Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 18:34
Dans le prolongement de mes séries d’articles sur les 40 ans d’anniversaire de la victoire du 10 mai 1981, Robert BADINTER, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, de François MITTERRAND, et son combat mémorable en faveur de l’abolition de la peine de mort, est un incontournable. «C’est la mort que vous réclamez. Pas la justice» dit Robert BADINTER, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice de François MITTERRAND d’octobre 1981 à février 1986. La peine de mort, cette sanction qui rend chacun de nous complice d’un assassinat commis par l’État, est le combat de la vie de Robert BADINTER. La peine de mort c’est une exécution, «un meurtre judiciaire» suivant Victor HUGO, une vengeance publique d’un autre temps. «Lors de la reconstitution, il traversait la foule, entre des gendarmes. Sous les coups, les insultes, les crachats, son visage était devenu celui du Christ. Ceux qu'emporte la haine ne savent pas quel présent ils font à l'objet même de leur haine» écrit Robert BADINTER dans «l’Exécution».
La France, pays des droits de l’Homme, pendant deux siècles rechignait à l’abolition de la peine de mort. On disait que l’opinion publique n’était pas favorable à l’abolition de la peine de mort. La France ayant connu deux guerres mondiales et de nombreuses coloniales, dont celle de l’Algérie, au cours de laquelle François MITTERRAND, Ministre de la Justice, pour soulager sa conscience, avait de bonnes raisons à se faire pardonner, en abolissant la peine de mort : «Je rends toujours hommage à François Mitterrand. Il avait vécu avec la peine de mort, y compris comme ministre de la Justice, en Algérie. Mais il fallait du courage et de l’intuition. Mitterrand avait le sens de l’histoire, il savait que le moment était venu de mettre un terme à la peine de mort et que l’impopularité que suscitait cette décision nourrirait en définitive son image : lui qui était taxé d’être un Machiavel, un politicien très habile, voulait montrer qu’il avait aussi des convictions profondes» dit Robert BADINTER. Sous la IVème République, Robert BADINTER ne faisait pas partie des cercles intimes de François MITTERRAND. «La première fois que j'ai rencontré François Mitterrand, ce devait être en 1953, avant qu'il ne devienne ministre de Pierre Mendès France. Je l'ai croisé ensuite à quelques reprises, mais ce n'est qu'à l'automne 1958 que nous sommes devenus amis. Le souvenir marquant que je garde de lui sous la IVe République est lié à un match de tennis. Ce jour-là, j'arbitrais un match, dans un tennis privé, qui l'opposait à Félix Gaillard. Le match a duré 3 heures et demie. Et finalement Mitterrand a gagné. C'était le triomphe de la volonté sur la technique» dit Robert BADINTER. Habité par une force de volonté, ne lâchant rien, François MITTERRAND, en dépit de l’hostilité de l’opinion publique a fini par faire abolir la peine de mort. Dans sa politique pénale, François MITTERRAND supprime les tribunaux d’exception, diverses lois scélérates, comme la loi anticasseurs du 8 juin 1970, tendant à réprimer les manifestants, après les événements de 1968 (texte rétabli insidieusement en 2019 par le président MACRON), et la loi d’Alain PEYREFITTE du 2 février 1981 dite «sécurité et liberté». François MITTERRAND réaffirme, avec force, la présomption d’innocence. En dehors de l’abolition de la peine de mort, une autre mesure emblématique d’une Gauche humaniste, aura été la loi du 5 juillet 1986, garantissant aux piétons et aux cyclistes, victimes d’un accident de circulation, une pleine réparation des dommages, quel qu’ait été leur comportement, sauf s’ils ont commis une faute inexcusable.
En dépit de la grande hostilité de l’opinion publique, François MITTERRAND a inscrit l’abolition de la peine de mort dans ses 110 propositions (proposition n°53), en vue des présidentielles de 1981. Politiquement, l’abolition de la peine de mort était considérée comme un sujet à éviter, car la grande majorité des Français étaient en faveur du maintien de la peine de mort. Robert BADINTER à la veille de la fameuse émission de «Cartes sur table» a eu l’intuition politique de rédiger une note pour François MITTERRAND : «Je me doutais bien que la question serait abordée le soir même. J'ai donc dit à Mitterrand, avec qui je travaillais les émissions de télévision, qu'il fallait se préparer. Ça l'a rendu nerveux. Il m'a dit : "Laissez-moi tranquille avec votre obsession. Assez avec cette histoire de peine de mort, ça n'intéresse pas les Français !». Sur ce, j'ai pris une feuille de papier et, en gros caractères, j'ai fait taper des citations des grandes religions, des grands écrivains et, bien entendu, de Jaurès et de Blum. Puis je suis allé rue de Bièvre et j'ai demandé à sa secrétaire de la glisser dans le dossier de Mitterrand en espérant qu'il la lirait avant l'émission» dit Robert BADINTER. En effet, le 16 mars 1981, François MITTERRAND participant à l'émission politique «Cartes sur table» présentée par Alain DUHAMEL et Jean-Pierre ELKABBACH sur Antenne 2, a exprimé sa conviction personnelle sur l’abolition de la peine de mort : «Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l’église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales, et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et, je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire. Une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la Présidence de la République, et je demande une majorité de suffrages aux Français, mais je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j’adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation. Je ne suis pas favorable à la peine de mort. Je ferai ce que j’aurai à faire dans le cadre d’une loi que j’estime excessive, c’est-à-dire régalienne, un pouvoir excessif donné à un seul homme, disposer de la vie d’un autre, mais ma disposition est celle d’un homme qui ne ferait pas procéder à des exécutions capitales» dit le candidat aux présidentielles, François MITTERRAND. Le candidat socialiste se place dans la tradition humaniste depuis le XVIIIème siècle jugeant barbare la pratique de la torture et de la peine de mort : «Si je prouve que la peine de mort n’est ni utile ni nécessaire, j’aurai fait triompher la cause de l’humanité», écrit le philosophe et juriste italien Cesare BECCARIA (1738-1794), en 1764, dans son traité «Des délits et des peines».
Robert BADINTER, avocat de l’abolition de la peine de mort, a été fortement influencé par Victor HUGO (1802-1885), dont le premier de tous ses combats, le plus long, le plus constant, le plus fervent, est sans doute celui qu’il mène contre la peine de mort. «C'est de France, c'est de cette enceinte, souvent, que se sont levées les plus grandes voix, celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine, celles qui ont soutenu, avec le plus d'éloquence la cause de l'abolition. Vous avez, fort justement, monsieur Forni, rappelé Hugo, j'y ajouterai, parmi les écrivains, Camus. Comment, dans cette enceinte, ne pas penser aussi à Gambetta, à Clemenceau et surtout au grand Jaurès ? Tous se sont levés. Tous ont soutenu la cause de l'abolition» dit Robert BADINTER, ce 17 novembre 1981 à l’Assemblée nationale. L’exécution de Louis XVI (1754-1793), pendant la Révolution, avait auparavant profondément divisée la société française. Dès l’enfance, Victor HUGO est fortement impressionné par la vision d’un condamné conduit à l’échafaud, sur une place de Burgos, puis, à l’adolescence, par les préparatifs du bourreau dressant la guillotine en place de Grève (actuelle Place de l’Hôtel de ville de Paris). Hanté par ce qu’il appelle «meurtre judiciaire», il va tenter toute sa vie d’infléchir l’opinion en décrivant l’horreur de l’exécution, sa barbarie, en démontrant l’injustice, les vrais coupables étant la misère et l’ignorance, et l’inefficacité du châtiment. Utilisant tour à tour sa notoriété d’écrivain et son statut d’homme politique, Victor HUGO met son éloquence au service de cette cause. La préface de Victor HUGO de son livre, «dernier jour d’un condamné», constitue, à elle seule, un réquisitoire contre la peine de mort. Victor HUGO avoue que l’écriture du roman l’a libéré d’une culpabilité ; l’auteur «n’a plus senti à son front cette goutte de sang qui rejaillit de la Grève sur la tête de tous les membres de la communauté sociale. Se laver les mains est bien, empêcher le sang de couler serait mieux». Réfutant les arguments habituellement avancés en faveur de la peine capitale, en particulier celui de l’exemplarité, Victor HUGO plaide en outre pour «un remaniement complet de la pénalité sous toutes ses formes, du haut en bas, depuis le verrou jusqu’au couperet». Victor HUGO condamne la peine de mort et réclame, à sa place, la détention perpétuelle. Victor HUGO est bien le défenseur de l’inviolabilité de la personne humaine à travers d’autres écrits, notamment dans «Hans d’Islande», «Claude Gueux». Il plaide pour l’acquittement de Armand BARBES, (1809-1870) condamné à mort pour tentative de coup d’Etat du 12 mai 1839, et finalement amnistié par Louis PHILIPPE, William TAPNER (1800-1859), assassin, incendiaire et voleur de Guernesey sera exécuté le 10 février 1854 ; à Guernesey, la peine de mort ne sera abolie qu’en 2003, et John BROWN (1800-1859) militant antiesclavagiste américain est exécuté en 1859.
Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, professeur émérite à la Sorbonne, avocat depuis 1951, ancien président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, sénateur des Hauts-de-Seine de 1995 à 2011, écrivain, passionné de musique classique et de ski, Robert BADINTER, avec son projet d’humanisation des prisons et son souci constant de faire abolir la peine de mort, a toujours voulu faire progresser la Justice. Le combat de Robert BADINTER, pour l’abolition de la peine de mort, a commencé au jour de l'exécution de Claude BUFFET, un ancien légionnaire et délinquant récidiviste (1933-1972) et de Roger BONTEMS (1936-1972), poursuivi pour vols, braquages et complicité de meurtre, le 28 novembre 1972, à Paris, dans la cour de la prison de la Santé. Tous deux avaient été condamnés à mort par la Cour d'assises de Troyes pour avoir pris en otage et égorgé, à la Centrale de Clairvaux, une infirmière et un gardien. Leur grâce avait été refusée par le Président Georges POMPIDOU (1911-1974). Il le relate dans son livre «l’exécution». Quelques années plus tard, c’est Patrick HENRY qui est promis à l’échafaud. Qu’importe, si Robert BADINTER n’a pas pu sauver l’innocent, il sauvera le monstre. Car ce n’est pas le kidnappeur et meurtrier d’enfant qu’il doit défendre, mais la sanction capitale qu’il doit éradiquer. Le procès de Patrick HENRY s’apprête à entrer dans l’histoire comme celui qui verra disparaître la peine de mort en France.
«Il y a quelque chose de la possession physique dans l'éloquence. Dans ses moments de lyrisme, mon maître s'exclamait : Plaider, c'est bander. Convaincre, c'est jouir» écrit Robert BADINTER, dans son livre «l’Exécution». Aussi, son discours du 17 novembre 1981 devant l’Assemblée nationale est resté dans l’Histoire : «J'ai l'honneur au nom du Gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France» dit-il. Dans le passé la France avait réalisé d’importantes réformes, sans pourtant abolir la peine de mort : «Je regarde la marche de la France. La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par l'éclat des idées, des causes, de la générosité qui l'ont emporté aux moments privilégiés de son histoire. La France est grande parce qu'elle a été la première en Europe à abolir la torture malgré les esprits précautionneux qui, dans le pays, s'exclamaient à l'époque que, sans la torture, la justice française serait désarmée, que, sans la torture, les bons sujets seraient livrés aux scélérats. La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l'esclavage, ce crime qui déshonore encore l'humanité. Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d'efforts courageux l'un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort. Le pays a élu une majorité de gauche ; ce faisant, en connaissance de cause, il savait qu'il approuvait un programme législatif dans lequel se trouvait inscrite, au premier rang des obligations morales, l'abolition de la peine de mort» dit Robert BADINTER. Jusqu’en 1981, tous les gouvernements ont été tétanisés par une opinion réfractaire à l’abolition de la peine de mort : «Il n'a jamais, jamais été établi une corrélation quelconque entre la présence ou l'absence de la peine de mort dans une législation pénale et la courbe de la criminalité sanglante. On a, par contre, au lieu de révéler et de souligner ces évidences, entretenu l'angoisse, stimulé la peur, favorisé la confusion» dit Robert BADINTER. Par conséquent, cette bataille commencée en 1972 s'achève avec le vote de l'abolition, le 30 septembre 1981. Depuis lors, l'abolition s'est étendue à la majorité des États dans le monde, plus de cent pays. La peine de mort est désormais abolie dans toute l'Europe occidentale. Elle marque un progrès irréversible de l'humanité sur ses peurs, ses angoisses, sa violence.
Juif laïc, discret et pudique, son exemplarité, sens de la Justice, ses grandes intégrité et droiture, ainsi que sa résilience sont un héritage familial. Pendant l’Occupation, son père, arrêté à Lyon par Klaus BARBIE (1913-1991) et mort à Sobibor, et son oncle ayant été déporté, il dira, à 16 ans, «je suis devenu un homme». Robert BADINTER, résidant non loin du Jardin du Luxembourg, est né le 30 mars 1928, à Paris 16ème, de Juifs originaires de la Bessarabie (Russie), Simon BADINTER (1895-1943) et Charlotte ROSENBERG (1899- date de décès inconnue), mariés à Paris le 7 juin 1923. Sa grand-mère maternelle, Idiss (1863-1942), est arrivée en France en 1907. De 1957 à 1965, il est marié à l'actrice Anne VERNON, de son vrai nom, Édith Antoinette Alexandrine VIGNAUD. Fille d’ouvriers, Anne VERNON, avec sa boulimie de lecture, déclare dans son autobiographie «Grâce au ciel j’étais née dans un nid d’amour habité par deux êtres beaux et joyeux» écrit-elle. Ces sept ans de mariage d’amour furent l’occasion pour Robert BADINTER de côtoyer le milieu du cinéma et d’y trouver des clients. Robert BADINTER épouse, en secondes noces, le 1er juillet 1966, à Villennes-sur-Seine (Yvelines), Elisabeth BLEUSTEIN-BLANCHET, une fille d’un publicitaire, Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET (1906-1996), qui lui donne trois enfants (Judith, Simon et Benjamin).
Robert BADINTER réalise ses études supérieures aux facultés de Lettres et de Droit de l'université de Paris, où il obtient la licence en lettres en 1947 et la licence en droit en 1948. Il obtient une bourse du gouvernement français pour compléter sa formation aux États-Unis, et obtient en 1949 la maîtrise en arts de l'université Columbia. Revenu en France, il s'inscrit comme avocat au barreau de Paris en 1951 et commence sa carrière comme collaborateur d’Henry TORRES (1891-1966). «Mon père rêvait pour mon frère aîné, très doué pour les études, de l’Ecole normale supérieure. Beaucoup de grands hommes politiques et d’intellectuels en sortaient. Finalement, c’est mon frère qui a repris l’entreprise familiale et moi qui suis devenu professeur de droit. C’était mon ambition. Mais, à l’époque, on ne pouvait pas passer l’agrégation avant 25 ans. J’avais 21 ans et il fallait que je gagne ma vie. C’est ainsi que je suis devenu avocat. Par hasard, pas par vocation. Plus tard, j’ai rencontré mon maître, au sens intellectuel du terme. Ce fut Henry Torrès, grand avocat d’avant-guerre. Je lui dois tout, y compris les valeurs sur lesquelles a reposé ma vie professionnelle. Il m’a inculqué une certaine idée de la justice et du métier d’avocat» dit Robert BADINTER.
Robert BADINTER obtient un doctorat en droit à la faculté de droit de Paris en 1952 avec une thèse sur «Les conflits de lois en matière de responsabilité civile dans le droit des États-Unis». Lauréat du concours d'agrégation de droit en 1965, il devient ainsi maître de conférences, puis occupe des postes de professeur d'université de droit à l'université de Dijon, à celle de Besançon, d'Amiens, avant d'être nommé, en 1974 à l'université Paris I, où il enseigne jusqu'en 1994, date à laquelle il devient professeur émérite. Parallèlement à sa carrière universitaire, il fonde en 1965 avec Jean-Denis BREDIN le cabinet d'avocats «Badinter, Bredin et partenaires», où il exerce jusqu'à son entrée dans le gouvernement en 1981. Il participe à la défense du baron Edouard-Jean EMPAIN après l'enlèvement de celui-ci et exerce autant comme avocat d'affaires (Boussac, talc Morhange, Empain, l'Aga Khan, etc.) que dans le secteur du droit commun.
Lorsqu’il était Garde des Sceaux, Robert BADINTER était impopulaire : «J’étais détesté par une majorité de Français. J’étais devenu l’incarnation du laxisme et le protecteur du crime ! On a même mis une bombe sur le paillasson de mon appartement» dit-il. La reconnaissance est venue bien plus tard. «Ce qui est difficile n’est pas l’impopularité, mais l’hostilité ; on se résigne à ne pas être aimé, être détesté c’est tout autre chose. Juste après avoir aboli la peine de mort et fait voter la loi d’amnistie, lorsque j’allais au restaurant, il y avait généralement des gens à une table proche pour s’exclamer à voix très haute «Ma voisine a encore été cambriolée, cela ne m’étonne pas avec tous ces criminels qu’on a remis en liberté» dit Robert BANDINTER. De nos jours, célébré et adulé par tous comme l’honneur et la conscience de la Gauche, Robert BADINTER a pourtant mis des années à conquérir sa place dans la popularité auprès des Français. Le cardinal Jean-Marie LUSTIGIER (1926-2007), qui recevait la confession des forces conservatrices l’avait prévenu au lendemain de l’abolition : «On ne touche pas à la mort impunément» révèle-t-il dans son ouvrage «les épines et les roses». En fait, depuis la Seconde Guerre mondiale, l'abolition n'a cessé de progresser dans le monde. «A ce moment de mon existence déjà longue, me retournant vers ce qui fut un combat passionné, je mesure le chemin parcouru vers l'abolition universelle. Mais, tant qu'on fusillera, qu'on empoisonnera, qu'on décapitera, qu'on lapidera, qu'on pendra, qu'on suppliciera dans ce monde il n'y aura pas de répit pour tous ceux qui croient que la vie est, pour l'humanité tout entière, la valeur suprême, et qu'il ne peut y avoir de justice qui tue. Le jour viendra où il n'y aura plus, sur la surface de cette terre, de condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : La peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que les sceptiques, les nostalgiques ou les amateurs de supplices le pensent» écrit Robert BADINTER dans «Contre la peine de mort», en 2006. L'abolition de la peine de mort trouve son fondement dans les droits de l'homme, dont le premier est le droit à la vie. La Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948 proclame : «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne».
En septembre 1981, la France était le 35ème État à abolir la peine de mort. Aujourd'hui, sur les 198 États membres des Nations unies, 129 sont abolitionnistes en droit et en fait. L'Europe tout entière, à l'exception de la Biélorussie, a banni la peine de mort. Les protocoles 6 et 13 à la Convention européenne des droits de l'homme interdisent le recours à cette peine inutile, inhumaine et dégradante. L'article 2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne proclame : «Nul ne sera condamné à mort ni exécuté». Instrument de portée universelle, le deuxième protocole facultatif de 1989 au Pacte international relatif aux droits civils et politiques oblige tout État partie à abolir la peine de mort. Tous les statuts des juridictions pénales internationales, notamment la Cour pénale internationale créée par le Traité de Rome de 1998 pour juger les responsables des crimes contre l'humanité excluent la peine de mort. En dépit de la survivance de la peine de mort dans certains États, notamment la Chine, l'Inde, les États-Unis, la marche vers l'abolition universelle s'avère irréversible. Il existe cependant, des formes déguisées d’application de la peine de mort dans les pays dictatoriaux, à travers des disparitions, le poison, ou des jugements sommaires. Les guerres locales coûteuses et injustes des pays occidentaux contre des pays faibles, sont une application ignominieuse de la loi du Talion. Il est vrai que «la loi du plus fort est toujours la meilleure» disait Jean de la FONTAINE (1621-1695).
Références bibliographiques
1 – Contributions de Robert BADINTER
BADINTER (Robert), «Plaidoirie à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort» Paris, 17 novembre 1981 ;
BADINTER (Robert), Après l’abolition, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 258 pages ;
BADINTER (Robert), BADINTER (Elizabeth), Condorcet, un intellectuel en politique (1743-1794), Paris, Fayard, 2014, 672  pages ;
BADINTER (Robert), Contre la peine de mort, Paris, Fayard, 2006, 330 pages ;
BADINTER (Robert), Idiss, Paris, Fayard, 2019, 240 pages ;
BADINTER (Robert), L’abolition de la peine de mort, Paris, Dalloz, 2007, 224 pages ;
BADINTER (Robert), L’abolition, Paris, Fayard, 2000, 327 pages ;
BADINTER (Robert), L’exécution, Paris, Fayard, 2014, 2334 pages ;
BADINTER (Robert), Les épines et les roses, Paris, Fayard, 2011, 396 pages ;
BADINTER (Robert), LYON-CAEN (Antoine), Le travail et la loi, Paris, Fayard, 2015, 80 pages.
2 – Autres contributions
BARDIAUX-VAIENTE (Marie, Gloris), KERFRIDEN (Malo), L’abolition le combat de Robert Badinter, Paris, Glénat BD, 2019, 128 pages ;
BECCARIA (Cesare), Des délits et des peines, traduit de l’italien par Alessandro Fontana et Xavier Tabet, Paris, Gallimard, 2015, 240 pages ;
CASSIA (Paul), Robert Badinter, un juriste en politique, Paris, Fayard, 2009, 569 pages ;
DREYFUS (Pauline), Robert Badinter à l’épreuve de la justice, Paris, éditions Toucan, 2009, 368 pages ;
HUGO (Victor), Claude Gueux, Paris, EAN, 1995, 96 pages ;
HUGO (Victor), Hans d’Islande, Paris, EAN, 1981, 576 pages ;
HUGO (Victor), Le dernier jour d’un condamné, Paris, EAN, 160 pages ;
FREREJEAN (Alain), Robert et Elisabeth Badinter, Paris, Archipel, 2018, 270 pages ;
VERNON (Anne), Hier, à la même heure, Paris, Acropole, 1988, 222 pages.
Paris le 14 février 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Robert BADINTER, Ministre de la Justice de François MITTERRAND, avocat de l’abolition de la peine de mort» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Partager cet article
Repost0
23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 23:36
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Dans cette série d’articles que je consacre au quarantième anniversaire de la victoire de François MITTERRAND, et donc à sa promesse pour 2022, Jack LANG est incontournable, un ministre de la culture qui croit en l’urgence de tous les combats pour changer la vie : «C’est un homme de la Renaissance égaré parmi nous» dit Jean-Denis BREDIN. Il a fait bouger les lignes, bousculé le conservatisme et le conformisme, durablement. Professeur agrégé de droit public, mendésiste, anticolonialiste et antiraciste, dès dix-sept ans, initiateur à vingt-quatre ans du Festival mondial de théâtre de Nancy, puis directeur à trente-trois ans du Palais de Chaillot, notre ami Jack LANG, est ce Ministre emblématique de la culture de François MITTERRAND, qui a eu la durée en ayant appartenu à tous les gouvernements du président socialiste, dont il a souvent partagé l’intimité familiale, et bénéficié de sa grande confiance. Et, Jack LANG le raconte dans ses ouvrages «François Mitterrand, fragments de vie partagée» et le «Dictionnaire amoureux de François Mitterrand». En effet, Jack LANG, avec Christian DUPAVILLON, directeur artistique à Nancy et à Chaillot, vont organiser les principaux événements de la campagne électorale de 1981, la passation de pouvoirs avec Valéry GISCARD D’ESTAING, ainsi que les cérémonies d’investiture de François MITTERRAND du 21 mai 1981. Au Panthéon, il y avait là, le concert de Daniel BARENBOIM, des invités prestigieux (Gabriel Garcia MARQUES, Carlos FUENTES, James BALDWIN, William SYRON et Hortensia BUSI ALLENDE). C’est un événement qui marque une rupture avec toutes les cérémonies officielles, une fête populaire, pour un peuple de gauche longtemps écarté du pouvoir. C’est «l'invitation à la vie et au mouvement, le déferlement de joie dans toutes les grandes capitales du monde pour célébrer le commencement libérateur» dit Jack LANG. Au Panthéon, François MITTERRAND, avec la complicité de Roger HANIN, et la mise en scène de Serge MOATI, dépose une rose sur les tombes de Jean MOULIN, Jean JAURES et Victor SCHOELCHER. Jack LANG a été aussi le chef d’orchestre de la soirée festive à la Bastille du 10 mai 1981 : «Le peuple de France était enfin passé des ténèbres à la lumière» dit Jack LANG. «Enfin un pouvoir, le pouvoir, n'avait plus peur ni de la jeunesse ni de l'intelligence et que, pour la première fois, les forces de la création se reconnaissaient en lui. Voici qu'enfin, un pouvoir, le pouvoir, renouant avec la mémoire du pays, pouvait inventer à son peuple un avenir» dira Jack LANG, dans son fameux discours du 17 novembre 1981. Alors que le nouveau gouvernement est confronté à la bataille de l’emploi, Jack LANG est le chantre de l’enjeu économique, social et politique de la culture. «Jack Lang met en scène la vie même, plus que le théâtre ; c’est proprement un homme politique, et dans ce sens, un artiste» écrit Antoine VITEZ. En effet, il introduira cette Révolution qui intègre non seulement la culture classique, mais tous les autres domaines variés et inattendus comme le Design, la mode, la gastronomie et les musiques technos. Il a compris que la Révolution technologique a provoqué une énorme demande de produits culturels. Jack LANG se caractérise essentiellement par son conformisme, son imagination toujours débordante «La culture n’est ni un privilège, ni un supplément d’âme. Elle ne se réduit pas aux loisirs et aux divertissements. Elle constitue, certes un levier économique, social et éducatif, mais elle est surtout indispensable à notre intelligence, a fortiori en période de crise économique et de perte de repères» écrit Christophe GIRARD, dans son «petit livre rouge de la culture».
A cette époque, simple conseiller de Paris, sans fief politique, et sans enracinement dans le Parti socialiste, Jack LANG devient, subitement, l’homme politique le plus populaire de France, une bonne image, depuis lors, qui ne s'est jamais démentie. «De tous ceux que la Gauche a placés sous les feux de la rampe, Jack Lang est sans doute celui qui a fait le plus parlé de lui. Il a su faire de la culture un enjeu politique majeur» écrit Mark HUNTER. La fin des années MITTERRAND aurait dû logiquement soustraire Jack LANG de la lumière. C’est le contraire qui s’est produit. «Le bel homme», en référence au surnom des Guignols, est toujours au-devant de la scène, toujours sémillant et inventif. Maire de Blois de 1989 à 2000, député à Boulogne-sur-Mer de 2004 à 2010, Jack LANG est président de l’Institut du Monde Arabe, depuis 2013. En effet, Jack LANG est resté, éternellement, le Ministre de la Culture qu’on continue encore de consulter «La culture a beaucoup à perdre dans une telle compétition. Survivre, se nourrir sont des exigences absolues. La culture peut paraître moins vitale quand autant de gens souffrent et meurent. Et pourtant, les artistes et les créateurs ont témoigné, au cours de cette période, d’une inventivité étonnante et ont montré que la culture est une nécessité de l’âme, une source de bonheur, de générosité» dit Jack LANG, à propos de cette période de pandémie de la Covid-19.
La culture étant un des moyens de «changer la vie», Jack LANG s’est voulu le continuateur de l’ambition culturelle de la Révolution de 1789, pour qui, en réaction au vandalisme de l’Ancien régime, par un volontarisme, pose le principe que l’affirmation de la liberté d’opinion se traduit par l’instauration de la liberté des théâtres. La culture est placée au cœur de l’ambition de régénération de la société : changer les mentalités, transformer les pratiques les plus quotidiennes, construire de nouvelles institutions, instruire et émouvoir. Si la IIIème République  s’est désintéressée à l’art et à la culture, Jack LANG a recherché son inspiration dans l’héritage du Front populaire qui, dans un contexte de grave crise économique et de montée des totalitarismes a voulu construire une réplique démocratique à l’embrigadement de la culture devant être popularisée. «L'échec économique de nos prédécesseurs fut d'abord un échec culturel. Ils avaient perdu la foi en la force de l'esprit et de la volonté. Nous croyons en la force de l'esprit et de la volonté pour transformer le cours des choses. La culture, c'est donc la vie de l'esprit. Elle ne peut être confinée en une lointaine forteresse, éloignée des douleurs et des peines des hommes ; elle est la vie même. Pourquoi un ministère de la culture ? Pour accomplir une double tâche ; apporter sa propre contribution avec les autres ministères de ce Gouvernement, avec le Parlement, au projet de civilisation voulu par le pays, et conduire une politique nouvelle pour l'art et la création» dit Jack LANG. La culture est, par ailleurs, étroitement liée à la politique de loisirs, Jean ZAY (1904-1944) s’étant appuyé sur un vaste mouvement associatif. En effet, Jack LANG voit aussi dans la culture un enjeu économique et social. Selon lui «tout est culture», toute action gouvernementale est culturelle ; il y a, non pas un seul, mais quarante-quatre ministres de la culture dans le gouvernement de Pierre MAUROY. Tous les Français et non plus seulement une classe sociale, ont droit à la culture. Il identifie le combat de la gauche à un manifeste culturel et place le Ministère de la Culture «au service d'un projet de civilisation». A partir de 1959 deux ministres de la culture sortent du lot : André MALRAUX est celui qui a donné à la politique culturelle son «prestige», et Jack LANG, lui a donné  une vaste assise populaire, en raison de son imagination et de sa créativité débordantes, mais sa puissante capacité à agir, donc à faire bouger les lignes. Dans cette énergie créative et débordante, Jack LANG sait valoriser les hommes qui ont des projets ; ce qui le caractérise c’est «sa curiosité, sa sensibilité, son enthousiasme, sa capacité d’engagement immédiat. Quand il reconnaît la justesse d’un projet, il ne pose aucune question, ne cherche pas à atermoyer ; il donne le feu vert» écrit Patrick BOUCHAIN.
Jack LANG tenait une bonne partie de sa légitimité en raison de sa grande proximité avec le président MITTERRAND qui avalisait tous ses projets culturels. «François Mitterrand était un homme d’une grande culture, il était passionné de littérature, de cinéma, il avait une grande connaissance de l’histoire, du patrimoine. Sa culture était plutôt classique, même s’il était curieux de tout. Je lui ai fait découvrir et apprécier l’art d’avant-garde mais aussi la bande dessinée ou les musiques nouvelles. Il aimait les choses incarnées, sensuelles, le roman, la poésie. Il plaçait la culture au cœur de son projet politique, pour des raisons à la fois logiques et affectives, par raison et par passion. Il croyait profondément dans la culture pour transformer la société, accomplir la promesse de la gauche de libérer le temps libre, que chacun puisse l’utiliser pour se former, pour créer, pour rêver» dit Jack LANG.
Pour François MITTERRAND, la culture est l’expression du génie des peuples et ce qu’il y a de plus durable dans l’action des hommes. Lui-même aime à s’entourer d’artistes, affectionne certains écrivains et les éditions rares. En effet, François MITTERRAND a réfléchi sur une politique culturelle de gauche, sur  les multiples relations que peuvent nouer la culture et la politique : «Au fond, la palette est sans frontières : de Molière protégé du pouvoir royal à Beaumarchais ébranlant le pouvoir royal, en passant par les relations Voltaire-Frédéric de Prusse, Diderot-Catherine de Russie, Chénier-Robespierre, Malraux-de Gaulle» dit François MITTERRAND le 19 mars 1981, au symposium international sur la science et la culture, une rencontre abritée par l’UNESCO, avec la complicité d’Amadou Makhtar M’BOW, alors Directeur général de cette institution. MITTERRAND insiste sur la nécessaire humilité qui doit inspirer l’action de l’homme politique : «Au fond, l’exercice des responsabilités publiques n’est qu’une section des affaires culturelles. Si la culture est l’ensemble de nos modes de vie et de pensée, l’homme politique est un homme parmi d’autres. Avec d’autres, il essaie de comprendre le monde, avec d’autres il essaie de changer le monde» dit François MITTERRAND. La culture est un projet de société, un projet de vie, l’un des puissants socles du changement que la gauche entend mettre en place : «Le socialisme, c’est d’abord un projet culturel, c’est moins un choix de société qu’un choix de civilisation : en vérité, un choix de vie ou plutôt un choix de survie. Aujourd’hui, notre système à bout de souffle, à court d’idées, désespère l’homme et l’enferme dans la solitude» dit François MITTERRAND. La culture c’est réensemencer un vaste dessein mobilisateur des énergies et des talents «Gouverner l'avenir et non en être le jouet. Pour ce faire, concevoir un immense effort d'éducation artistique et scientifique à travers le pays, à l'école et hors de l'école» dit François MITTERRAND. Un projet culturel, c'est aussi une grande politique de la lecture publique, une politique audacieuse des programmes télévisés, orientés vers l'éducation, la connaissance et la formation du goût public, c'est redonner l'amour du beau dans sa ville dans son habitat, dans sa vie, c'est multiplier les groupes amateurs ; c'est ouvrir largement les portes de l'école aux artistes et aux techniciens. Réensemencer, c'est réintroduire l'art au cœur de la vie et non l'utiliser comme cache-misère.
Pour l’emblématique ministre de François MITTERRAND, dans son discours du 17 novembre 1981, la culture se trouve inscrite au cœur de tout projet politique et non à la périphérie de l’action gouvernementale ; et la politique culturelle participe d’un «projet de civilisation» qui vise à redonner droit de cité à la beauté et au bonheur. André MALRAUX, ministre de la culture du général de GAULLE parlait du «combat pour la civilisation, du jour contre la nuit». Pour le général de GAULLE «La culture domine tout». Le président sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, un des membres du comité de François MITTERRAND sur la culture, défendait le primauté de la culture sur la politique, l’assimilation du champ culturel à la totalité du champ politique : «la culture est au début et à la fin de tout développement» disait le président sénégalais.
Qui est Jack LANG ?
Son arrière-grand-père maternel, Emile BOUCHET (1895-1926), un républicain, laïc et franc-maçon est institution en Vendée, catholique, conservatrice et monarchiste et sa grand-mère est Berthe BOULANGER (1896-1944). Les curés manifestent une hostilité à l’égard d’Emile, un enseignant de l’école du «démon». Jack LANG se dit areligieux, mais il introduira l’enseignement du fait religieux à l’école. Sa mère, Marie-Luce, est née le 5 janvier 1919. En 1926, à la mort d’Emile BOUCHET, sa famille vint s’installer à Nancy.  Sa mère, Marie-Luce BOUCHET, née le 5 janvier 1919, se marie, le 25 mai 1938, à Roger LANG (1902-1955), laïc, d’ascendance juive et directeur commercial d’une entreprise de son père, Albert LANG. Alors qu’elle attendait un enfant, et craignant que Nancy ne soit bombardée, Marie est envoyée à Méricourt, dans les Vosges, c’est là que naît le 2 septembre 1939, Jack LANG. En pleine guerre, et en hommage aux Anglais, son père voulait lui donner le prénom de Winston ; l’état civil refuse d’enregistrer ce prénom qui n’est pas français, mais accepte celui de «Jack», une francisation de «Jacques». Pendant la guerre, la famille se réfugie d’abord à Vichy, mais est obligée par la suite de se rendre en Corrèze.
Jack LANG fait des études secondaires au lycée Henri-Poincaré de Nancy. Entré en sixième en 1949, il redouble cette classe, puis est envoyé deux ans en pension au collège de Lunéville. Il revient en classe de quatrième au lycée Poincaré. Placé en section scientifique au premier trimestre de la classe de seconde, il demande à passer en section économique et sociale en cours d'année. Jack LANG perd son père à l'âge de 15 ans, en 1955. Il obtient le baccalauréat en 1957, puis s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Nancy et au centre universitaire d'études politiques, dépendant de l'Institut d'études politiques de l'université de Paris. Ayant réussi avec mention ses deux premières années d'études au centre, il peut entrer directement en 1959 en deuxième année d'études à l'Institut d'études politiques de l'université de Paris, section service public, dont il est diplômé en 1961. Il continue en parallèle ses études de droit à la faculté de droit de l'université de Paris, et y obtient la licence, également en 1961. Après ses études à Paris, Jack LANG entame une carrière universitaire à la faculté de droit de l'université de Nancy. Il devient assistant du professeur de droit international, Charles CHAUMONT, obtient en 1964 les diplômes d'études supérieures en sciences politiques et en droit administratif puis, après l'obtention du doctorat en droit en janvier 1967, il devient chargé de cours. Après deux échecs successifs, il est lauréat du concours d'agrégation de droit public et sciences politiques, et est nommé maître de conférences le 1 janvier 1971 à l'université Nancy II. Titulaire d’un doctorat de droit international en 1976, et doyen de l'unité d'enseignement et de recherche de sciences juridiques et économiques de 1977 à 1980, Jack LANG obtiendra ensuite sa mutation à l'université Paris X-Nanterre.
Sa grand-mère paternelle, Camille LANG, dite «Mame», l’emmène à son premier spectacle d’opérette. Elle pense que Jack, un enfant sensible et intellectuel, est promis à un bel avenir. Par la suite, Jack suit les leçons de piano et de danse, mais sa véritable et durable passion, sera le théâtre. Jack LANG, qui zozotait, s’est passionné pour le théâtre «L’erreur de tous les hommes, c’est de ne pas croire assez au théâtre» écrit Albert CAMUS dans son «Caligula». On dit de lui, narcissique ou mégalomane, Jack voulant être objet de toutes les attentions, a besoin de plaire et de séduire. En fait, Jack LANG célèbre, en permanence la vie «Ah ! c’est maintenant que je vais vivre ; c’est moi qui le dit et moi qui m’invite à une fête sans mesure. Aujourd’hui, et pour le temps qui va venir, la liberté n’a plus de frontière» écrit Albert CAMUS dans son «Caligula».
Initialement, Jack LANG n’était pas socialiste, mais un anticolonialiste virulent et inconditionnel, dans un contexte de guerres en Algérie et en Indochine. Admirateur de Pierre MENDES-FRANCE (1907-1982), il rêve d’un monde plus juste et plus fraternel. Adhérent du mouvement des jeunes radicaux, il en est exclu en 1958. Il entretiendra une relation épistolaire avec Pierre MENDES-France «En 1959, je suis étudiant à Paris, je défends des idées de Pierre Mendès-France, qui, président du Conseil, a mis fin en 1954, à la guerre d’Indochine, et ouvert la voie à l’indépendance de la Tunisie et du Maroc. Grâce à son courage intellectuel et sa passion de la Vérité, il incarne alors l’idéal de ma génération» écrit Jack LANG dans «François Mitterrand, Fragments de vie partagée».
A Nancy, ville conservatrice se tenant à l’écart de la vitalité artistique française, Jack LANG fonde, en 1963, le Festival international du théâtre universitaire, un théâtre contestataire, éphémère et amateur qui attirera bientôt des troupes du monde entier et connaîtra une renommée internationale. Cette expérience est un haut lieu de découverte de nouveaux talents (Patrice CHEREAU, Chico BUARQUE). En ce temps-là, le théâtre dominant est celui des gags, le procès du système moral ou politique est rarement abordé. Or, en partisan de la liberté, de la poésie et de la fraternité, Jack LANG se passionne pour Albert CAMUS (1913-1960) et surtout Bertolt BRECHT (1898-1956), dans son esthétique de la distanciation. «Le rôle du comédien n’est pas de dire et de bien dire. Loin d’être un interprète docile et soumis, il deviendra lui-même créateur» écrit Antoine VITEZ. C'est au Conservatoire d'art dramatique de Nancy, en 1957, que Jack LANG fait la connaissance d’une petite brune, Monique BUCZYNSKI,, fille d’un juif polonais, Jacques BUCZYNSKI, originaire de Lituanie, et d'Elvire HAHN, qu'il épousera le 13 mars 1961. Ils auront deux filles. L'aînée est Caroline, née le 27 septembre 1961, senior vice-présidente de Warner Bros. International Television Distribution. La cadette est la comédienne Valérie LANG (1966-2013), compagne de Stanislas NORDDEY, fils de Jean-Pierre Mocky, est décédée des suites d’un cancer «Valérie nous manque, énormément ; elle était un trésor, un bijou, une personne merveilleuse. C’est particulièrement difficile» dit Jack LANG, face à ce drame. Derrière la réussite de chaque grand homme, se cache une femme exceptionnelle. En effet, Monique, l’épouse, a joué un rôle déterminant, mais discret, dans la carrière de Jack LANG. Il a de l’esprit, du charme et des convictions, Monique, conseillère privée, coach et directrice de conscience, lui a apporté le culot et l’appoint, l’esprit de décision. Monique a tenu un rôle central dans le fonctionnement du ministère de la culture et dans la constitution des réseaux de Jack LANG : «Pharaonne. moderne, pour influentes que soient nos trois «ministresses» du gouvernement Chirac, aucune n'a le pouvoir ni le statut (elles ne sont pas salariées) dont jouissait Monique Lang à la Culture» écrit Marie-Thérèse GUICHARD. Jack LANG ne manque ni d’allure, ni de panache et il a cultivé une proximité et une grande complémentarité avec sa femme, Monique «Il est impossible d’approcher Jack Lang, sans passer par Monique. C’est elle qui fait le tri et fixe les rendez-vous» écrit Mark HUNTER, un de ses biographes. A Nancy, il croit au bienfait de la contestation du théâtre des étudiants, et il a la passion de la liberté, au risque de se brouiller avec le maire conservateur de la ville, et donc de perdre tout appui logistique.
En 1972, Jacques DUHAMEL (1924-1977), ministre de la culture de Georges POMPIDOU (1911-1974), nomme Jack LANG, directeur du théâtre de Chaillot, à Paris, un établissement en déclin «Jack Lang est le lieu même de l’échange. Il est la vision, l’audace décisionnaire, le sens du terrain et des convictions peu conformistes» écrit Patrick BOUCHAIN. Assisté d’Antoine VITEZ, en qualité de Directeur artistique, Jack LANG institue un théâtre national pour enfants et diligente une transformation radicale de la grande salle. A Chaillot, Jack LANG veut donner plus d’écho au vivant ; il a cette façon de modifier les règles du jeu de l’intérieur, de faire de l’institution même un lieu de révolution, une réinvention permanente. Dans son imagination au pouvoir, Jack LANG considère que le théâtre est l’art le plus complet de tous, d’expérimentation et d’interprétation «rêveur insouciant, le temps d’une fête ou d’un regard, curieux et gourmand de tout, sitôt qu’il a décidé, tumultueux, impossible à arrêter, joyeux quand la vie quotidienne le retient, il est porté à l’action, au sérieux et devient infatigable. Gauchiste, disent ses ennemis ! Il l’est d’une certaine manière, par son mépris des idées reçues, sa haine du moindre conformisme. Il ne se reconnaît pas de maître. Il ignore le respect, sauf quand il admire» écrit Jean-Denis BREDIN.
En juillet 1974, lorsque François MITTERRAND se rend au théâtre de Chaillot pour soutenir Jack LANG qui vient d’en être évincé par le nouveau secrétaire d’État à la Culture, Michel GUY (1927-1990). François MITTERRAND est ensuite invité, en 1975 et en 1977, au festival de Nancy par Jack LANG, qui le séduit par ses idées, sa fougue, son entregent. Jack LANG, dans ses convictions fortes comme des montagnes et une volonté aussi forte que ses convictions, est un être entier, et cela peut lui jouer  des tours : «Avec ceux auxquels il n’accorde ni estime, ni crédit, ceux qui se dressent contre lui, il les affronte violemment et souvent sans précaution. Au risque de perdre la direction de Chaillot, à laquelle il tient tant, il malmène Maurice Druon, son ministre, parce qu’il ne peut pas le supporter» écrit Jean-Denis BREDIN. En effet, Jack LANG, dans sa force vitale, il sait où il est et quel chemin il va emprunter. Or, Maurice DRUON (1918-2009), auteur du «chant des partisans», hostile à toute innovation ou avant-garde culturelle, et voyait dans toute audace une forme de contestation ou de subversion politique ; En cela Jack LANG dérangeait le nouveau pouvoir giscardien.
En 1977, Jack LANG se présente sur une liste socialiste des municipales à Paris 3ème dirigée par Jérôme CLEMENT, homme de culture, écrivain et futur président d’Arte. Au cours de cette campagne, Jack LANG fait la connaissance de Georges DAYAN (1915-1979), député du Gard et sénateur de Paris, un des amis intimes de François MITTERRAND. C’est à ce moment que Jack LANG, petit à petit, va entrer dans le cercle fermé des amis du futur président socialiste de la République. En 1978, Michel ROCARD, populaire dans les sondages, et un redoutable concurrent de François MITTERRAND, le qualifie «d’archaïque». Au congrès de Metz, Jack LANG soutient François MITTERRAND contre Michel ROCARD (1930-2016). François MITTERRAND ressentant alors le besoin de renouveler et densifier, l’entoure de nouvelles recrues et accorde une place de choix aux «Sabras» ou descendants de Juifs nés en Israël (Jacques ATTALI, Laurent FABIUS, Jean-Marc AYRAULT) : «A leurs yeux, je représente une nouvelle génération du monde de la culture, une certaine modernité et forme de créativité» dit Jack LANG. En 1979, Jack LANG, nommé conseiller culturel, est désigné directeur de la campagne des européennes, pour la première fois au suffrage universel direct, et le Parti socialiste (22%) devance la Libération le Parti communiste (19%) : «Cette campagne sera, pour moi, une sorte de laboratoire géant, et pour François Mitterrand, une rampe de lancement» écrit Jack LANG.
Jack LANG est choisi par François MITTERRAND pour prendre en charge la délégation nationale à l’action culturelle et participe activement à la campagne présidentielle de 1981, s’employant à rassembler autour du candidat socialiste intellectuels et «créateurs» de toutes disciplines.

 

Au soir du 10 mai 1981, François MITTERRAND dira, à la rue Solférino, le nouveau siège du Parti socialiste depuis 1980, «Je vous retrouverai, chacun, dans les prochains jours». Paul QUILES, directeur de la campagne électorale de 1981, avait demandé à Jack LANG, dans l’hypothèse d’une victoire d’organiser une grande fête à la Place de la Bastille. Mais Jack LANG ne savait pas encore sa place dans le futur gouvernement «Nous étions prêts à exercer le pouvoir, nous sommes impatients d’agir» dit Jack LANG. Le 12 mai 1981, Jack LANG ainsi que son épouse Monique, sont invités à prendre un café à la rue de Bièvre au domicile parisien. Au moment du départ, François MITTERRAND lui demande de l’accompagner au pigeonnier et lui demande de s’occuper de la partie publique de la cérémonie de passation de pouvoirs du 21 mai 1981 ainsi que la visite du Panthéon «Après le Front populaire et la Libération, la majorité politique vient de s’identifier à la majorité sociale» avait dit François MITTERRAND. Mais MITTERRAND n’a rien dit de son entrée au gouvernement. Jack LANG est revenu le 13 mai 1981, mais François MITTERRAND est resté silencieux. Dans cette période intense et c’est la nature de François MITTERRAND, il ne disait rien à personne et restait souvent dans la réserve ; il écoutait plus que ce qu’il ne parlait. Puis, il décidait. «Dès qu’on est plus de deux à savoir, il n’y a plus ni discrétion, ni secret publics» disait François MITTERRAND. C’est finalement Gaston DEFFERRE qui a vendu la mèche en félicitant Jack LANG, nommé Ministre de la culture : «Nous gravirons ensemble les marches de l’Elysée pour aller à la salle des fêtes» lui dit-il.
Nommé Ministre de la culture, Jack LANG savoure cet instant de joie «Un sentiment de bonheur m’étreint. Depuis des années, je me bagarre pour que cela advienne, et soudain le rêve se réalise. François Mitterrand m’accorde une confiance qui me donne des ailes. Ce n’est pas l’ivresse du pouvoir que je ressens, mais l’ivresse de pouvoir enfin faire bouger les lignes, inverser les priorités» écrit-il. Dans ces années 80, la nomination de Jack LANG au ministère de la culture est loin d’être anodine. La culture est un haut lieu de confrontation et de concurrence entre le Parti socialiste et le Parti communiste qui, dans les années 70 et 80, détenait une hégémonie culturelle incontestable depuis la Libération : «Nous voulions faire pièce au P.C.F, qui prétend être le parti des intellectuels» écrit Jack LANG. Le poète communiste, Louis ARAGON (1897-1982) invitait à construire des «galeries vers le ciel» et Jack RALITE (1928-2017) aurait pu être un bon ministre de la culture. «La culture fait partie intégrante de notre identité et de notre histoire, elle fédère et rassemble les citoyens, contribue à donner à la France sa place spécifique en Europe et dans le monde» écrit Christophe GIRARD «le petit livre rouge». Par conséquent, la Gauche, François MITTERRAND et Jack LANG ont vite compris qu’en vue d’une conquête ou conservation durable du pouvoir, la culture est devenue un enjeu politique. Or traditionnellement, le ministère de la culture, parent pauvre du budget de l'État, était en quelque sorte la «Cendrillon» suivant André MALRAUX, avec «un budget des menus plaisirs» suivant Jean VILAR. Aussi Jack LANG sollicite le doublement du budget du Ministère de la Culture : «Bonne idée, mais bonne idée difficile à réaliser» dit François MITTERRAND. Jack LANG se bat pour l’émergence de 40 ministres de la culture : «Et fini le temps où, campant jalousement sur ses hauteurs, l'administration de la culture somnolait loin des bruits du monde. La culture n'est la propriété de personne. La culture n'est pas la propriété d'une administration. Si notre ambition culturelle est une ambition de civilisation, alors aucun ministère n'en est exempté. Chaque administration, chaque service public, chaque entreprise nationale en sera l'artisan. Ce Gouvernement ne compte pas un ministre de la culture, mais si je puis dire, quarante-quatre ministres de la culture, car chacun à sa manière peut apporter sa contribution à ce projet d'ensemble» dit Jack LANG. En effet, la culture est un puissant désir de changement dans toute la société, «en vue d’inoculer le désir de beauté, d’harmonie» dit-il. «Jack Lang est boulimique, et l’idée de Mitterrand était sans doute  de le contenir partiellement. Même si, de toute façon, Jack Lang on le sort par la porte, il revient par la fenêtre, il a été toujours comme cela ! François Mitterrand l’appréciait mais ne voulait pas l’avoir tout le temps dans les pattes» dit Jérôme CLEMENT.
Jack LANG, ministre de la culture, au service du projet de rupture de François MITTERRAND, a témoigné de l’audace, la politique reste le domaine de la volonté et de l’action, abandonnant ainsi la résignation et les incantations stériles. François MITTERRAND avait déjà fixé le cap «Réfléchissez, dans les prochains jours, à une liste de grands projets qui soient architecturalement emblématiques et répondant à un vrai besoin culturel. Et enclenchez immédiatement dans l’ensemble du pays un vaste mouvement d’où surgiront des centres d’art et de création» avait-il dit le 19 mars 1981. En effet, Jack LANG  «a des convictions fortes comme des montagnes, et une volonté aussi forte que ses convictions. Il ne sait rien d’impossible, et rend tout ou presque possible, à force de vouloir, de bousculer les obstacles et rompre les règles ordinaires du jeu» écrit Jean-Denis BREDIN dans «Eclats». Pour François MITTERRAND, la culture est un puissant levier pour le changement «un changement profond équivaut à un tremblement de terre. «Nous voulons changer la vie, imaginer un autre système de civilisation qui puisse faire prévaloir l’exigence de la création et du savoir sur les impératifs de rentabilité à court terme, et en même nous voulons assurer la prééminence de la justice sociale sur les intérêts des profiteurs et des spéculateurs» dit François MITTERRAND.
François MITTERRAND a laissé à Jack LANG, une grande liberté de marge de manœuvre : «Il est pudique et réservé ; il préfère la litote aux longs discours ; il nous laisse mettre en scène sa pensée. Le geste large, il maintient le cap sur l’essentiel et, pour le reste, il se laisse porter par la vague» dit Jack LANG. Les premières visites de François MITTERRAND sont au Centre Pompidou, symbole de l’art moderne et au festival d’Avignon pour soutenir Ariane MNOUCHKINE. De nombreux écrivains étrangers sont naturalisés, comme Milan KUNDERA. Dans le passé, la Gauche n’ayant gouverné que de façon sporadique, est prise par un vertige de l’urgence du temps. «Avant 1981, le sentiment que les conservateurs et la droite étaient installés au pouvoir pour l’éternité pesait sur l’atmosphère. Vous avez hérité de cette aspiration à l’alternance, au droit à vivre, à penser et à gouverner autrement» dit Jack LANG. Aussi, différents projets sont immédiatement mis en chantier : loi sur le prix du livre, doublement du budget du ministère de la culture, lancement des grands travaux, exception culturelle. Mais ce programme n’est pas aussi spontané que cela, il est le fruit de nombreuses années de réflexions et de combats : «L’armature intellectuelle, politique et culturelle de notre programme nous sert de boussole» écrit Jack LANG.
Le projet de loi sur le prix du livre est présenté le 23 juillet 1981 en conseil des ministres ; son ambition est de «sauvegarder tout à la fois notre réseau de librairies, la diversité de la création et de l’édition» écrit Jack LANG. Ce projet de loi se heurte aux intérêts financiers de grands groupes de distribution et de supermarchés. Ainsi, Jérôme LINDON, Directeur des éditions de Minuit et créateur d’une association pour le prix unique du livre, dénonce la logique grossiste de la FNAC et le «mal français consistant à dédaigner les progrès de l’organisation et de la gestion, qui privilégie la défense du marginal sur l’essor économique, qui demande en permanence à l’Etat aide et protection». En effet, les années 80 sont marquées par la crise du livre. Elle a deux origines : le développement des nouvelles pratiques culturelles, qui concurrencent la lecture, et la crise de 1973. Le monde de l’édition est révolutionné par de gros éditeurs comme Hachette, et l’édition technique est plus en avance technologiquement ; le monde de la distribution est quant à lui attaqué par l’apparition des grandes surfaces. L’arrivée de la FNAC a porté le fer dans le monde des librairies, qui sont passées de plus de 60% du marché à 50%. Cette crise est maintenant accentuée par le phénomène de l’autoédition et cette pandémie de la Covid-19. A l’époque, dans sa croisade, Jack LANG est soutenu par Gaston DEFFERRE (1910-1986) et sa compagne, Edmonde CHARLES-ROUX (1920-2016, voir mon article). Le 10 août 1981 est promulguée la loi relative au prix du livre, connue sous le nom de loi LANG, entrée en vigueur le 1er janvier 1982, elle met en place, sur le territoire français, l’obligation de vendre les livres neufs au prix fixé par l’éditeur. Cette loi, hautement symbolique dans laquelle se retrouve aujourd’hui la grande majorité des acteurs du livre, est issue du contexte spécifique des années 1970 qui voit se développer de nouvelles formes de concurrence à la librairie traditionnelle. L’émergence du problème du prix du livre dans les années 1970 a été analysée par Yves SUREL : constatant une baisse du poids de la librairie indépendante, les acteurs de la chaîne du livre l’attribuent aux discounts consentis par les nouveaux acteurs de la distribution. Soulignant le rôle essentiel de la librairie indépendante pour la chaîne du livre et pour la culture, ils érigent le problème en enjeu de politiques culturelles et requièrent à ce titre une régulation de la concurrence par l’État via la mise en place d’un prix unique du livre. Les gouvernants ont toujours entretenu des rapports conflictuels avec le livre. En effet, celui-ci est considéré à la fois comme un soutien et une menace par les titulaires du pouvoir. Si la censure et le mécénat ont constitué deux formes privilégiées de cette relation séculaire, les liens actuels s’inscrivent plus volontiers dans le cadre traditionnel des politiques publiques. L’héritage de la Gauche, maintenant exporté dans toute l’Europe, est celui de la promotion générale du livre (Salon du Livre, Temps du Livre), à la législation sur les prix, en passant par les aides à la publication, l’Etat s’est aujourd’hui doté d’un répertoire d’actions très diverses.
Jack LANG engage, ce qu’il est convenu d’appeler les «Grands travaux», une expression trompeuse. L’ambition de la Gauche, à l’époque, était autre. Il ne s’agissait pas de construire pour construire, mais d’engager une politique des arts et de la culture complètement nouvelle : «A vrai dire, le manque était général. La situation culturelle était d’une grande pauvreté. Le musée du Louvre ou la Bibliothèque nationale, par exemple, étaient dans un état de décrépitude avancée: des salles ne pouvaient ouvrir au public qu’une demi-journée par semaine, l’eau coulait à travers les collections… L’opéra Garnier craquait de toutes parts, il y avait très peu de représentations possibles dans ­l’année» dit Jack LANG. Aussi, François MITTERRAND poursuit les projets de ses prédécesseurs, comme le musée d’Orsay, le musée des Sciences et des techniques de La Villette, l’Institut du monde arabe et l’aménagement de la Tête Défense, et en lançant de nouveaux, encore plus nombreux et ambitieux : le Grand Louvre, l’opéra de la Bastille, la Cité de la musique, la Grande Arche de la Défense au cours du premier septennat ; la Très Grande Bibliothèque lors du second. «Une France en marche, une France au travail, c'est avant tout une France foisonnante et inventive, une France confiante en elle-même, explorant les gisements encore insoupçonnés de son intelligence» dit Jack LANG.
François MITTERRAND est un homme politique d’une culture classique. Le projet du Grand Louvre a suscité de grandes controverses : «La cour Napoléon était un épouvantable parking. Le musée était handicapé par l'absence d'entrée centrale. L'idée initiale était de faire entrer les visiteurs au milieu, et de couvrir cette entrée» dit Jack LANG. Le Ministre de la culture a dû batailler, très durement ;  il «n’est pas l’homme des combats absurdes, ni des actions désespérées. Il n'est pas du tout anarchiste. Cette volonté peu commune, cette capacité à plier les évènements, à soumettre ou entraîner les autres, il ne les met pas au service d’impulsions irréfléchies. Il cherche le pouvoir, non pas pour ses intrigues, ou ses avantages, mais l’exacte mesure où le pouvoir permet l’action» écrit Jean-Denis BREDIN. Ainsi, la bataille pour le «Grand Louvre» a été mémorable. C’est l’époque où Louis PAUWELS (1920-1997), un journaliste de la presse conservatrice de Robert HERSANT qualifie Jack LANG de «Pape du SIDA mental». En fait, l’objectif de Jack LANG est d’affecter le bâtiment, tout entier, aux musées, de retrouver son unité, et donc d’en faire le plus grand musée du monde ; cela implique donc que le ministère des finances occupant l’aile de la rue de Rivoli doit déménager : «Bonne idée mais difficile à réaliser comme les bonnes idées» dit François MITTERRAND. Une bataille qui durera huit années. La pyramide de verre de Ieoh MING PEI (1917-2019), un américain de souche chinoise, de Canton, audacieuse et sobre, provoque une violente polémique ; on crie à la profanation. Mais François MITTERRAND ne plie pas et le Grand Louvre est inauguré le 29 mars 1989, lors du Bicentenaire de la Révolution française de 1789. «Le Louvre est le seul musée au monde dont l'entrée est une œuvre d'art, et la pyramide est devenue le symbole d'un musée résolument tourné vers l'avenir» dira Jean-Luc MARTINEZ. Les adversaires des grands chantiers disaient qu’ils seraient coûteux, mais la culture est un investissement sur l’avenir : «Il ne faut pas se laisser emprisonner par ce terrorisme. Un grand chantier national est créateur d’emplois, d’espoir, de ressources. A l’époque, on me disait que le Grand Louvre coûtait très cher. Aujourd’hui, cet investissement est remboursé au centuple en bonheur de vivre, en recettes touristiques, en fierté nationale, en emplois» dit Jack LANG. De 1991 à 1995, Jack LANG pourra faire aboutir 15 grands projets, avec des concours internationaux d’architecture : Musée d’Orsay, Musée des Sciences, Grande galerie du Muséum au Jardin des Plantes, Cité de la Danse, rénovation du Musée des arts et métiers, Cité de la Musique, Grande arche de la Défense, Institut du monde arabe, Opéra Bastille, Grande Bibliothèque portant maintenant le nom de François MITTERRAND, etc..
La Fête de la musique, initiée le 21 juin 1982, a été reprise par 140 pays de tous les continents et d’autres initiatives, comme la Fête du cinéma et les Journées du Patrimoines ont été pérennisées. Dans son imagination au pouvoir, Jack LANG sait transformer l’éphémère en durable «Là est son art à lui. Il suscite ou organise des événements dont on ne peut plus se débarrasser ; en ce sens, il gêne, il sert à ça» écrit Antoine VITEZ. Dans le projet des Colonnes de BUREN au Jardin du Palais-Royals, François MITTERRAND a accordé à son Ministre de la Culture la liberté de créer et la possibilité d’étonner, mais en même temps, le Président de la République n’étant pas un fanatique de la création contemporaine, n’adhère que modérément à cette initiative. Le projet des colonnes de BUREN soulève l’ire des conservateurs (Comédie française, Conseil d’Etat, Conseil Constitutionnel) et provoque de graves remous dans l’opinion publique, «l’esthétique académique» serait menacée. La commission des monuments historiques émet un avis favorable, cependant, Jack LANG, se fondant sur « une fuite d’eau », demande à Patrick BOUCHAIN d’entamer les travaux sur les fameuses colonnes, qui sont inaugurées le 30 juillet 1986, en pleine période de cohabitation. Ces colonnes seront même classées monuments historiques en 1994. François MITTERRAND accepte d’ériger différentes statues dans Paris et en province : Léon BLUM, place Voltaire dans le 11ème arrondissement, Pierre MENDES-France dans le Jardin du Luxembourg et Alfred DREYFUS, dans un Square du VIème arrondissement.
Jack LANG est un militant authentique antiraciste, considérant que l’immigration, dans l’un de ses ouvrages comme «positive».  Pour le Ministre de la culture et président de l’Institut du monde arabe, loin des esprits étriqués qui ne voient partout que des séparatistes, «la langue arabe est un trésor de la langue française» proclame un de ses ouvrages. Il est l’auteur d’un ouvrage, «Nelson Mandela, une leçon de vie pour l’avenir», avec une préface de Nadine GORDIMER. «C’est lui (Abbé Grégoire) qui, le premier, avec éloquence et force et courage, s’est élevé contre les discriminations raciales à l’égard des Noirs, à l’égard des juifs, à l’égard de toute exclusion» dira Jack LANG en 1989, à propos de l’hommage à l’abbé GREGOIRE. MITTERRAND, un féru d’histoire, a souhaité relier l’espoir du présent aux éclaireurs du passé. En effet, lors du Bicentenaire de la Révolution de 1798, Jack LANG est le maître de cérémonie au Panthéon, le 12 décembre 1989, lors de l’hommage rendu à Monge, Condorcet et l’abbé Grégoire : «On ne commémore pas une chose morte. On commémore une chose vivante, et la révolution a toujours été le mouvement, si j’ose dire. Une révolution, je veux dire la construction d’une république, c’est une œuvre constamment inachevée. Et je crois que ce qui est justement passionnant dans la période que nous vivons en ce moment, c’est que nous sommes, je le crois, à l’aube d’une nouvelle époque, pour la République» dit-il.
«Je suis le dernier des grands présidents. Après moi il n’y aura que des financiers et des comptables» avait dit François MITTERRAND, avec ses grands travaux, est un véritable pharaon du XXème siècle. La culture ne faisait pas partie des 110 propositions phares de François MITTERRAND, mais Jack LANG, dans son imagination débordante, a renversé la table : «De tous les responsables qui se sont succédé à la tête du ministère de la Culture depuis sa création, Jack Lang est incontestablement celui qui, avec André Malraux, l’aura le plus fortement marqué de son empreinte. Il aura, certes, bénéficié pour cela d’une progression importante des moyens financiers alloués par l’État à la culture ainsi que du temps nécessaire, deux mandatures de cinq ans, pour mener jusqu’à leur terme la plupart des projets engagés. Mais surtout, il a su inscrire son action dans des lignes de force qui ont donné du sens à ses initiatives. Sa force de conviction a permis de mobiliser la plupart des institutions et acteurs culturels. L’ouverture à de nouvelles activités artistiques, considérées auparavant comme tout à fait secondaires, ainsi qu’à de nouveaux publics, laissés jusque-là à l’écart pour des raisons géographiques ou sociales, ont également contribué à toucher de très larges couches de la population. Tout cela a donné à son ministère une aura incontestable auprès de l’opinion» écrit Mme Aurélie FILIPPETTI, ancienne Ministre de la Culture et de la Communication, dans la préface de l’ouvrage de Maryvonne SAINT PULGENT, «Jack Lang, batailles pour la culture, dix ans de politiques culturelles». Ces éloges sont loin d’être immérités ou complaisants : «S’il y a un discours mondial, il est d’abord celui des Hommes qui luttent, jusqu’au bout, pour se reconnaître, et dans une même mort, finir par inventer leur propre fraternité. Soyons fiers de nos identités et de nos particularités, et regardons avec admiration le spectacle de nos différences. Rebelle, je le crois, et fraternel, naturellement. L’art et la création doivent occuper dans nos sociétés une place centrale, et non pas ornementale ou décorative. L’art est d’abord un art de vivre, et comme tel, il doit recevoir plein droit de cité» dit Jack LANG, dans son discours, en 1982, à Mexico. En effet, «ce monde tel qu’il est n’est pas supportable. J’ai besoin de la vie, du bonheur et de l’immortalité. Je ferai de ce siècle le don de l’égalité», dit Caligula, qu’avait joué à Nancy Jack Lang, batailles pour la culture, dix ans de politiques culturelles LANG ; une formule qui lui sied bien, et pour toujours.
Références bibliographiques sélectives
1 – Contributions de Jack LANG
LANG (Jack), Eclats, entretien avec Jean-Denis Bredin et notes d’Antoine Vitez, Paris, J-C Simoen, 1978, 257 pages ;
LANG (Jack), HUGUENNOT (Vianney), Jack Lang, dernière campagne : éloge de la politique joyeuse, Paris, éditions de l’Aube, 2013, 189 pages ;
LANG (Jack), «Discours à l’Assemblée nationale sur les orientations du Ministère de la culture», du 17 novembre 1981 ;
LANG (Jack), «Discours à Mexico, culture de masse et culture des peuples», Raison présente, 4ème trimestre 1982, n°64, pages 97-100  ;
LANG (Jack), «Discours au Panthéon, en hommage à Monge, Condorcet et l’abbé Grégoire», du 12 décembre 1989, extrait de «Vie publique» ;
LANG (Jack), «Entretien à propos de la politique culturelle», Revue Charles, 18 juin 2014, n°10 ;
LANG (Jack), «Quand j’étais Ministre de la Culture», L’Observatoire, été 2017, n°50, page 10 ;
LANG (Jack), Changer, Paris, EAN, 2005, 180 pages ;
LANG (Jack), Dictionnaire amoureux de François Mitterrand, Paris, Plon, 2015, 464 pages ;
LANG (Jack), François 1er, Paris, Perrin, 2009, 416 pages ;
LANG (Jack), François Mitterrand, fragments de vie partagée, Paris, 2011, Seuil, 300 pages ;
LANG (Jack), HELVIG (Jean-Michel), Demain, comme hier, Paris, Paris, Fayard, 2009, 418 pages ;
LANG (Jack), La langue arabe, trésor de la langue française, Paris, Cherche-Midi, 2020, 128 pages ;
LANG (Jack), Laurent le Magnifique, Paris, Fayard, 1982, 440 pages ;
LANG (Jack), LE BARS (Hervé), L’immigration positive, Paris, Odile Jacob, 2006, 249 pages ;
LANG (Jack), Le choix de Versailles, Paris, Calmann-Lévy, 2009, 220 pages ;
LANG (Jack), Le plateau continental de la Mer du Nord, CIJ 20 février 1969, Paris, LGDJ, tome 58, 1988, 178 pages ;
LANG (Jack), LEMOINE (Colin), Michel-Ange, Paris, Fayard, 2012, 300 pages ;
LANG (Jack), Les batailles du Grand Louvre, Paris, EAN, 2010, 259 pages ;
LANG (Jack), Un nouveau régime politique pour la France, Paris, Odile Jacob, 2004, 224 pages ;
LANG (Jack), Une école élitaire pour tous, Paris, 2003, EAN, 768 pages.
2 – Critiques de Jack LANG
BOUCHAIN (Patrick), MEYER (Clotilde), Le pouvoir de faire, Arles, Actes Sud, 2016, 108 pages ;
BRICHET (Robert), «Pour un Ministère des Arts», Cahiers de la République, décembre 1956, pages 78-92 ;
COLIN (Jean-Pierre), L’acteur et le roi : portrait en pied de Jack Lang, Paris, Georg, 1994, 329 pages ;
COLIN (Jean-Pierre), Le mystère Jack Lang, Paris, Georg, 2000, 237 pages ;
DENISOT (Marion), Jeanne Laurent, sous-directeur des spectacles et de la musique (1946-1952) : contribution à une histoire politique et culturelle de l’intervention de l’Etat en matière théâtrale, Paris, Comité d’histoire, Documentation française, 2005, 287 pages ;
DESNEUX (Richard), Jack Lang : la culture en mouvement, Paris, Favre, 1990, 255 pages ;
DUBOIS (Vincent), «L’art et l’Etat au début de la IIIe République, ou les conditions d’impossibilité de la mise en forme d’une politique», Genèses, sciences sociales et histoire, juin 1996, vol 23, pages 6-29 ;
DUBOIS (Vincent), La politique culturelle : genèse d’une catégorie d’intervention publique, Paris, Belin, 2012, 512 pages ;
DUHAMEL (Alain), De Gaulle, Mitterrand : la marque et la trace, Paris, Flammarion, 1994, 232 pages ;
FAUVELAIS (Christian) GLAIN (Jean-Yves), Le prix unique pour le livre : enquête sur une loi au-dessus de tout soupçon, Paris, Éditions de l’Institut économique, 1983, 159 pages ;
 
GIRARD (Christophe), Le petit livre rouge de la culture : projet pour une République culturelle, Paris, Flammarion, 2012, 111 pages ;
GUIMIER (Laurent) CHARBONNEAU (Nicolas), Docteur Jack et Mister Lang, Paris, Cherche Midi, 2004, 201 pages ;
HUNTER (Mark), Les jours les plus Lang, Paris, Odile Jacob, 1990, 316 pages ;
JUNG (Cécile), Le parti socialiste et l’action culturelle. Formation d’un programme de gouvernement 1971-1981, DEA, Paris, IEP, 1987, 126 pages ;
LAURENT (Jeanne), La République et les Beaux-arts, Paris, Julliard, 1955, 226 pages ;
LINDON (Jérôme), La Fnac et les livres, Paris, Éditions de Minuit, 1978, 15 pages ;
LOPFERMANN (Emile), VITEZ (Antoine), Conversations avec Antoine Vitez : de Chaillot à Chaillot, Paris, EAN, 1999, 258 pages ;
MARTIN (Laurent), Jack Lang, une vie entre culture et politique, Paris, Complexe, 2008, 419 pages ;
MARTIN (Laurent), Le prix du livre : 1982-2006 : la loi Lang, Paris, Imec, 2006, 200 pages ;
MARTIN (Laurent), Malraux, Lang et après ? : débat sur la culture, Paris, Descartes et Cie, 2012, 239 pages ;
MEIZOZ (Jérôme), «Édition indépendante, librairie et grande distribution: un tournant décisif», Études de lettres, 2020 (312) pages  237-240 ;
MOZUZ-LAVAU (Janine), Malraux, la politique, la culture, Paris, Gallimard, 1996, 416 pages ;
ORY (Pascal), «Le Front populaire et la création artistique», Bulletin de la société d’histoire moderne, 1974, pages 5-17 ;
ORY (Pascal), La belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front Populaire (1935-1938), Paris, Plon, 1994, 1033 pages ;
POIRIER (Philippe), «L’empreinte du Front populaire sur les politiques culturelles (1955-2006)» in Xavier Vigna, Jean Vigreux Serge Wolikow, Le pain, la paix, la liberté : Expériences et territoires, Paris, éditions sociales, 2006, pages 349-360 ;
POIRIER (Raphaël), MOREAU (Michaël), Mains basses sur la culture : argent, réseaux pouvoir, Paris, La Découverte, 2014, 336 pages ;
RIOUX (Jean-Pierre) SIRENELLI (Jean-François), sous la direction Pour une histoire culturelle de la France, Paris, Seuil, 1997, vol IV, «Le temps des masses, le XXème siècle», 528 pages ;
SAINT-PULGENT de (Maryvonne), Jack Lang, batailles pour la culture : dix ans de politiques culturelles, préface d’Aurélie FILIPPETTI, Paris, La documentation française, France Culture, 2013, 253 pages ;
SUREL (Yves), L’État et le livre : les politiques publiques du livre en France (1957-1993), L’Harmattan, 1997, 362 pages ;
URFALINO (Philippe), L’invention de la politique culturelle, Paris, Hachette, 2004, 424 pages.
Paris, le 23 janvier 2021, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jack LANG, l’emblématique ministre de la culture de François MITTERRAND ou l’imagination au pouvoir» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 22:41
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
J’entame, dans le cadre du quarantième anniversaire de la victoire de François MITTERRAND du 10 mai 1981, et la perspective des présidentielles de 2022, de rendre hommage à un personnage emblématique : Pierre MAUROY. Le Parti socialiste s’il entend renouer avec la victoire et l’Histoire, devrait abandonner ces politiques libérales qui l’ont plongé dans de grandes difficultés, en renouant avec son passé glorieux. «Les hommes passent avec le reste. Les justes causes, elles, ne meurent pas» disait Pierre MAUROY. En effet, les fonctions de premier ministre du 21 mai 1981 au 17 juillet 1984 ont correspondu à l’âge d’or de la période authentique de changement des années MITTERRAND «La Droite et la Gauche, ce n'est pas la même chose» disait-il. Pierre MAUROY avait réhabilité la Politique ; en grand rêveur, conciliant la liberté, la démocratie et le socialisme, il avait allié le pragmatisme et l’action : «Aller à l’idéal, en comprenant le réel» comme le dirait Jean JAURES (1859-1914).
Secrétaire général de la Fédération Léo Lagrange, maire de Lille, patron de la Fédération du Nord du Parti socialiste, artisan du Congrès d’Epinay de 1971, premier des premiers ministres de François MITTERRAND, homme de cœur, «Pierre Mauroy savait rêver les yeux ouverts» écrit Patrick KANNER. Il a mis du bleu dans le ciel : «C'est le 24 août 1993 à Hardelot-Plage, station balnéaire proche du Touquet, qu'eut lieu ma dernière vraie journée d'intimité avec François Mitterrand. En fin d'après-midi, se retournant pour me saluer alors qu'il montait dans son hélicoptère, il porta son regard vers le ciel si caractéristique de la côte d'Opale, un ciel d'été encore très bleu où s'étiraient quelques nuages. Il me glissa doucement, en guise d'adieu, cette phrase poétique et mystérieuse : «Et vous, continuez à mettre du bleu au ciel», écrit Pierre MAUROY dans ses mémoires. Homme de conviction, Pierre MAUROY représentant la Gauche authentique et populaire : «Il me semble aujourd'hui que, depuis mon adhésion au socialisme en 1945, à la fédération Léo-Lagrange, aux jeunesses socialistes, à la mairie de Lille, à l'Hôtel Matignon, à la direction du Parti socialiste, à l'Internationale socialiste, partout où m'a conduit mon engagement, «mettre du bleu au ciel» exprime bien la mission que j'ai tenté de remplir, au fil du temps et à ma place, au service du progrès et du bonheur des hommes» précise Pierre MAUROY. «Il savait défendre, en tout et en tout lieu, les valeurs du Socialisme» écrit Bernard DEROSIER. En effet, dès le 21 mai 1981, après la passation de pouvoirs, François MITTERRAND a annoncé qu’il allait nommer Pierre MAUROY premier ministre : «Dès la campagne de la présidentielle, des indications donnaient à penser que François Mitterrand irait dans ce sens. Il m’avait personnellement indiqué qu’il nommerait Pierre Mauroy, après le 10 mai» dit Lionel JOSPIN.
François MITTERRAND avait choisi Pierre MAUROY, en qualité de premier ministre, pour sa proximité avec le peuple, pour ses valeurs et sa volonté de changement. En dépit du Congrès de Metz du 6 au 8 avril 1979, François MITTERRAND est obligé de composer avec Pierre MAUROY. En effet, François MITTERRAND est fragilisé à l’intérieur du Parti socialiste, l’échec aux législatives de 1978 lui est imputé. A Metz, Pierre MAUROY, numéro du PS, présente sa motion et tente même de s’allier avec Michel ROCARD, populaire dans les sondages et rival dangereux de François MITTERRAND. En dépit de cela, François MITTERRAND choisit quand même Pierre MAUROY comme premier ministre : «Je comprends pourquoi, malgré la prise de distance au congrès de Metz où le maire de Lille s’était tenu aux côtés de Michel Rocard, le président élu faisait ce choix. D’abord, il voulait rassembler les Socialistes ; ensuite, malgré cet écart, il avait confiance en Pierre Mauroy ; enfin Pierre était peut-être, pour lui, une figure représentative des milieux populaires, qui s’accordaient avec ce qu’il voulait incarner» dit Lionel JOSPIN.
S’il a été promu premier ministre, c’est que Pierre MAUROY incarne cette Gauche populaire, le socialisme traditionnel, il légitimait ainsi la victoire de François MITTERRAND : «En homme d’origine modeste, obsédé par l’unité des Socialistes, il a gravi tous les échelons du Parti socialiste ; incarnant l’authenticité, il tranchait avec le passé ambigu de François Mitterrand. Il rassurait le Parti communiste ; il a mis en œuvre en 1981 le programme économique et social le plus avancé, le plus progressiste depuis la Libération» écrit Alain DUHAMEL. Son socialisme a toujours été à la fois instinctif et réaliste, idéaliste et pragmatique. Le courage politique de Pierre MAUROY est reconnu par tous. Dans les bourrasques, il a manifesté une ténacité qui a conduit François MITTERRAND à le privilégier pour diriger à ses côtés le pays ou le parti socialiste.  «Il faut garder la nuque raide quand on sait que ce que l’on fait est juste» disait François MITTERRAND. Patron de la puissante fédération du Parti socialiste, celle du Nord, avec ses 15 000 adhérents, Pierre MAUROY avait apporté un soutien décisif à François MITTERRAND pour la conquête du Parti au congrès d’Epinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1973. Jusqu’ici François MITTERRAND se s’appuyait que sur différents groupuscules (Les associations de prisonniers de guerre, la Fédération de la Gauche, Démocrate et Socialiste). Pierre MAUROY a également convaincu François MITTERRAND que son projet de socialisme de rupture avec l’ordre établi ne pouvait être mené qu’avec une alliance avec le Parti communiste, resté encore puissant, à l’époque. «Le pays repousse la Révolution dans le désordre et la confusion ; ce qu’il souhaite, la seule Révolution qu’il admette, c’est la Révolution dans la clarté et dans la sécurité, c’est-à-dire sans la violence. La Gauche a besoin du concours du Parti communiste, et après évolution du Parti communiste pour battre la Droite, et pour avoir en France un gouvernement de Gauche. Une Gauche dominée par le Parti communiste n’a aucune chance d’accéder au pouvoir ; une Gauche dominée par le Parti communiste ce serait le plus beau cadeau que nous puissions faire à l’U.N.R.» dit Pierre MAUROY, dans son intervention au Congrès d’Epinay. François MITTERRAND, pour capter les voix récalcitrantes, avait besoin du concours de Pierre MAUROY, en gauchisant son discours sur le thème de la rupture «Réforme ou Révolution ? La Révolution est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. Nous avons rompu avec un passé qui nous est cher. Le véritable ennemi, celui qu’il faut déloger, c’est le monopole ! Terme extensif pour signifier la toute-puissance de l’argent qui corrompt, qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des Hommes» dit François MITTERRAND au congrès d’Epinay.
Sa vie privée et son honnêteté n'ont jamais été mises en cause. Son attachement à sa ville de Lille, à sa région, en font un homme du Nord emblématique. Né le 5 juillet 1928, à Cartignies, dans le Nord, était fils de Henri MAUROY (1902-1971), instituteur et d’Adrienne BRONNE (1907-1996). «Je n'oublierai jamais le jour où j'ai vu la mer pour la première fois parce que c'est aussi le jour de ma première révolte. Ma carrière politique, c'est à dire toute ma vie, a commencé là» dit-il. Pierre MAUROY insistait sur le côté paternel, où on était bûcheron de père en fils. Il le disait moins, mais du côté de sa mère, il était issu d’une famille de notables, où on était catholique pratiquant. Son père Directeur d’école, fut un bûcheron amandinois comme les trois générations avant lui. Sa mère était la fille d’Arthur BRONNE, un directeur de laiterie de l’Avesnois. «La couleur de mes convictions, c'est mon village, moi je suis un villageois. Jusqu'à l'âge de vingt ans j'étais à la campagne et dans un village d'ouvriers, de sidérurgiste alors là j'ai pris conscience qu'il fallait être socialiste» dit-il.
Pierre MAUROY était, en 1951, marié à Gilberte DEBOUDT qui lui a donné, en 1957 un fils, Fabien, lui-même père deux enfants (Alexis et Laura) et grand-père d’Eglantine. Pierre MAUROY fait ses études primaires à Cartignies, puis à Cateau, et ses études secondaires à Cambrai. Après le baccalauréat, il poursuit une formation à l’école nationale d’apprentissage de Cachan (Val-de-Marne), actuellement ENSET. Professeur d’histoire et de géographie,  partir de 1952, à Colombes (Hauts-de-Seine). De 1955 à 1959, il est Secrétaire général du Syndicat des collèges d’enseignement technique. «Nous étions la tendance autonome de la Fédération de l’Education nationale, qui était socialiste et qui ne voulait pas créer des ennuis au gouvernement et à Guy Mollet. Mais nous n’étions pas d’accord avec lui sur la question de l’Algérie. Je n’étais pas d’accord. D’autant plus que j’avais eu beaucoup d’adhésions de la part de Français qui habitaient l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, si bien que je suis devenu très adversaire de la politique algérienne du gouvernement de Guy Mollet» dit-il à Michèle COTTA. Militant socialiste depuis l’âge de 16 ans, Pierre MAUROY a été Secrétaire national des Jeunesses socialistes de 1950 à 1958. A la SFIO, il devient Secrétaire fédéral de la Fédération du Nord en 1961 et entre au bureau national en 1963. Membre du Comité exécutif de la Fédération de la Gauche Démocratique et Socialiste de 1965 à 1968, il devient premier Secrétaire de la Fédération du Nord et Secrétaire à la coordination du Parti socialiste de 1971 à 1979, et Premier Secrétaire du Parti socialiste du 1988 à 1992. Il a une riche carrière politique : conseiller général du Cateau de 1967 à 1973, maire de Lille (1973-2001), vice-président, député du Nord (1973-1981 et 1986-1992), puis président de la communauté urbaine de Lille en 1971, Président du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (1974-1981), sénateur en 1992, élu au Parlement européen en 1979, et président de l’Internationale socialiste de 1992 à 2011.
Pourtant, et en dépit de cette expérience politique exceptionnelle, bien des militants socialistes, au départ, l’ont sous-estimé ; il est plus rusé qu’on ne le croit «Il y a toujours eu un malentendu à propos de Pierre Mauroy. Comme il était grand et massif, le visage poupin et les joues colorés, qu’il portait de lourdes lunettes à l’ancienne, s’habillait comme un notable de province, on en a fait un personnage médiocre, balourd, certes sympathique et jovial, mais naïf et dépassé par la tâche. Contresens absolu et erreur psychologique totale. Il possédait une finesse, une intuition politique enviable, l’expérience d’un maire d’une grande ville et une autorité naturelle, le faux candide était un vrai rusé ; il a su faire preuve de courage et de lucidité» écrit Alain DUHAMEL. En effet, de 1981 à 1984, Pierre MAUROY a poursuivi les bonnes conditions de l’alliance entre Socialistes et Communistes, et construit le socle du changement. Pierre MAUROY, en ouvrier du changement, artisan d’un socialisme réformiste et raisonnable, il a appliqué le programme de François MITTERRAND (Revalorisation du SMIC et des allocations familiales, retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort, une semaine supplémentaire de congé, réduction d’une heure du temps de travail, dépénalisation de l’homosexualité, suppression des tribunaux d’exception, égalité Homme-Femme, remboursement de l’IGV, libération des ondes, la politique culturelle audacieuse et innovante de Jack Lang, etc.). Il avait créé un ministère du temps libre, un clin d’œil au gouvernement du Front populaire de Léon BLUM (1872-1950), en référence au Secrétariat aux loisirs confié à Léo LAGRANGE (1900-1940). «A gauche je suis, à gauche je reste» disait-il.
En définitive, Pierre MAUROY, «l’autre force tranquille» suivant Raymond KRAKOVITCH, incarne mieux que quiconque l’héritage du Parti socialiste de François MITTERRAND. Pierre MAUROY avait choisi à son cabinet Michel DELBARRE, un homme du Nord avec d’importantes qualités relationnelles et de négociateur. Pierre MAUROY, c’est le volontarisme de gauche, le primat de la politique sur l’administration, en rupture avec la toute-puissance de l’finances et de l’administration ; il appartient aux politiques d’indiquer le cap. Dans ses relations avec François MITTERRAND, notamment leurs entretiens les lundis et mardis, Pierre MAUROY estime que le chef de l’Etat avait «une douceur féline et apportait de l’intelligence» au travail gouvernemental. Premier ministre en temps de crise, Pierre MAUROY n’était pas un dirigeant résigné : «La crise n'est pas comme une maladie dont on ne peut sortir: elle est comme une sorte de nouvelle naissance ! Je me sens proche de ces utopistes qui, à force de croire obstinément à leurs rêves, finissent par leur imposer la réalité. Face au chômage, la solution de la sagesse, c'est que les travailleurs travaillent moins» disait-il. Il a été le grand artisan de la décentralisation qui «sera au cœur de l'expérience du gouvernement de la gauche. La République se sera enfin libérée de la monarchie» dit-il.
Pour la réussite de sa mission, Pierre MAUROY était attaché à l’unité de tous les socialistes et les différentes sensibilités sont représentées à son gouvernement «Pour ce gouvernement, il faut que cela soit clair, nous formions un ensemble ; c’est que nous avons fait sans exclure les minoritaires. Avec le Président nous voulions que toutes les sensibilités du Socialisme y trouvent leur compte» écrit Pierre MAUROY dans ses mémoires. Pierre MAUROY, en homme de terrain qui a l’instinct des situations, tolérant et honnête, a su durer à Matignon, en raison de son rapport d’autorité avec les têtes dures ; il a bien négocié sa relation avec François MITTERRAND, un homme subtil et parfois compliqué ou retors. A Matignon, «les premiers ministres passent, les cuisiniers restent» dit-on.
Sur les 110 propositions, Pierre MAUROY en aura réalisé 93. Il était attaché à un grand service public laïc et démocratique, mais que François MITTERRAND, à la suite de la grève du 24 juin 1984, n’avait pas voulu poursuivre. Quand Pierre MAUROY a quitté son poste de premier ministre le 17 juillet 1984, les Ministres communistes sont également partis.
«La fin de vie je la vois un petit peu comme la mer, comme quelque chose qui s'impose à vous majestueusement avec solennité, beaucoup de force et une très grande beauté» disait-il. Pierre MAUROY décède le 7 juin 2013 à Clamart. A Lille, où il est inhumé, une rue et un stade portent son nom. «Pierre Mauroy ne voulait pas seulement se révolter, gronder, s’insurger. Toujours, il a ressenti le besoin et la volonté de changer les choses, et donc d’agir» dit Martine AUBRY à propos de son mentor. Toute sa vie, Pierre MAUROY a été un militant pour défendre ses idéaux et changer la société. «Dans ce monde, il y a ceux qui restent chez eux, et puis il y a les militants», une citation de Rudyard KIPLING (1865-1936) reprise dans son hommage aux Invalides par le président François HOLLANDE.
Références bibliographiques
1 – Contributions de Pierre MAUROY
MAUROY (Pierre), A Gauche, un Premier ministre parle, Paris, éditions Marabout, 1985, 352 pages ;
MAUROY (Pierre), C’est ici le chemin, Paris, Flammarion, 1982, 249 pages ;
MAUROY (Pierre), Ce jour-là, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2012, 366 pages ;
MAUROY (Pierre), GIESBERT (Franz-Olivier) RIOUX (Lucien), Héritiers de l’avenir, Paris, Le Livre de poche, 317 pages ;
MAUROY (Pierre), Léo Lagrange, Paris, Denoël, 1997, 240 pages ;
MAUROY (Pierre), Paroles de Lillois, Paris, Lieu Commun, 1994, 250 pages ;
MAUROY (Pierre), Vous mettez du bleu dans le ciel. Mémoires, Paris, Plon, 2003, 506 pages.
2 – Critiques de Pierre MAUROY
BERSTEIN (Serge), MILZA, BIANCO (Jean-Louis), Les Années Mitterrand, les années du changement. 1981-1984, Paris, Perrin, 2001, 973 pages ;
COTTA (Michèle), Une vie socialiste, entretiens avec Pierre Mauroy du 21 au 25 septembre 2009, préface de Henri Nallet, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2013, 100 pages ;
DUPUIS (Jérôme) PREVOT (Maryvonne), Pierre Mauroy, passeur d’avenirs, préface Patrick Kanner, avant-propos Bernard Derosier, introduction générale Maryvonne Prévot, Paris, 2020, Presses universitaires de Septentrion, 236 pages ;
FAVIER (Pierre) MARTIN-ROLLAND (Michel), La décennie Mitterrand, Paris, Seuil, tome 1, «les ruptures» (1981-1984) 708 pages, tome 2 «les épreuves», (1984-1988), 1991, 780 pages, tome 3, «les défis» (1988-1991), 1996, 600 pages et tome 4, «les déchirements» (1992-1995), 1999, 646 pages ;
FAVIER (Pierre) ROTMAN (Patrick), Lionel  Jospin raconte, Paris, Seuil, 2020, 288 pages ;
GUERRIER (Thierry), Entretien avec Pierre Mauroy, Paris, éditions Michel de Maune, 2004, 66 pages ;
GUISLIN (Pierre), Pierre Mauroy et la culture, revue du Nord, 2018, 206 pages ;
KRAKOVITCH (Raymond), Pierre Mauroy l’autre force tranquille, préface Michèle Cotta, 2015, 243 pages ;
NZE-GUEME (Fidèle, Pierre), Premier ministre. A gauche, Paris, Albin Michel, 1985, 447 pages ;
PFISTER (Thierry), La vie quotidienne au temps de l’Union de la Gauche, Paris, Gallimard, 1986, 372 pages ;
POTTRAIN (Martine), Le Nord au cœur, historique de la fédération socialiste du Nord (1880-1993), Lille, éd. Nord-Matin, 1993, 215 pages ;
PREVOT (Maryvonne), «Pierre Mauroy maire bâtisseur : «L’héritier de l’avenir»», Revue du Nord, (Université Lille III), janvier-mars 2011, t. 93, no 389,‎ pages 181-192.
Paris le 15 janvier 2021 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Pierre MAUROY (1928-2013), premier ministre de François MITTERRAND, ou la Gauche populaire, de rupture» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Partager cet article
Repost0
8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 14:36
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Cette année 2021 est chargée en évènements historiques, dont les 25 ans de la disparition de François MITTERRAND, mais aussi les 40 ans de la victoire de la Gauche, le 10 mai 1981. Nous venons de célébrer les 100 ans du Congrès de Tours, mais aussi la défaite de Donald TRUMP, un putschiste, ainsi que la victoire de Joe BIDEN et Kamala HARRIS. Et j’espère que pour honorer ces grands rendez-vous avec l’Histoire, le Conseil régional d’Ile-de-France, prélude à la victoire de Mme Anne HIDALGO aux présidentielles de 2022, reviendra au bon endroit.
«Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura que des financiers et des comptables» avait dit François MITTERRAND, un grand seigneur de la politique habité par une âme littéraire. Dans son premier discours de président élu, M. MITTERRAND avait déclaré «il appartiendra à l’Histoire de juger». Pour les Français, François MITTERRAND est le meilleur président de la République ces 40 dernières années. Ceux qui ont pris le pouvoir, après lui, ne sont plus que des intendants et de vagues commis, des laquais du grand capital, peu visionnaires, sans grands desseins, oublieux des plus démunis. «Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la sécurité sociale, car ceux qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus, et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur» avait-il prédit.
Notre époque est marquée par une avancée des forces du Chaos. En effet, il n’a échappé à personne cette constante progression de la petite entreprise familiale LE PEN, ces politiques libérales dont un autre François, mais HOLLANDE, a été le promoteur, mais aussi cette grave trahison des valeurs républicaines du président Emmanuel MACRON qui entend célébrer, le 5 mai 2021, le 200ème anniversaire de la mort Napoléon, l’homme de Waterloo et sa Bérézina.
A bien des égards, en cette période de perte de valeurs et de repères et de résurgence des idées vichystes, François MITTERRAND qui a réconcilié la gauche et le pouvoir, sous réserve d’un «droit d’inventaire», suivant une formule de Lionel JOSPIN, nous manque, énormément. Pharaon bâtisseur, doté d'un sens aigu de l'histoire, il a profondément modifié la physionomie de Paris (Grand Louvre, Opéra Bastille, Musée d'Orsay, Institut Monde Arabe, Grande Arche, La Villette, La Très Grande Bibliothèque, etc.). François MITTERRAND avait régularisé les sans-papiers. Riche de talents littéraires, polémiste, habile, redoutable tribun, prince de la réversibilité, intriguant, avide de pouvoir et sans cesse en quête de lui-même, séducteur, parfois retors, machiavélique, cynique, mais nationaliste, fidèle en amitié et bienveillant, François MITTERRAND est initialement un provincial de droite devenu patron de la gauche.
«Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas», c’est par ces mots énigmatiques et intrigants que MITTERRAND, l’agnostique et le mystique, adresse son dernier message à la nation française, le 31 décembre 1994. François MITTERRAND est mort le 8 janvier 1996. Il n’est pas allé au Panthéon ; il nous a fait le coup de Jarnac. «Dans le cimetière de cette ville reposent mes arrière-grands-parents, mes grands-parents que j’ai aimés, mes parents et dans les cimetières alentours les générations d’auparavant par ma mère qui était très Saintongeaise au point que l’on parlait chez moi très souvent par souci de rester fidèle à cette province le patois saintongeais. Mon arrière-grand-père Beaupré - je ne sais pourquoi on l’appelait Beaupré de son prénom - Beaupré Lorrain l’enseignait de la façon qu’il aimait c’est-à-dire à la fin des banquets, des mariages avec Burgaux des Marais dont il était l’ami au point qu’ils se sont attelés à un moment donné à une grammaire du Saintongeais. C’est vous dire que je me sens à l’aise à l’endroit où se trouvent mes principales racines» explique François MITTERRAND. «Je n’ai pas peur de mourir, mais j’ai peur de ne plus exister» dit-il.
Par conséquent, nous allons entretenir la flamme de cet extraordinaire héritage de François MITTERRAND. Aussi, que j’entends, d’ici le 10 mai 20211, moi aussi célébrer, à ma manière, l’appel à la résurgence des valeurs républicaines, pour le bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel, pour que cela change, vraiment.
Paris le 8 janvier 2021 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 
 
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«François MITTERRAND (1916-1996) : un géant de l’Histoire, 25 après sa mort, entretenir la flamme de l’Espérance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Partager cet article
Repost0

Liens