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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 18:41

François HOLLANDE, un Président normal, par Amadou Bal BA

 

 

La victoire le 16 octobre 2011 de François HOLLANDE aux primaires des socialistes français que nous avons appelé de tous nos vœux, est celle de la gauche toute entière impatiente d’en découdre avec une droite raciste et xénophobe. Cette victoire donne plus de devoirs que de droits ; elle impose au Parti socialiste de réussir non seulement l’échéance du 6 mai 2012 en faisant élire un président de gauche, mais aussi d’instaurer une «présidence normale» en France.  La Gauche, dans ces primaires socialistes, a mis en avant les principes et les valeurs humanistes de la République, l’égalité, la fraternité et le respect de la dignité humaine. François HOLLANDE souhaite rétablir une «présidence normale». Sans doute que pour être Président de la République, faut-il des qualités exceptionnelles. Etre un «Président normal» ne veut pas dire un Président ordinaire, mais un Président qui remettra de la stabilité, de la cohérence, de la constance, du respect de l’exemplarité dans l’exercice de ses fonctions. Tout en restant un homme simple, François HOLLANDE a dégagé une haute conception de la fonction présidentielle.

 

Le 16 octobre 2011, au soir de sa désignation en qualité de candidat du Parti socialiste François HOLLANDE a déclaré : «Ce soir j’ai reçu un mandat du peuple de Gauche. J’y consacrerai toutes mes forces, toute mon énergie. J’ai la volonté de réussir le changement. Je ferai en sorte d’y parvenir en convainquant de la justesse de ma démarche, de la force de notre approche».  Quels enseignements pour la France et pour le Sénégal sur cette «volonté de réussir le changement » ?

 

La Droite avait ironisé sur cette primaire, croyant naïvement qu’elle a été organisée parce qu’aucun candidat ne se dégageait du lot, et que de toute façon, les socialistes allaient s’entredéchirer, que ce serait un fiasco. La Droite avait tenté de saboter les primaires en faisant ressortir une polémique très légère sur un possible fichage des électeurs par le Parti socialiste. Mais les garanties données par le PS, par un contrôle des huissiers et la destruction de ces fichiers, a convaincu une participation massive des citoyens. Cette primaire a même permis, avec la participation d’un 1 €uro, de dégager un bénéfice de plus d’un 1 000 000 €uros pour la campagne de François HOLLANDE. La primaire a permis au PS d’occuper le terrain politique, avec un débat de fond, sans abîmer considérablement l’image du candidat ; ce qui a fortement inquiété M. SARKOZY qui a organisé depuis le 18 octobre 2011 une contre-offensive médiatique. Apparemment, la Droite organisera des primaires, mais pour les présidentielles de 2012, et pour les élections municipales de 2014, à Paris, des pétitions circulent déjà pour réclamer ce mode de sélection.

 

L’engagement de M. François HOLLANDE de «réussir le changement» ; il ne suffit pas de le dire, mais il faudra le faire. Pour nous qui sommes des citoyens français originaires d’Afrique, nous serons vigilants sur plusieurs points : l’application de la diversité en politique, le droit de vote des étrangers aux élections locales, et l’abolition de la «France-Afrique».

 

1 – Le Parti socialiste devra appliquer une diversité réelle en politique et rejeter toute forme de «diversité cosmétique».

 

Au sein du Parti socialiste, des militants noirs réunis au sein d’un dénommé «Mouvement Equité», ont dénoncé la situation actuelle qui est particulièrement inéquitable et proche de la ségrégation raciale.

 

Alors que sous la IVe République d’importantes personnalités noires ont pu accéder à des responsabilités ministérielles (SENGHOR, HOUPHOUET-BOIGNY), sous la Ve République, la classe politique, y compris le Parti socialiste, a choisi une logique d’exclusion. Ainsi, aucun militant noir n’est élu au conseil national, au bureau politique et dans les fédérations. Or, dans ces lieux de décisions que s’opère «le partage du gâteau», longtemps à l’avance. Ainsi, pour les législatives de 2012, les différents courants se sont déjà répartis les postes, de telle sorte quand les appels de candidatures seront lancés plus tard, les circonscriptions gagnables sont déjà pourvues. On fait semblant de lâcher du lest mais en refilant aux femmes et aux Nègres, des lieux où ils n’ont aucune chance de succès.

 

Pour se donner bonne conscience, les dirigeants socialistes, quelle que soit leur sensibilité, ont préféré appliquer la «diversité cosmétique », c'est-à-dire choisir «un Nègre de service », peu dérangeant, au détriment surtout des militants de longue date qui ont la preuve de leur fidélité et de leur efficacité. Ainsi, à Paris, les exemples de ce qu’il ne faut pas faire sont nombreux. Koko LONSI, un Français d’origine congolaise avait réussi à battre Anne HIDALGO, pourtant première adjointe au Maire de Paris, dans sa section du 15ème arrondissement. Mais cette « promotion », s’il était un Blanc l’aurait conduit à des responsabilités nouvelles. Rien de tout cela. Il a été licencié de son emploi à la ville de Paris, puis on a repris en mains la section François Mitterrand du 15ème arrondissement. Soulèye DIAWARA, responsable de la section du 17ème arrondissement aurait être sénateur à Paris, mais il a été mis sur une position non éligible.

 

Aux élections législatives de 2007, divers militants noirs se sont présentés à l’investiture de notre Parti, mais ont été laminés par le vote des militants. Comment peut-il en être autrement, si on est minoritaires (invisibles) dans une société à dominante blanche ?

 

Il est vrai que la liste des circonscriptions réservées à la diversité n’a été diffusée qu’après la clôture du dépôt des candidatures aux législatives. Et c’est bien regrettable.

 

Maintenant que le Parti socialiste dirige la majorité des communes, des départements, des régions, le Sénat, et va accéder à la Présidence de la République, sans regarder tout le temps dans le rétroviseur, je souhaiterais formuler les propositions suivantes :

 

Première proposition : à défaut d’une représentation à l’Assemblée Nationale, équitable, il serait plus juste, si nous gagnons les présidentielles que les cadres issus de la diversité soient bien représentés, sous réserve naturellement d’un critère de compétence, dans la Haute Administration (cabinets ministériels, dirigeants de sociétés nationales, missions diplomatiques, corps préfectoral, bref dans tous les postes à discrétion).

 

Deuxième proposition : exiger des municipalités, des conseils généraux et régionaux, pour les élections de 2014, que les candidats issus de la diversité, puissent accéder à de vrais postes à responsabilité (maire adjoint, président ou vice-président d’une commission),

 

Troisième proposition : créer une Maison d’Afrique et des Caraïbes qui constituera un lieu de mémoire, de culture, de rencontre, et d’apprentissage des valeurs républicaines, de la tolérance et du respect mutuel, de la démocratie et de la citoyenneté.

 

 

 

Quatrième proposition : la diversité devrait être présente dans toutes les instances de décisions du Parti socialiste (fédérations, conseil national, bureau politique) ; c’est une question d’équité et de justice conforme aux valeurs de la République et à la volonté de François HOLLANDE de «réussir le changement».

 

2 – Le Parti socialiste devra veiller à ce que la promesse de 1981 de François MITTERRAND sur le droit de vote des étrangers soit enfin appliquée, et notamment pour les élections locales de 2014.

 

Par rapport à cette volonté de changement affichée par François HOLLANDE de réussir le changement, nous attendons depuis plus de 30 ans, le droit de vote des étrangers aux élections locales

 

Au congrès du 24 janvier 1981, à CRETEIL à l’investiture de François MITTERRAND en qualité de candidat socialiste, j’avais applaudi à tout rompre sa 80ème proposition visant à accorder le droit des étrangers aux élections locales, après 5 ans de résidence en France. Le 9 août 1981, Claude CHEYSSON, alors Ministre des relations extérieures, en visite à Alger, annonce même un projet de loi en préparation. Le 5 novembre 1984, Pierre JOXE, Ministre de l’intérieur et de la décentralisation souscrit à cette démarche. Mais le 6 juin 1985, Georgina DUFOIX, Ministre des affaires sociales, dans une interview au journal Le Monde, estime que cette initiative est prématurée. Les étrangers d’origine peuvent voter aux élections locales depuis une résolution du Parlement européen du 14 février 1989, mais Michel ROCARD, dans une déclaration en date du 6 octobre estime qu’il faudra réviser, au préalable, la Constitution. Lionel JOSPIN, premier secrétaire du PS, que j’avais interpellé en 1984, à la Sorbonne, à l’amphithéâtre Richelieu, se raccroche à cette manœuvre dilatoire. François MITTERRAND tout se déclarant toujours partisan de cette mesure, a fini par avouer que «la société française n’y est pas prête».

 

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2000, à l’initiative des Verts, l’Assemblée nationale adopte en première lecture une proposition de loi constitutionnelle relative au droit de vote et à l’éligibilité des étrangers non communautaires aux élections locales.

 

La Droitepopulaire dirigée par Thierry MARIANY de l’UMP, agite déjà le chiffon rouge dans l’édition du journal Minute du 19 octobre 2011, qui est un organe de presse d’extrême-droite. Pourtant, le 25 novembre 2005, M. SARKOZY, d’origine hongroise, alors qu’il était Ministre de l’intérieur de la France, avait surpris en déclarant être favorable à cette réforme en ces termes : «A titre personnel, je considère qu’il ne serait pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins 10 ans en France, puisse voter aux élections municipales». On sait que depuis le 24 septembre 2011, le Sénat a basculé à gauche et que l’argument constitutionnel n’est plus tenable.

 

Lors des primaires des socialistes, il n’y a pas eu de voix dissonantes. Tout le monde est pour ce nouveau droit. Cependant, comme le dirait ma grand-mère Dourma LY, «je suis un aveugle, je ne vois que ce je touche ». On veut des actes, et non pas seulement des paroles apaisantes.

 

3 – Le Parti socialiste devra abolir la détestable «France-Afrique».

 

Dans cette ferme volonté de réussir le changement nous attendons l’abolition de la « France-Afrique », qui est devenue synonyme de rapports paternalistes et néo-coloniaux.

 

François HOLLANDE souhaite, s’il est Président de la République, clarifier les rapports avec l’Afrique, et ceux-ci doivent se fonder sur trois principes. Tout d’abord, le principe de légitimité, les états sont reconnus et les démocraties sont respectées. Ensuite, les relations sont renforcées, en termes d’aide notamment, l’Afrique est considéré comme un «continent d’avenir». Il faudrait enfin faire confiance aux Africains pour régler les questions qui les concernent directement ; la médiation africaine doit être privilégiée pour régler les crises. Bref, le discours de Dakar de M.SARKOZY, sur l’homme africain, est condamné. François HOLLANDE souhaite en finir avec les rapports de domination, d’influence et d’affairisme pour les amis du pouvoir. La France devra cesser de donner des leçons aux Africains et défendra l’idée que la démocratie, les valeurs de progrès et de liberté valent partout dans le monde et notamment en Afrique.

 

Il veut continuer de défendre l’immigration familiale ; le droit de mener une vie familiale normale est un «droit reconnu » à tout individu quelque soit sa nationalité. Les étudiants étrangers sont considérés comme étant «une chance » pour la France. S’agissant de l’immigration économique, François HOLLANDE dit qu’il proposera un «débat au Parlement pour fixer un volume de cette immigration économique, en liaison avec les secteurs professionnels concernés».

 

Lors du débat sur la primaire, les candidats à la candidature ont réaffirmé la volonté, en 2012, de régulariser les clandestins sur la base de critères, notamment familiaux, et sur l’ancienneté séjour. Arnaud MONTEBOURG avait même parlé de «critères larges et généreux» de régularisation.

 

Toutes ces propositions ne pourront être mises en œuvre que si François HOLLANDE est élu Président de la République le 6 mai 2012. Nous avons tous remarqué, avec un grand regret, lors de ces «Primaires citoyennes», que les ouvriers et les jeunes issus des banlieues n’ont pas participé à ce scrutin. J’invite tous ceux qui ont la nationalité française de s’inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre 2011. Le droit de vote que nos parents étrangers attendent depuis si longtemps, est déjà accessible à tous les nationaux de souche étrangère. Si l’on est citoyen on doit pouvoir défendre ses droits, démocratiquement, pour notre dignité et le respect du principe d’égalité.  Pendant ces années du sarkozysme la Droite n’a pas cessé de stigmatiser les personnes de souche étrangère. Aujourd’hui, il existe des ponts entre le parti de M. SARKOZY, l’UMP, et le Front national ; il s’agit du Parti populaire de Thierry MARIANI. Il n’est pas inconcevable que l’UMP, qui n’a pas de réserves de voix, s’allie avec le Front national. Tous les Républicains, doivent être vigilants pour que la situation du 22 avril 2002 ne se reproduise plus.

 

En définitive ces primaires socialistes ont été un grand succès et ont réhabilité la politique. Au Sénégal, avec plus de 190 partis politiques, il serait utile d’instaurer des primaires pour départager les deux principaux camps. On voit que du côté du BENNO SIGGIL, cette procédure aurait pu constituer un referendum pour le départ de Abdoulaye WADE. Dans le camp des libéraux, le trop de candidatures et d’ambitions personnelles entre Idrissa SECK et l’héritier du régime, Karim WADE, aurait pu clarifier les enjeux.

 

Amadou Bal BA, Paris le 24 octobre 2011.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 18:32

Ousmane Tanor DIENG, un Président éthique et moral, par Amadou Bal BA cet article a été publié dans www.ferloo.com, site du Parti socialiste du Sénégal et Socialisme et République.

Ousmane Tanor DIENG, Secrétaire Général du Parti socialiste sénégalais, s’il est désigné par BENNO SIGGIL SENEGAAL, sera immanquablement un Président éthique et moral. La coalition des partis de l’opposition au Sénégal, dénommée BENNO SIGGIL Sénégal, examine sous la haute autorité d’un comité de Sages, la candidature commune aux élections du 16 février 2012, mais avec des critères précis. Le Bureau National du parti socialiste a désigné, à l’unanimité, Ousmane Tanor DIENG candidat à la candidature unique de BENNO SIGGIL. De mon point de vue, Tanor, comme on l’appelle affectueusement, est le seul à remplir les quatre principales conditions posées par BENNO SIGGIL.

Le premier critère est celui de la représentativité du parti qui présente le candidat. Je ne ferai l’injure à personne de rappeler que le Parti socialiste (P.S) a gouverné le Sénégal pendant plus de 40 ans, sa représentativité électorale ne peut pas mise en doute au vu des différents scrutins nationaux et locaux. Par ailleurs, la seule formation politique qui est dignement représentée, non seulement dans toutes les régions et localités les plus reculées du Sénégal, mais aussi et surtout à l’étranger avec deux puissantes coordinations en France et aux Etats-Unis, c’est le PS. Sans être désobligeant vis-à-vis des partenaires du PS, qu’il faut respecter, pour l’essentiel il s’agit de formations à représentativité particulièrement limitée que d’aucuns appellent «partis de cabines téléphoniques». Deux formations émergent de conglomérat : l’A.F.P et le P.S. L’A.F.P. de Moustapha NIASSE est implantée essentiellement à Kaolack, et ne regroupe qu’une élite intellectuelle. Seul le Parti socialiste est massivement représenté dans toutes les couches de la société sénégalaise, notamment chez les jeunes, les ouvriers, les intellectuels et les paysans.

Le second critère est celui de la constance dans l’opposition au régime libéral. Il est indubitable que Ousmane Tanor DIENG n’a jamais été compromis avec le gouvernement libéral de Abdoulaye WADE. On sait que depuis 2000, le PDS qui n’avait pas de cadres, a pioché dans les effectifs du Parti socialiste. En dépit de ce phénomène dit de «transhumance» ; certains sont «allés à la soupe», mais Ousmane Tanor DIENG est resté «pour garder la vieille maison», en référence à une expression de Léon BLUM au congrès de Tours quand les communistes ont quitté en 1920 la S.F.I.O. Par ailleurs, si Abdoulaye WADE a pu conquérir le pouvoir, avec le bilan désastreux qu’on connaît, c’est parce qu’il a pu bénéficier, hélas, d’appuis de certains ex- socialistes, dont Djibo KA et Moutaspha NIASSE. C’est un fait indéniable que Moustapha NIASSE porte une partie de la responsabilité du bilan désastreux des libéraux. En revanche, et en dépit des adversités recensées, Ousmane Tanor DIENG représente l’honneur en politique ; il n’a jamais cédé à la tentation du diable, sa constance dans l’opposition au régime libéral ne peut être mise en doute.

Je rappelle également que d’autres leaders qui recherchent une virginité en politique, ne sont pas non plus des hommes neufs ; M. Macky SALL, Président de l’A.P.R, ex-premier Ministre de Abdoulaye WADE, n’est pas un homme neuf. En effet, M. Macky SALL a été Président de l’Assemblée Nationale à des moments tragiques de la vie nationale, avec le vote de la loi Ezzan du 17 février 2005, d’amnistie des assassins de maître SEYE.

Macky SALL revendique ouvertement son appartenance à la doctrine du libéralisme, et ne remplit donc pas manifestement le critère de constance dans l’opposition au régime libéral ; Conscient de cette tare congénitale, Macky SALL a pris les devants en présentant sa candidature pour le 1er tour des élections du 16 février 2012.

Le troisième critère est celui de la compétence et de l’expérience des ressources humaines du parti qui présente le candidat ; Il n’a pas échappé aux libéraux, qui sont nos adversaires, que le Parti socialiste est un vivier inépuisable de compétences et d’expériences en ressources humaines, à tel point que les principaux cadres actuels du régime sont issus du Parti socialiste. Cependant, et en dépit de cette hémorragie, le Parti socialiste reste puissamment doté de fortes personnalités au sein de ses instances comme le Bureau national et le Comité central assisté de plusieurs commissions. Pour se doter d’une telle organisation particulièrement hiérarchisée et structurée, il faut avoir le personnel politique compétent pour la faire fonctionner Les autres partis de BENNO sont étroitement liés à la personnalité de leur leader ; si celui-ci disparaît tout s’écroule. En revanche, le Parti socialiste est bien implanté dans la société sénégalaise et bénéficie de fortes et nombreuses compétences, tant politiques que techniques.

En France, le PS dispose d’une organisation dénommée «Vision socialiste» qui regroupe les cadres du Parti socialiste au sein de la Coordination de France ; à elle seule, et sans faire appel à la Coordination de France, «Vision socialiste» est un très puissant réseau de cadres, capable d’alimenter la formation de plusieurs gouvernements et de ses cabinets ministériels.

Ousmane Tanor DIENG, comme l’indique le titre de cet article sera un Président éthique et moral. Tanor, que d’aucun qualifient injustement «d’austère» ou de «monstre froid», est un homme particulièrement pudique, il ne veut pas qu’on parle de lui ; cependant, je vais égratigner sérieusement la modestie de cet homme d’Etat. En effet, Tanor a perdu très tôt sa mère ; il est probable que son caractère, parfois taciturne, vient cette blessure de l’enfance. Tenace, obstiné, prudent, particulièrement avisé, doué pour la littérature et la philosophie, très attaché au respect du secret professionnel, Tanor a en horreur que ceux qui dévoilent les affaires de l’Etat. On le dit souvent «ceux qui parlent ne savent pas et ceux qui savent ne parlent pas». Sorti de l’ENAM, il est nommé d’abord conseiller des affaires étrangères entre 1976 et 1978. Le Président SENGHOR, qui ne veut s’entourer que des meilleurs, a repéré les qualités de Tanor, et le nomme son conseiller diplomatique entre 1978 et 1981 ; Tanor exercera cette fonction auprès d’Abdou DIOUF entre 1981 et 1988. En 1988, Tanor est nommé Directeur de cabinet, puis Ministre-directeur de cabinet auprès du Président Abdou DIOUF, poste qu’il occupera jusqu’en 1993, année où il est nommé Ministre d’Etat, Ministres des services et affaires présidentiels. Par conséquent, si BENNO a posé le critère de «compétence et de ressources humaines», les fonctions exercées par Ousmane Tanor DIENG répondent parfaitement à ces exigences.

J’ajouterai que dès 1988, Tanor est devenu membre du bureau politique du Parti socialiste. En 1995, il prend la coordination départementale de M’Bour, l’Union des coordinations de M’Bour et l’Union régionale de Thiès. C’est en mars 1996 que Tanor est nommé Secrétaire général du PS et Secrétaire national aux relations extérieures, et depuis septembre 1996, il est Vice-président de l’Internationale socialiste.

Par conséquent, Tanor a exercé de très hautes responsabilités au sein de l’Etat ; il a su, en dépit des adversités et toutes les tentations, préserver le Parti socialiste de l’implosion que Abdoulaye WADE avait prédite dès le premier conseil des ministres en 2000.

Le quatrième critère est le poids politique au sein de BENNO SIGGIL. Certains partis, comme le P.I.T, ont déclaré qu’ils ne présenteront pas de candidat. La Ligue démocratique est une formation à audience particulièrement restreinte. Finalement, il ne reste que deux partis en lice : le Parti socialiste représenté par Ousmane DIENG et l’AFP de Moustapha NIASSE. Sur le plan idéologique, Moustapha NIASSE qui était responsable des Jeunesses socialistes et longtemps Ministre des Affaires étrangères sous SENGHOR, aurait pu s’entendre avec Tanor sur une candidature unique du Parti socialiste. Le poids du Parti socialiste et de son idéologie au sein de BENNO est particulièrement prépondérant. Moustapha NIASSE ne remplit pas les trois autres critères énoncés ; une désignation d’un candidat autre que Tanor, serait une logique de machine à perdre.

Par ailleurs, j’ajouterai deux autres critères qui font que la candidature de Tanor est la plus crédible.

D’une part, Ousmane Tanor DIENG est un porteur de valeurs républicaines. On sait que l’un des héritages de Léopold SENGHOR c’est de nous avoir légué un Etat qui fonctionne sur la base de la légitimité et de la légalité. Sous la mandature de WADE, ces principes républicains ont été mis à mal par une déliquescence morale ; au lieu d’être au service du Bien public, les libéraux ont préféré se servir dans les caisses de l’Etat. Avec WADE c’est le seul pays, où les anciens ministres, même après perdu leurs fonctions officielles continuent, sans limites, de percevoir leurs émoluments. Les crimes d’Etat, comme dans l’affaire SEYE, ont été amnistiés ; la Justice a été mise aux ordres, puisque le Conseil Constitutionnel ne rend que des décisions d’incompétence. Des groupements privés et des autorités religieuses, en dépit du principe de laïcité, dictent à l’Etat, la conduite à tenir. Pire encore, on a vu l’émergence d’une police politique, la Division des Investigations Criminelles (D.I.C) qui persécute la moindre opposition au régime. Avec la DIC, faire de la politique au Sénégal est devenu un crime de droit commun.

Grand commis de l’Etat, Ousmane Tanor DIENG saura, avec le PS et BENNO, remettre les choses à l’endroit, dans le respect des valeurs républicaines. Les crimes commis au nom de la raison d’Etat devront être jugés ; ceux qui ont eu des biens mal acquis devront rendre compte à la Justice dont l’indépendance devra être préservée en toutes circonstances ; la D.I.C, compte tenu de ses procès politiques, devrait être dissoute sans tarder. L’Etat qui procède de la République c'est-à-dire de la chose de tous, devra être rendu aux citoyens.

D’autre part, Ousmane Tanor DIENG a une vision stratégique, démocratique et un projet axé sur le progrès. Il existe de nombreuses exigences, à l’alternance de 2012, que seul le Parti socialiste et Tanor prendront efficacement en compte :

-       L’exigence de vérité ; les libéraux qui vont même jusqu’à financer les campagnes de certains partis politiques en France, laisseront les caisses de l’Etat vides ; l’exigence de vérité recommande de dire aux Sénégalais que tout ne sera pas facile, nous devront retrousser nos manches, pour affronter les nombreux défis, dont celui de l’optimisation de nos ressources humaines et financières. Il ne sera pas facile de modifier les mauvaises habitudes des libéraux qui ont confondu les finances de l’Etat avec leurs biens personnels.

-       L’exigence de Justice dans ses facettes multiples ; chacun participera à l’effort national en fonction de ses facultés contributives ; il faudra rééquilibrer la ville et la campagne, avec un nouveau souffle à la décentralisation ; les privilèges accumulés par les libéraux seront abolis, les gouvernants seront justiciables au même titre que les citoyens ordinaires, bref l’égalité devant la loi sera le principe qui animera l’action des pouvoirs publics ;

-       L’exigence de répondre à certaines urgences, notamment en termes d’indépendance énergétique, de rénovation de l’école sénégalaise paralysée par des grèves et des mouvements sociaux qui remettent en cause l’avenir de notre jeunesse, de nouvelles perspectives à notre paysannerie qui sombrent dans l’endettement, de sauvegarder de ce qui nous reste de notre industrie locale qui a été bradée aux intérêts étrangers ;

- l’exigence de redonner l’espérance aux Sénégalais ; comme l’a dit Jean JAURES, il faut aller à l’idéal en comprenant le réel ; aujourd’hui, avec les libéraux, le Sénégalais ont sombré dans le désespoir ; avec Tanor, il s’agit de redonner espoir à tout un chacun ;

-       L’exigence de promouvoir la construction africaine et des rapports internationaux plus justes, fondés sur l’égalité, l’interdépendance et une rémunération plus équitable de nos matières premières.

Paris le 24 octobre 2011.

Amadou Bal BA

 

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 21:20

Les poèmes de David DIOP s’inscrivent dans le cadre de la décolonisation de l’Afrique et la recherche de la dignité du peuple Noir. C’est un cri de révolte contre le colonialisme et contre ses méfaits multiples (violence, assimilation, abâtardissement, aliénation, etc.) et une revendication du droit à la différence à la «reconnaissance» et à l’identité culturelle africaine.  «Coups de pilon», son œuvre poétique unique, s'organise autour de trois thèmes principaux : dénonciation du colonialisme, réhabilitation du continent noir et appel des opprimés à la lutte. Ces trois moments de la démarche correspondent aussi aux divisions du temps : le passé, le présent et l'avenir. L'évocation du passé prend fin avec l'arrivée des colonisateurs qui font subir le présent à l'Afrique. L'avenir ne commencera que le jour où l'homme noir aura triomphé de l'oppression et retrouvé son identité. La contribution littéraire de David DIOP vise à inciter les opprimés à se regrouper, et singulièrement le peuple noir, en vue d’amorcer, sans plus tarder, sa longue marche vers la libération, condition essentielle de la prise en main de son avenir. Ce qui fait dire à Ambroise KOM que David DIOP est un «poète de la libération». Par conséquent, la mission de l’artiste noir est de «pousser d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées» estime Aimé CESAIRE, le mentor de David DIOP. Le travail de l’artiste est de redonner la dignité «à ceux qui n’ont rien inventé» et que l’esclavage et la colonisation avaient réduits au silence. «L'esclavage ne peut pas être une école de liberté […]. La décolonisation vraie ne peut se faire que par rupture, cela accroît encore et définit plus complètement nos responsabilités d'hommes de culture. Car au sein même de l'époque coloniale, c'est l'homme de culture qui doit faire faire à son peuple l'économie de l'apprentissage de la liberté» estime Aimé CESAIRE, dans «L’homme de culture et ses responsabilités» au Congrès de 1956. Suivant, Léopold Sédar SENGHOR, tenant pourtant de la poésie contemplative, «l’art nègre n’est réellement esthétique que dans la mesure de son utilité, de son caractère fonctionnel». En effet, pour le poète-président sénégalais, le rôle du poète est de faire découvrir «les choses essentielles».

 

David DIOP, en intitulant son recueil de poèmes, «Coups de pilon» choisit une démarche partisane, «laissait deviner ses intentions d’engager une polémique acharnée contre la civilisation occidentale» écrit Sana CAMARA. «Coups de pilon» comporte trois parties qui s’intitulent, respectivement, Coups de pilons, édition originale comprenant 17 poèmes ; Cinq poèmes et enfin des poèmes retrouvés renfermant 21 pièces. Ainsi, l’ensemble des poèmes du recueil de l’édition Présence Africaine, 1973, s’élève à 43. Ce recueil, de par son titre, indique bien qu’il s’agit d’une poésie militante. Le « pilon » servant à transformer le mil en farine, est une métaphore appelant les Africaines à passer à la transformation ; le poète va puiser ses ressources  avec une ambition  de changer la situation du colonisé. En effet, les titres de certains poèmes indiquent bien sa volonté d’en découdre avec le colonialisme : «Vautours», «Hyènes», «Bêtes», «Monstres», etc. Partisan de la Gauche radicale, il considère que «la colonisation qui, lorsqu’elle ne parvient plus à maintenir ses sujets en esclavage, en fait des intellectuels dociles aux modes littéraires occidentales». Cependant, SENGHOR, un homme modéré, sans une grande proximité idéologique avec David DIOP, a dénoncé son accent âpre et rêche, son ton brutal et dur «Senghor, déjà consacré champion de la poésie africaine, ne supporta pas la fougue virile de ces poèmes qui ne s'embarrassaient point de pardon à l'ennemi et d'esprit de réconciliation» écrit Guy Ossito MIDIOHOUAN. En effet, le poète-président considère que DIOP n’est pas assez nègre, trop belliqueux, pour un Nègre «Ces derniers (poèmes de Diop) sont l’expression violente d’une conscience raciale aiguë. Sans nul romantisme dans l’expression. Ce qui les caractérise, c’est la sobre vigueur du vers et un humour qui cingle comme un coup de fouet, bref. Nous ne doutons pas qu’avec l’âge, David Diop n’aille s’humanisant. Il comprendra que ce qui fait la négritude du poème, c’est moins le thème que le style, la chaleur émotionnelle qui donne vie aux mots, qui transmue la parole en verbe» écrit Léopold Sédar SENGHOR, dans son «Anthologie de poésie nègre et malgache». L’œuvre de David DIOP se manifeste en deux versants : l’opulence image et l’ascétisme en politique. Suivant Lilyan KESTELOOT, David DIOP était un des espoirs de la poésie africaine «La violence et la simplicité de son langage faisaient de ses poèmes de véritables coups de poing dont l’efficacité, en cette période de lutte, était incontestable». Le professeur KESTELOOT ne semblait pas apprécier cette poésie engagée et militante, inspirée de Jacques ROUMAIN, elle préférait ses poèmes qui chantent «Souffre pauvre nègre, le fouet siffle, siffle sur ton dos de sueur et de sang, pauvre nègre» écrit-elle.

 

En dépit de cette polémique, le recueil de poèmes sera édité en 1973 : «Que le poète puise dans le meilleur de lui-même ce que reflète les valeurs essentielles de son pays, et sa poésie sera nationale. (..) De cette liberté l’Afrique noire fut systématiquement privée La Colonisation, en effet, s’empara de ses richesses matérielles, disloqua les vieilles communautés et fit table rase de son passé culturel au nom d’une civilisation décrétée «universelle» pour la circonstance. (..) Le poète africain conscient de sa mission, refuse à la fois l’assimilation et l’africanisme facile», un texte annexé au recueil de poèmes. «Il est rare que s'allient la maîtrise du verbe et la profondeur de l'émotion que s'accordent la distance et le don. En cette harmonie paradoxale le meilleur se révèle. La parole de David Diop témoigne de ce lieu admirable et difficile. David Diop savait l'Afrique par coeur, au plus profond d'elle-même, en ses sources vives, en son peuple, c'est-à-dire en sa vérité. Il la connaissait en sa fragilité et en ses caricatures, avatars d'une Afrique vendue et exploitée aux marchés de l'Histoire» indique l’éditeur. Simon MPONDO et Frank JONES ont traduit ces poèmes en langue anglaise sous le titre de «Hammer Blows». S Ruth SIMMONS a défendu «la pertinence» de la poésie de David DIOP pour les jeunes Noirs aux Etats-Unis. Inscrit aux programmes scolaires en Afrique, et ayant gagné une grande notoriété, on s’aperçoit que David DIOP est loin d’être un «poète mineur». Il sort ainsi de 30 ans de purgatoire dans lequel l’avait enfermé SENGHOR. Ainsi, donc, Guy Ossito emploie un terme christique, et parle de «résurrection de David Diop». En effet, désormais, les Africains et la diaspora «vibrent au rythme de sa passion et découvrent en lui le plus grand poète africain de la période coloniale. On s'aperçoit alors de l'injustice des historiographes de la littérature africaine d'expression française à son égard qui, se fondant essentiellement sur le jugement émis par Senghor» précise Guy Ossito MIDIOHOUAN.

 

Amadou Aly DIENG, partisan d’une littérature engagée, est élogieux à l’égard de David DIOP : «Il y a eu David Diop, qui a opéré le premier l’éclatement d’une certaine conception de la poésie négro-africaine incapable de manifester un engagement révolutionnaire authentique. David Diop, lui dont la pensée, l’existence, le comportement social demeurent un exemple de volonté, de capacité et de dignité, est sans le plus grand poète négro-africain. Investi par l’histoire du peuple d’Afrique, l’œuvre si expressive de David Diop, bien que séparée de son auteur, ne saurait se placer dans l’obscurité puisqu’elle reçoit son sens à partir de l’histoire africaine elle-même, en toute liberté», écrit-il. Digne représentant de la Négritude et défenseur de l’identité culturelle africaine, David Léon Mandessi DIOP nous a laissé un recueil qualifié par Théophile OBENGA de «mince, mais émouvant». Amady Aly DIENG estime que cet ouvrage est «plein de densité et de chaleur humaine», et considère l’auteur comme étant «l’exemple d’une vie dévouée à la cause de l’émancipation africaine». Par conséquent, David DIOP c’est le «Vladimir Maïakovski de la Révolution africaine», avec lui nous entendons la voie d’une marche pour la liberté, celle d’une génération qui veut recouvrer son identité et sa dignité. Abdellah HAMMOUTI pense que les poèmes de David DIOP sont un «cri de révolte contre le colonialisme et ses méfaits».  Enid RHODE qualifie David DIOP de «poète de la passion».

 

A l’opposé de SENGHOR, David DIOP, un poète militant, s’inscrit dans le cadre d’une littérature nationale, à la recherche de «l’authenticité» en référence à un terme d’Aimé CESAIRE. En effet, le poète antillais en opposition aux théories de Louis ARAGON sur la littérature nationale, est contre «Le larbinisme» poétique, cette volonté d’assimilation qui fait fi de l’héritage africain pour privilégier, exclusivement, le fonds français. L’écrivain noir doit apprendre à «marronner», à se libérer, face à la tutelle de ceux qui veulent le soumettre à diverses injonctions théoriques. Reprenant à son compte les idées de CESAIRE, avec des nuances, David DIOP, en nationaliste et patriote, exige du poète d’abandonner l’individualisme formel, pour donner le meilleur de lui-même : «Que nous importe alors que son chant, ample et dur, chante en alexandrins ou en vers libres ; pourvu qu’il crève les tympans de ceux qui ne veulent pas l’entendre et claque comme des coups de verge sur les égoïsmes et les conformismes de l’ordre. La forme n’est là que pour servir l’idée» écrit DIOP dans un article «Contribution au débat sur la poésie nationale».  Bernard DADIE va dans le même sens, «Le fond importe plus». Finalement, le poète est investi d’un rôle majeur, celui d’écrire une page de l’histoire africaine, tant calomniée et falsifiée. Mais cette démarche identitaire n’est pas un rejet des autres ; la différence n’est pas un repli sur soi, «à se replier sur soi-même, une culture s’étiole et meure» écrit Aimé CESAIRE. Dans sa défense d’une littérature nationale, David DIOP s’inscrit aussi dans la même démarche de Chinua ACHEBE qui a parlé du «fardeau de l’écrivain noir». En effet, ACHEBE estime que, si dans l’Afrique soumise, il appartient à l’écrivain africain de s’attaquer à l’injustice coloniale, dans l’Afrique indépendante, l’écrivain doit continuer de dénoncer l’injustice partout où il la voit, même s’il s’agit d’une injustice commise par les Africains contre d’autres Africains : «Nous ne devons jamais renoncer à notre droit d’être traités comme des membres à part entière de la famille humaine. Nous devons aspirer à la liberté d’exprimer notre pensée et nos sentiments, même contre nous-mêmes, sans nous inquiéter de savoir si ce que nous allons dire risque d’être retenu comme une preuve contre notre race» dit ACHEBE. Dans ses conclusions, le Colloque de la Sorbonne du 19-22 septembre 1956, invitait au réalisme littéraire, l’artiste devant traduire l’originalité de l’identité africaine et faire de «la culture une puissance de libération et de solidarité, en même temps que le chant de notre intime personnalité».

 

Une légende, savamment entretenue par les mouvements maoïstes, veut que David DIOP, poète engagé, à la carrière littéraire très prometteuse, mais à la vie courte, ait produit des poèmes émouvants sur l’Afrique, sans jamais connaître le Sénégal. Cette fable s’appuie sur un des poèmes de David DIOP qui s’intitule «Afrique mon Afrique» et qui démarre ainsi «Afrique, je ne t’ai jamais connue». Par ailleurs, son poème, «J’ai la mémoire», a, peut-être, induit en erreur les spécialistes de la poésie : «Je n’ai pas oublié, ma mémoire n’est pas courte. (…) Ma mémoire est celle de mon peuple qui a souffert, tout le temps». Ainsi, Lilyan KESTELOOT a même accrédité cette idée de la méconnaissance de l’Afrique, en écrivant que «David Diop connaissait mal l’Afrique, ayant été élevé en France». Jacques CHEVRIER abonde également dans le même sens : «Longtemps éloigné de l’Afrique, David Diop n’en manifeste pas moins, son attachement profond à un continent dont il entend garder fidèlement la mémoire».

 

En réalité, David DIOP avait de solides attaches avec le Sénégal, dès sa naissance et même au moment de sa mort. Il était enseignant en Guinée, au moment de sa disparition au large de Dakar, il revenait de ses vacances à Paris, mais avec un voyage payé par son employeur. «David Diop savait l’Afrique par cœur, au plus profond d’elle-même, en ses sources vives, en son peuple, c’est-à-dire la vérité. Il la connaissait en sa fragilité et ses caricatures, avatars d’une Afrique vendue et exploitées aux marchés de l’Histoire» écrit l’éditeur.

 

David DIOP, dans ses poèmes, part en guerre contre l’aliénation culturelle qui aboutit à la dépersonnalisation, au mépris. Pour le colonisateur, ses sujets sont comme une forme de transparence : «Il n’y a pas personne» renchérit Bernard DADIE. Il fustige les valeurs de l’assimilation que lui oppose le Maître : «Nos ancêtres les Gaulois.

 

Très tôt orphelin de père, né pendant une période trouble et de guerre, de santé fragile, il a baigné dans une ambiance intellectuelle, et a été bien entouré par une mère-courage, ingénieuse et débrouillarde, ainsi qu’un beau-frère, Alioune DIOP l’éditeur de Présence africaine (Voir mon article). Par conséquent, David DIOP, est un poète au carrefour de plusieurs civilisations.

 

I – David DIOP, un poète au carrefour

de plusieurs civilisations.

 

David DIOP est né le 9 juillet 1927, à trois heures, au n°44, rue Fondège à Bordeaux, dans la Gironde, en France. Cette naissance a été dignement fêtée au Sénégal par la grand-mère maternelle, Mame Yandé N’DIAYE, qui appelait son petit-fils «Gorgui». Des prières ont été dites à la grande mosquée de Dakar. «Le nouveau-né était vigoureux. C’était un bébé gourmand qui ne cessait  de réclamer son biberon avant l’heure prescrite» écrit Maria DIOP dans sa biographie. Le 20 juillet 1927, Blaise DIAGNE, député du Sénégal, a adressé une lettre de félicitation à la famille pour cette naissance «Je renouvelle à Madame Diop, et à toi-même, nos affectueuses félicitations pour l’heureuse venue de votre enfant. Nous lui souhaitons, dans la vie, le meilleur des bonheurs en tout et pour tout» écrit DIAGNE. Deux mois après sa naissance, sa famille vient s’installer à Paris, au 32 rue des Ecoles, non loin de l’emplacement actuel de Présence africaine, dans un appartement loué par Lamine SENGHOR, un journaliste. Ce qui rythme la vie des parents ce sont les promenades aux jardins du Luxembourg ou des Plantes.

 

La mère de David DIOP, Maria Mandessi BELL (1896 - 1990), une protestante, une aristocrate descendante du roi Sawa, dynastie régnante à Douala depuis 1770, est une Camerounaise. Maria Mandessi BELL est la fille de David Mandessi BELL, décédé le 14 novembre 1936, et qui est le fils adoptif du roi N’dumbe Lobé. La biographie faite par Maria DIOP sur David, est dédiée au fondateur de Présence africaine «Alioune Diop a consacré sa vie, avec toute son âme, à la cause de l’Afrique, son pays. En créant, en 1947, la Revue culturelle Présence Africaine, il a donné la chance aux Africains noirs de pouvoir enfin écrire et s’exprimer» écrit Maria DIOP. Par conséquent, David DIOP porte le prénom de son grand-père maternel camerounais. Le palais des rois  Manga BELL, construit en 1904, surnommé «La Pagode», est situé dans le quartier administratif de Bonanjo, à Douala. Ce surnom de «Pagode» vient de l’écrivain français Louis FERDINAND DESTOUCHES, plus connu sous le nom de Céline, qui a séjourné à Douala entre 1916 et 1917, et qui le désigne ainsi dans son roman «Voyage au bout de la nuit». David Manga BELL, le grand-père paternel était le plus gros exportateur de bananes ; en raison de sa richesse, il avait envoyé sa fille, donc la mère de David DIOP, étudier en Allemagne. A cette mère courage qui va éduquer toute seule ses cinq enfants, David DIOP consacrera plus tard un poème intitulé «Fête des mères» :

«Celle qui brise la nuit pour le jour d’un enfant

Celle qui parcourut des siècles de sacrifices

Celle qui s’appelle douceur d’aimer,

C’est toi, maman

Celle qui me berce dans les soirs de caprice,

Celle qui souhaite la mort pour la vie d’un enfant

Celle qui s’appelle mon sac de patience

C’est toi, maman,

Celle qui s’élance à l’appel de mes peines,

Celle qui s’appelle Amour des autres

Celle qui s’illumine au bonheur d’un enfant

C’est toi, maman,

La Mère au regard de paix».

Le père de David DIOP s’appelle Mamadou Yandé DIOP, un ancien tirailleur sénégalais, un cousin du Président Léopold SENGHOR ; il avait la nationalité française. Après la guerre de 1914, Mamadou DIOP est venu travailler aux chemins de fer du Cameroun ; il y rencontra, Maria, la mère de David DIOP et l’épousa en secondes noces. Le père de David DIOP avait droit à un congé tous les deux ans, soit en France, soit au Sénégal. Le congé de 1927 tombait au moment où les parents de David DIOP séjournaient en France. Voila donc pourquoi David DIOP est né à Bordeaux, en France.

 

Contrairement à la légende entretenue, David DIOP a séjourné plusieurs fois, et dès son jeune âge, au Sénégal, où il a passé une bonne partie de son enfance jusqu’au 14 septembre 1938. A la fin de l’année 1927, la famille partit pour le Sénégal «A notre arrivée à Dakar, la grand-mère sénégalaise de David accouru, prit le bébé dans ses bras et pria. Ensuite, elle offrit des cadeaux, des pagnes et des gris-gris qu’elle noua autour du cou et des reins du bébé. Le climat de Dakar réussissait au petit David» écrit Maria DIOP. Par conséquent, quelques mois après sa naissance, David DIOP a séjourné, brièvement, avec ses parents au Sénégal. Puis, la famille repartit pour Douala, au Cameroun. A deux ans, David s’exprime bien, et il reçut en cadeau un vélo. A quatre ans, et pendant les congés des parents de 1931 et 1932, David DIOP est retourné avec ses parents au Sénégal, avec de fréquentes promenades à l’Ile de Gorée. David est circoncis par le docteur Joseph SENGHOR, et semble en être fier «Maman, je suis un homme maintenant» dit-il. David DIOP a été scolarisé au Sénégal, d’abord au jardin d’enfants du Cours secondaire de la rue Thiers devenue rue Assane N’Doye. C’est un élève appliqué, le père de David DIOP ayant rejoint son poste au Cameroun, David DIOP poursuit ses études à Dakar, et est inscrit au cours moyen. «Il travaillait aussi bien qu’il était bagarreur» écrit Maria DIOP.

 

Cependant, le père David DIOP (Mamadou Yandé DIOP) tombe malade au Cameroun ; il est rapatrié en France et y décède le 17 août 1935 ; notre futur poète n’avait à cette époque que 8 ans. Cet événement bouleverse la vie de David DIOP qui est confié à la famille d’Emmanuel DIAS. Il étudiera entre 1936 et 1938 au lycée Faidherbe, à Saint-Louis, avec l’aide d’Aimé PROM. Il a bonnes notes, et est passionné par le football.

 

Le 14 septembre 1938, la mère de David DIOP quitte le Sénégal avec ses cinq enfants, pour s’installer en France, à Nîmes, dans le Gard. David DIOP s’inscrit au lycée de Nîmes, fait du latin et du grec, travaille bien à l’école, mais il est également repéré comme un élève bagarreur. Il fréquentait l’Ecole du Dimanche Protestante et le Mouvement des Eclaireurs et a reçu sa première communion.

 

Il se passion toujours pour le football et rencontre, lors d’un entraînement, Raoul DIAGNE, le fils du député du Sénégal. Souffrant d’une ostéomyélite, David DIOP a été opéré trois fois de la jambe gauche ; la plaie de ces opérations ne s’était toujours pas cicatrisée en raison d’une fistule, la mère de David DIOP décide alors, en décembre 1943, de quitter Nîmes pour venir s’installer dans la région parisienne. Avec l’aide de Léopold Sédar SENGHOR, à l’époque professeur au lycée Marcellin-Berthelot, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), la famille trouve, en décembre 1943, un appartement à Joinville-Le-Pont. En raison de la proximité des villes, le jeune David DIOP, à 18 ans, va fréquenter le lycée Marcellin-Berthelot où enseigne son oncle Léopold Sédar SENGHOR. Il forme avec des amis, pendant cette période de guerre, un mouvement de résistance contre l’ennemi allemand ; ce sont les prémices d’une conscience politique qui s’éveille.

 

A la Libération, en 1945, tout en poursuivant ses études, en seconde, au lycée Marcellin-Berthelot, David DIOP et sa famille viennent s’installer au n°32 de la rue des Ecoles, à Paris, dans le 5ème arrondissement, au Quartier Latin. Il obtient la première partie de son baccalauréat en candidat libre. En 1945, il va par la suite s’inscrire au lycée Louis Le Grand,  rue Saint-Jacques, à Paris, à quelques pas de chez lui. Elève studieux et passionné de philosophie, il obtient la deuxième partie de son baccalauréat avec mention, en juin 1945. Garçon sociable, David avaient beaucoup d’amis Africains et français.

 

En 1946, il entame des études en médecine, grâce à une bourse du Sénégal. Il noue une liaison avec une amie de la clinique, avec laquelle ils auront un enfant nommé Emmanuel, deuxième prénom de son frère Adrien. Pendant ses études David sera opéré en raison d’un abcès froid, et c’est durant son séjour à l’hôpital qu’il commence à écrire ses poèmes qui seront édités par Présence africaine en 1948, et en 1956 paraissent les «Coups de pilon». En raison de ces épreuves de la vie, David qui lisait beaucoup, s’aguerrit, mûrit et prend conscience de sa condition de colonisé «Il prenait une conscience des injustices commises par le colonialisme en Afrique Sa révolte était grande» écrit Maria DIOP.

 

Avec beaucoup de sollicitude et de délicatesse, Léopold Sédar SENGHOR venait chaque semaine rendre visite à la famille de David DIOP. Un jour, il se fit accompagner par un jeune Sénégalais du nom de Alioune DIOP que la sœur de David DIOP trouva «beau, élégant et surtout courtois». Le 5 novembre 1945, Alioune DIOP, le fondateur de «Présence Africaine», se marie à la deuxième sœur de David DIOP, Christiane DIOP. Leur premier fils, dénommé David également, sera parrainé par David DIOP. Christiane DIOP est la première Noire qui dirige, depuis 1980, une maison d’édition en France, «Présence Africaine», fondée par son mari en 1947. Il faut rappeler que David DIOP a trois sœurs et un frère : Suzanne, Christiane, Adrien et Thérèse. David DIOP a également un demi frère, Iwiyé Kalla Lobé (1917-1991), issu du premier mariage au Cameroun de sa mère, Maria Mandessi BELL. Ce demi-frère, journaliste, marié à une Princesse, a été le secrétaire particulier du roi Sawa, Alexandre DUALA-MANGA-BELL et administrateur du Festival mondial des Arts Nègres en 1966 et en 1977. C’est à ce demi-frère que David DIOP consacrera, plus tard, un poème «Ensemble», dans son recueil «Coups de pilon».

 

Par conséquent, David DIOP fréquente un monde littéraire et artistique qui aura une forte influence sur notre futur poète : Léopold Sédar SENGHOR, son oncle qui a été son professeur ; Alioune DIOP son beau-frère, éditeur et sénateur du Sénégal, ainsi que les amis de celui-ci. On citera, dans l’entourage de Alioune DIOP notamment Aimé CESAIRE, Jean-paul SARTRE, Michel LEIRIS, Théodore MONOT, fondateur de l’I.F.A.N., Léon GONTRAN-DAMAS, Bernard DADIE etc.

 

D’une santé fragile, David DIOP subira, en 1950, une cinquième opération, l’ablation du poumon gauche. David abandonne ses études de médecine. Après la convalescence, David DIOP abandonna la médecine pour s’inscrire en licence de lettres, à Grenoble, dans l’Isère. Il rencontre une cousine sénégalaise Virginie CAMARA et se marie en été 1952. Le témoin du mariage sera Alioune DIOP. Le couple va s’installer à Montpellier, dans l’Hérault, et aura trois enfants : David Mamadou, Pierre Gaspard Ismaël et Maryandé. Après sa licence à Grenoble, David vient s’installer, avec son épouse à la Cité Universitaire d’Antony, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris, pour préparer le Diplôme d’études supérieures et ensuite l’agrégation. Une intervention chirurgicale sera nécessaire une sixième fois.

David DIOP, après ses études, obtient, en 1957, un poste d’enseignant de Lettres classiques, au Lycée Maurice Delafosse, à Dakar, au Sénégal. David DIOP se sépare de son épouse Virginie CAMARA. Au Sénégal, au départ, il est hébergé par des membres de sa famille, puis l’administration lui alloue un logement de fonction à la Fleurus, à Dakar. C’est à ce moment que David DIOP, membre du Mouvement de la Jeunesse sénégalaise pour l’Indépendance d’obédience communiste, rencontre Yvette MEISIREL, une secrétaire. Durant cette période, David DIOP adhère au Mouvement de la Jeunesse sénégalaise pour l’Indépendance. En 1958, la Guinée de Sékou TOURE qui a dit «Non» à la France, est devenue indépendante et recherche des enseignants africains. A l’appel du Parti africain de l’indépendance (PAI), le jeune David DIOP quitte précipitamment le Sénégal pour la Guinée ; il est affecté à l’école normale de Kindia. Dans une lettre adressée à Alioune DIOP, son beau-frère, et reproduite dans «Coups de pilon» David DIOP justifie sa décision de partir en Guinée : «Je pars pour la Guinée au début de la semaine prochaine en compagnie de Abdou Moumouni, de Joseph Ki-Zerbo et quatre autres professeurs africains. Comme je l’ai écrit, il est des cas où celui qui se prétend intellectuel ne doit plus se contenter de vœux pieux et de déclaration d’intention mais donner à ses écrits un prolongement concret. Seule, une question de famille m’a fait hésiter quelque temps ; mais après mûre réflexion, ce problème ne m’a pas paru être un obstacle à mon départ ». C’est à Conakry, la capitale de la Guinée, qu’aura lieu, à Conakry, la cérémonie de son deuxième mariage avec Yvette qui lui donnera deux enfants : Christiane Aminata, François Alioune Massamba. David DIOP produit en Guinée une étude «Autour de la Réforme de l’Enseignement en Guinée». Il estime que le régime colonial, «reposant sur l’exploitation économique et la falsification historique», est fondé sur l’assimilation. Le colonisateur a toujours fait primer ses valeurs sur celles du colonisé : «Hypocrisie donc que de parler de symbiose de civilisations, de profits réciproques dans une communauté dont les universités ignorent jusqu’aux noms de nos grands penseurs et passent sous silence l’histoire de nos empires. Seuls peuvent s’en accommoder les tenants d’un cosmopolitisme culturel habillé d’oripeaux exotiques».

Chaque année, David DIOP a droit à un congé. Pour les vacances scolaires de 1960 et en pleine crise de la Fédération du Mali, il a choisi d’aller à Paris avec Yvette ; son beau-frère Alioune DIOP a prêté son appartement. Il confie à sa mère, restée à Dakar, ses jeunes enfants.

 

Le 29 août 1960, sur le chemin de retour sur le Sénégal, l’avion de David DIOP pris dans une tornade sombre en face des Almadies, au large de Dakar. 52 des 63 corps seront repêchés, dont celui de David DIOP qui est inhumé au cimetière catholique de Bel-Air, à Dakar.

 

Disparu à l’âge de 33 ans, avec son épouse, David DIOP père de 6 enfants, nous a légué un merveilleux recueil de poèmes intitulé «Coups de pilon» nous révélant un poète engagé et révolutionnaire. Dans «A une danseuse noire», DIOP chante l’Afrique comparée à une femme désirable, avec une grande sensualité, à l’assaut des chimères : «Négresse, ma chaude rumeur d’Afrique, ma terre d’énigme et mon fruit de raison, tu es danse pour la joie nue de ton sourire. Par l’offrande de tes seins et tes secrets pouvoirs, tu es danse par les légendes d’or des nuits nuptiales, par les temps nouveaux et le rythmes séculaires. Tu es l’idée du Tout et la voix de l’Ancien. Lancée grave à l’assaut des chimères, tu es le verbe qui explose, en gerbes miraculeuses sur les côtes de l’oubli».

II - David DIOP, poète engagé et révolutionnaire

 

Si David DIOP a subi l’influence des aînés, il s’en est vite dégagé ou à tout le moins, il a rejeté certaines influences pour ne garder que les bonnes qui ont contribué à donner à son art une grande résonance parmi les jeunes intellectuels africains. Il s’est très vite affirmé contre son oncle et professeur Léopold Sédar SENGHOR, sans outrance de langage, en s’engageant dans la poésie militante et en abandonnant à d’autres élites le soin, de ce que Amady Aly DIENG appelle, «les exercices de style et les discussions formelles».

 

Si Léopold Sédar SENGHOR vénère la langue française, au point même de la considérer comme la langue des dieux, David DIOP estime que cette langue n’est qu’un moyen d’expression provisoire, imposé provisoirement par la réalité coloniale et historiquement condamné. En effet, il existe une différence fondamentale entre la poésie de David DIOP et celle de SENGHOR. David DIOP est le poète de la radicalité qui a opté pour une démarche contestataire que certains qualifient de «révolutionnaire». Ce qui signifie que la poésie n’est pas seulement une parole esthétique, mais essentiellement une parole privilégiée qui consacre la liberté du poète. Ce qui fait dire à Théophile OBENGA que la poésie révolutionnaire de David DIOP «est un procès, c'est-à-dire une entreprise soutenue par la liberté et la générosité du poète, entreprise qui va au-delà de la dénonciation du poète d’un état de fait, au simple écoeurement faces aux blessures profondes qui arrosent la terre d'Afrique».

Pour David DIOP la poésie est un engagement et une incarnation, c’est une force qui se libère en libérant ; cette force libre qui libère, David DIOP en donne pleinement la mesure dans l’engagement révolutionnaire de ses poèmes. Dans tous ses écrits, David DIOP lutte pour la fin du régime colonial, et considère comme indispensable la renaissance des cultures nationales. Par conséquent, contrairement à la démarche de Léopold Sédar SENGHOR et des tenants de la position assimilationniste, le combat n’est pas seulement culturel, c’est une lutte de libération. David DIOP est un partisan fervent de la Négritude, mais il a pris une voie radicalement différente de son oncle SENGHOR. Il a magnifié l’Afrique traditionnelle, «l’Afrique des fiers guerriers». Ecoutez ce chant bouleversant qui s’intitule «Afrique, mon Afrique» :

«Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grand-mère

Au bord de son fleuve lointain

Je ne t`ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandu

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de I` esclavage

L`esclavage de tes enfants

Afrique dis-moi Afrique

Est-ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l’humilité

Ce dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux cet arbre robuste et jeune

Cet arbre là-bas

Splendidement seul au milieu des fleurs

Blanches et fanées

C’est I` Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

L’amère saveur de la liberté».

David DIOP est le poète de l’avenir qui refuse l’assimilation et l’africanisme stérile. Dans cette perspective, la Négritude est un puissant outil sur le chemin de la redécouverte de soi. Il va même jusqu’à se moquer ouvertement des assimilationnistes, proche des idées de CESAIRE, il manifeste, avec énergie, son engagement littéraire, dans son poème Le Rénégat : «Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite. Mon frère aux lunettes d’or, sur tes yeux rendus bleus par la parole du Maître, mon pauvre frère au smoking à revers de soie, piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance, tu nous fais pitié». Ruth SIMMONS estime, à propos de David DIOP : "qu’il s’agisse d’un poème qui exprime son amour respectueux de la femme africaine, ou d’une attaque cinglante contre l’impérialisme et l’inhumanité yankee, qu’il s’agisse d’une attaque mordante contre le Noir assimilationniste ou d’un appel émouvant à l’action, la voix de David Diop est infailliblement celle d’un poète africain qui plaide pour la cause de son peuple".

En effet, David DIOP magnifie les grandes figures africaines : «Je vois Soundiata l’oublié, et Chaka l’indomptable, enfouis au fond des mers avec les contes de soi et de feu, je vois tout cela» écrit-il dans «le Nègre clochard». Il rend hommage aux Ancêtres : «J’aiguise pour les sillons futurs. Pour toi, nous referons Ghana et Tombouctou, à grands coups de pilons sonores» écrit-il dans «Le Nègre clochard». La femme aimée symbolise l’Afrique, et elle participera, un jour à l’émancipation de ce continent : «Me plaît ton regard fauve. Et ta bouche à la saveur de mangue. Ton corps est le piment noir qui fait chanter le désir. Rama Kam». David DIOP témoigne sa grande solidarité avec tous les peuples opprimés : «Je pense au Vietnam couché dans la rizière, au forçat du Congo, du lynché d’Atlanta. Entendez-vous bruire la sève souterraine ? C’est la chanson des morts, la chanson qui porte aux jardins de la vie» écrit-il «L’Agonie des chaînes». David DIOP chante dans ses poèmes l’espoir et l’espérance, la liberté pour ceux qui sont encore dans les chaînes : «De l’esclave d’hier, un combattant est né. Et le docker de Suez, et le Coolie d’Hanoi. Tous ceux qu’on intoxiqua de fatalité lancent leur chant immense au milieu des vagues, les vagues furieuses de la liberté, qui claquent, qui claquent sur la Bête affolée» écrit-il dans «Vagues». Un mouvement s’est levé, celui de la marche vers la dignité : «C’est de l’Aurore, le signe fraternel qui viendra nourrir le rêve des hommes» écrit dans «Ecoutez camarades !».

 

Les héros africains, comme Soundiata KEITA ou Chaka, sont invoqués pour combattre l’injustice. David DIOP est un champion de la poésie de la libération humaine, dans «L’agonie des chaînes» :

«Et des savanes aux jungles

Nos mains crispées dans l’étreinte de combat

Montrent à ceux qui planent dans les élites de l’avenir

Dimbokro Poulo Condor

Entendez vous bruire la sève souterraine,

C’est la chanson des morts

La chanson qui nous porte aux jardins de la vie».

Dans son engagement et son militantisme, David DIOP est resté fidèle à Aimé CESAIRE ; le poète doit donner le meilleur de lui-même ; ce que CESAIRE appelle «l’authenticité». Dans les traditions africaines, les griots, par leur parole et leur chant, galvanisent les énergies des guerriers, symboles de la vertu et de l’honneur. Or justement les chants de David DIOP évoquent un jeu admirable et sincère, le chant du poète populaire, son dynamisme et son caractère éminemment instructif. L’Afrique que chante David DIOP, est une Afrique déterminée, souffrante et brûlée par les années, victime de l’exploitation étrangère.

David DIOP a produit un poème symbolique, «Les Vautours» qui est une violente dénonciation de la colonisation de l’Afrique, des souffrances des Africains, mais avec un espoir de libération. Le colon est désigné, sous la métaphore de «Vautours» :

«En ce temps-la

A coups de gueule de civilisation,

A coup de gueule d’eau bénite sur les fronts domestiqués

Les vautours construisaient à l’ombre de leurs serres

Le sanglant monument de l’ère tutélaire

En ce temps – là

Les rires agonisaient dans l’enfer métallique des routes

Et le rythme monotone des Pater-Noster

Couvrait les hurlements des plantations à profit

O le souvenir acide des baisers arrachés

Les promesses mutilées au choc des mitrailleuses

Hommes étranges qui n’étiez pas des hommes

Vous saviez tous les livres, vous ne saviez pas l’Amour

Et les mains qui fécondent le ventre de la terre

Les racines de nos mains profondes comme la révolte

Malgré nos chants d’orgueil au milieu des charniers

Les villages désolés, l’Afrique écartelée

L’espoir vivant en nous comme une citadelle

Et des mines du Swaziland à la sueur lourde

Des usines d’Europe

Le printemps prendra chair sous nos pas de clarté.»

On sent à travers ces passages un des thèmes majeurs de la poésie de David DIOP : la colère que certains qualifient de haine. Cette colère, suivant des théories élaborées par les psychologues, serait un facteur de stabilisation de la personnalité de l’opprimé. En effet, l’opprimé développe ses propres mécanismes de défense contre le mépris du Blanc, et il attaque ce dernier en portant atteinte à sa fierté raciale. L’objet de la colère est le Mal, et non pas le Blanc en tant que tel. David DIOP préfère qu’on meure «noblement» et qu’on affronte «l’ennemi commun».

 

Par conséquent, David DIOP ne rejette pas en bloc la culture occidentale. Dans sa conception de la Négritude ; David DIOP veut arracher à l’homme blanc la reconnaissance de la spécificité de la culture noire ; il ne se contente pas d’exiger la reconnaissance de l’homme noir lui-même, c’est-à-dire l’acceptation de sa différence. David DIOP est habité par la tolérance, l’altérité ainsi que le souci de nouer le dialogue avec l’autre, pour une rencontre fructueuse «Derrière son dire poétique surgit autrui : sa parole ne porte pas sur autrui, elle ne décrit pas autrui, mais elle s’adresse à autrui comme liberté, sollicite autrui comme liberté. David Diop jouit d’une connaissance intime de la littérature orale africaine, sait que le verbe africain est accueil, dialogue, hospitalité : du coup, il ne cherche pas à circonscrire autrui, mais au contraire appelle autrui à se manifester dans sa vérité. Un tel appel invite immédiatement au dialogue.» écrit Amady Aly DIENG.

 

David DIOP, dans sa poésie militante qui révèle un cri de douleur et un sentiment de révolte, s’est préoccupé des déshérités, de «celui qui a tout perdu»

«Le soleil brillait dans ma case

Et mes femmes étaient belles et souples

Comme des palmiers sous la brise des soirs

Mes enfants glissaient sous le grand fleuve

Aux profondeurs de la mort

Et mes pirogues luttaient avec les crocodiles

La lune, maternelle, accompagnait nos danses

Le rythme frénétique et lourd du tam-tam

Tam-tam de la joie, tam-tam de l’insouciance,

Au milieu des feux de la liberté ».

Puis un jour, le Silence,

Les rayons de soleil semblèrent s’éteindre

Dans ma case vide de sens

Mes femmes écrasèrent leurs bouches rougies

Sur les lèvres minces et dures des conquérants aux yeux d’acier

Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible

Pour l’uniforme de fer et de sang

Votre voix s’est éteinte aussi

Les fers de l’esclavage ont déchiré mon cœur

Tam-tams de mes nuits, tam-tams de mes pères.»

 

En définitive, dans sa poésie du refus de la soumission, David DIOP exhorte à la transformation sociale à travers les thèmes traités : nostalgie, tentative de ressourcement, tout est matière à réflexion. Il appelle à la prise de conscience, à l’affirmation de l’identité africaine, à la révolte et à l’action. «Où étiez-vous quand je souffrais, quand je cherchais la vérité, entendez-vous la vérité, vous dansiez sous la paille de rire ?» écrit-il. DIOP invoque le passé glorieux de l’Afrique, berceau de civilisation (Ghâna, Tombouctou, Congo), et magnifie les peuples africains (les bantous, les Soudanais, les Guinéens, les Togolais). Il est féministe, la femme, qu’elle soit mère, sœur, épouse ou bien aimée, chanteuse ou danseuse, est actrice de la révolution. La femme africaine, symbolisant son continent, digne d’être aimée, belle, forte et féconde, a été corrompue par le système colonial. Il examine les différentes postures de l’homme noir, qu’il soit compagnon de route dans la lutte pour la libération de l’Afrique, martyre, ou renégat, qu’il soit enfant ou adulte, nègre des bars, clochard ou héros d’épopée. Mais c’est une poésie optimiste, pleine de promesses d’avenir, pour la Renaissance africaine, en vue de la conquête de la liberté, dans la dignité. Aussi, invite les Africains à la reconstruction d’une nouvelle Afrique : «Pour toi nous referons Ghâna et Tombouctou» Ses poèmes sont un puissant antidote contre l’afro-pessimisme : «Nous referons l’Afrique et ses purs cris d’amour à travers les savanes, l’Afrique qui s’éveille au chant puissant de l’Avenir». Hamidou DIA a rendu hommage à DIOP : «Nous devons approfondir la pensée et l’action de cet homme qui, dans la clameur et la confusion des années d’indépendance, sut garder intacte sa volonté de progrès. Son compagnonnage nous est utile en périodes troublées mais porteuses de nouvelles espérances» écrit-il.

Bibliographie sélective sur David DIOP

 

1 – Contribution de David Diop

 

DIOP (David), «Autour de la réforme de l’enseignement en Guinée», Présence africaine, décembre 1959, janvier 1960, n°29, pages 105-108 ;

 

DIOP (David), «Contribution au débat sur la poésie nationale», Présence africaine, février-mars 1956, n°6, pages 113-115 et Présence africaine, 2002, n°165-166, page 247-249 ;

 

DIOP (David), «Le temps du martyr», Présence africaine, janvier 1948, n°2, page 235 ;

 

DIOP (David), «Rythmes et chants d’Afrique», Présence africaine, 1949, n°7, page 235 ;

 

DIOP David, Coups de pilon, Paris, Présence Africaine, 2008, 5ème édition, 83 pages.

 

2 – Critiques de David Diop

 

ACHEBE (Chinua), «Le fardeau de l’écrivain noir», Présence africaine, 3ème trimestre 1966, n°59, pages 142-147 ;

 

Anonyme, «David Diop est mort», Présence africaine, Nouvelle série, juin-septembre 1960, n°32-33, page 216 ;

 

Anonyme, «En mémoire d’un poète trop tôt disparu, à ma mère», Présence africaine, Nouvelle série, juin-septembre 1960, n°32-33, page 139 ;

 

ARAGON (Louis), Journal d’une poésie nationale, Lyon, Les Ecrivains réunis, Armand Henneuse, 1954, 163 pages ;

 

BRODESKY (Richard, L.), «Poetry and History in David Diop’s «Coups de Pilon», South Atlantic Bulletin, Novembre 1974, Vol 39, n°4, pages 121-125 ;

 

CAMARA (Sana), La poésie sénégalaise d'expression française, 1945-1982, Paris, L'Harmattan, 2011, 201 pages, spéc pages 119-214 ;

 

CESAIRE (Aimé), «L’homme de culture et ses responsabilités», Présence africaine, février-mai 1959, n°24-25, pages 116-122 ;

 

CESAIRE (Aimé), «Réponse à Depestre, poète haïtien, éléments d’un art poétique», Présence africaine, n°1-2, avril-juillet 1955, pages 113-115 et in La Poésie, Paris Seuil, 1994,  «Le verbe marronner. À René Depestre, poète haïtien» ;

 

CESAIRE (Aimé), «Sur la poésie nationale», Présence africaine, 2002, n°165-166, pages 221-223 ;

 

CHEVRIER (Jacques), Anthologie africaine d’expression française, Paris, Hâtier, collection Monde noir, 2002 et 2007, vol 2, La poésie, 1994, 221 pages, spéc pages 40-46 ;

 

DADIE (Bernard), «Le fond importe plus», Présence africaine, 2002, n°165-166, pages 251-253 ;

 

DEPESTRE (René), «Points de vue sur la poésie nationale», Présence africaine, 2002, n°165-166, pages 259-269 et «Réponse à Aimé Césaire», pages 225-242  ;

 

DIA (Hamidou), «Le verbe supplicié de David DIOP (1927-1960)», in Xalisman.com du 31 août 2010 ;

 

DIA (Hamidou), éditeur scientifique, Poètes d’Afrique et des Antilles d’expression française : de la naissance à nos jours, anthologie, Paris, La Table Ronde, 2002, 523 pages ;

 

DIA (Hamidou), Poésie africaine et engagement, en hommage à David Diop, Paris, L’Harmattan, 2009, 154 pages, spéc pages 97-136 ;

 

DIALLO (Amadou), «Coups de pilon de David DIOP ou l’espoir d’un renouveau africain», in Ethiopiques, 1er semestre 2011 ;

 

DIENG (Amady Aly), «Hommage à David DIOP», in Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française, Michigan State University, African Books, 2009, 166 pages, spéc  pages 117 à 126 ;

 

DIOP (Christiane, Yandé), «Allocution au colloque international Alioune Diop», Présence africaine, 1er et 2ème semestre 2010, n°181-182, pages 35-37 ;

 

DIOP (Maria), Biographie de David Léon Mandessi DIOP, Paris, Présence Africaine, 1980, 36 pages ;

 

HAMMOUTI (Abdallah) ; «Coups de pilon de David DIOP ou la poésie militante», in Ethiopiques n°76, 1er semestre 2006 ;

 

IYE (Kala, Lobé), Duala Manga Bell : un héros de la résistance Douala, Paris, ABC (Afrique Biblio Club), Dakar, Abidjan, N.E.A, collection «Les Grandes figures africaines», 1977, 109 pages ;

 

KESTELOOT (Lilyan), Anthologie négro-africaine de la littérature de 1918 à 1981, Paris, EDICEF et Alleur, Marabout (Belgique), 1987, 478 pages, spéc pages 149-154 ;

 

KOM (Ambroise), «David Diop, poète de la libération», Peuples noirs, Peuples africains, mai-juin 1983, n°33, pages 122-128 ;

 

KONDO (Joël), MBANGA EYOMBWAN (David), Le procés du roi, Rudolph Manga Bell, martyr de la liberté, Imprimerie Saint-Paul, 1994, 170 pages ;

 

M’PONDO (Simon), JONES (Frank), traducteurs et éditeurs, Hammer Blows and Others Writings. David Diop, Bloomington, Indiana Press, 1973, 88 pages ;

 

MAKOUTA-MBOUKOU (Pierre), Les grands traits  de la poésie négro-africaine : historiques poétiques significations, Abidjan, Dakar, Lomé, N.E.A, 1985, 347 pages ;

 

MALELA (Bundu, Buata), Les écrivains afro-antillais à Paris (1920-1960) : stratégies et postures identitaires, Paris, Karthala, 2008, 465  pages spéc pages 310 et suivantes ;

 

MIDIOHOUAN (Guy Ossito), «La résurrection de David Diop», Peuples Noirs, Peuples africains, 1983, Vol 6, n°35, pages 86-90 ;

 

MOURALIS (Bernard), «L’évolution du concept de littérature nationale en Afrique», Research in African Literatures, automne 1987, Vol 18, n°3, pages 272-279 ;

 

MPONDO (Simon), «David Mandessi Diop : An Assessment», Présence africaine, 3ème trimestre 1970, n°75, pages 97-107 ;

 

NDIADE (Mama, Yatassaye), David Diop et la poésie engagée, mémoire de maîtrise sous la direction de Didier Béatrice, Université de Paris VIII, 1973, 55 pages ;

 

NGWE (Raphaël), «Poésie africaine et écriture de l’histoire», Pour la Poésie, 2016, 480 pages, spéc pages 237-258 ;

 

OBENGA (Théophile), «Hommage à David Diop», Présence africaine, Nouvelle série, 1966, n°57, pages 49-52 ;

 

OBENGA (Théophile), «La signification révolutionnaire de la poésie de David DIOP», in Les étudiants africains et la littérature négro-africaine, spéc  pages 115-122 ;

 

P.S.V, «David Diop, poète de l’amour», Présence africaine, Nouvelle série, 3ème trimestre 1987, n°143, page 198 ;

 

PAULIN (Joachim), «A David Diop», Présence africaine, 4ème trimestre 1964, n°52, pages 167-168 ;

 

RHODES (Enid, H), «David Diop, Poet of Passion», L’Esprit Créateur, 1970, Vol 10, n°3, pages 234-241 ;

 

SAPIRO (Gisèle), «La politique littéraire nationale d'Aragon : de la “contrebande poétique” au CNE», in Mireille Hilsum, Carine Trévisan, Maryse Vassevière (sous la direction de), Lire Aragon, Paris, Champion, 2000, spéc pages 311-329 ;

 

SENGHOR (Léopold, Sédar), «Suite du débat autour des conditions d’une poésie nationale chez les peuples noirs», Présence africaine, 2002, n°165-166, pages 243-246 ;

 

SENGHOR (Léopold, Sédar), Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, préface de Jean-Paul Sartre, Paris, P.U.F., 2015, 276 pages, spéc pages 173 ;

 

SIMMONS (Ruth), «La pertinence de la poésie de David Diop pour les jeunes Noirs aux Etats-Unis», Présence africaine, Nouvelle série, 3ème trimestre 1970, n°75, page 91-96 ;

 

Société de Culture Africaine, David DIOP – 1927 – 1960, témoignages, études, Paris, Présence Africaine, 1983, 412 pages ;

 

WADE (Amadou, Moustapha), «Autour d’une poésie nationale», Présence africaine, n°165-166, pages 247-249 ;

 

YESUFU (Abdul, R.), «L’espoir vivait en nous : David Diop and the Poetry of Hope», New Literature Review, 1988, n°16.

Paris, le 20 octobre 2018, par M. Amadou Bal BA, baamadou.over-blog.fr/

«La vie d’un Sénégalais illustre : David DIOP (Bordeaux 9 juillet 1927 – Dakar, 29 août 1960), poète engagé», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.
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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:33

Pour la postérité, Lamine SENGHOR est resté pendant longtemps dans l’oubli le plus complet. Une éminente universitaire et grande spécialiste de la littérature noire, maintenant disparue, Mme Lilyan KESTELOOT (1931-2018), a confessé que dans la première version, qui date de 1958, de son ouvrage consacré à l’histoire de la littérature négro-africaine, elle n’avait pas pris pour mesure l’ampleur de l’action de Lamine SENGHOR et de ses campagnes de lutte. Pourquoi tant d’honneur, maintenant ?

Entre 1924 et sa mort prématurée en 1927, à 38 ans, le Sénégalais Lamine SENGHOR devient une grande figure révolutionnaire des mouvements anticolonialiste et panafricaniste. Le souvenir de sa contribution à l’éveil des colonisés, ainsi qu’à la prise de conscience du monde noir de son identité, sera bientôt éclipsé par le succès de ceux qui l’ont suivi : «Senghor est un nom difficile à porter tant la renommée du poète président dépasse de loin celle des autres hommes de lettres ou d’autres hommes d’Etat», écrit Robert CORNEVIN. Il n’y a aucun lien de parenté entre Lamine et Léopold SENGHOR (1906-2001) ; sa «bête noire», c’est Blaise DIAGNE (1872-1934), un député du Sénégal, assimilationniste. «Autant Diagne et ses idées était remis en cause par une solide opposition indigène solide et structurée, même, autant sa position en France était menacée par d’autres opposants politiques dont les plus irréductibles étaient des Sénégalais affiliés au Parti communiste français, à leur tête, Lamine Senghor», écrit le professeur Iba Der THIAM, dans sa thèse. En effet, évoquant la création de la Ligue de la Défense de la Race Nègre, en 1926, Lamine SENGHOR écrit, sans le nommer, en direction notamment de Blaise DIAGNE : «Le nouveau-né venait de faire un pas géant. Il fallait, à tout prix, d’étouffer l’enfant qui venait de naître. C’est alors que le cri d’alarme parti de plusieurs ministères et préfectures, avec la complicité des parlementaires nègres qui ne voient en notre mouvement que la fin de leur règne». Au début, Lamine SENGHOR, ce vétéran de la guerre de 1914-1918 militait au sein de l’Union intercoloniale, groupe fondé par le Parti communiste français. Puis il a créé, en 1926, le Comité de Défense de la Race Nègre (CDRN), le premier mouvement populaire noir qui ait su réunir en France des centaines de membres à travers les ports et les grandes villes françaises. En février 1927, Lamine SENGHOR a été invité au congrès inaugural de la Ligue contre l’impérialisme à Bruxelles, où il a partagé la scène politique avec les chefs des grands mouvements nationalistes. Le discours de Lamine SENGHOR a rencontré un énorme succès, non seulement dans la salle mais aussi à travers le monde : on l’a tout de suite fait traduire en anglais, et il a été publié dans plusieurs revues aux États-Unis. En effet, Lamine SENGHOR est le premier homme politique à avoir organisé les Noirs en France de manière significative. «Je suis un Sénégalais qui a compris que la vraie France, celle qui avait proclamé en 1789 l’abolition de l’esclavage, dont ma race était la plus grande victime, n’a plus rien de commun au plan moral avec cette France qui rétablit l’esclavage moderne dans la métropole, comme dans les colonies» dit-il.

Robert CORNEVIN, qui lui a consacré une courte biographie, a évoqué la «brève destinée d’un Africain précurseur de nationalisme et de la Négritude». Ce fait dire au journal électronique, «Rumeur», que Lamine SENGHOR est «le plus grand des SENGHOR». Pour ce journal, «Parmi ces fantômes, qui sont reclus dans un même oubli, il est le cas d'un autre Senghor. Un Senghor qui ne nourrissait aucune fascination et n'attendait aucune reconnaissance du colonisateur. Un Senghor qui ne pensait pas que la raison était hellène. Un Senghor véritablement visionnaire qui, précurseur de l'anti-impérialisme, de l'internationalisme et de la négritude, ne se contenta pas seulement de vouloir déchirer les «rires banania» des murs de France en souscrivant à l'idée d'une émotion nègre. Ce Senghor, Lamine de son prénom, ne souhaita pas seulement s'attaquer aux revêtements des murs. Il se donna pour but, avec une poignée de métèques, de les détruire».

Né le 15 septembre 1889, à Joal, dans le département de M’Bour, au Sénégal, fils de Ibrahima Arfang SENGHOR et de Yaye N’Goné N’DIAYE, tous les deux Sérères et musulmans. Iba Der THIAM écrit qu’il «existe bien aux archives du Sénégal divers documents attestant qu’il est né à Joal». Par conséquent, Lamine SENGHOR, contrairement à ce qu’écrivent certains auteurs, n’est pas né à Dakar ou Kaolack. «Après avoir reçu une éducation religieuse à l’école coranique de son village, éducation qu’il menait de pair avec les travaux champêtres, il subit l’épreuve de la circoncision comme tous les garçons de son âge, ce qui raffermit son caractère, trempa sa volonté,  et lui donna une ouverture sur le monde des adultes» écrit Iba Der THIAM. Il est décrit par Pape Toumané N’DIAYE comme un garçon d’une «intelligence très vive, une activité débordante, une grande éloquence, une certaine chaleur humaine, voire un certain magnétisme personnel qui en faisait un homme de contact».

Il quitte son village et se rend en ville pour chercher du travail. En 1912, à l’âge de 23 ans, Lamine SENGHOR est employé à Dakar comme «boy», dans la maison bordelaise MAUREL et PROM. Jeune analphabète, ne connaissant que les travaux agricoles, il subit les pires humiliations ; il avouera, plus tard, qu’il a eu le sentiment d’être traité en sous-homme. «Sa vie dans cette entreprise ne fut pas évidemment agréable. Pilier du commerce colonial, pénétrée d’un esprit de domination et de supériorité insupportables, la Maison Maurel et Prom incarnait le colonialisme dans ce qu’il y a de plus arrogant et de plus inhumain avant la Révolution du 10 mai» écrit Iba Der THIAM.

Quand la Première guerre mondiale éclata, et ses amis sont mobilisés, l’indigène Lamine SENGHOR, par fierté, s’engagea, volontairement, dans l’Armée française, aux côtés des Tirailleurs sénégalais. En 1915, il est mobilisé, et à VERDUN, dans la Somme en France, il découvre l’horreur des tranchées. Blessé, gazé, décoré de la Croix de guerre et rapatrié au Sénégal ; il est démobilisé avec le grade de sergent et perçoit une pension d’invalidité de 30%. Il était toujours sujet français ; il n’a pas été naturalisé : «Ce fut, précisément, parce qu’il ne réussit point, à obtenir en tant que blessé de guerre, ni la citoyenneté française, ni une pension semblable à celle de ses camarades combattants européens qu’il réalisa le caractère inique et révoltant du système en vigueur et s’installa, résolument dans la contestation de l’ordre colonial» écrit Iba Der THIAM.

Pour échapper à l’arbitraire colonial, Lamine SENGHOR se fait délivrer un faux jugement supplétif établissant qu’il est né à Dakar. «Il chargea deux témoins, en l’occurrence les nommés Amadou BA, 56 ans, commerçant, et M. Bagnick NIANG, 63 ans, maître menuisier, demeurant tous à Dakar, de le soutenir dans son projet de se faire délivrer un faux jugement supplétif établissant qu’il est bien né à Dakar. Ce document effectivement fut établi au nom de Lamine SENGHOR, né le 15 septembre 1889, dans la capitale fédérale, fils de Ibrahima SENGHOR et de Yagorée N’DIAYE, aux termes de l’audience du Tribunal civil de Dakar, le 13 juillet 1920 (références 21 G 27 (17)», précise l’historien Iba Der THIAM,  Lamine SENGHOR devient ainsi citoyen français. Le Parti Communiste le défendra contre le député Blaise DIAGNE qui voulait lui retirer la nationalité française, en prétendant que Lamine SENGHOR utiliserait les papiers de son frère : «Y a-t-il eu au Sénégal, un deuxième homme, mort ou vivant, nommé Lamine Senghor, fils d’Ibrahim et de Yagore N’Diaye ? Y a-t-il eu, du 4 août 1914 au 11 novembre 1918, dans toute l’armée française, deux Lamine Senghor ? On calomnie et persécute Senghor pour l’unique raison qu’il a adhéré à la IIIème Internationale et a eu le courage de flétrir, ainsi qu’il sied, les colonialistes et les exploiteurs de tout ordre» écrit le journal l’Humanité, n°10126 du 1er septembre 1926.

Démobilisé, SENGHOR retourne au Sénégal jusqu’en 1920. Un dossier (13 G 30 (17) des Archives nationales du Sénégal, indique que Lamine SENGHOR a déposé un dossier en vue d’acquérir la nationalité française. En août 1921, il retourne en France pour se marier avec Eugénie COMONT, mère deux enfants, et ils auront une fille. Lamine réside avec sa femme au n°63 de la rue Myrha, dans le quartier de la Goutte d’Or, à Paris, dans le XVIIIème arrondissement. Ancien combattant, il obtient un emploi réservé en qualité de facteur aux Postes et Télécommunication, et sera affecté dans le IXème arrondissement de Paris. Pendant cette période, Lamine SENGHOR est loin d’être le révolutionnaire qu’il deviendra ; il n’a qu’un seul souci, revenir au Sénégal avec son épouse. Cependant, son salaire modeste ne lui permet pas de payer les deux billets de son couple. Il demande alors à son épouse d’écrire à l’association C.A.I. afin d’obtenir un billet gratuit pour le Sénégal. Le courrier est transmis au Ministère des Colonies, puis au Contrôle et Assistance des Indigènes (CAI) qui est, en fait, une police politique surveillant les coloniaux. Quand le C.A.I. apprend que Lamine SENGHOR est membre de la Fraternité Africaine, une amicale à laquelle appartient Masse N’DIAYE et Ibrahima SOW, deux Sénégalais affiliés à l’Union Inter Coloniale (UIC), une organisation fondée par les communistes, les services secrets français devinent le profit politique à en tirer. Le CAI propose à Lamine SENGHOR et à sa femme un billet gratuit pour le Sénégal contre quelques renseignements sur les Africains à Paris, notamment les membres ou sympathisants communistes. En début juillet 1924, Lamine SENGHOR envoie ses premiers rapports au CAI sur la Fraternité Africaine.

Lamine SENGHOR aurait pu faire une carrière discrète d’indic de la police quand subitement éclate le 24 novembre 1924 le conflit qui oppose Blaise DIAGNE au journal «Les Continents». En effet, Lamine SENGHOR s’est opposé à Blaise DIAGNE dans son procès en diffamation contre le journal «Les Continents» lancé par Kodjo Tovalou HOUENOU (Porto-Novo, 1887 – Dakar, 1936), médecin de formation et avocat originaire du Dahomey (Bénin). Kodjo HOUENOU ayant été jeté, sans ménagement, d’une boîte de nuit, s’est radicalisé sur le plan politique (panafricanisme, indépendance, défense des noirs) et a commencé à attaquer, la personnalité politique influente de l’époque, Blaise DIAGNE.

Favorable au système assimilationniste, HOUENOU en dénonce, cependant, les abus. C’est ainsi que dans un article du 15 octobre 1924, intitulé «le bon apôtre», il attaque violemment le député du Sénégal. Blaise DIAGNE intente alors un procès contre ce journal accusant le député du Sénégal de toucher des commissions pour le recrutement des tirailleurs sénégalais et de prévarication, c’est-à-dire de manquement grave à ses devoirs. René MARAN, prix Goncourt de 1921, était le rédacteur en chef de ce journal. Lamine SENGHOR est cité comme témoin à ce procès. «La Gauche toute entière, communistes compris, se retrouve dans le prétoire le parti colonial», écrit Philippe DEWITTE. En effet, Blaise DIAGNE est présenté comme un traître à la cause des Noirs ; le député du Sénégal est présenté comme un «Nègre blanc» ou un «Négrier». Blaise DIAGNE serait un «commis recruteur, l’agent de liaison entre le vendeur d’esclaves et l’acheteur : marché de chair à canon pour la guerre de la civilisation» écrit Lamine SENGHOR. Par conséquent, cet incident créé un déclic et fait émerger la conscience politique de Lamine SENGHOR. Il est ancien tirailleur sénégalais qui vit dans des conditions misérables. Sa conscience politique s’est faite progressivement en réaction à l’action de Blaise DIAGNE. Comme la plupart des tirailleurs sénégalais, il est particulièrement déçu des conditions de vie de l’après-guerre. La France n’a pas payé sa dette de sang envers ses enfants noirs ; en l’occurrence, la puissance colonisatrice n’a pas accordé la citoyenneté aux Africains en contrepartie de leur participation à la guerre. «Au lieu de s’attarder de prouver à combien de centimes près le grand négrier touche par tête de Sénégalais qu’il recruta, il aurait fallu faire passer devant lui toute une procession d’aveugles et de mutilés. Toutes ces victimes lui auraient craché à la face toute l’infamie de la mission qu’il a accomplie» écrit SENGHOR.  Il est également outré par le manque de considération accordé aux Noirs vivant en France. «La France nous connaît lorsqu’elle a besoin de nos soldats, mais elle continue à nous traiter comme des êtres inférieurs lorsque le danger est passé. C’est ce lâche traitement de la civilisation européenne qui fait naître la haine chez les Nègres dont les efforts doivent tendre à imprimer un essor nouveau à notre race» dit-il. «A travers l’immonde marchand de chair noire, c’est l’impérialisme français qu’il aurait fallu traîner aux assises» écrit Lamine SENGHOR. Dans sa thèse de doctorat, Olivier SAGNA décrit bien les causes du réveil de la diaspora noire à Paris que tente d’organiser Lamine SENGHOR. Une des raisons principales du déclenchement de ce processus a été sans doute la mobilisation massive des peuples coloniaux à des fins économiques ou militaires en vue de leur participation au conflit. Parmi d'autres, des milliers d'Africains ont été enrôlés de force ou recrutés grâce à ces promesses mirobolantes pour être envoyés en Europe défendre un pays dont ils ignoraient tout, mais qu'on leur présentait comme étant leur «Mère-Patrie». Au front, ils se sont rapidement aperçus que la mort et la souffrance ne faisaient pas de distinction de couleur ni de statut pour choisir leurs victimes. Cette constatation en apparence banale, ajoutée au fait qu'on les avait appelés pour sauver la «Patrie» en danger, a été le signal de la remise en question du mythe jusqu'alors inébranlé de la supériorité de l'homme blanc. Lamine SENGHOR a envie d’en découdre avec Blaise DIAGNE, et commence une collaboration avec le journal «Le Paria», qui est un organe de l’U.I.C. fondée par les communistes en 1922 pour organiser les coloniaux. Dans une série d’articles publiés dans le journal «Le Paria» des mois de novembre et décembre 1924, articles non signés, mais dont la virulence et le style portent la marque de Lamine SENGHOR. On y lit que le procès opposant «les recrutés de la tuerie au recruteur». Il écrit un article intitulé «Le réveil des Nègres» dans «Le Paria» d’avril 1926 : «Les colons font des Nègres, des esclaves ou des soldats. Le Comité de Défense de la Race Nègre saura réveiller les Nègres de leur torpeur et les organiser en vue de leur libération prochaine».

En fin 1923, Lamine SENGHOR adhère à diverses organisations dans la mouvance communiste : le Parti communiste français (P.C.F.), la Confédération Générale des Travailleurs Unifiés (C.G.T.U.) et l’Union Inter Coloniale (U.I.C.). «Loin de la violence du système colonial, ils découvrent une métropole où les valeurs républicaines ont un sens, et ils adhèrent aux thèses marxistes qui prônent la lutte contre le colonialisme. Si Salah Bouchafa opte pour la section coloniale du PCF et milite aux côtés d'Abdelkader Hadj Ali, Lamine Senghor ou Nguyen Ai Quoc (le futur Hô Chi Minh), Mohamed Lakhdar-Toumi reste fidèle aux Jeunesses communistes» souligne le journal l’Humanité du 26 août 2006 rendant hommage aux résistants oubliés. Entre 1923 et 1925, c’est une phase d’observation, de silence et d’apprentissage politique. Autodidacte Lamine SENGHOR fréquente l’école coloniale communiste sise au n°8 de la rue Mathurin Moreau, à Paris 19ème, avec des cours du soir les mercredis et les vendredis de 20 heures 30 à 22 heures 30. En fait, il a appris à lire et à écrire correctement à l’âge de 26 ans dans l’armée française ; le Parti communiste français lui donne une instruction marxiste. Il n’a jamais été inscrit à la Sorbonne, comme le prétendent certains biographes. Mais son engagement militant est plus intense, à partir de 1925 ; il réside maintenant au n°16 de la rue Léon à Paris 18ème. Il participe à l’assemblée générale de la «Fraternité africaine», une association de la diaspora sénégalaise, qui se tient à Paris, le 31 janvier 1925, en présence d’Arabes, d’Antillais et de membres du Parti communiste. Dans les jours qui suivent, Jacques DORIOT (1898-1945), responsable communiste pour la Commission centrale coloniale, invite les coloniaux à «intensifier la lutte dans leur pays», le PCF ne soutenant que les mouvements d’obédience communistes. Le PCF met à la disposition de Lamine SENGHOR, nommé représentant du Sénégal, le journal «Le Paria» et «Le Comité d’études coloniales», des organes de l’Union Intercoloniale, une structure de ce parti politique. Le PCF donne instruction à Lamine SENGHOR de créer au n°73 du Faubourg Saint-Antoine, à Paris, une association d’Anciens combattants et de mutilés de guerre Sénégalais. L’Union Intercoloniale convoque, pour le 29 mars 1925, une réunion au boulevard Auguste Blanqui, dans le XIIIème, et Lamine SENGHOR, s’exprime, pour la première fois, devant une assemblée politique. Pour SENGHOR s’adressant aux participants de cette réunion, l’objet de la réunion est pour «protester contre les abus, contre les méfaits et les injustices qui se commettent, journellement, dans toutes les colonies. Sous prétexte d’exporter la civilisation occidentale dans les pays d’Orient, la France a conquis, par la violence, un vaste empire colonial dont l’étendue et la population dépassent celles de la métropole. En réalité, la raison de ces conquêtes successives est tout autre ; Pour alimenter son industrie la France a besoin de matières premières, qu’elle tire de ces pays qui sont en même temps ses débouchés pour ses produits manufacturés qu’elle ne peut consommer sur place. Elle a également besoin de ses colonies pour sa défense nationale». SENGHOR prend des responsabilités au P.C.F., «sans toutefois que son attachement au Parti communiste français et à son programme d’action colonial ne remette en cause son esprit critique et n’aliène sa forte personnalité» précise le professeur Iba Der THIAM. Entre juin et octobre 1925, Le PCF désigne Lamine SENGHOR pour mener des débats dans la banlieue parisienne, à la sortie des usines, pour protester contre la guerre du Rif au Maroc. Cependant, le 18 juin 1925, sans une aucune directive du PCF, Lamine SENGHOR, pour la première réclame «l’affranchissement intégral des peuples coloniaux».

Au congrès du PCF, des 4 et 5 juillet 1925, Lamine SENGHOR il appelle les participants «à forger l’arme nécessaire au renversement du capitalisme et à briser les chaînes de l’esclavage». Compte tenu de son éloquence, le PCF charge Lamine SENGHOR de faire diverses conférences, à partir de septembre 1925, en province (12 juillet à Lille, 6 et 7 août à Lyon, 2 septembre à Allais, dans le Gard, 3 septembre à Toulon, 4 septembre à Fréjus, 6, 7 et 8 septembre à Bordeaux, 20 septembre à Strasbourg). Il avait recruté plus de 900 membres sympathisants du P.C.F. Ayant acquis une grande notoriété, il est chargé par les communistes d’assister au congrès «Pan-Noir» d’octobre 1925, à Chicago.  Un rapport des renseignements généraux indique «Il a fait preuve d’une opiniâtreté déconcertante et se dépense sans compter en faveur du but poursuivi (…) et se rendant partout où il pouvait rencontrer un homme de couleur ; il se fit une telle publicité que beaucoup de noirs le regardent déjà comme leur futur libérateur. Des mesures urgentes devraient être prises contre cet agitateur afin de l’empêcher d’intensifier sa pernicieuse propagande». Cette crise de croissance provoque des débats intenses d’orientation au sein de la diaspora noire : faut-il s’émanciper du PCF ? Le 30 novembre 1926, l’Humanité annonce que le Comité de défense de la Race Noire adhère à la IIIème internationale communiste. La Société Amicale des Originaires de l’AOF, créée durant le Cartel de Gauche de 1924, reprend du service, avec une orientation plus sociale, en sollicitant  notamment pour la diaspora la création d’un foyer à Marseille. Concurrencé par cet organe, Lamine SENGHOR, rongé par la tuberculose, demande le 9 mars 1925, un rapatriement au Sénégal, puis se ravise dans une lettre du 3 août 1925 ; l’administration avait trouvé une bonne occasion d’éloigner ce grand agitateur : «Etant avisé par des amis, des desseins que l’on prépare à mon égard, à la colonie, comme à la métropole, parce que communiste, je préfère attendre mon sort en France, au milieu de mon foyer». Lamine GUEYE ne dévie pas de son objectif «Le Comité de Défense de la Race Noire vise à regrouper les Nègres pour défendre leurs intérêts, mais surtout pour créer une force capable  de donner aux Nègres leur indépendance, comme au Libéria».  La 5èùe convention annuelle des peuples nègres tenue à New York, du 1er au 30 août 1926, réclame aussi «l’émancipation des peuples africains oppressés». La personnalité de Lamine SENGHOR tranche avec celle des autres militants noirs de l’U.I.C. De conditions modestes, il n’est pas passé par le moule normalisateur et assimilationniste de l’école française. Il est le premier, et restera le plus marquant, d’une série de révolutionnaires africains qui prennent la relève des Antillais à la tête des organisations d’obédience communiste. La révolte intérieure de Lamine SENGHOR s’est transformée en prise de conscience politique. Il n’a que quelques rudiments sur le marxisme glanés aux cours de l’école coloniale du P.C.F, mais il comble le déficit de bagage intellectuel par un réel charisme et une ténacité extraordinaire. Le nom de Lamine SENGHOR, continuera, après sa mort, de constituer un puissant facteur de mobilisation de la communauté noire. De plus, son activiste est particulièrement débordant ; invalide à 30%, puis à 100%, il continuera de sillonner la France avec un seul poumon rongé par la tuberculose et constituera de solides bastions à Marseille, Bordeaux et le Havre. Claude McKAY fait référence, dans son «Banjo», au personnage de Lamine SENGHOR. Dans un rapport de la police secrète française, le colonisateur qui le faisait suivre dans tous ses déplacements, lui rend involontairement hommage «Durant quelques jours qu’il a passés à Marseille, il déploya une activité prodigieuse ; si l’on songe qu’il a obtenu 100% d’invalidité, malgré quelques échecs qu’il a subis, il fait preuve d’une opiniâtreté déconcertante, et se dépense sans compter, en faveur du but poursuivi. En se rendant, partout où il pouvait trouver un homme de couleur ; il fait une belle publicité que beaucoup de Noirs le regardant déjà comme leur futur libérateur».

Alors membre du P.C.F., Lamine SENGHOR a été contraint par la direction du parti à se présenter aux élections municipales de mai 1925, à Paris dans le XIIe arrondissement, et ce contre son gré, estimant qu’il n’avait aucune chance de succès. Il obtient 965 voix et se désiste en faveur du candidat du «Blog des Gauches». L’attitude du PCF a provoqué une consternation et jeté une amertume dans la conscience de Lamine SENGHOR. L’incident des municipales marque le point de départ d’une désillusion. Il pensait que le PCF était un allié sincère et un porte-voix des coloniaux. Il réalise qu’il n’est que le faire-valoir. Le PCF ne cherchait qu’à redorer son blason anticolonial et séduire les Noirs grâce à la candidature d’un des leurs.

Lamine SENGHOR, tout en restant proche des communistes, développe une stratégie autonome pour l’indépendance des Africains. Le charisme qu’il exerce sur les Africains et les Antillais, ses convictions politiques, font que le PCF refuse la démission qu’il présente. C’est à partir de ce moment qu’il réfléchit sur les nouvelles formes d’organisation des Noirs en France ; il pense qu’une «des plus grosses questions du jour, est celle du réveil des Noirs». Tenus à l’écart de la vie politique par leur faible niveau d’instruction et leur situation matérielle précaire, les Africains n’ont pas jusqu’ici l’occasion d’exprimer leur mécontentement. En février 1925, constatant que le PCF est marqué par son universalisme et son attitude positive à l’égard de la Nation française et ses valeurs assimilationnistes, Lamine SENGHOR fonde, en mars 1926, le Comité de Défense de la Race Nègre (C.D.R.N.), qui se dote d’un journal, la «Voix des Nègres». Il écrit un article sur l’orientation de son journal «Les déshérités d’Afrique, la race nègre, qui forme la cinquième partie de la population, est la plus humiliée de toutes les races humaines. L’émancipation des Nègres sera l’œuvre des Nègres eux-mêmes, la lumière, le progrès et le colonialisme sont incompatibles. Le principe de la dignité humaine est qu’elle faite pour tous les hommes». Tout en restant dans les cercles communistes, il entend affirmer la spécificité du combat nègre et préserver l’indépendance de son organisation. Lamine SENGHOR, dans un article intitulé «Debout les Nègres» assigne son mouvement comme objectif «la défense des intérêts et l’honneur de notre pauvre race martyr.  Une force irrésistible et invincible qui nous poussait à travailler inlassablement pour cette noble et juste cause. Debout, le front haut, La Ligue a décidé de marcher, côte à côte, avec ses amis, face à tous les ennemis du progrès et de l’humanité, et de mener la lutte jusqu’au bout. Aider et soutenir cette organisation, c’est contribuer à la défense des droits, des intérêts et du prestige de cette même race. C’est donc faire son devoir de bon nègre». Il a compris que le Parti communiste, un bon allié, ne réclamait pas pourtant l’indépendance des colonies africaines. Au départ, le CDRN se veut autonome et ne cherche aucun appui d’un parti politique de la Métropole. Le CDRN n’est pas conçu comme une organisation révolutionnaire, mais internationaliste, axée sur des revendications pratiques et d’indépendance. Ainsi, Lamine SENGHOR proclame dans le n°1 de janvier 1927, de la «Voix des Nègres», les objectifs de sa lutte : «Combattre, avec la dernière énergie, la haine de race ; travailler pour l’évolution sociale de la race Nègre ; refuser de renforcer l’appareil d’oppression dans les colonies ; Collaboration permanente avec les organisations qui luttent, véritablement, pour la libération des peuples opprimés et pour la révolution mondiale».

En fait, plusieurs courants traversent le CDRN : les modérés de Maurice SATIVEAU, un Guadeloupéen, qui sont assimilationnistes, et les révolutionnaires dont le chef de file est Lamine SENGHOR, qui sont indépendantistes. Le gouvernement français ne s’en méfie donc pas outre mesure. Le CDRN, étant traversé par divers courants, se trouve paralysé ; une scission était inévitable. En effet, il y avait un conflit larvé entre les différentes sensibilités du CDRN. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase sera la participation remarquée de Lamine SENGHOR au Congrès constitutif de la Ligue contre l’oppression coloniale et l’impérialisme tenu à Bruxelles du 10 au 15 février 1927. Cette organisation créée, à l’instigation de l’Internationale communiste, a pour objectifs de favoriser «un mouvement anti-impérialiste de masse». Lamine SENGHOR acquiert une dimension internationale en côtoyant à cette rencontre d’éminentes personnalités, comme Albert ENSTEIN, Romain ROLLAND, Henri BARBUSSE, la veuve de SUN YAT SEN, Jawaral NEHRU, Messali HADJ, etc. Vingt-huit ans avant la Conférence de Bandung, le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles marquait l’émergence d’une unité des peuples des trois continents contre l’hégémonie occidentale. Lamine SENGHOR obtient du Congrès la résolution suivante en faveur des coloniaux «Pleine liberté pour les peuples africains et les peuples d’origine africaine ; égalité de la race nègre avec toute les autres races ; la terre d’Afrique avec son administration doit être donnée aux Africains ; suppression immédiate du travail forcé et des impôts indirects ; suppression de toutes les discriminations de race et de classe du point de vue politique et économique ; Liberté de parole, de presse, de réunion ; reconnaissance du droit syndical». Au retour de ce congrès de Bruxelles, Lamine SENGHOR fut arrêté mais relâché en raison de son état de santé et de l’intervention de panafricanistes. C’est ce qui fera dire au poète sénégalais : «J’aurai garde de ne pas oublier que le courant prolétarien qui, tout communisant qu’il fût, n’était moins influencé par Du Bois et Garvey. Je songe à la voix des Nègres, journal parisien, qui était, au lendemain de la Première guerre mondiale, animé par Tiémokho Garan Kouyaté et Lamine Senghor», écrit Léopold Sédar SENGHOR dans «Liberté 3», page 276.

Lors de sa détention pendant 2 mois, à partir du 18 mars 1917, les amis de Lunion GOTHON en profitent pour le détrôner de son mouvement, Lamine SENGHOR fonde le 21 mai 1927, au n°52 de la rue Saint-Lazare, à Paris, dans le 8ème arrondissement, «La Ligue de Défense de la Race Nègre» (LDRN) et son mensuel, «La Race Nègre». Le président est Lamine SENGHOR, le vice-président, Felian MAULIUS, un Guadeloupéen, le secrétaire général est Joseph GOTHON LUNION, un Guadeloupéen, et le secrétaire général adjoint, Tiémoko Garan KOUYATE, un Soudanais (Mali). «Un intellectuel noir, mutilé de guerre, Senghor Lamine, habitué des cours de la Sorbonne, avait remplacé le licencié en droit Kodjo Kénoum» écrit François COTY qui pense qu’il faut sauver les colonies, l’objectif de cette association étant «l’expulsion des Blancs des Antilles aussi bien que de l’Afrique. L’histoire moderne est pleine de substitution». Pour François COTY, un militant d’extrême-droite, Lamine SENGHOR fait partie de ces « intellectuels noirs, imprudemment pourvus de bagages de connaissances européennes sans utilité pour eux, puis abandonnés aux déceptions que leur réserve la métropole, et finalement passent au service de Moscou et forment l’insurrection dans nos colonies».

Indépendantiste, la L.D.R.N. est une organisation avec des accents particulièrement révolutionnaires. Ainsi, dans le n°3 de septembre 1927 de La Race Nègre, Lamine SENGHOR précise sa pensée : «L’Africain a ses coutumes et ses traditions séculaires, il a son histoire, tandis que les Gaulais et les Germains n’étaient que des barbares, resplendissait déjà sur les bords du Nil une belle civilisation qui a laissé des empreintes profondes dans le processus de transformation des sociétés européennes. Dans de pareilles conditions, il est logique, il est légitime pour les Nègres de poser la question de leur liberté et de leur indépendance, d’aspirer à une vie nationale propre. Du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tous les Nègres d’Afrique en font désormais leur mot d’ordre de combat».

En France, cette association des défenses des noirs a été pensée comme une façon de créer un front commun noir contre le colonisateur, mais aussi une nouvelle forme de conception de l'humanité en essayant de faire reconnaitre la citoyenneté aux indigènes noirs. Il est particulièrement traité l'épisode du recrutement des soldats des colonies par Blaise DIAGNE lors de la première guerre mondiale et du non respect des hommes mais aussi des promesses de récompense non-tenue. Refusant toute racialisation des rapports sociaux, Lamine SENGHOR veut rompre avec la vision du Nègre que la société française a hérité de l’époque esclavagiste. Il désire unir les Noirs pour leur émancipation ; il veut en finir avec les divisions artificielles qui ne font qu’affaiblir les opprimés face à leurs oppresseurs. De plus, il désire qu’on cesse de souiller le terme de Nègre. Dans le premier numéro de «La  Voix des Nègres», Lamine SENGHOR donne le ton : «Que veut dire «homme de couleur  ? Nous affirmons que ce mot désigne tous les hommes de la terre. La preuve : il n’y a pas un seul homme dans ce monde qui ne soit pas d’une couleur ou d’une autre». Il en conclut que «les jeunesses du Comité de Défense de la Race Nègre se sont fait un devoir de ramasser ce nom de la boue où vous le traînez pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race». Lamine SENGHOR assigne à la L.D.R.N. quatre objectifs principaux : combattre la haine raciale ; travailler pour l’évolution sociale de la race nègre ; refuser de renforcer l’appareil d’oppression dans les colonies, et au contraire travailler pour les détruire et collaborer en permanence avec les organisations qui luttent pour la libération des peuples opprimés et la révolution mondiale. «Les jeunesses du C.D.R.N se sont faits un devoir de ramasser ce nom (Nègre) dans la boue où vous le traînez, pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race. Nos terres, nos droits et notre liberté ne nous appartenant plus, nous nous cramponnons sur ce qui, avec l’éclat de la couleur de notre épiderme, sont les seuls biens qui nous restent de l’héritage de nos aïeux. Ce nom est à nous, nous sommes à lui ! Il est notre, comme nous sommes siens ! En lui, nous mettons tout notre honneur et toute notre foi de défendre notre race. Oui, messieurs, vous avez voulu vous servir de ce nom comme mot d’ordre scissionniste. Nous, nous en servons comme mot d’ordre de ralliement : un flambeau ! Nous nous faisons honneur et gloire de nous appeler Nègres, avec un N majuscule en tête. C’est notre race nègre que nous voulons guider sur la voie de sa libération totale du joug esclavagiste qu’elle subit. Nous voulons imposer le respect dû à notre race, ainsi que son égalité avec toutes les autres races du monde, ce qui est son droit et notre devoir, et nous nous appelons Nègres» écrit Lamine SENGHOR. Pour ce révolutionnaire «On ne peut plus vendre un Nègre à un Blanc, mais les impérialistes se réservent le droit de vendre un peuple nègre à un autre impérialisme. L’esclavage n’est pas aboli. Au contraire, on l’a modernisé» dit-il.

En 1927, Lamine SENGHOR est en pleine ascension dans sa lutte contre l’impérialisme qui se dessine dans cette période. Mais c’est aussi un homme tuberculeux, de santé très fragile depuis que son bataillon a été gazé à Verdun en 1917. Gravement atteint aux poumons, Lamine SENGHOR survit, mais sa santé est affaiblie. Il fait, cependant, paraître son ouvrage «La violation d’un pays» avec une préface d’un dirigeant communiste, Paul VAILLANT-COUTURIER. Ce livre, une belle analyse et compréhension de la colonisation est une dénonciation de ses mécanismes, de son passé ainsi que de sa résurgence sous des formes hypocrites. Cet ouvrage décrivant la genèse du système colonial, ses mécanismes d’exploitation et de domination «marque, dans l’histoire du nationalisme, une étape fondamentale, en tant que pensée révolutionnaire, et proposition d’action en vue de l’émancipation noire de la domination étrangère», écrit le professeur Iba Der THIAM. Ouvrage teinté d’humour et de fantaisie, la colonisation a pour figure de proue, «l’homme pale», un homme blanc, «à la figure si pâle qu’on aurait dit la peau d’un poulet déplumé», qui, avec sa camelote, séduit les paisibles habitants d’un village africain, endort leur vigilance à l’aide de l’alcool, sème la discorde entre eux en les incitant au fratricide, et prend en main l’exploitation systématique du pays, pour y établir le «roi du colonialisme» jusqu’au moment où tous les opprimés du monde se révoltent et mettent un terme à cette exploitation de l’homme par l’homme. Ainsi, non seulement l’esprit de lucre, la volonté de profit et de puissance, mais aussi, l’esprit de combine, le goût du mensonge et le recours à l’assassinat, firent leur apparition dans cette communauté paisible où tous ces maux étaient quasiment inconnus. Aux contacts épisodiques et irréguliers succéda une phase de commerce régulière, par la ruse ou par la force, commença la traite des Nègres, ainsi que l’évangélisation. Par la suite, succèdent les tensions et les guerres avec le colonisateur, ainsi que l’assujettissement des Noirs : «Depuis ce jour-là, leurs champs, leurs terres, leurs troupeaux et leur liberté ne leur appartenait plus. Jadis libres, désormais, ils devenaient un peuple esclave. Il faut qu’on les civilise !, leur disait «l’homme pâle», le maître, désormais, qui était devenu à la fois Dieu et maître». Pendant la Première guerre mondiale, la France mobilisa ses indigènes d’Afrique : «Pour renforcer son armée, la Reine (La France) fit appel aux sujets du Roi colonialisme en leur promettant la suppression des lois iniques de l’esclavage-modernisé» écrit SENGHOR. Le village paisible qui va être envahi par «l’homme pâle» porte le nom Ouolof de «M’Bine Diam» (la maison de la paix) ; le traître et l’assassin de ses frères est dénommé «Dégou Diagne» (dégoût, d’égout) allusion directe à Blaise DIAGNE, qui «gagna ses palmes métropolitaines en organisant activement le recrutement de la force noire pendant la Première guerre mondiale». Le général MANGIN avait tenté de mobiliser des troupes coloniales, mais cela s’est soldé par des révoltes, et c’est Blaise DIAGNE qui est missionné par Georges CLEMENCEAU. On envisagea «la diplomatie soutenue par la force» et on envoya «le plus dévoué des esclaves à couleur d’ébène aller discourir chez ses frères afin qu’ils s’enrôlent dans l’armée de la défense nationale, à quelques milliers de kilomètres de leur propre pays». Blaise DIAGNE recrutera, non pas 50 000, mais 77 000 tirailleurs sénégalais. La France n’a pas respecté ses promesses d’accès à la nationalité française et d’égalité des droits pour les Tirailleurs sénégalais. A la faveur de cela, une prise de conscience du système colonial, de ses mécanismes d’exploitation, de domination et d’oppression, et une volonté de résistance naquirent, peu à peu. «La colère monte et gronda dans les cœurs, monta et remonta. Elle remonta tellement qu’elle finit par éclater un vendredi matin. La Révolution éclata avec les citoyens pâles. Les royaumes renversés ; la Reine fut envoyée pêcher des huitres dans la mer du Néant, et le Roi fut livré à l’ange de la mort. Le soleil venait de se lever et c’était le jour de la Libération. Les esclaves devinrent libres» écrit SENGHOR.  En effet, les Sénégalais, à cette époque, et dehors des quatre communes, n’étaient pas citoyens, mais sujets français : «Les Nègres sont des Français et veulent servir la France ? Rien n’est aussi faux que cette affirmation !» écrit Lamine SENGHOR dans le n°1, de janvier 1927 de la «Voix des Nègres». La colonisation étant la violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est donc une violation du pays occupé : «Les esclaves deviennent libres ! Les citoyens de chaque pays dirigèrent le gouvernement de leur Etat. Ils formèrent l’alliance fraternelle des pays libres». Dans sa préface, Paul VAILLANT-COUTURIER écrit «sous sa forme hirsute, animée, à la fois simple et frappante, «la violation d’un pays », est au fond, toute l’histoire du colonialisme. Il possède en même temps, des qualités doctrinales discrètes, les couleurs vives et discrètes, des imageries populaires. Il faut le lire. Il faut qu’il revienne aux pays d’où il est sorti comme une plante des terres chaudes, et qu’il y grandisse».

En juillet 1927, Lamine SENGHOR commence à perdre la bataille contre les infections qui le rongent. En même temps, le mouvement qu’il a construit commence à s’écrouler. En août 1927, il apprend la mort de son père et de son fils, Sène. Lamine SENGHOR meurt le 25 novembre 1927 à Fréjus ; il laisse une veuve, Eugénie Marthe COMONT, et une fille. A sa disparition, Tiémoko Garan KOUYATE (1902- 1942, Soudan, actuel Mali), devient le leader de la L.D.R.N. ; KOUYATE a pour souci de créer des syndicats noirs et prend progressivement ses distances par rapport au P.C.F. Garan KOUYATE, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, entra dans la résistance auprès des Francs Tireurs Patriotiques, il fut fusillé par les nazis, au fort de Montluçon en 1942.

En définitive, Lamine SENGHOR, précurseur incontesté et intraitable du nationalisme africain, aura contribué, très significativement, au déclin des courants assimilationnistes. Mort jeune, la carrière politique ainsi que la vie de Lamine SENGHOR, auront été courtes. Mais la réputation de cet illustre Sénégalais atteindra la dimension d’un mythe. Son nom est lié à l’histoire naissante de la Négritude, à l’anticolonialisme et à l’émergence des mouvements pour l’indépendance de l’Afrique.

Bibliographie sélective

1 – Contribution de Lamine Senghor

SENGHOR (Lamine), La Violation d’un pays, préface Paul Vaillant-Couturier, Paris, Bureau d’éditions, de diffusion et de publicité, 1927, 31 pages ;

SENGHOR (Lamine), La Violation d’un pays et autres écrits anticolonialistes présentation de David Murphy, Paris, L’Harmattan, 2012, 158 pages ;

SENGHOR (Lamine), «Debout les Nègres», La Race Nègre n°1, juin 1927 ;

SENGHOR (Lamine), «Lettre du 4 aout 1925 au journal Le Matin», L’Humanité du 13 août 1925, et reproduite par Le blog du journal Libération du 6 septembre 2015.

2 Critiques de Lamine Senghor

Anonyme, «Le gouverneur du Sénégal persécute Senghor, les explications embarrassées de Blaise Diagne», L’Humanité, n°10126, du 1er septembre 1926, page 2 ;

Anonyme, «Le plus grands des Senghor», La Rumeur du 15 mai 2015 ;

CORNEVIN (Robert), «Du Sénégal à la Provence, Lamine Senghor (1889-1927) pionner de la négritude», Provence historique, 1975, tome n°25, fascicule 99, pages 69 -77 ;

COTY (François), «A propos du faux prince Touvalou», in Contre le communisme sauvons nos colonies. Le péril rouge en pays noir, Paris, B. Grasset, 1931, 267 pages, spéc pages 151-160 ;

COTY (François), «La Ligue de Défense de la Race Nègre», in Contre le communisme sauvons nos colonies. Le péril rouge en pays noir, Paris, B. Grasset, 1931, 267 pages, spéc pages 137-148 ;

DEVITTE (Philippe), Les mouvements nègres en France : 1919 – 1949, Paris, préface Juliette BESSIS, Paris, l’Harmattan, 406 pages, spéc pages 109-110 ;

DEWITTE (Philippe), «Le Rouge et le Nègre», Hommes et Migrations, 2005, n°1257, pages 33-40 ;

DIOP (Papa, Samba), «Un texte sénégalais inconnu : La violation d’un pays (1927) de Lamine Senghor», Komparatistische Hefte, Université de Bayreuthe, 1984, H 9/10, pages 123-28 ;

BERNARD-DUQUENET (Nicole), Le Sénégal et le Front populaire, thèse université de Paris VII, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch, 268 pages dactylographiées, spéc pages 27-28 (doc scanné UCAD, cote TH. L 68), et Paris, L’Harmattan, 1985, 252 pages;

FALL (Mar), Le destin des Noirs en France ; discrimination, assimilation, repli communautaire, Paris, l’Harmattan, 2005, 154 pages, spéc pages 55-57 ;

Front culturel sénégalais, Lamine SENGHOR, vie et œuvre, Dakar, 1979, 67 pages ;

GAUTHEROT (Gustave), Le bolchévisme aux colonies et l’impérialisme rouge, Paris, Rédiers, 1930, 444 pages, spéc pages 274 et suivantes ;

KESTELOOT (Lylian), Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, 2001, 386, pages, spéc pages 48-51 ;

KOLOLO (Jean-Blaise), «Lamine Senghor, la défense de la race Nègre», Cahiers de Léon Trotsky, mars 2001, n°73, pages 61-84 ;

M’BAYE (Babacar), Black Cosmopolitanism and Anticolonialism, London, New York, Routledge Taylor and Francis Group, 2017, 302 pages ;

MICHEL (Marc), «René Maran et Blaise Diagne : deux négritudes républicaines», Présence Africaine, 2013, 1, n°187-188, pages 153-166 ;

MURPHY (David), «Tirailleur, facteur, anticolonialiste : La courte vie militante de Lamine Senghor (1924-1927)», Cahiers d’Histoire, revue critique, 2015, n°126, pages 55-72 ;

N’DIAYE (Papa, Toumané), Les dynamismes politiques au Sénégal (1914-1929), études sur les origines du nationalisme au Sénégal, Mémoire de maîtrise, Dakar, Université de Dakar, 1979, 120 pages, spéc pages 88 et suivantes ;

RIESZ (Janos), «Le refus du nationalisme, le nationalisme par le refus, l’émergence du sentiment national dans les littératures africaines de l’entre-deux guerres», Notre Librairie, octobre décembre 1986, pages 12-15 ;

SAGNA (Olivier), Lamine SENGHOR (1889-1927) un patriote sénégalais engagé dans la lutte anti-coloniale et anti-capitaliste, Paris, 1980-1981, mémoire de maîtrise en histoire, Université de Paris VII, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovicth, 163 pages ;

SAGNA (Olivier), Des pionniers méconnus de l’indépendance : Africains, Antillais et luttes anticolonialistes dans la France de l’entre-deux guerres (1919-1939), Thèse de doctorat sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovicth, Paris Diderot, Paris VII, 1986, 2 vol, 975 pages ;

SAME KOLLE (Samuel) Naissance et paradoxe du discours anthropologique africain, Paris, l’Harmattan, 2007, 256 pages, spéc pages 62 et 65-66 ;

SARR (Amadou Lamine), «Lamine Senghor (1889-1927)», Das Andere Des Senegaleschichen Nationalismus, Wien, Böhlau, 2011, 302 pages ;

THIAM (Iba Der), L’évolution politique et syndicale du Sénégal colonial de 1840 à 1939, Paris, Thèse d’Etat sous la direction de Jean Dévisse, Sorbonne, 1983, 9 volumes, 5 179 pages, spéc le volume VII, pages 2513-2917, 2923-2938, 3001-3019 et 3034-3046 ;

ZINSOU DERLIN (Emile), ZOUMENOU (Luc), Kodjo Tévalou Houénou, précurseur (1887-1936), pannégrisme et modernité, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004, 240 pages.

Paris, le 30 août 2011, actualisé le 22 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Lamine SENGHOR.
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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 21:49

Portrait :  M. Amadou Bal BA, "un parisien de Danthiady"  - Cet article a été publié dans le journal FERLOO

De Danthiady au Quartier Latin de Paris, en passant par la Corrèze, les provinces chinoises du Xinjiang et du Shandong Portrait : Amadou Bal Bâ ou l’histoire d'un «Foutanké» de Paris 19ème racontée par lui-même.

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 Mes origines

Torodo, de tradition orale, de culture paysanne, nomade, peule, musulmane et occidentale, il revendique fortement son attachement aux valeurs de la famille, de la démocratie et de la République ; c’est-à-dire aux principes d’égalité, de fraternité et de justice. Né à Danthiady, au Fouta Toro, dans la région de Matam, dans le nord du Sénégal, à 20 km de la frontière mauritanienne, sur la route de Linguère, dans le Nguénar, aux portes du Ferlo, il est d’origine Peule ou haal pularèn, marié et père de deux enfants. «Mes parents n’ont jamais été à l’école ; ils ne savent pas ma date exacte de naissance. Cependant, ma mère m’a donné des indications : je suis venu au monde au printemps, l’année qui suit l’arrivée de la semoule de farine au village, un samedi matin, à la maison, dans le «Taroddé» (sorte de toilettes) à l’heure où le berger doit conduire le troupeau de chèvres et de moutons aux pâturages, rappelle-t-il non sans fierté. 

Mes origines ethniques, ainsi que celles de mon patronyme ont retenu l’attention des chercheurs et des conteurs. Un historien sénégalais, Cheikh Anta Diop avance, dans son ouvrage «Nations Nègres et Culture» en 1954, la thèse généralement admise que les Peuhls descendraient des Égyptiens. Les Peuhls connurent une grande période d’extension entre le XVème et le XVIème siècles et se convertirent à l’Islam au XVIIIème siècle. Leur organisation sociale a pour traits dominants : la filiation patrilinéaire et l’endogamie. Fortement hiérarchisée, la société peuhle est inégalitaire, aristocratique et fondée sur des castes.

Sur mon patronyme on raconte que les «BAL» viendraient des «BA». La légende veut qu’un Roi du Fouta, à qui un sorcier avait prédit qu’un garçon BA, qui naîtra dans l’année en cours, allait le détrôner, s’est mis à assassiner tous les garçons du village. Avant de partir en voyage, un homme avisé confia sa femme enceinte à son voisin ; à la naissance du garçon, lorsque les sbires du Roi se présentèrent pour l’étouffer, il répondit fort intelligemment : «ce n’est pas un BA, mais un BAL». Ainsi naquit, un nouveau patronyme, celui des «BAL». Quant aux deux patronymes accolés "Bal et BA" que je porte, l’histoire est moins mythologique ; c’est une erreur administrative non rectifiée. L’Etat civil au Sénégal est essentiellement fondé sur des jugements supplétifs, donc sur des témoignages. A la veille du passage du certificat d’études primaires, il fallait avoir un extrait de naissance pour le dossier. Un oncle, Demba Doro N’DIAYE, (Ndlr : Notable du village de Danthiady et ancien Président de la Communauté rurale de Ogo) est allé à Ouro-Sogui, alors chef lieu d’arrondissement, me chercher ce sésame ; Quand l’officier d’Etat Civil lui a demandé l’orthographe de mon patronyme, faisant référence à l’histoire que je viens de relater, il lui a répondu «BA» ou «BAL» c’est la même chose. Ainsi, je me retrouvais, comme dans les temps anciens, avec mon patronyme d’origine «BA», mais le nom «BAL» est devenu mon deuxième prénom.

 Je n’en ai pas la preuve généalogique, il semblerait que nous descendrions de Thierno Souleymane BAL (décès en 1777) celui qui a renversé le Satigui, roi animiste de la dynastie des peuhls, pour établir un Etat théocratique au Fouta–Toro fondé sur un idéal de justice, et cela bien avant la révolution américaine. Cette révolution des «Torodos» (les nobles) a encore des fortes résonances au Fouta-Toro. Mon oncle, Badara, comme son fils aîné, Khaly (Mohamed El Ghaly Bal), sont allés apprendre l’enseignement coranique en Mauritanie. Moi-même, comme les enfants de notre maison, nous avons été le soir, et très tôt le matin, sous la férule de ce maître, parfois sévère, mais équitable. De grande religiosité des Foutanké, je puis, sans conteste, que je crois aux forces de l'esprit.

Contrairement à une idée reçue, ces origines nobles des Torodo ne confèrent aucune une position privilégiée dans la société Hal Pulaar. En fait, ce statut ne procure que des obligations, notamment à l’égard des griots qui vivent aux dépens des Torodos. Les griots n’hésitent d’user de la calomnie ou des injures à l’encontre des nobles qui refuseraient de les couvrir de cadeaux. «La différence entre un chien et un élève (lettré) réside seulement dans la taille», m’avait, un jour, asséné un soit-disant griot qui ne savait pas chanter, et qui ne connaissait pas ma généalogie, et à qui j’avais refusé de donner de l’argent.

Certaines traditions issues de cette caste de Torodos sont encore vivaces. En dépit du principe d’égalité, les nobles ne se marient qu’entre eux, et sont très conservateurs ; ils considèrent le sens de l’honneur et de la fierté comme étant des vertus cardinales. Les Anciens, dont El Hadji Moussa AW de Pikine (Paix à son âme), m’ont raconté que j’avais des origines, non seulement sénégalaises, mais aussi maliennes et mauritaniennes. En effet, une bonne partie des peulhs, qu’on appelle les Hal Pulaarèn avaient suivi, au milieu du XIXème siècle, El Hadji Omar TALL au Mali dans sa guerre sainte, pour la poursuite de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest.

En février 1864 la suite de la défaite d’El Hadji Omar TALL, à Bandiagara au Mali, son fils, Ahmadou Séckou reprit le flambeau, mais le Lieutnant-colonel Louis Archinard a conquis le Nioro, le 1er janvier 1891 ; ce qui obligea, une bonne partie, des Foutanké, qui avaient suivi El Hadji vers 1850 au Mali (Fergoo), à retourner au Sénégal. Ainsi, mon arrière grand-mère Khady BA, je me situe au niveau de la 6ème génération de cet ancêtre, s’est enfui du Mali, en passant par la Mauritanie où elle séjourna pendant plusieurs années. C’est en Mauritanie qu’est né mon grand-père paternel Bocar BAL ; il est originaire de Bababé. A cette époque, l’insécurité étant grande, les Noirs étant souvent réduits à l’esclavage, ma grande-mère Khady BA dut s’enfuir, à nouveau, pour venir s’installer au Sénégal, à Pouléma, à 5 km à l’Ouest de l’emplacement de l’actuel village de Danthiady.

Mes ancêtres vécurent pendant 7 ans à Pouléma ; mais ils étaient étonnés de constater que pendant cette période, il n’y avait eu ni maladie, ni décès dans ce village. En bons musulmans superstitieux et éleveurs de bovins et de caprins, ils étaient à la recherche active d’un point d’eau quand, un jour, un berger a constaté, à l’Est de l’emplacement actuel de Danthiady, que des phacochères pouvaient, rien qu’avec leurs défenses, faire jaillir de l’eau et s’abreuver facilement.  C’est ainsi que mes ancêtres se déplacèrent rapidement pour venir créer un nouveau village : "Danthiady", mon lieu de naissance. Pour certains de nos Anciens, «Danthiady» pourrait venir d’une déformation du peuhl : «Danthiago» (Village retrouvé ou sauvé), c’est-à-dire le lieu où on a retrouvé de l’eau. C’est donc un village récent qui  a été fondé par Thierno Demba SALL, vers 1900.

Mon arrière grand-mère Khady SALL s’est remariée à un N’DIAYE pour élargir les bases familiales. Les N'DIAYE pourraient descendre de N'Diadiane N'DIAYE, qui était en fait un métis, fils d'un Berbère, Boubacar Ben Amar et d'une Peulhe, Fatoumata, qui seraient rendus au Fouta-Toro, après l'éclatement de l'empire du Ghana. Les Peulhs sont éternellement pourchassés, comme le Juifs.

Mon père et ma mère sont cousins germains. C’est une tradition séculaire l'endogamie : on doit se marier au sein du groupe ; les liens familiaux sont inextricables et engendrent parfois des problèmes de consanguinité. Quand un de mes oncles a voulu se marier à Dakar, avec une Lébou, mon père s’y est fermement opposé. Mes deux frères, Samba et Adama et ma soeur, Haby, se sont mariés à des cousins. Il faut dire que vivant en France, j’ai rompu plus facilement cette tradition millénaire ; j’ai navigué entre la Corrèze en France, la province du Xinjiang et celle du Shandong en Chine. Pour cet acte de rébellion, et étant l’aîné de la famille, mon père a refusé de me parler pendant une dizaine d’années. En fait, je ne suis pas tout à fait l’aîné, j’ai eu une grande soeur, Fatimata, qui est née «l’année de la semoule» et qui est décédée une semaine après. Ma mère a eu deux autres filles qui sont mortes jeunes : Salimata, à la suite d’une coqueluche, Awa la soeur jumelle d’Adama, en raison des problèmes de consanguinité, était handicapée mentale. On estime chez les Peulhs que quelqu’un qui a fixé sa résidence hors du village, ou s’est marié hors du clan, est considéré comme un «loutoudo», c’est-à-dire qu'i est perdu pour la communauté. Il est vrai que l’unité du groupe et la solidarité familiale sont essentiellement renforcées par les liens du mariage. On raconte encore quand il se sût condamné par la maladie, mon grand-père paternel, Bocar BAL a réuni toute la famille, et a fait une forte recommandation sur la nécessité de maintenir, en toutes circonstances, la solidarité du groupe.

Mon «Royaume d’enfance» 

On a tous tendance à sublimer cette période de l’enfance ; je garde un souvenir impérissable du «Royaume d’Enfance» en référence à une expression de Léopold Sédar Senghor. Le poète-président a parfaitement résumé la situation : «l’enfance c’est un état d’innocence et de bonheur». Pour tout être, poursuit-il, «l’enfance est un paradis perdu qu’il semble à jamais impossible de retrouver». Il en conclut «de longs troupeaux coulaient ruisseaux de lait dans la vallée. Honneur au Fouta rédimé».

 Mon père, ce héros du quotidien,

Mon père, Harouna Bocar BAL, comme la plupart des Peuhls originaires du Fouta – Toro, contrée particulièrement défavorisée, sont «nés avec une valise sur la tête» ; ils sont condamnés à l’immigration. Aussi, mon père a quitté très tôt le village, à l’âge de 13 ans, pour aller à Dakar, la capitale du Sénégal, devenir d’abord cireur, puis garçon de café et enfin cuisinier. Son dernier emploi, avant la retraite, a été cuisinier dans une compagnie maritime bordelaise. C’est un curieux destin, au Fouta-Toro musulman, on ne boit pas l’alcool et les hommes ne font pas les travaux ménagers, mais la quasi-totalité des premiers immigrants ont été des serveurs dans les bars ou des cuisiniers.

«Montrez-moi un héros, et je vous écrirai une tragédie», disait Francis SCOTT FITZGERALD. Mon père n’est pas ce héros tragique que décrit ce romancier américain. Mais il s’en rapproche terriblement, parce qu’il est l’incarnation de cette génération perdue qui a tout sacrifié pour le bonheur de sa famille. Mon père est un homme ordinaire, mais il est également le symbole de ces centaines milliers de Foutankais, un héros du quotidien. Je pense à ceux, en dépit de toutes les difficultés qui nous assaillent (colonialisme, esclavage, calamités naturelles, régimes oppressifs, etc.) ont choisi de vivre debout, en prenant le chemin de l'exil, parfois au péril de vie. Je pense, en particulier, à ces nombreux immigrants anonymes qui prennent des barques d'infortune et qui sont rongés par des poissons au fond de la mer.

En somme, particulièrement discret, en permanence disponible et dévoué pour nous, mon père c'est l'incarnation de ce héros du quotidien, qui a donné de sa vie, de sa jeunesse, du meilleur de lui-même pour que sa famille échappe au désastre, au déshonneur et aux privations.

Mon père est né et mort à son village natal, entouré des siens. Mais de Danthiady à Danthiady quel chemin tortueux et difficile, mon père a parcouru !

J’ai retenu de lui moult qualités : la probité, l’intégrité, la dignité, surtout une grande bienveillance et une tolérance à toute épreuve. Mon père est, avant tout, un infatigable travailleur. Il m’a raconté que, dès que l’âge de 7 ans, il accompagnait déjà mon grand-père aux champs. La disparition soudaine de celui-ci, laissant ses 7 enfants orphelins, a donné à mon père, subitement, des responsabilités nouvelles. A l’âge de 13 ans, il a dû marcher, à l’époque, plus d’une semaine pour rejoindre Dakar afin de devenir cireur, puis «boy» et cuisinier chez des Européens. Son dernier emploi, entre 1969 et 1986, a été celui de cuisinier dans un bateau appartenant à une compagnie bordelaise. Je me souviens que quand son bateau, en réparation pendant plus de 6 mois, à Bordeaux, je suis allé le voir avec ma précédente compagne, Isabelle, une Corrézienne. La ville de Bordeaux, dirigée à l’époque par Jacques CHABAN-DELMAS, maire de 1947 à 1995, était encore recouverte de murs gris. Au port, un supporter m’ayant confondu avec Jean Amadou TIGANA, j’ai dû signer un autographe pour ne pas le décevoir. Les retrouvailles ont été fort chaleureuses. Il est vrai que mon père, tout en restant proche de sa famille, est resté un grand inconnu pour moi. Nous avons vécu peu de temps ensemble. Lui a été un immigrant, et moi je suis exilé sur un autre continent.

J’ai appris de mon père le goût et le sens de l’effort, l’amour du travail bienfait et de la musique, ainsi qu'une initiation  à la politique. Même si mon père n’a jamais été l’école, il a appris des rudiments de la langue française et de l’anglais. Il aimait, à son retour de congé, chaque matin, écouter les informations à la radio, et les discussions allaient bon train entre nous deux.

Ensuite mon père est fondamentalement attaché aux valeurs traditionnelles. Il a été le pilier principal et la cohésion de la famille. Son appel constant, pour des valeurs morales rénovées, m’a profondément touché. «Torodo», de la caste des nobles chez les Peuls, mon père n’accorde pas trop d’honneurs à la naissance ou à la fortune. Pour lui, la vraie noblesse, c’est celle de l’esprit ; c’est une façon d’être. Un homme, pour être homme, doit incarner l’espoir et l’espérance de sa communauté, non pas pour sa promotion personnelle et son égo, mais réaliser un idéal commun, celui de la survie et du bien-être de son clan.

C’est pour cela, polygame, comme mon grand-père, mon père est resté un défenseur farouche de l’endogamie, socle de la solidarité indéfectible. Ma mère était une cousine de mon père. Ainsi se perpétuait de génération en génération le renforcement de notre groupe. Dans nos coutumes, l’exogamie est considérée comme une grave défiance aux valeurs traditionnelles, une tentative de rompre les liens ancestraux de solidarité, bref une cassure et une perte pour le groupe. Comment exposer à son père qu’on l’apprécie et le chérit pour toutes les qualités que j’ai recensées, mais qu’il y a des sphères, comme le mariage, qui relèvent de l’espace privé où le groupe social ne peut que recommander, et non décider à la place de l’individu. Le malentendu a duré plus de 10 ans. Mais le jour où les fils du dialogue se sont renoués, aucune autre brouille ne nous a plus écarté l’un de l’autre. J'ai senti la compréhension qui soulage et délivre de la culpabilité.

Enfin, mon père tout étant traditionnaliste, probablement en raison de son long contact avec d’autres cultures, reste fondamentalement ouvert d’esprit. J’ai toujours apprécié, les rares occasions où nous avions des discussions, la qualité et la hauteur de ses points de vue.

En octobre 2012, après ma visite au village et lors du départ, j’ai été fortement secoué et ému de cette séparation que je présentais comme un adieu, et non comme un au revoir. Depuis 2010 mon père, en raison de sa maladie, parlait peu, mais il a conservé cette extraordinaire dignité et fierté, en dépit de ces outrages du temps.

Mon père étant souvent en voyage, j’ai été élevé par ma mère, mes grands-parents et mes oncles. De ma mère, Diyenaba N’DIAYE dite Peindel, je crois avoir appris une certaine tolérance, un goût de la liberté ; elle me laissait faire ce qui me plaisait ; cependant, elle ne tolérait pas que je vienne en retard à l’heure du repas, et même elle me corrigeait sévèrement pour mes vagabondages. On dirait que ma mère avait pressenti qu’il y avait quelque chose en moi qui avait échappé à son contrôle. De ma mère, j’ai appris à aimer le cinéma. Quand j’avais six ans, je me souviens encore de ce bel été que nous avions passé à Kaolack, à 200 km de Dakar. Chaque soir, on allait voir un film de Bollywood ou un Western. C’est aussi l’un des rares moments, et pendant cinq mois, que j’ai pu profiter de la présence de mon père qui est resté, presque un étranger pour moi, en raison de son absence constante due à l’immigration.

Enfant, j’avais toujours cru que mes parents sont indestructibles, qu’ils sont les plus forts et qu’ils représentaient l’éternité. On a du mal à réaliser de se séparer, un jour, des êtres que l’on affectionne tant. Quand ça arrive on pleure un bon coup. Mais c’est en nos cœurs que vivent ceux que nous avons perdus.

Ma grand-mère paternelle, Hapsa SALL, veuve de longue date, était la fille du chef de village, Elimane Abou SALL. Elle m’a souvent raconté le soir, au coin du feu, et avant que je m’endorme, l’autorité et le prestige dont bénéficiait son père au sein des villageois. En effet, Danthiady a été fondé par Thierno Demba SALL, dont la famille, reste encore fortement associée à la mienne par les liens du mariage. Ma grand-mère a souvent évoqué la période d’insouciance avant les années 50 au village. De son témoignage, je retiendrai que les hommes, avant la circoncision, étaient nus ; les principales activités, le jour, étaient la culture du mil ou de l’arachide, la chasse, et le soir, les femmes s’occupaient du tissage, car les villageois devaient confectionner leurs propres vêtements, fabriquer leur savon. En dépit des fortes pluies de l’époque, j’ai été étonné d’apprendre qu’il y avait souvent la famine entre juin et septembre. Ce phénomène s’expliquait, en partie, par les impôts coloniaux ou divers prélèvements, parfois arbitraires de l’Etat colonial. Les villageois avaient également tendance à consommer, sans modération, leurs récoltes, de telle sorte que pendant la saison des cultures, ils n’avaient plus rien dans les greniers ; ils étaient réduits, en fin de compte, à manger du «paggiri», une plante qui pousse en été. Pendant cette période de soudure, certaines personnes étaient atteintes, notamment la nuit, d’une cécité provisoire que l’on appelle le «bompiloo». Le retour du mil vers octobre créait, parfois, des réactions allergiques chez certaines personnes qui enflaient. Ma grand-mère Hapsa était heureuse d’avoir eu sept enfants (3 filles et 4 fils) qui ont tous vaincu la mortalité infantile, très forte en ces temps-là.

Mon grand-père paternel, Bocar BAL, que je n’ai pas connu, était un chasseur, apparemment plein d’esprit, facétieux et généreux.

Ma grand-mère maternelle, Faty Banel DIALLO était originaire d’un village voisin, M'Bomboyabé, situé à 5 km au Nord de Danthiady, sur la route d'Ouro-Sogui, à côté de Thiancone. L’écrivain, Amadou Hampaté BA avait raison de dire : «en Afrique, un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle». Ma grand-mère Faty Banel était fière de rappeler, que même si son village était devenu insignifiant, elle descendait de Hamady Mody Maka, un roi prestigieux. Son ancêtre avait conquis les villages environnants avant d’être, lui –même, vaincu par d’autres forces coalisées. J’ai été, pendant longtemps, dubitatif sur cette version, jusqu’à ce, qu’un jour, un griot de sa famille vint au village, et a relaté, depuis des générations, l’histoire et la généalogie de la famille de ma grand-mère ; je fus alors submergé par une forte émotion, et des larmes coulèrent de mes joues. Cheikh Moussa CAMARA de Ganguel, spécialiste de la généalogie des grandes familles du Fouta-Toro, mentionne le nom de M'Bomoyabé, dans son ouvrage "Florilège au jardin de l'histoire des Noirs". Ma grand-mère, qui était noble, avait des esclaves. En dépit du fait que ces personnes aient été affranchies, chaque matin, venaient rendre hommage à ma grand-mère avec une jarre d'eau. Ce sont maintenant des liens de parenté qui m'unissent aux descendants de ces anciens esclaves, dont une bonne partie réside maintenant en Haute-Normandie. En effet, en Afrique la parenté, ce ne sont pas seulement que des liens du sang ; l'aspect affectif occupe une grande place dans nos organisations traditionnelles.

Mon grand–père paternel, Harouna Samba Dieynaba Khady N’DIAYE, seul ancien combattant de la seconde guerre mondiale du village, était un cultivateur et un éleveur de vaches. J’ai été frappé de constater qu’il accueillait souvent dans sa maison, une bonne partie des étrangers que les nobles considéraient comme étant des marginaux : les Maures de l’ancien village de Pouléma, les Forgerons de Bélinaïdé, à 7 km au Sud de Danthiady, les ressortissants du Ferloo et les anciens esclaves du village de Hombo à l’Est de Danthiady. De lui, j'ai donc appris les concepts de liberté, de bienveillance, de respect de l'autre et de solidarité.

Mon grand-père paternel a eu deux filles (Coumbel et Peindel, ma mère) et deux fils (Demba et Balla), mais subitement, et à partir de 1974, la mort n’a cessé de rôder autour de ce foyer, jadis bienheureux. Ce fut d’abord, la disparition subite de mon cousin, Amadou, qui a profondément affecté mon grand-père ; mon grand-père ne s’en est jamais remis. Ma tante Coumbel, qui était atteinte de tuberculose, dès son jeune âge, disparue aussitôt après. Pour ma part, le cataclysme le plus grand est venu de la mort tragique de mon oncle, Moussa N'DIAYE dit Balla, en Libye en 1975 ; comme la plupart des jeunes de sa génération, il voulait se rendre en France, mais n’avait pas assez de ressources. Oncle Balla travaillait pour un marchand de bois à Tripoli ; il avait chargé tout un camion, mais les amarres ont cassé, et il s’est retrouvé écrasé par le poids de cette charge. Mon oncle Demba, est également mort dans des circonstances dramatiques. Passionné pour ses vaches, les siennes et celles des autres membres de la famille N’DIAYE, il travaillait, sans relâche, parfois avec peu de reconnaissance, mais il aimait ce qu’il faisait. Un jour, il a tenté de soulever, seul, en grand fût d’eau ; il a ressenti une douleur vive à l’estomac, et a commencé à cracher du sang. Là aussi la disparition qui a été quasi soudaine, a été suivie de celle de son épouse et d’une bonne partie de ses enfants.

Ma grand-mère, Faty Banel DIALLO qui a survécu, tant bien que mal à ces séismes, fut atteinte vers la fin de sa vie de la maladie d’Alzheimer. Je dois dire que ma mère et ma soeur Haby ont été héroïques d’avoir élevé les enfants de ma tante Coumbel, ainsi que ceux de mes oncles restés en vie. Nos contributions, ainsi que celle de mes deux frères, Mamoudou dit Samba et Adama, ont été essentiellement financières, par les mandats qu’on envoie chaque mois à la famille. La solidarité dont parlait mon grand-père Bocar BAL à la veille de sa disparition, a joué à plein régime.

Hormis ces souvenirs douloureux et tragiques qui hantent encore ma mémoire, de mon temps, même s’il n’y avait ni électricité, ni téléphone, ni voiture, la vie au village était loin d’être monotone ; elle était rythmée par divers événements familiaux ou religieux. En cas de baptême, de fiançailles ou de mariage, il n’y avait pas besoin d’un carton d’invitation. On attendait souvent le moment magique où l’on servait, à tous, le riz rouge cuit avec du boeuf. Il avait d’autres grands moments de réjouissance : le retour d’un immigré au village avec ses festivités ainsi que la cohorte de musiciens, les «Gaolo» et autres parasites, les fêtes religieuses comme la Tabaski (la fête du mouton), le Mawloud (l’anniversaire du Prophète Mohamed, PSL). Les fêtes païennes comme les séances de lutte sont également des moments de réjouissance. Ainsi, lorsqu’un village voisin, souvent Hombo, Thiancone ou Bélinaïdé, débarquait, par surprise, de nuit avec ses lutteurs (Ballodji), ou lorsque le village organisait pendant une semaine une compétition de lutte (Lamba), c’est la fête au village. Parfois, c’est un événement inattendu qui sort le village de sa torpeur : l’arrivée d’un voyageur inattendu ou d’un fou qui a un statut particulier dans l’imaginaire des Foutankais, si l’on se réfère à l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE.

Hormis, ces intrusions externes qui mettent du piquant, j’ai été frappé par la joie de vivre de nos villageois, qui en dépit des temps durs, ont choisi de conserver la bonne humeur, en toute circonstance.  Après le déjeuner ou le dîner, une fois que le thé à la menthe ou le «Tiakiri» (bouillie de mil mélangée au lait caillé) est en route, les discussions les plus oiseuses vont bon train. On a de l’espace ; on parle fort et rit à gorge fendue ; on débat sur tout et rien : «jéddi» ; il suffit qu’un bout-en-train s’en mêle et l’hilarité est générale. La dépression on ne connaît pas ; «on est au fond du trou, ça ne peut pas aller plus mal, on ne pourra que remonter», me disait un jour un sage. Pourquoi s’en faire ? Dans mon Fouta, on est résolument  d’un pessimisme ensoleillé et d’une fatalité à toute épreuve.

J’ai été émerveillé par l’amorce de l’adolescence ; dès qu’une jeune fille d’un autre village débarquait, on la retenait quelques jours. Par classe d’âge, on se cotisait pour réserver, à notre invitée, une hospitalité digne de son rang, «Téddoungal», autour d’un thé ; on lançait des devinettes, «Ganné», et on se mettait à philosopher, «Payka».

 (A suivre la 2ème partie, sur ce blog).

M Amadou Bal BA photos à la Sorbonne, et à Paris.
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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 21:40
L’immigration et les élections de 2012, par Amadou Bal BA cet article a été publié dans www.ferloo.com du 19 août 2011

 

INTRODUCTION

La problématique générale de cette étude est la suivante : quelle est place des immigrés dans le cadre d’un projet d’alternatif crédible, de gauche, pour les prochaines échéances électorales de 2012 au Sénégal ?

Plus précisément, comment peut-on élaborer un projet alternatif au Sénégal, sans traiter des attentes des immigrés qui constituent, de par leur nombre et la qualité de leur engagement au service de leur pays, un des piliers irremplaçables du développement ?

Si les gouvernants courtisent activement toute une série de lobbies en raison de leur influence électorale supposée (confréries religieuses, paysans, syndicats), est-ce qu’on peut dire qu’un émigré souhaitant rentrer au pays avec un projet d’investissement, bénéficie d’autant d’attention ?

Le sujet ainsi conçu, présente naturellement un intérêt économique majeur. Les émigrés, grâce aux mandats qu’ils envoient à leur famille (90,83 millions d’€uros en 1995 ; 92,78 millions d’€uros en 1999 et 130 millions d’€uros en 2 000), sont une des principales ressources monétaires pour le Fouta-Toro et Bakel. L’émigration a permis de tirer des de la famine des familles, des villages entiers, et une bonne partie de la région du fleuve. Les émigrés, constatant les défaillances de l’Etat, ont même entrepris d’importants projets de développement pour le compte de leur village d’origine (forages, écoles, dispensaires, micro projets, etc.).

Le thème traité ici revêt également un intérêt politique certain, le choix politique des immigrés étant susceptible d’orienter, durablement, celui des parents restés au Sénégal. Pourtant, les partis politiques n’ont pas produit une réflexion d’ensemble sur une politique d’émigration. Aucun gouvernement n’a songé, jusqu’ici, à articuler son projet de développement avec la contribution déterminante des Sénégalais de l’extérieur. Lorsqu’un dirigeant se rend à l’étranger et rencontre notre communauté, ce sont souvent des questions parcellaires ou ponctuelles qui sont évoquées, comme les passeports et les tracasseries douanières. Alors, on comprend que les gouvernants n’aient ni programme, ni approche globale sur les axes stratégiques concernant l’émigration.

Enfin, le sujet a un intérêt sociologique certain. S’il est un domaine où le Sénégal fait preuve de dynamisme, c’est bien celui de la démographie. En effet, la croissance de la population est de 2,8% par an, ce qui conduira à un doublement dans 25 ans. En l’an 2000, le Sénégal comptait 9,5 millions d’habitants, contre 6,88 millions en 1988, et 57% des Sénégalais ont moins de 20 ans. Plus de 125 000 étrangers vivent au Sénégal ; ce sont essentiellement des Guinéens, des Maliens, des Bissau-Guinéens, des Gambiens, des Mauritaniens, et des Capverdiens.

La croissance économique étant absorbée par la croissance démographique, la seule issue est l’immigration, à tout prix. Or, quelque 2 500 ressortissants d’Afrique subsaharienne ont trouvé la mort ces cinq dernières années en tentant de se rendre en Europe, en traversant le Maghreb et la Méditerranée. Les nouvelles vagues d’immigration venant d’Afrique ont entraîné la fuite des cerveaux et des hommes valides.

On raconte une boutade en France « le premier Homme que Armstrong a rencontré sur la Lune était un Sénégalais ». C’est dire que les Sénégalais sont, comme les Peuhls, nés la valise sur la tête. On estime qu’il y a plus de 41 000 Sénégalais en Afrique, au Nord et au Moyen-Orient (RCI 150 000 ; Mali 30 000 ; Gabon 33 725 ; Guinée 15 000 ; Egypte 30 000 ; Etats du Golfe 10 976). Il y aurait aux Etats-Unis 15 000 Sénégalais, en Italie 60 000, en Allemagne 5 000, au Portugal 1 337, et en Espagne 11 051.

En conséquence, et en dépit de la présence de ressortissants sénégalais dans bon nombre d’autres pays, il n’est question ici que de la situation de nos compatriotes vivant en France. La France est, cependant, un pays ayant valeur de test, par le nombre de Sénégalais qui y sont établis, de par l’ancienneté de l’histoire qui nous unit. Les émigrés vivant en France sont devenus un enjeu de politique considérable pour le débat politique interne au Sénégal, diverses réunions politiques ont eu lieu, ou se poursuivent, à Paris.

La France a toujours été un pays d’immigration. Entre 1851 et 1911, le pourcentage des immigrés est passé de 1 à 3% de la population française. Ces immigrants venaient surtout de Belgique, d’Italie et d’Espagne. Au XXème siècle, la première vague importante d’immigration a eu lieu entre 1920 et 1930. le pourcentage d’immigrés est passé donc de 3 à 6,6% en 1931. Dans les années 30, la France a connu une importante arrivée d’ouvriers polonais (600 000) et d’Espagnols (500 000) après la défaite de la Révolution espagnole. Après la seconde guerre mondiale, le pourcentage d’immigrés est passé de 4 à 6,6% en 1975. Il a donc rattrapé plus ou moins le niveau des années 30.

Il y actuellement en France 3 240 000 étrangers. Les non-européens représentent 55% et les Européens 45% (600 000 Portugais, 200 000 Espagnols, 200 000 Italiens, etc.). Les principales nationalités non-européennes sont les Algériens 600 000, Marocains 600 000, Tunisiens 200 000, Turcs 200 000, les personnes d’Afrique subsaharienne sont estimées à 188 000, dont 85% sont originaires du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie.

Officiellement, on compte 40 000 Sénégalais installés en France, et 20 000 Français établis au Sénégal. On estime que la communauté des Sénégalais résidant en France représente 22% des ressortissants d’Afrique subsaharienne titulaires d’une carte de séjour, soit 5,8 % des étrangers en situation régulière. Si le nombre des Sénégalais a doublé entre 1975 et l’année 2001, passant de 21 000 à 40 000 personnes, il reste relativement stable depuis 15 ans (40 000 titulaires d’autorisations de séjour entre 1984 et maintenant).

Ces données ne tiennent naturellement pas compte de l’immigration clandestine qui pourrait, selon certaines estimations, représenter un chiffre comparable à la présence régulière, soit 40 000 personnes. Le flux d’irréguliers tend à croître : à une tradition de migration ancienne s’ajoute, en effet, la dégradation de la situation économique de nombreux Sénégalais. Bien que la France demeure la destination la plus prisée, elle constitue aussi, pour certains clandestins, un simple point de passage pour d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou la Hollande. On peut noter également que le trafic de faux papiers, et notamment l’usurpation d’identité, constitue une des causes de cette immigration clandestine.

Parmi les travailleurs immigrés sénégalais en France, les Soninkés et les Hal Poularéen représentent les deux groupes les plus importants. Il s’agit d’une population masculine, jeune, le plus souvent analphabète qui s’insère difficilement dans les zones industrielles.

La présence des jeunes n’étonne guère, au regard des travaux pénibles à effectuer nécessitant d’importants efforts physiques. Près de 80% des Sénégalais ont entre 25 et 45 ans. Une des difficultés d’insertion des travailleurs sénégalais est souvent la méconnaissance de la langue française. Difficulté d’expression bien sûr, mais souvent absence de savoir lire et écrire. Ils sont, de ce fait, souvent exclus de certaines offres d’emploi. Ils travaillent principalement dans l’industrie de l’automobile, le bâtiment, le nettoyage, la restauration et les hôpitaux, le commerce ambulant, dans des emplois très mal rémunérés.

Ils sont victimes par voie de conséquence, de discriminations importantes quant à l’accès aux emplois. 42% des immigrés ont un travail à temps partiel, contre 31% des français qui l’ont souvent choisi. 20% des hommes immigrés sont au chômage contre 10% des Français. 23% des immigrées sont sans emploi contre 14% des Françaises.

Les salaires des immigrés sont parmi les plus bas et le chômage partiel est important. Le temps limité qu’ils passent en France et les changements fréquents d’emploi, s’opposent à ce qu’ils acquièrent une véritable compétence professionnelle. Ces travailleurs vivent, les plus souvent en communauté dans des foyers. Les conditions de vie qu’ils y supportent leur permettent d’épargner régulièrement pour les familles du pays d’origine.

Ces conditions de vie des Sénégalais établis en France, ressemblent à bien des égards, à la situation de nos compatriotes dans d’autres pays occidentaux.

Dans la première partie, il sera évoqué les attentes des Sénégalais à l’égard de la France et dans la deuxième partie, les attentes des émigrés vis-à-vis du Sénégal.

I - LES ATTENTES DES SENEGALAIS A L’EGARD DE LA FRANCE

A - LES ATTENTES EN MATIERE DE LIBERTES INVIDUELLES ET COLLECTIVES

1 - Droit de vote aux élections locales

Une des revendications anciennes, mais qui n’est pas toujours satisfaite, est le droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales (communes, conseils généraux, conseils régionaux). En effet, la 80ème proposition du candidat François Mitterrand était le « droit de vote aux élections municipales, après 5 ans de présence sur le territoire français » (Congrès extraordinaire du Parti Socialiste réuni à Créteil le 24 janvier 1981).

En septembre 2003, un sondage d’opinion montrait que 57% des Français étaient favorables au droit de vote des étrangers aux élections locales. Les étrangers acquittent l’impôt ; ils doivent donc également pouvoir y consentir, c’est-à-dire participer aux élections locales. Le droit de vote est partie intégrante de la citoyenneté. C’est au niveau local, que se prennent bon nombre de décisions concernant la vie quotidienne de la population. Le logement, l’école, les équipements collectifs : autant de problèmes concrets, partagés par tous les habitants, quelle que soit leur nationalité.

De cette communauté d’intérêts entre résidents découle une exigence démocratique : le droit pour chacun de participer à l’élaboration des décisions qui le concernent. C’est justement en leur qualité de citoyen, que les étrangers :

  • ont le droit d’élire les représentants du personnel dans les entreprises (1946)
  • peuvent siéger dans les comités d’entreprise et être délégués du personnel à condition de « savoir lire et écrire en français » (1972), suppression de la réserve de pouvoir s’exprimer en français en 1975,
  • peuvent, comme les Français, être délégués syndicaux (1968, obtenir le droit de participer aux élections prud’homales (1975-1976), seule la fonction de conseiller prud’homal reste fermée aux étrangers,
  • peuvent diriger une association, sans autorisation préalable du Ministre de l’Intérieur (1981),
  • être administrateur dans des structures publiques comme les caisses de sécurité sociale, les OPAC les OPHLM,
  • peuvent siéger, comme parents d’élèves dans les instances des établissements scolaires (1976-1984).

Pour la première fois en mars 2001, les étrangers ressortissants de l’Union européenne, résidant en France, ont voté aux élections municipales. Cette mesure, prévue par le Traité de Maastricht, concerne les 15 pays de l’Union Européenne.

En revanche, les étrangers ressortissants des pays tiers, ne peuvent toujours pas bénéficier en France de ce droit de vote. Le résultat de tout cela, c’est une situation particulièrement inéquitable. Un Roumain ou un Bulgare dont le pays vient d’adhérer à l’Union Européenne, peut voter aux élections locales dans le pays d’accueil, tandis qu’un Sénégalais qui réside en France depuis plus de 30 ans, sera exclu de ce processus.

Pourtant 8 pays accordent déjà, aux étrangers, le droit de vote aux élections locales

  • l’Irlande, depuis 1963, après 5 ans de résidence
  • La Suède, depuis 1975, après 3 ans de résidence
  • Le Danemark, depuis 1981, après 3 ans de résidence
  • Les Pays-Bas, depuis 1985, après 5 ans de résidence
  • Le Royaume-Uni accorde depuis 1948 aux résidents du Commonwealth, le droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections
  • La Finlande, accorde depuis 1981, le droit de vote et d’éligibilité pour les élections communales, après 2 années de résidence, aux étrangers originaires des autres pays nordiques (Danemark, Islande, Norvège et Suède)
  • L’Espagne et le Portugal, accordent le droit de votre aux élections locales aux ressortissants des Etats qui octroient, eux-mêmes, ce droit à leurs nationaux.

La revendication du droit de vote aux élections locales revêt un aspect stratégique. En effet, c’est en 1983, et à l’occasion des élections locales, que le Front National a réalisé une percée politique significative et s’est maintenu dans le paysage politique en France, en faisant de l’immigration son fonds de commerce. Actuellement, on peut constater une concentration d’attaques du Président SARKOZY, et de son Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et Président de l’U.M.P, contre les immigrés. Par conséquent, l’exigence du droit de vote des étrangers aux élections locales, vise à assurer un meilleur respect des droits des Sénégalais en qualité de citoyen, pour une plus grande égalité, et les chances d’une bonne intégration.

Le Sénégal pourrait, après l’alternance, accorder le droit de vote aux élections locales aux étrangers, sous réserve de réciprocité.

2 – Le respect des conventions passées avec le Sénégal

Le Sénégal a conclu divers accords avec la France (convention d’établissement, de sécurité sociale), mais la situation des Sénégalais, s’est considérablement dégradée. Diverses mesures, faites essentiellement de circulaires, sont venues vider ces conventions de leur contenu.

S’agissant tout d’abord, de l’attribution des cartes de résidents valables pour dix ans, il suffit de résider légalement en France depuis au moins 3 ans. Or, la pratique consiste à remettre à nos nationaux des cartes portant mention « vie privée et familiale » qui sont valables une année, et sont donc précaires. Car avec de telles cartes, il est impossible notamment d’avoir la qualité de commerçant, d’exercer certaines professions, ou d’avoir des crédits auprès de sa banque.

Le renouvellement des titres de séjour est désormais soumis à des conditions draconiennes, notamment pour les personnes qui sont hébergées. Au moindre incident, comme une contravention dans les transports, la notion de trouble à l’ordre public permet de retirer le titre de séjour, et de remettre à l’intéressé une autorisation provisoire de séjour, ou une obligation de quitter le territoire.

Toujours dans le domaine du renouvellement des titres de séjour, des Sénégalais résidant en France, qui avaient déclaré leur statut de polygame, se voient actuellement retirer leur titre de séjour, et sont invités à divorcer de leur seconde épouse. A certains, il a été remis, après plus de 20 ans de séjour, des titres de séjour en qualité de visiteur qui n’ouvrent à aucun droit (perception des allocations familiales, ouverture d’un compte, travailler, prise en charge de l’assurance maladie, exercice de tous les actes de la vie courante).

Bien des Sénégalais atteignent maintenant l’âge de la retraite. Or, la réglementation prévoit l’attribution d’une carte de retraité. Dans les faits, de nombreux obstacles sont mis à la délivrance de cette carte qui permet, même après la retraite, de résider, de travailler et de se soigner en France.

Le droit de se marier est un droit civil de chaque individu, quelle que soit sa nationalité. Or, actuellement le fait de se marier avec un(e) français(e) est systématiquement suspecté de mariage de complaisance (refus de célébration du mariage, saisine du Procureur de la République, refus de régulariser le conjoint sénégalais).

D’autres obstacles sont mis au regroupement familial, notamment en ce qui concerne les conditions de ressources ou la surface du logement. Il arrive fréquemment, même lorsque toutes les conditions sont remplies, que l’OMI refuse de répondre à la demande de l’intéressé. Lorsque les enfants sont proches de l’âge de 18 ans, la tactique consiste à faire traîner la procédure jusqu’à ce les enfants atteignent la majorité afin de les exclure du regroupement familial.

Aujourd’hui, on sait que la France a réduit de façon drastique le nombre de visas attribués aux Sénégalais qui souhaitent se rendre en France, et que des conditions, parfois particulièrement vexatoires, sont mises à la délivrance de ce document. Cette politique restrictive a conduit, la plupart de nos étudiants à solliciter aux visas des Etats-Unis, au détriment de la France, partenaire pourtant privilégié qui a noué avec notre pays des liens historiques. Le Ministre de l’Intérieur, Monsieur SARKOZY a instauré des visas biométriques et envisage d’accélérer les renvois de sans-papiers.

L’accès à la nationalité française est devenu un véritable parcours du combattant. En effet, la liste des pièces à produire ne cesse de s’allonger. Lorsqu’on a réussi à tout rassembler, certaines pièces, qui doivent dater de moins de trois mois, sont déjà périmées, il faut donc tout recommencer. Lorsque le candidat à la naturalisation parvient à soumettre un dossier complet, celui-ci est fréquemment rejeté sous le motif fallacieux « d’absence de résidence stable en France ». Mais les situations les plus insolites sont celles où l’Administration accorde la nationalité, mais la délivrance du certificat de nationalité est subordonnée à la vérification de l’authenticité, au Sénégal, des pièces d’état civil produites par le candidat.

Auparavant, les personnes nées avant l’indépendance et qui résident en France, pouvaient recouvrer la nationalité française, sous une procédure allégée dite de la réintégration, mais dans les faits, leur situation a été alignée sur celle de la naturalisation qui est beaucoup plus stricte.

La réglementation française permet la régularisation des étrangers qui sont présents sur le territoire depuis, au moins 10 ans. Or, les préfectures contestent en permanence la continuité du séjour ou le caractère probant des pièces produites. L’intéressé est obligé de déférer l’affaire devant la juridiction administrative, où les délais d’attente sont en moyenne de 18 mois.

Il faut rappeler que sans permis de séjour, désormais, on ne peut plus accomplir les actes de la vie courante, comme ouvrir un compte bancaire, envoyer un mandat par la poste. Le clandestin devient un « mort-vivant ». Ces pratiques ne sont pas propres à la France. Rappelons que dans certains pays d’accueil, en Afrique (Gabon, RCI, Gambie), les expatriés, doivent, au préalable, s’acquitter d’une taxe de séjour dont le coût est relativement élevé. Ainsi, en Gambie, en janvier 2003, cette taxe est passée de 15 000 à 48 000 FCFA. Pourtant, la Convention n°97 de l’OIT a expressément recommandé de dispenser le travailleur immigré de cette charge.

En définitive, les principales attentes des Sénégalais résidant à l’étranger sont : le respect des accords régulièrement conclus et la défense des libertés individuelles et collectives.

B – LES ATTENTES POUR L’EGALITE DES DROITS

La France est devenue un Etat multiculturel, mais elle a du mal à assumer cette nouvelle donne. Le rejet du projet de traité constitutionnel s’inscrit dans cette logique frileuse, de rejet de l’autre. C’est un pays traversé par une crise identitaire qui s’amplifie. Les phénomènes racistes et xénophobes s’accroissent. Les pratiques discriminatoires s’installent durablement, en dépit d’une affirmation de façade du principe d’égalité. Une Loi du 23 février 2005 reconnaît même le rôle « positif de la colonisation »., ce qui constitue une provocation.

Sans un retour sur le passé colonial de la France, il sera difficile d’avoir une véritable analyse des échecs de la lutte contre les discriminations. Sans chercher à dénigrer la France et son histoire, il s’agit, pour nous socialistes, de comprendre, pour mieux construire.

Une des interrogations majeures, est comment dans une société multiculturelle, comme la France, on va traiter les minorités qui aspirent à la fois à l’autonomie et à l’intégration ?

Il est préconisé de développer la discrimination positive. La discrimination positive, ou « l’Affirmative Action » suivant l’expression américaine, est une politique visant à instituer des inégalités pour promouvoir l’égalité, en accordant à certains un traitement préférentiel, on espère de la sorte rétablir l’égalité des chances compromise par la discrimination.

En France, une des affirmations majeures du républicanisme est l’indifférenciation du corps politique. Tous les individus doivent être traités de manière égale, uniforme, sans tenir compte de leur origine ethnique ou de leur sexe.

En fait, sous-couvert de traitement soi-disant égal, d’indifférence aux différences, on favorise le groupe majoritaire. Le « Color blindness » est une forme d’hypocrisie qui perpétue le racisme et le sexisme.

Dans les faits, différentes politiques sectorielles en France sont de la discrimination positive qui ne dit pas son nom. C’est le cas notamment de la parité homme-femme, et de certaines actions en matière éducative (Zones de redynamisation urbaine, les zones franches urbaines, zones d’éducation prioritaires, places réservées à Sciences Politique aux enfants de quartiers défavorisés, etc.).

Il est donc nécessaire, pour compenser les inégalités socio-économiques et les phénomènes de discrimination sexistes et racistes existant dans la société française, de développer des politiques relevant de la discrimination positive, notamment en matière de logement, de travail et de sécurité sociale.

1 – Les attentes en matière de logement

Sans logement, il est difficile d’avoir un travail et une existence normale. Le constat actuel est préoccupant : 18% des étrangers résident dans des quartiers en difficulté, alors qu’ils ne représentent que 6% de la population totale, 140 000 personnes sont logées dans des foyers de travailleurs immigrés.

Sur le plan légal, les immigrés ont accès, comme tous, au parc du logement, social ou non, et aucun type de logement ne leur réservé ou exclu. Toutefois, dans les faits la mixité sociale n’est pas encouragée. En effet, les immigrés ont des ressources notablement inférieures à celles de la moyenne nationale, et un taux de chômage beaucoup plus élevé, ce qui rend l’accès au logement plus difficile. Ces facteurs entraînent une concentration dans les logements les plus dégradés avec des problèmes sanitaires, ou de sécurité plus fréquents. Plusieurs incendies, à Paris, ont provoqué depuis une vingtaine d’années des décès parfois d’enfants, sans aucune enquête sérieuse.

Ainsi, 85% des enfants les plus gravement atteints par le saturnisme, sont originaires d’Afrique Subsaharienne. Ces logements exigus favorisent l’échec scolaire et développent des tensions importantes au sein de la cellule familiale.

Il faudrait donc promouvoir une politique de logement des immigrés, c’est-à-dire une politique sociale qui vise à répondre aux besoins de logement des personnes et à faciliter l’intégration. Il faudrait, en particulier, répondre aux besoins des familles et des femmes isolées, souvent chef de famille monoparentale, en garantissant l’accès de tous au logement dans des conditions matérielles éliminant toute discrimination. C’est un des éléments majeurs de construction de la politique de la ville.

Il est urgent de réhabiliter les foyers qui sont largement dégradés. Certains, après une vie pénible, vieillissent dans des foyers peu adaptés à leurs handicaps naissants. Cet isolement favorise l’adoption de comportements dangereux pour la santé (la dépression, la consommation d’alcool, de tabac). D’autres plus jeunes, sont atteints de tuberculose, de maladies respiratoires ou digestives aiguës, d’aggravation de pathologies importées.

Ajoutons à cela que le Sénégal s’est fortement désintéressé du logement de ses étudiants en Europe, notamment en France où la Maison d’Afrique a des capacités d’accueil particulièrement limitées. Pourtant, des Etats africains, comme le Burkina-Faso, moins bien lotis que le Sénégal, ont acquis des immeubles pour loger leurs étudiants.

2 – Les attentes en matière de l’accès au travail

On évoque généralement la situation professionnelle des étrangers pour souligner les problèmes de discrimination et leurs difficultés d’intégration. Les immigrés représentent 14,.4% des chômeurs pour une proportion de 8,1% de la population active. Plus touchés par le chômage, ils y restent, en outre, plus longtemps que l’ensemble de la population. Ils occupent des emplois sous-qualifiés, précaires (CDD, intérimaires, temps partiel) et sont donc mal rémunérés.

Il faut souligner qu’une bonne partie du marché du travail est fermé aux étrangers ; ce sont les professions dites réglementées qui correspondent à un quart de l’emploi total, et qui posent une condition de nationalité ou de diplôme français. Bien que relevant du secteur privé, plus de 50 professions sont interdites aux étrangers (administrateurs judiciaires, greffiers de tribunaux de commerce, notaires, huissiers de justice vétérinaires, débitants de tabac, médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, architectes, etc.), pour 30 autres professions, l’exercice est soumis à une condition de diplôme français (infirmiers, laborantins, puéricultrices, jardinières d’enfants, agents immobiliers, assistants de service social, etc.).

Il existe, de surcroît, même en l’absence d’une condition de diplôme français ou de nationalité, des formes insidieuses de discrimination à l’embauche et dans l’emploi. Certaines professions sont soumises à des quotas (sportifs professionnels, marins, industries de la défense) pour d’autres l’administration adopte une politique restrictive (Union nationale des caisses de sécurité sociale). Par ailleurs, il existe un régime dérogatoire, pour les journalistes, les exploitants agricoles, les artisans et les commerçants. Les étrangers qui souhaitent exercer une profession commerciale ou artisanale doivent obtenir un titre de résident, sont donc exclus les personnes détentrices d’un titre de séjour d’un an. Les journalistes doivent obtenir une carte d’identité de journaliste professionnel délivrée par une commission paritaire.

Les formes de discrimination sont nombreuses et relativement complexes à identifier. On citera seulement, le stigmate du nom à consonance étrangère sur le CV. Le stade de l’entretien d’embauche fait aussi ressortir plusieurs éléments de discrimination : la couleur de peau, les préférences religieuses, les accents dans la prononciation du français, etc. Au niveau de la gestion des carrières, si les immigrés, à parcours et postes identiques, perçoivent des rémunérations relativement proches, on constate tout de même qu’il y a encore peu d’exemples d’intégration d’individus d’origine étrangère à des postes de direction de grandes entreprises.

Il faut remarquer qu’il existe en France un développement d’entreprises dites ethniques, notamment le commerce de produits sénégalais ou africains. Mais les intéressés sont souvent confrontés à l’accès aux capitaux pour développer leur affaire, à un local bien situé, ou aux tracasseries administratives des services vétérinaires.

3 – Les attentes en matière de santé et de sécurité sociale

Les émigrés retraités ayant choisi de s’installer au Sénégal, ont souligné que pour pouvoir se soigner, ils sont obligés de revenir en France, quel que soit leur âge, leur état physique ou leurs ressources. Ils ont suggéré qu’ils puissent se soigner au Sénégal, et que nos hôpitaux puissent directement facturer l’administration française.

On voit bien que l’efficacité des conventions internationales a diminué à mesure que l’immigration s’est développée. Les principes à la base des accords bilatéraux et les politiques des pays développés en matière d’immigration ne sont pas toujours compatibles avec les conventions internationales. Ils oscillent entre l’affirmation du principe de non-discrimination, et la mise en place de politiques destinées à limiter les flux migratoires et empêcher les immigrés de devenir résidents ou citoyens.

Il faut signaler que bon nombre de pays d’immigration, comme le Gabon et l’Italie, refusent, jusqu’ici de conclure une convention de sécurité sociale avec le Sénégal. La conséquence est que les travailleurs migrants admis à faire valoir leurs droits à la retraite sont contraints de demeurer sur le territoire du pays d’accueil, pour pouvoir bénéficier de leurs pensions. En cas de retour au Sénégal ou de changement de résidence, le versement de la pension est suspendu, et aucun rappel de pension n’est possible.

La Loi Pasqua du 24 août 1993 subordonne le bénéfice de la sécurité sociale à la régularité du séjour. Certes, l’aide médicale d’Etat a été instituée pour les sans papiers, mais une récente réglementation, particulièrement dissuasive, impose désormais une durée de séjour minimale de 3 mois, une longue liste de pièces à fournir, dont la photo de l’étranger qui doit désormais se présenter personnellement pour retirer son attestation de sécurité sociale.

Les émigrés demandent

  • l’accroissement des droits à la protection, y compris en cas de transfert de la résidence dans le pays d’origine, notamment pour les retraités, accidentés du travail ou invalides,
  • une extension de ces droits aux membres de leurs familles
  • l’amélioration de l’information administrative.

II - LES ATTENTES DES IMMIGRES A L’EGARD DU SENEGAL

A - LES ATTENTES A L’EGARD DE LA CLASSE POLITIQUE

Si les causes de l’immigration sont essentiellement économiques, la décision de s’expatrier résulte également de motivations personnelles complexes, difficiles à appréhender, notamment le sentiment d’abandon de certaines provinces, le souci de réhabiliter le ou la politique, ou le besoin de consolidation d’un Etat républicain et démocratique au Sénégal.

1 – Les attentes en matière de décentralisation

Il ressort des entretiens avec les immigrés résidant, dans certains foyers de travailleurs immigrés, que le sentiment dominant est celui de l’abandon des provinces périphériques du Sénégal. C’est d’ailleurs, cette situation de démission de l’Etat qui conduit, souvent, à la décision de s’expatrier.

En effet, il existe de fortes disparités entre la capitale sénégalaise et les provinces, notamment au détriment du Fouta-Toro et de Bakel. Les travailleurs immigrés se plaignent de prendre en charge des activités dévolues normalement à l’Etat, telles que la santé, l’éducation, l’eau, et ont le sentiment de ne pas faire partie de la communauté sénégalaise. Ils ont tous les devoirs du citoyen en s’acquittant des impôts, ils initient des projets de développement, mais l’Etat n’assume pas ses responsabilités. Suivant leur perception, ils seraient devenus des « indigènes de la République », ramenés à la qualité de citoyens de seconde zone.

Pour l’essentiel, les infrastructures (hôpitaux, grandes écoles, routes bitumées, électricité, radios, T.V.), sont concentrées dans les grandes villes. L’enclavement ou la qualité des routes du Fouta-Toro et de Bakel, l’absence d’électrification de nombreux villages, la question des terres du bassin du fleuve Sénégal, sont autant de sujets de discorde.

Par ailleurs, les émigrés sénégalais ne comprennent pas que les droits d’accès au téléphone soient multipliés par 4 en province, que les voitures qu’ils ramènent de France sont souvent surfacturées ou confisquées par la douane au motif qu’elles auraient plus de 5 ans d’ancienneté. Le riz, cette denrée de première nécessité, est devenu, avec l’huile, un luxe, pour la plupart des Sénégalais de condition modeste.

Tout projet alternatif devrait tenir compte de cet énorme sentiment de frustration des populations du Nord, et prévoir une décentralisation plus poussée du Sénégal. Une vraie décentralisation en vue de mieux associer les populations locales aux décisions qui les concernent. Mais une vraie décentralisation suppose notamment des moyens financiers adéquats afin de relever les nombreux défis.

2 – Les attentes en vue de réhabiliter la ou le Politique

Bien des émigrés ont reconnu avoir voté pour le PDS en mars 2000, mais ils espéraient que leurs conditions de vie allaient changer. Ils ont le sentiment, là aussi, que la classe politique les courtise pendant les périodes électorales, et disparaît par la suite jusqu’à la prochaine échéance électorale. Les émigrés sont donc attachés au respect de la parole donnée, ils sont devenus très méfiants.

L’Homme politique doit être honnête ; il doit dire ce qu’il fait, et faire ce qu’il dit. Le respect des engagements devrait être au cœur de la vie publique.

Par ailleurs, le fait que différentes majorités hétéroclites aient été formées en vue seulement de se maintenir durablement au pouvoir, n’a pas rassuré les immigrés sur les perspectives de changement au Sénégal. Pire encore, l’usage de l’emprisonnement ou du harcèlement par certaines institutions comme la Division des investigations criminelles ou l’Inspection Générale d’Etat, a accentué cette perception que les gouvernants sont prêts à tout pour conserver leurs privilèges.

Chaque citoyen devrait être guidé par des convictions politiques profondes et durables. Dans une démocratie, il serait sain d’avoir une opposition et une majorité, les changements de camp dictés par un souci du « partage du gâteau » ne réhabilitent pas la politique au sens noble du terme. Pour les émigrés, quelle que soit la couleur politique du gouvernement, rien n’a changé fondamentalement dans leurs conditions de vie : il faut chaque mois envoyer davantage de mandats aux familles restées au Sénégal, et suppléer aux défaillances de l’Etat.

La corruption ou l’absence de sécurité juridique ont été vivement dénoncées, par les émigrés. Ils estiment, aujourd’hui qu’il est difficile d’obtenir des documents administratifs (carte nationale d’identité, passeport) ou seulement acheter une maison, sans verser des pots de vin. Les passe-droits, dans un Etat démocratique, devraient être abolis.

En conséquence, il y a d’énormes attentes, de la part des émigrés, de voir réhabiliter la ou le Politique au Sénégal, condition nécessaire d’une consolidation d’un Etat républicain et démocratique.

3 – Les attentes de consolidation d’un Etat Républicain et Démocratique

Les émigrés sont particulièrement choqués à l’idée d’une patrimonialisation de l’Etat, avec des dérives monarchiques et autocratiques. Ils sont d’autant plus sensibles à cette question de l’Etat qu’ils vivent dans des pays occidentaux où cette structure joue pleinement un rôle d’arbitre. Outre, le fait que l’Etat ait démissionné de ses fonctions régaliennes dans certaines provinces de notre pays, son fonctionnement capricieux, parfois brutal et arbitraire, heurte la conscience de tous. Bien que l’idée de retour et l’attachement au Sénégal soit érigés en dogme, cette situation n’incite pas les anciens émigrés à des investissements lourds mais à risque. Les jeunes générations issues de l’immigration ne sont plus fières de leur origine nationale.

Il existe donc une forte attente en matière de consolidation d’un Etat laïque et démocratique. Mieux, les émigrés fondent l’espoir que l’Etat instaure une bonne planification de ses objectifs stratégiques, et d’en finir avec l’improvisation permanente. Les émigrés comprennent que les ressources du Sénégal sont limitées et qu’il est impossible de s’attaquer efficacement à tous les problèmes en même temps.

En revanche, ils comprennent moins qu’ayant eux-mêmes, suppléé aux carences de l’Etat dans certains secteurs, rien ne soit fait par les gouvernants, pour faire face aux difficultés qui ne cessent de s’additionner. Ils recommandent une fixation d’objectifs stratégiques en matière d’éducation, de santé, d’énergie, d’eau potable et d’infrastructures, et demandent à l’Etat, avec les faibles moyens il dispose de commencer, à son rythme, le travail prioritaire.

B - LES ATTENTES SPECIFIQUES DES IMMIGRES

1 – Participer efficacement au développement économique du pays

Les migrants butent, le plus souvent sur un environnement peu propice à la valorisation de leurs investissements. Les retombées, au niveau du Sénégal, se limitent à une amélioration des conditions de vie des ménages de migrants restés au pays, sans réussir, pour autant à stimuler l’activité économique.

Certains migrants forment le projet de monter, depuis la France, une activité économique. Pour une bonne partie d’entre eux, le projet est de dimension relativement modeste : ouverture d’un commerce, apport financier pour un atelier artisanal. Le montage de ce type d’activité n’est pas nécessairement lié à une intention de retour : il est souvent conçu pour installer sur place, un membre de la famille dans une activité productive, génératrice de revenus et d’emplois pour la famille.

Le migrant porteur de projet se trouve face à trois types de problèmes à résoudre :

  • l’identification du projet économique, de son besoin de financement et des conditions de sa pérennité, ce qui demande un accompagnement par une structure d’études et de conseils apte à faciliter le montage,
  • le choix de la personne, dans la famille ou parmi les connaissances, qui allie compétence et confiance, pour être le promoteur de projet, ce choix est souvent limité au cadre familial,
  • l’accès au crédit permettant de financer la création ou le développement du projet. Le migrant aura de grandes difficultés à accéder au crédit auprès d’une banque du pays d’origine, faute de garanties et d’outils financiers adaptés.

Les émigrés ne comprennent pas que les investissements étrangers soient particulièrement bien protégés avec avantages fiscaux substantiels, et qu’on néglige leur contribution au développement du Sénégal.

2 – Les attentes en matière de diversité culturelle et de coopération décentralisée

Les émigrés redoutent que les atteintes graves à la diversité culturelle ne constituent, un jour, une menace pour la paix civile au Sénégal. Ce qui faisait jusqu’ici la particularité du Sénégal, c’est la reconnaissance de sa diversité culturelle, religieuse et ethnique, ciment de la tolérance et de la vitalité de notre démocratie.

Les émigrés estiment que les gouvernants actuels sont en train de saper cet héritage démocratique en favorisant l’affairisme de certains lobbies (Mourides, partis religieux).

Encore plus grave, la diffusion des programmes de l’O.R.T.S. dans les foyers de travailleurs immigrés en France, loin de favoriser le rapprochement avec le pays, est un outil de propagande et d’intoxication au service des gouvernants.

Les émigrés en France, qui sont essentiellement Peuhls et Soninkés, demandent que leurs langues soient mieux véhiculées dans tous les médias d’Etat du Sénégal.

Les émigrés exigent que la France, de son côté, reconnaisse dans ses programmes scolaires, ainsi que dans les médias, (TV, radio, publicité, cinéma, fonction publique) la diversité culturelle de sa population. On sait que les programmes d’enseignement, sous la IIIème République, n’hésitaient pas à souligner que « nos ancêtres étaient les Gaulois ».

Toutes les parties ont grand intérêt à promouvoir la diversité culturelle. Si l’on se situe du point de vue de l’Etat d’accueil, les personnes qui sont bien enracinées dans leur culture d’origine respectent mieux les lois et coutumes du pays de résidence. Car, si on ne sait pas qui on est, il est difficile de savoir où on va.

Si l’on prend en compte les intérêts du Sénégal, la diversité culturelle, est un moyen de conserver un lien privilégié avec ses nationaux établis à l’étranger. On sait que, pour l’essentiel, les émigrés de la première génération, une fois à la retraite, repartent vivre au pays. En revanche, les enfants de Sénégalais nés à l’étranger, souvent ne parlant pas une langue nationale, et n’allant au pays que de façon sporadique, n’auront avec le temps, que peu de liens avec la patrie de leurs parents.

Il est donc recommandé d’esquisser un programme culturel et festif en direction des Sénégalais établis à l’étranger, notamment la connaissance de la culture, de la musique, des arts culinaires, une célébration de la date de l’indépendance à travers un grand bal, favoriser l’émergence des radios privées, comme c’est le cas à Washington, et de créer, dans les pays à forte concentration de Sénégalais, une maison du Sénégal qui constituera un lieu de rencontre, d’exposition et d’échange d’idées.

Il faut rappeler que l’année 2006 sera l’année de l’Afrique en France, il serait utile de saisir cette opportunité, pour faire avancer certains projets culturels.

L’immigration est traditionnellement perçue comme une fuite de cerveaux, le pays est vidé de ses hommes valides. Or, on peut également saisir cette opportunité, comme une chance, en vue de promouvoir la coopération décentralisée entre le Nord et le Sud

Le gouvernement du Sénégal, peut proposer, à ses partenaires, de nommer aux postes diplomatiques ou consulaires leurs nationaux issus de l’immigration.

Rien ne s’oppose également à ce que des jeunes issus de l’immigration puissent piloter des projets de développement en direction des pays du Sud.

Pour le Sénégal, les émigrés constituent une source inestimable de compétence, et de savoir-faire, et peut-être aussi un formidable moyen de transfert de technologie. N’oublions pas que, si certains pays comme la Chine et l’Inde réussissent à tirer profit de la mondialisation, c’est grâce à l’apport de la diaspora.

Il conviendrait de rationaliser les jumelages des villes européennes avec les villes sénégalaises. Il s’agit d’un outil de solidarité et coopération, original entre le Nord et le Sud.

Propositions :

  • Améliorer les statistiques des émigrés sénégalais, (manque de fiabilité des données et non-pertinence des données), une meilleure connaissance de ce phénomène permet d’élaborer une véritable politique nationale de migration, et faire en sorte que les politiques de planification articulent mieux les politiques de migration avec les stratégies de développement,
  • Etudier attentivement les différentes législations des partenaires du Sénégal, afin de mieux identifier les conditions et la mise en œuvre de la bonne intégration de leurs ressortissants,
  • -* Exiger le respect des accords internationaux conclus par les Etats partenaires et former nos diplomates à la législation sur les étrangers afin de mieux défendre les intérêts des émigrés sénégalais,
  • Les immigrants qui, retraités, ont choisi de retourner au Sénégal, devraient pouvoir continuer à bénéficier de la sécurité sociale française, dans leur pays d’origine. En effet, dans le système actuel, les retraités, même très âgés et difficilement transportables, sont obligés de revenir en France pour se soigner convenablement.
  • Faciliter les visas, à Paris, pour les réfugiés « mauritaniens », qui sont souvent d’origine sénégalaise, mais sont contraints d’aller en Hollande solliciter un visa pour le Sénégal.
  • Décentraliser, les centres de vote des Sénégalais de l’extérieur, ainsi que l’attribution des cartes d’identité nationale, à tous consulats sénégalais, à l’étranger,
  • Etre vigilant sur les contrôles, souvent oppressants et arbitraires de la gendarmerie, dans les zones rurales au Sénégal
  • Rester vigilants pour la sécurité des mandats envoyés aux familles, c’est un acquis depuis les gouvernements socialistes de 1960 à 2000.
  • Permettre aux immigrés d’acheter certains biens mobiliers ou immobiliers, notamment des voitures ou d’investir efficacement au Sénégal ; ce qui permet de maintenir des liens durables avec notre pays.

Paris, le 19 août 2011.

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 12:09

 L’histoire de la ville de PARIS par Amadou Bal BA  -  Article publié sur WWW.Ferloo.com du 14 août 2011.

«Paris vaut bien une messe», avait dit Henri IV.

Paris a pour origine un village de pêcheurs celtes. La tribu des Parisii, nom celte qui désigne une embarcation fluviale, s’installa au IIIe siècle avant J-C dans île de la Cité, la fortifia et l’appela Lutecia, du nom latin qui veut dire « la boue ». En 52, avant J-C, cette ville fut conquise par un lieutenant de César, appelé Labienus. La ville s’étendit rapidement sur la rive gauche de la Seine jusqu’à l’actuelle montagne de Sainte-Geneviève ; les Romains l’appelèrent la ville des « Parisii ».

 

jpg_paris-2-e5db4.jpgLe christianisme fut introduit par Saint Denis, premier évêque de la ville de Paris, qui fut décapité en 250 par les Romains, au sommet de la butte de Montmartre. Grégoire de Tours, dans sa magistrale Histoire de France, rapporte la légende que Saint Denis, une fois décapité, se relève, ramasse sa tête et continue jusqu’à l’actuelle ville de Saint-Denis, où il tombe finalement. Sainte Geneviève y fera édifier une basilique au Ve Siècle, dans laquelle de nombreux rois de France sont inhumés. On raconte également que Sainte Geneviève, contemporaine de CLOVIS, bergère née en 422 à Nanterre, avait sauvé Paris par ses prières et sa force de persuasion, de l’invasion des Huns d’Attila en 451. Plus tard, lorsque les Francs assiègent Paris, Sainte Geneviève sauve cette fois-ci la ville de la famine ; elle organise une expédition ingénieuse au moyen de bateaux qui, par la Seine, vont chercher le ravitaillement jusqu’en Champagne. Sainte Geneviève devint ainsi la patronne de Paris et des gendarmes. Durant la période mérovingienne, CLOVIS, roi des Francs et vainqueur des Romains en 486, s’établit à Paris, en fera la capitale de son royaume. Pendant la période carolingienne, à l’inverse de CLOVIS, CHARLEMAGNE qui avait son palais dans île de la Cité à Paris, avait établi sa capitale à Aix-la-Chapelle. Les premiers capétiens, Hugues CAPET et ses successeurs, fixèrent leur résidence dans île de la Cité. Philippe-Auguste fait construire la nouvelle enceinte de Paris et bâtir le Louvre à partir de 1180. Au XIVe siècle Etienne Marcel, prévôt de Paris, profite de la faiblesse royale en pleine guerre de Cent Ans, de la famine et de la peste, et le Dauphin s’enfuit de Paris. Mais Etienne Marcel sera par la suite tué à la porte Saint-Antoine ; le roi Charles V, retourne alors triomphalement à Paris le 4 août 1358 et s’installe au Louvre. En 1420, les Anglais occuperont provisoirement Paris, avec le soutien des Bourguignons. Après une révolte parisienne, le roi Charles VII retourne le 12 novembre 1437 à Paris. La ville de Paris devient un lieu suspect, la royauté la déserte, et ne redeviendra capitale de la France que sous François 1er, roi de France entre 1515 et 1547. plan_paris-35651.pngLa ville de Paris connaîtra un événement tragique le 24 août 1572, avec le massacre des huguenots, c’est la fameuse nuit de Saint-Barthélemy fomentée par Catherine de Médicis avec la complicité du duc de Guise. Henri de Navarre, futur Henri IV, s’était auparavant marié le 18 août 1572 avec Marguerite de Valois, la Reine Margot, et pour échapper au massacre, il avait abjuré. « Paris vaut bien une messe », avait dit Henri IV. Henri IV, qui fait partie de la dynastie des Bourbons, entreprend de grands travaux à Paris. Il fait agrandir les Tuileries qui ont été érigées sous le règne de Charles IX, étend le Louvre, créé la Place Royale qui est devenue la place des Vosges, transforme l’île de la Cité et le quartier Saint-Germain, et fait achever les travaux du Pont Neuf et de l’Hôtel de Ville. La place Dauphine est construite en l’honneur du dauphin, futur Louis XIII. Sous le règne de Louis XIII, les travaux de la Place Royale sont achevés en 1612, de nouveaux quartiers avec des boulevards plantés d’arbres voient le jour. Marie de Médicis, veuve d’Henri IV, acquiert en 1612, l’hôtel du duc François de Luxembourg et y fait construire, en plein Quartier Latin, l’actuel palais du Luxembourg dans le style Renaissance. Richelieu, proviseur de la Sorbonne, devient Ministre de Louis XIII, et fonde en 1635, au 23 quai Conti dans le 6e arrondissement, l’Académie Française. La fronde parlementaire et des princes (1648 – 1653), pousse Louis XIV (1643-1661) qui était installé au Louvre, à quitter Paris pour s’installer à Saint-Germain-en-Laye, puis à Versailles en 1680. En effet, une déclaration du Parlement de Paris en date du 15 juin 1648 énonce la limitation des pouvoirs du Roi. Cependant, la ville de Paris ne cesse de se développer et de s’embellir, notamment sous la direction de Colbert, avec l’appui François Mansart et Claude Perrault, architectes, qui a eu jpg_images-10-5c8f3.jpgl’idée de créer les Champs-Élysées en 1667. Avant de prendre son nom actuel, la célèbre avenue fut appelée « Grande allée du Roule » en 1670, puis « avenue la Grille Royale » en 1778, et enfin, à la Révolution en 1789. C’est là que le peuple de Paris a fait exhiber le Roi Louis XVI déchu de son pouvoir ; c’est par cette avenue également que Louis XVI après la désastreuse fuite sur Varenne rentra dans Paris. En 1757 est créé le Panthéon, sur la montagne Sainte-Geneviève. A l’origine, dans la Grèce antique, le Panthéon c’est le temple de toutes les divinités. A Paris, la naissance du Panthéon est liée à une grave maladie du roi Louis XV, en 1744 ; il fait alors un vœu et promet qu’en cas de guérison, il fera remplacer l’église Sainte-Geneviève par une nouvelle église. Dès son rétablissement, il tient parole. Mais la construction du Panthéon prendra des décennies. Les révolutionnaires ont décidé, en 1791, que le Panthéon parisien sera consacré à la mémoire des Grands Hommes, il renferme les corps de Grands Hommes tels que Victor HUGO, Victor SCHOELCHER, VOLTAIRE, ROUSSEAU, Marie CURIE, etc. Le siège du gouvernement restera à Versailles jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. La Révolution (1789-1799) étant une période troublée, il a fallu attendre le Consulat (1799-1804) et le 1er Empire (1804-1814) pour que les constructions reprennent à Paris. Napoléon entreprend de grands travaux dans Paris, les premiers passages, les rues, les dégagements d’avenues. Sont notamment créés l’Arc de Triomphe, la colonne de la Place Vendôme, le Palais de la Bourse, le marché des Halles, etc. A la suite de la défaite de Napoléon, Paris fut occupée entre 1814 et 1815 par les Autrichiens, ce qui ne lui était plus arrivé depuis quatre siècles. Sous la Restauration (1830-1848), Louis-Philippe poursuit l’amélioration et l’embellissement de la ville, il construit des boulevards et des égouts, les lignes de quai sont complétées. Durant le Second Empire, (1852-1870), Napoléon III confie au Baron HAUSSMAN, préfet de la Seine, une œuvre importante de rénovation de la ville de Paris. C’est ce travail qui fonde l’architecture actuelle en superposant au vieux Paris et à ses ruelles pittoresques, un Paris moderne, fait de grands travaux et de places dégagées. Parallèlement au développement du chemin de fer, Paris compte plus de 20 gares, de grands axes sont dégagés comme le boulevard Saint-Michel, Sébastopol, Magenta, Saint-Germain ; les monuments sont restaurés et dégagés. 2000 hectares de parcs et jardins sont crées, dont le Bois de Boulogne, les Buttes-Chaumont dans le 19e ardt. le parc Montsouris dans le 14e ardt. Des théâtres sont érigés, Châtelet et l’Opéra Garnier. En 1860, des communes périphériques comme Auteuil, les Batignolles, la Villette et Charonne, sont annexées à Paris qui est divisé en 20 arrondissements. L’Empire s’achève par la défaite à Sedan en 1870, la capture de Napoléon III ; les armées allemandes défilent sur les Champs-Élysées Aldophe Thiers transfert le gouvernement à Versailles ; la Commune éclate entre mars et mai 1871. jpg_image2s-78483.jpgSous la IIIe République (4 septembre 1870-10 juillet 1940), les événements de la Commune de Paris ont provoqué des destructions importantes de monuments ; l’Hôtel de Ville et le château des Tuileries sont brûlés. L’église du Sacré-Cœur, sur la Butte Montmartre, a été construite en 1876 en mémoire de ces heures tragiques. Face à ces destructions, la IIIe République va entreprendre de grands travaux d’architecture moderne et de rénovation. Ainsi, diverses expositions laisseront des traces impérissables, comme l’édification de la Tour Eiffel en 1889, la construction de la première ligne de métro, du Grand et Petit Palais en 1900, l’Exposition Coloniale de 1931 avec le musée des Arts Africains et Océaniens. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale les monuments de Paris seront épargnés. Un boulevard périphérique est créé autour de Paris en 1960, le bois de Boulogne et le bois de Vincennes sont annexés à la Ville de Paris. PARIS, capitale de la France, département, chef lieu de région de l’Ile de France, siège des différentes révolutions, ville littéraire et de la diversité, a connu de profondes transformations avec la mandature, depuis mars 2001, du maire socialiste, Bertrand DELANOE.

I - Le Paris des révolutions

jpg_img_0777c-eb37e.jpgParis a été le témoin et le siège de presque toutes les agitations qui ont secoué la France, notamment autour des thèmes de liberté et de défense de la République. L’édification d’une République n’a pas été aisée en France, le processus s’est étalé sur plus de 150 ans, et après de multiples secousses et révolutions qui se sont déroulées à Paris. La Révolution française du 14 juillet 1789 au 9-10 novembre 1799 Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prend la Bastille et c’est le début de la Révolution Française qui fut à la fois un événement, un concept, mais surtout une rupture et un nouveau régime qui balaie l’Ancien Régime. Cette Révolution de 1789 replaça Paris à la tête de la France. La cocarde tricolore fut constituée aux couleurs de la ville de Paris, le bleu et le rouge entrelacé du blanc monarchique. En cette fin du XVIIe siècle, le Siècle des Lumières, la France ne peut plus se satisfaire de l’Ancien Régime. Cet ordre féodal dans lequel le Roi est à la fois le chef militaire, le justicier et le protecteur du pays, cet ordre dans lequel la Noblesse défend ses privilèges avec l’épée, le Clergé est propriétaire du tiers des biens du pays, et un peuple misérable travaille, sans relâche et paie des impôts ; les gens d’en bas sont taillables et corvéable à merci. Le roi Louis XVI n’est plus et n’a jamais été un chef militaire, un meneur d’hommes comme Henri IV ou Louis XIV avaient pu l’être, les Nobles sont devenus des chefs de guerre bien médiocres et les Prélats sont devenus affairistes, le pays sombre dans une crise financière et morale, sans précédent.

L’élément déclencheur de la prise de la Bastille a été le renvoi, le 11 juillet 1789 ; de Jacques NECKER, Ministre des Finances, tenu par la Noblesse comme étant le responsable du désordre. Le 12 juillet 1789, la nouvelle connue à Paris provoque une consternation générale, on craignait sans ce ministre, la banqueroute de l’Etat, la disette générale et peut être une dissolution de l’Assemblée Nationale. Au Palais-Royal, propriété du Duc d’Orléans, où la police ne pouvait pénétrer, des orateurs agitaient le peuple par des harangues enflammées, parmi eux Camille DESMOULINS, debout sur une table appelle les Parisiens à l’insurrection. On connaît la suite des événements, les parisiens iront chercher Louis XVI à Versailles pour le placer aux Tuileries. Après une tentative de fuite, le Roi et la Reine seront arrêtés à la Varenne, et seront guillotinés le 21 janvier 1793. Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII selon le nouveau calendrier révolutionnaire), le général Napoléon BONAPARTE met fin au régime du Directeur par un brutal coup d’Etat, et c’est un coup d’arrêt également à la Révolution française.

La Révolution bourgeoise de juillet 1830 à 1848

jpg_images-10-5c8f3.jpgMenée essentiellement par des Républicains et soutenue par la bourgeoisie dépouillée de son droit de vote, la Révolution de Juillet, qui se déroule à Paris, met fin à la Restauration. Le roi Louis-Philippe, abdiquera le 3 août 1830, et sera banni. Mais les jours qui vont suivre, la bataille se déplace du côté des élites qui cherchent à décider du sort de la France (combat entre Royalistes et Républicains). Les Républicains ne parviendront pas à s’imposer, et c’est finalement, le duc d’Orléans (Louis-Philippe) qui obtiendra le pouvoir dans une solution de compromis : la Monarchie de Juillet. Pour beaucoup, cette Révolution n’est qu’une demie victoire et annonce le retour d’une politique réactionnaire et de nouvelles émeutes, notamment en 1832, à l’occasion des funérailles du général Lamarque, un républicain. C’est pourquoi, on parle de « révolution confisquée ». Suite à cette Révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Charles X, contraint d’abdiquer est remplacé par Louis-Philippe. Mais ce dernier n’a pas le titre de Roi, les Républicains lui ont imposé la Charte de 1814, texte promulgué par Louis XVIII, lors de la Première Restauration et qui avait pour objectif de préserver les acquis de la Révolution de1789 et de l’Empire. Ce nouveau texte, adopté le 7 août 1830, peut être résumé comme suit : la religion catholique n’était plus la religion d’Etat, mais la religion de la majorité des Français, la censure est abolie, les troupes étrangères n’avaient plus le droit de servir dans l’Armée Française, l’initiative des lois est partagée entre le Roi et les Assemblées, la Chambre des députés est élue pour 5 ans au lieu de 7 ans, l’âge d’éligibilité passe de 40 à 30 ans, l’âge d’électorat de 30 à 25 ans, le drapeau tricolore est adopté, et le double vote est aboli. Louis-Philippe développera le système bancaire, les chemins de fer et achèvera la conquête de l’Algérie.

Le printemps des peuples ou la Révolution des idéalistes 1848 – 1851. Le 24 février 1848, au terme de trois jours d’émeutes et de malentendus, l’opposition libérale obtient le départ du roi Louis-Philippe 1er. C’est la naissance de la IIe République. Son existence sera autrement plus brève (3 ans) que celle du régime auquel elle avait succédé. C’est la fin du règne ennuyeux de Louis-Philippe, mari aimant qui menait une vie paisible au château des Tuileries ; la seule guerre notable qu’il a engagée est la conquête de l’Algérie. Cet irénisme n’est pas du goût de tout le monde ; le Roi a été visé par de nombreux attentats et une violente grève des ouvriers du textile lyonnais, les Canuts. Face à l’immobilisme du Premier Ministre conservateur François GUIZOT, les Républicains souhaitent organiser des discussions portant sur la réforme du régime et notamment du droit de vote. C’est ainsi que se tient le premier banquet sous la houlette de Odilon Barrot, le 9 juillet 1847 à Paris. La campagne touchera environ 17 000 personnes pour se clore fin décembre. Mais le Roi et Guizot refuseront de tenir compte des revendications républicaines et libérales. Le 22 février 1848, emmenée par Odilon BARROT, LEDRU-ROLLIN, Louis BLANC ou encore le poète Alphonse de LAMARTINE qui deviendra Ministre des Affaires Etrangères, l’opposition à Louis-Philippe et à sa politique bourgeoise organise une gigantesque manifestation de la Madeleine au Palais-Bourbon. Les incidents éclatent en fin d’après-midi. Un manifestant est tué. La Garde Nationale n’obéit plus aux ordres du Roi et se joint au peuple le lendemain. Louis-Philippe, refusant de tirer sur les Parisiens, sera contraint d’abdiquer le 24 en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Mais l’insurrection se poursuit jusqu’à l’entrée des insurgés dans le Palais-Bourbon et la proclamation de la République par LAMARTINE. jpg_image2s-2-0cfd0.jpgAinsi naît la IIe République qui établit le suffrage universel, abolit l’esclavage, met fin à la Monarchie de Juillet et donc, naturellement, rétablit la République. Cette révolution parisienne a un énorme retentissement chez les élites européennes. Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin, etc. C’est « le printemps des peuples ». La Commune de Paris mars à mai 1870. Ce qui frappe d’abord, c’est, du côté des insurgés, la frustration patriotique, l’anticléricalisme et la défense d’une certaine idée de la République. La Commune de Paris, du 26 mars 1871 jusqu’à la « semaine sanglante » (21-28 mai), désigne une période révolutionnaire à Paris, qui, contre le gouvernement, issu de l’Assemblée Nationale qui vient d’être élue, établit une organisation ouvrière comme organisatrice de la ville, et gouvernement prolétarien. Dans plusieurs autres villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Toulouse, Narbonne, Grenoble, Limoges) des Communes sont proclamées à partir du 3 mars 1871, mais elles furent toutes rapidement réprimées. Pour Karl MARX, c’est la première insurrection prolétarienne autonome. Mêlant blanquistes, proudhoniens et jacobins, elle aspirait à une République basée sur l’égalité sociale. Toutefois, par manque de consensus, de temps, de moyens mais aussi parce qu’elle doit s’imposer face au gouvernement versaillais, elle n’a pas pu s’organiser efficacement.

Gouvernement insurrectionnel principalement ouvrier, d’inspiration socialiste, la Commune de Paris a dominé la capitale de mars à mai 1871. D’abord née d’un sentiment patriotique parisien issu de la guerre franco-allemande de 1870, elle prend également le visage d’un mouvement social... La capitale est encerclée par les troupes prussiennes. La ville est bombardée chaque jour. Les hommes valides, sous le commandement de Gambetta, sont enrôlés pour desserrer le blocus qui va durer cinq mois, dans le froid et la faim, malgré les différentes tentatives de sortie des Parisiens. La France capitule le 28 janvier 1871. Au terme de plusieurs mois d’un siège qui a affamé les Parisiens et quelques jours après l’échec de TROCHU, Paris est contraint de capituler. Prussiens et Français ont déjà signé un armistice puis un Traité de paix préliminaire à Versailles le 26 février 1871. La population parisienne, qui a douloureusement résisté, perçoit cette capitulation comme une véritable trahison de la part du gouvernement de la défense nationale. Par ailleurs, l’une des clauses de l’armistice oblige ce gouvernement à organiser des élections pour désigner les membres d’une Assemblée Nationale. Les votes aboutiront à la victoire d’une majorité de Monarchistes, favorables à la paix, contre les Républicains. La Commune ne s’est pas limitée à la capitale, en mars 1871, Lyon, Marseille, Toulouse et quelques villes industrielles, Le Creusot, Saint-Étienne, ont connu des mouvements insurrectionnels. Mais, sauf à Marseille où les manifestations se prolongent sur plusieurs jours, les autorités n’ont aucun mal à reprendre la situation en main. La Commune de Paris de 1871 est un événement singulier. Par certains aspects, elle se rattache aux révolutions du XIXe siècle : 1830, 1848. Par d’autres, au contraire, elle annonce les grandes révolutions victorieuses du XXe siècle, qui d’ailleurs s’en réclament explicitement. Lénine, parlant des événements de 1917 en Russie, rapprochait les soviets de l’organisation de la Commune de Paris : la source du pouvoir n’est plus dans des lois préparées par un Parlement, « mais dans l’initiative venant d’en bas », des masses populaires. La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III, en juillet 1870, avait accumulé, en France, les désastres militaires. Le 4 septembre, sous la poussée populaire, la République est proclamée. Un gouvernement - auquel participent le général TROCHU, président, Jules FAVRE et Jules FERRY - est chargé, en principe, de continuer la guerre. Le peuple de Paris, assiégé par les Allemands à partir du 19 septembre, supporte avec un courage exemplaire le froid, la faim et les bombardements. Mais il s’avère bientôt que le gouvernement dit de « la Défense Nationale » n’est nullement décidé à la lutte, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance. jpg_paris-3-8c57b.jpgCertes, la Commune a commis de lourdes fautes. Elle n’a pu ni organiser sa défense, ni lier son action à celle de la province et de la paysannerie. Sans doute les conditions économiques n’étaient-elles pas mûres encore pour instaurer sur des bases socialistes la nouvelle société qu’elle entrevoyait. Mais, par les décisions prises pour l’organisation du travail (suppression du travail de nuit pour les ouvriers boulangers, suppression des amendes et retenues sur les salaires, réouverture et gestion des ateliers par des coopératives ouvrières) et par diverses mesures sociales, la Commune a tracé la voie à une société qui ne serait plus gérée au profit du capitalisme, dans l’intérêt de la bourgeoisie, mais qui déboucherait sur le socialisme. La Commune fut finalement vaincue durant la Semaine sanglante, qui débuta avec l’entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s’achever avec les derniers combats au cimetière du Père-Lachaise le 28 mai. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes versaillaises. On évoque, selon les sources, de 10 000 à 25 000 exécutions sommaires, viols, meurtres d’ouvriers communards durant la Semaine sanglante. En contrepartie, il faut noter que les Communards détruisirent une partie de Paris, notamment en incendiant volontairement plusieurs monuments publics historiques : le Palais des Tuileries, le Palais de Justice, le Palais de la Légion d’honneur, et l’Hôtel de Ville... L’essentiel de l’état civil parisien fut détruit durant ces incendies. Il est néanmoins nécessaire de rappeler que les bombardements incessants des troupes régulières françaises et prussiennes furent responsables de nombreux incendies. Parallèlement, des otages sont pris par les Communards. L’archevêque de Paris, Mgr Georges DARBOY, est arrêté le 4 avril 1871 avec quatre innocents, selon l’ordre de la Commune de Paris qui agit selon le « décret des otages » du 2 prairial An 79. Il est enfermé à la prison de Mazas, et est exécuté à la Roquette suite à l’attaque des versaillais, le 24 mai 1871, en bénissant ses bourreaux. La répression des Communards fut féroce : près de 10 000 condamnations à mort, 4 000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie, etc. Les lois d’amnistie n’interviendront qu’en 1880. La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris fut construite à partir de 1873 par l’Église et l’État pour, entre autre, « expier les crimes des communards ». Premier pouvoir révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris a depuis été revendiquée comme modèle - mais avec des points de vue différents - par la gauche, l’extrême gauche et les anarchistes ; elle inspira de nombreux mouvements révolutionnaires qui en tirèrent des leçons leur permettant d’entreprendre d’autres révolutions (la Révolution russe et les conseils (soviets), la guerre civile espagnole et les collectivités, etc.).

La Révolution estudiantine de mai 1968

La crise de mai 1968 présente des aspects communs avec les révoltes sociales que l’on vient d’évoquer. Mais dans son déroulement et ses causes, elle un moment profondément original : elle débute par un violent mouvement de protestation étudiante, entraîne une mobilisation des salaires et des intellectuels dont Jean-Paul SARTRE, et débouche sur une crise politique majeure. Au cours des années soixante, les profondes mutations de l’économie française suscitent des inquiétudes et des aspirations nouvelles auxquelles la multiplication de nouveaux médias (radios et télés) contribue à donner un écho national. Une révolte des étudiants, qui se produit dans de nombreux pays (Berkeley aux Etats-Unis, Rome, Allemagne, à Tokyo, en Tchécoslovaquie, Mexique…), atteint la France.

La grève des étudiants démarre d’abord dans la banlieue parisienne, à Nanterre, et est conduite par un groupe anarchiste, le « mouvement du 22 mars », dont le chef est Daniel COHN-BENDIT. Les étudiants qui composent ce groupe réagissent à l’arrestation de leurs camarades lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam. Ils occupent trop longtemps une salle du conseil de la Faculté des Lettres, avec de nombreux incidents, si bien que le Recteur décide de fermer la faculté le 2 mai 1968. Les troubles se propagent surtout à Paris, en mai 1698, et notamment au Quartier Latin. La police, à la demande du Recteur, fait évacuer la Sorbonne où se tient un meeting de protestation. Les étudiants dressent alors des barricades au boulevard Saint-Michel, lancent des pavés et des cocktails Molotov. L’évacuation de la Sorbonne se déroule avec une grande brutalité, 6 00 étudiants sont arrêtés. Lassés d’une société autoritaire et paternaliste, les jeunes dénoncent pêle-mêle le capitalisme, l’austérité morale du gaullisme, les arrestations de leurs camarades, tout en prônant la libération sexuelle, plus de droits pour les femmes. Les gauchistes, souvent d’obédience maoïste, couvrent les murs de Paris de différents slogans : « L’imagination au pouvoir », « Il est interdit d’interdire », « Faites l’Amour pas la guerre », « Sous les pavés la plage », etc. La révolte, d’abord universitaire, débouchera sur des grèves et une crise sociale généralisée qui a menacé la République. Le 27 mai 1968, avec des syndicats, les accords de Grenelle sont signés sous l’égide de Georges POMPIDOU (relèvement du SMIG de 2,22 à 3 francs de l’heure, augmentation des salaires de 7%, la semaine de travail passe de 43 à 40 heures, libre exercice du droit syndical dans les entreprises, etc.). Mais les troubles continuent. Le général de Gaulle part précipitamment à Baden Baden, puis revient, mobilise ses partisans, fait un discours énergique, dissout l’Assemblée Nationale en juin 1968, mais remettra par la suite sa démission en 1969.

II - Le Paris de la littérature et de la culture : La ville des « Lumières »

Le Paris des salons littéraires et des cafés fait songer à une ville d’un bouillonnement culturel incessant, une ville « Lumières ». Au XVIIIe siècle, Paris devient le laboratoire des idées philosophiques des « Lumières », dans les salons littéraires, dans les premiers cafés. On y entretient un débat passionné sur l’égalité, la liberté et la souveraineté nationale. Près de 300 cafés s’ouvrent à Paris, pour proposer naturellement du café, mais les idées s’échangent autour d’écrivains de renom. Le café Laurent Montaigne, et le Procope ouvert en 1695 par un Sicilien, reçoit d’ALEMBERT et CONDORCET. Dans les salons littéraires, la maîtresse des lieux, outre les faveurs qu’elle propose, doit s’attacher les services d’un philosophe qui organise des débats et dirige le salon. Ainsi, le salon de la « Cour des Sceaux » créé par une petite fille de Condé, accueille écrivains et philosophes ; le salon de Julie de LESPINASSE est fréquenté par Jean-Jacques ROUSSEAU, TURGOT et CONDILLAC ; MONTESQUIEU et MARIVAUX ont préféré aller au salon LAMBERT crée en 1710.

La vitalité intellectuelle des étudiants noirs à Paris, avant l’Indépendance, mérite d’être signalée. Divers mouvements littéraires et de quête identitaire sont lancés à Paris et qui n’auront pas d’équivalent après l’Indépendance, comme Légitime défense, l’Etudiant Noir, Tropiques, Présence Africaine et surtout, la Négritude. A l’instar des salons littéraires du XVIIIe siècle, une Revue du Monde Noir, bilingue qui parut entre le 20 novembre 1931 et le 30 avril 1932, avait été fondée, à Paris, par le docteur SAJOUS, un ressortissant libérien. Ce salon littéraire a permis la rencontre de plusieurs intellectuels noirs parisiens, comme Léopold Sédar SENGHOR, Léon GONTRANS DAMAS, Etienne LERO, René MENIL, René MARAN, Félix EBOUE, le docteur PRICE-MARS, sénateur de Haïti. Ajoutons à cela que l’ethnologue allemand Léo FROBENIUS a collaboré à cette revue qui a lancé le mouvement de la Négritude, puissant manifeste de l’originalité de la personnalité noire face à l’européocentrisme des Occidentaux. La Négritude a démontré la nécessité d’effacer de l’esprit des Blancs et Noirs, l’image stéréotypée du Nègre sous-homme, taré et inconscient. Léopold Sédar SENGHOR dira plus tard que ce mouvement de la Négritude est une quête de « découverte des valeurs noires et la prise de conscience pour le Nègre de sa situation ». La Revue Légitime Défense, fondée par des étudiants antillais, Etienne LERO, René MENIL et Jules Marcel MONNEROT, avec le soutien d’André BRETON qui est communiste, est lancée à Paris en juin 1932 ; elle se veut plus radicale et agressive que la Revue du Monde Noir qui est modérée et qui a été subventionnée par le Ministère des Colonies. La littérature traditionnelle antillaise est jugée trop conformiste et détourne le Noir de sa propre culture. La Revue Etudiant Noir, fondée à Paris a fonctionné entre 1934 et 1940. Ce périodique est dirigé par un groupe d’étudiants africains et antillais autour de Léopold Sédar SENGHOR, Aimé CESAIRE, Léon GONTRANS DAMAS, Léonard SAINVILLE, Birago DIOP et Ousmane SOCE. C’est l’organe qui appartient en propre au mouvement de la Négritude. Dans ses recherches universitaires, la spécialiste de la question Lylian KESTELOOT affirme n’avoir pas trouvé un seul exemplaire de la Revue Etudiant Noir. Léon GONTRANS DAMAS, fait allusion à cette revue dans une contribution datée de 1960 : « L’étudiant Noir, journal corporatif et de combat avec pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au Quartier Latin. On cessait d’être un étudiant essentiellement martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain, malgache, pour n’être plus qu’un seul et même étudiant noir. Terminé la vie en vase clos ». Léopold Sédar SENGHOR de préciser « Nous étions alors plongés (entre 1932 et 1935), avec quelques autres étudiants noirs, dans une sorte de désespoir panique. L’horizon était bouché. Nulle réforme en perspective, et les colonisateurs légitimaient notre dépendance politique et économique par la théorie de la table rase. Nous n’avions, estimaient-ils, rien inventé, rien créé, ni sculpté, ni chanté... Pour asseoir une révolution efficace, il nous fallait d’abord nous débarrasser de nos vêtements d’emprunt, ceux de l’assimilation, et affirmer notre être, c’est-à-dire notre négritude ». Dans cette mouvance et en réaction au statu quo culturel martiniquais que Aimé CESAIRE, René MENIL et Aristide MAUGEE, fondent à Paris, en 1941, la revue Tropiques, dont le projet est la réappropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. Alioune DIOP, un saint-louisien et panafricaniste (1910-1980), fonde à Paris, en 1947, la revue Présence Africaine, qui se veut le support favorisant la liberté d’expression des intellectuels noirs. Cette revue a pour ambition l’émergence d’une prise de conscience pour les hommes noirs de leurs qualités d’hommes libres et des possibilités qui leurs sont offertes pour une réussite commune de leurs projets. André GIDE, Jean-Paul SARTRE, Aimé CESAIRE et Christiane DIOP, l’épouse d’Alioune DIOP, ont participé à l’élaboration de cette revue. Ousmane Socé DIOP (Rufisque 31 octobre 1911-Dakar 27 octobre 1973) est l’auteur de Mirages de Paris, publié en 1931 aux Nouvelles Editions Latines. Ce roman autobiographique, sur l’amour impossible d’un Noir et d’une Française, le fantasme de Paris et la réalité de la ville, est l’une des manifestations littéraires de la négritude. C’est un roman anti-colonial ; c’est dire que le séjour à Paris de nos élites africaines a été un facteur puissant de stimulation intellectuelle. Ce qui fait l’originalité de Paris c’est sa vitalité culturelle ; diverses expositions s’y tiennent en permanence, et certaines concernent le continent noir, comme l’Exposition Coloniale de 1931, l’exposition des œuvres de Ousmane SOW, ainsi que les expositions permanentes au Quai Branly. Le 6 mai 1931, s’ouvre à l’Est parisien, dans le bois de Vincennes, une exposition coloniale. Les dirigeants de la IIIe République veulent, avec cette manifestation, convaincre l’opinion publique du bien-fondé des conquêtes coloniales. Pour l’occasion, est construit un musée permanent des colonies à la Porte Dorée et une pagode bouddhiste ; on y aménage un parc zoologique. Le temple cambodgien d’Angkor Vat et la mosquée de Djenné au Niger, sont reconstitués. L’inauguration se déroule en présence de milliers de figurants : danseuses annamites, artisans africains dans un village reconstitué, cavaliers arabes, etc. 33 000 000 tickets pour les visiteurs sont vendus. Né à Dakar en 1935, Ousmane SOW, et à l’initiative du maire de Paris de l’époque, Jean TIBERI, a exposé ses sculptures au Pont des Arts en 1999. Cette exposition parisienne a attiré 3 000 000 visiteurs, et a procuré, à l’artiste sénégalais, une notoriété mondiale qui fait de lui l’un des plus grands sculpteurs contemporains. Ousmane SOW sculpte l’humanité, les civilisations perdues et les mondes ancestraux. Le Président Jacques CHIRAC a légué à la postérité le musée du Quai Branly (inauguration le 20 juin 2006), à Paris dans le 7e arrondissement. C’est un musée en grande partie dédié au continent africain, puisqu’il est spécialisé dans les Arts Premiers et abrite plus de 300 000 objets issus du musée de l’Homme au Palais Chaillot et du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie transformé en Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à la porte Dorée.

III - Le Paris romantique ou la ville – musée ?

Comme Venise, Paris est considéré par certains, comme une ville musée ; c’est une commune qui se vide progressivement de sa population (3 000 000 au début du XXe siècle, 2,1 à l’Orée du XXIe siècle et probablement 1,9 en 2024), en raison de la flambée du prix de l’immobilier qui peut atteindre, dans certains quartiers, 17 000 € le mètre carré.

En dépit de cette donnée, les touristes qui viennent admirer la capitale estiment que c’est un endroit romantique, la gastronomie y est de qualité, on y trouve des produits de luxe, et surtout de nombreux monuments à visiter. Nous n’évoquerons que quelques grands monuments parisiens, comme la Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, Notre-Dame, le Louvre et l’Opéra de Paris. La Tour Eiffel, située sur le Champs de Mars, est le monument emblématique de Paris ; haute de 300 mètres, et construite par Alexandre Gustave BONNICKAUSEN dit Gustave Eiffel et 50 autres ingénieurs, pour l’Exposition de 1889 qui marque le centenaire de la Révolution de 1789 ; elle est le monument payant le plus visité au monde, plus de 7000 000 de visiteurs ; ce qui attire des commerçants ambulants, notamment des Sénégalais. Gustave Eiffel (Dijon 1832 - Paris1923) fait installer sur la Tour un laboratoire météo à son sommet. En 1903, il a été envisagé de démolir la Tour qui n’était qu’une exposition provisoire. A partir de 1910, la TSF installée à son sommet, émet des signaux à destination du monde entier. La Tour Eiffel a également servi aux débuts de la télévision en 1925. En 1806, Napoléon confie à l’architecte François CHALGRIN la construction d’un Arc de Triomphe à la gloire des armées françaises. En effet, auparavant et au lendemain de la bataille d’Austerlitz (2 décembre 1805), dans sa proclamation à ses soldats, Napoléon avait écrit : « Je vous ramènerai en France ; vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe ». L’Arc de Triomphe est situé dans l’axe reliant le Louvre à la Grande Arche de la Défense. Symboliquement, l’Arc de Triomphe, c’est le pont qui permet de passer d’une époque à une autre ; c’est le symbole national d’unicité et de solidarité, car c’est le carrefour du présent et du passé. C’est le Baron HAUSSMAN qui a eu l’idée de l’emplacement de cet édifice, appelée Place de l’Etoile, au carrefour de trois grandes avenues : l’avenue de la Grande Armée, l’avenue de Wagram et l’avenue des Champs Elysées. Commencé en 1806, reprise en 1825, l’Arc de Triomphe n’est inaugurée que le 30 juillet 1836. Sa taille est monumentale, 50 m de haut et 45 m de large. Le 15 décembre 1840, lors de la cérémonie du transfert des cendres de Napoléon, le cortège passe sous l’Arc. Le 22 mai 1885, le corps de Victor HUGO qui repose au Panthéon, est veillé sous l’Arc de Triomphe. Le 14 juillet 1919, les troupes victorieuses défilent sous l’Arc, et le 11 novembre 1920 a eu lieu l’inhumation d’un soldat inconnu mort durant la guerre. En 1923, une flamme du souvenir est allumée en l’honneur des morts tombés à la guerre.

Que dire sur l’église Notre-Dame de Paris ?

C’est Maurice de SULLY sur Loire qui, évêque en 1160, décida la construction d’un grandiose édifice, chef d’œuvre du Moyen Age, en remplacement des églises Notre-Dame et Saint-Étienne qui dataient du VIe siècle. C’est à Marie, la Mère de Dieu, que l’évêque Maurice SULLY a voulu dédier la cathédrale toute entière, elle lui est consacrée, Notre-Dame de Paris ! On ne compte d’ailleurs pas moins de 37 représentations de la Vierge (sculptures, peintures, vitraux…).Selon Grégoire de Tours, l’ancienne église Notre-Dame serait construite par CLOVIS après la guérison de son fils CHILDEBERT. Commencés en 1163, sous Louis VII, les travaux de Notre-Dame de Paris, allaient durer jusqu’en 1330 environ. L’architecte de génie qui bâtit la cathédrale, initialement, sur un style gothique, demeure inconnu ; son œuvre va recevoir différentes retouches de différents architectes entre le XIIIe et le XIVe siècle (Jean de CHELLES, Pierre de MONTREUIL, Jean RAVY, Jean Le BOUTEILLER, etc.). Au cours des siècles, la cathédrale subira différentes transformations. Ainsi, en 1699 Louis XIV confie à Robert de Cotte la réalisation des travaux pour respecter le voeu de Louis XIII. Il en résultera la destruction du jubé, des stalles et du maître-autel. Quant aux murs, ils seront badigeonnés de blanc. Pendant la Révolution, l’intérieur est pillé ; l’autel devient celui de la « Déesse de la Raison » et Notre-Dame sera ensuite transformée en entrepôt. L’église subit des sorts divers, et il n’en restait guère qu’un squelette effrité, avant d’être solennellement rendue au culte en 1802. Le fameux livre de Victor HUGO, Notre-Dame de Paris, paru en 1831, qui exprimait, à sa façon, le retour au Gothique, créa un mouvement qui aboutit en 1844, au décret de Louis-Philippe prescrivant la restauration, confiée à Jean-Baptiste LASSUS (décédé un peu tôt en 1857) et Eugène VIOLLET-le-DUC (1814-1879). Ces architectes refirent, avec une grande habilité, le décor d’antan. Les travaux intérieurs achevés, Mgr DARBOY avait consacré la cathédrale, le 31 mars 1864, cérémonie qui n’avait pas eu lieu au Moyen Age. La commune de Paris de 1871, en tuant l’archevêque, faillit aussi anéantir l’édifice qui n’échappa à l’incendie qu’au dernier moment. Depuis 1988, l’architecte Bernard FONQUERNIE a pris la direction des travaux de rénovation de Notre-Dame, qui se poursuivent encore. Depuis sa construction, Notre-Dame est l’un des grands symboles de Paris et de la France. De grands évènements religieux et politiques s’y sont déroulés ce qui a fait dire à l’historien MICHELET que « Notre-Dame est à elle seule un livre d’histoire ». De faits marquants de l’histoire de France s’y déroulent : 1229, le jeudi saint, Raymond VII de Toulouse fait amende honorable ; 1239, le roi Saint Louis, pieds nus, porte la couronne d’épines, les Parisiens y ont veillé le corps du roi Saint Louis qui était mort à Tunis ; en 1302 le roi Philippe le Bel y a ouvert les premiers Etats Généraux du Royaume de France ;1430, Henri VI d’Angleterre est couronné roi de France ; mais en 1447, 1455, début du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc ; Charles VII célèbre par un Te Deum la reprise de Paris ; le très politique mariage de la catholique Marguerite de Valois et du huguenot Henri de Navarre sera célébré dans la cathédrale en 1572. Ce dernier devra rester à la porte au cours de la cérémonie : « Paris vaut bien une messe » dira-t-il à cette occasion ; 1590, les chefs de la Ligue jurent de ne jamais reconnaître le huguenot Henri IV ; en 1660, c’est le Te Deum célébré à l’occasion du mariage de Louis XIV ; c’est LUXEMBOURG - le tapissier de Notre-Dame - qui porte ici les drapeaux ennemis ; en 1668 Turenne abjure ; le 10 mars 1687 Bossuet prononcera ici l’un des plus beaux textes de la littérature française, l’oraison funèbre du prince de Condé. Au XVIIIe - malgré Versailles, Notre-Dame garde encore sa place, et c’est là que les reines - Marie Leczynska, Marie-Antoinette, - viennent prier à leurs relevailles (cérémonie religieuse de bénédiction des femmes après leurs couches) ; le 2 décembre 1804, c’est le sacre de NAPOLEON, le sacre peint par Jacques-Louis DAVID et ses drapeaux d’Austerlitz « tapissent » eux aussi Notre-Dame en 1805 ; en 1811, baptême du roi de Rome ; 30 janvier 1853 mariage de Napoléon III ; le baptême du prince impérial en 1856. Depuis 1918, la vieille église semble avoir plus que jamais repris sa place, avec les funérailles nationales de Maurice BARRES (1923), de FOCH (1929), de JOFFRE (1931), de Raymond POINCARE (1934), du général LECLERC (1947), du maréchal de LATTRE de TASSIGNY (janvier 1952), de Paul CLAUDEL (février 1955), du maréchal JUIN (février 1967), et surtout la cérémonie de la Libération, le 26 août 1944, et le Te Deum de la Victoire, le 9 mai 1945 (Te deum cantique pour rendre grâce à Dieu d’une victoire ou de quelque autre événement heureux). Le 12 novembre 1970, en présence de nombreux chefs d’Etat étrangers, eurent lieu les obsèques officielles du général de Gaulle, alors que le même jour à Colombey-les-deux-églises se déroulait la cérémonie privée suivie de l’inhumation. Une cérémonie religieuse est également consacrée à François MITTERRAND le 11 janvier 1996 ; JEAN-PAUL II y est venu deux fois en 1980 et 1997, pour les journées mondiales de la jeunesse, etc.

Le Palais du Louvre et le jardin des Tuileries

jpg_images-9-272ea.jpgLe Palais du Louvre est le plus vaste ensemble architectural de France. Au Moyen Age, à la Renaissance et sous l’Ancien Régime il a été la résidence des Rois de France, il est donc chargé d’Histoire. Rois, Empereurs et République l’ont fait construire et réaménagé sans cesse sur sept siècles. Le palais est prolongé par le grand Jardin des Tuileries où sont également exposées de nombreuses sculptures. Le Louvre accueille un musée qui est un des plus beaux et des plus importants du monde. On y présente de nombreux chefs d’oeuvre dont le plus célèbre est la Joconde de Léonard de Vinci. Le nombre et la qualité des peintures sont impressionnants, de même que l’exposition consacrée aux Antiquités et Sculptures. Le Louvre s’est développé élément par élément au fur et à mesure du développement du rôle politique de Paris et des heurs et malheurs de l’Histoire de France. Tout commence avec le roi Philippe-Auguste qui fait édifier un château fort au début du XIIIe siècle. Entre 1190 et 1210, le Roi de France Philippe-Auguste fait construire le premier château du Louvre. Il fait partie de l’enceinte fortifiée qui s’élève autour de Paris. Cette forteresse du Louvre a une triple fonction : servir de logement sûr et sécuriser le trésor du Roi, à l’abri des sautes d’humeur des habitants, contrôler ces mêmes habitants et enfin protéger la ville sur son flanc ouest et en particulier l’accès par la Seine En effet c’est de là que peuvent venir les attaques du Roi d’Angleterre. A cette époque, le roi Philippe-Auguste réside dans son palais de l’île de la Cité, mais il entrepose dans le Donjon du Louvre son trésor et ses archives. Il y enferme aussi les prisonniers de marque comme Ferrand, comte de Flandre après la victoire de Bouvines en 1214. Le château évolue dans le temps, Saint Louis y fait édifier une allée où il rend la justice et ses successeurs édifient de nouveaux bâtiments. jpg_2jpg-13984.jpgDans la dernière partie de la Guerre de Cent Ans (guerre la France et l’Angleterre 1337-1453) Les Plantagenets d’Angleterre s’installent à Paris. Henri V puis son frère, le régent Duc de Bedford, résident au Louvre. Par force, les rois Capétiens-Valois s’établissent dans le Val de Loire. C’est là que sont construits les châteaux de la Renaissance, sous l’influence de l’architecture italienne. Cette forteresse est transformée en résidence par le roi Charles V à la fin du XIVe siècle. Le château médiéval est rasé au début du XVIe siècle par le roi François 1er qui fait reconstruire à sa place un Palais par l’architecte Pierre LESCOT. Les travaux engagés sont poursuivis par le roi Henri II et achevés sous le roi Henri III. En 1563, Catherine de Médicis fait construire le Palais des Tuileries à 500 mètres du Louvre. Le roi Henri IV poursuit les travaux avec le Pavillon de Flore et la Galerie du Bord de l’Eau qui réalisent la jonction antre le Palais du Louvre et celui des Tuileries. En 1624 Louis XIII fait réaliser le Pavillon de l’Horloge par l’architecte Pierre LEMERCIER puis Louis XIV fait édifier par LE VAU les ailes Nord et Est de la Cour Carrée, ce qui assure son achèvement. A la fin du XVIIe siècle le roi Louis XIV et sa cour s’installent à Versailles, délaissant le Louvre à partir de ce moment ; celui-ci est occupé par des artistes mais aussi transformé en habitations. Au début du XIXe siècle, l’empereur Napoléon I, qui réside au Palais des Tuileries, engage la restauration du Louvre, c’est lui qui constitue le premier Musée du Louvre. Une cinquantaine d’années plus tard Napoléon III achève le Palais. Au moment de la Révolution Française, la Convention décide de l’ouverture au Louvre d’un muséum des Arts et Sciences, il est enrichi par les oeuvres figurant dans les bien saisis sur les émigrés et sur l’Eglise catholique. Les guerres en Flandre et en Italie amènent en France de nombreuses oeuvres d’art qui sont attribuées à ce musée. La surface qui lui est allouée s’avère bientôt insuffisante. Peu après, à l’issue de la Guerre de 1870-1871, la Commune de Paris fait incendier le Palais des Tuileries qui est détruit, certains bâtiments du Louvre sont endommagés. Le Palais du Louvre est restauré à la fin du XIXe siècle. Mais le Palais des Tuileries n’est pas restauré, il devient un jardin public. Un temps partiellement occupé par le Ministère des Finances (la partie Nord), le Louvre a été réaménagé à la fin du XXe siècle à l’initiative du Président de la République François Mitterrand. Il a, en particulier, fait construire la Pyramide du Louvre pour accueillir les nombreux visiteurs du Musée.

Comment est née l’idée d’un Opéra National à Paris ?

Depuis fort longtemps, l’aristocratie et la bourgeoisie se rendaient au théâtre pour écouter l’art lyrique. L’opéra était écouté dans des lieux successifs. Avant le grand Opéra Garnier, il y eut d’abord un Théâtre national (1794-1820) à la salle du Square Louvois qui était un hôtel particulier dans le 2e arrondissement. Le duc de Berry, second fils du comte d’Artois, (futur Charles X) y est assassiné le dimanche 13 février 1820 ; la salle est alors détruite sur ordre du roi Louis XVIII. La troupe de l’opéra obligée de déménager, s’installe provisoirement rue Le Pelletier. Cette rue a été baptisée du nom de Louis Le Pelletier de Mortefontaine, prévôt des marchands de Paris avant la révolution. Ce théâtre fut inauguré le 16 août 1821 et le 6 février 1822, on utilisa pour la première fois le gaz pour éclairer les effets de scène lors du ballet « Aladin et la lampe merveilleuse ». C’est là que furent crées « le Trouvère », le « Tannhäuser » entre autre, et qu’eurent lieu de très grands bals romantiques. Mais cet opéra n’était que provisoire, car naissait l’idée du grand Opéra de Paris. Cet opéra de la rue Le Pelletier fut détruit en 1873, par un gigantesque incendie : le feu dura 24 heures et consuma le théâtre tout entier. La station de métro « Le Pelletier » sur la ligne 7, nous fait penser à ces deux faits dramatiques. L’idée d’un grand Opéra, dédié à la danse et à la musique était depuis longtemps « dans l’air ». Par décret du 29 septembre 1860, Napoléon III déclare d’utilité publique la construction d’une très belle salle pour remplacer celle de la rue Le Peletier. Le baron HAUSSMAN, préfet depuis 1853, avait déjà tracé des projets de voies monumentales, en particulier une large avenue assurant la desserte des Tuileries, et il choisit un emplacement de 10 000 m2, espace dégagé, résultant du croisement de ces voies haussmanniennes pour implanter le bâtiment. Restait à trouver l’architecte !et ce fut, après concours, Charles GARNIER, un jeune architecte, peu connu, qui a été retenu à l’unanimité, et il reçut 1500 Francs. Lorsque GARNIER présenta ses plans à l’Impératrice Eugénie, elle s’étonna : « quel affreux canard, ce n’est pas du style, ce n’est ni grec ni romain ! » Charles GARNIER eut alors une répartie fameuse : « c’est du Napoléon III, Madame ! ». Après cela GARNIER, fut surnommé « le Véronèse de l’architecture ». En effet, l’Opéra Garnier est un mélange exubérant de baroque, de faste, d’éclectisme. L’Opéra est le monument le plus représentatif de l’art officiel du Second Empire, c’est à dire symbole de luxe et des plaisirs parisiens. Par sa superficie, c’est le plus grand théâtre d’Europe : 172 m de long, 124 m de large et 79 m de haut, il peut contenir plus de 2000 spectateurs. Garnier sut s’entourer de 73 sculpteurs et 14 peintres. La première pierre fut posée le 21 juillet 1862. Les travaux furent longs et difficiles. Ce que GARNIER n’avait pas prévu, c’est que sous cet espace, une nappe phréatique importante, alimentée par un bras préhistorique de la Seine provoquerait une inondation permanente. Durant les travaux, l’eau s’infiltrait sans arrêt. Après des crises de découragement, Garnier réussit à isoler les sous-sols par un double mur. Pour assainir le terrain, et terminer les travaux il eut recours à huit pompes à vapeur qui travaillèrent jours et nuits durant huit mois. Puis pour contenir la pression des eaux d’infiltration, il fit construire au plus profond des sous-sols de l’Opéra un lac souterrain, dans une cuve de béton et de ciment. La façade fut dévoilée au public en 1867 pour l’Exposition Universelle, mais l’intérieur restait inachevé. Vint la guerre de 1870, la chute de l’Empire, la Commune et l’arrêt du chantier faute d’argent. Enfin l’inauguration officielle eut lieu le 5 janvier 1875 par le Président MAC-MAHON, en présence du Lord Maire de Londres, de la famille royale d’Espagne et du bourgmestre d’Amsterdam. Charles GARNIER, l’architecte, le créateur de ce monument fut invité, mais dut payer sa place dans une deuxième loge. Au centre de la salle on peut admirer un gigantesque lustre de cristal et de bronze pesant plus de huit tonnes. Le 20 mai 1896, alors que deux mille personnes assistaient à la représentation de Faust, un contrepoids du lustre se décrocha, entraînant la chute de l’ensemble sur les spectateurs. Il y eut de nombreux blessés et une femme fut tuée. La coupole d’origine, peinte sur cuivre est intacte, mais cachée par un faux plafond décoré par CHAGALL en 1964. Le rideau de scène pourpre est une copie du rideau d’origine peint par RUBE et CHAPERON. Parmi toute cette magnificence, on ne peut oublier les cariatides de marbre vert des loges d’honneur dominant la scène large de 50 m, 26 m de profondeur, et 35 m de haut. L’arrière-scène conduit au foyer de la danse, avec miroirs et panneaux peints par Gustave BOULANGER. Un étroit couloir relie le pavillon de l’Empereur situé sur le côté de l’Opéra, et le Foyer de la danse. Il était réservé aux messieurs qui venaient rendre visite aux danseuses ; c’est l’univers du peintre DEGAS. Les sous-sols furent le théâtre de drames atroces. En effet sous la Commune de Paris, l’administration révolutionnaire transforma en entrepôts les premières salles construites, et lorsque les Versaillais réussirent à pénétrer dans Paris le 21 mai 1871, les souterrains servirent de cachots et furent le théâtre de terribles exécutions de Communards. C’est un squelette laissé par la Commune, le mystère de ce lac, les doubles murs qui inspirèrent à Gaston LEROUX, en 1925 son roman le Fantôme de l’Opéra. Cette histoire a inspiré le metteur en scène Brian de Palma pour son film Phantom of the Paradise. Si le fantôme est une légende, les eaux souterraines existent bien, et des poissons y vivent, nourris par les machinistes de l’Opéra. Ce monument est un des plus prestigieux monuments de Paris, sa bibliothèque conserve plus de 80 000 partitions et livres, 25000 maquettes de costumes, et de décors des opéras et ballets. Enfin ce palais est gardé par de courageuses ouvrières : deux belles ruches sont installées sur le toit et les abeilles de l’Opéra, grâce au pollen des fleurs des jardins de Tuileries, du Palais Royal et des balcons des alentours donnent un miel délicieux ! Lorsque François MITTERRAND fit construire l’Opéra Bastille, le Palais Garnier ne devait plus accueillir que les spectacles de danse, mais après sa rénovation, depuis le 1er mars 1996, il présente en alternance des spectacles lyriques et des ballets. IV - Le Paris de la diversité ou Paris des bobos au XXIe siècle Sur le thème de « changer d’ère », M. Bertrand DELANOE est maire socialiste de Paris depuis le 18 mars 2001. Lors des élections de mars 2008, il a souhaité « donner un temps d’avance » à la ville de Paris. En effet, la ville de Paris a quitté la rubrique des faits divers (M. CHIRAC, ancien maire de Paris, est mis en examen dans le dossier des emplois fictifs), pour se doter d’un projet progressiste, novateur et ambitieux, notamment en matière de lutte contre la pollution qui a atteint des niveaux record. A Paris la pollution a fortement diminué sous l’effet de diverses mesures : l’augmentation en offre de bus et de métro, la mise en place d’un tramway qui va couvrir la petite ceinture, le développement des voitures en libre service et du réseau Vélib’, le renouveau du transport fluvial. Paris a adopté un plan climat avec pour ambition une baisse des gaz à effet de serre de 75% à l’horizon 2050. L’ancien Premier Ministre Lionel JOSPIN a vanté le bilan de M. DELANOE en qualité de Maire de Paris ; il a su « redonner sa fierté à cette ville magnifique » qui est devenue, « à nouveau attractive ». Selon lui, M. DELANOE a constamment recherché à réduire les inégalités ; il conduit une très bonne gestion, et de gauche, et aussi des « qualités de visionnaire ». L’ancien Premier Ministre estime « qu’une ville mythique comme Paris a besoin de se réunir, d’attirer de vibrer autour d’événements festifs et populaires ; M. DELANOE a su les inventer ». M. Jospin fait valoir que ce qui distingue le plus l’ère DELANOE de l’ère CHIRAC et TIBERI, c’est « l’intégrité personnelle, la rigueur de gestion et un dévouement entier à son rôle de Maire ». M. DELANOE a su « veiller à un développement équilibré de la ville, les quartiers de l’Est parisien (18e et 19e arrondissements), cessant enfin d’être oubliés ». D’après un sondage 67% des Parisiens jugent le bilan de M. DELANOE, qui ne se représentera pas en 2014, positif. Les Parisiens ont notamment apprécié l’animation de la ville (Paris Plage, Nuit blanche, etc.), l’embellissement de la capitale, son rayonnement, son environnement et ses transports en commun, l’extension des modes de garde de la petite enfance (crèches et garderies). Il reste des points à améliorer, notamment la propreté, la sécurité, la circulation et le logement. Certes, l’habitat insalubre est en voie de disparition dans Paris, mais la capitale est devenue la ville des bobos ; avec un prix moyen du mètre carré à 7 330 euros, les classes moyennes et populaires sont en voie d’être exclues. Les populations immigrées, d’origine africaine, qui habitaient ces squats ont été, pour la grande majorité, reléguées en grande banlieue. En dépit de cette question brûlante du logement, la ville Paris reste fondamentalement cosmopolite ; une grande diversité ethnique peut y être observée. On trouve à Paris, toutes les nationalités, et donc de nombreuses minorités ethniques coexistent avec nos « ancêtres les Gaulois ». Paris, bassin d’emplois, concentre de nombreux immigrants venus du Maghreb, d’Afrique Noire, d’Asie, et maintenant d’Europe de l’Est. Paris, ville touristique et universitaire voit déferler chaque année notamment des Américains, des Anglais, des Allemands, des Japonais, des Chinois. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, quand on débarque à Paris, on est impressionné par le nombre de Noirs qui y résident. Certains de ces Noirs sont d’origine antillaise, d’autres viennent d’Afrique, et pour les Sénégalais, il s’agit essentiellement de populations venant de la vallée du fleuve Sénégal, des Peulhs et des Soninkés, mais il y a également quelques Ouolofs qui sont souvent des vendeurs à la sauvette sur les lieux touristiques (Tour Eiffel, Sacré-Cœur). Initialement, et dans les années 80, la plupart des éboueurs parisiens étaient des Soninkés du Sénégal ; avec la crise ils ont été progressivement remplacés par des Blancs. L’immigration africaine reste tout de même très forte à Paris et cela en raison de nombreux facteurs. Tout d’abord, la ville de Paris a en son sein, plus de 20 foyers de travailleurs immigrés qui sont essentiellement concentrés dans les XIXe, XVIIIe, XXe et XIVe arrondissements. Ensuite, l’immigration africaine est devenue familiale ; certains ont fait venir leurs familles et leurs enfants et, ayant acquis la nationalité française, sont devenus des citoyens parisiens à part entière. Enfin, il existe une immigration marginale, mais qu’il faut mentionner, la prostitution alimentée par des réseaux ; ce sont essentiellement des filles qui viennent du Ghana ou Nigeria, et qui occupent certaines rues du XVIIIe arrondissement, les boulevards des Maréchaux, ou les différents parcs et jardins de la ville de Paris, notamment à Vincennes ou au Bois de Boulogne. Cette immigration que l’on croyait passagère, est devenue durable, et c’est surtout un phénomène de masse. Il n’y a pas de statistiques ethniques en France, mais on estime qu’il y a plus de 170 000 étrangers, non communautaires à Paris. Il existe de vrais quartiers africains, notamment Barbès et Château Rouge, avec son marché spécialisé en produits africains. Des dealers de drogue avaient un certains temps occupé la place de Stalingrad, mais ils ont été boutés hors de Paris. Les jeunes noirs issus de l’immigration, même s’ils habitent la banlieue, ont leurs lieux de rendez-vous à Paris ; il s’agit essentiellement du hall de la Gare du Nord, et le Quartier des Halles. En raison de cette population, des commerces ethniques se sont développés dans Paris ; il s’agit notamment de restaurants pour la cuisine africaine. Le musicien camerounais Manu DIBANGO a un restaurant camerounais dans le XXe arrondissement. C’est tenant compte de cette forte présence des étrangers à Paris, et du fait que la promesse de François MITTERRAND pour un droit de vote des étrangers aux élections locales n’a jamais été honorée, que M. DELANOE a créé le 12 janvier 2002 un Conseil de la citoyenneté des Parisiens non communautaires. Cette instance consultative vise à favoriser la participation des Parisiens de nationalité étrangère à la vie démocratique locale. L’histoire de Paris s’est nourrie d’apports décisifs qui symbolisent des noms mémorables qui illustrent la tradition d’ouverture de Paris. En effet, des étrangers célèbres ont vécu à Paris, comme Pablo PICASSO, Igor STRAVINSKI, Georges BRAQUE, Gioacchino ROSSINI, Jim MORRISSON, ou PICCABIA…

jpg_gall-paris-france-vue-de-la-tour-eifAu-delà de ces figures célèbres, la ville de Paris s’est toujours enrichie de l’apport de populations étrangères, tant sur le plan démographique, qu’économique, culturel et social. La classe politique africaine a choisi également d’acheter des maisons à Paris. On sait que M. Omar BONGO avait une propriété à l’avenue Foch dans le 8e arrondissement, Ben ALI possédait un appartement à la Place des Vosges dans le Marais, Léopold Sédar SENGHOR avait un appartement dans le 17e arrondissement, Abdou DIOUF vit dans le 7e arrondissement. Quant au Président Abdoulaye WADE, il a choisi la ville de Versailles qui est royaliste ; comme quoi, il avait bien des visées monarchistes de longue date. En ce début du XXIe siècle M. DELANOE a des ambitions pour la ville de Paris : l’aménagement des berges de la Seine et la rénovation des Halles. La ville de Paris va entreprendre la rénovation des Halles, par des travaux d’envergure, notamment la restructuration des espaces publics de voirie de surface et souterraine, des parkings, des circulations intérieures et la réalisation de la Canopée, c’est-à-dire une zone intense d’activité biologique située au dessus des arbres et comprenant un espace pour les sourds-muets, une bibliothèque, un grand conservatoire et un auditorium. Mais ce projet de rénovation des Halles est controversé en raison de la complexité du site qui rassemble en seul endroit deux gares RER, un métro, des commerces et un jardin. En effet, les Halles ont une histoire ancienne dans la ville de Paris. Créé par Louis VI Le Gros en 1137, sur la rive droite, le marché est dans la ville de Paris par Philippe Auguste en 1183 ; il y fait construire les premières halles, près du cimetière des Innocents, le plus grand de Paris de l’époque. Avec les mutations économiques et démographiques, les anciens équipements deviennent obsolètes, de nouvelles halles sont nécessaires pour ravitailler Paris. Le baron HAUSSMAN confie le soin à un architecte de réaliser de entre 1854 et 1874, 10 pavillons qui vont fonctionner pendant un siècle. Par conséquent, les Halles sont le « ventre de Paris » depuis le Moyen Age. Entre 1962 et 1969, la vétusté et l’encombrement du marché provoqua son transfert à RUNGIS, dans le Val de Marne, à 15 km au sud de Paris et les 10 pavillons furent détruits. Pendant plus de 10 ans le trou des Halles resta béant, faisant l’objet de multiples projets souvent futuristes. L’aménagement des Halles à la fin des années 1970 avec l’inauguration du RER en 1977, l’ouverture du centre commercial du Forum en 1979, la création du parking souterrain et du jardin en 1986, ont provoqué une fréquentation intense du site et de nombreux dysfonctionnements sont apparus (manque de lisibilité des espaces, opposition des dessus et dessus, désaffectation du jardin des Halles, trop forte fréquentation, sécurité, etc.). jpg_arc_tuileries-2644d.jpgLe Maire de Paris a prévu de faire aménager avant 2016, les voies sur berges de la Seine. Ce plan de reconquête des voies sur berges prévoit la fermeture à la circulation du quai bas Rive Gauche entre le musée d’Orsay et le Pont d’Alma. Le Grand Paris est un projet ambitieux visant à sortir Paris de ses limites géographiques actuelles (105 km2) ; le département de Paris sera fusionné avec les départements de la petite couronne (Val de Marne, Seine Saint Denis et Hauts de Seine). Ce projet piloté par Christian BLANC associera l’Etat, la ville de Paris et la région Ile de France autour de création de pôles économiques, d’un réseau de transport public souterrain qui relierait ces pôles aux aéroports, gares TGV et centre de Paris.

Paris le 14 août 2011

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 12:09

 L’histoire de la ville de PARIS par Amadou Bal BA  -  Article publié sur WWW.Ferloo.com du 14 août 2011.

«Paris vaut bien une messe», avait dit Henri IV.
Paris a pour origine un village de pêcheurs celtes. La tribu des Parisii, nom celte qui désigne une embarcation fluviale, s’installa au IIIe siècle avant J-C dans île de la Cité, la fortifia et l’appela Lutecia, du nom latin qui veut dire « la boue ». En 52, avant J-C, cette ville fut conquise par un lieutenant de César, appelé Labienus. La ville s’étendit rapidement sur la rive gauche de la Seine jusqu’à l’actuelle montagne de Sainte-Geneviève ; les Romains l’appelèrent la ville des « Parisii ».

 

jpg_paris-2-e5db4.jpgLe christianisme fut introduit par Saint Denis, premier évêque de la ville de Paris, qui fut décapité en 250 par les Romains, au sommet de la butte de Montmartre. Grégoire de Tours, dans sa magistrale Histoire de France, rapporte la légende que Saint Denis, une fois décapité, se relève, ramasse sa tête et continue jusqu’à l’actuelle ville de Saint-Denis, où il tombe finalement. Sainte Geneviève y fera édifier une basilique au Ve Siècle, dans laquelle de nombreux rois de France sont inhumés. On raconte également que Sainte Geneviève, contemporaine de CLOVIS, bergère née en 422 à Nanterre, avait sauvé Paris par ses prières et sa force de persuasion, de l’invasion des Huns d’Attila en 451. Plus tard, lorsque les Francs assiègent Paris, Sainte Geneviève sauve cette fois-ci la ville de la famine ; elle organise une expédition ingénieuse au moyen de bateaux qui, par la Seine, vont chercher le ravitaillement jusqu’en Champagne. Sainte Geneviève devint ainsi la patronne de Paris et des gendarmes. Durant la période mérovingienne, CLOVIS, roi des Francs et vainqueur des Romains en 486, s’établit à Paris, en fera la capitale de son royaume. Pendant la période carolingienne, à l’inverse de CLOVIS, CHARLEMAGNE qui avait son palais dans île de la Cité à Paris, avait établi sa capitale à Aix-la-Chapelle. Les premiers capétiens, Hugues CAPET et ses successeurs, fixèrent leur résidence dans île de la Cité. Philippe-Auguste fait construire la nouvelle enceinte de Paris et bâtir le Louvre à partir de 1180. Au XIVe siècle Etienne Marcel, prévôt de Paris, profite de la faiblesse royale en pleine guerre de Cent Ans, de la famine et de la peste, et le Dauphin s’enfuit de Paris. Mais Etienne Marcel sera par la suite tué à la porte Saint-Antoine ; le roi Charles V, retourne alors triomphalement à Paris le 4 août 1358 et s’installe au Louvre. En 1420, les Anglais occuperont provisoirement Paris, avec le soutien des Bourguignons. Après une révolte parisienne, le roi Charles VII retourne le 12 novembre 1437 à Paris. La ville de Paris devient un lieu suspect, la royauté la déserte, et ne redeviendra capitale de la France que sous François 1er, roi de France entre 1515 et 1547. plan_paris-35651.pngLa ville de Paris connaîtra un événement tragique le 24 août 1572, avec le massacre des huguenots, c’est la fameuse nuit de Saint-Barthélemy fomentée par Catherine de Médicis avec la complicité du duc de Guise. Henri de Navarre, futur Henri IV, s’était auparavant marié le 18 août 1572 avec Marguerite de Valois, la Reine Margot, et pour échapper au massacre, il avait abjuré. « Paris vaut bien une messe », avait dit Henri IV. Henri IV, qui fait partie de la dynastie des Bourbons, entreprend de grands travaux à Paris. Il fait agrandir les Tuileries qui ont été érigées sous le règne de Charles IX, étend le Louvre, créé la Place Royale qui est devenue la place des Vosges, transforme l’île de la Cité et le quartier Saint-Germain, et fait achever les travaux du Pont Neuf et de l’Hôtel de Ville. La place Dauphine est construite en l’honneur du dauphin, futur Louis XIII. Sous le règne de Louis XIII, les travaux de la Place Royale sont achevés en 1612, de nouveaux quartiers avec des boulevards plantés d’arbres voient le jour. Marie de Médicis, veuve d’Henri IV, acquiert en 1612, l’hôtel du duc François de Luxembourg et y fait construire, en plein Quartier Latin, l’actuel palais du Luxembourg dans le style Renaissance. Richelieu, proviseur de la Sorbonne, devient Ministre de Louis XIII, et fonde en 1635, au 23 quai Conti dans le 6e arrondissement, l’Académie Française. La fronde parlementaire et des princes (1648 – 1653), pousse Louis XIV (1643-1661) qui était installé au Louvre, à quitter Paris pour s’installer à Saint-Germain-en-Laye, puis à Versailles en 1680. En effet, une déclaration du Parlement de Paris en date du 15 juin 1648 énonce la limitation des pouvoirs du Roi. Cependant, la ville de Paris ne cesse de se développer et de s’embellir, notamment sous la direction de Colbert, avec l’appui François Mansart et Claude Perrault, architectes, qui a eu jpg_images-10-5c8f3.jpgl’idée de créer les Champs-Élysées en 1667. Avant de prendre son nom actuel, la célèbre avenue fut appelée « Grande allée du Roule » en 1670, puis « avenue la Grille Royale » en 1778, et enfin, à la Révolution en 1789. C’est là que le peuple de Paris a fait exhiber le Roi Louis XVI déchu de son pouvoir ; c’est par cette avenue également que Louis XVI après la désastreuse fuite sur Varenne rentra dans Paris. En 1757 est créé le Panthéon, sur la montagne Sainte-Geneviève. A l’origine, dans la Grèce antique, le Panthéon c’est le temple de toutes les divinités. A Paris, la naissance du Panthéon est liée à une grave maladie du roi Louis XV, en 1744 ; il fait alors un vœu et promet qu’en cas de guérison, il fera remplacer l’église Sainte-Geneviève par une nouvelle église. Dès son rétablissement, il tient parole. Mais la construction du Panthéon prendra des décennies. Les révolutionnaires ont décidé, en 1791, que le Panthéon parisien sera consacré à la mémoire des Grands Hommes, il renferme les corps de Grands Hommes tels que Victor HUGO, Victor SCHOELCHER, VOLTAIRE, ROUSSEAU, Marie CURIE, etc. Le siège du gouvernement restera à Versailles jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. La Révolution (1789-1799) étant une période troublée, il a fallu attendre le Consulat (1799-1804) et le 1er Empire (1804-1814) pour que les constructions reprennent à Paris. Napoléon entreprend de grands travaux dans Paris, les premiers passages, les rues, les dégagements d’avenues. Sont notamment créés l’Arc de Triomphe, la colonne de la Place Vendôme, le Palais de la Bourse, le marché des Halles, etc. A la suite de la défaite de Napoléon, Paris fut occupée entre 1814 et 1815 par les Autrichiens, ce qui ne lui était plus arrivé depuis quatre siècles. Sous la Restauration (1830-1848), Louis-Philippe poursuit l’amélioration et l’embellissement de la ville, il construit des boulevards et des égouts, les lignes de quai sont complétées. Durant le Second Empire, (1852-1870), Napoléon III confie au Baron HAUSSMAN, préfet de la Seine, une œuvre importante de rénovation de la ville de Paris. C’est ce travail qui fonde l’architecture actuelle en superposant au vieux Paris et à ses ruelles pittoresques, un Paris moderne, fait de grands travaux et de places dégagées. Parallèlement au développement du chemin de fer, Paris compte plus de 20 gares, de grands axes sont dégagés comme le boulevard Saint-Michel, Sébastopol, Magenta, Saint-Germain ; les monuments sont restaurés et dégagés. 2000 hectares de parcs et jardins sont crées, dont le Bois de Boulogne, les Buttes-Chaumont dans le 19e ardt. le parc Montsouris dans le 14e ardt. Des théâtres sont érigés, Châtelet et l’Opéra Garnier. En 1860, des communes périphériques comme Auteuil, les Batignolles, la Villette et Charonne, sont annexées à Paris qui est divisé en 20 arrondissements. L’Empire s’achève par la défaite à Sedan en 1870, la capture de Napoléon III ; les armées allemandes défilent sur les Champs-Élysées Aldophe Thiers transfert le gouvernement à Versailles ; la Commune éclate entre mars et mai 1871. jpg_image2s-78483.jpgSous la IIIe République (4 septembre 1870-10 juillet 1940), les événements de la Commune de Paris ont provoqué des destructions importantes de monuments ; l’Hôtel de Ville et le château des Tuileries sont brûlés. L’église du Sacré-Cœur, sur la Butte Montmartre, a été construite en 1876 en mémoire de ces heures tragiques. Face à ces destructions, la IIIe République va entreprendre de grands travaux d’architecture moderne et de rénovation. Ainsi, diverses expositions laisseront des traces impérissables, comme l’édification de la Tour Eiffel en 1889, la construction de la première ligne de métro, du Grand et Petit Palais en 1900, l’Exposition Coloniale de 1931 avec le musée des Arts Africains et Océaniens. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale les monuments de Paris seront épargnés. Un boulevard périphérique est créé autour de Paris en 1960, le bois de Boulogne et le bois de Vincennes sont annexés à la Ville de Paris. PARIS, capitale de la France, département, chef lieu de région de l’Ile de France, siège des différentes révolutions, ville littéraire et de la diversité, a connu de profondes transformations avec la mandature, depuis mars 2001, du maire socialiste, Bertrand DELANOE.

I - Le Paris des révolutions

jpg_img_0777c-eb37e.jpgParis a été le témoin et le siège de presque toutes les agitations qui ont secoué la France, notamment autour des thèmes de liberté et de défense de la République. L’édification d’une République n’a pas été aisée en France, le processus s’est étalé sur plus de 150 ans, et après de multiples secousses et révolutions qui se sont déroulées à Paris. La Révolution française du 14 juillet 1789 au 9-10 novembre 1799 Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prend la Bastille et c’est le début de la Révolution Française qui fut à la fois un événement, un concept, mais surtout une rupture et un nouveau régime qui balaie l’Ancien Régime. Cette Révolution de 1789 replaça Paris à la tête de la France. La cocarde tricolore fut constituée aux couleurs de la ville de Paris, le bleu et le rouge entrelacé du blanc monarchique. En cette fin du XVIIe siècle, le Siècle des Lumières, la France ne peut plus se satisfaire de l’Ancien Régime. Cet ordre féodal dans lequel le Roi est à la fois le chef militaire, le justicier et le protecteur du pays, cet ordre dans lequel la Noblesse défend ses privilèges avec l’épée, le Clergé est propriétaire du tiers des biens du pays, et un peuple misérable travaille, sans relâche et paie des impôts ; les gens d’en bas sont taillables et corvéable à merci. Le roi Louis XVI n’est plus et n’a jamais été un chef militaire, un meneur d’hommes comme Henri IV ou Louis XIV avaient pu l’être, les Nobles sont devenus des chefs de guerre bien médiocres et les Prélats sont devenus affairistes, le pays sombre dans une crise financière et morale, sans précédent.

L’élément déclencheur de la prise de la Bastille a été le renvoi, le 11 juillet 1789 ; de Jacques NECKER, Ministre des Finances, tenu par la Noblesse comme étant le responsable du désordre. Le 12 juillet 1789, la nouvelle connue à Paris provoque une consternation générale, on craignait sans ce ministre, la banqueroute de l’Etat, la disette générale et peut être une dissolution de l’Assemblée Nationale. Au Palais-Royal, propriété du Duc d’Orléans, où la police ne pouvait pénétrer, des orateurs agitaient le peuple par des harangues enflammées, parmi eux Camille DESMOULINS, debout sur une table appelle les Parisiens à l’insurrection. On connaît la suite des événements, les parisiens iront chercher Louis XVI à Versailles pour le placer aux Tuileries. Après une tentative de fuite, le Roi et la Reine seront arrêtés à la Varenne, et seront guillotinés le 21 janvier 1793. Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII selon le nouveau calendrier révolutionnaire), le général Napoléon BONAPARTE met fin au régime du Directeur par un brutal coup d’Etat, et c’est un coup d’arrêt également à la Révolution française.

La Révolution bourgeoise de juillet 1830 à 1848

jpg_images-10-5c8f3.jpgMenée essentiellement par des Républicains et soutenue par la bourgeoisie dépouillée de son droit de vote, la Révolution de Juillet, qui se déroule à Paris, met fin à la Restauration. Le roi Louis-Philippe, abdiquera le 3 août 1830, et sera banni. Mais les jours qui vont suivre, la bataille se déplace du côté des élites qui cherchent à décider du sort de la France (combat entre Royalistes et Républicains). Les Républicains ne parviendront pas à s’imposer, et c’est finalement, le duc d’Orléans (Louis-Philippe) qui obtiendra le pouvoir dans une solution de compromis : la Monarchie de Juillet. Pour beaucoup, cette Révolution n’est qu’une demie victoire et annonce le retour d’une politique réactionnaire et de nouvelles émeutes, notamment en 1832, à l’occasion des funérailles du général Lamarque, un républicain. C’est pourquoi, on parle de « révolution confisquée ». Suite à cette Révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Charles X, contraint d’abdiquer est remplacé par Louis-Philippe. Mais ce dernier n’a pas le titre de Roi, les Républicains lui ont imposé la Charte de 1814, texte promulgué par Louis XVIII, lors de la Première Restauration et qui avait pour objectif de préserver les acquis de la Révolution de1789 et de l’Empire. Ce nouveau texte, adopté le 7 août 1830, peut être résumé comme suit : la religion catholique n’était plus la religion d’Etat, mais la religion de la majorité des Français, la censure est abolie, les troupes étrangères n’avaient plus le droit de servir dans l’Armée Française, l’initiative des lois est partagée entre le Roi et les Assemblées, la Chambre des députés est élue pour 5 ans au lieu de 7 ans, l’âge d’éligibilité passe de 40 à 30 ans, l’âge d’électorat de 30 à 25 ans, le drapeau tricolore est adopté, et le double vote est aboli. Louis-Philippe développera le système bancaire, les chemins de fer et achèvera la conquête de l’Algérie.

Le printemps des peuples ou la Révolution des idéalistes 1848 – 1851. Le 24 février 1848, au terme de trois jours d’émeutes et de malentendus, l’opposition libérale obtient le départ du roi Louis-Philippe 1er. C’est la naissance de la IIe République. Son existence sera autrement plus brève (3 ans) que celle du régime auquel elle avait succédé. C’est la fin du règne ennuyeux de Louis-Philippe, mari aimant qui menait une vie paisible au château des Tuileries ; la seule guerre notable qu’il a engagée est la conquête de l’Algérie. Cet irénisme n’est pas du goût de tout le monde ; le Roi a été visé par de nombreux attentats et une violente grève des ouvriers du textile lyonnais, les Canuts. Face à l’immobilisme du Premier Ministre conservateur François GUIZOT, les Républicains souhaitent organiser des discussions portant sur la réforme du régime et notamment du droit de vote. C’est ainsi que se tient le premier banquet sous la houlette de Odilon Barrot, le 9 juillet 1847 à Paris. La campagne touchera environ 17 000 personnes pour se clore fin décembre. Mais le Roi et Guizot refuseront de tenir compte des revendications républicaines et libérales. Le 22 février 1848, emmenée par Odilon BARROT, LEDRU-ROLLIN, Louis BLANC ou encore le poète Alphonse de LAMARTINE qui deviendra Ministre des Affaires Etrangères, l’opposition à Louis-Philippe et à sa politique bourgeoise organise une gigantesque manifestation de la Madeleine au Palais-Bourbon. Les incidents éclatent en fin d’après-midi. Un manifestant est tué. La Garde Nationale n’obéit plus aux ordres du Roi et se joint au peuple le lendemain. Louis-Philippe, refusant de tirer sur les Parisiens, sera contraint d’abdiquer le 24 en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Mais l’insurrection se poursuit jusqu’à l’entrée des insurgés dans le Palais-Bourbon et la proclamation de la République par LAMARTINE. jpg_image2s-2-0cfd0.jpgAinsi naît la IIe République qui établit le suffrage universel, abolit l’esclavage, met fin à la Monarchie de Juillet et donc, naturellement, rétablit la République. Cette révolution parisienne a un énorme retentissement chez les élites européennes. Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin, etc. C’est « le printemps des peuples ». La Commune de Paris mars à mai 1870. Ce qui frappe d’abord, c’est, du côté des insurgés, la frustration patriotique, l’anticléricalisme et la défense d’une certaine idée de la République. La Commune de Paris, du 26 mars 1871 jusqu’à la « semaine sanglante » (21-28 mai), désigne une période révolutionnaire à Paris, qui, contre le gouvernement, issu de l’Assemblée Nationale qui vient d’être élue, établit une organisation ouvrière comme organisatrice de la ville, et gouvernement prolétarien. Dans plusieurs autres villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Toulouse, Narbonne, Grenoble, Limoges) des Communes sont proclamées à partir du 3 mars 1871, mais elles furent toutes rapidement réprimées. Pour Karl MARX, c’est la première insurrection prolétarienne autonome. Mêlant blanquistes, proudhoniens et jacobins, elle aspirait à une République basée sur l’égalité sociale. Toutefois, par manque de consensus, de temps, de moyens mais aussi parce qu’elle doit s’imposer face au gouvernement versaillais, elle n’a pas pu s’organiser efficacement.

Gouvernement insurrectionnel principalement ouvrier, d’inspiration socialiste, la Commune de Paris a dominé la capitale de mars à mai 1871. D’abord née d’un sentiment patriotique parisien issu de la guerre franco-allemande de 1870, elle prend également le visage d’un mouvement social... La capitale est encerclée par les troupes prussiennes. La ville est bombardée chaque jour. Les hommes valides, sous le commandement de Gambetta, sont enrôlés pour desserrer le blocus qui va durer cinq mois, dans le froid et la faim, malgré les différentes tentatives de sortie des Parisiens. La France capitule le 28 janvier 1871. Au terme de plusieurs mois d’un siège qui a affamé les Parisiens et quelques jours après l’échec de TROCHU, Paris est contraint de capituler. Prussiens et Français ont déjà signé un armistice puis un Traité de paix préliminaire à Versailles le 26 février 1871. La population parisienne, qui a douloureusement résisté, perçoit cette capitulation comme une véritable trahison de la part du gouvernement de la défense nationale. Par ailleurs, l’une des clauses de l’armistice oblige ce gouvernement à organiser des élections pour désigner les membres d’une Assemblée Nationale. Les votes aboutiront à la victoire d’une majorité de Monarchistes, favorables à la paix, contre les Républicains. La Commune ne s’est pas limitée à la capitale, en mars 1871, Lyon, Marseille, Toulouse et quelques villes industrielles, Le Creusot, Saint-Étienne, ont connu des mouvements insurrectionnels. Mais, sauf à Marseille où les manifestations se prolongent sur plusieurs jours, les autorités n’ont aucun mal à reprendre la situation en main. La Commune de Paris de 1871 est un événement singulier. Par certains aspects, elle se rattache aux révolutions du XIXe siècle : 1830, 1848. Par d’autres, au contraire, elle annonce les grandes révolutions victorieuses du XXe siècle, qui d’ailleurs s’en réclament explicitement. Lénine, parlant des événements de 1917 en Russie, rapprochait les soviets de l’organisation de la Commune de Paris : la source du pouvoir n’est plus dans des lois préparées par un Parlement, « mais dans l’initiative venant d’en bas », des masses populaires. La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III, en juillet 1870, avait accumulé, en France, les désastres militaires. Le 4 septembre, sous la poussée populaire, la République est proclamée. Un gouvernement - auquel participent le général TROCHU, président, Jules FAVRE et Jules FERRY - est chargé, en principe, de continuer la guerre. Le peuple de Paris, assiégé par les Allemands à partir du 19 septembre, supporte avec un courage exemplaire le froid, la faim et les bombardements. Mais il s’avère bientôt que le gouvernement dit de « la Défense Nationale » n’est nullement décidé à la lutte, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance. jpg_paris-3-8c57b.jpgCertes, la Commune a commis de lourdes fautes. Elle n’a pu ni organiser sa défense, ni lier son action à celle de la province et de la paysannerie. Sans doute les conditions économiques n’étaient-elles pas mûres encore pour instaurer sur des bases socialistes la nouvelle société qu’elle entrevoyait. Mais, par les décisions prises pour l’organisation du travail (suppression du travail de nuit pour les ouvriers boulangers, suppression des amendes et retenues sur les salaires, réouverture et gestion des ateliers par des coopératives ouvrières) et par diverses mesures sociales, la Commune a tracé la voie à une société qui ne serait plus gérée au profit du capitalisme, dans l’intérêt de la bourgeoisie, mais qui déboucherait sur le socialisme. La Commune fut finalement vaincue durant la Semaine sanglante, qui débuta avec l’entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s’achever avec les derniers combats au cimetière du Père-Lachaise le 28 mai. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes versaillaises. On évoque, selon les sources, de 10 000 à 25 000 exécutions sommaires, viols, meurtres d’ouvriers communards durant la Semaine sanglante. En contrepartie, il faut noter que les Communards détruisirent une partie de Paris, notamment en incendiant volontairement plusieurs monuments publics historiques : le Palais des Tuileries, le Palais de Justice, le Palais de la Légion d’honneur, et l’Hôtel de Ville... L’essentiel de l’état civil parisien fut détruit durant ces incendies. Il est néanmoins nécessaire de rappeler que les bombardements incessants des troupes régulières françaises et prussiennes furent responsables de nombreux incendies. Parallèlement, des otages sont pris par les Communards. L’archevêque de Paris, Mgr Georges DARBOY, est arrêté le 4 avril 1871 avec quatre innocents, selon l’ordre de la Commune de Paris qui agit selon le « décret des otages » du 2 prairial An 79. Il est enfermé à la prison de Mazas, et est exécuté à la Roquette suite à l’attaque des versaillais, le 24 mai 1871, en bénissant ses bourreaux. La répression des Communards fut féroce : près de 10 000 condamnations à mort, 4 000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie, etc. Les lois d’amnistie n’interviendront qu’en 1880. La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris fut construite à partir de 1873 par l’Église et l’État pour, entre autre, « expier les crimes des communards ». Premier pouvoir révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris a depuis été revendiquée comme modèle - mais avec des points de vue différents - par la gauche, l’extrême gauche et les anarchistes ; elle inspira de nombreux mouvements révolutionnaires qui en tirèrent des leçons leur permettant d’entreprendre d’autres révolutions (la Révolution russe et les conseils (soviets), la guerre civile espagnole et les collectivités, etc.).

La Révolution estudiantine de mai 1968

La crise de mai 1968 présente des aspects communs avec les révoltes sociales que l’on vient d’évoquer. Mais dans son déroulement et ses causes, elle un moment profondément original : elle débute par un violent mouvement de protestation étudiante, entraîne une mobilisation des salaires et des intellectuels dont Jean-Paul SARTRE, et débouche sur une crise politique majeure. Au cours des années soixante, les profondes mutations de l’économie française suscitent des inquiétudes et des aspirations nouvelles auxquelles la multiplication de nouveaux médias (radios et télés) contribue à donner un écho national. Une révolte des étudiants, qui se produit dans de nombreux pays (Berkeley aux Etats-Unis, Rome, Allemagne, à Tokyo, en Tchécoslovaquie, Mexique…), atteint la France.

La grève des étudiants démarre d’abord dans la banlieue parisienne, à Nanterre, et est conduite par un groupe anarchiste, le « mouvement du 22 mars », dont le chef est Daniel COHN-BENDIT. Les étudiants qui composent ce groupe réagissent à l’arrestation de leurs camarades lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam. Ils occupent trop longtemps une salle du conseil de la Faculté des Lettres, avec de nombreux incidents, si bien que le Recteur décide de fermer la faculté le 2 mai 1968. Les troubles se propagent surtout à Paris, en mai 1698, et notamment au Quartier Latin. La police, à la demande du Recteur, fait évacuer la Sorbonne où se tient un meeting de protestation. Les étudiants dressent alors des barricades au boulevard Saint-Michel, lancent des pavés et des cocktails Molotov. L’évacuation de la Sorbonne se déroule avec une grande brutalité, 6 00 étudiants sont arrêtés. Lassés d’une société autoritaire et paternaliste, les jeunes dénoncent pêle-mêle le capitalisme, l’austérité morale du gaullisme, les arrestations de leurs camarades, tout en prônant la libération sexuelle, plus de droits pour les femmes. Les gauchistes, souvent d’obédience maoïste, couvrent les murs de Paris de différents slogans : « L’imagination au pouvoir », « Il est interdit d’interdire », « Faites l’Amour pas la guerre », « Sous les pavés la plage », etc. La révolte, d’abord universitaire, débouchera sur des grèves et une crise sociale généralisée qui a menacé la République. Le 27 mai 1968, avec des syndicats, les accords de Grenelle sont signés sous l’égide de Georges POMPIDOU (relèvement du SMIG de 2,22 à 3 francs de l’heure, augmentation des salaires de 7%, la semaine de travail passe de 43 à 40 heures, libre exercice du droit syndical dans les entreprises, etc.). Mais les troubles continuent. Le général de Gaulle part précipitamment à Baden Baden, puis revient, mobilise ses partisans, fait un discours énergique, dissout l’Assemblée Nationale en juin 1968, mais remettra par la suite sa démission en 1969.

II - Le Paris de la littérature et de la culture : La ville des « Lumières »

Le Paris des salons littéraires et des cafés fait songer à une ville d’un bouillonnement culturel incessant, une ville « Lumières ». Au XVIIIe siècle, Paris devient le laboratoire des idées philosophiques des « Lumières », dans les salons littéraires, dans les premiers cafés. On y entretient un débat passionné sur l’égalité, la liberté et la souveraineté nationale. Près de 300 cafés s’ouvrent à Paris, pour proposer naturellement du café, mais les idées s’échangent autour d’écrivains de renom. Le café Laurent Montaigne, et le Procope ouvert en 1695 par un Sicilien, reçoit d’ALEMBERT et CONDORCET. Dans les salons littéraires, la maîtresse des lieux, outre les faveurs qu’elle propose, doit s’attacher les services d’un philosophe qui organise des débats et dirige le salon. Ainsi, le salon de la « Cour des Sceaux » créé par une petite fille de Condé, accueille écrivains et philosophes ; le salon de Julie de LESPINASSE est fréquenté par Jean-Jacques ROUSSEAU, TURGOT et CONDILLAC ; MONTESQUIEU et MARIVAUX ont préféré aller au salon LAMBERT crée en 1710.

La vitalité intellectuelle des étudiants noirs à Paris, avant l’Indépendance, mérite d’être signalée. Divers mouvements littéraires et de quête identitaire sont lancés à Paris et qui n’auront pas d’équivalent après l’Indépendance, comme Légitime défense, l’Etudiant Noir, Tropiques, Présence Africaine et surtout, la Négritude. A l’instar des salons littéraires du XVIIIe siècle, une Revue du Monde Noir, bilingue qui parut entre le 20 novembre 1931 et le 30 avril 1932, avait été fondée, à Paris, par le docteur SAJOUS, un ressortissant libérien. Ce salon littéraire a permis la rencontre de plusieurs intellectuels noirs parisiens, comme Léopold Sédar SENGHOR, Léon GONTRANS DAMAS, Etienne LERO, René MENIL, René MARAN, Félix EBOUE, le docteur PRICE-MARS, sénateur de Haïti. Ajoutons à cela que l’ethnologue allemand Léo FROBENIUS a collaboré à cette revue qui a lancé le mouvement de la Négritude, puissant manifeste de l’originalité de la personnalité noire face à l’européocentrisme des Occidentaux. La Négritude a démontré la nécessité d’effacer de l’esprit des Blancs et Noirs, l’image stéréotypée du Nègre sous-homme, taré et inconscient. Léopold Sédar SENGHOR dira plus tard que ce mouvement de la Négritude est une quête de « découverte des valeurs noires et la prise de conscience pour le Nègre de sa situation ». La Revue Légitime Défense, fondée par des étudiants antillais, Etienne LERO, René MENIL et Jules Marcel MONNEROT, avec le soutien d’André BRETON qui est communiste, est lancée à Paris en juin 1932 ; elle se veut plus radicale et agressive que la Revue du Monde Noir qui est modérée et qui a été subventionnée par le Ministère des Colonies. La littérature traditionnelle antillaise est jugée trop conformiste et détourne le Noir de sa propre culture. La Revue Etudiant Noir, fondée à Paris a fonctionné entre 1934 et 1940. Ce périodique est dirigé par un groupe d’étudiants africains et antillais autour de Léopold Sédar SENGHOR, Aimé CESAIRE, Léon GONTRANS DAMAS, Léonard SAINVILLE, Birago DIOP et Ousmane SOCE. C’est l’organe qui appartient en propre au mouvement de la Négritude. Dans ses recherches universitaires, la spécialiste de la question Lylian KESTELOOT affirme n’avoir pas trouvé un seul exemplaire de la Revue Etudiant Noir. Léon GONTRANS DAMAS, fait allusion à cette revue dans une contribution datée de 1960 : « L’étudiant Noir, journal corporatif et de combat avec pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au Quartier Latin. On cessait d’être un étudiant essentiellement martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain, malgache, pour n’être plus qu’un seul et même étudiant noir. Terminé la vie en vase clos ». Léopold Sédar SENGHOR de préciser « Nous étions alors plongés (entre 1932 et 1935), avec quelques autres étudiants noirs, dans une sorte de désespoir panique. L’horizon était bouché. Nulle réforme en perspective, et les colonisateurs légitimaient notre dépendance politique et économique par la théorie de la table rase. Nous n’avions, estimaient-ils, rien inventé, rien créé, ni sculpté, ni chanté... Pour asseoir une révolution efficace, il nous fallait d’abord nous débarrasser de nos vêtements d’emprunt, ceux de l’assimilation, et affirmer notre être, c’est-à-dire notre négritude ». Dans cette mouvance et en réaction au statu quo culturel martiniquais que Aimé CESAIRE, René MENIL et Aristide MAUGEE, fondent à Paris, en 1941, la revue Tropiques, dont le projet est la réappropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. Alioune DIOP, un saint-louisien et panafricaniste (1910-1980), fonde à Paris, en 1947, la revue Présence Africaine, qui se veut le support favorisant la liberté d’expression des intellectuels noirs. Cette revue a pour ambition l’émergence d’une prise de conscience pour les hommes noirs de leurs qualités d’hommes libres et des possibilités qui leurs sont offertes pour une réussite commune de leurs projets. André GIDE, Jean-Paul SARTRE, Aimé CESAIRE et Christiane DIOP, l’épouse d’Alioune DIOP, ont participé à l’élaboration de cette revue. Ousmane Socé DIOP (Rufisque 31 octobre 1911-Dakar 27 octobre 1973) est l’auteur de Mirages de Paris, publié en 1931 aux Nouvelles Editions Latines. Ce roman autobiographique, sur l’amour impossible d’un Noir et d’une Française, le fantasme de Paris et la réalité de la ville, est l’une des manifestations littéraires de la négritude. C’est un roman anti-colonial ; c’est dire que le séjour à Paris de nos élites africaines a été un facteur puissant de stimulation intellectuelle. Ce qui fait l’originalité de Paris c’est sa vitalité culturelle ; diverses expositions s’y tiennent en permanence, et certaines concernent le continent noir, comme l’Exposition Coloniale de 1931, l’exposition des œuvres de Ousmane SOW, ainsi que les expositions permanentes au Quai Branly. Le 6 mai 1931, s’ouvre à l’Est parisien, dans le bois de Vincennes, une exposition coloniale. Les dirigeants de la IIIe République veulent, avec cette manifestation, convaincre l’opinion publique du bien-fondé des conquêtes coloniales. Pour l’occasion, est construit un musée permanent des colonies à la Porte Dorée et une pagode bouddhiste ; on y aménage un parc zoologique. Le temple cambodgien d’Angkor Vat et la mosquée de Djenné au Niger, sont reconstitués. L’inauguration se déroule en présence de milliers de figurants : danseuses annamites, artisans africains dans un village reconstitué, cavaliers arabes, etc. 33 000 000 tickets pour les visiteurs sont vendus. Né à Dakar en 1935, Ousmane SOW, et à l’initiative du maire de Paris de l’époque, Jean TIBERI, a exposé ses sculptures au Pont des Arts en 1999. Cette exposition parisienne a attiré 3 000 000 visiteurs, et a procuré, à l’artiste sénégalais, une notoriété mondiale qui fait de lui l’un des plus grands sculpteurs contemporains. Ousmane SOW sculpte l’humanité, les civilisations perdues et les mondes ancestraux. Le Président Jacques CHIRAC a légué à la postérité le musée du Quai Branly (inauguration le 20 juin 2006), à Paris dans le 7e arrondissement. C’est un musée en grande partie dédié au continent africain, puisqu’il est spécialisé dans les Arts Premiers et abrite plus de 300 000 objets issus du musée de l’Homme au Palais Chaillot et du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie transformé en Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à la porte Dorée.

III - Le Paris romantique ou la ville – musée ?

Comme Venise, Paris est considéré par certains, comme une ville musée ; c’est une commune qui se vide progressivement de sa population (3 000 000 au début du XXe siècle, 2,1 à l’Orée du XXIe siècle et probablement 1,9 en 2024), en raison de la flambée du prix de l’immobilier qui peut atteindre, dans certains quartiers, 17 000 € le mètre carré.

En dépit de cette donnée, les touristes qui viennent admirer la capitale estiment que c’est un endroit romantique, la gastronomie y est de qualité, on y trouve des produits de luxe, et surtout de nombreux monuments à visiter. Nous n’évoquerons que quelques grands monuments parisiens, comme la Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, Notre-Dame, le Louvre et l’Opéra de Paris. La Tour Eiffel, située sur le Champs de Mars, est le monument emblématique de Paris ; haute de 300 mètres, et construite par Alexandre Gustave BONNICKAUSEN dit Gustave Eiffel et 50 autres ingénieurs, pour l’Exposition de 1889 qui marque le centenaire de la Révolution de 1789 ; elle est le monument payant le plus visité au monde, plus de 7000 000 de visiteurs ; ce qui attire des commerçants ambulants, notamment des Sénégalais. Gustave Eiffel (Dijon 1832 - Paris1923) fait installer sur la Tour un laboratoire météo à son sommet. En 1903, il a été envisagé de démolir la Tour qui n’était qu’une exposition provisoire. A partir de 1910, la TSF installée à son sommet, émet des signaux à destination du monde entier. La Tour Eiffel a également servi aux débuts de la télévision en 1925. En 1806, Napoléon confie à l’architecte François CHALGRIN la construction d’un Arc de Triomphe à la gloire des armées françaises. En effet, auparavant et au lendemain de la bataille d’Austerlitz (2 décembre 1805), dans sa proclamation à ses soldats, Napoléon avait écrit : « Je vous ramènerai en France ; vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe ». L’Arc de Triomphe est situé dans l’axe reliant le Louvre à la Grande Arche de la Défense. Symboliquement, l’Arc de Triomphe, c’est le pont qui permet de passer d’une époque à une autre ; c’est le symbole national d’unicité et de solidarité, car c’est le carrefour du présent et du passé. C’est le Baron HAUSSMAN qui a eu l’idée de l’emplacement de cet édifice, appelée Place de l’Etoile, au carrefour de trois grandes avenues : l’avenue de la Grande Armée, l’avenue de Wagram et l’avenue des Champs Elysées. Commencé en 1806, reprise en 1825, l’Arc de Triomphe n’est inaugurée que le 30 juillet 1836. Sa taille est monumentale, 50 m de haut et 45 m de large. Le 15 décembre 1840, lors de la cérémonie du transfert des cendres de Napoléon, le cortège passe sous l’Arc. Le 22 mai 1885, le corps de Victor HUGO qui repose au Panthéon, est veillé sous l’Arc de Triomphe. Le 14 juillet 1919, les troupes victorieuses défilent sous l’Arc, et le 11 novembre 1920 a eu lieu l’inhumation d’un soldat inconnu mort durant la guerre. En 1923, une flamme du souvenir est allumée en l’honneur des morts tombés à la guerre.

Que dire sur l’église Notre-Dame de Paris ?

C’est Maurice de SULLY sur Loire qui, évêque en 1160, décida la construction d’un grandiose édifice, chef d’œuvre du Moyen Age, en remplacement des églises Notre-Dame et Saint-Étienne qui dataient du VIe siècle. C’est à Marie, la Mère de Dieu, que l’évêque Maurice SULLY a voulu dédier la cathédrale toute entière, elle lui est consacrée, Notre-Dame de Paris ! On ne compte d’ailleurs pas moins de 37 représentations de la Vierge (sculptures, peintures, vitraux…).Selon Grégoire de Tours, l’ancienne église Notre-Dame serait construite par CLOVIS après la guérison de son fils CHILDEBERT. Commencés en 1163, sous Louis VII, les travaux de Notre-Dame de Paris, allaient durer jusqu’en 1330 environ. L’architecte de génie qui bâtit la cathédrale, initialement, sur un style gothique, demeure inconnu ; son œuvre va recevoir différentes retouches de différents architectes entre le XIIIe et le XIVe siècle (Jean de CHELLES, Pierre de MONTREUIL, Jean RAVY, Jean Le BOUTEILLER, etc.). Au cours des siècles, la cathédrale subira différentes transformations. Ainsi, en 1699 Louis XIV confie à Robert de Cotte la réalisation des travaux pour respecter le voeu de Louis XIII. Il en résultera la destruction du jubé, des stalles et du maître-autel. Quant aux murs, ils seront badigeonnés de blanc. Pendant la Révolution, l’intérieur est pillé ; l’autel devient celui de la « Déesse de la Raison » et Notre-Dame sera ensuite transformée en entrepôt. L’église subit des sorts divers, et il n’en restait guère qu’un squelette effrité, avant d’être solennellement rendue au culte en 1802. Le fameux livre de Victor HUGO, Notre-Dame de Paris, paru en 1831, qui exprimait, à sa façon, le retour au Gothique, créa un mouvement qui aboutit en 1844, au décret de Louis-Philippe prescrivant la restauration, confiée à Jean-Baptiste LASSUS (décédé un peu tôt en 1857) et Eugène VIOLLET-le-DUC (1814-1879). Ces architectes refirent, avec une grande habilité, le décor d’antan. Les travaux intérieurs achevés, Mgr DARBOY avait consacré la cathédrale, le 31 mars 1864, cérémonie qui n’avait pas eu lieu au Moyen Age. La commune de Paris de 1871, en tuant l’archevêque, faillit aussi anéantir l’édifice qui n’échappa à l’incendie qu’au dernier moment. Depuis 1988, l’architecte Bernard FONQUERNIE a pris la direction des travaux de rénovation de Notre-Dame, qui se poursuivent encore. Depuis sa construction, Notre-Dame est l’un des grands symboles de Paris et de la France. De grands évènements religieux et politiques s’y sont déroulés ce qui a fait dire à l’historien MICHELET que « Notre-Dame est à elle seule un livre d’histoire ». De faits marquants de l’histoire de France s’y déroulent : 1229, le jeudi saint, Raymond VII de Toulouse fait amende honorable ; 1239, le roi Saint Louis, pieds nus, porte la couronne d’épines, les Parisiens y ont veillé le corps du roi Saint Louis qui était mort à Tunis ; en 1302 le roi Philippe le Bel y a ouvert les premiers Etats Généraux du Royaume de France ;1430, Henri VI d’Angleterre est couronné roi de France ; mais en 1447, 1455, début du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc ; Charles VII célèbre par un Te Deum la reprise de Paris ; le très politique mariage de la catholique Marguerite de Valois et du huguenot Henri de Navarre sera célébré dans la cathédrale en 1572. Ce dernier devra rester à la porte au cours de la cérémonie : « Paris vaut bien une messe » dira-t-il à cette occasion ; 1590, les chefs de la Ligue jurent de ne jamais reconnaître le huguenot Henri IV ; en 1660, c’est le Te Deum célébré à l’occasion du mariage de Louis XIV ; c’est LUXEMBOURG - le tapissier de Notre-Dame - qui porte ici les drapeaux ennemis ; en 1668 Turenne abjure ; le 10 mars 1687 Bossuet prononcera ici l’un des plus beaux textes de la littérature française, l’oraison funèbre du prince de Condé. Au XVIIIe - malgré Versailles, Notre-Dame garde encore sa place, et c’est là que les reines - Marie Leczynska, Marie-Antoinette, - viennent prier à leurs relevailles (cérémonie religieuse de bénédiction des femmes après leurs couches) ; le 2 décembre 1804, c’est le sacre de NAPOLEON, le sacre peint par Jacques-Louis DAVID et ses drapeaux d’Austerlitz « tapissent » eux aussi Notre-Dame en 1805 ; en 1811, baptême du roi de Rome ; 30 janvier 1853 mariage de Napoléon III ; le baptême du prince impérial en 1856. Depuis 1918, la vieille église semble avoir plus que jamais repris sa place, avec les funérailles nationales de Maurice BARRES (1923), de FOCH (1929), de JOFFRE (1931), de Raymond POINCARE (1934), du général LECLERC (1947), du maréchal de LATTRE de TASSIGNY (janvier 1952), de Paul CLAUDEL (février 1955), du maréchal JUIN (février 1967), et surtout la cérémonie de la Libération, le 26 août 1944, et le Te Deum de la Victoire, le 9 mai 1945 (Te deum cantique pour rendre grâce à Dieu d’une victoire ou de quelque autre événement heureux). Le 12 novembre 1970, en présence de nombreux chefs d’Etat étrangers, eurent lieu les obsèques officielles du général de Gaulle, alors que le même jour à Colombey-les-deux-églises se déroulait la cérémonie privée suivie de l’inhumation. Une cérémonie religieuse est également consacrée à François MITTERRAND le 11 janvier 1996 ; JEAN-PAUL II y est venu deux fois en 1980 et 1997, pour les journées mondiales de la jeunesse, etc.

Le Palais du Louvre et le jardin des Tuileries

jpg_images-9-272ea.jpgLe Palais du Louvre est le plus vaste ensemble architectural de France. Au Moyen Age, à la Renaissance et sous l’Ancien Régime il a été la résidence des Rois de France, il est donc chargé d’Histoire. Rois, Empereurs et République l’ont fait construire et réaménagé sans cesse sur sept siècles. Le palais est prolongé par le grand Jardin des Tuileries où sont également exposées de nombreuses sculptures. Le Louvre accueille un musée qui est un des plus beaux et des plus importants du monde. On y présente de nombreux chefs d’oeuvre dont le plus célèbre est la Joconde de Léonard de Vinci. Le nombre et la qualité des peintures sont impressionnants, de même que l’exposition consacrée aux Antiquités et Sculptures. Le Louvre s’est développé élément par élément au fur et à mesure du développement du rôle politique de Paris et des heurs et malheurs de l’Histoire de France. Tout commence avec le roi Philippe-Auguste qui fait édifier un château fort au début du XIIIe siècle. Entre 1190 et 1210, le Roi de France Philippe-Auguste fait construire le premier château du Louvre. Il fait partie de l’enceinte fortifiée qui s’élève autour de Paris. Cette forteresse du Louvre a une triple fonction : servir de logement sûr et sécuriser le trésor du Roi, à l’abri des sautes d’humeur des habitants, contrôler ces mêmes habitants et enfin protéger la ville sur son flanc ouest et en particulier l’accès par la Seine En effet c’est de là que peuvent venir les attaques du Roi d’Angleterre. A cette époque, le roi Philippe-Auguste réside dans son palais de l’île de la Cité, mais il entrepose dans le Donjon du Louvre son trésor et ses archives. Il y enferme aussi les prisonniers de marque comme Ferrand, comte de Flandre après la victoire de Bouvines en 1214. Le château évolue dans le temps, Saint Louis y fait édifier une allée où il rend la justice et ses successeurs édifient de nouveaux bâtiments. jpg_2jpg-13984.jpgDans la dernière partie de la Guerre de Cent Ans (guerre la France et l’Angleterre 1337-1453) Les Plantagenets d’Angleterre s’installent à Paris. Henri V puis son frère, le régent Duc de Bedford, résident au Louvre. Par force, les rois Capétiens-Valois s’établissent dans le Val de Loire. C’est là que sont construits les châteaux de la Renaissance, sous l’influence de l’architecture italienne. Cette forteresse est transformée en résidence par le roi Charles V à la fin du XIVe siècle. Le château médiéval est rasé au début du XVIe siècle par le roi François 1er qui fait reconstruire à sa place un Palais par l’architecte Pierre LESCOT. Les travaux engagés sont poursuivis par le roi Henri II et achevés sous le roi Henri III. En 1563, Catherine de Médicis fait construire le Palais des Tuileries à 500 mètres du Louvre. Le roi Henri IV poursuit les travaux avec le Pavillon de Flore et la Galerie du Bord de l’Eau qui réalisent la jonction antre le Palais du Louvre et celui des Tuileries. En 1624 Louis XIII fait réaliser le Pavillon de l’Horloge par l’architecte Pierre LEMERCIER puis Louis XIV fait édifier par LE VAU les ailes Nord et Est de la Cour Carrée, ce qui assure son achèvement. A la fin du XVIIe siècle le roi Louis XIV et sa cour s’installent à Versailles, délaissant le Louvre à partir de ce moment ; celui-ci est occupé par des artistes mais aussi transformé en habitations. Au début du XIXe siècle, l’empereur Napoléon I, qui réside au Palais des Tuileries, engage la restauration du Louvre, c’est lui qui constitue le premier Musée du Louvre. Une cinquantaine d’années plus tard Napoléon III achève le Palais. Au moment de la Révolution Française, la Convention décide de l’ouverture au Louvre d’un muséum des Arts et Sciences, il est enrichi par les oeuvres figurant dans les bien saisis sur les émigrés et sur l’Eglise catholique. Les guerres en Flandre et en Italie amènent en France de nombreuses oeuvres d’art qui sont attribuées à ce musée. La surface qui lui est allouée s’avère bientôt insuffisante. Peu après, à l’issue de la Guerre de 1870-1871, la Commune de Paris fait incendier le Palais des Tuileries qui est détruit, certains bâtiments du Louvre sont endommagés. Le Palais du Louvre est restauré à la fin du XIXe siècle. Mais le Palais des Tuileries n’est pas restauré, il devient un jardin public. Un temps partiellement occupé par le Ministère des Finances (la partie Nord), le Louvre a été réaménagé à la fin du XXe siècle à l’initiative du Président de la République François Mitterrand. Il a, en particulier, fait construire la Pyramide du Louvre pour accueillir les nombreux visiteurs du Musée.

Comment est née l’idée d’un Opéra National à Paris ?

Depuis fort longtemps, l’aristocratie et la bourgeoisie se rendaient au théâtre pour écouter l’art lyrique. L’opéra était écouté dans des lieux successifs. Avant le grand Opéra Garnier, il y eut d’abord un Théâtre national (1794-1820) à la salle du Square Louvois qui était un hôtel particulier dans le 2e arrondissement. Le duc de Berry, second fils du comte d’Artois, (futur Charles X) y est assassiné le dimanche 13 février 1820 ; la salle est alors détruite sur ordre du roi Louis XVIII. La troupe de l’opéra obligée de déménager, s’installe provisoirement rue Le Pelletier. Cette rue a été baptisée du nom de Louis Le Pelletier de Mortefontaine, prévôt des marchands de Paris avant la révolution. Ce théâtre fut inauguré le 16 août 1821 et le 6 février 1822, on utilisa pour la première fois le gaz pour éclairer les effets de scène lors du ballet « Aladin et la lampe merveilleuse ». C’est là que furent crées « le Trouvère », le « Tannhäuser » entre autre, et qu’eurent lieu de très grands bals romantiques. Mais cet opéra n’était que provisoire, car naissait l’idée du grand Opéra de Paris. Cet opéra de la rue Le Pelletier fut détruit en 1873, par un gigantesque incendie : le feu dura 24 heures et consuma le théâtre tout entier. La station de métro « Le Pelletier » sur la ligne 7, nous fait penser à ces deux faits dramatiques. L’idée d’un grand Opéra, dédié à la danse et à la musique était depuis longtemps « dans l’air ». Par décret du 29 septembre 1860, Napoléon III déclare d’utilité publique la construction d’une très belle salle pour remplacer celle de la rue Le Peletier. Le baron HAUSSMAN, préfet depuis 1853, avait déjà tracé des projets de voies monumentales, en particulier une large avenue assurant la desserte des Tuileries, et il choisit un emplacement de 10 000 m2, espace dégagé, résultant du croisement de ces voies haussmanniennes pour implanter le bâtiment. Restait à trouver l’architecte !et ce fut, après concours, Charles GARNIER, un jeune architecte, peu connu, qui a été retenu à l’unanimité, et il reçut 1500 Francs. Lorsque GARNIER présenta ses plans à l’Impératrice Eugénie, elle s’étonna : « quel affreux canard, ce n’est pas du style, ce n’est ni grec ni romain ! » Charles GARNIER eut alors une répartie fameuse : « c’est du Napoléon III, Madame ! ». Après cela GARNIER, fut surnommé « le Véronèse de l’architecture ». En effet, l’Opéra Garnier est un mélange exubérant de baroque, de faste, d’éclectisme. L’Opéra est le monument le plus représentatif de l’art officiel du Second Empire, c’est à dire symbole de luxe et des plaisirs parisiens. Par sa superficie, c’est le plus grand théâtre d’Europe : 172 m de long, 124 m de large et 79 m de haut, il peut contenir plus de 2000 spectateurs. Garnier sut s’entourer de 73 sculpteurs et 14 peintres. La première pierre fut posée le 21 juillet 1862. Les travaux furent longs et difficiles. Ce que GARNIER n’avait pas prévu, c’est que sous cet espace, une nappe phréatique importante, alimentée par un bras préhistorique de la Seine provoquerait une inondation permanente. Durant les travaux, l’eau s’infiltrait sans arrêt. Après des crises de découragement, Garnier réussit à isoler les sous-sols par un double mur. Pour assainir le terrain, et terminer les travaux il eut recours à huit pompes à vapeur qui travaillèrent jours et nuits durant huit mois. Puis pour contenir la pression des eaux d’infiltration, il fit construire au plus profond des sous-sols de l’Opéra un lac souterrain, dans une cuve de béton et de ciment. La façade fut dévoilée au public en 1867 pour l’Exposition Universelle, mais l’intérieur restait inachevé. Vint la guerre de 1870, la chute de l’Empire, la Commune et l’arrêt du chantier faute d’argent. Enfin l’inauguration officielle eut lieu le 5 janvier 1875 par le Président MAC-MAHON, en présence du Lord Maire de Londres, de la famille royale d’Espagne et du bourgmestre d’Amsterdam. Charles GARNIER, l’architecte, le créateur de ce monument fut invité, mais dut payer sa place dans une deuxième loge. Au centre de la salle on peut admirer un gigantesque lustre de cristal et de bronze pesant plus de huit tonnes. Le 20 mai 1896, alors que deux mille personnes assistaient à la représentation de Faust, un contrepoids du lustre se décrocha, entraînant la chute de l’ensemble sur les spectateurs. Il y eut de nombreux blessés et une femme fut tuée. La coupole d’origine, peinte sur cuivre est intacte, mais cachée par un faux plafond décoré par CHAGALL en 1964. Le rideau de scène pourpre est une copie du rideau d’origine peint par RUBE et CHAPERON. Parmi toute cette magnificence, on ne peut oublier les cariatides de marbre vert des loges d’honneur dominant la scène large de 50 m, 26 m de profondeur, et 35 m de haut. L’arrière-scène conduit au foyer de la danse, avec miroirs et panneaux peints par Gustave BOULANGER. Un étroit couloir relie le pavillon de l’Empereur situé sur le côté de l’Opéra, et le Foyer de la danse. Il était réservé aux messieurs qui venaient rendre visite aux danseuses ; c’est l’univers du peintre DEGAS. Les sous-sols furent le théâtre de drames atroces. En effet sous la Commune de Paris, l’administration révolutionnaire transforma en entrepôts les premières salles construites, et lorsque les Versaillais réussirent à pénétrer dans Paris le 21 mai 1871, les souterrains servirent de cachots et furent le théâtre de terribles exécutions de Communards. C’est un squelette laissé par la Commune, le mystère de ce lac, les doubles murs qui inspirèrent à Gaston LEROUX, en 1925 son roman le Fantôme de l’Opéra. Cette histoire a inspiré le metteur en scène Brian de Palma pour son film Phantom of the Paradise. Si le fantôme est une légende, les eaux souterraines existent bien, et des poissons y vivent, nourris par les machinistes de l’Opéra. Ce monument est un des plus prestigieux monuments de Paris, sa bibliothèque conserve plus de 80 000 partitions et livres, 25000 maquettes de costumes, et de décors des opéras et ballets. Enfin ce palais est gardé par de courageuses ouvrières : deux belles ruches sont installées sur le toit et les abeilles de l’Opéra, grâce au pollen des fleurs des jardins de Tuileries, du Palais Royal et des balcons des alentours donnent un miel délicieux ! Lorsque François MITTERRAND fit construire l’Opéra Bastille, le Palais Garnier ne devait plus accueillir que les spectacles de danse, mais après sa rénovation, depuis le 1er mars 1996, il présente en alternance des spectacles lyriques et des ballets. IV - Le Paris de la diversité ou Paris des bobos au XXIe siècle Sur le thème de « changer d’ère », M. Bertrand DELANOE est maire socialiste de Paris depuis le 18 mars 2001. Lors des élections de mars 2008, il a souhaité « donner un temps d’avance » à la ville de Paris. En effet, la ville de Paris a quitté la rubrique des faits divers (M. CHIRAC, ancien maire de Paris, est mis en examen dans le dossier des emplois fictifs), pour se doter d’un projet progressiste, novateur et ambitieux, notamment en matière de lutte contre la pollution qui a atteint des niveaux record. A Paris la pollution a fortement diminué sous l’effet de diverses mesures : l’augmentation en offre de bus et de métro, la mise en place d’un tramway qui va couvrir la petite ceinture, le développement des voitures en libre service et du réseau Vélib’, le renouveau du transport fluvial. Paris a adopté un plan climat avec pour ambition une baisse des gaz à effet de serre de 75% à l’horizon 2050. L’ancien Premier Ministre Lionel JOSPIN a vanté le bilan de M. DELANOE en qualité de Maire de Paris ; il a su « redonner sa fierté à cette ville magnifique » qui est devenue, « à nouveau attractive ». Selon lui, M. DELANOE a constamment recherché à réduire les inégalités ; il conduit une très bonne gestion, et de gauche, et aussi des « qualités de visionnaire ». L’ancien Premier Ministre estime « qu’une ville mythique comme Paris a besoin de se réunir, d’attirer de vibrer autour d’événements festifs et populaires ; M. DELANOE a su les inventer ». M. Jospin fait valoir que ce qui distingue le plus l’ère DELANOE de l’ère CHIRAC et TIBERI, c’est « l’intégrité personnelle, la rigueur de gestion et un dévouement entier à son rôle de Maire ». M. DELANOE a su « veiller à un développement équilibré de la ville, les quartiers de l’Est parisien (18e et 19e arrondissements), cessant enfin d’être oubliés ». D’après un sondage 67% des Parisiens jugent le bilan de M. DELANOE, qui ne se représentera pas en 2014, positif. Les Parisiens ont notamment apprécié l’animation de la ville (Paris Plage, Nuit blanche, etc.), l’embellissement de la capitale, son rayonnement, son environnement et ses transports en commun, l’extension des modes de garde de la petite enfance (crèches et garderies). Il reste des points à améliorer, notamment la propreté, la sécurité, la circulation et le logement. Certes, l’habitat insalubre est en voie de disparition dans Paris, mais la capitale est devenue la ville des bobos ; avec un prix moyen du mètre carré à 7 330 euros, les classes moyennes et populaires sont en voie d’être exclues. Les populations immigrées, d’origine africaine, qui habitaient ces squats ont été, pour la grande majorité, reléguées en grande banlieue. En dépit de cette question brûlante du logement, la ville Paris reste fondamentalement cosmopolite ; une grande diversité ethnique peut y être observée. On trouve à Paris, toutes les nationalités, et donc de nombreuses minorités ethniques coexistent avec nos « ancêtres les Gaulois ». Paris, bassin d’emplois, concentre de nombreux immigrants venus du Maghreb, d’Afrique Noire, d’Asie, et maintenant d’Europe de l’Est. Paris, ville touristique et universitaire voit déferler chaque année notamment des Américains, des Anglais, des Allemands, des Japonais, des Chinois. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, quand on débarque à Paris, on est impressionné par le nombre de Noirs qui y résident. Certains de ces Noirs sont d’origine antillaise, d’autres viennent d’Afrique, et pour les Sénégalais, il s’agit essentiellement de populations venant de la vallée du fleuve Sénégal, des Peulhs et des Soninkés, mais il y a également quelques Ouolofs qui sont souvent des vendeurs à la sauvette sur les lieux touristiques (Tour Eiffel, Sacré-Cœur). Initialement, et dans les années 80, la plupart des éboueurs parisiens étaient des Soninkés du Sénégal ; avec la crise ils ont été progressivement remplacés par des Blancs. L’immigration africaine reste tout de même très forte à Paris et cela en raison de nombreux facteurs. Tout d’abord, la ville de Paris a en son sein, plus de 20 foyers de travailleurs immigrés qui sont essentiellement concentrés dans les XIXe, XVIIIe, XXe et XIVe arrondissements. Ensuite, l’immigration africaine est devenue familiale ; certains ont fait venir leurs familles et leurs enfants et, ayant acquis la nationalité française, sont devenus des citoyens parisiens à part entière. Enfin, il existe une immigration marginale, mais qu’il faut mentionner, la prostitution alimentée par des réseaux ; ce sont essentiellement des filles qui viennent du Ghana ou Nigeria, et qui occupent certaines rues du XVIIIe arrondissement, les boulevards des Maréchaux, ou les différents parcs et jardins de la ville de Paris, notamment à Vincennes ou au Bois de Boulogne. Cette immigration que l’on croyait passagère, est devenue durable, et c’est surtout un phénomène de masse. Il n’y a pas de statistiques ethniques en France, mais on estime qu’il y a plus de 170 000 étrangers, non communautaires à Paris. Il existe de vrais quartiers africains, notamment Barbès et Château Rouge, avec son marché spécialisé en produits africains. Des dealers de drogue avaient un certains temps occupé la place de Stalingrad, mais ils ont été boutés hors de Paris. Les jeunes noirs issus de l’immigration, même s’ils habitent la banlieue, ont leurs lieux de rendez-vous à Paris ; il s’agit essentiellement du hall de la Gare du Nord, et le Quartier des Halles. En raison de cette population, des commerces ethniques se sont développés dans Paris ; il s’agit notamment de restaurants pour la cuisine africaine. Le musicien camerounais Manu DIBANGO a un restaurant camerounais dans le XXe arrondissement. C’est tenant compte de cette forte présence des étrangers à Paris, et du fait que la promesse de François MITTERRAND pour un droit de vote des étrangers aux élections locales n’a jamais été honorée, que M. DELANOE a créé le 12 janvier 2002 un Conseil de la citoyenneté des Parisiens non communautaires. Cette instance consultative vise à favoriser la participation des Parisiens de nationalité étrangère à la vie démocratique locale. L’histoire de Paris s’est nourrie d’apports décisifs qui symbolisent des noms mémorables qui illustrent la tradition d’ouverture de Paris. En effet, des étrangers célèbres ont vécu à Paris, comme Pablo PICASSO, Igor STRAVINSKI, Georges BRAQUE, Gioacchino ROSSINI, Jim MORRISSON, ou PICCABIA…

jpg_gall-paris-france-vue-de-la-tour-eifAu-delà de ces figures célèbres, la ville de Paris s’est toujours enrichie de l’apport de populations étrangères, tant sur le plan démographique, qu’économique, culturel et social. La classe politique africaine a choisi également d’acheter des maisons à Paris. On sait que M. Omar BONGO avait une propriété à l’avenue Foch dans le 8e arrondissement, Ben ALI possédait un appartement à la Place des Vosges dans le Marais, Léopold Sédar SENGHOR avait un appartement dans le 17e arrondissement, Abdou DIOUF vit dans le 7e arrondissement. Quant au Président Abdoulaye WADE, il a choisi la ville de Versailles qui est royaliste ; comme quoi, il avait bien des visées monarchistes de longue date. En ce début du XXIe siècle M. DELANOE a des ambitions pour la ville de Paris : l’aménagement des berges de la Seine et la rénovation des Halles. La ville de Paris va entreprendre la rénovation des Halles, par des travaux d’envergure, notamment la restructuration des espaces publics de voirie de surface et souterraine, des parkings, des circulations intérieures et la réalisation de la Canopée, c’est-à-dire une zone intense d’activité biologique située au dessus des arbres et comprenant un espace pour les sourds-muets, une bibliothèque, un grand conservatoire et un auditorium. Mais ce projet de rénovation des Halles est controversé en raison de la complexité du site qui rassemble en seul endroit deux gares RER, un métro, des commerces et un jardin. En effet, les Halles ont une histoire ancienne dans la ville de Paris. Créé par Louis VI Le Gros en 1137, sur la rive droite, le marché est dans la ville de Paris par Philippe Auguste en 1183 ; il y fait construire les premières halles, près du cimetière des Innocents, le plus grand de Paris de l’époque. Avec les mutations économiques et démographiques, les anciens équipements deviennent obsolètes, de nouvelles halles sont nécessaires pour ravitailler Paris. Le baron HAUSSMAN confie le soin à un architecte de réaliser de entre 1854 et 1874, 10 pavillons qui vont fonctionner pendant un siècle. Par conséquent, les Halles sont le « ventre de Paris » depuis le Moyen Age. Entre 1962 et 1969, la vétusté et l’encombrement du marché provoqua son transfert à RUNGIS, dans le Val de Marne, à 15 km au sud de Paris et les 10 pavillons furent détruits. Pendant plus de 10 ans le trou des Halles resta béant, faisant l’objet de multiples projets souvent futuristes. L’aménagement des Halles à la fin des années 1970 avec l’inauguration du RER en 1977, l’ouverture du centre commercial du Forum en 1979, la création du parking souterrain et du jardin en 1986, ont provoqué une fréquentation intense du site et de nombreux dysfonctionnements sont apparus (manque de lisibilité des espaces, opposition des dessus et dessus, désaffectation du jardin des Halles, trop forte fréquentation, sécurité, etc.). jpg_arc_tuileries-2644d.jpgLe Maire de Paris a prévu de faire aménager avant 2016, les voies sur berges de la Seine. Ce plan de reconquête des voies sur berges prévoit la fermeture à la circulation du quai bas Rive Gauche entre le musée d’Orsay et le Pont d’Alma. Le Grand Paris est un projet ambitieux visant à sortir Paris de ses limites géographiques actuelles (105 km2) ; le département de Paris sera fusionné avec les départements de la petite couronne (Val de Marne, Seine Saint Denis et Hauts de Seine). Ce projet piloté par Christian BLANC associera l’Etat, la ville de Paris et la région Ile de France autour de création de pôles économiques, d’un réseau de transport public souterrain qui relierait ces pôles aux aéroports, gares TGV et centre de Paris.

Paris le 14 août 2011

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 12:04

«Elu sur une base anticolonialiste, capable, en certaines occasions, de s’élever avec dignité contre des propos ou attitudes racistes, Blaise Diagne se mit très tôt au service de la colonisation» écrit Amady Aly DIENG, son biographe. Blaise DIAGNE est un homme politique controversé, mais son action ne laisse jamais indifférent. Par ailleurs, pour son intelligence, sa compétence et son sens politique, dans un milieu colonialiste hostile, il a su faire bouger les lignes. Blaise DIAGNE a été panafricaniste, nationaliste et antiraciste et a prêché pour la tolérance. Issu d’un père musulman, Blaise DIAGNE a abjuré sa religion, pour devenir franc-maçon. Il a été enterré, après une âpre polémique contre des fondamentalistes religieux, à la porte du cimetière musulman à Dakar, comme un paria. Blaise DIAGNE considère que la franc-maçonnerie défend «l’unité de la famille humaine, dans toute son acception» et raffermit «les liens de solidarité de la Chaîne universelle», et il affirme qu’on peut être franc-maçon et socialiste. «Tournant ma pensée vers l’histoire du monde, j’aperçois une race, la mienne, qui, pendant plus de quatre siècles, resta asservie, dominée, marchandée comme du bétail aux quatre coins de l’univers. La Franc-maçonnerie, la Révolution française brisa les chaînes d’asservissement de l’Humanité noire» dit-il. La postérité, au Sénégal, lui a rendu hommage, puisqu’un lycée et une avenue à Dakar, et un aéroport à M’Bour, portent son nom. Ayant vigoureusement défendu l’assimilation et la mère patrie française, il ne serait pas déraisonnable, de demander à la France de lui rendre également hommage, (plaque, nom de rue ou statue à Paris). Quand on se promène sur la corniche et près de Soumbédioune, à Dakar, on est surpris de constater que, comme un paria, la tombe de Blaise DIAGNE, surmontée d’une statue, ne se situe pas à l’intérieur, mais à l’extérieur, à l’entrée du cimetière musulman.

Pourtant, Blaise DIAGNE, fonctionnaire des douanes, panafricaniste, maire de DAKAR de 1920 à 1934, député à l’Assemblée Nationale française de 1914 à 1934, franc-maçon, Commissaire de la République dans l’Ouest africain, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, a été un homme politique particulièrement influent de son temps. Il faisait partie de ces hommes de conviction, animés des idées de la République et par son style, il a ouvert la voie dans le champ politique aux autres élites africaines.

Il est difficile de tracer un portrait exact et incontestable de cet homme politique hors du commun qu’était Blaise DIAGNE, en raison de la complexité de sa personnalité qui est surprenante, déroutante et particulièrement controversée. On lui reconnaît d’importantes qualités, c’est un stratège, un redoutable communicateur, particulièrement intelligent et tenace. Quelque soit l’avis que l’on porte sur cet homme politique, qu’il soit élogieux ou critique, Blaise DIAGNE ne laisse jamais indifférent si l’on consulte, brièvement, son parcours. Au bilan de M. Blaise DIAGNE on peut mettre la création de l’école de Médecine de l’AOF (janvier 1918) jusqu'à cette date seules les études vétérinaires étaient permises aux africains, ainsi que la création du lycée Faidherbe de Saint-Louis (juin 1919) jusqu'à cette date seule l’école primaire était ouverte aux africains.

Né le 13 octobre 1872 à Gorée, au Sénégal, Blaise DIAGNE est issu d’une famille très modeste. Fils de Niokhor DIAGNE, un musulman, originaire de Lambaye (Baol) mais établi à Gorée, et de Gnagna Antoine PEREIRA, une Manjaque, fille d’un laptot-cuisinier casamançais. Son père, qui avait détourné les impôts, fut emprisonné à Gorée, à sa libération, il s’installa dans l’île, et y travailla, en qualité de cuisinier. «On a sorti ma généalogie Oui, je suis le fils d’un cuisinier nègre et d’une pileuse de mil» dira-t-il le 29 avril 1914. Le père du jeune Blaise mourut très tôt. Sa mère ayant une famille nombreuse, le plaçat auprès de la famille d’Adolphe CRESPIN à Gorée. De son vrai nom, Galaye M’Baye DIAGNE, les Frères Ploërmel de Gorée lui donnèrent le prénom de Blaise, Adolphe étant un hommage au père adoptif CRESPIN. Brillant élève, le jeune Blaise apprend rapidement à lire et à écrire. Après avoir fréquenté une école religieuse à Gorée (1880-1883). Adolphe muté à Saint-Louis décida, cependant, d’envoyer Blaise à Aix-en-Provence, mais apparemment, il n’y a pas terminé ses études préparatoires d’arts et métier. Il revient à l’école secondaire Duval, à Saint-Louis, et devient major de sa promotion, le 29 juillet 1890. Il rencontre une jeune métisse saint-louisienne, Louise DIALLE, fille d’Ogo DIALLO, et lui fait un enfant appelé, Alassane DIAGNE.

Entre 1892 et 1914, il fait une carrière dans l’administration des douanes et parvint au grade de contrôleur hors classe. Blaise DIAGNE a été en service au Dahomey (Bénin) de 1892 à 1897, en qualité de chef intérim du service des douanes de Porto-Novo ; il y mesura, dans ce pays où règnent la justice indigène, les frustrations et les espoirs des habitants. Il sera affecté au Gabon de 1897 à 1898, et il y rencontre Cheikh Ahmadou Bamba, et se montra fort gentil à son égard. Cheikh Bamba fit des prières de succès pour lui, mais DIAGNE demeura muet ; et la tradition orale dira qu’une malédiction s’abattra sur lui. Il prend conscience des persécutions dont sont victimes les Noirs, et se croit investi d’une mission pour les défendre. Au Congo, l’administration coloniale estime qu’il est «intelligent et travailleur, orgueilleux et prétentieux». Au Gabon, il est suspendu de ses fonctions pour «mauvaise volonté et indiscipline persistante dans le service». En 1898, il a congé de 6 mois et rentre au Sénégal, au moment où le Comte Hector-Hugues-Alphonse Marie d’Agoult (1860-1915) est élu député du Sénégal contre François CARPOT ; cet aristocrate est un homme froid et distant, à peine élu, il retourne en France et se désintéresse de ses administrés. De 1899 à 1902, il est affecté à la Réunion, il a une réplique facile, susceptible, avec une manière cassante, il dénie à ses supérieurs de le brimer pour des causes raciales. Mais il cherche à se protéger par un comportement sociable d’ouverture, de fraternité et rencontre la franc-maçonnerie, à la Loge de l’Amitié, le 21 septembre 1899. Il est affecté à Madagascar de 1902 à 1909. Au début, les appréciations sont élogieuses : «Diagne est un employé d’élite à tous égards» dit-on. Puis, les autorités locales le considèrent comme «ombrageux et même sournoisement frondeur». Il reçoit un blâme pour avoir aidé Melle CHAMBRUN de passer de la Réunion à Madagascar, l’administration croyant que c’était sa concubine. Pour se protéger il s’affilie aux loges maçonniques. Il rencontre Odette VILLAIN, née le 1er novembre 1885, à Orléans ; les autorités coloniales jugeant cette relation entre un Noir et une Blanche, inopportunes, le mute d’office, par «nécessité de service», à Majunga, dans le Nord-Est de Madagascar. Mais, DIAGNE se réfugia derrière son état de santé et refusa de rejoindre sa nouvelle affectation, et se rendit à Paris, où naîtra son fils, Adolphe, le 13 octobre 1907. Il l’épousera le 8 avril 1907, à Paris XIVème.

En raison de ce mariage mixte, avec un enfant métis, et du caractère raciste des coloniaux d’Afrique, Blaise DIAGNE fut affecté à la Guyane, à partir du 26 août 1909. Son fils, Raoul, y naîtra en 1910. Il s’affilie à la franc-maçonnerie. Il commença à s’intéresser aux élus antillais et rencontre Gratien CANDACE (1873-1953), député de la Martinique. Sa femme l’incite à faire de la politique. Il est conseiller municipal à Saint-Laurent. Le gouverneur de la Guyane, Fernand LEVECQUE (1852-1947), se prit d’affection et autorisa à se rendre à Paris, officiellement, pour raisons de maladie et pour préparer le concours d’inspecteur des douanes. Ce fut à Paris que naquit Roland, et c’est pendant ce congé à Paris qu’il prépara, activement, les élections du 14 mai 1914. Un couple mixte, ce n’était pas anodin sous la IIIe République où les idées colonialistes et racistes étaient dominantes. Avec Odette, ils auront quatre enfants : Roland, fonctionnaire des chemins de fer ; Adolphe né à Paris en 1907 et décédé en 1985, un médecin militaire, Commandeur de la Légion d’honneur et Raoul, né en Guyane en 1910, footballeur professionnel et premier footballeur africain à être sélectionné en équipe de France entre 1931 et 1940. Roland a été entraîneur de l’équipe de football du Sénégal. Sa fille, Odette est décédée à l’âge de 9 ans. Le petit-fils de Blaise DIAGNE, qui s’appelle également Blaise DIAGNE né en 1954, est depuis mars 2001, sous l’étiquette Divers Gauche, maire de Lourmarin, une ville du Vaucluse, en Provence-Alpes-Côtes. Pour l’anecdote, c’est au cimetière de Lourmarin que sont enterrés les écrivains Albert CAMUS (7-11-1913 au 4-1-1960) et Henri BOSCO (16-11-1888 au 4-5-1976). Adolphe DIAGNE y est également inhumé. Une bonne partie des descendants de Blaise DIAGNE vivent ou fréquentent régulièrement cette petite ville de 997 habitants.

Blaise DIAGNE est décédé le 11 mai 1934, à Cambo-Les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques, en France. Elu premier député africain à l’Assemblée Nationale française, le 10 mai 1914, sous l’étiquette «Union républicaine et socialiste», il a été constamment réélu, sous l’étiquette «Non inscrits» au 1er tour, jusqu’à sa mort en 1934. Blaise DIAGNE a été également le premier africain à accéder aux fonctions ministérielles en France ; il a été Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies du 26 janvier 1931 au 19 février 1932.

I – Blaise DIAGNE et le concept de citoyenneté

A – Les prémisses de la nationalité française

1 – Une réglementation audacieuse pour l’époque

On vote au Sénégal depuis bien longtemps. Le 1er député du Sénégal élu à l’Assemblée nationale française du 30 octobre 1848 au 18 novembre 1850, est un monarchiste et conservateur, maire de Saint-Louis, Barthélémy Valantin DURAND (1806-1864). Les 5 députés qui suivent du 3 avril 1871 au 31 mai 1902 sont également Européens (Jean-Baptiste LAFON de FONGAUFIER, Alfred GASCONI, Aristide VALLON, Jean COUCHARD, le Comte Hector d’Agoult), et souvent issus de la très haute aristocratie, donc peu préoccupés des intérêts des Africains, et jusqu’en 1914, tous les députés du Sénégal sont europées. Un métis, lié aux intérêts aux compagnies Bordelaises et Marseilles, François CARPOT (Saint-Louis 1862 -Asnières, 1936) sera député du Sénégl de 1902 à 1914, sous l’étiquette radicale de gauche. Blaise DIAGNE affrontera donc François CARPOT.

Avant 1848, l’esclavage n’étant pas abolie, les Sénégalais auraient être considérés comme des objets, ou à tout le moins comme des sujets français. Cependant, un arrêté du 5 novembre 1830 proclamait que «le territoire de la colonie du Sénégal est considéré dans l’application du Code civil, comme une partie intégrante de la Métropole, et tout individu né libre et habitant le Sénégal, jouira dans la colonie, des droits accordés par le Code civil français».  Auparavant, un décret du 16 Pluviôse An II (4 février 1794) stipulait que «tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies françaises, sont citoyens français et possèdent des droits assurés par la Constitution». Mais le droit de vote a peu de portée (droit de vote censitaire, absence d’institutions représentatives). L’article 24 de la loi du 3 juillet 1833 conforte la nationalité française des citoyens résidant dans les quatre communes. L’instruction du 27 mars 1848, était une réglementation éphémère, reconduite d’année en année, et qui faisait des citoyens des quatre communes, des électeurs. Il n’est pas nécessaire de démontrer que ces électeurs ont la nationalité française. Il suffit de prouver une résidence de 5 ans dans l’une des quatre communes (Dakar, Rufisque, Gorée et Saint-Louis).

2 – Une dégradation progressive de la situation des Sénégalais

Dans son rapport du 25 juin 1905, VERRIER a suggéré que le droit de vote soit réservé aux Blancs (même étrangers et leurs épouses africaines) et aux Noirs «assimilés», soit 898 personnes. «Si jamais la grande majorité des électeurs se mettaient à voter, en bloc, nous aurions un conseil général et des conseils municipaux entièrement composés d’indigènes musulmans. Dans l’avenir, on peut imaginer un député du Sénégal qui ne serait pas citoyen français», dit VERRIERE. En effet, l’accroissement de la participation des indigènes aux consultations électorales inquiètent donc les Européens. En 1848, il y avait 4706 électeurs, en 1902 9556 électeurs, et en 1906 ; 10 900 électeurs. En 1906, N’Galandou DIOUF, un Ouolof est élu au Conseil général. Cet accroissement des électeurs noirs et le réveil de leur conscience ont suscité une hostilité des coloniaux qui estiment que le droit de vote doit être lié à la preuve de la nationalité française (provinciaux et sujets des autres colonies).

Un décret du 20 mai 1857, précisé par un arrêté du 23 juin 1857, qui instaure au Sénégal une justice musulmane pour les indigènes, va avoir de graves conséquences sur la nationalité des habitants des quatre communes. Un arrêt de la Cour de cassation, chambre civile du 19 octobre 1891 déclare que la nationalité française était compatible avec l’application du droit musulman pour ce qui est du statut personnel. Mais très vite, une partie rétrograde des Européens engage une  polémique sur la nationalité française. Pour eux, ces lois sont un non-sens, en ce qu’elles confèrent la qualité de citoyen français à des indigènes musulmans. Quel sacrilège ! Une nouvelle jurisprudence est venue limiter l’accès à la nationalité. Seuls les naturalisés, à titre individuel, ont la qualité de français, Cass, ch civile, 5 mai 1879, 22 juillet 1908, Moussé m’baye, 26 avril 1909, N’Doudy DIOP. Pour le gouverneur ROUME, qu’est-ce que donc un «assimilé» ?

Cette notion n’a pas reçu de définition juridique. La polémique sur la citoyenneté française a duré 2 années, jusqu’à cet arrêt de la Cour d’Appel de Paris, du 8 juillet 1907, Aly SECK, un natif de Gandiol. Pour la Cour d’appel, seuls les originaires des 4 communes de plein exercice ont le droit de s’inscrire sur les listes électorales. En dépit, de cette jurisprudence, le gouverneur de Dakar, Camille GUY, a continué de radier, massivement et arbitrairement les Africains des listes électorales.

Mais sa décision fut cassée par la Cour d’Appel de Paris, avec une interprétation restrictive : «les natifs des 4 communes ne jouissaient de leurs droits politiques qu’à l’intérieur des 4 communes». Un décret du 25 mai 1912 exige désormais que l’accès à la nationalité se fasse par le droit du sang, c’est-à-dire, il faut un descendant d’un Français de la loi de 1833.

B – Les lois des 5 janvier 1915 et du 29 septembre 1916

La mobilisation générale, lors de la première guerre mondiale, oblige le législateur, à réviser l’accès à la nationalité. La loi du 5 janvier 1915 consolide cette jurisprudence : seuls les électeurs indigènes nés et domiciliés dans la commune, ont un droit de vote dans les quatre communes. Blaise DIAGNE obtient, par la loi du 29 septembre 1916, que les indigènes des quatre communes, et leurs descendants ont le droit de vote. Blaise DIAGNE a pu obtenir la nationalité pour les anciens combattants. Tout ceci c’est fait  malgré l’opposition de l’administration coloniale. Après la guerre, beaucoup d’anciens combattants revendiquèrent, après avoir payé l’impôt du sang, de pouvoir jouir de tous les droits des citoyens. Mais pour écarter ces revendications, l’administration des années 1920 et 1930 invoquait le mythe de l’Africain homme de tribu, incarnation de l’authenticité culturelle de l’Afrique. Le régime de Vichy avait utilisé l’expression «empire français» sans état d’âme. Les Noirs ne sont pas des citoyens, mais des sujets français.

Depuis la loi du 7 mai 1946, dite Loi Lamine GUEYE, les anciens sujets de l’empire français avaient la qualité de citoyen. Dans l’Assemblée nationale constituante après la guerre, une petite dizaine de députés africains, dont Senghor, luttèrent avec fermeté et habileté pour inscrire cette qualité dans la Constitution de la IVe République. Ils obtinrent une citoyenneté définie d’une manière particulière, une généralisation pour tous les territoires d’outre-mer du système exceptionnel du Sénégal. Selon les articles 80 et 82 de la Constitution, le citoyen d’outre-mer avait le droit de garder son statut personnel, islamique ou «coutumier», c’est-à-dire que les affaires de mariage, de filiation, et d’héritage pouvaient être réglées par un régime particulier au lieu du Code civil. En principe donc, la Constitution reconnaissait la diversité sociale et culturelle au sein de la citoyenneté française. Son préambule faisait référence aux «peuples et nations», au pluriel, de l’Union française, tout en affirmant que les territoires d’outre-mer, comme l’Algérie, faisaient partie de la République française.

Blaise DIAGNE, par la puissance symbolique de son élection du 10 mai 1914, en qualité de député et ses fonctions de Ministre, marié de surcroît à une femme blanche, à une période de grande montée de l’intolérance, comme encore aujourd’hui, a favorisé l’émergence d’une élite noire africaine qui préparera, quelques années plus tard, les indépendances africaines.

II – Blaise DIAGNE, premier député africain à l’Assemblée Nationale française

A - Une victoire hautement symbolique

N’Galandou DIOUF était un candidat sérieux, mais il faisait partie de cette catégorie d’Africains qu’on appelait «évolués», mais il manquait d’assurance. «La colonisation ce n’est pas seulement, un simple phénomène d’occupation territoriale, de domination et d’exploitation politique. Elle était surtout un puissant d’aliénation culturelle, et de négation culturelle historique», écrit Iba Der THIAM. L’école coloniale a développé un esprit de servilité, de dépendance, de servilité et d’irresponsabilité que l’estocade ne pouvait venir que de l’extérieur du pays. «On ne leur avait appris à mépriser leur propre race, à admettre son infériorité, qu’ils avaient fini par vouer une confiance toute relative aux capacités indigènes» dit THIAM. En revanche, Blaise DIAGNE a eu la chance de voyager, de commander des sujets Français ; il a appris à les jauger et à se libérer de tout complexe vis-à-vis d’eux. DIAGNE est un intellectuel et un tribun hors pair.

Blaise DIAGNE se présenta aux élections générales législatives de 1914 et fut élu le 10 mai 1914 au second tour de scrutin, par 2424 voix contre 2 249 à Henri HEIMBURGER, candidat de la famille de Justin DEVES, milieu d’affaires bordelais, sur 5231 votants. François CARPOT, député sortant, est venu en troisième position, n’avait obtenu que 472 voix. Justin DEVES conteste cette élection, au motif que Blaise DIAGNE serait un «indigène» et non un citoyen français. François CARPOT estime aussi que Blaise DIAGNE est un candidat indigène, puisqu’il a reçu l’appui des marabouts. La Commission électorale refuse de proclamer le résultat de l’élection, et c’est l’assemblée nationale qui tranchera le 7 juillet 1914.

Le premier député noir à siéger dans une assemblée française fut Jean-Baptiste BELLEY, esclave affranchi grâce à ses services dans l’Armée pendant la Guerre d’Indépendance américaine ; il fut élu représentant Saint-Domingue, le 24 septembre 1793, sous le Directoire. En 1914, Blaise DIAGNE est élu en même temps qu’un martiniquais, Henri LEMERY (1874-1972) qui a été député de 1914 à 1919, puis sénateur de 1920 à 1940, et nommé Sous-secrétaire d’Etat à plusieurs postes ministériels par Georges CLEMENCEAU entre 1917 et 1920. Par conséquent, Blaise DIAGNE est bien le premier député africain noir à être élu à l’Assemblée Nationale française. Le caractère symbolique de cette victoire tient au fait qu’au départ, Blaise DIAGNE, un Noir, inconnu du grand public a pu, en pleine période coloniale, vaincre les candidats appuyés par l’administration coloniale et les commerçants bordelais. Blaise DIAGNE, faut-il le rappeler, a également été le premier Africain à accéder à des fonctions importantes au sein de la franc-maçonnerie française qui a joué un rôle important dans son ascension politique. En effet, il a été initié le 21 septembre 1898, dans la loge de l’Amitié du Grand Orient à Saint-Denis de la Réunion, et a accédé à la maîtrise en 1901. En 1922, il est le premier Noir à accéder au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. La première loge maçonnique créée à Saint-Louis du Sénégal, date de 1781, mais elle était réservée aux Blancs qui étaient souvent des militaires ou des commerçants. Il existe depuis 1977, à Dakar, une loge maçonnique du Grand Orient dénommée «Blaise DIAGNE» à l’adresse BP 570 ; elle tient des réunions les 2ème mardi et 4ème jeudi de chaque mois.

B - La victoire de l’habilité politique

Blaise DIAGNE a du sens et du flair politique. Il a compris très tôt que le chemin de la victoire passera par la conquête des voix des Noirs, mais pour gagner cette bataille, il fallait d’abord s’attaquer aux préjugés les plus tenaces. Il a su convaincre les populations locales, souvent analphabètes, qu’il avait le profil du poste ; il savait lire, écrire, et il ne manquait ni de courage, ni d’intelligence. Il a testé cette stratégie à Paris, Lyon et Lille. Blaise DIAGNE ayant quitté le Sénégal, depuis 1898, il a su observer attentivement le terrain politique que constitue le territoire du Sénégal, à travers des enquêtes, des investigations, afin d’en dégager les composantes, les vœux, les frustrations, les espoirs et les attentes des électeurs, en esquissant des solutions (accès à la citoyenneté française pour les militaires nés hors des 4 communes, instruction primaire obligatoire, repos hebdomadaire et assurance sociale, réduction des tarifs de douanes, ériger certaines villes (Thiès, Tivaoune, Kaolack et Ziguinchor) en communes de plein exercice, etc.). Pour cela, il a envoyé, en éclaireur, François POUYE, pour rechercher des appuis dans la presse et auprès des forces politiques. En effet, la victoire de Blaise DIAGNE est celle de l’habilité politique car il a su, par une force de caractère inégalée, surmonter toutes les attaques personnelles, injures et calomnies, menaces ou tentatives de corruption. Blaise DIAGNE a su rassurer le colonisateur qui a toujours écarté les Noirs des postes clés de la vie politiques, les reléguant aux emplois subalternes. Les compagnies bordelaise et marseillaise se méfient également du personnel politique noir. Il a été remarquable tacticien qui a rassuré Européens et donné de l’espoir aux Africains, et a surfé sur les divisions des groupes antagoniques, notamment la communauté des Métis. L’histoire politique de cette époque est sous-entendue par un jeu complexe d’intérêts, et Blaise DIAGNE, dans sa profession de foi, a su capter les aspirations du moment de chacune des communautés. Aux Européens, Blaise DIAGNE martèle qu’il a «des idées saines basées sur une évolution rationnelle, et non sur une révolution brutale». Il leur fait comprendre qu’il a reçu une éducation à l’occidentale, et a un passé de fonctionnaire français des douanes, bref, c’est un assimilé. Aux Africains, Blaise DIAGNE joue sur la corde sensible ; il est un des leurs, la solidarité africaine doit jouer à fond et d’autant plus, leur dit-il «avec vos pères, mères, vos sœurs et vos frères, nous partageons les même injustices, les mêmes aspirations vers un meilleur sort». Face à la politique assimilationniste du colonisateur, il a défendu la liberté de conscience coranique et réclamé la création de communes de plein exercice.

Blaise DIAGNE a gagné les élections de 1914 en raison, également, d’un concours de circonstances. Tout d’abord, en fin stratège, il a envoyé, en 1913, son ami François POUYE faire une reconnaissance des lieux et estimer ses chances de succès en 1914. POUYE fait savoir à Blaise DIAGNE que le climat d’insatisfaction générale pourrait tourner en faveur d’un outsider habile. En effet, les originaires de quatre communes étaient excédés de l’impuissance des chefs locaux et des conflits entre les grandes familles influentes (MANSART, MASSON, DEVES). Les citoyens sont surtout excédés par l’absentéisme de François CARPOT (Saint-Louis 11 mai 1862 – 4 novembre 1936 Asnières Hauts-de-Seine), député de l’époque qui voulait briguer un quatrième mandat. En effet, François CARPOT, député du Sénégal, avait été réélu de justesse pour le troisième mandat du 8 mai 1910.

Ensuite, les adversaires de Blaise DIAGNE l’ont sous-estimé pensant qu’il n’avait aucune chance de succès. Il faut mentionner que Blaise DIAGNE était absent du Sénégal depuis 1892, soit plus de 22 ans, et y était presque inconnu. Pour lutter contre son statut de «candidat marginal», Blaise DIAGNE en homme instruit, intelligent et particulièrement tenace, a su mener une campagne de proximité, dont s’inspirera par la suite Léopold Sédar SENGHOR contre Lamine GUEYE. En effet, dès son retour au Sénégal, Blaise DIAGNE alla présenter ses hommages aux notables Lébous ; il eût un long entretien avec le grand marabout Assane N’DOYE qui le présenta à sa communauté comme étant un fils du Sénégal. Par ailleurs, Blaise DIAGNE est allé rendre visite à N’Galandou DIOUF, conseiller général, et il est apparu au cours des échanges que la meilleure stratégie pour affaiblir CARPOT à Saint-Louis était de gagner le soutien des «Jeunes Sénégalais» qui sont dirigés par Lamine GUEYE, qui deviendra plus tard Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal indépendant.

Blaise DIAGNE n’a pas négligé de rechercher l’appui des habitants de la commune de Gorée, sa ville natale, et c’est grâce à son ami Jules SERGENT qu’il a pu rallier de nombreux colons et commerçants, disposant ainsi d’un trésor de guerre pour financer sa campagne électorale. Ajoutons à cela, que Blaise DIAGNE n’a pas négligé d’organiser de nombreux rassemblements, partout où des électeurs étaient susceptibles de se trouver. A cette occasion, il utilisa le chemin de fer et s’arrêta à toutes les gares. Mais en certaines occasions, la campagne fut violente. Ainsi, un métis, Guillaume CARDEAU, lui administra, le 12 avril 1914, une retentissante gifle, en plein meeting, à Rufisque. Il riposta, naturellement. Les Européens ne prenaient pas au sérieux la candidature de DIAGNE, et l’ont donc sous-estimé. Au premier tour, le 26 avril 1914, il y avait neuf candidats au premier tour, mais François CARPOT était usé, Fernand MARSOT n’avait pas le soutien des Bordelais. Blaise DIAGNE arrive en tête de ce premier tour avec 1910 voix, CARPOT n’aura recueilli que 671 voix. A Dakar, à Rufisque et à Gorée, il a écrasé ses adversaires. En revanche, ses résultats sont médiocres à Saint-Louis, faute d’un soutien enthousiaste des amis de Lamine GUEYE, et à cause d’une population conservatrice, à cause de l’influence du clan de Justin DEVES. Mais les conservateurs avaient une vision passéiste et figée du Sénégal. Cette nouvelle qui sonne, comme l’alternance politique de l’année 2000, fait l’effet d’une bombe dans la colonie du Sénégal ; le Ministre des Colonies demande une explication ; les Blancs et les Créoles tentent, pour le deuxième tour de «sauver les meubles» autour de la candidature d’Henri HEIMBURGER. La campagne électorale du deuxième tour est particulièrement violente et agressive. «Prenez garde, le nègre bouge, il lève» écrit, auparavant, le 21 février 1914, Le Petit Sénégalais. Les candidats doivent compter, désormais sur la compréhension, et non sur la cupidité, de l’indigène en lui glissant un petit billet. Sentant le danger, tous les adversaires de Blaise DIAGNE se désistent en faveur de François CARPOT, pour le 2ème tour. Le maire de Dakar de l’époque, Emile MASSON, profère des menaces : l’électricité et l’eau seront coupées pour les Africains qui voteront DIAGNE : «Le Sénégal est perdu d’avance, Messieurs, si ce nom de Dieu de nègre, passe nous sommes obligés de boucler nos valises» dit le maire de Dakar. Blaise DIAGNE, un catholique et franc-maçon, est accusé d’être un fanatique religieux, un hypocrite et surtout un démagogue cherchant à attiser les tensions raciales dans la paisible colonie du Sénégal. «Le suffrage universel a commencé de parler, librement, au milieu du plus grand calme. Douze cent voix de majorité nous assurent,  au 10 mai, la certitude d’une brillante victoire, au nom de l’équité de la justice et de la fraternité démocratiques» écrit Blaise DIAGNE, à l’issue de ce premier tour, le 28 avril 1914.

Ce premier tour du 26 avril 1914, a créé une dynamique, pour la victoire de Blaise DIAGNE, qui n’allait pas s’inverser. Là aussi, sentant le sens du vent, Blaise DIAGNE mène une campagne d’une grande finesse ; il abandonne l’équilibrisme du premier tour et devient le défenseur du petit peuple longtemps opprimé et réclame la suppression de la contribution du Sénégal au budget de l’Afrique de l’Ouest. En bon communicateur, Blaise DIAGNE ne s’est pas intimidé par les menaces et les calomnies, il a intensifié sa campagne de proximité ; il veut rassembler et rassurer les camps opposés : «Je suis Noir, ma femme est Blanche, mes enfants sont métis, quelle garantie de mon intérêt à représenter toute la population !» dit DIAGNE. Et, il ajoute : «J’adresse mes remerciements à tous : Européens, Mûlatres, et Noirs, et même ceux qui n’ont pas voté pour moi» dit-il. Il ne fustige pas les Saint-Louis, mais leur tend la main : «Laissez-moi aller à la Chambre. Je serai député pour tout le monde. J’entendrai la voix de ma mère, Patrie, je la soutiendrai et viendrai à son secours. Ce sera une politique de réconciliation, il n’y aura plus de couleur». 

Par ailleurs, il a continué de s’appuyer sur les jeunes, les notables et le pouvoir religieux. C’est ainsi que Cheikh Amadou Bamba et son frère Cheikh Anta M’BACKE ont largement financé sa campagne électorale. Alors qu’il était fonctionnaire des douanes, Blaise DIAGNE a rencontré Cheikh Ahmadou Bamba lors de l’exil de ce dernier au Gabon. En bon communicateur, non seulement il s’est assuré du soutien de certains petits commerçants, il a surtout recherché et obtenu que le journal par l’un de ces commerçants, Jean d’ARAMY d’OXOBY, dénommé La Démocratie, puisse relayer toutes les idées de sa campagne électorale particulièrement disputée.

Le résultat du deuxième tour est sans appel, Blaise DIAGNE fut élu, avec 2424 voix, (HEIMBURGER, 2249 voix et CARPOT, 472 voix), le 10 mai 1914, premier député africain à l’Assemblée Nationale française. «C’est une Révolution, une rupture avec un ordre ancien, un changement profond et inattendu» écrit Iba Der THIAM, à la page 1597 de sa thèse. C’est la consternation et la stupeur chez les Européens. Pour les coloniaux, c’est la victoire de «Ouolofs ignorants et paresseux, étendus de longues heures, dans le sable, à fumer et à cracher. Ce sont des Noirs illettrés, fanatiques et ignorants.», écrit l’A.O.F. du 16 mai 1914. Blaise DIAGNE se présenta aux élections législatives de 1919, comme candidat «Républicain socialiste indépendant» et fut réélu le 30 novembre 1919, par 7444 voix contre 1252 à François CARPOT, sur 8867 votants. Il fut réélu le 11 mai 1924 par 6 133 voix contre 1 891, à son unique concurrent, Paul DEFFERRE, avocat européen à Dakar, père de Gaston DEFFERRE qui a été maire de Marseille et futur Ministre de l’Intérieur sous François MITTERRAND. DIAGNE fut réélu le 22 avril 1928 par 5 175 voix contre 4 396 voix à N’Galandou DIOUF «indépendant», un de ses anciens lieutenants qui lui succédera en 1934, sur 9 911 votants. Blaise DIAGNE fut réélu le 1er mai 1932, par 7 250 voix contre 3 875 à N’Galandou DIOUF, sur 12 031 votants.

III – Blaise DIAGNE et la postérité

Le bilan de Blaise DIAGNE est contrasté : pour certains aspects il a déçu, par d’autres il mérite qu’on lui témoigne de la considération et du respect.

A Les critiques concernant la levée des troupes et le travail forcé

Passé le temps de l’aspect symbolique de la victoire du 10 mai 1914, aux éloges ont succédé les critiques quand, en janvier 1918, Georges CLEMENCEAU a désigné Blaise DIAGNE, Commissaire de la République de l’Ouest africain, pour diriger une mission en Afrique afin de recruter des soldats indigènes. Le 11 octobre 1918, Blaise DIAGNE fut nommé «Chargé du contrôle des militaires d’origine coloniale et des militaires et des travailleurs originaires des possessions africaines dépendant du Ministère des Colonies». Précisons qu’avec l’appui de Blaise DIAGNE, 80 000 tirailleurs sénégalais, qui sont en fait des originaires de l’Afrique Occidentale française, ont été mobilisés.

Blaise DIAGNE ne s’est pas opposé au travail forcé dans les colonies ; il a même tenté de l’occulter ou de le justifier. En effet, il a été membre de la délégation à la conférence du Bureau International du Travail sur le travail forcé en Suisse. Le 25 juin 1930, à Genève, au nom de la France, il a déclaré : «Moi, Noir, d’accord avec la France au nom de laquelle je parle à l’heure actuelle, nous sommes pour la suppression de cette plaie sociale dont souffrent les races à l’une desquelles j’appartiens». Cette déclaration n’a pas paru sincère dans le contexte de l’époque, puisqu’en 1920, le Ministre des Colonies, Albert SARRAUT établit un plan de mise en valeur des colonies, dont l’une des pièces maîtresse était justement le travail forcé. Blaise DIAGNE a même approuvé, explicitement ce recours au travail forcé, le 23 novembre 1927 en ces termes : «l’Administration n’a pas l’habitude, en Afrique Occidentale, de recruter la main-d’œuvre pour les entreprises privées». Le recours au travail forcé, notamment pour la construction des routes et chemins de fer ou dans les plantations des Européens, est difficile à nier pendant cette période. Le recours au travail forcé ne sera supprimé qu’en 1946 avec la loi Houphouët-Boigny. Le travail forcé pouvait prendre diverses formes : la réquisition, la prestation c’est-à-dire un nombre définis de jours de travail pour les chantiers publics, la main-d’œuvre pénale, c’est-à-dire l’utilisation de prisonniers, ou l’obligation de cultiver, les Africains étant considérés par le colonisateurs comme indolents et imprévoyants. André GIDE a violemment dénoncé le travail forcé, ainsi que le colonialisme, à travers son roman «Voyage au Congo» paru en 1927. Une autre source de mécontentement Blaise DIAGNE est nommée en 1921, Président de la Commission sur les Colonies, et négocie avec les riches commerçants bordelais qui lui étaient particulièrement hostiles à ses débuts. Une opposition composée de jeunes africains a même essayé de faire battre, sans succès, Blaise DIAGNE aux élections de 1918. Lamine GUEYE qui a pourtant bénéficié de l’aide de Blaise DIAGNE, se révolte contre son maître et pousse Paul DEFFERRE à se présenter aux élections de 1928.

Cet affairisme, ces nominations, ainsi que la justification du travail forcé, ont déclenché de violentes attaques des adversaires de Blaise DIAGNE notamment dans son rôle de mobilisation des tirailleurs sénégalais. Il a été qualifié de «judas africain», et même de «Judas nègre». Le gouverneur de l’Afrique Occidentale française de l’époque, Joost Van VOLLENHOVEN, en protestation contre cette politique de Blaise DIAGNE, démissionne de son poste et prend la tête d’un bataillon ; il sera tué le 20 juillet 1918, lors d’un affrontement avec l’ennemi. Certains commentateurs estiment que l’espoir né de l’élection de 1914 a été trahi. Dans une série d’articles entre août et décembre 1919, signé sous le pseudonyme de Féan de Médina, Blaise DIAGNE est qualifié de «Soviet africain». Une autre revue parle de «Roitelet noir» et sa troupe servile ; les Annales Coloniales du 30 septembre 1919 s’insurgent contre «l’absurde entreprise de fabrication coloniale des citoyens français», ainsi que les arrières pensées électoralistes de Blaise DIAGNE.

B  - Blaise DIAGNE, le frondeur, panafricaniste et antiraciste

Blaise DIAGNE, par l’élection de 1914 qui a été un séisme politique, avait fait naître un immense espoir au Sénégal et dans tout le continent africain ; mais il n’a pas pu incarner totalement et durablement cette formidable espérance. En s’alliant aux puissants groupes bordelais, et en menant une politique intégrationniste dans ses fonctions ministérielles, il a terriblement déçu ses compatriotes africains qui voyaient en lui un symbole du réveil de la conscience noire. En fait, il était profondément attaché à la France, et il était à ce titre un assimilationniste, alors que la population commençait à rêver d’indépendance ou d’autonomie.

En dépit des critiques qui ont été formulées et qui sont souvent justes, la personnalité de Blaise DIAGNE est complexe et ambivalente. Certains aspects de sa personnalité ou de sa politique peuvent susciter l’admiration ou la sympathie. Tout d’abord, il est un symbole et un briseur de tabou dans une France conservatrice en accédant aux fonctions de député et de ministre, et en se mariant à une jeune femme blanche à une époque où les idées de la pureté de la race blanche étaient dominantes. Ensuite, Blaise DIAGNE est un frondeur, un redresseur de torts, un défenseur des droits, même quand il était fonctionnaire, son appartenance à la franc-maçonnerie qui milite pour l’égalité et la solidarité y est pour quelque chose. Par ailleurs, les originaires des quatre communes en reconduisant jusqu’à sa mort Blaise DIAGNE dans ses fonctions de député, ont dans une large part, reconnu la compétence de cet homme politique hors du commun. En 1915, Blaise DIAGNE réussit à faire voter une loi conférant la nationalité française aux Sénégalais issus des quatre communes, notamment pour ceux qui en étaient originaires et incorporés dans les troupes coloniales, sans bénéficier des mêmes avantages que les troupes françaises. Au début des années 30, en pleine dépression, Blaise DIAGNE avait mené la «bataille de l’arachide», en usant de toute son influence politique et en mobilisant tous ses réseaux, afin d’obtenir des subventions pour les paysans sénégalais en grande difficulté. C’est pendant cette bataille et au cours d’une visite en Afrique qu’il a ressenti un malaise et sera évacué en France pour décéder en 1934.

Blaise DIAGNE a ouvert la voie pour une carrière politique à toute l’intelligentsia africaine qui était, en bonne partie, reléguée à des postes obscurs. En effet, la victoire de Blaise DIAGNE en devenant premier député africain et premier africain à accéder aux fonctions ministérielles est assimilable à la victoire de Barack OBAMA, premier Président noir des Etats-Unis.  En effet, du 26 janvier 1931 au 19 février 1932, Blaise DIAGNE fut Sous-secrétaire d’Etat au Ministère des Colonies, au sein de trois cabinets successifs présidés par Pierre LAVAL et Paul REYNAUD, comme Ministre des Colonies. Il reçoit chez lui, un jeune sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, qu’il considère comme étant son correspondant à Paris et qu’il amène à l’occasion de ses randonnées en famille. Défendant, à la fois les intérêts des Africains, tout en étant très favorable à la colonisation, la carrière de Blaise DIAGNE permet de mieux comprendre le positionnement de SENGHOR et HOUPHOUET-BOIGNY lors des indépendances en 1960. Par son style, Blaise DIAGNE a indiqué à la voie à suivre pour toute une génération de cadres politiques : N’Galandou DIOUF deviendra député en 1934, Lamine GUEYE, président de l’Assemblée Nationale en 1960. La plus part des chefs d’Etat africains, à l’Indépendance, étaient souvent députés à l’Assemblée Nationale française.

Pendant sa carrière de fonctionnaire, il a été le défenseur ardent des persécutés ; quand, il remarquait des injustices, il lui est arrivé d’intervenir pour la défense de l’égalité des droits, parfois contre des puissants colons, comme Joseph GALLIENI, gouverneur général du Madagascar. C’est pour cela qu’il a changé six fois d’affectation quand il était fonctionnaire. En raison de son intransigeance dans la défense des droits, il fut suspendu en 1898, pendant deux mois, pour «insubordination». On peut donc dire que Blaise DIAGNE était vrai un Républicain. Il faut rappeler que certains milieux extrémistes en France n’ont jamais apprécié, à cette époque, qu’un Noir, colonisé, accède à des fonctions ministérielles et se marie à une Blanche. En Afrique, certains musulmans, animistes et chrétiens intolérants n’ont pas non plus pardonné à Blaise DIAGNE de devenir un franc-maçon. C’est pour toutes ces raisons que Blaise DIAGNE a toujours lutté contre toutes les formes de discriminations.

Blaise DIAGNE a défendu, en particulier, le boxeur sénégalais Amadou M’Barick FALL dit Battling SIKI (1897-1925), premier champion du monde africain. En effet, en 1922, Blaise DIAGNE a fait une déclaration à l’Assemblée Nationale française quand Battling SIKKI a été dépossédé, injustement, de son titre après sa victoire, le 22 septembre 1922, sur Georges CARPENTIER, idole des Français. Battling SIKI a gagné par KO, mais l’arbitre l’a déclaré perdant ; sous les huées de la foule, l’arbitre a été obligé de réviser sa position. L’entraîneur de CARPENTIER fait appel de cette décision. Blaise DIAGNE, dans son intervention mentionne : «Si je m’exprime, c’est pour que ce genre de choses ne se reproduisent pas à l’avenir. Il est inconcevable qu’on ait privé SIKI de sa victoire, simplement parce qu’il est noir». Le titre de champion du monde mi-lourd sera redonné à Battling SIKI, à la suite de cette intervention.

En 1919, à Paris, deux touristes américains blancs font expulser deux officiers africains d’un bus ; ils ne comprennent pas que la ségrégation raciale ne soit pas appliquée en France. Blaise DIAGNE proteste énergiquement au Parlement contre cet incident ; le Président Raymond POINCARE a été contraint de préciser que la discrimination raciale ne faisait pas partie de la politique française.

Tout en étant très attaché à la France, Blaise DIAGNE a été un panafricaniste de première heure, avec certaines nuances. En effet, il a favorisé la tenue de deux congrès du panafricanisme et a convaincu Georges CLEMENCEAU pour que Paris accueille le premier congrès panafricain qui a eu lieu du 19 au 22 février 1922, à Montrouge dans la banlieue parisienne. Mais Blaise DIAGNE avait une forte méfiance à l’égard de Web DU BOIS et Marcus GARVEY qui prônaient le retour des Noirs en Afrique. Blaise DIAGNE a déclaré à l’occasion de cette rencontre : «Nous, Africains de France, nous avons choisi de rester Français, puisque la France nous a donné la liberté et qu’elle nous accepte sans réserves comme citoyens égaux à ses citoyens d’origine européenne. Aucune propagande, aucune influence de la part des Noirs ou de Blancs ne peut nous empêcher d’avoir le sentiment que la France est capable de travailler pour l’avancement de la race noire». Par ailleurs, Blaise DIAGNE a participé au deuxième congrès international panafricain qui s’est tenu en septembre 1921 à Bruxelles. L’annonce de ce congrés «avait été accueillie sinon par des clameurs d’indignation, du moins avec un certain émoi » écrit Blaise DIAGNE. Pourtant cette rencontre réaffirme que «l’égalité absolue des races au triple point de vue physique, politique et social, est la pierre d’achoppement de la paix mondiale et du progrès humain».  

Blaise DIAGNE participa activement aux travaux de l’Assemblée Nationale. Il dépose une proposition de loi tendant à la révision du tarif douanier applicable aux graines et fruits oléagineux en 1932 et participe à la discussion du projet de loi ayant le même objet en 1933. Il déposa une proposition de loi concernant les pensions attribuées aux originaires des communes de plein exercice du Sénégal, et une autre tendant à modifier certains articles du Code Civil en faveur des pupilles de la Nation. Il fut chargé de rapporter divers projets de loi concernant les colonies. Il prit part à de nombreux débats, notamment à ceux ayant trait aux problèmes militaires et fit une intervention remarquée lors d’une interpellation sur les injustices et les crimes commis aux colonies et au préjudice des Africains. Il dépose deux propositions de résolutions tendant à inviter le gouvernement à augmenter le nombre des médecins de troupes coloniales et à adapter leur statut à leurs lourdes tâches. Par le biais des obligations militaires, il se battit pour obtenir des droits politiques en faveur des Africains.

En raison de l’engagement de Blaise DIAGNE pour la République, le Président du Conseil Fernand BOUISSON prononça son éloge funèbre, à la séance publique du 15 mai 1934, en ces termes : «Il parlait notre langue avec un art que beaucoup ici lui enviaient. Il avait 42 ans quand, en 1914 ; il devint l’élu de ses concitoyens du Sénégal», berceau de la France Républicaine» dit-il. Il poursuit : «Son action s’est poursuivie pendant 20 ans, malgré bien des difficultés, bien des obstacles, à travers la guerre, à travers la crise qui a durement frappé l’économie africaine. Sa curiosité, servie par une intelligence singulièrement vive, s’étendait, s’élargissait sans cesse. Tant de dons expliquent que DIAGNE ait été nommé «Sous-secrétaire d’Etat». Pour la première fois, un représentant indigène de nos possessions lointaines faisait partie du gouvernement de ce pays. L’histoire retiendra cet événement chargé de sens». Si vous passez devant la tombe de Blaise DIAGNE à Soumbédioune, à Dakar, n’oubliez pas de rendre hommage à cet illustre fils du Sénégal.

Bibliographie sommaire

1 – Contribution de Blaise DIAGNE

DIAGNE (Blaise), Discours de clôture devant l’assemblée de 1922 du Grand Orient de France, Paris, Grand Orient de France, Secrétariat Général du Grand Orient de France, 1922, 11 pages ;

DIAGNE (Blaise), Choix de lettres et de discours, Dakar, NEA, SONAORESS, éditions Trois fleuves, 1974, 137 pages ;

DIAGNE (Blaise), «Intervention du 13 juin 1930 à la conférence internationale sur le travail, à Genève», Sénégal et dépendances, juin 1930, pages 127-128.

2 – Critiques de Blaise DIAGNE

Anonyme, «Diagne a été diffamé, le recrutement noir n’est pas en cause», Les Annales Coloniales, n°138, 25 novembre 1924, page 1 ;

BENOT (Yves), Les députés africains au Palais Bourbon, de 1914 à 1958, Paris, Editions Chaka, 1989, 190 pages, spéc pages 11 à 32 ;

BOUISSON (Fernand), «Eloge funèbre de Blaise Diagne», L’Echo d’Alger, n°8685 du 16 mai 1934, page 1 ;

COQUERY-VIDROVITCH (Catherine), «Nationalité et citoyenneté en Afrique Occidentale française : originaires et citoyens dans le Sénégal colonial», Journal of African History, 2001 (42), pages 285-305 ;

CROS (Charles), La parole est à M. Blaise DIAGNE, Paris, éditions Maison du Livre, 1972, 136 pages ;

DEBRE (Jean-Louis), Les Oubliés de la République, Paris, Fayard, 2008, 317 pages, spéc, pages 113 à 129 ;

DIENG (Amady Aly), Blaise DIAGNE, député noir de l’Afrique, Paris-Dakar, Chaka, 1990, 187 pages ;

FAYET (Charles, J), Travail et colonisation, esclavage et travail obligatoire, préface de Blaise DIAGNE, Paris, LGDJ, 1931, 285 pages ;

FULIGNY (Bruno), La Chambre ardente : aventuriers, utopistes, excentriques du Palais Bourbon, Paris, les éditions de Paris, 2001, pages 99 et suivantes ;

GUEYE (Lamine), Itinéraire africaine, Paris, Présence Africaine, 1966, 243 pages, spéc pages 29 et suivantes ;

GUEYE (Lamine), De la situation politique des Sénégalais originaires des communes de plein exercice, telle qu’elle résulte des lois du 19 octobre 1915, 29 septembre 1916 : conséquences au point de vue du conflit des lois françaises et musulmanes en matière civile, Thèse droit, Paris, La vie universitaire, 1922, 104 pages ;

JOHNSON (G Wesley), «Ascendency of Blaise DIAGNE and the Beginning of African Politics», in AFRICA, 1966, (XXXVI), pages 235-252 ;

JOHNSON (G. Wesley), Naissance du Sénégal contemporain aux origines de la vie politique moderne, (1900 – 1920), Paris, Karthala, 1991, 297 pages ;

JOHNSON (G. Westley), «Commémoration du centenaire de la naissance de Blaise Diagne», Commémoration du centenaire de Blaise Diagne,  Dakar, IFAN, 1972, 95 pages, spéc, pages 57-95 ;

JOHNSON (G. Westley), «L’ascension de Blaise Diagne et le point de départ de la politique africaine au Sénégal», Notes Africaines, 1972, n°135, pages 73-86 ;

LEREDU (M. G), «Rapport sur l’élection du Sénégal» (validant l’élection de Blaise Diagne), Journal Officiel, chambre des députés, Débats, 7 juillet 1914, pages 2735-2737 ;

MANCHUELLE (Francis), «Métis et colons : la famille DEVES et l’émergence politique des Africains du Sénégal, 1881 – 1897», in Cahiers d’études africaines, 1984, vol. 24, n°96, pages 477-584 ;

SIGER (Carl), «Le congrès pan-noir», Mercure de France, 15 novembre 1921, pages 217-222 et Dépêche Coloniale du 9 septembre 1921 ;

THIAM (Doudou), La portée de la citoyenneté française dans les territoires d’Outre-mer, préface de Jean RIVERO, Paris, Société d’éditions africaines, 1953, 180 pages;

THIAM (Iba Der), L’évolution politique et syndicale du Sénégal colonial de 1840 à 1939, Paris, Thèse d’Etat sous la direction de Jean Dévisse, Sorbonne, 1983, 9 volumes, 5 179 pages, spéc le vol IV, «Révolution de 1914» pages 1231-1713, vol V, «Combats pour l’égalité» pages 1714-2057, et les vol VI, pages 2058-2581 et VII, pages 2597-3479 ; traitant de «l’affirmation politique et syndicale» ;

ZUCCARELLI (François), La vie politique sénégalaise – 1789 – 1940, Paris, Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Moderne, 1987, 157 pages, spéc pages 33 et suivantes.

Paris, le 15 novembre 2014 et actualisé le 25 mars 2018, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Blaise DIAGNE, député du Sénégal à l'Assemblée nationale française de 1914 à 1934.
Blaise DIAGNE, député du Sénégal à l'Assemblée nationale française de 1914 à 1934.
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Blaise DIAGNE, député du Sénégal à l'Assemblée nationale française de 1914 à 1934.
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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 21:11
Cet article a été publié dans www.ferloo.com du 4 juillet 2011 rubrique politique.
 
 
La vie du Président Senghor a été un véritable roman, digne d’une œuvre hollywoodienne ; il a été chef d’Etat, homme politique, poète, grammairien, chantre de la Négritude, militant de la francophonie, académicien, docteur honoris causa de 37 universités, ancien combattant et résistant, il a participé à la rédaction de la Constitution de la Vème République en France. Diplomate, député à l’Assemblée Nationale française, il fut Ministre sous la IVème République, sous le gouvernement d’Edgar FAURE. Premier Président d’un Sénégal indépendant en 1960, il a quitté volontairement le pouvoir en 1980.

 

Notre ambition n’est pas de survoler l’héritage de cet illustre personnage aux facettes multiples et particulièrement riches. La problématique générale de cette contribution se veut plus modeste, et est la suivante : dans quelle mesure le Président SENGHOR a-t-il contribué à la naissance et à la consolidation de l’idée de l’Etat dans notre pays ? Quels héritages nous a-t-il légués dans la construction de la Nation sénégalaise ? En particulier, en quoi le Président SENGHOR a-t-il été un visionnaire dans l’édification d’une République sénégalaise laïque, démocratique, pacifique, tolérante et rayonnante dans le monde ?

 

Il n’est pas inutile de rappeler, brièvement, qui était cet homme d’Etat, dont la vie se confond, à bien des égards, à l’histoire de son pays. Né à JOAL, dans la Petite Côte, non loin du Sine Saloum, au Sénégal, le 9 octobre 1906, SENGHOR a fait ses études à la mission catholique de NGAZOBIL, au collège Libermann et au cours d’enseignement secondaire de DAKAR, puis, à PARIS, au Lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Il est reçu à l’Agrégation de grammaire en 1935. Tout en enseignant les Lettres et la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935 à 1938), il suit les cours de Linguistique négro-africaine de Lilias HOMBURGER à l’Ecole pratique des hautes études et ceux de l’Institut d’ethnologie à PARIS. Nommé professeur au lycée Marcellin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, en 1938, il fut mobilisé en 1939 et fait prisonnier en juin 1940.

 

Réformé pour maladie en janvier 1942, il participe à la Résistance dans le Front National Universitaire. De 1944 jusqu’à l’indépendance du Sénégal, il occupe la chaire de Langues et Civilisations négro-africaines à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer. L’année 1945, marque le début de sa carrière politique, élu député du Sénégal à l’Assemblée Nationale française, il est, par la suite, constamment réélu en 1946, 1951 et 1956. Membre de l’Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe, il est, en outre, plusieurs fois délégué de la France à la conférence de l’UNESCO et à l’Assemblée Générale de l’ONU.

 

Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil, sous le cabinet d’Edgar FAURE entre le 23 février 1955 et le 24 janvier 1956, il devient maire de la ville de THIES, en novembre 1956. Ministre-Conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il fut élu le 1er Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960. Homme de culture, il a organisé le 1er festival mondial des Arts Nègres, en 1966. Réélu président de la République sénégalaise en 1963, 1968, 1973, en 1978, il se démet, volontairement, de ses fonctions, le 31 décembre 1980. Le Président SENGHOR est décédé le 20 décembre 2001, mais il nous a légué un solide héritage qu’il faut conserver et développer, en termes d’indépendance, de conception du pouvoir ou de la Nation sénégalaise.

 

I - La conception d’un Sénégal indépendant :

La liberté dans l’interdépendance

 

L’acte fondateur de la République fut, sans nul doute, le choix pour Léopold Senghor d’appeler à voter « oui » au référendum du 28 septembre 1958 organisé par la France.

Le Président SENGHOR a opté, dès le départ, pour un processus d’indépendance pacifique, des liens privilégiés avec la France, un solide amarrage dans le camp de la liberté, un socialisme démocratique, et maintien de l’unité de l’Afrique.

Cette vision prophétique a, pourtant, été sérieusement contestée, sur le plan interne par le Parti Africain de l’Indépendance, d’obédience communiste, et sur le plan externe, par le Président Sékou TOURE de la Guinée-Conakry.

 

La contestation sur le plan interne et fédéral

Différentes contestations de la conception Senghorienne de l’indépendance eurent lieu, tant au niveau de la Fédération du Mali, qu’au sein de la classe politique sénégalaise.

L’une, première secousse contre la conception Senghorienne de l’indépendance, fut tout d’abord, l’échec de la fédération du Mali. Le Président SENGHOR s’est toujours érigé contre la balkanisation de l’Afrique. Après le referendum de 1958 qui a été largement approuvé par le peuple sénégalais, en janvier 1959, le Sénégal et le Soudan, créent la Fédération du Mali, dont DAKAR devient la capitale. Le malien Modibo KEITA est le Président, Mamadou DIA, le Vice-président, et SENGHOR, le Président de l’Assemblée fédérale. En décembre 1959, le Mali demande et obtient l’indépendance. Le 4 avril 1960 sont signés les accords de transfert du pouvoir de la Fédération du Mali.

Le 19 juin 1960, à minuit, la Fédération du Mali est indépendante et les accords de coopération sont signés avec la France. Mais le 20 août 1960, le Sénégal se retire de la Fédération du Mali. Cet échec est lié aux différences de conception du pouvoir entre SENGHOR et Modibo KEITA, notamment la répartition des postes clés, et surtout le veto opposé de Modibo KEITA à la candidature de SENGHOR à la présidence de la Fédération. Le Président SENGHOR change de Constitution, choisit Mamadou DIA comme Chef de Gouvernement et Lamine GUEYE comme Président de l’Assemblée Nationale.

Sur le plan interne, la vision du Président SENGHOR a été fortement remise en cause par l’opposition communiste. En effet, avant l’indépendance, le Sénégal connaissait déjà le multipartisme et l’opposition avait contesté le referendum de 1958. Ainsi, à la Place actuelle de l’indépendance, le 26 août 1958, devant les porteurs de Pancartes du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I.) et du Parti du Rassemblement Africain (P.R.A.), le général de Gaulle avait déclaré « nous ne contraignons personne, nous demandons qu’on nous dise OUI ou qu’on nous dise NON, nous en tirerons les conséquences ».

Bien après cette échéance, les dirigeants communistes et leurs militants ont continué une mobilisation, parfois violente, autour des slogans comme « MOMSAREW », africanisation des cadres, unité des forces patriotiques. C’est ce contexte de tension que le 31 juillet 1960 eurent lieu les premières élections régionales et municipales sous l’indépendance. A cette occasion, le Parti Africain de l’Indépendance de Majhémout DIOP, qui représentait la gauche radicale, a fortement contesté, l’option de l’indépendance prise par le Président SENGHOR.

Des heurts ont eu lieu, notamment à Mbour, Thiès et surtout Saint-Louis, ville natale de Majhémout DIOP ; de nombreux décès ont été enrelinkgistrés. C’est en raison de ces troubles graves de l’ordre public que le P.A.I. a été interdit par un décret n°60-267 du 1er août 1960, son leader a été emprisonné pour un an. Le PAI a vécu dans la clandestinité de 1960 à 1976, date de l’instauration d’un multipartisme limité au Sénégal.

Le jugement de l’Histoire a été l’échec cuisant du PAI aux élections de 1983 et l’intégration de son dirigeant dans le jeu politique démocratique multi-partisan, tel que l’avait conçu le Président SENGHOR à l’aube de l’indépendance.

Il ne faut oublier que le Président SENGHOR a été également contesté par une partie de son camp. En effet, le referendum de 1958 a provoqué l’éclatement de l’Union Progressiste Sénégalaise entre l’aile radicale, les partisans du NON, c’est-à-dire les indépendantistes comme Abdoulaye LY, Assane SECK, et Amadou Makhtar MBOW qui ont fondé la section sénégalaise du Parti du Rassemblement Africain (PRA) et les partisans du OUI (SENGHOR et Mamadou DIA). Là aussi le peuple sénégalais a tranché, sans ambiguïté le 28 septembre 1958 par le OUI à 97,60% des voix contre 2,40% des voix pour le NON (PRA et PAI). Cependant, fidèle à lui-même, le Président SENGHOR a, par la suite, nommé M. Assane SECK, plusieurs fois à des portefeuilles ministériels (Culture de 1966 à 1968 ; Education nationale de 1968 à 1973 et 1978 à 1981 - Affaires Etrangères 1973 à 1978 ; Equipement 1981 à 1983 sous Abdou DIOUF).

M. Amadou Makhtar MBOW a été Ministre de l’Education Nationale (1966-1968), Ministre de la Culture et de la Jeunesse (1968-1970), Sous Directeur, puis Directeur Général, de l’UNESCO (1970-1987). M Abdoulaye LY, plus intransigeant, a fait la prison entre 1964 et 1965, mais il a fini par rallier le point de vue du Président SENGHOR, pour devenir Ministre de la Santé Publique et des Affaires Sociales entre 1966 et 1970.

 

La contestation externe : le cas guinéen

La contestation la plus énergique du choix du Président SENGHOR est venue d’un pays voisin : la Guinée de Sékou TOURE. M. TOURE, fondateur de la section guinéenne du Rassemblement Démocratique Africain, maire de Conakry, député à l’Assemblée Nationale française, syndicaliste, a toujours eu une phraséologie révolutionnaire. Le général de Gaulle est reçu avec une grande froideur en Guinée ; pire, une vieille dame soulève son pagne sur son passage et crache sur sa voiture.

M TOURE déclarera le 25 août 1958 « il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférerons la liberté dans la pauvreté, à la richesse dans l’esclavage ». Le général de Gaulle lui rétorque que « l’indépendance est à la disposition de la Guinée, mais que la France en tirera les conséquences ». De son retour à Paris, le général précisera « puisqu’ils veulent l’indépendance, eh bien qu’ils la prennent, mais ils n’auront plus un sou ». A la suite du NON du 28 septembre 1958, la Guinée deviendra indépendante le 2 octobre 1958.

Le Président Sékou TOURE s’en prend violemment au Président SENGHOR qui est qualifié, à longueur de journée sur les ondes de la radio guinéenne de « valet de l’impérialisme », de « laquais de l’impérialisme ».

Curieux hasard de l’histoire, ce fougueux, et soit disant intransigeant « révolutionnaire » qu’était Sékou TOURE est mort le 26 mars 1984, dans un hôpital du Cleveland, aux Etats-Unis, le pays du « grand satan ». Après une parenthèse militaire sanglante, la Guinée est revenu dans le camp de la liberté avec l’élection de Alpha CONDE, le 21 décembre 2010.

 

La victoire de la Liberté

La chute du communisme depuis les années 1990 et la victoire du camp de la Liberté, ont validé les thèses défendues dès l’indépendance par le Président SENGHOR. Même si le multipartisme n’est pas la démocratie, il existe toujours des raisons de se révolter contre l’injustice, ce système a connu depuis lors un vif succès en Afrique. Le Sénégal, grâce à cet héritage senghorien, a connu une alternance démocratique en 2000. Il est regrettable que M. WADE n’ait pas saisi cette opportunité pour se hisser au rang d’homme d’Etat et entrer dans l’Histoire.

Pour le Président SENGHOR, la Liberté est indissociable de la République, des idées de justice sociale, sans lesquelles elle n’est qu’un vain mot. En effet, pour le Président Senghor, l’indépendance pacifique conduit sur le long chemin en quête de la dignité, de l’égalité et de la fraternité ; c’est tout le sens qu’il avait voulu donner à son socialisme africain, en privilégiant l’éducation, un moyen d’assurer l’égalité des chances.

 

II - La conception du pouvoir :

une République irréprochable Le refus du pouvoir personnel

 

Un des points majeurs de l’héritage senghorien, c’est le refus du pouvoir personnel ; c’est l’idée que la République doit être diligentée par des règles de droit précises, tant au niveau du fonctionnement de l’Administration, que de la dévolution du pouvoir au sein de l’Etat. Dans ce contexte, le choix des hommes, pour conduire les destinées de l’Etat, doit être fait en fonction, non pas des affinités politiques, amicales ou familiales, mais des critères de compétences. Le Président SENGHOR avait choisi les agents plus qualifiés pour être au service de son cabinet. La République fonctionne à travers une série de règles de procédure, de rites, de symboles ; l’improvisation et le folklore sont bannis.

Le Président SENGHOR avait opté pour un pouvoir laïc débarrassé de toute allégeance servile et coûteuse aux chefs religieux. Dans sa conception du pouvoir, le Président SENGHOR avait établi des règles de compétences précises qui sont dévolues aux Ministres, aux autorités administratives et au Parlement

Il est remarquable de noter que le Président SENGHOR avait introduit une éthique, une probité dans la gestion des affaires de l’Etat qui a fait de lui la référence en matière de République irréprochable. En dépit de sa longévité au pouvoir, son nom n’a été mêlé à aucun scandale financier, personne n’a pu lui reprocher un enrichissement personnel. Encore, mieux, il a inculqué à ses Ministres et à l’Administration, le respect des règles sur les marchés publics ; ce qui nous fait cruellement défaut sous la gouvernance des libéraux.

Le Président SENGHOR a instauré dans un premier temps un régime parlementaire bicéphale, mais qui a conduit à la crise de décembre 1962, puis il expérimenté un régime présidentiel strict avec la suppression du poste de Premier Ministre entre 1962 et 1970, et a enfin établi un régime présidentiel déconcentré entre 1970 et 1980, avant de quitter volontairement le pouvoir.

 

La crise du 17 décembre 1962 : un régime parlementaire bicéphale - deux caïmans dans le même marigot

La première Constitution sénégalaise du 26 août 1960 avait instauré un régime parlementaire, avec un parti unique, du type de la IVème République. Le Président de la République, L. S. SENGHOR, élu par un collège restreint, pour 7 ans, n’avait que des pouvoirs honorifiques, comme ceux de la Reine de Grande-Bretagne. Le Premier Ministre, Mamadou DIA, investi par l’Assemblée Nationale était, en fait, l’homme fort du régime ; « il détermine et conduit la politique de la Nation » et proclame l’article 26 de la Constitution. Cette situation a bien fonctionné entre 1960 et 1962, en raison de la confiance qui régnait entre les deux hommes. Le 17 décembre 1962, Mamadou DIA est renversé par une motion de censure et sera emprisonné, pour « tentative de coup d’Etat » à Kédougou entre 1962 et 1974, avec 4 de ses compagnons, Ibrahima SARR, Joseph M’BAYE, Validiodio NDIAYE et Alioune SARR. Comment interpréter cette crise politique qui a fortement ébranlé pays et la conception Senghorienne du pouvoir ?

Officiellement, le Président SENGHOR avait reproché à Mamadou DIA de « pratiquer une politique de clan. L’appareil administratif était au service du parti dominant et non de la Nation ». La clause de « primauté du Parti » sur l’Etat n’avait pas de base constitutionnelle. En fait, les raisons de cette éviction du Président de Conseil sont ailleurs. Les sources de ce conflit sont à rechercher dans la façon dont DIA avait conduit les relations internationales et surtout sa démarche nationaliste, commençaient à inquiéter SENGHOR.

 

La conduite des relations internationales n’était pas fixée de façon précise. Il en résulte que c’est le Premier Ministre qui se rendait régulièrement à l’extérieur pour rencontrer les chefs d’Etat étrangers ; ce qui accentuait l’isolement du chef de l’Etat et créé ainsi une frustration et donc une tension latente au sein de l’exécutif. Quand on a deux caïmans dans le même marigot cela finit par faire des vagues.

 

La chute de Mamadou DIA est due, également, à son orientation, plus nationaliste que celle de SENGHOR. Le Président du Conseil souhaitait instaurer une politique de « bonne gouvernance » en envoyant en prison tous les Ministres convaincus de détournements de deniers publics, s’ils refusaient de rembourser. Par ailleurs et surtout, Mamadou DIA a affirmé qu’il se conduirait comme « partenaire loyal » de la France, voire un ami, mais qu’il n’a jamais accepté d’être, cependant, « un partenaire inconditionnel, encore moins, un agent de la France fermant les yeux sur les manquements aux engagements contractés ».

 

Mamadou DIA était partisan d’un « socialisme autogestionnaire » comme celui de TITO, et d’un « islam éclairé, moteur du développement ». Mamadou DIA se dit un militant opposé « à la vassalisation du Sénégal » à la France, et à partir de juillet 1961, il a entrepris de nombreux voyages, notamment en Yougoslavie et en Union Soviétique ; cette forme d’intransigeance a fortement déplu à la France. Le Président SENGHOR étant fortement hostile au communisme, n’a pas apprécié ces déplacements qui menaçaient sa vision des relations privilégiées avec la France. Le régime présidentiel strict 1962 - 1970 ou la période de « glaciation »,

La Constitution du 7 mars 1963 instaure un régime présidentiel monocéphale ; le poste de Premier Ministre est supprimé. Une bonne partie des libertés est abolie, avec de nombreuses arrestations et détentions arbitraires notamment entre 1962 et 1965 ; bref, le Sénégal aura vécu une période de « dédiaisation », de « glaciation ». Les partisans de Mamadou DIA sont évincés de l’Etat et une nouvelle garde Senghorienne et rajeunie monte au pouvoir. Le Président SENGHOR a les mains libres, et réussit même, le 14 juin 1966, à fusionner le parti du pouvoir l’UPS et le PRA en une seule entité. Réélu Président de la République en 1968, Senghor décrétera l’état d’urgence avec la grève des étudiants. Les différentes secousses cessent miraculeusement avec les cérémonies de funérailles de maître Lamine GUEYE, président de l’Assemblée Nationale, premier avocat africain. Lors de ses obsèques, le Président SENGHOR a salué la mémoire de celui qui « rassemblait, en sa personne, tous les dons : l’intelligence, l’aisance et la générosité, la culture et l’éloquence ».

La période de 1974 à 1981 : le dégel ou la période de renouveau avant le départ volontaire

En 1973, le SENGHOR, candidat unique à sa succession, se fait réélire pour la troisième fois, Président du Sénégal. Un multipartisme limité, avec le vote de la loi sur les courants, est instauré ; en dépit des critiques, c’est une période de renouveau démocratique. L’UPS devient le Parti Socialiste ; Abdoulaye WADE créé le Parti Démocratique Sénégalais, Majhémout DIOP rétablit le PAI et le professeur Cheikh Anta DIOP tente en vain de faire reconnaître l’Union pour le Renouveau Démocratique.

Ce multipartisme limité avait été précédé de la libération de Mamadou DIA et de tous les prisonniers politiques. C’est une clôture d’une page sombre de l’histoire politique du Sénégal que le Président SENGHOR dit avoir regretté en ces termes « Bien sûr, je le regrette, dit Léopold Sédar Senghor, vous savez il y a 17 ans que je suis avec Mamadou Dia. C’est moi qui l’ai découvert et qui l’ai poussé à franchir les étapes de la carrière politique l’une après l’autre. Je le regrette mais le régime de l’exécutif bicéphale, nous en avons fait l’expérience, est impossible. Que se passent - ils autour du président du conseil et du président de la république ?, des clans rivaux se forment auprès du président du conseil et du président de la république, qui cherchent à les dresser l’un contre l’autre et vous en voyez les conséquences ».

Le Président SENGHOR qui a cependant, le sens de l’histoire, après avoir remporté les élections présidentielles, législatives et municipales de 1978, démissionnera de ses fonctions le 31 décembre 1980, pour céder le pouvoir à son Premier Ministre, Abdou DIOP. Il est rare, hormis le cas de Nelson MANDELA, qu’un chef d’Etat africain quitte volontairement le pouvoir, surtout lorsqu’il est parfaite santé et à la suite d’une victoire électorale. Il est encore plus rare qu’il prépare minutieusement et pacifiquement sa succession. M. WADE s’est séparé de tous ses successeurs potentiels (Macky SALL et Idrissa SECK), son fils n’est pas légitime, dans une République à le succéder. Il serait bien inspiré de ne pas se représenter en 2012.

En définitive, dans sa conception du pouvoir, en dehors du cas du mauvais départ de 1962, le Président SENGHOR a légué au Sénégal une République laïque, démocratique et sociale, débarrassée de tout pouvoir personnel ou népotique. Ces caractéristiques d’un Etat moderne, avec une majorité qui gouverne et une minorité qui s’oppose suivant des règles précises, ont conféré à notre pays une grande stabilité et une paix sociale. Le choix après 2012, de l’opposition si elle remportait les élections présidentielles, c’est de consolider ce choix du président SENGHOR en instaurant un régime semi-présidentiel du type de la Vème République.

 

III - La conception de la Nation sénégalaise :

La République du respect et de la compréhension mutuelle

 

Le Président SENGHOR a été le fondateur de la Nation sénégalaise. La Nation est une communauté humaine ayant une conscience d’être unie par une identité historique, culturelle ou religieuse. La Nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète ; ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Je souscris entièrement à la définition qu’en donne Ernest RENAN, à savoir que la Nation « c’est le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ».

Le Sénégal étant à plus de 96% musulman, le Président SENGHOR, issu d’une minorité ethnique (les Sérères) et religieuse (les catholiques) a su préserver cet héritage du « vouloir vivre en commun », en négociant habilement et prudemment l’indépendance, en instaurant une paix sociale entre les différents groupes ethniques, en faisant fructifier l’héritage démocratique ancré dans ce peuple de longue date. En Afrique, bien des Etats qu’on pensait solides et stables comme la Côte-d’Ivoire, ont raté le virage de la construction nationale, et sont confrontés à des tensions ethniques graves. D’autres Etats, à défaut de disparaître, se sont empêtrés dans des conflits ethniques ou régionaux qui rendent le quotidien de la population très difficile.

 

Un des puissants leviers utilisés par le Président SENGHOR, dans la construction de la Nation sénégalaise, a été sans doute la place de l’éducation dans sa politique. Le Budget de l’Education Nationale, représentant plus du tiers de celui de l’Etat, a permis le brassage de personnes d’origines diverses, et favorisé la compréhension mutuelle. L’école a été des moteurs de l’intégration des différentes ethnies dans le moule de la Nation. Le choix de la langue française, comme langue officielle du pays, et la place que le Président SENGHOR accordait à la culture, ont contribué à une compréhension mutuelle et à l’édification d’une République du respect.

 

Le Président SENGHOR a lui – même donné l’exemple, à travers la composition de ses différentes équipes gouvernementales qui ont toujours reflété la diversité de la société sénégalaise. Certes, la question de la Casamance, et celle des contrées périphérique comme le Fouta et le Sénégal Oriental n’ont pas été résolues de façon satisfaisante. Cependant, la place de la décentralisation dans la construction nationale n’a pas, non plus, été négligeable. L’unité de l’Etat est préservée, mais chaque échelon local peut participer à la gestion des affaires.

 

Conclusion : Nous avons tous le devoir, quelque soit notre choix politique, préserver et consolider cet héritage que le Président SENGHOR a laissé au Sénégal et au continent africain, pour que vive la République.

 

Paris, le 4 août 2011

 

Par Amadou Bal BA, Paris 19ème

 

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