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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 15:51
«Abdulrazak GURNAH, un tanzanien exilé en Grande-Bretagne, Prix Nobel de Littérature 2021» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans ce monde de plus en plus lepénisé et frileux, je me réjouis pleinement du Prix Nobel de littérature décerné à un Tanzanien, Abdulrazak GURNAH, né à Zanzibar le 20 décembre 1948. Son pays, une place stratégique dans le commerce mondial, sur les routes entre l’Inde, l’Afrique et le Moyen-Orient, anciennement appelé le Tanganyika, un territoire initialement occupé par les Portugais, les Arabes, les Perses, puis colonisé par  l’Allemagne de 1884 à 1919, sous mandat britannique à partir de 1919, est devenu indépendant le 9 décembre 1961, pour prendre le nom de Tanzanie, en intégrant Zanzibar, le 26 avril 1964. Arrivé en Grande-Bretagne, en 1960, à l’âge de 18 ans, en qualité de réfugié, il fuyait le régime du président Abeid Amani KARUME (1905-1972), premier président de la République de Zanzibar, et les persécutions dont étaient victimes les Musulmans.  «Mon exil est synonyme d’une immense tristesse liée à la perte du pays de mon enfance. Je conçois l’exil comme une question de principe si c’est un départ volontaire. Comme s’extraire de soi pour changer les choses. Je suis parti de mon pays parce que je cherchais à m’accomplir de je ne sais plus trop quelle manière. Ensuite, c’est la vie qui a pris le dessus» dit Abdulrazak GURNAH. Abdulrazak GURNAH n’est retourné dans son pays qu’en 1984, peu de temps avant la mort de son père.
Abdulrazak GURNAH se lance dans la littérature à l’âge de 21 ans, et jusqu’à sa retraite, il enseigne la littérature anglaise et postcoloniale à l’université du KENT, à Canterbury et à l’université de Kano, au Nigéria. Il est un grand spécialiste des œuvres de Wole SOYINKA, NGugi Wa THIONG’O et de Salman RUSHDIE. Peintre de la Côte Est de l’Afrique, romancier et critique littéraire, Abdulrazak GURNAH vit à Brighton, dans le Sussex.
Le Prix Nobel de Littérature qui a été décerné à Abdulrazak GURNAH, le 6 octobre 2021, a surpris. En effet, Maryse CONDE, Prix Nobel alternatif, N’Gugi Wa THIONG’O et Annie ERNAUX faisaient partie des nobélisables. Peu de Prix Nobel ont été attribués à des racisés. S’agissant des Prix de Nobel de la paix, sur les 118 récipiendaires, une vingtaine sont allés aux Africains dont Albert LUTILI en 1960, à Desmond TUTU en 1984, et à Nelson MANDELA en 1993, le gynécologue congolais, Denis MUKWEGE en 2018 et le nigérian, Secrétaire des Nations Unis, Kofi ANNAN (1938-2018), en 2001. Depuis 1901, un Prix Nobel de littérature est attribué et le premier, non européen, un bengal, à être honoré est Rabindranath TAGORE (1861-1941), en 1913, auteur de contes du Bengal et des «Offrandes lyriques». Sur 118 lauréats, Wole SOKYNKA, un écrivain nigérian, est le premier africain récipiendaire en 1986, du Prix Nobel de Littérature. Il y aura l’égyptien Naguib MAHFOUZ (1911-2006) en 1988 et les Sud-Africains, Nadine GORDIMER en 1991 et John Maxwell COETZEE en 2003. Toni MORRISON (1931-2019) est la première afro-américaine, en 1993, Prix Nobel de Littéraire. Certains éminents auteurs noirs sont passés entre les mailles du filets : Aimé CESAIRE, Léopold Sédar SENGHOR, Chinua ACHEBE (1930-2013) ou Langston HUGHES (1902-1967).
Cependant cette distinction est d’autant plus symbolique, pour un monde multiculturel, harmonieux et fraternel, qu’elle est attribuée à un réfugié en Grande-Bretagne, le pays du BREXIT, retranché dans une forteresse qui n’est plus une île. Au Royaume-Uni, les délais de rétentions sont illimités, un demandeur d’asile peut être en rétention entre 10 et 12 ans. Depuis quelques années les frontières des pays riches se referment, l’océan Atlantique est devenu un gigantesque tombeau pour les candidats à l’exil. «Je suis un observateur (...) J'écris sur ce qui se passe dans le monde dans lequel je vis et, en ce moment, la question migratoire)est le thème, la préoccupation du monde dans lequel je vis ; c'est l'histoire de notre temps» dit Abdulrazak GURNAH. L’auteur étudie, à travers l’immigration la question des luttes la conquête et la conservation du pouvoir, à travers la vie quotidienne, en décrivant les tensions dans la relation entre l’individu, sa famille et la société, la relation amoureuse ou au travail : «He explores the representation of human relations, focusing on the theme of power and how it is attained, consolidated, used and contested in the human relations depicted in the novels” écrit Anne Ajulu OKUNGU dans sa thèse «Reading Abdulrazak Gurnah, Narrating Power and Human Relationship”.
Contrairement aux auteurs africains engagés, comme N’Gugi Wa THIONG’O, Abdulrazak GURNAH est un admirateur de Joseph CONRAD (1857-1924), un écrivain polonais de langue anglaise, attaché à l’ordre, mais défendant les parias, dans une fuite de l’ailleurs. Gurnah’s novelistic project is not that of writing back to the colonialist or lamenting about failed nationalism, but rather an engagement with writing back to the self” écrit Anne Ajulu OKUNGU. Dans cette introspection sur lui-même et les autres, Zanzibar, sa ville d’origine, est marquée par son passé esclavagiste, le commerce de l’or et des épices ainsi qu’un fort brassage culturel et démographique swahili, arabe, perse, omanais, portugais et britannique. De langue Swahili et de souche arabe, Abdulrazak GURNAH a puisé dans le folklore, les contes de son pays ainsi que son histoire personnelle de réfugié, avec des références à l’Islam et à la Bible. La contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH est à la croisée de multiples récits religieux, littéraires ou historiques. Au cœur de son œuvre littéraire, se situent les thèmes de l'immigration, de l’exil et de la colonisation, et la façon dont ils façonnent l'identité. Aussi, le Prix Nobel a insisté l’originalité de la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH «Le dévouement du lauréat Abdulrazak Gurnah, pour la vérité et son aversion pour la simplification sont frappants. Ses romans sont loin des descriptions stéréotypées et ouvrent notre regard sur une Afrique de l’Est, diverse culturellement et mal connue des autres régions du monde. Il est un écrivain qui rompt avec les conventions, bousculant la perspective coloniale pour mettre en valeur les populations locales». En effet, Abdulrazak GURNAH est installé dans sa quête mémorielle concernant l’exil, l’immigration et l’aliénation, et écarte toute démarche appelée par les conservateurs de «victimaire». Il ne faudrait pas nier l’humanité des autres par des raisonnements simplistes ou manichéens. Abdulrazak GURNAH ne voit pas de divisions insurmontables entre les peuples «Les gens se déplacent partout dans le monde, ce phénomène, notamment d’Africains venant en Europe, est relativement récent. Mais celui des Européens allant dans le monde existe depuis des siècles» dit-il. Pour Abdulrazak GURNAH, «voyager loin de chez soi offre de la distance et de la perspective., ainsi qu’un degré d’amplitude et de libération. Cela rend plus intenses les souvenirs qui sont l’arrière-pays de l’écrivain» dit-il.
Conteur merveilleux et tragique, sur un ton linéaire et distancié, la langue littéraire d’Abdulrazak GURNAH est empreinte d’un élégant et apaisant classicisme. «J’ai donc découvert Abdulrazak Gurnah en traduisant «By the Sea». Et j’ai été aussitôt séduite. Une écriture fine, légère, précise, sensuelle et profonde à la fois. Touchant à l’indicible parfois, d’où la difficulté à la traduire. Il n’y a pas de texte littéraire facile à traduire, mais certains le sont encore moins que d’autres. Et l’anglais de Gurnah est de ceux-là. Car Gurnah sonde les profondeurs de l’âme dans de tout petits riens parfois, quelques mots laconiques suffisent» écrit Sylvie GLEIZE, sa traductrice. La mémoire du pays natal, la mer, le cosmopolitisme et la figure titulaire de l’oncle, sont omniprésents dans sa contribution littéraire. «L’univers d’Abdulrazak Gurnah, son évocation de l’Orient a été pour moi un éblouissement. Cette Afrique que je ne connaissais pas, que je n’imaginais pas aussi «orientale», celle de l’Océan Indien, tout en secrets, méandres et mystères» dit Sylvie GLEIZE. S’il y a déjà eu des thèses sur l’auteur, c’est Kaur Mohineet BOPARI qui a publié une étude d’ensemble, en août 2021, recensant les thèmes qui hantent la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH, à savoir notamment les questions d’oppression, de mémoire, de race, de genre, de classe, et de solidarité. Au moment où la Françafrique plastronne, Abdulrazak GURNAH a été nobelisé pour son récit «empathique et sans compromis des effets du colonialisme et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents» dit Anders OLSSON, président du jury pour le Prix Nobel de Littérature. Pour la poétesse, Louise GLUCK, la contribution littéraire d’Abdulrazak GURNAH est d’une «beauté austère». Abdulrazak GURNAH se dit honoré et flatté de cette distinction. Abdulrazak GURNAH déclare qu’il n’avait pas un plan de carrière «J’ai commencé à écrire avec désinvolture, dans une certaine angoisse, sans aucune idée de plan, mais pressé par le désir d’en dire plus» dit-il.
Abdulrazak GURNAH est l’auteur d’une dizaine de romans, en langue anglaise, dont trois ont été traduits en langue française. Il s’agit de «Paradis», traduit d’abord les éditions de Denoël et repris par Serpent à plumes, «Adieu Zanzibar» et «Près de la mer» chez Galaade, une maison d’édition indépendante, créée en 2005, mais disparue depuis 2017.
Un de ses romans le plus célèbre, «Paradis», nominé, en 1994, au «Man Booker Price for Fiction» et au «Whitbread Prize», traite de l’esclavage qui avait sévi à Zanzibar et du grand commerce caravanier de l’Afrique de l’Est, au moment où la logique précoloniale de cette économie est perturbée par la colonisation. La colonisation relève d’une logique de prédation, de piraterie, tandis que la logique marchande traditionnelle si elle est progressiste, reste tout de même entachée par des relents féodaux et esclavagistes, faisant le jeu du colonisateur. C’est donc un roman à la fois historique et anthropologique, décrivant une société de transition, en pleine mutation entre la tradition et la modernité. «Paradise» est donc une œuvre moderne, post-coloniale
Yusuf est enlevé à sa famille par Aziz, un grand commerçant, à qui son père doit de t'argent. Il travaille dans une boutique, sous la direction de Khalil, qui a subi le même sort que lui, mais à la différence de son compagnon, Aziz l'emmène dans une longue expédition commerciale à t'intérieur de t'Afrique. D'abord laissé dans un poste-relai, il est ensuite entraîné avec la caravane d'Aziz au-delà des grands Lacs, jusqu'aux extrémités du monde. L'expédition connaîtra un échec cuisant infligé par le sultan Chatu, dont le peuple a été cruellement trompé par d'autres marchands, mais Chatu et Aziz tomberont sous les coups de boutoirs des Allemands, forçant Yusuf à rejoindre les auxiliaires de la colonisation. Yusuf, Joseph, l'enfant vendu et exilé, comme le fils de Jacob dans la Bible, coupé de ses racines, porte en lui une profonde nostalgie des origines tout en s'attachant désespérément, aveuglément, à Aziz pour survivre dans un monde inconnu. Yusuf finit cloîtré dans un jardin d'Eden au gré des caprices de sa maîtresse. Récit tumultueux d'une jeunesse africaine au début du siècle entre Zanzibar et le lac Victoria. Il découle de la colonisation une mise en contact entre des cultures, le plus souvent très différentes, qui se trouvent à être confrontées à des systèmes de valeurs discordants. De même, la colonisation conduit à une ère de changement profond pour un pays.
Dans le roman «Paradis», Abdulrazak GURNAH expose le thème de la tension entre la perception individuelle de la colonisation et ce qui en a été retenu par la collectivité. Son pays, la Tanzanie, est exposé à l’influence de la colonisation européenne, plus particulièrement celle des Allemands et des Anglais, bien que celle des Belges soit aussi présente. Aussi, dans «Paradis», le personnage de Yusuf, un jeune tanzanien ayant grandit au cœur de l’expansion coloniale en Tanzanie, est confronté à une crise de valeurs, à un conflit de cultures. Pour Eve LEGER-BELANGER, ce roman est «l’incarnation d’une culture de l’échange au pluriel». Ainsi, le personnage de Yusuf, qui a quitté ces contrées paysannes pour se joindre à la vie de commerce d’un personnage nommé l’oncle Aziz, vit désormais en ville et en participant aux voyages des caravanes pour faire du commerce, le protagoniste atteint le statut de «civilisé». Les marchands Grecs et Indiens tiennent le commerce ; cet échange se fait entre des personnages de pays distincts, ce qui crée une confrontation entre des cultures différente ; ce qui entraîne un dialogues des cultures, notamment à travers une langue de communication.
Dans «Près de la mer», récompensé du prix RFI, Saleh Omar, un réfugié de 65 ans, n’est pas un sans-papiers. Claquemuré dans un silence, Saleh Omar, arrivé à Gatwick, avec de faux papiers, se replie dans le mutisme, pour lutter toute «contamination» européenne, toute pollution de son intégrité et de son monde originaire. Comme cet Angolais rencontré dans un centre de détention qu’il refuse de quitter, tant qu’il n’aura pas fini d’écrire son livre, par crainte de perdre le fil de ses souvenirs au contact des Anglais. Saleh choisit de ne pas parler anglais et se conforme au rôle imposé du réfugié sans défense, à l’histoire toute tracée. Le silence qui émane de lui se voit bientôt empli par les mots des agents d’immigration, travailleurs sociaux ou autres. À l’image de l’Europe coloniale qui remplaçait les histoires africaines par les siennes, convaincue d’en savoir plus sur l’Afrique que l’Afrique elle-même. Saleh Omar laisse aux autres le soin de s’exprimer à sa place, jusqu’au moment où il rencontre Latif Mahmoud, un interprète, poète et professeur de littérature originaire de son pays, le Zanzibar. On se méfie souvent des choses qu’on ignore, derrière ces réfugiés se cache un passé riche, parfois glorieux. Une fois délivrés de ce face-à-face avec l’ancien colonisateur, les deux hommes se retrouvent dans la ville de bord de mer où Saleh a été logé. C’est là qu’ils peuvent rompre le silence sur leur vie et redevenir eux-mêmes à la faveur des paroles qu’ils échangent. Leur vie passée remonte alors à la surface et le passé zanzibarien, en rencontrant le présent anglais, abolit le récit réducteur et stéréotypé du réfugié. Saleh avait rapporté de chez lui un coffret d’encens, Ud-Al-Qamari, comme la madeleine de Marcel PROUST s’il en est, dont l’odeur libère plusieurs vagues de souvenirs, d’impressions et d’histoires, comme un fragment de voix ou le souvenir d’un toucher. Bien qu’il soit, de manière significative, confisqué par la police aux frontières, l’encens a rempli son rôle de transmission du monde que Saleh a laissé derrière lui, et dont la narration constitue l’essentiel du roman. La fragrance incarne la fragilité de l’existence des protagonistes : elle est éphémère, flottante, elle ne s’arrête pas à un lieu. Comment donc rebâtir chez soi, quand on a quitté son pays ? The dominant theme in Gurnah’s the entire oeuvre is that of migrancy, of characters attempting to construct ideas of home away from home” écrit Anne Ajulu OKUNGU.
Dans «Près de la mer», Abdulrazak GURNAH relate l’arbitraire, des vies brisées, un gâchis, un pouvoir oppressif et dictatorial, ainsi qu’une misère sociale dans les pays africains. Ce roman recèle une part autobiographique «Je suis un réfugié, un demandeur d'asile. J'ai débarqué à l'aéroport de Gatwick en fin d'après-midi le 23 novembre de l'an dernier. C'est un point culminant, mineur et familier de nos histoires que de quitter ce qu'on connaît pour arriver dans des lieux étranges, emportant avec soi pêle-mêle des bribes de bagages» écrit Abdulrazak GURNAH, «Près de la mer» s’inspire aussi d’un fait divers, à la suite du détournement d’un avion des lignes intérieures afghanes, d’autres passagers, victimes collatérales sollicitent l’asile également en Grande-Bretagne.
Au moment, où à Paris, des réfugiés dont les pays ont été dévastés par la Français s’agglutinent, misérablement, aux boulevards périphériques, Abdulrazak GURNAH pose cette question redoutable : Qu'est-ce qui pousse un vieil homme à quitter son île de Zanzibar pour demander, sous une fausse identité, l'asile politique en Angleterre ? «Je savais, évidemment, que le noir c'était l'autre, le mauvais, le bestial, le perfide, inscrit au plus profond de l'être chez l'Européen même le plus civilisé, mais je ne m'attendais pas à contempler tant de noirceur sur cette page. Tomber là-dessus sans y être préparé a été pour moi un choc plus grand que d'être traité de mowicaud hila' (moricaud hilare) par un homme qui tenait le rôle du grincheux dans un film daté» écrit-il.
«Adieu Zanzibar», traduit en français en 2009, raconte les amours et les illusions de Martin Pearce, un aventurier britannique, battu, volé et abandonné de ses guides dans le désert, séduit et abandonne Réhana, une jeune et sulfureuse zanzibarite, la sœur de son hôte. Différents personnages se relayent : Amin s’éprend d’une femme âgée, Farida vit un amour caché et Rachid, le narrateur part étudier à Londres, un univers glacial et raciste. Ils sont Noirs ou Blancs, Indiens ou Arabes, Chrétiens ou Musulmans et tissent, de Zanzibar à Londres, autant d'histoires d'amour, d'interdit, de mémoire et d'exil. Portée par la force d'évocation et la poésie d'Abdulrazak GURNAH, cette fable désenchantée, dans laquelle résonne le destin légendaire des Atrides, a le souffle des grandes histoires. Dans un style policé et maîtrisé, il est donc question dans ce roman d’identité, d’amour, de trahison, de vengeance et de mémoire perturbée «enracinés dans l’histoire coloniale de l’Orient africain, bruissant de légendes swahilies, servi par une langue ensorceleuse, les récits de Gurnah naviguent entre le conte initiatique, l’exploration des douleurs de l’exil, l’introspection autobiographique et la méditation sur la condition humaine» écrit Abdourahman WABERI.
Dans les autres romans d’Abdulrazak GURNAH, il n’est pas question d’attaques contre le colonialisme ou l’échec des bourgeoisies nationales africaines ayant trahi leurs missions devant l’indépendance, mais de destins singuliers, en rapport avec la mémoire, la culture, les contes comme dans les Mille et Une Nuits, et l’estime de soi. Ainsi, le héros de «Admiring Silence» égrène des contes pour épater son entourage et ses parents ; il fait resurgir les questions d’appartenance et de racines. Le personnage, Daud, dans «Pilgrim’s Way», se lance dans une ambition littéraire épistolaire, mais ses lettres ne parviennent jamais à leurs destinataires. Abbas, dans «The Last Gift», après avoir échappé à une attaque cardiaque fatale, réduit au silence, ne s’exprime par différentes notes pour transmettre l’histoire de Zanzibar. «Desertion» fait appel à un journal intime afin de révéler des vérités cachées aux populations, toutes ces barrières raciales et culturelles, parfois superficielles. Dans «Memory of Departure» son premier roman, paru en 1987, c’est l’histoire d’un jeune, Hassan à la recherche de sa propre identité, dans une société en pleine mutation, la transition n’étant pas source de paix et de stabilité intérieures. Tous ces récits baignent dans une atmosphère d’amertume, de beauté, de trahison et de résilience, mais aussi de cosmopolitisme.
 
En définitive, l’œuvre d’Abdulrazak GURNAH s'éloigne des «descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une Afrique de l'Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses parties du monde» estime le jury de RFI. Pour ce nouveau Prix Nobel de Littérature, réfugiés venus d'Afrique, parfois des «gens talentueux et plein d’énergie» sont une richesse pour le pays d’accueil ; ils ne viennent pas «les mains vides» dit-il. «Beaucoup de ces gens qui viennent, viennent par nécessité, et aussi franchement parce qu'ils ont quelque chose à donner» précise-t-il.
Nous continuerons de réclamer, dans cette France, avec son message universel, que les universités françaises ouvrent leurs portes aux études africaines et qu’une Maison d’Afrique voit enfin le jour à Paris. Il n’y aucune raison, dans cette France républicaine, que dans les sondages, les gens aux idées continuent à nous narguer. Dans un récent article, et en réponse aux arguments nauséabonds d’Eric ZEMMOUR, avec sa bulle médiatique, Jacques ATTALI a eu le mérite et le talent de rappeler tous ces étrangers qui ont fait la France, sous un titre sarcastique «ces étrangers qui détruisent la France !» il s’agit notamment de Guillaume APOLLINAIRE, Pablo PICASSO, Juan GRIS, Cristobal BALENCIAGA, Blaise CENDRARS, Lino VENTURA, Françoise GIROUD, Le Corbusier, Agnès VARDA, Milan KUNDERA, Marie CURIE, Joséphine BAKER, Louis CHEDDID, SEMBENE Ousmane, Ousmane SOW, Alioune DIOP, Ahmadou KOUROUMA, Mongo BETI, etc.
 
Références bibliographiques
 
1 – Contribution d’Abdulrazak GURNAH
GURNAH (Abdulrazak), Adieu Zanzibar, traduction de Sylvette Gleize, Paris, Galaade éditions, 2009, 282 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Admiring Silence, The New Press, 1996, 216 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Afterlives, Bloomsbury, 2020, 288 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), By the Sea, Bloomsbury, 2002, 245 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Desertion, Knop Double Day Publishing Group, 2005, 271 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Dotties, Bloomsbury, 2016, 160 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Essays in African Writings, Oxford, Heineman Educational Books, 1995, 184 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Memory of Departure, Bloomsbury, 1988 et 2016, 160 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Paradise, Penguin, 1995, 246 pages, en langue anglaise ou Paradis, en français, traduction d’Anne-Cécile Padoux, Paris, Serpent à Plume, 1999, 300 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Pilgrim’s Way, Jonathan Cap Ltd, 1988, 192 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), Près de la mer, traduction de Sylvette Gleize, Paris, Galaade éditions, 2006, 313 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), The Cambridge Companion To Salman Rushdie, Cambridge University Press, 2007, 218 pages ;
GURNAH (Abdulrazak), The Last Gift, Bloomsbury, 2014, 288 pages.
2 – Critiques Abdulrazak GURNAH
ADAM (Shafi), “Approche d’une œuvre, entretien avec Abdulrazak Gurnah”, Project-Iles, n°4, 8 octobre 2021 ;
AJULU OKUNGU (Anne), The Fiction of Abdulrazak Gurnah : Journeys Through Subalternity and Agency, Johannesburg, University of Witwatersrand, 2016, 176 pages ;
BARDOLPH (Jacqueline), “Abdulrazak Gurnah’s Paradise and Admiring Silence : History, Stories and the  Figure of the Uncle”, Derek Wright, éditeurs, Contemporary African Fiction, Bayreuth, Breitinger, 1997, pages 77-89 ;
BARDOLPH (Jacqueline), “Swahili Histories and Texts in Abdulrazak Gurnah’s Paradise”, English Studies in Africa, janvier 2015, Vol 58, n°1, pages 14-29 ;
BOPARI (Mohineet, Kaur), The Fiction of Abdulrazak Gurnah : Journeys Through Subalternity and Agency, Cambridge Scholars Publishing, 2021, 160 pages ;
BOSMAN (Sean, James), Rejection of Victimhood in Literature : By Abdulrazak Gurnah, Viet Thanh Nguyen an Luis Alberto Urrea, Leiden, Brill, 2021, 216 pages ;
CARRE (Nathalie), «Des récits de voyages, aux textes de voyageurs : le cas du roman «Paradis» d’Abdulrazak Gurnah», Twentieth Century Literature, Trans, Hors Frontières, 14 mars 2021, n°26, pages 1-26  ;
CONRAD (Joseph), Au cœur des ténèbres, traduction Jean-Jacques Mayoux, présentation de Claude Maisonnat et Josiane Paccaud-Huguet, Paris, GF Flammarion, n°1583, édition originale de 1898, rééditée en 2017, 240 pages ;
DJAILANI (Nassuf), “Entretien avec Sylvie Gleize traductrice d’Abdulrazak Gurnah”, Project-Iles, 27 juin 2014 et 8 octobre 2021 ;
FALK (Erik), Subject and History in Selected Works by Abdulrazak Gurnah, Yvonne Vera and David Dabydeen, Karlstad, Karlstad University Press, 2007, 172 pages, spéc pages 25-63 ;
FAWZIA (Mustafa), “Abdulrazak Gurnah’s Paradise and Admiring Silence : History, Stories and the  Figure of the Uncle”, Twentieth Century Literature, mai 2015, Vol 61, n°2, pages 232-263 ;
FLOOD (Alison), “Abdulrazak Gurnah Wins the 2021 Nobel Price in Literature”, English Studies in Africa, The Guardian, 7 octobre 2021 ;
HARZOUNE (Moustapha), “Près de la mer. Abdulrazak Gurnah compte rendu”, Hommes et migrations, nov-déc 2006, n°1264, pages 150-151 ;
KEARNEY (J. A), “Abdulrazak Gurnah and the “Disabling Complexities” of Parochial RealitiesEnglish in Africa, mai 2006, vol 33, n°33, n°1, pages 45-58 ;
KNELWOLF KING (Christa), “Multiple Positioning : Responses to Cultural Difference in Readings of  Abdulrazak Gurnah’s Novel, By the Sea”, Penn State University Press, 2019, Vol 53, n°2, pages 185-204 ;
LEGER-BELANGER (Eve), “Paradis d’Abdulrazak Gurnah : une culture de l’échange”, Etudes romanes, 2017, Vol 38, n°1, pages 153-161 ;
NAUMANN (Michel), “Abdulrazak Gurnah, Paradise”, Etudes littéraires africaines, 1996, n°1, pages 61-64 ;
NYMAN (Jopi), Migration and Melancholia in Abdulrazak Gurnah’s Pilgrims Way, in Displacement, Memory and Travel in Contemporary Migrant Writing, Leiden, Brill, Brill-Rodopi, 260 pages ;
RUBERTO (Marco, Neil), Itinerant Narratives : Travel, Identity and Literary Form in Abdulrazak Gurnah’s Fiction, Nottingham, Trent University, avril 2009,  318 pages ;
WABERI (Abdourahman, A), “D’exil et d’amour. «Adieu Zanzibar» d’Abdulrazak Gurnah”, Le Monde diplomatique, juin 2010, page 29.
Paris, le 7 octobre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
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