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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 22:15
«Gaston DEFFERRE dit «Gastounet» (1910-1986), Ministre d’Etat de la Décentralisation de François MITTERRAND et initiateur de la Loi-Cadre de 1956 sur l’Outre-mer» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans cette série d’articles, en hommage au 40ème anniversaire de la victoire du 10 mai 1981, de François MITTERRAND, le rôle de Gaston DEFFERRE, Ministre d’Etat de l’Intérieur de  ne peut pas être passé sous silence. Avocat au barreau de Marseille à partir de 1931, militant socialiste depuis 1933, Maire de Marseille en 1944, puis à partir de 1953, puis à partir de 1944, Directeur du Provençal, député puis sénateur socialiste des Bouches-du-Rhône de 1945 à 1958, Ministre de la France d'outre-mer de 1956 à 1957 et Ministre de l'Intérieur de 1981 à 1984, Gaston DEFFERRE, ou «Gastounet», avec son accent du Sud est un personnage haut en couleur, le dernier à se battre en duel en France, le 21 avril 1967, contre le gaulliste, René RIBIERE.
Pendant deux siècles, la France est restée jacobine, centralisatrice. Dans son projet politique, la décentralisation est conçue comme une audace, un instrument de rupture avec ce lourd passé où les collectivités locales sont placées sous le statut de la minorité et du contrôle permanent de l’Etat. Charles de GAULLE a démissionné à la suite de l’échec de la régionalisation en 1969. Michel ROCARD appelait à : «Décoloniser la province». Suivant François MITTERRAND, «pour changer la vie», il faudrait décentraliser. «La décentralisation est une grande affaire d’un gouvernement de gauche, et le maître-mot d’une expérience de progrès», disait en 1977, François MITTERRAND. La Gauche doit être habitée par une exigence de «démocratie territoriale» ajoute-t-il. Dans cette «grande affaire du septennat» suivant Pierre MAUROY, la décentralisation, une des grandes réussites de François MITTERRAND, il s’agissait de mener une stratégie claire : la rapidité de la rupture pour éviter l'enlisement. La décentralisation «ne pourra réussir que si elle provoque d'emblée une rupture radicale de l'équilibre d'ensemble du système», disait en 1970, François MITTERRAND, un ancien élu local. Il faut que «les dossiers ne remontent plus à Paris» disait-on au Parti socialiste. Aussi, la loi du 2 mars 1982 sur la décentralisation, octroie aux élus locaux ainsi confortés, des pouvoirs étendus, en matière d'urbanisme ou d'action sociale et les moyens mis à leur disposition sont renforcés. Et, surtout, principale attente de ces élus, la tutelle de l'Etat sur les collectivités locales est supprimée ; le contrôle de l’Etat est devenu une surveillance à posteriori, devant le juge administratif, avant laquelle le Préfet, fait préalablement des observations. Cependant, les collectivités locales n’ont pas gagné le pouvoir fiscal escomptés et le «mille feuilles», cet empilement de structures locales, restent des défis de notre temps, avec notamment la suppression de la taxe d’habitation, ainsi que la réduction des dotations financières. Par ailleurs, à Paris, Lyon et Marseille, les mairies d’arrondissement n’ont pas eu les compétences escomptées, Gaston DEFFERRE, confronté dans sa ville à une opposition virulente, s’y était opposée. Et la question de l’extension des pouvoirs des maires d’arrondissement a refait surface.
Si François MITTERRAND dans sa stratégie gagnante s’est attaché de la collaboration de Gaston DEFFERRE, c’est en raison de sa carte de visite exceptionnelle. Tout d’abord Gaston DEFFERRE est la tête de l’une plus puissantes fédérations du Parti socialiste, celle des Bouches-du-Rhône, rivalisant avec celle du Nord. Résistant, protestant languedocien, patron de presse, Gaston DEFFERRE a été candidat aux présidentielles de 1965 contre le général de GAULLE, avant de s’allier avec François MITTERRAND.
Contrairement à une idée reçue, Gaston DEFFERRE n’est pas né à Marseille, à Marsillargues (Hérault), le 14 septembre 1910. Il était venu à Marseille pour son stage d’avocat, puis il est resté. Sa sœur, Marie-Louise DEFFERRE (1908-2009), mariée André CORDESSE (1898-1968), protestant et riche industriel, à la tête d’une importante entreprise d’huilerie-savonnerie, l’introduit dans le milieu des affaires.
Gaston DEFFERRE est le plus Africain de tous les ministres de François MITTERRAND. Fils d’Eugénie Suzanne CAUSSE (1882-1961) et de Paul DEFERRE (1882-1971), son père a été une éminente personnalité au Sénégal. Issu d’une famille bourgeoise protestante nîmoise, d’origine cévenole. Les Protestants ont connu les bûchers, les guerres de religion et l’accalmie de l’Edit de Nantes. Face aux brimades et aux vexations, Gaston DEFFERRE sait et notamment lors de la Deuxième mondiale, sait ce que cela veut dire, résister.
Son père, Paul DEFFERRE étant avoué, à Nîmes, le jeune Gaston partage sa vie entre Nîmes et Dakar, au Sénégal, où sa famille fut conduite à s’installer, à partir de 1918, son père ayant été ruiné par le jeu. On dit que Gaston DEFFERRE serait né à Dakar, mais que ses papiers auraient été falsifiés pour déclarer sa naissance à Martigues. Une certitude, Gaston a vécu à la rue Waguane Diouf, dans la maison familiale à Dakar. Il y a passé une bonne partie de son enfance, à partir de 1920 ; son père, avocat, a ouvert un cabinet à Dakar devenu florissant. «Pour Gaston, la vie redevient facile, la mer, les domestiques» écrit, Gérard UNGER, un de ses biographes. A défaut d’une école, les parents assurent l’éducation des enfants. L’été, toute la famille regagne la France. Mais au cours d’une excursion dans un casino, Paul DEFFERRE noue une liaison avec une jeune femme. Aussi son épouse le quitte et refuse et refuse de revenir au Sénégal. Paul DEFFERRE s’est présenté aux législatives de 1924 contre le député Blaise DIAGNE et a essuyé une défaite : «La masse indigène s’est liguée pour faire triompher le représentant de sa race. Elle a donné sa voix, non à l’homme, mais à l’épiderme» dira-t-il, amèrement. En raison de sa proximité avec l’Afrique, Gaston DEFFERRE, sous Guy MOLLET, avec l’appui de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, et face aux guerres coloniales menaçant l’Empire français, aura le coup de génie de retard l’échéance de la dislocation en proposant la loi-cadre du 23 juin 1956, un début d’émancipation des pays africains, dans le cadre d’une autonomie interne, sans souveraineté internationale. Au sein de l’Union française, c’est un début d’africanisation des cadres, avec une assemblée territoriale dans chaque pays africain, et un premier ministre.
Gaston DEFFERRE s’est marié deux fois. Sa première épouse, Renée DEFFERRE-ABOUKER est une sympathisant communiste et l’union a duré de 1935 à 1945, puis la relation s’est distendue. Jouisseur et fréquentant les bordels et sans enfants, Gaston DEFFERRE finira par se ranger dès qu’il rencontre, Edmonde CHARLES-ROUX (1920-2016), résistante, muse de Louis ARAGON, amie d'Orson WELLES, prix Goncourt et décorée de la Croix de guerre. «C'était juste après mon Goncourt, j'étais descendue à Marseille à l'invitation de la municipalité, avec mon éditeur. Gaston Defferre me reçoit chez lui, avec sa femme ; on déjeune, on se baigne dans la piscine et je rentre à Paris. Le lendemain, je reçois ce télégramme : «J'arrive», c’est ainsi qu’Edmonde CHARLES-ROUX relate sa rencontre avec «Gastounet». Le jour de leur mariage, en 1973, Edmonde CHARLES-ROUX lui dira : «Tu n'auras le droit de me tromper qu'avec une seule femme: Marseille».
Egérie de la gauche anticonformiste et antiraciste, Edmonde CHARLES-ROUX est une femme anticonformiste qui cachait, sous ses allures de grande bourgeoise un cœur à gauche, une volonté de fer et les passions d'une rebelle. Elle s’implique auprès des légionnaires les plus démunis et reçoit en 2007 le grade de caporal d’honneur de la Légion étrangère. «On me dit gauche caviar. Pourquoi pas ? L'essentiel, c'est la gauche. Si le caviar vient avec, tant mieux ! Cela veut dire qu'on était destiné à vivre à droite et qu'on a le cœur à gauche», lançait-elle. Résistante pendant la guerre, Edmonde devient infirmière volontaire aux armées. Elle a 19 ans. Résistante à Marseille, elle est appelée par le général de LATTRE de TASSIGNY, rallié au général De Gaulle, et reste attachée à son cabinet jusqu'à la Libération. Blessée à deux reprises, Edmonde reçoit la Croix de guerre. Contrairement à l’avis de ses parents, Edmonde devient journaliste 1947 au jeune magazine Elle avec Françoise GIROUD et Hélène LAZAREFF. "Ma chance ? La journaliste qui devait couvrir la réouverture de la Scala tombe malade, on m'y envoie. C'est le retour de Toscanini après son exil. Je connaissais ses filles, j'ai été invitée dans sa loge", racontait-elle. Féministe et indépendance, Edmonde est une romancière talentueuse. En 1955, elle participe aussi à l'écriture de la saga historique à succès "Les Rois maudits" de Maurice DRUON. "J'ai été un de ses nègres en somme", s'amusait-elle. «Oublier Palerme», son premier roman, a connu un grand succès public et la consécration par le Prix Goncourt. «Oublier Palerme» raconte l'histoire de deux femmes, Babs et Gianna, qui travaillent dans la presse féminine, et l'histoire de deux mondes, New York qu’Edmonde critique et la Sicile dont elle loue les beautés. «D’un côté, Palerme, la Sicile de la poussière, de l’étouffement, de l’honneur, de la misère, des passions gratuites et violentes, de la mer... De l’autre, n’importe laquelle de nos métropoles de commerce, d’argent, avec leur façon de briser les vies par la hâte, la férocité... Et, voguant entre ces deux univers, d’une époque à l’autre, les émigrants, paysans ou seigneurs, nostalgiques ou avides de recommencer. Si ce roman nous apparaît aussi dense, riche, lourd de vraie vie et de tendresse, c’est qu’il a été écrit à côté des modes littéraires, en plein cœur des souvenirs et de l’imagination» souligne François NOURISSIER. «L’amour d’Edmonde Charles-Roux pour la Sicile, sa connaissance et son intuition du monde sicilien, de certaines de ses réalités et de ses profondeurs historico-culturelles m’ont fait retrouver dans Oublier Palerme des thèmes que je poursuis dans ma tentative de brosser un portrait au cinéma du Sud de l’Italie» ajoute Francesco ROSI. Dès sa parution Oublier Palerme obtint le Prix Goncourt et connut un succès mondial.
La disparition de Gaston DEFFERRE est tragique. Mis en minorité, lors d’une réunion de la fédération des Bouches-du-Rhône du Parti socialiste, face à Michel PEZET, le 6 mai 1986, Gaston DEFFERRE mourut, victime d’un malaise, le 7 mai 1986, à Marseille.
Indications bibliographiques très sommaires
ALEXANDRE (Philippe), L’adversaire du général Gaston Defferre, Paris, R Solar, 1964, 174 pages ;
COTTAT (Michèle), Les élections présidentielles de 1965, Paris, Crapouillot, 1966, 86 pages ;
FURLON (Murielle), Un socialiste face à la guerre d’Algérie : Gaston Defferre, 1992, 112 pages ;
MARION (Georges), Gaston Defferre, Paris, Albin Michel, 1989, 361 pages ;
ROCHU (Gilbert), Marseille, les années Gaston Defferre, Paris, éditions A Moreau, 1983, 271 pages ;
SUFFERT (Georges), De Defferre à Mitterrand, la campagne présidentielle, Paris, Seuil, 1966, 198 pages ;
UNGER (Gérard), Gaston Defferre, Paris, Fayard, 2011, 416 pages.
Paris le 22 mai 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
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