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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 14:39

L’objectif du festival, à l’initiative du collectif Mwasi programmé au 14 avenue Parmentier, dans le 11ème arrondissement, dans des locaux appartenant à la ville de Paris : "Nous voulons construire des stratégies et des solidarités durables, et pour cela il est important de se rencontrer, pour partager, échanger, faire avancer nos combats. Pour cette première édition nous avons choisi de mettre l’accent sur l’organisation de nos résistances en tant que mouvements afroféministes". NYANSAPO, est un adinkra (symboles visuels, créés par les Ashanti du Ghana et les Gyaman de la Côte d'Ivoire) qui signifie nœud de la sagesse, ingénuité, intelligence. La capacité de choisir le meilleur moyen pour atteindre son but, utiliser la connaissance et l'expérience à des fins pratiques. Le festival est divisé en quatre parties :

  • Espace non mixte : femmes noires (80% du festival) : débats et construction d'une stratégie et d'un agenda politiques, groupes de paroles, réflexions sur les théories afroféministes et care ;
  • Espace non mixte personnes noires : Réflexions autour de la communauté noire, et les luttes afros ;
  • Espace non mixte femmes racisées : Échanges sur les féminismes décoloniaux ;
  • Espace ouvert à tou.te.s : Tables rondes, showcases et expositions.

Ce sont ces espaces non-mixtes qui ont suscité les demandes du Front National et de la LICRA, relayées par la Maire de Paris d’interdiction de ce festival.

 

A la rencontre à la Sorbonne du 22 avril 2017, je n’avais accordé une attention particulière, à ces femmes revendiquant leurs orientations sexuelles de lesbiennes, Bisexuelles et Transexuelles, et recommandant contre l’excision, le droit de se masturber à haute dose. Leurs arguments et notamment l’exposé de Sabreen Al’Rassace, m’avaient paru si simplistes et radicaux, que je me suis dit, il ne fallait pas leur prêter plus d’importance qu’elles n’en valaient. En effet, elles soutenaient que si les femmes étaient victimes de violences, notamment de l’excision et le mariage forcé, c’est à cause du colonialisme. Et comme elles le disaient à la Sorbonne, qui avait accueilli en 1957, à l’invitation d’Alioune DIOP, un colloque mondiale des artistes et écrivains noirs, j’étais rassuré, à l’idée que la France est un grand pays de liberté ; on tolère presque tout. La liberté d’expression est largement protégée dans ce pays. C’est au nom de cette liberté d’expression que le pays avait justifié les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo. Naturellement, tout ce qui est excessif n’a pas de signification, je ne partage pas le point de vue de ces femmes noires. Je me bats pour le bien-vivre ensemble. Je me bats aussi, pour la tolérance, et à l’instar de ce que disait François-Marie AROUET, dit Voltaire : «Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer».

 

Aussi, quand j’ai entendu que le Front National souhaite dans cette affaire imposer à nouveau son diktat et qu’il a été appuyé et conforté dans cette initiative, par un attelage surprenant, par le président de la LICRA et la Maire de Paris, j’ai sauté jusqu’au plafond. Comment ceux qui étaient censés défendre les libertés s’associent-il avec le Diable incarné ? Pourquoi on s’empresse si vite à massacrer une seule catégorie de personnes, les Français issus de l’immigration ?

M. Alain JAKUBOWITZ, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, qui ne défend que sa communauté, s’illustre, paradoxalement par certaines de ses déclarations à caractère raciste. Ainsi, dans l’affaire Théo, un jeune noir, à l’occasion d’un contrôle au faciès, que M. Omar SY, Yannick NOAH et Eric CANTONNA, qui défendaient ce jeune dans une tribune de Libération : «c’est des noms pas très français». M. Alain JAKUBOWITZ a presque excusé au bénéfice du doute les déclarations honteuses de ce représentant syndical policier expliquant que “bamboula, ça reste convenable”, puis celles cet ancien avocat général près la cour d’appel de Paris, M. Philippe BILGER, disant que «bamboula», c’était, dans sa jeunesse, «un terme affectueux». Par ailleurs, pour M. JAKUBOWITZ, particulièrement hostile aux musulmans de France, il faudrait "reprendre le combat contre cette imposture qu'est le concept d'islamophobie».

La LICRA a longtemps compté comme membre de son «comité d'honneur» Alain FINKIELKRAULT, un négrophobe et raciste assumé, comme membre de son bureau exécutif elle compte des habitués des propos racistes. La LICRA n’a jamais songé à interdire d’antenne ni Alain FINKIELKRAULT, ni Eric ZEMMOUR qui déversent à longueur de journée des insanités sur les Noirs. La LICRA invite à ses rencontres des personnalités ouvertement racistes : «Ces chiens de Roms, vont jusqu’à vendre leurs enfants. Qu’on ne vienne pas me traiter de raciste, c’est trop facile» écrit Jean-Paul NEY, un membre de la LICRA. Ou encore dit Jean-Paul NEY, «Les petits Noirs racistes, des imbéciles heureux. Faut leur parler leur langue, ils comprennent». Finalement dans sa défense de l’égalité de M. JAKUBOWITZ, on sent deux poids, deux mesures. En sa qualité d’un mouvement qui combattrait le racisme et l’antisémitisme, le tri sélectif de M JAKUBOWITZ est inacceptable et relève du manichéisme qui discrédite son organisation. L’intolérance, d’où quelle vienne mériterait d’être condamnée, sans réserve. Nous devrions être solidaires contre toute forme d’intolérance ou d’extrémisme, d’où qu’elle vienne.

 

Faisant suite aux pressions du FN et de la LICRA, Mme Anne HIDALGO, maire de paris, envisage de demander au Préfet de police de Paris d’interdire cette manifestation. Les mouvements politiques traditionnels ont-ils réellement songé à interdire le Front National, dont l’idéologie et les principes politiques, sont manifestement contraires aux principes républicains, notamment d’égalité ?

 

Le groupe ethnique majoritaire, nos ancêtre les Gaulois, pratique largement l’entre-soi, et donc l’exclusion, de fait des autres groupes ethniques. Dans certains départements, comme la Seine-Saint-Denis, la mixité est devenue un leurre. Dans les lieux de décisions, notamment, la haute administration parisienne ou le conseil de Paris, alors que Paris compte plus de 116 nationalités, comment se traduit la représentation de la diversité ? Dans les années 80, presque la totalité des éboueurs parisiens étaient des Noirs, originaires notamment du Mali. Vous constaterez «une théorie du remplacement», ce sont nos ancêtres les Gaulois qui occupent ces postes, même peu qualifiés, dans notre belle capitale.

 

A Paris et dans d’autres villes, où les demandes de permis de construire des mosquées sont systématiquement attaquées, bloquées et retardées indéfiniment, au nom du principe de la laïcité, d’autres communautés construisent des lieux de culte, des écoles et crèches confessionnelles, à grands coups de subventions Ainsi, à Paris, les crèches et écoles construites un mouvement religieux intégriste, les Loubavitch, sont massivement subventionnées avec les deniers des Parisiens. A ce que je sache, aucun Gaulois, encore moins un Noir, Arabe ne peut y envoyer ses enfants. La ségrégation y est de rigueur.

Dans l’affaire Brahim BOUARRAM jeté dans la Seine, aucun dignitaire du Parti socialiste socialiste digne de ce nom, n’est venu, jusqu’à sa présent honorer le 1er mai, ce martyre. C’est le président MACRON qui est venu pour la première fois, le 1er mai 2017 au Pont du Carrousel. Depuis le 1er mai 1996, à l’initiative de M. Mouloud AOUNITT, d’Aubervilliers aujourd’hui décédé, nous n’étions que quelques personnes présentes à cette cérémonie.

Finalement, la classe politique traditionnelle, affirme de beaux principes républicains, de belles déclarations sur l’égalité. Mais dans les faits, l’égalité réelle, pour les Français issus de l’immigration est loin d’être la préoccupation principale. Quand il y a une grave distorsion entre la parole et les actes, cet ordre ancien est condamné à périr en raison de ses dissimulations, de son double discours et de ses mensonges. C’est une démarche coloniale qui relègue certains citoyens de la République au rang d’indigènes de la République. C’est pour cette raison que le candidat Emmanuel MACRON, avait eu raison de qualifier la «colonisation de crime contre l’humanité». Chaque jour l’injuste continue sous des formes sournoises et hypocrites. Une partie de la communauté française s’est vite organisée et en prétendant que ce concept de «crime contre l’humanité» ne pouvait être réservée qu’à l’holocauste. Mais de quel droit les souffrances de certains seraient plus légitimes que celles des autres, à moins d’établir une hiérarchie inacceptable entre les individus ?

 

Christiane TAUBIRA nous a raconté le comment diverses forces obscures avaient tenté de mettre en échec, au nom de l’exclusivité de la souffrance, son projet de loi qualifiant l’esclavage de «crime contre l’Humanité».

En définitive, je préfère le bien-vivre ensemble. Dans cette polémique stérile et dangereuse, on a donné à ce groupe féministe marginal, une publicité qu’elles ne méritaient pas. L’extrémisme est une voie sans issue. La seule orientation qui vaille, c’est la solidarité de tous les Républicains, quelles que soient leurs origines ethniques, contre la montée de l’intolérance. Nous avons en commun, au-delà de nos différentes apparentes, les valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et du bien-vivre ensemble.

Pourquoi, pendant tous ce septennat de M. HOLLANDE ces polémiques oiseuses sur les détails vestimentaires (Burqa, Burkini) comme si la laïcité était devenue une arme de guerre contre tous les musulmans ? Pourquoi ce funeste projet de déchéance de la nationalité, comme s’il y avait deux catégories de citoyens ?

Il ne faudrait pas confondre intégration et assimilation. Chaque groupe ethnique a droit de vivre en accord avec ses principes, pourvu de ne pas troubler l’ordre public ou vouloir imposer ses règles aux autres. Par conséquent, le bien-vivre ensemble n’a de sens que si le groupe ethnique majoritaire, en l’espèce nos Ancêtres les Gaulois, n’impose pas son diktat aux autres. C’est ainsi que dans les conquêtes démocratiques, divers groupes ethniques, tout en respectant les lois générales, ont pu affirmer leur identité. C’est le cas d’abord des ouvriers, à travers les syndicats et les partis de Gauche, pour défendre des conquêtes sociales, puis des Femmes blanches, pour le droit de vote et la parité, des jeunes, enfin des Gays et lesbiennes, des handicapés, etc. Dans ces conditions vouloir réprimer, systématiquement et sans discernement, les revendications des Français issus de l’immigration, les ravaler au rang de citoyens de seconde zone, c’est avoir une démarche ségrégationniste et colonialiste, qu’il faut condamner.

A travers, cette initiative du 1er festival Afroféministe, ces femmes d’origine africaines revendiquent leur homosexualité et souhaitent faire le point entre elles des conditions de leurs existences et de leur liberté. Avant 1981, l’homosexualité était un délit. Aujourd’hui, dans Paris, et au Marais, on a des bars presque réservés à ces populations. Lors de la campagne des municipales à Paris, certains esprits étriqués disaient que jamais un Gay ne pourrait être Maire de Paris, et pourtant M. DELANOE a été un exceptionnel maire de Paris, dont Mme HIDALGO est l’héritière.

J’invite les organisations noires, comme le CRAN, à réorienter leurs actions vers des actions plus fondamentales pour l’égalité réelle, la justice sociale et la solidarité avec tous, et à aider à ramener le débat sur le terrain républicain sur les valeurs qui nous réunissent et non celles qui divisent. Chaque citoyenneté et notamment les Français issus de l’immigration, devrait abandonner le repli sur soi et réinvestir les combats nobles pour les valeurs républicaines contre cette intolérance qui ne cesse de nous diviser, au point de douter de nous-mêmes.

«Le problème du XXème siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs» avait prédit un intellectuel américain (voir mon post) W.EB du BOIS. A l’aube du XXIème siècle on continue à renvoyer les citoyens Français issus de l’immigration à leurs origines ethniques. Pour ma part la ligne de partage reste et restera entre les gens sincères et non pas hypocrites, de Bien, ceux qui luttent résolument contre la montée du Front National et la lépenisation des esprits qui gangrène l’esprit des Républicains. Il y a le Bien souverain et le Mal. Rejetant toute forme de sectarisme, solidaire avec tous les exclus et ceux qui souffrent : «J’ai décidé d’opter pour l’Amour. La haine est un fardeau trop lourd à porter» disait Martin Luther KING.

Paris, le 3 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Faut-il interdire le 1er Festival Afroféministe dit NYANSAPO Fest, organisé à Paris du 28 au 30 juillet 2017 ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il interdire le 1er Festival Afroféministe dit NYANSAPO Fest, organisé à Paris du 28 au 30 juillet 2017 ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il interdire le 1er Festival Afroféministe dit NYANSAPO Fest, organisé à Paris du 28 au 30 juillet 2017 ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 14:28
 
Quand j'étais étudiant, et que je résidais à la rue des Boulangers dans le 5eme arrondissement à Paris, j'avais un médecin traitant à la rue Monge, juste à côté de chez moi.
 
Toujours attentif, à l'écoute et particulièrement bienveillant, pendant les moments de dèche, je ne sais pas comment il l'avait deviné il ne me faisait pas payer la consultation.
 
Et voilà que plus tard de 22 ans plus tard je le rencontre, par hasard, à l'avenue des Gobelins dans le 13ème arrondissement.
 
Je voudrais que vous puissiez admirer le visage incarné de cette France tolérante et généreuse.
 
Le billet d'Erik ORSENNA dans le journal Le Monde dénonçant l'attitude méprisante du gouvernement de JOSPIN qui avait boudé les obsèques du président poète sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, un grand défenseur de la langue française et ami inconditionnel de la France, m'avait rassuré ce pays grand et ses humanistes. On voyait bien déjà que les partis traditionnels étaient à côté de la plaque, et bien avant le phénomène MACRON, ils représentaient déjà l'ordre ancien. Derrière leur arrogance et leur mépris, ils avaient déjà creusé une tombe qui ensevelira leurs privilèges.
 
Je me suis enthousiasmé pour Maurice DELAFOSSE, un éminent africaniste (voir mon post) administrateur colonial en Côte d'Ivoire et au Sénégal, qui a été persécuté en raison de sa défense pour les cultures traditionnelles africaines. J'ai été subjugué par l'itinéraire d'Albert SWCHEITZER, un médecin et musicologue (voir mon post), promu à un brillant avenir, qui a tout abandonné pour se consacrer aux lépreux dans l'Ogoué, au Gabon.
 
Le monde du travail peut etre parfois violent, pourtant j'en avais connu des maires, une DGS, une DGA, des collègues de bureau, qui se passionnaient pour les autres de façon désintéressée.
 
Les immigrés sont souvent pourchassés et stigmatisés et criminalises cependant j'en ai vus des Européens les défendre sans relâche. J'ai observé aussi le peu d'enthousiasme de la diaspora à s'investir dans ces secteurs.
 
Cependant, l'attitude de ce médecin resté dans l'anonymat, m'a touché. En effet, la relation avec le médecin est fondée avant tout la confiance. Et s'il ajoutait de la compassion et de la bienveillance, face à un monde où l'étroitesse d'esprit ne cesse de se développer, au mettre en cause l'accord climat de Paris concernant l'humanité entière. Vous comprenez pourquoi l'émotion m'a submergé de revoir ce médecin au grand coeur.
 
Finalement, le manichéisme et la simplification devraient être abandonnés. Le monde oppose, en fait, deux catégories d'individus : ceux qui sont partisans du Bien souverain et qui ceux qui éprouvent une jouissance secrète à faire du Mal aux autres et qui abusent parfois de leur pouvoir. Aux seconds, je les plains, ils doivent aller consulter, sans tarder, un médecin. Ils doivent être bien malheureux, le matin quand ils s'observent devant leur miroir et contemplent l'étendue des dégâts qu'ils ont commis, bêtement et méchamment, sans aucune justification particulière. Et aux premiers, ils expriment leur vrai sens de notre mission ici bas : se rendre utile à soi-même, à sa famille et aux autres. En effet, l'amour restera toujours plus fort que la haine.
 
Paris, le 27 mai 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
"Un médecin au grand coeur" par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 21:39
«Kourouma a renouvelé la langue de la littérature africaine en y introduisant des tournures, des syntaxes propres à sa langue maternelle. C'est merveilleux ce qu'il a su faire avec le langage académique que la France coloniale avait légué aux Africains. Je sors des livres de Kourouma complètement agrandi, tourneboulé, réjoui. Et il me semble que cette subversion linguistique était possible parce qu'étant mathématicien, Kourouma n'avait pas la même relation avec le français que les Africains plus littéraires» écrit Erik ORSENNA de l’Académie française. Qu'il s'agisse de l'échec des élites politiques, de la question de l'identité d'un continent tiraillé entre tradition et modernité, de la place de la femme dans des sociétés en mutation ou encore de la cruauté de régimes prêts à enrôler leurs propres enfants dans de sanglantes guerres fratricides, toutes ces œuvres d’Ahmadou KOUROUMA témoignent du génie lucide d'un auteur dont l'imaginaire puissant n'a cessé d'explorer et d'interroger les méandres de l'histoire tout en dénonçant les travers, les mensonges et les faux-semblants. En effet, l’œuvre d’Ahmadou KOUROUMA, en griot homme de lettres, témoigne d’une connaissance profonde de la culture traditionnelle africaine, mais aussi d’une grande maîtrise de la littérature occidentale (Céline, Kafka, Beckett) à laquelle il a emprunté quelques-unes de ses expressions écrites novatrices. «Tel un hippopotame émergeant brusquement de son marigot, un auteur encore inconnu la veille se permettait de troubler l’ordonnance classique et aseptisée du champ littéraire africain en pratiquant une double subversion, celle du discours et celle de l’écrit» écrit Jacques CHEVRIER à propos d’Ahmadou KOUROUMA dont la contribution littéraire est largement étudiée sous l'angle linguistique ou sous celui des dictatures africaines. Auteur goûteux, avec truculence et bonhomie KOUROUMA a été influencé par Céline qui avait une méthode de créer le français parlé : «Je voulais écrire la langue Malinké parlée ; Céline m’a servi de modèle» dit KOUROUMA. Il ne s’est pas contenté de paraphraser la réalité, il l’a «recrée», suivant Abdourrahman WABERI. L’œuvre d’Ahmadou KOUROUMA attire l’attention par ses qualités esthétiques, avant-gardistes et révolutionnaires. Les romans de KOUROUMA sont, dans une certaine mesure, révolutionnaires ; un roman révolutionnaire n’est pas seulement un ouvrage à contenu révolutionnaire, mais c’est aussi un livre qui parvient à révolutionner le roman. En maître de la parole, KOUROUMA a innové  «Je n’avais pas le respect du français qu’ont ceux qui ont une formation classique. Ce qui m’a conduit à rechercher la structure du langage malinké, à reproduire sa dimension orale, à tenter d’épouser la démarche de la pensée malinké dans sa manière d’appréhender le vécu», écrit l’auteur. Finalement, KOUROUMA a planté une case africaine dans la langue française. Il considère que le français est une langue étrangère, «un butin de guerre» suivant une expression de KATEB Yacine, qu’il a retourné contre le colonisateur. A la question de Roman JAKOBSON «qu’est-ce qui fait d’un message une œuvre d’art ?», Ahmadou KOUROUMA semble répondre «choquer pour plaire». Comme un peintre faisant de la récupération dans les poubelles, KOUROUMA fait recours à l’usage, au recyclage et au mélange de formes littéraires proscrites avec sa langue maternelle et sa culture, avec un style parfois désinvolte, une nouvelle syntaxe et un discours oral, banni du langage académique, pouvant déconcerter.
En voulant rester un «authentique africain», suivant KOUROUMA, dans son art de discourir, plusieurs langues s’entremêlent avec une musicalité des mots ; ce qui créé une polyphonie, un xénisme, «une créativité langagière» suivant Gérard Marie NOUMSSI. En effet, sa contribution littéraire est truffée de mots malinkés, d’expressions familières ou relevant de l’oralité, ou d’emprunts au français inusité du XVIIème siècle, à l’arabe ou à l’anglais. Parfois, il fait appel à la «parole injurieuse», suivant Adama COULIBALY, avec des mots Malinké comme «Bilakoro» (non initié), «Bangala» (sexe de l’homme), «Faforo» (sexe du père).
Calembour, comédie et humoir constituent le socle de l’écriture de KOUROUMA, un diseur de vérité. «L’écrivain qui veut s’adresser à des hommes libres, n’a qu’un seul sujet : la liberté» écrit Jean-Paul SARTRE. «Ecrire pour moi, c’est vider une colère, répondre à un défi» dit-il. Aussi, la contribution littéraire d’Ahmadou KOUROUMA est une puissante revendication des libertés confisquées par «Les soleils des indépendances». Dans cette quête de liberté et de vérité, l’auteur appréhende le rire comme une arme contre la bêtise humaine. «Mais alors qu’apportèrent les indépendances à Fama ? Rien que la carte d’identité nationale et celle du parti unique» écrit-il. Le rire est un moyen de fustiger les pouvoirs autocratiques, un moyen de les tourner en dérision afin de mieux dénoncer et combattre l’abus de pouvoir. Il caricature la brutalité ; le dictateur cesse alors d’être un être humain pour devenir une force aveugle assoiffée de pouvoir et de sang. «Le diseur de vérité peut médire, mal dire ou maudire, tout comme le menteur est souvent celui qui sait bien dire» écrit Jean OUEDRAOGO, à propos de pièce «Diseur de vérité» de 1972.  Faute de porte-parole, les soulèvements contre les colons ont échoué : «Il faut savoir que nos maîtres colonisateurs et esclavagistes prétendaient que nous étions incapables d’engendrer un diseur de vérité et nos révoltes avaient échoué parce qu’il leur avait manqué, les grandes vérités, les prophéties, les visions» écrit KOUROUMA. Ahmadou KOURAMA, maître de l’écriture, suscitant l’admiration et le respect, a été primé plusieurs pour la qualité et l’originalité de son travail artistique. Ainsi, il a été récompensé du Prix de l’Académie française pour «Les Soleils des indépendances», et le prix du Livre Inter en 1999 pour «En attendant le vote des bêtes sauvages» et le prix Renaudot 2000 pour «Allah n’est pas obligé». Enfin, le Grand Prix Jean GIONO, pour l’ensemble de son œuvre, lui a été décerné en 2000.
Ahmadou KOUROUMA est en rupture avec la génération précédente d’écrivains africains engagés, avec un projet politique, comme Mongo BETI, Ferdinand OYONO ou un SEMBENE Ousmane qui pensent en révolutionnaires et en idéologues de l'univers africain. La démarche littéraire de KOUROUMA est moins manichéenne. KOUROUMA plante une tente dans le paysage littéraire, et constate un désenchantement après les indépendances africaines. Un regard critique se porte sur les nouvelles sociétés africaines et leurs fonctionnements, leurs injustices et leurs échecs. En effet, les indépendances africaines n’étaient, en fait, qu’une vaste escroquerie, une imposture qu’il fallait dénoncer. Pour KOUROUMA, on ne peut restaurer le monde d’antan. On n’efface pas le passé, on le dépasse ; c’est la vérité qui libère. KOUROUMA ne formule pas une thèse politique ; il a mis en place une littérature du désenchantement. Il est animé d’un doute et aucune vérité ne triomphe totalement de son raisonnement.
KOUROUMA n’est pas un auteur engagé au sens politique. Il écrit pour lui pour dire des vérités et n’entend pas entrer dans les clans. Par conséquent, KOUROUMA n’a pas de modèle. Il est son propre modèle. Il entend raconter une histoire africaine à partir du discours africain ; ce qui l’intéresse, c’est le présent et l’avenir et non le passé. Il a refusé d’enfermer la littérature dans le ghetto de l’engagement. La liberté de l’écrivain, c’est aussi refuser de s’engager, c’est cela aussi une forme de subversion. C'est ce qui explique sans doute que les personnages que KOUROUMA met en scène dans ses romans ne sont pas des victimes, mais plutôt des rusés qui tentent de s’en sortir. C’est ainsi que Ahmadou KOUROUMA, en éveilleur de conscience, historien et témoin donc de cette époque qu’il trouve l'aide ou sévissent l'imposture, l'hypocrisie et le mensonge qu'il fustige avec humour féroce dans son œuvre.
«Ahmadou Kourouma était un écrivain que j’admirais infiniment parce qu’il avait su incarner, plus que raconter, toutes les déchirures de l’histoire africaine, depuis la colonisation jusqu'à aujourd'hui, en passant par les turbulences qui ont suivi les indépendances. Un peu comme Garcia Marquez ou Asturias, il était devenu la voix de son peuple, la voix de tout un continent» écrit Erik ORSENNA. Inspirateur d’une nouvelle génération des écrivains africains, de Kossi EFOUI à Fatou DIOME, d’Abdourrahman WABERI à Alain MABANCKOU, il a clos un «siècle désespéré». A mi-chemin entre roman et pamphlet politique, KOUROUMA a ouvert une nouvelle page, en émancipant l’Afrique des questionnements de l’héritage colonial et postcolonial. À la différence de ses devanciers, c'est-à-dire des romanciers anticoloniaux africains de la première génération, Ahmadou KOUROUMA donne à sa contribution littéraire,  sur la question coloniale, une valeur historique, voire objective et scientifique. Pour ce faire, il mêle l’histoire objective à la fiction vraisemblable. Contrairement à ses prédécesseurs qui se sont tous employés à condamner la colonisation par le biais d’une méthode unilatérale, Ahmadou KOUROUMA, qui appartient à la période postcoloniale, utilise une méthode distanciée et satirique apparentée au débat, qui lui permet à la fois d’exposer et de tenir compte du point de vue adverse, mais aussi et surtout de le ridiculiser en en présentant la fausseté et le mensonge. Cette méthode, c’est l’ironie. L’auteur s’en sert pour railler la mission civilisatrice de la colonisation en la faisant équivaloir à des faits qui lui sont entièrement contraires et qui révèlent ce qu’il considère comme étant les véritables réalités coloniales.
Cependant, l’ensemble de la contribution littéraire d’Ahmadou KOUROUMA s’appuie sur des éléments historiques précis. Il est fasciné pour l’Histoire et les faits politiques. Il entend faire œuvre littéraire, avec une dose de démesure, de picaresque ou de loufoque. Les valeurs culturelles s’inversent et le comique côtoie la tragédie. C’est une œuvre magistrale et déconcertante ; KOUROUMA n’est jamais là où on l’attend, mais il n’est pas davantage où on voudrait qu’il soit. Ahmadou KOUROUMA est un écrivain, mais il nuance ce statut «Je  ne suis pas engagé. J’écris des choses qui sont vraies. Je n’écris pas pour soutenir une théorie, une idéologique politique, une révolution, etc. J’écris des vérités, comme je les ressens, sans prendre parti. J’écris les choses comme elles sont. Comme Le diseur de vérité, je ne suis pas sûr d’être engagé» dit-il.
Avec son art de dire et d’écrire, en conteur KOUROUMA révolutionne la langue française «l’habille d’un boubou», suivant  une expression de Jacques CHEVRIER. En effet, l’écriture de KOUROUMA est truffée de proverbes africains tirés de son milieu malinké avec sa tradition orale.  «Le proverbe est le cheval de la parole ; quand la parole se perd, c’est grâce au proverbe qu’on la retrouve» écrit Ahmadou KOUROUMA. L’auteur puise dans le fond culturel de son pays pour enrichir la langue française : «Je n’avais pas le respect du français, comme ceux qui ont eu une formation classique. (…) Ce qui m’a conduit à rechercher dans la structure du langage malinké, à reproduire sa dimension orale». La littéraire initiée par Ahmadou KOUROUMA a été considérée comme un hommage au «goût du palabre et au plaisir de conter», suivant Denise BRAHIMI-CHAPUIS et Gabriel BELLOC. Dans les sociétés africaines, les conteurs traditionnels ont coutume de commencer leurs contes avec des proverbes ou des devinettes. Si les contes et les narrations pendant les veillées autour du feu sont toujours épicés de proverbes  c’est qu’ils permettent généralement de mettre en exergue les richesses culturelles africaines. Ainsi, Ahmadou KOUROUMA, tout comme un conteur traditionnel africain, «en guerrier, griot» suivant le titre d’un ouvrage de Madeleine BORGOMANO,  ne cesse d’épicer ses romans avec des proverbes ou dictions africains qui permettent au lecteur de découvrir et d’apprécier la beauté ainsi que les riches et diverses images que véhicule la langue malinké, la langue maternelle. Dans sa thèse de 2011, «le discours proverbial chez Ahmadou Kourouma» Claude TANKWA ZESSEU a recensé ces joyaux de l’art de discourir en Afrique : «Excité comme un grillon affolé» ; «Impoli à flairer comme un bouc les fesses de sa maman» ;  «L’esclave appartient à son maître ; mais le maître des rêves de l’esclave est l’esclave» ;   «L’hyène a beau être édentée, sa bouche ne sera jamais un chemin de passage pour le cabri» ;  «Si grand que soit le pays où règne la discorde, sa ruine est l’affaire d’un jour» ; «Les petites causeries entre la panthère et l’hyène honorent la seconde mais rabaissent la première» ; «L’hyène dit que si elle est en permanence en éveil c’est parce qu’elle sait qu’elle a très peu d’amis sincères sur cette terre» ; «Dans le monde, les lots des femmes ont trois noms qui ont la même signification : résignation, silence, soumission» ; «En vérité, les hautes herbes peuvent cacher la pintade, mais elles ne parviennent pas à étouffer ses cris» ; «Un enfant n’abandonne pas la case de sa maman à cause des odeurs d’un pet» ;  «Un pet sorti des fesses ne se rattrape jamais» ; «Le chien  n’abandonne jamais sa façon éhontée de s’asseoir» ; «On suit l’éléphant dans la brousse pour ne pas être mouillé par la rosée»,  etc.
Ahmadou KOUROUMA est né le 24 novembre 1927, en Côte-d'Ivoire.  L’état civil lui attribue comme lieu de naissance Boundiali. «C’est à Boundiali qu’il y avait un état civil. Sinon, c’est dans un autre petit village que je suis né», écrit-il. Ce petit village, c’est Togobala, dans le Nord-Est du pays, qui sera le nom du village d’origine de Fama, le héros de son roman, «Les soleils des indépendances». En dépit de la grande diversité ethnique et culturelle de la Côte-d’Ivoire, Ahmadou KOUROUMA proclame : «Je me définis comme un écrivain ivoirien. Sans hésitation. Je me sens Ivoirien. La littérature ivoirienne existe». Le nom «KOUROUMA» signifie guerrier et désigne la caste noble des Malinké. «Les Malinkés, c’est ma race à moi. Les Malinkés sont des gens bien qui ont écouté les paroles du Coran, mais aussi des salopards racistes et des combinard fieffés qui mangent à toutes les sauces» écrit-il dans «Monné, outrages et défi».  
Son grand-père fut un des généraux de Samory TOURE, un résistant à la colonisation française. Séparé de sa famille à l’âge de 7 ans, le jeune Ahmadou est élevé par son oncle paternel Nankoro FONDIO, un infirmier et maître chasseur. Il évoque sa jeunesse à travers le personnage de Birahima : «Avant ça, j’étais un bilakoro au village de Togobala […] Je courais dans les rigoles, j’allais aux champs, je chassais les souris et les oiseaux dans la brousse. Un vrai enfant nègre noir africain broussard». Son père, Moriba, comme son oncle, étaient des émérites chasseurs. Les récits de chasse sont présents dans sa littérature. Comme Voltaire, il est anticlérical et valorise le pouvoir animiste des chasseurs, et symbolisant ainsi le combat contre le fanatisme et l’irrationalité des croyances. Il ne reverra sa mère qu’à l’âge de 27 ans. Il faut des études primaires et secondaires en Côte-d’Ivoire, puis des études supérieures, de mathématiques à Bamako, au Mali. Pris dans un mouvement de contestation, il est renvoyé de son établissement. En effet, contrairement à la plupart des écrivains africains de son époque, dont le militantisme ne s’est révélé qu’à leur arrivée en France pour des études supérieures, Ahmadou KOUROUMA a fait preuve de son caractère militant précoce alors même qu’il était en Afrique : «En 1947 dit-il, quand nous rentrions à l’Ecole Technique Supérieure de Bamako, nous étions politiquement préparés pour les agitations qui secouaient l’A.O.F.» dit KOUROUMA. 
Appelé dans l’armée coloniale comme tirailleur, il refuse de participer à une manœuvre de répression du parti, le Rassemblement démocratique Africain (RDA). A titre disciplinaire, il perd son galon de caporal et il est envoyé de 1950 à 1954, en Indochine.
Ahmadou KOUROUMA est venu à la littérature par un miracle, intuitif, il a su faire preuve d’une grande originalité, pour la défense de la liberté et de la culture africaine. En effet, son retour d’Indochine, mathématicien de formation, que rien ne destinait aux lettres, faute d’une bourse, il est accepté dans une école d’actuaire à Lyon et il exercera ce métier, jusqu’à sa retraite. KOUROUMA entre à l’Institut des actuaires de Lyon, où il obtient son diplôme en juin 1959 et un Certificat d’administration des entreprises délivré par l’Université de Lyon. A Lyon, il épouse Christiane, une Française qui lui donne 4 enfants. Il travaille deux ans à Paris, et puis rentre en Côte-d’Ivoire. «L’écriture est pour moi quelque chose d’inattendu. J’ai une formation mathématique et scientifique. A la fin de mes études d’actuaire et avant de rentrer en Côte d’Ivoire, j’ai voulu faire de la sociologie, lire des mémoires sur l’ethnologie africaine. Ces mémoires m’ont paru mal écrits, difficiles à lire. J’ai donc décidé de faire «de la sociologie» d’apprendre à écrire» dit KOUROUMA.
En juillet 1961, le jeune diplômé malinké retourne dans son pays. Nommé sous-directeur de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale de la Côte d’ivoire, Ahmadou KOUROUMA constate rapidement que la réalité de l’indépendance est loin des espoirs qui ont forgé son idéal d’étudiant anticolonialiste. En 1963, éclate un soi-disant complot, mais en fait ourdi par le régime de M. Félix HOUPHOUET-BOIGNY qui voyait partout des communistes. Il connaîtra la prison, perd son poste et reste 7 mois au chômage. De cette injustice naît le désir d’écrire son premier livre : «Je n’ai pas décidé d’écrire. La chose s’est imposée lorsqu’en 1963 Houphouët-Boigny a obligé un certain nombre d’intellectuels, dont j’étais, à avouer qu’ils préparaient un complot. J’ai voulu écrire pour témoigner. Il était impossible de le faire directement en écrivant un essai. Alors j’ai recouru à la fiction» dit KOUROUMA. Il précise le but de sa vocation littéraire tardive : «Écrire pour moi, c’est vider une colère, répondre à un défi».
«J'ai une faiblesse pour «Les Soleils des Indépendances», l’espoir brisé des indépendances et la folie des dictatures. Dans l’histoire de la littérature africaine, Les Soleils des Indépendances brillera longtemps avec une lumière sombre», écrit Erik ORSENNA. Les soleils des indépendances» est conçu comme une dénonciation des régimes arbitraires africains. Dans ce roman, KOUROUMA raconte l’histoire tragique de Fama DOUMBOUYA, prince Malinké, dépossédé et dépassé, qui est incapable de gérer avec succès les défis et les réalités sociopolitique de l’ère de l’indépendance. KOUROUMA évoque, sur un mode distancié, la déchéance de ce prince Malinké, aux origines nobles, progressivement, ruiné et dépossédé de toutes ses prérogatives. «Comme une nuée de sauterelles les indépendances tombèrent sur l’Afrique à la suite des soleils de la politique. Fama avait comme le petit rat de marigot creusé le trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perte car comme la feuille avec laquelle on a fini de se torcher, les indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches» dit KOUROUMA. Fama, avec toutes ses faiblesses et tous ses rêves, est un authentique héros tragique, dans la mesure même où toute une société riche de traditions, de rites et de rêves, meurt avec lui. En fait, le roman est comme encadré par la mort. Tout commence avec la mort de Koné Ibrahima dont l'ombre s'échappe aussitôt de la capitale pour retourner au «lointain pays malinké natal pour y faire éclater la funeste nouvelle des obsèques». À la fin, c'est Fama qui meurt, victime d'un caïman sacré. «Fama avait fini, était fini». Le héros est mort, le roman est terminé. Mais la mort elle-même n'est jamais qu'une étape, inscrite dans un cycle de vie. «Un Malinké était mort. Suivront les jours jusqu'au septième jour et les funérailles du septième jour, puis se succéderont les semaines et arrivera le quarantième jour et frapperont les funérailles du quarantième jour». Et la vie, chez les Malinkés, reprendra son cycle de mort et de vie : «Les morts ne disparaissent pas : on finit une vie pour en recommencer une autre, différente» écrit KOUROUMA.
«Les Soleils des indépendances» sont divisés en trois parties, chacune correspondant à la fois à un déplacement du héros et à une étape majeure dans le déroulement de l'intrigue. KOUROUMA décrit d’abord, la chute des valeurs intrinsèques. Dans la mesure où lui Fama, né dans l’or, est devenu un charognard sous les soleils. Par son retard, il se fait humilier par le griot, garant des traditions. C’est la manifestation des mutations causées par les indépendances. Salimata, femme de Fama, dont tout le drame, celui de la stérilité, semblait inscrit et prévisible depuis le jour de son excision. Salimata, frappée d’une malédiction, avait été violée, par un «génie» ; elle ne savait pas si en vérité ce fut le génie qui la viola, si ce n'était pas le féticheur Tiécoura qui l'avait violée dans sa plaie d'excisée. Ensuite, Fama doit se rendre à Togobala pour les funérailles de son cousin Koné Lacina. Celui la même qui a été préféré par le nouveau régime au détriment de lui Fama. Ainsi le patrimoine de Fama est piteux, car Togobala ne renferme que la misère, des débris et une population dupe ce qui agrandi son embarra. Le prince revient, mais le royaume n'est plus que l'ombre de sa gloire, ruiné par les indépendances. Et Fama, revendiquant son titre, sera bientôt suspect : on craint qu'il ne cherche à «tordre le cou aux indépendances, au parti unique et à tous les comités». Les rusés Malinkés ont bien imaginé un compromis commode : «Fama resterait le chef coutumier, Babou le président officiel».
Enfin en épousant Salimata et Mariam, les ennuis de Fama s’accroissent, car les deux femmes n’aiment pas se sentir. Salimata étant inféconde devient l’objet de moquerie de sa coépouse. Fama va croitre encore ses ennuis et sera mis en prison. Liberé par une grâce présidentielle Fama décide donc de retourner dans son Togobala natal où il se doit obliger de passer par la rivière et est mordu par un caïman sacré. Fama meurt honorifiquement suite à ses blessures. «La colonisation a banni et tué la guerre mais favorisé le négoce, les indépendances ont cassé le négoce et la guerre ne venait pas. Et l'espèce malinké, les tribus, la terre, la civilisation se meurent, percluses, sourdes et aveugles et stériles» écrit KOUROUMA.
En définitive, le roman «Les Soleils des indépendances» aborde  la satire des mutations  des termes tout aussi important tel que le rôle de la femme, le parti unique, la perte des valeurs traditionnelles. Fama, devenu la risée de tous, devient un mendiant, lui, «né dans l’or, le manger, l’honneur et les femmes (…). Qu’était-il devenu ? Un charognard», écrit.  «C’était la première fois qu’on s’attaquait aux régimes issus des indépendances, qu’on exprimait la désillusion ressentie par les peuples africains» dit KOUROUMA. Le manuscrit du «Soleil des indépendances» est refusé par les éditeurs français. Apprenant, par hasard, l’existence d’un prix de la Francophonie à Québec, il réussit de faire publier son ouvrage en 1968, au Canada et qui reçoit le «Prix de la Francité». Le roman connaissant un vif succès, les éditions du Seuil en rachètent les droits d’auteur et le publie en 1970. KOUROUMA reçoit le Prix de l’Académie française.
Exilé depuis 1963, en France, puis en Algérie de 1964 à 1969, il entreprend de revenir en 1970 dans son pays la Côte-d’Ivoire. Sa pièce de théâtre, non éditée, «Tougangnantigui ou le diseur de vérité» est présentée à Abidjan. A la suite d’ennuis avec son gouvernement, Ahmadou KOUROUMA, est de nouveau contraint en exil, d’abord de 1974 à 1984 au Cameroun, puis au Togo de 1984 à 1994, avant de revenir en Côte-d’Ivoire.
En 1990, soit vingt ans après, KOUROUMA publie son deuxième roman «Monné, outrages et défis». «Monné» signifie en Malinké «outrage» à l’honneur. Le premier manuscrit étant perdu, KOUROUMA a dû réécrire cet ouvrage inspiré par un vieillard qu’il connaissait. Le thème est de la collaboration. C’est l’histoire de Djigui, un roi naïf, superstitieux et impuissant, dont les ancêtres, la religion et les forteresses de fortune n’empêchent pas les forces coloniales d’occuper son pays. En effet, Djigui, le roi de Soba, à l’avance inéluctable des troupes coloniales dans leur lutte contre le résistant Samory TOURE. A grand renfort de sacrifices, il demande aux mannes de ses ancêtres d’accorder la pérennité à sa dynastie. Mais devant le silence de ces derniers, il se tourne vers l’Islam. L’interprète avec ses traductions mensongères ajoute de la confusion à la confusion. Son griot s’étouffe en tentant une ultime louange, et il meurt foudroyé par une égorgette de la parole.
L’armée coloniale a réussi à soumettre plusieurs territoires d’Afrique occidentale. Elle se trouve à la porte d’un autre royaume économiquement prospère et jouissant d’une bonne structure étatique. Le roi Djigui tente de résister aux colons mais se trouve rapidement subjugué. Une fois la «pacification» du royaume effectuée, les dirigeants coloniaux annoncent les grands objectifs de la colonisation qu’ils entendent réaliser dans l’empire Mandingue dont le royaume de Soba fait partie : apporter le confort, le bonheur, la santé, en un mot la civilisation au peuple de Soba.
Le roi Djigui, déjà soumis sur le plan militaire, trouve ces objectifs coloniaux très nobles et accepte la collaboration. Cependant, il se rend compte, plus tard, que le bonheur promis se révèle dans la pratique être une exploitation de son royaume au profit des colons. Le système colonial impose en effet aux habitants de Soba le travail forcé, l’abandon de la culture des produits vivriers au profit des cultures de rentes. Le système détruit aussi la dignité des habitants en leur inculquant «savamment le complexe d’infériorité». Se rendant compte de la supercherie dont il a été victime, le roi Djigui décide de ne plus collaborer avec le système colonial. Pour le ramener à de meilleurs sentiments, le commandant colonial lui promet la construction d’un chemin de fer ainsi que l’offre d’un train. Djigui accepte avec enthousiasme l’offre dont il se sent honoré. L’installation des rails exige cependant d’énormes sacrifices et le train promis n’arrivera jamais.
Le rationnel et l’irrationnel sont exposés dans «Monné, outrages et défis» : «je le répète : si les Africains détenaient vraiment des pouvoirs magiques, notre histoire serait moins tragique. Si les millions de personnes que l’on a fait partir aux États-Unis avaient pu se transformer en oiseaux et s’échapper, tous se seraient envolés et auraient fui. Nous sommes d’accord ? Mais quand j’exprime de telles contradictions devant les magiciens, ceux-ci me répondent qu’il y a des conditions à remplir, des circonstances propices» dit KOUROUMA.
«En attendant le vote des bêtes sauvages», un roman de 1998, est un récit merveilleux dans lequel un griot et son répondant, sous un mode cathartique, rendent public le récit de vie le président Koyaga, maître chasseur, vétéran de la guerre d’Indochine et un dictateur impénitent. C’est un roman articulé entre fiction et réalité, «c’est du grand Marquez. C'est un texte quasi-shakespearien» écrit Erik ORSENNA. Dans ce roman, le dictateur Koyaga, écoute durant six veillées, ponctuées de proverbes africains, les louanges chantées en son honneur. Repu de compliments, il ne soupçonne pas l’ambiguïté et les féroces critiques que ces flatteries dissimulent. «Nous chanterons et nous danserons votre Donsomana. Nous dirons la vérité. La vérité sur votre dictature. Toute la vérité sur vos parents, vos collaborateurs. Toute la vérité sur vos saloperies, vos conneries ; nous dénoncerons vos mensonges, vos  nombreux crimes et assassinats» dit le répondeur. Par conséquent, la forme du roman, «En attendant les bêtes sauvages»,  est celle d’un récit épique où un griot, le «Sora» et son «Cordoua», l’apprenti répondeur, racontent point par point la vie du dictateur KOYAGA et de son acolyte MACLEDIO. Ce genre de récit s’appelle le «Donsomana» en Malinké, et fait vivre une technique de narration qui est sur le point de disparaître. Le soir, dans les villages malinké, les griots des chasseurs viennent raconter le «Donsomana» : la vie des chasseurs, leur lutte magique contre les animaux et les fauves, supposés posséder de la magie. La chasse est donc une lutte entre des magiciens. Le «Donsomana» est principalement constitué de récits de chasse. Il raconte rarement la vie d’une personne. Il permet au «Sora» de faire les louanges du dictateur autant qu’au «Cordoua» de dénoncer ses implacables vilenies.  «Les histoires de vie étant importantes chez les Malinké, j’ai adapté la technique du «Donsomana» à mon roman. La plaisanterie, les jeux de mots, l’ironie et l’impertinence s’instillent au fil de votre roman, notamment à travers les gestes et les propos de Tiécoura, l’apprenti répondeur. Cet humour apparaît comme l’impolitesse du désespoir. Il semble vous permettre de raconter des horreurs interminables, des crimes atroces, perpétrés avec froideur et cynisme» écrit KOUROUMA.
Le personnage du répondeur, Tiécoura, est conçu de sorte qu’il corresponde à ce que l’on pourrait appeler le purgatoire de l’initiation, de sorte qu’il puisse dire la vérité. Comment raconter tous les crimes commis par Koyaga. Il faut les lui dire. Il faut pour cela un personnage qui soit libre. Les crimes de Koyaga ne sont pas abominables parce que le répondeur le dit, mais c’est parce qu’ils sont commis qu’il le dit. Il dit les faits tels qu’ils se sont passés, il dit les choses qui ont existé. Le répondeur est le diseur de vérité. «Le répondeur est le diseur de vérité. Dans les prisons de Bokassa, les choses se passaient comme dans mon roman. Le personnage du colonel Otto Sacher a bel et bien existé. Les comportements des dictateurs africains sont tels que les gens ne les croient pas ; ils pensent que c’est de la fiction. Leurs comportements dépassent en effet souvent l’imagination. Les dictateurs africains se comportent dans la réalité comme dans mon roman. Nombre de faits et d’événements que je rapporte sont vrais. Mais ils sont tellement impensables que les lecteurs les prennent pour des inventions romanesques. C’est terrible ! Cela fait partie de l’art de gouverner de ces dictateurs de mélanger le vrai et le faux, de ne pas dire ce qu’on fait, de dire ce qu’on ne fait pas» écrit KOUROUMA.
Dans «En attendant les bêtes sauvages», le statut de chasseur occupe une place très importante Chasseur de bêtes sauvages, il se meut en tueur d’hommes. Ici, l’homme apparaît plus cruel que la bête sauvage. En fin de compte, l’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais bel et bien un homme pour l’homme. C’est un être monstrueux qui se révèle capable d’éliminer physiquement ses semblables par jouissance, pour en tirer un plaisir morbide, et non pas seulement pour survivre ou se défendre. «Lorsque le chasseur tue un fauve, il lui arrache les parties génitales pour les lui enfoncer dans la gueule. Par analogie, quand Koyaga tue ou assassine des hommes, il les émascule et leur enfouit le sexe dans la bouche. Parce que cela permet de neutraliser la force vengeresse des fauves, ou des hommes, tués. En leur mettant la queue ou le sexe dans la bouche, cette force est enfermée et elle tourne en rond. C’est cela la logique des chasseurs et de Koyaga», écrit KOUROUMA. Les chasseurs Malinké ne tuent jamais sans se livrer à ce rituel de neutralisation des forces de leurs victimes. C’est le code du chasseur malinké. Une force vengeresse sort de la bête tuée qui doit poursuivre son tueur, laquelle force doit tourner en rond, en circuit fermé.  Cela paraît logique, mais pas rationnel à mon sens. C’est une croyance difficile à comprendre, comme de nombreuses croyances d’ailleurs.
Ahmadou KOUROUMA décrit également dans son roman «En attendant les bêtes sauvages», le phénomène de la patrimonialisation du pouvoir en Afrique. Ainsi, Tiékoroni, c’est le surnom du président Félix HOUPHOUET-BOIGNY, avec son cynisme effroyable, donne des conseils à son hôte, Koyaga, ou EYADEMA, un apprenti dictateur. Koyaga l’incite à confondre son porte-monnaie personnel et les caisses de l’Etat, le mensonge et la vérité, à éliminer physiquement ses adversaires politiques et ses alliés encombrants : «Mon roman, malheureusement, n’a fait que transcrire la vérité. Tiékoroni utilisait l’argent des caisses de l’État à des fins personnelles. Houphouët-Boigny ne faisait pas la différence entre l’argent privé et l’argent public. On n’avait pas le droit de le contredire. Un jour, il arrive aux États-Unis, où on lui fait remarquer qu’il n’a pas d’opposants. Il attrape alors un membre de sa suite présidentielle qu’il présente d’emblée comme le chef de file de ses opposants. Par ailleurs, il aimait à semer intrigues et zizanie dans son entourage, qu’il réussissait à contrôler de cette façon. C’était ainsi avec Houphouët-Boigny !» écrit KOUROUMA.
Ce roman comporte une dimension psychologique, mystique et magique. Le roman «En attendant les bêtes sauvages» décrit bien cette conspiration du silence. En effet, cette époque, personne n’avait le droit de dire ce qu’ils faisaient, mais tout le monde savait qu’ils commettaient des atrocités. «Si Dieu tue un riche, il tue un ami ; s’il tue un pauvre, il tue une canaille» fait KOUROUMA à un de ses personnages. On a reconnu divers dirigeants africains comme Sékou TOURE, Félix HOUPHOUET-BOIGNY, Jean-Bédel BOKASSA et Joseph MOBUTU, SESE SEKO. «J’ai voulu écrire ce roman avec ces noms, mais mon éditeur m’en a dissuadé. Selon lui, cela risquait d’entraîner de graves conflits juridiques. J’ai voulu alors en conserver quelques-uns, tels Houphouët-Boigny, Mobutu, Hassan II, Bokassa… Cela n’a pas marché non plus. J’ai gardé toutefois certains de leurs totems : le léopard, le caïman, l’hyène, etc. Officiellement, il ne s’agit pas de dirigeants africains» dit KOUROUMA. Les commentateurs ne perçoivent pas distinctement que KOYAGA, le héros principal, est l’incarnation du président togolais EYADEMA, ni que le funeste MACLEDIO est son ancien tout puissant ministre de l’Intérieur Théodore LACLE. Le nom de MACLEDIO a été formé à partir de ceux de LACLE et de DIOWADE. Mais les aventures de MACLEDIO, celles se rapportant à son voyage initiatique à travers divers pays d’Afrique, rappellent par certains côtés une partie de propre parcours de l’auteur. On savait à peu près ce qui se passait dans les prisons de BOKASSA, et que le dictateur EYADAMA alias Koyaga tuait, jetait arbitrairement en prison. Ainsi, EYADEMA a assassiné le premier président du Togo indépendant de 1960à 1963, Sylvanus OLYMPIO (6 septembre 1902 – 13 janvier 1963). Sylvanus OLYMPIO a été assassiné, le 13 janvier 1963, à 7 h 15, devant le portail de l’ambassade des États-Unis, non gardé par des forces de l’ordre, d’où il venait d’être extrait. Ahmadou KOUROUMA résume parfaitement à travers cet odieux assassinat, le système dit de la «Françafrique». 
KOUROUMA est en fait, un «romancier de la politique africaine de la France» suivant une expression empruntée au titre de l’ouvrage de M. Jean-Ferdinand BEDIA. En effet, pour de GAULLE et Jacques FOCCART, son conseiller aux affaires africaines, Olympio était le prototype du chef d’État sournoisement anti-Français. D’abord à cause de ses origines. Né à Lomé en 1902, sous la colonisation allemande, formé à la London School of Economics, OLYMPIO était polyglotte (allemand, anglais, français, portugais, yorouba) et avait longtemps travaillé pour la compagnie anglo-néerlandaise Unilever. Jusqu’en 1960, OLYMPIO avait donc incarné ce pays multiculturel que les Français n’avaient pas pu coloniser à leur façon – entre 1919 et 1960, la tutelle du Togo avait été confiée à la France par la Société des Nations (SDN), puis par l’ONU. Et juste après l’indépendance, en mai 1960, le premier président du Togo avait confié à l’AFP : «Je vais faire mon possible pour que mon pays se passe de la France». Si le président OLYMPIO ne s’opposait pas frontalement à la France, il envisageait après sa visite aux Etats-Unis, sous JF KENNEDY, de sortir du F.C.A. Par ailleurs, le président OLYMPIO, un Ewé du Sud, s’opposait avec une faible armée de 1000 hommes, à l’intégration d’anciens militaires démobilisés des guerres coloniales françaises, des KABYés venus du Nord, dont EYADEMA. Le sergent EYADEMA reconnaît avoir abattu le président OLYMPIO, «parce qu’il ne voulait pas avancer» dit-il. «Des sacrifices humains déguisés en assassinats politiques  il y a une certaine confusion liée au succès de mon roman. Les gens pensent que ce que je raconte dans mon livre relève de la fiction, alors qu’il s’agit de faits réels. Lorsque je dis dans mes entretiens que tous les présidents africains sont entourés de magiciens qui ont parfois rang de ministres d’État, on me répond que des hommes politiques français aussi ont leurs magiciens» dit KOUROUMA.
Le roman «Allah n’est pas obligé» raconte l’histoire d’un enfant soldat, Birahima qui, accompagné par Yacouba, quitte la Côte-d’Ivoire et se lance à la recherche de sa tante, une quête infructueuse qui le conduit dans deux pays en guerre civile (Libéria et Sierra-Léone) avec leurs lots de tueries et de drogues. "M'appelle Birahima. J'aurais pu être un gosse comme les autres (dix ou douze ans, ça dépend). Un sale gosse ni meilleur ni pire que tous les sales gosses du monde si j'étais né ailleurs que dans un foutu pays d'Afrique. Mais mon père est mort. Et ma mère, qui marchait sur les fesses, elle est morte aussi. Alors je suis parti à la recherche de ma tante Mahan, ma tutrice. C'est Yacouba qui m'accompagne. Yacouba, le féticheur, le multiplicateur de billets, le bandit boiteux. Comme on n'a pas de chance, on doit chercher partout, partout dans le Liberia et la Sierra Leone de la guerre tribale. Comme on n'a pas de sous, on doit s'embaucher, Yacouba comme grigriman féticheur musulman et moi comme enfant-soldat. De camp retranché en ville investie, de bande en bande de bandits de grand chemin, j'ai tué pas mal de gens avec mon kalachnikov. C'est facile. On appuie et ça fait tralala. Je ne sais pas si je me suis amusé. Je sais que j'ai eu beaucoup mal parce que beaucoup de mes copains enfants-soldats sont morts. Mais Allah n'est pas obligé d'être juste avec toutes les choses qu'il a créées ici-bas", écrit KOUROUMA. On ne sait plus si ces enfants-soldats sont victimes ou bourreaux, encore s’ils sont enfants ou déjà vieillards. Ainsi, le regard vient-il de ces confins et de ces marges de la civilisation, là où tout est chaos. De sorte que, comme l’enfant, le lecteur pourrait dire : «Moi alors, j’ai commencé à ne plus rien comprendre à ce foutu univers». «Quand on refuse, on dit non» est un roman posthume de KOUROUMA, dans lequel Birahima revient au pays, et trouve un emploi d’aboyeur pour une société de taxis brousse, reçoit les leçons sur l’histoire et la géographie grâce à Fanta et décide de fuir avec celle-ci vers le Nord du pays, pour éviter une guerre ethnique, C’est un roman qui relate de valeurs ancestrales comme l’hospitalité et la sincérité.
KOUROUMA publie son premier roman à 36 ans et le second à 63 ans. «Le succès arrive trop tard, au soir de ma vie, c’est dommage» écrit KOUROUMA. A 75 ans, KOUROUMA avait encore des projets : «Un homme comme moi, du tiers-monde, a beaucoup à dire. Je voudrais écrire sur les conférences nationales, je voudrais écrire sur Sékou Touré, sur Samory. Mais je n’aurai jamais le temps. Je suis vieux, j’ai soixante-quinze ans» dit-il à l’âge de 75 ans. Victime d’une tumeur au cerveau, Ahmadou KOUROUMA meurt le 11 décembre 2003 à Lyon. En hommage à son œuvre, une maison porte son nom à Lyon. Située dans le Jardin des Chartreux dans le 1er arrondissement, «La maison Ahmadou Kourouma» accueille des associations. L'inauguration a eu lieu le 20 novembre 2010.  Son corps sera rapatrié en Côte-d’Ivoire et il est inhumé au cimetière Williamsville, à Adjamé.
L’héritage de KOUROUMA est qu’il «sera l’un des premiers Africains à rompre avec le discours convenu constituant la colonisation en explication unique du sort de l’Afrique. Les Soleils des Indépendances a été le premier ouvrage à souligner que l’Afrique avait une responsabilité dans son malheur» écrit Patrick MICHEL. KOUROUMA est un témoin de l’Histoire et un conteur. Son message consiste à dénoncer les mythes, les illusions dont on s’étourdit. Il y a un travail d’hygiène mentale, d’honnêteté intellectuelle, à accomplir : «Ceux qui moururent en mâles sexués, les authentiques résistants, furent oubliés ; Ceux qui se résignèrent et épousèrent les mensonges, c’est eux qui parlent, c’est eux qui existent et gouvernent ; C’est là une des causes de notre pauvreté et de nos colères qui ne tiédissent pas».
Bibliographie sélective :
1 – Contributions d’Ahmadou KOUROUMA
KOUROUMA (Ahmadou) et M’LANHORO (Joseph), Essai sur le soleil des indépendances d’Ahmadou Kourouma, Paris, NEA, 1977,  99 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Allah n’est pas obligé, Paris, Seuil, 2000, 236 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), En attendant les bêtes sauvages, Paris, Seuil, 1998, 357 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Je témoigne pour l’Afrique, Grigny, éditions Paroles d’Aube, 1998, 21 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Le chasseur, héros africain, Paris, Orange Grandir, 1999, pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Le diseur de vérité : pièce en 4 actes, Paris, Acoria, 1998 et 2009, 87 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Le griot, homme de parole, Paris, Orange, Grandir, 1999, 45 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Les soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1970, 198 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Monné, outrages et défis, Paris, Seuil, 1990, 286 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Quand on refuse on dit non, Paris, Seuil, 2004, 164 pages ;
KOUROUMA (Ahmadou), Yacouba, chasseur africain, illustrations Claude et Denise Millet, Paris, Gallimard, Collectin Folio Junior histoires courtes, 1998, 112 pages.
2 – Critiques d’Ahmadou KOUROUMA
AMIEL (Aliette), «Ahmadou Kourouma : Je suis toujours un opposant», Magazine Littéraire, septembre 2000, n°390 pages 98-102 ;
ANDRIAMIRADO (Sennen) ROCHEBRUNE, de (Renaud), «Entretien avec Ahmadou Kourouma : je veux rendre aux Africains leur dignité», Jeune Afrique, 7 novembre 1990, n°1558, pages 44-49 ;
BADDAY (Moncef, S) «Ahmadou Kourouma, écrivain africain», L’Afrique Littéraire et Artistique, avril 1970, n°10, pages 2-8 ;
BEDIA (Jean-Ferdinand), Ahmadou Kourouma, romancier de la politique africaine de la France, un écrivain critique et engagé en situation postcoloniale, Paris, L’Harmattan, 2014,  210 pages ;
BEDIA (Jean-Fernand), Ahmadou Kourouma, romancier de la politique africaine : un écrivain critique et engagé de la période postcoloniale, Paris, L’Harmattan, 2014, 210 pages ;
BLACHERE (Jean-Claude), «Les maux du langage dans l’œuvre d’Ahmadou Kourouma», Francophonie et identité culturelle, 1999, 338 pages, spéc pages 137-146 ;
BLACHERE (Jean-Claude), «Monnè, outrages et défis : quelle histoire !», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 17-21 ;
BOHUI DJEDJE (Hilaire), textes réunis par, Création, langue et discours dans l’écriture d’Ahmadou Kourouma, acte colloque, éditions Le Graal, 2013, 315 pages ;
BONNET (Véronique), «Ahmadou Kourouma ou l’écriture comme mémoire du temps présent», Etudes françaises, 2006, vol. 42, n°3, pages 109-121 ;
BORGAMO (Madeleine), «Ecrire, c’est répondre à un défi», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 3-10 ;
BORGAMO (Madeleine), «En attendant le vote des bêtes sauvages : à l’école des dictatures», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 22-26 ;
BORGOMANO (Madeleine), Ahmadou Kourouma : le guerrier, griot, Paris, L’Harmattan, 1998, 252 pages ;
BOUDREAULT (Laurence), L’œuvre romanesque d’Ahmadou Kourouma et sa critique, Mémoire de maîtrise ès Arts, Faculté des études supérieures, Université de Laval, Québec, 2006, 115 pages ;
BOUMAZZOU (Ibrahim), Figure de répression dans l’œuvre romanesque d’Ahmadou Kourouma, Paris, Editions Universitaires Européennes, 2011, 308 pages ;
BRAHIMI-CHAPUIS (Denise) et BELLOC (Gabriel),  Anthologie du roman maghrébin, négro-africain, antillais et réunionnais d’expression française (de 1945 à nos jours), Paris, Cilf-Delagrave, 1986, 256 pages ;
CHANDA (Tirthankar) «Les écrivains (Erik ORSENNA et Abdourahman WABERI) se souviennent d’Ahmadou KOUROUMA», R.F.I Service Pro, 9 janvier 2004 ;
CHEMLA (Yves), «Entretien avec Ahmadou Kourouma», Notre Librairie, 1999, n°136, pages 26-29 ;
CORCORAN (Patrick), «La genèse des Soleils des indépendances», Textuel, 2012, n°70, pages 37-56 ;
COULIBALY (Adama), «Allah n’est pas obligé ou la parole injurieuse», Nouvelles études francophones, Automne 2007, vol 22, n°2, pages 11-24 ;
DELAS (Daniel), «Langues et langages dans les Soleils des indépendances», Textuel, 2012, n°70, pages 57-61 ;
DEVAILLE (Florence), «Les dessous de la littérature : quand Georges-André Vachon pousse Ahmadou Kourouma à réécrire les soleils des indépendances», Etudes Françaises, 2014, vol 50, n°2, pages 25-47 ;
DIJAN (Jean-Michel), Ahmadou Kourouma, Paris, Seuil, 2010, 240 pages ;
DIOP (Cheikh, Mohamadou), Fondements et représentations identitaires chez Ahmadou Kourouma, Tahar Ben Jelloun et Abdourahmane Wabéri, Paris, Harmattan, 2008, 358 pages ;
FONKUA (Romuald), «La chair des mots africains : esthétique et politique dans les Soleils des indépendances», Textuel, 2012, n°70, pages 37-56 ;
GARNIER (Xavier), «Allah, fétiches et dictionnaires : une équation politique au second degré», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 27-31 ;
GASSAMA (Makhily), La langue d’Ahmadou Kourouma, ou, le français sous le soleil d’Afrique, Paris, ACCT, 1995, 123 pages ;
GODIN (Jean-Cléo), «Les soleils des indépendances», Etudes Françaises, 1968, vol 4, n°2, pages 209-216 ;
KOMLAN GBANOU (Sélom), «En attendant les bêtes sauvages ou le roman d’un diseur de vérité», Etudes Africaines, 2006, (423), pages 51-75 ;
LADITAN (Affin O),  «De l’école de la dictature à sa pratique dans En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma», in NEOHELICON 2000, n°27, n°2, Budapest, pages 269-285 ;
LE RENARD (Thibault) TOULABOR (Comi), «Entretien avec Ahmadou Kourouma», Politique Africaine, octobre 1999, n°75, pages 178-183 ;
LOTY (Laurent), TAQUIN (Véronique), «Kourouma un Voltaire africain ? Voltaire un Kourouma européen ?», Lumières, n°295, du 5 août 2016 ;
MATAILLET (Dominique), «Ahmadou Kourouma, un Voltaire africain», Jeune Afrique, 16 décembre 2003 ;
MENGUE-NGUEMA, épouse CARBONE-BLANQUI (Régina-Marciale), La représentation des conflits chez Ahmadou Kourouma et Alain Mabanckou, Thèse de Littérature comparée et francophone, sous la direction du professeur Christiane CHAULET-ACHOUR, Université de Cergy-Pontoise, novembre 2009, 370 pages ;
MICHEL (Patrick), «Ahmadou Kourouma : de l’Afrique à la totalité du monde», Critique internationale (Paris, Science Po), 2002-2003, n°16, pages 70-76 ;
MONGO-MBOUSSA (Boniface), «Ahmadou Kourouma : engagement et distanciation», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 44-49 ;
NICOLAS (Jean-Claude), Comprendre les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, Paris, éditions Saint-Paul, 1985, 191 pages ;
NIMROD (Béna), «Du proverbe au verbe, la nouvelle philosophie des vocables initiée par Kourouma», Cahier spécial, Ahmadou Kourouma : l’héritage, Revue des littératures du Sud, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 56-59 ;
NOUMSSI (Gérard Marie), La création langagière dans la prose romantique d’Ahmadou Kourouma, Paris, L’Harmattan, 2009, 292 pages ;
OUEDRAOGO (Amadou), L’univers mystique d’Ahmadou Kourouma : entre vision et subversion, Paris L’Harmattan, 2014, 230 pages ;
OUEDRAOGO (Jean), «Entretien avec Ahmadou Kourouma», The French Review, 2001, vol 74, n°4, pages 772-785 ;
OUEDRAOGO (Jean), «L’imaginaire d’Ahmadou Kourouma : enjeux et contours d’une esthétique», Nouvelles études francophones, automne 2011, vol 26, n°2, pages 263-267  ;
OUEDRAOGO (Jean), «L’ivresse, l’ivraie, dans le diseur de vérité d’Ahmadou Kourouma», L’Annuaire théâtral, printemps 2002, vol 31, pages 45-64 ;
OUEDRAOGO (Jean), L’imaginaire d’Ahmadou Kourouma : contours et enjeux d’une esthétique, Paris, Karthala, 2010, 276 pages ;
PARFAIT DIANDUE (BI CACOU), Histoire et fiction dans la production romanesque d’Ahmadou Kourouma, Thèse de Littérature comparée, sous la Direction de Jean-Marie Grassin, Gérard Dago Lézou, Juliette Vion-Dury, Université de Cocody et de Limoges, mars 2003, 570 pages avec des annexes ;
SIAMUNDELE (André, N.) «Senghor, Kourouma, Sony-Labou Tansi : d’un mouvement littéraire à la littérature en mouvement ou la Négritude postcoloniale», LittéRéalité, printemps 2004, vol 16, n°1, pages 9-22 ;
SOUBIAS (Pierre), «Deux langues pour un texte : problème de style chez Ahmadou Kourouma», Champ du Signe Sémantique, Poétique, Rhétorique, 1995, vol. 5,  pages 209-222 ;
SOUBIAS (Pierre), «Les soleils des indépendances : la magie du déshanchantement», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 11-16 ;
TANKWA ZESSEU (Claude), Le discours proverbial chez Ahmadou Kourouma, Thèse de doctorat de philosophie, Université de Toronto, 2011, 288 pages ;
TEGOMO (Guy), «La littérature d’enfance et de jeunesse d’Ahmadou Kourouma», Présence Francophone, 2002, n°59, pages 126-141 ;
VOISIN (Patrick), Ahmadou Kourouma : entre poétique romanesque et littérature politique, Paris, Classiques Garnier, 2015, 419 pages ;
WABERI (Abdourahman), «Colossal Kourouma», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 185-187.
Paris, le 30 mai 2017, actualisé le 4 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
"Ahmadou KOUROUMA (1927-2003), homme de lettres ivoirien postcolonial, diseur de vérité et un Voltaire Africain», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 18:50

Le cas hautement symbolique de Sibeth N’DIAYE, promue au rang de cheffe du service presse à l’Elysée, mériterait une attention particulière, à l’aube du mandat du président MACRON. En effet, Mme Sibeth N’DIAYE, «La Olivia POPE», figure omniprésente pendant la campagne électorale aux côtés du candidat et garde rapprochée du président Emmanuel MACRON, a frappé les esprits, Il n’en reste pas moins que ce cas emblématique questionne toute la politique française d’intégration. Mme Sibeth N’DIAYE parlant couramment le Ouolof, est née le 13 décembre 1979, à Dakar, au Sénégal. Mme Sibeth N’DIAYE a grandi au Plateau, en centre-ville de Dakar. Dernière d’une fratrie de quatre filles, elle reçoit une éducation à l’européenne dans une famille bourgeoise. Son père, Fara N’DIAYE, membre fondateur du PIT et de la F.E.A.N.F., était le numéro deux du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye WADE, ancien président du Sénégal de 2000 à 2012, qu’il a quitté en 1986 pour rejoindre l’équipe du président d’alors, le socialiste Abdou DIOUF (1981-2000), afin de travailler sur le Canal du Cayor, un projet destiné à alimenter en eau potable la ville de Dakar. Mais il faut préciser que Fara N’DIAYE n’a pas rejoint Abdou DIOUF pour des prébendes ou des postes. Il était un homme pétri de valeurs. Les raisons qui l’ont fait quitter le Pds sont plutôt d’ordre doctrinal. Sa conception intellectuelle de la lutte pour le «Sopi» était en rupture avec les méthodes violentes de son patron Abdoulaye WADE (voir mon post). Finalement, sachant que l’utilisation de la violence et de la terreur étaient les armes de prédilection de WADE pour combattre le régime socialiste. Il faut préciser que Fara N’DIAYE était une connaissance de longe date d’Abdou DIOUF : «Fara était pour moi un ami depuis la période de 1958-60, quand nous étions à la Cité universitaire de Paris. En outre, son épouse, Mireille, était la sœur d’Yves BRENNER, un de mes condisciples à l’Université de Dakar », écrit Abdou DIOUF, dans ses mémoires (Voir mon post sur Abdou DIOUF). Cependant, une partie de la famille de Sibeth resta proche d’Abdoulaye WADE. Ainsi, en 2000, lorsque maître WADE devient chef de l’Etat, la mère de Sibeth, Mireille N’DIAYE née BRENNER (1940-2015), d’origine allemande et togolaise, occupe le poste de présidente du Conseil constitutionnel. Elle le conservera jusqu’en 2010.

Sénégalaise d’origine, Sibeth N’DIAYE a acquis la nationalité française en juin 2016. "J’ai mis beaucoup de temps à me décider", confie-t-elle ."Une grande partie de ma famille réside au Sénégal, en particulier l’aînée de mes trois sœurs. Les autres vivent dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, au Togo, dont est originaire ma mère, et au Nigeria. Nous sommes plutôt des globe-trotteuses". Son prénom, Sibeth, signifie "qui a gagné beaucoup de combats" en langue Diola. Mme Sibeth N’DIAYE s'est engagée en politique alors qu'elle était encore étudiante, au sein de l'UNEF, un syndicat étudiant historiquement proche du Parti socialiste. C'est donc tout naturellement que la militante étudiante rejoint les rangs du PS en 2002. Encartée, elle gravit les échelons du Parti, jusqu'à devenir secrétaire nationale chargée de la petite enfance en 2009. Elle s'est ainsi engagée, lors de la présidentielle de 2007, contre Nicolas Sarkozy et les "dangers" qu'il faisait courir selon elle à la France. Mme Sibeth N’DIAYE a débuté en politique dans le service de presse de Claude BARTELONNE, alors qu'il présidait le conseil général de Seine-Saint-Denis. Mme N’DIAYE a ensuite gagné Bercy, où elle a assuré les relations presse d'Arnaud MONTEBOURG, d'abord ministre du Redressement productif puis de l'Economie. Mme N’DIAYE est restée au Ministère après la démission du gouvernement de M. MONTEBOURG. M. MACRON conserve Sibeth dans son équipe. Et lorsqu'il démissionne à son tour pour se lancer dans la bataille pour l'Elysée, elle l'accompagne. Tout le monde a reconnu ses importantes qualités professionnelles durant cette campagne électorale, dont Mme Laurence HAIM qui estime que "C’est une excellente conseillère qui connaît parfaitement le fonctionnement de la presse". Il faut donc se réjouir de cette promotion fondée sur le mérite, hautement symbolique, car les symboles ont une importance particulière en politique. Cela signifie, dans les quartiers, il faudrait abandonner la colère stérile et garder l’espoir et l’espérance. On peut y arriver, à force de travail et d’abnégation. Mais ce travail nécessite parfois un coup de pouce.

Cependant, toutes les personnes issues de l’immigration, quand elles atteignent un certain niveau de responsabilité, font souvent l’objet d’attaques injustes. Ainsi, depuis quelques temps on entend une petite musique concernant «la Cool attitude» de Mme Sibeth N’DIAYE. Ses tresses et ses Adidas sont jugés, par une certaine presse, comme malséants. En effet, Mesdames Rama YADE, Rachida DATI ainsi que Christiane TAUBIRA, en raison de leurs origines ethniques, avaient fait l’objet d’attaques sexistes et indignes de la République, sans être défendues de façon vigoureuse. En particulier, Mme Christiane TAUBIRA, qualifiée de «singe» par une élue du FN, qui avait critiqué, publiquement, le funeste projet de déchéance, avait été évincée, fort injustement du gouvernement par M. VALLS. En son temps, la réplique de Mme Rama YADE au sujet de la déclaration de M. SARKOZY, «l’homme Noir n’est pas entrée dans l’Histoire» lui avait valu la réprimande, puis la marginalisation et finalement l’éviction du gouvernement.

On connaît les limites de cette diversité cosmétique se manifestant par une forte dépendance : «se soumettre ou se démettre» suivant une formule empruntée à Mac MAHON. En effet, cette diversité choisie, pour se faire bonne conscience, ou qu’on peut appeler «cosmétique», peut se révéler comme une démarche paternaliste. La personne ainsi cooptée ne représentant qu’elle-même, est enfermée dans de très forts liens de subordination, sans aucune marge de manœuvre. La vraie diversité devrait se fonder, non seulement sur les compétences, cela va de soi, mais aussi sur le militantisme avéré pour avoir une légitimité suffisante vis-à-vis de la base et du pouvoir politique, et porter ainsi des projets innovants, de nature à renforcer la cohésion sociale, promouvoir l’égalité réelle et changer, réellement, la vie des gens dans les quartiers, pour une République apaisée et pour le bien-vivre ensemble.

L’ambiguïté de la politique française d’intégration tient au fait que d’une part, théoriquement, la loi française garantie l’égalité des citoyens devant les emplois publics, mais que d’autre part, cette affirmation est très largement contredite par la réalité. En effet, la promesse républicaine d’égalité réelle de tous citoyens, devant la poussée du Front national et la lepénisation des esprits, questionne gravement sur la place des Français issus de l’immigration dans la sphère publique. Ce qui occupe, souvent une place importante dans le débat politique, ce sont les sujets stigmatisants : (Voile, laïcité, burqa, terrorisme, les rapports difficiles avec les forces de sécurité, etc.), en revanche, les enjeux de bonne intégration dans la société française sont occultés. Bref, l’hypocrisie, le paternalisme et le double langage ont discrédité la parole publique et les Français issus de l’immigration ont choisi de déserter le champ politique et de la citoyenneté faisant ainsi d’eux des proies faciles du Front National. Par ailleurs, les différentes organisations noires, comme le C.R.A.N., sensées soulever les questions fondamentales d’une bonne intégration de ces populations sont engluées dans leurs dissensions internes. Ces organisations multiples concurrentes et parfois éphémères sont discréditées par des comportements peu vertueux de certains de leurs dirigeants. En effet, ils ont souvent transformé ces nobles organisations en outils de promotion personnelle.

En définitive, l’enjeu essentiel du débat concernant la diversité reste fondamentalement la question de la citoyenneté. En effet, les Français issus de l’immigration ne devraient pas être ravalés au rang de citoyens de seconde zone dont le destin serait d’occuper des fonctions ingrates ou remplir les prisons dont les certains dirigeants se proposent d’agrandir la capacité d’accueil et renforcer le dispositif répressif. L’intégration n’a de sens que si, à égalité de droits et d’obligations, les Français issus de l’immigration se retrouvent dans tous les lieux de décisions, notamment au sein des partis politiques, aux instances délibérantes, dans la haute administration, la presse et la sphère économique. Dans ces législatives, M. Alexandre AIDRA, un énarque résidant à Aubervilliers et originaire du Sénégal, Mme Madeleine N’GOMBET-BITOO, de la Charente Maritime et originaire du Cameroun, ont été investi. En revanche, M. Saliou DIALLO qui avait monté un comité «En Marche», à Evry, dans le fief de M. VALLS, n’a pas été soutenu, mais il a présenté sa candidature au titre de la majorité présidentielle.

Globalement, il faut se féliciter de ces investitures, mais faudrait-il encore qu’il s’agisse de circonscriptions gagnables ? En effet, encore faudrait-il qu’il s’agisse de circonscriptions gagnables ? Ainsi, dans mon 19ème arrondissement, Mounir MAHDJOUBI affrontera M. Jean-Christophe CAMBADELIS, 1er Secrétaire du Parti socialiste et dont le suppléant n’est d’autre que M. François DAGNAUD, maire du 19ème arrondissement. Mme Sandrine MAZETIER, vice-présidente de l’Assemblée nationale sera opposée à Mme Laetitia AVIA, dans la 8ème circonscription de Paris.

Sur le plan théorique, il règne un consensus, au sein de la classe politique, sur la nécessité de faire une place à la diversité, pour la représentation politique puisse être, réellement, à l’image du pays, devenu multicolore. Mais dès qu’il s’agit d’identifier un point de chute précis, chacun se dit : «c’est bien, mais pas dans ma circonscription !».

Là où la politique d’intégration est encore plus ambiguë, c’est au niveau de la haute administration, dans les postes dont la nomination soumise à la discrétion de l’autorité administrative. On se rappelle de cette déclaration de M. SARKOZY : «j’ai nommé le premier préfet musulman» qui en dit long sur cette ségrégation qui ne dit pas son nom. La deuxième génération des Français issus de l’immigration a fréquenté les grandes écoles, mais cependant leurs demandes d’emplois seront fréquemment rejetées avec ce motif fallacieux : «ne correspond pas au profil». A tel point que l’idée du C-V anonyme a ressurgi dans ces présidentielles de 2017. Est-ce vraiment le C-V qui est en cause, ou refus de voir que la lepénisation des esprits a fortement progressé dans ce pays ?

Si la communauté maghrébine a réussi à pénétrer, timidement, le secteur de la boucherie Halal et si les Chinois ont pris d’assaut les tabacs parisiens, en revanche, les Français issus d’Afrique sont confinés aux tâches ingrates, au chômage ou à la vente de produits illicites. En effet, les financements stériles d’associations ou subventions importantes aux entreprises investissant dans les quartiers, n’ont pas porté leurs fruits à la hauteur des ressources financières importantes dégagées. Il est grand temps de redéployer, de façon plus efficace, ces ressources publiques, dans le sens de l’intérêt de ces populations.

La presse a salué la «présidence jupitérienne» du président MACRON qui vient de faire un voyage au Mali. Cependant, et durant sa campagne électorale, le président MACRON avait dégagé un programme séduisant, et sur lequel, les actes devraient suivre la parole. En particulier, l’idée que l’Afrique, loin d’inspirer la peur, est «une zone d’opportunités» à saisir. La «Françafrique» est une conception paternaliste et victimisante, il faudrait y mettre fin, en choisissant une coopération équitable. La Francophonie est un espace de solidarité, nécessitant des visas pour les chercheurs et les étudiants, afin de renforcer les liens historiques entre la France et l’Afrique. Et s’agissant, du Franc C.F.A., c’est aux Africains de décider de leur souveraineté, le président MACRON, restant à l’écoute de leurs besoins.

Souhaitons plein succès dans ses missions à Mme Sibeth N’DIAYE, pour l’intérêt de la Diaspora et une coopération, mutuellement, avantageuse entre la France et l’Afrique.

Paris, le 2 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Sibeth N’DIAYE et l’ambiguïté de la politique d’intégration de la diversité en France», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Sibeth N’DIAYE et l’ambiguïté de la politique d’intégration de la diversité en France», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 15:53
Mamadou DIA (1910-2009), un ancien président du conseil du Sénégal, un nationaliste intransigeant et mystique
Issu d’un milieu rural, des profondeurs du Sénégal, enseignant, journaliste, Secrétaire général du Bloc Démocratique Sénégalais (BDS), Sénateur, député à l’assemblée nationale française et du Sénégal, maire de Diourbel, Mamadou DIA a été le premier président du Conseil du gouvernement sénégalais de 1957 à 1962, l’histoire de Mamadou DIA se confond avec celle du Sénégal, à l’aube de l’indépendance. Intransigeant, il refusait toute compromission : «Je préfèrerais mourir  libre en prison, que de sortir de prison en devenant prisonnier d’un engagement contraire à mon devoir de citoyen et de patriote africain et sénégalais» avait-il dit à SENGHOR, qui voulait le libérer, sous réserve de renoncer à ses droits politiques. En effet, arrêté en décembre 1962, emprisonné à Kédougou de 1963 à 1974, il n’a été gracié qu’en 1976. Témoin majeur des soubressauts de la Fédération du Mali, des acquis fragiles de l’indépendance, Mamadou DIA était un nationaliste et mystique, homme de rigueur et d’austérité, intransigeant sur les objectifs fixés par son parti, il ne savait ni ruser, ni tricher. Le destin de Mamadou DIA se dessine dans ses années de jeunesse. «Il sentait qu’il était porteur du destin de son peuple, avec résolution, sans compromission. C’est un Peul, et les Peuls ont le sens de la dignité, la dignité de l’homme qui est intégralement dans ses gestes, dans ses prises de position ; il n'en démord pas» dit Roland COLIN.
En décembre 2013, les amis de Mamadou DIA regrettaient le fait qu’au Sénégal «aucune rue, aucune impasse ne porte le nom de Mamadou DIA. Cela surprend». Compagnon de route depuis 1946, puis concurrent de SENGHOR en 1962, victime d’une conspiration du silence depuis sa destitution, son histoire oubliée ou occultée mériterait un hommage, car Mamadou DIA, un authentique Foutankais, un nationaliste engagé pour la ruralité. «La décolonisation, imparfaite et douloureuse, a été marquée par une double falsification de l’histoire. Les anciens maîtres tout comme les nouveaux se sont souvent attachés à travestir, voire détruire, les traces des événements et des acteurs qui pourraient porter atteinte à des légitimités usurpées ou contestables, au passé comme au présent» écrit Roland COLIN, son Directeur de cabinet et biographe. Issu de la profondeur rurale du peuple sénégalais, accédant à la force du poignet à la première « élite enseignante » de son pays dans les années 1930, le jeune Mamadou DIA anime, avec Abdoulaye SADJI et quelques autres, un «mouvement de l’authenticité» qui revendique le droit à l’identité culturelle et à la justice sociale, au sein de la nuit coloniale. Suivant l’historien Mamadou DIOUF, le président DIA porteur du «seul projet de construction politique, économique et social du Sénégal indépendant» méritait d’être mieux connu. En effet, Mamadou DIA, l'un des principaux artisans de l'indépendance du pays, a joué un rôle capital dans la construction du Sénégal moderne, même si l'histoire l'a souvent laissé dans l'ombre de SENGHOR. Deux visions de la politique du Sénégal indépendant se sont affrontées : SENGHOR défendait des relations privilégiées avec la France et composait avec les intérêts en place notamment l’économie arachidière (bourgeoisie nationale, lobby des marabouts) et Mamadou DIA prônait une diversification de la production, l’autogestion à partir des communautés de base, en voulant, à travers les coopératives, libérer les paysans de ce système de la traite arachidière au cœur du système colonial.
En 1959, dans le cadre de l’autonomie interne, Mamadou DIA est le premier chef de l’Etat sénégalais. La fédération du Mali a été éphémère : «Le rôle de la France dans la rupture de la Fédération du Mali, c’est tout à fait clair : la France a pris position contre parce qu’effectivement c’était l’option de diviser pour régner» écrit Roland COLIN. En 1960, à l’indépendance, la Constitution prévoit un «régime parlementaire rationalisé», avec un exécutif bicéphale, Léopold Sédar SENGHOR, président de la République et Mamadou DIA, président du Conseil. SENGHOR, un animal politique, finira par liquider son ami Mamadou DIA, pour tentative de «coup d’Etat» et  régnera, sans partage, sur le Sénégal de 1962 à 1980. 60 ans après les indépendances, le projet politique de Mamadou DIA est finalement reconnu de nos jours, comme inspiré d’un authentique nationalisme ; il voulait sortir les «Badolos», les déshérités de leur misère, de ce système de traite qui les maintenait dans la servitude. Il contestait en particulier, la légitimité des Sociétés Indigènes de Prévoyance (SIP) qui, «en écartant les intéressés eux-mêmes de la gestion de leurs propres affaires, leur enlevaient la possibilité d’acquérir l’expérience nécessaire au progrès humain, au mépris le plus complet de toute œuvre d’éducation. En fait, le but réel de ces SIP n’était pas l’éducation mais le dressage» écrit Mamadou DIA. Pour lui, l’indépendance devrait permettre de libérer le monde rural de cette situation d’assujettissement à l’Administration coloniale et au commerce colonial, exercée par le biais des SIP, pour promouvoir un mouvement coopératif, comme stratégie de sa libération économique et sociale et de modernisation de l’agriculture. Elève à Paris, du professeur d’économie, François PERROUX (1903-1987), et s’appuyant sur le père Louis-Joseph LEBRET (1897-1966), la volonté de Mamadou DIA est de substituer une agriculture vivrière à l'économie arachidière développée par les Français avec l'appui des marabouts mourides ; ce qui froisse de nombreux intérêts et va provoquer sa chute.
Cet article se fonde, en partie, sur les écrits de Mamadou DIA, peu étudiés à ce jour, et en particulier ses mémoires, non rééditées, que j’ai dû acheter chez Amazon au prix de 95 €. La contribution de Roland COLIN, son Directeur de Cabinet de 1957 à 1962, est majeure ; elle est enregistrée et écrite. En effet, en 1975, faisant œuvre d’historien, Roland COLIN, un breton ayant fréquenté SENGHOR, qui lui enseignait le Poulaar, et d’autres Africains à Paris (Joseph KI-ZERBO), est l’auteur d’un ouvrage «Sénégal, notre pirogue, au soleil de la liberté». Roland COLIN a fait interviewé Mamadou DIA sur son parcours, et Valérie NIVELON, avec les témoignages de Mamadou DIOUF, historien et professeur à l’université de Columbia, et Etienne SMITH auteur sur les instituteurs en AOF, les a diffusés sur RFI, dans «La Marche du Siècle». Mamadou DIA, outre ses ouvrages, a été chroniqueur dans la presse sénégalaise de l’époque, notamment Paris-Dakar. Ce ne sont pas les documents qui manquent, mais leur accessibilité et leur exploitation.
Mamadou DIA est né, officiellement, à Khombole, le 18 juillet 1910, entre le Baol et le Cayor, en milieu rural et arachidier. Mamadou DIA grandit en milieu populaire, s’imprégnant des valeurs et de la culture de son terroir et de sa famille. Les origines familiales de Mamadou DIA marqueront profondément sa personnalité «Mamadou DIA avait une véritable fierté de son origine paysanne. Le poids de l’influence coloniale a joué, très peu, pour dénaturer le «sentiment d’appartenance» à son milieu. Tout au long de sa vie, quand il a émergé à la vie d’homme, Mamadou Dia était porteur de cela, jusqu’à sa mort. Il a défendu son identité paysanne, comme une valeur en partage» dit Roland COLIN. Son père, issu d’une famille de marabouts-paysans, est originaire de Sinthiou Bamambé, dans le Département de Kanel, dans la province du Damga du Fouta-Toro. Son père est marqué par un climat de rigueur morale et d’austérité ; orphelin, très tôt, il a dû garder les vaches et labourer les champs. En raison de ce dénuement, son père a quitté, au début du XXème siècle son village, pour Dakar, où il trouva un emploi dans les chemins de fer, en qualité de chef de train. Il se marie d’abord avec Fatoumata DIARRA, d’origine malienne, mais ils n’ont pas eu d’enfants. C’est à Thiès qu’il rencontre la mère de Mamadou, une Sérère originaire de Bambey, de la lignée des N’GOM, les Tègne du Baol. Par conséquent, sa mère n’était pas initialement, musulmane, mais fétichiste «Ma mère était marquée par ses origines ; elle était superstitieuse. Mais sous l’influence de mon père, elle a abandonné complètement toutes les pratiques fétichistes, pour épouser, complètement, la religion de mon père» dit Mamadou DIA. Son père quitte son métier d’agent des chemins de fer, à Thiès, pour celui de policier ; il est alors affecté à Khombole, c’est là que Mamadou va naître. En revanche, sa sœur Fatou DIA et son grand-frère El Hadji DIA ont vu le jour à Thiès. «La disparition prématurée de mon père m’avait vivement affecté : je l’aimais beaucoup. Il était illettré : il ne savait ni lire, ni écrire en français. Pour devenir chef de train, il avait appris à parler en français, sans savoir écrire » dit Mamadou DIA, dans ses mémoires. Son père, brigadier de police, courageux et plein de dignité, était un contestataire avant la lettre. «Il m’a raconté ses démêlés, la façon dont il refusait des consignes qu’on lui donnait, ce qui lui valu beaucoup de retard dans son avancement» écrit Mamadou DIA. C’est en raison de sa bravoure et de son abnégation que son père va disparaître dans des circonstances tragiques : «Il est mort parce qu’il poursuivait un voleur qui avait tenté de s’échapper. Le voleur, en désespoir de cause, s’est jeté dans un puits de ferrailles. Mon père, entrainé dans son élan, alors qu’il l’avait saisi par les vêtements, est tombé dans le puits. Tous deux, broyés, n’ont pu survivre à leurs blessures» dit Mamadou DIA. Ce drame, en 1920, est le premier choc de la vie de Mamadou DIA «J’ai été marqué par la disparition de mon père, parce que je l’aimais beaucoup. C’était un ami avec qui je parlais, je discutais. Il me racontait toute sa vie, ses démêlés avec l’administration de l’époque» dit Mamadou DIA. La mort du père a une dimension psychologique importante chez le jeune Mamadou DIA. Ce rapport au père est central dans la vie du futur président du Conseil : «L’imitation de son père est devenue une dimension importante : c’est exercer la justice et protéger les populations» dit Mamadou DIOUF.
Comme les enfants de son âge, il commence par fréquenter l’école coranique. Enfant brillant, il a appris, par lui-même à écrire le Coran sur une tablette. Pendant la saison des pluies, il allait cultiver les champs de sa famille «Né dans une famille de gens simples, j’ai  connu tôt le prix du labeur ; j’ai connu le dénuement et le calvaire du besoin insatisfait. J’ai appris les vertus de l’austérité» dit Mamadou DIA. Il devra, par la suite fréquenter l’école française «C’était passionnant ; j’ai découvert là un autre univers. J’ai été séduit ; je savais réciter une petite grammaire classique de l’époque, d’un bout à l’autre, comme le Coran. C’est pour cela que j’étais fort en orthographe. Je ne faisais pas de fautes» dit Mamadou DIA. Il est dans la phase de conquête des savoirs, des sensibilités, la découverte du monde extérieur, comme la mer, la ville, la société. Poussé par un élan d’enthousiasme, il veut aussi plonger dans les autres aspects de la vie : «Mon premier contact avec la mer, ça été quelque chose d’extraordinaire. C’est après mon certificat d’études, en 1924, que pour la première fois, je sortais de l’univers paysan, pour aller prendre contact avec Dakar. J’étais content, j’étais heureux, fou de joie, sortir de mon bled, pour aller à la ville, prendre le train, vers la mer. La où j’ai eu mon émerveillement, c’est quand le train a dépassé Sébikhotane. J’étais à côté de la fenêtre. Puis, le train roulant, je vois sur une nappe d’eau immense. Je me lève, je me mets à la fenêtre. Je dis «qu’est-ce que c’est cela ? ». On me répond « tu ne sais pas ce que c’est ? C’est la mer ». Alors je n’arrêtais pas de répéter « Ah, c’est cela la mer ? ça a été un émerveillement, quelque chose d’extraordinaire» dit Mamadou DIA.
En 1925, Mamadou DIA entreprend des études secondaires à Saint-Louis, l’ancienne capitale coloniale, loin de sa famille et fait l’expérience de l’autonomie. Il n’a pas encore conscience de l’oppression coloniale «Pendant cette période, je n’avais pas le sentiment d’être colonisé. J’étais un enfant, un écolier. J’avais ma bourse ; elle était d’ailleurs modique. Il fallait que ma mère, quand elle avait vendu ses arachides, qu’elle m’envoie un peu d’argent pour me soutenir. A Saint-Louis, on restait 3 ou 4 jours sans tambouille, sans feu, sans repas, sans rien. Il fallait se débrouiller pour trouver un morceau de pain dans une boutique, un peu de pistache. Pour étudier, le soir, si on avait de quoi se payer les bougies ; si on n’en avait pas, il fallait aller dans la rue, sous les lampadaires, pour apprendre nos leçons. On avait un costume, le «Sabador», sur le dos pendant toute la semaine, et il fallait attendre le jeudi ou le dimanche, pour aller au fleuve, se mettre nu, laver son «Sabador», le laisser sécher, pour le remettre. C’est comme cela que nous avons vécu à Saint-Louis» dit Mamadou DIA. A l’école Blanchot de Saint-Louis, l’expérience de la pauvreté n’empêche en rien Mamadou DIA de devenir un excellent élève, et en dépit de son jeune âge, son instituteur, en 1926, en raison de sa vive intelligence, décide de le présenter à l’Ecole Normale William Ponty, pour devenir enseignant. L’historiographie a souvent retenu pour sa naissance la date de 1910, alors, expliquait-il, que : «les papiers de mon père que j’ai retrouvés indiquent que je suis né en juillet 1911». C’est, en fait, une ruse d’un enseignant qui l’a fait vieillir d’un an sur les documents officiels. «J’ai passé le concours, je n’avais pas l’âge requis, on m’a demandé qu’on me vieillisse de 1911 ; on a mis né en 1910. Je suis entré à Ponty major de ma promotion, premier de l’A.O.F.» dit Mamadou DIA.
En 1927, Mamadou DIA entre à l’école normale William Ponty, dans la fabrique des élites africaines, les futurs pères de l’indépendance. Il goûte à une vie plus agréable, c’est un changement de vie plus radical pour Mamadou DIA qui découvre l’internat et le réfectoire. «Après cette vie difficile à Blanchot, c’était l’internat plus confortable. On changeait complètement de vie. On était habillé. On avait l’uniforme, avec un képi, un réfectoire. C’étaient des choses formidables. Là aussi, j’ai fait de bonnes études» dit Mamadou DIA. L’histoire de Mamadou DIA est celle d’une vocation : «Mamadou Dia s’est voulu instituteur, au sens fort du terme. Pour lui, l’éducation est le processus par lequel on s’approprie pour comprendre le monde et pour agir dans le monde. C’est une école d’émancipation, à la condition qu’elle traduise le vécu réel des gens, et non pas un imaginaire projeté de l’extérieur. Partout, où il a été instituteur, il s’est intéressé tout de suite à la condition des paysans, et il enseignait aux fils de paysans. Il s’est placé dans la position de conseiller des parents d’élèves. Il a lancé des coopératives agricoles à cette époque. Cela faisait partie de sa vocation et de son métier d’instituteur, d’être aussi instituteur de coopératives paysannes enracinées dans le terroir. Cela va le propulser, au meilleur et au plus fort, de la définition des politiques qu’il mènera lorsqu’il va gouverner le Sénégal» dit le professeur Mamadou DIOUF.
C’est à Gorée que Mamadou DIA entre vraiment en contact avec la culture française et sa littérature. Il commence à lire Alphonse de LAMARTINE et Anatole France et aime la littérature française et la belle phrase. Mamadou DIA «est un homme du terroir, en contact avec les populations, mais il a aussi cette extraordinaire admiration pour la langue française, et cela explique aussi son admiration pour Léopold Sédar Senghor» dit le professeur Mamadou DIOUF. Dans sa carrière politique, et face à Lamine Coura GUEYE (1891-1968), Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) a prétendu être le représentant des masses rurales. Même s’il a grandi dans un monde paysan, SENGHOR est un intellectuel qui a fait ses études en France. En revanche, Mamadou DIA né à Khombole ayant fait des études à Saint-Louis et à Gorée, puis devenu instituteur, est fortement enraciné dans le terroir.
C’est à Saint-Louis que Mamadou DIA démarre sa carrière d’instituteur, une période à la fois marquée par la discrimination du système éducatif, mais aussi par la joie intense d’enseigner «Pour moi, être un bon instituteur, il ne faut pas commencer par les classes supérieures ou moyennes ; il faut commencer par les cours préparatoires. C’est là vraiment que l’on découvre les joies d’enseigner quand tu prends des élèves à zéro, ne sachant ni lire, ni écrire, et trois mois après, tu les vois, progressivement, lire et écrire. C’est quelque chose de formidable». Devenu instituteur stagiaire, à Saint-Louis, c’est à l’âge de 22 ans, en 1932, que Mamadou DIA se marie à Fatou DIOP, une saint-louisienne qui lui donnera deux enfants (Oulimata et Tidiane). Mamadou DIA se mariera aussi à Oulimata BA, une fonctionnaire de l’UNSECO, décédée en 2016. Mamadou DIA a connu deux divorces : avec Clotilde BA, sage-femme catholique qui s’est convertie à l’Islam et avec Salam MOURAD, une institutrice libanaise. En 1936, il est affecté à Fissel, où réside son beau-frère, Serigne LEYE, un chef de canton. Mamadou DIA a pu ainsi entrer en contact avec les Sérères et les Diarafs. Ce qui lui donnera une bonne connaissance des structures paysannes villageoises.
En 1943, admis comme cadre supérieur, Mamadou DIA est nommé Directeur de l’école de Fatick. La politique peut changer les mœurs et introduire un nouveau souffle dans la vie. Mamadou DIA continue d’étudier les revendications et les problèmes des paysans, leur organisation et émancipation (accès à l’eau potable, terres salées empêchant le développement des rizicultures).
I – Mamadou DIA son rêve de justicier et de protecteur des paysans
 
A – Mamadou DIA : L’éducateur et le chronique de la presse
 
Mamadou DIA se révèle être un des meilleurs instituteurs et un grand pédagogue. Mais du point de vue social, la vie d’un instituteur n’est pas aisée, les soldes étant modiques. Mamadou DIA découvre, subitement, ce qu’est le système colonial et ses injustices «Nous étions les fonctionnaires les moins bien payés. Nous étions les parias de l’administration. C’est à Ponty que j’ai découvert également le fait colonial, ressenti comme racisme à la suite de l’affaire du brevet» dit Mamadou DIA. Les instituteurs sont une élite africaine, mais une élite qui ne se situe pas au même niveau que les Européens «Le système colonial avec ses hiérarchies, avec ses injustices et ses inégalités, a fait comprendre à Mamadou DIA, et à toute sa génération, le problème colonial fondamental qui est celui de la hiérarchie raciale qui est entre le colon et l’indigène. Tous les futurs instituteurs, dans leur immense majorité, ne sont pas des citoyens français ; ils restent des indigènes. Une fois devenus instituteurs, les entraves à leur carrière professionnelle vont être ressentis comme la manifestation de ce racisme et de cette dualité du système colonial ; il y a deux cadres : un cadre européen supérieur et un cadre indigène inférieur ; ce qui institutionnalise cette discrimination» dit Etienne SMITH, auteur «Les hussards noirs de la colonie, instituteurs africains». Ces discriminations vont provoquer une crise de vocation des instituteurs africains. Beaucoup d’instituteurs veulent passer le baccalauréat pour échapper à ce cadre colonial brimant les indigènes, mais Albert CHARENTON (1893-1980), l’inspecteur général de l’AOF de 1929 à 1937, un conservateur et raciste, oppose un plafond de verre aux Africains, une élite de plus en plus vindicative. Mamadou DIA, Abdoulaye SADJI (1910-1961) écrivain, Ousmane Socé DIOP (1911-1974), écrivain, et Fara SOW, s’insurgent alors de ce blocage de leur carrière, et contestent de ce fait la légitimité du système colonial, son système assimilationniste. Les instituteurs avaient l’obligation de porter des habits européens et un casque, symbole de l’aliénation culturelle, qu’ils jettent ostensiblement, à Saint-Louis, dans le fleuve Sénégal et sont sanctionnés, pour cette rébellion. Ils entrent donc en politique. Enseignant, c’est le réveil de la conscience politique. Mamadou DIA passe aussi son baccalauréat en contrebande, malgré les interdictions qui lui sont faites, et cela lui vaut immédiatement sanction. Mamadou DIA se retrouve donc affecté disciplinairement dans cette petite école du pays Sérère, dans un village qui s’appelle Fissel. Les conditions de vie y étaient très dures et, en même temps, il était complètement immergé dans le peuple. C’est au moment, en septembre 1937, à la chambre de commerce de Dakar, sur le problème culturel en AOF, que Léopold Sédar SENGHOR s’insurge contre la politique d’assimilation. Mamadou DIA a adhéré, pleinement, à cette vision «assimiler, sans être assimilé». Le colonisé a le droit de choisir d’accepter ce qui vient de l’autre «nous revendiquons notre authenticité, notre identité nationale, identité africaine» dit Mamadou DIA. Pour lui, le temps est venu de repenser l’Histoire africaine, mais aussi émanciper les sociétés africaines, dans le cadre de ce qu’il appelle «l’authenticité», qui n’est pas un retour au passé, mais un puissant moyen pour entrer dans la modernité. Mamadou DIA «a compris le monde rural et les déshérités, parce qu’il est profondément enraciné dans le terroir, le monde paysan. C’est grâce à cet enracinement, qu’il a pu vivre et théoriser son socialisme africain» dit le professeur Mamadou DIOUF.
L’instituteur Mamadou DIA se jette à corps perdu dans son métier d’enseignant et se trouve bien loin, à l’époque, de la politique : «Je ne faisais pas de politique, parce que je détestais la politique», confiera-t-il plus tard. Au départ, Mamadou DIA exerçait des activités de chroniqueur dans la presse «J’écrivais des articles dans la presse, non seulement dans Paris-Dakar, mais également dans les journaux politiques, des articles qui étaient remarqués, axés sur les problèmes économiques ; c’est ce qui a attiré l’attention de Senghor sur moi» dit-il. Initialement, contestataire et réticent à l’engagement politique, Mamadou DIA est cependant engagé dans le combat d’idées. Il écrit pour des journaux «Dans mes articles de presse, je présentais de plus en plus les problèmes et les revendications des paysans. Je décrivais la misère qui régnait chez eux». Ses articles portent souvent sur les questions économiques. Il y explique notamment que la voie idéale pour l’émancipation des paysans est leur organisation en coopératives, une idée qui marquera durablement sa pensée politique. A l’époque, Mamadou DIA est en réaction avec la SFIO (la Section française de l’internationale ouvrière, l’ancêtre du Parti socialiste français), qui n’a, selon lui, «de socialiste que l’étiquette». Léopold Sédar SENGHOR s’intéresse par conséquent à Mamadou DIA, il a une personnalité qui résonne dans l’espace public et qui a de l’influence sur l’opinion publique. SENGHOR remarque Mamadou DIA parce qu’il est directeur d’école à Fatick, dans le milieu arachidier, il s’intéresse aux coopératives et aux conditions des paysans. SENGHOR est fasciné par le monde rural, mais c’est un intellectuel, il n’en pas les codes. Quand Léopold Sédar SENGHOR vient à Fatick pour présenter sa candidature à la députation, il l’interpelle sur la place du marché : «Je ne comprends pas que vous, jeune agrégé, au lieu de vous soucier de prendre la direction de l’enseignement en Afrique, vous vous préoccupiez d’avoir un mandat politique». Mamadou DIA révolté contre l’injustice, détestant les magouilles politiciennes, voulant réinventer la vie, pour défendre le monde paysan, entre en politique «J’avais les meilleurs rapports avec la population. C’est la population de Fatick qui va m’entraîner dans la politique. Moi, j’avais toujours dit que la politique, c’est la gangrène, c’est de la pourriture. Mais quand j’ai vu que les politiciens risquaient d’exploiter des paysans, si je peux faire quelque chose, je vais le faire. C’est ça le début de mon entrée en politique et ma collaboration directe avec Léopold Sédar Senghor. Nous étions élus sur la même liste au Conseil général» dit Mamadou DIA.
B – Mamadou DIA : La complémentarité avec SENGHOR
La rencontre entre Mamadou DIA et Léopold Sédar SENGHOR est fondée sur la complémentarité et les avantages mutuels : «Si on me dit Mamadou Dia, ce qui me revient à l’esprit, c’est à la fois celui qui a été le complément de Senghor ; Senghor fait partie d’une conversation qui est à la fois une conversation avec les intellectuels et les politiques, avec les membres de la diaspora africaine ; ce qu’il appelle son royaume d’enfance. Senghor est un polyglotte. Mamadou Dia est plutôt enraciné dans le terroir, de la région où il est né et il a grandi (Thiès et Diourbel). Il a eu une vie rurale. Cette complémentarité entre lui et Senghor était très importante» dit Mamadou DIA, professeur à l’université de Columbia. Pendant longtemps Léopold Sédar SENGHOR et Lamine GUEYE ont dominé la vie politique sénégalaise, mais la SFIO n’avait de socialiste que son étiquette ; ce parti défendait l’assimilation. En effet, la SFIO, en collusion avec les milieux d’affaires colonialistes, obligea SENGHOR à prendre ses distances avec ce parti. Mamadou DIA accompagne SENGHOR au moment de sa démission de la SFIO, annoncée par lettre le 27 septembre 1948. Les dissidents créent le BDS, au congrès des 15-17 avril 1949 à Thiès, une ville des cheminots et un acte de défi à la SFIO de Lamine GUEYE. SENGHOR, qui reçoit le soutien des marabouts, des syndicalistes et des ruraux, sort victorieux aux élections du 17 juin 1951, contre son mentor Lamine GUEYE. En 1952, les premières sections s’implantent donc à Thiès, avec l’appui de Ibrahima SARR, un cheminot syndicaliste et ami de Mamadou DIA.  Le 8ème congrès du BDS envisage même de créer «un parti ouvrier et paysan». Au Fouta-Toro, Abdou Salam  KANE est viscéralement hostile au BDS. Baba Dédé NIANE, Diawando, tiendra tête à Abdousalam à Kanel. Mais DIA obtiendra l’adhésion, à Matam, de Cheikh Fadel KANE et son neveu, Issa KANE. Mamadou DIA et Léopold Sédar SENGHOR seront les deux têtes du nouveau parti. Ils le conduiront au pouvoir, au fil du temps et des mutations (BDS, BPS, UPS en 1958). C’est une rencontre que Roland COLIN qualifie de «miraculeuse». Les deux hommes sont complémentaires : «Quand Dia était au pouvoir au Sénégal, en première ligne, aux responsabilités, j’aime autant vous dire que dans la vie politique sénégalaise l’image et la position de Dia étaient extrêmement fortes. Tout à fait aussi fortes que celles de Senghor ! Dia avait une grande présence vis-à-vis des paysans. Il était doué d’une éloquence très remarquable et remarquée lorsqu’il s’adressait aux foules, notamment en wolof. C’était un excellent orateur. Alors que Senghor ne se risquait que rarement à employer les langues africaines, dont il avait une connaissance, disons, plus théorique» écrit Roland COLIN. Mamadou DIA, fils du peuple, instituteur dans la brousse profonde, artisan de la mise en place des premières coopératives paysannes, musulman, mais musulman ouvert, très spirituel, possédant vraiment à fond la quintessence de cette culture historique des paysans sénégalais. Léopold Sédar SENGHOR, c’est l’intellectuel chrétien, issu d’une famille aisé, qui a théorisé la Négritude et la francophonie. Pour Mamadou DIA cette rencontre c’est le métissage de l’authenticité et la Négritude.
En 1956, et dans le cadre de la loi-cadre, nommé vice-président du Conseil du gouvernement, Mamadou DIA déclare sa détermination pour une gestion claire et efficiente : «Nous ne devons pas confondre la dignité de la fonction avec le luxe et le gaspillage, inadmissibles chez des représentants d’un peuple aussi démuni que le nôtre» dit-il. Les colonialistes manipulent les Lébous de Dakar pour revendiquer le détachement de la Presqu’Ile du Cap-Vert, pour en faire un département français. Pour contrer ce projet, Mamadou DIA décide de transférer la capitale de Saint-Louis à Dakar. 
Mamadou DIA s’associe avec vigueur à SENGHOR dans sa lutte contre la «balkanisation». Lorsqu’en septembre 1958 De GAULLE propose par référendum le choix entre le statut d’Etat membre de la Communauté ou l’indépendance, le parti sénégalais avait d’abord adopté la seconde option. SENGHOR, lui, avait promis officieusement au gouvernement français de voter pour la Communauté. Le parti risque d’être fracturé. Le premier accroc majeur se produisit au moment du choix crucial édicté par le référendum de septembre 1958 : l’indépendance immédiate ou l’intégration dans la Communauté française. Dia, qui pensait comme la majorité du BDS, tomba des nues lorsque SENGHOR, lors d’une entrevue dramatique à Gonneville-sur-Mer en Normandie, lui avoua qu’il avait déjà pris l’engagement d’accepter la Communauté et l’indépendance c’est dans 20 ans. «Dia s’était trouvé en position extrêmement délicate : ou bien il rompait avec Senghor, et c’était une catastrophe pour le Sénégal ; ou bien il s’alignait sur ses positions et il se mettait en porte-à-faux avec tout un courant avec son parti et aussi avec ses propres convictions. On ne peut pas renoncer à l’indépendance, mais si nous y allons tout de suite et sans que les conditions ne soient réunies, on risque de  tomber dans les dépendances les plus graves» écrit Roland COLIN. Après une discussion âpre, DIA accepta de se ranger à la position de son interlocuteur, mais en obtenant que la perspective de l’indépendance soit préservée à échéance maximale de cinq ans. Mamadou DIA obtint le ralliement du parti, au prix du départ d’un groupe de jeunes intellectuels comme Abdoulaye LY, Assane SECK, Mahtar M’BOW et Jean COLLIN, qui créent le parti du regroupement africain (PRA). Le 10 octobre 1958, il y eut à Rufisque un Comité national de l’UPS : «Dia, qui était un homme de grande cohérence, de forte volonté politique et de grande conviction, y exposa, en effet, les objectifs pour aller vers l’indépendance en détaillant toutes les conditions économiques, sociales et politiques qui permettraient concrètement de l’atteindre. Ceci signifiait le lancement d’un plan de développement qui mettrait à bas l’économie de traite et qui mettrait en place l’économie rurale. Dia voulait un socialisme africain du réel, c’est-à-dire qui puisse s’enraciner dans les communautés de base, qui soit fondé sur une véritable autogestion paysanne mettant en première ligne l’économie sociale et notamment ce qu’il appelait les «coopératives de développement» écrit Roland COLIN.
Mamadou DIA obtient de SENGHOR un acquiescement à l’indépendance à moyen terme, le délai permettant de démanteler l’économie de traite. Le Sénégal adhère ainsi à la Communauté, DIA étant élu premier Chef de l’Etat autonome, qui se joint au Soudan pour fonder la Fédération du Mali, en 1959, rapidement compromise sous les menées anti-fédéralistes. Initialement un projet de fédération à quatre Etats, le Dahomey et la Haute-Volta, s’étant retirés, la gestion de ce couple à deux a été difficile. Dans le schéma des négociations SENGHOR devait être le président de la fédération et Modibo KEITA le chef du gouvernement de celle-ci, et Mamadou DIA cantonné aux fonctions de chef du gouvernement du Sénégal. Mais très vite, c’est la crise, Modibo, par un volte-face, voulant un pouvoir unique et un seul chef. Le comportement de Lamine GUEYE, né à Médine, jugé pro-soudanais n’avait pas facilité les choses. Par ailleurs, le Sénégal sera secoué par d’importantes grèves à partir du 5 janvier 1959, le PRA,  considérant le régime de l’autonomie comme un régime néocolonial, s’est engouffré dans la brèche. Mamadou DIA va procéder à la dissolution des différentes factions de l’UGTAN, à la base de ces grèves. C’est ainsi que le président du Conseil n’avait pas hésité à radier massivement des syndicalistes de la fonction publique, pour faits de grève pour l’augmentation de leurs salaires, et avait profité des «incidents violents» (11 morts) marquant les élections municipales de St-Louis en 1960, pour interdire le parti africain de l’indépendance (PAI), d’obédience communiste.
La France ayant reconnu le droit à l’indépendance, la République du Sénégal est proclamée, au lendemain de l’éclatement de la Fédération du Mali. Le Sénégal indépendant est dirigé par un tandem : SENGHOR Chef de l’Etat et DIA Chef du gouvernement, dans un régime parlementaire.
II – Mamadou DIA et son projet politique de gouvernance vertueuse
et d’émancipation des paysans
Initialement, Mamadou DIA s’est «positionné comme disciple de SENGHOR, et il se sentait pleinement à sa place comme le lieutenant par excellence. Il n’était pas le numéro trois, mais le numéro deux. A chaque fois qu’il était question de désigner un leader de premier rang, Mamadou DIA, inconditionnellement, réclamait que SENGHOR s’y mette» écrit Roland COLIN. Mamadou DIA a accepté avec réticence de prendre la tête de la première équipe gouvernementale sénégalaise parce qu’il pensait que c’était SENGHOR qui devait le faire. L’indépendance proclamée, Mamadou DIA met en place le premier plan de développement du Sénégal, s’efforce de mettre en place une administration modernisée, ou de faire avancer un islam éclairé. Il veut liquider l’économie de traite, rendre le pouvoir aux paysans, promouvoir une décentralisation administrative, un ordre social et politique plus juste. Cependant, cette orientation politique lui vaudra des inimitiés, qui précipiteront sa chute. Ce qui domine aussi sur la scène interne et  internationale, c’est l’atmosphère exacerbée de la Guerre froide. Par ailleurs, il lutte pour l’indépendance de l’Algérie et demande des négociations avec la France, et se rapproche de la Yougoslavie de Josip Broz TITO (1892-1980). Le monde étant divisé entre deux camps radicalement antagoniques : SENGHOR a choisi le camp modéré de l’Occident et Mamadou DIA a été suspecté d’être en connivence avec les communistes, et d’être «un antifrançais». Sa conception du socialisme africain est jugée trop révolutionnaire par la France. Le régime constitutionnel bicéphale, avec deux fortes personnalités, à l’indépendance, conduira à la crise de décembre 1962. Le professeur Babacar KANTE a bien pointé les faiblesses du régime constitutionnel de l’époque confinant le Chef de l’Etat à un rôle symbolique, l’essentiel des pouvoirs étant détenus par le Premier Ministre. Les préséances, les rivalités de pouvoirs ainsi que la propension à étaler sur la scène publique les ambitions personnelles redoublèrent.
En réalité, il s’agit d’une crise essentiellement politique. En effet, Mamadou DIA fut inspiré par un nationalisme et un patriotisme ardents, comme alternative à la domination coloniale et néocoloniale. Dans sa radicalité, Mamadou DIA se définit, dans ses mémoires comme un «militant du tiers-monde». Avec SENGHOR, homme modéré et acquis à la cause de la France, ils mirent fin à l’hégémonie de la SFIO sur la scène politique sénégalaise. Le combat politique axé sur la revendication de l’indépendance a pendant longtemps occulté les divergences de point de vue entre SENGHOR et son allié Mamadou DIA «Ils n’étaient pas d’accord, sur le plan politique, sur les orientations, qui, pourtant, avaient été définies par le Parti : la radicalisation de notre système économique. Et il s’y ajoute que ma politique commençait à susciter des craintes, du côté des milieux capitalistes» écrit Mamadou DIA, sans ses mémoires.
Le président SENGHOR, un artiste de la politique, sachant que Mamadou DIA s’appuie sur les rouages du Parti, a contourné la difficulté, en ralliant à sa cause, discrètement et finement, les nombreux ennemis du Président du Conseil : «Dia avait affronté le Léviathan de l’économie de traite, si vous voulez, et tous les intérêts économiques et politiques qu’il y avait derrière. Il était en toute première ligne et il y eut un déchaînement contre lui. Il y avait trois composantes dans le complot contre Dia : 1) les intérêts économiques, la chambre de commerce de Dakar, qui avait en arrière-plan Unilever et les «huiliers», avec son président Charles Gallenca qui a mis de l’argent en jeu dans l’affaire, 2) les marabouts, seigneurs de l’arachide, et les traitants (les talibé-traitants étaient les complices des premiers), 3) et puis le personnel des politiciens, style IIIe République, qui étaient clients des deux autres. Se nouait ainsi une triple coalition qui mesurait très bien que, pour ses membres, si le projet de Mamadou Dia passait, c’était la fin d’un monde. La fin de leur monde en tout cas !» écrit Roland COLIN. Le président SENGHOR a basculé, navigué à travers ces contradictions, et finalement la part la plus sombre de son personnage a pris le dessus. Il n’a pas soutenu Mamadou DIA alors qu’il aurait pu le faire. SENGHOR a reçu l’appui de députés que Mamadou DIA considérait comme corrompus, avec prise illégale d’intérêts, et menacés, de ce fait, de poursuites judiciaires : «Certains députés avaient contractés des dettes importantes des anciennes SMDR, dix millions, vingt millions, qu’ils ne payaient pas. J’ai exigé le paiement de ces dettes. D’autres avaient pris des participations, des actions dans des sociétés anonymes qui venaient de se constituer. Quelquefois par personnes interposées : leurs femmes, leurs enfants. J’ai dit que ce n’était pas normal. J’ai exigé que ces sommes soient restituées» écrit Mamadou DIA, dans ses mémoires. Mamadou DIA défendait donc une gouvernance sobre et vertueuse «J’ai voulu que la classe politique donnât l’exemple de sérieux, de l’austérité. J’ai exigé que cet argent qui appartenait aux paysans soit remboursé. J’avais tout un dossier et j’avais dessein d’engager des poursuites contre tous ceux qui avaient des dettes et ne voulaient pas rembourser» écrit Mamadou DIA.
Mamadou DIA considérait que l’indépendance politique du pays ne suffisait pas. Il fallait une politique nationaliste, un vrai réformisme, pour garantir la souveraineté du Sénégal «Il faut, maintenant, préparer l’Indépendance. Et pour cela, il faut mettre en place des structures et, aussi, les institutions nécessaires» dit-il. Au cœur de son projet politique, Mamadou DIA veut mettre en place l’animation rurale, une école paysanne, de paysans adultes, formés aux techniques modernes de développement, dans un esprit autogestionnaire, et une relation contractuelle avec l’Etat, transformer le Crédit du Sénégal, en crédit populaire. Il voulait la fin de l’économie de traite en vue de mettre en place une économie socialisée, mais celle-ci menace gravement les intérêts français et ceux des marabouts mourides, vivant la traite arachidière. «Certains marabouts recevaient du pouvoir des prébendes. L’administration coloniale les y avait habitués. Evidemment, avec moi, tout cela n’existait plus. Je prêtais à ceux des chefs religieux, qui étaient vraiment travailleurs, c’était le cas d’un homme comme Falilou M’Backé, et qui remboursaient leurs dettes. C’étaient des prêts à la production, que je refusais d’accorder aux mauvais payeurs» écrit Mamadou DIA dans ses mémoires. Par ailleurs, on a fait croire aux Marabouts, qu’avec le projet de Mamadou DIA, les talibés ou disciples n’iront plus accomplir la corvée du mercredi ; ce qui va davantage les appauvrir.
Par conséquent, les désaccords politiques s’approfondissent, notamment sur les orientations à donner au pays : «Malgré certaines explications superficielles sur la rivalité Parti, Assemblée nationale, cette crise semble bien avoir été le fruit de la résistance des notables locaux, en particulier les députés partisans du libéralisme économique, aux efforts de Dia pour établir, dans les faits, son socialisme africain. Au moment où l’animation rurale s’attaquait au leadership des députés et des marabouts, le président Senghor mit un frein à ces réformes de structures» écrit Gabriel GAGNON. En effet, Mamadou DIA envisage de diversifier l’économie sénégalaise en vue d’améliorer le sort des paysans producteurs d’arachides. Il veut supplanter l’économie de traite en lui enlevant son monopole extérieur et intérieur sur la commercialisation de l’arachide et des produits vivriers essentiels que sont au Sénégal le riz et le mil. Il créé un Office de commercialisation agricole et installe l’animation rurale. «SENGHOR lui-même ne disait rien sur ces réformes ; il n’exprimait pas son hostilité, mais je sentais qu’il n’était point enthousiaste : il restait froid. Cependant, il se faisait de temps en temps l’écho d’amis qui se plaignaient que ma politique était en train d’apeurer les capitaux et qu’à la limite elle les ferait fuir». Entre 1958 et 1962, 750 coopératives sont créées, et l’année 1963 allait créer une situation irréversible avec 75% de coopératives couvrant le territoire. Il a une démarche de rigueur, de probité, punir et récompenser en fonction des résultats. Mamadou DIA persiste dans cette voie nationaliste et le prouve dans un discours qui va pousser ses détracteurs à l’action. Le 8 décembre 1962, il prononce à Dakar l’allocution de clôture d’un colloque international intitulé «les politiques de développement et les diverses voies africaines du socialisme». Il y réaffirme ses thèses. Dans son plan de 1959 à 1962, la «dialectique du développement du système coopératif a été établie de façon à ce que la structure coopérative exerce l’ensemble des fonctions économiques et sociales du monde rural. Ses domaines d’activités devraient être successivement étendus à la production, l’équipement, la commercialisation des produits agricoles, à la fourniture des denrées de consommation courante, au crédit, au secteur industriel, aux opérations de prévoyance et d’assistance sociale, et enfin à la gestion publique dans le cadre de «Communautés de Développement» avait dit Mamadou DIA. Un tel programme mettait déjà le président du Conseil en conflit, non seulement avec les commerçants libanais de détail et de demi gros dans l’approvisionnement du monde rural en marchandises de première nécessité, mais aussi avec les «traitants» que constituent les intermédiaires entre les paysans et les industriels et autres exportateurs de la production d’arachides. Il le mettait également en conflit avec les autorités coutumières et religieuses qui avaient fait main basse sur les SIP, avec le soutien du pouvoir colonial.
Mamadou DIA est un partisan du socialisme africain, un socialisme démocratique ; ce qui a profondément, en pleine guerre froide, inquiété la Françafrique, dont SENGHOR, est l’un des éminents défenseurs. Pourtant, Mamadou DIA, un nationaliste, rejette le communisme, «un outil d’analyse du système capitaliste, qu’un instrument d’édification d’une économie du genre humain» écrit-il. Il rejette aussi violemment le capitalisme, le marché,  fondé sur des «règles du jeu de rapine et de fraude». DIA, refusant la domination, en appelle à une révolution économique, à de nouvelles règles du jeu, à un socialisme authentique, «seul capable d’ouvrir l’ère d’une Afrique rénovée dans un climat de paix» écrit-il. Mamadou DIA a pour ambition de provoquer une révolution paysanne en réalisant une synthèse où «les vieilles catégories d’idéalisme, de marxisme, de matérialisme, de libéralisme perdent leur sens et leur intérêt ; ainsi la négritude cesse pour nous d’être l’étendard de la révolte pour venir féconder notre révolution» écrit-il. Reprenant à son compte les travaux de François PERROUX, le président du Conseil estime que l’indépendance politique ne suffit pas pour assurer une véritable décolonisation, le maintien du système économique antérieur, c’est du néocolonialisme. Par conséquent, Mamadou DIA, un idéaliste, a toujours pensé que les structures coopératives et autogestionnaires du monde paysan, inspirées de la Chine et de la Yougoslavie, peuvent sortir le Sénégal du sous-développement. En effet, Mamadou DIA s’est donné comme mission fondamentale de protéger les paysans, de réaliser la justice dans la société, et pour lui, le BDS doit être le parti des «Badolos», des exclus et des paysans. Il a mesuré le poids de la traite arachidière, un savant système d’exploitation des paysans,  devenus consommateurs et passifs, incités à produire de l’arachide, et contraints de racheter du mil et du riz, à prix plus élevés, et donc vivant, de ce fait, dans un endettement chronique.
Nationaliste intransigeant, d’autres diront imprudent, Mamadou DIA proclame notamment la nécessité du «rejet révolutionnaire des anciennes structures». Le président DIA appelle à «concevoir une mutation totale qui substitue à la société coloniale et à l’économie de traite une société libre et une économie de développement». Selon le Moniteur Africain du Commerce et de l’Industrie du 22 Décembre 1962, Mamadou DIA, avec sa fameuse circulaire 32, avait évoqué la «possibilité de l’octroi aux coopératives, d’un monopôle d’importations des marchandises de première nécessité. Une telle option entrait en contradiction avec les efforts entrepris par les Maisons de Commerce Européennes traditionnelles (Françaises dans les faits), pour promouvoir le Commerce Africain jusqu’aux activités import – export». Les Français et les Libanais s’inquiètent de cette politique de Mamadou DIA et commencent à organiser, massivement, la fuite des capitaux. En effet, Mamadou DIA a engagé la diversification des relations internationales du Sénégal, tout en restant ami avec la France. Il veut défendre la dignité et la souveraineté du Sénégal, en se rapprochant des pays de l’Est «Ami de la France, partenaire loyal, nous n’avons jamais accepté d’être, cependant un partenaire inconditionnel, encore moins, un agent de la France» écrit Mamadou DIA, dans ses mémoires. Il voulait donc se libérer de la domination française. De retour à ses voyageurs de l’extérieur, il refusait de repasser par Paris, pour un compte-rendu à la France «Je n’ai pas à rendre compte au Général de Gaulle. Président d’un pays qui tient à sa souveraineté, je réserve, comme il se doit, la primeur de mes déclarations à mon gouvernement, à mon pays» dit Mamadou DIA à un journaliste français. Mamadou DIA avait demandé l’évacuation des bases militaires françaises installées à Dakar. Par ailleurs, Mamadou DIA était hostile au Franc CFA, qu’il voulait remplacer par une monnaie ouest-africaine, incluant la Guinée-Bissau et les Iles du Cap-Vert. Mamadou DIA voulait sénégaliser l’administration trop dominée, à l’époque, par les assistants techniques français.
II s’est, dès lors, révélé nécessaire de sacrifier le président du Conseil, à l’autel des exigences du pouvoir colonial français qui percevait dans ses options, une menace réelle sur ses intérêts au Sénégal et dans la sous-région. Si SENGHOR était attaché aux relations avec la France, Mamadou DIA, en pleine guerre froide a été président comme un ennemi dangereux de l’Occident. Naturellement, en stratège politique SENGHOR ne dévoilait pas ses intentions de destituer son Président du Conseil devenu encombrant. Mamadou DIA affirme avoir rencontré à Paris, dans le bureau d’André GUILLABERT, à l’ambassade du Sénégal, le président SENGHOR pour dissiper le malentendu. Mamadou DIA était prêt à démissionner, mais SENGHOR affirme qu’il n’a rien à lui reprocher, mais lui demande de congédier Obèye DIOP et de changer de ministère Joseph M’BAYE et Valdiodio N’DIAYE. Ce qu’a fait Mamadou DIA. Lors d’une visite à Michel DEBRE, premier ministre, celui-ci le met en garde contre un complot qui se trame contre lui, et orchestré depuis Touba, la capitale des Mourides, à l’instigation du président SENGHOR. Le président SENGHOR affirme de n’être pas au courant de cela, mais Mamadou DIA demande une réunion du Bureau de l’UPS, qui validera ses orientations politiques. En réalité, SENGHOR, Secrétaire du Parti, avait tenu une réunion secrète, avec les députés partisans de la motion de censure, en vue d’instaurer un régime présidentiel, et donc de liquider Mamadou DIA.
En politicien aguerri, SENGHOR en toute discrétion, mobilise la machine de guerre contre son président du Conseil : «Il y a eu des personnages un peu troubles en effet, y compris ce fameux homonyme Jean Collin qui a joué un rôle extraordinairement contestable et nocif, notamment comme ministre de l’Intérieur, dans la période où Dia a été mis brutalement à l’écart. Il faudrait faire des thèses sur Jean Collin, parce qu’il a été l’un des protagonistes de cette histoire et de ce qui s’ensuivit. Il a joué par rapport à Senghor, puis par rapport à Abdou Diouf par la suite, un rôle vraiment néfaste» écrit Roland COLIN. Les conseillers de SENGHOR, comme Michel AURILLAC, ont jeté l’huile sur le feu : «En ce qui concerne l’histoire de Dia et de Senghor, c’est très simple aussi. Senghor avait comme conseiller Michel Aurillac qui est devenu ensuite ministre de la Coopération. Aurillac était au cabinet de Senghor et moi j’étais au cabinet de Dia. Quand la situation a commencé à se tendre beaucoup, on a discuté assez régulièrement Aurillac et moi dans l’esprit qu’il fallait que l’on tente de faire en sorte que l’on n’aille pas jusqu’à l’explosion. Mais Aurillac allait dans un sens tout à fait accordé aux intérêts français. Moi, j’avais délibérément décidé de me positionner dans la vision et dans les options de Mamadou Dia. Je quitte le Sénégal brutalement parce que je tombe malade, un mois avant l’aboutissement. Mais tout était déjà en place. Au cabinet, il y avait Babacar Ba, qui en avait pris la direction à ma place. Aurillac va voir Babacar Ba pour tenter de dialoguer avec lui : il essuie une fin de non-recevoir. Babacar Ba lui dit en gros ceci : «Vous, les Européens, ce n’est pas vos affaires» écrit Roland COLIN
Mamadou DIA est un Soufi, et il n’est pas partisan d’aucune des grandes confréries musulmanes (Tidiane ou Mouride) et il va se heurter au pouvoir maraboutique, qui soutient Léopold Sédar SENGHOR. Il était à distance aussi bien des Mourides que des Tidjanes, tout en les respectant, et n’a jamais voulu accorder des faveurs à la classe maraboutique. En conséquence, il s’est heurté, en particulier, aux intérêts des Mourides qui profitaient, aux côté des colons, du système de la traite arachidière qu’il voulait abolir : «Le mouridisme est, au départ, une structure de protestation et de résistance, qui est devenue une structure de refuge, qui s’est ensuite en quelque sorte constituée en réseau à la fois de protection des adeptes et de mise au travail au bénéfice des dignitaires, se chargeant eux-mêmes d’une mission redistributrice dissymétrique. Elle le reste d’ailleurs encore assez largement. Le phénomène religieux s’est pour ainsi dire dissous dans ce système complexe où le spirituel et l’économique s’imbriquent de diverses façons, souvent déroutantes. Jusqu’à Abdoul Ahad, ils avaient une vocation spirituelle prééminente. Au moment des indépendances, Senghor, surtout après la chute de Dia, avait vraiment l’obsession de pouvoir être adoubé comme chef d’État. N’étant pas musulman, il était quand même reconnu par l’islam, les mourides représentant vraiment un bloc très important à ses yeux. Il a donc beaucoup cédé aux marabouts» écrit Roland COLIN. Curieusement, Mamadou DIA a été aussi renversé avec la complicité de El Hadji Saïdou TALL, saisi par le député Moustapha TOURE. Le marabout El Hadji Saïdou Nourou TALL avait également joué un rôle peu glorieux, lors de l’affaire du Camp de Thiaroye, en décembre 1944, le colon redoutant des réactions de la population avait fait appel à lui, pour calmer la colère de la population. Depuis lors, un accord non écrit, entre le pouvoir religieux et l’Etat organise, en retour du soutien politique des gouvernants, d’importantes subventions, non contrôlées par l’Assemblée nationale et bien d’autres avantages, comme les passeports diplomatiques et les voyages gratuits à la Mecque.
Mamadou DIA n’était pas rompu à l’art de la Politique ; c’était un homme trop pur qui avait un fétichisme de l’amitié pour l’amitié pour SENGHOR. Or, les sentiments occupent parfois une faible place dans le jeu politique. Dans ce combat pour le leadership, SENGHOR, une fois élu président avait mis une distance avec Mamadou DIA et s’entourait de comploteurs et d’intrigants. Les Députés votèrent l’augmentation de leurs salaires, en l’absence du Président du Conseil. Le président SENGHOR venait de confectionner un piège à DIA, dans lequel il est tombé, tête baissée, en exigeant, dès son retour au pays, de l’Assemblée nationale, de revenir sur sa décision pour permettre au Bureau politique de leur Parti d’examiner la question. Le lundi 17 décembre 1962, Mamadou DIA fait évacuer l’Assemblée et déploie un cordon de gendarmerie autour du bâtiment. Quatre députés sont arrêtés. Mais la motion est tout de même votée dans l’après-midi du 17 au domicile du président de l’Assemblée, maître Lamine GUEYE.  
Le prétexte légal fut ainsi trouvé par SENGHOR pour accuser Mamadou DIA de tentative de «Coup d’Etat». Cette éviction de Mamadou DIA du pouvoir a été salué par les milieux colonialistes : «Disons sans hésiter que la nouvelle équipe gouvernementale redonne totale et entière confiance aux investisseurs (français)» écrit le «Moniteur africain». Le 18 décembre 1962, Mamadou DIA et ses compagnons sont arrêtés par un détachement de paras-commandos, pour tentative de coup d’Etat «On fait un coup d’Etat, pour prendre le pouvoir, moi j’avais tous les pouvoirs» écrit Mamadou DIA. Une partie de la population, notamment les Mourides, jubile. Mis en accusation, Mamadou DIA est jugé du 9 au 13 mai 1963 par la Haute Cour de justice, présidé par Ousmane GOUNDIAM, un magistrat professionnel, mais composée de députés qui avaient voté la motion de censure, et un procureur général, Ousmane CAMARA. Il est défendu par plusieurs avocats, que sont maîtres Robert BADINTER, Abdoulaye WADE, Oumar DIOP, Assane DIA et Ogo KANE DIALLO. Maître Abdoulaye WADE ne se décidera qu’après une longue hésitation, il finira par obtenir l’aval préalable de Falilou M’BACKE, calife général des Mourides, au cœur du complot et de SENGHOR. Mamadou DIA est condamné à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée et transféré à Kédougou. «Mamadou Dia s’est retrouvé en prison, sans avoir du tout préparé ce qu’on a qualifié de «coup d’État». Parce que s’il avait fait un coup d’État, il aurait constitué les moyens de le gagner. Il n’a pas du tout voulu qu’il y ait de sang versé. Ses adversaires avaient ourdi un piège imparable en déposant une motion de censure à l’Assemblée pour le destituer, sans avoir réuni, comme le demandait Dia, le comité national du parti qui les avait investis les uns et les autres» écrit Roland COLIN.
Commence alors entre 1962 et 1974, une période de «glaciation». François PERROUX, le grand économiste, qui était un ami de Mamadou DIA, a écrit au président SENGHOR à ce moment-là en lui disant en gros que les conditions de détention étaient vraiment très dures. Et le président SENGHOR de lui répondre : «Mais non ! Ils sont dans des petits pavillons climatisés». Le poste de Premier ministre est supprimé, les opposants pourchassés ou contraints à l’exil (Cheikh Hamidou KANE et Amadou Mahtar M’BOW). En 1968, une répression sévère s’abat sur les étudiants contestataires et conduit à la mort de Oumar Blondin DIOP (1946-1973). Les proches compagnons de Mamadou DIA sont emprisonnés dont Valdiodio N’DIAYE (1923-1984), ministre, maire de Kaolack, Abdoul Baïla WANE, Joseph M’BAYE et le syndicaliste Ibrahima SARR (1915-1976), ancien Secrétaire général des cheminots de l’Afrique Occidentale française et ayant refusé les grâces présidentielles. Ibrahima SARR meurt en détention, des suites d’une longue maladie. C’est Ibrahima SARR qui avait conduit la grande grève du 10 octobre 1947 au 19 mars 1948, un mouvement de grève ayant inspiré un roman de SEMBENE Ousmane. Une autre vague de répression, peu étudiée, va s’abattre sur le Sénégal, avec l’attentat manqué du 22 mars 1967, de Moustapha LO. Revenant sur ses premières déclarations, selon lesquelles il avait agi seul et de son propre chef, l'auteur de l'attentat, Moustapha LO, aurait finalement avoué à la police judiciaire, suivant Pierre BEARNES, un journaliste du Monde, qu'il avait reçu l'arme dont il a tenté de se servir de la main de M. Amadou Moustapha DRAME, ancien député et ancien chef de cabinet de l'ex-ministre de l'intérieur de M. Mamadou Dia, M. Valdiodio NDIAYE. Le président SENGHOR, de ce fait, a envoyé, plusieurs partisans de Mamadou DIA, dont Amadou Moustapha DRAME, Mody NIANE, inspecteur de l’enseignement élémentaire (père de Souleymane Nasser NIANE) et son frère Thierno NIANE, Directeur de la Caisse des dépôts et consignations, commandant SAOURO, Aboubacry KANE, N’Diogou Wakaba BA. Il faut rappeler un fait troublant, la motion de censure a été rédigée dans la chambre de Moustapha LO, un neveu de Cheikh Tidjane SY de Tivaoune, l’un des grands adversaires de Mamadou DIA. En récompense de ses services, Cheikh Tidjane SY recevra les cimenteries de Rufisque, sans délier un seul centime.
Dans cette crise, certaines personnalités ou forces religieuses en ont tiré grand profit en se rangeant derrière le président SENGHOR. Ainsi, Abdou DIOUF, dont le mentor a été Mamadou DIA, au début de la crise de 1962, a hésité. En effet, c’est sur recommandation insistante de Mamadou DIA que le président SENGHOR encore dubitatif sur son inexpérience, que Abdou DIOUF a été nommé gouverneur du Sine-Saloum à 25 ans. «Les jeunes d’aujourd’hui seront les futurs dirigeants de demain» avait dit Mamadou DIA. Dans ses mémoires, il reconnaît qu’à la chute de Mamadou DIA, le président SENGHOR avait demandé aux gouverneurs de région de lui faire acte d’allégeance. En bon républicain, il avait refusé, «estimant qu’étant soumis aux institutions de la République, je n’avais pas à faire acte d’allégeance personnelle». Il cite même une recommandation d’une amie de sa mère «Mon fils, ne te mêle pas de cela. Ce combat ne concerne que SENGHOR et DIA. Ne sacrifie pas ton avenir». Pour cette hésitation, lors de la crise de 1962, Abdou DIOUF a été relevé de ses fonctions de gouverneur du Sine-Saloum. Cependant, reçu en audience, par le président SENGHOR, Abdou DIOUF a fini par céder ; il est nommé, fin décembre 1962, Directeur de cabinet de Doudou THIAM (1926-1999), ministre des affaires étrangères. Il sera promu en 1970, premier ministre et SENGHOR le choisira comme son dauphin, et lui demande de se présenter à la population comme un métis Sérère et Peul.
Réhabiliter Mamadou DIA ?
En raison de son isolement et de ses conditions d’incarcération, Mamadou DIA perd un œil. En 1972, SENGHOR décide de réduire à 25 ans la peine de Mamadou DIA. Par la suite, le président SENGHOR accepte de le libérer à condition de renoncer à la vie politique. Après avoir dirigé la prière de ses gardiens, Mamadou DIA refuse cette humiliation et préfère «vivre libre en prison plutôt que prisonnier dehors». De nombreuses personnalités réclament la libération de Mamadou DIA. Ainsi, François MITTERRAND a déclaré qu’il ne remettra pas les pieds au Sénégal, tant que Mamadou DIA sera détenu. René CASSIN, François PERROUX et Aimé CESAIRE plaident en sa faveur «une masse de gens n’admettent pas cette injustice» disent-il. L’abbé Albert GAU (1910-1993) dénonce «une injustice qui a trop duré» dans le journal «La Croix» du 27 septembre 1970. SENGHOR peut dire adieu au Prix Nobel de la paix qu’il convoitait. Au Sénégal, Cheikh Anta DIOP, sera tous les opposants, le défenseur le plus inflexible de la cause de Mamadou DIA. Il sera libéré douze ans plus tard, le 28 mars 1974. Mamadou DIA a été soutenu pendant ses années de détention par sa foi de croyant. Mamadou DIA n’est pas inspiré par la haine. Il a pardonné. Musulman rigoriste, il avait tenté de fermer les bars et interdire la prostitution. Sur le plan spirituel, comme musulman soufi et non pas intégriste, Mamadou DIA avait tout à fait réussi à procéder à une démarche intérieure de pardon et d’apaisement vis-à-vis du président SENGHOR. Sans jamais retrouver l’importance politique qu’il avait lors de l’indépendance, Mamadou DIA a continué depuis à jouer le rôle d’intellectuel et de figure morale, de grand Sage, de «Maodo» (aîné en Peul). Le vieux sage, jusqu’à ses forces ultimes, se voudra le champion de la démocratie participative et d’une mondialisation à visage humain.
Mamadou DIA disparaît le 25 janvier 2009. Une cérémonie émouvante, lui a été rendu à Sciences Politiques, rue Saint-Guillaume, à Paris, en présence de nombreuses personnalités, dont Cheikh Hamidou KANE, Moustapha NIASSE, Babacar SALL et bien d’autres éminents universitaires. Le building administratif, siège du palais du gouvernement à Dakar, porte désormais le nom de Mamadou DIA.
Comment peut-on évaluer l’héritage de Mamadou DIA ?
60 ans après les indépendances, les Sénégalais ont pris conscience de la justesse de la ligne politique suivie par Mamadou DIA : «La vérité finit toujours par triompher, mais sa victoire est lente et difficile : comme les déesses antiques, elle prend son temps, le temps des Dieux n’est pas celui des hommes» disait William SHAKESPEARE. Sur bien des points les revendications de Mamadou DIA ont pu aboutir, notamment la sénégalisation des postes de la fonction publique, ainsi que le départ de certaines bases militaires à partir du 4 avril 2010 (Bel-Air et Ouakam). Cependant, depuis le 1er août 2011, suite à un traité signé entre la France et le Sénégal, les 400 militaires et civils, des éléments français au Sénégal (EFS) constituent, à Dakar, un «pôle opérationnel de coopération» à vocation régionale, et pour défendre les civils français. Par ailleurs, des facilités d’escale sont accordées au port et à l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor, pour les forces armées françaises.
En revanche deux questions majeures sont persistantes et la situation semble même s’aggraver. C’est, d’une part, la place de la ruralité et notamment de la paysannerie. Les centres urbains, avec toutes les difficultés, se sont renforcés au détriment de la campagne. En 2014, la région de Dakar concentre, à elle seule, une population de 3 233 460 habitants, sur une superficie représentant 0,3% de la superficie totale du pays, soit près du quart (23,2%) de la population du Sénégal se chiffrant à 13 925 802 habitants. La paysannerie reste, pour l’instant, absente des grands projets gouvernementaux depuis l’indépendance. Les barrages et les forages n’ont pas eu les effets escomptés. En dehors de la saison des pluies, ne durant qu’au maximum 3 mois, les 9 autres mois, les paysans sans accès à l’eau sont désœuvrés. Il s’y ajoute des questions majeures du foncier, objet de graves spéculations. D’autre part, les confréries religieuses sont, plus que jamais triomphantes, et ont accaparé, au même titre que la bourgeoisie nationale et d’autres puissants groupes de pression les ressources de l’Etat. La communauté mouride, ceux-là mêmes qui avaient évincé Mamadou DIA, sont les grands gagnants de cette situation et ils se sont affranchis de toutes les contraintes étatiques : sans écoles, ni forces de l’ordre ou de Préfet à Touba depuis l’indépendance. Les autres confréries religieuses ayant vu le grand intérêt à en tirer, organisent également, et régulièrement, des Dahiras, un moyen devenu, presque légal de soutirer de l’argent à l’Etat.
Mamadou DIA se battait pour une gouvernance sobre et vertueuse, une émancipation des paysans, et il a été éliminé pour ce noble combat. Il est donc urgent de réhabiliter ce digne fils du Sénégal condamné, fort injustement, pour avoir organisé «un coup d’Etat».
Bibliographie
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2 – Critiques de Mamadou DIA
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CAMBOULIVES (Marguerite), L’organisation coopérative au Sénégal, Paris, Pedone, 1967, 402 pages ;
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COLIN (Roland), «L’expérience sénégalaise de développement démocratique, le père Lebret et l’encyclique Popularum Progressio», Présence Africaine, 2017, vol 1-2, n°195-196, pages 687-689 ;
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NIVELON (Valérie), «La voix de Mamadou Dia», RFI, La Marche du Monde 15 mars 2019, en trois épisodes de 49 minutes ;
Regards sur le «Diaisme» : Actes du pré symposium sur l’œuvre du président Mamadou DIA, 17-18 décembre 1994, Dakar, 1975, SCI Tecnoedit, 169 pages ;
ROCHE (Christian), Léopold Sédar SENGHOR et Mamadou DIA : rupture d’une amitié, Paris, L’Harmattan, 2017, 222 pages ;
SCHMITZ (Jean), «Un politologue chez les marabouts», Cahiers d’études africaines, 1983, vol 23, n°91, pages 329-351.
SECK (Assane), Sénégal, émergence d’une démocratie moderne, 1945-2005, un itinéraire politique, Paris, Karthala, 2005, 346 pages ;
SENE (Mor), La grève du chemin de fer du Dakar-Niger, 1947-1948, Dakar, UCAD, mémoire d’histoire, 1987, pages ;
SENGHOR (Léopold Sédar), Nation et Voie Africaine du Socialisme, Paris, Présence Africaine, 1961, 138 pages.
 
Paris, le 12 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
M. Mamadou DIA, président du Conseil du Sénégal (1910-2009).
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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 15:56
Homme de science, historien, égyptologue, philosophe, homme politique, Cheikh Anta DIOP s’est attelé à fustiger la falsification de l’histoire africaine. Armé de sérénité, de fermeté, de courage, de pédagogie, de méthode et de lucidité, Cheikh Anta DIOP aura établi, de façon irréfutable, l’origine africaine de l’Humanité, en dépit des intimidations, des violentes attaques ou de la conspiration du silence. Les travaux de Cheikh Anta DIOP répondent à trois grandes questions : quelle est la place de l’Afrique à la veille des indépendances ? Quels sont les mécanismes socio-historiques qui ont conduit à cette situation de servitude ? Quels sont les enseignements du passé pour construire le futur du continent et celui de l’humanité ?
Le monde colonial dans lequel vit Cheikh Anta DIOP est une période remplie de préjugés envers les Noirs : l’infériorité de la race noire, le paralogisme de la mentalité primitive, l’exclusion du monde africain noir de l’histoire universelle. L’Afrique est le continent que Georg Wilhelm Friedrich HEGEL (1770-1831) avait exclu de l’histoire. Pourtant, Charles DARWIN (1809-1882), tenant de la théorie polygénétique, avait eu l’audace de poser la prémisse que l’Afrique pouvait être le berceau de l’Humanité. Le concept de «miracle grec», inventé à la Renaissance, pour occulter l’ancienneté et l’originalité de la culture africaine et légitimer la suprématie de la culture occidentale, est sérieusement battu en brèche : «Il est frappant que presque aucun nom de savant égyptien n’ait survécu. Par contre, la quasi-totalité de leurs disciples grecs sont passés à la postérité en s’attribuant les inventions et découvertes de leurs maîtres égyptiens anonymes» écrit Cheikh Anta DIOP. Les conservateurs, fondés sur une conception polycentrique, ont tout de suite combattu, farouchement, ce postulat, dans une démarche de hiérarchisation des cultures. «Tous les peuples qui ont disparu dans l’histoire, de l’Antiquité à nos jours, ont été condamnés, non pas par une quelconque infériorité originelle, mais leurs apparences physiques, leurs différences culturelles. Le problème est de rééduquer notre perception de l’être humain, pour qu’elle se détache de l’apparence raciale et se polarise sur l’humain débarrassé de toutes coordonnées ethniques» écrit Cheikh Anta DIOP dans un article «l’unité de l’espèce humaine». La notoriété, Cheikh Anta DIOP, il la doit à la qualité exceptionnelle de ses travaux de recherche et à son indéfectible engagement à faire redécouvrir aux Africains leur patrimoine historique.: «La physiologie même de l’Homme qu’il est né, non pas sous un climat tempéré, mais sous un climat chaud et humide de la région tropicale. L’Humanité qui est née en Afrique était nécessairement pigmentée à cause de l’importance du flux des radiations ultraviolettes. Cet homme, en émigrant dans les régions tempérées, perd progressivement sa pigmentation par sélection et adaptation» écrit Cheikh Anta DIOP, dans «Apport de l’Afrique à la civilisation de l’universel».
 
En France, peu de gens connaissent, ou ont lu, Cheikh Anta  DIOP. Pour l’Afrique et sa diaspora, de son vivant, Cheikh Anta, sans avoir eu une carrière universitaire normale, a connu une «canonisation populaire» écrit le professeur M’BOKOLO. Lors du premier Festival mondial des arts nègres tenu en 1966, à Dakar, Cheikh Anta DIOP a été honoré, pour l’ensemble de son œuvre, comme «l’auteur qui a exercé sur le XXème siècle, l’influence la plus féconde». En effet, Cheikh Anta a donné une assise scientifique à ce qu’il nomme «la conscience historique nègre africaine». Le plus grave crime de la colonisation à l’égard des dominés, c’est l’esclavage mental ou la destruction chez les colonisés de la conscience de leur personnalité culturelle. Or, la conscience de notre identité est un préalable indispensable, pour tout développement. Il n’y a pas de personnalité sans mémoire, et un peuple sans conscience est voué à une servitude éternelle. «La conservation de la culture a sauvé les peuples africains des tentatives de faire d’eux des peuples sans âmes et sans histoire, et si la culture relie les hommes entre eux, elle impulse aussi le progrès. La culture a pour point de départ le peuple en tant que créateur de lui-même et transformateur de son milieu. La culture permet aux hommes d’ordonner leur vie. Elle est la vision de l’homme et du monde» précise le «Manifeste culturel panafricain» de 1969. Homme intègre et refusant toute compromission : «Passionné, chaleureux, affable, avenant, spirituel, Cheikh Anta Diop ne laissait personne indifférent. Par la clarté de ses arguments, il captivait ses interlocuteurs de tous bords. Par son ouverture au dialogue, par sa capacité d’écoute de l’autre, il finissait souvent par séduire des interlocuteurs réticents au départ. C’est ainsi qu’il est devenu, peu à peu, l’un des symboles de la conscience intellectuelle et morale de l’Afrique nouvelle» écrit Amadou-Mahtar M’BOW. En effet, Cheikh Anta a mené «un combat radical pour la réhabilitation et la promotion des valeurs culturelles constituant l’identité nègre.» écrit Michel NDOH. Dans un contexte de marginalisation accélérée du continent noir, ses travaux, qui marquèrent le retour de la conscience historique de l’Afrique, appellent à la permanence du combat contre les racismes sous toutes leurs formes. «L’Afrique a produit, depuis plus d’un siècle, un nombre significatif et une variété remarquable  de talentueux historiens professionnels et philosophes de l’histoire. Mais aucun, assurément, n’a connu de son vivant, ni après sa mort, la notoriété de Cheikh Anta DIOP» écrit Elikia M’BOKOLO.
Suivant Cheikh Anta DIOP, le genre humain et la civilisation ont commencé avec l’Egypte ancienne. Loin de la superstition, la religion de l’ancienne Egypte avait un fondement moral ou d’utilité publique. Le plus beau présent que Dieu puisse nous faire, c’est la Vérité, connaître les Dieux n’est autre chose que partager leur bonheur. Ce qui ne peut nous rendre heureux, ce ne sont pas les biens matériels, mais c’est la prudence et le savoir, la persévérance dans une vie sobre, tempérante, éloignée des plaisirs et des sens. Par ailleurs, le Comte de VOLNEY avait établi, rigoureusement, l’unité de l’espèce humaine. Cheikh Anta DIOP a pu démontrer l’origine noire des Anciens Egyptiens, restés en contact avec les Ethiopiens, réconciliant ainsi l’Afrique avec l’Histoire. Les Peuls sont de cette ancienne Egypte. Dans sa grande intégrité morale et son refus des compromissions, Cheikh Anta DIOP aura tenu, debout, son rang d’homme, sans jamais abdiquer, afin que l’Afrique retrouve sa mémoire historique : «L’Afrique est souvent le continent producteur de valeurs de civilisation par excellence» écrit Cheikh Anta DIOP. Le berceau de l’humanité avait été placé initialement en Asie en raison de la présence très ancienne de trois races (Blanche, Noire et Jaune). Au fur et à mesure que les découvertes s’accumulaient, le berceau a glissé, il est passé de l’Asie en Afrique et ne semble plus devoir quitter le continent noir. Si l’on définit une civilisation comme étant la situation dans laquelle une société humaine développe des sciences et des arts, stimule le progrès technico-matériel et le développement spirituel, et se distingue des autres groupes humains par l’existence d’une organisation hiérarchique ainsi que la mise en place d’institutions sociales, les Egyptiens ont découvert les mathématiques, dont s’est inspiré Archimède de Syracuse (288-212 avant J-C), ainsi que la sociologie, la linguistique et l’anthropologie. Si l’Europe, notamment des Croisés, a pris conscience d’elle-même, c’est par opposition à la civilisation arabe, à la base de l’astronomie, de la philosophie et des sciences, et des techniques nautiques. L’absence de données archéologiques a été compensée par une étude de Cheikh Anta DIOP sur les migrations. Ainsi, les anciens égyptiens, «les Kaw Kaw» sont en fait des Peuls, avec un héritage du matriarcat et des différents codes de l’honneur, des similitudes linguistiques, culturelles et anthropologiques.
Cheikh Anta DIOP a mis fin à diverses théories fantaisistes sur l’origine des Peuls et ouvert la voie de nouvelles recherches sur cette civilisation millénaire : «Des situations de crise, l’Ancien empire égyptien s’est terminé par une véritable Révolution. Ce fut la cause de migrations, des déplacements importants de populations, un départ des Poularophones de la vallée du Nil, le grand métissage» écrit Aboubacry Moussa LAM, dans sa thèse, «De l’origine égyptienne des Peuls».
Cependant, Cheikh Anta DIOP, qui ne laisse jamais indifférent, n’a pas que des admirateurs. Certaines critiques à l’encontre de l’éminent égyptologue sont formulées sous l’angle de la dérision. Ainsi, le professeur Souleymane Bachir DIAGNE sous un style sarcastique, voire désobligeant, a osé s’attaquer au statut de commandeur «Diop a transformé un laboratoire tout à fait ordinaire pour datation de carbone 14 tel qu’il avait été créé par Théodore Monod avant d’être complètement terminé par Vincent Monteil en un lieu de légende, un véritable cabinet d’alchimiste» écrit Souleymane Bachir DIOP. Dans un article intitulé «Tu te permets Bachir ?» Boubacar Boris DIOP s’interroge : «Souleymane Bachir Diagne a enfoncé une porte ouverte. Aurait-il voulu suggérer que la belle réputation de Cheikh Anta Diop est largement surfaite qu’il ne s’y serait pas pris autrement ?». Sans engager ouvertement une hostilité contre l’éminent égyptologue, le professeur Souleymane Bachir DIAGNE ridiculise Cheikh Anta et le présente comme un chercheur solitaire et halluciné. «On peut s’étonner de voir tourner ainsi en dérision, soixante-cinq ans après la publication de «Nations nègres et culture», les efforts de Cheikh Anta Diop pour démontrer l’égale capacité d’abstraction. Cheikh Anta prisait tout particulièrement le débat contradictoire. Très souvent attaqué de son vivant, parfois avec une violence chargée de haine, il a toujours mis un point d’honneur à réagir en nommant l’un après l’autre ses détracteurs. Mais au moins ces contradicteurs marquaient-ils clairement leur désaccord. On ne peut en dire autant de Bachir dont l’élégant badinage ne formule jamais rien de précis sur Cheikh Anta Diop» écrit Boubacar Boris DIOP. Finalement, le professeur Souleymane Bachir DIAGNE dira que ce n’était que l’humour ; il lui aurait même rendu hommage :  «il y a un signe qui ne trompe pas et qui distingue les grands hommes, c’est la capacité de transformer l’exil en royaume. Diop (Cheikh Anta) a montré cette capacité» écrit-il.
D’autres critiques à l’encontre de Cheikh Anta DIOP, plus sérieuses, mais hypocrites, sont formulées, sous l’angle d’une pseudo démarche scientifique : «J’ai un peu connu Cheikh Anta, et comme lui, j’ai été frappé par l’intelligence et la puissance communicative, et donc aussi par les excès, du personnage. Ceci dit, je suis frappé par la force destructrice du présent article, car une fois passé ce «coup de chapeau», en préambule, de Cheikh Anta Diop en fin de compte, il n’en est rien, sinon un jugement négatif. Cheikh Anta Diop a utilisé des arguments discutables, comme le sont, par définition, les arguments à base racial» écrit Alain FROMENT. Le professeur Catherine COQUERY-VIDROVITCH a pris la défense de Cheikh Anta «L’auteur (Alain Froment) évoque certains historiens révisionnistes. On ne peut plus idéologique de le faire. Il y a des imposteurs et des pseudo-scientifiques partout». En fait, Cheikh Anta DIOP dérange et bouscule les théories colonialistes et esclavagistes de hiérarchisation des cultures : «On conçoit qu’une pareille tentative de démystification se soit heurtée à une vive critique, non exempte le plus souvent de réactions passionnelles allant de la condescendance amusée à l’indignation hostile, sans compter le silence, la mise en vedette triomphante des moindres imperfections de l’œuvre, et l’utilisation de tout l’arsenal accumulé par les spécialistes européens contestés» écrit Maurice CAVEING.  
Cheikh Anta fera remarquer que tous les pays ont une Histoire. La connaissance de l’histoire est un outil pour combattre les préjugés et les stigmatisations, afin de conserver et défendre son identité : «Chaque peuple a un passé si modeste soit-il» et il est «possible de le découvrir par une investigation appropriée» écrivait Cheikh Anta DIOP. Les travaux de Cheikh Anta DIOP ont été soigneusement occultés dans les grands centres de recherches africanistes en France qu’il qualifie de chercheurs de «mauvaise foi animés d’une érudition féroce». En effet, Cheikh Anta, s’appuyant sur l’histoire de l’Egypte pharaonique, la civilisation africaine la plus ancienne, la plus longue et la plus brillante du monde, s’est employé à rétablir la continuité du mouvement historique africain, depuis l’apparition de l’homo sapiens en Afrique ; il a redonné ainsi à l’Afrique sa véritable place dans l’histoire du monde. Or, une bonne partie des chercheurs occidentaux, inspirés de la hiérarchisation des cultures ou se proclamant africanistes, partaient du postulat que l’Afrique n’avait pas d’histoire ancienne, du moins son histoire commençait avec la colonisateur, porteuse de civilisation : «Le malaise venait du fait que la quasi-totalité des chercheurs semblaient se refuser à tout jamais à rattacher la culture africaine à quelque souche ancienne que ce fût ; elle était là, suspendue en l’air, au-dessus du gouffre noir du passé, comme une ébauche avortée, étrangère au reste du monde. Le chercheur africain devrait être armé, au départ, au moins d’une certitude légitime : il devrait être a priori convaincu du fait que sa culture n’est pas une création spontanée et ne peut être que la continuation d’une culture antérieure» écrit Cheikh Anta DIOP. C’est cette imposture qu’a justement dénoncé Cheikh Anta. Certains chercheurs s’investissant en africanistes, s’ils n’ont pas choisi de l’ignorer, contestent le caractère scientifique de son travail : «Ceux qui l’ont connu ont été frappés par la puissance de sa personnalité, de son érudition et de son intelligence. Sa recherche a servi des objectifs politiques guidés par la réaction contre l’européocentrisme. En embrassant un si vaste éventail de savoir, Cheikh Anta ne pouvait pas tout maîtriser» écrit Alain FROMENT. En raison de présupposés et objectifs idéologiques, les Afrocentristes, comme Cheikh Anta DIOP, «tombent dans de multiples impasses intellectuelles et épistémologiques : biais de raisonnement et refus de suivre les méthodes et normes de la discipline historique, ce qui les conduit à des raccourcis sans fondement, des assertions, sans preuves, des généralisations abusives. En raison de leur ancrage idéologique, les écrits afrocentristes ne peuvent être qualifiés aucunement de savants : ils sont des formes de réécriture engagée de l’histoire et des identités au profit d’une nation noire fondée sur le développement d’une fraternité mélanique. Leur apparence de légitimité et leur diffusion élargie ont été rendues possibles par le contrôle de maison d’édition par des auteurs afrocentristes, et par le biais d’espaces alternatifs, principalement des sites communautaristes» écrit François-Xavier FAUVELLE-AYMAR.
Cheikh Anta est maintenant érigé au statut de commandeur, de totem, à travers toute l’Afrique et sa diaspora ; son nom est désormais synonyme de dignité retrouvée «De tous les peuples de la terre, le Nègre d’Afrique Noire, seul, peut démontrer de façon exhaustive, l’identité d’essence de sa culture avec celle de l’Egypte pharaonique. Il est le seul à pouvoir se reconnaître encore de façon indubitable dans l’Univers culturel égyptien ; il se sent chez lui. La culture révélée par les textes égyptiens s’identifie à la personnalité nègre» écrit Cheikh Anta DIOP. En effet, sans tomber dans un travers idéologique que pratiquent, à haute dose les européocentristes, Cheikh Anta DIOP n’était pas seulement qu’un militant de la cause africaine et de sa culture, c’était avant tout, un scientifique rigoureux et exigeant. En effet, Cheikh Anta DIOP s’insurge contre une vision européocentriste de l’Histoire, fondée des arguments caricaturaux, fossilisés, déterministes, essentialistes et racistes, admise jusqu’ici, suivant laquelle les Egyptiens seraient des Hamites, un métissage entre des envahisseurs asiatiques et des populations locales. En effet, ces idéologues, inspirés d’une théorie du complot, partent de l’assignation des Noirs à une culture unique et dominante, celle de l’Occident et donc les origines anciennes de l’Egypte, une civilisation millénaire, ne serait pas africaines. Les Africains qualifiés, par les Occidentaux, de peuple primitif, d’un excès de stupidité superstitieuse, plongés dans l’ignorance et la barbarie, passeraient toute leur vie dans une perpétuelle enfance. Pour eux, l’Afrique n’aurait pas d’histoire : «S’il faut en croire les ouvrages occidentaux, c’est en vain qu’on chercherait jusqu’au cœur de la forêt tropicale une seule civilisation, qui en dernière analyse, serait l’œuvre de Nègres» écrit Cheikh Anta DIOP dans «Nations Nègres et culture». Pour contester cette falsification de l’Histoire, Cheikh Anta DIOP, un afrocentriste, avec une lecture proprement africaine de l’histoire, en scientifique, s’est d’abord appuyé sur les découvertes des Occidentaux eux-mêmes (Hérodote, Diodore, Plutarque, Apulée, Volney) ; le Khamite, signifie «Noir charbon», animé d’une conscience historique. Les anciens Egyptiens, déjà civilisés, «doivent à Osiris l’institution de plusieurs choses utiles à la société humaine. Il abolit la coutume exécrable qu’avaient les hommes de se manger les uns les autres ;  et établit en place la culture des fruits. On dit de plus qu’il a donné les premières lois aux hommes, leur enseignant de se rendre, réciproquement, justice, et à bannir la violence par la crainte du châtiment. Osiris étant né bienfaisant et amateur de la gloire assembla une grande armée dans le dessein de parcourir la terre pour y apporter toutes ses découvertes, et surtout l’usage du blé et du vin jugeant bien qu’ayant tiré les Hommes de leur première férocité, et leur ayant fait goûter une société douce et raisonnable, ils participeront aux honneurs des Dieux» écrit Diodore de Sicile, qui avait vécu en Egypte, dans son «Histoire universelle». Les Grecs se sont attribués des Dieux et héros, mais qui sont, en fait, nés en Egypte, plus de 1200 ans auparavant. Isis, Reine et législatrice, déesse de la sagesse, est la compagne idéale d’Osiris. En effet, les Egyptiens avaient des lois pour une société bien ordonnée : le parjure, l’enrichissement illicite, notamment des magistrats, le meurtre, la lâcheté ou la désobéissance des militaires, le viol, étaient prohibés. «Dès qu'Osiris fut monté sur le trône, il retira les Égyptiens de la vie sauvage et misérable qu'ils avaient menée jusqu'alors; il leur enseigna l'agriculture, leur donna des lois et leur apprit à honorer les dieux. Ensuite, parcourant la terre, il adoucit les mœurs des hommes, eut rarement besoin de la force des armes, et les attira presque tous par la persuasion, par les charmes de la parole et de la musique» écrit Plutarque, dans ses «Œuvres morales», tome 5, page 331.  
Cheikh Anta DIOP, un savant faisant la fierté du Sénégal, de l’Afrique et du monde entier, est né le 29 décembre 1923, à Caytou, dans la région de Diourbel, près de Bambey, dans le Baol, au Sénégal. Son père, Massamba Sassoum DIOP est décédé peu de temps après sa naissance. Sa mère, Magatte DIOP, une parente par alliance de Cheikh Ahmadou Bamba, vivra jusqu'en 1984. Les ancêtres de Cheikh Anta sont originaires du village de Coki, à côté de Louga ; ils sont probablement des Peuls «Sont-ils des pêcheurs du fleuve Sénégal ? Thioubalo, pêcheur en Toucouleur ?» s’interroge l’égyptologue.
Sa mère, devenue veuve, viendra s’installer à Diourbel, en milieu mouride. Cheikh Anta sera envoyé à l’école coranique de Coki :«L’Africain a une conception paradoxale de la formation de l’homme et du caractère. Il pense que dès la plus tendre enfance, avant l’installation des habitudes nocives, il faut entraîner le corps et l’esprit à l’endurance physique et morale. L’école coranique  est devenue en Afrique musulmane le lieu de cet entraînement» écrit Cheikh Anta DIOP. Il reviendra à Diourbel pour les études primaires entre 1927 et 1937. Après son certificat d’études primaires, sa mère déménage à Dakar, dans le quartier de la Médina. Le jeune Cheikh Anta poursuit ses études secondaires de 1938 à 1945 entre Dakar et Saint-Louis, il est inscrit au lycée Van Vollenhowen à Dakar. Confronté à un comportement raciste de son professeur de français, il quitte Dakar, momentanément, pour Saint-Louis et reviendra à Dakar, en 1945, pour sa terminale et obtiendra son brevet de capacité coloniale (baccalauréat). Cheik Anta DIOP «risque, par la mauvaise disposition de son professeur, M. Boyaud, de tripler sa troisième, ce qui motiverait, sans aucun doute, son renvoi du lycée. M. Boyau est un singulier professeur, dont j’ai eu l’occasion, dès ses débuts au lycée, de signaler l’attitude hostile à notre race aux autorités. Ses théories sur la race, qui font de lui un disciple de Gobineau, sont des plus pernicieuses et font que le fossé se creuse chaque jour davantage entre le Blanc et le Noir» écrit le 7 août 1941, un responsable administratif à l’Inspecteur général de l’enseignement de l’AOF de l’Académie. Ces préjugés, liés aux théories racistes vont marquer le jeune Cheikh Anta. Suite à ces difficultés, Cheikh Anta DIOP commence à s’interroger sur la place des langues nationales dans l’éducation en Afrique «Je commençais à m’interroger sur l’étymologie de certains mots Oulofs et à me demander si nous ne pouvions pas avoir une écriture autonome» dit-il.
En 1946, Cheikh Anta DIOP embarque pour Paris ; il s’inscrit en classe supérieure au Lycée Henri IV et à la Sorbonne en vue de préparer une licence de philosophie. Il séjournera en France entre 1946 et 1960, où il y rencontre Louise-Marie MAES qui lui donnera 4 enfants. En 1946, il suit des cours en mathématiques supérieures en vue de devenir ingénieur en aéronautique. Il entame des études linguistiques sur le Ouolof et le Sérère et rencontre Jean-Paul LHOTE (1903-1991), auteur, en 1958, «A la découverte des fresques du Tassili», Félix HOUPHOUET-BOIGNY, dirigeant du RDA, Frédéric JOLIOT-CURIE (1900-1958), physicien, Cheikh FALL et Amadou Mahtar M’BOW. En 1948, Cheikh Anta obtient sa licence de philosophie avec ses quatre certificats. En 1949, il s’inscrira en thèse principale de Lettres sur «l’avenir culturel de la pensée africaine», sous la direction de Gaston BACHELARD (1884-1962). Il entame le 20 avril 1951, une thèse secondaire en Lettres sous la direction de Marcel GRIAULE (1898-1956), un spécialiste des Dogons sous le titre de «Qu’étaient les Egyptiens prédynastiques ?». Il est donc question des origines de la civilisation égyptienne ; il s’en dégagera les origines nègres égyptiens et de leurs civilisations. Les Peuls, dont sont issus ses lointains ancêtres, viennent d’Egypte. Sur le plan culturel, cette thèse de Cheikh Anta offre des perspectives nouvelles pour une renaissance africaine. Il ne soutiendra pas cette thèse, puisque le jury refuse de se réunir, en raison du caractère novateur de cette thèse. En 1954, devant le  refus des autorités universitaires de former un jury sur sa thèse «Nations Nègres et culture : de l’Antiquité égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique Noire d’aujourd’hui», il s’inscrira en 1956 à une thèse d’Etat sur les «domaines du matriarcat et patriarcat dans l’Antiquité». A la faculté des Sciences de Paris, Cheikh Anta obtient deux certificats de chimie, générale et appliquée. Il entreprend une spécialisation nucléaire et physique au Laboratoire Curie de l’Institut Radium. Il enseigne la physique et la chimie aux lycées Voltaire et Claude Bernard, à Paris. En 1956, Cheikh Anta DIOP, tenace s’inscrit en thèse d’Etat de Lettres. La thèse principale porte sur « Etude comparée des systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique, de l’Antiquité à la formation des Etats modernes » et la thèse complémentaire «Domaines du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique».
Il soutiendra ses thèses le 9 janvier 1960 à la Sorbonne, sous la direction de Marcel GRIAULE. Il soutiendra le 9 juin 1960, sa thèse d’Etat en Lettres «L’Afrique noire précoloniale et l’unité culturelle de l’Afrique noire». Le 1er octobre 1960, Cheikh Anta est nommé assistant à l'Université de Dakar pour travailler à l'Institut Français d'Afrique Noire (IFAN). Il ne lui est confié aucun enseignement en sciences humaines. Cheikh Anta meurt le 7 février 1986, à son domicile à Fann, Dakar.
Etudiant en France, Cheikh Anta DIOP fut surpris de retrouver les images de son territoire à travers l’Egypte Antique. Cheikh Anta vient en France terminer sa formation scientifique dans les sciences exactes, dans le contexte des années 50, le milieu des étudiants africains faisait une consigne : «être le meilleur de sa discipline». En vérité, Cheikh Anta ne s’approcha de l’égyptologie, au début, que pour satisfaire une curiosité datant de son enfance ; mais elle ne le quitta plus, car une sorte de puzzle se mit à lui expliquer les fondements de sa culture. Il y trouva les échos de ses gestes millénaires, et en même temps commença le déchirement. François RABELAIS disait : «L’Afrique apporte quelque chose de rare». Et la contribution de Cheikh Anta est quelque chose d’unique et d’exceptionnel dans le monde intellectuel. Son ouvrage, «Nations nègres et culture» publié  en 1954, sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel tranquille de ce monde colonial à l’agonie. En effet, Cheikh Anta y fait la démonstration que la civilisation de l’Egypte ancienne était négro-africaine, justifiant les objectifs de sa recherche en ces termes : «L’explication de l’origine d’une civilisation africaine n’est logique et acceptable, n’est sérieuse, objective et scientifique, que si l’on aboutit, par un biais quelconque, à ce Blanc mythique dont on ne se soucie point de justifier l’arrivée et l’installation dans ces régions. On comprend aisément comment les savants devaient être conduits au bout de leur raisonnement, de leurs déductions logiques et dialectiques, à la notion de «Blancs à peau noire», très répandue dans les milieux des spécialistes de l’Europe. De tels systèmes sont évidemment sans lendemain, en ce sens qu’ils manquent totalement de base réelle. Ils ne s’expliquent que par la passion qui ronge leurs auteurs, laquelle transparaît sous les apparences d’objectivité et de sérénité». 
En définitive, Cheikh Anta a fait la lumière sur le rôle civilisateur des Africains dans l'histoire. Car, montrer que le continent noir est le berceau de l'humanité et que l'Egypte nègre est celle qui a inventé les sciences et les techniques, les mathématiques et la philosophie, l'écriture et la religion, c'est rétablir la vérité trop longtemps masquée par le «mythe du Nègre». Pour Cheikh Anta,  «le miracle grec» à proprement parler n'existe pas. Par conséquent, pour les intellectuels occidentaux cette idée subversive est inacceptable. L'égyptologue indigène est un hérétique du savoir institué. S'il rend à l'homme noir sa mémoire, Cheikh Anta annonce la fin des certitudes et ouvre des voies nouvelles à la recherche sur l'Afrique, au-delà des apports de l'Africanisme. Par conséquent, Cheikh Anta représente «l’honneur de penser» en référence au titre d’un ouvrage de Jean-Marc ELA. «Ce que l’Occident appelle l’universalité de la science, de l’histoire ou de la philosophie n’indique souvent que le sens de propre confort de vivre et de dominer» écrit Cheikh Anta.
En 1954, lors de la publication de «Nations Nègres et culture», l’ouvrage semble si révolutionnaire que très peu d’intellectuels africains osent y adhérer. En effet, Cheikh Anta y fait la démonstration que la civilisation de l’Egypte ancienne était négro-africaine, justifiant les objectifs de sa recherche. Si «Nations Nègres et Culture» dérange les gardiens du temple, c’est non seulement parce que Cheikh Anta DIOP propose une « décolonisation» de l’histoire africaine, mais aussi parce que le livre fonde une «Histoire» africaine et se tient aux frontières de l’engagement politique, analysant l’identification des grands courants migratoires et la formation des ethnies ; la délimitation de l’aire culturelle du monde noir, qui s’étend jusqu’en Asie occidentale, dans la vallée de l’Indus ; la démonstration de l’aptitude des langues africaines à supporter la pensée scientifique et philosophique et, partant, la première transcription africaine non ethnographique de ces langues.
La réception des écrits de Cheikh Anta DIOP n’a pas été au départ enthousiaste. Ainsi, Pathé DIAGNE reste sceptique sur «son égypto-centrisme. Avec le recul, c’est un peu comme s’il ne s’était pas trompé sur l’Egypte mais n’avait étudié que l’Egypte». Amady Aly DIENG est dubitatif : « Comme Senghor, et c’est peut-être là leur seul point de rencontre, il demeure méditerranéo-centriste dans son approche de l’histoire africaine. Mettant au centre la Grèce pour le premier, l’Egypte pour le second. Et s’il ne développe pas de vision atlantiste, c’est par souci de toujours valoriser la culture noire. C’est pourquoi il passe la traite négrière sous silence».  Ibrahima THIOUB, actuel Recteur de l’université Cheikh Anta DIOP n’est pas à l’origine emballé : «Même si la traite et la colonisation ne représentent qu’une seconde au regard de l’histoire égyptienne, il est impossible de faire l’impasse sur elles. C’est aussi notre histoire et notre actualité à nous, Sénégalais et Africains. Voilà pourquoi je le soupçonne d’avoir accordé trop de poids à l’Egypte, en toute bonne foi, sans s’en être rendu compte». On a même accusé Cheikh Anta DIOP de racisme antiblanc, un concept récupéré par Jean-Marie LE PEN, contre tous ceux qui réclament l’égalité réelle. Seul Aimé CESAIRE s’enthousiasme, dans le «Discours sur le colonialisme», évoquant «le livre le plus audacieux qu’un nègre n’ait jamais écrit». Pendant 30 ans, Cheikh Anta fut mis au banc des scientifiques, il fut malséant de citer son nom : «les Pharaons étaient des Noirs». En effet, en pleine période coloniale, on sortait à peine du doute que le Noir était un Homme. En ce temps-là l’idée de l’indépendance ne germait que dans certaines têtes africaines, et voilà que Cheikh Anta, démontra, les preuves à l’appui, suivant les canons scientifiques de l’école française d’égyptologie, archéologie et anthropologie, que l’Egypte Antique est faite des Africains d’aujourd’hui.
 
Victime d’un conformisme intellectuel et d’une soumission aux idées dominantes, le travail audacieux de Cheikh Anta fut rangé aux oubliettes. Cheikh a eu donc à affronter l’establishment : «La résistance de ceux-ci tenait et tient encore des a priori de caractère plus idéologique que scientifique. Car non seulement on ne veut pas discuter les thèses de Cheikh Anta, mais on ne veut même pas les entendre, au nom d’une irrecevabilité qui n’est pas du tout démontrée» dit Elikia M’BOKOLO. Sa thèse, «Nations nègres et culture» a été refusée à la Sorbonne sous ce motif fallacieux : «Nous voulons vous donner le titre de docteur, mais avec une autre thèse» dit d’emblée le jury de la Sorbonne. On entend encore les sceptiques dire : «Nous reconnaissons à l’Afrique noire une histoire et des civilisations. Mais n’y mêlez surtout pas l’Egypte ancienne, qui n’appartient pas à l’Afrique». Cette thèse refusée est, cependant, devenue un best-seller. En effet, Alioune DIOP, le fondateur de Présence Africaine, a eu le courage de publier les ouvrages de Cheikh Anta. Et de nombreux travaux universitaires sont venus conforter le point de vue de Cheikh Anta.
Dans son ouvrage «Civilisation ou barbarie», Cheikh Anta affirme l’identité nègre à savoir : «le retour à l'Egypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l'histoire, pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. Loin d'être une délectation sur le passé, un regard vers l'Egypte antique est la meilleure façon de concevoir et bâtir notre futur culturel. L'Egypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale».
Cependant la rencontre du Caire du 28 janvier au 3 février 1974, dans le cadre de la rédaction de l’histoire de l’Afrique par l’UNESCO, a sonné comme un nouveau coup de tonnerre. Peut-on classer l’Egypte pharaonique dans l’histoire africaine ?
Nous sommes en présence de trois théories qui s’affrontent :
- Pour les chercheurs occidentaux, les Pharaons seraient des Blancs originaires d’Europe qui ont bronzé et se sont métissés au contact avec les Africains qu’ils ont civilisés ;
- Pour les Orientalistes, les Pharaons viendraient d’Orient pour créer cette civilisation ;
- Pour Cheikh Anta DIOP et Théophile OBENGA la civilisation pharaonique est noire et serait venue d’Afrique. Cheikh Anta ne s’est limité à démontrer qu’ils avaient la peau noire, il a démontré qu’il parlait les langues africaines et avaient les coutumes et traditions africaines. C’est cette thèse scientifique qui a triomphé devant 25 spécialistes, 5 observateurs et 2 représentants de l’UNESCO.
Cheikh Anta DIOP a administré les preuves de «l’unité culturelle de l’Afrique Noire». Pour lui, cette unité culturelle est restée vivace sous des apparences trompeuses d’hétérogénéité. «Seule une véritable connaissance du passé peut entretenir dans la conscience le sentiment d’une continuité historique, indispensable à la consolidation d’un Etat multinational» écrit Cheikh Anta. Le continent noir est dominé par le matriarcat. Les gens sont pauvres, mais personne ne se sent seul, c’est la xénophilie, et la misère maternelle et morale sont inconnues en raison de cet amour maternel.
Géant ou Pharaon du savoir, disparu le vendredi 7 février 1986, des suites d’une crise cardiaque, la Société africaine de culture écrit en hommage : «Il y a seulement un mois, à peine, il est passé dans nos bureaux parisiens, comme si par prémonition, il avait tenu à nous faire ses adieux. Nous lui avons conseillé de se ménager : il se dépensait trop ! Il nous répondait avec sa bonne humeur inaltérable «Vous savez, quoi qu’on fasse, quand c’est l’heure, on n’y peut rien !». Cheikh Anta était un opposant radical. Le président SENGHOR tout en reconnaissant ses qualités de scientifique, redoutait sa concurrence politique. Aussi, Cheikh Anta n’a pas eu de carrière universitaire normale, l’université de Dakar étant gérée par la France, jusqu’en 1971, et son parti a été interdit, par Léopold Sédar SENGHOR, jusqu’en 1981. L’université de Dakar, fondée en 1956, portera son nom, après sa disparition : «Je voudrais, tout de suite, dissiper un malentendu. Il y a un domaine où je n’étais pas d’accord avec le professeur Cheikh Anta Diop ; c’était le domaine politique, et je ne l’ai pas caché. Par contre, j’avais de l’admiration pour le grand professeur qu’il était. J’étais le premier à reconnaître qu’il a joué un rôle décisif sur la découverte des origines de l’Egypte ancienne, mais encore de la Civilisation de l’Universel. En effet, si le mouvement de la Négritude, que quelques étudiants, dont j’étais, ont lancé dans les années 30, s’est développé malgré les assauts des racistes blancs et de quelques faux Nègres, il le doit, en grande partie, à l’œuvre scientifique de Cheikh Anta Diop. Je n’ai jamais attendu sa mort pour le dire» écrit Léopold Sédar SENGHOR. Le Musée des civilisations noires, à Dakar, voulu par le président Macky SALL, réserve une place importante à l’Egypte ancienne en hommage à la contribution de Cheikh Anta DIOP. Son fils, Cheikh M’Backé DIOP, auteur d’une biographie sur son père, est en charge, dans ce musée des Civilisations noires du département de l’égyptologie.
Cheikh Anta était pluridisciplinaire ; il a été physicien, historien, anthropologue, linguiste, sociologue, philosophe, homme politique, panafricaniste. En effet, en considérant que l’Egypte est la référence historique et culturelle de l’histoire générale de l’humanité, ce qui signifie que le fond culturel, riche d’atouts divers, peut fournir le fondement d’un nouveau départ basé sur une intégration régionale véritable. A partir des données matérielles des éléments de la culture ancienne donc, il faut appréhender les fondements de l’unité des peuples constitutifs de cet espace géographique. La conséquence de cette réflexion est celle-ci : l’unité de l’Afrique ne se réalisera pas uniquement par des Unions douanières à caractère politique, mais également par des projets culturels fédérateurs, fondés sur les valeurs africaines, sur les objets et lieux de mémoires des peuples africains, traducteurs de leur originalité, de leur identité, et de la solidarité entre les peuples et les nations. Pour Cheikh Anta, il n’y aura pas de développement de l’Afrique, sans une valorisation des langues nationales.
Certains Africains, et sans le démontrer, prétendent que Cheikh Anta serait dépassé. En fait, et plus que jamais, Cheikh Anta DIOP est d’actualité, notamment depuis l’affaire George FLOYD indiquant la persistance grave d’une mentalité esclavagiste, et le déni grave du racisme en France, s’accompagnant de violences policières contre les Noirs. En effet, pour avoir embrassé l’ensemble des questions du continent et du monde noir, la contribution de Cheikh Anta DIOP donne les grilles de lecture à tous les Africains qui veulent chercher à relever les défis majeurs actuels de l’Afrique. Héritage commun pour l’Afrique et sa diaspora, le travail engagé par Cheikh Anta DIOP, à connaître et à fructifier.
Cheikh Anta DIOP est un exemple de résilience et de sacrifice pour l’Afrique, une voie à suivre pour les générations d’intellectuels et de chercheurs africains. «Cheikh Anta Diop est devenu une figure incontournable de l’histographie africaine, de l’histoire des idées, au même titre que Hegel» écrit François-Xavier FAUVELLE-AYMAR. En effet, Cheikh Anta DIOP est entré dans l’histoire ; il a posé l’historicité et l’antiquité de l’Afrique et en particulier l’africanité de l’Egypte, dont sont originaires les Peuls. L’origine des Peuls est restée mystérieuse. Certains, et à tort, avaient pensé que les Peuls avec des origines blanches, arabes ou sémites, seraient venus civiliser les Noirs. Maurice DELAFOSSE pensait que les Peuls étaient des Judéo-Syriens. Pour Cheikh Anta DIOP, il ne fait pas de doute que les Peuls ont des origines égyptiennes. En effet, selon lui, les noms totémiques «BA» et «KA» ainsi que leur matriarcat indiquent qu’ils sont authentiquement d’origine égyptienne.
L’actualité du combat de Cheikh Anta DIOP est déjà inscrit dans l’acte constitutif de l’UNESCO dénonçant ces logiques de prédation et de hiérarchisation des cultures «par le reniement de l’idéal démocratique de dignité, d’égalité, de respect de la personne humaine et par la volonté de lui substituer, en exploitant l’ignorance et le préjugé, le dogme de l’inégalité des races et des hommes». Le continent noir, après des siècles d’oppression par l’esclavage et le colonialisme, a vu naître des hommes, au prix de grands sacrifices, se lever contre cette infâmie, cette imposture, et Cheikh Anta DIOP est l’un des brillants intellectuels, réclamant la Justice et l’Egalité réelle : «l’un des tout premiers, il (Cheikh Anta), a mis l’accent sur les composantes spirituelle, intellectuelle, artistique, d’une véritable affirmation de l’identité africaine» écrit Amadou-Mahtar M’BOW, ancien directeur de l’UNESCO. En effet, en 1955, Cheikh Anta est resté droit dans ses bottes : «L’explication de l’origine d’une civilisation africaine n’est logique et acceptable, n’est sérieuse, objective et scientifique, que si l’on aboutit, par un biais quelconque, à ce Blanc mythique dont on ne se soucie point de justifier l’arrivée et l’installation dans ces régions (…). Le but est d’arriver, en se couvrant du manteau de la science, à faire croire au Nègre qu’il n’a pas été responsable de quoi que ce soit de valable, même pas de ce qui existe chez lui. On facilite ainsi l’abandon, le renoncement à toute aspiration nationale chez les hésitants, et on renforce les réflexes de subordination chez ceux qui étaient déjà aliénés» écrit Cheikh Anta DIOP dans «Nations nègres et cultures». Pour Cheikh Anta DIOP, la souveraineté de l’Afrique passe, nécessairement, par un immense effort de réhabiliter la personnalité africaine, sa conscience historique, un sujet primordial et stratégique, plus que jamais, à l’ordre du jour, 60 ans après les indépendances. Pour la Diaspora africaine, souvent reléguée au rang d’indigènes de la République, confrontées à la banalisation du racisme et aux brutalités policières dans les pays occidentaux, Cheikh Anta est devenu, plus que jamais une boussole à suivre.
 
Bibliographie sélective
1 – Contributions de Cheikh Anta DIOP
DIOP (Cheikh Anta), «Apport de l’Afrique à la civilisation de l’universelle», Présence Africaine, 1987, pages 41-71 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Apports et perspectives culturels de l’Afrique Noire», Présence Africaine, Edicef et UNESCO, 1987, pages 40-72 et 41-61 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Histoire primitive de l’humanité : évolution du monde noir», Bulletin de l’IFAN, 1962, tome XXIV, série B, n°3-4, pages 449-541 ;
DIOP (Cheikh Anta), «L’antiquité africaine par l’image», Présence Africaine, 1956, t1, page 339 et Notes Africaines, Dakar-Abidjan, n° spéc janvier-avril 1975, pages 145-146 ;
DIOP (Cheikh Anta), «L’apparition de l’Homo Sapiens», Bulletin de l’IFAN, 1970, t XXXII, série B, n°3-4, pages 623-641 ;
DIOP (Cheikh Anta), «L’unité culturelle de l’Afrique Noire», Présence Africaine, 1959, tome 1, pages 60-65 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Origines des Egyptiens anciens», Présence Africaine, 1987, pages 41-71 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Perspectives de la recherche scientifique en Afrique», Notes africaines, octobre 1974, n°144, pages 85-88 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Philosophie, science et religion : les crises majeures de la philosophie contemporaine», Revue sénégalaise de philosophie, janvier-décembre 1984, n°5-6, pages 179-199 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Quand pourra-t-on parler d’une Renaissance africaine ?», Le Musée Vivant, n° spéc 36-37, novembre 1948, pages 57-65 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Un continent à la recherche de son histoire», Horizons, n° 74-75, 1957, n°74-75, pages 85-95 ;
DIOP (Cheikh Anta), «Unité d’origine de l’espèce humaine», Racisme, science et pseudo-science, Paris, Unesco, 1982, pages 137-141 ;
DIOP (Cheikh Anta), Antériorité des civilisations nègres, mythe ou vérité historique Paris, Présence Africaine, 1967, 300 pages ;
DIOP (Cheikh Anta), Civilisation ou barbarie : anthropologie sans complaisance, Paris, 1981, Présence Africaine, 526 pages ;
DIOP (Cheikh Anta), L’Afrique noire précoloniale : étude comparée des systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique Noire, de l’Antiquité, à la formation des Etats modernes, Paris, Présence Africaine, 1960, 213 pages ;
DIOP (Cheikh Anta), L’unité culturelle de l’Afrique Noire : domaines du patriarcat ou du matriarcat dans l’Antiquité classique, Paris, Présence Africaine, 2ème édition, 1959, et 1987, 278 pages ;
DIOP (Cheikh Anta), Nations nègres et culture, de l’Antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui, Paris, Présence Africaine, 1979, 3ème édition, tome 1, 335 pages et tome 2, 572 pages ;
DIOP (Cheikh, Anta), «Interview accordée à Bara Diouf», La vie africaine, (Paris), n°6, mars-avril 1960, pages 10-11.
2 – Critiques de Cheikh Anta DIOP
«Manifeste culturel panafricain», Souffles, n°16-17, 4ème trimestre, 1969, janvier-février 1970, pages 9-13 ;
Actes du colloque, L’œuvre de Cheikh Anta Diop : la renaissance de l’Afrique au seuil du troisième millénaire, Dakar-Caytu, 26 février-2 mars 1996 ;
BEAUJEU (Jean) «Les Dieux d’Apulée», Revue d’histoire des religions, 1983, tome 200, n°4, pages 385-406 ;
BOA THIEMELE (Ramsès, L), ESSANE (Séraphin), Nietzsche et Cheikh Anta Diop, Paris L’Harmattan, 2007, 213 pages ;
BROSSES de (Charles), Du culte des dieux fétiches ou parallèle de l’ancienne religion de l’Egypte avec la religion actuelle de la Négritie, Paris, 1760, 285 pages, spéc pages 70-76 ;
CAVEING (Maurice), «Cheikh Anta Diop, antériorité des civilisations nègres : mythe ou vérité historique ?», Raison présente, janvier, février, mars 1969, pages 111-114 ;
COQUERY-VIDROVITCH (Catherine), «La pensée de Cheikh Anta Diop, d’Alain Froment», Cahiers d’études africaines, 1992, vol 32, n°125, pages 133-137 ;
DIAGNE (Pathé), Cheikh Anta Diop et l’Afrique dans l’histoire du monde, Paris, L’Harmattan, 1997, 170 pages ;
DIAGNE (Souleymane, Bachir), «In the Den of the Alchemist», Chimerunga, (Cap Town), 14 avril 2019 ;
DIENG (Amady, Aly), «Hommage à Cheikh Anta Diop, 1923-1986 : Un bilan critique de l’œuvre de Cheikh Anta Diop», Revue canadienne des études africaines, 1989, n°1, pages 151-157 ;
DIODORE de Sicile, Histoire universelle, Paris, De Bure Frères, 1734, tome 1er,  487 pages, spéc, sur les Anciens Egyptiens, Livre I, Section I, page 34 et Livre I, Section II, pages 164-211 ;
DIOP (Babacar), «Bachir tu te permets ?», Sénéplus, 8 septembre 2019 ;
DIOP (Babacar), «L’Antiquité africaine dans l’œuvre de Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1989, n°149-150, pages 143-149 ;
DIOP (Cheikh, M’Backé), «La Renaissance africaine : Enjeux et perspectives culturelles, scientifiques et techniques dans l’œuvre de Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 1er trimestre 2008, n°175-177, pages 469-497 ;
DIOP (Cheikh, M’Backé), «Recherche historique et approche méthodologique dans l’œuvre de Cheikh Anta Diop», Tumultes, 2019, vol 1, n°52, pages 69-102 ;
DIOP (Cheikh, M’Backé), Cheikh Anta Diop, l’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 2003, 407 pages ;
ELA (Jean-Marc), «Conscience historique et révolution africaine chez Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1989, n°149-150, pages 162-192 ;
ELA (Jean-Marc), Cheikh Anta Diop ou l’honneur de penser , Paris, L’Harmattan, Classiques pour demain, 1989, 141 pages ;
FAUVELLE-AYMAR (François-Xavier), «Cheikh Anta Diop, dix après : l’historien et son double», Afrique contemporaine, mars 1997, n°181, pages 3-11 ;
FAUVELLE-AYMAR (François-Xavier), «Cheikh Anta Diop, l’Egypte et l’identité africaine», Politique africaine, juin 1996, n°62, pages 103-109 ;
FAUVELLE-AYMAR (François-Xavier), L’Afrique de Cheikh Anta Diop : histoire et idéologie, préface d’Elikia M’Bokolo, Paris, Karthala, 1996, 237 pages ;
FAUVELLE-AYMAR (François-Xavier), La mémoire aux enchères. L’idéologie afrocentriste à l’assaut de l’histoire, Paris, Verdier, 2009, 83 pages ;
FINCH (Charles, S), «Interview de Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1989, n°149-150, pages 361-373 ;
FONKUE (Jean), Cheikh Anta au carrefour des historiographies, Paris, L’Harmattan, 2004, 86 pages ;
FROMENT (Alain), «Origine et l’évolution de l’homme dans la pensée de Cheikh Anta Diop : une analyse critique», Cahiers d’études africaines, 1991, n°121-122, pages 29-64 ;
HERODOTE, L’histoire des derniers Pharaons et les premiers rois perses, présentation de Bovet, Avignon, Seguin Ainé, 1835, 495 pages ;
HERVIEU WANE (Fabrice), «Cheikh Anta Diop, restaurateur de la conscience noire», Le Monde diplomatique, janvier 1998, pages 24-25 ;
KANA (Clestine Colette Fouellefak), «Cheikh Anta Diop, le panafricaniste : un repère pour l’Afrique et sa jeunesse ?», Ethiopiques, 2011, 2ème semestre, n°87 ;
KIESE (MBoka) MAWA-KIESE (Mawawa), Hommage à Cheikh Anta Diop, Paris, éditions Paari, 2004, 82 pages ;
KOTCHY (Barthélémy), «Cheikh Anta Diop, fondateur de la théorie des cultures africaines», Ethiopiques, 1987, 2ème trimestre, n°44-45, vol IV 1-2 ;
LAM (Aboubacry, Moussa), «Cheikh Anta Diop», Sociétés en devenir, mélanges offerts à Boubakar Ly, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 2006, pages 411-440 ; 
LAM (Aboubacry, Moussa), «Egypte ancienne et Afrique Noire chez Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1989, n°149-150, pages 203-213 ;
LAM (Aboubacry, Moussa), De l’origine égyptienne des Peuls, Paris, Présence Africaine, Khepera, 2019, 463 pages ;
LEVEQUE (Pierre), «Cheikh Anta Diop posthume : Cheikh Anta Diop, Nouvelles recherches sur l’Egyptien ancien et les langues négro-africaines modernes», Dialogue d’histoire ancienne, 1989, vol 15, n°2, page 551 ;
M’BOW (Amadou-Mahtar), «Hommage à Cheikh Anta Diop)», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1989, n°149-150, pages 6-9 ;
MILLECAMPS (Matthieu), «Cheikh Anta Diop au cœur d’une controverse entre Boubacar Boris Diop et Souleymane Bachir Diagne», Présence Africaine, 4ème trimestre 1985, n°136, pages 3-6 ;
NDOH (Michel), Le combat de Cheikh Anta Diop, suivi de Diop (Cheikh Anta), préface de Lilyan Kesteloot, Paris, Alfabarre, collection Les fourmis rouges dans nos sommeils, 2011, 154 pages ;
OBENGA (Théophile) et autres, La conscience historique africaine, Paris, L’Harmattan, collection études africaines, 2008, 198 pages ;
OBENGA (Théophile), «Cheikh Anta Diop et les autres», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1978, n°105-106, pages 29-44 ;
OBENGA (Théophile), «Les 20 ans de Nations Nègres et Culture, (1954-1974)», Présence Africaine, 1er trimestre 1974, n°89, pages 214-223 ;
OBENGA (Théophile), Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx : contribution de Cheikh Anta Diop à l’historiographie mondiale, Paris, Présence africaine, 1998, 484 pages ;
OBENGA (Théophile), La géométrie égyptienne, Paris, Khepera, L’Harmattan, 1995, 332 pages ;
PLUTARQUE, Œuvres morales, Paris, Hachette 1870, traduction de Victor Bétolaud, Paris, Belles Lettres et traduction de l’abbé Ricard, Paris, chez la Veuve Desaint, 664 pages, spéc tome 5, sur «Traité d’Osiris et Osiris», pages 318-399 ;
Rassemblement National Démocratique, Le combat politique de Cheikh Anta Diop du BMS au RND, Dakar, 1999, 133 pages ;
SALL (Babacar), «Histoire et conscience historique : De la philosophie de l’histoire dans l’œuvre de Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 1er et 2ème trimestre 1989, n°149-150, pages 283-291 ;
SAMB (Djibril), Cheikh Anta Diop, Paris, NEA, 1992, 142 pages ;
SENGHOR (Léopold, Sédar), «La mort de Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 4ème trimestre 1985, n°136, pages 3-6 ;
Société Africaine de Culture, «Déclaration sur la mort de Cheikh Anta Diop», Le Soleil, 12 mars 1986 ;
Société Africaine de Culture, «La mort de Cheikh Anta Diop», Présence Africaine, 4ème trimestre 1986, pages 3-6 ;
VERCOUTTER (Jean), «Le peuplement de l’Egypte ancienne», Le peuplement de l’Egypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique, Histoire générale de l’Afrique, Paris, UNESCO, études et documents 1, 1978, pages 15-36 ;
VOLNEY, CHATEAUBOEUF de la GIRAUDAIS (Constantin-François), Voyage en Syrie et en Egypte, Paris, 1787, vol 1, 382 pages ;
Paris, le 17 mai 2017, actualisé le 29 juin 2020 par M. Amadou Bal BA.
 
Cheikh Anta DIOP, un égyptologue (1923-1986).
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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 14:54
«C’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses de vaches» dit un dicton breton. Que retiendra dans l’Histoire du bilan de François HOLLANDE de 2012 à 2017 ?
Après avoir passé le pouvoir à M. MACRON, ce dimanche 14 mai 2017, M. HOLLANDE est venu au siège du Parti socialiste à la rue Solférino. François MIITTERRAND était également venu rencontrer les militants socialistes après la passation de pouvoir avec M. CHIRAC. Mais M. MITTERRAND, après l’alternance du 10 mai 1981, avait accompli un second mandat, et a laissé un héritage dont on peut être fier. En revanche, M. HOLLANDE, à défaut de l’inversion de la courbe du chômage, a été contraint de renoncer à un second mandat. J’étais au Bourget le 22 janvier 2012 et j’avais applaudi, sans modération, lors de son célèbre discours : «Mon adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu, et pourtant, il gouverne cet adversaire, c’est le monde la finance».
 
Sans doute que M. HOLLANDE a assaini les finances publiques et réduit la dette. Cependant, le chômage est resté à un niveau insupportable. En effet, M. HOLLANDE avait lancé un slogan que j’ai abondamment relayé «le changement, c’est maintenant». Le changement est arrivé, mais pas celui qu’on attendait. M. HOLLANDE a regretté d'avoir initié la déchéance de la nationalité, une erreur tragique de son mandat que j'avais violemment désapprouvée. Il n’a pas non plus honoré sa promesse du droit de vote des étrangers aux élections locales. La Gauche a perdu son âme, et les militants sont désemparés et démobilisés. La leçon que j'en tire, la Gauche doit rester la Gauche, être attachée à ses principes et valeurs, être éthique et morale, respecter la parole donnée, dire ce qu'elle fait et faire ce qu'elle dit. La dissimulation et le mensonge doivent être bannis du comportement de nos dirigeants.
On se souvient de l’anaphore déclamé le 2 mai 2012 par M. HOLLANDE face au candidat du Fouquet’s qui constitue 15 engagements «Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée. Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur.
 
Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti, dans un hôtel parisien.
 
Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante, je ne nommerai pas les membres du parquet alors que l'avis du Conseil supérieur de la magistrature n'a pas été dans ce sens.
 
Moi président de la République, je n'aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes.
 
Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire.
 
Moi président de la République, j'aurai aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l’Etat ; je le ferai réformer, de façon à ce que si des actes antérieurs à ma prise de fonction venaient à être contestés, je puisse dans certaines conditions me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m'expliquer devant un certain nombre d'instances.
 
Moi président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d'hommes.
 
Moi président de la République, il y aura un Code de déontologie code de pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d'intérêts.
 
Moi président de la République, les ministres ne pourront pas de cumuler leur fonction avec un mandat local, parce que je considère qu'ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche.
 
Moi président de la République, je ferai un acte de décentralisation, parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d'un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés.
 
Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation.
 
Moi président de la République, j'engagerai de grands débats, on a évoqué celui de l'énergie, et il est légitime qu'il puisse y avoir sur ces questions-là de grands débats citoyens.
 
Moi président de la République, j'introduirai la représentation proportionnelle pour législatives, pour les élections non pas de 2012, mais celles de 2017, car je pense qu'il est bon que l'ensemble des sensibilités politiques soient représentées.

Moi président de la République, j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue, pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions, mais en même temps je ne m'occuperai pas de tout, et j'aurai toujours le souci de la proximité avec les Français».
Reconnaissons à M. HOLLANDE sa grande probité, son intégrité et son exemplarité. Cependant, M. CAHUZAC, par son comportement inqualifiable, a mis en mal cette bonne image et ces vertus de M. HOLLANDE. Ses ennuis conjugaux avec Julie GAYET et Valérie TRIERWEILER n'ont rien arrangé.
M. HOLLANDE a voulu, dans des circonstances exceptionnelles rester un président normal : «J'avais évoqué une présidence normale. Rien n'est normal quand on est président de la République, puisque les conditions sont exceptionnelles, le monde traverse une crise majeure, en tout cas l’Europe. Il y a des conflits dans le monde, sur la planète, les enjeux de l'environnement, du réchauffement climatique : bien sûr que le président doit être à la hauteur de ces sujets-là, mais il doit aussi être proche du peuple, être capable de le comprendre».
Ce qui est principalement reproché à M. HOLLANDE, ce n’est pas d’avoir échoué face à la montée du chômage, mais d’avoir trahi sa promesse du Bourget. Ainsi, après la défaite aux élections municipales de mars 2014, j’ai été surpris de la nomination de M. VALLS qui représente l’aile droite assumée au Parti socialiste. Ce virage social-libéral, avec M. VALLS aura coûté très cher à M. HOLLANDE.
 
C’est en raison de ces renoncements que le FN est à presque 34%, et le Parti socialiste en panne de leadership et de cohérence de son logiciel, est menacé d’implosion. Pour M. HOLLANDE, le Parti socialiste n’est pas mort, il restera «un passeur de témoin» en vue de conquêtes sociales futures. Il est nécessaire de poursuivre le mouvement. Le socialisme a été et demeure toujours le porteur de la liberté et des conquêtes sociales. Il faut penser à notre utilité et il ne faudrait pas douter de notre message porteur de cohésion et de solidarité. Sans doute qu’il y a des périodes difficiles. On peut être éclaboussé par une vague, mais il ne faudrait confondre cette vague avec son écume. Il ne faudrait pas confondre non plus les tempêtes, les flux et les reflux qui font partie de la vie. Le Parti socialiste a surmonté dans le passé ses difficultés. C’est aux socialistes «d’inventer l’avenir».

Paris, le 14 mai 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François HOLLANDE et son bilan contrasté : un président normal ou un président banal ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François HOLLANDE et son bilan contrasté : un président normal ou un président banal ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 15:49
Pelé, c’est l’incroyable ascension de la légende du football, qui, grâce à un style hors norme et à force de détermination, triompha de tous les obstacles, pour devenir l’inspiration d’un pays tout entier, et le changer à jamais. Pelé a forcé le destin et en rompant les chaînes de son enfance dans les favelas, avec son entrée dans le club du FC Santos, son talent le mènera jusqu’à la Coupe du Monde 1958 où, alors âgé de 17 ans seulement, il marqua le but décisif qui couronna le Brésil du titre mondial. Sacré joueur du XXe siècle par la FIFA, meilleur joueur de la Coupe du Monde 1970, Pelé a disputé 831 matches officiels pour 767 buts. Selon la FIFA, qui comptabilise également tous ses matches amicaux, il aurait disputé 1363 matches et inscrit 1281 buts (dont 6 quintuplés, 30 quadruplés et 92 triplés). En Coupe du Monde, Pelé a marqué 12 buts en 14 matches et a inscrit au moins 1 but lors de 4 éditions. Pélé a gagné 3 fois la Coupe du Monde en 1958, 1962 et 1970. Pélé a débuté pour FC Santos en 1ère division à 16 ans et a joué pour la Sélection brésilienne à 18 ans, inscrivant un but à son premier match le 7 juillet 1957. L’année suivante en Coupe du Monde à Stockholm, en Suède, il était le plus jeune participant, le plus jeune buteur er le plus jeune vainqueur. A la coupe du monde en 1958, en Suède, Pelé marqua 3 buts en demi-finale contre la France et 2 en finale, contre le pays hôte, la Suède. Un an après ce titre, en 1974, après 18 ans avec le FC Santos, à 34 ans, il se retira du football international. Mais il ne put résister à l’appel du Cosmos de New York, pour lequel il joua pendant 3 saisons : il fut une des raisons qui assurèrent le développement du football en Amérique du Nord.

Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, né le 23 octobre 1940 à Três Corações, est un footballeur brésilien évoluant au poste d'attaquant et de meneur de jeu du milieu des années 1950 au milieu des années 1970. Le football est devenu son métier, et ce métier l’a changé comme joueur et comme homme. Pelé est un enfant pauvre des favelas qui a réussi à s’en sortir. «Si je ferme les yeux, je peux encore voir mon premier ballon de football. En fait, il s’agissait d’une simple boule de chaussettes nouées ensemble, que mes copains et moi, «empruntions» sur les cordes à linge de nos voisins. (…) Nous étions fous de football et trop pauvres à nous payer autre chose. Et, puis les chaussettes retrouvaient toujours leur propriétaire légitime, peut-être un peu plus sales que lorsque nous les avions prises», dit Pelé dans son autobiographie, «Ma vie de footballeur».
 
Le football a changé depuis la Coupe du monde de 1950, qui a eu lieu au Brésil quand Pelé avait neuf ans. Ainsi, en 1958, les Brésiliens ont dû attendre, parfois un mois, pour voir au cinéma les images de la finale entre le Brésil et la Suède : «Je m’émerveille aussi, dans l’ensemble, que le monde ait évolué pour le mieux. Comme pauvre garçon noir de la campagne brésilienne qui a grandi en tapant dans une boule de chaussettes. (…). Le football rassemble les communautés, et en donnant aux gosses défavorisés, comme moi, un but et une source de fierté, et a permis de rendre le monde quelque peu meilleur» dit Pelé. Alors qu’il avait 9 ans, sa petite ville de Bauru perchée sur le plateau de l’intérieur de l’Etat de Sao Paulo, semblait éloignée à mille lieues des plages prestigieuses de la capitale, Rio, où se déroulait la coupe du monde de 1950. A cette époque, Pelé n’avait jamais vu l’océan, encore moins une fille en bikini. Le Brésil où vit la plus grande communauté de la Diaspora en dehors de l’Afrique (plus de 80 millions de Noirs), est un pays marqué par de très fortes inégalités, une vraie fracture sociale. En effet, le Brésil, généreux par bien des aspects, riche de son or et de son pétrole, de son café et de ses nombreux trésors, est composé de deux pays parfaitement opposés. D’un côté les magnats et politiciens de la capitale, Rio, avec leurs belles demeures à la française, leurs hippodromes et les vacances à la mer, de l’autre, près d’un Brésilien sur deux ne mangeait pas à sa faim. Un sur trois ne savait pas lire correctement. «Mon frère, ma sœur et moi, faisions partie de la moitie de la population qui allait nu-pieds. Ces inégalités étaient ancrées dans notre politique, notre culture et notre histoire» dit Pelé.

 
Pelé a été fortement impression par sa rencontre avec Nelson MANDELA : «Parmi toutes les célébrités que j’ai eu l’honneur de croiser (des papes, des présidents des rois, des stars d’Hollywood) aucune ne m’a plus forte impression que lui» dit Pelé. Nelson MANDELA a interpellé Pelé en ces termes : «Ici, en Afrique du Sud, il y a tant d’ethnies différentes, qui parlent bien des langues différentes, mais vous au Brésil, vous possédez toutes les richesses et une seule langue, le portugais. Alors pourquoi votre pays n’est pas riche ? Pourquoi votre pays n’est-il pas uni ?». Pelé comprendra, avec du recul, le sens de cette question. En effet, le football a un pouvoir magique d’unifier un peuple, ne serait-ce que le temps d’un match, «le pouvoir de nous réjouir ensemble, de souffrir ensemble, comme une seule nation» dit Pelé.
 
Pelé voue une grande admiration à son père qui était également passionné du football. «J'ai toujours eu une philosophie que je tiens de mon père. Il avait l'habitude de dire : "Écoute. Dieu t'as donné le don de jouer au football. C'est un cadeau de Dieu. Si tu fais attention à ta santé, si tu es tout le temps en bonne forme, avec ton cadeau de Dieu, personne ne t'arrêtera. Mais tu dois être prêt» dit-il. En effet, son père, Joao Ramos do Nascimento dit Dondinho, originaire d’une petite ville de l’Etat de Minas (mines générales), d’où provenait une grande partie de l’or du Brésil, a rencontré sa mère, Céleste, alors âgée de 15 ans, quand il faisait son service militaire. Ses parents l’ont surnommé Thomas EDISON, car en 1940, c’est l’année de la première ampoule électrique dans sa ville. Son père voulait devenir footballeur professionnel. Mais au cours d’un match, son père a percuté un défenseur adverse ; ce qui jeta sa famille dans le dénuement le plus complet. «Mon frère (Jair), ma sœur (Maria) et moi portions des vêtements d’occasion, parfois cousus dans des sacs pour transporter le blé, et nous n’avions pas d’argent pour acheter des chaussures. Certains jours, la seule chose que maman pouvait nous donner à manger, c’était un morceau de pain avec une tranche de banane. (…) Quiconque a été aussi pauvre, vous dira que cette incertitude, cette peur, une fois qu’elle prend possession de vous, est une pensée glaçante qui ne vous quitte jamais» dit Pelé. Sa famille déménagea à Bauru, en Amazonie. Cette ville est un melting-pot «le football nous faisait oublier nos différences» dit Pelé. «Bauru est une belle leçon d’ouverture au monde, qui a éveillé, très tôt chez moi, un appétit des cultures différentes» précise Pelé. Les conditions de vie de sa famille s’améliorèrent un peu. En effet, son père a trouvé un emploi à l’épicerie générale. En semaine, il travaillait comme commis pour faire le café et le servir, livrer du courrier. Le week-end, il faisait du football à l’Atletico Clube (BAC). Dans la ville de Bauru, tout le monde connaissait son père et l’appréciait, mais à quoi être bon être célèbre si on ne peut pas nourrir, décemment sa famille ?
 
Aussi, son père a placé sous ses espoirs en lui, et lui a appris tous les rudiments du football. «Sur le terrain, quand il était en forme, mon père laisser entrevoir le génie qui l’avait autrefois mené, si près de la victoire» dit Pelé. Cependant et contrairement à son père mesurant 1m82, Pelé reconnaît qu’il fallait compenser son absence d’ascendant physique sur le terrain : «Comme je ne pouvais pas pousser les autres joueurs hors de mon chemin ou sauter plus haut qu’eux, il a fallu simplement que je sois le plus doué. J’ai dû apprendre à faire du ballon un prolongement de moi-même» dit-il.
 
Sa mère, Dona Celeste, redoutait de voir son fils devenir footballeur, à l’époque les salaires des sportifs étant misérables. Pour sa mère, le football serait une impasse, un chemin direct vers la grande pauvreté. «Pour ma part, je n’ai jamais rien ressenti de tel. La simple vérité, c’est que j’aimais le football. J’adorais le contact du ballon sur mon pied, le soleil sur mon visage, la camaraderie du bon travail d’équipe, l’électricité qui courait dans mes veines quand je marquais un but. Par-dessus tout, tout j’aimais le temps passé avec mon père» écrit Pelé. Cet amour du football, est pour Pelé comme une «religion, une langue maternelle». Pelé ne fréquente guerre l'école étant enfant, préférant taper dans un ballon. S’agissant de l’école, justement, «sur ce terrain-là, je dois avouer que mes performances étaient loin d’être aussi remarquables. Mon enthousiasme pour le football faisait de moi un élève difficile et souvent rebelle» confesse-t-il. Pelé réservait une bonne partie de son énergie au football : «C’est un endroit où l’on pouvait oublier la pauvreté ou la tragédie» écrit Pelé.

Les entrainements de son père finiront par porter leurs fruits. Pelé gagnait ses tournois avec ses amis avec scores élevés de 12-3 ou 20-6. Aussi, tous les enfants refusaient de jouer contre lui. Ses parents l’avaient surnommé «Dido», mais à cette époque, que ses amis le surnomment «Pelé».

«J’ai eu de la chance. Je dois beaucoup à beaucoup de gens qui m’ont aidé sur ma route. Je les remercie et je remercie aussi le football, ce jeu merveilleux, d’avoir permis à un petit garçon nommé Edson de vivre la vie de Pelé» dit le footballeur. Son talent ne reste pas longtemps dans l'ombre, il intègre dès ses 16 ans l'équipe du Bauru, et ce jusqu'en 1956. Il quitte alors sa famille et suit son mentor, l'entraîneur Waldemar de Brito, pour le club de Santos FC. Il devient alors joueur professionnel.

Son premier but officiel est marqué lors d'une rencontre amicale au sein de cette équipe. Au vu de son jeu dynamique et imprévisible, l'équipe du Brésil le repère et le fait jouer le 7 juillet 1957 contre l'équipe d'Argentine. L'équipe du Brésil le titularise dès le lendemain. Sa carrière est lancée, il gagne ses titres d'honneur en finissant meilleur butteur de l'Etat de Sao Paulo, ce qui lui donne son ticket d'entrée pour la Coupe du Monde en Suède. Quand Pelé fait des promesses, il s’y tient. Le 16 juillet 1950, le Brésil, pays hôte de la Coupe du Monde, s’incline en finale face à l’Uruguay. Certains auteurs, comme Filho Mario, dans son livre «Les Noirs dans le football», estiment que les Brésiliens mettaient cette défaite sur le compte de «l’infériorité raciale», et suivant cet auteur «une nation noire, avec des joueurs noirs, n’ira jamais loin», et comme par hasard deux joueurs noirs brésiliens étaient impliqués, malencontreusement dans les deux buts de l’Uruguay. Or, l’Uruguay est le seul pays qui avait recours massivement à des joueurs noirs depuis 1910. Pour Pelé, sur le terrain, il n’y avait pas de riches, de Noirs ou de pauvres, «il fallait juste jouer». La nation, meurtrie, et son père pleure à chaudes larmes. Pelé aussi. Face à l’incommensurable détresse paternelle, il prononcera la phrase suivante : "Je la gagnerai (cette coupe du monde), je te le promets".

 
Pelé est resté modeste et explique son succès en soulignant qu’en matière de football : «La tête parle au cœur et le cœur parle aux pieds». Pelé glorifie le travail et l’effort «Le succès ne vient pas par accident. C'est du travail intense, de la persévérance, de l'apprentissage, de l'étude, du sacrifice et plus que tout, c'est de la passion pour ce que vous faites ou ce que vous êtes en train d'apprendre». Il faut croire en son destin et se passionner pour la cause que l’on défend : «L'enthousiasme est tout. Il doit être tendu et vibrant comme une corde de guitare». Pelé rend surtout hommage à ses équipiers «Une équipe n'est pas faite d'individualités isolées. Il faut toujours rester dans le jeu, ne pas être passif. Le football est un jeu d'équipe, personne ne joue tout seul. Le succès dépend de toute votre équipe comme seule unité».
 
Pelé devenu une vedette mondial, est courtisé par tous les clubs, si bien que le Brésil le déclare en 2014, «trésor national non exportable». Cependant, Pelé disputant un nombre impressionnant de matchs, les blessures se sont accumulées avec les années, rendant la pratique du sport de plus en plus dangereuse. Il prend donc une retraite anticipée en 1977 et s'investit alors dans des causes humanitaires.

Pelé a cassé tous les codes raciaux au Brésil. En effet, il épouse en 1966 avec une blanche Rosemeri dos Reis Cholbi qui lui donne trois enfants, deux filles Kelly Cristina et Jennifer et un fils Edinho. Puis il rencontre Assiria Lemos Seixas qu'il épouse en avril 1994. En septembre 1996, ils acceuillent les jumeaux Joshua et Céleste. Depuis, Pelé partage la vie d'une chef d'entreprise d'origine japonaise, Marcia Cibele Aoki, de 25 ans sa cadette.

Bibliographie
WINTER (Brian), Pelé, ma vie de footballeur, Paris, 2013, école du loisir, 314 pages ;
GOMES (Daniel), Eduardo Galéano, Le football, ombre et lumière, Montréal, Lux éditeur, 2014, 310 pages ;
LEITE (Lopes José Sergio), FAGUER (Jean-Pierre). «L'invention du style brésilien [Sport, journalisme et politique au Brésil]», in Actes de la recherche en sciences sociales, juin 1994 vil 103, Les enjeux du football. pages 27-35 ;
 
FILHO (Mario Rodriguez), O negro no futebol brasileiro (Le Noir dans le football brésilien), préface de Gilberto FREYRO, 1947, Pongetti, 1947. Apud : WISNIK, José Miguel. Veneno remédio: o futebol e o Brasil, São Paulo, Companhia das Letras, 2008, 242 pages ;
RASPAUD (Michel), Histoire du football au Brésil, Paris, Chandeigne, 2010, 246 pages, spéc page 127-146.
Paris, le 13 mai 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Pelé, une gloire mondiale du football.
Pelé, une gloire mondiale du football.
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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 10:44
Soulagé devant le Tribunal de l'histoire de n'avoir pas à gérer une alternance avec le F.N, le président HOLLANDE devant la crise grave au Parti socialiste, a multiplié des gestes d'affection à l'endroit de M. MACRON aux Champs-Elysées, lors de la cérémonie du 8 mai 1945. M. HOLLANDE, sur les traces du président MITTERRAND et après la passation de pouvoirs du 14 mai 2017, se rendra à la rue Solférino, siège du Parti socialiste pour constater l’état des dégâts qu’il a commis. Je reste persuadé que M. HOLLANDE en raison du défaut de clarification de la ligne politique de notre parti, avec ses synthèses molles, ainsi que les trahisons de son discours du Bourget du 22 janvier 2012, est le principal liquidateur du Parti social.
En effet, les images hautement symboliques, du 8 mai, pourraient hâtivement faire croire que notre jeune président, guidé dans ses premiers pas par son mentor, dans une démarche paternaliste, ne serait qu'un simple héritier d'un vieux système politique discrédité et usé.

Or, M. MACRON a répété, avec force, dans son discours royal du Louvre qu'il respectera ses engagements de rénovation de la vie politique, et qu'il n'est ni de gauche, ni de Droite. Sans complicité, ni connivence M. MACRON a pour prétention de se situer en rupture par rapport au mandat de François HOLLANDE, en renommant son parti "La République En Marche". Son souci c'est de rénover la manière de faire la politique, pour changer réellement la vie des gens. Mais pour atteindre cette obligation de résultat, il faudrait abandonner les querelles de chapelles, le sectarisme et retenir toute idée à condition qu'elle soit bonne pour le pays.
La République en Marche reste déterminée, sous la houlette de Jean-Paul DELEVOYE, sans doute le futur premier ministre, pour investir ses 577 candidats à la députation, le 11 mai 2017, uniquement sous son étiquette. 90 circonscriptions ont été réservées au MODEM dont 50 gagnables.

Les Partis traditionnels, et pour des raisons différentes, ont déjà engagé la bataille des législatives qui sera, sans doute, plus violente que les présidentielles.
Au Parti socialiste, coincé entre la République en Marche et La France Insoumise, et sans espace politique viable, en crise avancée, explose entre deux tendances se dégagent :

D'une part, l'aile droite du parti entend rejoindre massivement la République en Marche afin de faire oublier les déboires électoraux des présidentielles. Le programme de Benoît HAMON a été gommé de la profession de foi du Parti. M. VALLS se démène comme un beau diable pour obtenir les faveurs d'En Marche.
 
D'autre part, et pour l'aile gauche, dans sa conférence de presse boudée par les journalistes, M. Benoît HAMON recherche une alliance de toute la Gauche dès le 1er tour. Le Bureau politique du PS du mardi 9 mai 2017 risque d'être agité.

Mme Anne HIDALGO, Mme Martine AUBRY et Mme Christiane entendent constituer un mouvement de gauche.
La France insoumise, qui n'avait pas donné de consignes de vote claire au 2ème tour des présidentielles, a déjà engagé le bras de fer contre M. MACRON autour du code du travail et de la diminution des allocations de chômage, avec un risque de gouverner avec des ordonnances. En effet, dans son programme M. MACRON ne semble s’intéresser qu'à la France qui va bien.
Les Verts, presque laminés, n'ont pas perdu leur pouvoir de négociation pour disputer le bout de gras. M. HAMON leur avait consenti 40 circonscriptions gagnables. Mais compte tenu de l'état actuel des rapports de forces ces concessions pourront-elles être tenues ?
La Droite, piégée par son candidat aux présidentielles, avec ses 19% rêve d'une revanche aux législatives.
Le Front national avec ses 33% au 2ème tour et qui entend poursuivre sa dédiabolisation en changeant l'étiquette de son parti, est en position de force. Actuellement le FN a 2 députés à l'assemblée nationale, les lignes vont donc bouger.
Même au FN des fissures se font jour avec la démission de tous ses mandats de Mme Marion MARECHAL-LEPEN.
Dans la perspective de ces batailles politiques passionnantes, les observateurs de la vie politique sont plus que gâtés.
En tout cas, M. MACRON a une obligation de résultat : il doit impérativement réussir son quinquennat, sinon la victoire des forces du MAL est assurée en 2022 (sur les défis qui l'attendent voir mon post du 7 mai 2017).
Paris, le 8 mai 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 

 

"Le président MACRON : héritier de l'ancien système ou rénovateur de la vie politique ?", par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
"Le président MACRON : héritier de l'ancien système ou rénovateur de la vie politique ?", par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 21:28

J'étais à la cérémonie du 10 mai 2015 de l'abolition de l'esclave, en 2017 j'y suis également mais avec 2 présidents : M. Emmanuel MACRON et M. François HOLLANDE. Nous réclamons depuis de nombreuses années la création d'une maison du souvenir à Paris où se côtoient plus de 116 nationalités. Paris est la seule grande ville de France sans élus du FN.


Le président MACRON, président élu, mais non encore investi, a condamné la colonisation, il s'agit de regarder l'avenir de façon apaisée. Nous voulons être, non pas des indigènes de la république, mais des citoyens français à part entière. C'est pour cela que nous réclamons notre juste place dans tous les lieux de décision (partis politiques gouvernement et haute administration). Nous demandons et exigeons que les relations avec l'Afrique ne soient empreintes ni de peur, ni de paternalisme, mais d'un esprit de coopération mutuellement avantageuse.

La traite négrière commencée au XVème siècle, a concerné 12 millions d'Africains avec son lot de morts, de souffrance et de servitude supposées être infinies.

La réparation n'est pas monétaire le crime contre les Noirs avec plus de 20 millions de morts est irréprochable c'est purement moral. Ce que nous demandons c'est de nous restituer notre dignité d'hommes et de citoyens. Nous ne sommes pas des mendiants, c'est un minimum non négociable.

La commémoration de l’abolition de l’esclavage n’est pas inspirée d’un esprit de revanche, mais c’est la capacité du monde noir à pardonner, pour un mieux vivre ensemble. «C’est pour le monde, une profonde leçon que la capacité des peuples noirs de pardonner, capacité qui, je le pense souvent, tient pour une grande part, aux préceptes éthiques issus de leur vision du monde et leurs religions authentiques», dit Wole SOYINKA, prix Nobel de littérature. Mais ce pardon «ne signifie pas une aptitude infinie ou naïve des peuples noirs à la patience», s’empresse t-il de préciser. Ce que nous réclamons c’est le respect mutuel et la dignité de tous. "Ce qui a été instauré par l'illusion suprématiste peut être aboli par la vérité de l'égalité", disait Martin Luther KING.


Il faut repartir sur de bonnes bases avec ce nouveau nous avons tellement été trahis et humiliés jusqu'ici qu'il est grand temps de rétablir la confiance en nos dirigeants politiques sinon la prochaine fois ce sera le feu comme le dirait James BALDWIN.

 

Enfouie, occultée, ce crime de lèse-majesté qu’est l’esclavage, est resté longtemps passé sous silence. C’est Mme Christiane TAUBIRA qui a fait adopté la loi du 10 mai 2001 déclarant l’esclavage crime contre l’humanité. L’abolition de l’esclavage est «cri et l’écrit », suivant une formule de l’abbé GREGOIRE. C’est l’écrit des Lois en réponse au cri des opprimés. En effet, l’esclavage c’est le déni de toute humanité aux Noirs réduits à un simple bien meuble que l’on pouvait exploiter, punir ou revendre.

 

Le devoir de mémoire procède de l’idée que l’on ne peut pas s’accommoder ou oubli cet asservissement fondé sur la hiérarchie des races et oublier ainsi les souffrances du passé.

 

La montée du racisme interpelle notre conscience humaine pour dire que ces idées sont contraires à toutes les valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté. Nous avons un devoir de vigilance et de résistances contre ces forces obscures qui veulent faire reculer l’humanité. Il n’est pas question de restaurer le passé ; ce qui s’est passé n’est pas réparable. On n’efface pas le passé, on le dépasse. Seule la vérité et non le déni, l’indifférence ou l’oubli, libère de ce lourd passé.

 

Une fondation pour la mémoire de l'esclavage doit voir le jour en 2018, au Musée de la Marine. Promis par François HOLLANDE le 10 mai 2016 elle devrait être présidée par Jean-Marc AYRAULT. Cette fondation est un pont entre les différents peuples La ville de Paris érigera un musée et un monument pour l’abolition de l’esclavage.


Le 10 mai est une date symbolique, à plus d’un titre : la victoire de Blaise DIAGNE aux élections de 1914 et puis celle de François MITTERRAND aux présidentielles de 1981.

Blaise DIAGNE se présenta aux élections générales législatives de 1914 et fut élu le 10 mai 1914 au second tour de scrutin, par 2424 voix contre 2 249 à Henri HEIMBURGER, candidat de la famille de Justin Devès, milieu d’affaires bordelais, sur 5231 votants. François CARPOT, député sortant, est venu en troisième position, n’avait obtenu que 472 voix.

Par conséquent, Blaise DIAGNE est bien le premier député africain noir à être élu à l’Assemblée Nationale française. Cette victoire aux élections de 1914 est hautement symbolique en ce sens que jusqu’ici la vie politique au Sénégal était tenue par les ressortissants blancs et métis des quatre communes (Dakar, Gorée, Rufisque et Saint – Louis) qui ont droit à un député. Celui-ci, de 1848 à 1861 est un métis ; de 1871 à 1914, le siège de député est occupé successivement par quatre Blancs et un Métis.

Le caractère symbolique de cette victoire tient au fait qu’au départ, Blaise DIAGNE, un Noir, inconnu du grand public a pu, en pleine période coloniale, vaincre les candidats appuyés par l’administration coloniale et les commerçants bordelais.

Ce coup de tonnerre, «cette révolution», au début du siècle dernier, en référence à une expression du professeur Iba Der THIAM, marquait le début du réveil des peuples colonisés en vue de leur émancipation et pour l’indépendance.

Blaise DIAGNE avait lié la question de la nationalité et de la citoyenneté à celle du service militaire.500 000 tirailleurs sénégalais ont combattu pour la libération de la France. À la fin de la guerre, leur retour en terre natale, parfois très tardif, s’accompagne de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave et meurtrier, survenu à Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944, l’armée française fait trente-cinq morts et autant de blessés parmi les «tirailleurs sénégalais», sous prétexte qu’ils se sont mutinés pour obtenir leurs droits d’anciens prisonniers de guerre. SEMBENE Ousmane en tire un film, «Camp Thiaroye» demeuré interdit en France. Le bilan officiel de cette soi-disante «mutinerie», alors qu’ils ne sont pas armés, est établi par François HOLLANDE, le 30 novembre 2014, à 35 morts, 35 blessés 35 condamnations. Le soulèvement du peuple algérien contre le colonisateur français est directement lié aux massacres de Sétif le 8 mai 1945. A Madagascar et après la seconde guerre mondiale plus de 100 000 personnes ont été massacrées.

SENGHOR a consacré tous ses efforts à rendre à l’homme noir sa dignité perdue, notamment des tirailleurs sénégalais : "Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort. Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ? Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux. Je ne laisserai pas — non ! — les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France" avait dit SENGOR, dans le poème préliminaire, Hosties Noires.

Après la première guerre mondiale, Bakary DIALLO, un peul du Fouta-Toro, du Nord du Sénégal, et ancien tirailleur sénégalais qui croyait à la promesse républicaine, publie en 1926 «Force-Bonté». Le président Léopold Sédar SENGHOR l’a considéré comme étant le premier écrivain sénégalais de langue française. Les critiques ont estimé que ce serait un récit de sa fascination pour l’uniforme. En effet, il décrit dans cet ouvrage son engagement volontaire dans les tirailleurs à Saint-Louis du Sénégal, son arrivée à Sète après avoir traversé le Maroc, son expérience du front et des tranchées, ainsi que ses faits d’armes et sa vision des Allemands. Bakary DIALLO est ensuite devenu l’interprète de Blaise DIAGNE, premier député noir de France. Bakary DIALLO est le premier tirailleur sénégalais à témoigner par écrit de son expérience de la Grande Guerre. Bakary DIALLO est né à M’Bala dans la région de Podor. Il s'engage dans l’armée française le 4 février 1911, participe à la pacification du Maroc en mai 1911, avant de débarquer à Sète en 1914. Engagé sur le front de la Marne, sa mâchoire fracassée l'oblige à se soigner dans divers hôpitaux à Epernay, Neuilly, Paris, Menton. Devenu citoyen français en 1920, il exerce le métier de portier à l’hôtel National de Monte – Carlo et divers emplois plus pénibles à Paris. En février 1928, il retourne au Sénégal, devient un interprète et chef de canton. Il finit sa vie à Podor en 1979.

 

A l'initiative d'Aïssata SECK, élue à Bondy, dans la proche banlieue parisienne, le président HOLLANDE a honoré, ce samedi 15 avril 2017, 28 tirailleurs sénégalais qui vont accéder à la nationalité française. Il faut savoir apprécier les bonnes choses, à leur juste valeur. Cependant, c’est une reconnaissance tardive (plus de 60 ans d’attente), mais "Mieux vaut tard que jamais" a-t-on coutume de dire. "Justice trop tardive est déni de justice" dit Turgood MARSHALL (1908-1993), un juge noir américain à la Cour suprême des États-Unis, confronté aux pratiques discriminantes.

 

Le 10 mai 1981 marque une autre date symbolique : l’alternance à gauche avec la victoire de François MITTERRAND.

Le 10 mai 1981, dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on avons tous exulté : «on a gagné !». Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance.

Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie». Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, ont été durs avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans "le panier à salade". Avec la victoire de la Gauche, MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.

Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voix de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public.

La peine de mort a été abolie. J’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, lors du trentenaire de la loi de 1983 sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel.

Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les 4 Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.

«Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive. Je prie pour le repos de son âme et que cet esprit de tolérance, de justice, d’égalité et de fraternité, de mai 1981, puisse encore durer des siècles et des siècles.

Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire.

Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une Apartheid qui ne dit pas son nom. En 2012, la Gauche avait tous les pouvoirs, y compris au Sénat, mais le droit de vote des étrangers a été remis aux calendes grecques.

En dépit de ces sérieuses réserves, qui appellent des mesures de correction, sans délai, je crois fondamentalement aux valeurs républicaines et socialistes, pour une société plus fraternelle et plus juste.

Jean JAURES avait établi un lien direct entre le Socialisme et la République. Pour lui, le socialisme doit s’inscrire dans la continuité républicaine pour en être l’aboutissement, en créant les conditions d’une réelle démocratie politique, mais aussi d’une démocratie sociale et économique.

La Gauche social-libérale se manifeste dans son action politique par la dissimulation et le mensonge. Ainsi, après la victoire aux présidentielles de 2012, les renoncements, les manquements au respect de la parole donnée constituent, indubitablement, des trahisons de l’héritage de Jean JAURES.

Le président élu, mais non encore investi, M. Emmanuel MACRON qui a battu aux présidentielles du 7 mai 2017 les forces du Mal, a pris d’importants engagements pour apaiser la société. Il sera jugé aux actes.

Paris, le 10 mai 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Cérémonie de l'abolition de l'esclavage : pour une Maison dédiée à la mémoire à Paris" par M. Amadou Bal BA- http://baamadou.over-blog.fr/
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