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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE) Bnf Gallica
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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 23:23

Une université, créée à Saint-Louis, dont SENGHOR avait posé la première pierre le 14 janvier 1975, et inaugurée en 1990 par le président Abdou DIOUF, porte le nom de Gaston BERGER. C’est l’ancien président du Conseil, Mamadou DIA, qui avait eu l’idée de créer cette université en compensation du transfert de la capitale à Dakar. Ce philosophe, industriel et administrateur, peu connu du grand public, réunissait pourtant en lui des qualités antinomiques : «l’action et la réflexion, les affaires et la philosophie, l’idéalisme et le pragmatisme, le mysticisme et la raison» dit Paul LOMBARD dans son dictionnaire des amoureux de Marseille. Homme d’action de très haute culture, curieux et humaniste, Gaston BERGER était attaché à construction d’un monde meilleur. Les études qu’il a menées attestent un intérêt vif pour tout ce qui touche à la connaissance de l’être humain. La riche expérience accumulée l’avait convaincu de l’urgente nécessité de solutions neuves aux problèmes humains de son temps. La réalité de demain dépend de nous : «Regarder un atome le change, regarder un homme le  transforme, regarder l’avenir le bouleverse» écrit-il dans «Phénoménologie du temps et de la prospective». Face à la crise philosophique et historique que traverse la première moitié du XXème siècle, Gaston BERGER envisage de restaurer la conduite de la raison humaine. Il éprouve la nécessité de redonner du sens aux choses et aux trajectoires humaines dans leur rapport au monde. En humaniste, Gaston BERGER a pour souci d’améliorer l’esprit humain, pour un monde meilleur. D’une part, son œuvre étudie les fondements de la connaissance dans la philosophie et dans la science. Gaston BERGER pense que la philosophie doit être à même de mettre en perspective les connaissances issues de la science et notamment de la science appliquée, dont le développement accroît la puissance entre les mains des hommes. D’autre part, son action administrative se concentre principalement sur l’amélioration de l’éducation dans l’enseignement supérieur et de façon complémentaire sur la culture.

 

Gaston BERGER est un métis né le 1er octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal, centre de l’élégance et du bon goût, ville également d’Aminata SOW FALL et d’Ousmane Socé DIOP, écrivains sénégalais. Il était, dès son enfance, placé sous le signe de la diversité, du multiculturalisme, de la coopération des races et de l'universalité de la culture. Son père, Etienne BERGER, né en 1866 à Gorée, était officier de tirailleurs sénégalais et vivait avec Emilie ROUSSEAU «Amélie, ma grand-mère paternelle (..), avait reporté tout son amour sur son fils unique et ses petits-enfants, ma sœur Claude et moi. Elle avait un côté sacrificiel. Sans métier ni ressources, elle dépendait de nous. Amélie était née à Nantes dans une famille de petits employés des postes, des Rousseau. Jeune, elle avait suivi ses parents en Indochine. (…). Je n’ai jamais compris comment elle était arrivée au Sénégal pour épouser un militaire mulâtre. Elle ne parlait pas de cet homme dont elle avait divorcé. Mais elle évoquait l’Afrique» écrit Maurice BEJART. Etienne BERGER était né lui-même d’un sous-officier qui avait épousé une femme sénégalaise, originaire de Gorée, Fatou DIAGNE. «Mon grand-père paternel, Etienne Michel Félix Berger, était un mulâtre. Il était né d’un militaire français et d’une Sénégalaise de culture portugaise, Fatou Diagne. Voilà l’origine de mon ascendance africaine. Quand mon père riait, quand il chantait, son côté africain était évident» écrit Maurice BEJART. Gaston BERGER «n’a jamais renié son héritage sénégalais, et c’est en venant à un pèlerinage aux sources, qu’il a révélé aux étudiants sénégalais médusés, qui étaient en grève : ma grand-mère Fatou DIAGNE était une négresse de Gorée. Il a fait plus : il nous a tracé le chemin, en nous rappelant, par sa vie et par son œuvre, que toute civilisation est un métissage biologique et culturelle» dit SENGHOR dans une interview à la Revue des Deux Mondes.

Inventeur de la prospective, il est aussi le père du célèbre danseur et chorégraphe marseillais, Maurice-Jean BERGER, alias Maurice BEJART (1927-2007). «Mon sang noir est de plus en plus important pour moi. Quand on vieillit on retombe en enfance» dit Maurice BEJART qui a crée un Mudra-Afrique à Dakar. BEJART témoigne de son ouverture au monde. Pour lui, la danse transcende les cultures et doit pouvoir réunir des gens d’origines diverses et des pays opposés. «Je suis né sept ans après le mariage de mes parents, en 1927. Avant de fonder une famille, mon père, Gaston Berger, voulait sortir de sa condition d’ouvrier. Jusque-là, il n’avait eu ni le temps, ni les moyens d’étudier. A 18 ans, en 1914, il s’était porté volontaire et avait fait la guerre. C’est donc à 25 ans qu’il a passé son bac. Puis, il a fait ses études de philosophie avant de fonder la Société de Philosophie du Sud-Est. Il était devenu philosophe, mais pendant toute mon enfance, il a travaillé dans une usine d’engrais, à deux pas de chez nous, rue Ferrari, à Marseille. Il allait vendre des engrais en campagne, dans sa camionnette» dit Maurice BEJART.

Etienne BERGER prit sa retraite à Perpignan. Le divorce de ses parents obligea le jeune Gaston à quitter le lycée au moment d’entrer en classe de première. C’est alors que sa mère et sa tante s’installèrent à Marseille, et que devant les nécessités de la vie, le jeune Gaston dut trouver un emploi dans une fabrique d’huile.

La première guerre mondiale arrive, Gaston s’engage le 1er octobre 1914. Il reste cinq sous l’armée et revient avec la Croix de guerre. Démobilisé, il reprend sa place dans l’entreprise où il avait débuté, laquelle est devenue une fabrique d’engrais. Son patron reconnaît ses mérites et admire le courage de ce jeune homme qui décide de ré-entreprendre seul, des études difficiles ; il lui laisse volontiers du temps pour son travail personnel ; un jour viendra où il lui proposera de devenir son associé dans l’affaire. Entre temps, Gaston se marie avec Germaine CAPPELLIERES, une marseillaise. Devenu père de famille, il accepte l’association. Mais son rêve est de devenir professeur de philosophie et décide de préparer deux baccalauréats. Le baccalauréat en poche à 23 ans, il s’inscrivit à la Faculté d’Aix pour approfondir son vif intérêt pour la philosophie. En 1924, il obtint successivement un certificat d’études supérieures en philosophie et une licence qui récompensait une étude sur le thème «Liberté individuelle et solidarité sociale». Il continua ses études de philosophie en soutenant un mémoire en 1925 sur la question de la contingence, «Les conditions de l’intelligibilité et le problème de la contingence», et valida parallèlement un diplôme d’études supérieures de physiologie à la Faculté des Sciences de Marseille. Tenté un moment par des études de médecine, il resta fidèle à la philosophie et créa l’année suivante la première Société d’études philosophiques à son domicile de la rue Ferrari à Marseille. Au cours des années 1930, Gaston BERGER étudia la philosophie auprès de maîtres idéalistes, René LE SENNE (1882-1954), Maurice BLONDEL (1861-1949), qui «parièrent» sur BERGER pour en faire leur continuateur. Puis auprès de Léon BRUNSCHVICG (1869-1944) qui fut le directeur de sa thèse soutenue le 23 mai 1941 à la Faculté des Lettres d’Aix, sous le titre «Recherches sur les conditions de la connaissance. Essai d’une théorétique pure». La thèse complémentaire, Le cogito dans la philosophie de Husserl, fut dirigée par Emile BREHIER (1876-1952), qui qualifia son auteur de la manière suivante : «La solidité du style, la fermeté et la cohérence de la pensée, la nouveauté de la méthode font de cette thèse une œuvre distinguée, qui classe son auteur parmi les penseurs de valeur».

Gaston BERGER est successivement chargé de cours en 1941, maître de conférences en 1945, professeur dès 1946 à la faculté des Lettres à Aix et Visiting professor à Buffalo, au Etats-Unis de 1948 à 1949. Alors qu’il était directeur général adjoint de l’Enseignement supérieur, Gaston BERGER mit en place l’Institut National des Sciences Appliquées (I.N.S.A.) qui porte maintenant son nom. Ce projet de formation répondait à une forte demande : la France manquait d’ingénieurs et avait besoin de techniciens pour reconstruire le pays. Il existe des INSA à Rennes, Strasbourg Toulouse et Rouen. Membre de l’Institut en 1955, il a été Directeur de l’Enseignement supérieur de 1953 à 1960.

I  – Gaston BERGER, un philosophe humaniste, inspiré par la clarté

Si l’on cherche à embrasser d’ensemble la carrière, l’œuvre, la personnalité de Gaston BERGER, on peut dire qu’avant tout il fut un humaniste. Eveilleur d’idées, organisateur, administrateur méthodique, il l’a été. Mais on doit préciser que cet industriel-philosophe fut autre chose qu’un technicien supérieur. A travers les questions d’organisation, d’administration, il voyait l’homme. Il pensait même que la plupart des difficultés qui surgissent dans la marche d’une affaire, dans la conduite d’une institution, sont des problèmes de relations humaines. Il excellait à les résoudre parce qu’il se préoccupait d’abord de saisir la psychologie des autres.

Philosophe, Gaston BERGER s’est attaché à méditer un seul mystère : celui de la clarté. Si l’angoisse des profonds est parfois supérieure, disait-il, à la trahison des clairs, la joie la plus pure est de comprendre et la question qui mérite le plus de fixer l’attention est : «Qu’est-ce que comprendre ?».

Gaston BERGER a introduit «la théorétique», conçue comme une science de la compréhension. L’objectif de cette philosophie était de fournir des «outils» susceptibles d’aider à la compréhension du monde. Dans sa démarche du connaître, Gaston BERGER avait deux maîtres pour cela : un maître allemand, Edmund HUSSERL, qui fut surtout un logicien de la perception ; un maître français, René DESCARTES, qu’il cite abondamment et pour qui il éprouvait une véritable ferveur. S’il pense souvent comme Edmund HUSSERL, il s’exprime à la manière cartésienne. Il n’accueille que des idées claires et distinctes. Et il a la chance, ou le mérite, de les traduire dans des formules simples, parfois chaleureuses, toujours nettes. Constamment, il donne une leçon de précision, d’ordre et d’élégance qui font de lui un maître à écrire autant qu’un maître à penser.

Gaston BERGER condamne la manière traditionnelle de poser le problème de la connaissance : c'est un problème sans signification puisque, pour pouvoir juger de la valeur, des limites et des conditions de la connaissance, il faut savoir ce qu'elle est. Mais s'il est impossible de l'analyser directement, on peut l'étudier indirectement grâce à la manière dont elle répond à l'appel de tout ce qui s'offre à elle. Or, la théorétique est une possibilité de la connaissance ; il convient donc de l'interroger en recourant à des symboles et à des relations intérieures au monde pour exprimer ce qui dépasse le monde.

Sa recherche philosophique est restée centrée sur les grandes réalités de la conscience. Ses thèmes préférés sont la valeur de la connaissance, la présence de l’être, l’appel de l’art et de la poésie, la situation du moi, l’engagement, le dialogue, l’amour, le temps, le courage. Mais la phénoménologie ne l’a pas détourné de la métaphysique. Ses convictions spiritualistes, son goût pour les études mystiques où il retrouvait une clarté supérieure, car à ses yeux le mysticisme n’était pas une expérience sans structure, sa fidélité au théisme chrétien où il voyait une exigence permanente de conversion, il les doit sans conteste à ce qu’il appelait l’Ecole d’Aix.

Comme philosophe, il a été le principal introducteur de la philosophie husserlienne en France ; il a secondé René Le SENNE dans l'approfondissement théorique et la mise en application pédagogique de la caractérologie de l'École hollandaise ; il a esquissé une phénoménologie de la mémoire, dans laquelle le devenir est une donnée concrète et le temps une notion construite, voire un mythe collectif, une illusion, qui permet aux hommes «de s'unir, d'espérer ensemble, de trembler ensemble, d'aimer ensemble, de travailler ensemble» dit-il. Gaston BERGER a joué un rôle décisif dans l’introduction intellectuelle, mais aussi matérielle et institutionnelle, de la phénoménologie d’Edmond HUSSERL (1859-1938) en France. «J’existe, c’est bien évident. Mais qui suis-je ? Je dirai que je suis un homme, et plus précisément cet homme-ci, engagé dans une situation unique ; ou du moins je suis cette intimité secrète et douce qui échappe au regard d’autrui et n’existe que pour soi... De ceux qui sourient des longues dissertations husserliennes sur l’ego, combien en est-il qui se sont distingués de leur vie intérieure ?» écrit Gaston BERGER dans son ouvrage «Les thèmes principaux de la phénoménologie».

En 1925, Gaston BERGER avait fondé la Société d’études philosophiques et la revue Etudes Philosophiques. Cette société savante lui permit alors d’entrer en contact avec un grand nombre de philosophes et d’organiser dès 1938 le premier congrès des Sociétés de philosophie de langue française. «Études philosophiques» est une revue d’abord publiée à Marseille, la revue fut initialement le Bulletin d’une société philosophique régionale, et maintenant diffusée par les Presses Universitaires de France. Il s’agissait de rendre compte des travaux locaux tout en assurant la communication des orientations et des résultats de la recherche au plan international. La revue s’est attachée à maintenir cette double vocation, ancrage dans la tradition philosophique et ouverture sur l’actualité de la philosophie en train de se faire. Elle est un lieu d’élaboration et d’échange de la recherche philosophique ; elle donne un état de la recherche française et internationale, en publiant des études d’histoire de la philosophique mais aussi bien des articles de percée rédigés par de jeunes chercheurs ou des philosophes de réputation internationale.

II – Gaston BERGER, l’inventeur de la prospective ou avoir un coup d’avance.

Si Gaston BERGER souhaitait comprendre le monde dans lequel il vivait, il voulait aussi pouvoir en connaître l’avenir. C’est pour cette raison, qu’il fonda en complément à la théorétique, le mouvement «Prospective». Gaston BERGER défendra formellement dès 1955 la naissance d’une science de «l’homme à venir», d’une «anthropologie prospective» qui serait chargée d'étudier les différentes situations dans lesquelles l’homme pourrait se trouver dans l’avenir. Le philosophe appelle ainsi à anticiper les circonstances qui existeront lorsque se développeront les actions préparées au moment de leur détermination, pour ne pas «manquer demain les buts que nous poursuivons, plus sûrement encore que nous n'avons manqué aujourd'hui ceux que nous nous proposions hier». Cette idée de prospective s’est construite à partir de deux mondes, celui de la pensée et celui de l’action, celui du «voir» et celui du «faire». La prospective s’est inspirée de nombreux engagements et de nombreux philosophes, parmi lesquels René Le SENNE, Léon BRUNSCHVICG, Edmund HUSSERL. Mais, elle est surtout étroitement associée à la pensée de Maurice BLONDEL, et plus particulièrement à sa philosophie de l’action. «Gaston Berger, c’était un métis franco-sénégalais. (…) C’est précisément sa situation de métis, la nécessité pour lui de faire la symbiose entre ses différents héritages qui l’a poussé à scruter l’avenir et à créer la science de la prospective» dit SENGHOR. Gaston BERGER est l’un des rares philosophes à s’intéresser à l’avenir. Comme tous les agents économiques, l'Etat a du mal à prévoir l’avenir. Gaston BERGER s'intéresse à la capacité des savants à faire comprendre leurs recherches et à celle des hommes à prévoir de façon rationnelle leur avenir et à utiliser cette prévision pour orienter leurs décisions, notamment économiques. Son projet sur la prospective, «épuré par la philosophie, et précisé dans l’action, habitait ce noble esprit, préoccupé du temps et épris de l’éternité» écrit François PERROUX.

Selon lui, l’avenir a été oublié par les philosophes.  Les décisions s’inspirent trop du passé, qui pourtant ne contient, ni ne préfigure l’avenir. L’idée de départ est la suivante : «L’avenir n’est pas ce qui vient après le présent, mais ce qui est différent de lui». En cela, Gaston BERGER s’éloigne de la prévision en en soulignant les limites, avertissement qui résonne étrangement bien à notre époque. La «prospective» ainsi pensée par Gaston BERGER était une science du «comprendre en avant», avoir un coup d’avance et plus exactement «une science de la compréhension de l’avenir pour participer à sa réalisation». Ce projet se concrétisa par la création du Centre international de Prospective et par des réflexions interdisciplinaires qui avaient comme objectif principal de prévoir les besoins de demain tant d’un point culturel et moral que philosophique ou matériel. La prospective demandait une «imagination créatrice». En conséquence, cet avenir doit être construit, d’où la célèbre citation de Gaston BERGER : «Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer». Gaston BERGER, qui comptait naturellement beaucoup sur l’enseignement pour inventer cet avenir aime à citer Paul VALERY qui écrit, à propos de l’enseignement : «Il s’agit de faire de vous des hommes prêts à affronter ce qui n’a jamais été». Pour lui, agir à long terme suppose "de comprendre l'avenir et non pas de l'imaginer".

Le 13 novembre 1960, Gaston BERGER a trouvé la mort dans un accident de voiture sur l’autoroute du Sud, à Longjumeau, à quelque 20 kilomètres de Paris. En 1949, avant de partir pour l’Amérique du Sud en avion, il avait écrit un testament remis Mme BERGER. On y retrouve son amour pour sa famille, son désir de l’harmonie entre ceux qui l’avaient entouré : «Je ne regretterai de la vie terrestre ni la puissance, qui est méprisable, ni les plaisirs, qui sont fragiles. Je ne puis m’empêcher de songer avec regret aux êtres. Il n’y a sur terre que deux choses précieuses : la Première, c’est l’amour. La seconde, bien loin derrière, c’est l’intelligence. Amour et intelligence ne se séparent d’ailleurs pas à qui en entend bien le sens. En dehors de cela, il n’y a rien».

Bibliographie

1 – Contributions de Gaston Berger

BERGER (Gaston), BEJART (Maurice) La mort subite, journal intime, Paris, Séguier, 1990, 240 pages ;

BERGER (Gaston), BOURBON BUSSET, de (Jacques), MASSE (Pierre), De la prospective : textes fondamentaux de la prospective française, 1955-1966, Paris, L’Harmattan,  2007, 209 pages ;

BERGER (Gaston), Caractère et personnalité, Paris, PUF, 1956, 111 pages ;

BERGER (Gaston), CHEVALIER (Jean-Jacques), DURAND (Charles) Le fédéralisme, Paris, P.U.F. 1956, 411 pages ;

BERGER (Gaston), DARCET (Jean), Prospective : rapport de l’Occident avec le reste du monde, avant-propos de Marcel Demonque,  Paris, P.U.F. 1959, 99 pages ;

BERGER (Gaston), Etapes de la prospective, préface Jean Darcet, Paris, P.U.F. 1967, 343 pages ; 

BERGER (Gaston), L’homme moderne et son éducation, préface de Edouard Morot-Sir, Paris, P.U.F. 1962, 368 pages ;

BERGER (Gaston), L’idée d’avenir et la pensée de Teilhard de Chardin, Paris, P.U.F. 1961, 131 pages ;

BERGER (Gaston), Le cogito dans la philosophie de Husserl, Paris, Aubier, éditions Montaigne, 1941, 156 pages ;

BERGER (Gaston), MOROT-SIR (Edouard) Phénoménologie du temps et prospective, Paris, P.U.F. 1964, 278 pages ;

BERGER (Gaston), OPPENHEIMER (Robert), LEVY (Maurice), Le progrès technique et scientifique et la condition de l’homme,  Paris, P.U.F. 1960, 135 pages ;

BERGER (Gaston), Phénoménologie du temps et prospective, préface Edouard Morot-Sir, Paris, PUF, 1964, 278 pages ;

BERGER (Gaston), Questionnaire caractérologique, Paris, P.U.F. 1973, 16 pages ;

BERGER (Gaston), Recherches sur les conditions de la connaissance ; essai d’une théorétique pure, Aix-en-Provence, Faculté des Lettres et Sciences humaines, 1941, 193 pages ;

BERGER (Gaston), Traité pratique et d’analyse du caractère, Paris, P.U.F. 1955, 251 pages.

2 – Critiques de Gaston Berger

BAYEN (Maurice), «Gaston Berger, 1896-1960», Revue de l’Enseignement supérieur, n°4, octobre-décembre 1960, pages 5-10 ;

BRAUDEL Fernand, «Gaston Berger 1896-1960», Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1961, 16ème année, n°1, pages 210-211 ;

BOISDEFFRE (Pierre), «Avec Léopold Sédar Senghor», La Nouvelle Revue des Deux Mondes, mars 1981, pages 513-529, spéc. page 524 ;

D’HOMBRES (Emmanuel), DURANCE (Philippe), GABELLIERI (Emmanuel), sous la direction de, Gaston Berger : humanisme et philosophie de l’action, Paris, L’Harmattan, collection prospective, 2012, 108 pages ;

DURANCE (Philippe), «Aux origines de la prospective : l’influence de Maurice Blondel sur la pensée initiale de Gaston Berger»,  novembre 2010, 14 pages ;

ESCUDIE (Marie-Pierre), Gaston Berger, les sciences humaines et les sciences de l’ingénieur. Un projet de réforme de la société, Thèse en science politique, sous la direction de Jacques Michel Faucheux, Université Lumière, Lyon II, 6 décembre 2013, 414 pages ;

GINISTI (Bernard), Conversion spirituelle et engagement prospectif pour une relecture de Gaston Berger, préface Georges Bastid, Paris, éditions Ouvrières, collection Points d’appui, 1966, 264 pages ;

GOUHIER (Henri), Notice sur la vie et les travaux de Gaston Berger (1896-1960), Paris, Firmin Didot, 1962, 29 pages ;

JAUVIN (Raymonde, soeur), Gaston Berger, philosophe et éducateur, Thèse de doctorat, Grenoble, Université des sciences sociales de Grenoble, 1971, 355 pages ;

LIVIO (Antonio), Béjart, Lausanne, Paris, 1970, réédition 2004, éditions L’âge d’homme, 280 pages ;

LOMBARD (Paul), Dictionnaire des amoureux de Marseille, Paris, EDI 18, 2013, 365 pages ;

MONSEU (Nicolas), «Gaston Berger, lecteur de Husserl, l’élégance française», Etudes philosophiques, 2002 (62) 2, pages 293-315 ;

SENGHOR (Léopold, Sédar), préface de, Hommage à Gaston Berger, Dakar, Université de Dakar, 1962, 51 pages ;

Hommage à Gaston Berger : colloque du 17 février 1962, Aix-Marseille, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, éditions Ophrys, 1964, 134 pages ;

MESNARD (Pierre), «Gaston Berger, 1896-1960» Cahiers de civilisations médiévales, 1960, n°3, vol 12, pages 430-432 ;

PERROUX (François), «Gaston Berger, 1896-1960», Revue du Tiers-Monde, 1960, t1, n°4, pages 397-398 ;

TOURNIER (Gilbert), Le coeur des hommes. Essai sur le monde actuel et la prospective de Gaston Berger, Paris, A. Fayard, 1965, 278 pages ;

VARET (Gilbert), La Philosophie française 1958-1961. Hommage à la mémoire de Gaston Berger, Paris, Jean Vrin, 1961, 290 pages ;

VIRIEUX-REYMOND (Antoinette), «Hommage à Gaston Berger», Revue de théologie et de philosophie, 1961, 1, pages 60-63 ;

WENIN (Christian), «In Memoriam, Gaston Berger», Revue Philosophique de Louvain, 1960, 58, n°60, 652-653.

Paris, le 9 août 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Gaston Berger (1896-1960), un Saint-Louisien, un philosophe franco-sénégalais humaniste et père de la prospective», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 23:27

Ce post a été publié dans le journal FERLOO, édition du 28 décembre 2015.

Né le 22 janvier 1891, à Ales en Sardaigne, Antonio GRAMSCI est l'un des penseurs marxistes les plus importants du XXème siècle, et ses écrits sont fortement préoccupés par l'analyse de la culture et le leadership politique. GRAMSCI est l'un des fondateurs du parti communiste italien, dont il sera Secrétaire général, intellectuel actif, journaliste et créateur du journal l’Unità. Le 8 novembre 1926, alors qu’il est député, GRAMSCI est arrêté par les fascistes et condamné en 1928 pour «conspiration contre les pouvoirs de l'État, provocation à la guerre civile, incitation à la haine de classe, apologie d'actes criminels et propagande subversive». Le procureur mussolinien terminera son réquisitoire par ces paroles : «Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner».

Pendant onze années de captivité, de la déportation à l'île d'Ustica jusqu'à la clinique de Formies, à Rome, où il meurt le 27 avril 1937 à quarante-six ans, GRAMSCI entretient une volumineuse correspondance, en particulier avec les membres de sa famille et notamment avec sa belle-sœur Tatiana, qui l'assiste jusqu'au bout. La première édition italienne (partielle) des Lettres de prison en 1947 constitue, de même que la parution des Cahiers de la prison (Quaderni del carcere) de 1948 à 1951, un des grands événements culturels de l'après-guerre et le point de départ de la redécouverte de Gramsci par l'intelligentsia italienne.

C’est durant cette longue incarcération que GRAMSCI élaborera sa pensée, devenant l’un des plus originaux théoriciens du marxisme. Ses «Cahiers de prison» constituent une réflexion profonde et visionnaire de l’histoire italienne, du marxisme, de l’éducation, de la société civile ou encore de l’hégémonie culturelle. En effet, concept de l’hégémonie culturelle traite de la relation entre la culture, le pouvoir et le capitalisme. Dans les faits, la grande masse adhère, non pas par coercition, mais «spontanément» à une orientation pour la vie sociale imposée par un groupe dominant. Selon GRAMSCI, la domination ne peut pas s’imposer simplement au moyen d’actions physiques ou menaçantes. La domination n’est possible que lorsque les classes subalternes consentent spontanément à une hégémonie culturelle qu’elles considèrent comme favorable et qu’elles acceptent comme relevant du bon sens.

En outre, la domination ne relève pas d’une classe particulière. Les autres groupes sociaux doivent être impliqués dans cette dynamique. En effet, la famille, l'école, l'Église, les partis, les professions, l'institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse constituent une forme de domination de classe. Elle se réalise au sein d'un mode de vie et de pensée, d'une forme de la culture et des rapports sociaux. Dans les plis et replis de l'existence quotidienne se fabriquent l'adhésion et le consentement qui assurent l'hégémonie. Pour GRAMSCI le pouvoir de l'État n'est donc pas la source de l'hégémonie mais son résultat. En cela, il ne fait que suivre l'histoire de l'Église catholique, modèle type de l'institution qui a multiplié au cours des siècles, les formes de domination.

I - L'exposé de la théorie de l'hégémonie culturelle de GRAMSCI

Un fil conducteur traverse ses « Cahiers de prison » : la culture est «organiquement» liée au pouvoir dominant. En effet, l'Etat est également composé d'appareils à dominante idéologique, la "société civile", comprenant les forces culturelles (l'Université, l'Eglise, les intellectuels et artistes, les media), par lesquels la classe sociale au pouvoir essaie d'obtenir l'adhésion, le consentement, le consensus. En marxiste orthodoxe, Gramsci ne peut concevoir l'Etre humain en dehors de l'action de transformation qu'il accomplit par le travail sur la nature. C'est la praxis (l'action dialectique de la théorie et de la pratique) qui permettra le contrôle du Pouvoir culturel, sans lequel il ne peut y avoir de consensus au sein de l'Etat. L'Etat est composé d'appareils à dominante répressive, la "société politique", c'est-à-dire l'Etat au sens étroit du terme - comprenant les forces de coercition physique (l'armée, la police, la justice) et des organes de formation du droit (la bureaucratie, le parlement, le gouvernement) - appareils par lesquels la classe sociale au pouvoir assure sa domination.

L'unité du tout est assurée par les théoriciens intellectuels qui sont chargés de diffuser la conception du monde de la classe dirigeante contre ceux qui entendent la contester. L'Etat ne se réduit donc pas, selon GRAMSCI, à son seul appareil politique. L'Etat "organise le consentement", c'est à dire qu'il dirige par le moyen d'une idéologie, implicite ou explicite, reposant sur des valeurs admises par la majorité des citoyens.

Il faut donc mener la bataille des idées pour soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante afin de conquérir le pouvoir. GRAMSCI explique en quoi la notion d'hégémonie est indispensable à tout processus de conquête du pouvoir. Dans sa pensée, les intellectuels jouent un rôle déterminant dans la constitution et le maintien de cette hégémonie. Schématiquement, le parti communiste serait à l'intellectuel marxiste, ce que l'Église est à l'intellectuel dit traditionnel catholique. Il montre déjà la dimension religieuse du parti, bien que le parti aspire à devenir l'État là où l'Église est déjà sinon l'État ou une instance semblable à l'État. C'est ainsi qu'il théorise la fonction de l'intellectuel organique et la notion de métapolitique. C'est-à-dire que la conquête du pouvoir politique passe d'abord par la conquête de l'hégémonie culturelle.

Constatant que les révolutions communistes promises par la théorie de Marx n’avaient pas eu lieu dans les sociétés industrielles de son époque, GRAMSCI formule une hypothèse. Si le pouvoir bourgeois tient, ce n’est pas uniquement par la main de fer par laquelle il tient le prolétariat, mais essentiellement grâce à son emprise sur les représentations culturelles de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle amenant même les dominés à adopter la vision du monde des dominants et à l’accepter comme «allant de soi». Alors qu'en Orient, écrit GRAMSCI, la "société politique" est totalitaire et donc réduit à peu de chose la "société civile" il n'en est pas de même en Occident. En Occident la "société civile" est une force dont les communistes doivent tenir compte pour prendre le pouvoir. C'est pourquoi, en Occident, écrit Gramsci avant la deuxième guerre mondiale, les communistes doivent s'emparer tout d'abord du pouvoir culturel, par le moyen des intellectuels.

Dans les sociétés occidentales, il est impossible de prendre le pouvoir politique sans contrôler d'abord le pouvoir culturel. C'est pourquoi il convient d'adapter les théories marxistes de révolution et de dictature du prolétariat doivent à la réalité sociale.

De même, la prise du pouvoir étatique à l'aide d'une insurrection politique est impossible dans les mêmes sociétés évoluées, s'il n'y a pas préalablement un long travail idéologique de préparation du terrain au sein de la société civile.

Pour GRAMSCI, l'avènement du socialisme ne passe ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par la subversion des esprits. Il faut donc contrôler la "culture" parce qu'elle est la clé des valeurs et des idées. En effet, dans nos sociétés, la société civile joue un rôle décisif par rapport au politique, et l'hégémonie idéologique et sociale l'emporte, souvent, sur la domination politique et sur la force.

Pour renverser la vapeur, toute conquête du pouvoir doit d’abord passer par un long travail idéologique, une lente préparation du terrain au sein de la société civile. Il faut, peu à peu, subvertir les esprits, installer les valeurs que l’on défend dans le domaine public afin de s’assurer d’une hégémonie culturelle avant et dans le but de prendre le pouvoir.

S'inspirant de Machiavel, GRAMSCI assigne dès lors une tâche déterminante aux "intellectuels" ; par un travail de termite, ils doivent saper les valeurs de la société traditionnelle et capitaliste. Ayant une fonction sociale et politique, ils doivent être ralliés ou détruits. Les intellectuels constituent-ils un groupe social autonome et indépendant, ou bien chaque groupe social a-t-il sa propre catégorie spécialisée d'intellectuels ?

Pour GRAMSCI «tous les hommes sont des intellectuels ; mais tous les hommes n'exercent pas dans la société la fonction d'intellectuelle». Pour lutter contre l’appareil idéologique de l’Etat, GRAMSCI assigne une tâche particulière à «l’intellectuel organique». Chaque homme, en dehors de sa profession, exerce une quelconque activité intellectuelle, il est un «philosophe», un artiste, un homme de goût, il participe à nue conception du monde, il a une ligne de conduite morale consciente, donc il contribue à soutenir ou à modifier une conception du monde, c'est-à-dire à faire naître de nouveaux modes de penser. Il assigne à l’intellectuel une mission particulière «développer de façon critique l'activité intellectuelle qui existe chez chacun à un certain degré de développement». En effet, la classe dominante, pour contrôler les masses agit parfois par des compromis (ex subventions, sécurité sociale) ; c’est un moyen dominant d’absorber ou de neutraliser les révoltes. Pour GRAMSCI, toute classe qui souhaite dominer doit aller au-delà de ses propres intérêts étroits, économiques-entreprises, à exercer un leadership intellectuel et moral, et à faire des alliances et des compromis avec une variété de forces. Le rôle de l'intellectuel organique face aux hégémonies concurrentes, est de dénoncer et de lutter ce genre de pratiques.

Cependant, l’intellectuel organique organisateur ne suffit pas pour l’ascension d’une classe considérée, seul l’intellectuel organique théoricien est capable de construire une hégémonie de classe sociale au sein de la société civile. La fonction hégémonique est définie comme le travail de mise en conformité du discours véhiculé par la société civile (c'est-à-dire la Cité hors du champ proprement politique) y compris à travers les intellectuels au sein de la société civile. Il est capable d’opérer une action générale sur la «société civile», ce type d’intellectuel intéresse plus particulièrement GRAMSCI parce que, étant inscrit dans une structure sociale fragilisée, il peut, par sa décision de basculer (ou pas) au service des classes contestataires. Il peut jouer un rôle décisif dans l’évolution de la structure sociale.

Pour que la fonction hégémonique soit assurée, il faut, d’abord, que la classe considérée possède une unité de représentation. Si elle n’est pas unifiée sous cet angle, elle ne peut promouvoir l’hégémonie de sa vision du monde. Pour GRAMSCI, le «Parti» est indispensable à la constitution du Prolétariat comme classe consciente d’elle-même.

II – L’actualité et la postérité de la théorie de l’hégémonie culturelle de GRAMSCI

On observe une tendance générale, dans les pays occidentaux à l’effondrement ou au recul des idées de gauche. En France, après les élections régionales de décembre 2015, la Droite et l’extrême-droite totalisent plus de 60% des voix.

En Afrique, on note une lente, mais très perceptible avancée des idées de démocratie et de liberté qu’il faudrait encourager.

A – La droitisation de la vie politique française

 

Au sortir de la guerre, les partis de gauche et notamment le parti communiste, avaient instauré une hégémonie culturelle qui a abouti à l’alternance du 10 mai 1981. François MITTERRAND dans sa stratégie d’union de a gauche a réussi à mettre fin à l’hégémonie culturelle des communistes qui sont entrés, depuis dans un déclin constant.

 

Progressivement, l’idéologie de gauche ne cesse de reculer pour faire place à une hégémonie culturelle des idées d’extrême-droite, dont l’influence politique dépasse, très largement ses succès électoraux. La conjonction de trois facteurs explique cette poussée de l’extrême-droite.

 

1 – Une lepénisation de la droite républicaine

 

M. SARKOZY a résolument placé son mandat présidentiel de 2007 à 2012, sous l’angle de l’idéologie de l’extrême-droite dont il avait neutralisé, momentanément, avec la complicité de l’odieux Patrick BUISSON, la poussée électorale. On se souvent encore du débat sur «l’identité nationale», son discours à Dakar prétendant que l’Homme noir ne serait pas entré dans l’histoire, ses invectives à la dalle d’Argenteuil et s’engageant, à propos de l’insécurité «à tout nettoyer au karcher» ou encore son concept d’une «France qui se lève tôt» insinuant que les autres ne seraient que des feignants qui ne vivraient des allocations familiales. La liste est longue des attentats contre la République d’un parti devenu républicain et qui n’a rien plus rien de républicain, dans ses dérives lepénisées.

 

Le concept de M. SARKOZY de Droite «décomplexée» ou «forte» indique qu’une partie de la Droite républicaine, et non des moindres, assume pleinement la droitisation de vie politique et donne encore une plus grande légitimité au Front National.

 

Maintenant redevenu patron des Républicains, M. SARKOZY refuse tout front républicain, même en cas de menace de victoire d’une liste d’extrême-droite. Pour lui, le FN et le PS ce serait la même chose. On connaît la bataille idéologique permanente de la Droite contre la «théorie du genre», les 35 heures, pour la réduction des charges, et la destruction du Code du travail. Au pouvoir, ils n’ont jamais appliqué leurs promesses. Mais sans nul doute la bataille pour la déchéance de la nationalité que la Droite a mené la plus grande offensive de lepénisation des esprits. Profitant d’une juste colère après divers et inacceptables attentats, ils veulent laver plus blanc que Le Pen. «Je préfère l’original à la photocopie», disait Jean-Marie LE PEN, en direction de cette Droite lepénisée.

2 – Un abandon d’une partie de la gauche de ses principes et valeurs

Le 10 mai 1981, avec François MITTERRAND qui nous manque beaucoup, nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les 4 Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.

En décalage avec son discours du 21 janvier 2012 au Bourget, François Hollande gouverne à droite et a fait considérablement reculer les idées de gauche. Certes, il a tenu bon, et en dépit d’une forte opposition des conservateurs au mariage pour tous, qui est maintenant entré dans les mœurs. En revanche, d’importantes digues sont sur le point de céder, au point de faire vaciller toutes les valeurs culturelles sur lesquelles la Gauche est fondée. Sa main a tremblée, pour mettre en œuvre le droit de vote des étrangers aux électorales, une mesure symbolique, un puissant marqueur de gauche. La déchéance de la nationalité, les menaces de remise en cause du statut de la fonction publique, le travail du dimanche, le démantèlement progressif du Code du travail, le manque de bienveillance aux «sans-dents», notamment ce qui concerne les faibles salaires, les retraités et les fonctionnaires, sont autant de signaux négatifs dans cette bataille pour l’hégémonie culturelle de la Gauche. J’ajouterai aussi la promotion de ministres qui souhaitent même rebaptiser le Parti socialiste ou sanctionner les chômeurs qui ne seraient tous que des fraudeurs, ajoute de la confusion à la confusion.

Bref, M. Hollande qui avait promis le changement maintenant, ne cesse reculer les échéances avec des projets, parfois intéressants, mais qui relèvent beaucoup plus du marketing politique que de la volonté d’agir. Ces reculades font pousser les ailes de l’extrême-droite.

3 – Une poussée inexorable de l’extrême-droite.

Même si le FN se brise contre le plafond de verre au 2ème tour des élections régionales, l'extrême-droite ne cesse de progresser. Ne représentant que 0,74% des voix en 1974, le F.N. a été au 2ème tour des présidentielles de 2002, remporté des mairies en 2014, gagné des conseillers départementaux et des élus au parlement européen. Aux régionales, le FN a triplé en voix en 10 ans (3,5 millions de voix en 2004, 6,8 millions en 2015). Il a fallu une coalition, entre la gauche et la droite de nombreux partis, pour battre cette organisation xénophobe. L'influence sur l'opinion publique du FN est encore plus grande que ses succès électoraux, par une sorte de lepénisation des esprits. La gauche alors que ce n'est pas dans ses fondamentaux n'a plus honte de brandir la déchéance de la nationalité. "Nous avons un devoir de lucidité", souligne à juste titre Alain JUPPE.

Ces régionales sont un signal fort. Le FN sera vraisemblablement au 2ème tour des présidentielles de 2017. Il faudra à Marine LE PEN de résoudre la question des alliances au 2ème tour ; ce qui n’est pas insurmontable avec une droite lepénisée et une gauche insipide qui a perdu ses valeurs. En effet, sous l’effet de la crise et de la lepénisation des esprits, les forces du Mal qui avancent masquées, ne cessent de progresser dans ce merveilleux pays des droits de l’Homme. Marine LE PEN, contrairement à son père qui était dans la contestation, envisage de conquérir le pouvoir, mais avec un discours plus rassurant. Elle a eu l’intelligence de ne plus attaquer la communauté juive et ne s’en prend qu’aux plus faibles, à savoir les Arabes et les Noirs. Ce qui me frappe le plus, c’est que certains Français n’ont plus honte de se réclamer ouvertement des idées abjectes de l’intolérance. Le Front National, devenu respectable, est le premier parti de France.

Le F.N. qui est hors de la République, car déniant le pluralisme ethnique et culturel, et animé d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêve d’une autre France qui n’a jamais existé, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée. Devenus invisibles, on est là, sans être là. Paradoxalement, c’est parce que l’intégration est en marche, et de façon irréversible, que les esprits mesquins sont saisis d’une peur irrationnelle. «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute» disait Alphonse de Lamartine (1790-1869).

Pour ma part, le F.N. est hors de la République et ceux qui votent pour cette organisation se trompent de colère. Hitler est venu au pouvoir par les élections et il s’est révélé être le plus grand ennemi du peuple allemand.

4 – Les enjeux pour l’hégémonie culturelle de la gauche,

Dans son grand entêtement et sa cécité et pour sauver le renouvellement de son mandat, François HOLLANDE pense que la poussée de l’extrême-droite pourrait desservir la droite et le faire réélire en 2017, au bénéfice du doute. Mais sa logique, purement répressive, pourrait se révéler particulièrement dangereuse pour la République : le FN est aux portes du pouvoir.

A côté des mesures de maintien de l’ordre qui sont nécessaires, il faudrait lutter, mais efficacement, contre les inégalités, éduquer et intégrer les Français issus de la diversité.

A mon sens, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. «Etre libre c’est participer au pouvoir», disait Cicéron. Dans notre grande largesse d’esprit, nous avons une capacité à pardonner tous les outrages subis. Mais cette patience infinie ne signifie nullement, une résignation aux injustices et un abandon de nos droits de citoyens de la République. Nous avons «un esprit ferme et un cœur tendre», en référence à un sermon de Martin Luther KING. Avant d’avoir le droit de vivre, chaque homme qui se respecte, doit être prêt à mourir pour les idées justes auxquelles il croit. Notre revendication légitime, mais non négociable est la suivante : la France républicaine, comme l’ont fait les Etats-Unis de Martin Luther KING, devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Quand j’entends, certains cris de haine, comme l’injonction de Mme Nadine MORANO, de l’UMP, «Si tu n’es pas content, rentre chez toi !», je suis consterné par les mollesses de la Gauche, et notamment, même quand un membre du gouvernement, comme Mme TAUBIRA, fait constamment l’objet d’un lynchage médiatique. On n’est plus au temps de l’esclavage où l’on nous pendait sous un arbre, en toute impunité. Nous aussi sommes la France.

Mettons de la couleur dans ce pays ! Nous en avons assez qu’on nous traite «d’immigrés», comme des citoyens de seconde zone, des indigènes de la République. Nous ne sommes plus dans les années 60, où les personnes venant du Tiers-monde étaient des immigrants, peu qualifiés, avec le mythe du retour au pays, et vivant en marge de la société française. La nouvelle génération éduquée, est enracinée, pour toujours, dans ce pays, revendique sa juste place. J’ai entendu les souffrances de ces jeunes français d’origine sénégalaise qui m’avait invité à la Défense en juin 2014. Tous issus de grandes écoles de commerce, bien formés et compétents me disent que leurs demandes d’emploi reviennent invariablement, avec la mention «ne correspond pas au profil recherché». Mais de quel profil parle t-on ?

Ces discriminations sont à la source de l’abstention, et même de l’indifférence des Français issus de l’immigration. «Un homme ne peut vivre véritablement sans être un citoyen et sans résister. L’indifférence, c'est l'aboulie, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire», souligne Antonio GRAMSCI.

B – L’avancée et la consolidation de la démocratie au Sénégal.

Après plusieurs siècles d’esclavage, de colonisation ou néo-colonisation, de régimes autoritaires, l’hégémonie culturelle pousse en faveur de la liberté de la démocratie.

Cependant, en termes d’hégémonie culturelle des enjeux majeurs restent encore à préciser.

1 – Le Sénégal, socle et modèle de démocratie en Afrique

Dans l’idéologie conservatrice, la démocratie et la liberté seraient un luxe (Jean-François BAYARD, par exemple) pour les pays sous-développés. Les Africains, «ces grands enfants» ont besoin d’être assimilés ou dirigés par des régimes forts.

Pourtant, après les 1ère et 2ème guerres mondiales, les Tirailleurs Sénégalais, notamment à la suite d’une révolte au camp de Thiaroye, ont exprimé une soif d’égalité, de liberté et de citoyenneté. La grève des cheminots, à Thiès, a été une parfaite illustration de ce mouvement en faveur de la liberté.

La conférence de Bandung des pays non-alignés, les divers mouvements culturels, notamment de la Négritude ou de la conférence à Paris organisée par Alioune DIOP avec les artistes et écrivains noirs, les organisations d’étudiants, ont contribué à une hégémonie culturelle en faveur de l’indépendance.

Dès l’indépendance, et jusque dans les années 90, divers coups d’Etat ont terni l’image de marque de l’Afrique. Il est curieux de constater que c’est la fin de la guerre froide, avec la chute du mur de Berlin, qui a favorisé l’émergence d’un grand mouvement en faveur du multipartisme en Afrique.

Les Sénégalais qui votent depuis la fin du XIXème n’avaient pas cependant connu d’alternance jusqu’en 2000. La deuxième alternance pacifique en 2012 a été un puissant catalyseur en faveur de la viabilité de la démocratie dans les pays du Tiers-monde. Auparavant, le retour sur la scène politique de Nelson MANDELA a considérablement a fait évoluer les mentalités. Diverses alternances pacifiques se sont succèdent, notamment au Nigéria, en Côte-d’Ivoire et en Guinée. Les élections du 30 décembre 2015 en Républicaine centrafricaine, avec une participation massive, ont marqué un profond besoin de changement.

Non seulement les coups d’Etat militaires ont presque disparu et le caractère civil des régimes consolidé, mais en plus l’opinion rejette fondamentalement toute forme de monarchisation du pouvoir (succession par un fils ou un parent ou président à vie). Au Burkina-Faso, Blaise COMPAORE qui voulait se maintenir, abusivement au pouvoir, a été chassé par la population.

C’est dans ce contexte que le président Macky SALL a pris diverses initiatives visant à consolider la démocratie sénégalaise, et de nature à favoriser une hégémonie culturelle de l’Etat de droit en Afrique :

• la restauration du quinquennat pour le mandat présidentiel, y compris la question de l’applicabilité immédiate de la réduction à cinq ans du mandat de sept ans en cours ;

• le renforcement des droits de l’opposition et de son Chef ;

• la représentation des Sénégalais de l’extérieur par des députés à eux dédiés ;

• l’élargissement des pouvoirs de l’Assemblée nationale en matière de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques.

Au Sénégal, c’est pour l’instant Macky SALL qui a réussi à neutraliser l’influence de l’hégémonie culturelle du Parti socialiste, englué dans un débat de leadership.

2 – Les défis du futur

En termes d’hégémonie culturelle l’Afrique devrait articuler son discours autour, notamment des enjeux suivants :

L’Afrique n’est pas un continent pauvre, mais mal géré. C’est davantage un commercial international inéquitable, des régimes encore confrontés à une mal gouvernance.

Dans ses enjeux du futur, la qualité de la population me paraît être le plus décisif. Nous avons, en Afrique, consacré des sommes importantes à l’éducation dont le système se déstructure par des grèves incessantes, une fuite des cerveaux et un recul de la recherche.

Bien des Etats sont riches, comme le Congo, ou le Nigéria, mais ils sont minés par des conflits internes graves. La laïcité, en tant que socle du bien-vivre ensemble, devrait être valorisée. Certains pouvoirs religieux sont devenus des parasites nuisibles à la société.

Les acteurs et les citoyens devraient restaurer les valeurs morales et éthiques, contre les détournements de deniers publics, le népotisme, la corruption et les présidents rééligibles à vie.

Les Africains devraient défendre leur patrimoine culturel. L’Afrique, par ses civilisations ancestrales, restera toujours le berceau de l’humanité. L’ouverture aux autres ne signifie nullement le reniement de soi, mais il faut rester vigilant pour un modèle de consommation adapté au développement.

Bibliographie très sélective

1 – Ouvrages de GRAMSCI

GRAMSCI (Antonio), Cahiers de prison, Paris, Gallimard, bibliothèque de philosophie, tome I, cahiers 1-5, traduction de l’italien par Françoise Bouillot, avant-propos et notes Guy Paris, 1996, 720 pages ; tome 2, cahiers 6-9, traduction de Monique Aymard et Paolo Fulchignoni, avant-propos Robert de Paris, 1983, Gallimard, 720 pages ; tome 3, cahiers 10-13, traduction Paolo Fulchignoni, avant-propos Robert de Paris, 1978, Gallimard, 552 pages ; tome 4, 14-18, traduction de Françoise Bouillot et Gérard Granel, avant-propos Guy Paris, 1990,432 pages ; tome 5, cahiers 19-29, traduction Pierre Laroche et Claude Perrus, édition Guy Paris, Paris, Gallimard, 1992, 588 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Lettres de prison, traduction Hélène Albani, Christian Depuyper et Georges Saro, Paris, Gallimard, Collection témoins, 1971, 624 pages ;

GRAMSCI (Antonio), Ecrits politiques, traduction Robert Marie-Gracieuse Martin-Gistucci, Gilbert Roger, Robert Paris et Armando Tassi, édition de Guy Paris, Paris, Gallimard, collection bibliothèque de philosophie, 1974, 472 pages ; tome 2, 1921-1922, 1972, 384 pages et tome 3, 1923-1926, Paris, Gallimard, 1980, 448 pages ;

2 – Critiques sur GRAMSCI

PIOTTE (Jean-Marc), À propos de La pensée politique de Gramsci, Paris, Editions Lux, 2010, 284 pages.

ALTHUSSER (Louis), Idéologie et appareils idéologiques d’Etat : notes pour une recherche, Paris, Centre de reprographie de l’université Paris-Nord, 1975, 38 pages.

Paris le 1er janvier 2016, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Antonio GRAMSCI et son concept d'hégémonie culturelle.

Antonio GRAMSCI et son concept d'hégémonie culturelle.

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Published by Le blog de BA Amadou - dans Philosophie
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