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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 22:30
«Assane SECK (1919-2012), universitaire, nationaliste, diplomate, homme d’Etat et de culture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/ 
Assane SECK «symbolisait le Sénégal dans son unité et dans sa diversité. L’homme d’Etat remarquable qui, toute sa vie durant, a été un modèle d’engagement et de désintéressement, au service de sa région, de son pays et de l’Afrique. Ce militant des premières heures de l’émancipation et du développement du Sénégal incarnait le Sénégal dans son unité et sa diversité. Il symbolisait l’Afrique dans sa sagesse et son espérance» dit le président Macky SALL.
Educateur, ancien Tirailleur sénégalais, nationaliste, militant socialiste et homme d’Etat sénégalais Assane SECK a connu la plus longue et particulièrement riche carrière politique de 17 ans, en ayant été successivement ministre des Affaires culturelles (juin 1966-juin 1968), de l’Education nationale (juin 1968-mars 1973), des Affaires étrangères (mars 1973 - mars 1978), de la Culture (mars 1978-mars 1981) et de l’Equipement (juillet 1981-mars 1983). Assane SECK a été assimilé à un arbre emblématique du Sénégal : le baobab, «cet arbre majestueux qui a lui seul réuni toutes les vertus de la nature. Cet arbre dont la longévité et la robustesse symbolise la sagesse et la pérennité. L’arbre, au tronc ventru et au bois mou gorgé d’eau que l’on appelle pour cela “arbre bouteille“. Généralement très massif, mythique, sobre mais si impressionnant. Vous avez deviné qu’il s’agit du Baobab ! Assane Seck avait non seulement l’allure caractéristique du Baobab mais également toutes ses qualités» écrit Mme Annette SECK.
Le professeur Assane SECK a laissé derrière lui, une importante production intellectuelle, dont ses mémoires constituant un pan de l’histoire du Sénégal, et intitulés : «Sénégal, émergence d’une démocratie moderne (1945-2005)». Ecrivain et auteur de cinq ouvrages, ses premiers travaux concernent la Casamance, mais aussi en tant que géographe, Assane SECK s’est attelé au phénomène des grandes villes, dont Dakar.
On l’oublie souvent, Assane SECK, outre ses fonctions ministérielles, est avant tout un homme de culture. Président de la Société africaine de culture jusqu’à sa mort, une structure fondée par Alioune DIOP (1910-1980), à la base du Festival mondial des arts nègres de 1966 et de divers congrès. Si Assane SECK a été un prestigieux ministre de la culture, le Musée dynamique et l’université des Mutants, dans leur dimension élitiste n’ont pas bien été compris par les Sénégalais. Cependant, la Biennale de Dakar a survécu de cette politique senghorienne de la culture. Il restera surtout dans la mémoire des Sénégalais, que Assane SECK, avait joué, en 1940, dans une pièce historique de Fodéba KEITA (1921-1969), le rôle de «Bigolo», un surnom de Djinabeu (Djignabo) ou encore BADJI Bassène, à William Ponty. En effet, la légende de Bigolo, dans sa résistance contre le colonisateur, commençant à tomber dans l’oubli, fut ressuscitée, entretenue et amplifiée, par les élèves casamançais, dont Assane SECK, à William Ponty. Dans l’histoire de Bigolo, il y a un fait qui fait consensus. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, la Casamance, abritée par d’épaisses forêts et isolée au milieu de lacs et fleuves, avait échappé à la domination coloniale. Les Français, convoitant notamment le bois casamançais ou d’autres produits, dans une atmosphère de méfiance et d’hostilité de la population, ont fait appel à des intermédiaires, des traitants, souvent étrangers ou venus d’autres régions du Sénégal.
Cependant, le capitaine LAUQUE, appuyé par 250 Tirailleurs sénégalais et un canon, a engagé une expédition du 24 octobre 1905 au 25 juin 1906. Aussi, l’oppression coloniale se mit en marche contre les autorités traditionnelles, notamment les féticheurs, révoltées contre la levée des impôts. C’est dans ces circonstances que Bigolo, ou Ahan-Boekin, a été tué à Séléki (commune rurale d’Enampore, arrondissement de Nyassia), dans des circonstances non encore élucidées.
Pour les Français, en bivouac, le 17 mai 1906 leur camp est attaqué, de nuit, par des guerriers Diola. Le tirailleur de faction lance deux sommations et finit par tirer. «Au petit matin, des villageois se présentent pour demander d’enlever le corps de leurs soldats tués la nuit ; ils apprirent, par la suite, que la victime, Djignabo était un grand féticheur de Séléki» écrit Philippe MEGUELLE. Suivant la tradition orale, Djignabo, surpris par les sommations d’un tirailleur, dont il ne comprenait pas la langue, Djignabo tenta de s’enfuir, mais une balle lui traversa le corps ; il s’écroula à côté d’un point d’eau. Suivant une autre version, il ne serait que blessé, lorsque ses parents vinrent le récupérer, il serait mort dans la concession  d’un de ses cousins à Séléki. Dans leur propagande les colons affirment que, dès la mort de Djignabo, la pacification de la Casamance aurait commencé.
Cette thèse accidentelle de la mort de Djignabo a été contestée : «Djignabo était l’âme de la résistance parmi les Séléki» écrit Christian ROCHE. En effet, le sacrifice de Djignabo aurait réveillé la résistance casamançaise. Un point acquis est que la légende de Djignabo, le résistant, a survécu dans la mémoire des populations. Dès sa tendre enfance, Bigolo se distingua par son courage et sa force physique, qui firent de lui un champion de lutte. Aussi, ses amis le surnommèrent «Egnab», c’est-à-dire l’éléphant en Diola, qui par déformation deviendra Djignabo. Dans ce mythe devenu tenace, les soldats français sont qualifiés «d’envahisseurs», Bigolo est devenu un porte-drapeau de la résistance «A Séléka, il se rapprocha du bivouac avec ses hommes, pour exécuter une attaque surprise, le 17 mai 1906. Tous les habitants de Séléka et leurs alliés furent mobilisés par le tam-tam de guerre pour se préparer à la lutte ; l’objectif étant de chasser les Français hors de leurs territoires» écrit Moustapha KEBE.
En définitive, Assane SECK est «un artiste, un comédien qui sait fasciner, un danseur, un acteur qui sait jouer les rôles du chef sage, du guerrier et du tribun» écrit Abdoulaye Racine SENGHOR. Il aura donc contribué à populariser l’image d’un Bigolo résistant. Un lycée, depuis 1964, porte le nom de Djignabo, à Ziguinchor. SEMBENE Ousmane (1923-2007), né à Marsassoum, dans son film «Emitaï», en 1971, a fait revivre le personnage de «Bigolo». Emitaï, dans la cosmogonie Diola, est un Dieu suprême, ayant fabriqué la vie en même temps que la mort, qui reste en l’état virtuel ou latent, tant que l’Homme ne l’a pas provoquée, notamment par l’action d’un sorcier. Bigolo aurait-il recherché la mort, en se posant en martyr ?
Assane SECK a été Ministre des Affaires étrangères à un moment clé de l’histoire du Sénégal. Après la période de glaciation, le poste de premier ministre a été rétabli, Mamadou DIA allait être libéré en 1974 et le multipartisme limité instauré. Cependant, sur la scène internationale, la Guerre froide était encore de rigueur, le Sénégal avait toujours son remuant voisin, Ahmed Sékou TOURE (1922-1984), l’Apartheid en vigueur et certains pays africains, dont la Guinée-Bissau, la Namibie, l’Angola et le Mozambique, étaient encore sous le joug colonial. Somme toute, le professeur Assane SECK aura contribué, de façon décisive, à renforcer la bonne image et le prestige du Sénégal. Cependant, la politique étrangère du président SENGHOR, arrimé à la Françafrique, n’était pas exempte de toute critique, notamment dans la tiédeur de son soutien aux mouvements de libération nationale.
Assane SECK est né le 1 er février 1919 dans le village d’Inor à Sédhiou, son père y est un traitant.  Assane SECK a été élevé et grandi en Casamance, son fief politique, une région par excellence de la diversité où vivent les Baînounk, les Diola, Manjack, Mancagne, Balante, Mandingue, Peul et Ouolof «La Casamance, malgré son enclavement entre trois pays étrangers, est la région la plus cosmopolite du Sénégal» écrit Assane SECK. Il a des grands-parents maternels, des ancêtres Lébous du Cap-Vert et de Guet-N’Dar, ayant des attaches familiales chez les Sérères Niominka et en Basse Casamance. Il était prédestiné à «unir la mer et les sources de la savane et de la forêt» écrit Fadel DIA. En effet, son grand-père paternel, Alassane SECK, et sa grand-mère, Diodio N’DIAYE, sont nés à Rufisque. Leur fils, Ibrahima SECK, né en 1873, part pour la Casamance en 1905, avec son demi-frère, Assane SECK (homonyme du Ministre) pour s’installer à Adéane. Sa mère, Adam SARR, est  issue d’un père Sérère Niominka, originaire de Dionewar, et d’une mère casamançaise, Yandé DIATTA.
«A Marsassoum, je fus confié à un traitant Lébou ; j’y ai subi l’initiation par la circoncision» écrit-il dans ses mémoires. Comme tout enfant sénégalais, le jeune Assane est d’abord inscrit l’école coranique. Assane a effectué ses études de base en Casamance, entre 1930 et 1941. Il fréquente, par la suite, l’école française de son village, Marsassoum, puis l’école d’Adéane : «En 1930, mon demi-frère, Alassane (Maguette), devenu enseignant, me fit venir à Adéane» écrit-il. Meilleur élève du cercle de Ziguinchor, Assane est envoyé comme boursier à l’école régionale du chef-lieu. Sa promotion est presque exclusivement masculine ; il n’y a que quatre filles, dont deux Européennes, filles d’administrateurs. Au bout de deux années très studieuses (1933-1935), Asssane passe le Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE).  Il suivra après ses études à Saint-Louis de 1935 à 1938, à l’école primaire supérieure Blanchot. Assane SECK est admis à l’école normale William Ponty de 1938 à 1941. A William Ponty, transférée de Gorée à Sébikhotane, les élèves portent un uniforme ; ils le conservent quand ils partent en vacances, et cela leur donne un certain prestige, pour ne pas dire un prestige certain. Le régime est de trois ans d’études. A l’issue de la première année, une sélection est opérée pour orienter les élèves dans l’une des trois sections existantes : enseignement, médecine et administration. La médecine est très demandée (avec les vétérinaires, elle constitue le tiers de l’effectif d’une promotion) et réservée à ceux qui ont les meilleures notes, ce qui est le cas d’Assane SECK. Son directeur l’a donc inscrit d’office, mais il n’a pas de vocation médicale, et choisit l’enseignement.
Assane SECK, profondément enraciné dans la culture africaine, est ouvert aux autres, notamment à la culture française. D’une part, Assane SECK, un ancien tirailleur, a participé au débarquement en Provence du 19 août 1944, et en raison de ses qualités intellectuelles, il a su bénéficier du soutien de l'armée française dans ses études, à Cyr Deschamps. D’autre part, tout en restant enraciné dans la culture sénégalaise et celle de la Casamance, Assane SECK a partagé le point de vue de Léopold Sédar SENGHOR, à savoir : «assimiler et non être assimilé». Aussi, on comprend alors qu’il ait pu aller si loin dans la quête du savoir pour devenir un intellectuel sur le modèle occidental, mais sans été aliéné.
A la fin de ses études à William Ponty, Assane SECK a produit un mémoire, sous le titre, «Malick l’Étudiant noir», une histoire d’un jeune homme formé à l’école française et qui se trouve en porte-à-faux avec son environnement traditionnel. Une idylle avec une jeune fille dont la famille est effrayée par l’allure décidément trop moderne de Malick ne peut aboutir. Et pourtant elle l’aime. Assane SECK, pour ce mémoire  obtient la note de  18/20, avec la mention très bien et les félicitations du jury. Major de sa promotion, il peut choisir son poste ; il est donc nommé adjoint au surveillant général. Assane, africain modèle ou «évolué», premier enseignant africain en 1952, ne partira pas en Guinée son choix d’affectation en raison de l’éclatement de la Seconde guerre mondiale. Affecté dans un peloton spécial formant les gradés, au 7ème RTS (Régiment de tirailleurs sénégalais), pour devenir sous-officier, l'instruction ayant duré un an et demi. Au 1er décembre 1942, l’armée américaine a débarqué, entre-temps, en Afrique du Nord, maintenu sous les drapeaux, Assane SECK se retrouve au Maroc. Promu sous-officier, il participe au débarquement en Provence, et embarque, de ce fait, pour Toulon, en France métropolitaine, sous l’égide de l’armée américaine. Par conséquent, la participation des Tirailleurs sénégalais à la libération de la France a été décisive : «Vous avez rendu à la France son port de guerre le plus important et son premier port de commerce. Vous avez remporté une grande victoire et mérité la reconnaissance de la France et des Alliés» dira, le général américain,  Alexander PATCH (1889-1945).
En novembre, le sergent SECK s’est rendu à Paris pour suivre un stage de déminage. A Paris, Assane SECK n’a pas voulu abandonner les études, et a continué de travailler, seul, tout en étant inscrit aux cours par correspondance de l’Ecole Universelle. Son ambition était d’obtenir le baccalauréat pour accéder à l’Université. L’Armée, en dépit des réserves de l’administration coloniale, lui accorde un logement et une bourse en mars 1945. Le gouverneur de l’AOF avait un préjugé sur les Africains enrôlés dans l’Armée française ; il redoutait que les coloniaux, une fois démobilisés, deviennent des rebelles et indépendantistes. En effet, le général Pierre BOISSON (1894-1948), Haut-commissaire de l’Afrique noire, à ce titre gouverneur général de l’AEF et de l’AOF de 1940 à 1942 est, en fait, un partisan du maréchal Philippe PETAIN (1856-1951), un collaborationniste, révoqué sans pension sans pension en octobre 1944 et condamné en février 1946 à l’indignité nationale. Les partisans du général de Charles GAULLE avaient fait bombarder, vainement, Dakar les 23-25 septembre 1940. En novembre 1941, le général  Charles HUNTZIGER (1880-1941), celui-là même qui avait signé l’armistice du 22 juin 1940 au nom du gouvernement de Philippe PETAIN, vient inspecter les troupes de l’A.O.F., et son avion s’écrase, le 12 novembre 1941, au sol, lors de son retour en France. Aussi, les supérieurs hiérarchiques de Assane SECK, ayant une bonne opinion de lui, ont passé outre à ces directives. En effet, les autorités militaires lui ont accordé un congé de trois ans, ainsi qu’une bourse pour entamer en France des études supérieures.
Dans son projet universitaire, Assane SECK a fait une rencontre décisive en 1946, en faisant la connaissance, à Montpellier, de Babacar SEYE (1915-1993), futur avocat, maire de Saint-Louis et vice-président du Conseil constitutionnel, assassiné le 15 mai 1993. Babacar SEYE lui conseille de ne pas rentrer tout de suite au Sénégal, et d’entreprendre des études universitaires en France. Aussi, Assane SECK va s’inscrire à la Sorbonne, à Paris, sans pour autant quitter l’Armée. Muni de deux diplômes universitaires, le sergent-chef, Assane SECK va alors revenir au Sénégal. Démobilisé le 1er octobre 1948, au Camp de Thiaroye, promu au grade d’adjudant, Assane SECK est versé dans la réserve. Assane SECK soutient, en 1949 un mémoire de diplôme d’études supérieures (DES) de géographie consacré à la Moyenne-Casamance.  Admissible, à l'agrégation, le professeur Assane SECK enseigne au lycée Maurice Delafosse de Dakar de 1956 à 1958. En 1959 il est nommé assistant à l'université de Dakar, puis maître-assistant en 1961, chargé d'enseignement en 1966, maître de conférences et enfin professeur des universités, après sa thèse d'État consacrée à la ville de Dakar et soutenue en 1970. 
Les combats politiques de Assane SECK commencent en 1955, une époque où deux géants de l’histoire politique sénégalaise s’affrontaient, Lamine GUEYE (1891-1968) et Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Il se défend d’avoir été autonomiste casamançais. Le Mouvement Autonome de la Casamance, dont il est membre, une organisation dissidente du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance, une organisation régionaliste en raison de l’enclavement de la Casamance, n’est nullement séparatiste. Assane SECK a même participé à différentes médiations entre l’Etat du Sénégal et le MFDC, notamment avec Sidy BADJI, chef du Front Nord, fondateur de la branche armée et l’abbé Augustin Diamacoune SENGHOR (1928-2007), est l’un théoricien. Un cessez-le-feu est conclu le 29 mars 1991. Assane SECK dément un prétendu accord secret entre L.S.S SENGHOR et Emile BADIANE (1915-1972) prévoyant une indépendance de la Casamance à partir de 1980. Dans le champ politique, initialement, Assane SECK était partisan de Lamine GUEYE, mais aux législatives du 2 janvier 1956, le tandem SENGHOR-DIA, bien implanté dans les campagnes, remporte les élections. Cependant, en fin politique, SENGHOR appelle à l’unité. Assane SECK connaissait SENGHOR depuis 1949 «A travers les péripéties que nous affronterons ensemble ou séparément, je découvris en lui, un homme travailleur, très organisé dans la pensée, déterminé dans l’action, ayant le courage de ses opinions ; mais méfiant, a priori, à l’égard de tout le monde» écrit-il. A cette époque, Assane SECK connaissait moins bien Mamadou DIA (1910-2009), mais «je n’ai retenu de lui que sa forte personnalité et, plus tard, les images de sa résistance aux Socialistes français au pouvoir lors du transfert de la capitale du Sénégal de Saint-Louis à Dakar» écrit-il.
Grâce à Assane SECK, le Parti du Regroupement Africain (P.R.A.) avait conservé une audience auprès des enseignants ou «l’Armée de la République» et des populations de la Casamance, le Mouvement Autonome de la Casamance (M.A.C.) ayant fusionné avec le Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S.) en 1957. Assane SECK faisait partie des porteurs de pancartes, partisans de l’indépendance «totale et immédiate» («Diotsarew», reprendre son pays, «Momsarew», se réapproprier son pays), lors de la visite du général de GAULLE, le 26 août 1958, à Dakar : «Il valait mieux souffrir dans la dignité, que d’accepter l’esclavage dans l’opulence» écrit Assane SECK dans ses mémoires. Ce jour-là, SENGHOR et DIA ont déserté Dakar, laissant à Lamine GUEYE et à Valdiodio N’DIAYE (1923-1984), ministre de l’intérieur, le soin d’accueillir le général de GAULLE : «Je veux dire un mot aux porteurs de pancartes. Voici ce mot : s’ils veulent l’indépendance qu’ils la prennent le 28 septembre !» dit Charles de GAULLE (1890-1970). Par conséquent, Assane SECK et ses amis du P.R.A seront dans l’opposition entre 1958 et 1966 : «On luttait, certes, pour l’indépendance, mais pas pour n’importe quelle indépendance. En nous débarrassant de tous les liens de dépendance, nous cherchions à bâtir pour notre continent et pour nos peuples, un avenir de paix, de justice et de progrès, à la mesure de leurs aspirations, à l’unité et au bien-être» écrit Amadou Mahtar M’BOW. Pour Assane SECK, tout étant un nationaliste : «La traite a été pour l’Afrique noire une catastrophe aux conséquences incalculables. Elle a expatrié au cours du XVIIIe siècle cent mille esclaves par an. Si l’on ajoute ceux qui mouraient en cours de capture et dans les cales des navires, on peut raisonnablement retenir le chiffre de 200.000 par an, soit 20 millions d’individus pour un siècle. Il faut ajouter que ce prélèvement s’adressait surtout à des jeunes en pleine possession de leurs facultés de procréation» dit Assane SECK.
En dépit de ses engagements politiques, Assane SECK est un rigoureux universitaire attaché à la Vérité «Sa lutte constante pour une rapide et complète indépendance (de son pays et de l’Afrique) est connue de tous. Mais son clair esprit scientifique et son honnêteté foncière l’ont toujours empêché d’adhérer aux slogans simplificateurs» dit Mme Suzanne DAVAU, géographe française. En effet, Assane SECK «sait aussi garder une distance critique et se poser quelques questions demeurées irrésolues. C’est un honnête homme devenu une sorte sage africain» écrit le professeur Djibril SAMB. En effet, le professeur Assane SECK, initialement un contestataire et autonomiste, devenu un baron du Parti socialiste, est cependant resté un grand sage, un modérateur et un pacificateur. En effet, les luttes entre les différentes tendances du Parti socialiste, pour la conquête ou la conservation du pouvoir, qui finiront par provoquer la première alternance en 2000, peuvent être parfois sanglantes, fratricides. «Minorer la majorité et majorer la majorité» telle est la pratique ancienne à l’Union Progressiste Sénégalaise (U.P.S.), devenue Parti socialiste. Membre du Bureau politique, respecté de tous, même en cas de tempête, Assane SECK «a su garder la tête froide et s’élever au-dessus des clans et des tendances. Il n’écoute que ses convictions, recadre les débats, convoque l’Histoire pour étoffer ses arguments» écrit Moustapha KA, ancien ministre de la Culture. En grand patriarche, Assane SECK savait réunir, chez lui à Fass, à Dakar, dans sa bibliothèque, baptisée «l’arbre à palabre», tous les protagonistes, pour trouver une solution satisfaisante. Le linge sale se lave en famille.
Par conséquent, la vie de Assane SECK est inspiré par de grandes valeurs morales ; «courageux, critique, ferme quand il s’agit de ses convictions les plus profondes», Asssane SECK est jaloux pour préserver sa liberté et sa dignité, comme le souligne El Hadji Ibrahima DIOP du FASTEF. Assane SECK est également décrit comme «un homme courtois, serein en toutes circonstances, d’un courage olympien et d’une loyauté sans commune mesure et d’une intégrité à l’envie, discret, humble et épris de justice» écrit Amadou N’Déné N’DAW. En raison de son humilité, et pendant sa longue carrière gouvernementale, Assane SECK n’a jamais quitté sa maison du quartier populaire de Fass, un quartier populaire de Dakar ; cette humilité, il a voulu l’inculquer à ses enfants, alors élèves au lycée Blaise Diagne, qui faisaient le trajet aller et retour à pied ; cela suscitait les remarques sarcastiques de leurs camarades : «Des enfants de ministre qui marchent pour aller à l’école ou en revenir !». Assane SECK représente l’exemplarité et la modestie.
Assane SECK, en raison de sa longue vie, a fait allusion à sa mort : «Je sens doucement venir la nuit. Je sais, en effet, ce qu’annonce le doux crépuscule du soir, plein de sérénité, qu’il m’arrive souvent d’absorber par tous les pores de mon être, notamment lorsqu’à la fin d’une promenade sur l’index tendu de la pointe des Almadies, les derniers rayons solaires plongeant dans l’océan profond m’incitent à la méditation, souvent dans une ferveur proche de l’extase. L’heure arrive qui mettra fin à une vie déjà exceptionnellement longue, dont je remercie mon Créateur» écrit Assane SECK, dans ses mémoires. Disparu le 27 novembre 2012, Assane SECK repose à Marsassoum ; une Ziara annuelle, accompagnée d’actions humanitaires, lui est consacrée.
De son vivant, en 2009, et à l’occasion de ses 90 ans, Assane SECK a été couvert d’éloges, bien mérités. «A nos yeux d’adolescents, puis d’adultes, Assane Seck était incontestablement, au figuré comme au propre, un colossal parmi les hommes de sa génération», écrit Makhily GASSAMA. Durant toute sa vie, en toutes circonstances, Assane SECK a su «rester digne en étant populaire» ; il a souvent pu «supporter, entendre ses paroles travesties par des gueux pour exciter les sots, être sage sans être moral ni pédant, être brave, jamais imprudent, aimer tous les amis en frère, être dur sans jamais être en rage», suivant le célèbre poème «Si» de Rudyard KIPLING (1865-1936). «Depuis 1950 à nos jours, Assane Seck a été ainsi au cœur même du combat démocratique au Sénégal ; il a connu des honneurs, des heures de gloire, comme il a connu des heures de souffrances morales et physiques, mais sa force a toujours consisté, quelle que fût la ruse ou la cruauté de l’adversité, à demeurer égal à lui-même : un homme humble mais intransigeant sur les grands principes qui constituent les piliers d’un Etat (…). Il fait assurément partie des grands ouvriers de la démocratie dans nos pays», ajoute Makhily GASSAMA.
L’Université de Ziguinchor, disposant d’une Unité de Formation et de Recherche (U.F.R.) de philosophie et de psychologie, de même qu’une UFR des sciences agro-pastorales, porte le nom de Assane SECK. Pour le président Macky SALL : «L’Université de Ziguinchor devra être au cœur des ruptures fondamentales pour la construction du futur Sénégal». Cette décision du président Macky SALL a profondément réjoui et honoré la famille de Assane SECK : «Lorsque vous avez annoncé cette décision au lendemain de sa disparition, vous aviez inondé nos cœurs d’un grand réconfort dans la grande douleur qui nous étreignait, en ce sens ce «Sénégalais à part entière» (Assane SECK) vouait à la Casamance, sa terre natale. Il n’a jamais manqué une occasion de revendiquer sa «casamancité», allant même jusqu’à risquer sa vie pour la construction d’une Casamance de paix, faisant partie intégrante du Sénégal. Cet attachement sincère et sans calcul vis-à-vis du terroir qui l’a vu naître et de son pays, son engagement dans tous les combats de sa génération, lui valent aujourd’hui d’entrer dans la postérité» a déclaré Karim SECK, son fils.
Références bibliographiques
1 – Contributions d’Assane SECK
 
SECK (Assane), «Discours inaugural, 3ème festival mondial des arts nègres : Dimensions mondiales de la communauté des peuples noirs», Présence africaine, 1er et 2ème semestres, 1981, pages 19-21 ; 
 
SECK (Assane), «Géographie, colonisation et culture», Présence africaine, juin-septembre 1957, pages 46-57 ;
 
SECK (Assane), «Introduction à l’étude des villes tropicales», Tiers-monde, 1965, t 6, n°21, pages 171-204 ;
 
SECK (Assane), «Joseph KI-ZERBO, un nationaliste sans concession», Présence africaine, 2006 I, n°173, pages 37-44 ;
 
SECK (Assane), «Le «Heug» ou pluie en saison sèche au Sénégal», Annales de géographie, 1962, t 71, n°385, pages 225-246 ;
 
SECK (Assane), «Problématique de modernisation de l’Ouest-africain», Présence africaine, 1953, pages 83-113 ;
 
SECK (Assane), Dakar, les grandes villes d’Afrique et de Madagascar, Paris, la Documentation française, 1968, 118 pages ;
 
SECK (Assane), Dakar, métropole ouest-africaine, préface de Djibril Samb, Dakar, IFAN, 1970, 516 pages ;
 
SECK (Assane), La moyenne Casamance : étude de géographie physique, Dakar, Institut des Hautes Etudes de Dakar, 1955, 49 pages et Revue de géographie alpine, 1955, t 43, n°4, pages 707-755 ;
 
SECK (Assane), MONDJANNAGNI (Alfred), L’Afrique Occidentale, Paris, PUF, 1967, 292 pages ;
 
SECK (Assane), Sénégal, émergence d’une démocratie moderne, 1945-2005, un itinéraire politique, préface du professeur Djibril Samb, Paris, Karthala, 2005, 360 pages.
 
2 – Critiques d’Assane SECK
 
AWENENGO DALBERTO (Séverine), Les Joola, la Casamance et l’Etat (1890-2004), l’identisation des Joola au Sénégal, thèse sous la direction de Pierre Boilley, Université Paris VII, 2005, 3 vol. 1050 pages, spéc pages 268-269 et 831-842 (transcription de la pièce de théâtre Bigolo) ;
CAMARA (Ousmane), Mémoires d’un juge africain. Itinéraire d’un homme libre, Paris, Karthala, 2010, 306 pages ;
Capitaine LAUQUE, Rapport sur les opérations exécutées en Casamance par la 4ème Compagnie du 1er régiment de Tirailleurs sénégalais du 24 octobre 1905 au 25 juin 1906, Sédhiou, septembre 1906 ;
 
CISSE (N), Vie et œuvre de Djigneube dit Djinabo Bassène, Saint-Louis, non daté, 6 pages ;
 
CORNEVIN (Robert), Le théâtre en Afrique noire et à Madagascar, Paris, Le Livre français, 1970, 335 pages, spéc sur Bigolo, page 73  ;
 
DIA (Fadel) SY (Alpha, Amadou) éditeurs, Un homme de son temps : hommage au professeur Assane Seck, préface d’Amadou Mahtar M’BOW, Paris, l’Harmattan, 2019 144 pages ;
 
DIENG (Amadou, Aly), Premiers pas de la FEANF, 1950-1955 : de l’Union française à Bandoung, Paris, l’Harmattan, 2003, 374 pages, spéc page 157 et 267-268 ;
 
DRAMANE (B), DIOP (M), SANE (M), TOUNKARA (C.S.), Bigolo. Le dernier des grands féticheurs du pays Diola, Saint-Louis, P. I Coly, 1938, 10 pages ;
 
GASSAMA (Makhily), BODIAN (Atab), MANE (Mamadou), Mélanges offerts au professeur Assane Seck, à l’universitaire, à l’homme d’Etat sénégalais, Dakar, Sénégal, NEA, 2012, 317 pages ;
 
KEBE (Moustapha), La domination coloniale française en Basse Casamance (1836-1960), thèse sous la direction de Ibrahima Thioub, Dakar, UCAD, 2006, 302 pages, spéc pages 101-102, doc UCAD THL-1294 ;
 
MAGUELLE (Philippe), La politique indigène du colonisateur dans le pays Diola de Basse Casamance (1828-1923), thèse sous la direction de Ousmane Faye, Dakar, UCAD, 2008, 632 pages, spéc pages 358-361, doc UCAD THL-1148 ;
 
N’DAO (Ibrahima), Sénégal, histoire des conquêtes démocratiques, Dakar, NEA, 2003, 525 pages, spéc pages 147-157 ;
 
NIANG (Mody), Abdou Diouf, 40 ans au cœur de l’Etat du Sénégal, préface d’Assane Seck, Paris, l’Harmattan, 2009, 199 pages ;

ROCHE (Christian), «La mort de Jinaabo», Notes Africaines, 1er avril 1972, n°134, pages 45-47 ;
 
ROCHE (Christian), Histoire de la Casamance. Conquête et résistance : 1850-1920, Paris, Karthala, 1985, 402 pages, spéc page 286 ;
 
SENE (Ibrahima), La diplomatie sénégalaise de Léopold Sédar Senghor à Abdoulaye Wade : regard d’un chancelier, préface d’Assane Seck, Paris, l’Harmattan, 2013, 370 pages ;
 
THOMAS (Louis-Vincent), Les Diola. Essai d’analyse fonctionnelle sur une population de Basse-Casamance, Dakar, IFAN, Université de Dakar, et Paris, 1959, 2 vol 821 pages, spéc page 452 ;
 
TRINCAZ (Pierre-Xavier), Colonisation et régionalisme. Ziguinchor et la Casamance, Paris, Orstom, 1984, 269 pages, spéc sur les différentes ethnies, pages 149-168.
 
Paris le 16 avril 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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