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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 13:47

C’est au Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal,  que le parti des marabouts, dirigé par Thierno Souleymane BAL, a instauré un Etat théocratique électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1890. En effet, Thierno Sileymane BAL, par la Révolution des Torodos, a mis  fin à la dynastie des Satigui, alliée des Maures qui avait imposé l’esclavage et le paiement d’un tribut (Mouddo Horma). En raison d’une crise dynastique et financière durant les dernières années de leur règne, les Satiguis avaient plongé le Fouta-Toro dans le chaos, le pillage et les exactions. Homme pieux, intègre, humble, grand érudit et intellectuel, d’une grande probité, Thierno Sileymane BAL, rejetant toute forme d’accaparement du pouvoir par des notabilités, a établi des règles de moralisation de la vie publique prohibant la corruption, l’injustice et l’enrichissement illicite. Les Almamy, avant l’heure, avaient instauré l’audit, la transparence, la déclaration de patrimoine, la reddition des comptes, la compétence et l’efficacité. Bref, tous ces mécanismes utiles à la bonne gouvernance, qui manquent encore, énormément, à l’Afrique, même 60 ans après les indépendances.

Cependant, et jusqu’à une période récente, Thierno Sileymane BAL était presque tombé dans l’oubli. Certains écrits coloniaux, notamment les mémoires d’André BRUE (1654-1738), nommé Directeur général du commerce français du 4 juin 1697 jusqu’en 1709, retranscrits Jean-François LABAT (1663-1738), ont relaté la crise dynastique des Satigui à partir de l’année 1700. En 1910, Prosper CULTRU a contesté l’authenticité des mémoires d’André BRUE, estimant que J-F LABAT ne les aurait pas consulté et qu’il serait donc un «faux historien». En fait, J-F LABAT a apporté de précieuses indications sur la crise dynastique des Déniankobé ayant conduit à la Révolution des Torodos. Par ailleurs, en France, des militants de l’abolition de l’esclavage ont vanté les mérites du régime des Almamy instauré par Thierno Sileymane BAL qui combattait, énergiquement, l’esclavage. Gaspard Théodore MOLLIEN (1796-1872), qui avait échappé au naufrage du radeau de la Méduse, a traversé tout le Fouta-Toro, pendant le régime des Almamy, et en a fait un témoignage dans «voyage à l’intérieur de l’Afrique, aux sources du Sénégal et de la Gambie» daté de 1818. Cependant, ces écrits coloniaux, dont Anne RAFFENEL), décrivant notamment l’Almamy Abdoul Kader KANE, parlent peu de Thierno Sileymane BAL. Les importantes sources écrites, plus solides, sur Thierno Sileymane BAL, sont arabes et traduites en langue française. C’est d’une part, et avant tout, «les chroniques du Fouta sénégalais» de Ciré Abbasse SOH, de Diaba, dont le manuscrit arabe a été remis en 1911 par Abdoulaye KANE, un interprète des colons, à Maurice DELAFOSSE (1870-1926) et à Henri GADEN (1867-1939), qui l’ont traduites en 1913. Curieusement, ce manuscrit a été peu exploité par les différents chercheurs sur Thierno Sileymane BAL. C’est d’autre part, le manuscrit arabe de Cheikh Moussa CAMARA (1864-1945), de Ganguel, un historien des grandes familles du Fouta rigoureux, «Florilège au jardin des Noirs, Zuhûr Al Basatin, L’aristocratie peule et la Révolution des clercs musulmans». C’est dans le «Florilège au Jardin des Noirs» que l’on retrouve aussi de précieuses informations, notamment la crise dynastique des Déniankobé, la Constitution des Almamy et des éléments de biographie sur Thierno Sileymane BAL et sur Abdelkader KANE. Cependant, ce document arabe rédigé vers 1920, remis à Maurice DELAFOSSE, pour traduction, n’a été publié que, de façon très tardive, en 1998, par Jean SCHMITZ.

La thèse de Oumar KANE a grandement renouvelé l’intérêt sur la vie et l’œuvre de Thierno Sileymane BAL. En 2014, Mamadou Youry SALL est l’auteur d’une biographie sur Thierno Sileymane BAL, «Le Leader de la Révolution du Fuuta-Tooro (1765-1776)». Mais que sait-on exactement sur Thierno Sileymane BAL ?

Thierno Sileymane BAL est né vers 1720, dans le quartier Samba Diéri au village de Bodé, dans le Lao, non loin de Podor, dans le Nord du Sénégal. Oumar KANE décrit Thierno Sileymane BAL ainsi : «Physiquement il était de haute taille, d’un noir d’ébène, très corpulent avec un nez épaté, partiellement rongé par la maladie» et donne des indications sur sa personnalité et son caractère : «Eloquent, doté d’une voix très claire» et surtout «d’un courage qui frisait la témérité». Thierno Sileymane BAL, fils de Racine, Samba, Boucar (Racine, c’est celui est dans la bonne voie, en arabe) et de Maïmouna Oumou DIENG (Maïmouna signifiant en arabe, celle qui est bénie ou un objet de bénédictions), est issu d’une famille aristocratique, celle des lettrés musulmans et aristocrates du Fouta-Toro, les «Torodos». Du clan des «Wodabé» précise Cheikh Moussa CAMARA, sa famille a des origines lointaines du Mali, au Macina. Il aurait aussi du sang peul «Ourourbé», d’ascendance mauritanienne, dont le patronyme «BAL» signifie «BAH» chez eux, précise Cheikh Moussa CAMARA, dans son «Florilège au jardin des Noirs».

Le jeune Sileymane effectue d’abord des études coraniques de base dans son village, sa famille étant déjà lettrée en arabe. Il poursuivra, par la suite, ces études, en Mauritanie, auprès de Cheikh Fadel, et se mariera avec une Maure qui lui donnera un fils, Boubacar Sileymane. Thierno Sileymane BAL se rendra, par la suite, au Cayor, à la prestigieuse école coranique de Pire, auprès de Khaly Amar FALL (1555-1638), une famille Ouolof, mais maîtrisant le peul. D’autres éminentes personnalités ou éveilleurs de conscience, comme Maba Diakou BA (1809-1867), Abdelkader KANE (1727-1807), Thierno Baïla SOH de Hawré, Alpha Hamady Pallel BA de Nabadji, Alpha Yéro de Diandioly et Abdelkarim DAFF de Sénopalel, ainsi que Saïdou TALL, le père de Cheikh Oumar Foutiyou, ont également étudié à Pire. Certains descendants, de culture ouolof, de Thierno Sileymane BAL, résident encore à M’Balène, non loin de Pire, un village fondé par Ismaïla BAL. Les familles BAL ne sont pas nombreuses au Sénégal, outre Bodé, leur présence a été recensée à Danthiady, dans la région de Matam, à Golléré, à Thiès, à Fatick et à Ouakam. Naturellement, il existe un nombre important de familles BAL en Mauritanie, en particulier à Bababé.

C’est surtout au Boundou et en Guinée, cela a été occulté jusqu’ici, que Thierno Sileymane BAL recevra une influence décisive, pour mener à bien sa Révolution. En effet, Thierno Sileymane BAL avait aussi poursuivi ses études coraniques au Boundou, premier Etat théocratique de la sous-région, fondé par Malick SYvers les années 1690, pour qui le religieux peut aussi s’intéresser, utilement, aux affaires de l’Etat : «He was a cleric in a society where many good muslims held that the piety and the exercise of sovereignty are compatible» écrit Philip CURTIN. Malick SY, assassiné vers 1720 par des animistes, dont les ancêtres sont de Souyouma, à côté de Podor, voulait aussi prendre son indépendance à l’égard des Satiguis du Fouta-Toro, la dynastie régnante, à l’époque. C’est surtout Boubou Malick SY, avec son long règne de 1720 à 1747, qui a consolidé le régime de l’Almamiyat au Boundou ; il a renoué avec ses ancêtres du Fouta-Toro. C’est ce cadre que Sileymane BAL a séjourné au Boundou.

La révolution du Boundou, contrairement à celle de Thierno Sileymane BAL, a été pacifique et dynastique. Par ailleurs, les successeurs de Malick SY, notamment Hamady Aïssata, ont choisi de collaborer avec le colonisateur français, et sont à la base du parricide en 1807, contre Abdelkader KANE. Le Tounka de Tiabou, capitale de Gadiaga, est le premier à reconnaître l’autorité morale et religieuse de Malick SY ; son autonomie religieuse s’est transformée, progressivement, en un pouvoir d’Etat théocratique. Malick SY, un homme cultivé, s’est inspiré des prêches, pour la révolte des musulmans, délivrées, dans les années 1670, par Nasrin AL-DIN. Précurseur d’un Etat théocratique, Malick SY a donc influencé les futures révolutions islamiques d’abord au Fouta-Djalon, puis au Fouta-Toro de Thierno Sileymane BAL «Malik Sii’s actual achievement in creating the first susbtantial clerical state in Senegambia, in effect passage from autonomy to autority, and a precedent for the later foundation of the Almamate of Fuuta Jaalo and Fuuta Tooro” écrit Philip CURTIN.

Thierno Sileymane BAL terminera ses études au Fouta-Djallon, chez Karamoko Alfa mo Labé, plus connu sous le nom de Mamadou Cellou DIALLO, (1692-1751), l’un des initiateurs d’une révolution théocratique en Guinée. En 1745, Karamoko Alpha revint à Ley Billel avec son armée constituée de ses proches et de ses talibés. Il mena à partir de Ley Billel plusieurs expéditions contre les animistes. Il viendra s’installer par la suite à Labé. Thierno Sileymane BAL étant son disciple, Karamoko Alfa Mo Labé qui lui-même avait étudié dans le Boundou et au Fouta-Toro, serait donc par son action en Guinée le précurseur de la révolution des Torodos, au Sénégal. Cependant, la Révolution que mènera Thierno Sileymane BAL, si elle s’inspire du précédent guinéen, s’en écarte considérablement. En effet, sur le plan du pouvoir administratif, l’expérience guinéenne a vu deux clans (Les Alphaïa et les Soria) s’affronter et le compromis boiteux trouvé, avec une alternance de règne pour chaque camp, tranche bien avec le caractère centralisé du pouvoir politique de l’Almamy au Fouta, même si les autorités locales ont d’importants pouvoirs déconcentrés. Thierno Sileymane BAL a surtout condamné, et refusé, tout pouvoir dynastique ou monopolisé par un clan ou une famille. Par ailleurs, Karamoko Alpha n’était pas comme Thierno Sileymane BAL, ni un chef de guerre, ni un organisateur politique, c’était suivant Paul MARTY, «plus marabout que guerrier, avec l’âge, il est tombé dans la folie mystique et convulsionnaire».

De retour au Fouta-Toro, en stratège et sociologue, instruit de ses différents voyages, Sileymane BAL a su examiner la société de son temps, ses injustices, les forces sur lesquelles il devait s’appuyer et l’offre politique pour sa Révolution. En effet, Thierno Sileymane BAL a su, grâce à son intelligence, rallier à sa cause plusieurs chefs traditionnels, de même que des guerriers (Sebbé) sur qui reposait la puissance des Satiguis. Il a non seulement convaincu les Foutankais grâce à sa force de persuasion, sa piété et son intégrité, mais aussi, par les actes, par son exemplarité, dans le courage, la recherche de la justice et de la vérité : «Il se fit remarquer par sa continence, sa piété et le flottement des étendards de son équité» écrit Ciré Abbasse SOH. En effet, Cheikh Moussa CAMARA a recensé une série de témoignages d’une vie d’honneur et de probité. Ainsi, sur le chemin de retour vers le Fouta, après ses études coraniques en Mauritanie, affrontant la soif, Thierno Sileymane BAL commande à ses disciples de demander aux féroces gardiens du puits d’un Maure, de leur donner de l’eau, s’ils refusaient, de leur demander de lui en vendre, et s’ils refusaient encore de les battre et de prendre l’eau par la force. «Laissez-le. Sa fin sera terrible à cause des troubles qu’il occasionnera. Il sera sûrement tué» prédit alors le propriétaire Maure du puits.

Thierno Sileymane BAL a aussi libéré, par la force, un esclave qui lisait le Coran, dans une pirogue, et sur le point d’être acheminé sur Saint-Louis, pour être vendu. Pour Sileymane BAL, l’Islam doit rester une religion émancipatrice, par le savoir et le travail, et nous libérer de tout obscurantisme. Un autre haut fait est le cas de ce tissu précieux acheté par une veuve et confisqué, arbitrairement, par les hommes de Lam-Toro SALL, mais que Thierno Sileymane BAL restituera, par la force, à sa propriétaire. Après trois mises en demeure infructueuses, Sileymane BAL engagea une guerre, entre Bodé et Doddel, contre le Lam-Toro, avec l’aide des Diawbé Diambo, et en sortit victorieux. Le Lam-Toro reviendra, par la suite, avec une armée plus puissante et contraindra Thierno Sileymane BAL à un exil provisoire, au village de Kobillo. Ce savant, engagé pour la liberté et la justice, saisit alors cette occasion pour amplifier encore ses prêches, en vue de la libération des Foutankais du joug des Déniankobé : «Si nous trouvons quelqu’un qui puisse nous ouvrir cette porte, c’est-à-dire la porte de la délivrance de ce joug, nous le suivrons» lui dirent les notables de Kobillo.

En 1776, un des actes hautement symboliques, comme la prise de la Bastille le 14 juillet 1989, sera pour Thierno Sileymane BAL d’avoir brisé «le Mouddo Horma» (paiement d’un tribut ou dîme), signe d’asservissement et d’exploitation des Foutankais, en chassant les Maures du pays. En effet, les Satiguis, pour financer leurs guerres de succession interminables, par le pillage et l’esclavage, avaient livré le Fouta-Toro aux Maures, qui imposaient un lourd tribut au pays : «Si vous me soutenez contre Konko, et si je suis vainqueur, je vous donnerai un «Sa» (unité de mesure) pour chaque personne, pour chaque année» avait promis Samba Guéladiodégui BA aux Maures, pour retrouver son trône. Aux Maures, venus collecter leur tribut, «Mouddo Horma», Thierno Sileymane BAL leur rétorqua : «Vous êtes des chefs et vous êtes riches. Quelles sont donc les raisons pour lesquelles vous percevez cette dîme ? Vous n’avez aucune qualité pour percevoir la dîme destinée à ceux qui sont cités dans le verset coranique». Désarçonnés, les Maures pillards prirent Thierno Sileymane BAL pour un fanfaron et impertinent, et lui rétorquèrent : «Nous percevons la dîme bien avant ta naissance». Thierno Sileymane BAL leur répondit : «Advienne que pourra ! Peuple du Fouta, jamais plus tribut ne sera levé ici». En raison de cet acte symbolique et courageux, depuis lors, les Foutankais ont surnommé Thierno Sileymane BAL, le briseur de «Mouddo Horma». Le chanteur Baaba MAAL a popularisé ce surnom : «Tout le Fouta te loue, te remercie, toi Souleymane, le brave de Bodé, un grand érudit. Des destructeurs (Les Maures) pénétrèrent et razzièrent le Fouta. Chaque village, 5 kg d’or était la dîme (Mouddo Horma). Souleymane a mis fin au tribut. Des mosquées furent construites, la paix revint au Fouta» chante-t-il dans «Mouddo Horma» (Le tribut).

Le Satigui Silèye N’DIAYE refuse à Thierno Sileymane BAL l’accès à sa capitale, Orkodiéré, mais celui-ci installé à l’extérieur, est vite rejoint par une masse de fidèles : «Le cheikh dut camper un certain temps en dehors du village, en s’abritant à l’ombre de son boubou et il se mit à prêcher ceux qui venaient à lui, jusqu’à ce que ses exhortations eussent emprisonner dans leurs filets la plupart des oiseaux de haut vol et des aigles du royaume Satigui» écrit Ciré Abbasse SOH. A la suite de la mort accidentelle et mystérieuse, par explosion de son fusil, de Silèye N’DIAYE, «le jeune», fut remplacé par Soulèye Boubou Guayssiri, mais l’influence de Thierno Sileymane BAL, par ses prêches, ne cessait de recevoir des échos favorables chez les Foutankais. Il entreprit de combattre les Maures de Oulad Abdallah. Cette guerre durera sept ans. Entre-temps, Mamoudou Ali Racine est tué par les Maures, Oulad-Annasser, au cours de l’une de ces expéditions de Thierno Sileymane BAL.

La vengeance des Foutankais contre les Maures a été d’une grande férocité : «des hommes furent tués et de petits enfants eurent la tête broyée contre les racines des arbres» écrit Ciré Abbasse SOH. En réaction contre ces atrocités, Sileymane BAL, abandonna temporairement la direction des opérations militaires et s’écria : «Nous avons dépassé les limites fixées par Dieu !». Parti venger la mort injuste de Mohamadou Aly Racine, l’Almamy Souleymane BAL fut lui aussi assassiné, lâchement, lors de la deuxième expédition en Mauritanie, le 15 septembre 1776. En effet, les Maures ont surpris Thierno Sileymane BAL se reposant sous un arbre, l’ont égorgé, puis se sont enfuis de l’autre côté du fleuve ; les combattants foutankais, chargés d’assurer la garde, auraient été distraits, un certain temps, par des femmes maures. Les Foutankais viennent, chaque année, au mois le 15 septembre, se recueillir sur sa tombe. Cheikh Moussa CAMARA donne une autre version de la mort de Thierno Sileymane BAL. Au cours de ses combats, le Sage aurait aperçu une femme nue. Il se retourna et, en pleurant, il a dit : «Oh Allah, prenez-moi !». Le jour même, il reçut une flèche et mourut à Fori, et sa tombe se trouve Toumbéré-Djingué, région de Gorgol, en Mauritanie.

En définitive, les qualités personnelles exceptionnelles de Thierno Sileymane BAL lui ont permis de s’ériger en dirigeant charismatique, de libérer les Foutankais de la tutelle des Maures et de la dynastie féroce des Satiguis. Thierno Sileymane BAL, dans sa stratégie de prise de pouvoir, commença d’abord par consulter les grandes familles du Fouta-Toro. Il réussit, notamment à convaincre Tafsirou Boggué, Amadou LY de Diaaba, Thierno Mollé, Mamadou Aly LY de Thilogne, El Féki MATT de Gaol. Il aura su fédérer l’ensemble des notables et intellectuels arabisants du Fouta-Toro, dont Abdoul Khadiri KANE qui sera désigné le premier Almamy. En grand stratège, intègre, pieux et humble, Thierno Sileymane BAL, dans la construction de son parti maraboutique, gagna la cause des Peuls et des Sebbé Colyyaabé. C’est cette lame de fond, constituant le Parti des Torodos, qui renversera la dynastie des Satiguis, largement discréditée par son pouvoir abusif. Il mit fin à ce racket des Maures, et réactiva l’islamisation du Fouta-Toro. Thierno Souleymane BAL portait initialement le patronyme BA, comme l’a dit Cheikh Moussa CAMAR,A il changea son nom de famille pour prendre celui de BAL, car les membres de la dynastie des Déniankobé portait le même nom ; il voulait ainsi se démarquer d'eux, en raison de leur cruauté et du caractère arbitraire de leur pouvoir.

Si Thierno Sileymane BAL est devenu l’un des grands mythes fondateur de la Nation sénégalaise, qu’il est urgent de redécouvrir, de valoriser et de réhabiliter sous ce tapis de poussière dans lequel des forces obscures l’ont enfermé. C’est qu’il a, d’une part, renoncé aux honneurs et au pouvoir politique : «Je veux rester seulement un combattant pour le Fouta» avait-il dit. D’autre part, il est mort très tôt, les armes à la main, à 56 ans. Cependant, dans sa brève existence, Thierno Sileymane BAL n’a jamais abdiqué contre la tyrannie et l’injustice ; il a toujours tenu son rang d’homme. Il est injuste de constater que toutes les sépultures des grands Hommes du Fouta-Toro sont tombées dans un délabrement avancé ; c’est une négligence coupable : «Le temps détruit tout, et ses ravages sont rapides : mais il n’a aucun pouvoir sur ceux que la sagesse a rendu sacrés : rien ne peut leur nuire ; aucune durée n’en effacera, ni n’en affaiblira le souvenir ; et le siècle qui la suivra, et les siècles qui s’accumuleront les uns sur les autres, en feront qu’ajouter encore à la vénération qu’on aura pour eux» écrit Sénèque dans son «Traité de la brièveté de la vie», chapitre XV-4.

 

Par conséquent, l’Almamy Abdelkader KANE, après un long règne, avait beaucoup d’ennemis et d’envieux. Aly Dondou, aigri et mécontent se mit, alors, méthodiquement, à les fédérer et à comploter contre Abdelkader. Une importante réunion, sous l’égide d’Aly Dondou, se tint à Galoya, en présence notamment de Samba Ciré Silèye ANNE, de l’Almamy Bocar Koudédié TALLA, de Thierno Mollé Amadou Moctar LY, d’Elimane Rindiawe Saïdou Boubou ATHE. Ils se mirent d’accord pour chasser l’Almamy Abdelkader KANE, qui alla se réfugier au Boundou. Les Foutankais, sous prétexte de réconciliation, convainquirent Abdelkader de revenir au pays. Au premier affrontement, près d’une rivière, «Yari Nawna», entre Ouro-Sogui et Ogo, l’Almamy en sortit victorieux. Les comploteurs envoyèrent de l’or à Hamadi Aïssata SY, almamy du Boundou, et aux Bambaras Massala, dont Abdelkader avait tué un de leur chef animiste, pour leur demander du renfort. Cheikh Moussa CAMARA expose deux versions de la mort d’Abdelkader. Dans un premier récit, il y aurait eu une bataille, non décisive, à Lougguéré Polly Boddédji, en Mauritanie. Abdelkader traversa le fleuve, qui était en décrue, à la nage, à l’endroit du gué. Ils le poursuivirent et le tuèrent. Une autre version dit que l’Almamy aurait refusé de s’enfuir ; il s’est assis, et a ouvert le Coran pour le lire, jusqu’à ce que les gens du Boundou l’aient assassiné, à Gouriki.

En tout cas, la mort tragique d’Abdelkader KANE a provoqué d’importantes désordres au Fouta-Toro, notamment des litiges concernant les terres des descendants des Satiguis qui ont été confisquées. Les Bambaras, les Peuls animistes et les Maures semèrent des troubles dans le royaume, un relâchement des mœurs a été observé. Une autre des conséquences de ce long règne d’Abdelkader de 31 ans, apparemment contraire aux recommandations de Thierno Sileymane BAL, des clans passionnés et antagoniques de se formèrent, ce qui entraina des fissures dans l’unité de l’Etat foutankais.

Par ailleurs, le parricide à l’encontre d’Abdelkader KANE par des gens du Boundou, manipulés par les colons, est vécu par les Foutankais comme une tragédie. En effet, il en résulta une instabilité gouvernementale, de 1810 à 1820 plus de dix Almamy se succèdent, dont certains ne règnent que quelques mois. Le Fouta, un Etat centralisé et déconcentré, se délite, au fil du temps. En effet, l’Almamy Elimane Boubacar KANE (1721-1851), du Dimat, en profite pour s’affranchir de l’autorité de l’Etat central du Fouta, en créant un Etat théocratique du «Touldé Dimat» : «Les maîtres locaux, grands marabouts et grands propriétaires fonciers, étant de véritables souverains de fait» écrit le capitaine STEFF, dans son «histoire du Fouta». Le colonisateur français s’est rapproché du Dimat, du Oualo et du Boundou, et a commencé à appliquer, méthodiquement, sa stratégie «du diviser, pour mieux régner». L’arrivée en scène d’El Hadji Omar TALL, chef d’une nouvelle confrérie Tidjane, à partir de 1849, accentue encore la crise de l’Almamiyat, mais qui résistera, tant bien que mal, jusqu’en 1890.

 

 

 

 

I – Thierno Sileymane BAL, fondateur d’un Etat théocratique

A – Une théocratie, avec une nouvelle organisation administrative

Lors d’une assemblée générale historique, à Oréfondé, en présence de notables et d’intellectuels du Fouta-Toro, Thierno Sileymane BAL a fondé une État théocratique doté d’une nouvelle organisation administrative. Cette entité théocratique, fortement centralisée, est dirigée par un chef d’Etat, versé dans toutes les sciences religieuses et profanes, portant le titre d’Almamy, commandeur des croyants et ayant un pouvoir temporel. Le nouvel Etat théocratique s’étendait de Dagana à l’ouest, jusqu’à Dembankani, à l’Est. Toutes les provinces du Fouta-Toro sont incluses dans cet Etat : le Dimat, le Toro, le Halaybé, le Lao, le Yirlaabé Yebbiayabé, le Bosséya, le N’Guénaar et le Damga. En effet, après avoir chassé les Maures des territoires du Fouta, sécurisé la région, Thierno Souley­mane BAL formula des recommandations sur les principes de gestion de ces unités territoriales :

 – Le Fouta est un et indivisible, le fleuve n’est pas une frontière, car c’est la même population peule qui habite sur les deux rives. Le Fouta va de Dagana à Njorol, de Hayré Ngal au Ferloo ;

– L’égalité de tous devant la justice ;

– Les chefs de village et de province, assistés des Cadis (juges musulmans), connaîtront les affaires locales, conformément aux prescriptions islamiques ;

– Les conflits entre les collectivités voisines sont soumis à l’arbitrage de l’Almamy qui prononce le jugement ou indique la marche à suivre pour régler le différend ;

– Tout individu a droit d’appel auprès de l’Almamy, s’il se sent lésé par un chef ou par un jugement ;

– L’impôt, le produit des amendes et tous les revenus doivent être utilisés à des actions d’intérêt général ;

– L’Almamy, chef de guerre, et en charge de la sécurité de tous, peut requérir les services de tous les hommes valides à cette fin ;

– Orphelins, enfants et vieillards doivent être protégés ;

– Le titre royal de Satigui est aboli, le nouveau chef d’Etat du Fouta portera, désormais, le titre d’Almamy ;

- L’Almamy doit être désigné par le collège des grands électeurs venant des 6 provinces du Fouta. Cette décision doit être entérinée par le «Battou», une assemblée générale des Foutankais.

C’est une véritable Révolution que pose Thierno Sileymane BAL, avec la destitution de la dynastie des Déniankobé, l’alternance installant le régime des Almamy, le refus de la patrimonialisation du pouvoir à travers l’élection des Almamy, la solidarité, les principes de bonne gouvernance, de compétence, de décentralisation d’une justice de proximité équitable, avec un système de double degré de juridictions. C’est un Etat déconcentré, avec ses provinces et ses communes. En effet, Thierno Sileymane BAL innove aussi par une décentralisation, avant l’heure, chaque village, s’auto-administrant. Au Fouta, c’est cette institution villageoise ayant encore survécu de nos jours, qui a le plus résisté à l’épreuve du temps. L’Etat du Fouta-Toro, bien défini dans ses frontières, se positionne dans ses relations internationales à l’égard des autres entités, notamment les comptoirs français à Saint-Louis, en interdisant tout commerce illicite, comme la vente  d’esclaves ou de spiritueux.

Une des grandes mesures prises par les Almamy a été le «Féccéré Fouta» ou la redistribution des terres. Si les Foutankais avaient connu parfois la famine, ce n’était pas, à l’époque, par manque de pluies. En fait, les bonnes terres étaient accaparées par les familles des Satiguis et leurs alliés. Désormais, les grandes propriétés ont été réduites, les biens mal acquis redistribués, et les forêts vierges défrichées, en vue de les mettre en valeur. Abdelkader a également exproprié les personnes qui avaient pris les armes contre la Révolution de 1776, ou ont collaboré avec le colonisateur français. Ces dernières mesures n’ont touché qu’un nombre limité de familles, de Bokidiawé et quelques autres personnes de Horndoldé et Litama.

B – Une théocratie, fondée sur l’élection

Contrairement à une idée reçue, l’élection ne date pas de la Révolution de 1848. D’ailleurs et curieusement, le décret du 27 avril 1848 d’abolition de l’esclavage ne prévoyait pas, expressément, le droit de vote pour les natifs des quatre communes, c’est «un privilège singulier et irrationnel, qui a son origine dans un simple accident historique» écrit Arthur GIRAULT.

En réalité, c’est Thierno Sileymane BAL, en réaction à la succession dynastique des Satiguis, qui a introduit, pour la première fois, un système électoral indirect. En effet, désormais, l’Almamy est élu par des notables de 6 provinces du Fouta, mais cette élection doit être confirmée par le «Battou», l’assemblée générale. «La révolution politique arrivée en 1775, dans le pays de Fouta, et qui a fait passer le pouvoir royal aux mains des prêtres ; ils élisent entre eux l’Almamy, prince temporel et spirituel, et forment un conseil qui le révoque, à volonté» écrit JOMARD. A la fin de la guerre contre les Maures et les Satiguis, Thierno Sileymane BAL avait refusé d’être désigné comme Almamy. L’assemblée des notables du Fouta-Toro recommanda alors Abdelkader KANE, en raison de ses qualités morales et intellectuelles : il «était versé dans les sciences diverses, était un administrateur intègre, et possédait une équité universelle, ainsi que toutes les autres perfections» écrit Ciré Abbasse SOH, dans ses «chroniques du Fouta». Abdelkader déclina, dans un premier temps, cette charge, puis l’acceptera, par la suite, après la mort de Thierno Sileymane BAL.

En effet, les notables du Fouta recherchaient un candidat de «moralité parfaite et qui jouissait de tous les dons d’un caractère paisible et animé d’un esprit de plus haute justice» écrit Abdoulaye KANE. Les Foutankais mirent le ruban d’Almamy sur la tête d’Abdelkader : «Les rossignols chantèrent sa continence, sa supériorité sur des rameaux Noirs ou Rouges» écrit Ciré Abbasse SOH. Alors Abdelkader quitta son village, Appé, pour venir s’installer à Kobillo, dans le Bosséya. Le nouvel Almamy intronisé porte un turban blanc, emblème de la souveraineté et un bâton noir orné d’une petite pomme d’argent, d’un tabala pour annoncer les grandes nouvelles et un cheval richement orné. Il doit jurer sur le Coran de conserver la religion intacte de ses ancêtres et de mener la guerre sainte contre les infidèles. L’Almamy peut donc être destitué, à tout moment s’il enfreignait, dans cet Etat théocratique, les principes et valeurs morales, notamment de probité. Il en résulte donc une forme de légitimité du pouvoir que n’aurait pas renié le français Emmanuel-Joseph de SIEYES (1748-1836), théoricien de la souveraineté nationale. C’est donc Abdelkader KANE, le véritable premier Almamy du Fouta, qui vainquit, définitivement, les Maures, après plusieurs années de lutte. En 1787, Aliou Kowri, un Maure, qui résistait encore est tué : «Après, il interdit aux Maures des eaux du fleuve» dit Ciré Abbasse SOH. Ce sont les Maures qui devaient, désormais, payer un tribut aux Almamy du Fouta-Toro, avec des chevaux pur-sang arabe. Abdelkader soumit aussi toutes les anciennes familles régnantes des Satiguis à l’Islam. Il a fait construire 33 mosquées dans le Fouta-Toro.

Finalement, bien avant 1848, au Fouta-Toro, de 1776 à 1890, les Almamy étaient également élus au suffrage universel indirect. «Le Fouta est une République avec un chef électif. La seule loi est le Coran. Le chef élu, est toujours un marabout savant. On ne nomme jamais un chef déjà puissant par lui-même. Son pouvoir est très éphémère et presque illusoire. Il est élu et renversé par des assemblées populaires de Torodo, qui sont les chefs héréditaires des principales tribus» écrit Louis-Léon FAIDHERBE. Ce sont les Foutankais qui élisent «le futur Almamy et l’investissent du pouvoir qui n’est plus le privilège d’une maison particulière» écrit Cheikh Moussa CAMARA.  Ce système électif au Fouta-Toro est attesté par différents autres témoignages : «Au Fouta, le gouvernement est théocratique et électif. Mais l’élection est soumise à certaines règles qui en restreignent l’exercice. La Nation, dans l’ordre politique, est formée par différentes familles ou tribus. Chaque tribu acclame un candidat. Il appartient au Conseil suprême de choisir sur cette liste. Ce Conseil, dont l’autorité s’exerce d’une façon permanente pendant la vie de l’Almamy, qui a le droit de réprimander, de déposer, même de condamnation à mort du souverain, est tout puissant pendant l’interrègne» écrit, en 1883, Jacques de CROZALS (1848-1915). «Le Fouta est une sorte de République dont l’Almami (le chef) est élu, et dont presque tous les habitants sont libres» dit Jean-Bernard JAUREGUIBERRY, gouverneur du Sénégal (1861-1863).

Le Fouta est dirigé par une oligarchie théocratique, chacun a une portion du territoire, mais exerce le pouvoir sous l’autorité de l’Almamy. Le Conseil composé de Cinq personnes «est aussi puissant que le Conseil des Dix l’était dans l’ancienne République de Venise», écrit Anne RAFFENEL (1809-1858).  L’Almamy est donc révocable, ad nutum. On a recensé 85 désignations d’un Almamy, entre (1776-1890) ou «La Révolution des Torodo» avec de courtes périodes de vacance du pouvoir. La durée moyenne de règne de chaque Almamy est entre 3 mois et un an et demi. Chacun a le droit de postuler au titre d’Almamy ; ce qui en renforce l’aspect démocratique. On est loin de certains régimes africains actuels, de président à vie, fondés sur la cupidité, l’arbitraire et l’autoritarisme.

En conséquence, les grandes familles du Fouta-Toro ont accédé à l’Almamat (KANE, BAL, BA, ANNE, TOURE, DIA, SY, THIAM, TALLA, BARRO, LY, WANE, N’DIACK). Mais les deux familles qui ont dominé cet Etat théocratique sont : les LY ont été 30 fois au pouvoir et les WANE 23 fois, tandis que les BAL, à l’origine de cet Etat, n’ont été désignés que 4 fois Almamy. Les différents Almamy sont issus de différents villages, notamment de Bodé, Ogo, N’Guidjilone, Haïré Lao, M’Boumba, Diaba, Sinthiou Bamambé, etc. Certains Almamy ont été 2 ou 3 fois au pouvoir. Il est vrai qu’un certain Youssoufa a été 13 fois Almamy, mais à chaque fois, c’est à la suite d’une élection. Lorsqu’El Hadji Omar TALL tenta d’inférer dans ce jeu de désignation de l’Almamy, ce fut une grave crise.

Siré Abbas SOH cite la liste, sans qu’elle soit exhaustive, sans établir une chronologie précise des Almamy  : Youssoufa Siré Demba LY de Diaba, Aboubacry Lamine BAL de Bodé, retour de Youssoufa, puis Siré Amadou Siré Aly d’Ogo, Youssoufa Siré, Aly Thierno Ibrahima de M’Boumba, Youssoufa Siré encore lui, il engagea une guerre contre Bocar Lamine BAL, Siré Lamine Hassane de Haïré, retour de Youssoufa, Bocar Modibo Souleymane de Dondou, retour de Youssoufa, Ibra Diattar Attoumane de Gawol, Mohamadou Tapsirou Siré ANNE de N’Guidjilone, Youssoufa, Birane Thierno Ibra de M’Boumba, Mamadou Siré Malick BA d’Agniam Thiodaye, Mahmoudou Siré Malick d’Agniam Wouro Siré, Amadou Bouba LY d’Ogo, Siré Amadou Siré de Diama Halwaly, Youssoufa Siré LY (13ème fois Almamy), Almany Birane de Horé Fondé. Le Fouta-Toro resta un certain temps sans Almamy, en raison d’une grande famine. Ensuite ce furent, à partir de 1836, Baba LY Tapsirou Bogguel de Diaba, Mohamadou Birane WANE de M’Boumba, Mohamadou Mamoudou Siré d’Agniam Wouro Siré, Mohamadou Birane, Siré Aly Thierno Ibra WANE de M’Boumba, Amadou Hamat Samba SY de Pété, Racine Mahmoudou Hamady Ibra, de Médina N’Diatibé, Mohamadou Birane et ce fut l’avénèment d’El Hadji Oumar qui l’envoya avec Thierno Mollé Ibra pour une mission dans le Fouta. Ce furent ensuite Sibaway Siré Ahmadou d’Ogo, Amadou Hamat Samba, Racine Mahmoudou Hamady, Mahamadou Birane (vers 1859, fort de Matam). Ce dernier accompagna El Hadji Oumar à N’DIOUM qui recommandait aux Foutankais la nomination d’Amadou Thierno Demba, comme nouvel Almamy, contre Moustapha, pendant un certain au Fouta-Toro. Ensuite, les Foutankais élièrent : Mahmoudou Elimane Malick de Bababé, Ahmady Thierno Demba de Diaba, Hamat N’DIAYE dit Alhassane de Haïré, (construction du fort de Haïré), Racine Mahamadou de Sinthiou Bamambé, Sada Ibra Amadou de M’Bolo Birane, Mohamadou Mamadou Aliou Tacko de Haïré (incursion d’une armée des Foutankais, avec Demba War, chez Lat-Dior pour délivrer Ibra, le fils de l’Almamy Mohamadou), Malick Mohamadou de Diaba Deklé, Racine Mamadou pour la seconde fois. Le dernier Almamy a été Boubou Abba LY de 1884 à 1890.

Si pendant longtemps, les Foutankais avaient résisté au colonisateur français confronté à la Révolution de 1789, puis aux guerres napoléoniennes, les différents gouverneurs successifs au Sénégal ont essuyé des défaites face aux Foutankais. Ainsi François BLANCHOT de VERLY (1735-1807) fait la guerre au Fouta-Toro, pour venger, selon lui, une injure faite à la France, par Abdelkader qui «persiste à exiger ce qui ne lui est pas dû, nous défend d’aller traiter dans son pays, ne veut plus nous laisser passer pour aller en Galam, croit que nous le craignons et fait l’insolent. Le gouvernement est las des vexations que l’Almamy se permet». Le gouverneur BLANCHOT essuiera une sévère défaite lors de cette expédition du 14 août 1805, qui se soldat par 18 blessés et 14 morts, dont le capitaine RIBET. Le gouverneur BLANCHOT qui avait mobilisé 600 soldats et deux canons, incendie une dizaine de villages dont Fanaye. François BLANCHOT est contraint de signer un traité de paix avec le Fouta d’Abdelkader KANE, en date du 4 juin 1806. La gouvernance de Julien-Désiré SCHMALTZ (1771-1827) sera également impuissante à l’égard des Almamy du Fouta. En effet, SCHMALTZ est largement discrédité, même au sein des colons français, notamment lors du radeau du naufrage du radeau de la Méduse, le 2 juillet 1816 ; il a pris l’embarcation de secours, abandonnant ses compatriotes, y compris des femmes.

En revanche, la fin de règne, en 1807, du premier Almamy, Abdelkader KANE, a prolongé de système de l’Almamiyat dans une crise, sans précédent.  Après sa capture au Cayor qui l’a discrédité, et suivant Ciré Abasse SOH, l’Almamy Abdelkader KANE a envoyé Mody M’BAYE, un «Maabo» pour incendier le village d’Ogo. En effet, les gens du village d’Ogo contestèrent, un certain temps, sa légitimité, Abdelkader avait plus de 80 ans. En dépit de son long règne et de son échec au Cayor, dans des intrigues Abdelkader KANE a voulu s’accrocher au pouvoir, en plaçant ses hommes dans certaines province. Le «Battou» rendit une décision de destitution de l’Almamy Abdelkader, le déclarant «incapable d’exercer le pouvoir», une initiative appuyée par Elimane Rindiawe, mais une partie des notables du Fouta, des Bambaras et des gens du Boundou étaient en désaccord avec cette initiative. L’Almamy Abdelkader, tué le jeudi 4 avril 1807, au village de Gouriki, sera finalement remplacé, à titre intérimaire, par Moctar Koudédié TALLA de Dionto, puis par Hamady Lamine BAL de Pire jusqu’en 1810. Cependant, les circonstance de la mort d’Abdelkader KANE ont fait l’objet de différentes versions.

Suivant Ciré Abasse SOH, après son retour du Cayor, et après 31 ans de règne, à l’âge de 81 ans, une armée du Fouta-Toro est venue demander à Abdelkader d’abdiquer, il a refusé, et a fini par être tué, à Gouriki Samba Diom, le jeudi 4 avril 1807. Abdelkader a fait ses ablutions : «il fut tué à la suite d’un violent combat. Il ne fut mis en terre qu’au bout de 13 jours, et fut alors enseveli le mercredi 17 avril 1807. Ensuite, au bout d’un mois et 7 jours, il fut exhumé, du caractère provisoire de cet ensevelissement, et enterré de là avec les grands honneurs» écrit Ciré Abbasse SOH.

Abdoulaye KANE, interprète du colonisateur, notable des Yirlaabé, à Saldé, donne une autre version de la fin tragique d’Abdelkader KANE. Pour lui, cet Almamy était un chef juste et intègre, mais il appliquait, trop strictement, la Charia, la justice musulmane. Il était très sévère contre les délits de vol, de crime de l’adultère et de grossesse hors du mariage qui étaient punis de la coupe de la main, par la lapidation ou la confiscation des biens. Les délits moins graves sont punis par des coups de corde ou la prison, par une mise aux fers. Il appliquait surtout la même rigueur, également, aux familles des notables : «Cette intégrité lui coûta la fin tragique de la vie. (…). Les foutankais guidés par Aly Dondou complotèrent-ils pour se débarrasser de lui, et pour se débarrasser lui soumirent le projet d’attaquer les Bambaras du Soudan, pour pouvoir le trahir» écrit Abdoulaye KANE.

Pour le colonisateur, c’est Hamady Aïssata SY, petit-fils de Boubou Malick SY, almamy du Boundou, qui aurait assassiné l’Almamy Abdelkader KANE, par vengeance, pour avoir mis à mort son frère Séga GAYE.

Cheikh Moussa CAMARA revient plus longuement et de façon détaillée, sur certains faits négligés de la vie d’Abdelkader KANE. Dans son expédition au Cayor, il aurait été trahi par un Peul, de la tribu des Wodabé, mais qui agissait, en fait, pour Amary N’Goné N’Della FALL, Damel du Cayor 1790 à 1809. A la bataille de Boungowi, de 1790, Abdelkader est fait prisonnier.

Les colons intéressés aux razzias esclavagistes du Cayor, auparavant, avaient fourni des armes au Damel, pour lutter contre l’Almamy du Fouta-Toro, adversaire résolu de l’esclavage et de la domination française. La cause de cette attaque du Cayor serait que, le Barack du Oualo, en conflit avec l’Almamy du Fouta-Toro, réfugié au Cayor, cherchait à contre-attaquer, et représentait ainsi une menace pour les Fountankais. L’Almamy, pendant sa détention de plus d’un an, a été remplacé par Hamat Lamine BAL, du clan de Thierno Sileymane BAL, ses biens confisqués et sa maison pillée. A son retour au Fouta-Toro, l’Almamy Hamat Lamine BAL remit sa démission et présenta ses excuses à Abdelkader.

En particulier, Cheikh Moussa KAMARA explique la chute et l’assassinat d’Abdelkader KANE, en raison de sa grande intransigeance dans l’application trop stricte de la loi coranique, y compris quand les coupables sont de la haute noblesse. C’est ainsi que l’Almamy a fait couper la main de personnes de bonne famille, coupables d’un vol, et cela en dépit de l’intervention d’Aly Dondou, son fidèle allié et bras droit, un brave guerrier, qui l’avait accompagné au Cayor. Il a aussi infligé une peine d’un mois de prison à Aly Dondou, qui avait dépassé une autorisation d’absence pour se rendre à un autre village, et pendant ce séjour, Aly Dondou aurait «mangé du bœuf et du mouton et assisté à des jeux et des fantasias» écrit Cheikh Moussa CAMARA.

 

II – Thierno Sileymane BAL, un Etat fondé sur l’égalité et la bonne gouvernance

A – Une mesure hautement symbolique : L’abolition de l’esclavage

La Révolution des Torodos avec Thierno Souleymane BAL, non seulement a mis fin aux razzias, mais aussi, et surtout, a interdit l’esclavage au Fouta-Toro, soit 18 ans avant la première abolition en France de 1794, et 72 ans avant le décret du 27 avril 1848. Dominique HARCOURT LAMIRAL (1751-1800), arrivé au Sénégal le 15 avril 1789, pour se livrer au trafic d’esclaves, fait état de diverses taxes que doivent payer les Européens, pour traverser le Fouta-Toro, mais aussi de la libération des esclaves qui ont mit pied au Fouta-Toro : «L’Almamy, le chef de Peul, est le plus puissant d’entre eux ; ils nous ont enlevé, cette année (1789), plus d’une cinquantaine d’esclaves» écrit-il. En effet, la Révolution des Almamy est une réaction contre le pouvoir monarchique et inégalitaire Satigui, alliés aux Maures et pratiquant l’esclavage et le pillage. «Ce pays (Le Fouta-Toro) était autrefois si peuplé que sans effort, il aurait été facile de tenir les Maures, dans une entière dépendance et de les assujettir à lui payer un tribut ; mais cette nation molle, sans vigueur et sans courage, s’est toujours laissée battre par des forces inférieures. Toujours pillés, toujours amenés en captivité, le nombre de ces peuples a considérablement diminué, il est réduit dans une espèce de dépendance, sous les Maures», écrit Antoine Edme PRUNEAU de POMMEGORGE (1720-1812), dans sa «Description de la Négritie».

Pour Carl Bernhard WADSTROM (1746-1799), humaniste suédois mort à Paris, explorateur en Afrique et partisan de l’abolition de l’esclavage, Thierno Sileymane BAL est «homme dont l’esprit a été plus cultivé que celui des autres princes noirs, qui s’est rendu tout à fait indépendant des Blancs». En contraste avec ce régime éclairé de la dynastie des Almamy, WADSTROM est très sévère à l’égard des rois abusant de leur pouvoir, et qui ne font que «partager leur temps entre les femmes et la table». Ces rois honnis se livrent à un commerce infâme (l’esclavage) avec un bénéfice et un usage médiocres (achat d’alcool). On sait que Thierno Sileymane BAL, partisan d’un Etat modeste, a interdit justement l’esclavage.

Les contemporains de Thierno Sileymane BAL ont loué ses qualités morales, intellectuelles et d’organisation. Ainsi, Jérôme PETION de VILLENEUVE (1756-1794), un girondin, un des acteurs de la révolution française et élu maire de Paris, en succession de BAILLY en novembre 1791, souligne que «ce roi (Thierno Sileymane BAL), ayant été élevé dans la classe des prêtres, a apporté sur le trône plus de lumière que ses prédécesseurs». Un explorateur français, Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872), ayant séjourné 22 ans au Sénégal à partir de 1817, et qui a visité le Fouta-Toro des Almamy, a confirmé, sur le terrain, ce témoignage. Les Peuls «possèdent une grande qualité : ils ont un esprit national. Ils ne se vendent entre eux ; c’est ce dont quelques peuples civilisés de l’Europe peuvent se vanter. Quand ils apprennent qu’un de leurs compatriotes, a été vendu, ils vont l’enlever des mains de ceux qui l’ont acheté» écrit G-Th MOLLIEN. Le gouverneur du Sénégal, FAIDHERBE, reconnaîtra, plus tard, également certaines qualités aux Foutankais : «Ils ne manquent pas de qualités : l’attachement à leur religion, leur patriotisme, leur haine de l’esclavage ; aucun citoyen du Fouta n’est jamais réduit en esclavage ; ils ne font d’esclaves que sur les infidèles.» écrit Louis Léon FAIDHERBE, dans sa «notice sur le Sénégal» dit-il.

Victor SCHOELCHER (1804-1893), dont le nom est associé, pour les écoliers sénégalais, à l’abolition de l’esclavage, a visité, à quelques mois de la Révolution de 1848, le Sénégal, mais sous haute surveillance. En effet, Victor SCHOELCHER est resté dans les villes côtières du Sénégal et la Gambie, faisant l’objet d’une surveillance policière étroite et n’avait donc pas pu se rendre au Fouta-Toro, dont il ignorait la situation au regard de l’abolitionnisme. En effet, le Fouta-Toro était une zone jugée dangereuse, parce qu’en révolte contre la colonisation et le trafic des esclaves. Cependant, Victor SCHOELCHER, un homme cultivé, disposant d’une importante bibliothèque, est sans doute au fait de l’exposé du 8 mars 1790, au parlement, de Jérôme PETION de VILLENEUVE, sur la prohibition de l’esclavage au Fouta-Toro : «Il est un roi d’une tribu nombreuse appelée les Pouls (Peuls) ; qui habite un assez vaste pays ; ce roi ayant élevé dans la classe des prêtres (Le Fouta-Toro est une dynastie, à cette époque, théocratique) a porté sur le trône plus de lumières que ses prédécesseurs (La dynastie précédente, celle des Déniankobé, alliée aux Maures, était des animistes, des pillards et des esclavagistes). Le sage Aluzammi (Almamy), s’est déterminé, en 1785, non seulement à refuser les présents de la Compagnie du Sénégal, non seulement à proscrire  de ses sujets, mais même il a déclaré qu’il ne permettrait à aucun marchand d’esclaves de passer sur ses terres avec ses esclaves. (…) On lui a suscité des ennemis qui ont pillé ses frontières ; on a  excité contre lui des Maures qui l’ont attaqué, qu’il a vaincus, et il est resté inflexible» écrit PETION de VILLENEUVE.

Victor SCHOELCHER connaissait Jacques-François, baron ROGER (1787-1849), premier gouverneur civil du Sénégal entre 1825 et 1827, membre de la Société des Amis des Noirs. Dans un roman, «Kelédor, histoire africaine», le baron ROGER a, dans une large mesure, popularisé le combat des Almamy du Fouta-Toro contre l’esclavage. C’est une création littéraire, mais le roman s’inspire de faits historiques qui «ont échappé aux précédents voyageurs. Malgré les bonnes descriptions du Sénégal, on n’a pas encore en Europe, des idées très justes sur certains détails de mœurs et d’institutions qui sont d’une assez haute importance» écrit, dans le bulletin de la société de géographie, en 1828, JOMARD dans son analyse du roman. «Les Sénégambiens ont reçu des Arabes, avec la loi musulmane, certains arts, certaines institutions qui ne sont pas indignes d’examen. Il faudra bien des années pour que l’Européen superbe s’accoutume à croire à l’aptitude intellectuelle de l’Africain» précise JOMARD.

Par conséquent, cet ouvrage se déploie sur «deux registres de la fiction romanesque et du traité scientifique visant, pour l’essentiel, à contribuer à une prise de conscience en France d’une société et d’une culture lointaine» écrit dans la préface Kusum AGGARWAL. Le roman prend pour décor, au début, «La révolution politique arrivée en 1775, dans le pays de Fouta, et qui a fait passer le pouvoir royal aux mains des prêtres ; ils élisent entre eux l’Almamy, prince temporel et spirituel, et forment un conseil qui le révoque, à volonté» écrit JOMARD. Le baron ROGER décrit le caractère prononcé, la fermeté et l’esprit d’indépendance des Peuls, ainsi que leur grande hostilité à l’esclavage «Ils sont passionnés pour la liberté. (…) Après leur Révolution en 1775, l’esclavage fut proscrit, on n’y admit aucun nouvel esclave, chose bien remarquable tout ancien esclave devient libre, dès qu’il sut lire. Les Foulhs (Peuls) vont jusqu’à croire que nous avons suivi leur exemple en proscrivant la traite» écrit JOMARD. En effet, l’Almamy du Fouta-Toro, Abdoul Kader KANE, entreprend une expédition contre le Damel du Cayor, un roi animiste et esclavagiste.

L’Almamy est fait prisonnier et les jeunes guerriers qui l’accompagnaient, dont Kelédor, âgé de 14 ans, est vendu comme esclave. A Saint-Domingue, il est revendu à un planteur espagnol, et se marie avec une jeune esclave qui lui donne un enfant. Il corrige le fils de son maître qui avait pris possession de sa femme, Mariette, et s’enfuit du domaine, devenant ainsi un nègre marron et rejoint Toussaint-Louverture. Il se bat en homme libre «La liberté est un trésor qui tient lieu de tous les autres ; des dangers sans nombre t’environneront ; la liberté donne le courage de les affronter» écrit-il.  Retrouvant des anciens esclaves Peuls, il décide de rentrer au Fouta-Toro. Mais il retrouve le village de ses ancêtres entièrement détruit. Il rejoint les bords du fleuve afin d’entreprendre des travaux agricoles, en homme libre. Le baron ROGER est un franc-maçon avec une fibre humaniste et antiesclavagiste. Il tente, en 1822, de faire du Sénégal une colonie agricole, avec la participation des esclaves affranchis, en vue d’exporter des produits exotiques en métropole. Pour cette ambition agricole, il engage un jardinier, Jean-Michel Claude RICHARD, et le lieu conservera sa dénomination : «Richard-Toll» ou le «champ de Richard». Il pense que l’esclavage ainsi que le colonialisme seront appelés à disparaître «Il est de la justice, et même de la politique du gouvernement, de soutenir le faible contre le fort, sans nuire, cependant, à celui-ci» écrit-il.

B – Un testament majeur : la bonne gouvernance dans l’humanisme

L’Almany, chef politique et religieux, étant désormais élu, n’est plus un simple héritage familial. Le titre d’Almamy devait revenir au musulman le plus noble, le plus intègre, le savant, et donc le plus méritant. On ne connaissait pas encore le système de déclaration de patrimoine, mais l’Almamy qui s’enrichissait de trop, est évincé du pouvoir et ses biens confisqués. En définitive, cet Etat, fondé des principes de démocratie, est mais aussi inspiré de valeurs morales et éthiques, comme la probité, la prohibition du conflit d’intérêts, le critère de compétence, le sens du service public, de l’intérêt général et l’égalité de tous devant les charges publiques. En effet, c’est Thierno Sileymane BAL, lui-même qui a fixé ces règles de fonctionnement de l’Etat, fondées sur une action presque désintéressée. Sentant sa fin prochaine, Thierno Sileymane BAL laisse aux populations du Fouta-Toro les huit recommandations suivantes, (retranscrites par Cheikh Moussa CAMARA), encore d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle :

- détronnez tout Imam dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête ;

- veillez bien à ce que l’imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;

- l’imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;

- choisissez toujours un homme savant et travailleur ;

- il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province ;

- fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude ;

- l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général.

Cette Révolution des Torodo avait un précédent, sans doute connu des Lettrés du Fouta-Toro, c’est la Charte du Mandé 1222, dont le préambule est ainsi conçu :

  • Une vie est une vie, une vie n'est pas plus ancienne ni plus respectable qu'une autre vie, de même qu'une autre vie n'est pas supérieure à une autre vie  ;

  • Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable ;

  • Le tort demande réparation  ;

  • Pratique l'entraide ;

  • Veille sur la patrie ;

  • La faim n'est pas une bonne chose, l'esclavage n'est pas non plus une bonne chose ;

  • La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves ; c'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au Mandé, a fortiori mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave ;

  • Chacun est libre de ses actes, dans le respect des interdits des lois de sa patrie.

Les principes qui guident la gouvernance des Almamy sont notamment le respect de la vie humaine et les principes d'égalité et de non-discrimination, de liberté individuelle, de justice, d'équité, de dignité, d’égalité et de solidarité. «L’Almamy ne peut rien faire sans l’avis du conseil. Lorsqu’ils sont mécontents de ce chef, ils se retirent pendant la nuit dans un lieu élevé ; après une longue délibération, l’Almamy est renvoyé ; un autre est sur le champ élu à sa place ; ils le font venir devant eux et lui adressent ces mots : «Nous t’avons choisi pour gouverner notre pays avec sagesse» écrit MOLLIEN. L’Almamy doit remplir de hautes qualités morales et spirituelles. Par conséquent, le Fouta-Toro ressemble à un régime parlementaire, le souverain ayant des pouvoirs limités «Chaque Etat Foula constitue une République théocratique dont le chef, l’Almamy, n’exerce le pouvoir temporel et spirituel qu’avec l’aide des Anciens et des notables», écrit Georges RAYNAUD.

Quel message nous livre Thierno Sileymane BAL à l’aube du XXIème siècle ?

La contribution de Sileymane BAL à l’éclat du Siècle des Lumières, dans une Afrique encore enveloppée de la nuit noire de l’esclavage, est un haut fait historique, à valoriser. En effet, la même année que la Révolution américaine, et treize ans avant celle de la France, Thierno Sileymane BAL avait une conception originale de l’Etat qu’il voulait instaurer. Analysant finement la société de son époque, instruit de l’expérience de ses différents voyages, Thierno Sileymane BAL, par ses analyses et les actes qu’il a posés, a proposé une offre politique novatrice et audacieuse, dans la sens de la justice, de l’équité, de la fraternité et de la non-discrimination, la compassion, l’interdiction de l’esclavage, la dignité de tous et la solidarité à l’égard des faibles (femmes, enfants, pauvres). Cette offre politique révolutionnaire, reste encore, plus que jamais de nos jours, d’une très grande actualité. En effet, Thierno Sileymane BAL a condamné, toute forme de patrimonialisation du pouvoir, de cupidité, d’enrichissement illicite. Il avait mis en place des mécanismes de destitution, en cas d’abus de pouvoir ; ce qui semble condamner les régimes monarchiques et préhistoriques africains de notre temps. C’est lui, par conséquent, qui est à la base d’un concept de bonne gouvernance sobre et vertueuse.

De nos jours, l’affaissement des valeurs éthiques et morales, à travers notamment toutes les formes de corruption, de népotisme, de pouvoir arbitraire et violent, ne sont pas à l’honneur de l’Afrique. A l’aube du XXIème siècle, mon ancêtre, à certains égards, serait fier de son héritage, à d’autres points, il serait carrément en colère. Thierno Sileymane BAL sera ravi d’apprendre que la nation sénégalaise, à plus de 95% de musulmans, est un pays tolérant, pacifique, dans la diversité des croyances religieuses. En effet, la contribution des Almamy à faire du Sénégal un pays musulman, une forteresse imprenable, vecteur de la résistance contre la colonisation, a été plus que décisive. Mais ce que préconise Thierno Sileymane BAL, c’est un Islam qui nous libère de l’obscurantisme, nous éclaire vers la vérité et la justice. Par conséquent, Thierno Sileymane BAL serait, je crois, particulièrement triste d’apprendre, même si c’est à la marge, le détournement des principes religieux par certains marabouts du Sénégal, devenus des parasites et affairistes, s’immisçant dans les affaires politiques pour s’enrichir. Thierno Sileymane BAL condamnerait, probablement, sans réserve, ces malades mentaux qui tuent des innocents, au nom de l’Islam ; la personne humaine est un être sacré, à protéger et à honorer. Pour Thierno Sileymane BAL, la religion, c’est avant tout, Amour, Rectitude, dans le cœur et les actes. Une religiosité dépourvue de compassion, ne serait que mystification et barbarie. «Je suis plus proche de vous que votre nœud gordien» dit une sourate du Coran.

Thierno Sileymane BAL est le grand oublié de l’histoire au Sénégal, peu d’institutions, de places ou rues significatives portent son nom. Il devrait être enseigné aux enfants sénégalais, dès leur jeune âge. Thierno Sileymane BAL, lui, dont l’action a été décisive dans la construction de la nation sénégalaise, est resté le grand inconnu de son pays, confiné à la confidentialité. Il n’est jamais trop tard, même 244 ans après sa disparition, de réparer cette injustice.

Bibliographie très sélective

Anonyme, «La question du Fouta», Moniteur du Sénégal, 18 avril 1865, n°473, pages 68-70 ;

ARCIN (André), Histoire de la Guinée française, préface Joseph Chailley, Paris, Auguste Challamel, 1911, 641 pages, spéc la révolution théocratique en Guinée pages 79-96 ;

BA (Oumar), Notes sur la démocratie en pays toucouleur, Dakar, Imprimerie A. Diop, 1966, 52 pages et Afrique-documents, 1965, n°81-82, pages 223-235 ;

BRIGAUD (Félix), Histoire moderne et contemporaine du Sénégal, Saint-Louis, C.R.D.S, 1966, 148 pages ;

BRIGAUD (Félix), Histoire traditionnelle du Sénégal, Saint-Louis, CRDS, 1962, 336 pages ;

CAILLE (René), «Notes sur les peuples de la Mauritanie et de la Négritie riveraine du Sénégal», Revue Coloniale, septembre 1846, tome X, pages 1-10 ;

CHERUY (Lieutenant, Paul), «Rapport sur les droits de propriété des Coladé dans le Chémama, les redevances anciennement payées, les droits encor actuellement acquittés et le mode d’élection des chefs de terrains», Journal Officiel de l’AOF (Gorée), 1912, recueil supplémentaire, spéc la généalogie des Déniankobé (1512-1775) et des Almamy (1776-1859) ;

CLARKSON (Thomas), Histoire du commerce homicide appelé traite des Noirs, ou cri des Africains contre les Européens, leurs oppresseurs, préface de l’abbé Grégoire, Paris, Les Marchands de Nouveautés, 1822, 87 pages ;

CROZAL (Jean-Marie), «Trois Etats Foulbé du Soudan Occidental et central : Le Fouta, le Macina, l’Adamaoua», Annales Université de Grenoble, 1896, tome VIII, n°1, pages 257-309 (Liste des Satiguis et des Almamy) ;

CULTRU (Prospère), «Les faux d'un historien du Sénégal», La Quinzaine coloniale, 10 juin 1910, pages 399-402 ;

CURTIN (Philip), «The Uses of Oral Tradition in Senegambia :Malik SI and the Foundation of Bundu», Cahiers d’études africaines, 1975, vol 15, n°58, pages 189-202 ;

N’DIAYE (Saki, Olal), «The Story of Malik Sy», Cahiers d’études africaines, 1971, vol 43, pages 463-487 (texte en peul et en anglais) ;

DIALLO (Thierno, Oury), «Contribution à l’étude de l’histoire de Karamoko Alpha Mo Labé», Guinéematin, 7 mai 2018 ;

DIOUME (Oumar), «Entretien : Thierno Souleymane Bal, mérite qu’on le fasse connaître dans son pays» accordé à Aissatou Ly, Le Quotidien, (Sénégal) du 4 novembre 2017 ;

DJENIDI (Abdallah), «Moussa Kamara et l’exercice du pouvoir politique au Fouta-Toro», Annales de la Faculté des Lettres, Dakar, (UCAD), 1976, n°6, pages 309-316 ;

FAIDERBE (Léon, Louis), «Populations noires des bassins du Sénégal et du Haut-Niger», Revue Coloniale, juillet-décembre 1856, tome XVI, pages 328-341 ;

FAURE (Claude), «Le premier séjour de Duranton au Sénégal (1819-1826», Revue d’histoire des colonies françaises, 1921, 2ème semestre, pages 189-263, spéc sur le Fouta-Toro 251-253 ;

GBOLO (Pierre), Le Père Labat, témoin du monde noir, thèse, 1988, 404 pages ;

GNOKANE (Adama), «Le Fuuta Tooro du XVIème au XIXème, essai de synthèse», in Histoire de la Mauritanie, essais et synthèses, Nouakchott, coopération française, 1999, pages 159-188 ;

JOHNSON (James, P.), The Almamate of Fuuta-Toro 1770-1836 : A Political History, Madison, University of Wisconsin, 1974, 513 pages ;

KA (Thierno), L’enseignement arabe au Sénégal : l’école de Pir-Saniokor, son histoire et son rôle dans la culture arabo-islamique du Sénégal au XVIIIème siècle, thèse sous la direction de Dominique Sourdel, Paris, La Sorbonne, 1982, 409 pages (doc. UCAD L Th 201), spéc sur Abdel Kader Kane pages 99-124 et sur l’Etat islamique du Boundou, pages 75-91 ;

KAMARA (Cheikh, Moussa), «L’histoire de l’Almamy Abdul (1727-8-1806) par Shaykh Muusa Kamara» traduite par S. Boubina et J Schmidt, Islam et Société au Sud du Sahara, 1978, vol 7, pages 59-95 ;

KAMARA (Shaykh, Muusa), Florilège au jardin des Noirs, Zuhir Al Basatin, L’aristocratie peule et la Révolution des clercs musulmans (Vallée du Sénégal), préface de Jean Schmidt, Paris, éditions C.N.R.S., 1998, 460 pages, sur les Satigui pages 93-130, spéc sur Thierno Sileymane Bal pages 315-325 et 339-340, sur Abdelkader Kane pages 325-338, pages 343-351 et pages 354-357 et sur le déclin des Almamy pages 375-392 ;

KANE (Abdou, Salam), «Du régime des terres chez les populations du Fouta», B.C.H.S.A.O.F., octobre-décembre 1935, tome XVIII, n°34, pages 449-461 ;

KANE (Abdoulaye), «Histoire et origine des familles du Fouta-Toro», Annuaire et mémoire du Comité d’Etudes Historiques et Scientifiques de l’AOF, 1916, pages 325-343 ;

KANE (Oumar), «Les Maures et le Futa-Toro au XVIIIème siècle», Cahiers d’études africaines, 1974, vol 14, n°54, pages 237-252 ;

KANE (Oumar), «Les unités territoriales du Futa-Toro», B.I.F.A.N., 1973, tome XXXV, série B, n°3, pages 614-631 ;

KANE (Oumar), La première hégémonie peule : Le Fuuta Tooro de Koli Ténguélla à l’Almamy Abdul, préface Ahmadou Mahtar M’Bow, Paris Karthala, 2004, 670 pages ;

LABAT (Jean-Baptiste), Nouvelle relation de l’Afrique Occidentale contenant une description exacte du Sénégal, d’après les mémoires d’André Bruë, Paris, 1728, tome II, spéc chapitre XI, «du royaume des Foulles ou de Siratique» (Satiguis), pages 194-212 ;

M’BAYE (El Hadji Ravane), Contribution à l’étude de l’Islam au Sénégal, Dakar, U.C.A.D., 634 pages, spéc pages 156-166 ;

MARTY (Paul), L’Islam en Guinée : Fouta-Djallon, Paris,  Ernest Leroux, 1921, 588 pages, sur les Almamy du Fouta-Djalon, spéc pages 3-27 ;

MOLLIEN (Gaspard-Théodore), Découverte des sources du Sénégal et de la Sénégambie en 1818, précédée d’un récit inédit sur le naufrage du Radeau de la Méduse, Paris, Charles Delagrave, 1889, 317 pages, spéc page 173 ;

MONENEMBO (Thierno), Peuls, Paris Seuil, 2004, 400 pages ;

MOURALIS (Bernard), «Roger, Jacques-François, baron, Kelédor, histoire africaine», compte rendu, Etudes littéraires africaines, 2007, Vol 24, pages 73-74 ;

PETION de VILLENEUVE (Jérôme), «Discours sur la traite des Noirs du 8 mars 1790», Archives parlementaires de 1787 à 1860, 1ère série (1787-1799), tome 12, du 2 mars au 14 avril 1790, Paris, Librairie administrative P. Dupont, 1881, pages 79-94, spéc page 82 sur l’interdiction de l’esclavage au Fouta-Toro  ;

PRUNEAU de POMMEGORGE (Antoine, Edme), Description de la Négritie, Paris, Amsterdam, Maradan,  1789, 284 pages, spéc pages 51-53 ;

ROBINSON (David), “The Islamic Revolution of Futa-Toro”, The International Journal of African Historic Studies, 1975, vol. VII, n°2, pages 185-221 ;

ROBINSON (David), «L’Almamy Abdoul Kader et la révolution musulmane au Sénégal du XVIIIème siècle», Les Africains, tom X, pages 17-35  et en anglais, Archives des sciences sociales de religions, 1977, Vol 43, n°2, pages 294-295 ;

ROGER (Jacques-François), Kelédor, histoire sénégalaise, Paris, A. Nepveu, 271 pages 1829, Moreau,  2 volumes, Paris, INALCO, 1974, Paris, L’Harmattan, présentation de Kusum Aggarwal, 2007, 169 pages ;

ROUX (Capitaine, Joseph Edouard), Notice historique sur le Boundou, Saint-Louis, Imprimerie du gouvernement, 1893, 15 pages ;

SAINT-PERE, «La création du royaume du Fouta-Djalon», Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques l’A.O.F., 1924, pages 484-555 ;

SALL (B), La monarchie théocratique élective du Fouta ou suite chronologique des Almamys, Gossas, 1960, 3 pages dactylographiées ;

SALL (Mamadou, Youry), Ceerno Sileymaani Baal,  le leader de la Révolution du Fuuta-Toro (1765-1776), Sarrebruck (R.F.A.), Verlag, Presses universitaires européennes, 2017, 50 pages ;

SAMB (Amar), «L’Islam et l’histoire du Sénégal», Bulletin de l’IFAN, juillet 1971, n°3, série B, tome 33, pages 447-663, spéc sur Les Almamy page 472  ;

STEFF (Capitaine), Histoire du Fouta-Toro, Dakar, IFAN, 1913, document dactylographié, 70 pages (Merci au prof Abdoulaye Baïla N’DIAYE) ;

SY (Mamoudou), Le Dimar au XVIIIème et XIXème siècles : trajectoire d’un Etat théocratique Sénégambie, thèse de 3ème cycle, sous la direction de Ousseynou Faye, Dakar, UCAD, Faculté des lettres et sciences humaines, Département d’histoire, 2003-2004, 276 pages (doc UCAD THL-1009) ;

SCHMITZ (Jean), «Les Toorobbé du Fuuta Tooro : formation d’une classe cléricale et dispersion en Afrique de l’Ouest (Les Jihad du XIXème siècle)», extraits table ronde les Agents religieux en Afrique tropicale, Paris, 15, 16 et 17 décembre 1983, Orstom ;

SOH (Ciré, Abbas), Chroniques du Fouta sénégalais, traduction et annotations de Maurice Delafosse et Henri Gaden, Paris, Ernest Leroux, 1913, 325 pages, spéc sur la crise dynastique des Satigui pages 31-37, Sur Thierno Sileymane Bal pages 38-42 et sur les Almamy depuis Abdelkader KANE, pages 43-104 ;

WANE (Amadou, Tamiou), «Recueil des coutumes sur la tenure foncière dans le domaine cultural du Fouta», Sénégal-documents, 1er mars 1961, n°18, 8 pages ;

WANE (Baïla), «Le Fuuta Tooro de Ceerno Sileymaani Baal, à la fin de l’Almamiyat (1770-1880)», Revue Sénégalaise de l’histoire, janvier-juin 1981, vol 2, n°1, pages 38-50   ;

WANE (Yaya), Les Toucouleurs du Fouta-Toro, Dakar, IFAN, 1969, 369 pages.

Paris, le 3 avril 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Thierno Sileymane BAL (1720-1776) et sa Révolution des Torodos, fondée sur la bonne gouvernance, la justice, l’égalité, l’équité et la compassion» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 19:08

Samory TOURE, empereur du Wassoulou, un État s'étendant sur la Guinée orientale et la haute Côte-d'Ivoire, s'opposa, pendant 16 ans, à la colonisation française, avec un armement archaïque ou fort rare ; il mourut, héroïquement, en déportation au Gabon, en 1900. Fils d’un obscur tisserand, celui qu’Etienne PEROZ nomme le «Napoléon africain», par son courage et ses dons de stratège, a opposé une résistance farouche aux Français. Samory TOURE incarne les vertus et les qualités patriotiques des peuples africains aspirant à la liberté et à la dignité. La défaite de Samory provoque une longue nuit envahissant le continent noir, une longue nuit coloniale. L’Afrique est encore dominée sous des formes insidieuses. Voici donc venu le temps du mépris, de l’humiliation et des travaux forcés, autant dire de l’esclavage. En cette fin du XIXème le capitalisme triomphant et l’industrialisation naissante ont besoin de débouchés, de matières premières et d’une main-d’œuvre servile. À l’indépendance, Sékou TOURE (1922-1984), qui se revendique d’une filiation, par sa mère, de Samory TOURE, a tenté de récupérer l’image de ce résistant : ce n’est plus une prise de guerre, mais la célébration d’un père de la nouvelle patrie, dont il s’agit de magnifier la mémoire. Samory TOURE avait bien compris que le colonialisme, c’est la servitude et l’esclavage : «Il n’y a pas de dignité sans liberté. Nous préférons la liberté dans la pauvreté, à la richesse dans l’esclavage» avait Sékou TOURE (1925-1984) au général de GAULLE (1890-1970) lors du référendum de 1958.

L’histoire de Samory TOURE a été d’abord écrite par les vainqueurs, présentée par le parti colonial comme de «glorieux conquérants», ayant vaincu les «roitelets sanguinaires» africains et «esclavagistes». Les résistants à la colonisation avaient osé se révolter contre la mission civilisatrice de leurs ancêtres les Gaulois, si bienveillants. Henri GOURAUD (1867-1946), celui qui a capturé Samory ne le qualifie que de «bandit». C’est «un farouche et terrible chef de bande» pour le commandant, Joseph Simon GALLIENI (1849-1916). «Contre les peuplades qu’il veut soumettre et surtout piller, il emploie la terreur» écrit FAIDHERBE. Mais le gouverneur du Sénégal reconnaît à Samory d’éminences qualités «D’une haute stature, maigre comme un ascète, la voix chaude et vibrante, jouissant d’un grand renom de sainteté, Samory a toutes les qualités physiques et morales, pour entraîner, pour fanatiser des êtres aussi crédules, aussi superstitieux que les nègres. Il est intelligent, énergique, très brave et doué d’un certain esprit d’organisation qui lui donne sur ses congénères une supériorité incontestable. Pour augmenter son prestige vis-vis de ses fidèles, il se fait suivre de devins et d’augures qui chantent ses vertus et sa mission divine, annonces les batailles et prophétisent les victoires» précise Louis-Léon-César FAIDHERBE (1818-1889). Par conséquent, le colonisateur, même s’il a parfois du mal à le reconnaître, est conscient que Samory est un adversaire redoutable. «Tout ce que put faire le commandant Lartigue, fut de donner aux bandes de Samory un rude coup de boutoir. L’intervention du sergent Bratières, avec 60 hommes, rétablit la situation. Mais nous avions 13 tirailleurs tués, 20 blessés, une grosse consommation de réserves, plus de munitions. Pendant ce temps, Samory s’était dérobé, en s’enfonçant dans la forêt» écrit le général Henri GOURAUD. «Féroce, sans bravoure personnelle, ambitieux par avarice et sans largeur d’idées, incapable de s’imposer autrement que par la terreur, ce potentat (Samory) ne considérait dans la conquête que l’exploitation brutale et sanguinaire des races qu’il asservissait ; sa route formait une traînée sanglante» écrit Pierre FREY, déguisé en historien.

Cependant, certains militaires coloniaux qui l’avaient combattu, ont reconnu la puissance et le génie militaire de ce résistant. Ils l’ont jugé et évalué à la mesure de son courage et de son héroïsme : «Samory est le chef le plus puissant du Soudan occidental. Son armée se monte à 50 000 guerriers consommés et très audacieux. Cette armée n’est pas, tout à fait disponible ; elle est répartie sur un territoire qui, s’étendant de la côte jusqu’à Ségou, comprend une superficie de la grandeur de la France» écrit le colonel Henri FREY (1847-1932) qui a combattu Samory entre 1885 et 1886. La France avait d’abord sous-estimé Samory, mais le prestige ne cessait de croître : «Nos relations, avec ce grand chef du Soudan, avaient débuté par un échange de coups de fusil. Mais plus audacieux et plus entreprenant qu’Ahmadou Cheikou, plus confiant dans ses forces, Samory n’hésita pas un instant à nous tenir tête. Jusqu’en 1881, son nom nous était à peine connu, sa puissance était déjà considérable. Il était depuis plusieurs années le maître incontesté, sur la rive droite du Haut Niger, d’un vaste territoire ayant pour centre le Wassoulou et qui s’agrandit chaque jour, dans tous les sens» écrit le colonel Henri FREY. Ce militaire a décrit les qualités de stratège et d’organisateur, un grand discernement, de Samory «avec un esprit politique assez rare chez les chefs de sa race, organisait en arrière les régions conquises, y créant des places fortes, plaçant auprès du chef de chaque village des résidents, représentants de son autorité. S’il accueillait, sans les maltraiter, les populations qui venaient à lui ou se rangeaient sans combattre, il sévissait avec la dernière cruauté contre celles qui lui avaient résisté» écrit Henri FREY. Le général Henri GOURAUD, qui a commencé sa carrière au Soudan, a arrêté l'Almamy Samory TOURE en 1898 : «Physiquement, c’est un homme robuste, grand avec une barbichette grisonnante ; les yeux enfoncés sous l’arcade sourcilière sont vifs et rusés. Sa physionomie exprime l’intelligence, la duplicité, et une certaine bonhommie railleuse» écrit Henri GOURAUD. Un des témoins majeurs de cette époque est le lieutenant-colonel Etienne PEROZ (1857-1910), qui a rencontré Samory et a signé avec lui le traité de Bissandougou du 23 mars 1887, renouvelé le 21 février 1889, avec Louis ARCHINARD (1850-1932) : «Je caressais depuis quelque temps certain projet, dont tellement j’y songeais, j’ai vu la réalisation possible. Il consistait à forcer l’amitié de Samory et à transformer ce très dangereux ennemi en précieux auxiliaire. Sans lui, notre pénétration au Soudan, notre lutte d’influence contre l’Angleterre, me semblait des entreprises précaires et certainement d’un prix apparemment supérieur aux bénéfices que nous pouvions en attendre. Que, par entente avec lui, notre protectorat fut déclaré sur ses vastes Etats, et tout de suite, l’Angleterre refoulée dans ses escales de la côte ; notre prédominance était assurée sur tout le bassin du Haut-Niger» écrit Etienne PEROZ. En dépit des apparences de succès des Français et de puissance de leurs armes, ils ont été, pendant longtemps, tenus en échec par Samory : «L’Almamy, maître de tout, nous tenait assiégé. Nous semblions, sans doute, à tous, et à lui-même plus proches de tomber à sa merci, que d’atteindre à une situation qui lui impose le désir de notre protection» écrit-il. Etienne PEROZ arrive au Soudan en 1884, un an après les Français aient occupé Bamako.

Depuis la débâcle et la capitale de Sedan, du 1e septembre 1870, dans la guerre franco-prussienne, Napoléon III s’étant constitué prisonnier des Allemands, en raison de cette grave crise interne humiliante de nos maîtres, la politique coloniale française était au point mort. La France voulait quitter les côtes sénégalaises pour s’enfoncer à l’intérieur de l’Afrique, mais Samory s’est révélé être un obstacle majeure de cette entreprise de conquête de l’Afrique : «C’est alors que nos colonnes se heurtèrent aux hordes de Samory. Le grand conquérant noir achevait d’établir son autorité sur le bassin supérieur du Niger. Son empire, aussi étendu que la France, était peuplé de trois millions d’habitants de tempérament guerrier, fanatisé par ce Napoléon africain. Notre colonne expéditionnaire a failli être écrasée, malgré l’habileté manœuvrière du colonel Borgnis-Desbordes. (..) Samory était tenace, il ne lâchait pas volontiers sa proie» écrit Etienne PEROZ dans son libre «par vocation». Il n’est étonnant que sa politique coloniale de la France ait hésité, pendant longtemps, entre la diplomatie et la guerre. Etienne PEROZ, reconnaissant sa grande valeur, est sans doute le premier à avoir consacré une biographie à l’Almamy Samory. Etienne PEROZ a dit clairement que les Français redoutaient Samory ; et en dépit de la signature d’un traité de protectorat, son armée «constituait encore, pour nous, un grave danger, mais d’une menace moins immédiate» écrit Etienne PEROZ. Quand ce militaire demanda l’autorisation de rencontrer Samory, le colonel Henri FREY lui s’écria «c’est une autorisation de suicide que vous me demandez là !». Arrivé à Bissandougou le 15 février 1887, Etienne PEROZ décrit ainsi Samory lors de la visite à son palais : «L’Almamy était étendu sur un divan, dans la cour centrale. Autour de lui ses conseillers, puis ses gardes du corps entièrement nus, comme en guerre, le fusil haut ; cinq cent sofas en armes étaient rangés le long des murailles. Mon interprète, Samba Ibrahim, marchait devant moi, transi de frayeur, allant d’un pas cassé d’automate. Je l’avais informé qu’à la moindre défaillance, à la première tentative d’adoucir mes paroles ou de les modifier, je l’arrêterai d’un coup de revolver» écrit Etienne PEROZ, un témoigne direct.

Le général INGOLD, entre éloges des uns et calomnies des autres,  avec une passion éclairée, s’est attaché à montrer le Samory «sanglant et magnifique», dans sa biographie datant de 1961 : «aux confins de la Haute-Volta (Burkina-Faso) et de la Côte-d’Ivoire, la prodigieuse figure de l’Almamy Samory a dominé toutes les hautes vallée du Niger et a brassé les populations, les chefferies et les villes africaines sur plus de 500 000 kilomètres carrés. L’ébranlement de cette fulgurante aventure, de 1835 à 1900, a été ressentie jusque dans les territoires voisins de la Sierra-Léone, du Libéria et du Ghana, qui, avec la Guinée, sont devenus les plus impatients leaders des indépendancesL’historien militaire, dans toute sa probité, ne peut, certes, effacer le long cortège de combats, des destructions et des massacres, et les conséquences douloureuses d’un système de conquête par la terreur et l’utilisation de captifs» écrit Georges GAYET, dans la préface de cette biographie. Après l’effondrement des grands empires africains. «Dans ce chaos Samory est né,  prenant ainsi place dans l’histoire. Je crois Samory que tu fus devant l’histoire. Je parle de toi, sans haine. Que ton passé ne nous sépare pas !» écrit le général INGOLD.

Yves PERSON (1925-1982), avec sa monumentale thèse sur Samory, a renouvelé nos connaissances sur cette lutte contre le colonisateur ; il a visité la tradition orale et les archives coloniales. On est admiratif de l’abondance, de la diversité et de la richesse des informations recueillies. Yves PERSON a bien la capacité organisationnelle, la résistance farouche à l’oppression coloniale, l’intelligence de Samory, le stratège, le héros et le combattant.

Artisan résolu d’une «histoire africaine de l’Afrique», selon l’expression de Georges BALANDIER, le professeur à la Sorbonne, Yves PERSON, s’y est engagé en donnant la parole aux acteurs de l’histoire africaine, dans leur contexte social et leur culture. Il rompait ainsi avec l’historiographie et la propagande du parti colonial. Mais le travail colossal d’Yves PERSON a aussi souffert de ses dimensions : 2377 pages. Conscient de sa démarche empirique et événementielle Yves PERSON admet : «Certains jugeront sans doute que nous avons trop sacrifié à l’évènement et que bon nombre de détails auraient pu être omis. Peut-être devrions nous confesser une conception un peu traditionnaliste de l’histoire» écrit Yves PERSON. En fait, l’histoire ne balance pas entre les situations d’immobilités et les tsunami qui emportent tout. L’événementiel peut révéler des réalités profondes que l’on nous cache.  Jean SURET-CANALE (1921-2007) a fortement contribué à réhabiliter Samory TOURE. Ce n’est qu’en 1998, que Ibrahima Khalil FOFANA entreprendra ce travail, en s’inspirant de la tradition orale.

Qui est donc Samory ?

Mori, dit Samory, est né dans une modeste famille de paysans, vers 1830, à Manyambaladougou, près de Sanankoro, non loin de Kankan, en Haute Guinée. Pierre LEGENDRE avec une profonde méconnaissance de la biographie de Samory : «Né vers 1835, à Bissandougou, Samory était fils d’un pauvre marchand et d’une femme esclave» écrit-il dans «La conquête de la France africaine».  Son père, Kémo Lanfia TOURE, un tisserand guinéen, colporteur, vendeur de colas et verroterie, est un Malinké musulman : «Samory n’est pas un chef de naissance. Son père commandait un seul village et était un paisible Soninké, de religion musulmane plus adonné au commerce et à l’agriculture qu’à la guerre» écrit GALLIENI.  Son père fit un rêve et dit à un devin : «J’ai vu sortir de mes reins un serpent qui s’éleva, s’éleva à perte de vue dans le ciel». Le devin lui annonça «tu auras un descendant qui sera très puissant et dominera bien des contrées». Sa mère est Marosona ou Sokhona CAMARA, originaire de Fandougou, une mère au foyer vivant avec d’autres co-épouses. Samory est issu d’une fratrie de nombreux et sœurs, son père étant polygame. Le capitaine Louis-Gustave BINGER (1856-1936, gouverneur de Côte-d’Ivoire), qui l’a rencontré le 27 septembre 1889, a fait sa description : «L’Almamy est un grand bel homme d’une cinquantaine d’année : ses traits un peu durs, et, contrairement aux hommes de sa race, il a le nez long et aminci, ce qui donne une expression de finesse à l’ensemble de sa physionomie ; ses yeux sont très mobiles, mais il ne regarde pas souvent en face son interlocuteur. Son extérieur m’a paru plutôt affable que dur : très attentif quand on lui fait un compliment, il sait être distrait et indifférent, quand il ne veut pas répondre catégoriquement à une question. Il me parle avec beaucoup de volubilité, et je le crois capable d’avoir la parole chaude et persuasive, quand l’occasion se présente» écrit-il, en 1892, dans «Du Niger au Golfe de Guinée». Louis-Gustave BINGER estime que le fils de Samory, Dia Oulé Karamoko, qui a été à Paris, n’a de rien d’un prince que de nom «Karamoko se mouche de ses doigts devant moi ; son père prend ma pipe dans la poche et la porte à sa bouche» écrit Louis-Gustave BINGER. Deux administrateurs coloniaux (Albert NEBOUT et LE FILLIATRE) qui ont rencontré Samory le 2 octobre 1897, à Dabakala, le décrivent ainsi : «Sa physionomie est pleine de bonhommie souriante et révèle un homme énergique et intelligent». Les photos que nous avons datent toutes de sa capture et son transfert à Kayes.

Dès son jeune âge, s’est manifesté les qualités de meneur d’hommes de Samory, craint et respecté de tous : «A dix ans, il avait déjà embrigadé tous les garçons du voisinage. Il organisait souvent des expéditions avec ses compagnons, et il allait, marauder dans les champs. Il avait un sens aigu de l’équité lors du partage du butin qui lui assurait la sympathie de tous. En dépit des corrections de ses parents, Samory, un «dur à cuir», est passé de la volaille au caprin, puis au gros bétail. La bande inspirait, dès lors, une crainte réelle au sein de la population» écrit Ibrahima Khalil FOFANA. Son père est souvent convoqué au conseil des notables pour récrimination, et sa mère entendait aussi des allusions désobligeantes de ses voisines. Vers 1850, et afin de sortir de cette mauvaise passe, son père vendit une génisse et décida que son fils sera commerçant. A l’âge donc de 20 ans, Samory, un Malinké ou Maninka Mori, devient Dioula (commerçant) et entreprit, contre de la noix de colas, de vendre les bandes de cotonnades tissées par son père. Samory ramenait des articles manufacturés, de la Côte de Sierra-Léone contre de la noix de colas. Initialement, Samory TOURE n’avait pas un projet de résistance à la colonisation. Il avait pour ambition de lutter contre l’injustice et l’anarchie qui régnaient dans son pays. Ainsi, en 1853, Samory apprend que sa mère a été capturée et réduite en esclave, loin de chez elle, chez Soy Ibrahima, un souverain de sa contrée résidant à Médina ; son père s’est exilé dans un autre village. Sa grande ambition de réussir dans la vie viendrait de l’amour qu’il porte à sa mère : «Sa vie, telle qu’elle nous a été maintes fois contée, a un côté touchant dans l’amour profond qu’il avait voué à sa mère, d’où sont nées son ambition et sa fortune» écrit Etienne PEROZ. Venu chercher sa mère chez ses ravisseurs : «Beau-fils, si tu veux racheter ta mère, reste chez moi. Tu travailleras, et lorsque je jugerai suffisants les services que tu m’auras rendus, tu pourras rentrer avec elle à Sanonkoro» lui dit Sory Ibrahima. Samory fut retenu, pendant sept années, comme guerrier et converti à l’Islam : «Il appris l’art du combat, avec tout ce que cela implique, comme sens aigu de la discipline, l’esprit de corps et le dévouement à la cause publique» écrit Ibrahima FOFANA. Courageux, stratège et intelligent, Samory se distinguant très vite, gagna l’admiration de tous. Ainsi, lors d’une expédition contre une ville extrêmement forte et vaillamment défendue, «Samory, las des lenteurs de ses chefs, se présenta sur la muraille, brandissant son fusil, et s’aidant d’une branche fourchue, il l’escalada au milieu d’une grêle de balles. Les guerriers du marabout, électrisés par son exemple, se jetèrent sur ses traces et le délivrèrent en s’emparant de l’enceinte, au moment où, accablés par le nombre, ils allaient succomber» écrit Etienne PEROZ. Quand le roi décéda ses successeurs furent embarrassés par la présence de ce guerrier hors pair plus valeureux qu’eux. Lorsque la famille royale reçut une demande d’une aide militaire d’un royaume voisin musulman luttant contre des païens, craignant que l’appel à Samory ferait de lui un héros, il est libéré ainsi que sa mère.

En 1868, de retour dans son village, Samory est recruté par Bitiké Souané, roi de Toron. Rebelle à toute autorité, Samory rejoindra une troupe de brigands opérant des razzias dans la région. Il évincera, rapidement, le chef de bande, Véféréba CAMARA, «en raison de son esprit d’équité» lors du partage du butin précise Ibrahima FOFANA. Toutes les révoltes des villageois contre l’autorité de Samory furent mâtées. Le prestige et l’autorité de Samory furent reconnus par tous : «Samory eut le mérite de mettre fin à l’anarchie qui régnait dans la région, en canalisant sous son autorité tous les aventuriers dans des activités guerrières, dans le but de fondre en un seul royaume la multitude des petites chefferies qui se combattaient sans cesse» écrit Ibrahima FOFANA.

Dans cette œuvre d’unification, Samory a essuyé quelques échecs et appris, qu’à côté de la force, il est parfois nécessaire d’user de la diplomatie,  des alliances, de l’espionnage, de l’intimidation et de la ruse. Samory installa son village : «Là il reprit son métier de marchand. Cependant, tout en commerçant, il intriguait. Ses intrigues réussirent, et à la mort du chef de Bissandougou, il se fit nommer chef de village. Deux années après un certain Famodou marcha contre lui. Tous les villages environnants vinrent offrir à Samory leur appui. Il battit son adversaire, le prit et le décapita. Cette victoire accrut considérablement le nombre de ses partisans» écrit Etienne PEROZ.

Samory accumulera d’autres victoires. Sory Ibrahim inquiet de sa nouvelle gloire envoya ses deux fils pour le combattre ; il les battit à Bissandougou et les décapita. Il fit de cette ville sa capitale. Il s’empara de Kankan et vaincu l’armée de Sory Ibrahim, mais lui laissa la vie sauve, à condition de prier pour lui.  C’est à ce moment que Samory prend le titre d’Almamy, le commandeur des croyants. Désormais, Samory a pour ambition de fonder une armée, un Etat moderne, centralisé et efficace. Samory se libéra du joug de tous les royautés voisines, où régnaient en permanence l’anarchie et l’insécurité. Il importe ses fusils de Sierra-Léone, avec les Britanniques, un médecin Noir britannique, BLYDEN, était entré en contact avec l’Almamy. Mais Samory demande à ses forgerons d’entretenir, réparer et imiter ces armes importées des colonies britanniques. Le grand fournisseur d’armes et de chevaux est Bakary TOURE, père d’Alpha TOURE, un boucher de Kankan, lui-même de Sékou TOURE, premier président de la Guinée indépendante. L’armée est omniprésente dans les activités militaires, administratives et politiques. Composée essentiellement de Sofas volontaires, l’armée de Samory s’est professionnalisée, sur la base de principes égalitaires, sans tenir compte du système des castes, et en application des lois islamiques. En effet, Samory s’est autoproclamé Almamy, commandeur des croyants. L’armée est hiérarchisée, à son sommet, le Kélétigui, le commandant de corps d’armée. Le titre de Bolotigui, commandant d’une compagnie, est obtenu par des faits de bravoure. Pour tester la loyauté de ses officiers, Samory leur envoyait de belles femmes : «Quand je me méfiais de l’un de mes chefs, je lui envoyais une très jolie femme. Cet imbécile lui racontait ce qu’il voulait faire» confesse-t-il à Henri GOURAUD. Au bas de l’échelle, le Bilakoro (non circoncis, ou novice) doit faire ses preuves ; il est affecté aux tâches subalternes. Samory, en grand stratège, avait mis en place, un système sophistiqué de renseignement, en faisant appel notamment aux commerçants Dioula : l’information est un pouvoir : «L’Almamy possédait, dans les régions occupées par nous, un service de renseignement, si complet et si rapide, que malgré les cinq cent kilomètres qui le séparaient du chef-lieu du Soudan, trois jours après le débarquement de nos troupes, il en avait eu avis, ainsi que des effectifs» écrit Etienne PEROZ. Samory envoyait aussi ses Bilakoro espionner l’armée française : «Moi qui suis grand chef, on ne me voit jamais chanter, on ne me voit jamais manger. Or, quand j’ai appris que les Blancs avaient l’habitude de se réunir pour manger, heureux de se trouver ils se racontent tout. Lorsque j’ai su cela, j’envoyais mes Bilakoros s’engager comme garçon pour servir les Blancs. Ils écoutaient les officiers. Les Bilakoros me prévenaient» dira Samory, lors de sa capture, à Henri GOURAUD. Samory, pour perfectionner l’instruction militaire de ses armées, fait appel aux services des tirailleurs déserteurs ou prisonniers. Samory donna la priorité à la production agricole, notamment en période d’accalmie, dans de vastes étendues de terres cultivables.

L’Etat tire ses ressources de ses domaines, des butins de guerre, de tributs payés par les vassaux, des activités productives des unités combattantes en temps de paix, de différents droits et taxe ainsi que du commerce de l’Etat. L’armée est renforcée par les butins de guerre : «Quand il prend un village, les guerriers étant décapités, les prisonniers femmes et enfants sont amenés à l’Almamy, qui prend la moitié des femmes et filles pour lui, l’autre moitié des prisonniers revient aux chefs et aux guerriers qui ont opéré la prise. Tous les garçons et jeunes gens ont immédiatement la tête rasée et son confiés à des chefs de guerre et deviennent des sofas (des Bilakoros)» écrit Louis-Gustave BINGER.

L’Almamy, vivant avec la communauté peule, a emprunté son drapeau et son organisation militaire, ainsi que les techniques de communication d’El Hadji Omar TALL (1794-1864), un recours aux griots, à l’empire Toucouleur d’Amadou Cheikou TALL (1836-1897). Le tabala sonne les ordres, annonce de bonnes ou mauvaises nouvelles. Samory n’est pas toujours en guerre, il octroie à ses administrés des moments de réjouissances et de fêtes. Samory s’intéresse à la question de la réforme sociale, en mettant en place un enseignement coranique et une justice, avec trois niveaux : affaires locales, criminelles ou relevant de la compétence de l’empereur.

En 1878, les principaux concurrents de Samory sont vaincus, à l’exception de Tiéba TRAORE. En effet, en 1879, Samory conclue un pacte avec Kankan, sur la tombe de Karamoko Alpha Kaba. Kouroussa, après un siège, donnera sa reddition. A Madina, le clan des Cissé est vaincu grâce à une alliance avec l’Etat théocratique de Timbo. Samory peut accéder aux zones aurifères du Bouré et du Bidiga, sans ouvrir des hostilités contre Aguibou TALL, à Dinguiraye, sur la base d’un pacte de non-agression. Samory gouverne désormais sur un vaste territoire, en maître absolu, appelé le Wassoulou (62 cantons, 10 provinces, une diversité ethnique : Malinké, Sénoufo, Mossi, Peul, Soussou, etc.), qui couvre une partie de la Guinée, du Mali, de Sierra-Léone, du Burkina-Faso, du Libéria et de la Côte-d’Ivoire. C’est un royaume vaste et riche de collines verdoyantes et peuplé de 300 000 personnes. Il n’y a d’autres rival que le royaume d’Amadou Cheikou, fils d’El Hadji Omar TALL, établi à Ségou, au Mali.

Les troupes françaises du capitaine MONSEGUR désormais consolidées en Guinée, en 1881, somment Samory TOURE de ne pas attaquer Kényéran, désormais placé sous protectorat français. Les colons, poussant la provocation plus loin, demandent à Samory de se placer sous leur protectorat. En réalité, les Français envisageaient de réaliser entre la zone malinké à l’Est et les rivières du Sud, puis d’occuper, progressivement, la zone forestière. Cependant, la résistance la plus acharnée et la plus organisée viendra de Samory. Le refus de Samory de déférer à ces ordres a été considéré par les colons comme une atteinte à «l’honneur de la France» qui aurait été bafouée, suivant Gustave BORGNIS-DESBORDES (1839-1900), commandant de Kayes. Ainsi, démarra le conflit entre 1882 et une 1898, entre les colons et Samory TOURE. Le 21 février 1882, Samory attaque Kényéran, et une expédition française part à la poursuite de ses bases ; il s’en suit des affrontements multiples. Samory découvre, à ses dépens, que les Français disposent des fusils à pétition, avec des tirs rapides ainsi que des canons, causant des pertes innombrables dans ses rangs. En grand stratège, Samory, les rangs compactes avançant de front, sont remplacés par des petites unités, très mobiles, qui se replient rapidement après une attaque, dans la forêt.  

Le bilan de la bataille de Kényéran est lourd, mais Samory est désormais le héros qui a osé affronter le colon. Profitant de cette gloire naissante, Samory inflige une correction à Sadji CAMARA, dans le mont Gban, qui ne voulait pas se soumettre à son autorité. Ces victoires et la notoriété de Samory ont créé des ralliements de petits royaumes, les commerçants dioulas avaient désormais un vaste territoire pour leurs activités lucratives. Le 2 avril 1883 les troupes coloniales subissent une défaite au marigot de Woyo-Wayanko. Samory doit affronter ses sujets animistes qui refusent qu'on leur impose l'islam. C'est la «guerre du refus». Le conflit pénètre la famille du souverain et celui-ci en vient à faire exécuter son fils Dia Oulé Karamoko, qu'il soupçonne de le trahir au profit des Français. Dans cette guerre, Samory peut compter sur une armée disciplinée, suffisante et organisée sous forme d’escadrons de cinquante hommes. Fin stratège, Samory créé une armée d’élite, capable d’interventions rapides, avec des colonnes mobiles qui attaquent et se replient : «L’audace des cavaliers de Samory est inconcevable. A chaque heure du jour, nous avons quelque alerte ; ils viennent nous enlever des gens contre le rempart même. Ils assomment d’un coup de sabre les hommes et les femmes ; ils jettent les enfants à travers les fossés et disparaissent au galop» écrit Etienne PEROZ.

Entre 1883 et 1887, l’empire du Wassoulou est à son apogée. L’islam est institutionnalisé, en juillet 1884, à Bissandougou, la capitale. En 1885, la révolte des Bambaras est contenue. Pendant cette époque, les Français reprenant l’offensive coloniale avec pour but de se porter sur le Niger et créer une ligne de poste reliant ce fleuve au point terminus du fleuve Sénégal : «Chez les nègres, plus que partout ailleurs, où le despotisme existe au plus haut niveau, où l’organisation doit être substituée à la rapine et au brigandage, il ne faut pas de grosses agglomérations soumises à un seul individu» écrit Louis-Gustave BINGER. Tel est donc l’objectif du colonisateur. Cependant les colons sont contrariés par Ahmadou Cheikou TALL, le fils d’El Hadji Omar TALL, Mamadou Lamine DRAME (1840-1887), et naturellement par Samory. Tiéba TRAORE (1845-1893), à Sikasso (empire du Kénédougou, Mali), ne s’est rallié à eux qu’avec réticence, et après des violences sur sa personne ; il a fini par signer un traité de protectorat avec les Français. En 1883, Samory s’était lancé à la conquête des territoires de Tiéba (roi de 1877 à 1893), et Tiéba s’avança de son côté en 1886, ce qui fut la cause du siège mené, sans succès par Samory, en 1887. Samory finira par lever ce siège en août 1888.

Le 28 mars 1886, à Kényéba-Koura, les Français, par l’intermédiaire d’Henri FREY et du capitaine TOURNIER, sont contraints de signer un accord de paix avec Samory. La base du traité devrait être l’abandon par Samory de la rive gauche du Niger. Cette convention entérine également la souveraineté de Samory sur le Bouré et le Manding, dont une partie est riche en or. Son fils, Diaoulé Karamoko (1869-1894), appelé à lui succéder, est envoyé, à l’âge de 17 ans,  avec 7 compagnons, du 9 août au 5 septembre 1886, en France : «le fils d’un des turbulents rois nègres contre lesquels nos colonnes expéditionnaires du Sénégal, ont à lutter sans cesse, vient d’arriver à Paris. Ce jeune prince, teint bronzé, pour se servir d’un euphémisme diplomatique, vient au bon moment. Paris n’a pas, pour l’instant, de grande préoccupation, et il excitera, vraisemblablement, quelque curiosité. La plus élémentaire politique conseille de le traiter avec beaucoup d’égards et lui inspirer un vif étonnement et une admiration pour le peuple qui lui prouve son amitié, après avoir prouvé sa force en châtiant son père», écrit Paul GONTY, dans le «XIXème siècle», un journal républicain.

Diaoulé est reçu, le 29 août 1886, par Jules GREVY (1807-1891), président de la République française. En France, Diaoulé est sous bonne escorte : «La présence à Paris, de Diaoulé Karamoko, m’avait fait envoyer en mission. Je devais servir d’intermédiaire, et au besoin d’interprète officiel» écrit Etienne PEROZ qui va accéder au grade de capitaine. Etienne PEROZ réussit à convaincre ses supérieurs qu’il fallait remettre en cause le traité de 1886, contrariant la progression des troupes coloniales à l’intérieur de l’Afrique : «Accepter un pareil traité, c’était nous fermer, à jamais, la libre navigation sur le fleuve supérieur, et étouffer à sa naissance même la prospérité de nos établissements de Niagassola et de Bamako (occupation en 1883)» écrit Etienne PEROZ. Suivant le traité du 23 mars 1887 de Bissandougou, Samory laisse aux Français toute liberté d'action sur une partie du Haut Niger : «Le 27 mars, Samory signait dans la capitale de ses Etats, au milieu de toute sa cour, le traité de protectorat, que je lui présentais, et qui nous assurait la protection de tout le Haut-Niger, actuellement joyau de notre immense empire africain» écrit Etienne PEROZ. Si Samory a été loyal à l’égard des Français, et a cessé de les attaquer, en revanche, les colons, dans leur stratégie de domination complète, ont continué d’attaquer ses bases arrière : «Samory demeura deux mois encore à Faroualia. Je ne voulu pas, pour sauvegarder notre prestige, aux yeux des Mandingues et des Bambaras, lui laisser le bénéfice d’une retraite volontaire. Nous mîmes tout de suite en œuvre tous nos moyens pour harceler ses bandes et tenir hors de leurs incursions la région. (…). Le seul camp Faroualia où se tenait Samory, était, par mon ordre, laissé dans une sécurité absolue» écrit Etienne PEROZ, le signataire du traité de Bissandougou.

En avril 1887, Samory entreprend le siège de Sikasso. Samory perd de nombreux soldats en raison de la famine, d’épidémies pendant l’hivernage et de valeureux guerriers, comme Kémé Bréma, meurent dans un guet-apens. Sikasso de Tiéba et Babemba TRAORE, avec leurs flèches empoisonnées n’ont pas plié. Il est vrai qu’ils sont soutenus par les Français ; ce qui sera officialisé par un traité du 18 juin 1888. Les colons français fomentent des troubles à l’intérieur des territoires, momentanément, délaissés par Samory et y répandent des rumeurs, pour démoraliser ses troupes. Samory sera contraint de lever le siège de Sikasso, un premier échec pour l’Almamy qui annonce le début du déclin de l’empire du Wassoulou. Samory accepte de placer son empire sous le protectorat français. Samory pensait, naïvement, qu’il pouvait continuer ses conquêtes vers Sikasso, des contrées non encore dominées par la France : «Samory nous fit des avances, non pas parce qu’il croyait en notre amitié, bonne pour lui en elle-même, mais contraint par la nécessité et seulement pour pouvoir tenir tête à Tiéba» écrit Louis ARCHINARD.

Jusqu’en 1890, la France n’avait pas de politique coloniale cohérente. Habitué à traiter en bonne intelligence avec les Anglais qui maintenaient les chefferies et privilégiaient le commerce, Samory n’avait pas mesuré la volonté́ des Français d’établir une domination totale et d’éradiquer les royaumes africains. Il est vrai que les colons, par manque de moyens humains et matériels et luttant sur plusieurs front ont hésité entre les négociations et la guerre. Mais quand, les Français ont été en position de force, ils ont imposé leur loi : «Depuis une quinzaine d’années que nous nous trouvons en présence de l’Almamy Malinké, Samory, nous l’avons eu tantôt en allié, tantôt comme ennemi. A l’heure actuelle, à la suite des dernières expéditions tentées contre lui, nous sommes obligés de le considérer comme un ennemi» écrit, en 1895, Edouard GUILLAUMET, dans son «projet de mission chez Samory».

La colonisation, par essence, c’est l’asservissement, un crime contre l’entendement humain : «Les Blancs ne communiquent avec les Noirs ou les jaunes que pour les asservir ou les massacrer. […] il nous importe, à nous français, de dénoncer avant tout les crimes commis en notre nom; il en va de notre honneur» écrit Anatole France en janvier 1909. Pour Pierre LEGENDRE, le seul obstacle majeur à la conquête coloniale en Afrique de l’Ouest, vient «du Bourgou, des Malinkés de Samory, le féroce marchand d’esclaves» dit-il dans son ouvrage, «La conquête de la France africaine», daté de 1903. En effet, la capacité de projeter des forces, puis d’opérer les conquêtes, est, d’emblée et à fort juste titre, posée comme inséparable et constitutive du phénomène colonial. La prédation et la brutalité sont même la condition première de sa possibilité ; ce qu’on appelle «la pacification» n’est autre que l’art de la guerre. «Pour dire les choses brutalement, les Européens devinrent rapidement les meilleurs dès lors qu’il s’agissait de tuer», écrit Jacques FREMEAUX. En France métropolitaine, après la crise du Boulangisme, la France se jette à fond dans la conquête coloniale. Le Soudan et la Guinée sont transformés en «un fief militaire où règne la gloire du sabre» écrit Yves PERSON. L’empire toucouleur au Mali étant liquidé et les Bambaras ralliés à la France, restait à résoudre l’épineuse question de la résistance de Samory. En 1891, les relations avec les Français se dégradent considérablement et la guerre reprend. Samory pratique alors la politique de la terre brûlée. Il ne laisse derrière lui que désolation pour décourager les Français de le poursuivre. Le colonel ARCHINARD ayant conquis sa capitale, Kankan, il gagne avec son peuple le nord de la Côte d'Ivoire et établit sa nouvelle résidence à Dabakala. En février 1892, un calme précaire règne, quand le fils de Samory attaque et massacre une colonne française. Elle avait quitté Grand-Bassam pour la cité commerciale Kong. En 1893, les troupes françaises se lancent, sans succès, aux trousses de Samory. C’est un échec pour HUMBERT, un Etat africain a affronté l’armée coloniale, sans s’effondrer aussitôt.

En 1894 des troupes dirigées par le commandant MONTEIL doivent battre en retraite contre l’armée de Samory. En 1897 Samory s’empare de la cité de Kong et il leur consenti des conditions d’occupation généreuses : «Sans y tenir une garnison, les sofas installés dans la ville, au nombre d’une centaine faisaient figure d’élèves coraniques» écrit Yves PERSON. A la suite d’une trahison de ses notables locaux, Samory attaque et détruit Kong le 23 mai 1897 ; les traitres sont massacrés. En effet, Samory avait encore conservé d’importants moyens militaires : «Il disposait de 4000 Sofas armés de fusils à tir rapide, 8000 possédant d’autres armes ; les uns et les autres constituant de bandes organisées, et 2000 cavaliers. En outre, il traînait avec lui 120 000 hommes, femmes, enfants captifs parmi lesquels 8000 armés de fusils à pierre et marchand en dehors de toute bande. Ce monde n’était nullement démoralisé ; tous étaient habitués, dès longtemps, à aller d’un point à un autre, au moindre signe du maître. Devant cette invasion, les forces de la région étaient trop faibles pour l’arrêter» telles sont les forces de Samory, que rapporte le Général Henri GOURAUD, en juin 1898. L’armée de Samory résiste héroïquement, mais ne remporte pas de victoire contre les colons méthodiques : «L’armée brave et dévouée qu’il a reconstruite, était la mieux armée, la plus efficace que le vieux monde soudanais ait jamais produite. Or, cette armée, malgré les armes modernes dont il l’avait pourvue, avait dû se contenter de ralentir les mouvements de l’ennemi, sans les repousser encore moins de les vaincre. Ce maigre succès, n’avait été obtenu que de prodiges de courage, et au prix de pertes effrayantes. Les Samoriens sortaient décimés de l’épreuve, alors que l’envahisseur n’avait payé qu’un tribut relativement modéré» écrit Yves PERSON.

Les Français vaincus militairement par l’armée de Samory, recherchent la ruse : diviser pour mieux régner. Ils exploitent, astucieusement, les différences religieuses et ethniques de l’empire du Wassoulou et utilisent les Africains contre les Africains. En 1894, Kabiné Kourouma et Assa Kaba rejoignent le camp des colons. L’Almamy engage des négociations avec Albert GRODET (1853-1933), administrateur du Soudan (Lettres du 2 juin 1894 au 27 juillet 1894), mais son fils, Diaoulé Karamoko, mène de son côté des pourparlers avec les Français, sans mandat, sans doute à leur instigation. Karamoko essaie de persuader son père de mettre fin à ses conquêtes ; il est profondément francophile. Soupçonné de trahison, Samory le somme de dédire ; il refusa et fut condamné à mort, malgré le soutien de son frère jumeau. En juillet 1894, Samory enferme Diaoulé dans une case, le prive de nourriture et de boisson, jusqu’à ce que mort s’en suive. Les Français se rapprochent des Britanniques pour se partager l’Afrique et mettre fin au commerce des armes. Les Bambaras, après la dislocation de l’empire Toucouleur au Mali, se sont mis du côté des Français. Samory s’enfonce vers l’Est avec pour objectif de conquérir la ville de Kong (en RCI), un point stratégique et commercial. Samory remporte, le 22 février 1895, une victoire contre les colons (12 tués, 42 blessés dont 4 Européens), le lieutenant-colonel Parfait-Louis MONTEIL (1855-1925) a la jambe cassée : «Pendant la colonne expéditionnaire de Kong, la proportion des indigènes blessés est trois fois, et la proportion des indigènes tués cinq fois supérieure à celle de la campagne du Dahomey» écrit Parfait-Louis MONTEIL, dans son récit de ce combat.

Les Français soupçonnent Samory de conquérir Ségou à leurs dépens «Grisés par ses précédentes conquêtes, il regardait déjà les provinces qui ont formé notre colonie du Soudan. Avant tout nous étions coupables à ses yeux d’être venus au Soudan» écrit Louis ARCHINARD. Ce climat délétère a favorisé l’assassinat d’un militaire français, Paul BRAULOT (1861-1897), le 20 août 1897, à Bouna (en RCI, près du Ghana), dans des conditions non encore élucidées, Samory en est tenu responsable : «Samory avait organisé un guet-apens dans lequel furent massacrés le capitaine Braulot et le détachement qu’il menait contre l’important centre commercial de Bouna. Il est établi que ce fut Sara N’Tiéni Mory, fils de Samory, qui donna le signal des hostilités, alors que son père prétend qu’il eut simplement une méprise» écrit le colonel TRENTINIAN. Les Français veulent en finir avec Samory et essaient de soulever la population contre l’Almamy. Le 18 mai 1898, Samory détruit Kong. En mai 1898, les Français occupent, à nouveau, cette ville. L’empereur continue à Bobo-Dioulasso où se sont repliés ses ennemis. Parallèlement à cela, les Français ont détruit au canon, le 2 mai 1898, la citadelle de Sikasso, sous le règne de Babemba TRAORE (1855-1898), un personnage emblématique de l’histoire du Mali, jugé trop proche de Samory : «Babemba nous assura de ses bonnes dispositions et tout en osant promettre un concours éventuel de ses troupes contre Samory. Mais ces bonnes dispositions ne furent pas de longue durée. On apprit que, gagné par Samory, il avait permis, sinon facilité, le passage dans ses Etats des chevaux recrutés par l’armée de l’Almamy. Le capitaine Morrisson devait exiger qu’il donna comme gage de sa soumission, l’acceptation d’une garnison à Sikasso» écrit le Comité de l’Afrique française. Babemba se suicide et la destruction de cette citadelle isolent encore un peu plus Samory, renonçant à la lutte contre les Français. Il quitte le 12 juin 1898, le tata de Bandoura sur le Bandama, disposant encore d’une importante armée, l’Almamy s’enfonce dans la forêt, pour rejoindre le pays des Tomas, au Libéria. Il devient ainsi, un homme traqué, comme une bête, blessée mais encore dangereuse. Les colons tiennent à le capturer vivant : «Le moment est donc venu de débarrasser l’Afrique de ce fléau. Il faudrait un mince effort pour en finir avec Samory» écrit en juin 1898, le Comité de l’Afrique française.

Les vivres manquaient et les soldats commencent à rançonner la population. Samory est capturé, sur renseignement de Sofas déserteurs, à Guélémou, à la frontière entre la Côte-d’Ivoire et le Libéria, le 29 septembre 1898 : «Vers 7 h, nous débouchions sur une pente dénudée : à nos pieds s’ouvre une plaine verdoyante. «Le sofa déserteur me dit, en me les montrant, c’est lui !». Samory qui, selon son habitude lisait le Coran devant sa case, entendant la rumeur produite dans le camp par l’apparition des tirailleurs, s’est levé. Il aperçoit les chéchias et dans le saisissement extrême de la surprise, ne prend pas le temps de saisir une arme dans sa case, où se trouvent plusieurs fusils et un revolver chargé. L’Almamy dit aux tirailleurs de le tuer. Il n’a pas été tiré un seul coup de fusil», écrit GOURAUD, subitement devenu général. C’est la fameuse «gloire du sabre» qu’évoque Paul VIGNE-OCTON, un anticolonialiste. La capture de Samory, avec sa famille et ses soldats et la fin de la rivalité franco-britannique dans la sous-région, viennent à point nommé par la métropole. L’affaire Dreyfus est à son paroxysme et l’affaire Fachoda risquait de provoquer une guerre avec l’Angleterre. Le parti colonial jubile : «La destruction de la puissance de Samory ouvre l’ère de la mise en valeur de l’Afrique Occidentale. L’histoire de la colonisation de notre empire soudanais ne fait que commencer» écrit TRENTINIAN, lieutenant-gouverneur du Soudan. A Kayes, devenu général, Edgard TRENTINIAN donne lecture à Samory, au palais du gouverneur, devant les troupes coloniales et une partie de la population, le 22 décembre 1898, à Samory la sentence de sa punition, en le tutoyant : «Tu as été le plus cruel des hommes qui se soient vus au Soudan. Tu as agi comme une bête féroce. Mais les braves Français qui t’ont fait prisonnier, vous serez déporté sur une terre africaine si lointaine qu’on ignorera ton nom et tes forfaits». Samory est ainsi décrit lors de la lecture de la sentence «Les yeux sont vifs et cruels, la bouche est énorme, garnie au surplus, de deux rangées de dents intactes, serrées, blanches comme neige : une bouche d’ogre. Un turban sombre surmonte la tête, laissant flotter quelques petits pans, à la façon bédouine» écrit Félix DUBOIS, un journaliste du Figaro, présent à la cérémonie. Samory, condamné pour l’assassinat de BRAULOT, est transféré à Saint-Louis du Sénégal, le 4 janvier 1899. Samory devait partir en déportation sur le Gabon, le 20 janvier 1899, mais la veille, il se plante un couteau. Il sera soigné pendant 10 jours à Saint-Louis. Finalement, Samory s’embarque le 5 février 1899, pour le Gabon et y arrive en mars 1899. Dans le cercle de N’Djolé, il est isolé dans une petite île de Missanga, située au milieu du fleuve. Samory TOURE meurt le 2 juin 1900, à 16 h 45, d’une broncho-pneumonie, dit-on, dans l’île de N’Djolé, dans le moyen Ogooué : «La rupture était d’abord morale, car ce puissant constructeur d’empire se trouvait à une surveillance étroite et tatillonne, réduit à une inaction sans espoir. Mais elle était aussi physique, car ce fils du Soudan se trouvait relégué au cœur de la forêt la plus malsaine d’Afrique noire. Il lui fallu transformer radicalement son régime alimentaire» écrit Yves PERSON. Cheikh Ahmadou Bamba BA, déporté à cette période au Gabon, fera une prière des morts pour Samory, dont les cendres ont été rapatriés en Guinée, par Sékou TOURE, en 1968, à la mosquée Fayçal, aux côtés d’Alpha Yaya DIALLO (1830-1912), guerrier peul, roi de Labé, mort en déportation.  

Quel héritage pour cette vaillante résistance de Samory ?

L’héritage de Samory, pour une Afrique souveraine et indépendante et plus que jamais prégnante. Le continent noir, riche de ses matières premières, est toujours, 60 ans après les indépendances, dans la servitude et l’esclavage. Samory s’était révolté contre cet état de fait, d’autres ont préféré de se coucher devant le libéralisme prédateur et triomphant.

En hommage à ce grand résistant, SEMBENE Ousmane (1923-2007), un cinéaste sénégalais, avait rêvé de faire un grand film historique. Dans sa recherche de ce héros, SEMBENE a pensé réhabiliter, fondamentalement, l’Almamy Samory TOURE. Il a rassemblé, pendant 30 ans, une importante documentation et s’est rendu en Guinée, en Côte-d’Ivoire et au Gabon.

La littérature africaine a célébré Samory. Ainsi, Ahmadou KOUROUMA (1927-2003), un écrivain ivoirien, dans «Monné, outrages et défis» a rendu hommage à ce grand résistant. Héros panafricain, Samory est aussi dans cette littérature, ambivalent, pour les dévastations qu’il a opérées. Pour la diaspora africaine, Ta-Nehesi COATES, un journaliste et écrivain noir américain, donnera le prénom de Samori à son fils. Dans un roman épistolaire, «une colère noire», une adresse à son fils, Ta-Nehesi COATES écrit : «Samori, la lutte est inscrite en toi. Samori, tu portes le         nom de Samory Touré, qui a lutté contre les colonisateurs français pour le droit de jouir de son propre corps noir». Cet auteur, dans une revendication identitaire, d’égalité des droits, se place sous l’angle d’un manifeste «Voilà tes racines de Noir : ne t’endors pas, c’est une question de survie».

Sous le président Sékou TOURE, un billet de la monnaie nationale 100 Sylis est tiré à Samory, dès le 1er mars 1960 et des statues sont érigées en son hommage. L’orchestre Bembeya Jazz National chantera, à la gloire de Samory, dans un album «Regard du passé» datant de 1969 : «L’air que vous entendez est une composition en l’honneur de l’empereur du Wassoulou, l’Almamy Samory Touré, dont la lutte anti-colonialiste a donné naissance aux plus belles chansons de geste d’Afrique. Ecoutez, écoutez fils d’Afrique, écoutez femmes d’Afrique, écoutez aussi jeunes d’Afrique, espoir de demain, une page de la glorieuse histoire africaine» chante le Bembeya JazzCet orchestre entonne, en français : «Il est des hommes qui, bien que physiquement absents, continuent et continueront à vivre éternellement dans le cœur de leurs semblables. Le colonialisme pour justifier sa domination les a dépeint sous les traits de rois sanguinaires et sauvages. Mais, traversant la nuit des temps, leur histoire nous est parvenue dans toute sa gloire». KOUYATE Sory Kandia (1933-1977) a magnifié Samory à travers «Kémé Bourama», un demi-frère de l’Almamy, grand guerrier et artisan de ses nombreuses victoires, mort à Sikasso. Dans ces chansons, ce qui est célébré, c’est Samori le nationaliste, le panafricaniste et ce grand résistant. «Samori Touré, ils t’ont tué́, Almami Touré, ils t’ont eu !» chante Alpha Blondy, un Ivoirien, dans «Bory Samory».

Bibliographie sélective

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QUIQUANDON (F), «Guerre contre Samory (1887-88)», siège de Sikasso, Bulletin, société de géographie commerciale de Bordeaux, 18 juillet 1892, pages 417-426 ;

RAMBAUD (Alfred), «La campagne de 1891 contre Ahmadou et Samory», Revue politique et littéraire, Revue Bleue, 2ème semestre 1891, pages 819-827 ;

ROUARD de CARD (Edgard), Les Traités de protectorat conclus par la France en Afrique : 1870-1895, Paris, A. Pedone, 1897, 237 pages, spéc sur les traités avec Samory pages 146- 157, avec Tiéba Traoré, pages 142-146 ;

SURET-CANALE (Jean), «Découverte de Samori», Cahiers d’études africaines, 1977, vol n°66-67, pages 381-388 ;

SURET-CANALE (Jean), «L'almamy Samory Touré», Recherches africaines, Études guinéennes, 1959, no1-4, pages 18-22 ;

SURET-CANALE (Jean), Afrique Noire, Occidentale et Centrale, Paris, Éditions sociales, 1968, page 274-275 ;

TRENTINIAN (Edgar, Colonel), «Le massacre de la colonne Braulot», Bulletin du Comité de l’Afrique Française, mai 1898, n°5,  page 161 ;

TRENTINIAN (Edgar, Général) «La capture de Samory», Bulletin du Comité de l’Afrique Française, novembre 1898, n°11, pages 362-363, 385-387 et décembre 1898, n°12, 405-406 ; voir aussi E CHAUDIE, «Capture et procès de Samory», B.C.A.F., janvier 1900, n°1, pages 7-11 ;

VIGNE D’OCTON (Paul-Etienne), La Gloire du sabre, préface d’Urbain Gohier, Paris, Flammarion, 1900, 253 pages et, Paris, Quintette, 1984, introduction Jean Suret-Canale, illustration de Cabu, 152 pages.

Paris, le 11 février 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«L’Almamy Samory TOURE (1830-1900), résistant et empereur du Wassoulou» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 15:34

Méconnu du grand public, presque tombé dans l’oubli et marginalisé pour sa résistance au colonisateur, Maba Diakhou BA est pourtant l’une des plus grandes figures de l’histoire du Sénégal, un héros national. En effet, il avait pour ambition de protéger le cultivateur qui était au bas de l'échelle des castes, et voulait unifier et établir une justice, des règles afin de supprimer l'anarchie entre royaumes voisins et générée par les guerriers. Pour cela, il entreprit d'islamiser les populations animistes afin de les fédérer par une seule religion avec des règles pour tous : «Mettant ses dons au service de la foi, il (Maba) galvanise la résistance et balaye les monarchies décadentes qui s’accommodent de la situation. Il insuffle la vigueur régénératrice de l’Islam à des populations fascinées par sa pratique de la religion, son sens de la justice, sa stratégie habile de guerrier infatigable. Le champ de son action  s’étend des rives du Sénégal à celles de la Gambie» écrit le professeur Iba Der THIAM.

Les écrits des coloniaux sur l’histoire du Sénégal, et notamment sur Maba Diakhou, sont empreints de calomnies, d’instrumentalisation et de mensonges. C’est l’histoire écrite par le Maître, le vainqueur : «Dans les régions où n’existe pas l’écriture et où par conséquent la mémoire des faits historiques ne peut se conserver que par la tradition, l’histoire proprement dite n’existe pas. Les faits réels se transforment vite en légende et ne sont rapportés avec exactitude que pendant un nombre d’années limitées» écrit J. BOURGEAU, en 1933, dans son étude «Note sur la coutume des Sérères du Sine et du Saloum». Cependant, et en dépit de leur parti pris, les écrits des coloniaux nécessitant une distanciation, sont parfois des témoignages irremplaçables. Ainsi, Léon FAIDHERBE (1818-1889), gouverneur du Sénégal, dans son ouvrage «Le Sénégal, la France dans l’Afrique Occidentale» daté de 1889, consacre des développements substantiels sur Maba Diakhou BA, un formidable résistant contre la colonisation du Sénégal. En effet, Léon FAIDEHERBE, lui le colonisateur né à Lille, présente Maba comme étant un étranger : «Quant à Macodou (FALL), rallié à Maba, marabout de la Gambie, il envahissait le Saloum et faisait pressentir des projets sur le Baol» écrit-il. L’alliance entre Maba et Lat-Dior DIOP (1842-1886) a fait de lui l’ennemi numéro «contre lequel la colonie avait à se défendre». Maba est décrit par le colonisateur comme un fanatique, un ambitieux et un pillard, un brigand : «Comme El  Hadji Omar, et les prêcheurs de guerre sainte, Maba était originaire du Fouta. Comme eux encore, avec des pratiques religieuses faites avec ostentation, parfois des prédications violentes, il avait su réunir, autour de lui, une petite armée de fanatiques, avec laquelle, en 1861, il s’empara du Rip, province du Saloum» écrit Léon FAIDHERBE. Cependant, il reconnaît le charisme et le prestige de Maba : «Le prestige qu’exerçait Maba sur les populations ignorantes et superstitieuses du Cayor, du Baol et du Sine, que nous voulions protéger contre ces attaques, était considérable» écrit FAIDHERBE. Il ne faudrait pas omettre les écrits d’Emile PINET-LAPRADE (1822-1869), gouverneur de Gorée, puis du Sénégal en 1865, qui a combattu Maba Diakhou, notamment à travers sa «Notice sur les Sérères» et divers rapports relatant ces affrontements. On y trouve de précieux renseignements sur la fameuse bataille de Somb. J. AURAS et Camille GUY ont consacré des développements historiques sur le Saloum. Alexandre SABATIER a établi notamment une bonne chronologie des faits.

Comme l’influence de Maba Diakhou dépassait le cadre territorial du Sénégal actuel, des auteurs anglophones se sont intéressés à sa lutte contre le colonisateur français. C’est le cas de Mme Ginette BA-CURRY, dans son ouvrage de 2011 : «In Search of Maba» (A la recherche de Maba) et celui de A. Klein MARTIN, «Islam and Imperialism» bien documenté.

Tamsir Ousmane BA, directeur de l’école de M’Boss, près de Guinguinéo, fils de Mamadou Lana BA et petit-fils de Mamour N’Dary BA, lui-même frère de Maba Diakhou BA, a fait, en 1957, œuvre d’historien. «L’histoire locale avait, jusqu’ici, exclusivement en AOF, l’apanage d’auteurs européens qui, forcément, ne présentaient des faits, même avec la meilleure volonté d’impartialité, que le point de vue français. Nous commençons, désormais, grâce à de telles études telles que celles que nous publions ici (essai historique sur le Rip) à connaître le point de vue africain, non seulement le passé lointain de notre pays, mais sur la période de la conquête. Les témoins oculaires de cette dernière sont morts, mais la tradition est bien vivante de cette époque héroïque. (…) Ce travail n’est pas véritablement une page d’histoire parce que le nombre des faits surpasse celui des dates ; c’est plutôt une conversation destinée à faire connaître à la postérité les difficultés rencontrées pour asseoir au Rip la religion musulmane» écrit-il dans «essai historique sur le Rip (Sénégal)». Tamsir Ousmane BA tire l’essentiel de ses renseignements sur Abdoulaye Insa BA recueillis auprès des générations précédentes qui avait participé à l’action de Maba. Tamsir Ousmane BA a retracé la période légendaire du Rip avant l’Islam, mais aussi l’Islam dans le Rip, sous Maba Diakhou BA. Charles BECKER et Victor MARTIN ont retranscrit et fait publier, en 1974 le témoignage d’Abou Bouri BA, chef d’arrondissement à Toubakouta et petit-fils de Mamour N’Dary BA, intitulé : «essai sur l’histoire du Saloum et du Rip». Dans cet article, instructif, Abdou Bouri BA retrace l’histoire du Saloum et du Badibou, mais aussi la lutte menée par Maba Diakhou BA et ses successeurs.

Des historiens africains se sont intéressés à la résistance de Maba Diakhou BA contre le colonisateur. L’historien, le professeur Iba Der THIAM a consacré un ouvrage complet sur Maba Diakhou, mais a surévalué le rôle de Lat-Dior. En effet, Lat-Dior, après sa défaite, le 12 janvier 1864, à Loro, expulsé du Cayor, le Bour Sine refusant de l’accueillir, c’est finalement Maba qui lui accorde l’asile. Lat-Dior, accompagné de son conseiller, Demba War SALL et de Youga Fally DIENG, chef des Tiédo, doit se convertir à l’Islam et se raser la tête. Dans sa thèse sur l’Islam au Sénégal, El Hadj Ravane M’BAYE a consacré des développements substantiels sur le sujet. Cheikh Tidjane SY a montré la filiation entre Maba Diakhou et le mouridisme, et il s’est évertué aussi de montrer que le colonialisme, dans sa dimension impérialiste ne pouvait pas tolérer le nationalisme de cet Almamy du Rip. En 1863 après l’expédition au Baol, Maba Diakhou BA fit la proposition à Mame Mor Anta Sally, père de Cheikh Amadou Bamba BA (1850-1927), de venir s’installer au RIP, de devenir un Cadi, un juge islamique et percepteur des enfants de Maba. Il accepta, et c’est ainsi qu’il fonda Porokhane où est enterrée, en 1866, Mame Diarra BOUSSO, son épouse, morte à l’âge de 33 ans. El Hadji Abdoulaye NIASSE, le père d’El Hadji Ibrahima NIASSE, répond à un poste de juge islamique et fonde le village des Niassène.

Maba Diakhou BA, né en 1809, à Taoua, mort le 18 juillet 1867 à Somb, est un marabout du Badibou ou Rip, disciple d'Oumar TALL, devenu almamy du Saloum. C’est un descendant de Coly Tenguella BA, de la dynastie des Déniankobé. Pour Cheikh Tidiane SY son vrai prénom c’est «Amadi» qui reprend le point de vue d’Alexandre SABATIER qui écrit «Cet indigène, comme El Hadji Omar, et tous les prêcheurs de la guerre sainte, dont le nom était Amady BA et qu’on a nommé par abréviation Ma Ba, était d’une famille originaire du Fouta sénégalais». Maba est fils de N’Diogou BA, un marabout originaire du Fouta-Toro, avait quitté le Djolof où il s’était fixé, pour venir s’installer dans le Rip et fonder un village dénommé Taoua. Emile PINET-LAPRADE a contesté les origines aristocratiques de Maba : «Cet homme, originaire du Fouta, n’est point de haute naissance» écrit-il.

Cependant, Tamsir Ousmane BA a établi la généalogie de Maba Diakhou qui se rattache bien aux Peuls Déniankobé de Coly Tenguella BA : «De Koly est descendu Pathé Douloh (en passant par Yéro, Sawalamo (Sawa Lamou) et Boudia) qui, devenu musulman, sous le nom de Ibrahima BA, fut chassé par ses frères. Pathé eut trois enfants : Maba Peinda, sans postérité, et Ndiogou Penda. N’Diogou laissa au monde Maba Diakhou, Mamour N’Dary et d’autres enfants» écrit-il. Alexandre SABATIER avait dégagé cette généalogie «Son grand-père, Ibrahima BA, était un Toucouleur de Bosseiabé qui quitta son pays et vint s’établir en qualité de marabout, dans le Djolof, pour y faire des prosélytes et vendre des amulettes. Son fils, N’Diogou BA, père d’Amady BA, abandonna le Djolof après la mort de son père, qui lui avait laissé des biens assez considérables, et vint fonder, avec sa famille et ses captifs, le village de Taoua, dans le Rip». Pour Iba Der THIAM la famille de Maba était originaire de Guédé. En fait, les ancêtres de Maba étaient originaires de Agnam Godo, dans l’arrondissement d’Agnam Civol, région de Matam ; c’était le fief historique des Satiguis dans le Fouta-Toro. En effet, à la mort de Coly Tenguella, à Diara, il fut remplacé par Yéro Coly Diam, qui lui-même aura comme successeur son frère, Samba Yéro Coly, plus connu sous le nom de Sawa Lamou qui régnera 20 ans. Les descendants de Coly Tenguella régneront, tant bien que mal sur le Fouta-Toro jusqu’en 1812, date à laquelle l’Almamy Abdelkader KANE les aura vaincus, définitivement.

Sa mère, Diakhou DIEYE, est une Sérère native du Djolof. Dans les temps anciens, l’empire du Djolof s’étendait sur le Baol, le Sine et le Saloum. Les Mandingues commerçants et en partie animistes, ont traversé la Gambie et le Saloum, les Ouolofs et les Sérères à la suite de la dislocation de l’empire du Djolof, les Peuls et Foutankais islamisés d’Aly Bana SALL, le père Ely Bana a été assassiné par Coly Tenguella BA, tous vivaient en symbiose dans cette région. Le Sine et le Saloum, divisés historiquement en royaumes distincts, et souvent ennemis, sont un seul et même ensemble géographique.

Comme les enfants de sa génération, natif du Badibou, à 7 ans, vers 1816, il entame une formation coranique au Cayor, dans le MBakhol, auprès d’un marabout du village de Lagnar. Pour ses études, «il se signale par son intelligence, son ardeur au travail et ses activités sur les champs de son marabout» écrit Cheikh Tidiane SY, dans sa thèse. A cette époque, le Cayor, un régime despotique, est traversé par des dissensions entre les païens et les musulmans. Un jour, Maba, alors qu’il était dans la propriété de son marabout, vit un guerrier Tiéddo venir piller la récolte de son maître. Une bataille s’engage entre eux et Maba tue ce guerrier du Damel du Cayor. Maba s’en sort avec une amende, il aura la vie sauve, grâce à l’intervention de Goné Latir, la mère de Lat-Dior.

Vers 1829, une fois ses études coraniques terminées, le jeune Maba ne rentre pas au RIP, mais se dirige vers le Djolof. C’est donc au Djolof, qu’il épouse Maty N’DIAYE, une des nièces du Bourba (roi) du Djolof. En raison de son long séjour dans cette contrée, et sur insistance de son frère aînée, il consent à retourner au Badibou. Au Saloum, une région encore dominée par l’animisme, il ouvre une école coranique et acquiert une importante notoriété auprès de l’aristocratie des grandes familles. Mais en raison de la méfiance de la famille royale animiste, il dut émigrer et fonder, avec l’aide d’un mandingue, Maktar Kala DRAME, le village de Sam, communément appelé «Keur Maba».

Une rencontre décisive dans la vie de Maba est celle de 1848 avec El Hadji Omar TALL, après son séjour à la Mecque, lors de passage à Kabakoto. La pierre sur laquelle El Hadji Omar avait fait ses ablutions, à Kabakoto, est devenue un objet de vénération. En effet, El Hadji Omar TALL fait de Maba le chef de la confrérie Tidjiane au Saloum : «Tu seras, dans ce pays, le représentant de l’ordre Tidjane» lui dit-il. Les deux marabouts engagent une retraite spirituelle de trois jours (Kalwa) et au terme de laquelle, El Hadji Omar TALL lui fit cette révélation : «Dans un avenir proche, nous serons des prêcheurs de la guerre sainte, nous serons la terreur des païens. Fais donc la guerre sainte, mais que le Sine soit ta dernière cible. Le Sérère du Sine est idolâtre, mais il est honnête et travailleur. Il est donc à respecter». En effet, les Sérères sont réputés pour être de grands «batailleurs» suivant J. CARLUS. Maba engage alors la guerre sainte au Saloum, contre la famille régnante depuis plus de quatre siècles, les MARONE, d’origine mandingue, le roi est tué en 1861. Maba baptise la région en RIP, en hommage au Nioro du RIP du Mali, conquis par El Hadji Omar TALL. Il se proclame Almamy, le commandeur des croyants et installe un pouvoir théocratique. Le colonisateur britannique, en Gambie, Georges Abbas Kooli D’ARCY, lui fournit des armes. La démarche de Maba est révolutionnaire dans une région soumise à l’arbitraire, au paganisme, aux pillages et aux razzias : «Considéré comme un envoyé, avec un pouvoir charismatique, Maba fit de la religion musulmane une force de mobilisation considérable. Il donna à son mouvement une signification essentiellement religieuse, mais il avait, en fait, à lutter contre deux situations bien nettes : la domination Soninké et la pénétration du commerce impérialiste» écrit Cheikh Tidiane SY. En 1862, à la suite d’une révolte au Nuimi (royaume de Barra, Gambie), un traité de paix sera signé avec l’intervention des Britanniques. Maba conforte ainsi son autorité sur l’aristocratie mandingue. En 1862, accompagné de Macodou, et une puissante armée, Samba Laobé FALL s’enfuit et se réfugie au poste militaire français à Kaolack. Macodou est proclamé Bour du Saloum et à sa mort, en 1863, Maba avait déjà conforté son autorité dans cette partie du Sénégal.

En 1848, le colonisateur français jusqu’ici installé sur les cotes sénégalaises commence à organiser la conquête de l’intérieur du pays. En 1859, Gorée et jusqu’à Sierra-Leone sont remis à l’autorité du chef de bataillon de génie, PINET-LAPRADE. A cette époque, les comptoirs français du Cayor, du Sine et du Saloum, sont soumis à des «méfaits, exactions et humiliations» suivant Alexandre SABATIER.

Maba contrariait déjà le colonisateur dont le projet était de mobiliser une main-d’œuvre à bon marché pour la culture de l’arachide. L’année 1864 est marquée par une grande famine en raison des sauterelles qui ont ravagé les récoltes. Conscient de cette menace contre leurs intérêts, FAIDHERBE écrit en mai 1864 à Maba Diakhou «Vous n’êtes pas de ces faux marabouts qui, sous le prétexte de guerre sainte, font la guerre simplement pour piller le pays et s’emparer des femmes et des enfants dans le but de les vendre. Le Saloum était un pays quotidiennement détruit par ses propres chefs. Aujourd’hui, vous en êtes le maître. J’espère que vous allez faire régner la paix, la justice, le travail et que le commerce y sera prospère. Commence par organiser le Saloum avant d’entreprendre la conquête d’autres pays avec lesquels nous avons d’étroites relations d’amitié et que personne ne peut toucher» écrit-il. «Je suis un simple disciple, qui agit dans le dessein de servir Dieu» répond Maba. En octobre 1864, le colonisateur reconnaît Maba en qualité d’Almamy, chef du Badibou et du Saloum, à condition de maintenir les concessions commerciales françaises. Emile PINET-LAPRADE posait une condition, l’éviction de Macodou FALL «Je pense que la Révolution accomplie, au nom de la civilisation musulmane contre despotisme aveugle et brutal des Tiéddo serait favorable aux populations Wolof soumises à ce despotisme, et en conséquence, au développement du commerce. Seulement nous ne pourrons pas traiter avec Maba, et il faudrait que cela soit clair pour ces Musulmans que nous resterons neutres si seulement Macodou est expulsé de leurs rangs». Le vrai objectif de Maba est de lutter contre le paganisme, pour faire triompher l’Islam. FAIDHERBE, se fondant sur les bases-arrières de Maba en Gambie, le qualifie «d’étranger». En fait, les motivations religieuses de Maba, un leader intransigeant, ne pouvaient que contrarier le déroulement du commerce du colonisateur : «Suivant le Coran, déclare la guerre aux infidèles qui sont près de toi. Nous avons confiance en Dieu, car Lui est immortel et nous a dit de compter sur Lui. Car, c’est Dieu, et non ses serviteurs, qui apportera le bonheur et le bien-être suprême».

Maba Diakhou BA s’empara, en 1861, du Rip, une province du Saloum, il s’était allié à Macodou FALL, un ancien Damel du Cayor, évincé de son trône par les colons, après sa défaite de Kouré du 29 mai 1861, au profit de Madiodio FALL. Maba prit Kahone et y plaça Madiodio, lequel, grisé par le pouvoir retrouvé, se remit à boire des alcools forts. Maba l’expulsa de son territoire en 1862. Madiodio alla se réfugier au Sine, où il meurt en juin 1863. Une attaque de Maba sera dirigée, le 3 octobre 1862, contre la garnison de Kaolack, où s’était réfugié Samba Laobé FALL, un neveu de Lat-Dior, ce dernier meurt le 6 octobre 1886, à Tivaoune ; ce qui fait de Maba, à partir de cette date, un maître incontesté du Saloum. Les Français n’ayant pas les forces nécessaires pour combattre Maba, sont contraints de conclure un traité avec lui, le 27 décembre 1864, reconnaissant son titre de «chef du Badibou et du Saloum, et Almamy» de ces contrées. L’engagement est pris de «gouverner avec justice et bonté, sans faire de distinction entre les marabouts et les Tiédo». Le traité fondé sur la liberté de commerce, interdisait à Maba, d’attaquer les territoires sénégalais, sous domination française. Cependant, Maba, en homme libre, poursuivra ses conquêtes en attaquant le Baol et le Djolof ; il menaçait le Cayor et le Diambour et voulait établir une jonction des luttes avec l’Almamy du Fouta-Toro et les Maures du Trarza «Lam-Toro, je t’envoie ce messager pour demander de répondre à l’appel de Dieu. Je demande aux gens du Fouta qui ont quelque chose (armes) à me vendre pour aider au triomphe de la religion» écrit-il. Le colonisateur, dans une lettre du 13 août 1865, somme Maba de s’expliquer sur ces incursions «J’ai appris que tu as envahi le Djolof, ce qui me surprend beaucoup, car le traité que tu as signé en décembre dernier te faisait obligation de respecter les droits de tes pairs. Je te demande de me dire pourquoi tu n’as pas tenu ta promesse». Cette comminatoire, avec un tutoiement, a été mal vécue par Maba qui a répondu, sèchement : «Les gens du Djolof captivent des hommes libres, les vendent et leur enlèvent les chevaux, pour razzier le Saloum. Ainsi, ils tuent ou réduisent à l’esclavage tous les musulmans qui veulent revenir chez moi. J’ai envoyé trois messagers au Bour du Djolof qui les laissa toujours faire. Voila pourquoi je suis venu ici. Par ailleurs, je te fais savoir que ni le Djolof, ni le Sine, ni le Saloum ne t’appartiennent. S’ils sont ta propriété, empêche donc les dommages imprescriptibles que les non-musulmans causent aux musulmans. Ne m’envoies plus de messagers au sujet des non-musulmans. Ne te mêle point de cette affaire. Car je ne m’immisce pas dans les affaires du Cayor, que je considère comme ta possession. Si tu surestimes la puissance de ton armée, sache que l’armée de Dieu est plus forte que la tienne» écrit Maba.

Maba voulait donc créer une vaste coalition contre les Français «Il songeait, dès cette époque, à créer sous son égide, une vaste confédération musulmane destiné à arrêter notre expansion et briser, définitivement, notre puissance au Sénégal. L’heure était grave et une nouvelle entrée en campagne fut jugée nécessaire» écrit Alexandre SABATIER. Dans ces conditions, le colonisateur craignant de lutter sur plusieurs fronts, considère que  Maba est devenu l’ennemi public n°1 : «En présence d’un pareil danger, il n’était plus possible de conserver de doute sur la nécessité d’agir, vigoureusement, contre Maba» écrit le colonisateur dans les «Annales sénégalaises» de 1854-1885. Le 28 octobre 1865 le colonisateur envoie 2000 cavaliers et 4000 fantassins à la garnison de Kaolack : «Le prestige qu’exerçait Maba sur les populations ignorantes et superstitieuses était considérable. Il fallait frapper leur imagination par la vue de nos colonnes traversant leur pays» écrit le colonisateur. Peinda Thioro, roi de N’Goye et Baye M’Bayar pactisèrent avec le colon. Cependant, l’attaque contre Maba se solda par un cuisant échec «Un quart de l’effectif des compagnies fut tué ou blessé. Le gouverneur (PINET-LAPRADE),  lui-même, reçut un coup de feu à l’épaule gauche» écrit un rapport. «L’ennemi défendait ses positions avec ténacité» écrit Alexandre SABATIER. Par cette expédition de novembre 1865, le traité de paix avec Maba devient caduc. Le colonisateur entreprend une grande opération de communication, en diffusant largement une lettre rédigée en français et en arabe, avec la complicité de Bou El Mogdad, pour discréditer Maba auprès de ses partisans «Personne n’ignore que Maba partit il y a de cela 4 ans des bords de la Gambie en annonçant le projet d’affranchir les vrais musulmans du joug des Tiédos. Il se disait inspiré par le Dieu de Mahomet, mais il n’a pas tardé à prouver qu’il est un imposteur et un brigand» lettre reproduite dans le Moniteur du Sénégal et dépendances de 1865. Le colonisateur sentant ses intérêts compromis, menace Maba «En présence d’un tel danger, il n’est plus besoin d’hésiter» écrit-il.

La stratégie du colonisateur, en ce milieu du XIXème siècle, avec peu de moyens, a été d’appliquer une devise efficace «diviser, pour mieux régner». Maba voulait rétablir Lat-Dior sur son trône, mais n’avait pas assez de ressources. En conséquence, Maba lance un appel au Fouta-Toro pour réunifier toutes les forces sénégalaises opposées au colonialisme : «Peuple du Fouta, tous ceux qui, parmi eux ont quelque chose à vendre, qu’ils me le vendent ; cela servira la religion de notre Dieu qui a promis de protéger tous ceux qui défendent sa religion» écrit-il à l’Almamy du Fouta-Toro.  Les Français conscients du danger attaquent la ville de Maka édifiée par Maba et ont tenté, vainement, de l’assassiner dans sa capitale. En février 1866, Emile PINET-LAPRADE, nommé gouverneur du Sénégal, voulant en finir avec Maba, s’allie, plus que jamais avec Coumba N’Doffène DIOUF «Notre longue amitié m’a fait penser à vous pour restaurer cet ancien royaume Sérère. Je vous autorise à entrer dans le pays avec votre armée, d’en chasser les quelques voleurs que vous y trouverez et de fonder des villages à votre convenance» écrit-il au Bour Sine. Cette coalition anti-Maba est étendue au Bourba du Djolof.

En 1865, Maba Diakhou décide d'attaquer d'autres provinces du Saloum, car il constate l'échec des marabouts guerriers, qui sont également ses généraux. Maba Diakhou livre combat à Thikat, et incendie plusieurs villes, dont Kahone, capitale du royaume du Saloum. Après sa victoire à la bataille de Ndiob, il attaque Kaolack avec ses troupes, et se rend maître d'une partie de la province du N’doucoumane, à majorité musulmane. Maba et ses troupes sont victorieuses en allant combattre à Djilor, puis à Mbam. Maba repousse les attaques des princes des royaumes mandingues du Wouli et du Kiang, venus en aide à la noblesse déchue du Rip. Les troupes de Maba assiègent, avec succès, la forteresse de Tounkou, même si Maba est blessé. Maba remporte la bataille de Kwinella, mais perd celle de Koubandar. À Berending, les troupes de Maba tuent le prince mandingue Sadio Yira, qui voulait récupérer le Rip. Maba Diakhou reste ainsi Almamy du Rip. Maba Diakhou BA, ne put se rendre maître de tout le Saloum, car les Thiédo de la couronne défendaient farouchement l'aristocratie et leurs territoires principaux.

Le professeur Iba Der THIAM donne une explication presque fantaisiste, de la bataille de Somb, qui serait due, à l’imprudence de Lat-Dior, en attaquant le roi du Sine, par surprise. En effet, suivant cet historien, Lat-Dior DIOP voulait venger, mais vainement, l'affront que lui avait fait subir le Maad a Sinig Coumba Ndoffène Famak DIOUF, roi du Sine, plus connu sous le nom : Bour Sine Coumba Ndoffène Famak DIOUF. Rappelons que, le Bour Sine avait refusé d’accueillir Lat-Dior, à la suite de son départ en exil, après la bataille de Loro. En réalité, Maba Diakhou BA qui contrariait fortement les intérêts des Français, est un véritable héros national du Sénégal, dont la figure dépasse largement celle de Lat-Dior, une construction faite bien à posteriori, sous le président Abdou DIOUF. Tant que Maba se bornait à châtier les mœurs décadentes des Tiédos et à islamiser les populations, sans remettre en cause, fondamentalement, les intérêts commerciaux des colons, son succès fut grand et rapide. Emile PINET-LAPRADE présente de manière sommaire l’engagement de Maba pour l’islamisation du Rip : «Le roi du Rip, mécontent de la conduite de Maba, qui se trouvait dans le camp anglais à l’attaque du Badibou, résolut de se défaire de lui et chargea son fils de l’assassiner. Maba, prévenu, fit périr ce messager, prêcha la guerre sainte, marcha contre le roi du Rip, le vainquit et le tua ; de telle sorte qu’à la fin de 1861, il était le maître du Rip» écrit-il. En fait, les causes profondes de cette insurrection de Maba sont rappelées par PINET-LAPRADE, lui-même. Il s’engage à «substituer la Justice au régime arbitraire des Tiédos, à protéger les cultivateurs ; en un mot à gouverner sagement le Saloum». Maba se présente donc comme un réformateur.

Maître du Saloum et d’une partie de la Gambie, Maba a attaqué, au début de l’année 1867, les pirogues de traitants de Joal. Il s’apprêtait à envahir le Sine et le Baol. Les Français brûlent certains villages alliés à Maba (Foura, Diogué et Diouce) et renforce la garnison de Kaolack, pour mieux défendre le Bour Sine, leur allié inconditionnel. Le 20 avril 1867, une partie des soldats français est attaquée par les partisans de Maba, à côté du village de Tioffat. Le 16 juillet 1867, Maba pénètre dans le Sine. Prévenu, Coumba N’Doffène DIOUF demande aux Français des secours en munitions, qui lui avaient été largement accordés, et il a pu lutter, avec un avantage considérable, contre Maba : «Une rencontre le 23 avril 1867, entre les deux parties (Maba et Coumba N’Doffène) eut lieu à Marout. L’armée de Maba eut d’abord le dessus, mais fut d’abord obligé de se retirer quelques jours après en présence des contingents que le roi du Sine était parvenu à réunir. (…). Le Bour Sine, Coumba N’Doffène, mis sur ses gardes, l’attendait avec des forces suffisantes pourvues de munitions qu’il avait demandées à la Colonie» écrit Alexandre SABATIER. Comme, après l’indépendance, dans le cas de Patrice LUMUMBA, ce sont des Africains qui assènent le mauvais coup. Tant que Maba ne s’est pas attaqué directement aux intérêts des Français, les conversions nombreuses à l’Islam, dues à la férocité des guerriers Tiédos, dans certains royaumes ont assuré ses succès : «Mais l’Almamy dut se heurter à un autre écueil quand il voulut étendre son pouvoir dans le Saloum, alors protégé par la France qui y avait en perspective des intérêts commerciaux» écrit Rawane M’BAYE, dans «l’Islam au Sénégal». Maba fait donc partie de cette longue liste de marabouts nationalistes liquidés par le colonisateur, parce qu’ils ont refusé de se soumettre : El Hadji Omar Tall (1862), Mamadou Lamine,

Maba voulait faire régner l’ordre dans un Etat islamique vaste miné par des dissensions de groupes ethnique différents (Peuls, Sarakolés, Mandingues, Ouolofs, Sérères). Mais son principal ennemi restait le Bour Sine, fidèle allié du colon. Le 23 avril 1867, après un affrontement non décisif, Maba brûle des villages à Marout, et se retire. Le grand combat aura lieu le 18 juillet 1867, de 5 heures à 18 heures, à Somb, entre Diakhao et Marout, département de Fatick, au Sine-Saloum. Maba, son neveu, et ses principaux lieutenants furent tués. Il y a eu, de part et d’autre, des pertes considérables. Le Bour Sine a été lui-même blessé. Dans le Moniteur du 6 août 1867, le colonisateur n’était pas certain de la mort de Maba : «Maba lui-même aurait été tué. (…). Ces nouvelles, sauf celle concernant la mort de Maba, paraissent certaines». En fait, Maba avait reçu quatre balles aux reins : «Le soleil avait amorcé, depuis plus d’une demi-heure, sa marche descendante lorsque Maba, frappé d’une balle en pleine poitrine, roula de son cheval et s’affaissa de tout son long» écrit le professeur Iba Der THIAM. C’est le Moniteur du 20 août 1867 qui confirme la mort de Maba, avec précision : «Le corps de Maba a été retrouvé sur le champ de bataille, étendu sur une natte et quatre peaux de mouton. Le roi du Sine fit approcher plusieurs personnes qui avaient demeuré longtemps chez Maba et toutes le reconnurent parfaitement. On lui coupa la tête et une jambe que le roi envoya à Joal afin qu’elles fussent portées en témoignage au Commandant de Joal ; mais l’état dans lequel arrivèrent ces dépouilles ne permit pas de constater l’identité du personnage ; Cependant, un ancien captif de Maba, libéré depuis quelques temps et habitant à Joal, a prétendu reconnaître la jambe à une profonde cicatrice qui était encore visible et aux traces d’un éléphantiasis, maladie dont était effectivement atteint ce marabout». Ce qui met fin à six années de résistance de Maba contre le colonisateur. «Ainsi, périt Maba Diakhou BA, Almamy du Saloum et du Badibou, marabout brave et puissant, dont les menées faillirent compromettre notre autorité dans tout le bas Sénégal» écrit Amadou DUGUAY dans «la bataille de Guîlé». «Jamais sang aussi noble n’avait coulé avec autant de foi et de générosité sur cette terre rebelle du Sine» écrira le professeur Iba Der THIAM.

 

Présenté, tardivement sous Abdou DIOUF, comme un héros national du Sénégal, bénéficiant pourtant de l’asile et de la  protection de Maba Diakhou, en fait Lat-Dior a abandonné, en plein combat, son protecteur et bienfaiteur. Iba Der affirme que c’est Maba Diakhou, avant de mourir qui aurait demandé à Lat-Dior de s’enfuir : «J’ai demandé au Tout-puissant de te rétablir, à nouveau, sur le trône du Cayor. Il m’a fait savoir que ce vœu sera exaucé. Tu ne dois pas mourir à Somb. Retire immédiatement ta cavalerie et retourne au Cayor, c’est là que ta destinée s’accomplira» lui aurait dit Maba. Mais cette version est contredite par de nombreux témoignages faisant état d’un acte de pure lâcheté : «Lat-Dior N’Goné Latyr abandonna son marabout et allié, et s’enfuit avec les Cayoriens, au beau milieu même du combat» écrit Amadou DUGUAY dans «la bataille de Guîlé». «Lat-Dior, qui assistait à la bataille, avait fait défection vers le milieu de la journée et s’est enfui vers le Rip» écrit la revue Les Annales sénégalaises de 1854-1885. «Lat-Dior, qui assistait à la bataille, voyant que la victoire allait au Bour Sine, s’était enfui avant la fin du combat» écrit Alexandre SABATIER.  Lat-Dior avait une grande obsession : retrouver coûte que coûte son trône. Lat-Dior aspirait à succéder à Maba Diakhou, mais sa fuite en plein combat, l’a discrédité auprès des marabouts. En 1870, Lat-Dior redevient Damel-Teigne du Cayor et du Baol, et les Guelwars du Saloum reprennent les provinces annexées.

Maba trouve la mort alors que son œuvre n’était pas encore consolidée. Aussi, pendant quelques décennies, sa succession étant marquée par des conflits fratricides au sein de sa famille, son souvenir s’efface.  Ainsi, tout d’abord, Mamour N’Dary, un frère de Maba, envisageait de poursuivre le Jihad. Ensuite, Maktar Kala DRAME, opposé à Mamour N’Dary, a livré quelques combats. L’expédition de Mamour N’Dary, contre le Bour Sine, du 28 avril 1869 se solda par un échec. Ce qui le contraignit de rester dans les limites du Rip. Pour renforcer leurs positions, les Français concluèrent le 13 septembre 1877, avec Sémou FAYE, un traité de protectorat sur le Sine.

Par ailleurs, Saër Faty, fils aîné de Maba, peu conciliant avec les Français, s’exile en Gambie, où il va mourir. Enfin le Bour Sine réclame sa souveraineté sur le Badibou. Ajoutons à cela qu’Abou BA, un frère de Maba, est mis à mort par Mamour N’Dary, suite à un différend avec lui. Plusieurs personnes sont mortes à la suite de troubles provoquées par cette mort, considérée comme une vengeance. Le 14 mai 1887, un traité de protectorat, ratifié en 1891 par le président Sadi CARNOT, est conclu entre la France notamment avec le Saloum, du Niom, du Badibou, du Niani et le Rip, sous l’autorité de Oumar Khodia, Mamour N’Dary et Biram Cissé, devenus collaborateurs des colonisateurs. Mais en raison de graves dissensions familiales, pendant longtemps, le colonisateur n’a pas pu maîtriser ces provinces turbulentes. Ibrahima BA en sera le chef incontesté de 1914 à 1957.

En dépit de ces dissensions, ces guerres de Maba «constituaient des protestations contre la domination coloniale, une résistance face aux exactions des puissants» écrit Rawane M’BAYE. C’est pour cela que progressivement, Maba est réhabilité dans la mémoire des Sénégalais. Le mausolée de Maba Diakhou figure dans la liste des sites et monuments historiques classés au Sénégal. En effet, en 1972, la tombe de Maba, était un édifice funéraire très modeste, construit sous l’égide de l’imam de Fandan, Serigne Abdou KANDI, pour protéger les restes de l’Almamy du RIP des intempéries. Un symposium se tiendra, en 2017, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sur l’histoire de Maba Diakhou BA, devenu un héros national.

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SABATIER (Alexandre, Camille), Le Sénégal : sa conquête et son organisation (1364-1925) Saint-Louis (Sénégal), Imprimerie du gouvernement, 1925, 434 pages, spéc chapitre III, la conquête du Rip, pages 171-188 ;

SARR (Alioune), «Histoire du Sine Saloum», Présence Africaine, 1949, n°5, pages 832-837 ;

SECK (Mamadou, Falla), Sur les pistes du Bas-Saalum, Dakar, Centre africain d’animation et d’échanges culturels, Khoudia éditions, 1992, 123 pages, point VIII, «biographie et action de Maba Jaxu (1824-1867)» pages 77-83 ;

SECK (Mamour), Nioro-Rip : d’hier et d’aujourd’hui, Dakar, Presses universitaires, 2018, 243 pages ;

SY (Cheikh Tidiane), La confrérie des Mourides : un essai sur l’islam du Sénégal, Paris, Présence africaine, 1969, 354 pages, spéc Chapitre IV «Maba Diakhou et la révolution musulmane du XIXème siècle» ;

Symposium, «La vie et l’œuvre de Maba Diakhou Ba», Dakar, UCAD II, 2017, présentation, 6 pages ;

THIAM (Iba Der), Maba Diakhou BA : Almamy du RIP, Dakar, ABC, Afrique Biblio Club, 1977, 114 pages ;

WANE (Colonel Birane), L’Islam au Sénégal : le poids des confréries ou l’émiettement de l’autorité spirituelle, thèse sous la direction de Papa Samba Diop et Boubacar Ly, Paris, Université Paris-Est, 18 octobre 2010, 280 pages, spéc pages 78-79.

Paris, 22 décembre 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Maba Diakhou BA (1809-1867), un grand héros national du Sénégal» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 20:45

Comment faire entendre les voix inaudibles ? Tel est le combat d’une vie d’Elikia M’BOKOLO. Le principal champ de recherche de M. M’BOKOLO est l’histoire moderne et contemporaine de l’Afrique. Le professeur M’BOKOLO est un historien rigoureux qui a su garder une distance critique : «Chez un historien, il y a beaucoup de ressenti, comme on dit, de surprise, d’étonnement. Il faut toujours essayer de tenir la bride à ces sentiments, expliquer, structurer les choses, même quand c’est tout à fait atroce. Comment, qui, pourquoi ? Les généralisations du genre «Les Blancs ou les Belges nous ont fait ça» n’éclairent pas l’histoire. Il y a un travail de tri, de raffinement. Il y a tellement d’atrocités,  qu’on en devient, non pas cynique, mais on parvient à mettre de la distance, à aborder les événements froidement» dit-il. Il a mis l’accent est mis sur l’évolution et les transformations politiques, en relations étroites avec les processus intellectuels, culturels et sociaux. Plus qu’aux péripéties du temps présent et à leur interprétation, l’attention est accordée à l’ensemble des phénomènes de durée plus longue, permanences et récurrences, ruptures et innovations, captations et réappropriations, dans leur interaction avec les dynamiques contemporaines. «La mémoire sera toujours l’objet d’une manipulation de la part des pouvoirs mais c’est à nous qu’il appartient de la restituer aux gens qui en ont besoin» écrit M’BOKOLO qui s’intéresse aussi aux problèmes et enjeux de mémoire, à l’histoire des «diasporas» africaines, en particulier en Europe et dans les Amériques, et à sa place, trop souvent méconnue et sous-estimée, dans l’histoire moderne et contemporaine de l’Afrique. A deux reprises, notre mouvement Equité qui lutte pour la diversité en politique, nous avons invité à l’Assemblée nationale, le professeur M’BOKOLO. Je découvre un homme à la fois savant, mais modeste et accessible, et surtout un grand militant de la cause africaine, «un passeur d’histoire».

Né le 23 décembre 1944, à Léopoldville (Kinshasa) en République démocratique du Congo, Elikia M’BOKOLO est un normalien, agrégé des universités de Paris. Elikia grandit un pays où règne la diversité où cohabitent diverses nationalités des Sénégalais, des «Popos» (Togolais, Ghanéens, Béninois, Nigérians,  bref les gens Golfe de Guinée)  des Swahilis. «L’Afrique noire de note enfance est celle des pères Blancs ou des missions étrangères qui venaient dans les écoles réciter l’Ave Maria en Swahili, en Ouolof ou encore celle de Tarzan incarné par Johny WESTMELLER», dit-il. Les livres étaient rares, il n’y avait que des extraits d’ouvrages. La relation avec les Etats-Unis était ancienne, avec de grands classiques de Hollywood, du Jazz et des négrospirituals. Son enfance baigne dans une atmosphère culturelle. En effet, sa mère institutrice et son père assistant médical, c’est le grade le plus élevé en médecine que les Noirs pouvaient obtenir pendant la période coloniale. Pendant la deuxième guerre mondiale, le Congo étant occupé par la Grande-Bretagne a participé à la guerre en Birmanie de 1944 à 1946, puis il s’est retrouvé à la fin de la guerre en Inde, pays qui venait de devenir indépendant. Il est revenu au Congo complètement transformé. A l’indépendance du Congo, les Belges étant partis précipitamment,  et avec un programme de l’Organisation mondiale de la santé, et afin d’acquérir un diplôme de médecine, son père est venu en 1961 avec sa famille en France. Sa mère étant restée au Congola, Elikia correspondait avec elle en Lingala. Sa grand-mère faisait du commerce d’alcool, mais ne savait pas écrire. Son grand-père était aveugle et lui demandait de décrire ce qu’il voyait. Aussi, dit-il «je savais parler et écrire pour les autres». Le jeune Elikia, alors lycéen à Léopoldville, avait un jour entendu le message de Patrice LUMUMBA, une référence intellectuelle : «une histoire écrite par les Congolais, pour les Congolais». Et c’est devenu une vocation de toute une vie. «Si j'ai opté finalement pour cette discipline plutôt que pour le droit ou la médecine, c'est qu'il y avait quelque part une réminiscence de ces propos», confie-t-il. Dérobé dans la bibliothèque paternelle, un ouvrage comme «Nations nègres et culture», de Cheikh Anta DIOP, fait aussi partie, des éblouissements du jeune. Il en tire en même temps la conviction que l'histoire de l'Afrique est encore à écrire. Admirateur de Cheikh Anta DIOP, le professeur M’BOKOLO a fait l’éloge de ce savant. «L’Afrique a produit, depuis plus d’un siècle, un nombre significatif et une variété remarquable  de talentueux historiens professionnels et philosophes de l’histoire. Mais aucun, assurément, n’a connu de son vivant, ni après sa mort, la notoriété de Cheikh Anta DIOP» écrit Elikia M’BOKOLO.

Le jeune Elikia s’installe en 1962 à Villeurbanne, près de Lyon, ville où règne un grand bouillonnement intellectuel et politique. «Je vis à Lyon, en France. Dans cette ville, la Deuxième Guerre mondiale est un point d’ancrage très fort, mais il n’efface pas les autres. Il y a le Lyon romain, le Lyon catholique, le Lyon qui a vécu de près la fin de la guerre d’Algérie où cohabitait une immigration ouvrière algérienne, arabe et kabyle, avec le retour des Français d’Algérie, en majorité juifs. Le tout dans une ville où la collaboration a été très active. Et puis, pour la jeunesse militante de gauche notamment, Lyon est aussi le terrain de luttes ouvrières très importantes au 19e siècle, avec des massacres terribles. On le voit, la mémoire est multiple. Comment la gérer ? C’est très compliqué. C’est à la fois une bombe à retardement et un lieu de rencontre» écrit M’BOKOLO. C’est là que résident de nombreux réfugiés espagnols qui ont la guerre civile et la dictature de Franco. On compte également dans cette ville de nombreux Algériens, partisans du FLN et du PCF et des Juifs français dont l’identité est forte, Lyon ayant été la base arrière de la Gestapo. Frantz FANON a séjourné dans cette ville, l’Union des Populations du Cameroun (U.P.C.), contre Amadou AHIDJO (1924-1989) du Cameroun y a installé ses bases. La Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) est fortement représentée dans cette ville.

Une fois le baccalauréat obtenu, en 1967, ses parents hésitent pour son orientation, mais finiront par lui dire «tu auras tout ce que tu voudras, tant que tu rechercheras l’excellence».

A Paris, il rencontre notamment Alpha CONDE (né le 4 mars 1938, président actuel de la Guinée), à la faculté de droit et Abdoulaye Yoro DIA vice-président du RDC. A la bibliothèque de l’école normale, il y avait d’excellents livres dont celui Onwuka K. DIKE «Trade and Politics in the Niger Delta 1830-1885». «Je suis tombé, un jour, sur le livre d'Onwuka Dike, le premier titulaire de la chaire d'histoire à l'université d'Ibadan, au Nigeria, qui n'a toujours pas été traduit en français cinquante ans après sa publication. J'ai passé trois jours et trois nuits à le dévorer littéralement. On y voit comment les Anglais et les Africains ont noué des relations de sympathie et de conflictualité, on y voit aussi la complexité des sociétés africaines. Ce n'est pas une Afrique des royaumes qu'il décrit, mais une Afrique de petites cités indépendantes dominées par une aristocratie marchande et se livrant au commerce de l'huile de palme. Ce n'est pas un livre de vulgate, c'est un modèle d'étude historique, un travail d'une grande minutie mêlant la connaissance du terrain, la voix des traditions orales et celle des archives» dit Elikia a comme professeurs Georges BALANDIER (1920-2016) et Paul MERCIER (1922-1976). Il aura comme enseignant Louis ALTHUSSER. Jacques Le GOFF et Denis WORONOFF l’encourage dans ses études. C’est la période agitée de mai 1968, la guerre au Vietnam, l’assassinat de Ché Guevara. La librairie François Maspéro étant ouverte jusqu’à 22 heures, le jeune Elikia y dévore tous les journaux qui lui tombent sous la main et achètent de nombreux livres : «je suis un homme, rien ne m’est étranger, je dois me cultiver». Dans sa grande boulimie de lecture, il dévore Henri de MONTHERLANT, François de MAURIAC et Jean-Paul SARTRE. «Je crois pouvoir dire que j'ai lu pratiquement toute la Comédie humaine» dit-il.

En 1971, Elikia réussit au concours d’agrégation d’histoire, il est le quatrième africain à l’obtenir après Joseph KI-ZERBO (1922-2006, Burkina), Christophe WONDJI (mort en 2015, ivorien) et Ibrahima Baba KAKE. C’est Ibrahima Baba KAKE (1932-1994) qui le coopte pour la radio, l’émission «Mémoire pour un continent». «Ibrahima m’a appris à causer, non pas comme un savant, mais comme un journaliste dans le bon sens du terme, à faire des phrases courtes et aller droit au but» dit-il. C’est l’époque un virage important se produit. L’éditeur François Maspéro voulait des gens compétents, en lien avec les questions du temps. L’Harmattan publie de jeunes auteurs. La problématique n’est plus aux grands débats stériles, mais qu’est-ce que nous avons à dire aux sociétés africaines actuelles.

 A l’école des hautes études en sciences Elikia a comme professeurs, Jacques LE GOFF (1924-2014) et Georges DUBUIS (1919-1996). Il soutient sa thèse en 1975 et va voir l’ambassadeur du Congo qui est un ami de son père ; celui-ci lui demande de rentrer au pays, «car il y a de l’argent à se faire», mais Elikia veut devenir un chercheur et écrire des livres.

L’université de Libreville venait d’ouvrir. Elikia est reçu à l’ambassade du Gabon. Il patiente d’abord, puisque ce sont les Blancs qui sont reçus par le diplomate gabonais. A 18 heures, l’ambassadeur recommande aux 6 candidats africains qui attendaient encore de venir directement au Gabon ; ce ne que ne fera pas naturellement Elikia qui va solliciter son directeur de thèse et obtient un poste d’assistant dans l’attente de trouver un emploi dans une université africaine.

Parallèlement à cet enseignement à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, il a formé des jeunes qui préparaient sciences politiques et l’ENA.  Puis, Sciences politiques lui demandera de faire des cours d’histoire. A Lyon, il connaissait les enfants de la bourgeoisie à qui il donnait des cours particuliers qui se déroulaient au salon, mais il  devait entrer par la porte de service réservée aux domestiques. A Sciences politiques, M’BOKOLO se retrouve professeur noir des enfants de la haute bourgeoisie. Il faut une approche critique et précise de l’histoire. «II faut montrer aux étudiants que l‘histoire n’est pas un fastfood où  l’on vient chercher une connaissance emballée qui ne prête pas à discussion et qui serait connue par tout le monde» dit M’BOKOLO.

 

Elikia M’BOKOLO est le Directeur du Comité scientifique composé de 39 historiens et plus de 350 spécialistes, qui a coordonné l’histoire générale de l’Afrique commandée par l’UNESCO. L’Afrique est le berceau de l’humanité, mais son histoire est méconnue. La colonisation c’est la défense de l’œuvre civilisatrice qui va de pair avec l’image qu’on donne des pays à civiliser. Les colons prétendent également avoir mis fin à l’esclavage. Effectivement, on nous présente cette Terre sauvage qui est, en outre, «ensauvagée» par les «Arabes». Et la propagande coloniale s’est beaucoup servie de cette question. Cette inégalité n’est pas explicitée à la manière de Gobineau, mais elle est sous-entendue. Ainsi, l’Africain est toujours ramené au rang d’animal, de quelqu’un à qui on peut faire un tas de choses. On se souvient de ce discours à Dakar, de Nicolas SARKOZY, «l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire». Un ouvrage collectif dirigé par Philippe REY y a répondu. Elikia M’BOKOLO dans un retentissant article a dégagé «les voies de l’émancipation». Le professeur M’BOKOLO a aussi produit un article de référence «Afrique, colonisation, décolonisation et post-colonialisme » dans l’ouvrage collectif «Qu’est-ce que la culture ?» d’Yves MICHAUD. Derrière «l’humanisme civilisateur» du colonisateur se cachait un appétit économique qui introduit la hiérarchisation des races : certaines seraient supérieures, d’autres inférieures.

 

Pourquoi l’Afrique doit écrire son histoire ? «Si tu ne sais pas d’où viens, comme sais-tu où tu dois aller» dit un dicton africain. «L'histoire de l'Afrique a été longtemps racontée sous le couvert de la colonisation, alignant une chronologie, une géographie ou encore une ethnologie, forcément réductrices. Je cherche à repenser l'histoire coloniale et à dépasser la manière dont elle est transmise. Mon travail se situe donc au coeur du débat actuel sur la mémoire de l'esclavage» dit Elikia M’BOKOLO. Les Etats africains estimaient qu'il fallait lutter contre l’amnésie et réparer une très grande injustice. «L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité», disait Patrice LUMUMBA, dans une lettre de novembre 1960 à sa femme Pauline. Pour la première fois, une Organisation intellectuelle et scientifique mondiale, l’UNESCO, détachée de toute contingence politique, se lance dans une aventure qui concerne un continent pour lequel beaucoup pensaient qu'il n'avait pas d'histoire. Le Comité devait répondre à deux préoccupations qui peuvent être antinomiques : donner la possibilité aux historiens africains de faire prévaloir la perspective qu'ils avaient de leur propre histoire sans pour autant tomber dans le piège de la ghettoïsation où seule la vision africaine seraient présente. Face au désastre de la grande guerre Paul VALERY avait dit : «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles».  Il fallait la faire confronter avec la celle d'autres historiens venus d'ailleurs. Les Africains et les personnes d'ascendance africaine continuaient d'être les victimes d'au moins trois types de déni, hérités du temps de l'esclavagisme : le déni de dignité et d'humanité (pour les réduire à l'esclavage, il a fallu les bestialiser); le déni d'histoire et de culture (pour les bestialiser, il a fallu leur enlever ce qui faisait leur humanité, c'est-à-dire une histoire et une culture); le déni de citoyenneté (les afro-descendants n'avaient pas de statut de citoyen dans les pays où ils vivaient). Pour surmonter ces dénis, il fallait préparer une réponse scientifique, de manière méthodique et rigoureuse. L’objectif est de rompre avec l'ethnographie coloniale et avec la perspective historique coloniale. Il s’agissait aussi de faire appel à des historiens africains nourris avec toutes les traditions de lutte d'émancipation, et aux experts et des spécialistes non Africains qui voulaient rompre avec une certaine tradition européocentrique. C'est la jonction de ces dynamiques qui a donné naissance entre 1964 et 1999 à 10 000 pages réparties en 8 volumes. L’ambition est d’embrasser toute l'histoire de l'Afrique dans son ensemble, du Caire au Cap et de Djibouti à Dakar, sans oublier les îles des océans Indien et Atlantique, ni les extensions de l'Afrique vers les Caraïbes, les Amériques et au-delà de l'océan Indien. L'unité du continent africain repose avant tout sur son histoire et que l'identité africaine. En effet, les expériences de la traite négrière et de l'esclavage, et l'expérience de la colonisation sont devenues des facteurs d'unité qui ont facilité cette approche globale de l'histoire de l'Afrique. La colonisation, plus que d'un changement, il s'agit de la mort de civilisations, de cultures, de sociétés dans ce qu'elles avaient jusqu’alors d'original.

 

En dépit de cet immense travail sur l’histoire africaine, Elikia M’BOKOLO a formulé deux critiques. D’une part, plus de 57 ans après les indépendances, dans les faits, les Etats africains restent solidement amarrés aux anciennes puissances coloniales aussi bien financièrement et économiquement, que militairement et culturellement. Les savoirs faire ont été discrédités, les savoirs modernes distribués avec parcimonie. L’autoritarisme des puissances coloniales a engendre des économies de traite tournées vers l’Europe et des sociétés de pauvreté. Il a fallu diviser pour régner et faire croire aux peuples que leur principal ennemi était leur voisin, inoculer le virus de l’ethnicisme. «Mais qu’avons-nous fait de l’indépendance ?» s’interroge le professeur Elikia M’BOKOLO. Pendant la période coloniale, les élites africaines, au-delà du débat entre tradition et modernité, avec un consensus populaire autour d’un Etat national conçu comme l’émanation du peuple entier. Mais ce message a été trahi, dans les faits. Dans son ouvrage «l’Afrique convoitée», M’BOKOLO examine les causes du sous-développement persistant. C’est d’une part, une petite bourgeoisie régnante qui cherche à perpétuer ses privilèges, et d’autre part, la dispersion et l’inorganisation des exclus qui retardent le processus de maturation politique et la prise de conscience du pouvoir dont ils sont investis, pour la lutte et la conquête du pouvoir. Dans les esprits, c’est un mélange d’étonnement, de nostalgie, de perplexité et de désenchantement. D’autre part, « Il est frappant qu'aujourd'hui encore, malgré les avancées impressionnantes de la recherche historique, une bonne partie de notre documentation sur les quatre ou cinq derniers siècles de l'histoire de 1 'Afrique soit encore d'origine étrangère. Ce n'est pas, bien sûr, que les Africains aient été silencieux pendant cette période, ni qu'aucune de leurs voix ne nous soit parvenue» écrit le professeur M’BOKOLO.

 

Cependant, M. M’BOKOLO reste fondamentalement optimiste. Il nous a appris à ne pas désespérer du continent noir : «A Paris, on devait plus africain. Je suis de ceux qui croient à l’Afrique, c’est le continent le plus jeune et le moins exploité du monde. Il faut le dire aux jeunes, l’Afrique est un continent d’avenir» dit-il. Tous les processus de renaissance reposent sur une connaissance et une appropriation de l’histoire. Il s’intéresse à l’histoire immédiate et à la contribution de l’histoire au développement de l’Afrique. L’Histoire du temps présent ce n’est pas seulement l’histoire qui est en train de se passer aujourd’hui. C’est une histoire par rapport à laquelle nous, les historiens, sommes impliqués ou l’histoire par rapport à laquelle les gens qui vivent dans notre temps sont impliquées. L’histoire est une donnée fondamentale parce que les Etats africains sont des Etats jeunes qui veulent devenir des nations. Or on sait qu’il n’y a pas de nation s’il n’y a pas un minimum d’identité commune. Cette identité ne repose pas sur la race encore moins sur les ethnies parce qu’on sait que les ethnies sont des productions historiques qui changent avec le temps. Ça exige la connaissance de l’histoire pour inventer des choses nouvelles sans répéter simplement le passé même s’il a été glorieux. «Quand on parle de renaissance africaine, on suppose que l’Afrique a été grande dans le passé et qu’elle peut renaitre aujourd’hui. Tous les processus de renaissance (Europe, Japon, Chine, Brésil) reposent sur une très bonne connaissance et une appropriation de l’histoire. En ce sens, l’histoire n’est pas seulement les choses du passé qu’on connait. C’est également un savoir qu’on s’approprie, on le prend comme un bien qu’on peut utiliser, comme un outil qu’on peut mettre au service du développement» écrit M’BOKOLO.

Il faut libérer la parole collective et amplifier le pro­ces­sus de conti­nuité de l’afri­ca­nité. L’Afrique ne nous déce­vra pas. François RABELAIS, déjà le disait : «Toujours l’Afrique apporte quel­que chose de nou­veau».

Bibliographie sélective :

1 – Contributions de M. Elikia M’BOKOLO

M’BOKOLO (Elikia), Affonso 1er : le roi chrétien de l’ancien Congo,   Paris, ABC, Afrique Biblio-Club, 1975, 95 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Afrique noire : histoire et civilisations, Paris, Hâtier, Agence universitaire de la francophonie, tome 1, des origines jusqu’au XVIIIème, 2008, 496 pages ; tome 2, XIXème et XXème siècles, Paris, Hâtier, AUPELF, 1992, 576 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), AMSELLE (Jean-Loup), Au cœur de l’ethnie : ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, La Découverte, 1985, 225 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), GARRAUD (Jean-Marie), Mirambo : un grand chef contre les trafiquants d’esclaves, Paris, ABC, 1976, 90 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), GRENIER (Isabelle), Résistances et messianismes : l’Afrique centrale au XIXème et au XXème siècle, Paris, Présence africaine, ACCT, 1988, 123 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), Des missionnaires aux explorateurs, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 109 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’Afrique coloniale de la conférence de Berlin, 1885, aux indépendances, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 135 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’Afrique moderne : L’Afrique centrale et orientale du XVIème au XVIIIème siècles, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 125 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’Afrique, berceau de l’humanité : préhistoire et Antiquité, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 112 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’éveil du nationalisme : L’Est africain du XIXème au XXème siècle, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 131 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), La dispersion des Bantous, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 135 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), L’Afrique dans tous ses états, Fontenay-sous-Bois, Sides, Ema, 2005 ;

M’BOKOLO (Elikia), L’Afrique au XXème siècle, le continent convoité, Paris, Seuil, 1980, 393 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), L’ère des calamités : l’Afrique australe au XIXème et au XXème siècle, Paris, Présence Africaine, ACCT, 1978, 127 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), LE CAELLENEC (Sophie), Afrique noire, histoire et civilisations jusqu’au XVIIIème siècle, Shaba, Paris, Hâtier, 1995, 496 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Médiations africaines : Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent, Paris, Archipel, 2009, 400 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Msiri, bâtisseur de l’ancien royaume du Kantaga, Shaba, Paris, ABC, 1976, 94 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Noirs et Blancs en Afrique Equatoriale : les sociétés côtières et la pénétration française, vers 1820-1874, Paris, Ecoles des hautes études en sciences sociales, 1981, 302 pages ; 

M’BOKOLO (Elikia), SABAKINU (Kivilu), sous la direction de, Simon Kimbangu. Le Prophète de la Libération de l'Homme noir, Paris, L'Harmattan, t. 1, 2014 496 pages et t 2, 502 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), ROUZET (Bernard), Le roi Denis et la première tentative de modernisation du Gabon, Paris, ABC, Afrique Biblio-Club, 1977, 94 pages.

    1. – Autres contributions d’Elikia M’BOKOLO

2- 1 Articles, préfaces ou postfaces

M’BOKOLO (Elikia), «L’Afrique colonisation, décolonisation, post-colonialisme», in  MICHAUD (Yves), Qu’est-ce que la culture ?, Paris, Odile Jacob, 2006, 840 pages, spéc pages 128-145 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «L’Afrique noire», in Y. Fauchois, T. Grillet et T. Todorov sous la direction de, Lumières ! Un héritage pour demain, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2006, pages 174-179 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Historiens d’Afrique», Notre librairie. Revue des littératures du Sud (Histoire, vues littéraires), 2006  mars-mai, n°161, n°3, pages 2-6 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Travail forcé et esclavage», L’Histoire, Paris, 2005 nov. n°302, pages 66-71 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Les régimes politiques africains et La Baule», Afrique Annales, 2005, (La Baule ! Et puis après ?), 1e trim., n°8, pages 44-54 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Conflictualités et conflits africains : une radioscopie», in I. Ndaywel E. NZIEM et J. Kilanga Musinde, sous la direction,  Mondialisation, cultures et développement, Paris, Maisonneuve et Larose, 2005, pages 273-281 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Quand les États africains contribuaient à la traite», Manière de voir, 2005 août-sept., n°82 pages 32-35 ;

M’BOKOLO (Elikia), 2005, «Le bâtisseur d’empire. Louis-Gustave Binger dans l’enfer vert de la forêt ivoirienne, 1887-1893» in  P. FOURNIE et S. de SIVRY, sous la direction de, Aventuriers du monde, Paris, Gallimard, 2005, pages 89-98 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Les problèmes de l’Afrique et du Mozambique», in, Latitudes. Cahiers Lusophones, Paris, n°25, 2005, pages 7-11 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Introduction», in Le mouvement panafricaniste du XXe siècle. Textes de référence , Paris, Agence internationale de la francophonie, 2004, pages 2-22 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Le visage changeant du racisme» in J. BINDE (dir.), Où vont les valeurs ?, Paris, Éd. de l’Unesco, Éd. Albin Michel, 2004, pages 119-122 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Traites et esclavages», in L’Afrique, Les Rendez-vous de l’Histoire, Nantes, Éd. Pleins Feux, 2004, pages 27-66 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Afrique centrale. Le temps des massacres», pp. 433-451 et “Les pratiques de l'apartheid »,  in M. Ferro (dir.), Le Livre noir du colonialisme. XVIe–XXIe siècles : De l'extermination à la repentance, Paris, Éd. Robert Laffont, 2003, pages 469-478 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Préface» in M. Turano et P. Vandepitte (dir.),  Pour une histoire de l’Afrique. Douze parcours, Lecce, ARGO, 2003, pages 4-7 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Césaire, penseur du politique», in TSHITENG LUBABU, Muitubile K., (dir.), Césaire et nous. Une rencontre entre l’Afrique et les Amériques au XXIe siècle, Paris, Cauris Éditions, 2003, pages 92-101 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Postface» in HACHEZ-LEROY, Florence, éditrice,   «Jacques Foccart, entre France et Afrique», Paris, Cahiers du Centre de Recherches Historiques, CRH-EHESS, n° 30, octobre 2002, 200 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, FAUVELLE, François-Xavier, L’Afrique de Cheikh Anta Diop, histoire et idéologie, Paris, Karthala, Centre de Recherches Africaines, 1996, 237 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, COLIN, Roland, Sénégal, notre pirogue : au soleil de la liberté, journal de bord, 1955-1980, Paris, Présence Africaine, 2007, 405 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, BA, Konaré Adama et CLEMENT Catherine, Précis de remise à niveau sur l’histoire africaine, à l’usage du président Sarkozy, Paris, La Découverte, 2008, 347 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, MPISI, Jean, Antoine Gizenga, le combat de l’héritier de Patrice Lumumba, Paris, L’Harmattan, 2008, 750 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), «Postface» in  WESTERMANN Diedrich (éd.), Onze autobiographies, Paris, Lomé, Éd. Karthala, Haho-Les Presses de l’Université du Bénin, première éd. 1938, nouvelle éd. 2001, 321 pages, spéc pages 305-313 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «L’Afrique et le XXème siècle : dépossession, renaissance et incertitudes», Politique étrangère numéro spécial : «1900-2000 : Cent ans de relations internationales», Paris, 2000, n°3-4/2 pages 717-729 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «L'Afrique entre deux millénaires. Conférence Marcel Mauss 2000», Journal des africanistes, Paris, 2000, 1-2, 70 pages 357-372 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Introduction», in Bugomil Jewsiewcki (dir.), Naître et mourir au Zaïre : un demi-siècle d'histoire au quotidien, Paris, Karthala, Les Afriques, 261, spéc pages 17-41 ;

M’BOKOLO (Elikia) «Entretien avec Jean Copans», in Politique africaine, Paris, n°46, 1992, pages 155-159 ;

M’BOKOLO (Elikia), La France noire. Trois siècles de présences des Afriques, des Caraïbes, de l’océan indien et d’Océanie, sous la direction de Pascal Blanchard, en collaboration avec Sylvie Challaye, Eric Deroo et Dominic Thomas, préface d’Alain Mabanckou, Paris, La Découverte, 2011, 359 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), «Préface», dans Philippe Biyoya Makutu Kahandja, Diplomatie congolaise régionale. Nouveaux fondements, défis et enjeux, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 7-15 ;

REY (Philippe) sous la direction, L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar, 544 pages.

2- 2  - Productions audiovisuelles ou enregistrées

Productions audiovisuelles

  • 1990,  Grandes voix de l’histoire : Kwame Nkrumah, Barthélemy Boganda, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral. Paris, Radio France Internationale, 1990.

  • 2004-2006, Mémoire d'un Continent, Émission d'histoire africaine (Producteur), hebdomadaire, Radio France Internationale.

  • 2003, Conférence Traites et esclavage. Diffusion de la 6e édition des Rendez-vous de l’Histoire à Blois 15-19.10. Vidéo en ligne. Production Université Louis Pasteur. Strasbourg. Durée : 1h7mn.

Interventions et communications enregistrées

  • 2006,  «Le panafricanisme et les études africaines : bilan et perspectives», Communication enregistrée. 1ère Rencontre nationale du Réseau des études africaines en France, Paris, CNRS, 29-30 novembre-1er décembre.

  • 2000, «Colonisation, décolonisation, post-colonialisme», Université de tous les savoirs. Vidéoconférence, le 3 novembre 86 min.

Paris, le 26 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Elikia M’BOKOLO, un passeur d’Histoire, la quête du savoir et l’excellence contre l’amnésie et pour la réhabilitation de l’histoire africaine», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/5
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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 20:37

On a souvent présenté les sociétés africaines, comme des sociétés sans histoire. On connaît même les formules «L’homme africain n’est pas entré dans l’histoire» ou il faudrait apprécier «les bienfaits de la colonisation». Or, l’histoire du Fouta-Toro qui a été racontée par la tradition orale et de nombreux textes écrits par des Arabes, des Portugais, des Anglais et des Français à partir du Xème siècle, se confond avec celle du Sénégal. Le Fouta-Toro est la première région islamisée du Sénégal dès le IXème siècle et a transmis cette religion au reste du pays. On sait que chaque religion est porteuse de valeurs, d’une culture de civilisation et de paix. Bien avant les Etats-Unis, le Fouta-Toro connaissait le concept d’Etat, un Etat théocratique, tolérant et démocratique, fondé sur éthique en politique. Le Fouta-Toro, fier de son histoire et de son passé, est le dernier territoire sénégalais à se plier au joug colonial en 1881. La résistance de El Hadji Omar TALL a été la plus longue, la plus significative et la plus perturbatrice du régime colonial dont la pénétration s’est étendue, principalement, entre 1500 à 1750.

Le Fouta-Toro c’est ce territoire du Sénégal chargé d’histoire qui comprend neuf provinces dirigées chacune par un Roi : le Damga (Kanel), le N’Guénar (Ouro-Sogui), le Toro (N’Dioum), le Bosséya (Thilogne), le Halaybé, le Yirlabé Hébiybabé (Saldé), le Lao (Cascas), et le Dimat (Thilé Boubacar). Dans ses «Souvenirs du Sénégal» datés de 1892, MARCEL a décrit la vie quotidienne dans le royaume du Toro. Le chef du Toro a le titre de Lam ; durant la saison sèche, sa capitale est Guédé, en d’autres temps à N’Dioum. «Le Lam est toujours accompagné d’un factotum, sorte d’idiot superbement vétu d’un boubou de soie jaune d’or, ce bizarre personnage port d’un air majestueux le sabre de son maître» dit-il. Le Lam habite une belle case carrée, construite en terre battue : «Devant la façade principale de ce primitif palais, une aire de quatre à cin mètres de côté, sert de salon de réception ; on s’y accroupit sur des nattes et seuls les principaux notables y ont accès. Pour arriver à ce sanctuaire, il faut suivre les dédales d’un véritable labyrinthe bordé de hauts murs en terre battue, troué de portes basses gardées par des sentinelles armées de longs fusils à pierre, à deux coups» écrit, en 1892, M. MARCEL. Le Roi du Toro a trois femmes et de nombreuses concubines. Le Premier ministre du Lam est un captif de case portant le titre de «Diagoudine». Il est chargé de rendre la justice et de percevoir les impôts. Le cheval étant trop rare, l’armée du Toro ne comporte que des fantassins. Ils battent essentiellement contre les incursions maures. «Le Diagoudine actuel est une bête brutale et sauvage ; mais joignant la finesse à la force, il déploie en toute occasion une énergie intelligente» dit MARCEL. Le Fouta est essentiellement aristocratique. A la tête de chaque village se trouve un guide la prière, un Elimane et un chef. Les chefs Peuls portent le titre de «Ardo». Le Toro a été rattaché à partir de 1863 à la France, par un traité de protectorat, conservant ainsi, un certain temps son Roi.

Le Fouta est dominé par les Peuls et les Toucouleurs (Hal Poularéen), mais on y compte des minorités comme les Oulofs, les Sérères, les Soninkés, les Malinkés, les Bambaras, diverses tribus Maures ou Haratines. Situé le long du fleuve Sénégal, le Fouta-Toro est limité par le Boundou, le Ferlo, et le Djolof, à l’Ouest par le Cayor, le N’Djambou et le Walo, à l’Est par le N’Galam. Le Fouta-Toro historique est, dans les faits, éclaté entre la Mauritanie et le Sénégal.

Initialement, les Arabes appelaient le Fouta-Toro sous le nom de Tékrour ; ce qui désignait les Noirs du Soudan et de l’Abyssinie, puis par extension, il a servi à nommer les Noirs musulmans du Fouta-Toro. Le Tékrour, empire du IXème siècle, qui vend de l’or et des esclaves, sera annexé au XIIème siècle par l’empire Soninké du Ghana, et au XVème siècle par l’empire mandingue du Mali. Les Ouolofs, par déformation du mot Tékrour, ont appelé les habitants du Fouta les Toucouleurs. Les premiers occupants du Fouta-Toro seraient des Peuls, des Sérères, des Ouolofs et des Soninkés. Le chef de la contrée vaincu par les Dia Ogo se voit contraint de parler la langue peul «Hal Poular», c’est-à-dire qu’il reçoit l’injonction de désormais parler Peul. C’est Coly Ténguélla BA, un grand guerrier peul déniankobé, qui, en 1512, a utilisé pour la première fois des chevaux plus rapides et efficace que bœufs ; il réalisa l’unité du pays qui va désormais s’appeler le Fouta-Toro. L’origine du nom «Fouta» a fait l’objet de plusieurs interprétations. Alvise CA DA MOSTO (1430-1883), un navigateur portugais ayant visité l’Afrique entre 1445 et 1447, avait trouvé une explication fantaisiste, Toucouleur viendrait de l’anglais «Two Couleurs» (deux couleurs). Pour Yaya WANE estime, dans donner une tentative d’explication, part du constat que tout établissement peul reçoit le nom de «Fout». C’est pour cela, selon lui, que l’on retrouve le Fouta-Kingui au Mali, le Fouta-Boundou au Sénégal oriental et le Fouta-Djalon en Guinée. Pour le capitaine STEFF, un administrateur de la colonie de Mauritanie, le Fouta s’appelait Namandir, c’est-à-dire pays de l’abondance en référence au bien-être procuré par la fertilité des cultures hivernales dans le «Diéri» et les décrues du fleuve dans le «Walo». Un texte en arabe, de Siré Abbas SOW, traduit en français par Henir GADEN, un administrateur colonial, le Fouta-Toro serait une déformation de Tôr ou Tour, nom donné par les Arabes à la presqu’île du Sinaï en Egypte.

I – Le Fouta a contribué, de façon décisive, à l’islamisation du Sénégal

L’histoire du Fouta-Toro est consubstantiellement liée à celle du Sénégal ; les principaux dignitaires religieux ou figures historiques du Sénégal ont une ascendance foutankaise. Ainsi, contrairement à la légende, N’Diadiane N’DIAYE qui est devenu l’ancêtre mythique des Ouolofs, était en fait en fait un métis, fils du chef de guerre berbère almoravide, Aboubacar Ben Omar et de la princesse peul, Fatima SALL, fille du roi de Guédé, qui porte le titre de Lamtoro. Ahmadou Bamba M’Backé (1853 – 19 juillet 1927), le fondateur du mouridisme, comme El Hadji Malick SY ou Maba Diakhou, étaient également d’ascendance peul. Les Ouolofs et les Sérères résidaient au Fouta et ont fini, à la suite de persécutions et dès le XVème siècle, fuir cette contrée. Des personnalités politiques issues du Fouta ont joué ou continuent de jouer un rôle considérable dans la vie politique sénégalaise : Mamadou DIA, premier ministre sous SENGHOR, Kalidou DIALLO, ministre de l’éducation nationale, sous Abdoulaye WADE, Malick SALL, avocat, originaire de Danthiady, et depuis le 25 mars 2012, M. Macky SALL, président du Sénégal. Pays laïc, les Sénégalais étant à 95% musulmans.

Le Sénégal est le premier pays à se convertir, en Afrique occidentale à l’islam, dès le XIème siècle. En contact avec les Almoravides, les Foutankais ont défendu, avec une grande ardeur et souvent au péril de leur vie, l’islamisation du Sénégal. Deux figures historiques du Fouta ont contribué de façon déterminante à l’islamisation : Souleymane BAL et El Hadji Omar Foutiyou TALL (1797 – à Halwar près de Podor – 1864 à Denguébéré, près de Bandiagara, Mali).

Le Fouta est profondément religieux et superstitieux. Le pouvoir spirituel du marabout est permanent du berceau au cimetière, on vit à son ombre tutélaire du marabout, aussi pour le choix du nom de l’enfant qui vient de naître, l’éducation, le mariage, la santé à recouvrer, etc. Les Foutankais ont créé diverses écoles religieuses réputées, notamment N’Guidjilone, Ganguel avec Cheikh Moussa CAMARA, Boki Diawé, Thilogne et aujourd’hui à Madina Gounasse avec la famille BA. Ils se sont rendus souvent en Mauritanie parfaire leurs connaissances pour mieux les diffuser.

II – Le Fouta un Etat théocratique, parlementaire, centralisé

Le Royaume du Tekrour aurait été fondé avant le Xème siècle. Il fut d’abord dirigé par la dynastie des Dia Ogo. A la fin du Xème siècle, le dernier roi de cette dynastie fut tué par War Diabi, qui prit le pouvoir et donna naissance à une nouvelle dynastie, celle des Manna. War Diabi se convertit à l’Islam et lança la guerre sainte contre ses voisins non-musulmans. Le Tékrour était alors la première région islamisée du Sénégal. Bien situé sur les routes transsahariennes et grâce au fleuve Sénégal navigable, le Tékrour participait activement au commerce de l’or et des esclaves. Il devint un pays riche et puissant mais tomba sous la domination successive du Ghana (XIème siècle), du Mali (XIIIème siècle) puis du Djolof (XIVème siècle). SOW Siré Abbasse, originaire du village de Diaba a tracé l’histoire des dynasties régnantes sur le Fouta-Toro de l’année 850 à 1559. Ces travaux ont été complétés par les remarquables recherches du professeur Oumar KANE qui fait désormais autorité en la matière :

Les «Diâ Ogo» ou Oukka venus du Nord Syrie, sont les premiers à introduire la culture du gros mil. Ce sont aussi les ancêtres de nos bijoutiers, selon Abdoulaye KANE. Leur dernier roi est tué par Wâr Diâbi fondateur de la dynastie Manna.

Les «Manna» seraient originaires de Diâra, des Diakité ayant étendu leur suzeraineté sur le Fouta. Leur roi Wâr Diâbi mort en 1040 est le premier islamisateur du Tékrour.

Les «Tondiong» (captifs de l’Empire Mandingue ?) vers 1300. Des Tondiong sont des Sérèr mélangés aux Diâ Ogo. Avec des Mandingues ils contribuèrent au renversement des Diakité de Diâra au profit des Diâwara. C’est à l’époque des Tondiong que furent introduits les titres d’origine mandingue (Farba) et que fut fondé l’Empire du Diolof.

Du Hodh (région de Néma, Mauritanie), au XVème siècle, arrivent les «Lâm Termès» (1400-1450) avec une troupe composée de Peuls, Soninkés, Mandingues. Ils mirent fin à la domination des Tondiong. Puis ce fut le règne des «Lâm Tâga», à la tête de la tribu Peul métissée de Maures. L’un de ces Lâm Tâga, Moûssa Eli Banâ, s’installant à Guédé, dont il fit sa capitale, devint le Lâm Tôro.

La dynastie des Déniyankôbé durera de  1512 à 1776. En effet, en 1559, l’unité politique n’était pas réalisée. En effet la rive droite sous la domination des Lâm Termès et des Lâm Tâga et la partie de la rive gauche aux mains des Lâm Tôro, tout le reste du Fouta-Toro était sous la domination des Diawara de Diara, qui, eux-mêmes après avoir échappé à la suzeraineté mandingue, étaient passés dans la mouvance de l’Empire Songoy.

Le chef Peul, Coly Ténguella BA, père de Coly, nomadisant au Kingui, est tué en 1512 par Amar Komdiago, frère de l’Askia Mohamed de Gâo. Au Badiar, les bandes se reforment sous le commandement de Coly, fils de Ténguella, au nord du Foûta Dialon. De là, conquête du Fouta-Toro et l’agrandissement au dépens du Kaniâga et de la partie orientale du Diolof. Au Bambouk, avec la défaite infligée par Mamadou II, Coly Tenguella domina le fleuve de Dagana à Bakel, pour former la dynastie des Déniankobé. «Déni», d’où est tiré Déniankobé, est la mare ou auraient campé les troupes de Coly avant d’entreprendre la conquête du Fouta-Toro. A la fin du XVème siècle, le Tekrour fut conquis par Coly Ténguélla BA, un chef peul portant le titre de «Satigui», qui lui redonna son indépendance et créa un nouveau royaume, le Fouta-Toro, et une nouvelle dynastie, les «Déniankobé».

Au XVIème siècle, le Fouta-Toro se lança dans des guerres de conquête et agrandit son territoire aux dépens de ses voisins : le Djolof et le Cayor. Par la suite, la dynastie des Déniankobé dut faire face à des guerres de succession et à des attaques extérieures.  Pendant longtemps, le Fouta-Toro a été gouverné par les Peuls, mais ce sont des animistes inspirés par un pouvoir arbitraire : «Les familles des Dénianké étaient en possession de l’autorité souveraine chez les Torodos quand ils devinrent maîtres du Fouta. Son chef exerçait le pouvoir suprême ; cette famille était païenne et se conduisait de la manière la plus tyrannique, notamment envers les mahométans. Une révolution causée par ce despotisme cruel amena dans la forme de ce gouvernement un changement en Afrique» écrit, en 1818, Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872). En effet, c’est au Fouta, entre 1770 et 1776 que le parti des marabouts, dirigé par Thierno Souleymane BAL a renversé le dernier Satigui, Soulèye N’DIAYE et a instauré un Etat théocratique, électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1891. Quand l’Almamy remporte la victoire sur le Satigui et le fait prisonnier, il «l’expose un jour entier au soleil, puis le dépouille, publiquement, des marques de la royauté, et le fait entrer dans la condition de simple sujet» dit MOLLIEN.

Thierno Sileymane BAL qui fit de l’Islam le principe du pouvoir civil et céda le pouvoir à Almamy Abdoul Kader KANE qui devint le premier Almamy (commandeur des croyants). L’Islam progresse, le voilà victorieux avec la mise en place des Almamy, chefs religieux et politiques. On construit alors des mosquées, installe des imams. On porte la guerre sainte chez les Maures, au Walo, au Cayor, au Boundou, etc. Le premier Almami, cet arbitre, mieux, un père qui aime et châtie à l’occasion, est tué à Goûriki Samba Diôm (après 30 ans de règne). Les règnes de ses successeurs sont généralement courts. Au Fouta-Toro des Almamy (chef des croyants), les décisions sont prises après la concertation au sein d’une instance des grands notables, le «Batou» ; les décisions sont prises après consultations des Ministres, de l’assemblée des délégués et des grands dignitaires représentant les différentes couches sociales. Entre 1805 et 1881, plus de 50 Almamy se sont succédés au Fouta-Toro. Ce sont les Foutankais qui élisent «le futur Almamy et l’investissent du pouvoir qui n’est plus le privilége d’une maison particulière» écrit Cheikh Moussa CAMARA. L’Almamy doit remplir des qualités morales (générosité, courage, droiture, savoir islamique, sans discrimination concernant la caste). L’Almamy, qui est à la fois chef politique et religieux, était élu ; ce n’était pas un simple héritage familial, le titre devait revenir au musulman le plus noble, le plus intègre et donc le plus méritant. On ne connaissait pas le système de déclaration de patrimoine, mais l’Almamy qui s’enrichissait de trop était évincé du pouvoir et ses biens confisqués.

«Au Fouta, le gouvernement est théocratique et électif. Mais l’élection est soumise à certaines régles qui en restreignent l’exercice. La Nation, dans l’ordre politique, est formée par différentes familles ou tribus. Chaque tribu acclame un candidat. Il appartient au Conseil suprême de choisir sur cette liste. Ce Conseil, dont l’autorité s’exerce d’une façon permanente pendant la vie de l’Almamy, qui a le droit de réprimander, de déposer, même de condamnation à mort du souverain, est tout puissant pendant l’interrègne» écrit, en 1883, Jacques de CROZALS (1848-1915).  Le Fouta est dirigé par une oligarchie théocratique, chacun a une portion du territoire, mais exerce le pouvoir sous l’autorité de l’Almamy. Le Conseil composé de Cinq personnes «est aussi puissant que le Conseil des Dix l’était dans l’ancienne République de Venise», écrit Anne RAFFENEL (1809-1858).  Le nouvel Almamy intronisé porte un turban blanc, emblème de la souveraineté et un bâton noir orné d’une petite pomme d’argent, d’un tabala pour annoncer les grandes nouvelles et un cheval richement orné. Il doit jurer sur le Coran de conserver la religion intacte de ses ancêtres et de mener la guerre sainte contre les infidèles : «L’Almamy ne peut rien faire sans l’avis du conseil. Lorsqu’ils sont mécontents de ce chef, ils se retirent pendant la nuit dans un lieu élevé ; après une longue délibération, l’Almamy est renvoyé ; un autre est sur le champ élu à sa place ; ils le font venir devant eux et lui adressent ces mots : «Nous t’avons choisi pour gouverner notre pays avec sagesse» écrit MOLLIEN. Par conséquent, le Fouta-Toro ressemble à un régime parlementaire ; le souverain a des pouvoirs limités «Chaque Etat Foula constitue une République théocratique dont le chef, l’Almamy, n’exerce le pouvoir temporel et spirituel qu’avec l’aide des Anciens et des notables», Georges RAYNAUD, pour le Fouta-Djallon. «Lorsque la déposition de l’Almamy est prononcée, ce sont les enfants qui la lui annoncent en poussant des cris et en jetant des pierres et de la boue sur sa case ; alors il se retire, abandonnant toutes les marques de l’autorité. S’il n’obéit pas aux ordres de son successeur, il s’expose à être fustigé par ses anciens sujets» précise MOLLIEN. L’Almamy a des pouvoirs propres : celui de mener la guerre et de lever des impôts (dîmes sur les productions végétales, sur les marchandises traversant le royaume et sur le sel).

Les provinces du Fouta sont celles qui ont le plus longtemps et les plus vaillamment résisté à la pénétration coloniale.    Anne RAFFENEL qui a séjourné au Sénégal entre 1843 et 1844 témoigne une «situation insurrectionnelle» et parle au Fouta-Toro d’un «parti de la guerre. Tout le long des rives, de nombreuses bandes de Peuls et de Toucouleurs harcelaient la petite escadrille lui envoyant des cris de fureur et de balles». Le sentiment national est très développé au Fouta-Toro en raison de l’ancienneté de ces Etats : «Le Fouta est un Etat exclusivement turbulent, divisé, incapable de s’entendre, et de se réunir, un peu sérieusement pour soutenir une guerre, à moins qu’il ne s’agisse de religion ; alors le Fouta n’est plus qu’un seul homme» Louis FAIDHERBE. Comme on vient de le voir une longue tradition étatique et démocratique existait avant l’arrivée des colons français. Le colonisateur constate l’existence de ces Etats du Fouta : «A l’époque où nous avons entrepris  de modifier notre situation vis-à-vis des Etats riverains du Sénégal, le Fouta était un grand pays s’étendant depuis le Damga jusqu’au marigot de NGuérer». La France doit payer un impôt pour faire du commerce dans le Fouta et s’inquiète de la résistance de ces Etats en ces termes : «Ce vaste territoire habité par des populations fanatiques, ne se soumettent que difficilement à l’autorité du chef électif, qui le sous titre d’Almamy, était appelé à les gouverner et les maintenir dans l’ordre, pour les communications dans le fleuve et pour la sécurité de notre commerce, malgré les lourds tributs que nous y payons», «La question du Fouta», in Moniteur et dépendances du Sénégal, 18 avril 1865. Le colonisateur, préoccupé par ces troubles au Fouta-Toro, fait construire une tour à Matam, en 1858. En dépit premier traité en 1859 avec le Fouta central, les Bosséiabé alliés aux Maures d’Ould Eyba, opposent une résistance farouche, et le colonisateur le mentionne : «Cette séparation (du Fouta central en 1859), devant soulever et souleva, plus tard, en effet, une grande opposition des Bosséiabé surtout, qui mirent tout en œuvre pour reconquérir leurs droits et leurs privilèges sur les provinces devenues indépendantes».

Le colonisateur décrit cette résistance en ces termes : «Ces Bosséiabé sont aujourd’hui les seuls, de la Rive gauche, qui soient étroitement alliés avec les Maures, et qui, par suite, s’opposent à l’idée fondamentale de notre politique au Sénégal»,  in «La question du Fouta», op. cit. page 68. Un soulèvement général eut lieu en 1862, au Fouta, en dépit de l’expédition punitive du gouverneur JAUREGUIBERRY. Les Foutankais, fiers de patrimoine culturel, historique et religieux n’ont pas facilement accepté le fait colonial, «Le scrupule religieux les fait encore hésiter  quelquefois, lorsqu’il s’agit de nous obéir», souligne le colon, in Moniteur et dépendances du Sénégal, 18 avril 1865, n°473, op. cit. page 69. El Hadjoi Omar TALL qui a mené une guerre sainte contre le colonisateur ne s’est jamais soumis. Mais son flis Aguibou TALL collaborera avec le colonisateur à partir de 1894.

III – Le Fouta, ses valeurs morales et son patrimoine culturel inestimable

Le Fouta traditionnel est un mélange de théocratie, de parlementarisme, et aussi et surtout d’un grand conservatisme teinté de féodalité, mèmes si ces valeurs ont tendance à s’affaisser, elles subsistent, largement encore, à l’aubre du XXIème siècle. Tout en restant profondément attachés à l’unité du Sénégal, les Foutankais revendiquent très jalousement leur langue, leur identité et valeurs culturelles. En dépit du dynamisme de la langue dominante, le Ouolof, les Foutankais sont restés conservateurs. Ces valeurs culturelles, autour du peul ou du Poular, sont notamment une société religieuse et hiérarchisée, organisée autour de la famille et solidaire. Louis FAIDHERBE reconnaît certaines qualités aux Foutankais : «l’attachement à leur religion, leur patriotisme, leur haine de l’esclavage ; aucun citoyen du Fouta n’est jamais réduit en esclavage ; ils ne font d’esclaves que sur les infidèles. Leur amour du travail, et surtout de l’agriculture, qui est chez eux tout à fait en honneur» dit-il.

La société foutankaise, dans son caractère féodal, est fondamentalement, inégalitaire. L’individu appartient à un lignage (Légnol) et à un village.  Chaque individu appartient, par la naissance, à une caste, et le mariage étant endogamique, se fait à l’intérieur de chaque caste ; les castes sont aussi un régime de spécialisation professionnelle. Cependant, l’élevage et l’agriculture ne sont pas des activités castées.  Cette société est répartie en trois principales castes de personnes. Les Nobles (Rimbés) qui comprend les Peuls, les Torobés, les Sebbés (guerriers), les Soubalbés (pêcheurs) et les Jawambé (nobles, mais courtisans). Les Torobé sont les gardiens du savoir islamique, et ont été souvent des Almamy, la classe régnante. En réalité, les Torodo, très vaniteux et orgueilleux, sont exploités par les griots, les castés. Cette noblesse du sang, ne correspond à rien. Les artisans (Niégnembé) et artistes (tisserands, forgerons, cordonniers, bûcherons, griots, guitaristes). Les esclaves, au bas de l’échelle sont, comme leurs biens, attachés à une famille ; jusqu’à présent les mariages entre les Torodo et les esclavages ne sont pas encouragés.

L’individu n’a aucun espace ; le groupe décide de tout. En contrepartie, c’est la solidarité sans failles, mais cette solidarité s’étend à toute la famille dont les limites ne sont pas parfois aisée à déceler. C’est également la solidarité entre toutes les personnes qui parlent la langue Poular. Le Fouta a un héritage culturel riche. Dans la tradition artistique le «Pécane» des pêcheurs qui a été popularisé par Guélaye Ali FALL, est d’une inspiration ésotérique ; il chante le mystère des eaux, l’apparition d’être surnaturels qui peuvent aider à vaincre l’hippopotame ou le crocodile. Le «Pécane» peut célébrer l’honneur et la vertu, ainsi que l’équilibre du groupe social. Ainsi, «Séguou Bali», met sa vie en péril en affrontant «Le N’Gaari Nawlé», non pour conquérir une femme convoîtée, mais gagner davantage les faveurs de son épouse. Cependant, il arrive aussi que le «Pécane», célèbre le héros tragique, sacrifié pour le compte du groupe social, l’amour et la passion pouvant conduire au désastre. Ainsi, comme le montre Ibrahima WANE, dans l’histoire «Balla Diérel», le sacrifice de l’individu se justifie par les intérêts supérieurs du groupe social. Balla, l’étranger, qui séduit la fille du Dialtaabé, le maître pêcheur, au grand dam des autres soupirants, pourtant du même statut que la belle Fatimata, est châtié, humilié et renvoyé chez lui, avec la complicité des forces du fleuve. Le «Goumbala» des «Sébbé» est un chant de guerre, une littérature héroique, avec thèmes bellicistes qui exalte le mépris de la mort et de la douleur, et valorise la bravoure et toutes les formes de courage. Ce sont des chansons dédiées souvent à Coly Ténguélla BA ou à Samba Guéladio Diégui son descendant. Mais ces valeurs traditionnelles du Fouta n’ont pas nui à l’unité nationale et font partie désormais du patrimoine culturel du Sénégal.

Il faut souligner que certains artistes ont largement contribué à l’intégration dans la société sénégalaise, de ce Fouta-Toro ultra conservateur. Il s’agit, dès l’indépendance, du guitariste Samba DIOP à travers son «Lélé» qui était souvent chanté à la radio, qui a contribution à décloisonner la culture Hal Poularéen et à mieux à la faire accepter par les autres. Samba a souvent chanté le Fouta, la beauté de la nuit, le charme des rencontres amoureuses. Ensuite, Samba Diabaré SAMB un griot Ouolof, mais qui savait manier parfaitement le Poular. On connaît le dicton, en peul, qu’il a rendu célèbre de la légende de Samba Guéladio Diégui «L’éléphant n’a pas de berger». Mais c’est surtout Baba Maal, un casté faisant de la musique son métier, en rupture cette tradition hiérarchique des Hal Poularéen, et s’exprimant parfaitement en Ouolof, a largement contribué à décloisonner la culture peule.

Bibliographie sélective

AL-NAQAR (Umar), «Takrur, the History of the Name», The Journal of African History, 1969, vol 10 (3) pages 365-374 ; 

Anonyme, «La question du Fouta», Moniteur du Sénégal et dépendances, 18 avril 1865, n°473, pages 68-70 ;

 

BRIGAUD (F), «Les grandes fresques de l’histoire du Sénégal», La Cité, février 1970, pages 13-27 ;

 

CROZALS de (Jacques),  Les Peuls, étude d’ethnologie africaine, Paris, Maisonneuve, 1883, 271 pages, spéc sur le Fouta-Toro, pages 236-245 ;

DJENIDI (Abdallah), «Cheikh Moussa Kamara et sa réflexion sur l’exercice du pouvoir au Fouta-Toro», Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, (Dakar), 1976, n°6, pages 308-316 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Populations noires des bassins du Sénégal et du Haut Niger», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, mai et juin 1856, pages 281 – 300 ; 

HECQUARD (Hyacinthe), Voyage sur la côte et sur l’intérieur de l’Afrique Occidentale, Paris, Bernard et Cie, 1853, 409 pages,  spéc pages 253 (Fouta-Djalon) ;

KANE (Oumar) «Les unités territoriales du Fouta-Toro», Bulletin de IFAN n°3, 1973, pages 614 à 631 ;

KANE (Oumar), Le Fouta-Toro des Satigui aux Almani (1512 -1807), Dakar, thèse d’Etat, 1192 pages ;

MARTY (M.), Souvenirs du Sénégal, titres et parchemins des Nègres, Paris, S. Schaelber, 1892, 36 pages, spéc pages 3-12 (sur le Toro) ;

Mission d’aménagement du Fleuve Sénégal, Les hommes du Fouta-Toro : l’organisation sociale du Fouta-Toro, Dakar, texte dactylographie, juin 1960, 9 pages ;

MOLLIEN (Gaspard-Théodore), Découverte des sources du Sénégal et de la Gambie en 1818, précédée d’un récit inédit du naufrage de la Méduse, Paris, Charles Delagrave, 1889, 317 pages, spéc pages 170-178, sur le Fouta-Toro ;

RAFFENEL (Anne), Voyage dans l’Afrique Occidentale comprenant l’exploration du Sénégal (1843-1844), Paris, Arthus Bertrand, 1846, 511 pages, spéc 222-223 et 260-268 ;

RAYNAUD (Georges), «De l’exercice de la souveraineté chez les peuples africains», Bulletin de la Société d’Ethnographie, février 1890, 32ème année, 2ème série, n°38, pages 36-50 ;

ROBINSON (David), CURTIN (Philip D) et JOHNSON (James), «A Tentative of Chronology of Futa the Sixteenth through the Nighteenth Centuries», Cahiers d’Etudes Africaines, 1972, n°48 (12), pages 555-592 ;

SOH (Siré Abbas), originaire de Diaba, Chroniques du Fouta sénégalais, Paris Leroux, 1913, 358 pages texte en arabe traduit par Maurice DELAFOSSE et Henri GADEN ; 

SOW (Ibrahima), «Le monde des Soubalbé», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1982, tome 44, série B, n°3-4,  pages 237-320 ;

STEFF (capitaine), «Histoire du Fouta-Toro», Dakar, IFAN, 1913, Fonds Brévié cahiers n°1-7 ; Fonds Gaden cahier n°1-338, 70 pages dactylographiées, spéc pages 26 à 53 ;

WANE (Ibrahima), «Amour et honneur dans le Pékaan (épopée des pêcheurs du Fouta-Toro)», Ethiopiques, n°84, 1er semestre 2010, pages 63-71 ;

WANE (Yaya), «La condition sociale de la femme Toucouleur (Fouta-Toro)», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1966, tome 28, série B, n°3-4,  pages 771-839 ;

WANE (Yaya), «Le célibat en pays Toucouleur», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1969, tome 31, série B, n°3,  pages 717-732 ;

WANE (Yaya), «Les Toucouleurs du Fouta-Toro : stratification familiale et structure sociale», Dakar, Collection Initiatives et études africaines, 1969, n°XXV, 250 pages ;

WANE (Yaya), «Réflexions sur la dimension sacrale chez les Toucouleurs», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1977, tome 39, série B, n°2,  pages 386-484.

Paris le 14 décembre 2014, actualisé le 23 mars 2018, par Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/

«Histoire du Fouta-Toro (Sénégal», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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