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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 20:08
«Maître Amadou Lamine Coura GUEYE (1891-1968), avocat des grandes causes de l’Afrique et du Sénégal» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Premier docteur en droit en Afrique, instituteur, député puis sénateur du Sénégal, Secrétaire d’Etat, maire de Saint-Louis puis de Dakar, magistrat, premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal, patron de presse, brillant avocat, Amadou Lamine Coura GUEYE, un géant de l’Histoire, dans sa vie longue et riche, fait partie de ceux qui ont fait du Sénégal, «un Grand petit pays» en référence au titre de mon troisième livre. Par conséquent, Lamine GUEYE est «l’homme politique francophone le plus important au lendemain de la Seconde guerre mondiale» écrit Nicole BERNARD-DUQUENET. Qualifié de «l’une des plus grandes figures politiques africaines» par Amady Aly DIENG, son biographe, maître Lamine GUEYE fait pourtant partie de ces grands invisibles dont l’image est encore brouillée en raison d’un concours de diverses circonstances.
Tout d’abord, maître Lamine GUEYE, un assimilationniste, en pleine montée des revendications pour l’indépendance est resté décalé par rapport à ce vent de l’Histoire. En effet, ne remettant pas en cause, fondamentalement le colonialisme, il voulait en limiter les abus : «Quand je suis entré dans la politique, j’avais des objectifs bien précis : faire disparaître le Code de l’Indigénat, supprimer le statut de sujet français, abolir l’odieuse inégalité entre mes compatriotes» dit-il à «Paris-Dakar» du 11 août 1961. Lamine GUEYE voulait être un «Homme pareil aux autres» suivant le titre d’un ouvrage de René MARAN (1887-1960, voir mon article), Prix Goncourt de 1921 : «Il y a la bonne et la mauvaise politique. La politique à nous, tend à la création de l’Union française. L’Africain est éminemment sociable, dont social, et surtout le musulman dont la religion est essentiellement sociale. Il demande la citoyenneté, mais dans le respect des coutumes traditionnelles. Le seul lien, le plus fort, c’est l’amour de la République, l’amour de la France. Je ne suis pas un français loyal, je suis un Français tout.» dit-il à Conakry le 19 mars 1947. Pendant ce temps, son mentor, Marius MOUTET (1876-1968), Ministre de l’Outre-mer, qualifie les indépendantistes indochinois de «terroristes», et réprime, durement, les insurgés de Madagascar ainsi que le RDA. De passage, à Dakar, le président Vincent AURIOL (1884-1966) a adressé aux colonisés son message «d’affection de la Mère-patrie» dit-il le 18 avril 1946. En réponse, Lamine GUEYE dira que «la terre de Dakar est française depuis plus de trois siècle. Nous vous accueillons, notamment avec tout notre cœur dans la ferveur et la passion de Français et de républicains. Vous êtes la plus haute expression de l’Union française, symbole de la Grande France» dit-il Cependant, l’irruption des Tirailleurs sénégalais, sur la scène politique, par des revendications d’égalité et de dignité, a considérablement bousculé l’ordre colonial, dans ses certitudes, jusqu’ici tranquilles, de hiérarchisation des civilisations. En effet, après la Première guerre mondiale, les anciens Tirailleurs sénégalais, gazés et discriminés au regard de leurs pensions, se révoltent contre l’ordre colonial. Un foutankais, un peul, Bakary DIALLO, (1892-1978), est le premier, en 1926, à écrire sur la Grande guerre et l’injustice faite aux Tirailleurs sénégalais. En effet Bakary DIALLO, né à M’Bala dans la région de Podor, s'engage dans l’armée française le 4 février 1911, participe à la «pacification» du Maroc en mai 1911, avant de débarquer à Sète en 1914. Mobilisé sur le front de la Marne, sa mâchoire fracassée l'oblige à se soigner dans divers hôpitaux (Epernay, Neuilly, Paris, Menton). Devenu citoyen français en 1920, il exerce le métier de portier à l’hôtel National de Monte–Carlo, et occupe divers emplois plus pénibles à Paris. Il publie en 1926 «Force Bonté», un récit candide sur la France coloniale. C’est une vision manipulée ou fabriquée dont l’écriture reviendrait à Lucie COUTURIER, Jean-Richard BLOCH (1884-1947) ou à un employé des éditions Rieder. En effet, c’est un récit «naïvement colonialiste», en décalage avec les souffrances des Tirailleurs sénégalais, ainsi que les injustices qu’ils ont subies. En effet, Bakary DIALLO, ne sachant ni lire et écrire, dans cet ouvrage, «Force et bonté», est littéralement fasciné par le chef blanc et par la puissance coloniale française. En revanche, Lamine SENGHOR (1889-1927, voir mon article), un autre ancien tirailleur sénégalais, de gauche radicale, posera les termes du débat : «La France nous connaît lorsqu’elle a besoin de nos soldats, mais elle continue à nous traiter comme des êtres inférieurs lorsque le danger est passé» écrit Lamine SENGHOR (1889-1927, voir mon article), le premier grand pourfendeur du colonialisme, et un partisan de l’indépendance. Lamine SENGHOR est le premier à bien décrire les mécanismes de domination et d’aliénation du système colonial, et esquissé la revendication pour l’indépendance, un mot tabou à l’époque. Il est un précurseur de la négritude, du panafricanisme et des mouvements indépentistes, à travers son ouvrage, «La violation d’un pays». Pour lui, la colonisation une violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est donc une violation du pays occupé : «Les esclaves deviennent libres ! Les citoyens de chaque pays dirigèrent le gouvernement de leur Etat. Ils formèrent l’alliance fraternelle des pays libres» écrit, en 1927, Lamine SENGHOR.
Maître Lamine GUEYE ne remettant pas en cause l’ordre colonial, il voulait son aménagement, avec plus d’égalité. Il a obtenu, en son temps, des résultats, jugés appréciables. En effet, maître Lamine GUEYE a fait abroger, par la loi n°46-940 du 7 mai 1946, le Code de l’indigénat, les coloniaux devenant ainsi des citoyens français et les fonctionnaires africains pouvant prétendre au même salaire que les métropolitains. Le Code de l’indigénat, un odieux système esclavagiste évoquant le Code noir, est une légalisation d’un système oppressif pendant la colonisation. «L’abolition de l’esclavage est un fait général, il n’existe plus d’esclaves depuis 1848. L’obligation au travail, très distincte de l’esclavage, peut donner lieu à des abus graves et à des atteintes à la liberté humaine. La liberté personnelle, telle qu’elle est conçue dans les pays européens, du fait du régime de l’indigénat, qui consiste dans l’application aux indigènes de pénalités spéciales, infligées par l’autorité administrative, à raison de faits dont le caractère n’est pas proprement délictueux, et dans le pouvoir d’internement, de séquestre, et d’amendes collectives conférés aux administrateurs, contrevient, aussi bien à la liberté qu’aux principes essentiels du droit pénal» écrit, en 1931, Pierre DARESTE, dans son traité de «droit colonial». En effet, le Code de l’indigénat, adopté le 28 juin 1881, systématisé à travers le décret du 15 novembre 1924 en A.O.F., est un régime disciplinaire et pénal infligé aux indigènes, par l’administration coloniale, sans aucun contrôle du juge, symbolise, à lui tout seul, la condamnation du colonialisme (Internements soit l’emprisonnement, l’exil ou l’assignation à résidence, confiscation des biens, amendes, bastonnades, etc.) . «Piètre méthode de brigandage, il servit comme de plumage des indigènes. Produit de cerveaux inhumains, il perfectionna l’animalisation et le ravalement des indigènes au rang de bêtes. Instrument de terreur, il servit à asseoir la toute-puissance des «bons tyrans» écrit Gilbert DOHO dans «le Code de l’indigénat». En effet, le Code de l’indigénat est un régime de violences, d’injustices et d’humiliations à l’encontre des colonisés avec son travail forcé, son régime disciplinaire, ses châtiments corporels, ses réquisitions, ses amendes administratives, un impôt par capitation, et toute une série de brimades à l’encontre des colonisés (interdictions de circuler la nuit, obligation de porter les affaires des coloniaux en déplacement, propos irrespectueux à l’égard d’un Blanc). «En Algérie, dès que la bourgeoisie française eut terminé l’occupation du pays, par les armes et dominé le peuple algérien par la force, elle installa sa dictature. Cette assimilation forcée posait, dans son premier article, l’indigène musulman reste soumis à la loi musulmane. La formule élastique et laissait croire aux vaincus qu’on respectait leurs institutions. Mais, par contre, on édifiait un système de lois répressives qui devaient les tenir indéfiniment courbés sous le joug de l’esclavage impérialiste» écrit, en 1928, El DJAZAIRI, dans la préface «L’indigénat, Code de l’esclavage». En effet, alors que l’esclavage est officiellement aboli, le Code de l’indigénat est initialement lié à l’économie des plantations permettant aux colons d’obtenir, par le travail forcé, une main-d’œuvre gratuite, corvéable à souhait. «L’indigène ne travaille que pour ses besoins immédiats ; la mise en valeur du pays, à échéance proche ou lointaine, l’indigène ne s’en préoccupe pas. L’obligation de travailler passe avant la liberté» édicte le Code de l’indigénat. Par conséquent, c’est un système qui fait des colonisés un peuple d’esclaves, des sujets français totalement exclus du champ politique et de la citoyenneté. «Dix-sept mille morts, sous les coups de la meute hystérique des contremaîtres européens et de leurs tirailleurs sénégalais, eux-mêmes exténués par les épidémies», écrivait, en 1929, Albert LONDRES dans «Terre d’Ebène» au sujet du travail forcé utilisé pour la construction du train Congo-Océan. C’est un mort par traverse «L'attention sur la situation pitoyable des travailleurs dans les colonies, notamment sur le chemin de fer de Brazzaville, où le recrutement se fait par contrainte» écrivait en 1927, André GIDE, dans son «voyage au Congo». La colonisation est bien, au même titre que l’esclavage, un crime contre l’Humanité.
Maître Lamine GUEYE en faisant abroger le Code de l’indigénat, puis à travers sa loi de 1946, tous les sujets des colonies, deviennent des citoyens français, à égalité de dignité et de prestige. Cependant, le Code de l’Indigénat, marqué par une légalisation de la violence, «surveiller et punir» suivant Michel FOUCCAULT, n’a pas totalement disparu, de nos jours, à l’encontre des diasporas africaines en France, à travers notamment la loi sur le séparatisme, les entraves à l’accès aux lieux de décisions politiques, économiques ou culturels, la surveillance des cultes musulmans, les contrôles d’identité au faciès parfois accompagnés de violences policières, les calomnies et les résidences dans des zones de relégation, sans parler de tracasseries administratives (renouvellement titre de séjour, regroupement familial ou accès la nationalité, pensions de réversion, etc.).
Ensuite, maître Lamine GUEYE, s’il a été maire de Saint-Louis et Dakar, a perdu toutes ses autres batailles de leadership politique au Sénégal. Les succès de Lamine GUEYE sont tardifs ou décalés par rapport aux grands enjeux de son époque. D’une part, maître Lamine GUEYE aurait dû être le successeur Blaise DIAGNE (1872-1934), à son poste de député du Sénégal, occupé de 1914 jusqu’à sa mort. Inconsistant dans sa démarche, puisqu’en 1922, Lamine GUEUE, dans un premier temps, s’était rapproché de Blaise DIAGNE qui l’a aidé à conquérir la mairie de Saint-Louis, avant, par la suite, de s’opposer à lui. C’est finalement N’Galandou DIOUF (1875-1941) qui est devenu député du Sénégal en 1934. Pendant cette campagne des législatives, Galandou DIOUF a utilisé des méthodes détestables, qualifiant Lamine GUEYE de «mécréant», «d’ivrogne » ou même et de «polygame». D’autre part, maître Lamine GUEYE, qui avait ramené Léopold Sédar SENGHOR, en 1934, dans ses valises, après plus de 22 ans d’absence au Sénégal, a été victime d’un «parricide». En effet, Léopold Sédar SENGHOR avait quitté la SFIO de Lamine GUEUR, pour fonder, en 1948, son parti, le Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S.). Par conséquent, maître Lamine GUEYE n’ayant jamais accédé au poste de président du Sénégal «il n'est pas connu de la jeunesse, car il n'a jamais été chef d'Etat alors que c'est le doyen des chefs d'Etat» écrit Amady Aly DIENG, son biographe. En effet, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), en artiste de la politique, allié à Mamadou DIA (1910-2009, voir mon article), un instituteur bien investi dans la paysannerie, maîtrisant le Peul, le Ouolof et le Sérère, a vaincu Lamine GUEYE aux législatives du 17 juin 1951 ; ces législatives sont émaillées de graves violences, quatre partisans de Lamine GUEYE sont assassinés en Casamance, et, en réplique, Aynina FALL, un partisan de SENGHOR est assassiné à Thiès ; Laye M’BOUP lui a dédié une chanson. Par conséquent, SENGHOR deviendra le premier président du Sénégal. Le Bloc démocratique de SENGHOR recueille 67% des voix et la SFIO de Lamine GUEYE allié à Ousmane Socé DIOP (1911-1913), écrivain, encore accroché aux vieux schémas coloniaux d’une clientèle politique des grandes villes, n'aura recueilli que 33% des voix. Cependant, les deux organisations finiront par fusionner et maître Lamine GUEYE sera le premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal. La motion de censure, en 1962, sera d’ailleurs votée à son domicile, confirmant ainsi son alliance avec SENGHOR.
Enfin, maître Lamine GUEYE n’a pas laissé à la postérité des écrits valorisant son héritage. «Je n'ai pas l'habitude d'écrire. Tous mes discours, même les plus importants, étaient improvisés. Il y a à cela une raison très simple ; j'éprouve beaucoup de difficultés à lire et quand je lis, je ne me sens pas le même» confie-t-il à Dakar-Matin. Par ailleurs, ses mémoires, «Itinéraire d’un Africain», publiés en 1966, ne sont plus réédités par Présence africaine et ne sont plus disponibles, même chez Amazon, en occasion. L’exemplaire, que j’ai consulté à la bibliothèque nationale de France, en dépit d’un parcours riche de maître Lamine GUEYE, est particulièrement décevant. En juriste classique, maître Lamine GUEYE y reproduit de nombreux textes, sans se découvrir, ni relater le témoignage de cet itinéraire, sans commune mesure. Il est resté descriptif et fort ennuyeux. En revanche, les discours à l’Assemblée nationale, ou les relais qu’en fait la presse de l’époque, peu exploités jusqu’ici, et que j’ai consultés, témoignent du caractère exceptionnel, de ce géant de l’Histoire qu’était maître Lamine GUEYE. En effet, maître Lamine GUEYE, à cheval entre deux siècles, a connu deux époques riches en événements politiques : la Première et la Seconde guerres mondiales, l’accession de Blaise DIAGNE, le 10 mai 1914 au poste de député du Sénégal, la montée de la Négritude, des mouvements en faveur de l’indépendance, la fédération du Mali, la lutte pour le pouvoir entre Mamadou DIA et Léopold Sédar SENGHOR, l’indépendance et la Guerre froide, ainsi que la révolte des étudiants en mai 1968.
Qui était donc maître Lamine GUEYE ?
Lamine Coura GUEYE est né le 20 septembre 1891, à Médine, au Soudan français, actuel Mali, mais de parents saint-louisiens ; son père, Birahim GUEYE, est un commerçant et sa mère, Coura Waly CISSE, est une ménagère. Après des études coraniques, en 1903 chez Amadou Sar N’Diaye SARR, à 12 ans, il entre, à Saint-Louis, à l’école primaire des Frères de Ploërmel ; en raison de lois 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, les congrégations religieuses étant exclues de l’enseignement, son école prend l’appellation de Louis BRIERE de l’ISLE (1827-1894), un gouverneur du Sénégal. Le jeune Lamine obtient son certificat d’études primaires en 1908, puis un certificat d’aptitude à l’enseignement en dans les écoles de l’AOF en octobre 1909, un brevet supérieur et un baccalauréat ès sciences mathématiques en 1916. Ses condisciples à Saint-Louis sont notamment Amadou-Dugay Clédor N’DIAYE (1836-1937), auteur de la «bataille de Guîlé» et futur de Saint-Louis de 1919 à 1925, Hamet SOW Télémaque (1890-1946) originaire de Saldé, journaliste politique et maire de Saint-Louis entre 1945 et 1946, ou Pap Mar DIOP, mort à la guerre pendant le bombardement de Caen, fondateur de «l’Aurore» de Saint-Louis, un mouvement réclamant une égalité des droits. «L’Aurore» deviendra «l’Association sénégalaise» légalisée en mars 1914 et deviendra en «l’Union Républicaine des Jeunes sénégalais». «Notre activité s’exerçait dans les domaines les plus variés : la politique bien sûr, les sports, l’escrime, la chasse, la pêche, les journées et soirées récréatives» écrit-il dans ses mémoires. Ils croyaient en l’émancipation des indigènes, traversant encore la longue nuit de la colonisation. Dans ce désir d’ascension sociale, leur idole est Booker T WASHINGTON (1856-1915) : «Il était pour nous, un exemple de détermination, un signe qu’un jour, nous aussi nous réussirons dans notre pays» écrit Lamine GUEYE, dans «Itinéraire africain». Lamine de Lamine GUEYE et ses amis se trouvent «engagés dans la lutte pour la traduction dans les faits des principes de liberté et d’égalité» écrit-il dans ses mémoires. Ils se remémorent des grands Africains dont le nom appartient à l’histoire depuis longtemps, comme Samory TOURE (1830-1900, voir mon article) et El Hadji Omar Foutiyou TALL (1794-1864, voir mon article), «le rappel de leurs noms et de leurs actes soulevant toujours et partout la même admiration, la même fierté» écrit-il dans ses mémoires.
Lamine GUEYE sera professeur de mathématiques à l’école normale de William Ponty, une école créée à Saint-Louis le 24 novembre 1903, transférée à Gorée en 1913, devenue école normale William Ponty en 1915, et transférée à Sébikhotane, à partir de 1937. Lamine GUEYE aura comme élèves, Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), futur président de Côte-d’Ivoire, Jean FELIX-TCHICAYA (1903-1961), député du moyen Congo et écrivain, Mamadou KOUYATE, un dirigeant malien. En ces temps, la jeunesse était à l’affût du succès d’un Africain, pour la galvaniser en vue d’une Afrique unie, libre et prospère. L’événement majeur de cette époque, l’élection le 10 mai 1914 de Blaise DIAGNE (voir mon article), premier député africain à l’assemblée nationale française, avait soulevé, un certain temps, une immense espérance «le peuple sénégalais réalisant qu’il ne s’agissait plus de voter en faveur d’un ami ou d’un parent, mais pour sa propre libération, pour l’extirpation des abus et des humiliations du colonialisme» écrit Lamine GUEYE, dans ses mémoires. Les indigènes dans l’administration coloniale étaient soumis à graves discriminations, à fonctions égales ils n’avaient pas les mêmes salaires que les coloniaux. Tous les députés africains à l’assemblée nationale française étaient unis pour voter, ensemble, divers textes concernant l’abolition du travail forcé, du double collège, ainsi que les discriminations dans la fonction publique. Lamine GUEYE a dénoncé «les surenchères» de certains députés, en vue d’une indépendance immédiate de l’Afrique, mais lui était un partisan de l’assimilation, dans le cadre de la République française, «une œuvre de civilisation dans les colonies». Cela contraste avec le point de députés plus à gauche «Les empires coloniaux craquent de par le monde. On tue à Bombay, on massacre en Palestine. L’Afrique du Nord s’agite et l’Afrique noire connaît elle-même des foyers où le feu couve. C’est le moment d’asseoir des rapports entre la France et les Etats associés sur des bases solides et modernes» dit le député Aimé CESAIRE, cité par «Libération» du 19 septembre 1946. En revanche, Lamine GUEYE propose devant la commission des lois, «un système d’attente fondé sur la reconnaissance aux populations françaises d’Outre-mer des droits et des libertés accordés aux Français» cité par «Libération», du jeudi 25 juillet 1946.
De retour en janvier 1917 à Dakar, il continue d’enseigner mais du fait de la Guerre qui s’éternise, appelé sous les drapeaux, il est incorporé en février 1917. À Lyon, où son unité est affectée, il en profite pour passer la deuxième partie de son baccalauréat. De retour au Sénégal, il réussit à obtenir le Certificat de fin d’études normales, puis s’oriente vers des études de droit. Il soutient ainsi à Paris une thèse en droit en 1921, devenant le premier africain à obtenir un tel diplôme. En 1923, il adhère à la SFIO et devient maire de Saint-Louis de 1925 à 1927. En 1931, il devient conseiller à la Cour d’appel de la Réunion, et présidera la chambre correctionnelle de la Cour d’appel pendant six années, avant d’être nommé conseiller à la Cour d’appel de Martinique en 1937. En 1940, Lamine GUEYE revient au Sénégal, pour démarrer une carrière d’avocat près la Cour d’appel et les tribunaux de l’AOF. En 1945, il est élu maire de Dakar et ce mandat sera renouvelé jusqu’en 1961. Membre de la seconde assemblée constituante, il a été député du Sénégal de 1946 à 1951, secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1946, et sénateur du Sénégal de 1958 à 1959. Après le référendum de 1958, organisant une autonomie interne du Sénégal, maître Lamine GUEYE deviendra président de l’Assemblée nationale du Sénégal de 1961, jusqu’à sa mort. Il est décédé à Dakar, le 10 juin 1968.
Je voudrais centrer mon propos sur un point peu étudié, à savoir que maître Lamine GUEYE, avocat des grandes causes du Sénégal et de l’Afrique, est, en fait, un nationaliste. Il a été le défenseur de nombreux sénégalais persécutés par l’administration coloniale, notamment pendant l’Occupation, mais aussi lors de procès politiques retentissants, comme l’affaire du Camp de Thiaroye, l’internement et la déportation de Cheikh HAMALLAH et l’affaire du massacre des insurgés de Madagascar. Ici, réside la tragédie de maître Lamine GUEYE, en sa qualité d’homme politique ; il croyait à l’assimilation, au message de l’universalité des droits de l’Homme, mais devenu avocat, dans un grand courage, défendant de nobles causes, maître Lamine GUEYE se rend compte que la colonisation, dans sa justice inique n’est pas réformable. Dans sa hiérarchisation des cultures, la colonisation dénie à l’Homme africain sa dignité et son humanité. La colonisation porte, en elle-même, les stigmates d’un crime contre l’Humanité, comme la nuée porte l’orage. «Si vous aviez vécu en Indochine, au Maroc, en Algérie, à Madagascar, vous n’accorderiez plus aucun crédit aux prédications sentimentales des utopistes de la Métropole. Le piège de l’esprit colonial est le racisme ; la base du droit des indigènes est l’universalisme. Le racisme est le vice des Français aux colonies. L’entreprise coloniale est viciée à l’origine par la ruse et la violence», écrit en 1947, Paul RICOEUR (1913-2005), un philosophe humaniste.
Tout d’abord, maître Lamine GUEYE a été l’avocat de Cheikh Sidy Moukhtar M’BACKE dit Cheikh Anta M’BACKE (1867-1941), ou «Borom Gawane», inculpé «pour avoir tenté de soustraire le Sénégal à l’autorité de la France». Il a été le seul à avoir été à Lambaréné, au Gabon, rendre visite à Cheikh Amadou Bamba BA lors de son exil. Son alliance avec N’Galandou DIOUF, contre Blaise DIAGNE, le puissant député de l’époque, est à la source de ces difficultés avec l’administration coloniale. En effet, dans une justice coloniale expéditive et inique, et en moins d’une semaine, la sentence fut confirmée en appel, avec un ordre d’internement à Saint-Louis et un exil à Ségou, au Soudan (Mali). Toutes les demandes de maître Lamine GUEYE de libération de Cheikh Anta M’BACKE ont été rejetées, parce qu’il représenterait «un danger pour la sécurité du pays». En 1934, maître Lamine GUEYE, faisant intervenir le nouveau député du Sénégal, Galandou DIOUF, aussitôt après, Cheikh Anta M’BACKE cessa de devenir «un personnage dangereux» ; il fut autorisé à revenir au Sénégal et ses biens confisqués lui ont été restitués.
Au Sénégal, maître Lamine GUEYE a été le défenseur dans de nombreux procès, dont celui de Galandou DIOUF, député du Sénégal de 1934 à 1941, pour violence et voies de fait contre Gaston SAUCET (1888-1924), un métis et franc-maçon, devant le tribunal de Dakar. Il a aussi défendu les intérêts des municipalités de Dakar et Rufisque contre les établissements Maurel et Prom. Il a été également l’avocat de Amadou-Dugay Clédor NDIAYE, maire de Saint-Louis dans le procès l’opposant à la Compagnie française de l’Afrique Occidentale (CFAO). C’est une époque où au moindre écart de langage cela finit devant le tribunal, avec une masse d’Africains comme d’Européens ; maître Lamine GUEYE assure le spectacle. Ainsi, Lamine GUEYE avait assigné, en 1935, Alfred GOUX (1876-1948), maire de Dakar de 1935 à 1945, et Massogui BA, gérant du journal «le Sénégal», pour diffamation, mettant en cause «sa lamentable gestion de Saint-Louis». Ils seront acquittés ; ces faits ne portent pas atteinte à l’honneur et à la considération de Lamine GUEYE, estime le tribunal de Dakar, le 23 février 1936. Par ailleurs, Dakar étant pendant l’Occupation dirigée par les Vichystes, le moindre soupçon devient «une attitude française» ou «complotiste». Aussi, maître Lamine GUEYE a défendu plusieurs personnalités sénégalaises comme El Hadj Magatte BA, commerçant ancien combattant de la Première guerre mondiale et ancien adjoint au maire de Dakar, accusé de pratiquer des ventes à des prix illicites ou comme Me Amadou DIOP, huissier près le Tribunal de première instance de Grand Bassam, accusé de trahison en temps de guerre.
Ensuite, maître Lamine GUEYE est surtout le défenseur des Tirailleurs Sénégalais, anciens combattants de l’Armée française qui étaient venus défendre la «Mère patrie», sont rassemblés avant leur démobilisation, en novembre 1944, au Camp de transit de Thiaroye, à 15 km de Dakar, au Sénégal, pour réclamer le paiement de leurs soldes. Un général, venu dans le Camp de Thiaroye, pour imposer ces décisions iniques, est brièvement séquestré, puis libéré. Pour punir cette audace de réclamer un dû, et en représailles, le Camp de Thiaroye est attaqué à l’artillerie lourde, en pleine nuit, le 1er décembre 1944. Officiellement, il a eu 35 morts. Il y aura, en fait, plus de 300 morts ensevelis dans une fosse commune. Le général qui avait donné l’ordre d’ouvrir le feu, avec de la mitrailleuse lourde «Ma conviction était formelle : tout le détachement était en état de rébellion. Il était nécessaire de rétablir la discipline et l’obéissance par d’autres moyens que les discours et la persuasion. Tout est rentré tragiquement dans l’ordre» écrit le général DAGNAN. Pour le lieutenant-colonel LE BERRE, c’est une simple «opération de maintien de l’ordre». En fait, loin d’être une «mutinerie», il s’agit bien d’une paix des cimetières, d’un véritable crime contre l’Humanité. Redoutant des émeutes à Dakar, les colons ont envoyé El Hadji Seydou Nourou TALL apaiser la population. «Des hommes qui avaient combattu pour la France, avaient été prisonniers en France, avaient par miracle échappé à la mort. Quand ils sont revenus sur le sol natal, au moment de revoir leur foyer et leur famille, ils ont été tués par des balles françaises, pour une misérable question de sous» dira Lamine GUEYE. Léopold Sédar SENGHOR, qui était hors du Sénégal, lui aussi prisonnier de guerre, écrira ce poème «Tyaroye» : «Prisonniers noirs je dis bien prisonniers français, est-ce donc vrai que la France n'est plus la France ? Est-ce donc vrai que l'ennemi lui a dérobé son visage ? Est-ce donc vrai que la haine des banquiers a acheté ses bras d'acier ? Et votre sang n'a-t-il pas ablué la nation oublieuse de sa mission d'hier ? Dites, votre sang ne s'est-il pas mêlé au sang lustral de ses martyrs ?» écrit-il, en 1948, dans le recueil «Hosties noires».
Lamine GUEYE s’adresse alors à Gaston MONNERVILLE, un radical de gauche «c’est une question d’argent qui amené des militaires à abattre à coups de mitraillette des Tirailleurs sénégalais» écrit-il le 7 décembre 1944. Gaston MONNERVILLE réclame une enquête parlementaire, en vain. Considérés comme «des mutins», les Tirailleurs sénégalais sont déférés devant un Tribunal militaire permanent à Dakar le 15 février 1944. Par jugement du 5 mars 1945 les peines sont lourdes : six ont été condamnés à 10 ans d'emprisonnement avec dégradation militaire et interdiction de territoire, un à 7 ans et dégradation militaire, deux à 5 ans et dégradation militaire, trois à 5 ans, un à 4 ans, six à 3 ans, six à 2 ans, trois à 18 mois et six à 1 an. Leur pourvoi en cassation a été rejeté le 17 avril 1945. Ce procès «entièrement à charge, a conduit à la condamnation et à la dégradation militaire de 34 innocents» écrit maître Lamine GUEYE, considérant le camp de Thiaroye un lieu d’indignité et de souffrance. Un projet de loi d’amnistie, introduit le 15 février 1947, est voté par le Parlement le 16 août 1947. Le recours en grâce des six condamnés à mort fut admis par le Président Vincent Auriol le 15 juillet 1949 et leur peine commuée en réclusion à perpétuité, sentence elle-même amnistiée par la loi du 27 mars 1956. Cette bataille judiciaire engagée par Lamine GUEYE a été poursuivie à travers le film de SEMBENE Ousmane, mais aussi une grande opiniâtreté, le combat du professeure Armelle MABON, pour une ouverture des archives et la révision de ce procès.
Par ailleurs, maître Lamine GUEYE, en 1922, a été chargé d’assurer la défense du marabout Ahmédou HAMADOULLAH, chérif du Nioro, dit Cheikh HAMALLAH (1881-1943), arrêté au Soudan (Mali) en raison de ses convictions religieuses. Les enfants de Cheikh HAMALLAH n’étaient pas scolarisés à l’école française, mais l’incident déclencheur de ses persécutions serait son refus de saluer le commandant de cercle. Cependant, et pour maître Lamine GUEYE, «le vrai sujet de fond c’est celui de la liberté, pour un Africain, de pratiquer la religion de son choix, dans le respect des lois de la République» écrit dans ses mémoires Lamine GUEYE.  En effet, si Cheikh HAMALLAH avait été déféré à un tribunal français, le marabout aurait pu s’expliquer et démontrer victorieusement l’inanité des griefs articulés à son encontre ; malheureusement, il relève du Code de l’indigénat. «Rien ne permet d’affirmer que le mouvement de Cheikh Hamallah était dirigé contre la France. A aucun moment, le Hamallisme n’a été délibérément xénophobe. Aucun Européen n’a jamais été victime d’un meurtre ou même d’une agression au nom du Hamallisme» écrit Alfred GOUILLY, dans son traité sur l’Islam en AOF. Un sujet encore d’une brûlante actualité en France, en raison de la résurgence d’un Code de l’indigénat qui ne dit pas son nom. Cheikh HAMALLAH, considéré par le colon comme un élément dangereux pour l’ordre public «a battu les records d’internements» écrit Lamine GUEYE, plus que Cheikh Amadou Bamba BA (1853-1927, voir mon article). En effet, Cheikh HAMALLAH, avec Yacouba SYLLA, est d’abord exilé à partir de 1925, pour une durée de 10 ans : «Le nommé chérif Hamallah, auteur de manœuvres politiques de nature à compromettre la sécurité publique est interné à Méderdra, cercle du Trarza (Mauritanie) pour une période de dix ans» édicte un arrêté du 28 novembre 1925, du gouverneur général de l’AOF. Ensuite, en 1930, alors qu’il a accompli la moitié de sa peine, il est déporté à Adzopé, région de La Mé, en Côte-d’Ivoire, d’où il ne regagnera Nioro qu’en 1936. Enfin, en juin 1941, il est à nouveau arrêté et déporté à Cassaigne, maintenant Sidi Ali, en Algérie, puis transféré à Vals-les-Bains (Ardèche, région Auvergne-Rhône-Alpes), en juillet 1942. Mal adapté au climat froid, tombé malade, il fut admis en octobre 1942, à l’hôpital de Montluçon (Allier), où il décédera, loin de tout, le 16 janvier 1943. Mais il fallait attendre le 7 août 1947, pour que Marius MOUTET confirme, dans «Paris-Dakar» la mort «naturelle» de Cheikh HAMALLAH, dont le corps n’a jamais été rendu à sa famille. La discorde avec le colonisateur français, comme d’ailleurs avec Thierno Bocar Salif TALL, le mentor de Amadou Hampâté BA, c’est une sombre histoire d’interprétation de l’héritage de Cheikh Amet Tidjani (1737-1815). Pour Cheikh HAMALLAH, une des prières surérogatoire du tidjanisme, la «Jawhart Ul-Kamal» ou «la Perle de la perfection», exige de la réciter 11 fois et non 12 fois. Aussitôt après la famille d’El Hadji Omar TALL, désormais rangée aux côtés du colon, a estimé que cette façon d’interpréter le tidjanisme serait subversive, et donc antifrançaise.
Enfin, maître Lamine GUEYE, allant à l’encontre du groupe socialiste ayant voté la levée de l’immunité parlementaire des députés malgaches, a décidé de défendre la cause des insurgés de la Grande île. De surcroît, cette insurrection étant matée par des Tirailleurs sénégalais, Lamine GUEYE a dû affronter l’hostilité d’une partie de l’opinion publique malgache. La révolte des malgaches en 1947 est, après la Guerre d’Indochine, le second événement majeur survenu dans les colonies de l’Union française après la Seconde guerre. Seul grand pays véritablement indépendant jusqu’à son annexion par la France le 6 août 1896. Les colons avaient admis, néanmoins, la nécessité d’une réforme du système colonial visant à éradiquer ses injustices (expropriations, main-d’œuvre servile et sous-payée) et à assurer une meilleure représentation indigène dans l’Union française de 1946, mais celle-ci orientée vers l’assimilation, écartait toute autonomie. Or, le MDRM (Mouvement démocratique de rénovation malgache) réclame l’indépendance, légalement, par une voie électorale et parlementaire. De fait, sa majorité électorale est éclatante. Ce parti indépendantise a obtenu les deux sièges attribués au second collège pour l’une et l’autre Constituante, il a enlevé non moins clairement les trois sièges prévus par la Constitution aux élections législatives de novembre 1946, il s’apprête à en faire autant pour l’élection des conseillers de la République, qui a été différée jusqu’au 30 mars 1947 par une manœuvre de Marius MOUTET. En effet, aux élections législatives du 10 novembre 1946, et aux assemblées provinciales, le 12 janvier 1947, pourtant découpées de manière ethnique, consacrent la victoire du MDRM. Mais une manœuvre de dernière minute du haut-commissaire tente de modifier la représentation provinciale du MDRM à l’assemblée représentative devant constituer la délégation malgache au Conseil de la République (l’actuel Sénat) qui devait compter 44 représentants des territoires d’Outre-Mer sur 315 conseillers.
Dans la nuit du 29 mars 1947, des insurgés attaquent le camp militaire de Moramanga, après avoir tué les officiers français qui dormaient dans le bourg, principalement des tirailleurs sénégalais. La répression des colons est particulièrement sauvage et envoie début avril 1947, un corps expéditionnaire de 18 000 hommes, essentiellement des troupes coloniales, qui sera porté à 30 000. L’armée française opère une répression aveugle : exécutions sommaires, torture, regroupements forcés, incendies de villages. Les colons expérimentent une nouvelle technique de guerre «psychologique» : par exemple, des suspects sont jetés vivants d’un avion afin de terroriser les villageois de leur région ; ceux-ci ne sont souvent armés que de sagaies et de couteaux, mais, en bons connaisseurs du terrain, notamment les régions de forêt, entreprennent une guérilla, attaquant et brûlant les fermes isolées, tuant des colons et des compatriotes jugés loyalistes. La «pacification» aurait fait 89 000 victimes chez les Malgaches, d’après les chiffres officiels généralement retenus. Les forces coloniales perdent quant à elles 1900 hommes. On relève aussi la mort de 550 Européens, dont 350 militaires. Dès le 31 mars 1947, ses premiers leaders sont arrêtés et leur immunité parlementaire levée. Au procès des insurgés, il y aura 32 accusés dont 5 parlementaires : «Le procès malgache est-il une affaire Dreyfus ?» s’interroge Albert FINET. Des intellectuels comme Paul RICOEUR (1913-2005), philosophe humaniste et Jacques ELLUL (1912-1994), théologien et historien du droit, demandent à ce que le procès soit transféré en métropole. Mais le procès ne sera ni repris, ni transféré en métropole, un troisième recours en cassation ayant été rejeté le 7 juillet 1949.
Le député et avocat des insurgés malgache, Lamine GUEYE estime que cette «répression a pris la forme d’un assassinat collectif». Il réclame également que le procès soit transféré en métropole, afin que la justice ne soit pas entravée par les militaires. En particulier, maître Lamine GUEYE s’insurge contre la violation de l’immunité parlementaire de cinq députés : «Oui, la représentation au Parlement des territoires d'outre-mer n'était pour certains qu'un acte symbolique. Je dis bien pour certains seulement, car, pour d'autres, et c'étaient les plus nombreux, elle avait un objet précis. Elle devait permettre à des hommes qui représentent des territoires dix fois grands comme la France, avec une population supérieure à celle de la métropole, de faire connaître, avec toute la liberté que confère le mandat parlementaire, les aspirations des pays dont ils sont issus» dit maître Lamine GUEYE à l’assemblée nationale. Maître Lamine GUEYE, devant l’horreur et la masse des crimes commis à Madagascar, radicalise son discours, devenant un vrai nationaliste : «On nous dit que la France est un pays majeur, un pays où l'on peut dire la vérité. la France a été engagée dans une guerre dans laquelle, à ses côtés, les territoires d'outre-mer ont joué un grand rôle ; Demain, après la victoire qui sera l'œuvre commune, nous serons appelés à considérer le problème colonial sous un angle précis, celui de la possibilité pour les peuples coloniaux de s'administrer eux-mêmes. Elle a donc pris des engagements qu'il nous appartient de tenir, que vous devez tenir sous peine de vous renier l'heure actuelle être Français apporte plus de servitudes que de droits dans une foule de domaines nous avons été associés à vous pour vous. Aidez à reconquérir la liberté, des vies humaines continuent à être sacrifiées. La démocratie, vraie, c'est encore sa meilleure chance de la France. Cette chance, ne la laissez pas échapper et vous aurez vraiment fondé l’Union française sur l'égalité, la justice et la liberté» dit-il. Maître Lamine GUEYE est surpris du rejet du pourvoi en cassation, les Malgaches «ne demandent demain qu’à être nos frères, s’ils sentent pouvoir compter encore dans la confiance de la justice de la France» cité par «Libération» du jeudi 30 juin 1949.
Maître Lamine GUEYE disparaît le 10 juin 1968, en pleine grève des étudiants et des travailleurs. Subitement, tous les troubles s’arrêtent. Toute une nation en deuil se recueille. «J'aime mon pays d'un amour qui arrache les larmes» disait-il. Pour lui, en politique, le souci de l'objectivité devrait l'emporter sur le parti pris et le dénigrement systématique. Tout excès est nuisible, il faudrait savoir défendre son point de vue, mais dans la tempérance. Symbolisant la concorde nationale, aussi, Laye M’BOUP (1937-1975, voir mon article) lui consacrera une belle chanson, «Maître Lamine Guèye».
Marié d’abord à une cousine de ses cousines, Salimata GUEYE, puis à Adélaïde SARR à Rufisque, maître Lamine GUEYE, un polygame, se marie en 1930, à Marthe Dominique LAPLUN (1896-1971), une guadeloupéenne ; ils ont eu un unique fils, Iba, avocat s’illustrant dans le cinéma, mort trop tôt, en 1962, et père de deux enfants : Soukeyna et Pape Lamine. Lamine GUEYE a adopté Renée, la fille de son épouse.
Premier skieur sénégalais, sa haute silhouette racée et son sourire, tour à tour malicieux, bienveillant et grave avaient conquis tout un peuple. Maire de Dakar, il a octroyé de nombreuses bourses, notamment à Babacar SEYE (1915-1993, juge assassiné voir mon article), Cheikh Anta DIOP (1923-1986, voir mon article), un éminent égyptologue, Douta SECK (1919-1991), un artiste, Ibra Mamadou WONE de Kanel et Doudou THIAM (1926-1999) juriste et diplomate. Produit de son époque, «au total, Lamine Guèye est un grand patriote qui mérite d’être respecté. Sa générosité légendaire a fait de lui un «Samba Linguère» ou aristocrate des temps modernes» écrit Amady Aly DIENG. «Il rassemble en sa personne tous les dons et toutes les séductions : la naissance et l'intelligence, l'aisance et la générosité, la culture et l'éloquence» dit de lui, le président SENGHOR.
 
 
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Paris, le 17 juillet 2022 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 

 
«Maître Amadou Lamine Coura GUEYE (1891-1968), avocat des grandes causes de l’Afrique et du Sénégal» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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