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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 19:04
«Abdoulaye M’BOUP (1937-1975), chanteur et compositeur, moraliste de l’ère senghorienne, un artiste du roman national sénégalais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Auteur-compositeur, chanteur à la voix d’or, moraliste et poète, artiste emblématique des années SENGHOR et du début des indépendances, Abdoulaye M’BOUP, communément appelé «Laye M’BOUP», est tragiquement décédé, le 23 juin 1975, dans un accident de la route, sur la route de Dagana. Ce jour-là trois accidents meurtriers ont été dénombrés dans cette zone : «Le 3ème accident a eu lieu le lundi 23 juin 1975, vers 18 h, sur la route nationale 3, à quelques mètres de l’embranchement Richard-Toll – Rosso. Une 403, à bord de laquelle avait pris place, depuis Saint-Louis Laye M’Boup, a fait des tonneaux, après l’éclatement de sa roue arrière. Evacué sur le centre de santé de Richard Toll, Laye M’Boup devait s’y éteindre, quelques minutes après son arrivée, des suites de ses graves blessures» écrit Elhadji N’Gary BA. Une mort soudaine qui a surpris et jeté dans la consternation incommensurable le peuple sénégalais, une disparition en pleine gloire.  «La réalité est vaine lorsqu’il s’agit de partir du néant, du vide brutal pour resusciter une vie. (…). Abdoulaye M’Boup est mort. Il est mort ! Toute raison vacille devant une disparition aussi brutale, aussi imprévisible, le mot est absurde, mais il est correct. Il est à sa place imprévisible. Imprévisible ! Ceux qui ont connu ce garçon me comprennent. Il y avait eu tant de vies en lui. Aucune place pour la mort ! Vraiment. Pourtant Dame Mort l’a saisi ! Elle l’a saisi en plein vol, en pleine ascension. Inflexible, brutale, inhumaine»  écrit Jean-Pierre LEURS, metteur en scène à Sorano. «Voici qu’une main lourde frappe la grande famille de la culture. Un accident de la circulation absurde, brutal, inattendu comme toujours, vient d’arracher Abdoulaye, dit Laye M’Boup à notre estime et à notre admiration» écrit Alioune SENE, (1932-2005), ministre de la culture, de 1970 à 1978. En effet, Abdoulaye M’BOUP en tournée avec la troupe du théâtre national Daniel Sorano, en Casamance, au Sénégal oriental, puis dans la région du fleuve, à Richard Toll, il devait se rendre à Dagana. Il s’était, par la suite, détaché du groupe pour se rendre à Saint-Louis. C’est pendant qu’il retournait auprès de ses collègues, à bord d’un taxi, qu’il est mort dans un accident de la route. Cette escape a soulevé de nombreuses supputations, parfois malveillantes ou fantaisistes, mais ce n’est le sujet de cet article. «La veille de sa mort, dans le cadre d’une tournée de l’Ensemble lyrique à laquelle il participait si pleinement, Abdoulaye M’Boup chantait encore la vie et la mort, chantait l’espoir. En disparaissant ainsi dans la plénitude de ses possibilités, le ténor à la voix chaude et prenante nous laisse sur notre faim» écrit Alioune SENE, Ministre de la culture. Laye MBOUP, estimé de ses collègues de Sorano, l’avaient nommé délégué auprès de leur employeur. Aussi, le théâtre national Daniel Sorano, où son cercueil a été exposé le 24 juin 1975, lui a rendu un vibrant hommage, après sa disparition, devant une foule immense, et en présence notamment de M. Alioune SENE, ministre de la culture, Ibrahima DEME, attaché de presse à la Présidence, Tidiane Daly N’DIAYE, conseiller à la Primature et Maurice Sonar SENGHOR, Directeur de Sorano «Ceux qui l’ont connu sur les planches ont été conquis par son élégance, ses gestes mesurés» écrit Djib DIEDHIOU.
Abdoulaye M’BOUP, une météorite, disparue, prématurément, à l’âge de 38 ans, un artiste talentueux, déchiré entre la tradition et la modernité, une force créatrice dans les audaces de ses compositions, est devenu un mythe. «Une vie courte, mais intense et glorieuse», tel est le choix, dans la mythologie grecque, d’Achille, fils de Thétis. Artiste marquant des années de SENGHOR, Laye M’BOUP occupe une place de choix dans la mémoire des Sénégalais. En effet, Laye M’BOUP, de par son travail et son génie, est resté dans la mémoire et le cœur des Sénégalais. La musique étant une confidence du cœur, les chansons de Laye M’BOUP faisant l’éloge du Sénégal éternel, nous enchantent encore, et plus que jamais. «Il fut moraliste et poète, profondément attaché aux traditions sociales de son pays, à ses hommes et à son développement ; le moraliste se confond toujours au poète, au philosophe, au militant d’un développement efficace de son pays» écrit dans son hommage, Jean-Pierre LEURS, metteur en scène au théâtre national Daniel Sorano.
Pourtant et en dépit de ces éloges plus que bien mérités, il n’y a pas encore eu de biographie, à ma connaissance, sur la vie d’Abdoulaye M’BOUP. Des émissions de télévisions ont été conduites, si elles apportent quelques éclairages sa vie, ces initiatives louables ont été parasitées par différents éléments réduisant ainsi leur qualité et portée. Il subsiste un doute sur sa date de naissance. Dans cette émission télévisée, sa naissance est l’année 1929. Or d’autres sources concordantes estiment que Laye M’BOUP est né le 27 février 1937 à Dakar. Jean-Pierre LEURS situe sa date de naissance au 27 juin 1937 «Il est mort, alors que dans trois jours, le 27 juin 1975, il allait fêter ses 38 ans» écrit-il dans son hommage. Par conséquent, la date la plus plausible de naissance de Laye MBOUP est le 27 juin 1937.
Laye M’BOUP a baigné, depuis son enfance, dans une ambiance artistique et une immense piété familiale «L’homme, artistiquement et socialement parlant, était attachant à plus d’un titre. De l’art, il avait, en effet, une passion native, un amour qu’il élevait presque au rang d’un culte et des relations humaines, un sens aigu, sous-tendu par une aptitude toute naturelle. Les plaines immenses et ensoleillées, les terres fertiles du Diander qui l’ont vu grandir et mûrir, avaient certainement favorisé en lui, et en même temps que cette grande générosité qui était l’un de ses traits dominants, cet attachement quasi mystique aux joies simples de la vie quotidienne» écrit, dans son hommage, Alioune SENE, Ministre de la culture. Son père El Hadji M’BOUP, ancien combattant de la Première guerre mondiale, l’avait inscrit à des études coraniques, d’où sa grande rigueur morale et son grand attachement aux valeurs traditionnelles du Sénégal. Sa première chanson, «Seyni Baaye Samba», est consacrée à sa mère, Seyni NDIAYE. Abdoulaye M’BOUP était un héritage une religion, et descend d’une longue lignée de griots. «Le chant pour Laye M’Boup était un héritage et une religion, parce que sa mère, Seyni Ndiaye, était une grande chanteuse de Ndiam. Une religion, parce qu’il croyait avec cette ferveur, cette fougue, cet acharnement presque obstiné qui parfois donnait à penser qu’il élevait son talent à la hauteur d’une vaine prétention. Simple conviction d’un génial compositeur qui avait la pleine maîtrise de son talent de chanteur aux variations multiples» écrit Jean-Pierre LEURS, dans son hommage.
Laye M’BOUP était marié à Kardiata SENE et à Fatou Talla N’DIAYE. Il a eu seize enfants, notamment avec Nafi N’DIAYE, mère de Coura M’BOUP.
Laye M’BOUP avait une conception engagée de l’artiste, au service de l’édification d’une nation sénégalaise et de la résurgence des valeurs morales, pour une musique, authentiquement sénégalaise.
I - Laye M’BOUP, un artiste à l’aube des indépendances,
militant de la cause du Sénégal, pour son identité nationale à construire
Laye M’BOUP a démarré sa carrière de chanteur, en 1966, au sein de l’Ensemble Lyrique rattaché au Théâtre national Daniel Sorano. Son premier succès a été «Guédji N’gala Rir». En raison de ses talents, il sera vite propulsé au-devant de la scène : «Ses dispositions naturelles pour la composition, comme pour l’exécution, ne tardèrent pas à le projeter sur l’avant de la scène artistique, d’abord tout naturellement à Sorano, puis ensuite dans nos régions et dans les pays amis où le Sénégal organisait des semaines culturelles» écrit Alioune Badara SENE (1932-2005). Laye M’BOUP est donc membre à l’ensemble national lyrique composé de 45 artistes, reflétant la diversité ethnique et professionnelle du Sénégal, mais profondément enracinés dans la tradition. La mission de cet ensemble lyrique est, notamment de «représenter, au mieux, la diversité culturelle et le génie créateur du peuple sénégalais» écrit Maurice Sonar SENGHOR. En effet, Maurice Sonar SENGHOR (1926-2007), déniche des talents, dont Laye M’BOUP et Yandé Codou SENE (1932-2010), des chants sérères, Lalo Kéba DRAME (1926-1974), des chants mandingues dont «Coura M’Bissane». C’est l’époque également, où les antennes de la radio sénégalaise sont ouvertes à cet ensemble national lyrique, mais aussi, pour les artistes peuls, à Samba DIOP et son Lélé et Guélaye Aly FALL, pour le Pékane, ou le chant des pêcheurs. Par conséquent, l’influence de son passage à l’Ensemble Lyrique est considérable : «Cette immense scène de théâtre en rond, dans le plus grand style négro-africain, donnera peut-être à Laye M’Boup sa vocation dès sa plus tendre enfance. Parce que le théâtre complet lui léguera aussi un art riche et varié. Jailli de notre pur fond culturel traditionnel : des chansons aux accents graves, mélancoliques, exaltant tour à tour le sentiment patriotique, les vertus de la construction nationale, la qualité de la Femme, l’amour filial, célébrant aussi le culte des grands disparus», écrit dans son hommage à Sorano, Alioune SENE, Ministre de la culture.  
Laye M’BOUP ne faisait pas de la Politique, il ne débitait pas des slogans politiques flagorneurs, mais ses chansons ont un impact politique considérable, en participant ainsi à l’édification d’une conscience nationale. Laye M’BOUP «n’est jamais tombé dans la flagornerie. Il voulait, au contraire apporter sa contribution à la construction de la nation sénégalaise. Certaines de ses chansons exhortaient ses compatriotes à l’action utile ou conseillaient le retour aux sources» écrit Djib DIEDHOU, dans le journal «Le Soleil». Cependant, Laye M’BOUP, un artiste des débuts de l’indépendance, avait été recruté en qualité d’ouvrier à Sorano et à la grande mosquée de Dakar. C’est Elimane N’DOUR, le père de Youssou N'DOUR, qui l’a formé au métier de soudeur. «A ses moments libres, il allait travailler avec un groupe de musiciens de variétés. Il venait ainsi de se lancer dans une grande tâche : adapter les airs traditionnels à la musique moderne» écrit Djib DIEDHIOU. Il évoluait donc dans une ambiance nourrie par l’idéologie senghorienne, le fondateur de la nation sénégalaise. Moraliste et nationaliste, «Chanteur de renom, attaché au sol natal. Abdoulaye M’Boup s’était engagé sur une voie à laquelle le prédestinaient ses convictions religieuses inspirées par de solides études coraniques. Il fut un moraliste, un poète, profondément attaché aux traditions sociales de son pays, à ses hommes et à son développement» écrit Jean-Pierre LEURS. La Politique, au sens de l’art de gérer la Cité, et la culture sont intimement liées : «L’homme, par le seul qu’il existe et qu’il se pense en tant qu’homme, dément la fatalité de sa condition. Ce pouvoir, l’artiste l’affirme avec force, qui non seulement développe sa propre vision du monde, mais sait la partager à d’autres ; le Grand Homme l’affirme également, qui perpétue par l’Histoire ses actes exemplaires» écrit André MALRAUX (1901-1976) dans «La Politique et la culture». Effet, Laye M’BOUP est un artiste charismatique d’un Sénégal nouvellement indépendant, aux intonations griotiques et aux envolées lyriques exceptionnelles, doté d’un engagement marqué pour la cause de son pays. Laye M’BOUP est un chanteur des quinze premières années de l’indépendance, à l’époque de la présidence du fondateur de la Nation sénégalaise, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), marquée par un renouveau culturel et artistique. L’ensemble lyrique, une des composantes du théâtre national de Daniel Sorano est doté de «répertoires essentiellement tournés vers des œuvres aboutissant, soit à la prise en compte de nos valeurs traditionnelles, soit à la réflexion portant sur des sujets spécifiques à la nation sénégalaise en gestation, soit encore à la diffusion d’idées propres à la reconversion des mentalités aux réalités nouvelles» écrit Maurice Sonar SENGHOR (1926-2007), directeur du théâtre Sorano, dans ses «Souvenirs de théâtres d’Afrique». En effet, pour le président-poète, SENGHOR, la culture et l’identité culturelle sont le fondement et le cœur du processus de développement «L’Etat assigne à la politique culturelle, la vocation d’exprimer et de forger , tout à la fois, une identité nationale, cette politique tout naturellement s’incarnera dans les institutions culturelles, voulues créées et entretenues par les pouvoirs publics» écrit Momar Coumba N’DIAYE, dans le «Sénégal contemporain».
En définitive, Laye M’BOUP est un artiste qui a considérablement participé à l’écriture du roman national sénégalais «On était envoûté par cette voix qui faisait resurgir dans les mémoires la bravoure et les chevauchées des guerriers d’antan : Lat-Dior, Bouna N’Diaye. L’homme avait séduit par la seule magie du poste-transistor.» écrit Djib DIEDHIOU. «Sénégal, Sunu Gaal» ou «Sénégal, notre pirogue» de 1972, participe, par conséquent, à cette écriture du roman national sénégalais, en glorifiant ce grand petit pays. Suivant Léopold Sédar SENGHOR, ayant instauré un Parti unique, l’Union progressiste sénégalaise, le pays est embarqué, dans la pirogue, dans une lutte pour le développement ; chacun doit donner sa contribution à la cohésion et à l’effort national, en ramant, non pas à contre-courant, mais dans le même sens. Par ailleurs, le Sénégal est un pays de «Téranga», d’hospitalité, les étrangers sont si bien accueillis qu’ils finissent par oublier de repartir chez eux. Cependant, l’étymologie du nom Sénégal est controversée. Cette version mythique et idyllique de SENGHOR, permettant de consolider la nation sénégalaise, est inspirée de l’abbé David BOILAT (1814-1901), un métis franco-sénégalais, dans ses «Esquisses sénégalaises», faisant fi de la longue histoire du peuple sénégalais, se place dans la logique coloniale, avant l’idée que le Sénégal serait d’abord «découvert» en 1364 par les commerçants de Dieppe, puis en 1446, par Denis FERNANDEZ, un navigateur portugais, «le premier Européen, qui passa l’embouchure du Sénégal, et lui donna ce nom facile à expliquer, quand on connaît la langue Wolof, car il l’appelle «Sanaga» ou «Sénégal». Il paraît évident qu’il dut demander au premier piroguier qu’il rencontra le nom du fleuve et lui répondit «Samma Gal» ou mon bateau, ou bien «Sougnou Gal», nos bateaux» écrit-il. Mais ce récit de l’abbé David BOILAT que SENGHOR tente d’accréditer, maintenant largement accepté, est contestée par certains chercheurs. En effet, pour Théodore MONOD (1902-2000) et d’autres chercheurs, Denis FERNANDEZ n’a pas débarqué à Saint-Louis en 1446, et le Sénégal serait tiré du nom d'une tribu berbère du Sahara, «Sénéga» ou «Sanaga». Ils se fondent sur un manuscrit en latin d’un Portugais, Diogo GOMES (1420-1502), découvert par un Allemand et traduit en français en 1959, qui précise que c’est un voyageur génois, Lanzarotto MALOCELLO (1270-1336), qui aurait fait adopter ce nom, d’une tribu maure, au XVIème siècle.
Riche de cet héritage culturel, Laye M’BOUP a su y apporter sa talentueuse touche personnelle «Laye M’Boup c’était une synthèse vivante d’un art aux facettes multiple, qui avait le don, sans rompre avec les exigences de l’harmonie, de s’appuyer à la fois sur le passé et le présent. On s’est interrogé parfois sur ses capacités de création, sur la richesse de son répertoire, bref sur sa puissance de renouvellement. On a ensuite tenté d’expliquer cela par les traditions lointaines d’un milieu familial dont les diverses générations surent apporter dans nos chansons une contribution fort enrichissante. Mais la tradition, à elle seule, ne peut tout expliquer. Elle ne serait que si peu de chose sans le talent allié à cette grande volonté de Laye M’Boup» écrit Alioune SENE, Ministre de la culture. Homme de son temps, Laye M’BOUP en sociologue et historien, a su capter et restituer par son art, une fidèle peinture du Sénégal, dans la deuxième moitié du XXème siècle.
«Lat-Dior» est l’une des importantes chansons de Laye M’BOUP, dans ce roman national sénégalais, glorifiant le Damel du Cayor et participant ainsi à en faire un héros national. «On est envoûté par cette voix qui faisait resurgir dans les mémoires la bravoure et les chevauchées des guerriers d’antan» écrit Djib DIEDHOU, dans le journal «Le Soleil». En effet, Léopold Sédar SENGHOR, un président modéré et particulièrement favorable aux intérêts de la France, comme d’ailleurs son premier ministre et successeur, M. Abdou DIOUF, ont réécrit l’Histoire, en imposant Lat-Dior DIOP (1842-1866), comme un héros du Sénégal. Des résistances héroïques ont été occultées, notamment celles des Jihadistes, El Hadji Omar TALL (1794-1864) et Maba Diakhou BA (1809-1867), sont de mentors de Lat-Dior. Le colonisateur, dans son entreprise de domination a tenté d’insuffler le complexe d’infériorité, en falsifiant l’histoire africaine. Le résistants africains, présentés comme de vulgaires roitelets, sanguinaires et assoiffés de pouvoir, des tyrans et cupides, à défaut d’être discrédités, ont été volontairement oubliés. Laye M’BOUP s’inscrit donc dans ce roman national du Sénégal, tel que l’ont conçu les pères de l’indépendance, une histoire lisse ne remettant pas fondamentalement le point de vue du colon. Il est constant et établi que Lat-Dior DIOP, Damel du Cayor, a combattu le colonisateur, qui l’avait détrôné, et envisageait de construire le chemin de fer traversant tout le Cayor, en vue de l’annexer ; il n’a donc pas accepté d’abdiquer, en renonçant à cette victoire totale du colonialisme. Cependant, dans ce récit, des faits majeurs ont été passés sous silence par le régime de SENGHOR. Tout d’abord, cette résistance louable, est tardive, élu Damel du Cayor, en 1861, vaincu à Loro, en 1864. D’autre part, Coumba N’Doffène DIOUF (1871-1923), le Roi du Sine, un grand collaborateur des colons, a refusé d’accueillir Lat-Dior, lorsqu’il a été chassé du pouvoir. C’est Maba Diakou BA, Almamy du Nioro du Rip, ou Badibou (voir mon article) qui a accueilli et protégé Lat-Dior DIOP durant son exil. Curieux destin, le 18 juillet 1867, jour de la bataille de Somb, Lat-Dior s’est enfui abandonnant lâchement Maba Diakhou BA son mentor. Ensuite, quand Lat-Dior retrouve son trône entre 1881 et 1882, une obsession de sa vie, il part combattre, avec les Français, Sékou Ahmadou. Enfin, c’est à partir de 1877, que Lat-Dior comprendra que le projet de chemin de fer traversant son royaume est une annexion, et se révolte contre les Français. Mais c’est trop tard, il est vaincu à Derkélé, le 26 octobre 1886, Samba Laobé FALL, neveu de Lat-Dior, un collaborateur du colon, ayant été tué à Tivaoune, le 6 octobre 1886.
La chanson «Jaraaf» diffusée à la radio sénégalaise, comme générique des matches de football, est bien populaire. Le «Jaaraf», un club de football de Dakar, créé le 20 septembre 1969, dont l’ancêtre est le «Foyer France Sénégal», a fait de cette chanson son hymne. Le «Jaraaf» est surtout un titre de l’aristocratie ouolof, chez les Sérères, un vice-roi ou chef du village, des royaumes précoloniaux du Sénégal, en particulier du N’Diambour. «Le Grand Jaraaf (Diourèye) devait recevoir toutes les doléances et plaintes sérieuses émanant du peuple ; il devait les exposer solennellement et souvent publiquement dans une palabre présidée par le Bourba (Roi). Le Grand Jaraaf seconde le Roi dans ses autres attributions» écrit Jean BOULEGUE (1936-2011), un historien. Pour Amady Aly DIENG (1932-2015), le «Jaraaf», mémoire et bouclier du royaume, est «un roi sans sceptre. L’importance de son pouvoir impressionne» écrit-il. En effet, Abdoulaye Bara DIOP a comparé le Grand Jaraaf à une sorte de Premier ministre. Le Jaraaf, dans la société Sérère qui est égalitaire, est un contrepoids au pouvoir absolu du Roi. «Contrairement à Rome où la royauté existait depuis le VIIIe siècle avant J.C., en milieu sérère, il n’y avait pas de pouvoir central avec un seul individu à la tête. Il y avait plutôt des patriarches qui rendaient la justice et administraient les hommes, chacun dans sa zone: ces Laman» écrit Ibrahima DIOUF.
La chanson «Lamine Gueye», en 1971, est un puissant hommage à un mentor de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Il faudrait replacer cette chanson dans le contexte de l’époque. Mamadou DIA (1910-2009), président du Conseil est emprisonné depuis 1962. Ses amis ont été exilés. Une chape de plomb lourde pèse sur le Sénégal. La grève de 1968 des étudiants a sérieusement secoué le régime qui a dû faire appel à la France pour rétablir l’ordre. Le prestige politique est moral de Lamine Amadou GUEYE (20 septembre 1891, à Médine, actuel Mali, 10 juin 1968, à Dakar), membre de la première et seconde constituante, député puis sénateur du Sénégal au Parlement français de 1946 à 1959, premier président de l’Assemblée nationale sénégalaise, est tel qu’à sa mort, en 1968, toutes les grèves étudiantes et des travailleurs, tous les troubles qui avaient inquiété le président SENGHOR, ont comme par enchantement cessé. Initiateur de la loi du 7 mai 1946 octroyant la pleine citoyenneté aux colonisés, mettant ainsi fin au Code de l’Indigénat, chef de la SFIO au Sénégal, maire de Saint-Louis et de Dakar, instituteur, avocat, mathématicien, directeur d’un journal, et premier docteur en droit africain en 1921, il avait défendu en 1944, les insurgés du Camp de Thiaroye, en 1947, les révoltés de Madagascar, Duguay Clédor N’DIAYE (1836-1937), maire de Saint-Louis et président du Conseil colonial, victime de violences, Cheikh HAMALLAH (1883-1943), chérif du Nioro (Mali), mort en déportation en France, et El Hadji Cheikh Anta M’BACKE, fils de Momar Anta Sally M’BACKE, des marabouts persécutés par le colonisateur. Membre du Parti socialiste et de la Ligue de Défense de la Race Noire fondée par le Sénégalais Lamine SENGHOR (1889-927), cette radicalisation inquiète les autorités coloniales. Il n’a jamais pu battre Blaise DIAGNE (1872-1934). Quand arrive l’Occupation de la France, et contrairement à Galandou DIOUF (1875-1941), député du Sénégal qui a voté les pleins pouvoirs au Maréchal Philippe PETAIN (1856-1951), il démissionne de tous ses mandats et revient au Sénégal. Aux élections de 1951, Léopold Sédar SENGHOR, allié à Mamadou DIA, qui avait choisi pour cible électorale les populations rurales, bat son mentor, Lamine GUEYE, encore resté citadin, et hors du Sénégal réel. Cependant, SENGHOR, qui a une dette à son égard, lui réserve en octobre 1961, le poste de président de l’Assemblée nationale jusqu’à sa mort.
La chanson de Laye M’BOUP «Aynina Fall», est un épisode dramatique de la lutte politique entre SENGHOR et Lamine GUEYE, avant l’indépendance. Dans cette concurrence féroce pour le leadership politique au Sénégal, entre le Bloc Démocratique sénégalais (BDS) et la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) de maître Lamine GUEYE, en vue de la préparation de la campagne des législatives de 1956, pour deux sièges de députés à pouvoir, le 23 janvier 1955, des partisans du BDS tirent sur la caravane de Lamine GUEYE en Casamance et font quatre morts. Ousmane Socé DIOP, écrivain, un proche de Lamine GUEYE, est grièvement blessé à la cuisse. Les partisans de Lamine GUEYE, lynchent et tuent Aynina FALL, un partisan de SENGHOR et un syndicaliste. En revanche, il a été bien inspiré d’être aux côtés des grévistes ; ce qui lui avait valu une grande popularité. Lamine GUEYE avait refusé de soutenir la grève des cheminots, de la ligne Dakar-Niger, qui avait paralysé le Sénégal, du 11 octobre 1947 au 19 mars 1948. Léopold Sédar SENGHOR, devenu maire de Thiès en novembre 1956, compose un poème en l’honneur de ce martyr, une «Elégie pour Aynina Fall, poème dramatique à plusieurs voix». Il y est question du courage et de la dignité de Aynina FALL, Secrétaire-Général Adjoint du BDS, le parti de SENGHOR, lynché à mort en 1956, à Thiès : «C’était à Thiès, l’autre année. Les chacals étaient réunis autour de l’hyène, et les cynocéphales. Les chacals se jettent sur lui, lui plantent leurs crocs dans le dos. Les chacals aboient. Le sang ruisselle de ses blessures profondes, qui arrosent la terre d’Afrique». SENGHOR immortalise le militant du B.D.S «Il a donné sa vie sans rupture de l’unité des peuples noirs. Aynina Fall est mort, Aynima Fall est vivant parmi nous». Le roman, «les Bouts de bois de Dieu» de SEMBENE Ousmane (1923-2007), valorise cette lutte héroïque des cheminots.
La chanson «Bouna N’Diaye» est aussi une partie du roman national sénégalais. Laye M’BOUP fait de Bouna N’DIAYE, le dernier Bourba du Djolof, avant l’annexion de son pays par les colons, celui qui a ramené la paix, la prospérité et la joie. Cependant, cette vision idyllique de l’époque senghorienne, masquant l’héroïsme du père Alboury N’DIAYE et la collaboration du fils, Bouna N’DIAYE, ne correspond pas à la réalité des faits historiques. Certes, Bouna N’DIAYE (1877-1952) avait une certaine éthique et une conception haute de sa mission «Quiconque profite des deniers d’un pays qui lui est confié ne servira jamais ce pays» dit-il. «Ceux qui ne voient rien de grand, n'engendreront rien de grand pour le Sénégal. Les âmes obscures ne sauront s'affranchir de la pauvreté» ajoute-t-il. Né à Yang-Yang et mort à Saint-Louis, Bouna N’DIAYE, homme des colons, a été investi le 17 décembre 1895. Délégué à l’Exposition coloniale de 1906, et à celle de 1931 à Paris, le 23 juin 1947, Croix de guerre avec un salaire à vie, et en récompense aux services rendus à la France, il est promu le 23 avril 1947, Grand officier de la légion d’honneur. Bouna N’DIAYE est héritier de l’empire du Djolof, fondé au XIIIème siècle, par N’Diadiane N’DIAYE, un métis arabo-peul. Si Bouna N’DIAYE a été accommodant avec le colonisateur, son père, Alboury N’DIAYE (1847-1901) a été une grande figure de résistance au colonialisme auprès de l’Almamy, Maba Diakhou BA, du Nioro du Rip, et exilé pour ce fait. En effet, en relation avec l’Almamy du Fouta, Maba Diakhou, Alboury combat les colons en 1881. Il défait les troupes de Samba Laobé FALL, le 6 juin 1886 et attaque le Cayor. Refusant de collaborer avec les Français et considéré comme un roi «Faroteur», un frimeur, la capitale de Alboury, Yang-Yang est détruite par le colonel Alfred DODDS (1842-1922). Alboury part alors au Soudan, actuel Mali, pour rechercher l’appui de Amadou Cheikhou TALL (1836-1897), fils d’El Hadji Omar TALL, un résistant. Les Français en profitent pour annexer le Djolof. C’est Louis ARCHINARD (1850-1932), avec l’aide des Maures, qui capture Bouna NDIAYE et le conduit à l’école des otages, ou école des fils de chef. Aussi, avec l’appui des Peuls du Mali vaincu par  Louis ARCHINARD et s’exile au Sokoto. D'après la tradition l’indomptable, Alboury N’DIAYE, mourut à Kalakala (Nigeria, Etat du Kano), et fut enterré à la place même. Il mourut d'une flèche empoisonnée tirée par un enfant non circoncis, qui le toucha à l'auriculaire. Cheikh Aliou NDAO est l’auteur d’une pièce de théâtre, «l’exil d’Alboury» qui a été jouée à Sorano.
«N’Dongo Daara» est une chanson de Laye M’BOUP dénonçant la misère et la maltraitance des enfants, «les Talibés» ou disciples fréquentant les écoles coraniques. «N’Dongo Daara» insiste sur le thème de l’éducation, un puissant outil de développement, favorisant également l’égalité des chances. En particulier, Laye M’BOUP insiste sur la quête du savoir, libérateur de l’obscurantisme. L’éducation est aussi un des axes majeurs de la politique senghorienne. Sans éducation, il n’y a pas de développement. Cette chanson de Laye M’BOUP est plus que jamais d’actualité, notamment en ce qui concerne les écoles coraniques, où il a été parfois observé de la maltraitance. Par ailleurs, outre la baisse du niveau éducatif, la formation professionnelle et l’adaptation des études aux besoins du pays, sont les enjeux majeurs du pays.
II – Laye M’BOUP, moraliste, poète précurseur d’une musique sénégalaise authentique
Tant qu’il a été au théâtre Daniel SORANO, Laye M’BOUP, sans doute un grand compositeur, change de dimension dès qu’il rejoint l’Orchestra Baobab, en passant avant cela par le Rio Stand Band de Dakar. Laye M’BOUP a «introduit, à travers l’Orchestra Baobab de Dakar, le chant griotique original dans la musique sénégalaise d’orchestration moderne. C’est au sein de cette formation que les mélomanes découvrent qu’il avait toujours, en chantant, une vision très élevée des choses de la cité» écrit Nago SECK. En effet, à cette époque, l’Orchestra Baobab, par ailleurs fondé sur la diversité et accueillant des hommes venus de différents horizons, était encore subjugué par les musiques cubaines, noires américaines, guinéennes et congolaises. Leur répertoire de la musique sénégalaise particulièrement pauvre, voire inexistant. Curieux constat, car le folklore sénégalais, et en particulier de la société ouolof dont est issu Laye M’BOUP, est particulièrement riche. Il existe une grande variété des chansons traditionnelles ouolofes, avec une dimension littéraire ; c’est l’Afrique des forces de l’esprit : «Le Taajaboon» ou chant de la nuit du Tamkarit ou Maouloud, sera exploité par Ismaël LO, «le Baawnaan» ou chant de prière pour la pluie, «le Ndëupp» ou un rite de dépossession, d’exorcisation, «le Gumb» ou un chant aux divinités de la mer, «le Xas» une déclamation lors d’une veillée d’armes, «le Ngomar» ou l’accompagnement à l’initiation ou la circoncision, «le Njam» accompagnant le douloureux tatouage des gencives, «le Céet» chant pour la nouvelle mariée, «Xaxar» le bizutage de la nouvelle mariée, «le laaban» célébrant la défloraison de la nouvelle mariée, «le Taasu» ou «Taag» des éloges parfois accompagnés de généalogie, «le Bakku» ou autolouanges ou autoglorification des lutteurs, «les Kassak» et les «Ngonar» lors de la circoncision, etc. Par conséquent, l’apport déterminant de Laye M’BOUP, qui venait de l’ensemble lyrique de Sorano, c’est ce savant mélange entre tradition et modernité. Remarquable compositeur. Quand SENGHOR fonde l’ensemble lyrique auquel appartient Laye M’BOUP, il préparait déjà la prochaine étape : le Festival Mondial des Arts Nègres. Laye MBOUP collaborera un certain temps avec le «Star Band» de Ibra KASSE, avant de rejoindre l’Orchestra Baobab. La contribution de Laye M’BOUP à l’Orchestra Baobab, pour son rayonnement national et international a été décisive ; il a décillé les yeux de tous les artistes sénégalais, encore sous le charme des influences musicales étrangères ; en allant chercher ailleurs, ces chanteurs sénégalais, des débuts des indépendances, n’avaient pas réalisé qu’ils étaient assis sur une mine d’or. Laye M’BOUP nous a donc aidés à croire en nous-mêmes.
La chanson de Laye MBOUP qui a marqué les esprits est «Jigeen Del Wax Nijaay» en 1972, année d’inauguration de la télévision sénégalaise. La promotion de ce disque a été faite par Ibra KASSE, en compagnie de Laba SOSSEH (1943-2007) chanteur, à Bruxelles. Laye M’BOUP, qui ne boit pas et ne fume pas, est un moraliste appréciant les bonbons et déteste la noix de colas. Il puise ses chansons, qu’il compose lui-même dans les valeurs traditionnelles du Sénégal, restées encore profondément aristocratiques. «L’après-midi, quand tu te pomponnes et te pares de tes plus beaux atours, bien parfumée, de nos jours les hommes sont faciles à séduire, ton mari sera conquis. Belle dame, il faut appeler ton mari Nijaay (Tonton)» chante-il. Dans cette chanson, «Jigeen Del Wax Nijaay» Laye M’BOUP fait l’éloge des valeurs aristocratiques, de cette Afrique maternelle, si une femme est obéissante, elle fera de bons, beaux et valeureux enfants. Abdoulaye Bara DIOP a bien montré le statut prééminent de l’homme sur la femme, comme d’ailleurs dans la société traditionnelle qu’il a bien étudiée. S’il y avait, dans la littérature quelques éléments en faveur de la libération de la Femme, c’est l’année 1975 qui donne un peu plus de visibilité à la lutte des femmes pour l’égalité. Le «Soroptimiste International Club de Dakar», le meilleur pour les femmes, n’a été créé que le 28 avril 1977, par Annette M’BAYE D’ERNEVILLE, une femme de lettres, même si les idées bouillonnaient, les débats étaient encore largement confinés dans des cercles restreints, que Mariama BA (1929-1981) popularisera. C’est un thème récurrent, dépassant largement la société ouolof, présent chez les Peuls, et les Malinkés, Aoua KEITA, une féministe malienne (voir mon article) en parle dans les contes que lui racontait sa mère. Je crois même que le coup de boule de Zidane, lors d’une coupe du monde, contre un joueur italien, qui avait insulté sa mère, témoignage, dans le Maghreb, de la puissance de ce thème traditionnel, d’une Afrique maternelle, d’une Mère sacrée, à chérir. Aussi en Afrique, la femme traditionnelle ne doit pas prononcer le prénom de son mari, par respect. Cependant, la société ouolof, dans la société sénégalaise, dans ce rapport de la femme à son époux, a une dimension affective et originale : la femme doit appeler son mari «Nijaay» ou «tonton». C’est une relation pudique, pleine de séduction, de tendresse, de respect et de complicité, une des grandes originalité de la société ouolof.
Le Sénégal, à l’aube des indépendances, est société où l’individu est resté longtemps écrasé par la famille et le groupe social, les chants d’amour, exprimant l’individualisme, n’étaient pas monnaie courante dans le répertoire musical sénégalais. Aussi, quand, Laye M’BOUP, dans un Sénégal en pleine mutation et modernité, «Yaama Don Xool» son tube sentimental fait un tabac. Il y chante le désir, la convoitise et les regards échangés sources d’amour.
Subitement au milieu de sa chanson, en hommage à Ndiaga M’BAYE, Laye M’BOUP explose et crie à la face du monde : «Amoul Guéwél ! Amoul Guéwél !» ; en matière d’amour il faut abattre toutes les barrières notamment de caste ou d’ethnie. Cette chanson participe à l’écriture d’un roman national sénégalais, un pays de tolérance et d’égalité, où tous les préjugés doivent être bannis.
A la mort de Laye M’BOUP, l’Orchestra Baobab, entré en crise, a disparu de la scène, pour ne réapparaître qu’en 2002. L’Orchestra Baobab n’avait pas réalisé que le travail de Laye M’BOUP, le Mbalax avait conquis le Sénégal et le monde entier. La nationalisation de la musique sénégalaise est devenue une donnée majeure de notre temps. D’autres musiciens, notamment comme Baaba MAAL, devenu le «Daandé Légnol» ou la voix du peuple du Fouta-Toro (voir mon article), ont, comme Laye M’BOUP fait confiance au riche folklore du Fouta-Toro, notamment «le Yéla», en le modernisant. «Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits» dit la Bible. Le motif secret de nos actes, les plus décisifs nous échappe. Laye M’BOUP qui avait le pressentiment que sa vie serait courte, voulait transmettre son art. Laye M’BOUP, chez lui recevait des jeunes qui souhaitant s’orienter vers la musique en les encadrant les encourageant.
En 1973, parmi ceux-ci, il y avait Thione SECK (voir mon article), âgé de 17 ans «Je ne serai bientôt plus là, mais tu seras mon digne successeur» dit-il à Thione SECK (1955-2021), quinze jours avant sa mort. Laye M’BOUP avait composé, quelques jours avant sa mort, «Ndjirim», une chanson évoquant la sollicitude et la compassion dont on doit entourer la famille d’un défunt. Thione SECK, puis son fils Waly SECK, ont repris le flambeau, et c’est Youssou N’DOUR, le roi du Mbalax, qui a internationalisé la musique sénégalaise. «Abdoulaye M’Boup laissera planer, longtemps encore après sa disparition, l’image poignante d’un arbre en pleine sève, qui s’élançait vers la lumière, mais que la mort aura tout foudroyé. Au-delà de la tombe, Abdoulaye M’Boup pourrait continuer encore à servir l’art et la chanson sénégalaise si sa vie brève, mais bien remplie, servait d’exemple à ses camarades des différentes disciplines», Alioune Badara SENE, Ministre de la culture, qui appelait à un renouvellement et un enrichissement de la musique sénégalaise, ne croyait pas si bien dire.
Mes très vifs remerciements à mes amis et frères, M. Amadou BAL, magistrat à Dakar et à M. Moussa DIOP, journaliste au «Soleil»,  pour les précieuses et rares archives du journal «Le Soleil» de juin 1975 transmises.
Références
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Paris, le 19 septembre 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«Abdoulaye M’BOUP (1937-1975), chanteur et compositeur, moraliste de l’ère senghorienne, un artiste du roman national sénégalais» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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