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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 19:14

«Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?» écrit Alphonse de LAMARTINE, dans sa remarquable biographie sur «la vie Mahomet». Une partie de grands écrivains occidentaux dont Victor HUGO (1802-1885), George Bernard SHAW et J. W GOETHE ne considéraient pas l’Islam comme une religion violente ou intolérante. «Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempte de haine. Ses affections étaient sincères ; son caractère, en général, porté à la bienveillance. Ni les pensées d’ambition, ni l’exaltation religieuse n’avaient desséché en lui de sentiments individuels» écrit Ernest RENAN (1823-1892). La vie publique de Mahomet «atteste : volonté éprouvée, modération et prudence, mansuétude et finesse, patience et prévoyance, toutes les qualités manœuvrières du chef de guerre et du chef d’Etat, disciplinées par une foi profonde» écrit Louis MASSIGNON (1883-1962).  Alighieri DANTE (1265-1321), dans sa «Divine comédie», comme l’a montré Miguel ASIN PALACIOS (1871-1944), a été fondamentalement influencé par le «Voyage céleste» de Mahomet, dans sa description des sept cieux, du Paradis et de l’Enfer. «Mahomet est un grand homme ; s’il eut un temps où c’était une hardiesse de le dire, le paradoxe serait aujourd’hui. Saint-Hilaire n’hésite pas d’en faire un des grands, même un des meilleurs» écrit Charles de REMUSAT (1797-1875), dans «Mahomet et le Mahométisme».

Mahomet, prophète d’une religion révélée, est l’héritier de différents sages ou envoyés de Dieu qui se sont succédés dans le temps, cherchant, face à l’angoisse de la mort et l’émerveillement de la création, à trouver un sens à leur vie ici-bas et dans l’au-delà. En Inde, il y a eu la révélation des Véda, le grand Bouddha ou «l’éveillé», en Chine Confucius, en Iran le Zend Avesta, la religion sumérienne assyro-babylonienne, le peuple juif avec son riche passé (Abraham, Enoch, Noé, Moïse, Samuel, David et Jésus). L’homme, depuis les temps anciens, a toujours eu conscience d’un Être suprême et créateur de tous. Mahomet ne réclame point, pour lui, le monopole de Prophète. Il ne revendique que la seule fonction de restaurateur de la Vérité éternelle, de révivificateur de ce que les précédents envoyés de Dieu ont enseigné, mais dont le message a été altéré, avec le temps. «Quiconque méditera, sérieusement, sur la vie de Mahomet, arrivera à cette vérité consolante que, nulle part, il n’y a pas de puissance réelle et durable, ni de bienfait possible, en dehors de la puissance créatrice, éternelle et régulatrice de toutes choses, puissance d’où tout émane et laquelle tout doit retourner» écrit Narcisse-Honoré CELLIER-DUFAYEL.

Descendant d’Abraham et d’Agar, une égyptienne, Mahomet, un ismaélite, originaire de la Mecque avec des racines familiales de Médine, tout en intégrant les héritages du judaïsme et du christianisme, a combattu l’idolâtrie, est le continuateur et le rénovateur du monothéisme. «Nous les Européens avec tous nos concepts n’avons pas pu encore atteindre ce que Mohammed a atteint et nul ne pourra le dépasser. J’ai cherché dans l’histoire de l’humanité un homme qui en soit l’exemple idéal et je l’ai trouvé en la personne du Prophète Mohammed. Et ainsi doit se révéler la vérité et s’élever comme a réussi Mohammed à assujettir le monde entier par le monothéisme» écrit Johann W. Von GOETHE (1749-1832). En effet, Mahomet a réussi à récupérer la religion de ses ancêtres à travers la Ka’ba, premier sanctuaire de l’Homme élevé, construit par Adam, reconstruit par Abraham et Ismaïl, et ancêtre des Arabes (Coran, Sourates 3, 96-97, 22 et 25-27). La «Oumah», communauté des croyants, basée sur la foi, a remplacé les solidarités tribales des Koraïchites, et il a réhaussé l’image de la famille. A l’égard des Juifs et des Chrétiens, Mahomet est le continuateur de l’histoire des gens du livre. En effet, l’Islam, la soumission à Dieu, est la «bonne voie», une «lumière pour les égarés» pour les guider vers le Bien souverain, une religion réalisant la perfection (Sourates 3 versets 86, 5-15, 4-176, 35-24). Mahomet se présente comme étant le dernier prophète et celui qui parachève, sur le plan historique, toutes les religions monothéistes. Trois religions, un seul Dieu, et là commencent les malentendus ou la discorde, «La Fitnah». Aussi, certains éloges deviennent nuancés : «Mahomet était un homme contradictoire. Il aimait le plaisir et se livrait à l’ascèse, il fut compatissant et quelquefois cruel. C’était un croyant dévoré d’amour et de crainte pour son Dieu et un politicien prêt à tous les compromis. Il fut calme et nerveux, courageux et craintif, oublieux des offenses et atrocement vindicatif, orgueilleux et modeste, mais il y avait en lui une force qui, avec l’aide des circonstances, devait en faire un des quelques hommes qui ont bouleversé le monde» écrit Maxime RONDINSON.

En France, au début du XXème siècle, l’Islam, dépouillé de tout préjugé, comme les autres grandes religions monothéistes, était perçu comme l’âme de la spiritualité et de la mystique : «Des gens raisonnables vivent dans la pensée du Prophète arabe. Son nom remplit les journaux et des disciples viennent, même en plein Paris, cotisent pour élever une mosquée» écrit, en 1904, I. L GONDAL. Dès le XIXème siècle, l’idée d’une mosquée à Paris fut lancée par le calife de Constantinople, le sultan Abdul Hamid (1842-1918), qui avait rendu visite à l’empereur Napoléon III, mais les financements ont été introuvables. En 1924, la construction de la mosquée de Paris a été le témoignage de la République pour le sacrifice des Français musulmans, leur présence à la bataille de Verdun ayant été décisive. Le maréchal Hubert LYAUTEY (1854-1934) considère que les musulmans de France doivent disposer d’un lieu qui leur ressemble. «Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Ile de France, qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses . La France entend ne rien railler, ne rien troubler, ne rien effacer dans l’âme humaine de ce qui a pu contribuer à la réconforter, à l’élever, à l’ennoblir » dit le Maréchal LYAUTEY. «Si la guerre a scellé sur les champs de bataille la fraternité franco-musulmane et si plus de 100 000 de nos sujets et protégés sont morts au service d’une patrie désormais commune, cette patrie doit tenir à honneur de marquer au plus tôt, et par des actes, sa reconnaissance et son souvenir» renchérit Edouard HERRIOT (1872-1957). De nos jours, en dépit des profondes mutations démographiques, tous les permis de construire des lieux de culte musulmans sont systématiquement attaqués devant les tribunaux, et suspendus.

En définitive, les auteurs occidentaux, jusqu’à une période récente, et sous l’influence de de diverses facteurs ou doctrines, étaient admiratifs et étonnés de la Révolution accomplie par Mahomet. Si on contemple le nombre de musulmans à travers le monde, convertis par des moyens pacifiques, on peut dire que Mahomet a réussi sa Révolution. L’Islam est un fait majeur du XXIème : «Enfin jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et si durable Révolution dans le monde» écrit Alphonse de LAMARTINE (1790-1869). En effet, l’Islam, une religion planétaire, est devenu la deuxième religion du monde par le nombre de fidèles, estimés à 1,3 milliard, après le Christianisme (1,8 milliard). Contrairement à une idée reçue, l’écrasante majorité des musulmans ne se trouve ni dans les pays arabes, ni en Europe, mais en Asie, avec deux tiers de fidèles (Indonésie 210 millions, Pakistan 135 millions, Bangladesh 120 millions, 37 millions en Afghanistan, 6 millions en Chine). Les pays arabes représentent 20% des musulmans. La France, avec son passé colonial lourd, tant refoulé, ainsi qu’un parti d’extrême-droite très fort, ménageant la communauté juive, mais ayant lepénisé une bonne partie des esprits, a la particularité d’accueillir la première communauté musulmane d’Europe, avec plus de 4 millions de musulmans, loin devant l’Allemagne (2,5 millions) et la Grande-Bretagne (1,6 million). L’Islam est présent presque dans tous les pays africains, les pays de l’Est, et même en Océanie. Cette religion avait conquis l’Andalousie ainsi que la Roumanie. «Tout comme dans la réussite de Mohammed, la vérité doit se révéler et se propager dans toutes les directions. Et c’est une œuvre immense que Mohammed a accomplie. Par le seul concept de Dieu l’Unique, il a soumis l’univers entier. Personne n’est capable de faire un pas plus loin que celui de Mohammed. Nous les Européens avec tous nos concepts n’avons pas pu encore atteindre ce que Mohammed a atteint et il n’y a aucun doute que personne pourra le dépasser. J’ai cherché dans l’histoire de l’humanité un homme qui en soit l’exemple idéal et je l’ai trouvé en la personne du Prophète Mohammed. Et ainsi doit se révéler la vérité et s’élever comme a réussi Mohammed à assujettir le monde entier par le monothéisme» écrit J. W. GOETHE.

S’il a été loué et admiré dans le passé, Mahomet est désormais violemment attaqué de notre temps, caricaturé, insulté ou calomnié. « La raison du plus fort est toujours la meilleure» disait Jean de LA FONTAINE (1621-1695). Dans cette islamophobie à des fins politiques, sous prétexte noble de vulgarisation, certaines publications, souvent mensongères, recèlent, en fait, des calomnies, des graves vulgarités, et même de la pornographie : «Oui, mais… Le dessiner, pourquoi le dessiner ? Parce qu’il est inacceptable que les vies soient menacées car une plume, quelque part sur terre, esquisse le turban du prophète. Parce que le caricaturiste qui a fait de l’irrévérence un sacerdoce se doit de repousser les limites de la censure là où elles étranglent sa liberté ». Doit-on entériner l’obligation morale, réclamée par les plus fanatiques de ses fidèles, de respecter Muhammad ? Pas plus que l’on ne doit se conformer à celle de respecter Jésus ou Moïse» écrit Zineb El RHAZOUI, dans l’avant-propos de «la vie de Mahomet» publié par «Charlie Hebdo». En réalité, toute liberté d’expression doit être utilisée dans un esprit de responsabilité, la tolérance et le respect des autres «Tout ce qui peut blesser les convictions d’autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité. Si la liberté d’expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance e de respect de toutes les croyances. Je condamne toutes les provocations manifestes, susceptibles d’attiser dangereusement les passions» avait dit Jacques CHIRAC, en conseil des ministres, sur les caricatures de Mahomet par «Charlie Hebdo». La Cour européenne des droits de l’Homme (C.E.D.H.) a déjà jugé ce point, la liberté d’expression ne devrait «ne pas créer d’émeutes». Au cours d’une conférence, en octobre et novembre 2009, «sur les informations de base sur l’Islam», Elisabeth SABADITSCH-WOLFF, citoyenne autrichienne, d’extrême-droite, avait prétendu que le mariage entre le prophète Mahomet et Aïcha, aurait été consommé alors que cette dernière était âgée de 9 ans (en fait entre 13 et 14 ans), qualifiant ainsi Mahomet de «pédophile». Les propos susceptibles de provoquer «une indignation justifiée et de menacer la paix religieuse», d’inciter à l’intolérance religieuse, sont incompatibles avec l’article 9 de la C.E.D.H (liberté de pensée, de conscience et de religion). Par conséquent, certains propos diffamant ou rabaissant le Prophète Mahomet, dépassent les limites de la liberté d’expression, CEDH, requête 38450/12, arrêt du 25 octobre 2018. Précisons-le, face à ces actes injurieux à l’égard de l’Islam, le Coran met une importante limite : La justice privée, formellement interdite, devrait être proportionnée au dommage causé : «Quand quelqu’un vous agresse, usez de la réciprocité en proportion au dommage causé», Coran, Sourate 2, Verset 194. Par conséquent et disons-le fermement, aucune offense verbale ou écrite, insulte ou caricature, ne saurait justifier l’appel à la violence, notamment au meurtre. L’Islam, une religion mondiale de paix, a su s’adapter à différentes cultures et époques, s’est propagée par la voie pacifique. L'Islam est clair : celui qui tue doit être tué. L'assassinat est même assimilé à un crime contre l’Humanité : «Quiconque tuerait une personne non coupable, c'est comme s'il avait tué l’Humanité entière. Et quiconque lui, fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les Hommes» dit la Sourate 5, verset 32 du Coran, dite «du plateau servi». D’une rigueur morale importante, combattant l’hypocrisie et les manifestations ostentatoires, l’Islam, une religion uniquement entre Dieu et son disciple, recommande de se purifier non seulement en actes, mais aussi par le cœur. Religion de paix, de rectitude et d’une grande rigueur morale, l’Islam est une exhortation permanente à s’éloigner du Mal et à faire le Bien, pour être en harmonie avec Dieu : «Quand bien même Il me tuera, j’aurai foi en Lui. L’Islam signifie, à sa manière, le renoncement de soi, l’annihilation de soi, ce qui est la plus haute forme de sagesse que le Ciel nous ait révélée à nous mortels qui vivons sur la Terre. Un homme n’est juste, invincible, vertueux, il n’est sur le chemin d’une sûre d’une conquête de biens spirituels que s’il s’associe et profonde loi de l’univers» écrit Thomas CARLYLE (1795-1881), dans «Les héros». «Assalamou Aleykoum», que la paix soit vous suivant la salutation musulmane. es actions ne valent que par leurs intentions. Chacun recevra la récompense qu’il mérite que selon ce qu’il a entendu faire.

En ce début du XXIème siècle, avec la montée du racisme et des nationalismes, Mahomet a été instrumentalisé à des fins politiques et électoralistes. Viktor ORBAN, premier ministre hongrois, adversaire du multiculturalisme, un croisé chrétien contre l’Islam, estime que : «L’Europe aura été envahie par l’Islam». Le musulman est devenu, aux yeux de certains Occidentaux nécessairement salafiste, violent, potentiel délinquant, stupide dévot, fanatique et obscurantiste. Depuis la fin de la Guerre froide, et sous la pression de mouvements populistes, l’Islam, Donald TRUMP, président des Etats-Unis (2016 à 2020) et patron du monde dit «libre» s’était empressé de bannir les musulmans de son pays. L’Union européenne refuse d’admettre en son sein, la Turquie musulmane, pourtant membre du Conseil de l’Europe et de l’OTAN. «La Turquie est un pays proche de l'Europe, un pays important, qui a une véritable élite, mais ce n'est pas un pays européen. Sa capitale n'est pas en Europe, elle a 95 % de sa population hors d'Europe» avait dit Valéry GISCARD d’ESTAING. En France, de notre temps, l’Islam, pourtant deuxième religion de France, sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs, affronte une conception de la laïcité dure et intolérante. Jadis, pour le parti colonial, les seuls bons musulmans sont ceux qui ont accepté et soutenu l’ordre colonial, l’assimilation. La droitisation extrême du débat politique en France a associé à l’immigration et au terrorisme, une sorte de guerre de religions. En effet, au cœur du débat politique et de l’islamophobie ambiante se trouve l’esprit colonial, dans son ambition d’assimilation et de hiérarchisation des cultures. Jadis, le prêtre avait souvent accompagné le colon, dans sa prétendue mission de civilisation, pour convertir au catholicisme, les esprits égarés. Le prêtre a souvent accompagné le colon, dans sa hiérarchisation des cultures. «Une mystérieuse fermentation agite la vaste continent noir. Le vrai conquérant c’est l’Islam qui s’y propage irrésistiblement. Cette religion simple, sensuelle et guerrière, est faite pour ces populations primitives. Elle transforme l’homme, dont elle s’est emparée ; elle se relève sans doute, en augmentant sa santé, sa moralité, son énergie ; mais elle l’accapare à jamais et le rend rebelle à toute autre entreprise civilisatrice», écrit Marcel SAINT-GERNAI, dans la préface de l’ouvrage de  Gustave-Louis BINGER, «Le péril islamique». Les musulmans de France, ravalés au rang d’indigènes de la République, comme jadis les Protestants et les Juifs, vivent dans une démocratie prétendue universaliste, mais en fait ethnique. En effet, en France, la République proclame la liberté de croire ou de ne pas croire, ainsi que l’égale protection de tous les cultes. Dans la pratique, certains sont plus égaux que les Musulmans, ostracisés et discriminés, souvent des raisons politiciennes. La présence massive, depuis les années soixante, d’une immigration africaine, sollicitée par la France après la 2ème guerre mondiale, à partir de 1983, fait que les Musulmans de France, refusant de participer à la vie citoyenne, sont devenus des boucs-émissaires d’enjeux politiques les dépassant. «Il y a véritablement en France une haine contre les musulmans en tant que personnes. C’est une attitude de défiance, d’hostilité et de détestation à leur encontre. Il est urgent d’avoir une instance qui absorberait l’émotion des musulmans discriminés et qui canaliserait leur colère. Une instance qui prendrait en charge la souffrance des musulmans, dans un cadre républicain» dit Ghaleb BENCHEIKH, président de la Fondation de l’Islam de France. La France refuse d’assumer son passé colonial et esclavagiste ; ce déni permanent est à la base notamment de l’islamophobie ambiante. En effet, dans le prolongement de «l’identité nationale» de Nicolas SARKOZY, le président Emmanuel MACRON revendique, ostensiblement, cette orientation politique islamophobe : «Sans se laisser entraîner dans le piège de l'amalgame tendu par les polémistes et par les extrêmes qui consisterait à stigmatiser tous les musulmans. Le problème, c’est le séparatisme islamiste» avait dit le 2 octobre 2020, aux Mureaux. Pour le président turc, Recep Tayyip ERDOGAN, ces mesures du président Emmanuel MACRON relèvent de la «provocation. Tout ce qu'on peut dire d'un chef d'Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c'estAllez d'abord faire des examens de santé mentale». Finalement, les vrais séparatistes, sont ceux qui entretiennent la confusion, l’instrumentalisation à des fins électorales de l’Islam. «Il faut que nous acceptions les différences, et donc combattre ensemble tous ceux qui sont contre nos valeurs communes, qui se nourrissent de la haine et du discours hégémonique, pour justifier leur forfait, en utilisant la religion. Or l’Islam est la première victime de cette intolérance. Tuer des gens dans une mosquée ou une église, on ne peut pas appeler cela l’Islam. L’Islam, celui que nous connaissons au Sénégal, c’est celui de la tolérance. Il faut de la tolérance à l’égard de l’Islam tolérant, bien combattre le terrorisme, tout en respectant la différence» dit le président Macky SALL, qui était à Paris, à la manifestation en janvier 2015, contre l’attentat visant «Charlie Hebdo».

François-Marie AROUET dit Voltaire (1694-1778), dans sa pièce théâtrale, «Mahomet», particulièrement hostile à l’Islam, avait qualifié Mahomet de fanatique, cruel, fourbe et la honte des hommes. «Je n’aime pas cette pièce, c’est une caricature» avait écrit Johann Wolfgang von GOETHE. Cette attitude tranchée de Voltaire a été critiquée par Napoléon BONAPARTE, un orientaliste : «Voltaire avait ici manqué à l'histoire et au cœur humain. Il prostituait le grand caractère de Mahomet par les intrigues les plus basses. Il faisait agir un grand homme qui avait changé la face du monde, comme le plus vil scélérat, digne au plus du gibet. Il ne travestissait pas moins inconvenablement le grand caractère d'Omar, dont il ne faisait qu'un coupe-jarrets de mélodrame, et un vrai manque. Pour que l'ouvrage de Mahomet soit vraiment digne de la scène française, il faut qu'il puisse être lu sans indignation aux yeux des hommes éclairés de Constantinople comme de Paris. Mahomet fut un grand homme, intrépide soldat : avec une poignée de monde il triompha au combat ; grand capitaine, éloquent, grand homme d'état, il régénéra sur patrie, et créa au milieu des déserts de l'Arabie un nouveau peuple et une nouvelle puissance», écrit-il dans son «Mémorial de Sainte-Hélène».  Voltaire rectifiera ses erreurs : «Toutes ses lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à sa religion le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d'un Dieu, présenté sans mystère, et proportionné à intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations, et jusqu'à des Nègres dans l'Afrique, et des insulaires dans l'Océan indien», écrit Voltaire, dans «Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations». En Voltaire a fini par considéré que l’Islam est une religion naturelle, la seule véritable : «Le mahométisme était sans doute plus sensé que le christianisme. On n'y adorait point un Juif en abhorrant les Juifs ; on n'y appelait point une Juive mère de Dieu; on n'y tombait point dans le blasphème extravagant de dire que trois dieux font un dieu; enfin on n'y mangeait pas ce dieu qu'on adorait et on n'allait pas rendre à la selle son créateur. Croire un seul Dieu tout puissant était le seul dogme; et si on n'y avait pas ajouté que Mahomet est son prophète, c'eût été une religion aussi pure, aussi belle que celle des lettrés chinois. C'était le simple théisme, la religion naturelle, et par conséquent la seule véritable» écrit Voltaire, «Œuvres complètes» tome VI, page 210.

I – Mahomet, un orphelin pauvre et persécuté devenu le Paraclet

C’est l’imam Ali, cinquante ans après la mort du Prophète, qui a eu l’initiative des premiers témoignages sur la vie de Mahomet. Après un long processus de maturation et de vérifications rigoureuses, sa biographie, la «Sîra», jugée authentique, n’a été établie que 150 ans après sa disparition, sur la foi de la tradition et de transmetteurs fiables : «De tous les législateurs et de tous les conquérants, il n’en aucun dont la vie ait été écrite avec plus d’authenticité et dans le plus grand détail par ses contemporains que celle de Mahomet» écrit Voltaire. Ibn ISHAQ entreprend la «Sîra Rasul Allah». Il meurt en 768, mais ce travail de référence est poursuivi par IBN HICHAM qui allège la longue généalogie, tout en restant fidèle au texte initial. A sa mort en 828, AL-TABARI (829-923), reprend la Sîra ; Salama AL-FADL AL-ANSARI finalise la Sîra ce sera repris, en 1760, par le volume XV de «l’Histoire Universelle». C’est Gustav WEIL (1808-1889) qui traduit, en 1864, la «Sîra» en allemand. A GUILLAUME traduit ce texte, en 1955, en langue anglaise. Pour la France, c’est en 2003, que Wahid ATALLAH fait traduire la «Sîra» en français, chez Fayard.

A - Mahomet à la Mecque, (570 à 622) : La révélation, un Prophète dans l’adversité

1 – Mahomet : La naissance dans une société tribale et polythéiste

Le Coran, la religion révélée, ne cite que 5 fois le Prophète sous les noms de «Ahmet» ou «Muhammad» (Paix soit sur Lui), ou le «loué» ou le «glorifié». «L’enfant qui vient de naître sera glorifié par Dieu dans le Ciel et par les hommes sur notre terre» dit Abd Mouttalib, son grand-père. Mahomet, l’orthographe de la langue française que j’ai adopté, est né le 1er septembre 570,  dans un quartier près du sanctuaire de la Ka’ba, à la Mecque (Arabie occidentale), «l’éclatante», la «noble», la «mère des villes». Les biographies, ou la «Sîra», sont en désaccord sur la date exacte de la naissance du Prophète, calculée, approximativement, à partir de ses 40 ans, début de la révélation du Coran. A tout le moins, le Coran estime que Mahomet est né «l’année de l’éléphant». En effet, en 570, le lundi du 12ème jour du mois de Rabia, Abraha, vice-roi du Négus d’Abyssinie, occupant le Yémen, attaque la Mecque paganiste et commerçante dans le but de convertir ses habitants au christianisme. Le Coran fait état d’une escadrille d’hirondelles, portant chacune trois petits cailloux ayant dérouté l’attaque de l’armée d’Abyssinie accompagnée d’un éléphant dénommé «Mahmoud». Abd Al-Mouttalib, le grand-père de Mahomet s’oppose, victorieusement, à cette expédition. L’éléphant, comme par miracle, refusa de marcher sur la Mecque, et l’armée du Négus défaite : «Ignores-tu comment Dieu traita les envahisseurs aux éléphants ? Ne tourna-t-il pas leur perfidie à la ruine ? Dieu envoya contre eux des troupeaux d’oiseaux, voltigeant sur leurs têtes. Ils lancèrent sur eux des pierres avec les noms des coupables, gravés par la vengeance céleste. Les perfides furent réduits, comme les feuilles de la moisson coupée», Sourate 105, dite «Al-Fil» ou l’éléphant. Par conséquent, Mahomet est un contemporain de Héraclius (575-641), empereur de Byzance, du roi perse, Chosroês II, empereur Sassanide de 591 à 628, et des rois mérovingiens de France (Sigebert 1er à Clotaire II),  l’histoire des rois d’Angleterre ne démarrant qu’avec la maison des Wessex en l’an 971. Les peuples qui dominaient ailleurs étaient les Khazars et les Scythes.

Mahomet a donc vu le jour, à la Mecque, une ville religieuse polythéiste, ayant une longue et riche histoire. Suivant la tradition musulmane, après avoir mangé le fruit défendu, à l’instigation de Iblis, le démon, Adam (Adama) fut envoyé en Indes et Eve (Hawa) est en Arabie. Adam vint en Arabie avec une pierre apportée du Paradis et construit le sanctuaire de la Ka’ba. Au cours d’un pèlerinage à la Mecque, Adam et Eve se retrouvent, par miracle et après plus d’un siècle, sur la montagne Arafa, (Ta’ Arafa) : «ils se sont reconnus». Adam, sentant le Déluge arriver, cacha la pierre noire sur le mont Hira, là où Mahomet aura les révélations du Coran. Noé, avec son Arche, fit le «Tawaf», sept le tour de la Ka’ba, et baiser cette pierre qui était blanche, mais devenue noire, en raison des péchés des hommes ; elle reviendra blanche au jour du Jugement dernier. Les biographes de Mahomet, et notamment Ibn ISHAQ estiment que Mahomet descendrait de Ismaïl, à la 21ème génération. Agar, mère d’Ismaïl et servante d’Abraham, égarés dans le désert d’Arabie, en manque d’eau dans le désert, désespérés, implorent le ciel entre les collines de Safa et Marwa, non loin de la Mecque. L’Ange Gabriel creusa un trou et fit jaillir de l’eau, ces fameuses sources de «Zem Zem». Le fidèles musulmans, en pèlerinage à la Mecque doivent refaire ce parcours. En 605, le sanctuaire de la Ka’ba avait pris feu et il fallait le reconstruire, à côté de l’ancien emplacement. Mais comment déplacer la pierre noire ? Mahomet qui a du sens politique, propose qu’on étende une toile de tente, roulée autour la pierre noire ainsi déplacée, sans sacrilège. Les mecquois, polythéistes, adorent «Allah», ou «le Seigneur de cette maison», la Ka’ba ; cette appellation de Dieu sera conservée par Mahomet.

Le Coran dit que la naissance du Prophète, un intercesseur, a été déjà annoncée antérieurement, par Jésus-Christ ou Issa : «Je suis l’apôtre de Dieu, répétait Jésus, fils de Marie. Je viens confirmer la vérité du Pentateuque, qui m’a précédé, et vous annoncer la venue du prophète qui me suivra. Ahmed est son nom» Sourate 61, verset 6, dite l’ordre. Ce texte fait référence à l’Evangile Saint-Jean faisant dire au Christ «Je prierai le Père, et il vous donnera votre Paraclet qui soit toujours avec vous» verset 16 du chapitre 14. Mahomet, successeur des autres religions monothéistes, était attendu et considéré comme le dernier prophète. Pendant sa grossesse, Amina n’a pas senti le poids de sa grossesse et à la naissance de Mahomet une lumière aveuglante inonde le monde. Suivant la tradition, à l’instant où il vint au monde, une lumière brillante éclaira le monde ; le palais de Chosroês (531-579), alors roi de Perse, s’ébranla, ses quatre de ses tours s’écroulèrent, le feu sacré de Zoroastre, allumé depuis plus de mille ans, s’éteignit et les lacs se déchèrent. Les génies du Mal firent précipités du haut des étoiles, et les idoles de la Mecque, dans le temple de la Ka’ba, furent renversées et tombèrent de face, précise Al-TABARI. Mahomet naît circoncis, le cordon coupé et propre comme un cristal. Le jour de son baptême sa tête est rasée, et selon la coutume, il est confié à une nourrice, Tuwaibah, une esclave de Abou Lahad, oncle de Mahomet, ou à Massou’h de la tribu des Bani-Sa’d, suivant Al-TABARI. Mais cette nourrice ayant été peu bienveillante, Mahomet sera confiée à une autre nourrice, Halima Bint Abu Dhuyab, afin d’échapper l’air pestilentiel de la Mecque. Initialement, Halima, une famille pauvre, ne voulait pas prendre le bébé Mahomet : «J’en ai assez de ma propre pauvreté. Je n’ai pas besoin d’y apporter un enfant orphelin» dit-elle. Halima avait des chèvres et un chameau qui donnaient peu de lait. Mais quand elle prit, par défaut Mahomet, elle rencontra la prospérité, ses bêtes donnant du lait à profusion. C’est pendant ce séjour, que dit-on, deux anges ouvrent le corps de Mahomet, retirent un caillot noir de son cœur, et le lavent pour purifier son corps. Craignant que Mahomet ait quelque chose de démonique le couple consulte un devin qui dira : «Arabes, celui-ci est votre ennemi et l’ennemi de votre religion ; il changera votre religion et renversera vos idoles» dit-il.

Bien que né à la Mecque Mahomet a également des racines de Yatrib ou Médine ; un de ces ancêtres, Abd-Manaf, un Hachim, est originaire. La mère de son grand-père, Salma, est de Médine. Son père, Abdallah ou «esclave du Seigneur» et sa mère, Amina Bint-Wahab, restés païens jusqu’à leur mort, et lui-même, y sont enterrés. Abdallah, à sa mort, quelques semaines avant la naissance de Mahomet, ne laisse à sa veuve que cinq chameaux et une esclave. A l’âge de six, Amina se rend, avec son fils, à Médine, ville de ses parents, tombe malade à Al-Abwa (région de Rabigh), et y meurt, en 576. Abd Al-Mouttalib, disparaît également, et Mahomet est alors confié à son oncle Abd-Manaf ou Abou Talib. Mais le nouveau tuteur de Mahomet, un brave homme ayant une charge de famille importante, dépensier et s’endetté. Mahomet, orphelin et très pauvre, doit alors travailler pour gagner sa vie, et aider son oncle. Mahomet fait paître les troupeaux de certains de ses voisins, aider dans une boutique à la Mecque. A l’âge de 9 ans, il accompagne Abou Talib dans une caravane pour la Syrie. C’est à occasion, qu’il rencontre des moines chrétiens ; un moine nestorien l’initie à l’Ancien testament. Ce moine dira à son oncle «Celui-ci est le meilleur de tous les hommes de la terre ; il est le prophète de Dieu. J’ai maintenant 70 ans, il y a longtemps que j’attendais sa venue comme prophète» dit-il. Le moine dit à Mahomet qu’un prophète ayant une mission devant avoir un cœur pur peut être Arabe, et qu’il n’existe ni de peuple élu, ni de race élue. «C’est une honte pour chacun d’écouter les accusations disant que l’Islam est un mensonge et que Mohammed est un imposteur et un falsificateur. On l’a distingué pendant toute sa vie avec des principes inébranlables, une sincère détermination, bienveillant, généreux, compatissant, pieux, vertueux, digne d’éloges, libre, humaniste, très sérieux, sincère. Et avec toutes ces qualités, il avait le plus doux caractère, le tempérament le plus aisé, de bonne humeur, de compagnie louable et agréable, mieux il était plaisant et spirituel. Il était juste, sincère, clairvoyant, magnanime, pur et présent d’esprit. Son visage était radieux comme s’il avait en son sein des lumières illuminant toute nuit obscure. Il était un grand homme par sa nature, il n’a pas été éduqué par une école ni par un instituteur et il n’avait point besoin de tout cela» écrit Thomas CARLYLE dans «Les Héros».

Pendant toute son adolescence, Mahomet a témoigné d’une maturité d’esprit et s’est tenu éloigné des endroits où l’on s’amuse. Il préfère la méditation, la parole étant l’or des Arabes. «Il était sobre de discours futiles, et son goût le portait à garder silence. Son visage annonçait la bienveillance ; son humeur était douce et son caractère égal ; parents ou étrangers, faibles ou puissants, trouvaient en lui égale justice. Il aimait les humbles, ne méprisait pas pauvres en raison de leur pauvreté, comme il n’honorait pas le riche à cause de sa richesse. Il écoutait avec une grande patience celui qui venait s’asseoir à côté de lui» dit Ali, son gendre et fidèle compagnon. Dans ses qualités, on cite souvent la patience, le courage et le désintéressement, ainsi qu’une soif de justice. En raison de sa bienveillance et sa sincérité, il est surnommé «El-Amin», le véridique. Rêveur, taciturne, tenace dans ses résolutions et patient, Mahomet, d’une grande simplicité, est un ascète, vivant simplement et refusant les plaisirs superflus, à l’image des grands patriarches talmudiques comme Abraham, Jacob et Noé. «Travaillez pour ce monde, comme si vous deviez toujours y vivre, et pour l’autre comme si vous devez mourir demain» dit Mahomet. Homme de paix et attaché à l’harmonie, Mahomet disait que «la vraie richesse d’un homme en ce monde se mesure au bien qu’il a fait autour de lui». Aux yeux de l’écrivain britannique, George Bernard SHAW, Mahomet apparaît comme un sauveur de l’Humanité : «Ce dont le monde a le plus besoin est un homme qui a l’esprit de Mohammed. Les hommes religieux dans le Moyen-âge, par ignorance et par fanatisme, ont propagé une image obscure de la religion de Muhammad qu’ils ont considéré comme l’ennemi du christianisme. Mais après avoir eu connaissance de l’histoire de cet homme, j'ai trouvé que c’est un prodige exceptionnel et j'ai conclu qu’il n’est pas l’ennemi du christianisme mais le sauveur de l’humanité. Selon mon opinion, s’il avait à se charger des affaires de ce monde actuel, il résoudrait tous nos problèmes et assurerait la paix et le bonheur que le monde entier espère» écrit-il. Victor HUGO a consacré des poèmes élogieux à Mahomet, en raison de ses importantes qualités morales : «Il semblait avoir vu l'Éden, l'âge d'amour, les temps antérieurs, l'ère immémoriale. Il avait le front haut, la joue impériale, Le sourcil chauve, l'œil profond et diligent, Le cou pareil au col d'une amphore d'argent, l'air d'un Noé qui sait le secret du déluge. Si des hommes venaient le consulter, ce juge laissant l'un affirmer, l'autre rire et nier, écoutait en silence et parlait le dernier. Sa bouche était toujours en train d'une prière ; Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ; Il s'occupait lui-même à traire ses brebis ; Il s'asseyait à terre et cousait ses habits. Il jeûnait plus longtemps qu'autrui les jours de jeûne, quoiqu'il perdît sa force et qu'il ne fût plus jeune» écrit dans un poème «l’An 9 de l’Hégire». Dans sa grande simplicité, Mahomet ne se nourrit que de dattes, de pain d’orge, de lait et de miel. Il a une grande obsession pour la propreté qui est «la moitié du culte» dit-il.

En raison d’une période de disette, le jeune Mahomet à 25 ans, trouve un emploi de caravanier, chez une riche veuve, de 40 ans, de la Mecque, Khadija Khuwalid, surnommée «Tajirah», femme d’affaires ou encore «Tadinah», l’honnête, issue d’une famille cultivée. «Mahomet est un bel homme, avec de beaux yeux, grands, noirs et intelligents. Sa vue est tellement perçante qu’il peut compter les douze étoiles de la constellation de la Pléiade» écrit IBN SA’AD. Mahomet est connu pour son honnêteté et sa droiture (Al-Amin), ainsi que sa grande probité. De taille moyenne, il n’est ni grand, ni petit, son teint est blanc, son front est haut, son nez aquilin, sa voix douce et claire. En raison de ce mariage, en 595, Mahomet est sorti de la pauvreté. L’Islam condamne l’ingratitude. Aussi, Mahomet restera reconnaissant à l’égard de tous ses bienfaiteurs, notamment Khadija : «Par le jour montant et par la nuit qu’elle couvre tout ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni détesté. N’a-t-il pas trouvé l’orphelin ? Et il t’a donné un abri. Et il t’a trouvé errant et il t’a donné un guide. Et il t’a trouvé pauvre, et il t’a enrichi. Quant à l’orphelin, donc ne le maltraite pas. Quant au demandeur ne le repousse pas. Quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le !» Coran, Sourate 93, «Le jour montant». Khadija, ses garçons étant morts jeunes, a donné à Mahomet quatre filles : Zainab, Rukuya, Umm Kultum et Fatima. Elle demande à Mahomet d’adopter Ali, afin de soulager les charges familiales de son oncle, Abu-Talib, et son oncle, Abbas, éleva Djaffar.

En l’an 605, et à l’âge de 35 ans, les quatre grandes familles polythéistes en désaccord au sujet de la reconstruction de la Ka’ba ravagée par des torrents d’eau, font appel à Mahomet. Chaque famille, pour son prestige, voulant avoir l’honneur de déplacer la fameuse noire, Mahomet enleva son boubou, plaça la pierre au milieu de son vêtement, et demanda à chacune des parties de saisir un coin de son manteau et de l’élever à la hauteur du mur du temple. Mahomet prit par la suite la pierre, pour la poser à la place où elle devait être dans le mur. Tout le monde fit satisfait de cette astuce.

2 – Mahomet, le prédicateur pacifique et persécuté

Mahomet, un homme méditatif et inspiré de très hautes qualités morales, est «totalement fiable, fraternel, authentique. Son caractère était sérieux, sincère, en même temps qu’amical, sociable et même gai. Il savait rire, à la différence de bien des gens dont le rire est aussi factice que tout le reste de leur nature» écrit Thomas CARLYLE. Pourtant, après une existence banale et tranquille, il ne rencontrera Dieu, «Allah», qu’à l’âge de 40 ans, en 610 : «C’est à cet âge que la raison et l’intelligence arrivent tout à l’heure développement» écrit Al-TABARI. Mahomet alors qu’il dormait, une créature l’étouffe et l’ordonne de réciter «Ikra». Mahomet répond «Je ne sais pas lire». Mahomet demande «Que faut-il lire ?», devant la pression de l’ange qui s’accroit : «Lis, par le nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis ! car ton Seigneur, le très Noble, c’est Lui qui a enseigné par la plume. Il a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas». Sourate 96, versets 1-9, dite «Ikra» ou «La caillot de sang». L’ange Gabriel annonce à Mahomet qu’il a été choisi comme messager de Dieu. Mahomet a conservé le message gravé dans sa mémoire ; le Coran des origines n’était pas écrit, mais récité. Les adversaires de l’Islam en déduisent que Mahomet ne sachant ni lire ni écrire, serait donc un imposteur, ses prophéties n’étant que des délires. En effet, quand Mahomet recevait la révélation qui s’est étendue sur 23 ans, il resté assommé, comme hypnotisé, congestionné, il gémissait. Lui-même, il croyait au début que la voix de l’ange Gabriel serait celle du diable et son épouse, Khadija, en se mettant tout nue, l’ange étant pudique et a disparu, qu’il l’a convaincu de sa mission divine. En fait, cette Sourate «Ikra», dans son sens allégorique, est «un éloge de la plume comme instrument de la science humaine, voire de la civilisation et de la culture de l’homme» écrit Muhammad HAMIDULLAH. Son épouse, Khadija a toute de suite compris les difficultés de Mahomet, élu Prophète : «aucun homme n’a jamais apporté ce que tu apportes sans se voir traiter d’ennemi» lui dit-elle.

Dans sa vie obscure, mais aisée, Mahomet faisait chaque année une retraite spirituelle sur le mont Hira, «Mont Nour» ou «La montagne des Lumières» orienté vers la Ka’ba. Cette coutume de méditation, de jeun, de pénitence et de prière est héritée de son grand-père, Abd Al-Mouttalib, un polythéiste, pendant l’un des 30 jours du mois de «Ramadan», probablement la 27ème nuit, en recherchant les effets bénéfiques d’une seule nuit, dite de «Kadir», où tout est possible. C’est au cours de l’un de ces nuits que Mahomet a une révélation : «Qui te diras ce qu’est la nuit de la Détermination ? La nuit de la Détermination est meilleure que mille mois. Durant celle-ci descendent les anges ainsi que l’Esprit, par la permission du Seigneur. A chaque commandement, une paix ; cela jusqu’à l’apparition de l’aube» Coran, Sourate 97, Versets 1-5, «La Détermination». Mahomet a toujours refusé, comme ses ancêtres d’adorer les idoles «C’est Dieu qui m’a créé, qui me conserve et me donne ma subsistance» dit-il.

Pendant trois ans, les premiers adeptes de l’Islam furent Khadija, Abou Bakr, Zaid et Bilal, au total 39 personnes ont été islamisées en secret. Abu-Talib, l’oncle et tuteur de Mahomet, tout en le protégeant, refusa de renoncer au polythéisme «Si Dieu t’a ordonné ton œuvre, accomplit-là ! Je te protégerai, et personne ne pourra te molester» dit-il. La nouvelle courut vite à la Mecque que Mahomet est devenu le prédicateur d’une nouvelle religion : «Si j’apprends que quelqu’un a cru en lui ; et si je vois Mahomet venir à la mosquée et adorer un autre objet que Hobal (idole), je lui lancerai une pierre et ferai jaillir son cerveau», dit Abou-Jahl (572-624). En 613, l’ange Gabriel donne ordre à Mahomet, devenu «Rassoul» ou envoyé de Dieu ou le «Nabi», prophète, de prêcher en public : «Messager, communique ce qui t’a été descendu vers toi de la part de ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, si tu n’auras pas communiqué son message, et Dieu ne te protégera pas des gens» Sourate 5, Verset 71. Aussi, Mahomet, en dépit des graves persécutions dont il a fait l’objet, c’est par la voie pacifique, qu’il a engagé ses prédications. Les Mecquois qui ont connu Mahomet, un homme ordinaire, depuis 40 ans sont dubitatifs. «Nul n’est prophète chez soi» dit un dicton. Il ne sait pas faire des miracles comme Moïse, un prestidigitateur, ou Jésus avec ses guérissons miraculeuses ou sa faculté de résurrection des morts. On lui demande, tour à tour, de fendre la lune, de resusciter les morts, de bâtir des maisons en or, d’éloigner les montagnes de la Mecque, de construire un escalier jusqu’au ciel ou de faire descendre un ange visible sur terre. Pour Mahomet, le miracle, c’est le Coran : «Dieu est Tout-puissant et Il est capable de tout faire, mais je ne suis pas venu faire des miracles ; ma mission est de vous guider et de vous avertir ceux qui vous détournent du commandement de Dieu» répond-t-il aux quolibets.

Mahomet commence d’abord à essayer de convaincre son entourage. «L’Islam attaque spécialement les idolâtres; il n’y a point d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète; voilà le fondement de la religion musulmane; c’était le point le plus essentiel: consacrer la grande vérité annoncée par Moïse et confirmée par Jésus. (…) Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. (…) Je suis, moi, musulman unitaire et je glorifie le Prophète (…) J’espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes d’Al Coran qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes» écrit Napoléon BONAPARTE. Quand Mahomet invite tout son clan, autour d’un repas, pour parler d’Islam. Après le repas, Abu-Lahad lui dit «Tu nous as invités aujourd’hui pour nous faire voir ta magie» lui dit-il. «Je suis l’apôtre de Dieu, envoyé vers tous les hommes en général, et vers vous en particulier» répond. Abu-Lahad se lève et s’en va, avec des paroles insolentes : «Est que c’était donc seulement pour cette stupide annonce que tu nous a dérangés et fait perdre notre temps ?» dit-il. Curieusement, Mahomet rencontrera les pires difficultés de la part de certains membres de sa famille. Son grand-père et protecteur, Abu-Mouttalib est resté polythéiste jusqu’à sa mort. Son oncle, Abou-Lahab, ainsi que sa femme, Djamila, une poétesse avec satire venimeuses, se révéleront les plus farouches adversaires Mahomet et le persécuteront gravement. Les deux filles de Mahomet, mariées aux fils de Abou-Lahab seront répudiées.  Mahomet continuera son apostolat : «Vous et les idoles que vous adorez, à côté de Dieu, vous serez la proie de l’Enfer» Sourate 21, Verset 98 dite «Les Prophètes». Les Mecquois l’expulsèrent du sanctuaire.

Dans sa grande longanimité, Mahomet n’est pas découragé, et invite tous les habitants de la Mecque à une réunion publique sur le mont de Safa. Dès qu’il commence son prêche, son oncle Abou-Lahab lui répond «Toi, Mahomet, tu veux nous appeler à une religion, soit maudit, toi et la religion. Vas au diable ! Ce Mahomet est un fou !» et la foule se dispersa. Mahomet supporte les railleries et les paroles blessantes ; il est même réconforté et encouragé par l’Ange Gabriel à persévérer «Annonce qui t’a été ordonné, et détourne-toi des polythéistes. Notre assistance te suffit contre ceux qui se moquent de toi et de la religion» Coran, Sourate 15, versets 94-95, dite «Al-Hijr» (une région de l’Arabie du Nord). Les Mecquois estiment que Mahomet aurait insulté la religion de leurs ancêtres. S’il continuait d’attaquer et d’insulter les polythéistes, il sera molesté et expulsé de la ville. Les Mecquois estiment qu’ils seraient déjà tolérants d’accepter que Mahomet enseigne, librement, sa nouvelle religion, mais à condition de ne pas insulter leurs dieux. Les larmes de Mahomet coulèrent «C’est Dieu qui m’ordonne aussi, s’ils remettaient dans ma main droite le soleil et dans ma main gauche la lune, et s’ils me brûlaient par le feu, je ne retirerai pas une lettre de ce que Dieu m’ordonne» répond le Prophète. Mahomet continuera ses prêches dans l’indifférence. Mais les versets du Coran recommandent à Mahomet la patience, les Prophètes avant lui avaient souffert le martyr. Cependant, Abu-Lahad et sa femme commencent à jeter des pierres à la fenêtre de Mahomet. Quand ils sont pris en flagrant délit, ils embauchent des sbires pour continuer cette sale besogne. Djamila jette sur le chemin de Mahomet des épines qui lui piqueront la plante des pieds. Après les offenses et les paroles blessantes, les polythéistes décident de tuer le Prophète. Ainsi pendant que Mahomet, agenouillé et priant à la Ka’ba, Abou-Jahl, arrive par derrière et lui met sur la tête un estomac de chameau rempli de sang et d’excréments. Mahomet qui suffoquait sera libéré, in extremis, par sa fille Rokhaya. Le lendemain Mahomet revient prier à la Ka’ba, Abu Mu’Aït vient par derrière, l’enveloppe de son manteau et le roue de coups. Mahomet parvient à se libérer tout seul, mais grièvement blessé, il est couvert de sang. «Abu-Lahad descendra dans les brasiers de l’enfer. Son épouse le suivra, portant du bois. A son cour sera attaché une corde en écorce de palmier» Coran, Sourate 111, versets 3, 4 et 5 dite «Les fibres».

En 614, Mahomet n’a encore que peu de fidèles. Mais bientôt, les opprimés et les exclus que les Noirs, les étrangers, les hors la loi, les pauvres ; les femmes et les esclaves sont tentés par l’Islam, une religion émancipatrice. «Le nègre représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline. On ne peut rien trouver dans son caractère qui s’accorde à l’humain» écrivait George W. F. HEGEL dans  «La raison dans l’Histoire». La religion musulmane prône l’égalité entre ses adeptes, le critère de distinction entre les hommes étant basé, exclusivement, sur la piété : «Il n’y a pas de différence entre un Arabe et un non arabe ni entre un Blanc et un Noir si ce n’est par la piété» a dit Mahomet. Humaniste et messager de la Justice, Mahomet s’adressait à tous les Hommes de la terre. Car dans cette religion, tous les musulmans forment une seule communauté, dont les liens ne sont plus tribaux, mais fondés uniquement la foi. Bilal Ben Rabah (580-640), un esclave noir originaire d’Abyssinie, qui ne voulait pas renoncer à l’Islam, dépouillé de ses vêtements, enchaîné et crucifié à la porte de la Mecque, sera racheté par Abu Bakr. Bilal est le premier Muezzin, celui appelle à la prière. Pour cet appel, le muezzin dit «l’Adhan» : «Allahou akbar, allahou akbar !  (Dieu est grand! Dieu est grand!).. Dieu est grand! Dieu est grand ! J'atteste qu'il n'y a pas de divinité à part Dieu et que Mohammed est Son messager. Venez prier! Venez prier! Venez vers le salut! Venez vers le salut! Dieu est grand! Dieu est grand! Il n'y a pas de divinité à part Dieu». Ce procédé, l’Islam sortant de la clandestinité et de la confidentialité, donne du courage, aux autres personnes qui avaient peur de se convertir. Bilal tuera son ancien maitre à la fameuse bataille de Badr.

Omar vendra à Abu Bakr des esclaves, dont deux femmes, Zinnîrah et Lubaïnah qui se convertiront à l’Islam. Mais Abou-Jahl, animée par une haine incommensurable contre Mahomet, refuse son esclave, Sumayah, qui voulait se convertir, et la tue. Désormais le clan des ennemis de Mahomet interdit la vente des esclaves, à la Mecque, voulant rejoindre Mahomet. A ce moment, Abu Bakr avait réussi à racheter six esclaves : 2 hommes et 4 femmes, désormais musulmans. C’est dans cette période difficile que Othman ou Ousmane, futur calife et gendre du Prophète, devient musulman.

Les musulmans interdits d’accès à la Mecque, vont faire leur prières dans un ravin, en bordure de la Mecque. Les païens estiment que Mahomet n’aurait aucun mérite à devenir leur Prophète et qu’ils n’ont pas à abandonner la religion, source de profits pour les commerçants de la Mecque, notamment pendant la Trêve de Dieu. Mahomet, un homme de Bien, interdisant le Mal, est accusé de n’être qu’un vulgaire poète. Pendant, cette période difficile, Mahomet réussit à islamiser un grand lutteur, Rukanah, ainsi Hamzah, son oncle, un chevalier et géant sportif. Hamza s’engage dans la religion pour sauver l’honneur de son clan et défendre Mahomet. Cependant, les musulmans, persécutés plus que jamais, se réfugient dans la colline de Safa, dans la maison d’Arqam. En cette année, 614 Omar, un homme fort et courageux, est chargé par les polythéistes, d’aller tuer Mahomet. Arrivé à la maison d’Arqam, Omar trouve des membres de sa famille convertis à l’Islam, à son insu, dont sa sœur. Il veut donc lire le Coran et se faire une opinion. «C’est splendide, c’est extraordinaire et sublime !» dit Omar du Coran. Mahomet n’est ni un illuminé, ni un imposteur «il est un envoyé par Celui qui a créé la terre et les cieux» Sourate 20, Verset 3. «S’il en est ainsi, l’idolâtrerie que nous pratiquons est absurde, et nos dieux ne sont rien» dit Omar Al-Khattab (584-644) qui  veut se convertir à l’Islam. Désormais, il s’engage à protéger et à défendre Mahomet, avec qui il fit le tour de la Ka’ba.

Un incident va provoquer une étincelle, dans une atmosphère déjà lourde de menaces. Ainsi, un dénommé Saïd, un musulman se recueillant sur le mont Hira, a été frappé pendant tout au long de sa prière. Il se saisit alors d’un os de chameau et le brisa sur le crâne de l’infidèle qui venait de l’agresser, injustement. Les mécréants commencèrent alors de menacer à mort Mahomet. Après les insultes il y aura les crachats à la figure. Les musulmans demandèrent à Mahomet l’autorisation de se défendre et de combattre ; il leur demanda de patienter : «Patienter comme les hommes résolus d’entre les Apôtres» dit la Sourate 46, Verset 34. L’Islam se renforçant timidement et pacifiquement à la Mecque, les polythéistes envoient un émissaire, à Abu-Talib (540-619), en vue d’échanger des jeunes gens contre la vie de Mahomet. Celui-ci refuse de livrer son neveu. Mais la tension une «Fitnah», ou discorde, est si grande, que Mahomet songe à protéger les musulmans. En 615, un groupe (75 hommes, 9 femmes et 25 étrangers) est envoyé se réfugier en Abyssinie. Mahomet adresse une lettre à au Négus, Nedjashi (560-631), un chrétien : «J’atteste que Jésus, fils de Marie, est esprit de Dieu et de son verbe. Je dépêche auprès de toi un petit nombre de musulmans. Dès qu’ils seront arrivés, reçoit les avec hospitalité». Quelques années après la mort du Négus, Mahomet célébrera un service funéraire musulman pour le repos de son âme. Abu-Bakr, le financeur de l’exil en Abyssinie, est resté à la Mecque avec Mahomet. Il a une belle voix quand il récite le Coran. Cela attire la foule. Les Koraïchites envoient une délégation en Abyssinie pour réclamer l’extradition des réfugiés musulmans, mais le Négus refusa en ces termes «Je crois que Mahomet est le personnage dont il est question dans l’Evangile. Ne pourrions-nous pas croire en lui et le faire venir dans notre pays, avant que sa religion n’ai conquis le monde entier ?» dit-il.

Mahomet, alors qu’il faisait la prière, Oqba, un polythéiste, lui jeta une corde au cou, et le traîna hors de la mosquée ; il allait étouffer, quand Abou-Bakr vint, en temps opportun pour le délivrer. Un autre jour, sur le mont Safa, Abou-Jahl l’accabla d’injures, et lança contre lui une pierre, le blessant à la tête. Hamza, un fils d’Abou-Mouttalib, ayant appris cette grave agression, alla retrouver Abou-Jahl à la mosquée l’insulta, le frappa, puis se convertit à l’Islam. Abdallah ira lire un verset du Coran, «Er-Rahman» pendant ce temps, il est roué de coups et couverts d’injures : «Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, Il a enseigné le Coran. Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer. Quant au ciel il l’a élevé bien haut. Et Il a posé la balance afin que vous ne soyez pas rebelle à la balance ; établissez le poids avec justice, et ne fassiez pas la balance, et quant à la terre, Il l’a posée pour l’humanité» Sourate 55, Versets 1-10, «Er-Rahman» ou «Le Miséricordieux». Les mécréants ont tenté d’abuser Mahomet en proposant un marché de dupes : «Si tu veux que nous adorions ton Dieu, adore aussi nos divinités. Si notre culte est vrai, tu auras l’avantage, et si le tien est vrai, nous aurions l’avantage de celui-ci» disent-ils. Alors le Seigneur fit descendre, successivement, trois versets de Coran : «Me recommanderez-vous d’adorer quelqu’un d’autre que Dieu, ô ignorants !», Sourate 39, Verset 64. «Je n’adore pas ce que vous adorez», Sourate 109, Verset 1, «Les mécréants» ; «Les groupes» ; «Gardez votre religion, je garderai la mienne. Peu s’en est fallu qu’ils t’aient détourné de ce que Nous t’avons révélé», Sourate 17, Verset 75. «Iblis» ou Satan, vint la nuit, et mit dans la bouche du Prophète ces versets sataniques : «Ces idoles sont d’illustres Gharâniqs (étoiles ou divinités païennes à Taïf et à la Mecque), dont l’intercession doit être espérée». Alors les païens se réjouirent croyant que Mahomet, en faisant la prière, aurait rejoint point de vue, en se prosternant devant ces étoiles. Mahomet va se repentir «Nous n’avons envoyé, avant toi, aucun apôtre, sans que Satan ait jeté quelque erreur dans sa pensée» Sourate 22, Verset 22, «Le Pèlerinage». Suivant Al-TABARI cette erreur fut réparée par la Sourate 53, Versets 21-22, «l’Etoile».

En l’an 620, Mahomet sans protection de sa famille fait appel à l’Ange Gabriel. Le Prophète est invité au Ciel, le 27 du mois de Rajab (7ème mois musulman, Rajab), un des quatre mois sacrés de l’Islam (Coran, Sourates 9-36 et 2-217). Pendant cette période, la guerre est interdite ; c’est désormais un temps de trêve suspendant les conflits de toute nature. Il est recommandé de faire le jeun et de donner l’aumône, suivant AL-BUKHARI. Par conséquent, c’est le fameux Voyage Terrestre ou «Isra» qui va de la Mecque à Jérusalem, l’ancien temple de Salomon, abritant la mosquée «Al-Aqsa», un lieu saint commun au Judaïsme et à l’Islam. Cette nuit-là, le Prophète était chez lui, et après la prière, il allait dormir : «J’étais à la Mecque, l’ange fendit ma poitrine et la lava avec l’eau de Zem Zem. Puis il apporta une aiguière d’or remplie de Kikma, c’est-à-dire de sagesse et de foi et les versa dans ma poitrine» dit-il. Pour ce voyage terrestre, il est conduit une monture mythique, Al-Buraq, entre le cheval et la mule, avec une tête de femme, et se déplaçant à la vitesse de l’éclair. Suivant Oum Hani, la fille d’Abu Talib, avant Jérusalem, Mahomet fait halte d’abord au Sinaï sur la montagne, où Dieu avait parlé à Moïse, puis à Bethleem où est né Jésus, enfin à Hébron, au tombeau d’Abraham, puis à Bethleem. D’après la tradition, Gabriel accompagna Mahomet jusqu’à Jérusalem, où il rencontra Abraham, Moïse et Jésus ; il pria avec eux dans le temple de Salomon : «Pureté à Celui qui, une nuit, fit voyager son Esclave, de la Sainte Mosquée à la très Lointaine Mosquée afin de lui faire voir certains de nos signes», Coran Sourate 17-1, dite «le Voyage Nocturne». Avant de quitter Jérusalem, il laisse, comme Abraham, l’empreinte de son pied à Jérusalem à Masdjid Aqsa (Mosquée lointaine). «Je fus transporté à Jérusalem). Là-bas, je l’attachai à l’anneau destiné à l’usage des prophètes. Je pénétrai dans la mosquée où je priai deux Rak’as. À ma sortie, l’ange Djibril m’offrit deux récipients : l’un contenant du vin, l’autre du lait. Je choisis le lait, et Djibril me déclara alors que j’avais choisi la voie primordiale (al-Fitra). Puis, porté par lui, je m’élevai jusqu’aux régions célestes» dit le Prophète. C’est à ce moment que commence la nuit de l’ascension «Layla Al-Mi’raj» ou encore le Voyage Céleste, soit de Jérusalem jusqu’au 7ème Ciel. Dante va s’inspirer de ce voyage, dans sa «Divine Comédie». Au ciel inférieur, Mahomet est accueilli par l’ange Ismaël. L’ange, Malik, gardien de l’Enfer, qui ne souriait pas, lui fit visiter son royaume. Il rencontre Adam, le père du genre humain. Au jour de la Rétribution, ceux qui sont sur la file gauche iront en Enfer, et sur celle droite au Paradis.

Au second ciel, Mahomet rencontre Jésus et Jean, fils de Zacharie, au troisième Joseph, fils de Jacob, au quatrième Idriss, au cinquième Aaron, au sixième Moïse et au septième Abraham. Il est transporté «au Jujubier de la limite», à droite du trône invisible de Dieu. Mahomet n’a pas vu Dieu, mais converser avec Lui, il a besoin de l’ange Gabriel. Dieu recommanda à Mahomet la patience et la bonté à l’égard des Hommes. Mahomet reçoit 12 commandements, Moïse en avait eu 10 : n’adorer qu’un seul Dieu ; aimer et respecter son père et sa mère ; aimer ses proches et leur donner ce qui leur est dû ; protéger les faibles, les voyageurs et les étrangers ; ne pas être prodigue ; ne pas être avare ; ne pas commettre d’adultère ; ne pas tuer ; ne pas toucher aux biens d’autrui, et spécialement aux biens des orphelins ; ne pas falsifier les mesures ; ne pas entreprendre des choses insensées et ne pas être orgueilleux. «Si faites le Bien, vous vous faites le Bien à vos âmes ; et si vous faites le Mal, eh bien, c’est pour elles. Le Coran guide ce qui est plus droit, et il donne bonnes nouvelles aux croyants qui font œuvres bonnes, qu’il y a pour eux, en vérité, gros salaire» résume ainsi la Sourate 17 versets 7, 9 et 10, toute l’essence de ce Voyage Nocturne.

Le Seigneur recommande à Mahomet, comme à Moïse, l’exode. Il doit rassembler ses fidèles et partir de la Mecque. Mahomet parle de son Voyage nocturne à Oum Hani qui le dissuade d’en parler ; il risquerait de s’exposer à des moqueries ; il faut un mois pour qu’une caravane aille de la Mecque en Syrie, et un autre pour revenir. Pourtant, le lendemain lorsque Mahomet raconte ses voyages terrestre et céleste, mais personne ne le croit, sauf Abu-Bakr, surnommé «Siddiq», le Véridique. «Le grand prophète de l’islam est monté jusqu’au trône du Grand Créateur et L’a rencontré. Moi, je crois fermement à son ascension avec tout mon cœur» écrit Féodor DOSTOIEVSKI. IBN ARABI (1165-1240), un écrivain d’Andalousie, dans son «Livre de l’Ascension», maintenant disponible en français, a retracé, de manière fidèle, ce merveilleux voyage du Prophète.

 

En 616, les païens de la Mecque décrètent une Fatwa d’ostracisme à l’encontre des musulmans : interdiction des mariages mixtes, de leur parler. Dans une société tribale la solidarité est vitale. Les musulmans alors expulsés du territoire de la Mecque, se réfugient dans un Chi’b, une fente dans le rocher, aux portes de la ville ; c’est un lieu sinistre et de désolation, réservé aux proscrits, comme les Noirs, les esclaves et les fugitifs. Il est interdit de faire commerce avec ces bannis, de leur acheter ou vendre quelque chose. C’est l’abjuration de l’Islam ou la mort. «Désirer la mort, c’est abréger la vie. Mépriser la mort, c’est prolonger la vie» dit un dicton arabe. Les musulmans ont donc préféré endurer la faim, les souffrances et les humiliations. C’est en 619, année de la fin de l’exil, Khadija, épouse, première femme musulmane, conseillère, confesseuse, trésorière et directrice de conscience du Prophète, ruinée et affaiblie, meurt, après de souffrances. Khadija avait donné au Prophète trois garçons morts jeunes : Al Qacim, at-Tâhir et at-Tayyib. Ils ont eu quatre filles : Rukaya, Zainab, Umm Kultum et Fatima. Deux jours après cette disparition, l’oncle et le tuteur de Mahomet, Abu-Talib, meurt aussi. Bien que païen, il a enduré la persécution et n’a jamais cédé. Suivant Al-TABARI, c’est d’abord Abbass, de eux ans plus âgé que Mahomet qui devient le chef des Hachémites. Mais c’est un homme indolent et faible, incapable de protéger efficacement Mahomet.  Abu-Lahat, frère du défunt, et pire ennemi de l’Islam, a pris de l’ascendant dans le clan de Mahomet. Mais le prophète continue de dire que les païens quand ils mourront iront en Enfer. Abu-Lahat considère que Mahomet qui s’est attaqué aux ancêtres, doit être exclu de la famille, et ne plus bénéficier de sa protection. Se sentant menacé, il part pour l'oasis de Taïf, une ville de remparts, à 65 kilomètres de la Mecque, mais il en est chassé par les habitants, peu soucieux de se fâcher avec les commerçants mecquois. De retour à La Mecque, il en profite pour se remarier et met fin à sa monogamie antérieure. Du Vivant de Khadija, Mahomet est resté monogame. En 620, il épouse d'une part une veuve du nom de Saïda, d'autre part la très jeune fille de son disciple Abou-Bakr. Elle a nom Aïcha qui a entre 13 et 14 ans. Il se mariera aussi avec Sauda Bint-Zam’ah, divorcée d’un musulman émigré en Abyssinie, et qui est devenu chrétien.

 

Au cours de la Oumrah, petit pèlerinage à la Mecque, à Mina, Mahomet rencontre, dans le plus grand secret, six habitants de Médine, des clan Khazraj et Aus, ils ont entendu les Juifs parler de l’arrivée imminente d’un Messie, d’un Paraclet. Ils se convertissent à l’Islam. En 621, Mahomet, dans le défilé entre la Mecque et Mina, fait la connaissance de douze pèlerins de Médine, une ville déchirée par d’incessantes querelles intestines, souhaitant avoir un arbitre externe. Ils veulent accorder protection à Mahomet et lui jurent fidélité et protection. Dans le défile de 622, Mahomet revoit les Médinois, les «Ansars» ou partisans de l’Islam qui sont maintenant 73 hommes et 2 femmes. Il jurent protection et obéissance à Mahomet et combattrons pour lui. Mahomet, comme les 12 Apôtres, nomme 12 représentants à Médine et s’engage donc sur le chemin de l’exil, avec les musulmans de la Mecque, les «Muhajiruns», les futurs exilés ou compagnons du Prophète. Mahomet s’engage à ne pas abandonner les Médinois. Depuis longtemps, la maison du Prophète, devenu une vraie menace pour le paganisme est cernée ; sa vie est gravement menacée. Un plan est mis en place pour assassiner le Prophète ; chacune des 10 tribus de la Mecque doit désigner un représentant pour ce funeste projet. Rukaya, une tante à Mahomet l’avertit de grave danger. Mahomet choisit donc l’exil, ou «Hégire» sur Médine. La veille de la fuite, Ali, pour tromper l’ennemi, revêtu de ses habits, dort dans le lit de Mahomet. Le Prophète part sur Médine, en compagnie de Abu-Bakr. Sur le chemin, ils réfugient dans une grotte, infestée de serpents, Mahomet suce le sang de la morsure dont est victime Abu-Bakr. Pendant la nuit, l’ange Gabriel envoie des araignées tisser, en toute hâte, une toile à l’entrée, afin de tromper la vigilance des sbires les poursuivant. Devant la grotte un oiseau fait son nid et des pierres obstruaient l’entrée. Sur le chemin, un chèvre stérile leur donne assez de lait, et une caravane, de Syrie, leur donne de nouveaux habits et de la nourriture. Ces miracles renforcent leur détermination, à poursuivre le chemin sur Médine.

B - Mahomet à Médine, (622 à 632) : le politique et le chef de guerre

1 – Mahomet : une nouvelle ère, le politique et fondateur de la Oumah,

L’exil de Mahomet à Quba, dans les faubourgs de Médine, en 622, est appelé «Hedjira» ou l’Hégire, l’émigration, fuite, c’est une nouvelle ère, l’An 1 pour la «Oumah», de la communauté musulmane. Le calendrier musulman démarre au lundi 15 juillet 622. Médine ou Yatrib, doté d’un oasis, s’appelait Tabab Taïbah, ou ville agréable. Mais le climat étant humide, les hommes du désert qui y séjournaient attrapaient la malaria, comme Abu-Bakr. «Médina» signifie «la ville» sans autre qualificatif. C’est une ville aux 72 châteaux, dont 59 pour les Juifs de Médine (Banu Qurayza, Nadir, Dakhum, Zawra et Masika) et 13 pour les Arabes, les tribus Aws et Khazraj ont des ascendances juives. Les clans arabes Khazraji et Aus, sont en perpétuels conflits autour des guerres des terres, sans vainqueurs, ni vaincus. Les tribus juives, probablement venues de Syrie de Jérusalem, fuyant les persécutions de Nabuchodonosor, roi de Babylon (605-662), en charge du commerce, de l’artisanat, l’orfèvrerie et de la culture des dattiers, concluent souvent des alliances avec les Arabes, garantissant l’équilibre des forces, souvent en tension. Il n’existe ni période de trêve durable, ni de justice ou de prison à Médine.

Les rapports entre Mahomet et les Juifs de Médine, «les gens ou peuple du livre», sont une succession de séduction, de méfiance, et puis enfin de guerre ouverte. La communauté juive au départ n’avait pas été réticente de l’arrivée de Mahomet à Médine en qualité d’arbitre. Ils espéraient que Mahomet, partisan du monothéisme, aller devenir un vrai Juif. Aussi, et au départ, Mahomet dans la séduction, multiplie les gestes d’apaisement  de la communauté juive. Il ordonne de faire la prière du midi, que les Juifs appellent «Zohr» et accepte le jeûne des Juifs  de «l’Ashura» en hommage au jour où Moïse triompha du Pharaon, proclame des interdits alimentaires relatifs au porc et adopte un calendrier lunaire. Mahomet qui construit sa première mosquée, sur un terrain d’ablutions judaïques, à Quba, elle est orientée vers Jérusalem. Mahomet veut séduire à la fois les chrétiens et les Juifs de Médine. Mais dès le départ, si la communauté juive est enthousiaste ; ils attendent de longue date un Sauveur oint du Seigneur, un Messie. Cependant, les rabbins sont restés méfiants, pour eux, un Arabe ne pouvant pas être un Prophète. Seul un Juif, représentant du peuple élu, peut l’être, conformément à l’Ancien Testament, à la Thora et au Talmud. Cinq jours après son arrivée, Mahomet célèbre l’office du vendredi. Les rabbins commencent donc à le combattre. Alors, en février 624, Mahomet change de la direction de la prière, «Qibla», qui sera désormais la «Ka’ba» à la Mecque. En raison de cela, ce lieu de culte est dénommé «Mosquée aux 2 Qiblas». C’est à Médine que Mahomet se marie avec Aïcha, la «Mère des croyants».

Mahomet construit une nouvelle mosquée et s’attaque, en sa qualité d’arbitre, à l’organisation de la communauté de Médine, confrontée à l’anarchie. Avant Mahomet, «Les Arabes n’étaient point un peuple, c’était une collection de peuplades, de tribus, de famille. L’Etat n’existait pas. La famille multipliée par la tribu existait seule» écrit Alphonse de LAMARTINE. En 623, en réformateur et législateur, Mahomet rédige, et c’est une première dans cette Arabie tribale, sans Etat, une Constitution ou Pacte,  de 52 articles, pour cette ville-Etat : «Nul doute que le Prophète Mohammed est l’un des plus grands réformateurs de l’humanité. Il doit être loué pour avoir conduit l’humanité vers la vraie lumière, vers la justice et la paix. Il a empêché le versement du sang des innocents, et en même temps, il a ouvert au monde la voie du progrès et de la prospérité. Hormis cet homme, personne au monde n’a pu réaliser une si grande œuvre, c’est pourquoi il est digne de respect, d’admiration et de considération. Mohammed est le Prophète de l’Islam. Il a invité son peuple à n’adorer qu’Allah» écrit Léon TOLSTOI. La Constitution de Médine est fondée sur le multiculturalisme, la tolérance et le respect mutuel : «Les Juifs constituent une communauté vivant avec les Croyants. Aux Juifs leur religion et aux musulmans la leur. A chacune des deux communautés ses seigneurs et ses individus. Aux Juifs de s’occuper de leurs dépenses et aux musulmans de s’occuper des leurs . Juifs et musulmans doivent agir d’un commun accord contre quiconque s’attaque aux signataires du pacte». Les musulmans constituent désormais une «Oumah», une communauté transcendant les critères ethniques, religieux, de genre ou tribaux, mais fondée exclusivement sur la foi religieuse : «Les musulmans constituent une seule et même communauté dans la société des Hommes», 1er principe. Les différences de classe ou de caste sont abolies. La protection est accordée «au plus humble des croyants» qui sont tous des frères, suivant l’article 15. L’Islam ayant vu le jour dans une société arabe sans Etat, et où l’individu n’est rien sans sa communauté, a substitué la solidarité tribale à l’entraide religieuse, fondée sur la bienveillance et la solidarité : «Les croyants ne laisseront aucun des leurs sous la charge de lourdes obligations. L’individu, bien qu’abandonné par le clan, n’est pas seul» dit l’article 1er. Les Juifs adhérant à ce Pacte auront droit aux mêmes aides, assistance, protection, amitié et fraternité que les Musulmans, (articles 16, 43 et 44). Cependant, cette solidarité n’est pas sans limites et n’exclut en rien la responsabilité de chacun, face à des actes répréhensibles «Les croyants devront se mettre contre celui qui aura commis une violence ou aura désiré l’injustice. Et les mains de tous se lèveront contre celui-là, fût-il fils de l’un d’eux» article 13. «Le meurtre est puni de la loi du Talion Nul n’a le droit d’accorder protection à un meurtrier» article 15.

Chaque tribu, païenne, juive ou musulmane, sera régie par les lois de sa communauté. Mahomet introduit une garantie de sécurité et de protection fondée sur la responsabilité, en interdisant toutes formes de discriminations. Le Coran fait référence au Pacte de Médine : «Enfants d’Israël, rappelez-vous mon bienfait dont je vous ai comblés. Et remplissez mon pacte, je remplirai votre pacte», Coran, Sourate 2, verset 38. Chacun conserve sa liberté religieuse et de conscience, à condition de ne pas empiéter sur celle des autres (8ème principe), une laïcité qui ne dit pas son nom. «Ceux des Juifs qui nous rejoignent dans la foi, doivent être secourus, assistés. Nous ne devons ni les offenser, ni nous liguer contre eux». Mahomet est resté respectueux pour les Chrétiens et les Juifs : «Ceux qui ont cru et ceux qui se sont judaïsés, et les Nazaréens et les Sabéens, quiconque a cru en Dieu et au Jour du jugement dernier et fait bonne œuvre, et pour ceux-là, leur récompense est auprès de leur Seigneur», Coran, Sourate 2, Verset 59, dite «La Vache».

Tous les Arabes ne sont pas, à l’époque, des Musulmans, on les appelle des «Munafiquns», des tièdes, neutres ou hypocrites ; ce sont ceux qui «oscillant entre deux, n’étant jamais ni à ceux-ci, ni à ceux-là» Coran, Sourate 4, Versets 136-142. Pour l’Islam, la neutralité est le plus grand péché de l’homme. Ils s’allieront avec une partie de la communauté juive et les Mecquois, pour combattre Mahomet et son Islam naissant, et encore fragile. Les Juifs, incités en cela par les rabbins, n’ont pas cru en Mahomet, car c’est un Arabe, ce n’est donc pas le Prophète qu’ils attendaient «Et quand leur vint de Dieu un livre confirmant ce qu’ils avaient déjà, alors qu’auparavant ils cherchaient la Victoire sur les mécréants, ils mécrurent. Et bien, malédiction de Dieu sur les mécréants !», Sourate 2, verset 83, dite «La vache».

2 – Mahomet, le chef de guerre

Le regard que les Occidentaux portent sur Mahomet, teinté parfois d’une grande partialité, est celui de propagateur d’une religion ayant vaincu par la violence, par l’épée. En réalité, Mahomet a engagé depuis 610, une lutte pacifique en sa qualité de propagateur de l’Islam. Quand, il arrive en 622 à Médine, il lui restait dix années à vivre, mais c’est contraint et forcé qu’il dut recourir à la lutte armée. «Les grandes idées doivent pouvoir lutter pour leur survie. Il est indispensable de se faire connaître par la prédication, le prosélytisme, et parfois le combat» écrit Thomas CARLYLE. Le Jihad signifie, non pas la guerre sainte contre les mécréants, c’est un Jihad du cœur, une guerre intérieure à soi-même, guerre contre nos passions et la tentation du Mal, laquelle nous habite ou nous guette en permanence. Mahomet avait deviné les trahisons à venir de son héritage : «Un jour l'islam sera l'étranger qu'il a commencé par être. (...) Alors tout sera licite pour les hommes. Ils prétendront des choses fausses sur ma vie. Ils dresseront le portrait d'un autre homme qu'ils nommeront Mohammad et qu'ils agiteront selon les circonstances. Ils justifieront ainsi leurs turpitudes et dissimuleront leurs faiblesses. Ils seront hors de la sphère de Dieu» avait-il confié à son épouse Aïcha. En effet, Islam, depuis les temps anciens, a formulé une interdiction de tuer ; tuer est un crime contre l’Humanité.

Ce sont les Mecquois, sous la conduite de Abou-Soufyan, qui engagent les hostilités. Ils lancent, sans succès, un ultimatum aux Musulmans, puis aux «tièdes» de Médine de livrer Mahomet. Contrôlant toutes les routes des caravanes dans le désert, ils finiront par décréter un blocus contre Médine. Mahomet n’a pas recherché la guerre, mais acculé, il doit se défendre, avec peu de moyens et il est obligé de combattre avec peu de moyens : «Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mohammad ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux» écrit Alphonse de LAMARTINE. Mahomet fait savoir aux Mecquois que les territoires qu’il contrôle leur sont désormais interdits. Pendant l’une des patrouilles, un Mecquois est tué durant le mois de Rajab, période de trêve ancestrale et du petit pèlerinage. Les païens sont irrités et les Juifs de Médine lancent des satires contre Mahomet, un prophète qui a été le premier à violer le mois sacré. Lorsqu’il s’agit de choisir entre Dieu et la trêve de Dieu des païens, Mahomet a naturellement choisi Dieu. Lorsqu’il s’agit de Dieu, les tabous ancestraux doivent disparaître. Mahomet a reçu du Coran l’autorisation, en certaines circonstances, de faire la guerre sainte, Sourate 9, Verset 74.

La mythique bataille de Badr, aura lieu le 17 du mois de Ramadan, à une vingtaine de kilomètre de Médine. Les forces sont disproportionnées : 313 Musulmans contre 950 hommes d’Abou-Soufyan. Personne ne doit fuir, l’attaque des Musulmans, dans la plus grande discipline, se fera en rang serré : «Dieu vous envoya le sommeil de la sécurité. Il fit descendre de l’eau du ciel et vous délivrer de l’abomination de Satan, pour lier vo cœurs par la foi et affermir votre courage» Sourate 8, Verset 11, dite «les dépouilles», en référence au butin de guerre. Mahomet a promis aux martyrs le Paradis. Mahomet prend du sable et les combattants ennemis sont aveuglés. Du ciel descendent cinq mille anges et à leur tête Gabriel. «Sans armée permanente, sans garde de corps, sans palais, sans revenu fixe ; si jamais un homme avait le droit de dire qu’il gouvernait par le droit divin, ce serait Mohammed, car il détenait tout le pouvoir sans ses instruments et sans soutiens» écrit R. Bosworth SMITH (1839-1908). Les Musulmans sortis victorieux, par miracle de cette première bataille, n’ont perdu que 14 hommes «Ce n’est pas vous qui les avez tués. Ils sont tombés sous le glaive du Tout-Puissant. Ce n’est pas toi, Mahomet qui les assaillis ; c’est Dieu afin de donner aux fidèles une marque de sa protection. Dieu sait tout et Dieu entend tout. C’est son bras qui vous a protégés. La victoire a démontré l’équité de notre cause» Sourate 8, Versets 17-19. Cette bataille, dans sa symbole, annonce d’autres grandes victoires de la communauté musulmane naissante. «Jamais homme n’entreprit, avec de si faibles moyens, une œuvre si démesurée aux forces humaines, puisqu’il n’a eu, dans la conception et dans l’exécution d’un si grand dessein, d’autre instrument que lui-même et d’autres auxiliaires qu’une poignée de barbares dans un coin du désert» écrit Alphonse de LAMARTINE.

Cependant, cette victoire de Mahomet est éclipsée par deux évènements importants. C’est d’une part la mort de sa fille, Rukaya qui avait épousé un fils de Abou-Lahab (549-624) et s’était remariée à Othman. D’une beauté légendaire, Rukaya de toutes ses sœurs, était la plus proche de Mahomet. Lors de la bataille de Badr, Mahomet avait ordonné à Othman de rester à Médine pour soigner Rukaya, déjà malade. Par ailleurs, une autre fille de Mahomet, Zainab, avait eu un garçon, mais en voulant rejoindre Médine, poursuivie par des païens, elle est tombée d’un chameau, son bébé en mourra. De cette chute, Zainab restera toute sa vie infirme. Mahomet n’aura donc de descendance mâles que de Fatima, et ses petits-fils, Al-Hassan, et Al-Hussein seront plus tard assassinés. D’autre part, peu après la bataille de Badr, un incident met le feu aux poudres. Une ou plusieurs musulmanes sont molestées au marché par des Juifs de la tribu des Banu-Kainuka. Échauffourée, meurtres de part et d'autre. Le chef de la tribu mise en cause refuse de payer l'amende réglementaire aux parents des victimes musulmanes. La tribu est assiégée par le Prophète et ses disciples et, au bout de deux semaines, contrainte de leur livrer ses immenses biens et d'émigrer.

Une partie des Juifs décident, plus que jamais de se liguer avec les païens de la Mecque, avec lesquels ils font commerce, pour tuer Mahomet, qui échappe à un attentat au couteau. Mais c’est aussi pendant de ce temps que Abou-Lahab, un oncle et un des pires ennemis de Mahomet, meurt à la Mecque des suites d’une maladie ; il n’avait pas pu participer à la bataille de Badr. A la Mecque, sa femme, Umm Djamil, avait jeté des épines sur le chemin de Mahomet, ensanglantant ainsi ses pieds : «Périssent les deux mains d’Abou-Lahab et que lui-même périsse. Sa fortune ne le met au large en rien, ni ce qu’il acquiert. Il sera bientôt jeté dans un Feu plein de flammes, de même sa femme porteuse de bois. A son cou, une corde de fibres» Sourate 111, Versets 1-5 dite «Les fibres». Désormais, Abou-Soufyan est devenu le principal ennemi de Mahomet ; il a conclu un accord secret avec une partie des Juifs, le chef du clan Nadir, propriétaire d’une plantation de dattiers. Mais le plan ayant échoué, Abou-Soufyan, incendie et pille des fermes arabes, et dans sa fuite, il jette des sacs de farine d’orge. Les Musulmans par la suite réussissent à intercepter une caravane d’argenterie dans le désert de Najd. A Médine, une partie des Arabes et à leur tête Abou-Afak, alliés aux Juifs, utilisent choisissent la satire, le pamphlet pour calomnier, ridiculiser et outrager Mahomet, par la poésie. Dans la société arabe tribale la parole est une arme mortelle, et Mahomet en souffre. Mais une des qualités d’un Prophète, ce sont la résilience «la patiente endurance» Sourate 103, Verset 3, dite «le temps». Face à ses contempteurs, Mahomet décide de se rendre chez les Juifs et les invite au dialogue, à vivre dans l’harmonie et la paix, dans le respect du Pacte de Médine qu’ils ont signé, en son article 45. Il est interdit aux tribus de Médine de pactiser ou de comploter avec les ennemis de la Mecque. Cependant, un fait divers sera lourd de conséquences. Une jeune fille arabe pénètre dans le quartier juif de la tribu Qainuqa. De jeunes gens l’accostent, tentent d’arracher son voile ; elle se défend ; un orfèvre attache au mur avec un clou le robe de la fille, qui lorsqu’elle tente de s’enfuir se retrouve toute nue. Un musulman qui tente de prendre sa défense frappe l’orfèvre, et cet Arabe est tué par de  jeunes Juifs. Les 700 orfèvres refusent de payer le prix du sang, conformément au Pacte de Médine. Les Juifs Qainuqa, espérant l’arrivée imminente des Mecquois, pour mettre fin à l’islam, choisissent de résister. Mais les Mecquois tardent à venir. Mahomet exigent de ces Juifs Qainuqa de rendre leurs armes et de quitter Médine.

Finalement, le 11 mars 625, les Mecquois envoient une armée de 3000 hommes contre 1000 hommes de Mahomet. Une partie des juifs et en raison de la tension survenue récemment avec la tribu Qainuqa, décident de soutenir ouvertement les Mecquois, d’autres quittent la ville. Les Mecquois comme les Médinois sont accompagnés de femmes. La bataille aura lieu à Ohod, à 3 km de Médine. Hamza, le lutteur y sera tué ; Hint, épouse d’Abou-Soufyan, lui déchire l’estomac, enlève le foie et le mange ; elle coupe les oreilles, le nez, la langue et son sexe, et s’en fait un collier. Mahomet blessé est soigné par ses deux filles, Fatima et Umm Kultum faisant office d’infirmières de guerre. Les Musulmans sont vaincus : 25 morts côté de la Mecque et 70 du camp de Médine. Les Musulmans n’ayant pas été disciplinés à la bataille de Ohod, Mahomet estime que la défaite est un moyen par lequel Dieu éprouve la force de la foi chez les croyants : «Dieu aime les endurants» Sourate 3, Verset 140, dite «la famille d’Amram». Cette bataille réjouit les Arabes «tièdes » et notamment la tribu juive des Banu-Nadir, pour qui Mahomet ne serait pas un prophète, mais un imposteur. «Depuis que le monde est monde, on n’a jamais vu un Prophète vaincu», disent-ils. Pour calmer le jeu, Mahomet essaie d’entrer en discussion avec la tribu des Banu-Nadir, des planteurs et des orfèvres, mais ceux-ci refusent toute échange et comptent sur une victoire imminente des Mecquois adversaires de l’Islam. Cette tribu juive des Banu-Nadir est, par conséquent, chassée de Médine. A la bataille de Ohod, Khunaïs, le mari de Hapsah, une fille de Omar d’une autre femme n’étant pas Fatima, est mort. Hapsah, une felle de 20 ans, belle et lettrée, est inconsolable.  Othman refuse de la marier, mais c’est Mahomet qui la reprendra. Dans cette défaite de Ohod, Mahomet, un homme amoureux, trouve une autre compensation, en entrant dans la maison de son fils adoptif, Zaïd, il voit par inadvertance sa femme, Zaïnab, âgée de 38 ans, dévoilée et presque nue. Mahomet s’en confesse à son fils adoptif et Zaïd répudie sa femme, pour «mésentante», que Mahomet épouse immédiatement. Ce mariage provoque une intense calomnie à l’égard de Mahomet à Médine.

A la Mecque, les païens offrent une prime pour tout Musulman tué. Les prisonniers livrés aux habitants de la Mecque sont torturés et tués dans de conditions atroces. Les Mecquois encerclent en avril 626 Médine, une ville fortifiée, mais ce siège échoue. Mahomet réaffirme sa doctrine de l’Islam ceux qui croient en un Dieu unique, évitent le Mal et font le Bien. Lorsqu’on a la foi, le désespoir, le doute et le pessimisme ne sont pas de mise. Il faudrait avoir «le Tawakul», une foi inébranlable en Dieu. Dans son système de renseignement, Mahomet apprend que les tribus juives Banu-Moustaliq s’arment en vue d’une attaque concertée avec les Mecquois de Médine, il prend les devants en décembre 627 et lance contre eux, une expédition victorieuse. Une bonne partie des esclaves se convertit à l’Islam. Mahomet épouse Juwaïrariyah, devenue une esclave à la suite de ce combat. Mais cette victoire est vite éclipsée par un scandale du collier de Aïcha, l’épouse préférée de Mahomet, accusée d’adultère par les ennemis du Prophète. En effet, Aïcha avait voyagé avec Mahomet à dos d’un chameau, dans un palanquin fermé. Descendue rapidement à la recherche du palanquin, pour rechercher son collier perdu, la caravane est repartie, sans elle. Un bout d’un certain temps, un jeune retardataire, la ramène à Médine. C’est à ce moment que démarrent les colibets. Mahomet renvoie Aïcha chez son père, Abu-Bakr, mais l’ange Gabriel, le convaincra de l’innocence de sa femme. Le clan de Ali continuera de haïr Aïcha, une des causes, par la suite de la discorde au sein de la communauté musulmane, même après la mort du Prophète.

Dans cette vie tumultueuse pour la communauté musulmane, c’est en mars 627, que les Mecquois, alliés à la tribu juive Khaïbar, décident, avec 10 000 hommes, d’attaquer Médine. Ce sera la guerre du Khandaq, dite «Ahzab» ou «guerre des Fossés» ou des tranchées. Cette guerre a aussi été surnommée par le Coran, la bataille des «coalisés», une partie des Juifs expulsés de Médine, et installés à Khaybar, ayant envoyé 20 délégués aux Mecquois pour une convergence des luttes à l’encontre de Mahomet. «Et quand les croyants virent les coalisés, ils dirent : «Voilà ce qu'Allah et Son messager nous avaient promis ; et Allah et Son messager disaient la vérité". Et cela ne fit que croître leur foi et leur soumission» Sourate 33, Verset 12 dite «Les coalisés», Sourate 33, Verset 22, dite «Les coalisés». En stratège et chef de guerre, Mahomet la récolte des oasis, afin d’éviter le ravitaillement des ennemis et fait creuser un fossé, et positionne l’armée musulmane entre ce fossé et Médine, une ville entourée de vallées, de montagnes et de palmeraies, à l’exception du Nord. Les Mecquois ont commis l’erreur d’attaquer un samedi, un jour de Sabbat, et n’auront donc pas de soutien de la part de la communauté juive de Médine qui leur sont favorables. Cependant, un Arabe, «hypocrite» ou «tiède» s’est rangé, avec son clan, ouvertement du côté des Mecquois : «Et quand les hypocrites, et qui ont la maladie (le doute) au cœur» Sourate 33, Verset 12 dite «Les coalisés». Par ailleurs, pendant ce long siège, une tempête de sable se lève, arrachant les tentes des Mecquois, superstitieux et affamés. Abou-Soufyan (560-652), face à ce désastre décide de lever le siège de Médine. Les Mecquois ont eu 8 morts et les Musulmans, 6 victimes. Cette bataille aura des conséquences particulièrement dramatiques pour la communauté juive à Médine, du moins ce qui en restait. Mahomet décide d'en finir avec les Juifs de la troisième et dernière tribu de Médine, les Banu-Kuraiza, qu'il accuse, ce qui est établi, d'avoir soutenu les assaillants. Au terme d'un siège de 25 jours, les Juifs sont contraints de se rendre. Mahomet confie à l'un de ses compagnons, un membre de la tribu des Aws, le soin de les juger. Ce dernier recommande de mettre à mort les hommes selon l'ancienne loi hébraïque.

Cependant, Médine est toujours l’objet d’un sévère blocus et pour faire sauter ce verrou, il décide, en mai 628, d’attaquer Khaibar, une ville doté de 18 châteaux forts et exclusivement composée de Juifs. Ils possèdent des catapultes, une armée moderne à l’époque. Après un long siège la ville finira par tomber. Mahomet, dans une démarche d’apaisement épouse deux femmes juives : Rihanna et Safia. Cependant, Zaïnab, une juive, a voulu l’empoisonner avec un plat d’agneau rôti qu’il cracha. «J’ai pensé que si vous étiez vraiment prophète, vous apercevriez aisément du poison, et si vous ne l’étiez pas, nous serions délivrés de votre tyrannie» dit-elle, et se convertit à l’Islam.

Mahomet a gagné presque toutes ses batailles, mais depuis 622, n’est pas retourné à la Mecque, une ville complotant contre lui. En février 628, avec 2000 fidèles, Mahomet décide pendant la Trêve, de se rendre à la Mecque, en vue d’un pèlerinage, mais il s’arrête aux portes de la ville sainte. Il engage des pourparlers avec les Mecquois et souhaite une réconciliation avec eux. En ces années, la Mecque est confrontée à une grave sécheresse et une partie de ses habitants commencent à croire en lui. En geste d’apaisement, Mohamed épouse Umm Habiba, une des filles de Abou-Soufyan, devenue veuve, et encore émigrée en Abyssinie, avec d’autres musulmans. En 629, Mahomet épouse également Maimounah Bint Al-Harith, parente de Khalid Ibn Al-Walid, ce général mecquois qui avait battu l’armée musulmane à la bataille de Ohod, près de Médine. Il convoque les Mecquois à sa noce. Par ces mariages politiques, Mahomet, sans faire la guerre, a conquis le cœur des habitants de la Mecque. En fin 630, Mahomet retourne, avec une forte armée à la Mecque. Il y aura quelques brefs affrontements (2 Musulmans et 13 païens tués). Mahomet après la prière à la Ka’ba, Mahomet ordonne la destruction des 360 idoles placées dans ce sanctuaire depuis des générations. «Ce patriotisme vengeur des profanations du ciel fut la vertu des enfants de Mohammad ; la conquête du tiers de la terre à son dogme fut son miracle, ou plutôt ce ne fut pas le miracle d’un homme, ce fut celui de la raison. L’idée de l’unité de Dieu, proclamée dans la lassitude des théogonies fabuleuses, avait en elle-même une telle vertu, qu’en faisant explosion sur ses lèvres elle incendia tous les vieux temples des idoles et alluma de ses lueurs un tiers du monde» écrit Alphonse de LAMARTINE. Mahomet conserve une image de la Vierge Marie. Bilal (580-640), le premier muezzin noir dont le nom signifie «eau» ou «rafraichissement», monte à la terrasse du sanctuaire, et appelle à la prière. Les esclaves sont affranchis. Mahomet accorde le pardon à ses anciens et féroces ennemis dont Hint, la femme d’Abou-Soufyan. Le 27 janvier 631 Mahomet quitte les idoles des villes environnantes, dont la statue d’Al-Ozza.

 

 

II – Mahomet et sa religion révélée à travers le Coran

A – L’Islam, son monothéisme et sa tolérance

1 – La signification de l’Islam et son essence

Le Coran, «Al Quran», la lecture ou parole incréée du Seigneur, est le livre saint des musulman, révélé à Mahomet, un envoyé de Dieu. «C’est Nous qui avons fait descendre le Coran et qui en sommes Celui qui le conserve» Sourate 15, Verset 9. «Le Coran, en tant que verbe de Dieu est incréé ; ce texte est le miracle par excellence ; il est doté du privilége mystérieux de l’incomparabilité (Ijaz), puisque toute création est mue par la parole créatrice ; où tout croyant reconnaît indubitablement l’essentiel de la Vérité» écrit Louis MASSIGNON dans l’introduction du Coran exposé par HAMIDULLAH. Depuis Mahomet, dans sa grande sincérité, loin d’être un illuminé, un imposteur ou un ambitieux, «le héros n’est plus regardé comme un dieu par les autres humains, mais comme inspiré de Dieu, un Prophète» renchérit Thomas CARLYE. Le Coran, constitué de 114 chapitres, divisé en 114 «Sourates» ou chapitres, avec chacun un titre, et en 6219 «Ayates» versets ou sections, n’a pas été codifié du temps de Mahomet. C’est le Calife, Abou-Bakr, inquiet de la disparition progressive des fidèles de la première heure qui l’a fait transcrire heure qui codifia ce texte et remis un exemplaire à Hapsa, fille d’Omar El Khattab. En 652, le Calife Othman ou Ousmane réunit une commission de grammairiens pour parfaire ce texte rédigé en arabe littéraire. Doté d’un mystérieux privilège de l’incomparabilité, le Coran est livre écrit dans un arabe littéraire, plein de sens, poétique et récité de façon particulièrement émouvante : «la majeure partie du texte est rythmique : une sorte de mélopée sauvage. Sans doute est-ce un point important, ce caractère nous échappe inévitablement dans la traduction» écrit Thomas CARLYLE. «La langue arabe avait d’être perfectionnée depuis longtemps ; elle était fixée avant Mahomet, et ne s’est altérée depuis lors» écrit Voltaire. Les musulmans continuent encore, de nos jours à réciter, de façon émouvante, le Coran qui a été traduit, de façon fidèle, dans toutes les langues, notamment en français.

Que contient le Coran ?

Le Dieu de Mahomet se caractérise par son unicité, mais également par son «indivisibilité» parfaite. «Il n'a jamais engendré, ni n'a non plus été engendré. Et nul n'est égal à Lui», dit la Sourate 112, 1-4. C’est un Dieu transcendant, indépendant de toute perception humaine, mais il est plus proche de l’homme que sa veine jugulaire «Nous avons créé l’homme et Nous savons que son âme lui suggère. Nous sommes cependant plus près de lui que sa veine jugulaire», Sourate 50, Verset 16. L’Islam apparait est une religion du monothéisme par excellence «Nous faisons descendre, du Coran, ce qui est guérison et miséricorde aux croyants», Coran Sourate 17-84, dite du «Voyage Nocturne». Le Dieu demeure très haut dans le Ciel, au-dessus des hommes. «Jamais homme ne se proposa volontairement ou involontairement un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la Divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l’idolâtrie» écrit Alphonse de LAMARTINE.

Les cinq piliers de l’Islam sont :

La «Chahâda» est le terme arabe qui désigne la formule rituelle d'adhésion à l'islam : «Il n’y a pas de dieu, sinon Dieu Lui-même, et Muhammad est l’Envoyé Messager de Dieu».

La «Salat» ou la prière, cinq fois par jour, a été ordonnée lors du «Mi’râj» ou ascension au ciel du Prophète. Au préalable, il faudrait se purifier (Tasbîh) en faisant notamment des ablutions. La prière se traduit par des inclinaisons, les «Rakas».

Le jeûne c’est-à-dire s’abstenir de boire et de manger de l’aube au coucher du soleil, pendant le mois de Ramadan, dite «Aïd El-Fitr».

L’aumône ou «Zakhat» devant être versée aux pauvres.

Le pèlerinage à la Mecque ou «Hajj», si on a les moyens, une tradition d’Abraham. Pendant cette période, le Musulman doit se mettre en pureté absolue : faire le jeûne et pratiquer l’abstinence sexuelle, se raser la tête et s’habiller de «l’Iram», formé d’un costume d’une seule pièce. Il doit aussi faire le tour sept fois la Ka’ba ou «Tawaf», aller aux monts Safa et Marwa, ainsi qu’à Médine. La visite de Jérusalem, un lieu saint, est maintenant suspendue en raison du conflit israélo-palestinien.

La Coran ne se borne pas à réglementer la dévotion et l’adoration de Dieu, c’est avant tout un monde de vie fondé sur la compassion, une grande rigueur morale ainsi qu’une rectitude, sans pour autant négliger la vie après la mort. Aussi, les boissons alcooliques, les jeux de hasard et les prêts avec intérêts sont prohibés par la tradition islamique. Le Coran, menant à la Vérité, hostile aux images n’enferme pas, pour autant, l’individu dans le dogme, la curiosité intellectuelle est recommandée. L’individu est en permanence appelé à la méditation, à la réflexion, et au raisonnement sur l’existence de Dieu : «Parmi les Hommes, seuls les savants craignent Allah» Sourate 35, Verset 28. «Nous t’envoyons ce Livre pour que tu expliques aux Hommes ce qui a été révélé. Peut-être réfléchiront-il ?» Sourate 16, Verset 44. Le Coran, livre de bonne foi et de paix, invite à la soumission à Dieu, l’humilité, la sincérité, le renoncement et l’annihilation de soi.  Le Coran a un seul but : rendre les Hommes meilleurs, en obéissant aux lois divines. Par conséquent, le seul Jihad valide est celui du cœur, la poursuite du Bien commun, et la rectitude, «la soumission» aux principes fondamentaux posés dans le Coran. Contrairement à une propagande savamment entretenue, rien ne justifie de nos jours, le Jihad ou guerre sainte. Le Coran est clair : «Pas de contrainte en religion» dit le Coran. L’Islam est une religion de paix, par excellence, attachant une grande importance au caractère sacré de la personne humaine «Nous avons donné la noblesse aux enfants d’Adam» Coran, Sourate 17-72. L’Islam interdit formellement le meurtre, Sourate 17-36. Le vrai Jihad, c’est un «effort» ou «zèle» permanent sur soi-même, pour combattre en permanence ses démons intérieurs, c’est la guerre pour réaliser vers le Bien et s’écarter du Mal. Le Coran demande de s’écarter de l’immoralité, recommande la bonté, la pureté de l’âme, et donc condamne l’hypocrisie. L’Homme est corps et esprit, il doit sans cesse, dans sa moralité, travailler pour le bien-être ici-bas et pour le bien-être de l’au-delà. La vie est un viatique pour le grand voyage de Demain. «Ceux-là qui auront fait les bonnes choses, Allah prépare pour eux des Jardins sous lesquels coulent des ruisseaux, pour qu’ils y demeurent, éternellement» Sourate 9, Versets 89 et 90, dite «le désaveu». Abou Abdullah AL-BUKHARY (816-878), par une chaîne de transmission vérifiée a rassemblé les paroles et actions de Mahomet et ses compagnons, sur lesquels les croyants pourront s’inspirer ; c’est un livre de la «Souna», (ce qui a été fait et toléré) ou encore de  «Hadiths» (la parole)  de 9082 précédents, rigoureusement vérifiés.

Le Coran, parfois écrit dans une langue hermétique ou sibylline, a été complété par diverses écoles musulmanes, parfois de façon divergentes. Quelle interprétation donc donner donc au Coran de nos jours ? Faudrait-il privilégier le sens positif, allégorique, la lettre ou l’esprit ?

Le Coran incite à solliciter l’éclairage des savants «Demandez aux érudits du Livre, si vous ne savez pas» dit la Sourate 21, Verset 7. Diverses écoles et rites, en se fondant sur la Souna et le Hadith, s’affrontent depuis 14 siècles pour interpréter et combler les lacunes du Coran. La majorité des musulmans sont des Sunnites, qui sont répartis en quatre écoles non homogènes ; c’est une unité dans des divergences parfois importantes, et Messaoud BOUDJENOUN les a exposées avec clarté. Les Hanafites de Abou HANNIFA (699-767), une école libérale et éclairée, laissant une grande latitude à la Raison et au libre arbitre (Inde, Pakistan, Afghanistan, Egypte, Tunisie). Les Malikites de Malik IBN ANAS (715-795), une école conservatrice, figée et rigide, fondée sur le droit coutumier de Médine, au temps de Mahomet (Afrique du Nord, une partie de l’Afrique de l’Ouest, Mauritanie, Soudan, Koweït, Emirats arabes). Les Chaféites, de Mohamed IBN IDRISS ACH-CHAFI (767-820) qui ont clarifié certains principes juridiques (Indonésie, Malaisie, Jordanie, Syrie, Liban, Comores). Les Hanbalites de Ahmed IBN HANBAL (780-855), une école fondamentaliste, basée sur la piété rigoureuse, sans aucun compromis (Arabie Saoudite, une partie de la Syrie, Qatar et Irak). En particulier, au Qatar et en Arabie Saoudite, l’émergence du Wahhabisme, à la fin du XIXème siècle, a particulièrement renforcé cette dimension ultraconservatrice de l’interprétation conservatrice du Coran. Après sa mort, sa doctrine donne naissance à une école juridique : le hanbalisme, présent surtout en Arabie-Saoudite de nos jours, un pays principal propagateur du fondamentalisme. La maison natale de Khadija (556-619), «Oum Al-Mouamine», première épouse du Prophète, a été remplacée par des toilettes publiques. La maison de Abou Bakr compagnon du Prophète, premier Calife de l’Islam, a été supplantée par un hôtel Hilton.

2 – La relation de l’Islam avec les 2 autres grandes religions

L’Islam fait partie des trois grandes religions monothéistes du monde comme le Judaïsme et le catholicisme, et intègre la culture religieuse de ses devancières, tout en les dépassant. Mahomet a eu l’intelligence de reprendre le concept d’unité de l’Etre Supérieur, créateur et conservateur, un fonds culturel religieux commun à plusieurs civilisations notamment juive, chrétienne, chinoise, indienne et perse. Les concepts d’ange sont connus des Perses, la Résurrection, le pèlerinage et le Paradis du Talmud et des Chrétiens. Le jeun était connu des Indiens, des Juifs et des Chrétiens, mais Mahomet à travers le mois du Ramadan, l’a rendu sévère. Abraham la pratiquait, et tous les prophètes après lui, dit le Coran. Dans ce combat, Mahomet a fait triompher l’unicité de Dieu, dans une nation tribale et polythéiste. «Ce dogme était double, l’unité de Dieu et l’immatérialité de Dieu ; l’un disant ce que Dieu est, l’autre disant ce qu’il n’est pas ; l’un renversant avec le sabre des dieux mensongers, l’autre inaugurant avec la parole une idée !» écrit Alphonse de LAMARTINE.

Mahomet n’a ni chassé, ni fait massacrer les Juifs et les Chrétiens. En réalité, l’Islam reconnaît la sainteté au Christ, Jésus et Mahomet étant des «frères dans la foi», comme le dit un Hadith. «Le Christ est l’une des figures les plus éminentes que le Coran propose à la foi des croyants. Mais à part Mahomet, c’est avec Jésus et Abraham, que se concentrent les lumières de la Révélation. Ces trois noms portent, pour l’essentiel, le message des écritures pré-coraniques. Aux yeux des Musulmans, la figure du Christ est à coup sûr la plus fascinante qui soit dans le Coran» écrit Ali MERAD, dans un article «le Christ selon le Coran». Dans le Coran, qui cite 37 fois le nom du Christ, celui est désigné comme un «Nabi», un Prophète (Versets XIX, Sourate 30), un «Rassoul» ou un envoyé de Dieu aux fils d’Israël (Sourate IV, Verset 171). Mahomet considère que Jésus est né de Marie, dont il ne conteste pas la virginité, Issa (Jésus), étant le fils de Maryam (Marie), Sourate 19. Toutefois, le Coran réfute la divinité du Christ qui n’est pas fils de Dieu. «Ont été impies, ceux qui ont dit «Dieu c’est le Christ, fils de Marie» dit la Sourate 76. Par ailleurs, pour le Coran, le Christ n’est pas mort de mort humaine ; il n’a pas expiré sur la Croix, puisque, par un acte exceptionnel de Sa Bonté, Dieu l’a soustrait à ses bourreaux, pour l’élever à Lui (Sourate 3, verset 5 et Sourate 4, versets 157 et 158).

Désignés comme les «Ahl Al-Kitâb» ou les «Gens du Livre», les Juifs ont place considérable dans le Coran : «Ceux qui croient, et les Juifs, les Sabéens, les Chrétiens, en un mot, quiconque croira en Dieu et au jour dernier, et qui aura fait le Bien, ceux-là seront exempts de toute crainte et ne seront point affligés» dit la Sourate 2, Verset 62 «Al Baqara» ou «La vache». En effet, une des sources importantes du Coran ce sont les récits bibliques, attestant que Dieu a constamment adressé les preuves de son existence, par ses différents envoyés. La Sourate 21, dite «Al-Anibya» (Les Prophètes), recense tous les prophètes Juifs (Moïse, Aaron, Abraham, Isac, Jacob, Noé, David, Salomon, Job, Jonas, Zacharie). Ils ont annoncé l’existence de Dieu et avertis des châtiments pour les mécréants. Les Juifs, peuple élu, n’ont pas reconnu pas Mahomet comme dernier envoyé de Dieu et certains de leurs envoyés ont même été persécutés ou tués. Selon le Coran, les livres révélés des Juifs, des chrétiens et des musulmans ont la même valeur. Aussi, Mahomet a intégré et repris le Nouveau et l'Ancien Testaments. Suivant la tradition du Judaïsme que relate abondamment le Coran, le texte fondateur, celui de la Torah révélé à Moïse, en présence du peuple assemblé (Exode) puis les Dix commandements en dix paroles, requiert l’obéissance à des règles éthiques et l’abandon des anciens sacrifices, une base de la relation à Dieu et du vivre ensemble. Moïse, appelé dans le Coran, «Moussa», est aimé et respecté, à la fois comme prophète et comme messager.  Dans le Coran, Moïse, cité 120 fois, qui appela aux Juifs à n’adorer que Dieu, fixa pour eux les lois divines : «Certes, Nous avons révélé la Torah, dans laquelle il y a guide et lumière.  C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Dieu ont jugé les affaires des juifs. De même, les rabbins et les docteurs de la loi (ont aussi jugé des affaires des juifs) sur la base de cette écriture de Dieu comme il leur avait été commandé ; et ils en sont témoins», Coran, Sourate 5, Verset 44, dite «Al-Maidah» ou «la Table servie». Le «pharaonisme» se caractérise par une volonté de réduire «l’étranger» au statut d’esclave que l’on martyrise et exploite sans aucun respect pour la dignité et la vie humaine. Le Coran dénonce avec véhémence les persécutions subies par le peuple d’Israël.

La relation entre Mahomet, Abraham et Ismaël, mérite d’être soulignée. Suivant l’Ancien Testament, Abraham, patriarche biblique, a vu son nom changé. Il est devenu, le Dieu des Juifs, Iahvé (Genèse 17-5). Originaire, d’Ur, en Chaldée (Irak), Abraham décide de s’installer en Canaan (Palestine). Père d’Ismaël qui issu d’une femme égyptienne, Abraham reçoit la bénédiction divine, et accepte la circoncision, une coutume transmise aux Arabes. Sa première femme, Sarah, lui donnera deux enfants : Agar et Isaac. Le Coran considère Abraham ou Ibrahim, comme le premier messager de Dieu, intervenu après le déluge de Noé, le fondateur du monothéisme : «Son peuple disputa avec lui ; mais lui : «Allez-vous disputer avec moi au sujet d’Allah, alors qu’il m’a guidé ? Je n’ai pas peur des associés que vous Lui donnez. Je ne crains que ce que veut mon Seigneur. Mon Seigneur embrasse tout dans sa science» répond Abraham aux mécréants qui menaçaient de le brûler, Coran Sourate 6 versets 80 à 83. Ismaël dont la mère est Hagar, est considéré comme l’ancêtre des Arabes. Ismaël installe à la Mecque, une maison, appelée «la Kaaba»,  à la gloire du Seigneur, «Ma maison pour ceux qui tournent autour, pour qu’y tiennent debout, et ceux qui s’y inclinent et se prosternent» dit la Sourate  22, Verset 26. Le sacrifice d’Abraham, concernant son fils Isaac dit la Genèse, ou Ismaël dit le Coran (Sourate 37, versets 99 à 111),  a été institutionnalisé au sein de la communauté musulmane, à travers la fête de «l’Aïd El-Kébir» ou «Id Al-Adha», fête du mouton.

Cependant, Mahomet, Prophète arabe, alors que tous ses prédécesseurs sont Juifs, proclame qu’il parachève leurs missions et qu’il est devenu le dernier envoyé de Dieu. En effet, le Coran inscrit le Musulman dans une géographie sacrée orientée vers la Ka’ba, à la Mecque, et non plus vers Jérusalem. Cette concurrence des religions monothéistes a été transformée par le parti colonial en une guerre idéologique fratricide : «Mahomet est le chef-d’œuvre du Mal. On ne peut avancer, hardiment, que le monde religieux n’est redevable à Mahomet ni d’une idée, ni d’un sentiment, ni d’une pratique. Ce que le Prophète enseigne, recommande, poursuit, d’autres avant lui, et mieux que lui, l’ont enseigné, prescrit et recommandé : la constatation théocratique qu’il a donnée à son peuple n’est que la contrefaçon maladroite de la Constitution divine du peuple juif. Les dogmes qu’il a proclamés, le monothéisme et le prophétisme, étaient depuis longtemps enseignés à ses compatriotes par les Juifs et les Chrétiens» écrit I. L GONDAL. Mahomet né en Arabie est en rupture avec ce schéma millénaire. On comprend donc mieux les dissentiments et les polémiques : «Croyants et profanes s’accordent au moins sur un fait : Mahomet était un homme. Sceau des prophètes ou imposteur, pacifiste ou guerrier, mystique ou assoiffé de pouvoir, âme charitable ou tyran, ascète ou amateur de femmes, la personnalité d’al-Amîn, l’Honnête, l’ultime messager d’Allah, suscite maints questionnements et nourrit tous les fantasmes» écrit Zineb El RHAZOUI, dans l’avant-propos de «la vie de Mahomet» publié par «Charlie Hebdo». Mahomet était-il un imposteur ? : «L’imposture est l’hypocrisie de la conviction. L’hypocrisie n’a pas la puissance de la conviction, comme le mensonge n’a jamais la puissance de la vérité. Mais sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à la Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes, sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres inégales, sa confiance dans les succès, sa sécurité surhumaine dans les revers, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d’idée, nullement d’empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau attestent plus qu’une imposture, une conviction» écrit Alphonse de LAMARTINE.

B – Le Coran et la Femme

Contrairement à Jésus, un prophète chaste, Mahomet est Prophète humain et amoureux, avec ses forces et ses faiblesses. Après avoir prouvé sa fidélité et son sérieux, à une femme plus âgée que lui, Mahomet épouse Khadija, et restera monogame, de son vivant. Khadija est la première à se convertir à l’Islam et à croire à Mahomet. Le Prophète vouait une grande admiration à Marie ou Mariame, mère de Jésus «Plusieurs d’entre les hommes ont atteint la perfection ; mais des femmes, il n’y a eu que Marie, fille d’Imram, et Asiya, l’épouse du Pharaon» dit Mahomet. En effet, Assia ou Asiya, avait dit au Seigneur «Construit moi auprès de Toi une maison dans le paradis et sauve moi de Pharaon et de ce qu'il fait et sauve moi du peuple des injustes», Sourate 66, Verset 11. «De même, Marie, une fille de Imram, avait protégée son corps ; Puis nous y avons insufflé Notre esprit ; Et elle avait traité de vraies paroles de son Seigneur, ainsi que ses livres : elle fut parmi les dévoués», Sourate 66, Verset 12.

L’Islam a été un grand progrès. Dans la vie civile féodale et tribale, avant l’Islam, les femmes faisaient l'objet d'un grand nombre de normes de ségrégation et de restriction. «Pour les Arabes, la venue de Mahomet fut une naissance, un surgissement de lumière, et c’est par lui que l’Arabie a commencé de devenir vivante» écrit Thomas CARLYLE. L’Islam a limité le nombre maximum de femmes à quatre : «Si vous craignez de n’être pas justes, alors une seule», Sourate 4, Verset 3. Le Coran a réservé, essentiellement et spécifiquement, la Sourate 4, aux femmes. Mahomet aura au total, treize femmes, dont deux Juives qui se convertiront, une Copte ayant refusé d’abjurer sa religion, et Aïcha, la préférée, qui n’avait que 9 et 10 ans. Il s’agit là souvent de mariages politiques afin d’agrandir la communauté musulmane naissante et réduite la tension avec certaines tribus. Par ailleurs, dans une société patriarcale et tribale, Mahomet n’avait pas de descendant mâle, ses trois garçons issus de Khadija étant morts très jeune. Probablement qu’à travers cette polygamie, Mahomet avait un désir de trouver un successeur «Nous leur avons donné des épouses et une paternité» Sourate 13, Verset 38. Les enfants sont une forme de « continuation de la vie sur terre», Sourate 18, Verset 44. La fille de Mahomet, Fatima, a eu d’Ali, deux fils, mais qui ont été assassinés. Par ailleurs, Mahomet, dont la maison était accessible à tous, et pour protéger sa vie privée, avait demandé à ses épouse de porter un voile pour ne pas susciter la convoitise masculine et sont privées du droit de se remarier après lui. Aussi, c’est sous prétexte de défendre les droits de la Femme que les islamophobes ont choisi, hypocritement, d’attaquer Mahomet. Ainsi, Henri LAMMENS, qui a pourtant mené des études sérieuses sur l’Islam, a dit qu’il est «possédé d’une sainte haine de l’Islam, de son Prophète imposteur et libidineux». Alors, surgit une attaque sournoise et violente de notre temps contre l’Islam, la femme musulmane, par principe, oppressée par l’Islam, et non par une société patriarcale, devrait être libérée. En effet, c’est une idée fortement répandue en Occident, que le Prophète Mahomet aurait opprimé et soumis la Femme, a bafoué ses droits, l’a prise comme un objet de plaisir, s’est comporté envers elle tel un maître avec son domestique en ne l’écoutant pas, ni l’associant aux affaires publiques, sans la concerter ou lui demander son avis, mais qu'il lui ordonnait et qu'elle devait obéir.

La femme ne possédait aucun droit avant l’Islam, mais l’Arabe, dans sa nature, détestait les filles, qu’il considérait comme un déshonneur. Ceci alla jusqu’à que certains Arabes d’avant l’Islam étaient connus pour enterrer les petites filles vivantes : Avant l’Islam, s’il advenait à la femme de perdre son mari, elle était donnée en héritage à ses enfants et ses proches, si du moins ils le souhaitaient. Ils avaient libre choix de la remarier avec l’un d’entre eux (l’inceste), sinon ils pouvaient lui refuser tout remariage et l’enfermaient jusqu’à ce qu’elle meurt.  Le Coran a interdit, pour la première fois, ces mariages incestueux et mit des restrictions morales : «Ne prenez pas d’épouses parmi les femmes que vos pères ont épousées. Vous sont interdites vos mères, filles, sœurs, tantes, belles-filles» Sourate 4, Versets 26 et 27. L’adultère est prohibée, Sourate 4, Versets 19 et 20. Le Coran recommande une grande bonté à l’égard des proches, notamment de sa femme, Sourate 4, Verset 41. Ces différentes règles qui constituent un progrès indéniable ne figuraient pas dans l’Ancien et le Nouveau testament. La situation de la Femme n’est point meilleure dans les autres parties du monde. En Grèce Antique, la femme était considérée comme un misérable objet se vendant et s’achetant dans les marchés. Elle ne jouissait d’aucun droit civique, ni financier. Son mari, après son père, détenait un droit total sur elle, notamment sur son argent ; en aucun cas, elle ne pouvait l’utiliser sans son accord préalable. En Inde, lorsque la femme perdait son époux, elle n’avait plus de raison de vivre ; sa vie se terminait à la mort de son mari en s’immolant de plein gré sur son bûcher. L’Eglise catholique qui a écarté les femmes du clergé, a choisi le célibat, une forme de suspicion à l’égard des femmes d’impureté. Dans la loi juive orthodoxe, c’est le judaïsme est une société plurielle (orthodoxes, conservateurs, libéraux, re-constructionnistes), c’est la prévalence d’une conception patriarcale, la femme est reléguée à une activité intérieure, de procréation. Les femmes juives pratiquantes mariées dissimulent leurs cheveux. Certaines ont même pour coutume de les raser, et porter une perruque, créant ainsi une distance cognitive avec le monde extérieur. En particulier, le divorce est demeuré, encore de notre temps, l’un des points importants de friction. En effet, selon la loi juive, la demande de dissolution du mariage revient au mari. Les femmes divorcées civilement ne peuvent pas se remarier religieusement tant que leur ancien époux ne leur a pas donné le «Guet», un acte écrit dans lequel l'homme divorce de sa femme. En l'absence de «Guet», les époux divorcés civilement sont toujours considérés comme mariés selon la tradition juive, même s'ils ne vivent plus ensemble. Dans ce cas, la femme ne pourra pas se remarier religieusement. Qui plus est, si elle demeure avec un autre homme, elle pourra être accusée d'adultère et les enfants nés de cette union seront considérés comme des bâtards. Actuellement, la loi juive ne peut toujours pas obliger un mari à donner le guet. En France, le Code civil de 1804, modèle par excellence du patriarcat, ayant créé l’infériorité de la Femme, considérée comme mineure ; celle-ci était soumise à l’autorité du père et du mari : «Le mari doit protection à sa femme ; la femme doit obéissance son mari» édicte l’article 213 du Code civil qui n’a abrogé qu’en 1938. Cependant, il subsistait encore de graves discriminations à l’encontre de la Femme qui n’avait pas le droit d’ouvrir un compte bancaire ou d’exercer une profession, sans l’autorisation de son mari, jusqu’à l’intervention de la loi 13 juillet 1965, la gestion commune des biens supposant le consentement des deux époux (loi du 23 décembre 1987), le divorce par consentement mutuel (Loi du 1er janvier 1975), la puissance paternelle (4 juin 1970), la coparentalité et la garde alternée (Loi du 4 mars 2002), le droit à la contraception (Loi du 28 juin 1967), le droit à l’avortement (Loi 17 janvier 1975), le remboursement de l’IVG (31 déc 1982), le droit de vote (L 21 avril 1944) alors que les femmes turques votent depuis 1934. Le principe de parité aux élections en France a été long et chaotique (de 2000 à 2014). De nos jours, les violences faites aux femmes demeurent un sujet préoccupant, au regard des prédateurs sexuels impunis. On attend toujours qu’une femme devienne présidente de la République française. Aux Etats-Unis, et depuis 1776, c’est la première fois, en 2020, qu’une femme, Mme Kamala HARRIS va devenir vice-présidente.

L’Islam rejeta les coutumes barbares et violences faites aux femmes. Le Prophète a affirmé, avec force, qu’il aimait la Femme, et en aucun cas ne la détestait ni la dévalorisait. «C’est un préjugé répandu parmi nous (Les Occidentaux) que le Mahométisme n’a fait de si grands progrès que parce qu’il favorise les inclinaisons voluptueuses. On n’a pas réflexion que toutes les anciennes religions, Mahomet réduisit à quatre le nombre illimité jusqu’alors. Il est dit que David avait 18 femmes, et Salomon 700, avec 300 concubines. C’était donc la religion juive qui était plus voluptueuse, et celle de Mahomet était sévère» écrit Voltaire. En effet, dans l’Islam, la polygamie est autorisée, mais à condition d’en avoir les moyens et de traiter, de manière égale et équitable, les co-épouses ; ce qui est impossible : «Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela, afin de ne pas faire d'injustice, ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille» prescrit la Sourate 4, Verset 3, du Coran. Mahomet respecte les femmes dans une société qui les traite comme des esclaves : «Les choses de ce monde qui flottent le plus mon cœur et mes sens sont les femmes, les enfants et les parfums, mais je n’ai jamais goûté de félicité complète que dans la prière» dit Mahomet. Dans le Coran, les deux sexes sont mis sur un plan d'équivalence devant Dieu : «Un fils gagne le Paradis aux pieds de sa mère» dit le Coran. Guidé par la Révélation, le fondateur de l'islam abolit l'assassinat des filles à leur naissance, accorde aux femmes le droit de propriété, d'hériter, et de possession d’elles-mêmes dans la communauté conjugale. Aussi, le Prophète a posé le principe de l’égalité humaine des femmes avec les hommes en disant : «Les femmes sont les consœurs des hommes». En effet, tous les hommes proviennent d’une femme et d’un homme, et les femmes également ; personne n’est donc plus méritant que l’autre si ce n’est par la foi et les bonnes œuvres. Mahomet, dont les enfants mâles sont morts jeunes, n’avait eu que quatre filles, dont une a vécu longtemps, Fatima ZAHRA. «À Dieu appartient la royauté des cieux et de la terre. Il crée ce qu’il veut. Il fait don de filles à qui il veut, et octroie des garçons à qui il veut. Ou bien il donne à la fois garçons et filles ; et il rend stérile qui il veut» dit le Prophète.

Par conséquent, Mahomet encouragea l’éducation des filles et la bonne conduite à leur égard. «Celui qui éduque deux filles jusqu’à ce qu’elles atteignent l’âge de la puberté, lui et moi, ressusciterons le jour de la Résurrection» dit-il. Loin de cultiver l’obscurantisme, le Prophète considérait que la religion devait éclairer et libérer tout fidèle à travers l’éducation, notamment de la Femme : «Rechercher la science est une obligation pour tout musulman» dit-il. Loin d’inciter à l’enferment, le Prophète exhortait la Femme à se livrer à toutes les activités sociales notamment pour rendre visite à ses proches et ses amis, pour rendre visite au malade ou aller à la mosquée en disant : «N’empêchez pas les femmes d’aller aux mosquées» dit-il. Mahomet combattait les violences psychologiques ou physiques à l’encontre des Femmes ; il appelait ardemment au respect, à la tendresse, à la compréhension et à la patience à l’égard de celles-ci : «Veuillez du bien aux femmes. Elles ont été créées d’une côte et la côte la plus tordue est celle de la partie supérieure. Si tu cherchais à vouloir la redresser, tu la briserais, mais si tu la laissais ainsi, elle resterait tordue, je vous enjoins donc d’être bons avec les femmes» dit-il. Le traitement équitable d’une Femme est le signe d’une noblesse d’esprit et une vertueuse attitude l’homme : «Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur avec les femmes» dit-il. Il est donc strictement interdit de molester sa femme: «Ne frappez pas les femmes» dit-il. Le Prophète recommandait de protéger certaines minorités ethniques notamment l’orphelin et la femme : «Ô seigneur ! Je mettrai dans la gêne ceux qui s’en prennent aux droits des deux faibles : l’orphelin et la femme» dit-il. L’Islam réprime les abus sexuels, même à l’égard de sa femme «Celui qui accomplit l’acte sexuel de façon licite obtient une récompense» dit-il. L’Homme doit entretenir avec sa femme une relation de confiance, de loyauté, en évitant la suspicion. Il est interdit «au voyageur de rentrer chez son épouse de nuit par surprise afin de la prendre sur le fait accompli et pour ambitionner de voir un faux pas» dit le Prophète. Mahomet se comportait à l’égard de ses femmes avec douceur et prévenance, en les aidant notamment aux tâches ménagères. Après Mahomet, les femmes ont été engagées, comme les Amazones des temps antiques, dans les armées musulmanes «Les femmes étaient guerrières et combattaient dans les armées d’Aboubacry et d’Ousmane» écrit Voltaire.

III – Les successeurs de Mahomet

A – La mort de Mahomet

En février 632, Mahomet revient une dernière fois à la Mecque et prononce, sur le mont Arafat, une «Koutba» ou son sermon d’adieu, résumant une charte des droits et devoirs du Musulman : «Nous cherchons protection auprès de Dieu contre les vices de nos âmes et contre les maux de nos actions. Ai-je bien accompli ma mission ?» lance-t-il à la foule. Ce jour est devenu une grande fête musulmane, l’Aïd El-Kébir, ou Aïd Al-Adha, fête du sacrifice du mouton. Tombé malade, lors de sa dernière visite à la Mosquée de Médine, «La haine ne fut ni de ma nature, ni de mon fait. J’aimerai celui de vous tous qui reprendra sur moi son droit, s’il en a un, qu’il m’en libérera. Alors je me retrouverai en présence de Dieu, l’âme sereine» dit-il aux fidèles. Un homme à qui Mahomet devait trois pièces d’argent réclame son dû. Mahomet demande qu’on règle immédiatement cette dette. Le lendemain, agonisant, Mahomet confie la direction de la prière à Abu-Bakr. «Que celui à qui j’ai fait violence et injustice paraisse, et je suis prêt à lui faire réparation» dit-il sur son lit de mort. Mahomet attrapa une fièvre, dû selon lui, au morceau de mouton empoisonné qu’il avait mangé à Khaibar, et qui allait l’emporter «Aïcha s’assit dernier lui, l’attire à elle et prit la tête du malade sur son sein. Il resta ainsi quelque temps. A un certain moment, entre le lever du soleil et l’heure de midi, la sueur coula sur son front ; il ouvrit la bouche et la referma, et son âme s’envola», le Prophète est mort un lundi 8 juin 632 précise AL-TABARI. Dans ses mémoires, Aïcha relate : «Il mourut chez moi, le jour qu’il me consacrait ; sa tête était contre ma poitrine et mon menton, et Allah mélangea sa salive contre la mienne au moment de sa mort».

Mahomet a voulu incarner la rigueur morale et une grande probité ; il a ordonné, par l’Islam, le convenable et interdit le blâmable, Sourate 3, Verset 110. Victor HUGO, à travers son poème, «l’An 9 de l’Hégire» a relaté la disparition de ce Prophète de Paix et de Rectitude : «Le lendemain matin, voyant l’aube arriver : «Aboubakr, dit-il, je ne puis me lever, Tu vas prendre le Livre et faire la prière». Et sa femme Aïcha se tenait en arrière. Il écoutait pendant qu’Aboubakr lisait, et souvent, à voix basse, achevait le verset. Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte. Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer. « Qu’il entre ! ». On vit alors son regard s’éclairer de la même clarté qu’au jour de sa naissance. Et l’Ange lui dit : «Dieu désire ta présence». «Bien », dit-il. Un frisson sur les tempes courut, un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut» écrit Victor HUGO.

De son vivant, Mahomet a été gravement persécuté et contraint à l’exil. Sa mort, le 8 juin 632, son œuvre n’étant qu’ébauchée et des dangers de toutes parts menaçant l’Islam, a résonné comme un coup de tonnerre. «Si Mahomet avait été Prophète, il ne serait pas mort» disent les hypocrites. A la Mecque, un homme, nomme Moussaïla, prétendit être le nouveau prophète et recevoir la révélation de Dieu. A Médine, les Ansârs, voulurent prendre la succession de Mahomet au détriment des Koréichites venus de la Mecque, et à leur tête Sa’d, fils d’Obida, dit AL-TABARI. Ali, proche parent de Mahomet croyait, un instant, que le pouvoir lui revenait de plein droit. Cependant, Omar Al-KHATTAB, habilement, la candidature de Abou-Bakr, fidèle compagnon et gendre de Mahomet, pour sa grande dignité et respectabilité. Ali se rallia à cette proposition, et le lendemain, tout le peuple de Médine prêta serment de fidélité à Abou-Bakr. Aïcha et Fatima ont réclamé leur part d’héritage mais auquel Abou-Bakr a opposé une fin de non-recevoir «J’ai entendu le Prophète dire «nous autres prophètes nous ne laissons pas de biens à nos héritiers ; ce que nous laissons est une aumône».

Aïcha (614-680), l’épouse préférée, dans ses mémoires a raconté les Musulmans étaient comme «un troupeau sans berger, par une nuit pluvieuse». Les Juifs et les Chrétiens relevèrent la tête et, parmi les musulmans, il y eut beaucoup de personnes qui ont abjuré (Ridda). À La Mecque, de faux prophètes apparaissent, momentanément. Ali était dans le déni, et avait interdit l’annonce de la mort du Prophète : «Ces hypocrites disent que le Prophète est mort. Il n’est pas mort ! Le Prophète est allé visiter Dieu, et il reviendra. Que la langue de ceux qui disent que le Prophète est mort soit coupée ! Que leurs mains et leurs pieds soient coupés !» dit Ali, cousin et gendre de Mahomet. «Musulmans, Mahomet a quitté ce monde. Ceux qui adorent Mahomet sachent qu’il est mort, mais ceux qui adorent Dieu sachent que Dieu est vivant et ne meurt jamais. Cette mort ne fait que renforcer l'islam. Celui qui ose en douter aura la tête tranchée» dit, fermement, Abou-Bakr. Aïcha pleurait et se frappait le visage. Dieu avait pourtant dit au Prophète : «Tu mourras, et eux aussi, ils mourront» Sourate 39, Verset 31, dite «les groupes». En effet, notre destin, à nous tous vivants, sera un jour de mourir, et de préférence dans la foi : «Cette Demeure dernière nous l’assignons, nous l’assignons ceux qui ne veulent, sur terre, ni être altiers,  ni mettre de désordre. Cependant la finale est aux pieux», Sourate 28, Verset 83, «le récit». Mahomet, en Paraclet, s’est engagé, dans l’autre vie, à plaider pour les Musulmans «Je vous retrouverai près du Pont du Cirât, que je ne franchirai pas avant d’avoir intercédé auprès de Dieu pour mon peuple» dit le Prophète. Les Mecquois quittèrent leurs doutes et revinrent à l'Islam. C’est la même année que disparaît, le 28 août, Fatima Zahra (604-632), la fille cadette de Mahomet.

B -  Les quatre Califes intègres

Le Califat n’est pas un régime de terreur, mais un mode de succession de Mahomet. Des guerres de succession surviendront par la suite après la disparition du Prophète qui avait prédit les tragédies à venir «après moi, le Califat n’aura qu’une durée de trente ans ; ce sera ensuite le règne dévastateur» avait-il dit. La sagesse et l’équité des premiers ont été reconnues de tous. On s’accorde à dire que les quatre Califes qui ont succédé à Mahomet ont été vertueux et équitables. Il s’agit de Abou Bakr As-Siddiq (573-634) calife du 8 juin 632 au 23 août 634, Oumar Ibn AL-KHATTAB (584-644) calife du 23 août 634 au 7 novembre 644, Ousmane IBN AFFAN (579-656) calife du 7 avril 634 au 17 juillet 656 et Ali IBN ABI TALIB (598-661) dont le règne du 17 juillet 656 au 28 juin 661. «Cette dynastie (des 4 califes) a peu d’allure des dynasties de ce monde ; elle était en conformité avec les usages des prophètes ; ses mœurs étaient celles des prophètes, sa conduite, celle des Saints, ses conquêtes, celles de grands rois ; ses mœurs c’était la rudesse dans la vie, la modestie dans la nourriture et le costume» écrit Muhammad Ibn ALI AL-TIQTAQA, un historien irakien (1262-1310), dans son «Al-Fakhri», une biographie des Califes de 632 à 1258.

Le Prophète n'ayant pas désigné son successeur, la transmission du pouvoir dans l'Islam n'est donc pas en principe héréditaire : elle doit se faire par acclamation (Mubâya'a). Abou-Bakr avait dirigé la prière quand Mahomet est tombé gravement malade et qu’il allait mourir ; il  fut donc nommé le 1er calife, et fit cette déclaration «Me voici chargé du soin de vous gouverner ; si je fais bien, aidez-moi ; si fais mal redressez-moi ; dire la vérité au dépositaire de pouvoir est un acte de zèle et de dévouement ; la lui cacher est une trahison ; devant moi l’homme faible et l’homme puissant sont égaux ; je veux rendre à tous impartiale justice ; si jamais je m’écarte des lois de Dieu et son prophète, je cesserai d’avoir droit à votre obéissance» dit-il. Abou-Bakr, un homme estimé, honnête et avisé, régna de 632 à 634. Tous compagnons de la première heure de Mahomet sont restés simples, d’une grande probité et intégrité ; ils conservèrent des mœurs simples et une austère, sans aucun faste «Le gouvernement des quatre premiers califes ressemblait en toute chose à une dignité religieuse, spirituelle, qu’à une dignité temporelle» écrit AL-FAKHIR.

A sa mort, Abou Bakr, le premier Calife, n’a laissé que l’habit qu’il portait, un chameau et un esclave. Abou-Bakr, durant son califat, relativement bref, a eu le mérite de stabiliser l’Islam et combattre les révoltes naissantes. Ainsi, le faux prophète, Mousaïla, fut tué au cours d’une expédition. Il envoya une armée de 46 000, sous la direction de Walid, conquérir la Syrie. Bien que mort de façon naturelle, Abou-Bakr estime avoir succombé en raison du venin d’un serpent, en 622, dans une caverne sur le chemin de Médine.

Omar AL-KHATTAB (584-644), est le Second Calife, de 634 à 644, portait un boubou rapiécé et dormait avec les indigents. Omar, très habile et équitable et en Syrie où l’armée s’enlisait, il destitua Walid au profit de Abou Obéida, et Damas sera conquis en 635. C’est en Syrie, pays ayant échappé aux rivalités des Perses et des Romains, que le conquête musulmane a été rapide. En contraste avec les Croisés, l’Islam a su créer un idéal pour les peuples qui n’en avaient pas. Les Arabes allièrent l’habilité et l’art de la guerre, en respectant les coutumes locales et n’imposant que de faibles tribus. Ils envoyaient, avant de faire la guerre, des émissaires négocier l’adoption de la religion musulmane. Le calife Omar, à Jérusalem, entré dans la ville avec un petit nombre de guerriers, en fit la visite avec le patriarche, et déclara aux habitants qu’ils étaient en sûreté et que les Musulmans ne prieront pas dans leurs églises. En revanche, la conduite d’Amon en Egypte s’est accompagnée d’impôts plus lourds. Contrairement aux Barbares qui n’avaient aucun idéal de vie, les Musulmans proposèrent une nouvelle civilisation qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. L’Espagne, sortie du monde musulman, a traversé une longue période de décadence.

La Perse résistait toujours, mais l’Irak sera conquise. Une bonne partie des musulmans refusaient, depuis la mort du Prophète de payer les impôts.  Omar avait instauré un impôt foncier, contesté par un esclave qui le frappa, violemment, alors qu’il priait. Une foula lapida et tua le meurtrier d’Omar, qui avait survécu trois jours à ses blessures. Avant de mourir, Omar avait recommandé que les futurs Califes soient pressentis par un conseil de 6 personnes, et confirmés par une assemblée des Musulmans.

La désignation de Othman Ibn AFFAN (574-645), en qualité de 3ème Calife, n’a pas soulevé de difficulté ; homme timide et âgé, il avait plus de 70 ans, un des premiers disciplines du Prophète, surnommé «l’homme aux deux lumières», il avait épousé deux de ses filles (Rukaya divorcée de Utba Ibn Abou-Lahab et Oum Kultum). Homme généreux, il avait acheté un puits et des vivres pour les nécessiteux. C’est sous le plus long califat d’Othman, de 12 ans, que le Coran est définitivement codifié, et les conquêtes de l’Islam fulgurantes, notamment au Moyen-Orient, en Perse et en Afrique du Nord. Les combats sont portés en Inde, en Espagne, Rhodes, Crète et Arménie. Cependant, Othman est un homme faible ; il a été reproché un certain népotisme, et cela a été confirmé par de nombreux biographes du Prophète. Les principaux meneurs de l'opposition sont Amr ibn al-Aç, le conquérant de l'Égypte, destitué de son poste de gouverneur. Tantôt Othman niait les accusations portaient contre lui, tantôt, il justifiait sa conduite. Certains biographes estimeraient que le clan des Hachémites, Ali et sa femme Fatima, et dans une certaine mesure Aïcha, qui était à l’époque en pèlerinage à la Mecque, aurait intrigué en vue de l’assassinat. En tout cas, dans cet Islam en pleine expansion, des convoitises du pouvoir et jalousies apparaissant, le clan Hachémite, s’insurgeant contre «l’avidité» des Omeyyades. En Égypte, où Muhammad ibn Abî Hudhaifa prend le pouvoir à la suite d’un coup d’État, puis à Basra et Kûfa, le contrôle de la province échappe au gouverneur. Chacun de ces trois groupes de rebelles souhaite la destitution d’Othman : les Égyptiens soutiennent Alî, tandis que Koufa est partisane d’al-ZOUBAIR et que Bassora se prononce en faveur de Tallah. Un millier d’hommes sont alors dépêchés à Médine avec ordre d’assassiner Othman, et assiègent sa maison pendant quarante jours ; le calife, quant à lui, refuse le combat et appelle ses proches à ne pas prendre les armes. Le 17 juin 656, une foule assassine Othman chez lui en train de lire le Coran, l’un d’entre eux le frappa avec son épée, mais son épouse Naila le protégea de son corps et des doigts de sa main furent coupés. L’assassinat du calife Othman, à 82 ans, issu de la tribu des Omeyyades, est à l’origine d’une grande «Fitnah» ou discorde.

En tout cas, Ali Ibn Abi TALIB (599-661) est devenu le lendemain le 4ème Calife dès le 7 juin 656, et Moa’wiya encore en Syrie, un cousin de Othman, avait demandé, sans succès, que les assassins soient jugés. C’est le début d’une période particulièrement trouble et tragique pour l’Islam. Ali, un chiite, prônant, abandonne Médine, et fixe sa capitale, à Koufa, en Irak. Il réclame que désormais les successions des califes soient faites au profit des descendants directs de la famille du Prophète, dont il est issu. Moa’awiya refusant de prêter serment à Ali, le Calife se déplacer avec une forte armée en Syrie. L’affrontement tourne à l’avantage de Ali, mais Moa’wiaya, d’une grande habileté et patience,  aura le coup de génie de réclamer un arbitrage, en invoquant deux versets du Coran, placés au bout des lances de ses soldats : «Quiconque est tué injustement, nous avons donné le pouvoir à son proche de réclamer Justice» (Sourate 17-33) et «Si deux croyants se combattent rétablissez entre eux la Concorde, si l’un d’eux se rebelle, combattez-le, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre de Dieu» (Sourate 49-9). En juillet 657, Ali ayant accepté un arbitrage qui aura lieu à Adhruh, en Syrie, près de Pétra. En effet, apparemment Moa’wiya ne contesterait pas la légitimité d’Ali, mais réclame l’application du talion, à savoir le jugement des assassins d’Othman. Moa’wiya gagnera cet arbitrage. Ali n’a pas pu bien asseoir son autorité et sera assassiné. En effet, le 29 janvier 661, Ali sortait de sa maison, à Koufa, pour appeler à la prière du matin, quand Ibn MOULDJAN, le frappa avec son épée : «L’arbitrage appartient à Allah, et non à toi Ali» dit lui son assassin, un Kharédjite ayant refusé cet arbitrage demandé par Moa’wiaya. L’assassin d’Ali sera tué par Al-Hassan qui le brûla. Al-Hassan sera lui-même assassiné (624-670) à Médine, ainsi que l’imam Al-Hussein (626-680), à Kerbala, en Irak. La dynastie chérifienne du Maroc est descendante de l’iman Ali.

C -  Le règne deux dynasties : les descendants d’Abou-Soufyan et des Hachémites

a – La dynastie Omeyyade – (660-749)

C’est le début en 660 de la dynastie des Omeyyades qui transfert la capitale à Damas. Les musulmans lancèrent des expéditions en Sicile à Samarcande, et jusqu’en Chine. En 712, ils franchissent le détroit de Gibraltar et entrèrent en Espagne. L’Islam était parvenu à accéder aux portes de Vienne : «Si les Arabes ont vaincu, c’est que le monde auquel ils s’attaquaient était prêt à tomber en ruines» écrit Louis HALPHEN, dans les «Barbares, des grandes invasions aux conquêtes turques». Par l’étendue de leurs conquêtes, par la culture, la science et les arts, pendant des siècles, les dynasties musulmanes ont éclipsé la gloire des autres nations. Aux califes sages, succéderont deux grandes dynasties musulmanes : Les Omeyyades et les Abbassides. A cette époque, l’empire romain d’Orient de Constantinople dominait le midi de l’Europe, l’Asie antérieure, et le Nord de l’Afrique de l’Egypte à l’océan atlantique. L’empire des Perses, un colosse miné des dissensions, s’étendait encore au loin, jusqu’en Asie. Les européens étaient en proie des Barbares, vivaient dans l’anarchie.

La dynastie des Omeyyades, de Damas, a pris le pouvoir de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de Omeyya B Abdi Shems, un grand oncle de Mahomet, un Banu Omeyya, opposé au clan des Banu Hachim, dont est issu Mahomet. Les trois premiers califes Omeyyades, Moa’awiya et Yazid sont des descendants de Abou-Soufyan ; celui-là même qui avait attaqué le Prophète en 625 et finira par se rallier à l’Islam. Hint, la femme d’Abou-Soufyan, avait mangé le foie de Hamza, un oncle de Mahomet, mort à la guerre. En 630, le Prophète accordera la grâce à Abou-Soufyan et à ses enfants. Ces guerres intestines tribales et haines familiales provoqueront en 750 la chute des Omeyyades. Moa’wiya (602 à 680), premier calife omeyyade de 661 à 680, est considéré comme un organisateur des empires, habile gouverneur et grand administrateur. Il a créé l’escorte des Califes, une garde rapprochée après l’assassinat d’Ali, les services postaux, et le bureaux des sceaux, pour authentifier les actes du commandeur des musulmans. Il est aussi l’instaurateur d’un régime dynastique, le pouvoir est cédé à son fils, Yazid (647-683), calife de 680 à 683. Celui qui est l’instigateur de l’assassinat d’Al-Hussein, fils d’Ali. Une partie du règne des omeyyades est donc marquée par des massacres des Hachémites. Yazid est connu également pour son impiété et sa vie dissolue. A sa mort, il est remplacé par son fils, Moa’wiya II, un homme et faible qui sera assassiné, et remplacé par Marwan, petit-fils d’Abd Manaf. Lui-même sera remplacé par son fils, Abd Al-Malik de 685 à 705, un calife jugé «sensé, intelligent, instruit, inspirant la crainte, énergique dans sa politique, habile dans l’administration des affaires temporelles» écrit AL-TIQTAQA. Avant de mourir, Abd Al-Malik (646-705), plein de finesse et de qualités éminentes, fit cette recommandation à son successeur : «Détend ton visage, montre-toi d’un commerce facile, fais la préférence à la douceur dans le règlement de tes affaires ; car elle te fera, plus sûrement, atteindre ton but. Si tu rencontres quelques difficultés, cherche à la surmonter en demandant conseil, car une telle consultation ce qui y était lettre close» dit-il.

La dynastie Omeyyade observe une grande tolérance à l’égard des Grecs et des Chrétiens, employés, massivement, dans l’administration, notamment dans l’art et l’architecture. Un Etat divisé en gouvernorats est créé ; l’autorité religieuse et judiciaire est dirigée par des Cadis, juges. Abd Al-Malik, avec son règne stable (685-705), arabise l’Etat musulman en faisant appel aux Perses. A Jérusalem, Walid 1er (705-15) construit la mosquée Al-Aqsa et à Médine, la mosquée de Mahomet est aménagée et agrandie. De nombreuses villes sont fondées dont Kairouan, Basra et Kufa. Les musulmans fonderont un empire plus vaste que ceux d’Alexandre et de la Rome antique réunis. Cet empire va de l’Atlantique à l’Indus, de la mer Aral, aux déserts du Sahara et de la Libye, l’Afrique, l’Espagne, et une partie de la Chine. La révolte de la Kahina est brisée en 701. Hassan Ben NU’MAN chasse les Byzantins de Carthage. Moussa Ibn NOCAIR, gouverneur de l’Ifriqiya, en 705, achève l’islamisation du Maghreb. En 711, Tarik Ibn ZYAD s’empare de l’Espagne wisigothique, notamment de Cordoue, Séville et Tolède.

A sa mort, Abd Al-Malik fut remplacé par son fils Walid, de 705 à 715, qui aimait la bonne chère et la copulation, et il avait une connaissance approximative de l’arabe : «celui qui parle bien la langue des Arabes peut seul les gouverner» lui disait son père. Les différents califes (Souleymane, Omar, Yazid II, Hicham, Walid II, Yazid III, Marwan II) ont été particulièrement médiocres. L’autorité des omeyyades fut sérieusement ébranlée et des troubles graves se manifestèrent, notamment 747 sous l’égide d’Abou Mouslim. C’est à ce moment que Abdullah Abou-El-Abass, dit «Saffa», le sanguinaire, un hachémite (famille de Mahomet), se proclama calife le 30 octobre 749, à Koufa, en Irak, contre Marwan II, encore en exercice. Abdullah Abou-el-Abbas s'empare de Damas, le 25 juin 750, toute la famille du calife omeyyade est massacrée. Un prince, un seul, échappe à la tuerie. Il s'enfuit en Espagne où il fonde l'émirat omeyyade dissident de Cordoue. Saffa alla combattre Marwan II «l’âne» (688-750), dernier calife omeyyade, qui s’enfuit, mais tué à Mossoul, le 5 août 750. Tous, les descendants des omeyyades, pouvant aspirer au pouvoir, seront méthodiquement assassinés.

b – La dynastie des Abbassides (750 à 1258)

La deuxième dynastie, les Abbassides s’étend sur cinq siècles soit de 750 à 1258, date de la prise de Bagdad par les Mongols. Cette dynastie tire son nom de Al-Abbas, un oncle du Prophète Mahomet. «La dynastie abbasside fut fertile en ruses, en tromperies et en trahisons, l’habileté et la félonie eurent une plus belle part au règne que la vigueur et l’énergie, abandonnant la force que donnent l’énergie et la fermeté, ils prirent leur appui sur la ruse et la perfidie» écrit AL-TIQTAQA. Cependant, ce fut une dynastie auréolée de belles réalisations, les choses de l’esprit fleurissent, les fastes de la religion magnifiquement célébrés, le sacré respecté et les frontières fortifiées. Mais surtout la tyrannie de l’autorité s’évanouit. Abdullah Aboul-Abbas SAFFAH surnommé «le sanguinaire» premier calife abbasside, sera remplacé notamment par le calife Al-Mansour (754-775), établit la capitale à Bagdad (Don de Dieu). «Il est l’un des plus intelligents, des plus éclairés, des plus avisés et des mieux inspirés. Il était grave, plein de dignité, d’un bon caractère dans l’intimité, en public, il devenait un homme redoutable» écrit AL-TIQTAQA. Al-Mansour affermit les bases de l’empire et ses principes de fonctionnement. Au crédit des Abbassides, en raison d’un vaste empire musulman, est la création de la fonction de Vizir, un intermédiaire entre le calife et la population, pour ce qui est des affaires temporelles. Quand Al-Mansour est mort à la Mecque, cela fut cachée à la population, jusqu’à son remplacement par Abou Mahdi, règne de 774 à 785, «un prince énergique, éveillé, généreux, mais terrible » écrit AT-TIQTAQA. Il sera remplacé par fils, Moussa Hadi (califat de 785-786), fortement contesté par Al-Hussein, fils d’Ali.

Il y aura 37 califes Abbassides, le dernier étant Al-Mustasim, tué en 1258 par les Mongols de Hulagou KHAN. Haroun Al-Rachid (786-809), et Al-Mamun (813-833), ont été les protecteurs des arts et lettres. En particulier, le règne de Haroun AL-RACHID est un contemporain de Charlemagne (742-814). Le califat de Haroun AL-RACHID, associé au conte des «Mille et Une Nuits», a été marqué par un extraordinaire développement des sciences, des arts et des lettres. «Il est compté au nombre des califes qui se sont le plus distingués par leur mérite, leur éloquence, leur générosité. Il fit la guerre aux infidèles, priaient cent «Rakas » par jour, aimait la poésie, les poètes et les gens de religion» écrit AL-TIQTAQA. Dans tout l'empire et ses alliés ou dépendances, (Cordoue, Maroc se développe un artisanat prospère dont le souvenir se conserve dans le vocabulaire : «cordonnier» vient de Cordoue, «mousseline» de Mossoul, produits «damasquinés» (orfèvrerie à la feuille d'or) de Damas, «maroquinerie» de Maroc. De nombreux mots arabes entrent dans la langue française. Les Arabes restaurent et améliorent les anciens réseaux d'irrigation autour de la Méditerranée. Du fait de leurs liens avec la Perse, l'Extrême-Orient et l'Asie du Sud, ils introduisent de nouvelles cultures en Occident : riz, haricot, chanvre, canne à sucre, mûrier, abricotier, asperge, artichaut, etc. Haroun Al-Rachid sera remplacé, Mouhammad Al-Amin, de 809 à 813, mais c’est un homme faible à la vie dissolue. Il sera tué par Abd Alla Mamoun de 813 à 883 qui fixe la capitale à Damas, et il est soutenu par Hanbal, un juriste rigoriste. Les différents califes (Mosutasim, Djaffar et Abou Billah) insouciants et peu rigoureux ont plongé les Abbassides dans la décadence, et leur chute le 3 février 1258.

S’il  a été reproché à la dynastie Omeyyade, un pouvoir impérial, ils ont étendu, considérablement l’empire musulman, une Révolution devenue planétaire de nos jours. L’Islam loin de représenter l’obscurantisme, la dynastie des abbassides ayant fait progresser la science, les arts et les lettres «Lorsque les Arabes furent devenus les maître du monde, ils cultivèrent les lettres et les sciences à une époque où elles étaient complètement négligées en Europe» écrit FAVROT. Alors que l’Europe était plongée dans l’obscurité, la nuit noire d’une grande misère spirituelle, à partir du VIIème siècle  les Musulmans faisaient traduire du grec et du latin des ouvrages, comme ceux d’Aristote, Ptolémée et Archimède. Le Coran n’a pas donc étouffé la philosophie, les Abbassides considérant l’ignorance comme une grossièreté. Inventeur de l’Almanach, et des mathématiques, les chiffres arabes ayant supplanté ceux des romains, Abou Ali Alhousseyni dit Avicenne (980-1036) était un éminent philosophe et médecin persan. Abdoul Walid Ben Rochd ou Averroès (1126-1198), un médecin, astrologue, spécialiste d’Aristote et séparant la raison de la foie, était grand précurseur des Lumières : «L’activité merveilleuse des esprits s’étend à toutes les branches de l’esprit humain» écrit Louis-Anne SEDILLOT.

En définitive quel héritage de Mahomet ?

Le Prophète Mahomet ayant laissé une influence profonde et durable, est classé numéro de la liste les plus influentes de l’Histoire, devant notamment Isaac NEWTON, le Christ et Bouddha : «La raison pour laquelle j’ai choisi le Prophète Mohammed comme étant le plus grand parmi les grands est qu’il est le seul homme de l’histoire à avoir eu autant de succès dans sa mission prophétique que dans sa mission sociale. La moralité humaine n’a jamais connu une religion aussi parfaite que l’islam tant au niveau philosophique qu’au niveau juridique. L’Islam a continué sa progression même après la mort du Prophète Mohammed tant en Occident qu’en Orient. Encore aujourd’hui, il y a énormément de personnes qui accourent vers l’islam avec leur cœur et leur esprit. Pourtant, la religion prêchée par le Prophète Mohammed était née il y a quatorze siècles dans une région éloignée de la civilisation et des capitales culturelles et a démarré dans ses conditions très difficiles. Malgré cela, l’Islam a trouvé son chemin dans le monde entier. Et j’ai la conviction qu’un homme aussi parfait, à tous les niveaux, que le Prophète Mohammed ne viendra plus jamais» écrit Michael HART dans «The 100. A Ranking of the Most Influential Persons in History». Le Mahatma K. GANDHI, partisan de la non-violence, dans sa lutte, pour l’indépendance, est resté solidaire avec les Musulmans ; il a été assassiné par un intégriste Hindou en raison notamment des qualités exceptionnelles du Prophète Mahomet : «Je voulais mieux connaître la vie de celui qui aujourd’hui détient indiscutablement les cœurs de millions d’êtres humains. Je suis désormais plus que jamais convaincu que ce ne fut pas l’épée qui créa une place pour l’Islam dans le cœur de ceux qui cherchaient une direction à leur vie. Ce fut cette grande humilité, cet altruisme du prophète, l’égard scrupuleux envers ses engagements, sa dévotion intense à ses amis et adeptes, son intrépidité, son courage, sa confiance absolue en Dieu et en sa propre mission. Ces faits, et non l’épée, lui amenèrent tant de succès et lui permirent de surmonter les problèmes» écrit Mohandas K. GANDHI dans «Young India» du 11 septembre 1924. «Celui-là a remué des armées, des lé­gis­lations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes ; il a fondé, sur un livre dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux, et la passion du Dieu un et immatériel» écrit Alphonse de LAMARTINE.

Gloire au Seigneur des Univers et à son Prophète, Mahomet (Paix soit sur Lui) !

 

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WATT (William, Montgomery), Mahomet à Médine, Paris, Payot, 1977, 408 pages ;

WATT (William, Montgomery), Vie de Mahomet, traduit par Maxime Rodinson, Paris, Payot, bibliothèque historique, 1989, 628 pages ;

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ZAMBAUR de (E), Manuel de généalogie et de chronologie pour l’histoire de l’Islam, Hanovre, Librairie orientaliste Heinze Lafaire, 1927, 388 pages, cartes en annexes.

Paris, le 27 décembre 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mahomet (570-632), un Prophète d’un Islam de paix, de tolérance et de rectitude» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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