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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 19:57
«Taha HUSSEIN (1899-1973), doyen de la littérature arabe, écrivain égyptien de la révolte, de la Lumière et ses mémoires : «Le livre des jours»» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/ 

Obsédé par le bien-vivre ensemble, la contribution littéraire de Taha HUSSEIN, bien restée confinée aux cercles des initiés, m'interpelle plus que jamais à l'heure de cette montée des forces du Chaos. Comme Erasme, Gibelin pour les Guelfes, Guelfes pour les Gibelins, les Sénégalais qualifient souvent trop rapidement leurs expatriés de «complexés», de «lâches» de «faibles» ou même «d’ignares» de la réalité de leur pays d’origine. Valérie PECRESSE nous a affublés du titre de «Français de papiers». Quand on vit dans un monde globalisé, multiculturel, et Taha HUSSEIN a soulevé cette redoutable question : où se situer ?

En paix avec moi-même et avec les autres, comme Taha HUSSEIN, droit dans mes bottes, chacun a le droit de rester sur son quant-à-soi. «Si je me comparais à quelque chose, ce serait à cette terre humide des bords du Nil, en Haute-Égypte, qu'on ne peut pas toucher, même légèrement, sans en faire jaillir de l'eau» avait dit Taha HUSSEIN. Aucune capitulation, ni dans un sens, ni dans l’autre : «We Shall Never Surrender» comme l'avait dit, le 4 juin 1940, Winston CHURCHILL (1874-1965), dans la guerre contre le nazisme. Les Africains et leurs diasporas, connaissent «l'aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou KANE (voir mon article), un roman de 1961 exposant un conflit de valeurs. Le héros du roman, Samba DIALLO, un aristocrate peul du Fouta-Toro, musulman et inscrit à l'école coranique ou «le foyer ardent», doit-il aussi aller à l'aube des indépendances à l'école française ? L'école française apprend «à vaincre sans avoir raison» mais elle fait aussi des élites africaines des déracinés et des décérébrés. Pour Cheikh Hamidou KANE, à travers son «aventure ambiguë», ce n'est pas une question de «races» mais de différences culturelles. Dans la Négritude, l'Africain doit faire une bonne synthèse entre le cultures occidentale et africaine, ou bien il périra. Il faudrait donc prendre les bonnes choses de chaque côté. Le choix que «la Grande Royale», dans «L’Aventure ambiguë», fait pour son peuple, est celui d’une formation dont l’objectif majeur est d’aguerrir les jeunes dans la quête du savoir, en vue de leur réussite dans la vie. Taha HUSSEIN est quant à lui, bien instruit de la civilisation ancienne égyptienne et des grands classiques arabes. Ainsi, il a beaucoup appris de l’archéologue Ahmad KAMAL (1851-1923) sur Ramsès, Akhénaton et bien d’autres pharaons. Les orientalistes, comme l’italien Carlo Alfonso NALLINO (1872-1928), lui ont enseigné, en arabe, l’histoire de la littérature et de la poésie des Omeyyades, ainsi que l’histoire de l’astronomie. Houfni NASIF (1856-1919) enseignait la description de l’Afrique, ses différentes contrées, son climat, sa politique, mais aussi la littérature arabe ancienne.

Sans apostasie, ni infidélité, esprit libre et très critique, Taha HUSSEIN a su garder «un œil à l'intérieur, l'autre à l'extérieur» écrit le 20 juillet 2020, dans le «Courrier de l'Atlas», Malika EL KETTANI. Sa pensée, d’une extrême liberté, d’une très grande audace dans un pays où le rigorisme religieux interdit souvent toute initiative spirituelle quelque peu hardie, n’a cessé de se manifester avec une sorte de souveraine et désinvolte ironie. «La civilisation arabe entre réellement avec lui dans le concert des grandes civilisations ; il sait la faire comprendre à l'étranger sans qu'elle cesse d'être compréhensible à ceux qui de droit en sont les porteurs» écrit Roger ARNALDEZ. Dans son rapport à l’autre c’est «un Occident approprié, maîtrisé qu'il entend ramener aux siens. Cet Occident-là, de même qu'il l'accueille au fond de lui-même, il se plaît à le reconnaître au tond du classicisme arabe» écrit Jacques BERQUE, «Dans au-delà du Nil». Peu connu des Sénégalais et éclipsé par son compatriote, Naguib MAHFOUZ (1911-2006), seul Prix Nobel de littéraire d’origine arabe, Taha HUSSEIN, en 1926, et bien avant Cheikh Hamidou KANE, avait soulevé ce conflit de cultures entre l'Occident et l'Afrique, la tradition et la modernité, à travers ses mémoires, «Le Livre des jours» ou «Al-Ayyam» en arabe. Ecrivain, enseignant, Ministre, romancier, essayiste, humaniste, critique littéraire et grand voyageur, Taha HUSSEIN entendait rattacher l'Égypte à ses racines antiques et à son héritage méditerranéen. Chef de file de la renaissance littéraire en Egypte, «La Nahda», à son époque, l’Égypte était très marquée par l’échec de la révolution et l’occupation britannique de 1882. «Taha Hussein Bey est, parmi les écrivains égyptiens contemporains, le représentant le plus éminent du mouvement qui se manifeste depuis quelques années en Egypte, lequel tend à libérer la littérature arabe des entraves imposées par le classicisme traditionnel et à lui insuffler une vie nouvelle, en harmonie avec les conditions et les exigences du siècle» écrit Josée SEKALY.

Fils d'une terre pauvre, élevé dans la tradition religieuse et coranique, Taha HUSSEIN est né en milieu rural, en Moyenne-Égypte à l’écart de Izbat Al-Kilu, non loin de Maghagha, le 14 novembre 1889, à 300 km au Sud du Caire. Cependant, ses parents déménageront par la suite, dans le Sud ; ses parents l’oublient dans une gare. Dans ses mémoires, le narrateur, curieusement parle de lui à troisième personne «Tout enfant, il avait commencé par être d'une curiosité ingénue, qui ne s'inquiétait guère des obstacles du chemin et s'élançait à la découverte de l'inconnu" écrit-il dans «Le Livre des jours». Taha est le septième de treize enfants du même père, le cinquième de onze de la mère et sentait qu'il avait une position particulière au sein de sa famille. Chez sa mère, il ressentait la tendresse et l'indulgence et chez son père ; il trouvait douceur et bonté ; de la part de ses frères, il y avait de la sollicitude parfois de la brusquerie, parfois avec une pitié mélangée de mépris. En effet, à l’âge de trois ans en raison d’une conjonctivite mal soignée, il devient aveugle ; le barbier du village, venu pour le guérir, a versé du liquide chaud et brûlant dans ses yeux. Avant cet accident, il lui reste de ce souvenir clair et distinct, ne laissant aucune prise de doute, «c’est celui d’une barrière devant lui de roseaux. Le premier de ses souvenirs est celui d’une haire illimitée et infranchissable. Il envie alors la liberté des lapins, mais il doit vivre avec cette clôture» écrit-il dans «Les jours». Son grand-père aveugle récite les prières Soufis. Enfant, déjà, il était insurgé contre ce coup du sort et contre l’enseignement coranique (kuttab) archaïque, en se montrant réticent aux méthodes d’enseignement traditionnel. Pourtant, à neuf ans, il connaissait le Coran par cœur, ce qui lui permit, à treize ans, d’obtenir le droit d’accompagner, en 1902 son frère aîné au Caire. Son frère, promis à de brillantes études en médecine, meurt lors d’une épidémie de choléra «Cela a laissé dans mon cœur et dans toute ma vie, la plus affreuse des marques» écrit-il dans ses mémoires. La douleur le marquera aussi à la mort de sa petite-sœur.

Taha HUSSEIN a su observer, très finement, son pays en ébullition, mais aussi sa société rurale marquée par des traditions rigides, la superstition et les séances d'exorcisme, pour protéger le jeune Taha du Mal : «Sa mère avait vécu dans la terreur, hantée par la crainte du mauvais œil ; Elle avait rassemblé dans une casserole des braises sur lesquelles elle jetait divers parfums», écrit-il. Sa famille consultait aussi un grand imam de la Mosquée en recherchant pour lui la Baraka et le succès dans sa vie. Le Rif égyptien est une population de «vivait dans un monde coloré par une profonde vie intérieure, bien à elle, tissu de simplicité et de mystères, de mysticisme et de naïveté» écrit-il. Son père et sa mère appartiennent à la même confrérie religieuse. Aussi, c'est un monde marqué par la bienveillance et l'hospitalité. Les hôtes sont dignement honorés: «On tuait les brebis, on étalait le sol de nappes pour recevoir les plats» écrit-il. A la fin du repas, il arrive que l'on demande à un enfant de réciter le Coran, mais gare à lui si sa langue fourchait «Fils de chien ! Qu'Allah maudisse vos pères et les pères de vos pères jusqu'à Adam ! Vous voulez donc mettre en ruine la maison de cet homme», s'écrit l'hôte un bouillant Cheikh.

Taha HUSSEIN manifesta bientôt un insatiable désir de s'instruire. Il fréquentait l'école communale, et, le soir, travaillait à la maison, se faisant lire ce qu'il désirait apprendre. Il sut rapidement par cœur le Coran tout entier. En dépit de sa cécité, Taha HUSSEIN, doté d'une mémoire prodigieuse, savait réciter tout le livre du Coran à l'âge de 9 ans de neuf ans, était d'une rare curiosité. Il appris à connaître beaucoup de jeux d'enfants, sans y prendre aucune part, à écouter les contes et légendes, la récitation du poète, les conversations de sa famille notamment les expéditions et conquêtes de l'Islam, les chants et les complaintes des femmes, les récitations du Coran de son grand-père. Il absorbait tout le gardait en mémoire. «Il aimait par-dessus tout, entendre la récitation du poète, la conversation des hommes avec son père ou celle des femmes avec sa mère. Il apprit à goûter au plaisir d’entendre» écrit-il dans ses mémoires. Affublé du titre de «Cheikh», celui qui savait le Coran, Taha, resté humble, avec une distance critique qui le caractérisera estime que l'existence est un «tissu d'iniquités et d’impostures» et qu'il fallait rester à «l'abri de cet esprit de fausseté et de vanité ; l'orgueil abusait l'âme de ses parents» écrit-il dans ses mémoires. Grand observateur de la société de son temps, il a fustigé les vices et les méchancetés de ses maîtres coraniques, leurs vilaines histoires de cupidité ainsi que leurs méthodes archaïques d'enseigner la religion musulmane. Dans les écoles religieuses, les enseignants supposés être des savants, «parlent, et peuvent parler longtemps, avec de copieuses digressions, sans que personne ne s'y intéresse, sauf peut-être leurs élèves» écrit-il. En effet, il a appris tout le Coran par cœur, sans bien en comprendre le sens ou en retirer un quelconque bénéfice. Étudiant, à El Azhar, il devait réciter un chapitre de «Al-Fiyya» d'Ibn Malik, à un Cadi, un juge musulman. Il apprendra de ce jurisconsulte, de fuir l'égarement et l'orgueil : «Celui qui s'abaisse, Allah l'élèvera» lui dit-il.

Ses notes brillantes lui valurent d'être admis comme boursier à la Faculté religieuse et de lettres d’abord à Al-Azhar. Les révoltes contre les Britanniques qui suivent l’incident de Denshawi en 1906 permettent l’ouverture, le 21 décembre 1908 de l’Université Nationale du Caire, laïque. Taha HUSSEIN profite de cette opportunité pour quitter El-Azhar, dont l’enseignement trop rigide lui déplait. Au Caire, il soutient une thèse sur le poète et philosophe, né et mort à Ma’arrat Al-Numan (Syrie du Nord), Abu-Alala’ AL-MA’ARI (973-1057) qui l’a considérablement influencé : «Combien de fois, il lut et relut la poésie et la prose d’Abou l Ala. Cette œuvre fit sur lui une telle impression, il y crut si fort, qu’il se persuada que la seule façon de vivre, c’était d’Abou l Ala, et c’était sur lui qu’il devait prendre pour modèle » écrit-il dans «La traversée intérieure». Aussi, Taha HUSSEIN développe, par conséquent, de nouvelles idées, découvrant la philosophie islamique et l’histoire de l’Égypte ancienne. «La cécité est une honte» disait Al-MA’ARI. Mais il écrivait aussi : «La cécité t’a fait un don précieux, car tes yeux voyaient la génération présente, ta prunelle n’apercevrait pas un seul homme». Taha HUSSEIN, comme AL-MA’ARI, c’est le refus d’un destin injuste en poussant les possibilités de la langue jusqu’à leur extrême limite. Ce poète antéislamique, un aveugle végétarien, d’une grande virtuosité dans son art et d’une profondeur de sa pensée, athée, pessimiste, ascétique, retiré du monde, confiné dans sa demeure, vivait uniquement entouré de ses intimes. Sceptique,  pessimiste, plein de mélancolie et d’inquiétude, AL-MA-ARI considère que la vie ne serait que peine, labeur et souffrance. En effet, Abu-Alala’ AL-MA’ARI, un doublement reclus, rejetait fondamentalement le caractère dogmatique de la religion, à savoir l’infaillibilité et l’impeccabilité des imans chargés de son interprétation : «Une dynastie orgueilleuse et puissante, a été vaincue par une dynastie nouvelle, qui est elle-même prisonnière de ses erreurs. Cette dynastie prétend que certaines personnes sont infaillibles et impeccables, mais moi je jure qu'il n'en est rien» écrit-il à propos des Fatimides. Poète des philosophes et philosophe des poètes, AL-MA’ARI est un précurseur d’Omar KHAYAM (1048-1131), un poète athée, entre le monde physique et métaphysique, a choisi un troisième lieu : «Ah ! Ma barbe a balayé le seuil de la taverne ! J'ai dit adieu au bien et au mal des deux mondes s'ils tombent dans ma rue comme deux balles tu me trouveras, si tu me cherches, dormant du sommeil de l'ivrogne» écrit Omar KHAYYAM. Le poète AL-MA’ARI est aussi, dit-on, l’inspirateur de la «Divine comédie» de Dante.

Personnage singulier, grand et sévère artiste, essentiellement volontaire d’une intelligence rare, vive, inquiète et fine, AL-MA’ARI, orgueilleux, est d’une grande rigueur morale. Aussi, les thèmes de la nuit, l’insomnie, l’encerclement, la précarité, la mort et la protestation contre les limites, sont omniprésents dans l’œuvre littéraire de Taha HUSSEIN. Dans sa cécité, Taha HUSSEIN a repris aussi les suggestions positives de son maître, à savoir l’approfondissement solitaire, l’écoute des ténèbres et l’exploration du destin. En effet,  AL-MA’ARI est partisan d’une «peine qui purifie l’âme sans la corrompre, un plaisir qui élève l’âme, sans l’abaisser, qui la renforce sans l’affaiblir», écrit Taha HUSSEIN. Pour AL-MA’ARI le vrai croyant n’a affaire qu’à Dieu, au regard duquel, il n’est de subterfuges, d’escamotages, ni d’apparences. «Les lois révélées ont semé la haine en nous, et nus ont légué des serpents de rancœur» dit-il. AL-MA’ARI était habité par le pouvoir incommensurable de la Raison «Les gens attendent qu’un Imam apparaisse, et parle au milieu des silencieux. Or, il n’y a d’autre Imam que notre raison, pour nous guider le matin et le soir» dit-il. Taha HUSSEIN le compare au personnage de Degas, décrit par Paul VALERY (1871-1945), dont il est également un grand admirateur. Dans son dégoût de la vie, AL-MA’ARI, se dit prisonnier de trois prisons «Je me trouve en une triple prison, mais nulle mauvaise nouvelle, sinon que j’ai perdu la vue, que je vis reclus, et que mon âme est dans un méchant corps détendu» écrit le poète et sage. Pour Taha HUSSEIN, dans son infirmité et sa mélancolie, blâmant le monde, AL-MA’ARI a inventé «la prison philosophique», en consacrant le reste de sa vie à la réflexion et à la production intellectuelle. «La vertu de la mort est bien un soulagement pour le corps» dit AL-MA’ARI. Dans son œuvre exigeante et sentant le soufre, AL-MA’AR y exprime, en «un style de virtuose, une vision pessimiste de l’existence, avec une hauteur de vue et une liberté de ton rares» écrit Taha HUSSEIN. AL-MA’ARI était un adversaire de la procréation ; car, pour lui, procréer c’est augmenter la somme du Mal dans le monde en offrant de nouvelles victimes à de nouvelles souffrances. Il recommande le jeûne, la prière, l’aumône et offre sa conduite comme un exemple de rectitude et de dignité morale. La vraie religion, dans son essence, c’est la pitié et la poursuite du bien souverain «J'ai beaucoup voyagé. Mais je n'ai acquis aucun bien matériel ou spirituel. Je n'ai trouvé, à mon retour, que la sottise et la faiblesse. Dieu ne marchandera pas ses dons à l'homme qui lui témoigne une piété sincère, quand bien même cet homme se tournerait-il, pour prier, vers le soleil levant» écrit-il.

La première découverte de Taha HUSSEIN de la culture française a commencé relativement tard, à l’âge de dix-neuf ans, quand il choisit le français comme langue étrangère et entreprit de suivre avec assiduité les cours que Louis MASSIGNON dispensait à l’Université du Caire. Le Cheikh GAWICH qui lui a inspiré l’idée d’aller en France. L’université a rejeté par trois fois sa demande de bourse pour la France en y mettant une condition : soutenir d’abord sa thèse ; ce qui fut fait le mardi 5 mai 1914, avec la mention très bien. Premier docteur égyptien, il part donc pour la France le 14 novembre 1914. Penseur inclassable, épris de liberté et de tolérance, il fut séduit par la culture occidentale «J’étais semblable à ce Cheikh ; j’estimais qu’aller en France était un acte d’infidélité ou tout au moins d’apostasie» dit-il. En novembre 1914, Taha HUSSEIN obtient une bourse pour partir étudier en France, ravagée par la guerre, il séjournera par deux fois en France, à Montpellier et à Paris, de novembre 1914 à septembre 1915 et de décembre 1915 à octobre 1919. Il aimait à la situation culturelle à Paris qu’il compare à Athènes à son apogée. Il étudie en France ces sciences nouvelles qu’étaient la psychologie et la sociologie, et y compose une thèse sur la philosophie sociale d’Ibn KHALDOUN, partiellement dirigée par Émile DURKHEIM (1858-1917) qu’il soutient, en 1917, à la Sorbonne. «Plus qu’historien, Taha Hussein est un philosophe, psychologue et moraliste de l’histoire» écrit Raymond FRANCIS, dans l’introduction de «L’appel de Karaouan». Après une année de droit civil il décide en 1919, de rentrer en Egypte. En France, à Montpellier, il rencontre Suzanne BRESSEAU (1895-1989) originaire de Lusigny-sur-Ouche (Côte-d’Or, Bourgogne), qu’il épouse le 9 août 1917 à Paris. «Nous nous sommes vus pour la première fois le 12 mai 1915, à Montpellier. Rien ne m'a avertie que mon destin se décidait ; ma mère, qui m'accompagnait, ne pouvait imaginer chose pareille» écrit Suzanne BRESSEAU. C’est une nouvelle vie qui commence et fait «de son infortune un bonheur, de son désespoir une espérance et de ses ténèbres une lumière» écrit-il dans «La traversée intérieure». En effet, cette rencontre est décisive pour son avenir «Voici qu’à présent une voix douce chassait de son âme tout ce que Abou l Ala y avait versé de tristesse et de mélancolie. Il vécut une seconde naissance. La voix douce lui avait fait découvrir les merveilles de la littérature française» écrit-il dans «La traversée intérieure». Suzanne a été «mon professeure de latin. Grâce à elle, je suis le premier égyptien qui ait passé une licence dans la langue de Tacite» dit Taha HUSSEIN. Ils ont eu deux enfants, dont l’un a un prénom chrétien, Claude-Moénis (8-9-1921 au Caire – 27 novembre 2003, à Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine), l’autre un prénom musulman, Marguerite-Amina, née à Montpellier le 5 juin 1918.

A son retour en Egypte, son pays est en pleine révolte contre les Britanniques, Taha HUSSEIN commence à enseigner l’histoire de l’Antiquité à l’Université nationale du Caire. Il a pour ambition de moderniser la vie culturelle de l’Egypte. «L’Egypte a toujours été une partie de l’Europe dans tout ce qui est lié à la vie de la raison et à la culture» dit Taha HUSSEIN. En 1922, à la Protectorat britannique, la déclaration d’indépendance et une nouvelle constitution en 1924, l’Université nationale du Caire est créée en 1915. Taha HUSSEIN, nommé professeur de littérature arabe, sera promu, en 1928, doyen de la faculté des lettres du Caire ; il est surnommé alors «Doyen de la littérature arabe». Dans ses fonctions de professeur en littérature arabe, Taha HUSSEIN apprit à ses élèves à aborder tous les problèmes d'une façon objective. C'était là une méthode insolite dans cette Egypte où jusqu'alors on attendait des étudiants qu'ils crussent aveuglément aux dogmes transmis par la tradition. Avant lui, les récits mythiques du folklore égyptien le plus reculé étaient considérés comme vérités intangibles. Taha HUSSEIN dressa contre lui le fanatisme religieux en publiant un livre dans lequel il affirmait que bon nombre des croyances traditionnelles de l'Islam n'étaient que légendes. Il est créé en 1942 l’université d’Alexandrie, dont Taha HUSSEIN est devenu le recteur. C’est l’époque aussi d’une ascension politique, il sera nommé, après la victoire du WALD, en 1950, Ministre de l’Éducation nationale, secteur qu’il a profondément rénovée en défendant, une éducation libre et gratuite pour tous, et non confinée aux familles possédantes et a transformé les écoles coraniques en écoles primaires laïques : «L’éduction est (nécessaire) comme l’eau et l’air» écrit-il dans «Le livre des jours». Dans son inspiration hellénique et du modèle français de l’école républicaine, Taha HUSSEIN a l'accent mis sur l'enseignement élémentaire, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, l'exaltation du rôle de l'instituteur, et, par-dessus tout, la conception de l'école comme lieu unique de la transmission des valeurs de civilisation ; faire de l'École le seul foyer de diffusion des Lumières. «J'ai compris, que l'unique moyen d'instaurer en Egypte la véritable démocratie consiste à répandre l'instruction dans le peuple. Le droit des citoyens à l'enseignement gratuit peut nous paraître une idée inoffensive, mais dans le Proche-Orient elle passait alors, et passe encore dans certaines régions, pour révolutionnaire» écrit-il. Démissionné, Taha HUSSEIN sera réintégré en 1933, à la suite de la non-reconduction dans ses fonctions de SIDKY. Le 12 octobre 1944, il est forcé de démissionner de l’université d’Alexandrie ; mais pendant les années 1944-1950, abandonnant les disputes inutiles, Taha HUSSEIN, par une écriture fastueuse et rugueuse, se consacre exclusivement à sa production littéraire, une époque à l’apogée de son art. Un jury de critiques littéraires décernera, en 1946, à Taha HUSSEIN, le prix Fouad 1er, que l’auteur refusera.

Le projet littéraire de Taha HUSSEIN est un Islam méditerranéen où la fidélité à la tradition et l’approfondissement de l’identité égyptienne vont de pair, avec l’aspiration à la rencontre et au dialogue avec l’Occident. Pour Taha HUSSEIN, l’Islam est le devoir de faire le Bien dans la Liberté. Cette religion a laissé au croyant une Raison pour discerner, un cœur pour se remémorer, assumer la rectitude, l’intérêt général. «Il a simplement ordonné l’équité, la bienfaisance, la liberté envers les proches et interdit la turpitude, les actes odieux et l’injustice» écrit-il dans «La grande épreuve». Armé d’un doute cartésien, un rationalisme, il fait œuvre d’historien et de sociologue, pour éveiller la conscience de la Nation arabe, afin de la conduire vers la Lumière «L’égalité sociale est l’expression de l’un des deux piliers de l’Islam, à savoir : l’Unité de Dieu et la Justice» écrit-il dans la «Grande épreuve». Dans sa démarche intellectuelle subversive, Taha HUSSEIN estime que deux siècles avant la Révélation du Coran, une première révolution linguistique et poétique avait agité le monde arabe au contact avec la Perse et Byzance. Taha HUSSEIN plaide contre le complexe d’infériorité dans la confrontation du monde arabe avec l’Occident. Dans l’enracinement et l’ouverture, il considère que les deux univers se complètent. L’Egypte doit rester elle-même, tout en s’enrichissant des apports extérieurs. Aussi, le poète sénégalais, chantre de la civilisation de l’universel, était son grand ami. Pour Taha HUSSEIN, la culture égyptienne est construite autour de trois apports : tout d’abord l’élément autochtone, le Nil, le désert et les pharaons, ensuite, l’élément arabe, sa langue et sa religion, et enfin l’élément étranger. Entre tout cela, l’Egypte doit garder une distance et un équilibre. Dans son universalisme, il plaide pour un heureux mélange refusant les faux-semblants et veut imprimer, dans le général, son empreinte, à travers sa contribution littéraire. «Ecrire, c’est aussi agir ; chaque écrivain, chaque artiste ne peut avancer qu’avec honnêteté» dit-il.

Les fondamentalistes considèrent que Taha HUSSEIN est inspiré d’un excès de l’Occidentalisme ou d’un irrespect de la religion musulmane. Taha HUSSEIN a été forcé, en 1928, de démissionner de ses fonctions de doyen, par Ismaël SIDQI (1875-1950). En effet, les écrits de Taha HUSSEIN, en 1926, sur la poésie préislamique, publiés en langue française sous le titre, «Dans la prison d’Aboul-Ala» ont soulevé d’importantes polémiques en Egypte. En effet, à travers le récit concernant, AL-MAARI (973-1057), un poète syrien, Taha HUSSEI relate une Arabie païenne, irréligieuse, obscure et barbare «Toutes les religions se valent, dans l’égarement. Les habitant de la terre se divisent en deux : ceux qui ont un cerveau et pas de religion et ceux qui sont une religion, mais pas de cerveau» écrit AL-MAARI, dans son recueil de poèmes «L’étincelle d’Amadou». En effet, pour Taha HUSSEIN, dans l’héritage Coran on retrouve des traces du paganisme «Le Coran est le reflet le plus authentique de l’époque de la Jâhiliyya. Je l’étudie aussi dans la poésie de ceux qui sont venus plus tard mais qui étaient encore influencés par les idées et le mode de vie de leurs pères qui ont vécu avant la venue de l’islam. Je l’étudie même dans la poésie omeyyade elle-même» écrit-il. Suivant Taha HUSSEIN, le dire ce n’est pas une hérésie : «J’ai dit : «Ceux qui ont été ravis à l’écoute des versets coraniques n’ont pu les apprécier que parce qu’il y avait quelque chose de commun entre eux et la musicalité coranique. Le Coran, de par son style et son contenu, était un livre arabe. Sa langue était la langue littéraire usitée à son époque, c’est-à-dire à l’époque Jâhiliyenne. Et il y a dans le Coran des réponses adressés aux idolâtres au sujet de leurs croyances païennes. Et l’on y trouve une réponse aux juifs, aux chrétiens, aux Sabéens, et aux manichéens, non pas en général, mais des juifs arabes, des chrétiens arabes, des Sabéens arabes et des manichéens arabes qui représentent ces religions en pays arabe» écrit-il. Taha HUSSEIN, «Dans la prison d’Aboul-Ala», y exprime, en un style virtuose, une vision pessimiste de l'existence, avec une hauteur de vue et une liberté de ton rares. C'est non seulement le logis où le poète désespéré s'enferma pendant la majeure partie de sa vie, mais aussi la cécité qu'ils eurent tous deux en partage. Taha HUSSEIN prouve que certaines œuvres dites préislamiques sont apocryphes. Il est alors jugé pour apostasie, mais innocenté. «Il ne convient pas de tenir pour véridique une partie de l’histoire et de refuser une autre, uniquement parce que la première vous plaît et que la seconde vous blesse» écrit-il.

En 1938, promoteur d’idées nouvelles, dans son ouvrage «L’Avenir de la culture en Égypte», Taha HUSSEIN y encourage ses concitoyens à s’ouvrir sur les pays de la rive occidentale de la Méditerranée. Les conservateurs musulmans, en lutte contre le colonisateur britannique sont naturellement hostiles à cette ouverture vers l’Occident. Admirateur des Grecs et des auteurs classiques français connus grâce à des orientalistes en Egypte, Taha HUSSEIN a traduit la Constitution des Athéniens d'Aristote, et formulé, de la manière la plus précise, ce rapport organique liant le monde arabe et l'hellénisme. Il est apprécié en France, avait été attaqué par des fondamentalistes musulmans, pour sa francophilie : «Ce militant de la modernité véritable, cet adversaire de tous les immobilismes, de toutes les suffisances, n'a jamais rien abdiqué de son identité personnelle ou collective. Affamé du vaste monde, il n'a jamais déserté en esprit son limon natal. La nouveauté en lui s'est voulue gardienne de l'authenticité, et il fait résider une part de cette dernière dans un dialogue de civilisations. Ce message ne sera pas inutile, croyons-nous, aux débats de notre temps» écrit Jacques BERQUE.

 

Taha HUSSEIN, c’est une contribution littéraire massive et importante de 65 volumes. «Une écriture précise, simple et musicale, faite de vieux de neuf. Elle possède à la fois la rigueur et le déroulement du classicisme et une mise en cause des formes figées. Elle a parfois une manie du détail, du mot juste, de ces petites choses qui donnent du relief au quotidien» écrit Bruno RONFARD dans «Taha Hussein, les cultures en dialogue». Dans ce conflit entre anciens et modernes, réformateur particulièrement critique, Taha HUSSEIN a revitalisé la langue arabe

Taha HUSSEIN entreprend de traduire en arabe de grands classiques occidentaux comme Sophocle, Racine et André GIDE. Cependant, quand Taha HUSSEIN a voulu traduire en Arabe le livre «Les portes étroites» d’André GIDE, ce dernier s’est montré condescendant et paternaliste «J’ai souvent et longtemps vécu en compagnie d’arabisant et d’islamisés, et ne serait sans doute pas le même, si je ne m’étais pas attardé sous l’ombre des palmiers, après avoir goûté jusqu’à l’extase l’âpre brûlure du désert. (…). Une traduction de mes livres en votre langue, à quel lecteur pourra-t-elle s’adresser ? Ai-je mis dans ma «Porte étroite», assez d’humanité authentique et commune, assez d’amour, pour émouvoir ceux qu’une instruction différente aura su maintenir à l’abri de semblables tourments ?» écrit André GIDE, dans une lettre du 5 juillet 1945. La réponse de Taha HUSSEIN est cinglante «Mais non, vous ne vous trompez pas, tout en faisant erreur. Loin d’inviter à la tranquillité, l’Islam pousse l’esprit à la réflexion, la plus profonde et suscite l’inquiétude la plus tourmentée. Vos rapports avec Musulmans et Arabisants, ne vous ont pas permis de voir l’angoisse que l’Islam a soulevée dans toute l’Arabie, pendant les deux premiers siècles de l’Hégire, angoisse qui a donné à la littérature mondiale la poésie amoureuse la plus lyrique et la plus mystique. L’Islam donne plus qu’il en reçoit, il a donné parce qu’il a reçu. Il mérite votre confiance, cet Orient arabe qui répand votre message, comme il l’a fait jadis des maîtres de l’Antiquité» écrit-il dans sa réponse du 5 janvier 1946.

C’est dans cette tempête que Taha HUSSEIN entreprend d’écrire ses mémoires en 1927 et traduits en français en 1947, «Livre de l'émotion nue, vécue, dicté par une grande sensibilité et l'exigence d'authenticité. Il dit l'Égypte de la pauvreté et de l'espoir. Il la dit dans sa vie quotidienne, dans son histoire, dans ses éclats de rire. Taha Hussein cherchera à sortir du milieu rural comme toute sa vie il tournera le dos aux ténèbres qui l'ont tôt encerclé» écrit Tahar BEN JELLOUN. Bien plus qu’une autobiographie, l’ouvrage est un récit de vie, limpide, subtilement initiatique et le narrateur parle de lui à troisième personne. «J’ai lu votre beau livre avec une émotion bien vive. Il respire de part en part, un sentiment d’humanité de sympathie profonde, fraternelle, qui trouve aussitôt écho dans mon cœur» écrit André GIDE dans sa lettre du 16 mars 1939. Dans «le livre des jours», il y décrit longuement les années d’enfance et d’apprentissage à l’école. «La mémoire des enfants est fantasque, lorsqu’il essaie d’interroger l’histoire de son enfance» écrit-il dans «Le Livre des jours». C’est un livre de sagesse, respirant l’art de vivre des Anciens, mais dans un style novateur, une musicalité de la langue, du rythme, et surtout un éveil à la modernité. «Il se dégage de ces pages, une atmosphère et un caractère qui en font un chef-d’œuvre de la littérature, dont les autres récits ne parviennent pas à égaler la puissance» écrit Bruno RONFARD, un de ses biographes. Refusant la disgrâce des ténèbres, la cécité est devenue une force de volonté, animant une solide ambition littéraire. «Le livre des jours» est un défi relevé par Taha HUSSEIN qui a réussi à surmonter les handicaps de sa cécité. La lumière, égale à la fuite des jours, il la poursuit toute son existence pour vaincre les obstacles de la vie.

Dans le premier volume du «livre des jours», il décrit son enfance jusqu’à l’âge de 13 ans, une histoire naïve, touchante, à la découverte du monde extérieur. «Aucun ouvrage n’exprime mieux le charme de la campagne égyptienne ; aucun ne peut apporter aux Européens une documentation plus exacte sur les habitudes de vie et l’âme du Fellah» écrit Josée SEKALY. Son infirmité lui tenant lieu de vocation, l’enfant y est placé pour apprendre à devenir récitateur du Coran. «Il nous peint ce monde qu’il ne peut voir, et dont il ne prendra connaissance que par les multiples petites blessures qu’il en reçoit» écrit dans la préface André GIDE. La lumière, au centre de ses mémoires, une petite musique composée par un homme contraint de vivre dans la nuit, témoigne «d’un dépaysement de la pensée. Il s’y ajoute une autre étrangeté : c’est l’œuvre d’un aveugle. Il est sans cesse attentif à ne pas laisser transparaître sur son visage cette disgrâce des ténèbres qui, si souvent, obscurcit la physionomie des aveugles. Emmuré dans sa cécité, il ne peut participer aux amusements des autres enfants. Mais cet isolement et ce repli involontaires développeront à son insu les qualités les plus rares de moraliste, de critique et de poète. C’est l’exemple d’une réussite d’un triomphe de la volonté, d’une patiente victoire de la lumière spirituelle sur les ténèbres ; par quoi, ce livre exotique et inactuel est si noble, si réconfortant», écrit, en 1947, dans la préface André GIDE du «Livre des jours». Donnant accès à l’univers d’un enfant pauvre et aveugle, cette illumine le genre humain. «J’admirais la pertinence de ses critiques et tout à la fois la générosité de ses enthousiasmes et la violence de ses oppositions. Entre toutes choses de lui, j’aimais son rire ; pur, amusé, joyeux, comme le rire des enfants» écrit André GIDE.

 

La deuxième partie du «livre des jours», l’enfant, devenu adolescent, s’en va à El Azhar, une cité d’étudiants pauvres, mal nourris. Il ne cessa de réciter la Sourate de Ya Sin, pour obtenir la grâce de Dieu. Au Caire, il se souvient des moindres aspérités ou ruelles de la ville, ses bruits, odeurs, chaque heure de la vie quotidienne et en a dressé une galerie de portraits. L’enfant devenant adulte, il est confronté à la solitude, à la fuite des jours «Dans cette chambre-là, il a vécu en exilé, coupé des hommes et des choses, oppressé jusqu’en cet air pesant où, loin de respirer le calme et la vie même, il ne trouvait qu’ennui et douleur» écrit-il. A El-Azhar, il étouffait ; il voulait découvrir la littérature et connut la vérité et révisa une partie de ses jugements. «Il voulait vouer toute sa vie entière pour cueillir le plus possible, les fruits de la science ; il était venu au Caire, à El Azhar pour se plonger dans cet océan, il ne boirait ce qu’il pourrait, quitte à s’y noyer» écrit-il. Au Caire, il décrit sa résidence, son quartier et le corps professoral conservateur, en dehors de l’imam Mohammad ABDO (1849-1905), fondateur du modernisme égyptien. «Ce n’est plus l’enfant guidé par un compagnon chargé de lui éviter les aspérités du chemin. C’est notre guide, et c’est avec lui que nous découvrons, que nous voyons cette chambre, cet immeuble, ces ruelles. El Azar est le trait d’union de tous les tableaux ; c’est le personnage principal» écrit Gaston WIET. Dans sa soif de connaissance, il a une devise «travaille avec zèle tu réussiras !». Le désir de son père était pour lui de faire commerce de ses connaissances en Coran, mais Taha HUSSEIN devenir homme de lettres, poète ou prosateur. Or, il est très déçu de l’enseignement à El Azhar qui l’écrasait de tout son poids de conservatisme, dune nuit noire, gorgées de nuages sombres et de pensées obscures. En effet, il ne recevait, dans cette université-mosquée, que des leçons ennuyeuses de droit, de grammaire et de logique : «Il perdit son temps cette année-là ; il n’acquit aucune connaissance nouvelle à l’université ; il ne profita que des livres qu’il étudia de sa propre initiative et des conversations avec ses camarades» écrit-il. Aussi, Taha HUSSEIN commence à publier des chroniques dans le journal «El Garida», un organe du parti modéré, «El Oumma», dirigé par Ahmad Loutfi SAYYID (1872-1963). Mais ses articles frondeurs et enflammés, il les publiait au journal du parti nationaliste, «Le Drapeau» ou El Alam d’Abdelaziz GAWICH. Taha HUSSEIN, dans son plaisir d’écrire, a très vite acquis la réputation d’impertinence, d’esprit libre et de frondeur. En effet,  grand témoin des secousses politiques et sociales ayant agité l’Egypte, ses chroniques sont féroces quand il le faut, agressive parfois et ironiques.

 

Taha HUSSEIN annonçait à la fin du «livre des jours» une suite de ses mémoires «Laissons là, le jeune homme engagé dans cette lutte entre les anciens et les modernes ; à savoir le vieil esprit d’El Azhar d’une part, de l’autre le modernisme. Qui sait ? nous le retrouverons» peut-être écrit-il. Le deuxième volume de ses mémoire, intitulé «La traversée intérieure»,  fait référence à la traversée de la Méditerranée et donc son séjour en France, mais aussi toutes les mutations profondes qui ont bouleversé sa vie. Il y relate les dernières étapes de sa formation, tout d'abord à l'Université du Caire, qui vient tout juste d'être créée, puis à Montpellier, plus tard à la Sorbonne, et le retour en Égypte, où le protagoniste est nommé professeur d'université.
«L’aveugle qui indique la voie», suivant Robert SOLE, porteur de rêves de la modernité, plein d’humour et de verve, la tête haute, le caractère entier, transgressif, une volonté d’être, la rage de réussir, Taha HUSSEIN a toujours entendu se rattacher à son héritage culturel arabe. «Les livres du docteur Taha sont restés le point de départ et la source des études littéraires contemporaines. L’histoire de la littérature arabe n’a pas connu de secousse qui ressemble à une révolution, ni à un mouvement proche du renouveau que cette secousse qu’ont fait jaillir les recherches du docteur et ses opinions» dit Sukri FAYSAL au colloque de Bordeaux. Taha HUSSEIEN, «ce militant de la modernité véritable, cet adversaire de tous les immobilisme, de toutes les suffisances, n’a jamais rien abdiquer de son identité personnelle et collective. Affamé du vaste monde, il n’a jamais déserté son limon natal. La nouveauté, en lui, s’est voulue gardienne de l’authenticité, et il fait résider une part de cette dernière dans un dialogue des civilisations» écrit Jacques BERQUE dans «Au-delà du Nil».  Cité à trois reprises, dans l’obtenir, pour le Prix Nobel de littéraire, nommé président de l’Académie de la langue arabe, sous Gamal Abdel NASSER, Grand collier de l’Ordre du Nil, en 1961, il est opéré des vertèbres cervicales. Taha HUSSEIN meurt le 28 octobre 1973, au Caire ; sa maison, Ramatane, dans laquelle il vivait depuis 1956, est devenue un Musée. «On ne vit pas pour être heureux : on vit pour accomplir ce qui vous a été demandé. Nous étions à la limite du désespoir, et je pensais, «non, pas pour être heureux, pas même pour rendre les autres heureux. J'avais tort. Tu as donné de la joie. Tu as donné le courage, la foi, qui étaient en toi» écrit Suzanne TAHA-HUSSEIN, décédée le 26 juillet 1989 au Caire. «Il y a de nombreuses personnes qui meurent et qu’on enterre, mais peu nombreuses sont celles qui meurent vivantes, et qui restent vivantes après leur enterrement» écrit Youssef IDRISS (1927-1991), un écrivain égyptien. «La Vérité a guidé les pas de Taha Hussein dans sa marche à l’écoute de la lumière. Il ne s’est pas dérobé aux exigences de sa tâche et de son temps. Et il en a payé le prix. Il a donné, avec générosité, un élan nouveau au monde arabe. Ses recherches ont favorisé aussi un retour aux sources qu’un renouvellement de la langue critique. Il a montré un chemin de fidélité à ses contemporains, fait de liberté et de contrainte. IL y a du Pascal chez cet Homme. Un style de feu. Une même rigueur. Un même regard exigeant et sévère sur l’Homme, ses grandeurs et ses misères» écrit Bruno RONFARD.
Références bibliographiques
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II – Les critiques de Taha HUSSEIN
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SALMON (Georges), traducteur et préfacier, Le poète aveugle : un précurseur d’Omar Kayyam : extraits des poèmes et des lettres d’Aboû’l A ’lâ-Al-Ma’arî, Paris, Charles Carrington, 1904, 164 pages ;
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SOLE (Robert), «Taha Hussein, l’aveugle qui montre la voie», Ils ont fait l’Egypte moderne, Paris, Perrin, 2017, pages 193-205 ;
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TAHA-HUSSEIN (Suzanne), Avec toi, de la France à l’Egypte : un extraordinaire amour, Paris, Cerf, L’Histoire à vif, préface Amina Taha Hussein-Okada, annotations de Zyna Weigan et préface de Bruno Ronfard, 2011, 376 pages ;
TOMICHE (Nadia), Histoire de la littérature romanesque de l’Egypte moderne, préface de Jacques Berque, Paris, Maisonneuve et Larose, 1981, 254 pages ;
WIET (Gaston), Introduction à la littérature arabe, préface de Jacques Berque, Paris, Maisonneuve et Larose, 1966, 333 pages.
Paris, le 17 décembre 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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