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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 22:44

Mali : Coup d’Etat militaire, vers quelle issue à la nouvelle crise ?

 

On croyait que la technique des coups d’Etat militaires serait révolue en Afrique, les gouvernements civils sont désormais majoritaires dans ce continent. Et voilà qu’en plein mouvement de désobéissance civile, ce mardi 18 août 2020, le président Ibrahima Boubacar KEITA (IBK) et son premier ministre, Boubou CISSE, ont été arrêtés par les militaires. I.B.K., ainsi que le gouvernement, ont été contraints à la démission, et l’assemblée nationale dissoute.

Le président I.B.K. a mal géré la crise, au lieu de négocier et calmer le jeu, il a choisi l’affrontement et la répression. En effet, le vendredi 10 juillet 2020, alors que les manifestations sont restées pacifiques, depuis le 5 juin 2020, le président malien, IBK a envoyé les troupes d’élite tirer sur la population : 23 manifestants ont été tués, plus de 150 blessés graves. Tous les leaders de l'opposition malienne, dont Choguel Kokalla MAIGA, arrêtés, puis libérés, mais le mal est fait. Cela a crispé le climat et les négociations ont capoté en raison de ces erreurs graves d’IBK, qui aurait pu sauver sa tête, en organisant une période transitoire, qui va se faire maintenant, mais sans lui.

Suivant le M 5, juste avant le putsch, IBK était sur le point d’arrêter tous les opposants, pour les exiler à l’intérieur du pays, en vue de faire capoter la désobéissance civile. Si personne ne peut se satisfaire d’un régime militaire, ce putsch est donc venu à un point nommé, au moment où tout était bloqué, le Mali risquant un bain de sang. Dans un communiqué du 19 juillet 2020, le Groupe M. 5 RFP, dont le porte-parole est Choguel MAIGA, «prend acte de l’engagement d’ouvrir une transition politique civile». M 5 salue surtout «l’engagement héroïque» des Maliens ayant abouti à la destitution de IBK enfermé «dans l’entêtement et le déni». Le groupe M. 5 rend hommage aux victimes et suivra les poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes. Le Groupe M. 5, par une formule diplomatique, semble condamner le coup d’Etat et «se déclare profondément attaché à la démocratie, comme mode de dévolution et d’exercice du pouvoir, et entreprendra toutes les initiatives pour que notre pays puisse amorcer une véritable refondation de notre système politique et de gouvernance, à travers l’ouverture d’une transition républicaine et l’élaboration d’une feuille de route, dont le contenu sera convenu avec le CNSP». Le peuple adhère à ce changement, sans effusion de sang et les dirigeants M 5, à ce jour, n’ont pas été arrêtés. Par conséquent, le groupe M5 entend rester maître du jeu politique et se déclare, «plus que jamais mobilisé et déterminé» jusqu’à la restauration d’un «Mali démocratique, républicain et laïc, doté d’une gouvernance responsable et vertueuse».

Il ne faudrait pas que les militaires volent la victoire au M. 5. On se sait que les militaires, une fois au pouvoir, ont dû mal à le rendre aux civils, comme cela a été le cas récent au Soudan, après la chute de Omar EL-BECHIR. Une fois que les militaires ont goûté au pouvoir, tout ce qui est provisoire a tendance à devenir définitif, et les libertés compromises. Ainsi, lorsque le premier président du Mali, Modibo KEITA, a été renversé par un coup d’Etat militaire, Moussa TRAORE étant resté au pouvoir plus de 23 ans, soit du 19 novembre 1968 au 25 mars 1991. Amadou Toumani TOURE, un militaire, a organisé un coup d’Etat, avec une période transitoire du 26 mars 1991 au 7 juin 1992. Un autre coup d’Etat, avec Amadou Haya SANOGO, pour une période transitoire du 22 mars 2012 jusqu’au 3 septembre 2013, IBK ayant pris ses fonctions au 4 septembre 2013. Lui-même a été contraint à la démission le 19 août 2020. Combien de temps durera la nouvelle période transitoire ?

En tout cas, à chaque fois, le peuple malien, en arbitre, a fini par siffler la fin de la récréation. Choguel MAIGA a annoncé un grand rassemblement patriotique le vendredi 21 août 2020, pour «fêter la chute d’I.B.K». Le groupe M 5 a pour ambition que la période transitoire soit la plus courte possible, afin rendre, rapidement, le pouvoir aux civils. Au cours de ce meeting du 21 août, un ancien député, estime que la France se trompe d’appréciation dans la crise malienne ; ce n’est pas une question de partage du pouvoir, mais de mauvaise gouvernance d’IBK. L’ancien président, IBK, avait été en 2013, soutenu par toutes les forces vives maliennes, y compris par l’Imam Mahmoud DICKO, un nationaliste. En fait, la gouvernance de IBK s’est révélée désastreuse, c’est un feignant et un ivrogne, plusieurs bouteilles d’alcool fort ont été trouvées dans sa résidence, après sa chute. IBK a plongé le Mali dans un Chaos, sans précédent. Un autre intervenant, estime que le Mali appartient aux Maliens, et non aux Français. La France doit apprendre à respecter et coopérer, dans le respect mutuel avec les Maliens. Contrairement, à ce que prétend le président français, il n’y a pas eu de coup d’Etat au Mali, mais un soulèvement populaire, accompagné par les militaires, pour évincer IBK, en vue d’une bonne gouvernance. Selon un Touareg, représentant du Nord, foyer de la rébellion, le pouvoir appartient au peuple. Quand le peuple se révolte contre l’injustice, Dieu est avec lui, et il finit toujours par gagner, parce que son combat est noble et juste. On pensait que c’était impossible, mais les Maliens aspirent à la liberté et à la dignité. C’est une nouvelle ère qui commence, pour un Mali souverain, dans la dignité.

Dans une déclaration, lue à la télévision malienne, les militaires réunis autour d'un «Comité national du salut du peuple», avec une phraséologie se voulant rassurante, fondent leur prise de pouvoir sur le chaos régnant au Mali, et demandent aux forces patriotiques de les rejoindre, en vue d’organiser, à brève échéance, d’organiser des élections générales. Les militaires veulent une période transitoire, afin de «permettre au Mali de se doter d'institutions fortes». Les frontières sont fermées et le couvre-feu instauré. Les militaires entendent respecter les différents accords conclus avec les pays étrangers, notamment avec la France. Dans un putsch, sans effusion de sang, les militaires, dénonçant pêle-mêle «la gabegie, le vol et l'arbitraire», «la gestion familiale des affaires de l'Etat», une justice «en déphasage avec les citoyens», et «le terrorisme et l’extrémisme», envisagent de se fonder :

- sur les accords d’Alger des 15 mai et 20 juin 2015, pour retrouver la paix et l’unité du Mali ;

- et sur le plan interne, se baser sur les conclusions relatives au dialogue national du 22 décembre 2019 (Nouvelles élections législatives ; référendum pour la révision de la constitution du 25 février 1992 ; le redéploiement immédiat des forces armées et de sécurité reconstituées sur l'ensemble du territoire ; la relecture de certaines dispositions de l'accord pour la paix et la réconciliation nationale selon son article 65, ainsi que la négociation avec Amadou Koufa et Iyad Ag Ghali (dirigeants de groupes armés liés à Al-Qaïda) pour «ramener la paix au Mali»).

La France, dans un communiqué, a condamné, avec fermeté, ce qu’elle appelle «une mutinerie» et «exhorte les militaires à regagner, sans délai, leurs casernes». Que fera donc la France engagée militairement dans le Nord du Mali, et qui soutenait IBK, si les militaires réussissaient, définitivement, leur putsch ?

La France ne voit la situation malienne qu’à travers le fondamentalisme, le terrorisme et l’Opération Barkhane, qui, pour l’instant bien que coûteuse, n’a rien résolu. Le Mali n’a pas libéré la totalité de son territoire. Les Maliens sont confrontés, chaque jour, à des règlements de compte, à des assassinats, l’insécurité s’étant généralisée à tout le pays. Quelle est la valeur ajoutée de cette intervention militaire ?

Quelque chose ne marche pas en ce qui l'efficacité de cette force d'intervention française, le Mali s'enfonçant chaque jour davantage dans la tragédie. Ce coup d’Etat militaire ajoute une crise à d’autres crises au Mali (troubles internes, leadership, bonne gouvernance).

Quelle issue à cette nouvelle crise ?

On a trois camps en face au Mali :

- Les militaires, ce qui serait une régression démocratique ; ils prétendent organiser de nouvelles élections, après une période transitoire ;

- Le Groupe M5 et ses revendications de bonne gouvernance, ainsi que la libération de Soumaïla CISSE, enlevé le 26 mars 2020, la veille des législatives maintenues en pleine pandémie. Le groupe M. 5 est invité par les militaires à les rejoindre. Le groupe M 5 qui a contribué, de façon décisive, à la chute d’IBK va-t-il se mettre sous la coupe d’un régime autoritaire ?

- Et les partisans d’IBK, soutenus par la France qui fera prévaloir son point de vue, peut-être même par la force, comme au bon vieux temps. Déjà la France a convoqué le Conseil de sécurité et entend envoyer deux chefs d’Etat africains au Mali, dont les frontières sont fermées.

On n’a pas de nouvelles de tous les anciens dignitaires du régime malien. Une des question soulevée est celle des biens mal acquis. En effet, Karim KEITA, le fils de l’ancien président malien avait détourné, dans un pays pauvre, des milliards d’euros ; il posséderait notamment des villas au Sénégal et en Côte-d’Ivoire. Aucun audit sérieux n’a pas encore été établi. Par ailleurs, le téléphone portable de IBK, et probablement d’autres documents, ont été saisis ; cela permettra, probablement, de situer les responsabilités sur la tuerie de 23 manifestants.

On voit la stratégie de la France, c’est d’asphyxier le Mali. Ainsi, la CEDEAO a indiqué avoir suspendu l'ensemble des échanges financiers entre ses 15 membres et le Mali, et exclu ce dernier des organes décisionnaires de la communauté. Une des causes de l’échec des négociations de la CEDEAO a été le soutien inconditionnel de la France à IBK. La CEDEAO, un club de chefs d’Etats, défend des régimes contestés par leur peuple. La France, partenaire historique du continent noir, a toute sa place dans le jeu politique en Afrique, à condition de ne plus continuer à soutenir ces régimes monarchiques et préhistoriques rejetés par leur peuple. Les temps ont changé. IBK, dans un pays pauvre, venait d’acquérir un avion à 30 millions d’euros et son fils accusé de détournements de plusieurs milliards d’euros. Le régime militaires entend, à ce titre, de faire un audit financier et faire la chasse aux biens mal acquis. Les manifestants, en colère, ont tendance à brûler les résidences des anciens gouvernants pouvant contenir d’importants documents (flux financiers, biens à l’étranger, sort de Soumaïla CISSE, etc.).

Cette crise malienne est aussi un grave revers pour la France, qui n’a rien vu venir, et est restée enfermée dans un schéma colonial ancien, celui de la Françafrique de GAULLE et Jacques FOCCART, une Afrique indépendante, mais dans la dépendance. Pourtant, la France est, désormais, gravement concurrencée en Afrique par les Chinois. 60 ans après les indépendances, il est grand temps que la France réoriente sa politique africaine, dans le sens de la bonne gouvernance, de la démocratie, de la coopération mutuellement avantageuse, et surtout du respect mutuel. Les soi-disant questions d’aide, d’accords militaires ou d’intervention permanente dans les affaires intérieures africaines, sont mal ressenties par les populations africaines, en recherche de dignité, de liberté, de souveraineté, de respect mutuel et de coopération mutuellement avantageuse.

L’Union européenne et la France, soutiennent le soulèvement du peuple de Biélorussie manifestant contre un gouvernement autocrate, mais le Mali d’IBK, avec sa mauvaise gouvernance et les manifestants assassinés, est jugé respectable. En effet, cette crise au Mali, si elle est encore mal négociée, comme dans un passé récent, aura de fortes incidences désastreuses dans la sous-région, notamment au Niger, au Burkina-Faso, en Guinée-Conakry et en RCI ; ces pays sont confrontés soit à des troubles internes ou à des tentatives de chefs d’Etat de briguer un troisième mandat, en violation de la Constitution. De nombreux autres régimes monarchiques et dynastiques en Afrique, apparemment stables, peuvent, un jour, voir le peuple se révolter (Gabon, Tchad, Cameroun, Togo, Guinée-Equatoriale, etc.).

Dans une déclaration du 20 août 2020, la CEDEAO envisage d’envoyer une mission de médiation au Mali.

Une situation à suivre attentivement.

Paris, le 18 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Mali : Coup d’Etat militaire, vers quelle issue à la crise ?» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 20:42

J'ai le privilège et l'avantage de rencontrer Mme Fatou SENE CAMARA, d'origine sénégalaise, mais malienne et patronne du Restaurant «Yan Kady» (c'est délicieux en Bambara) à Montreuil. Mme Fatou SENE CAMARA est également la représentante en France de Soumaila CISSE, cet opposant malien kidnappé, le 25 mars 2020, à la veille des législatives maliennes, dont la demande de libération est au cœur de ces actions de désobéissance civile du Groupe M. 5.

Mme Fatou SENE CAMARA fait partie de cette nouvelle race de capitaines d'industrie issus de la diaspora qui ont décidé de lancer leur entreprise : «si on veut, on peut» dit-elle à tous les racisés qui veulent se lancer dans les affaires. En effet, Mme SENE CAMARA a démarré avec un capital modeste de 1000 €, et a dû travailler de nombreuses années au marché, pour assembler un capital substantiel. Certains autoentrepreneurs débutent par des ventes en ligne, si cela est compatible avec l’activité. Mme SENE CAMARA a patienté de 2005 à 2014 avant de trouver un local en centre-ville de Montreuil, non loin de la mairie de notre ami, Patrice BESSAC. Montreuil, c'est la capitale du Mali en France avec ses nombreux foyers et ses ventes de maïs dans la rue. Les bureaux de vote des Sénégalais de l'extérieur étaient pendant longtemps situés à Montreuil avant d'être transférés à Saint-Denis.

Mme SENE CAMARA estime que c'est un métier d’entrepreneuse, est difficile et exigeant, il faut payer le personnel et les charges. En dépit de ces contraintes, quand on a un rêve, en s'accrochant, on finit par s’en sortir. Rien n'est donné facilement ; tout se conquiert. Le restaurant de Mme SENE CAMARA est devenu le lieu de rencontre de la jet set et des dignitaires maliens, mais aussi de nos ancêtres les Gaulois qui apprécient les grillades, les salades et le mafé.

Mme Fatima SENE CAMARA est également une militante politique aguerrie. Dès que Mme SENE évoque le nom de Soumaila CISSE on sent l’émotion et le ton monter d’un cran. Mme SENE CAMARA est, en effet, la représentante de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), de Soumaila CISSE en France. Mme SENE CAMARA estime que le groupe M.5 devrait exiger, encore plus énergiquement, la libération de Soumaila CISSE qui s'est battu pour les droits de tous les Maliens. Mme SENE estime que Choguel Kokalla MAIGA est resté fidèle et loyal à Soumaila CISSE ; ce qui l'honore.

Le président Ibrahima Boubacar KEITA (IBK) fait des annonces régulièrement en disant que soit Soumaila CISSE est vivant ou qu'il va être bientôt libéré. Si IBK se veut si rassurant, c'est qu'il sait où est Soumaila CISSE, ou qu'il est pour quelque chose dans son kidnapping. Il n'est pas normal que le principal opposant d'un pays, à la veille d'un aussi grand scrutin comme les législatives, disparaisse et que les soi-disant démocraties occidentales, aussi soucieuses des droits de l'homme, soient restées silencieuses à ce sujet.

Mme Fatima SENE CAMARA, dont le père Mamadou SENE est un Sérère originaire de Saint-Louis, et la mère de la famille ANNE, une peule, a lancé un puissant appel au président Macky SALL pour la libération de cet opposant malien. Pour elle, en fait, Soumaila CISSE est le vrai vainqueur des élections présidentielles maliennes de 2018. Soumaila CISSE, un ami du président Macky SALL, a ses deux enfants vivant et travaillant dans ce pays, ainsi que d'autres membres de sa famille.

Mme Fatima SENE CAMARA de l'URD, informe que la diaspora malienne manifestera, en synchronisation avec le Mali, le mardi 11 août 2020, à Paris, à 14 h de Bastille à République. Sa première revendication est la libération de Soumaila CISSE détenu depuis le 25 mars 2020, avant la création du groupe M5 (créé le 5 juin 2020). IBK a élu dans un cadre démocratique, mais IBK qui kidnappe ses opposants, n'est pas un démocrate. Une démocratie sans opposants n'est pas une démocratie. Mme SENE réclame, naturellement, la démission de IBK pour sa mauvaise gouvernance et au nom des civils manifestant pacifiquement qui ont été tués par les forces de l'ordre.

«Iniché» (merci en Bambara) à Mme Fatima SENE CAMARA pour sa combativité et son esprit d'entreprise.

Restaurant «Yan Kady chez Fatou» 22 boulevard Rouget de Lisle, à 93100 Montreuil, métro ligne 9 mairie de Montreuil. Tél 01 42 87 07 50

Paris le 8 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 


 

«Le restaurant malien «Yan Kady chez Fatou» à Montreuil - Libération de Soumaila CISSE et les engagements pour une gouvernance vertueuse au Mali» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 21:51

Maître Malick SALL, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, du Sénégal, était l’invité du Jury du dimanche, ITV, une émission animée par M. Mamoudou Ibra KANE, sous le thème «Dame Justice, dans tous états». En effet, le 7 avril 2019, voilà 1 an, 2 mois et 7 jours, que le président Macky SALL, nommait Maître Malick SALL à ce poste.

Maître Malick SALL a tenu rappeler, qu’au Sénégal, Etat de droit, la Justice est indépendante. C’est la Constitution, elle-même qui a organisé les garanties nécessaires pour l’indépendance de la Justice. Les droits de la défense sont scrupuleusement respectés. Il y a le réel et le ressenti. On a tendance à chaque fois qu’on perd un procès à trouver des excuses, c’est la faute du juge ou du pouvoir politique. Le pouvoir judiciaire est indépendant de l’exécutif, du pouvoir religieux ou du milieu financier. «Les avocats savent que les juges sont indépendants. Aucun juge ne peut dire que je l’ai appelé, pour faire pression. Le Président de la République ne peut même pas mettre un visage sur 95% des magistrats ; il ne les connaît pas» dit le Garde des Sceaux. Le Conseil supérieur de la magistrature est présidé par le chef de l’Etat et le vice-président est le Garde des Sceaux, mais il est surtout composé de magistrats, de la haute hiérarchie. Mais jusqu’ici les jeunes magistrats étaient sous représentés au sein de cette instance ; cela vient d’être corrigé, pour que le Conseil supérieur de la magistrature corresponde mieux à la sociologie du monde judiciaire.

Les récentes promotions et mouvements des magistrats, plus de 135 magistrats concernés, témoignent d’un souci d’équité. En effet, certains magistrats, installés dans les grandes villes, n’avaient pas bougé depuis 20 ans, alors que d’autres sont restés bloqués, dans des centres périphériques. La règle sera une mobilité tous les 5 ans. Cheikh Tidjane COULIBALY, un magistrat qualifié, respecté a été nommé en toute logique 1er président de la Cour suprême. Demba KANDI, affecté, provisoirement à la Présidence, sera nommé Médiateur de la République. Le Parquet, en relation avec le Garde des Sceaux, contrairement aux magistrats du siège, doit appliquer la politique pénale du gouvernement. Le Parquet, c’est le Ministère public, il représente la société, et fait des réquisitions, mais c’est toujours le magistrat du siège, un juge indépendant, qui décide.

La Justice est égale pour tous, et contrairement à une idée répandue, le bracelet électronique n'est pas réservé aux gens fortunés ; en fait, une mesure facultative, soumise à l’appréciation du déféré ou détenu ; c’est à lui de décider entre la rétention et le port du bracelet électronique. Le bracelet est très discret, et personne ne peut le savoir, sauf l’entourage intime (conjoint).

Dans l’affaire Seydina FALL, alias Bougazelli, impliqué dans un trafic de faux billets, même membre de la majorité présidentielle et député, il n’a bénéficié d’aucune faveur ou protection particulière. Dans l’opinion publique, il y a parfois des amalgames, des raccourcis. Bougazelli a présenté 20 demandes de libertés provisoires qui ont été rejetées. La règle de droit est simple, quand on est placé sous mandat de dépôt, il faut d’abord être entendu par un juge, sur le fond, avant toute libération.

Dans l’affaire Luc NICOLAI, l’intéressé étant condamné définitivement, c’est la partie civile qui demandé des dommages et intérêts, et une contrainte par corps. L’Etat n’est pas en cause dans cette affaire.

Pour ce qui est des dossiers de trafics de faux billets de banque, une enquête est diligentée. S’il y avait matière à poursuites, l’Etat fera son travail.

S’agissant du protocole du 17 octobre 2018, l’administration des fonds de greffes fait l’objet d’un versement tous les 3 mois. Cependant, le Ministère des finances exige que cette procédure soit organisée, non pas sous forme de protocole, mais de décret. Les procédures en cours ont été retardées par l’état d’urgence sanitaire, mais le décret est en cours de validation. Le Garde des Sceaux a été heureux de faire aux Sénégalais, qu’aucun prisonnier ou détenu n’a été infecté par le Covid 19. La magistrature, pendant le pic de cette crise, a suspendu les audiences non urgentes. Certaines personnes ont été retenues au Cap Mamel ou à Le Dantec. Le Chef de l’Etat a gracié respectivement 2036 et 1021 détenus. Hissène HABRE, qui avait bénéficié de 60 jours d’aménagement de sa rétention, est retourné en prison. Il a été condamné par les instances internationales africaines, le Sénégal est seulement chargé de faire exécuter la peine. Si ses avocats estiment que sa détention n’est pas compatible avec son âge ou la situation sanitaire, ils peuvent toujours saisir les instances africaines qui l’ont condamné.

Par ailleurs, la loi d’habilitation est relative à un état sanitaire, où il y avait urgence à agir, mais toujours dans le respect des recommandations du comité scientifique. Cet état d’urgence peut être levé, avant terme, si la situation sanitaire le permet. Ce qui compte c'est la santé et la vie des Sénégalais.

Il n’est pas normal qu’Assane DIOUF insulte le chef de l’Etat. La liberté d’expression, dans une démocratie, doit toujours se concilier avec l’honneur et la dignité des citoyens. L’Etat de l’Etat, en tant que chef de famille et citoyen, a droit au respect.

Une enquête sur le littoral est en cours, et s’il avait des infractions, il y aura des poursuites pénales.

S’agissant de M. Lamine DIACK, ressortissant sénégalais, faisant l’objet de poursuites pénales en France, le Sénégal, comme tout Etat, et conformément au droit international, lui a accordé sa protection diplomatique (visite du Consul général, aide morale et matérielle. Pape Massata DIACK, séjournant au Sénégal, a été convoqué, inculpé et le dossier a été communiqué à la France. C’est également une règle constante de droit international, les Etats n’ont pas à extrader leurs nationaux.

Paris, le 14 juin 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Maître Malick SALL, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice : Une Justice indépendante, humaine et respectueuse des règles» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 20:54

Au Mali, Etat d'une richesse culturelle inestimable, mais faible, pauvre et désorganisé par le terrorisme, il s'y ajoute ce que l'opposition nomme l'incurie du président Ibrahima Boubacar KEITA.

Les opposants, menant déjà des actions de désobéissance civile, ont appelé à une grande manifestation, pour le vendredi 5 juin 2020, à 14 heures.

Il est reproché au président Ibrahima Boubacar KEITA, notamment d'avoir organisé :

- des élections législatives en pleine pandémie ;

- un fonctionnement d'institutions aux ordres dans lequel l'État est patrimonialisé et la démocratie vidée de tout sens ;

En particulier l'assemblée nationale est dirigée par des personnes incultes et analphabètes et les votes obtenus par achat de conscience.

Par ailleurs, pour les législatives, le juge électoral a légitimé, par des calculs savants, à quelques centaines de voix près, la victoire de la majorité, là où elle avait été vaincue.

Les fonds obtenus pour réarmer l'armée malienne, seraient mal gérés. Les quelques avions achetés ne fonctionnent pas.

- probablement, et ce serait une forfaiture, la disparition d'un des principaux opposants en pleine campagne des législatives, M. Soumaila CISSE. Le gouvernement s'était engagé à le protéger ; ce qui s'est avéré inexact.

Aussi l'opposition demande :

- la démission du président Ibrahima Boubacar KEITA, pour les manquements graves à ses devoirs ;

- la libération immédiate de l'opposant M. Soumaila CISSE, qui serait, en fait, un prisonnier politique.

Dans son discours, Chogguel MAIGA estime que le président IBK, devenu introuvable, doit démissionner, sans délai. Depuis qu’il a été élu président, en 2013, comme un chauffard, c’est catastrophe sur catastrophe. Quand un chauffeur a commis beaucoup d’accidents, il faut lui retirer son permis de conduire.

Depuis plus d’une semaine, le président malien, IBK a disparu ; il a une sorte de vacance du pouvoir. Personne ne sait exactement où est le président malien. Serait-il en fuite ?

Il est vrai et les images le montrent, la manifestation du 5 juin 2020 a été un grand succès. Même l’imam, Mahmoud DICKO a demandé la démission d’IBK. M. Konimba SIDIKE, président du MODEC et ancien ministre, a rejoint le mouvement de désobéissance civile. M. Bocary TRETA, démissionnaire du RPM, un des membres fondateurs de ce parti, a quitté la majorité présidentielle et rejoint l’opposition.

L’opposition demande de maintenir la pression et d’amplifier le mouvement.

Cette tension politique préoccupante au Mali, un pays déjà en crise, est à suivre, attentivement.

Paris, le 4 juin 2020, actualisé le 6 juin 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le Mali au bord de l’implosion» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 19:23

Au Mali, Etat d'une richesse culturelle inestimable, mais faible, pauvre et désorganisé par le terrorisme, il s'y ajoute ce que l'opposition nomme l'incurie du président Ibrahima Boubacar KEITA.

Les opposants, menant déjà des actions de désobéissance civile, ont appelé à une grande manifestation, pour le vendredi 5 juin 2020, à 14 heures.

Il est reproché au président Ibrahima Boubacar KEITA, notamment d'avoir organisé :

- des élections législatives en pleine pandémie ;

- un fonctionnement d'institutions aux ordres dans lequel l'État est patrimonialisé et la démocratie vidée de tout sens ;

En particulier l'assemblée nationale est dirigée par des personnes incultes et analphabètes et les votes obtenus par achat de conscience.

Par ailleurs, pour les législatives, le juge électoral a légitimé, par des calculs savants, à quelques centaines de voix près, la victoire de la majorité, là où elle avait été vaincue.

Les fonds obtenus pour réarmer l'armée malienne, seraient mal gérés. Les quelques avions achetés ne fonctionnent pas.

- probablement, et ce serait une forfaiture, la disparition d'un des principaux opposants en pleine campagne des législatives, M. Soumaila CISSE. Le gouvernement s'était engagé à le protéger ; ce qui s'est avéré inexact.

Aussi l'opposition demande :

- la démission du président Ibrahima Boubacar KEITA, pour les manquements graves à ses devoirs ;

- la libération immédiate de l'opposant M. Soumaila CISSE, qui serait, en fait, un prisonnier politique.

Cette tension politique préoccupante au Mali, un pays déjà en crise, est à suivre, attentivement.

Paris, le 4 juin 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le Mali au bord de l’implosion» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 12:01

Le 4 avril est à la fois la fête nationale du Sénégal, mais aussi un jour de deuil. En effet, c’est le 4 avril 1807 que le premier Almamy du Fouta-Toro, Abdelkader KANE (1721-1807), a été assassiné à Goukiri Samba Diom.  Ce 4 avril 2020 était programmé pour fêter avec un grand éclat les 60 ans de l’indépendance, mais avec cette pandémie du Coronavirus ayant déjà fait deux victimes au Sénégal, le coup du sort en a décidé autrement. Nous ne sommes qu’au début de ce bilan macabre, la cadence des morts pourrait s’accélérer, comme certains pays occidentaux (Italie, Espagne, Etat-Unis). En effet, les Africains pourraient mourir, en masse, comme des mouches. L’Afrique, en dépit de ses importantes réserves de matières premières, est déjà marginalisée, dans cette société globalisée. De surcroît, cette pandémie, ajoutant la difficulté à la difficulté, pourrait menacer l’Afrique dans son existence même, un continent sans structures sanitaires viables, sans règles sanitaires minimales, et en raison du coût financier prohibitif d’un éventuel confinement insupportable pour les finances publiques, et des maisons bondées, d’où une difficulté supplémentaire donc à appliquer, strictement, les mesures de distanciation sociale. De surcroît, des chercheurs à l'INSERM, en France, proposent même de transformer les Africains en cobayes, pour tester leurs médicaments. «Il est temps de travailler ensemble à l’avènement d’un nouvel ordre mondial qui met l’humain et l’humanité au cœur des relations internationales» dit le président Macky SALL.

Par conséquent, la fête nationale du Sénégal ne se déroulera pas, en centre-ville de Dakar, mais au palais présidentiel, dans un cadre intimiste. Distanciation sociale oblige. «Cette année, nous célébrons soixante ans de liberté retrouvée et de fraternité constamment revitalisée. Nous devons ce parcours paisible et convivial à notre commun vouloir de vie commune, à l’abri des turbulences qui déchirent les peuples et froissent leur destin. Ce legs des anciens nous engage à tenir ferme le flambeau de la liberté, de la paix et de l’unité nationale, afin qu’il continue d’illuminer notre voie et celle des générations futures» dit le président Macky SALL. Mais y-a-t-il vraiment, 60 ans après les indépendances africaines, quelque chose à fêter en Afrique ?

On se souvient de ce grand tube, en 1960, «Indépendance Cha Cha», de Joseph KABASELE (1930-1983) et son «African Jazz», en l’honneur de l’indépendance du Congo, sur lequel tous les Africains avaient dansé pour la liberté, nouvellement acquise. Cependant, et dès 1962, jouant aux Cassandre,  René DUMONT (1904-2001), professeur à l’Institut agronomique Paris-Grignon, candidat écologiste aux présidentielles de 1974, avait mis en garde contre euphorie prématurée : «L’Afrique noire est mal partie» avait-il écrit, en 1962, chez Seuil. René DUMONT, loin d’être un afro-pessimiste, un scientifique et militant de gauche, a toujours dénoncé l’exploitation du tiers-monde : «Notre expansion a été, pour une bonne part réalisée grâce au pillage du tiers-monde, du fait du sous-paiement des matières premières. La contrepartie en est la famine qui s’étend de plus en plus. La famine est due à la démolition des structures traditionnelles, des habitudes séculaires, de réserves de grains, et à une expansion inconsidérée de cultures d’exportation. Elle est due aussi aux dépenses abusives des élites qui veulent vivre à l’Occidentale, aux dépens de l’équipement agricole et industriel de leur pays» écrit-il. René DUMONT avait en effet plaidé pour une agriculture vivrière locale, favorisant la sécurité alimentaire et le développement durable. Humaniste, il appelait ainsi à une «autre civilisation». Dans l’édition de 2012, l’ancien président du Sénégal, M. Abdou DIOUF écrit dans sa préface : «peu de livres peuvent se targuer, cinquante après leur première édition en 1962, d’avoir gardé un tel pouvoir d’invocation».

Les indépendances auraient pu être une formidable occasion de reprendre notre destin en main. Personne ne peut se satisfaire du bilan de la promesse de l’indépendance qui a été trahie par des luttes fratricides pour la conquête et la conservation du pouvoir, les guerres et les conflits d'intérêt ainsi que les différentes calamités dont sont victimes les populations africaines. Nombre d'objectifs ne sont pas réalisés. Par exemple, l'industrialisation de l'agriculture tant prônée à la période des indépendances n'a jamais été effective dans la plupart des pays africains. On fait toujours le triste constat de l'utilisation continue des outils aratoires (houe - coupe-coupe - daba, etc.), qui maintient les producteurs agricoles au stade de l'agriculture de subsistance.

L’Afrique est en proie à des prédateurs intérieurs et extérieurs qui sapent toute idée de progrès économique et social. L’héritage est certes lourd,  l'Afrique ayant tragiquement traversé des siècles de souffrances physiques et morales, individuelles et collectives, comme la traite négrière et la colonisation, les plus grands génocides de l'histoire de l'Humanité. Dès 1365, les Français sont présents au Sénégal, sous forme de comptoirs de commerce. Confinés d’abord sur les côtes du Sénégal (Gorée et Saint-Louis, puis Dakar), ils ont entretenu et organisé l’odieux commerce  qu’est l’esclavage. Dans leur système colonial, les compagnies commerciales (Rochelle, Lyon et Marseille) et leurs banques, n’ont laissé aucune marge de manœuvre aux Africains, les maintenant dans un Code de l’indigénat, rigoureux. Même quand l’esclavage a été aboli, personne ne sentait libre.

Pendant longtemps, les conquêtes coloniales françaises ont été contrariées par diverses raisons (manque d’effectifs et de vision stratégique et cohérente de ses différents administrateurs coloniaux, Guerre de Cent ans, guerres napoléoniennes, etc.). Après la défaite à Waterloo, la France reviendra, pourtant, dans le concert des Nations. En effet, à la Conférence de Berlin les Européens se partagent ce délicieux gâteau qu’est l’Afrique avec des frontières artificielles. L’Europe a bien compris que l’industrialisation naissante doit s’accompagner de l’accaparement des matières premières africaines et l’ouverture de débouchés commerciaux. Un autre système de servitude se mettait en place : l’Afrique est cantonnée dans un rôle de pourvoyeur de matières et de consommateur, sans aucun début d’industrialisation. Le «commerce inégal», suivant une expression de Samir AMIN, se mettait déjà en place.

A moins d’être sadomachiste, il serait extraordinaire de nous affubler de fautes que nous n’aurions pas commises. Une partie des causes du retard de l’Afrique réside dans un système bien pensé de servitude et d’esclavage, mis en place par l’ancien colonisateur pour perpétuer sa domination. Le bonheur des uns est fondé sur le malheur des autres. En effet, les techniques de conquêtes coloniales sont, dans une large mesure, encore appliquées en Afrique, avec des aménagements, depuis les indépendances.

Le colonisateur avait mis en place diverses techniques, combinées entre elles, ont été d’une efficacité redoutable, pour asservir les sociétés africaines. La première règle est «diviser, pour mieux régner», en misant sur le tribalisme, la soif du pouvoir, les cadeaux ou la corruption. La deuxième «règle est la raison du plus fort». Les Africains n’ayant que des sagaies, des lances ou armes à feu insuffisantes ou rudimentaires, n’ont pas pu résister, efficacement, contre la puissance destructrice des canons des Européens. Ainsi donc les grands résistants ont été soit exilés (Cheikh Bamba BA au Sénégal, Alpha Yaya DIALLO en Guinée, Abdelkrim au Maroc) ou tués (El Hadji Omar TALL et Maba Diakhou BA au Sénégal, Samory TOURE en Guinée, BEHANZIN au Bénin). Une autre arme redoutable a été utilisée, les alcools forts pour abrutir, notamment les chefs traditionnels africains. Pourtant, il existe des boissons alcoolisées traditionnelles africaines (vin de palm ou de maïs), presque inoffensives, mais elles ont été vite interdites par le colonisateur. Cependant l’arme absolue ou fatale a été le lavage de cerveau, à travers la colonisation dite de «l’assimilation».

La France qui a tiré les leçons de ses guerres coloniales fratricides et ruineuses (Indochine et Algérie), de la puissante demande d’égalité réelle de forces nouvelles (Tirailleurs sénégalais, syndicat étudiants) a réadapté sa stratégie. En effet, l’ancien colonisateur a mis en place un personnel politique africain acquis aux intérêts de l’ancien colonisateur, ce que d’aucuns ont appelé la «Françafrique». Si de GAULLE est un totem politique indépassable pour nos ancêtres les Gaulois, il se révélera, pour les Africains, celui qui aura mis en place un système de mise sous tutelle du continent noir, même après les indépendances. En effet, et sans doute c’est dans le domaine des relations avec l’Afrique que l’héritage de GAULLE est le mieux assuré par ses successeurs, aussi bien à droite qu’à gauche. De GAULLE avait compris, très tôt, que la France, une puissance moyenne, ne pouvait plus assurer une gestion directe et coûteuse de ses colonies. Charles de GAULLE a choisi, pour ses anciennes colonies, l’indépendance, dans la dépendance, à travers le système de la «Françafrique» conçu par Jacques FOCCART. Ainsi, à l’indépendance, la conclusion d'accords et de traités de coopération dans les domaines politique, militaire, économique, financier et monétaire, judiciaire, technique et culturel, a permis à la France de conserver une influence majeure et une domination sur ses anciennes colonies d’Afrique.

Dans ce système néocolonial de la «Françafrique», entre 1963 et 2011, 22 chefs d’Etats ou hauts dirigeants africains ont été assassinés, pour s’être écartés de «la bonne voie» tracée par le Maître. Il est vrai qu’on a observé un recul, très significatifs, voire une disparation des coups d’Etat militaires en Afrique. Depuis la fin de la guerre froide, des conflits que l’on croyait insolubles ont été solutionnés (Apartheid, Angola, Namibie, Sahara espagnol). D’une manière générale, c’est le triomphe des formes civiles de l’Etat (Alternances en Gambie et en Guinée-Bissau). Cependant, cette nouvelle tendance doit être lue à la lumière de deux données majeures. D’une part, même dans les pays africains où le multipartisme a triomphé, des élections organisées, bien des dirigeants croient encore qu’ils doivent leur légitimité politique à l’ancien colonisateur, qui n’est jamais parti. D’autre part, la nouvelle tendance est la survivance de régimes préhistoriques et monarchiques (Tchad, Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale, Guinée Conakry).

Cependant, le lourd passé esclavagiste et colonial n’explique, ni justifie, à lui tout seul, le bilan globalement négatif et peu satisfaisant des 60 ans les indépendances africaines. Il existe un phénomène de «médiocrisation» des sociétés africaines pour reprendre un terme de René DUMONT. Si nous sommes prompts à dénoncer l’esclavage et le néocolonialisme, c’est une dure réalité qu’il faut regarder en face, à savoir que les bourgeoisies nationales africaines, les nouveaux maîtres et les différents groupes de pression et de parasites, à défaut d’un capitalisme industriel, ont fait de l’Etat une vache à lait. Le plus sûr moyen de s’enrichir, illicitement, en Afrique, est de taper dans la caisse.

Je rejette, sans ménagement, toute idée suivant laquelle l’Afrique serait éternellement maudite, vouée à la misère, à la corruption, à la violence et à la famine. En dépit l’amertume et le désespoir, il existe une profonde aspiration des peuples africains à la liberté, à la dignité, la justice et à l’égalité. En effet, les tenants de «l’afropessimisme» ont tendance à nous dire, depuis la malédiction Cham, le Nègre serait voué, éternellement, à vivre dans la servitude et l’esclavage. Axelle KABOU recommandait en 1991 le refus du développement et demandait aux dirigeants africains de se «laver du péché de la toubabisation». Pour elle, l’Afrique n’a pas su dépasser «son sanglot de l’homme noir» ou «le vendredisme» ce mythe du bon sauvage, engoncé dans son complexe de dépendance du primitif à l’égard de l’homme blanc. Axelle KABOU, sans proposer une alternative cohérente et stratégique en citant abondamment Samir AMIN et Frantz FANON, réclame le droit, pour l’Africain de rester lui-même.

Pour les temps qui viennent l’Afrique indépendante et ses diasporas ont encore de nombreux défis. Ces objectifs pour être atteints doivent être partagés, non seulement par les gouvernants africains, mais aussi surtout par les populations et les forces vives de nos pays. L’Africain a tendance à s’égarer dans des débats oiseaux, parfois peu utiles pour l’avenir du continent noir. En tout cas, je mets en débats plusieurs enjeux, sans les hiérarchiser, devant être enrichis par l’expérience de chacun.

«Le poisson pourrit par la tête» a-t-on coutume de dire. L’esclavage et la servitude mentale, cette fameuse politique d’assimilation, les lavages de cerveau sont ce qu’il y a de plus difficile à combattre. Comment donc sortir de cette tutelle, de cette indépendance dans la dépendance ?

Emmanuel KANT (1724-1804), dans sa fameux article «Qu’est-ce les Lumières ?» avait parfaitement raison de dire que l’Homme doté de résolution, de courage et de raison, sortira de la tutelle dans laquelle on veut l’enfermer, indéfiniment. Pour m’inspirer des formules de KANT, la raison c’est «la sortie de l’Homme de sa minorité»  et cette capacité de «se servir de son entendement, sans la direction d’autrui ». Alors, l’Homme africain, libéré des «préceptes» et des «formules» devenant seul «maître de sa raison», pourra penser par lui-même et «marcher seul» d’un «pas assuré». Le président Macky SALL du Sénégal, a bien que compris que l’éducation civique, l’hygiène et la propreté en temps de pandémie, l’écriture de l’histoire sénégalaise et de son roman national, sont des priorités urgentes pour gagner le droit de rester nous-mêmes. Non, décidément, La Négritude et Cheikh Anta DIOP ne sont pas dépassés.

Réintroduire la valeur travail, combattre tous ces groupes parasitaires, ainsi que l’assistanat, et remettre tous au travail, telle est l’urgence majeure en Afrique. La démographie peut être une chance ou une bombe pour l’Afrique. En 1848, la population du Sénégal était de 200 000 habitants, en 1960, à l’indépendance de 3 207 000 habitants et en 2019 de 16 209 105 habitants. C’est encore une population rurale à 53,30%, mais celle-ci est essentiellement concentrée dans la région de Dakar avec 3 732 284 habitants, soit 23% de la population totale sénégalaise. En 1924, la région de Dakar ne comptait que 400 000 habitants. C’est une population essentiellement jeune, avec un âge moyen de 19 ans. Cette forte concentration de la population dans les centres urbains soulèvent des questions d’hygiène et de sécurité, d’environnement (sans parcs, sans canalisation, sans lutte contre la pollution) mais aussi de redoutables difficultés d’approvisionnement en eau et électricité. D’une manière générale, cette forte progression de la natalité en Afrique, avec une forte concentration dans les villes, est un défi majeur pour les Etats africains, en termes d’habitat, de suffisance alimentaire, d’éducation, de santé, de circulation, d’immigration, bref d’environnement sain et de développement économique. Je ne crois pas aux théories malthusiennes. La démographie peut rester une chance, si cette population est formée et mise au travail. Ainsi, la Chine et l’Inde ont fait de leur démographie un atout majeur. Dans ce contexte, la formation de ces jeunes sortant du cursus scolaire, pour des métiers qualifiants (agricultures, bâtiments, etc) devient un enjeu stratégique.

La question de la santé est un enjeu majeur. Si la population africaine connaît un bon faramineux, c’est que les question d’hygiène et de santé, sans être optimales, se sont améliorées. Cependant, la pandémie du Coronavirus, apparue le 9 décembre 2019, à Wuhan en Chine, menace gravement la survie des Africains, dans un contexte de manque de personnels qualifiés, de cumuls abusifs de fonctions entre cliniques privées entre hôpitaux publics, de détournements criminels de moyens des hôpitaux. Les guerres, les famines, les calamités naturelles, l’esclavage et le colonialisme avaient déjà considérablement retardé l’Afrique dans son développement. Mais cette pandémie du Coronavirus, si elle n’est pas vaincue, pourrait être dévastatrice, non seulement pour les Africains, mais aussi pour le reste de l’Humanité. La réalité est triste : nos gouvernants africains se sont désintéressés de la question de la santé publique : ils se soignent, avec leurs familles, dans les pays Occidentaux. En effet, il est curieux de constater que tous les grands dirigeants africains meurent à Paris, Londres ou aux Etats-Unis ou en Suisse. C’est la preuve qu’ils n’ont pas confiance au système de santé de leur pays. L’une des grandes priorités est de former et donner des bourses, prioritairement aux médecins, pharmaciens, laborantins et autres personnels du monde médical et paramédical. Au Sénégal, trop de bourses sont données aux littéraires, aux juristes et aux économistes, et cela au détriment des scientifiques et des personnels hospitaliers. «Choisir, c’est renoncer» dit-on. A défaut de moyens financiers, nos gouvernants devraient avoir le courage de dire aux cartouchards et à ces boursiers souvent gréviste, qu’étudiant n’est pas une profession.

Dans cette indépendance dans la dépendance, on a choisi pour les Africains de se cantonner dans les cultures d’exportation, pour les besoins des industries occidentales et au détriment des cultures vivrières. L’Afrique, sans transformation de ses matières premières, dans un «commerce inégal» suivant une formule de Samir AMIN, est ravalée au rang d’éternelle de consommateur. En effet, la culture de l’arachide du coton est encore pratiquée à grande échelle en Afrique. René DUMONT, dès 1962, appelait au développement des cultures vivrières. Dans une  économie africaine essentiellement terrienne, dépendant de son économie rurale, le continent doit promouvoir l’accroissement de sa productivité agricole vivrière. Au Sénégal, où il ne pleut, dans certaines zones que les trois d’hivernage (été) la gestion de l’eau (forages, irrigation), la modernisation des techniques agraires, la lutte pour l’environnement, le désert arrivant à grands pas par le Nord, la redistribution des terres, des semences, un prix pour les producteurs face à la grande distribution et le consommer local, sont autant de défis. L’ancien président du Conseil, Mamadou DIA (1910-2009), un nationaliste, avait tenté de mettre fin à la culture de l’arachide, il s’est heurté aux puissants lobbies des marabouts qui l’ont liquidé.

En raison de cette indépendance dans la dépendance, pour retrouver notre dignité et notre liberté, la question centrale reste celle de la souveraineté. L’Afrique, principale sources de matières premières, d’énergies renouvelables et de terres cultivables, est à la recherche de son modèle de développement. Militant de la cause du continent noir, Sémou Pathé GUEYE s’interroge : «L’Afrique peut-elle encore nourrir l’espoir de rattraper l’Histoire ou, à tout le moins, d’éviter une marginalisation ?». Il est vrai que 60 ans après l’indépendance «l’horizon est nuageux» dit Sémou. Il préconisait de mettre au fin «au pilotage à vue et au bricolage». L’Afrique est confrontée à la dramatique nécessité de vivre plusieurs époques en même temps et de s’y adapter. Il faudrait des réponses spécifiques de penser et d’agir. Mais par quel bout s’y prendre ? Il faudrait, par rapport aux défis multiples, une capacité de résistance et de dépassement de soi. L’Histoire n’est ni une fatalité, ni un fardeau : «L’Histoire, à vrai dire, ne paye les peuples que pour leur peine. On y récolte ce qu’on y semé. Osons donc nous regarder en face pour essayer de mesurer le poids de notre responsabilité dans la situation actuelle de notre continent» écrit Sémou Pathé GUEYE. L’Afrique doit réhabiliter la valeur travail et abandonner l’assistanat, nous devons être rigoureux à l’égard de nous-mêmes et ne pas gaspiller nos biens. Il faut reconstruire notre passé, de façon, non pas contemplative ou nostalgique, mais «créatrice», afin de mieux mesurer les enjeux du présent, précise-t-il. L’Afrique doit savoir où est-ce qu’elle va, en fixant un cap stratégique, fondé sur les aspirations légitimes des populations, en restaurant la paix et en favorisant l’intégration africaine, ainsi qu’une gestion rationnelle, rigoureuse et efficace de nos deniers.

Pour lui, même après l'indépendance formelle des années 60, les Etats africains devraient reconquérir leur souveraineté et leur dignité. Le franc FCA est de ces symboles de la dépendance et de l’assujettissement. Le professeur AMIN s'est toujours insurgé, dans un ouvrage devenu un grand classique de l’économie, «l’échange inégal et la loi de la valeur», contre l'échange inégal entre le Nord et le Sud.

Hostile à l’européocentrisme, il militait pour un monde multipolaire et entrevoyait dans ses mémoires un réveil des nations du Sud. L’eurocentrisme se caractérise, d’une part, par «la conquête européenne de la planète, conquête militaire, économique, politique, idéologique, et même dans une certaine mesure ethnique. D’autre part, la question du capitalisme, comme système économique et social nouveau. (…). Ces deux questions sont inséparables, et je pense que l’incapacité que l’incapacité ou le refus de les penser ensemble a pour conséquence l’actuelle impasse où se trouvent les stratégies de réponse aux contradictions de la modernité». Le capitalisme mondial des monopoles généralisés, contrôle tout, les petites entreprises, l’agriculture, la classe politique nationale et internationale. On ne peut pas séparer l’économique du politique et du social, le capitalisme étant un seul et unique système mondial d’accumulation des profits, avec des «centres» ce sont les pays développés, et une «périphérie», les pays pauvres. Suivant Samir AMIN, le sous-développement n’est pas un «retard» lié à des caractéristiques spécifiques (sociales, culturelles, voire géographiques) des pays dits «pauvres». En réalité, le sous-développement n’est que le résultat de l’ajustement forcé de ces pays aux besoins de l’accumulation au bénéfice des pays situés au centre du système.

Dans sa polémique avec René DUMONT, Albert disait que si l’Afrique est mal partie, cela veut qu’elle est tout de même partie. Albert MEISTER, en 1966 et après René DUMONT s’interrogeait  sur les possibilités du développement économique africain : «L’Afrique peut-elle partir ?». MEISTER, dans son étude, s’appuie sur trois pays d’Afrique de l’Est : le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, dans lesquels les sociétés traditionnelles, fortement tribalisées et divisées, n’ont pas pu résister aux grands fermiers blancs qui les ont prolétarisés. La révolte des Mau Mau n’a pas fondamentalement changé la donne, la Grande-Bretagne a donc perpétué sa domination, après les indépendances, en s’appuyant sur la bourgeoisie locale devenue «dure, mais non pure», dit-il. MEISTER en appelle à un changement social et redoute «une sud-américanisation» des Etats africains.

Pendant longtemps, des débats, très passionnés, entre Africains, ont opposés les libéraux aux communistes, et au sein des communistes, les maoïstes, partisans de la Chine, aux staliniens amis de l’ex-URSS. La fin de la guerre froide, l’émergence de la Chine, en moins de 30 ans, devenue une puissance mondiale, et la dislocation de l’empire soviétique, ont faire perdre à ces guerres de chapelle, une grande partie de leur intérêt et caractère passionnel. Samir AMIN, que je considère comme étant visionnaire, demande aux Africains, de réinvestir le concept de souveraineté, peu importe l’orientation politique choisie, pourvu que l’intérêt national soit défendu. En effet, pour Samir AMIN, «la crise actuelle n’est pas une crise financière du capitalisme, mais une crise de système. Le capitalisme sénile devient méchant et tente de survivre en redoublant de violence. Le seul cas d’émergence positive est celui de la Chine qui tente d’associer son projet d’émergence nationale et sociale à la poursuite de son intégration dans la mondialisation. Les autres pays du Sud, et notamment africains, sont soumis à un double pillage : celui de leurs ressources naturelles et celui des raids financiers. Cela pose une question fondamentale : celle de la souveraineté. C’est un concept fondamental que nous devons nous réapproprier. Nous parlons d’une autre souveraineté. Une souveraineté populaire, par opposition à la souveraineté nationaliste bourgeoise des classes dirigeantes» dit-il.

Si je partage le point de vue de Samir AMIN, c’est rien, ni le colonialisme, ni l’esclavage ou l’impérialisme, ne peuvent empêcher un chef d’Etat africain de prendre en charge les intérêts nationaux de son pays. Chaque Etat doit défendre ses intérêts ; ce qui ne veut pas dire rentrer dans sa caverne ou être par principe hostile aux autres. Le président Macky SALL, un pharaon des temps modernes, a diversifié les partenaires économiques du Sénégal (France, Chine, Turquie, Maroc, etc), pour avoir non pas une souveraineté totale, ce qui serait illusoire, mais dégager d’importantes marges de manœuvre.  Au cours de son premier mandat de 7 ans (2012-2019), le président Macky SALL a réalisé d’importantes infrastructures, et dépassé le maigre bilan de 40 ans des Socialistes de SENGHOR et DIOUF. Donc, si on  veut, on peut. Cessons les enfumages et le caquetage et éloignons-nous de ce que René DUMONT du règne de la «médiocrité».

Dans cette mondialisation, Samir AMIN part du constat que l’idéologie dominante de l’heure, c’est la mondialisation et la régulation par le marché. Or, une bonne partie des pays du tiers-monde, ce «quart-monde», dans cette guerre économique, ne relèvent d’aucun segment de la production industrielle, et ne sont donc pas compétitifs. «Ce qui nous est proposé actuellement n’est pas un nouvel ordre, c’est un désordre total, un chaos ingérable» dit-il. Samir AMIN en appelle à une conscience politique, sociale et idéologique à la hauteur des défis auxquels sont confrontés les pays du tiers-monde. Il préconise une longue période transitoire et contradictoire qui emprunte beaucoup de choses au capitalisme dans ses méthodes d’organisation du travail et des rapports sociaux, mais aussi à des transformations sociales progressives importantes, avec des regroupements. Il préconise «la déconnexion» ; il faut échapper à la loi de la valeur mondialisée qui est fondée sur ce que la force de travail n’ait qu’une seule valeur pour l’ensemble du système mondial, et appliquer la loi de la valeur tout court, qui impliquerait que «les rémunérations du travail soient, partout à travers le monde, égales à la productivité égale» précise-t-il. Bref, il faut un autre développement, une société nationale populaire, associée à celle d’une économie nationale autocentrée, une production rurale, une stratégie d’industrialisation avec un soutien à l’agriculture, une structure des prix déconnectée du système mondial.

La souveraineté reste un concept contingent et relatif. Ainsi, la construction de l’Union européenne, maintenant sérieusement chahutée (BREXIT, sans défense nationale) et le CORONAVIRUS a accentué cette mort clinique, est une tentative de se libérer de la tutelle des Etats-Unis. Les indépendances africaines, dans la balkanisation et la toute-puissance des bourgeoisies nationales, sans un panafricanisme authentique, avec une monnaie unique, une défense commune et une stratégie d’industrialisation, ainsi qu’un projet d’infrastructures audacieux, sont une coquille vide.

Dans cette recherche d’une voie originale de l’Afrique, pour son développement, un proverbe africain dit que «si tu ne sais pas où tu vas, retournes d’où tu viens». En effet, les principes de bonne gouvernance, sobre et vertueuse, qui nous manquent tant, peuvent être tirés du passé glorieux du continent noir. Les gouvernants doivent être compétents, honnêtes et désintéressés. Les principes de gouvernance condamnant tous les régimes héréditaires et dynastiques, sont fondés sur l’égalité de tous à l’accès au charge publiques, dans le respect de la probité, des droits de l’Homme, de la femme en particulier, de la  vie, de l’équité, de la paix, de la compassion, de l’entraide, de la justice, contre la tyrannie et l’esclavage.

La charte du Mandé, de 1236, sous le règne de Soundiata KEITA (1190-1255) est la plus ancienne charte des droits de l’Homme du monde. Elle pose 7 grands principes :

  • Une vie est une vie ; Une vie n'est pas plus ancienne ni plus respectable qu'une autre vie, de même qu'une autre vie n'est pas supérieure à une autre vie ;

  • Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable  ;

  • Le tort demande réparation ;

  • Pratique l'entraide ;

  • Veille sur la patrie ;

  • La faim n'est pas une bonne chose, l'esclavage n'est pas non plus une bonne chose ;

  • La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves ; c'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au Mandé, a fortiori mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave ;

  • Chacun est libre de ses actes, dans le respect des interdits des lois de sa patrie.

Thierno Sileymane BAL, à la base de la Révolution théocratiques des Torodos, en 1776, au Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal, avait recommandé, s’il n’était plus de ce monde d’appliquer les principes suivants :

  • de recherche, pour assumer la fonction d’Almamy, un homme désintéressé, qui mobilise les biens de ce monde, ni pour sa personne, ni pour ses proches ;

  • si vous le voyez s’enrichir, démettez-le et confisquez les biens qu’il a acquis ;

  • s’il refuse la démission, destituez-le, par la force et bannissez-le ;

  • remplacez par un homme compétent, quelle que soit sa lignée ;

  • veuillez bien à ce que l’Almamiyat ne soit jamais héréditaire ;

  • n’intronisez qu’un méritant.

L’Almamy Samory TOURE (1830-1900), empereur du Wassoulou et résistant à la colonisation, mort en déportation au Gabon, nous a légué une charte, un viatique contre toutes les formes de servitude :

«Si tu ne peux pas dire la vérité, en tout lieu et en tout temps, fais appel aux hommes les plus courageux.

Si tu ne peux pas exprimer courageusement tes pensées, donne la parole aux griots.

Si tu ne peux être impartial, cède le trône aux hommes justes.

Si tu ne peux pas protéger le peuple et braver l’ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes, qui t’indiquerons le chemin de l’honneur.

Oh Fama ! le peuple te fais confiance, il te fais confiance parce que tu incarnes ses vertus».

60 ans après les indépendances, peu concluantes et mitigées, Message de Manu DIBANGO (1933-2020) a livré son testament à tous les Africains. En effet, cet artiste pose cette redoutable question, sans réponse : «Qu’est-ce qui cloche ?». Il faut construire, au lieu de démolir. Tel est son puissant message contre le défaitisme, la servitude et l’esclavage.

Bibliographie très sélective

AMIN (Samir), «L’affirmation de la souveraineté nationale populaire face à l’offensive du grand capital», entretien avec Raphaèle Morgantini, Investig’Action, 11 octobre 2016 ;

AMIN (Samir), «La bourgeoisie d’affaires sénégalaise», L’Homme et la société, avril-juin 1969, n°12, pages 29-41 ;

AMIN (Samir), L’échange inégal et la loi de la valeur : la fin d’un débat, Paris, Anthropos, IDEP, 1973 et 1988, 248 pages ;

BHELY-QUENUM (Olympe), «L’Afrique noire est-elle si mal partie ?», Le Monde diplomatique, décembre 1962, page 10 ;

DUMONT (René), L’Afrique est mal partie, préfaces d’Abdou Diouf et Jean Ziegler, Paris, Seuil, 1962 et 2012, 320 pages ;

GUEYE (Sémou, Pathé), «La fin de l’histoire et perspectives de développement : l’Afrique dans le temps du monde» in Souleymane Bachir Diagne et Heinz Kimmerle, éditeurs, Temps et développement dans la pensée de l’Afrique Subsaharienne, Amsterdam, Atlanta, Rodopi, 1998, 327 pages, spéc pages 73-102 ;

KABOU (Axelle), Et si l’Afrique refusait le développement ?, Paris, l’Harmattan, 1991, 208 pages ;

MEISTER (Albert), SARTAN (Yves), L’Afrique peut-elle partir ?, Paris Seuil, 1966, 450 pages et compte-rendu, L’homme et la société, 1966, n°1, pages 124-126.

Paris, le 4 avril 2020, 60 ans après les indépendances africaines, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«60 ans après les indépendances africaines : entre médiocrité et grand espoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 21:29

M. Didier LALLEMANT, après sa bourde culpabilisant les personnes hospitalisées dans les services d'urgence, vient de s'excuser. On en prend acte, mais on oublie pas cet attentat contre la décence et l'esprit humain.

Je rappelle quand même Didier LALLEMANT a été recruté pour réprimer les grévistes, dont les personnels hospitaliers qui manquent maintenant des masques, en remplacement de M. Michel DELPUECH, un préfet de police exemplaire. Qui faudrait-il admonester ?

Je suis effaré par ce goût du bâton et cette l'indécence de M. LALLEMANT.

On demande que le préfet de Michel DELPUECH, l'honneur de la République, soit rétabli dans ses fonctions de préfet de police, très vite.

Je suis également en colère contre ces chercheurs de l'INSERM, dont le Camille LOCHT, sur LCI, réclamant de faire des Africains des cobayes pour médicaments contre le Coronavirus. Bientôt peut-être ils vont réclamer la réouverture des zoos humains.

Je vous le dis, au-delà de la grande tragédie mondiale que nous vivons et qui nous angoisse, tout cela finira, pour certains politiciens, dans la honte et le déshonneur. Le juste retour de bâton va arriver et cela claquera très fort la ratonnade.

A bon entendeur salut !

Portez-vous bien et prenez soin de vous et vos proches !

Paris le 3 avril 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«M. Didier LALLEMANT, un préfet répressif, de la honte et du déshonneur de la République» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 19:26

Les élections législatives maliennes se dérouleront, avec un scrutin majoritaire à deux tours, les 29 mars et 19 avril 2020, après plusieurs années de report, afin de renouveler le mandat de 147 députés. Dans la législature du 22 janvier 2014, le Rassemblement pour le Mali (parti présidentiel) dispose de 61 sièges, l’Union pour la République et la démocratie 18 sièges, Alliance pour la démocratie au Mali 20 sièges, FARE 6 sièges, SADI 5 sièges, PARENA 3 sièges, PDES 2 sièges et 4 députés dits indépendants.

Au départ, la Cour Constitutionnelle malienne avait enregistré  560 listes de candidature. Dans son arrêt rendu le 20 février 2020 de 126 pages, la Cour constitutionnelle a validé 545 listes et invalidé 15 autres. En l’absence d’une loi sur la parité, les hommes se taillent la part lion : sur un total de 1 447  candidats, 1021 sont de sexe masculin, soit 70,56%, 462 des femmes soit 29,44%. Contrairement, au Sénégal, le Mali n’a pas de député de la diaspora. C’est l’épouse de l’ambassadeur du Mali en France qui, semble-t-il, assure cette fonction de représentation des Maliens de l’étranger.

Le Mali compte plus de 120 partis politiques, 5 sont réellement significatifs, dont «Le Mouvement Patriotique pour le Renouveau»,  (M.P.R.), de M. Choguel Kokalla MAIGA, originaire de la région de Gao, ministre et candidat aux précédentes présidentielles maliennes.

Le calendrier électoral, en cette année 2020, est chargé : municipales des 15 et 22 mars 2020 en France, primaires démocrate aux Etats-Unis, municipales du 17 mai 2020 au Bénin, présidentielles et législatives au Burundi du 20 mai 2020, sénatoriales du 20 juillet 2020 au Burundi, 29 août 2020 législatives et municipales en Ethiopie, 6 septembre 2020 référendum d’autodétermination en Nouvelle Calédonie, 28 septembre 2020 sénatoriales en France, en octobre 2020 présidentielles en Guinée, présidentielles en RCI du 31 octobre 2020, 3 novembre 2020, présidentielles, sénatoriales et législatives aux Etats-Unis, 7 décembre 2020 présidentielles et législatives au Ghana, décembre législatives en Egypte, 27 décembre 2020, législatives et présidentielles au Niger, ainsi qu’en République Centrafricaine. La date des prochaines municipales, au Sénégal, reportées, n’a pas encore été fixée.

Dans ce calendrier électoral, la Guinée (risque d’un 3ème mandat d’Alpha CONDE), la succession d’Alassane Dramane OUATTARA, qui ne se représentera pas, ainsi que naturellement les élections américaines, Donald TRUMP sera-t-il battu ? Quel impacte en France des municipales de mars 2020 sur les sénatoriales du 28 septembre 2020, un scrutin indirect ?

Le Mali, pays instable pourra-t-il organiser des élections municipales dans la sécurité ? En 2009 des électeurs et des candidats ont été gravement blessés. Quel va être le score de l’opposition, et notamment de Choguel MAIGA, qui entend contester la légitimité du président Ibrahima Boubacar KEITA (I.B.K.) ?

Paris, le 8 mars 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mali : législatives des 29 mars et 19 avril 2020» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 20:14

Élu en 2010 et réélu en 2015, M. Alassane Dramane OUATTARA, de la RCI, ne se représentera pas aux présidentielles du 31 octobre 2020, pour un 3ème mandat. Il s'est déclaré attaché au respect de la parole donnée. En effet, la Constitution de la RCI n'autorise pas 3 mandats successifs : «Le Président de la République est élu pour cinq (5) ans, au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois» proclame l’article 35 alinéa 1er de la Constitution ivoirienne, dans sa version du 2016. On susurre que c’est pour des raisons de santé. On se souvient de cette formule du président Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), gravement malade et qui s’accrochait au pouvoir «un chef Baoulé, ne démissionne pas ; il meurt au pouvoir».

Cependant, M. Alassane OUATTARA, bien que né à Dimbokro, écarté pendant longtemps des élections présidentielles, parce que de parents étrangers, veut «transférer le pouvoir à la jeune génération ». Devant le conseil des ministres, le président sortant a déclaré : «Ce qui importera le plus autour de cette table, puisque vous êtes un gouvernement RHDP, c’est l’union entre vous, il faut que vous soyez ensemble pour choisir le chef d’équipe qui va me succéder. Si vous n’êtes pas unis, la Côte d’Ivoire aura des problèmes et ce sera votre responsabilité», dit le président OUATTARA à ses ministres. S'il peut avoir sa préférence parmi les candidats potentiels et préparer ses amis, pour sa succession, est-ce à lui ou aux Ivoiriens de décider ? En effet, l’article 31 de la Constitution, est ainsi conçu «La souveraineté appartient au peuple. Aucune section du peuple, ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice». Le pouvoir n'est pas sa chose, mais appartient au peuple souverain.

Les potentiels successeurs d’Alassane OUATTARA, sous l’arbitrage de l’Elysée, sont nombreux (Guillaume SORO, ancien premier ministre, plusieurs fois ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, ancien séparatiste et déjà candidat aux présidentielles du 31 octobre 2020, Henri Konan BEDIE, homme d’affaires et ancien président de 1993 à 1999, Amadou Gon COULIBALY, Ministre de l’agriculture, Hamed BAKAYOGO, Ministre des technologies, etc.). En effet fonctionnaire de la Banque mondiale, Alassane Dramane OUATTARA était un des dispositifs solides de la Françafrique ; il rassurait donc les milieux d'affaires. L'ancien président Laurent GBAGBO, détenu à tort puis libéré mais retenu encore pour des raisons obscures pourra-t-il revenir dans le jeu politique ? Le processus de paix dont a besoin l'Afrique pourra-t-il se consolider ?

Certains présidents africains n'en ont cure du respect des règles constitutionnelles quand cela ne les arrange pas. Dans mon précédent post, j'indiquais que le président guinéen Alpha CONDE a entrepris de grandes manœuvres, pour un référendum constitutionnel en vue de s'octroyer une présidence à vie. Il existe encore de nombreux régimes monarchiques et préhistoriques en Afrique notamment au Tchad, au Gabon, au Niger et au Togo. Le Cameroun n’a connu que 2 présidents depuis son indépendance, Amadou AHIDJO et Paul BIYA, qui était son premier ministre.

Au Togo, le pouvoir est transmis de père en fils de plus de 54 ans. Ainsi les élections présidentielles du 22 février 2020 ont été confirmées par la Cour constitutionnelle le 3 mars 2020 par une victoire à 70,18% de Faure GNASSINGBE.

Cette décision du président Alassane Dramane OUATTARA l'honore et honore l'Afrique. Les Etats africains devraient réfléchir sur un solide statut des anciens chefs d'Etat, sauf crimes graves, mais avec une certaine réserve et dignité dans leur comportement.

Paris, le 5 mars 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Alassane Dramane OUATTARA président de Côte d'ivoire (RCI) renonce à un 3ème mandat» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 18:04

En prenant connaissance du post de mon ami et frère, N'Gor DIENG, dans mes occupations futiles de la vie, je me suis rappelé, subitement, d'un principe essentiel, à savoir qu'un disparu n'est jamais mort, tant qu'il vit encore dans le cœur des Hommes. Né le 1er mars 1948, à Fatick, Sémou Pathé GUEYE disparaissait, prématurément à l'âge de 61 ans, le 4 mars 2009, à Paris. Mais comme le dirait notre poète national Birago DIOP «les morts ne sont pas morts». Dans l'Iliade et l'Odyssée, Homère avait mis en avant cet idéal aristocratique, à savoir une vie courte mais bien remplie. La tradition guerrière et aristocratique peule a mis l'honneur au-dessus de tout, et exhorte de pas redouter la mort, qui n'est pas honteuse ; car si la mort est derrière nous, la honte persistera, même après notre départ.

C'est grâce à mon ami, Mamadou DANSOKHO, professeur d'économie à l'université de Cheikh Anta DIOP, que j'avais rencontré, il y a de cela plus 38 ans, notre regretté Sémou Pathé GUEYE, à Prague, ancienne Tchécoslovaquie. Amath DANSOKHO y était encore exilé. Sémou, un militant communiste et de la cause africaine, homme de lettres, philosophe, journaliste et grand débatteur, était un esprit brillant et surtout particulièrement attachant.

Sémou Pathé GUEYE avait cette grande aptitude de synthèse et de conciliation entre des principes apparemment contradictoires. Il était partisan d'Epictète, c'est-à-dire rigoureux et intraitable dans les grands principes auxquels il croyait. Il était aussi un admirateur d'Épicure, ce goût de la vie et des choses. Ce qui me frappait en lui, c'est sa profonde humanité. A chaque fois qu'il passait à Paris, nos échanges, à la rue des Mouffetard, au Quartier latin, autour d'un plat, étaient interminables.

Militant de la cause du continent noir, Sémou Pathé GUEYE s’interroge : «L’Afrique peut-elle encore nourrir l’espoir de rattraper l’Histoire ou, à tout le moins, d’éviter une marginalisation ?». Les partisans de l’afro-pessimisme disaient suivant le titre d’un ouvrage de René DUMONT «l’Afrique est mal partie». Il est vrai que 60 ans après l’indépendance «l’horizon est nuageux» dit Sémou. Il préconisait de mettre au fin «au pilotage à vue et au bricolage». L’Afrique est confrontée à la dramatique nécessité de vivre plusieurs époques en même temps et de s’y adapter. Il faudrait des réponses spécifiques de penser et d’agir. Mais par quel bout s’y prendre ? Il faudrait, par rapport aux défis multiples, une capacité de résistance et de dépassement de soi. L’Histoire n’est ni une fatalité, ni un fardeau : «L’Histoire, à vrai dire, ne paye les peuples que pour leur peine. On y récolte ce qu’on y semé. Osons donc nous regarder en face pour essayer de mesurer le poids de notre responsabilité dans la situation actuelle de notre continent» écrit Sémou Pathé GUEYE. L’Afrique doit réhabiliter la valeur travail et abandonner l’assistanat, nous devons être rigoureux à l’égard de nous-mêmes et ne pas gaspiller nos biens. Il faut reconstruire notre passé, de façon, non pas contemplative ou nostalgique, mais «créatrice», afin de mieux mesurer les enjeux du présent, précise-t-il. L’Afrique doit savoir où est-ce qu’elle va, en fixant un cap stratégique, fondé sur les aspirations légitimes des populations, en restaurant la paix et en favorisant l’intégration africaine, ainsi qu’une gestion rationnelle, rigoureuse et efficace de nos deniers.

Sémou, outre le fait qu'il était un bon vivant, était d'un esprit ouvert. Ce n'était ce genre de soi-disant intellectuels péteux qui avaient la science infuse, et qui veulent vous en mettre plein la vue. Non, Sémou, par sa démarche intellectuelle, était en permanence envahi d'un sentiment de doute, et vous étonnait dans son étonnement, face à la complexité des choses. Il avait abandonné toute forme de manichéisme et de dogmatisme ; l'autre est toujours une occasion de se retrouver et de s'enrichir.

Oui, Sémou Pathé GUEYE nous manque énormément, comparé à certaines personnes, remplies d'elles-mêmes, et croyant, qu'en faisant du bruit, la notoriété suffirait à être source de savoir et de vérité. Mais le vacarme à lui, sans esprit critique, c'est nuisance stérile. Sémou Pathé GUEYE était toujours envahi par ce doute créateur.

Puisse l'esprit lumineux de Sémou Pathé GUEYE nous éclairer encore longtemps, dans cette longue nuit de l'esclavage et de la servitude, pour nous guider vers le droit de rester nous-mêmes, dans la liberté, la souveraineté, la fraternité, la paix et le bien-vivre ensemble.

Bibliographie très sélective

GUEYE (Sémou, Pathé), «La fin de l’histoire et perspectives de développement : l’Afrique dans le temps du monde» in Souleymane Bachir Diagne et Heinz Kimmerle, éditeurs, Temps et développement dans la pensée de l’Afrique Subsaharienne, Amsterdam, Atlanta, Rodopi, 1998, 327 pages, spéc pages 73-102 ;

GUEYE (Sémou, Pathé), Du bon usage de la démocratie en Afrique : contribution à une éthique et à une pédagogie du pluralisme, essai, Dakar, NEA, 2003, 248 pages ;

GUEYE (Sémou, Pathé), La position du marxisme dans le débat contemporain sur la mort du philosophe, thèse sous la direction d’Olivier Bloch, Paris I, Sorbonne, 1987, vol I, 614 pages et vol II, 123 pages ;

DIA (Oumar) sous la direction de, L’Afrique au cœur de la mondialisation, Hommage au professeur Sémou Pathé Guèye, Les éditions panafricaines, 2015, 456 pages.

Paris, le 4 mars 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Sémou Pathé GUEYE (1948-2009) un brillant intellectuel et militant de la cause de l'Afrique» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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