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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 19:26

«Grâce à elle (Toni MORRISON) les Noirs ont enfin pu entrer par la grande porte dans la littérature» écrit Mme Muriel PENICAUD, Ministre du Travail. S’agit-il là d’un coup de mépris, digne des préjugés initiés par Nicolas SARKOZY estimant que «l’homme africain n’est pas entré dans l’Histoire» ? Ou s’agit-il d’une méconnaissance profonde de la riche histoire littéraire du peuple noir, toujours niée, méprisée et occultée, en raison de la hiérarchisation des cultures ? J’enverrai, sans tarder, à Mme Muriel PENICAUD, un exemplaire de mon nouveau livre «l’Afrique et sa diaspora» relatant, notamment, le mouvement «Harlem Renaissance» initié par W.E.B du BOIS (188-1963), dans son ouvrage «les âmes du peuple noir». Le mouvement Harlem Renaissance, se revendiquant de la culture africaine, est également un précurseur de la Négritude dans les années 30 à Paris. Le chef de file de ce courant littéraire est Langston HUGHES (1902-967), un poète exceptionnel qui aurait mérité le prix Nobel de Littérature, bien avant Toni MORRISON. En pleine ségrégation raciale, et dans les années 20, les tenants du courant dit Harlem Renaissance avaient choisi de s’installer en France. Il s’agit notamment de Claude McKAY (1889-1948), autour de Banjo, il situe ses personnages à Marseille, autour d’un bar fréquenté par des Sénégalais, de Chester HIMES (1909-1984) et de Richard WRIGHT (1908-960). Harlem Renaissance dépasse le courant littéraire puisque des musiciens ou artistes, comme Joséphine BAKER (1906-1975) l’ont soutenu. Cet amour de la France a été perpétué notamment par James BALDWIN, qui a vécu en France de 1948 à 1987, débarqué d’abord à Belleville, dans mon 19ème arrondissement, il meurt à Saint Paul de Vence. Cette tradition littéraire est perpétuée, de nos jours, par Ta-Nehisi COATES, 43 ans, journaliste de Baltimore et auteur d’une «colère noire», qui vit, depuis plus de 2 ans, avec sa famille, près de la Place de la République, à Paris. Je suis donc effrayé de voir que nous vivons côte à côte, sans vraiment vivre ensemble. Ma contribution littéraire portant sur le bien-vivre ensemble et le patrimoine culturel des Noirs et de leurs diasporas, une connaissance m’a dit l’autre jour : «arrête de parler de cela, tu agites le chiffon rouge ; ça va faire monter le Front National». Mais j’ai toujours pensé que nos différences sont aussi nos richesses ; il faut apprendre à se connaître et à se respecter, mutuellement.

«Toni Morrison était un trésor national, aussi bon conteur, captivant, en personne qu’elle figurait sur la page. Son écriture était un défi magnifique et significatif pour notre conscience et notre imagination morale. Quel cadeau de respirer le même air qu'elle, ne serait-ce que pour un temps» écrit Barack OBAMA, à l’occasion du décès de Toni MORRISON, prix Nobel de littérature, en 1993. Toni MORRISON écrit pour aider les Noirs et les opprimés à voir avec leurs propres yeux : «Je me documente énormément pour chacun de mes livres, afin de développer une compréhension de la réalité qui ait de multiples facettes, pas seulement celle qui m’arrange. Je trouve toujours intéressant de regarder les choses à l’envers, pas seulement comme on vous dit qu’elles doivent être. Lorsque j’ai écrit Beloved, les femmes se battaient pour qu’on leur reconnaisse le droit de ne pas avoir d’enfants en ayant accès à la contraception et à l’avortement. À l’époque de l’esclavage, c’était le contraire. La liberté de Sethe, mon personnage, consistait à vouloir assumer la responsabilité de son enfant jusqu’à lui ôter la vie, pour lui épargner l’asservissement auquel il était promis» dit-elle. Pour elle, l’écriture, c’est exercer sa liberté : «Je n’écris pas seulement parce que je sais le faire. L’écriture est le seul endroit au monde où je me sens libre. Souvent, je commence lorsque je suis déçue par la marche du monde, et l’écriture agit alors comme un tampon.” C’est aussi une manière “d’aller à la guerre”, ajoute-t-elle : quand on est fâché, il ne faut surtout pas se taire» dit-elle.

Représentante fidèle de la culture et de la conscience noires, Toni MORRISON était révoltée contre ces assassinats de nos jeunes, pudiquement appelés «bavures policières» : «Je veux voir un flic tirer sur un adolescent blanc et sans défense. Je veux voir un homme blanc incarcéré pour avoir violé une femme noire. Alors seulement, si vous me demandez : “En a-t-on fini avec les distinctions raciales ?”, je vous répondrai oui» dit-elle en 2015 à un journal londonien, «The Telegraph».

 

Toni MORRISON avait une estime considérable pour Bill CLINTON qu’elle considère comme étant le «premier président noir des Etats-Unis. Il présente toutes les caractéristiques des citoyens noirs. Un foyer monoparental, une origine très modeste, une enfance dans la classe ouvrière, une grande connaissance du saxophone et un amour de la Junk Food digne d’un garçon de l’Arkansas» dit-elle en octobre 1998.

De son vrai nom, Chloé Anthony WOFFORD, elle est née le 18 février 1931 à Lorain, dans un faubourg ouvrier, dans l’Ohio. Son père est métallurgiste et sa mère, Ramah WOFFORD, femme de ménage, avec un don pour raconter et chanter. Sa grand-mère lui parle de tout le folklore des Noirs du Sud, des rites et des divinités. Son nom de baptême Anthony, deviendra Toni, et elle gardera le nom de son mari Harold MORRISON, rencontré à Howard, en dépit du divorce. Toni MORRISON a étudié à Howard University et Cornell University : «La ségrégation était importante, en effet. J’étudiais à Howard, une université réservée aux Noirs. Il y avait un seul lieu, dans un centre commercial, en ville, où nous pouvions aller aux toilettes. Mais ça m’amusait plutôt. À l’époque, Washington était rempli de Noirs qui travaillaient pour le gouvernement. Ils constituaient une classe moyenne aisée, intellectuelle. Alors les quelques fontaines auxquelles je ne pouvais pas boire, Nous vivions entre nous, sans voir les murs qui nous entouraient» dit-elle. Toni MORRISON a soutenu, en 1955, une thèse sur le suicide chez Virginia WOOLF et William FAULKNER : «J’ai eu mon bac à 17 ans, je suis allée à la fac, j’ai adoré ça. J’écrivais alors une thèse sur William Faulkner et Virginia Woolf et leur vision respective du suicide, un échec pour lui, un acte ultime de liberté pour elle» dit-elle. La langue est  tellurique, cadencée, brutale, elle harangue l’auditoire. Elle ne ménage ni le lecteur ni les spectateurs auxquels parfois ses personnages donnent le sentiment de s’adresser. William FAULKNER et Toni MORRISON utilisent tous les deux la langue orale, leurs œuvres ont pour toile de fond la Bible, la mythologie et l’histoire violente des Etats-Unis : «Chez Virginia Woolf, ce que j'aime c'est l'usage qu'elle fait de la langue, cette économie de la langue. Chez Faulkner, ce que j'aime tout autant c'est exactement l'opposé, une espèce de foisonnement, la répétition des choses mais justement ça avait un petit goût du Sud. Ça me rappelait en effet des choses que je pouvais reconnaître, auxquelles je pouvais m'identifier et qui s'apparentaient aux récits que l'on racontait dans ma famille» dit-elle.

 Toni MORRISON, fille d’un soudeur, enfant d'un couple qui a quitté le Sud pour échapper au racisme. Installés dans une petite ville du Midwest, qu'elle désigne comme échappant au cliché, puisqu'elle n'est ni ghetto, ni plantation, les parents élèvent leur fille dans l'amour des histoires et la transmission du folklore qui font parler les arbres et les revenants, et nourrissent les affluents du fantastique qui irriguent toute son œuvre : «Cet héritage ne m'intéressait pas le moins du monde tant que je ne m'étais pas mise à l'écriture. Ce qui me plaisait, c'était cet univers familial avec ses idiosyncrasies et toutes les histoires que l'on se racontait. Ce n'est qu'après quand je me suis mise à rechercher dans la littérature ce silence et cette absence que je ressentais de façon très forte qui affectaient mon peuple, et j'ai commencé à vouloir remplir ce silence et cette absence avec mes propres souvenirs» dit-elle. Toni MORRISON, inscrite ainsi dans la filiation de FAULKNER, a développé comme thèmes principaux l’esclavage, la couleur de peau, la malédiction, l’amour, la tristesse et la solitude, ainsi que la double condition de noire et de femme américaine.

Passionnée par la littérature, elle part à Washington en 1949 où elle s'inscrit à l'université Howard, alors réservée aux Noirs. Marquée par l'expérience du racisme, Toni MORRISON a grandi à une époque où la ségrégation était toujours en vigueur. Lorsqu'elle arrive à Washington en 1949, les bus portent encore des panneaux «réservés aux personnes de couleur» : cette séparation ne sera abolie légalement qu'en 1964 avec la loi sur les droits civiques. Ecrivaine de la transgression, elle est en réaction contre le conformisme : «Partout dans le monde on voit émerger ses jeunes qui font quelque chose de nouveau, d'inédit. C'est cela qui m'intéresse, c'est cette nouveauté d'un langage non policé, un langage sans "flics". J'imagine que c'est cela la poésie du slam» dit Toni MORRISON.

Toni MORRISON a réfléchi, à travers «Home», sur les idées dominantes dans les années 50 : «Je crois que l’on ne peut comprendre les difficultés d’une époque et des individus qui la traversent qu’en explorant les graines semées par le passé, dont nos mémoires sont toujours porteuses malgré l’oubli ou la relecture idéalisée qu’on en fait aujourd’hui. Mais, dans le même temps, le maccarthysme faisait rage, les gens étaient persécutés pour leurs opinions. Plonger Frank Money, le héros de Home, dans ce contexte troublé me permettait d’interroger une question en effet intemporelle : qu’est-ce que la virilité dans un environnement où tout est fait pour que vous vous sentiez inférieur, émasculé, indigne ?» dit-elle. Editrice chez Random House, à partir de 1964, Toni MORRISON sera, par la suite, enseignante à l’université de Princeton, jusqu’en 2006 : «J'ai toujours pris des risques. Je n'ai jamais cru que rien n'était hors de portée. Alors devenir une éditrice a été en fait comme une prolongation de ce que j'avais fait auparavant en tant que professeure et l'écriture a été la conséquence de cette volonté d'écrire ce livre qui n'existait pas» dit-elle.

 

Toni MORRISON, mère célibataire avec deux enfants à charge, est l’auteure, notamment «The Bluest Eye», son premier roman, à 39 ans, ou l'histoire d'une jeune fille noire qui veut avoir les yeux bleus comme les autres filles blanches : «J’ai alors eu envie d’écrire autour d’une anecdote qui m’a profondément marquée. J’avais 12 ou 13 ans. Nous débattions, avec une copine, de l’existence de Dieu. J’affirmais qu’il existait, elle soutenait le contraire. Parce que, m’avait-elle expliqué, cela faisait deux ans qu’elle le suppliait de lui accorder des yeux bleus, et rien ne s’était produit. Je me souviens avoir pensé qu’elle aurait été grotesque avec des yeux bleus et, dans le même temps, m’être aperçue combien elle était belle avec ses yeux étirés, ses pommettes hautes, son nez aquilin. Pour la première fois, j’accédais à cette dimension de la beauté unique, celle que chacun possède tel qu’il est. J’ai eu envie de comprendre et raconter pourquoi elle n’était pas en mesure de la voir» dit-elle. Dès lors, son œuvre littéraire s'attachera à retranscrire les expériences de vie des femmes noires. En effet, sans se revendiquer du féminisme, Toni MORRISON porte sur la société américaine, le regard d’une femme noire : «Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C'est ça, l'esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle» écrit-elle dans «Home». En particulier, elle insiste sur la vulnérabilité des petites filles noires, parfois confrontées à l’abandon, à l’inceste, au viol et à divers traumatismes de la vie. L’auteure examine les solutions de survie face à ces graves accidents de la vie.

 

Toni MORRISON, attachée aux valeurs culturelles africaines, est l’une prestigieuse tenante du «Magic Realism». En effet, le réalisme magique entend proposer une vision du réel renouvelée et élargie à la prise de considération de la part de l’étrangeté, l’irrationalité ou du mystère qu’il recèle. Les personnages et l’histoire sont amenés dans le réel, mais l’auteure introduit un élément magique ou fantastique qui n’est pas remis en cause dans la fiction. Ainsi, dans «Beloved», l’esclavage repose sur une transgression fondamentale consistant au droit que s’arroge un humain de faire d’un autre humain sa propriété, sa chose. Toni MORRISON, dans son roman, «Beloved» provoque une réponse à cette transgression, en faisant intervenir le réalisme magique. En effet, l’héroïne, Beloved, abandonne le pays des morts pour celui des vivants, sans que jamais ne soit remis en doute son statut de revenante : «Tout ce qui est mort et qui revient à la vie fait mal. ça, c'est une vérité de tous les temps» écrit-elle. Le poète sénégalais, Birago DIOP, dans son fameux poème «Souffles» avait proclamé que «les morts ne sont pas morts». Cette Afrique traditionnelle de l’animisme et de culte pour les ancêtres, est en parfaite symbiose avec cette création littéraire de Toni MORRISON. Basé sur un fait divers survenu en 1856, une esclave fugitive de l’Ohio, Margaret GARNER, ayant tué sa fille de 3 ans pour lui éviter la servitude à laquelle la condamnait le «Fugitive Slave Act», le roman, «Beloved», paru en 1987, relate l'histoire, d'une mère, Seth, qui choisit de tuer son propre enfant pour lui épargner une vie d'esclave ; c’est une expédition dans l’horreur et la folie d’un passé douloureux. L’héroïne est hantée par ce meurtre jusqu'au jour où une mystérieuse adolescente, «Beloved», elle a une profonde cicatrice sur la gorge, croise son chemin. On ne sait pas si elle est la réincarnation du bébé sacrifié ou le symbole d'une possible rédemption, afin d'exorciser le passé. Tout l'art de Toni MORRISON est dans cette ouverture symbolique ; elle ranime la mémoire, exorcise le passé et transcende la douleur des opprimés. Ce livre a été récompensé du prix Pulitzer de la fiction et un film en sera tiré. Certains conservateurs ont considéré que «Beloved» serait une «littérature récurrente et traditionnelle de la plantation» un sentiment de persécution permanent des anciens esclaves : «That’s why this is all about. Black writing has to carry that burden of the people’s desires, not artistic desires but social desires ; it is always perceived as working out somebody’s else’s agenda. No literature has that weight” dit Toni MORRISON, dans un entretien avec Cecil BROWN.

 

Pour Toni MORRISON les fantômes et la magie sont réels. Le réalisme magique reflétant le mode d’expression de l’africanité, dans un contexte de culture occidentale, est présent dans la contribution littéraire de Toni MORRISON. Ainsi, dans «The Bluest Eye», c’est le désir de cette jeune fille noire d’avoir des yeux bleus. Chaque nuit, Pecola priait pour avoir des yeux bleus. Elle avait onze ans et personne ne l'avait jamais remarquée. mais elle se disait que si elle avait des yeux bleus tout serait différent. elle serait si jolie que ses parents arrêteraient de se battre. que son père ne boirait plus. que son frère ne ferait plus de fugues. si seulement elle était belle. si seulement les gens la regardaient. Quand quelqu'un entra, la regarda enfin, c'était son père et il était saoul elle faisait la vaisselle. Il la viola sur le sol de la cuisine, partagé entre la haine et la tendresse. Tout aurait pu être différent pourtant, si Cholly avait retrouvé son père, si pauline avait eu une maison bien rangée comme elle les aimait, si Pecola avait eu les yeux bleus.  Dans «Paradise» et «Sula», c’est la présence de personnages inquiets, des images voluptueuses évoquant des sortilèges, l’ensorcellement et la superstition. Dans «Song of Salomon», on recense une tribu violente, dans «Tar Baby» et «Beloved», c’est une tribu aveugle récréant la traite négrière et dans «Jazz» et «Love», c’est la mort qui agit et donne valeur à la vie.

 

Toni MORRISON, qui avait soutenu Barack OBAMA, est aux antipodes du président actuel des Etats-Unis : «c'est la personne la plus rétrograde et la plus mal informée que je connaisse. C'est douloureux. Et c'est surtout dangereux. Ça m'effraie. Il ne sait pas rire, rire est une expérience profondément humaine et il en est incapable» avait-elle dit. Toni MORRRISON haïssait la haine : «C'est la haine qui fait cet effet. Elle consume tout, sauf elle-même, si bien que, quel que soit votre chagrin, votre visage devient exactement le même que celui de votre ennemi» écrit-elle dans «Love». «Il est question, dans ses propos, de ne pas céder à la facilité des stéréotypes ou du misérabilisme, elle prend d’ailleurs un malin plaisir, dans ses réponses, à ne pas être là où on l’attend, de ne pas se laisser arrêter par les barrières posées à l’extérieur. Mais de tenter, chacun, d’accéder à notre véritable identité quelle que soit notre couleur, à notre liberté intellectuelle quelles que soient nos chaînes. Et c’est en cela que sa prose incomparable, épique et poétique, nous fait grandir» écrit Laurence LEMOINE.

 

Le «Chant de Salomon» est un retour aux sources de l'odyssée du peuple noir. Mêlant burlesque et tragique, entre rêve et réalité, cette fresque retrace la quête mythique de Macon Mort, un adolescent désabusé parti dans le Sud profond chercher d'hypothétiques lingots d'or. Mais le véritable trésor qu'il découvrira sera le secret de ses origines. «La récolte du coton brisait le corps, mais rendait l’esprit libre pour des rêves de vengeance, des images de plaisir illégal, voire d’ambitieux projets d’évasion» écrit-elle dans «Home». Entre Jazz, esclavage et ségrégation raciale, dans son ouvrage «Origine des autres», Toni MORRISON démonte les mécanismes du racisme dont le seul but est d'entretenir et perpétuer la domination d'une seule catégorie d'individus. L’alibi de couleur a été utilisé pour ainsi nier l'individualité de «l'Autre». Toni MORRISON accorde une place importante à la musique noire dans sa contribution littéraire, une démarche de «Village Literature». L’auteure estime que les Noirs américains ont longtemps vécu dans un village métaphorique les empêchant de lutter contre les barrières raciales. Or, la musique noire a été un puissant catalyseur d’intégration des Noirs dans la société américaine. Grande amie et admiratrice de Nina SIMONE (1933-2003), elle estime qu’elle «est extrêmement intimidante» et «sa musique fait partie de la santé de votre âme». Par conséquent, Toni MORRISON fait appel au langage de la musique notamment dans «The Bluest Eye», «Sula» et «Song of Salomon», en rappelant l’estime de soi, la fierté d’être Noir, la défense de ses valeurs culturelles et l’identité des Noirs.

Lorsqu'elle a reçu en 1993 le Prix Nobel de littérature avait salué «une puissante imagination, une expressivité poétique et le tableau vivant d'une face essentielle de la réalité américaine». En effet, ses livres étaient une vision cruellement réaliste de l'histoire américaine, avec cette tâche effroyable : l'esclavage vécu par les noirs. Et une musique est née de tout cela : le blues. Universitaire, femme de lettres et éditrice notamment pour Angéla DAVIS et Mohamed ALI, Toni MORRISON s’intéresse aussi bien à la réflexion sur l’art du roman qu’à la fonction, à l’évolution et à la réception de ce genre littéraire, un miroir de la société. Ainsi, dans «Sula» son quatrième roman, Toni MORRISON, célèbre l’amitié, une affection qui lie l’héroïne et Nel. Le roman examine ainsi les rapports sociaux et l’émergence d’une personnalité féminine : «La romancière parvient à donner à la quête du bonheur des personnages, ce à quoi se ramène le sens de l’existence humaine», écrit Andrée-Marie DIAGNE. Si Toni MORRISON croyait au bonheur sur terre, elle semblait sceptique quant à l’existence d’un paradis, dans l’au-delà : «Le problème avec le paradis c'est qu'il est fondé sur le fait que quelqu'un  en est exclu. C'est cela le rôle de la nature, elle exclut. On ne peut pas avoir un paradis pour tout le monde. On ne peut avoir un paradis que s'il existe un enfer pour quelqu'un d'autre. Je voulais un peu suggérer la possibilité d'un paradis dont personne ne serait exclu» écrit-elle dans «Paradise».

 

La contribution littéraire de Toni MORRISON a considérablement contribué à la visibilité de la littérature noire aux Etats-Unis. De son vivant, Walter GOBEL avait réclamé de «canoniser» Toni MORRISON. Un baobab est tombé, une grande âme s’en va, mais son esprit reste parmi nous : «Nous mourrons. Cela peut être le sens de la vie. Mais le langage est peut-être la mesure de la vie» avait dit Toni MORRISON.

«Et quand de grandes âmes meurent,

Après une période, la paix fleurit,

de manière lente et toujours irrégulière.

Les espaces se remplissent d'une sorte de vibration électrique apaisante.

Nos sens, restaurés, qui ne seront jamais

les mêmes, nous chuchotent:

Ils ont existé. Ils ont existé.

Nous pouvons être. Être et être

meilleurs. Car ils ont existé», extraits d'un poème de Maya ANGELOU «Quand les grands arbres tombent».

 

Bibliographie très sélective

 

1 – Contribution de Toni Morrison

 

MORRISON (Toni), Beloved, traduit par Hortense Chabrier et Sylviane Rué, Paris, Christian Bourgeois, 1993, 379 pages ;

 

MORRISON (Toni), Délivrances, traduction de Christine Laferrière, Paris, Christian Bourgeois, 2015, 196 pages ;

 

MORRISON (Toni), Home, Paris, Christian Bourgeois, 2012, 151 pages ;

 

MORRISON (Toni), Jazz, Paris, Christian Bourgeois, 2015, 246 pages ;

 

MORRISON (Toni), L’œil le plus bleu, Paris Christian Bourgeois, 1994, 217 pages ;

 

MORRISON (Toni), L’origine des autres, traduction de Christine Laferrière, préface de Ta-Nehesi Coates, Paris, Christian Bourgeois, 2018, 110 pages ;

 

MORRISON (Toni), Le chant de Salomon, traduction de Jean Guiloineau, Paris, Christian Bourgeois, 1996, 472 pages ; 

 

MORRISON (Toni), Love, traduit par Anne Wicke, Paris, 10/18, 2004, 192 pages ;

 

MORRISON (Toni), Paradis, Paris, Christian Bourgois, 2015, 368 pages ;

 

MORRISON (Toni), Sula, Paris, Christian Bourgeois, 2015, 186 pages ;

 

MORRISON (Toni), Tar Baby, Paris, Christian Bourgeois, 2015, 433 pages ;

 

MORRISON (Toni), Un don, traduit par Anne Wicke, Paris, Christian Bourgeois, 2009, 192 pages ;

MORRISON (Toni), Virginia Woolf’s and William Faulkner’s Treatment of the Alienated, thèse, Cornell University, 1955, 92 pages.

2 – Autres références

 

ADLER (Laure) «Interview de Toni Morrison», émission «Hors Champ», France-Culture, 30 octobre 2012 ;

BLOCH-LAINE (Virginie), «Le bruit, la fureur, la mythologie», Libération, 6 aout 2019 ;

BROWN (Cecil), «Interview With Toni Morrison», The Massachusetts Review, automne 1995, vol 36, n°3, pages 455-473 ;

 

DAVIS (Christina”, “Interview with Toni Morrison”, Présence Africaine, 1er semestre 1988, n°145, pages 141-150 ;

 

DIAGNE (Andrée-Marie), «Lire Sula de Toni Morrison», Présence Africaine, 1er semestre 1999, n°159, pages 187-196 ;

 

GARABEIAN (Deanna, R), «Toni Morrison and the Language of music”, C.L.A Journal, mars 1998, vol 41, n°3, pages 303-318 ;

 

GOBEL (Walter), “Canonizing Toni MorrisonArbeiten Augslistik Und Amerikanistik, 1990, vol 15, n°2, pages 127-137 ;

 

KAISER (Mario), LADIPO MANIYAKA (Sara), “Interview de Toni Morrison”, Granta, 29 juin 2017 ;

 

LEMOINE (Laurence), «Interview de Toni Morrison», Psychologies, 6 août 2012, rediffusion d’un entretien de 2012 ;

 

N’DIAYE (Ange, Gaël, Pambo, Pambo), Le réalisme magique dans les romans de Toni Morrison, thèse de doctorat de littérature américaine, sous la direction de Mme Claude Cohen-Safir, Paris VIII, Vincennes-Saint-Denis, juin 2009, 403 pages ;

 

PAQUET (Anne-Marie), Toni Morrison, figures de femmes, Paris, Presses, Sorbonne, 1996, 140 pages ;

BOULET-GERCOURT (Philippe) «Toni Morrison ne croit pas au paradis», Le Nouvel Observateur, 21 mai 1998, n°1750, pages 142-43 ;

GATES (David) «Toni Morrison et son paradis perdu», L’Express, Lire, mars 1998, page 32 ;

BERRET (Anthony, J), «Toni Morrison’s Jazz», CLA Journal, mars 1989, vo 32, n°3, pages 267-283 ;

SAVIGNEAU (Josiane), «Morrison, la guerrière», Le Monde, 29 mars 1998.

Paris, le 6 août 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Toni MORRISON (1931-2019), Prix Nobel de Littérature The Beloved» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 12:54

Le continent africain, après la nuit de l’esclavage, du colonialisme et des régimes oppressifs, a engagé, péniblement, une longue marche pour retrouver sa souveraineté, sa liberté et sa dignité. Bien des régimes préhistoriques et monarchiques sont entrain de s’effondrer sous nos yeux. Berceau de l’humanité, l’Afrique est bien entrée dans l’histoire, par la vitalité de la contribution littéraire de ses intellectuels et par la créativité de ses artistes.

Au XXème siècle, ce sont les anciens tirailleurs sénégalais, au sortir de la Première guerre mondiale, qui ont fait irruption sur la scène politique par des revendications d’égalité, de citoyenneté et de fraternité. C’est aussi par le sport et les arts que les mouvements d’émancipation ont pris de l’ampleur. Ces revendications, fondées initialement sur l’assimilation, ne réclamant pas au départ l’indépendance, se sont heurtées à un mur d’incompréhension et de mépris, ainsi qu’une répression, assimilable, parfois, à un crime contre l’humanité.  Cette période troublée a été féconde sur le plan littéraire à travers un engagement résolu en faveur de la liberté du continent noir, notamment à travers la Négritude de CESAIRE et SENGHOR. Des voix illustres, comme celle d’Amadou Hampâté BA, se sont élevées pour la défense et la promotion des cultures orales africaines. Des écrivains engagés, comme Bernard DADIE, Chinua ACHEBE, N’Gugi Wa THIONG’O’, Albert MEMMI, Mongo BETI, Elikia M’BOKOLO et Kateb YACINE, ont réclamé, sans concession, une liberté immédiate et sans condition des colonisés.

Là où l’indépendance n’a pas été pacifique, des guerres de libération nationale ont contraint, formellement, le colonisateur à partir. Cependant, le colonisateur a su, à travers ce qu’il est convenu d’appeler la Françafrique, maintenir certains Etats indépendants dans la dépendance. En France, face à la montée du racisme, la diaspora revendique sa place pleine et entière dans la société, à égalité de droits et d’obligations.

L’Afrique dépasse largement le cadre géographique du continent et concerne aussi sa diaspora. Il existe un mouvement de va-et-vient entre les deux sphères culturelles. W.E.B DU BOIS et Langston HUGHES, chef de file du mouvement Harlem Renaissance, ainsi que le poète national russe, et son ancêtre africain, Alexandre POUCHKINE, ont été les moteurs de la revendication du respect de l’identité africaine bafouée. Cette «aventure ambiguë» de la rencontre avec l’Occident, pour reprendre le titre d’un roman de Cheikh Hamidou KANE, a conduit certains auteurs à considérer que la langue française est devenue «un butin de guerre», suivant une expression de l’auteur algérien Kateb YACINE. L’écrivain ivoirien, Ahmadou KOUROUMA, a renouvelé et enrichi la langue française, avec notamment des locutions de sa langue maternelle, le Malinké.

Par conséquent, les enjeux majeurs de notre époque, à l’aube du XXIème, n’ont pas, fondamentalement, changé ; ils tournent autour des thèmes de liberté, d’égalité réelle, de justice et d’équité, de fraternité, de souveraineté, de panafricanisme, des voies et moyens de rechercher des solutions originales pour sortir du sous-développement, par une coopération mutuellement avantageuse. Samir AMIN recommande aux Africains de rechercher eux-mêmes des solutions originales pour leur développement, les concepts de Gauche ou de Droite n’ayant de sens que si l’on tient de l’intérêt du pays.

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Paris, le 2 juin 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 00:25

«Ma voix connaît trente années de silence, trente années de brimades» écrit Mariama BA, une éminente pionnière de la littérature sénégalaise, devenue célèbre grâce à son roman, «Une si longue lettre». L’engagement littéraire de Mariama BA, un acte hautement subversif contre l’ordre établi, entonne l’hallali contre la misogynie séculaire et ancestrale, déclenchant ainsi un vaste mouvement d’émancipation de la femme africaine ayant pris une ampleur considérable, depuis lors. On connaît cette chanson des écoliers africains, dans Mamadou et Bineta : «Les coqs chantent, le jour paraît tout s’éveille dans le village. Pour que le couscous soit prêt, femmes debout et du courage». Aminata SOW FALL (voir mon article), une grande dame des lettres du Sénégal, apprécie, à sa juste valeur, la démarche de Mariama BA, dans son article paru en 1983, «Du pilon à la machine à écrire». Elle écrit «Chanson d’écolier, certes, campant merveilleusement l’image de la femme au pilon. Mais surtout condensé significatif du rôle assigné à la femme dans la société africaine : mère nourricière, travailleuse et douce». Certains hommes, comme Paul HAZOUME (1890-1980) dans son roman, «Douguicimi», paru en 1938, avait dénoncé l’égoïsme des hommes et la nécessité de reconnaître la femme comme un être humain. Mais il ne contestait pas sa condition et son assujettissement à l’homme. Le cinéaste et écrivain sénégalais, Ousmane SEMBENE (voir mon article, 1923-2007) était aussi féministe. Cependant, dans cette littérature, c’est à travers le point de vue masculin qu’est montré la situation des femmes, «à la lueur de leurs rêves, de leurs aspirations sociales ou politiques ou selon les désirs de la société» écrit Aminata SOW FALL. L’écrivaine sénégalaise, Awa THIAM, dans son roman «La parole aux négresses», paru en 1978, avait dénoncé, de façon véhémente, l’asservissement des femmes : «Longtemps, les Négresses se sont tues. N’est-il pas temps qu’elles recouvrent leurs voix, ou reprennent la parole, ne seraient ce que pour dire qu’elles existent ?». En effet, les femmes ont été pendant longtemps écartées de l’écriture (Poids des traditions, double fonction de mère et travailleuse salariée, absence d’études poussées, etc.). En définitive, c’est Mariama BA qui a secoué, vigoureusement, le cocotier : «Comment ne pas prendre conscience de cet état de fait agressif ? Comment ne pas être tenté de soulever ce lourd couvercle social ? C'est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l'ordre établi à notre détriment et ne point le subir. Nous devons user comme les hommes de cette arme, pacifique certes, mais sûre, qu'est l'écriture» écrit-elle.

En effet, «le roman (Une si longue lettre) est résolument féministe et décrit avec sensibilité et sobriété la fragilité du statut de la première femme chez ces deux héroïnes aussi attachantes l’une que l’autre» écrit Lilyan KESTELOOT. Mariama BA ne se bat pas pour ou contre les hommes, mais simplement pour l’épanouissement des femmes qui ont trop longtemps souffert, et qui souffrent encore de l’amputation de leurs libertés. Elle a pris sa plume pour faire un procès retentissant à la polygamie, à l’égoïsme et l’inconstance des hommes, ainsi qu’à leurs trahisons. Mariama BA envisage, résolument, dans son roman, «Une si longue lettre», l’ardente nécessité, pour la femme, de se libérer, de s’émanciper, et de reprendre, pleinement, sa place dans la société, qu’elle n’aurait pas dû perdre. Ainsi, à la mort de son mari, Ramatoulaye, l’héroïne et la narratrice du roman, prend la plume pour se confier à Aïssatou, grande amie de ses années d’étudiante. Evoquant leurs aspirations féministes et leurs idéaux d’indépendance, entre tradition et modernité, elle revient sur l’injustice et les trahisons qui ont scellé leurs sorts : la polygamie qui est entrée, par effraction dans leurs vies. Peu de femmes ont pris place parmi les grands noms de la littérature africaine, alors qu'elles sont souvent au cœur du sujet des ouvrages africains francophones.  Mariama Bâ, romancière sénégalaise, a su se démarquer et a joué un rôle précurseur dans cette littérature, ce qui lui a permis d’obtenir une renommée internationale. Certes, le sujet concernant la libération de la femme était dans l’ère du temps : «corps esclave, corps torturé, corps sensuel ou corps maternel. Le corps de la femme apparait comme une grande machine à fantasmes et la représentation du corps de la femme noire est un des derniers tabous de la littérature de nos jours» écrit Françoise NAUDILLON. Cependant, c’est Mariama BA qui fut la première à mettre au jour certaines réalités sociales propres à l’Afrique post-coloniale, plus particulièrement au Sénégal, notamment la condition des femmes. «L’écrivain a un rôle d’éveilleur de conscience et de guide» dit-elle en 1980, à Francfort. Elle a donc engagé une bataille frontale contre l’hégémonie patriarcale, teintée d’un regard paralysant et dissuasif. En effet, la femme qui revendique ou qui proteste était souvent discréditée, calomniée ou mise au banc de la société. Mariama BA a donc brisé la glace. A travers sa contribution littéraire, elle invite la femme à prendre la plume pour dénoncer cette oppression : «C’est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains pour bouleverser l’ordre établi à notre détriment et de ne point le subir. Nous devons user contre les hommes cette arme, pacifique, certes, mais sûre, qu’est l’écriture» ajoute-t-elle dans son discours de Francfort sur «la fonction politique des littératures africaines». Par conséquent, Mariama BA a donc été une figure littéraire féminine majeure en Afrique au XXème siècle. Elle fut une femme écrivaine engagée affirmant et réaffirmant les droits de la femme, qui ne doit plus être passive face à l’homme, décidée à combattre l’hégémonie masculine. Elle dédicace son roman : «A toutes les femmes et aux hommes de bonne volonté». Le personnage de Ramatoulaye rappelle cet engagement pour l’émancipation des femmes : «Nous étions de véritables sœurs destinées à cette mission émancipatrice. Nous sortir de l’enlisement des traditions, superstitions et mœurs ; nous faire apprécier de multiples civilisations, sans reniement de la nôtre ; élever notre vision du monde, cultiver notre personnalité, renforcer nos qualités, mater nos défauts ; faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle».

Toutefois, le féminisme assumé et revendiqué de Mariama BA recèle deux grandes originalités par rapport aux combats engagés dans les pays occidentaux. D’une part, le modernisme, le savoir acquis à l’école française, ne signifie nullement, pour Mariama BA, un reniement de sa culture, des valeurs traditionnelles et familiales, et de sa religion. La culture sénégalaise reste un élément essentiel dans sa vie et sa contribution littéraire, comme en témoigne un texte de jeunesse, produit lors de la dernière année d’étude à Rufisque : «J'avais huit ans et je criais "Tam-tam emporte moi". Puis un jour, vint mon père, vint l'école, et prit fin ma vie libre et simple. On a blanchi ma raison ; mais ma tête est noire, mais mon sang inattaquable est demeuré pur, comme le soleil, pur, conservé de tout contact. Mon sang est resté païen dans mes veines civilisées et se révolte et piaffe aux sons des tam-tams noirs» écrit-elle en 1947.

D’autre part, pour bien des auteurs en Occident, le féminisme doit rimer avec la liberté sexuelle, une libération du corps. «Chaque femme fait de sa vie, ce qu’elle souhaite. Une vie de femme dissolue est incompatible avec la morale. Que tire-t-on des plaisirs ? Un vieillissement précoce et l’avilissement» écrit-elle. En effet, Mariama BA, dans ce conflit entre la tradition et la modernité, réaffirme son attachement à la religion musulmane et à l’aristocratie, à une conception pudibonde, et non licencieuse, de l’écriture du corps de la femme : «Mon cœur s’accorde aux exigences religieuses. Nourrie, dès l’enfance, à leurs sources rigides, je crois que je ne faillirai pas» dit Ramatoulaye. Ce roman est épuré de toute revendication jouissive et libertine. Tout en comprenant les tenantes de la liberté sexuelle la femme ne pouvant se réaliser que dans le couple : «Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple» dit Ramatoulaye, qui «reste persuadée de l’inévitable et nécessaire compatibilité entre l’homme et la femme». Mariama tente de concilier la tradition et la modernité «Nous sortir de l’enlisement des traditions, des superstitions et des mœurs, nous faire apprécier les multiples civilisations, sans reniement de la nôtre» écrit-elle. Mariama croit en l’influence libératrice de l’école pour les femmes.

«Une si longue lettre», comme l’indique son titre, est un roman épistolaire. La narratrice, Ramatoulaye, s’adresse du début à la fin du roman à sa meilleure amie Aïssatou, sous une forme de «confidence» qui «noie la douleur». La forme épistolaire exprime donc «la souffrance et la création» littéraire, mais aussi la modernité, «le rêve et la méditation philosophique», avance Ousmane DIA. En effet, ce récit, écrit à la première personne, dévoile des secrets et prend corps au sein de l’amitié : «J'ai voulu donner au roman une forme originale. En général, l'auteur se met en dehors des personnages et raconte. J'ai choisi la forme d'une lettre pour donner à l'oeuvre un visage humain. Quand on écrit une lettre, on dit je. Ce «je» s'identifie à Ramatoulaye et non à l'auteur» précise-t-elle dans l’entretien avec Touré DIA. Mais cette amitié n’est qu’un prétexte pour dénoncer, violemment, la condition des femmes. C’est une charge portée contre une société traditionnelle corsetée, dominée par le mâle, mais aussi, l’influence néfaste des vieilles femmes ainsi que la religion ne sont pas épargnées. En effet, Ramatoulaye écrit à son amie d’enfance, Aïssatou, une lettre lui annonçant le décès de son mari, Modou, d’une crise cardiaque. Ramatoulaye décrit, minutieusement, les différentes cérémonies de présentation des condoléances, avec leur défilé incessant de convives. Ces cérémonies, fastueuses, doivent se prolonger jusqu’au terme du délai de viduité de 4 mois et 10 jours, pendant lesquels la veuve doit rester recluse. Ramatoulaye découvre la trahison de son mari, non seulement il était polygame, mais il avait également hypothéqué sa maison. Le récit n’est pas linéaire, la narratrice revient sur les qualités de Modou, pendant les fiançailles. En dépit de ses  qualités, c’était «un mari trop poli pour être honnête», dit la mère.

A la vie dans la rage et l’aigreur qu’aurait été, pour elle, une vie polygamique, Aïssatou choisit la rupture, radicale, définitive. Elle est professeur des universités. Avec ses seuls enfants pour bagage, elle quitte la quiétude financière de son foyer pour une vie de bagarre qui s’ouvre positivement sur une carrière aux États-Unis. Le choix de la liberté, le choix d’une vie sans concession, même à celui qu’elle aime réellement. Mawdo BA c’est le témoignage de la faiblesse d’un homme qui laisse s’échapper celle qu’il aime et qui, en choisissant de baisser les armes face à sa mère, s’est choisi une mort lente et douloureuse, par absorption quotidienne de couleuvres cyanurées.

Contrairement à Aissatou, par courage ou lâcheté, Ramatoulaye choisit de s’accrocher à son homme. Elle opte, désespérément de garder la tête haute, de rester dans son foyer, dans l’espoir  de refaire sa vie ou de vivre avec ses enfants, sans père. «Je survivais. Je me débarrassais de ma timidité pour affronter, seule les salles de cinéma. (..) Je mesurais, aux regards étonnés, la minceur de la liberté accordée à la femme» écrit-elle.

En définitive, ce roman, «Une si longue lettre» aurait pu, aussi, s’intituler «Lettre ouverte à tous les mufles et prédateurs sexuels du monde entier». En effet, les scandales sexuels récents, notamment à Hollywood, à l’Académie du Prix Nobel de Littérature et même au sein de l’Eglise, invitent les Occidentaux, souvent prompts à donner des leçons au Tiers-monde, à un peu plus d’humilité et de modestie. Ce roman interpelle tous ces misogynes dans la classe politique française, qui par leurs sarcasmes, leurs attaques inqualifiables, ont tenté d’humilier et de détruire des femmes remarquables comme Christiane TAUBIRA, Ségolène ROYAL, Rama YADE, Rachida DATI, Anne HIDALGO et Edith CRESSON. Je me sens particulièrement solidaire du combat des femmes et de toutes les minorités, y compris les homosexuels du Sénégal, qui luttent pour l’égalité et la tolérance. On connaît tous les barrages mis sur le chemin de l’égalité réelle pour les Français issus de l’immigration. Dans ces conditions, on comprend mieux l’audace et l’originalité de la contribution littéraire de Mariama BA mettant en scène des personnages féminins qui ont du mal à se situer, et même plus largement à exister dans une société corsetée, marquée par la crise des valeurs traditionnelles. Une certaine violence émane de ce récit où les institutions écrasent les individus sous le poids de règles désuètes, entraînant alors la femme, contre son gré, dans un mariage polygamique typiquement musulman. Une sorte de désespérance et de violence pour ces femmes qui, par amour, se résignent à subir ces conditions. Mariama BA présente et conteste cet ordre établi, signe d’un malaise de la société contemporaine. Ici, la femme africaine affirme sa singularité par la prise de parole et l’écriture.

Mariama BA a peu écrit, mais sa contribution littéraire dense, composée de deux romans seulement, a considérablement marqué notre temps. La qualité de son expression écrite témoigne d’un style magnifique, une langue belle et lyrique, voire philosophique. Ses récits, avec une intrigue bien ficelée, démarrant sans bifurcation, accrochent le lecteur dès les premières lignes et le tiennent en haleine. On a envie de lire, tout de suite, le chapitre suivant. S’il est vrai qu’en raison de la puissance de sa dénonciation, le combat pour le féminisme a éclipsé les autres sujets, Mariama BA, avec sa verve et son récit poignant, brasse des thèmes d’une grande richesse, comme l’amour, l’amitié, la trahison, la dégradation des mœurs, l’éducation et l’histoire. D’une manière générale, ce conflit entre tradition et modernité, est le fil conducteur de ce roman «Nous étions d’accord qu’il fallait bien des craquements pour asseoir la modernité dans les traditions. Ecartées entre le passé et le présent, nous déplorions «les suintements» qui ne manqueraient pas». Au passage, Mariama BA se fait sociologue et philosophe. Guidée par une grande économie de mots, sans digression, Mariama BA évoque l’amour et le bonheur du mariage dans un couple uni, et puis la cruauté de la trahison, l’influence néfaste des familles, et donc la jalousie, la colère et même la rupture pour l’une des protagonistes, la souffrance ou la résignation, mais aussi la dégradation des mœurs, l’inconstance des maris libidineux. «Alors que la femme puise, dans le cours des ans, la force de s'attacher, malgré le vieillissement de son compagnon, l'homme, lui, rétrécit de plus en plus son champ de tendresse. Son œil égoïste regarde par-dessus l'épaule de sa conjointe. Il compare ce qu'il eut à ce qu'il n'a plus, ce qu'il a à ce qu'il pourrait avoir» écrit-elle. Finalement, même si le féminisme a vampirisé tout le reste, des thèmes riches sont traités dans ce roman : l’amour, l’amitié, la trahison, les castes, l’éducation, le conflit entre tradition et modernité. Ce roman est également un voyage dans l’histoire, enseignement et éducation.

«La saveur de la vie, c’est l’amour. Le sel de la vie, c’est l’amour» écrit-elle. Le thème de l’amour, au cœur de sa réflexion, est décliné dans tous ses aspects. Mariama BA valorise l’amour maternel «On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue s’enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin» écrit-elle. Cependant, à l’égard de ses enfants, Mame Coumba N’DIAYE, sa fille et biographe, a relaté «l’amour-passion» de sa mère, ses coups de colère, sa sévérité et ses punitions : c’est une mère exigeante, pour rendre ses enfants meilleurs. Ainsi, quand sa fille tombe enceinte d’un étudiant, le personnage de Ramatoulaye est convaincu par la plaidoirie d’Ibrahima SALL, convoqué, qui dira «Votre fille est mon premier amour. Je souhaite qu’elle soit l’unique». En dépit de la trahison de son mari, Ramatoulaye rappelle le profond amour entre un mari et sa femme : «J’ai aimé passionnément cet homme, dire que je lui ai consacré trente ans de ma vie, dire que j’ai porté douze fois son enfant». Mariama BA donne sa définition du mariage qui «n’est pas une chaîne. C’est une adhésion réciproque à un programme de vie» écrit-elle. Pour Mariama BA, l’amour de sa famille, et notamment de son mari, revêt un caractère majeur «Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple, tout en respectant le choix des femmes libres. J’ai aimé ma maison. (…) Tu connais ma sensibilité, l’immense amour que je vouais à Modou» et en dépit de la trahison, elle dit «ma vérité est que, malgré tout, je reste fidèle à l’amour de ma jeunesse». L’auteure est sur ce point en rupture avec la tradition : «Une femme doit épouser l’homme qui l’aime, mais point celui qu’elle aime ; c’est le secret du bonheur durable» lui disait-on. «L’amour si imparfait, soit-il, dans son contenu et son expression, demeure le joint naturel entre deux êtres. C’est de l’harmonie du couple que naît la réussite familiale». Le personnage d’Aïssatou invoque également la question de l’amour dans sa lettre de rupture avec Mawdo qui a pris une deuxième épouse, sous la contrainte de sa mère : «Si tu peux procréer sans aimer, rien que pour assouvir l’orgueil de ta mère, je te trouve vil. (…) Je me dépouille de ton amour, de ton nom. Vêtue du seul habit valable de la dignité, je poursuis ma route». Quand les hommes sont marqués par la bestialité des instincts, par des trahisons charnelles, ce n’est plus de l’amour : «Je ne pouvais pas être l’alliée des instincts polygamiques» dit-elle. Mariama rend hommage à son institutrice, Berthe MAUBERT pour son altérité : «Le mot aimer avait une résonance particulière en elle. Elle nous aima sans paternalisme».

L’amitié est supérieure à l’amour «J’ai toujours chanté l’amitié. Elle n’a pas les limites égoïstes de l’amour, ni ses exigences. Elle a des élans nobles, doux et entiers» dit-elle. Mariama a donc une conception exigeante de l’amitié «L’amitié a des grandeurs inconnues de l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l’amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l’amour». Ramatoulaye a de l’amitié pour Mawdo qui n’a pas pu sauver son mari terrassé par une crise cardiaque : «ses yeux rougis témoignent de quarante années d’amitié». A Daouda qui courtisait Ramatoulaye devenue veuve, il est offert l’amitié. Mariama BA ne conçoit l’amour que dans le mariage «Mon cœur n’aime pas Daouda Dieng. Ma raison apprécie l’homme. Mais le cœur et la raison sont souvent discordants. (…) L’estime ne peut justifier une vie conjugale» fait-elle dire à Ramatoulaye. Mariama revient sur la force de l’amour, dans le Chant écarlate : «On ne peut rien contre l'amour. Celui qui lutte contre l'amour est semblable à celui qui veut assécher la mer».

La trahison est présente dans ce roman. Modou, le mari de Ramatoulaye, a épousé Binetou, une amie de sa fille, Daba. A la mort de son mari polygamique, elle écrit : «Je mesure, avec effroi, la trahison de Modou. L’abandon de sa première famille. Mort sans le sou». La veuve est dépouillée de sa maison au profit de sa belle-mère. La trahison génère l’amertume, et la tentation de la résignation, dans un pays musulman, est grande : «Pour vaincre ma rancoeur, je pense à la destinée humaine. Chaque vie recèle une parcelle d'héroïsme, un héroïsme obscur fait d'abdications, de renoncements et d'acquiescements, sous le fouet impitoyable de la fatalité». Pour se prémunir de la fatalité, et avoir envie de lutter en tant que femme, Mariama a ses recommandations : «Pour vaincre la détresse quand elle vous assiège il faut de la volonté, quand on pense que chaque seconde écoulée abrège la vie, on doit profiter intensément de cette seconde, c'est la somme de toutes les secondes perdues ou cueillies qui fait les vies ratées ou réussies» écrit-elle. Il est aussi question de racisme dans ce roman, Jacqueline, venant d’un autre pays africain, est affublée du sobriquet de «Gnac», une broussarde.

Mariama évoque la question des castes. Dans ce roman, Mawdo BA, un médecin noble et Guelwar du Sine, est marié à Aïssatou, de la caste des forgerons : «Un mariage controversé. (..) Un Toucouleur qui convole avec une bijoutière ? Jamais, il n’amassera de l’argent». La mère de Mawdo, «rigide et pétrie de morale ancienne», est attachée «à la véracité de la loi du sang». Mais Mariama défend une autre noblesse, celle de l’esprit : «Chaque métier, intellectuel ou manuel, mérite considération, qu’il requiert un pénible effort physique, des connaissances étendues ou une patience de fourmi». Aïssatou gagne sa noblesse par le travail, elle a étudié et a eu un poste aux Etats-Unis. Les livres «te permirent de te hisser. Ce que la société te refusait, ils te l’accordèrent : des examens passés, avec succès, te menèrent, toi aussi, en France. L’école d’interprétariat, d’où tu sortis, permit ta nomination à l’ambassade du Sénégal aux Etats-Unis». La noblesse d’esprit, c’est aussi rester fidèle à sa famille : «Les princes dominent leurs sentiments, pour honorer leurs devoirs» écrit-elle.

L’éducation est présente dans les thèmes traités par Mariama BA «Le rêve d’une ascension sociale fulgurante pousse les parents à donner plus de savoir que d’éducation à leurs enfants. La pollution s’insinue autant dans les cœurs que dans l’air» écrit-elle. Pour Mariama BA, le moderne accompagne aussi la dégradation des mœurs : «Je jugeais affreux le port du pantalon quand on n’a pas, dans la constitution, le relief peu excessif des Occidentales. Le pantalon fait saillir les formes plantureuses des Négresses, que souligne davantage une cambrure profonde des reins» écrit-elle. Pourtant, le personnage de Ramatoulaye entame l’éducation sexuelle de ses filles «Je ne voulais pas armer mes filles en leur offrant l’immunité du plaisir. Le monde est à l’envers. Les mères jadis enseignaient la chasteté. (…) J’insiste sur la signification sublime de l’acte sexuel, une expression de l’amour» écrit-elle.

Mariama BA, c’est un mélange de dictons sénégalais et de philosophie tirés de la tradition orale ou de dictons de sa grand-mère : «La honte tue plus vite que la maladie» ; «On ne brûle pas un arbre qui porte des fruits» ; «On ne change pas les habitudes d’un homme fait» ; «La vie n’est pas lisse, on y bute des aspérités» ; «On n’abat pas l’arbre dont l’ombre vous couve. On l’arrose. On le veille» ; «On a beau nourrir un ventre, il se garnit quand même à votre insu».

Mariama BA était une militante associative, tout en étant très proche du Parti socialiste de SENGHOR et de son club Soroptimiste, elle n’était pas une militante politique : «A regarder les tiraillements stériles au sein d’un même parti, à regarder l’appétit de pouvoir des hommes, je préfère m’abstenir» écrit-elle. «Si la femme est animée d’un idéal politique, si elle ne veut pas être un support, un objet qui applaudit, si elle a un message politique, il lui est difficile de s’insérer dans un parti politique», dit-elle en 1979. Pour elle, «quand on a envie de travailler sainement, qu’on ne recherche pas à être connue, les associations féminines offrent des cadres d’évolution aux angles plus arrondis». Cependant, Mariama BA revendique, pour les femmes, une juste place dans le jeu politique : «La femme ne doit plus être l’accessoire qui orne, l’objet que l’on déplace, la compagne qu’on flatte ou calme avec des promesses. La femme est la racine fondamentale de la Nation où se greffe tout apport, d’où part aussi toute floraison. Il faut inciter la femme à s’intéresser davantage au sort de son pays» écrit-elle.

Les chercheurs se sont longtemps et longuement interrogés : ce roman est-il autobiographique ?

Son roman a, incontestablement, des éléments tirés de la vie de l’auteure : Ramatoulaye, est une femme divorcée, résidant au quartier de la Médina, à Dakar, c’est une enseignante, confrontée, dans l’éducation de ses enfants, à la dégradation des mœurs. Il est indubitable que ce roman s’est enrichi de l’expérience personnelle de Mariama BA. Par ailleurs, ce roman a une dimension historique. L’école normale supérieure des Institutrices de Rufisque étant créée en 1938, le vécu de Mariama BA, au frémissement des idées d’indépendance, est un aspect important de sa création littéraire, notamment en ce qui concerne le rôle et la place des femmes dans la société. Germaine Le GOFF qui a dirigé cette école entre 1938 et 1945, a exercé une influence décisive sur Mariama, dans son combat pour l’identité et l’émancipation des femmes. Mme Le GOFF avait pour ambition de former de jeunes filles «assez cultivées, maîtresses de maisons indigènes assez parfaites» écrit-elle. «Une si longue lettre» ce roman est-il pour autant autobiographique ?

Mariama BA avait écarté une réponse positive à cette question, en affirmant, à la sortie de son roman qu'elle n'avait «ni la grandeur d'âme, ni les qualités de son héroïne», il était donc difficile de savoir dans quelle mesure l'œuvre n'était pas d'inspiration autobiographique. La récente publication de la biographie de Mariama BA, par sa fille Mame Coumba NDIAYE, donne des éclairages nouveaux sur ce roman. Troisième fille, issue du premier mariage, Mame Coumba présente une biographie romancée, dans laquelle les affects ont pris une part considérable : «Au-delà des liens profonds faits de complicité totale et d’affectueuse tendresse, Mame Coumba conquiert et revigore, par l’amour incommensurable qu’elle portait à sa mère, amour qu’elle a su magnifiquement rendre compte tout au long de son ouvrage» écrit Aminata Maïga KA (1940-2005), dans sa préface.

A certains égards, cette biographie m’a semblé manquer de distance critique, elle est restée, fondamentalement, un cri du cœur pour une mère exceptionnelle, et quelle mère !

Mame Coumba, sa fille et biographe, s’interrogeait dans son avant-propos : «Je me demandais comment j’arriverais à avoir cette objectivité froide et impartiale, cette distanciation non intime, qui font la force des biographes, pour écrire un livre crédible sur Mariama Ba». Dans sa préface, Aminata Maïga KA estime, qu’en «véritable intellectuelle, elle (Mame Coumba N’DIAYE) a du prendre du recul par rapport à ses sentiments, pour promener un regard critique sur la forte personnalité de sa mère qu’elle appelle «Mariama Ba» avec beaucoup de détachement, de rigueur, voire de sévérité». En effet, Mame Coumba a fait, considérablement, avancer la recherche, et cela à plus d’un titre, elle a pu accéder à une correspondance inédite et des carnets de notes de Mariama BA, à des documents épars, déjà publiés, mais difficiles d’accès, qu’elle a regroupés, en annexe. Pour la question qui nous occupe : est-ce un roman épistolaire ou biographique ?

Mame Coumba, me semble-t-il, a tranché, définitivement, la question. C’est une voix autorisée. «Le grand mérite de Mariama Ba, c’est d’être placée au cœur de ce roman, d’avoir cohabité avec l’héroïne jusqu’à céder aux tentations de la biographie» écrit Mame Coumba N’DIAYE. Suivant cette biographe, le livre auquel pensait Mariama, au départ  n’avait rien à voir avec sa vie personnelle. «Une si longue lettre» était né, fortuitement, des confidences de deux sénégalaises, amies de l’auteur que les déboires conjugaux avaient plongées dans le désarroi, loin de leur pays» écrit Mame Coumba N’DIAYE.

Mariama BA, née le 17 avril 1929, à Dakar, a vécu essentiellement avant l’indépendance et durant la deuxième moitié du XXème. A moins de quatre ans, la petite Mariama perd sa mère des causes de la peste, dont elle ne garde que peu de souvenirs, si ce n’est «le sourire froid et figé de vieilles photographies» écrit-elle. Mariama, la benjamine d’une famille de quatre enfants, garde peu de souvenir de ses deux soeurs aînées, mortes à deux années d’intervalle. En l’absence d’une figure maternelle, qu’il juge indispensable pour l’éducation de ses deux filles, le père de Mariama les confie  à leurs grands-parents maternels.

Mariama BA nait à la rue Armand Angrand, à Dakar au Sénégal le 17 avril 1929, dans une famille musulmane, «si elle ne vivait pas dans l’opulence, elle était à l’abri du besoin» écrit Mame Coumba N’DIAYE, sa biographe. L’auteure, Mariama BA, précise «Dans notre cour, traînaient à longueur de journée aveugles et éclopés que grand-mère nourrissait». La famille transférera sa résidence au quartier de la Médina à Dakar, et Mariama habitera avec Obèye DIOP, à Fann-Résidence, toujours à Dakar. Son grand-père paternel, Mody Coumba BA, est un Peul originaire de Bakel, mais dont les ancêtres seraient du Mali, dans le Macina. Cheikh Anta DIOP (voir mon article), dans sa thèse, a établi que les Peuls viennent de l’Egypte ancienne. Le grand-père maternel de Mariama travaillait comme interprète pour l’administration coloniale française, à Saint-Louis, puis a transféré sa résidence à Dakar. Bien que de culture ouolof, Mariama BA, de son patronyme, est, incontestablement, une descendante de Coly Tenguella BA (voir mon article), celui qui avait fondé l’Empire des Déniankobé ayant régné 400 ans sur le Fouta-Toro. En effet, tous les BA, sont des nobles et descendants de cet empereur du Fouta-Toro, dit Cheikh Moussa Camara (voir mon article), un grand spécialiste de la généalogie des Hal-Poulaar. Ce côté de la noblesse peule a donc été occulté au profit des ses origines de l’aristocratie ouolof. En effet, son grand-père maternel, El Hadji Macoumba DIOP, était un homme discret et pieux musulman. Sa grand-mère, Coumba Diaw DIOR, était une femme fière et forte, héritière de la lignée royale des souverains de l’Etat ouolof du Cayor. «Très représentative de l’ancienne aristocratie cayorienne, elle avait une conscience très nette de son milieu social, signe irréfutable de ses origines. Yaye Coumba appartenait à la lignée royale. (..) Elle en avait l’allure fière et solennelle, la noblesse de caractère, le sens poussé de l’honneur qui préférait la mort au déshonneur» écrit-t-elle. Incarnation vivante du matriarcat africain pilier de la société et garante de l’ordre social, la grand-mère aura une très forte influence sur sa petite-fille, sur son caractère, sa foi musulmane ardente et sa perception des droits des femmes. «Brave grand-mère, je puisais, dans ton enseignement et ton exemple, le courage qui galvanise au moment des choix difficiles» écrit-elle. Mariama BA avait bien détecté, dès son jeune âge, à travers l’éducation de sa grand-mère, la puissance du pouvoir des femmes, notamment pendant la nuit, sur l’oreiller : «Grand-mère disait que si la femme parlait, bien des élimanes (imams) ne seraient plus à la tête des prières. C’est dans la nuit d’alcôve que les réalités éclatent, loin des regards et des haines. Toute carapace se fend. L’individu dans sa vérité fait face à soi-même, face à sa femme. Les décisions éclaboussent le jour, nées de la réflexion et du raisonnement des femmes» écrit-elle. Mame Coumba N’DIAYE, de renchérir, «Yaye Coumba qui, selon tous les témoignages familiaux, s’est faite le chantre de la grandeur du féminisme». Mariama sait, dans son combat pour le féminisme, la dette à l’égard de sa grand-mère : «A la gloire de grand-mère, qui, par sa voix, m’a apprise que la femme est un être précieux» écrit-elle.

Son père, Amadou BA (1892-1967), a été ministre de la Santé à l’époque de la loi-cadre, entre 1957 et 1958. Sa mère, Fatou Kiné GAYE meurt en 1933, alors qu’elle n’avait que quatre ans ; elle est alors confiée à sa grand-mère Yaye Coumba. L’hostilité des traditionnalistes à l’égard de l’inscription des filles à l’école française, était encore vive : «L’éducation des filles passait par la soumission à l’homme. Elle passait également par le renoncement, l’abdication de leur personnalité et les érigeait en servante de l’époux qui avait en main, «la clef du Paradis» écrit Mariama BA, dans ses carnets que cite Mame Coumba N’DIAYE. Son père, Amadou BA, un militant socialiste, «affichait des idées libérales et se référait à sa propre philosophie» écrit Mame Coumba N’DIAYE. «J’eus la chance de fréquenter l’école grâce aux instances réitérées de mon père qui, à chacun de ses congés, priait mes grands-parents de lui accorder cette faveur. Je fus la première à changer de voie. Depuis, des cousins et cousines ont suivi le pas» écrit Mariama BA. En effet, Amadou BA, son père, l’inscrit à l’actuelle école des jeunes filles, devenue école Berthe MAUBERT.  «Puis un jour, vint mon père, vint l'école, et prit fin ma vie libre et simple» écrira-t-elle en 1947.

Talentueuse, et ayant un goût prononcé pour la lecture, son père l’a aidée et soutenue dans ses études : «En même temps que l’école, mon père fortifiait mes acquis. Financier, mais homme de lettres, il m’a appris à lire. Ses retours de voyage m’inondaient de livres. Je lui dois de savoir m’exprimer oralement. Il me faisait raconter en français ce que j’avais lu et ne se lassait jamais de me reprendre» écrit-elle. Mariama a rendu hommage à ce père visionnaire, à la base de sa carrière littéraire : «Un père hors du commun, pionnier de l’émancipation féminine de la première heure. Son option d’hier me propulse aujourd’hui au-devant de la scène» écrira-t-elle. Mariama BA a subi l’influence de sa directrice d’école, Berthe MAUBERT, qui, au CM2, organisait des cours supplémentaires pour le rayonnement de son école et lui a inculqué les règles grammaticales qui régissent la langue française. En effet, à la fin du primaire Mariama obtient son certificat d’études primaires, mais grand-mère s’oppose à ce qu’elle fasse de longues études. Pour bien des gens traditionnalistes, adversaires de l’éducation des jeunes filles : «le remède apporté par l’école des Blancs est plus dangereux que le mal lui-même» écrit Mame Coumba N’DIAYE. Les filles de l’époque de Mariama, étaient censées devenir secrétaire, sage-femme ou femme au foyer. «J'avais choisi d'être secrétaire. J'avais à cette époque 14 ans. L'importance du choix d'un métier ne m'apparaissait pas du tout. C'est la directrice de l'école des filles qui est venue me retirer du groupe des élèves du secrétariat» confesse Mariama BA, dans l’interview accordée à Alioune Touré DIA. En effet, Berthe MAUBERT la Directrice de l’école, ayant repéré son talent littéraire, l’incite à s’orienter vers des études plus poussées : «Tout le monde, mais pas toi. Tu es intelligente. Tu as des dons. Même si tu ne veux pas y aller, tu vas préparer le concours pour le renom de notre école», dit-elle. La Directrice écrivit au père de Mariama, alors en voyage au Niger : «Mon père absent, Mme Berthe Maubert dut vaincre seule la résistance familiale» écrit Mariama BA. Dans son roman, elle rend hommage à cette française «Je n’oublierai jamais la femme blanche, qui la première, a voulu, pour nous, un destin «hors du commun».

En juin 1943, Mariama passe le concours organisé à l’échelle de l’ex-AOF (Afrique occidentale française) et en sort première. Suivant l’influence de son enseignante, Germaine Le GOFF (1891-1986), elle a choisi l’enracinement et l’ouverture «enracinement dans nos valeurs traditionnelles propres, dans ce que nous avons de bien et de beau, et ouverture aux autres cultures, à la culture universelle» dit-elle dans l’entrevue accordée à Alioune Touré DIA. En effet, Mme Le GOFF, une institutrice, avait pour préoccupation, d'ouvrir aux filles africaines la possibilité de fréquenter l'école. Après un séjour au Mali, de 1923 à 1926, et de longues années d’enseignement, elle fut chargée de créer, en 1938, peu de temps après le Front populaire, au Sénégal, la première Ecole Normale d'institutrices ouverte aux Africaines. Elle y travailla jusqu'à sa retraite, en 1945. Enseignante laïque, du temps où l’Eglise accompagnait le colon, Germaine Le GOFF, est une humaniste laïque. «La femme noire africaine n'existe pas dans l'esprit du colonisateur, et sans égalité des sexes, il n'y a aucun progrès possible, ni en France, ni en Afrique, ni ailleurs» estime Mme Le GOFF. Elle préconise un système éducatif basé sur le travail, la tolérance, l'égalité et la liberté religieuse. « Mme Le Goff avait une vision juste de l'avenir de l'Afrique. Son éducation reposait sur les principes que nous entendons prôner aujourd'hui : «enracinement et ouverture» dit Mariama BA à Alioune Touré DIA. Par conséquent, l’école, loin d’être une source de dépersonnalisation coloniale, est ressentie, par elle, comme un moyen de libération de la femme. Le thème de l’éducation occupe une place importante de son roman. «Un remarquable éducateur français pensa un jour, contre les habitudes livresques, que la première tâche, dans un pays agricole, est de susciter des élites paysannes» écrit Emmanuel MOUNIER. «Nous avons droit, autant que vous, à l’instruction qui peut être poussée jusqu’à la limite de nos possibilités intellectuelles» écrira Mariama BA.

En classe, les devoirs de Mariama sont jugés très bons. C’est déjà à l’école, «dans les ferments intellectuels où elle côtoie tant d’idées, que se scella définitivement le destin littéraire du futur écrivain. Elle éblouissait tant par son intelligence et derrière un air de rien, battait les records de bonnes notes dans la plupart des disciplines», écrit Mame Coumba N’DIAYE, sa fille et biographe. Mme LE GOFF, la responsable de l’établissement, montre, le 15 avril 1947, un écrit de Mariama, à Emmanuel MOUNIER (1905-1950) et Maurice GENEVOIX (1890-1980), de la revue «Esprit», alors en visite au Sénégal. Ce dernier trouve le texte (Enfance à Dakar) intéressant et le publie. Maurice GENEVOIX écrira sur ce texte : «Les dons personnels y éclatent, mais sa portée, à mon sens, dépasse le cas particulier». Encouragée par ces monstres de la littérature française, de là date le penchant de Mariama BA pour l’écriture. «Il est étonnant de constater combien cette première livraison prenait le pas sur le réel. Elle comporte malgré des traces de fiction, une haute teneur autobiographique» écrit Mame Coumba N’DIAYE.

La publication du roman, «une si lettre longue lettre» a été possible avec l’appui de Mme Annette M’BAYE d’ERNEVILLE. Le poète sénégalais Birago DIOP (voir mon article), se plaignait du fait qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes sénégalaises en littérature : «Je suis très fière d’avoir «marrainée» Une si Longue Lettre de Mariama Bâ et le Baobab fou de Ken Bugul. J’ai pris l’initiative de les présenter aux Nouvelles Editions Africaines parce que les génies ne se reconnaissent pas eux-mêmes […] Il a fallu que Birago Diop, qui ne la [Mariama Ba] connaissait pas, dise au cours d’une réunion du comité de rédaction : “Mariama Bâ, c’est une bête de plume».

Mariama BA enseigne pendant douze ans, avant d’être mutée au sein de l’Inspection régionale de l’enseignement, en tant qu’inspectrice. Parallèlement à sa carrière de fonctionnaire, elle se marie trois fois : elle a trois filles avec Bassirou N’DIAYE, une fille avec Ablaye N’DIAYE, décédée en 1988, et cinq enfants avec le député et ministre Boubacar Obèye DIOP (1922-1995), dont elle divorcera. Mère de neuf enfants, Mariama BA a évoqué ses trois mariages qui se sont soldés, à chaque fois, par un divorce. Un des grands mérites de la biographie de Mame Coumba BA, troisième fille du premier lit, de Bassirou N’DIAYE, est d’avoir exploité les écrits inédits de Mariama BA, et elle fait état des mariages malheureux de sa mère (pages 45-65), de ses engagements pour le féminisme, et probablement, de l’influence de ceux-ci sur ce roman, «Une si longue lettre». Le mariage avec Bassirou N’DIAYE, avec une différence d’âge de 11 ans, a duré 4 ans de bonheur intense : «Cet homme avait la stature, le visage de guide, de cœur sensible». Ce mariage s’est fracassé sur un des thèmes majeur du roman, «une si longue lettre», à savoir le conflit entre la tradition et la modernité, la duplicité, voire la tyrannie des hommes. «Tout ce qui touchait l’émancipation féminine était perçue comme une hostilité. (…) J’avais rêvé d’un épanouissement dans la dignité. J’ai cru possible l’alliance des valeurs de l’ordre ancien et notre idéal de liberté. Quand, je l’ai connu Bassirou avait des idées en avance sur son temps. Il m’étonnait. (…) Mais c’est en véritable héritier des privilèges du passé qu’il s’installa dans notre couple. (…) Il me voulait tendre, empressée mais faible, dépossédée de tout « ce surplus » qui rentrait dans ma féminité. (..) Ce n’était pas du mariage que je voulais sortir, mais du lien étouffant qui semblait m’éloigner de ma véritable personnalité. (…) Les conflits devenaient réels et fréquents. (…) En prenant le parti de rompre, j’ai choisi d’exister. (..) Je devais vivre. J’avais choisi de lutter» écrit-elle. Moins d’un an après ce divorce, Mariama BA se remarie avec Ablaye N’DIAYE, «un médecin discret, presque timide, mais qui ne manquait pas de culture et, encore moins d’humour. (…) Il m’apportait, en plus de son affection, l’équilibre familial qui m’avait manqué. Je n’ai jamais conçu le bonheur hors du couple. Au moment des premiers doutes, j’avais compris que je me suis trompée de voie». Mame Coumba N’DIAYE voit dans ces déboires conjugaux de Mariama BA, les origines de son féminisme. Mariama BA se remariera, une troisième fois, avec Obeye DIOP, un militant politique, (Ministre de l’information de 1960 à 1962, député de 1983 à 1988), un brillant intellectuel, un homme de culture et de plume, partisan de l’indépendance. «L’eau douce des beaux discours, n’étanche pas certaines soifs. J’incline vers l’audace et le défi» dit-elle, sceptique, à propos des prétentions politiques des dirigeants africains. «En nous libérant, que l’homme se libère aussi» écrit Mariama, restée ferme dans ses engagements pour le féminisme. Le couple aura résisté pendant 20 ans, avant de se dissoudre. Ce conflit des valeurs et de la tradition serait, selon Mariama BA, la source de l’échec de ses trois mariages : «C'est de l'intérieur d'un contexte réactionnaire, fait de tensions multiples, entre l'ancien et le moderne, de crises avec nous-mêmes, avec nos partenaires masculins, que la plupart d'entre nous ont tenté d'asseoir un amour neuf qui était condamné avant de naître» écrit-elle.

Conclusion

Disparue le 17 août 1981, à Dakar, à 52 ans, des suites d’un cancer du poumon, Mariama BA, une écrivaine intelligente, talentueuse et douée, une fierté pour le Sénégal et l’Afrique, nous laisse le goût amer d’une carrière inachevée. «Sur son lit d'hôpital, Mariama Bâ, m'exhortait à saisir les Nouvelles Editions Africaines pour qu'elles publient avant sa mort, car elle se savait condamnée, son roman «Un Chant écarlate» écrit Aminata Maïga KA. Auteure du  livre, «Un chant écarlate», publié à titre posthume, Mariama BA nous parle, dans ce roman, d’un couple mixte soumis à l’épreuve d’un environnement familial traditionnel et hostile. La première partie du roman se fixe sur l’histoire entre Ousmane et Mireille. C’est là la mise en place du drame qui commence par une idyllique histoire d’amoureux qui se battent l’un pour l’autre. Ils se rencontrent sur les bancs d’un lycée dakarois et c’est le coup de foudre ultime. Ousmane, fils d’un ancien combattant, Djibril Guèye, un homme fier et de grande moralité. Ousmane est très proche de sa mère, Yaye Khadi, femme totalement vouée au bonheur de son mari et de son père. Ils sont très proches, au point où Djibril Guèye, le père, s’en inquiètera. Et ceci n’est pas neutre car la très grande proximité d’Ousmane d’avec sa mère va avoir un impact énorme sur ses choix, ou ses non-choix, dans son couple plus tard.  « Ousmane, aimes-tu cette fille longue comme un rônier, plus laide qu’une hyène ? Sa tête ressemble à celle d’une tortue qui rentre et sort son cou» lui dit-elle. La seconde partie du roman, elle, est fixée sur le couple Ousmane-Mireille et leur combat pour résister à la vie dans un milieu urbain entouré d’un environnement campé dans ses traditions. Mariama BA décrit de façon magistrale le choc que peut ressentir Mireille face à l’envahissante présence de l’entourage d’Ousmane. Fille unique, elle est née et a grandi dans un milieu aristocratique et elle se retrouve entourée d’amis qui viennent et partent sans s’annoncer, à tout heure, qui ne tiennent aucun cas de son chez elle, sont sans gêne et la considère à peine. Et au-delà des amis sans gêne d’un mari qui ne veut faire de concession, exige de sa femme qu’elle «comprenne» tout et accepte tout, il y a l’hostilité de Yaye Khadi. «Elle se curait les dents et crachait sur le tapis, sans ignorer que son geste, après son départ, allait déclencher la bagarre». Ousmane n’a pas pris la mesure de ce qu’est pour une mère de n’avoir pas de bru du cru. De devoir renoncer aux honneurs d’un baptême traditionnel fait de fastes et de présents, durant lequel toutes grand-mère se change en parangon de mère à qui toute la communauté rendra hommage. Quand la famille De La Vallée décide de renier Mireille qui s’est exilée par amour à Dakar avec un «ça», Djibril Guèye accepte le choix de son fils, mais Yaye Khadi, elle, n’accepte pas Mireille. Cette dernière connaîtra un destin tragique.

«C’est sur les genoux de la femme que se forme ce qu’il y a de plus précieux au monde : un honnête homme» écrit Mariama BA, en 1976, en l’hommage de Germaine LE GOFF. Infatigable dans son combat, elle réitérait «Je voudrais être l’interprète de la paysanne que fanent, prématurément, la sous-alimentation, la recherche de l’eau, les pénibles démarches. (…) Je voudrais répercuter, sans colère, mais en échos retentissants, toutes les voix étranglées, les voix des sœurs opprimées, maintenues dans des moules d’évolution dépassée, qui ont la tête de maternités incontrôlées» dit-elle, à l’assemblée nationale, le 25 mars 1979, lors de la journée nationale de la femme. Si Mariama BA savait la difficulté de la tâche pour l’émancipation des femmes, elle était restée optimiste pour l’avenir «Les irréversibles courants de libération de la femme qui fouettent le monde ne me laissent pas indifférente. Cet ébranlement qui viole tous les domaines, révèle et illustre nos capacités. Mon cœur est en fête à chaque fois qu’une femme émerge de l’ombre», écrit-elle. Depuis sa mort, Mariama BA est devenue un mythe et une icône mondiale pour l’émancipation des femmes, sa réputation et sa célébrité ne cessent de s’étendre à travers tous les continents. On la cite à chaque fois qu’il est question de féminisme : «Dame, la mort est aussi belle que fut la vie» écrit-elle. Son roman, «Une si longue lettre» a été traduit en 17 langues, ce qui lui vaut le Prix Norma en 1980. Mariama BA est enseignée au Sénégal, en Afrique, et son roman a été traduit, notamment en langue anglaise sous le titre «So Long Letter» et figure au programme des études africaines. Un nombre incalculable de thèses et d’articles ont été écrits sur son roman, «Une si longue lettre». La relève est assurée, avec notamment Ken Bugul M’BAYE, Fatou DIOME, Liking WEREWERE, Calixthe BEYALA, etc. Son nom est immédiatement reconnu par le moteur de recherche Google, et bien orthographié ; ce qui constitue une forme de consécration. Comme l’a si bien dit Mame Coumba NDIAYE, sa biographe et fille : «Ce que le temps n’a pas voulu accorder à Mariama Bâ, elle l’a gagné dans le cœur des hommes».

Indications bibliographiques

1 – Contributions

BA (Mariama), Un chant écarlate, Dakar, Paris, Présence africaine, 1981, 250 pages ;

BA (Mariama), Une si longue lettre, Dakar, les Nouvelles éditions sénégalaises, 1979 et 1987, 131 pages ; Paris, Le Serpent à plumes, collection motif, n°137, 2001, et Paris, Groupe Privat/Le Rocher, 2005n 164 pages ;

BA (Mariama), So Long a Letter (Une si longue lettre), traduction de Modupé Bodé-Thomas, Oxford, Heinnemann, collection «African Writers», série n°248, 1989 et 1981, 90 pages ;

BA (Mariama), «Succès littéraire de Mariama Bâ pour son livre Une si longue lettre», interview d’Alioune Touré Dia, Amina 84, novembre 1979, pages 12-14 ;

BA (Mariama) collaboratrice, M’BAYE d’ERNEVILLE  (Annette), éditeur scientifique, Femmes africaines, propos sur les thèmes de femmes et société, suivi de «Une si longue lettre» de Mariama Bâ, avec 5 compositions de Gnagna Diène, Paris, Martinsart, 1982, 356 pages ;

BA (Mariama), «La fonction politique des littératures écrites», Ecritures africaines dans le Monde, 1981, n°3, pages 6-7 ;

BA (Mariama), «Interview : Mariama Bâ», conduit par Barbara Harrell-Bond, The African Book Publishing Record, 1980, Vol. 63, n°4, pages 209-214 ;

BA (Mariama), «Enfance à  Dakar» (Le titre initial : Combien j'ai douce souvenance - Du joli lieu de ma naissance)», in Maurice GENEVOIX, Afrique blanche, Afrique noire, Paris, Flammarion, 1949 et 2003, 219 pages, spéc pages 118-119, et Emmanuel MOUNIER, L’éveil de l’Afrique noire, Paris, Presse de la Renaissance, 1948 et 2007, 123 pages, spéc n°63-66, soit pages 20-24.

2 – Critiques

ALTEIB (Inass, Ahmed), «une si longue lettre» de Mariama Bâ et «le printemps désespéré» de Fettouma Touati, mémoire de maîtrise en langue française, sous la direction de Vivienne Amina-Yaji, Université de Khartoum, Facultés des Lettres, Département de français, 2005, 109 pages, spéc pages 13-28 ;

ABADIE (Pascale), Vers de nouveaux horizons dans la littérature féminine d’Afrique subsaharienne, de Marima Bâ à nos jours, thèse sous la direction de Thérèse Migraine-George, Université de Cincinnati, 2014, 218 pages ;

ADAKU (Ifenkwe, Chinwe), La religion dans la société africaine d’après Xala de

Sembène Ousmane, «Une si longue lettre» de Mariama Bâ et «La grève des Battu» d’Aminata Sow Fall, thèse, Université du Nigeria, Nsukka, 2011, 61 pages ;

AJAYI (Omofolabo), “Negritude, Feminism, and the Quest for Identity : Re-Reading Mariama Ba’s “So Long Letter”, Women’s Studies Quaterly, 1995, Vol 25, n°3-4, pages 35-52 ;

AZODO (Ada, Zuoamaka), Emerging Perspectives on Mariama Bâ, postcolonialism, feminism, postmodernism, Trenton, Africa Word Press, 2003, 483 pages ;

BARTHELEMY (Pasquale), “Je suis africaine, j’ai vingt ans”, Annales, Histoire, Sciences Sociales, 2009, n°4, pages 825-852 ;

BARTHELEMY (Pasquale), “La formation des institutrices africaines en A.O.F : pour une lecture historique du roman de Mariama Ba, «une si longue lettre”, Clio, Femmes d’Afrique, Genre, Histoire, 1997, n°6, pages 155-167  ;

BASSOLE OUEDRAOGO (Angèle), “Et les Africaines prirent la plume ! Histoire d’une conquête”, Pluriel, octobre 1998, n°8 ;

BOUBA (Tabti-Mohammedi), Mariama Bâ, une si longue lettre, Paris, Honoré Campion, 2016, 111 pages ;

CAZENAVE (Odile), Femmes rebelles, naissance d’un nouveau roman africain au féminin, Paris, L’Harmattan, 1996, 350 pages ;

CHAM (Mbye, Boubacar), “The Female Condition in Africa. Z Literary Exploration by Mariama Bâ”, A Current Bibliography On Affairs, 1984-85, Vol 17, n°1, pages 29-51 ;

CHEVRIER (Jacques), Anthologie africaine, roman, nouvelle, Paris, Hâtier, Collection du Monde noir, 2002, 268 pages, spéc pages 197-199 ;

CHOSSAT (Michèle), Ernaux, Redonnet, Ba, et Ben Jelloun : le personnage féminin à l’aube du XXIème siècle, New York, Washington, Berne, Peter Lang éditions, 2002, 201 pages ;

D’ALMEIDA (Irène, Assiba) HAMOU (Sion), “L’écriture féminine en Afrique noir francophone, le temps du miroir”, Etudes littéraires, 1991, Vol 24, n°2, pages 41-50 ;

DABBAGH  (Lori, Dividio), Faire son chemin de Damas : Le soi-disant Tiers-monde et la femme dite noire : Toni Morrisson, Maryse Condé et Mariama Bâ, thèse sous la direction de Jean Bessière, Paris, sans éditeur, 1995, 368 pages ;

DESNOYERS  (Johanne), Histoire des femmes au Sénégal et au Mali, processus de modernisation, itinéraires et aspirations de la première génération de femmes lettrées, Maîtrise es-Arts, Université de Laval, juin 2000, 190 pages ;

DIA (Ousmane), “Entre tradition et modernité, le romanesque épistolaire, «d’une si longue lettre”, Le CRITAOI, 12 avril 2013 ;

DIOP (Néné, N’Diaye), Combat socio-politique et représentation : le droit de la femme en question dans le roman sénégalais, thèse,  Université du Colorado, 2007, 261 pages ;

DIOP-HASSIM (Aïssatou), Sanni kaddu : à la redécouverte du discours féministe au Sénégal, thèse de philosophie, sous la direction de Valérie Orlando, Université du Maryland, 2011, 165 pages ;

DODD GILBERT (Patience, Lysias), Les effets délétères de la polygamie sur les hommes et les enfants dans la société sénégalaise postcoloniale : une analyse d’une «si longue lettre» de Mariama Bâ, «La gève des Battu» de Aminata Sow Fall, et «Le ventre de l’Atlantique» de Fatou Diome, thèse sous la direction de Bernard de Meyer, Université du Kuwazulu Natalpages, 2010, 141 pages ;

DOGLIOTTI (Amalia, Rosa-Luisa), Le thème du mariage mixte et/ou polygame comme foyer d’observation socio-culturelle ou interculturelle dans quatre romans francophones : mariage ou mirage ?, Master of Arts sous la direction de W.N. Strike, Université d’Afrique du Sud, novembre 2000, 173 pages ;

ENGELKING (Tama, Lea), “Senegalese Women, Education and Polygamy in “Une si longue lettre” and Faat Kiné”, The French Review, décembre 2008, Vol 82, n°2, pages 326-340 ;

FANDIO (Pierre), “Mariama Bâ et Angele Rawiri : une autre vérité de la femme”, Dalhousie French Studies, Printemps 1995, Vol 30, pages 171-178 ;

FEASTER-ARMOUR (Simone, A), La polygamie dans une si longue lettre par Mariama Bâ et Xala par Sembene Ousmane, Skidmore College, Creative Matter, 2006, pages 63 ;

FELLOWS (Otis), “Naissance et mort du roman épistolaire français”, traductrice Marie-Rose Logan, Dix Huitième Siècle, 1972, pages 17-18 ;

FETZER (Glenn, W), “Women Search for Voice and the Problem of Knowing the Novels of Mariama Bâ”, CLA Journal, septembre 1991, Vol 35, n°1, pages 31-41 ;

FRELAND (François-Xavier), L’Africaine blanche (1891-1986) : Germaine Le Goff, éducatrice mystique, Paris, éditions Autrement, 2004, 160 pages ;

GAASCH (James), La nouvelle sénégalaise, texte et contexte, Dakar, éditions Xamal, 2000, voir spéc l’entretien que Mariama a accordé à Aminata Maïga Ka ;

GALLIMORE RANGIRA (Béatrice), “Ecriture feministe ? Ecriture fémine ? Les écrivaines d’Afrique Subsaharienne face au regard du lecteur/critique”, La littérature africaine et ses discours critiques, 2001, Vol 37, n°2, pages 97-98 ;

GRESILLON (Marie), Une si longue lettre de Mariama Bâ : étude, Issy-les-Moulineaux, Les classiques africains, 1986, 94 pages ;

GUEYE (Médoune), “La question du féminisme chez Mariama Bâ et Aminata Sow Fall”, The French Review, décembre 1998, Vol 72, n°2, pages 308-319 ;

GUIGERE (Caroline), “Fonctions de l’épistolaire chez Mariama Bâ, genre de négociation, négociation de genre”, Postures, 2003, n°5, pages 18-28 ;

HAZOUME (Paul), Douguicimi, Paris, Laros, 1938, 311 pages ;

HERZBERGER FOFANA (Pierrette), Littérature féminine francophone d’Afrique Noire, Paris, L’Harmattan, 2001, 570 pages ;

KABIRA (Wanjiku, Mukabi), A Letter to Mariama Bâ, Nairobi, University of Nairobi Press, 2005, 34 pages ;

KAMARA (Gibreel, M.), “The Feminist Struggle in the Senegales Novel : Mariama Bâ and Sembene Ousmane”, Journal of Black Studies, novembre 2001, Vol 32, n°2, pages 212-228 ;

KANE (Mohamadou), «Le féminisme dans le roman africain de langue française», Annales de la faculté des lettres et sciences humaines de Dakar, 1980, pages 111-124 ;

KESTELOOT (Lilyan), Anthologie négro-africaine de la littérature de 1918 à 1981, Paris, EDICEF et Belgique, Marabout, Alleur, 1987, 478 pages, spéc pages 455-457 ;

KIMMEL (Corinne), Traversée de la mangrove et une si longue lettre de l’oppression à la résolution, B.A, Mercer University, 2006, 52 pages ;

LAHBABI (Adil, Ben Mohamed Aziz), L’émancipation féminine chez les romancières sénégalaises, Rabat, Université Mohamed V, Souissi, Institut d’études africaines, 2013, 155 pages ;

LARQUIER de (Jeanne-Sarah), “Pour un humanisme du compris, dans «Un Chant écarlate» de Mariama Bâ”, The French Review, mai 2004, Vol 77, n°6, pages 1092-1102 ;

M’BAYE d’ERNEVILLE (Annette), interview in Pierrette HERZBERGER-FOFANA «Annette Mbaye d'Erneville (Sénégal)», Littérature Féminine Francophone d'Afrique Noire, suivi d’un dictionnaire des romancières, Paris, L'Harmattan, 2000, 570 pages, spéc pages 374-381 ;

M’BOW  (Coumba, El Hacen), Les figures de la femme dans «une si longue lettre» et «un chant écarlate», thèse sous la direction de Papa Samba Diop, Université de Paris-Est, Créteil, 2006, 79 pages ;

MOURALIS (Bernard), «Une parole autre : Aoua Koïta, Mariama Bâ et Awa Thiam», Notre Libraire, avril-juin 1994, n°117, pages 21-27 ;

N’DIAYE (Mame Coumba), Mariama Bâ, ou les allées du destin, préface d’Aminata Maïga Ka, Dakar, NEA, 2007, 256 pages ;

N’DONGO (Kamdem, Alphonse), «La représentation de la femme chez Mariama Bâ et Calixthe Beyala : entre religion et sécularité», International Journal of Humanities and Social Science Invention, octobre 2013, Vol 2, n°10, pages 24-30 ;

NAUDILLON (Françoise), «Le continent noir des corps», Etudes françaises, 2005, vol 41, n°2, pages 73-85 ;

O’BRIEN (Sara, Thalis), SCHATTEMAN (Renée), Voices from the Continent : A Curriculum Guide to Selected West African Literature, Trenton (New Jersey), Africa Word Press, 2003, 185 pages ;

OKRAH (Roggers), De la perspective féminine de Mariama Bâ : des contraintes du mariage à la voix solidaire féminine, Master of Arts, Université de Saskatchewan, 2017, 93 pages ;

PRETOT (Arielle), Question de filiation dans les œuvres «Une si longue lettre» de Mariama Bâ, «De l’autre côté du regard» de Ken Bugul, et «Le Jujubier du patriarche» de Aminata Sow Fall, mémoire de master sous la direction de Catherine Mazauric, Université de Toulouse 2, 2011, 130 pages ;

REDOUANE (Rabia), «Représentation de la mère dans «une si longue lettre de Mariama Bâ», Francofonia, 2002, pages 111-124 ;

SIRVENT RAMOS (Angeles), «L’Afrique en voix de femmes : le féminisme précurseur d’Aouta Koita et Mariama Bâ», Anales des Filologia Francesca, 2017, n°25, pages 207-226 ;

SOW FALL (Aminata), «Du pilon à la machine à écrire», Notre Librairie, janvier-avril 1983, n°68, pages 73-77 ;

STAUTON (Cheryl, Wall), “Mariama Bâ : Pionneer Senegalese Woman Novelist”, C.L.A. Journal, mars 1994, Vol 37, n°3, pages 328-335 ;

SUSHEILA (Nasta), Motherlands : Black Women Writing from Africa, The Carribean, and South Asia, New Brunswick (New Jersey), Rutgers University Press, 1992, 410 pages ;

TABTI (Bouba), «Mariama Bâ, une si longue lettre», in AMRANI (Hatem), BOUANANE (Soumeya) et BOUZENADA (Leila), coordonnateurs, Ecritures africaines d’hier et d’aujourd’hui, Université de Lounici Ali, Blida 2, Didacstyle, juin 2015, 176 pages, spéc pages 24-45 ;

THIAM (Awa), La parole aux négresses, Paris, Denoël-Gauthier, 1978, 189 pages ;

VOLET (Jean-Marie), La parole aux africaines, ou, l’idée de pouvoir : chez les romancières d’expression française de l’Afrique, Rodopi, 1993, 367 pages ;

WARD (Cynthia), “Reading African Women”, Modern Language Association (Toronto), déc 1993, pages 27-30.

Paris, le 7 novembre 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 10:07

«J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes, avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie» dit Assia DJEBAR. Romancière d’expression française, académicienne, enseignante, poétesse, cinéaste d’expression arabe, historienne, critique d’art et dramaturge, de culture arabe et islamique, Assia DJEBAR est l’auteure la plus étudiée par les critiques littéraires et universitaires. Il est impossible de recenser, de façon exhaustive, les études qui lui sont consacrées. «Bâillonnée, voilée, ensevelie, veuve, coupée, étranglée : la voix de l'écrivain Assia Djebar voue le texte littéraire à une double révélation. Révélation de l'espace féminin tramé de secret, séparé, murmures entre les murs. Révélation aussi d'Algérie à plus d'une langue ou, comme elle décrit : «des Algéries». L'œuvre, retraversée ici dans son ampleur pour la première fois, n'a cessé de faire de la littérature le lieu de tous les combats : pour une mémoire algérienne occultée par l'histoire militaire française ; pour la liberté des femmes dans l'Islam ; contre la violence et pour une Algérie des différences et des pluralités culturelles» écrit Mireille CALLE-GRUBER. Traduite en 23 langues, Assia DJEBAR, souvent citée pour le Prix Nobel de Littérature, a remporté de nombreux prix littéraires et obtenu des distinctions et décorations. La contribution littéraire d’Assia DJEBAR oscille entre consolation et intransigeance. Dans la préface de son livre «Les Alouettes naïves», Assia DJEBAR donnait l’explication de sa vocation littéraire et de son combat politique, en parlant de «tangage incessant». En effet, elle écrivait : «Soyons francs, tantôt notre présent nous paraît sublime (héroïsme de la guerre de libération) et le passé devient celui de la déchéance (nuit coloniale), tantôt le présent à son tour apparaît misérable (nos insuffisances, nos incertitudes) et notre passé plus solide (chaîne des ancêtres, cordon ombilical de la mémoire)». Beida CHIKI la qualifie de  «fantaisiste, c'est à dire attentif à la rêverie qui touche au secret de l'être, sensible à la caresse de la poésie, à l'esprit de la musique qui partout s'insinue, et plus subtilement encore dans les césures de l'Histoire».

Dans sa contribution littéraire riche («L’Amour, la fantasia», «Vaste est la prison», «Loin de Médine», «Les Alouettes naïves»), Assia DJEBAR évoque son enfance, ses parents, sa terre natale, mais aussi la guerre d’indépendance, et toujours son besoin d'écriture, notamment au sujet de la femme-déesse et de la femme-victime. En effet, Assia DJEBAR a fait de son art, un moyen pour exprimer et agir contre «le trop lourd mutisme des femmes algériennes, l’invisibilité de leurs corps, revenue avec le retour d’une tradition rétrograde et plombée» dit-elle. Assia DJEBAR a choisi de donner la parole au monde muet des femmes : «Ma bouche ouverte expulse indéfiniment la souffrance des autres, des ensevelies avant moi», dit-elle. Ainsi, dans son film, «La Nouba des femmes du Mont Chenoua», tourné en 1976, elle y interroge la mémoire des paysannes sur la guerre. Assia rend hommage aux femmes algériennes à travers l’histoire de Zoulikha, une héroïne oubliée de la guerre d’indépendance d’Algérie montée au maquis en 1957 et portée disparue deux ans plus tard après son arrestation par l’armée française. Assia Djebbar lui consacre son roman «La femme sans sépulture» en 2002. Dans «Femmes d’Alger dans leur appartement», ce recueil de nouvelles raconte le vécu, la difficulté d’être, la révolte et la soumission, la rigueur de la Loi qui survit à tous les bouleversements et l’éternelle condition des femmes. En effet, en 1832, dans Alger récemment conquise, le peintre DELACROIX s’introduit quelques heures dans un harem, des prisonnières résignées, en attente perpétuelle. Il en rapporte un chef-d’œuvre, «Femmes d’Alger dans leur appartement», qui demeure un regard volé. Après la guerre d’indépendance dans laquelle les Algériennes jouèrent un rôle, les femmes ne veulent plus vivre en marge de la société, elles ont leur liberté à conquérir. Dans «La Zerda, ou les chants de l’oubli», prix au festival de Berlin de 1983, Assia DEJBAR fustige cette vision folklorique de l’histoire par les colonisateurs et réhabilite les chants des oubliés. En effet,  à l’instar de Pablo PICASSO, Assia DJEBAR désire arracher les femmes des modèles créés par DELACROIX pour leur garantir une émancipation physique, la libération des espaces fermés, une émancipation métaphysique, la libération du silence. Assia DEJBAR lutte contre la paresse intellectuelle et l’amnésie ; elle veut, à travers les femmes lutter contre l’oubli : «Ils veulent que rien ne se soit passé, ou presque pas passé… […] La foule, à Alger, et presque pareillement à Césarée, est emportée dans le fleuve morne du temps» dit-elle.

Les sentiments ambigus envers la France, la colonisation et le traumatisme de la guerre d’Algérie, sont autant de sujets tabous et suscitant parfois la passion. «Les Français considèrent les écrivains francophones comme folkloriques, pas très intéressants au fond» dit-elle. Pourtant, Assia DJEBAR estime que la langue française est devenue un espace d’altérité, d’écoute, de dialogue, de liberté et de créativité. «Pour moi, écrire-écrire de la seule écriture qui me pousse, et m’habite, et me commande, écrire en français pour transcrire tout de même voix des aïeules et vérités inversées, renversées, dans les jeux d’ombre et de réalité, ce serait cela écrire en francophonie» dit-elle. Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Assia DJEBAR, une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (1929-1989), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour». «J'ai le désir d'ensoleiller cette langue de l'ombre qu'est l'arabe des femmes» précise-t-elle. Cet engouement pour la langue française, fortement critiqué par une partie des auteurs algériens, est donc loin d’être un reniement. Bien au contraire. Assia DJEBAR dans son hybridité, a toujours réclamé son arrimage à ses racines arabo-islamiques en parlant des heures de la civilisation andalouse. «Je suis très touchée qu'à l'Académie […], on ait accepté de voir qu'il y'avait chez moi un vrai entêtement d'écrivain en faveur de la littérature et, à travers cette littérature, pour mes racines de langues arabe, de culture musulmane», dit-elle. En effet, la colonisation qui, en imposant le français aux Algériens, a créé chez eux une réaction vers un retour aux sources. «Je voudrais ajouter, en songeant aux si nombreuses Algériennes qui se battent aujourd’hui pour leurs droits de citoyennes (…) je me destinais à la philosophie. Passionnée, étais-je à vingt ans, par la stature d’Averroes, cet Ibn Rochd, andalou de génie dont l’audace de la pensée a revivifié l’héritage occidental, mais alors que j’avais appris au collège l’anglais, le latin et le grec, comme je demandais en vain à perfectionner mon arabe classique. (…) En ce sens, le monolinguisme français, institué en Algérie coloniale, tendant à dévaluer nos langues maternelles, nous poussa encore davantage à la quête des origines». Par conséquent, la culture c’est avant tout, «ce désir de vivre ensemble en leur donnant (aux jeunes) des repères identitaires qui leur évitent l’errance. C’est enfin réhabiliter l’histoire vraie de ce pays et donner à chacun son dû à l’aune de son apport à cette immense Algérie», dit-elle.

Née Fatma Zohra IMALHAYENE, le 30 juin 1936, à Cherchell, dans la Wilaya de Tipaza, anciennement Césarée de Maurétanie, une ville antique et côtière à une centaine de kilomètres d’Alger. Son père, Tahar IMALHAYENE, est instituteur et arabophone et sa mère, Bahia SAHRAOUI, issue d’une famille berbère des Berkani, avait un aïeul qui avait combattu auprès de l’Emir Abdelkader. Bahia aimait les musiques andalouses qu’Assia recopiait dans des cahiers et qui sont racontées en allant au hammam. La fratrie est composée de Samir, Hicham et Sakina.

L’image du père domine la contribution littéraire d’Assia DJEBAR. Son père Tahar Imalhayène, instituteur de profession, adhère, depuis sa création, au parti de Ferhat ABBAS, est conseiller général de Cherchell et délégué à l'Assemblée algérienne, élu dans le deuxième collège sous l'étiquette de son parti, l’Union démocratique du Manifeste algérien. Il démissionne de cette Assemblée en septembre 1955. Tahar était le fils d’un Algérien qui, ruiné en 1871, s’enrôla en 1884 dans les spahis, se battit pour la France au Tonkin et participa même, en grand uniforme, à la garde d’honneur qu’on réunit à Paris pour accueillir le tsar de toutes les Russies. Et c’est retraité, sur la place de son village, que ce grand-père décoré par la République attira l’attention d’un instituteur français. L’instituteur qui remarque l’ancien soldat, l’ancien soldat qui lui parle de ses fils, l’instituteur qui ouvre aux deux fils son école et, une décennie plus tard, votre père qui se retrouve lui-même, futur instituteur, à l’école normale musulmane de Bouzaréah. Il y sera le condisciple de Mouloud FERRAOUD, assassiné par l’OAS en 1962. «Il était le seul maître indigène, comme on disait, le seul musulman. L'école était fréquentée par des enfants d'ouvriers, des fils de prolétaires. Ils venaient pieds-nus, été comme hiver» dit-elle. Un jour, par la commune (ici vivait Germain, le plus riche colon d'Algérie), est arrivé de l'argent pour que les enfants aient des chaussures. «Mon père, naïf, a cru qu'elles étaient destinées aussi aux écoliers musulmans, et pas uniquement aux petits Blancs. Pas du tout ! Les indigènes n'auraient droit qu'à des espadrilles, lui a-t-on annoncé. Il a alors claqué la porte, estimant qu'il n'avait plus rien à faire en ce lieu. Encore aujourd'hui ce souvenir me bouleverse» écrit-elle. «Mon père était professeur de français. C’était un Algérien, il parlait arabe à la maison, tout en étant professeur. Au début nous vivions dans un petit village perdu dans les montagnes. Nous apprenions, parlions et écrivions français à l’école mais à la maison, comme ma mère parlait arabe, nous parlions arabe» dit-elle. Ses parents constituent un couple harmonieux et uni. «Mes parents, devant le peuple des femmes, formaient un couple, réalité extraordinaire» écrit-elle dans «l’Amour, la fantasia». La femme traditionnelle arabe ne désigne son mari autrement que par le prénom usuel correspondant à «lui». Sa mère apprendra, progressivement, la langue française et aura l’audace nouveauté d’appeler son père par son prénom. Son père, en voyage, écrira à sa mère une carte postale. Cette manifestation d’amour transgressant les codes de la pudeur fera que la vanité de sa mère en est secrètement flattée. Assia étudia à l’école primaire française, puis dans une école coranique.  «Dans ma première enfance, de cinq à dix ans, je vais à l’école française du village , puis en sortant, à l’école coranique […] Je fus privée de l’école coranique à dix ou onze ans, peu avant l’âge nubile. […] A onze ans, je partis en pension pour le cursus secondaire» écrit-elle.

Grâce au don d’amour du père, elle échappe ainsi à un avenir obscur, celui de l’enferment des jeunes filles nubiles. Après l’école primaire, elle fréquente le collège de Blida de 1946 à 1953, faute d’apprendre l’arabe classique, elle entame le grec ancien, le latin et l'anglais. Elle obtient le baccalauréat en 1953 puis entre en hypokhâgne au lycée Bugeaud d’Alger (lycée Emir Abdelkader). Assia DJEBAR est passionnée pour le basketball et l’athlétisme. Assia DJEBAR poursuit à Khâgne, au lycée Fénélon, à Paris.  Ancienne élève de l'Ecole normale, elle a été la première algérienne à être admise, en 1955, à l'Ecole Normale Supérieure de Sèvres en France.  Elle choisit, à l'âge de vingt ans lors de la publication, chez Julliard, de son premier roman «La Soif» en 1957 de prendre un pseudonyme : Assia DJEBAR, en arabe, «Assia» signifie «celle qui console, qui accompagne de sa présence» ou «la fleur immortelle», et «Djebar», intransigeance, l’un des 99 mots qualifiant la grandeur du Prophète. «Je ne m’appelle pas Assia Djebar. Quand «la Soif» est sorti, ce ne fut pas mon père qui fit scandale, mais la Directrice de Normale-Sup à Sèvres. J’étais exclue de Sèvres parce que je faisais la grève et parce qu’en plus j’écrivais. Je n’ai pas été exclue de ma société, mais de Sèvres ! Ce pseudonyme c’était un voile. Je brouillais les pistes» dit-elle.

En définitive sa contribution littéraire vise à consoler les cœurs meurtris ou les rayés de l’Histoire et dénoncer, sans pudeur ni égard pour une quelconque autorité, les bourreaux de ces derniers. Assia DJEBAR se démarque du verbe accusateur en vogue dans les milieux anticolonialistes ; elle conte à sa manière, singulière, l’altérité, la femme, l’Islam, la nuit du colonialisme, les heures sombres des deux pays qu’elle côtoie. Panser les plaies du passé, soulager les mauvaises cicatrices, libérer de l’oubli et du silence ces femmes invisibles au monde, tels sont les objectifs qu’assignent Assia DJEBAR. Ainsi, en pleine guerre de libération nationale, dans son roman «La Soif», Assia DJEBAR se singularise en désertant le champ strictement politique. Elle opte pour une «écriture d’audace et de courage» suivant une expression de Nadjib REDOUANE. Les femmes ont apporté leur contribution décisive dans cette lutte pour l’indépendance, mais celles que décrit Assia DJEBAR, dans ce roman de jeunesse, ce sont des portraits de jeunes filles algériennes soucieuses d’amour, de volupté, de dévoilement de leur corps, du désir de vivre et de jouir de la vie. A la suite de ce roman, Assia DJEBER a été présentée comme une «Françoise Sagan de l’Algérie musulmane», comme une bourgeoise. Elle aurait présenté «la caricature de la jeune fille algérienne occidentalisée» de son propre aveu. Mais Assia DJEBAR, d’une imagination fertile et d’un style vif, est déjà une écrivaine de la transgression révélant à la femme toutes ses potentialités physiques et morales, et sans fausse pudeur. «J’habite le mouvement irrépressible du corps au dehors» dit-elle. En effet, la narratrice de la «Soif», exprime un désir irrépressible d’émancipation des femmes par le langage du corps : «Il s'agit ici du mouvement du corps féminin: là se place la ligne la plus acérée de la transgression quand une société, au nom d'une tradition trahie et plombée, tente et réussit parfois, même aujourd'hui, à incarcérer ses femmes, c'est -à-dire la moitié d'elle-même. Ecrire pour moi, gardant à l'esprit cet horizon noir, c'est d'abord recréer dans la langue que j'habite le mouvement irrépressible du «corps au dehors», je dirai presque son envol» écrit-elle. Finalement, la découverte du corps, à côté de la guerre d’indépendance, est une révolution importante. Ce «corps mobile» pour Assia DJEBAR «c’est écrire pour sortir de soi, c’est la conquête de l’espace, la liberté de voir et d’être vu, l’élargissement de l’horizon, une envie de bouger, de voguer, de se dissoudre dans l’azur». Dans son deuxième roman, «Les Impatients» de 1958, Assia DJEBAR poursuit cette démarche intimiste, et explore l’intimité, les intrigues amoureuses entre jeunes, les jalousies et les rivalités entre femmes. Dalila est décidée à lutter malgré les menaces graves de l’homme jaloux. Cependant, pour Beïda CHIKI, ce roman participe «à la parole critique en mettant en scène des personnages armés d’une volonté d’épanouissement et révoltés contre la hiérarchie d’une bourgeoisie passive et sclérosée». En fait, dans ses écrits, Assia DJEBAR accorde une importance primordiale au langage du corps : «Tandis que l’homme continue à avoir quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour exprimer notre désir, avant d’ahaner : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons retrouver les plus anciennes de nos idoles mères» dit-elle. Il faut sortir de la marge et du harem en utilisant la quatrième langue celle du corps.

Intransigeante, Assia DJEBAR le fut aussi durant la guerre d’indépendance, puis dans les terribles années 1990 où elle dut quitter son pays, une Algérie «de plus en plus écartelée entre désir et mort» ; intransigeante, elle l’est à travers le très beau «Oran, langue morte», arme sobre et lucide contre toutes les horreurs des dictatures intégristes. Intransigeante, elle l’est, après avoir fait la grève des examens pour protester contre les «événements» de la guerre d'Algérie, elle se voit contrainte de quitter l'E.N.S. suivit les consignes de l’U.G.E.M.A., l’Union générale des étudiants algériens, et renonça à passer les examens dus. Cette formation d’historienne aura cependant une influence indéniable sur son œuvre romanesque, marquée par un souci historique et une réelle connaissance des archives. Assia DJEBAR se marie en 1958, en premières noces, avec Walid GARN, un militant de la cause nationale Walid GARN (pseudonyme de l'homme de théâtre Ahmed Ould-Rouis), avec qui elle écrit «l’Aube rouge» en 1969 c’est pièce de théâtre «Rouge l'Aube» (1969), fétiche de ses oeuvres «pour la lutte de Libération nationale». Cette pièce jouée au 1er festival Culturel, Panafricain, dénonce la violence coloniale et les atrocités de l'armée française, et se termine par cette réplique poignante: «Comme toi, je ne peux rien voir, ni le bourreau, ni le martyr. Seulement le ciel et la pourpre de l'aube. Une aube rouge au-dessus du sang de mon frère». Le couple adopte Mohamed GARNE, en 1965, né le 19 avril 1960, du viol par sa mère, Kheira, de militaires français. Assia collabore au journal «El Moudjahid», en contact avec Frantz FANON, en réalisant des entretiens avec des réfugiés  algériens, à Tunis et au Maroc. Diplômée en histoire, en 1959, elle enseigne l'histoire moderne et contemporaine à l'Université  de Rabat et professeur d’histoire de 1962 à 1965 à l'Université d'Alger, de littérature et de sémiologie du cinéma de 1974 à 1980 ;  elle collabore avec la presse algérienne. Elle quitte l’Algérie en 1980 et se consacre au travail d’écrivain, et collabore avec le Centre Culturel algérien. Le choix de Paris est lié à celui de l’écriture, et à son rapport au féminisme : en Algérie «le spectacle du féminin ne rend possible qu’une écriture de militantisme, de journalisme, de protestation. Mais c’est justement parce que je suis écrivain que je suis partie» dit-elle. En 1980, elle épouse en secondes noces Malek ALLOULA, un écrivain, critique littéraire et poète, (1937-2015), mais Malek vit avec la styliste belge à partir de 1999, Véronique LEJEUNE.  Abdelkader ALLOULA, le frère de Malek, a été assassiné en 1994. Assia écrit avec lui, le film, la Zerda ou le chant de l’oubli. Assia DJEBAR a une fille adoptive, Jalila IMALHAYENE-DJENNANE, régularisée durant les événements douloureux des années 90, par notre association Intercapa, avec l’appui de Mme Marie-Laure COQUELET, marraine de mes enfants, qui a assisté au mariage de Jalila avec Mohamed DJENNANE. Par un curieux hasard du destin, Jalila avait travaillé à la mairie de Bagnolet Bagnolet de 2010 à 2014. Nos chemins se séparent, s’entrecroisent, puis se perdent. De 1983 à 1989, Assia DJEBAR représente l’émigration algérienne au conseil d’administration du Fonds d’Action Sociale. Assia DJEBAR ne renonce pas aux responsabilités universitaires et soutint sur le tard, en 1999, une thèse retraçant largement son propre parcours en littérature parmi ceux d’autres écrivaines du Maghreb. En 1995, elle accepte de partir travailler en Louisiane, comme professeur titulaire à Louisiana State University de Baton Rouge où elle dirige également un Centre d’études françaises et francophones de Louisiane. En 2001, elle quitte la Louisiane pour être à New York University professeur titulaire. En 2002, elle est nommée Silver Chair Professor.
 

La contribution littéraire d’Assia DJEBAR est habitée par trois points centraux : l’espace public, les voix des femmes et la question de la langue française. «L'œuvre d’Assia Djebar n'a cessé de faire de la littérature le lieu de tous les combats : pour une mémoire algérienne occultée par l'histoire militaire française ; pour la liberté des femmes dans l'islam ; contre la violence et pour une Algérie des différences et des pluralités culturelles», écrit Mireille CALLE-GRUBER. Ainsi, «Les alouettes naïves», paru en 1967, un roman d’amour et de guerre représente une véritable entrée dans l’écriture. L’héroïne du roman, N’fissa est une jeune femme étonnante et détonante dans cette Algérie des années 50. Grâce à son père qui a une «dévotion» pour les livres, elle bénéficie d’une éducation libérale, audacieuse. Elle ne porte pas le voile, elle fait des études à Alger, choisit elle-même son fiancé ; fiancé qu’elle accompagne dans le maquis avant qu’il ne se fasse tuer. Arrêtée, emprisonnée, son père arrive à la faire libérer et la ramène à la maison. Mais avec l’extension de la Guerre, l’étau se resserre, et elle doit prendre le chemin de Tunis où elle rencontre Rachid et Omar. Assia DJEBAR dénonce le recul de la société algérienne après la guerre, après une égalité fugitive entre l’homme et la femme, pendant la guerre. Une fois l’indépendance retrouvée, c’était le tour de l’exclusion et de la réclusion de la femme. C’est ce roman qui universalise la contribution littéraire d’Assia DJEBAR. «Les alouettes naïves» est le roman d’une génération perdue, d’une génération déracinée de jeunes Algériens marqués par la guerre, l’exil, l’attente d’un monde meilleur.  «L’individu est soucieux de se réapproprier ses origines, d’exorciser sa douleur, de trouver sa propre voix et de verbaliser son propre témoignage» écrit Diana LABONTU-ASTIER.

Par conséquent, Assia DJEBAR s’engage dans une vaste fresque aussi singulière que fascinante où s'entremêlent l'histoire algérienne, l'autobiographie et la mémoire des femmes. Assia DJEBAR joue pleinement son rôle d’historienne. Elle relate l’Histoire de l’Algérie, du Maghreb, l’histoire de la famille de la narratrice, de son couple, de ses mythes et de la langue berbère. L’histoire, c’est aussi la transmission par la parole ou les écrits, un moyen de lutter contre l’oubli, de laisser une trace. C’est un quatuor algérien, composé des romans suivants : «L’Amour, la fantasia», «Ombre sultane», «Vaste est la prison », et «Nulle part dans la maison de mon père».

«L’Amour, la fantasia», en 1985, est un mélange de récit collectif et d’autobiographie, une archéologie de soi. C’est un roman qui oscille entre le Moi dans l’histoire et le Moi dans la langue. Chaque événement personnel ne peut être compris qu’à la lumière de l’histoire lointaine et récente de l’Algérie. «Fillette arabe allant pour la première fois à l'école, un matin d'automne, main dans la main du père. Celui-ci, un fez sur la tête, la silhouette haute et droite dans son costume européen, porte un cartable, il est instituteur à l'école française. Fillette arabe dans un village du Sahel algérien» c’est ainsi que débute ce roman. Dans les années 50, conduire à l’école française sa fille, c’est audacieux et émancipateur : «le malheur fondra immanquablement sur eux» se disent les voisins. Elle y raconte son enfance, notamment ses vacances à la campagne avec ses cousines. Assia DJEBAR aborde son «aphasie amoureuse», le thème de la création du corps, de l’amour-passion, aller à l’école est une menace pour le conservatisme, une fille arabe, capable d’écrire une lettre, peut y exprimer ses passions amoureuses, à l’insu de ses parents : «l’amour qu’allumerait la plus simple des mises en scène apparaît comme un danger» écrit-elle. Aussi, dans l’Algérie traditionnelle, la fille nubile subie l’enfermement. Bien qu’Assia DJEBAR ait voué à son père une grande admiration, celui-ci, au fur et à mesure qu’elle grandit, est une ombre tutélaire qui se dresse contre elle. Ainsi, Assia raconte l’histoire d’une lettre écrite par un admirateur inconnu que son père a déchirée et jetée au panier, mais qu’elle a recollée pour proposer à ce garçon un échange de lettres amicales : «Le défi juvénile m’a libérée du cercle que des chuchotements d’aïeuls invisibles ont tracé autour de moi et en moi. Puis l’amour s’est transmué dans le tunnel du plaisir, argile conjugale» écrit-elle. La jeune Assia, découvre la bibliothèque du cousin absent, avec des photos érotiques et commence à lire Paul BOURGET, Colette et Agatha CHRISTIE. Ses cousines, qui ne sortaient jamais, sinon pour aller au bain maure, écrivaient, en secret, des lettres à des hommes arabes, dans le monde entier. «Écrire devant l'amour. Éclairer le corps, pour aider à lever l'interdit, pour dévoiler. Dévoiler et simultanément tenir secret ce qui doit le rester tant que n'intervient pas la fulgurance de la révélation» dit-elle. C’est ainsi que commence, dans son for intérieur, un insoupçonné et un étrange combat des femmes : «Jamais, jamais, je ne me laisserai mariée, un jour à un inconnu qui, aurait le droit de me toucher ! C’est pour cela que j’écris ! Quelqu’un viendra dans ce trou perdu pour me prendre : il sera inconnu pour mon père ou mon frère, certainement pas pour moi !» dit-elle.

«L’amour, la fantasia», relate aussi la prise d’Alger par les Français en 1830, et donc l’avènement de la colonisation considérée comme une razzia, un viol, une défloration : «l’invasion est devenue une entreprise de rapine» dit-elle. Assa DJEBAR dénonce, avec violence, la falsification de l’écriture de la prise d’Alger par les Français : «150 ans après, je prends la plume et je vais vous dire la vérité» dit-elle. La vérité enfouie se fait jour. En effet, la colonisation est décrite comme un pouvoir arbitraire ; sept femmes sont exécutées pour avoir accueilli les soldats français par des insultes. Un soldat tranche le pied d’une femme pour s’emparer de son bracelet en or. C’est l’union sacrée contre l’occupant sans titre. Assia DJEBAR y vante le courage et la dignité des femmes. «L'amour, la fantasia étant la première d'une série romanesque, l’histoire est utilisée dans ce roman comme quête de l’identité. Identité non seulement des femmes mais de tous le pays. (…) S’établit alors avec moi un rapport avec l’histoire du dix-neuvième siècle écrite par des officiers français, et un rapport avec le récit oral des Algériennes traditionnelles d’aujourd’hui. Deux passés alternent donc ; je pense que le plus important pour moi est de ramener le passé malgré ou à travers l’écriture, «mon écriture»  de langue française. Je tente d’ancrer cette langue française dans l’oralité des femmes traditionnelles. Je l’enracine ainsi» dit-elle. En effet,  face à un fantasme d’un pays dompté, l’auteure oppose une «Algérie-femme» impossible à dompter. Ainsi, les Algériennes s’enduisent le visage de boue et d’excréments, quand on les conduit de force dans le cortège du vainqueur : «L’indigène, même quand il semble soumis, n’est pas vaincu. Ne lève pas les yeux pour regarder son vainqueur. Ne le reconnaît pas» écrit-elle. A travers l'histoire, telle que la conte Assia DJEBAR, une vérité enfouie se fait jour, une vérité ancienne, comme au rebut, celle de la femme, de l'Algérienne, allant de l'étouffoir d'autrefois, du «bruissement des femmes reléguées», à la participation militante aux combats du maquis.

Dans «Ombre sultane» paru en 1987, le couple, l’amour, la critique de l’homme et la rébellion de la femme contre l’oppression, acquièrent toute leur étendue dans une fiction où psychologie et histoire se fondent dans l’arabesque des biographies entrelacées. Isma, la narratrice, dit Je, mais elle a une double voix. Elle raconte une histoire de femmes mariées au même homme. Isma raconte son amour incandescent pour son époux dont elle a eu une fille, mais elle parle aussi d'Hajila, la jeune femme qui lui a succédé dans le lit de son mari. Tout les oppose. Isma est une intellectuelle, une femme libre qui voyage entre Alger et Paris. Hajila vient d'un bidonville d'Alger, mariée sans son accord. En fait, c'est Isma qui a fourni Hajila à son ex-époux pour la remplacer auprès de lui et auprès de sa fille qui restait avec son père. Seulement ce second mariage n'a pas été heureux pour la jeune femme. Le mari a voulu la garder non seulement strictement voilée, mais encore cloitrée. Hajila a rusé et est parvenue à sortir, de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, voilée puis sans voile ; on dit «nue», jusqu’au moment où le mari le découvre et la bat. C’est un récit plein de pudeur, de voix chuchotantes, mais aussi de désirs féminins de s’affirmer. «Une fois de plus Assia Djebar sait trouver les mots pour parler des femmes algériennes et de leur aspiration. Elle parle en leur nom  et au nom de toutes celles qui n’ont jamais eu accès à la parole, à la lumière. Elle les libère du passé et de l’espace réservé à la femme» écrit Jean DEJEUX.

«Vaste est la prison» est paru en 1995. Le titre de cet ouvrage est tiré d’une complainte berbère rapportée par Jean AMROUCHE et chantée par sa sœur, Taos AMROUCHE : «Vaste est la prison qui m’écrase/ D’où me viendras-tu, délivrance ?». «Je vomis quoi, peut-être un long cri ancestral. Ma bouche ouverte expulse indéfiniment la souffrance des autres, des ensevelies avant moi, moi qui croyais apparaître à peine au premier rai de la première lumière», écrit-elle. C’est un texte éclaté, aux multiples références. Ce roman, où l’autobiographie et le récit fictif forment un thyrse, est divisé en quatre parties. Chacune d’elles est une quête ou une trouvaille. La première partie, «L’effacement dans le coeur», relate quelques moments d’une histoire d’amour impossible entre la narratrice, Isma, et un homme appelé simplement l’Aimé. La deuxième partie du roman, «L’effacement sur la pierre», retrace l’histoire de l’écriture lybique (berbère), écriture perdue et «retrouvée» à partir d’un monument bilingue (punique-berbère). Ce sont des faits et des personnages historiques qui sont évoqués ici. «Un silencieux désir», la troisième partie, présente, en alternance, le tournage d’un film par la narratrice et l’histoire des femmes de sa famille, à partir du premier mariage de sa grand-mère. La dernière partie, «Le sang de l’écriture», une sorte d’épilogue, évoque la difficulté d’écrire sur la situation actuelle en Algérie». Le tout est animé d’un fil conducteur : la naissance d’un pouvoir féminin. Ce pouvoir, Assia DJEBAR ne l’atteint qu’en recourant à la mémoire personnelle et à la mémoire collective. Cloîtrée, voilée, mariée dès son plus jeune âge, la figure de la femme algérienne rebute Isma. Celle-ci osera rompre au nom de toutes les femmes de son entourage les chaînes de la tradition. Tout au long de son récit, Assia DJEBAR revient sur une légende qui fait tant peur en Algérie. Les femmes mariées de force attendent l’invisible «voleur de mariée», auquel elles préfèreraient offrir leur virginité plutôt qu’à l’époux imposé. C’est la meilleure description de la condition de la femme, berbère qui plus est, à travers différents portraits, à différentes époques. L’écriture, la langue, la parole sont également abordées, comme des figures féminines qui se battent pour exister, résister à l’oubli, à l’effacement de soi.

«Nulle part dans la maison de mon père», en 2007, est un titre qui renvoie à la question de «l'exil», l'exil intérieur et l'exil spatial et familial. L’image de ce père aimé, sublimé mais elle renvoie aussi à un traumatisme. En effet, le père élève l’héroïne en l’entourant d’une protection qui entraîne, bien vite, l’apparition de toutes sortes d’interdits : vestimentaires, relationnels. Le puritanisme est de rigueur. Un texte où il est difficile de séparer l’auteur de la narratrice (personnage et auteur à la fois), avec un moi majestueux, serein, plein de pudeur. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie mais plutôt d’une somme de moments qui ont marqué son enfance et son adolescence. Nous sommes sous l’Algérie coloniale, peu avant la guerre. Fatima, le véritable prénom d’Assia DJEBAR et celui de la fille préférée du Prophète, est fille d’instituteur. A ce titre, elle est en rapport étroit avec la population européenne. Elle fréquente l’école des maîtres français, joue avec les enfants des colons. A la maison, on parle essentiellement la langue française. Malgré ça, l’empreinte de la tradition s’exprime à travers sa famille, les femmes voilées qu’elle croise dans la rue et au hammam, sa mère qui porte le Haik, ce grand voile blanc dont se couvraient les algériennes de l’époque. Mais c’est surtout le caractère rigoriste de son père qui la marquera le plus et un événement en particulier. Alors qu’elle essayait, en compagnie d’un petit garçon européen, d’apprendre à faire du vélo, son père la surprend et la fait rentrer sur le champ. Il lui reproche alors sévèrement d’avoir montré ses cuisses. Fatima n’avait que 6 ans. A partir de cet instant, l’insouciance d’une petite fille fait place à la crainte et à l’incompréhension. Pourtant le père de Fatima n’est pas si strict et traditionnel que ça. Elle peut sortir sans le voile, elle peut porter des jupes. Elle peut se rendre à son internat sans chaperon. En revanche, pas question de se vêtir d’une robe laissant les épaules et le dos dénudés. Fatima ne comprend pas pourquoi ces françaises peuvent ainsi se promener en toute liberté, sans surveillance et en tenue légère et que les algériennes soient, elles, emprisonnées dans leurs voiles et dans leurs maisons. Ce roman est aussi l’expression d’un mal être, d’un étouffement dont les responsables sont des hommes, le père d’abord, figure omniprésente, puis le futur mari. Un roman, est une longue marche vers la liberté ; il nous éclaire l’œuvre de l’auteure et sa prise de position dans le combat des femmes pour l’égalité. C’est une écriture d’une beauté attendrissante, bouleversante, ciselée, et sculptée.

Dans «Loin de Médine», publié en  1991, Assia DJEBAR, en historienne, se plonge dans les chroniques arabes de Ibn Saad, Ibn Hichem et Tabari ; elle se déplace à Médine, dans l’année 632 de l’ère chrétienne, au moment où le Prophète va mourir. Se croisent alors des destins de femmes fascinantes : bédouines reines de tribus ou prophétesses inspirées, mais d'abord chefs de guerre dans une Arabie en effervescence. A Médine même, d'autres héroïnes, musulmanes cette fois et des plus célèbres : Fatima, fille du Prophète, à la fierté indomptable d'une Antigone nouvelle, sera des mois durant «celle qui dit non à Médine». A l'autre extrême, Aïcha maintenant veuve de Mohamed, la plus vénérée et la plus jeune, s'installe peu à peu dans son rôle de «diseuse de mémoire». Entre ces deux pôles, les migrantes mecquoises, les affranchies, les errantes, tout un choeur d'anonymes, rapportent dans la ferveur la chaîne des «dits» du Prophète disparu. Un retour à l’imaginaire islamique, aux origines de la religion, celle d’Assia DJEBAR, qui démontre que dans les origines de l’Islam, il y a une grande place pour la dignité de la femme. C’est une réécriture de l’histoire. En effet, ce roman a été écrit au moment où l’Algérie vit des heures dramatiques avec la poussée islamiste. Assia DJEBAR, dans ce contexte particulier, dresse sa vision de toutes les femmes musulmanes afin de réhabiliter leur statut. En effet, Mohammed Ibn Jarir Al-TABARI (838-923), un historien irakien et exégèse du Coran, avait dressé, une vision masculine de l’histoire de l’Islam, dans laquelle la femme fut mise à l’écart. En laissant la femme dans l’ombre, en la réduisant au silence, ces historiens ont occulté leur rôle éminent, et ont donc falsifié l’histoire. Par conséquent, Assia DJEBAR réhabilite le discours féminin, en donnant la parole à 18 figures féminines que l’Histoire recense, mais marginalise. Elle fait appel, notamment, à la jeune princesse yéménite, Sann’a qui épouse Aswad, en fait c’est un imposteur, un faux prophète et elle découvre aussi que c’est un païen. Aïssa DJEBAR relate la révolte de Fatima, la fille du Prophète, dépossédée de son héritage paternel par les successeurs de Mohamed. Fatima s’oppose, farouchement, contre cette injustice, si elle meurt, auparavant, elle a dit «Non». Pour les femmes algériennes de notre temps, Assia DJEBAR pose un mythe fondateur, elles peuvent s’identifier et intégrer ce passé glorieux de l’Islam, à la fois comme maillon et réceptacle.

«Le Blanc d’Algérie» en 1996 est un cri de douleur, une litanie de noms et de morts, un dialogue suspendu avec l’ami : un requiem désespéré, un récit beau et liturgique. Les événements tragiques de l’Algérie nourrissent la fiction rendant compte du sang et de la violence, et l’auteure s’interroge : «Comment dès lors porter le deuil de nos amis, de nos confrères, sans auparavant avoir cherché à comprendre le pourquoi des funérailles d’hier, celle de l’utopie algérienne ?» écrit-elle. Assia DJEBAR juxtapose les événements des années 90, à ceux de l’indépendance et de la période qui suit. Assia DJEBAR convoque les témoins de l’histoire : l’émir Abdelkader, Youssef SEBTI, Frantz FANON, Tahar DJAOUT, Alloula et bien d’autres. «Comment s’étonner que la révolte, que la colère même déviée, même dévoyée, des «fous de Dieu», se soit attaquée dés le début, aux tombes des Chahids, les sacrifiés d’hier ?» écrit-elle. Elle visite le présent à l’aune du passé et refuse que ces voix de l’histoire défaillent. «Que dire surtout de ceux qui continuèrent à officier dans la confusion de ce théâtre politique si creux : dans leur discours, ils convoquèrent à tout propos les morts, à force de répéter «un million de morts », ils ne prêtent attention qu’aux qualificatifs, eux les survivants, les bien portants. Ainsi, s’amplifia la caricature d’un passé où indistinctement se mêlaient héros sublimés et meurtriers fratricides» écrit-elle.  Assia DJEBAR appelle donc à mettre fin à «l’auto-dévoration collective» pour un dialogue et une unité retrouvés.

D’autres romans méritent d’être cités. «Oran, langue morte» en 1997, est divisé en deux parties : «L’Algérie entre désir et mort» et «Entre France et Algérie». Un dicton algérien assure : «On rentre à Oran en courant et on en sort en fuyant». Une jeune Algérienne revient à Oran pour la mort de sa tante et revit les circonstances du meurtre de sa mère, en 1962 ; une Normande catholique, mère de huit enfants franco-algériens, est enterrée en grande pompe au cimetière musulman du village de son époux ; une institutrice signe son arrêt de mort en racontant à ses élèves l’histoire de la femme découpée en morceaux. Entre folie meurtrière et résistance farouche, des femmes tentent de survivre dans le quotidien ensanglanté de l’Algérie de ces dernières décennies. Les années continuent à passer et sa plume remue la plaie de la violence chaque jour. Oran, ville d’Abdelkader Alloula, le poète du théâtre assassiné le 11 mars 1993. Dans «Les Nuits de Strasbourg», en 1997 il s’agit d’une histoire d’amitié avec l’amie d’enfance, Ève, «Toi, ma soeur de Tébessa», une juive algérienne, mais surtout, c’est une histoire d’amour, où les langues et les corps s’accouplent entre Thelja, une Algérienne, et François, un Alsacien. «J’aime ce dialogue à la fois de nos corps, et la façon dont je peux délier enfin ma parole» s’exclame Thelja, jeune algérienne de trente ans, blottie entre les bras de son amant François, de vingt ans son aîné. Le couple s’est connu à Paris et la jeune femme se rend à présent à Strasbourg pour partager neuf nuits avec l’amant d’origine alsacienne. Dans «Ces voix qui m’assiègent», en 1999, ce sont les langues qui «assiègent», que cette écrivaine aime, depuis les langues orales de ses ancêtres qui ont bercé, qui ont nourri son enfance et sa première adolescence, jusqu’à la langue de sa formation intellectuelle, le français. «La disparition de la langue française» en 2003 laisse deviner la complexité de l’Histoire à travers le récit des expériences personnelles des héros. Il s’agit de la question de l’héritage culturel multiple de l’Algérie. L’auteur y consacre des pages pudiques et douces mêlant l’amour et la passion. La disparition de la langue française,  «Vingt ans d'exil vont-ils lui paraître irréels, coulée sombre s'évanouissant derrière lui ? Rues en lacis de la Casbah (celles de Pépé le Moko, lui disait en souriant Marise qui ne vint jamais jusqu'ici), il va les revoir dans le clair-obscur de ce vieil Alger, Djazirat el Bahdja, la belle, la glorieuse, si longtemps l'imprenable, la cité des pirates légendaires, bribes d'histoire que sa mémoire, à lui, l'enfant du quartier, ce matin sur la route macère». «La Disparition de la langue française» évoque le retour d'un homme en Algérie après un long exil. Pris au piège du souvenir, écartelé entre son éducation française, l'apprentissage de la rue dans l'Alger des années 50 et son engagement précoce dans la guerre d'indépendance, il ne reconnaît plus la terre natale.

Assia DJEBAR, qui résidait dans le 11ème arrondissement de Paris, disparait le 6 février 2015, à l’âge de 78 ans. Inhumée le vendredi 13 février 2015, à Cherchell, elle repose auprès de son père, décédé en 1995. La ministre de la Culture, Mme Nadia LABIDI, salue le legs d’Assia DJEBAR «à la culture nationale et universelle», elle qui était «profondément attachée à sa patrie». Assia est morte, mais elle est devenue immortelle : «J’écris contre la mort, j’écris contre l’oubli. J’écris dans l’espoir (dérisoire) de laisser une trace, une griffure sur un sable mouvant, dans la poussière qui monte, dans le Sahara qui monte» dit-elle. Assia DJEBAR rajoute : «Je ne suis pas un symbole. Ma seule activité consiste à écrire. Chacun de mes livres est un pas vers la compréhension de l’identité maghrébine, et une tentative d’entrer dans la modernité. Comme tous les écrivains, j’utilise ma culture et je rassemble plusieurs imaginaires».

De son vivant, Assia DJEBAR a été ostracisée et négligée par son pays d’origine, l’Algérie, et ses travaux mis à l’index n’ont pas été enseignés dans les écoles et les universités. Dans nos pays, dès que quelqu'un émerge, les autres au lieu de s'en réjouir, le saignent au couteau. Aussi, Assia été victime d’une Fatwa résultant de discours accusateurs et culpabilisateurs  suivant lesquels, elle a une éducation française ; elle a appris la langue et la culture de l’ennemi ; elle a choisi d’écrire dans cette langue étrangère. Ainsi, Rachid BOUDJEDRA considère que le français est une langue d’aliénation. «Assia DJEBAR compte parmi les premières intellectuelles à assumer sa francité et ne manque pas de mettre en évidence cette situation dramatique : la domination coloniale dans laquelle l’apprentissage de la langue s’accompagne tragiquement de la mort des siens» écrit Tassadit YACINE-TITOU. Assia DJEBAR, évoluant dans un monde d’hommes, n’avait pas que des amis. Ainsi, Mustapha LACHERAF a considéré que Malek HADDAD et Assia DJEBAR sont, «de tous les écrivains algériens, […] ceux qui connaissent le moins bien leur pays» et «ont tout ignoré, sinon de leur classe petite bourgeoise, du moins de tout ce qui avait trait à la société algérienne». Suivant LACHERAF ces auteurs n’ont que des lecteurs français qui ne connaissent pas l’Algérie. Certains auteurs vont même jusqu’à douter de l’authenticité de son engagement pour les femmes : «Le problème de nos écrivains francophones, c'est qu'ils font trop de calculs. Au début, ils sont honnêtes, mais plus ils avancent en célébrité plus leur crédibilité recule. Ils ne sont plus eux-mêmes. Aussi, il arrive un moment où ils ne représentent plus rien. L'exemple le plus apparent est celui de Assia Djebbar, je suis désolée de la nommer. Elle ne représente plus l'Algérie. Pour elle, l'image de la femme algérienne n'a pas évolué. Elle est toujours telle qu'elle l'avait décrite dans les années cinquante. Malheureusement, c'est cette image médiocre que les Européens nous demandent de brosser», écrit Ahlam MOSTAGHANEMI.

Si Assia DJEBAR est une expatriée de culture française, et qu’elle se définit comme une «fugitive», comme une «étrangère» à ce pays : «moi, la lointaine, presque l’étrangère, l’errante en tout cas», en revanche, sa contribution littéraire traite presque exclusivement de l’Algérie. En effet, elle se définit comme une écrivaine algérienne et musulmane : «Je voudrais me présenter devant vous comme simplement une femme-écrivain, issue d’un pays, l’Algérie tumultueuse et encore déchirée. J’ai été élevée dans une foi musulmane, celle de mes aïeux depuis des générations, qui m’a façonnée affectivement et spirituellement, mais à laquelle, je l’avoue, je me confronte, à cause de ses interdits dont je ne me délie pas encore tout à fait» dit-elle, en 2000 lors de la réception du Prix des éditeurs allemand. Contrairement à certaines insinuations malveillantes, Assia DJEBAR est nationaliste et fondamentalement anticolonialiste : «L’Afrique du Nord, du temps de l’Empire français, a subi, un siècle et demi durant, dépossession de ses richesses naturelles, déstructuration de ses assises sociales, et, pour l’Algérie, exclusion dans l’enseignement de ses deux langues identitaires, le berbère séculaire, et la langue arabe dont la qualité poétique ne pouvait alors, pour moi, être perçue que dans les versets coraniques qui me restent chers. Le colonialisme vécu au jour le jour par nos ancêtres, sur quatre générations au moins, a été une immense plaie ! Une plaie dont certains ont rouvert récemment la mémoire, trop légèrement et par dérisoire calcul électoraliste. La France, sur plus d’un demi-siècle, a affronté le mouvement irréversible et mondial de décolonisation des peuples. Il fut vécu, sur ma terre natale, en lourd passif de vies humaines écrasées, de sacrifices privés et publics innombrables, et douloureux, cela, sur les deux versants de ce déchirement» dit-elle lors de son discours de réception à l’Académie française du 22 juin 2016. Mais Assia DJEBAR récuse l’Algérie des mufles, des faux révolutionnaires, et surtout des fondamentalistes qui ont transformé son pays en un immense cimetière avide de plus de sacrifices : «Rien autour de nous : vous avez dit l’Algérie ? Celle de la souffrance d’hier, celle de la nuit coloniale, celle des matins de fièvre et de transe ? Vous avez dit cette terre, ce pays : non, un rêve de sable, non une caravane populeuse mais évanouie, non, un Sahara tout entier noyé de pétrole et de boue, un Sahara trahi. Une Algérie de sang, de ruisseaux de sang, de corps décapités et mutilés, de regards d’enfants stupéfaits» écrit-elle dans «Blanche Algérie». Assia DJEBAR a écrit l’histoire d’une Algérie rêvée, contre la mort, et pour la vie. Dans «l’Amour, la fantasia», elle est irrémédiablement animée d’un espoir et d’une espérance, pour la résurrection de son pays : «A l’idée d’une possible agonie de l’Algérie, par défi, par entêté espoir, l’écriture, de cinéma ou de littérature, doit rendre présente la vie, la douleur peut-être mais la vie, l’inguérissable mélancolie mais la vie !» écrit-elle.

Morte et devenue un cadavre exquis, Assia DJEBAR est encensée par l’Algérie ; elle fait désormais l’unanimité autour de sa brillante et originale contribution littéraire. Son cercueil enveloppé du drapeau algérien a été exposé à la population. Le président algérien Abdelaziz BOUTEFLIKA, dira «L’Algérie perd en la personne d’Assia Djebar une grande figure de la littérature algérienne et universelle connue pour son enracinement, son engagement, ainsi que la profondeur et la justesse de ses écrits». Première femme écrivaine, Assia DJEBAR, dans son héritage, a ouvert la voie aux sans voix. Par ailleurs, certains auteurs avaient bien aussi reconnu son talent littéraire : «Nul pourtant ne saurait nier à Assia Djebar l’attachement aux traditions ancestrales et à l’Islam, et encore moins son encrage viscéral dans la société féminine algérienne» écrit Ahmed DEJAOUI.  Mohamed DIB est enthousiaste : «Vous êtes allée là plus loin que jamais, et surtout plus loin de nous tous, vous avez atteint et touché notre horizon à tous, cet horizon sous lequel se profile tout ce qui fait ce que nous sommes» dit-il. Une bibliothèque, 1 rue Reynaldo Hahn, à Paris 20ème, porte le nom d’Assia DJEBAR. Il a été créé, depuis 2015, un prix littéraire Assia DJEBAR, décerné par le Ministre de la Culture algérien. Dans tous les pays du monde, en Afrique et notamment en Algérie, ses ouvrages devraient être au programme scolaire. Le Cercle des Amis d’Assia DJEBAR y travaille.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions d’Assia Djebar

1 - 1 – Ouvrages

DJEBAR (Assia) ou IMALHAYENE, Fatma-Zohra, Le Roman maghrébin francophone. Entre les langues et les cultures. Quarante ans d'un parcours : Assia Djebar, 1957-1997, Université Paul Valéry-Montpellier 3, mars 1999, 245 pages ;

DJEBAR (Assia), Ces voix qui m’assiègent : en marge de ma francophonie, Paris, Albin Michel 1999, 270 pages ;

DJEBAR (Assia), L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1995, 257, pages ;

DJEBAR (Assia), La disparition de la langue française, Paris, Albin Michel, 2003, 293 pages ;

DJEBAR (Assia), La femme sans sépulture, Paris, Albin Michel, 2002, 219 pages ;

DJEBAR (Assia), La soif, Paris, R. Julliard, 1957, 165 pages ;

DJEBAR (Assia), Le blanc de l’Algérie, Paris, Albin Michel, 1995, 280  pages ;

DJEBAR (Assia), Les alouettes naïves, Paris, R. Julliard, 1967, 425 pages ;

DJEBAR (Assia), Les enfants du nouveau monde, Paris, Union générale d’éditions, 1973, 312  pages ;

DJEBAR (Assia), Les femmes d’Alger dans leur appartement, Paris, Albin Michel, 2002,  249 pages ;

DJEBAR (Assia), Les impatients, Paris, R. Julliard, 1958, 239 pages ;

DJEBAR (Assia), Les nuits de Strasbourg, Arles, Actes du Sud, 2003, 404 pages ;

DJEBAR (Assia), GARN (Walid), L’aube rouge, pièce en 4 actes, 10 tableaux, Paris, SNED, 1969, 102 pages ;

DJEBAR (Assia), Poèmes pour une Algérie heureuse, Paris, SNED, 1969, 84 pages ;

DJEBAR (Assia), Loin de Médine, filles d’Ismaël, Paris, Librairie générale française, 1995, 350 pages ;

DJEBAR (Assia), Mokeden (Malika), L’Algérie au féminin, Köln, Georg Reimer, 1999, 198 pages ;

DJEBAR (Assia), Nulle part dans la maison de mon père, Arles, Actes du Sud, Montréal, Leméac, 2007, 451 pages ;

DJEBAR (Assia), Ombre sultane, Paris, Albin Michel, 2006, 231 pages ;

DJEBAR (Assia), OULD-ROUIS (Ahmed), Ismaël ou essai sur la condition arabe, Ville et éditeur inconnus, 1967, 130 pages ;

DJEBAR (Assia), Poèmes pour une Algérie heureuse, Alger, SNED, 1968, 84 pages ;

DJEBAR (Assia), Vaste est la prison, Paris, Librairie générale française, 2002, 351 pages.

1 - 2 – Entretiens et articles

DJEBAR (Assia), «Interview», avec Mildred Mortimer, Research in African Literatures, été 1988, vol 19, n°2, pages 197-205 ;

DJEBAR (Assia), «Interview», avec Tahar BEN JELOUN, Le Monde, vendredi 29 mai 1987, page 10 ;

DJEBAR (Assia), «Les yeux de ma langue» Poétiques d’Edouard Glissant, colloque 11-13 mars 1998, Paris, La Sorbonne, pages 363-365 ;

DJEBAR (Assia), «Territoires et langues», entretien avec Lise Gauvin, Littérature, 1991, n°101, pages 73-87.

2 – Critiques d’Assia Djebar

AHCENE (Baayou), Interculturalité et éclatement des codes dans ces voix qui l’assiègent d’Assia Djebar, mémoire de magistère dirigé par Ali-Khodja Djamel, Université de Mentouri de Constantine (Algérie), 2006-2007, 142 pages ;

AMEUR (Souad), Ecriture féminine : images et portraits croisés de femmes, thèse sous la direction de Francis Claudon, Université, Paris-Est, 2013, 370 pages ;

AMHIS-OUKSEL (Djoher), Assia Djebar, une figure de l’aube, Alger, Casbah éditions, 2016, 142 pages ;

ASHOLT (Wolfgang), CALLE-GRUBER (Mireille), COMBE (Dominique), éditeurs, Assia Djebar, littérature et transmission, colloque de Cerisy-la-Salle, du 23 au 28 juin 2008, Paris, Presses Sorbonne nouvelle, 2010, 439 pages ;

BOUAISSI (Zahia), Femmes aux frontières de l’interdit : étude des premiers romans d’Assia Djebar, Université de Göteborg (Suède), 2009, 226 pages ;

Cahiers d’études maghrébines, «Spécial Assia Djebar», 22 octobre 2000, n°14, 131 pages ;

CALLE-GRUBER (Mireille), Assia Djebar ou la résistance de l’écriture : regards d’un écrivain d’Algérie, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, 282 pages ;

CALLE-GRUBER (Mireille), CIXOUS (Hélène), Au théâtre, au cinéma, au féminin, avec la participation d’Assia Djebar, Ariane Mnouchkine et Daniel Mesguich, Paris, L’Harmattan, 2001, 244 pages ;

CHAOUATI (Amel), AMAZIT (Sonia), CARTHE (Anne-Marie), DONADEY (Anne), Lire Assia Djebar, Alger, éditions Sédia, 2015, 195 pages ;

CHAOUTI (Amel), «L’œuvre d’Assia Djebar : quel héritage pour les intellectuels Algériens ?», El-Khitab, n°16, pages 35-44 ; 

CHIKI (Beïda), Assia Djebar, histoires et fantaisies, Paris, Presses Sorbonne nouvelle, 2007, 197 pages ;

CHIKI (Beïda), Littérature algérienne, désir d’histoire et esthétique, Paris, L’Harmattan, 1998, 200 pages ;

CLERC (Marie-Jeanne), Assia Djebar, écrire, transgresser, résister, Paris, L’Harmattan, 1997, 173 pages ;

CORVAISIER (Gaëlle), Histoire coloniale, fiction féminine, frictions en francophonies : études comparatives d’œuvres de Maryse Condé et d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Jean Bessière, Université de Paris 3, 2010, 295 pages ;

DEJEUX (Jean), Assia Djebar, romancière algérienne, cinéaste arabe, Sherbrook (Canada), Naaman, 1984, 117 pages ;

DEVARRIEUX (Claire), «Assia Djebar, mort d’une grande voix de l’émancipation des femmes», Libération du 7 février 2015 ;

GAFAITI (Hafid), La diasporisation de la littérature postcoloniale : Assia Djebar, Rachid Mimouni, Paris, L’Harmattan, 2005, 281 pages ;

GAFAITI (Hafid), Les femmes dans le roman algérien, Paris, L’Harmattan, 1996, 350 pages ;

GHARBI (Farah, Aïcha), L’intermédialité littéraire dans quelques récits d’Assia Djebar, Phd, Université de Montréal, Département des littératures de langue française, décembre 2009, 422 pages ;

GUBINSKA (Maria), «Quelques réflexions sur la première série romanesque d’Assia Djebar», Planeta Literatur, Journal of Global Literary Studies, 2014 (2) pages 31-41 ;

HAMANDIA (Zohra), Entre mémoire et désir : l’identité plurielle chez Assia Djebar, thèse sous la direction de Catherine Mayaux, Université de Franche-Comté, 2005, 416 pages ;

HARZOUN (Mustapha), «La disparition de la langue française, Assia Djebar, 2003», Hommes et migrations, février 2004, pages 128-129 ;

IVANTCHEVA-MERJANSKA (Irène), Ecrire dans la langue de l’autre : Assia Djebar et Julia Kristeva, Paris, L’Harmattan, 2015, 235 pages ;

KARZAZI (Wafaie), L’univers romanesque d’Assia Djebar, thèse, Université Bordeaux Montaigne, 1987, 453 pages ;

KIAN (Soheila), Ecriture et transgression d’Assia Djebar et de Leila Sebbar : les traversées des frontières, Paris, L’Harmattan, 2009, 180 pages ;

KIRSTEN (Husung), Hybridité et genre chez Assia Djebar et Nina Bouraoui, Paris, L’Harmattan, 2014, 284 pages ;

KOUADRI-MOSTEFAOUI (Bouali), Lecture de Assia Djebar : analyse linéaire de trois romans : «l’amour, la fantasia», «Ombre sultane», «la femme sans sépulture», Paris, L’Harmattan, 2011, 260 pages ; 

LABONTU-ASTIER (Diana), Assia Djebar, les alouettes naïves, étude critique, Paris, Honoré Campion, collection entre les lignes, 2014, 118 pages ;

LABONTU-ASTIER (Diana), L’image du corps féminin dans l’œuvre d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Claude Coste, Université de Grenoble, 2012, 444 pages ;

LACHERAF (Mustapha), «L’avenir de la culture algérienne», Les temps modernes, octobre 1963, n°209, 19ème année, pages 733-734 ;

LAGOUATI (Sofiane), Ecrire : le corps comme territoire entre les langues : «la diglossie littéraire» dans l’œuvre de Claude Ollier et Assia Djebar, thèse sous la direction de Mireille Calle-Gruber, 2008, 2 vol 591 pages ;

MILO (Giulivà), Lecture et pratique de l’histoire dans l’œuvre d’Assia Djebar, Bruxelles, préface de Beida Chiki, Bruxelles, New York, PIE, Peter Lang, 2007, 286 pages ;

MITTERRAND (Frédéric), OKS (Virginie), Assia Djebar, la soif d’écrire, Paris, Electron libre productions, 2007, film de 52 minutes ;

MOSBAHI (Mériem), Le thème de l’amour et de la guerre dans l’amour, la fantasia d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Rachid Raissi, Université Mohamed Kheider-Biskra, 2013-2014, 90 pages ;

QADER (Fatima), L’écriture féminine contemporaine et les représentations de la femme dans «Feux» de Marguerite Yourcenar, «Loin de Médine» d’Assia Djebar et «Te di la vida entera» de Zoé Valdès, thèse sous la direction d’Alain Montandon, Clermont Ferrand, Université Blaise Pascal, 2006, 2 vol, 518 pages ;

RANAIVOSON (Dominique), Assia Djebar : «L’amour la fantasia», Paris, Honoré Campion, 2016, 111 pages ;

REDOUANE (Najib), BENAYOUN-SZMIDT (Yvette), sous la direction de, Assia Djebar, Paris, L’Harmattan, 2008, 378 pages ;

REGAIEG (Najiba), «L’Algérie dans l’œuvre d’Assia Djebar», document pdf, 2014, 18 pages ;

REGAIEG (Najiba), De l’autobiographie à la fiction, ou le jeu de l’écriture, étude l’amour, la fantasia, et d’Ombre sultane d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Charles Bonn, Université Paris 13, 1995, 371 pages ;

UMMTO (Fatima, Boukhelou), «Le Blanc de l’Algérie, œuvre historiographique et ré-écriture de l’histoire», El-Khitab, n°16, pages 179-192 ;

ZIMRA (Clarisse), «Comment peut-on être musulmane ? Assia Djebar repense Médine», Notre Librairie, sept juil 1994, n°118, pages 57-63.

Paris, le 27 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 11:52

Romancier, dramaturge et poète visionnaire, par la radicalité de sa critique KATEB Yacine est considéré, grâce à son roman «Nedjma», comme le chef de file de la littérature algérienne. Tout est sorti de la prison et de l'amour, les deux sources de l'œuvre de KATEB Yacine. Il porte un regard lucide sur le drame du peuple algérien vivant entre la cruauté inouïe du colonialisme et le rejet du fondamentalisme religieux. Dans la colonisation, l’esclave en arrive à aimer ses chaînes, car après la conquête militaire, il a été entrepris l’assimilation et l’acculturation. Faisant appel à Tacite, à l’histoire de l’Antiquité, KATEB constate que Numides et Gaulois ont été vaincus par les Romains, dont le vaste empire a fini par s’effondrer.  Ecrivain réaliste, il voulait transformer le monde. «Je suis Algérien par mes ancêtres, internationaliste par mon siècle» et il précise : «Ni musulman, ni arabe, mais algérien». Ecrivain engagé, il estime que «le rôle de l’écrivain consiste à prendre position». En effet, «Nedjma» dénonce la colonisation et se situe dans «la période de l’affirmation de soi et du combat» écrit Jean DEJEUX. Poète rebelle, adversaire du colonialisme et partisan de l’indépendance, KATEB occupe en Algérie «la place du mythe ; comme dans toutes les sociétés, on ne connaît pas forcément son œuvre, mais il est inscrit dans les mentalités et le discours social». «Nedjma», conçue dans une grotte par un Algérien et une Française d’origine andalouse et juive islamisée, vivant en marge d’un monde perturbé, est le symbole d’une Algérie meurtrie et divisée par la guerre entière, mais toujours unie par l’amour de sa terre. La femme occupe une place de choix dans la libération de l’Algérie : «Gloire aux cités vaincues ; elles n’ont pas livré le sel des larmes, pas plus que les guerriers n’ont versé notre sang : la primeur en revient aux épouses, les veuves éruptives qui peuplent toute mort, les veuves conservatrices qui transforment en paix la défaite, n’ayant jamais désespéré des semailles, car le terrain perdu sourit aux sépultures, de même que la nuit est qu’ardeur et parfum, ennemie de la couleur et du bruit, car ce pays n’est pas encore venu au monde : trop de pères pour naître au grand jour, trop d’ambitions déçues, mêlées, confondues, contraintes de ramper dans les ruines» écrit-il dans «Nedjma». KATEB milite pour une Algérie libre, sans détour : «La grande importance de Kateb Yacine, c’est qu’il ne construit pas des ponts entre Orient et Occident, il a plutôt tendance à les miner ces ponts, à montrer que ces ponts ce sont des ponts artificiels, et que la réalité c’est celle du conflit» dit Gilles CARPENTIER. Par conséquent, «Nedjma» s’identifie aux héroïnes de la guerre de libération : «Elle fut la femme voilée de la terrasse, l’inconnue de la clinique, enfin femme sauvage sacrifiant son fils unique, sa noirceur native avait réapparu, visage dur, lisse et coupant. Nous n’étions pas assez virils pour elle. (…) Et le colt sous le sein».  Par la dimension métaphorique de sa contribution littéraire, KATEB Yacine reste ainsi l’une des figures les plus importantes et révélatrices de l’Histoire douloureuse de l’Algérie. «L’Auteur de Nedjma manipulera la plume à l’encontre de l’oppression comme d’autres manipuleront les armes pour combattre l’oppresseur» écrit le professeur Benaouda LEBDAI. «Nedjma, c’est l’héroïne du roman, qui d’ailleurs… enfin, ne domine pas tout à fait la scène, qui reste à l’arrière plan. C’est d’ailleurs le personnage symbolique de la femme orientale, qui est toujours obscure et qui est toujours présente également. Nedjma, c’est aussi une forme qui se profile, qui est à la fois la femme, le pays, l’ombre où se débattent les personnages […] principaux du roman, qui sont quatre jeunes Algériens dont je raconte les aventures et mésaventures. Algérie qui est actuellement noyée dans une espèce d’opacité, l’opacité d’un pays qui est en train de naître et dont les acteurs projettent des lueurs et finalement montrent le visage» dit KATEB Yacine. Aussi libre et libertaire, insolente et provocante, indéchiffrable et éblouissante que son œuvre, fut la vie de KATEB. Militant de toute son âme pour l’indépendance, au sein du Parti populaire algérien, puis du Parti communiste, il s’engage avant tout avec les «damnés de la terre», dont il est avide de connaître et faire entendre les combats : «Pour atteindre l’horizon du monde, on doit parler de la Palestine, évoquer le Vietnam en passant par le Maghreb» dit-il. Ainsi, «L’Homme aux sandales de caoutchouc» est, en 1970, une vaste fresque historique sur Ho-Chi-Minh et du Vietnam. Ecrivain réaliste, KATEB Yacine est adoubé par les «Lettres françaises» que dirige Louis ARAGON : «Yacine Kateb a 18 ans. Il est parti en France, il y a quinze jours. Conférences à Paris. Visites à Eluard, Aragon. M’a écrit une lettre enthousiaste. Je serais heureux qu’il réussisse à s’imposer. Il a un réel talent», écrit Emmanuel ROBLES qui l’a fortement soutenu. Pour Jean GRENIER, dans une lettre du 10 août 1951, de recommandation à Albert CAMUS, notre auteur est «enthousiaste et brûlant comme la poudre», Jean SENAC le présente en un écrivain qui «parle plus haut que le mot». KATEB Yacine est convaincu que les mots sont une arme contre l’oppression : «Beaucoup (…) n’ont pas besoin de livres pour vivre. Pauvres idéalistes ! Ils ne savent pas que les livres, à la fin des fins, resteront la dernière propriété de l’homme, propriété rarissime… Les révolutions commenceront plus que jamais dans les bibliothèques» dit-il.

SENAC qualifie «Nedjma» d’une allégorie en prise avec l’Histoire de l’Algérie en train de se faire (1er novembre 1954), un éclatement du récit réaliste s’opposant au nouveau roman code déjà dominant, une unicité d’une œuvre à venir. N’appartenant à aucune école de pensée, même s’il a lu William FAULKNER, James JOYCE, John DOS PASSOS et Bertolt BRECHT, le style de KATEB Yacine peut être parfois sinueux ; son récit n’est pas linéaire, les histoires s’enchevêtrent. «Ce qui fait la force du texte katébien, c’est sa non-transparence ; il n’est jamais de grandes proclamations de foi dans Nedjma, c’est dans la construction même du texte, dans la stratégie discursive que s’affirme l’indépendance» écrit Geneviève CHEVROLAT. Fragments, bourgeonnements, variantes, éclatement de la narration traditionnelle, par sa structure innovante et par sa densité poétique, le récit de KATEB écrit par spasmes et construit avec des guenilles comme des morceaux de jarre cassée, innove et déroute le lecteur. «Moi, j'ai choisi la Révolution. Je suis prêt à sacrifier beaucoup de recherches de formes pour atteindre les objectifs de fond, vitaux pour la littérature (...) Nous avons une réalité qui demande d’être appréhendée directement de façon vierge (…) il y a des gens qui parlent de [la Révolution] comme s'ils étaient des esthètes. Ils ne se rendent pas compte que c'est odieux ou ridicule. (…) Il faut tout repenser, il faut se libérer des tabous universitaires, ne pas se préoccuper d’être toujours à la mode» dit-il. C’est donc en raison de son refus perpétuel du conformisme que la biographie de KATEB nous éclaire sur le sens de son message : «La mémoire n’a pas de succession chronologique. En cela l’œuvre de Kateb Yacine est doublement œuvre de mémoire : elle est éclatement et récupération du passé, dans le cercle du temps et dans le polygone étoilé de l’espace. Mais pour approcher cet éclatement poétique et politique, constaté et refusé, il est utile en raison notamment de l’importance du contenu biographique de l’œuvre et parce que cette vie est significative de l’évolution suivie par la plupart des écrivains de la même génération de recomposer cette succession chronologique que la mémoire et l’écriture décomposent» écrit Gérard FAURE. KATEB Yacine décrit une sédimentation d’histoires, de drames et de conquêtes accumulées, enfouis, recouverts, mais jamais effacés. Brassant l’histoire depuis les temps reculés, KATEB estime que la colonisation française a été sanglante et destructrice : «Ni les Numides ni les Barbaresques n'ont enfanté en paix dans leur patrie. Ils nous la laissent vierge dans un désert ennemi, tandis que se succèdent les colonisateurs, les prétendants sans titre et sans amour» écrit KATEB Yacine. Les envahisseurs avaient «la hache d’une main, le sabre de l’autre» écrit-il dans «Nedjma». Mais dans leur tentative de dépersonnalisation de l’homme algérien, celui-ci s’est révélé d’une grande capacité de résistance : «La peuplade égarée se regroupait autour du bagne passionnel qu’ils appellent l’Islam, Nation, Front ou Révolution, comme si aucun mot n’avait assez de sel» écrit-il dans le «Polygone étoilé». KATEB Yacine dresse aussi, de façon critique, l’histoire du mouvement national algérien en faisant référence à l’élimination du M.L.T.D Messali HADJ : «On n’en finissait pas avec les crimes de Raspoutine. Il avait torpillé l’ancien parti du peuple» écrit-il dans le «Polygone étoilé». Et il y évoque aussi, «la vieille tyrannie» reprenant «pied, sous le costume national». La révolte de la jeunesse d’octobre 1988, mettant fin à l’hégémonie du parti unique, lui donnera raison.

Publié en 1956, au moment où la guerre d’Algérie est encore une plaie ouverte, Nedjma est une œuvre hermétique, mais c’est le fil conducteur de la contribution littéraire de KATEB Yacine, son noyau dur, en raison de sa force et de sa richesse. La construction du roman ne peut que désorienter le lecteur : la chronologie est fortement brouillée, les points de vue narratifs sont multiples, partagés entre celui d’un narrateur extérieur et ceux des quatre personnages principaux dont le roman épouse le flux et le reflux des prises de position. En fait, KATEB s’engage délibérément dans l’Histoire et s’engage pour l’Algérie indépendante. «Nedjma» ou en arabe, «l’étoile» symbolisant l’idéal nationaliste, rayonne et domine sur toute l’œuvre de KATEB Yacine : «Ce qui fait tenir le tout, c’est une sorte de vertige, cette ivresse qu’on éprouve à courir dans le grand vent : le centre vide du Polygone, l’Algérie rêvée à l’image du monde» dit Gilles CARPENTIER dans la préface du «Polygone étoilé». KATEB Yacine écrivait : «Il n’y a plus alors d’Orient, ni d’Occident». Tout ça c’est du vent. L’Esprit souffle où il veut. «Pour écrire Nedjma, il m’a fallu sept ans. C’est que l’art, comme le bon vin, exige beaucoup de temps» dit-il. KATEB Yacine se définit comme l’homme d’un seul livre, toute sa contribution littéraire pouvant se rattacher aux thèmes de l’amour et de la révolution dans «Nedjma». En effet, le «Polygone étoilé» constitue les fragments n’ayant pas trouvé leur place dans «Nedjma», les personnages sont les mêmes. On retrouve dans «le Polygone étoilé», poésie, théâtre, récit historique et chronique de presse, mais aussi cette constante d’une «Algérie rêvée, une Algérie plurielle, de par ses langues, ses races, ses religions, ses aspirations» écrit Mohand KHERROUB.  On a reproché à KATEB de publier sous des formes différentes, le même récit obsessionnellement repris et déplacé d’un texte à l’autre. En fait, en rupture avec ses prédécesseurs, et ses contemporains (Mouloud FERAOUN, Mohamed DIB et Mouloud MAMMERI), en écrivain réaliste, il insiste sur la dimension mythique et s’est arrogé le pouvoir de dire l’Histoire. S’insurgeant contre l’injustice et la tyrannie, il décrit «une Algérie multiple et contradictoire, agitée des soubresauts de sa longue et violente histoire, une Algérie jeune et âgée, musulmane et païenne, savante et sauvage» écrit Gilles CARPENTIER. Son héroïne, «Nedjma», se présente sous des facettes multiples. Tout d’abord, elle est la femme fatale, belle, perverse et dangereuse poussant ses prétendants à s’entredéchirer : «Et si loin qu’on remonte, une femme sauvage est occupée à dévorer les hommes, sans haine et sans pitié. De la vie à la mort, son choix reste équivoque. Elle est originaire de la tribu de l’aigle et du vautour» écrit dans «les Ancêtres redoublent de férocité». Ensuite, «Nedjma» est aussi la femme sauvage, mystérieuse et fuyante sachant diriger les hommes vers le combat : «Naïves et redoutables sont nos armes, comme le peuple qui accourt gagné par la prophétie, oui elle sera lavée de la défaite séculaire. Et notre terre, en enfance tombée, sa vieille ardeur se rallume» écrit-il. KATEB réaffirme que la littérature n’appartient pas seulement qu’aux Français. De même que «Nedjma» n’appartient ni à son père, ni à son mari, mais existe surtout dans le regard des quatre soupirants qui la convoitent la désirent. Enfin, Nedjma est la femme symbole de l’identité algérienne, Nedjma c’est l’Algérie. Nedjma est assimilée à Salammbô, personnage d’un roman historique de Gustave FLAUBERT ; il retrace cette atmosphère de violence folle, irrationnelle et paroxystique des scènes de bataille et de massacres. KATEB fait une allusion directe aux massacres du 8 mai 1945. Par ailleurs, «Nedjma» est la femme mythique, la Kahina, reine Berbère. Comme Madame Bovary de FLAUBERT qui s’est suicidée, «Nedjma» signe la mort d’un mythe, celui d’une France civilisatrice et bienfaitrice. Par conséquent, la contribution littéraire de KATEB est justement une laborieuse et chaotique reconquête de la mémoire, une nécessité de combattre cette histoire falsifiée, et d’inventer la Révolution. En effet, les autres principales œuvres de KATEB Yacine «Le Polygone éclaté» et «Le Cercle des représailles» tentent précisément de répondre à ce mal historique par le biais d'un univers violemment poétique, voué à la discontinuité et à l'errance. «Il n’y a rien d’autre : amours, misères, mort de l’Algérie colonisée ou de l’Algérie renaissant dans le sang et l’horreur» écrit Yves BENOT. Mélange de biographie et d’histoire, les personnages Rachid, Mourad, Lakhadar et Mustapha, ainsi que Nedjma sont encore condamnés à l’impuissance en raison des dissensions entre mouvements nationalistes. Le réel est transformé et prend une dimension mythique, collective et épique. KATEB dépeint la dignité et la tragédie des hommes dominés. Le choix de la polyphonie et de la pluralité des genres correspond ainsi à l'image d'une Algérie dispersée par la guerre et par l'émigration, mais que le «chaos créateur» se donne pour vocation de refaçonner, à la recherche de l'origine perdue. KATEB a dit lui-même que ses poèmes «Soliloques» sont liés au massacre à Sétif : «Ces poèmes ont été écrits alors que j’avais 15 ans, avant et après la manifestation du 8 mai 1945. J’étais interne au collège de Sétif. Ce jour-là c’était la fête, la victoire contre le Nazisme. On a entendu sonner les cloches, et les internes ont été autorisés à sortir. Il était à peu près dix heures du matin. Tout à coup j’ai vu arriver au centre de la ville un immense cortège. C’était mardi, jour de marché, il y avait beaucoup de monde, et même des paysans qui défilaient avec leurs vaches. A la tête du cortège, il y avait des scouts et des camarades de collège qui m’ont fait signe, et je les ai rejoints, sans savoir ce que je faisais. Immédiatement, ce fut la fusillade suivie d’une cohue extraordinaire». Il ajoute «le 13 mai, au matin, j’ai été arrêté par des inspecteurs qui m’ont conduit à la prison de la gendarmerie. Autour de la prison, on entendait des coups de feu, les exécutions sommaires avaient lieu en plein jour. Devant la mort, on se comprend, on se parle plus et mieux». Ces massacres du 8 mai 1945 font basculer KATEB Yacine dans le camp de la révolution : «Et quand je suis devenu collégien, plus tard au collège de Sétif, c’était beaucoup plus dur parce que là les camarades se moquaient du poète qui s’enfermait ou qui écrivait des vers, enfin qui n’était pas comme les autres. À ce moment-là il y a eu pour moi une espèce de nuit, de solitude qui a commencé jusqu’au moment où j’ai découvert les idées révolutionnaires, jusqu’au moment où en classe on a commencé à se passer les premiers journaux progressistes, révolutionnaires, nationalistes, communistes, etc. Ça a été comme une flamme dans un baquet d’essence, tout de suite ça m’a pris. Puis les événements se sont précipités, il y a eu les manifestations de 1945, je me trouvais dans la rue, j’ai été pris, emprisonné, toute ma famille a été profondément bouleversée par ça. Du point de vue personnel j’ai basculé vers la politique, si vous voulez. J’ai basculé vers ce qui était pour moi la révolution, mais encore très théorique, et surtout livresque, parce que je vivais dans un monde français, je lisais des livres français, lorsque je pensais à la révolution, je ne sais pas, je pensais à Napoléon ou Kléber mais je ne voyais pas le peuple algérien qui était devant moi tous les jours, c’est en prison que je l’ai vu» dit-il.

De son vrai nom, Mohammed KHELLOUTI, il a pris le pseudonyme de KATEB Yacine, parce que l'administration coloniale appelait les indigènes par leur patronyme suivi de leur prénom. KATEB, qui signifie «écrivain» en arabe, était issu d’une famille de lettrés de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien). Le 8 mai 1945, il n’a pas encore 16 ans, il participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l’indépendance. A Sétif, les policiers tuent le porte-drapeau Bouzid et trois Algériens. En représailles, la population tue 74 Européens. La loi martiale est instaurée et le grand massacre va commencer. Arrêté à Sétif, KATEB Yacine est incarcéré durant trois mois à la suite de la répression, qui fait 45 000 morts. Sa mère, à laquelle il est profondément attaché, c’est elle qui l’a initié à la tradition orale et à la poésie, sombrera dans la folie. Cette date du 8 mai marquera l’élément déclencheur de sa vocation littéraire. C’est en septembre 1945, à Annaba, qu’il tombe éperdument amoureux d’une de ses cousines, Zoulheikha, qui va inspirer «Nedjma» (étoile), rédigé en français, œuvre fondatrice qui a totalement bouleversé l’écriture maghrébine. «A ma libération, j’ai traversé une période d’abattement. J’étais exclu du collège, mon père agonisait, et ma mère perdait la raison. J’étais resté enfermé dans ma chambre, les fenêtres closes, plongé dans Beaudelaire. Puis, mon père m’a persuadé, pour changer d’air, d’aller à Annaba, où nous avions des parents. Là, ce fut le deuxième choc, l’amour. J’ai rencontré Nedjma. J’ai vécu près de 8 mois avec elle. C’était le bonheur absolu. Mais, en même temps, j’étais fasciné par les militants, les gens que j’avais connus en prison, et que je retrouvais, immanquablement. Il y a eu en moi un déchirement entre Nedjma et mes camarades. Et puis, elle était déjà mariée, j’étais trop jeune pour elle, je savais bien qu’il fallait rompre, mais c’était difficile» dit-il. KATEB rencontre au bar, un éditeur qui accepte de publier «Soliloques» ses poèmes de jeunesse, «on y retrouve deux thèmes majeurs : l’amour et la révolution» dit KATEB. «Soliloques» n’est pas encore «Nedjma», mais son acte de naissance. Dans cette histoire métaphorique où quatre jeunes gens, Rachid, Lakhdar, Mourad et Mustapha, gravitent autour de Nedjma en quête d’un amour incestueux, impossible et d’une réconciliation avec leur terre natale et les ancêtres, la jeune fille, belle et inaccessible, symbolise aussi l’Algérie résistant sans cesse à ses envahisseurs, depuis les Romains jusqu’aux Français. La question de l’identité, celle des personnages et d’une nation, est au cœur de l’œuvre, pluridimensionnelle, polyphonique.

«Nedjma» deviendra une référence permanente dans l’œuvre de KATEB, amplifiée en particulier dans «Le Polygone étoilé», mais aussi dans son théâtre «Le Cercle des représailles» et sa poésie. Pour Moa ABAID, comédien qui l’admirait, il était «un metteur en scène génial, proche de la réalité, qui a vraiment travaillé sur la construction du personnage pour parler au public, sans camouflage ni maquillage. Son utilisation de la métaphore et de l’allégorie n’est pas un évitement, puisqu’il a toujours dit haut et fort ce qu’il pensait, mais provient du patrimoine culturel arabo-musulman».

KATEB Yacine est né le 6 août 1929, Condé Smendou (Zirout Youcef), dans le Nord Constantinois, mais cette naissance a été déclarée le 26 août 1929. Il est issu d’un milieu qui sut lui apporter, avec le sentiment de son appartenance tribale, un contact familier avec les traditions populaires du Maghreb. Originaire d’un «lieu de séisme et de discorde ouvert aux quatre vents», il est passionnément attaché à retrouver ses racines et celles de son peuple. KATEB Yacine est un «Keblout», sa famille est issue d’une lignée berbère installée près de Nadhor, dans l’est du pays. Keblout, chef d’une tribu racine du peuple algérien, renvoie à l’image d’Abdel El Kader, ce nationaliste algérien brisé par le colonialisme. Keblout pourrait aussi se rattacher aux Almoravides qui ont islamisé le Sénégal ou aux origines du Maghreb entier, dans sa période la plus glorieuse. L’ancêtre Keblout est un Diogène oriental, «un sage paradoxal, poète et buveur, amoureux des belles étrangères» écrit Gilles CARPENTIER. Les Berbères, souvent tentés par la migration, doivent se rattacher à la famille, à la tribu, pour conserver leur patrimoine culturel : «Nous ne sommes que des tribus décimées. Ce n’est pas revenir en arrière que d’honorer notre tribu, le seul lien qui nous reste pour nous retrouver, même si nous espérons mieux que cela» écrit-il dans «Nedjma». Son père et sa mère, «un véritable théâtre arabe», sont cousins germains. «Mon père était avocat, mon père et ma mère, mon grand-père et ma grand-mère, mes oncles, mes tantes, tout ça, ça vient de la même tribu et nous sommes tous issus de mariages consanguins» écrit-il. Pourfendeur du système colonial, il estime que «la Justice n’est juste que pour les hommes égaux». Le colonialisme, assimilé au vautour, c’est la loi du plus fort : «Je suis de la tribu de l’aigle. Mais l’aigle a disparu. Un vautour le remplace. Les Ancêtres nous ont prédit que lorsque sonneront les dernières heures de la tribu, l’aigle noble et puissant devra céder sa place à l’oiseau de la mort et de la défaite» écrit-il dans «la poudre d’intelligence». Dans le processus de libération de l’Algérie, il assigne un rôle particulier aux Ancêtres : «Ce sont des âmes d'ancêtres qui nous occupent, substituant leur drame éternisé à notre juvénile attente, à notre patience d'orphelins ligotés à leur ombre de plus en plus pâle, cette ombre impossible à boire ou à déraciner, l'ombre des pères, des juges, des guides que nous suivons à la trace, en dépit de notre chemin» écrit-il dans «Nedjma».

Le jeune Yacine a vécu une enfance insouciante, heureuse et vagabonde. «La plus grande époque de ma vie, je crois que c’était quand j’étais gosse. Tout homme est dans l’enfant» dit-il. KATEB Yacine avait puisé dans sa famille, composée de gens lettrés, un goût prononcé pour les livres et la lecture. Son grand-père maternel était auxiliaire de justice. Son père, avec une double culture, française et musulmane, était un avocat indigène qui a travaillé à Sédrata, à Sétif et à Lafayette (Bougaâ). «Mon père était oukil, c’est-à-dire qu’il était une sorte d’avocat en justice musulmane, et il était appelé à souvent changer de résidence, de sorte que nous avons beaucoup déménagé pendant ma jeunesse. Mon père était aussi voyageur par tempérament. J’ai tenu déjà de lui et de ma mère une espèce de pratique quotidienne de la poésie, qu’on retrouve dans toute notre tribu. Ce qui est caractéristique de cette tribu c’est précisément que dans son sein un filon poétique qui se retrouve chez presque tous ses membres, de façon naïve, de façon plus approfondie, de façon plus ou moins affirmée» dit-il. Sa mère, Yasmina, «Elle, la source de tout. Elle se jetait dans le feu, partout où il y avait du feu. Ses jambes, ses bras, sa tête, n'étaient que brûlures. J'ai vécu ça, et je me suis lancé tout droit dans la folie d'un amour, impossible pour une cousine déjà mariée». KATEB lui a consacré, un poème, «La Rose de Blida» et se fait promoteur, à travers elle, du féminisme : «La question des femmes algériennes dans l'histoire m'a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m'a toujours semblé primordiale. Tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai fait jusqu'à présent a toujours eu pour source première ma mère. C'est ma mère qui a fait de moi ce que je suis. Je crois que c'est vrai pour la plupart des hommes. Certains le disent, d'autres l'ignorent, mais s'agissant notamment de la langue, s'agissant de l'éveil d'une conscience, c'est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l'enfant, c'est elle qui construit son monde» dit dans «Parce que c’est une femme». Son nationalisme, il le doit en partie, aux histoires que lui racontait sa mère : «Ma mère lorsque son mari s’absentait, avait peur la nuit. Pour me tenir éveillé, elle contait d’interminables légendes nationales où Abd-El-Kader se mêlait aux héros anciens qui tous évoquaient nostalgiquement la grandeur passée des Arabes aujourd’hui asservis» écrit-il.  

Après l'école coranique, qu'il apprécia peu, KATEB fréquenta l'école française, sur insistance de son père : «La langue française domine. Il te faudra la dominer et laisser en arrière tout ce que nous t’avons inculqué dans ta plus tendre enfance. Mais une fois passé maître dans la langue française sans danger revenir avec nous à ton point de départ». Cependant, KATEB nourrit des sentiments contradictoires à l’égard de la langue française : c’est un moyen de perdre sa personnalité, ses racines culturelles et religieuses ; on est «dans la gueule du loup», mais, en même temps, KATEB y découvrit la vertu libératrice de l'esprit critique. Très tôt, il est témoin de la colonisation de sa terre natale, et en subit les conséquences. L’apprentissage de la langue française est une première déchirure, mais aussi premier combat de sa vie. Il aura cette phrase : «La francophonie est une machine de guerre néocoloniale, qui ne peut que perpétuer notre aliénation, mais l’usage de la langue française ne signifie pas qu’on soit l’agent d’une puissance étrangère, et J’écris en français, mieux que les Français, pour dire que je ne suis pas français». Pour lui, la langue française est un butin de guerre : l’écriture est une lutte, et le poète, un «boxeur». «Je pense que la phrase de KATEB Yacine est encore d’actualité. Pourquoi ? Parce qu’elle signifie bien que si on a imposé une langue par la fameuse politique d’assimilation culturelle, dont il faut rappeler qu’elle ne s’adressait qu’à une minorité, l’apprenant colonisé, en choisissant d’être écrivain, en a fait son arme de révolte et de remise en cause du système, en la travaillant à partir de son imaginaire, de sa culture, de sa langue d’origine. J’aime bien dire que si la langue a été imposée au petit colonisé à son corps défendant, il n’est devenu écrivain, usant de cette langue, qu’à son corps consentant.  La langue appartient à celui ou celle qui la travaille avec les instruments qu’il ou elle se forge», dit Christine CHAULET ACHOUR.

KATEB luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait «révolutionner la révolution». Il considérait qu’il ne pouvait pas renoncer au «chaudron» (la langue française) : «J'ai honte d'avouer que ma plus ardente passion ne peut survivre hors du chaudron. C'est pourquoi, plutôt que de te promener au soleil, je préférerais de beaucoup te rejoindre dans une chambre noire, et n'en sortir qu'avec assez d'enfants pour être sûr de te retrouver. Et seule une troupe d'enfants alertes et vigilants peut se porter garante de la vertu maternelle» écrit-il. En effet, s’il considérait le français comme un «butin de guerre», il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le Tamazight (berbère) comme langues nationales.  Pour KATEB Yacine, libérer l'Algérie, c'était lui rendre sa véritable langue et son histoire. Écrivain d'abord de langue française, langue dans laquelle il a découvert le sens du mot «Révolution», il se met rapidement à l'arabe dialectal algérien pour se faire entendre de son peuple. À partir de l'Indépendance, il s'engage pour la reconnaissance du Tamazigth (berbère), langue d'avant la colonisation arabo-islamique. «Il faut créer un arabe moderne et rajeunir certains dialectes» dit-il.

En 1945, l'expérience de la prison lui a révélé «les deux choses qui [lui] sont les plus chères : la poésie et la Révolution». De retour en Algérie, en 1948, il entre au quotidien Alger Républicain et exerce divers métiers. Il est alors docker, puis il revient en France où il exerce divers métiers, publie son premier roman et part à l'étranger (Italie, Tunisie, Belgique, Allemagne...). Ensuite, il poursuivra ses voyages avec les tournées de ses différents spectacles.  Proche des milieux nationalistes, inscrit au Parti communiste, il travaille un temps comme journaliste, notamment à «Alger républicain», seul journal de gauche géré en ces années-là par Henri ALLEG ; ce journal interdit en 1955, mais réhabilité en 1962, sera interdit en 1965, sous BOUMEDIENE, puis autorisé, à nouveau, à la suite des émeutes d’octobre 1988. Il collaborera avec «Mercure de France», la revue «Esprit» et les «Lettres françaises». En 1950, son père meurt, et ayant la charge de ses deux jeunes sœurs et sa mère malade, KATEB s'exile en Europe, où il fait éditer romans et pièces de théâtre. Il vit dans une extrême précarité jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1954-1962), principalement en France, harcelé par la direction de la surveillance du territoire (DST), et voyageant beaucoup. Dans le bouleversement terrible et euphorique de 1962, il rentre en Algérie, mais déchante rapidement. Il s’y sent «comme un Martien» et entamera une seconde période de voyages  (Moscou, Hanoï, Damas, New York, Le Caire) : «En fait, je n’ai jamais cru que l’indépendance serait la fin des difficultés, je savais bien que ça serait très dur» dit-il.

KATEB Yacine est un poète du réalisme. «La réalité exprimée ici est celle du peuple algérien. (…) Il est permis à Nedjma du «Cadavre» de s’accomplir souterrainement jusqu’à devenir la femme des «Ancêtres», c’est l’Algérie, dramatique et toujours présente, qui anime la scène» écrit Edouard GLISSANT dans sa préface sur le «Cercle des représailles». KATEB revient à Paris, et monte la pièce «La femme sauvage», un autre nom de Nedjma. Il rentre en Algérie en 1972, où il dirige une troupe théâtrale que les autorités préfèrent reléguer à partir de 1978 au théâtre régional de Sidi-bel-Abbès, dans l'Ouest algérien. Il est confronté au manque d’actrices, de femmes qui travaillent au théâtre, ainsi qu’au manque de moyens financiers ; ce qui limite les déplacements, l’intendance (logement, nourriture), les décors, les costumes, la documentation et même la lumière. Mais il a pu toucher un public nouveau, notamment les jeunes. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (A.C.T.), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques, avec des moyens très simples et minimalistes, les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages, le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration. «Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (...) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle» dit-il.

KATEB Yacine abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont «Mohamed, prends ta valise», sa pièce culte, donnera le ton. «Nous travaillons toujours en arabe dialectal, pour la bonne raison que nous voulons toucher l’ensemble du public et pas seulement une partie du public. C’est-à-dire les gens du peuple, le grand public» dit-il. A travers son théâtre, il a voulu sensibiliser les Algériens sur l’Apartheid, ainsi que la guerre palestino-israélienne, et montant une pièce «Palestine trahie» qui retrace et remonte à l’histoire des religions, de manière à éclairer le présent. Il a été bouleversé par le massacre de Sabra et Chatilla. «Le Roi de l’Ouest» est un clin d’œil au conflit du Sahara Occidental. «Lorsque je suis allé au Vietnam, j’ai été frappé par le fait que les Vietnamiens ont porté presque toute leur histoire au théâtre, depuis l’invasion chinoise, il y a bien longtemps, plus d’un millénaire. Je voudrais faire la même chose en Algérie, c’est-à-dire porter notre histoire, ainsi que notre histoire brûlante actuelle, parce que là je touche à des thèmes d’actualité» dit-il.

Ses premières œuvres ont accompagné l'insurrection nationaliste contre le colonialisme français. Mais l'arrivée au pouvoir d'une bourgeoisie arrimée à l'arabe classique et à l'islam le conduit vers un autre combat. Surnommant les islamo-conservateurs les «Frères monuments», il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : «La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (...). S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde». En lisant «l’histoire des Berbères et des dynasties» d’Ibn KALDOUN (1332-1406), il écrit et monte «La voix des femmes», présentée pour la première fois, le 3 juillet 1971, à Tlemcen. Cette pièce relate le rôle des femmes dans l’Histoire en partant de la Kahina (début du VIIIème siècle), également appelée Dihya, la Yemma ou la maman, une reine berbère, symbole de la résistance Amazigh aux conquêtes étrangères (Romains, Arabes, Turcs, Français). Il fut une époque où les femmes avaient voix au chapitre. Peu à peu, la voix des femmes disparait et il ne reste plus que le lointain écho qui s’éloigne de plus en plus de son émetteur. KATEB retrace le siège de Tlemcen, par les Mérinides et la fondation du Maghreb central (aujourd’hui l’Algérie), par la tribu des Béni Abdelwed, originaire des Aurès, dont le chef Yaghmoracen résista victorieusement aux rois de l’Est et de l’Ouest.

Ses prises de position, toujours attendues et toujours fidèles à l'esprit du soulèvement de 1954, n'ont jamais cessé d'appeler à la libération de l'Algérie. Ainsi en octobre 1988, quand il proteste contre la répression des manifestations algéroises «Moi, je veux être perturbateur, même au sein de la perturbation. Il faut révolutionner la Révolution. Elle a des ornières» dit-il. Il constate, dépité, que l’indépendance a été décevante : «Tout ce que je peux dire, c’est que rien n’a changé pour le prolétaire émigré, même si son pays est indépendant, bien au contraire». Il écrit en Arabe, une pièce «Mohamed, prend ta valise» L’engagement politique de KATEB détermina fondamentalement ses choix esthétiques : «Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie». Libérer l’Algérie, c’était lui rendre sa véritable langue et son histoire. Écrivain d’abord de langue française, langue dans laquelle il a découvert le sens du mot «Révolution», il se met rapidement à l’arabe dialectal algérien pour se faire entendre de son peuple. En effet, KATEB reconnaît, à son époque, que l’arabe littéraire n’était pas maîtrisé par la grande masse de la population, et cette langue s’est sclérosée et ne s’est pas modernisée, suffisamment. De sorte qu’écrire en Arabe n’est pas forcément un gage de l’accès à une audience plus grande. Il s’engage donc dans la valorisation de l’Arabe dialectal. En 1967, il décide de ne plus écrire que pour le théâtre et parcourt l’Algérie, à partir de 1970, avec sa troupe de théâtre La Mer de Bab El-Oued. Sa rencontre, grâce à Jean-Marie SERREAU, avec Bertolt BRECHT, a été celle d’un jeune dramaturge, doué mais encore peu connu, et d’un grand maître de la scène, sûr de lui et euro-centriste sans le sentir. Ce fut un échange court, un dialogue de sourds : A BRECHT, qui avait alors dit à KATEB que le temps de la tragédie était fini, le dramaturge algérien répondra avec aplomb que son pays était justement entrain d’en vivre une. Ils finiront cependant avec le temps par se rencontrer dans le monde des idées et tendre vers la convergence : BRECHT qui voulait un théâtre marqué par le sérieux et la «distanciation» finira par ouvrir son théâtre au rire et au chant comme moyens didactiques tandis que KATEB abandonnera lentement le monde du tragique pour s’orienter vers un théâtre populaire qui, utilisant les mêmes armes et outils, se voudra une leçon de sciences politiques. Il écrira le «Cadavre encerclé».

Pour KATEB, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge «vraiment essentielle dans l’expression de l’homme». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. «Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (...). J’ai en tous les cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié». Un «pouvoir explosif» qu’il utilisera dans «Le Cadavre encerclé», où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au cœur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective. KATEB a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post-indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Il dénonce, avec férocité le fanatisme arabo-islamiste : «Les ennemis de la philosophie ont inventé le turban comme un rempart, protégeant contre toute science, leurs cranes désertiques» dit-il dans sa pièce, «la poudre d’intelligence». Et il dira, «le doute n’est qu’un grain de sable dans le désert de la foi».

Prix Jean AMROUCHE de 1963, KATEB Yacine obtient le Grand Prix national des lettres par l’Académie française en 1986. «Un grand écrivain ? Je suis un mythe plutôt. Je représentais jusqu’à présent un des aspects de l’aliénation de la culture algérienne. J’étais considéré comme un grand écrivain parce que la France en avait décidé ainsi» dit-il. Décédé en exil, le 28 octobre 1989, à Grenoble, sans avoir pu terminer les émeutes algériennes de la jeunesse du 5 octobre 1988 (contre le parti unique, la vie chère et la raréfaction des denrées de première nécessité ; les années 90 seront tragiques (plus de 150 000 morts, basculement dans le libéralisme), KATEB Yacine est inhumé au cimetière El Alia, dans la banlieue d’Alger, Oued Smar. Il avait trois enfants (Hans, Amazigh et Nadia). Dans le cortège où figurent des étudiants en lutte et des amis qui seront assassinés au cours de la décennie suivante, on chante l’Internationale en Tamazight. KATEB Yacine connaît toujours une popularité certaine en Algérie, où un colloque international lui a été consacré. En France, une bibliothèque municipale, au 202, Grand Place, à Grenoble, porte son nom. Ce «poète en trois langues», selon le titre du film que Stéphane GATTI lui a consacré, demeure un symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustice, et l’emblème d’une conscience insoumise, déterminée à rêver, penser et agir debout. «Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion» écrit-il. Rebelle à tous les pouvoirs, pourfendeur du colonialisme, de l'impérialisme et de tous les intégrismes, tout ce que la mort a fait de lui, c'est de le transporter du monde de la prétention à celui de la consécration. «Notre peuple sait bien qu’une guerre, comme la nôtre, n’ayant jamais cessé, ne sera jamais finie» écrit-il. Pour Edouard GLISSANT, KATEB Yacine n’est pas simplement un écrivain algérien, mais un écrivain du monde, il est l’un des plus grands écrivains du XXème siècle aux côtés de James JOYCE et William FAULKNER. Le temps serait-il donc un long mensonge ?

KATEB était avant tout un génie de la poésie, et il vouait une grande admiration pour l’émir Abdelkader (1808-1883), le nationaliste algérien.

J’ai caché la Vie d’Abdelkader.

J’ai ressenti la force des idées.

J’ai trouvé l’Algérie irascible. Sa respiration…

La respiration de l’Algérie suffisait.

Suffisait à chasser les mouches.

Puis l’Algérie elle même est devenue…

Devenue traîtreusement une mouche.

Mais les fourmis, les fourmis rouges,

Les fourmis rouges venaient à la rescousse.

Je suis parti avec les tracts.

Je les ai enterrés dans la rivière.

J’ai tracé sur le sable un plan…

Un plan de manifestation future.

Qu’on me donne cette rivière, et je me battrai.

Je me battrai avec du sable et de l’eau.

De l’eau fraîche, du sable chaud. Je me battrai.

J’étais décidé. Je voyais donc loin. Très loin.

Je voyais un paysan arc-bouté comme une catapulte.

Je l’appelais, mais il ne vint pas. Il me fit signe.

Il me fit signe qu’il était en guerre.

En guerre avec son estomac, Tout le monde sait…

Tout le monde sait qu’un paysan n’a pas d’esprit.

Un paysan n’est qu’un estomac. Une catapulte.

Moi j’étais étudiant. J’étais une puce.

Une puce sentimentale… Les fleurs des peupliers…

Les fleurs des peupliers éclataient en bourre soyeuse.

Moi j’étais en guerre. Je divertissais le paysan.

Je voulais qu’il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant mon père le paysan. Je bombardais la lune dans la rivière.

Bibliographie

1 – Contributions de KATEB Yacine :

1 – 1 – Ouvrages

KATEB (Yacine), Abdelkader et l’indépendance algérienne, Alger, En-Nahda, 1947, 44 pages ;

KATEB (Yacine), Eclats de mémoires, textes réunis par Olivier Corpet, Albert Dichy et Mireille Djaider, Paris, IMEC, 1994, 78 pages ;

KATEB (Yacine), L’homme aux sandales de caoutchouc, Paris, Seuil, 1970 et 2001, 283 pages ;

KATEB (Yacine), L’œuvre en fragments, textes présentés par Jacqueline Arnaud, Paris, Sindbad, 1986, 446 pages ;

KATEB (Yacine), La femme sauvage, Paris, Julliard, 1962,  pages 7-25 ;

KATEB (Yacine), Le cercle des représailles, préface d’Edouard Glissant, Paris, Seuil, 1959, 172 pages ;

KATEB (Yacine), Le polygone étoilé, préface de Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1966, 1994 et 1997, 186 pages ;

KATEB (Yacine), Loin de Nedjma, Alger, Laphonic, 1986, 93 pages ;

KATEB (Yacine), Minuit passé de douze heures : écrits journalistiques, 1947-1989, textes réunis par Amazigh Kateb, Paris, Seuil, 1999, 358 pages ;

KATEB (Yacine), Nedjma, préface Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1956 et 1996, 275 pages ;

KATEB (Yacine), Soliloques, Paris, La Découverte, 1991, 57 pages ;

KATEB (Yacine), Un poète comme boxeur, textes réunis et présentés par Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1994, 184 pages.

1 – 2 – Articles et Interviews

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KATEB (Yacine), «Sa biographie, par lui-même», Les lettres françaises, 7 novembre 1963 ;

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KATEB (Yacine), «Entretien télévisé du 14 août 1956, avec Pierre Desgraupes», dans l’émission Lecture pour Tous ;

KATEB (Yacine), «Interview», Les lettres françaises, 17 novembre 1971.

2 – Critique de KATEB Yacine

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MDARHRI-ALAOUI, (Abdallah), Aspects de l'écriture narrative dans l'œuvre romanesque de Kateb Yacine, thèse de 3ème cycle, sous la direction d’André-Michel Rousseau, Aix-Marseille 1, 1975, 302 pages ;

MESTAOUI (Lobna), «Le butin de guerre camusien, de Kateb Yacine à Kamel Daoud», Méditerranée au Pluriel, 2017, n°36, pages 143-159 ;

MILKOVITCH-RIOUX (Catherine), TRESKOV Von (Isabelle), D’ici et d’ailleurs l’héritage de Kateb Yacine, Frankfurt, Peter Lang, 2016, 211 pages ;

RIADH-EL-FETH, Colloque international Kateb Yacine, 28, 29 et 30 octobre 1990, Alger, OPU, 378 pages ;

SBOUAI (Taïeb), La femme sauvage de Kateb Yacine, préface de Kateb Yacine, Paris, L’Arcantère, 1985, 145 pages ;

SEDIKI (Fatma-Zohra), Le traitement de l’histoire dans Nedjma de Kateb Yacine, thèse sous la direction de Jacques Chevrier, Université de Paris-Est, Créteil-Val-de-Marne, 1988, 125 pages ;

TAMBA (Saïd), Kateb Yacine, Paris, Seghers, 1991, 217 pages.

Paris, le 19 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 21:22

Patrice Emery LUMUMBA, un éphémère et jeune premier ministre de 36 ans, n’est resté au pouvoir au Congo, après l’indépendance, seulement que deux mois. Trahi, vendu, supplicié et finalement lâchement assassiné, sans sépulture, ces circonstances tragiques de sa mort, l’ont érigé au rang de héros mythique des indépendances africaines, et de  messie, pour les vaincus. Dans cette tragédie, Jean OMASSOMBO et Benoît VERHAEGEN notent «La même montée rapide au pouvoir face à des adversaires divisés, la même ambiguïté des choix idéologiques, la même chute brutale organisée par des ennemis acharnés tant congolais qu’étrangers, et enfin le même courage et la même détermination au moment de la chute». Le 17 janvier est devenu un jour férié au Congo. Raoul PECK en a tiré, en 1999, un film. Son arme, c’est la parole, disait de lui Aimé CESAIRE : «il est l’homme du verbe». Sa mort, le 17 janvier 1961, signe la descente aux enfers d'un pays, du Congo belge devenu le Zaïre. 

L'étendue et les richesses minières et minérales du Congo (Diamant, cuivre, cobalt, argent, uranium, plomb, zinc, cadmium, or, étain, tungstène, manganèse, coltan, etc.) en ont fait, pour les Belges, un «magnifique gâteau africain», un libre-service pour les Occidentaux. En effet, l’indépendance a été une escroquerie, une formidable duperie. «La Belgique, la France qui ont décolonisé, malgré elles, sont présentes, actives. Ont leurs pions. Le pétrole, la stratégie. Tout a un rôle dans la grande guerre des positions. Les enjeux sont imbriqués. Vaste jeu d’échecs, les pions font illusion d’être les maîtres d’un jeu dont ils sont pourtant l’enjeu pitoyable. C’était presque un marché de dupes. C’est l’acheteur qui a été un vendeur à la solde, qui avait reçu une monnaie de singe ! Il avait vendu son âme au diable qui mène le bal. Et c’est le damné qui danse» écrit Tchicaya U Tam’si. MOBUTU, l’aide de camp de LUMUMBA, devenu maréchal, a régné d’une main de fer sur le Congo de 1965 à 1977. Laurent-Désiré KABILA a repris le pouvoir en 1997, mais une guerre civile éclate en 1998, faisant entre cette date et 2003, à elle seule, plus de 3 millions de morts. «Les quelques leaders qui avaient quelque peu réfléchi aux enjeux idéologiques de la libération de l’Afrique ont été vite balayés. Pas seulement par la méchanceté des Blancs, mais par les Africains eux-mêmes qui n’ont rien fait pour protéger Lumumba» écrit Mongo BETI.

Patrice LUMUMBA, fils de paysans modestes Tétéla, est baptisé le 2 juillet 1925 au village de Hiokamende-Onalua, dans le territoire de Katako-Kombe, dans la région de Sankuru, dans le nord du Kasaï, au Congo Kinshasa. Il va à l'école missionnaire catholique, puis fréquente une école protestante tenu par des religieux suédois. Ses études terminées, il cherche du travail dans la province du Kivu, et, est, pendant un temps, employé d’une société minière, à Kindu, jusqu'à ses 20 ans, en 1945. Il est déjà un de ceux qu'on appelle les «évolués», une minorité d'individus ayant bénéficié d'une éducation «moderne» et intellectuellement privilégiés. LUMUMBA travaille ensuite pour l'administration des postes à Stanleyville (Kisangani). En septembre 1954, il reçoit sa carte «d'immatriculé» : le détenteur de cette carte qui est une invention de l'administration coloniale est supposé vivre à «l'européenne», avoir de bonnes mœurs et de bonnes conduites. En 1955, LUMUMBA écrit dans divers journaux existants, crée une association, L'APIC (association du personnel indigène de la colonie) et entame ses activités politiques sous couvert du militantisme associatif.

En juin 1955, LUMUMBA a l'occasion de s'entretenir avec le roi BAUDOIN en voyage au Congo sur la situation des Congolais et de la communauté belge. A cette période, le ministre du Congo est Auguste BUISSERET (1888-1965), membre du parti libéral belge qui veut créer un enseignement public, ce qui plaît à Lumumba et à d'autres «évolués» membres de la section congolaise du parti libéral belge. LUMUMBA et quelques «notables» congolais, se rendent en Belgique sur invitation du Premier ministre. LUMUMBA est encore un dirigeant modéré, protégé par BUISSERET : «Le Noir est un homme qui prend en grande estime le maître qui l’apprécie, il reste attaché au chef qui le considère et le traite en homme» écrit-il en avril 1956.

A son retour LUMUMBA, employé de la Poste, est emprisonné, à Stanleyville du 6 juillet 1956 au 7 septembre 1957, pour une affaire de détournement de deniers publics, abus de confiance et faux en écritures ; il a utilisé un système habile de transferts différés de chèques, avec un transit sur son compte bancaire, au préjudice d’un grand magasin. Il reconnaît les détournements et propose de les rembourser en vendant sa maison, mais, son dynamisme et ses dons oratoires inquiètent les coloniaux, et l’église est hostile à un enseignement laïque que veut imposer son mentor BUISSERET. Le procès de LUMUMBA prend donc la tournure d’un règlement de compte politique. En effet, il est victime d’une jalousie et d’une cabale politique. Pendant sa détention, il lit, écrit et émet le souhait d’un «dialogue sincère entre les deux races en présence» faisant ainsi preuve de retenue. Mais l’autorité coloniale se méfie de lui et refuse de publier ses ouvrages. En détention, il envoie, le 10 janvier 1957, son manuscrit à l’Office de publicité, à Bruxelles, mais cet ouvrage ne sera publié, qu’à titre posthume, et portera le titre «Congo, terre d’avenir est-il menacé ?». A son époque bon nombre d’Africains écrivaient sur ce que le colon voulait entendre ; ils étaient prisonniers du paternalisme des colons. En revanche, «Patrice LUMUMBA, lui, a voulu, dans son livre dire aux Blancs ce qu’il pensait. Et il l’a dit avec beaucoup de circonlocutions et précautions oratoires. Et cela, en 1957, eût été d’une importance extraordinaire» écrit Jules CHOME. Dans ce livre, loin de l’étiquette de communiste qu’on lui affuble, LUMUMBA est resté, un modéré, très attaché à conserver des relations justes avec la Belgique : «Si vous parvenez un jour perdre le Congo ou à quitter ce pays hospitalier, ce serait de votre propre faute, et non la faute des autochtones qui ne souhaitent autre chose que de vivre mieux avec vous» écrit-il. Cet ouvrage est, en fait, un procès du colonialisme. Dans sa défense, au cours du procès de Stanleyville, il a avancé l’idée que les salaires des « évolués » ne sont pas décents, et qu’ils n’ont pas le prestige nécessaire pour être considérés comme des fonctionnaires. En effet, dans cet ouvrage, il y relate le caractère pernicieux et pervers du colonialisme qui ne fait pas confiance aux «évolués» : «L’élite autochtone, dont le loyalisme et le degré de civilisation ont été officiellement reconnus, par décision de la haute magistrature, doit être considérée comme un véritable allié, comme un précieux collaborateur du belge avec lequel il doit former une équipe homogène et dynamique pour la poursuite de la mission civilisatrice et la défense de leurs intérêts communs». Il propose de supprimer la peine de la chicote et d’installer une vraie égalité devant la justice : «L’idéale serait d’avoir, un jour, une juridiction unique applicable à la fois aux Blancs et aux Africains. Il faut, d’un côté, instaurer une justice égale pour tous les hommes et, d’un autre côté, modifier la façon de réprimer les délits à l’égard des indigènes». Publié en 1961, l’ouvrage paraissait décalé, tant la situation politique avait, considérablement, évolué.

A sa sortie de prison, LUMUMBA est révoqué de ses fonctions d’employé à la Poste par arrêté du 26 juillet 1957, il se rend à Léopoldville, où il avait séjourné entre juillet 1947 et avril 1948, lors de sa formation à l’école postale. Il reprend ses activités associatives de même qu’un nouvel emploi de directeur de la promotion commerciale de la brasserie du Bas-Congo, pour la bière Polar. Cet emploi lui permet de côtoyer, de plus près, les gens modestes fréquentant les bars, et il apprend, le Lingala, la langue dominante de la capitale afin de mieux communiquer avec eux. Ces contacts professionnels, au départ, prennent par la suite, des tournures politiques. Grand orateur et communicateur, il introduit des questions sociales et politiques, qui le rendent encore plus sympathiques auprès des petites gens, comme l’instruction des jeunes et des femmes, l’égalité des races, l’amitié belgo-congolaise, les concepts de liberté.

Au courant de cette année 1957, le gouvernement belge prend quelques mesures de libéralisation. Pour la première fois, syndicats et partis politiques vont être autorisés. En 1958 se tient en Belgique l'exposition universelle. Patrice LUMUMBA en profite pour nouer des contacts avec les cercles anticolonialistes belges et se documenter. C'est, sans doute, à cette période que la pensée politique de LUMUMBA prend forme. Mais contrairement à ce qui se passe dans les colonies françaises, la colonisation belge est dominée par le conservatisme.

Du 15 au 21 avril 1958, la conférence des Etats indépendants d’Afrique, à Accra au Ghana, organisée par Kwame N’KRUMAH, prend une résolution recommandant aux participants de «donner toute leur aide aux peuples dépendants dans leur lutte pour l’autodétermination et l’indépendance». LUMUMBA est invité en décembre 1958, à la 6ème conférence panafricaine d’Accra, et il y expose son programme politique en «dénonçant le colonialisme, l’impérialisme, le tribalisme et le séparatisme religieux, comme constituant des entraves sérieuses à l’éclosion d’une société africaine harmonieuse et fraternelle. Le Congo ne peut plus être considérée comme une colonie ni d’exploitation, ni de peuplement. Son accession à l’indépendance est la condition sine qua non de la paix. Le souffle libérateur qui traverse actuellement toute l’Afrique ne laisse pas le peuple congolais indifférent» dit-il le 11 décembre 1958.

Le 1er janvier 1959, il démissionne de ses fonctions en qualité de directeur commercial au Bas- Congo, et se lance, totalement, en politique. Il est le cofondateur du Mouvement National Congolais (MNC), créé le 4 octobre 1959. Il rencontre Joseph KASA-VUBU (1915-1969, 1er président du Congo indépendant), tenant, à l’époque, d’un discours radical, en réclamant une «indépendante immédiate». LUMUMBA, dans sa conception de l’Etat, refuse le fédéralisme, reste attaché à un Etat centralisé et préservé de l’ethnicité. Il y a plus de 400 dialectes au Congo. Il sera, sur ces points, trahis, par ses compagnons de route par des sécessions au Katanga et au Kasaï. LUMUMBA prononcera aussi, le 22 mars 1959, un discours fondateur à l’université d’Ibadan, au Nigéria, comportant des éléments importants de sa doctrine politique. Il se montre particulièrement attaché à l’unité africaine. Pour atteindre ses objectifs, plus facilement et plus rapidement, l’union vaut mieux que la division : «Ces divisions, sur lesquelles se sont toujours appuyées les puissances coloniales pour mieux asseoir leur domination, ont largement contribué, et elles contribuent encore, au suicide de l’Afrique. (…) Plus nous serons unis, mieux nous résisterons à l’oppression, à la corruption et aux manœuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du «diviser pour régner».

Mais cette indépendance ne signifie ni l’isolationnisme, ni la haine contre les Occidentaux ; il invite à la coopération dans la souveraineté et le respect mutuel : «Dans la lutte que nous menons pacifiquement aujourd’hui pour la conquête de notre indépendance, nous n’entendons pas chasser les Européens de ce continent, ni de nous accaparer de leurs biens ou les brimer. Nous ne sommes pas des pirates. Nous avons, au contraire, le respect des personnes et le sens du bien d’autrui. Notre seulement détermination, et nous voudrions que l’on nous comprenne, est d’extirper le colonialisme et l’impérialisme de l’Afrique. (…) Nous ne voulons pas nous séparer de l’Occident, car nous savons qu’aucun peuple au monde ne peut se suffire à lui-même. Nous sommes partisans de l’amitié entre les races, mais l’Occident doit répondre à notre appel. Les Occidentaux doivent comprendre que l’amitié n’est pas possible dans les rapports de sujétion et de subordination» dit-il. En septembre 1959, il publie un poème prémonitoire, «pleure ô noir frère bien-aimé», dans lequel il fustige les sévices du colonialisme et ses complices : «O Noir, bétail humain depuis des millénaires, tes cendres s’éparpillent à tous les cendres du ciel. Et tu bâtis jadis des temples funéraires où dorment les bourreaux d’un sommeil éternel. En ces siècles barbares de rapt et de carnage, signifiant pour toi l’esclavage ou la mort, tu t’étais réfugié en ces eaux profondes où l’autre mort guettait sous son masque fiévreux, sous la dent du félin, ou l’étreinte immonde et froide du serpent, t’écrasant peu à peu. (…) Martyrisés par leurs tyranniques maîtres, sur ce sol que tu chéris toujours, et tu feras du Congo, une nation libre et heureuse, au centre de cette gigantesque Afrique noire».

Le 13 janvier 1959, le Roi avait annoncé des réformes mais qui tardent à venir. LUMUMBA se lance dans une meilleure structuration du M.N.C. à Léopoldville (création de sections et d’un secrétariat permanent). Du 15 au 17 avril 1959, il séjourne en Guinée-Conakry et se renseigne sur l’organisation administrative et politique de ce pays. A son retour au Congo, il condamne l’administration coloniale qui veut organiser un simulacre de démocratie et un régime féodal, dans son discours du 1er juillet 1959. En octobre 1959, le M.N.C. organise une réunion unitaire à Stanleyville avec d'autres partis qui sont d'accord pour réclamer l'indépendance immédiate et inconditionnelle. Stanleyville accueille du 23 au 28 octobre 1959, le congrès du MNC : «Les Belges ont utilisé la violence pour se débarrasser de la domination hollandaise. Nous n’avons pas voulu utiliser la violence. (…) Tous les gens qui souffrent, qui veulent jouir de l’indépendance immédiate, ne se présenteront pas au bureau de vote, parce qu’il y va de votre suicide» dit-il, le 29 octobre 1959. Des émeutes, en marge de ce congrès, créent des troubles. Les forces de l'ordre interviennent, essayant d'arrêter LUMUMBA, et la foule de déplace et le protège. Ne pouvant y arriver, les policiers tirent dans le tas faisant 30 morts. Le 1er novembre 1959, LUMUMBA est arrêté pour avoir appelé à la désobéissance civile et au boycott des élections organisées par le pouvoir colonial, tant qu'une décision n'est pas prise pour la formation d'un gouvernement congolais.

«Les émeutes de Léopoldville viennent de bousculer l’évolution politique timide qui s’amorçait, lui imprimant un rythme plus rapide, plus nerveux, mettant à nu les faiblesses du pouvoir colonial» écrivent Jean OMASSOMBO et Benoît VERHAEGEN. Les autorités coloniales sont contraintes de libérer LUMUMBA pour participer à la Table ronde de Bruxelles qui avait démarré, sans cette grande figure de l’indépendance nationale. Libéré le 24 janvier 1960, et dès que LUMUMBA arrive en Belgique, la Table ronde change de dimension, c’est un triomphe et un sacre de ses luttes, et il réoriente les travaux de cette instance. La seule question pertinente est finalement la date des élections législatives, et celle de l’indépendance, fixée au 30 juin 1960.

Dans son discours du 30 juin 1960, au parlement congolais, pour la passation des pouvoirs, le roi BEAUDOIN de Belgique, dans une logique colonialiste, insiste que sur le fait que la libération du Congo n’est pas le fruit des luttes africaines, mais que  «L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique. Pendant 80 ans la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies qui, jadis ennemies, s'apprêtent à constituer ensemble le plus grand des Etats indépendants de l'Afrique, enfin pour appeler à une vie plus heureuse les diverses régions du Congo, que vous représentez ici, unies en un même parlement. (…) Lorsque Léopold II a entrepris la grande œuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement il ne s'est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur.». Après le discours de Joseph KASA VUBU, premier président du Congo, il n’était pas prévu que Patrice LUMUMBA, premier ministre et ministre de la défense, s’exprime. Mais, il a pris de court tout le monde, et s’est emparé du micro, devant le Roi des belges médusé. Dans sa réponse improvisée, Patrice LUMUMBA rappelle d’abord que l’indépendance n’est pas octroyée par la Belgique, mais résulte des luttes du peuple congolais : «Cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal. Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force». Il dit aussi que la colonisation n’était pas «une mission de civilisation», mais une entreprise de domination d’un peuple sur un autre peuple avec son lot d’injustices : «Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits ‘européens’ ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe. Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation !».

Il fixe l’objectif qu’il assigne à l’indépendance du Congo : «Ensemble mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir lorsqu’il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles».

Pour certains observateurs occidentaux, Patrice LUMUMBA en s’exprimant ainsi le 30 juin 1960, aurait mal parlé au Roi des belges, signant ainsi son arrêt de mort. En effet, un esclave devrait parler avec déférence à son maître. En fait, l’essentiel est ailleurs. En effet, pour les Occidentaux, Patrice LUMUMBA représente le diable, en pleine guerre froide, il serait un communiste à abattre. Sa fille, Juliana, estime que l’esprit des Congolais est tout autre. «Dans la presse on le décrivait comme un communiste parce que seulement il disait quelque qui était l’aspiration des gens, mais qui n’était absolument pas dans la mentalité, le vouloir des colons. Il voulait que l’homme noir, l’homme congolais soit digne, d’abord dans sa propre culture ; il voulait l’indépendance, mais dans l’égalité et le respect». LUMUMBA lui-même se définit comme étant un nationaliste : «Je ne suis pas communiste. On m’a toujours présenté comme un communiste, anti-blanc, anti-belge. Absolument pas. Je suis simplement un leader nationaliste qui lutte pour un idéal. Je ne suis pas communiste, et je ne le deviendrai jamais» dit-il.

Contrairement à Joseph KASA-VUBU, accommodant et malléable, Patrice LUMUMBA, est intransigeant. Pour cela, aux yeux des Occidentaux LUMUMBA, c’est le diable, il représente un danger pour leurs intérêts en Afrique, le Congo étant baptisé par les Belges de «Cœur des ténèbres». En effet, très populaire, et ayant un pouvoir magnétique sur les petites gens, LUMUMBA, un messie, était une menace pour les grandes sociétés minières. En effet, pour lui, «la masse ne demande pas seulement le bulletin de vote, mais surtout le pain et le progrès».

En dépit de l’indépendance formelle du Congo, les Belges, en fait, ne sont jamais partis. En effet, cinq jours seulement après l’indépendance, des militaires congolais se révoltent contre les officiers belges encore aux commandes dans l’armée congolaise, mais qui ne voulaient pas rendre le pouvoir. Le Parlement belge avait déjà voté un budget 100 000 F pour des opérations de sabotage au Congo.

Sans doute en concertation avec les Belges et les Américains, avec l’appui des sociétés minières, Moïse TSHOMBE proclame l’indépendance du Katanga le 11 juillet 1960. Mais il est contesté par des rebelles appartenant à la Balubakat, parti opposé à lui. Le gouvernement du Sud-Kasaï fait aussi sécession sous la direction d’Albert KALONDJI. Moïse TSHOMBE, surnommé «Monsieur Tiroir-caisse» demande aux belges, d’intervenir au Katanga. Ce pays riche en cuivre refuse de verser les recettes au gouvernement central, à Léopoldville, mais aux Katangais de TSHOMBE qui peuvent avec cette manne financière, désormais acheter des armes et recruter des mercenaires dont certains viennent d’Afrique du Sud, appelés «les Affreux» pour saper l’autorité de LUMUMBA. C’est la partition du pays et le désordre s’installe. La sécession du Katanga, devenue base arrière du colonisateur, est une trahison pour LUMUMBA, c’est la déception. Il rompt les relations diplomatiques avec la Belgique, pour avoir organisée cette balkanisation du Congo.

Patrice LUMUMBA est encore resté, en dépit de son nationalisme sans concession, dans le camp occidental. Il demande à l’ambassadeur américain à Léopoldville de l’aide, mais celui-ci lui conseille de faire appel aux Nations Unies. Il se rend aux Etats-Unis et demande l’aide américaine pour sauvegarder l’unité de son pays, et pour cela, il a besoin d’avions pour les transports de ses troupes dans les zones éloignées du Kasaï et du Katanga. «Nous voulons que vous nous compreniez et que vous nous aidiez et quand vous viendrez chez nous vous allez trouver un peuple ami et un peuple frère» dit-il à Washington. La presse américaine le qualifie de «Premier de la jungle», et il retourne dans son pays, sans être reçu par le président américain Dwight EISENHOWER (1890-1969), un anticommuniste notoire. LUMUMBA est mis sur table d’écoute avec un matériel fourni par les Américains, mais installé par les Belges. Les Américains avaient envisagé, un temps, de faire assassiner LUMUMBA avec un dentifrice empoisonné ou un par un chasseur de crocodiles.

En effet, les Belges sont en relation constante avec les services secrets américains pour organiser l’élimination de LUMUMBA. Comme les Etats-Unis n’ont pas donné suite à ses sollicitations, il se retourne vers les Soviétiques et signe son deuxième arrêt de mort. Les casques bleus des Nations Unies instrumentalisés par les Etats-Unis ne sont pas au Congo pour le protéger, mais pour défendre les intérêts des sociétés minières basées essentiellement au Katanga. En effet, la présence occidentale présente LUMUMBA comme un dangereux communiste : «est-ce sa barbe à la Méphistophélès, ses yeux qui roulent comme des boules de billard derrière se verres de lunettes, il y a quelque chose de terrifiant chez cet homme : il a la tête d’un Lénine africain» écrit un journaliste allemand.

Le 5 septembre 1960, KASA-VUBU destitue LUMUMBA, et installe le gouvernement Iléo entre septembre 1960 et février 1961. Mais ce gouvernement n’a aucune prise sur le pouvoir. Une longue période d’incertitude s’installe et ne prendra fin que le 3 août 1961, avec la nomination du gouvernement de Cyrille ADOULA, à Lovanium.

LUMUMBA avait choisi comme aide de camp, Désiré MOBUTU, mais, en fait, c’est  un agent de la CIA qui le placera en résidence surveillée. LUMUMBA s’enfuit, mais il est rattrapé lors de la traversée du fleuve en pirogue, et il est ramené à Léopoldville. A l’aéroport, MOBUTU convoque la presse internationale, LUMUMBA est exhibé menotté ; cela constitue une opération d’humiliation et de déchéance du Premier Ministre. Il est recueilli, d’abord, dans un camp des Nations Unis, Thysville, sous la surveillance des soldats suédois. Il tente de s’évader, mais il est repris. Un télégramme codé est envoyé aux Katangais : «Demande accord du Juif (Tshombé)  de recevoir Satan (Lumumba)». Par conséquent, LUMUMBA est envoyé chez son pire ennemi, Moïse TSHOMBE dont le gouvernement se réunit et décide, avec une voix prépondérante du Ministre de l’Intérieur, de son exécution ainsi que celle de ses deux compagnons : Maurice MPOLO et Joseph OKITO. Sans doute que Moïse TSHOMBE avait pris un engagement ferme auprès des belges pour exécuter cette vile mission. Deux officiers belges ont exécuté la sale besogne en forêt, et même mort, LUMUMBA est craint et redouté en raison de sa grande popularité auprès du peuple. La mort de LUMUMBA n’est pas annoncée tout de suite. Les Belges font d’abord une fausse déclaration prétendant que LUMUMBA s’est enfui, puis rattrapé par la population, il aurait été massacré.

Si la mort de LUMUMBA a été annoncée, officiellement, trois semaines plus tard, le 13 février 1961 les circonstances de sa mort n’ont été connues que 10 ans après. Plusieurs rumeurs non fondées circuleront longtemps sur la mort de LUMUMBA. Ainsi, on avait fait croire que LUMUMBA s’est échappé, puis massacré par les villageois. Ensuite, et pour le soustraire de ses souffrances, il avait été gravement molesté, avec de nombreuses cotes cassées, il aurait été achevé par un militaire belge et son corps serait conservé dans un frigo de l’Union minière du Haut Katanga. Les détails de son assassinat ne seront divulgués que plusieurs années après. En fait, le ministre belge Harold d’ASPREMONT écrit, dans un télex codé, le 5 octobre 1960 : «L’objectif principal est évidemment l’élimination ­définitive de Lumumba».  LUMUMBA est d’abord fusillé, puis son corps découpé et enfin dissous dans l’acide. Guy SOETE, qui n’a jamais été inquiété par la justice belge, les circonstances de cet assassinat particulièrement odieux : «J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba. En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper en morceaux, à la tronçonneuse, avant d’y verser de l’acide. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare» avoue Gérard SOETE, le 15 mai 2002, quarante ans après l’exécution de LUMUMBA. A la fin de leur sale besogne, les officiers belges prennent soin, toute de même, de récupérer les dents en or de LUMUMBA. Or, Guy SOETE, en dépit de cet aveu, n’a jamais été inquiété par la justice belge.

La commission d’enquête belge avait pour mission de dresser un inventaire complet des faits ayant entrainé la mort de LUMUMBA, d’identifier les éventuelles responsabilités et d’établir des responsabilités. Dans son rapport du 16 novembre 2001, cette Commission a simplement conclu à une «responsabilité morale» de la Belgique. C’est une seconde mort de LUMUMBA, en raison de ce déni grave de justice. Cet assassinat de LUMUMBA est un véritable crime contre l’humanité. Plusieurs chefs d’Etat africains qui avaient menacé les intérêts des Occidentaux, ont été massacrés. Il s’agit, pour les Occidentaux, pourtant attachés aux droits de l’homme, de recourir, si besoin au crime, pour conserver le contrôle des matières premières et avoir un débouché pour leurs entreprises. Le cas LUMUMBA est une jurisprudence annonçant la mise sous tutelle de l’Afrique. «C’est un drame sans fin, un deuil inachevé de la colonisation» estime Jean OMASSOMBO.

Langston HUGHES, poète d’Harlem Renaissance, devant la mort injuste et odieuse de Patrice LUMUMBA, écrit : «Lumumba était noir, son sang était rouge. Et pour avoir été un homme, ils l’ont tué. Ils ont enterré Lumumba dans une tombe anonyme. Mais, il n’y a pas besoin d’écriteau, car l’air est sa tombe. Le soleil, la lune et l’espace sont sa tombe». Jayne CORTEZ s’interroge «Qui a tué Lumumba ? Lumumba, notre chair des chairs !».  En dépit du destin tragique du héros de l’indépendance belge, dans une «Saison au Congo», Aimé CESAIRE reste optimiste, et le glorifie : soucieux de ne pas se couper des plus humbles de son peuple, LUMUMBA peut s’écrier : «Je suis un redresseur de vie, je parle et je rends l’Afrique à elle-même» écrit-il. L’Afrique a ses totems, et LUMUMBA relève de la mythologie révolutionnaire des indépendances.

Aimé CESAIRE a écrit «Une saison au Congo» en 1966, cinq années seulement après les événements dont il s'inspire : la décolonisation du Congo belge, et la très courte carrière politique d'un météore : LUMUMBA. Au moment où la pièce commence, LUMUMBA, qui a fondé fin 1958 le Mouvement national congolais, est sorti de la prison où l'ont jeté les Belges en janvier 1960, pour participer, à Bruxelles, à la table ronde qui décidera de l'indépendance du Congo, fixée au 30 juin 1960. Une saison au Congo, ce sont les six mois qui vont de cette date à l'assassinat de Lumumba, le 17 janvier 1961 : six mois qui ont fait du jeune homme politique, nommé premier ministre du nouvel Etat, le héros charismatique et christique d'une révolution avortée.

Tchicaya U Tam’si (1931-1988), dont la poésie est aussi circonstancielle parce liée aux contingences historiques, né Congolais, possède une seule passion : celle d'un seul et grand Congo, dont il croyait la réalisation possible sous l'égide de Patrice LUMUMBA. Il avait même lutté aux côté de Lumumba dès l'Indépendance du Congo-Léopoldville. De 1959 à 1961, Tchicaya avait témoigné, avec le monde entier, la tragédie congolaise et cela, ajouté à l'assassinat de son héros Patrice LUMUMBA, l'avait frappé en plein cœur. Tchicaya, «poète national du Congo de la souffrance», rêvait de voir le Congo réuni, libre, s’est envolé et le pays se trouve trahi, déchiré, exsangue, humilié. De cette tragédie est sortie son œuvre brûlante et passionnelle faite de six recueils de poésie dense et exigeante. La figure de LUMUMBA domine «Epitomé» de Tchicaya. «Le cœur, dont le mystère à peine élucidé, me déshabille, m’écorche, me crucifie, au sommaire de ma passion» écrit le poète criant sa douleur.  Comme le Christ qui a été trahi par les siens, le héros devient le Christ des Noirs, victimes de nombreux génocides. «Dès lors, la mort devient l’issue du Salut. Comme le Phénix qui renaît de ses cendres, le poète désire la mort pour recommencer une renaissance, une nouvelle vie» écrivent Marie-Rose ABOMO-MAURIN et Jean-Pierre BIYITI. «Le nom acquiert la valeur d’un épitaphe, nanti de valeurs de solennité et d’éternité» dit Claudia ORTNER-BUCHBERGER.

Dans «Ces fruits doux de l’arbre à pain», Tchicaya, avec une grande charge symbolique, accuse les Africains (Mobutu, Tshombé), d’avoir prêté forte au complot des Occidentaux. Sans absoudre la voracité et les crimes des Occidentaux, il met en cause les Africains souvent vulnérables à la manipulation. «Nos ennemis comptent sur nous-mêmes pour nous anéantir nous-mêmes ! Réduire nos forces d’abord, ensuite nous avoir à leur merci. Regarde ce qui est arrivé avec Lumumba, ce sont les Congolais qui se sont chargés d’avoir son sang sur la conscience, avec la complicité des Africains à qui on fait croire qu’il était l’ennemi de son propre pays et qu’il était bon qu’on l’élimine» écrit Tchicaya. Pour s’en sortir de cette tragédie des indépendances confisquées, il appartient aux Africains et à eux seuls de rechercher les voies et moyens de s’en sortir. Le dilemme est posé : il faut s’affranchir du joug du maître ou rester indéfiniment esclave.

Ce 17 janvier 1961, se sachant condamné par ses bourreaux, Patrice LUMUMBA écrit une dernière lettre à sa femme, Pauline Opango.

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai-je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo ! Vive l’Afrique !».

Bibliographie sélective

1 – Ecrits de Patrice LUMUMBA

LUMUMBA (Patrice), Africains levons-nous, Paris, Points, 2010, 53 pages, spéc le discours 22 mars 1959, pages 7-20 ;

LUMUMBA (Patrice), Dit et écrit, Kinshasa, éditions Nzoi, Paris, Association Culture-Afrique, 2003, 63 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Le Congo, terre d’avenir est-il menacé ?, Bruxelles, Office de Publicité, 1961, 218 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Patrice Lumumba : discours, lettres, textes, textes réunis par Norbert MBU-MPUTU, Lulu.com, 2010, 208 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Propos de Patrice Lumumba, premier ministre de la République du Congo, Bruxelles, Commission de Coordination, 1960, 79 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Recueil de textes, préface de Georges Nzongola-Ntalaja, Genève, éditions du Cetim, 2013, 94 pages.

2 – Critiques de Patrick LUMUMBA

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ADEBAYO (A.G.), «Tchicaya U Tam’si, poésie moderne, personnelle et passionnelle», Peuples Noirs, Peuples d’Afrique, 1983, n°33, pages 129-136 ;

BACQUELAINE (Daniel), WILLEMS (Ferdy), COENEN (Marie-Thérèse), Rapport de la Commission d’enquête parlementaire visant à déterminer les circonstances exactes de la mort de Patrice Lumumba et l’implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci, Bruxelles, 16 novembre 2001, vol 1, Doc 50 0312/006, 573 pages et vol 2, Doc 50 0312/007, pages à 577 à 988 ;

BRAECKMAN (Colette), Lumumba : un crime d’Etat, Bruxelles, Aden, collection sur des Charbons ardents, 2002, 110 pages ;

BRASSINE de BUISSIERE (Jacques), KESTERGAT (Jean), Qui a tué Patrice Lumumba ?, Louvain-La-Neuve, Paris, Duculot, 1961, 228 pages ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), «Réflexions sur le rapport de la commission parlementaire Lumumba», Bulletin trimestriel du CRAOCA, 2002, n°4, pages 42-69 ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), Congo : l’épopée des équipes administratives de 1964 à 1967, Bruxelles, octobre 2009, 173 pages ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), Enquêtes sur la mort de Patrice Lumumba, thèse de doctorat, Bruxelles, 1991,  volumes 1 et 2, 601 pages et volume sur «les témoignages» ;

CESAIRE (Aimé), Une saison au Congo, Paris, Seuil, 1973, 116 pages ;

CHOME (Jules), «Un livre posthume de Patrice Lumumba (Le Congo terre d’avenir est-il menacé ?)», Remarques congolaises, 4 août 1961, n°30-31, pages 303-309 ;

CHOME (Jules), Patrice Lumumba et le communisme : variations à partir du livre de M. P Houart, Nendeln, Liechtenstein, Kraus, 1961, 79 pages ;

CHOME (Jules), Le gouvernement congolais et l’ONU, Bruxelles, éditions Remarques congolaises, 1961, 90 pages ;

CHOME (Jules), Moïse Tshombé et l’escroquerie katangaise, Bruxelles, éditions Fondation Joseph Jacquemotte, 1966, 421 pages ;

CORNEVIN (Robert), Histoire du Congo, Paris, Berger Levrault, 1970, 392 pages ;

DE VOS (Luc), GERARD (Emmanuel), GERARD-LIBOIS (Jules), Les secrets de l’affaire Lumumba, Bruxelles, Racine, 2005, 668 pages ;

DE WITTE (Ludo), L’assassinat de Patrice Lumumba, Paris, Karthala, 2000, 412 pages ;

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NGAL (Georges), «Introduction à une lecture d’Epitomé de Tchicaya U Tam’si», Revue Canadienne des études africaines, 1975, vol 9, n°3, pages 523-530 ;

NGALIKPIMA (Venant, Fali), Cinquante-six après, que reste-t-il de Patrice Emery Lumumba ?, Paris, L’Harmattan, Collection Points de vue, 2017, 97 pages ;

NGOIE-NGALLA (Dominique), «Le Christ dans l’œuvre poétique de Tchicakaya U Tam’si», L’Afrique Littéraire, 1995, vol 87, pages 64-69 ;

NIGER (Paul), «L’assimilation, dernière forme du colonialisme», Esprit, 1962, vol 30, n°4, pages 518-532 ;

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OMASOMBO TSONDA (Jean), VERHAEGEN (Benoît), Patrice Lumumba : acteur politique : de la prison aux portes du pouvoir, juillet 1956  - février 1960, Paris, L’Harmattan, 2005, 406 pages ;

OMASOMBO TSONDA (Jean), VERHAEGEN (Benoît), Patrice Lumumba : jeunesse et apprentissage politique, 1925-1956, Paris, L’Harmattan, 1998, 265 pages ;

ORTNER-BUCHBERGER (Claudia), «Lumumba dans l’œuvre poétique de Tchicaya U Tam’si. Décomposition et recomposition d’un mythe», in Pierre Halen et Janos Riesz, Patrice Lumumba entre Dieu et Diable. Un héros africain dans ses images, Paris, L’Harmattan, 1997,  389 pages, spéc 380-387 ;

OSSITO MIDIOHOUAN (Guy), «Le leader charismatique dans la dramaturgie d’Aimé Césaire», Présence africaine, 3ème et 4ème trimestres 1995, n°151-152, pages 119-141 ;

PESTRE de ALMEIDA (Lilian), «Le bestiaire symbolique dans une saison au Congo : analyse stylistique des images zoomorphes dans la pièce de Césaire», Présence francophone, automne 1976, n°13, pages 93-105 ; 

RECHETNIAK (Nicolaï), Patrice Lumumba : champion de la liberté africaine, Moscou, éditions du Progrès, 1961, 188 pages ;

TCHICAYA (U Tam’si), «Arc musical» précédé de «Epitomé», introduction de Claire Céa, préface de Boniface Mongo-MBoussa, Paris, L’Harmattan, 2007, 170 pages ;

TCHICAYA (U Tam’si), Ces fruits si doux de l’arbe à pain, La main sèche, Légendes africaines, préface de Boniface Mongo-MBoussa, Paris, Gallimard, 2018, 752 pages ;

TURNER (Thomas), Ethnogenèse et nationalisme en Afrique centrale, préface Crawford Young, Paris, L’Harmattan, 2000, 456 pages ;

VANHOVE (Julien), Histoire du Ministère des colonies, Bruxelles, ARSOM, 1968, 168 pages ;

VOLODIN (Lev), Patrice Lumumba, patriote, combattant, humaniste, Moscou, Novosti, 1990, 41 pages ;

WILLAME (Jean-Claude), Patrice Lumumba : la crise congolais revisitée Paris, Karthala, 1990, 496 pages.

Paris, le 11 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Patrice LUMUMBA, Premier congolais : L'insoumis (1925-1961).
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Patrice LUMUMBA, Premier congolais : L'insoumis (1925-1961).
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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 19:38

En collaboration avec la Fondation Lilian THURAM, «éducation contre le racisme» et le Musée Eugène DELACROIX, il est organisé les 9, 10 et 11 mars 2018, une découverte sur les œuvres et les objets que cet artiste a rapporté du Maroc. Sarah AGUILAR, accompagnée d’Alexandre PEIGNE fera entendre des textes de divers auteurs, et Gerty DAMBURY lira aussi des extraits de Victor HUGO, Gustave FLAUBERT, Théophile GAUTIER et Edward SAID.

François VERGES et Lilian THURAM sont les guides hors pair de cette exposition. Deux champions de la lutte pour l’égalité réelle. Aussi, dans cette exposition, il est question, notamment de «puissance et domination». Héritier des portraits équestres des empereurs romains, le portrait de Jérôme de WESTPHALIE, frère de Napoléon 1er, le montre à cheval, en grand uniforme. A l’inverse, «L’homme noir à cheval» lithographié par DELACROIX monte à cru, sans selle, en vêtements simples. Il paraît faire corps avec son élégante monture. Diverses peintures opposent «la guerre civilisée» à la guerre barbare, étant entendue que sont civilisées, par principe, celles menées par l’Occident. Pour Lilian THURAM, le monde oppose bien les vainqueurs et les vaincus ; il faudrait donc que les citoyens s’intéressent à la chose publique, sinon celle-ci s’occupera d’eux, et contre eux.

L’autre thème est «déguisements et travestissements» ; ce qui pose la question de la représentation : Qui suis-je derrière un costume inhabituel ?

L’artiste, comme Eugène DELACROIX (1798-1863), chef de l’école romantique et donc opposé à Ingres (voir mon post sur Ingres du 29 juillet 2016), nous apprend à voir, à regarder. Il dispose un puissant pouvoir d’aider à transformer le monde dans lequel nous évoluons, en nous aidant à découvrir le sens caché des choses. «La peinture me harcèle et me tourmente de mille manière à la vérité, comme la maîtresse la plus exigeante ; ce qui me paraît de loin facile à surmonter, me présente d’horribles et incessantes difficultés à surmonter», écrit DELACROX, dans son Journal. La rumeur dit qu’Eugène DELACROIX serait le fils naturel de TALLEYRAND. Ses grands tableaux, comme «La Liberté guidant le peuple» sont au Louvre.

Exposition du 11 janvier au 2 avril 2018 au Musée Eugène DELACROIX, 6 rue Furstenberg, Paris 6ème, métro Saint-Germain-des-Près, ligne 4. Tél 01-44-41-86-50. La visite guidée est gratuite, mais l’entrée du Musée est à 7 €.

Références bibliographiques très sélectives

1 – Eugène DELACROIX

DELACROIX (Eugène), Correspondances, le rendez-vous manqué,  éditeur scientifique Françoise Alexandre, Paris, L’Amateur, 2005, 303 pages ;

DELACROIX (Eugène), Journal (1823-1863), éditeurs scientifiques Paul Flat et René Piot, Paris Plon-Nourrit,), 1893-1895, vol 1, 452 pages, vol 2, 496 pages et vol 3 490 pages ;

DELACROIX (Eugène), Œuvres littéraires, Paris, G. Crès, 1923, vol 1, 151 pages et vol 2, 235 pages ;

DELACROIX (Eugène), Souvenirs d’un voyage dans le Maroc, éditeur scientifique Laure Beaumont-Maillet, Paris, Gallimard, 1999, 180 pages.

2 – Lilian THURAM

THURAM (Lilian), CAMUS (Jean-Christophe), CHAUD (Benjamin) Tous super-héros, Paris, Delcour, 2016, 27 pages ;

THURAM (Lilian), Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama, Paris, éditions de Noyelles, 2009, 399 pages ;

THURAM (Lilian), Penser l’autre, éditeur scientifique Festival étonnants voyageurs, Paris, Fondation Lilian Thuram, 2016, 113 pages ;

THURAM (Lilian), sous la direction de, Pour l’égalité Paris, J’ai Lu, Essai n°10756, 2014, 216 pages.

3 – Françoise VERGES

VERGES (Françoise), Abolir l’esclavage : une utopie coloniale, les ambiguïtés, Paris, Albin Michel, 2001, 229 pages ;

VERGES (Françoise), La mémoire enchaînée : Questions sur l’esclavage, Paris, Albin Michel, 2006, 204  pages ;

VERGES (Françoise), Le ventre des femmes, capitalisme, radicalisation, féminisme, Paris, Albin Michel, 2017, 229 pages ;

VERGES (Françoise), Nègre je suis, Nègre je resterai, entretien avec Aimé Césaire, postface Françoise Vergès, Paris, Albin Michel, 2005, 148 pages.

Paris, le 9 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Musée Eugène DELACROIX et Fondation Lilian THURAM "Education contre le racisme" : exposition Imaginaires et représentations de l’Orient, questions de regards, Paris 6ème», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 21:49

«Le Nègre en Amérique était comme le phénix et il surgirait, un jour, du feu auquel l’Amérique l’avait consigné» déclare Langston HUGHES, qui appelait de ses vœux une révolution culturelle ; il voulait réaffirmer la dignité de l’Afro-Américain, régénérer sa culture et l’encourager à assumer pleinement la dignité de sa personnalité. Humaniste, résolument aux côtés des plus démunis, privilégiant la culture populaire et musicale des Noirs, Langston HUGHES diverge avec Countée CULLEN (1903-1946), un des tenants du mouvement Harlem Renaissance, qui en vint à braver quiconque suggérait que ses origines raciales devaient déterminer son patrimoine poétique ; CULLEN considérait que l'héritage poétique anglo-américain lui appartenait autant qu'à n'importe quel Américain blanc de son époque. En revanche, pour Langston HUGHES, ce jeune poète nègre, prometteur, qui désire être un poète, non un poète nègre, reste, par là même, prisonnier de la peur et de la honte attachée à la position du Noir dans la culture américaine. Langston HUGHES incarne la perte progressive du complexe d’infériorité des artistes noirs américains ; il exhibe sa fierté d’être Noir, écrire Noir, c’est écrire Noir américain : «Nous, jeunes artistes noirs, entendons exprimer nos mois à la peau noire, sans peur, ni honte aucune» dit-il. Ainsi, dans son manifeste, de juin 1926, «The Negro Artist and the Racial Mountain», Langston HUGHES professa, selon une formule connue, que les poètes noirs devaient créer «un art nègre» caractéristique, luttant contre l'incitation à se rapprocher de la race blanche : «Nous jeunes artistes nègres qui créons aujourd’hui entendons exprimer nos moi individuels et à la peau foncée sans peur ni honte. Si cela plaît aux Blancs nous sommes contents. Si cela n’est pas le cas, cela n’a pas d’importance. Nous savons que nous sommes beaux. Le tam-tam pleure et le tam-tam rit. Si cela plaît aux gens de couleurs nous en sommes contents. Si ce n’est pas le cas, leur déplaisir n’a pas d’importance non plus. Nous construisons nos temples  pour demain, aussi solides que nous savons faire, et nous nous tenons debout au sommet de la montagne, libres en nous-mêmes», écrit-il dans un texte majeur, du 23 juin 1926, «Les artistes noirs et la montagne raciale» (The Black Artists and the Racial Mountain). Ce relèvement des Noirs américains, c’est autre chose que la prétention sociale de la bourgeoisie noire «pleine de suffisance, satisfaite et respectable, singeant les manières et les valeurs blanches» dit-il.

La position de Langston HUGHES, prônant, un éveil des consciences, par une démarche radicale, est originale par rapport à ses devanciers ou ses contemporains. L’une des conséquences immédiates de la publication de «Ames Noires» de W. E.B DUBOIS a été la naissance à Harlem, un vaste mouvement social et culturel dans tous les domaines : littérature, théâtre, musique danse etc. Booker Taliaferro WASHINGTON (1856-1915), un gradualiste, de la bourgeoisie noire, estimait, et en renonçant à tout combat politique pour l’égalité des droits, que l’instruction était seule en mesure de libérer les Noirs américains de l’aliénation et de la ségrégation raciale. Auteur des «Ames Noires», W. E Du BOIS (1868-1963, (voir mon post du 13 avril 2016) entendit aller à contre-courant, en estimant que le «Talented-Tenth», l’élite noire avec une éducation de qualité, devait jouer de ses avantages (position sociale, prestige intellectuel, etc.) pour, d’une part, faire avancer la masse et de l’autre, fournir la preuve, aux yeux des Blancs, de ce dont étaient capables les Africains-Américains, pour peu qu’on leur donne une chance. Langston HUGHES avec son groupe des Niggerati, et en écrivain engagé et réaliste, ne voulait pas écarter les masses populaires, notamment les plus déshérités, de ces changements sociaux. «Je suis Noir et je suis pauvre. Et cette combinaison entre couleur et pauvreté me donne le droit de parler au nom de la communauté la plus opprimée d’Amérique» écrit Claude McKAY (1889-1948). Langston HUGHES exprime une autre voix dissonante, par rapport à Du BOIS, sur l’art et la propagande. L’art doit être un moyen d’expression personnelle et un chemin vers l’élévation de l’esprit tandis que la propagande «perpétue la position d’infériorité d’un groupe alors même qu’elle la combat en ce qu’elle s’exprime dans l’ombre d’une majorité dominante qu’elle apostrophe, cajole, menace ou supplie» écrit Alain LOCKE.

Marcus GARVEY (1887-1940) préconisait un retour en Afrique avec son slogan «Back to Africa Movement» ; une Afrique unifiée, donc puissante, constituerait à la fois une protection et un point de repère pour la diaspora. GARVEY encourageait les Noirs à «être fiers de leur couleur et à considérer l’Afrique comme leur patrie passée et future». S’il revendique sa fierté raciale, Langston HUGHES se dit, avant tout, Américain. Le «New Negro» se voyait dorénavant avec des yeux nouveaux et entendait imposer sa nouvelle image au Blanc. En d’autres termes,  HUGHES venait de franchir le fossé psychologique qui, naguère, l’empêchait d’assumer sa culture, son passé d’esclave, son origine africaine. Il se réveillait comme d’un long sommeil de pierre pour prendre conscience que son passé était non seulement digne de considération, mais encore intimement lié à celui des Blancs. Alain LOCKE (1885-1954) formula ainsi cette nouvelle tendance : «L’art des Noirs en Amérique est l’un des plus beaux et des plus sophistiqués (…) en tout cas ce sont des artistes modernes et les critiques d’art les plus sophistiqués de notre génération qui le disent». Langston HUGHES est convaincu qu’il appartient à une race qui a ses qualités et ses défauts, comme les autres, et que le Noir est un être à part entière. Par conséquent, il doit affirmer et défendre son identité et lutter contre les stéréotypes et les idées reçues. «Sa vision des relations sociales est d’une rare clarté, notamment lorsqu’il aborde les thèmes de l’intégration, du néo-paternalisme, de la philanthropie, du métissage et enfin du lynchage, apocalypse selon lui de l’injustice. C’est dans cette description sans complaisance d’une réalité cruelle et révoltante que se manifeste le mieux l’humanité de Langston Hughes. C’est aussi singulièrement par la compassion et l’humour qu’il répond à l’injustice, à l’hypocrisie et à l’intolérance» écrit Aloyse EYANG.

Poète, nouvelliste, dramaturge et éditorialiste américain majeur du XXème siècle, chef de file de ce mouvement Harlem Renaissance (1924-1930), Langston HUGHES aura contribué, de façon décisive à la reconnaissance culturelle et sociale des Noirs américains. L’homme noir s’est vu au fur à mesure de l’esclavage et de la colonisation, assujetti à la «domination blanche» réduit au rang de chose, dépossédé de ses biens, de sa dignité et de son identité, et n’a cessé de s’efforcer de se libérer du joug de ses maîtres. «Pendant des siècles l’homme noir semblait n’être né que pour travailler. Travailler dur comme un Nègre, et travailler pour les autres. Puis, vint, un moment (…) où se trouva campé des deux côtés de l’Atlantique, mais d’abord aux Etats-Unis, un nouvel homme noir. Un «New Negro», qui brouillait l’image traditionnelle que gardait de lui l’homme blanc. Un homme qui suggérait une manière autre, un peu mystérieuse, d’être homme», écrit Louis Thomas ACHILLE dans la préface de la «Revue du Monde Noir» de 1931-32.  Grâce, notamment à HUGHES, Harlem est devenu la capitale mondiale de la culture noire, «La Mecque noire» ce que Carl Van VECHTEN (1880-1964) baptisa, en 1926, «New Heaven» ou «Le paradis des Nègres». Harlem Renaissance réclamait pour les Noirs les droits civiques comme le droit de vote, le droit à l’instruction etc. et avait pour objectif premiers la lutte contre :

 - La discrimination (le racisme, la marginalisation des Noirs, l’aliénation.)
- La revendication de tous les droits particuliers accordés à tout américain de naissance.
- La réhabilitation de l’ensemble des valeurs relatives aux Noirs.

Né le 1er février 1902, à Joplin, dans l’Etat du Missouri, d’une mère noire et d’un père blanc, James Mercer Langston HUGHES aura une enfance et une jeunesse marquées par la pauvreté de ses parents. Sa mère, Carrie Lansgton HUGHES (1873-1938), une enseignante et son père, James Nathaniel HUGHES (1871-1934), se séparent très tôt. Les Américains noirs ont les mêmes problèmes que les autres Américains : «Plus the just being Negro» dit-il dans «The Big Sea». Homme de couleur, quand il naît, trente-sept ans à peine se sont écoulés depuis que se sont tus les canons de la Guerre de Sécession. Après la confuse période de Reconstruction, les vaincus du Sud sont rentrés en grâce et prennent activement leur revanche sur les plus faibles. Il n’est pas rare, à l’époque, de voir des groupes de Blancs «remettre à leur place» par la corde et par le feu, les Noirs assez insolents pour prétendre jouir des droits que leur donne la Constitution. C’est dans une curieuse atmosphère de tension que vont se passer les premières années du gamin. Le ménage de ses parents subit, en effet, les contrecoups de la situation ambiante. Le père de Langston, un juriste, envisageait de s’inscrire au barreau, mais en raison des lois Jim Crow, cette ambition fut contrariée. «My father wanted to go away where a colored could get ahead away and make money quicker and my mother did not want to go» dit-il «The Big Sea». Son père s’exila alors au Mexique où il devient, par la suite, le gérant d’une usine d’électricité, et a pu s’acheter un grand ranch.  Langston HUGHES décrit son père comme un individu cupide, obsédé par l’argent : «Money become his God. (…) Hurry up was his word. He was always in a hurry to trying to make more money» dit-il.

De 1908 à 1915, Langston alla s’installer à Lawrence, dans le Kansas, chez sa grand-mère maternelle, sa mère s’étant remariée, et avait du mal à joindre les deux bouts. Sa grand-mère, Mary LANGSTON a du sang noir et Cherokee, et lui insuffle la fierté raciale du peuple noir. «La vie, dans les histoires de grand-mères, s’écoulait toujours vers une fin héroïque. On travaillait, on complotait, on se battait. Mais on ne pleurait pas. Quand grand-mère mourut, je ne pleurai pas non plus. Il y avait un je ne sais quoi dans les histoires de grand-mère qui m’enseignait, sans qu’elle me l’eût jamais dit, que pleurer était toujours inutile», dit-il. En effet, sa grand-mère, «dernière veuve survivante» de l’épopée de John BROWN (1800-1859, un abolitionniste blanc, mort par pendaison), et qui, à ce titre, avait eut droit aux honneurs de la Maison-Blanche sous la présidence de Théodore ROOSVELT. Mary Simpson PATTERSON (1836-1915), la grand-mère, avait, en effet, épousé, en premières noces, Sheridan LEARY (1835-1859), homme libre, tué lors de l’attaque de John BROWN contre le Ferry de Harper : «Elle était enceinte à Oberlin, nous raconte son petit-fils dans son autobiographie, lorsque Sheridan Leary partit et personne ne savait où il était allé. Il lui avait seulement dit qu.il était parti faire un tour. Quelques semaines plus tard, on lui rapporta son foulard troué de balles. Il avait été tué, aux côtés de John Brown, au cours de l’héroïque expédition de Harper’s Ferry», dit-il. Sa grand-mère se remaria alors avec Charles Henry LANGSTON (1817-1892), le frère de John Mercer LANGSTON (1829-1897), premier Noir avocat dans l’Ohio, député en Virginie de 1888 à 1894, et premier doyen Noir à Howard Law School.

En 1916, le jeune Langston ira rejoindre sa mère, Carrie HUGHES remariée à Homer CLARK, à Cleveland, dans l’Ohio, et là qu’il acheva ses études secondaires. C’est là, qu’à l’école secondaire, il écrira son premier poème «puisqu’il est noir (ils sont deux dans la classe) et que les Noirs, c’est bien connu, savent tous chanter et danser». Son professeur d’anglais, Mme WEIMER, lui présenta un poète, historien et écrivain d’origine suédoise, Carl SANDBURG (1878-1967), auteur de «Chicago Poems» et qui lui apprend l’amour de la poésie. En effet, le jeune Langston, sous l’influence de Paul Lawrence DUNBAR (1872-1906) et, surtout, de Carl SANDBURG, entre véritablement en poésie, chantant la ville : «les aciéries où travaille son beau-père, les taudis où (ils) habitaient, les filles venues du Sud qui arpentaient les chaussées de Central Avenue». Il compose le poème «Negro Speaks to the Rivers» à la fin de ses études secondaires, en 1920. Le jeune Langston en lisant Guy de MAUPASSANT (voir mon post sur cet écrivain du 11 juillet 2017) à l’âge de 14 ans, a senti sa vocation littéraire naître : «Jamais je n’oublierai l’émotion que j’éprouvai lorsque j’ai compris, pour la première fois, le français de Guy de Maupassant. (…) Je pense que c’est grâce à Guy de Maupassant que j’ai réellement souhaité devenir écrivain et composer des histoires sur les Noirs, histoires si vraies qu’on les lirait au bout du monde, même après ma mort» écrit-il.

En 1920, Langston se rendit, pendant 15 mois, vivre avec son père au Mexique, et donna des cours d’anglais, durant ce séjour, à de riches familles mexicaines. Son père, considérant que le métier n’étant pas rentable, voulait l’inscrire à une université suisse, puis à des études d’ingénieur en Allemagne, pour gérer, par la suite, les affaires familiales. Mais le jeune Langston n’aime pas les affaires, il voulait devenir un écrivain et poète. Cependant, il réussit à convaincre son père de financer ses études à l’université de Columbia, à New York, pour l’année 1922. Langston ne resta qu’un an à cette université ; il n’aimait pas étudier : «I did not like Columbia, nor the studients, nor anything. I was studing, so I did not study. I want to show read books and attended at the Round School» dit-il, désabusé. Ce fut la rupture avec son père. C’est la période où il poursuit l’écriture de ses poèmes et rencontre Countée CULLEN ainsi qu’Alain LOCKE, qui l’aident à les publier. HUGHES reçoit pendant un certain temps, l’aide financière de Charlotte Osgood MASON (1854-1946) et vit de petits boulots.

Ce qu’apprécie, le plus, Langston, c’est l’école de la vie. Aussi, en 1923, il s’embarque pour l’Afrique, et travaille pour une compagnie maritime. En 1924, il se trouve à Paris, et il est employé dans un cabaret à Montmartre. En novembre 1924, grâce à Walter WHITE, il fait la connaissance, à New York, d’Arna BONTEMPS (1902-1973) et Carl Van VECHTEN (1880-1964) qui l’introduisit à différentes revues noires (Opportunity, The Crisis) et blanches (The Survey-Graphic, Vanity Fair, The World To Morrow) qui publieront ses articles. En 1925, il est invité en Italie par Alain LOCKE. A son retour aux Etats-Unis, il prend un emploi de bureau à Washington, qu’il abandonne vite. En 1925, devenu employé d’un hôtel à Washington, c’est en desservant la table du poète Vachel LINDSAY (1879-1931), qu’il a reconnu, que HUGHES lui remet le manuscrit de son poème, «The Weary Blues». LINDSAY le lit et dès le lendemain matin c’est la célébrité. Des nuées de reporters s’abattent sur l’hôtel pour photographier et interviewer le nouveau poète noir, en uniforme de service, sa pile d’assiettes sales en équilibre sur sa main. En 1926, il publie les fameux poèmes «The Weary Blues» (Le Blues du désespoir), chez Alfred KNOPF, et c’est la même année, dans la revue, «The Nation» qu’il publie «The Black Artist and the Racial Mountain».

Cependant, en 1926, et par fierté, Langston HUGHES s’astreint à terminer ses études, avec l’appui financier de Amy SPINGARN, et sera diplômé, en 1929, de l’université de Lincoln, en Pennsylvanie, et se rend à Cuba. En 1930, il rencontre Zora Neale HURSTON (1891-1960) qui s’intéresse au folklore du Sud, et lui à la culture noire à Harlem, mais vont se brouiller autour de la paternité de «Mule Born» ; chacun accusant l’autre de plagiat. Il remporte un prix «The Bynner Prize of Undergrated Poetry» et en 1931, «The Hammon Award of Literature». En 1933, il se rend à Moscou, et sera suspecté d’être communiste. Il obtient, en 1935, une bourse de la Fondation Guggenheim et il s’engage en 1937, comme correspondant de presse, lors de la guerre civile en Espagne.

En 1924, Langston HUGHES a séjourné à Paris, haut lieu de ralliement des intellectuels noirs américains (Richard WRIGHT, Chester HIMES, James BALDWIN, Ta-Nehesi COATES, etc.). Paris était une ville empreinte de colère et d’amour, de tendresse et de révolte, et le chant de ces Noirs pour la Fraternité s’élevait au cœur de la République des droits de l’Homme pour apporter l’espoir et l’espérance. Un critique littéraire, note en 1929, que «Jusqu’à présent les Nègres d’Amérique n’ont rien écrit de remarquable pour le théâtre, mais ils ont des poètes qui valent les meilleurs de ceux d’Amérique. Langston Hughes est l’un des plus dignes d’être connus en France. (…). La poésie de Langston Hughes est savoureuse et variée, pleine de mouvement, toujours plus nombreuse» écrit Franck SCHVELL. Langston HUGHES est un amoureux de Paris : «Je m’y sens aussi à l’aise qu’à New York. Du point de vue racial, il n’y a pas entre ces deux villes une énorme différence. La plus évidente, à mes yeux, est une question de coiffeur : à New York, je dois aller me faire couper les cheveux à Harlem ou dans un quartier noir ; à Paris, je vais où bon me semble. La plupart des Noirs américains trouvent l’atmosphère de Paris plus libre que celle de nos grandes villes. (..) En Amérique vous êtes forcé d’être conscient de votre race presque tout le temps. (…) Lorsque je viens à Paris, je ne dois pas penser que je suis Noir, mais moi-même, un individu.», écrit-il, en mai 1965, dans une interview, «Le problème noir aux Etats-Unis». Pourtant, de nos jours, les œuvres de Langston HUGHES sont difficiles à trouver en langue française ; elles n’ont pas été rééditées.

Langston HUGHES est mort à l'âge de 65 ans, le 22 mai 1967, à New York des suites d’une crise cardiaque. Ses cendres ont été dispersées à proximité du Centre Arthur Schomberg pour la Recherche sur la Culture Noire situé à Harlem.

Ecrivain prolifique, entre 1926  et 1967, HUGHES a consacré sa vie à l’écriture et à des conférences. Il a écrit seize livres de poèmes, deux romans, trois recueils de nouvelles, quatre volumes de «éditorial» et «documentaire» fiction, une vingtaine de pièces, poésie, comédies musicales et opéras pour enfants, trois autobiographies, une douzaine de radio et de scénarios pour la télévision et des dizaines d’articles de magazine. Phénomène littéraire en quelque sorte, Langston HUGHES l'est non seulement parce qu'il a pratiqué tous les genres, y compris la comédie musicale, mais parce qu'il est l'un des premiers Noirs américains à avoir vécu de sa plume et, sans conteste, celui qui a le plus œuvré pour faire connaître les productions culturelles de ses congénères du monde entier par sa contribution littéraire. Il se raconte dans deux importantes autobiographies, en 1940, «The Big Sea » (Les Grandes Profondeurs) et en 1956, «I Wonder as I Wander » (Plus je bouge, plus je m'interroge).

Homme de la gauche radicale, d’humeur vagabonde et se qualifiant de «poète social», Langston HUGHES est un écrivain réaliste et socialiste. Le but du réalisme : «Is to show the real life, note the facts, and real people. The realistic poet replace the traditional themes of poetry such as nature and live with the concern of social themes”, écrit dans sa thèse Temperance Jackson ARMSTEAD. Ecrivain engagé, il voulait éduquer, persuader, convaincre, bref animer une culture orale populaire et politique. C’est en cela, que la contribution littéraire de Langston HUGHES rejoint le réalisme de Louis ARAGON (voir mon post) : «Au lieu de limiter ses thèmes de composition à la beauté des fleurs et à la splendeur des couchers de soleil, il attaque de préférence les problèmes sociaux de ses congénères. Et la peinture de leur condition est toute imprégnée de propagande militante en faveur de certaines voies et moyens de libération» écrit Claude SOUFFLANT. Ses poèmes célèbrent, des images rythmées et musicales, avec un sens aigu du réel, le thème qui les inspira : les souffrances et les aspirations des Noirs américains, la Diaspora. Langston HUGHES admettait qu’une littérature prônant les aspects positifs de la race était nécessaire, mais il pensait aussi que les écrivains noirs ne devaient pas ignorer ni mépriser ceux qui habitaient les ghettos car eux aussi étaient dignes de «traitement littéraire» et comptaient autant que les «nantis» dans la plus grande équation humaine : «Poets who wrote mostly about love, roses and moonlight, sunsets and snow, must lead a very quiet life. (…) Unfortunately, having been born poor, and also colored, in Misouri, I was stuck in the mud from the beginning” écrit HUGHES dans un article “My Adventures as a Social Poet”. En écrivain réaliste, HUGHES dépeint dans ses œuvres de la vie des prolétaires noirs partagée entre joies, désillusions, espoir, etc. le tout teinté  de jazz et de Blues. Ainsi HUGHES dira plus tard: «J'ai cherché à comprendre et à décrire la vie des Noirs aux États-Unis et d'une manière éloignée, celle de tout humain» dit-il. Par son travail, HUGHES a cherché à montrer l'importante d'une «conscience noire» et d'un nationalisme culturel qui unit les hommes plutôt que les oppose. «Most of my poems are racial in the theme and treatment derived from the life I know», dit notre poète.

Langston HUGHES affiche fièrement ses origines africaines, et se revendique aussi, et surtout, comme étant américain.

I – Langston HUGHES, l’Africain

En 1923,  Langston HUGHES a voyagé à l’étranger sur un cargo au Sénégal, au Libéria, au Nigéria, au Cameroun, en au Congo belge, en Angola et en Guinée «O le soleil de Dakar ! O les filles noires de Burutu» écrit-il. Langston HUGHES a été admiratif du poème de Countée CULLEN «Qu’est-ce que l’Afrique pour moi ?», aussi, pendant la traversée en bateau pour le Sénégal, il ne manqua pas de lui faire part de ses impressions concernant les aubes et crépuscules inouïs : «de cuivre et d’or luisant, puis le reflet d’un vert doux du crépuscule tropical qui s’attarde et bientôt les étoiles dans l’eau, puis l’écume lumineuse, phosphorescente, des crêtes de vague autour du bateau» écrit-il le 1er octobre 1923. Langston HUGUHES fait part de ses émotions pour la découverte de l’Afrique : «Tous ces jours-là, j’attendais avec impatience de voir l’Afrique. Et finalement, en apercevant les collines d’un vert poudreux sous le soleil, quelque chose me tordit les entrailles. Mon Afrique, patrie des peuples ! Et moi, qui étais un nègre ! L’Afrique ! bien réelle, bien palpable et non seulement une évocation dans un livre» écrit-il dans son livre «The Big Sea».

Langston HUGHES, en quête de son identité africaine, cherche à affirmer sa condition d’homme noir : «Tous les tambours de la jungle roulent dans mon sang. Et, toutes les lunes sauvages et brûlantes des jungles brillent dans mon âme» écrit-il. Langston HUGHES revendique son héritage africain, en indiquant qu’il existe une voie vers un questionnement de la conscience rebelle, de l’altérité, de la découverte et de l’estime de soi : «Héritage» L’Afrique, qu’est ce donc pour moi ; Soleil cuivré, mer écarlate. L’Afrique ? Un livre qu’on feuillette distraitement, jusqu’au sommeil, oubliées ses chauves- souris volant en cercle dans la nuit. Ses félins tapis aux roseaux guettant la tendre proie qui paît au bord du fleuve ; plus jamais  de rugissement qui claironne ; «De la graine où elles dormaient des griffes de roi ont bondi». Les serpents qui rejettent une fois l’an ces jolies peaux que vous portez, ne cherchant pas comme vous à fuir les regards». S’il reconnaît ses origines africaines et se plaint de cette civilisation si dure, si forte, si froide, HUGHES n’ignore pas qu’il est un fils éloigné de l’Afrique dont la personnalité s’est fragmentée. Son poème «Afro-American Fragment» est un titre révélateur à cet égard. Ainsi donc, les tam-tams de la jungle qui battent dans le sang de HUGHES, les lunes sauvages et chaudes qui brillent dans son âme ne sont qu’une «adoption» de ses lointaines origines africaines. HUGHES indique que les Noirs américains, dans leur quête d’identité, ont une dette à l’égard de l’Afrique : «Lorsque tu ne sais où tu vas, regarde d’où tu viens» énonce un proverbe africain. Claude McKAY (1890-1948), dans son «Banjo» partage ce point de vue de Langston HUGHES. En effet, le personnage de Ray, évoluant à Marseille, autour du «Café africain», bien cosmopolite, tenu par un Sénégalais, considère que les Noirs originaires d’Afrique restent l’incarnation de l’authentique âme nègre : «Sauvage, belle brute heureuse, être païen et sensuel, musicien inné à la grâce animale, «The true tropical Negro», modèle inconscient d’une fierté et joyeuse acceptation de soi, éveille l’admiration et l’envie de Ray» écrit Liliane BLARY. L’Afrique, terre opprimée et exploitée, se trouve ainsi célébrée comme une matrice d’une civilisation féconde, bâtie sur des valeurs ancestrales, populaires et agraires, dont participent tous les peuples de la Diaspora noire.

En poète réaliste et engagé, Langston HUGHES, partout où il passe se préoccupe de la condition des colonisés ou des gens dominés, fait des comparaisons de situation et réfléchit aux voies et moyens de leur relèvement, aujourd'hui nous dirions de leur développement. «Les frontières du Tiers-Monde ne sont pas purement géographiques, mais culturelles et politiques. Elles outrepassent les délimitations nationales»  écrit Claude SOUFFRANT. Ainsi, à Dakar où il débarque en 1923, HUGHES fut frappé par la misère des salaires «indigènes», le prix dérisoire que les trafiquants étrangers payaient pour les biens qu'ils emportaient ; la superbe des colons menant à la cravache la population locale et, littéralement, faisant la loi dans le pays. Cette condition exploitée et humiliée n'est-elle pas, pensait-il toutes proportions gardées, la même que celle des Noirs aux États-Unis. En 1931, lors de sa tournée aux Antilles, il observe que le paysan est le paria de la société haïtienne, tout comme le Noir est le paria de la société américaine. Ce mépris même dont le paysan noir est, dans une République noire, l'objet, a été pour Hughes le scandale des scandales. Cette découverte fut le choc détonateur qui fit éclater sa nouvelle conception sociale ; il fait l’articulation du racial et du social. Ainsi, dans son livre tiré de ce voyage, et intitulé «Popo et Fifine», HUGHES signale le grand dénuement du paysan haïtien qui va nu pieds, se vêt de haillons, circule à dos d'âne, que son habitat est constitué d'insalubres paillotes où l'équipement ménager est rudimentaire : pas de lit, on se couche à même le sol, sur des nattes. C'est que l'argent est rare dans la campagne haïtienne, rare au point qu'on y réfléchit à deux fois avant de dépenser des centimes. HUGHES se radicalise et appelle à la Révolution : «La même chose, pour moi, c'est partout la même chose sur les quais de Sierra Leone dans les champs de coton d’Alabama, dans les mines de diamant de Kimberley, dans les caféiers des mornes d'Haïti, les bananeraies de l’Amérique centrale, les rues de Harlem, et les villes du Maroc et de Tripoli, des Noirs exploités, battus et volés, fusillés et tués, du sang irriguant une moisson de dollars, livres, francs, pesetas, lires, pour la richesse des exploiteurs, sang répandu sans profit pour ceux qui saignent, mieux vaut que mon sang, coule dans les profonds canaux de la révolution, meuve ses bras puissants, tache les drapeau rouges, et en finisse avec les Sierra Leone, Kimberley, Alabama, Haïti, Amérique centrale, Harlem, Maroc, Tripoli, et tous les pays noirs de partout, et avec cette force qui tue, ce pouvoir qui vole, le goût du lucre quoi qu'il en coûte aux autres, mieux vaut que son sang se mêle à celui de tous les révolutionnaires du monde,  jusqu'à ce que tous les pays soient débarrassés des chevaliers du dollar, livre, franc, de la peseta, de la lire, jusqu'à ce que les armes rouges du prolétariat international, prolétaires noirs, blancs, jaunes, bruns, s'unissent pour lever le drapeau rouge sang qui plus jamais ne descendra».

«Plus que toute autre carrière d’écrivain noir américain,  celle de Langston semble, à ses débuts, avoir été placée sous le signe de l’Afrique» écrit Ibrahim SALEBAN. Au moment où la Renaissance de Harlem prenait son essor, son poème, «Le Noir parle des fleuves», rassemblait, dans la même métaphore, les Noirs de la terre ancestrale baignée par le Nil, l’Euphrate et le Congo et les descendants d’exilés dispersés sur les rives du Mississipi : «J'ai connu des fleuves». J'ai connu des fleuves anciens comme le monde et plus vieux que le flux du sang humain dans les veines humaines. Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves. Je me suis baigné dans l'Euphrate quand les aubes étaient neuves. J'ai bâti ma hutte près du Congo et il a bercé mon sommeil. J'ai contemplé le Nil et au-dessus j'ai construit les pyramides. J'ai entendu le chant du Mississippi quand Abraham Lincoln descendit à la Nouvelle-Orléans, et j'ai vu ses nappes boueuses transfigurées en or au soleil couchant. J'ai connu des fleuves : Fleuves anciens et ténébreux. Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves».

Dans un autre poème, Un Nègre, Langston HUGHES  écrit : «Je suis nègre. Je suis noir comme noir est la nuit, noir comme les profondeurs de mon Afrique. J’ai été esclave. César m’a enjoint de frotter le seuil de sa demeure. J’ai brossé les bottes de Washington. J’ai été artisan. Sous mes mains se sont élevées les pyramides. J’ai gâché le mortier de Woolworth Building. J’ai été chantre. Toute la route d’Afrique jusqu’en Géorgie a retenti du chant de ma douleur : ragtime. J’ai été victime. Jadis au Congo on me coupa les mains. A présent, c’est au Texas qu’on me lynche. Je suis un nègre. Noir comme la nuit est noire. Noir comme les profondeurs de mon Afrique».

Langston HUGHES, ainsi que le mouvement Harlem Renaissance, sont les précurseurs de la Négritude. Avec Langston HUGHES, «La Négritude était déjà là, dans tous ses sens», affirme Aimé CESAIRE. «J’aurais l’impression de manquer à mon devoir si je ne profitais pas de l’occasion qui m’est offerte ici pour payer une dette de gratitude. Le point que je veux soulever est un point historique. Ce n’est pas nous qui avons inventé la Négritude. Elle a été inventée par Langston Hughes, les Countee Mullen, les Claude McKay, les Sterling Brown, et tous ces écrivains de la Renaissance nègre nous lisions en France  aux années 30 et que nous découvrions dans la Revue du Monde Noir. (…) Ils ont été les premiers à dire «Le Noir est beau» dit Aimé CESAIRE le 3 juillet 1979, dans son discours inaugural du 8ème festival culturel de Fort-de-France. CESAIRE poursuit : «Ils ont été les premiers à exprimer, comme Etienne Léro, que «l’amour africain de la vie, la joie africaine de l’amour, le rêve africain de la mort». Ils ont été également les premiers, j’insiste, à proclamer : «Mieux vaut mourir que de vivre à genoux». Et CESAIRE d’ajouter «Je me souviens encore des paroles de Langston Hughes et de son manifeste du nouveau Noir». Ce point de vue de CESAIRE est en adéquation avec celui de Léopold Sédar SENGHOR émis en 1967 : «Le mouvement de la Négritude, la découverte des valeurs noires et la prise de conscience par le Nègre de sa situation, est né aux Etats-Unis (…). Les poètes de la Négro-Renaissance qui nous influencèrent le plus sont Langston Hughes et Claude Mckay (…). Ils nous ont prouvé le mouvement en marchant, la possibilité, en créant d’abord des œuvres d’art, de faire renaître et respecter la civilisation négro-africaine», dit-il.

Il existe un mouvement «d’aller-retour», suivant Hélène DEVAUX, entre l’Amérique noire et l’Afrique. Le concept de Négritude, avec le terme de «Blackness» pénétra les Etats-Unis, sous l’influence de Langston HUGHES. Par conséquent, Léopold Sédar SENGHOR qui complimenta HUGHES «Je vous suis particulièrement reconnaissant de défendre notre concept de Négritude qui n’est, au demeurant, que l’ensemble des valeurs de civilisation du Monde noir. (…) Car seules ces valeurs nous permettent de vivre dans un monde de plus en plus humanisé». Langston HUGHES dirigera la délégation des Etats-Unis au Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar, en 1966.

II – Langston HUGHES, l’Américain

Lorsqu’il débarque au Sénégal, en 1923, les Sénégalais prennent Langston HUGHES pour un Blanc, et il leur répond «Je suis Nègre moi aussi».  Langston HUGHES prit alors conscience de sa culture américaine : «Moi aussi, je suis de l’Amérique», un poème extrait  de «The Weary Blues» : «Moi aussi, je chante l'Amérique. Je suis le frère à la peau sombre. Ils m'envoient manger à la cuisine quand il vient du monde. Mais je ris, et mange bien, et prends des forces. Demain, je me mettrai à table quand il viendra du monde. Personne n'osera me dire, alors, «Mange à la cuisine». De plus, ils verront comme je suis beau et ils auront honte, Moi aussi, je suis l'Amérique». Avec ce poème, «Moi aussi, je suis l’Amérique», Langston HUGHES s’identifie aux Noirs pour témoigner et pour créer : pour aider, eux aussi, à faire une Amérique plus américaine parce que plus humaine. Personne ne l’a fait mieux que Langston HUGHES, le plus nègre et, en même temps, le plus américain des poètes négro-américains, et le plus universel. Il revendique l'appartenance à la société américaine et leur identité noire; «moi aussi, je suis l'Amérique». «Je suis le frère obscur» renvoie à la couleur des Nègres, que les Américains (Blancs) assimilaient à la malédiction, à la condamnation. Vivant du reste des repas, HUGHES fait allusion à la cuisine et nous montre la discrimination raciale par opposition au Blanc qui mange à table. Nous avons également l’expression de la résignation, une expérience de vie du Nègre «Mais je ris, je mange bien et je prends de force». Une progression dans le futur. Le futur a valeur de certitude «Demain, je me mettrai à table». Ces vers marquent une rupture avec l’état ancien du poète. Il détruit les liens de dépendance pour accéder à la place qui lui revient de droit. Le processus de contestation est enclenché : «Personne n’osera/ me dire/Alors va manger à la cuisine». Ce poème est une revendication de toute la race noire dont Langston HUGHES est le porte-parole et un appel à l’élan de fraternité. C’est aussi un engagement pour la reconnaissance et la dignité de l’homme noir.

Langston HUGHES se définissant avant tout comme Américain, sa véritable identité a été forgée par les siècles d’endurance et de résistance à la violence en Amérique. «En Amérique où nous vivons à l’écart du courant principal de la société, nous nous sentons pas principalement Américains. Mais, dès qu’il en sort, le Noir comprend bien qu’il est Américain. Ce qui est salutaire. Car, si nous devons mettre un terme aux problèmes raciaux, il faut que le Noir se sente vraiment Américain, parce qu’il l’est. Notre pays est né de la sueur et du labeur du Noir. (…) Le Noir est le plus Américain que quiconque aux Etats-Unis. Précisément, parce qu’il lui reste si peu de son héritage américain» dit HUGHES. Il est donc essentiel que le Noir se positionne d’abord par rapport à sa culture américaine. C’est-à-dire cet ensemble de valeurs communautaires créées et transmises, oralement de génération en génération par les esclaves, avec un dialecte et une musique noires. En effet, pour que «demain brille comme une flamme», il faut d’abord se réconcilier avec le passé. Cette réconciliation implique chez le Noir américain une définition de son identité.

Partie prenante du moment esthétique de la Renaissance de Harlem, il s'y distingue en défendant le folklore africain-américain contre les tenants d'une tradition poétique britannique. Dans ses premiers recueils, avec une écriture dialectale et orale, racontant la douleur, la misère et l’acculturation des Noirs, HUGHES s'inspire des rythmes du blues et du jazz pour composer ses poèmes : «La musique européenne classique jusqu’à Beethoven ne présentait de nous-mêmes qu’une image épurée. Si l’être était malheureux, s’il sanglotait, si, au contraire, il flottait en euphorie, c’est toujours sereinement. Cet être habitait des hauteurs où nous n’avons pas souvent l’occasion de le rencontrer. Le jazz, comme le roman réaliste, peut trouver substance dans le quotidien, non seulement en lui, bien sûr, en lui fréquemment», écrit HUGHES. En effet, Langston HUGHES est un écrivain à la plume humaniste dont l’œuvre «prend sa source dans les arts visuels, la musique, la culture orale du ghetto» et «s’inspire directement du free jazz», écrit Hélène CHRISTOL. «Le jazz n’est pas seulement noir, il est américain. Même chose pour le langage : des termes que j’entendais à Harlem, il y a 20 ans, «Dig», «Cool», «Hip» ou «Square» sont maintenant entré dans le langage américain», dit HUGHES, un auteur contestataire. «Langston Hughes fait partie de ces poètes qui ont nourri  leur travail de l’exploration d’autres arts, en l’occurrence de la musique et des arts plastiques. Omniprésente dans des pans entiers de sa carrière, la musique ne fait pas office chez lui de simples sources d’inspiration, mais une sorte de matrice à un travail d’alchimie : déplacer les rythmes du jazz ou du blues vers le territoire poétique ; c’est-à-dire adapter le langage musical au langage poétique. Il ne s’agit pas seulement d’une imitation (…), mais d’une réflexion sur une possible transposition des structures musicales dans le domaine poétique» écrit Frédéric SYLVANISE. Le poème de Langston HUGHES, «Le lever du jour en Alabama» est, de ce point de vue, édifiant de la place de la musique dans sa poésie ; il rêve d’une «aube harmonieuse» : «Quand je serai devenu compositeur, j’écrirai pour moi de la musique sur le lever du jour en Alabama. J’y mettrai les airs les plus jolis, ceux qui montent du sol comme de la brume des marécages, et qui tombent du ciel comme des roses douces. J’y mettrai des arbres très hauts, très hauts, et le parfum des aiguilles de pin, et l’odeur de l’argile rouge après la pluie, et les longs cous rouges et les visages couleur de coquelicots, et les gros bras bien bruns, et les yeux pâquerettes, des Noirs et des Blancs, des Noirs et des Blancs, et j’y mettrai des mains blanches et des mains noires, des mains brunes, des mains jaunes, et des mains d’argile rouge qui toucheront tout le monde avec des doigts amis, qui se toucheront entre elles, ainsi que des rosées, dans cette aube harmonieuse. Quand je serai devenu compositeur, et j’écrirai sur le lever sur le lever du jour en Alabama».

Langston HUGHES réfute les mensonges et dissimulations. Le Noir est l’égal du Blanc. La différence n’implique pas l’infériorité. D’autre part, le Noir a un passé et son histoire est antérieure à son débarquement à Jamestown. C’est pourquoi, dans son oeuvre, la résurrection du passé racial va de pair avec une certaine glorification de l’Afrique, des héros de l’histoire afro-américaine, et une célébration de la couleur. L’Afrique est le lieu symbolique où le Noir recouvre totalement son humanité, est aimé, et ne subit aucune forme d’oppression. L’Afrique réhabilitée de HUGHES est à la fois la mère-patrie ancestrale, le refuge politique, «Notre terre» d’amour et de joie, le symbole artistique d’un primitivisme purificateur : «Notre Terre : Il nous faudrait une terre de soleil, de soleil resplendissant, et une terre d’eaux parfumées où le crépuscule est un léger foulard d’indienne rose et or, et non cette terre où la vie est toute froide. Il nous faudrait une terre pleine d’arbres, de grands arbres touffus aux branches lourdes de perroquets jacassant et vifs comme le jour, et non cette terre où les oiseaux sont gris. Ah, il nous faudrait une terre de joie, d’amour et de joie, de chansons et de vins et non cette terre où la joie est péché. O ma douce amie, fuyons ! Fuyons, ma bien-aimée!».

Langston HUGHES a écrit sur l'expérience afro-américaine de différentes manières, en se concentrant particulièrement sur la vie de la classe ouvrière. Il n'a pas essayé de dissimuler la plaine, les travailleurs de sa communauté ; au lieu de cela, il les a peints vivement dans ses mots, et a donné aux lecteurs une vue intime de leurs vies, de leurs luttes, de leurs triomphes et de leurs souffrances. Ainsi, dans  son poème «La mère son fils», Langston HUGHES fait état des conditions de vies dures des Noirs, mais il faut «grimper toujours», en dépit des obstacles : «Eh bien mon fils, je vais te dire quelque chose : la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre. Il y a eu des clous, des échardes, et des planches défoncées, et des endroits sans moquettes, à nu. Mais quand même, je grimpais toujours, je passais les paliers, je prenais les tournants, et quelquefois j’allais dans le noir quand   y avait pas de lumière. Alors mon garçon faut pas retourner en arrière. Faut pas t’asseoir sur les marches parce que tu trouves que c’est un peu dur. Et ne va pas tomber maintenant… Parce que, mon fils, moi je vais toujours, je grimpe toujours, et la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre». Les poèmes de HUGHES sont souvent des «Jazzonia», ils traduisent le vague à l’âme, les espoirs déçus, les souffrances ou la tristesse des Noirs américains : «L’une d’entre elles murmure qu’elle entendait le jazz-band sangloter. Un jazz-band sanglote-t-il jamais ? Les gens vous racontant qu’un jazz-band est gai. Et, pourtant tandis que bouillonnait la racaille des danseuses, et que la nuit blème touchait à sa fin, l’une d’elles murmura qu’elle entendait le jazz-band sangloter quand grisonnait la pointe de l’aurore». On peut aussi relever ce poème extrait de «The Weary Blues» : «Fredonnant un air syncopé et nonchalant, balançant d’avant en arrière avec son chant moelleux, j’écoutais un Nègre jouer. (…) D’une voix profonde au timbre mélancolique, j’écouter ce Nègre chanter, ce vieux piano pleurer, je n’ai personne en ce monde. (…) J’ai le Blues du désespoir. Rien ne peut me satisfaire. J’n’aurai plus de joie. Et je voudrais être mort».

A mon sens, ce qui domine, dans la contribution littéraire de Langston HUGHES, c’est un extraordinaire sentiment d’optimisme à travers l’évocation des souffrances mêmes des Noirs. En effet, il est en permanence habité par une allégresse de la confiance d’un avenir réconcilié. Ainsi, dans les deux poèmes «Dreams» et «A Dream Deferred» attestent combien le rêve tient une place extrêmement importante dans l’œuvre de Langston HUGHES, et ce dès le début ;  il ne s’agit pas d’onirisme, mais bien d’une préfiguration du «I have a dream» prononcé par Martin Luther KING, au début des années soixante, pour la Fraternité et une vraie égalité. Dans «Dreams», HUGHES exhorte les Noirs, mêmes les plus désespérés, à ne pas abandonner leurs rêves, car sans rêves, la vie est vide et brisée. HUGHES emploie des termes comme «mourir, oiseau à ailes brisées, aller, champ stérile» et «figé» pour mettre en évidence l'image froide et vide d'une vie sans rêves et objectifs : «Accroche-toi à tes rêves pour si les rêves meurent. La vie est un oiseau aux ailes brisées qui ne peut voler. Accroche-toi à tes rêves, pour si les rêves s’en vont, la vie est une plaine déserte de neige gelée». Le rêve ici est bien un but à atteindre. Dans «A Dream Deferred», HUGHES examine la question importante de ce qui se passe quand les rêves sont remis en cause : deviennent-ils plus puissants, comme la lutte pour l'égalité a fait avec chaque année qui passe ? Et si on l’abandonne, si on le «diffère» même, on ouvre la porte à la catastrophe, au mal-être, on laisse les autres s’occuper de soi, rarement pour le meilleur. C’est le sujet d’un poème extrêmement dur dans son évocation : «A Dream Deferred». Je me permets une traduction personnelle : «Qu’arrive-t-il à un rêve différé ? Est-ce qu’il se dessèche comme du raisin au soleil ? Ou suppure-t-il comme une plaie Et puis s’en va-t-il ? Est-ce qu’il pue comme de la viande pourrie ? Ou se couvre-t-il de croûtes, saupoudré de sucre comme un bonbon sirupeux ? Peut-être qu’il ne fait que s’affaisser comme un lourd chargement. Ou bien, est-ce qu’il explose ?».

Tenant de la Harlem Renaissance, Langston HUGHES comme un conteur africain fait appel à l’oralité dans son poème «Histoire de tante Suzanne» : «Tante Suzanne a la tête pleine d’histoires. Tante Suzanne a son coeur tout plein d’histoires. Les soirs d’été sous la véranda de la façade, tante Suzanne serre tendrement un enfant brun sur son sein et lui raconte des histoires. Des esclaves noirs qui travaillent à la chaleur du soleil, des esclaves noirs qui marchent dans la rosée des nuits, des esclaves noirs qui chantent des chants douloureux sur les bords d’un immense fleuve se mêlent sans bruit dans le flot continu des paroles de la vieille tante Suzanne, se mêlent sans bruit entre les ombres noires qui traversent et retraversent les histoires de tante Suzanne et l’enfant au visage sombre qui écoute sait bien que les histoires de tante Suzanne sont de vraies histoires. Il sait bien que tante Suzanne n’a jamais tiré d’aucun livre ses histoires, mais qu’elles ont surgit tout droit de sa propre existence. Et l’enfant au visage sombre se tient tranquille les soirs d’été quand il écoute les histoires de tante Suzanne».

Le roman, «The Best of Simple» ou «L’ingénu de Harlem » se présente sous forme de conversations entre deux Noirs, autour d’une bière, dans un bar, entre le narrateur et Jesse Simple, un ouvrier venu à Harlem pour fuir le racisme dans le Sud. «Le personnage de Simple est né pendant la guerre ; ses premiers mots sont sortis de la bouche d’un jeune homme qui habitait un «bloc» de mon immeuble. (…) La plupart du temps, il est de bonne humeur et ses histoires sont drôles mais, parfois, une douleur fulgurante le traverse, pareille à celle que lui cause l’oignon malencontreusement heurté qu’il a au pied droit. Parfois, il faut rire pour ne pas pleurer. S’il n’y avait pas eu à Harlem, des milliers de gens comme Simple, bavards, chaleureux, joyeux et lucides qui, dans l’enfer, même pas climatisé de la ségrégation, vivent le courage du sourire aux lèvres, ce livre pareil n’aurait pas vu le jour» écrit HUGHES dans l’avant-propos. En quête d’un héritage culturel, HUGHES le chercha, et trouva son matériau d’écriture dans les rues de Harlem, auprès du «petit peuple». À travers Simple, HUGHES décrit la vie quotidienne des habitants de Harlem considéré comme une «Terre Promise», mais c’est aussi un lieu de désillusions pour nombre de Noirs. Le nom de «Simple» est polysémique. En anglais, la prononciation de Jesse B. Simple est proche de «Just be simple» qui signifie : «fais pas l’idiot ! Reste tranquille ! Reste où tu es». Les histoires de Simple sont construites comme une pièce de théâtre où se retrouvent et se succèdent différents personnages oscillants entre la tragédie et la comédie. Dépourvu de solides connaissances, Simple est un homme ordinaire qui fait face à la dureté de la vie et au racisme, avec un grand sens de l’humour : «Il me semble que la capacité de savoir rire et s’amuser est extrêmement importante. Elle permet de rester en bonne santé morale et de se passer d’un psychanalyste» dit HUGHES. Simple, c’est le bouffon du Roi, cabotin, un simple d’esprit, il est porteur d’une Vérité «Simple, la voix du bon sens, une voix basse teintée d’humour tendre ou féroce, mais calme et digne ; une voix qui vous dira l’Amérique à cœur ouvert, une Amérique qui n’est plus celle de l’Oncle Tom» écrit dans la présentation Francis Joachim ROY. Les thèmes brassés sont nombreux : l’amour, la ségrégation raciale, la bombe atomique, le chômage, la jalousie, l’arrivisme et le jazz. Le réalisme des péripéties de Simple donne à l’ouvrage tout son aspect documentaire sur cette riche période intellectuelle et artistique. S’inspirant de l’arbre à palabre, Simple, un conteur et griot, aime les rencontres autour d’une bière, dans un café, au Paddy’s Bar. Simple est «tour à tour sérieux et grave lorsqu’il défend la cause noire, et devient drôle et comique, s’il évoque sa logeuse», écrit Christine DUALE. C’est une peinture, par HUGHES, de l’âme du peuple noir, des sans-dents dépositaires de la culture authentique, une valorisation de la culture noire, jusqu’ici occultée et marginalisée. Les rues de Harlem, leurs cabarets, leurs bars, leurs théâtres ou encore leurs logements miteux deviennent, sous nos yeux, des espaces symboliques où se créèrent inlassablement, au rythme du blues, la culture et l’expérience noires. Langston HUGHES brosse plusieurs thèmes, sur fond de Blues,  et s’interroge sur les rapports hommes/femmes mais aussi la haine raciale, la ségrégation, les relations entre les Noirs et les Blancs, la guerre, la religion, ou encore les Noirs dans le monde du travail. Entre rire et larmes, Simple imagine un monde idéal où tout semble possible dans ce Harlem en pleine mutation où le «Nègre nouveau» était en vogue et affichait sa fierté raciale, sa beauté et souhaitait faire respecter ses droits. «Harlem, c’est à toi que je bois. On dit qu’le Ciel c’est le Paradis, si tu n’es pas le Paradis, alors un chat, c’est une souris» écrit-il.

Quel héritage nous a légué Langston HUGHES ?

 «Il est impossible de parler de l’œuvre de Langston Hughes, sans lire le contexte de la tragédie permanente, celle de la minorité noire des Etats-Unis et de sa lutte séculaire» écrit Yves BENOT. HUGHES s’était posé la question suivante : que signifie être Noir aux Etats-Unis, au début du XXème siècle ? Suivant une formule prophétique de W.E.B. du BOIS «le problème du XXème siècle est celui de la ligne de couleur». Alexis de TOCQUEVILLE avait caractérisé au XIXème siècle la sort des Noirs en Amérique «Le Nègre des Etats-Unis a perdu jusqu’au souvenir de son pays ; il n’entend plus la langue qu’ont parlé ses pères et oublié leurs mœurs. (…) Il s’est arrêté entre deux sociétés ; il est resté isolé entre deux peuples ; vendu par l’un et répudié par l’autre». Si en France, le Noir reste encore assigné au rang d’indigène de la République, en Amérique «Le Noir demeure quelque chose d’exotique, de spécial. Il n’est pas porté par le courant principal de la littérature américaine» disait HUGHES en 1965, deux ans avant sa mort. Il est resté fondamentalement un optimiste : «Demain se dresse devant nous, et brille comme une flamme. Les Américains tous ensemble, nous avançons ! Le passé n’est qu’un prélude à notre temps. Demain est une page toute neuve» écrit-il.

Bibliographie sélective

1 – Ouvrages traduits en langue française

HUGHES (Langston), Histoire de Blancs, traduction de Hélène Bokanowski, Paris, éditions de Minuit, 1946, 258 pages ;

HUGHES (Langston), Les grandes profondeurs (The Big Sea), note La Terre Vivante, Paris, P. Seghers, 1947, 420 pages ;

HUGHES (Langston), L’ingénu de Harlem (The Best of Simple), traduction et présentation de Francis Joachim Roy, Paris, La Découverte, 2003, 346 pages ;

HUGHES (Langston), La poésie négro-américaine, Paris, Seghers, 1966, 318 pages ;

HUGHES (Langston), Langston HUGHES : choix de textes, François Dodat, chef d’orchestre, Paris, Seghers, 1964, 191  pages ;

HUGHES (Langston), Le dur chemin de la gloire : portrait des Noirs américains, Paris, Strasbourg, Paris, Istra, 1954, 205 pages ;

HUGHES (Langston), Poèmes : Langston HUGHES, traduction de François Dodat, Paris, Seghers, 1955, 95  pages ;

HUGHES (Langston), REYNAULT (Christiane), Anthologie et malgache, négro-africaine, romanciers et conteurs, Paris, Seghers, 1962, pages ;

HUGHES (Langston), Trésor africain, Paris, Seghers, 1962, 2 vol 1, 157 pages et vol 2, 192 pages ;

HUGHES (Langston), The Weary Blues, préface Kevin Young et introduction de Carl Van Vechten, New York, A. Knopf, 1926, 91 pages.

B – En langue anglaise

1 – Ouvrages de Hughes

HUGHES (Langston) The Panther and the Lash : Poems of Our Times, New York, Knopf Double Day Publishing Group,  1967 et 2011, 120 pages ;

HUGHES (Langston), An African Treasury : Articles, Essays, Stories, Poems, New York, Pyramid Books, 1967, 192 pages ;

HUGHES (Langston), Ask Your Mama, New York, Hill and Wang, 1961, 92 pages ;

HUGHES (Langston), Black Misery, illustrations de Arouni, New York P S Eriksson, 1969, 60 pages ;

HUGHES (Langston), BONTEMPS (Arna), The Book of Negro Folklore, New York, Dodd, Mead Cie, 1959, 624 pages ;

HUGHES (Langston), Dear Lovely Death, New York, Troutbeck Press, 1931, 18 pages ;

HUGHES (Langston), Famous American negroes, New York, Dodd, Mead and Cie,1954, 158 pages ;

HUGHES (Langston), Field of Wonder, New York, Alfred Knopf, 1947, 114  pages ;

HUGHES (Langston), Fines clothes to the Jew, New York, A Knopf, 1927, 89 pages ;

HUGHES (Langston), Freedom's Plow, New York, Opportunity, 1943, 14 pages ;

HUGHES (Langston), I Wonder as I Wander : an Autobiographical Journey, New York, Hill and Wang, 1964, 405 pages ;

HUGHES (Langston), Montage of a Dream Deferred, New York, Henry Holt, 1951, 75 pages ;

HUGHES (Langston), New Negro Poet, Bloomington, London, Indiana University Press, 1974, 127 pages ;

HUGHES (Langston), Not Without Laughter, New York, Alfred Knopf, 1951, 324 pages ;

HUGHES (Langston), One Way Ticket, New York, A. Knopf, 1949, 136 pages ;

HUGHES (Langston), Poems of Black Africa, Bloomington, Indiana University Press, 1963, 160 pages ;

HUGHES (Langston), Selected Letters of Langston HUGHES, Arnold Rampersad, David Roessel et Christa Fratantoro, éditeurs scientifiques, New York, Alfred Knopf, 2015, 423 pages ;

HUGHES (Langston), Shakespeare in Harlem, New York, A. Knopf, 1942 et 1945, 125 pages ;

HUGHES (Langston), Simple Speaks his Mind, Mattituck, New York, Aeonian Press, 1950 et 1976, 231 pages ;

HUGHES (Langston), Simple Stake a Claim, New York, Rinehart, 1957, 191 pages ;

HUGHES (Langston), Simple’s Uncle Sam, New York, Hill and Young, 1965, 180 pages ;

HUGHES (Langston), The Big Sea : an Autobiography, préface d’Arnold Rampersad, New York, Hill and Wang, 1993, 335 pages ;

HUGHES (Langston), The Dream Keeper and Others Poems, New York, A Knopf, 1932 et 1996, 96 pages ;

HUGHES (Langston), The Negro Mother and Other Dramatic Recitations, New York, Golden Stair Press, 1931, 24 pages ;

HUGHES (Langston), The Negro Speaks of Rivers, Disney Jump at the Sun Books, NY Congress of Racial Equality, juin 1921, 4 pages ;

HUGHES (Langston), The Panther and the Lash : Poems of our Times, New York, Alfred Knofp, 1969 et 1989, 101  pages ;

HUGHES (Langston), The Simple Omnibus, Mattituck, New York, Aeonian Press, 1961 et 1978, 245 pages ;

HUGHES (Langston), Not Without Laughter, préface de Maya Angelou, Kansas (Etats-Unis), Touchtone, 1995, 304 pages ;

HUGHES (Langston), The Ways of White Folks, New York, Alfred Knopf, 1973, 248 pages ;

HUGHES (Langston), BONTEMPS (Arna), Popo and Fifina. Children of Haïti, New York, The Mac Millan Company, 1932, 100 pages ;

HUGHES (Langston), The Weary Blues, préface Kevin Young et introduction de Carl Van Vechten, New York, A. Knopf, 1926, 91 pages.

2 – Articles ou interview de Hughes

HUGHES (Langston), “The Negro Artist and the Racial Mountain”, The Nation, 23 juin 1926,  n°122, pages 692-694 ;

HUGHES (Langston), «Le problème noir aux Etats-Unis», traduction de Michel Fabre, Les Langues modernes, mai-juin 1966, 60ème année, n°3, pages 108-116 ;

HUGHES (Langston), «My adventures as a Social Poet», Phylon, 1947, vol VIII, n°3, pages 205-2012 et Faith Berry, éditeur, Good Morning Revolution : Uncollected writings of Social Protest, New York, Lawrence Hill and Cie, 1973, pages 135-143.

C – Biographies

APPIAH (Kwamé, Anthony), GATES (Henry, Louis),  Langston HUGHES, New York, Amistad, 1993, 255 pages ;

BERRY (Faith), Langston HUGHES : before and beyond Harlem, Westport, L. Hill, 1983, 373  pages ;

BOUACHRINE (Assila), La conception de la négritude chez Langston HUGHES, thèse, Toulouse, 1983, 348 pages ;

DACE (Laetitia), Langston HUGHES : the Contemporary Reviews, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, 766 pages ;

DIAKHATE (Lamine), «Langston Hughes conquérant de l’espoir», Présence Africaine, 1967/4, n°64 pages 38-46 ;

DOMMERGUE (Pierre), «La négritude américaine», Les Langues modernes, mai-juin 1966, 60ème année, n°3, pages 94-98 ;

DUALE (Christine), Langston Hughes et la poétique de la Renaissance afro-américaine, Paris, L’Harmattan, 2014, 180 pages ;

EMMANUEL (James, A), Langston Hughes, traduit par Jacques Eymesses, Paris, éditions Internationales, 1970, 300 pages ;

GUILEN (Nicolas), «Le souvenir de Langston Hughes», Présence Africaine, 1967/4, n°64, pages 34-37 ;

LASK (Thomas), «Langston Hughes, Chronicler of Negro Life Dies, Charm and Vitality”, Times, 24 mai 1967, pages

LEACH (Laurie, F.), Langston HUGHES, Westport, London, Greenwood Press, 2004, 176 pages ;

McLAREN (Joseph), Langston HUGHES, postface James Vernon Hatch, préface Beth Turner, 1997, 193 pages ;

MELTZER (Milton), The Life of Langston HUGHES, New York, Th Y Crowell, 1968, 281 pages ;

MILLER (R. Baxter), The Art and Imagination of Langston HUGHES, Lexington, The University Press of Kentucky, 1989, 149 pages ;

MULLEN (Edward, J.), Critical Essays on Langston HUGHES, Boston, G. K Hall, 1986, 207 pages ;

ORSTOM (Hans, H.), Langston HUGHES, New York, Toronto, Twayne, Maxwell MacMillan International, 1993, 125  pages ;

QUINOT (Raymond), Langston Hughes ; ou, l’étoile noire, Paris, CELF, 1964, 82 pages ;

RAMPERSAD (Arnold), The Life of Langston HUGHES, New York, Oxford, Oxford University Press, 1986-1988, vol 1, 1902-1941 “I, Too, Sing America”, 468 pages et vol 2, 1942-1967, “I Dream a World” 512 pages ;

SANTIS, de (Christopher, C.), Langston HUGHES, Detroit, Thomson Gale, 2005, 458 pages ;

TROTMAN (C. James), Langston HUGHES : the man, his art, and his Continuing influence, préface de Arnold Rampersad, New York, Garland Publishing, London, Routlege, 1995 et 2012, 178 pages ;

WALKER (Alice), Langston HUGHES : an American Poet, illustrations de Catherine Deeter, New York Amistad, 2002, 37 pages ;

D – Autres références

1 – Contributions spécifiques sur Langston HUGHES :

ARMSTEAD (Temperance, Jackson), The Social Realism of Langston Hughes and Sterling Brown, Thèse, University of Boston, 1946, 46 pages ;

BARKSDALE (Richard, Kenneth), «Langston Hughes», Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1979, n° 1, pages 47-47 ;

BARKSDALE (Richard, Kneth), Langston Hughes : The Poet and his critics Chicago, American Library Association, 1979, 155 pages ;

BONOT (Yves), «Mort d’un poète», La Pensée, n°134, août 1967, pages 115-117 ;

CUNARD (Nancy), Negro Antbology. 1931-1933, New York, Negro University Press, et réédition de 1969, 855 pages ;

DUALE (Christine), Harlem Blues : Langston HUGHES et la poétique de la Renaissance afro-américaine, Paris, L’Harmattan, 2014, 180 pages ;

DUALE (Christine), Langston HUGHES et la Renaissance de Harlem : émergence d’une voix noire américaine, préface de Françoise Clary, Paris, L’Harmattan, études afro-diasporiques, 2017, 299 pages ;

EYANG (Aloyse), Langston HUGHES : aspects d’un humanisme afro-américain, thèse, Montpellier, Université Paul Valéry, 1990, 2 vol, 771 pages ;

EYANG (Aloyse), «Langston Hughes Jazzonia et la Renaissance de Harlem», Daniel Royot, Les Etats-Unis à l’épreuve de la modernité : mirages, crises et mutations de 1918 à 1925, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1993,  spéc pages 181-204 ;

HILL (Christine, M.), Langston Hughes : Poet of Harlem Renaissance, New York, Enslow Publishers, 1997, 128 pages ;

QUINOT (Raymond), «Langston Hughes ou l'Etoile noire», Bruxelles, éditions du C.E.L.F., Les Cahiers de la Tour de Babel, 1964, n°25, pages 39-44 ;

SALEBAN (Ibrahim), «Langston Hughes, l’africain», Notre Librairie, nov et déc 1984, n°77, pages 37-39 ;

SOUFFRANT (Claude), Une négritude socialiste : religion et développement chez J. Romain, J-S Alexis et L. Hugues, préface Paul Ricoeur, Paris, L’Harmattan, 1978, 238 pages, spéc pages 101-120 ;

SCHVELL (Frank, L.), «Un poète négre, Langston Hughes», Chronique des Lettres françaises, juillet-décembre 1929, n°40-42, pages 508-509 ;

SYLVANISE (Frédéric), L’idéologie dans le parcours poétique de Langston HUGHES, thèse sous la direction de Claude Grimal, Université de Paris X, Nanterre, 2003, 2 volumes, 617 pages ;

SYLVANISE (Frédéric), Langston HUGHES : poète jazz, poète blues, Paris, ENDS éditions, 2009, 226 pages ;

WAGNER (Jean), Les poètes nègres des Etats-Unis : le sentiment racial et religieux dans la poésie de Laurence Dunbar et Langston HUGHES, Paris, Istra, 1963, 637 pages, spéc. pages 423-534.

2 – Contributions sur Harlem Renaissance

ACHODE (Codjo), Du mouvement New Negro à la Négritude : crise et quête d’identité noire de l’Amérique à l’Afrique d’hier et de demain, thèse sous la direction de Robert Mane, Université de Paris-Est, Créteil, Val-de-Marne, 1988, 735 pages ;

BLARY (Liliane), «Banjo, la vision africaine de Claude Mckay», Notre Librairie, nov et déc 1984, n°77, pages 34-36 ;

BLOOM (Harold), Black American Prose Writers of the Harlem Renaissance, New York, Philadelphia, Chelsea House, 1994, 174 pages ;

CESAIRE (Aimé), Soleil éclaté : Mélanges offerts à Aimé Césaire à l’occasion de son soixante dixième anniversaire, Gunter Nar Verlag, 1984, 439 pages, spéc pages 149-153 ;

DIARRA (Amara, D), «L’image de l’Afrique dans la poésie afro-américaine contemporaine», Notre Librairie, nov et déc 1984, n°77, pages 75-83 ;

FABRE (Michel, From Harlem to Paris, Black American Writers un France (1840-1980) Urbana, Chicago, Illinois University Press, 1991, 358 pages ;

GAUFFRE (Marie-Jeanne), La montagne magique : entre image et langage dans les territoires anglophones, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008, 330 pages ;

GRENOUILLET (Corinne), «Le monde noir américain dans la vie et l’œuvre de Louis Aragon (1920-1945)», Présence Africaine, 2013/1, n°187-188, pages 315-327 ;

HUGGINS (Nathan, Irvin) éditeur, Voices from the Harlem Renaissance, New York, Oxford, Oxford University Press, 1976, 438 pages ;

HUGGINS (Nathan, Irvin), Harlem Renaissance, préface Arnold Rampersad, New York, Oxford, Oxford University Press, 2007, 347 pages ;

KELLNER (Bruce), éditeur, The Harlem Renaissance : A Historical Dictionary for the Era,  Westport, Greenwood Press, 1984, 476 pages ;

KRAMER (Victor), RUSS (Robert, A) éditeurs, Harlem Renaissance, Troy (NY), Whiston Publishing, 1997, 416 pages ;

LOCKE (Alain), Le rôle du nègre dans la culture des Amériques, Antony Mangeon, éditeur scientifique, Paris, L’Harmattan, 2009, 240 pages

MANGEON (Anthony), directeur de publication, Harlem héritage : mémoire et renaissance, Paris, Riveneuve, 2008, 238 pages ;

McKAY (Claude), Banjo, traduction de Michel Fabre, Marseille, 1999, 330 pages ;

OGBAR (Jeffrey, Ogbonna, Green) éditeur, Harlem Renaissance : Politics, Arts and Letters, Baltimore, The Johns Hopkins Press, 2010, 264 pages ;

PISON (Agathe), L’art afro-américain de la Renaissance de Harlem aux années 1970, thèse sous la direction de Frédéric Gimello-Mesplomb, 2008, 86 pages ;

PRICE-MARS (Jean), Ainsi Parla l’Oncle, essai d’ethnographie, New York, Parapsychologie Foundation, 1928 et 1954, 240 pages ;

RICHET (Isabelle), sous la direction de, Harlem, 1900-1935 : de la métropole noire au ghetto, , Paris, Autrement, Séries mémoires n°25, 1993, 221 pages ;

SENGHOR (Léopold Sédar), «Problématique de la Négritude», numéro spécial du Soleil, 1967, page 7, et Présence Africaine, 1971/2, n°78, pages 3-26 ;

SENGHOR (Léopold, Sédar), «La poésie noire américaine», Liberté 1, Négritude et Humanisme, Paris, Seuil, 1964, 445, spéc pages 104-122 ;

Van VECHTEN (Carl), Le paradis des Nègres, traduction de Jacques Sabouraud, préface de Paul Morand, Paris, Simone Kra, 1927, 279 pages ;

VARLACK (Christopher, Allen), éditeur, Harlem Renaissance, Ispwich, Salem Press, Amenia (New York), Grey House Publishing, 2015, 335 pages ;

WAGNER (Jean), Les poètes nègres des Etats-Unis : le sentiment racial et religieux dans la poésie de P. L Dunbar à L. Hughes, (1890-1940), Paris, Istra, 1962, 637 pages ;

WINTZ (Carry), Black Culture and the Harlem Renaissance, College Station, Texas, A. M. University Press, 1997, 277 pages.

Paris, le 9 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Langston HUGHES, poète et chef de file de Harlem Renaissance.
Langston HUGHES, poète et chef de file de Harlem Renaissance.
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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 18:08

Je connaissais le professeur Lilyan KESTELOOT pour avoir résidé, pendant longtemps, à la rue des Boulangers dans le 5ème ardt, à Paris, non loin de sa rue Linné, à côté de Jussieu. J'avais revu, le 21 octobre 2017, le professeur KESTELOOT aux Universités de Présence Africaine, à la Colonie, près de la Gare du Nord. Mon ami Adrien DIOP et moi étions bluffés par sa forme qui nous semblait olympique. La seule chose que m'avait signalé le professeur KESTELOOT c'était son allergie permanente et ancienne aux nouvelles technologies ; elle n'aimait toujours pas ni courriel, ni ordinateur, ni portable.

On décelait, chez cette éminence grise humaniste, une spécialiste de la littérature africaine moderne et de la tradition de l’oralité, une curiosité pour les autres, un intérêt pour l'Afrique, et en particulier, pour le Sénégal où elle a enseigné pendant longtemps. Lilyan maintenait, en permanence, le contact avec les Africains, et se rendait aussi fréquemment au Musée Dapper, à Paris 16ème avant sa fermeture. Dès qu'il était question de l'Afrique, elle était là, attentive, attentionnée et toujours accessible.

Le professeur KESTELOOT a séjourné notamment au Congo, au Cameroun et au Sénégal à partir de 1971, pendant plus de 20 ans. Elle a rencontré les grands écrivains de la négritude notamment pour la préparation de sa thèse. Professeure à la faculté de Lettres à l'université de Cheikh Anta DIOP, puis directrice de recherches à l'IFAN, Lilyan KESTELOOT est une grande spécialiste de SENGHOR, de la tradition orale, des récits épiques et de la Négritude. Le professeur KESTELOOT a formé, et appuyé pour leur promotion, de grands universitaires sénégalais, ainsi que de nombreux étudiants. Cheffe de file pour une littérature africaine audacieuse et originale, elle s’est surtout distinguée par sa générosité, l’envie de partager son immense savoir ; c’est cela qui me semble, surtout, caractériser sa grandeur et sa noblesse d’esprit.

Quand on demande au professeur KESTELOOT pourquoi elle s'est intéressée aux écrivains africains et à la littérature orale de ce continent, elle n'a pas d'autre réponse que le silence de l'évidence. Cette explication est peut-être dans l’hommage que lui a rendu le journal Le Point : «Lilyan Kesteloot était de nature passionnée. Sa rencontre avec la littérature africaine éveilla en elle un engagement qui l'accompagna tout au long de sa carrière de critique et d'universitaire à la stature internationale. Paradoxalement, c'est cette Européenne ayant connu une enfance coloniale dans le Congo belge qui m'a fait comprendre ce qu'était réellement la littérature africaine : un riche héritage traditionnel en langues africaines, le talent des premiers écrivains de langue française, l'histoire du mouvement de la négritude, ainsi que le foisonnement de la production contemporaine» écrit Véronique TAJO.

C’est Léopold Sédar SENGHOR qui a suggéré à Mme KESTELOOT de venir au Sénégal. Dans sa contribution littéraire, le professeur KESTELOOT s’est faite l’avocate passionnée de la Négritude dont les deux figures de proue sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR. En effet, le mouvement de la Négritude a mobilisé les intellectuels noirs d'Afrique et d'Amérique entre 1932 et 1960, pour protester contre le racisme, la ségrégation et la colonisation. Le pont sur l'Atlantique fut alors virtuellement réalisé, reliant l'Afrique à ses diasporas de l'autre rive, dans la prise de conscience de leur destin par les intellectuels noirs de toute provenance. Mme KESTELOOT a saisi l’occasion de cette ambiance culturelle pour rencontrer les plus grands écrivains noirs, notamment aux congrès de Paris en 1956 et à Rome. «La négritude n’aurait pas connu un tel éclat, sans Lilyan KESTELOOT» écrit Abdourahman WABERI, dans le journal Le Monde daté du 2 mars 2018.

En particulier, Mme KESTELOOT en raison de sa connaissance parfaite de la Négritude a produit des ouvrages en qualité de critique littéraire sur CESAIRE et SENGHOR, ainsi que sur les différents mouvements littéraires naissants en Afrique. Mme KESTELOOT a raconté aussi les grandes figures de la Négritude dont Cheikh Anta DIOP, qu’elle a rencontré, à plusieurs reprises. Son histoire de la littérature négro-africaine, est devenue un grand classique, un livre de chevet.

Le professeur KESTELOOT s’est illustrée par ses récits épiques, notamment l’épopée de l’épopée de Soundiata Keita du Mali. En effet, Mme KESTELOOT relate les hauts et bas d'un royaume soudanais qui prit le relais des Etats malien et songhay durant les XVIIIème et XIXème siècles ; le royaume de Ségou, païen et guerrier, domina le territoire du Mali jusqu'à la conquête d'El Hadj Omar TALL, quelques années avant la colonisation française. Dix épisodes de cette geste furent enregistrés par Mme KESTELOOT entre 1965 et 1966. Cette épopée est toujours déclamée et chantée aujourd'hui, à la radio et dans les villages du Mali, de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. Mme KESTELOOT a retracé, aussi, l’épopée de Chaka Zoulou, qui a donné naissance à un poème célèbre de SENGHOR, ainsi que celle de Biton Coulibaly, fondateur de l’empire de Ségou, avant sa conquête par les Peuls.

Mme KESTELOOT a fait revivre des contes et mythologies africaines. Ainsi de Seth au Bida de Wagadou, du Tyamaba Peul au M’Boose Sérère, nous voyagerons sur les sentiers peu fréquentés des mythes à travers les siècles, à travers Ghana, Tékrour, Waalo et Djolof, Ségou, Baol et Saloum.

C'est donc avec une grande tristesse que j'ai appris la disparition, le mercredi 2 mars 2018, du professeur Lilyan KESTELOOT. Nous prions pour le repos de son âme.

En 2013, et sous la direction d’Abdoulaye KEITA, un hommage a été rendu à l’extraordinaire contribution littéraire de Lilyan KESTELOOT, chez Karthala, sous le titre : «Au carrefour des littératures Afrique-Europe». Par conséquent, il n’y a pas, à ma connaissance, de biographie sur cette écrivaine. Je ne doute pas, un instant, que les talentueux écrivains du Sénégal ne manqueront pas de s’atteler à cette mission exaltante.

Pour l’instant, la meilleure façon de rendre hommage à Lilyan est de lire ou relire, attentivement, ses ouvrages.

Indications bibliographiques :

BA (Mamadou, Soulèye), HENANE (René),  KESTELOOT (Lilyan), Introduction à Moi, Laminaire, d’Aimé Césaire, étude critique, Paris, L’Harmattan, 2012, 278 pages ;

DIENG (Bassirou), KESTELOOT (Lilyan), Contes et mythes Ouolofs du Tiéddo au Talibé, Paris, Présence Africaine, ACCT, Dakar, IFAN, 2015, 250 pages ;

GOUNONGBE (Ari), KESTELOOT (Lilyan), Les grandes figures de la Négritude, paroles privées, Paris, L’Harmattan, 2007, 164 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Aimé Césaire, Paris, Seghers, 1989, 193 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Biton Koulibaly, fondateur de l’empire de Ségou, Dakar, Abidjan, Lomé, Nouvelles éditions africaines, 1983, 96 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Césaire et Senghor, un pont sur l’Atlantique, Paris, L’Harmattan, 2006, 200 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Chaka Zoulou, fils du Ciel, Paris, Casterman, 2010, 91 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Comprendre cahier d’un retour au pays natal, Paris, L’Harmattan, 2008, 128 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Comprendre les poèmes de L.S Senghor, Paris, L’Harmattan, 2008, 144 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Contes fables et récits du Sénégal, Paris, Karthala, 2006, 202 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), DIENG (Bassirou), Les épopées noires, Paris, Karthala, UNESCO, 1997, 626 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Dieu du Sahel, voyage à travers les mythes du Seth à Tyamaba, Paris, L’Harmattan, 2007, 328 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, AUF, 2001, 386 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), KOTCHY (Barthélémy), Aimé Césaire, l’homme et l’oeuvre, Paris, Paris, Présence Africaine, Versailles, Les Classiques africains, 1993, 223 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), L’épopée Bambara de Ségou, recueillie et traduite en collaboration avec Amadou Traoré et Jean-Baptiste Traoré, Paris, Orizons, 2010, 328 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature, Bruxelles, éditions de l’université de Bruxelles, 1983, 340 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Mémento de la littérature africaine et antillaise, histoire, auteurs et oeuvrages, Versailles, Les Classiques africains, Dakar, CAEC-Khoudia, 1995, 61 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Négritude et situation coloniale, Yaoundé, éditions CLE, 2010, 124 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Neuf poèmes camerounais, anthologie, Yaoundé, Clé, 1971, 111 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Soundiata, l’enfant-lion, Bruxelles, Casterman, 2010, 112 pages.

Hommage à la contribution littéraire du professeur KESTELOOT

KEITA (Abdoulaye) sous la direction de, Au carrefour des littératures Afrique-Europe, Paris, Karthala, Dakar, IFAN, 2013, 372 pages.

Paris, le 1er mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

 

Lilyan KESTELOOT, une militante de la cause des Noirs. Merci Lilyan.
Lilyan KESTELOOT, une militante de la cause des Noirs. Merci Lilyan.
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 18:36

J’ai toujours rêvé, un jour, d’aller visiter l’Académie française, mais à chaque fois c’est un rendez-vous manqué. Il y a de cela plus de deux décennies, j’avais eu l’immense privilège de rencontrer le président SENGHOR à son appartement dans le 17ème arrondissement de Paris. Le projet de visite n’a pas pu se concrétiser. Dans les années 90, Assia DJEBAR est passée à notre association INTERCAPA, à la place du Panthéon, pour la régulation de la régularisation de sa fille adoptive, elle connaissait la future marraine de mes enfants. Harcelé par des sans-papiers, je n'avais eu le temps d'échanger avec cette grande dame de la littéraire. J’ai eu l’insigne honneur de rencontrer Dany LAFERRIERE, à une conférence au salon du livre à Paris, en mars 2016, et je l’ai revu, deux fois après, quand Alain MABANCKOU avait triomphé au Collège de France en mai 2016 et en décembre 2017, lors d’un hommage à James BALDWIN, au Musée de l’Homme. M. Dany LAFERRIERE a été élu académicien, le 12 décembre 2013, sur le fauteuil n°2 de Hector BIANCIOTTI. Là aussi la visite à l’Académie française n’a pas pu se faire avec ma petite Arsinoé. Il faut dire que l’Académie française reste fermée pour le grand public. En effet, ceux qui ne sont pas de l’Académie ne peuvent être admis dans les assemblées ordinaires ou extraordinaires, pour quelque motif que ce soit. En effet, jusqu’ici, seulement quelques visites privées ont été accordées, mais à de très hautes personnalités politiques : le Président Abdou DIOUF du  Sénégal, le 26 juin 1997, le Président Abdoulaye WADE du Sénégal, le 21 juin 2001, et le Président Laurent GBAGBO, de la Côte-d’Ivoire, le 7 décembre 2001.

L’Académie française, une ancienne institution, s’ouvre progressivement à la société. Cependant, le débat sur la langue française, très passionné, reste traversé par des polémiques, et un besoin de concevoir autrement cet outil, devenu «un butin de guerre» pour la Diaspora et les colonisés. La contribution littéraire de M. Dany LAFERRIERE exprime, fortement, ce désir de changement et du bien-vivre ensemble.

I – L’Académie française, son histoire, son ouverture progressive

et timide aux forces vives de la société

A – L’Académie des origines, l’aristocratique

L’Académie française est cette prestigieuse institution rassemblant une quarantaine personnalités culturelles qui appartiennent aux mondes de la littérature, de la poésie, du théâtre, de la littérature et des sciences. D’illustres poètes avaient l’habitude de se réunir, pour un gala intellectuel, chez Valentin CONRART (1603-1675), à la rue Saint-Martin, à Paris 3ème. On y lisait des tances et des sonnets autour d’un bon repas, parfois en présence du secrétaire de RICHELIEU, un certain François LE METEL de BOISROBERT (1592-1662). Le cardinal RICHELIEU se demanda «Si ces personnes ne voudraient pas faire un corps, et s’assembler régulièrement, et sous une autorité publique». En effet, RICHELIEU voulait abandonner les révolutions du goût, les caprices de la mode, et proposait que l’Etat reçoive ces hommes de Lettres, en leur donnant, au lieu d’une faveur précaire, un rang assuré, incontestable, privilégié, érigé au range de nouvel ordre reconnu et protégé. Par conséquent, l’Académie française est née, sans préméditation : «Quand il parle de ce premier âge de l’Académie, ils en parlent comme un âge d’or, durant lequel, et avec toute l’innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autre loi que celle de l’amitié, ils goûtaient ensemble toute ce que la société des esprits a de plus doux et de plus charmant», écrit, en 1652, Paul PELISSON, le premier biographe des origines l’Académie française, puis Pierre-Joseph THOULIER d’OLIVET, ont repris ce récit jusqu’en 1700 ; la mort de Racine est le dernier événement rapporté. C’est le 29 janvier 1639, sous le règne de Louis XIII, que l’Académie française est officiellement créée, rassemblant des «académistes» qui deviendront des «académiciens» en charge d’améliorer la langue française comme l’indique l’article 27 de ses Statuts et Règlements : «La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences». À cet effet, «il sera composé un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique». Armand Cardinal Duc de RICHELIEU est désigné protecteur de l’Académie qui a un contre-sceau avec une couronne de laurier, avec ces mots «A l’Immortalité». L’Académie française a été créée dans un but politique : renforcer l’unité de la France au moyen de la langue française et une mission principale de veiller sur l'état de la langue et de rappeler son bon usage. Il s’agit de «nettoyer la langue française des ordures qu’elle avait contractées». La mission de l’Académie est de conserver et perfectionner la langue française.

Mais les origines de l’Académie française sont plus anciennes puisque Jean DORAT (1508-1588) réunissait à l’hôtel de la Montagne-Sainte-Geneviève : Pierre de RONSARD, Jean-Antoine de BAIF, Ludovico ARISTO dit L’Arioste, Joachim du BELLAY. On y étudiait la grammaire et la musique ; ils avaient, pour but, de célébrer le culte et le progrès des lettres. Ces coteries ne sont pas nouvelles, RONSARD avait eu sa Pléiade. En 1570, Charles IX, un roi poète, octroya à ce cercle, de beaux esprits, des lettres patentes où il déclare que «pour ladite académie soit suivie et honorée des plus grands, il accepte le surnom de protecteur et auditeur d’icelle». Le Parlement et l’université se montrèrent hostiles à l’Académie, mais celle-ci réagit en accueillant en son sein des parlementaires et des universitaires. Charles IX appréciait Antoine BAIF, comme un très excellent homme de lettres ; il lui donna les moyens de subvenir aux besoins des gens de lettres.

L’Académie a un Directeur, un Chancelier, un Secrétaire perpétuel à vie, et une Bibliothèque. Mais cette Académie prit des airs aristocratiques, et ne voulut point de dîner en famille. Cette ancienne maison voulait établir six lois fondamentales : prier, étudier, se réjouir, ne faire tort à personne, ne pas croire légèrement et ne se soucier point du monde. Si un académicien fait quelque faute indigne d’un homme d’honneur, il peut être destitué ou écarté temporairement, suivant la gravité de la faute (22 décembre 1684 Abbé Antoine de FURETIERE, pour vols de documents, et abbé Charles-Irénée Castel de SAINT-PIERE, critique du Roi).

«L’Académie française est une puissance qui, comme les autres, a rencontré, à côté des indifférents, des partisans déclarés, et des adversaires si bruyants qu’on les a crus nombreux» écrit Charles-Louis LIVET. La Révolution était hostile à l’Académie : «La Vérité a vaincu ; le genre humain est sauvé !» s’écrit CONDORCET. La Constituante réduit les crédits budgétaires de l’Académie, et Charles-François LEBRUN de dire «En créant l’Académie française, Richelieu n’y chercha peut-être que des panégyristes et des esclaves. Elle expie son origine». Le 10 août 1793, l’abbé GREGOIRE demanda la suppression de l’Académie française, «l’aînée, qui présente tous les symptômes de la décrépitude» dit-il. NAPOLEON rétablira l’Académie française qui retrouva «l’esprit qui l’animait, la modération et la dignité qu’elle avait constamment gardées et des matériaux pour continuer son histoire». En 1815, l’Institut de France, au quai Conti, sera divisé en quatre classes : Académie des sciences, Académie française, Académie des inscriptions et des belles lettres et Académie de peinture et de sculpture.

Jusqu'au milieu du XIXème siècle, on désignait ceux qui se présentaient à l'Académie sous le nom de «prétendants». Un terme éloquent. On les appelle maintenant des «candidats», et ils doivent faire une véritable cour auprès de ceux qui vont décider de leur élection. Depuis 1635, quiconque veut déclarer sa flamme aux Immortels doit d'abord envoyer un courrier au secrétaire perpétuel. Les Académiciens ayant le droit de coopter leurs confrères, jusqu’au milieu du XVIIIème, les philosophes audacieux en furent écartés. Jadis, il y régnait un esprit monarchique et religieux. René DESCARTES, frappé de disgrâce par RICHELIEU, se tenait éloigné de ce cénacle. Jules MAZARIN ne pouvait pas être désigné protecteur de l’Académie, sa connaissance de la langue française étant jugée insuffisante ; ce sera le Duc d’ENGHEIN, époux de la nièce de RICHELIEU, qui entrera à l’Académie française ; il vouait une admiration pour CORNEILLE et MOLIERE. A la mort de Louis XIII (27 septembre 1601 - 14 mai 1643), précédée, de très près, de celle de RICHELIEU (9 septembre 1585 – 4 décembre 1642), c’est Gilles BOILEAU qui est nommé en 1659.  Des prélats, des Ducs, des maréchaux et de grands seigneurs et quelques hommes de lettres (élection de Montesquieu en 1727 et de Marivaux en 1742), dominaient cette assemblée, fort conservatrice. L’Académie, se revendiquant de l’Immortalité, de par l’autorité qu’elle exerce sur le langage, celle qu’elle revendique sur le goût, sa rhétorique, les cabales qu’elle a nourries, ont en fait une institution raillée par les esprits critiques ou sarcastiques que sont, notamment, les philosophes. Aussi, pendant longtemps, l’Académie se méfia des philosophes, l’homme de guerre et d’insurrection contre l’Eglise et la Royauté. Sous l’Ancien régime, une monarchie absolue, les philosophes des Lumières n’avaient aucune marge de manœuvre, et donc n’étaient pas les bienvenus à l’Académie française. L’Académie, «c’est une maitresse contre laquelle les gens de lettres font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs» disait Voltaire. L’Académie commence son aggiornamento avec les élections de Voltaire en 1746, et celle de DUCLOS, en 1747, qui devient secrétaire perpétuel, puis celle de d’Alembert en 1754, qui succéda à DUCLOS dans ses fonctions. En 1760, Voltaire disposait à l’Académie d’une majorité agissante, qui reflétait l’opinion d’une grande partie du public lettré et répondait à leurs aspirations. Cependant, bien d’éminents gens de lettres seront écartés de l’Académie française, notamment Charles BEAUDELAIRE, Emile ZOLA, Paul VERLAINE et Louis ARAGON.

B – L’Académie et les minorités ethniques

Le combat des femmes, à l’image de celui de la Diaspora, marque l’aspiration profonde à l’égalité réelle et à la fraternité, même au sein de l’Académie française. En effet, l’Académie est restée pendant longtemps un monde masculin. En réaction contre cette misogynie, Madeleine de SCUDERY (1607-1701), dite Sappho, avait fondé une Académie des beaux esprits, à l’hôtel de Rambouillet, l’Académie des précieuses et l’Académie galante chez Anne dite NINON de L’ENCLOS (1620-1705), une femme athée et libertaire, au Marais, à Paris 4ème. Mme George SAND (1804-1876, voir mon post) réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post du 20 février 2016). Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Fatma-Zorah Imalhayène, dite Assia DJEBAR (30 juin 1936 à Cherchell, Algérie- 6 février 2015, à Paris), une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (Constantine 1929-1989 Grenoble), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour».

L’élection de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) à l’Académie française, sur le fauteuil n°16 d’Antoine Lévis MIREPOIX, en 1983, puis sa réception, sa réception le 29 mars 1984, en présence du chef de l’État, protecteur de l’Académie, a marqué une date de très haute importance dans l’histoire de cette institution. Avec lui, ce n’était pas seulement l’agrégé de grammaire, l’ancien président de la République du Sénégal, le grand poète partout connu et reconnu, l’homme de dialogue entre les cultures, les religions, le chantre du métissage et de l’universel, qui entrait sous la Coupole, c’était l’ensemble de ceux qui ont la langue française en partage, c’était la Francophonie tout entière. Pour SENGHOR, la civilisation française est «une force de symbiose. Elle prend, de siècle en siècle et dans les autres civilisations, les valeurs qui lui sont d’abord étrangères. Et elle les assimile pour faire du tout une nouvelle forme de civilisation, à l’échelle, encore une fois, de l’Universel».

Après Léopold Sédar SENGHOR, premier Africain à être admis à l’Académie française, M. Dany LAFERRIERE est élu en 2013, à cette institution. Deux noirs, deux styles «Pour rien, la langue française comme toute langue n’a aucune valeur. Ce sont ses locuteurs qui donnent des valeurs à la langue. Car les Résistants, comme le Vichyste, parlaient français tout autant comme aujourd’hui les discours de la haine contre les Noirs ou les Juifs sont en français» dit LAFERRIERE. La Littérature française contemporaine est devenue faible et appauvrie, parce que repliée sur elle-même. Cependant, M. LAFERRIERE a rendu un vibrant hommage aux chantres de la Négritude que sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR, dans son discours de réception du 28 mai 2015 «Pour moi ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent» dit-il. Mais quelle conception, l’Académie française a-t-elle de la Francophonie ?

En 1783, l’Académie royale des Sciences et des Belles Lettres de Berlin mettait au concours un triple sujet ainsi libellé «Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu’elle la conserve ? ».  Antoine RIVAL (1753-1801), comte de RIVAROL, un farouche opposant à la Révolution, remporta ce prix, le 3 juin 1784, avec son «Discours sur l’universalité de la langue française». La France, jadis, partagée entre le Picard et le Provençal, avec une forte influence du Latin, sera conquise par le français, «La langue est la peinture de nos idées» dira RIVAROL. La langue est le reflet de la domination, de l’hégémonie d’un pays, de la puissance coloniale «qui tenait dans ses mains la balance des empires».

Le président Emmanuel MACRON avait proposé au professeur Alain MABANCKOU de collaborer avec Leïla SLIMANI pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». Cependant, M. Alain MABANCKOU a décliné cette offre : «Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale» dit-il. Le professeur MABANCKOU poursuit : «La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies». Le but de l’Alliance française, d’après son programme, est d’étendre l’influence de la France. Par conséquent, les autorités françaises ont une conception racisée et ethnicisée de la langue française : «Repenser la Francophonie, ce n'est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n'est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d'auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial» dit M. MABANCKOU. Depuis l’avènement de la Négritude dans les années 30, c’est le professeur Alain MABANCKOU qui a le feu sur la scène littéraire à Paris, en allant à l’assaut du Collège du France en mai 2016, puis à la Fondation Louis VUITTON, à Paris. M. MABANCKOU a eu le mérite d’appuyer et de mettre en valeur, au cours de ces manifestations, des artistes congolais talentueux, mais encore écrasés par un monde racisé et ethnicisé. Je m’en réjouis et lui adresse mes vifs remerciements. La Francophonie pourrait aider à reconstruire un monde nouveau, mais à condition qu’elle soit débarrassée de sa vision coloniale, de son obsession identitaire et de sa peur puérile de l’immigration. En effet, il est regrettable que la France, avec une politique de visa stricte, soit désertée par les étudiants africains au profit de la Chine et des Etats-Unis. Pour Cheikh Anta DIOP, il n’y aura pas de développement de l’Afrique, sans une valorisation des langues nationales. Le français, parlé dans 14 pays africains, pourrait avoir un avenir en Afrique, à plusieurs conditions : tenir compte de l’héritage et du patrimoine culturel africain, notamment de ses auteurs, devenir un espace de solidarité et de coopération fondé sur la justice et l’équité, réserver une place particulière à la diaspora dans les relations entre la France et l’Afrique, et combattre les dictatures ainsi que la Françafrique en restaurant la confiance, la justice et la fraternité.

Dany LAFERRIERE conteste, lui aussi, cette conception racisée et ethnicisée de la francophonie : «Il y avait un besoin, de la part de la France, de rassembler tout ceux qui parlent français sur la planète pour faire le poids à l’anglophonie qui, de plus en plus, s’affirmait comme puissance démographique. La littérature a une grande visibilité, d’autant plus que les écrivains peuvent venir de toutes les classes sociales, contrairement à l’économie, qui ne quantifie que les puissants et les riches. À l’inverse, les écrivains viennent de partout. J’avais compris qu’avec la francophonie, Paris est à part, et le reste est la province, que ce soit la province française ou les autres pays parlant français. Je ne pouvais accepter ce fait d’être un écrivain provincial, parce que j’écris précisément pour sortir de l’espace où je suis, pour aller dans un lieu à la fois intemporel et sans espace. J’écris à partir d’une grande rêverie, je n’écris donc pas pour me faire remettre à ma place après. C’est pour ça que j’étais d’accord avec cette idée d’une «littérature-monde», qui est le contraire de la mondialisation. L’idée est de faire en sorte que la marge devienne le centre ; on prend place au centre et comme centre. Il n’y a plus de francophonie qui ne soit pas la France, c’est-à-dire regroupant tous les pays parlant français sauf la France» et M. LAFERRIERE précise qu’il est pour une littérature monde «Je ne suis pas un écrivain de langue française, ni francophone, je suis un écrivain. J’écris avec un langage qui ne tient pas forcément compte de ce langage codé avec lequel on m’identifie». M. LAFERRIERE, dans son discours de réception du 28 mai 2015, à l’Académie française, a rendu hommage à la Diversité qui s’invite dans cette illustre institution, à travers Alexandre DUMAS, fils : «Je me demande si Dumas a compté pour vous, et s’il a illuminé votre enfance comme il l’a fait de la mienne. Si je parle de Dumas c’est parce qu’il a occupé aussi ce fauteuil. Même si ce n’était pas le Dumas des Trois Mousquetaires mais plutôt son fils, l’auteur de La Dame aux camélias. De toute manière les Dumas ont de profondes racines en Haïti puisque c’est une «négresse», selon l’appellation de l’époque, qui a donné naissance au général Dumas, le grand-père de notre confrère Alexandre Dumas fils. Je dois souligner que le nom Dumas ne vient pas du père, le marquis de La Pailleterie, mais de la mère, une jeune esclave du nom de Marie Louise Césette Dumas. Ces Dumas ont le sang vif de ces mousquetaires qui osèrent affronter notre fondateur le cardinal Richelieu. Enfant, j’étais du côté de d’Artagnan, aujourd’hui je me range derrière le Cardinal. Le temps nous joue de ces tours» dit-il.

II – Dany LAFERRIERE, une littérature inspirée de l’Amour

Né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953, d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert LAFERRIERE et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor KLEBERT, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : «L’Odeur du café» et «Le Charme des après-midi sans fin». Gilberte MOREAU estime que les valeurs véhiculées dans la contribution littéraire de LAFERRIERE, au-delà de l’exotisme et de la prose, sont repérables ; il s’agit, notamment de «l’amour, l’amitié, le bonheur de vivre, la tolérance, la fidélité à ses racines».

À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany LAFERRIERE commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel «Le Petit Samedi soir». Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien «Le Nouvelliste». «Lorsque j'étais jeune journaliste en Haïti, je n'étais pas un contestataire qui élève la voix. Je travaillais pour un journal, «Le Petit Samedi soir», avec un groupe de jeunes gens de mon âge, et j'étais le plus littéraire de tous. Mes chroniques n'étaient presque pas politiques, ou alors très politiques, si on entend par ce mot une proximité recherchée avec la réalité. J'allais dans les profondeurs de l'île, rencontrer des gens, raconter leurs vies. Avec l'idée que la dictature ne pénètre pas partout, ne dévore pas tout. Il faut parvenir à être heureux malgré la dictature, c'est la chose la plus subversive qui soit» dit-il.

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, Dany LAFERRIERE quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman «Le Cri des oiseaux fous». «Montréal a fait de moi un écrivain méditatif» écrit Dany.

A – Combattre l’humiliation et la peur, retrouver son individualité

Les récits de l’enfance sont largement autobiographiques. Le but de Dany est avant tout de témoigner de son enfance, heureuse malgré la dictature, et de l’enfance de toute une génération de jeunes qui a vécu les années terribles des DUVALIER, sans succomber au régime de la peur. Ce qu’il cache, en lui, c’est un «cœur collectif». Ainsi, «L’Odeur du café», une chronique de l’enfance, parue en 1991, relate des événements datant de 1963, sous le régime dictatorial de DUVALIER ; un des personnages, Passilus, aime parler politique et invite des amis chez lui pour discuter. A la suite de troubles dans la capitale, ils sont tous arrêtés. Dans ce petit village pauvre et analphabète, on vit du café et du sisal. Matriarcat domine dans cette communauté traditionnelle ; Da, la grand-mère du narrateur a un rôle important dans l’éducation des femmes et des enfants. Récit autobiographique, le narrateur se découvre un amour infini pour Vava. DA, la grand-mère, incarne une vieille dame au visage souriant ; elle représente une métaphore d’Haïti, un pilier inattaquable, dans la tourmente, pleine de vitalité et de sagesse. DA enseigne aux jeunes, «ce rire princier» et ce qu’il faut «avoir face à la misère».

«Le charme des après-midi sans fin» est plutôt le temps de l'adolescence faisant naître le désir et la découverte du sexe. Les filles sont présentes, Vava celle dont Vieux Os est amoureux depuis longtemps et dont la timidité l'empêche de l'approcher, pire il se sauve quand il la voit ou tombe dans les pommes, mais aussi sa cousine Didi, Fifi, Edna. Cette grand-mère qui représentait tout pour l’auteur, l’autorité et l’indulgence, la sagesse et la protection dans un petit cocon familial sécurisant. Da lui a tout appris sur ses ancêtres, sur les anciennes coutumes, elle lui a raconté sa vie, une vie dure mais auréolée d’un certain mystère entretenu pour garder de nouvelles anecdotes qu’elle lui narre au fil du temps. Mais Da lui a surtout ouvert l’esprit en s’adressant à lui comme à un adulte le plus souvent et elle lui a appris les bonnes manières, celles qui l’aideront à se comporter en parfait «gentleman», ce qui lui sera d’un grand secours plus tard.

Dixième roman de Dany LAFERRIERE, «Le cri des oiseaux fous» est aussi l'ultime récit de sa vaste «autobiographie américaine». Le narrateur apprend que les tontons macoutes ont tué son ami, que lui-même est sur la liste, que cette nuit sera sa dernière nuit en Haïti, celle du départ. LAFERRIERE, le  héros de son roman raconte comment il est venu à quitter sa terre natale, journaliste, il est affecté aux chroniques culturelles. Avant de s’exiler, il fait le tour de ses amis, sans les prévenir de son départ. Tout le récit coule des yeux et des pensées, des peurs et des méditations de ce jeune homme de vingt-trois ans confronté au crime et forcé à l'exil. Comment se sentir citoyen d'un pays qui veut votre mort ? «L'exil est pire que la mort pour celui qui reste. L'exilé est toujours vivant bien qu'il ne possède aucun poids physique dans le monde réel», dit-il. Ce roman est une ultime insurrection contre la dictature et l’intolérance, un droit de parler de culture sans parler de politique. D'avoir des désirs qui lui sont propres. «Et l'indifférence que j'ai toujours manifestée pour le pouvoir et sa propagande diabolisante ne jouerait pas en ma faveur. Car le rêve de tout pouvoir est qu'on s'intéresse à lui», dit-il. Dans «le cri des oiseaux fous»,  les thèmes abordés sont variés : l’amour et la sexualité, l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurdité, la construction de l’identité, par rapport au père et à la mère. Le développement du roman, loin d’être narcissique, se construit sur les adieux que Dany LAFERRIERE fait à ses amis. Comme, il fréquente le monde de la culture, ce roman est particulièrement instructif de la vitalité littéraire et artistique d’Haïti. On ne se croirait pas dans un pays sous-développé. Les artistes compensent la pauvreté de ce pays par leur créativité et leur énergie débordante. Dany LAFERRIERE rencontre aussi les prostituées qu’il a fréquentées. Il ne s’en cache pas et n’est pas complaisant. Il fait ressortir les qualités de cœur des Haïtiens. On sent que LAFERRIERE voue une grande affection pour son entourage et son pays. Parallèlement à cette déchirure, se profile la vie politique haïtienne d’une grande brutalité. Finalement, ce roman relate la vie quotidienne des Haïtiens, confrontés à diverses difficultés, mais qui ont su garder leur héroïsme et leur noblesse d’esprit. «Le dictateur, lui, a volé le sens collectif, l’a pris en otage et naturellement voudrait qu’on se soumette à lui un à un. Il y a peu de choses pouvant soumettre les individus autant que la peur. La peur est une chose individuelle. Le rêve du dictateur est d’intégrer, dans chaque individu, cette peur. Dans ce contexte, il ne faut donc pas perdre de vue que le plus résistant, c’est encore l’individu. Il faut commencer par être résistant soi-même si l’on veut ensuite se regrouper dans la résistance. Ce que le dictateur veut faire, c’est d’abord nous annuler, nous humilier et faire en sorte que nous perdons toute individualité. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de choses qui sont liées, que ce soit dans la colonisation ou la dictature, à l’humiliation personnelle. On veut vous humilier» dit-il. «Il faut redonner de l’importance à la parole parce que quand elle est réfléchie et pensée, c’est une action», dira Dany. Il considère que la littérature est une arme, un instrument de liberté. La première raison d’être de l’écrivain, c’est dire que le Roi est nu. «D’être exilé permet d’écrire sans concession et sans la peur. L’exil m’a aidé à dire ce que je pense, et m’a donné la possibilité de parler à un autre pays» dit-il. Quand on est libre, on est dangereux.

LAFERRIERE fait publier en 1985, le roman «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», qui a connu un succès retentissant. Il se familiarise avec le cinéma. C’est un roman constitué d’une succession de brefs chapitres proposant chacun une petite scène à connotation sexuelle. LAFERRIERE déploie style sec, aux phrases juxtaposées, dont le rythme haché rappelle celui du jazz. Il y expose des lieux communs, certes, sur les Noirs et sur les Blanches, mais présentés toujours avec un humour à la fois cru, sain et jubilatoire. C’est une satire féroce sur les stéréotypes et les clichés racistes, dans laquelle deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman et, pour s’occuper, connaît diverses aventures féminines en dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c'est un juste retour des choses, après avoir souffert de l'esclavage, que de séduire toutes ces jeunes donzelles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran, sur des airs de jazz.

«Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?» fait ressortir la complexité des sens propres à la littérature migrante qui puise dans le pays d’origine et celui du lieu de résidence. Les sens multiples doivent être analysés à la lumière des codes culturels, à la communication entre divers univers et leur enrichissement réciproque. En effet, LAFERRIERE, durant son exil au Canada se positionne comme un écrivain québécois qui porte, cependant, un puissant témoignage sur ses souvenirs d’immigrant. «Mon premier livre était un acte de rupture. Je voulais savoir si un Haïtien pouvait écrire un livre qui se passe hors d'Haïti, un livre où le mot Haïti ne figure pas, n'est pas prononcé. J'avais compris qu'il y avait ce pays natal, gouverné par les Duvalier, que j'avais fui, mais qu'il y avait aussi la petite chambre où je vivais désormais, dans le quartier Latin de Montréal, et qui était gouvernée par moi seul. Finalement, ce territoire très étroit était la plus grande, la plus belle chose qui pouvait m'arriver, le grand événement de ma vie. La clé que j'avais dans ma poche était une chose nouvelle pour moi, d'ailleurs. En Haïti, on n'a pas de clé, on n'en a pas besoin, il y a toujours à la maison une mère ou une grand-mère. A Montréal, tout à coup, j'avais une clé, qui était la clé de ma vie. Avant d'écrire, je m'étais posé la question : qu'est-ce qui m'importe le plus en ce moment ? Duvalier ? L'agitation politique en Haïti ? Eh bien non, ce qui m'importait, c'était la petite clé. Et la machine à écrire que j'avais achetée avec l'argent gagné en travaillant à l'usine» dit-il. Ce roman, marqué par la polyphonie, outre son caractère ironique, provocateur et exotique, est une réflexion profonde sur la littérature migrante, sur l’altérité, sur les différences culturelles. En l’occurrence, les Noirs sont souvent de culture occidentale, mais ils jouent, parfois, au Nègre pour draguer les Blanches. A travers, la parodie, LAFERRIERE renverse la perception de la Négritude qu’il désacralise. Par conséquence, l’aliénation et la recherche d’une nouvelle identité sont au coeur de ce roman. Il fait référence aux filles anglaises que tente de séduire le héros de son roman, qui sont censées, par rapport aux francophones, être supérieures et «disciplinées». Il affirme son ambition littéraire «L'écriture est engendrée par la solitude, et en même temps elle chasse la solitude. Lire, écrire, rêver : si mes jours pouvaient être occupés à cela, ma vie me convenait» dit-il.

Par ailleurs, ce roman, «Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?»   est bourré de clins d’œil littéraires. En effet, c’est durant son exil qu’il met à lire des auteurs étrangers. «Les écrivains que je lisais à l'époque s'appelaient Hemingway, Bukowski, Henry Miller ; ils constituaient la mythologie de l'écriture dans laquelle je voulais m'inscrire. Il y avait, en Haïti, une tradition littéraire forte aussi, mais très classique, très XIXe siècle. Moi je voulais une littérature plus directe, plus concrète. Je venais d'une dictature, donc d'un monde abstrait, construit de rêves, de symboles, de métaphores, parce que c'est cela la dictature, les gens qui la combattent ne l'ont souvent jamais vue vraiment, ils se battent contre un ennemi masqué, insaisissable, et je voulais que le monde devienne enfin concret» dit LAFERRIERE. En 1986, meurt Jorge Luis BORGES, un écrivain aveugle argentin, pour qui LAFERRIERE voue une grande admiration. BORGES est un spécialiste de l’art de la nuance. «Tous les pouvoirs ont peur de la nuance. Seule la nuance est subversive», dit-il. LAFERRIERE cite, dans ce roman, James BALDWIN, un auteur noir, homosexuel qui a vécu en exil en France.

B – Devenir un écrivain international

La littérature de l’exil est présente de longue date au sein de la diaspora haïtienne : «Il y a d’abord l’exil offensif de jeunes gens de «bonne famille» partis poursuivre leurs études à l’étranger. Promis à de brillantes carrières, ils sont confrontés au racisme. Leur obsession est de prouver que l’Haïtien est intelligent. Pas autant que le Blanc, mais plus. Une autre forme d’exil s’installe au début des années 1960 avec l’arrivée des Duvalier au pouvoir, celle des bannis, plutôt défensive. Ils ont le sentiment d’être des victimes, et ils sont dans la nostalgie et non dans l’action. Ils se contentent de regarder vivre les autres en attendant de rentrer chez eux. Preuve que parfois l’émigration abrutit. Alors que chez eux ils allaient au théâtre, au cinéma, discutaient de sujets universels, une fois en exil, ils ne parlent plus que de leur pays. Et plus ils le font, plus ils s’en éloignent. C’est une perte sèche» dit-il. Cependant, Dany LAFERRIERE se définit, non pas comme un écrivain de l’exil, mais du voyage : «Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne parlais pas d'exil à mon sujet, car la notion d'exil me reliait à la dictature haïtienne, avec laquelle je voulais rompre. Je préférais le mot voyage” dit-il. Il ne renonce pas pour autant à sa créolité, loin de-là : «En me disant «écrivain américain» écrivant en français, je faisais un immense pas de côté, je sortais de la détermination antillaise. Et je m'inscrivais dans une mythologie : j'étais dans le Nouveau Monde, j'y avais tous les droits. Evidemment, cette revendication était un peu de la provocation, à une époque où le discours sur la créolité était très en vogue. Mais Haïti, c'est moi ! Je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur les toits, au contraire même : elle est si enracinée en moi que je n'ai pas besoin de m'y intéresser, elle me suivra où que j'aille. C'est comme faire du vélo : il ne faut pas regarder la roue, il faut n'avoir plus aucune conscience du vélo pour avancer» dit Dany.

«Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités» s’agace Dany LAFERRIERE. En effet, certains critiques ont reproché à Dany LAFERRIERE d’être trop dandy, distant, presque un hussard ; il ne se pose pas l’énigme du retour ; il a une soif de vivre, là où il est : «J'ai toujours regretté qu'Aimé Césaire ou Senghor n'aient parlé que de leur lutte, et pas assez des voyages qu'ils ont faits, des rencontres. Ils n'étaient quand même pas que des machines à sauver l'humanité ! Ils pouvaient eux aussi rencontrer quelqu'un dans un bar, un soir, et nous le raconter simplement, sans voir cela à travers le prisme de la négritude. Avec mes chroniques de voyage, je voudrais montrer aux jeunes gens du tiers-monde qu'on a le droit de voyager, de voir le monde de ses propres yeux, et non à travers un prisme politique. Qu'on n'est pas tout le temps un exilé, un Noir, un ancien colonisé ou je ne sais quoi d'autre. On peut juste être un homme assis à une terrasse de café, et qui regarde. Mon problème est sans doute que je n'ai pas de problème d'identité. Elle est ancrée en moi, peut-être même surabondante, à tel point que je ne m'en soucie pas» dit-il. Dany LAFERRIERE se sent nationaliste à travers ses écrits : «Le patriotisme me semble plus fort chez les exilés. Peu d’écrivains placent Haïti au centre de leur œuvre autant que moi». Le Cri des oiseaux fous est sans complaisance avec la dictature de Duvalier. Pays sans chapeau raconte la réalité haïtienne, le rapport entre la vie quotidienne et la vie rêvée mâtinée de sacré. L’Odeur du café est perçu par les Haïtiens comme le livre qui leur parle le plus de leur enfance. Dany LAFERRIERE, comme Alain MABANCKOU, son grand ami, ont choisi d’abandonner le discours victimaire ; ils veulent engager une littérature délivrée de la culpabilité : «La culpabilité, ce n’est pas mon genre. Ma relation avec Haïti peut sembler complexe si on mélange la vie personnelle et la littérature. Il ne faut pas confondre ce qui est dit dans mes œuvres avec ma réalité. Mon écriture ratisse large, essaie de rendre toutes sortes d’émotions de gens différents, également Haïtiens et exilés. Leurs expériences sont mises à contribution dans mes œuvres. Comme je sais qu’il y a des gens qui se sentent coupables d’être à l’extérieur d’Haïti, il arrive qu’il y ait des traces de cette culpabilité dans mes livres. Je donne toujours priorité au livre ; quand j’ai envie de réfléchir sérieusement à quelque chose, j’écris un livre. Cela me permet d’explorer plusieurs angles de la question, parce que la vie est un kaléidoscope». Les écrits de Dany LAFERRIERE s’éloignent du sentiment étriqué d’appartenance ; Dany estime qu’il est citoyen international : «Je me considère comme un écrivain international, sans formalité, dans le sens que, pour moi, la promesse de la littérature est l’universalité. J’écris pour comprendre ce que je vis et je partage mes sentiments, mais pour découvrir en même temps que c’est la situation de l’ensemble des gens qui vivent sur cette planète. En fait, je ne suis pas seul ; c’est ça, la promesse de la littérature. Vous n’êtes pas seul. Quand on gratte la petite couche folklorique des individus, on s’aperçoit que les sentiments humains sont pareils. Je ne cherche pas à me décrire par ma littérature, je cherche à écrire ce que je ressens. Quant à cette intégration à l’espace québécois, il est vrai que je la fais au niveau citoyen. Je participe à ce qui se passe au Québec, je suis sensible aux événements qui nous arrivent, aux débats qui nous touchent, bref à la réalité quotidienne» dit-il. Dany LAFERRIERE réaffirme que l’Amour est plus fort que le ressentiment : «Il y a un aspect universel de la littérature. Les sentiments, les émotions, la résistance individuelle qu’on a vu depuis Antigone de Sophocle. Quand Antigone dit : «Je ne suis pas ici pour la haine, je suis ici pour l’amour», c’est un peu ce que je dis dans tous mes livres. Je n’ai pas de temps à perdre avec des choses qui ne donnent pas d’élan à mon enthousiasme» dit-il.

Prix Médicis 2009 pour «l’énigme du retour», Dany LAFERRIERE invite à distinguer le pays réel et le pays rêvé : «Dans les livres écrits par des gens du Sud qui vivent au Nord, il y a toujours un moment où il y a un divorce avec le pays d’origine. Comme si l’auteur qui vit hors de son pays ne pouvait plus suivre et qu’il devait se contenter de regarder, admirativement, de loin. C’est aussi pour dire que tout individu, tout écrivain est étranger à son pays, parce qu’il ne peut pas observer ce pays s’il n’y est pas étranger. Il faut qu’il prenne une distance. Donc, c’est cela, la notion poétique qui rend l’affaire intéressante, il ne s’agit pas simplement de dire : «Je suis devenu étranger dans mon pays parce que je n’y suis pas allé depuis longtemps» .C’est une distance qui est prise jusqu’aux fibres les plus profondes» dit-il. Sur fond de la mort d’Aimé CESAIRE et de «pays sans père», que peut-on savoir de l’exil et de la mort : «Je ne suis jamais arrivé à comprendre comment on parvient à vivre dans une autre culture que la sienne» dit-il.

 

Les livres de Dany ont été traduits en une quinzaine de langues. Les dix premiers romans, s’inspirent du «Mentir-vrai» de Louis ARAGON ; ils «font apparaître des scènes et des expériences qu’il a vécues et transformées par fiction par le biais du travail littéraire» écrit Ursula MATHIS-MOSER. En publiant, en 2011, «Tout bouge autour de moi», portrait d'Haïti ravagé par le séisme du 12 janvier 2010, Dany LAFERRIERE a voulu «jeter comme un drap blanc sur le corps des victimes, les décrire avec discrétion et tendresse». En dépit des aléas de l'Histoire et des catastrophes naturelles, Haïti, la première République noire, est une terre de création féconde. Une terre où une riche littérature francophone se déploie dans un univers créole, où les romanciers sont des poètes et les poètes des romanciers, où la mort rôde et nourrit une vitalité artistique des plus foisonnantes. Haïti «c’est un pays aux trente-deux coups d’État. Peut-être. Mais, trente-deux fois aussi, les gens ne l’ont pas accepté. C’est un pays en bouleversement constant dans un univers extrêmement politisé. Un pays capable de rompre avec deux cents ans d’esclavage et de se relever psychologiquement en un an de l’un des séismes les plus meurtriers au monde. L’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face» dit-ilIl y a chez Dany LAFERRIERE «une esthétique de la roue. Pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même. Chaque fois qu’il fait un tour, lui, il ramasse tout ce qui précède, ne réchauffe pas, même s’il utilise la même recette. On découvre donc des œuvres que l’on connaissait déjà, mais retravaillées». Auteur d’un roman, «Les Mythologies américaines», Dany LAFERRIERE se joue des clichés ; la littérature est l’héroïne principale. C’est un livre organique qui traverse toute l’Amérique et dévoile la vision globale que les Haïtiens en ont. «Aux États-Unis, les Noirs écrivent sur les Noirs et pour les Noirs ; les Blancs, sur les Blancs et pour les Blancs. Dans ce long reportage, j’essaie d’observer les deux communautés de manière transversale, avec la même objectivité pour les uns et pour les autres. Et je souligne de manière indifférenciée l’injustice faite aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs en les mettant côte à côte sans que survienne l’histoire de l’esclavage et du racisme. La réalité historique haïtienne m’habite et me permet de regarder les États-Unis de manière impassible et sereine. Parce que je n’ai pas de névrose coloniale. Quand je vois un Blanc, je ne vois pas un ennemi. Parce que je l’ai battu et l’ai fait retourner chez lui. La gifle de l’esclavage a été rendue grâce à une indépendance acquise de haute lutte. On est quitte. J’ai donc voulu parler en public comme je le fais en privé. Mon discours ne doit pas être un manifeste à tous les coups. Ce qui ne m’empêche pas de dénoncer ce qui doit l’être» dit-il.

Bibliographie très sélective

1 – L’Académie française

Académie française,  Trois siècles de l’Académie française 1635-935, par Les Quarante, Paris, Firmin-Didot, 1935, 530 pages ;

BEUVIN d’ALTENHEYM (Gabrielle), Les fauteuils illustres et quarante études littéraires, faisant suite au quatre siècles littéraires, Paris, E. Ducrocq, 1860, 428 pages ;

BIRE (Edmond), GRIMAUD (Emile), Les poètes lauréats de l’Académie française, recueil de poème couronnés depuis 1800, Paris, A Bray, 1864, 392 pages ;

BOISSIER (Gaston), L’Académie française sous l’Ancien régime, Paris, Hachette, 1909, 267 pages ;

BRUNEL (Lucien), Les philosophes et l’Académie française au xviii siècle, Paris, Hachette, 1884, 389 pages ;

CAPUT (Jean-Paul), L’Académie française, Paris, PUF, 1986, 127 pages ;

CARLIER (Christophe), Lettres à l’Académie française, préface Hélène Carrère d’Encausse, Paris, Les Arènes, 2010, 232 pages ;

CARRERE d’ENCAUSSE (Hélène), Des siècles d’immortalité : l’Académie française, 1635, Paris, Fayard, 2011, 350 pages ;

CASTRIES,  René de la CROIX, duc de, La Vieille Dame du quai Conti, une histoire de l’Académie française, préface Jean Mistler,  Paris, Perrin G.F., 1978 et 1985, 477 pages ;

CROM (Nathalie), «Dany Laferrière,je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur tous les toits», Télérama, édition du 10 juin 2011 ;

DUMAS (Pierre-Raymond), «Entretien avec Dany Laferrière», Conjonction, juillet décembre 1986, n°170-171, pages 80-81 ;

FREMY (Edouard), L’Académie des derniers Valois, académie de poésie et de musique (1570-1576), académie du Palais (1576-1585), d’après les documents nouveaux et inédits, Paris, Leroux, 1843, 399 pages ;

GAXOTTE (Pierre), L’Académie française, Paris, Hachette, 1965, 120 pages ;

HAZARD (Paul), Discours sur la langue française, Paris, Hachette, 1913, 57 pages ;

HOUSSAYE (Arsène), Histoire du 41ème fauteuil de l’Académie française, Paris, E. Dentu, 1882, 327 pages ;

KERVILER (René), Essai d’une bibliographie raisonnée de l’Académie française, Paris, La société bibliographique, 1877, 106 pages ;

MASSON (Frédéric), L’Académie française, 1629-1793, Paris, Paul Ollendorf, 1912, 339 pages ;

MERY (Joseph), BARTHELEMY (Auguste), VIDAL (Léon), Biographie des Quarante de l’Académie française, Paris, Les Marchands de nouveautés, 1826, 254 pages ;

MESNARD (Paul), Histoire de l’Académie française depuis sa fondation jusqu’en 1830, Paris, Charpentier, 1857, 324 pages ;

MORELLET (André), Mémoires de l’abbé Morellet sur le dix-huitième siècle et la Révolution, précédé de l’éloge de l’abbé Morellet par Lemontey, Paris, 1822, 472 pages, vol  2, 516 pages, spéc pages 81-106 ;

OSTER (Daniel), Histoire de l’Académie française, Paris, Vialtey, 1970, 196 pages ;

PELLISSON (Paul) et THOULIER d’OLIVET (Pierre-Joseph), Histoire de l’Académie française, introduction de Charles-Louis Livet, Paris, Didier, 1838, vol 1, 326 pages et vol 2, 572 pages ;

PETER (René), L’Académie française et XXème siècle, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1949, 258 pages ;

RIVAROL de (Antoine), De l’universalité de la langue française, Paris, BNF, Obsidiane, 1991, 71 pages ;

ROBITAILLE (Louis-Bernard), Le Salon des immortels : une académie très française, Paris, 2002, Denoël, 342 pages ;

ROSTAND (Edmond), Discours de réception à l’Académie française, le 4 juin 1903, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1903, 36 pages ;

SIMON (Jules), Une Académie sous le Directoire, Paris, Calmann-Lévy, 1885, 472 pages.

2 – Dany LAFERRIERE

LAFERRIERE (Dany), Baiser mauve de Vava, illustrateur Frédéric Normandin, Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, Interforum Editis Diff, 2014, 46 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, Montréal, VLB éditions, 1993, 200 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Montréal, VLB éditions, 1994, 136 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Paris, Le Livre de poche, 2014, 187 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Comment faire l’amour avec un Nègre, sans se fatiguer, Paris, J’ai Lu, 1990, 199 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Eroshima, Montréal, VLB éditions, 1987, 168 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fatigué,  Outremont, Québec, Lanctôt 2001, 142 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fou de Vava,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 48 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis un écrivain japonais, Paris, Librairie générale française, 2012, 210 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Journal d’un écrivain en pyjama, Paris, Livre de poche, 2015, 328 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’art presque perdu de ne rien faire, Paris, Bernard Gresset, 2014, 419 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’énigme du retour, Paris, Bernard Grasset, 2009, 301 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’odeur du café, Paris, Zulma, 2016, 208 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La chair du maître,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1997, 311 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La fête des morts,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 44 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le charmes des après-midi sans fin, Paris, Zulma, 2016, 216 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Le Serpent à Plumes, 2000, 345 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Zulma, 2015, 315 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le goût des jeunes filles,  Montréal, VLB éditions, 1992, 206 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Les années 80, dans ma vieille Ford, illustrateur Frédéric Normandin, Montréal, Québec, Mémoire d’encrier, La Roque-d’Anthéron, Diff Ici et Ailleurs, Interforum Editis Diff, 2014, 194 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAALOUF (Amin), Réception de Dany Laferrière, Académie française, discours prononcés dans la séance publique du jeudi 28 mai 2015,  Paris, Palais de l’Institut, 2015, 37 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAGNIER (Bernard), J’écris comme je vis,  Grenouilleux, La Passe du vent, 2000, 195 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Mythologies américaines, préface Charles Dantzig, Paris, Bernard Grasset, 2015,  557 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Pays sans chapeau,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1996, 221 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Tout bouge autour de moi,  Paris, Bernard Grasset, 2010, 178 pages et Librairie générale française, 2012, 1876 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Vers le Sud,  Paris, Bernard Grasset, 2006, 250 pages.

3 – Autres références

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, écrivain de la subversion», Spirale, janvier-février 1998, n°158, page 6 ;

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, sans arme et dangereux», Lettres Québécoises, printemps 1994, n°73, pages 9-10 ;

BRODZIAK (Sylvie), Haïti : enjeu d’écriture, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2013, 218 pages ;

CORMIER (Pénélope), «Entrevue avec Dany Laferrière», The Postcolonialist, 19 novembre 2013 ;

DEVELEY (Alice), «Alain Mabanckou refuse de participer au projet francophone d’Emmanuel Macron», Le Monde du 16 janvier 2018 et Bibliobs du 15 janvier 2018 ;

FOREST (Julia, Farrah), Littératures migrantes du nouveau monde : exils, écritures, énigmes chez Ying Chen, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, thèse sous la direction du professeur Jean Bessière, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2015,  336 pages ;

JUOMPAN-YAKAM (Clarisse), «Dany Laferrière, l’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face», Jeune Afrique, édition du 15 mars 2016 ;

MARCOTTE (Hélène), «Je suis né écrivain à Montréal», Québec, automne, 1990, n°79-80-81 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), «Dany Laferrière, un écrivain méditatif», Québec français, 2015 (174), pages 52-54 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), Dany Laferrière : la dérive américaine, Montréal, L.V.B. éditeur, 2003, 344 pages ;

MOREAU (Gilberte), «L’inscription dans l’odeur du café de Dany Laferrière», Québec français, 1997, (105) pages 66-69 ;

MORENCY (Jean), THIBEAULT (Jimmy), «Entretien avec Dany Laferrière», Voix et Images, 2011, (36) n°2, pages 15-23 ;

N’DIAYE (Christiane), Comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière, Port-au-Prince, éditions de l’Université d’Haïti, 2010, 59 pages ;

N’DOMBI-SOW (Gaël), L’entrance des écrivains africains et caribéens dans le système littéraire francophone : les œuvres d’Alain Mabanckou et Dany Laferrière dans les champs français et québécois, thèse sous la direction du professeur Pierre Halen, Metz-Nancy, Université de Lorraine, 2012, 344 pages ;

PESSINI (Alba), Regards d’exils : trois générations d’écrivains haïtiens (Jacques Stephen Alexis, Emile Ollivier, Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert), thèse Paris IV, 2007, Presses académiques francophones, 2012, 448 pages ;

RICHER (Anne), «Fuir les carcans, Anne Richer rencontre Dany Laferrière», La Presse, 15 mars 1993, pages A1-A2 ;

SELAO (Ching), «L’énigme du retour de Dany Laferrière», Spirale, 2010, (231), pages 54-57 ;

SROKA (Ghila), «Dany Laferrière : de la francophonie et autres considérations», Tribune Juive, août 1999, vol XVI, n°5, pages 8-16 ;

VASILE (Beniamin), Dany Laferrière : l’autodidacte et le processus de création, Paris, L’Harmattan, collection Critiques littéraires, 2008, 285 pages.

Paris, le 16 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

L'Académie française, une vieille dame à bousculer, dans le sens du bien-vivre ensemble.
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