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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 19:00

En France, quand on parle du «communautarisme», il faut se méfier des mots.

Mme Rokia TRAORÉ, artiste, de nationalité française et d’origine malienne, mariée à un Belge, emprisonnée en France, est menacée d'extradition en Belgique pour enlèvement de son enfant.

Roman POLANSKI, qui a violé Samantha GEIMER, qui n'avait que 13 ans, s'est enfui des États-Unis pour se réfugier en Suisse. S’il retourne aux Etats-Unis, c’est direct la prison. Mais Roman POLANSKI a été primé en France d'un César.

De grands prédateurs sexuels, de l’Eglise ou des artistes du Showbiz, sont peu inquiétés par la justice, dès l’instant qu’ils ont la bonne couleur. Ainsi, Johnny HALLYDAY, accusé de viol et qui doit 10 millions d'euros au fisc, a eu droit à un hommage national, aux frais des contribuables.

Des capitaines d’industrie, qui ont souvent tapé dans la caisse, ont souvent bénéficié d’une grande complaisance. C’est le cas de Carlos GOHN, avec son anniversaire royal au Château de Versailles. Il a fallu que la justice japonaise s’en mêle, pour que subitement on se rappelle que Carlos GOHN avait tendance à confondre les deniers des entreprises et les siens. Les pratiques mafieuses de Vincent BOLLORE en Afrique sont connues et trainent toujours devant la justice française. C’est bien Vincent BOLLORE, en 2010, qui avait aidé Alpha CONDE, devenue depuis lors un dictateur sanguinaire en Guinée, de transformer ses 17% au 1er tour, en victoire éclatante au 2ème tour. Dans son obsession de devenir président à vie, la CEDEAO a fait remarquer son référendum monarchique ne pourrait pas se tenir en raison de 2,5 millions d’électeurs fantômes.

Eric ZEMOUR et Alain FINKIELKRAUT nous insultent à longueur de journée. Le premier est devenu chroniqueur d’une télévision de Vincent BOLLORE et le second est promue à l’Académie française. En revanche, Rokhaya DIALLO et une autre animatrice voilée ont été virées, illico presto.

Aucun des flics qui avaient provoqué la mort de Bouna et de Zied, ainsi que ces graves violences urbaines n’a pas été sanctionné.

En revanche, la famille d'Adama TRAORÉ, qui réclamait justice pour leur frère étouffé à mort par les forces de l'ordre, a été condamnée pour rébellion. Théo, victime d'un viol au tonfa, fait l'objet de plusieurs menaces (enquête sur son association, pour détournement de fonds), pour l'intimider.

Cherchez où est l'erreur ?

L'autre jour, le président MACRON entendait lutter contre le communautarisme. Quand on parle du communautarisme notamment de certaines listes électorales, avec la place incongrue de la diversité alibi, il faut bien se méfier des mots.

La présidente de la région Ile-de-France avait également évoqué le durcissement des peines contre certains délinquants. Mais de quels délinquants parle-t-elle ?

De SARKOZY, toujours dans les petits souliers de notre président ?

Des BALKANY ? sitôt relâché pour raisons de santé, au lieu de se présenter aux urgences, voilà qu'il fonce droit sur sa mairie. Et sa femme, malade, mais qui peut assurer l'intérim en mairie.

On attend le verdict sur le cas des époux FILLON.

Quid de Christine LAGARDE ? condamnée dans l’affaire Tapie, mais dispensée de peine, et qui a encore merdouillé dans cette crise du Coronavirus.

Et qu'est devenu BENALLA ? celui-là qui tabassait les grévistes, puis a été invité au journal de 20 h sur TF1. Que contenait son coffre-fort ?

2 poids, 2 mesures. On réclame une justice égale pour tous et la fin immédiate de Code l'indigénat et pour le bien-vivre ensemble.

Paris, le 15 mars 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Libérez, l’artiste, Rokia TRAORE ! A bas le Code de l’indigénat !» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 13:54

Baaba MAAL, le Roi du Yéla, inspiré de la musique traditionnelle peule, entre tradition et modernité, est à la fois héritier et inventeur : «La production poétique et musicale de Baaba Maal, en s’inscrivant dans l’intertexte des formes de la littérature Pulaar, a réussi des innovations thématiques, à enrichir les genres Pulaar. Mais Baaba Maal a aussi bénéficié des formes littéraires de son ethnie. Son mérite réside, cependant, dans la diffusion des formes anciennes, et la modernisation du fond sonore. Culture riche de sa diversité et de ses apports islamiques, le Pulaar a trouvé en Baaba Maal, son fidèle interprète» écrit Mamadou SAM. En effet, Baaba MAAL, ancré dans la culture millénaire peule, a su s’adapter aux réalités de notre temps, en exploitant, habilement, la grande richesse de la rhétorique Pulaar, une civilisation remontant à l’Egypte ancienne. Allant de la redécouverte de thèmes traditionnels à l’expérimentation pure et dure de nouveaux rythmes, Baaba MAAL mixe les genres (musiques peule, mandingue, reggae, noire américaine). La musique de Baaba MAAL parvient à reproduire l'essentiel pour le mélanger à des sonorités plus modernes : «Je préfère agencer mes albums, un coup acoustique, un coup électrique. Parce que je veux me faire comprendre et faire comprendre d’où viennent nos musiques» dit Baaba MAAL. Dans son enracinement profond et son ouverture aux autres, Baaba MAAL développe les sonorités traditionnelles, tel que le Kora, tout en y ajoutant des éléments modernes tels que la guitare électrique et des rythmes skankés.  Baaba MAAL a apporté à la musique sénégalaise une énergie créatrice débordante et dynamique. La contribution artistique et littéraire de Baaba MAAL est «une réflexion sur l’éducation, l’émigration, l’engagement, le rôle de l’identité culturelle dans la prise en charge des défis contemporains des peuples d’Afrique, le respect et l’estime de soi, la valeur de la culture, le rôle des arts comme ressources et force motrice, l’importance du patrimoine culturel, de sa préservation, mais aussi de sa fécondation» écrit le professeur Felwine SARR, dans sa préface de la biographie d’Oumar Demba BA sur Baaba MAAL.

L’appartenance au peuple Toucouleur confère aussi à Baaba MAAL un particularisme que l'on retrouve dans ses textes, particulièrement riches. Il expérimente tous les styles de musique des Peuls : le «Pékane» des pêcheurs, le «Dilléré» des Maabo (tisserands), le «Goumbala» ou chants des guerriers, le «Daarol», récit épique, le «Komtimpadji» des Tiédos, le «Fantang» exaltant le pastoralisme, le «Wango» un genre distractif de Médda DIAGNE, les «Lingui», pour les nouvelles mariées, le «Naalé» des esclaves, le «Sawali» des Laobé, le «Kérodé» des chasseurs, le «Lélé» de Samba DIOP, le «Jaanti», récits mythiques et initiatiques, les chants islamiques («Beyti» ou poésie, le «Daarol» ou récit, le «Tarikh» ou chroniques), et naturellement, le «Yéla» des griots, dont il est devenu le roi incontestable. En effet, porte-parole de la diaspora foutankaise, Baaba MAAL, avec son groupe «Dandé Légnol», la voix du peuple, est un militant de la cause africaine et un humaniste : «Servi par une voix mélodieuse et des années de recherches, il a fini par s’approprier ce leg diversifié qu’il a mis à jour, pour l’adapter aux réalités de son temps, dénoncer des préjugés, passer un message, plaider une cause ou faire vivre l’histoire» écrit Oumar Demba BA. 

Baaba MAAL est, avant tout, un grand défenseur du panafricanisme, de l’identité sénégalaise fondée sur la diversité culturelle et la tolérance : «Comme le lamentin, Baaba Maal a été boire à la source de la culture peule, en sillonnant dans le «Lappol» (piste ou chemin) l’arrière-pays, en recueillant chants traditionnels, contes et épopées. L’ancrage, ici, n’est pas une posture, mais un choix voulu et assumé», écrit Oumar Demba BA. «Je crois que le rôle d’un musicien est d’éveiller les consciences, d’attirer l’attention des gens vers des aspects ignorés de leur personnalité. Nous créons des mélodies et des harmonies afin qu’elles pénètrent vos esprits» dit Baaba MAAL. Il porte, très haut, les valeurs culturelles du Fouta-Toro, avec son passé glorieux, incarnant à lui seul le roman national Sénégalais. Il est resté solidaire avec les gens de la communauté, et continue, en dépit de sa notoriété mondiale, de donner des concerts dans les villages les plus reculés du Sénégal, y compris dans mon modeste village, Danthiady. A Dakar, c’est l’homme du stade Amadou Barry, au détriment du grand stade Léopold Sédar SENGHOR. En France, il privilégie le contact direct avec la diaspora peule. En raison de son engagement aux côtés des démunis, Baaba MAAL donne chaque année une vingtaine de concerts dans la région du fleuve pour aider les associations de villages. Les bénéfices servent à financer des projets. Baaba MAAL a mis sa célébrité au service de grandes causes. Celui qui ne respecte pas ne mérite aucun respect. Celui qui se respecte n'est pas en conflit avec les autres ; il est en paix avec lui-même pour mieux entrer en symbiose avec l'autre. C'est toute cette altérité assumée et revendiquée par Baaba MAAL qui fait l'originalité et la richesse de sa culture, celle des Peuls, la nôtre et la vôtre : Citoyen du monde «Je suis nomade. Je ne vois pas de frontières entre moi et les autres» dit Baaba MAAL. La musique de Baaba MAAL se caractérise, suivant un sous-titre de cette biographie d’Amadou N’DIAYE, de «message local et patrimoine universel». Pour Patrick LABESSE du journal Le Monde, «Baaba Maal est un Ovni sur la grande scène». Comme les «rois et les voleurs» d’Hérodote (480-425, avant JC, historien), fasciné par l’étrangeté du monde et sa grande diversité, Baaba MAAL se sent chez lui partout, et a l'habitude de fréquenter les gens de toutes les planètes musicales. «Je veux d'abord être perçu comme musicien et chanteur et non pas comme musicien africain», insiste Baaba MAAL. Pour Cheikh Hamidou KANE «toutes les inspirations musicales de Baaba Maal sont Hal Poulaar, il a réussi à s’en inspirer, parfaitement. Mais il a surtout réussi à sortir sa musique du milieu Peul simplement, du milieu sénégalais ; il est une des grandes voix modernes de notre temps » écrit l’auteur de «l’aventure ambiguë ». En effet, Baaba, il lui plaît d'absorber et de fréquenter des musiciens et des musiques d'univers éloignés de ceux d'où il vient. Il a chanté avec U2, et a fréquenté Cindy LAUPER, Stevie WONDER, Aretha FRANKLIN et Angélique KIDJO. Avec ses mélodies épurées, Baaba MAAL a choisi, délibérément, «de détruire les boussoles, d'être en phase avec son temps, de transgresser les goûts et les attentes de son public initial en Occident» écrit Patrick LABESSE.

Baaba MAAL n’est pas si mal que cela ; il est brillant dans son art. Son style simple et sophistiqué touche au cœur. L’atout absolu de Baaba MAAL reste sa voix, puissante, aérienne, empreinte d’un lyrisme rappelant les plus grands griots : «Sa voix poignante, son aisance et sa grâce à la danse font de chacun de ses concerts des moments de pure légèreté et de fête intense» écrit Patrick LABESSE du journal Le Monde. Commentant la sortie de l’album «Mi Yewni», ou «Missing You», en langue anglaise, Hélène LEE de Libération estime que tout Baaba MAAL est là : «son mélange d'enfance et de sagesse, sa grâce dansante. Le balancement léger des rythmiques, la production dépouillée rendent les chansons familières d'emblée, la voix est magnifiée par cette simplicité», dit-elle. «Musicien à la voix d’or», suivant Oumar Demba BA, l’un de ses biographes. 

François BONSIGNOR qualifie Baaba MAAL «personnalité solaire» qui passerait bien pour un «prince». Baaba MAAL est décrit, par Amadou N’DIAYE, un de ses biographes, «d’intellectuel de la musique sénégalaise». Il est le seul à avoir obtenu le baccalauréat et avoir suivi des études supérieures à l’école des Beaux-Arts. Des études sérieuses ont été consacrées au travail de mémorialiste, d’humaniste et de chanteur engagé qu’est Baaba MAAL. Ainsi, Mamadou SAM, dans un mémoire de maîtrise de 1995, à l’Université Cheikh Anta DIOP, d’une grande qualité, valant en fait une thèse de doctorat, a transcrit, traduit et commenté de nombreux textes de Baaba MAAL ; ce qui a fait considérablement avancer la recherche. Par ailleurs, Mamadou SAM est le premier, à avoir analysé, en profondeur la poétique et la création artistique de Baaba MAAL sous l’angle de la littérature. Baaba MAAL est souvent qualifié de «Roi du Yéla». Il a sauvé le Yéla et lui a donné une nouvelle envergure : «Le Yéla est un mode privilégié d’exaltation des valeurs du groupe social, d’archivage des hauts-faits et de légitimation des pouvoirs. Après avoir rythmé les veillées d’armes des héros des siècles passés, il investit les cérémonies familiales et autres manifestations au cours desquelles les maîtres de la parole rappellent ou réactualisent les repères de la société», suivant Ibrahima WANE, scénariste d’un film sur le «Yéla». Oumar Demba BA a consacré une biographie à Baaba MAAL, avec en toile de fond la culture des Fountankais, et un important apport doctrinal, servi par une magistrale préface du professeur Felwine SARR. Pour cet auteur, Baaba MAAL s’est forgé «un cursus d’artiste et d’intellectuel conscient de son rôle de messager et passeur d’idées» écrit Oumar Demba BA. Amadou N’DIAYE, dans sa biographique qualifiée «d’officielle», a intellectualisé et bien classé par thèmes, les chansons de Baaba MAAL. Finalement, «tout est dit et l’on vient trop tard, depuis sept mille ans il y a des hommes et qui pensent» écrivait Jean de la BRUYERE, dans ses «Caractères». Quand à moi, je voudrais, très modestement, faire entendre, de façon claire et intelligible la voix de Baaba MAAL, notre porte-parole des valeurs foutankaises. J’ai voulu redonner la parole à Baaba MAAL, pour ne pas brouiller son message. Baaba MAAL ne fait pas que distraire, il a pris, résolument et courageusement, le bâton d’éducateur ; il veut faire bouger les lignes. La musique, au-delà de sa fonction ludique, peut prendre en charge les préoccupations de cette Afrique au potentiel énorme, mais qui peine à faire entendre sa voix, pour la justice et l’égalité. C’est un don immense que de faire découvrir aux hommes, ce qui est invisible : «On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux» disait Antoine de SAINT-EXUPERY (1900-1944) dans son «Petit Prince». La musique de Baaba MAAL, une confidence puissante du cœur, nous invite, instamment, à poursuivre le Bien souverain. Admirateur de Léon TOLSTOI (1828-1910), je crois qu’il faille condamner, sans appel, tout ce qu’il y a de factice et artificiel dans l’art. Je rejette, sans ménagement, le concept d’art pour l’art. Lutteur dans l’arène, la beauté, fondement de l’art, reste, pour ma part, un puissant appel pour l’éthique, la morale, en vue d’une profonde rénovation de l’ordre social, pour une société plus juste et plus fraternelle : «L’art est un moyen d’union pour les hommes, les rassemblant dans un même sentiment, et par-là, indispensable pour la vie de l’humanité et pour son progrès dans la voie du bonheur» écrit Léon TOLSTOI, dans «Qu’est-ce que l’art ?». Par conséquent, il faudrait sonner le tocsin : Chaque républicain, chaque Africain et chaque Sénégalais, devrait écouter, et surtout entendre le message de ce grand humaniste qu’est Baaba MAAL : «Je chante selon les réalités de mon entourage et selon ma conception de la vie. L’histoire de l’Afrique n’a pas été retenue par l’écriture, mais par des sources orales. Les Africains doivent avoir un moyen de redécouvrir, de faire revivre leur passé. Le musicien doit assumer cette mission. Nous devons être au service de l’Humanité» dit Baaba MAAL dans une interview de septembre-octobre 1990 accordée à Africa Report. «Les chants constituent un arsenal d’armes dangereuses et efficaces de contestation» écrit Honorat AGUESSY.

Baaba MAAL est né le 12 novembre 1953, suivant Amadou N’DIAYE, à Podor, appelé Douwayara, dans le quartier de M’Bodjène, dans le Nord du Sénégal : «Douwayara, j’ai la nostalgie, ville au bord du fleuve de Thiofy, à Lao Demba. Où que je puisse être mes pensées vont  à Douwayara» chante-t-il. Oumar Demba BA dit qu’il est né le 13 juin 1953. Il a toujours vadrouillé dans cette nature généreuse ; ce qui fait de lui un poète et un doux rêveur. Baaba est issu d’une famille de la caste des «Thioubalo», les pêcheurs : «Mon enfance est remplie de chance. Je suis né dans une famille de pêcheurs, dans une ville très culturelle, Podor, au bord du fleuve Sénégal. J’ai eu la chance de grandir entre deux parents qui m’ont beaucoup choyé» dit l’artiste. Son père, Baïdy MAAL, un ancien militaire et un muezzin, particulièrement attaché à la tradition, ne voyait pas d’un bon œil que son fils devienne musicien. «Mon père, m’a tout donné ; c’était un ancien combattant de l’armée française qui détenait le grade d’adjudant-chef. Il a compris, très tôt que l’éducation était importante» dit Baaba MAAL. La voix mélodieuse de son père, qui buvait du jaune d’œuf pour la tonifier et la vivifier quand il faisait l’appel à la prière, a résonné très fort, dans les oreilles artistiques du jeune Baaba MAAL. Les influences sur Baaba MAAL tout en étant diverses, la place de sa mère, Aïssata Samba Peinda Boubou Yacine WADE, une femme au foyer et couturière, occupe une place centrale : «J’avais aussi une maman hautement culturelle et qui participait à diverses cérémonies, avec une grande fibre artistique. Podor est une ville culturelle, fondée sur une grande diversité ethnique où se côtoient, harmonieusement Peuls, Maures, Bambaras, Sérères, etc. Ma mère chantait» dit Baaba MAAL. Sa mère était son amie, «une muse et conseillère de nombreuses sortes, veillant sur la forme et le fond de ses chansons, suggérant des avis, rectifiant des séquences et censurant des termes qu’elle trouve inappropriés» écrit Oumar Demba BA. Baaba a emprunté de nombreuses chansons du répertoire de sa mère, comme «Hayo» ou «Abdoul Bodédio». Aussi, dit-il «l’amour de la musique m’est venue de ma mère. Ma maman aimait bien chanter, notamment quand elle prenait, toute une journée, pour laver le linge, sur les bords du fleuve Sénégal. J’écoutais religieusement ses chansons qui ont bercé mon enfance». L’album, «Baayo» (orphelin) sorti en 1991, est dédié à la mémoire de sa mère décédée en 1984 : «Pendant que j’étais en France pour apprendre davantage sur l’art et la vie, un mauvais appel téléphonique me convoqua à la maison où je trouvais que ma mère était déjà morte et enterrée, ma mère chérie, ma mère très aimante» chante-il. Baaba MAAL, à l’image du Sénégal, est issu d’un milieu métissé et tolérant. Sa grand-mère, Gayssiri Bocar Hamady N’DIONGUE, originaire de Guédé est issue d’un couple Sérère et Bambara. Sa grand-mère maternelle a pour père, un Sérère et une mère Bambara, dont les origines lointaines sont maliennes. On parle Ouolof également à Podor.

 Pendant l’été, Baaba MAAL allait souvent en vacances à N’Dioum, chez son oncle, Alassane WADE, gérant de la poste et père d’Oumar WADE, son manager, qui appréciait les jeunes et le théâtre. La chanson, «Maacina Toro», l’autre appellation de N’Dioum, est un voyage dans le royaume d’enfance de Baaba : «N’Dioum, pays de la joie, n’a jamais eu peur, n’a jamais reculé. C’est toi qui m’a nourri, m’a fait aimer la vie. D’agréables nuits furent passées» chante-t-il.

La chanson, «Juuloowo» (celui qui prie) est un hommage à Elhadji Baba N’DONG, dont Baaba porte le prénom, un disciple d’El Hadji Malick SY (1855-1922), chez qui il a suivi des études coraniques. Après l’école primaire, à Podor, le jeune Baaba, effectue à partir d’octobre 1966, des études secondaires au lycée Charles de Gaulle à Saint-Louis. Il se rend à la capitale du Nord, par bateau, le légendaire «Bou El MOGDAG» de son nom SECK (1826-1880), un cadi, interprète et conseiller de l’administration coloniale. La chanson «Bouyel» est une déformation du nom de cette figure saint-louisienne. C’est dans cette  ville métissée et culturelle, que Baaba MAAL rejoint le mouvement Scout, pour s’investir davantage dans la musique. Alioune Badara DIAGNE, dit Golbert, le fait enregistrer, pour la première fois : «La popularité est venue petit à petit. On disait, qu’au lycée Charles de Gaulle, il y a un jeune garçon qui chante bien, et les gens ont commencé à nous inviter dans leurs soirées. C’était l’explosion de la culture Poulaar. Mais mon père ne voulait pas que je fasse de la musique, ce métier étant réservé aux griots» dit Baaba MAAL. «Nous avons un papa trop militaire, trop ancien combattant, qui était trop à cheval sur des règles d’un temps ancien. Il ne pouvait comprendre qu’un fils qui a fréquenté l’université puisse devenir musicien, une fonction dévolue aux griots» dit Moustapha, le frère de Baaba. Mais la chanson de «Taara» à la gloire d’El Hadji Omar Foutiyou TALL qui va lever toutes les réserves du père : «Si tu chantes ce genre de chanson, je me range à ton point de vue. Il va falloir que tu sois sérieux !» lui dira son père.

En 1974, Baaba MAAL, ayant réussi le baccalauréat, avec mention Bien, en candidat libre, dès la classe de 1ère, s’inscrit en Espagnol, à la faculté des Lettres et Sciences Humaines. Mais très vite, il s’oriente vers l’école nationale des Beaux-Arts à Dakar, sans doute pour se destiner à l’enseignement. Il participe à des groupes folkloriques de musique, à l’occasion d’évènements familiaux : «Le choix du métier de musicien est assez mal vu» par une bonne partie de la société sénégalaise restée conservatrice. Pourtant, Baaba MAAL, avec son ami d’enfance, Mansour SECK, de la caste des griots, rejoignent, entre 1975 et 1977, à Thiaroye, «Lasly Fouta», une association composée de plus de 70 musiciens, dont le but est de promouvoir la culture peule. Arrivé à Dakar, il est resté pendant 6 mois sans être auditionné. Il a fallu l’opportunité, à la faveur d’un conflit d’agenda (un concert à Robert Delmas, à Dakar – un autre à la Maison des Jeunes, à Thiès), certains musiciens ne voulant pas aller à Thiès, pour qu’il soit programmé à ce spectacle. Au concert de Thiès, la cantatrice (Bineta CAMARA) n’ayant pas pu terminer sa partie, Baaba MAAL est appelé à la rescousse. Et là la chance lui a souri. Ils ont découvert sa voix remarquablement mélodieuse.

Baaba MAAL débute sa carrière musicale dans des troupes folkloriques. Ainsi, en 1977, Baaba MAAL, Mansour SECK et M’Bassou NIANG fondent un groupe de musique traditionnelle peule, sans grande ambition commerciale : «Yeltaaré Fouta». Ils voulaient séduire les Foutankais et leur diaspora et pour cela, Baaba MAAL fait la tournée de plusieurs villages pour recueillir le folklore des Foutankais. Qualifié de «roi du Yéla» et s’inspirant de Guélaye FALL, et de son «Pêkane», un des chants des pêcheurs qui avait le don magique de résumer une bonne partie de l’héritage culturel du Fouta-Toro, Baaba MAAL a pris la route (Lappol) et a visité plus de 300 villages du Sénégal, du Mali, de la Guinée, de la Côte-d’Ivoire et du Burkina. Il n’a interrompu ce périple de retour aux sources qu’à la suite du décès de son père. L’étape de Goudiry, dans le Boundou, au Sénégal, a été décisive dans ce recueil des chansons traditionnelles peules. C’est là qu’il a appris le Yéla ; cette musique des griots de l’Afrique traditionnelle, qui selon lui, est apparentée à la musique classique, au reggae, Baaba MAAL n’a pas fait qu’écouter, il est devenu aussi un créateur, «avec un message, pour éduquer, pour situer la responsabilité de chacun dans la société et le préparer aux défis du futur» dit-il. 

 Baaba MAAL séjourne à Paris, entre 1982 et 1984, pour compléter sa formation au Conservatoire d’Alfred de Vigny. Il effectue des tournées, à travers l'Europe avec Mansour SECK et joue avec le groupe «Wandama». A Bruxelles, Baaba MAAL enregistre son premier duo : «Diam Léeli». En 1985, à Dakar, dans le quartier de Castor, Baaba MAAL créé le groupe «Daandé Légnol», la voix du peuple : «Je partage avec vous tous, mes compagnons de route, ces sons, ces odeurs et ces couleurs qui sont si indispensables, du désert à la savane et au-delà» dit Baaba MAAL. La chanson «N’Dakarou» (Dakar) vante la douceur de vivre dans la capitale sénégalaise : «La grande ville, ville de l’espoir et de la Téranga (hospitalité)». Baaba MAAL est déjà connu et reconnu dans le milieu Peul, mais c’est un concert, en février 1986, au théâtre national Daniel Sorano, qui fera connaître, au plan national, dans tout le Sénégal, Baaba MAAL. En effet, ce concert retransmis par la télévision nationale est une formidable promotion pour Baaba MAAL qui sort ainsi de l’ombre. En 1987, Baaba MAAL entame une série de concerts notamment à Paris, à la Chapelle des Lombards.

En 1986 et 1987, le «Daandé Légnol» fait sa première tournée en Europe. En 1988, la cassette appelée «Wangoo» sort au Sénégal. La chanson, «Demnagalaam» (ma langue) aborde la question des Noirs en Mauritanie, victimes du racisme et de l’esclavage. Baaba MAAL milite en faveur des minorités à conserver leur langue et leur identité culturelle. Ce qui va déclencher l’ire du gouvernement mauritanien qui fera détruire les cassettes de Baaba MAAL : «Aucune civilisation ne peut prétendre exercer son hégémonie  sur les autres, sans susciter un réflexe naturel de survie, de résistance, et, fatalement, un risque de confrontation» écrit Oumar Demba BA. Chris BLACKWELL du groupe Island Records, retrouve les bandes de «Diam Léeli» et les faits publier sous son label, World Music, «Mango». En 1989, Baaba MAAL se produit au New Morning et participe, en 1989, à l'album «Passion» de Peter GABRIEL. Baaba MAAL enregistre alors ses premiers albums solos, «Taara» en 1990 puis «Baayo» en 1991, qui séduit l'Angleterre par la pureté de ces musiques fidèles à la tradition. En effet, «Baayo», une musique épurée, très «roots» où le «Yéla» domine avec la voix sublime de Baaba MAAL, est produit à Londres, avec tous les instruments de haute technologie. Le succès est planétaire. Baaba MAAL sort le «groovy», album «Lam-Toro» en 1993, jugé par certains comme une dénaturation de sa musique. C'est l'album «Firin'In Fouta» en 1994, avec le titre «African Woman», qui permet à Baaba MAAL de consolider davantage son audience mondiale. Son album «On the Road», en 2008 regroupe diverses prestations de l'artiste enregistrées en direct. En 2016, paraît un  onzième album de Baaba MAAL, à son image, «The Traveller». Les Peuls sont des nomades.

Un de ses compagnons de route est Mansour SECK, son choriste, issu de la caste des griots, est originaire de Guédé, un village situé à 45 km de Podor. Mansour souffre d’un handicap héréditaire visuel, mais cela ne l’empêche pas de faire de la musique : «Nos deux familles étaient amies, avant même notre naissance. On est né et on a trouvé cela. C’est de là que tout est parti. Mon père et le père de Baaba Maal étaient de grands amis depuis l’enfance. Aussi, la grand-mère paternelle de Baaba est de Guédé village. Le village où je suis né. Ce lien fortifiait nos relations» dit Mansour SECK. Pour la mère de Baaba MAAL, Mansour SECK est son porte-bonheur et lui disait : «Mansour est ton frère de sang. Considère-le comme tel. Dis-toi que vous avez le même père et la même mère. Parce que ma maman est décédée avant celle de Baaba. Elle lui disait : que je sois vivante ou morte, restez toujours ensemble partout où vous serez».

Un autre historique ami de Baaba MAAL, maintenant disparu, était la relation avec Oumar NIANG dit M’Bassou, originaire de Ngawlé, manager du «Daandé Légnol», disparu le 27 juin 2011 : «Nous avons sillonné plus de trois cents villages à la quête du savoir. Nous voulions avoir le nécessaire pour s’adresser au monde, il le fallait à l’époque. Parfois il nous arrivait de sortir  d’un village sans aucun sous. On était obligé d’emprunter des ânes dans la brousse pour y mettre nos guitares ; c’était de la galère. Baaba Maal et moi sommes des miraculés. On est sorti d’un accident terrible au même moment à des endroits différents. C’est inexplicable» avait dit M’Bassou.

Baaba MAAL, homme pudique, est particulièrement discret sur sa vie privée. On apprend, au détour d’une conversation que jeune artiste, il soulevait déjà des foules et partout, où il allait les jeunes filles accouraient, avec une meute de prétendantes. Son amour de jeunesse voulait le destiner à l’enseignement. Mais Baaba MAAL, sentant sa vocation d’artiste plus forte que tout, s’est libéré de toute contrainte. Son fils unique, Oumar MAAL (1980-2014), créateur et styliste, est décédé, à la fleur de l’âge, le 26 septembre 2014, à Bruxelles. Il repose au cimetière Yoff, aux côtés de sa mère, Marthe BOCOUM, disparue le 4 novembre 2010 : «Mon fils m’a changé comme je ne l’aurais jamais pensé. Je le voulais tellement quand il est né que je ne voulais pas le partager avec sa mère. Je voulais le garder pour moi, pour lui transmettre tout l’amour et la musique que j’avais en moi» dit-il. Actuellement, Baaba MAAL vit avec Suzette NEWMAN, patronne de la société Palm Pictures et productrice de la société Chris Blackwell, Islandlife, une maison d’édition qui gère la production musicale de différents artistes (Bob Marley, U2, Cat Stevens, etc.). En effet, Mme Suzette NEWMAN avait dirigé la société Mango Island. En 1989, l’album de Baaba MAAL, «Diam Léeli» a été diffusé par Mango Island, sous forme de 2000 cassettes. Baaba MAAL, séjournant fréquemment à Londres, une ville hautement artistique, maîtrise parfaitement la langue anglaise. Le titre de certains de ses albums reflète bien ce cosmopolitisme, un atout majeur dans le développement de sa carrière internationale.

Baaba MAAL, citoyen sénégalais, panafricaniste et humaniste engagé, a abordé de nombreux et riches thèmes dans ses chansons : le nationalisme, le panafricanisme, la colonisation, la jeunesse, le statut de la femme, le développement, la paix, l’amour, la religion, la défense de la nature, les valeurs traditionnelles du Fouta-Toro (noblesse d’âme, courage, dignité, estime de soi, honneur, fraternité, l’amitié, etc.). 

I – Baaba MAAL : citoyen sénégalais et panafricaniste

A – Baaba MAAL, gardien des valeurs culturelles du Fouta-Toro

Baaba MAAL se caractérise par sa grande générosité, sa compassion et son humanisme, et cela transparaît, fortement, dans sa musique. Les thèmes que chantent Baaba MAAL sont inspirés de la tradition orale peule (chants des cérémonies familiales, de la femme pilant le mil ou faisant la lessive). Discipline d’Amadou Hampâté BA (1900-1991), il a pour ambition, à travers ses chansons entreprendre une conservation de notre patrimoine culturel africain et de l’archiver. Amadou Hampâté BA est qualifié de «rempart de la maison, de miroir de notre identité. Tu as allumé le feu qui ne s’éteindra pas. Si le temps est maître en toute chose, seuls ceux qui ont fait œuvre utile, deviennent immortels» chante Baaba MAAL.

Son répertoire musical, est avant tout un hommage à la beauté de la femme africaine, une célébration de hauts faits historiques ou de la richesse de la nature. Ainsi, dans «Mariama Dianké», Baaba évoque la mère parfaite, la femme idéale, la vraie sœur et amie. Dans «Polél Diéri» (Oiseau du Diéri) la colombe adorée ou le petit oiseau, Baaba MAAL, dans son lyrisme, très attaché à la liberté, s’insurge, au-delà de la Femme, contre toutes les formes de servitude : «Je n’ai d’autre maître dans ce monde que Dieu. Je ne connais pas la cage», ou dans «Yéla», un chant traditionnel, il crie : «Aidez-moi à combattre le monstre !». Dans «Nijlou» le séjour, Baaba dit «Dieu est juste. Ne soyons pas injuste». Baaba MAAL chante la nostalgie, notamment dans «Mi Yewnii» ou «Missing you», une musique traditionnelle peule : «J’avais la nostalgie du public qui aime ce genre de musique. Chaque instrument traditionnel a son histoire, ses couleurs. Sur le plan des coutumes, il y a aussi une grande adéquation entre la musique, les instruments et la possibilité de monter une chorégraphie d’un spectacle typiquement africain. J’avais la nostalgie de tous ces éléments, qui m’ont fait dire, quand j’étais jeune, que je voulais être musicien» dit Baaba MAAL. C’est donc une nostalgie qui fait l’archéologie de son ambition artistique et poétique.

Baaba MAAL est avant tout le porte-parole des valeurs culturelles du Fouta-Toro, des Peuls, mais en relation avec son nationalisme : «C’est le comportement qui fait la valeur de l’Homme. Toi qui aimes ta personne et honores la vie, je te salue. Le travail, c’est la dignité. Travaille pour notre peuple, pour que nos nations soient développées. Nos épopées, nos devinettes et nos chansons d’hier, faisant revivre notre passé, réveillent les esprits endormis» chante-t-il dans «Daandé Légnol» (La voix du peuple). Pour lui, le nom de son groupe, «Dandé Légnol», c’est une invitation à plus de justice, de solidarité et de fraternité : «Soyons tous amis ; que personne ne cause préjudice à autrui». Baaba MAAL, avec son groupe «Dandé Légnol» a permis de revenir à la surface de notre mémoire collective des archétypes constituant les valeurs fondamentales du Fouta-Toro : «Je suis enraciné dans ma culture qui est très belle et connectée avec les gens et la Nature» dit l’artiste. Baaba MAAL revendique la défense de la langue peule : «Dieu m’a fait don d’une langue. Le Pulaar est aussi une langue, don du savoir, grenier du savoir, langue de communication. J’avais parlé le Pulaar. Je suis coupable d’avoir parlé le Pulaar» chante-t-il dans «Demnagal-Am» (Ma langue). Baaba MAAL est ouvert aux autres. Ainsi dans sa chanson, «Leeki» ou remède est une métaphore faisant allusion à l’altérité : «Jeunes et vieux, venez que chacun plante son arbre. L’arbre touffu freine l’érosion côtière. Quand l’arbre devient touffu et ombragé, c’est nous qui en bénéficions» dit l’artiste. On connaît ce proverbe Ouolof : «l’Homme est le remède de l’Homme».

Baaba MAAL est resté très proche de la diaspora peule sénégalaise, notamment en France, aux Yvelines : «Pour élever la voix, au-dessus des autres, la première exigence est de puiser dans la vérité, pour chanter juste» écrit Oumar Demba BA. C’est un hommage appuyé aux héros du quotidien qui sont restés solidaires avec leur famille du Fouta-Toro : «Ne t’en vas pas, je vais rester seule. La nuit est très avancée, cher bien-aimé. L’aube commence à poindre. L’indigène n’est pas une terre. L’homme peut être pauvre et rester digne. La dignité, c’est le travail, le dévouement et la conscience de soi», chante-t-il dans «Danniibée» (émigrés ou exilés). Dans «Loodo», un quartier de Saint-Louis, il est question d’émigration et d’identité : «Certains s’en vont et renient ce qu’ils étaient. D’autres s’en vont, mais conservent leur identité et reviennent sans être méconnaissables» chante-t-il.

Dans «Jahoowo» Baaba MAAL fait l’éloge de la fidélité conjugale. La femme peule, comme Pénélope, affronte debout les difficultés, dans la dignité «Si on avait donné le droit à la femme de marcher au pas, de naviguer dans les bateaux, de s’immerger dans les eaux profondes, de marcher sur le sable, de protéger des pierres, la Femme allait remplacer son homme : Le garçon élancé et noir, portant toujours un boubou bleu». Cette chanson faisant allusion, initialement, aux Tirailleurs sénégalais mobilisés pendant les deux guerres mondiales, a pris de nos jours, une résonnance particulière. En effet, l’océan Atlantique est devenu un énorme tombeau pour les candidats à l’immigration, parfois réduit en esclavage, dans un monde où les frontières se referment, et soixante ans après l’indépendance, les questions de souveraineté et de bonne gouvernance en Afrique restent, plus que jamais, bien prégnantes.

Baaba MAAL accorde une place de choix à la nature dans ses chansons, avec une dimension poétique : «L’hivernage est beau à voir lorsque tombe la pluie. Depuis que la pluie nous a quittés nous sommes tristes. Notre savane n’est plus prospère, car la force de l’hivernage, notre bienfaiteur, c’est l’arbre. Dès que tu arrives, les travailleurs se lèvent, les plus démunis se réjouissent, un vent frais souffle. Je suis vraiment nostalgique de l’hivernage, symbole du développement de notre Afrique» chante-t-il dans «Dunngu» (l’hivernage ou saison des pluies). Ainsi, outre le majestueux fleuve Sénégal, il évoque «le soleil au Zénith», le «scintillement des étoiles» ou encore la «lueur de l’aurore». L’influence de la nature, la présence imposante du fleuve Sénégal, et de sa ville, Podor, sont omniprésents dans sa contribution artistique. Dans «Kowoné Maayo» (esprits du fleuve), une chanson mystique et poétique, un homme implore les forces surnaturelles : «Génies du fleuve venez m’aider» chante-t-il. Dans sa chanson «Macina Tooro», Baaba MAAL entonne : «Saly viens que je t’envoie chercher de l’eau au fleuve Douwé. Viens que je t’envoie mon enfant ! Dépêche-toi de venir» dit-il. «Je suis un enfant de la Nature, du bord du fleuve. J’aimais lancer ma voix, chanter devant des foules, en a cappella, cela m’a permis de fortifier ma voix» dit-il. Aussi, Patrice LABESSE intitule un article dans le journal Le Monde : «Baaba Maal, la voix du fleuve». La chanson «Mi Yewni» évoque la nostalgie. «Miyaabélé», est la reprise d'une chanson des Ballets africains de Keita Fodéba, la célèbre troupe panafricaine qui, dans les années 50, était basée à Dakar. C'est une chanson de pêcheurs du Bénin. Encore, une évocation du fleuve. La région du fleuve, ce n’est pas seulement qu’un espace géographique, mais surtout un espace hautement culturel. En effet, par trois fois, la ville natale de Baaba MAAL, Podor a remporté les concours de la semaine de la jeunesse du Sénégal. Cette influence du théâtre transparaît dans la création de l’artiste : «J’ai fait du théâtre, et je tiens au côté visuel de mes spectacles, à la chorégraphie, aux costumes, comme dans un clip» dit Baaba MAAL. En 2006, il est l’initiateur d’un festival Blues du Fleuve : «Je suis riche de tout ce qui me rend riche. La richesse n’est pas toujours quelque chose de matériel, c’est avant tout l’amitié, la famille et le bien-vivre ensemble» dit-il.

Baaba MAAL a glorifié les hauts faits des héros du Fouta-Toro qui ont marqué d’une page indélébile l’histoire du Sénégal. Ainsi dans «Yéro Maama», un guerrier des temps anciens, Baaba MAAL fustige le déshonneur, et vante le courage, une grande vertu de la société traditionnelle peule : «Yéro Maama», c’est «le fortuné, le brave guerrier que les lances protègent. Le Prince au collier en or, aux pieds sur les étriers. C’est lui, le fagot de bois verts, que ne peuvent porter ni 10 personnes, ni une seule personne. Devant se trouve la mort, mais derrière aussi la honte ; car le brave doit redouter la honte et mépriser la mort» chante-t-il dans «Yéro Maama». Baaba MAAL, dans son hommage à Samba Guéladio, un prince Satigui déshérité injustement, revient sur ce thème : «Samba qui ose allier le geste à la parole, ne fuit jamais. Il a défié le pouvoir de Konko. Que Dieu sauve le guerrier d’une mort honteuse, mourir dans son lit, au milieu des pleurs des enfants et des cris de vieillards» chante-t-il dans «Dogata», (Celui qui ne fuit pas). Il a aussi chanté Coly Tenguella BA (Fin XVème et début XVIème siècle), l’unificateur du Fouta-Toro et le fondateur de la dynastie des Déniankobé qui a régné pendant plus de quatre siècles. Baaba MAAL a aussi rendu un vibrant hommage au Fouta-Toro des Almamy, à travers la personne de Thierno Souleymane BAL (1720- 15 septembre 1776) ; celui a a organisé la Révolution des Torodos, pour la rectitude et la bonne gouvernance, contre le régime païen des Satigui, devenu, avec l’usure du pouvoir, particulièrement oppresseur et esclavagiste : «Tout le Fouta te loue, te remercie, toi Souleymane, le brave de Bodé, un grand érudit. Des destructeurs (Les Maures) pénétrèrent et razzièrent le Fouta. Chaque village, 5 kg d’or était la dîme (Mouddo Horma). Souleymane a mis fin au tribut. Des mosquées furent construites, la paix revint au Fouta» chante-t-il dans «Muudo Horma» (Le tribut). Baaba MAAL a repris «Taara», une chanson traditionnelle malienne, en l’honneur d’El Hadji Omar TALL (1794-1864), un résistant, en faisant état de sa biographie, sa généalogie, ses miracles, son érudition et sa contribution décisive à l’islamisation du Sénégal. Baaba MAAL a loué l’héroïsme d’Elimane Boubacar KANE, exécuté pour sa résistance et son courage ; il a aussi fustigé la bassesse des traîtres : «L’homme aveugle au cœur de lion est parti. C’est toi le soleil de Dimat-Diéri, le soleil du Fouta-Toro, le soleil du Sénégal. Elimane Boubacar Kane combattait les destructeurs au cœur du Fouta. A l’arrivée des Blancs, les gens du Dimat ont dit Non : vos actes nobles ne seront jamais oubliés» chante-t-il dans «Elimaan Buubakar Kan». Baaba MAAL a aussi exhumé la résistance du Lam-Toro, Bocar Sidiki SALL, qui fut impliqué dans l’affaire dite de Podor, au cours de laquelle l’administrateur du cercle, Abel JEANDET (1852-1890), fut tué, le 2 septembre 1890 à Aéré-Lao par Baïdy Kathié PAM. Cet administrateur colonial, qui avait fait prisonnier le Teigne du Baol, tué ses deux lieutenants, le 20 mars 1890, et maté la révolte du Bourba de Djolof, en mai 1890, a été appelé par le gouverneur de Saint-Louis pour pacifier le Fouta. Il devrait supprimer la royauté, remuante, du Lam-Toro et «transformer le Fouta-Toro en une confédération de chefs alliés», écrit Bernard-Henri GAUSSERON dans sa biographie sur Abel JEANDET, page 150. Les colons saisirent, cette occasion, pour accuser le Lam-Toro d’avoir commandité cet assassinat. Baïdy Kathié PAM fut exécuté, sans procès, sur la place publique de Podor, le 10 septembre 1890, tandis que le 15 septembre 1890, le Lam-Toro et Mamadou Yoro SALL, furent pendus nus et leurs corps jetés au fleuve : «J’ai pleuré celui qui a fait don de sa vie pour sauver le Fouta, qui fut tué et trahi. Ceux qui trahirent le Lam-Toro, ce sont ceux qui détruisirent le Fouta, intronisèrent des étrangers dans notre pays. Celui qui a lavé l’affront, fut trahi et tué. (…) Nos forces ont été annihilées, nos ressources ont été dérobées. Nos connaissances ont été méprisées.  Le Fouta n’oubliera pas. Les actes d’hier sont les discussions d’aujourd’hui» chante-t-il dans «Lam-Toro».

II – Baaba MAAL, citoyen du monde et humaniste

 A – Baaba MAAL, promoteur de l’harmonie entre les hommes et les nations

 Les combats de Baaba MAAL dépassent largement le cadre de la musique. Il rêve d’une harmonie entre tous les Hommes. «Je compte sur ma notoriété pour amener les gens à se rencontrer et discuter» dit-il. Pour Baaba MAAL, chacun doit apporter sa pierre à l’édifice, pour le développement de l’Afrique. Il a lancé, en décembre 2014, à Podor, le projet de NANKA (agriculture, pêche, élevage, culture et nomadisme) avec plus de 800 sections. Baaba MAAL est un représentant du Programme des Nations Unies pour le Développement «Ce statut renforce ma détermination de travailler d’arrache-pied pour contribuer au maximum à l’amélioration de la qualité de vie sur le continent africain, surtout chez les jeunes dont le futur est sérieusement menacé par l’illettrisme, l’extrême pauvreté et le SIDA. Lorsque je parle de l’Afrique, je parle de la manière dont l’Afrique va se développer dans ce nouveau millénaire. C’est pour cela que j’aime faire de la musique. Les gens sont plus à l’écoute des messages que je veux faire passer» dit Baaba MAAL.

 Baaba MAAL a sans doute été influencé, dans sa jeunesse, par l’idéologie maoïste, dominante dans les années 70 au Sénégal. Sa conception de l’artiste engagé rejoint celle de l’écrivain nigérian, qui a parlé du «fardeau de l’écrivain noir». En effet, Chinua ACHEBE (1930-2013) estime que, si dans l’Afrique soumise, il appartient à l’artiste africain de s’attaquer à l’injustice coloniale, dans l’Afrique indépendante, l’artiste doit continuer de dénoncer l’injustice partout où il la voit, même s’il s’agit d’une injustice commise par les Africains contre d’autres Africains : «Nous ne devons jamais renoncer à notre droit d’être traités comme des membres à part entière de la famille humaine. Nous devons aspirer à la liberté d’exprimer notre pensée et nos sentiments, même contre nous-mêmes, sans nous inquiéter de savoir si ce que nous allons dire risque d’être retenu comme une preuve contre notre race» écrit Chinua ACHEBE. Baaba MAAL a gardé en mémoire, ce que lui a dit, en avril 2001, Nelson MANDELA (1918-2013) : «le message des artistes est plus important que celui des hommes politiques, parce qu’il touche le cœur des gens, dans les bureaux, les cuisines, les supermarchés». En définitive, tout artiste devrait être conscient de la valeur et de la puissance de son message ; sa musique, une confidence du cœur, peut atteindre des zones reculées, inaccessibles, là où le discours articulé ou l’écrit sont inaudibles. C’est une force considérable qu’il faudrait utiliser, à bon escient.

Dans un entretien accordé à François BONSIGNOR, daté de 2001, Baaba MAAL, faisait de son combat pour la défense de la nature, une cause majeure. Pour lui, dans sa chanson «Leydi Ma» (Ta terre) : «Tout commence et tout finit par la terre. On naît sur la terre, on plante sa nourriture dans la terre, et sur la terre que sont bâtis nos toits et, quand on meurt, on retourne à la terre. Il nous faut donc avoir un grand respect, du début à la fin, pour la terre et l’environnement. Il faut prendre conscience de tout ce qui peut faire mal à cette Terre, et se mobiliser pour lutter contre» dit-il. A la rencontre sur les changements climatiques, à Copenhague, du 1er au 12 juin 2009, Baaba MAAL a décidé d’arrêter de fumer, pour protéger notre Terre. Pour lui, il ne faudrait pas subir, il faudrait informer et éduquer afin de faire «jaillir la lumière» dit-il.

L’Afrique étant souvent ravagée par des guerres et diverses calamités, aussi Baaba MAAL chante pour la paix et contre les discriminations. Ainsi, dans sa chanson «Allah Addu Jam», avec accompagnement du Hoddou, le luth peul et des cœurs traditionnels, il invoque la tolérance et le bien-vivre ensemble : «La chanson parle des conditions des Peuls et de leur espoir de paix. On sait souvent qu’ils habitent souvent des régions frontalières où coexistent des problèmes très aigus» dit-il en 2001. Il y avait eu des massacres de Peuls en avril 1989, en Mauritanie. Baaba MAAL était visionnaire, puisqu’en mars 2019, un épouvantable massacre de 135 personnes sera perpétré par les Dogons contre les Peuls au Mali. «Trop, c’est trop, nous avons le devoir d’élever la voix. Nous vivons au XXème siècle, nous en tant qu’Africains, nous avons beaucoup de priorités autres que de voir nos fils s’entre-tuer» dit-il, le 25 mars 2019. Baaba MAAL revient sur le thème de la paix dans «Jaam Léeli» : «Que la paix revienne. Je ne demande que la paix. La sécheresse a empiré. Le monde a basculé. L’Holocauste a commencé. Les guerres sont injustifiées. Levez-vous ! Le temps du refus est arrivé avant que ne s’installe le regret» dit-il. 

 B – Baaba MAAL, promoteur de la musique africaine

 La voix exceptionnelle et son vocal et la maîtrise de la musique, font de Baaba MAAL le meilleur défenseur de la musique africaine sur la scène internationale, notamment en matière de musique pour les films. C’est une grande opportunité pour les générations de musiciens africains montantes. Baaba MAAL encourage de nouvelles générations de musiciens pour la relève. Il a ouvert des portes qui étaient presque hermétiquement fermées. Ainsi, en février 1996, Baaba MAAL est nominé aux Grammy Awards, dans la catégorie World Music, pour son album «Firin’ Fouta». Cette nomination va le propulser au-devant de la scène mondiale. Mais la consécration viendra de la musique de «Black Panther» avec un Grammy Award et un Oscar, le 25 février 2019. En effet, Baaba MAAL, avec le compositeur du film, le suédois Ludwig GORANSSON, a fait le tour du Sénégal «dans le but de s’imprégner de la musique du pays. Ça lui a permis d’entrer dans le vif de la musique africaine pour pouvoir écrire les premières notes, avec les percussions, les voix» dit-il. C’est un film important pour l’Afrique. Le «Yéla» qui est chanté dans ce film, est une musique qui allait bien avec l’un des thèmes du film : la contestation du pouvoir, comme cela a été le cas du conflit entre le prince Déniankobé, Samba Guéladiodiégui et son oncle Konko Boumoussa. Baaba MAAL est persuadé, que dans l’optimisme qui se dégage du film «Black Panther», le «Wakanda» (pays africain fictif) signifie que le monde attend quelque chose de l’Afrique, et la culture y tiendra une place majeure «On a traversé des turbulences (esclavage et colonisation), mais toutes ces énergies qui se font jour, même s’il y a encore la pauvreté, quelque chose de positif va en jaillir : L’Afrique, c’est le continent du futur» dit Baaba MAAL.

Auparavant, en 1998, Baaba MAAL avait réalisé la musique du film de SEMBENE Ousmane, «Guelwar», à travers sa chanson «Allah Wadata Ko Hanna». Il a aussi réalisé en 2001, Hans Zimmer sur la bande originale du film «La Chute du Faucon Noir» (Black Hawks Down), ainsi que la musique du jeu vidéo Far Cry 2. Sa chanson, «Souka Nayo» est entendue dans une série culte «Sex in the City». En 2014, Baaba MAAL participe à la musique du film «Exodus : Gods and Kings» de Ridley SCOTT.

 Lors de la coupe du monde au Brésil, en 2014, Baaba MAAL s’engage activement dans «Protect the Goal» dans la lutte contre le SIDA. Ambassadeur de l’ONG, OXFAM, depuis 2012, il a démissionné de ses fonctions, suite au fait que certains dirigeants de cette organisation ont été accusés d’abus sexuels sur des mineurs, notamment à Haïti : «Ce qui s’est passé, sur le plan humain, est répugnant et déchirant. C’est très triste. Les personnes vulnérables, particulièrement les enfants, devraient toujours être protégéesDe ce fait, je me dissocie immédiatement d’Oxfam» a déclaré Baaba MAAL.

Pour Baaba MAAL, son projet le plus grand, «c’est la vie, la rencontre avec les autres», pour une compréhension mutuelle, dit-il. Baaba MAAL rejoint la mission que Jean-Paul SARTRE assigne à l’artiste : «L’écrivain est un parleur, il est donc dans l’action même et non dans la contemplation, en arrêt. Ecrire c’est dire, c’est le mouvement, l’action, enfin l’engagement, car toute chose qu’on nomme n’est plus déjà tout à fait la même, elle a perdu son innocence» dit-il dans «Les Mots». Baaba MAAL dira «On meurt toujours avec un regret ou un projet non-réalisé. Mais la musique m’a donné la joie de vivre ; c’est ce qu’il y a de plus important pour moi. La musique est une forme de liberté d’expression, sans limites». Dans  «Les damnés de la terre» Frantz FANON a écrit : «Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir». Baaba MAAL, dans sa contribution artistique et littéraire a parfaitement rempli sa mission. A Diarama ! Merci et reconnaissance.

 Bibliographie très sélective

 

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PERRY (Kevin, E. G), “Where the Magic Happens : Baaba Maal Interviewed”, The Quietus, 19 janvier 2016 ;

PRIDE (Dominig), “Islandlife Promotes UK Execs”, Billboard, du 31 octobre 1998, page 8 ;

RANGLIN (Ernest), “Palmer Pictures. Debut with Baaba Maal”, Billboard, 4 juillet 1998, page 87 ;

SADJI (Abdoulaye), Ce que dit la musique africaine, Paris, Présence Africaine, 1985, 122 pages ;

SAM (Mamadou), Le traitement des formes de la littérature Pulaar, à travers les compositions de Baaba Maal, mémoire Facultés des Lettres et Sciences Humaines, Dakar, UCAD, 1996, 230 pages. Sur la poésie de Baaba Maal et sa création artistique spéc pages 55-140 et sur la transcription en Peul et en Français des chansons de Baaba Maal spéc pages 168-222 ;

SEYDOU (Christiane), «Musique et littérature orale chez les Peuls du Mali», in L’Homme, 1998, tome 38, n°148, pages 139-157 ;

SUGNET (Charles), “I Sing All The Space, Conversation with Baaba Maal”, Transition, 1997, n°74, pages 184-198 ;

TOPOUZIS (Daphane) “Baaba Maal, Peul Troubador”, The Africa Report, septembre octobre 1990, pages 67-68 ;

WANE (Ibrahima), Chanson moderne et modèle de communication orale, thèse de 3ème cycle, Dakar, UCAD, 2003, 469 pages.

Paris, le 31 décembre 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 22:58

Le professeur Abdoulaye N’DIAYE succède à l'IFAN (Institut Fondamental d'Afrique Noire), créé à Dakar, en août 1936, par Jules BREVIE, à de prestigieux noms comme Théodore MONOD (1938-1965), Vincent MONTEIL (1965-1968), Pierre FOUGEYROLLAS (1968-1971), Amar SAMB (1er sénégalais directeur 1971-1986), Abdoulaye Bara DIOP (1986-1995), Djibril SAMB (1995-2005), Papa N’DIAYE (2005-2011), Hamady BOCOUM (Devenu directeur du musée des civilisations noires 2011-2016) et Abdoulaye TOURE (2017-2019).

Le Pr Abdoulaye N’DIAYE est l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C'est une promotion bien méritée pour le professeur Abdoulaye Baïla NDIAYE, un homme discret qui fuit la lumière, mais rigoureux, efficace, fiable, sérieux et pleinement investi dans ses missions de chercheur. Un redoutable et infatigable travailleur, le professeur Abdoulaye N’DIAYE qui fait honneur à la vocation du métier d'enseignant et de chercheur.

Disponible pour les autres, fidèle en amitié, loyal et attachant, Abdoulaye N’DIAYE symbolise, à lui seul, toutes valeurs ancestrales du Fouta-Toro. A l'IFAN, une bonne partie de l'histoire du Sénégal, notamment la glorieuse histoire des Peuls, sommeille encore sous un tapis de poussière. Il est temps de sortir notre vraie histoire, pas celle des vainqueurs ou du ressentiment, de ce purgatoire dans lequel elle est prisonnière depuis 1936 !

Je lui adresse mes vives félicitations et forme pour lui des voeux de plein succès.

Yaa Diogoro e Diaam ! Plein succès de cette haute et noble mission !

Paris, le 31 décembre 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le professeur Abdoulaye Baïla N’DIAYE est nommé Directeur de l'IFAN, à Dakar» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 20:46

Le président Macky SALL a déclaré cette journée historique : «Oui, la symbolique est forte. De sa charge émotionnelle, parce qu’un sabre est plus qu’une arme. A travers les âges, et encore de nos jours, le sabre est symbole de fierté et d’élégance, d’apparat et de noblesse. De grands hommes en ont fait leur compagnon inséparable. Et les grands hommes, comme leur sabre, ne meurent jamais. Ils défient le temps à travers leurs œuvres» dit le président sénégalais. Dans cette requête de restitution des objets confisqués ou volés par le colonisateur, il s’agit de "s’élever au-dessus du tumulte" dit Macky SALL. Après les débats passionnés, «si la capture d’un patrimoine oblitère et efface la mémoire d’un peuple, pour nous sa restitution ne signifie ni contemplation béate du passé, ni repli étrique sur soi» dit Macky. C'est un rendez-vous du donner et du recevoir dans lequel le Sénégal célèbre en El Hadji Oumar Foutiyou TALL, le soufi, l'érudit et le résistant qui avait refusé de se soumettre : «le patrimoine rapatrié à sa source relie les peuples à leur histoire» dit Macky SALL.

Le Premier Ministre Edouard PHILIPPE, qui a fait semblant de se méprendre sur le sens mémoriel de cette rencontre, a voulu, dans un paternalisme colonialiste, ramener cette rencontre à l’évocation de son amour personnel pour le sabre. Macky SALL, en stratège et national a remis les choses à l’endroit : "Je me réjouis de la restitution historique du sabre de El Hadj Omar Tall. Un symbole mythique de la résistance d’un grand érudit. Cette restitution ouvre une ère nouvelle, sur le plan culturel, entre la France et nos États, dans le cadre du rapatriement du patrimoine africain" dit dans un tweet le président Macky SALL.

Les restes du jeune Abdoulaye TALL, un saint-cyrien enlevé par Louis ARCHINARD, mort en France 1899, n'ont été rapatriés qu'en 1995 ; il est enterré au Mali, après des honneurs militaires au Sénégal.

Mais la France détient encore 517 manuscrits de la bibliothèque d’El Hadji Oumar TALL, et de nombreux autres objets au Musée Jacques CHIRAC, au Havre et aux archives coloniales, en particulier le fameux tapis de prière, tant convoité.

Le sabre d’El Hadji Oumar TALL a été accueilli, avec fierté, par ses descendants, aux cris de «Allahou Akbar» (Dieu est grand). Le premier Ministre de France ne s'est pas sauvé.

El Hadji Oumar Foutiyou TALL, chef du Tidjanisme avait fondé un vaste empire toucouleur qui s'étendait du Sénégal, à la Guinée, au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

La musique de Tara, rappelle encore de nos jours, le vaillant combat pour la dignité et la liberté d’El Hadji Oumar Foutiyou TALL ; celui avait, jusqu’au bout, refusé la servitude et qu’on voulait effacer de la mémoire des Hommes. A ce titre, El Hadji Oumar TALL, ce géant de l’Histoire (voir mon article dans Médiapart), est le vrai grand et premier héros du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest. Tous les autres hommes en dépit de leurs qualités, ont été, en fait, montés en épingle, a posteriori, est ternes à côté de cet extraordinaire résistant. Espérons que des rues, des monuments et des lieux symboliques porteront le nom de cet extraordinaire combattant de la liberté.

Bravo à Felwine SARR et Benedicte SAVOY pour leur rapport  sur la restitution des objets culturels volés pendant la période coloniale.

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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 19:58

Je viens d’apprendre un peu tardivement, le décès, le samedi 3 août 2019, à Paris, à l’âge de 78 ans, du professeur Kiflé Beseat Sélassié, par l’intermédiaire de Makéda Moussa, rédactrice en chef des éditions Riveneuve Continents, à Paris 14ème. Né en 1941, à Debre Berhan, en Ethiopie, très jeune, il apprend la langue du pays, l’Amharique, sous un arbre, dit-on. Mais c’est à l’école française qu’il se familiarise avec Stendhal, Baudelaire, Rimbaud, Pouchkine, Tolstoï, Hegel et bien d’autres. A 19 ans, après son baccalauréat, il rencontre le Négus, impressionné par ses connaissances, le fait inscrire à Toulouse, en philosophie. En 1964, il poursuivra ses études à la Sorbonne. Journaliste, il a couvert les élections américaines de 1968, rencontré Martin Luther KING, et fondé une agence «Multi Média Africa» en 1970. En 1971, il remet à l’empereur Haïlé Sélassié, un mémorandum pour sa rencontre avec Mao Zé Dong. En 1974, lorsque le DERG, des militaires, prend le contrôle de l'Ethiopie, Kiflé Sélassié Beseat quitte son pays pour la France. Professeur d’université puis directeur du patrimoine de l’UNESCO, il s’est consacré à la poésie ; Il fut un précieux collaborateur de deux directeurs généraux de l’Unesco, René MAHEU et Ahmadou Mahtar M’BOW, puis, de 1999 à 2001, directeur du Fonds international pour la promotion de la culture (F.I.P.C.). «Je dois dire que la plus grande chance de ma vie, concernant l’UNESCO, était d’avoir une excellente relation de travail, totalement antibureaucratique, avec les deux hommes qui ont occupé le poste de Directeur Général de l’Organisation, Amadou-Mahtar M’BOW (1974-87) et et Frederic Z. MAYOR (1987-99). J’ai toujours de très bonnes relations avec eux » dit Kiflé Béseat Sélassié. Il avait une grande proximité avec Frederico Z. MAYOR qu’il a continué de fréquenter, jusqu’à la fin de sa vie..

Il fait partie de ceux qui ont initié le Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. En 2017, il est fondateur d’une association, «Pan-African Applied Research Initiative», (P.A.R.I), basée à Boulogne-Billancourt, près de Paris.

C’est une grande perte pour l’Ethiopie. En effet, le professeur Kiflé Béseat Sélassié, d’origine éthiopienne, était écrivain et ancien haut fonctionnaire à l’Unesco, incarnant l’indépendance et la diversité culturelle de son pays. L’Ethiopie, ce n’est pas que la famine des années 80, la guerre civile et la dictature du DERG, c’est un pays de hautes montagne, qui a résisté aux envahisseurs. Occupé provisoirement de 1936 à 1941, l’Ethiopie est le premier africain à entrer en guerre et à, aussi être libéré. Sa tante, Shewared GEDLE, qui avait organisé, avec plus de 2000 partisans la résistance à Mussolini, fut prisonnière, déportée et gravement torturée. L’Ethiopie, appelé «pays des hommes au visage brûlé» par les Anciens Grecs, (Hérodote et Homère), n’a jamais été colonisé. Terre laïc et de métissage, avec 82 langues : «Le pays appartient à tout le monde, mais la religion est une affaire personnelle» dit-on C’est un pays de tolérance, pays entouré par le Soudan, Djibouti, l’Erythrée, le Kenya et la Somalie, mais où vivent, en harmonie, catholiques depuis le IVème siècle (Ville d’Aksoum et Lalibela), musulmans (réfugiés mahométans persécutés, dès le VIIème siècle) et Juifs Falachas. L’Ethiopie, c’est la pays de la reine de Saba, mentionnée dans les écrits bibliques. La reine de Saba, à l’origine du judaïsme en Ethiopie, est décrite comme d’une beauté envoûtante, douée d'une grande sagesse ou bien comme une attirante magicienne. L'histoire de sa visite au roi Salomon est racontée dans le Livre de Rois. Attirée par la réputation de sagesse de Salomon, fils de David, roi de Jérusalem, la reine Saba se rendit en Israël à l'époque où Salomon venait d'achever son palais, c'est-à-dire à l'époque de sa plus grande gloire. Après qu'ils se furent fait de mutuels présents, la reine retourna dans ses Etats. Pendant son séjour à Jérusalem elle serait devenue la femme de Salomon ; elle retourna enceinte dans son pays, elle y accoucha d'un fils qu'elle envoya, plus tard, à Jérusalem, pour y être élevé auprès de Salomon, son père. Il y passa plusieurs années; il fut oint et sacré dans le Temple, et, en mémoire de son aïeul, il prit le nom de David. Etant de retour et parvenu à la couronne, il introduisit la religion des Juifs dans ses Etats.

C’est aussi une perte pour tous les panafricanistes et les humanistes. Militant infatigable de la cause panafricaine, défenseur de la connaissance des sociétés humaines et de la création qui les anime, il avait fait sienne la conception de l’universel d’Aimé CESAIRE : «celle d’un universel riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers ». C’est cette conviction qui l’animait dans les responsabilités qu’il exerça à l’UNESCO, comme directeur du patrimoine puis comme directeur du Fonds International pour la Promotion de la Culture.

Habité par un dialogue des cultures et la démarche interdisciplinaire (art, poésie, science politique, histoire, littérature), basée sur le consensus, les valeurs cardinales de la solidarité, de l’échange, du partage et de la solidarité, Kiflé Béseat Sélassié, se considérait comme un «promeneur». Pour lui, l’insolite ne doit pas être pris nécessairement pour l’insolent. Dans les relations humaines, il privilégie le dialogue au monologue. Faisant l’éloge de la différence, il fait appel à la solidarité et à l’amitié. En effet, Kiflé Béseat Sélassié avait traversé les frontières et établit un pont d’amitié avec notamment Alioune DIOP, le fondateur de Présence Africaine, l’éminent égyptologue Cheikh Anta DIOP, Ahmadou Mahtar M’BOW, ancien directeur général de l’UNESCO, l’historien Burkinabé, Joseph KI-ZERBO.  Il est aussi admirateur d’Aimé CESAIRE, qui a été invité en Ethiopie, en 1963, lors de la mise en place de l’Organisation de l’Unité Africaine.

Ancien élève du Lycée Guebre Mariam, étudiant puis maître assistant à la Sorbonne auprès de Maurice DUVERGER, et a soutenu une thèse, en 1978, sous la direction de ce professeur émérite : «Déstabilisation et dictature militaire». Il incarna sa vie durant ce que l’amitié entre l’Ethiopie et la France doit à la culture et à l’histoire. En effet, philosophe, historien, homme de lettres, il fut un amoureux passionné de la culture française et l’un des meilleurs connaisseurs de la poésie d’Arthur RIMBAUD qui a vécu 10 ans en Ethiopie, à Harar, une ville millénaire classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, à 500 kilomètres à l’est de la capitale Addis Abeba. Arthur RIMBAUD est arrivé en décembre 1880, à 26 ans, dans cette cité musulmane alors sous tutelle égyptienne. Il avait abandonné la poésie pour se consacrer aux voyages en Europe, et au négoce au Moyen-Orient et en Afrique. Arthur RIMBAUD, marié à une éthiopienne, a vendu des armes au roi du Choa Ménélik et a suggéré la construction du chemin de fer, pour la modernisation du pays.

Kiflé fut à l’initiative d’un film sur Arthur RIMBAUD : Farendj, avec Bruno HELD, et la réalisatrice Sabrina PRENDCZINZ. C’est l’histoire d’Anton, écrivain en mal d’inspiration, vivant avec Julie, doctoresse qui travaille pour une organisation humanitaire. Seul, pendant quelques jours, en Ethiopie, Anton erre dans les rues de Harar. Une maison RIMBAUD, baptisée «Rimbo House» est ouverte, et il chemine sur les traces de RIMBAUD. Kiflé et d’autres scénaristes, comme Robert de NIRO, participèrent à l’écriture du scénario. Ce film obtient la caméra d’or à Cannes, la Tulipe d’or à Istanbul, et fit le tour du monde, avec un grand succès international. 

Dans un article paru dans le Courrier de l’Unesco, il a établi la solide relation entre Pablo PICASSO et l’Afrique : «Picasso parle, il peint plus qu’il ne le dit. En cela il est déjà un véritable initié, au sens africain du terme. L’initié est, en effet, dans la tradition des cultures africaines, un disciple suffisamment persévérant et méritant pour que l’esprit des ancêtres lui dévoile et lui transmette le sens des symboles de la connaissance de l’homme et de l’univers. C’est en partant des sculptures et masques d’Afrique que Picasso découvrit, comme une «révélation», les influences cachées et souterraines, antérieures et postérieures aux étapes africaines dans son œuvre féconde et variée» écrit-il.

Béseat Kiflé Sélassié disait : «Quand je mourrai je voudrai être Ethiopien à 100%, Africain à 100 % et citoyen du monde à 100 %». Tel est l’héritage combien actuel de ce panafricaniste ouvert sur l’universel. «Il constituera à cet égard un précieux viatique  pour toutes celles et tous ceux que la dignité de l’Afrique et de chaque humain préoccupe» écrit Lazare V KI-ZERBO. «L'Ethiopie, l'Afrique et le monde ont assurément perdu un intellectuel, un humaniste et un diplomate qui a dédié sa vie à un idéal d'humanisme, de justice et de beauté» écrivent Annick GOUBA-GUIDAL et Jacques-Elie CHABERT, dans une chronique du journal le Monde-Afrique du 13 août 2019.

Bibliographie très sélective

KIFLE SELASSIE (Béseat), «Convaincre, contrôler ou contraindre ? systèmes et mécanismes de contrôle du pouvoir en Afrique», Présence Africaine, 1983, 3-4, n°127-128, pages 79-113 ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), «De l’identité culturelle africaine» in L’affirmation de l’identité culturelle africaine et la formation de la conscience nationale dans l’Afrique contemporaine, Paris, Unesco, 1981, spéc pages 33-57 ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), «Itinéraires africains chez Picasso», Le Courrier de l’Unesco, 1980, vol XXXII, pages 29-31 ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), «La dimension culturelle des futures relations entre l’Afrique et l’Amérique : l’essentiel et l’accessoire», in L’Afrique, entre l’Europe et l’Amérique, dans la rencontre de deux mondes : 1492-1992, Paris, Unesco, 1995, spéc pages 169-185 ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), «Luttes des classes ou : Luttes des places ? regard sur les mouvements étudiants éthiopiens de 1900 à 1975», in Le rôle des mouvements d’étudiants africains dans l’évolution politique et sociale de l’Afrique de 1900 à 1975, Paris, Unesco, 1993, spéc pages 157-174 ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), AGUESSY (Honorat), CONTEH (Sorie), DIOP (Cheikh Anta), L’affirmation de l’identité culturelle et de la formation de la conscience nationale dans l’Afrique contemporaine, Paris, Unesco, 1981, 236 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), compte-rendu de lecture sur BORER (Alain), MONTEGRE (Andrée), Arthur Rimbaud : œuvre-vie, Paris, Arléa, 1991, 1338 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Des monologues au dialogue, Paris, Unesco, 1984, 54 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Déstabilisation et dictature militaire, thèse de science politique, sous la direction de Maurice Duverger, Paris, 1978, 136 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Différence et solidarité au carrefour de la notion de race dans l’histoire, Paris, Unesco, 1978, 31 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Impact de la culture traditionnelle sur le devenir de l’Afrique contemporaine, Paris, Unesco, 1977, 15 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), L’essentiel et le marginal : l’échange des connaissances et les dimensions culturelles dans le processus de développement endogène, Paris, Unesco, 1983, 71 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), La jeunesse africaine et ses valeurs culturelles : l’exemple éthiopien, Paris, Unesco, 1974, 16 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Naissance et développement de la notion de race dans les consciences culturelles non-européennes, Paris, Unesco, 1978, 36 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Nuit et grêle, poésie, Paris, Nubia, 1981, 80 pages ;

KIFLE SELASSIE (Béseat), Plus n’est mieux : L’opinion publique occidentale et les événements éthiopiens de février à décembre 1974 : le cas de la France et de la Grande-Bretagne, mémoire maîtrise Sciences et Techniques des Médias, Université Paris-Sorbonne, 1971, 111 pages.

Paris, le 12 août 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le professeur Kiflé Béseat Selassié, le dernier des grands Mohicans» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le professeur Kiflé Béseat Selassié, le dernier des grands Mohicans» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 22:01

Je suis très surpris de la relative discrétion de notre presse, souvent tapageuse et légère, à l’occasion de la mort du cinéaste et écrivain, Jean-Pierre MOCKY, le jeudi 8 août 2019. Pour Johnny HALLIDAY, qui doit encore 10 millions d’euros au fisc, et on ne sait pas encore s’il est américain, Suisse, monégasque, Belge ou Français, c’est un tintamarre assourdissant et pénible, précédé d’un hommage national. Accusé d’un viol, Johnny n’a jamais été inquiété par la Justice. Mais gare aux sans-papiers, le tarif, avant de fixer la destination, c’est 3 mois au gnouf.

En fait, Jean-Pierre MOCKY, cet anarchiste et artiste peu conventionnel : «Mocky, seul contre tous. En voila un qui voulait crier qu’il était libre. Libre de créer, d’écrire, de tourner et de jouer comme il le voulait. Mocky, seul contre tous, mais toujours debout. Comme un bras d’honneur à tous les bien-pensants, qui l’ont crucifié, trop tôt, le voila qui danse, l’enfant bâtard du cinéma français, le génie oublié qui se fout des conventions» écrit la revue «Ciné Bar 5», mai 2017. En effet, ce qui met en colère MOCKY «Ben c’était l’injustice déjà, l’hypocrisie, l’injustice, je voyais des types qui étaient hypocrites, qui ne disaient pas la vérité, les gouvernements, on voyait tous ces politiciens véreux, essayant d’avoir des avantages de leur situation plutôt que d’aider les gens» dit-il. Inspiré du multiculturalisme et du bien-vivre ensemble, Jean-Pierre MOCKY déteste les gens à l’esprit étriqué, les fachos : «Que je n’aime pas beaucoup parce que ce sont des gens qui n’ont pas beaucoup d’intérêt, ces petits bourgeois. Il y en a beaucoup en France. C’est même la partie la plus importante de la population, c’est le petit bourgeois, le petit Français moyen. En plus quand il revient de l’étranger, en fait il est en quelque sorte émigré. On parle des émigrés, des cartes de machin… Français ou pas Français, etc…mais il y a énormément de Français qui sont naturalisés, qui ne sont pas vraiment Français mais qui sont devenus Français» dit-il. Jean-Pierre MOCKY, cette grande gueule, reconnaît qu’il détonne dans le paysage politique français : «La France d’aujourd’hui me rappelle l’Union soviétique de l’époque du rideau de fer. Notre pays est devenu celui des interdits, des tabous. On ne peut plus aussi librement s’exprimer qu’avant, sous peine de froisser le politiquement correct» écrit dans «Je vais encore me faire des amis !».

Râleur, marginal, franc-tireur et provocateur, «Jean-Pierre Mocky est l'un des réalisateurs majeurs du cinéma français en même temps que l'un des plus originaux, indépendants et contestataire» écrivent Laurent BENYAYER et Philippe SICHLER. Par conséquent, le cadavre de Jean-Pierre MOCKY n’est pas exquis pour ceux qui ceux qui cirent les pompes des gens du château qui s’empiffrent de homards : «C’est un utopiste à la manière des vieux républicains fouriéristes, qui pense que la société devrait être fondée sur la morale et sur la vérité, qui croit à la mutualité universelle, et qui ne peut se consoler de la méchanceté des homme» écrit la revue «Boulevard Voltaire» dans son édition du 9 août 2019. Dans son hommage, le Ministre de la Culture, Franck RIESTER, a eu la main plus heureuse que Mme Muriel PENICAUD «Jean-Pierre Mocky donnait souvent l’image d’un provocateur au verbe haut. Il s’enflammait vite. Mais le feu qui l’habitait, et qui se manifestait souvent sous les dehors de la colère, était aussi et d’abord celui de la passion» écrit-il, fort justement. Aussi, la contribution artistique ce cinéaste, avec plus de 60 films reflète bien la conception qu’il avait de la vie, à la fois grave et dérisoire, tendre, sarcastique et distanciée.

Jean-Paul MOKIEJEWSKI, alias Jean-Pierre MOCKY, fils unique, est né, officiellement, le 6 juillet 1933, à Nice. Mais son état civil a été modifié pendant l’Occupation, sa date de naissance exacte est le 6 juillet 1929. Son père, Adam MOKIEJEWSKI est un Juif Tchétchène, né en 1896, un militaire d’un corps d’élite ayant regagné la Pologne, où il épousa une catholique, issue d’une famille très aisée, Janine ZYLINSKA. Son père engagé dans l’Armée polonaise, pendant la Première guerre mondiale, rejoint, en 1922, comme certains Russes blancs, fortunés : «Mon père était un jouisseur. Joueur et ivrogne patenté, il dilapida la fortune de ma mère sur les tables de bridge, puis en se procurant à prix d’or des caisses de vin au marché noir. Avec le recul, s’il ne s’était pas marié par intérêt» dit-il.

«Mes parents sur la paille, il me fallut trouver très tôt pour subvenir à nos besoins» écrit-il dans son autobiographie. A 13 ans, il trouve un emploi saisonnier ; il surveillait la baignade d’enfants des riches du Grand hôtel, à Nice. Inscrit à la faculté de médecine, sur insistance de sa mère, il fait aussi le taxi. Mais, un jour, son destin bascule vers le cinéma : «Justement là je suis dans un taxi en ce moment, et en fait quand j’ai débuté ma carrière j’étais étudiant en médecine et j’étais en même temps taxi le soir pour gagner ma croûte. Je faisais la nuit. Et un jour j’ai chargé un grand acteur, Pierre Fresnay il s’appelait, et il m’a tiens t’a une gueule toi, tu pourrais tourner, tu pourrais faire des films, tu pourrais jouer. Et il m’a filé un rôle dans un truc. Si je n’avais pas été taxi peut-être que je ne serais pas là dans votre taxi aujourd’hui parce que peut-être que j’aurais fait autre chose. J’aurais fait de la médecine» dit-il. Jean-Pierre commence d’abord par être acteur avant de devenir réalisateur : «J’ai tourné avec des Américains, avec Robert Mitchum, Chez Orson Welles j’ai tourné avec Burt Lancaster. J’ai fait beaucoup de films, que ce soit avec des Américains, des Français, des Allemands, des Italiens, et puis un jour je me suis dit ben il vaut mieux que je sois derrière la caméra, je vais avoir plus de plaisir à diriger des gens et puis voilà je suis devenu metteur en scène et puis après je suis redevenu acteur dans mes propres films, ce qui fait que finalement j’ai tout fait, j’ai fait l’acteur sans être metteur en scène, ensuite l’acteur en étant metteur en scène» dit-il.

Homme à femmes, Jean-Pierre MOCKY se targue d’avoir eu, au moins 700 conquêtes : «Aimer, j’en ai aimé aucune mais j’en ai connu beaucoup, parce que dans ce métier qui est un métier de cinéma on attrape des filles comme on peut cueillir des fleurs dans un champ. C’est-à-dire, il y a énormément de possibilités dans notre métier d’avoir des femmes, c’est un métier ouvert si vous voulez sur les conquêtes féminines parce que toutes ces bonnes femmes veulent faire du cinéma, toutes les comédiennes qui veulent travailler, donc ce sont des proies possibles. Donc les mecs de cinéma ne s’en privent pas» dit-il à Jérôme COLIN. «J'ai été marié plusieurs fois, mais il y a aussi le «pacsage». Je me suis marié officiellement 3 fois. Et j'ai été pacsé 2 fois» dit-il. Jean-Pierre MOCKY avait au moins 12 enfants. Mais en fait, personne n’a su établir la liste exact de sa progéniture. Peut-être qu’ils se manifesteront lors de l’héritage et cela pourrait bien faire rire, notre Jean-Pierre. Il s’est marié à l’âge de 13 ans, en 1946, avec Monique BAUDIN, déjà enceinte qui lui donnera deux enfants  Frédéric et Marc : «Nous nous sommes mariés en 1946, avec dîner au Casino de Nice, mais sans photo : elle était ronde comme un ballon, il fallait la cacher» dit-il, à Paris-Match. L’actrice, Véronique NORDEY, lui donne un fils, Stanislas NORDEY, directeur de théâtre né en 1966. Il épouse par la suite, la mannequin, Marisa MUXEN, qui joue aussi dans ses films, et lui donne une fille, Olivia, née en 1977. Il vivra, sans se marier, avec Patricia BARZY, une ancienne miss France.

A sa famille, et à mes amis, Corinne BARTET et Jonathan COHEN qui l’accompagné toutes ces dernières années à l’hôpital, je présente mes sincères condoléances.

Jean-Pierre MOCKY habitait au Quai Voltaire, à Paris, mais il sera inhumé dans le caveau familial, à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise.

Bibliographie sélective

BENYAYER (Laurent), SICHLER (Philippe), Jean-Pierre Mocky : une vie de cinéma, Paris, Néva éditions, 2018, 680 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Cette-fois je flingue, Paris, Massot, 2006, 300 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Entretien avec Jean-Pierre Mocky, Fennix, 172 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Je vais me faire encore des amis, Paris, Cherche-Midi, 2015, 207 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), La longue marche, Paris, Ecriture, 2014, 224 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Les vacances du pouvoir : Comédie politique, Paris, Michalon, 2007, 201 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Mocky s’affiche, Paris, Christian Pirot éditeur, 2007, 310 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Mocky soit qui mal y pense, Paris, Cherche-Midi, 2016, 167 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), PERRIER (Jean), PICHON (Jean-Charles), SAPIN (Louis), Les dragueurs, Fennix, 210 pages.

Paris, le 9 août 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Jean-Pierre MOCKY (1933-2019), un artiste peu conventionnel» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 09:47

 «Je n'ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction. J'ai voulu par le dessin et par la couleur, puisque c'étaient là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère toujours davantage», dit Pablo PICASSO, un humaniste et un ami de l’Afrique. Peintre, sculpteur, céramiste, décorateur et même poète, Pablo Ruiz PICASSO, c’est l’homme aux 60 000 œuvres, un artiste aux talents multiples : «Il y eut un Picasso néoclassique ; un Picasso cubiste ; Picasso surréaliste ; Picasso moderniste céramiste ; Picasso lithographe ; Picasso sculpteur ; Picasso superbe dessinateur ; Picasso effervescent et exubérant ; Picasso sévère et revêche ; Picasso amant fidèle et infidèle ; Picasso homme d’affaires rusé ; Picasso en quête de publicité ; Picasso incandescent Espagnol ; Picasso le blagueur et l’amateur de mascarades ; Picasso le généreux ; Picasso Harpagon ; même Picasso le dramaturge» écrit Alden WHITMAN dans le «New York Times» du 8 avril 1973. On a qualifié PICASSO de génie du XXème siècle, mais sa contribution majeure à la Négritude et sa proximité avec les Africains a été occultée, gommée, minimisée ou moquée : «La crise nègre est devenue si ennuyeuse que le japonisme mallarméen» dit Jean COCTEAU (1889-1963), un des fidèles amis de PICASSO. Paul DERMEE (1886-1951) est encore plus féroce «Picasso avait déjà accompli sa révolution lorsque les sculpteurs nègres lui tombèrent sous les yeux.

Depuis plus de soixante-dix siècles, les nègres n’ont pas produit de Picasso. Maintenant, il est trop tard». Rien n’est plus difficile à tuer qu’une légende. Tenter d’y parvenir attire sur soi des inimitiés les plus féroces. Pourtant, PICASSO avait déclaré que «la sculpture africaine est la plus belle, la plus puissante, jamais produite dans l’imagination humaine». Son ami, Guillaume APOLLINAIRE estime que «Picasso, c’était un artiste comme les premiers. Il n’y a jamais eu de spectacle aussi fantastique que cette métamorphose qu’il a subie en devenant un artiste comme les seconds». Dans l’art colonial, fortement inspiré des idées d’Arthur de GOBINEAU (1816-1882), auteur de «l’essai sur l’inégalité des races humaines», l’art nègre est pris comme source exotique, un art sauvage ou primitif, un art de l’instinct, peu réfléchi, non évolué  «Les peuples blancs sont des peuples du jour ; les noirs sont ceux de la nuit. Les nations européennes, par l’éclat de leurs sciences et la netteté de leur civilisation, ont les rapports les plus évidents avec l’éclat lumineux, et, tandis que les noirs dorment dans les ténèbres de l’ignorance» écrit GOBINEAU. «Le beau est toujours bizarre» disait Charles BAUDELAIRE. Les œuvres de primitifs exposées au Salon des indépendants en 1906 ont été considérées comme un retour «à la sauvagerie, à la barbarie primitive qui consiste dans la méconnaissance et dans l’avilissement de toute beauté de la nature et de la vie» écrit MONRAY en 1911. Le Secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts a même qualifié les cubistes épris des arts nègres de «bande de malfaiteurs». En effet, on avait donc du mal à croire que le colonisé soit apte à des œuvres aussi raffinées et exécutées avec des techniques parfois complexes, comme la fonte à la cire perdue. «L’art est ce qui révèle à la conscience, la vérité sous une forme sensible» disait Hegel. 

Dans l’art africain, l’esprit existe dans la statue et y demeure. Le but de la statue n’est pas de reproduire servilement les apparences, mais de parler de l’expérience créatrice des forces invisibles. S’appuyant davantage sur une anthropologie de l’art que sur le constat de relations esthétiques, PICASSO estime que l’art primitif africain ne s’entend alors plus comme un stade de non-développement, mais comme l’accès aux couches les plus profondes, intimes et fondatrices de l'humain.

«L’art nègre est essentiellement lié à la vie de la personne, l’esthétique c’est sa destination religieuse et sociale» estime Juan GRIS (1887-1927), un des mousquetaires du cubisme. Las du monde ancien et ayant assez de vivre dans les traces de l’antiquité gréco-romaine, par sa Révolution esthétique, inspirée de l’art nègre, PICASSO fait ainsi entrer, brutalement, la peinture dans la modernité, en rupture avec l’académisme : «Quand j’étais en Amérique, je faisais la première fois de continuels voyages en avion. J’ai vu là, par terre, les lignes mêlées de Picasso, aller, venir, se développer et se détruire. (…) Oui, j’ai vu tout cela et encore une fois j’ai compris qu’un créateur est toujours un contemporain. Avant tout le monde, il connaît ce que les autres ne savent pas. Il est dans le XXème siècle» écrit Gertrude STEIN. Ce qui fait dire à Daniel-Henry KAHNWEILER, un marchand d’art et ami de PICASSO, que «l’admirable liberté de l’art de notre temps qui lui ouvre des possibilités inouïes, nous la devons à l’exemple de l’art nègre». L’influence de l’art africain ni superficielle, ni sporadique, ni folklorique, mais un art majeur, avec une touche esthétique indélébile dans l’histoire créatrice contemporaine. «L’art nègre est le premier sperme vivificateur du XXème siècle spirituel. Le sauvage qui tailla dans l’énorme séquoia, l’effigie de l’Ancêtre, du sorcier, de l’homme, n’eut point le souci d’art ; il accomplit un acte hiératique, sexuel, et non pas un travail stipendié ainsi qu’il se conçoit inévitablement aujourd’hui. C’est un bonheur de ce siècle que d’avoir fait émerger de l’antique Afrique, les splendeurs d’une statutaire dont le règne ne fait que commencer» dit Paul GUILLAUME (1891-1934). Juan GRIS, un des mousquetaires du cubisme, estime que «les sculptures nègres nous donnent une preuve flagrante de la possibilité d’un art anti-idéaliste. Il (art africain) est le contraire de l’art grec qui se basait sur l’individu pour envisager de suggérer un type idéal».

«Picasso a été un ruminant dans quelques prairies africaines» dit le pasteur et critique d’art Angelbert MVENG (1930-1995). Léopold Sédar SENGHOR a posé cette question qui fut aussi celle de Pablo PICASSO : que veulent dire les masques africains ? Que disent ces objets que l’on a appelés des fétiches lorsque les dieux en sont partis ? «Partant de cette question, Senghor, avec beaucoup de bonheur, a mis à jour une ontologie dans laquelle l’être est rythme et qui se trouve au fondement des religions africaines anciennes. De cette ontologie il a montré que les arts africains constituaient le langage privilégié» écrit Souleymane Bachir DIAGNE dans son livre «Léopold Sédar Senghor, l’art africain comme philosophie». Il est donc grand temps d’exhumer du purgatoire, depuis plus d’un siècle, la contribution de PICASSO au dialogue des cultures, notamment avec les arts nègres qui l’ont rendu célèbre en qualité de peintre de la modernité du XXème siècle. «C’est l’art qui fait l’unité variée et constante des races et des siècles, l’art qui est l’expression humaine de la nature» écrit André SALMON. En effet, PICASSO a réalisé ainsi une «audace du goût» suivant Guillaume APOLLINAIRE ayant largement contribué à la reconnaissance de «l'art nègre». APOLLINAIRE écrivait, dès 1909, que «l'art nègre» devait rentrer au Louvre, un domaine qui était encore interdit. Le Louvre c’est la glorification à outrance de la culture occidentale : «Ce fut un des mérites de quelques peintres (dont Picasso) d’avant-garde de découvrir, il y a peu d’années, l’intérêt des idoles nègres au point de vue esthétique. La science ethnographique leur avait déjà réservé une place au milieu des massues, des lances ou des boucliers des peuples sauvages. Mais ni les critiques, ni les collectionneurs d’art n’avaient songé à orienter leurs recherches du côté de cette sculpture déconcertante, la plus éloignée du canon grec que l’humanité ait jamais vu naître. Les objets de bonne époque d’ailleurs n’étaient pas fort communs. Les figures nègres apparaissent presque exclusivement au domaine religieux, c’est-à-dire restant sacrées, «tabous», représentaient une conquête dangereuse pour les explorateurs» écrivent, en 1919, Henri CLOUZOT et André LEVEL.

Une bonne partie de la société bien-pensante française reste encore prisonnière de ces préjugés d’un autre temps. «La source d’où les arts ont jailli est étrangère aux instincts civilisateurs. Elle est cachée dans le sang des Noirs» écrit Henri CLOUZOT. Selon lui, l’ancienne Egypte aurait été le lit nuptial des arts, et rappelle cette esthétique «L’art nègre est essentiellement hiératique. Il n’existe qu’en fonction du culte : privé ou familial quand il s’adresse aux mânes des ancêtres. Ce n’est pas l’art d’un individu, d’un village, d’un tribu : c’est l’art d’une race» précise Henri CLOUZOT. Le caractère sacré que PICASSO attribue à la création artistique est inséparable de son intérêt pour l’art nègre, dans sa fonction exorciste, le primitif étant un retour aux origines : «cette attirance pour les sources les plus ancestrales de la création va de pair avec la conception universelle et intemporelle de l’art. L’art n’a ni passé ni avenir, il n’y a pas d’évolution, ni de progrès, l’art antique est toujours pour lui aussi vivant, lorsqu’il ne tombe pas dans l’académisme» écrit Marie-Laure BERNADAC  dans la préface «Picasso, propos sur l’art».

Certains esprits malveillants ont reproché à PICASSO à s’occuper des lettres, alors qu’il ne savait pas écrire en langue française. PICASSO a toujours estimé qu’il s’exprimait à travers son art : «les autres parlent, Moi, je travaille. Nous faisons de la peinture. Je ne dis pas tout, je peins tout. L’art est un mensonge qui dit la vérité. On me prend d’habitude pour un chercheur. Je ne cherche pas je trouve» dit-il. Il a repris à son compte ce que disait Léonard de VINCI «Parce que je ne suis pas un lettré, certains présomptueux prétendent avoir lieu de me blâmer, en alléguant que je ne suis pas un humaniste. Ils diront que faute d’avoir des lettres, je ne peux dire ce que je veux exprimer. Or, ils ignorent que mes œuvres sont plutôt sujettes à l’expérience d’autrui ; et l’expérience fut maîtresse de ceux qui écrivent bien ; et moi aussi je la prends pour maîtresse». 

Bien des gens pensent que PICASSO est un artiste français. Déjà en 1924, Francis CARCO qualifiait PICASSO de «miracle de l’assimilation». Jean LAUDE a étudié PICASSO, sous l’angle «La peinture française et l’art nègre» : «La peinture au XIXème siècle, en France, est faite entièrement par les Français. Au XXème siècle la peinture est faite en France, mais par les Espagnols» écrit Gertrude STEIN.  En fait, PICASSO, un Andalou, amoureux de la France et des arts nègres, est un éminent symbole du multiculturalisme, tant redouté en ce début du XXIème siècle. PICASSO savait bien s’entourer et apprendre des autres. Daniel-Henry KAHNWEILER (1884-1978) qui a rencontré, pour la première fois PICASSO en 1923 dit de l’artiste : «C’est l’un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d’esprit grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque». PICASSO, un homme s’exprimant à travers son art, avait besoin des autres : «Picasso apparaissait comme le petit toréador qu’escorte son équipe, ou encore il semblait Napoléon suivi de quatre énormes grenadiers. Derain et Braque étaient très grands. Guillaume Apollinaire était grand, gros et robuste et Salmon n’était pas petit. Mais Picasso était le chef en cap» écrit Alice TOKLAS, la compagne de Gertrude STEIN. «Parfois, quand j’étais fauché, j’ai pris quelques toiles sous les bras et je les ai vendues. C’est ainsi d’ailleurs que le frère de Gertrude Stein a pu voir, un jour, un de mes tableaux chez lui» dit PICASSO. Il a toujours su s’entourer d’écrivains et poètes qui créent autour de lui une ambiance intellectuelle pour structurer son discours subversif sur la peinture. Il apprenait vite et savait discourir par la suite comme ces savants : «En peinture, ce que je créé viens de mon monde intérieur. Mais en même temps, j’ai besoin de contacts et d’échanges avec les autres. J’ai besoin des autres, pas seulement pour ce qu’ils m’apportent, mais parce que j’ai cette terrible curiosité et qu’il me faut satisfaire. Je peins comme les autres écrivent leur autobiographie» dit-il.

Parmi les visiteurs assidus chez PICASSO, Françoise GILOT a noté Max JACOB, André DUBOIS, ancien préfet de police, Jean-Paul SARTRE, le poète Pierre de REVERDY, Jacques PREVERT qui a toujours quelque chose de drôle à raconter, André MALRAUX, Brassaï, Fernand LEGER, André BRETON, Max ERNST, Man RAY etc. Parmi ses amis, on compte Henri MATISSE (1869-1954) et Georges BRAQUE (1882-1963). Pour la rétrospective de son œuvre, en 1943, avec 236 toiles, PICASSO entouré d’Éric SATIE, Arthur RUBINSTEIN, de Manuel de FALLA, de Brassaï pour photographier ses sculptures pour la revue Minotaure «La photographie est venue à point nommé pour libérer la peinture de la littérature, de l’anecdote» dit PICASSO. Réputé «inabordable» et hautain : «Sa présence effaça cette image et mon appréhension. J’avais devant moi, un homme simple, sans affection, sans morgue, sans pose. Tout est centré sur la fixité flamboyante du regard qui vous perce, vous subjugue, vous dévore» écrit Brassaï dans son livre «Conversations avec Picasso». PICASSO, ce symbole antique, mi-homme, mi-minotaure, voyait dans le Minotaure la force qui brise les limites de l’irrationnel, déborde ses frontières : «Face à la violence et à la prédation, PICASSO oppose la révolte absolue, l’insoumission totale, la liberté sans freins» écrit Brassaï. PICASSO aimait le Minotaure pour son côté humain, trop humain, il découvrait en lui la contre-nature. PICASSO estime que ces rencontres lui sont utiles : «Ces contacts rechargent ma batterie. C’est comme la flambée d’une allumette, et cela éclaire ma journée». Il savait manier la langue française avec perfection, grâce notamment à ses amis Max JACOB et Guillaume APOLLINAIRE, mais il avait toujours conservé cet accent espagnol à couper au couteau. 

PICASSO aime les animaux notamment les oiseaux (canaris, pigeons et tourterelles), son père peignaient les colombes. PICASSO avait comme secrétaire, Jaime SABARTES (1881-1968), un catalan de Barcelone, cousin éloigné du peintre Miro : «Dévoué à Pablo comme un moine à son Dieu, il supportait ses sautes d’humeur» écrit François GILOT. Ce secrétaire est qualifié de prudent, méticuleux, susceptible, désintéressé, une éminence grise, passionnés par les arts égyptiens qui savait rester dans l’ombre : «Je ne l’ai pas connu à Barcelone, bien que nous fréquentions le même milieu et le même cabaret. A Paris, seulement, pendant mon premier séjour, en 1901. J’avais rendez-vous avec Picasso devant le musée du Luxembourg. Il est venu avec un Catalan, c’était Manolo. Nous sommes devenus de grands amis. A cette époque, il ne parlait pas un traître mot de français. Il a toujours d’ailleurs gardé un savoureux accent. Lorsque je suis seul avec lui, nous nous parlons rarement. Nous sommes l’image parfaite de la solitude. Picasso fut toujours sobre de reproches et de louanges. Son meilleur change fut de beaucoup l’attention qu’il portait à la personne, à la chose et au récit qui l’intéressait» dit Jaime SABARTES à Brassaï. Il y avait aussi le chauffeur de 1934 à 1951, Marcel BOUDIN, qui savait s’abriter des orages soudain, il sera licencié, pour un banal accident de la route. En 1931, grâce à l’aide de Jacqueline APOLLINAIRE et sur les conseils de Pierre MATISSE, le jeune éditeur Albert SKIRA (1904-1973), alors âgé de vingt-cinq ans, convainc Pablo PICASSO d’illustrer les «Métamorphoses d’Ovide» avec 30 eaux-fortes. Albert SKIRA, un chanteur de charme, plutôt qu’un éditeur d’art, est «un forcené du travail  et une bête de somme, il jugeait les gens suivant l’efficacité, posait la valeur de chaque minute, de chaque seconde, de chaque poignée de mains et faisait le bilan de choses positives» écrit Brassaï. PICASSO a également illustré, en 125 dessins, en 1948, pour l’éditeur d’art, d’origine grecque, Efstratios TERIADE (1897-1983), «Le Chant des morts», une série de poèmes noirs, de Pierre de REVERDY (1889-1960). PICASSO connaissait Joan MIRO (1893-1983) «malgré son sourire angélique et ses manières joviales, il était d’une réserve qui confinait au mystère. Il ne disait rien de lui-même et de ses projets» écrit Françoise GILOT.

Le combat de PICASSO pour ses arts nègres est inséparable de son engagement politique, notamment contre le franquisme. L’artiste c’est le refus de devenir un lieu commun sans valeur ajoutée ; il doit refuser de se plier aux conventions sociales, et par sa créativité, il se révolte contre l’ordre établi. Face actuellement à la montée des populismes et notamment du Rassemblement national en France, les idées de PICASSO n’ont pas pris une ride : «La lutte espagnole est le combat de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d’artiste n’a été qu’une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l’art. (…) Dans toutes mes œuvres récentes (Guernica), j’exprime clairement ma haine de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort» dit-il en mai 1937. 

Dans «Guernica», le taureau représente la brutalité et l’obscurité, le cheval le peuple. La guerre, c’est la monstruosité. Par conséquent, PICASSO est un lutteur dans l’arène de la corrida ; un artiste doit rester en éveil face aux événements qui secouent la société : «Les artistes ne peuvent rester indifférents à un conflit dans lequel les plus hautes valeurs de l’humanité et de la civilisation sont en jeu. (..) Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi» dit-il en mars 1945. Artiste du réel, PICASSO, dans ses engagements politiques, a été influencé par ses amis Paul ELUARD et Louis ARAGON «Mon adhésion au parti communiste est la suite logique de toute ma vie, de toute mon œuvre. Car, je suis fier de le dire, je n’ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction ; j’ai voulu, par le dessin et la couleur, puisque c’étaient là mes armes, pénétrer toujours plus en avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère tous chaque jour davantage ; j’ai essayé de dire, à ma façon, ce que je considérai comme le plus vrai, le plus juste, le meilleur, et c’était naturellement le plus beau. Oui, j’ai conscience d’avoir toujours lutté par ma peinture, en vérité révolutionnaire» dit-il en octobre 1944. «Je suis contre Franco. Le seul moyen de le faire savoir, c’est d’entrer au Parti communiste, en prouvant ainsi que je suis de l’autre bord» dit-il. 

Avant d’être, le génie du XXème siècle qui a marqué, profondément, l’histoire de l’art, par la puissance et l’originalité de sa création, Pablo PICASSO a été un étudiant studieux et appliqué, presque inconnu du grand public et pauvre. Avant cette période nègre, PICASSO vouait une dévotion sans limites aux grands maîtres de l’art, comme Velázquez, Poussin, Goya, Manet, Courbet, Delacroix. Dans une large mesure, il a été influencé par certains de ses devanciers qui ont reconnu les qualités plastiques et esthétiques de la sculpture africaine. Ainsi, en 1889, Paul GAUGUIN achète deux statuettes Minkissi du Congo qu’il retouche et paraphe. GAUGUIN est «notre maître à nous tous» dit PICASSO. L’art colonial, inspiré du primitivisme et de l’indigénat renferme lui-même sa logique hiérarchisation des civilisations. On ne considérait pas les arts nègres pour leur valeur esthétique ; ces arts avaient été relégués au rang de l’exotisme, du folklore ou de l’ethnographie : «Chez les nègres qui paraissent pourtant, comme toutes les races de l’Afrique centrale et méridionale, fort arriérés pour tout ce qui est affaire d’art, on trouve des idoles représentant avec une grotesque fidélité les caractères de la race nègre» écrit André MICHEL, conservateur du Louvre, en 1898. Jusqu’au moyen âge l’Afrique sera pour les européens le royaume des «idolâtres» des peuples à convertir. Cet «exotisme» va provoquer engouement et fascination jusqu’au XVIIème siècle à travers les cabinets de curiosités, inaugurés sous François 1er. C’est l’idée que l’on peut reconstituer le monde autour de soi en rassemblant une collection variée d’objets dans un lieu qui serait le point de rencontre entre les arts et la science.

Dans ce contexte, les objets d’art africains ne seraient que des «idoles étranges», pour un peuple sans culture, gouverné par des instincts barbares. GAUGUIN, s’il contestait la culture occidentale, l’idée du progrès, avait une culture de l’exotisme, inspirée du mythe du bon sauvage. Amélie LANG, dite Fernande OLIVIER, a partagé les années misère de PICASSO. L’opium coulait à flot, et en 1908, après le suicide du peintre homosexuel allemand Grete WIELGELS qui entretenait des relations ambiguës avec PICASSO, le couple ira un certain temps se réfugier à Creil : «Pablo était dans un état de dépression nerveuse qui ne lui permettait pas ni de travailler, ni  de rester seul» écrit Fernande OLIVIER dans ses «Souvenirs intimes, pour Picasso».  Fernande ajoutera «La vie est triste. Pablo est maussade et je n’ai rien à attendre de lui comme réconfort ni moral, ni physique» écrit-elle. Le suicide de son ami, Carlos CASAGEMAS (1880-1901), l’avait plongé dans une crise existentielle : «C’est en pensant que Casagemas était mort que je me suis mis à peindre en bleu» dit-il. PICASSO avait noué une relation avec Germaine, l’amie de CASAGEMAS qui avait financé son voyage à Paris. En ce début du XXème siècle, PICASSO «habitait cette bizarre maison de bois de la rue Ravignan, où vécurent tant d’artistes aujourd’hui célèbres ou en passe de le devenir. Je l’y connus en 1905. Sa renommée ne dépassait pas encore les limites de la Butte» écrit Guillaume APOLLINAIRE dans ses «chroniques d’art (1902-198)».

Englué dans des difficultés personnelles et financières, le dilemme posé à PICASSO était le suivant : la suprématie des grands maîtres de l’art, notamment les impressionnistes ou bien se mesurer à eux ; se soumettre ou livrer bataille. Mais, entrer en lutte sans posséder les mêmes ressources matérielles et morales que son entourage, équivalait à rester définitivement un marginal, un peintre maudit. En réalité PICASSO n’était pas né pour subir ; il a utilisé l’art nègre pour tout déconstruire : «Travailler, c’était vaincre toutes les difficultés. Mais tout a été déjà fait, il ne lui restait qu’à déterminer son champ d’exploration et à construire tout, à nouveau. Il s’est donné comme objectif, le but fantastique de détruire la beauté officielle, en substituant son concept de l’esthétique» écrit Jaime SABARTES. Christian ZERVOS insiste sur le caractère subversif des œuvres d’art de l’artiste engagé «Il n’y a rien d’aussi dangereux que le pinceau entre les mains d’un artiste ! On n’a plus le courage d’expulser les poètes et les peintres, car on ne se rend même plus compte du danger de les garder dans la cité. L’enseignement académique de la beauté est faux. On nous a trompé, mais si bien trompés qu’on ne peut plus retrouver pas même l’ombre d’une vérité. Ce n’est pas ce que l’artiste fait qui compte, mais ce qu’il est». «L'œuvre d'art, selon lui, ne prend vie que par l'intervention de celui qui la voit, l'entend, la lit» écrit Daniel-Henry KAHNWEILER dans ses «confessions esthétiques». PICASSO précise sa conception de l’art «L’art est subversif. C’est quelque chose qui ne doit pas être libre. L’art, comme le feu de Prométhée, doit être dérobé pour que l’on s’en serve contre l’ordre établi. Dès lors que l’art est officiel et ouvert à tous, il devient le nouvel académisme. Si jamais l’art reçoit les clefs de la Cité, il devient si émasculé, si impuissant qu’il ne méritera plus qu’on se batte pour lui» dit-il. En septembre 1909, Fernande OLIVIER, en pleine période nègre, affirme que la situation financière de PICASSO s’est améliorée d’où le déménagement au 11 boulevard de de Clichy, à Paris «A notre retour d’Espagne, Picasso, plus riche, songea à déménager» écrit-elle. 

En effet, PICASSO, influencé par l’art nègre, s’engage dans une période de rupture et ses tableaux intéressent davantage les marchands d’art. Ainsi le «Nu à la draperie» est revendu à Sergueï CHTCHOUKINE (1854-1936). C’est Pablo PICASSO qui inverse la hiérarchie des canons de la beauté et puise dans le primitivisme une source de sa créativité.

On évolue ainsi de «l’art primitif à l’art premier». «Entre 1905 et 1907, un groupe de peintres et d’artistes, lassés des canons et des modèles traditionnels de l’art occidental, découvre pour la première fois la statuaire et le masque africain. Considérés jusque-là comme de simples curiosités, des «fétiches», ces objets deviennent en quelques années le ferment d’un art nouveau» écrit Jean LAUDE. Maurice de VLAMINCK reconnaît que c’est Henri MATISSE, avec son fauvisme où la couleur pure joue un rôle essentiel, qui a ouvert la voie. Mais, auparavant, c’est lui qui a vendu une statuette africaine à André DERAIN : «Un après-midi de l’année 1905, je me trouvais à Argenteuil. Je venais de peindre la Seine, les péniches, le coteau ; le soleil tapait dur ? J’emportais ma toile et rentrai dans un bistrot. Tout en me rafraichissant, je remarquais posées sur l’étagère trois statuettes nègres. Deux statuettes du Dahomey. Une autre de la Côte-d’Ivoire. Était-ce parce que je venais de travailler en plein soleil pendant deux ou trois heures ? Ou bien était-ce l’esprit particulier dans lequel je me trouvais ce jour-là ? J’eus l’intuition de ce qu’elles contenaient en puissance. Elles me révélèrent l’art nègre. J’accrochais le masque blanc au-dessus de mon lit. J’étais ravi et troublé : l’art nègre m’apparaissait dans tout son primitivisme et toute sa grandeur. Derain était suffoqué, il l’acheta pour 50 francs. Quand Picasso et Matisse le virent chez Derain, ils furent eux aussi retournés. Dès ce jour, ce fut la chasse à l’art nègre. C’est Picasso qui, comprenant le parti qu’on pouvait tirer des conceptions plastiques des arts nègres, les faits professionnellement entrer dans la peinture» écrit-il dans «Portrait avant décès». Contrairement à PICASSO, un artiste du réel, VLAMINCK se définit comme un classique. Mais pour lui, «Un classique ce n’est pas celui recueille et adapte, ce qui fut une fois bien fait. Le classique recréé le monde pour lui-même, comme on donne la vie. Il ne s’occupe donc pas des autres, mais de soi-même». VLAMINCK fait part de son émotion devant l’art nègre «Le Nègre, dans sa case, près de sa femme qui pile le couscous, fait une œuvre qui trouve sa place dans les grands musées d’Europe. (..) On s’est servi des Nègres comme certains se servent de Delacroix ou d’Ingres. On peut s’en servir. Ils peuvent être un exemple, pas un concept esthétique» dit-il en 1923 à Florent FELS. En fait, Maurice de VLAMINCK n’a pas pris la mesure exacte et intellectuelle de l’émergence de l’art nègre qui allait bousculer le classicisme. VLAMINCK agit de façon plus passionnelle que réfléchie : «Le seul art que l’on puisse regarder sans être accablé par les explications, les admirations, les louanges d’une littérature qui explique l’art du présent, du passé et de l’avenir. L’art encore assez vierge, pour créer de l’admiration chez les uns et un sentiment de l’horrible chez les autres. Une humanité évidente, un sentiment d’animalité qui fait rire, qui parfois nous transporte par le sentiment de la grandeur décorative, comme les piliers des cathédrales ou le cintre d’une ogive gothique. Par des moyens simples, l’art nègre parvient à donner l’impression de la grandeur et de l’immobilité» estime Maurice de VLAMINCK.

C’est PICASSO, le chef de file du cubisme, qui change, radicalement, le regard porté sur l’art africain. C’est le premier qui a compris la valeur esthétique de l’art nègre et le profit à en tirer. PICASSO a surpris toute le monde, y compris VLAMINCK : «Grand maître de l’art nouveau, Pablo Picasso donne le ton. Lui seul, du reste, en était capable et son initiative ouvrait à ses disciples un immense champ des possibilités» écrit VLAMICK.

En effet, la première exposition que PICASSO découvre à Paris n’est autre que celle du musée du Trocadéro, futur musée de l’Homme, en 1907 : «Quand j’ai découvert l’art nègre, et que j’ai peint ce qu’on appelle mon Epoque nègre, c’était pour m’opposer à ce qu’on appelle «la beauté dans les musées. A ce moment-là, pour la plupart des gens, un masque nègre n’était qu’un objet ethnographique. Quand je me suis rendu pour la première fois avec Derain au musée du Trocadéro, une odeur de moisi et d’abandon m’a saisi à la gorge. J’étais si déprimé que j’aurais voulu partir toute de suite. Mais je me suis forcé à rester, à examiner ces masques, tous ces objets que des hommes avaient exécutés dans un dessein sacré, magique, pour qu’ils servent d’intermédiaires entre eux et les forces inconnues hostiles qui les entouraient, tâchant ainsi de surmonter leur frayeur en leur donnant couleur et forme. Et alors j’ai compris que c’était le sens même de la peinture. Ce n’est pas un processus esthétique ; c’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. Le jour où j’ai compris cela, je sus que j’avais trouvé mon chemin. Et puis les gens ont commencé à juger ces masques en termes esthétiques ; maintenant, tout le monde dit qu’il n’y a de plus beau» dit-il à François GILOT, dans son ouvrage «Vivre avec Picasso». PICASSO voulait rompre avec le classicisme qui avait relégué les arts nègres au rang de folklore, à quelque chose d’inquiétant. «Les académiciens sont déformateurs. Mais ils déforment servilement ; ils déforment en imitant et poussent l’imitation jusqu’à l’imitation de soi-même. A priori, je les condamne pour leur stérilité puisque leur art est sans prolongement possible» écrit André SALMON, «l’art vivant». PICASSO, en s’inspirant de l’art nègre, en rupture avec le classicisme s’érige en peintre de la modernité «Picasso est un idéaliste, un poète en ses arrangements d’apparence géométriques ; la recherche de l’arabesque, le motif qui remplit sa toile, attestent de la réaction de l’esprit moderne enfin libéré d’un long asservissement à l’impressionnisme» écrit Jacques-Emile BLANCHE.

C’est par la rupture cubiste que l’élève appliqué, Pablo PICASSO, inspiré de l’harmonie, accède à son tour au rang de grand maître : «Quand je peins, j’essaie toujours de donner une image à laquelle les gens ne s’attendent pas et qui soit assez écrasante pour être inacceptable. C’est ça qui m’intéresse. Et dans ce sens, je veux être subversif. C’est-à-dire je donne aux gens une image de la nature et d’eux-mêmes. La plupart des gens n’ont pas l’esprit d’invention, ni de création. Comme le dit Hegel, ils ne peuvent reconnaître que ce qu’ils connaissent déjà» dit PICASSO. Avec l’art africain, il transgresse les frontières connues et acquiert ainsi une renommée planétaire : «C’est par une grande audace du goût que l’on est venu à considérer ces idoles nègres comme de véritables œuvres d’art» écrit, en 1917, Guillaume APOLLINAIRE. PICASSO aime et détruit ce qu’il aime, et analyses les choses pour les rendre vivantes. L’art ce n’est ni une «curiosité», ni de «l’exotisme», c’est une esthétique et l’un des tournants majeurs de l’art au XXème siècle : «Les amateurs de curiosités qui nous avaient précédés ne voyaient dans leurs acquisitions que des magots pittoresques. Ce fut sans aucun doute le cas pour Vlaminck lors de son achat. Pour que la vraie découverte de l’art africain et de l’art océanien ait pu se faire, il fallut qu’en automne 1906, les travaux de Picasso préludant aux Demoiselles d’Avignon aient créé le climat propice à cet élargissement de l’esthétique» écrit Pierre DAIX. L’Afrique a été le point d’appui de la grande créativité de cet artiste hors norme. PICASSO rejette le «primitivisme occidental»  pour appréhender et comprendre la beauté du «nègre».

Carl EISNTEIN rejette aussi cette conception exotique de l’art africain «Ce qui n’est pas original n’est pas nègre. La valeur de l’art africain n’est point diminuée par l’incapacité de gens sans importance. Je considère l’art africain, non sous l’aspect de l’industrie actuelle, point pour suggérer des nouvelles formes d’art, mais plutôt pour que commencent des recherches d’art historiques, dans le domaine plastique et pictural africain» écrit-il dans la revue Action, en 1922. Dans son étude sur l’art nègre, Léo FROBENIUS pose cette question que «signifie pour nous l’Afrique ? Pour nous, c’est-à-dire pour les hommes s’avançant vers le milieu du XXème siècle ?» FROBENIUS  écrit que «tout est strictement approprié à son but, rude sévère, tectonique». Michel LEIRIS tente de donner une explication du succès de l’art nègre auprès de cubistes et se demande «si la fonction instrumentale que l’on peut assigner à ces statues (africaines) ne fournirait pas l’explication, au moins partielle, que les sculpteurs négro-africains savent donner aux volumes, presque toujours si pleins et si délibérément assis dans l’étendue».

«L’art nègre ? Connais pas», c’est sur le ton de la provocation que PICASSO tentera de répondre à son engouement pour la culture africaine. Il n’y a pas d’art nègre parce que pour le sculpteur négro-africain, il n’y a pas de conscience esthétique de sa création, du bel idéal, de l’art pur, l’art pour l’art. «Il n’y pas d’art nègre, mais une manifestation du génie humain qui, à la suite des circonstances, s’est exprimée et développée en Afrique» dit PICASSO. Brassaï, un de ses familiers, a remarqué un nombre important de statuettes nègres dans l’appartement du 23 rue de la Boétie. Au début du XXème siècle, PICASSO, auparavant, dans son appartement boulevard de Clichy en 1909 : «Les murs s’ornent de masques nègres. Sur les tables, «des bois nègres», qu’il a commencé à collectionner quelques années auparavant. Je crois que c’est Matisse qui, le premier, a découvert la valeur artistique des œuvres nègres, puis Derain. Picasso en est devenu fanatique, et les statues, masques, fétiches de toutes contrées africaines se sont accumulés. La chasse aux œuvres nègres est devenue un réel plaisir pour lui» écrit Fernande OLIVIER. 

Le Musée du Quai Branly, Jacques CHIRAC, dans une exposition du 28 mars au 23 juillet 2017, a montré la collection personnelle de PICASSO des arts nègres qui n’a cessé de l’accompagner dans tous ses ateliers. Divers documents comme des lettres, cartes postales ou photos attestent de l’engouement constant de PICASSO pour les arts nègres. C’est Michel LEIRIS qui lui a le plus parler de l’Afrique, à travers son ouvrage «L’Afrique fantôme»  relatant la mission ethnographique Dakar-Djibouti de 1931 à 1933, pour le compte du Musée de l’Homme. Pablo PICASSO est resté toute sa vie solidaire avec le continent africain, en particulier avec le Sénégal. «L’humanisme négro-africain répond parfaitement à l’attente de l’humanisme contemporain. Des artistes tels que Picasso et Braque ont déjà intégré le style de l’art nègre dans leurs œuvres. Celles-ci n’en sont devenues que plus belles, plus riches, plus universelles» écrit Léopold Sédar SENGHOR, dans «Liberté 3». Pablo PICASSO a donné certaines de ses œuvres, pour financer, une partie du colloque de 1956, à la Sorbonne, des artistes et intellectuels noirs. Il fut, un des grands artistes, à défendre les valeurs culturelles du monde noir, pendant les périodes sombres de la colonisation. A l’occasion de l’exposition de PICASSO, au Musée Dynamique, à Dakar, du 6 avril 1972 au 6 mai 1972, une question a surgi : «Pourquoi Picasso ? Essentiellement pour la jeune école de Dakar, Picasso est un modèle exemplaire» dit le président SENGHOR.

Le président-poète a dit dans quelles conditions il a rencontré PICASSO : «C’était pendant l’Occupation en 1943-44, je fréquentais alors beaucoup d’artistes dont certains sont Espagnols. J’allais quelque fois chez Picasso avec mon ami Pédro Florès (1894-1979), qui était Andalou et peintre. Et Picasso a eu à me dire toute l’inspiration que l’art nègre lui a apporté. Il nous faut rester des sauvages !» dit SENGHOR. Il précise que «l’art nègre n’est réellement esthétique que dans la mesure de son utilité, de son caractère fonctionnel» dit SENGHOR dans son article «Qu’est-ce que la Négritude ?»

On connaît la controverse qui ne s’est pas encore éteinte suscitée par les «Demoiselles d’Avignon» au sujet de l’influence de l’art nègre. . C’est entre 1906-1907 que PICASSO peint «Les Demoiselles d’Avignon», une toile dans laquelle l’art africain transpire de deux visages de femmes : «Lorsque Picasso, sous l’influence de l’art nègre, peignit les «Demoiselles d’Avignon» ce fut un véritable cataclysme. Je me souviens que Stchoukine, qui a tellement aimé la peinture de Picasso, se trouvant chez moi, me dit en pleurant : « Quelle perte pour l’art français ! A cette époque et quand Picasso voulait exprimer des têtes et des corps, pas comme chacun peut les voir, ce qui était le problème des autres peintres, mais comme il les voyait, il avait tendance à les pendre en bloc comme les sculpteurs, ou de profil, comme peignent les enfants» écrit Gertrude STEIN dans son ouvrage «Picasso». «Ce fut Matisse qui, en 1906, l’intéressa (Picasso) à la sculpture nègre. Il ne faut pas oublier que l’art nègre n’est pas naïf, pas du tout, c’est un art très conventionnel. (…) L’art nègre qui était pour Matisse une chose exotique et naïve, devint pour Picasso, Espagnol, une chose naturelle, directe civilisée. Il était normal alors que sa vision en fut renforcée et que le résultat de ses études sur l’art nègre l’eût amené à créer le tableau des Demoiselles d’Avignon en 1907» précise Gertrude STEIN, une collectionneuse d’art et amie de PICASSO. Dans la naissance du cubisme PICASSO se défend d’avoir utilisé l’art nègre dans ses «Demoiselles d’Avignon» : «J’ai peint un nez de profil dans un visage de face. Alors on a parlé des Nègres» dit-il. Pierre DAIX s’est évertué vainement à démontrer que les Demoiselles d’Avignon, ce ne serait que le résultat de l’influence de statuettes ibériques. Jean LAUDE, un grand spécialiste de la question ne partage pas ce point de vue «Avec les Demoiselles d’Avignon (1906-1907) Picasso opère une coupure décisive dans le langage plastique de l’Occident. Depuis 65 ans, cette œuvre n’a rien perdu de sa verve subversive. Les figures dont on admet qu’elles furent élaborées et conçues après une étude de l’art nègre» écrit-il en 1975. Dans les «Demoiselles d’Avignon», sans doute il y a eu appropriations, emprunts ou détournements : «Les artistes du siècle ne faisaient pas œuvre ethnographique, ils poursuivaient une œuvre fortement individuelle, marquée par une volonté provocatrice et critique qui étaient celle des avant-gardes» écrit Christine MARRET. En effet, PICASSO a utilisé deux masques congolais dans la partie droite de sa fameuses toile, «Les Demoiselles d’Avignon». Dominique LEGROS estime que «les rapports de la tête du haut à droite avec le masque Etombi sont frappants. Par l’artifice de la béance, Picasso obtient une bouche en «cul de poule» comparable une fois avec le masque. Le cas du visage du bas à droite et du masque de maladie Pende est encore plus surprenant. L’esthétique du visage de la demoiselle de gauche et celle du masque Dan entretiennent également des rapports évidents : dans chaque cas, élongation du nez, bouches prêtes à gober, stylisation des yeux, et surtout effet du volume obtenu». Jean LAUDE mentionne dans «la peinture française et l’art nègre» la forte influence de l’art nègre sur la peinture de PICASSO «La concavité de la face apparaît sur certaines figures que Picasso réalisa au cours de l’hiver 1907-1908. Elle se retrouve dans un certain nombre de styles africains : dans les statuaires Sénoufo (Côte-d’Ivoire), Fang (Gabon), Warega (Congo-Kinshasa)». Des artistes, comme Juan GRIS, un des mousquetaires du cubisme, ont «tiré réflexion sur la sculpture noire un ensemble de principes esthétiques généraux qui consolidaient ceux que, dans leurs propres œuvres, ils élaboraient» dit Jean LAUDE. «Les Grands Nus», de 1908, sont des formes empruntées à la statuaire Sénoufo.  «Ce travail colossal est celui d’un homme (Picasso) qui a pénétré comme par effraction dans le royaume dont la peinture est maîtresse, par effraction contre sa propre, sa stupéfiante maîtrise de la tradition tout entière» écrit Pierre DAIX. En effet, PICASSO est le «représentant indiscuté de la modernité dans l’art du XXème siècle, refusant tout folklorisme de l’art africain et sensible à l’originalité de l’expression culturelle africaine» écrit Jean CLAIR, dans «Picasso, 1917-1924». Dans sa défense des vaincus ou des marginaux, «la première chose qu’on y remarque, c’est l’effort continu pour souligner les attitudes abattues, humiliées, avilies, souffrantes des personnes accablées par la misère. Mais, curieusement, ces attitudes souffrantes, et tout autant qu’elles sont, semblent n’avoir pour but que de démontrer un manque de vitalité, de dévitalisation, la perte de l’élan vital» écrit Alberto MORAVIA, dans «Picasso, périodes bleue et rose».

En fait, face à ces individus résignés, pour PICASSO «la vie c’est la vitalité». En effet, face à la douleur, ce n’est pas la tristesse ou la colère stériles qui sauvent, il faut surmonter ses faiblesses. «On me parle toujours de l’influence des Nègres sur moi. Comment faire ? Tous, nous aimons les fétiches. Van Gogh dit : l’art japonais, on avait tout cela en commun Nous c’est le Nègres» dit PICASSO, rapporte André MALRAUX dans «La tête obsidienne».

Englué dans des difficultés personnelles et financières, le dilemme posé à PICASSO était le suivant : la suprématie des grands maîtres de l’art, notamment les impressionnistes ou bien se mesurer à eux ; se soumettre ou livrer bataille. Mais, entrer en lutte sans posséder les mêmes ressources matérielles et morales que son entourage, équivalait à rester définitivement un marginal, un peintre maudit. En réalité PICASSO n’était pas né pour subir ; il a utilisé l’art nègre pour tout déconstruire : «Travailler, c’était vaincre toutes les difficultés. Mais tout a été déjà fait, il ne lui restait qu’à déterminer son champ d’exploration et à construire tout, à nouveau. Il s’est donné comme objectif, le but fantastique de détruire la beauté officielle, en substituant son concept de l’esthétique» écrit Jaime SABARTES. Christian ZERVOS insiste sur le caractère subversif des œuvres d’art de l’artiste engagé «Il n’y a rien d’aussi dangereux que le pinceau entre les mains d’un artiste ! On n’a plus le courage d’expulser les poètes et les peintres, car on ne se rend même plus compte du danger de les garder dans la cité. L’enseignement académique de la beauté est faux. On nous a trompé, mais si bien trompés qu’on ne peut plus retrouver pas même l’ombre d’une vérité. Ce n’est pas ce que l’artiste fait qui compte, mais ce qu’il est». «L'œuvre d'art, selon lui, ne prend vie que par l'intervention de celui qui la voit, l'entend, la lit» écrit Daniel-Henry KAHNWEILER dans ses «confessions esthétiques». PICASSO précise sa conception de l’art «L’art est subversif. C’est quelque chose qui ne doit pas être libre. L’art, comme le feu de Prométhée, doit être dérobé pour que l’on s’en serve contre l’ordre établi. Dès lors que l’art est officiel et ouvert à tous, il devient le nouvel académisme. Si jamais l’art reçoit les clefs de la Cité, il devient si émasculé, si impuissant qu’il ne méritera plus qu’on se batte pour lui» dit-il. En septembre 1909, Fernande OLIVIER, en pleine période nègre, affirme que la situation financière de PICASSO s’est améliorée d’où le déménagement au 11 boulevard de de Clichy, à Paris «A notre retour d’Espagne, Picasso, plus riche, songea à déménager» écrit-elle. 

En effet, PICASSO, influencé par l’art nègre, s’engage dans une période de rupture et ses tableaux intéressent davantage les marchands d’art. Ainsi le «Nu à la draperie» est revendu à Sergueï CHTCHOUKINE (1854-1936). C’est Pablo PICASSO qui inverse la hiérarchie des canons de la beauté et puise dans le primitivisme une source de sa créativité.

On évolue ainsi de «l’art primitif à l’art premier». «Entre 1905 et 1907, un groupe de peintres et d’artistes, lassés des canons et des modèles traditionnels de l’art occidental, découvre pour la première fois la statuaire et le masque africain. Considérés jusque-là comme de simples curiosités, des «fétiches», ces objets deviennent en quelques années le ferment d’un art nouveau» écrit Jean LAUDE. Maurice de VLAMINCK reconnaît que c’est Henri MATISSE, avec son fauvisme où la couleur pure joue un rôle essentiel, qui a ouvert la voie. Mais, auparavant, c’est lui qui a vendu une statuette africaine à André DERAIN : «Un après-midi de l’année 1905, je me trouvais à Argenteuil. Je venais de peindre la Seine, les péniches, le coteau ; le soleil tapait dur ? J’emportais ma toile et rentrai dans un bistrot. Tout en me rafraichissant, je remarquais posées sur l’étagère trois statuettes nègres. Deux statuettes du Dahomey. Une autre de la Côte-d’Ivoire. Était-ce parce que je venais de travailler en plein soleil pendant deux ou trois heures ? Ou bien était-ce l’esprit particulier dans lequel je me trouvais ce jour-là ? J’eus l’intuition de ce qu’elles contenaient en puissance. Elles me révélèrent l’art nègre. J’accrochais le masque blanc au-dessus de mon lit. J’étais ravi et troublé : l’art nègre m’apparaissait dans tout son primitivisme et toute sa grandeur. Derain était suffoqué, il l’acheta pour 50 francs. Quand Picasso et Matisse le virent chez Derain, ils furent eux aussi retournés. Dès ce jour, ce fut la chasse à l’art nègre. C’est Picasso qui, comprenant le parti qu’on pouvait tirer des conceptions plastiques des arts nègres, les faits professionnellement entrer dans la peinture» écrit-il dans «Portrait avant décès». Contrairement à PICASSO, un artiste du réel, VLAMINCK se définit comme un classique. Mais pour lui, «Un classique ce n’est pas celui recueille et adapte, ce qui fut une fois bien fait. Le classique recréé le monde pour lui-même, comme on donne la vie. Il ne s’occupe donc pas des autres, mais de soi-même». VLAMINCK fait part de son émotion devant l’art nègre «Le Nègre, dans sa case, près de sa femme qui pile le couscous, fait une œuvre qui trouve sa place dans les grands musées d’Europe. (..) On s’est servi des Nègres comme certains se servent de Delacroix ou d’Ingres. On peut s’en servir. Ils peuvent être un exemple, pas un concept esthétique» dit-il en 1923 à Florent FELS. En fait, Maurice de VLAMINCK n’a pas pris la mesure exacte et intellectuelle de l’émergence de l’art nègre qui allait bousculer le classicisme. VLAMINCK agit de façon plus passionnelle que réfléchie : «Le seul art que l’on puisse regarder sans être accablé par les explications, les admirations, les louanges d’une littérature qui explique l’art du présent, du passé et de l’avenir. L’art encore assez vierge, pour créer de l’admiration chez les uns et un sentiment de l’horrible chez les autres. Une humanité évidente, un sentiment d’animalité qui fait rire, qui parfois nous transporte par le sentiment de la grandeur décorative, comme les piliers des cathédrales ou le cintre d’une ogive gothique. Par des moyens simples, l’art nègre parvient à donner l’impression de la grandeur et de l’immobilité» estime Maurice de VLAMINCK.

C’est PICASSO, le chef de file du cubisme, qui change, radicalement, le regard porté sur l’art africain. C’est le premier qui a compris la valeur esthétique de l’art nègre et le profit à en tirer. PICASSO a surpris toute le monde, y compris VLAMINCK : «Grand maître de l’art nouveau, Pablo Picasso donne le ton. Lui seul, du reste, en était capable et son initiative ouvrait à ses disciples un immense champ des possibilités» écrit VLAMICK.

En effet, la première exposition que PICASSO découvre à Paris n’est autre que celle du musée du Trocadéro, futur musée de l’Homme, en 1907 : «Quand j’ai découvert l’art nègre, et que j’ai peint ce qu’on appelle mon Epoque nègre, c’était pour m’opposer à ce qu’on appelle «la beauté dans les musées. A ce moment-là, pour la plupart des gens, un masque nègre n’était qu’un objet ethnographique. Quand je me suis rendu pour la première fois avec Derain au musée du Trocadéro, une odeur de moisi et d’abandon m’a saisi à la gorge. J’étais si déprimé que j’aurais voulu partir toute de suite. Mais je me suis forcé à rester, à examiner ces masques, tous ces objets que des hommes avaient exécutés dans un dessein sacré, magique, pour qu’ils servent d’intermédiaires entre eux et les forces inconnues hostiles qui les entouraient, tâchant ainsi de surmonter leur frayeur en leur donnant couleur et forme. Et alors j’ai compris que c’était le sens même de la peinture. Ce n’est pas un processus esthétique ; c’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. Le jour où j’ai compris cela, je sus que j’avais trouvé mon chemin. Et puis les gens ont commencé à juger ces masques en termes esthétiques ; maintenant, tout le monde dit qu’il n’y a de plus beau» dit-il à François GILOT, dans son ouvrage «Vivre avec Picasso». PICASSO voulait rompre avec le classicisme qui avait relégué les arts nègres au rang de folklore, à quelque chose d’inquiétant. «Les académiciens sont déformateurs. Mais ils déforment servilement ; ils déforment en imitant et poussent l’imitation jusqu’à l’imitation de soi-même. A priori, je les condamne pour leur stérilité puisque leur art est sans prolongement possible» écrit André SALMON, «l’art vivant». PICASSO, en s’inspirant de l’art nègre, en rupture avec le classicisme s’érige en peintre de la modernité «Picasso est un idéaliste, un poète en ses arrangements d’apparence géométriques ; la recherche de l’arabesque, le motif qui remplit sa toile, attestent de la réaction de l’esprit moderne enfin libéré d’un long asservissement à l’impressionnisme» écrit Jacques-Emile BLANCHE.

C’est par la rupture cubiste que l’élève appliqué, Pablo PICASSO, inspiré de l’harmonie, accède à son tour au rang de grand maître : «Quand je peins, j’essaie toujours de donner une image à laquelle les gens ne s’attendent pas et qui soit assez écrasante pour être inacceptable. C’est ça qui m’intéresse. Et dans ce sens, je veux être subversif. C’est-à-dire je donne aux gens une image de la nature et d’eux-mêmes. La plupart des gens n’ont pas l’esprit d’invention, ni de création. Comme le dit Hegel, ils ne peuvent reconnaître que ce qu’ils connaissent déjà» dit PICASSO. Avec l’art africain, il transgresse les frontières connues et acquiert ainsi une renommée planétaire : «C’est par une grande audace du goût que l’on est venu à considérer ces idoles nègres comme de véritables œuvres d’art» écrit, en 1917, Guillaume APOLLINAIRE. PICASSO aime et détruit ce qu’il aime, et analyses les choses pour les rendre vivantes. L’art ce n’est ni une «curiosité», ni de «l’exotisme», c’est une esthétique et l’un des tournants majeurs de l’art au XXème siècle : «Les amateurs de curiosités qui nous avaient précédés ne voyaient dans leurs acquisitions que des magots pittoresques. Ce fut sans aucun doute le cas pour Vlaminck lors de son achat. Pour que la vraie découverte de l’art africain et de l’art océanien ait pu se faire, il fallut qu’en automne 1906, les travaux de Picasso préludant aux Demoiselles d’Avignon aient créé le climat propice à cet élargissement de l’esthétique» écrit Pierre DAIX. L’Afrique a été le point d’appui de la grande créativité de cet artiste hors norme. PICASSO rejette le «primitivisme occidental»  pour appréhender et comprendre la beauté du «nègre».

Carl EISNTEIN rejette aussi cette conception exotique de l’art africain «Ce qui n’est pas original n’est pas nègre. La valeur de l’art africain n’est point diminuée par l’incapacité de gens sans importance. Je considère l’art africain, non sous l’aspect de l’industrie actuelle, point pour suggérer des nouvelles formes d’art, mais plutôt pour que commencent des recherches d’art historiques, dans le domaine plastique et pictural africain» écrit-il dans la revue Action, en 1922. Dans son étude sur l’art nègre, Léo FROBENIUS pose cette question que «signifie pour nous l’Afrique ? Pour nous, c’est-à-dire pour les hommes s’avançant vers le milieu du XXème siècle ?» FROBENIUS  écrit que «tout est strictement approprié à son but, rude sévère, tectonique». Michel LEIRIS tente de donner une explication du succès de l’art nègre auprès de cubistes et se demande «si la fonction instrumentale que l’on peut assigner à ces statues (africaines) ne fournirait pas l’explication, au moins partielle, que les sculpteurs négro-africains savent donner aux volumes, presque toujours si pleins et si délibérément assis dans l’étendue».

«L’art nègre ? Connais pas», c’est sur le ton de la provocation que PICASSO tentera de répondre à son engouement pour la culture africaine. Il n’y a pas d’art nègre parce que pour le sculpteur négro-africain, il n’y a pas de conscience esthétique de sa création, du bel idéal, de l’art pur, l’art pour l’art. «Il n’y pas d’art nègre, mais une manifestation du génie humain qui, à la suite des circonstances, s’est exprimée et développée en Afrique» dit PICASSO. Brassaï, un de ses familiers, a remarqué un nombre important de statuettes nègres dans l’appartement du 23 rue de la Boétie. Au début du XXème siècle, PICASSO, auparavant, dans son appartement boulevard de Clichy en 1909 : «Les murs s’ornent de masques nègres. Sur les tables, «des bois nègres», qu’il a commencé à collectionner quelques années auparavant. Je crois que c’est Matisse qui, le premier, a découvert la valeur artistique des œuvres nègres, puis Derain. Picasso en est devenu fanatique, et les statues, masques, fétiches de toutes contrées africaines se sont accumulés. La chasse aux œuvres nègres est devenue un réel plaisir pour lui» écrit Fernande OLIVIER. 

Le Musée du Quai Branly, Jacques CHIRAC, dans une exposition du 28 mars au 23 juillet 2017, a montré la collection personnelle de PICASSO des arts nègres qui n’a cessé de l’accompagner dans tous ses ateliers. Divers documents comme des lettres, cartes postales ou photos attestent de l’engouement constant de PICASSO pour les arts nègres. C’est Michel LEIRIS qui lui a le plus parler de l’Afrique, à travers son ouvrage «L’Afrique fantôme»  relatant la mission ethnographique Dakar-Djibouti de 1931 à 1933, pour le compte du Musée de l’Homme. Pablo PICASSO est resté toute sa vie solidaire avec le continent africain, en particulier avec le Sénégal. «L’humanisme négro-africain répond parfaitement à l’attente de l’humanisme contemporain. Des artistes tels que Picasso et Braque ont déjà intégré le style de l’art nègre dans leurs œuvres. Celles-ci n’en sont devenues que plus belles, plus riches, plus universelles» écrit Léopold Sédar SENGHOR, dans «Liberté 3». Pablo PICASSO a donné certaines de ses œuvres, pour financer, une partie du colloque de 1956, à la Sorbonne, des artistes et intellectuels noirs. Il fut, un des grands artistes, à défendre les valeurs culturelles du monde noir, pendant les périodes sombres de la colonisation. A l’occasion de l’exposition de PICASSO, au Musée Dynamique, à Dakar, du 6 avril 1972 au 6 mai 1972, une question a surgi : «Pourquoi Picasso ? Essentiellement pour la jeune école de Dakar, Picasso est un modèle exemplaire» dit le président SENGHOR.

Le président-poète a dit dans quelles conditions il a rencontré PICASSO : «C’était pendant l’Occupation en 1943-44, je fréquentais alors beaucoup d’artistes dont certains sont Espagnols. J’allais quelque fois chez Picasso avec mon ami Pédro Florès (1894-1979), qui était Andalou et peintre. Et Picasso a eu à me dire toute l’inspiration que l’art nègre lui a apporté. Il nous faut rester des sauvages !» dit SENGHOR. Il précise que «l’art nègre n’est réellement esthétique que dans la mesure de son utilité, de son caractère fonctionnel» dit SENGHOR dans son article «Qu’est-ce que la Négritude ?»

On connaît la controverse qui ne s’est pas encore éteinte suscitée par les «Demoiselles d’Avignon» au sujet de l’influence de l’art nègre. . C’est entre 1906-1907 que PICASSO peint «Les Demoiselles d’Avignon», une toile dans laquelle l’art africain transpire de deux visages de femmes : «Lorsque Picasso, sous l’influence de l’art nègre, peignit les «Demoiselles d’Avignon» ce fut un véritable cataclysme. Je me souviens que Stchoukine, qui a tellement aimé la peinture de Picasso, se trouvant chez moi, me dit en pleurant : « Quelle perte pour l’art français ! A cette époque et quand Picasso voulait exprimer des têtes et des corps, pas comme chacun peut les voir, ce qui était le problème des autres peintres, mais comme il les voyait, il avait tendance à les pendre en bloc comme les sculpteurs, ou de profil, comme peignent les enfants» écrit Gertrude STEIN dans son ouvrage «Picasso». «Ce fut Matisse qui, en 1906, l’intéressa (Picasso) à la sculpture nègre. Il ne faut pas oublier que l’art nègre n’est pas naïf, pas du tout, c’est un art très conventionnel. (…) L’art nègre qui était pour Matisse une chose exotique et naïve, devint pour Picasso, Espagnol, une chose naturelle, directe civilisée. Il était normal alors que sa vision en fut renforcée et que le résultat de ses études sur l’art nègre l’eût amené à créer le tableau des Demoiselles d’Avignon en 1907» précise Gertrude STEIN, une collectionneuse d’art et amie de PICASSO. Dans la naissance du cubisme PICASSO se défend d’avoir utilisé l’art nègre dans ses «Demoiselles d’Avignon» : «J’ai peint un nez de profil dans un visage de face. Alors on a parlé des Nègres» dit-il. Pierre DAIX s’est évertué vainement à démontrer que les Demoiselles d’Avignon, ce ne serait que le résultat de l’influence de statuettes ibériques. Jean LAUDE, un grand spécialiste de la question ne partage pas ce point de vue «Avec les Demoiselles d’Avignon (1906-1907) Picasso opère une coupure décisive dans le langage plastique de l’Occident. Depuis 65 ans, cette œuvre n’a rien perdu de sa verve subversive. Les figures dont on admet qu’elles furent élaborées et conçues après une étude de l’art nègre» écrit-il en 1975. Dans les «Demoiselles d’Avignon», sans doute il y a eu appropriations, emprunts ou détournements : «Les artistes du siècle ne faisaient pas œuvre ethnographique, ils poursuivaient une œuvre fortement individuelle, marquée par une volonté provocatrice et critique qui étaient celle des avant-gardes» écrit Christine MARRET. En effet, PICASSO a utilisé deux masques congolais dans la partie droite de sa fameuses toile, «Les Demoiselles d’Avignon». Dominique LEGROS estime que «les rapports de la tête du haut à droite avec le masque Etombi sont frappants. Par l’artifice de la béance, Picasso obtient une bouche en «cul de poule» comparable une fois avec le masque. Le cas du visage du bas à droite et du masque de maladie Pende est encore plus surprenant. L’esthétique du visage de la demoiselle de gauche et celle du masque Dan entretiennent également des rapports évidents : dans chaque cas, élongation du nez, bouches prêtes à gober, stylisation des yeux, et surtout effet du volume obtenu». Jean LAUDE mentionne dans «la peinture française et l’art nègre» la forte influence de l’art nègre sur la peinture de PICASSO «La concavité de la face apparaît sur certaines figures que Picasso réalisa au cours de l’hiver 1907-1908. Elle se retrouve dans un certain nombre de styles africains : dans les statuaires Sénoufo (Côte-d’Ivoire), Fang (Gabon), Warega (Congo-Kinshasa)». Des artistes, comme Juan GRIS, un des mousquetaires du cubisme, ont «tiré réflexion sur la sculpture noire un ensemble de principes esthétiques généraux qui consolidaient ceux que, dans leurs propres œuvres, ils élaboraient» dit Jean LAUDE. «Les Grands Nus», de 1908, sont des formes empruntées à la statuaire Sénoufo.  «Ce travail colossal est celui d’un homme (Picasso) qui a pénétré comme par effraction dans le royaume dont la peinture est maîtresse, par effraction contre sa propre, sa stupéfiante maîtrise de la tradition tout entière» écrit Pierre DAIX. En effet, PICASSO est le «représentant indiscuté de la modernité dans l’art du XXème siècle, refusant tout folklorisme de l’art africain et sensible à l’originalité de l’expression culturelle africaine» écrit Jean CLAIR, dans «Picasso, 1917-1924». Dans sa défense des vaincus ou des marginaux, «la première chose qu’on y remarque, c’est l’effort continu pour souligner les attitudes abattues, humiliées, avilies, souffrantes des personnes accablées par la misère. Mais, curieusement, ces attitudes souffrantes, et tout autant qu’elles sont, semblent n’avoir pour but que de démontrer un manque de vitalité, de dévitalisation, la perte de l’élan vital» écrit Alberto MORAVIA, dans «Picasso, périodes bleue et rose».

En fait, face à ces individus résignés, pour PICASSO «la vie c’est la vitalité». En effet, face à la douleur, ce n’est pas la tristesse ou la colère stériles qui sauvent, il faut surmonter ses faiblesses. «On me parle toujours de l’influence des Nègres sur moi. Comment faire ? Tous, nous aimons les fétiches. Van Gogh dit : l’art japonais, on avait tout cela en commun Nous c’est le Nègres» dit PICASSO, rapporte André MALRAUX dans «La tête obsidienne».

Où se situe PICASSO avec l’art nègre en 1907 ? une année cruciale où PICASSO entre dans une phase de rupture avec le passé. Evoluant vers le cubisme, le «Nu à la serviette ou l’amitié» cette rencontre de PICASSO avec l’art nègre n’a pas été un «coup de tonnerre dans un ciel serein» estime Pierre DAIX. Au salon d’automne de 1906, consacré à une rétrospective pour GAUGUIN mort à Aix le 23 octobre 1906, pour la première fois, au XXIIème Salon des Indépendants, sept peintures influencées par le fauvisme, sont présentéesLe peintre Georges BRAQUE est le premier à exposer une peinture cubiste. Au début, certains pensaient que le cubisme et l’art nègre, ce ne serait que du snobisme ou de l’exotisme. En fait, suivant PICASSO, «le cubisme visait à déplacer la réalité : la réalité n’était plus dans l’objet, elle était dans la peinture. Je n’imite pas la nature, je travaille comme elle» dit-il. Pour Guillaume APOLLINAIRE le cubisme : «C’est l’art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments d’emprunt, non à la réalité de vision, mais à la réalité de connaissance». On sent que PICASSO veut rompre avec la peinture sentimentale, exotique, il veut liquider sa «période rose» ou Arlequin. PICASSO a compris, avant les autres, à travers l’influence de l’art nègre «le sens même de la peinture, comme une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs». Jusqu’à sa mort, il ne cessera de s’intéresser à ces arts primitifs d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques. C’est Daniel-Henry KAHNWEILER, critique et marchand d’art allemand, ayant épousé une Française, qui a fait exposer PICASSO en Allemagne. Pour la société bien-pensante française, le cubisme serait un art allemand.

«Le problème n’est pas de savoir à quel moment Picasso a aperçu le premier masque africain, mais de savoir comment et pourquoi, à un certain moment de 1907, Picasso a relayé dans sa peinture la réflexion de la statuaire ibérique par une réflexion sur l’art africain» écrit Pierre DAIX.

En effet, PICASSO voulait se libérer de tout cet académisme pesant structuré par la pensée bourgeoise. On peut comprendre que les formes africaines de l’art traditionnel, aient été une nouvelle source d’inspiration. Parce que dans sa démarche l’art africain traditionnel, s’adossant à une vision du monde, qui, à la différence de cette pensée bourgeoise, capitaliste, matérialiste et donc aux antipodes de la nature, est en symbiose avec cette dernière. L’art nègre c’est «l’harmonie parfaite entre l’artiste et la matière. La forêt prête à l’homme des essences belles et durables pour qu’il en fasse des dieux. L’art nègre est pour eux (artistes modernes) un ami et un guide» dit Victor GOLOUBEFF (1878-1945). Mieux, cet art part d’un postulat en vertu duquel, les êtres, les choses interagissent et cohabitent harmonieusement dans une vaste cosmogonie. «Le rapport entre l’art nègre et l’art occidental mobilise la foi et la raison pour réconcilier l’homme avec l’homme par-delà les préjugés du passé et les vicissitudes de l’histoire» dit Alioune SENE. L’art nègre est un art majeur, les peintures de PICASSO ont su découvrir le langage plastique de la sculpture africaine au-delà du visible, pour traduire son message universel. L’art africain a été, pour PICASSO, une source féconde de créativité. Par conséquent, grâce à PICASSO, l’art occidental a pu dialoguer avec l’art nègre, pour engendrer des œuvres riches, modernes et denses, dans la diversité et la complémentarité. «L’art nègre et son rival polynésien tirent tout de la perfection humaine, mais ne lui soumettent pas l’œuvre d’art. L’homme prenant l’homme pour modèle, fut-ce pour figurer ses dieux, ne se satisfait pas en imitant l’homme» écrit André SALMON.

PICASSO, un Andalou qui avait pris des leçons de vie catalane, commença à dessiner avant de savoir parler. «La première chose que j’ai faite au monde, c’est de dessiner, comme tous les gosses d’ailleurs, mais beaucoup ne continuent pas. (..) Mes plus grandes émotions artistique, je les ai ressenties lorsque m’apparut soudain la sublime beauté des sculptures exécutées par les artistes anonymes de l’Afrique. Ces ouvrages d’un religieux, passionnés et rigoureusement logiques, sont ce que l’imagination humaine a produit de plus puissant et de plus beau. Je me hâte d’ajouter que je déteste l’exotisme» dit dans un ouvrage de Guillaume APOLLINAIRE «Propos de Picasso». Le 25 octobre 1881, naissance de Pablo Ruiz BLASCO à Malaga, fils de Don José RUIZ BLASCO (1838-1913) et de Dona Maria PICASSO Y LOPEZ (1855-1939). Il porte donc le nom de sa mère : «Mes amis de Barcelone m’ont appelé déjà sous ce nom (Picasso). Il était plus étrange, plus sonore que Ruiz. Et c’est probablement pour ces raisons que je l’ai adopté. Picasso est un nom d’origine italienne» dit-il dans ses «conversations avec Brassaï».  Le jeune Pablo passa les dix premières années de sa vie dans sa ville natale. Ses sœurs, Dolores (Lola) (1884-1958), Concepción (Conchita) (1887-1895) naissent en 1884 et 1887. En 1889, à l'âge de 8 ans, PICASSO peint son premier tableau à l’huile «le Picador». Enfant, il fut instinctivement attiré par les instruments de l’artiste «Quand j’étais enfant ma mère me disait : «si tu deviens soldat, tu deviens général. Si tu deviens moine, tu finiras pape. J’ai voulu être peintre, je suis devenu Picasso» dit-il. «J’ai passé ma vie à peindre comme un enfant» dit-il. Don José RUIZ BLANCO, le père de Picasso était lui-même peintre et professeur à l’école des Beaux-Arts de la ville. Picasso apprit auprès de lui les rudiments de la peinture académique. En 1891, sa famille part pour la Corogne dans le nord de l’Espagne où le père est professeur à l’instituto da Guarda et où Pablo étudie. Puis il poursuivit ses études à l’académie des Arts de Madrid mais n’obtint jamais son diplôme. PICASSO se joignit à ceux qui se qualifiaient de modernistes, c’est à dire, les artistes et les écrivains non-conformistes, ceux que Jaime SABARTES, son secrétaire particulier l’appelait «l’élite de la pensée catalane».

PICASSO arrive à Paris, en octobre 1900, en pleine exposition universelle et ne cesse, en dehors de séjours sporadiques en Espagne (deux voyages en 1901, toute l’année 1903, 1904, 1909 et 1910), d’habiter en France. Au printemps de 1901, PICASSO, à 20 ans, revient à Paris et s’installe au 130 boulevard de Clichy. Il occupe une petite chambre, où il peint et dort. C’est aussi la chambre bleue, bleue comme la couleur qu’il aime, comme il voit les choses et le monde. Ses premières œuvres, cataloguées sous le nom de «période bleue» (1901-1904), dans un environnement peuplé de hères. Il excelle en peintures exécutées dans des teintes bleues, inspirées par un voyage à travers l’Espagne et la mort de son ami CASAGEMAS. Même si PICASSO lui-même insistait fréquemment sur la nature intérieure et subjective de la période bleue, sa genèse et, en particulier, ce monochromatisme bleu, furent des années durant, expliqués comme les résultats de diverses influences esthétiques. Guillaume APOLLINAIRE qui consacre dès 1905 décrit ainsi PICASSO, un grand maître du cubisme «On dit de Picasso que ses œuvres témoignaient d’un désenchantement précoce. Je pense le contraire. Tout l’enchante et son talent incontestable me paraît au service d’une fantaisie qui mêle justement le délicieux et l’horrible, l’abject et le délicat. Son naturalisme amoureux de précision se double de ce mysticisme qui, en Espagne, gît au fond des âmes les moins religieuses». 

Entre 1905 et 1907, Picasso entra dans une nouvelle phase, appelée la «période rose» caractérisée par un style plus enjoué, dominé par l’orange et le rose. Il entame la sculpture et peint le nu. Dans sa vie bohème, il rencontre d’autres artistes, Max JACOB, Paul FORT, Henri MATISSE, ainsi que Fernande OLIVIER. En 1907, il peint ses fameuses «Demoiselles d'Avignon». Le cubisme est né. PICASSO lui reste fidèle pendant dix ans. Il invente également avec Georges BRAQUE les «papiers collés». Durant les années 20, il peint des portraits inspirés d'Ingres mais abandonne bientôt le style antique pour le surréalisme (1925-1929). La guerre d'Espagne lui inspire sa célèbre fresque, en 1937 «Guernica», destinée au pavillon espagnol de l'exposition internationale de Paris et formidable synthèse entre cubisme, expressionnisme et surréalisme. A partir de 1907, PICASSO expérimente le cubisme, et s’attache à restituer la complexité du réel. «Un des points fondamentaux du cubisme visait à déplacer la réalité ; la réalité n’était plus dans l’objet, elle était dans la peinture», souligne PICASSO. «La première crise de sa jeunesse passée, Picasso a refoulé au plus profond de soi-même tout le côté rêveur, languissant et douloureux de sa personnalité. En modifiant ainsi l’aspect superficiel du drame de sa vie, il a apporté son style sur un plan plus élargi, d’où il envisage le monde extérieur sans lui prêter d’échappées sentimentales, mais en le maintenant strictement dans les termes plastiques» écrit Christian ZERVOS. «Pour moi, peindre un tableau c’est une action dramatique au cours de laquelle la réalité se trouve déchirée», dit PICASSO. Il reste à Paris pendant la seconde guerre mondiale «Je ne cherche pas le danger, mais je n’aime pas céder à la force. J’y suis. J’y reste» dit-il à Françoise GILOT.

Grand séducteur PICASSO revendique la suprématie absolue de la peinture à laquelle il sacrifie toute sa vie : «chaque tableau est une fiole de mon sang» dit-il. Suivant cet artiste «il n’y a rien qui ressemble à un caniche autant qu’un autre caniche. Pour moi, il n’y a que deux sortes de femmes : déesse ou tapis-brosse. Personne ne compte vraiment pour moi. Un coup de balai, et voilà, ils sont partis» dit-il avec cynisme. «Pour mon malheur et pour ma joie peut-être, je place les choses selon mes amours» dit-il à Christian ZERVOS. Mais PICASSO est un solitaire isolé dans un flot d’admirateurs. Amateur de potins et de corrida, athée, mais fétichiste, on comprend mieux pourquoi PICASSO s’était épris des arts nègres. Il aurait aimé mener une vie comme un parfait dimanche à l’espagnole «Messe le matin, courses de taureaux l’après-midi, et bordel le soir».

Par amour pour sa Fernande OLIVIER, plantureuse et nonchalante, Pablo cesse de fréquenter les bordels et les cabarets. Son œuvre s'en ressent. Elle acquiert de la légèreté. Les vieux mendiants et les enfants malades laissent la place aux Arlequins et aux jeunes filles de la période rose.  PICASSO n’accepte une relation amoureuse que si celle-ci est au service de son art : «Toujours avide et toujours lassé comme séducteur sévillan, lui, il ne se laisse jamais asservir par une femme, que pour s’en délivrer par la création. Pour lui, l’expérience amoureuse n’est pas un but en soi, mais l’indispensable stimulant de son pouvoir créateur» écrit Brassaï. Son secrétaire particulier confirme ce point de vue : «Quand à ses amours, je constate seulement les bienheureux effets de ses passions sur sa peinture, qui suit toujours la courbe, de ses passions. Les femmes passent, les œuvres restent» dit Jaime SABARTES. En homme d’affaire avisé et riche, PICASSO s’était marié, en 1918, avec la danseuse des ballets russes de Diaghilev, Olga KHOKHLOVA (1918-1955) En 1916, Jean COCTEAU propose à PICASSO de dessiner les décors et les costumes d'un ballet dont il a écrit le texte, sur une musique d'Erik Satie et une chorégraphie de Diaghilev.  En 1917, PICASSO avait présenté Olga à sa mère, en Espagne : «Je crois qu’aucune femme ne pourra être heureuse avec mon fils. Il n’appartient à personne, car il n’appartient qu’à la peinture» avait dit la mère de PICASSO. «Elle (Olga) marchait à petits pas saccadés, comme un poney de cirque. Elle avait un visage chiffonné parsemés de taches de rousseurs, une bouche mince, et, en parlant, elle dardait de tous les côtés ses yeux vert-jaune, sans jamais regarder en face» écrit Françoise GILOT.  Olga et PICCASSO qui ont vécu ensemble entre 1916 et 1935, avaient eu un fils, Paul, né en 1921, que tout le monde appelait Paulo. Cette jeune femme russe a été l’opportunité pour PICASSO de faire la promotion de ses tableaux auprès la haute société.  

Jacqueline ROQUE (1927-1973), rencontrée à la boutique de Poterie à Vallauris, en 1952 qui a été sa dernière compagne ; à 26 ans, elle ressemble à la jeune fille assise dans un harem qui tient le narguilé des femmes d’Alger d’Eugène DELACROIX. Ils se marient en 1961. Jacqueline ROQUE, dans un moment de déprime, se suicida par arme à feu le 15 octobre 1986. 

PICASSO a eu avec Marie-Thérèse WALTER (1909-1977), rencontrée aux Galeries Lafayette, alors qu’elle avait 17 ans, une fille, Maya, née le 5 septembre 1935 : «J’ai eu à la fois la veine et la déveine de naître en 1935, quand mon père avait 54 ans. Il avait déjà un fils avec Olga, Paulo, mon aîné de quatorze ans. J’étais une fille, il s’attendait à un garçon mais ce fut pour lui comme un éblouissement. Appelée Maria, Maria de la Concepción, en référence à sa petite sœur disparue, j’ai été la fille d’un homme qui n’avait plus 20 ans» dit Maya WIDMAER-PICASSO

Contrairement à la légende d’un PICASSO peu attentif à sa famille, Maya donne une autre version : «Pour mon père, elle (Marie-Thérèse Walter) était la femme la plus belle, la plus intelligente et la plus étourdissante qu’il avait rencontrée dans sa vie. Papa était marié à Olga Khokhlova, mère de Paulo, lorsqu’il a rencontré, devant les Galeries Lafayette, cette beauté blonde, sportive, douce, au teint frais et aux yeux clairs, qui avait pour nom Marie-Thérèse Walter. Elle n’était pas très instruite. Beaucoup plus jeune que lui, elle se pliait à ses volontés. Je me souviens avoir vu papa, à plusieurs reprises, à genoux devant ma mère et aussi aller avec elle aux vêpres ou à ma première communion», déclare Maya, sa fille. 

PICASSO a vécu de 1935 à 1945 avec la photographe et peintre, Henriette Dora MARKOVITCH dite Dora MAAR (1907-1997). Issue d’un père yougoslave et d’une mère de la Touraine, mystique et adepte de l’occultisme, elle a été peinte en femme qui pleure, avec des formes torturées, en femme assise ou au chapeau, en chimère, en Suppliante ou Sphinge. Pendant cette époque, la création de PICASSO est marquée par une étrangeté inquiétante où la vie et la mort dialoguent. Dora MAAR encourage Picasso, isolé par le succès depuis les années 20, à renouer plus fortement avec l’effervescence, les débats, les tensions et antagonismes de la vie artistique de l’avant-garde. Tous deux partagent de fait les mêmes affinités avec les milieux surréalistes. C’est durant cette période que PICASSO peint «Guernica», une œuvre considérée par les nazis comme dégénérée. Dora MAAR, une femme tourmentée, anxieuse, encline aux orages et éclats, mais hautement intellectuelle ; PICASSO écrit des poèmes surréalistes. Dora MAAR qui avait vécu en Argentine, parlait l’espagnol. C’est au café des Deux-Magot, en 1935, qu’il fit sa connaissance et c’est Paul ELUARD qui a fait les présentations. C’est «Il avait remarqué, à une table voisine, le visage grave, tendu, cette jeune fille aux yeux clairs, au regard attentif, d’une fixité inquiétante» écrit Brassaï. «Il faisait tellement noir à midi, qu’on voyait les étoiles» dit PICASSO dans un poème, au sujet de cette rencontre. La vie bourgeoise de la rue de la Boétie, ses fréquentations et ses succès mondains avaient pu le distraire et l’amuser, flatter sa vanité, éprouvé par les luttes fratricides conjugales, PICASSO va s’installer à la rue des Grands Augustins, toujours à Paris.

PICASSO a eu avec François GILOT, rencontrée en 1943, deux enfants : Claude, comme le maître de Watteau, né le 15 mai 1947, et une fille Paloma, née le 19 avril 1949, jour de l’ouverture du Congrès mondial de la Paix à Paris. Paloma est donc un souvenir de la colombe de la paix que PICASSO réalisa pour cette rencontre. Françoise GILOT est représentée dans un tableau comme «La femme-fleur», une femme massive assise sur un long tabouret africain. «Toute jeune, passionnée de peinture, avide de conseils, impatiente de faire valoir ses talents, je suis frappé par la vitalité de cette jeune fille, par sa ténacité à triompher des obstacles. Toute sa personne dégageait une impression de fraîcheur et de vivacité rayonnantes» écrit Brassaï. 

Françoise GILOT décrit ainsi PICASSO : «l’œil perçant, les cheveux noirs, trapu, solide, un bel animal. Maintenant avec ses cheveux blanchissants, son air absent, peut-être distrait ou ennuyé, je lui trouvais une expression fermée, énigmatique». 

Passionné de poterie et de corrida, PICASSO avait peur des voyages, s’asseyait à l’avant de la voiture et avait dû mal à trouver des costumes adaptés à sa corpulence. Il est foncièrement agressif et changeant, mais il place l’amitié au-dessus des clivages politiques. Mais pour lui, l’amitié n’a aucune valeur si elle n’est pas démonstrative «Je n’aime pas mes vieux amis. Ils ne savent que me critiquer, me désapprouver, me faire des reproches» dit-il. En effet, Pablo PICASSO a eu aussi des amantes, devenues célèbres, dont Fernande OLIVIER, Marie-Thérèse WALTER qui se pendit quatre ans après sa mort, Pablo PICASSO, entre créativité et passions amoureuses. PICASSO l’avait rencontré, par hasard à la rue de la Boétie et l’avait peinte dans le fauteuil rouge : «Sa jeunesse, sa gaité, son rire, sa nature enjouée l’avaient séduit. Il aimait la blondeur de ses cheveux, son teint lumineux, son corps sculptural. Sa peinture devint aussi ondoyante» écrit Brassaï. Mais PICASSO personnifie le Minotaure, ce monstre sardonique et dangereux certes, mais «bien vivant, avec ses naseaux fumant, dilatés par le désir qui le pousse à convoiter les jeunes filles nues, provocantes et sans défense. Son minotaure sera toujours le monstre piaffant et rôdant autour de la femme endormie» précise Brassaï.

Quand il découvre la Côte-d’Azur, en 1919, il s’exclame «J’ai compris que ce paysage est le mien» dit PICASSO. Installé sur la Côte-d’Azur depuis 1946, PICASSO meurt dans sa maison Notre-Dame-de-Vie à Mougins le dimanche 8 avril 1973, à l’âge de 91 ans, et est enterré au château de Vauvenargues, interdit aux visiteurs. Le symboliste russe Georgy CHULKOY écrivit : «La mort de Picasso est une chose tragique. Pourtant, combien ceux qui croient pouvoir imiter Picasso ou apprendre de lui sont en vérité aveugles et naïfs. Apprendre quoi ? Ces formes ne correspondent à aucune émotion existant hors de l’Enfer. Mais être en Enfer signifie anticiper la mort, et les Cubistes ne s’intéressent guère à ce genre de connaissance infinie» Il existe pas moins de sept musées en Europe qui portent son nom : Paris, AntibesVallauris, Barcelone, deux à Malaga, un à Münster en Allemagne. Une gamme de voitures Citroën a porté, de 1998 à 2018, la marque du nom de l’artiste. «Picasso, ce n'est pas seulement un moment de l'histoire de la peinture, mais un moment de l'histoire de l'homme. Ce n'est pas seulement une manière nouvelle de regarder le monde, mais une nouvelle manière de se comporter à son égard», dit Roger GARAUDY. Dans le journal Le Monde, André CHASTEL, historien de l’art, écrit que le «Grand Pan est mort». Ce grand Titan, avec sa figure déroutante défiant le temps, échappe à toute mesure «Tel qu’en lui-même il s’était fait, Pablo Ruiz Picasso défiait le temps. Il n’appartenait à aucune époque, les ayant toutes dominées ou devancées» écrit Michel del CASTILLO dans le Point. 

«L’art qui est un langage commun, une interrogation de l’univers cosmique et des forces obscures du destin, peut nous aider à donner une réponse plus humaine au drame de notre existence» écrit Alioune SENE, ministre de la culture du Sénégal, sous SENGHOR.

Le poème «masque nègre», un extrait du recueil de poèmes : «Chants d'ombre» de Léopold Sédar SENGHOR est dédié à Pablo PICASSO :

Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe.
Les paupières closes, coupe double et sources scellées.

Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine – où le sourire de la femme complice?
Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l’accord muet.
Visage de masque fermé à l’éphémère, sans yeux sans matière.
Tête de bronze parfaite et sa patine de temps.
Que ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers
O visage tel que Dieu t’a créé avant la mémoire même des âges.
Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.
Je t’adore, ô Beauté, de mon œil monocorde !

Musée Picasso à Paris, 5 rue de Thorigny, à Paris 3ème, chez mon ami et maire, Pierre AIDENBAUM, un grand humaniste.

 Indications bibliographiques

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PLAZY (Gilles), Picasso, Paris, Gallimard, Folio biographies, 2006, 297 pages ;

ROY (Claude), Arts sauvages essentiellement, Paris, Nathan-Delpire, 1998, 122 pages ;

RUBIN (William), Le primitivisme dans l’art du XXème siècle, Paris, Flammarion, 1987, 703 pages ;

SABARTES (Jaime), «Poèmes de Picasso», Cahiers d’art, 1935, pages 225-239 ;

SABARTES (Jaime), préface de Picasso, Paris, Braun, 1946, 24 pages ;

SALMON (André), L’art vivant, Paris, Georges Crès, 1920, 302 pages, spéc page 113 ;

SALMON (André), La Jeune Peinture française, Paris, Société des Trente, Albert Messein, 1912, 124 pages, spéc sur les Fauves pages 9-61 ;

SEGALEN (Victor), Lettres de Paul Gauguin à Georges-Daniel Monfreid, Paris, éditions Georges Crès, 1918, 357 pages ;

SENE (Alioune), «Colloque : Picasso, art nègre et civilisation de l’universel, pourquoi ?», in Art nègre et civilisation de l’universel, Dakar-Abidjan, N.E.A, 1975, 159 pages, spéc pages 2-5 ; 

SENGHOR (Léopold, Sédar), «Qu’est-ce que la Négritude ?», Etudes françaises, février 1967, vol 3, n°1, pages 3-20, spéc pages 14-15 ;

SENGHOR (Léopold, Sédar), préface, Exposition de Picasso, Dakar-Musée Dynamique, 1972,  52 pages ;

STEIN (Gertrude), Picasso, Paris, Christian Bourgeois, 1938 et 1978, 91 pages ;

TERIADE (E), «Documentaire sur la jeune peinture, III conséquences du Cubisme», Cahiers d’art, 1930, 5ème année, pages 17-22 ;

VALLENTIN (Antonina), Pablo Picasso, Paris, Albin Michel, 1957, 450 pages ;

VAUXCELLES (Louis), «Salon d’automne», Gil Blas, supplément du 17 octobre 1905, pages 7-8 ;

VLAMINCK de (Maurice), Portraits avant décès, Paris, Flammarion, 1943, 278 pages, spéc pages 105-108 ;

VLAMINCK de (Maurice), Tournant dangereux, souvenirs de ma vie, Paris, Stock, 1929, 275, spéc page 88 ;

WIDMAEIR PICASSO (Olivier), Pablo Picasso intime, Paris, Albin Michel, 2016 et 2018, 320 pages ;

ZERVOS (Christian), «Conversations avec Picasso», Cahiers d’art, 1935, pages 173-178 ;

ZERVOS (Christian), «L’importance de l’objet dans la peinture d’aujourd’hui», Cahiers d’art, 1930, pages 225- 240 ;

ZERVOS (Christian), «Les métamorphoses d’Ovide illustrées par Picasso», Cahiers d’art, 1930, pages 511-512 ;

ZERVOS (Christian), Picasso, Paris, Cahiers d’art, 1954, 1976 pages.

Paris, le 20 juillet 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/ 

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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 22:48

A l’initiative de Felwine SARR, professeur à l’Université Gaston Berger et de Mme Bénédicte SAVOY, historienne de l’art, un colloque sur le thème «Muséotopia, Réflexions sur l’avenir des musées en Afrique», a été organisé au Collège de France, le 11 juin 2019, à l’amphithéâtre Marguerite de Navarre.

Depuis la parution du rapport Felwine SARR – Bénédicte SAVOY, remis le 23 novembre 2018 au président MACRON, le refus des pays occidentaux de restituer plus de 90 000 pièces d’objets d’art volés pendant la colonisation, soulève des passions.  L’enjeu, c’est la libération de la parole mémorielle : «La quasi-totalité du patrimoine culturel des pays d’Afrique situés au Sud du Sahara se trouve conservée hors du continent africain» estime Felwine SARR . L’Afrique est donc victime de spoliations artistiques pendant la conquête coloniale : «On pille les Nègres, sous prétexte d’apprendre aux gens à les connaître et à les aimer, c’est-dire, en fin de compte, à former d’autres ethnographes, qui iront aussi « les aimer » et les piller» avait dit Michel LEIRIS, dans une lettre à sa femme du 19 septembre 1931. En effet, l’art africain ayant pris de la valeur, les collectionneurs et les galeries privées, entretiennent un trafic juteux avec la complicité d’Africains. Au Mali, pour lutter contre ce trafic, il a été créé une banque du crédit ; les objets d’art trouvés notamment au pays Dogon, sont confisqués au profit d’une somme d’argent, avec un intérêt modique.

Mais s’agissant de la prédation coloniale qu’évoquent Felwine SARR et Bénédicte SAVOY, certains objets longtemps entreposés au Musée de l’Homme à Paris, sont désormais exposés au Musée Chirac du Quai Branly. Dans le lot se trouvent trois statues des rois d’Abomey, celle du dieu Gou, des trônes et portes emportées par des militaires français en 1892. D’autres Etats africains sont victimes de ce chapardage, comme le Nigéria, le Sénégal, le Cameroun, Madagascar, le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Burkina-Faso, le Bénin, le Gabon et l’Ethiopie. Les Occidentaux refusent de restituer ces objets volés : «Les plus crispés dans le débat qui a suivi le rapport étaient les gestionnaires de grands musées occidentauxCrispés, c’est un euphémisme. Certains ont été hystériques parce qu’ils ne pouvaient pas envisager que ces objets, dont ils ont été les gardiens, devaient légitimement repartir» estime le professeur Felwine SARR. La question de la restitution des œuvres d’art est une question centrale pour l’identité et la fierté africaines : «La conservation de la culture a sauvé les peuples africains des tentatives de faire d’eux des peuples sans âmes et sans histoire, et si la culture relie les hommes entre eux, elle impulse aussi le progrès. Voilà pourquoi l’Afrique accorde tant de soins et de prix au recouvrement de son patrimoine culturel, à la défense de sa personnalité et à l’éclosion de nouvelles branches de sa culture» proclame «Le Manifeste culturel africain» de 1969. Il faut donc libérer les œuvres d’arts africaines de cet univers carcéral et les restituer, sans délai, au continent noir «La culture a pour point de départ le peuple en tant que créateur de lui-même et transformateur de son milieu. La culture permet aux hommes d’ordonner leur vie. Elle est la vision de l’homme et du monde» précise le «Manifeste culturel panafricain».

Au Collège de France, la leçon inaugurale a été donnée par le professeur, à Columbia University, Souleymane Bachir DIAGNE, membre de l’Académie Américaine des Arts et Sciences et membre associé de l’Académie royale de Belgique. Musée des mutants, certains objets ont une puissance, ce sont des objets agissant. Dans cette cosmogonie africaine, être c’est exister, toute force est une force et l’ensemble de ce qui existe est un réseau de forces. Rien n’est inerte. Dieu, c’est le Bien, c’est tout ce qui augmente la force, la force des forces agissantes. En Afrique, il n’existe pas d’art par l’art, l’art étant une approche fonctionnelle, une cosmogonie de l’émergence, une abondance de vie, de plus de vie. C’est un musée dynamique, l’Afrique n’étant pas seulement le berceau de l’humanité, mais c’est surtout une création continue de l’humanité.

Table ronde 1 : L’universel en question Modération : Patrick BOUCHERON, Collège de France Participants : Victor CLAASS, Nadia Yala KISUKIDI, Benoît DE L’ESTOILE.

Pendant la colonisation, un nombre important d’objets d’art africains ont spoliés, volés et placés dans les musées européens. 

Dans l’argumentaire des pays occidentaux visant le refus de restitution des objets d’art africains volés pendant la colonisation, il y a le concept d’universalisme.  Les musées occidentaux auraient une valeur de refuge, une dimension d’émancipation des Lumières. En fait, il s’agit d’un universel ethnique, c’est une sublimation du particulier où chacun a son universel. Cette prétention à l’universel de l’Occident est un discours ethnographique, une mise en ordre, une hiérarchisation des cultures. Pour eux, la démarche de restitution des objets d’art africains serait identitaire. L’Afrique, ce n’est pas le monde.

En fait, le défi de l’universel, c’est aider les autres à devenir eux-mêmes. Il faut donc mettre l’universel en débat, défendre la culture noire et refuser l’assimilation : «assimiler, et ne pas être assimilé» avait dit en substance SENGHOR. S’agissant du retour ou non des objets, il faut laisser aux Africains de décider eux-mêmes. Il faut assurer la diffusion des œuvres d’art, les revaloriser et refuser leur momification. Il faut rendre le monde, un monde.

14 h Table ronde 2 : Les objets comme diasporas Modération : Barbara CASSIN Participants : Kader ATTIA, Malick El Hadji NDIAYE, Émilie SALABERRY, Felicity BODENSTEIN ;

Les objets d’art sont comme des objets diasporiques, ils suivent l’identité des personnes, avec des mobilités artistiques et des phénomènes d’emprunt. Comme la diaspora, on pense chez soi, loin du pays, on pense l’hybridité. L’objet c’est le prolongement du corps africain, comme la diaspora, et recèle en lui plusieurs vies. Il y aurait une sorte de droit des objets à disposer d’eux-mêmes. C’est en cela que SENGHOR refuse le concept de musée ethnographique et a opté pour un musée dynamique.

Pour refuser de rendre ces objets diasporiques, les Occidentaux soutiennent que ceux-ci n’appartiennent pas à un pays en particulier, et peuvent contribuer à améliorer l’image de marque des immigrés en Europe. En effet, certains pensent qu’en raison de cette hybridité, ce ne sont plus des objets africains, on peut les admirer au loin et s’acquitter des droits d’auteur, si les Africains voulaient les utiliser. Il faut donc déconstruire les clichés : ces objets diasporiques, en dépit de leur synthèse complexe, comme le Wax, restent toujours africains. : «La Suisse est réputée pour ses chocolats et non pas pour ses plantations» dit-on.

La question de la réparation est posée de longue date : «Eh quoi ? Les indiens massacrés, le monde musulman vidé de lui-même, le monde chinois pendant un bon siècle, souillé et dénaturé, le monde nègre disqualifié, d’immenses voix à jamais éteintes, des foyers dispersés au vent, tout ce bousillage, tout ce gaspillage, l’Humanité réduite au monologue, et vous croyez que tout cela ne se paie pas ?»  avait écrit Aimé CESAIRE dans son fameux «Discours sur le colonialisme».

15 h 15 Table ronde 3 : Museum or not Museum ? Modération : François-Xavier FAUVELLE Participants : Simon NJAMI, Salia MALÉ, Alain GODOUNOU ;

La colonisation c’est la prédation et le vol des objets d’art africains, c’est une forme de violence, le déni de l’histoire africaine. Les Occidentaux ont fait appel à de multiples ruses, en cassant l’objet africain de toutes ses significations, en relativisant l’universalité, son esthétisation. De qui les cultures  et leurs objets témoins sont-elles «la propriété»? La réponse n'est pas simplement économique, juridique, ou muséographique, elle engage l'histoire humaine. La question des restitutions d'œuvres d’art et objets témoins de culture, soulève celle de la notion de musée, comme gage «désidéologisé» c’est-à-dire «décolonisé» de conservation des patrimoines.

Il faut trouver les mots adéquats, pour comprendre la créativité et la signification profonde des objets d’art africains. En référence à ce film commandé par Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, «les statues ne meurent jamais», il faut restituer les objets d’art africains. Mais si ces objets reviennent en Afrique, qu’est-ce qu’on en fait ? Le musée est-il la bonne réponse ? Toutes les nations doivent pouvoir réclamer le corps de leurs morts, pour les faire danser et chanter. En raison de cette longue et violente dépossession, il faudrait en plus engager la réparation, la suture des blessures du passé, effacer la blessure. La réappropriation est nécessaire, car les objets d’art ont une double vie.

17 h Table ronde 4 : Réinventer le musée (vibranium) Modération : Philippe DESCOLA Participants : Hamady BOCOUM, Dan HICKS, Marie-Cécile ZINSOU ;

Un des arguments des Occidentaux pour refuser la restitution des œuvres est de soutenir que les Etats africains n’ont pas de musée pour conserver ces objets. Or, certains Etats, comme le Ghana, dispose d’un musée depuis 1957. Le Rwanda a inauguré son musée en 1989, le Tchad a un musée créé en 1962 et rénové en 2010, le Cameroun a un musée datant de 1935 et rénové en 2015, Madagascar a un musée datant de 1970, le Mali son musée construit en 1982 a été rénové en 2003, le Bénin dispose d’un musée depuis 1966.

Comment réinventer le musée ? Comment le nommer ? Les musées coloniaux, d’inspiration ethnologique ou anthropologique ont joué un rôle important dans la hiérarchisation des cultures, avec le classement des objets avec une matrice culturelle.

Le Musée des civilisations noires de Dakar, inauguré le 6 décembre 2018, dont l’idée a été lancée au Festival mondial des arts nègres par le président SENGHOR, bien que construit par les Chinois, est une symphonie en devenir. C’est la petite case du monde, une inspiration du l’Impluvium de la case de Casamance au Sénégal et du Grand Zimbabwe. C’est un musée noir, refusant les expositions permanentes, mais un récit des origines humaines, de la contribution de l’Afrique à l’histoire des sciences et techniques, l’objet d’art est un mutant infini, un processus continu. Les objets d’art renaissent, revivent et dansent.

Indications bibliographiques

SARR (Felwine) SAVOY (Bénédicte), Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle, Paris, novembre 2018, 232 pages ;

BLIN (Myriam-Odile) NDOUR (Saliou), Musées et restitutions : Place de la Concorde et lieux de la discorde, Presses universitaires de Rouen et du Havre, à paraître au 26 septembre 2019, 250 pages ;

LETURCQ (Jean-Gabriel), «La question des restitutions d’œuvres d’art : différentiels maghrébins», L’Année du Maghreb, 2008, n°IV, pages 79-97 ;

«Manifeste culturel panafricain», Souffles, n°16-17, 4ème trimestre, 1969, janvier-février 1970, pages 9-13 ;

LEIRIS (Michel), lettre à sa femme, 19 septembre 1931,  in : Michel Leiris, Miroir de l’Afrique, édition établie, présentée et annotée par Jean Jamin, Paris, Gallimard, 1996, 1476 pages, spéc page 204.

Paris, le 11 juin 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Restituer les objets d’art africains» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 20:36

Inaugurée le 7 mai 1889, la Tour construite par Gustave EIFFEL (1832-1923), a donc 130 ans. Bon anniversaire à notre vieille dame de fer, parisienne !

La Tour Eiffel a été construite en 1889, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, pour célébrer le centenaire de la Révolution de 1789. La construction a duré 2 ans, 2 mois et 5 jours.

Initialement, la Tour Eiffel était vouée à la destruction au bout de 20 ans, et être démontée en 1909. Cependant, les expériences en matière de transmissions radiographiques et par la suite de télécommunication (de la Tour au Panthéon en 1898, radio militaire en 1903, radio publique en 1925, puis la télévision jusqu’à la TNT), l’ont pérennisée. Lors de la Bataille de la Marne, en 1914, des signaux étaient émis du sommet de la Tour, pour guider les troupes françaises. En 1960, le président Charles de GAULLE avait envisagé le démontage temporaire de la Tour Eiffel pour une exposition en 1967, au Canada. Puis le projet a été abandonné.

En matière architectural, le XIXème siècle innove avec cette masse de ferraille qui avait suscité, en son temps, des polémiques oiseuses. «Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, pour protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisé du nom de «Tour de Babel», écrivent des protestataires le journal «Le Temps» du 14 février 1887, une lettre ouverte à ALPHAND. Parmi eux, Charles GARNIER, Charles GOUNOD et Guy de MAUPASSANT. «J’ai visité la Tour énorme, le mât de fer en dur agrès. Inachevé, confus, difforme, le monstre est hideux, vu de très près» dira François COPPEE. «J’ai quitté Paris et même la France, parce que la Tour Eiffel finissait par m’ennuyer trop. Non seulement on la voyait de partout, mais on la trouvait partout, faites de toutes la matières connues, exposée à toutes les vitres, cauchemar inévitable et torturant» écrira Guy de MAUPASSANT dans «La vie errante». Dans «Le promeneur de Paris» Léon-Paul FARGUE écrira : «Tour, objet de ton blasphème, pourrait t’envoyer Polyphème, écraser tes os, tout en bas !».  

C’est une tour de fer puddlé de 324 mètres de hauteur, 1710 marches, plus de 18 000 pièces d’acier assemblées par 2 500 000 rivets. La Tour est composée de trois étages : le 1er étage est à 57 mètres, le 2ème à 115 mètres et le 3ème à 276 mètres. Dans sa réponse aux protestataires contre la Tour Eiffel, l’ingénieur Jean-Charles Adolphe ALPHAND (1817-1891) «Pour la gloire de Paris ; et donc pour la France, ceux qui auront le courage de grimper au sommet de cette titanesque dame d’acier découvriront alors un paysage nul autre pareil, ils pourront alors admirer notre somptueuse cité dans tout son éclat, la découvrant d’un point de vue à un autre avec son éclatante beauté qui étonnera toujours les foules» dit-il.

Situé non loin du Champs de Mars, en face du Trocadéro, et le huppé 7ème arrondissement de Paris, la Tour Eiffel est, avec Notre-Dame, le Louvre, et l’Arc de Triomphe, l’un des grands monuments de Paris. Les fils d’attente peuvent durer plusieurs heures. Gustave EIFFEL, en visionnaire avait lui-même défendu son projet incompris à l’époque : La Tour «sera la preuve éclatante des progrès réalisés en ce siècle par l’art des ingénieurs. C’est seulement à notre époque, en ces dernières années, que l’on pouvait dresser des calculs assez sûrs et travailler le fer avec de précision pour songer à une aussi gigantesque entreprise. N’est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science contemporaine soit érigé dans ses murs ?» écrit-il, en février 1887, dans le journal «Le Temps». La Tour Eiffel symbolise, en cela, l’âge du fer, la puissance du modernisme et de ses technologies. La Tour, a pour prétention, de représenter, à elle seule, le modernisme, à cette Exposition de 1889. «Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps nous faisons solide et durable, nous nous efforçons de ne pas faire élégant ?», s’interroge Gustave EIFFEL.

Un des symboles de l’attractivité touristique de la Tour Eiffel, est la présence de ces commerçants sénégalais ambulants, souvent sans papiers qui vendent tout autour, des objets de souvenirs. Ils sont nos héros du quotidien, mais aussi témoignent du caractère universel de cette tour.

J’avais accompagné, à la Tour Eiffel, ma tante Hawa Merry ANNE, venue de mon village séjourner à Paris. J’ai été étonné de toute l’attention et de sa forte concentration pendant toute la découverte de cette Grande Dame de Fer, un ravissement.

Paris fête les 130 ans de la Tour Eiffel avec un spectacle sons et lumières. "Paris est une fête" avait dit Ernest HEMINGWAY.

Paris, le 15 mai 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
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La Tour Eiffel et ses 130 ans (1889-2019) Bon anniversaire à Notre Dame de Fer !
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15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 19:09

Ce lundi 15 avril 2019 vers 18 h 50, un feu s'est déclaré dans les charpentes de rénovation de ce joyau de l'art gothique qu’est Notre-Dame, au centre de l'Ile de la Cité. Rapidement, le feu se propage à l'ensemble du toit. La chaleur, estimée à plus de 800 C, fait fondre le plomb enveloppant l'armature en bois de la flèche, qui ne tarde pas à s'enflammer à son tour. La partie haute de la flèche s'effondre vers 19 h 45. Sa chute provoque la destruction d'une partie des voûtes de la nef, notamment celle de la quatrième travée. L'effondrement de la partie basse sur elle-même entraîne la destruction de la Croisée du Transept. Les seize statues entourant la flèche ont été déposées quatre jours auparavant, le 11 avril 2019, et envoyées à la Socra, une filiale de Vinci basée en Dordogne, pour restauration. Elles ne sont donc pas affectées par l'incendie. Depuis 1988, l’architecte Bernard FONQUERNIE, originaire de Caen et installé à Paris 17ème, architecte en chef et inspecteur général honoraire des monuments historiques, avait pris la direction des travaux de rénovation de Notre-Dame, qui se poursuivaient encore, au 15 avril 2019 et devaient s’achever en 2022.

Notre-Dame est abîmée, ravagée par cet incendie, mais peut, et doit être reconstruite. En effet, Notre-Dame est meurtrie, mais ses deux beffrois toisent encore majestueusement le parvis : «Et cependant, si beau que soit, ô Notre-Dame, Paris ainsi vêtu de sa robe de flamme, Il ne l’est seulement que du haut de tes tours» disait Théophile GAUTIER (1811-1872). Faudrait-il reconstruire à l’identique ? Même si les rénovations peuvent s’adapter aux nouvelles techniques du XXIème siècle «la valeur universelle du site sera respectée, ainsi que son unité et son intégrité» assure Mme Audrey AZOULAY, Directrice générale de l’UNESCO. Ce débat s’était posé au XIXème. VIOLLET-Le-DUC avait pris la ferme résolution de rétablir Notre-Dame dans «un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné» dit l’architecte. Sous l’influence de Prosper MERIMEE (1803-1870), les architectes se sont engagés, non seulement à un travail de consolidation, mais aussi et surtout, à respecter les interventions des générations précédentes d’architectes, artistes et artisans : «L’artiste doit s’effacer entièrement, oublier ses goûts, ses instincts, pour étudier son sujet, pour retrouver et suivre la pensée qui a présidé à l’exécution de l’œuvre qu’il veut restaurer ; car il ne s’agit pas, dans ce cas, de faire de l’art, mais seulement de se soumettre à l’art d’une époque qui n’est plus» écrit Proper MERIMEE.

Devant un tel désastre, on est effondré et démuni. En effet, quand on a vécu jeune au Quartier latin et qu’on a travaillé dans une institution, juste en face de Notre-Dame, et que même après un déménagement, toutes les promenades commencent par l’Hôtel de ville, en passant devant ce monument majestueux, cela vous marque, profondément. Paris, c’est la Tour Eiffel, mais Notre-Dame, c’est la France, dans sa diversité. «Paris est une fête» avait dit l’écrivain Ernest HEMINGWAY (1899-1961). Classée patrimoine mondial de l'humanité depuis 1991, Notre-Dame, par sa force et l’éblouissement de sa majesté, est comme les héros, elle a deux histoires, l’une légendaire, l’autre réelle, et comme toujours aussi, la légende est en dessous de la réalité. Bien commun pour tous, cette cathédrale gothique est l'un des rares grands monuments de Paris où la visite est gratuite. Le gothique ne vient pas des Goths, c’est un art bien français dérivant de l’architecture romane ; un art monastique d’inspiration laïque, avec des influences maçonniques habitées par les idées de progrès et de fraternité. À rebours du médiévalisme réactionnaire qui voit dans le Moyenge le foyer d’un renouveau catholique et d’une résistance aux forces dissolvantes de la Révolution, à rebours également d’un rationalisme progressiste tout entier tourné vers les Lumières de l’avenir, l’anticléricalisme républicain d’Eugène VIOLLET-le-DUC décèle dans l’art gothique l’expression d’aspirations laïques et démocratiques. Pour Michael CAMILLE, le monstre, la gargouille, avec son caractère d’étrange férocité, devient symbole d’une «sombre altérité», le Juif, le réfugié et l’étranger, les «classes dangereuses», comme nos Gilets Jaunes, l’artiste et le flâneur, le crétin, l’inverti, le musulman ou encore la femme, qu’elle soit hystérique, virilisée par une liberté nouvelle, ou prostituée, sidaïque ou syphilitique.

Joris-Karl HUYSMANS (1848-1907), un auteur mystique et d’inspiration catholique, considère que la cathédrale est «une bible, un catéchisme, une classe de morale, un cours d’histoire, et elle remplaçait le texte par l’image pour les ignorants». Si dans le passé, Notre-Dame, cette grandiose cathédrale, au centre de la Cité, symbolisait la domination et la toute-puissance du clergé, de nos jours, cette institution est au cœur du combat pour le bien-vivre ensemble, et transcende donc tous les clivages. En effet, Notre-Dame n’est pas seulement un espace sacré pour les Chrétiens, mais aussi c’est aussi un endroit clé pour la Nation et la République, une rencontre entre le profane, le politique et le religieux. Cette Grande Dame affronte, chaque jour, la horde des curieux et des touristes, mais elle a su aussi, comme dans les temps anciens, continuer d’observer les prières muettes et le recueillement. Par conséquent, qui aime la France républicaine aime Paris. Qui ne connait Paris ignore la France républicaine. Paris a aidé la France républicaine à se faire. Le sacre de Napoléon en 1804, à Notre-Dame, au lieu de la cathédrale de Reims, tourne le dos au rite des capétiens et à l’Ancien régime. Une messe y sera dite en 1929, en hommage au maréchal FOCH (1851-1929), en 1970, pour le général de Gaulle (1890-1970) et en 1996, pour le président socialiste et agnostique, François MITTERRAND (1916-1996). A ce titre, Notre-Dame, c'est l'âme de Paris qui nous réunit tous, et ce monument résume, à lui-seul la France. « Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune. Le vaisseau, la nef qui nous porte tous sur le flot du temps. Et je crois que nous l’aimons de la même façon. Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y parait si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame » dit Jean-Luc MELENCHON, de la France Insoumise.

Dépassé par l’événement, le président Emmanuel MACRON qui devait faire un discours de conclusion à la Nation après le débat national provoqué par les Gilets Jaunes, a reporté son allocution, pour faire une déclaration, le 16 avril 2019, sur l´incendie de Notre-Dame. Dans cette tragédie nationale, Notre-Dame vient de voler au président MACRON la vedette.

En cette Semaine Sainte, Notre-Dame abîmée est sauvée ; elle peut être reconstruite. Après la mort, ce sera la Résurrection de cette cathédrale, avant 2024, pour les Jeux Olympiques. Pour l’histoire immédiate de notre temps, cet incendie est en soi une allégorie : La France républicaine est ravagée par l’avancée de la haine et de l’égoïsme. Subitement les possédants, qui refusaient tout aux déshérités, ont trouvé des milliards pour redorer leur blason, escomptant ainsi un avantage fiscal. «Ce que nous croyions indestructible peut être atteint» dit le président MACRON, jusqu’ici resté sourd aux demandes de ceux qui souffrent. Devant l’avancée du populisme, du Chaos et de la Discorde, il est donc urgent de restaurer et bâtir une immense cathédrale d’Amour, de Fraternité et de Solidarité. Pour le président Emmanuel MACRON, subitement saisi par une démarche christique, il faut tout reconstruire «pour devenir meilleur, pour un projet humain». Va-t-il honorer cet engagement ? Dans le désarroi, je me remémore ces paroles apaisantes du Pape : «Vierge Marie, au cœur de la Cité, nous prions pour cette ville capitale. Vous, l’Intacte, gardez-lui la pureté de la foi ! Vierge Marie, depuis ce bord de Seine, nous vous prions pour le pays de France. Vous, Mère, enseignez-lui l’espérance ! Vierge Marie, en ce haut lieu de chrétienté, nous vous prions pour tous les peuples de la terre. Vous, pleine de grâce, obtenez qu’ils soient dans l’Amour» priait Jean-Paul II (1920-2005), le 30 mai 1980, pour sa première visite à Notre-Dame.

Personne ne se souviendra du nom de l’architecte qui était chargé de rénover Notre-Dame de Paris, notamment les arcs-boutants, les vitraux et les sculptures. En effet, Notre-Dame était baptisée «la Forêt», en raison du nombre de chênes utilisés pour élaborer ce monument architectural. Plus de 1 300 chênes, soit plus de 21 hectares de forêt, ont été utilisés pour bâtir les fondations de ce monument historique patrimoine commun de l’humanité. Sont ainsi cachés de véritables joyaux d’histoire, des bois qui ont 856 ans d’âge. La flèche qui s’est effondrée faisait 93 mètres de haut. En plus de l’architecture extérieure et intérieure, la cathédrale possède en son sein des joyaux extraordinaires : le grand orgue et ses 8 000 tuyaux, ses célèbres gargouilles, ses vitraux et rosaces, mais aussi les «Mays», de grands tableaux commandés de 1630 à 1707.

Notre-Dame, le kilomètre zéro pour calculer les distances en France, le monument le plus visité de France (14 000 000 de visiteurs par an) était le cœur et le cerveau du Paris du Moyen-âge. Afin de restituer le paysage sonore du XVIIIème siècle, la vieille dame, qui avait fait peau neuve avec d’importants travaux de rénovation (grande orgue, travaux de transmissions informatiques, réaménagement du trésor, restauration de la châsse Sainte-Geneviève, des murs et des statuettes, éclairage intérieur, etc.), s’est dotée, en 2013, de 8 nouvelles cloches qui remplacent les 4 anciennes cloches, installée en 1856. Outre, les sonneries d’office, c’est une nouvelle interprétation des heures qui verra le jour avec des thèmes appropriés à chaque temps liturgique. Les 8 nouvelles cloches ont été conçues à la fonderie Cornille-Havard en France et le Bourdon Marie aux Pays-Bas. En 2013 une dizaine de concerts ont été donnés à l’occasion du jubilé des 850 ans.

Les origines de Notre-Dame sont encore obscures, un voile mystérieux, des traditions de paganisme entourant l’histoire de cet édifice. Au premier siècle de notre ère, c’était un temple païen avec des autels en l’honneur aux Dieux gaulois et romains. «Nous savons, par la vie de Saint-Marcel, qu’une église existait déjà dans la Cité de Paris, sur les bords de la Seine et vers la pointe de l’Ile, du côté de l’orient, à la fin du IX siècle. Cette antique cathédrale fut sans doute reconstruite par la pieuse munificence de Childebert 1er» écrit Eugène VIOLLET-LE-DUC. Il dut s’élever ensuite à cet endroit une église chrétienne, mais jusqu’au VIème siècle, les écrits sont muets à son sujet. Suivant Grégoire de Tours (538-591), l’ancienne église Notre-Dame serait construite par Clovis (466-511) après la guérison de son fils Childebert (496-558). Cet historien raconte comment le comte Leudaste (540-583), qui s’était d’abord réfugié, pour la colère de Frédégonde (545-597), reine et épouse de Childéric 1er, craignant d’y être saisi, chercha à s’échapper en traversant le parvis et en franchissant un pont qui rattachait la Cité au bourg de la Rive Gauche. Si l’on en croit Venance FORTUNAT (530-609), évêque de Poitiers, historien et contemporain, fut bâtie en 555, à la sollicitation de Saint-Germain, évêque de Paris, sur les ruines de l’ancien temple Jupiter, une église. «Le caractère principal et le mérite de cette célèbre basilique consiste dans une sévérité de ligne, dans la majestueuse simplicité des formes, dans l’unité de tout un ensemble. Le premier sentiment qu’éprouve l’observateur n’est point celui de la surprise, ni de cette émotion irréfléchie. Ici, l’imagination n’est point séduite ; l’œil contemple avec calme, et peut juger avec justesse du grandiose des proportions et de la combinaison des masses : l’esprit approuve, et bientôt, il admire» écrit Nicolas CHAPUY.

En 775, la cathédrale avait pour patrons la Vierge, Saint-Etienne et Saint-Germain. On y vénérait également les reliques de Saint-Denis. Notre-Dame est délaissée et complètement abandonnée lors des invasions des Normands. La ville de Paris est livrée aux flammes, notamment en 857. Reconstruite au IXème siècle sous la dénomination «d’Église Neuve», commencée sous Charlemagne (742-814), cet édifice antique sera terminé sous Philippe Le Bel (1268-1314). Les ténèbres envahissant à nouveau la France, une partie des prestigieux monuments de l’Antiquité tombent en ruine. En 1123, le Roi Louis VI (1081-1137) prévoit une rente pour subvenir aux dépenses d’entretien de la couverture. Vers 1150, l’abbé de Saint-Denis et conseiller du Roi, SUGER (1080-1151), offre à l’évêque de Notre-Dame un grand vitrail qui fut placé à l’une des baies de cette église.

En raison de l’affluence grandissante des fidèles, Maurice de SULLY sur Loire (1105-1196) rêva d’une grande et belle cathédrale ; la foi soulevant les pesanteurs, il osa et sut l’exécuter. En effet, l’évêque de Paris de 1160 à 1196, Maurice de SULLY, en 1163, décida la construction d’un grandiose édifice, chef d’œuvre du Moyen Age, en remplacement des anciennes églises Notre-Dame et Saint-Étienne. Cette prouesse a été possible grâce à des innovations techniques (arc-brisé, croisée d’ogives et arc-boutant) permettant de construire en hauteur, de créer des traversées plus larges et de faire entrer plus de lumière. Les pierres de taille sont en provenance des carrières de Paris et de Charenton, mais aussi d’éléments de l’ancienne cathédrale Saint-Etienne, dont le portail Sainte-Anne, dura deux siècles. Divers artisans anonymes, appartenant à des corps de métiers différents, ont contribué à la rénovation de cet exceptionnel édifice de pierre et de verre. Les maîtres Jean ou Jehan de CHELLES, Pierre de MONTREUIL, Pierre de CHELLES, Jean le BOUTEILLER et Raymond du TEMPLE, se sont succédés aux XIIIème et XIVème siècles, jusqu’à l’achèvement de Notre-Dame. L’art, qualifié péjorativement de gothique, est délaissé, alors que le retour de l’antique est de mise. La première pierre est posée par le pape Alexandre III, alors réfugié en France. Les travaux seront poursuivis par Eude de SULLY (1197-1208) et Pierre de NEMOURS évêque de Paris de 1208 à 1219. A la mort de Philippe Auguste, en 1223, le portail était achevé. En 1235, les travaux étaient presque terminés sauf les flèches devant surmonter les tours. C’est dans cette cathédrale en construction que sont inhumés notamment le fils du roi d’Angleterre, Henri II, mort à Paris le 19 août 1186, ainsi que la reine Isabelle de HAINAUT, femme de Philippe AUGUSTE. C’est à Marie, la mère de Jésus, que l’évêque Maurice SULLY a voulu dédier la cathédrale toute entière, elle lui est consacrée, Notre-Dame de Paris ! On ne compte d’ailleurs pas moins de 37 représentations de la Vierge (sculptures, peintures, vitraux, etc.). Deux autels sont dédiés l’un à Saint-Etienne, l’autre à la Sainte Trinité. Commencés en 1163, sous Louis VII (1120-1180), les travaux de Notre-Dame de Paris allaient durer jusqu’en 1330, soit 167 ans.

En 1245 un incendie détruisit les charpentes supérieures et les combles des galeries furent calcinées ainsi que les bahuts, pinacles et corniches supérieurs sous le grand comble. «Cette église reçut, promptement, d’importantes modifications qui sont venues en altérer le caractère simple et grandiose» écrit Eugène VIOLLET-LE-DUC. Du XIVème au XVIIIème siècle, elle paraît avoir conservé intacte sa physionomie d’antan. Au cours des siècles, la cathédrale subira différentes transformations, voire des mutilations. Une première transformation importante a eu lieu sous le règne de Louis XIV (1638-1715). En effet, le roi Soleil demande, en 1698, à l’archevêque de Paris d’étudier le réaménagement du sanctuaire et du cœur, afin de respecter le vœu de Louis XIII (1601-1643), son père. Il y associe Jules HARDOUIN-MANSART, premier architecte du Roi. Les travaux vont en fait s’étaler de 1708 à 1725, sous la direction de Robert COTTE (1656-1735), beau-frère de HARDOUIN-MANSART (1646-1708). Il en résultera la destruction du jubé, la clôture à jour du rond-point, l’antique maître-autel avec ses colonnes de cuivre et ses châsses, tous les tombeaux du cœur, les vitraux de la nef, du chœur et des chapelles. Quant aux murs, ils seront badigeonnés de noir et blanc.

Pendant la Révolution, l’intérieur est pillé ; le 10 novembre 1793, l’autel devient celui de la «Déesse de la Raison». Notre-Dame sera ensuite transformée en entrepôt de vin. L’église subit des sorts divers, et il n’en restait guère qu’un squelette effrité, avant d’être solennellement rendue au culte en 1802.

Le 29 juillet 1830, pendant les Trois Glorieuses, les émeutiers pillent l’archevêché, le Trésor et la sacristie, brisent les vitres et du mobilier. L’état de délabrement de la cathédrale est tel que la ville de Paris songe à raser Notre-Dame. Cependant, Victor HUGO s’en émeut à travers son roman « Notre-Dame de Paris » paru en 1831, exhortant ainsi le retour au gothique : « Notre-Dame est aujourd’hui déserte, inanimée, morte. On sent qu’il y a quelque chose de disparu » écrit-il. HUGO créa ainsi un mouvement qui aboutit en 1844, au décret de Louis-Philippe prescrivant la restauration de Notre-Dame, confiée à Jean-Baptiste LASSUS (1807-1857) et Eugène VIOLLET-Le-DUC (1814-1879), chargés de faire disparaître, complètement, les dégradations que les siècles et les événements avaient fait subir à cette Grande Dame. Les architectes refirent, avec une grande habilité, le décor d’antan, en restaurant ainsi l’antique splendeur de Notre-Dame. Les travaux commencés sous le règne de Louis Philippe (1773-1850), en 1843, furent continués pendant la République, et achevés sous le règne de Napoléon III (1808-1873). Les travaux intérieurs achevés, Mgr DARBOY avait consacré la cathédrale, le 31 mars 1864, cérémonie qui n’avait pas eu lieu au Moyen-âge.

La façade présente un caractère d’unité parfaite et cette puissance que l’heureuse et savante combinaison des lignes peut donner. Dans les ébrasements et voussures de la porte centrale, se résume l’épopée chrétienne. Sur le trumeau apparaît la statue colossale du Christ homme, enseignant, ses pieds portent sur le lion et le dragon. Sont représentés les douze apôtres, les anges sonnant la trompette, et les morts sortent de leurs tombeaux, l’archange, le démon, la Vierge et le Christ intercédant pour les hommes. La porte gauche, sous la tour du Nord, dite porte de la Vierge, les bas-reliefs et statues du tympan, représentent les prophètes, la mort de la Vierge et son couronnement. La porte dite de droite, la porte Sainte-Anne, comporte un tympan, des voussures et les statues des ébrasements. Entre ces trois portes se nichent les statues de Saint-Etienne, l’Eglise, la Synagogue et Saint-Denis. Jadis, le parvis était clos par une barrière. Les voûtes sont portées par des arcs, les arcs par les piliers. Au sous-sol du parvis, on retrouve la crypte. Les gargouilles évacuant l’eau, cristallisant ainsi l’imaginaire médiéval, ont fini, par métonymie, par désigner l’ensemble des personnages monstrueux qui hantent Notre-Dame de Paris. Ainsi, les chimères, ces monstres de la modernité témoignent d’un souci d’individualisation et d’imagination. Les flèches de Notre-Dame, coiffées de la croisée du transept, ont été édifiées vers 1220 ; fragilisées par les intempéries, elles ont été démontées à la fin du XVIIIème siècle. Reconstruites par VIOLLET-le-DUC et inaugurées le 18 août 1859, de style néo-gothique, ces flèches s’inspirent de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans. Les flèches s’effondrent lors de l’incendie du 15 avril 2019. Un concours international d’architecture a été lancé pour leur reconstruction. Le Coq, situé au sommet de la flèche et qui a été sauvé de l’incendie, contient trois reliques : une petite parcelle de la Sainte Couronne, une relique de Saint-Denis et une de Sainte-Geneviève, patronne de Paris. Le Coq agit donc comme un «paratonnerre spirituel» protégeant les fidèles qui œuvrent selon la loi de Dieu.

La commune de Paris de 1871, en tuant l’archevêque, faillit aussi anéantir l’édifice qui n’échappa à l’incendie qu’au dernier moment. En effet, des émeutiers mirent le feu à quelques bancs et chaises arrosés de pétrole, comme cela a été le cas aux Tuileries et à l’Hôtel de ville. L’incendie a été très vite maîtrisé par des internes de l’Hôtel-Dieu et les dégâts minimes. Lors deux guerres mondiales, contrairement à la cathédrale de Reims, Notre-Dame a été épargnée. En 1944, le général Dietrich Von CHOLTITZ (1894-1966) refusa d’exécuter l’ordre des nazis de détruire les monuments de Paris.

Depuis sa construction, Notre-Dame est l’un des grands symboles de Paris et de la France. «Notre-Dame est un message universel. Le peuple de France ne s’y est pas trompé. Toutes ses grandes heures y ont transité. Des premiers États Généraux à la victoire sur les nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel» écrit Jean-Luc MELENCHON. Dans les temps anciens, les églises étaient un lieu d’asile. Ainsi, en 584, Frédégonde, soupçonnée du meurtre de Chilpéric, son mari, assassiné à Chelles, et de Sigebert, s’y retira pour échapper aux poursuites pénales. Cette cathédrale est une maison commune, dans la joie, comme la douleur. L’histoire de Notre-Dame est liée, intimement, à l’histoire de France, notamment les solennités nationales, les baptêmes des princes, les mariages et les funérailles des gens célèbres, les conclusions de traités. De grands événements religieux et politiques s’y sont déroulés ce qui a fait dire à l’historien Jules MICHELET (1798-1874) que «Notre-Dame est à elle seule un livre d’histoire». De faits marquants de l’histoire de France s’y déroulent : Saint Dominique prêcha au XIIIème siècle à cette cathédrale. Le 12 avril 1229, veille de Pâques, Raymond VII de Toulouse (1197-1249) y fut absous de crime d’hérésie. Le 18 août 1239, Saint Louis, vêtu d’une simple tunique et les pieds nus apporte en procession les reliques de la Couronne d’épines achetée à l’empereur de Constantinople. Le 21 mai 1271, le corps de Saint Louis est exposé à Notre-Dame, avant d’être transféré à Saint-Denis. En 1302 le roi Philippe IV dit «Le Bel» (1268-1314) ouvre les premiers Etats Généraux du Royaume de France. Jean II, dit «Le Bon» (1319-1364), roi de France de 1354 à 1364, fait prisonnier par les Anglais le 13 septembre 1356 à Poitiers, après sa libération (rançon de 3 millions d’écus d’or), est venu prier à Notre-Dame. En 1381, Hugues AUBRIOT, prévôt de Paris, accusé et convaincu d’hérésie, fut mitré, publiquement, sur le parvis de Notre-Dame, sans pain, ni eau. Le 27 novembre 1431, Henri VI d'Angleterre est couronné roi de France. Le 4 novembre 1437, un Te deum est célébré en l’honneur de la reprise de Paris par le roi de France Charles VII.  En 1455, début du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc. Le 24 avril 1560, le cardinal de Bourbon sacre Marie Stuart reine d’Ecosse. Le 18 août 1572, soit 6 jours après le massacre de la Saint-Barthélemy, le futur roi de Navarre, Henri IV, se marie à Marguerite de Valois. Henri IV devra rester à la porte au cours de la cérémonie : « Paris vaut bien une messe » dira-t-il à cette occasion ; 1590, les chefs de la Ligue jurent de ne jamais reconnaître le huguenot Henri IV. En 1638, Louis XIII consacre le royaume de France à la Vierge Marie pour la remercier de la naissance prochaine du dauphin Louis Dieudonné, le futur Louis XIV. Celui-ci, en exécution du vœu de son père, élève un nouveau maître-autel dans la cathédrale où l’on voit Louis XIII sculpté par Guillaume Coustou, remettre sa couronne à la Vierge, une magnifique pietà, également de COUSTOU, à côté de laquelle figure Louis XIV, sculpté par Antoine COYSEVOX, qui ploie le genou en signe de vénération. Notre-Dame devient alors patronne principale de la France. En 1660, c'est le Te Deum célébré à l'occasion du mariage de Louis XIV ; c'est Luxembourg, le tapissier de Notre-Dame, qui porte les drapeaux ennemis. En 1668 Turenne abjure ; le 2 mars 1687 Bossuet prononcera ici l'un des plus beaux textes de la littérature française, l'oraison funèbre de Louis Bourbon, prince de Condé. Au XVIIIème, malgré Versailles, Notre-Dame garde encore sa place, et c'est là que les reines, Marie LECZYNSKA, Marie-Antoinette, viennent prier à leurs relevailles (cérémonie religieuse de bénédiction des femmes après leurs couches). Le 2 décembre 1804, c'est le sacre de Napoléon, peint par Jacques-Louis DAVID et ses drapeaux d'Austerlitz «tapissent» eux aussi Notre-Dame en 1805 ; en 1811, baptême du roi de Rome. Le 30 janvier 1853 le mariage de Napoléon III y est célébré et le baptême du prince impérial en 1856. Le 20 août 1853, la reine Victoria (1819-1901), de Grande-Bretagne et d’Irlande, visite la cathédrale.

Depuis 1918, la vieille église semble avoir plus que jamais repris sa place, avec les funérailles nationales de Maurice BARRES (1923), du maréchal JOFFRE (1931), du président Raymond POINCARE (1934), du général LECLERC (1947), du maréchal de LATTRE de TASSIGNY (janvier 1952), du maréchal JUIN (février 1967). Les funérailles de l’écrivain Paul CLAUDEL (1868-1955) s’y tiendront en février 1955 « Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël… J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher » écrivait, en 1886, CLAUDEL convertit au catholicisme à Notre-Dame. Il y a surtout la cérémonie de la Libération, le 26 août 1944, et le Te Deum de grâce de la Victoire, le 9 mai 1945.

Le 12 novembre 1970, en présence de nombreux chefs d'Etat étrangers, eurent lieu les obsèques officielles du général de Gaulle, alors que le même jour à Colombey-Les-Deux-Eglises se déroulait la cérémonie privée suivie de l'inhumation. Une cérémonie religieuse est également consacrée à François MITTERRAND le 11 janvier 1996 ; JEAN-PAUL II y est venu deux fois en 1980 et 1997, pour les journées mondiales de la jeunesse.

Pour ceux qui ont la chance d’habiter en région parisienne, je vous invite à voir ou revoir ce joyeux de l’architecture gothique qui est placé plein cœur du Quartier Latin et sur les bords de la Seine, même calciné. Paris peut être tragique, mais Paris est surtout magique !

Bibliographie très sélective

AMBELAIN (Robert), Dans l’ombre des cathédrales : étude sur l’ésotérisme architectural et décoratif de Notre-Dame dans ses rapports avec le symbolisme hermétique, les doctrines secrètes, l’astrologie, la magie et l’alchimie, Paris, G. J Niclaus, 1939, 296 pages ;

AUBERT (Marcel), La cathédrale de Notre-Dame de Paris : notice historique et archéologique, avec une introduction de Paul Vitry, Paris, Longuet, 1919, 226 pages ;

CAMILLE (Michael), Les gargouilles de Notre-Dame : médiévalisme et monstres la modernité, Paris, éditions Alma, 2011, 431 pages ;

CHAPUY (Nicolas-Marie-Joseph), JOLIMONT (François, Gabriel, Théodore, Busset, de), SCHWEIGHAUSER (Johann, Gottfried), DU MAIGE (Alexandre, Louis, Charles, André), Les cathédrales françaises, Paris, Engelmann, 1825, 294, spéc sur N-D, vol. 1, pages 1-16 ;

DELON (Charles), Notre capitale, Paris, Eugène Weill et Maurice Georges, 1885, 351 pages, spéc sur Notre-Dame pages 147-196 ;

DERENS (Jean), FLEURY (Michel), «La construction de Notre-Dame de Paris par Childebert 1er, d’après le De Ecclesia Parisiaca de Fortunat», Journal des savants, 1977, pages 247-256 ;

FISQUET (Honoré, Jean-Pierre), Guide du visiteur, histoire archéologique et descriptives des églises de Paris : Notre-Dame de Paris, Paris, éditeur inconnu, 1864, 77 pages ;

FRANKLIN (Alfred), Recherches sur la bibliothèque publique de Notre-Dame au XIIIème d’après des documents inédits, Paris, A. Aubry, 1863, 216 pages ;

GRASSOREILLE (Georges), Histoire politique du chapitre de Notre-Dame pendant la domination anglaise, 1420-1437, Paris, Société de l’histoire de Paris, 1882, 98 pages ;

HUYSMANS (Joris-Karl), Trois églises. La symbolique de Notre-Dame, Saint-Merry, Saint-Germain L’Auxerrois, illustration Charles Jouas, Paris, A. Blaisot, René Kieffer, 1920, 167 pages ;

MEURET (Joseph), Le chapitre de Notre-Dame en 1790, Paris, A. Picard, 1904, 332 pages ;

ROCH (François), GUILHERMY (Marie Nolasque), GUILHERMY de (Ferdinand), VIOLLET-LE-DUC (Emmanuel), Description de Notre-Dame, cathédrale de Paris, Bibliothèque d’architecture de Bance, 1856, 163 pages ;

VIOLLET-LE-DUC (Eugène-Emmanuel), Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle, Paris, Bonaventure et Ducessois, 1858, vol VI, 458 pages, spéc sur les gargouilles page 26.

VIOLLET-LE-DUC (Eugène-Emmanuel), QUINET (Edgar), Les églises de Paris : Le Panthéon, Paris, 1883, G. Marpon, Flammarion, 326 pages, spéc sur Notre-Dame de Paris, pages 1-41.

Paris, en ce funeste lundi du 15 avril 2019 vers 18 h 50, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

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