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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 23:46

Jusqu’ici, comme s'il avait un bon marabout, tout avait réussi au candidat, puis au président Emmanuel MACRON ; il a la jeunesse, le sourire cosmétique et une arme de guerre censée faire voler en éclats «le vieux monde». Dans ses flagorneries, une certaine presse, obséquieuse, superficielle et de connivence, l’a surnommé Jupiter. Dans sa pensée complexe, le président MACRON incarnerait, de façon olympienne, la fonction présidentielle. Les partis traditionnels victimes d’un «dégagisme», en référence à une expression de Jean-Luc MELENCHON, sont entrés dans une crise et un coma profonds. Devant ce champ de ruines, sans combattants, le président MACRON a enchaîné, coup sur coup, diverses réformes contre les acquis sociaux, sans grands dommages politiques pour son gouvernement et pour son image. Les vaillantes résistances des partis de gauche, fortement divisés et affaiblis, et des syndicats, se sont émoussées devant la toute puissance de Jupiter.

On se disait, qu’avec une pareille aura, un tel talisman, c’est déjà plié pour les prochaines élections européennes et municipales. La République En Marche va encore poursuivre et accentuer son hégémonie en vue d'une éventuelle recomposition du paysage politique. Et voila que patatras, un grain de sable vient de perturber la planète Jupiter. Le marabout de M. MACRON ne serait qu'un piètre charlatan de Barbès. En effet, l’affaire Alexandre BENALLA, apparemment anecdotique, révèle à l’opinion publique, anesthésiée et assoupie, une des plus grandes escroqueries de l’histoire politique de ce début du XXIème siècle, à savoir, que derrière cette savante gesticulation, ces mises en scène, se cachent, savamment, le mensonge, la dissimulation, l’instrumentalisation, et surtout l'esprit de caste et de château. La Macronie n’était, en fait, que le plus grand casse du siècle. L’égalité devant la loi, la protection du faible devant le fort, la compassion, ce sont des mots que nous revendiquons dans notre démocratie. M. MACRON avait réprimandé un jeune qui l’avait appelé «Manu» et non «Monsieur le Président». Il faut respecter les institutions. Mais pour les puissants, ces principes restent cantonnés uniquement dans le domaine de la rhétorique et de la communication. Tout est dans le sourire !

Souvenez-vous, le candidat Emmanuel MACRON, dans une ascension fulgurante, se disait «ni de gauche, ni de droite», mais, en fait, il cajole les riches, et fouette les pauvres, les retraités, les fonctionnaires, les collectivités locales et les immigrés. Il faut qu’il publie la liste de ses donateurs pour sa campagne aux élections présidentielles de 2017 !

Dans une démarche républicaine, contraint et forcé de voter M. MACRON au deuxième tour, je découvre, avec grand effroi qu’il est un ami de Philippe de VILLIERS, un vicomte ouvertement raciste qui le conseille à la Rotonde. Cette loi scélérate sur l’immigration, avec des règles contraires aux normes européennes, doit être abrogée. Nous réclamons aussi justice pour les familles de jeunes de banlieue morts lors d’un banal contrôle faciès (Adama TRAORE, Amadou KOUMé, Bouna et Zied), justice également Naomi MUSENGA, morte sans secours et Théo, violé au tonfa.

Par ailleurs, M. MACRON qui évoquait «le ventre des mères africaines» agitant ainsi le spectre du «grand remplacement», avait, pourtant soutenu, à juste titre, dans son projet présidentiel que l’Afrique est un «continent d’opportunités». Sitôt élu voila que les discours colonialistes et esclavagistes réapparaissent, et certains présidents africains sont même qualifiés «d’électriciens».

L’affaire BENALLA a un grand mérite, c’est que maintenant nous pouvons sonner l’hallali : «le Roi est tout nu» ! Magicien de la communication, le système de duplicité de M. MACRON, masqué par son sourire enjoliveur et rassurant, est démasqué. Le «vieux monde», loin de mourir, est bien incarné par M. MACRON, président des riches et protecteur de ses amis. En effet, le concept «Ni de gauche, ni de droite» s’il signifiait abandonner le manichéisme, l’esprit partisan, et s’attacher exclusivement à l’intérêt général, dans la prise de décisions courageuses pour faire avancer la société dans le bon sens, les réformes seraient acceptables. Une bonne réforme, tout en cassant la logique des privilèges indus, devrait répartir les sacrifices de façon juste et équitable et poursuivre des objectifs de progrès social et économique. Or, ce qu’on appelle la réforme en France, ce sont des politiques libérales pour lesquelles les faibles sont un poids mort et devraient payer les pots cassés des erreurs du capitalisme financier. Ce sont toujours les mêmes, les exclus, qui trinquent, et les puissants sont épargnés. Pour toutes ces soi-disant réformes à venir de la Macronie, mais qui sont une atteinte aux droits sociaux et aux libertés, il faut plus que jamais dire STOP aux saccages !

L'espoir et l'espérance ne meurent jamais ; il y a encore dans ce monde des privilèges, de sérieuses raisons de se révolter et de se battre pour la justice, la fraternité, l'égalité réelle, la transparence et le bien-vivre ensemble dans le respect mutuel.

Paris, le 21 juillet 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Un grain de sable dans la planète Jupiter : le Roi est tout nu», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 18:35

"Première visite d'Etat du président chinois XI Jinping, au Sénégal" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr 

M. XI Xingpin, président chinois entame, au Sénégal les 21 et 22 juillet 2018, une tournée africaine qui le mènera au Rwanda et en Afrique du Sud.

Depuis la fin de la guerre froide, et pendant la France est restée focalisée et hantée par les questions migratoires, les Chinois ont pris des parts de marchés importants en Afrique. Au Sénégal, la Chine a déjà réalisé le Stade de l'amitié, un barrage de désalinisation en Casamance, l'hôpital régional de Casamance, un théâtre et des infrastructures portuaires. Actuellement la Chine est engagée dans de nombreux projets d'un "Sénégal émergent" comme la fameuse autoroute "Ila Touba", le pont de Fondiougne, les forages multivillages. Les Chinois veulent même installer une usine de textile et racheter des terres pour l'agriculture. Le président Macky SALL, en rupture avec la politique d'Abdoulaye WADE qui avait privilégié les relations avec TAIWAN, a choisi la République populaire de Chine qui est ainsi devenue le 1er investisseur au Sénégal et son 2ème partenaire commercial. La diplomatie chinoise se fonde sur quelques principes : des rapports mutuellement avantageux et un respect de la souveraineté, ainsi qu'une rupture manifeste avec "l'afro-pessimisme" entretenu par les Occidentaux. Les rapports entre la Chine et l'Afrique pourraient être du "gagnant-gagnant"  ; la Chine, 2ème puissance mondiale en pleine expansion, recherche des matières premières et les pays africains ont pour souci de diversifier leurs relations commerciales et de sortir ainsi de la logique du "pré-carré" dans laquelle l'ancien colonisateur les enfermés.

Par ailleurs, constatant que l'octroi d'un visa, même pour nos étudiants francophones est devenue un parcours de combattant en dépit des soit-disants liens de francophonie qui nous unissent, la Chine, à travers son Institut Conficius, accorde, massivement, des bourses aux étudiants africains. On sait que les liens culturels créent aussi une dépendance économique. Peu importe la méthode, pourvu que le chat attrape des souris disait, en substance, DENG Xiao Ping.

Une importante communauté chinoise est déjà installée à Dakar, et a supplanté les commerçants libano-Syriens, un vestige du colonialisme.

Le Sénégal, pour mieux assurer son indépendance a diversifié ses relations économiques, notamment avec la Turquie et le Maroc.

Dans cette République sénégalaise qui ne produisait que des cacahuètes, depuis que du pétrole et du gaz ont été découverts à profusion dans ce pays, les Français, qui nous snobaient, ont brutalement changé de fusil d'épaule. Désormais, la société Total réclame sa part de gâteau, les géants de la distribution, comme Casino, veulent s'installer au Sénégal. Un TER et le centre de Diame nadio sont en construction.

Le candidat MACRON avait fait une bonne analyse des rapports entre l'Afrique et la France qui sont des "opportunités à saisir". Sitôt élu, face à un Front national arrogant, le président MACRON a changé de fusil d'épaule ; le discours colonialiste, paternaliste et esclavagiste a repris le dessus, notamment avec une nouvelle loi scélérate sur l'immigration et cette théorie honteuse sur les "ventres" de nos mères agitant ainsi en filigrane la fumeuse théorie du "grand remplacement". Justement, la Chine, un pays sur-peuplé, a pu vaincre le sous-développement en moins de 30 ans.

Je suis persuadé, qu'en raison des liens historiques et la langue commune qui nous unissent à la France, une coopération équitable, fondée sur la justice et la fraternité, est préférable à cette rhétorique frontiste, contreproductive ne pouvant que nuire aux intérêts de la France, notre alliée naturelle. Bien qu'une partie de la France redoute le multiculturalisme, les Français issus de l'immigration auraient pu être un solide lien entre l'Europe et l'Afrique. En effet, les sociétés multinationales françaises, opérant en Afrique, devraient employer et valoriser ces Français issus de l'immigration qui sont un atout en raison de leur parfaite connaissance de l'environnement africain.

En tout cas, les Chinois, dans  leur pragmatisme, sont à l'assaut de l'Afrique ce "continent d'opportunités" comme l'avait si bien qualifié le président MACRON.

Paris, le 19 juillet 2018 par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr

"Visite d"Etat du président chinois XI Jinping au Sénégal" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr
"Visite d"Etat du président chinois XI Jinping au Sénégal" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr
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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 19:54

Le continent noir expérimente, parfois douloureusement, la démocratie. Des âmes bien-pensantes, paternalistes, au lieu d’encourager ce processus, se sont parfois évertuées à démontrer que la démocratie serait un luxe pour le tiers-monde, inadaptée aux réalités africaines ; ce privilège ne pourrait être réservé qu’à ceux qui portent le monde sur leurs épaules. Il est vrai que, dans nos pratiques balbutiantes de la démocratie, et à bien des égards, notre continent ne donne pas une bonne image de lui-même, renforçant ainsi les préjugés et les calomnies. Parmi ces dérives, on observe en Afrique, cette tendance à la personnalisation et à la patrimonialisation du pouvoir, des régimes monarchiques et préhistoriques, ainsi qu’une fâcheuse pratique, parfois, à mettre la justice sous tutelle et à surprotéger les forces de l’ordre.

Or, la Cour de Justice de la CEDEAO, sans faire de grand bruit, et à bien des égards, par des décisions audacieuses, est entrain de construire une jurisprudence visant à consolider l’Etat de droit en Afrique. Je rappelle que la Cour suprême du Kenya avait aussi, pour la première fois, en 2017, annulé des élections présidentielles, un fait sans précédent, même dans les pays occidentaux. Le juge africain est donc entré dans l’histoire. La CJCEDEAO s’appuie, entre autres, sur les précédents développés par la Commission européenne des droits de l’homme et la Commission des Nations Unies des droits de l’homme et sur les critères posés par les principes généraux de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, la jurisprudence de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que d'autres instruments internationaux. Et l’une des grandes originalités de la procédure, c’est que la règle de l’épuisement de voies de recours internes, contrairement à ce qui se passe dans le continent européen, ne s’applique pas en Afrique. Par ailleurs, la CJCEDEAO peut tenir ses sessions sur le territoire de n’importe quel Etat membre, et cela afin d’éviter des pressions politiques. Je rappelle que 16 Etats africains sont signataires du traité du 28 mai 1975 en ses articles 6 et 15 (Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Libéria, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone et Togo). La Mauritanie, en raison de la question de l’esclavage, n’en fait partie, mais est régulièrement condamnée au titre de la Charte africaine des droits de l’homme.

C’est dans le protocole A/P1/91 que le statut de la CJCEDEAO a été précisé. Composée de 7 membres, un par Etat, au plus, avec un mandat de cinq ans, renouvelable une fois, ces juges, pour leur indépendance, jouissent, pendant leur mandat, de privilèges et immunités diplomatiques. La Cour de Justice de la CEDEAO ayant pour rôle majeur d’assurer «le respect du droit et des principes d’équité», ses décisions s’imposent aux Etats membres, aux personnes physiques et morales. La Cour peut être saisie, à titre consultatif, pour l’interprétation de dispositions législatives d’un Etat membre. Elle aussi être saisie par la procédure d’urgence.

Les décisions de la Cour ne sont pas susceptibles d’appel, sauf en cas de demande de révision par la Cour. Les décisions de la Cour peuvent également être soumises à l’objection de la part des tiers ; elles sont contraignantes et chaque État membre doit indiquer l’autorité nationale compétente chargée de l’exécution des décisions de la Cour.

La jurisprudence de la CJCEDEAO touche des domaines aussi sensibles que l’ordre constitutionnel, mais aussi les droits privés des individus, dès que l’Etat en cause a failli à sa mission de protection des droits de l’homme.

I – Le précédent Khalifa SALL (décision du 29 juin 2018) et ses conséquences

A – La Cour ne se prononce que sur la partie procédurale

(atteinte au droit à un procès équitable et une détention arbitraire)

Dans un arrêt du 29 juin 2019, la CJCDEAO, qui siégeait à Abudja, déclare que le droit à l’assistance d’un conseil, le droit à la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable ont été violés dans ce procès de Khalifa SALL.

Par ailleurs, «la détention de M. Khalifa Sall, entre la date de proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, c’est-à-dire le 14 août 2017, et celle de la levée de son immunité parlementaire, à savoir le 25 novembre 2017, est arbitraire».

La CJCEDEAO déclare, en conséquence, que la responsabilité de l’Etat du Sénégal est engagée et alloue à M. SALL et à 4 autre requérants 35 millions de FCA à titre de réparation.

La Cour ne se prononce que sur la partie procédurale (droit à un avocat et détention arbitraire avant la levée de l’immunité parlementaire). Et même sur cette partie procédurale, la CJCEDEAO semble admettre, implicitement, qu’à partir du 25 novembre 2017, date de la levée de l’immunité parlementaire, la détention est devenue légale.

Par conséquent, pour l’ensemble des questions de fond, M. Khalifa Ababacar SALL n’a pas eu gain de cause, il a été débouté. Les 115 fausses factures constituant des cas de détournements publics, restent valablement examinés par le juge sénégalais, notamment en cassation. Le tribunal correctionnel et la Cour d’appel de Dakar se sont prononcés sur l’affaire. Il ne reste comme dernier recours que la Cour suprême par la procédure de la Cassation. Il est bien évident que la décision de la Cour suprême, sur la détention jusqu’au 25 novembre 2017 et l’absence, un certain temps d’un avocat,  n’allait pas dans le sens de la jurisprudence de la CJCEDEAO, elle encourt la censure de la CJECEAO. Les Etats membres se sont engagés à respecter les décisions de la CJCEDEAO, ce qui signifie ouvre la possibilité d’une libération de Khalifa SALL, en attente d’une décision de la Cour de cassation, dans l’attention d’une décision sur le fond. Les poursuites continuent donc, en dehors de ces vices de procédures.

Cette décision est un coup de tonnerre dans le paysage politique sénégalais, et risque donc d’interférer dans la campagne électorale des présidentielles de 2019. Il est de l’honneur et de l’intérêt du gouvernement sénégalais, dans un Etat de droit, de respecter la décision de la CJCEDEAO et de l’appliquer, intégralement, en ce qui concerne les deux vices de procédures recensés. Par ailleurs, je l’ai toujours signalé, se sachant très faible sur le fond, M. Khalifa SALL ayant détourné l’argent de la caisse d’avance, il utilise, très habilement, le dilatoire, en retardant le procès et en multipliant les voies de recours, de nature à se poser en victime, en prisonnier politique. Cette stratégie a été payante pour les législatives de juillet 2017, il n’avait pas fait campagne, sa seule détention était son programme politique. Il tente de rééditer cet exploit pour les présidentielles de 2019. En effet, l’opposition, d’une manière générale, n’a pas de programme crédible et identifiable et utilise la même stratégie du lynchage, comme sous maître WADE. «Calomnie, calomnie, il en restera toujours quelque chose» disait BEAUMARCHAIS.  En revanche, le président Macky SALL a un excellent bilan et une vision stratégique pour l’avenir et le bien-être du Sénégal. Prendre le risque d’être entraîné dans la boue, dans un débat du niveau du caniveau, serait à coup sûr la voie de l’échec.

Entre les ambitions légitimes de Karim WADE et Khalifa SALL, leurs détournements de deniers publics avérés, comment solutionner cette difficulté ? La détention prolongée, lorsque l’enquête est terminée, est-elle vraiment légitime et utile pour l’éclatement de la vérité ? Je ne le crois pas. A mon modeste avis, il faudrait libérer M. SALL, avec des garanties de représentation (confiscation des pièces d’identité et pointages réguliers au commissariat), dans l’attente que la Cour suprême statue en cassation.

Le débat autour de l’indépendance de la justice sera un point important de ces présidentielles de 2019, et notamment la présidence de l’exécutif au sein du conseil supérieur de la magistrature. En effet, on a été habitué, depuis l’indépendance à des incarcérations politiques. Ainsi, dès 1962, Léopold Sédar SENGHOR, derrière ses apparences de poète et démocrate, avait emprisonné, pendant 12 mois, son premier ministre et rival Mamadou DIA, dont les amis ont été contraints à l’exil. Le président Abdou DIOUF, pour une sombre histoire de complot libyen avait détenu pendant plus de un an, maître Abdoulaye WADE et Ousmane N’GOM. Maître WADE, lui-même qui voulait instituer un régime monarchique, 6 mois avant le scrutin de 2012, avait refusé de plier aux recommandations de la CJCEDEAO. Une justice indépendante est un gage d’une démocratie apaisée.

La CJCEDEAO avait déjà affirmé son indépendance dans diverses affaires en se prononçant sur la violation des droits de l’homme par un Etat membre, notamment les détentions et arrestations arbitraires. Ainsi, la CJCEDEAO a jugé a condamné le Niger dans sa décision du 8 novembre 2010 (affaire TANDJA) : «Pour apprécier dans le cas d'espèce le caractère arbitraire ou non de la détention de Monsieur Mamadou TANDJA, il y a lieu d'analyser les faits au regard des critères  ci-dessus indiqués L'Etat du Niger ne conteste pas l'arrestation et la détention du Requérant, et les justifie par des raisons politiques. Il est constant que l'arrestation et la détention de Monsieur Mamadou TANDJA sont consécutives à un coup d'Etat survenu le 18 février 2010. L'Etat du Niger n'a produit aucun acte judiciaire ni fait allusion à aucune procédure judiciaire ouverte à l'encontre de Monsieur Mamadou TANDJA. L'Etat  du Niger s'est contenté de justifier l'arrestation et la détention du Requérant par des motifs politiques et reconnait l'absence de toute procédure judiciaire à son  encontre. Le seul argument de l'Etat du Niger tenant à la «nature politique de la détention  est d'autant plus contraire aux dispositions des instruments internationaux que l'objectif visé par ces instruments est justement de protéger les individus contre ce type de privation de liberté». Chaque Etat africain doit s’astreindre au respect des voies légales de privation de liberté. Dans l’affaire Hadjatou Mani Koraou contre le Niger, vendue pour servir de domestique et de concubine, la CJCEDEAO du 27 octobre 2008 a intimé cet Etat de prescrire une réglementation contre l’esclavage et pour protéger, effectivement, les femmes contre les coutumes discriminatoires en matière de mariage et de divorce. «La Sadaka ou le fait de vendre une femme à un homme pour lui servir de concubine est une pratique qui ne touche que les femmes et constitue donc une  discrimination liée au sexe ; qu'en outre le fait pour elle de ne pouvoir consentir librement au mariage, ni de divorcer sont autant de discriminations liées à son origine sociale» estime la Cour.

B – Khalifa Ababacar SALL doit être entendu sur ses détournements

Comme je l’ai indiqué, la Cour de Justice de la CEDEAO a débouté Khalifa SALL sur le fond. Par conséquent, les fausses factures ayant conduit au détournement de deniers publics doivent être jugés par la justice sénégalaise. Le fait d’être un opposant n’autorise nullement à détourner des fonds publics. Au contraire, quand on veut briguer un mandat présidentiel, il faudrait exemplaire et particulièrement irréprochable. Je ne comprends que ceux qui veulent acquitter, au bénéfice du doute, les opposants qui dilapident nos faibles deniers publics. On sait que dans la réglementation sénégalaise, la condamnation pour détournement de deniers emporte automatiquement une peine complémentaire, celle de l’inéligibilité.

Ce cas de Khalifa SALL, comme celui de Karim WADE ressemble à la solution jurisprudentielle de la CJCDEAO du 15 juillet 2015, dans laquelle le juge communautaire estime que les délinquants, avec une peine complémentaire d’inéligibilité, sont valablement écartés de la compétition électorale.

Ainsi, dans son arrêt du 15 juillet 2015, la CJCDEAO avait censuré les dispositions du nouvel article 135 du Code électoral burkinabé du 7 avril 2015 déclarant, de façon générale, que sont inéligibles comme président du Faso, «toutes les personnes ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte au principe de l’alternance démocratique, notamment au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels ayant conduit à une insurrection ou à toute autre forme de soulèvement». En effet, le Code électoral Burkinabé comportait déjà des dispositions classiques d’inéligibilité, et consacrées par tous les Etats de droit, à savoir les :

– Individus privés par décision judiciaire de leurs droits d’éligibilité en application des lois en vigueur ;

– Personnes pourvues d’un conseil judiciaire ;

– Individus condamnés pour fraude électorale.

Ce qui était en cause devant la Cour de justice, c’est cette nouvelle disposition de l’article 135 du Code électoral.

L’Etat du Burkina Faso avait soulevé une exception d’irrecevabilité et donc plaidait l’incompétence de la CJCEDEAO, mais celle-ci s’est prononcée sur le fond du litige «Au titre de sa compétence, la Cour doit également préciser que s’il est hors de question qu’elle assure la police des élections que les Etats membres organisent, elle peut être valablement saisie lorsqu’il apparaît que le processus électoral est entaché de violations de droits de l’homme, violations dont la sanction relève de sa compétence».

Dans le débat sur le fond, l’Etat du Burkina Faso demandait le rejet de la requête des opposants. En effet, pour l’Etat du Burkina Faso l’exclusion d’un certain nombre d’organisations et de citoyens du processus électoral en cours se justifierait par le soutien que les opposants auraient apporté aux anciennes autorités du pays dans leur projet de modification de la Constitution en vue de se maintenir au pouvoir. Ce projet, perçu comme «anticonstitutionnel» dans la loi du 7 avril 2015, a été à l’origine des troubles ayant conduit à la chute du gouvernement.

Le nouvel article 135 du Code électoral était en fait une supercherie visant à écarter, de facto, tous les partisans de Blaise COMPAORE, sans qu’ils aient été, au préalable, déchus de leurs droits civiques par un juge : «Il peut certes arriver que dans des conjonctures particulières, la législation d’un pays institue des impossibilités d’accéder à des fonctions électives à l’encontre de certains citoyens ou de certaines organisations. Mais la restriction de ce droit d’accès à des charges publiques doit alors être justifiée, notamment, par la commission d’infractions particulièrement grave. (…) Interdire de candidature toute organisation ou personne ayant été politiquement proche du régime défait mais n’ayant commis aucune infraction particulière, revient, pour la Cour, à instituer une sorte de délit d’opinion qui est évidemment inacceptable» dit la CJCEDEAO. C'est en raison de cette position de principe écartant tous les opposants au pouvoir, que la Cour de la CEDEAO a estimé que cette distinction est arbitraire, discriminatoire ; c’est une «violation du droit de libre participation aux élections», et a, dans son arrêt du 13 juillet 2015, censuré le Code électoral Burkinabé. Par conséquent le fait d'écarter tous les sympathisants de Blaise COMPAORE après sa chute est illégal, parce que non justifié par des nécessités de l’ordre public : «La Cour est d’avis que l’exclusion en cause dans la présente affaire n’est ni légale ni nécessaire à la stabilisation de l’ordre démocratique, contrairement aux allégations du défendeur. La restriction opérée par le Code électoral n’a au demeurant pas pour seul effet d’empêcher les requérants à se porter candidats, elle limite également de façon importante le choix offert au corps électoral, et altère donc le caractère compétitif de l’élection». Par conséquent, les opposants non déchus de leurs droits civiques par un juge doivent être rétablis dans leurs droits : «Pour l’ensemble de ces raisons, et sans qu’il soit besoin de statuer sur le caractère «consensuel» ou non du changement de la loi électorale intervenu avant les élections, la Cour estime que les formations politiques et les citoyens burkinabé qui ne peuvent se présenter aux élections du fait de la modification de la loi électorale (loi n° 005-2015/CNT portant modification de la loi n° 014-2001/AN du 03 juillet 2001) doivent être rétablis dans leur droit».

En revanche, au Sénégal, même si nous n'avons pas encore le texte projet de révision du Code qui sera soumis au parlement sur le Code électoral, la situation semble être toute autre. Dans tous les pays démocratiques, les personnes qui ont fait l'objet d'une peine complémentaire de déchéance de leurs droits civiques, par un juge, ne sont pas éligibles et ne peuvent même pas exercer aucune charge publique pendant la durée de cette déchéance. C'est à titre, que des fonctionnaires, privés de droits civiques et n'exerçant donc aucun mandat électoral, peuvent être radiés des cadres de la fonction publique, sans procédure disciplinaire.

II – Les autres décisions de la CJEDEAO contre la misogynie, l’injustice et l’arbitraire

Les femmes sont à l’honneur dans ces décisions, pour lutter contre l’arbitraire, la misogynie, et parfois les parfois les pratiques esclavagistes. Ainsi, sans son jugement du 23 avril 2018, Bintou Cissé contre l'affaire concerne la torture et la mort d'un réfugié libérien (Jallah MORRIS) alors qu'il était sous la garde de la police guinéenne ; les plaignants ont allégué que l'État guinéen n'avait, ni enquêté, ni poursuivi et puni les auteurs desdites violations. La Cour de la CEDEAO a jugé que l'État de Guinée a violé le droit à la vie et le droit à un procès équitable. La Cour a condamné l'État de Guinée à payer à la famille de Jallah MORRIS une indemnité de 45 000 000 FCFA (45 millions de francs CFA - soit environ 68 702 euros) et à poursuivre en justice les responsables de son décès. M. Jallah MORRIS, un responsable dans sa famille, a été torturé et tué en 2011 alors qu'il était sous la garde de la brigade guinéenne. Les autorités guinéennes ont aussi admis la possibilité d'homicide, mais n’ont pas ordonné une autopsie sur la dépouille de la victime ; elles n'ont non plus pris de mesures adéquates pour enquêter sur l'incident et poursuivre les agents impliqués. Les plaignants avaient allégué la violation de plusieurs droits, notamment le droit de la victime de ne pas être soumise à la torture et le droit à la vie. Les plaignants ont également fait valoir que le Gouvernement de la Guinée a manqué à son obligation de prévenir la torture, de mener une enquête effective sur l’incident, de traduire les coupables en justice, et de fournir la réparation aux ayants droit de la victime.

Cette décision est un pas important pour la justice en faveur de la victime ou sa famille, contre l’impunité, l'abus de droit et l’arbitraire en Afrique, notamment contre la prévalence de la torture perpétrée par la police en Guinée. En effet, cette jurisprudence est une base légale pour se défendre contre la théorie du «complot peul» en Guinée, initiée par le président Ahmed Sékou TOURE (1922-1984) qui avait détenu au sinistre camp Mamadou Boiro (1960-1980) et liquidé ses adversaires, comme Diallo TELLI (1925-1977), Secrétaire général de l’O.U.A. Depuis l’élection du 7 novembre 2010, d’Alpha CONDE président de la Guinée, avec la complicité de Vincent BOLLORE, un ami de SARKOZY, 114 opposants Peuls sont portés disparus. En effet, M. Cellou Dalein DIALLO était arrivé en tête du 1er tour des présidentielles de 2010, avec 47,69% et Alpha CONDE n’avait eu que 18,25% des voix. Au Mali, un Etat faible, l’armée s’acharne contre les Peuls, et 57 personnes ont été massacrées, tout récemment, au motif prétendu qu’il s’agirait de terroristes, partisans d’Amadou KOUFFA, ou de bandits. Naturellement, les Peuls protestent contre ces amalgames. Par ailleurs, des violences ethniques entre Peuls et Bambaras font de nombreuses victimes, sans que l’Etat puisse protéger, efficacement, toutes ses populations civiles.

Dans l’affaire «May Sunday» contre le Nigeria jugée le 17 mai 2018, Mary fut, en 2012, gravement abusée par son fiancé, un agent de la police nigériane, entraînant la déformation et l'incapacité de la victime. Son fiancé l'a brutalement battue, et a ramassé une marmite de sauce sur le feu et l’a versée sur elle. Par conséquent, Mary a souffert de brûlures graves sur la tête et le corps. Les plaignants ont allégué que l'État n'avait pas mené une enquêté efficace sur l'incident, poursuivi et puni l'auteur des violations. La Cour a jugé que le Nigeria a violé le droit de Mary à un recours et son droit à ce que sa cause soit entendue, et a donc condamné le Nigeria à payer à Mary une indemnité de cinquante 50,000,000 Naira, soit environ 138,000 dollars.

La CJCEDAO est saisie, depuis le 17 mai 2018, d’une plainte contre la Sierra Leone devant la Cour de la CEDEAO pour sa politique qui viole le droit à l’éducation des filles enceintes. L’affaire vise à faire lever l'interdiction faite aux écolières enceintes d'aller à l'école et de passer des examens en Sierra Leone, et aussi à amener le gouvernement de la Sierra Leone à rendre compte pour ses manquements en matière de respect, de la protection et de la réalisation du droit des filles à l’éducation. Cette politique discriminatoire est entrée en vigueur en 2015 juste avant la réouverture des écoles à la fin de la crise d'Ebola. Les filles concernées sont injustement punies à plusieurs niveaux par le gouvernement qui bloque leur accès à l'éducation et laisse impunis les auteurs de violences sexuelles.

Dans l’affaire Aminata Diantou Diané contre le Mali, il s’agissait de discriminations et de violences contre une femme dont le mari est placée sous tutelle ; ses beaux-frères s’étant accaparés de la tutelle des biens de son mari en violation du Code malien de la famille. Les membres de la famille d’Aminata, avec la complicité de la police malienne ont, en 2015, enlevé son mari inconscient, vers une destination inconnue, la laissant seule avec 5 enfants. La justice malienne a refusé de se prononcer sur ce cas. Le Mali a été condamné pour défaut d’égale protection de ses citoyens, et défaillance pour le droit à un recours effectif, à 15 millions de FCA, soit 27 000 dollars.

Références jurisprudentielles

CJCEDEAO, ECW/CCJ/APP/01/18 du 29 juin 2018, Khalifa Ababacar SALL et autres contre Etat du Sénégal ;

CJCEDEAO, ECW/JUD/60/08 du 27 octobre 2008, dame Hadjiatou Mani Koraou contre Etat du Niger ;

CJCEDEAO, ECW/CCJ/JUD/05/10 du 8 novembre 2010, Mamadou TANDJA contre Etat du Niger ;

CJCEDEAO du 17 mai 2018, «Affaire May Sunday» contre le Nigeria ;

CJCEDEAO, ECW/CCJ/APP/34/16, du 23 avril 2018, Bintou Cissé contre l’Etat de Guinée.

Paris, le 29 juin 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

La Cour de Justice de la CEDEAO et la consolidation de l’Etat de droit en Afrique», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 15:52

La police américaine vient de divulguer cette nième vidéo, où un policier blanc tire et tue un Noir, dans sa voiture, devant sa famille. Le policier est acquitté par la justice, parce qu'il invoque une menace contre sa vie. Ces graves dérives de l’Amérique, amplifiées par une politique suprémaciste, isolationniste, négrophobe et islamophobe de Donald TRUMP créent les prémices d’un totalitarisme dans les pays occidentaux.

En effet, dans ces démocraties occidentales, ethnicisées et racialisées, on a encore, largement, une conception esclavagiste et colonialiste des droits de l'homme. Le Noir, comme au temps de l'esclavage, est un bien meuble sa vie n'a aucune valeur et n'inspire aucun respect. «Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres» disait Alexis de TOCQUEVILLE qui, dans une approche descriptive et clinique de la démocratie, considère que la question centrale de son étude porte sur l’égalité Les exemples tirés de l'actualité ne manquent pas. Ainsi, le nouveau gouvernement italien, inspiré d'une politique fascisante, refuse désormais d'accueillir les immigrants, le bateau Aquarus, a été «balladé» d'un port à l'autre. La Hongrie, revendiquant une politique franchement raciste, va faire voter, comme en France, un délit d'aide aux migrants. Devant ce crime contre l'humanité, l'Europe, qui «s'en lave les mains», comme Ponce Pilate, a institué à Dublin, une procédure d'accueil des réfugiés, se défaussant ainsi sur les Etats les plus faibles d'Europe (Grèce, Hongrie et Italie). Par ailleurs, personne ne s'interroge sur les causes profondes de ces vagues d'immigration (guerres locales des Occidentaux et Françafrique) ; on se refile, sans cesse, «la patate chaude», au mépris des droits de l'homme.

L'Amérique de Donald TRUMP, qui continue de massacrer ses Noirs, a institué une politique d'immigration ouvertement raciste, contre les Musulmans en particulier, et traite de manière honteuse les immigrants, notamment les enfants. Supposée être la plus grande démocratie du monde, l'Amérique bénéficie du silence coupable des autres nations européennes. Naturellement, quand on parle du respect des droits de l'homme, cela ne s'appliquer qu’aux pays de l'ex-bloc communiste, et, en particulier, aux pays du tiers-monde. Le camp occidental, par principe, est irréprochable en matière de droits de l'homme.

En France, 112 jeunes (Bouna et Zied, Théo, Adama TRAORE) ont été assassinés par les forces de l’ordre au cours d’un banal contrôle d’identité au faciès. A chaque fois, les moyens de défense des forces de l’ordre sont rodés : si le jeune est contrôlé, c’est qu’il est un délinquant, s’il a été abattu ou étouffé à mort, c’est en application de la légitime défense. L’Etat, qui ne reçoit jamais les familles de Noirs, utilise même à leur égard des mesures d’intimidation. Ainsi, les manifestations organisées pour protester contre ces crimes, loin de bénéficier d’un soutien de l’Elysée ou de certaines organisations soi-disant antiracistes,  comme c’est le cas, systématiquement, pour une autre communauté, supposées être dangereuses pour l’ordre public, sont encadrées et étouffées par les forces de l’ordre. En revanche, les extrémistes, quand ils sont issus du groupe ethnique majoritaire, peuvent manifester cagoulés et brûler les Macdonald. La famille de Théo est menacée de poursuites judiciaires pour la gestion d’une association. Du statut de victime, on peut donc ainsi devenir délinquant. La famille d’Adama TRAORE, protestant contre les mensonges et les lenteurs de la justice, est poursuivie pour rébellion et outrages à l’égard des forces publiques. On sait, dans cette affaire, que le Procureur avait menti et falsifié le rapport d’enquête ; loin d’être radié, pour faute grave, ce procureur menteur a été affecté au Palais de justice de Paris ; ce qui constitue une promotion. Dans l’affaire Naomi MUSENGA, un long et creux rapport a été publié, mais il n’établit pas les responsabilités sur les défaillances graves et honteuses des services d’urgence ayant conduit à la mort de cette jeune personne, à Strasbourg. Pendant ce temps, le gouvernement, à travers sa loi sur l’asile et l’immigration, en partie censurée par le Conseil constitutionnel, continue de faire la promotion des idées du Rassemblement national. Pourtant, la Commission européenne des droits de l’homme vient de condamner la France, à propos d’un Algérien mort lors d’une procédure d’expulsion. Benjamin NETHENYAOU qui a massacré les Palestiniens qui protestaient avec des lance-pierres, l’Arabie Saoudite complice de nombreuses atrocités, sont reçus à l’Elysée avec le plus grand tapis rouge.  Nous sommes aussi la France, à égalité de droits et d’obligations. Nous réclamons, un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel, une prompte justice pour ces personnes étouffées par les forces de l’ordre. UN égale Un. Il n’y aura pas de paix sans justice.

On est frappé par la passivité de la Diaspora qui refuse de s’engager dans une démarche citoyenne et de participer aux consultations électorales. L’abstention aux élections est un cadeau pour les esprits lepénisés. Pourtant, quand on est citoyen, la carte électorale reste encore l’arme la plus efficace et la meilleure contre l’injustice et le racisme.  Je ne crois pas aux méthodes extrémistes et au repli sur soi. Aussi, je n’ai pas compris, l’état de siège Mosquée de Paris, pendant 4 vendredis, y compris le jour de l’Aïd El Fitr. Les premiers ministres du Canada et de Grande-Bretagne ont présenté leurs vœux à leurs citoyens musulmans. Mais à Paris, Jupiter n’a parlé, toute la journée du vendredi 15 juin, jour de fête pour les Musulmans, que d’immigration et de ses menaces. La politique, une affaire justice par les grosses indemnités des élus, a été, et reste toujours un rapport de forces, dans lequel l’investissement dans la sphère publique est un rempart contre l’arbitraire et le mépris des gouvernants toujours soucieux de leur réélection. Je partage le point de vue d’Antonio GRAMSCI, pour qui vivre c’est résister ; GRAMSCI hait l’indifférence : «Je hais les indifférents.  Je crois que «vivre signifie être partisans». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. (..) Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents», écrit-il le 11 février 1917.

Hannah ARENDT (1906-1975), dans son étude sur le totalitarisme, qui guette aussi les Nations occidentales, s’est posée des questions pertinentes : «Comment en-t-on  arrivé là ? Comment est-ce possible ? Comment s’en sortir ?».

Dans les pays occidentaux, devant un acte odieux, suscitant à justice titre une vive réprobation, les gouvernants exploitent cette émotion légitime et parlent, avec déférence de «notre démocratie» et de «notre civilisation à défendre». Aussitôt, après l’homme moyen acquiesce, sans esprit critique sur le sort qui lui est réservé dans la société, et se sent rassuré. Pourtant, Herbert MARCUSE (1898-1979), dans son ouvrage, «L’Homme unidimensionnel» a bien expliqué ce mécanisme lavage de cerveau, cette attitude conformiste. En effet, mieux que jamais auparavant les individus et les classes reproduisent la répression subie. Car le processus d'intégration se déroule, pour l'essentiel, sans terreur ouverte : la démocratie consolide la domination plus fermement que l'absolutisme ; liberté administrée et répression instinctuelle deviennent des sources sans cesse renouvelées de la productivité. La société contemporaine démocratique empêche tout changement social radical et fait l’apologie de la cupidité et de la productivité. La force de la société unidimensionnelle vient de ce que les hommes moyens pensent, sincèrement, être libres, et bénéficient de privilèges, en dépit des politiques libérales qui ne cessent de les oppresser. Dans ces conditions, avec cette hégémonie culturelle des riches, il est difficile de créer une solidarité de toutes les personnes oppressées. Si pendant la campagne électorale de 2017, M. Emmanuel MACRON avait fait illusion, avec son slogan «ni Gauche, ni Droite», il est désormais de notoriété publique qu’il est le président des riches. Les risques d’un totalitarisme sont là, en s’attaquant aux plus faibles (immigrés, pauvres, retraités, fonctionnaires, collectivités locales, etc.) et en cajolant les plus riches. Ainsi, le président MACRON a organisé des funérailles nationales, à grands frais, en hommage à Johnny HALLYDAY qui a déshérité ses enfants et qui doit encore 10 millions d’euros au fisc. On ne sait pas encore si Johnny est Belge, Monégasque, Suisse, Américain ou Français.

Hannah ARENDT, devant ces menaces du totalitarisme nous invite à quitter la vie contemplative, pour retrouver les capacités de la vie active : «Rien n’est plus dangereux que d’arrêter de penser. Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui» écrit-elle. Hannah ARENDT souligne que, dans tout système d’oppression (esclavage, colonisation, racisme, antisémitisme), cela est possible en raison des complicités et trahisons des victimes elles-mêmes.

Dans les Occidentaux, dès qu’un cheveu d’un des leurs est touché, toutes les chaînes de télévision crient, à longueur de journée et à juste titre, à la barbarie. Mais nous Africains, nos enfants meurent par milliers dans l’océan Atlantique, personne, dans cette Françafrique ne proteste ni de prend des mesures pour la sécurité et la dignité de ses citoyens. Il faudrait retrouver notre souveraineté et établir une coopération internationale fondée sur la justice et la fraternité. «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Personne ne fera ce travail à notre place. Il ne faut rien attendre de ceux dont le bonheur est fondé sur le malheur des autres. Chaque pays ses intérêts.  Par conséquent, cette tâche, pour l’égalité et la dignité, revient exclusivement aux Africains qui doivent cesser de se lamenter en redressant la tête : «Les lumières sont ce qui fait sortir l’homme de la minorité qu’il doit s’imputer à lui-même. La minorité consiste dans l’incapacité où il est de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. Il doit s’imputer à lui-même cette minorité, quand elle n’a pas pour cause le manque d’intelligence, mais l’absence de la résolution et du courage nécessaires pour user de son esprit sans être guidé par un autre. Sapere aude (Ose savoir !), aie le courage de te servir de ta propre intelligence ! Voilà donc la devise des lumières» avait écrit Emmanuel KANT.

Paris, le 23 juin 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

L'Amérique cette grande plantation de coton : les risques d'un totalitarisme dans le camp occidental" par M. Amadou Bal BA  baamadou.overblog.fr

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 15:39

«Le pouvoir se gagne par les idées» écrit-il. Suivant GRAMSCI, la famille, l’école, l’église, les partis, les professions, les institutions scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse constituent, par l’idéologie qu’ils véhiculent, une forme de domination de classe. Celle-ci se réalise au sein d’un mode de vie et de pensée, d’une forme de la culture et des rapports sociaux. On y fabrique l’adhésion et le consentement qui assurent la domination de la classe dirigeante. Le pouvoir n’est pas la source de l’hégémonie, mais son résultat. L’hégémonie culturelle est indispensable pour la conquête et la conservation du pouvoir. Penseur et activiste de la Révolution, pour GRAMSCI, il s’agit de mener la bataille des idées pour soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante afin de conquérir le pouvoir. Le pouvoir ne se gagne pas par la force, mais par «la subversion des esprits». Pour conquérir le pouvoir, il faut gagner le combat du contrôle de la culture, parce qu’elle est la clé des valeurs et des idées. La contribution originale d’Antonio GRAMSCI, un communiste peu orthodoxe, à la compréhension des cultures populaires, et donc du pouvoir des travailleurs, est fondamentale à double titre avec les concepts de «guerre de mouvement et de position». À travers ces concepts GRAMSCI vise en réalité, celui d’hégémonie, avec la domination que la bourgeoisie exerce sur les classes populaires par son emprise sur les façons de penser, parler, voir, écouter, sentir, etc. Cette emprise les éloigne de toute entreprise révolutionnaire. Par conséquent, GRAMSCI cherche à promouvoir une nouvelle culture populaire, qui ne serait pas bourgeoise, et qui œuvrerait à contrer son hégémonie en transformant culturellement les classes populaires, mieux, en les mettant en disposition pour la Révolution : une manière de mener la célèbre «guerre de position», nécessaire avant de passer à une «guerre de mouvement».

Dans cette bataille, la société civile joue un rôle décisif par rapport au politique, et l’hégémonie sociale et politique l’emporte, sur la domination politique et la force. La vie de GRAMSCI est une vie de combats, combat pour l’unité de l’Italie, contre le fascisme, l’absurdité de la guerre et l’injustice. Tous ses écrits se tournent vers la victoire de la Révolution ; ce qui donne ainsi un sens à sa vie : «Vous êtes dans le monde, mais sans savoir pourquoi. Vous agissez, mais sans savoir pourquoi. Mais c'est la vie elle-même qui en triomphe, c'est l'activité historique qui les efface. Nous sentons cette impulsion énorme, irrésistible, qui nous vient du passé, nous la sentons dans le bien qu'elle nous apporte, en nous donnant l'énergique certitude que ce qui a été possible le sera encore, et avec une probabilité supérieure, dans la mesure où nous nous sommes déniaisés grâce à l'expérience d'autrui. C'est que le passé, nous le sentons bien vivifier notre lutte, mais dominé, serviteur et non maître, source de lumière et non de ténèbres débilitantes» écrit-il, le 29 août 1916. S’inspirant de MACHIAVEL, il assigne une tâche fondamentale aux intellectuels ; par un travail de termite, ils doivent «saper les valeurs de la société traditionnelle et capitaliste». GRAMSCI considère Lénine comme un grand révolutionnaire, et lui emprunte le concept d’hégémonie qui devient central dans sa pensée. L’hégémonie culturelle est la capacité d’un parti à diriger et à créer un bloc de classe cimenté. En effet, Antonio GRAMSCI a mis en évidence le fait que toute arrivée au pouvoir ne pouvait se faire en Occident qu'avec des alliances : cette alliance entre ouvriers du Nord, paysans du Sud de l'Italie constituera le «Bloc historique», dont le travail actuel est d'abord politique et intellectuel. La «philosophie de la praxis» qui ne peut être une affaire de spécialistes, elle doit être séparée du «sens commun».

Il plaide pour une appropriation collective de la philosophie, «prise dans les rapports sociaux», selon André TOSEL, en effet, «chez Gramsci, la pensée et l’action ne sont pas dissociables. Elles sont inextricablement liées». Pour lui, «vivre, c’est résister». GRAMSCI appelle ardemment à l’action politique, et hait  l’indifférence. «Ce qui advient, n’advient pas tant parce que quelques-uns veulent que cela advienne, que parce que la masse des hommes abdique sa volonté, se laisse faire», écrivait GRAMSCI. Haïr l'indifférence, c'est à la fois haïr l'acceptation des choses comme elles vont et détester la confiance faite aux experts, qui n'est autre que la paresse qui contribue au cours des choses. L'indignation ne suffit pas, si elle n'est que simple mouvement du coeur. Elle commande l'analyse : «Je hais les indifférents.  Je crois comme Friedrich Hebbel que «vivre signifie être partisans». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. (..) Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents», écrit-il le 11 février 1917. Antonio GRAMSCI fait partie des intellectuels italiens qui ont joué un rôle important dans l’histoire, nombreux sont ceux qui ont passé leur vie et écrit le meilleur de leur oeuvre privé de liberté. Pour ces intellectuels, plus leur pensée et leur action étaient de nature à contribuer au développement culturel et éducatif du peuple, plus leur voix fut étouffée et leur message déformé. Il militait pour la révolution, pour une société du futur. «Les socialistes ne doivent pas substituer un ordre à un ordre. Ils doivent instaurer l'ordre en soi» écrit-il. Le «sens commun» c’est introduire de nouvelles valeurs.

Né le 22 janvier 1891, à Alès, province de Cagliari, en Sardaigne, Antonio GRAMSCI est le quatrième fils des sept enfants de Francesco et Giuseppina Marcias. Son père, originaire de Gaète, fils d’un colonel de gendarmerie, a des origines albanaises. A l’âge de quatre ans, une femme de service laisse tomber le jeune Antonio, appelé aussi «Nino» ; ce qui aurait déterminé sa malformation physique. Il est bossu. Son père, employé au service de l’enregistrement, est suspendu de ses fonctions pour une irrégularité administrative. En raison des conditions économiques difficiles de sa famille, Antonio, après 1903, est obligé de travailler à l’office du cadastre, tout en poursuivant ses études. A partir de 1905, il commence à lire la presse socialiste, «L’Avanti !» que lui envoie son frère aîné installé à Turin. De 1908 à 1911, inscrit au lycée Dettori, à Calgari, et vivant avec son frère Gennaro, caissier de la bourse locale de travail et secrétaire de la section socialiste, la conscience politique se manifeste par un sentiment profond de révolte envers les riches, teinté d’orgueil régionaliste. Il commence à écrire dans la presse régionale et entame la lecture de Marx, «par curiosité intellectuelle». En 1911, après son baccalauréat, il obtient une bourse et s’inscrit à la faculté des Lettres. A la suite de difficultés financières, il s’oriente vers des études de linguistiques, avec des recherches sur le dialecte et la structure sociale de la Sardaigne. Il se lie d’amitié avec Palmiro TOGLIATTI (1893-1964). En 1913, il adhère à la section socialiste de Turin, avec la tendance de Benedetto CROCE (1866-1952) et son historicisme absolu. Dans son cahier de prison n°10, GRAMSCI se confronte à ce grand penseur le plus influent de son temps, en Anti-Croce, sur le modèle de l’Anti-Dühring de Friedrich Engels. Il pense que CROCE est beaucoup influencé par le marxisme qu’il ne le reconnaît. CROCE, un pape laïc, est, à bien des égards, une retraduction du marxisme dans le langage de l’idéalisme. L’histoire «historico-politique» n’est d’autre que la question de l’hégémonie culturelle.

En 1915, après son examen de littérature italienne, il abandonne les études. A partir, GRAMSCI se consacre à ses activités de journaliste (Cri du Peuple, Avanti), avec une rhétorique interventionniste, ainsi que le thème de la dégradation intellectuelle et sociale. Il produire plus de 4 000 articles. En 1919, avec la création de «l’Ordine Nuevo» (Ordre nouveau), un hebdomadaire de culture socialiste, par TOGLIATTI, il en est le secrétaire de rédaction. La question de la culture est centrale dans sa production de journaliste engagé : «Instruisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre intelligence. Agitez-vous parce que nous aurons besoin de tout votre enthousiasme. Organisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre force» écrit-il.  C’est l’époque d’une intense mobilisation sociale avec la création de conseils d’usine et une élection par les ouvriers de commissaires. Le congrès de Bologne des 5-6 octobre 1919, décide l’adhésion à l’Internationale communiste, avec une structuration des conseils d’usine et la création de l’école de la culture. Mais le Parti socialiste italien est traversé par des tendances contradictoires (réformistes, les maximalistes, les abstentionnistes ou gauchistes). Le second congrès de l’Internationale communiste des 19 juillet 9 août 1920, pose ses 21 conditions, notamment l’obligation de se débarrasser des réformistes (Filippo TURATI, la Confédération Générale du Travail). GRAMSCI est du côté des abstentionnistes d’Amadeo BORDIGA (1889-1970), parce qu’il estime que les maximalistes versent dans la phraséologie, l’incantation, et donc sont peu efficaces. Au 27ème Congrès du Parti socialiste italien, du 15 au 21 janvier 1921, c’est la scission, et le Parti communiste italien voit le jour, avec la fraction d’Imola. Antonio GRAMSCI est chargé de faire des propositions sur les questions agraire, syndicale et tactique de «Front unique» qui sont avalisées par le Congrès de Rome des 20-24 mars 1922. GRAMSCI est désigné par le PCI pour le représenter à Moscou, en mai 1922, au Comité exécutif de l’Internationale communiste. Malade, il reste six mois au sanatorium de Serebryany Bor, où il rencontre une jeune musicienne russe, Julia SCHUCHT (1896-1980), qui deviendra sa femme en 1923. Ils auront deux enfants : Délio né en 1924 et Giuliano en 1926.

Les fascistes prennent le pouvoir le 28 octobre 1922 ; ce qui est analysé par GRAMSCI comme la conséquence d’une faiblesse des forces révolutionnaires qui doivent dégager, sur le plan idéologique, une ligne politique claire et forte. GRAMSCI participe du IVème congrès de l’Internationale communiste des 5 novembre 5 décembre 1922, en charge de la question italienne. En février 1923, alors qu’il est à Moscou, le gouvernement emprisonne une partie du Comité exécutif du PCI, dont BORDIGA. GRAMSCI propose de créer un nouveau quotidien ouvrier, l’Unita (Unité) avec une alliance entre les couches les plus pauvres de la classe ouvrière du Nord et la masse paysanne du Sud. Le 21 septembre 1923, les membres du Comité central sont arrêtés à Milan, puis relâchés au bout de trois mois. En 1924, GRAMSCI publie une nouvelle version de «l’Ordine Nuevo», avec une orientation marxiste plus affirmée. Le 6 avril 1924, il est élu député dans la circonscription de Vénétie. Il entre au Comité centrale du PCI et présente un rapport, en août 1924, sur «les tâches du PCI face à la crise de la société capitaliste italienne» et écrit divers fascicules pour l’école du Parti.

Le congrès de janvier 1926, à Lyon, entérine, largement, les orientations politiques dégagées par GRAMSCI. En octobre 1926, le PCI envisage, pour sa sécurité, de transférer GRAMSCI en Italie, mais il refuse cette proposition. Le 31 octobre 1926, un libertaire, Antheo ZAMBONI, tente d’assassiner, à Bologne, Benito MUSSOLONI. Le gouvernement italien, prend ce prétexte, pour mettre en place une politique de terreur, les libertés démocratiques sont suspendus et les partis dissouts.

Le 8 novembre 1926, alors qu’il est député, et en raison de «lois exceptionnelles», GRAMSCI est arrêté par les fascistes et condamné en 1928 pour «conspiration contre les pouvoirs de l'État, provocation à la guerre civile, incitation à la haine de classe, apologie d'actes criminels et propagande subversive». Le procureur mussolinien terminera son réquisitoire par ces paroles : «Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner». L’oracle fit fausse route, jamais GRAMSCI n’a été aussi productif, sur le plan intellectuel que pendant onze années de captivité, de la déportation à l'île d'Ustica jusqu'à la clinique Quisisana (Ici, on guérit), à Rome, où il meurt le 27 avril 1937 à quarante-six ans. En effet, GRAMSCI entretient une volumineuse correspondance, en particulier avec les membres de sa famille et notamment avec sa belle-sœur Tatiana SCHUCHT (1887-1943), qui l'assiste jusqu'au bout, et avec qui il a entretenu une importante correspondance. Il bénéficiera aussi du soutien de Piero SRAFFA (1898-1983) économiste de Cambridge, et neveu du président de la Cour de cassation, qui servira de relaie entre GRAMSCI et son parti en exil. Ses notes sont transférées, à Moscou, clandestinement, par la valise diplomatique de l’ambassade soviétique. La première édition italienne (partielle) des «Lettres de prison» en 1947 constitue, de même que la parution des «Cahiers de la prison» (Quaderni del carcere) de 1948 à 1951, un des grands événements culturels de l'après-guerre et le point de départ de la redécouverte de GRAMSCI par l'intelligentsia italienne. C’est durant cette longue incarcération qu’il élaborera sa pensée, devenant l’un des plus originaux théoriciens du marxisme. Entre 1929 et 1935, GRAMSCI rédige ses 33 «Cahiers de prison» qui constituent une réflexion profonde et visionnaire de l’histoire italienne, du marxisme, de l’éducation, de la société civile ou encore de l’hégémonie culturelle. C’est apparemment des textes discontinus, disparates et avec une technique de camouflage pour éviter la censure de la prison.

I - Exposé de la théorie de l'hégémonie culturelle de GRAMSCI

A – Le consentement de la société civile
 

Un fil conducteur traverse ses «Cahiers de prison» : la culture est «organiquement» liée au pouvoir dominant. En effet, l'Etat est également composé d'appareils à dominante idéologique, la «société civile», comprenant les forces culturelles (l'Université, l'Eglise, les intellectuels et artistes, les media), par lesquels la classe sociale au pouvoir essaie d'obtenir l'adhésion, le consentement, le consensus. En marxiste orthodoxe, GRAMSCI ne peut concevoir l'Etre humain en dehors de l'action de transformation qu'il accomplit par le travail sur la nature. C'est la praxis (l'action dialectique de la théorie et de la pratique) qui permettra le contrôle du Pouvoir culturel, sans lequel il ne peut y avoir de consensus au sein de l'Etat. L'Etat est composé d'appareils à dominante répressive, la «société politique», c'est-à-dire l'Etat au sens étroit du terme - comprenant les forces de coercition physique (l'armée, la police, la justice) et des organes de formation du droit (la bureaucratie, le parlement, le gouvernement) - appareils par lesquels la classe sociale au pouvoir assure sa domination. L'unité du tout est assurée par les théoriciens intellectuels qui sont chargés de diffuser la conception du monde de la classe dirigeante contre ceux qui entendent la contester. L'Etat ne se réduit donc pas, selon GRAMSCI, à son seul appareil politique. L'Etat «organise le consentement», c'est à dire qu'il dirige par le moyen d'une idéologie, implicite ou explicite, reposant sur des valeurs admises par la majorité des citoyens. En effet, concept de l’hégémonie culturelle traite de la relation entre la culture, le pouvoir et le capitalisme. Dans les faits, la grande masse adhère, non pas par coercition, mais «spontanément» à une orientation pour la vie sociale imposée par un groupe dominant.

Selon GRAMSCI, la domination ne peut pas s’imposer simplement au moyen d’actions physiques ou menaçantes. La domination n’est possible que lorsque les classes subalternes consentent spontanément à une hégémonie culturelle qu’elles considèrent comme favorable et qu’elles acceptent comme relevant du bon sens. En outre, la domination ne relève pas d’une classe particulière. Les autres groupes sociaux doivent être impliqués dans cette dynamique. En effet, la famille, l'école, l'Église, les partis, les professions, l'institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse constituent une forme de domination de classe. Elle se réalise au sein d'un mode de vie et de pensée, d'une forme de la culture et des rapports sociaux. Dans les plis et replis de l'existence quotidienne se fabriquent l'adhésion et le consentement qui assurent l'hégémonie. Pour GRAMSCI le pouvoir de l'État n'est donc pas la source de l'hégémonie mais son résultat. En cela, il ne fait que suivre l'histoire de l'Église catholique, modèle type de l'institution qui a multiplié au cours des siècles, les formes de domination. Pour créer une hégémonie politique, il faut unifier les masses anticapitalistes à partir de l’alliance avec les autres forces socialistes, et l’alliance avec les paysans, notamment du Sud, les plus révolutionnaires. Dans une démarche philologique et léniniste, expansive et non répressive, le prolétariat doit diriger la révolution démocratique en s’alliant avec la masse des paysans, majorité de la population laborieuse en Italie. Les paysans du Nord et du centre sont sous la coupe de l’Eglise. En revanche, les paysans du Sud sont plus sensibles à l’idéologie de gauche : «La société méridionale est un grand bloc agraire constitué de trois couches sociales : la grande masse paysanne amorphe et inorganisée, les intellectuels de la petite et de la moyenne bourgeoisie rurale, les grands propriétaires fonciers et les grands intellectuels. Les paysans méridionaux sont en effervescence perpétuelle, mais, en tant que masse, ils sont incapables de donner une expression organique à leurs aspirations et à leurs besoins. La couche moyenne des intellectuels reçoit de la base paysanne les impulsions nécessaires à son activité politique et idéologique. Les grands propriétaires sur le plan politique, et les grands intellectuels sur le plan idéologique, sont ceux qui centralisent et dominent en dernière analyse tout cet ensemble de manifestations.» dit-il dans ses «Ecrits politiques».

En marxiste orthodoxe, GRAMSCI ne peut concevoir l'Etre humain en dehors de l'action de transformation qu'il accomplit par le travail sur la nature. C'est la praxis (l'action dialectique de la théorie et de la pratique) qui fait du marxisme la «catharsis» (purification) qui réalise l'unité entre les contraires que sont le Matérialisme d'avant Marx d'une part et l'Idéalisme d'autre part. En Occident c'est la praxis qui permettra le contrôle du Pouvoir culturel, sans lequel il ne peut y avoir de consensus au sein de l'Etat. L'Etat est composé d'appareils à dominante répressive, la «société politique», c'est-à-dire l'Etat au sens étroit du terme, comprenant les forces de coercition physique (l'armée, la police, la justice) et des organes de formation du droit (la bureaucratie, le parlement, le gouvernement), appareils par lesquels la classe sociale au pouvoir assure sa domination.

Mais l'Etat est également composé d'appareils à dominante idéologique, la «société civile», comprenant les forces culturelles (l'Université, l'Eglise, les intellectuels et artistes, les media) - par lesquels la classe sociale au Pouvoir essaie d'obtenir l'adhésion, le consentement, le consensus. L'unité du tout est assurée par les théoriciens intellectuels qui sont chargés de diffuser la conception du monde de la classe dirigeante, contre ceux qui entendent la contester.

L'Etat ne se réduit donc pas, selon GRAMSCI, à son seul appareil politique. L'Etat «organise le consentement», c'est à dire qu'il dirige par le moyen d'une idéologie, implicite ou explicite, reposant sur des valeurs admises par la majorité des citoyens. Alors qu'en Orient, écrit GRAMSCI, la «société politique» est totalitaire et donc réduit à peu de chose la «société civile» il n'en est pas de même en Occident.  En Occident la «société civile» est une force dont les communistes doivent tenir compte pour prendre le Pouvoir. C'est pourquoi, en Occident, écrit GRAMSCI avant la deuxième guerre mondiale, les communistes doivent s'emparer tout d'abord du pouvoir culturel, par le moyen des intellectuels. Il faut donc mener la bataille des idées pour soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante afin de conquérir le pouvoir. GRAMSCI explique en quoi la notion d'hégémonie est indispensable à tout processus de conquête du pouvoir. Dans sa pensée, les intellectuels jouent un rôle déterminant dans la constitution et le maintien de cette hégémonie. Schématiquement, le parti communiste serait à l'intellectuel marxiste, ce que l'Église est à l'intellectuel dit traditionnel catholique. Il montre déjà la dimension religieuse du parti, bien que le parti aspire à devenir l'État là où l'Église est déjà sinon l'État ou une instance semblable à l'État. C'est ainsi qu'il théorise la fonction de l'intellectuel organique et la notion de métapolitique. C'est-à-dire que la conquête du pouvoir politique passe d'abord par la conquête de l'hégémonie culturelle.

Constatant que les révolutions communistes promises par la théorie de Marx n’avaient pas eu lieu dans les sociétés industrielles de son époque, GRAMSCI formule une hypothèse. Si le pouvoir bourgeois tient, ce n’est pas uniquement par la main de fer par laquelle il tient le prolétariat, mais essentiellement grâce à son emprise sur les représentations culturelles de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle amenant même les dominés à adopter la vision du monde des dominants et à l’accepter comme «allant de soi». Alors qu'en Orient, écrit GRAMSCI, la «société politique» est totalitaire et donc réduit à peu de chose la «société civile» il n'en est pas de même en Occident. En Occident la «société civile» est une force dont les communistes doivent tenir compte pour prendre le pouvoir. C'est pourquoi, en Occident, écrit GRAMSCI avant la deuxième guerre mondiale, les communistes doivent s'emparer tout d'abord du pouvoir culturel, par le moyen des intellectuels. Dans les sociétés occidentales, il est impossible de prendre le pouvoir politique sans contrôler d'abord le pouvoir culturel. C'est pourquoi il convient d'adapter les théories marxistes de révolution et de dictature du prolétariat doivent à la réalité sociale. De même, la prise du pouvoir étatique à l'aide d'une insurrection politique est impossible dans les mêmes sociétés évoluées, s'il n'y a pas préalablement un long travail idéologique de préparation du terrain au sein de la société civile. Pour GRAMSCI, l'avènement du socialisme ne passe ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par la subversion des esprits. Il faut donc contrôler la «culture» parce qu'elle est la clé des valeurs et des idées. En effet, dans nos sociétés, la société civile joue un rôle décisif par rapport au politique, et l'hégémonie idéologique et sociale l'emporte, souvent, sur la domination politique et sur la force.

Pour renverser la vapeur, toute conquête du pouvoir doit d’abord passer par un long travail idéologique, une lente préparation du terrain au sein de la société civile. Il faut, peu à peu, subvertir les esprits, installer les valeurs que l’on défend dans le domaine public afin de s’assurer d’une hégémonie culturelle avant et dans le but de prendre le pouvoir.

B – La mission de l’intellectuel organique

S'inspirant de Machiavel, GRAMSCI assigne dès lors une tâche déterminante aux «intellectuels» ; par un travail de termite, ils doivent saper les valeurs de la société traditionnelle et capitaliste. Ayant une fonction sociale et politique, ils doivent être ralliés ou détruits. Les intellectuels constituent-ils un groupe social autonome et indépendant, ou bien chaque groupe social a-t-il sa propre catégorie spécialisée d'intellectuels ?

Pour GRAMSCI «tous les hommes sont des intellectuels ; mais tous les hommes n'exercent pas dans la société la fonction d'intellectuelle». En effet, tous les hommes sont des philosophes, comme le «connais-toi, toi-même» de Socrate, c’est une forme de «philosophie spontanée». Tout le monde est philosophe, chacun à sa manière, et de façon inconsciente. La culture, c’est la façon de nous mettre en relation avec le monde, «le sens commun», mais dans notre relation à l’autre se noue, sans parfois qu’on s’en rende compte, une transmission de relation de pouvoir, des rapports de soumission et de subordination intellectuelle empruntés au groupe social dominant. En effet, cette activité intellectuelle peut conduire «à participer à une conception du monde imposée mécaniquement par le milieu ambiant» écrit-il.  Le sens commun, philosophie spontanée de tout le monde, peut donc créer une relation d’obéissance à l’autre. Par sa conception du monde, on appartient toujours à un groupe déterminé, et précisément à celui de tous les éléments sociaux qui partagent un mode de penser et d’agir. On est donc généralement conformiste. On peut donc penser, sans avoir une conception cohérente du monde avec conscience critique de son historicité, et participer ainsi, mécaniquement, à une conception du monde imposée par le milieu extérieur. «On est toujours les conformistes de quelque conformisme, on est toujours homme-masse ou homme collectif. Le problème est le suivant : de quel type historique est le conformisme, l'homme-masse dont fait partie un individu ? Critiquer sa propre conception du monde signifie donc la rendre unitaire et cohérente et l'élever au point où est parvenue la pensée mondiale la plus avancée» écrit-il dans ses Cahiers de prison.

Par conséquent, «La théorie du matérialisme historique : manuel populaire de sociologie marxiste» ou le manuel populaire, de Nikholai BOUKHARINE (1888-1938), est une philosophie «folklorique», vulgaire et populaire, «c’est un ensemble désagrégé d’idées et d’opinions» dit GRAMSCI, dans son cahier n°11. La philosophie est un ordre intellectuel, ce que ne peuvent être ni la religion, ni le sens commun. «La philosophie est la critique et le dépassement de la religion et du sens commun, et en ce sens-là elle coïncide avec le “bon sens”, qui s’oppose au sens commun»  écrit GRAMSCI. Le bon sens, c’est le travail critique de la culture dominante. S’inspirant d’Emmanuel KANT, il nous invite à passer de notre village, de nos intérêts corporatistes ou économistes, au monde, c’est-à-dire à l’universel. Il est nécessaire d’avoir une avant-garde idéologique et philosophique, des intellectuels de profession. Pour lutter contre l’appareil idéologique de l’Etat, GRAMSCI assigne une tâche particulière à «l’intellectuel organique». Chaque homme, en dehors de sa profession, exerce une quelconque activité intellectuelle, il est un «philosophe», un artiste, un homme de goût, il participe à nue conception du monde, il a une ligne de conduite morale consciente, donc il contribue à soutenir ou à modifier une conception du monde, c'est-à-dire à faire naître de nouveaux modes de penser. Il assigne à l’intellectuel une mission particulière «développer de façon critique l'activité intellectuelle qui existe chez chacun à un certain degré de développement».

Tous les hommes sont des intellectuels mais seuls certains exercent cette fonction. Les intellectuels ont pour fonction d’organiser l’hégémonie sociale d’un groupe et sa domination étatique, c’est-à-dire le consentement donné par le prestige de la fonction dans le monde productif et l’appareil de coercition. La classe dominante, pour contrôler les masses agit parfois par des compromis (ex subventions, sécurité sociale) ; c’est un moyen dominant d’absorber ou de neutraliser les révoltes. Pour GRAMSCI, toute classe qui souhaite dominer doit aller au-delà de ses propres intérêts étroits, économiques-entreprises, à exercer un leadership intellectuel et moral, et à faire des alliances et des compromis avec une variété de forces. Le rôle de l'intellectuel organique face aux hégémonies concurrentes, est de dénoncer et de lutter ce genre de pratiques.

Cependant, l’intellectuel organique organisateur ne suffit pas pour l’ascension d’une classe considérée, seul l’intellectuel organique théoricien est capable de construire une hégémonie de classe sociale au sein de la société civile. La fonction hégémonique est définie comme le travail de mise en conformité du discours véhiculé par la société civile (c'est-à-dire la Cité hors du champ proprement politique) y compris à travers les intellectuels au sein de la société civile. Il faudrait soustraire le prolétariat des normes de conduite, des valeurs et de la culture de la classe dominante, la bourgeoisie, en créant une nouvelle culture : «Créer une nouvelle culture, cela ne signifie pas seulement faire individuellement des découvertes “originales”, cela signifie aussi, et spécialement, répandre de façon critique des vérités déjà découvertes, les “socialiser” pour ainsi dire, et par conséquent les faire devenir la base d’actions dans la vie [vitales], l’élément de coordination et d’ordre intellectuel et moral. Qu’une masse d’hommes soit conduite à penser de façon cohérente et sur un mode unitaire le réel présent, c’est un fait “philosophique” bien plus important et original que ne le serait la trouvaille, de la part d’un “génie” philosophique, d’une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits groupes intellectuels» écrit GRAMSCI. Par conséquent, le problème fondamental de toute conception du monde, de toute philosophie, c’est une question de culture, il s’agit de «conserver l’unité idéologique dans tout le bloc social qui, justement, doit à cette idéologie déterminée son ciment et son unité». Le but posé par Platon est d’élever l’humanité au rang du vivre philosophique. L’intellectuel est capable d’opérer une action générale sur la «société civile», ce type d’intellectuel intéresse plus particulièrement GRAMSCI parce que, étant inscrit dans une structure sociale fragilisée, il peut, par sa décision de basculer (ou pas) au service des classes contestataires. Il peut jouer un rôle décisif dans l’évolution de la structure sociale.

GRAMSCI part du constat que les philosophies «immanentistes», celles qui se passent de la transcendance divine, comportent de graves faiblesses ; elles n’ont pas pu maintenir l’unité idéologique et sociale en vue de développer la dialectique du rapport entre les intellectuelles et les masses ; c’est un «byzantinisme d’avant-garde». Il manquait en ces mouvements intellectuels toute organicité «on a l’impression qu’ils ressemblaient aux premiers contacts entre les marchands anglais et es Nègres d’Afrique : on donnait de la marchandise de pacotille pour avoir des pépites d’or» écrit GRAMSCI.  L’Eglise, elle, a pu créer une unité doctrinale de toute la masse religieuse. L’Eglise romaine, bien centralisée, a empêché que ne se forment deux religions, celle des intellectuels et celle des âmes simples. Or, suivant Hegel et Platon, il y a en tout homme, un appétit de culture et de savoir qui est l’or même. La bourgeoisie ayant imposé son modèle de pensée dominant, il est impérieux que les gens simples, le prolétariat, qu’il y ait «une organicité» de la pensée philosophique, une solidarité entre les intellectuels et les gens simples, un matérialisme historique propre au prolétariat, suivant Louis ALTHUSSER.

Lénine avait abordé la notion d’hégémonie en ce qui concerne le rôle dirigeant des travailleurs dans le cadre d’une alliance avec d’autres couches sociales : «La crise révolutionnaire reste inévitable. Cette situation dicte au prolétariat des tâches tout à fait précises et rigoureusement déterminées. Étant la seule classe révolutionnaire jusqu’au bout dans la société moderne, il doit diriger, il doit s’assurer l’hégémonie dans la lutte de tout le peuple pour un renversement démocratique complet, dans la lutte de tous les travailleurs et exploités contre les oppresseurs et exploiteurs. Le prolétariat n’est révolutionnaire que dans la mesure où il a conscience de cette idée d’hégémonie et qu’il la traduit dans les faits». GRAMSCI, à travers l’hégémonie culturelle, ne vise pas la dictature du prolétariat au sens que lui donne Lénine. La prise de pouvoir donne «la domination», mais reste à conquérir «la direction», c’est-à-dire l’unité culturelle et éthique. L’hégémonie culturelle peut et doit être construite dès avant l’arrivée au pouvoir, et doit continuer à être construite et alimentée une fois qu’un parti est arrivé au gouvernement. Une fois qu’il domine effectivement, qu’il a pris le pouvoir, il doit continuer à diriger. L’hégémonie doit être là avant, pendant et après. Mais cette affirmation découle directement de sa réflexion sur le rôle des modérés et du parti d’action pendant le Risorgimento. Mais le Risorgimento est une révolution bourgeoise menée par la classe dominante En effet, pour que la fonction hégémonique soit assurée, il faut, d’abord, que la classe considérée possède une unité de représentation. Si elle n’est pas unifiée sous cet angle, elle ne peut promouvoir l’hégémonie de sa vision du monde. En stalinien, pour GRAMSCI, le «Parti» est indispensable à la constitution du Prolétariat comme classe consciente d’elle-même. Il disait déjà «La tâche du Parti est de concentrer sur lui l’attention de toute la masse d’obtenir que ses propres directives deviennent celles de toute la masse, de conquérir la confiance permanente de toute la masse de façon en devenir le guide, la tête» écrit-il dans l’Ordine Nuevo, du 8 mai 1920. Il s’appuie aussi sur Machiavel, non pas dans sa démarche cynique, en tant que fondateur de la science politique : «Le maître d’art politique le plus classique des groupes dirigeants italiens, Machiavel, avait lui aussi posé le problème, dans les termes et avec les préoccupations de son temps, cela va de soi. Dans les écrits politico-militaires de Machiavel, la nécessité de subordonner de façon organique les masses populaires aux couches dirigeantes, pour créer une milice nationale capable d’éliminer les compagnies de mercenaires, est assez bien perçue», écrit-il.

II – L’actualité et la postérité de la théorie de l’hégémonie culturelle de GRAMSCI

MUSSOLINI voulait réduire au silence GRAMSCI en le jetant en prison, mais en raison de la vitalité, la vigueur l’originalité de sa pensée, cet intellectuel majeur du XXème siècle est enseigné dans les disciplines de science politique. Certains hommes de droite (Nicolas SARKOZY) ou de gauche (M. Benoît HAMON) veulent, pour des raisons diverses, s’inspirer de sa théorie de l’hégémonie culturelle. En effet, notre époque est marquée par une crise profonde des valeurs : «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» écrit GRAMSCI qui a théorisé la crise que nous vivons. «La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés» écrit-il. On observe une tendance générale, dans les pays occidentaux à l’effondrement ou au recul des idées de gauche et à une progression des idées d’extrême-droite. En Afrique, en dépit, d’une lente et perceptible avancée des idées de démocratie et de liberté qu’il faudrait encourager, la castration des forces vives, en raison de la Françafrique et des régimes dynastiques et préhistoriques.

A – La droitisation de la vie politique française

La Révolution de 1789, est une victoire de la bourgeoisie habitant les villes contre la royauté qui s’appuyait l’aristocratie et l’Eglise. La paysannerie, le gros des troupes, était dominée culturellement par les forces conservatrices. Pendant longtemps, la bataille entre républicains et royalistes a été incertaine. Les royalistes, divisés, ont mené la bataille idéologique en mettant en avant les excès de la Révolution, notamment ce qu’on appelle la «Terreur». Ainsi, René François CHATEAUBRIAND, put assister aux premiers bouleversements de la Révolution à Paris ; d’abord séduit par les idées qu’elle soulevait, il devait prendre, rapidement, en horreur les violences qu’elle engendrait. C’est le Parti radical, sous la IIIème République, à travers les questions d’instruction publique, de libéralisation de la vie politique et de laïcité, qui a consolidé l’Etat républicain.

Sous la IVème République, les guerres coloniales ont créé une grande instabilité politique. De GAULLE s’est saisie de cette situation, pour réformer les institutions et reprendre le pouvoir. Sous la Vème République cette tentation entre la République et la monarchie continue toujours de hanter les esprits, avec l’élection d’un président de la République, doté d’importants pouvoirs, au suffrage universel direct, est une nouvelle donne.

Cependant, au sortir de la deuxième guerre mondiale, en raison de son rôle éminent dans la Résistance, le Parti communiste était la première force politique. Dans un contexte de guerre froide, et de concurrence avec le Parti socialiste depuis la scission avec le Parti socialiste, les idées de gauche sont restées influentes dans la société française. Mai 68, en réaction contre le patriarcat instauré par De GAULLE, a renforcé progressivement, l’hégémonie culturelle des idées de gauche. «Dans cette élection, il s'agit de savoir si l'héritage de mai 68 doit être perpétué ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes" disait Nicolas SARKOZY le 30 avril 2007, entamant ainsi une droitisation de la vie politique en France.

Si le Parti de Guy MOLLET, discrédité, a été remplacé par un nouveau Parti socialiste issu du Congrès d’Epinay-sur-Seine, François MITTERRAND est sorti victorieux de l’élection du 10 mai 1981, sur fond de guerre froide. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. En fait, l’objectif de MITTERRAND était d’affaiblir son allié communiste, en lui prenant 5 millions de voix. Finalement, le système communiste international s’est effondré en 1989, en raison principalement par la guerre des idées menées par l’Occident autour notamment de la question des droits de l’homme. Le P.C.F, le plus stalinien des partis communistes d’Europe a ignoré, ou méprisé Antonio GRAMSCI, et n’a donc entamé sa rénovation que timidement, lentement et tardivement ; mais le PCF déjà discrédité en raison de son obéissance aveugle à Moscou, a entamé sa longue agonie.

Les Socialistes, en abandonnant les valeurs de la Gauche, et en s’engageant, dans des politiques libérales, ont plongé le Parti socialiste dans une crise sans précédent. Si le gouvernement de Lionel JOSPIN (premier ministre de 1997 à 2002) avait un bon bilan, progressivement, il a tourné le dos à la classe ouvrière. «Mon projet est moderne, pas socialiste» avait-il en février 2002. Et il avait dit aux travailleurs de Michelin qui voulaient sauver leurs emplois : «Je ne crois pas qu'on puisse administrer désormais l'économie. Ce n'est pas par la loi, les textes, qu'on régule l'économie. Tout le monde admet le marché. Je ne suis pas, moi, dans l'ordre de l'imaginaire. Je suis dans l'ordre du réel. L’Etat ne peut pas tout», dit, en 2000, Lionel JOSPIN, avouant ainsi son impuissance à agir contre le marché. En décalage avec son discours du 21 janvier 2012 au Bourget, François HOLLANDE (président de 2012 à 2017) gouverne à droite et a fait considérablement reculer les idées de gauche. Certes, il a tenu bon, et en dépit d’une forte opposition des conservateurs au mariage pour tous, qui est maintenant entré dans les mœurs. En revanche, d’importantes digues sont sur le point de céder, au point de faire vaciller toutes les valeurs culturelles sur lesquelles la Gauche est fondée. Sa main a tremblée, pour mettre en œuvre le droit de vote des étrangers aux électorales, une mesure symbolique, un puissant marqueur de gauche. La déchéance de la nationalité, les menaces de remise en cause du statut de la fonction publique, le travail du dimanche, le démantèlement progressif du Code du travail, le manque de bienveillance aux «sans-dents», notamment ce qui concerne les faibles salaires, les retraités et les fonctionnaires, sont autant de signaux négatifs dans cette bataille pour l’hégémonie culturelle de la Gauche. J’ajouterai aussi la promotion de ministres qui souhaitent même rebaptiser le Parti socialiste ou sanctionner les chômeurs qui ne seraient tous que des fraudeurs, ajoute de la confusion à la confusion. Progressivement, l’idéologie de gauche ne cesse de reculer pour faire place à une hégémonie culturelle des idées d’extrême-droite, dont l’influence politique dépasse, très largement ses succès électoraux. La conjonction de trois facteurs explique cette chute brutale du Parti socialiste, avec un licenciement du personnel, et un transfert de son siège de la rue Solférino, dans le chic VIIème arrondissement de Paris à la rue Molière à Ivry-sur-Seine. M. Benoît HAMON, un ancien socialiste, concurrencé par la France Insoumise de M. MELENCHON, fait référence aussi à Antonio GRAMSCI : «Je pense à cette définition de la crise d’Antonio Gramsci qui dit que la crise c’est quand le vieux est mort et que le neuf ne peut pas naître et nous sommes dans un moment comme celui-là, et il a rajouté que de ce clair-obscur peut naître un monstre» dit-il le 23 janvier 2017.

La Droite, rebaptisée «Les Républicains» fait appel, curieusement, à l’hégémonie culturelle d’Antonio GRAMSCI : «Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là », déclarait ainsi M. Nicolas Sarkozy en 2007. Etrangement, la Droite parle aussi à ceux qui s’acharnent à empêcher que cet autre monde advienne. Ainsi, Nicolas SARKOZY a résolument placé son mandat présidentiel de 2007 à 2012, sous l’angle de l’idéologie de l’extrême-droite. Il a placé son mandat sous le sceau de «l’identité nationale», son discours à Dakar prétendant que l’Homme noir ne serait pas entré dans l’histoire, ses invectives à la dalle d’Argenteuil et s’engageant, à propos de l’insécurité «à tout nettoyer au karcher» ou encore son concept d’une «France qui se lève tôt» insinuant que les autres ne seraient que des feignants qui ne vivraient des allocations familiales.

La liste est longue des attentats contre la République d’un parti devenu républicain et qui n’a rien plus rien de républicain, dans ses dérives lepénisées. Ainsi, François FILLON, a créé un mouvement, «Sens commun», terme qui n’a rien à voir avec l’acception que lui donnait Antonio GRAMSCI ; c’est une organisation conservatrice proche des idées d’extrême-droite. Laurent WAUQUIEZ, devenu patron des Républicains, continue sur cette ligne ultra-conservatrice : «Pour que la France reste la France, il faut que nous sortions du gaspillage de l’argent public. (…) Pour que la France reste la France, il faut protéger les familles. (…) Pour que la France reste la France, nous devons être fiers de notre identité» dit-il le 18 juin 2018. Les Républicains ne sont plus des républicains, plus rien ne les distingue du Rassemblement national (ex F.N).

Le Rassemblement national, en recherche de respectabilité et d’hégémonie culturelle, a cessé, provisoirement, ses attaques contre la communauté juive, et ne s’en prend qu’à la partie la plus faible de la société française, les Arabes et les Noirs. Dans sa bataille idéologique, le R.N. met en avant l’immigration, avec sa théorie du «Grand remplacement». Même si le RN se brise contre le plafond de verre à chaque élection, l'extrême-droite ne cesse de progresser. Ne représentant que 0,74% des voix en 1974, le RN. a été au 2ème tour des présidentielles de 2002 et 2017, remporté des mairies en 2014, gagné des conseillers départementaux et des élus au parlement européen. Aux régionales, le FN a triplé en voix en 10 ans (3,5 millions de voix en 2004, 6,8 millions en 2015). L'influence sur l'opinion publique du RN est encore plus grande que ses succès électoraux, par une sorte de lepénisation des esprits. «Nous avons un devoir de lucidité», souligne à juste titre Alain JUPPE. Le RN recherche des alliances crédibles pour conquérir le pouvoir. Le R.N. qui est hors de la République, car déniant le pluralisme ethnique et culturel, et animé d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêve d’une autre France qui n’a jamais existé, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée.

Dans ces batailles pour l’hégémonie culturelle et politique est venue de la République en Marche d’Emmanuel MACRON. Tirant, très habilement, les leçons du grave discrédit des partis politiques traditionnels, M. MACRON a axé sa campagne électorale des présidentielles de 2017 sur un slogan qui a fait mouche «Ni de Droite, Ni de Gauche». Il laisse entrevoir que la France est réformable en faisant fi du sectarisme et du dogmatisme partisan, sur la base uniquement de l’intérêt national. Les Français lassés des gesticulations et de l’inefficacité des partis classiques de gauche et de droite, les ont sévèrement sanctionnés, par un mouvement de colère marqué par «le dégagisme» suivant une expression de Jean-Luc MELENCHON. Le paysage politique est éclaté, les syndicats de plus en plus faibles et M. MACRON a en face de lui, pour l’instant, un champ de ruines, avec une opposition inaudible, et déroule son programme de président des riches. M. Benoît HAMON avait eu raison de sommer M. MACRON de divulguer la liste de ses donateurs pour les présidentielles de 2017.

En dépit, de sa situation difficile et des concurrences fratricides, les enjeux pour l’hégémonie culturelle de la Gauche sont nombreux. Une presse plus que jamais concentrée aux mains de grands groupes financiers, pollue le débat idéologique et la confrontation des idées. Par conséquent, les vrais enjeux sont masqués par une information standardisée, répétitive, anecdotique et sensationnelle.

Pourtant, la Gauche, devenue inaudible et marginalisée, devrait revenir à ses fondamentaux, à son logiciel de pensée. Ainsi, la question de l’immigration devrait être analysée sous l’angle de la bonne intégration des étrangers et des Français issus de la diversité. Les discriminations contre ces groupes sont à la source de l’abstention lors des élections, et même de l’indifférence des Français issus de l’immigration. «Un homme ne peut vivre véritablement sans être un citoyen et sans résister. L’indifférence, c'est l'aboulie, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire», souligne Antonio GRAMSCI. Le partage du pouvoir, et l’association de ces personnes à la décision est devenu un enjeu fondamental. Il faudrait aussi s’interroger et apporter de bonnes réponses aux guerres locales conduites par la France et sa politique inspirée par la Françafrique de pillage des ressources du continent noir. Les politiques libérales considèrent que les pauvres, les fonctionnaires, les retraités, le service public, les collectivités locales, seraient un frein à l’initiative privée. Or, tout en maintenant, l’efficacité de l’économie, la justice sociale est élément majeur de dynamisme et de cohésion de la société.

B – La castration des intellectuels en Afrique

Dans son histoire, le Sénégal administre aussi les éléments de la crise qu’évoque Antonio GRAMSCI. Ainsi, Blaise DIAGNE, élu député du Sénégal en 1914, sur un projet nationaliste, sur une base anticolonialiste, s’est finalement rallié à la colonisation. Léopold SENGHOR (président de 1960 à 1980, pourtant un exceptionnel homme de culture, ainsi qu’Abdou DIOUF (président de 1981 à 2000) ont été les défenseurs zélés de la Françafrique. De surcroît, pendant leur mandat, outre la période de glaciation avec l’emprisonnement de Mamadou DIA et l’exil d’une bonne partie de l’opposition, ils ont été des rois fainéants. Les Socialistes qui ont dirigé le Sénégal, pendant 40 ans, ont mené peu de projets d’envergure. Maître Abdoulaye (président de 2000 à 2012) élu sur un projet de SOPI (changement), même s’il a entamé de grands travaux et renforcé l’éducation nationale, a été populiste, ethniciste, corrompu et surtout monarchiste. Antonio GRAMSCI avait vu juste avec son concept de «société civile». Ainsi, le Mouvement M 23, avec d’autres forces politiques, ont contribué, de façon décisive, à «dégager» maître WADE qui persiste toujours à soutenir son fils Karim WADE, condamné pour détournement de deniers publics. C’est en raison de cette crise de leadership au sein de son parti, le PDS, que certains de ses alliés l’ont quitté (M. Idrissa SECK de REWMI, M. Pape ou Souleymane DIOP de Convergence démocratique, et bien d’autres prétendants au trône).   

Bien avant le président MACRON, en 2012, Macky SALL, de tendance libérale et issu du PDS, a eu la grande habilité, pour rechercher une hégémonie culturelle, de s’allier avec des Socialistes (Ousmane Tanor DIENG, et Moustapha NIASSE) ; ce qui a créé une seconde alternance. M. Macky SALL, avec son nouveau parti, l’APR, à travers son concept de «Sénégal Emergent» a continué et amplifié les grands travaux engagés par maître WADE, entamé une grande rénovation de la vie politique (Loi constitutionnelle du 20 mars 2016, avec la limitation et la réduction du mandat présidentiel, Loi sur le parrainage de 2018 pour rationaliser les partis politiques).

Toutefois, les éléments de «la crise», au sens où l’entendait Antonio GRAMSCI sont présents dans le débat politique au Sénégal pour l’hégémonie culturelle. La société civile, au sens où l’entendait GRAMSCI, c’est l’émergence d’un «Etat éthique» ; ce qui correspond à l’action du Mouvement de juin 2011, M. 23 qui a fixé une ligne rouge à ne pas dépasser : le respect du terme du mandat présidentiel, ainsi que l’interdiction de la dévolution du pouvoir par voie monarchique. En fait, le concept de «société civile» a été interprété au Sénégal, d’une part, comme ceux qui ne veulent pas s’impliquer en politiques mais qui ont des principes et valeurs à défendre, et d’autre part, comme ceux qui ont des ambitions politiques, mais qui refusent toute étiquette politique, très souvent cela cache un manque d’idées ou de base électorale. Pour Antonio GRAMSCI la société civile concerne les intellectuels, les universitaires, la presse, les partis politiques et le pouvoir religieux.

Au Sénégal, la presse, en dépit d’une actualité riche, est restée, globalement, indolente et superficielle. Dans cette jungle et cette concurrence rude pour la survie, ce qui domine, ce n’est pas le débat d’idées pour l’hégémonie culturelle, mais les petites phrases choc de nature à créer un buzz pour attirer et fidéliser les publicitaires. Dans cette bataille rugueuse, tous les moyens sont bons pour emporter la conviction, y compris les arguments nauséabonds. Ainsi, Sidi Lamine NIASS, agite, régulièrement, la peur de l’autre, le spectre du «Grand Fouta» à savoir «l’axe Al Pulaar Guinée-Ethiopie, qui vient d’avoir deux présidents issus de cette donne sociologique (Macky Sall et Adama Barrow)» écrit-il. Il accuse le président Macky Sall d’avoir ethnicisé tout l’appareil d’Etat. Les leviers des destinées du pays seraient, selon lui, entre les mains des Toucouleurs et Peulhs. M. NIASS oublie que depuis l’indépendance, jusqu’à maître WADE, c’est les Mourides qui contrôlaient tout, et qu’actuellement la presse ne parle que sa langue. D’autres journalistes véreux, qui évoquent ces prétendues solidarités ethniques, ont inventé un néologisme «Neddo Ko Banditisme». Autant dire que le débat la lutte pour l’hégémonie culturelle est parfois en dessous de la ceinture. Contrairement à ces insinuations particulièrement malveillantes, Macky SALL, s’il est d’ascendance peule, est de culture Sérère. Son épouse, une Sérère, est pourtant affiliée à la communauté Mouride et bénéficie d’un large soutien des Oulofs. Nous avons besoin d’une presse audacieuse, qui enquête et informe, de façon équilibrée les citoyens, quelle que soit leur appartenance politique ou ethnique. Or, le Sénégal, curieusement, autorise la diffusion en direct de toutes chaînes françaises qui charrient souvent un esprit à la recolonisation.

Dans cette bataille des idées, l’opposition, pour l’instant, fortement divisée, sans programme alternatif, se cantonne dans l’invective, l’incantation, la critique systématique et le rejet de tout dialogue autour de questions d’intérêt national. Pourtant des enjeux majeurs, au-delà des questions partisanes, agitent parfois violemment la société sénégalaise :

- le bilan et les perspectives des conclusions résultant des assises nationales du 24 mai 2009, sous la direction d’Ahmadou Maktar M’BOW, en rapport avec la place de l'argent dans la sphère publique ;

- la souveraineté nationale en rapport avec les produits pétroliers et gaziers à venir à partir de 2021 ;

- Une gestion financière rigoureuse des finances publiques, en rapport avec les appétits de certains lobbies notamment maraboutiques ou professionnels ;

- la question de la sécurité, mais dans son acception large, y compris la sécurité alimentaire ;

- l’avenir de l’éducation ;

- la fixation des règles du jeu politique ;

- la performance de l’administration

- l’indépendance de la justice.

Par ailleurs, après plusieurs siècles d’esclavage, de colonisation ou néo-colonisation, de régimes autoritaires, l’hégémonie culturelle devrait pousser en faveur de la liberté et de la démocratie et de la démocratie en Afrique. Notre continent est riche de ses matières premières et de ses talents. Or la castration notamment des intellectuels, et la tentation de l’immigration avec ses drames devraient inciter à mener une bataille pour la consolidation de la démocratie, un commerce juste et équitable avec les autres pays et un approfondissement de l’intégration africaine.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions de GRAMSCI

GRAMSCI (Antonio), «La conquête de l’Etat», Critique socialiste, mai-juin 1970, pages 7-10 ;

GRAMSCI (Antonio), «La science et les idéologies scientifiques», in L’homme et la société, juillet-septembre 1969, n°13, pages 169-174.

GRAMSCI (Antonio), Antonio Gramsci, dans le texte, sous la direction de François Rici, en collaboration avec Jean Bramant, traduction de Jean Bramant, Gilbert Moget, Armand Monjo, et François Rici, Paris, éditions sociales, 1975, 798 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Antonio Gramsci, textes essentiels, choix des textes et présentation par André Tosel, traduction de Jean Bramant, Gilbert Moget, Armand Monjo, François Ricci et André Tosel, Paris, éditions sociales, 1983, 388 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Cahiers de prison, Paris, Gallimard, bibliothèque de philosophie, tome I, cahiers 1-5, traduction de l’italien par Françoise Bouillot, avant-propos et notes Guy Paris, 1996, 720 pages ; tome 2, cahiers 6-9, traduction de Monique Aymard et Paolo Fulchignoni, avant-propos Robert de Paris, 1983, Gallimard, 720 pages ; tome 3, cahiers 10-13, traduction Paolo Fulchignoni, avant-propos Robert de Paris, 1978, Gallimard, 552 pages ; tome 4, 14-18, traduction de Françoise Bouillot et Gérard Granel, avant-propos Guy Paris, 1990, 432 pages ; tome 5, cahiers 19-29, traduction Pierre Laroche et Claude Perrus, édition Guy Paris, Paris, Gallimard, 1992, 588 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Ecrits politiques, traduction Robert Marie-Gracieuse Martin-Gistucci, Gilbert Roger, Robert Paris et Armando Tassi, édition de Guy Paris, Paris, Gallimard, collection bibliothèque de philosophie, 1974, 472 pages ; tome 2, 1921-1922, 1972, 384 pages et tome 3, 1923-1926, Paris, Gallimard, 1980, 448 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Guerre de mouvement et guerre de position, textes présentés par Razmig Keucheyan, Fabrique, 2012, 272 pages ;

GRAMSCI (Antonio), La cité future, traduction Fabien Trémeau, présentation André Tosel, Paris, Etudes critiques, 2017, 100 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Lettres de prison (1926-37), traduction traduction Jean Noaro, préface Palmiro Toggliati, «Antonio, chef de la classe ouvrière italienne», Paris, éditions sociales, 1953, 277 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Lettres de prison, traduction Hélène Albani, Christian Depuyper et Georges Saro, Paris, Gallimard, Collection témoins, 1971, 624 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Pourquoi je hais l’indifférence, préface de Martin Rueff, Paris, Rivages Poche, Petite bibliothèque, 2012, 216 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Vivre résister, Jean-Yves Frétigné, Paris, Armand Colin, 2017, 317 pages.

2 – Critiques sur GRAMSCI

ALTHUSSER (Louis), «Idéologie et appareils idéologiques d’Etat : notes pour une recherche», La Pensée, juin 1970 et in Positions (1964-1975), pages 67-125 ;

BENICHOU (Sarah), «Antonio Gramsci, penser la révolution au présent», Paris, Que faire l’autre ?, LCR n°8, mai-juillet 2008 ;

BENOT (Yves), «Gramsci en France», La Pensée, décembre 1975, n°184, pages 3-24 ;

BOCCARA (Paul), «Caractères généraux de l’Etat capitaliste et de son articulation au mode de production», La Pensée, janvier-février 1981, n°217-218 , pages 81-99 ;

BUCI-GLUCKSMANN, (Christine), Gramsci et l’Etat, pour une théorie matérialiste de la philosophie, Paris, Fayard, 454 pages ;

CARBONE (Maurizio), “Weak Civil Society in a Hard State : Lessons from Africa”, Journal of Civil Society, 2005, n°1-2, pages 167-179 ;

DI MAZZIO (Marco), «Les malentendus de l’hégémonie. Gramsci dans le Parti communiste français (1953-1983)», Actuel Marx, 2017, 2, n°62, pages 154-169 ;

DUCOL (Jacques), Antonio Gramsci et la pensée révolutionnaire, éditions Publibook, 2016, 592 pages ;

FIORI (Giuseppe), La vie de Antonio Gramsci, Paris, Fayard, 1970, 383 pages ;

FONSECA OLIVEIRA (Tatania), Antonio Gramsci et sa révolution socialiste, Paris, L’Harmattan, 2017, 250 pages ;

FROSINI (Fabio), «Hégémonie, une approche génétique», Actuel Marx, 2015 (1) n°57, pages 27-42 ;

GIACOMO (Mathée), «Gramsci : dialectique de la langue», La Pensée, janvier-février 1988, n°261, pages 79-89 ;

GOMEZ-PEREZ (Muriel), La société civile en question : l’application d’un concept en Afrique, cours dirigé, étudiant Jonathan Leclerc, Université Laval, 17 décembre 2009, 52 pages ;

GRANEL (Paul), Cours sur Gramsci, Boukharine et Bordiga (1973-74), 236 pages ;

GRISONI (Dominique), MAGGIORI (Robert), Lire Gramsci, Paris, Editions universitaires, 1973, 280 pages ;

GUIBAL (Michel), «Antonio Gramsci (II), un historicisme conséquent», Etudes, décembre 1976, n°345, pages 617-639 ;

HUMBERT (Sylvie), DERASSE (Nicolas), ROYER (Jean-Pierre), La prison, du temps au temps dépassé, Paris, L’Harmattan, 2012, 232 pages ;

LA BRASCA (Frank), «Gramsci : l’analyse du fascisme, continuité révolutionnaire et internationalisme», La Pensée, janvier-février 1988, n°261, pages 91-103 ;

LAROCHE (Pierre), «Gramsci et la question nationale italienne», La Pensée, janvier-février 1988, n°261, pages 67-78 ;

LEONETTI (Alfonso), Notes sur Gramsci, traduction de Robert Maggiori, préface de Pierre Broué, Paris, E.D.I., 1974, 230 pages ;

LOMBARDI (Franco), La pédagogie marxiste de Gramsci, traduction de Jules Gritti, Toulouse, Privat, 1971, 127 pages ;

MACCHIOCHI (Maria-Antonietta), Pour Gramsci, Paris, Seuil, collection Tel quel, 1975, 318 pages ;

MONASTA (Attilio), «Antonio Gramsci», Perspectives, (Unesco), 1993, vol XXIII, n°3-4, pages 613-629 ;

MORFINO (Vittorio), «Louis Althusser, lecteur de Gramsci», Actuel Marx, 2015 (1) n°57, pages 62-81 ;

MOUNDOUGA MOUITY (Patrice), Antonio Gramsci, guerre de mouvement et guerre de position, Paris, La Fabrique, 2012, 338 pages ;

MULLER (Denis), «Le théologicien, «intellectuel organique» et chercheur indépendant : quelles loyautés, quelle tension, quelle liberté ?» Théologiques, 2006 (14), n°1-2, pages 61-74 ;

NOARO (Jean), «La vie, la mort et le triomphe d’Antoine Gramsci», La Pensée, sept-octobre 1953, n°50, pages 74-87 ;

ORVIS (Stephen), “Civil Society in Africa or African Civil Society”, Journal of Asian and African Studies, 2001 (36) 1, pages 17-38 ;

PIOTTE (Jean-Marc), À propos de la pensée politique de Gramsci, Paris, Editions Lux, 2010, 284 pages ;

PIOTTE (Jean-Marc), Gramsci et le bloc historique, Paris, P.U.F., 175 pages

PIZZORNO (Alessandro), «A propos de la méthode de Gramsci, de l'historiographie de la science politique», L'Homme et la Société, avril, mai-juin 1968, n°8, pages 161-171 ;

PORTELLI (H.), Gramsci et la question religieuse, préface Jean-Pierre Cot, Paris, Anthropos, 1974, 321 pages ;

REBUCINI (Gianfranco) «Culture, hégémonie et subjectivités : traductions de Gramsci dans les sciences sociales critiques de la société anglophones», Actuel Marx, 2015, 1, n°57, pages 82-95 ;

RICHET (Denis), «Gramsci et l’histoire de France», La Pensée, mai-juin 1954, n°55, pages 61-78 ;

RISSET (Jacqueline), «Gramsci et les intellectuels», La Quinzaine Littéraire, 1er au 15 juin 1967, pages 24-25 ;

ROLLAND (Romain),  Antonio Gramsci : Ceux qui Meurent dans les Prisons de Mussolini, Paris, Imp. Centrale, sept. 1934, 16 pages ;

SPERBER (Nathan), HOARE (George), Introduction à Antonio Gramsci, Paris, La Découverte, collection Repères, 2013, 128 pages ;

TEXIER (Jacques), «Gramsci, théoricien des superstructures», La Pensée, janvier-mars 2011, n°365, pages 5-11 ;

TOSEL (André), «Cahiers de prison d’Antonio Gramsci», La Pensée, octobre-décembre 2000, n°324, pages 83-102 ;

TOSEL (André), «Gramsci, théoricien des superstructures», La Pensée, janvier-février-mars 1995, n°301, pages 69-80 ;

TOSEL (André), «Philosophie de la praxis et dialectique», La Pensée, janvier-février 1984, n°237, pages 101-120 ;

WALTER (Eric), «Du nouveau sur les intellectuels», La Pensée, août-octobre 1968, n°140-141, pages 170-192.

Paris le 1er janvier 2016, actualisé le 20 juin 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

 

 «Antonio GRAMSCI (1891-1937) : l’intellectuel organique et  son hégémonie culturelle et politique», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 13:17

Le 6 novembre 2018, Mme Stacey ABRAMS est bien partie pour être la première femme noire gouverneur de la Géorgie, un Etat du Sud marqué jadis par la ségrégation raciale. Le gouverneur actuel de la Géorgie est John Nathan DEAL, un républicain. Nathan DEAL est très conservateur ; il avait soutenu la loi sur le droit d’accès sur la nationalité et avait vainement d’instaurer le droit du sang. M. DEAL est également hostile au mariage gay, en vue de «protéger la liberté religieuse» dit-il. La Géorgie c’est le pays du chanteur Ray CHARLES, dont une ses chansons, composée en 1930, «Georgia in My Mind» est  devenue l’hymne national. En effet, Ray CHARLES avait fui la ségrégation raciale en Géorgie pour aller s’installer en Californie. Dans les années 50, quand il envisage de donner son unique concert dans son pays, il découvre, amèrement, que la salle de concert est toute réservée au Blancs.  Il annule le concert et décide de ne plus revenir en Géorgie. C’est un geste fort dans la lutte contre la ségrégation raciale qui a été renforcé par l’action de Rosa PARKS et Martin Luther KING.

Mme ABRAMS est non seulement une avocate, formée à Yale, mais elle est aussi romancière et femmes d’affaires. Elle a publié pas moins de huit romans, essentiellement des romances, sous le pseudonyme Selena MONTGOMERY. Son premier roman, «Rules of Engagement», est sorti en 2001 et son dernier, «Deception», a été publié en 2009 ; elle est décrite comme «avocate le jour, et écrivain du matin au soir». Mme ABRAMS, encore inconnue du grand public en France, n’a pas encore été traduite en français.

Mme Stacey Yvonne ABRAMS, née le 9 décembre 1973, à Madison (Wisconsin), a grandi à Gulfport, la deuxième grande ville du Mississipi, dans une famille pauvre avec ses cinq frères et sœurs. Ses parents, originaires du Mississipo, des missionnaires, ont mis un point d’honneur pour éduquer leurs enfants.

Mme ABRAMS, écrivaine et diplômée de Yale, a fait de l’éducation un de ses thèmes majeurs de campagne. En dépit des deux mandats en demi-teinte de Barack OBAMA et de la tentation d’un vote sanction à l’encontre de Donald TRUMP, Mme ABRAMS mène une campagne positive en direction des 200 000 abstentionnistes. Elle veut convaincre chacun de voter pour que de voter contre. Outre l’éducation, chacun doit pouvoir en fonction de ses capacités ou de son potentiel, avoir un emploi rémunérateur, avoir accès aux soins médicaux et s’épanouir dans sa vie.

Ces élections de novembre 2018, aux Etats-Unis, de mi-mandat, sont un formidable tremplin pour le Parti démocrate en vue de planter des banderilles sur Donald TRUMP et son administration belliqueuse, protectionniste, xénophobe, islamophobe, raciste et sexiste. Même si elle ne s’est pas encore prononcée, Mme Michelle OBAMA serait une merveilleuse candidate. Vous imaginez, une femme noire, première présidente des Etats-Unis, pour poursuivre le mandat de son mari et surtout engager des réformes encore plus audacieuses et radicales contre la pauvreté, pour la justice sociale, pour l’environnement et la paix dans le monde !

Pour ces élections de novembre 2018, Mme ABRAMS a pour ambition d’écrire un chapitre extraordinaire de l’histoire de la Géorgie : «Tous les Georgiens méritent le bonheur et la liberté, mais ils sont laissés pour compte. Nous avons la capacité d’édifier une Géorgie plus forte et plus solidaire. Il est grand temps d’avoir un leadership mobilisateur et inclusif» dit-elle.

Bonne chance à Mme Stacey ABRAMS ! Nous suivrons sa campagne électorale.

Indications bibliographiques sur Stacey ABRAMS, alias Selena MONTGOMERY

MONTGOMERY (Selena), Deception, New York, Saint Martin’s Press, 2009, 384 pages ;

MONTGOMERY (Selena), Hidden Sins, Harper Torch, 2006, 384 pages ;

MONTGOMERY (Selena), Never Tell, New York, Saint Martin’s Press, 2004, 352 pages ;

MONTGOMERY (Selena), Power of Persuasion, Harlequin, 2002, 288 pages ;

MONTGOMERY (Selena), Reckless, New York, Harper Collins Publishers, 2008, 374 pages ;

MONTGOMERY (Selena), Rules of Engagement, Saint Martin’s Paperbacks, 2001, 350 pages ;

MONTGOMERY (Selena), Secret and Lies, New York, Harper Collins Publishers, 2009, 384 pages ;

MONTGOMERY (Selena), The Art of Desire, New Yok, Saint Martin’s Press, 2001, 281 pages.

Paris, le 5 juin 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mme Stacey ABRAMS : 1ère femme noire gouverneur en Géorgie aux Etats-Unis ?», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 16:18

Le samedi 28 avril 2018, à Paris 17ème, à l’invitation de Mme Bougoul M’BAYE, je me suis rendu à un Forum de «Convergence démocratique», ou «Bok Gis Gis», un parti de l’opposition, dont elle est la Coordonnatrice en France. En 2012, après l’alternance, M. Pape DIOP voulait prendre la direction du Parti démocratique, mais son mentor, maître Abdoulaye WADE, a confirmé son orientation de dévolution monarchique, en choisissant son fils Karim WADE, en dépit de ses graves détournements de deniers publics.

J’ai rencontré, et échangé, avec Mme Diouldé CAMARA, une petite fille de Cheikh Moussa CAMARA, l’érudit de Ganguel, à qui j’ai consacré un article. J’ai retrouvé M. Amadou GAYE, Ministre-conseiller sous WADE et Sarkozyste, qui a résidé pendant longtemps dans mon XIXème arrondissement. Il y avait de nombreux Foutankais qui soutiennent Pape DIOP, dont Awa KANE, une sénatrice sous maître WADE. Ceux qui raillent Macky SALL en invoquant, insidieusement, l’idée que tous les Peuls sont à la majorité présidentielle, ont tout faux. Les Peuls sont présents dans toutes les formations politiques, et l’ethnicité ne devrait pas être un argument électoral, surtout quand on sait que le président du conseil Mamadou DIA a été liquidé en 1962, avec la complicité des Mourides, devant lesquels maître Abdoulaye WADE s’est prosterné. M. Pape DIOP a confirmé sa candidature pour les présidentielles du 24 février 2019 ; ce qui va encore considérablement diviser l’opposition plus que jamais morcelée. L’opposition a beaucoup de cadres, mais chacun voit midi à sa porte. Ainsi, M. Babacar GAYE, un ancien du PDS, plus charismatique que Pape DIOP, ainsi que Mamadou SECK ont des ambitions présidentielles.

La salle était en grande partie remplie par des anciens membres de «Convergence démocratique», invités à quitter la salle, après quelques éclats de voix, sont finalement restés. Il y avait de nombreux représentants de l’opposition ; certains ont pris la parole, mais bon nombre d’entre eux n’ont pas pu avoir la parole. On comprend mieux la pertinence du projet du président Macky SALL visant à rationaliser les partis politiques.

Cette rencontre, programmée de 14 h à 21 h, la salle étant trop grande pour «Convergence démocratique» qui avait vu plus grand que lui, la réunion n’a, en fait, démarré que vers 18 h 30. La salle étant restée pendant longtemps désespérément vide, heureusement que les griots du Fouta-Toro ont assuré l’animation. Je comprends maintenant pourquoi les partis de l’opposition qui font beaucoup de bruit, ont peur des parrainages. Quand on a du mal à remplir une petite salle, c’est problématique.

Le Forum était divisé en trois thèmes : éducation, justice et immigration.

Tout d’abord sur l’éducation, «Convergence démocratique» recommande un démarrage scolaire à partir de 5 ans et une adaptation des programmes scolaires aux besoins du Sénégal.

Ensuite sur la justice, considérée comme étant aux ordres de l’exécutif, «Convergence démocratique» recommande que le Conseil supérieur de la magistrature ne soit plus présidé ni par le chef de l’Etat, ni par le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, mais par des magistrats. Cependant, compte des risques d’un gouvernement des juges, cette organisation va approfondir sa réflexion. «Convergence démocratique» cite en modèles de juges indépendants, un magistrat devenu politicien, M. Ibrahima Hamidou DEME et Souleymane TELIKO, syndicaliste à l’Union des magistrats. Naturellement, nous avons encore en mémoire l’assassinat, le 15 mai 1993, de maître Babacar SEYE, et ses meurtriers ont été graciés par maître WADE. Le juge, Amadou BAL, discret et grand professionnel, a été persécuté par maître Abdoulaye WADE ; c’est le président Macky SALL qui l’a rétabli sans ses droits.

Par ailleurs, pour "Convergence démocratique", pour parvenir à l'autosuffisance alimentaire, ce n'est pas seulement qu'une production suffisante en riz, il faudrait maîtriser l'accès à l'eau souterraine pour les paysans. Les études hydrauliques ont déjà été effectuées. Il faudrait que le paysan puisse travailler 12 mois sur 12, au lieu des 3 mois de l'hivernage.

Enfin, sur l’immigration, «Convergence démocratique» déplore que l’absence d’une connaissance fine et précise des statistiques sur les Sénégalais de l’extérieur ; de ce fait, il n’y a aucune politique d’immigration, en termes de protection et d’aide à investir au Sénégal. M. Pape DIOP promet, s’il est élu, de créer une banque d’investissement à 100 milliards de FCFA, et il mettra l’argent qu’il faudra et cette banque sera gérée par les Sénégalais de l’extérieur eux-mêmes. Naturellement, il a été passé sous silence, c’est le président Macky SALL qui a crée, pour la première fois, cette «15ème région du Sénégal», avec 15 députés Diaspora. Par ailleurs, dans ces politiques répressives contre les immigrants africains en Europe, c’est sous maître Abdoulaye qu’ont été signés les accords de gestion concertée des flux migratoires en date du 23 septembre 2006, autorisant, en leur paragraphe 42-31, la réadmission au Sénégal, de nos nationaux expulsés de France.

Le programme politique de M. Pape DIOP tient en deux lignes

- dégager Macky SALL en 2019

- et réhabiliter Karim WADE et Khalifa SALL, coupables de détournements deniers publics.

L’objectif de l’opposition est de rationaliser les candidatures de telle façon qu’il n’y aura trois principales forces d’opposants au ter tour. Le candidat arrivé en tête bénéficiera d’un désistement, au second tour, des deux autres.

Paris, le 28 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 «Pape DIOP, de Convergence démocratique, confirme sa candidature aux présidentielles et divise encore plus l’opposition», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 16:16

Après le vote, le 19 avril 2018, de la loi sur le parrainage, l’opposition joue la terre brûlée et recherche la confrontation, au lieu de proposer des solutions afin d’améliorer les règles du jeu politique. Le gouvernement s’est dit, plus que jamais, disposé à la concertation, notamment pour une modification durable et équilibrée du Code électoral, dans l’intérêt du Sénégal.

Force est de constater que, pour l’instant, l’opposition est peu constructive. En effet, dans une armada de mesures et de postures, l’opposition a attaqué la loi sur le parrainage devant le conseil constitutionnel, envisage de le faire devant la Cour de justice de la CEDEAO, et boude, une partie, des travaux de l’assemblée nationale. Ces recours juridictionnels, c’est son droit le plus strict, mais les arguments invoqués, dans l’attente des décisions de justice à venir, sont surprenants.

D’une part, l’opposition invente une règle de «parallélisme des formes», à savoir qu’à la suite du référendum du 20 mars 2016, le Président de la République serait, dans l’obligation, de modifier, uniquement par voie référendaire, ce texte constitutionnel du 19 avril 2018. Or, notre pays reste attaché à la souveraineté nationale, et l’article 103 de la Constitution organisant cette procédure de révision constitutionnelle, offre le choix de la procédure au chef de l’Etat, sur proposition du Premier Ministre : «L’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République et aux députés. Le Premier Ministre peut proposer au Président de la République une révision de la Constitution. Le projet ou la proposition de révision de la Constitution doit être adoptée par l’Assemblée nationale. La révision est définitive après  avoir été approuvée par référendum. Toutefois, le projet ou la proposition n’est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre à la seule Assemblée nationale. Dans ce cas, le projet ou la proposition n’est approuvé que s’il réunit la majorité des trois cinquièmes (3/5) des membres composant  l’Assemblée nationale». Par conséquent, pour réviser la Constitution, deux procédures sont ouvertes à l’exécutif : l’appel direct au peuple bien sûr, ce qu’il avait été fait le 20 mars 2016, et, en dépit des délires de l’opposition, le peuple avait suivi massivement, le président Macky SALL, ou la révision par la voie parlementaire, c’est une des solutions ouvertes au chef de l’Etat, et il fallait les 3/5ème des parlementaires votants, soit 70 députés lors de la séance du 19 avril 2018. Le projet de loi constitutionnelle, d’abord discuté en commission, avec des amendements de l’opposition, a recueilli, lors de la séance plénière, 120 votes ; ce qui va au-delà des espérances du gouvernement. Vous remarquerez que le chef de l’Etat n’a pas touché aux dispositions fondamentales de la loi du 20 mars 2016 (limitation et durée du mandat présidentiel, notamment). Il s’agissait, dans la loi du 19 avril 2018, de corriger les graves dysfonctionnements des élections locales et législatives de 2017, que l’opposition avait elle-même dénoncées. Un peu de cohérence, Mesdames et Messieurs de l’opposition !

 

D’autre part, l’opposition affirme que le projet de loi sur le parrainage serait inconstitutionnel parce qu’il n’aurait fait l’objet, ni de concertation, ni de débat, et que ce texte serait pris en  violation du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Or, de nombreux amendements ont émergés lors des débats en commission, et en séance publique du 19 avril, pendant plus de 6 heures de débat, l’opposition a pu soulever toutes les exceptions d’irrecevabilité, fait des remarques sur le texte qui ont été pris en considération par le gouvernement. Après un long débat émaillé d’invectives et même de bagarres, l’opposition était dans une logique d’obstruction systématique en vue de mener cette guérilla parlementaire jusqu’à minuit, heure de fin des travaux du parlement. Durant ce long débat, l’opposition, ne voulant pas discuter du fond du texte, mais, à travers les représentants de chacun de ses groupes, soulevait, sans cesse, des motions préalables de rejet, tendant à faire décider qu’il n’y a pas lieu à délibérer. L’opposition a aussi tenté, vainement, de faire appel au pouvoir de la rue, pour enterrer ce projet de loi constitutionnelle. Il est impérieux de rappeler que dans un système représentatif, l’opposition ne dispose d’aucun pouvoir légal, à travers des débats de procédure, de piétiner les droits de la majorité parlementaire à faire aboutir son texte. Par conséquent, les exigences d’intelligibilité, de clarté et de sincérité du débat parlementaire ont été honorées, et le président Moustapha NIASSE a donc eu raison de mettre aux voix le texte, largement approuvé, suivant une procédure régulière.

 

Ce que voulait l’opposition, le 19 avril 2018, c’est par des manifestations insurrectionnelles dans la rue, d’empêcher la majorité gouvernementale de faire ce texte. Bref, l’opposition, ne proposant rien, sinon le retrait du projet de texte, avait tenté, vainement, d’imposer son point de vue, la minorité s’était proclamée majoritaire. Mais en raison de la grande maturité politique de notre pays, les Sénégalais n’ont pas été dupes, ils ont bien compris que 2011 ce n’est pas 2018. Jadis, Abdoulaye WADE voulait imposer un régime monarchique, se représenter indéfiniment et introduire un quart bloquant. Désormais, le 23 juin 2011, signifie qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir. En revanche, le projet de loi constitutionnelle du 19 avril 2018, est une grande avancée démocratique corrigeant le Code électoral de 1992. Il est apparu aux élections locales avec 2747 listes et aux élections législatives de juillet 2017, avec 47 listes, que l’organisation du scrutin, dans ces conditions, n’est plus viable. Et cela a été reproché au président Macky SALL qui a corrigé le tir pour les élections à venir. Par conséquent, cette loi constitutionnelle est un progrès visant à rationaliser les 299 partis du Sénégal. Pour être président de la République, il faut un minimum de filtre, exercé directement par le peuple.

En fait, cette opposition, essentiellement dakaroise, claustrée dans des maisons climatisées, redoute de descendre les pistes, parfois, poussiéreuses, de la campagne dans les 14 régions, pour solliciter des parrainages.

L’opposition est fondamentalement divisée, alors que Macky dispose d’une alliance solide qui a résisté à l’épreuve du temps. En effet, une partie de l’opposition ressemble à un défilé d’égos surdimensionnés. Fondamentalement divisé, les opposants n’avaient pas pu s’unir aux législatives de juillet 2017. En vue des présidentielles de 2019, leur slogan ressemble au titre d’une chanson de Jacques DURONC : «Et moi, et moi». Par ailleurs, une partie de l’opposition est un quarteron d’hommes pressés ayant tenté de «tuer le père», mais ont raté lamentablement leur parricide. Quand on engage une bataille aussi importante, et qu’on la perd, on se retrouve alors tout seul et tout nu, au point de redouter les parrainages du peuple. C’est le cas notamment de Khalifa qui avait toutes ses chances de devenir le candidat du Parti socialiste après le mandat de 2019 de Macky SALL. Or, Khalifa, non seulement a foiré son coup d’Etat contre Tanor, mais en plus sa gestion de la ville de Dakar n’est pas concluante, une capitale sale aux odeurs pestilentielles, et de surcroît, il l’a rendue célèbre avec 110 fausses factures qui n’ont servi ni à acheter du riz, ni des médicaments pour les pauvres ; 2,8 millions d’euros se sont volatilisés, une bonne carte de visite pour les présidentielles. C’est le même constat avec Malick GAKOU, président du conseil régional de Dakar, qui a voulu trop vite trucider son mentor Moustapha NIASSE.  M. Idrissa SECK, l’homme des chantiers de Thiès, propose une «gestion saine», mais prend, à Paris, un hôtel luxueux, à 450 € la nuitée. Il avait eu 7% aux présidentielles de 2012, mais veut être le chef de tous les autres.

En raison de ces 299 partis, les jeunes pousses ne manquent pas dans l’opposition, mais personne ne lâche le morceau, et celui qui émerge, son succès momentané est vite éclipsé une agitation puérile et ambitieuse des autres concurrents. Ainsi, il fut un temps où M. Ousmane SONKO semblait prendre le leadership au sein de l’opposition, mais le bruit assourdissant de ceux qui brassent l’air l’a, rapidement, plombé. Nous attendons le projet de maître Aïssata TALL SALL, une grande dame estimable.  

Par conséquent, loi sur le parrainage, instrument purement de régulation des candidatures fantaisistes, est loin d’être un obstacle pour le succès de l’opposition. Bien au contraire. Finalement, le véritable adversaire de l’opposition, ce n’est pas la majorité présidentielle, mais l’opposition elle-même, divisée, pleurnicharde et sans projet alternatif crédible.

L’opposition fait du bruit, elle s’oppose, c’est son rôle, mais s’opposer, sans projet alternatif crédible, faire du tintamarre sans redonner l’espérance, c’est brasser du vent. En raison de ces divisions stériles, l’opposition a déjà essuyé de sévères défaites lors du référendum du 20 mars 2016, aux législatives de juillet 2017, et à cette journée du 19 avril 2018. Dans les tensions sociales, l’opposition en manque de légitimité, s’abrite derrière les syndicats d’enseignants pour provoquer une année blanche. Peu importe, pour l’intérêt des enfants du secteur public, confrontés à des grèves récurrentes, à une baisse constante du niveau scolaire, et surtout sévère concurrence des écoles privées. Par ailleurs, les enseignants s’étonnent des retenus sur salaire, pour servir non fait, en raison de ces grèves. Pas de travail, pas de salaire !

Dans cette agitation permanente, le président Macky SALL, comme François MITTERRAND, est resté une force tranquille ; il travaille, résolument, pour un Sénégal émergent. La perfection n’est pas de ce monde, mais voila, sur des sujets éminemment stratégiques, nous aurions aimé aussi avoir un débat serein, projet contre projet ; après tout seul le peuple est souverain, mais il convient qu’il puisse trancher sur la base de propositions claires.

Le président Macky SALL a entrepris des projets structurants dans les domaines du Transports avec le TER, la renaissance d’Air Sénégal, la construction d’un nouvel aéroport, des projets d’un deuxième port, et des routes secondaires pour désenclaver une bonne partie du  territoire. Il a donc fait plus que continuer les projets entrepris maître WADE, il les a considérablement étendu et changé de nature.

Dans le domaine de l’Education, le président SALL, grâce à la conférence de Dakar, a rassemblé les fonds nécessaires pour mettre fin aux abris provisoires, créer un pôle scientifique, et envisager une formation professionnelle, pour les jeunes sans qualifications. La gestion optimale de nos ressources humaines est la principale richesse d’une nation ; «nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées» avait dit Valérie GISCARD D’ESTAING. L’éducation étant un enjeu majeur, il sera utile de renouer les fils du dialogue, afin de mettre un terme durable à ces grèves récurrentes menaçant l’avenir de nos enfants. L’Etat, tout en arbitrant les dépenses fondamentales et en refusant la surenchère à la veille des présidentielles de 2019, devrait s’engager, fermement, à payer, de façon échelonnée, les arriérés de carrière ou de promotion des enseignants.

Toutes les propositions sont les bienvenues, pour dégager, en matière budgétaire, des marges de manœuvre afin de solutionner les problèmes prioritaires. Il n’est pas raisonnable d’encourager les détournements de deniers quel qu’en soient les auteurs. Si Karim WADE remboursait les 6 milliards d’euros détournés, cela pourrait être utile. L’opposition, comme la majorité, dans cette lutte pour l’optimisation de nos ressources, devraient s’entendre sur des règles minimales. Je crois modestement, que trop de dépenses échappent encore, largement, au contrôle parlementaire : les subventions versées aux confréries maraboutiques qui maltraitent leurs talibés, les billets de voyage à la Mecque, le nombre des Ministres conseillers, cet héritage d’Abdoulaye WADE, devrait être limité, publié et subordonné à un travail effectifs, les dons manuels à la population et à nombreux parasites, et évaluer les différents projets entrepris.

Le président Macky SALL s’est engagé dans un projet audacieux : la couverture médicale universelle ; c’est une révolution en Afrique. Toutefois, certains hôpitaux en grève, prétendent qu’ils n’ont pas les moyens de fonctionner efficacement, les fonds tardant parfois à venie. Ce serait, également, utile de vérifier ce point, d’éventuels détournements de deniers publics.  

Le président Macky SALL souhaite, avec de nouveaux tracteurs, que le Sénégal parvienne à une autosuffisance alimentaire pour le riz. Des éléments d’un modèle de consommation apparaissent à travers la promotion de l’huile d’arachide ; il faudrait aller plus loin et consommer ce que nous produisons, et surtout protéger l’agriculture sénégalaise et continuer à la moderniser ; des quotas de terres arables et non cessibles devraient être réservés à nos paysans. Cette amélioration des conditions de vie des Sénégalais a son revers, le développement à une vitesse exponentielle de maladies comme le diabète ou le cancer. Une médecine préventive, alliée à une pratique du sport adaptée, ainsi qu’une politique de  l’environnement, seraient utiles.

Le gouvernement se préoccupe de la sécurité à Dakar et sur les routes à travers le permis à points à partir de juillet 2018. Cela pourrait être complété par une aide au remplacement de ce parc automobile vieillissant, des formations de sensibilisation à la sécurité routier, et un élargissement de certaines voies. Nous avons des problèmes graves de sécurité routière : c’est ce bétail sans enclos pouvant surgir à tout sur la chaussée et ces enfants en bas âge, sans surveillance de leurs parents.

La défense de la souveraineté nationale et la question de la valeur travail, avec ces nombreuses fêtes et événements familiaux ou religieux, sont des points majeurs. Les pays d’Asie ont, dans cette mondialisation, mobilisé leurs ressources humaines.

Il n’a échappé, à personne que pendant l’hivernage, certains quartiers sont inondés, les grandes n’ont ni les égouts adéquats, ni stations d’épuration. Par ailleurs, presque 70% de la population sénégalaise est concentrée dans la région du Cap Vert et M’Bour. Une accentuation de la décentralisation, avec les moyens conséquents (Internet haut débit, transports, logements, aide à la ruralité), est devenue vitale.

Sur l’ensemble de ces questions, et sur bien d’autres encore, je dis que la démocratie n’est pas une guerre civile. Il faut mettre tout sur la table, questions économiques, sociales, politiques, notamment fixer, durablement, les règles du jeu politique, en termes de droits et d’obligations (financement des partis représentatifs, liberté de manifestation à condition de respecter l’ordre public ; un débat vigoureux, mais respectueux de chacun).

Que le débat de fond, projet contre projet, commence, enfin !

Paris, le 27 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

«Sénégal présidentielles de 2019 : une opposition bavarde, pleurnicharde, désunie et sans projet alternatif crédible», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 16:32

 La Cour de Justice de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a rendu son jugement le 23 avril 2018 en faveur des plaignants dans le procès n°ECW/CCJ/APP/34/16, Bintou CISSE, représentés par IHRDA et MDT, contre l’Etat de la Guinée-Conakry. L'affaire était déposée devant la Cour de la CEDEAO en septembre 2016 par l'Institut des Droits de l'Homme et du Développement en Afrique (IHRDA) et son partenaire guinéen «Les Mêmes Droits pour Tous» (MDT), pour le compte de Mme Bintou CISSE, représentant la famille de la victime. L'affaire concerne la torture et la mort d'un réfugié libérien (Jallah MORRIS) alors qu'il était sous la garde de la police guinéenne ; les plaignants ont allégué que l'État guinéen n'avait ni enquêté, ni poursuivi et puni les auteurs desdites violations.

La Cour de la CEDEAO a jugé que l'État de Guinée a violé le droit à la vie et le droit à un procès équitable. La Cour a condamné l'État de Guinée à payer à la famille de Jallah MORRIS une indemnité de 45 000 000 FCFA (quarante-cinq millions de francs CFA - soit environ 68 702 euros) et à poursuivre en justice les responsables de son décès. M. Jallah MORRIS, un responsable dans sa famille, a été torturé et tué en 2011 alors qu'il était sous la garde de la brigade guinéenne. Les autorités guinéennes ont aussi admis la possibilité d'homicide, mais n’ont pas ordonné une autopsie sur la dépouille de la victime ; elles n'ont non plus pris de mesures adéquates pour enquêter sur l'incident et poursuivre les agents impliqués. Les plaignants avaient allégué la violation de plusieurs droits, notamment le droit de la victime de ne pas être soumise à la torture et le droit à la vie. Les plaignants ont également fait valoir que le Gouvernement de la Guinée a manqué à son obligation de prévenir la torture, de mener une enquête effective sur l’incident, de traduire les coupables en justice, et de fournir la réparation aux ayants droit de la victime.

Cette décision est un pas important pour la justice en faveur de la victime ou sa famille, contre l’impunité, l'abus de droit et l’arbitraire en Afrique, notamment contre la prévalence de la torture perpétrée par la police en Guinée. En effet, cette jurisprudence est une base légale pour se défendre contre la théorie du «complot peul» en Guinée, initiée par le président Ahmed Sékou TOURE (1922-1984) qui avait détenu au sinistre camp Mamadou Boiro (1960-1980) et liquidé ses adversaires, comme Diallo TELLI (1925-1977), Secrétaire général de l’O.U.A. Depuis l’élection du 7 novembre 2010, d’Alpha CONDE président de la Guinée, avec la complicité de Vincent BOLLORE, un ami de SARKOZY, 114 opposants Peuls sont portés disparus. En effet, M. Cellou Dalein DIALLO était arrivé en tête du 1er tour des présidentielles de 2010, avec 47,69% et Alpha CONDE n’avait eu que 18,25% des voix.

Au Mali, un Etat faible, l’armée s’acharne contre les Peuls, et 57 personnes ont été massacrées, tout récemment, au motif prétendu qu’il s’agirait de terroristes, partisans d’Amadou KOUFA, ou de bandits. Naturellement, les Peuls protestent contre ces amalgames. Par ailleurs, des violences ethniques entre Peuls et Bambaras font de nombreuses victimes, sans que l’Etat puisse protéger, efficacement, toutes ses populations civiles.

En République Centrafricaine, un Etat particulièrement faible ne contrôlant que 20% de son territoire et ayant fait appel aux Russes pour organiser son armée, la question peule est d’une grande actualité. En effet, les Peuls d’origine tchadienne, présents en RCA, sont souvent victimes d’exactions, et ils sont maintenant armés. Tout peut déraper, à tout moment.

La Mauritanie a été condamnée, à de nombreuses reprises, pour ses pratiques esclavagistes, et en particulier, pour les détentions arbitraires de ses nationaux d’origine peule.

Divers témoignages de commerçants sénégalais résidant notamment en Côte-d’Ivoire, au Gabon, au Congo et au Cameroun, font état d’exactions de forces de police pour les rançonner.

Au Sénégal, nous avons deux cas de violations graves de droits de l’homme. C’est d’une part, l’affaire Oumar Blondin DIOP (18 septembre 1946 - 11 mai 1973), qui avait jeté un cocktail Molotov contre le président POMPIDOU, en visite à Dakar. M. DIOP, détenu dans une prison à Gorée, a eu la visite de Jean COLIN (1924-1993), et lui a craché au visage. Lorsque Jean COLLIN est parti, les gardiens de prison ont eu la main lourde : ils ont battu à mort le détenu. L’Etat du Sénégal est donc responsable pour ce crime. D’autre part, M. Ibrahima SARR (1915-1976), un syndicaliste et compagnon de route de Mamadou DIA, président du Conseil, a été emprisonné à Kédougou, à la suite du prétendu coup d’Etat de 1962. Condamné à 20 ans de détention, et atteint d’une maladie grave des voies urinaires, il n’avait pas pu se soigner convenablement en détention. Quand il a été gracié, en 1974, c’était trop tard. M. Ibrahima SARR était le dirigeant de l’historique grève des cheminots du 10 octobre 1947 au 19 mars 1948. SEMBENE s’est en inspiré pour son roman, «Les Bouts de bois de Dieu».

En dépit de bonnes relations avec le Sénégal, le Maroc ne protège pas suffisamment les Sénégalais séjournant sur son territoire. Certains ont été massacrés par des groupements ouvertement racistes. Ainsi, le 30 août 2014, de Charles Paul N’DOUR a été assassiné à Boukhalef, une proche banlieue de Tanger. Moussa SECK est décédé en octobre 2013, à Tanger. Le 14 août 2013 d’Ismaïla FAYE a également été tué. Il faut signaler aussi qu’un étudiant marocain, Mazine SHAKIRI, un étudiant en médecine, a été poignardé à Dakar, le 25 février 2017. Les 850 étudiants marocains résidant au Sénégal se plaignent de la grande insécurité à Dakar. Les deux Etats, le Sénégal et le Maroc, pour se dédouaner, on affirme qu'il s'agirait exclusivement de crimes crapuleux. Or, en droit international, l’Etat d’accueil a une obligation de protection des étrangers, et d’enquêter, sérieusement, sur les exactions dont ils sont victimes sur son territoire.

En Europe aussi, et face à la montée du racisme, des Sénégalais ont été assassinés. C’est le cas d’Idy DIENE, tué par six balles, à Florence, le 5 mars 2018. En 2011, deux vendeurs ambulants sénégalais ont été également tués par des milieux d’extrême-droite. En Espagne, un vendeur ambulant, sénégalais, Mame M’Baye N’DIAYE, le 15 mars 2018. Il était poursuivi par la Police.

En France, les forces de l’ordre, lors de contrôle au faciès ont étouffé, à mort, 112 jeunes issus de l’immigration, dont la fameuse affaire Adama TRAORE. Fait sans précédent, un jeune, Théo, a été violé avec un tonfa. L’assassinat de deux jeunes, Bouna et Zied, avait provoqué de graves violences urbaines en 2005. Or, les procédés d’interpellation sélectifs et ciblés sur les jeunes issus de l’immigration, aboutissant à la suffocation, sont jugés à l’origine de ces décès. Pour ces crimes odieux, naturellement, il n’y a eu ni communiqué présidentiel de solidarité, ni appel à manifester contre cette négrophobie ambiante. A chaque fois, pour se dédouaner, les forces de sécurité invoquent le délit de rébellion. Au lieu de favoriser l’intégration des immigrés, une nouvelle législation répressive et identitaire sur l’asile et l’immigration, dégradera, sans nul doute, le bien-vivre ensemble. Par ailleurs, il n’y a pas eu d’enquêtes sérieuses sur les incendies à Paris, dans les années 80, et qui ont plus de 54 morts. A chaque fois, le procédé est connu, un bidon d’essence pour récupérer des immeubles squattés par des étrangers. Il faudrait rouvrir le dossier concernant probablement des agences immobilières voulant échapper aux longues procédures d’expulsion des occupants irréguliers.

Aux Etats-Unis, très souvent, des policiers tirent sur des Noirs, souvent menottés. Ces graves crimes sont maintenant filmés et diffusés sur Internet. Ta-Nehisi COATES a en tiré un roman célèbre «La colère noire».

En définitive, ce précédent de la Cour de justice de la CEDEAO du 23 avril 2018, est une invitation ardente, pour les familles dont un de leur membre est disparu, assassiné en détention illégale ou faisant l’objet d’un traitement inhumain et dégradant, à faire valoir leurs droits devant la justice communautaire. L’Etat de droit avance en Afrique ; il faut s’en réjouir et le conforter.

Paris, le 25 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«La Cour de Justice de la CEDEAO condamne lourdement la Guinée, pour mort injustifiée en détention d’un réfugié libérien», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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24 avril 2018 2 24 /04 /avril /2018 13:28

Le grand corrupteur de la Françafrique, ami et protégé de Nicolas SARKOZY, ayant le monopole des ports en Afrique et soupçonné de divers trafics, Vincent BOLLORÉ que l’on croyait au-dessus des lois, placé en garde à vue à Nanterre, est finalement mis en examen pour corruption d'agents publics, complicité d'abus de confiance et faux et usage de faux. Mais il n'a pas été mis sous contrôle judiciaire. En revanche, un étranger sans papiers peut, désormais, être détenu pendant 90 jours. Du transport et de la logistique, du fioul et des batteries électriques, du plastique et des palmiers en Afrique, il est le maître absolu, dans certains pays, et a apporté son soutien, par le groupe HAVAS, à Faure GNASSINGBE, une dynastie au Togo depuis 1962, et à Alpha CONDE, président de la Guinée en 2010. Francis PEREZ du groupe BOLLORE, gérant les casinos et hôtels en Afrique, est en charge de la communication de Faure GNASSINGBE. Jean-Philippe DORENT, responsable du pôle communication de Havas, a été en charge, en 2010, de la campagne de communication d’Alpha CONDE. BOLLORE a eu le port de Lomé, sans avoir le marché ; l’armée togolaise a éjecté, manu militari, l’attributaire du marché, la société NECOTRANS qui a déposé plainte auprès des tribunaux français. En effet, cette société NECOTRANS est tombée en faillite, et BOLLORE l’a rachetée avec un prix modique. Dans ces 16 terminaux de conteneurs africains de BOLLORE (15 00 milliards de FCA de chiffre d'affaires, soit plus 2 290 076 333 milliards d'euros), probablement, y transitent des ventes d’armes, ou peut-être même d’autres trafics illicites. BOLLORE a eu les principaux ports en Afrique, sauf celui de Dakar. L'essentiel de la richesse du groupe BOLLORE provient d'Afrique. En vingt ans, Vincent BOLLORE s'est construit un royaume sur les débris de l'empire colonial français. Des entrepôts aux ports, il contrôle l'ensemble de la chaîne logistique et de transports sur les matières premières produites en Afrique de l'Ouest. Mais son emprise va plus loin. Même s'il n'apparaît qu'au second plan, il est un des actionnaires majeurs de SOCFINAL, un groupe qui exploite parmi les plus grands domaines de plantation d'Afrique. J’espère que l’enquête mettra bien en lumière ses magouilles en Afrique. Naturellement, les concurrents de BOLLORE ont attaqué devant la justice française pour ces concessions obtenues en cassant les prix, «pour corruption d’agents publics étrangers», avec la complicité des régimes africains dociles et peu scrupuleux.

Dès que quelqu'un commence à enquêter sur ses combines, BOLLORE l'attaque en diffamation. Cette fois-ci, c'est un juge qui l'a convoqué. Il va falloir qu'il crache le morceau. Nicolas VESCOVASSI et Jean-Pierre CANET titrent leur ouvrage «Vincent, Tout-puissant», un livre d’investigation aux confins des affaires, de la politique et de la liberté d’informer. Les auteurs sont des journalistes d’investigation chevronnés, de ceux qui ne se laissent pas intimider. Du courage, il en fallait pour aller au bout de cette enquête sur Vincent BOLLORE, un homme qui aime posséder des médias mais pas qu’on enquête sur lui. Un des auteurs a-t-il eu ainsi un jour la surprise de recevoir une assignation en justice lui demandant 750 000 euros de dommages et intérêts pour avoir juste cherché à interviewer les hauts cadres entourant l’homme d’affaires ! 750000 euros pour avoir juste voulu exercer le métier d’informer. M. Adama GAYE, journaliste sénégalais, a été traîné devant le Tribunal de Grande Instance de Paris ; il s’en est sorti avec un euro de dommages-intérêts. Vincent BOLLORE a-t-il un secret lourd à cacher ?

Résidant dans le XVIème arrondissement, Vincent BOLLORE est né le 1er avril 1952, à Boulogne-sur-Seine. En 1981, il a repris les papeteries familiales fondées en 1822 sur les bords de l’Odet, près de Quimper. Raider sans foi ni loi, il crée un montage financier de différents groupes à partir de 1988. Installé à Puteaux, BOLLORE figure parmi les 400 entreprises les plus importantes du monde. Il a su diversifier ses activités qui vont de la fabrication de papier plastique à la production télévisée, de la gestion des ports africains aux plantations d'Asie du sud-est, de la construction de la voiture électrique au Wimax ou aux journaux gratuits et Direct8.

BOLLORE a fait «main basse sur l’information en France» pour reprendre le titre d’un livre de Laurent MAUDUIT. Président du groupe VIVENDI, il a la mainmise sur une bonne partie de la publicité et sur un nombre important de médias en France. Il a racheté DELMAS, RIVAUD, s’intéresse à BOUYGUES, LAZARE, HAVAS et AEGIS. Il a conquis Canal +. Vincent BOLLORE est devenu, en très peu de temps, l’actionnaire principal de Telecom Italia. Il a beaucoup d’intérêts en commun avec Silvio BERLUSCONI. En raison de toute sa puissance dans les médias, le Français moyen croit que la pluralité des moyens d’information serait un gage de liberté. BOLLORE a pourtant interdit certains reportages d’être diffusés. «Alors que le Conseil national de la résistance espérait, à la Libération, que la France se dote d'une presse indépendante des "puissances financières", celles-ci contrôlent désormais presque tous les médias. Et la normalisation économique se double fréquemment d'une normalisation éditoriale, quand il ne s'agit pas d'une censure pure et simple» estime Laurent MAUDUIT.

Dans un système quasi mafieux, le pré-carré de la France en Afrique, ce sont quelques grands groupes qui se partagent le gâteau. Ces entreprises françaises donnent au gouvernement français quelques miettes qui sont reversées aux Etats africains sous forme d'aide. Mais cette aide, si elle n'est pas détournée, est conditionnée ; il faut recours à ces mêmes entreprises pour d'éventuels marchés publics. (Voir mon post Charles de Gaulle et l'Afrique).

Ce système quasi mafieux, organisé par un barbouze, Jacques FOCCART perdure toujours. Tous les candidats à l'élection présidentielle promettent de l'abroger, dont M. Emmanuel qui avait un excellent diagnostic de cette situation coloniale, mais une fois au pouvoir ils renouent avec l'ancien monde.

L’Afrique, contrairement ce que pense le Français ordinaire, est un continent riche. Mais ses matières premières sont spoliées avec la complicité de nos gouvernements. Cependant, l’opinion publique africaine, longtemps assoupie depuis l’esclavage et la colonisation, commence timidement à se réveiller. Et le FCA cristallise, à lui seul, ce réveil du nationalisme africain. Il ne s’agit pas d’éjecter la France, ancienne puissance coloniale de l’Afrique. Au contraire, en raison de ces liens historiques et de la communauté de langue, nous devrions établir une relation privilégiée avec la France, mais fondée sur la justice, l’équité et la démocratie. Il faut payer au juste prix nos matières premières.

L’indépendance des Africains reste encore factice ; il faut que les Africains retrouvent leur souveraineté et leur dignité en vue d’établir avec la France une vraie coopération avec la France fondée sur la Justice et la Fraternité.

Indications bibliographiques sur Vincent BOLLORE

BOTHOREL (Jean), Vincent BOLLORE : une histoire de famille, Picollec, 2007, 193 pages ;

CAPOZZI (Fiorina), Vincent Bolloré : le nouveau roi des médias européens, GoWere, 2016, 82 pages ;

GARRIGOS (Raphaël), ROBERTS (Isabel), L’empire : comment Vincent Bolloré a mangé Canal +, Paris, Seuil, 2016, 192 pages ;

MAUDUIT (Laurent), Main basse sur l’information, Paris, Don Quichotte, 2016, 448 pages ;

ORANGE (Martine), «Comment Vincent Bolloré s’est taillé un empire en Afrique» Médiapart, article du 3 février 2009 ;

ORANGE (Martine), «Concessions portuaires en Afrique ; Bolloré mis en examen pour corruption» Médiapart, article du 25 avril 2018 ;

VESCOVASSI (Nicolas) CANET (Jean-Pierre), Vincent Tout-Puissant, Paris, Jean-Claude Lattès, 2018, 400 pages.

Paris le 24 avril 2018 et actualisé le 26 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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