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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 13:51

Le Parti socialiste sénégalais va aborder son 15ème congrès, à Dakar, les 6 et 7 juin 2014, dans un contexte particulièrement difficile. Le P.S. est confronté à des questions de leadership, d’alliance, de stratégie et de lisibilité de sa ligne politique.

Un des objectifs de ce congrès est de renouveler le mandat de ses instances, largement arrivé à expiration ; c’est le 2ème congrès sur une période de 15 ans. Héritier de la SFIO, du Bloc Démocratique Sénégalais et de l’Union Progressiste Sénégalaise, le PS avait, jusqu’ici, privilégié le débat, l’échange et la démocratie interne. M. Ousmane Tanor DIENG, Secrétaire Général sortant, avait promis de ne pas se représenter. Mais on sait que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Comme l’a dit Amadou Hâmpaté BA «La parole vaut ce que vaut l’Homme. L’Homme vaut ce que vaut sa parole». La classe politique ne peut être crédible que si l’on «dit ce qu’on fait et on fait ce qu’on dit», en référence à un slogan de Lionel JOSPIN.

Suite à un appel de candidatures, Ousmane Tanor DIENG, le Secrétaire Général sortant, devait, pour la première fois, affronter une femme, l’avocate Aïssata TALL SALL. Les observateurs y avaient vu un double signe de la vitalité du Parti socialiste, héritier d’une grande tradition démocratique au Sénégal.

D’une part, ne serait-ce que la démocratie interne au sein d’un parti, tant redoutée en Europe et particulièrement combattue en Afrique, allait être expérimentée par le Parti Socialiste Sénégalais. Je me disais, qu’une fois de plus, le Sénégal allait réaffirmer, en Afrique, sa vocation historique à servir de modèle de démocratie.

D’autre part, au moment où la loi sur la parité, votée en 2004, a été remise en cause par les religieux pour les élections du 29 juin 2014, en violation flagrante des principes républicains, le Parti socialiste sénégalais allait réagir de façon vigoureuse, et surtout symbolique, en mettant en compétition une femme pour le poste de Secrétaire Général d’un grand parti de gouvernement. Qu’elle gagne ou qu’elle perde, l’essentiel n’est pas là. Les symboles ont une grande importance en Politique et permettent de faire bouger les lignes.

Et voila que le vendredi 30 mai 2014, Mme Aïssata TALL SALL est évincée de cette élection interne, sans que les vraies raisons de ce putsch ne soient vraiment décelables. M. Ousmane Tanor DIENG sera donc élu Secrétaire général, sans mener la bataille. Officiellement, les instances dirigeantes redoutent que ce débat interne n’abîme encore davantage le PS déjà mal en point. D’autres disent que les jeux sont faits, avec son trésor de guerre, acquis de longue date, Tanor lors du renouvellement des instances, s’est octroyé une majorité confortable pour se faire réélire Secrétaire Général, sans coup férir. Qu’importe ! Mon parti ne doit pas avoir peur du débat, dès l’instant que celui-ci porte, non pas sur les personnes, mais sur les idées, la ligne politique du Parti, ses alliances et sa stratégie.

Je redoute, par conséquent, que ce congrès des 5 et 6 juin 2014 ne soit une rencontre pour rien, une manifestation folklorique pour se rassurer et se complimenter. Songez seulement que le PS, qui a dirigé le Sénégal de 1960 à 2000, ne représente maintenant que 11% des électeurs.

En vue du congrès, la direction du PS a communiqué aux militants un rapport d’orientation de 39 pages, intitulé «Valeurs socialistes et défis de notre époque». Le Socialisme y est défini comme «La rationalité et partant, l’efficacité, la justice sociale fondée elle-même sur la solidarité humaine». Soit ! La première partie de ce document traite sur 30 pages, le bilan des Socialistes au gouvernement. La deuxième partie, sur 4 pages, est consacrée aux défis du XXIème siècle et les solutions socialistes. La troisième partie, en 5 pages, est consacrée au rôle des partis politiques dans une société en pleine mutation.

Il va de soi, que l’héritage des Socialistes en termes de construction d’un Etat démocratique et d’une Nation sénégalaise, est globalement positif. C’est un passé glorieux dont ne pouvons qu’être fiers. Mais si l’alternance est intervenue en 2000, et que le PS est dans l’opposition depuis 12 ans, et qu’il ne cesse de reculer, dangereusement, scrutin après scrutin, c’est que les Sénégalais ont quelque chose à nous reprocher. Tout n’est pas rose. Cette longue évaluation du bilan des socialistes au gouvernement, manque de distance critique et d’examen de conscience. Certes, notre dette à l’égard du président SENGHOR, en termes d’indépendance pacifique, de cohésion nationale, d’identité culturelle et de prestige du Sénégal dans le monde, est immense. Toutefois, certaines mesures arbitraires ou autoritaires (enfermement sur une durée excessive de Mamadou DIA et de ses compagnons, répressions des mouvements étudiants, longue période de monopartisme, etc.), ainsi que son anticommunisme, sans discernement, ont quelque peu terni son image. Même si Abou DIOUF, dans le sillage du président SENGHOR est un grand démocrate qui a permis une alternance pacifique, dont on est fier, il ne nous a pas laissé de grandes réalisations. Ses 20 ans au pouvoir ont été deux décennies perdues. Cet immobilisme et ce manque de dynamisme, et vivant dans un passé glorieux, mais révolu, n’a pas tenu compte des profondes aspirations des Sénégalais à mieux vivre. C’est le reproche que nous renvoient les Sénégalais. Plus grave encore, pendant le règne d’Abdou DIOUF, et à partir de 1996, le PS, et à défaut d’avoir une vision stratégique pour l’avenir, le débat qu’avait initié le président SENGHOR, s’est transformé en conflit de personnes. Le PS porte encore les stigmates des défections de Djibo KA, de Robert SAGNA, ainsi que le conflit fratricide entre Tanor et Moustapha NIASSE. Si une alliance était intervenue en 2012 entre Tanor et Moustapha NIASSE, c’est le PS qui serait, actuellement, aux commandes du Sénégal. Espérons que cette compétition entre Tanor et Aïssata TALL SALL ne portera encore un préjudice au Parti Socialiste. Les militants s'interrogent : pourquoi maître Aïssata TALL a t-elle jeté, facilement, l'éponge, sans aucune résistance ? y aurait t-il eu un deal au sommet, en vue d'un partage du gâteau ? Maître SALL serait-elle téléguidée par Macky SALL en vue de ramasser les miettes du PS ? Les rumeurs folles ne cessent d'alimenter le Web.

La deuxième partie de ce rapport constate que le néo-libéralisme a échoué. La troisième partie considère que le PDS d’Abdoulaye WADE n’a pas été à même de résoudre les problèmes des Sénégalais que seul le PS pourrait prendre en charge. C’est à l’honneur du Secrétaire Général Ousmane Tanor DIENG d’avoir refusé toute compromission avec Abdoulaye WADE. Notre objectif de le faire partir en 2012 a été atteint. En revanche, bien des Socialistes s’interrogent sur l’opportunité de notre présence au gouvernement de Macky SALL. Pour eux, le PS qui travaille avec l’ancien Premier Ministre de WADE, M. Macky SALL, «fait du WADE, sans WADE». Le constat général dressé, après deux ans au pouvoir, est la «hollandisation» du pouvoir de M. Macky SALL dont les résultats, en termes d’aide aux populations en difficulté, sont particulièrement médiocres.

Le Sénégal compte plus de 166 partis politiques. Cependant, aux dernières élections présidentielles de 2012, seuls 5 partis politiques sortent du lot et totalisent 95 % des voix. Trois partis politiques sont d’inspiration libérale (le PDS de maître Abdoulaye WADE, l’APR de M. Macky SALL et REWMI de M. Idrissa SECK). Deux partis sont de la mouvance socialiste (Le Parti Socialiste avec Tanor DIENG et l’Alliance des Forces de Progrès de M. Moustapha NIASSE). Avec qui s’allier ?

Faut-il récréer un grand parti socialiste ? Comment sera désigné le candidat du PS aux présidentielles de 2017 ? Autant de questions que le rapport introductif ne clarifie pas. Pendant ce temps, le Parti Socialiste continue sa lente décadence. Désormais, le Parti Socialiste est face à son destin : se renouveler, se remettre en cause, ou périr. Déjà ce n’est pas facile d’être dans l’opposition, mais jusqu’à ce quel niveau les militants socialistes accepteront-ils la marginalisation de leur parti, sans réagir ?

M Ousmane Tanor DIENG est un authentique socialiste et un homme d'Etat. J’espère que l’intérêt du parti prévaudra sur le reste.

Pour ma part, en ces temps difficiles, et plus que jamais, les Sénégalais ont besoin d’un Parti Socialiste puissant, et qui réaffirme ses principes de démocratie, de laïcité, de transparence dans la sphère publique, de bonne et saine gestion de nos faibles deniers publics, de justice, de compassion et de bienveillance à l’égard des plus faibles.

Maître Aïssata TALL SALL, membre du Bureau politique, et Ousmane Tanor DIENG, Secrétaire Général, du Parti socialiste du Sénégal.

Maître Aïssata TALL SALL, membre du Bureau politique, et Ousmane Tanor DIENG, Secrétaire Général, du Parti socialiste du Sénégal.

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 21:30

Secoué par le 21 avril 2002, je ne croyais ne plus jamais revivre un tel traumatisme. Mais voila que les amoureux de la haine s’installent comme le 1er parti de France. La France, membre fondateur de l’Europe, et deuxième puissance de ce continent, va envoyer au Parlement européen le gros bataillon de députés de frontistes. Certains, qui s'étaient abstenus, vont appeler à manifester à la Place de la République. Mais, il fallait aller voter. Je suis sidéré devant la passivité des républicains face à la montée de la peste brune.

Pourtant, partout là où la haine s’est logée dans le cœur des hommes, non seulement il sera difficile de l’en extraire, mais elle n’a produit que chaos et désolation. Le FN n’est pas un parti comme les autres, c’est un adversaire résolu de la République et de la démocratie. Hannah ARENDT avait examiné les causes de la "banalité du Mal". Je souscrit à son concept de "Mal radical" qui s'applique aux idées du FN, actuellement banalisées. Le Mal ne peut combattu, utilement, ni sous l'angle de la transgression de la Loi, sous le concept de culpabilité devenus inefficaces. Le racisme en France est devenu un Mal absolu en ce sens qu'on nous a dénié la qualité d'être humain, de citoyen français. On est ravalé au rang de singes. Cette attaque contre l'Humanité interpelle chacun d'entre nous, quelle soit la couleur de notre peau. En effet, je crois "aux forces de l'esprit", comme le dirait François MITTERRAND. Le Bien souvenrain, l'Amour, ont toujours fini par triompher du Mal.

Le plus affligeant c’est que dans ce pays des droits de l’homme, au raffinement culturel et politique extraordinaire, plus personne n’a peur de s’afficher comme étant frontiste. Quel Affront National ! Cette lepénisation des esprits peut être décelée à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, des intellectuels, comme M. Alain FINKIELKRAUT ou des journalistes comme M. Eric ZEMMOUR, profèrent à longueur de journée dans les médias, des propos racistes, sans être inquiétés par la loi pénale. Ils sont, de surcroît, payés pour leur négrophobie revendiquée. La faiblesse et la complaisance du gouvernement face à ces insultes, me paraissent, déjà, être signe de la victoire du FN. D’un délit qui devrait être puni par les tribunaux, l’opinion raciste est passée à un outil de promotion ou de gagne-pain pour certains.

Ensuite, les partis républicains, par leur inconscience devant la menace pour la cohésion de la société, continuent leur jeu politique, comme si de rien n’était. J’accuse, en particulier, M. SARKOZY, avec sa théorie de la Droite dite «décomplexée» et sa conception particulière et rabougrie de «l’identité nationale», qui ont contribué, grandement, à cette lepénisation des esprits, à déculpabiliser et libérer la parole raciste. M. Jean-François COPE, avec toutes «les casseroles» qu’il traîne, par son manque de probité et d’exemplarité, a favorisé, très largement, à discréditer la classe politique traditionnelle et absout les idées frontistes. Par ailleurs, la doctrine de M. Copé, sur le «pain au chocolat» et ses attaques honteuses répétées contre Mme TAUBIRA, sans qu’elle soit défendue, énergiquement, par le gouvernement, ont contribué à cette forte poussée du FN devenu légitime et fréquentable. En dépit de ces reniements, l'UMP est aujourd'hui devancée par le FN. M Copé élu à l'UMP sur la base de tricherie et ayant installé une logique clanique et mafieuse dans son organisation politique, sans ligne stratégique cohérente, a fini par démissionner. Tant mieux pour la démocratie. Qu'il s'en aille et ne revienne jamais. Est-ce l'acte de décès de l'UMP ?

Enfin, il est indéniable que la politique de rigueur menée par le gouvernement, avec l’absence de résultats, à moyen terme, ainsi que les difficultés que rencontrent les classes paupérisées, sont à l’origine de cette situation. Le nier c’est être frappé de cécité. Il est encore temps de penser à ceux qui souffrent.

Les communautés noire et arable, au lieu de se complaire dans l’abstention aux élections devraient s’organiser et défendre plus énergiquement le bien-vivre ensemble. Cette démission de ces communautés, ou leur inconscience du danger qui les menace, me paraissent être d’une gravité exceptionnelle. Quand on est un citoyen de la République, on a des droits, mais aussi des obligations qui se traduisent par un engagement en faveur de la République.

Tous les partis républicains doivent combattre, sans concession, le FN. Sinon, Marine LE PEN, qui avance masquée, sera la prochaine présidente de France en 2017. Et là ce serait trop tard de réagir par les moyens démocratiques.

Tous les partis républicains sont empreints et englués dans leurs certitudes. Pourtant, l’heure est grave et il convient d’agir, sans délai. Comme au sortir de la 2ème guerre mondiale, le Président de la République devrait se placer au dessus des partis politiques, et redéfinir, avec eux, le pacte républicain, autour, notamment, des axes suivants :
- La France reste une «République sociale» : comment maintenir les acquis sociaux tout en équilibrant les comptes publics ?
- La France est un "Etat capitaliste", mais qui doit se réformer pour produire des emplois et de la richesse. Le capitalisme financier ne mérite aucune aide ou avantage fiscal de l'Etat. Jusqu’ici les différentes réformes (retraites, éducation, Administration), sont restées en surface ou ont fragilisé les plus faibles.
- La France est un "Etat multiracial", mais ce pays est dans le déni le plus complet. Ceux qu’on appelle des «immigrés» sont, en fait et pour leur écrasante majorité, des citoyens français relégués au rang d’indigènes de la République.
- La France est un "Etat européen". L’Europe technocratique et bureaucratique devrait être abandonnée au profit d’une Europe du progrès social. Ce continent devrait défendre son indépendance énergétique, avoir une politique étrangère et une défense commune pour mieux affirmer son indépendance.

Paris, le 25 mai 2014. M Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 10:07

Au conseil de Paris des 19 et 20 mai 2014, Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a confirmé sa volonté d’accorder plus de place aux citoyens. «Une démocratie qui se défie des citoyens, trahit ses idéaux, et perd sa raison d’être », souligne Mme HIDALGO. Aussi, Mme HIDALGO a décidé de faire de Paris, «la ville du faire ensemble». A titre illustratif, de cette volonté politique :
- 5% du budget d’investissement est affecté à la volonté des citoyens, soit 426 millions d’euros, sur la mandature ;
- L’E-pétition est instituée ; avec 500 signatures de citoyens, une demande est inscrite à l’ordre du jour du Conseil de Paris ;
- Les Conseils de quartier seront, désormais, animés par un collectif de citoyens, et non plus par un élu.

Par ailleurs, Mme HIDALGO a décidé de poursuivre, de façon énergique et amplifiée, l’action contre la pollution à Paris (généralisation progressive des bus électriques, limitation de la vitesse à 30 km, végétalisations et espaces verts, extension du tramway dans l’Ouest parisien, pourquoi pas des tramways dans Paris, le long de la Rive Droite ? etc.).

Mme HIDALGO a confirmé sa volonté de faire du logement la priorité de son mandat, avec la construction de 10 000 logements, par an.

Mme HIDALGO a présenté au Conseil de Paris une délibération instituant un Code de déontologie que les élus du Conseil qui le désirent pourront s’engager à respecter en signant une «déclaration d’engagement volontaire». Ce code prévoit, notamment, que les élus signataires s’engageront à déclarer et à remettre à la Ville tout cadeau, libéralité ou invitation d’un montant inférieur à 150 €, et à les refuser lorsque leur montant sera supérieur.
Les élus parisiens devront, en outre, remettre « une déclaration d’intérêts portant notamment sur les activités professionnelles et bénévoles des cinq années précédant [ leur ] élection » et publieront sur le site Internet de la Mairie une déclaration de patrimoine en début et en fin de mandat.

J'ai appris que Mme Anne HIDALGO a été élue Présidente de l’Association Internationale des Maires Francophones. Mme HIDALGO, devient ainsi la première femme élue à la tête de cette grande institution de plus en plus paritaire.

Souhaitons plein succès à Mme HIDALGO et à ses équipes.

Paris le 20 mai 2014. M. Amadou BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a décidé d’accorder plus de place aux parisiens, dans la gestion de la capitale, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 09:55

Le mercredi 14 mai 2014, à 19 h 30, je me suis rendu, et à l’invitation de M. Marc-Antoine JAMET, maire de Val-de-Reuil dans l’Eure et 1er fédéral, à un meeting de soutien à la candidate socialiste, Mme Claude ROIRON. Je saisis cette occasion pour féliciter, très chaleureusement, Marc-Antoine JAMET, dans un contexte national difficile, qui a été réélu maire du Val-de-Reuil, au 1er tour, avec un score soviétique. M. Marc-Antoine JAMET a obtenu un meilleur score qu’au Grand Quevilly.

Je rappelle que la ville du Val-de-Reuil est jumelée avec mon village natal, Danthiady, au Sénégal et d’importants projets de développement en matière de santé, d’accès à l’eau, et d’éducation ont déjà été réalisés. Je suis déjà venu, à plusieurs reprises, au Val-de-Reuil, notamment pour animer une conférence sur l’éducation au développement.

Ce meeting des européennes, fort réussi, a été honoré de la présence de M. Benoît HAMON, Ministre de l’Education Nationale qui a soutenu de façon énergique et remarquée, Mme Christiane TAUBIRA, victime, une fois de plus, d’attaques ignominieuses. Une grande salve d’applaudissements dans la salle. De nombreux militants et personnalités étaient présents, dont M. Abass DIALLO et Abou Labo, présidents d’association villageoises de Danthiady, M Christophe BOUILLON, 1er secrétaire fédéral de Seine Maritime, M. Nicolas ROULY, président du Conseil général de Seine Maritime, M. Michel CHAMPREDON, ancien maire d’Evreux, et bien sûr de Mme Claude ROIRON, la candidate aux européennes, une excellente oratrice.

Le 25 mai 2014, un seul jour, un seul tour, pourquoi se mobiliser, massivement, pour les listes de Gauche ?

Mme Claude ROIRON, candidate aux européennes, a relevé qu’en dépit de l’échec aux municipales, les Socialistes sont combatifs ; ils ne se laissent pas abattre à la moindre difficulté. Les Socialistes ont des principes et des valeurs à défendre. S’abstenir c’est avant tout faire le jeu des populistes et des démagogues.

Ce n’est pas la construction européenne qui est en cause, c’est le bilan de la Droite, de José Manuel BARROSO, qui est désastreux. Si on veut une autre Europe, celle du progrès social, il faudra voter pour les listes de Gauche. Quand François MITTERRAND disait «Le nationalisme c’est la guerre », cela s’est vérifié avec la crise ukrainienne, et dans un passé récent, le conflit en Bosnie.

En dépit de ses imperfections (déficit démocratique, bureaucratie et excès de réglementation), l’Europe, c’est avant tout la paix, la démocratie, la libre circulation, la politique agricole commune, et c’est le plus vaste espace économique du monde.

La Gauche, avec Martin SCHULZ, tête de liste du Parti socialiste européen, a pour ambition de réorienter l’Europe vers le progrès social et autour, notamment, des axes suivants :

  • L’Europe devrait se doter d’une véritable politique étrangère et d’une défense pour protéger ses intérêts en cas de guerres locales (Afrique), ou de guerres commerciales ; Les conservateurs négocient en secret avec l’Amérique un accord commercial ; ce qui n’augure rien de bon ;
  • Mettre de l’ordre dans le système bancaire. En période de crise, les banques ont bénéficié d’importantes aides, sans retour d’ascenseur, et continuent à spéculer. Il faut lutter, plus énergiquement, contre la fraude et l’évasion fiscales dont les banques sont complices. La monnaie commune, l’euro, est un progrès, mais elle reste chère et pénalise les exportations ;
  • Mettre fin au dumping fiscal et social, promouvoir un SMIC européen, et harmoniser les fiscalités locales, notamment celles des entreprises afin d’éviter des concurrences déloyales.
  • Promouvoir une nouvelle citoyenne européenne, notamment à l’école, et soutenir la jeunesse et mieux défendre les consommateurs, en termes de traçabilité des produits alimentaires.

Le 25 mai 2014, l’équation est simple, il s’agit de choisir entre :

  • Jean-Claude JUNCKER, ancien premier du Luxembourg, le défenseur du secret acharné bancaire ayant favorisé la fraude et l’évasion fiscale,
  • et Martin SCHULTZ, du Parti socialiste européen, actuel président du Parlement européen, et porteur d’un projet de société. Martin SCHULZ.

La France a 74 députés au Parlement européen, 6 pays totalisent 75% des voix, et donc la France peut peser, considérablement, sur l’orientation de l’Europe, dont le président de la Commission sera proposé, pour la première fois, par le Parlement européen. Naturellement, je ne vais m’abstenir, j’ai choisi Martin SCHULZ.

Prochain meeting, à Paris, le 21 mai 2014, à l’Espace des Blancs Manteaux. Qui avait dit que la campagne des européennes ne décollait pas ?

Paris le 14 mai 2014. M. Amadou BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Mme Claude ROIRON, candidate socialiste aux européennes de 2014.

Mme Claude ROIRON, candidate socialiste aux européennes de 2014.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 15:11

«J’ai toujours eu un goût profond de l’égalité, la recherche de l’égalité entre les hommes est une réaction naturelle chez les êtres humains. Elle l’est encore plus chez celui qui fait partie d’une minorité ou dont les ascendants ont été traités comme tels, c’est-à-dire ont été victimes de l’injustice d’autres hommes. Sentiment compréhensif et instinctif d’ailleurs chez le sang mêlé que je suis» dit Gaston MONNERVILLE. Gaston MONNERVILLE est un métis né d’une mère noire et d’un père blanc. «Nous n’oublions pas que seulement en 1789, et surtout 1848, que les vrais libéraux de France ont pensé à hausser les populations de couleur à hauteur d’homme» dit-il. Sa vie est donc un témoignage indubitable pour le Bien-vivre ensemble et le multiculturalisme. Gaston MONNERVILLE aura, selon les termes de l’un ses biographes, le professeur BRUNET, «un destin d’exception». Avocat à Toulouse et à Paris, député de la Guyane de 1932 à 1940, vice-président du Conseil de la République entre 1946 et 1947, sénateur du Lot entre 1946 et 1974, président du Conseil de la République de 1947 à 1958, président du Sénat de 1958 à 1968, président du Sénat de la Communauté de 1959 à 1960, conseiller général du Lot de 1949 à 1970, maire de Cayenne de 1935 à 1940, maire de Saint-Céré (Lot) de 1964 à 1971, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies de 1937 à 1938, et membre du Conseil Constitutionnel de 1974 à 1983. Sa nomination en qualité de sous-secrétaire d’Etat aux colonies «en dehors même qu’elle consacre la valeur de l’homme, et qu’elle magnifie celui qui en est l’objet, est l’illustration de la politique démocratique (coloniale) de notre pays, en vertu de laquelle tous les fils de la France totale sont placés sur un même pied d’égalité. La France républicaine affirme ainsi, à la face du monde, qu’elle rejette avec dédain et horreur cette dégradante conception raciste  qui fait reculer l’humanité de plusieurs siècles» dit le capitaine Gabriel BUREAU, Secrétaire général de l’UGAC, un orateur au banquet à Paris du 12 octobre 1937. La IIIème République est une période de paradoxe éthique, politique et sociale. La colonisation, une forme de hiérarchisation des civilisations est triomphante. Pourtant, une élite noire est entrain de se constituer, sans équivalent, ce début du XXIème siècle. Gaston MONNERVILLE est un bel «exemple d’intégration républicaine», suivant une expression du professeur BRUNET. Gaston MONNERVILLE c’est une carrière politique longue, riche et exceptionnellement éblouissante. C’est près de 41 ans de présence sur la scène parlementaire (1932-1973), si l’on ne tient pas compte de la parenthèse de la seconde guerre mondiale, à quoi il faut ajouter les neuf années passées au Conseil Constitutionnel (1974-1983).

Le philosophe Luc FERRY a soulevé cette question importante, dans son ouvrage paru chez Grasset en 1997 : «Qu’est qu’une vie réussie ?». En d’autres termes, comment trouver du sens à notre existence ? Gaston MONNERVILLE a eu une vie bien remplie, non pas à cause de ses hautes fonctions, de sa réussite sociale, mais parce qu’il a assumé les devoirs de sa charge avec compétence, humanité et intégrité. On peut dire que Gaston MONNERVILLE a mené sa vie en harmonie avec l’ordre spirituel de l’humanité. Il s’est fixé un idéal supérieur qui se résume en Singularité, Intensité et Amour, et auquel il n’a pas dévié.

En effet, Gaston MONNERVILLE représente, pour nous tous, un modèle d’ascension sociale et de vie exemplaire. Il a décrit les ressorts internes, sa motivation à s’en sortir : «Les garçons et les filles des nouvelles générations avaient à coeur […] de sortir de l’analphabétisme et de l’obscurantisme de naguère. Volonté de surgir de l’ignorance, fierté de démontrer qu’ils étaient les égaux des autres, devoir de se créer une situation sociale, tout les poussait à l’effort. D’où une grande effervescence dans les esprits, une soif irrésistible d’apprendre, une sorte de boulimie du savoir. L’un des objectifs les plus visés fut d’entrer dans le corps enseignant. Ambition qui, aujourd’hui, peut paraître modeste; mais dont la réalisation, en ces temps d’initiation à la vie civique, était aussi pleine de difficultés que de noblesse» dit-il. Dans cette ascension sociale, Gaston MONNERVILLE évoque l’importance de la culture générale, et en particulier de la lecture, notamment dans trois domaines : l’histoire et la littérature de l’Antiquité, la littérature française du XVIIème et du XVIIIème siècle, la littérature romantique. À quoi il faut ajouter le théâtre, l’opéra et la nécessité de s’approprier sa propre culture.

Au seuil du XXIème siècle, la France est gouvernée, maintenant, par des élites, des énarques qui redoutent toute mixité sociale. L’ascenseur social est donc en panne. Il est curieux de constater que les IIIème et IVème Républiques avaient accordé une place importante à la mixité sociale. Les enfants de classe modeste pouvaient espérer se situer en «haut de l’affiche», suivant une expression de Charles AZNAVOUR. Ainsi, Félix EBOUE (1884-1944), administrateur colonial en chef, résistant et humaniste, originaire également de Guyane, a été gouverneur général du Tchad et de l’Afrique Equatoriale Française. Aujourd’hui, très peu de Noirs, en dépit de savantes études dans les grandes écoles, occupent des postes à hautes responsabilités dans les administrations françaises qu’elles soient d’Etat, hospitalières ou territoriales. Sur le plan de la sphère politique, Blaise DIAGNE (1872-1934), Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) et Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), ont bien été nommés Ministres, pendant la colonisation, il faut le préciser.

Nourri des vertus humanistes et républicaines transmises par l'école laïque, achèvera ses études par une double licence de lettres et de droit, suivie d'un doctorat en Droit.  Gaston MONNERVILLE choisit de devenir avocat. Inscrit au barreau de Toulouse à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, il ne tarde pas à rejoindre Paris où il sera notamment secrétaire de la Conférence des avocats. Mais ce n'est ni à Toulouse ni à Paris que sa carrière va changer de cap, c'est à Nantes, où il défend les «émeutiers de Cayenne» devant les assises en obtenant leur acquittement. César CAMPINCHI qui l’avait recruté comme avocat à Paris, raconte cet exploit : «Un jour éclate aux assises de Nantes, une affaire douloureuse. L’indépendance politique, la dignité de l’homme devaient être affirmées et défendues. Il y a là quelques dizaines d’accusés dont la liberté est en jeu. A la barre, plusieurs grands noms du barreau de Paris, et un jeune avocat de couleur que certains ne connaissaient pas très bien. «La parole est à Gaston Monnerville», dit le Président ! Le petit camarade se lève, et il semble que sa taille grandisse d’un coup, parce qu’il représente des revendications politiques d’une race. Il plaide, et si magnifiquement, que les ténors parisiens se taisent, parce que Monnerville avait parlé. Et l’acquittement est triomphalement acquis !».

Homme de courage, Gaston MONNERVILLE a défié le général de GAULLE en 1962. Il a porté l’accusation de «forfaiture» contre le gouvernement de Georges POMPIDOU, en fait c’est contre le général de GAULLE qui a fait adopter la réforme de l’élection du président de la République au suffrage universel direct par référendum ; cette dérive plébiscitaire et autocratique serait une violation de la Constitution suivant certains juristes, instaurant ainsi une monarchie populaire. A l’automne 1968, Alain POHER remplace Gaston MONNERVILLE à la présidence du Sénat, et il sera nommé, en 1974, membre du Conseil constitutionnel.

I – Gaston MONNERVILLE, d’origine modeste

et symbole de l’intégration républicaine,

Gaston MONNERVILLE est né 2 janvier 1897, à Cayenne. La Guyane, cette «France équinoxiale», située en Amazonie, près du Brésil, d’abord occupée par les Hollandais, a été conquise par la France en 1664. La Guyane est un petit territoire ayant donné naissance à des hommes illustres comme Félix EBOUE (1884-1944), gouverneur du TCHAD et résistant, René MARAN (1887-1960), fonctionnaire colonial et écrivain, Léon GONTRANS-DAMAS (1912-1978) fondateur, avec Léopold Sédar SENGHOR et Aimé CESAIRE, de la Négritude. En France métropolitaine et dans le monde entier, Mme Christiane TAUBIRA, Garde des Sceaux, est célèbre. On trouve en Guyane du cacao, du café, de la vanille, de la canne à sucre, et de l’or. Sous-peuplée et manquant d’infrastructures, le paludisme y est endémique. Multi ethnique, la Guyane devient «terre de punition», à cause de la déportation de forçats qu’y installe, à partir de 1854, Napoléon III. Tout individu condamné à moins de 8 ans, après avoir purgé sa peine, doit séjourner en Guyane pour une durée équivalente. Toute condamnation supérieure à 8 ans, entrainait une relégation à vie. La nuit est propice aux mauvais coups. Là-bas, c’est le monde à l’envers, ce sont les Blancs, ces bagnards, qui sont censés représenter l’insécurité. Gaston MONNERVILLE fera fermer ce bagne.

La famille MONNERVILLE, qui vivait en concubinage est, en fait, originaire de Case-Pilote, en Martinique. Issu d’une famille de six enfants, Marc Saint-Yves MONNERVILLE (1857-1921), le père de Gaston,  un métis, comptable à la direction du port, deviendra un commis de mairie. Son père est décrit comme étant un homme tolérant et d’une grande bonté. Marie-Françoise ORVILLE, (1860-19947), la mère de Gaston, est noire, et originaire également de Cas-Pilote. Contrairement au comportement des métis de cette zone, qui renient leurs origines (la peau claire serait une «peau sauvée»), Gaston MONNERVILLE revendique son sang noir. Gaston est d’un tempérament vif et turbulent, mais doté d’une puissance de travail prodigieuse, il est habité par une soif irrésistible d’apprendre. Son biographe dit de lui qu’il est «placide comme le Guyanais, sujet à de brusques colères comme l’Antillais».

Dès le départ, Gaston MONNERVILLE est un amoureux de la République française. Gaston MONNERVILLE résume ainsi son attachement à la France et sa philosophie de vie : «Le fils d'Outre-mer que je suis doit tout à la République. C'est elle qui, dans ma Guyane natale, est venue m'apporter la dignité et la culture. C'est elle qui m'a tout appris et qui a fait de moi ce que je suis». Gaston MONNERVILLE est un républicain, mais c’est un admirateur de la République de 1848, celle de Victor SCHOELCHER (1804-1893), né à Paris de parents alsaciens, député de gauche de la Martinique, puis de la Guadeloupe, qui a fait abolir l’esclavage, par décret en date du 27 avril 1848. Il vénère la République émancipatrice, la République de Victor SCHOELCHER qui a fait des esclaves des citoyens, la République enseignante qui l’a aidé à s’élever dans la hiérarchie sociale et la République des droits de l’homme qui l’a aidé à devenir président du Sénat. Collaborateur de César CAMPINCHI, entré de bonne heure dans la franc-maçonnerie et au Parti radical, il milite pour une «gauche sans excès».

C’est dans ce contexte que Gaston MONNERVILLE a voulu, à l’instar du personnage de Jack LONDON, dans son roman autobiographique, «Martin EDEN», prouver par le travail, qu’un Noir, voué aux tâches ingrates, peut s’élever dans la société. L’exemplarité le condamne à la perfection. Conscient des sacrifices faits par ses parents, Gaston MONNERVILLE est un travailleur acharné à l’école. Il rafle tous les premiers prix et obtient une bourse pour poursuivre ses études en France, en 1912, à Toulouse. Les qualités personnelles du jeune Gaston ont été soulignées, c’est «l’intelligence, l’éloquence, la sensibilité communicative, et leur sœur préférée, la modestie souriante» dira Henri BERENGER, sénateur de la Guadeloupe, lors du banquet du 12 octobre 1937.  Gaston MONNERVILLE fréquente le Lycée Pierre de FERMAT, pour ses études secondaires. Etudiant aux facultés de Lettres et de Droit de Toulouse, sous la direction d’Achille MESTRE, il passe à la fois sa licence ès lettres et sa licence en droit avec félicitations du jury. C'est également avec félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur «La théorie de L'enrichissement sans cause». Celle-ci est honorée d'une souscription du ministère de l'Instruction Publique et primée, la même année, au concours des Thèses.

A Toulouse, en 1918, Gaston MONNERVILLE rencontre l’amour de sa vie qui n’a que 16 ans, Marie-Thérèse LAPEYRE, fille d’un restaurateur. Le mariage sera célébré le 11 septembre 1923, à Aix-les-Bains. Mais à la suite de fausses couches, Thérèse ne pourra pas avoir d’enfant. Gaston MONNERVILLE affirme n’avoir pas souffert de racisme en France. L’intolérance, il l’analyse ainsi, avec un certain recul : «Le racisme se confond souvent avec l’envie, le dépit ou la haine. Il est facile, il est lâche, de trouver un bouc-émissaire pour ses échecs et ses déboires. Le racisme et l’antisémitisme sont là ; ils sont des prétextes commodes pour des individus dont la sécheresse du cœur ne cède qu’à l’indigence d’esprit». Se considérant comme un «fils de la race noire», il est solidaire avec les Juifs, persécuté pendant la Seconde guerre mondiale.

Déjà d’un caractère bien trempé, Gaston MONNERVILLE a été traumatisé par un sentiment d’injustice, à la suite de la révocation de son père. En effet, en 1910, son père, Saint-Yves MONNERVILLE, fut licencié par le Gouverneur de la colonie, pour n’avoir pas accepté de faire allégeance au candidat qu’il soutenait lors d’une élection législative. Avant que cette décision inique ne fût cassée par le Conseil d’Etat, sa famille connut de graves difficultés, pendant deux ans. Gaston MONNERVILLE évoque assez longuement dans son autobiographie cette «première rencontre avec l’injustice»  qui fit que, pendant deux ans, une famille de six personnes avait connu les privations et la gêne, outre une profonde souffrance morale». Cet épisode fut perçu comme une trahison des valeurs républicaines mais n’entama nullement la confiance de la famille en celles-ci. Elle les renforça même dans l’idée qu’il y avait une distinction très nette à faire entre les pratiques arbitraires qui pouvaient subsister dans un territoire encore colonial par certains aspects et celles qui avaient cours en métropole. Ainsi, sa résolution est prise, il veut devenir avocat.

Après son baccalauréat, Gaston MONNEVILLE s’inscrit, en octobre 1915, à la faculté des lettres et à la faculté de droit et il obtient la licence dans ces deux disciplines. À la rentrée 1918, après avoir hésité à continuer en lettres, il s’inscrit au barreau de Toulouse et le 2 décembre 1918 il prête serment devant la cour d’appel. Reçu, en 1921, au concours des Secrétaires de la Conférence, il obtient la médaille d'Or «Alexandre FOURTANIER» qui récompense l'un des meilleurs Secrétaires. A ce titre, il prononce, à une séance solennelle de rentrée, un discours remarqué sur «La Critique et le Droit de Réponse». Probablement marqué par les injustices subies par son père, révoqué arbitrairement de l’administration, Gaston MONNERVILLE choisit la carrière d’avocat. Devant les difficultés d’avoir son cabinet d’avocat à Toulouse, Gaston MONNERVILLE voulait s’orienter initialement vers la magistrature en Afrique. Puis, il est monté à Paris. Mais pendant un certain temps, les portes étaient closes.  Le bâtonnier de l’ordre des avocats le décourage en ces termes : «La profession d’avocat n’est pas un métier, c’est une vocation. On ne devrait s’inscrire au barreau que si on a les moyens d’existence suffisants». Gaston MONNERVILLE quitte Toulouse et s'inscrit, en 1921, au barreau de Paris. Il entre bientôt au cabinet d'un célèbre avocat et député de Corse, César CAMPINCHI (1882-1941), membre du parti radical-socialiste, résistant et homme d’Etat, dont il sera, pendant huit ans, le principal collaborateur pendant dix ans. «J’ai connu Monnerville au sortir de son adolescence, à ce moment où la personnalité commence à se former, et où le destin se précise. Si je devais rendre hommage à ce collaborateur unique, je dirai que jamais il ne m’a trompé, et que jamais il ne s’est trompé. Hommage à sa loyauté, certes, mais aussi à son intelligence, à son sens des affaires, à son grand talent» dit César CAMPINCHI, devenu ministre de la marine, au banquet du 12 octobre 1937. Gaston MONNERVILLE déclare avoir beaucoup appris de son mentor CAMPINCHI «Tu as affirmé en moi le sens des réalités, et ce n’est pas peu. Tu m’as appris à considérer les difficultés, non pour les fuir, mais pour les combattre, tâcher de les vaincre, pour en faire de la matière féconde de l’action» dit-il. En 1923, il est reçu au concours des Secrétaires de la Conférence des Avocats, à la Cour d'Appel de Paris. En 1927, il est élu Président de l'Union des Jeunes Avocats.

 

Gaston MONNERVILLE plaide plusieurs grands procès. Et surtout, il s'illustre, à l'âge de 34 ans, en 1931, dans l'affaire «Galmot». Inculpés après l'émeute provoquée en 1928 par la fraude électorale et par la mort suspecte de Jean GALMOT, quatorze Guyanais sont traduits devant la Cour d'Assises de Nantes. Installé à Paris, comme avocat, le procès de Nantes des Cayennais inculpés après les émeutes ayant suivi la mort de Jean GALMOT, le ramène à la réalité coloniale de son pays. Jean GALMOT (1879-1928) était arrivé en 1906 en Guyane et y développa une activité d’entrepreneur (rhum, caoutchouc, bois, etc.) idéaliste, ancien dreyfusard, tout en pratiquant à l’égard des ouvriers qui travaillaient dans ses entreprises une politique sociale qui le rendit très populaire dans toute la Guyane. Il fut élu triomphalement député en 1919, contre le candidat de l’administration. Condamné en 1924 à la suite d’un krach, il ne put se représenter aux élections de 1924. Il tenta de nouveau sa chance en 1928 mais ce fut Eugène LAUTIER (1867-1935), candidat officiel, qui fut élu. Les poursuites intentées contre les responsables des émeutes d’août 1928 peuvent apparaître comme une volonté de l’administration de mettre un terme à la période inaugurée par Jean GALMOT, qui conservait de nombreux partisans. Au procès des émeutiers à Nantes, du 9 au 31 mars 1931, MONNERVILLE insista notamment sur la faiblesse des charges retenues contre les accusés, les pratiques électorales de l’administration qui révélaient la dimension politique de cette affaire, le climat colonial qui régnait trop souvent en Guyane. Il traça un portrait très élogieux de GALMOT, et demanda aux jurés l’acquittement pur et simple en faisant ressortir que cette décision détruirait «à jamais tous les ferments d’amertume et de rancoeur nés du régime d’oppression que nous avons stigmatisé et montrerait à vos frères guyanais le vrai visage de la France».

La plaidoirie jugée déterminante dans l'acquittement des inculpés conduira Gaston MONNERVILLE à la députation de son pays (1932-1946). Il sera l'un des acteurs principaux de la suppression du bagne en Guyane, l'un des principaux auteurs des lois de départementalisation, du Fonds d'Investissement. Pourtant, il est battu après une campagne électorale haineuse aux législatives de novembre 1946 par René JADFARD (1899-1947). Dans la déconfiture du Parti radical-socialiste, Gaston MONNERVILLE saura rebondir, et entamer une belle carrière politique. Il deviendra président du Sénat pendant 22 ans, et défiera le Général de GAULLE en 1962.

II – Gaston MONNERVILLE, radical-socialiste, franc-maçon et humaniste

Gaston MONNERVILLE appartient à la mouvance républicaine et humaniste. En effet, il est franc-maçon, comme son héros Victor SCHOELCHER. Il existe depuis 1894, une Loge de France à Cayenne, dont l’objectif est de travailler, dans la discrétion, à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Gaston MONNERVILLE a été initié, le 16 octobre 1918, à la Loge, «La Vérité», à Toulouse. Il y rencontre Pierre COT (1895-1977), député, Ministre, résistant et membre de l’aile gauche du Parti radical. Dans ces loges, Gaston MONNERVILLE ne cesse de rappeler l’idéal de tolérance et de fraternité, la primauté de l’esprit sur la bêtise humaine. Pour lui, «la dignité ne se divise pas, elle s’affirme et se respecte». Il fallait à Gaston MONNERVILLE un espace politique qui l’aide à faire passer, dans le concret, cet idéal républicain. Or, le radicalisme s’identifie à la République.

Monnerville sera député de la «France équinoxiale» aux assemblées de la Grande Loge de 1929 à 1937. En 1928, il continue son parcours maçonnique au-delà du degré de Maître en étant admis à la loge de perfection -Perfection Écossaise 135. En 1931, il est reçu au Chapitre 72 des Fidèles Écossais (à partir du 18ème degré). En 1937, il accède à l’aréopage n°309 Lutétia. Pour finir ce cheminement maçonnique, Gaston MONNERVILLE devient membre du Suprême Conseil, et continuera de mener une vie maçonnique active jusqu’à un âge avancé. Lors d’une conférence donnée le 5 mai 1981 à la Grande Loge de France (rue de Puteaux dans le 17éme) il planchera sur un thème philosophique consacré à l’abbé Grégoire. Bien que la Grande Loge de France soit une obédience privilégiant le travail sur le symbolisme, MONNERVILLE aborde des thèmes politiques comme le racisme ou les injustices sociales. Gardien de la flamme, qui veille toujours si fidèlement au souvenir d'Henri GREGOIRE (1750-1831), Gaston MONNERVILLE, qui fut à l'origine du transfert des cendres de Victor SCHOELCHER, et Félix EBOUE, au Panthéon, s'efforce depuis de nombreuses années à transférer les cendres de l'Abbé GREGOIRE du cimetière Montparnasse au Panthéon. Gaston MONNERVILLE, a présidé le 31 mai 1989, à l'Amphithéâtre Richelieu, une journée dédiée à Henri GREGOIRE.

 

En grand républicain et homme de conviction, Gaston MONNERVILLE avait adopté pour principe «la dénégation de s’être jamais trouvé en butte au racisme». Pour lui, la France républicaine ne pouvait être tenue «pour responsable des errements de certains de ses enfants». L’enfant de Guyane avait appris que la République voulait que tous ses enfants soient libres, égaux et fraternels. L’idéal républicain, hérité de l’école, même démenti par la réalité coloniale, était, pour lui, acte de foi et principe d’action. En effet, MONNERVILLE a lutté contre toutes les formes de racisme : «Le drame qui angoisse nos frères de race juive n’a pas seulement son écho dans leur cœur. Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu’il assiste au spectacle d’un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d’une nation civilisée : je veux dire le souci d’être juste, la volonté d’être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu’en soit la religion, la couleur ou la race» dit-il dans sa déclaration du 21 juin 1933. Il s’est indigné, pendant l’Occupation de la ségrégation mise en place contre les Noirs : «A Vichy, j’ai trouvé un grand nombre d’hommes de couleur, récemment démobilisé et encore sous l’uniforme. On leur avait refusé tout accès dans les trains partant vers la zone Nord. (…) Ce qui nous attrista, profondément, c’est que cet ordre odieux venait de l’administration française, c’était, en effet, le ministère des PTT qui l’avait signé et fait afficher. Vous concevez notre amertume : le gouvernement français, foulant aux pieds les plus fortes traditions de ce pays, se montrait, en l’occurrence, le serviteur docile de l’occupant» écrit-il dans son «témoignage». Gaston MONNERVILLE, Gratien CANDACE et N’Galandou DIOUF écrivent au maréchal PETAIN une lettre du 6 août 1940, pour protester contre cette atteinte à la «dignité humaine». C’est Gaston MONNERVILLE qui avait dénoncé à la libération, la tentative du gouvernement français de supprimer les photos des Noirs juchés sur les chars du général LECLERC à la Libération de Paris.  

 

L’engagement politique de Gaston MONNERVILLE est un des traits saillants de sa vie. Il appartient, comme d’ailleurs Mme Christiane TAUBIRA, à l’aile gauche du Parti radical-socialiste : le mouvement «Jeunes-Turcs». Le Parti radical, sclérosé et usé, reçoit de ces «Jeunes-Turcs» du sang neuf, qui le ramène à sa tradition de gauche, dans la mouvance de l’énergique Edouard DALADIER (1884-1970) et de Jean ZAY (1904-1944), avocat, Ministre et résistant assassiné par la Milice. Gaston MONNERVILLE, en raison de ce militantisme intense, côtoie de grands noms du Parti Radical : Henri QUEUILLE (1884-1970), député de la  Corrèze, président du Conseil et plusieurs fois ministre, Pierre MENDES-FRANCE, député et président du Conseil (1907-1982), Edouard HERRIOT (1872-1957), trois fois président du Conseil et membre de l’Académie française. Faut-il le rappeler, le Parti radical-socialiste a dominé la vie politique française jusqu’à la fin de la 2ème guerre mondiale. Le Parti radical est le plus ancien parti politique de France, puisqu’il est né le 21 juin 1901. Ayant été à la base de 31 gouvernements, c’est le Parti radical, avec l’impulsion du Ministre Emile COMBES (1835-1921), qui a été à l’initiative de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat. Les radicaux inspirés de la mouvance humaniste et républicaine, refusent l’absolutisme royal et prônent l’autonomie de l’individu et la liberté de penser. C’est sous l’impulsion de l’avocat Alexandre-Auguste LEDRU-ROLLIN (1807-1874), et par la suite de Léon GAMBETTA (1838-1882), que la République a été consolidée et des conquêtes démocratiques ont été arrachées, comme l’abolition de l’esclavage, le suffrage universel, la liberté d’association et de presse, le droit de réunion, la gratuité de l’enseignement secondaire. Les gouvernements de Léon BOURGEOIS introduisent les notions de justice et d’égalité sociales en politique. L’ascension sociale se fait grâce à l’instruction publique et l’impôt joue un rôle privilégié de redistribution.

 Il n’est pas étonnant que Gaston MONNERVILLE consacre, en 1968, un imposant ouvrage sur Georges CLEMENCEAU (1841-1929), ce continuateur de l’action de Léon GAMBETTA et adversaire de l’expansion coloniale. Georges CLEMENCEAU, un républicain bien trempé, combat le cléricalisme et l’ordre moral. Sénateur du Var, Georges CLEMENCEAU, président du Conseil, a gagné la première guerre mondiale.

Gaston MONNERVILLE a été Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, sous le gouvernement du radical-socialiste de Camille CHAUTEMPS (1885-1963), du 29 juin 1937 au 10 mars 1938. Les Allemands critiquent violemment cette entrée d’un Noir au gouvernement : «La France a adopté une politique indigène qui, outre qu’elle est une folie pour la Nation française elle-même, est un danger pour les autres Nations d’Europe». Avant Gaston MONNERVILLE, seul le député noir du Sénégal, Blaise DIAGNE (1872-1934) a été membre du gouvernement français de 1918 à 1922. Camille CHAUTEMPS, juriste et franc-maçon, député et sénateur, a fait supprimer le bagne de Guyane, dépotoir de toutes les misères humaines avec son corollaire, la relégation. Gaston MONNERVILLE est particulièrement fier de cette mesure : «s’il n’y en avait qu’une (suppression du bagne), que la mémoire des hommes dût retenir parmi celles que j’ai pu faire adopter au cours de ces années, assurément ce serait celle-là».  Sous l’impulsion de Gaston MONNERVILLE le gouvernement fait voter un Fonds colonial afin d’améliorer le développement économique et social des Colonies. Gaston MONNERVILLE propose dès 1938, et obtient, le 26 mai 1949, que les cendres de Victor SCHOELCHER et de Félix EBOUE fussent transférés au Panthéon.

III – Gaston MONNERVILLE, une carrière politique exceptionnelle

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Gaston MONNERVILLE doit tout recommencer à zéro. Son cabinet d’avocat est resté fermé depuis 1939. Le Parti radical, selon une idée reçue, qui aurait peu participé à la résistance, sombre dans un déclin irréversible. Pourtant, le Parti radical compte de  nombreux résistants dans ses rangs, comme Jean MOULIN, chef national de la résistance, Jean ZAY, Pierre MENDES-France, René CASSIN. Cependant, pour bon nombre de Français, le Parti radical est un symbole de la IIIème République qui a conduit au désastre de 1940. Et, ce parti a refusé d’avaliser le droit de vote pour les femmes. Le Parti communiste est devenu la principale force politique de France au sortir de la guerre.

En dépit du déclin de son Parti radical, Gaston MONNERVILLE a su rebondir. En tout cas, c’est dans les épreuves que se révèlent les caractères des grands hommes. Affublé de son passé de parlementaire (député de la Guyane en 1932 et 1936), de Ministre et de résistant, Gaston MONNERVILLE entreprend, avec un groupe d’amis, de rénover le Parti radical. Dès janvier 1947, Edouard HERRIOT redevient président de l’Assemblée nationale. Les radicaux retrouvèrent des portefeuilles ministériels, et André MARIE (1897-1974), puis Henri QUEUILLE, la présidence du Conseil. Gaston MONNERVILLE est élu à la présidence de la commission de la France d’Outre-mer de l’Assemblée consultative. Il est reçu en audience par le Général de Gaulle qu’il rencontre pour la première fois. Il travaille activement à la loi du 19 mars 1946 sur la départementalisation des territoires d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion et Guyane),  qui est censée mettre un terme à la discrimination coloniale.

Elu pour la troisième fois député de la Guyane à l'Assemblée Constituante, le 21 octobre 1945, le mandat de Gaston MONNERVILLE est renouvelé le 2 juin 1945, à la deuxième Assemblée Nationale Constituante. Cependant, aux élections législatives en Guyane du 10 novembre 1946, Gaston MONNERVILLE est battu, à la suite d’une campagne électorale d’intimidation et d’obstruction de la Droite. Certains scandaient pendant la campagne électorale violente : «Abattez Monnerville ! A bas le franc-maçon ! A bas le Nègre-blanc !». Il n’était beaucoup présent en Guyane, mais avait résolu bon nombre de dossiers et de problèmes. Gaston MONNERVILLE songe alors à repartir en Métropole se consacrer à son cabinet d’avocat.

A peine est-il revenu en France métropole, que le président du Conseil général de la Guyane lui propose un poste de conseiller de la République de Guyane. Il est élu, au suffrage universel indirect, le 15 décembre 1946, et peut, désormais, siéger au Palais de Luxembourg. L’élection du président du Conseil de la République ayant eu lieu au bénéfice de l’âge, le nouveau président du Palais de Luxembourg, Auguste CHAMPETIER DE RIBES (1882-1947), pionnier du syndicalisme chrétien, ne pouvait pas siéger, pendant longtemps, pour des raisons de santé. Il délégua cette fonction à son vice-président, Gaston MONNERVILLE. Avec sa méticulosité, son sens de l’analyse, de l’impartialité et une autorité naturelle, Gaston MONNERVILLE s’acquitta de cette tâche avec brio. Il allait voir, régulièrement, le président CHAMPETIER DE RIBES, à son domicile, pour lui rendre compte de ses activités. Ils sympathisèrent. De sorte qu’à la mort du président du Conseil de la République CHAMPETIER DE RIBES, le 6 mars 1947, ce sont ses amis qui proposèrent la candidature de Gaston MONNERVILLE.

Gaston MONNERVILLE a été vice-président du Conseil de la République de 1946 à 1947, président de cette institution de 1947 à 1958, et président du Sénat de 1959 à 1968, qu’est-ce qui explique cette longévité ?

Son habileté, sa connaissance du règlement intérieur et de la classe politique de son époque, expliquent ce long mandat. La preuve de sa sagesse et de son efficacité, ont résidé dans la recherche de la conciliation des points de vue opposés, sans fuir l’affrontement. Sa compétence est reconnue de tous. Il n’aime pas les mondanités, mais se concentre sur sa famille et ses missions. Son intégrité morale, sa soif d’apprendre et son incroyable ténacité, sont au cœur de sa réussite. Gaston MONNERVILLE a fortement contribué à une renaissance du Sénat. «Sous son autorité, le Conseil de la République, voué à n’être qu’un cénacle, est devenu une assemblée parlementaire. Et l’affrontement, lors du référendum d’octobre 1962, sur le recours à l’article 11 de la Constitution, a marqué que le Sénat, sous la présidence de Gaston Monnerville, n’accepterait jamais d’être une chambre d’enregistrement des volontés du pouvoir exécutif, aussi prestigieux que soit son titulaire» dira Robert BADINTER. Lors de son discours d’investiture au Sénat, le 21 mars 1947, Gaston MONNERVILLE avait dégagé une ligne de conduite qui allait inspirer un grand respect de ses collègues. Il déclare «ne pas être un homme de parti, mais un arbitre impartial entre les partis». Il entend surtout défendre les droits reconnus par la Constitution au Sénat. La rigueur, l’impartialité et la qualité du débat, lui ont assurés une longévité à la présidence du Sénat. Il réhabilite le travail parlementaire, en restaurant notamment les questions orales ainsi que le système de la navette. Il s’attache surtout à l’intérêt général dans la conduite des débats et reprend, à son compte, cette formule de Jules FERRY : «La véritable forme de gouvernement parlementaire, ce n’est pas le conflit des pouvoirs, c’est l’harmonie, l’harmonie qui laisse à chacun son rôle, tout son rôle». Selon lui, «les bons textes sont le fruit du temps et de l’échange». Juriste scrupuleux, la loi n’a que des serviteurs, elle n’a pas de maître, la règle fondamentale s’imposant donc à tous.

A la suite de l’arrivée au Palais Bourbon de Léon GONTRANS-DAMAS, le rapport des forces a changé, défavorablement, en Guyane, pour Gaston MONNERVILLE. Le président du Conseil, Henri QUEUILLE demanda alors à MONNERVILLE de se présenter dans le département du Lot, pays natal de Léon GAMBETTA, terre radicale par excellence, mais exclusivement blanche. C’est la première fois qu’un homme noir se présente au Sénat, dans une circonscription métropolitaine. Cela est à mettre en parallèle avec l’exploit réalisé par George PAU-LANGEVIN, aux législatives à Paris du 20 juin 2012, dans le 20ème arrondissement. Certains avaient raillé le président du Sénat : «Si MONNERVILLE est élu, on aura de la canne à sucre dans le Lot». Il sera, pourtant élu à une large majorité, aux sénatoriales du Lot, et restera en fonctions jusqu’en 1974. Il sera élu et réélu conseiller général du Lot de 1949 à 1970. Très proche, attentif et à l’écoute des préoccupations du monde agricole, il se fera élire, président du Conseil général du Lot de 1951 à 1970, et conseil municipal et maire de Saint-Céré, de 1964 à 1971.  Il se créa, entre Gaston MONNERVILLE et le Lot, un indubitable courant affectif.

Alors qu’il était au faîte de sa gloire, Gaston MONNERVILLE, pour raisons de principe et d’éthique, a choisi de combattre le pouvoir personnel du Général de GAULLE. Bien des personnes confortablement installées, par souci de carriérisme et de sécurité matérielle, auraient observé la réserve et le silence en pareille circonstance. Pourtant, le 29 septembre 1962, Gaston MONNERVILLE monte à la tribune du congrès radical à Vichy pour s'opposer au projet de référendum du général de Gaulle qui instaurera l'élection du président de la République au suffrage universel. Ce refus intransigeant est le symbole de toute une vie empreinte d'indépendance, de respect du droit et d'un amour sans réserve pour la République. «À la tentative de plébiscite, clame le président du Sénat, je réponds personnellement : non ! La motion de censure m'apparaît comme la réplique directe, légale, constitutionnelle, à ce que j'appelle une forfaiture». Le rouleau compresseur du pouvoir gaullien se met en marche contre Gaston MONNERVILLE qui sera ostracisé. Gaston MONNERVILLE s'est représenté à l'élection en 1965, a été élu au premier tour. En 1968, il renonce à cause des dysfonctionnements des institutions dus aux désaccords avec le général  De GAULLE.

Officier de l’Ordre national de la légion d’honneur, Croix de Guerre 39-45, médaillé de la Résistance avec rosette (1945), Commandeur des Arts et des Lettres, Gaston MONNERVILLE décède le 7 novembre 1991, à Paris. Il a été incinéré, et ses cendres ont été dispersés au large du Havre. «Monnerville est aujourd’hui bel et bien vivant. Il est vivant parce qu’il servit la République, qu’il servit la France, qu’il servit la Guyane et qu’il mérite de rejoindre un jour, à côté de ses pères tutélaires, l’abbé Grégoire, Victor Schoelcher, Jean Moulin et son ami Félix Eboué. Oui que son nom aille dans la maison où vont les hommes qui ont bien mérité de la patrie» dira, dans son discours du 2 novembre 2011, à la mairie de Paris, le sénateur Georges PATIENT. Le président MONNERVILLE ne redoutait pas la mort, le terme obligé de chaque vie. Les vivants ont un devoir ardent de préserver la mémoire des grands hommes.

Bibliographie très sélective :

1 – Contributions de Gaston Monnerville

MONNERVILLE (Gaston), «L’Indochine, l’AOF et la Guyane seront-elles représentées au Sénat, entretien avec Gaston Monnerville», La Gazette coloniale, 17 septembre 1936, n°253, 9ème année, page 2 ;

MONNERVILLE (Gaston), Clémenceau, Paris, 1968, Fayard, Collection les grandes études historiques, 769 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Guyane française, terre d’espace, Paris, Berger-Levrault, 1964, 232 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), L’affaire Galmot, procès des émeutiers de Guyane, Paris, Presses internationales indépendantes, 1996, 93 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Le Sénat, une institution fondamentale de la République, Paris, éditions Serpic, 1965,  58 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Où va l’Union française ? Du colonialisme à l’association, Paris, Julliard, 1955, 231 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Témoignage de la France équinoxiale au Palais du Luxembourg, Paris, Plon, 1975, 464 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Vingt deux ans de présidence, Paris, Plon, 1980, 594 pages.

2 – Critiques de Gaston Monnerville

A.D.E.L.F., Le président Gaston Monnerville, actes colloque à Loupiac du 31 août au 3 septembre 1995, sous la direction de Jacques Augarde, Simone Dreyfus, et Edmond Jouve, 1998, 528 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville : un homme d'État de la République française, Actes du colloque, 14-15 octobre 1997, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville et la Guyane : 1897-1948, Matoury, Ibis Rouge, 1999, 396 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages ;

BEL (Jean-Pierre), «L’hommage à Gaston Monnerville», La Dépêche de Toulouse, 6 novembre 2011, page 1 ;

BENDJEBBAR (André), «La fin du bagne de Guyane : entre droit et politique», Histoire de la justice, 2016, (1) n°26, pages 198-200 ;

BONNETON (André, Alexandre), Gaston Monnerville, fils de Guyane, Presses Internationales Indépendantes, 1996, 93 pages ;

BOULBINA (Seloua Luste), «Ce que postcolonie veut dire : une pensée de la dissidence», Rue Descartes, 2007 (4) n°58, pages 8-25 ;

BRUNET (Jean-Paul), Gaston Monnerville (1897-1991), un destin d’exception, Matoury (Guyane), Ibis Rouge Editions, 2013, 252 pages ;

BRUNET (Jean-Paul), Gaston MONNERVILLE, le républicain qui défia De Gaulle, Paris, Albin Michel, 1997,  332 pages ;

CENDRAS (Blaise), Rhum : l’aventure de Jean Galmot, Paris, Grasset, 1930, 183 pages ;

CHATHUANT (Dominique), «L’émergence d’une élite noire dans la France du premier XXème siècle», Vingtième siècle, revue d’histoire, 2009 (1) n°101, 133-147 ;

CONORD (Fabienne), «De la République sénatoriale à la forfaiture. Le Sénat et la Vème République : 1959-1962», Histoire et politique, 2010 (3) n°12, page 4 ;

DAUTET (Vanessa), Gaston Monnerville et le Gaullisme : l’affrontement de deux conceptions de la République, Mémoire, Institut d’études politiques, 1993, 131 pages ;

FOGACI (Frédéric), «Le monde de la notabilité radicale et radicale-socialiste de l’après guerre : entre survie et adaptation (1945-1969)», Histoire et politique, 2015 (1) n°25, pages 82-102 ;

GUILLAUME (Sylvie), «Le cartel des Non», Parlement(s), revue d’histoire politique, 2004 (3), n°HS 1, pages 45-64 ;

Les Guyanais de Paris, Les Amis de Gaston Monnerville, La Guyane à l’honneur, manifestation du 12 octobre 1937 en l’honneur de Gaston Monnerville, député de la Guyane, sous-secrétaire d’Etat aux colonies, Paris, Festina, A. Nollier, 31 pages, doc Manioc.org références 80004846 ; 

MATHEU (Jean-Louis), «Gaston Monnerville, escale à Toulouse (1913-1921)», 6 pages ;

MEULEMANS (Jules), «M. Gaston Monnerville, député de la Guyane, sous-secrétaire d’Etat aux colonies», La revue diplomatique, 30 novembre 1937, n°2171, 60ème année, pages 1-3 ;

MOURALIS (Bernard), «René Maran et Gaston Monnerville : entre Négritude et radicalisme», Francofonia, 2005 (14) pages 101-122 ;

N’DIAYE (Pap),  La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, 440 pages ;

PALMIER (Jean-Joseph), Que faire des minorités visibles ? L’exemple de Gaston Monnerville, président du Sénat, préface de Jean-Philippe Martial, Paris, L’Harmattan, 2015, 210 pages ;

PARODI (Jean-Luc), «Le conflit entre l’exécutif et le président du Sénat», Revue française de Sciences Politiques, 1963, n°2, 13ème année, pages 454-459 ;

RACINE-FURLAUD (Nicole), «Jean-Pierre Brunet, Gaston le républicain qui défia de Gaulle», Revue française de science politique, 1998, (2) vol 48, pages 312-313 ;

SENAC (Réjane), «Des dilemmes de la pensée républicaine de l’égalité», in L’égalité sous conditions, Paris, Presses sciences po, 216 pages, spéc pages 35-82 ;

Paris le 24 janvier 2015 et actualisé le 10 août 2018, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Gaston MONNERVILLE, avocat et président du Sénat de la République française pendant 22 ans.
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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 10:15

Le 10 mai 1981 dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on a tous exulté « on a gagné ! ». Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance. Les Communistes, tant redoutés en plein guerre froide, allaient gouverner avec les Socialistes. Première élément de rupture, à la place de la Bastille ce soir du 10 mai, un député communiste de l’Essonne, Pierre JUQUIN, monte à la tribune, ivre de joie et fait l’éloge de MITTERRAND. C'est une violente tornade, vers 3 h 30 qui nous a chassés de la Place de la Bastille. Pendant la marche vers mon domicile à la rue des Boulangers, à quelques 20 minutes de la Place de la Bastille, j'ai savouré, sans limites, cet instant magique de bonheur. Parfois, certains moments fugaces, mais intenses, sont logés, durablement, dans votre mémoire, et résument toute une situation.

Dès le lendemain, un camion débarque des caisses de champagne au métro Luxembourg. Les passants et les touristes qui n’y comprenaient rien, s’en donnent à cœur joie. Au restaurant universitaire à Mazet, avec les jeunesses socialistes, on perturbe le repas de midi, en entonnant encore «on a gagné».

Ce 21 mai 1981, j’arrive très tôt à la rue Soufflot, pour pouvoir apercevoir François MITTERRAND qui venait déposer recueillir sur les tombes de Jean Jaurès, du résistant Jean Moulin et de Victor Schoelcher qui a participé à l'abolition de l'esclavage en France. L’affluence de la foule et la dureté du service d’ordre sont tels que je suis rejeté loin de l’itinéraire du nouveau président. Je suis même tombé, sans être piétiné par cette foule délirante. Mais j’ai entendu, l’orchestre de Paris, entonner l'Hymne à la joie. C’est grâce à la caméra de mon ami, Serge Moati, que j’ai apprécie, par la suite, à la TV, cette cérémonie. J’étais là pour participer à cette immense joie que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Traditionnellement, les Parisiens sont méfiants, distants et peu exubérants. Et les voila qui se lâchent, vous saluent et même vous embrassent. Moi aussi, j’en ai profité pour embrasser quelques unes. Cette liesse et ambiance fraternelles, je les ai ressenties également lors du Bicentenaire de la Révolution en 1989. Et de nouveau, avec les jeunes socialistes on s’est lâché «on a gagné».

33 années après, je me pose encore cette question : Mais, au fait, en temps que citoyen français d’origine sénégalaise, qu’avons-nous exactement gagné ?

Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie».

Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, a été dure avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans le panier à salade. Ainsi, un matin, habitant à l’époque à le rue des Boulangers, dans le 5ème arrondissement, et me rendant, en courant à ma faculté à la place du Panthéon, j’étais en retard, la police m’interpelle : «Pourquoi tu cours ? Ta carte de séjour». Oui, pour eux un Noir qui court ce n’est être qu’un voleur et un clandestin. Je réponds à l’agent que j’en ai pas. Menotté et jeté dans la camionnette, je me retrouve au commissariat, tout près du Boulevard Saint-Germain. L’officier de police de garde me toise : «alors tu n’as pas de séjour, tu vas te retrouver dans ton pays». Je lui réponds que, citoyen français, mon pays n’est pas loin, et je n’ai donc pas de carte de séjour. J’étais quand même en retard à mon cours à la faculté de droit. Moi, le paresseux, il fallait remonter la Montagne Sainte-Geneviève. Quant aux étudiants étrangers, les retraits de carte de séjour arbitraires étaient fréquents. On a fondé une association de défense des étudiants étrangers, INTERCAPA. J’ai prié, à Sainte-Geneviève, la patronne de Paris, que ces vexations puissent cesser, un jour, avec la victoire de la Gauche. MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.

En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voie de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public.

Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. La peine de mort a été abolie. J’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, lors du trentenaire de la loi de 1983, sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel.

Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les 4 Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.

Comme «Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive. Je prie pour le repos de son âme et que cet esprit de tolérance, de justice, d’égalité et de fraternité, de mai 1981, puisse encore durer des siècles et des siècles.

Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire. Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une Apartheid qui ne dit pas son nom. En 2012, la Gauche avait tous les pouvoirs, y compris au Sénat, mais le droit de vote des étrangers a été remis aux calendes grecques.

En dépit de ces sérieuses réserves, qui appellent des mesures de correction, sans délai, je crois fondamentalement aux valeurs républicaines et socialistes, pour une société plus fraternelle et plus juste. Entre le 21 mail 1981, à l'assaut du Panthéon pour changer la vie, et le 21 avril 2002, où j'entends, depuis lors et sans cesse, les trompettes de la peste brune résonner, je me suis dit où est l'héritage de François MITTERRAND ?

M. Lionel JOSPIN, un remarquable Premier Ministre, a diminué le chômage, équilibré les comptes, et mis en œuvre des réformes de progrès, comme la parité. M. JOSPIN a corrigé les dérives de cette «Gauche caviar». Protestant et rigoriste, M JOSPIN a introduit de grandes valeurs morales dans la politique. Il fait ce qu’il dit. Il dit ce qu’il fait. Comme le dirait Amadou Hampâté BA, "L'homme c'est sa parole. La parole est l'Homme". Je regrette très profondément le coup du sort du 21 avril 2002, et surtout cette fierté mal placée de sortir définitivement du jeu politique.

DSK est un réformiste compétent et brillant universitaire, mais il a choisi de mener une vie de bâtons de chaise. Tant pis pour lui et pour la France.


Un autre François, M. HOLLANDE, est un homme honnête qui a engagé une bataille très difficile, celle de l’équilibre des comptes publics. Mais ces efforts douloureux ne sont pas acceptables que s’ils sont suivis de résultats substantiels et tangibles, en termes d'emploi, de pouvoir d'achat et de bien-être de chacun. Les aides consenties aux entreprises ne sont légitimes qui elles contribuent à créer de la richesse nationale, et surtout de l’emploi. L’aide à la spéculation boursière doit être condamnée, sans réserve.

Le Socialisme auquel je crois, c’est celui de la défense des valeurs républicaines d’égalité de justice, de fraternité, de démocratie et de dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société. «L’Homme est la mesure de toute chose», disait un ancien grec, PROTAGORAS.

Paris le 10 mai 2014. M. BA Amadou http://baamadou.over-blog.fr/

François MITTERRAND, le 21 avril 1981 au Panthéon. I was there.

François MITTERRAND, le 21 avril 1981 au Panthéon. I was there.

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 22:18

«Penser clair, parler vrai, agir juste» telle est la méthode ROCARD. Resté fidèle jusqu’au bout au socialisme, devenu un mythe politique avec une conscience aiguë de son rôle dans l’Histoire, Michel ROCARD symbolise une inlassable tension à conjuguer le réalisme de l’exercice du pouvoir avec les combats de la gauche française pour la justice sociale et pour une démocratie plus proche des gens. Porteur d’un discours de vérité, il n’a pas cessé de s’attaquer à la complexité des dossiers économiques, sociaux, culturels et éthiques, qu’ils concernent la politique intérieure, la construction européenne, la conduite des relations internationales ou la protection de l’environnement. «Rares sont les hommes et les femmes politiques qui ont pu faire de leur nom un emblème politique, un ralliement, j’ose dire un totem, une sensibilité, une appartenance. Toute votre vie, vous vous êtes fait une certaine idée de la politique», dit François HOLLANDE lors de la remise de la Légion d’honneur, le 9 octobre 2015, à Michel ROCARD.

Qualifié de «technocrate de luxe» par Pierre VIANSSON-PONTE, pour ROCARD, l’économie a un champ autonome que la politique doit prendre en compte. Le réel est le critère de vérité ; il faut réfléchir sur le comment produire, mais aussi sur le comment vivre. Par conséquent, il milite pour une société du partage, débarrassée des addictions du matérialisme, capitaliste ou communiste. Sa part de rêve que la réflexion et l'action politique ne sont rien, si elles ne répondent à une exigence éthique et de solidarité. En effet, le «Coeur à l'ouvrage», c'est l'évocation de l'itinéraire hors du commun d'un intellectuel engagé chez qui le réalisme politique n'a jamais étouffé l'élan de la générosité. Michel ROCARD n’a jamais oublié «les principes immuables de la société des humains». Dans sa fibre sociale et humaniste, il est anticolonialiste, antiraciste et favorable à une coopération équitable avec le Tiers-monde. «Rêveur réaliste, réformiste radical», suivant une formule d’Alain BERGOUNIOUX : «L’homme est animal social doté de l’esprit, pour s’acheminer vers la vie de l’esprit, il faut maîtriser la vie matérielle. Dominer le capitalisme est un devoir du socialisme» dit ROCARD.

Michel ROCARD est un socialiste réformiste, avec un attachement particulier à la liberté et à l’égalité : «Je refuse d’appeler socialiste n’importe quel régime populiste et autoritaire. Dès, ses origines, l’espérance socialiste est tout autre. L’espérance socialiste sous la forme d’une revendication de liberté plus grande, d’épanouissement plus complet. Si la double référence d’égalité et de liberté a toujours été présente, c’est toujours la volonté de libération qui prime. Le socialisme, dans la liberté, suppose le pluralisme des partis. Il n’y a pas de liberté, durablement garantie dans une société, si elle ne s’exerce pas pleinement dans l’organisation économique et sociale», dit-il.

Ma rencontre inattendue, le 19 novembre 2005, avec Michel ROCARD, au congrès du Parti Socialiste, au Mans, m’a laissé une forte impression. Je lisais son livre «Si la Gauche savait, entretiens avec Georges-Marc BENAMOU», quand M. ROCARD, tout de go, me pose cette question : «qu’est ce que tu as pensé de mon livre ?». Intimidé par ce géant de l’histoire, j’ai d’abord bredouillé, puis je me suis vite ressaisi. J’ai fait part à l’ancien Premier Ministre, de mon appréhension, au début de ma lecture, avec son style hermétique d’énarque, de ne rien comprendre à son livre. Cependant, j’ai été agréablement surpris par le style fluide et simple adopté. Sans doute que Georges-Marc BENAMOU y est pour quelque chose.

Je ne savais pas que Michel ROCARD avait un engagement tiers-mondiste aussi marqué, une opposition farouche et parfois violente à MITTERRAND, mais surtout une grande originalité et finesse de sa pensée sur la «Deuxième gauche ».

Michel ROCARD est le 23 août 1930 à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris. Sa petite sœur, Claudine, est handicapée. Sous Louis XIV, et jusqu’aux guerres napoléoniennes, un rocard est une gueule cassée, un soldat revenu blessé de la guerre ; si l’on remonte loin, c’est une famille d’origine champenoise, des vignerons du plateau de Langres, devenus traditionnellement des militaires et mathématiciens. Michel ROCARD appartient à la bourgeoisie intellectuelle du Quartier Latin. Fils d'un professeur et physicien dont les travaux ont conduit à la mise au point de la bombe atomique, Yves ROCARD (22 mai 1903 à Vanves, Morbihan – 16 mars 1992 Paris 5ème), et d'une institutrice, Renée FAVRE (23 mai 1904, Regnier Haute-Savoie – 11 octobre 1996, Saint-Germain-en-Laye) : «Ma mère m’a flanqué quelques inhibitions et démoli mes rapports avec la gent féminine» dit-il. Par conséquent, M. ROCARD n’est pas né dans une famille socialiste. C’est à l’adolescence qu’il rencontre la Gauche. Michel porte le prénom de grand-père maternel tué dans un combat aérien à la Première guerre mondiale et héritera de ses qualités : une insatiable curiosité, un sens inné de la pédagogie et une volonté exigeante de dépassement de soi. Sa mère, une savoyarde, fille d’un instituteur, dont le mariage n’est pas heureux, très possessive, autoritaire et fière de son fils, reporte sur lui tout son amour. Le père de Renée, un protestant rigoriste, inculque à sa fille les principes de tolérance, le besoin d’absolu et une grande bonté. Renée, qui a perdu très tôt ses parents, devient institutrice, et c’est à l’occasion de sa formation à Sèvres, dans les Hauts-de-Seine, qu’elle rencontre Yves ROCARD, un catholique par tradition et agnostique, un agrégé de physique et docteur en mathématiques ; ils se marient le 24 octobre 1929, à Sèvres. «Attention, c’est un savant, pas un homme à marier. Il a déjà épousé la science et les recherches» dira un ami. Renée est autoritaire, dominatrice et volubile, tandis que Yves est timide, désordonné et indépendant et peu chaleureux, seules ses recherches l’intéressent. Mais Renée est séduite par l’intelligence et le culte de l’effort de cet homme. Michel ROCARD éprouve à l’égard de son père une sorte de curiosité, d’admiration pour son génie et d’affection craintive. Ses parents divorceront en 1963, après 35 ans de mariage.

Les ROCARD qui habitaient SURESNES, à la naissance Michel, déménagent pour le 120 rue d’Assas, à Paris 6ème, un appartement confortable, mais austère. Michel passe ses étés, avec ses parents, dans leur maison, à Saint-Benoît par Auffargis, près de Rambouillet. Il fait ses études primaires à l’école Alsacienne, rue d’Assas, ses études secondaires au lycée Montaigne, puis au Lycée Louis Le Grand. Après l'obtention d'un baccalauréat scientifique le 10 juillet 1946, avec mention «assez bien», il se détourne, cependant, d'un cursus en sciences contre l'avis de son père et entre à l'Institut d'études politiques de Paris. Son père, un chercher austère d’un caractère difficile, convaincu de la nocivité de la politique et de l’administration, le destinait aux sciences exactes. Yves ROCARD est un bourgeois conservateur ; son héros c’est le général de GAULLE : «Lorsqu’on est scientifique, on ne peut pas se payer le luxe d’être un agitateur. La politique de gauche est destructrice, car les hommes de gauche n’ont pas la perception du réel. La droite me ravit, mais elle a une existence qui n’existe pas en face » écrit Yves ROCARD. Il s’inscrit à Science-Po et ne veut pas aller à l’école normale. C’est sa première transgression de l’ordre établi par sa famille. Son père entre dans une grande colère : «tu vas apprendre à baratiner, c’est-à-dire à empêcher les gens de travailler». Pour payer ses études, Michel ROCARD est recruté comme tourneur-fraiseur dans le laboratoire de son père, il y fait la connaissance d’un certain BERTIN qui lui parle du Front Populaire, de la Commune et des Socialistes français. «Il me faisait découvrir un univers et des choses inconnues», confesse-t-il. En effet, BERTIN, un syndicaliste, ancien des Brigades internationales, ancien communiste converti au socialisme, lui raconte l’histoire, mais du côté de la classe ouvrière : «Ces conversations, pendant plus d’un an et demi, ont constitué, pour moi, un tournant décisif. Elles m’ont appris la dignité, la grandeur de cette élite ouvrière qui possédait ses propres valeurs, sa propre culture. La bourgeoisie, à laquelle j’appartenais ne la rencontrait pas. Elle ne connaissait que les pauvres, c’est-à-dire ceux qui, dans leur propre classe sociale, avaient échoué» dit ROCARD.

Adolescent très sportif, le jeune Michel pratique la voile et fait du scoutisme avec les Eclaireurs unionistes de France, mouvement protestant de scoutisme, il y trouve l’engagement politique et moral. «J'ai senti dans ce monde protestant, une très grande tolérance, une grande ouverture aux problèmes du monde», dit ROCARD. Les protestants cultivent un individualisme marqué, et refusent, par souci éthique, toute ostentation, notamment, celle de la richesse. «L’éducation protestante à laquelle je dois aussi bien l’intransigeance éthique que le souvenir confus mais très prégnant d’une parabole où se rencontrent un chameau, un riche, et le trou d’une aiguille. Ce texte a largement, pour partie, contribué à faire de moi un socialiste» confesse-t-il.

Les idées et l’action de Michel ROCARD, depuis plus de 65 ans, mériteraient de faire l’objet d’une thèse de doctorat. De nombreuses biographies lui ont été consacrées. Mais un travail universitaire, avec une distance critique, serait le bienvenu. En effet, dans les années 50, le jeune Michel ROCARD se sent attiré par la politique, mais Jules MOCH a fait tirer sur les mineurs en grève, Paul RAMADIER a exclu les communistes de son gouvernement et les socialistes soutiennent les guerres coloniales, notamment en Indochine. Par ailleurs, il est confronté à un casse-tête : le communisme domine et écrase la Gauche. Même si les intellectuels de l’époque sont, majoritairement, favorables au Parti communiste, ROCARD, un chrétien de gauche, lui est hostile. Il découvre qu’à côté des communistes, il y a d’autres forces de gauche : les catholiques, et qu’il faut faire alliance avec eux. ROCARD adhère aux Jeunes socialistes, qui dépendent du Parti socialiste, mais en sont relativement autonomes. Ces jeunes sont qualifiés «aristocrates de la pensée socialiste» parce qu’ils se désintéressent des conditions de vie, dégradées, des étudiants.

Sensible aux thèses de Jean MONNET sur l’Europe, il lit, dans sa jeunesse, Alexandre DUMAS, Jules VERNE, Joseph PROUDON et Victor HUGO. En 1949, Jean-Jacques de FELICE (1928-2008, avocat, président de la Ligue des droits de l’Homme) l’emmène à Strasbourg, à une assemblée générale des peuples d’Europe ; il voit, pour la première fois, Guy MOLLET (1905-1975), Secrétaire général de la SFIO de 1946 à 1969. Michel ROCARD se dit mendéciste, mais le problème c’est de faire passer le Mendécisme dans une grande boutique, dans une maison puissante. «Je ne suis pas naïf, ou timoré, face au pouvoir que MENDES refuse de prendre», affirme Michel ROCARD. Il ajoute cette précision : «Le pouvoir suprême et durable, c’est réservé à ceux qui sont capable de tuer».

À sa sortie de l'ENA, il est nommé, en 1958, inspecteur général des Finances. Puis, en 1965, il occupe le poste de chef de la division des Budgets économiques à la direction de la Prévision et celui, de secrétaire général de la commission des Comptes et des Budgets économiques de la Nation. Secrétaire national du Parti socialiste unifié (1967-1973), il est candidat à l'élection présidentielle en 1969. La même année, il est élu député des Yvelines dans la 4ème circonscription battant ainsi le candidat sortant, le Premier ministre, Maurice COUVE de MURVILLE. Au début des années 60, un nouveau parti socialiste minoritaire est créé ; le Parti socialiste unifié (PSU). Michel ROCARD en devient le secrétaire national en 1967 jusqu'en 1974, date à laquelle il décide de rejoindre le Parti socialiste et participe activement à la campagne présidentielle de François MITTERRAND. Devenu membre du bureau exécutif en décembre 1975, il est nommé secrétaire national chargé du secteur public de 1975 à 1979. Élu maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) en 1977, il verra son mandat renouvelé par la suite en 1983 et en 1989. Réélu député des Yvelines dans la 3ème circonscription en 1978, puis en 1986, il connaîtra par la suite une carrière ministérielle et sénatoriale. Le 10 mai 1981, la Gauche accède au pouvoir et sa carrière prend un tournant décisif. ROCARD est nommé par François MITTERRAND, ministre d'Etat, ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire. En 1983, il est en charge du ministère de l'Agriculture mais démissionne en 1985. En mai 1988, sa cote de popularité lui vaut d'être nommé Premier ministre sous le deuxième septennat de François MITTERRAND.

Élu député européen en 1994, il occupera notamment la fonction de président de la commission du Développement, en 1997, de la commission de l'Emploi et des Affaires sociales, en 1999, mais aussi de la commission de la Culture, de la Jeunesse, de l’Éducation, des Médias et des Sports, en 2002. Il est également, membre de plusieurs commissions dont celle des Affaires étrangères en 2004. Il démissionne de ses fonctions de parlementaire européen le 1er février 2009. Le 1er avril 2009, il est nommé en conseil des ministres, ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux Pôles arctique et antarctique.

Sur le plan privé, Michel ROCARD épouse, en 1954, Geneviève POUJOL. En 1964, lors d'une réunion du PSU, il croise une étudiante en sociologie, Michèle LEGENDRE. Après une longue procédure de divorce, il l’épouse en 1972. Deux enfants naissent de cette union; Loïc et Olivier. Mais en 1991 le couple se sépare, et Michel ROCARD rencontre la même année Ilana SCHIMMEL. Après dix ans de vie commune, il quitte sa compagne et refait sa vie avec Sylvie PELISSIER qu'il épouse en troisièmes noces en avril 2002.

Michel ROCARD disparaît le 2 juillet 2016, à Paris. Les hommages, alors qu’il avait quitté la vie publique de premier plan, sont unanimes et flatteurs.  

I – L’exposé de la doctrine politique de Michel ROCARD

Rénover la gauche, la réconcilier avec le réel, allier le concret et la rigueur, telles sont les lignes directrices de la pensée rocardienne. Suivant Alain BERGOUNIOUX «le rocardisme est à la fois une histoire collective forgé dans la lutte anticolonialiste, marqué par Mai 68, puis incarné par la Deuxième gauche», et c’est aussi une aventure individuelle pour faire triompher ces idées.

1 – L’esprit de Mai 68 et l’anticolonialisme

Michel ROCARD a su saisir l’esprit de Mai 68, en côtoyant des maoïstes, des trotskystes, des syndicalistes de la CFDT et des chrétiens radicalisés. Michel ROCARD revendiquait l’autogestion, se voulait être d’une Gauche rassurante et militait pour un service public performant, la décentralisation, condamnant la démagogie, il voulait réhabiliter la Politique avec son «parler vrai». Non-conformiste, il pense que l’essentiel du combat politique ne se déroule pas dans les partis politiques. Le syndicat des étudiants, en dehors de la question corporative, doit œuvrer pour la transformation sociale, la guerre d’Algérie étant un test pour se révéler à soi-même. Dans un rapport de décembre 1958, Michel ROCARD a montré que les Algériens vivaient dans des conditions «quasi-concentrationnaires». Il a dénoncé la dérive colonialiste de Guy MOLLET. Pour Michel ROCARD, Mai 68 n’est ni un spasme petit bourgeois, ni une diversion confusionniste à la véritable lutte des classes, mais un grand désarroi et l’esprit de revanche de tous les légitimistes, petits et grands propriétaires de l’orthodoxie. Mai 68 est un soulèvement de la vie, une exigence et une amorce d’une nouvelle étape pour la démocratie, l’autogestion en vue d’une renaissance du mouvement ouvrier. Soupçonné de dérive droitière, de faire la promotion de la rigueur, ROCARD estime que les vrais réformateurs et les autogestionnaires sont toujours restés fidèles aux idées du socialisme.

Michel ROCARD a horreur du dogmatisme. «Je n’aime pas beaucoup les embrigadements, les idées reçues, les situations acquises» précise notre homme d’Etat. M. ROCARD s’enthousiasme pour les idées en vue de la construction européenne. C’est en pleines guerres coloniales et scandales financiers qui discréditent l’action de Guy MOLLET à la tête de la SFIO, que Jean HELY fait adhérer Michel ROCARD au mouvement des étudiants socialistes. «On est la SFIO pour la réformer de l’intérieur» lui dira t-il pour le convaincre. Il côtoie Jacques CHIRAC à Sciences Po qui refuse d’adhérer au mouvement des étudiants socialistes, jugé trop à droite. M. CHIRAC était, à l’époque, sympathisant communiste. Comme les temps changent ! C’est Michel ROCARD qui a réussi, en 1956, à éjecter Jean-Marie LE PEN de la présidence du Syndicat étudiant l’UNEF, en créant un Comité d’Action Syndicale à l’Université de Panthéon Assas.

La guerre d’Algérie fait rage et Michel ROCARD découvre un maître à penser : Victor FAY (1903-1991), un militant de la Gauche de la Gauche, juif polonais, membre du parti de Rosa LUXEMBOURG. «Ma rencontre avec Victor FAY est une des clés de mon orientation», souligne ROCARD. Le socialisme démocratique est sa famille, mais la SFIO de Guy MOLLET (1905-1975) est discréditée avec ses guerres coloniales. Guy MOLLET, tellement habitué au double langage, qu’élu pour faire la paix en Algérie, il y fera la guerre à outrance. «J’ai senti ce qui me différenciait des socialistes à la Guy MOLLET, mais c’était confus. Je ne supportais pas leur sectarisme laïcard. Je les trouvais trop jacobins, bien peu européens. Les propos de FAY ont rationalisé, ce qui était une institution, en la centrant sur la question algérienne», dit ROCARD.

C’est Michel ROCARD qui a négocié la paix en Nouvelle Calédonie. Dans un ouvrage avec Jeanine GARRISSON, l’ancien premier ministre estime que la paix n’entre pas dans le domaine des sciences, moins encore de la stratégie : pour lui, la paix est un «art».  En ce sens, Michel ROCARD propose cinq principes constants, formulés comme des verbes d’action, ayant comme fonction d’inscrire l’action de construction de la paix dans le temps, dans la durée : vouloir la paix, briser le tabou ; négocier, équilibrer, fonder.

2 – De l’autogestion au parler vrai

Le PSU de Michel ROCARD, porteur de ces idées d’autogestion, a été débordé par le Parti socialiste réunifié de François MITTERRAND, dont le thème majeur deviendra «changer la vie». Suivant Pierre ROSANVALLON et Patrick VIVERET, Michel ROCARD ayant perdu la bataille des idées, change de fusil d’épaule et évoque désormais le concept de «parler vrai», et pour ne jamais rien dire ; il faut convaincre : «Parler vrai n’est pas suffisant. Encore faut-il avoir quelque chose à dire !». La Gauche ne devrait pas redouter, pendant l’exercice du pouvoir, de se confronter au réel. Pour lui, le «parler vrai» devrait instaurer de nouvelles pratiques politiques, un nouveau langage, l’autogestion étant l’intervention directe des citoyens dans les affaires qui les regardent. Ce qui domine encore au sein du Parti socialiste, c’est les vieilles habitudes de la centralisation ; l’action, au niveau des sections, se réduit à l’agitation et la propagande. La tâche urgente et prioritaire, une affaire collective, c’est de «remettre la démocratie dans ses rails et le socialisme sur ses pieds». Les mécanismes de promotion et de partage du pouvoir au sein du Parti socialiste condamnent, à l’avance, les défenseurs d’un point de vue audacieux.

3 – Les réalités économiques et la réforme de l’Etat

Michel ROCARD a milité, activement, pour une réconciliation du Parti socialiste avec les réalités économiques. «A la différence de toute autre force de gauche partout en Europe, la gauche française est née de l’accouplement unique entre le marxisme et le jacobinisme. Elle prêche que tout est politique : l’économie aussi, parbleu. Il suffit de lui commander» dit-il. Devenu crédible dans le domaine économie, ce thème est, pour lui, un outil de promotion au sein de la Gauche, en général, et au Parti socialiste, en particulier. En raison de l’influence de Victor FAY (1903-1991), un ancien communiste converti au socialisme, Michel ROCARD a toujours défendu l’idée que Marx serait un anti-étatiste, antibureaucratique, anticentralisateur et apôtre de l’autogestion. ROCARD rejette, farouchement, le dogme marxiste de l’appropriation collective des moyens de production. Il est opposé aux idées keynésiennes du déficit public, à moyen terme, pour stimuler l’économie. Dans un gouvernement socialiste, l’écrasante majorité des entreprises relèvera du secteur privé et le système de régulation dominant, restera le marché. Par ailleurs, ROCARD, face à l’inflation et notamment à une hausse inconsidérée des bas salaires, recommande la prudence, l’aveuglement de certaines propositions démagogiques d’une partie de la Gauche, relevant du «chapitre particulier de la psychologie du suicide». Partisan de la planification et de la comptabilité nation, ROCARD estime que la Gauche ne devrait pas déserter le débat économique et financier, et éviter l’étiquette de fauteuse d’inflation. Il a exposé ces idées au congrès du PSU en 1966, sur le thème : La Gauche et la monnaie. «On ne bâtira pas le socialisme sur de la fausse monnaie» dit-il. «Le socialisme autogestionnaire, c’est l’abolition de la relation politique sous sa forme magique. C’est la fin du père Noël. Il n’est ni facile, ni toujours agréable de devenir adulte» écrit ROCARD.

Michel ROCARD ne cesse de critiquer le communisme, le jacobinisme, l’étatisme. Il a la conviction, qu’il n’y aura pas de transformation sociale durable, sans une démocratisation profonde de la société et de l’Etat, à tous les niveaux, sans une confiance en la société. ROCARD s’insurge contre le malaise administratif et la croyance en la toute puissance de l’administration française, et appelle à «un renouveau du service public». Mais pour cela, il faut une gestion dynamique des personnels, un assouplissement des règles de gestion budgétaire, une évaluation des politiques publiques et une poursuite la décentralisation, et donc «décoloniser la province». Ce thème sur la décentralisation, n’est pas seulement une question économique : «En fait, derrière le thème de l’égalité des rapports entre la province et Paris, se posent les problèmes d’une conception de la démocratie» dit-il. Il existe un tel déséquilibre entre Paris et la province, la capitale monopolisant tous les centres de décisions, que cela est assimilable à une situation de «colonisation». Il ne s’agit pas d’affaiblir Paris, en quoi que ce soit, «mais simplement de le désencombrer». La démocratisation consiste à délocaliser la décision, chaque échelon local pouvant choisir ses représentants.

4 – La relation avec le Tiers-monde

Dans sa relation avec le Tiers-monde, tout le monde n’a retenu que cette phrase laconique de M. ROCARD : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde» dit-il lors de son émission du 3 décembre 1989 à Sept sur Sept avec Anne SINCLAIR sur TF1. Cette déclaration s'inscrivait dans un contexte de fermeture des frontières, à la suite du naufrage d’un bateau transportant des Libyens ; certains mêmes, comme François MITTERRAND, reprenaient le concept de «seuil de tolérance». Devant les violentes protestations d'une partie de la Gauche, Michel ROCARD estimera, le 24 août 1996, que cette citation a été tronquée. Il y adjoindra cette importante précision : «Elle (la France) doit savoir fidèlement en prendre sa part». Il a donc essayé de rectifier le tir, mais on n’a retenu que la déclaration initiale télévisée et faisant foi ; le mal est fait.

En dépit de cet écart de langage, Michel ROCARD est resté, fondamentalement, tiers-mondiste et humaniste. On l’a vu dans ses prises courageuses contre les guerres coloniales, mais aussi dans sa production intellectuelle. Ainsi, dans son ouvrage «Pour l’Afrique», Michel ROCARD part du constat que l'Afrique va mal, il faut donc faire quelque chose. «Il est temps de comprendre que si nous nous occupons de l'Afrique, nous nous en occupons mal. Lui venir en aide de façon globale et par à-coups, uniquement lorsque des catastrophes nationales ou des conflits locaux nous poussent à réagir, ne lui est d'aucun secours. Il est temps de réfléchir à l'avenir de l'Afrique de façon efficace et coordonnée, en prenant en compte ses particularités, en conduisant une politique que ne dictent plus nos propres intérêts et qui cesse de répondre à une vision occidentale, mais mise sur les possibilités réelles de l'Afrique. Il s'agit d'ouvrir tant au Sud qu'au Nord un débat vigoureux sur ce sujet majeur» écrit-il. Michel ROCARD est l’un des rares dirigeants politiques français à s’intéresser au continent noir, non pas en termes d’immigration ou de catastrophes naturelles ou de coups d’Etat, mais en dégageant de perspectives nouvelles (sécurité et stabilité, aide non conditionnelle, commerce équitable, communauté culturelle avec la France à travers la langue française, etc.).

II – Michel ROCARD et la bataille du leadership politique

A – Michel ROCARD, adversaire résolu de MITTERRAND

Michel ROCARD, l’ancien dirigeant du Parti socialiste unifié, choisit de se distinguer  de François MITTERRAND (1916-1996) qui cherche à devenir le principal opposant à de GAULLE. Contre toute attente, MITTERRAND met le général de GAULLE (1890-1970) en ballottage lors de l’élection présidentielle en 1965. ROCARD et ses partisans le détestent : ils lui reprochent son opportunisme et son maintien au gouvernement durant la guerre d’Algérie. Pour eux, le grand homme de la gauche, la référence morale et intellectuelle, c’est Pierre MENDES-France (1907-1982) qui, lui aussi, n’a guère d’atomes crochus avec François MITTERRAND. Mais ce dernier, sur la lancée de sa performance électorale, s’appuie sur un outil qui vise à rassembler l’opposition : la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Elle est composée de la Convention des institutions républicaines que préside MITTERRAND, de la SFIO, et du parti radical-socialiste.

Michel ROCARD, dans sa défense de la «Deuxième Gauche», se positionne, avant tout en opposition à François MITTERRAND, son concurrent éternel. En effet, Michel ROCARD reconnait que MITTERRAND est à l’évidence un tacticien génial. Mais, il ajoute que MITTERRAND un homme doté d’un cynisme gigantesque, d’une stratégie très personnelle, et très habile. Selon lui, MITTERRAND était étranger à toute notion de formation politique, à la notion de parti. Pour M. ROCARD : «Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François MITTERRAND». Michel ROCARD accuse François MITTERRAND, alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, pendant la guerre d’Algérie, d’avoir envoyé, injustement, de nombreuses personnes au peloton d’exécution. «Je suis enfant de la guerre. C’est très tôt que c’est construite en moi l’horreur de la violence, de toute violence, en politique ou ailleurs, et plus spécifiquement, s’il se peut, l’horreur combinée de mépris pour tout organisateur ou dispensateur de violence» dit-il. Michel ROCARD pense que MITTERRAND après la guerre, était un anticommuniste et un réactionnaire notoire. Il nous invite à lire le Barodet, qui est une reliure, à l’Assemblée Nationale, depuis la IIIème République, de toutes les professions de foi des candidats élus.

Homme politique le plus populaire de la Gauche, résistant à l’usure du temps, rescapé de la marginalisation, Michel ROCARD, dans cette compétition contre MITTERRAND, a sa stratégie de communication. En effet, nombre d’hommes politiques ont tenté de séduire l’opinion sans succès. Si ROCARD est décrit comme étant quelqu’un de tenace, travailleur, généreux, discret et franc, il existe aussi un autre ROCARD, «égocentrique, dévoré d’ambition, prêt à toutes les manœuvres, calculateur, voire cauteleux, qui ne s’intéresse aux hommes qu’autant qu’ils le servent, obsédé par son image, qui n’aborde les problèmes qu’en fonction de leur impact sur l’opinion, qui cède aux modes ou canons du moment» écrit Jean-Louis ANDREANI dans sa biographie sur ROCARD.

Une bonne communication ne crée pas un électorat, mais permet de mieux comprendre les attentes de celui-ci, et de mieux s’adresser à lui. Michel ROCARD offre sans doute un très bon angle pour réconcilier l’histoire avec la communication, refusant de substituer le message au massage, sans pour autant négliger la communication et l’opinion qui sont au cœur de sa carrière. Curieusement, sa popularité pérenne le rend marginal à l’égard du reste du paysage politique français. Adepte du «parler vrai». Michel ROCARD a toujours eu un rapport complexe avec le Parti socialiste. Scissionniste avec le PSU, il s’est trouvé marginalisé au sein du PS après l’avoir rejoint. L’essentiel de sa carrière s’est joué autour de la tension entre la volonté de conquérir l’appareil partisan et la distinction qui lui permit d’asseoir un succès sur les enquêtes d’opinion. Son cas permet d’étudier la subversion en tant que ressource indispensable dans un champ où sondages et médias occupent une place croissante.

On a parfois l’impression que Michel ROCARD existe et se définit toujours par rapport à François MITTERRAND. Bien que toujours très populaire et très haut dans les sondages (54% pour ROCARD et 37% pour MITTERRAND), le 19 octobre 1980, six mois avant le premier tour de l’élection présidentielle de 1981, Michel ROCARD annonce, depuis la mairie de CONFLANS SAINT-HONORINE, sa candidature, de façon compliquée et alambiquée. «J'ai décidé de proposer aux socialistes d'être leur candidat à la présidence de la République, déclare Rocard. (…) Le temps est donc venu pour les socialistes – en même temps que pour l'opinion toute entière, de savoir clairement et sans équivoque à quoi s'en tenir. Le temps est donc venu qu'un candidat soit un candidat car la détermination est une condition du succès». Le 8 novembre 1980, MITTERRAND annonce lui aussi sa candidature. M. ROCARD retire alors la sienne.

Michel ROCARD sera Premier Ministre de François MITTERRAND du 10 mai 1988 au 15 mai 1991. M. ROCARD rapporte cette indiscrétion de Jacques CHIRAC, alors Premier Ministre sortant lors de la passion de pouvoirs : «Méfie-toi de MITTERRAND, c’est quand il te sourit qu’il a le poignard le plus près de ton dos».

Michel ROCARD a créé le revenu minimum d’insertion (RMI). C’est également lui a commandé le livre Blanc sur les retraites qu’il a tout de suite refermé. Il s’occupera de la taxe carbone sous M. SARKOZY. M ROCARD revendique la paternité de la décentralisation, même si c’est Gaston DEFERRE qui l’a mise en œuvre.

B – Michel ROCARD, idéologue de la «Deuxième Gauche».

Pour Michel ROCARD, Jean JAURES (1859-1914) serait le père fondateur de la «Deuxième Gauche». En effet, à travers l’affaire DREYFUS, JAURES s’est battu pour faire admettre aux Socialistes qu’une atteinte aux droits de l’Homme les concernait tous. Pour lui, le droit à la dignité des hommes passait avant le combat économique et social. JAURES est l’inventeur de l’économie sociale est solidaire, à travers la coopérative ouvrière qui a sauvé la verrerie d’Albi. Un parti politique est un outil qui malaxe du pouvoir. La discussion des idées y est première, facialement. En vérité, le Parti socialiste s’est transformé en écurie présidentielle au service de la conquête du pouvoir et donc des ambitions personnelles. Ainsi, on a fabriqué un JAURES officiel pour donner du change. «JAURES est tombé dans un chaudron collectif. Il a été avalé, intégré, parce qu’il est le plus grand, le plus porteur, et les idées subversives que son œuvre véhicule ont été oubliées au passage».

Cependant, ces idées de «Deuxième Gauche» ont été contrariées par les tares congénitales du Parti Socialiste. Tout d’abord, ce n’est pas le Parti socialiste qui a fait la Révolution française et ce parti, créé en 1905, n’a jamais été un parti ouvrier. La bataille du suffrage universel à mettre au compte du Parti Radical. Il existe un sérieux divorce entre le Parti Socialiste et les Syndicats. Il y a en France une culture de l’affrontement et de la suspicion, au détriment du compromis et de la négociation. Le Parti socialiste est resté longtemps une organisation pour bâtir le socialisme municipal avec l’appui des enseignants et de la classe moyenne. C’est pourquoi, il n’a pas été aisé de construire en France, une vraie social-démocratie, une «Deuxième Gauche». La rénovation du Parti Socialiste peut – elle être engagée, avec succès, avec les idées de «Deuxième Gauche» que portent Michel ROCARD ?

Michel ROCARD, avec la création du Parti Socialiste Unifié (PSU), dans la droite file du refus de la guerre d’Algérie, et à la veille de la rénovation du Parti socialiste en 1971, avait entamé ce processus, à travers le concept d’autogestion. Dans le bagage intellectuel de la nouvelle gauche, on trouve le rejet des compromissions de la SFIO et du mitterrandisme avec l’appareil d’Etat durant la guerre d’Algérie, la critique de l’alliance PS-PCF des années 1970, et la conviction que le changement social ne se décrète pas d’en haut. L’impératif d’autogestion porté par la «Deuxième gauche» montre que son projet fut, en somme, de démocratiser le capitalisme. Les théoriciens de la deuxième gauche se révélèrent finalement meilleurs sociologues qu’économistes.

Au congrès de Nantes du Parti socialiste, en 1977, Michel ROCARD choisit de distinguer et d’opposer deux cultures politiques en œuvre dans la gauche française. «La plus typée, qui fut longtemps dominante, est jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste». C’est la «Première Gauche». Elle était revendiquée par une classe ouvrière qui exigeait une intervention dans le domaine économique et social. A ce congrès de Nantes du Parti socialiste, Michel ROCARD défend «la deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique». Ces idées n’ont pas reçu un écho immédiat au sein du Parti socialiste, Michel ROCARD étant minoritaire dans cette organisation. Certaines de ses positions ont, en revanche, progressivement, rencontré l’air du temps au point de se diffuser naturellement dans le logiciel socialiste.

Pour certains, Michel ROCARD, le président d’honneur d’un Think Tank, réformiste : «Inventer à Gauche» serait classé à droite du PS. Jean POPEREN (1925-1997) l’avait affublé de ce sobriquet désobligeant : «ROCAR-D’ESTAING». Michel ROCARD réfute violemment cette étiquette. Pour lui, la vraie définition de la Gauche c’est le respect de la vie humaine, de la démocratie, de l’égalité des personnes et la dignité des hommes.

La «Deuxième gauche» est ce que l’on appelle la social-démocratie à la suédoise. Elle disait oui à l’économie de marché et non à la société de marché. Missionné par François MITTERRAND, au congrès de METZ, Laurent FABIUS a lâché cette formule contre les Rocardiens «Mais si, Michel ROCARD, entre les marchés et le rationnement, il y a le socialisme». Dans son débat qui l’a opposé en 2011, à Alain JUPPE, Michel ROCARD qui tire à boulets rouges sur la gauche, sur son incapacité à assumer l’économie de marché, le réformisme et le compromis politique auxquels elle adhère, pourtant, dans les faits. 

C – Les héritiers de Michel ROCARD

Les tenants de la doctrine néolibérale (THATCHER et REAGAN) ont éclipsé, pendant quelques décennies, ces idées de la «Deuxième Gauche». Pendant longtemps, on avait cru que Michel ROCARD avait perdu la bataille des idées. Puis l’accession de François HOLLANDE au pouvoir en mai 2012, un partisan de Jacques DELORS qui a affirmé, tardivement, son orientation social–démocrate, ont rendu d’une grande actualité les idées de Michel ROCARD.

Le rocardisme dans sa conception initiale, semble s’être volatilisé avec les frasques sexuelles de Dominique STRAUSS-KHAN et le naufrage de Manuel VALLS. Pourtant, depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel MACRON et les fractures au Parti socialiste, la question revient, sans cesse, qu’est-ce qu’être un bon réformiste ?

Pour certains observateurs, M. Lionel JOSPIN serait une synthèse du Rocardisme et du Mitterrandisme. C’est un homme intègre et a refusé de mentir à l’opinion. Cet engagement de vérité l’a conduit à dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit. La moralisation de l’action publique est devenue crédible avec JOSPIN. Dans son livre, «Le cœur à l’ouvrage», Michel ROCARD défend cette idée centrale : la réflexion et l’action politique ne sont rien, si elles ne répondent pas à une exigence éthique. Mais le refus de JOSPIN de ne pas trancher et de choisir entre les deux gauches serait, suivant M. ROCARD, l’explication de l’échec de 2002.

M. Manuel VALLS a été un conseiller pour les affaires étudiantes au cabinet de Michel ROCARD. Devenu Premier Ministre, M. Manuel VALLS a fait nommer Loïc ROCARD, un des fils de Michel ROCARD, 42 ans, conseiller à son cabinet. Manuel VALLS est naturellement un rocardien dans sa démarche de débarrasser la Gauche d'une pensée marxiste ou trop étatiste. Il faut s'intégrer dans une économie de marché en essayant de donner des résultats de distribution qui soient sociaux. Pour M. Michel ROCARD, le président HOLLANDE a fait un bon choix en nommant M. VALLS premier ministre. Les concepts de «Parler vrai» ou de «Vérité», de M. Manuel VALLS ont bien été empruntés au maître à penser qu’est Michel ROCARD. «Parler vrai. Si j’avais touché des droits d’auteur, ma fortune serait faite», souligne M. Michel ROCARD, dans son livre «Le cœur à l’ouvrage», page 292. Cette expression, née au cours d’un entretien avec Jacques JULLIARD, le 8 janvier 1979, signifie que c’est un devoir moral que de dire la Vérité. Les hommes politiques doivent cesser de mentir. Comme le disait, Pierre MENDES-France (1907-1982), «la vérité guide mes pas». La vérité est au cœur, non pas de l’engagement, il arrive que l’on se trompe, mais des choix de responsabilités, et donc de pouvoirs. On doit assumer ses responsabilités devant le peuple. La grande ambition du Rocardisme c’est non seulement de gagner le pouvoir, mais aussi y rester et réaliser des choses dans une vision réformiste progressiste. Toute la difficulté c’est comment concilier la justice sociale et l’efficacité économique, et donc la pensée libérale ? Toutes les réformes menées, jusqu’ici, semblent avoir négligé cette dimension de justice sociale.

Michel ROCARD est mort le 2 juillet 2016, à l'âge de 85 ans. Il symbolise la modernité, la vérité, l’humanisme et «la fidélité à ses idées et une certaine manière de les incarner» écrit Alain BERGOUNIOUX. Fidèle à sa ligne sur l’anticipation à la réalité politique, il avait déclaré, à titre testamentaire : «Je voudrais laisser comme trace de m’être attaché, non pas au symbole d’être le premier quelque part, mais de n’avoir jamais pris une heure de retard pour faire avancer le pays sur une route qui est longue» dit-il, à TF1, le 28 juin 1990.

Bibliographie sélective :

1 – Contributions de Michel Rocard

ROCARD (Michel) et GARRISSON (Janine), L’art de la paix, Paris, Atlantica, 1997, 80 pages ;

ROCARD (Michel), A l’épreuve des faits, textes politiques, 1979-1985, Paris, Le Seuil, 1986, 219 pages ;

ROCARD (Michel), Aux générations futures, espérant qu’elles nous pardonneront, entretien avec Mathias Thépot, Montrouge, Bayard, 2015, 124 pages ;

ROCARD (Michel), BOLKESTEIN (Fritz) Peut-on réformer la France ?, entretiens avec Bertrand Richard, Paris, éditions Autrement, 2006, 124 pages ;

ROCARD (Michel), Comment la France se réconcilie avec l’excellence, Paris, Librio, 2014, 73 pages ;

ROCARD (Michel), Construire le progrès social, Paris, Syros-Alternatives, 1990, 126 pages ;

ROCARD (Michel), Décoloniser la province, Paris, B. Le Prince, 2013, 143 pages ;

ROCARD (Michel), Des militants du PSU, Paris, Epi, 1971, 224 pages ;

ROCARD (Michel), Eliminer les armes nucléaires, Paris, Odile Jacob, 1997, 287 pages ;

ROCARD (Michel), Ethique et démocratie, Genève, Labor et Fides, 1996, 59 pages ;

ROCARD (Michel), FOURNIER (Jules), Suicide pour l’Occident ou suicide pour l’humanité ?, Paris, Flammarion, 2015, 422 pages ;

ROCARD (Michel), GALLUS (Jacques), L’inflation au coeur, Paris, Gallimard, 1975, 256 pages ;

ROCARD (Michel), GARISSON (Janine), L’Edit de Nante, l’art de la paix, Nantes, Atlantica, 1997, 130 pages ;

ROCARD (Michel), JAUMONT (Bernard), LENEGRE (Daniel), Marché commun contre l’Europe, Paris, Seuil, 1973, pages ;

ROCARD (Michel), JUPPE (Alain), La politique telle qu’elle meurt de ne pas être, un débat conduit par Bernard Guetta, Paris, J’ai Lu, 2011, 250 pages ;

ROCARD (Michel), La Gauche n’a plus le droit à l’erreur, Paris, Flammarion, 2012, 367 pages ;

ROCARD (Michel), La Nation et son école, Paris, Service d’information et de diffusion, 1991, 53 pages ;

ROCARD (Michel), La Nation, l’Europe, le monde, Paris, éditions de l’Atelier, éditions Ouvrières, 1995, 112 pages ;

ROCARD (Michel), La politique ça vous regarde, Paris, Gallimard, Jeunesse Giboulées, 2012, 117 pages ;

ROCARD (Michel), Le cœur à l’ouvrage, Paris, Odile Jacob, 1987, 352 pages ;

ROCARD (Michel), Le français, langue des droits de l’homme, Paris, Paroles de l’Aube, 1998, 61 pages ;

ROCARD (Michel), Le PSU et l’avenir socialiste de la France, Paris, Seuil, 1969, 189 pages ;

ROCARD (Michel), Les moyens de s’en sortir, Paris, Le Seuil, 1996, 272 pages ;

ROCARD (Michel), Mémoire vivante, entretiens avec Judith Weintraub, Paris, Flammarion, 2001, 372 pages ;

ROCARD (Michel), Mes idées pour demain, Paris, Odile Jacob, 2000, 270 pages ;

ROCARD (Michel), Michel Rocard vous parle, Palais Bourbon, textes réunis et présentés par Tristan Mage, Paris, T. Mage, 1988, 1969 à nos jours, vol 1, 211 pages ; 1989, 1972 à 1980, 2ème vol 241-518 ; 1981, 3ème vol, 537-1043 ; 1982, vol 4, pages 1064-1369 ; 1983, vol 5, pages 1391-1662 ; 1984-87, vol 6, pages 1683-2240 ;

ROCARD (Michel), Michel Rocard, entretiens avec Judith Waintrub, Paris, Flammarion, 2001, 279 pages ;

ROCARD (Michel), Oui, à la Turquie, Paris, Hachette littératures, 2009, 154 pages ;

ROCARD (Michel), Parler vrai, textes politiques (1966-1979), précédé d’une préface et d’un entretien avec Jacques Julliard, Paris, Le Seuil, 1979, 169 pages ;

ROCARD (Michel), Pour une autre Afrique, Paris, Flammarion, 2001, 137 pages ;

ROCARD (Michel), Question à l’Etat socialiste, Paris, Stock, 1972, 187 pages ;

ROCARD (Michel), Réponse pour demain, Paris, Syros Alternatives, 1988, 279 pages ;

ROCARD (Michel), Si cela vous amuse : chroniques de mes faits et méfaits, Paris, Flammarion, 2010, 577 pages ;

ROCARD (Michel), Si la Gauche savait, entretiens avec Georges-Marc BENAMOU, Paris, Robert Laffont, 2005, 372 pages ;

ROCARD (Michel), Un député : pourquoi faire ?, Paris, Syros, 1973, 90 pages ;

ROCARD (Michel), Un pays comme le nôtre (textes politiques, 1986-1989), Paris, Le Seuil, 1989, 283 pages.

2 – Critiques de Michel Rocard

ANDREANI (Jean-Louis), Le Mystère Rocard, Paris, Laffont, 1993, 732 pages ;

BEDAI (Jean-Pierre), LIEGEOIS (Jean-Pierre), L’eau et le feu, Mitterrand - Rocard, histoire d’une longue rivalité, Paris, Grasset, 1990, 394 pages ;

BERGOUNIOUX (Alain), MERLE (Jean-François), Le rocardisme : devoir d’inventaire, Paris, Seuil,  2018, 299 pages ;

DIBOUT (Patrick), «Décoloniser la province», Critique socialiste, février et mars 1981, pages 67-89 ;

DIBOUT (Patrick), Le PSU et l’Etat jacobin, Mémoire DEA, études politiques, sous la direction de Y. Mény, Rennes I, 1976,  216 pages ;

DUCLERT (Vincent), «La deuxième gauche», Histoire des Gauches en France, 2005, pages 175-189 ;

EVIN (Khatleen), Michel Rocard : ou l’art du possible, Paris, J-C Simoen, 1979, 243 pages ;

Fondation Jean Jaurès, Rêveur réaliste, réformiste radical, Michel Rocard, préface d’Alain Bergounioux, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2015, 33 pages ;

FULLA (Mathieu), «Michel Rocard et l’économie : itinéraire d’un social-démocrate français», L’économie politique, 2017 (1) n°73, pages 21-36 ;

GALLEMAND (Florence), «La politique rocardienne de modernisation administrative», in CURAPP, La gouvernementalité : de la critique de l’Etat, aux technologies du pouvoir,  Paris, PUF, 1996, pages 227-246 ;

GEORGI (Frank), «Un socialisme autogestionnaire aux couleurs de la France ?», in Noëlline CASTAGNEZ et Gilles MORIN, éditeurs, Le Parti socialiste, d’Epinay à l’Elysée, 1971-1981, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 360 pages, spéc pages 277-291 ; 

GRAVIER (Jean-François), Paris et le désert français, Paris, Le Portulan, 1947 et Flammarion 1958, 420 pages ;

GUIGO (Pierre-Emmanuel), «La rose et le souffre : Michel Rocard et le PS, entre subversion et banalisation», Parlements, revue d’histoire politique, 2016 (1) n°23, pages 43-60 ;

GUIGO (Pierre-Emmanuel), «Michel Rocard ou la communication marginale», Histoire et politique, 2013 (3) n°21, pages 140-154 ;

HAMON (Hervé) et ROTMAN (Patrick), L’effet Rocard, Paris, Stock, 1980, 365 pages ;

HAMON (Hervé) et ROTMAN (Patrick), La deuxième gauche, histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Paris, Ramsay, 1982, 447 pages ;

HUCHON (Jean-Paul), PANON (Xavier), C’était Michel Rocard, Paris, L’Archipel, 2017, 317 pages ;

ROCARD (Yves), Mémoires, sans concession, Paris, Bernard Grasset, 1988, 302  pages ;

ROMAN (Joël), «Michel Rocard, une force de conviction», Esprits, septembre 2016 (9) pages 27-30 ;

ROSANVALLON (Pierre), L’âge de l’autogestion, ou la politique au poste de commandement, Paris, Seuil, 1976, 187 pages ;

ROSANVALLON (Pierre), VIVERET (Patrick), Pour une nouvelle culture politique, Paris, Seuil, 1977, 154 pages ;

SCHNEIDER (Robert), La haine tranquille, Paris, Points, 1993, 274  pages ;

SCHNEIDER (Robert), Michel Rocard, Paris, Stock, 1987, 309  pages.

Paris, le 2 juillet mai 2016, actualisé le 1er août 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Michel ROCARD (1930-2016), militant socialiste réformiste du parler vrai, tiers-mondiste et théoricien de la Deuxième Gauche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 11:12

Léon BLUM, homme d’Etat et de Lettres, humaniste, juriste de droit public et socialiste réformateur (9-4-1872- 30-3-1950) Baamadou.over-blog.fr.

En ce 1er mai 2014, le Parti Socialiste a choisi de rendre hommage, devant la mairie du 11ème arrondissement, une figure historique du socialisme français : Léon Blum. Etaient présents à cette rencontre mémorable, notamment Jean-Christophe CAMBADELIS, 1er secrétaire du Parti socialiste, M. Jean-François VOGEL, maire du 11ème arrondissement, Mme Catherine BARATTI ELBAZ, maire du 12ème, M. Jean-François LE GARET, ancien Ministre de François MITTERRAND, M. Jean-Paul HUCHON, président du conseil régional d’Ile-de-France, et de nombreux militants socialistes.

M. CAMBADELIS a annoncé que chaque 1er mai, le Parti socialiste viendra, à la mairie du 11ème arrondissement, honorer les combats menés par Léon BLUM. La place Léon Blum, à Paris, dans le 11ème arrondissement, a été inaugurée en 1957 et sa statue conçue par Philippe GAREL a été érigée en 1985.

I - Qui était Léon BLUM ?

Issu d'une famille juive d'Alsace, Léon Blum est né à Paris. Ancien élève de L'École normale supérieure, critique littéraire à la Revue Blanche, il entre au Conseil d'État comme maître des requêtes en 1895.

Léon BLUM est avant tout un homme de Lettres. La littérature occupe ses loisirs. Dès 1891, il collabore aux revues la Conque, où écrit aussi André Gide, et le Banquet, avec Fernand GREGH et Marcel PROUST. En 1894, il devient l'un des rédacteurs habituels de la Revue Blanche. Il écrit aussi au Gil Blas et à la Grande Revue. Bientôt, il devient chroniqueur dramatique du Matin, puis de Comœdia. Il publiera par la suite plusieurs essais : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann (1901), Du mariage (1907), Stendhal et le beylisme (1914).

Léon BLUM est un brillant juriste de droit public. En 1895, Léon BLUM passa avec succès le concours de l’auditorat et entra au Conseil d’État, juridiction administrative. Commissaire du gouvernement à partir de 1910, il prononça des conclusions importantes dans le domaine social au sujet d’affaires concernant les syndicats et les conflits sociaux du début du XXe siècle, tels que, notamment, les grèves d’Armentières. Il contribua à l’élaboration de la notion de service public en cherchant à adapter les règles juridiques à l’évolution de la société et des institutions publiques (arrêt Compagnie générale française des tramways, 1910) et à l’évolution de la jurisprudence sur la responsabilité de l’administration et de ses agents (Epoux Lemonnier, 26 juillet 1918). Son activité au Conseil d’Etat, cessa en 1919, lorsqu’il fut élu député. Il y analyse ses années passées à la tête du Parti Socialiste et montre l’importance et la place de l’individu, ainsi que de la démocratie, dans sa conception du pouvoir.

Léon BLUM est avant tout un homme d’Etat et un humanis Dreyfus l'amène à la politique active. Il est ardemment dreyfusard. Une conversation avec Lucien HERR le conduit au socialisme ; il rejoint alors les intellectuels socialistes qui travaillent à réaliser l'unité et collabore à l’Humanité de Jean JAURES; en même temps, il siège au conseil d'administration de la Société nouvelle de librairie et d'édition, rue Cujas, qui publie la « Bibliothèque socialiste », et il y donne une analyse des congrès socialistes et ouvriers de 1871 à 1900. Cependant, le marxisme l'influence peu ; il croit avant tout au rôle des hommes et à l'action des idées. Dreyfusard, il participe alors à l'unification du Parti socialiste et à la création de L'Humanité dans le sillage de Jean Jaurès, dont l'assassinat marque son entrée en politique. Chef de cabinet du ministre socialiste Marcel SEMBAT (1914-1916), Léon BLUM est élu député de la Seine (1919).

Léon BLUM défend la minorité socialiste contre la majorité communiste au Congrès de Tours (1920). Le Parti socialiste, issu de l’union en avril 1905 des multiples formations socialistes qui existaient depuis la fin du XIXe siècle, va, à partir des élections législatives de 1919, se diviser inéluctablement en tendances radicalement opposées, qui vont violemment s’affronter lors du 18e congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920. La tendance dite des «majoritaires», emmenée par Marcel Cachin (élu député en 1914, il a été envoyé en mission en Russie en 1917), Louis-Oscar Frossard et Charles RAPPOPORT. Marcel CACHIN et Frossard, qui reviennent en août 1920 d’un séjour à Moscou, où le précédent congrès de la SFIO, tenu au printemps 1920 à Strasbourg, souhaitent l’adhésion du Parti socialiste français au Komintern, l’Internationale communiste fondée par Lénine en 1919 après la révolution bolchevique. Cette adhésion est soumise à 21 conditions énoncées par Lénine en juillet 1920. La tendance des « minoritaires », qui rejettent résolument l’adhésion aux 21 conditions du Komintern, et au nom desquels Léon Blum, ancien chef de cabinet de Marcel SEMBAT au ministère des Travaux publics, et élu député de la Seine en novembre 1919, prononce à la tribune de ce congrès un discours qui fait sensation parmi les délégués : «Pour la vieille maison».

Devenu chef de la SFIO, face à la menace fasciste, Léon BLUM initie la coalition du Front populaire dont la victoire aux Législatives (4 juin 1936) lui ouvre la voie de la présidence du Conseil. Le mouvement social déclenché par sa nomination débouche sur les accords de Matignon : congés payés, semaine de 40 heures et allongement de la durée de la scolarité, etc. Face à la fuite des capitaux, il doit procéder à une dévaluation et à une pause sociale (février 1937). Mais pris entre la crise de la coalition due à sa non-intervention en Espagne et le refus du Sénat de lui accorder les pleins pouvoirs financiers, il démissionne (22 juin 1937). Son second cabinet dure trois semaines (13 mars – 8 avril 1938).

Léon BLUM est l'un des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain (juillet 40). Arrêté par Vichy le 15 septembre 1940, déporté à Buchenwald en 1943, de retour à Paris en mai 1945, il contribue à mettre en place les institutions de la IVe République.

En 1936, il fut appelé à diriger le gouvernement du Front populaire.

Déporté pendant la guerre, il resta à la Libération la figure de proue du socialisme et devint Président du Conseil en 1946. Léon BLUM meurt subitement le 30 mars 1950.

II – Quel héritage et quel message nous délivrent Léon BLUM ?

Avec Léon BLUM, la France s’est ancrée dans la modernité en lançant une politique audacieuse en vue de changer la vie. Le projet socialiste c’est le progrès social, la justice, la liberté, la dignité humaine. Léon BLUM est l’auteur d’un ouvrage, «A l’échelle humaine», écrit en 1944, pendant sa captivité et publié en 1945. Il y décrit sa conception du Socialisme qui consubstantiellement liée à la démocratie et à la défense de la dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société.

Léon BLUM est l’initiateur du Socialisme à la française. La justice sociale est indissociable avec le principe démocratique.

Léon BLUM qui a subi deux guerres mondiales et qui a été déporté en tant que Juif, a également jeté les bases idéologiques de la construction européenne. Il distingue la souveraineté de l’indépendance. Pour lui c’est le concept de souveraineté absolue qui a été le moteur des guerres qui ont ravagé le vieux continent.

Léon BLUM s’est intéressé à la jeunesse et au statut des femmes qui n’avait encore le droit de vote. Il a nommé trois femmes à son gouvernement. C’est ce combat pour l’égalité qui a conduit à ce qu’Anne HIDALGO devienne maire de Paris en 2014.

Léon BLUM a mené des politiques publiques innovantes en faveur notamment de la culture et des loisirs, conséquences du droit aux congés annuels.

Entré en politique lors de l’affaire DREYFUS, face aux invectives et insultes de l’Extrême-droite, Léon BLUM pour la République et ses valeurs, notamment d’égalité. Parmi ces fortes dissensions, l’antisémitisme est un élément majeur. Sous-jacent depuis des siècles, il s’est structuré à la fin du XIXe siècle autour d’écrits comme La France juive d’Édouard Drumont, autour de personnalités fortes et brillantes comme Maurras ou Déroulède et autour d’événements marquants comme l’affaire Dreyfus. Il fait partie intégrante de l’idéologie de certaines ligues (comme l’Action française), au même titre que le nationalisme, l’anticommunisme ou l’antiparlementarisme. La personnalité de Léon Blum (juif, membre de la haute bourgeoisie, leader de la S.F.I.O.) ne manque donc pas de susciter haine et dégoût chez une frange de la population.C’est Xavier VALLAT, député de Droite, proche de l’Action française, qui lance l’attaque la plus blessante : "Votre arrivée au pouvoir marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif. J’ose dire à haute voix ce que le pays pense en son for intérieur ; il est préférable de mettre à la tête de ce pays un homme dont les origines appartiennent à son sol... qu’un subtil talmudiste".

En février 1942, Léon BLUM est traduit, avec plusieurs inculpés, devant la cour de Riom, c’est le fameux procès de RIOM, sous l'accusation d'avoir trahi les devoirs de sa charge. Sa défense se révèle si efficace que le gouvernement suspend les débats (11 avril 1942). C'est pendant ces mois de détention qu'il rédige son livre À l'échelle humaine, où il expose sa conception humaniste du socialisme. Après l'occupation, par les armées allemandes, de la zone sud, il est déporté successivement à Dachau, à Buchenwald et dans le Haut-Adige, où il est libéré, en mai 1945, par une armée américaine venant d'Italie.

Ce combat mené par Léon BLUM pour le respect du principe d’égalité, est toujours d’actualité. Hier, ces attaques, calomnies et insultes, avaient conduit au suicide Roger SALENGRO, maire de Lille. Aujourd’hui, Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a rendu hommage à Brahim BOUARRAM jeté à la Seine, un 1er mai, par un militant du Front National au Pont du Carrousel, près du Louvres. Cette démarche de ville bienveillante au cœur de l’action de Mme HIDALGO.

Certains élus, même de gauche, mais que je ne nommerai pas, mais cela viendra en temps utile, jettent leurs collaborateurs comme des criminels. Il y a sans doute des bananes en Afrique, mais les Noirs sont des hommes et des femmes qui méritent, comme les autres êtres humains, un minimum de respect de la considération. L’autoritarisme et la méchanceté, comme le dirait l’autre «c’est la faiblesse des imbéciles qui se croient forts».

Le courage, la clairvoyance de Léon BLUM, son éthique et son refus des inégalités, font de lui encore notre boussole dans l’action politique. Pour Léon BLUM la politique n’est juste que si elle est humaine, si l’action publique mène à la dignité humaine. C’est cela le projet socialiste.

Paris, le 1er mai 2014. Baamadou.over-blog.fr.

Léon BLUM, homme d’Etat et de Lettres, humaniste, juriste de droit public et socialiste réformateur (9-4-1872- 30-3-1950) Baamadou.over-blog.fr

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 11:26

Nelson MANDELA aurait eu 100 ans en ce 18 juillet 2018. Symbole de la lutte pour la justice, l’égalité et la dignité, d’espoir, de tolérance, d’humanité, d’exemplarité et source d’inspiration, Nelson MANDELA est entré dans l’histoire de son vivant.  Héros de notre temps, et l’une des grandes figures du XXème siècle, MANDELA  est l’un des hommes politiques les plus célèbres et plus révérés qui soient. Grâce à son courage et son combat pour un monde plus fraternel et plus juste, il est devenu un géant de l’histoire, un digne successeur de Mahatma GANDHI, de Martin Luther KING. MANDELA qui a fait progresser l’humanité, force l’admiration et le respect. «C’est l’histoire d’un homme qui a décidé de risquer sa propre vie au nom de ses convictions, et qui a donné de lui-même pour essayer de rendre le monde meilleur», souligne Barack OBAMA, premier président noir des Etats-Unis, dans la préface de l’ouvrage de MANDELA «Conversations avec moi-même».

Longtemps, j’avais cru que les Noirs étaient frappés de la malédiction biblique de Cham qui les condamnait à être des esclaves et à avoir la peau noire. Ainsi, selon certaines théories racistes, les Noirs devaient souffrir, en raison de la couleur de leur peau, d’une servitude perpétuelle, et donc de diverses épreuves de la vie comme le colonialisme, les famines, les régimes autoritaires, la maladie, la misère, la sécheresse, etc. Nelson MANDELA fait partie de ces hommes exceptionnels qui ont refusé d’accepter le monde tel qu’il est. Luttant farouchement contre tout esprit de résignation, MANDELA nous a redonné une énergie nouvelle dans cette quête pour la liberté, l’égalité et la fraternité. Sa morale est la suivante «ne fuyez pas les problèmes ; affrontez-les ! Parce que si vous n’y faites pas face, ils ne seront jamais réglés». MANDELA est donc un homme politique courageux, et il le revendique : «si j’avais pu prévoir ce qui m’est arrivé, j’aurais pris certainement la même direction». Quand on contemple le parcours de Nelson MANDELA, on peut dire, en référence à la biographie que lui a consacrée Jack LANG, qu’il représente «une leçon de vie pour l’avenir». En effet, ce héros de la lutte contre l’Apartheid, est habité par une espérance infinie, une conscience politique aiguë, une sincère et étonnante humilité. MANDELA a mené son pays, l’Afrique du Sud, fortement divisé par un système d’Apartheid honni par le monde entier et qualifié de «crime contre l’humanité», vers la liberté, la démocratie et la respectabilité, tout en maintenant son unité et son efficacité économique. Finalement, seuls les grands objectifs soulèvent les grandes déterminations.

Le personnage de Nelson MANDELA regorge de facettes particulièrement reluisantes et riches. MANDELA est, d’une part, un homme cultivé. En effet, il est imprégné de littérature classique, et a étudié le latin à l’école et à l’université. Il a beaucoup lu la littérature grecque, et joué des pièces de théâtre quand il était à l’université ou en prison. Dans une pièce de théâtre, jouée à Fort Hare, MANDELA a interprété le rôle de John Wilkes BOOTH, l’assassin d’Abraham LINCOLN. En prison, il a incarné le tyran CREON, dans une représentation d’Antigone. Nul doute que jouer les méchants, pour condamner avec véhémence l’Apartheid, convient parfaitement à MANDELA. C’est un admirateur de Marc AURELE, cet empereur romain, homme politique et d’action.

Toutefois, la civilisation occidentale n’a pas effacé ses origines africaines. «Je n’ai pas oublié les jours de mon enfance, quand nous nous regroupions autour des aînés de la communauté pour écouter les trésors de sagesse et d’expérience». D’autre part, MANDELA est connu pour son sens de l’humour et sa capacité à rire, même dans les circonstances les plus difficiles. La tradition veut que le bon chef soit un homme sérieux. Il ne fallait donc pas rire aux éclats. Pour MANDELA «avoir le sens de l’humour et être complètement détendu, permet de mobiliser plus facilement ses amis autour de soi. J’adore ça».

MANDELA est avant tout un sage et un rêveur. En effet, la dimension exceptionnelle de ce personnage ne vient pas de certains critères sur la base desquels on a tendance à juger la réussite, tels que la position sociale, l’influence, la popularité, la richesse ou le niveau d’éducation. Pour MANDELA, d’autres critères sont les véritables fondations de notre vie spirituelle : l’honnêteté, la sincérité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres. MANDELA se définit, dans une lettre du 1er février 1975 à sa femme Winnie, non pas comme un Saint, mais comme «un pêcheur qui cherche à s’améliorer». MANDELA est un dirigeant modeste et humble qui refuse l’autosatisfaction. Comme il le dit lui-même «Dans la vraie vie, nous n’avons pas affaire à des dieux, mais à des hommes et des femmes ordinaires, qui nous ressemblent : des êtres humains avec leurs contradictions, stables et versatiles, forts et faibles, bons et ignobles, des gens dans le sang desquels les vers se battent tous les jours contre de puissants pesticides». MANDELA aime les grands rêves. «C’est un devoir que de rêver l’unité et le rassemblement des forces de liberté» dit-il.

La documentation sur MANDELA est déjà particulièrement impressionnante. On peut citer ses lettres de prison, les entretiens qu’il a accordés à la presse, ses carnets de note avant son incarcération et ses discours. Des biographies, de nombreux documentaires télévisés et des films ont été réalisés sur la vie de Nelson MANDELA. Le Centre Nelson MANDELA pour la mémoire et le dialogue est chargé de vieller sur ce patrimoine inestimable qui recèle encore, sans nul doute, des trésors cachés. Cette contribution sur MANDELA s’inspire, notamment, de divers écrits qui sont recensés dans notre bibliographie sélective. Tout d’abord, de l’excellente autobiographie «un long chemin vers la liberté». Fruit d’un travail collectif, ce livre, publié en 1994, a été rédigé en prison par une sorte de «conseil éditorial». MANDELA a, par la suite, collaboré avec l’écrivain et éditeur Richard STENGEL pour l’étoffer et le parfaire. Dans cette autobiographie incontournable, on y admire l’enfance heureuse de Nelson MANDELA, mais aussi la colère sourde qui gronde d’un peuple noir opprimé et humilié, et donc l’appel au combat pour la liberté et la réconciliation. C’est un ouvrage de référence que tout homme engagé dans la vie politique devrait lire. Le militantisme, aussi modeste qu’il soit, comporte une part de sacrifice, de don de soi-même qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Ensuite, dans l’ouvrage «conversation avec moi-même» en 2011, on y décèle, avec une grande émotion, la voix claire, directe et personnelle de MANDELA. On y admire un MANDELA empreint d’une grande sagesse. Enfin, dans «pensées pour moi-même» en 2010, on y retrouve les citations authentiques de MANDELA qui ont été souvent déformées par des lectures de seconde main.

Par ailleurs, deux puissants discours ont été prononcés par Nelson MANDELA, dont nous faisons état : celui du 20 avril 1964 devant le tribunal de Pretoria et celui du 10 mai 1994, lors de son investiture en qualité de premier président noir de l’Afrique du Sud. Il ne faudrait pas minimiser l’influence de Nelson MANDELA lors de la rédaction de la Charte de la liberté du 26 juin 1955. C’est un document majeur dans la lutte contre l’Apartheid. MANDELA est un redoutable observateur. Il a appris des autres, par l’expérience, «j’ai regardé les autres et essayé de reproduire ce qu’ils faisaient», confesse t-il.

En définitive, Nelson MANDELA a vécu une jeunesse heureuse et insouciante. C’est à l’âge adulte qu’il a pris, progressivement, une conscience politique pour devenir ce formidable combattant de la liberté.

I – MANDELA, une vie provinciale heureuse et insouciante

Rolihlahla MANDELA est né le 18 juillet 1918, Mvezo Komkhulu (lieu idéal), dans le Transkei. Son prénom peut signifier, littéralement, «tirer la branche», mais il peut également désigner «celui qui créé des problèmes». Son père, Nkosi Mphakanyiswa Gadla, est un chef coutumier, de la nation Xhosa, de la tribu Thembu, du clan «Madiba». Les Sud-africains appellent, affectueusement, Nelson Mandela, « Madiba » en référence à ce chef Thembu qui régnait au Transkei au XVIIIème siècle. Gadla MANDELA était polygame. Il avait  quatre épouses, dont la troisième, Nosekeni Fanny (décédée en 1968), est la mère de Nelson. MANDELA a 3 frères et 9 soeurs. Dans son livre autobiographique «un long chemin vers la liberté», Nelson MANDELA décrit son père comme quelqu’un de fier, sévère et d’un entêtement excessif, un excellent orateur et un faiseur de rois. Il précise : «je suis persuadé que c’est l’éducation, plus que la nature, qui façonne la personnalité, mais mon père était fier et révolté, avec un sens obstiné de la justice, que je retrouve en moi». A la suite d’une dispute avec un magistrat blanc local, le père de Nelson MANDELA perdit ses responsabilités de chefferie, ainsi que ses biens. Sa mère alla s’installer à Qunu, près d’Umtata la capitale du Transkei, pour bénéficier de soutien d’amis et de parents. Evoquant le village de Qunu, MANDELA mentionne ceci : «j’ai passé les années les plus heureuses de mon enfance et mes souvenirs datent de là». C’est de là que débute, selon lui, son amour du veld, des grands espaces et de la beauté simple de la nature. La vie du petit Nelson est façonnée par la coutume, le rituel, le tabou, les fables et les légendes Xhosa. Grand observateur, il note déjà que les Africains ont un sens développé de la dignité. Humilier quelqu’un c’est le faire souffrir inutilement. «Même quand j’étais enfant, j’ai appris à vaincre mes adversaires, sans les déshonorer», dit-il dans «un long chemin vers la liberté». La vertu et la générosité seront récompensées d’une façon que nous ne pouvons pas connaître.

En 1925, la mère de Nelson MANDELA, chrétienne de l’église méthodiste, inscrit son fils à l’âge de 7 ans à l’école. C’est son institutrice, Miss MDINGANE, qui lui a donné le prénom anglais de «Nelson», sans doute en référence au célèbre vice-amiral britannique, Horatio Nelson (1758-1805), qui a perdu la vie au large du Cap de Trafalgar.

Nelson MANDELA n’avait que 9 ans, quand son père meurt, en 1927, d’une maladie pulmonaire. Nelson est alors confié, pendant 10 ans, au régent Jongintaba Dalindyebo, à la Grande demeure, à Mqhekezweni, la capitale provisoire du Thembuland. Dans son village Qunu, où il était heureux, le petit Nelson n’avait pour ambition que de manger à sa faim et de devenir un champion de combat au bâton. Brusquement, un nouvel horizon auquel il n’avait pas songé, s’ouvre à lui celui de l’argent, les classes sociales, la gloire ou le pouvoir. Le régent a profondément influencé la notion de commandement que MANDELA devait se faire plus tard. Le régent pratique la liberté d’expression. Il ne s’exprime qu’à la fin de la réunion, résume ce qui a été dit et trouve un consensus entre les différentes opinions. «Un chef, dit le régent, est comme un berger. Il reste derrière son troupeau, il laisse le plus alerte partir en tête, et les autres suivent sans se rendre compte qu’ils ont, tout le temps, étaient dirigés par derrière».

C’est à la cour du régent qu’est né l’intérêt pour MANDELA de l’histoire africaine. Il découvre les grands héros Xhosas qui ont combattu la domination coloniale. Le jeune Nelson apprend que la véritable histoire de son pays ne se trouvait pas dans les livres britanniques, que l’histoire de l’Afrique du Sud ne commençait pas en 1652 avec l’arrivée des colons.

En janvier 1934, à l’âge de 16 ans, Nelson MANDELA est circoncis. C’est un long rituel de passage à l’âge adulte. Il reçoit du régent, en cadeau, deux génisses et quatre moutons. Nelson est plein d’espoir. Il pense qu’un jour il sera riche et aura une place importante dans la société. Subitement, un des orateurs à cette journée exceptionnelle souligne que les cadeaux faits aux circoncis n’ont aucune valeur. Les adultes ne peuvent pas offrir le plus grand de tous les cadeaux, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance. En effet, l’Afrique du Sud est un peuple conquis. L’orateur précise encore sa pensée : «Nous sommes esclaves dans notre propre pays. Nous sommes  locataires de notre propre terre. Nous n’avons aucune force, aucun pouvoir, aucun contrôle sur notre propre destinée dans le pays de notre naissance». Le jeune Nelson n’a pas saisi tout de suite le sens de ces paroles. Cependant, elles ont semé une graine  qui a dormi pendant une longue saison, et qui a fini par germer.

Nelson MANDELA n’avait encore acquis de conscience politique. Il ne voulait pas aller travailler dans les mines d’or. Il pensait, naïvement, que son destin était de devenir conseiller du régent et c’est pour cela qu’il devait poursuivre ses études. En 1934, le régent le fait inscrire au collège de Clarbury, à Engcobo. C’est la première fois qu’il serre la main à un Blanc, le révérend Harris qui dirige ce collège. Chez le régent, il avait appris comment se comporter avec les Blancs : les recevoir avec beaucoup d’égards, mais sans obséquiosité. Dans le collège, un enseignant noir, Ben Mahlasela, titulaire d’une licence, n’était pas intimidé par le révérend Harris. Il lui parlait sur un pied d’égalité, en exprimant son désaccord là où les autres se contentaient d’approuver. En ces temps-là, quelque fût le rang auquel accédait un Noir, on le considérait toujours comme inférieur au Blanc le plus bas. On craignait le révérend Harris, plus qu’on ne l’appréciait. Nelson MANDELA qui s’occupait de son jardin le décrit comme étant «doux et tolérant». Il croyait, avec ferveur, à l’importance de l’éducation pour les jeunes noirs.

En 1937, Nelson MANDELA, à l’âge de 19 ans, est inscrit au lycée Wesleyan de Fort Beaufort, à Healdtown, à 260 km de Umtata, la capitale du Transkei. C’est une école d’une mission méthodiste qui dispense un enseignement libéral basé sur le modèle anglais. «Nous aspirions à devenir des Anglais noirs», confesse Nelson MANDELA. Le collège accueille des élèves de toutes les tribus. Nelson MANDELA commence à prendre conscience de son identité en tant qu’Africain, et pas seulement en tant que Thembu, ni même Xhosa. Le maître d’internat, qui allait devenir plus tard, le président africain de l’église méthodiste d’Afrique du Sud, savait tenir tête à un Blanc, le responsable du lycée. MANDELA prend conscience que le Blanc n’est pas un dieu et que l’Africain n’est pas un laquais. «Un Noir ne doit pas automatiquement obéir à un Blanc, même s’il s’agit de son supérieur», dit MANDELA.

Au cours de sa deuxième année au lycée, un grand poète Xhosa, Krune Mqhayi, vêtu d’une peau de léopard, d’un chapeau assorti, avec une lance dans chaque main, fit une intervention dans son établissement. Ce qui modifia la perception que MANDELA avait de l’homme blanc. Pour ce poète, «la sagaie représente ce qui est glorieux et vrai dans l’histoire africaine, c’est le symbole de l’Africain comme guerrier et de l’Africain comme artiste». Le poète précise sa pensée : «Nous ne pouvons pas permettre à ces étrangers qui ne s’intéressent pas à notre culture de s’emparer de notre nation. Je prédis que les forces de la société africaine remporterons une éclatante victoire sur l’intrus». Ce discours sur le nationalisme et l’unité africaine a produit une «énergie nouvelle», sur le jeune MANDELA dont la conscience politique est encore très embryonnaire.

En 1939, après son diplôme au lycée, MANDELA s’inscrit à l’université de Fort Hare, dans la municipalité d’Alice. MANDELA ne souhaitait pas étudier le droit. Il voulait devenir interprète ou employé des affaires indigènes. Cet établissement est fondé en 1916 par des missionnaires de l’église écossaise. MANDELA joue des pièces de théâtre et interprète le rôle de l’assassin d’Abraham LINCOLN. Il retiendra de cette tragédie que les hommes qui prennent de grands risques doivent s’attendre à en supporter souvent les lourdes conséquences. Il fait la connaissance d’Oliver TAMBO (1917 – 1993), un des futurs grands dirigeants de l’African National Congress (A.N.C.). MANDELA décrit Oliver TAMBO comme quelqu’un d’une intelligence exceptionnelle, «un débattant pénétrant qui n’acceptait pas les platitudes». Jusqu’ici MANDELA n’avait jamais entendu parler de cette organisation politique. MANDELA croyait que le diplôme universitaire était un sésame pour réussir sa vie et venir en aide à sa mère. Il se rend compte, petit à petit, qu’un Noir n’avait pas à accepter les affronts mesquins qu’on lui inflige chaque quotidiennement.

A la fin de sa première année, membre du Conseil représentatif des étudiants, MANDELA est impliqué dans le boycott de la mise en oeuvre du règlement universitaire. Il est alors renvoyé de l’université. Cet événement va changer, considérablement, le cours de sa vie. En 1941, MANDELA retourne à Mqhekezweni, chez le régent, son tuteur et bienfaiteur. Mais le régent veut le marier, sans son consentement, à la fille du prêtre Thembu local. MANDELA n’a d’autre issue que de s’enfuir et se retrouve à Johannesburg. Il est engagé comme policier surveillant une mine d’or. Partout, il ne voyait que des Noirs avec des salopettes poussiéreuses, l’air fatigué et courbant le dos.

Les mineurs sont logés en fonction de leur origine ethnique. Cette séparation entraînait et attisait, par conséquent, des tensions entre les différents groupes ethniques. Licencié de son travail, il n’avait pas les autorisations de travail et de séjour nécessaires. MANDELA est allé rendre visite au docteur XUMA, le président de l’ANC et ami du régent. Mais sa fugue fut vite découverte, il n’obtint pas de travail convoité. Nelson MANDELA confie à son cousin, marchand ambulant, qu’il voulait terminer sa licence pour devenir avocat. Mais pour cela il faut qu’il puisse financer ses études en travaillant. Son cousin le présente à un dirigeant d’une agence immobilière spécialisée dans les propriétés pour Africains, un certain Walter SISULU (1912 – 2003), membre de l’ANC. C’est Walter SISULU qui introduisit MANDELA à un avocat juif libéral, Lazar SIDELSKY (1911-2002). MANDELA précise que d’après son expérience, il a toujours trouvé que «les Juifs avaient l’esprit plus ouvert que le reste des Blancs sur les questions raciales et politiques, peut-être parce qu’eux-mêmes ont été victimes dans l’histoire de préjugés». MANDELA décrit M. SIDELSKY comme un professeur patient, mais très hostile à la politique. Pour cet avocat, «la politique fait ressortir ce qu’il y a de pire en l’homme. C’est la source des problèmes et de la corruption et on doit la fuir à tout prix».

MANDELA se fait le premier ami blanc dans ce cabinet d’avocats, un stagiaire, Nat BREGMAN, qui est, en fait, membre de l’ANC et du Parti communiste. Nat l’entraîne dans des réunions et conférences du Parti communiste où sont mélangés Blancs, Noirs, Métis et Indiens. Les barrières raciales sont abolies dans ces rencontres. Sans être militant politique, MANDELA y va par curiosité intellectuelle. Il commence à prendre conscience de l’oppression raciale qui peut être analysée, non pas sous l’angle ethnique, mais de point de vue de la lutte des classes.

MANDELA n’a que 23 ans, et parcourt en bus le chemin entre le bidonville d’Alexandra où il réside et le cabinet d’avocats. MANDELA, avec ses maigres ressources de stagiaire au cabinet d’avocats, dépense l’essentiel de sa paie dans les transports en commun. Il décrit la vie dans ce Township comme «merveilleuse et précaire». Dans cette ville noire (The dark city), sans lumière,  la vie ne valait pas cher. La nuit le revolver et le couteau faisaient la loi. La vie urbaine tendait à faire estomper les distinctions ethniques et raciales. MANDELA dira à ce sujet «je me suis aperçu que nous n’étions pas des peuples différents avec des langues différentes ; nous formions qu’un peuple avec des langues différentes». Cette étape est importante dans la construction de la conscience politique de Nelson MANDELA qui est confronté à la pauvreté. Il n’y a pas grand-chose de positif à dire sur la pauvreté, mais elle fait souvent naître l’amitié et la générosité. C’est à Alexandra, précise MANDELA, que «je me suis habitué à vivre en ville et que je suis entré en contact physique avec tous les maux de la suprématie blanche». MANDELA gagne en force intérieure, et surmonte ses difficultés liées à la pauvreté, à la souffrance, à la solitude et à la frustration.

En 1942, MANDELA a passé l’examen final de sa licence. Face aux difficultés financières que rencontrent les habitants d’Alexandra, Gaur RADEBE, un militant de l’ANC, membre du cabinet d’avocats où travaille MANDELA, dit qu’il vaut mieux trouver des solutions que de produire des théories. En août 1943, sous l’impulsion de Gaur RADEBE (1908-1968), l’ANC organise un boycott des autobus d’Alexandra qui va durer 9 jours.

La compagnie de bus renonce à augmenter ses tarifs qui sont déjà prohibitifs. Cette campagne eut un effet retentissant sur MANDELA qui est passé du statut de spectateur à celui de participant en politique. Après la démission du cabinet d’avocats de Gaur RADEBE, MANDELA prit sa place et s’inscrit à l’université de Witwatersrand pour un diplôme de bachelier en droit, une formation universitaire pour devenir avocat. Pour la première fois, MANDELA rencontre des jeunes de son âge à l’université, blancs, noirs et indiens, engagés fermement dans la lutte de libération nationale, dont Joe SLOVO (1916 – 1995), qui deviendra qui deviendra Ministre du logement en 1994, sous le gouvernement de MANDELA.

Quand il était jeune, MANDELA était un garçon naïf et provincial. Il croyait que chaque homme avait le droit d’organiser son avenir  comme il l’entendait et de choisir sa vie. A Johannesburg, MANDELA, sans être un militant politique aguerri, a pris conscience d’une «certaine force intérieure». MANDELA, grâce au contact avec Gaur RADEBE, son mentor politique, s’aperçoit que sa conception du monde et ses idées ont considérablement évolué. C’est le réveil d’une conscience politique aiguë et le début d’une vie militante intense.

II – MANDELA, le réveil de la conscience politique et une vie militante intense,

Il est impossible de donner une date certaine de l’entrée officielle de Nelson MANDELA sur la scène politique. Cette évolution a été lente et progressive. MANDELA affirme que le fait déjà d’être Noir en Afrique du Sud signifie qu’on est politisé dès sa naissance, qu’on en soit conscient ou non. Pour le Noir en Afrique du Sud, dit MANDELA, «sa vie est circonscrite par les lois et les règlements racistes qui mutilent son développement, affaiblissent ses possibilités et étouffent sa vie».

L’accumulation quotidienne d’affronts, d’humiliations, ont créé en MANDELA «une colère, un esprit de révolte, le désir de combattre» un système qui emprisonne son peuple. En effet, l’Apartheid est fait de diverses lois raciales qui font des Noirs des esclaves dans leur propre leur propre pays. Pour se rendre d’une zone à une autre, le Noir doit posséder une autorisation administrative, le «Pass». Ainsi, la «Land Act», (loi sur la terre), de 1913 prive les Noirs de 87% des terres. «The Native Urban Aeras Act», (loi sur les zones urbaines), de 1923 créé des bidonvilles surpeuplés pour les Noirs devenus une main-d’œuvre bon marché pour l’industrie blanche. La «Native Administration Act», (Loi sur l’administration indigène), de 1927 retire aux chefs locaux leurs pouvoirs. En 1936, la «Representation Act» (loi de représentation des autochtones), retire aux Africains des listes électorales de la province du Cap. En 1946, «The Asiatic Land Tenure Act», (une loi foncière), restreint, pour les Indiens, la liberté de déplacement et d’acheter des terres. Ces lois ségrégationnistes, ont été initiées par Louis BOTHA, (1862-1919), héros de la guerre des Boers (paysans blancs) et premier ministre de 1910 à 1919. Certains textes sont l’œuvre de James HERTZOG (1866-1942), chef du Parti nationaliste et premier ministre de 1924 à 1939. Pour l’essentiel, cette réglementation a été adoptée sous le gouvernement du maréchal Jan SMUTS (1870-1950), plusieurs fois ministre et premier ministre de l’Afrique du Sud de 1919 à 1924 et de 1939 à 1948. Jusqu’ici, les Noirs n’étaient que des victimes collatérales d’une lutte sourde entre Afrikaners, d’origine hollandaise, et Anglophones. En effet, les Boers, déclassés, sont inquiets pour leur avenir.

MANDELA, alors qu’il n’a que 30 ans, assiste à un gigantesque tsunami de la vie politique en Afrique du Sud : la prise de pouvoir, le 26 mai 1948, par le docteur Daniel François MALAN (1874–1959), un pasteur de l’église réformée hollandaise, un lointain descendant de Huguenots français, et un directeur du journal Die Burger (le Citoyen en Afrikaans), l’organe du Parti National. Le Parti national a refusé, pendant la deuxième guerre mondiale, d’apporter son soutien à la Grande-Bretagne dans sa lutte contre le Nazisme. Le docteur MALAN est élu sur un rejet de la présence des Anglais, et sur des thèmes ouvertement racistes, comme «le péril noir», «le Nègre à sa place», ou les «Coolies à la porte». Il a théorisé et systématisé sa politique ségrégationniste sous le concept «d’Apartheid». Le mot «Apartheid», qui vient de l’Afrikaans, signifie la «séparation», et préconise «le développement séparé des races». Ce concept, mis en application par le gouvernement MALAN, représente la codification, dans un système oppressif et discriminatoire, toute une réglementation qui maintient les Noirs dans une position d’infériorité depuis des siècles. L’homme blanc doit toujours rester le maître. Très vite, le docteur MALAN mit en application son programme électoral. Une loi supprime aux Métis leur représentation au Parlement. En 1949, les mariages mixtes, ainsi que les relations sexuelles entre Blancs et Noirs sont prohibés. Le Parti communiste est interdit. En 1950, une loi classifie tout Sud-africain en fonction de sa race. Chaque groupe racial ne pouvait posséder de la terre, occuper des locaux et avoir une activité que dans une zone séparée. Si des Blancs voulaient un terrain ou des maisons d’autres groupes ethniques, il leur suffisait de déclarer la zone blanche et d’en prendre possession. La loi sur les autorités bantoues abolit les conseils représentatifs des indigènes. Daniel MALAN a cessé son activité politique le 30 novembre 1954, mais son système de discrimination raciale ne sera aboli qu’en 1991.

Cette nouvelle donne politique renforce la détermination et la combativité de MANDELA. Pour lutter efficacement contre l’Apartheid, MANDELA a pour ambition de s’appuyer sur la Ligue de la Jeunesse, dont il est membre, afin de massifier l’ANC. Avant l’arrivée au pouvoir du docteur MALAN, en 1946, la grève des mineurs a été durement réprimée et le syndicat écrasé. Le doute s’installe, mais que faire ?

MANDELA constate, avec d’autres dirigeants, qu’en dépit de la détérioration des conditions de vie des Noirs, l’ANC est restée timorée dans ses actions. C’est une organisation encore dirigée par des cadres qui se sont embourgeoisés. En effet, le docteur XUMA, chef de l’ANC, s’oppose à la radicalisation de son organisation. Il fait comprendre à MANDELA venu le voir, qu’il est médecin et dirige un cabinet prospère. Il n’est pas disposé à aller en prison. Devenu minoritaire face aux brillantes plaidoiries de MANDELA pour réformer l’ANC, le docteur XUMA a été remplacé par le docteur James MOROKA (1892-1984), qui a dirigé cette organisation de 1949 à 1952. Walter SISULU est élu Secrétaire général et Oliver TAMBO entre à la direction nationale. Nelson MANDELA est coopté au comité national de direction de l’ANC. MANDELA est élu en 1947, au comité exécutif de l’A.N.C. du Transvaal.

Fort de ses nouvelles responsabilités au sein de l’ANC, MANDELA veut s’inspirer de la méthode de lutte de la communauté indienne. Il est encore un anti-communiste et s’oppose à l’entrée des Blancs et des Indiens au sein de l’ANC. Cependant, la communauté indienne a lancé une campagne de résistance pacifique qui fait écho à celle développée entre 1893 et 1914, dans le Natal et le Transvaal, par Mahatma GANDHI (1869-1948). Les dirigeants indiens ont accepté d’aller en prison pour leurs convictions. Cet esprit de défi et de radicalisation a supprimé la peur de la prison, et a augmenté la popularité des organisations politiques indiennes. MANDELA engage une campagne pour le droit de vote pour tous. Voyant le sacrifice fait par les dirigeants communistes, les préjugés de MANDELA contre le communisme commencent à s’estomper. Il achète les œuvres complètes de Marx et Engels et entame leur lecture. MANDELA dira que «l’appel du marxisme à l’action révolutionnaire était comme une musique aux oreilles d’un combattant de la liberté». Devenu président de la Ligue de la Jeunesse MANDELA lance, avec l’ANC, une campagne de désobéissance civile qui va durer 6 mois. Il se retrouve, pour la première fois, en prison, pendant plusieurs semaines, et sera libéré après le paiement d’une caution. Cette campagne de désobéissance civile reçut un énorme retentissement dans l’opinion publique. Le nombre de membres de l’ANC passe de 20 000 à 100 000 adhérents. Le 30 juillet 1952, au plus fort de cette campagne, alors qu’il est à son cabinet d’avocats, Nelson MANDELA est arrêté pour avoir violé la loi sur l’interdiction du communisme. MANDELA est condamné à 9 mois de travaux forcés, mais la sentence est suspendue pour 2 ans.

MANDELA pousse encore l’ANC vers une plus grande radicalisation, mais tout en s’inspirant du modèle de non-violence initié par la communauté indienne. En effet, un nouveau président de l’ANC, plus énergique fut désigné, Albert LUTHULI (1896-1967). Cet enseignant et missionnaire, prix Nobel de la paix en 1960, est décrit par MANDELA comme quelqu’un d’une patience infinie et d’un grand sens moral. LUTHULI dirigera l’ANC entre 1952 et 1967. Confiné chez à lui à partir de 1953, à la suite de divers ordres de bannissement, LUTHULI, après le massacre de Sharpeville en 1961, appelle à une journée nationale de deuil et a brûlé, publiquement, son laissez-passer.

Face à la répression amplifiée de l’Apartheid, grâce à ce changement de direction, et sous l’influence de MANDELA, l’ANC adopte, le 26 juin 1955, à Kliptown, une Charte de la liberté pour l’Afrique du Sud démocratique. La Charte réclame l’égalité des droits pour tous les Sud-africains, sans distinction de race, une réforme des lois sur la propriété, l’amélioration des conditions de vie et de travail, une distribution équitable des richesses, l’éducation obligatoire et des lois plus justes. Cette Charte devenue, un phare pour la libération nationale, est teintée d’africanisme. Anton LEMBEDE, un des dirigeants de l’ANC, fait référence dans ses discours, aux héros noirs, comme Marcus GARVEY, W.E.B du BOIS, et Hailé SELASSIE, empereur d’Ethiopie. «La couleur de ma peau est belle, disait-il, comme la terre noire de ma mère». En fait, ce document s’inspire très largement, après la deuxième guerre mondiale, de l’esprit nouveau qui souffle sur le monde, tourné vers la soif de liberté et d’égalité. En effet, une Charte de l’Atlantique, signée en 1943, par Winston CHURCHILL, réaffirme la dignité de chaque être humain, et pose tout un ensemble de principes démocratiques. Rejetant la tyrannie et l’oppression, la Charte de l’ANC est révolutionnaire dans son esprit et ses principes, mais ne réclame pas un ordre communiste. Sans modifier l’ordre capitaliste, la Charte de l’ANC exige que les Africains puissent, eux-aussi, posséder leurs propres affaires et prospérer comme les capitalistes blancs.

Le 5 décembre 1956 Nelson MANDELA est arrêté, en même temps que 156 dirigeants de l’ANC, dont 23 Blancs, 21 Indiens et 7 Métis, «pour haute trahison». Nelson MANDELA a participé à la rédaction de la Charte de la liberté, à la campagne de défi contre le gouvernement, contre le déplacement de 80 000 habitants d’une cité noire, Sophiatown.

Pour ces faits, il est accusé de «conspiration, dans le but de renverser le gouvernement par la violence et de le remplacer par un Etat communiste». A partir  de cet instant, la vie de MANDELA bascule. Il est complètement absorbé par la lutte politique et néglige sa famille. En 1958, il se sépare de sa première épouse, Evelyn MASE (1922-2004), une infirmière et cousine de Walter SISULU, qui est devenue témoin de Jéhovah et ne s’intéresse pas à la politique. Evelyn lui a donné 4 enfants. Le 14 juin 1958, MANDELA se remarie à Nomzamo Winnifred MADAKIZELA (née en 1936), appelée affectueusement «Winnie». Son prénom, «Nomzamo», est prémonitoire. Il signifie «celle qui lutte» ou «celle qui connaît des épreuves». Les élections de 1958 confirment la domination du Parti national. Hendrik VERWOERD (1901-1966), théoricien de l’Apartheid, Ministre des affaires indigènes dans le gouvernement MALAN, sera premier ministre de l’Afrique du Sud jusqu’à sa mort en 1966. Un mouvement des femmes de l’ANC est créé. Winnie y participe activement. Pour MANDELA, quand une femme épouse un combattant un de la liberté, elle devient une sorte de «veuve, même quand son mari n’est pas emprisonné». Ce second mariage donne, pourtant, une énergie nouvelle à Nelson MANDELA qui va affronter des épreuves de plus en plus difficiles.

MANDELA croit encore à  l’efficacité de  la non-violence dans le combat contre l’Apartheid. Cependant, l’ANC, depuis le 6 avril 1959, est concurrencé par une nouvelle organisation politique : le «Pan Africanist Congres» (PAC). Ce parti, dirigé par Robert SOBUKWE (1924-1978), rejette l’orientation communiste et multiraciale de l’ANC, et s’oppose aux principes posés par la Charte de la liberté. Le mentor politique de MANDELA, Gaur RADEBE, a rejoint le PAC. Durant le procès de «haute trahison», l’ANC peaufine sa doctrine politique, pour se mieux de démarquer de son concurrent, le PAC. L’ANC souhaite l’harmonie des races et croit à la bonté innée de l’Homme. Cette organisation part du principe que la persuasion morale et la persuasion économique pourraient, un jour, détruire l’Apartheid. L’ANC mène une politique de non-violence qui est à distinguer du pacifisme. Les pacifistes refusent de se défendre, même quand on les attaque avec violence. En revanche, les non-violents peuvent se défendre quand on les attaque. La non-violence, ce n’est pas la lâcheté.

En dépit du vent de liberté qui souffle sur l’Afrique depuis quelques mois, MANDELA sera confronté à nouvelles épreuves. Certes, le Ghana est libre depuis 1957 et en 1960, 17 colonies françaises d’Afrique sont indépendantes. C’est à ce moment que l’ANC, sous l’instigation de MANDELA, choisit de lancer une campagne contre le «Pass», ces autorisations de circulation pour les Noirs. Le 21 mars 1960, le PAC engage sa propre campagne de désobéissance civile et son chef, Robert SOBUKWE, est arrêté et condamné à 3 ans de prison fermes. C’est là qu’intervient la tragédie de Sharpeville qui marque encore les esprits. Sharpeville est un Township misérable, dans la banlieue de Johannesburg. La manifestation contre le «Pass» bascule dans l’horreur. Les policiers dépassés tirent sur les manifestants : 69 Africains sont massacrés, dont la plupart ont été touchés dans le dos pendant leur fuite, 400 blessés sont recensés. Cet événement tragique créé une vague de protestations dans le pays, une crise gouvernementale, la bourse chute lourdement, et exporte le conflit Sud-africain sur la scène internationale. L’ANC en sort renforcé. Cependant, le régime de l’Apartheid ne plie pas. Ce régime se radicalise. Ainsi, l’état d’urgence est proclamé, l’ANC et le PAC sont interdits, et des arrestations massives d’opposants sont opérées.

La lutte de Nelson MANDELA entre dans une nouvelle phase. Le cabinet d’avocats MANDELA – TAMBO tombe en faillite. Après plus de 4 années de procès pour «haute trahison», le 29 mars 1961, le verdict du procès est rendu : MANDELA est déclaré non-coupable et acquitté. Dans son analyse de la situation, Nelson MANDELA estime que les «tribunaux restent les seuls endroits, en Afrique du Sud, où on peut écouter un Africain de façon impartiale, et où on applique la loi». Ce procès renforce la détermination de MANDELA de combattre pour une Afrique du Sud démocratique et multiraciale. MANDELA continue son activité politique, mais dans la clandestinité. Il devient «Le Mouron Noir», en référence au personnage de la baronne Emmuska ORSCY, «le Mouron Rouge», qui échappait, de façon téméraire, à la capture pendant la Révolution française. Constatant les limites de non-violence, MANDELA réoriente l’action de l’ANC. En effet, et en dépit des réticences de LUTHILI, en 1961, une branche militaire de l’ANC, dénommée en Xhosa «Umkhonto We Sizwe» (Le Fer de Lance de la Nation), plus connue sous l’abréviation M.K., est créée. Le  haut commandement de cette organisation militaire est dirigé par Nelson MANDELA, Joe SLOVO et Walter SISULU. Des Blancs sont également recrutés pour les techniques de sabotage. MANDELA lit l’ouvrage de Carl Von CLAUSEWITZ (1780-1831), «De la guerre», publié, en 1832, à titre posthume. C’est l’un des traités les plus importants sur la stratégie militaire. En référence à cet auteur prussien, pour MANDELA la création de cette branche armée de l’ANC est une «continuation de la diplomatie par d’autres moyens». MANDELA fera, en 1962, une tournée à l’étranger, qui va le conduire, successivement dans 12 pays africains. L’A.N.C récolte partout des fonds, sauf au Sénégal. Le président SENGHOR, hostile au communisme, ne remet à Nelson MANDELA qu’un simple laissez-passer pour Londres. Il séjourne une semaine en Grande-Bretagne avec Olivier TAMBO en exil. MANDELA est séduit par le concept de démocratie et de liberté en Grande-Bretagne.

De retour de son voyage, et après plus de 2 ans de clandestinité, Nelson MANDELA est arrêté le 5 août 1962, dans le Natal, et transféré à Johannesburg, puis à Pretoria. Bien que n’étant pas chef de l’ANC, le régime de l’Apartheid a identifié Nelson MANDELA comme étant le cerveau de cette organisation. Durant la procédure de détention, Nelson MANDELA comprit tout de suite qu’il pouvait «continuer la lutte à l’intérieur de la forteresse de l’ennemi». L’ANC lance une campagne de libération de MANDELA. Le 7 novembre 1962, MANDELA est condamné à ce procès à 3 ans de prison pour incitation à la grève, et à 2 ans pour avoir quitté le pays illégalement.

Le climat politique est très tendu. MANDELA, qui est l’homme le plus influent de l’ANC, va en payer le prix fort. En effet, le gouvernement a créé le système des Bantoustans, régions où sont parqués les Noirs qui sont classés par leurs origines ethniques. Cette période coïncide avec l’arrivée au Ministère de la justice de Bathazar Johannes VORSTER (1915-1983). Ce sinistre personnage, empêtré dans l’étroitesse d’esprit, sera premier ministre de l’Afrique du Sud entre 1966 et 1978 et président de l’Afrique du Sud de 1978 à 1979. M.  VORSTER, dépourvu de toute bienveillance, est un éboueur qui ne voyait le monde qu’à travers les immondices de son esprit particulièrement haineux. Un décret du 1er mai 1963 donne le pouvoir, à tout officier de police, de détenir, sans jugement, sans inculpation, pendant 90 jours, toute personne soupçonnée de «crime politique». Cette détention peut être renouvelée, indéfiniment. L’Habeas corpus, garantie contre toute détention arbitraire, est donc aboli.

Auparavant, une loi de juin 1962 sur le sabotage, autorise des peines minimales de 5 ans, sans appel, et pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Le 11 juillet 1963, la police sud-africaine, lors d’une perquisition à la ferme Liliesleaf à Rivonia, près de Johannesburg, trouve un document qui indique un plan de guérilla planifié par la branche armée de l’ANC. Mais aucune arme n’a été saisie. Cette trouvaille de la police a changé, fondamentalement, les accusations portées contre MANDELA et son lieu de détention. Il est transféré à la prison de Robben Island, à 7 km des côtes du Cap. C’est une île longue de 3,3 km et 1,9 km de large. Cette prison est essentiellement un lieu de détention et d’emprisonnement pour les prisonniers politiques depuis la colonisation hollandaise au XVIIème siècle. L’armée britannique avait déjà exilé un chef Xhosa en 1819, dans cette sinistre prison. Il s’est noyé dans une tentative d’évasion.

Le 9 octobre 1963, démarre, à Pretoria, le procès de MANDELA, plus connu sous le nom de «procès de Rivonia». MANDELA est accusé, non plus de «haute trahison», mais de «sabotage et de complot». Il encourt, de ce fait, la peine de mort par pendaison. Si MANDELA a joué un rôle déterminant dans la création de la branche armée de l’ANC et qu’il est communiste, il se trouvait à l’étranger ou en prison pendant la grande partie où ces actes de sabotage ont été planifiés. MANDELA reconnaît qu’il est un patriote. Il a toujours lutté contre la domination blanche et contre la domination noire. «Mon idéal le plus cher, dit-il, dans sa déclaration devant le tribunal, a été celui d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales». Et il ajoute cette phrase gravée devenue mémorable : «j’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir». Cette déclaration du 20 avril 1964, reçut une large publicité dans la presse nationale et internationale.

Comme tout héros, MANDELA va affronter une tragédie. Le 11 juin 1964, il est condamné pour une détention à vie, sous le numéro d’écrou 466/64. Pendant cette longue période de détention, le régime de l’Apartheid a tenté, en vain, de le briser physiquement et moralement. Pour MANDELA, «la prison ne vous vole pas votre liberté, elle essaie aussi de vous déposséder de votre identité». Il n’y a rien de plus déshumanisant que l’absence de contact humain. En effet, pendant l’incarcération de MANDELA, son épouse, Winnie, est assignée à résidence, à partir de 1969, pendant 17 mois. Elle est soumise à divers ordres de bannissement entre 1962 et 1987, qui l’ont empêchée de rendre visite à son mari. MANDELA ne peut recevoir de courrier qu’une fois tous les 6 mois et ses correspondances à Winnie sont souvent censurées. C’est en prison qu’il apprendra la mort de sa mère en 1968, ainsi que celle de son fils aîné, Madiba (Thembi), disparu à la suite d’un accident le 13 juillet 1969. Les autorités refusent à MANDELA d’assister aux obsèques.

«Montre-moi un héros et je t’écrirai une tragédie», disait l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940). Nelson MANDELA, compte tenu de toutes les épreuves qu’il a subies, aurait pu sombrer dans le désespoir, l’amertume et la haine. Cependant, la prison ne l’a pas vaincu. «Tout au long de mon incarcération, mon cœur ont été toujours très loin de cet endroit, dans le veld et la brousse», révèle MANDELA. Il souligne que «réfléchir est l’une des armes les plus importantes pour affronter les problèmes, et dehors, nous n’en avons pas le temps». Il a conservé toute sa dignité et n’a jamais renoncé à son idéal politique.

On ne survit dans une prison que si l’on conserve son sang-froid. Il n’y a rien d’encourageant pour un prisonnier que de comprendre qu’il n’a pas gâché sa vie. En effet, MANDELA a trouvé, en lui, pendant cette détention, les ressources nécessaires pour vaincre la routine et l’oubli. En effet, MANDELA commence, en 1975, à rédiger son autobiographie, «Un long chemin vers la liberté». Il a repris ses études par correspondance et a décroché, en 1989, son diplôme de droit de l’université d’Afrique du Sud. Il s’est révélé, dans cette grande adversité, comme un résistant, un grand guerrier Xhosa, et surtout un leader de tous les prisonniers. Avec son charisme, son leadership et son sens politique, MANDELA réorganise, autour de lui, un commandement interne de l’ANC à la prison de Robben Island auquel participent Walter SISULU, Govan MBEKI et Raymond MHLABA. Ce comité direction était initialement en charge des réclamations faites par tous les prisonniers (grève, courrier, visite, nourriture, vie quotidienne). Certains prisonniers entreprirent des études universitaires. MANDELA mit en œuvre son talent d’avocat pour les aider à se défendre lors de leurs différents procès MANDELA et SISULU saisissent cette occasion pour assurer une éducation politique sur la lutte de l’ANC.

Nelson MANDELA sera détenu à Robben Island de 1964 à 1982, à Pollsmoor, au Cap entre 1982 et 1988, et à Victor Verster entre 1988 et 1990. Il ne fut libéré que le 11 février 1990, soit après 27 années, 6 mois et 6 jours de prison. Entretemps, l’Angola et le Mozambique, deux anciennes colonies portugaises, après une guerre de libération, sont devenus indépendants en 1975. En 1976 eurent lieu des manifestations tragiques à Soweto qui ont secoué l’Apartheid. Un militant de l’ANC,  Steve Biko (1946-1977) est torturé et assassiné. En 1988, un concert pop de 12 heures, au stade Wembley, à Londres, en l’honneur du 70ème anniversaire de MANDELA, est diffusé dans 77 pays. L’opinion publique occidentale découvre le drame de l’Afrique du Sud occulté par des années d’ultralibéralisme de REGEAN et de Mme THATCHER. En 1989, avec la chute du mur de Berlin, le communisme s’effondre. Un vent de liberté souffle sur le monde en général, et en Afrique en particulier. Les conflits qu’on croyait insolubles sous la guerre froide, se sont apaisés. A la suite de pressions internes et internationales, le gouvernement sud-africain proposa, le 31 janvier 1985, de libérer MANDELA, s’il rejetait, de «façon inconditionnelle la violence comme instrument politique». MANDELA décline cette offre à cause des conditions qui y sont attachées. L’ANC ne fait que répondre à l’oppression que lui inflige l’Apartheid.

En 1982, MANDELA souffre de la prostate ; ce qui nécessite une hospitalisation. C’est pendant cette période que le gouvernement d’Afrique Sud choisit d’engager des négociations avec le leader de l’ANC. MANDELA resta intransigeant sur les principes, à savoir qu’il est patriote, il veut une Afrique du Sud multiraciale et les Blancs doivent se sentir en sécurité dans ce pays. Après avoir consulté ses amis, Nelson MANDELA rencontrera, plus tard, le 4 juillet 1989, le président  Pieter Willem BOTHA (1916-2006), premier ministre de l’Afrique du Sud de 1978 à 1984 et président de l’Afrique du Sud de 1984 à 1989. Le président BOTHA annoncera, un mois après, sa démission. Il fut remplacé par Frederik Willem De KLERK (né en 1936), avocat, dirigeant du Parti National de 1989 à 1997 et président de l’Afrique du Sud de 1989 à 1994, qui déclara qu’il était attaché à la paix et qu’il négociera «avec tout autre groupe attaché à la paix». Le 10 décembre 1989, huit hauts dignitaires de l’ANC sont libérés dont Walter SISULU, sans restrictions.

L’Apartheid est allégé, puisque les lieux publics sont ouverts aux Noirs. Lors de la rencontre avec le président De KLERK, MANDELA exige la levée de l’état d’urgence et de l’interdiction de l’ANC. C’est ce qui fit le président De KLERK dans son discours du 2 février 1990 devant le Parlement qui est une sorte de liquidation de l’Apartheid. Plus rien ne s’oppose à la libération de Nelson MANDELA, le 11 février 1990. Cependant, l’état de siège était toujours en vigueur.

Le 13 mai 1992, MANDELA annonce sa séparation avec Winnie. «Il semble que le destin des combattants de la liberté soit d’avoir des relations instables», dira MANDELA. Ils ont eu deux filles. Le divorce n’interviendra qu’en 1995. Depuis juillet 1998, MANDELA est remarié, une troisième fois, à Graça SIMBINE MACHEL (née en 1945), veuve d’un ancien président du MOZAMBIQUE, Samora MACHEL mort en 1986.

En 1993, MANDELA est le 3ème Sud-africain noir à avoir obtenu obtient le prix Nobel de paix, après Albert LUTHULI et Desmond TUTU. L’homme qui a créé la branche armée de l’ANC, accepte cette récompense en «hommage à tous les Sud-africains et en particulier à ceux qui ont participé à la lutte de libération nationale». MANDELA accepte de partager ce prix Nobel avec De KLERK : «pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé» souligne t-il.

Nelson MANDELA est élu premier président noir de l’Afrique du Sud le 9 mai 1994. En 1999, à l’expiration de son mandat de président, MANDELA ne sollicite pas son renouvellement. Nelson MANDELA a pris sa retraite de la vie politique le 1er juin 2004. Depuis 2009, le 18 juillet, est proclamé par l’ONU, journée internationale Nelson MANDELA.

Bon nombre de citoyens noirs croyaient que leur vie aller changer du jour au lendemain, après l’élection libre et démocratique de 1994. «Si vous voulez vivre mieux, vous devez travailler dur», leur dit Nelson MANDELA. Après trois siècles de domination blanche, MANDELA a estimé que «le temps de panser les blessures, faire naître l’espoir et la confiance», est venu. Il a plaidé pour la réconciliation : «la lutte de libération n’était pas une lutte contre un groupe ou une couleur, mais un combat contre un système d’oppression». Pour MANDELA, «être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres». Un homme qui prive un autre homme de sa liberté, est prisonnier de sa haine, des préjugés et de l’étroitesse d’esprit. Evoquant dans son discours d’investiture, du 10 mai 1994, la fin de l’Apartheid, MANDELA espère que : «de l'expérience d'un désastre humain inouï qui a duré beaucoup trop longtemps, doit naître une société dont toute l'humanité sera fière».

Pour panser les blessures du passé, MANDELA a adopté une démarche particulièrement originale en mettant en place, en décembre 1995, une «Commission vérité et réconciliation», présidée par l’évêque Desmond TUTU, prix Nobel de la paix. «Aussi incomplet et imparfait que soit ce travail, il contribue à nous délivrer du passé afin de poursuivre notre route vers un avenir glorieux», proclame MANDELA dans ses vœux à la Nation du 31 décembre 1998. Sur la base cette expérience, MANDELA a été médiateur (accord du 28 août 2000) dans le grave conflit au Rwanda qui avait conduit à un génocide entre Tutsis et Hutus.

Robben Island est devenu un site et un musée protégé depuis 1996. Cette prison, comme les combats menés par MANDELA, symbolisent le triomphe de l’esprit humain, de la liberté et de la démocratie sur l’oppression.

La santé de MANDELA s’est détériorée depuis 2011. Il souffre d’une infection pulmonaire et passe des séjours fréquents à l’hôpital. Même devant la mort, MANDELA est un véritable résistant. MANDELA restera, pour nous tous, une source d’inspiration, une autorité morale de dimension planétaire.

L’ère Mandela n’a pas apporté, en dehors de la fierté retrouvée et la réconciliation nationale, les changements escomptés par les Africains. Les dirigeants qui ont succédés MANDELA ont été des corrompus. Espérons que Cyril RAMPOSA redressera la situation.

Bibliographie sélective :

1 – Contributions de Nelson MANDELA

MANDELA (Nelson), «Discours d’investiture du 10 mai 1994», La vie et Le Monde du 6 décembre 2013 ;

MANDELA (Nelson), Convoquer l’histoire : Nelson Mandela, trois discours commentés, François-Xavier Fauvelle-Aymar, éditeur scientifique, Paris, Alma éditeur, 2015, 81 pages ;

MANDELA (Nelson), L’Apartheid, Paris, éditions Minuit, 1965, 112 pages ;

MANDELA (Nelson), LANGA (Mandla), Etre libre, ce n’est pas seulement se débarasser de ses chaînes, traduit par Stéphane ROQUES, préface de Graça Machel, Paris, Plon, 2017, 458 pages ;

MANDELA (Nelson), Pensées pour moi-même, citations, Paris, Les éditions de la Martinière, 2011, 495 pages ;

MANDELA (Nelson), préface de Barack OBAMA, Conversations avec moi-même, Paris, Les éditions de la Martinière, 2010, 505 pages ;

MANDELA (Nelson), Un long chemin vers la liberté, Paris, Livre de Poche, 1994, 767 pages ;

MANDELA (Nelson), Une minute pour changer le monde, traduit par Marie-Gabrielle Zanetto, Jennifer Crwys-Williams éditeur scientifique, Paris, Presses du Châtelet, 2011, 189 pages.

2 – Critiques de Nelson MANDELA

ANTAGANA (Jean-Joseph), Nelson Mandela : L’étoile du Sud, Paris, L’Harmattan, 2016, 149 pages ;

BARBEAU (Philippe), Nelson Mandela, un humble serviteur de son peuple, Paris, Oscar Jeunesse, 2014, 107 pages ;

BUCAILLE (Laetitia), «Vérité et réconciliation en Afrique du Sud», Politique étrangère, 2007, (2), pages 313-325 ;

CAUSSE (Rolande), Nelson Mandela, Paris, Oskar éditeur, 2016, 64 pages ;

COPANS (Jean), MEUNIER (Roger), «Les ambiguïtés de l’ère Mandela», Revue Tiers-Monde, 1999, pages 489-498 ;

D’ALMEIDA (Fabrice), Nelson Mandela, Paris, PUF, Collection Que sais-je ?, 2018, 125 pages ;

DAYNES (katie), Nelson Mandela, traduction Véronique Duran, Londres, Usborne, 2014, 64 pages ;

DERENS (Jacqueline), L’année Mandela, Paris, Messidor, 1990, 128 pages ;

DERRIDA (Jacques), GORDIMER (Nadine), JORJE (Amado) et autres, Pour Nelson Mandela, Paris, Gallimard, 1986, 216 pages ;

DISSEZ (Anne), Afrique du Sud : enjeux de la nation arc-en-ciel, Paris Acoria, 2010, 240 pages ;

FRITSCHER (Frédéric), Nelson Mandela : un héros africain, une sélection de textes, Paris, Société éditrice du Monde, 2015, 103 pages ;

GEFFROTIN (Thierry), Le prodigieux destin d’un humaniste, récit de la vie Nelson MANDELA, (disque compact, extraits discours essentiels), Châteauroux, éditions Eponymes, 2010 ;

GUILOINEAU (Jean), Nelson Mandela, Paris, éditions Autrement, 1998, 187 pages ;

GOGUEL (Anne-Marie), «Comme l’espérance est violente, la libération de Nelson Mandela», Autres temps, 1989, pages 71-72 ;

GUYONNET (René), traducteur, Nelson Mandela, un homme d’exception, Paris, éditions du Jaguar, 2006, 162 pages ;

HADLAND (Adrien), Mandela, une vie, Colette Joyeux traductrice, Paris, L’Archipel, 2010, 96 pages ;

HELFAND (Lewis), Nelson Mandela, une vie au service de la liberté, Fred Mirten, Paris, 21 g, 2014, 124 pages ;

KELLER (Bill), Mandela : le dernier héros du XXème siècle, François Dufour traducteur, Paris, La table ronde, l’Actu, 2010, 125 pages ;

LANG (Jack), Nelson MANDELA : leçon de vie pour l’avenir, préface de Nadine ORDIMER, Paris, Perrin, collection Tempus, 2007, 269 pages ;

LUNEAU (Jean), Quelque chose de Nelson Mandela, Saint-des-Mauvrets, éditions du Petit Pavé, 2010, 137 pages ;

MEER (Fatima), Plus haut que l’espoir : une biographie de Nelson Mandela, Fatou Guèye, traductrice, Paris, Dakar, Présence africaine, 1993 et 2014, 454 pages ;

MULLER (Jean-Marie), Nelson Mandela, le choix de la lutte armée, Lyon, Chronique sociale, 2015, 76 pages ;

PONDI (Jean-Emmanuel), Nelson Mandela : An Example for Humanity, Yaoundé, (Cameroun), éditions Afric’Eveil, 2014, 139 pages ;

STENGEL (Richard), Les chemins de Nelson Mandela : Quinze leçons de vie,  d’amour et de courage, Joseph Antoine, traducteur, Paris, Pocket, 2012, 222 pages ;

TADJO (Véronique), Nelson Mandela : Non à l’Apartheid, Arles, Actes Sud, 2010, 95 pages ;

THUREAU-DANGIN (Philippe), Mandela, un héros de notre temps, ses combats, son héritage, son Afrique du Sud, Paris, Courrier International, 2010, 97 pages ;

VINSON (Eric), VIGUIER-VINSON (Sophie), Mandela et Gandhi : la sagesse peut-elle changer le monde ?, Paris, Albin Michel, 2018, 281 pages ;

VIOLET (Bernard), MANDELA : un destin, Paris, J’ai Lu, 2013, 279 pages.

Paris le 18 juillet 2018, par M. Amadou Bal BA  -http://baamadou.over-blog.fr/.

«Nelson MANDELA, un humaniste et un combattant de la liberté» Amadou Bal BA.
«Nelson MANDELA, un humaniste et un combattant de la liberté» Amadou Bal BA.
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«Nelson MANDELA, un humaniste et un combattant de la liberté» Amadou Bal BA.
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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:33

Pour la postérité, Lamine SENGHOR est resté pendant longtemps dans l’oubli le plus complet. Une éminente universitaire et grande spécialiste de la littérature noire, maintenant disparue, Mme Lilyan KESTELOOT (1931-2018), a confessé que dans la première version, qui date de 1958, de son ouvrage consacré à l’histoire de la littérature négro-africaine, elle n’avait pas pris pour mesure l’ampleur de l’action de Lamine SENGHOR et de ses campagnes de lutte. Pourquoi tant d’honneur, maintenant ?

Entre 1924 et sa mort prématurée en 1927, à 38 ans, le Sénégalais Lamine SENGHOR devient une grande figure révolutionnaire des mouvements anticolonialiste et panafricaniste. Le souvenir de sa contribution à l’éveil des colonisés, ainsi qu’à la prise de conscience du monde noir de son identité, sera bientôt éclipsé par le succès de ceux qui l’ont suivi : «Senghor est un nom difficile à porter tant la renommée du poète président dépasse de loin celle des autres hommes de lettres ou d’autres hommes d’Etat», écrit Robert CORNEVIN. Il n’y a aucun lien de parenté entre Lamine et Léopold SENGHOR (1906-2001) ; sa «bête noire», c’est Blaise DIAGNE (1872-1934), un député du Sénégal, assimilationniste. «Autant Diagne et ses idées était remis en cause par une solide opposition indigène solide et structurée, même, autant sa position en France était menacée par d’autres opposants politiques dont les plus irréductibles étaient des Sénégalais affiliés au Parti communiste français, à leur tête, Lamine Senghor», écrit le professeur Iba Der THIAM, dans sa thèse. En effet, évoquant la création de la Ligue de la Défense de la Race Nègre, en 1926, Lamine SENGHOR écrit, sans le nommer, en direction notamment de Blaise DIAGNE : «Le nouveau-né venait de faire un pas géant. Il fallait, à tout prix, d’étouffer l’enfant qui venait de naître. C’est alors que le cri d’alarme parti de plusieurs ministères et préfectures, avec la complicité des parlementaires nègres qui ne voient en notre mouvement que la fin de leur règne». Au début, Lamine SENGHOR, ce vétéran de la guerre de 1914-1918 militait au sein de l’Union intercoloniale, groupe fondé par le Parti communiste français. Puis il a créé, en 1926, le Comité de Défense de la Race Nègre (CDRN), le premier mouvement populaire noir qui ait su réunir en France des centaines de membres à travers les ports et les grandes villes françaises. En février 1927, Lamine SENGHOR a été invité au congrès inaugural de la Ligue contre l’impérialisme à Bruxelles, où il a partagé la scène politique avec les chefs des grands mouvements nationalistes. Le discours de Lamine SENGHOR a rencontré un énorme succès, non seulement dans la salle mais aussi à travers le monde : on l’a tout de suite fait traduire en anglais, et il a été publié dans plusieurs revues aux États-Unis. En effet, Lamine SENGHOR est le premier homme politique à avoir organisé les Noirs en France de manière significative. «Je suis un Sénégalais qui a compris que la vraie France, celle qui avait proclamé en 1789 l’abolition de l’esclavage, dont ma race était la plus grande victime, n’a plus rien de commun au plan moral avec cette France qui rétablit l’esclavage moderne dans la métropole, comme dans les colonies» dit-il.

Robert CORNEVIN, qui lui a consacré une courte biographie, a évoqué la «brève destinée d’un Africain précurseur de nationalisme et de la Négritude». Ce fait dire au journal électronique, «Rumeur», que Lamine SENGHOR est «le plus grand des SENGHOR». Pour ce journal, «Parmi ces fantômes, qui sont reclus dans un même oubli, il est le cas d'un autre Senghor. Un Senghor qui ne nourrissait aucune fascination et n'attendait aucune reconnaissance du colonisateur. Un Senghor qui ne pensait pas que la raison était hellène. Un Senghor véritablement visionnaire qui, précurseur de l'anti-impérialisme, de l'internationalisme et de la négritude, ne se contenta pas seulement de vouloir déchirer les «rires banania» des murs de France en souscrivant à l'idée d'une émotion nègre. Ce Senghor, Lamine de son prénom, ne souhaita pas seulement s'attaquer aux revêtements des murs. Il se donna pour but, avec une poignée de métèques, de les détruire».

Né le 15 septembre 1889, à Joal, dans le département de M’Bour, au Sénégal, fils de Ibrahima Arfang SENGHOR et de Yaye N’Goné N’DIAYE, tous les deux Sérères et musulmans. Iba Der THIAM écrit qu’il «existe bien aux archives du Sénégal divers documents attestant qu’il est né à Joal». Par conséquent, Lamine SENGHOR, contrairement à ce qu’écrivent certains auteurs, n’est pas né à Dakar ou Kaolack. «Après avoir reçu une éducation religieuse à l’école coranique de son village, éducation qu’il menait de pair avec les travaux champêtres, il subit l’épreuve de la circoncision comme tous les garçons de son âge, ce qui raffermit son caractère, trempa sa volonté,  et lui donna une ouverture sur le monde des adultes» écrit Iba Der THIAM. Il est décrit par Pape Toumané N’DIAYE comme un garçon d’une «intelligence très vive, une activité débordante, une grande éloquence, une certaine chaleur humaine, voire un certain magnétisme personnel qui en faisait un homme de contact».

Il quitte son village et se rend en ville pour chercher du travail. En 1912, à l’âge de 23 ans, Lamine SENGHOR est employé à Dakar comme «boy», dans la maison bordelaise MAUREL et PROM. Jeune analphabète, ne connaissant que les travaux agricoles, il subit les pires humiliations ; il avouera, plus tard, qu’il a eu le sentiment d’être traité en sous-homme. «Sa vie dans cette entreprise ne fut pas évidemment agréable. Pilier du commerce colonial, pénétrée d’un esprit de domination et de supériorité insupportables, la Maison Maurel et Prom incarnait le colonialisme dans ce qu’il y a de plus arrogant et de plus inhumain avant la Révolution du 10 mai» écrit Iba Der THIAM.

Quand la Première guerre mondiale éclata, et ses amis sont mobilisés, l’indigène Lamine SENGHOR, par fierté, s’engagea, volontairement, dans l’Armée française, aux côtés des Tirailleurs sénégalais. En 1915, il est mobilisé, et à VERDUN, dans la Somme en France, il découvre l’horreur des tranchées. Blessé, gazé, décoré de la Croix de guerre et rapatrié au Sénégal ; il est démobilisé avec le grade de sergent et perçoit une pension d’invalidité de 30%. Il était toujours sujet français ; il n’a pas été naturalisé : «Ce fut, précisément, parce qu’il ne réussit point, à obtenir en tant que blessé de guerre, ni la citoyenneté française, ni une pension semblable à celle de ses camarades combattants européens qu’il réalisa le caractère inique et révoltant du système en vigueur et s’installa, résolument dans la contestation de l’ordre colonial» écrit Iba Der THIAM.

Pour échapper à l’arbitraire colonial, Lamine SENGHOR se fait délivrer un faux jugement supplétif établissant qu’il est né à Dakar. «Il chargea deux témoins, en l’occurrence les nommés Amadou BA, 56 ans, commerçant, et M. Bagnick NIANG, 63 ans, maître menuisier, demeurant tous à Dakar, de le soutenir dans son projet de se faire délivrer un faux jugement supplétif établissant qu’il est bien né à Dakar. Ce document effectivement fut établi au nom de Lamine SENGHOR, né le 15 septembre 1889, dans la capitale fédérale, fils de Ibrahima SENGHOR et de Yagorée N’DIAYE, aux termes de l’audience du Tribunal civil de Dakar, le 13 juillet 1920 (références 21 G 27 (17)», précise l’historien Iba Der THIAM,  Lamine SENGHOR devient ainsi citoyen français. Le Parti Communiste le défendra contre le député Blaise DIAGNE qui voulait lui retirer la nationalité française, en prétendant que Lamine SENGHOR utiliserait les papiers de son frère : «Y a-t-il eu au Sénégal, un deuxième homme, mort ou vivant, nommé Lamine Senghor, fils d’Ibrahim et de Yagore N’Diaye ? Y a-t-il eu, du 4 août 1914 au 11 novembre 1918, dans toute l’armée française, deux Lamine Senghor ? On calomnie et persécute Senghor pour l’unique raison qu’il a adhéré à la IIIème Internationale et a eu le courage de flétrir, ainsi qu’il sied, les colonialistes et les exploiteurs de tout ordre» écrit le journal l’Humanité, n°10126 du 1er septembre 1926.

Démobilisé, SENGHOR retourne au Sénégal jusqu’en 1920. Un dossier (13 G 30 (17) des Archives nationales du Sénégal, indique que Lamine SENGHOR a déposé un dossier en vue d’acquérir la nationalité française. En août 1921, il retourne en France pour se marier avec Eugénie COMONT, mère deux enfants, et ils auront une fille. Lamine réside avec sa femme au n°63 de la rue Myrha, dans le quartier de la Goutte d’Or, à Paris, dans le XVIIIème arrondissement. Ancien combattant, il obtient un emploi réservé en qualité de facteur aux Postes et Télécommunication, et sera affecté dans le IXème arrondissement de Paris. Pendant cette période, Lamine SENGHOR est loin d’être le révolutionnaire qu’il deviendra ; il n’a qu’un seul souci, revenir au Sénégal avec son épouse. Cependant, son salaire modeste ne lui permet pas de payer les deux billets de son couple. Il demande alors à son épouse d’écrire à l’association C.A.I. afin d’obtenir un billet gratuit pour le Sénégal. Le courrier est transmis au Ministère des Colonies, puis au Contrôle et Assistance des Indigènes (CAI) qui est, en fait, une police politique surveillant les coloniaux. Quand le C.A.I. apprend que Lamine SENGHOR est membre de la Fraternité Africaine, une amicale à laquelle appartient Masse N’DIAYE et Ibrahima SOW, deux Sénégalais affiliés à l’Union Inter Coloniale (UIC), une organisation fondée par les communistes, les services secrets français devinent le profit politique à en tirer. Le CAI propose à Lamine SENGHOR et à sa femme un billet gratuit pour le Sénégal contre quelques renseignements sur les Africains à Paris, notamment les membres ou sympathisants communistes. En début juillet 1924, Lamine SENGHOR envoie ses premiers rapports au CAI sur la Fraternité Africaine.

Lamine SENGHOR aurait pu faire une carrière discrète d’indic de la police quand subitement éclate le 24 novembre 1924 le conflit qui oppose Blaise DIAGNE au journal «Les Continents». En effet, Lamine SENGHOR s’est opposé à Blaise DIAGNE dans son procès en diffamation contre le journal «Les Continents» lancé par Kodjo Tovalou HOUENOU (Porto-Novo, 1887 – Dakar, 1936), médecin de formation et avocat originaire du Dahomey (Bénin). Kodjo HOUENOU ayant été jeté, sans ménagement, d’une boîte de nuit, s’est radicalisé sur le plan politique (panafricanisme, indépendance, défense des noirs) et a commencé à attaquer, la personnalité politique influente de l’époque, Blaise DIAGNE.

Favorable au système assimilationniste, HOUENOU en dénonce, cependant, les abus. C’est ainsi que dans un article du 15 octobre 1924, intitulé «le bon apôtre», il attaque violemment le député du Sénégal. Blaise DIAGNE intente alors un procès contre ce journal accusant le député du Sénégal de toucher des commissions pour le recrutement des tirailleurs sénégalais et de prévarication, c’est-à-dire de manquement grave à ses devoirs. René MARAN, prix Goncourt de 1921, était le rédacteur en chef de ce journal. Lamine SENGHOR est cité comme témoin à ce procès. «La Gauche toute entière, communistes compris, se retrouve dans le prétoire le parti colonial», écrit Philippe DEWITTE. En effet, Blaise DIAGNE est présenté comme un traître à la cause des Noirs ; le député du Sénégal est présenté comme un «Nègre blanc» ou un «Négrier». Blaise DIAGNE serait un «commis recruteur, l’agent de liaison entre le vendeur d’esclaves et l’acheteur : marché de chair à canon pour la guerre de la civilisation» écrit Lamine SENGHOR. Par conséquent, cet incident créé un déclic et fait émerger la conscience politique de Lamine SENGHOR. Il est ancien tirailleur sénégalais qui vit dans des conditions misérables. Sa conscience politique s’est faite progressivement en réaction à l’action de Blaise DIAGNE. Comme la plupart des tirailleurs sénégalais, il est particulièrement déçu des conditions de vie de l’après-guerre. La France n’a pas payé sa dette de sang envers ses enfants noirs ; en l’occurrence, la puissance colonisatrice n’a pas accordé la citoyenneté aux Africains en contrepartie de leur participation à la guerre. «Au lieu de s’attarder de prouver à combien de centimes près le grand négrier touche par tête de Sénégalais qu’il recruta, il aurait fallu faire passer devant lui toute une procession d’aveugles et de mutilés. Toutes ces victimes lui auraient craché à la face toute l’infamie de la mission qu’il a accomplie» écrit SENGHOR.  Il est également outré par le manque de considération accordé aux Noirs vivant en France. «La France nous connaît lorsqu’elle a besoin de nos soldats, mais elle continue à nous traiter comme des êtres inférieurs lorsque le danger est passé. C’est ce lâche traitement de la civilisation européenne qui fait naître la haine chez les Nègres dont les efforts doivent tendre à imprimer un essor nouveau à notre race» dit-il. «A travers l’immonde marchand de chair noire, c’est l’impérialisme français qu’il aurait fallu traîner aux assises» écrit Lamine SENGHOR. Dans sa thèse de doctorat, Olivier SAGNA décrit bien les causes du réveil de la diaspora noire à Paris que tente d’organiser Lamine SENGHOR. Une des raisons principales du déclenchement de ce processus a été sans doute la mobilisation massive des peuples coloniaux à des fins économiques ou militaires en vue de leur participation au conflit. Parmi d'autres, des milliers d'Africains ont été enrôlés de force ou recrutés grâce à ces promesses mirobolantes pour être envoyés en Europe défendre un pays dont ils ignoraient tout, mais qu'on leur présentait comme étant leur «Mère-Patrie». Au front, ils se sont rapidement aperçus que la mort et la souffrance ne faisaient pas de distinction de couleur ni de statut pour choisir leurs victimes. Cette constatation en apparence banale, ajoutée au fait qu'on les avait appelés pour sauver la «Patrie» en danger, a été le signal de la remise en question du mythe jusqu'alors inébranlé de la supériorité de l'homme blanc. Lamine SENGHOR a envie d’en découdre avec Blaise DIAGNE, et commence une collaboration avec le journal «Le Paria», qui est un organe de l’U.I.C. fondée par les communistes en 1922 pour organiser les coloniaux. Dans une série d’articles publiés dans le journal «Le Paria» des mois de novembre et décembre 1924, articles non signés, mais dont la virulence et le style portent la marque de Lamine SENGHOR. On y lit que le procès opposant «les recrutés de la tuerie au recruteur». Il écrit un article intitulé «Le réveil des Nègres» dans «Le Paria» d’avril 1926 : «Les colons font des Nègres, des esclaves ou des soldats. Le Comité de Défense de la Race Nègre saura réveiller les Nègres de leur torpeur et les organiser en vue de leur libération prochaine».

En fin 1923, Lamine SENGHOR adhère à diverses organisations dans la mouvance communiste : le Parti communiste français (P.C.F.), la Confédération Générale des Travailleurs Unifiés (C.G.T.U.) et l’Union Inter Coloniale (U.I.C.). «Loin de la violence du système colonial, ils découvrent une métropole où les valeurs républicaines ont un sens, et ils adhèrent aux thèses marxistes qui prônent la lutte contre le colonialisme. Si Salah Bouchafa opte pour la section coloniale du PCF et milite aux côtés d'Abdelkader Hadj Ali, Lamine Senghor ou Nguyen Ai Quoc (le futur Hô Chi Minh), Mohamed Lakhdar-Toumi reste fidèle aux Jeunesses communistes» souligne le journal l’Humanité du 26 août 2006 rendant hommage aux résistants oubliés. Entre 1923 et 1925, c’est une phase d’observation, de silence et d’apprentissage politique. Autodidacte Lamine SENGHOR fréquente l’école coloniale communiste sise au n°8 de la rue Mathurin Moreau, à Paris 19ème, avec des cours du soir les mercredis et les vendredis de 20 heures 30 à 22 heures 30. En fait, il a appris à lire et à écrire correctement à l’âge de 26 ans dans l’armée française ; le Parti communiste français lui donne une instruction marxiste. Il n’a jamais été inscrit à la Sorbonne, comme le prétendent certains biographes. Mais son engagement militant est plus intense, à partir de 1925 ; il réside maintenant au n°16 de la rue Léon à Paris 18ème. Il participe à l’assemblée générale de la «Fraternité africaine», une association de la diaspora sénégalaise, qui se tient à Paris, le 31 janvier 1925, en présence d’Arabes, d’Antillais et de membres du Parti communiste. Dans les jours qui suivent, Jacques DORIOT (1898-1945), responsable communiste pour la Commission centrale coloniale, invite les coloniaux à «intensifier la lutte dans leur pays», le PCF ne soutenant que les mouvements d’obédience communistes. Le PCF met à la disposition de Lamine SENGHOR, nommé représentant du Sénégal, le journal «Le Paria» et «Le Comité d’études coloniales», des organes de l’Union Intercoloniale, une structure de ce parti politique. Le PCF donne instruction à Lamine SENGHOR de créer au n°73 du Faubourg Saint-Antoine, à Paris, une association d’Anciens combattants et de mutilés de guerre Sénégalais. L’Union Intercoloniale convoque, pour le 29 mars 1925, une réunion au boulevard Auguste Blanqui, dans le XIIIème, et Lamine SENGHOR, s’exprime, pour la première fois, devant une assemblée politique. Pour SENGHOR s’adressant aux participants de cette réunion, l’objet de la réunion est pour «protester contre les abus, contre les méfaits et les injustices qui se commettent, journellement, dans toutes les colonies. Sous prétexte d’exporter la civilisation occidentale dans les pays d’Orient, la France a conquis, par la violence, un vaste empire colonial dont l’étendue et la population dépassent celles de la métropole. En réalité, la raison de ces conquêtes successives est tout autre ; Pour alimenter son industrie la France a besoin de matières premières, qu’elle tire de ces pays qui sont en même temps ses débouchés pour ses produits manufacturés qu’elle ne peut consommer sur place. Elle a également besoin de ses colonies pour sa défense nationale». SENGHOR prend des responsabilités au P.C.F., «sans toutefois que son attachement au Parti communiste français et à son programme d’action colonial ne remette en cause son esprit critique et n’aliène sa forte personnalité» précise le professeur Iba Der THIAM. Entre juin et octobre 1925, Le PCF désigne Lamine SENGHOR pour mener des débats dans la banlieue parisienne, à la sortie des usines, pour protester contre la guerre du Rif au Maroc. Cependant, le 18 juin 1925, sans une aucune directive du PCF, Lamine SENGHOR, pour la première réclame «l’affranchissement intégral des peuples coloniaux».

Au congrès du PCF, des 4 et 5 juillet 1925, Lamine SENGHOR il appelle les participants «à forger l’arme nécessaire au renversement du capitalisme et à briser les chaînes de l’esclavage». Compte tenu de son éloquence, le PCF charge Lamine SENGHOR de faire diverses conférences, à partir de septembre 1925, en province (12 juillet à Lille, 6 et 7 août à Lyon, 2 septembre à Allais, dans le Gard, 3 septembre à Toulon, 4 septembre à Fréjus, 6, 7 et 8 septembre à Bordeaux, 20 septembre à Strasbourg). Il avait recruté plus de 900 membres sympathisants du P.C.F. Ayant acquis une grande notoriété, il est chargé par les communistes d’assister au congrès «Pan-Noir» d’octobre 1925, à Chicago.  Un rapport des renseignements généraux indique «Il a fait preuve d’une opiniâtreté déconcertante et se dépense sans compter en faveur du but poursuivi (…) et se rendant partout où il pouvait rencontrer un homme de couleur ; il se fit une telle publicité que beaucoup de noirs le regardent déjà comme leur futur libérateur. Des mesures urgentes devraient être prises contre cet agitateur afin de l’empêcher d’intensifier sa pernicieuse propagande». Cette crise de croissance provoque des débats intenses d’orientation au sein de la diaspora noire : faut-il s’émanciper du PCF ? Le 30 novembre 1926, l’Humanité annonce que le Comité de défense de la Race Noire adhère à la IIIème internationale communiste. La Société Amicale des Originaires de l’AOF, créée durant le Cartel de Gauche de 1924, reprend du service, avec une orientation plus sociale, en sollicitant  notamment pour la diaspora la création d’un foyer à Marseille. Concurrencé par cet organe, Lamine SENGHOR, rongé par la tuberculose, demande le 9 mars 1925, un rapatriement au Sénégal, puis se ravise dans une lettre du 3 août 1925 ; l’administration avait trouvé une bonne occasion d’éloigner ce grand agitateur : «Etant avisé par des amis, des desseins que l’on prépare à mon égard, à la colonie, comme à la métropole, parce que communiste, je préfère attendre mon sort en France, au milieu de mon foyer». Lamine GUEYE ne dévie pas de son objectif «Le Comité de Défense de la Race Noire vise à regrouper les Nègres pour défendre leurs intérêts, mais surtout pour créer une force capable  de donner aux Nègres leur indépendance, comme au Libéria».  La 5èùe convention annuelle des peuples nègres tenue à New York, du 1er au 30 août 1926, réclame aussi «l’émancipation des peuples africains oppressés». La personnalité de Lamine SENGHOR tranche avec celle des autres militants noirs de l’U.I.C. De conditions modestes, il n’est pas passé par le moule normalisateur et assimilationniste de l’école française. Il est le premier, et restera le plus marquant, d’une série de révolutionnaires africains qui prennent la relève des Antillais à la tête des organisations d’obédience communiste. La révolte intérieure de Lamine SENGHOR s’est transformée en prise de conscience politique. Il n’a que quelques rudiments sur le marxisme glanés aux cours de l’école coloniale du P.C.F, mais il comble le déficit de bagage intellectuel par un réel charisme et une ténacité extraordinaire. Le nom de Lamine SENGHOR, continuera, après sa mort, de constituer un puissant facteur de mobilisation de la communauté noire. De plus, son activiste est particulièrement débordant ; invalide à 30%, puis à 100%, il continuera de sillonner la France avec un seul poumon rongé par la tuberculose et constituera de solides bastions à Marseille, Bordeaux et le Havre. Claude McKAY fait référence, dans son «Banjo», au personnage de Lamine SENGHOR. Dans un rapport de la police secrète française, le colonisateur qui le faisait suivre dans tous ses déplacements, lui rend involontairement hommage «Durant quelques jours qu’il a passés à Marseille, il déploya une activité prodigieuse ; si l’on songe qu’il a obtenu 100% d’invalidité, malgré quelques échecs qu’il a subis, il fait preuve d’une opiniâtreté déconcertante, et se dépense sans compter, en faveur du but poursuivi. En se rendant, partout où il pouvait trouver un homme de couleur ; il fait une belle publicité que beaucoup de Noirs le regardant déjà comme leur futur libérateur».

Alors membre du P.C.F., Lamine SENGHOR a été contraint par la direction du parti à se présenter aux élections municipales de mai 1925, à Paris dans le XIIe arrondissement, et ce contre son gré, estimant qu’il n’avait aucune chance de succès. Il obtient 965 voix et se désiste en faveur du candidat du «Blog des Gauches». L’attitude du PCF a provoqué une consternation et jeté une amertume dans la conscience de Lamine SENGHOR. L’incident des municipales marque le point de départ d’une désillusion. Il pensait que le PCF était un allié sincère et un porte-voix des coloniaux. Il réalise qu’il n’est que le faire-valoir. Le PCF ne cherchait qu’à redorer son blason anticolonial et séduire les Noirs grâce à la candidature d’un des leurs.

Lamine SENGHOR, tout en restant proche des communistes, développe une stratégie autonome pour l’indépendance des Africains. Le charisme qu’il exerce sur les Africains et les Antillais, ses convictions politiques, font que le PCF refuse la démission qu’il présente. C’est à partir de ce moment qu’il réfléchit sur les nouvelles formes d’organisation des Noirs en France ; il pense qu’une «des plus grosses questions du jour, est celle du réveil des Noirs». Tenus à l’écart de la vie politique par leur faible niveau d’instruction et leur situation matérielle précaire, les Africains n’ont pas jusqu’ici l’occasion d’exprimer leur mécontentement. En février 1925, constatant que le PCF est marqué par son universalisme et son attitude positive à l’égard de la Nation française et ses valeurs assimilationnistes, Lamine SENGHOR fonde, en mars 1926, le Comité de Défense de la Race Nègre (C.D.R.N.), qui se dote d’un journal, la «Voix des Nègres». Il écrit un article sur l’orientation de son journal «Les déshérités d’Afrique, la race nègre, qui forme la cinquième partie de la population, est la plus humiliée de toutes les races humaines. L’émancipation des Nègres sera l’œuvre des Nègres eux-mêmes, la lumière, le progrès et le colonialisme sont incompatibles. Le principe de la dignité humaine est qu’elle faite pour tous les hommes». Tout en restant dans les cercles communistes, il entend affirmer la spécificité du combat nègre et préserver l’indépendance de son organisation. Lamine SENGHOR, dans un article intitulé «Debout les Nègres» assigne son mouvement comme objectif «la défense des intérêts et l’honneur de notre pauvre race martyr.  Une force irrésistible et invincible qui nous poussait à travailler inlassablement pour cette noble et juste cause. Debout, le front haut, La Ligue a décidé de marcher, côte à côte, avec ses amis, face à tous les ennemis du progrès et de l’humanité, et de mener la lutte jusqu’au bout. Aider et soutenir cette organisation, c’est contribuer à la défense des droits, des intérêts et du prestige de cette même race. C’est donc faire son devoir de bon nègre». Il a compris que le Parti communiste, un bon allié, ne réclamait pas pourtant l’indépendance des colonies africaines. Au départ, le CDRN se veut autonome et ne cherche aucun appui d’un parti politique de la Métropole. Le CDRN n’est pas conçu comme une organisation révolutionnaire, mais internationaliste, axée sur des revendications pratiques et d’indépendance. Ainsi, Lamine SENGHOR proclame dans le n°1 de janvier 1927, de la «Voix des Nègres», les objectifs de sa lutte : «Combattre, avec la dernière énergie, la haine de race ; travailler pour l’évolution sociale de la race Nègre ; refuser de renforcer l’appareil d’oppression dans les colonies ; Collaboration permanente avec les organisations qui luttent, véritablement, pour la libération des peuples opprimés et pour la révolution mondiale».

En fait, plusieurs courants traversent le CDRN : les modérés de Maurice SATIVEAU, un Guadeloupéen, qui sont assimilationnistes, et les révolutionnaires dont le chef de file est Lamine SENGHOR, qui sont indépendantistes. Le gouvernement français ne s’en méfie donc pas outre mesure. Le CDRN, étant traversé par divers courants, se trouve paralysé ; une scission était inévitable. En effet, il y avait un conflit larvé entre les différentes sensibilités du CDRN. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase sera la participation remarquée de Lamine SENGHOR au Congrès constitutif de la Ligue contre l’oppression coloniale et l’impérialisme tenu à Bruxelles du 10 au 15 février 1927. Cette organisation créée, à l’instigation de l’Internationale communiste, a pour objectifs de favoriser «un mouvement anti-impérialiste de masse». Lamine SENGHOR acquiert une dimension internationale en côtoyant à cette rencontre d’éminentes personnalités, comme Albert ENSTEIN, Romain ROLLAND, Henri BARBUSSE, la veuve de SUN YAT SEN, Jawaral NEHRU, Messali HADJ, etc. Vingt-huit ans avant la Conférence de Bandung, le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles marquait l’émergence d’une unité des peuples des trois continents contre l’hégémonie occidentale. Lamine SENGHOR obtient du Congrès la résolution suivante en faveur des coloniaux «Pleine liberté pour les peuples africains et les peuples d’origine africaine ; égalité de la race nègre avec toute les autres races ; la terre d’Afrique avec son administration doit être donnée aux Africains ; suppression immédiate du travail forcé et des impôts indirects ; suppression de toutes les discriminations de race et de classe du point de vue politique et économique ; Liberté de parole, de presse, de réunion ; reconnaissance du droit syndical». Au retour de ce congrès de Bruxelles, Lamine SENGHOR fut arrêté mais relâché en raison de son état de santé et de l’intervention de panafricanistes. C’est ce qui fera dire au poète sénégalais : «J’aurai garde de ne pas oublier que le courant prolétarien qui, tout communisant qu’il fût, n’était moins influencé par Du Bois et Garvey. Je songe à la voix des Nègres, journal parisien, qui était, au lendemain de la Première guerre mondiale, animé par Tiémokho Garan Kouyaté et Lamine Senghor», écrit Léopold Sédar SENGHOR dans «Liberté 3», page 276.

Lors de sa détention pendant 2 mois, à partir du 18 mars 1917, les amis de Lunion GOTHON en profitent pour le détrôner de son mouvement, Lamine SENGHOR fonde le 21 mai 1927, au n°52 de la rue Saint-Lazare, à Paris, dans le 8ème arrondissement, «La Ligue de Défense de la Race Nègre» (LDRN) et son mensuel, «La Race Nègre». Le président est Lamine SENGHOR, le vice-président, Felian MAULIUS, un Guadeloupéen, le secrétaire général est Joseph GOTHON LUNION, un Guadeloupéen, et le secrétaire général adjoint, Tiémoko Garan KOUYATE, un Soudanais (Mali). «Un intellectuel noir, mutilé de guerre, Senghor Lamine, habitué des cours de la Sorbonne, avait remplacé le licencié en droit Kodjo Kénoum» écrit François COTY qui pense qu’il faut sauver les colonies, l’objectif de cette association étant «l’expulsion des Blancs des Antilles aussi bien que de l’Afrique. L’histoire moderne est pleine de substitution». Pour François COTY, un militant d’extrême-droite, Lamine SENGHOR fait partie de ces « intellectuels noirs, imprudemment pourvus de bagages de connaissances européennes sans utilité pour eux, puis abandonnés aux déceptions que leur réserve la métropole, et finalement passent au service de Moscou et forment l’insurrection dans nos colonies».

Indépendantiste, la L.D.R.N. est une organisation avec des accents particulièrement révolutionnaires. Ainsi, dans le n°3 de septembre 1927 de La Race Nègre, Lamine SENGHOR précise sa pensée : «L’Africain a ses coutumes et ses traditions séculaires, il a son histoire, tandis que les Gaulais et les Germains n’étaient que des barbares, resplendissait déjà sur les bords du Nil une belle civilisation qui a laissé des empreintes profondes dans le processus de transformation des sociétés européennes. Dans de pareilles conditions, il est logique, il est légitime pour les Nègres de poser la question de leur liberté et de leur indépendance, d’aspirer à une vie nationale propre. Du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tous les Nègres d’Afrique en font désormais leur mot d’ordre de combat».

En France, cette association des défenses des noirs a été pensée comme une façon de créer un front commun noir contre le colonisateur, mais aussi une nouvelle forme de conception de l'humanité en essayant de faire reconnaitre la citoyenneté aux indigènes noirs. Il est particulièrement traité l'épisode du recrutement des soldats des colonies par Blaise DIAGNE lors de la première guerre mondiale et du non respect des hommes mais aussi des promesses de récompense non-tenue. Refusant toute racialisation des rapports sociaux, Lamine SENGHOR veut rompre avec la vision du Nègre que la société française a hérité de l’époque esclavagiste. Il désire unir les Noirs pour leur émancipation ; il veut en finir avec les divisions artificielles qui ne font qu’affaiblir les opprimés face à leurs oppresseurs. De plus, il désire qu’on cesse de souiller le terme de Nègre. Dans le premier numéro de «La  Voix des Nègres», Lamine SENGHOR donne le ton : «Que veut dire «homme de couleur  ? Nous affirmons que ce mot désigne tous les hommes de la terre. La preuve : il n’y a pas un seul homme dans ce monde qui ne soit pas d’une couleur ou d’une autre». Il en conclut que «les jeunesses du Comité de Défense de la Race Nègre se sont fait un devoir de ramasser ce nom de la boue où vous le traînez pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race». Lamine SENGHOR assigne à la L.D.R.N. quatre objectifs principaux : combattre la haine raciale ; travailler pour l’évolution sociale de la race nègre ; refuser de renforcer l’appareil d’oppression dans les colonies, et au contraire travailler pour les détruire et collaborer en permanence avec les organisations qui luttent pour la libération des peuples opprimés et la révolution mondiale. «Les jeunesses du C.D.R.N se sont faits un devoir de ramasser ce nom (Nègre) dans la boue où vous le traînez, pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race. Nos terres, nos droits et notre liberté ne nous appartenant plus, nous nous cramponnons sur ce qui, avec l’éclat de la couleur de notre épiderme, sont les seuls biens qui nous restent de l’héritage de nos aïeux. Ce nom est à nous, nous sommes à lui ! Il est notre, comme nous sommes siens ! En lui, nous mettons tout notre honneur et toute notre foi de défendre notre race. Oui, messieurs, vous avez voulu vous servir de ce nom comme mot d’ordre scissionniste. Nous, nous en servons comme mot d’ordre de ralliement : un flambeau ! Nous nous faisons honneur et gloire de nous appeler Nègres, avec un N majuscule en tête. C’est notre race nègre que nous voulons guider sur la voie de sa libération totale du joug esclavagiste qu’elle subit. Nous voulons imposer le respect dû à notre race, ainsi que son égalité avec toutes les autres races du monde, ce qui est son droit et notre devoir, et nous nous appelons Nègres» écrit Lamine SENGHOR. Pour ce révolutionnaire «On ne peut plus vendre un Nègre à un Blanc, mais les impérialistes se réservent le droit de vendre un peuple nègre à un autre impérialisme. L’esclavage n’est pas aboli. Au contraire, on l’a modernisé» dit-il.

En 1927, Lamine SENGHOR est en pleine ascension dans sa lutte contre l’impérialisme qui se dessine dans cette période. Mais c’est aussi un homme tuberculeux, de santé très fragile depuis que son bataillon a été gazé à Verdun en 1917. Gravement atteint aux poumons, Lamine SENGHOR survit, mais sa santé est affaiblie. Il fait, cependant, paraître son ouvrage «La violation d’un pays» avec une préface d’un dirigeant communiste, Paul VAILLANT-COUTURIER. Ce livre, une belle analyse et compréhension de la colonisation est une dénonciation de ses mécanismes, de son passé ainsi que de sa résurgence sous des formes hypocrites. Cet ouvrage décrivant la genèse du système colonial, ses mécanismes d’exploitation et de domination «marque, dans l’histoire du nationalisme, une étape fondamentale, en tant que pensée révolutionnaire, et proposition d’action en vue de l’émancipation noire de la domination étrangère», écrit le professeur Iba Der THIAM. Ouvrage teinté d’humour et de fantaisie, la colonisation a pour figure de proue, «l’homme pale», un homme blanc, «à la figure si pâle qu’on aurait dit la peau d’un poulet déplumé», qui, avec sa camelote, séduit les paisibles habitants d’un village africain, endort leur vigilance à l’aide de l’alcool, sème la discorde entre eux en les incitant au fratricide, et prend en main l’exploitation systématique du pays, pour y établir le «roi du colonialisme» jusqu’au moment où tous les opprimés du monde se révoltent et mettent un terme à cette exploitation de l’homme par l’homme. Ainsi, non seulement l’esprit de lucre, la volonté de profit et de puissance, mais aussi, l’esprit de combine, le goût du mensonge et le recours à l’assassinat, firent leur apparition dans cette communauté paisible où tous ces maux étaient quasiment inconnus. Aux contacts épisodiques et irréguliers succéda une phase de commerce régulière, par la ruse ou par la force, commença la traite des Nègres, ainsi que l’évangélisation. Par la suite, succèdent les tensions et les guerres avec le colonisateur, ainsi que l’assujettissement des Noirs : «Depuis ce jour-là, leurs champs, leurs terres, leurs troupeaux et leur liberté ne leur appartenait plus. Jadis libres, désormais, ils devenaient un peuple esclave. Il faut qu’on les civilise !, leur disait «l’homme pâle», le maître, désormais, qui était devenu à la fois Dieu et maître». Pendant la Première guerre mondiale, la France mobilisa ses indigènes d’Afrique : «Pour renforcer son armée, la Reine (La France) fit appel aux sujets du Roi colonialisme en leur promettant la suppression des lois iniques de l’esclavage-modernisé» écrit SENGHOR. Le village paisible qui va être envahi par «l’homme pâle» porte le nom Ouolof de «M’Bine Diam» (la maison de la paix) ; le traître et l’assassin de ses frères est dénommé «Dégou Diagne» (dégoût, d’égout) allusion directe à Blaise DIAGNE, qui «gagna ses palmes métropolitaines en organisant activement le recrutement de la force noire pendant la Première guerre mondiale». Le général MANGIN avait tenté de mobiliser des troupes coloniales, mais cela s’est soldé par des révoltes, et c’est Blaise DIAGNE qui est missionné par Georges CLEMENCEAU. On envisagea «la diplomatie soutenue par la force» et on envoya «le plus dévoué des esclaves à couleur d’ébène aller discourir chez ses frères afin qu’ils s’enrôlent dans l’armée de la défense nationale, à quelques milliers de kilomètres de leur propre pays». Blaise DIAGNE recrutera, non pas 50 000, mais 77 000 tirailleurs sénégalais. La France n’a pas respecté ses promesses d’accès à la nationalité française et d’égalité des droits pour les Tirailleurs sénégalais. A la faveur de cela, une prise de conscience du système colonial, de ses mécanismes d’exploitation, de domination et d’oppression, et une volonté de résistance naquirent, peu à peu. «La colère monte et gronda dans les cœurs, monta et remonta. Elle remonta tellement qu’elle finit par éclater un vendredi matin. La Révolution éclata avec les citoyens pâles. Les royaumes renversés ; la Reine fut envoyée pêcher des huitres dans la mer du Néant, et le Roi fut livré à l’ange de la mort. Le soleil venait de se lever et c’était le jour de la Libération. Les esclaves devinrent libres» écrit SENGHOR.  En effet, les Sénégalais, à cette époque, et dehors des quatre communes, n’étaient pas citoyens, mais sujets français : «Les Nègres sont des Français et veulent servir la France ? Rien n’est aussi faux que cette affirmation !» écrit Lamine SENGHOR dans le n°1, de janvier 1927 de la «Voix des Nègres». La colonisation étant la violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est donc une violation du pays occupé : «Les esclaves deviennent libres ! Les citoyens de chaque pays dirigèrent le gouvernement de leur Etat. Ils formèrent l’alliance fraternelle des pays libres». Dans sa préface, Paul VAILLANT-COUTURIER écrit «sous sa forme hirsute, animée, à la fois simple et frappante, «la violation d’un pays », est au fond, toute l’histoire du colonialisme. Il possède en même temps, des qualités doctrinales discrètes, les couleurs vives et discrètes, des imageries populaires. Il faut le lire. Il faut qu’il revienne aux pays d’où il est sorti comme une plante des terres chaudes, et qu’il y grandisse».

En juillet 1927, Lamine SENGHOR commence à perdre la bataille contre les infections qui le rongent. En même temps, le mouvement qu’il a construit commence à s’écrouler. En août 1927, il apprend la mort de son père et de son fils, Sène. Lamine SENGHOR meurt le 25 novembre 1927 à Fréjus ; il laisse une veuve, Eugénie Marthe COMONT, et une fille. A sa disparition, Tiémoko Garan KOUYATE (1902- 1942, Soudan, actuel Mali), devient le leader de la L.D.R.N. ; KOUYATE a pour souci de créer des syndicats noirs et prend progressivement ses distances par rapport au P.C.F. Garan KOUYATE, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, entra dans la résistance auprès des Francs Tireurs Patriotiques, il fut fusillé par les nazis, au fort de Montluçon en 1942.

En définitive, Lamine SENGHOR, précurseur incontesté et intraitable du nationalisme africain, aura contribué, très significativement, au déclin des courants assimilationnistes. Mort jeune, la carrière politique ainsi que la vie de Lamine SENGHOR, auront été courtes. Mais la réputation de cet illustre Sénégalais atteindra la dimension d’un mythe. Son nom est lié à l’histoire naissante de la Négritude, à l’anticolonialisme et à l’émergence des mouvements pour l’indépendance de l’Afrique.

Bibliographie sélective

1 – Contribution de Lamine Senghor

SENGHOR (Lamine), La Violation d’un pays, préface Paul Vaillant-Couturier, Paris, Bureau d’éditions, de diffusion et de publicité, 1927, 31 pages ;

SENGHOR (Lamine), La Violation d’un pays et autres écrits anticolonialistes présentation de David Murphy, Paris, L’Harmattan, 2012, 158 pages ;

SENGHOR (Lamine), «Debout les Nègres», La Race Nègre n°1, juin 1927 ;

SENGHOR (Lamine), «Lettre du 4 aout 1925 au journal Le Matin», L’Humanité du 13 août 1925, et reproduite par Le blog du journal Libération du 6 septembre 2015.

2 Critiques de Lamine Senghor

Anonyme, «Le gouverneur du Sénégal persécute Senghor, les explications embarrassées de Blaise Diagne», L’Humanité, n°10126, du 1er septembre 1926, page 2 ;

Anonyme, «Le plus grands des Senghor», La Rumeur du 15 mai 2015 ;

CORNEVIN (Robert), «Du Sénégal à la Provence, Lamine Senghor (1889-1927) pionner de la négritude», Provence historique, 1975, tome n°25, fascicule 99, pages 69 -77 ;

COTY (François), «A propos du faux prince Touvalou», in Contre le communisme sauvons nos colonies. Le péril rouge en pays noir, Paris, B. Grasset, 1931, 267 pages, spéc pages 151-160 ;

COTY (François), «La Ligue de Défense de la Race Nègre», in Contre le communisme sauvons nos colonies. Le péril rouge en pays noir, Paris, B. Grasset, 1931, 267 pages, spéc pages 137-148 ;

DEVITTE (Philippe), Les mouvements nègres en France : 1919 – 1949, Paris, préface Juliette BESSIS, Paris, l’Harmattan, 406 pages, spéc pages 109-110 ;

DEWITTE (Philippe), «Le Rouge et le Nègre», Hommes et Migrations, 2005, n°1257, pages 33-40 ;

DIOP (Papa, Samba), «Un texte sénégalais inconnu : La violation d’un pays (1927) de Lamine Senghor», Komparatistische Hefte, Université de Bayreuthe, 1984, H 9/10, pages 123-28 ;

BERNARD-DUQUENET (Nicole), Le Sénégal et le Front populaire, thèse université de Paris VII, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch, 268 pages dactylographiées, spéc pages 27-28 (doc scanné UCAD, cote TH. L 68), et Paris, L’Harmattan, 1985, 252 pages;

FALL (Mar), Le destin des Noirs en France ; discrimination, assimilation, repli communautaire, Paris, l’Harmattan, 2005, 154 pages, spéc pages 55-57 ;

Front culturel sénégalais, Lamine SENGHOR, vie et œuvre, Dakar, 1979, 67 pages ;

GAUTHEROT (Gustave), Le bolchévisme aux colonies et l’impérialisme rouge, Paris, Rédiers, 1930, 444 pages, spéc pages 274 et suivantes ;

KESTELOOT (Lylian), Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, 2001, 386, pages, spéc pages 48-51 ;

KOLOLO (Jean-Blaise), «Lamine Senghor, la défense de la race Nègre», Cahiers de Léon Trotsky, mars 2001, n°73, pages 61-84 ;

M’BAYE (Babacar), Black Cosmopolitanism and Anticolonialism, London, New York, Routledge Taylor and Francis Group, 2017, 302 pages ;

MICHEL (Marc), «René Maran et Blaise Diagne : deux négritudes républicaines», Présence Africaine, 2013, 1, n°187-188, pages 153-166 ;

MURPHY (David), «Tirailleur, facteur, anticolonialiste : La courte vie militante de Lamine Senghor (1924-1927)», Cahiers d’Histoire, revue critique, 2015, n°126, pages 55-72 ;

N’DIAYE (Papa, Toumané), Les dynamismes politiques au Sénégal (1914-1929), études sur les origines du nationalisme au Sénégal, Mémoire de maîtrise, Dakar, Université de Dakar, 1979, 120 pages, spéc pages 88 et suivantes ;

RIESZ (Janos), «Le refus du nationalisme, le nationalisme par le refus, l’émergence du sentiment national dans les littératures africaines de l’entre-deux guerres», Notre Librairie, octobre décembre 1986, pages 12-15 ;

SAGNA (Olivier), Lamine SENGHOR (1889-1927) un patriote sénégalais engagé dans la lutte anti-coloniale et anti-capitaliste, Paris, 1980-1981, mémoire de maîtrise en histoire, Université de Paris VII, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovicth, 163 pages ;

SAGNA (Olivier), Des pionniers méconnus de l’indépendance : Africains, Antillais et luttes anticolonialistes dans la France de l’entre-deux guerres (1919-1939), Thèse de doctorat sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovicth, Paris Diderot, Paris VII, 1986, 2 vol, 975 pages ;

SAME KOLLE (Samuel) Naissance et paradoxe du discours anthropologique africain, Paris, l’Harmattan, 2007, 256 pages, spéc pages 62 et 65-66 ;

SARR (Amadou Lamine), «Lamine Senghor (1889-1927)», Das Andere Des Senegaleschichen Nationalismus, Wien, Böhlau, 2011, 302 pages ;

THIAM (Iba Der), L’évolution politique et syndicale du Sénégal colonial de 1840 à 1939, Paris, Thèse d’Etat sous la direction de Jean Dévisse, Sorbonne, 1983, 9 volumes, 5 179 pages, spéc le volume VII, pages 2513-2917, 2923-2938, 3001-3019 et 3034-3046 ;

ZINSOU DERLIN (Emile), ZOUMENOU (Luc), Kodjo Tévalou Houénou, précurseur (1887-1936), pannégrisme et modernité, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004, 240 pages.

Paris, le 30 août 2011, actualisé le 22 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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