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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE) Bnf Gallica
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  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA
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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 21:49

Portrait :  M. Amadou Bal BA, "un parisien de Danthiady"  - Cet article a été publié dans le journal www.FERLOO.com du jeudi, 26 mai 2011 rubrique société.

 

De Danthiady au Quartier Latin de Paris, en passant par la Corrèze, les provinces chinoises du Xinjiang et du Shandong Portrait : Amadou Bal Bâ ou l’histoire d'un «Foutanké» de Paris 19ème racontée par lui-même.

 

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Mes origines

 

Torodo, de tradition orale, de culture paysanne, nomade, peule, musulmane et occidentale, il revendique fortement son attachement aux valeurs de la famille, de la démocratie et de la République ; c’est-à-dire aux principes d’égalité, de fraternité et de justice. Né à Danthiady, au Fouta Toro, dans la région de Matam, dans le nord du Sénégal, à 20 km de la frontière mauritanienne, sur la route de Linguère, dans le Nguénar, aux portes du Ferlo, il est d’origine Peule ou haal pularèn, marié et père de deux enfants. «Mes parents n’ont jamais été à l’école ; ils ne savent pas ma date exacte de naissance. Cependant, ma mère m’a donné des indications : je suis venu au monde au printemps, l’année qui suit l’arrivée de la semoule de farine au village, un samedi matin, à la maison, dans le «Taroddé» (sorte de toilettes) à l’heure où le berger doit conduire le troupeau de chèvres et de moutons aux pâturages», rappelle-t-il non sans fierté. 

 

Mes origines ethniques, ainsi que celles de mon patronyme ont retenu l’attention des chercheurs et des conteurs. Un historien sénégalais, Cheikh Anta Diop avance, dans son ouvrage «Nations Nègres et Culture» (1954)», la thèse généralement admise que les Peuhls descendraient des Égyptiens. Les Peuhls connurent une grande période d’extension entre le XVème et le XVIème siècles et se convertirent à l’Islam au XVIIIème siècle. Leur organisation sociale a pour traits dominants : la filiation patrilinéaire et l’endogamie. Fortement hiérarchisée, la société peuhle est négalitaire, aristocratique et fondée sur des castes.

 

Sur mon patronyme on raconte que les «BAL» viendraient des «BA». La légende veut qu’un Roi du Fouta, à qui un sorcier avait prédit qu’un garçon BA, qui naîtra dans l’année en cours, allait le détrôner, s’est mis à assassiner tous les garçons du village. Avant de partir en voyage, un homme avisé confia sa femme enceinte à son voisin ; à la naissance du garçon, lorsque les sbires du Roi se présentèrent pour l’étouffer, il répondit fort intelligemment : «ce n’est pas un BA, mais un BAL». Ainsi naquit, un nouveau patronyme, celui des «BAL». Quant aux deux patronymes accolés (Bal et BA) que je porte, l’histoire est moins mythologique ; c’est une erreur administrative non rectifiée. L’Etat civil au Sénégal est essentiellement fondé sur des jugements supplétifs, donc sur des témoignages. A la veille du passage du certificat d’études primaires, il fallait avoir un extrait de naissance pour le dossier. Un oncle, Demba Doro N’DIAYE, (Ndlr : Notable du village de Danthiady et ancien Président de la Communauté rurale de Ogo) est allé à Ouro-Sogui, alors chef lieu d’arrondissement, me chercher ce sésame ; Quand l’officier d’Etat Civil lui a demandé l’orthographe de mon patronyme, faisant référence à l’histoire que je viens de relater, il lui a répondu «BA» ou «BAL» c’est la même chose. Ainsi, je me retrouvais, comme dans les temps anciens, avec mon patronyme d’origine «BA», mais le nom «BAL» est devenu mon deuxième prénom.

 

Je n’en ai pas la preuve généalogique, il semblerait que nous descendrions de Thierno Souleymane BAL (décès en 1775) celui qui a renversé le Satigui, roi animiste de la dynastie des peuhls, pour établir un Etat théocratique au Fouta–Toro fondé sur un idéal de justice, et cela bien avant la révolution américaine. Cette révolution des «Torodos» (les nobles) a encore des fortes résonnances au Fouta-Toro. Mon oncle, Badara, comme son fils aîné, Khaly (Mohamed El Ghaly Bal), sont allés apprendre l’enseignement coranique en Mauritanie. Moi-même, comme les enfants de notre maison, nous avons été le soir, et très tôt le matin, sous la férule de ce maître, parfois sévère, mais équitable. De grande religiosité des Foutanké, je puis, sans conteste, que je crois aux forces de l'esprit.

 

Contrairement à une idée reçue, ces origines nobles des Torodo ne confèrent aucune une position privilégiée dans la société Hal Pulaar. En fait, ce statut ne procure que des obligations, notamment à l’égard des griots qui vivent aux dépens des Torodos. Les griots n’hésitent d’user de la calomnie ou des injures à l’encontre des nobles qui refuseraient de les couvrir de cadeaux. «La différence entre un chien et un élève (lettré) réside seulement dans la taille», m’avait, un jour, asséné un soit-disant griot qui ne savait pas chanter, et qui ne connaissait pas ma généalogie, et à qui j’avais refusé de donner de l’argent.

Certaines traditions issues de cette caste de Torodos sont encore vivaces. En dépit du principe d’égalité, les nobles ne se marient qu’entre eux, et sont très conservateurs ; ils considèrent le sens de l’honneur et de la fierté comme étant des vertus cardinales. Les Anciens, dont El Hadji Moussa AW de Pikine (Paix à son âme), m’ont raconté que j’avais des origines, non seulement sénégalaises, mais aussi maliennes et mauritaniennes. En effet, une bonne partie des peulhs, qu’on appelle les Hal Pulaarèn avaient suivi, au milieu du XIXème siècle, El Hadji Omar TALL au Mali dans sa guerre sainte, pour la poursuite de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest.

 

En février 1864 la suite de la défaite d’El Hadji Omar TALL, à Bandiagara au Mali, son fils, Ahmadou Séckou reprit le flambeau, mais le Lieutnant-colonel Louis Archinard a conquis le Nioro, le 1er janvier 1891 ; ce qui obligea, une bonne partie, des Foutanké, qui avaient suivi El Hadji vers 1850 au Mali (Fergoo), à retourner au Sénégal. Ainsi, mon arrière grand-mère Khady BA, je me situe au niveau de la 6ème génération de cet ancêtre, s’est enfui du Mali, en passant par la Mauritanie où elle séjourna pendant plusieurs années. C’est en Mauritanie qu’est né mon grand-père paternel Bocar BAL ; il est originaire de Bababé. A cette époque, l’insécurité étant grande, les Noirs étant souvent réduits à l’esclavage, ma grande-mère Khady BA dut s’enfuir, à nouveau, pour venir s’installer au Sénégal, à Pouléma, à 5 km à l’Ouest de l’emplacement de l’actuel village de Danthiady.

 

Mes ancêtres vécurent pendant 7 ans à Pouléma ; mais ils étaient étonnés de constater que pendant cette période, il n’y avait eu ni maladie, ni décès dans ce village. En bons musulmans superstitieux et éleveurs de bovins et de caprins, ils étaient à la recherche active d’un point d’eau quand, un jour, un berger a constaté, à l’Est de l’emplacement actuel de Danthiady, que des phacochères pouvaient, rien qu’avec leurs défenses, faire jaillir de l’eau et s’abreuver facilement.  C’est ainsi que mes ancêtres se déplacèrent rapidement pour venir créer un nouveau village : "Danthiady", mon lieu de naissance. Pour certains de nos Anciens, «Danthiady» pourrait venir d’une déformation du peuhl : «Danthiago» (Village retrouvé ou sauvé), c’est-à-dire le lieu où on a retrouvé de l’eau. C’est donc un village récent qui  a été fondé par Thierno Demba SALL, vers 1900.

 

Mon arrière grand-mère Khady BA s’est remariée à un N’DIAYE pour élargir les bases familiales. Les N'DIAYE pourraient descendre de N'Diadiane N'DIAYE, qui était en fait un métis, fils d'un Berbère, Boubacar Ben Amar et d'une Peulhe, Fatoumata, qui seraient rendus au Fouta-Toro, après l'éclatement de l'empire du Ghana. Les Peulhs sont éternellement pourchassés, comme le Juifs.

Mon père et ma mère sont cousins germains. C’est une tradition séculaire l'endogamie : on doit se marier au sein du groupe ; les liens familiaux sont inextricables et engendrent parfois des problèmes de consanguinité. Quand un de mes oncles a voulu se marier à Dakar, avec une Lébou, mon père s’y est fermement opposé. Mes deux frères, Samba et Adama et ma soeur, Haby, se sont mariés à des cousins. Il faut dire que vivant en France, j’ai rompu plus facilement cette tradition millénaire ; j’ai navigué entre la Corrèze en France, la province du Xinjiang et celle du Shandong en Chine. Pour cet acte de rébellion, et étant l’aîné de la famille, mon père a refusé de me parler pendant une dizaine d’années. En fait, je ne suis pas tout à fait l’aîné, j’ai eu une grande soeur, Fatimata, qui est née «l’année de la semoule» et qui est décédée une semaine après. Ma mère a eu deux autres filles qui sont mortes jeunes : Salimata, à la suite d’une coqueluche, Awa la soeur jumelle d’Adama, en raison des problèmes de consanguinité, était handicapée mentale. On estime chez les Peulhs que quelqu’un qui a fixé sa résidence hors du village, ou s’est marié hors du clan, est considéré comme un «loutoudo», c’est-à-dire qu'i est perdu pour la communauté. Il est vrai que l’unité du groupe et la solidarité familiale sont essentiellement renforcées par les liens du mariage. On raconte encore quand il se sût condamné par la maladie, mon grand-père paternel, Bocar BAL a réuni toute la famille, et a fait une forte recommandation sur la nécessité de maintenir, en toutes circonstances, la solidarité du groupe.

 

Mon «Royaume d’enfance» 

 

On a tous tendance à sublimer cette période de l’enfance ; je garde un souvenir impérissable du «Royaume d’Enfance» en référence à une expression de Léopold Sédar Senghor. Le poète-président a parfaitement résumé la situation : «l’enfance c’est un état d’innocence et de bonheur». Pour tout être, poursuit-il, «l’enfance est un paradis perdu qu’il semble à jamais impossible de retrouver». Il en conclut «de longs troupeaux coulaient ruisseaux de lait dans la vallée. Honneur au Fouta rédimé».

 Mon père, ce héros du quotidien,

Mon père, Harouna Bocar BAL, comme la plupart des Peuhls originaires du Fouta – Toro, contrée particulièrement défavorisée, sont «nés avec une valise sur la tête» ; ils sont condamnés à l’immigration. Aussi, mon père a quitté très tôt le village, à l’âge de 13 ans, pour aller à Dakar, la capitale du Sénégal, devenir d’abord cireur, puis garçon de café et enfin cuisinier. Son dernier emploi, avant la retraite, a été cuisinier dans une compagnie maritime bordelaise. C’est un curieux destin, au Fouta-Toro musulman, on ne boit pas l’alcool et les hommes ne font pas les travaux ménagers, mais la quasi-totalité des premiers immigrants ont été des serveurs dans les bars ou des cuisiniers.

 

 

«Montrez-moi un héros, et je vous écrirai une tragédie», disait Francis SCOTT FITZGERALD. Mon père n’est pas ce héros tragique que décrit ce romancier américain. Mais il s’en rapproche terriblement, parce qu’il est l’incarnation de cette génération perdue qui a tout sacrifié pour le bonheur de sa famille. Mon père est un homme ordinaire, mais il est également le symbole de ces centaines milliers de Foutankais, un héros du quotidien. Je pense à ceux, en dépit de toutes les difficultés qui nous assaillent (colonialisme, esclavage, calamités naturelles, régimes oppressifs, etc.) ont choisi de vivre debout, en prenant le chemin de l'exil, parfois au péril de vie. Je pense, en particulier, à ces nombreux immigrants anonymes qui prennent des barques d'infortune et qui sont rongés par des poissons au fond de la mer.

En somme, particulièrement discret, en permanence disponible et dévoué pour nous, mon père c'est l'incarnation de ce héros du quotidien, qui a donné de sa vie, de sa jeunesse, du meilleur de lui-même pour que sa famille échappe au désastre, au déshonneur et aux privations.

Mon père est né et mort à son village natal, entouré des siens. Mais de Danthiady à Danthiady quel chemin tortueux et difficile, mon père a parcouru !

J’ai retenu de lui moult qualités : la probité, l’intégrité, la dignité, surtout une grande bienveillance et une tolérance à toute épreuve. Mon père est, avant tout, un infatigable travailleur. Il m’a raconté que, dès que l’âge de 7 ans, il accompagnait déjà mon grand-père aux champs. La disparition soudaine de celui-ci, laissant ses 7 enfants orphelins, a donné à mon père, subitement, des responsabilités nouvelles. A l’âge de 13 ans, il a dû marcher, à l’époque, plus d’une semaine pour rejoindre Dakar afin de devenir cireur, puis «boy» et cuisinier chez des Européens. Son dernier emploi, entre 1969 et 1986, a été celui de cuisinier dans un bateau appartenant à une compagnie bordelaise. Je me souviens que quand son bateau, en réparation pendant plus de 6 mois, à Bordeaux, je suis allé le voir avec ma précédente compagne, Isabelle, une Corrézienne. La ville de Bordeaux, dirigée à l’époque par Jacques CHABAN-DELMAS, maire de 1947 à 1995, était encore recouverte de murs gris. Au port, un supporter m’ayant confondu avec Jean Amadou TIGANA, j’ai dû signer un autographe pour ne pas le décevoir. Les retrouvailles ont été fort chaleureuses. Il est vrai que mon père, tout en restant proche de sa famille, est resté un grand inconnu pour moi. Nous avons vécu peu de temps ensemble. Lui a été un immigrant, et moi je suis exilé sur un autre continent.

J’ai appris de mon père le goût et le sens de l’effort, l’amour du travail bienfait et de la musique, ainsi qu'une initiation  à la politique. Même si mon père n’a jamais été l’école, il a appris des rudiments de la langue française et de l’anglais. Il aimait, à son retour de congé, chaque matin, écouter les informations à la radio, et les discussions allaient bon train entre nous deux.

Ensuite mon père est fondamentalement attaché aux valeurs traditionnelles. Il a été le pilier principal et la cohésion de la famille. Son appel constant, pour des valeurs morales rénovées, m’a profondément touché. «Torodo», de la caste des nobles chez les Peuls, mon père n’accorde pas trop d’honneurs à la naissance ou à la fortune. Pour lui, la vraie noblesse, c’est celle de l’esprit ; c’est une façon d’être. Un homme, pour être homme, doit incarner l’espoir et l’espérance de sa communauté, non pas pour sa promotion personnelle et son égo, mais réaliser un idéal commun, celui de la survie et du bien-être de son clan.

C’est pour cela, polygame, comme mon grand-père, mon père est resté un défenseur farouche de l’endogamie, socle de la solidarité indéfectible. Ma mère était une cousine de mon père. Ainsi se perpétuait de génération en génération le renforcement de notre groupe. Dans nos coutumes, l’exogamie est considérée comme une grave défiance aux valeurs traditionnelles, une tentative de rompre les liens ancestraux de solidarité, bref une cassure et une perte pour le groupe. Comment exposer à son père qu’on l’apprécie et le chérit pour toutes les qualités que j’ai recensées, mais qu’il y a des sphères, comme le mariage, qui relèvent de l’espace privé où le groupe social ne peut que recommander, et non décider à la place de l’individu. Le malentendu a duré plus de 10 ans. Mais le jour où les fils du dialogue se sont renoués, aucune autre brouille ne nous a plus écarté l’un de l’autre. J'ai senti la compréhension qui soulage et délivre de la culpabilité.

Enfin, mon père tout étant traditionnaliste, probablement en raison de son long contact avec d’autres cultures, reste fondamentalement ouvert d’esprit. J’ai toujours apprécié, les rares occasions où nous avions des discussions, la qualité et la hauteur de ses points de vue.

En octobre 2012, après ma visite au village et lors du départ, j’ai été fortement secoué et ému de cette séparation que je présentais comme un adieu, et non comme un au revoir. Depuis 2010 mon père, en raison de sa maladie, parlait peu, mais il a conservé cette extraordinaire dignité et fierté, en dépit de ces outrages du temps.

Mon père étant souvent en voyage, j’ai été élevé par ma mère, mes grands-parents et mes oncles. De ma mère, Diyenaba N’DIAYE dite Peindel, je crois avoir appris une certaine tolérance, un goût de la liberté ; elle me laissait faire ce qui me plaisait ; cependant, elle ne tolérait pas que je vienne en retard à l’heure du repas, et même elle me corrigeait sévèrement pour mes vagabondages. On dirait que ma mère avait pressenti qu’il y avait quelque chose en moi qui avait échappé à son contrôle. De ma mère, j’ai appris à aimer le cinéma. Quand j’avais six ans, je me souviens encore de ce bel été que nous avions passé à Kaolack, à 200 km de Dakar. Chaque soir, on allait voir un film de Bollywood ou un Western. C’est aussi l’un des rares moments, et pendant cinq mois, que j’ai pu profiter de la présence de mon père qui est resté, presque un étranger pour moi, en raison de son absence constante due à l’immigration.

Enfant, j’avais toujours cru que mes parents sont indestructibles, qu’ils sont les plus forts et qu’ils représentaient l’éternité. On a du mal à réaliser de se séparer, un jour, des êtres que l’on affectionne tant. Quand ça arrive on pleure un bon coup. Mais c’est en nos cœurs que vivent ceux que nous avons perdus.

 

Ma grand-mère paternelle, Hapsa SALL, veuve de longue date, était la fille du chef de village, Elimane Abou SALL. Elle m’a souvent raconté le soir, au coin du feu, et avant que je m’endorme, l’autorité et le prestige dont bénéficiait son père au sein des villageois. En effet, Danthiady a été fondé par Thierno Demba SALL, dont la famille, reste encore fortement associée à la mienne par les liens du mariage. Ma grand-mère a souvent évoqué la période d’insouciance avant les années 50 au village. De son témoignage, je retiendrai que les hommes, avant la circoncision, étaient nus ; les principales activités, le jour, étaient la culture du mil ou de l’arachide, la chasse, et le soir, les femmes s’occupaient du tissage, car les villageois devaient confectionner leurs propres vêtements, fabriquer leur savon. En dépit des fortes pluies de l’époque, j’ai été étonné d’apprendre qu’il y avait souvent la famine entre juin et septembre. Ce phénomène s’expliquait, en partie, par les impôts coloniaux ou divers prélèvements, parfois arbitraires de l’Etat colonial. Les villageois avaient également tendance à consommer, sans modération, leurs récoltes, de telle sorte que pendant la saison des cultures, ils n’avaient plus rien dans les greniers ; ils étaient réduits, en fin de compte, à manger du «paggiri», une plante qui pousse en été. Pendant cette période de soudure, certaines personnes étaient atteintes, notamment la nuit, d’une cécité provisoire que l’on appelle le «bompiloo». Le retour du mil vers octobre créait, parfois, des réactions allergiques chez certaines personnes qui enflaient. Ma grand-mère Hapsa était heureuse d’avoir eu sept enfants (3 filles et 4 fils) qui ont tous vaincu la mortalité infantile, très forte en ces temps-là.

 

Mon grand-père paternel, Bocar BAL, que je n’ai pas connu, était un chasseur, apparemment plein d’esprit, facétieux et généreux.

 

Ma grand-mère maternelle, Faty Banel DIALLO était originaire d’un village voisin, M'Bomboyabé, situé à 5 km au Nord de Danthiady, sur la route d'Ouro-Sogui, à côté de Thiancone. L’écrivain, Amadou Hampaté BA avait raison de dire : «en Afrique, un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle». Ma grand-mère Faty Banel était fière de rappeler, que même si son village était devenu insignifiant, elle descendait de Hamady Mody Maka, un roi prestigieux. Son ancêtre avait conquis les villages environnants avant d’être, lui –même, vaincu par d’autres forces coalisées. J’ai été, pendant longtemps, dubitatif sur cette version, jusqu’à ce, qu’un jour, un griot de sa famille vint au village, et a relaté, depuis des générations, l’histoire et la généalogie de la famille de ma grand-mère ; je fus alors submergé par une forte émotion, et des larmes coulèrent de mes joues. Cheikh Moussa Camara de Ganguel, spécialiste de la généalogie des grandes familles du Fouta-Toro, mentionne le nom de M'Bomoyabé, dans son ouvrage "Florilège au jardin de l'histoire des Noirs". Ma grand-mère, qui était noble, avait des esclaves. En dépit du fait que ces personnes aient été affranchies, chaque matin, venaient rendre hommage à ma grand-mère avec une jarre d'eau. Ce sont maintenant des liens de parenté qui m'unissent aux descendants de ces anciens esclaves, dont une bonne partie réside maintenant en Haute-Normandie. En effet, en Afrique la parenté, ce ne sont pas seulement que des liens du sang ; l'aspect affectif occupe une grande place dans nos organisations traditionnelles.

 

Mon grand–père paternel, Harouna Samba Dieynaba Khady N’DIAYE, seul ancien combattant de la seconde guerre mondiale du village, était un cultivateur et un éleveur de vaches. J’ai été frappé de constater qu’il accueillait souvent dans sa maison, une bonne partie des étrangers que les nobles considéraient comme étant des marginaux : les Maures de l’ancien village de Pouléma, les Forgerons de Bélinaïdé, à 7 km au Sud de Danthiady, les ressortissants du Ferloo et les anciens esclaves du village de Hombo à l’Est de Danthiady. De lui, j'ai donc appris les concepts de liberté, de bienveillance, de respect de l'autre et de solidarité.

 

Mon grand-père paternel a eu deux filles (Coumbel et Peindel, ma mère) et deux fils (Demba et Balla), mais subitement, et à partir de 1974, la mort n’a cessé de rôder autour de ce foyer, jadis bienheureux. Ce fut d’abord, la disparition subite de mon cousin, Amadou, qui a profondément affecté mon grand-père ; mon grand-père ne s’en est jamais remis. Ma tante Coumbel, qui était atteinte de tuberculose, dès son jeune âge, disparue aussitôt après. Pour ma part, le cataclysme le plus grand est venu de la mort tragique de mon oncle, Moussa N'DIAYE dit Balla, en Libye en 1975 ; comme la plupart des jeunes de sa génération, il voulait se rendre en France, mais n’avait pas assez de ressources. Oncle Balla travaillait pour un marchand de bois à Tripoli ; il avait chargé tout un camion, mais les amarres ont cassé, et il s’est retrouvé écrasé par le poids de cette charge. Mon oncle Demba, est également mort dans des circonstances dramatiques. Passionné pour ses vaches, les siennes et celles des autres membres de la famille N’DIAYE, il travaillait, sans relâche, parfois avec peu de reconnaissance, mais il aimait ce qu’il faisait. Un jour, il a tenté de soulever, seul, en grand fût d’eau ; il a ressenti une douleur vive à l’estomac, et a commencé à cracher du sang. Là aussi la disparition qui a été quasi soudaine, a été suivie de celle de son épouse et d’une bonne partie de ses enfants.


Ma grand-mère, Faty Banel DIALLO qui a survécu, tant bien que mal à ces séismes, fut atteinte vers la fin de sa vie de la maladie d’Alzheimer. Je dois dire que ma mère et ma soeur Haby ont été héroïques d’avoir élevé les enfants de ma tante Coumbel, ainsi que ceux de mes oncles restés en vie. Nos contributions, ainsi que celle de mes deux frères Samba et Adama, ont été essentiellement financières, par les mandats qu’on envoie chaque mois à la famille. La solidarité dont parlait mon grand-père Bocar BAL à la veille de sa disparition, a joué à plein régime.


Hormis ces souvenirs douloureux et tragiques qui hantent encore ma mémoire, de mon temps, même s’il n’y avait ni électricité, ni téléphone, ni voiture, la vie au village était loin d’être monotone ; elle était rythmée par divers événements familiaux ou religieux. En cas de baptême, de fiançailles ou de mariage, il n’y avait pas besoin d’un carton d’invitation. On attendait souvent le moment magique où l’on servait, à tous, le riz rouge cuit avec du boeuf. Il avait d’autres grands moments de réjouissance : le retour d’un immigré au village avec ses festivités ainsi que la cohorte de musiciens, les «Gaolo» et autres parasites, les fêtes religieuses comme la Tabaski (la fête du mouton), le Mawloud (l’anniversaire du Prophète Mohamed, PSL). Les fêtes païennes comme les séances de lutte sont également des moments de réjouissance. Ainsi, lorsqu’un village voisin, souvent Hombo, Thiancone ou Bélinaïdé, débarquait, par surprise, de nuit avec ses lutteurs (Ballodji), ou lorsque le village organisait pendant une semaine une compétition de lutte (Lamba), c’est la fête au village. Parfois, c’est un événement inattendu qui sort le village de sa torpeur : l’arrivée d’un voyageur inattendu ou d’un fou qui a un statut particulier dans l’imaginaire des Foutanké, si l’on se réfère à l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE.


Hormis, ces intrusions externes qui mettent du piquant, j’ai été frappé par la joie de vivre de nos villageois, qui en dépit des temps durs, ont choisi de conserver la bonne humeur, en toute circonstance.  Après le déjeuner ou le dîner, une fois que le thé à la menthe ou le «Tiakiri» (bouillie de mil mélangée au lait caillé) est en route, les discussions les plus oiseuses vont bon train. On a de l’espace ; on parle fort et rit à gorge fendue ; on débat sur tout et rien : «jéddi» ; il suffit qu’un bout-en-train s’en mêle et l’hilarité est générale. La dépression on ne connaît pas ; «on est au fond du trou, ça ne peut pas aller plus mal, on ne pourra que remonter», me disait un jour un sage. Pourquoi s’en faire ? Dans mon Fouta, on est résolument  d’un pessimisme ensoleillé et d’une fatalité à toute épreuve.


J’ai été émerveillé par l’amorce de l’adolescence ; dès qu’une jeune fille d’un autre village débarquait, on la retenait quelques jours. Par classe d’âge, on se cotisait pour réserver, à notre invitée, une hospitalité digne de son rang, «Téddoungal», autour d’un thé ; on lançait des devinettes, «Ganné», et on se mettait à philosopher, «Payka».

 

 

(A suivre la 2ème partie, sur ce blog).

 

 

M Amadou Bal BA photos à la Sorbonne, et à Paris.
M Amadou Bal BA photos à la Sorbonne, et à Paris.
M Amadou Bal BA photos à la Sorbonne, et à Paris.
M Amadou Bal BA photos à la Sorbonne, et à Paris.

M Amadou Bal BA photos à la Sorbonne, et à Paris.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 09:11

Amadou Bal BA, un parisien de Danthiady  (2ème partie, suite et fin)

Cet article a été publié dans le journal www.FERLOO.com du jeudi, 26 mai 2011. rubrique société.

Ma rencontre avec l'Occident 


Ma rencontre avec l’Occident a bien démarré avant que je ne débarque en France. L’école française de mon village, en dépit de la «mission civilisatrice de la colonisation» pendant trois siècles, n’a été créée qu’en 1960, juste après l’indépendance. Ce fut un grand choc culturel à Danthiady et une violente polémique entre les partisans et les adversaires de l’école française. Un marabout de Madina Gounass, El Hadji Mamadou Saïdou BA (1900-1981), pour faire pression à la population, avait dit que «celui qui conduira son fils à l’école, ce dernier prendra sa main pour le jeter en Enfer». Prenant en compte au pied de la lettre, cette prise de position sans nuances, les villages environnants ont refusé, à l’indépendance, la construction d’une école pour leurs enfants. A Danthiady, le juste milieu et la clairvoyance y ont souvent prévalu ; on a pris une voie médiane : de la première génération des écoliers, seuls les garçons ont été admis sur les bancs, on a exclu essentiellement les filles. Mon père, connaissant l’hostilité de ma mère à l’égard de l’école française, a remis à ma mère quand on a quitté Kaolack, en décembre 1962, une lettre en Arabe cachetée, pour un de ses amis, Mamel N’DIAYE. Dès qu’on arriva au village la mission de cet ami fut de me conduire, l’après-midi même à l’école. Ma mère a aussitôt crié à la trahison, en soulignant que si elle avait su le contenu de cette missive, elle l’aurait déchirée et jetée.


J’ai rencontré ensuite la France à travers mes lectures au collège, à la bibliothèque d’une église, à côté du collège de Matam, chef lieu de région, à la frontière mauritanienne. J’ai été ému de la description de Paris que Ousmane Socé DIOP, un écrivain sénégalais, en a faite dans son roman : «Mirages de Paris». J’ai voulu approfondir mes connaissances livresques sur la capitale française, le curé m’a recommandé «l’éducation sentimentale de Gustave FlAUBERT» ; je fus totalement conquis par les pages savoureuses sur le Quartier Latin. Désormais, comme le dirait Joséphine BAKER, «j’ai deux amours : le Sénégal et Paris». Paris c'est la France et toute la France.


Les années qui suivirent furent marquées par une émigration massive des ressortissants de la vallée du Fleuve Sénégal vers la France. La destination traditionnelle des immigrants de mon village a été, initialement, la Côte- d’Ivoire, puis le Congo et le Gabon. Subitement, la France s’imposa, par les revenus tirés de l’immigration, comme la destination privilégiée. C’est dans ces circonstances, comme je l’ai mentionné plus haut, que mon oncle Balla avait entrepris, sans succès, de partir pour l’Europe.


A la fin du collège, j’obtiens le BEPC, mais je ne fus pas affecté au Lycée. Je suis resté une année à vadrouiller dans Dakar. Mes parents s’en inquiétèrent et voulurent même me renvoyer au Fouta-Toro, quand un oncle, Oumar N’DIAYE, me dit qu’on pouvait poursuivre ses études à l’Université, en suivant la capacité en droit. Voilà comment j’ai renoué avec les études jusqu’à l’obtention d’une bourse, pour la France. J’avais tellement rêvé et idéalisé Paris que mon premier contact avec la France fut décevant. En effet, je suis arrivé en France, un dimanche matin, en automne, avec un ami Samba TRAORE, les murs de la ville étaient gris, il pleuvait et il faisait un peu froid. Cependant, nous fûmes chaleureusement accueillis dans un foyer de travailleurs immigrés, à Saint-Denis, à la porte de Paris. Ce lieu fut pour moi un choc immense : les lits étaient superposés, et on dormait à trente dans la même chambre de 20 mètres carrés. Je fus très vite réconforté par l’extraordinaire hospitalité de ces immigrants Soninké, leur gentillesse et leur humanité particulièrement touchante. Dès lundi, nous nous rendîmes au consulat du Sénégal, à la rue de la Tour, dans le 16ème arrondissement de Paris. L’agent qui fut chargé de nous recevoir nous rassura : nous allons avoir une chambre individuelle, dans un Foyer–Hôtel Sonacotra, à Athis-Mons, dans l’Essonne. Quand nous avons entendu le mot «hôtel» notre visage s’illumina de joie. Là aussi quelle déception à l’arrivée, c’était un foyer de travailleurs immigrés Algériens très bruyant. Les chambres étaient si étroites que quand on tendait les bras on pouvait toucher les deux parois opposées de la pièce. Le mauvais cloisonnement faisait qu’on entendait le ronflement du voisin. L’année suivante, j’obtins une chambre en résidence universitaire à Antony, dans les Hauts-de- Seine. Trois années plus tard, je me retrouvais au Quartier Latin, à la rue de Boulangers. Voilà enfin, les «mirages de Paris», le bonheur tant rêvé ! J’y ai séjourné, avec une délectation sans limites, pendant 17 ans.

 

Sur le plan professionnel, je suis comme ce héros de STENDHAL, Julien SOREL qui a hésité entre le rouge et le noir. En effet, j’ai hésité entre l’enseignement et le barreau. Après ma thèse de doctorat en droit public, sous la direction du professeur Jean COMBACAU, j’ai obtenu le certificat d’aptitude à la profession d’avocat en décembre 1995. Dans l’attente de trouver un cabinet d’avocats, pour mon stage, j’ai passé un concours administratif, mais c’est en dilettant que j’ai réussi. Je croyais rester dans l’administration, de façon provisoire ; mais j’ai appris par la suite, dans ce secteur, que tout ce qui est provisoire est définitif. Il faut avouer que même si le secteur des ressources humaines est ingrat, travailler sur l'humaine est mais très passionnant.

 

A la faveur d’un concours à la Préfecture de Police, j’obtins, en octobre 1995, un appartement plus spacieux dans le 19ème arrondissement. C’est un quartier de l’Ouest parisien marqué par de fortes ruptures. On y admire de charmantes maisons individuelles du côté de la rue Mouzaïa, de Botzaris ou de la rue des Solitaires. Mais, non loin de là, à la Place des Fêtes, il y a des tours peu enviables. Le 19ème arrondissement concentre, à lui –seul, plus de 38% des logements sociaux parisiens, avec les difficultés que cela peut comporter. Jean-Philippe, mon fils aîné, est né quand je résidais à la rue de la Corrèze. Arsinoé, ma fille, est venue au monde à la suite de mon déménagement à la rue des Annelets, dans un quartier qu’on appelle le «hameau de Belleville», non loin du jardin des Buttes-Chaumont.

 

C’est le Sénateur - Maire du 19ème arrondissement, Roger MADEC et son Premier Adjoint François DAGNAUD, qui m’ont donné l’occasion d’être de 2001 à 2008 le premier conseiller Noir, élu à PARIS ; quand on vient du Fouta, c’est un événement qui flatte l’ego. Quand, j’étais étudiant à l’Université de Paris 2 Assas, nous avions une association, INTERCAPA, de défense des droits des étrangers qui s’occupait des étudiants confrontés au refus de renouvellement de leurs titres de séjour. Cette activité militante et associative a connu un regain dès mon arrivée dans le 19ème arrondissement, lieu de forte concentration de personnes d’origine africaine, maghrébine et asiatique en difficulté. J’ai fondé avec quelques amis une association, AIDEMA, en vue d’assister ces personnes dans leurs démarches administratives. Très tôt ce travail s’est également étendu aux travailleurs immigrés, notamment d’origine sénégalaise ; le 19ème arrondissement compte plus de 20 foyers de travailleurs immigrés, dont l’essentiel sont des Soninké et des Haal Pularen. Notre association qui avait siége au sein même de la mairie du XIXème, grâce à un bureau prêté par le député Jean-Christophe CAMBADELIS, sera transféré à la maison des associations, à la rue Edouard Paillon, non loi du métro Bolivar.

 

Mon grand-père, qui a été tirailleur sénégalais lors de la deuxième Guerre mondiale, m’a enseigné que, parmi les biens les plus précieux de l’humanité, il y a la solidarité, la liberté et la fraternité. Se fondant sur cette solide conviction, je me suis fixé une ligne de conduite, devenir un militant des droits de l’homme, et m’inspirer ainsi de la doctrine de Protagoras, «l’Homme est la mesure de toutes choses». Au congrès extraordinaire du Parti Socialiste du 24 janvier 1981, à CRETEIL, nous avions applaudi, à tout rompre l’une des propositions de François MITTERRAND visant à octroyer aux étrangers le droit de vote aux élections locales. Plus de trente ans après, cette promesse n’a pas été tenue. François HOLLANDE élu en 2012 n'a pas non plus honoré cette promesse, pourtant un grand marqueur de gauche. Les idées du Front National ont considérablement progressé en France ; le droit aux élections locales est l’une des solutions contre l’intolérance. La régularisation des sans-papiers, ainsi que de nouveaux rapports, fondés sur l’équité, avec les Etats africains, sont des éléments auxquels nous sommes fondamentalement attachés. C'est une question d'égalité et de justice.

 

J’ai souvent rappelé à nos compatriotes, que je reçois dans mes permanences, l’impérieuse nécessité de respecter les lois de la République. Je suis fortement attaché au respect mutuel, à la tolérance et au devoir qui pèse sur chaque individu de s’astreindre à mener une vie irréprochable. Chaque citoyen devrait faire sienne la devise de Marguerite Yourcenar : «Aimer les autres pour soi-même». Car réclamer des droits, c’est aussi pouvoir assumer les obligations qui en constituent la contrepartie nécessaire. Tout en rejetant la théorie des quotas ou de la «discrimination positive» à l’américaine, je prône la vraie égalité des chances, une égalité et je rejette la diversité cosmétique. Aucune demande ne devrait être rejetée, a priori, sur la base de préjugés raciaux. Le traitement de toute revendication et l’accès aux responsabilités, doivent être fondés sur les mérites de chacun.

 

Pour mes hobbies, je suis passionné par la littérature, la philosophie, la mythologie grecque, le cinéma et les ballades. Je suis également, sur le terrain du militantisme, un peu fétichiste : j’adore conserver les photos ou les vidéos des principaux événements politiques parisiens. Mais, plus que tout, je suis un véritable amoureux de Paris. Mon plus grand plaisir est d’être attablé à une terrasse, dégustant un café, un livre à la main. Cette joie intense est, selon moi, comparable au goût de la madeleine de Marcel PROUST.


En dépit de la distance, il existera toujours des liens irrationnels et affectifs avec son pays d’origine ; le Sénégal, havre de paix, pays de l’hospitalité «La Téranga», de la tolérance et de la diversité, restera toujours présent au coeur ; quand est né là-bas, on ne peut jamais oublier cette richesse et la chance d’être venu d’ailleurs. C’est à ce titre que je me définis souvent comme étant un "Parisien de Danthiady". En effet, je suis balloté entre deux pays que j’apprécie hautement : la France pays des droits de l’Homme et d’égalité des chances, le Sénégal pour les raisons que je viens d’évoquer. Je souhaite ardemment que les valeurs de la démocratie et de la République soient rétablies et consolidées au Sénégal, et cela contre toute tentation monarchique et de patrimonialisation du pouvoir.

 

Ce temps qui passe, inexorablement.

L’autre jour, ma petite Arsinoé m’assène cette terrible remarque : «papa tu es vieux». Désarçonné, un certain temps, j’ai, comme mon Jean-Philippe, bredouillé. Puis vint le temps de ma réplique : «selon toi, ma petite chérie, à partir de quel âge devient-on vieux ?». «17 ans», me répond-t-elle. Alors en cette auguste journée, je crois que tout est foutu pour moi. Venu retirer mon billet SNCF, à la gare de l’Est, pour aller au Congrès de Poitiers, la vendeuse me conseille d’attendre le mardi 2 juin, j’aurai droit aux réductions de la carte Sénior. Trop c’est trop.

Ce temps qui passe, inexorablement, nous questionne sur le sens de notre existence. En Europe, dans un monde matérialiste et inspiré de l’hédonisme, la vieillesse, même prématurée à 17 ans, est un «naufrage» en référence à une expression du Général de Gaulle. Pour le continent noir, berceau des valeurs ancestrales, l’âge avancé est une source de sagesse. «En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle», disait Amadou Hampâté BA, un gardien de la tradition africaine.

Enfant, je n’ai pas vu le temps passer. L’insouciance et le bonheur infini de chaque instant de cette époque, comme la madeleine de PROUST, me font maintenant savourer tous les moments fugaces de la vie qui nous délivrent du poids de l’âge. A défaut de pouvoir retourner à ces heures privilégiées et choyées, je ne cesse de rêver, chaque instant, de redevenir l’enfant que je fus.

On a comparé la vie à une colline dont on gravit l'un des coteaux pendant la jeunesse ; la maturité se passe sur le plateau culminant, à dominer d'une vue perçant et exercée les vastes horizons du monde ; puis les poumons ne peuvent plus supporter l'air vif du sommet ; la vieillesse nous pousse à descendre, en trébuchant, vers l'autre versant, au pied duquel s'étend la vaste plaine semées de pierres blanches tumulaires.

J’ai vécu l’adolescence tantôt comme une force irrésistible qui me faisait pousser des ailes, tantôt comme une étape anxiogène sur l’existence. Discuter, contester, négocier, je me pose, m’oppose en m’opposant à tout. Entre séduction et impertinence, je ne savais plus où me situer, dans le degré de la rébellion. Me croyant autonome, instruit de tout, j’ai brûlé ces années de ma vie dans la musique, les palabres interminables avec ma classe d’âge, mes tentatives maladroites de séduire la gente féminine. Et puis, soudain, Gustave FLAUBERT, avec son «éducation sentimentale», et Ousmane Socé DIOP, auteur de «Mirages de Paris», me font découvrir le goût de la lecture ainsi que l’amour infini de Paris.

Curieusement, c’est à l’âge de 30 ans que m’est venue la crise existentielle. Passé ce temps que je définirai comme un passage à vide, un trou d’air, j’ai fini par reprendre le dessus et vaquer à mes activités habituelles. Les moments de joie, de doute et d’espéranve se sont succédé ou alterné. Le rapport au temps est finalement devenu une ardente invitation à savoir «écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe», disait Hegel.

Certains pensent que la quarantaine ou cinquantaine sont un moment difficile à passer. Les outrages du temps commencent à faire leur oeuvre sur notre corps fragile. "Oh temps suspend ton vol", supplie Alphonse de LAMARTINE. C’est, en effet, une période qui correspond à un bilan et aussi à une profonde remise en cause de notre vie. C’est un moment silencieux qui peut nous perturber, mais c’est également une occasion d’un nouveau départ, pour nous épanouir. «Celui dont l’âme est heureuse ne ressent pas le poids des ans», disait Platon. J’ai donc décidé de profiter, pleinement, du jour présent «Cueillez, dés aujourd’hui, les roses de la vie», s’exclame Ronsard, dans ses sonnets pour Hélène.

Comme Julien SOREL, un personnage de Stendhal dans le «Rouge et le Noir», j’ai souvent vu mes rêves se fracasser devant la puissante force des réalités. A force d’hésiter, Julien SOREL a fini par perdre la vie. Enfant, là où mes camarades de classe voulaient être Président ou aviateur, je rêvais, secrètement, de devenir médecin pour soigner tous les maux de la terre. Ma petite sœur, Sally, est morte de coqueluche, à l’âge de 4 ans. Je voyais souvent des enfants arrachés, prématurément, à la vie. Entre l’enseignement et le barreau, j’ai finalement choisi, péniblement, l’administration territoriale. Et j’ai fini par y prendre goût.

Ma femme, inspirée d’une tradition bouddhiste, pense que je brûle ma vie à de futiles et vains combats. Il vaudrait mieux que je me consacre davantage à gagner plus d’argent. Pour les Bouddhistes, la notion centrale de leur pensée est le perfectionnement, constant de l’Individu. La réussite suppose, d’abord et avant tout, d’être utile à soi-même, puis à sa famille, et viendront, par la suite, les objectifs communs à la société. Cette perfection nécessite six vertus : la générosité, la discipline, la patience, la volonté, la méditation et la sagesse.

Qu’est-ce que donc en référence au titre d’un ouvrage de Luc FERRY, «une vie réussie» ou heureuse ? Qui suis-je ? Qu’est-ce que cette réalité insaisissable dans laquelle je vis ? Que dois-je croire ? Qu’ai-je donc fait de ma vie ?

Une partie de notre société pense que la réussite dépend de la position sociale et des valeurs matérielles. En réalité, une vie heureuse revêt tant de significations diverses qui dépendent de notre culture et de nos valeurs. Quelle vie mener pour atteindre notre bonheur ?

Pour Descartes, dans son «Discours sur la méthode», l’homme est sujet, il l’est, pour ainsi dire, trois fois : «conscient de ce qu’il est, maître de ce qu’il fait, auteur de la science».

En accord avec Antoine de SAINT-EXPURY, dans son Petit Prince, je n’ai jamais cessé de rêver. «C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué. C’est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une d’elles vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. Il y a toujours une occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin, il y a toujours un nouveau départ».

Adpte de Socrate, j’aspire à devenir ou rester moi-même et réaliser mes profondes aspirations. Se respecter, respecter ses propres choix, nécessite d’être à l’écoute de notre ressenti, d’être centré en soi et non pas de répondre aux attentes des autres et des normes de la société. A ce titre, j’ai plusieurs confidences à vous livrer.

Je crois à la force de l’Amour et à ses vertus curatrices. Comme mon maître Gandhi, Dieu est Vie, Vérité et Lumière. Il est Amour. Il est le Bien suprême. «De même que le feu n’éteint pas le feu, le mal ne peut éteindre le mal. Seul le bien, face à face avec le mal, sans en subir la contagion, triomphe de lui», disait TOLSTOI. Je rejette, sans concession et sans ménagement, la violence et la haine, destructrices de la cohésion sociale. Je prétends que l’Amour est une puissante ligne directrice qui nous sauve du désespoir.

Je crois aux forces des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté. Il faut défendre la République contre les impostures de la Droite et de l’Extrême-droite qui tentent de saper le Bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Je crois «aux forces de l’esprit», en référence à une expression de François MITTERRAND.

Je crois au souffle des Ancêtres : «Ecoute plus souvent les Choses que les Etres, la Voix du Feu s’entend. Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des ancêtres», nous dit Birago DIOP, un poète sénégalais (1906-1989). Wole SOYINKA, Prix Nobel de littérature, nous rappelle les exigences de ces civilisations premières : «Mon esprit est une conscience de coton ; il prend tout et ne rend rien. Dans la mort du caveau, je suis immobile dans le soleil, et j’attends».

Je crois au message de Paix et d’Amour de ma religion l’Islam, telle qu’elle m’a été enseignée par mon aïeul Thierno Souleymane BAL et par El Hadji Omar TALL Foutiyou.

Face aux doutes et aux interrogations, aux heures sombres, j’ai retenu, comme un jaillissement de l'optimisme, le puissant message de Jean-Paul II : «N’ayez pas peur. Entrez dans l’Espérance». En paix avec moi-même, j’ai donc décidé de foncer, tête baissée. Faisons-confiance à la vie.

 

Amadou Bal BA, à Paris.

 

Commentaires

 

SODA, 29 mai 2011

Ah que ça fait un baume au coeur de lire ces ligne et y retrouver des symboles et autres choses qui nous sont familiers. J’ai toujours eu du plaisir à rappeler lors de certains débats que DANTHIADY et la famille ont un élu à PARIS. Et ça c’est une fierté pour nous tous. Que de chemins parcourus depuis“ galle NDIAYEBE”, un vrai parcours du combattant dont la couronnement est aussi ne l’oublions pas le sacrifice et l’appui de personnes dont grand frère vous deviez aussi remercier dans ce brillant portrait.

 

Paris,  Amadou Bal BA, «Un Parisien de Danthiady» - http://baamadou.over-blog.fr/.

Amadou Bal BA - photos Laval, Paris, Parc de Sceaux.
Amadou Bal BA - photos Laval, Paris, Parc de Sceaux.
Amadou Bal BA - photos Laval, Paris, Parc de Sceaux.
Amadou Bal BA - photos Laval, Paris, Parc de Sceaux.

Amadou Bal BA - photos Laval, Paris, Parc de Sceaux.

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 19:10

 

Né à DANTHIADY, au Foutah-TORO dans le Nord du Sénégal, Amadou BA, d’origine Peuhle, est marié, et père d’un enfant. Dans son ouvrage Nations Nègres et Barbarie, un historien Sénégalais, Cheikh Anta DIOP avance la thèse généralement admise, que les Peuhls descendraient des Egyptiens. Les Peuhls connurent une grande période d’extension entre le XVème et le XVIème Siècle, et se convertirent à l’Islam au XVIIIème siècle. Leur organisation sociale a pour traits dominants la filiation patrilinéaire et l’endogamie. Fortement hiérarchisée, la société Peuhle est inégalitaire, aristocratique, et fondée sur des castes.

 

Amadou BA a initialement résidé dans l’Essonne, puis les Hauts-de-Seine, et au quartier Latin pendant 17 ans. Au 1er octobre 1995, il s’installe dans le XIXème arrondissement, prend contact immédiatement avec la Mairie, et devient écrivain public au sein de l’Association AIDEMA, dont il est le co-fondateur.

 

Sur le plan professionnel, Amadou BA a souvent hésité entre l’enseignement et le barreau. En effet, il a fait ses études de droit public à Paris II Assas, et soutenu le 8 mars 1995 une thèse de droit international public ayant pour objet le traitement des étrangers dans les pays occidentaux et en Afrique. Il passe son certificat d’aptitude à la profession d’avocat en décembre 1995.  Mais auparavant, il avait réussi à un concours de secrétaire administratif de catégorie B, au sein d’une administration d’Etat. Dans la même foulée il a réussi à un concours d’attaché territorial, puis à l'examen professionnel d'attaché principal, de catégorie A, et est devenu depuis le 1er octobre 1999, Directeur des Ressources Humaines à la Commune de la QUEUE-en-BRIE, dans le Val-de-Marne.

 

Sur le plan politique et associatif, le grand-père de Amadou BA qui a été tirailleur Sénégalais lors de la 2ème guerre mondiale, lui a enseigné que parmi les biens les plus précieux de l’Humanité, il y a la Liberté et la Fraternité. Se fondant sur cette solide conviction, Amadou BA s’est fixé une ligne de conduite : devenir un militant des droits de l’Homme ; s’inspirant ainsi d’une doctrine d’un Ancien Grec, PROTAGORAS «l’Homme est la mesure de toute chose».

 

Amadou BA a débuté son action au sein d’une association dénommée INTERCAPA de défense des étudiants étrangers sans papiers. Il est toujours en relation avec ses compatriotes sénégalais vivant en France, par le biais d’associations villageoises. Il leur prodigue des conseils juridiques et les assiste dans leurs diverses démarches administratives. L’objectif poursuivi est de réussir une bonne intégration des Africains vivant en France.

 

C’est donc logiquement qu’il a adhéré au Parti Socialiste. C’est ce Parti qui, en dépit de la polémique stérile entre la Réforme et la Radicalité, a fait le mieux avancer la Démocratie en France. Elu pour la première fois, en mars 2001, sur la liste conduite par Roger MADEC et François DAGNAUD, il est très fier de ce mandat de conseiller municipal, et ne manque jamais une séance du conseil municipal. Il a été conseiller du 19 arrondissement de mars 2001 à mars 2008.

 

 

Amadou BA  n’a pas de délégation à la Municipalité, mais il reçoit la population le samedi matin sur des questions à dominante juridique (titre de séjour, regroupement familial, problèmes locatifs, retraites, nationalité, etc.). Amadou BA représente, par ailleurs, le Maire de Paris, dans divers conseils d’administration de collèges ou d’école. Amadou BA est flatté de son enracinement progressif au sein du XIXème arrondissement, et notamment du travail à la base, notamment le dimanche, au marché de la Place des Fêtes, en compagnie d’autres militants dont Robert LACASSAGNE et Jean-Philippe HUSETOWSKI. C’est ce travail à la base, avec la permanence du samedi, qui lui semblent le plus valorisants.

 

Il se sent solidaire des décisions prises par la Municipalité. Il souligne, toutefois, que la classe politique en général, et la Ville de Paris en particulier, doivent poursuivre l’effort d’intégration des personnes d’origine africaine dans des postes plus valorisants. Car la représentation politique doit mieux refléter les réalités démographiques et ethniques de ce pays qui ont été considérablement modifiées sous l’effet de l’immigration.

 

 

Amadou BA regrette profondément que la proposition de François Mitterrand de 1981, concernant le «droit de vote des étrangers aux élections municipales après 5 ans de présence sur le territoire français», (80ème proposition des 110 proposition, congrès du 24 janvier 1981), n’ait été suivie d’effet. Sur ce sujet qui lui tient à cœur, Amadou BA a bien noté que François HOLLANDE a promis, en cas de changement de majorité, d’honorer cet engagement. Amadou BA estime que le destin des militants d’origine africaine n’est pas seulement que de coller des affiches, de payer des cotisations, de remplir des salles de meeting et de voter docilement. Il insiste lourdement sur la nécessité de leur confier également des responsabilités. Il formule le vœu que l’effort pour une meilleure représentation des personnes d’origine africaine, soit poursuivi et amplifié à l’occasion des prochaines consultations électorales.

 

Amadou BA rappelle également à ses compatriotes l’impérieuse nécessité de respecter les Lois de la République. Il est très attaché au respect mutuel, à la tolérance, et au devoir qui pèse sur chaque étranger de s’astreindre à mener une vie irréprochable. Chaque étranger devrait faire sienne de la devise de Marguerite YOURCENAR : «Aimer les autres pour soi-même». Car réclamer des droits, c’est aussi pouvoir assumer les obligations qui en constituent la contrepartie nécessaire. Amadou BA, tout en rejetant la théorie des quotas ou de la « discrimination positive» à l’américaine, prône la vraie égalité des chances. Aucune demande ne devrait être rejetée, à priori, sur la base de préjugés raciaux. Le traitement de toute revendication, y compris pour l’accès au responsabilité, devant être fondé sur les mérites de chacun.

  

Amadou BA est passionné pour la littérature, la philosophie, la mythologie grecque, le cinéma, et les ballades. Comme tout bon militant, il est fétichiste ; ainsi, il aime conserver les photos des principaux événements politiques à Paris. Mais, plus que tout, c’est un vrai Amoureux de Paris. Son plus grand plaisir est d’être attablé à une terrasse de café, dégustant un café, avec un livre à la main. Ce plaisir est semblable au goût de la madeleine tel que Marcel PROUST l’a évoqué dans son 1er volume de la Recherche du Temps Perdu. Amadou BA est heureux de la victoire d’Annick LEPETIT dans le 18ème arrondissement ; celle-ci qui confirme la résistance de Paris et annonce également la fin de l’état de grâce pour le gouvernement RAFFARIN.

 

Amadou BA a beaucoup voyagé en Europe et aux Etats-Unis. Mais c’est à Paris qu’il se sent le plus heureux. Il aimerait y vivre, y travailler et y mourir, (le plus tard possible).

 

Paris 2 août 2008.

 

 

 

Amadou Bal BA, Paris Pont des Arts.
Amadou Bal BA, Paris Pont des Arts.

Amadou Bal BA, Paris Pont des Arts.

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