant fréquenter le collège Camille Guy, ouvrant la voie royale des lycées de Dakar. Mais son oncle, Mamadou, le persuade que c’est le bon choix et qu’il valait mieux avoir un bon métier de technicien que de rester gratte-papier. Brillant élève, après l’obtention d’une bourse d’étude, en 1947, le jeune Abdoulaye part en France pour étudier à l’Ecole centrale d’ingénierie automobile à Argenteuil, dans la banlieue parisienne et obtient un certificat de mécanicien. Sa bourse étant suspendue, il est obligé de prendre des petits boulots, notamment à l’usine automobile de SIMCA en 1951, puis à la RATP et enfin à la Compagnie des compteurs à Montrouge. Parallèlement à cela, Abdoulaye poursuit des études au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Habité par le mal du pays, isolé, entre joie et déprime, Abdoulaye entreprend d’écrire les souvenirs de son enfance en Haute-Guinée. Marie-Hélène LEFAUCHEUX (1904-1964), qui s’intéresse à l’Afrique et aux débats sur l’Union française, le met en contact avec son frère, André POSTEL-VINAY (1911-2007), qui lui trouve un emploi à la Caisse centrale d’Outre-mer et en 1955, d’attaché au Ministère de la Jeunesse ; il lui donne, auparavant, des contacts pour faire publier son manuscrit «L’enfant noir», chez Plon le 9 juillet 1953. Bien qu’il soit discret à ce sujet, probablement, CAMARA Laye a bien reçu des appuis du gouvernement français.

En 1956, CAMARA Laye retourne en Afrique, d’abord au Dahomey (Bénin), puis au Ghana. En 1958, à l’indépendance de son pays, il regagne la Guinée ; il est nommé le premier ambassadeur au Ghana. A son rappel en Guinée, il occupe différents postes dans l’administration, avant d’être nommé Directeur de l’Institut national de la documentation et de la recherche. En conflit avec l’orientation politique de Sékou TOURE, il est brièvement emprisonné, avant de s’enfuir, en 1960 vers la Côte-d’Ivoire de Felix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993) et sera, à partir de 1965, réfugié au Sénégal de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Au Sénégal, à Dakar, il sera recruté à l’IFAN de Dakar, et rendra hommage à la tradition orale, à travers son livre, «Kouma, Lafôlo Kouma» ou la «Première parole», la plus ancienne, en racontant l’histoire de Soundiata KEITA, premier empereur du Mali.
I – CAMARA Laye et «l’enfant noir»,
l’Afrique des forces de l’esprit et de la tradition orale
«L’enfant noir», publié en 1953, à Paris, chez Plon, est avant tout un récit autobiographique, un brillant portrait de la culture africaine traditionnelle, dans un style simple, direct, vivant et alerte. Ce grand classique de la littérature africaine, est celui d’un homme mûr qui se penche, à travers le temps et l’espace, sur son passé. Roman de jeunesse et de la vie d’un écolier en Haute-Guinée, tout commence dans son petit village, à Kouroussa, où la vie traditionnelle se déroule avec bonheur entre sa mère, son père forgeron, sa grand-mère, sa famille et ses amis. L’action de «L’Enfant noir» de CAMARA Laye débute lorsqu’une femme, désirant avoir un nouveau bijou pour assister à une fête religieuse, se rend chez un orfèvre, le père du narrateur. La femme et l’enfant sont captivés par la transformation de l’or en bijou et par le travail de l’orfèvre. L’épouse de ce dernier, par contre, pense que le travail de l’or nuit à la santé de son époux. On y contemple la vie journalière aux champs, dans la forge et les rites de puberté. Le récit se termine, un plan de Paris en poche, dans l’avion qui l'emmène en France et qui l’éloigne durablement de ses proches clôturant ainsi définitivement son enfance. «On n'a pas oublié ce petit chef-d'œuvre, «l'Enfant noir», où un jeune écrivain de la Haute-Guinée, Camara Laye, faisait un étonnant début. Il y contait, dans la meilleure langue, la plus précise, la plus nuancée, la plus souple, les premiers souvenirs de sa vie africaine, la vie familiale et vénérée des siens, ses attaches profondes aux mœurs de sa tribu, et cela formait un saisissant contraste avec ce que Camara Laye nous apprenait de ce qui lui était advenu depuis» écrit Emile HENRIOT, en 1954, pour «Le Monde».
Doté d’un réel talent de conteur, «L’enfant noir» de CAMARA Laye est un roman du merveilleux, de l’Afrique des forces de l’esprit, des cultivateurs et des forgerons en Haute Guinée. Dans un contexte d’un Islam bien particulier car mâtiné d’animisme, on découvre, à travers un mystérieux petit serpent noir, le totem de la famille. L’âme de l’Afrique est bien logée en Haute-Guinée. Son père, CAMARA Kamady, un forgeron-orfèvre, doté de pouvoirs occultes, dialogue avec ce petit serpent lui rendant visite : «Quand il était à portée, mon père le caressant avec la main, et le serpent acceptait sa caresse par un frémissement de tout le corps ; jamais je ne vis le petit serpent tenter de lui faire le moindre mal. Cette caresse et le frémissement qui y répondait, me jetaient chaque fois dans une inexprimable confusion : je pensais à je ne sais quelle mystérieuse conversation ; la main interrogeait, le frémissement répondait. Oui, c'était comme une conversation» écrit-il dans «l’enfant noir». La mère, Daman Sadan, native de Tindican, fille d’un forgeron, est investie de pouvoirs surnaturels. «Ma mère puisait réellement l’eau du fleuve, sans que les crocodiles, les animaux les plus voraces de la création, songeassent à l’assaillir. Des génies peuplaient réellement l’eau, l’air, la terre, les savanes. Des génies qu’il fallait rendre secourables, à force de prières, de sacrifices et d’incantations» écrit-il. Sa mère, Daman Sadan, incarnant les vertus domestiques et morales, active, sans hâte, résignée sans veulerie, courageuse, discrète, efficace et présente sans ostentation, est le symbole d’une Afrique maternelle : «Femme noire, femme africaine, ô toi ma mère, je pense à toi. Toi qui me portas sur le dos, toi qui m’allaitas, qui gouvernas mes premiers pas. Toi qui, la première, m’ouvris les yeux aux prodiges de la terre, je pense à toi» écrit CAMARA Laye en dédicace à sa mère. 
En rupture avec tous les écrivains africains de l’époque revendiquant, dans une démarche parfois pamphlétaire, l’indépendance, CAMARA Laye, épaulé par les Français et les Belges dans sa création littéraire et favorable au plan de De GAULLE de retarder les indépendances, lui, a décidé d’esquiver ces sujets épineux. Aussi, dans son roman «l’enfant noir», il décrit une Afrique-Nature, folklorique, stéréotypée, paisible, équilibrée, harmonieuse et bien ancrée dans ses valeurs traditionnelles, parfois mystiques. En éludant les sujets qui fâchent, notamment les luttes et guerres anticoloniales (Indochine, Algérie) ainsi que les massacres coloniaux (Camp de Thiaroye, Sétif, Madagascar), CAMARA Laye a été encensé par les Occidentaux, parfois sur un ton condescendant ou paternaliste : «L’acceptation tranquille et consciente du surnaturel dans la vie courante  est ce qui frappe chez ce fils de la nature. Il se peut que l’un des plus détestables effets «du progrès» est de nous priver du sens auquel les primitifs et les simples demeurent en communication avec l’invisible» écrit Walter ORLANDO, dans «Le Phare» (Belgique) du 20 septembre 1953. Son refus de remettre en cause la colonisation a été apprécié par les critiques littéraires. «Tout est ici fondé sur ce qui rapproche, non ce qui divise. Ce jeune Malinké a bu avec le lait maternel, celui de l’humaine tendresse» écrit René HUYGUE dans le «Monde Nouveau», d’avril 1954. En effet, partagé entre plusieurs cultures, CAMARA Laye a bien vécu toutes ses différences : «C’est sans doute la plus grande surprise qu’apporte ce livre. Pour Camara Laye, ces questions ne se posent pas. Il fait confiance aux Blancs, mais rien de ce qu’il a appris d’eux, ne touche sa vie profonde. Il ne fait, dans son esprit, aucun tri, pour garder ou rejeter ; il garde tout, car si l’esprit a pu changer, l’esprit est resté le même» écrit Jean BLANZAT dans «Le Figaro Littéraire» du 6 mars 1954. Cependant d’autres ont reconnu les qualités littéraires de CAMARA Laye «On a apprécié l’enfant noir de Camara Laye, un de ces livres d’une fraîcheur incomparable, qui soudain trempée de rose, apparaissent, on ne sait comment, au milieu des décombres et des détritus de la littérature contemporaine. Avec étonnement, on voyait s’encadrer, dans une glorieuse galerie du folklore national, ce tableau d’une Guinée débonnaire et familière, peinte avec une plume naïve certes, mais très ferme et intelligente. Ce qui m’intéresse en ce Camara Laye, c’est ce guide vivant qui, en dehors de toute signification idéologique, nous conduit à travers la poésie et les réalités prestigieuses de l’Afrique noire, dans la pensée la plus simple et trouble des indigènes et leur prodigieuse sensualité» écrit André BERRY dans «Combat». Décrit comme aimable et modeste, son roman est une «leçon de politesse et une leçon d’invisible» écrit Max-Pol FOUCHET.
En dépit de ces éloges, parfois dithyrambiques, une voix discordante et tonitruante de Mongo BETI a lancé une charge violente contre cette option de CAMARA Laye, considérée comme une «littérature rose», en privilégiant le pittoresque, voire le fantastique ; ce qui lui a fait écrire «des sottises». Ce roman est un écœurant produit de «l’art pour l’art». Pour Mongo BETI, la seule réalité de l’Afrique à cette époque, c’est la revendication pour l’indépendance et la dignité des Africains. Par conséquent, un écrivain doit valoriser l’affirmation de soi : «Si l'écrivain manque de personnalité, il fera ce que lui demande le public. S'il a de la personnalité, il fera de la littérature selon son goût et ses propres conceptions. Savoir ce que le public français demande à un romancier africain est une autre question. Le romancier africain, qu'il soit blanc ou noir, écrit essentiellement pour le public français de la métropole, ce qui explique bien des choses. Aux yeux du colon et du bourgeois français, qu'est-ce donc que l'Afrique ? "Une réserve inépuisable d'hommes et de matières premières». L'on devine dès lors qu'une littérature africaine réaliste ne peut être du goût de ces messieurs-dames. Ils tâcheront donc d'étouffer dans l'œuf toute littérature réaliste africaine. Car, la réalité actuelle de l'Afrique Noire, sa seule réalité profonde, c'est avant tout la colonisation et ses méfaits» écrit-il.
Vivian STEEMERS parle, à propos de «L’Enfant noir» de CAMARA Laye, de «néocolonialisme littéraire». En effet, pour elle, tous les romans africains véhiculant une rhétorique anticolonialiste ont été fortement et énergiquement combattus par la Françafrique (Mongo BETI, Ahmadou KOUROUMA, Yambo OUOLOGUEM, Olympe BHELY-QUENUM). En revanche, CAMARA Laye, favorable aux intérêts des Occidentaux, décrivant une Afrique idyllique, a été épaulé dans ses romans par des écrivains belges et le gouvernement français et encensé par les critiques littéraires de ces pays. Pour Vivian STEEMERS ce phénomène de néocolonialisme littéraire «n’est pas prêt de disparaître». Si on veut percer, rapidement, en littéraire, il faut plaire et ne pas déranger le Maître.
Pour ma part, le fait d’être un partisan ou adversaire de la Françafrique, ne fait pas nécessairement de soi un bon ou mauvais écrivain. L’artiste doit avoir une belle plume et savoir raconter une histoire captivant le lecteur. S’il est engagé c’est encore mieux et CAMARA Laye a bien  défendu les valeurs culturelles africaines. En fait, cette polémique soulevée par Mongo BETI n’était qu’un subterfuge, commercial, pour attirer l'attention des lecteurs chez l’éditeur Alioune DIOP, dira Daniel MAXIMIN, en octobre 2019, aux 70 ans de Présence africaine, à la Colonie, à Paris 10ème. En réalité, CAMARA Laye, ne voulait pas parler au nom de tous les Africains en général. Il avait seulement et uniquement l’ambition, dans le désarroi et la nostalgie de son pays, la solitude de l’exil, par une démarche thérapeutique, d’écrire ses souvenirs d’enfance, la savane verte et les visages du passé. Il avait envisagé d'intituler son roman «un enfant de la Haute Guinée», mais l’éditeur Plon, a, en 1953, un imposé un autre titre, «l’enfant noir». En définitive, et de nos jours, ce roman, «l’enfant noir» devenu un livre incontournable, brosse divers thèmes notamment la relation entre l’Homme et Nature, dans son aspect pastoral, si elle est respectée, la Nature est source de paix, d’harmonie et d’amour. «Nous sommes, en Afrique, plus proches des êtres et des choses qu’on ne l’est en Europe, et pour des raisons qui n’ont rien de mystérieux. Nous menons simplement une vie moins agitée. Il y avait réellement des jeteurs de sort et des paroles pour conjurer les maléfices, une infinité de gris-gris pour se protéger, des choses sacrées qui disaient des choses cachées, des guérisseurs qui guérissaient réellement» dit-il à «Actualité littéraire» n°6, 1955.
II – CAMARA Laye et le «Regard du Roi» un roman symbolique
glorifié par Toni MORRISON, prix Nobel de littérature
Le second livre écrit, en 1954, par CAMARA Laye, «Le regard du roi», sans doute inspiré de Franz KAFKA, relate le voyage terrestre, symbolique de l’itinéraire spirituel du héros, Clarence, un Français. «Le Seigneur passera dans le couloir, regardera le prisonnier et dira : Celui-ci, il ne faut pas l’enfermer de nouveau ; il vient à moi» écrit KAFKA, dans «le Château». Ce roman a été encensé par une partie des critiques littéraires : «Kafka revu par un Alain Fournier africain. Mais ce merveilleux, qui semble s’être assimilé d’emblée les secrets de la plus fine, la plus jolie prose française, ne cesse d’entendre les rythmes éternels de son pays. Il y a là comme l’annonce constante d’un chant, que psalmodient les troubadours noirs, les griots. C’est très savant, très concerté. C’est de l’art tout simplement» écrit Jean-Louis CURTIS dans «L’Art», du 11 janvier 1955.
Entre humour, mystère mysticisme, débarqué à Adramé, une ville du Nord d’un pays imaginaire de l’Afrique de l’Ouest, Clarence rencontre différentes difficultés. «Le regard du Roi est un roman symbolique, un récit riche d’un noble sens, un sens tout évangélique, et harmonieusement conduit. Camara Laye a bâti son chef-d’œuvre, en utilisant le folklore de sa patrie, mais un folklore bien élevé au-delà du pittoresque facile. Seuil un Africain pouvait user du fonds héréditaire, avec ce constant bonheur et cette justesse infaillible» écrit «Les amitiés de la Louvière» de février 1955. Dans cette expédition initiatique, Clarence, arrivé avec ses certitudes, va subir une transmutation ; il va murir profondément, psychologiquement et spirituellement, dans son chemin le menant à l’enfant-roi, symbole du Dieu Suprême. Le héros meurt dans le cœur du Roi.
Cependant, «Dramouss» est d’un style radicalement différent de celui «l’enfant noir» (1953), un roman symbolique, a été considéré comme une trahison littéraire. Cela a donc suscité des interrogations sur la paternité de ce livre. Pour Adèle KING, une de ses grandes biographes, qui lui est favorable, «le regard du roi» serait écrit un ami, un riche héritier homosexuel belge, un criminel de guerre, Francis SOULIE, un chroniqueur à différentes revues, sous le pseudonyme de Gilles ANTHELME. Adèle KING ajoute aussi que quatre fonctionnaires français aux Nations Unies ont aidé CAMARA Laye dans la rédaction du «regard du roi». Francis SOULIE, bien introduit dans les cercles littéraires parisiens, avait hébergé, un certain temps, CAMARA Laye et sa première épouse, Marie LOROFI au 15 rue Molière, à Paris 1er.  La polémique «Regard du Roi» commence à enfler en 1981, lorsque l’universitaire belge Lilyan KESTELOOT (Voir mon article du 28 août 2022, sur Médiapart), installée au Sénégal et proche de SENGHOR, révéla que CAMARA Laye lui avait confié que ce roman «avait été écrit par un Blanc». Cette rumeur persistante est alimenté par le contenu de roman : l’image de l’Afrique que peint son auteur était trop mythique pour être crédible, en contradiction totale avec celle dessinée dans un autre classique de l’écrivain, «L’enfant noir». Daniel DELAS évoque «la supercherie du «regard du roi de Camara Laye» et souligne «Publier sous son nom un texte qu’on n’a pas écrit n’est pas un plagiat, puisque le véritable auteur est consentant voire demandeur, c’est une forme de supercherie. «Le Regard du roi» qui, comme on dit dans un langage codé, déconcerte la critique et dont il semble aujourd’hui quasi prouvé qu’il n’a pas été écrit de sa main. Révéler l’imposture aurait jeté le discrédit sur toute la jeune littérature africaine d’expression française, encore fragile, et pour des raisons de convenance d’autre part : la situation de l’écrivain guinéen à la fin de sa vie était mauvaise et c’eût été cruel d’ajouter à ses malheurs» écrit Daniel DELAS.
Finalement, dans son enquête, Adèle KING, «Rereading Camara Laye», a disculpé le Guinéen ; il a seulement été encouragé et aidé, dans la rédaction de son autobiographie d’enfance, par Aude JONCOURT, une professeure en littérature. C’est une tradition littéraire, l’éditeur, ici Plon, notamment Robert POULET, corrige les manuscrits de ses auteurs. C’est, en réalité, Toni MORRISON (Voir mon article du sur Médiapart) qui donnera ses lettres de noblesse dans une introduction magistrale à ce roman «Camara Laye, non seulement a convoqué un vocabulaire imagiste sophistiqué et entièrement africain pour lancer une négociation discursive avec l’Occident, mais il a exploité avec finesse technique les images mêmes qui ont servi les écrivains blancs pendant des générations. L’auberge crasseuse où vit Clarence, le protagoniste, pourrait être reprise mot pour mot par «Mister Johnson» de Joyce Cary ; la susceptibilité et l’obsession des odeurs se lisent comme un jeu de mots sur «The Flame Trees of Thika» d’Elspth Huxley ; sa fixation européenne sur le sens de la nudité rappelle H. Rider Haggard ou Joseph Conrad, pratiquement dans tous les récits de voyage» écrit-elle, en 2001, dans «The Radiance of the King». C’est ma traduction approximative de ce texte en anglais.
C’est un roman de la rédemption, entre rationalisme et mysticisme, le personnage de Clarence, manœuvré par un mendiant roublard et livré comme, à une très misérable exploitation de sa personne, avant d'être mystiquement lavé de ses impuretés involontaires et récompensé de ses épreuves. Dans cette satire parodique et pleine d’allégories, de métaphores de la traite des noirs, un saut dans l’inconnu, Clarence, réduit à l'impuissance dès son arrivée en Afrique par son manque d'argent et sa désorientation, devient la proie facile d'un mendiant noir. Descendu dans un hôtel, se croyant chanceux, après le vol de son portefeuille, il en est chassé. Dorénavant, comme tout effort de sa part s'avérerait inefficace, démuni, il pense devoir recourir au secours d'autrui, celle du Roi, renonçant ainsi à sa liberté et à la responsabilité de ses actes. Mais le Roi disparaît avant qu’il n’ait eu l’occasion de lui parler ; il va donc s’abandonner aux bons soins d’un mendiant, mais une faveur se paye ou se mérite. Mais c’est quoi la responsabilité morale, si l’on a plus de choix ?
Par conséquent, la vie de Clarence devient une longue attente du Roi qui viendra et portera son regard sur lui : «Le regard, rien que le regard, et tout serait dit. Tout !» écrit-il. Dans ce chemin de croix, désespéré, Clarence veut mourir. La vie de l'homme peut certainement se comparer a bien des égards à un séjour indéfini en prison, un enclos spirituel où l'âme, accablée de pêchés, obsédée par des tentations, limitée par les imperfections et les faiblesses de l'individu, est empêchée de prendre son essor. Le voyage deviendrait alors le symbole de la transformation de cette âme qui s'interrogerait en se repliant sur elle-même. Dieu seul, détermine la longueur du voyage, la durée de l'emprisonnement. La liberté est la récompense suprême octroyée, par Lui, à celui qui a conscience du Mal qu'il a fait acte de contrition. Contrairement à Franz KAFKA (1883-1924), les Africains rejettent l’absurdité de la vie, le désespoir ou le suicide. Clarence devant donc apprendre à se connaître en Afrique, pour sa rédemption doit aller de l'ignorance au savoir, de l'impureté à la pureté. Dans cette quête, Clarence est invité à la tolérance, à la persévérance, cette volonté qui sous-tend la progression vers le Roi, une perfection partant vers Dieu, symbole du noble mystère de l’Amour.
III – CAMARA Laye et son «Dramouss», un hymne à la Liberté, une dénonciation des régimes monarchiques et dynastiques africains
En 1966, le roman «Dramouss», reprend l’autobiographie, au moment où CAMARA Laye est devenu un adulte en France, un temps de l’innocence, en raison son éloignement de la Guinée. Cependant, le héros du roman, Fatoman, prend deux semaines de congé et rentre au pays. Au cours d’une nuit blanche, il revoit, par la mémoire involontaire, son séjour en France. En raison de l’influence de son expérience en France, il prend conscience de la dictature que sévit son pays et entreprend de la dénoncer et de la condamner. «Dramouss» explore deux thèmes majeures : l’acculturation et la lutte pour la liberté, contre l’oppression, et en particulier du régime de Sékou TOURE.
«Darmouss», tout d’abord, comme dans «l’aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE, un conflit de cultures «Au contact avec l’Occident, le négro-africain est formé comme le métropolitain de sa classe, selon les méthodes occidentales, au nom de principes occidentaux, pour devenir, auprès de ses congénères, le messager de l’Occident» écrit Thomas MELONE. Au carrefour de cultures française, animiste et musulmane, CAMARA Laye veut rester lui-même «La culture c’est le résultat d’un double effort d’intégration de l’Homme à la nature et de la nature à l’Homme» écrit Léopold Sédar SENGHOR. Fatoman, doté de l’intelligence, du bon sens et de la volonté, qui voulait servir son pays, découvre que l’Occident s’est imposé aux Africains par les armes à feu, mais aussi par l’école et ses effets d’acculturation, une colonisation mentale. Il craint de perdre son patrimoine culturel africain, ses coutumes ancestrales.
«Darmouss», c’est ensuite, une confrontation de son héros, Fatoman, à une crise des valeurs sociales, la société guinéenne ayant perdu son âme dans la modernité ; les valeurs traditionnelles se délitent. «Le monde bouge, le monde change et le mien, peut-être, plus rapidement que tout autre !» écrivait déjà CAMARA Laye dans «l’enfant noir». La société guinéenne est également confrontée à une crise des valeurs culturelles. Dans une société dictatoriale, l’art s’appauvrit pour ne devenir qu’un objet de divertissement, utilitaire et commercial, à des fins touristiques. «La vengeance du ciel nous menaçait. D'où le pourrissement commençant de notre vie artisanale et de notre vie sociale, d'où le braillement frénétique que je venais d'entendre, et ces rugissements de maisons de fous, au moyen desquels on prétendait éduquer une société qui ne demande qu'à manger et à vivre en paix» écrit-il. C’est donc une grave profanation de la dimension mystique et sacrée de l’art africain : «Le mystère et le pouvoir ne sont plus là où ils étaient. C’est qu’ils commencent à se dissiper au contact des idées nouvelles» écrit CAMARA Laye.
Quand il était jeune, CAMARA Laye admirait Sékou TOURE (1922-1984), un nationaliste, qui n’était ni socialiste, ni capitaliste. «L'occident a apporté ce qu'il a de précieux, c'est-à-dire, la langue française et la langue anglaise. Ce sont la deux merveilleux outils qui doivent pouvoir nous permettre de réaliser notre promesse, la promesse que nous avons faite au reste du monde en prenant nos indépendances respectives : assimiler  et non être assimilés, la promesse de sortir L'Afrique de la faim, et enfin la promesse de faire connaitre nos civilisations particulières» écrit-il en 1963, à Dakar. Aussi, en 1958, le jeune CAMARA Laye veut servir son pays, nouvellement indépendant, en manque de cadres : «Il n'y a pas longtemps, la Guinée comptait très peu de cadres (or, il nous en faut beaucoup), parce que la formation de ceux-ci dépendait du bon vouloir de la puissance coloniale, laquelle faisait tout pour maintenir la majeure partie du peuple dans un état permanent d'analphabétisme ou de demi-ignorance. Nous sommes heureux aujourd'hui de constater que notre ville commence, elle aussi, à fournir des cadres valables à notre pays. Nous avons l'honneur et la joie d'accueillir parmi nous un de nos frères, Fatoman, revenu de Paris» dit un cadre du Parti, dans «Dramouss». D’autres Africains, comme le jeune poète, David Mandessi DIOP (voir mon article du 28 octobre 2018, dans Médiapart) étaient venus s’engager aux côtés de Sékou TOURE, mais déçus, sont vite repartis.
Comme le héros, dans «Dramouss», CAMARA Laye, un partisan de la coopération avec la France, découvre le régime du Parti unique répressif de Sékou TOURE. Maintenant réfugié au Sénégal, avec sa famille, «Darmouss» est violent réquisitoire contre le régime de Sékou TOURE et tous les régimes autocratiques. En effet, Fatoman, qui avait idéalisé son pays pendant son séjour en France, de retour en Guinée, découvre, avec effroi, la violence et la répression qui se sont abattus sur le peuple guinéen «Chose étrange, je n'avais senti et compris combien j'étais un homme divisé. Mon être, je m'en rendais compte, était la somme de deux «moi» intimes : le premier, plus proche de mon sens de la vie, façonné par mon existence traditionnelle d'animiste faiblement teinté d'islamisme, enrichi par la culture française, combattait le second, personnage qui, par amour pour la terre natale, allait trahir sa pensée, en revenant vivre au sein de ce régime. Un régime qui, lui aussi, trahirait sans aucun doute, tout à la fois le socialisme, le capitalisme et la tradition africaine. Cette espèce de régime bâtard en gestation, après s'être fait soutenir par l'Église, par la Mosquée et par le Fétichisme, renierait Dieu après son triomphe. Il avait commencé à museler les populations naïves de Guinée» écrit-il. En effet, le dictateur Sékou TOURE, désigné dans «Dramouss» par le sobriquet de «Gaillard», a quadrillé le pays entier par d’innombrables comités afin de régenter et manipuler le peuple, contre un complot hypothétique. «Le R.D.A. veut la fraternité franco-africaine et combat le colonialisme, ainsi que ses fantoches, instruments du colonialisme. Je veux parler des réactionnaires du B.A.G. Respectez ces réactionnaires (ennemis de notre mouvement) au cas où ils se tiennent tranquilles. S'ils feignent de méconnaître la force de notre Parti, appliquez les consignes : mettez les saboteurs hors d'état de nuire, incendiez leurs cases. Et alors, justement intimidés, ils ne se mettront plus en travers de l'évolution harmonieuse de notre pays. (…) Le premier ennemi de l'homme est l'homme lui-même. La vie et la mort de notre peuple se trouvent en lui-même. La mort de chacun de nous se trouve en chacun de nous» dit un responsable du Parti, dans «Dramouss».
Par conséquent, toutes les belles promesses, qui, jadis, avaient mobilisé le peuple guinéen, dans sa lutte pour l’indépendance, ont été trahies : «Il n’y a pas de dignité sans liberté. Nous préférons la liberté dans la pauvreté, à la liberté dans l’esclavage. L’indépendance est à la disposition des Guinéens» avait dit le 2 septembre 1958, Sékou TOURE, dans sa campagne pour le Non au référendum DE GAULLE du 28 septembre 1958. En effet, dans un grand machiavélisme et cynisme, le Parti unique, contrôlant tout, est une courroie de transmission de sa propagande, de ses mensonges et de ses instrumentalisations, afin de mieux excuser ou occulter ses méfaits. Fatoman, questionné par un Responsable du Parti, s’insurge contre ces crimes que personne n’ose dénoncer : «Il faudra, un jour, que quelqu'un dénonce tous ces mensonges. Il faudra dire que si la colonisation, vilipendée par ce comité, a été un mal pour notre pays, le régime que vous êtes en train d'y introduire sera, lui, une catastrophe, dont les méfaits s'étendront sur des dizaines d'années. Il faudra dire qu'un régime qui se bâtit dans le sang, par les soins des incendiaires de cases et de maisons, n'est qu'un régime d'anarchie et de dictature, un régime fondé sur la violence, et que détruira la violence. La violence que vous êtes en train d'instaurer dans ce pays sera payée par chacun de vous et plus encore par les innocents. Il faudra surtout, pour bâtir une société viable, plus d'actions concrètes et honnêtes, moins de discours, plus de respect de l'opinion d'autrui, plus d'amour fraternel» écrit-il dans «Dramouss».
En définitive, ce roman, «Dramouss», un puissant hymne à la liberté, est une création littéraire prophétique qu’un jour viendra, où la Guinée sera libre. Le personnage de Fatoman, contrairement à Samba Diallo, dans «l’aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE, qui avait choisi le suicide, a préféré l’exil intérieur. On sait, par la suite, que Sékou TOURE, victime de tout de même de quatre attentats manqués à partir du Sénégal, et qui criait à longueur de journée, «à bas l’impérialisme», est mort en 1984, aux Etats-Unis. La visite président Valéry GISCARD-D’ESTAING (1926-2020, vor mon article) avait rétabli les relations franco-guinéennes «Il s’agit de célébrer la réconciliation de la Guinée et de la France, de rechercher, ensemble, les voies d’une coopération favorable à la Guinée et à la France. Je veux vous dire, avec joie profonde et sincère, la France et la Guinée, qui, voici 20 ans, s’étaient perdues, se sont aujourd’hui retrouvées. La vocation de la Guinée m’apparaît comme celle de l’indépendance. Vous avez rencontré des difficultés et de nombreux obstacles, vous les avez surmontés. Vous offrez le spectacle d’un pays qui, la tête haute, s’apprête à s’engager dans une nouvelle phase de son histoire» dit le 21 décembre 1978, au Stade du 28 septembre. Mais le pays reste encore secoué par des dictatures militaires et Alpha CONDE, un formidable opposant, n’a pas tenu ses engagements, une fois au pouvoir du 21 décembre 2010 au 5 septembre 2021. L’Afrique serait-elle maudite ?
«Dramouss» refuse cet afro-pessimisme ; CAMARA Laye dans son optimisme ouvre une lueur d’espoir et d’espérance. La «Révolution» guinéenne étant trahie par le Parti unique de Sékou TOURE, la Guinée est devenue un peuple en guenilles, affamé et entouré par une haute muraille. Cependant, Fatoman a vu, en rêve, qu’un jour viendra le «Lion Noir» calme, ne rugissant pas, libérera sa Guinée natale,: «Les forêts sacrées, les biens spoliés, étaient restitués à leurs propriétaires; la famine le cédait à la prospérité, l'illégalité à la légalité, la barbarie à la civilisation. Et la vie, qui avait été pour nous jadis, un mélange de tristesse, d'absurdité et d'angoisse, était redevenue toute de joies et de rires. Je contemplais ma Guinée, guidée avec sagesse par le Lion Noir, l'héroïque et sage Lion Noir. Et je découvrais qu'il n'était pas seul ; je constatais que le peuple de ses frères l'accompagnait dans son ascension merveilleuse vers le soleil; et vers cette extraordinaire source de lumière, vers le progrès; tous embarqués sur un même esquif, passagers solidaires, promis au même port» écrit-il. Cela me fait songer à une citation d’un éminent poète français : «Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera» écrit Victor HUGO.
CAMARA Laye est mort le 1980, à Dakar, au Sénégal, à l’âge de 52 ans, des suites d’une longue maladie, d’une néphrite et de l’hypertension, dit-on consécutives à un empoisonnement dans les prisons de Sékou TOURE. Sa femme, Marie LOROFO, une métisse dont le père, le docteur Henry LOROFY, un Corse, lui a donné sept enfants. «Elle était métisse, très claire de teint, presque blanche en vérité ; à mes yeux, elle était belle comme une fée ! elle était douce et avenante, et de la plus admirable égalité d’humeur» dit-il de sa femme. En 1970, Marie était rendre visite à son père qu’on disait mourant en Guinée et sera emprisonnée par Sékou TOURE pendant sept ans, au sinistre Camp Boiro. A sa libération, Marie, une catholique, découvre que CAMARA Laye, pendant son absence, s’était remarié à une sénégalaise, originaire de Vélingara, Ramatoulaye KANTE, une infirmière qui le soignait ; ils ont eu trois enfants. Marie LOROFI demande et obtient le divorce.
Références bibliographiques
I – CAMARA Laye
I - 1 – Livres de CAMARA Laye
CAMARA (Laye), Dramouss, Paris, Plon, 1966, 260 pages ;
CAMARA (Laye), L’âme de l’Afrique, dans sa partie guinéenne, Dakar, Faculté des Lettres, 1963, 10 pages ;
CAMARA (Laye), L’enfant noir, préface d’Alain Mabanckou, Paris, Plon, 2006, 256 pages et Paris Pockett, 2007, 224 pages ;
CAMARA (Laye), Le Haut-Niger, vu à travers la tradition orale : Kouma, Laloolo Kuma, Université Cheikh Anta Diop, 1971, 342 pages, doc UCAD, THL 1297 ;
CAMARA (Laye), Le maitre de la parole, Kouma, Lafôlo Kouma, Paris, Plon, 1978, 315 pages ;
CAMARA (Laye), Le Regard du roi, Paris, Plon, 1954, 254 pages.
I - 2 – Articles interview reportages sur CAMARA Laye
CAMARA (Laye), «Camara Laye nous parle de son voyage en Guinée et de ses projets», Paris-Dakar, (RCI), 6 février 1954, page 2 ;
CAMARA (Laye), «Commitment to Timeless Values», entretien accordé à J. Steven Rubin, Africa Report, mai 1972, n°5, pages 20-24 ;
CAMARA (Laye), «Dramouss, c’est l’aventure intellectuelle d’un Malinké porté vers le surréalisme», entretien accordé à Gaoussou Kamisso, Fraternité Matin, (RCI), 22 septembre 1966, page 7 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Irmelin Hossman, Afrique, juillet 1963, n°26, pages 54-57 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Jacqueline Leiner, Présence francophone, printemps 1975, n°10, pages 153-167 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Jacqueline Sorel, RFI, série Archives sonores de la littérature noire, 1977 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Marcel Ebode, Afrique (Paris), juillet 1963, n°26, pages 54-57 ;
CAMARA (Laye), «Entretien», accordé à Roger N’Da, pour la télévision ivoirienne et transcrite dans Fraternité-Matin, 3 et 10 octobre 1972 ;
CAMARA (Laye), «Et demain ?», Présence africaine, 1957, Vol 3-4, n°14-15, pages 290-295 ;
CAMARA (Laye), «L’Afrique et l’appel des profondeurs», conférence de Fourah-Bay, Sierra-Léone, 1963 ;
CAMARA (Laye), «L’écrivain est obligé de se taire ou de tordre sa plume», entretien accordé à Gaoussou Kamisso, Fraternité Matin, (RCI), 6 avril 1976 ;
CAMARA (Laye), «Les yeux dans la statue», Présence africaine, 1957, Vol 2,  n°13, pages 102-110 et Orphée Noir, n°5, 1959.
II – Autres références sur CAMARA Laye
AAS-ROUXPARIS (Nicole), «Le personnage de Mimie dans «Dramouss» de Camara Laye», Francofonia, 1993, n°24, pages 41-52 ;
ABDI FARAH (Omar), Le rêve européen dans l’œuvre de Camara Laye, Thèse sous la direction de Jacques Poirier, Université de Bourgogne, 2007, 70 pages ;
AFEJUKU (Tony, E.), «Mythologization in the Characters in Autobiographies of Camara Laye, Wole Soyinka and Ezekiel Mphahlele», Neohelicon, 2001, Vol 28, n°2, pages 243-249 ;
AUGUSTAVE (Elsie), ASSIBA D’ALMEIDA (Irène), Autour de l’enfant noir de Camara Laye, un monde à découvrir, Paris, L’Harmattan, 2018, 220 pages ;
AWOLO (Marie-Joseph), L’image de la femme dans «l’enfant noir» et «Dramouss» Camara Laye, Thèse sous la direction de Robert Jouanny, Université de Paris-Est, Créteil, UPEC, 1992, 82 pages ;
AZODO (Ada, Uzoamaka), «The Work in Gold as Spiritual Journey in Camara Laye’s African Child», Journal of Religion in Africa, 1994, Vol 24, n°1, pages 52-61 ;
AZODO (Ada, Uzuoamaka), L’imaginaire dans les romans de Camara Laye, New York, Bern, Paris, Peter Lang, 1993, 165 pages ;
BARRE (Christian), Une œuvre : l’enfant de Camara Laye, Paris, Hâtier, 1992, 128 pages ;
BATTESTINI (Monique), MONIQUE (Simon), MERCIER (Roger), Camara Laye, écrivain guinéen, Paris, Nathan, 1965, 64 pages ;
BELCHER (Wendy), «Indirect Resistance : Rhetorical Strategies for Evading Power in Colonial French African Novels by Camara Laye, Ferdinand Oyono and Sembène Ousmane», Literature Interpretation Theory, 2007, Vol 18, pages 65-87 ;
BERRY (André), «Au pays de Camara Laye», Combat, 28 juin 1956, page 1 ;
BERRY (André), «Le Prix Charles Veillon fut chaudement disputé avant de revenir à Cmara Laye», Combat, 4 mars 1954, page 6 ;
BERRY (André), «Romans nègres», Combat, 7 mars 1955, pages 3 et 9 ;
BETI (Mongo), ou Eza Boto, «Afrique noire, littérature rose», Présence Africaine, nouvelle série, 1955, n°1-2, pages 133-140 ;
BETI (Mongo), ou Eza Boto, «L’enfant noir», Présence Africaine, 1954, n°16, pages 419-422 ;
BIAYE (Idrissa), La mise en scène de soi, dans «les mots» de (1964) de Jean-Paul Sartre et dans «l’enfant noir» de Camara Laye, Master II, sous la direction d’Amadou Falilou N’Diaye, Université Cheikh Anta Diop, 2016-2017, 87 pages, doc UCAD ;
BOURGEACQ (Jacques), «Camara Laye’s L’Enfant Noir and the Mythical Verb», The French Review, février 1990, Vol 63, n°3, pages 503-513 ;
BOURGEACQ (Jacques), L’enfant noir de Camara Laye, Sherbrooke, Naaman, études 41, 1984, 80 pages ;
BURNESS (Donald), «The Radiance of Camara Laye», Journal of Black Studies, juin 1981, Vol 11, n°4, pages 499-501 ;
CAMARA (Sory), Gens de la parole : essai sur la condition et le rôle des griots Malinkés, Paris, Mouton, 1976, 358 pages ;
CHEMAIN (Roger), CHEMAIN (Arlette), «Pour une relecture politique de «Le Regard du Roi» de Camara Laye», Présence Africaine, 3ème trimestre, 1984, n°131, pages 155-138 ;
CHEVRIER (Jacques), «Un écrivain fondateur : Camara Laye», Notre Librairie, juillet-septembre 1987, n°88-89, pages 64-73 ;
COGAN (Gaëlle), RAMAIN (Célia), L’enfant de Camara Laye (analyse de l’œuvre), Bruxelles, Le Petit Littéraire, 2011, 27 pages ;
DEDUCK (Patricia, Anne), Franz Kafka’s Influence on Camara Laye’s Le Regard du Roi, Indiana University, 1970, 158 pages ;
DELAS (Delas), «La supercherie du «Regard du roi» de Camara Laye. A quoi sert la critique ?», Littératures francophones, 2013, pages 229-240 ;
DIAKHITE (Paul), «La maître de la parole de Camara Laye», The Language Quaterly, 1985, Vol 24, pages 16-18 ;
ELIET (Edouard), Panorama de la littérature négro-africaine, Paris, Présence africaine, 1965, 265 pages ;
ETONDE-EKOTO (Grâce), ««Le Regard du Roi», une pédagogie de la rédemption», The French Review, décembre 1985, Vol 59, pages 267-277 ;
FABIJANCIC (Ursula), «Le regard du Roi : un roman anti-existentialiste ?», Bulletin of the School of Oriental and African Studies, juin 1986, Vol 49, pages 377-382 ;
GARNIER (Xavier), «Le regard du roi et la temporalité magique», La magie dans le roman africain, 1999, pages 137-146 ;
GUDIJIGA (Christophe), «Darmouss, un nouveau roman de Camara Laye», Congo-Afrique, mai 1967, n°15, pages 257-259 ;
GUDIJIGA (Christophe), «Quatre thèmes dans l’oeuvre de Camara Laye», Congo-Afrique, mars 1966, n°3, pages 139-148 ;
HENRIOT (Emile), «Le «Regard du roi» de Camara Laye», Le Monde, 24 novembre 1954 ;
IRELE (F. Abiola), «Camara Laye : An Imagination Attuned to the Spiritual», West Africa, avril 1980, Vol 7, pages 617-618 ;
IRELE (F. Abiola), «In Search of Camara Laye», Research of African Literature, printemps 2006, pages 110-127 ;
KACOU (Gisèle, Virginie), Camara Laye et la tradition africaine, Montréal, McGill University, novembre 1986, 124 pages ;
KAMA (Jacques, Mangue), Cultural Revival in Things Fall Apart (1958) by Chinua Achebe and the Dark Child by Camara Laye, Master II, sous la direction d’Abdoulaye Dione, Université Cheikh Anta Diop, 2016-2017, 90 pages ;
KETCHORE (Kwasi, Ndjokunla), L’image des griots et l’écriture griotique dans Camara Laye et Aminata Sow Fall, Thèse sous la direction de Jacques Melinda A. Cro, Kansas State University, 2020, 31 pages ;
KHEIR (Ibtissem), Identité et altérité dans «l’enfant noir» de Camara Laye, Thèse sous la direction de Saïd Khadraoui, Université El Hadji Lakhadar, Batna (Algérie), 1977, 95 pages ;
KING (Adèle), «Camara Laye, 1928-1980», Research in African Literature, hiver 1980, Vol 11, n°4, pages 548-548 ;
KING (Adèle), Rereading Camara Laye, University of Nebraska Press, 2002, 210 pages ;
KING (Adèle), The Writings of Camara Laye, London, Heinemann, 1980, 132 pages ;
KOUYATE (Mamadou), La variabilité dans quatre versions de l’épopée mandingue, Thèse sous la direction d’Alpha Oumar Barry, Université de Bordeaux Montaigne, 2015, 2 vol, 674 pages ;
LEFRANKE (MBo), «Structure et thème du merveilleux dans le roman négro-africain : le cas du regard du roi de Camara Laye», Annales Aequatoria, 1988, Vol 9, pages 183-198 ;
MALANDA (Ange-Séverin), L’esthétique littéraire de Camara Laye, Paris, L’Harmattan, 2000, 141 pages ;
NZABATSINDA (Anthère), «La figure de l’artiste dans le récit de Sembène Ousmane», Etudes françaises, 1995, n°31, pages 51-60 ;
OJO (F. A), «Une lecture de deux romans de Camara Laye», Néohelicon, 1982, Vol 9, pages 241-271 ;
OKEY (Peter, Igbonekwu), La recherche intérieure : une explication de l’enracinement chez Camara Laye, Moncton (Canada), University of Moncton, 1973, 12 pages ;
OUPOH (Gnaoré), «Hommage à Camara Laye», Fraternité-Matin, 12 février 1980, pages 19-21 ;
PAKALY (NDoy), L’acculturation dans l’aventure amnbigë de Cheikh Hamidou Kane et dans Dramouss de Carama Laye : essai d’analyse comparative, mémoire sous la direction de Tsh Nyembwe, Université nationale du Zaïre, septembre 1981, 74 pages ;
RABEMANANJARA (Jacques), «Le poète noir et son peuple», Présence africaine, 1977, n°16, pages 9-24 ;
RUBIN (J. Steven Rubin), «Laye : Commitment to Timeless Values», Africa Report, mai 1972, Vol. 17, n°5 pages 20-24 ;
SELA (Tal), Le roman africain francophone au tournant des indépendances (1950-1960). La construction d’un nouvel éthos d’auteur, Thèse sous la direction d’Anthony Mangeon, Université de Strasbourg, 2017, 511 pages ;
SELLIN (Eric), «Trial by Exil : Camara Laye and Sundiata Keita», World Literature Today, été 1980, Vol 54, n°3, pages 392-395 ;
SENGHOR (Léopold, Sédar), «Camara Laye et Lamine Diakhaté ou l’art n’est pas un parti», Liberté I Négritude et humanisme, Paris, Seuil, 1964, pages 155-158 ;
SIMPORE (Karim), «Camara Laye et J-M Le Clézio, dans la quête épistémologique de la nature par le mythe d’origine», French Cultural Studies, 2019, Vol 30, n°3, pages 248-255 ;
STEEMERS (Vivian), «L’enfant noir : le parrainage des nègres blancs de droite», Le néocolonialisme littéraire : quatre romans africains face à l’institution littéraire parisienne 1950-1970, Paris, Karthala, Lettres du Sud, 2012, 234 pages, spéc pages 39-88 ;
VINCENOT (Guy), L’enfant de Camara Laye, Paris, L’Ecole, 1972, 24 pages ;
YEPRI (Léon), Relire l’enfant noir de Camara Laye, Dakar, NEA, 1987, 89 pages.
Paris, le 26 novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 19:29
«Coupe du monde du Fric au Qatar 2022, ses enjeux financiers, politiques et humains. L’émergence de l’Afrique» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Le Qatar organise, avec l’appui de Nicolas SARKOZY, du 20 novembre 2022 au 18 décembre 2022, jour de la fête nationale du Qatar. La prochaine coupe du monde, en 2026 sera partagée entre trois pays : le Mexique, les États-Unis et le Canada. Mais les supporters mexicains pourront-ils traverser librement la frontière américaine ?
Le match d’ouverture oppose le Qatar à l’Equateur (2 à zéro), «We want Beer», (Nous voulons de la bière), chantaient les supporters de l’Equateur, dans un pays où la vente de l’alcool est interdite. Mais les fortunés peuvent se rendre à la Côte d'Azur et faire la fête, sans retenue.
«Qatar, small state, big politics», écrit Mehran sur ce petit pays qui a des ambitions pour jouer dans la cour des grands. Cette coupe du monde de 2022, est l’une des façons, pour le Qatar, d’affirmer sa présence sur la scène internationale, une volonté de puissance. En effet, le Qatar a déjà investi 220 milliards de dollars sur cette coupe du monde, là où la moyenne des dépenses, pour le mondial, se situe entre 11 et 13 milliards. Jadis, pays de pêcheurs et de bédouins passionnés de chasse au faucon, longtemps soumis à la piraterie, les Britanniques en profitent pour en faire un protectorat à partir de 1916, sous la dynastie AL-THANI. Dès 1926, l’Anglo-Persan Oil Company obtient les premières concessions de pétrole, mais l’exploitation rentable et intensive ne débutera qu’à partir de 1949 et en 1971 d’énormes champs de gaz sont découverts à North-Field. Le Qatar est le 3ème grand pays au monde par ses réserves de gaz que l'Emir a eu l'intelligence de faire liquéfier afin de mieux le faire transporter et commercialiser.
Le Qatar a constamment réussi et réaffirmer son indépendance, notamment lorsque l’Arabie-Saoudite, en relation avec Doha et les Emirats arabes unis, avait tenté de l’étouffer par un blocus du 5 juin 2021 au 5 janvier 2021. L’Arabie-Saoudite avait reproché le Qatar de sa complicité avec l’Iran. Finalement, l’Emir du Qatar, Tamim Al-TAHANI, en est sorti victorieux et grandi. Dans sa compétition avec l’Arabie-Saoudite, le Qatar est accusé d’être l’un des principaux bailleurs de fonds des fondamentalistes musulmans, notamment les «Frères musulmans» d’Egypte en Syrie, en Libye et en Tunisie. Ce pays accueille aussi des réfugiés Talibans et du Hamas. La chaîne AL JAZEERA est l’autre force de frappe du pays. Ouvrant ses plateaux à des Israéliens, Al Jazeera témoigne, une fois de plus, de l’usage diplomatique que lui assigne le Diwan. Pendant longtemps, cette chaîne a diffusé les vidéos de Ousmane Bin LADEN.
Contrairement à certains pays africains riches en matières premières, le Qatar a évité pour sa très faible population, la malédiction du gaz. En effet, longtemps sous domination de l'empire ottoman et de l’influence du Bahreïn, le Qatar, dont la capitale est Doha, est un petit pays par sa surface géographique de 11 627 km2, et donc une superficie à peu près équivalente à celle de la Corse. En raison d’une population estimée à 3 059 000 habitants. Seules 300 000 personnes ont, par le sang, la nationalité du pays, soit 98% d’étrangers. Les autres sont des étrangers, avec un titre de séjour révocable à tout moment et doivent parrainés par un Qatarien, c'est le système dit de la Kafala. Les habitants de Qatar ont droit à la santé, aux meilleures universités américaines qui ont ouverts leurs succursales à Doha, et à différentes aides financières.
Le Qatar, un pays entre tradition et modernité, a des ambitions, après le mondial, de devenir une haute destination touristique. Le luxe est omniprésent. Le Qatar s’est doté à Doha, par moins de 11 musées. Les musées Msheireb Museums retracent l’histoire de Doha depuis ses modestes débuts de petit village de pêcheurs, ainsi que les aspects de l’histoire du Qatar, parmi lesquels l’esclavage, la découverte du pétrole et du gaz, les traditions et le développement des pays du golfe Persique. Le musée national de Doha, en forme de rose des sables, retrace les débuts, la vie au Qatar et l’histoire moderne du pays. Il présente le Tapis de perles de Baroda, qui comprend 1,5 million de perles, de saphirs et de diamants brodés à la main et un parc avec des plantes indigènes du pays. Le Musée d’art islamique, avec sa bibliothèque, présente l’artisanat islamique de trois continents sur une période de 1 400 ans. Le Mathaf ou musée arabe d’art moderne renferme plus de 25 000 pièces, dont la calligraphie arabe. Le Katara Art Center, un centre culturel, explore l’art au-delà de ses formes traditionnelles en présentant des œuvres d’art modernes et atypiques. Le musée Sheikh Faisal Bin Qassim AL-THANI, ou simplement musée FBQ, contient la collection d’art privée, de l’Antiquité à nos jours, de l’un des hommes d’affaires, pour favoriser la diversité des cultures, dont certaines pièces (Ca’ D’Oro, chefs-d’œuvre de la Renaissance à Venise), sont exposées au Musée de la Marine à Paris, du 30 novembre 2022 au 23 mars 2023. Ses collections ont déjà exposées à New York, Londres et Tokyo.
Dans la défense de cet «universalisme», en fait ethnique, avec ses indignations sélectives, à géométrie variable, et à forte coloration politique, au moment où nous tympanise sur les droits de l’Homme en Chine et en Russie, dès qu’un pays se couche devant le diktat des Occidentaux, tout est pardonné. Au Qatar, sur le plan des droits de l’Homme, 6500 ouvriers sont morts, depuis le 23 février 2021, dans la construction des stades du Mondial 2022, indique un journal anglais, «The Guardian». Et si c’était 6500 ouvriers occidentaux ? Au Qatar, pays pénalisant l’homosexualité de 7 années de prison, la Femme reste encore mineure, et soumise à l’autorité de son mari. Là où certains lobbies avaient emmerdé carrément le joueur sénégalais, Idrissa Gana GUEYE, tous ces faux-culs, qui nous rabâchent à longueur de journée les principes de laïcité, la Burqa, le Burkini, les droits de la femme Ouïghour, Talibane ou musulmane des banlieues de France, ont subitement fermé leurs gueules, devant la puissance financière du Qatar.
«L’essentiel est de participer» disait le Baron Pierre de COUBERTIN. Business is Business. Mais ce n'est donc plus une coupe du monde de football, mais le règne souverain du fric. L’argent-roi gouverne bien la conscience morale de ces donneurs de leçons. A l’Elysée on a déroulé le tapis rouge à Ali BONGO du Gabon, le prince saoudien, avant l’achat du Paris-Germain, bien des magasins parisiens ont été achetés par les pays du Golf. «Nombre d’États du Golfe lorgnent sur le patrimoine français et tentent, des pétrodollars plein les poches, d’acheter tout ce qui peut l’être avant épuisement de l’or noir. Jusqu’ici nos dirigeants leur avaient résisté – du moins en apparence -, offusqués par tant d’audace. Mais, avec le Qatar, c’est une tout autre histoire. La France est devenue le terrain de jeu sur lequel la famille Al-Thani place et déplace ses pions politiques, diplomatiques, économiques, immobiliers ou industriels. Nos élites, maniant l’art du double langage, amalgament depuis des années intérêt général et enjeux personnels, si bien qu’on se demande parfois où s’arrête le mélange des genres. Cette situation, qui rappelle le pire de la Françafrique, marque l’avènement d’une Qatar-France oublieuse de nos valeurs et héritière des tares du petit émirat» écrivent Pierre PEAN et Vanessa RATIGNIER.
Vive le football, même s’il faut parfois se boucher le nez, en raison de ces arrangements, de cette grande hypocrisie, ces indignations très sélectives. Maintenant que la grande fête du football a commencé «le vin est tiré il faut le boire» dit un dicton français. Que le meilleur gagne !
 
Cette coupe du monde est déjà pleine de surprises ; les hiérarchies sont bousculées, en raison de ces équipes de football vieillissantes et peu renouvelées. En effet, l'Arabie Saoudite a battu l'Argentine, le Japon a eu raison de l'Allemagne et le Canada a fait un match honorable contre la Belgique, dommage que les Canadiens n'aient pas encore marqué leur premier but en coupe du monde. Les États-Unis ont neutralisé les Anglais. Le Brésil a été éliminé par les Croates. Les stars du football sont infectés par une épidémie de la malchance. Le Maroc a terrassé la Belgique qui est éliminée, par 2 à zéro. Les grandes équipes sont vieillissantes, l'Argentine a été qualifiée, de justesse, aux tirs aux buts contre les Pays-Bas.
 
Chaud les miquettes ! On a eu peur jusqu'à la dernière minute dans le match France-Angleterre. La France a finalement battu sur le fil une excellente équipe d'Angleterre. Je comprends la joie de l'entraîneur, mais des corrections s'imposent ! La France va donc affronter le mercredi prochain le Maroc.
 
Bravo au Maroc, première équipe africaine en demi-finale de la Coupe du monde, en dépit des cartons rouges et des blessés. Le plafond de verre, la montagne raciale du football a explosé. Le Sénégal et le Maroc sont qualifiés pour les 8èmes de finales. C’est la première fois que tous les entraîneurs des équipes africaines, sont des Africains. L’Afrique qui compte 55 pays ne dispose, sur les 48 compétitions que de 9 places sur les 48. L’Europe, où jouent des vedettes africaines, a pris 16 places. En raison de ce Code de l’indigénat, les réclamations montent afin d’augmenter le nombre de places des Africains.
La France, et n'en déplaise à Éric CIOTTI (voir mon article), avec Kilyan MBAPPE, une équipe multicolore, fait figure de l'une des grandes équipes favorites de ce Mundial, pour une troisième étoile de championne du monde.
Je demande au président Emmanuel MACRON venu applaudir cette équipe de France, particulièrement colorée, de bien voulour retirer son projet de loi controversé sur l'immigration et de régulariser les sans-papiers dans la perspective des Jeux olympiques de 2024.
Cette coupe du monde est déjà pleine de surprises ; les hiérarchies sont bousculées. En effet, l'Arabie Saoudite a battu l'Argentine, le Japon a eu raison de l'Allemagne et le Canada a fait un match honorable contre la Belgique, dommage que les Canadiens n'aient pas encore marqué leur premier but en coupe du monde. Les États-Unis ont neutralisé les Anglais. Les stars du football sont infectés par une épidémie de la malchance. Le Maroc a terrassé la Belgique qui est éliminée, par 2 à zéro.
Le Sénégal et le Maroc sont qualifiés pour les 8èmes de finales. C’est la première fois que tous les entraîneurs des équipes africaines, sont des Africains. L’Afrique qui compte 55 pays ne dispose, sur les 48 compétitions que de 9 places sur les 48. L’Europe, où jouent des vedettes africaines, a pris 16 places. En raison de ce Code de l’indigénat, les réclamations montent afin d’augmenter le nombre de places des Africains.
Références bibliographiques
BEAU (Nicolas) BOURGET (Jacques-Marie), Le vilain petit Qatar. Cet ami qui vous veut du mal, Paris, Fayard, 2013, 304 pages ;
BONTE (Bérengère), La République française du Qatar : petits arrangements et grandes compromissions, Paris, Fayard, 2017, 357 pages ;
BOUSSOIS (Sébastien), «Le Qatar, un dommage collatéral de la rivalité Arabie-Saoudite/Iran ?», Pays du Golfe, 2019, pages 57-66 ;
CHESNOT (Christian), MALBRUNOT (Georges), Qatar  Papers : comment l’Emirat finance l’Islam de France et d’Europe, Paris, Michel Lafon, 2019, 300 pages ;
CHESNOT (Christian), MALBRUNOT (Georges), Qatar : les secrets du coffre-fort, Paris, Michel Lafon, 2013, 304 pages ;
CRYSTAL (Jill), Oil and the Politics in the Gulf : Rulers and Merchants in Kuwait and Qatar, Cambridge University Press, 1990, 260 pages ;
FAROQHI (Suraiya), The Ottoman Empire and the World Around it, Londres, Tauris 2005, 304 pages ;
FROMHERZ (Allan, J.), Qatar : a Modern History, Washington DC, Georgetown University Press, 2012, 224 pages ;
KAMRAVA (Mehran), Qatar a Small State, Big Politics, London, Cornell University Press, 2013, 232 pages ;
KAMRAVA (Mehran), Qatar, Small State, Big Politics, Cornell University Press, 2013, 222 pages ;
MORTON (Michael, Quentin), Masters of the Pearl in History of Qatar, Londres, Reaktion Books, 2020, 261 pages ;
PATTINSON (Pete), McINTYRE (Niamh) «6500 Migrant Workers Have Died, since World Cup Awarded», The Guardian, 23 février 2021 ;
RATIGNIER (Vanessa), PEAN (Pierre), Une France sous influence : Quand le Qatar fait notre pays son terrain de jeu, Paris, Fayard, 2014, 484 pages ;
SAID ZAHLAN (Rosemarie), The Creation of Qatar, Londres, Barns and Noble Books, 2017, 160 pages ;
SMITH (C. Simon), Britain’s Revival and Fall in the Gulf : Kwait, Bahrein, Qatar and Trucial States : 1950-71, Londres, Rutledge, Curzon, 2004, 221 pages ;
ULRICHSEN (Kristian, Coates), Qatar and the Arab Spring, Oxford University Press, 2014, 120 pages.
Paris, le 20 novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
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18 novembre 2022 5 18 /11 /novembre /2022 18:13
«Centenaire de la mort de Marcel PROUST (1871-1922)» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Il y a 100 ans, Marcel Proust disparaissait à Paris, changeant à jamais l’histoire de la littérature. Marcel Proust et Paris, c’était une belle histoire d’amour. Et c’est pourquoi nous voulons lui rendre un hommage solennel et ému pour saluer son génie qui, aujourd’hui encore, ne cesse de nous inspirer, de nous élever et de nous émerveiller. Oui, Marcel Proust aimait Paris et notamment sa Rive Droite, entre le parc Monceau où il jouait enfant, le faubourg Saint-Honoré et la place de la Concorde qu’il arpentait régulièrement et le bois de Boulogne et l’Étoile qu’il adorait» écrit Mme Anne HIDALGO, maire de Paris. Présent au Musée Carnavalet de Paris, Marcel PROUST est né à le 10 juillet 1871, chez son oncle maternel, Louis WEIL, à Auteuil, un village non encore rattaché à Paris, et mort à Paris, le 18 novembre 1922 ; il y a juste 100 ans. Le mercredi 22 novembre 1922, par une froide et maussade journée d'automne, Marcel PROUST est enterré au cimetière du Père-Lachaise dans le caveau où reposent déjà ses parents. La messe de funérailles a eu lieu en l'église Saint-Pierre de Chaillot, située avenue Marceau dans le 16e arrondissement, non loin de son dernier domicile du 44 de la rue Hamelin, où il est décédé des suites d'une pneumonie, le samedi précédent, à l'âge de cinquante et un ans.
«Marcel Proust a donné de sa vie pour que son œuvre vive. Proust s’est séparé du monde pour construire un monde»  écrit François MAURIAC. Ce titi parisien ne dormait pas la nuit et connaissait tous les bons coins de Paris. «Il avait l’air d’un homme qui ne vit plus à l’air et au jour, l’air d’un ermite qui n’est pas sorti depuis longtemps de son chêne, avec quelque chose d’angoissant sur le visage et comme l’expression d’un chagrin qui commence à s’adoucir. Il dégageait de la bonté amère» dit Léon-Paul FARGUE. Un siècle après sa disparition, le temps est un grand juge : Marcel PROUST est toujours célébré : «Le temps est le seul critique dont l’autorité soit indiscutable. Il réduit à néant des gloires qui avaient paru solides ; il confirme des réputations que l’on avait pu croire fragiles. Un quart de siècle après sa mort, Virginia Woolf garde sa place dans l’histoire littéraire et ses lecteurs. Ses œuvres complètes se trouvent dans toutes les librairies britanniques. Son influence est reconnue bien au-delà des frontières de son pays», écrivait l’académicien, André MAUROIS (1885-1967).
Marcel PROUST est obsédé par le temps, son écoulement, son effritement, le temps qui détruit tout, mais que la mémoire conserve. L’Homme peut reconstruire son passé, par la mémoire accidentelle, ce goût de la madeleine, la coïncidence entre une sensation présente et un souvenir. Ainsi, ressurgit notre passé, en procurant un temps d’éternité. «Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se refermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : «Je m’endors», c’est ainsi que démarre le premier volume de «A la recherche du temps perdu» qui est à la fois une sorte d'autobiographie, un roman historique, une analyse psychologique, une critique littéraire et un traité philosophique. Historien de la société PROUST, à travers sa Recherche du temps perdu, traite, avec de sublimes lueurs, de certains thèmes majeurs : l’amour et son pendant nécessaire la jalousie, la dégradation de la vie mondaine, le génie et la paresse, l’ambition littéraire, la rédemption par l’art. «Les seuls vrais paradis, sont les paradis que l’on a perdus» dit PROUST. Grâce au mécanisme de la mémoire involontaire, PROUST parvient à faire coïncider la sensation éprouvée dans le moment présent avec celle du moment éloigné. «Proust a fait avancer l’introspection, la conscience que l’homme prend de lui-même, dans une mesure qui l’égale des meilleurs moralistes de tous les temps» écrit Léon DAUDET. Cette évocation onirique est d’inspiration freudienne : «Je passais la plus grande partie de la nuit à me rappeler notre vie d’autrefois» écrit PROUST qui se remémore de son enfance à Combray. Suivant Jacques RIVIERE, PROUST a contribué «à l’invention d’une nouvelle manière d’attaquer les sentiments et les sensations». Marcel PROUST, grand admirateur de Charles DICKENS, George ELIOT et qui avait traduit John RUSKINS, avait inspiré Virginia WOLF (voir mon article) qui a traduit ses œuvres en langue anglaise «Aldous Huxley et Virginia Wolf doivent évidemment beaucoup à la «psychométrie» d’A la Recherche. Les réflexions de Proust, le passage du temps et la mutabilité des destinées humaines nous ont apporté tout un champ d’expériences nouvelles. Et son traitement scientifique des problèmes de la jalousie et de l’inversion ont fait beaucoup pour effacer de nos esprits les dernières traces du puritanisme» écrit Harold NICHOLSON. Si le monde anglo-saxon a classé Marcel PROUST, dans le mouvement littéraire de «Stream of Conciousness» (courant de conscience, monologue intérieur), un peu comme chez Virginia WOLF et James JOYCE, en fait il n’appartient à aucune école. Spécialiste de l’autofiction, Marcel PROUST développe une théorie anti-essentialiste.
Portraitiste, mémorialiste, romancier et moraliste, Marcel PROUST résume, lui-même, ainsi sa Recherche : «Mon livre est l’histoire de toute une vie. Je prends mon héros depuis l’enfance et je le suis à travers sa vie mondaine, ses amours et ses plaisirs, jusqu’à sa retraite, où il s’enferme pour se consacrer à la création». Le problème littéraire majeur de PROUST est celui de reconstituer l’intégrité d’une vie psychique, de combler les lacunes de la mémoire. Il a fouillé dans la poubelle de notre subconscient «Proust veut apporter un élément nouveau, fait d’observations insoupçonnées, de coins mystérieux de la nature humaine, grandeurs et puissances demeurées jusqu’ici cachées» écrit Gabriel de la ROCHEFOUCAULD. D’une mémoire prodigieuse, si PROUST a pu reconstituer le paradis perdu de Combray, c’est grâce à la petite madeleine trempée dans le thé. Ces considérations débouchent sur cette vérité : si le temps efface tout, il ne peut pourtant pas effacer le souvenir, car l’essence des choses reste éternelle, et peut être ressentie tant dans le moment actuel que dans un temps éloigné. Ce à quoi s’intéresse PROUST, ce n’est point la description de la réalité, mais la psychologie dans le temps, une sensation vécue aussi bien, dans le passé que dans le présent, il veut édifier avec sa Recherche du temps perdu «une cathédrale du souvenir». La mémoire involontaire permet finalement de retrouver le temps perdu et d’échapper aux entraves du temps, pour être capable d’y vivre en dehors. Suivant BRUNEL, Marcel PROUST, en s’inspirant des théories d’Henri BERGSON (1859-1941) et de Sigmund FREUD (1856-1939), a bâti un «édifice immense du souvenir» en attachant de l’importance aux sensations passagères mais bouleversantes qu’éveille la fugacité des êtres et des choses «Proust et Freud inaugurent une nouvelle matière d’interroger la conscience ; Ils rompent avec les indications du sens intime ; ils ne veulent plus y demeurer parallèle ; ils attendent, ils guettent, au lieu des sentiments, leurs effets», écrit Jacques RIVIERE. En effet, PROUST réussit à briser les entraves classiques du temps et de l’espace, se rendant capable de se promener à son gré dans le passé, le présent et le futur, tel le maître du temps. Si le temps s’écoule sans qu’on puisse l’arrêter, le souvenir et la mémoire nous permettent de retrouver le temps perdu. Le temps qui passe nous éloigne de merveilleux instants du passé, mais la mémoire involontaire et l’effort volontaire de la mémoire concourent à annuler cette distance, et finissent par ramener le passé dans le présent, contribuant à l’emporter sur le temps. Les entraves du temps sont brisées, le temps perd deviendra finalement un temps retrouvé. La Recherche, «plus que le regret ou le délice d’instants vécus au hasard, c’est peut-être surtout l’exhumation de tous les moi de Proust», écrit Jacques RIVIERE.
«La Recherche est un désir d’écrire» dit Roland BARTHES. C’est, avant tout, une histoire de la vocation littéraire de PROUST, à travers son monde intérieur, un monde psychologique visant à intégrer à cette somme la totalité de son expérience d’homme et de sa réflexion sur l’art. Marcel PROUST considérait Gustave FLAUBERT (1821-1880) comme un précurseur et comme l'écrivain qui «le premier a mis le temps en musique». PROUST admirait dans «l'Éducation sentimentale» un «blanc», un énorme «blanc» qui indique un changement de temps soudain d'une dizaine d'années. Paul SOUDAY reproche à PROUST une surabondance de menus faits et une insistance à en proposer des explications, ainsi qu’un style obscur : «cette obscurité, à vrai dire, tient moins de la profondeur de sa pensée qu’à l’embarras de l’élocution. M. Marcel Proust use d’une écriture surchargée». Paul SOUDAY pense que «Du côté de chez Swann est mal composé, aussi démesuré que chaotique, mais qu’il renferme des éléments précieux dont l’auteur aurait pu former un petit livre exquis». On connaît les phrases longues et chaotiques de Marcel PROUST. En fait, son style est le reflet parfait du mouvement de sa pensée est particulièrement original. «Marcel Proust a beaucoup de talent. (…). Il a une imagination luxuriante, une sensibilité très fine, l’amour des paysages et des arts, un sens aiguisé de l’observation réaliste et volontiers caricatural» précise Paul SOUDAY. «Marcel Proust, comme tant d’autres écrivains contemporains, est avant tout un impressionniste. Mais il se distingue de beaucoup d’autres en ce qu’il n’est pas uniquement, ni même principalement, un sensoriel : c’est un nerveux, un sensoriel et rêveur» rajoute Paul SOUDAY. En effet, le roman proustien, ce n'est pas seulement de la psychologie, mais de la psychologie dans le temps. Ses phrases expriment les profondeurs de l’âme humaine qui exige une sorte d’abandon du flux de la pensée «La phrase de PROUST épouse le tout d’un moment ; elle tend une sorte de filet indéfiniment extensible qui traîne sur le fond océanique du passé, en ramasse toute la flore et la faune à la fois», dit Henri GHEON. La phrase proustienne contient à la fois la description du cadre et des gens plus une analyse extérieure et intérieure du héros. En effet, chez PROUST, l’intrigue de «la Recherche» est invisible c’est parce que le récit raconte la découverte de son sujet : la vocation ignorée du héros qui a pour mission d’écrire le livre que nous en sommes en train de lire et qui est en lui. Marcel PROUST est un grand, mais le lire demande du courage et de la persévérance. En effet, contrairement au roman balzacien, le déroulement du récit n’est ni linéaire ni chronique. Le récit suit plutôt le temps de la psychologie du narrateur, qui se déroule de façon non chronique, induisant ainsi une opposition entre connaissance intuitive et raisonnement ordinaire.
C’est la déraison qui l’emporte sur la raison dans l’œuvre proustienne. A l’encontre du roman traditionnel, PROUST, délibérément, relègue au second plan l’action, l’intrigue, le temps chronique et linéaire, en particulier, les personnages typiques qui vivent dans les milieux typiques, et ses romans n’obéissent nullement aux règles du récit classique. Ce qui compte dans son ouvrage capital, c’est le temps. En effet, Marcel PROUST consacre une rupture avec la tradition littéraire, le personnage est d’abord secondaire, selon Aristote, qui considère qu’il est toujours subordonné à l’action ; c’est l’intrigue qui commande le récit, celui qui agit n’intervenant que secondairement. Si le roman devient le règne du personnage, c’est que celui-ci n’est plus seulement un rôle, mais une entité existentielle et psychologique de plus en plus individualisée. Henry JAMES (1843-1915) renverse ainsi les termes du postulat aristotélicien : «Qu’est-ce que l’action sinon l’illustration du personnage ?». Aussi le personnage est-il le pilier de l’invention et le nerf du plaisir de lecture propre au roman. Pour lui, l'imaginaire n'est pas l'instrument qui révèle l'essence inaltérable des choses, mais sert de médiation entre le monde extérieur et le monde intérieur. PROUST ne cesse d'affirmer que l'imaginaire est une interface où prennent consistance les être aimés, les souvenirs lointains et l'œuvre artistique dans une continuelle métamorphose qui plie le monde extérieur au jeu de nos désirs. Observateur solidaire du système observé, et donc changeant avec lui, Marcel PROUST, à travers son regard critique n’est pas en dehors du monde qu’il décrit mais qui occupe dans ce monde une position précise, mobile et changeante selon les aléas de sa vie. Dès les premières lignes de Swann, cette relativité de toute observation, et même de toute perception, est étudiée et démontrée à propos d’un phénomène familier de la vie : le sommeil. Dans la suite de l’œuvre, elle est l’un des thèmes fondamentaux et récurrents du récit ; on a le sentiment que PROUST ne cesse de penser à ce proverbe arabe qui affirme que celui qui vit assez longtemps verra tout et le contraire de tout. Sa contribution littéraire est l’histoire d’un monde qui change perpétuellement. Mais cette œuvre si pessimiste, si noire, qui devrait nous anéantir dans le désespoir, se lit dans un bonheur de chaque minute et nous laisse, après l’avoir lue, une très forte impression, un trouble de notre esprit, un transport et un émerveillement. De ce point de vue, Marcel PROUST incarne le génie français. «L’œuvre de Proust est du moins pour moi, l’œuvre de référence, la mathesis générale, le mandala de toute la cosmogonie littéraire», dit Roland BARTHES.
Dans «la Recherche du temps perdu», l’Amour et donc la jalousie, tiennent une place considérable, comme l’avarice, l’ambition et la cupidité dans les romans d’Honoré de BALZAC. «La Recherche est une quête de l’amour, vaine et navrante poursuite d’un mirage délicieux, qui se dérobe et se renouvelle sans cesse dans le désert sentimental où l’amour est exilé» dit PROUST dans ses correspondances. L’impossibilité de l’amour, son mensonge et son tourment, dérivent de la nature même de l’homme, de sa tragique solitude. Tout amour est faux, l’amour n’existe pas. Romancier de l’amour, Marcel PROUST s’est fait un nom dans l’histoire du cœur, notamment l’amour du narrateur pour Gilberte. L’homme projette dans la femme aimée l’état de sa propre âme, et c’est dans la profondeur de cet état que réside tout ce qui est important dans cette passion. Mais les personnages de Marcel PROUST ne procréent pas. L’amour n’est donc pas, pour PROUST, «quelque chose qui forme des couples, ce serait plutôt quelque chose qui empêche d’en former» dit Emmanuel BERI. «Ces êtres que décrit Marcel PROUST, c’est des personnages de fuite, c’est-à-dire l’absence qu’à la présence à la fois de l’être aimé», dit BERI. Marcel PROUST, dans sa Recherche, fait allusion aux qualités qui rendent une personne à la fois désirable et plus saisissable qu’une autre. En amour, il n’y a aucune règle. N’importe qui peut aimer n’importe qui. Ainsi, l’amour Albertine ne tient pas à ce que c’est elle, mais ce que c’est lui. Comme PLATON, Marcel PROUST pense qu’on aime les qualités et non pas les personnes, la Beauté. Si un amant est sensible à certaines qualités de l’être qu’il aime, ce ne sera pas celles que cet être possède réellement, mais celles qu’il a lui-même conférés, par un oukase arbitraire de son esprit. C’est souvent l’attitude de Marcel PROUST envers l’amitié qui révèle, le mieux, selon lui, l’idée que l’on se fait de l’amour, jusqu’à ce que la jalousie entre en jeu : «Ma vie avec Albertine n’était, pour une part, quand je n’étais pas jaloux, qu’ennui, pour l’autre part, quand j’étais jaloux, que souffrance» dit-il. L’amitié et l’amour se ressemblent. Mais l’amitié n’existe pas ; elle est à la fois impuissante et futile. Flagorneur, avec un désir de plaire, Marcel PROUST recherchait désespérément l’admiration et l’amitié des autres ; il «proustifiait» : «ce que j’ai le plus aimé en toi, ce n’était toi-même, mais moi, plutôt toi-même par rapport à moi, le charmant, le doux ton de ton éloge» dit-il. Finalement, pour Marcel PROUST l’amour est un début de la névrose, une régression narcissique. L’amour est considéré en tant qu’illusion faite de mensonge et meurt de fatigue. En définitive, l’amour a rendu à Marcel PROUST à la solitude. La solitude, l’une des pièces-maîtresses de la recherche du temps perdu, est le fruit splendide des souffrances rédemptrices que lui a causé l’amour. Face à ses déceptions amoureuses, ses souffrances, Marcel PROUST déforme les réalités extérieures qu’il substitue à une réalité intérieure fondée sur nos mémoires. L’œuvre d’art est le salut et nous hisse hors du temps perdu, vers un temps retrouvé ; elle seule confère une certaine immortalité. Si l’œuvre d’art est une fin, l’amour est le moyen unique. A force de nous mentir, l’amour nous révèle la grande vérité, à savoir «qu’il n’y a pas de vérité hors de notre esprit et de notre cœur» dit PROUST. De ce point, l’amour étant une exaltation dans la solitude et la souffrance, «il n’y a pas d’amour heureux» suivant Louis ARAGON.
En s’inspirant du mémorialiste de Louis ROUVROY de SAINT-SIMON (1675-1755) et des contes des Mille et une nuits, avec un narrateur, des personnages enchâssés, ainsi que leurs vices et vertus, Marcel PROUST, dans sa Recherche du temps perdu, a étudié, ce qui a été délaissé par ses devanciers : la haute société aristocratique du Faubourg de Saint-Germain-des-Prés. S’il évoque les domestiques, comme Françoise qui incarne Céleste ALBARET (1871-1984) à Combray et à Paris ou ses mignons dans les grands hôtels qui lui accordé des faveurs sexuelles, les paysans majoritaires à son époque et les prolétaires sont quasi absents de la Recherche du temps perdu. En fait, PROUST historien et sociologue de «ces gloires périmées», avec comme héros, Swann, Verdurin et les Guermantes, a nous a légué une peinture de leurs plaisirs, leurs vices, la tristesse de leur vie malheureuse et leur égoïsme. En effet, Marcel PROUST dépeint la noblesse comme une société inintelligente, décadente et vicieuse, avec satire et réprobation «Les plaisirs mondains causent, tout au plus, le malaise provoqué par l’indigestion d’une nourriture abjecte» dit-il. Cependant, le snobisme ou désir de se mêler à la société, ne détruit pas l’esprit de vérité. «Se plaire dans la société de quelqu’un parce qu’il a eu un ancêtre aux croisades, c’est la vanité ; l’intelligence n’a rien à voir avec cela. Mais se plaire dans la société de quelqu’un parce que le nom de son grand-père se trouve dans Alfred de VIGNY ou CHATEAUBRIAND (…), voilà où le péché de l’intelligence commence» dit notre PROUST qui joue au naïf, comme s’il ne connaissait pas les codes de la haute société, fait ressortir la cocasserie et le profond comique des situations, provoquant l’hilarité. Dans son aventure de la mémoire, loin d’être purement obséquieux, Marcel PROUST dénonce les préjugés bourgeois et le snobisme à rebours. PROUST manipule, à haute dose, et avec une grande finesse, l’ironie et la satire aux pays de l’extravagance des mœurs de la haute société. Il souligne ainsi le caractère risible et la bêtise du snobisme «Marcel PROUST est un observateur de la vie parisienne, reçu dans les salons, dont il scruta les mystères avec sympathie, avec un art minutieux du détail, et une délicatesse exquise» dit Jacques-Emile BLANCHE, un portrait de l’auteur. En fait, Marcel PROUST semble voir dans la bourgeoisie un commencement d’imitation de la noblesse, surtout dans le mauvais sens, pour ses fautes et ses vices.
Pour Gilles DELEUZE (1925-1995), philosophe français, la recherche du temps perdu n'est pas un exercice de mémoire, volontaire ou involontaire, mais, au sens le plus fort du terme, une recherche de la vérité qui se construit par l'apprentissage des signes. Il ne s'agit pas de reconstituer le passé mais de comprendre le réel en distinguant le vrai du faux. Gilles DELEUZE, lecteur de PROUST, est aussi l'interprète de BERGSON, NIETZSCHE ou SPINOZA. L'intelligence de l'œuvre est, certes, un plaisir de l'esprit ou une dégustation des sens. Elle est aussi un chemin de la connaissance. En effet, Gilles DELEUZE avance l’idée que, pour l’essentiel, la recherche du temps perdu est une interprétation des signes, des signes de l’Amour, de la mémoire et de l’aristocratie. Les signes mondains, ceux émis par les snobs, sont les plus curieux et dérisoires, car ils ne correspondent à rien. En effet, l’ambition mondaine demande une farouche énergie pour conquérir du vent, quelque chose d’impalpable, d’inexistant. Ce qui force à penser, c’est le signe. Le signe est l’objet d’une rencontre ; mais c’est précisément la contingence de la rencontre qui garantit la nécessité de ce qu’elle donne à penser. «L’acte de penser ne découle pas d’une simple possibilité naturelle. Il est, au contraire, la seule création véritable. La création, c’est la genèse de l’acte de penser dans la pensée elle-même. Or cette genèse implique quelque chose qui fait violence à la pensée, qui l’arrache à sa stupeur naturelle, à ses possibilités seulement abstraites. Penser, c’est toujours interpréter, c’est-à-dire expliquer, développer, traduire un signe. Traduire, déchiffrer, développer sont la forme de la création pure» dit Gilles DELEUZE dans son ouvrage «Proust et les signes».
Dans son ouvrage, «Proust antijuif», Alessandro PIPERNO pense que la Recherche est un chef-d’œuvre de dissimulation, certainement pas d’exhibitionnisme. Selon lui, les raisons de l’aversion de PROUST pour la biographie sont «personnelles et névrotiques». C’était sa vie d’homosexuel insatisfait et de salonard que le tribunal spécial de sa conscience jugeait indigne d’être relaté. C’était son origine petite-bourgeoise qui le dégoutait. PROUST a écrit sa Recherche pour ne pas s’exposer en public. Son histoire était irracontable c’est pour cela que PROUST a créé un monde épuré, sidéral et artificiel, «une forteresse pleine de passages secrets et de ponts levis». Suivant PIPERNO, Marcel PROUST avait manifestement honte de sa judéité, de son homosexualité, de son snobisme et de son insignifiance sociale. Par conséquent, il a déversé dans sa Recherche «tout son ressentiment d’homme incomplet et insatisfait». A la Belle époque, siècle de la duperie fondé les ténèbres de xénophobie, du fondamentalisme chrétien et du revanchisme militariste, Marcel PROUST a mis en scène le spectacle de l’humiliation : «sa généalogie juive avait représenté pour lui, dès le départ, une blessure angoissante, avec lesquels régler les comptes de la seule façon qui était la sienne : l’ambiguïté». Les critiques d’Alexandro PIPERNO me semblent excessives et tranchées. En effet, le snobisme qu’il a, en fait, dénoncé, serait la face présentable de la haine. Une partie de ses amis de l’aristocratie (Mme STRAUSS-BIZET, Mme Léontine LIPMANN dite ARMAN de CAILLAVET), et Marcel PROUST, avaient soutenu Alfred DREYFUS. Dans sa Recherche du temps perdu, Marcel PROUST étant un demi-juif, a une inclination, certes, pour la société catholique : «si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive, vous comprenez que c’est une raison assez forte, pour que je m’abstienne de ce genre de discussion» dit PROUST. Il n’en reste pas moins, et que le principal personnage de la Recherche du temps perdu, Charles Swann, inspiré principal de Charles HAAS, venu de la haute bourgeoisie, mais accepté dans l’aristocratie parisienne, est un Juif. Le personnage de Swann, riche, généreux, cultivé, véritable amateur d’art et de musique, ressemble, à s’y méprendre, à Marcel PROUST. Notre auteur a rendu compte des polémiques de l’époque qui avaient violemment divisé la société française. Ainsi, dans la Recherche, M. Verdurin est dreyfusard, la duchesse des Guermantes, est nationaliste et prétend être dreyfusarde, pour paraître intellectuelle, et le duc des Guermantes voit là une affaire non pas religieuse et politique. Certains membres de l’aristocratie sont ouvertement antisémites et antinationalistes. Marcel PROUST ne fait que rendre compte de ces déchirements de son époque.
Enfant de la IIIème République, élevé dans la laïcité, Marcel PROUST n’est pas religieux d’où tout le culte qu’il voue l’art : «la première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse, comme la seconde est la vérité» dit-il. La réalité est de nature spirituelle ; elle se forme et réside dans l’esprit : «la meilleure part de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur renfermé d’une chambre ou l’odeur d’une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-même, ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes les larmes sont taries, sait nous faire pleurer encore» dit PROUST. La manière dont on voit le monde extérieur est subjective ; il y a autant d’univers «qu’il existe des prunelles d’intelligence et d’inintelligence humaines qui s’éveillent tous les matins» dit PROUST. Par conséquent, l’idéal d’art remplace celui de Dieu. Agnostique, la Recherche du temps perdu montre que, pour PROUST, l’art devint le but suprême de la vie, non pas un art reproduction de la nature, mais un art qui apprend à voir autrement, à «soulever le voile de la laideur de l’insignifiance qui nous laisse incurieux de tout». Le secret de la beauté et de la vérité sont les buts de sa vie. Admirateur des impressionnistes, notamment de Claude MONET, le personnage d’Eltsir dans la Recherche est l’artiste qui incarne la peinture. C’est RUSKIN qui le fait découvrir l’architecture, en particulier l’art gothique. L’influence de la musique Wagnérienne est manifeste dans son œuvre. La musique possède le pouvoir d’évoquer les secrets les plus profonds de l’âme humaine et la musique comme moyen d’analyse psychologique surplombe tout le reste de l’art. Finalement, pour Georges CATTAUI, le héros de PROUST est comme celui de DANTE, c’est un homme au milieu du chemin de la vie, aux portes des Enfers et du Paradis, et qui accède enfin à la Béatitude. Mais, Marcel PROUST est un dissimulateur ; sa vie est aussi mystérieuse que son œuvre ; son «aventure intérieure», à travers sa Recherche du temps perdu, occulte certains aspects de la sa personnalité, comme l’homosexualité, le mysticisme et la recherche de la vérité. «Si relativiste que doive devenir sa conception de l’amour, il ne doutera jamais de l’amour maternel, de la tendresse en amitié, du devoir d’être bon» dit André MAUROIS.
Marcel PROUST prétend que «dans toute ma vie, j’ai fort peu pensé à moi». Suivant Pietro CITATO, cette phrase est surprenante quand on songe que Proust est un infatigable ver à soie, mais cette idée est exacte «Proust ne pensait pas à lui-même, prêtait peu attention à son moi, ne s’intéressait pas à sa propre personne. (…) Même s’il apparaissait comme un jeune Narcisse, aérien et scintillant». En fait, héros de son œuvre, Marcel PROUST, un stratège de la dissimulation n’a pas voulu parler directement de lui ; ce n’est pas, du moins, une autobiographie classique ; PROUST a conduit une étude de sa vie intérieure ; il a avancé masqué. Sa contribution littéraire est un roman historique au même titre que la Comédie humaine de Honoré de BALZAC, la fusion de la classe aristocratique et bourgeoise, au temps de la Belle époque en est le thème principal. Si la dimension politique est négligeable dans cette vaste étude sur la Recherche du temps, perdu ce qui a passionné Marcel PROUST, c’est la psychologie de l’individu, dans ses rapports avec la société et les contrastes entre les classes de la haute société. C’est donc la vie intellectuelle et artistique qui domine dans le champ de son observation. L’art remplace l’idée de Dieu, et la peinture, la musique et l’architecture sont des éléments d’analyse psychologique. En penseur métaphysicien, Marcel PROUST a bâti une cathédrale de sensations : «si les écrivains souffrent d’une pauvreté d’idées, Proust souffrait d’une surabondance d’idées, de sensations, de sous-sensations et de sous-sentiments» écrit Pietro CITATI.
La diversité des sujets, l’originalité et la complexité de la méthode de Proust nécessitent l’étude de ses sources et de ses influences. Marcel PROUST puise son inspiration dans tous les espaces familiaux, artistiques et aristocratiques, dans la nature, ainsi que dans son génie.
I – La Recherche du temps perdu, une gigantesque cathédrale d’Amour à sa mère
Loin du concept d’André GIDE, «Famille, je vous hais», La Recherche du temps perdu de PROUST est dédiée à l’amour, fusionnel, pour sa mère, Jeanne WEIL (1849-1905) et c’est une immense cathédrale du souvenir. Nerveux, sensible, blessé de la vie, écorché vif, asthmatique : «La Recherche du temps perdu», est inséparable de l’expérience intime de Marcel PROUST. Si l'écrivain a pour fonction de traduire sa vie, les aliments qui nourriront son œuvre devront être cherchés dans son propre passé et non pas dans le présent ni dans le passé d'autrui. Il n'est question que de nous-mêmes : «Je compris que tous ces matériaux de l'œuvre littéraire, c'était ma vie passée ; je compris qu'ils étaient venus à moi […] sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance même que la graine mettant en réserve tous les aliments qui nourriront la plante». Son père, Achille Adrien PROUST (1834-1903), un médecin, aurait aimé qu’il s’affirmât, soit capable de surmonter ses angoisses et ses crises nerveuses et devienne un haut fonctionnaire de l’Etat. Le manque de volonté, la santé délicate et l’incertitude qui était projetée de son avenir, préoccupait grandement le père de PROUST. «La concession qu’elle (la mère) faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m’embrasser, en m’apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes» écrit PROUST. Il avait un jeune frère, Robert PROUST (1873-1935) devenu, comme son père médecin et qui est absent de la Recherche du temps perdu.
Doté d’un don d’observation exceptionnel et d’un esprit créatif et pénétrant, écrivain sensible Marcel PROUST restitue ses émotions, à travers la qualité de son expression écrite. Ainsi, de retour d’une promenade, tout à coup il aperçoit les deux clochers de Martinville-le-Sec. L’âme du jeune Marcel est envahie par une joie inexprimable. Au cours d’une autre promenade avec Andrée, PROUST découvre un buisson d’aubépines défleuries et s’arrête attendri. Il se remémore son enfance à Combray, et de ses souvenirs d’enfance émergent le clocher de Saint-Hilaire, le jardin de Combray, la Vivonne, les nymphéas, le petit raidillon et Gilberte : «Soit que la foi crée, soit tarie en moi, soit que la réalité ne se forme dans la nature, les fleurs que l’on me montre (…) ne semblent pas de vraies fleurs. Le côté de Méséglise, avec ses lilas, ses aubépines, ses bleuets, ses coquelicots, le côté de Guermantes, avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure du pays où j’aimerais vivre» dit-il. Il aimait aussi les lilas qui lui rappelaient son enfance : «Quand les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et chacun boude l’orage, c’est aux côté de Méséglise que je dois rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles et persistants lilas» dit-il. La nature c’est «le trésor caché, la beauté profonde» dit-il.
II – La Recherche du temps perdu, une géographie de l’enfance, du «Paradis perdu»
La Recherche est une géographie de l’enfance, un édifice immense du souvenir «Le paradis perdu» de Marcel PROUST, c’est les vacances à Illiers (Combray) une petite ville à 25 km de Chartres, entre la Beauce et le Perche, chez Jules et Elisabeth AMIOT, oncle et tante paternelle du futur écrivain. C’est une maison avec un petit jardin, un enclos, sur les bords de la Loire, avec ses aubépines, symboles de la beauté spontanée. L'enfant y passait ses vacances, entre six et neuf ans, et il dut y renoncer à cause de ses crises d'asthme, au cours d’une promenade au Bois de Boulogne ; ce qui le força, par la suite à fréquenter l’hôtel des Rochers noirs à Trouville et le Grand hôtel à Cabourg. A Combray, Marcel PROUST aimait lire dans un coin tranquille du jardin, «Et j’aurais vouloir m’assoir là et rester toute la journée à lire en écoutant les clochers» et il évoque de «beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidé par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventure et d’aspirations étranges». Marcel PROUST aimait les promenades avec sa famille, avec deux côtés opposés : le côté de Méséglise-la-Vineuse et le côté des Guermantes. Ces deux côtés opposés deviennent dans la Recherche du temps perdu, les symboles de deux classes sociales diamétralement opposées, incompatibles, mais qui finiront par se rencontrer et s’unir à travers Mademoiselle Saint-Loup.
A Combray, Marcel PROUST observe la nature, les fleurs, les églises et les personnes qu’il rencontre, mais c’est la madeleine cristallise sa théorie de la mémoire. Enfant, sa tante, Madeleine AMIOT, donnait à Marcel de petites madeleines trempées dans du thé. Adulte, il se rend compte que le fait de manger à nouveau une madeleine fait resurgir le contexte de son enfance. La madeleine est le symbole de ce passé qui surgit de manière involontaire. En effet, certains objets ou odeurs appellent les souvenirs. «Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir» dit-il «Du côté de chez Swann». Cette théorie affirme plutôt que le passé peut redevenir présent. Tous ces aspects se combinent et se lient inextricablement dans le héros qui représente l'auteur lui-même.
Marcel PROUST rejette le concept de «mémoire volontaire» qui ne lui aurait pas permis de songer à ce Combray de son enfance : «la mémoire volontaire, la mémoire de l’intelligence, et comme les renseignements qu’elle donne sur le passé ne conserve rien de lui». En revanche, dans sa Recherche du temps perdu, la mémoire affective a une vertu éternisante dans le goût de la madeleine, le tintement de cuiller, la sonnette empesée, les cloches de Martinville, les pavés inégaux d l’hôtel des Guermantes. Pour PROUST, la réalité ne se forme que dans la mémoire accidentelle. «Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelques être inférieurs, dans une bête, dans un végétal, une chose inanimée, perdues, en effet, pour nous jusqu’à ce jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors, elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous». C’est en ce sens que la madeleine actuelle renvoie à la mémoire ancienne : «A l’instant où la gorgée (de thé) mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférente, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était en moi, elle était moi. D’où avait me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle la dépassait infiniment, ne devait être de la même nature J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent et mortel» dit PROUST qui cultive le sentiment d’éternité, se sent affranchi du temps. «Quand d’un passé ancien il ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, la cathédrale du souvenir» écrit PROUST.
III - La Recherche du temps perdu, une ambition littéraire longtemps contrariée
«La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ; cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant, chez tous les hommes, aussi bien que chez l’artiste» écrit PROUST dans «Le temps retrouvé». Par conséquent, «La Recherche du temps perdu», c’est, avant tout, l’histoire d’une ambition littéraire chez Marcel PROUST pour qui, les notions traditionnelles du «Bien» et du «Mal» n’ont guère de sens ; le seul vice qui soit un vice, c’est la paresse, le temps perdu, le temps de remettre au lendemain l’effort créateur. Cet examen de conscience, cette révision des valeurs, est l’acte révélateur de sa vocation littéraire. En effet, suivant Jean-François REVEL, «le temps perdu est d’abord le temps simplement passé, les événements que l’on n’a pas vraiment sentis en les vivant et que la mémoire reconstitue ou plutôt constitue dans leur réalité profonde et intégrale, mais aussi le temps perdu à ne rien faire, à ne pas écrire, à ne pas porter en soi une vocation d’écrivain, sans parvenir à la réaliser ou à l’oublier». En effet, la Recherche du temps perdu est un récit d’apprentissage, puisque Marcel PROUST raconte la vocation littéraire de son narrateur. Cependant, cet apprentissage du héros proustien s’effectue d’une curieuse manière : sa formation d’homme de lettres passe davantage par les déceptions que par les succès. Les déceptions sont partout dans la Recherche1, elles en sont le leitmotiv, elles en tissent le fil rouge. La seule réelle réussite, la ou le succès du héros sera irréversible, est au «Temps retrouvé», lors du passage du «Bal de têtes», tout juste après «L’adoration perpétuelle». A la fin du roman, le narrateur comprend enfin la nature de sa vocation. Il sait maintenant quoi écrire et, surtout, comment l’écrire. Son «salut» ne passera ni par le souvenir, ni par le monde, ni par l’amour, ni par le voyage, mais bien par la littérature. Et encore, par une nouvelle forme de littérature, une autre façon d’écrire.
Cependant, le cénacle littéraire ne voyait en Marcel PROUST qu’un mondain futile, un enfant oisif et enfant gâté et un prince des conversations oiseuses, un frivole et un vaniteux. Dans son ambition littéraire : «La Recherche tout entière n’est qu’une chasse aux Dieux qui peuplent encore les temps modernes : chasse semée de déceptions, d’illusions, de duperies, de fausses routes, mais couronnée, malgré tout par une victoire paradoxale» dit Pietro CITATI.
La Recherche du temps perdu est l’histoire des mœurs à travers ses personnages de la Belle époque, de la haute aristocratie et ses décadences. Plus de quatorze années d'écriture, trois mille pages, quelque deux cents personnages, dans la Recherche du temps perdu, les personnages ont une double existence, leur existence réelle et celle qu’ils ont dans l’esprit de PROUST, avec un subjectivisme et une nébuleuse poétique. «Si l’on y regarde de près, les personnages, étonnamment divers de Proust, en sont pas décomposés, ils sont construits, inventés, composés par l’intérieur» dit Louis MARTIN-CHAUFFIER. En effet, Marcel PROUST en historien des mœurs est un redoutable observateur de la société de son temps. «On n’écrit bien que ce qu’on n’a pas vécu», dit Rémy de GOURMONT (1858-1915) ; ce qui n'est guère qu'un paradoxe, PROUST s'écria : «Cela, c'est toute mon œuvre !». Or, la Recherche est avant tout une sorte d'œuvre de mémorialiste. S'il n'a pas vécu, au sens exact du mot les aventures qu'il raconte, les circonstances qu'il dépeint, il les a apprises sur le compte de tiers, il a fait ses personnages avec des gens qu'il a connus, observés, fréquentés. Il y a dans son œuvre ses souvenirs d'enfance et ses souvenirs du milieu dans lequel il a vécu. Le titre de son œuvre lui-même est significatif : A la recherche du temps perdu, les personnages qu’il dépeint sont souvent composites ; il a juxtaposé et fondu les traits essentiels de plusieurs personnes qu’il a connues.
Ainsi, nous faisons connaissance des Verdurin, riches bourgeois, snob littéraires et aristocratiques, par opposition au snobisme des Guermantes. Le prince de POLIGNAC, fils du ministère réactionnaire de Charles X est le prototype du duc de Guermantes. Dans la Recherche, celui des Guermantes est le nom le plus chargé d’assonances, de souvenirs de suggestions. Laure de SADE qui a épousé le Comte de CHEVIGNE, gentilhomme d’honneur prétend au trône ; Laure incarne le personnage d’Oriane de Guermantes, dans son nez busqué, ses lèvres minces, yeux perçants, sa peau trop fine et sa race issue d’une «déesse et d’un oiseau». Dans la Recherche du temps perdu, on y rencontre, Bergotte qui évoque le pouvoir magique des mots. Bergotte, un mélange de clairvoyance et de double vie, a choisi de vivre au milieu des sots et de pervers, pense que seule la douleur est féconde. Bergotte ce sont des traits empruntés à Anatole France et Ernest RENAN. La maladie et la mort de Bergotte ressemblent aux souffrances de Marcel PROUST. M. VINTEUIL, une synthèse de César FRANK et de VERMEER, est un amoureux de la musique. La littérature n’est plus un dialogue vers la réalité, mais un effort vers la musique, un effort vers la vraie vie inventée ou rêvée. Le personnage d’Eltsir, passionné de la peinture, un adepte de la religion de la beauté, est inspiré de Renoir, Monet et Manet. L’inspiration de l’artiste consiste à pénétrer au plus intérieur de soi, patrie véritable qui donne la joie. Posséder le sens artistique, c’est aussi la «soumission à la réalité intérieure, la seule qui compte» dit PROUST. Le personnage de Palmède Charlus, est un inverti, un aristocrate qui croit aux vertus de ses privilèges ; entêté de sa noblesse ancienne et authentique, il attaché trop de prix aux vanités sociales. Les exclusives hautaines, son intransigeance en matière de noblesse, ressemblent davantage à un délire de fou qu’au snobisme, sauf pour les jeunes gens. Il tombe d’un excès à l’autre. Le personnage de SAINT-LOUP est dû à ses trois amis issus de la noblesse, le prince Antoine BIBESCO, le marquis d’Albuféra et Bertrand de FENELON. Le personnage de NORPOIS, rempli de son importance, est une description de Gabriel HANOTEAU, un diplomate ami du père de PROUST. La marquise de VILLEPARISIS a déjà entrevu Chateaubriand, Balzac, Hugo et Vigny. Le personnage d’Odette de CRECY ressemble bien à Laure HAYMAN rencontrée en 1891. Laure HAYMAN, la femme en rose, courtisane célèbre, était la fille d’un ingénieur anglais, et allait être aimée du duc d’Orléans, du roi de Grèce, et inspirer divers artistes dont PROUST qui évoque l’amour de Swann pour une cocotte.
IV - Pourquoi il faut lire ou relire Marcel PROUST ?
Prix Goncourt le 10 décembre 1919, pour son roman «A l'ombre des jeunes filles en fleurs» paru chez Gallimard, Marcel PROUST, un bourgeois mondain, dont la notoriété n'était pas encore assise, avait soulevé une bronza littéraire, une «émeute littéraire», suivant le titre d'un ouvrage de Thierry LAGUET. En effet, certains critiques littéraires estimaient, qu'au sortir de la Première guerre, cette gloire littéraire devrait magnifier les Poilus. Par conséquent, le roman de Roland DORGELES (1885-1973) aurait dû être primé, pour son roman «Croix de Bois» paru chez Albin Michel. Il s’y ajoute un feu nourri des Danaïdes et de l’extrême-droite. Le style de PROUST, un jeune prétentieux, est jugé ennuyeux, insipide, avec des observations et réflexions puériles ; il y aurait une complicité mercantile de son éditeur, Gaston Gallimard.
Admettons que l’œuvre de PROUST renferme quelques passages arides et même parfois ennuyeux. Même si c’est une œuvre difficile et exigeante, pour le lecteur du XXIème siècle, elle procure une grande culture générale et des connaissances sur l’histoire, l’art, la musique, la littérature et la philosophie. «Déconcertés au premier instant, intrigués, retenus ensuite, nous ne tardions pas à nous laisser gagner par une attirance mystérieuse» dit Robert-Ernest CURIUS. La puissance créatrice de Marcel PROUST offre un magnétisme d’autant plus admirable qu’est l’expression de la plus riche culture littéraire et intellectuelle qui brasse la psychologie, la poésie, la science, l’observation et l’émotion. Instigateur du cœur humain, la Recherche du temps perdu, teintée d’impressionnisme. L’un des aspects originaux de Marcel Proust est de «s’intéresser moins à l’action d’observer, qu’à une certaine d’observer toute action. Par-là, il opère une révolution «Copernicienne à rebours». L’esprit humain se trouve placé au centre du monde ; l’objet du roman devient de décrire l’univers réfléchi et déformé par l’esprit» écrit André MAUROIS. Si on est subjugué par l’étendue et la puissance de son intelligence, de sa fantaisie, de sa sensibilité, de sa faculté d’introspection, on est également conquis par la variété la richesse des thèmes qu’il a développés : «Marcel Proust est le premier écrivain qui a fait de la mémoire le fondement, le sujet et le centre d’une grande œuvre. (…). Toute son œuvre est une conservation ou une poursuite du passé et met d’abord en oeuvres la mémoire, l’instrument à conquérir le passé», dit Jacques RIVIERE. Peintre de l’amour, «son travail essentiel a consisté à dissocier, à diviser, dans ses éléments primordiaux, chacune des émotions qui nous frappent» écrit Edmond JALOUX. Il est surtout l’inventeur du roman d’un genre nouveau «Les fameux ouvrages de Marcel Proust, par leur seul aspect, risquent d’abord d’éloigner le lecteur timide ou paresseux. Marcel Proust n’a guère fait, selon nous, que renouveler un genre littéraire : le roman. La vision plus aiguë de Marcel Proust lui découvre un monde plus étendu que celui qui nous est donné d’observer» écrit François MAURIAC.
Références bibliographiques
PROUST (Marcel), A la recherche du temps perdu, sous la direction de Jean-Yves Tadié, Paris, Gallimard, 1999, 2400 pages, et 1954, préface d’André Maurois, 3597 pages ;
ALBARET (Céleste), Monsieur Proust, souvenirs recueillis par Georges Belmont, Paris, Robert Laffont, collection Arion, 1973, 458 pages ;
BARTHES (Roland), Marcel Proust. Mélanges, Paris, Seuil, 2020, 192 pages ;
CARTER (William, C), Marcel Proust : A Life, Yale University Press, 2013, 946 pages ;
CITATI (Pietro), La colombe poignardée Proust et la Recherche, Gallimard, 2001, 496 pages ;
COMPAGNON (Antoine), Proust entre deux siècles, Paris, Seuil, 2014, 320 pages ;
DELEUZE (Gilles), Proust et les signes, Paris, PUF, 2003, 111 pages ;
DREYFUS (Robert), Souvenirs sur Marcel Proust, Paris, Grasset et Fasquelle, 2013,  272 pages ;
ERMAN (Michel), Le Paris de Proust, Paris, Alexandrines éditions, 2015, 112 pages ;
ERMAN (Michel), Marcel Proust, la vie, le temps, Arles, Actes Sud, 2021 132 pages ;
ERMAN (Michel), Marcel Proust, une biographie, Paris, éditions de la Table ronde, 2018, 384 pages ;
HILLERIN (Laure), A la Recherche de Céleste Albaret : l’enquête sur la captive inédite de Marcel Proust, Paris, Flammarion, 2021, 496 pages ;
KRISTEVA (Julia), Marcel Proust and the Sense of Time, Columbia University Press, 1993, 103 pages ;
LAGET (Thierry), Proust, Prix Goncourt : une émeute littéraire, Paris, Gallimard, 2019, 352 pages ;
MAURIAC (François), «L’art de Marcel Proust», Revue Hebdomadaire, 26 février 1921, n°9, pages 373-376 ;
MAURIAC (François), «Sur la tombe de Marcel Proust», Revue Hebdomadaire, 2 décembre 1922, n°48, pages 5-9 ;
MAURIAC (François), Du côté de chez Proust, Paris, La Table ronde, 1947, 148 pages ;
MAUROIS (André), MAY (Marie-Thérèse), Le monde de Marcel Proust, Paris, Hachette, 1960,  94 pages ;
NICOLSON (Harold), «Marcel Proust et l’Angleterre», Revue Hebdomadaire, 6 juin 1936, t IV, pages 7-21 ;
PAINTER (George, D), Marcel Proust : A Biography, Random House, 1989, 363 pages ;
PATMORE (Derek), «The Paris of Proust», The Observer Magazine, 30 mai 1971 ;
PICON (Jérôme), Marcel, une vie à s’écrire Proust, Paris, Flammarion, 2016, 654 pages ;
REVEL (Jean-François), Sur Marcel Proust : remarques sur «A la Recherche du temps perdu», Paris, Grasset, Les Cahiers rouges, 2004, 220 pages ;
RICHARD (Jean-Pierre), Proust et le monde sensible, Paris, Seuil, 2015, 240 pages ;
TADIE (Jean-Yves), Marcel Proust et la société, Paris, Gallimard, 2019, 256 pages ;
TADIE (Jean-Yves), Marcel Proust, croquis d’une époque, Paris, Gallimard, 2019, 376 pages ;
WATT (Adam), Marcel Proust in Context, Cambridge University Press, 2014, 288 pages.
Paris le 18 novembre 2022 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
«Centenaire de la mort de Marcel PROUST (1871-1922)» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 20:38
«Brigitte GIRAUD, Prix Goncourt 2022, pour son roman, «Vivre vite» : une littérature intimiste teintée d'universalité» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Succédant au Sénégalais, Mohamed M’Bougar SARR (Voir mes articles), Mme Brigitte GIRAUD est la treizième femme française, depuis 1903, à être primée au Goncourt. Souvenons-nous de Marie NDIAYE, la sœur de Pap N’DIAYE, Ministre de l'éducation nationale (Voir mon article), Prix Goncourt de 2009 pour son roman «Trois femmes puissantes». Prix Goncourt de la Nouvelle en 2007, pour son recueil, «L’Amour est surestimé», Prix Jean GIONO, pour «Une année étrangère», en 2009, Brigitte GIRAUD, a déjà à son actif 11 livres, des essais et des nouvelles. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de pays.

Après Annie ERNAUX, Prix Nobel de littérature 2022 (Voir mon article), on peut dire que les Femmes ont la frite ; c'est le triomphe des romans intimistes. La tendance littéraire est de se raconter, s'exhiber et se mettre en scène, à la manière de Virginia WOOLF (1882-1941, voir mon article). Mais le drame personnel, l'introspection, la perception de soi, ne sont pas nécessairement de l'exhibitionnisme ou du voyeurisme ; ce style peut-être, en raison d'un talent littéraire, quelque chose d'universel, dans laquelle chacun d'entre nous, peut, parfois, s'y reconnaître.  

Dans ce roman, une généalogie de l'amour et de l'existence de Brigitte GIRAUD, «Vivre vite», c'est un hommage à son mari Claude, disparu, tragiquement d'un accident, il y a de cela plus de 23 ans. «Quand un drame surgit, on veut comprendre comment on devient un chiffre dans des statistiques, une virgule dans le grand tout. Alors qu'on se croyait unique et immortel» écrit Brigitte GIRAUD. En effet, Claude, aimant le rock et la moto, , est mort d'un accident de la circulation le 22 juin 1999, à Lyon.

Par conséquent, cette création littéraire traite de la mémoire, du hasard, du destin, du Mektoub (c'est écrit en Arabe, fatalisme), du deuil et donc de la capacité des survivants après un désastre à survivre et vivre. «Après un accident, c'est plus qu'un accident, c'est qu'on en fait. C'est d'abord la trace qu'il laisse dans nos vies, ce qu'il dit de nous» dit-elle. Il va donc falloir affronter le désastre de la disparition et d'autres obligations familiales, un garçon à élever. «Vivre vite» est à la fois un récit intime, mais celui d’une époque : «J'avais vraiment envie que ce livre soit chargé de l'histoire des autres, de l'histoire collective. Parce que l'intime n’a de sens que parce qu'il résonne avec une époque, une société, avec un lieu, avec ce que vivent les autres avant vous et en même temps que vous. J'avais envie qu’on voie ce qu'étaient les années 90» dit-elle. Le titre du roman, s’inspire de Lou REED, «Vivre vite, mourir jeune». «Je n'ai jamais eu l'impression d'écrire des choses ni vraiment graves ni vraiment douloureuses. Douloureuses certes, mais pas plus que la douleur de vivre qui est égale au bonheur de vivre. La douleur n'est pas uniquement douloureuse ; c'est aussi une façon d'être pleinement en vie, d'être dans une lucidité très grande par rapport à un destin qui est là, qui accompagne les hommes, avec lequel il faut se débrouiller de la façon la plus vivante. La douleur va avec l'expérience de la vie la plus intense. Pour moi l'expérience de l'écriture est vraiment très précieuse, indispensable, au moins à double titre : c'est une possibilité de faire un détour, d'emprunter une voie parallèle et de se cogner à un  réel, pas seulement pour le plaisir de s'y cogner pour y adhérer mais pour se bagarrer avec, pour  le transformer, pour lui faire accoucher de quelque chose» disait-elle, en 2004, à Martine MOUHOT, du «Café littéraire».

Dans «Vivre vite», un roman du coup du sort, l'auteure en sociologue, en flic ou écrivaine, se pose différentes questions : «Et si ?». En effet, ce roman, en rétrospective, est construit sur une succession d’analyses, à coups de pourquoi, tentant de trouver une explication qui aurait pu éviter ce désastre. «Quand aucune catastrophe ne survient, on avance sans se retourner, on fixe la ligne d’horizon, droit devant Quand un drame surgit, on rebrousse chemin, on revient hanter les lieux, on procède à la reconstitution. On veut comprendre l’origine de chaque geste, chaque décision. On devient le spécialiste du «cause à effet». On traque, on dissèque, on autopsie. On rembobine cent fois. On veut tout savoir de la nature humaine, des ressorts intimes et collectifs de ce qui arrive» écrit Brigitte GIRAUD. Son mari, une Honda 900 CBR Fireblade réservée à l’exportation et interdite au Japon, en allant chercher, Théo leur petit garçon à l’école. Brigitte GIRAUD était à Paris pour la sortie de son deuxième roman, «Nico», paru chez Stock. Brigitte GIRAUD avait hérité au suicide de grand-père et le couple venait d'acheter une maison à rénover à Caluire-et-Cuire, jouxtant le 4ème arrondissement de Lyon, une ville où Jean MOULIN (1899-1943, voir mon article) avait été arrêté par la Gestapo. «J'ai été aimantée par cette double mission impossible. Acheter la maison et retrouver les armes cachées. C'était inespéré et je n'ai pas flairé l'engrenage qui allait faire basculer notre existence. Parce que la maison est au cœur de ce qui a provoqué l'accident», écrit-elle «Vivre vite» reste aussi, et surtout, un roman de la vie : «C'est un livre qui dit que ce n’est pas la peine de faire la gueule quand l'autre n’a pas pris le pain, parce que ce qui est intéressant, c'est quand l'autre est là, au moment où il est là ; vous n’êtes pas conscient qu'il est là, vous êtes tellement heureux qu'il soit là, vous passez votre temps à chercher des petits grains de sable, vous flirtez avec le danger. C'est drôlement rassurant, c'est un luxe extraordinaire. C'est un livre qui parle aussi de cela, le prix d'être en vie et de se rendre compte à quel point on n'avait pas le temps d'attendre encore pour être bien parce qu'on était bien. Mais comme on est d'une exigence folle vis à vis de soi mais aussi des autres. C’est très grisant finalement de faire une scène parce que vous avez pris un P.V., parce que c'est la vie, faire des scènes s'engueuler c'est la vie. C'est magnifique de s'engueuler, de se bagarrer parce que les bagarres débouchent parfois sur quelque chose de tellement positif» dit-elle au «Café Littéraire».

Les romans de Brigitte GIRAUD écrits, parfois, à la première personne, nous font entrer au plus profond de l’intime, de l’identité, de la construction de soi, en toile de fond la peinture d’une société en convulsion. Née en Algérie le 1er novembre 1960 à Sidi-Bel-Abbès, Brigitte GIRAUD. Des Français célèbres sont nés en Algérie comme Albert CAMUS (1913-1960), Prix Nobel de littéraire, Alain MIMOUN (1961-2013) champion olympique du marathon, ou Alain AFFLELOU, opticien. Son père était infirmier à l'hôpital militaire ; il avait refusé de manier les armes. «Je crois que ce sont les attentats de Paris qui ont déclenché mon envie d'écrire, ils ont réveillé mon propre traumatisme de la guerre et le besoin de trouver ma place dans cette histoire. J'ai toujours pensé que le parcours de mon père était assez romanesque pour être raconté. J'ai essayé de le faire parler mais c'était très compliqué de lui soutirer ses souvenirs de guerre» dit-elle. Dans ce roman ont sent la tension qui déchire le pays : «1960, l’année de ma naissance, est l’année de la bascule, le moment où De Gaulle laisse entendre que le référendum sur l’autodétermination va avoir lieu. Le moment de crispation ultime avant l’escalade qui va suivre, le putsch des généraux, la création de l’OAS. C’est aussi le moment de bascule pour mes parents parce que justement, ils deviennent parents. il y a la prise de conscience que le danger est là. Surtout que le retour se fait début 61, juste avant le début des plasticages par l’OAS» dit-elle. Son roman, «un loup pour l'homme», en 2017, évoque la figure du père, gagné par le chagrin et la révolte. Cette guerre d'Algérie, une tragédie innommable, est restée dans le non-dit, les instrumentalisations, les mensonges et les contradictions «Ce qui m’a toujours fait écrire, ce sont les paradoxes. J’essaie de rendre visible ce qui en principe est invisible et j’ai retrouvé cela dans le rapport à la guerre d’Algérie. à force de travailler le sujet, j’ai compris que cette grande manipulation d’État a été un tel gâchis humain qu’il fallait que le propos soit aussi politique et social» écrit Brigitte GIRAUD. En effet, «Dans la guerre, la première victime est la Vérité» disait Rudyard KIPLING (1865-1936). Le héros du roman, un jeune homme qui part alors en Algérie, va être confronté à des horreurs mais ça ne l’empêche pas d’écouter du rock’n’roll, d’être fou d’amour pour une femme, et de faire le con le soir dans la chambrée, tout en étant traversé par la trouille de tomber dans une embuscade.

En 1961, Brigitte GIRAUD est venue, avec sa famille, s'installer à Rillieux-La-Pape, près de Lyon, la ville des Canuts. Après des études d'allemand, elle devient librairie, puis critique littéraire et a été l'animatrice de la fête du livre de Bron. De 2010 à 2016 Brigitte GIRAUD a dirigé la collection «La Forêt» aux éditions Stock. «J'ai été un peu libraire. J'ai travaillé comme journaliste, pigiste à Lyon Libération. Qu'est-ce que j'ai fait d'autre? Conseillère littéraire pour des festivals. J'ai été éditrice aussi à un moment. Et j'ai écrit une dizaine de livres: romans, essais, nouvelles» dit-elle.

Le premier livre de Brigitte GIRAUD, de 1997, «La Chambre des parents», a mis la cellule familiale au centre de sa contribution littéraire ; le quotidien, les choses ordinaires de la vie peuvent nous émouvoir, si elles sont bien racontées. Sur les petits riens de l’existence, elle a bâti des récits aux lignes sobres, où se mêlent l’intime et le social, voire l’histoire. Dans son deuxième roman, en 1999, «Nico», c’est avant tout l'histoire, en Normandie, à huis clos, d'une famille qui se délite. Un père violent qui prend un malin plaisir à s'attaquer au membre le plus faible de la famille, son fils, Nico. Une mère qui passe plus de temps à s'occuper de ses patients que de sa famille et qui fait mine de ne pas voir ce qui se passe sous son toit, qui s'éloigne chaque jour davantage de ses enfants. Face à cette adversité, Nico peut compter sur sa grande sœur, Laura. Un lien très fort les unit. Dans cette enfance compliquée, il y a des instants de bonheur : les vacances passées chez leurs grands-parents à la campagne, les moments de complicité, les secrets partagés... Mais en grandissant, les choses changent. Le héros du roman devient de plus en plus dur. Les punitions infligées par son père deviennent le moyen de montrer sa fierté et sa valeur. Ainsi, lorsque son père aura finalement quitté le foyer, Nico continuera à s'infliger des punitions. Nico en veut à tout le monde et notamment aux patients de sa mère. C'est à cause d'eux que sa mère est si fatiguée, fanée avant l'heure et qu'elle n'a pas de temps pour lui. Nico en veut au monde entier. Il se forge une carapace que même sa sœur n'arrive plus à percer. C'est avec horreur que Laura prend conscience de l'homme que son frère, le mal-aimé ne sachant pas aimer, est en train de devenir, un monstre, un fasciste, et va basculer dans l’intolérance, le racisme et la violence. Ce roman traite de la situation de toutes ces personnes concentrées dans des zones de relégation, dans la banlieue lyonnaise, ses drames et ses espérances : «Il y a beaucoup de choses que j’ai vécues enfant, dans ma banlieue. J’ai voulu parler de tous ces gens que j’ai connus alors, qui ont été jetés ensemble, qui n’ont pas choisi de quitter leur pays, mais qui ont été condamnés à se supporter parce que c’était le résultat de la politique française de l’époque. Se croisaient, comme dans mon livre, des exilés du Portugal, des immigrés d’Algérie et bien sûr des rapatriés, des Pieds-Noirs. Depuis quarante ans, tout cela génère de l’incompréhension, de l’intolérance, du racisme, mais aussi un mélange d’attirance et de répulsion qui est très particulier» dit-elle au journal «Le Progrès».

Son roman, «Jour de courage» évoque les premiers autodafés nazis et met en lumière Magnus HIRSCHLELD (1868-1935), un médecin juif allemand, pionnier du combat pour les droits des homosexuels. Dans la banlieue de Lyon, Livio a choisi de faire un exposé sur lui en cours d’histoire, au lycée. Au risque de prendre de se dévoiler, un livre, sans doute marqué par un engagement politique. Il y est bien question d'adolescence, de la politique, de la musique du corps et du droit à la différence. Le narrateur en choisissant d'évoquer une minorité considérée comme des parias, celle des homosexuels, s'expose à de considérables. Les homosexuels, ces «parias» comme les appelaient Marcel PROUST (1871-1922, voir mon article), les femmes comme les racisés, sont soumis à la discrimination que personne ne veut reconnaître. Livio, «se rendit compte en le disant que L'homosexualité était la seule minorité qui ne trouve pas forcément de réconfort auprès des siens, la seule communauté qui se construit la plupart du temps hors de la famille. Tout le monde mesurait la violence d'être mise dehors, d'être classé, du devoir de se chasser soi-même» écrit Brigitte GIRAUD.

Dans «Nous serons des héros», le décor du roman est le Lyon des années 1970. Deux gamins se lient d’amitié. Olivier et Ahmed. Pourquoi cette attirance de l’un pour l’autre ? Quel ressort souterrain anime la mécanique de l’attraction  dans les cours de récréation ? Olivier c’est Olivio, petit portugais débarqué avec sa mère fuyant la dictature d'Antonio de OLIVEIRA SALAZAR (1889-1970), au Portugal. Ahmed est algérien, hanté par la guerre d’Algérie. Le père de l’un est mort, sous la torture des hommes de la Pide, la police politique de SALAZAR. Le père de l’autre, torturé lui par la soldatesque française, traîne un handicap qui l’empêche de travailler. De cela Olivio et Ahmed parlent peu. Ahmed est hanté, obsédé par la Guerre d’Algérie, au point d’imprégner leurs jeux d’une violence qui renvoie aux cruautés de ce conflit : «Nous déchargions la violence qui nous habitait» dit Olivio, « nous luttions mais nous ne savions pas contre quoi». Les dictatures, les tortures pendant les guerres coloniales, ce n'est pas seulement qu'au Tiers-monde. L'Europe a eu aussi ses démons. Dans ce roman, des membres d'une famille portugaise, fuyaient donc la dictature de SALAZAR. Le père d’Olivio avait été arrêté pour raison politique et était mort en prison. Toute la famille était surveillée. Veuve, sa mère ne voyait qu’une échappatoire : commencer une nouvelle vie ailleurs, se reconstruire. La mère et le fils arrivent dans une banlieue populaire lyonnaise au début des années soixante-dix, lieu où les grands ensembles poussent comme des champignons accueillant les immigrés algériens, espagnols, portugais, les rapatriés. Il leur faudra s’intégrer, s’adapter, apprendre la langue, aller vers les gens. Faire face au racisme, au rejet, à l’absence d’un mari et d’un père, prendre leurs marques, baliser un chemin, faire des projets.

 

Références bibliographiques très sélectives

GIRAUD (Brigitte), Vivre vite, Paris, Flammarion, 2022, 208 pages (Prix Goncourt, 3 novembre 2022) ;
GIRAUD (Brigitte), «Entretien» avec Martine MOUHOT, Café Littéraire, automne 2004 ;
GIRAUD (Brigitte), «Je suis venue à la littérature pour ce livre (Un loup pour l'homme)», Rue89Lyon, 27 septembre 2017 ;
GIRAUD (Brigitte), «La virilité impossible», entretien avec Françoise Monnet, Le Progrès, 17 août 2015 ;
GIRAUD (Brigitte), A Présent, Paris, Stock, 2001, 80 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Avoir un corps, Paris, Stock, 2013, 240 pages ;
GIRAUD (Brigitte), J'apprends, Paris, Stock, 2005, 162 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Jour de courage, Paris, Flammarion, 2019, 160 pages ;
GIRAUD (Brigitte), L’éternité, bien sûr, Paris, Montréal, L’Harmattan, 1999, 111 pages ;
GIRAUD (Brigitte), La chambre des parents, Paris, Fayard, 1997, 152 pages ;
GIRAUD (Brigitte), L'amour est très surestimé, Paris, J’ai Lu, 2008, 80 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Marée noire, Paris, Stock, 2004, 140 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Nico, Paris, Stock, 2014, 182 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Nous serons des héros, Paris, J'ai Lu, 2016, 190 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Pas d’inquiétude, Paris, J’ai Lu, 2013, 224 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Porté disparu, Paris, L’école des Loisirs, 2022, 163 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Un loup pour l'homme, Paris, Flammarion, 2017, 248 pages ;
GIRAUD (Brigitte), Une année étrangère, Paris, Stock, 2009, 207 pages.
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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 20:10
«La montée des périls en France et en Europe : vivre c’est résister»» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Plusieurs clignotants rouges indiquent que la peste brune progresse en Europe et en France, pays des droits de l’Homme avec son message universel. Aux yeux de certains, dans une conception purement ethnique de la démocratie française, quand on est racisé, on ne peut pas être Français. En effet, la France est présente au Sénégal depuis l’An 1365, mes parents comme moi, sommes nés avant l’indépendance, j’habite et travaille à Paris de très longue date, à la première rencontre avec un inconnu, le seul réflexe est cette question insidieuse : «Tu viens d’où ?». Les hypocrites vous disent : «ne parlez pas de colonisation ou de racisme, tout cela c’est du passé !». Mais ce sont eux qui nous renvoient, en permanence, à nos origines ethniques. René MARAN (1887-1960, voir mon article), Prix Goncourt de 1921 voulait être un «Homme pareil aux autres» et les racistes lui ont fait la fête ; il a perdu son travail d’administrateur colonial en Oubangui Chari. Lionel JOSPIN, Premier ministre socialiste, n’a pas eu la décence d’aller aux obsèques du Président SENGHOR (1906-2001, voir mon article), théoricien de la «Normandité», membre de l’Académie française et fidèle serviteur zélé de la Françafrique.
Ce qui est arrivé, le jeudi 3 novembre 2022, à l’Assemblée nationale, au député Carlos Martens BILONGO, né Villiers-le-Bel, de la 8ème circonscription du Val-d’Oise, sort du racisme bête et ordinaire que j’évoquais. En pleine séance de l’Assemblée nationale, un député du Rassemblement national lui a demandé de «retourner en Afrique». Bien qu’il s’agisse d’un cas manifeste de de flagrant délit, les premières réactions de certains commentateurs zélés, étaient de tenter de disculper le RN au bénéfice du doute. L’Assemblée nationale a agi avec célérité : Grégoire de FOURNAS du RN de 15 jours d'exclusion et sera privé de moitié, pendant deux mois de son traitement de député. Pressenti pour être porte-parole du Rassemblement national à son congrès du 5 novembre 2022, ce n’est pas dérapage, ce député du RN est coutumier de déclarations à caractère raciste. Par conséquent, je me réjouis que le président MACRON, resté silencieux pendant longtemps sur ces déclarations nauséabondes, ait enfin réagi, de bonne manière. Il était temps ! En effet, pendant ces présidentielles de 2002, on a entendu cette droite ciottisée et lepénisée, notamment Valérie PECRESSE parler de «Français de papiers», et Mohamed ZEMMOUR dire que tous les trafiquants de drogue à Paris seraient, les «Modou-Modou», des Sénégalais. A aucun moment, le président MACRON, gardien de l’unité nationale, n’avait éprouvé le besoin de rappeler  les valeurs républicaines. Il a même consenti un poste de vice-président à l’Assemblée nationale à un facho, après les législatives. On ne pactise pas avec le diable, même avec une longue cuiller !
Les propos racistes, bien sûr à l'encontre seulement des Racisés, sont devenus un argument politique rentable, à court terme. Pour autant, le Rassemblement national est-il un parti respectable et légitime ?
Dans notre chère France, on peut dire que le ver est dans le fruit. En effet, légaliser un parti d’extrême-droite, c’est prendre un risque considérable que la démocratie française soit dès le départ, prise en otage, par un parti, dont les idées sont, sans complexe, fondées sur le racisme. Que feront les Républicains si le Rassemblement national, aux portes du pouvoir, (89 députés et 3 fois au 2ème tour des présidentielles) gagnait un jour les présidentielles ?
La France républicaine est fondée sur un triptyque : liberté, égalité et fraternité. Nous célébrons les 50 ans de la loi PLEVEN de 1972, prise d'ailleurs tardivement par la France, de lutte contre le racisme. Certaines personnes que je croyais averties et recommandables, minimisent de ce danger que représente la peste brune en France. Serge KLARSFELD, le célèbre chasseur de nazis, recevant une médaille de Louis ALLIOT, maire RN de Perpignan, disait le 12 octobre 2022 que le RN avait «évolué». Ça dépend à l’égard de qui ? Auparavant, Julien DRAY, un membre fondateur de SOS-RACISME, voulait nous convaincre, en juin 2020, chez C-News, la télévision de la Françafrique, que le Code noir de Jean serait «un progrès».
La bataille du RN est focalisée sur les réfugiés du tiers-monde, dont les pays ont été pourtant saccagés par des guerres injustes et inefficaces des pays occidentaux. Toutes ces guerres ont échoué créant un flot d’immigrants. Le BREXIT, qui n’a été convainquant, est ouvertement une réaction anti-immigrés, au moment où l’Europe accueille 6 millions d’Ukrainiens, avec leurs chiens et leurs chats. Ils ont le droit de venir chez nous, mais nous n’avons pas le droit d’aller chez eux. En effet, les ressources naturelles pillées des pays africains, depuis les temps de l’esclavage et la colonisation, sont pillés par la Françafrique, le bonheur de certains étant fondé sur le malheur des autres.
«Un beau matin, à leur réveil, les gens s’apercevaient tout à coup qu’ils puaient. Mais non pas des pieds ou des aisselles ou de tout autre endroit où ce phénomène se produit fréquemment ; non en un point déterminé entre la nuque et le crâne» ainsi dénonçait, en 1944, Alberto MORAVIA le fascisme italien, dans la revue Esprit de mars 1947. En effet, l’Europe démocratique, dite libre, dénonçant maintenant et à juste titre, l’autocratie du Tsar des Russies, est en train de renouer avec ses vieux démons de la peste brune. En effet, en Italie, Mme Giorgia MELONI, la dirigeante de Fratelli d’Italia, un parti fasciste, avec 27% des voix, s’est imposée aux législatives comme la principale force d’opposition. Jadis, c’est bien par l’Europe, revendiquant le berceau du meilleur label de la démocratie, que les pires régimes sont arrivés. L’Italie avait connu Bénito MUSSOLINI (1883-1945), l’Espagne, Francisco FRANCO (1892-1975) et sa guerre civile, le Portugal, le régime de Antonio de OLIVEIRA SALAZAR (1889-1970), en Allemagne, Adolphe HITLER avait expérimenté la solution finale et la Grèce, avec sa prétention de berceau de la civilisation avait connu la «Dictature du 21 avril», appelée le régime des Colonels du 21 avril 1967 au 24 juillet 1974.
Cette «épidémie» de la peste brune, qui se banalise, victorieuse en Hongrie, s’est étendue en Suède, un pays traditionnellement accueillant avec les étrangers. En France, l’extrême-droite ne représentait en 1983 que moins de 1%, est arrivée, par trois fois au 2ème tour, et s’est retrouvée avec 89 députés au Parlement. L’extrême-droite, cultivant la respectabilité, évite de s’attaquer à certaines communautés et ne s’en prenant qu’aux plus faibles et les moins organisés : les racisés, avance donc masquée. Toutes ces réformes injustes ne visent pas seulement que les racisés, mais toute la partie la plus fragile de la population française, quelle que soit sa couleur. Cette montée de la xénophobie vise, pour les gouvernements, à mieux occulter les enjeux internes d’industrialisation, de relocalisation des entreprises installées en Chine, de justice sociale, de refus de la théorie du «ruissellement» et de lutte contre les réformes injustes, comme celle des retraites.
«Vivre, c’est résister» disait le philosophe italien, Antonio GRAMSCI (1891-1937, voir mon article), emprisonné par les fascistes et mort en détention. Sous l’Occupation, en France, en dehors des Communistes, le Parti des fusillés, bien des gens sont restés neutres pendant longtemps. Plus personne ne pourra dire de nos jours, comme pour la scandaleuse et criminelle déportation des Juifs : «Je ne savais pas». Pendant la Seconde guerre mondiale, sur les 45 millions de morts, et il faut le rappeler c’étaient des Russes, et non des Américains, qui avaient pris le plus grand sacrifice : plus de 20 millions de morts. Un épisode qui nous est resté en travers de la gorge, c’est le massacre le 1er décembre 1944 de Tirailleurs sénégalais au Camp de Thiaroye, dans la banlieue. Justice et Justice !
Pour bien des gens, c'est comme le nuage de Tchernobyl, le fascisme passera peut-être ailleurs, mais plus jamais au pays des droits de l’Homme avec son message universel. «Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom. Il rampe. Il flotte. Quand il montre du bout du nez, on dit "c'est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et, un jour, on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser.» écrit Françoise GIROUD (1916-2003).
J'attends des racisés qu'ils prennent au sérieux la Politique, au sens noble du terme et les combats citoyens pour la Justice, en allant voter à toutes les élections au lieu de s'abstenir. Si on ne se respecte pas personne ne vous respectera.
Tous solidaires ensemble, pour une République fraternelle et de justice, pour un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel, contre la peste brune !
Paris, le 6 novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 
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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 18:03
«Le centenaire de la Mosquée de Paris (1922-2022) et toujours ce Code de l'indigénat» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
La pose de première pierre de la Mosquée de Paris située en plein Quartier Latin, en face du Jardin des Plantes et non loin de Jussieu et c'était pendant longtemps mon quartier je résidais à la rue des Boulangers, remonte à 1922. Par conséquent, la Mosquée de Paris fête ses 100 ans : «Dans un tableau historique toute lumière se détache d’un fond d’ombres, et qu’à ce chantier se mêlait évidemment des intérêts coloniaux et diplomatiques. Mais il n’en reste pas moins qu'en ce jour d'automne 1922, notre nation affirmait aux yeux du monde qu'on pouvait être Français et musulman. Et elle l'affirmait de la manière la plus manifeste, la plus durable : dans la pierre» dit le 19 octobre 2022 le président Emmanuel MACRON, à la Grande Mosquée de Paris.
Aux yeux de certains, comme le dit le Chef de l’Etat, et à commencer par Lui, à travers sa loi sur le séparatisme et les révisions interminables de la loi sur les étrangers, ainsi que sa campagne des présidentielles de 2022 ne visant qu’à affronter Marine LE PEN au 2ème tour, peut-on être vraiment «Français et Musulman» ?
Si de nos jours il est devenu à la mode dans certaines d'informations continue ou certains partis de baver sur les musulmans de France, jadis en 1922, l'Etat français en hommage aux Tirailleurs sénégalais, alors qu’ils encore sujets français, placés sous le Code de l'indigénat, qui venus défendre «La Mère-patrie». Contrairement à ce que dit le Chef de l’Etat, ils n’étaient pas, en 1922, à quelques exceptions, comme les habitants de Dakar, Gorée, Saint-Louis et Rufisque, des citoyens, mais des sujets français. «Et pourtant, ce havre de paix est né d'une tempête de l'histoire. Des centaines de milliers de musulmans ont combattu pour la France durant la Première guerre mondiale. Des dizaines de milliers y sont morts, versant leur sang sur un sol qui n'était pas le leur, pour une cause qu'ils servaient comme la leur. Si la bataille de la Marne fut remportée au plus critique de la guerre, c'est grâce à l'apport décisif de ces soldats glorieux, recrutés pour certains sans leur consentement : ceux qu'on appelait les tirailleurs sénégalais» prend soin de préciser le président MACRON. En dépit de cette dette du sang, l’extrême-droite, disposant d’une vice-présidence à l’assemblée nationale, requinquée par cette légitimation, continue encore de demander à un député de la République «de rentrer chez lui».
Après la défaite de Sedan en 1870, l'empereur étant prisonnier par les Allemands, ce pays, par un jeu d'alliance et à la suite de l'assassinat de l'archiduc à Sarajevo plongea le monde dans la Première guerre mondiale. Bien des Français au moment des récoltes, et comme c'est le cas de cette guerre en Ukraine ou d'autres guerres locales (Afghanistan Syrie Libye) croyaient naïvement qu'il ne s'agissait que d'un conflit- éclair. Quand de nombreux cercueils commenceront à venir, le général Charles MANGIN (1866-1925), auteur d’un livre, «La Force noire», en 1910, eut l'idée de faire appel aux colonisés pour servir de chair à canon, notamment lors des guerres coloniales, et en cas de conflit majeur en Europe ; ce qui a été fait aussi lors des Première et Deuxième guerres mondiales.
Blaise DIAGNE (1872-1934), premier député africain à l'assemblée française (voir mon article) élu le 10 mai 1914, se chargea de la sale besogne d'aller en Afrique recruter des Tirailleurs sénégalais encore des Indigènes de la République alors que la France est présente au Sénégal depuis l'an 1365. Aussi des objections vite surgir : comment aller défendre une France qui nous colonise, refuse de nous accorder sa nationalité et nous soumet au Code de l'indigénat avec ses travaux forcés et les châtiments administratifs ?
Blaise DIAGNE, par une pirouette, a promis, vaguement, la nationalité française, mais qui n'arrivera qu'en 1946 avec la loi Lamine GUEYE (voir mon article), après donc sa mort en 1934.
L'irruption des Tirailleurs sénégalais sur la scène politique a conduit à des conséquences politiques incalculables que le système colonial n'avait pas pu envisager. En effet, au sortir des première et seconde guerre mondiales, les Tirailleurs sénégalais dont les pensions ont été gelées avec des montants modiques, ont commencé à se révolter. Ainsi, mon grand-père Harouna Samba NDIAYE (1892-1975), combattant de la Seconde guerre mondiale, avait, jusqu’à sa mort, une pension trimestrielle de 70 FCA (10,68 centimes d'euros). Dans ses mémoires, Abdoulaye BATHILY (voir mon article) indique son père qui avait fait les deux guerres mondiales avait une pension trimestrielle de 1500 F (2,29 euros).
Un Tirailleur peul, Bakary DIALLO (1892-1978), est le premier, en 1926, à écrire un livre sur son expérience amère de la Première guerre mondiale. Mais surtout Lamine SENGHOR, qui a vécu à Paris (voir mon article,) le premier grand pourfendeur du système colonial, notamment à travers son livre en 1927, "La violation d'un pays". Un autre épisode continue encore à envenimer les relations franco-sénégalaises, le massacre le 1er décembre 1944 au Camp de Thiaroye. Ousmane SEMBENE (voir mon article) dont va célébrer le centenaire l'année précédente avait réalisé un film sur le Camp de Thiaroye interdit en France. Les autorités Sénégalaises, conciliantes avec la Françafrique depuis l'indépendance; ne se mouillent pas trop sur ce sujet délicat, ce sont curieusement des chercheurs français (Mme Armelle MABON et M. Martin MOURRE) depuis des décennies tentent de secouer le cocotier. Mais jusqu'ici la Françafrique est restée droite dans ses bottes refusant de rouvrir le procès et les archives françaises du massacre de ces Tirailleurs sénégalais ayant échappé aux camps nazis, revenus au pays, et qui ne réclamaient que leur solde. «Je veux dire que nous ne laisserons pas la déchirure de ce que notre pays a subi ces dernières années créer un fossé de ressentiment et de défiance vis-à-vis des musulmans. Et je le répète et le répéterai sans relâche, il n'y a pas d'un côté les Français et de l'autre les musulmans. On peut être l'un et l'autre harmonieusement, indissolublement. Nier cette compatibilité entre la France et l'Islam, c'est apporter de l'eau au moulin du séparatisme» dit le président MACRON, dans son discours à la Mosquée de Paris. Dont acte ! Et alors, à quand la révision du procès des Tirailleurs sénégalais massacrés à l’arme lourde au Camp de Thiaroye ?
La question des cultes et des carrés musulmans est de nos jours un grave sujet de conflit ; c'est l'un des curseurs majeurs attestant qu'en dépit de l'affirmation du principe de l'universalité des droits de l’Homme en France, ce pays reste encore en 2022 une démocratie ethnique. En effet, comme lors de la Première guerre mondiale, les musulmans de France alors qu'ils ont maintenant la nationalité française sont traités comme des indigènes de la République et cela à plusieurs titres.
Il y a toujours cette vaine et paternaliste prétention du Ministre de l'intérieur à vouloir «organiser» uniquement le culte musulman. On parle d’un «Islam de France», une expression curieuse. «La Grande Mosquée de Paris porte la possibilité non pas simplement d'un Islam en France, fidèle aux valeurs de la République, mais aussi d’un Islam avec la France qui les soutient, et même d'un Islam de France qui les fait grandir en son sein» dit le président MACRON. Pendant longtemps, on disait que le judaïsme, comme le catholicisme polonais, si particulier, seraient incompatibles avec les principes de la République française. En fait, l’Islam, une religion planétaire a été condamné à s’adapter dans tous les tous les pays du monde, à tel point qu’en Afrique, certains comme Vincent MONTEIL (1913-2005), orientaliste et Directeur de l’IFAN, ont parlé en 1964, «d’Islam noir», teinté d’animisme ou de culture traditionnelle africaine.
Pourtant dans ce domaine, il y a beaucoup de travail à faire normalement la lutte contre l'islamophobie, et notamment cette propension des gouvernants, en déviant la laïcité de ses nobles principes, une liberté de conscience, de croire ou ne pas, par une stigmatisation décomplexée, dans l'espace public avec une grande obsession pour certains détails vestimentaires (Voile, Burqa, Burkini). Tout musulman est nécessairement associé à la délinquance et au terrorisme.
L'enjeu fondamental, pour ma part est d'avoir pour les musulmans de France, à défaut de subventions qui ne sont réservées qu'aux Chrétiens d'Alsace et Lorraine encore sous le régime du Concordat et rétribués par l’Etat ou les importantes subventions versées à des fondamentalistes, les Loubavitch à Paris, d'avoir des lieux de culte suffisants. Aujourd'hui dès que des musulmans envisagent de bâtir une mosquée, le permis de construire est système attaqué devant un tribunal et des contentieux à Paris durent depuis plus de 15 ans. A la Grande mosquée de Paris pendant le Covid-19 il y avait trois ou quatre séances de prière ; il fallait attendre longtemps dans la rue et la police veillait à ce qu'on empiète pas sur le trottoir. De nos jours il y a deux séances de prière espacées de 45 minutes et on prie même dans les jardins. Une honte pour la République !
Faute de carrés musulmans suffisants en France, les compagnies aériennes ont désormais trouvé un commerce juteux celui du rapatriement des corps de Français musulmans à destination d'Afrique. Les associations villageoises organisent un système de cotisation en ce sens.
La question du Halal dans la restauration scolaire est un autre sujet grave de conflit, puisque des élèves musulmans ne peuvent pas manger si l'abattage n'est pas conforme et je le précise au rite ou musulman. Ces deux religions monothéistes ont de grandes convergences que l'on ne soupçonne et on vit ensemble croyants ou non croyants, dans mon 19ème arrondissement.
Cette résurgence du Code de l'indigénat à l'égard des musulmans de France et on demande à un député de la République de «rentrer chez lui», ce n'est pas toujours de la faute à cette lepénisation des esprits toujours plus décomplexée et oppressante, mais en grande partie des Français issus de l'immigration. Quand est citoyen de la République et ses droits sont bafoués avec un tel mépris même dans l'hémicycle de l'assemblée on défend ses droits de citoyen. On ne baisse pas la tête en rasant les murs "La résistance à l'oppression" est inscrite dans la Constitution.
Les Brésiliens de se sont débarrassés de BOLSONARO, en Grande-Bretagne, le Brexit, dans son expression publique a échoué. Aux États-Unis, même s'il veut revenir, Donald TRUMP a été congédié essentiellement à la suite d'une mmobilisation concernant l'affaire George FLOYD.
C'est un grand mystère pour moi que les Français issus de l’immigration, dans un esclavage mental aient choisi «la servitude volontaire» en référence à BOSSUET. Si on veut, on peut, dans le respect des valeurs républicaines en sanctionnant les partis haineux et imposant des relations diplomatiques équitables et respectueuses avec l’Afrique, pour un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel. No Pasaran !
Paris, le 6 novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 22:10
«Abdoulaye BATHILY et ses mémoires : «Passion de liberté»» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Ecrivain, historien, sociologue, universitaire, linguiste, panafricaniste, engagé à gauche, diplomate et homme politique, Abdoulaye BATHILY a publié, en 2022, ses mémoires chez Présence Africaine. Composés de 724 pages, le professeur Abdoulaye BATHILY y relate son enfance et son environnement familial, à Tiyabou, une ville royale, dont le souverain porte le titre de Tounka, les derniers sursauts de résistance du marabout Mamadou Lamine DRAME (1840-1887), sa défaite, la répression qui s’est abattue sur sa famille, sa scolarité difficile à Bakel, ses études turbulentes au Prytanée militaire de Saint-Louis, son renvoi, son atterrissage à l’IFAN de Dakar, la réussite au baccalauréat, ses révoltes à l’université de Dakar, son éloignement de Dakar et son embrigadement dans l’armée pendant 18 mois, et puis une bourse pour l’Angleterre. Dans ses combats politiques, son adhésion en 1967 au PAI, les répressions de SENGHOR, l’émergence d’un multipartisme limité, l’avènement de l’ère Abdou DIOUF, sa participation au gouvernement, le multipartisme illimité, l’éviction des barons du Senghorisme, les dissensions au sein du Parti socialiste, la montée de vers l’alternance du 19 avril 2000. A travers le destin singulier du professeur Abdoulaye BATHILY, on voit dérouler, sous nos yeux, des pages importantes de l’histoire du Sénégal, depuis «la pacification» du Sénégal, à travers la défaite du marabout Mamadou Lamine DRAME, puis, les soubressauts menant à l’indépendance, l’échec de la fédération du Mali, l’embastillement de Mamadou DIA, les grèves des étudiants, le multipartisme limité, la journée du 23 juin 2011, les Assises nationales, jusqu’aux deux alternances de 2000 et 2012.
«Plus qu’une autobiographie, le livre d’Abdoulaye BATHILY est tout à la fois, la biographie et le portrait intime de sa génération, d’une jeunesse qui, dans la ferveur de l’engagement politique et culturel, s’est fixé comme principaux objectifs : l’émancipation du continent, la réalisation de l’unité africaine et du panafricanisme et une forte présence de l’Afrique» écrit l’éditeur, Présence africaine. Peu de dirigeants africains, sénégalais en particulier, alors qu’ils ont eu une vie riche, écrivent leurs mémoires. Lamine GUEYE (voir mon article), qu’il évoque dans ses mémoires, avait rédigé une autobiographie, forte décevante. Le président Abdou DIOUF, pour qui il a de l’estime, est l’un des rares anciens présidents, avoir rédigé ses mémoires. Spécialiste du Wagadou (Ghana) du Galam, Abdoulaye BATHILY traite de l’histoire des Soninkés, que peu de personnes évoquent à Dakar : «Aux vivants, je dédie ces souvenirs avec l’espoir que la jeunesse militante du Sénégal s’en servira dans ses luttes d’aujourd’hui, pour dépasser les Aînés et réaliser les espoirs lancinants d’une Afrique libre, indépendante et prospère» écrit-il en préface. Symbole de résilience et de combativité, BATHILU représente une leçon de vie. Abandonnant toute forme de manichéisme, il sait, au-delà de la couleur ou de l’ethnie, reconnaître les qualités humaines de certains de ses interlocuteurs. Dans les situations même  fort désagréables, il a su en tirer des leçons positives. Par ailleurs, dans sa participation aux gouvernements d’Abou DIOUF, c’est un intercesseur, un diplomate, pour dénouer des conflits.
Ces mémoires d’Abdoulaye BATHILY sont une charge violente contre la conception monarchique du pouvoir du président maître Abdoulaye WADE. S’il a de l’estime pour le président Abdou DIOUF, il n’épargne pas non plus le président Macky SALL. S’il tire, a posteriori de ces deux alternances, dont il est l’un des grands acteurs, pourtant, Abdoulaye BATHILY fait l’éloge de la grandeur et de la servitude de ces combats : «De ce parcours marqué par la répression, les privations de toutes sortes, les souffrances physiques et morales, la solitude, le sacrifice, je n’ai gardé ni regret, ni amertume, ni haine, ni stigmate moraux. J’en ai tiré, au contraire, un profond sentiment de satisfaction et de fierté. Je suis reconnaissant d’avoir écrit, avec d’autres, les plus belles de l’histoire démocratique et sociale du pays» écrit-il. Pour lui, la démocratie, un processus jamais achevé, est un défi permanent, un combat de chaque instant : «La lutte ne s’arrête pas à l’alternance politique ; c’est une étape, parce qu’au-delà de l’alternance politique, il faut une alternative. Il nous faut l’alternance qualitative de notre société. Les harcèlements se sont succédés» dit-il. Dans cette époque cruciale, animé par l’espérance, il en appelle à la jeunesse du Sénégal qui «doit se battre avec les moyens de son époque. Partout où je vais, je vois ce bouillonnement, même jusque dans les excès qui sont les produits par ceux qui sont en face. La passion de la liberté habite en chacun d’entre nous. La passion de la liberté, je la vois en chacun d’entre nous. Je les encourage en ça. C’est par la lutte qu’on se libère. Ce n’est pas par la soumission qu’on se libère» dit-il.
I – Abdoulaye BATHILY, l’historien et le sociologue
Contrairement à ce qu’indique ses papiers officiels, Abdoulaye BATHILY n’est pas né en 1947 à Bakel, mais après différents recoupements le 9 novembre 1945, à Khérisinghané ou «Plateau du bonheur», un des villages saisonniers, où les habitants de Tiyabou aller camper pour cultiver, le temps de l’hivernage, leurs champs. Son village natal est situé à 7 km de Bakel, qui fut, pendant des siècles, le centre du royaume du Gadiaga appelé Galam, pays de l’or. Son patronyme, «Bathily» est celui du roi de Tiyabou, désigné sous le titre de «Tounka». A Bakel, y vivent non seulement des Foutankés, mais aussi, les N’DIAYE ayant fui le Djolof, au XVIème siècle à la suite de guerres de succession. Par conséquent, si Abdoulaye BATHILY est devenu par la suite «un révolutionnaire», il est issu d'un sang royal, son oncle, est le Tounka de Tiyabou. Aussi, ses travaux universitaires ont porté en grande partie sur cette partie de l’histoire glorieuse du Sénégal. Il ne relate pas l’humiliation de Samba Guéladio Diégui BA un prince Déniyanké avait infligée au Tounka de Tiyabou, son village est resté une terre d’exil, pour les princes Déniyanké chassés du pouvoir.
Abdoulaye BATHILY nous conte, brièvement, l’histoire méconnue de Niama (1734-1809), princesse du Galam, petite-fille du Tounka de Tiyabou, prise en otage à l’âge de 9 ans, soit vers 1743. J’ai essayé, par des recherches à la Bibliothèque nationale de France, d’en savoir plus sur cette princesse du Galam, Niama. C’était une femme d’assez grande taille. Sa figure ne portait aucune trace de tatouage, d’une grande douceur, d’une modestie, d’une vive sensibilité, d’une réserve naturelle et d’une beauté incomparable beauté cuivrée, assurément, son pays le Gajaaga ou Galam est surnommé «le pays de l’or», c’est une terre décrite dès le IXème siècle où «l’or brillait comme des plantes dans le sable ou comme des carottes cueillies au soleil» dit-on. Les Français, installés à Saint-Louis ou N’Dar, suscitent des conflits et des divisions au sein des royaumes du Sénégal, notamment le Galam, pour se procurer à bon compte l’or et des esclaves. Envoyée à Saint-Louis du Sénégal, vendue à l’Ile Maurice, puis transférée à la Réunion, après la naissance de sa fille, le Code noir interdisant à l’époque les mariages interraciaux. Niama vivant de force à un ingénieur, Jean-Baptiste LISLET GEOFFROY, est convertie au christianisme sous le nom de Marie-Geneviève, le couple eu un fils, Jean-Baptiste LISLET GEOFFROY, (né le 13 avril 1755, à Saint-Pierre – mort le 9 février 1836, à Port-Louis, Réunion). «Je suis né à l’île Bourbon, le 23 août 1755, de Niama, négresse de Guinée. Elle était petite fille de Tonca Niama, roi de Galam, qui fut pris dans une guerre et massacré avec tous les mâles de sa famille, selon un usage assez fréquent dans ces contrées» écrit Jean-Baptiste LISLET-GEOFFROY cité par François ARAGO. Sa mère est née, non pas en Guinée, mais au Galam. «Niama, négresse de pur-sang, était petite-fille du Tounka, roi du Galam, lequel, pris dans une guerre, fut massacré avec tous les enfants mâle de sa famille» écrit, en 1867, Auguste VINSON, dans sa notice biographique sur LISLET-GEOFFROY. Niama est affranchie, le 23 août 1755, le jour du baptême de son fils. Son père, frappé par la vivacité de son esprit et ses aptitudes en sciences, lui apprit les mathématiques. «Des dispositions naturelles, un grande persévérance, le caractère le plus heureux, lui permirent de franchir les barrières de la cupidité des colons, leurs préjugés et l’empire de l’habitude, opposaient, jadis, sans relâche, au développement moral et intellectuel des homme de couleur» écrit François ARAGO (1786-1853), dans sa biographie. En effet, Jean-Baptiste LISLET GEOFFROY, astronome, botaniste, cartographe et géologue, est le premier noir correspondant du duc de la ROCHEFOUCAULT à l’Académie des Sciences de Paris, à partir du 23 août 1786. «S’il est un homme dont on doit hautement et dignement honorer la mémoire dans son pays natal et dans son pays d’adoption pour le lustre qu’il a ajouté à leur gloire, c’est bien Lislet Geoffroy» écrit Léon LE CLEZIO. Un lycée, à Saint-Denis la Réunion porte son nom. «Un fait vraiment curieux dans nos annales, c’est que la race africaine unie à la race européenne est la seule qui puisse revendiquer, avec fierté, la plus haute illustration que l’Ile de la Réunion ait encore produite dans les sciences» écrit Auguste VINSON.
Abdoulaye BATHILY est de l’ethnie des Soninkés, les fondateurs de l’empire du Ghana, dénommé le «Wagadou», dont le fondateur mythique serait Yougou Khore DINHGA, après de multiples pérégrinations, avait installé sa capitale à Koumbi Salé. Son père, El Hadji Samba BATHILY (1887-1967) a fait les deux guerres mondiales et a été à la Mecque ; le voyage avait pris deux ans, soit de 1948 à 1950. De sa mère, Dieynaba Dado SOUMARE, aux origines lointaines mauritaniennes, cette branche des Manna avait régné sur le Fouta-Toro entre le IXème et le Xième siècle. Sa mère, Fenda Demba Diégui BATHILY, est née à Tiyabou (1912-2007) ; son grand-père maternel est originaire du Nioro au Mali. Il a été l’artilleur et l’architecte en chef d’El Hadji Omar TALL (voir mon article). Sous la poussée de l’invasion des colons français, la famille BATHILY se rallie, progressivement, à l’Islam ; les princes de Tiyabou n’étaient «musulmans que de manière superficielle» écrit-il. Son arrière-grand-mère paternelle, Coumba Torodo DIALLO est une peule venant de Woudourou, dans le Damga. Par conséquent, Abdoulaye BATHILY a grandi dans un espace multiculturel où cohabitent, de façon harmonieuse, des Soninké, Peuls, Bambara, Malinké, Khassonké, Berbères ou Arabes «La généalogie de ma famille reflète un composé ethnoculturel et racial complexe. L’ethnie est une donnée linguistique et culturelle en perpétuelle recomposition dans le temps et l’espace» écrit-il. La famille est d’Abdoulaye BATHILY est nombreuse : deux grandes sœurs, un jeune frère, six demi-sœurs et deux demi-frères.
Son père était le conseiller et médiateur dans différents litiges, pour le dernier Tounka de Tiyabou, son cousin, Konko Gola, intronisé en 1935, et mort en février 1956. Son père lui a inculqué le goût de l’effort «Mon enfance fut très tôt marquée par le travail. J’ai, très vite, aux travaux des champs. Nous quittons la maison au lever du jour pour ne rentrer très souvent qu’à la tombée de la nuit. Mon père avait voulu nous transmettre l’éducation très dure qu’il avait reçue lui-même» écrit-il. Après l’échec du Jihad de El Hadji Omar TALL, et l’assassinant de Mamadou Lamine DRAME, en 1887, certains membres de la famille de BATHILY furent fusillés, emprisonnés, d’autres disparurent. «Mon grand-père paternel, Amady Boubou dit Hamady Coumba Torodo, comptait parmi les otages que les Français à la suite de l’échec du siège (Fort Faidherbe). Ils auraient été exécutés ou morts d’inanition» écrit Abdoulaye BATHILY. En tout cas, son grand-père maternel, Demba Diégui BATHILY, qui était au Mali, au service de Amadou Sékou, fils d’El Hadji Omar TALL, revient à Tiyabou, pour convertir sa famille à l’Islam et ouvrir une école coranique. Il a été aidé dans cette mission par Fodiyé N’Dondi BA, originaire de Guédé.
Quand vint l’âge d’aller à l’école, la famille d’Abdoulaye BATHILY, comme dans «l'aventure ambiguë», le fameux roman de Cheikh Hamidou KANE, s’est déchirée. Son père, un ancien tirailleur sénégalais, voulait qu’il aille à l’école française et sa mère à l’école coranique. «L’école française n’était pas très populaire. Les parents étaient généralement hostiles à l’inscription de leurs qui les privaient d’une main-d’œuvre très utile» écrit-il. Inscrit à l’école régionale de Bakel, à 7 kilomètres de son village Tiyabou, il fallait y résider, et surtout y trouver un correspondant, dormir entassé sur des nattes rugueuses, sans nourriture suffisante. En raison de cet enfer, le taux d’échec est particulièrement élevé «Rares étaient ceux d’entre nous qui pouvaient tenir au-delà de deux ou trois mois» écrit-il. Logeant chez un marabout, Mamadou Lamine DRAME, il fallait fréquenter obligatoirement le matin son école coranique, aller puiser de l’eau au fleuve distant d’un kilomètre, chercher du bois mort l’après-midi, faucher l’herbe pour les chevaux et participer aux récoltes. Le matin, il était impérieux d'arriver à l’heure à l’école française ; à défaut, c’est un châtiment corporel. Dans la cour, il était interdit de parler Soninké ; celui revient en classe après la récréation avec «le symbole», est sévèrement puni. Si Abdoulaye BATHILY est devenu maintenant universitaire et fonctionnaire international, l'enseignement au rabais, infantilisant, qu’il avait suivi pendant son enfance, comme certains d’entre nous, se fait avec le syllabaire : «Toto tape Nama. Nama tape Toto».
Sa famille, après une fuite devant de toutes ces privations et violences, le confiera à Youghoukhassé BA et Lika BARRY. Le système de solidarité, le fameux «Neddo Ko Bandoum», a sauvé bien des écoliers dans la difficulté. La famille «m’aidait à réviser mes leçons et à faire mes devoirs. Lui et son épouse me redonnèrent le goût des études» dit-il. Après la fermeture de la cantine scolaire en 1958, le jeune Abdoulaye est accueilli par une autre famille, celle d’Abdou Khadre TANDIAN, dont le père était gérant d’une compagnie coloniale. Ancien interprète à la retraite et devenu aveugle, polyglotte, il possédait une radio et recevait beaucoup de journaux ; il est à l’origine, pour Abdoulaye, de son «goût réel pour les études». C’est l’année également, pour la première fois, il part en colonie de vacances à M’Bour et découvre «l’immensité de la mer».
En sociologue et en observateur très attentif de la société sénégalaise, Abdoulaye BATHILY décrit, dans ses mémoires, divers faits sociaux, grands et petits, que seul un esprit curieux et averti peut déceler et exposer avec une telle clarté. Ce sont des choses peu spectaculaires, de la vie quotidienne, mais d'une grande profondeur, rarement abordées, et qui parlent à chaque Sénégalais. Une constante, dans ses mémoires, est celle de l’Afrique des forces de l’esprit. La société soninké, avant d’être musulmane, est restée longtemps imprégnée, comme le reste du Sénégal, par l’animisme. Ainsi, à Tiyabou les familles aller présenter leurs nouveau-nés, au génie du fleuve, «Goundeyni» habitant une grotte. Des cérémonie de «libations ou d’offrandes alimentaires ou des danses» sont organisées écrit-il. «J’ai été témoin du verdict du pilon, une espèce d’ordalie» dit-il, pour retrouver un voleur, qui avouera son forfait. Par ailleurs, un prédicateur, Baba Guiro, géomancien célèbre, lui avait prédit un «avenir radieux». En 1955, c’est l’épreuve de circoncision.
Abdoulaye BATHILY évoque aussi le phénomène de ce qu'on appelle les «classes d'âge» ou «Guidjiraabé» en Peul. En effet, les jeunes du même âge mangent et souvent dorment ensemble et restent souvent solidaires et amis, toute leur vie. Progressivement, et comme les jeunes de son âge, vint le désir de séduire les filles venant d’un autre village : le «Teddungal», SENGHOR y a consacré un poème à ce Royaume d’enfance : «Sall ! je proclame ton nom Sall ! du Fouta-Damga au Cap-Vert. (…) Les chiens jaunes n'avaient pas aboyé. Et contre les portes de bronze je proférai le mot explosif Teddungal ! Teddungal Ngal du Fouta-Damga au Cap-Vert. Ce fut un grand déchirement des apparences, et les hommes restitués à leur noblesse, les choses à leur vérité.  Vert et vert Walo et Fouta, pagne fleuri de lacs et de moissons. De longs troupeaux coulaient, ruisseaux de lait dans la vallée. Honneur au Fouta rédimé ! Honneur au Royaume d'enfance !» écrit SENGHOR. Pour Abdoulaye BATHILY cet émerveillement vers la vie adulte ne fait référence qu’à des amours platoniques, en offrant de la cola et de bons plats à la jeune fille venue d’un autre village. A l'âge adulte, un jeune doit construire sa case, marquant ainsi son début d'autonomie. Il rappelle aussi l’excision des filles, les douloureuses séances de tatouage des gencives et des lèvres de celles-ci. Bien qu’à la fin de ses mémoires, il critique, sans retenue, le président Macky SALL, son témoignage sur l’état des routes du Sénégal en juin 1959, entre Bakel et Tambacounda, un tronçon de 250 km, est un hommage à ce Pharaon des temps modernes. «A cette époque, c’étaient des camions d’un commerçant libanais servaient de transport de passagers et de courrier postal. Il fallait s’accrocher à ce qu’on trouvait. Menaçant de disloquer à chaque fois. Le parcours du combattant durait, dans le meilleur des cas, au moins 24 heures» écrit-il. De Bakel à Kidira, en pirogue et pour 70 km, il fallait compter 15 heures. Entre Matam et Bakel, pour 150 km, il fallait dix heures pour affronter «une piste poussiéreuse, défoncée, ressemblant à un champ de patates» écrit-il. C’est sur le plan environnemental que l’on ressent de nos jours, les dégâts que l’Homme a commis sur la Nature. En effet, la nature luxuriante et la savane arborée, ainsi que les lions ont presque disparu.
Un système scolaire inadapté, français ou coranique, est à l’origine de l’échec scolaire massif au Sénégal, et donc du début de l’immigration : «Je ne supportais pas, au fond de moi, les violences physiques et morales des deux systèmes éducatifs. L’école coloniale était, par ses fonctions, un outil de domination et d’asservissement moral et culturel de la société africaine. L’école coranique traditionnelle témoigne d’un manque d’efficacité et d’archaïsme» écrit-il. Abdoulaye BATHILY a décrit de façon simple la question de l’immigration, un phénomène d’abord saisonnier, vers le bassin arachidier et lié aussi au fort taux d’échec scolaire. Devant les adversités de la vie et ayant un grand sens de l’honneur, de la dignité et de la solidarité familiale, «Neddo Ko Bandoum», les Peuls, comme les Soninkés, sont de grands voyageurs. Par ailleurs, certains Soninkés ont été engagés en qualité de tirailleurs sénégalais, lors de différentes guerres coloniales. L’immigration des Soninkés, la plus ancienne, est marquée par une devise «la fortune ou le tombeau lointain» ou bien «il vaut mieux rester longtemps à l’étranger pour travailler et faire fortune, plutôt que de revenir les mains vides». Ce sont les trente glorieuses en France, qui ont accéléré le mouvement d’immigration des Soninkés vers l’Europe «Pour la reconstruction de la France, les usines attendaient les bras venus d’ailleurs pour tourner à plein régime. Une main-d’œuvre massive et bon marché» écrit-il. C’est l’époque, où il n’y avait pas de WhatsApp, aussi Abdoulaye BATHILY s’improvise, pendant ses vacances scolaires Tiyabou, en écrivain public ; les émigrés envoyant des mandats, ont besoin de rester en contact avec leur famille du village, pour prendre de leurs nouvelles. Ce mouvement migratoire, un fait majeur de la deuxième moitié du XXème siècle, a bouleversé l’organisation sociale et la vie culturelle du Sénégal. Dans les zones du Fouta-Toro et de Bakel, «L’économie traditionnelle s’est effondrée au profit des revenus tirés de l’immigration. L’Etat s’est déchargé totalement de ses responsabilités sur cette solidarité généreuse des immigrants» écrit-il.
En dépit de sa scolarité chaotique, comme à l'image de bien des jeunes des zones défavorisées de Bakel et du Fouta-Toro, BATHILY est un miraculé ; il obtient en juin 1959 son certificat d’études primaire (CEPE). Aussi, il se retrouve en septembre 1959, à l’école militaire préparatoire africaine (EMPA), située à l’époque à Saint-Louis : «C’est là, à Bango, que j’eus, pour la première fois, le sentiment de l’unité et de la diversité de l’Afrique» écrit-il. Les guerres coloniales au Cameroun et en Algérie, le Non de Sékou TOURE à de Gaulle l’échec de la fédération du Mali, le choix de SENGHOR de la Françafrique et l’arrestation de Mamadou DIA tout y passe. A l’école militaire, il a apprécié l’humanisme de certains enseignants français ; il a sur toujours faire la part des choses. «Leur comportement quotidien, à notre égard, le respect et la sympathie que j’ai reçus personnellement d’eux, sans une once de paternalisme, de mépris culturel, ni de préjugés racistes, comme l’ensemble de leurs congénères, avaient encore du mal à admettre que tout était fini» écrit-il. En avril 1966, Abdoulaye BATHILY, estimant que les conditions de vie à cette école militaire étaient dégradées, tente d’organiser un mouvement de révolte. Il est tiré de sa chambre, exclu de l’école militaire et jeté dans le train-express Dakar-Bamako ; mais, il s’échappe et se retrouve à Dakar.
A Dakar, c’est Vincent MONTEIL (1913-2005), Philip David CURTAIN et Claude MEILLASSOUX (1925-2005) de l’Institut fondamental d’Afrique noire qui l’engagent comme technicien de laboratoire et pour d’autres missions, notamment la récolte des traditions orales. Ces chercheurs européens travaillent sur les Soninkés, les clans et les castes sociales en Afrique, sur l’histoire du Boundou et les Diakhanké. Blacklisté, et n’ayant pas pu s’inscrire en octobre 1966 au lycée Van Vollenhowen, pour le baccalauréat, il décide de se présenter en candidat libre, option philosophie. Il recevra de l’aide d’une professeure française, Mme AVENTURIN, de précieux conseils de Ravane M’BAYE et de sa cousine, Henriette BATHILY travaillant au centre culturel français. Son père meurt le 10 mai 1967, quelques semaines avant le baccalauréat «Sa mort ne fit que raffermir ma volonté d’aller jusqu’au bout du chemin qu’il m’avait tracé. J’ai pleuré les seules larmes qu’il méritait, les seules qu’il eût aimé me voir verser : des larmes de sueur. Mon père n’avait pas besoin de chagrin, mais d’espérance» écrit-il. Abdoulaye BATHILY réussit au bac avec «mention bien».
Sans bourse pour l'étranger, en dépit de ce baccalauréat avec mention, il continue son travail à l’IFAN et décroche, avec l’aide de Claude MESSAILLOUX, auprès d’Assane SECK (1919-2012, voir mon article), Ministre de la culture, un poste d’animateur à la radio en Soninké, à la radio sénégalaise. Bachelier inscrit à la faculté des Lettres, il va s’embarquer dans une autre bataille, celle de la grève des étudiants à l’université en 1968 et en tirera un livre publié chez l'Harmattan. Il sera exclu de l’université du 22 mars 1971 au 30 septembre 1972 et enrôlé de force dans l’Armée, à Tambacounda, zone traditionnelle de relégation notamment pour Mamadou DIA et ses amis, après sa chute en 1962 (voir mon article). Optimiste, Abdoulaye BATHILY, même dans les expériences de la vie amères de la vie, voit toujours le côté positif des choses : «J’ai découvert de charmants villages. Je profitais de mes passages, dans ces villages, pour récolter des traditions orales, des récits de l’histoire, de sociologie ou de culture J’en ai tiré une riche expérience humaine, qui compte parmi mes souvenirs de jeunesse» des différentes ethnies, écrit-il.
A son retour à Dakar, Abdoulaye BATHILY, en raison de son enrôlement dans l’Armée, est licencié de l’IFAN. Cependant, Paul FARIAS, un de ses contacts à l’IFAN, devenu enseignant au Nigéria, puis à Birmingham, lui a fait savoir que la Fondation Cadbury, pour le centre d’études africaines de l’université de Birmingham, offrait une bourse. Après divers obstacles pour le visa de sortie, Abdoulaye BATHILY s’embarqua donc le 22 octobre 1972, pour Birmingham, et y séjourna jusqu’en septembre 1975. Il a collaboré avec plusieurs universités, dont celle d’Aberdeen en Ecosse «L’Angleterre m’était parue comme un pays singulièrement intéressant, qui offrait l’image d’une unité paradoxale et qui conjuguait, dans la bonne humeur et de manière décomplexée, les idées sociales les plus avancées et le conservatisme le plus rance» écrit-il.
II – Abdoulaye BATHILY, le combattant politique
Les mémoires du professeur BATHILY couvrent une très longue période de l'histoire du Sénégal, soit de la résistance tragique du marabout Mamadou Lamine DRAME, entre 1885 et 1887, à l'avènement de la présidence de Macky SALL, pour la période 2012-2022. C'est donc un précieux et inestimable livre que je recommande à tous ceux qui s'intéressent aux combats politiques au Sénégal. En effet, Abdoulaye BATHILY a été témoin d’un phénomène ayant provoqué la chute de maître Lamine GUEYE (1891-1968, voir mon article) ; il avait le 3 juin 1951 giflé le commandant REY de Bakel. Bien qu’assimilationniste, il a été lâché par les colons. Une autre raison de sa défaite, est aussi liée au fait qu’homme des grandes villes, il avait négligé, dans sa campagne électorale de se rapprocher du monde paysan.
Dans son orientation politique, Abdoulaye BATHILY se situe dans le camp de la Gauche radicale «Rebelle de tempérament, j’ai toujours considéré qu’une action politique ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans un mouvement collectif. Je portais mon choix sur la ligne du PAI, même si à ce moment-là, celui-ci traversait une des périodes les plus difficiles» écrit-il. Cependant, des divergences politiques au sein du PAI, dues à «un subjectivisme», conduiront Abdoulaye BATHILY à créer son propre parti, la Ligue Démocratique (1er congrès des 7 et 8 avril 1984), un journal, «Vérité». Il s’engage dans diverses actions politiques, à partir de 1976, visant à rassembler les forces de gauche : «Nous devons nous débarrasser de Senghor qui a fait trop de mal à ce pays, avec le soutien de la France» écrit-il. En 1974, avec un PDS «parti de contribution», une caricature du PAI sous l’égide de Majmout DIOP, le multipartisme limité ne permettait pas une bonne expression de la démocratie multipartisane. Aussi, Abdoulaye WADE n’était encore fréquentable ; la Coordination de l’opposition sénégalaise unie (COSU), entre 1978 et 1983, ne regroupait que cinq partis politiques, sans le PDS.
Cependant, l’arrivée de Abdou DIOUF au pouvoir, à partir de 1981, avec un multipartisme illimité, va changer la donne. Abdoulaye WADE, jusqu’ici le «pestiféré» de l’opposition, devient fréquentable, mais au départ, sur une argumentation affective et surprenante du marxiste Abdoulaye BATHILY : «En marge de nos réunions, je suis surpris d’être abordé par Abdoulaye LY, lui d’habitude réservé. Il voulait savoir de quelle famille Bathily j’appartenais. Lorsque je lui ai dit que j’étais de Tiyabou, son visage s’éclaira d’un large sourire. Il m’a appris que sa mère, Awa Fall, était la fille de Seyni Bathily, qui était originaire de Tiyabou. J’ai appris plus tard que le père d’Abdoulaye Wade, Mor Wade, était le fils de Tola Bathily. Tola Bathily et sa sœur Seyni, nées à Saint-Louis, dont le père est originaire de Galam» écrit-il. Par ailleurs, les élections de février 1983 vont considérablement modifier le paysage politique du Sénégal. Certains opposants politiques de longue date sont passés à la trappe : «Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Ly, qui, tout en conservant une influence morale, incontestablement, perdirent pied sur le terrain de la dynamique politique. Et ce, au profit de Maître Wade et son PDS, plébiscité dans les milieux populaires et ruraux et de certains leaders de gauche solidement ancrés en milieux scolaire et étudiants chez les enseignants, les travailleurs et l’intelligentsia» écrit-il.
Bien qu'il soit l'un des acteurs majeurs de l'alternance du 19 avril 2000, les mémoires d’Abdoulaye BATHILY sont un violent réquisitoire contre maître Abdoulaye WADE, un libéral soutenu uniquement par Alain MADELIN. Le président Jacques CHIRAC, contrairement aux usages diplomatiques, a indiqué, ostensiblement, sa préférence pour le socialiste, Abdou DIOUF. Déjà, dans l’opposition, il estimait que contrairement à Abdoulaye FAYE, responsable du PDS à Dakar, maître Abdoulaye WADE, lors des marches de l’opposition, n’était pas courageux et retardait, indûment, les marches de l’opposition : «Il avait pour l’habitude de ne pas manifester à pied. Il préférait toujours, pour des prétendues raisons de sécurité, «marcher» dans sa voiture décapotable. Me Wade avait un excellent odorat. Lorsqu’il flairait que le risque d’un orage de coups de Leafs était trop élevé, il traînait volontairement les pieds pour sortir» écrit-il. Après les élections mouvementées de 1988, avec des bombes, l’opposition décidera un boycott des élections locales 25 octobre 1990 et obtiendra, en 1992, un Code électoral dit «Kéba M’Baye», plus consensuel, un peu plus transparent et sur la base duquel, les élections présidentielles de février 1993 ont été organisées. Il en résultera une liberté plus grande de la presse (Sud-FM, Walfadjiri) créant un nouveau rapport de forces entre l’opposition et le pouvoir, englué dans les réformes du FMI. Mais c’est la période dite des «transhumances», certains opposants rejoignant le président Abdou DIOUF, à la suite d’un achat de conscience.
La Ligue démocratique d’Abdoulaye BATHILY, sollicitée une première fois, en 1991, pour entrer au gouvernement socialiste d’Abdou DIOUF, avait décliné l’offre. Cependant, le Comité central de la Ligue Démocratique, en date du 26 mai 1993, à l’unanimité, a décidé l’entrée au gouvernement «pour bonifier l’image du Parti, réputé jusqu’alors être un parti de protestation, gérer autrement et mieux, et contribuer, de ce fait, à ruiner la légitimité et les prétentions du PS à détenir le monopole de la gestion de l’Etat». Pendant, cette participation au gouvernement, on sent une certaine estime, très nuancée, accordée au président Abdou DIOUF, et au départ, une certaine réserve à l’égard d’Ousmane Tanor DIENG : «Contrairement aux Ministre PS, nous nous conformions aux règles républicaines en nous référant au Président de la République, au Premier ministre et au Secrétaire général du gouvernement, dans la gestion des dossiers. Notre esprit d’indépendance gênait le principal collaborateur du président Abdou Diouf, Ousmane Tanor Dieng, Ministre d’Etat, des Services et Affaires présidentiels» écrit-il. «J’ai, dans plusieurs situations, noté chez Abdou Diouf son inappétence pour la gestion directe et personnelle des deniers publics. Il avait délégué cette tâche à plusieurs de ses collaborateurs : Jean Colin, puis Ousmane Tanor Dieng. Le deuxième caractère que j’ai décelé et apprécié chez le président Abdou Diouf, c’était sa sobriété. Abdou Diouf n’était pas quelqu’un hanté par l’argent. A maintes égards, Abdou Diouf était le bon élève de Senghor, engoncé dans ses vertus : discipline, ponctualité, rien en d’autres des textes. Il avait les défauts de ses qualités : l’esprit routinier, le manque d’inspiration, d’initiative, de spontanéité créatrice. Sa vision politique était fondée sur l’alliance stratégique avec la France et son pré-carré» écrit-il. Abdoulaye BATHILY, après avoir quitté le gouvernement d’Abdoulaye WADE, atténuera son jugement défavorable sur Ousmane Tanor DIENG (1947-2019, voir mon article), à l’occasion de la campagne de boycott des législatives de 2007 : «J’ai compris que l’image d’homme hautain et arrogant que son apparence renvoyait était due en réalité à la timidité, à de la réserve, voire un certain manque d’assurance» écrit-il.
Abdoulaye BATHILY, observateur, après le congrès sans débat de 1994, désignant Ousmane Tanor DIENG patron du PS, un séisme précédant la défaite du 19 avril 2000, compte les coups : «A certains moments, les rivalités de clans et de personnes internes au PS étaient plus exacerbées que celles qui l’opposaient à ses partenaires, voire à l’opposition» écrit-il. Le sort des barons du PS est scellé : «Tout indiquait qu’Abdou Diouf et Tanor n’entendaient plus s’encombrer de compagnonnages gênants de barons de l’ère senghorienne que symbolisaient Djibo Ka er Moustapha Niasse. Ironie du sort, ces défenseurs les plus intolérants de la politique du PS à son apogée vont se retrouver dans l’opposition» écrit-il. C’est dans ce malstrom, qu’Abdoulaye BATHILY n’hésite pas d’interpeler le président DIOUF pour des médiations qu’il juge utiles, notamment des rumeurs concernant Djibo Laïty KA ou sur les critiques, en plein conseil des ministres, contre Robert SAGNA et en particulier, l’arrestation de maître Abdoulaye WADE, à la suite, le vendredi 13 mai 1993, de l’assassinat maître Babacar SEYE (1915-1993, voir mon article). Il a tenté de convaincre le président Abdou DIOUF de libérer maître WADE et ses amis «faute de preuves convaincantes» écrit-il. Abdoulaye BATHILY révèle, en pleine cohabitation, lors d’un voyage officiel à Paris, une mise en garde, sage et amicale, du président François MITTERRAND (1916-1996, voir mon article) : «un opposant en prison est toujours un prisonnier politique» dit MITTERRAND à Abdou DIOUF. Venu aux funérailles de son épouse Ana SAR, maître WADE l’a remercié de son intervention pour sa libération. Pour Abdoulaye BATHILY son geste à l’égard de Me WADE est «une passion de liberté, de démocratie et de progrès social» écrit-il. Et pourtant dans cette affaire Babacar SEYE, des doutes sérieux planent encore. L’enquête d’Abdou Latif COULIBALY, «l’affaire maître SEYE, un meurtre sur commande» publiée par l’Harmattan en 2006, nous a paru minutieuse. La loi Ibrahima Ezzan du 17 février, initiée par maître Abdoulaye WADE, d’amnistie des assassins de maître SEYE (Amadou Clédor SENE, Assane DIOP et Pape Ibrahima DIAKHATE, condamnés par la Cour d’assises du 30 septembre 1994), est fort troublante.
Les batailles sanglantes, d’un Parti socialiste usé par 40 ans au pouvoir et un puissant mouvement populaire, vont conduire le 19 mars 2000, à la première grande alternance au Sénégal depuis 1960. Au départ, Abdoulaye BATHILY entame d’abord des négociations avec le PIT d’Amath DANSOKHO. Pendant ce temps, maître Abdoulaye WADE est resté loin du Sénégal, à Versailles. Abdoulaye BATHILY révèle qu’il s’est rendu avec Amath DANSOKHO et Landing SAVANE, à Paris, à l’hôtel California, à la rue des écoles, à côté des éditions Présence africaine son éditeur, rencontrer Maître WADE : «Je n’ai plus d’argent, le PS va encore gagner» répond-il. L’argent ne garantit pas une réussite électorale : «A notre avis, la volonté du peuple sénégalais de se débarrasser du PS» est manifeste, rétorque le trio. En réponse favorable de se présenter aux présidentielles de 2000, Maître WADE a pris soin de préciser «Je vais tenter encore une fois. Si on gagne, je ne ferai qu’un mandat. J’ai 74 ans. Je vous laisserai, à vous les jeunes, le soin de continuer» dit-il. On sait que, même après sa défaite aux présidentielles de 2012, maître WADE s’est présenté, et a été élu, aux législatives du 31 juillet 2022. Il espère toujours le retour, sur la scène politique, de son fils Karim WADE, et a encore gardé, pour cela, à plus 96 ans, la haute main sur le PDS.
En tout cas, le RETOUR de Me WADE, le 23 octobre 1999 au Sénégal, a été un triomphe populaire. Ayant démarré difficilement, la campagne des présidentielles de 2000, pris de l’ampleur, même avec peu de moyens financiers. Pendant que l'opposition se débattait dans des difficultés financières et n'ayant qu'un vieux mégaphone pour faire entendre sa voix, le PS au pouvoir déversait des milliards «Allez prendre l’argent du PS, mais dans l’isoloir, votez contre son candidat» telle est la consigne de l’opposition. Abdoulaye BATHILY condamne, à mots couverts «le Ndiguël» ou consigne de vote du clergé musulman «Les chefs religieux mériteraient respect et considération de tous. Toutefois, la confusion de ce rôle avec le militantisme mène à un mélange des genres, préjudiciable, à terme, à l’image et à la crédibilité des guides religieux» écrit-il. Au soir du deuxième tour des présidentielles, Abdoulaye BATHILY se rend chez Abdoulaye WADE et suggère qu’un communiqué soit diffusé sur Sud-FM et Walfadjiri, afin d’improviser un meeting, éviter ainsi que la victoire de l’opposition ne soit «volée». L’opposition avait mis en place «une commission de gestion de la victoire» notamment pour désigner le Premier ministre (Moustapha NIASSE, une personne expérimentée et rassurant les milieux d’affaires), le Ministre de l’intérieur (Le général NIANG, une personne neutre et consensuelle) et tous les postes régaliens du gouvernement. Au bout de deux ans, revenant à ses engagements, le général est limogé pour être remplacé par M. Macky SALL, un jeune cadre du PDS. Tous les postes de souveraineté (Défense, affaires étrangères et économies) ont finalement été choisis dans les rangs du PDS. Il finira par congédier, progressivement, les différents ministres de gauche qui avaient contribué à sa victoire : «Pour nous la victoire commençait déjà à avoir un goût âcre. Wade aurait déclaré publiquement que personne ne devrait trouver à redire, s’il décidait de faire un chauffeur un ambassadeur ! Peu à peu on s’habitua à des choses ahurissantes» écrit-il. Dans ses mémoires Abdoulaye BATHILY a avoué, a posteriori, sa naïveté au sujet de la vraie personnalité de Me WADE : «Dans les mois qui ont suivi, nous avons tenté, pour le freiner dans ses prise de décisions inconsidérés. Nous avons pris notre mal en patience, espérant que le président se ressaisirait» écrit-il. Abdoulaye BATHILY est fier d’avoir réintégré la SENELEC dans le patrimoine de l’Etat, en raison des coupures d’électricité intempestives.
Le portrait qu’Abdoulaye BATHILY dresse du président WADE est sévère : «Il a toujours cherché à «rouler dans la farine», ses adversaires, comme ses adversaires. Incapable de constance et de fidélité dans ses relations, il nouait et dénouait, ses relations en fonction de ses intérêts personnels. Son comportement, à l’égard de ses compagnons, frisait le manque de respect, voire le mépris. J’avais compris ses traits de caractère, j’ai appris, sinon à le changer, du moins «à le gérer». D’aucuns ont pu penser que nous étions de «grands amis». La vérité, c’est qu’Abdoulaye n’est que l’ami d’Abdoulaye Wade» écrit-il. La décadence et la chute du régime de WADE, porté par un vaste élan populaire, sont un «sujet de profonde méditation» écrit-il. En effet, pour lui, Me WADE a ramé à contre-courant, dans un système mafieux, de corruption décomplexée, de vaines prétentions et d’arrogance. Ainsi, le Monument de la Renaissance sur la colline des Mamelles, à Ouakam, a été conçu par l’artiste Ousmane SOW (1935-2016, voir mon article) présentant un homme et une femme, mais ce sont les Coréens qui ont raflé la mise. Ce monument a été financé par un montage les plus scandaleux : «Des terrains autour de Yoff, furent récupérés par expropriation de l’ASECNA et de privés, cédés pour des broutilles à un promoteur privé, lequel les revendit à prix d’or. C’est une partie de ces bénéfices qui finança le Monument de la Renaissance. Abdoulaye Wade, à son tour, directement s’invita à table. Il commença par s’octroyer, de manière indue, des droits d’auteur, puis des parts de revenus à perpétuité, sur les sommes tirées de l’exploitation de l’œuvre. Le «Sopi» (changement) avait viré au «Sapi» (dégoût)» écrit-il.
En 2011, lors de la tentative de Me WADE d’imposer un régime monarchique et dynastique, en introduisant une vice-présidence et la possibilité d’élire au premier tour le président avec 25% des voix, les mots d’Abdoulaye BATHILY sont encore plus durs : gestion partisane et outrancière de l’Etat, dictature rampante. La manifestation du 23 juin 2011 devant l’Assemblée nationale a enterré ce projet «Le bilan de la résistance, contre l’entêtement du «Pape du Sopi», a été beaucoup plus lourd, en termes de blessés et de pertes en vies humaines que celui de l’ensemble des manifestations des décennies précédentes» écrit-il. «Le pouvoir et l’argent ont rendu arrogants, aveugles et sourds les nouveaux dirigeants. Ces derniers ont tendance, dès qu’ils s’installent au pouvoir par les urnes, à se considérer comme libérés de toute obligation. Ils mettent en place un système d’appropriation privée du pays, de ses ressources, et de domestication par la force et la corruption» écrit-il.
A la veille de l’alternance de 2012, au moment où Abdoulaye BATHILY tentait de construire un autre front contre Abdoulaye WADE, en négociation en vain avec Moustapha NIASSE et Ousmane Tanor DIENG, c’est finalement un «troisième larron», Macky SALL qui provoquera la deuxième alternance, contre mentor, WADE. Après avoir été Ministre conseiller du président Macky SALL, Abdoulaye BATHILY est maintenant représentant spécial des Nations unies en Libye. En dépit de son devoir de réserve, il a lancé une mise en garde au président Macky SALL : «J’insistai sur la grave crise et ses multiples dimensions, (…) au-delà de l’affaire du viol présumé (allusion à l’affaire SONKO). Je recommandais sans tarder des mesures d’apaisement, le renoncement à tout projet de troisième mandat, (…) pour une évolution paisible du pays» écrit-il dans ses mémoires.
Sur le plan privé et familial, le professeur Abdoulaye BATHILY est père de quatre enfants : Dieynaba, Nayé, Coumba Carrie et Samba, issus d’un premier mariage religieux à Dakar et d’un mariage civil, célébré le 11 août 1973, avec Nane SAR, à Rome où son père était fonctionnaire à la FAO depuis 1969. Nane SAR, diplômée de l’école supérieure de commerce et d’administration des entreprises de Nice, avait entrepris son certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique. Sa mère, Madeleine BATHILY, est la grande sœur d’Henriette BATHILY (1927-1984), est originaire de Kéniou, une des capitales du Galam. Henriette BATHILY, dont le musée de la Femme à Gorée porte nom. Le père de Nane SAR, est Samba Cor SAR, un docteur vétérinaire, originaire de Saint-Louis et cousin d’Ibrahima SAR (1915-1976), Ministre sous DIA, de 1958 à 1962, syndicaliste et leader de la grève des cheminots entre 1946 et 1947. Nane SAR est décédée, subitement, le 23 mai 2002, des suites d’un AVC.
En 2009, Abdoulaye BATHILY s’est remarié, en secondes noces, à Madeleine MUKAMABANO, une franco-rwandaise, une journaliste.
Références bibliographiques
I – 2 – Article d’Abdoulaye BATHILY
BATHILY (Abdoulaye), «A Discussion of Traditions of Wagadu with some Reference to Ancien Ghana», Bulletin de l’IFAN, 1975, Vol XXXVII, n°1, pages 84-85 ;
BATHILY (Abdoulaye), «La conquête française du Haut-Sénégal (1818-1887)», Bulletin IFAN, 1972, série B, Vol XXXIV, n°1, pages 67-112 ;
BATHILY (Abdoulaye), «La traite transatlantique des esclaves, ses effets économiques et sociaux en Afrique : le cas : le cas du Galam, royaume de l’Hinterland sénégambien au 18ème siècle», The Journal of African History, 1986, Vol 27, n°2, pages 269-291 ;
BATHILY (Abdoulaye), «Mamadou Lamine Dramé et sa résistance anti-impérialiste, dans le Haut-Sénégal 1885-1887», Notes Africaines, 1970, n°125, pages 20-32 ;
BATHILY (Abdoulaye), «Notes socio-historiques sur l’ancien royaume du Gadiaga», Bulletin IFAN, 1969, série B, Vol XXXI, n°1, pages 31-105 ;
BATHILY (Abdoulaye), MONTEIL (A), MONTEIL (Vincent), «La légende du Wagadou», texte Soninké de Malamine Tandyan, Bulletin IFAN, 1967, série B, XIX, n°1/2, pages 134-149.
II – Autres références bibliographies
BA (Papa, N’Diamé), L’esclavage domestique dans la Sénégambie coloniale, mémoire sous la direction d’Abdoulaye Bathily, Dakar, Université de Cheikh Anta Diop, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Département d’Histoire, 1981-82, 80 pages Doc UCAD L DS 928 ;
CASTANET (Monique), L’Etat Soninké du Gajaaga face à l’expansion commerciale française (1818-1858), Mémoire, Paris I, 1976, 303 pages ;
KAKE (Ibrahima, Baba), Mamadou Lamine : marabout et résistant soninké, Dakar, Nouvelles éditions africaines, 1977, 96 pages ;
SAINT-PERE (Jules, Hubert), Les Sarakollé de Guidimaka, Paris, Emile Larose, 1925, 188 pages ;
SILLA (Jiri) CISSE (Malamine), L’empire du Ghana, la légende du Wagadou, texte soninké traduit par Abdoulaye Bathily, Vincent Monteil éditeur, Paris, Fondation SCOA pour la recherche scientifique en Afrique noire, 1977, 113 pages ;
TANDYAM (Malamine), La légende du Wagadou, texte soninké traduit et annoté par Abdoulaye Bathily, Vincent Monteil éditeur, Dakar, IFAN, 1967, 134 pages.
II – Articles divers
ABELA DE LA RIVIERE (Marie-Thérèse), Les Sarakolés et leur immigration vers la France, thèse sous la direction de Paul Mercier, Université de Paris, Descartes, 1977, 371 pages ;
Académie des sciences, «Notice historique sur les membres et correspondants de l’Académie des sciences», Journal officiel de la République française, 10 février 1935, spéc sur l’histoire de LISLET-GEOFFROY, fils de la princesse Niama, page 1813 ;
ARAGO (François), «Lislet-Geoffroy. Biographie lue à l’Académies des sciences, le 27 juillet 1836», in Œuvres complètes, tome 3, sous la direction de M J-A Barral, Paris, Gide éditeur, 1859, 628 pages, spéc pages 543-551  ;
BAROU (Jacques), «Les Soninké d’hier à demain», Hommes et migrations, avril 1990, n°1131, pages 9-12 ;
BOOLEL (Shakuntala), «Parcours de trois migrants à l’époque coloniale : Lislet-Geoffroy, Nicolas Duverger-Beyts et Ratsitatanina», Revue historique de l’Océan indien, 2017,  pages 177-186 ;
DELAFOSSE (Maurice), «La question du Ghana et la mission Bonnel de Mézières», Annuaire et mémoire du Comité d’études historiques et scientifique de l’Afrique Occidentale française, 1916, pages 40-61 ;
DIETERLEN (Germaine) DIARRA (Sylla), L’empire du Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéyéré, texte de traduction de Mamadou Soumaré, Paris, Karthala, Arsan, 1992, 264 pages ;
ROCKEL (Enis), «Conférence sur Jean-Baptiste Lislet Geoffroy», du samedi 9 mai 2015, 17 pages, en ligne ;
GALLIENI (Joseph-Simon, Lieutenant-Colonel), Deux campagnes dans le Soudan français : 1886-1888, préface de Victor Dury, Paris, 1891, 638 pages spéc sur la mort de Mamadou Lamine Dramé, pages 366-371 ;
HAVARD (Jean-François), «De la victoire du «Sopi» à la tentation du «Nopi»», Politique africaine, 2004, Vol 4, n°96, pages 22-38 ;
LISLET-GEOFFROY (Jean-Baptiste), Memoir and Notice. Explanatory of a Chart of Madagascar and the North Eastern of Archipelagos of Mauritius, traduction en anglais de H E Robert Townsend Farquhar, Londres, John Murray, 1819, 57 pages  ;
MONTEIL (Charles), La légende du Ouagadou et l’origine des Soninkés, Dakar, IFAN, 1954, 408 pages ;
MONTEL (Charles), «La légende de Ouagadou et l’originalité des Soninkés», Mémoire ethnologique. Mémoires de l’IFAN, 1953, n°23, page 195 et extraits Bulletin IFAN, 1969, tome XXIX, série B, n°1-2, pages 134-149 ;
NYAMBARZA (Daniel), «Mamadou Lamine Dramé, d’après les archives françaises», Cahiers d’études africaines, 1969, Vol 3, n°33, pages 124-145 ;
VAXELAIRE (Daniel), Le grand livre de l’histoire de la Réunion, éditions Orphie G Doyen, collection Grand livre, 2016, Vol 2,  sur Jean-Baptiste LISLET-GEOFFROY, spéc pages 177, 179, 208-210 ;
VINSON (Auguste), «Notice biographique sur Lislet-Geoffroy», Bulletin de la société des sciences et des arts de l’Ile de la Réunion, 1867, pages 35-48.
Paris, le 1er novembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 21:29
«Frida KAHLO (1907-1954) artiste-peintre au Musée Galliera, de la Mode à Paris» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Mon nom est Frida KAHLO. Je suis la plus célèbre artiste mexicaine de tous les temps. J'ai une vie extraordinaire, même si elle a été marquée par des événements douloureux. Laisse-toi emporter par esprit créatif et découvre à quel point, pour moi, la vie et l'art ont toujours été mêlés» dit-elle dans son autoportrait. Cette autobiographie est témoignage inestimable, superbe et poignant, sur les dix dernières années de sa turbulente existence. On y découvre aussi la relation orageuse et passionnelle qu'elle entretenait avec son mari, Diego RIVERA, le grand peintre mexicain. «Frida Kahlo ne s’est donc pas contentée de peindre. Elle a aussi écrit. Et ses écrits sont de nouvelles peintures de soi. Elle s’est écrite comme elle s’est peinte : en se livrant, en racontant ses douleurs, ses engagements, ses amours. Elle couche ses sujets favoris sur le papier comme sur la toile. Ceux qu’elle représente sur ses tableaux ou ceux à qui elle les dédie sont aussi les destinataires de ses lettres» écrit Christilla VASSEROT, dans l’introduction aux «Lettres de Frida KAHLO 1922-1954». Epistolière passionnée, Frida KAHLO expose dans ses lettres, ses convictions politiques, ses joies, mais aussi ses tourments, ses grandes souffrances : «La biographie de Frida Kahlo consiste en trente-neuf années de souffrance. Son cri est intelligible parce qu'il prend une forme émotionnelle et visible» écrit Carlos FUENTES, dans l’introduction.
Frida KAHLO était venue à Paris,  pour une exposition, du 10 et 25 mars 1939, à la Galerie Maurice Renou et Pierre Colle, 164 rue du Faubourg Saint-Honoré, à l’invitation d’André BRETON (1896-1966) et le Musée du Louvre avait acheté un de ses tableaux, «Le Cadre». Mais apparemment, Frida KAHLO n’était furieuse de l’inorganisation d’André BRETON et ne mâche pas ses mots : «L’exposition est un sacré bazar. Quand je suis arrivée, les tableaux étaient encore à la douane, parce que ce fils de putain de Breton n’avait pas pris la peine de les en sortir. Il n’a jamais reçu les photos que tu lui as envoyées il y a des lustres, ou du moins c’est ce qu’il prétend ; la galerie n’était pas du tout prête pour l’exposition, d’ailleurs ça fait belle lurette que Breton n’a plus de galerie à lui. Bref, j’ai dû attendre des jours et des jours comme une idiote, jusqu’à ce que je fasse la connaissance de Marcel Duchamp (un peintre merveilleux), le seul qui ait les pieds sur terre parmi ce tas de fils de pute lunatiques et tarés que sont les surréalistes» écrit-elle, le 16 février 1939, de l’hôpital américain de Paris, à Nickolas MURAY. Bien en pétard, elle ajoute ceci : «Je préférerais m’asseoir par terre pour vendre des tortillas au marché de Toluca plutôt que de devoir m’associer à ces putains d’ «artistes» parisiens. Ils passent des heures à réchauffer leurs précieuses fesses aux tables des «cafés», parlent sans discontinuer de la «culture», de «l’art», de la «révolution» et ainsi de suite, en se prenant pour les dieux du monde, en rêvant de choses plus absurdes les unes que les autres et en infectant l’atmosphère avec des théories et encore des théories qui ne deviennent jamais réalité. Le lendemain matin, ils n’ont rien à manger à la maison vu que pas un seul d’entre eux ne travaille. Ils vivent comme des parasites, aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as qui admirent le «génie» de ces «artistes». De la merde, rien que de la merde, voilà ce qu’ils sont» écrit-elle.
Quand on parle des Musées à Paris, on songe spontanément aux musées de l'Etat (Le Louvre, le musée d'Orsay, le Grand ou le Petit palais). Or la Ville de Paris est propriétaire de nombreux musées que le grand public même parisien ignore parfois. Je vous invite à aller visiter l'exposition sur l'artiste-peintre mexicaine du 15 septembre 2022 au 5 mars 2023, au Palais Galliera, le musée de la mode de la Ville de Paris, dont l'entrée se situe au 10 Pierre 1er de Serbie, à Paris 16ème métro Iéna. Ce musée est gratuit pour les agents de la Ville de Paris à condition de réserver sur Internet avant de venir.
Chatoyante, dans ses robes traditionnelles colorées, usant d’un langage osé et effronté, s’abritant derrière une âme sensible et abîmée, dans sa peinture, Frida KAHLO, à travers son art explore les thèmes tels que l’identité, l’expérience humaine, le corps, le désir et la mort. Les robes, les corsets et les bijoux de Frida KAHLO sont exposés au Musée Galliera de Paris. L’artiste mexicaine Frida KAHLO fascinait ses contemporains par ses tenues et inspire encore aujourd’hui de nombreux couturiers et créateurs de mode. Qu’elle porte les exubérants costumes traditionnels indigènes, qu’elle se travestisse en homme ou qu’elle arbore fièrement son corset orthopédique en guise de bustier, peu de peintres ont, comme elle, mis en scène leur garde-robe. Mais, pour cette artiste engagée, les vêtements sont plus qu’un simple atour : ils sont une seconde peau qui mue au fil de sa vie et nous révèlent ses choix identitaires et idéologiques.
Frida KAHLO est née Magdalena Carmen Frida KAHLO Y CALDERON, le 6 juillet 1907, à Coyoacan, à Mexico City ; elle est décédée dans la même ville le 13 juillet 1954.  Son père, Wilhelm KAHLO (1871-1941), un photographe, est un Juif athée et épileptique d’origine allemande : «J’ai peint mon père Wilhelm Kahlo, d’origine germano-hongroise, artiste photographe de son métier, au caractère généreux, intelligent et fin, courageux car il a souffert d’épilepsie durant soixante-dix ans, ce qui ne l’a pas empêché de travailler et de lutter sans relâche contre Hitler» écrit en 1951 Frida. La première épouse de son père est morte en couches. Il s’épit de Mathilde, qui travaillait avec lui, à la Perla «La nuit où sa femme mourut, mon père fit venir ma grand-mère Isabel, qui arriva accompagnée de ma mère. Mes parents étaient employés dans la même boutique. Il était très amoureux d’elle et ils se marièrent peu après» écrit Frida, dans son journal. En effet, sa mère d’une grande piété, belle aux lèvres charnues, illettrée mais intelligente, est Mathilde CALDERON GONZALEZ (1874-1932), fille d’un général espagnol, une Mexicaine d’origine indienne ; son premier amoureux s’était suicidé. Frida décide, dès son plus jeune âge, de ne pas suivre le même parcours que les autres femmes mexicaines, et veut voyager, étudier et être libre. Elle entame de brillantes études, s’intéresse à la politique et cherche à faire émerger une âme mexicaine dans son pays nouvellement indépendant.
Atteinte de poliomyélite, ce qui lui déformera le pied droit et qui lui vaudra le surnom de «Frida l’estropiée», Frida connaît la souffrance physique très jeune. À dix-huit ans, le 17 septembre 1925, en revenant de son école d’art, son bus percute un tram, une barre de fer la transperce de l’abdomen au vagin. Cet accident sera un grand tournant dans sa vie. «J’en suis toujours au même point, mon état ne s’améliore pas du tout et voilà que le docteur a changé d’avis : au lieu de me poser l’appareil prévu lundi prochain à l’hôpital français, on va me plâtrer, ce qui aura l’avantage de me permettre au moins, de marcher un peu, mais le docteur dit que c’est très inconfortable ; je suis désespérée, mais je préfère encore le corset en plâtre à l’opération, qui me fait peur car toutes les opérations de la colonne vertébrale sont très dangereuses» écrit-elle le 23 avril 1927 à Alicia GOMES ARIAS. Devant rester dans son lit, coincée dans son corset, elle fait installer un miroir au-dessus de son lit. C’est donc là qu’elle y peindra une grande partie de son œuvre, dont ses autoportraits. Tout au long de sa vie, Frida devra subir de très nombreuses interventions chirurgicales. En raison de ces accidents de la vie, «Frida KAHLO ne cessa de vivre dans un conflit entre une Frida KAHLO morte et une Frida vivante, une dualité excessivement humaine» écrit Hayden HERRERA, une critique d’art et une de ses grands biographes. «Assez belle, elle souffrait cependant d’imperfections qui ne faisaient qu’accroître son magnétisme : ses sourcils dessinaient sur son front une ligne ininterrompue, et l’ombre d’une moustache obscurcissait la lèvre supérieure de sa bouche sensuelle. Ses yeux étaient noirs, en amande et légèrement relevés sur les côtés. Au dire de ceux qui la connaissaient bien, l’intelligence et l’humour brillaient dans son regard, où l’on devinait aisément son état d’esprit possessif, enjôleur, sceptique ou méprisant. Sans savoir pourquoi, ses interlocuteurs se sentaient mis à nu par ce regard, aussi direct et pénétrant que celui d’un ocelot» ajoute Hayden HERRERA. «Sa voix était «ronca», un peu rauque. Elle parlait avec force, rapidité et emphase, en ponctuant ses propos de gestes vifs et gracieux, de rires à gorge déployée et, parfois, de violentes manifestations d’émotion. Lorsqu’elle s’exprimait dans une de ces langues, elle prenait plaisir à constater la réaction de l’assistance, réaction d’autant plus forte que l’être d’où s’écoulait ce langage ordurier était d’une extrême féminité et que son port de tête était celui d’une reine» écrit Hayden HERRERA.
Sa vie est également marquée par ses amours tumultueuses avec le célèbre peintre muraliste mexicain Diego RIVERA (1886-1957), volage et fantasque. Homme disgracieux, Diego RIVERA avait du succès auprès des femmes : «Diego est un grand enfant, immense, au visage aimable et au regard un peu triste. Ses yeux globuleux, sombres, très intelligents et grands, sont à grand-peine retenus, presque hors de leurs orbites, par des paupières gonflées et protubérantes, comme celles des batraciens ; ils sont très écartés, plus que d’autres yeux.  En le voyant tout nu, on pense immédiatement à un enfant grenouille, debout sur ses pattes arrière. Sa peau est d’un blanc verdâtre, comme celle d’un animal aquatique. Seuls ses mains et son visage sont plus sombres, parce qu’ils ont été brûlés par le soleil. De sa poitrine il faut dire que : s’il avait débarqué sur l’île gouvernée par Sapho, il n’aurait pas été exécuté par ses guerrières. La sensibilité de ses seins merveilleux l’aurait rendu admissible. Bien que sa virilité, spécifique et étrange, le rende également désirable sur les terres des impératrices avides d’amour masculin.» écrit Frida dresse-t-elle un portrait de son mari. Après leur mariage, le 21 août 1929, Diégo RIVERA aura de nombreux amis, notamment, le fondateur de l’Armée rouge, Léon TROTSKI (1879-1940) assassiné à Mexico, et le surréaliste, André BRETON (1896-1966). Frida et Diégo ont partagé leur vie entre leur pays natal et les États-Unis, notamment San Francisco. «La «high society» d’ici me tape sur le système et je suis pas mal en colère contre tous les richards du coin, car j’ai vu des milliers de gens dans une misère noire, sans rien à manger, sans un toit où dormir, c’est ce qui m’a le plus impressionnée ici. Je trouve épouvantable de voir les riches passer leurs jours et leurs nuits dans des parties, pendant que des milliers et des milliers de gens meurent de faim. Malgré tout l’intérêt que je porte au développement industriel et mécanique des États-Unis, je trouve qu’ils manquent cruellement de sensibilité et de bon goût» écrit-elle, des Etats-Unis, le 26 novembre 1931, à son médecin Léo ELEOSSER. La vie privée de ce couple était fortement médiatisée. Ils se sont séparés fin 1939, puis se sont remariés le 8 décembre 1940 ; Frida est devenue moins possessive, moins jalouse et prit un amant, Ricardo ARIAS VINAS, un réfugié espagnol : «Le remariage fonctionne bien. Peu de disputes, une meilleure entente mutuelle et, en ce qui me concerne, moins d’enquêtes du genre chiantes sur les autres dames qui parfois viennent soudain occuper une place prépondérante dans son cœur. Bref, toi pouvoir comprendre que j’ai enfin admis que la vie est ainsi faite et que tout le reste n’est que foutaise» écrit-elle le 8 juillet 1941, à son médecin. Certaines de ses lettres à Diego sont pleines de tendresse et de poésie «Diego, mon enfant, mon amour. Tu sais quels cadeaux je t’offrirais volontiers, non seulement aujourd’hui mais toute la vie, mais j’ai eu cette année la malchance de ne rien pouvoir te donner qui vienne de mes propres mains et de ne rien pouvoir t’acheter qui te plaise vraiment. Je t’offre tout ce qui est à moi et que je possède depuis toujours, ma tendresse, qui naît et vit à chaque heure, juste parce que tu existes et que tu la reçois» écrit-elle le 8 décembre 1945.
Diego et Frida connaissaient du beau monde, comme Henry FORD (1863-1947), industriel et constructeur d’automobiles, Nelson ROCKEFELLER (1908-1979), homme d’affaires et philanthrope, Joan MIRO (1893-1983), peintre, sculpteur, graveur et céramiste, et Vassily KANDISKY (1866-1944), peintre. Son mari, Diego, la trompait même, en 1934 avec sa sœur, Cristina KAHLO (1908-1964). «Vous savez tout ce que j’ai enduré et je crois que vous comprendrez ma situation, même si je vous épargne les détails. Je n’avais jamais autant souffert et jamais je n’aurais cru devoir supporter tant de malheurs. C’est une double peine, si je puis m’exprimer ainsi. Vous savez mieux que quiconque ce que Diego signifie pour moi et, d’un autre côté, elle était la sœur que j’aimais le plus, que j’avais essayé d’aider quand elle avait atterri entre mes mains, ce qui fait que la situation est horriblement compliquée et elle empire de jour en jour» écrit-elle, le 18 octobre 1934, à Ella et Bertram WOOLF, au sujet des infidélités de Diégo avec sa sœur. «À la violence, à la jalousie possessive de Diego, l’ogre dévorant, s’opposent la distance, la rêverie, le goût pour la solitude de Frida, son obsession de la souffrance. Sa peur de souffrir, qui veut dire aussi : peur de la jouissance. L’homme est déterminé à conquérir par la violence, à user des autres, à tirer une certaine jouissance du mal et des larmes ; et la femme est condamnée à la dépendance, à la souffrance, à la solitude, mais aussi à la clairvoyance et à cette perception instinctive des dangers et des douleurs» écrit Jean-Marie LE CLEZIO. Frida KAHLO a eu également des amants, comme Léon TROTSKI et Nickolas MURAY (1892-1965), photographe et escrimeur.  «La vivacité, l’intelligence et la séduction qui émanaient de Frida attiraient la gent masculine, où elle puisait de nombreux amants. On sait qu’elle eut également des liaisons féminines» écrit Hayden HERRERA. Si Diego RIVERA semblait indifférent à ces dernières, il était en revanche violemment opposé aux aventures hétérosexuelles de sa femme «Je ne veux pas partager ma brosse à dents avec n’importe qui !» disait Diego RIVERA.
En dépit de ces handicaps, Frida KAHLO un exemple de résilience a su transformer ses faibles en force, à travers sa peinture, dans laquelle elle sublimait son mal et son chagrin. La peinture est devenue une sorte de thérapie : «For the heart that greatly loves receives no counselor consolation except from the very one who woundedit, because from that one it hopes, its pain will be cure» écrit Salomon GRIMBERG citant Sainte-Thérèse d’AVILA. Pour l’essentiel, les critiques littéraires estiment que la contribution artistique de Frida KAHLO, à travers une dominante d’autoportraits, serait une sorte de narcissisme, et de réduirait donc à ce qu’elle nous dit d’elle-même. La peinture de Frida KAHLO serait en harmonie avec sa vie faite de grandes souffrances qu’elle tente d’exorciser, sinon d’y échapper ou de conjurer ce mal. En effet, condamnée par les médecins, à la suite de son accident, Frida KAHLO ne s’en sort que par sa force de caractère, son désir de vivre la sauvant du désespoir. En revanche, pour Joëlle GUYOT, l’artiste, en adoptant une posture populaire, est une digne représentante du «mexicanisme» ou de la «méxicanité» en peinture. Frida y retrouve certes l’image du peuple qui la fascine. Mais ce qui la fascine, c’est la liberté d’expression, la recherche par l’artiste de nouvelles voies, dans le domaine pictural, en réaction contre l’art académique, l’émotion des couleurs, la sincérité du témoignage visuel» écrit-elle. Pour, la peinture de Frida KAHLO est une manifestation populaire de la rancœur féminine, afin de construire des rapports sociaux plus justes et plus équitables. Pendant la guerre civile en Espagne, elle est venue en aide aux Républicains espagnols «Nous avons aussi constitué un comité pour aider financièrement les miliciens espagnols, et dans ce comité il y a Diego, moi et plusieurs autres membres de diverses organisations révolutionnaires ouvrières. J’ai écrit à New York et ailleurs, et je crois que j’obtiendrai une aide, même toute petite, au moins de quoi envoyer de la nourriture et des vêtements aux enfants des ouvriers qui luttent au front» écrit-elle, le 17 décembre 1936, à son médecin.
Finalement, Frida KAHLO, par la puissance de sa peinture, sa transgression, suscite une émotion, afin de faire bouger les lignes, contre l’ordre établi du patriarcat. En effet, au Mexique rien n’a changé depuis la chute des royaumes indiens aux mains des Conquérants espagnols. Frida KAHLO se fait l’écho des luttes sociales dans son pays. La révolution mexicaine est la première révolution sociale qui annonce celle de la Russie et marque le début des temps modernes. C’est un mouvement spontané qui parcourt l’ensemble du pays, parce que les paysans en sont les vrais acteurs. Au Mexique, en 1910, le paysage est tel que l’ont laissé les colons espagnols : immense masse rurale écrasée par les grands propriétaires, aliénée par une poignée de seigneurs et leurs milices. «Pour Diego, comme plus tard pour Frida, l’attrait, c’est Mexico. Non, pas la mégapole d’aujourd’hui, piège pour les damnés de l’ère industrielle, mais cette ville éblouissante, légère, effervescente, dans laquelle se retrouvent au lendemain de la révolution les étudiants, les aventuriers, les amoureux, les maîtres à penser et les ambitieux politiciens, les théoriciens, de l’art et les apprentis de la modernité. Le Mexico de Diego et Frida. Une ville où bouillonnent la création, l’invention, la nouveauté. Aucune ville sans doute n’aura été aussi révolutionnaire, synonyme de phare pour les peuples opprimés de l’Amérique» écrit Jean-Marie LE CLEZIO, dans «Diégo et Frida». Aussi, les deux artistes veulent incarner, dans une façon, à travers leur art, un Mexique des profondeurs «Diego et Frida, d’une certaine façon, ont incarné les vices et les vertu de cette époque où l’on réinvente les valeurs mexicaines, l’art et la pensée des civilisations préhispaniques. Diego et Frida consacreront toute leur vie à la recherche de cet idéal du monde amérindien. C’est lui qui leur donne leur foi révolutionnaire, et qui fait briller alors, au centre d’un pays ravagé par la guerre civile, l’éclat unique du passé, comme une lumière qui attire les regards de toute l’Amérique et symbolise la promesse d’une nouvelle grandeur» écrit Jean-Marie LE CLEZIO.
Frida KAHLO a produit 250 peintures, dont les deux tiers sont des autoportraits. Sa création artistique, loin d’être un nombrilisme plat et voyeuriste, est symbolique, subtile et riches de métaphores puisées de différentes cultures, notamment Aztèques, d’Etrême-Orient et du folklore mexicain : «Je peins des autoportraits parce que je suis si souvent seule, parce que je suis la personne que je connais le mieux. La douleur, le plaisir et la mort ne sont rien d’autre qu’un processus d’existence. La lutte révolutionnaire, dans ce processus, est une porte ouverte sur l’intelligence» dit Frida KAHLO. Par conséquent, la peinture de Frida KAHLO place en son centre les rapports sociaux du Mexique. Il existe donc une dimension ethnique et mythique précolombienne de la peinture de Frida KAHLO. Entre réalisme et fantaisie, Frida KAHLO fait appel aux vibrantes couleurs et ses références au folklore mexicain. En effet, on le constate à l’exposition au Palais Galliera de Paris, l’artiste avait une grande faiblesse pour les habits traditionnels de son pays. Frida KAHLO a joué un rôle important pour le mouvement artistique mexicain de l’époque.
André BRETON, qui connaissait l’artiste, voyait Frida KAHLO comme, «un ruban autour d’une bombe», écrit-il. Frida se défend, vigoureusement d’appartenir au courant surréaliste : «Certains critiques ont tenté de me classer parmi les surréalistes, mais je ne me considère pas comme telle. En fait, j’ignore si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont l’expression la plus franche de moi-même. Je déteste le surréalisme. Il m’apparaît comme une manifestation décadente de l’art bourgeois. Une déviation de l’art véritable que les gens espèrent recevoir de l’artiste. J’aimerais que ma peinture et moi-même nous soyons dignes des gens auxquels j’appartiens et des idées qui me donnent de la force. J’aimerais que mon œuvre contribue à la lutte pour la paix et la liberté» écrit-elle, à Antonio RODRIGUEZ. En effet, Frida KAHLO estime qu’elle ne peignait pas des rêves, mais la réalité de son pays. «Ma peinture n’est pas révolutionnaire» dit-elle, fort modestement. Artiste de génie, femme engagée, muse tragique et amante passionnée, figure dominante de l’art mexicain Frida KAHLO est une Femme anticonformiste, bisexuelle, et admirait Paris.
La reconnaissance, pour Frida KAHLO a été très tardive ; elle est arrivée à la fin de sa vie. En avril 1953, une grande exposition est organisée dans sa ville natale, Mexico, à la Galerie d’Art. En dépit de la maladie qui la rongeait, elle arrive à cette manifestation, sur une civière, vêtue d’un costume indien, affirmant ainsi, au-delà de ses souffrances, son goût de séduction et de mise en scène. En avance sur son temps, elle a su transformer sa douleur, en une exceptionnelle puissante créativité artistique. En 1977, le gouvernement mexicain organisa une rétrospective de l’œuvre de Frida KAHLO. Le 2 novembre 1978, à l’occasion du «Jour des Défunts», l’une des fêtes les plus célébrées du Mexique, la «Galería de la Raza» organisa un hommage à Frida KAHLO dans le quartier de Mission, à San Francisco, aux Etats-Unis. A partir de là, de nombreuses expositions de Frida KAHLO sont organisées aux Etats-Unis, à Londres, en Allemagne et maintenant à Paris.
En 1953, Frida KAHLO, déjà invalide, a une jambe droite amputée jusqu’au genou, en raison de la gangrène ; elle est rongée par une angoisse intense et incontrôlable. Mais elle est restée digne et courageuse devant la souffrance et la progression de sa maladie «Sentir dans ma propre douleur la douleur de tous ceux qui souffrent et puiser mon courage dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux» écrit-elle dans son recueil de lettres. Pour Frida, la mort est une sortie silencieuse : «On m’a amputé la jambe et cela me fait perdre la tête. J’ai envie de me suicider. Seul Diego m’en empêche parce que je m’imagine que je pourrais lui manquer. Il me l’a dit et je le crois. Mais jamais, de toute ma vie, je n’ai souffert davantage» dit Frida KAHLO.  «Je veux que mon œuvre soit une contribution au combat pour la paix et la liberté », et  Si je ne transmets pas davantage d’idées dans ma peinture, c’est parce que je n’ai rien à dire, et que je ne me sens pas l’autorité nécessaire à donner des leçons ; mais ce n’est pas parce que je crois que l’art doit être quelque chose de muet» dit Frida. Restée longtemps une inflexible volonté de vivre,  Frida KAHLO meurt le 13 juillet 1954. Incinérée, ses cendres reposent dans sa maison, «La Casa Azul», ou la Maison Bleue, devenue, en juin 1958, «Le musée Frida KAHLO». Ses lettres sont pleines de poésie et de mélancolie : «J’avais souri. Rien d’autre. Mais la clarté fut en moi, et dans les profondeurs de mon silence. Il me suivait. Comme mon ombre, irréprochable et légère. Un chant sanglota dans la nuit. J’ai fini par pleurer. Recroquevillée sur les marches de l’église, à l’abri sous mon châle soudain baigné de larmes» écrit-elle le 30 novembre 1922.
Son art est autobiographique, mais une autobiographie de la douleur pouvant toucher chacun d’entre nous. «Je peins ma réalité. Je ne sais qu’une chose : la peinture est pour moi un besoin. Et je peins toujours ce qui me passe par la tête, sans penser à rien d’autre» disait-elle. Frida peignait la mexicanité avec une grande émotion «Sa création constitue l’un des meilleurs et des plus importants documents d’art plastique, l’un des plus intense, des plus authentiquement humains de notre temps. Elle sera d’une valeur inestimable pour le monde futur» avait prédit Diego RIVERA. Jean-Paul GAULTIER, a dédié sa collection printemps-été 1998, à Frida KAHLO. Plus de 68 ans après sa mort, Frida KAHLO est source d’un immense business : les porte-clés, le style de vêtements, les expositions, les comédies musicales (Jaime LOZANO et Neena BEBER) et les films. Tout se vend bien, et parfois, à coup de millions d’euros. En 2002, le film, «Frida» a été produit et interprété par Salma HAYEK et couronné de plus de 15 prix et un accessit de nomination aux Oscars.
Indications bibliographiques très sommaires
I – Contributions de Frida KAHLO
 
KAHLO (Frida), Frida Kahlo : Lettres 1922-1954, notes de Raquel Tibol, traduction de Christillat Vasserot, Paris, Christian Bourgeois, collection Points, 2007, 456 pages ;
 
KAHLO (Frida), Le journal de Frida KAHLO, introduction de Carlos Fuentes, avant-propos Sarah LOWE, traduction de Rauda JAMIS, Paris, éditions du Chêne, 1995, 295 pages.
 
II – Critiques de Frida KAHLO
ANKORI (Gannit), Frida Kahlo, Londres, Reaktion Books, 2013, 224 pages ;
BAKEWELL (Liza), «Frida Kahlo, A Contemporary Feminist», University of Nebraska Press, 1993, Vol 13, n°3, pages 165-189 ;
BERGER (John, «Frida Kahlo, la peinture à même la peau», Le Monde diplomatique, août 1998, page 32 ;
BRETON (André), Le surréalisme et la peinture, Paris, Gallimard, 1965, 256 pages, spéc pages 141-144 ;
CORTANZE de (Gérard), Frida Kahlo : la beauté terrible, Paris, Albin Michel, 2011, 206 pages ;
DEBROISE (Olivier), Diego de Montparnasse, Mexico, SEP, Mexico, 1985, 135 pages ;
GODARD (Jocelyne), Frida Kahlo : la volonté pour oublier, Les éditions du 38, 2019, 242 pages ;
GRIMBERG (Salomon), «Artists in Group Pyschotherapy : The Emergence of Artistic Creativity», International of Group of Psychoterapy, 1982, Vol 32, n°4, pages 564-565 ;
GRIMBERG (Salomon), «Frida’s Kahlo’s Memory : The Piercing of the Heart by the Arrow of Divine Love», Women’s Art Journal, 1990, Vol 11, n°2, pages 3-7 ;
GRIMBERG (Salomon), «Frida’s Kahlo’s Still Lifes. I Paint Flowers. So They Will not Die», Women’s Art Journal, 2004, Vol 25, n°2, pages 25-30 ;
GRIMBERG (Salomon), Frida Kahlo. Confidences, Paris, éditions du Chêne, 2008, 160 pages ;
GUELY (Maud), VYNE-KUPRA (Rachel), Un ruban autour d’une bombe. Une biographie textile de Frida Kahlo, Nada éditions, 2022, 128 pages ;
GUYOT (Joëlle), «Mythes identitaires et histoire dans l’œuvre de Frida Kahlo», America : Cahiers du CRICCAL, 1988, n°3, pages 81-99 ;
HAMMOUCH (Yasmine), L’expression de la douleur et de la souffrance dans les autoportraits de Frida Kahlo, Paris, Education, 2020, 92 pages ;
HARTOG (Guitté) LAVALLEE (Marguerite), «Les images et les mots pour le dire. Des manifestations populaires de la rancœur féminine dans l’œuvre de Frida Kahlo et les chansons de Paquita La Del Barrio», Recherches féministes, 2005, Vol 18, n°2, pages 39-56 ;
HERRERA (Hayden), Frida Kahlo : The Last Interview and Others Conversations, Londres, Melvillehouse, 2020, 96 pages ;
HERRERA (Hayden), Frida Kahlo, traduction de Philippe Beaudoin, Paris, Flammarion, collection Grandes biographies, 2022, 608  pages ;
HOURDIN (Gaëlle) SUAREZ (Modesta), Le journal de Frida des pleins et des liés, Paris, éditions de l’Age d’Homme, 2013, pages 172-182 ;
KENT (Jane), La vie de Frida KAHLO, illustrations d'Isabel MUNOZ, Paris, Librairies des écoles, 44 pages ;
KNAFO (Danielle), «Egon Schiele and Frida Kahlo : The Self-Portrait as a Mirror», The Journal of American Academy of Psychoanalysis, 1991, Vol 19, n°4, pages 630-647 ;
LE CLEZIO (Jean-Marie, Gustave), Diego et Frida, Paris, Stock, 1993, 237 pages ;
LEON  (Grégorio), L’ultime secret de Frida K., Paris, E.A.N., 2013, 345 pages ;
PETITJEAN (Marc), Le cœur de Frida Kahlo à Paris, Paris, Arléa, Poche, 2022, 190 pages ;
PROGNITZ-PODA (Helga), Frida KAHLO, Munich, Berlin, New York, Prestel Verlag, 2010, 255 pages ;
RIVERA (Diégo), My Art, my Life, New York, The Citadel Press, 1960, 246 pages ;
SINGLER (Christoph), «La peinture mexicaine : De de l’époque précolombienne à nos jours», Caravelle, 1993, n°61, pages 256-259 ;
SOLAL (Elsa), ROCA (François) SZAC (Murielle), Frida Kahlo : Non à la fatalité, Arles, Actes Sud Junior, 2020, 96 pages ;
SOUTH (Gerry), Frida KAHLO au-delà du miroir, traduction de Karine Py, New York, Parkstone Press, 2007, 255 pages ;
WILLOX (Claire), Frida KAHLO : au-delà des apparences, Paris, Galleria, 2022, 240 pages.
Paris, le 29 octobre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Frida KAHLO (1907-1954) artiste-peintre au Musée Galliera, de la Mode à Paris» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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28 octobre 2022 5 28 /10 /octobre /2022 21:20
«Pierre SOULAGES (1919-2022) un artiste-peintre de l’art abstrait et de la monochromie ou l'apologie du Noir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«La première fois que je vis un tableau de Pierre SOULAGES, ce fut un choc. Je reçus au creux de l'estomac un coup qui me fit vaciller, comme le boxeur touché qui, soudain, s'abîme. C'est exactement la même sensation que j'ai éprouvée à la première vue d'un masque «Dan». Ce n'est pas par hasard, les peintures de SOULAGES me rappellent toujours les peintures, voire les sculptures négro-africaines. C'est le même mépris de toute vaine élégance» dit le poète-président sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001, voir mon article).
Pierre SOULAGES est, par excellence, le peintre de l’abstrait. La peinture reste une fiction, le domaine de la représentation et de l’émotion : «La réalité de la peinture, ce n’est pas sa matérialité, c’est le triple rapport qui se crée entre la peinture, celui qui l’a faite et celui qui la regarde» dit-il. Peintre et graveur, il est né le mercredi 24 décembre 1919, au 4 rue Combarel, à Rodez, dans l'Aveyron. «J’ai deux lieux de naissance : Rodez et la peinture contemporaine. Mon enfance, c’est le Rouergue. Un pays que j’aime» dit-il à «l’Express». Ancienne capitale du Rouergue, préfecture de l’Aveyron, perché sur son «piton» à 627 mètres d'altitude, Rodez, cité antique du grès rose, fondée par les Ruthènes, est située au centre du département dont elle est le chef-lieu, entre Conques au Nord et le viaduc de Millau au Sud. Rodez, c’est également la vieille rivalité avec Albi, la Tarnaise, dont la Cité médiévale est inscrite au Patrimoine Mondial par l'Unesco depuis 2010. (Voir mon article, Rodez, dans l’Aveyron, du 8 septembre 2018, Médiapart). Rodez est la ville des ancêtres de l’ancien maire de Paris, Bertrand DELANOE qui y a passé dix années de sa vie, de 1964 à 1974. Paul RAMADIER, avocat, socialiste et président du Conseil en 1947, né à la Rochelle le 17 mars 1888, est mort le 14 octobre 1961, à Rodez. Cette ville, Rodez, fut sans doute, une étape importante, dans le destin tourmenté d’Antonin ARTAUD (1896-1948). Il y arriva le 11 février 1943, pour y être soigné à l’hôpital psychiatrique. Affamé, sale et hirsute, il ne lui restait que huit dents. Poète maudit et ami des surréalistes (Robert DESNOS et Paul ELUARD), Antonin ARTAUD retrouva à Rodez ses capacités créatrices, après avoir lui-même constaté, auparavant : «Ma pensée m’abandonne, à tous les degrés» dit-il.
Pierre SOULAGES est mort dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 octobre 2022, à Nîmes, dans le Gard. Pierre SOULAGES perd son père, Amans SOULAGES (1867-1926), un carrossier, alors qu'il n'avait 5 ans. Le jeune Pierre, est alors élevé par sa mère, Aglaé Zoé, Julie CORP (1883-1978) et sa sœur aînée. «J’ai grandi avec deux mères : ma vraie mère, Aglaé, et ma sœur, de quinze ans mon aînée, qui fut aussi mon professeur de philosophie au lycée. Ma mère était une femme de l’ancien temps, qui savait à peine écrire, mais savait lire. Après la mort de mon père, elle a tenu une boutique de chasse-pêche-cordages» dit-il.
«Depuis toujours dans l'histoire de l'humanité, quand les nœuds de la civilisation sont devenus si serrés qu'ils ne laissent plus passer le sang de la Vie, un Barbare arrive avec une hache et dit : «ça suffit». Soulages est ce barbare éclairé qui fait table rase de tout pour retrouver l'essentiel. Dans cet Occident qui valorise les images au détriment des personnes, comment n'être pas fasciné par les présences anthracites du seul prophète de toute l'histoire de la peinture?» écrit Lydie DATTAS. En effet, toute la peinture de Pierre SOULAGES se résume à des obsessions concernant l’origine de l’Humanité. Dans les temps anciens, les Hommes ont laissé des peintures murales dans des grottes, en pleine obscurité, dans le noir. Il pratique une lumière réfléchie par des états de surface du noir. Maitre de l’art contemporain, Pierre SOULAGES a mis en place des innovations techniques au service de sa passion de la lumière. «Il est possible [...] que ce soient ces choses-là que j'avais en tête, sans le savoir, qui m'ont conduit à faire la peinture que l'on a appelée «noir lumière», et que moi j'appelle «outrenoir». Quand je suis revenu voir ce que j'avais fait, je me suis aperçu que je ne travaillais plus avec du noir, mais avec la lumière reflétée par le noir» dit-il à Pierre ENCREVE, un de ses grands biographes et proche de Michel ROCARD. Le noir est la couleur d'origine de la peinture. «Déjà adolescent, à Rodez, j’ai découvert une reproduction de peinture préhistorique, le bison d’Altamira, dans un livre d’histoire. Ce fut la révélation de tout un pan de l’art, le questionnement de tout ce qui avait été depuis l’origine de l’humanité» dit-il.
Fasciné par les vieilles pierres du Rouergue et les paysages des Causses et les matériaux patinés, on lui offre des crayons ; il dessine à l'encre noir sur du blanc. Pierre SOULAGES «est le maître du Noir,  puisqu’il est esclave de la Blonde. Quand elle marche en plein jour, sa taille de guêpe étranglée d’or ductile la rend invisible aux profanes. Mais quand elle arpente la toile goudronnée, tous reconnaissent sa beauté. Sous sa peau bouillonne ce lac asphaltique où sombre l’armada des raisons» écrit Lydie DATTAS. Utilisé en ébénisterie, le brou de noix a permis à Pierre SOULAGES de jouer avec la lumière en opposant le contraste du pigment sombre et le fond clair du papier. «Dans les premières peintures que je faisais en 1947, c'étaient les réactions du fond blanc du papier ou de la toile qui me guidaient. Je m'efforçais de ne pas tenir compte de la trace noire de mon pinceau, de ne pas trop la regarder, mais d'observer la réaction du fond à côté. C'était le vide ou le fond qui me guidait. Tout venait de là», dit Pierre SOULAGES. En paraphrasant le «ce n’est pas l’art qui imite le vie, c’est la vie qui imite l’art» d’Oscar WILDE (1854-1900), on pourrait dire que, dans les peintures de Pierre SOULAGES, ce n’est pas la lumière qui donne à voir l’œuvre, c’est l’œuvre qui donne à voir la lumière. Et cette lumière, l’artiste la manipule en travaillant les états de surface de sa peinture. A une interpellation, d'une amie de sa sœur, il répond : «Ce que je voulais faire avec mon encre, c'était le blanc du papier, encore plus blanc, plus lumineux que la neige». Pour lui, la couleur noire fait ressortir la lumière et met en valeur les autres couleurs. Par conséquent, Pierre SOULAGES affectionne, passionnément, en ces temps troublés, le Noir, souvent associé à des idées négatives, mais dont il a choisi de vanter la beauté. «Enfant, pour moi, la neige c’était tout. Or, le noir faisait ressortir la blancheur. Prenez une couleur sombre et placez du noir à côté, elle s’éclaire. On m’offrait des couleurs, mais je préférais l’encrier. C’est la puissance du noir qui m’intéressait. C’est une couleur violente, active, frappante qui n’a rien à voir avec le deuil» dit Pierre SOULAGES.
A l’occasion d’une visite scolaire, il découvre l'abbaye de Sainte-Foy de Conques dont il sera chargé d'installer les vitraux entre 1987 et 1994. A 19 ans, en 1938, il part pour l'école des beaux-arts de Paris et découvre la peinture de nombreux artistes dont Paul CEZANNE (1839-1906) et Pablo PICASSO (1881-1973, Voir mon article sur cet artiste de l’art nègre). Notre ami, Alain PICASSO écrit qu'il a été, de visu, témoin d'une rencontre entre Pablo PICASSO et Pierre SOULAGES, deux artistes ayant bousculé l’art contemporain. Pierre SOULAGES exposera, du 2 avril au 26 juin 2016, au Musée de PICASSO à Antibes. Une exposition sur Pablo PICASSO, se tiendra du 11 juin 2016 au 25 septembre 2016, musée Pierre SOULAGES, à Rodez, avec plus de 400 000 visiteurs. Lors de cette exposition de 2016, à Rodez, notre ami, Alain PICASSO, fils de Pablo, est venu faire dédicacer l’ouvrage de l’exposition à Pierre SOULAGES : «A ce moment, Soulages s’est mis en colère et a refusé de me dédicacer ce livre, mais a méticuleusement rayé son nom sur la page de garde du livre. J’ai alors demandé au conservateur du musée Soulages, un ami du peintre «pourquoi cette crise ?». Il m’a appris que Soulages ne voulait pas que la typographie de son nom soit de la même taille que Picasso. Pour Soulages, Picasso est le maître absolu» écrit Alain PICASSO.
Passionné de l’archéologie et l’art pariétal, ensuite avec Conques de l’art roman, enfin de la peinture abstraites, Pierre de SOULAGES a fait d’autres rencontres dans les années 1950-1960, avec Francis PICABIA (1879-1953), Hans HARTUNG (1904-1989), Jean-Michel (1913-1960), Léopold SENGHOR, puis autour de Conques avec Georges DUBY (1919-1996) et Jacques Le GOFF (1924-2014). Ces échanges ont enrichi sa création artistiques.
Pierre SOULAGES, un humaniste, est marqué par son attachement au multiculturalisme et la Fraternité entre les Hommes. En effet, Léopold Sédar SENGHOR qui connaissait Pierre SOULAGES depuis les années 50, avait acheté un de ses tableaux du 3 décembre 1956, mais resté à Verson (Calvados), près de Caen. A la mort de son épouse normande, Colette SENGHOR, née HUBERT (1925-2019, voir mon article). Le 23 janvier 2021, ce tableau, mis aux enchères, vaut maintenant entre 800 000 et 1 million d'euros. Après l'exposition de Pablo PICASSO, à Dakar, en 1972, dont a fêté cette année-ci, le cinquantenaire, le président SENGHOR avait également invité Pierre SOULAGES à exposer au Musée Dynamique de Dakar du 29 novembre au 29 décembre 1974. Léopold Sédar SENGHOR a été initié à l'art moderne par son ami Georges POMPIDOU (1911-1974) et son épouse Claude POMPIDOU née CAHOUR (1912-2007). «Je plaide pour une peinture ouverte, qui va sans se préoccuper de la culture qu'on a reçue» dit Pierre SOULAGES. Le tableau que Pierre SOULAGES avait vendu à Léopold Sédar SENGHOR, en 1956, sera exposé à partir du 6 février 2023, à Paris au Musée Jacques CHIRAC, quai Branly, sur le thème : «SENGHOR et les arts».
Pierre SOULAGES, rejetant l’aspect trop académique de l’enseignement de l’art à Paris, repart au Musée Fabre de Montpellier dans l'Hérault, mais le jour de son arrivée dans cette ville, il découvre, le 13 février 1941 que le maréchal Philippe PETAIN y reçoit avec faste, FRANCO. C'est à ce moment qu'il rencontre sa future femme à Montpellier, Colette Léonie LLAURENS, née le 14 mars 1921 à Sète (Hérault), la ville de Georges BRASSENS (1921-1981, voir mon article sur Médiapart du 22 octobre 2021 sur cet artiste libertaire) et qui travaillait l'histoire de l'art. Pierre SOULAGES est mort le jour de ses noces de chênes, puisqu'il s'est marié à Colette, à Montpellier, le 26 octobre 1942, soit il y a de cela 80 ans. Le couple n'avait pas d'enfants. «Connu et apprécié dans le monde entier, Pierre Soulages était tout simplement le plus grand peintre contemporain français. À travers son œuvre étendue sur un siècle de vie, nous avons été invités à repenser notre rapport à la lumière. Montpellier s’est aussi inscrite durablement dans son parcours de vie. Car c’est dans notre ville qu’il s’est construit en tant qu’homme et artiste. Il est également tombé amoureux de notre musée Fabre qui a contribué à façonner son regard, qu’il a n’a jamais cessé de fréquenter tout au long de sa vie. Montpellier n’oubliera jamais l’inestimable cadeau que Pierre et Colette Soulages lui ont fait à travers cette donation qui est à l’origine même de la rénovation du musée Fabre avec son aile dévolue à l’art contemporain. Aujourd’hui, grâce aux dons successifs du couple, le musée Fabre possède la plus grande collection de Soulages au monde : trente-quatre toiles réalisées entre 1951 et 2012 permettant à tous de comprendre l’immense travail de l’artiste» écrit, en hommage à l’artiste, le Maire de Montpellier.
En 1979, il décide de ne peindre qu’exclusivement en noir : «J’ai toujours pensé que plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte» dit-il. A Conques, pour ses vitraux, entre 1987 et 1994, Pierre SOULAGES décide de n’utiliser de n’utiliser que deux états : le transparent et le cristallisé : «J’ai différencié le monde de la lumière de celui de l’opacité» dit-il.
Considéré comme l'un des artistes majeurs de l'après-guerre, la contribution artistique de Pierre SOULAGES a été très tôt reconnue internationalement parmi les plus importantes de la seconde moitié du XXème siècle, et ses développements récents la situent toujours au tout premier plan. Sa première exposition a été réservée à la galerie Lydia CONTI, à Paris, puis à la Galerie d’Art Colette ANDY, à Paris. Il sera invité en Allemagne, puis aux Etats-Unis. En 2009, à l’occasion de son centenaire, le Centre Pompidou à Paris, lui consacre une rétrospective qui rencontre un extraordinaire succès auprès du public.
Pierre SOULAGES est le seul artiste, de son vivant qui a ouvert dans sa ville natale, un musée à son nom : «Pierre Soulages, vous êtes, je sais que je vais heurter votre modestie,  le peintre vivant aujourd'hui le plus exceptionnel. Rodez, vous y êtes né, c'était hier, il y a 94 ans. Rodez, vous lui faites le plus beau des cadeaux avec vos œuvres, votre adhésion (ainsi que celle de Colette, car vous êtes toujours deux à décider» dit le 29 mai 2014, le président François HOLLANDE. «L’art est la seule chose qui mérite qu’on lui consacre une vie» disait Pierre SOULAGES. Pour lui, le «Noir c’est la couleur d’origine». Il ne redoutait pas la mort : «Je me fous de la mort, tant que mes toiles vivent» dit-il à la «Dépêche du Midi».
Très brèves références bibliographiques
I – Contributions de Pierre SOULAGES
SOULAGES (Pierre), «Je reste toujours attaché à Rodez» entrevue accordée à Stéphane RENAUT, L’Express, 19 octobre 2009 ;
SOULAGES (Pierre), «Pierre Soulages en dialogue» entrevue accordée à Maïlys CELEUX-LANVAL, BeauxArts, 8 février 2020 ;
SOULAGES (Pierre), «Pierre Soulages en dialogues» entrevue accordée à Maïlys CELEUX-LANVAL, BeauxArts, 8 février 2020 ;
SOULAGES (Pierre), ENCREVE (Pierre), Soulages, L’œuvre complet, peinture : tome 3, 1979-1997, Paris, Seuil, 1998, 360 pages.
II – Autres références sur Pierre SOULAGES
ARTé, Pierre Soulages, le maître de l’Outrenoir, film documentaire, réalisation de Stéphane BERTHOMIEUX, 2017, durée 52 minutes et 30 secondes ;
BeauxArts, «Les 100 ans de Pierre Soulages», BeauxArts, 4 décembre 2019, numéro spécial, 68 pages ;
BeauxArts, «Pierre Soulages, la puissance créatrice», BeauxArts, supplément, exposition du 8 février au 19 avril 2020  ;
BOUSTEAU (Fabrice), «Un après-midi, chez Pierre Soulages», BeauxArts, octobre 2009, n°304, 23 pages ;
CEYSSON (Bernard), Soulages (Les maîtres de la peinture moderne), Paris, Flammarion, 1979, 95 pages ;
DATTAS (Lydie), La blonde, les icônes barbares de Pierre Soulages, Paris, Gallimard, 2014, 86 pages ;
DUBORGEL (Pierre), Pierre Soulages, la planche noire de lumière, Paris, Jean-Pierre Huguet éditeur, collection les Sept Collines, 2006, 100 pages ;
ENCREVE (Pierre), Les Soulages du Musée Fabre, Paris, Gallimard, 2008, 92 pages ;
ENCREVE (Pierre), MIESSNER (Marie-Cécile), Soulages : L’œuvre imprimée, Paris, Gallimard, 2022, 207 pages ;
ENCREVE (Pierre), Musée Soulages : les papiers du Musée, Paris, Gallimard, 2014, 256 pages ;
ENCREVE (Pierre), Soulages : L’œuvre complet, tome 4, Paris, Gallimard, 2015, 464 pages ;
ENCREVE (Pierre), Soulages : Peintures, 1946-2006, Paris, Gallimard, 2007, 475 pages ;
JAUNIN (François), Pierre Soulages, Noir Lumière, Paris, La Bibliothèque des Arts, 2002, 157 pages ;
JUIN (Hubert), Soulages, Paris, Georges Fall, 1958, 62 pages ;
JULIET (Charles), Entretiens avec Pierre Soulages, Caen, l’Echoppe, 1992,  48 pages ;
LAURANS (Jacques), Pierre Soulages, trois lumières, Paris, Farrago, 1999, 33 pages ;
MESCHONNIC (Henri), Le rythme et la lumière avec Pierre Soulages, Paris, éditions Odile Jacob, 2000, 238 pages ;
RAGON (Michel), Soulages. La peinture sur papier, Paris, Gallérie de France, 12 planches ;
REYSSOT (Sophie), «Soulages et Senghor, c'est par la poésie», La Gazette du Drouot, 17 décembre 2020 ;
SAINT CHERON de (Michaël) SEGUELA (Matthieu), Soulages, d’une rive à l’autre, Arles, Actes Sud, 2019, 80 pages ;
SPITZER (Thierry), Pierre Soulages, Regards, Paris, Réunion des musées nationaux, Film documentaire, 1996, durée 57 minutes ;
TURCAT (Raphaël), «Les vitraux de Conques, quand Pierre Soulages réinvente la lumière», BeauxArts, 27 octobre 2022 ;
TURCAT (Raphaël), «Pierre Soulages à la lumière du noir», BeauxArts, 26 octobre 2022.
Paris, le 28 octobre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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