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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE) Bnf Gallica
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  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 21:28

J'étais à la cérémonie du 10 mai 2015 de l'abolition de l'esclave, en 2017 j'y suis également mais avec 2 présidents : M. Emmanuel MACRON et M. François HOLLANDE. Nous réclamons depuis de nombreuses années la création d'une maison du souvenir à Paris où se côtoient plus de 116 nationalités. Paris est la seule grande ville de France sans élus du FN.


Le président MACRON, président élu, mais non encore investi, a condamné la colonisation, il s'agit de regarder l'avenir de façon apaisée. Nous voulons être, non pas des indigènes de la république, mais des citoyens français à part entière. C'est pour cela que nous réclamons notre juste place dans tous les lieux de décision (partis politiques gouvernement et haute administration). Nous demandons et exigeons que les relations avec l'Afrique ne soient empreintes ni de peur, ni de paternalisme, mais d'un esprit de coopération mutuellement avantageuse.

La traite négrière commencée au XVème siècle, a concerné 12 millions d'Africains avec son lot de morts, de souffrance et de servitude supposées être infinies.

La réparation n'est pas monétaire le crime contre les Noirs avec plus de 20 millions de morts est irréprochable c'est purement moral. Ce que nous demandons c'est de nous restituer notre dignité d'hommes et de citoyens. Nous ne sommes pas des mendiants, c'est un minimum non négociable.

La commémoration de l’abolition de l’esclavage n’est pas inspirée d’un esprit de revanche, mais c’est la capacité du monde noir à pardonner, pour un mieux vivre ensemble. «C’est pour le monde, une profonde leçon que la capacité des peuples noirs de pardonner, capacité qui, je le pense souvent, tient pour une grande part, aux préceptes éthiques issus de leur vision du monde et leurs religions authentiques», dit Wole SOYINKA, prix Nobel de littérature. Mais ce pardon «ne signifie pas une aptitude infinie ou naïve des peuples noirs à la patience», s’empresse t-il de préciser. Ce que nous réclamons c’est le respect mutuel et la dignité de tous. "Ce qui a été instauré par l'illusion suprématiste peut être aboli par la vérité de l'égalité", disait Martin Luther KING.


Il faut repartir sur de bonnes bases avec ce nouveau nous avons tellement été trahis et humiliés jusqu'ici qu'il est grand temps de rétablir la confiance en nos dirigeants politiques sinon la prochaine fois ce sera le feu comme le dirait James BALDWIN.

 

Enfouie, occultée, ce crime de lèse-majesté qu’est l’esclavage, est resté longtemps passé sous silence. C’est Mme Christiane TAUBIRA qui a fait adopté la loi du 10 mai 2001 déclarant l’esclavage crime contre l’humanité. L’abolition de l’esclavage est «cri et l’écrit », suivant une formule de l’abbé GREGOIRE. C’est l’écrit des Lois en réponse au cri des opprimés. En effet, l’esclavage c’est le déni de toute humanité aux Noirs réduits à un simple bien meuble que l’on pouvait exploiter, punir ou revendre.

 

Le devoir de mémoire procède de l’idée que l’on ne peut pas s’accommoder ou oubli cet asservissement fondé sur la hiérarchie des races et oublier ainsi les souffrances du passé.

 

La montée du racisme interpelle notre conscience humaine pour dire que ces idées sont contraires à toutes les valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté. Nous avons un devoir de vigilance et de résistances contre ces forces obscures qui veulent faire reculer l’humanité. Il n’est pas question de restaurer le passé ; ce qui s’est passé n’est pas réparable. On n’efface pas le passé, on le dépasse. Seule la vérité et non le déni, l’indifférence ou l’oubli, libère de ce lourd passé.

 

Une fondation pour la mémoire de l'esclavage doit voir le jour en 2018, au Musée de la Marine. Promis par François HOLLANDE le 10 mai 2016 elle devrait être présidée par Jean-Marc AYRAULT. Cette fondation est un pont entre les différents peuples La ville de Paris érigera un musée et un monument pour l’abolition de l’esclavage.


Le 10 mai est une date symbolique, à plus d’un titre : la victoire de Blaise DIAGNE aux élections de 1914 et puis celle de François MITTERRAND aux présidentielles de 1981.

Blaise DIAGNE se présenta aux élections générales législatives de 1914 et fut élu le 10 mai 1914 au second tour de scrutin, par 2424 voix contre 2 249 à Henri HEIMBURGER, candidat de la famille de Justin Devès, milieu d’affaires bordelais, sur 5231 votants. François CARPOT, député sortant, est venu en troisième position, n’avait obtenu que 472 voix.

Par conséquent, Blaise DIAGNE est bien le premier député africain noir à être élu à l’Assemblée Nationale française. Cette victoire aux élections de 1914 est hautement symbolique en ce sens que jusqu’ici la vie politique au Sénégal était tenue par les ressortissants blancs et métis des quatre communes (Dakar, Gorée, Rufisque et Saint – Louis) qui ont droit à un député. Celui-ci, de 1848 à 1861 est un métis ; de 1871 à 1914, le siège de député est occupé successivement par quatre Blancs et un Métis.

Le caractère symbolique de cette victoire tient au fait qu’au départ, Blaise DIAGNE, un Noir, inconnu du grand public a pu, en pleine période coloniale, vaincre les candidats appuyés par l’administration coloniale et les commerçants bordelais.

Ce coup de tonnerre, «cette révolution», au début du siècle dernier, en référence à une expression du professeur Iba Der THIAM, marquait le début du réveil des peuples colonisés en vue de leur émancipation et pour l’indépendance.

Blaise DIAGNE avait lié la question de la nationalité et de la citoyenneté à celle du service militaire.500 000 tirailleurs sénégalais ont combattu pour la libération de la France. À la fin de la guerre, leur retour en terre natale, parfois très tardif, s’accompagne de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave et meurtrier, survenu à Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944, l’armée française fait trente-cinq morts et autant de blessés parmi les «tirailleurs sénégalais», sous prétexte qu’ils se sont mutinés pour obtenir leurs droits d’anciens prisonniers de guerre. SEMBENE Ousmane en tire un film, «Camp Thiaroye» demeuré interdit en France. Le bilan officiel de cette soi-disante «mutinerie», alors qu’ils ne sont pas armés, est établi par François HOLLANDE, le 30 novembre 2014, à 35 morts, 35 blessés 35 condamnations. Le soulèvement du peuple algérien contre le colonisateur français est directement lié aux massacres de Sétif le 8 mai 1945. A Madagascar et après la seconde guerre mondiale plus de 100 000 personnes ont été massacrées.

SENGHOR a consacré tous ses efforts à rendre à l’homme noir sa dignité perdue, notamment des tirailleurs sénégalais : "Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort. Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ? Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux. Je ne laisserai pas — non ! — les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France" avait dit SENGOR, dans le poème préliminaire, Hosties Noires.

Après la première guerre mondiale, Bakary DIALLO, un peul du Fouta-Toro, du Nord du Sénégal, et ancien tirailleur sénégalais qui croyait à la promesse républicaine, publie en 1926 «Force-Bonté». Le président Léopold Sédar SENGHOR l’a considéré comme étant le premier écrivain sénégalais de langue française. Les critiques ont estimé que ce serait un récit de sa fascination pour l’uniforme. En effet, il décrit dans cet ouvrage son engagement volontaire dans les tirailleurs à Saint-Louis du Sénégal, son arrivée à Sète après avoir traversé le Maroc, son expérience du front et des tranchées, ainsi que ses faits d’armes et sa vision des Allemands. Bakary DIALLO est ensuite devenu l’interprète de Blaise DIAGNE, premier député noir de France. Bakary DIALLO est le premier tirailleur sénégalais à témoigner par écrit de son expérience de la Grande Guerre. Bakary DIALLO est né à M’Bala dans la région de Podor. Il s'engage dans l’armée française le 4 février 1911, participe à la pacification du Maroc en mai 1911, avant de débarquer à Sète en 1914. Engagé sur le front de la Marne, sa mâchoire fracassée l'oblige à se soigner dans divers hôpitaux à Epernay, Neuilly, Paris, Menton. Devenu citoyen français en 1920, il exerce le métier de portier à l’hôtel National de Monte – Carlo et divers emplois plus pénibles à Paris. En février 1928, il retourne au Sénégal, devient un interprète et chef de canton. Il finit sa vie à Podor en 1979.

 

A l'initiative d'Aïssata SECK, élue à Bondy, dans la proche banlieue parisienne, le président HOLLANDE a honoré, ce samedi 15 avril 2017, 28 tirailleurs sénégalais qui vont accéder à la nationalité française. Il faut savoir apprécier les bonnes choses, à leur juste valeur. Cependant, c’est une reconnaissance tardive (plus de 60 ans d’attente), mais "Mieux vaut tard que jamais" a-t-on coutume de dire. "Justice trop tardive est déni de justice" dit Turgood MARSHALL (1908-1993), un juge noir américain à la Cour suprême des États-Unis, confronté aux pratiques discriminantes.

 

Le 10 mai 1981 marque une autre date symbolique : l’alternance à gauche avec la victoire de François MITTERRAND.

Le 10 mai 1981, dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on avons tous exulté : «on a gagné !». Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance.

Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie». Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, ont été durs avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans "le panier à salade". Avec la victoire de la Gauche, MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.

Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voix de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public.

La peine de mort a été abolie. J’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, lors du trentenaire de la loi de 1983 sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel.

Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les 4 Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.

«Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive. Je prie pour le repos de son âme et que cet esprit de tolérance, de justice, d’égalité et de fraternité, de mai 1981, puisse encore durer des siècles et des siècles.

Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire.

Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une Apartheid qui ne dit pas son nom. En 2012, la Gauche avait tous les pouvoirs, y compris au Sénat, mais le droit de vote des étrangers a été remis aux calendes grecques.

En dépit de ces sérieuses réserves, qui appellent des mesures de correction, sans délai, je crois fondamentalement aux valeurs républicaines et socialistes, pour une société plus fraternelle et plus juste.

Jean JAURES avait établi un lien direct entre le Socialisme et la République. Pour lui, le socialisme doit s’inscrire dans la continuité républicaine pour en être l’aboutissement, en créant les conditions d’une réelle démocratie politique, mais aussi d’une démocratie sociale et économique.

La Gauche social-libérale se manifeste dans son action politique par la dissimulation et le mensonge. Ainsi, après la victoire aux présidentielles de 2012, les renoncements, les manquements au respect de la parole donnée constituent, indubitablement, des trahisons de l’héritage de Jean JAURES.

Le président élu, mais non encore investi, M. Emmanuel MACRON qui a battu aux présidentielles du 7 mai 2017 les forces du Mal, a pris d’importants engagements pour apaiser la société. Il sera jugé aux actes.

Paris, le 10 mai 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Cérémonie de l'abolition de l'esclavage : pour une Maison dédiée à la mémoire à Paris" par M. Amadou Bal BA- http://baamadou.over-blog.fr/
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Published by Le blog de BA Amadou - dans Politique et société
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 14:51

Cet article a été publié par les journaux Ferloo et Léral, édition du 16 avril 2017.

A l'initiative d'Aïssata SECK, élue à Bondy, dans la proche banlieue parisienne, le président HOLLANDE a honoré, ce samedi 15 avril 2017, 28 tirailleurs sénégalais qui vont accéder à la nationalité française. Je suis reconnaissant pour ce geste hautement symbolique. Il faut savoir apprécier les bonnes choses, à leur juste valeur. Aussi, j'adresse mes chaleureuses félicitations à Mme Aïssata SECK dont le long combat pour l'égalité et la dignité vient d'être couronné de succès. C’est une reconnaissance tardive (plus de 60 ans d’attente), mais "Mieux vaut tard que jamais" a-t-on coutume de dire. "Justice trop tardive est déni de justice" dit Turgood MARSHALL (1908-1993), un juge noir américain à la Cour suprême des États-Unis, confronté aux pratiques discriminantes.

En 1914, Blaise DIAGNE, député du Sénégal (voir mon post) qui a créé la troupe des Tirailleurs sénégalais avec l’appui de Georges CLEMENCEAU, avait promis la nationalité française à tous. Sitôt la guerre finie, les relents colonialistes ont pris le dessus. Bakary DIALLO, un ancien tirailleur sénégalais et premier écrivain africain raconte dans son livre «Force-Bonté», en 1926, cette expérience amère (voir mon post et le film de Mélanie BOURLET). On avait cru, avec humour, que le terme de «Tirailleurs» serait péjoratif ; ce serait des soldats maladroits qui «tirent ailleurs». En fait, il s’agissait de bataillons fantassins qui n’avaient le droit de reculer et qui ont servi de chair à canon. Pendant la guerre des publicités racistes sur la boisson de cacao ont été diffusées en France «Y a bon banania». Face à coup du mépris, Léopold Sédar SENGHOR avait réagi vigoureusement dans son recueil de poèmes «Hosties Noires» : «Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort. Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ? Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux. Je ne laisserai pas -non!- les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France».

 

Je rappelle que les pensions des tirailleurs ont été gelées depuis 1960 : vont-ils avoir un rappel de leur solde revalorisée avec un effet rétroactif ?

Après la défaite de Dien Bien Phu, lorsque les anciens combattants indochinois allaient toucher leurs pensions à l’ambassade de France, ils étaient systématiquement rackettés. Pour y remédier, le ministère des Finances a proposé en 1959 un rachat de leurs pensions pour une période de 10 ans. C’est ce qu’on a appelé la cristallisation totale. Ainsi, un Tirailleur sénégalais ne touche que l’équivalent de 20% d’une pension normale. Ainsi, un ancien combattant français, bénéficiant d’une invalidité totale, percevait environ 1 034 euros par mois en 2001, contre environ 407 euros pour un Sénégalais, 187 euros pour un Guinéen et environ 113 euros pour un Marocain. En 1980, près de 700 anciens combattants ont porté plainte et obtenu gain de cause contre la France devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU pour discrimination raciale. Une décision de réévaluation complète qui concerne 85 000 personnes aurait couté à la France 3 milliards d’euros, voila le montant de la spoliation dont sont victimes les Tirailleurs sénégalais. Le 30 novembre 2001, le Conseil d’État, dans son arrêt Amadou DIOP, tranche en jugeant que le fait de verser des prestations «cristallisées» aux anciens combattants et aux anciens fonctionnaires civils ou militaires viole la Convention européenne des droits de l’Homme et «constitue une discrimination illégale». Le 30 novembre 2001, le Conseil d'État a rendu un arrêt condamnant la France, pour «discrimination», à verser au plaignant, un tirailleur sénégalais, Amadou DIOP, une pension établie au même taux que celui en vigueur pour les Français et à lui payer les arriérés dus. En 2005, Tahar SAIM, ancien militaire algérien vivant à Oran avec 76 euros par mois, a obtenu du tribunal administratif de Poitiers la revalorisation complète de sa pension. Cependant, Amadou DIOP et Tahar SAIM, à l'instar d'autres anciens combattants, sont morts avant d'avoir pu bénéficier de cette décision des tribunaux. A travers la loi de finances rectificative de 2002, le Gouvernement a refusé d'appliquer l'égalité de traitement, reconnue par les tribunaux, et il s'est contenté d'une faible réévaluation, supposée fondée sur le taux de parité du pouvoir d'achat. Le 26 septembre 2006, sous la pression de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour les Libertés (HALDE), les pensions des Tirailleurs sénégalais ont «décristallisées». Cet effort financier paraît cependant bien tardif, et presque dérisoire, pour des «petits soldats de l’Union française» isolés, oubliés et, bien souvent, en fin de vie. Mais combien ont réussi à faire valoir leurs droits dans une administration digne des méthodes de Vichy ? Etant entendu que l’administration française oppose systématiquement aux requérants la déchéance quadriennale. Ce déni de droit ne fait que renforcer les injustices connues pendant la période coloniale, mais il révèle aussi qu'un racisme institutionnel perdure.

Ces tirailleurs ne pourront pas voter lors de ces présidentielles, seront t-ils encore là pour les prochaines élections ? Faisons en sorte, pour ce scrutin présidentiel de 2017, que leur bravoure et leur dignité soient honorées, contre la haine et les trahisons.

En effet, quand je contemple le bilan de M. François HOLLANDE, pour qui j'ai milité, sans réserves, pour sa victoire en 2012, avec d'autres amis du Mouvement Équité (Louis Mohamed SEYE, Saliou DIALLO, Hamidou SAMAKé, et bien d'autres), je ne peux que constater de nombreuses occasions manquées.

Ainsi, nous demandons, depuis plus de 70 ans, la réouverture du procès concernant le massacre de 300 tirailleurs sénégalais en 1944 au camp de Thiaroye. Ces tirailleurs revenus au pays étaient démobilisés ; ils réclamaient le paiement de leur solde, et ont été massacrés pour faits de "rébellion". Toutes les demandes de révision du procès ont été rejetées par la justice française qui détient les archives. Je rends hommage au professeur Armelle MABON qui mène un exceptionnel travail pour la révision de ce procès inique.

L'autre jour le 11 avril 2017, en traversant le Jardin du Luxembourg, j'ai eu un grand pincement au coeur. Subitement je me suis rappelé que la Gauche, sous le mandat de M. HOLLANDE, avait eu tous les pouvoirs, y compris la majorité au Sénat, sous la présidence de M. Jean-Pierre BEL. M. HOLLANDE avait promis le droit de vote des étrangers aux élections locales. Rien ne contraignait le candidat HOLLANDE d'inscrire cette promesse à son programme. M. Malek BOUTIH avait même tenté de le dissuader de ne pas le faire, s'il n'allait pas la réaliser. Mais il s'est entêté, et pour quel résultat !

J'ai pris acte que le président HOLLANDE considère que le funeste projet de loi sur la déchéance de la nationalité, a été une tragique erreur. Jusqu'à présent je m'interroge : comment l'homme du Bourget a pu ainsi trahir ses promesses, à tel point qu'il est devenu le liquidateur du Parti socialiste, avec des menaces avérées du FN ou du communisme ?

Ce que je comprends encore moins, en dépit de cet examen de conscience et de cet acte de contrition, c'est le soutien à peine voilé que M. HOLLANDE apporte au candidat des banques, et donc son torpillage de la campagne de Benoît HAMON pourtant issu des primaires de la Belle alliance.


Aujourd'hui, sous le mandat M. HOLLANDE, le concert de Black M., dont le grand-père un tirailleur sénégalais, a été interdit, par une mairie socialiste, sous la pression du FN, et de bien d'autres lobbies.


En effet, l'influence du FN, bien avant son arrivée au pouvoir, dépasse largement le cadre de ce parti. On crie au loup, et pourtant une forme de lepénisation des esprits a bien gagné une partie de cette gauche caviar et hors sol.

Sinon comment expliquer le sort de ces cadres issus de la diversité qui ont été marginalisés sous ce calamiteux mandat ? C'est le cas, notamment de Louis Mohamed SEYE qui a été au Q.G. de campagne de M. HOLLANDE et que j'avais souvent accompagné.

Pourquoi ces retraités qu'on martyrise et méprise ?

Je vous avais relaté l'histoire tragique de Mamoudou Mody BA qui avait travaillé pour la patronne de l'hôtel Négresco à Nice, pendant plus de 30 ans, devenu aveugle, il a attendu plus de 18 mois la délivrance de sa carte de retraité. Il est mort quelques semaines après la délivrance de sa carte de séjour. J'ai également en charge le cas d'Alpha DJIGO, un oncle qui résidait au foyer de la Commanderie à Paris 19ème, décédé en 2013. Il a fallu 2 ans de procédure pour la délivrance du relevé de carrière, là où le délai normal est de 10 jours maximum. En dépit de diverses interventions, sa famille (2 femmes et 8 enfants) attend depuis plus de 4 ans la pension de réversion !

Je suis encore saisi, depuis 3 semaines, de la pension de Hamadel BA, né en 1946, et qui a travaillé légalement en France à partir de 1974. La CNAV refuse de répondre à sa demande de délivrance d’un relevé de carrière. Il a payé, avec ses maigres économies, son billet pour venir liquider sa pension. Respectueux de la légalité son visa va expirer. Il est obligé de repartir, et encore revenir au mois d'août, sans être sûr d’avoir sa pension. Je hais l'injustice et toutes ces tracasseries administratives contre les "sans-dents" !

En moins de 10 ans plus de 112 jeunes issus de l'immigration ont perdu leur vie lors de contrôle d'identité au faciès. M. HOLLANDE est allé voir Théo victime d'un viol à la matraque. Remercions-le, pour ce geste hautement symbolique. C’est la première fois, que dans ces drames, un haut représentant de l’Etat venait voir une victime issue de l’immigration, là où on fait la courbette pour d’autres communautés. Devant ce viol inqualifiable de Théo, on sait maintenant, pourquoi Bouna et Ziad, dans l’affaire des violences urbaines fuyaient les policiers qui les poursuivaient et se sont réfugiés dans une armoire électrique et ont brûlé de ce fait. M. HOLLANDE a t-il répondu à la famille d'Adam TRAORÉ qui réclame justice ? Le procureur en charge de l'affaire a menti et falsifié les faits, mais il a été récompensé par une mutation à Paris. La famille d'Adama TRAORÉ qui manifestait pour réclamer justice a été condamnée pour faits de rébellion. Ça pue déjà le racisme qui ne dit pas son nom !

Ces tirailleurs sénégalais viennent d’avoir la nationalité. Mais pour faire venir leur famille ce sera la croix et la bannière. En effet, le sort de certains citoyens français issus de l'immigration est encore moins enviable notamment lorsqu'ils mariés en Afrique. Ainsi Mamadou AW vient seulement, depuis 2011 et après intervention de mon député Jean-Christophe CAMDELIS, d'obtenir le certificat de nationalité de l'un de ses enfants, et pour l'autre le certificat de nationalité a été refusé, parce qu'enfant prématuré ! Mon cousin Abdoulaye N’DIAYE, de Nice, fondateur d'une entreprise DIARAMA COSMÉTIQUE, attend depuis plus de 2 ans et demi le regroupement familial pour sa femme. Voilà le calvaire que vivent quotidiennement, sous un gouvernement se disant de gauche, de nombreux français traités en indigènes de la République.

Le dernier coup de poignard dans le dos c'est notre premier ministre, tout un symbole, qui a refusé d'honorer sa parole et a appelé à voter pour le candidat des banques.

Benoît HAMON avait appelé dès le départ M. MÉLENCHON à l'unité de la Gauche. Il y a passé du temps et de l'énergie au risque de compromettre ses chances. M. MÉLENCHON a décliné cette offre, avec un agenda caché ; il veut tourner le dos à l'Europe et instaurer le communisme. Il appartiendra aux électeurs, et non aux sondages, de trancher. "Je refuse de m'accrocher au monde ancien, je me projette" dit M. HAMON. Il faut renverser la table, contre cette caste de régnants sourds aux besoins de la population.

En Afrique, dans bien des pays on se bat pour pouvoir voter. En France, nous avons le droit de vote, une arme redoutable en démocratie, mais les Français issus de l’immigration négligent d’aller voter. On a frôlé la catastrophe en avril 2002. Cette année la menace est encore plus forte. Je dis à tous : ne vous abstenez pas le 23 avril, ne vous fiez pas aux sondages. Votez utile ! Votez pour vous-mêmes, pour un futur désirable et pour «faire battre le coeur de la France» avec Benoît HAMON !

Je saisis cette occasion pour présenter mes sincères condoléances au peuple sénégalais endeuillé plusieurs fois ces temps-ci et dans le silence des médias occidentaux comme s'il y avait une hiérarchie pour la vie des hommes. En en effet le 12 avril 2017 à Madina Gounasse dans le Sud du Sénégal vers Vélingara, entre 22 et 40 hommes, essentiellement des Foutankais, ont péri d'un incendie. Ils observaient une retraite spirituelle de 10 jours. On dénombre plus de 120 brûlés. Le Sénégal a aussi été endeuillé par 53 morts en mars à la suite d'accidents tragiques de la circulation. Le chef des Tidjiane, M. Cheikh Tidjiane SY vient de disparaître. Paix sur leur âme.

En ce week-end de Pâques, bonnes fêtes à nos amis catholiques, que la paix du cœur et de l’esprit soit avec vous !

Paris, le 15 avril 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Des tirailleurs sénégalais honorés à l'Elysée : le goût amer du mandat de François HOLLANDE, entre reconnaissance tardive et occasions manquées», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Des tirailleurs sénégalais honorés à l'Elysée : le goût amer du mandat de François HOLLANDE, entre reconnaissance tardive et occasions manquées», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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«Des tirailleurs sénégalais honorés à l'Elysée : le goût amer du mandat de François HOLLANDE, entre reconnaissance tardive et occasions manquées», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 00:17

Au premier mandat en 2008, de Barack OBAMA, un métis président des États-Unis, j'avais jubilé sans modération. J'estimais, qu'en politique, les symboles ont une grande valeur. Tout reste possible si chaque citoyen se donnait les moyens d'atteindre ses objectifs. Pourtant, dans une grande démocratie comme l'Amérique, "Les Noirs vivent tous dans une grande plantation" disait l'écrivaine noire américaine Maya ANGELOU. Pourtant, Martin Luther KING caressait un rêve d'égalité réelle dans lequel les Noirs "ne seraient plus jugés en raison de la couleur de leur peau, mais à la nature de leur caractère". Il appelait de tous ses voeux à l'égalité, la fraternité, en vue combattre l'injustice et l'oppression, pour faire triompher ainsi la liberté et la justice. Certains conservateurs avaient estimé, hâtivement, que ce premier mandat n'était qu'un accident de l'histoire. Barack OBAMA ne serait élu que par défaut face un candidat républicain discrédité.


La réélection de Barack OBAMA, en 2012, a fait mentir ces préjugés raciaux faisant croire que les Noirs sont nécessairement incompétents et disqualifiés, par principe, pour exercer toute haute responsabilité. On le voit bien en France, où les racistes ont la banane, un traitement honteux a été réservé à Christiane TAUBIRA. Le lynchage de Mmes Najat VALLAUD-BELKACEM, en passant Myriam El KHOMERY à Rachida DATI, est l'un des grands scandales de notre ère.


La réélection de Barack OBAMA, qui fera date dans l'histoire, n'a pas fait disparaître l'inquiétude des Noirs aux États-Unis qui sont confrontés à violences policières sans précédent dans cette "grande plantation" à tel point qu'un mouvement est né "Black Lives Matter". En France, on continuera de réclamer justice et vérité dans le lâche assassinat d'Adama TRAORE par la gendarmerie. En effet, plus de 112 jeunes noirs ont perdu la vie au cours de violences policières, sans enquête sérieuse. L'affaire Bouna et Zied qui avait conduit aux graves violences urbaines de 2005, ainsi que ces familles africaines qui ont perdu la vie dans des incendies criminels à Paris dans les années 80, sont restés un grand traumatisme.


Force est de constater que sous les mandats de Barack OBAMA, les inégalités restent fortes aux Etats-Unis. La campagne des élections présidentielles de 2017 avec Donald TRUMP, un candidat ouvertement raciste, laissera de profondes traces dans la société américaine, quelque soit l'issue de ce scrutin. En effet les deux mandats de Barack OBAMA après le mouvement conservateur du "Tea Party" ont fait naître un goût de revanche des petits Blancs face à la montée en puissance, dans la sphère politique, des communautés noires et hispaniques.

L'élection de Barack OBAMA, dont le père est d'origine Kenyane, avait suscité un énorme espoir que les relations avec l'Afrique seraient empreintes de plus de justice et d'équité. Son discours au Caire avait laissé entrevoir que l'Amérique abandonnerait cette guerre des religions entre l'Occident et l'Afrique pour entamer un dialogue fructueux fondé sur le respect et la confiance mutuels. Il n'en est rien. Barack OBAMA est resté recroquevillé dans les limites du territoire américain, et a préféré recommander aux Africains prendre eux-mêmes en charge leur destin.

Cependant, il ne faudrait pas sous-estimer la puissance symbolique des deux mandats du président OBAMA. L'Amérique reste le pays où tous les rêves sont possibles. Cet optimisme mesuré est à lui tout seul résumé par le slogan de campagne d'OBAMA en 2008 : "Yes We Can". Barack OBAMA avait lui-même écrit un ouvrage "l'audace d'espérer". Le fait, qu'un musulman d'origine indienne soit élu maire de Londres, se rattache, à mon sens, à cette "audace d'espérer".

Même si les mauvais soufflent sur notre belle France, rien n'est perdu si les républicains refusaient le chaos, l'impasse et l'intolérance, pour faire prévaloir les idéaux d'égalité et de fraternité de la Révolution française de 1789. La vraie France, en cette aube du 21ème siècle, est nécessairement diverse, multiraciale, ouverte sur le monde et l'Europe, avec son message universel d'égalité de fraternité et du bien-vivre ensemble. De ce point de vue, la politique reste noble ; nous devrions prendre en charge notre destin et refuser la tyrannie des professionnels du mensonge.

Paris, le 5 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

La présidence américaine hautement symbolique de Barack OBAMA (2008-2016)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
La présidence américaine hautement symbolique de Barack OBAMA (2008-2016)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 22:07

Ce boxeur du début des années 1920, héros sénégalais et fierté africaine, pourrait être aussi un remords français. Turbulent et rusé, Amadou M’Barick FALL dit «Battling Siki», naît le 22 septembre 1897, à St-Louis au Sénégal. On sait peu de choses sur son enfance. Son père, Assane FALL, serait un pêcheur ou un charpentier, qui avait six femmes et vingt-deux enfants. Le prénom de sa mère serait, Oulimata. Comme tous les enfants du Sénégal, il a d’abord fréquenté l’école coranique. Il a comme condisciple, un certain Oumar SARR, grand disciple de Cheikh Amadou, exilé en même temps que lui en Mauritanie, en juin 1903. Amadou FALL vit d'expédients et plonge dans les eaux du fleuve à la recherche des pièces que lui jettent les touristes de passage. Jusqu'au jour où, en 1906, une riche danseuse hollandaise de passage à St-Louis, Elaine-Marie HOLTZMANN-GROSS, l'adopte pour en faire son boy sur scène et l'embarque avec elle en France. Quand elle repart à Rotterdam quelques mois plus tard, Battling reste seul à Marseille, car il est sans papiers. Turbulent, fier de lui, obstiné, Amadou FALL, qui a su survivre dans la difficulté, souhaite donner un sens à sa vie. Dans la rue, l'enfant survit comme il peut et enchaîne les petits boulots. A Marseille, l’enfant est rapidement livré à lui-même. Il décharge des caisses sur les docks, ouvre des portières en livrée, fait la plonge. C’est ce dernier petit boulot qui sera le théâtre de son premier exploit. Un ivrogne fait du grabuge. Il frappe deux fois l’adolescent de 13 ans. Un sel direct suffit à envoyer le gêneur au tapis. Un ancien boxeur le félicite : «Tu es un petit malin». Siki : «Oui monsieur, chez moi on m’appelait Siki le rusé». L’ancien boxeur : «Alors, tu seras Battling Siki». Battling commence à gagner sa vie de façon indépendante en faisant la vaisselle, puis démarre dans le monde la boxe à l’âge de 15 ans. De 1912 à 1914, il livre 16 combats (8 victoires, 6 nuls, 2 défaites). Après avoir rencontré les frères Rose, deux forains qui dirigent une écurie de boxeurs, Siki dispute son premier combat à Grasse. Sa boxe est rudimentaire. Il bondit vers l’avant dès le premier coup de gong, enchaîne de larges crochets ignorant les directs de ses adversaires. Excellent encaisseur, il l’emporte souvent par KO. Siki transforme ses combats en bagarres. Sa carrière est interrompue par la première guerre mondiale. Incorporé comme soldat, Battling Siki, prend le prénom de Louis ; il est décoré de la croix de guerre et reçoit la médaille militaire du mérite. Il a pu accéder au grade d’adjudant dans l’armée française.

Après la guerre, on retrouve Battling Siki, à Toulouse ; il travaille pour une brasserie, «L’Albighi». Il retourne sur les rings, reprend sa carrière en 1919, et enchaîne 43 victoires, 2 nuls et 1 défaite (au 15ème round contre Tom Berry à Rotterdam) en 46 rencontres au cours des 4 années suivantes. Le 2 mai 1920, Battling Siki part à Rotterdam, aux Pays-Bas, combattre contre Willem WESTBROEK qu’il met K.O au cinquième round. Le 21 mai 1921, à la salle Wagram, il battit BALZAC au deuxième round. Siki sort victorieux d’un combat du 3 décembre 1921 et d’un autre du 23 juin 1922. A Rotterdam, Battling Siki rencontre une jeune blonde, Linjte APPLTEERE, qu’il ramène à Paris. Ils se marient et auront un enfant, Louis. «Ma femme, qui est hollandaise, est blanche, blonde, et ses yeux sont bleus. Je l’aime beaucoup, elle m’aime beaucoup, et nous nous aimons bien fort tous les deux», déclare-t-il. En mars 1922, il s’installe à Paris, à la rue Turenne, et déménagera après à la ville de Vanves.

Contrairement aux Etats-Unis où la ségrégation raciale était encore de rigueur, la France, en pleine période coloniale est le seul pays où les combats de boxe entre Noirs et Blancs étaient encore possible. Ainsi aux Etats-Unis, Jack JOHNSON, un champion noir, qui avait battu le 4 juillet 1910, Jim JEFFRIES, un Blanc, a été contraint de se réfugier en France. Cette victoire d’un Blanc contre un Noir, a été perçue comme un affront. Persécuté dans son pays, sous prétexte d’atteinte aux bonnes mœurs, JOHNSON arrive en France, à Paris et déclare «je compte me fixer définitivement dans cette ville et ne plus jamais retourner aux Etats-Unis». En revanche, en France, il existe un engouement pour les combats de boxe mixtes en Noirs et Blancs. Des intellectuels comme Guillaume APOLLINAIRE, Blaise CENDRAS et Colette, sont passionnés pour le noble art. C’est pour cela qu’on a organisé un combat entre Battling Siki et Georges CARPENTIER. «Tout le monde se plaignait, (…) que je ne combattais jamais à Paris. Ma dernière apparition sur un ring parisien remontait, en effet, à juillet 1919 (… )», dit Georges CARPENTIER dans son ouvrage, «Mon match de la vie». Le 24 septembre 1922, les 50 000 amateurs de boxe ignorent qu’on les escroque, quand ils se pressent autour du ring dressé au stade Buffalo, à Montrouge, dans la proche banlieue parisienne. Au sommet de la gloire, Georges CARPENTIER devait humilier Battling Siki. François DESCHAMP, le manager du champion du monde des poids mi-lourds, Georges CARPENTIER, a assisté à la victoire de Siki sur Marcel NILLES, et pense que Battling sera un adversaire «à la portée» de Georges CARPENTIER. Battling Siki est le premier boxeur noir depuis 7 ans à disputer un championnat du monde de boxe. Un élégant du tout-Paris, qui doit se prêter au jeu de la réclame. Le public parisien le demande. On tourne un film sur lui. Il faut un combat pour cela, qui doit durer quatre rounds, au moins. S’entraîner donc, et tout recommencer ? Son manager a une idée : «Qui parle de douleur, pour un peu de pellicule ? On arrangera un combat, contre ce gamin qui monte, tu sais, le petit nègre, Siki ? Il se couchera. On boxera en dentelles, comme une exhibition, et il se couchera. C’est prévu. Nul ne le saura» dit-il. Siki fait dense et brouillon, CARPENTIER presque frêle et impatient. Il presse son adversaire, qui ne donne pas le change. CARPENTIER, l’idole de toute la France, boxe pour la première fois au pays depuis 3 ans. Siki semble être un parfait faire-valoir. La presse son adversaire, qui ne donne pas le change, et fuit. Dans ce combat considéré comme «un animal contre l’homme», Battling Sikki étant surnommé «Championzé». La presse est particulièrement désobligeante à l’égard de Battling Sikki : «Le problème est de savoir si un Blanc vaut deux Noirs, comme les notes de musique» souligne Paris-Midi. «Agile comme les gens de sa race, il évite les coups (…) en se reculant rapidement sur ses jambes. Cette tactique, ou plutôt cette méthode primitive, peut-elle être considérée comme égale à la manière classique du champion du monde ? Evidemment, non», écrit un autre journaliste.

Le début du combat semble donner raison au manager de CARPENTIER puisque Siki va deux fois «au tapis» lors des deux premiers rounds. Georges CARPENTIER, grisé par le début du combat aurait prononcé la fameuse phrase : «dépêchons nous donc, il va pleuvoir !». Le grand Georges CARPENTIER est agacé. Le jeune Siki est apeuré. Illusion d’optique. Dans un échange, presque malgré lui, il touche CARPENTIER, qui vacille. L’accord est forclos, plus rien ne tient. Dans le coin de Siki, son manager, Hellers, le regonfle : «Il ne s’est pas entraîné. Il est à toi. Descends-le !». Tricheur et parjure, Siki devient héros. En quelques minutes, Georges CARPENTIER n’est plus qu’un pantin désarticulé qui tombe sur le ring blanc, corps et jambes emportés. En effet, Battling Siki retrouve son punch lors du troisième round, au cours duquel il envoie CARPENTIER au tapis. A partir de ce moment, Siki domine le combat et l’ironie change de camp lorsqu’il chambre Carpentier en lui disant «vous ne frappez pas très fort monsieur Georges» ! Au 6ème round, Siki envoie définitivement CARPENTIER au tapis en lui assenant un uppercut du droit. L’arbitre disqualifie dans un premier temps Siki pour une obscure raison, avant de revenir sur sa décision 20 minutes plus tard, sous la pression de la foule qui manifeste sa désapprobation, prenant fait et cause pour Siki dont la victoire est nette. L’arbitre tente de disqualifier Siki pour croc-en-jambe. La foule hurle. Battling Siki est champion du monde. Son destin est scellé.

Battling Siki, qui est français puisque le Sénégal est à l’époque une colonie française, devient le premier africain champion du monde de boxe. Le manager de CARPENTIER fait appel le 26 septembre, prétextant une «faute» sur son poulain. L’appel est rejeté. Malgré une certaine popularité, une de ses apparitions publiques à Paris provoque des attroupements pendant plus d’une heure, Siki n’échappe pas au racisme. Certains journaux l’appellent le "championzé" (le chimpanzé champion) ou "l’enfant de la jungle". Un autre journal, "L’Intransigeant", publie un récit dont le titre est : "Siki donnerait la moitié de ses victoires pour devenir blanc". Le manager de Siki n’est pas en reste puisqu’il déclare dans la presse que "Siki a du singe en lui". Dans les années 20, le racisme bête et méchant est largement triomphant.

Battling Siki tente de répondre à ces attaques ignobles : "beaucoup de journalistes ont écrit que j’avais un style issu de la jungle, que j’étais un chimpanzé à qui on avait apprit à porter des gants. Ce genre de commentaires me font mal. J’ai toujours vécu dans de grandes villes. Je n’ai jamais vu la jungle". Malgré ce court moment d’introspection, Siki ne prête pas trop attention à ce qui s’écrit dans les journaux, et profite de la vie. Selon la légende, il lui arrive de se balader dans les rues de Paris en tenant un lion en laisse, de tirer quelques coups de feu en l'air après avoir abusé de liqueurs dans les plus célèbres clubs et restaurants de Paris. Il aime l’alcool, les vêtements extravagants et les femmes blanches ; ses deux femmes seront d’ailleurs blanches, ce qui n’est pas toujours bien vu à l’époque.

Le combat avait été en fait «arrangé» au profit de Georges CARPENTIER qui a largement sous-estimé son adversaire : «Battling Siki (…) avait attiré l’attention par quelques victoires non dénuées d’intérêt, mais sa boxe était des plus rudimentaire et personne ne pouvait raisonnablement le considérer comme un adversaire digne de m’être opposé» dit Georges CARPENTIER. En fait, Battling Siki a très un beau palmarès. Champion d’Europe des poids Welters en 1911, à 17 ans, Siki est champion d’Europe des poids moyens en 1912, des mi-lourds et lourds en 1913. Le spectacle devait durer quatre rounds et Battling devait s’allonger au cinquième round. Cependant, très prétentieux et sûr de lui, Georges CARPENTIER avait voulu, devant un public venu le voir, donner la leçon, frapper durement son adversaire. Frappé dans son amour-propre, Battling Siki s’est rebiffé et s’est dit «Voyons Siki, tu n’es jamais tombé devant aucun boxeur. Tu n’as jamais été à genoux en public comme tu t’y trouves en ce moment. Et, mon sang n’a fait qu’un tour. Je me suis redressé et j’ai frappé». En effet, Battling Siki n’avait pas accepté d’être humilié, mais l’avait prévenu à plusieurs reprises puis avait fini par se battre sans retenue, jusqu’à allonger son adversaire, à la stupeur générale. Georges CARPENTIER semble avoir regretté ce combat arrangé, en termes dédaigneux : «Dès le début du premier round, je compris, qu’en acceptant cette combine, j’avais commis, non seulement une faute, mais encore une bêtise. Ce Siki, personnage fantasque, qui défrayait la chronique, par ses excentricités, avait peu près la maturité intellectuelle d’un enfant de cinq ans».

Il n’en reste pas moins qu’en pleine période coloniale, la victoire de Battling Siki sur Georges CARPENTIER est hautement symbolique. «Pensez à la répercussion de cette victoire dans notre empire colonial ! Le représentant de la race conquérante a mordu la poussière devant le tout-Paris angoissé. Dès lors, la boxe est un sport dangereux, anticolonial. Dans une lutte à muscles égaux, le noir triomphe du blanc» ironise Pierre WEBER, chroniqueur d’un journal très conservateur, «Le Gaulois». Dans le même journal, un appel surréaliste signé Saint REAL proclame: «Blancs nos frères, notre race est visiblement menacée. Le nègre triomphe. Le nègre nous domine. Le péril noir crève les yeux, après avoir poché ceux de Carpentier». Seuls quelques journaux de gauche ont pris la défense de Battling Siki : «depuis que le colonialisme existe, des Blancs ont été payés pour casser la gueule des Noirs. Pour une fois, un Noir a été payé pour en faire autant à un Blanc (…). Nous félicitons Siki de sa victoire», écrit N’Guyen Aï QUAC, dans   le journal «Paria», du 1er décembre 1922. Paul VAILLANT-COUTURIER a assi pris la défense de Battling : «retenez bien les incidents qui ont suivi le match Siki-Carpentier. Il y a là quelque chose de plus grave que le trucage d’une épreuve sportive. Il y a un symptôme caractéristique de la campagne organisée contre les hommes de couleur, il y a là le symbole même du colonialisme», dit-il dans l’Humanité du 11 décembre 1922.

Par conséquent, Battling Siki est contraint, pour pratiquer son métier, de boxer en Irlande, le jour de la Saint Patrick, en plein climat insurrectionnel. Sa victoire, évidente aux yeux de tous les observateurs, n’est pas reconnue. «On flotte entre complicité et condescendance, paternalisme et angoisse. La haine n’est pas loin et Siki est en danger. Son triomphe le déshumanise. Bien vite, il faut l’abattre, et abattre ce qui l’a permis. La boxe devient un objet brûlant» dit Claude ASKOLOVITCH. Il doit abandonner son titre mondial en terre irlandaise. Battling Siki remet son titre en jeu contre un boxeur irlandais, en Irlande, le jour de la St-Patrick, en pleine apogée de la guerre civile irlandaise. Des coups de feu et des explosions se produisant à l’extérieur de la salle sont audibles pendant le combat. Toujours est-il que sur le ring, le 17 mars 1923, Mike McTIGUE est déclaré vainqueur par les arbitres après un match très serré qui est allé jusqu’au 20èmre round et sa victoire, selon les observateurs, n’est pas due à un "arbitrage à domicile". «Dans les combats entre blancs et hommes de couleur, le tempérament des adversaires est très différent. Si l’on considère qu’il existe dans l’empire britannique un très grand nombre d’hommes de couleurs, on comprendra que de pareilles rencontres paraissent funestes aux suprêmes intérêts de la Nation» dit un journal anglais Evening Standard. A la suite de cette défaite, Siki perd un autre combat contre Emile MORELLE, cette fois par disqualification, et du même coup ses titres de champion d’Europe et de France. Il enchaîne malgré tout par deux victoires par KO en France avant d’émigrer vers les Etats-Unis où il dispute son premier combat, perdu en 15 rounds, en terre américaine en novembre 1923. Il connaît également la défaite dans un autre combat un mois plus tard. En 1925, Siki laissa définitivement passer la chance de faire redémarrer sa carrière en perdant en 10 rounds contre Paul BERLENBACH.

Bloqué à Dublin en attendant un bateau : le Royaume-Uni ne veut pas le laisser poser le pied sur son sol. De trop en France, de trop en Europe, en août 1923, il s’en va, seul, sans sa famille, en Amérique, pensant relancer sa carrière. Mais en Amérique la presse continue de l’attaquer encore plus violemment. «Siki est né dans la jungle moite du Sénégal, où il a été bercé par les hurlements des sorciers et le son mat du tam-tam. Puis, brutalement il a été projeté dans notre monde occidental. Il a d’abord tenté, par des sourires puérils, d’y donner le change. Hélas, derrière ce fragile vernis, sa vraie nature persiste : nerveuse, écervelée, aussi imprévisible que le vent du New Jersey (…). Cette créature similaire au chimpanzé n’est qu’un animal déguisé en homme, une bizarrerie absurde : né sauvage, il est incapable de se défaire de son héritage de sauvagerie» écrit Ford C. FRICK au New Evening Journal. Cependant, Siki rend coup pour coup : «Vous avez une statue à New York et vous l’appelez Liberté, déclare-t-il publiquement, en 1923. Mais c’est un mensonge. Il n’y a pas de liberté ici - il n’y en a pas ! Aucune ! En tout cas pas pour moi». D’autres attaques contre Battling sont encore violentes et proches des théories du remplacement professées actuellement par l’extrême-droite : «Les Noirs sont, pour l’Amérique, un danger formidable ; ils reproduisent comme des harengs, ils menacent de submerger la population blanche».

Le 20 novembre 1923, Battling livre un combat, au Madison Square Garden, contre Kid NORFOLK. C’est un match équilibré, mais Battling est déclaré vaincu. En 1924, il va disputer seize combats. Mais ses managers ne le paient plus et ne donnent que de l’argent de poche. Ainsi, il arrête le match avec Mike CONROY en déclarant «c’est fini, j’arrête. Vous entendez, je ne boxe plus ! Je n’ai pas été payé et ce n’est pas juste. Alors, voila, je ne boxe plus ! ». La presse le qualifie de lâche et de cinglé.

«Je suis vivant et, tant que je le suis, je me battrai. Vous ne m’empêcherez pas de sourire. Après ma mort seulement, vous aurez, peut-être le droit de me courber l’échine» dit-il en 1923. Provoquant les autorités, il se promène en cape rouge sur Broadway, un singe sur l'épaule, et se marie, le 24 juillet 1924, avec une Américaine blanche, Lilian WARNER, une fille d'aubergiste, sans avoir divorcé de sa première épouse. Constamment exposé au racisme ordinaire, caractéristique de la période coloniale française, puis aux États-Unis où il décide de s'expatrier, l'homme achève sa vie misérablement et meurt, à New York. Le style de vie de Battling Siki (alcool, femmes, bagarres de rue) en dehors du ring attire désormais plus l’attention que ses prestations sur le ring. Amadou FALL dit "Battling Siki", qui était sorti en disant à sa femme qu’il allait "faire un tour avec des amis" est retrouvé mort, au pied d’un immeuble de la 41ème rue, dans le quartier de "Hell’s Kitchen", près de chez lui. Il a été abattu de deux balles dans le dos, tirées de près, le 16 décembre 1925, à Harlem.

Pour certains auteurs, Battling Siki est victime du racisme. «Il aurait pu mettre son incroyable vigueur au service du bien, mais abandonné à la sauvagerie, il a meurtri notre civilisation d’une manière qui nous fait honte à tous» dit le révérend Adam Clayton POWELL. Pour d’autres, comme Georges BENAC, il serait victime d’un gang new-yorkais. Trop de vagues, trop de défis lancés. Pour Eduardo ARROYO, si Siki a été tué car il se permettait là-bas ce qui lui était interdit : "il aimait les femmes blanches, les voitures blanches, les chiens blancs, le jazz et le champagne. C’était trop d’insolence et de nargue" et il ajoute que si Siki a été tué, c’est parce «qu’il se permettait ce qui lui était interdit, à une époque et dans un pays où naître Noir signifiait commencer la vie avec le poids de l’inégalité sur le dos. Etre Noir et de surcroît boxeur capable de battre des Blancs, c’était pratiquement impardonnable». Quand ALFONSO apprit la nouvelle de l’assassinat de l’ex-champion du monde, il comprit vite qu’était arrivée l’heure de changer de lieu, d’émigrer vers le vieux continent, de quitter Harlem. Et Battling Siki n’était pas comme Joe GANS qui savait rester modeste et calme dans son coin, essayant toujours de passer inaperçu. Avec Battling Siki, on ne pouvait pas dire : "he is the withest nigger". La vie d’un homme qui ne se résignait pas à être traité en inférieur, ni aux États-Unis, ni en France. Il l’a payé cher, mais n’a jamais courbé l’échine.

Dans son ouvrage "mon match de la vie" paru chez Flammarion en 1954, Georges CARPENTIER (Liévin 12 janvier 1894 – Paris, 28 octobre 1975) revient sur sa défaite qu’il appelle le «drame noir». «Oui, ils m’ont hué, ils m’ont insulté, et il y’en a qui m’ont craché au visage à ma descente du ring. Et encore qui se sont agrippés à ma voiture, lorsque j’ai quitté le stade Buffalo, pour me cingler une dernière injure. Et, les mêmes journaux, et certains des mêmes journalistes, qui depuis quinze ans, n’avaient cessé de chanter mes louanges, me trainèrent dans la boue, goûtant soudain à m’accabler une volonté sadique». Georges CARPENTIER, dans sa défaite, reste sûr de lui et méprisant : «une seule pensée m’obsédait. J’avais été battu par Siki. Moi, CARPENTIER, je m’étais laissé battre par ce nègre que j’aurais pu étendre à mes pieds, si je l’avais voulu, après une ou deux minutes de combat».

Georges CARPENTIER raconte qu’il a reçu, après la mort de Battling Siki, des messages de félicitations, puisqu’il était vengé ; ce qui était évidemment excessif et d’un goût plus que douteux. Georges CARPENTIER se dit aussi honteux de l’affaire, qu’il aurait pu gagner son combat en l’abrégeant dès le premier round, mais qu’il fut surpris et blessé, et abattu parce que handicapé, après avoir maladroitement cogné son adversaire : «Frapper le crâne d’un nègre, chacun sait cela dans le monde de la boxe, cela équivaut à une quasi-certitude de se briser la main».

Le corps de Battling Siki a été exhumé et rapatrié en 1992 au Sénégal. Dans le quartier des pêcheurs de Guet-N’Dar, à Saint-Louis, un cimetière de sable abrite un homme, jeune pour toujours et de son vivant supplicié. Il est pour certains un héros sénégalais, pour d’autres une fierté africaine. Battling Siki pourrait être aussi un remords français, s’il n’avait été vite effacé de la mémoire collective dans l’Hexagone.

L’histoire de Battling Siki interpelle, très fortement, notre conscience à l’aube du XXIème siècle, ne serait tout d’abord que la bête immonde, qu’est le racisme n’est pas encore morte. Loin de là. Nous avons à mener dans les mois à venir, avec tous les Républicains, en France et aux Etats-Unis, de grands combats pour l’égalité réelle et le bien-vivre ensemble. Ensuite, les jeunes issus de l’immigration doivent abandonner le culte du diplôme ; les talents peuvent êtres multiples dans la vie, Battling Siki étant un sportif de haut niveau. Actuellement, de grands sportifs, comme Lilian THURAM ont décidé de mener une bataille énergique pour l’égalité réelle. Enfin, même si la vie de Battling Siki a été courte et tragique, nous devons nous battre pour rester nous-mêmes, pour des principes et nos valeurs, en vue d’une amélioration constante de nos conditions et ne jamais nous laisser marginaliser. En effet, nous sommes des citoyens de la République, à égalité de devoirs, comme de droits. Les projets des présidentielles de 2017 des partis conservateurs, c’est les bracelets électroniques et plus de places en prison pour les jeunes issus de l’immigration. Ce beau pays qu’est la France offre pourtant d’autres perspectives que l’exclusion, à travers son système éducatif et les nombreux loisirs pour se cultiver et s’épanouir. Sortons de la sinistrose et affirmons pleinement notre citoyenneté.

Bibliographie sélective :

Anonyme, (N.Z.) "Les voyages de Battling Siki", Cultureboxe, du 15 mars 2013 ;

Anonyme (N.Z.) "Battling Siki, le rusé" in Cultureboxe, du 27 octobre 2015 ;

ASKOLOVITCH (Claude), «Battling Siki, l’autre héros noir que la France supplia», Slate, 28 février 2016 ;

BENAC (Gaston), Champions dans la coulisse, Toulouse, édition de l’actualité sportive, 1944, 288 pages, spéc 100-117, et suivantes ;

BENSON (Peter), Battling of Ring Fixes, Race and Murder in the 1920’s, Fayetteville, University of Kansas City, 2006, 349 pages et University of Arkansas Press, 2008, 343 pages ;

BRETAGNE (Jean-Marie), Battling Siki, Paris, Philippe Rey, 2008, 192 pages ;

CANGIONI (Pierre), La fabuleuse histoire de la boxe, Paris, La Martinière, 1977, 674 pages, spéc page 2271 ;

CARPENTIER (Georges), Georges Carpentier : champion du monde de boxe, poids mi-lourd. Ma vie de boxeur. Souvenirs et conseils, Paris, F. Paillard, 1921, 237 pages ;

CARPENTIER (Georges), Mon match de la vie, Paris, Flammarion, 1954, 285 pages, spéc pages 227-236 (drame noir) ;

DUCOUDRAY (Aurélien), VACCARO (Eddy), Championze, une histoire de Battling Siki, Futuropolis, 2009, 117 pages ;

GREGOIRE (Herman), Le boniment de Battling Siki, avec trois images de Raymond Gid, Paris, GLM, 1934, 12 pages ;

HAY (Ginette), Georges Carpentier, Paris, 1993, Gauheria, 243 pages ;

PHILONINKO (Alexis), Histoire de la boxe, Paris, Critérion, 1991 et 2013, 501 pages, spéc page 266 ;

THURAM (Lilian), Mes étoiles noires de Lucy à Barack Obama, Paris, Philippe Rey, 2010, 399 pages, sur Battling Siki, spéc pages 227-235 ;

VERGANI (Orio), Moi, pauvre nègre, Paris, Grasset, 1929, 254 pages spéc pages 212-213 ;

YANGE (Paul), “La tragique histoire de Battling Siki (1897-1925)” in Grioo.com du 15 mars 2003.

Paris, le 31 octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Battling SIKI, Amadou M’Barick FALL (Saint-Louis 22 sept 1987- New York 16 décembre 1925), un boxeur sénégalais champion du monde», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 10:10

Dans mon 19ème arrondissement, où se côtoient tous les groupes ethniques, dans le respect mutuel, a été créée une délégation à la diversité conduite par M. Adama DAOUDA-KOUADIO. En cette année 2016, notre maire, M. François DAGNAUD, a désigné le Sénégal pays d'honneur du 5ème festival de la diversité qui s'ouvre à la mairie du 19ème le samedi 1er octobre 2016 à 10 heures. Du 30 septembre au 7 octobre 2016 une exposition sur les tirailleurs sénégalais est à découvrir dans le hall de la mairie du 19ème (Ligne 5 métro Laumière ; bus 75, 48 et 60). Il y a une exposition de l’art africain, la cuisine sénégalaise et un ballet de danse chinois. C’est une initiative heureuse compte tenu du passé douloureux et du présent lourd de menaces pour les valeurs républicaines. Certains champions de la droite et de l’extrême-droite pensent que l’avenir de nos enfants ce serait le bracelet électronique, la prison ou la renonciation, sans condition, à toutes nos valeurs culturelles par l’assimilation élevée au rang de lavage de cerveau, comme au temps colonial. A Paris, et dans le 19ème arrondissement, en particulier, au lieu de stigmatiser ou d’ostraciser les autres, l’équipe de gauche a ouvert en grand les portes de notre maison commune qu’est la mairie aux autres. La différence n’est pas un mal, mais une source d’enrichissement pour le bien-vivre ensemble. L’Amour est plus fort que la haine. Le résultat de cette position républicaine, c’est qu’à Paris, nous n’avons aucun élu du Front National, en dépit des 138 différentes nationalités dans notre capitale.

De nombreuses personnalités étaient présentes à cette rencontre riche : M. Amadou DIALLO, consul du Sénégal, Mme George PAU-LANGEVIN, ancienne ministre et députée de Paris, des élus issus de la diversité (Pascal BONIN, Daouda KEITA, Dramane KEITA, Hamidou SAMAKE) et des chercheurs qui ont débattu de la question des tirailleurs sénégalais, de la contribution littéraire de Bakary DIALLO, du festival mondial des arts nègres de 1966.

I – L’apport des Sénégalais à la défense de la France lors des deux guerres mondiales

A – Les tirailleurs Sénégalais, des oubliés de l’histoire

Samuel MBAJUM, un universitaire d’origine camerounaise, auteur d’un livre intitulé «Les combattants africains, dits «Tirailleurs Sénégalais», au secours de la France, 1857-1945» a recensé toutes les ingratitudes du colonisateur français à l’égard de ses Tirailleurs sénégalais. Les tirailleurs sénégalais trainé tous les préjugés raciaux colportés par l’Allemagne qui avait inventé le concept de «honte noire». Le nom de Hady BA qui avait organisé la résistance dans les Vosges a été effacé de la mémoire. Il a fallu 62 ans de combat et de bataille acharnée pour qu’une médaille lui soit décernée à titre posthume. Un jeune résistant gabonais, FFI, évadé et réfugié dans le 17ème arrondissement, a été écarté lors de la marche du général de Gaulle qui descendait les Champs-Elysées. Birame DIEME un ancien résistant a du attendre en 1989, deux ans pour obtenir une carte de séjour ; son épouse d’origine vietnamienne est morte en situation irrégulière.

Bocar GUEYE avance qu’on avait cru, avec humour, que le terme de «Tirailleurs» serait péjoratif ; ce serait des soldats maladroits qui «tirent ailleurs». En fait, il s’agissait de bataillons fantassins qui n’avaient le droit de reculer et qui ont servi de chair à canon. Pendant la guerre des publicités racistes sur la boisson de cacao ont été diffusées en France «Y a bon banania». Face à coup du mépris, Léopold Sédar SENGHOR avait réagi vigoureusement dans son recueil de poèmes «Hosties Noires» : «Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort. Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ? Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux. Je ne laisserai pas -non!- les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France».

B – Le massacre au Camp de Thiaroye : un crime d’Etat

qui appelle une révision judiciaire

500 000 tirailleurs sénégalais ont combattu pour la libération de la France. À la fin de la guerre, leur retour en terre natale, parfois très tardif, s’accompagne de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave et meurtrier, survenu à Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944, l’armée française fait trente-cinq morts et autant de blessés parmi les «tirailleurs sénégalais», sous prétexte qu’ils se sont mutinés pour obtenir leurs droits d’anciens prisonniers de guerre. SEMBENE Ousmane en tire un film, «Camp Thiaroye» demeuré interdit en France. Le bilan officiel de cette soi-disante «mutinerie», alors qu’ils ne sont pas armés, est établi par François HOLLANDE, le 30 novembre 2014, à 35 morts, 35 blessés 35 condamnations.


Il fallait révéler cette histoire occultée, ce crime d’Etat. Le professeur Armelle MABON, maître de conférences à l’Université Bretagne Sud, a découvert le destin de ces hommes grâce aux archives d’une ancienne assistante sociale du service social colonial de Bordeaux. Une dizaine d’années durant, elle a étudié les archives publiques et privées, recueilli de nombreux témoignages inédits, faisant le choix d’évoquer la captivité de tous les ressortissants de l’empire. Mme Arielle MABON, dans une brillante et passionnée prestation intitulée «Déconstruction de la version officielle et mensongère de Thiaroye 44» donne la mesure de l’injustice, du déni d’égalité et du mépris dont s’est rendu coupable l’État, durant l’Occupation, mais aussi par la suite. Comme dans le cadre de l’affaire Dreyfus, Mme MABOND, une historienne rigoureuse et une militante de la Vérité, réclame du Garde des Sceaux une révision du procès du Camp de Thiaroye. Il y a des mensonges d'Etat qu'il faut dénoncer (la mort de 2 jeunes lors des violences urbaines de 2005, la mort tragique d'immigrés brûlés dans des incendies à Paris, la mort injuste d'Adama TRAORE étouffée tout récemment par des gendarmes comme 102 autres jeunes issus de l'immigration, l'annulation du concert Black M.) et au moment où on célèbre le centenaire de la 1ère guerre mondiale, il est temps de réviser le procès de Thiaroye. Ce serait l'honneur du Sénégal que le président Macky SALL soit à la pointe de ce combat. En effet, ce n’est pas 35 mais 400 tirailleurs qui ont été massacrés ce 1er décembre 1944. Certains ont été jetés dans une fausse commune. Mme MABON a dénoncé, violemment, ce mensonge et ce crime d’Etat et exige que la vérité soit établie. Il est réclamé qu’une cérémonie d’hommage soit rendue à ces tirailleurs sénégalais sous l’Arc de Triomphe.

La question de la mémoire, à travers ce sort injuste des Tirailleurs sénégalais, est d’une brûlante actualité. Les Tirailleurs sénégalais ont défendu la «mère-patrie», leurs ancêtres, les Gaulois. Or, les jeunes français issus de l’immigration sont considérés comme au temps colonial, comme des indigènes de la République. En leur temps, les Tirailleurs Sénégalais ont payés la dette du sang. Ils ont même, comme Bakary DIALLO réaffirmé, à travers la littérature leur amour de la France.

II – Bakary DIALLO, premier écrivain sénégalais

Bakary DIALLO, un peul du Fouta-Toro, du Nord du Sénégal, publie en 1926 «Force-Bonté». Le président Léopold Sédar SENGHOR l’a considéré comme étant le premier écrivain sénégalais de langue française. Les critiques ont estimé que ce serait un récit de sa fascination pour l’uniforme. En effet, il décrit dans cet ouvrage son engagement volontaire dans les tirailleurs à Saint-Louis du Sénégal, son arrivée à Sète après avoir traversé le Maroc, son expérience du front et des tranchées, ainsi que ses faits d’armes et sa vision des Allemands. Bakary DIALLO est ensuite devenu l’interprète de Blaise DIAGNE, premier député noir de France. Bakary DIALLO est le premier tirailleur sénégalais à témoigner par écrit de son expérience de la Grande Guerre. Bakary DIALLO est né à M’Bala dans la région de Podor. Il s'engage dans l’armée française le 4 février 1911, participe à la pacification du Maroc en mai 1911, avant de débarquer à Sète en 1914. Engagé sur le front de la Marne, sa mâchoire fracassée l'oblige à se soigner dans divers hôpitaux à Epernay, Neuilly, Paris, Menton. Devenu citoyen français en 1920, il exerce le métier de portier à l’hôtel National de Monte – Carlo et divers emplois plus pénibles à Paris. En février 1928, il retourne au Sénégal, devient un interprète et chef de canton. Il finit sa vie à Podor en 1979.

On peut même avancer que cette littérature est née de façon «scandaleuse» puisque «Force-Bonté» de Bakary DIALLO, considéré en général comme le texte fondateur de cette tradition, a suscité des doutes en ce qui concerne l’identité véritable de son auteur. Pour certains, Bakary et à la veille des indépendances Bakary, serait un «traître». Son roman, «Force-Bonté», serait une vision manipulée ou fabriquée dont l’écriture reviendrait à Lucie COUTURIER, Jean Richard BLOCH ou à un employé des éditions Rieder. Des interrogations demeurent sur la paternité de cet ouvrage "naïvement colonialiste". On a estimé ce livre serait un récit candide sur la France coloniale. Pour les critiques, qui l’ont condamné sans nuance, Bakary serait assimilationniste ; il fait l’éloge du colon et serait réellement fasciné par le chef blanc et par la puissance coloniale française. Il ne comprend pas, dans ce contexte, le rejet de la tutelle française par certains peuples et encore moins les guerres contre la France.

A l’appui d’un documentaire qu’elle a réalisé au Fouta-Toro, intitulé «Bakary DIALLO, berger peul du Fouta-Toro», Mme Mélanie BOURLET, chercheuse au CNRS et l’INALCO, maîtrisant le Peul, a vérifié scrupuleusement l’authenticité des poèmes de Bakary, écrits en Peul, en Ouolof et en Français et qu’il a pu enregistrer sur magnétophone. Né à M’Bala en 1892, il consacre dans Présence Africaine un poème à son village ; ce qui indique qu’il est fier de ses origines. Il tente de faire publier ses poèmes, dont M’Bala en Peul et «Salam Al Islam» en Ouolof en l’honneur d’El Hadji Malick SY (1855-1922), fondateur du Tidjanisme, mais ses originaux sont égarés et ne sont jamais restitués. Bakary DIALLO est l’un des tout premiers écrivains et poète à valoriser les langues nationales. Il aurait vivre en France, mais il est retourné au Sénégal en 1928 et a vécu au Fouta-Toro jusqu’à sa mort ce qui indique son attachement à ses origines. Au Fouta-Toro, il a été lé défenseur ardent des bergers peuls soumis au travail forcé durant la colonisation ou razzias maures.

Par ailleurs, dans «Force-Bonté», Bakary DIALLO renvoie au colonisateur ses propres contradictions. La France avait promis aux Tirailleurs Sénégalais la citoyenneté et l’égalité. Or, ils sont traités comme des indigènes de la République. Cette question large d’actualité en 2016 avec une libération extraordinaire de la parole raciste. Bakary DIALLO a administré la preuve, aux jeunes issus de l’immigration en France, qu’on peut aimer profondément la France tout en restant tout en conservation sa culture d’origine.

III – Le Premier festival mondial des Arts Nègres à Dakar.

Du 1er au 24 avril 1966, s’est tenu à Dakar, le premier festival mondial des arts nègres qui a réuni 37 pays. La France et l’UNESCO ont largement financé ce festival. Ce festival découle d’une des résolutions de la commission des arts du congrès de Rome recommandant que ces rencontres soient soutenues par un festival de chants, de rythmes, de danses, de théâtre, de poésie et d’art plastique. Alioune DIOP n’a pas eu de grand mal à convaincre le président poète, SENGHOR, que ce festival se tienne à Dakar. Ce festival, dont le but est de réconcilier l’Afrique avec elle-même, fut donc aussi un enjeu politique fort pour Léopold Sédar SENGHOR, président de la jeune République du Sénégal, restée dans le camp occidental. «Nous voici donc dans l’histoire. Pour la première fois, un chef d’Etat prend entre ses mains périssables le destin spirituel d’un continent», dit André MALRAUX, Ministre de la Culture du général de Gaulle et fin connaisseur des arts primitifs. C’est un événement considérable qui a fortement contribué à attester de la vitalité culturelle africaine. «Si nous avons assumé la terrible responsabilité d’organiser ce festival, c’est pour la défense et l’illustration de la Négritude», souligne le president SENGHOR.

Le festival de Dakar regroupe, en fait, trois manifestations : un colloque, une exposition d’art et les festivités proprement dites. Les travaux du colloque, organisés à l’Assemblée Nationale du 30 mars au 8 avril 1966, sous la présidence d’Alioune DIOP, portent sur le thème général : «Fonction et signification de l’art nègre dans la vie du peuple et pour le peuple». Il rassemble d’éminents africanistes, mais aussi des historiens de l’art, des anthropologues, des écrivains et des artistes tels que Michel LEIRIS (1901-1990), poète, ethnologue et critique d’art, Germaine DIETERLEN (1903-1999), spécialiste des Dogon, Jean ROUCH (1917-2004) réalisateur et ethnologue. Des Africains sont également présents, comme Wolé SOYINKA, dramaturge, Engelbert MVENG (1930-1995), prêtre jésuite, théologien, anthropologue, historien et spécialiste de l’art africain, Lamine DIAKHATE (1928-1987), poète, écrivain et critique littéraire, Paulin Soumanou VIEYRA (1925-1987), réalisateur et historien du cinéma. Les débats ont tourné autour de trois sujets : tradition africaine, rencontre de l’art nègre avec l’Occident et problèmes de l’art nègre moderne. Les discussions ont porté, notamment, sur les traits caractéristiques, les fonctions sociales, politiques et significations des arts nègres, leur préservation et leur rayonnement dans le monde.

Le festival, proprement dit, démarre le 1er avril 1966, avec des spectacles vivants, la chorégraphie, les ballets et danses. «Le festival est un moment crucial pour dire, frères africains, ce que nous avons depuis toujours à dire, et qui n’a jamais pu franchir le seuil de nos lèvres», dit Amadou Hampâté BA. «Le spectacle féérique de Gorée», avec Doura Mané et Lina SENGHOR, associant la dramaturgie, aux ballets, danses, chants et théâtre, retrace le destin, à travers l’île de Gorée, de la traite des nègres. Le 3 avril 1966 est présentée, au stade l’Amitié, une pièce de théâtre sur «les derniers jours de Lat-Dior» qui évoque la conquête du Sénégal et la résistance du Damel du CAYOR. La «tragédie du Roi Christophe» d’après Aimé CESAIRE, sera jouée par Douta SECK. La musique est omniprésente, Duke ELLINGTON a fait sensation. Joséphine BAKER anime un spectacle, «nuit des Antilles».

Des expositions sur l’art nègre sont organisées. L’hôtel de ville de Dakar abrite une exposition de l’art nigérian qualifié de «Grèce noire». La création contemporaine africaine, sous la direction d’Iba N’DIAYE, est présentée au Palais de Justice de Dakar, sous le thème «tendances et confrontations». Une grande exposition d’art africain, d’envergure internationale, est présentée, en avril 1966 au Musée dynamique et en juin 1966, au Grand Palais à Paris. Cette exposition qui permet d’appréhender «l’art africain du point de vue esthétique et historique», reçoit plus de 200 000 personnes à Dakar et 500 000 visiteurs à Paris. Pendant un instant, Dakar est devenu la figure de proue de la culture africaine. Alioune DIOP s’efface et jubile, discrètement, mais il songe déjà au prochain festival.

Après ce festival de 1966, il a fallu attendre l’exposition d’Ousmane SOW, sculpteur sénégalais, au Pont des Arts, à Paris, du 20 mars au 20 mai 1999, ainsi l’exposition sur la photographie du malien Seydou SOW au Grand Palais du 31 mars au 11 juillet 2016, pour d'autres manifestations culturelles africaines à Paris. Cette initiative de la mairie du 19ème est heureuse ; il faut la saluer et invitons les autres mairies de France de privilégier le bien-vivre ensemble.

Dans les combats politiques à venir, nous invitons les générations issues de l’immigration à rester vigilantes pour la défense des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de justice. La bataille des présidentielles de 2017 sera rude. On s'entête à ne pas voir cette minorité visible et à nous ravaler, dans une démarche colonialiste au rang d'indigènes de la République. Dans ce pays de la rationalité les digues sont tombées ; tout sens stratégique, de défense de la justice et de l'égalité semble égaré dans les méandres du populisme. Pourtant, devant un tel affaissement des valeurs morales et politiques, chaque citoyen doit se mobiliser pour assurer la défense de la République : "si un homme n'a pas trouvé quelque chose qui vaut qu'on lui sacrifie sa vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai" dit Martin Luther KING.


Bibliographie sélective

DIALLO (Bakary), BLOCH (Jean Richard), Force-Bonté, Paris, F. Rieder, 1926, 208 pages, et Paris, N.E.A., A.C.C.T., 1985, 171 pages ;

MABON (Armelle), Prisonniers de guerre «indigènes», visages oubliés de la France occupée, Paris, La Découverte, 2010, 297 pages ;

MBAJUM (Samuel), Les combattants africains, dits «Tirailleurs Sénégalais», au secours de la France, 1857-1945, Paris, 2013, Riveneuve, 524 pages.

Paris, le 1er octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 20:52

La communauté asiatique manifeste bruyamment pour sa sécurité. Je me réjouis de la prise de conscience subite de la communauté asiatique de France face aux violences et aux injustices.

Il est vrai que le lâche assassinat d'un chinois, ZHANG Chaoling, tout récemment à Aubervilliers, a marqué les esprits et servi de puissant catalyseur à une colère ancienne et sourde qui couvait depuis longtemps.


Les voyous savent que c'est une tradition asiatique de conserver du liquide et ce goût immodéré pour les produits de luxe, réglés en espèces. Aussi, les agressions se multiplient, même en plein jour et sous l'indifférence générale, y compris contre des personnes de condition modeste en raison de ce préjugé tenace que l'asiatique a de l'argent liquide.

Communauté discrète, et souvent classée à droite, les Asiatiques ont préféré jusqu'ici raser les murs. Ce qui compte c'est la réussite économique. Pas de vagues !

Grands travailleurs acharnés, ils sont conquis les cafés et tabacs français notamment parisiens. Pourtant, là aussi les soi-disant contrôles d'hygiène et de sécurité, les descentes de l'inspection du travail, de l'Urssaf, du fisc s'abattent sur eux, à répétition.

Dans la tradition asiatique, les Asiatiques avaient cru que la corruption, même dans un Etat de droit comme la France, pouvait tout arranger. Pourtant les contrôles ne continuent à pleuvoir.

Conscients qu'ils sont nettement mieux acceptés dans la société française, que les parias que sont les Arabes et les Noirs, les Asiatiques avaient jusqu'ici déserté le combat citoyen pour l'égalité réelle, préférant la démission ou les arrangements. Ils s'intéressent peu à la politique et semblent vivre en marge de la société, pourvu que le business marche et que le culte de l'argent soit célébré.


Pourtant, les perspectives de 2017 sont lourdes de menaces pour la République, pour tous ceux qui viennent d'ailleurs. Des zones entières, comme la Seine-Saint-Denis ou Marseille, sont abandonnées aux bandes mafieuses, et le Premier ministre n'a pas hésité, lui-même, de parler d'Apartheid. A côté de cette violence physique intolérable, se dessine une violence politique menée par l'extrême droite et une droite lepénisée dont M. SARKOZY est le chef de bande.

Donald TRUMP aux États-Unis et le Brexit en Grande-Bretagne, ainsi que la défaite d'Angela MERKEL dans son fief ne sont pas rassurants pour l'avenir. La droitisation de la vie politique devenue brutale et intolérante est lourde de menaces pour bien-vivre ensemble.

Par conséquent, toutes les personnes, au rang desquelles la communauté asiatique, qui pensent que la République a encore un sens, doivent se mobiliser pour la sécurité pour tous et pas pour eux seulement, l'égalité réelle, la fraternité, la paix et le bien-vivre ensemble. Ces axes de combat concernent tous ceux qui s'intéressent à la République, quelle que soit leurs origines ethniques.


Nous avons plus que besoin de la mobilisation de la communauté asiatique en raison notamment de sa puissance économique en France et du poids de la Chine dans le monde. Quand la Chine s'exprime elle est entendue et respectée. Mais les autres parlent, comme les Gabonais ou les Congolais en ce moment et si cela leur arrive, ils peuvent continuer de causer.

Solidarité avec les Asiatiques et avec tous ceux qui s'intéressent au bien-vivre ensemble !


Paris, le 4 septembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le subite réveil citoyen de la communauté asiatique de France : une bonne nouvelle pour le combat républicain», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 10:54

Le 28 août 1963, Martin Luther KING prononçait ce célèbre discours «I have a dream». En effet, en 1963, il se rend à Birmingham, en Alabama, pour soutenir le mouvement local pour les droits civiques. Devant la violence des émeutes interraciales qui s’y produisent et l’émotion dans le pays, le président KENNEDY propose une loi en faveur des droits civiques. Le docteur KING organise alors une marche de 250 000 personnes pour soutenir et porter ce projet. C’est au terme de celle-ci, devant le mémorial de LINCOLN, à Washington, que le docteur KING prononce son discours resté encore dans les mémoires : «Je rêve, qu’un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son crédo : nous tenons ces vérités pour évidentes, par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux. Je rêve, qu’un jour, sur les collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve, qu’un jour, l’Etat du Mississipi lui-même, tout brûlant des feux de l’injustice tout brûlant des feux de l’oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits enfants vivront, un jour, dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau, mais à la nature de leur caractère». Le président KENNEDY est assassiné quelques mois plus tard, le 22 novembre 1963, mais son successeur, Lyndon B JOHNSON, fait voter la loi sur les droits civiques.

Martin Luther KING obtiendra, en 1964, le prix Nobel de la paix pour cette révolution non-violente. Humaniste, prédicateur, philosophe, brillant orateur, prix Nobel de la paix, disciple de GANDHI, Martin Luther KING a mis en œuvre la théorie de la non-violence dans sa lutte pour l’égalité des droits. Même quand les temps sont durs, le pasteur KING nous invite à entrer dans l’espérance et à ne jamais abandonner nos rêves. Il a fait un rêve de délivrer l’Amérique et le monde des démons du racisme. Pour cela, il a utilisé une arme redoutable : son exceptionnel talent d’orateur. Plaire, émouvoir, convaincre : telle est, depuis Cicéron, la recette du discours qui mobilise. Tous les grands hommes de l'Histoire se sont confrontés à cet art difficile, et ont eu cette ambition de toucher le cœur des hommes pour changer le monde, conquérir les foules et, parfois, modifier le cours de l'Histoire. C’est à ce titre, que le discours de Martin Luther KING, prononcé le 28 août 1963, devant le mémorial de Lincoln, à Washington, est devenu légendaire, et marquera encore longtemps les esprits

Mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee, Martin Luther KING a été crucifié pour libérer les hommes de l’intolérance et de l’injustice. Il était venu à Memphis soutenir la grève du Syndicat des égoutiers et des éboueurs, essentiellement des Noirs, qui réclamaient une revalorisation salariale. Ces ouvriers victimes, une fois de plus, de brutalités policières, scandaient un slogan : «I am a man», (Je suis un homme). «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Le regard qu’il porte sur la société américaine en ce milieu du XXème siècle est particulièrement sévère. «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», souligne t-il. Homme d’Eglise, puisant dans la tradition noire américaine, Martin Luther KING a dépassé les frontières ethniques pour se projeter dans l’action, et réclamer l’égalité des droits pour toutes les personnes défavorisées. «La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis», proclame Martin Luther KING.

Le docteur KING a exposé, dans un remarquable ouvrage intitulé «la révolution non-violente», ce qui l’a conduit à mener cette action en faveur de la justice, pour l’égalité et la paix. C’est incontestablement la pauvreté et l’exclusion dont sont victimes les noirs. L’hiver de 1962 a été particulièrement rude. Et le docteur KING pose cette question : pourquoi la misère hante-t-elle constamment les Noirs ? Partout les Noirs ont fait, plus que leur part, partout où le travail était dur, sale et dangereux. Et pourtant, une bonne partie de l’Amérique blanche est convaincue de la légitimité de l’esclavage.

On peut dire que, dans une certaine mesure, l’élection et la réélection de Barack OBAMA à la Maison blanche, ont réalisé le «rêve» de Martin Luther KING. Mais il existe d’autres causes à la colère des Noirs ; ce sont les inégalités économiques et sociales. L'élection et la réélection de Barack OBAMA, dans un pays miné par le racisme, est hautement symbolique. Toutefois des meurtres impunis des Noirs sont monnaie courante, même sous le mandat d'OBAMA. Un écrivain noir américain, qui réside maintenant en France, Ta-Néhisi COATES, a produit un remarquable brûlot, à ce sujet, intitulé «La colère noire» (voir mon post) et un mouvement de protestation, «Black Lives Matter» relayé en France avec l’affaire Adama TRAORE, a vu le jour (voir mon post). A l'approche des élections présidentielles américaines de 2016, avec un des candidats ouvertement raciste qui prône la revanche des petits Blancs et injurie les musulmans, le rêve de Martin Luther KING conserve encore tout son sens.

I – LES CIRCONSTANCES DU DISCOURS DU 28 AOUT 1963

En février 1961, le président KENNEDY accepte d’envoyer les troupes fédérales afin de permettre à un étudiant noir, James MEREDITH, de s’inscrire à l’université du Mississipi. En guise de retour d’ascenseur, le président KENNEDY fait, le 11 juin 1963, une déclaration retentissante à la télévision ; il va déposer un projet de loi sur les droits civiques : «Chaque américain devrait être traité, comme s’il voudrait que ses enfants soient traités. Maintenant le moment est venu pour cette nation de tenir sa promesse. La semaine prochaine, je vais demander au Congrès de prendre un engagement qu’il n’a pas pleinement pris en ce siècle. L’idée que la race n’a pas sa place dans la vie américaine».

En janvier 1963, Martin Luther KING a rencontré le président KENNEDY pour réclamer une loi sur les droits civiques. Mais on ne l’a écouté que d’une oreille distraite. Il a compris que la bataille à Birmingham pourrait contraindre le gouvernement fédéral à agir. Comme c’est une ville d’affaires, Martin Luther KING a été stratège : il va, contrairement, au mouvement d’Albany, concentrer la campagne à Birmingham, sur les magasins pourvus d’un snack-bar. Il est, particulièrement, humiliant, pour un Noir, de voir qu’on accepte son argent à tous les rayons, sauf au bar. Pour la première fois, il demande aux enfants des établissements scolaires de se joindre aux manifestations pour dramatiser les événements, et favoriser ainsi un large écho dans la presse. Martin Luther KING a recherché dans le pays, des soutiens de personnalités, comme Harry BELAFONTE, pour rassembler des fonds, en vue de faire libérer sous caution, les protestataires interpelés. Dans un contexte électoral, cette fois-ci, Martin Luther KING décide de ne pas respecter l’interdiction de manifester, et refuse le paiement d’une caution pour lui-même, son incarcération popularisera la lutte. Le sinistre chef de la Police, Bull Connor, l’arrêta. C’est de sa prison de Birmingham, en réaction à une partie de l’Eglise blanche qui le critiquait estimant que ces actions seraient l’œuvre d’étrangers, ou seraient prématurées et déraisonnables, que Martin Luther KING écrit la fameuse lettre du 16 avril 1963. Il y formule notamment sa théorie des «lois injustes». Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste, car la ségrégation déforme l’âme, et endommage la personnalité. L’interdiction d’un défilé, utilisée pour maintenir la ségrégation, est donc injuste. L’intervention de KENNEDY, sollicitée par Coretta SCOTT KING, a relancé et encouragé le mouvement de protestation à Birmingham. Après de graves violences (lances à incendies, brutalités, morsures de chiens), dont la presse a rendu compte, un accord a été trouvé le 10 mai 1963 mettant fin à la ségrégation des magasins et améliorant les conditions d’embauche des Noirs. C’est une victoire importante qui a déterminé le président KENNEDY à déposer un projet de loi sur les droits civiques.

C’est dans ces circonstances que Martin Luther KING organise la très célèbre marche du 28 août 1963, à Washington «pour l’emploi et la liberté», durant laquelle il a prononcé son «I have a Dream» (Je fais un rêve). Cette marche, pacifique, devant le symbolique Mémorial de Lincoln qui a aboli l’esclavage, rassemble, contre toute attente, 250 000 personnes, aussi bien noires (Harry BELAFONTE, Sidney POITIER, James BALDWIN, Joséphine BAKER, Joan BAEZ, Sammy DAVIS, Mahalia JACKSON, etc.), que blanches (Bob DYLAN, Paul NEWMAN, Joseph Léo MANKIEWICZ, Charlton HESTON, etc.). La marche coordonnée par Bayard RUSTIN, est le couronnement du succès de diverses campagnes de désobéissance civile organisées par Martin Luther KING, qui est maintenant mondialement connu. Cette initiative constitue, surtout, une étape clé, au plan national de l’affirmation de la communauté noire, tant du point de sa dignité que des revendications civiques et économiques. Il s’agit de rendre le combat des Noirs plus visible, donc plus efficace. En réaction à ces succès de Martin Luther KING, le 15 septembre 1963, des extrémistes blancs posent une bombe dans une église à Birmingham, en Alabama, qui tue 4 jeunes filles noires. Auparavant, le 12 juin 1963, le lendemain du discours de KENNEDY, Medgar EVERS, un dirigeant de la NAACP, à Jackson, en Mississipi, est assassiné. Ses deux meurtriers sont acquittés par deux fois par des juridictions du Sud. Il a fallu exporter le procès, hors du Sud, pour qu’ils soient condamnés.

Mais le 22 novembre 1963, le président KENNEDY est assassiné à Dallas. Lyndon B. JOHNSN (1908-1973), vice-président, est devenu, automatiquement, président des Etats-Unis. Mais c’est un sudiste, né à Stonewall, au Texas. Il tarde à répondre aux demandes des Noirs. Martin Luther KING, en homme pressé, lance une offensive pour l’inscription sur les listes électorales, du 21-25 mars 1964 à Selma, chef lieu comté de Dallas, ville moyenne située entre Montgomery et Birmingham. Au cours de la marche du 1er février 1964, Martin Luther KING et ses compagnons sont arrêtés, et jetés en prison. Après sa libération, il engage, le 7 mars 1963, une marche de 80 km entre Selma et Montgomery pour protester contre la lenteur de l’inscription des Noirs sur les listes électorales. Ces marches sont émaillées de graves violences policières. James REEB, un Blanc qui dînait dans un restaurant tenu par des Noirs, à Selma, est assassiné. A Marion, on enregistre le premier assassinat d’un jeune Noir.

II - L’INTEGRALITE DU DISCOURS DU 28 AOUT 1963
de Martin Luther KING « I
HAVE A DREAM».

"Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation.

Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité.

Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque. Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les hommes, oui, aux Noirs comme aux Blancs, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple Noir un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “ provisions insuffisantes ”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Aussi, sommes-nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce lieu sacrifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvant de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu. Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. Cet étouffant été du légitime mécontentement des Noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un automne vivifiant de liberté et d’égalité.

1963 n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de se défouler et qu’il se montrera désormais satisfait, auront un rude réveil, si la nation retourne à son train-train habituel.

Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique jusqu’à ce qu’on ait accordé au peuple Noir ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse.

Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui donne accès au palais de la justice : en procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique.

Le merveilleux esprit militant qui a saisi la communauté noire ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les Blancs, car beaucoup de nos frères blancs, leur présence ici aujourd’hui en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée bi-raciale. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Il y a des gens qui demandent aux militants des Droits Civiques : “ Quand serez-vous enfin satisfaits ? ” Nous ne serons jamais satisfaits aussi longtemps que le Noir sera la victime d’indicibles horreurs de la brutalité policière. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos corps, lourds de la fatigue des voyages, ne trouveront pas un abri dans les motels des grandes routes ou les hôtels des villes.

Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos enfants, même devenus grands, ne seront pas traités en adultes et verront leur dignité bafouée par les panneaux “ Réservé aux Blancs ”. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduis ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine d’étroites cellules de prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les orages de la persécution et secoués par les bourrasques de la brutalité policière. Vous avez été les héros de la souffrance créatrice. Continuez à travailler avec la certitude que la souffrance imméritée vous sera rédemptrice.

Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du Sud, retournez en Georgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos des villes du Nord, sachant que de quelque manière que ce soit cette situation peut et va changer. Ne croupissons pas dans la vallée du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots “ opposition ” et “ annulation ” des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.

Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.

Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “ Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté ! ” Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire !


Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’Etat de New-York !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie !
Que la cloche de la liberté sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado !
Que la cloche de la liberté sonne depu
is les pentes harmonieuses de la Californie !

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Géorgie !
Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Look-out du Tennessee !
Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi ! Du flanc de chaque montagne, que s
onne le cloche de la liberté !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Etat, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non-Juifs, les Protestants et les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual : “ Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres !».

Paris, le 28 août 2016, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

«Martin Luther King (Atlanta, 15 janvier 1929 – Memphis, 4 avril 1968), son discours du 28 août 1963 ou le rêve d’un monde plus fraternel et plus juste», par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/.
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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 15:42

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 27 août 2016.

Dans son ordonnance de ce jour, la haute juridiction administrative estime que l'ordonnance du tribunal administratif de Nice est suspendue, et l'exécution de l'arrêté de la ville de Villeneuve Loubet est suspendue.

Le juge administratif se fonde sur le motif que l'arrêté litigieux anti-burkini, en l'absence de menaces ou troubles à l'ordre public, "a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentale que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle». L'émotion résultant de l'attentat de Nice ne suffit pas à motiver, légalement, un tel arrêté. Le maintien de l'ordre public doit se concilier avec les libertés fondamentales garanties par la Constitution.


Cette décision de principe est un véritable camouflet contre une droite lepénisée et décomplexée dont le champion est M. SARKOZY, avec une extraordinaire libération de la parole raciste (retour aux principes coloniaux et esclavagistes de l’assimilation, interdiction du regroupement familial et hystérie contre la communauté musulmane, etc.).


33 villes de droite avaient pris de tels arrêtés infamants que notre Premier ministre, M. Manuel VALLS, a approuvés et défendus. C'est l'honneur de Marisol TOURAINE et de Najat VALLAUD-BELKACEM, comme Christiane TAUBIRA en son temps, de s'être dressées contre le gouvernement, pour dire que dans cet halali et ce lynchage récurrents des musulmans, la ligne rouge est franchie.


Cet épisode, apparemment grotesque du Burkini dont les pays étrangers raillent la France dans son hystérie identitaire, témoigne de la montée en puissance de la xénophobie et de l'instrumentalisation, au plan politique, de la présence des Français musulmans qu'on veut régenter comme des indigènes de la République. La jurisprudence du Conseil d'Etat est, de ce point, un désaveu cinglant contre, les hypocrites qui veulent utiliser la laïcité comme une bombe contre la communauté musulmane. La laïcité, telle qu'elle est conçue actuellement, n'est pas une laïcité d'intégration et d'émancipation, mais c'est une laïcité identitaire et d'exclusion du groupe majoritaire contre les Africains et les Arabes musulmans. En effet, la laïcité est une construction séduisante, et comme par hasard, elle n’est invoquée, ces années, que contre une seule communauté qualifiée d’immigrée, alors qu’elle est française. Or, force est de constater que la France est un Etat multiculturel ; l’Islam est sa deuxième religion, et une partie de la classe politique a encore du mal à l’accepter.


Cette décision est un signal fort, pour la vaste majorité silence des musulmans de France attachés aux traditions républicaines et qui rejettent, fondamentalement, toute violence, tout terrorisme et qui sont pour le bien-vivre ensemble et la fraternité. Ce pays est un Etat de droit, et tout doit être mis en œuvre afin, qu’en 2017, pour qu’il le reste et fasse encore rayonner son message universel des droits de l’homme. Prise en otage par une minorité extrémiste et fondamentaliste qui a dévoyée sa religion et une montée incroyable du racisme la stigmatisant sans cesse, la communauté musulmane a déserté, pour l'essentiel, le combat citoyen. Pourtant nous sommes bien des enfants de ce pays, solidaires avec la communauté nationale dans la joie et la douleur. Nous devons, au-delà de la manifestation religieuse, à laquelle nous sommes profondément attachés, dire que nous sommes les enfants de ce pays, à égalité de droits comme d'obligations, solidaires dans la joie comme la douleur, différents mais égaux. La religion n’est pas un repli stérile sur soi et un renoncement en ce monde d'ici bas. C’est aussi et surtout une puissante célébration de la vie, et donc la défense de la République, c'est aussi notre affaire. Que serait une authentique religion sans Amour, Fraternité, Compassion et donc bien-vivre ensemble ? Pour ma part, mon Dieu de fer, auquel je n'envisagerais jamais de renoncer, même sous les injonctions d'une fausse interprétation des ayatollahs de la laïcité, est un appel constant à la Vie, ici et là-bas. Nous avons un coeur tendre, mais un esprit ferme.


Voici un extrait de l'ordonnance du Conseil d’Etat numéros 402742,402777 du 26 août 2016 :


«5.Si le maire est chargé par les dispositions de l’article L.2212-1 du code général des collectivités territoriales, du maintien de l’ordre dans la commune, il doit concilier l’accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois. Il en résulte que les mesures de police que le maire d’une commune du littoral édicte en vue de réglementer l’accès à la plage et la pratique de la baignade doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des seules nécessités de l’ordre public, telles qu’elle découlent des circonstances de temps et de lieu, et compte tenu des exigences qu’impliquent le bon accès au rivage , la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage. Il n’appartient pas au maire de se fonder sur d’autres considérations et les restrictions qu’il apporte aux libertés doivent être justifiées par des risques avérés d’atteinte à l’ordre public.


6. Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et de venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. Les conséquences de l’application de telles dispositions sont, en l’espèce, constitutives d’une situation d’urgence qui justifie que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu’il détient de l’article L.521-2 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d’annuler l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice du 22 août 2016 et d’ordonner la suspension de l’exécution de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet en date du 5 août 2016 ».


Paris, le 26 août 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le Conseil d'Etat dans une décision du 26 août 2016, suspend un arrêté contre le Burkini», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 15:29

Ce post a été publié dans le journal FERLOO édition du 31 juillet 2016.

«Justice et vérité pour Adama TRAORE, mort à la suite d’une interpellation de gendarmerie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Ce post a été publié dans le journal FERLOO édition du 31 juillet 2016.

Ce samedi 30 juillet 2016, à Paris, à la Gare du Nord, dans le 10ème arrondissement, il y avait une foule nombreuse et particulièrement déterminée qui réclamait vérité et justice, pour Adama TRAORE (24 ans), ce jeune d'origine malienne, mort lors d’une interpellation de gendarmerie, le 19 juillet 2016.


Une pancarte indiquait : «Pas de justice, pas de paix». Cela rappelle le titre d'un célèbre ouvrage d'un auteur noir américain, James BALDWIN "La Prochaine fois, le feu". Cet auteur, confronté au problème du racisme aux Etats-Unis, a exposé que sans l'égalité la justice et la compassion, un Etat ne peut escompter une paix sociale durable.


Cette affaire sombre ressemble de plus en plus à un mensonge d'Etat. En effet, les rapports des services d'urgence (SAMU et pompiers) ont disparu du dossier ; ce qui constitue une dissimulation de preuves. Par ailleurs le procureur de la République a ouvert une enquête contre Adama TRAORE pour rébellion alors qu'il est déjà mort. Cet acharnement n'est pas à l'honneur d'une république que l'on veut exemplaire.


Que s'est-il passé dans cette affaire Adama TRAORE ?


Alors qu'Adama marchait avec son frère Baguy dans les rues de Beaumont-sur-Oise, des gendarmes surviennent pour interpeller ce dernier. Sorti sans ses papiers, Adama prend la fuite. Rattrapé et frappé à la tête, il est placé dans un fourgon de gendarmerie. On ne sait pas ce qu'il se passe dans le fourgon, mais quand son frère arrive menotté à la gendarmerie, il aperçoit le corps de son frère sans vie, posé à même le sol. Le procureur Yves JANNIER s'empressera évidemment de déclarer qu'Adama est mort d'un arrêt cardiaque, suite à une «grave infection touchant plusieurs de ses organes». Il ajoutera également qu'il est mort suite à un «malaise durant le trajet», mais qu'il n'y a «pas de traces de coups». Comme toujours, un jeune en pleine forme meurt d'un arrêt cardiaque juste au moment où il est entre les mains des forces de l'ordre.


Une première autopsie mentionnait un arrêt cardiaque, mais une deuxième autopsie contredit cette thèse et fait état «d’asphyxie». Devant ces graves flottements, la famille a réclamé, sans succès, une contre-expertise.


Alors que le cortège du 30 juin 2016 commençait à bouger en direction de République, la Police a bloqué les manifestants devant la Gare du Nord. Les manifestants sont restés calmes en scandant : "justice pour Adama !"


La mort résulte-t-elle d’une compression thoracique, à la suite d’une arrestation musclée ? En effet, lors de contrôles d’identité, ou d’interpellations, les forces de l'ordre appliquent une méthode d’immobilisation qui, dans sa pratique, peut provoquer la mort : cette méthode “au corps à corps” consiste à ce qu’un fonctionnaire de police étrangle la personne qui se trouve au sol, pendant qu’un autre lui comprime la cage thoracique en appuyant fortement son genou dans le dos. Cette pratique appelée aussi “clé d’étranglement” entraine l’immobilité, la suffocation, de graves lésions qui peuvent provoquer alors des conséquences irréversibles, quand ce n’est pas la mort.


Nous avons maintenant la confirmation que non seulement cette méthode de placage a été utilisée par les gendarmes mais qu'en plus ils ne lui ont pas prodigué les premiers gestes de secours avant l'arrivée des secours et Adama a été laissé face contre terre ce qui est formellement interdit. Les gendarmes qui n'ont pas prévenu sa famille de la mort ont estimé qu'il simulait. En raison de ces graves défaillances et de son rapport mensonger, le Procureur de la République, Yves JANNIER, a été muté. Ce Procureur aurait être révoqué. A quand la justice pour Adama TRAORE ?


En raison de ces méthodes on constate que des jeunes, souvent issus de l'immigration sont, de plus de plus, morts, dans des conditions particulièrement suspectes, lors de leur interpellation par les forces de l'ordre. Ces jeunes sont traités comme des citoyens de seconde zone. La liste des décès à la suie d'une interpellation est maintenant longue (103 décès suspects). On peut citer, à titre illustratif :


- Lamine DIENG (mort le 17 juin 2007, à Paris 20ème),


- Hakim AJIMI, interpellé à Grasse, en 2008, traîné par les pieds jusqu’à la voiture de secours. Les policiers, reconnus coupables d’homicide involontaire, ont été condamnés avec du sursis ; leur avocat a déclaré qu’il est "convaincu que les policiers n'ont fait qu’appliquer ce qui leur avait été enseigné à l'école de police, (...) même si on a compté à l'occasion de cette affaire un certain nombre de carences dans l'enseignement et dans les instructions qui sont dispensées» ;


- Wissam EL-YAMNI, interpellé le 1er janvier 2012, à Clermon-Ferrand, dans des conditions musclées allait décéder 9 jours plutard.


- Ali ZIRI (69 ans), décédé le 11 juin 2009, deux jours après son interpellation à Argenteuil,


- Amadou KOUMé (33 ans père de 2 enfants et originaire de l’Aisne), 5 avril 2015, au commissariat du Xème arrondissement, etc.


En 2005, j’ai été traumatisé par la mort fort injuste de ces jeunes, Ziad et Bouna, qui ont provoqué les plus graves violences urbaines que M. SARKOZY préfère oublier.


Je n’oublierai jamais ces familles africaines qui résidaient dans des squats à Paris, et un bidon d’essence, des vies sont parties en fumée, sans que les commanditaires, apparemment des promoteurs immobiliers, ne soient, à aucun moment, inquiétés. Aucune enquête sérieuse et pourtant plus de 55 morts, dont des enfants. Le plus grave c'est qu'aucune autorité de l'Etat n'a daigné rendre visite aux survivants.


Aux Etats-Unis, un mouvement est né, appelé «Black Lives Matter» (La vie des Noirs cela compte) faisant suite à ces Noirs, même parfois menottés, qui ont été tués par la Police. Ta-Néhési COATES qui séjourne depuis le mois de juillet 2015 en France, en a fait un best-seller, intitulé : «la colère noire» (voir mon post).


Communiqué du Conseil représentatifs des associations noires (CRAN) du 27 juillet 2016, dont Louis-Georges TIN est président : «Pour Adama TRAORE, l’appel contre la violence policière en Europe».


Pendant que tout le monde s'indigne à juste titre des violences policières aux Etats-Unis, des faits semblables se déroulent en Europe, mais sans couverture médiatique - là est la principale différence.


En France, récemment, le 19 juillet 2016, un jeune homme d'origine malienne, Adama Traoré, a été arrêté par les gendarmes à Persan, en banlieue parisienne. Quelques heures plus tard, il décédait -une crise cardiaque selon les autorités.


Mais selon le frère d'Adama, "ils l'ont embarqué ensuite à la gendarmerie de Persan. Là-bas, je l'ai retrouvé entouré de cinq ou six gendarmes. Il était au sol, les mains menottées dans le dos. Il ne respirait plus, il était sans vie. Il avait du sang sur le visage. J'ai vu un gendarme qui faisait partie de ceux qui nous ont interpellés. Il avait un t-shirt blanc et je l'ai vu revenir après avec un t-shirt plein de sang, celui de mon frère. Ma compagne était là, elle l'a vu aussi. Adama n'a pas eu de crise cardiaque, ils l'ont tabassé."


Adama est mort le jour de son 24e anniversaire.


Mais ce fait n'est pas isolé. Le rapport de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) montre qu’entre 2005 et 2015, plus de 80 % des personnes victimes de violences policières mortelles en France étaient issues des minorités ethniques. En d'autres termes, les Noirs et les Arabes ont 7 à 8 fois plus de risques d'être tués du fait des violences policières. De même qu'ils sont 7 à 8 fois plus exposés au contrôle de police, en raison de leur faciès, comme l'ont montré les travaux scientifiques dans ce domaine. Par ailleurs, selon une autre association, Urgence notre police assassine, entre 2005 et 2015, au moins 103 jeunes gens noirs ou arabes ont trouvé la mort du fait de la violence policière. Il semble que les jeunes noirs et arabes en France ont une fâcheuse tendance à mourir de crise cardiaque dès qu'ils sont arrêtés par la police.


Dans un contexte marqué par les attentats terroristes, la confiance est d'autant plus nécessaire entre les forces de l'ordre et la société civile. C'est pourquoi nous demandons :


1° -aux autorités françaises de mener une enquête juste et indépendante sur cette affaire,

2° - aux gouvernements d'Europe de prendre les mesures nécessaires contre le profilage ethnique et la violence policière en général (en mettant en place les attestations de contrôle contre le délit de faciès, en utilisant les caméras dans les commissariats et sur les vêtements des policiers, en intégrant les associations issues de la société civile dans les instances de contrôle, en interdisant les armes léthales et les techniques d'arrestations pouvant causer la suffocation, en dispensant plus de formation sur les discriminations, en produisant des données ethniques sur l'activité policière, etc.),


3° - à l'Union européenne, au Conseil de l'Europe, à l'OCDE et au Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies d'enquêter davantage sur le profilage ethnique et les violences policières en Europe, et d'obliger les Etats européens à prendre les mesures nécessaires pour évaluer l'importance du problème et mettre en place les solutions nécessaires dès que possible.


Paris, le 30 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Justice et vérité pour Adama TRAORE, mort à la suite d’une interpellation de gendarmerie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 22:47

Gorée est une déformation du néerlandais «Goede Reede» ou "bonne rade". Ce sont les Portugais, en 1444, avec Denis DIAZ, qui font escale l’île, appelée alors Bézéguiche (nom d’un chef du Cayor) et qu’ils surnomment île Palma (des palmes). Les Hollandais ont commencé à occuper l’île de Gorée en 1588, pour réparer leurs bateaux et assembler leurs petites barques. Jean-Baptiste LABAT (1663-1738) précise que cette petite île est ce qu’il y a de meilleur, de bon ; elle est tout à fait fertile. Gorée fait partie d'une contrée avec une quantité d’arbres toujours verts dont elle est couverte, d’où cette appellation de Cap-vert. Gorée dispose d’un port naturel avec un mouillage excellent. La rade de Gorée est bien protégée avec une plage facile d’accès. En raison de son emplacement stratégique, l’île de Gorée sera l’objet de convoitises, pendant des siècles, des puissances européennes. Les Portugais, qui l’avaient occupé momentanément, la reprirent en 1629 et 1645. Gorée sera attaquée en février 1664 par les Anglais, puis gagnée par les Français en novembre 1664. Les Anglais attaquèrent de nouveau Gorée en 1665 et 1667. Le 1er décembre 1667, l’amiral d’Estrées s’empare de Gorée et Jean DUCASSE, directeur du Comptoir du Sénégal, en prit possession. En 1727, les Français font creuser un fossé de 5 mètres de large sur deux mètres de profondeur, autour de Gorée et par crainte d’une nouvelle attaque des Anglais. En 1780, l’île de Gorée fut abandonnée par les Français. Les Anglais l’occupent en 1782, mais la restituent au traité de Versailles en 1783. En 1800, les Anglais s’emparèrent, à nouveau, de l’île de Gorée qui sera sous la juridiction française avec le traité de Paris de 1814. Mais pendant quatre années, les Anglais refusèrent de rendre Gorée à la France.

Jean-Baptiste LABAT précise que l’île de Gorée n’a pas, cependant, d’eau potable et ses habitants sont obligés de se ravitailler, pour les vivres, en faisant appel au continent ; ce qui donne un important pouvoir de pression ou de négociation aux turbulentes royautés notamment du Cayor, du Sine et du Baol. Ainsi, à la suite d’un différend qui a opposé Jean-Baptiste DUCASSE (1646-1715) aux Damels du Cayor, du Sine et du Saloum, un blocus de l’île est opéré, privant pendant de longs mois, Gorée de son ravitaillement en eau et vivres. André BRUE (1654-1738), directeur de la compagnie royale de France, à Gorée, sera arrêté en 1701 par Lat Soukabbé FALL, Damel du Cayor. Il sera libéré 12 jours après contre rançon. Des traités seront conclus avec les Damels du Cayor les 9 avril 1764 et 5 juin 1765.

L’île de Gorée rappelle à «la conscience humaine le plus grand génocide de l’histoire que fut la traite négrière» souligne Léopold Sédar SENGHOR. La Compagnie des Indes, avec des succursales de maison de Rouen et Dieppe, gérant le Sénégal, avait le commerce exclusif de la traite négrière. Les Maures et les royautés africaines fournissent la gomme arabique contre des esclaves. La traite des esclaves sera rendue difficile, en certaines périodes, en raison de l’instabilité relatée ci-haut.

Désert au départ, le rocher va se peupler peu à peu. Un personnel auxiliaire se fixe dans Gorée : des manœuvres, interprètes, auxiliaires, matelots, cuisiniers et autres domestiques. Des unions entre le personnel de la compagnie et femmes africaines donneront naissance à des métis, à ces fameuses Signares. En 1749, Gorée comptait 66 habitants libres et 131 esclaves, la population avoisinait le millier vers 1767, 1300 en 1774, et environ 2144 en 1786. Diverses catégories de personnes vivent dans l’île : les Européens, les métis, les Noirs libres, les esclaves de case traités avec bienveillance et les esclaves destinés à la vente, dont le sort est peu enviable.

Gorée évoque, dans bien des esprits, la période tragique de la traite des nègres, mais aussi le charme d’une époque riche en couleur et en histoire. En définitive, l'histoire de Gorée oscille entre splendeurs et tragédie.

I – Gorée : une fastueuse et douloureuse histoire.

A – Gorée, un enjeu militaire sur fond de traite des esclaves

Gorée, au Sénégal, "sanctuaire africain de la douleur noire", a acquis une célébrité de par le rôle qu'elle a tenu du XVème au XIXème siècle dans la traite négrière. Sur la route maritime des différentes nations négrières, Gorée était très convoitée. À partir du XVIIIe siècle, Gorée devient l'enjeu de deux siècles de rivalité franco-anglaise.

Jusqu’à l’abolition de la traite négrière par les Anglais en 1807, Gorée servit d’entrepôt d’esclaves. L’histoire de Gorée, à certaines époques, coïncide avec l’histoire du Sénégal. Ile occupée à partir de 1444, sera jusqu’en 1677, date de stabilisation de l’occupation française, est un enjeu de rivalités entre les puissances européennes. Avec l’article 10 du Traité définitif de Paix et d’alliance, entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, de Paris du 10 février 1763, naît, officiellement, la colonie du Sénégal : «Sa Majesté Britannique restituera à la France l'Ile de Gorée, dans l'état, où elle s'est trouvée, quand elle a été conquise». En contrepartie, une liberté de commerce et de circulation est garantie aux Anglais dans les possessions françaises.

En effet, pendant les premières périodes, avec l’expansion des voies maritimes à partir de la Renaissance, Gorée en raison de la sécurité qu’elle offre, n’est pour les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français, qu’une escale sur la route des épices, qu’ils se disputeront, âprement, sans victoire décisive et durable.

L’amiral d’Estrées s’empare de Gorée le 1er décembre 1677. La paix de Nimègue (traités des 16 août 1678, 17 septembre 1678 et des 5 février 1679, signés aux Pays-Bas, mettant fin à la guerre de Hollande) en fera un comptoir français.

De 1677 à 1763, l’histoire de Gorée est dominée par des Compagnies maritimes, souvent très mal gérées, qui s’efforcent de conserver le monopole de commerce. Un troc est mis en place : les Européens fournissent des verroteries, tissus, alcools, armes, barres de fer, et en échange les Africains donnent le cuir, l’ivoire, la cire, la gomme, mais surtout des esclaves.

Etienne-François CHOISEUL (1719-1785), ministre des affaires étrangères, a pris conscience que le commerce de l’or de N’Galam, de la gomme du Nord et des esclaves, sont indispensables à la Martinique. Mais les Anglais occupent de nouveau, Gorée et Saint-Louis. CHOISEUL met fin au monopole de la compagnie des Indes et crée une colonie dépendant du Ministère de la marine. Après plusieurs tumultes, l’île de Gorée ne sera rendue aux Français que le 15 février 1817.

Stanislas Jean de BOUFFLERS, marquis de Rémiencourt, dit Chevalier de BOUFFLERS (1738-1815), initialement affecté à Saint-Louis vient s’installer à Gorée. Il estime que la barre à Saint-Louis, rend les conditions de vie difficile. En revanche, Gorée est jugée agréable à vivre : «Je trouve ici (à Gorée) un séjour délicieux. Il y a une montagne, une fontaine, des arbres verts un air pur. Tout m’y plaît» dit-il. Le port d’attache de la station navale et l’administration sont transférés à Gorée. Il construit, pour Anne PEPIN, une belle maison à étage, et regagnera la France en 1787.

L’esclavage est définitivement interdit par le traité de Paris de 1815, mais la loi interdisant la vente d’esclaves est détournée : les captifs sont désormais des «engagés à temps» qui ne pourront se libérer qu’au bout de 16 ans. En 1847, trois cent esclaves capturés sur le Brick négrier «L’Illizia», sont envoyés au Gabon, pour former la ville de Libreville. Un décret du 23 juin 1848 de Victor SCHOELCHER, promulgué à Gorée le 23 août 1848, supprime l’esclave de case. Tout esclave qui pose le pied sur le sol de Gorée devient libre.

En 1859, Louis FAIDHERBE (1818-1889) est nommé gouverneur de Saint-Louis et Gorée. Il sera remplacé par PINET-LAPRADE, commandant de Gorée de 1859 à 1864.

B – Gorée, la «Joyeuse» et le règne de ses Signares

Sous l’Ancien régime, les mulâtres et plus particulièrement les «Signares» (femmes métisses), jouèrent un rôle important. C'est l'époque de Gorée "la joyeuse" où les «Signares» dont la plus célèbre est Anne PEPIN (1747-1837), amie du chevalier de BOUFLLERS, animent l'île de nombreuses fêtes. François Ferdinand d’Orléans (1818-1900), prince de Joinville, troisième fils du roi Louis Philippe est passé deux fois à Gorée : une première fois, en 1840, pour le rapatriement des cendres de Napoléon 1er, et une seconde fois, pour aller au Brésil, en 1842. Les «Signares» se font construire des maisons dont l'architecture fait la synthèse de diverses expressions culturelles.

Emile PINET-LAPRADE (1822-1869), originaire de l’Ariège, polytechnicien et administrateur colonial, commandant de Gorée, adjoint au général FAIDHERBE, a construit le fort d’Estrées, à Gorée. On dit qu’il est le «bâtisseur» de Dakar et de son port. Il rencontre, Marie ASSAR, une sénégalaise, à Gorée, en 1849, Émile, 27 ans, est capitaine du Génie dans l’armée française ; Marie, près de dix de moins, est une esclave fraîchement libérée par la loi Schœlcher. Leur liaison durera vingt ans, jusqu’à la mort, par le choléra, d’Émile devenu gouverneur de la colonie par la grâce de l’empereur Napoléon III. A la fin de l’année 1873, c’est-à-dire au début de la IIIème République, on ne sait pas comment, Marie est venue devant le tribunal civil de Pamiers, sous-préfecture du département de l’Ariège, pour faire trancher son litige contre les époux Clavel, notables de Mirepoix, chef-lieu du canton voisin. Marie, plaignante, réclame ce qu’elle estime sa part de l’héritage d’Émile PINET-LAPRADE, Mme Eugénie Clavel, sœur de PINET-LAPRADE, et son époux, Eugène, contestent absolument la revendication de Marie ASSAD. Jacques CARIL et François SAVAING, sous le titre «Le gouverneur et sa gouvernante», et en se fondant sur les correspondances de PINET-LAPRADE, ont fait revivre cette belle histoire d’amour. Les auteurs exploitant les correspondances de PINET-LAPRADE, qui s’étalent sur vingt c’est-à-dire la durée de son séjour au Sénégal, ont insidieusement fait remarquer, que le nom de Marie ASSAR n’apparaîtra qu’en 1859 dans une correspondance où elle constituera dès lors une récurrente exception : presque aucun ou aucune autre Noir(e) n’y est désigné(e) par son nom ou prénom. Cela résume bien ce qu’est, fondamentalement, le colonialisme.

Jean-Luc ANGRAND raconte la fabuleuse histoire des Signares, dans son livre «Céleste ou le temps des Signares». Elles ont institué une "mini civilisation matriarcale". Cette dynastie dont il descend, a su faire valoir ses relations avec les Européens et les souverains locaux, afin de faire fructifier ses affaires. Ainsi, Léopold ANGRAND, (1859-1906) est un notable métis qui a joué un rôle important dans la vie politique, culturelle et économique de Gorée et de la colonie du Sénégal. C'est le fils de Pierre ANGRAND (1820-?), négociant, armateur et grand propriétaire, et de la Signare Hélène de SAINT-JEAN (1826-1859), petite-fille du gouverneur Blaise ESTOUPAN de SAINT-JEAN et de la Signare Marie Thérèse ROSSIGNOL. Léopold ANGRAND épouse Mathilde FAYE, une noble de l'ethnie sérère, nièce du roi de Sine, Coumba N’Doffène DIOUF. Après avoir commencé l'école chez les Frères de Ploërmel à Gorée, il est envoyé par son père faire des études secondaires puis commerciales à Bordeaux et Paris. Ayant obtenu de brillants résultats, il revient à Gorée seconder son père dans l'entreprise familiale, puis en prendre la direction. Né en 1906, Léopold Sédar SENGHOR, a reçu son prénom en l'honneur de Léopold ANGRAND, dont son père Basile Diogoye SENGHOR avait été un ami intime et un collaborateur à JOAL. L'école primaire de Gorée porte le nom de Léopold ANGRAND.

Armand Pierre ANGRAND (1892-1964), maire de Gorée et de Dakar, de 1934 à 1936, a été fondateur du Parti socialiste. Proche du mouvement de Marcus GARVEY et fondateur des journaux "l'Indépendant" et "Le Progrès", ANGRAND légua à l'Institut fondamental d'Afrique noire une importante bibliothèque sur l'histoire de l'Afrique. Il a écrit un guide élémentaire destiné aux Européens, un manuel français-ouolof destiné à fournir aux expatriés européens des éléments de base sur lesquels ils pourront, le cas échéant, asseoir leurs acquisitions ultérieures. Dans «Les Lébous de la presqu'île du Cap-vert», il fait une approche sur les coutumes des Lébous et leurs parentés avec les anciens Égyptiens nilotiques.

C – Gorée tête de pont de la conscientisation du peuple sénégalais

«Tant que les lions n'auront pas leur propre histoire, l'histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur» disait, à juste titre, Chinua ACHEBE, un écrivain nigérian. C’est à Gorée et à Saint-Louis, que divers mouvements autour de l’administration communale, de l’enseignement, de la citoyenneté et du droit de vote, vont conduire à l’éveil du peuple sénégalais.

Les Anglais étant partis de Gorée, l’administration avait besoin d’une sorte d’interface avec la population. En 1763, le gouverneur Pierre Guillaume François PONCET de la RIVIERE (1671-1730) eut l’idée de nommer un maire à Gorée, un certain Kiaka. Le rôle du maire se développera, progressivement, avec une classe sociale aisée composée de commerçants et de boutiquiers. A partir de 1817, le maire est choisi parmi les notables de Gorée, connaissant les réalités locales et accepté de la population.

Alors que les autres habitants du Sénégal sont des sujets français, et sont régis par un Code de l’indigénat, les natifs des quatre communes que sont Gorée, Dakar, Rufisque et Saint-Louis, deviennent des citoyens français, avec la loi du 29 septembre 1916.

Gorée a développé l’enseignement et formé une élite qui conduira plus tard, à l’émancipation du Sénégal. En 1819, la mère Anne-Marie JAVOUHEY (1779-1851) envoya au Sénégal, les premières sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Celles-ci créeront les premières écoles primaires, en 1822 à Gorée. En 1843, les frères de Ploërmel arrivent au Sénégal et sous l’impulsion de Louis FAIDHERBE, l’enseignement secondaire commence à s’organiser. En 1903 le gouverneur Jean-Baptiste CHAUDIE a créé à Saint-Louis l’école normale, avant qu’elle soit déplacée à Gorée à 1913 et nommée William PONTY. De nombreux cadres et élites africaines y furent formés (Félix Houphouët-Boigny, Hamani Diori, Mamadou Dia, Maurice Yaméogo, Ouezzin Coulibaly, Modibo Kéïta, Diallo Telli, Boubou Hama, Bernard Dadié, etc.), mais aussi des anonymes, instituteurs, «médecins africains» et secrétaires d’administration, tous des «pontins», comme on les appelle. En 1938 elle fut à nouveau déplacée à Sébikotane, à une quarantaine de kilomètres de Dakar.

Depuis 1848, le Sénégal a le droit d’envoyer un député à l’assemblée nationale française. Il s’agira, jusqu’au début du XXème siècle de députés blancs ou métis. Sous l’effet de l’éducation et des luttes d’émancipation, le 10 mai 1914, et en pleine coloniale, Blaise DIAGNE, un Noir natif de Gorée, est élu député. Né le 13 octobre 1872 à Gorée, au Sénégal, Blaise DIAGNE est issu d’une famille très modeste. Fils de Niokhor, un Sérère de Gorée qui était cuisinier et marin, et de Gnagna Antoine PEREIRA, une Mandjaque originaire de la GUINEE-BISSAU, de son vrai nom, Galaye M’Baye DIAGNE.

Par ailleurs, il faut signaler que le Fort d’Estrées, à Gorée, servait dans les années 1970, sous la présidence de Léopold Sédar SENGHOR de cachot ses opposants politiques. C’est cet ancien quartier de haute sécurité où en 1971, Omar Blondin DIOP a perdu la vie à l’âge de 26 ans. En effet, avec deux autres jeunes (Dialo DIOP et Ousmane POUYE), Omar DIOP, se réclamant des «Blacks Panthers», un mouvement extrémiste noir des Etats-Unis, a été condamné à une lourde peine, pour avoir gravement perturbé la visite du président français Georges POMPIDOU, et ami du président SENGHOR (incendie du Centre culturel français de Dakar à la veille de son arrivée et projet avorté de lancer des cocktails Molotov sur son cortège). La citadelle de l'île de Gorée est ensuite devenue le musée historique du Sénégal.

Vers 1840, avec la découverte de l’arachide venue de Sierra-Léone et l’intensification de l’agriculture ainsi que l’aménagement, par la suite, au début du XXème siècle, la ville de Dakar et de son port, Gorée entre lentement en déclin.

La ville de Gorée est frappée de temps à autre par des épidémies (fièvre jaune, choléra) ou incendies. Les épidémies de 1778, 1859, 1866, et surtout celle de 1927-28 vont causer beaucoup de morts. En 1860, un cimetière est créé à l’anse Bernard, reporté au Plateau, pour se fixer à la pointe de Bel-Air. La fièvre jaune de 1878-1879 provoque encore des ravages à Gorée. Le gouverneur BRIERE de L’ISLE, de 1876-1881, décide alors de transférer les services coloniaux à Rufisque et Dakar.

II – Gorée, un haut lieu, symbolique, de mémoire et contre l’oubli

«Celui qui vous dit que Gorée est une île, celui-là vous a menti. Cette île n’est pas une île. Cette île est un continent de l’esprit» souligne Jean-Louis ROY, le 6 novembre 1999. Construite vers 1780 par Nicolas PEPIN, frère de la Signare Anne PEPIN et maîtresse du Chevalier de BOUFFLERS, la maison des esclaves demeure un lieu qui revêt une portée symbolique en tant qu'emblème de la traite négrière. Cette maison aurait été la dernière esclaverie en date à Gorée. La première remonterait à 1536, construite par les Portugais, premiers Européens à fouler le sol de l'île en 1444. Classé par l’UNESCO, en 1978, patrimoine commun de l’humanité, Gorée, site touristique par excellence, est un haut de mémoire pour l’humanité en raison de la tragédie de la traite négrière qui a durée plus de quatre siècles. La Maison des Esclaves est située dans la rue Saint-Germain, sur le côté est de l’île. Les «marchandises», dans l’attente d’un voyage, sans retour, sont marquées au fer rouge, à l’emblème du propriétaire et enchaînées. Côté mer, percée de meurtrières, la maison dispose d’une porte ouvrant directement sur l’océan. Il est impossible de s’échapper par la nage, Dakar étant à trois kilomètres, et l’océan étant, à l’époque infesté de requins. Ces conditions dures de détention ont provoqué en octobre 1724, une révolte durement réprimée dans le sang.

Au XVIIème siècle, c’est 500 et 1000 esclaves qui transitaient par an, à Gorée. Le commerce transatlantique a bénéficié de complicité de rois nègres. Même si c’est à la marge, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître, à l’instar de nos dictatures du XXIème siècle, dans le passé des Noirs ont vendu des Noirs. L'esclavage est caractérisé par le droit de propriété qu'un homme peut avoir sur un autre. Cette «chose» n'est plus une personne juridique. Cela n’a pas manqué d’interpeller la conscience d’un grand humaniste suédois, explorateur en Afrique, Carl Bernhard WADSTROM (1746-1799) considérant que «c’est un commerce infâme, avec des bénéfices médiocres». Les Africains vendaient des esclaves pour se procurer des armes, de la pacotille ou de l’alcool fort. Pour Carl Bernhard WADSTROM, membre de Société des Amis des Noirs, a loué les qualités de Thierno Sileymane BAL, partisan de l’abolition de l’esclavage, «homme dont l’esprit a été plus cultivé que celui des autres princes noirs, qui s’est rendu tout à fait indépendant des Blancs». WADSTROM préconisait de développer l’agriculture en Afrique afin d’échanger avec l’Europe sur des bases plus humaines et justes. Cet odieux commerce, impliquant notamment de grandes maisons de Bordeaux, Nantes et la Rochelle, a été qualifié par la loi numéro 2001-434 du 21 mai 2001, dite loi TAUBIRA, de «crime contre l’humanité», et institue une journée de mémoire. Ce texte est une belle bataille victorieuse, contre l'amnésie et pour la mémoire, en souvenir de la plus grande déportation que les nations européennes aient jamais organisée, avec plus de 70 millions de victimes sur quatre siècles. «Il ne s’agit pas de se morfondre, ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et à respecter une histoire forgée dans la souffrance. D’appréhender les pulsions de vie qui ont permis à ces millions de personnes réduites à l’état de bêtes de somme de résister ou simplement de survivre» souligne Mme TAUBIRA. Entre histoire, mémoire et loi, Mme TAUBIRA s’est évertuée à défendre l’honneur des vivants et la mémoire des morts.

Face au déni, à l’oubli ou l’indifférence, c’est l’occasion de rendre un hommage vibrant, à Boubacar Joseph N’DIAYE qui a le premier conservateur et guide de ce musée de Gorée. Boubacar Joseph N’DIAYE, né à Rufisque, a effectué ses études primaires à Gorée, puis a rejoint l'École professionnelle PINET-LAPRADE de Dakar. Nommé conservateur du musée de Gorée à partir de 1962, les récits d’un légendaire guide, Boubacar Joseph NDIAYE (1922-2009), ont contribué à faire connaître ce lieu dans le monde entier. Jusqu'à sa mort en février 2009, inlassablement, Boubacar N’DIAYE reprenait son récit, plusieurs fois par jour, bien déterminé à éveiller la conscience de son auditoire, et son message de compassion. Au rez-de-chaussée se trouvent les cellules des esclaves qui sont catégorisées : hommes, enfants, chambre de pesage, jeunes filles, inapte temporaire. Dans celles réservées aux hommes, faisant chacune 2,60 m sur 2,60 m, on mettait jusqu’à 15 à 20 personnes, assis le dos contre le mur, des chaînes les maintenant au cou et aux bras. L'effectif dans cette petite maison variait entre 150 à 200 esclaves. L'attente de départ durait parfois près de trois mois. Un peu à l'écart, à droite du porche d'entrée, se trouve le bureau du maître des lieux, tapissé de documents et de citations humanistes, que l’on doit à Boubacar Joseph NDIAYE. «Un regard au-delà de l’océan et on retrouve tout le drame des peuples africains dont Gorée est le symbole», écrit M. N’IAYE. Ou encore, «Seigneur donnez à mon peuple, qui a tant souffert, la force d’être grand». On trouve également la célèbre exclamation de l'illustre érudit, écrivain et ethnologue malien, Amadou Hampâté BA, dans son ardent plaidoyer pour préserver et recourir aux sources de la tradition orale : «En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle !». La porte du «voyage sans retour» est l’endroit où les esclaves embarquent vers les colonies. Un large escalier à double flèche conduit à l'étage, qui sert surtout aujourd'hui de salle d'exposition. Dans les temps anciens c’était un salon pour les réceptions. «Comment peuvent-ils rire aux éclats là-haut, vu les drames d’en-bas !» s’exclame Joseph N’DIAYE.

Un article d’Emmanuel de ROUX, journaliste du quotidien français, «Le Monde», du 27 décembre 1996, intitulé «Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité» a suscité quelques remous au-delà de la communauté des spécialistes. Une autre polémique a éclaté au sujet de la paternité réelle du livre de Joseph NDIAYE destiné aux enfants, «Il fut un jour à Gorée». Par ailleurs, Jean-Luc ANGRAND, dans un article du 22 février 2013, intitulé «Petite note sur la fausse maison des esclaves de Gorée», affirme, sans l’étayer, que cette institution remonterait à 1950. Selon lui, la maison des esclaves réactivée en 1950, par Pierre-André CARIOU, médecin-chef breton. M. N’DIAYE, qui était son employé, a repris l’affaire l’aurait mise au service du tourisme. D’autres polémiques ont tenté de salir sa mémoire et des études prétendues historiques voudraient montrer que la Maison des Esclaves n'aurait joué qu'un rôle mineur dans la traite des Noirs. Certains chercheurs, dont Anne GAUGE, s’interrogent sur la fonction mémorielle en Afrique. Dans sa thèse, Mme GAUGE estime que le musée peut être un espace de représentation politique, et peut, de ce fait, être détourné de sa fonction première de mise en valeur culturelle, pour devenir un espace de propagande politique. Patrick DRAME évoque même le concept de «monumentalisation du passé colonial et esclavagiste».

Pour l'essentiel, les chefs d'Etat occidentaux, avec des exceptions notables comme Georges BUSH, Bill CLINTON, Barack OBAMA, François HOLLANDE, Jean-Paul II, boudent la Maison des esclaves de Gorée. "C'est un témoignage de ce qui peut survenir quand nous ne sommes pas vigilants dans la défense des droits de l'homme" dit le président OBAMA. En revanche, les artistes noirs américains, comme James BROWN, Michael JACKSON, Will SMITH, en ont fait un haut lieu de pèlerinage.

Le professeur Alain MABANCKOU a pris la défense, de manière énergique, du travail de mémoire accompli par Joseph N’DIAYE qualifié de «symbole même de la conservation de la mémoire du peuple noir. Et s’il n’en reste qu’un, il sera celui-là, avec la fierté d’avoir posé sa petite pierre contre l’oubli et l’indifférence, maux qu’il ne cesse de fustiger de sa voix tonique, l’index bien levé». Joseph N’DIAYE est un homme d’une «sérénité de baobab».

Il ne peut être sérieusement contesté que l’île de Gorée a été le siège d’un important trafic d’esclaves qui étaient «entreposés» soit dans la maison de leur maître ou à la Maison des esclaves. Ils étaient attachés deux par deux et la nuit enfermés dans l’esclaverie. Ainsi, GOLBERRY, missionné par le chevalier de Boufflers et qui a séjourné au Sénégal en relate dans son livre «Fragments d’un voyage en Afrique», la vie à Gorée. Un ancien manuscrit de la bibliothèque nationale de France «Mémoire sur le Sénégal et l’Ile de Gorée» du 28 juillet 1894, fait état un trafic d’esclaves. Hamady BOCOUM et Bernard TOULIER ont établi de façon incontestable, qu’au moins depuis 1918, des écrits ou documents font référence directement à une maison d’esclaves, avec des appellations différentes. En 1918, le Père BRIAULT nous donne une aquarelle d’un «ancien cabanon à esclaves» établi dans l’actuel presbytère. Selon le Guide du tourisme de 1926, une excursion à l’île de Gorée à partir de Dakar s’impose pour visiter les anciennes «captiveries» où étaient parqués les esclaves en attendant le retour des négriers, venus à Gorée charger le «bois d’ébène». Dans un article sur «Gorée la moribonde» paru en 1928, la revue L’Illustration nous présente une reproduction photographique d’une des maisons à cour portant la légende : «au rez-de-chaussée logement des esclaves ; au premier étage, salle à manger du traitant». En 1929, le docteur P. BRAU décrit les «cachots antiques, longs et étroits, des maisons de Gorée qui puent encore la chair esclave torturée». Dès 1932, dans son guide de visite Gorée, capitale déchue, Robert GAFFIOT nous dessine la cour de l’une de ces anciennes «maisons négrières». Il précise dans la légende du dessin l’usage de cette maison où «les esclaves étaient parqués dans le bas-enclos, à l’obscurité, sous les pièces réservées à l’habitation des trafiquants. Le couloir central dessert, à droite et à gauche, une douzaine de longues et étroites cellules, dans lesquelles les malheureux étaient entassés et, bien souvent, enchaînés».

Michel ROCARD (1930-2016) a laissé, le 23 décembre 1981, dans le livre d’or de la Maison des esclavages, une inscription pathétique qui fait taire toutes les polémiques stériles et mesquines : «Il est difficile à un homme blanc, qui se veut honnête, de visiter la maison des esclaves, sans un vif soulèvement de malaise. Que notre lutte pour un avenir meilleur contribue à faire disparaître toute trace de cette longue et dure histoire».

L'emblème de la ville de Gorée c’est le phénix, un oiseau mythique qui a su renaître de ses cendres : revit Gorée, toujours. Le tourisme se porte bien à Gorée. Des personnalités de renom, comme Ousmane SOW et France GALL s’y installent. Le musée Dapper, à Paris dans le XVIème arrondissement, entretient avec l’île une coopération fructueuse.

Bibliographie sélective :

BOILAT (David, abbé), Esquisses sénégalaises, physionomie du pays, peuplade, moeurs, commerce, religion, passé et avenir, récits et légendes, Paris, P. Bertrand, 1853, 736 pages et Paris, Khartala, 1984, préface d’Abdoulaye Bara Diop, 499 pages, sur Gorée, Chapitre 1er, pages 1-40 ;

ANGRAND (Armand, Pierre), Les Lébous de la presqu'île du Cap-vert : essai sur leur histoire et leurs coutumes, 1946 et 1951, Dakar, E. Gensul, Paris, La Maison du livre, 142 pages ;

ANGRAND (Armand, Pierre), Manuel français Ouolof, avant-propos Théodore Monod, Paris, Dakar, Fernand Nathan, Maison du livre, 1952, 112 pages ;

ANGRAND (Jean-Luc), Céleste ou le temps des Signares, Sarcelles, éditions Anne Pépin, 2006, 288 pages ;

ANGRAND (Jean-Luc), «Petite note sur la fausse maison des esclaves de Gorée», du 22 février 2013 ;

BENOIST (Joseph-Roger, de) CAMARA (Abdoulaye), Histoire de Gorée, Paris, Maisonneuve et Larose, 2003, 155 pages ;

BINGER (Louis-Gustave), Considérations sur la priorité des découvertes maritimes sur la côte occidentale d’Afrique aux quatorzième et quinzième siècles, Paris, Imprimerie du Journal des débats, Bulletin du Comité de l’Action Française, 1900, 48 pages ;

BOCOUM (Hamady) et TOULIER (Bernard), «Fabrication du patrimoine : l’exemple de Gorée (Sénégal)» in Situ revue des patrimoines, 2013 (20) ;

BRAU, P. (Dr). «L’île du sortilège». Bull. Comité d’Études historiques et scientifiques de l’Afrique Occidentale Française, t. XI, n°4, oct.-déc. 1928, tiré à part, p. 63 ;

CARIOU (Pierre-André), Promenade à Gorée (Sénégal), manuscrit provisoire dactylographié, 1948, 288 pages ;

CAROL (Jacques) SALVAING (François), Le gouverneur et sa gouvernante, d’après une correspondance franco-sénégalaise, Toulouse, éditions Le Pas d’Oiseau, 2015, 260 pages ; cet article l’histoire d’amour entre Emile PINET-LADRADE et une sénégalaise, Marie ASSAR ;

DELCOUR (Jean), La turbulente histoire de Gorée, préface de Léopold Sédar Senghor, Dakar, Clairafrique, 1982, 102 pages ;

DRAME (Patrick), «La monumentalisation du passé colonial et esclavagiste : controverse et rejet de la Renaissance africaine», in Revue de la société historique du Canada, 2011 vol. 22 (2) pages 237-265 ;

DURAND (Jean-Baptiste, Léonard), Voyage au Sénégal, fait dans les années 1785 et 1786, Paris, Dente, vol. 359 pages, spéc sur Gorée, pages 63- 80 ;

GAFFIOT (Robert), Gorée : capitale déchue, Paris, Fournier, 1933, 271 pages ;

GANGE (Anne), Les Etats africains et leurs musées. La mise en scène de la Nation, Paris, L’Harmattan, collection géo et cultures, 1997, 230 pages ;

GOLBERRY (Silv. Meinrad, Xavier), Fragments d’un voyage en Afrique, Strasbourg, Treuttel et Würtz, 1802, tome 1, 512 pages, spéc. sur Gorée, pages 68-72 et vol. 2, 510 pages, spéc sur Gorée, pages 54-72 ;

FAURE (Claude), Histoire de la presqu’île du Cap-Vert et des origines de Dakar, Paris, Larose, 1914, 192 pages, spéc sur Gorée, pages 1-15 ;

HOMET (Jean-Marie), «Gorée, l'île aux esclaves», L'Histoire, avril 2001, n° 253, pages 84-89 ;

Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN), Gorée : guide de l’île et du musée, Dakar, IFAN, 1993, 67 pages ;

JEZEQUEL (Jean-Hervé), «Grammaire de la distinction coloniale, l’organisation des cadres d’enseignement en A.O.F (1903-1930», Genèses, 2007, 4 n°69, pages 4-25 ; cet article traite, largement, de l’école William Ponty, à Gorée ;

JORE (Léonce), «Etablissements français sur la côte occidentale d’Afrique de 1758 à 1809», Revue française d’Outre-mer, 1964, vol 51, n°184-185, pages 253-478 ;

KNIGHT-BAYLAC (Marie-Hélène), «La vie à Gorée de 1677 à 1789», in Revue française d’Outre-mer, 1970, vol 57 n°209, pages 377-420 ;

LABAT (Jean-Baptiste), Nouvelle relation de l’Afrique occidentale contenant une description exacte du Sénégal, Paris, Guillaume Cavelier, 1728, vol 4, spéc Gorée, pages 103-129 ;

LY (Abdoulaye), La Compagnie du Sénégal, Paris, Karthala, 1993, 379 pages, spéc pages 136-152 ;

MABANCKOU (Alain), «Joseph N’DIAYE, gardien de la mémoire», Blog d’Alain MABANCKOU, 8 mai 2006 ;

MASSON (Paul) «Une double énigmne : André Brue», Revue d’histoire des colonies, 1932, vol 20, n°85, pages 9-31 ;

Mémoires sur le Sénégal et l’île de Gorée, document manuscrit du 28 juillet 1894, non signé de 31 pages, BNF cote FR 12079 ;

N’DIAYE (Joseph), Il fut un jour Gorée. L’esclavage raconté à nos enfants, Paris, Michel Lafon, 2006, 96 pages ;

PASQUIER (Roger), «A propos de l’émancipation des esclaves au Sénégal en 1848», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1967, vol 54, n°194, pages 188-208 ;

PRIEZ (Marie-Aude), Gorée, mémoire du Sénégal, ASA, 2000, 128 pages ;

ROUX de (Emmanuel) «Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité», Le Monde, édition du 27 décembre 1996 ;

TANELLA BONI (S), Gorée : île baobab, Paris, Bruits des autres, 2004, 107 pages ;

THILMANS (Guy), Histoire militaire de Gorée, éditions du Musée historique du Sénégal, 2006, 256 pages ;

SAMB (Djibril), sous la direction de, «Gorée et l’esclavage. Actes du Séminaire sur Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités», (Gorée, 7-8 avril 1997), Dakar, IFANCAD, in Initiations et Études Africaines n° 38, 1997, «Discours d’ouverture», p. 11-17

UNESCO, Gorée, île de mémoire, 1985, 56 pages.

Albi, le 23 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«L’île de Gorée au Sénégal : sa merveilleuse, passionnante et tragique histoire», par M. Amadou Bal BA», - http://baamadou.over-blog.fr/
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