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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 14:37
Mme Christiane TAUBIRA, prend de la hauteur et répond aux attaques racistes en produisant un livre chez Flammarion. Baamadou.over-blog.fr

A tous ceux que les valeurs républicaines intéressent, je recommande ce livre à paraître le 5 mars 20
14, chez Flammarion, de 138 pages, de Mme TAUBIRA,intitulé "Paroles de liberté".
«C'est pour qui, la banane ? C'est pour la guenon !», c'est par cette injure, proférée à son encontre, le 25 mars 2013, à Angers, par une enfant dans le cadre d'une manifestation contre le mariage pour tous, que débute le dernier ouvrage de Christiane Taubira. Mme TAUBIRA n'évoque pas son expérience ministérielle, ne parle pas du Président ou du gouvernement. Mais elle livre sa réflexion, à travers la relation de sa trajectoire personnelle, sur le combat que livrent la République et la démocratie à « l'impensable » du racisme et des extrêmes. Tout à fait dans son style, très écrit et parsemé de citations d'Aretha Franklin, de Nina Simone ou de Juliette Gréco. « C'est son verbe, sa prose, indique son éditeur. C'est tellement elle... ».
En ces moments troublés, Mme TAUBIRA redonne du sens aux valeurs républicaines d'égalité et de fraternité. Elle administre la preuve, que loin d'être "une guenon", c'est une brillante femme d'esprit, comme le sont des millions de personnes dans ce pays, qui mériteraient du respect.
Paris le 1er mars 2014, par M. Amadou Bal BA -
Baamadou.over-blog.fr.

Ch Taubira AN

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 17:55
M. Jean-François COPE, soupçonné de surfacturation et de favoritisme au détriment de l'UMP.
Selon l'édition du journal Le Point, le SG de l'UMP, M. Copé, aurait favorisé, à hauteur de 8 millions, ses amis politiques (M. Guy ALVEZ, société Bygmalion), au détriment de la formation qu'il dirige, alors que celle-ci était en grande difficulté financière (un gouffre de plus de 10 millions d'€).
M. Copé a fait appel à la générosité du public pour combler le déficit de l'UMP.
L'UMP, comme les autres partis politiques, bénéficie, à juste titre, de fonds publics.
Tout en respectant la présomption d'innocence, qui est une règle fondamentale de notre droit, en tant que contribuable, nous sommes tous en droit de demander à M. Copé de donner des explications convaincantes sur ces accusations et de nous éclairer sur la transparence des comptes de son organisation politique.
Paris le 27 février 2014.
Baamadou.over-blog.fr
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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 18:42
Les Verts ou une participation sans soutien,
Nos amis les Verts ont choisi, depuis longtemps, tant au plan national que local, d'avoir un pied dedans et un pied dehors. "Ils cultivent, selon une expression du Premier Ministre, l'ambiguïté". Je me souviens, au conseil d'arrondissement du 19ème ardt, de 2001 à 2008, alors qu'ils avaient une délégation importante, l'urbanisme, le représentant des Verts, faisait des interventions non pas au nom de la majorité, mais à titre personnel. Les joutes avec les Verts étaient plus rudes que les débats avec la Droite. Avec leurs 2% aux présidentielles, les Verts ont obtenu, grâce aux Socialistes, une forte représentation, sans commune mesure avec leur représentativité, au Parlement, dans les instances locales et au gouvernement. "Un Ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne", suivant Jean-Pierre CHEVENEMENT.
Avec nos amis les Verts, j'ai comme parfois l'impression que le ver est dans le fruit.
Paris, le 24 février 2014.
Baamadou.over-blog.fr.
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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 12:14
Municipales de 2014 – Meeting avec M. Thomas LAURET, tête de liste socialiste dans le 16ème ardt de Paris - baamadou.over-blog.fr

Ce mardi 25 février 2014, à 18 heures 45, M. Thomas LAURTL-AH.jpgET a organisé un grand meeting, dans le XIVème ardt. M. LAURET fait partie de nouvelle vague de jeunes promus par la Gauche à Paris. Originaire de Montpellier, sa mère, une institutrice, est une grande féministe. Adolescent, Thomas a accompagné son père à un meeting avec Michel ROCARD. Venu étudier à Paris, Thomas qui travaille dans le secteur hospitalier, a été particulièrement affecté par le 21 avril 2002, avec l’élimination au 1er tour de la présidentielle par Lionel JOSPIN.
Thomas a été frappé par le repli sur soi cultivé par les dirigeants de la Droite parisienne, frileuse de tout et refusant la mixité sociale. La Droite du XVIème est contre tout et cultive la frilosité et le rejet de l’autre.
Thomas, séduit par les idées républicaines et envoûté par le concept de « ville bienveillante » développé par Anne HIDALGO, souhaite que le XVIème s’ouvre davantage à Paris, à travers le projet de Tramway, de rénovation de la Place Dauphine, d’un espace aménagé sur l’avenue Foch, et la construction de logements sociaux, la reconquête du bois de Boulogne, dans un environnement sain.
Etaient présents de nombreux militants du XVIème,
- Dominique VERSINI, co-fondatrice du Samu Social, Ministre sous Jacques CHIRAC et défenseur des droits de l’enfant
- Bariza KHIARI, sénatrice de Paris, qui a souligné que M. DELANOE a respecté son engagement de ne pas faire plus de 2 mandats. Le Maire de Paris a préparé sa succession et il a fait admettre que pour être Parisien, il n’est pas nécessaire d’y être né ; il faut aimer sa capitale.
- Jean-Luc MANO, élu depuis 1995, adjoint au maire en charge du logement et qui cède la place à Thomas LAURET.
J’étais curieux de savoir à quoi ressemblaient les militants socialistes des beaux quartiers. Thomas m’a rassuré : ils sont républicains et fortement engagés pour l’égalité et la fraternité. J’ai pu découvrir certains contacts de Facebook que je voyais pour la première fois, dont Yvonne Voninha, Richard Frau de Bakianin .Quel plaisir retrouver des amis perdus de vue depuis longtemps, dont Rabah HACHED, avocat.
Paris, le 25 février 2014 – baamadou.over-blog.fr
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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 12:11

20140225_112241.jpg

 

Martine-Durlach-2-couleur.jpg

 

J’ai appris, avec une grande tristesse, la disparition le 20 février 2014, à l’âge de 66 ans, de Martine DURLACH, secrétaire de la Fédération de Paris, membre du bureau national du Parti Communiste, conseillère de Paris entre 1995 et 2008, présidente du groupe communiste à la mairie de Paris, et élue dans le XIXème arrondissement.

 

Entre 2001 et 2008, au conseil d’arrondissement du XIXème arrondissement, j’ai pu apprécier le sens du tact, les valeurs humanistes et républicaines de Martine. Oui, dans ce pays, et les gens de coeur sont encore très largement majoritaires. Il faut le dire et le redire, il y a des gens engagés.  Mais, on a du mal parfois à dire aux gens qu’on aime et qu’on apprécie, en face et de leur vivant, qu’on les apprécie. Je ne comprends pas ce barrage psychologique. Les communistes, à Paris, sont restés des fidèles alliés aux socialistes. J’apprécie leur combativité et leur loyauté dans toutes ces batailles pour l’honneur de la République, avec les Socialistes.

 

Il se trouve que Martine, est restée, jusqu’en 2012, ma voisine de pallier, au 4ème étage de la rue des Annelets, à Paris dans le XIXème. A la veille de son déménagement, Martine a organisé un pot dans son appartement. Tous les voisins étaient présents, unanimement, pour célébrer son amabilité et son savoir-vivre. Martine était appréciée de tous ses voisins. Quand, on sait qu’on a souvent des tensions avec ses voisins, Martine a su rester un exemple de bien-vivre ensemble.

 

Quand Martine a déménagé, à la rue du Jourdain, dans le XXème arrondissement, à quelques centaines de mètres de chez moi, je continuerai à la voir, chaque week-end, avec Pierre LAURENT, Secrétaire national du PC, son mari Jean-François GAU, et son fils Alexis, à mon métro Jourdain, distribuer des tracts. Martine avait gardé le sourire et la combativité, et avait toujours un mot aimable.

 

La cérémonie des obsèques a eu lieu le mardi 25 février 2014, au cimetière de la rue d’Hauptoul, à Paris, dans le 19ème ardt.

 

Né à Paris, dans le 10ème ardt, Martine a grandi dans le 4ème ardt, mais c’est dans le 19ème ardt qu’elle est venue se fixer durablement. C’est en toute logique que la mairie de Paris et celle du 19ème ont rendu un hommage solennel à Martine empreint d’une grande émotion.

 

Bertrand DELANOE, sur le bord des larmes a évoqué les combats de cette femme exceptionnelle qu’était Martine. Il lui avait confié, à la mairie de Paris, la délégation de la politique de la ville. Quand sait qu’avant 2001, la Droite avait décidé de punir les arrondissements de l’Est parisien qui votaient à Gauche. Après 2008, Martine sera chargée de mission auprès de M. DELANOE en faveur des femmes en difficulté.

 

Jean-François GAU le mari de Martine a demandé à l’assistance de ne pas chercher à consoler l’inconsolable. La famille continuera à faire conserver et à développer son héritage humaniste.

 

Submergé par l’émotion, le Secrétaire national du PCF, Pierre LAURENT a exalté les combats menés par Martine, pour un Paris populaire et solidaire.

 

Son fils, Gabriel, du haut de ses 25 ans, sachant que sa mère était révoltée mais combative a fait ce serment «je ne lâcherai rien !».

 

Paris, le 26 février 2014 – baamadou.over-blog.fr

 

 

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 16:18
«Je m'oppose à la violence parce que lorsqu'elle semble engendrer le bien, le bien qui en résulte n'est que transition, tandis que le mal produit est permanent» dit GANDHI. «Rappelez-vous qu'à travers l'histoire il y eut des tyrans et des meurtriers qui pour un temps, semblèrent invincibles. Mais à la fin, ils sont toujours tombés. Toujours» ajoute-t-il. Mohandas Karamchand GANDHI, par sa pensée et son action sur l’histoire du XXème siècle, nous a laissé une empreinte profonde et indélébile. Dernier des grands saints de l’humanité depuis Confucius, Socrate, Jésus et Mohamet, GANDHI a été une figure marquante de ces temps modernes, tant par l’originalité, et parfois par l’incongruité de sa démarche, que par le message spirituel qu’il nous a délivré. Mort en martyr, le 30 janvier 1948, à la suite d’un attentat perpétré par un extrémiste hindou, GANDHI qui a cultivé le détachement, le don de soi, a été capable de mettre sa vie au service d’une idée universelle de l’homme fondée sur la tolérance, l’amour et la fraternité. Doté d’une patience infinie et d’une compassion sans limites, GANDHI rappelle le personnage de François d’Assise. Habité par un espoir infini, GANDHI est simple comme un enfant, doux et poli même avec ses adversaires, d’une sincérité immaculée, il est modeste et scrupuleux, mais d’une volonté inflexible. Les Indiens d’Afrique du Sud l’ont surnommé, pour la première fois, «Mahatma» ; ce qui signifie «la Grande Ame». En fait, ce mot, «Mahatma», remonte aux Upanishads, où il désigne l’Etre suprême et, par communion de connaissance et d’amour ceux qui s’unissent à lui.  Rabindranath TAGORE, prix Nobel de littérature de 1913, visitant en décembre 1922, son Ashram, une communauté fondée à Sabarmati, en Inde, par GANDHI, popularisa ce prénom de Mahatma. Mais le nom GANDHI peut signifier aussi «épicier».
Joseph John DOKE (1861-1913), un missionnaire baptiste anglais, a été le premier avoir, en 1909, rédigé une biographie sur GANDHI, alors qu’il séjournait encore en Afrique du Sud. M. DOKE a rencontré, pour la première fois, GANDHI en décembre 1907. DOKE est allé visiter le cabinet d’avocat de GANDHI, à Johannesburg, qu’il a trouvé passablement décoré et poussiéreux. Il y avait quelques affiches représentant une image du Christ et une photo d’Annie BESANT (1847-1933), une socialiste, féministe et partisane de l’indépendance de l’Inde et de l’Irlande. Joseph DOKE décrit GANDHI comme un homme de petite taille, de couleur foncée avec des yeux noirs, âgé de 38 ans, avec cheveux déjà grisonnants, mais son sourire radieux illumine son visage, et vous charme. GANDHI s’exprime dans un très bon anglais, et c’est un homme d’une grande culture. Joseph DOKE estime que GANDHI n’est pas un grand orateur, mais que sa voix douce et calme, dégage une remarquable intelligence. Il s’adresse, avant tout, à votre intellect et au cœur des hommes. La puissance de son discours vient, non seulement de sa simplicité, de sa clarté et des mots justes employés, mais aussi, et surtout, de sa capacité à vous convaincre. Dans la présentation de cette première biographie de GANDHI, sir Milton Ernest HALL pense que le combat mené par les Indiens en Afrique du Sud est juste et légitime. Si GANDHI est présenté par les colons blancs comme un simple agitateur et un délinquant violant les lois Sud-Africaines, sir HALL estime que Indiens, sous l’égide de GANDHI, ont la faculté, comme tout citoyen de l’Empire, de faire valoir leurs droits à la dignité et à la liberté de résider en Afrique du Sud.
GANDHI nous a légué un héritage intellectuel est à la fois vaste et souvent écrit en Gujrati et en anglais, et donc largement inconnu du public francophone. GANDHI a écrit de nombreuses lettres, non encore toutes exploitées, durant ses incarcérations ou déplacements, des articles dans des journaux en Afrique du Sud et en Inde. GANDHI est l’auteur de 25 ouvrages, dont sa biographie intitulée une «autobiographie ou mes expériences de vérité». Ce récit part de l’enfance et s’arrête à l’année 1920. Pour Romain ROLLAND, ce n’est pas une autobiographie au sens habituel, soit de narcissisme, soit d’exhibitionnisme moral : «c’est un livre d’action, et pour l’action. Il devrait être le bréviaire de tous les hommes d’action. Chacun trouvera ici une richesse incalculable d’enseignements par le fait, pour agir, sur soi et sur les autres, sur les individus et sur les peuples». Le livre entier, la vie entière de GANDHI, est une chaîne logique d’enseignements basés sur des faits. Romain ROLLAND ajoute que «pureté morale, sens pratique et volonté de fer», sont les traits majeurs du caractère de GANDHI. La vérité, pour GANDHI, est sa raison de vivre.
Mesurant 1 m 68, coiffé d’un bonnet blanc, vêtu d’étoffe blanche rude, les pieds nus,  GANDHI se nourrit de riz, de fruits, il ne boit que de l’eau, il se couche sur le plancher, il dort peu et travaille sans cesse, et aime la marche. GANDHI est ce petit homme réservé, d’un corps frêle, chaussé de lunettes, un sourire perpétuellement accroché aux lèvres, incapable, à trente ans, d’aligner trois mots en public. GANDHI est, pourtant, ce géant de l’histoire qui a défié le gouvernement Sud-Africain (séjour en Afrique du Sud de 1893 à 1914) et les Britanniques en Inde. GANDHI, c’est cet homme doté d’un sens politique exceptionnel qui a libéré les Indiens d’Afrique du Sud de certaines humiliations, mené des combats qui touchent à l’intouchabilité, l’union des hindous avec les musulmans et l’autodétermination, le statut des femmes. Comment «ce fakir demi nu», selon une expression de Winston CHURCHIL, a-t-il pu défier les colons en Afrique du Sud et galvaniser plus de trois cents millions d’Indiens pour libérer son peuple ?
Le génie de GANDHI tient à la manière dont il a su transposer la non-violence de la grande tradition religieuse hindoue du domaine de la conduite personnelle à celui de l’action citoyenne et politique. «Renoncer ne signifie pas nécessairement quitter le monde  et se retire dans la forêt. L’esprit de renoncement doit plutôt présider à toutes les activités de la vie», dit GANDHI. La vérité doit gouverner nos préoccupations, même les plus mondaines. Ni philosophe, ni sociologue, GANDHI ne voulait être qu’un chercheur de vérité. Pour GANDHI, «toute vérité abstraite est sans valeur si elle n’est pas incarnée en des hommes qui la représentent en prouvant qu’ils sont prêts à mourir pour elles». Toutes les religions sont vraies. Elles mènent toutes à Dieu. Dieu est la Vérité et la Vérité est Dieu. Par conséquent, le but de l’Homme, et donc son but à lui, est de rechercher la vérité. Ce n’est que par la voie de l’Amour que nous pouvons accéder à la Vérité. Finalement, Dieu est non seulement Vérité, mais il est aussi Amour. C’est pour et par l’amour de vérité que GANDHI est entré en politique. Dieu étant la Vérité, il faut savoir écouter sa conscience, la voix intérieure en chacun d’entre nous, connaître ses limites et faire un effort constant sur soi-même. Par conséquent, pour GANDHI la politique a une dimension spirituelle. Cette dimension spirituelle prend des formes qui peuvent apparaître parfois comme excentriques, comme la médecine douce, les règles d’hygiène, de maîtrise de soi, comme le végétarisme, la vie simple, le jeûne, l’abstinence sexuelle, la pratique de la marche à pied, etc.
Il faut remplacer toute forme de violence et de désir de possession par un amour pur. Il faut adopter une attitude de bienveillance envers toute forme de vie. «La non-violence parfaite est l’absence totale de malveillance à l’encontre de tout ce qui vit» dit GANDHI. Reprenant à son compte l’esprit de la Bhagavad-Gîtâ, GANDHI préfère utiliser le terme «d’Ahimsa» ; ce qui signifie le non-désir de faire violence. C’est ce qui fait dire à Ramin JAHANBEGLOO, auteur d’un ouvrage sur «GANDHI, aux sources de la non-violence» que «la force GANDHI est donc bien là : donner du sens politique aux pratiques ascétiques des mouvements religieux, comme le jaïnisme et le bouddhisme, pour mener une action aux enjeux modernes». Par conséquent, la non-violence est une théorie politique gandhienne qui dépasse les concepts de charité et d’humilité, mais un mouvement pour délégitimer la violence de l’autre. La non-violence est une vertu de l’homme fort, une attitude plus courageuse que la violence. Pour GANDHI, là où il y  a le choix entre la lâcheté et la violence, il conseille la violence. La non-violence est une méthode qui pour amener son adversaire à modifier son comportement en luttant d’abord contre soi-même, pour se maîtriser, et pour gagner l’ascendant sur lui. Mais, pour cela il faut éliminer tout ce qu’il y a de bas en nous, de vicieux, de corrompu et de corruptible.
Finalement, GANDHI est un religieux qui fait de la politique. En effet, en politique, il est toujours resté attaché à considérations religieuses et morales. Pour lui, la religion et la politique sont indissociables. GANDHI, comme tout personnage hors norme, n’avait pas que des admirateurs. Il a suscité des polémiques, des incompréhensions, des réserves, et même parfois, de graves interrogations. Mais de quel bord politique était-il ?
Nous avons une certitude : GANDHI n’était pas un communiste. «L’Inde ne veut pas du communisme», déclarait-il, le 24 novembre 1921. Ainsi, Soumyendranath TAGORE, d’inspiration marxiste, un de ses biographes, mentionne que «le monde bourgeois a reconnu GANDHI pour prophète». Pour TAGORE  «GANDHI est la plus grande force réactionnaire». Il ajoute que «la conception gandhiste de la non-violence est théoriquement superficielle». En fait GANDHI était, ce qu’on pourrait appeler, de nos jours, un réformateur, un homme de gauche, un socialiste. Les réformes sociales ont toujours été les activités préférées de GANDHI. Il poursuivait toujours le relèvement social des plus démunis, sans rechercher un quelconque bénéfice personnel. Il n’a participé à aucun gouvernement, et n’a été le chef du Congrès que de façon intermittente. C’est un socialiste authentique, son poulain, Jawaharal NERHU, qu’il a propulsé sur le devant de la scène politique. GANDHI est donc plus favorable aux idées socialistes et à l’égalité. Il l’a dit, sans détours, dans sa revue Harijan du 1er juin 1947 «La base du Socialisme est l’égalité économique. On ne peut pas reconnaître la loi de Dieu dans l’état présent des criminelles inégalités, où un petit nombre se vautre dans la richesse, tandis que les masses ne reçoivent pas assez à manger. J’ai accepté la théorie socialiste dès l’époque où j’étais en Afrique». Il faut reconnaître que le socialisme de GANDHI est loin d’être anti-clérical. Tout au contraire, c’est un socialisme moral, fondé sur la recherche de la Vérité. Là aussi, Gandhi, comme Jean JAURES, recherchent la Vérité. En effet, pour Jean JAURES : «Le courage c’est de chercher la Vérité et la dire».
GANDHI est également, et surtout, un nationaliste. En effet, comme le mentionne Jawaharlal NEHRU, «GANDHI a joué un rôle historique» en Inde. Il a transformé une masse démoralisée, timide et sans espoir, brutalisée et broyée par les intérêts dominants et incapable de résistance, en un peuple ayant le respect de soi et la confiance de soi, résistant à la tyrannie, et capable d’action et de sacrifice commun pour une des plus grande cause. GANDHI a donc été un grand chef. Mais dans son nationalisme forcené, il a été, à tort, par certains, d’être un adversaire de la civilisation occidentale et la société industrielle. Il était obnubilé par l’unité de l’Inde, la concorde entre Hindous, Musulmans et Intouchables.
Il a été reproché à GANDHI, dans certains de ses écrits, d’être racistes à l’égard des Noirs. Cela est exact, et condamnable, sans appel. En effet, les Indiens en Afrique du Sud se croyaient supérieurs aux Noirs : «Notre combat est une lutte continuelle contre la ségrégation que nous inflige les européens en tentant de rabaisser les indiens au niveau du simple Cafre (nom péjoratif donné au noirs) dont l’occupation est de chasser et dont la seule ambition est de rassembler du bétail pour acheter une femme et passer le reste de sa vie dans la paresse et dans la nudité» écrit-il le 26 septembre 1896. Il dira aussi le 24 septembre 1903 : «Nous croyons en la pureté raciale. Seulement nous pensons qu’ils serviraient mieux leurs intérêts, qui nous sont aussi chers qu’à eux-mêmes, en défendant la pureté de toutes les races et non d’une seule d’entre elles. Nous croyons aussi qu’en tant que Blancs, la race blanche d’Afrique du Sud doit être la race prédominante». «Les Européens veulent nous ravaler au rang des Nègres dont la seule ambition est d’avoir assez de vaches pour s’acheter une femme, et passer leur vie avec, dans l’indolence et la nudité» dit-il. Son petit-fils, reconnaît que son grand-père était «indubitablement» plein d’ignorance et de préjugés à l’égard des Noirs d’Afrique du Sud. GANDHI, en dépit de ses fautes tragiques et impardonnables, est le premier à secouer le régime de l’Apartheid qui avait tenté d’ostraciser les Indiens en Afrique du Sud. Par ailleurs, ces écrits de jeunesses sont marginaux par rapport à sa doctrine de Vérité et de non-violence reprise par Martin Luther KING et Nelson MANDELA. Sa doctrine a donc servi aussi le combat des Noirs. Et des Indiens ont été associés à la lutte contre l’Apartheid. GANDHI était opposé au système des castes et militait pour l’unité des musulmans et des Hindous, et il a été assassiné pour ces idées-là.
Il a été aussi reproché à GANDHI d’être bisexuel et d’aimer les jeunes filles. Mais souvent ceux qui ont avancé ces théories, sont également loin d’être des humanistes ; ils voulaient déboulonner cette statue qui avait élevé la non-violence au rang de principe politique.
Il est difficile de dire en quelques mots, un corps constitué d’une doctrine cohérente de la pensée gandhienne. Les thèmes qu’il a souvent évoqués sont la foi, la vérité, la tolérance, le renoncement, la non-violence, l’amour, la discipline, l’éducation, la justice, le bien commun. Empreint de religiosité, d’ascèse, d’autodiscipline et de renoncement, GANDHI invite également à l’action par la non-violence, la désobéissance civile pour rétablir l’égalité, la justice et la dignité. GANDHI s’est intéressé au sort des plus défavorisés, aux exclus comme les intouchables, et à certaines minorités comme les femmes et spécialement l’abolition du sacrifice des veuves.
La non-violence est l’idée centrale de la pensée de GANDHI. Mais, paradoxalement, il n’a pas écrit un ouvrage théorisant ce concept. «Ce que l’on nomme la non-violence n’est en fin de compte, rien d’autre que l’enseignement de la loi de l’Amour», dit TOLSTOI. Pour Rabindranath TAGORE, «le Mahatma GANDHI a fait de l’Ahimsa, la forme la plus élevée du courage, un constant défi à l’insolence de la force». Nous tenterons, même si la distinction est artificielle, de distinguer GANDHI, le penseur, de GANDHI, l’homme d’action.
I – GANDHI, le penseur
La formation intellectuelle de GANDHI est à rechercher dans son milieu familial, durant ses études, ses combats politiques en Afrique du Sud et en Inde.
A – GANDHI, enfant, ou la naissance de la dimension spirituelle et politique.
GANDHI est né le 29 octobre 1869, à Porbandar, en pays Gujrât. Porbandar est une ville imprégnée de mysticisme, à égale distance d’une ville sainte, DWARKA, sanctifiée par le passage de Krishna, et le temple de SOMNATH, haut lieu du bouddhisme et du Jaïnisme. On comprend, dès lors, les sources de la dimension éthique et spirituelle de l’action de GANDHI. Voué à Rama, c’est le nom de son Dieu qu’il a prononcé, juste avant de mourir le 30 janvier 1948, GANDHI pardonne à tous, ne connaît ni crainte, ni haine, reste pur, même en pleine activité parce qu’il renonce aux fruits de son action et ne connaît d’autres biens que l’attachement à Dieu. Pour GANDHI, se détacher ne signifie nullement se désintéresser du résultat, mais seulement ne pas être obsédé par le résultat, mais penser d’abord à l’action qui doit être juste et pure.
GANDHI est de la caste des Baniya ; c’est-à-dire des marchands. Le nom de GANDHI veut dire «épicier». On distingue, en Inde, quatre grandes castes : les Brâhmanes, les Rois, les marchands et les Plébéiens. Libéré d’avidité, de passion artificielle, de colère, GANDHI ne remet pas en cause le système des castes, mais estime qu’il n’y a pas de hiérarchie entre elles. Tous les hommes sont des frères et naissent égaux. «Le vrai Vaishyana connaît et ressent les malheurs des autres, comme les siens. Toujours prêt à servir, il ne se vante jamais. Il respecte chacun, ignore le mépris, garde pures ses pensées, ses paroles et ses actions», dit GANDHI à propos des castes. C’est pour cela qu’il a toujours été aux côtés des Intouchables qui sont considérés comme des parias en Inde. Il s’est élevé contre l’étroitesse d’esprit et certaines traditions hindoues qui refusent les mariages et les repas inter-castes. Il a condamné, avec une grande vigueur le mépris dans lequel sont tenus les intouchables qui son relégués dans des quartiers réservés, ne peuvent ni fréquenter les temples, ni les passages publics.
Durant trois générations ses ancêtres ont fourni des premiers ministres aux Etats de KATHIYAVAR. Son grand-père, homme de principe, à la suite de différends politiques a été contraint de quitter PORBANDAR, pour aller s’installer à RAJKOT, quand GANDHI avait 7 ans. Le père de GANDHI, Karamachand, dit Kaba, se maria quatre fois de suite, la mort lui ayant ravi à chaque fois sa femme. Sa dernière épouse, Poutlîbâi, lui donna une fille et ainsi que trois fils.
Le fils cadet est le Mahatma. GANDHI, dans son autobiographie, décrit son père comme «homme de foi, brave et généreux, mais coléreux». Il précise, en raison de ses nombreux mariages, que son père est «enclin aux plaisirs de la chair». Et GANDHI d’ajouter que son père est intègre et s’est fait une réputation de «stricte impartialité». Son père n’était pas instruit et a laissé peu de ressources à sa famille, mais il avait le sens pratique et était un meneur d’hommes. Kaba, fut pendant un certain temps, premier ministre à Rajkot, un ancien Etat princier du district du Gujrât.
GANDHI, dans ses mémoires, a reconnu avoir mangé de la viande, alors que sa famille est végétarienne, fréquenté une femme de mœurs légères, sans rapports sexuels, et avoir commis de menus larcins pour s’acheter de la cigarette. Très jeune, notre GANDHI n’aimait pas mentir. Il écrivit une lettre qu’il remit à son père, et réclama un châtiment approprié. Quand son père lut sa confession des larmes coulèrent sur ses joues et mouillant le papier. Ce pardon sublime est, pour GANDHI, une leçon d’Ahimsa (absence de mal, non-violence). «Il n’est rien qu’elle (Ahimsa) ne touche sans le transformer. Son pouvoir est sans limites», dit GANDHI. Notre sage indique que des moines Jaïns rendaient souvent visite à son père avec qui ils s’entretenaient aussi bien des sujets de religion que de la vie ordinaire. Son père avait également des amis musulmans et parsis qui lui parlaient de religion.  Par conséquent, la cellule familiale a fortement influencé les idées de tolérance et de non-violence de GANDHI.
La mère de GANDHI, Poutlîbâi, est profondément religieuse. Elle a laissé à GANDHI, une «forte impression de sainte». Elle n’aurait jamais songé à prendre ses repas sans avoir fait ses prières. Chaque jour, elle ne manquait pas d’aller au temple. Deux out trois jours de jeûne ce n’était rien pour elle. Cette discipline rigoureuse et cet ascétisme, GANDHI l’a hérité de sa mère. L’homme porte en lui une marque supérieure à l’animal, dans la mesure où il est capable de discipline de soi et de sacrifice. Mais pour GANDHI, la prière, et donc la discipline, ne doit pas venir des lèvres, mais du cœur. Elle doit purifier l’esprit afin de se libérer à notre attachement au monde. GANDHI estime que sa mère avait un solide bon sens et bénéficiait de l’estime de tous.
A l’âge adulte, il met au premier plan de la construction de sa vie : le renoncement, le souci de vaincre le Moi. «Etre dévot, c’est arriver à la réalisation de soi». Il s’appliquera à faire de longs jeûnes, l’abstinence et observera la chasteté. Le jeûne est essentiellement une discipline de l’âme. On peut tout sacrifier, mais «à la conscience, il faut tout sacrifier». Il faut également fermer l’esprit à toute pensée injurieuse : «l’homme n’est homme que parce qu’il est capable de se contraindre» dit –il. Et il précise «si tu veux être grand limite-toi ! Renonce afin de mieux être maître de soi-même». GANDHI a cultivé, jusqu’à l’excès, ce détachement. «Je jouis des biens matériels de ce monde en y renonçant» dit-il ou bien «Accomplit la tâche qui t’a été confiée, mais renonce à ses fruits, sois détaché et travaille». Mais ce renoncement n’implique pas la retraite hors du monde qui est une fuite, donc une défaite. Le renoncement doit être dans le monde, ou ne pas être. Le sentiment du droit outragé a vaincu, pour toujours, la peur. Le Moi de GANDHI, comme toutes les grandes âmes, est le Moi de tous les hommes, il est le Toi. «Si tu agis contre l’injustice, et que je le sache, et que je me taise et que je te laisse, l’injuste c’est moi», souligne GANDHI.
Pour suivre une si rigoureuse discipline, GANDHI s’appuyait sur le vœu. Accoutumé dès sa petite enfance à voir sa mère prononcer souvent des vœux, il pensait que sans le vœu, «la vie n’était qu’un bateau ivre». Il a fait le vœu de rester fidèle à la non-violence, le vœu de pauvreté, de chasteté, de silence, de jeûne, d’abstinence et rester au service des autres. Finalement, GANDHI est un saint. Sa dévotion est mélange remarquable de renonciation aux plaisirs de la vie et de désir ardent de transformer le monde. Entre 1913 et 1948 a jeûné 18 fois.
GANDHI s’est marié à l’âge de 13 ans, avec Kasturbaï (11 avril 1869, morte en détention le 22 février 1944). Par conséquent, cette union a duré 61 ans, soit de 1883 à 1944. Auparavant, les deux fillettes qui étaient destinées à GANDHI sont mortes successivement. Ses troisièmes fiançailles eurent lieu à l’âge de 7 ans.  La famille a décidé de marier, tout ensemble GANDHI, son second frère et un cousin. «C’était pour la famille, pure affaire de commodités et d’économies», explique notre sage. En Inde, les mariages sont particulièrement coûteux. Les parents des mariés s’y ruinent souvent. GANDHI affirme que lors de son mariage, il n’a songé qu’aux beaux habits, aux repas somptueux, et la présence d’une petite compagne de jeux. Deux enfants innocents se sont jetés, sans le savoir, tête baissée, dans l’océan de vie. «Le désir charnel se présentera plus tard», précise notre grand penseur. GANDHI est père à l’âge de 16 ans, et a eu 4 enfants avec Kasturbaï (Harilal, Manilal, Ramdas et Devdas).
Kasturbaï était illettrée. GANDHI était désireux d’engager son instruction. Mais tous ses efforts sont restés vains. Kasturbaï ne voulait pas de cette aide. «Sa nature la portait à la simplicité, à l’indépendance, à la persévérance», nous dit GANDHI. A travers la vie exemplaire de Kasturbaï, GANDHI a rendu hommage toutes les femmes.  Seule la femme est en capacité de donner à l’ensemble de l’humanité l’amour qu’elle a accumulé comme mère. Pour lui la femme est l’incarnation de la non-violence, cette non-violence qui est amour infini, c’est-à-dire infinie capacité à souffrir. Car qui d’autre que la mère de l’homme démontre mieux cette capacité, elle qui sait oublier les souffrances de la grossesse et de l’accouchement, jusqu’à y trouver la joie de la création, elle qui sait souffrir tous les jours pour que son enfant puisse grandir ? L’homme a dominé la femme depuis la nuit des temps et celle-ci a en développé un complexe d’infériorité ; elle a fini par croire à la doctrine intéressée de l’homme, qui la déclare inférieure. Cependant, les sages parmi les hommes ont reconnu l’égalité du statut de la femme. L’épouse n’est pas l’esclave de son époux, mais sa compagne, sa partenaire son égale dans toutes ses joies et ses peines.
Le séjour à Londres, et surtout en Afrique du Sud, vont parfaire la formation intellectuelle et les convictions de GANDHI.
 B – GANDHI, adulte ou la rencontre avec lui-même.
GANDHI a séjourné à Londres du 28 septembre 1888 au 12 juin 1892. C’est un Brahmane, Mâvji DAVE, «un vieil ami de la famille» qui a conseillé à GANDHI des études de droit en Grande-Bretagne. Sa mère réticente, à ce projet, a mis trois conditions pour accepter le départ à l’étranger de son fils : ne consommer ni l’alcool, ni la viande, et bien sûr rester fidèle à sa femme.
Ce séjour à Londres, a été la découverte de GANDHI de lui-même. Il ne parle pas dans ses mémoires des Anglais. Il n’est question que de lui-même. «Le plus grand voyageur n'est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même» dit-il. De sa vie intérieure, qu’il découvre progressivement,  la pureté morale s’affirme chez le jeune GANDHI. Il estime que le perfectionnement de l’individu passe par le travail : «Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours. (…) La véritable éducation consiste à tirer le meilleur de soi-même», dit-il. GANDHI pense la détermination, la résolution peuvent vaincre tous les obstacles : «La différence entre le possible et l'impossible se trouve dans la détermination» dit GANDHI.
GANDHI, avec pourtant de faibles économies, descendit à l’hôtel Victoria à Londres. Cependant, le docteur METHA, à qui il a été recommandé, lui demanda d’aller dans une famille. Pour ce médecin, et premier mentor de GANDHI : «si nous venons en Angleterre, ce n’est tant pour y faire des études, que pour acquérir l’expérience de la vie anglaise et des coutumes indigènes. Pour y arriver, il faut vivre dans une famille». A la suite de la suggestion d’un ami, GANDHI entreprit de lire Jeremy BENTHAM (1748-1832), fondateur de l’école utilitariste. Mais ne maîtrisant encore bien l’anglais, GANDHI, reconnut dans ses mémoires : «mon esprit eut tôt de s’essouffler. La langue est trop difficile. Je ne la comprenais pas». Son ami, fumait et buvait de l’alcool. Il lui recommanda de manger de la viande. «Plus il discutait plus mon obstination grandissait» dit GANGHI. Il a promis à sa mère de rester un végétarien. Il ne se nourrissait que d’épinards, de pain et du lait. GANDHI entrepris de se promener, au hasard, dans Londres, à la recherche d’un restaurant végétarien. Il finit par trouver, sur Farrington Street, un restaurant végétarien. Avant d’entrer, dans le restaurant, GANDHI a remarqué et acheté l’ouvrage de Henry SALT, édité en 1886, qui traite du «Plaidoyer pour le végétarisme». C’est la première fois, depuis son arrivée en Angleterre qu’il mange, dit-il de «bon cœur», «Dieu m’avait secouru», souligne GANDHI qui ajoute ceci : «C’est de là que date ma décision de me faire végétarien. Je bénissais ma mère le jour où j’avais prononcé mon vœu devant ma mère». Selon GANDHI, Pythagore et Jésus étaient végétariens. GANDHI lira, par la suite, de nombreux ouvrages sur le végétarisme et l’effet de cette littérature, ainsi que les expériences diététiques prendront par la suite, une place importante dans sa vie. «Le souci de ma santé fut d’abord la raison principale de ces expériences. Par la suite, la religion en devient le motif suprême», précise GANDHI.
Durant son séjour à Londres, GANDHI n’a pas pu vaincre sa timidité. «La présence d’une demi douzaine de personnes me frappait de mutisme», dit-il, à propos d’un discours qu’il n’a pas pu prononcer devant un Comité exécutif de la Société végétarienne. Paradoxalement, GANDHI affirme que sa parole hésitante, cause d’embarras, est devenue source de plaisir. «Son plus grand bienfait a été l’économie des mots. J’ai naturellement pris l’habitude de resserrer ma pensée» dit-il. «Je ne me souviens pas d’avoir jamais eu à regretter une parole ou un écrit. (…). L’expérience m’a enseigné que le silence a sa part, dans la discipline spirituelle de quiconque s’est voué à la vérité», souligne GANDHI. L’orateur laconique ne prononcera que rarement une parole en l’air. Chacun de ses mots sera mesuré.  Plus tard, GANDHI décidera, que chaque lundi, il observera le silence, et ne communiquera que par des notes écrites.
Compte tenu de ses finances limitées, GANDHI tenait une comptabilité rigoureuse de ses dépenses qu’il calculait, avec le plus grand soin. La vie ascétique commence à prendre de l’ampleur. Toutes les dépenses superflues ou couteuses (frais de transport) sont réduites ou supprimées. GANDHI ne prend presque plus les transports en commun, et marche de longues distances. La marche est à la fois économique et bonne pour la santé. Ces habitudes ne le quitteront pas de toute sa vie. «Ce changement mit de l’harmonie entre ma vie intérieure et ma vie sociale. Ma vie y gagna, assurément, en vérité, et mon âme en connut une joie, sans limites», dit GANDHI. Il décida de créer un Club végétarien dans le quartier londonien où il vivait et invita Sir Edwin ARNOLD (1832-1904), journaliste auteur de nombreux ouvrages, dont le «Chant céleste et la lumière de l’Asie» qui traite du bouddhisme, et d’une traduction de la Bhagavad-Gîtâ, un livre sacré pour les Hindous. Subitement, GANDHI se rendit compte qu’il n’avait jamais lu ces ouvrages qui concernent sa religion. A Londres, puis en Afrique du Sud, GANDHI lut l’Ancien testament, mais l’Evangile qui le bouleversa. A l’amour des hommes s’ajoutait l’humilité, le détachement absolu : «quand je lus dans le Sermon sur la montagne, des passages, tels que ne résiste pas au méchant, et si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente lui aussi l’autre ou encore, aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin que vous soyez le fils de votre Père qui est dans le cieux, je fus transporté de joie, et je trouvais la confirmation de ma pensée là où je l’attendais le moins» dit GANDHI dans son autobiographie. Sans toujours être en accord avec le Christianisme, il resta profondément attaché au Christ et au Sermon sur la montagne.
En 1888, alors, jeune étudiant à Londres, ce fut le choc de l’Evangile qui poussa GANDHI à lire les textes sacrés de l’Inde, et notamment la Bhagavad-Gîtâ. La Gîta est un classique religieux de l’Inde plus qu’un traité philosophique. C’est une œuvre qui fonde son message d’action sur une philosophie de la vie. La Gîta nous demande de comprendre le sens de la vie avant nous engager. Pour GANDHI «je puise dans la Bhagavad Gita une consolation que je ne trouve pas ailleurs, même dans le Sermon sur la Montagne. Quand le désappointement m’assaille, et que, dans ma solitude, nul rayon de soleil ne m’éclaire, je retourne à la Bhagavad-Gîtâ. Un verset ici, un verset là, et le sourire me revient au sein de tragédies écrasantes, ma vie a été pleine de tragédies extérieures, et si elles n’ont laissé sur moi aucune trace visible, indélébile, je le dois aux enseignements de la Bhagavad- Gîtâ». On ne peut se délivrer du péché, dit la Gîta, qu’en s’abandonnant corps et âme à Dieu. La Bhagavad- Gîtâ proposait aux hommes la voie de Krishna, incarnation divine, voie de la vérité et surtout de la renonciation au fruit de l’action. Cette renonciation devint l’idéal que GANDHI chercha à travers ses expériences de vérité. Pour GANDHI la Gîta n’est pas pour ceux qui manquent de foi, «elle s’adresse essentiellement au cœur et ne peut être comprise que par lui». Dieu, pour être Dieu, doit gouverner le cœur et le transformer. Selon GANDHI «Dieu est bienveillance. Car au milieu au milieu de la mort, la vie persiste ; au milieu du mensonge, la vérité ; au milieu de l’obscurité, la lumière. Ainsi, Dieu est Vie, Vérité et Lumière. Il est Amour. Il est le Bien suprême».
GANDHI a entamé une philosophie et une action de non-violence sur le terrain, mais c’est Léon TOLSTOI qui lui a donné les instruments intellectuels pour parfaire cette doctrine. Dans ouvrage de 1884, intitulé «En quoi consiste ma foi ?», TOLSTOI expose, pour la première fois, sa philosophie de la non-violence qui lui apparaît comme le centre de gravité des Evangiles : «De même que le feu n’éteint pas le feu, le mal ne peut éteindre le mal. Seul le bien, face à face avec le mal, sans en subir la contagion, triomphe de lui». Pour TOLSTOI c’est le verset 39 du Chapitre V, de l’Evangile de Matthieu, ce qui allait être sa doctrine de non-violence : «Vous avez entendu ce qu’il a dit œil pour œil, dent pour dent. Et, moi je vous dit de ne point résister au méchant». Pour TOLSTOI, il ne s’agit pas d’être indifférent au mal ou de ne pas s’opposer au mal, mais au contraire, de lutter contre lui par d’autres moyens : «le meilleur moyen ce n’est pas la vengeance, mais la bonté». Selon TOLSTOI, il faut revenir à la doctrine du Christ, faire disparaître le mal, non pas  en s’y opposant par la violence, mais en l’extirpant dans sa racine, par l’amour. C’est dans le «Royaume des cieux» de 1893 de TOLSTOI, qui n’est pas un ouvrage à connotation religieuse, mais un virulent réquisitoire contre tous les pouvoirs, qu’ils soient politiques ou religieux cautionnant la violence, que GANDHI tire sa théorie de non-violence. Alors, qu’il séjournait en Afrique du Sud, GANDHI découvre cet ouvrage en 1894. Il écrira, plus tard, en 1928 «Alors que je traversais une grave crise de scepticisme et de doute, il m’arriva de tomber sur le livre de Tolstoi, le «Royaume de Dieu est en vous».  Cette lecture me fit une profonde impression. A cette époque-là, je croyais à la violence. Après avoir lu cet ouvrage, je fus guéri de mon scepticisme et crus fermement à l’Ahimsa (désir de maîtriser sa violence)». GANDHI a précisé dans son autobiographie que la lecture du Royaume de Dieu est en vous «l’enthousiasma» et qu’il en garda «une impression inoubliable». Il avoue que «devant l’indépendance de pensée, la profondeur des points de vue moraux et le souci de vérité de ce livre, tous ceux que m’avaient donnés Mrs COATES, une missionnaire Quaker, devenaient pâles et insignifiants».
TOLSTOI, comme GANDHI, sont attachés à la vérité. Pour le grand maître russe, il n’est pas utile de posséder des facultés supérieures pour «reconnaître et exprimer la vérité». La raison suffit dans la recherche de la vérité. C’est une lumière que chaque homme porte en lui et qui éclaire son chemin dans l’obscurité des mensonges. GANDHI, après la mort de TOLSTOI, lui a rendu hommage, il était «le grand apôtre de non-violence que notre époque ait jamais connu». Si GANDHI a repris la théorie de non-violence de TOLSTOI, la quête permanente de sagesse et de perfectionnement de soi-même, il s’écarte de certaines des prises de position de cet auteur assimilables à une pensée anarchiste. En effet, TOLSTOI avait, parfois, des positions excessives. Il ignorait, manifestement, les enjeux de la démocratie et de l’Etat de droit. Les affirmations de TOLSTOI sur les lois qui cautionnent la violence organisée, ne sont pas utilisables par GANDHI qui avait le souci l’édification d’un Etat indépendant, multiracial, multiconfessionnel et démocratique en Inde.
C’est en Afrique du Sud que GANDHI lit, dans un train, un ouvrage prêté par son ami, POLACK, de John RUSKIN (1819-1900), «Jusqu’au dernier», en anglais «Unto This Last». Cet ouvrage que, GANDHI a traduit en Goujerati «Le bien-être de tous», l’a décidé «changer de vie sur-le-champ». Le bien de chaque individu est contenu dans le bien de tous. Cette simplicité c’est pour pouvoir être pleinement disponible pour les autres. Pour GANDHI «la seule façon de trouver Dieu, c’est de le découvrir dans sa création et de s’y identifier ; ce que l’on peut faire en se mettant au service de tous». GANDHI vit dans ces communautés (Ashram), entouré de ses disciples et de se contentant de peu de choses. Le but de ces communauté est d’apprendre à servir la patrie, puis de se mettre à son servir. GANDHI est un irrépressible optimiste et un inguérissable humaniste «servir est ma religion. Je ne m’inquiète pas de l’avenir». Il est impossible d’atteindre la réalisation de soi sans se mettre au service des plus humbles, sans s’identifier à eux. Et c’est dans le renoncement que réside le secret de la vie heureuse. «Renoncer pour servir procure une joie ineffaçable», dit GANDHI.
En définitive, même ceux qui contestaient les idées de GANDHI ont été éblouis par la force de sa pensée, la droiture de son jugement, la netteté de sa parole, l’exemplarité de son comportement, et cette voix qui les touchait jusqu’au fond du cœur.
II – GANDHI, l’homme d’action (1893 – 1948)
A – GANDHI, l’expérience Sud-Africaine de la non-violence
ou de Satyagraha (1893 – 1914)
L’étape en Afrique du Sud, de 1893 à 1914, avec quelques périodes d’interruption, est déterminante dans la construction de l’itinéraire de GANDHI. Cette période de GANDHI, l’Africain, a eu peu d’écho en Europe ; ce qui témoigne de la grande étroitesse d’esprit de l’époque. Et, pourtant c’est une épopée de l’âme, sans égale en notre temps, non seulement par sa puissance symbolique et la constance du sacrifice, mais par sa victoire finale. Or, cette période a été minorée ou occultée par les chercheurs. J’entends mettre en valeur GANDHI, l’Africain. En effet, non seulement c’est en Afrique du Sud que GANDHI s’est révélé, mais aussi et surtout, sa formation et son éducation politique se sont développées. En effet, jusqu’à son arrivée en Afrique du Sud en 1893, GANDHI était un piètre avocat, sans clients, et qui avait du mal à s’exprimer en public. «Ce ne fut qu’en Afrique du Sud que je surmontais ma timidité», a confessé GANDHI dans son autobiographie. Enfant, GANDHI a admis qu’il était poltron : «J’étais toujours hanté par la peur des voleurs, des fantômes et des serpents. Je n’osais jamais mettre le pied dehors, la nuit. L’obscurité me terrifiait. Il m’était impossible de dormir dans le noir».
GANDHI, bien traité pendant son séjour à Londres, et qui se considérait comme un sujet loyal et ami de la Grande-Bretagne et des Européens, se trouve, subitement, confronté à des mesures de ségrégation raciale. Il est jeté d’un train, on lui refuse l’accès à certains hôtels, il est parfois souffleté, insulté, roué de coups. GANDHI est arrivé en mai 1893, à Durban, dans le Natal. Avocat raté en Inde, il venait défendre les intérêts d’un riche commerçant indien. Il découvre que l’afflux d’immigrants, (15 000  Indiens au  Natal), a provoqué dans la population blanche une xénophobie que le gouvernement se chargea de traduire par des projets de lois visant à exclure les Indiens.
GANDHI s’apprêtait à repartir en Inde, quand il apprit que les gouvernements du Natal allait à enlever aux Indiens leurs dernières franchises. Les Indiens d’Afrique étaient sans force pour lutter, sans volonté, inorganisés et démoralisés. Il leur fallait un chef, une grande âme. GANDHI se dévoua. Il resta plus de 20 ans. GANDHI a trouvé en Afrique du Sud des Indiens non seulement désunis et asservis, mais accoutumés à cet état, et apparemment soumis et avilis. GANDHI a rendu aux Indiens du Natal et du Transvaal la conscience de leurs devoirs, de leur dignité et de leurs droits légitimes.
Il a inventé une technique de lutte : la résistance passive. C’est un élan passionné de l’âme qui résiste au Mal, non pas par le Mal, mais par l’Amour. Il n’a désormais peur que de Dieu. Pour arriver à cette fin, il a utilisé la non-violence baptisée «Satyagraha». Il a enseigné à ses disciples, qui voulaient s’engager dans la non-violence, de se débarrasser de la peur. Irrépressible optimiste, la force ne tient pas à une capacité physique. Elle repose sur une volonté indomptable. «Je ne craindrai personne sur cette terre ; je ne craindrai que Dieu. Je ne me soumettrai à aucune injustice par la part de quiconque. Dès le début, il s’est orienté vers l’action» dit-il. Sa vérité et sa raison seraient mort-nées si elles demeuraient enfermées à l’intérieur de sa pensée. Pour GANDHI «mon œuvre nationale n’est qu’une partie de l’entraînement que j’ai entrepris afin de libérer mon âme de l’esclavage». L’action est la réalisation de soi.
En Afrique du Sud, on découvre un autre GANDHI. Il s’est passé une sorte de transmutation, au sens biblique du terme. «L’indomptable ténacité et la magie de la Grande Ame opéraient : la force plia les genoux devant l’héroïque douceur», souligne Romain ROLLAND. «Le travail de GANDHI en Afrique du Sud, le plus important de ce qui se fait dans le monde», dira en son temps, TOLSTOI. C’est la grande leçon de GANDHI et du gandhisme : l’humiliation peut être, soit un facteur d’inhibition, la personne baisse la tête et encaisse, soit un puissant déclencheur de révolte qui révèle ce qui a plus noble en l’homme, sa grande faculté à défendre, avec une grande détermination, ses droits légitimes. Le but de la non-violence est de convertir le méchant, non de le contraindre. GANDHI ne s’est pas départi de son amour pour ses adversaires.  Ainsi, en 1899, pendant la guerre des Boers, il forma une Croix Rouge Indienne, qui fut décorée, avec éloge, pour sa bravoure sous le feu. En 1904, la peste éclata à Johannesburg, GANDHI organisa un hôpital pour les soins. En 1906, à la suite d’une rébellion des Noirs dans le Natal, durement réprimée, GANDHI prit part à la guerre à la tête d’un corps de brancardiers indiens qui a été décoré. Il est curieux de constater que GANDHI n’avait pas d’amis noirs. Il parle peu de cette communauté dans ses écrits. Il ne s’est intéressé qu’aux Indiens, et avait de très bons amis blancs et juifs.
En excellent sociologue et communicateur, GANDHI a compris comment fonctionnent les Britanniques et les Indiens, et a adapté ses techniques de lutte en conséquence. Pour mobiliser le plus grand nombre de personnes, GANDHI ne s’est pas adressé aux nantis, mais aux plus démunis. GANDHI a surtout prêché par l’exemple ; il a expérimenté ses techniques de lutte et les a ajustées aux données pertinentes de la situation. Plus soucieux de devoirs que de droits, GANDHI a choisi, en politique, l’action désintéressée et le chemin de la dévotion. Il ne voulait pas le pouvoir pour lui-même. Il voulait servir, au lieu de se servir. GANDHI a mis en place une technique de lutte en Afrique du Sud : la non-violence qu’il a testée et exportée en Inde. GANDHI a mené, notamment en Afrique du Sud, une vie politique et spirituelle particulièrement intense qui a fortement influencé Martin Luther KING, Nelson MANDELA, le Dalai Lama et Aung San Suu Kyi. Pour Nelson MANDELA «GANDHI tient  la clé du désir de l’humanité pour la justice sociale ; suivez-le avec conviction et courage. J’y ai trouvé une source intarissable d’inspiration». En Afrique du Sud et prolongeant ses expériences diététiques qui sont un aspect du détachement de soi, GANDHI a rédigé, en 1906, un guide de la santé. Durant son séjour en Afrique du Sud, GANDHI lit beaucoup, notamment en prison (249 jours de prison en Afrique du Sud et 2089 jours de privation de liberté en Inde), et crée un journal pour populariser ses idées et appuyer ses luttes. Il fonde une communauté en vue de vivre en harmonie avec lui-même et prononce le vœu d’abstinence, et vit, en guru, entouré de ses disciples.
Ces combats étant victorieux, GANDHI regagne l’Inde en passant par Londres.
B – GANDHI, la lutte pour l’indépendance ou le Hind Sawaraj (1915 – 1948)
Le 9 janvier 1915, GANDHI retourne, définitivement en Inde. GANDHI est retourné en Inde, avec ses disciplines, et forme un Asrham, une communauté. Il veut expérimenter ce qui s’est passé en Afrique du Sud. Souffrant, au départ, d’un déficit de notoriété, GANDHI prend part aux sessions annuelles du Congrès, considéré comme étant le Parlement officieux de l’Inde. GANDHI s’investit dans des grèves locales, dans le Champaran et dans sa contrée natale, en Gujarat, et qui se terminent, comme en Afrique du Sud, par une victoire des paysans et des ouvriers. Il voyage beaucoup dans le pays et apprend à mieux le connaître. GANDHI renoue le contact avec les principaux dirigeants de l’Inde, notamment, avec son mentor, Gopal Krishna GOKHALE (9 mai 1866 – 19 février 1915). Mais celui-ci meurt quelques semaines après le retour de GANDHI. Il est éclipsé par le patron incontesté du Congrès : Bal Gangadhar TILAK (1856 – 1920), mais tout les oppose. GANDHI est timide, TILAK est un excellent orateur. GANDHI préconise l’amitié et l’égalité entre les Hindous et les Musulmans ; TILAK souhaite la suprématie des Hindous. GANDHI est non-violent, et TILAK, tous les moyens sont bons, y compris la violence pour libérer l’Inde.
Initialement, il se sent lié par des devoirs de loyauté à l’égard de l’Empire britannique. Il était avant tout un sujet britannique qui souhaitait améliorer la condition de vie des Indiens. GANDHI fraîchement rentré au pays en pleine guerre, lève des troupes en espérant qu’à la fin des troubles, l’Inde sera libérée. GANDHI a été très lent à changer. C’est un homme patient, mais particulièrement tenace dans ses idées quand il les croit juste. GANDHI a une démarche originale de revendiquer des droits. Particulièrement, courtois, il recherche toujours, dans les débats, la conciliation des points de vue opposés, le pardon des injures, la non-violence, mais il est animé par une fermeté inébranlable. «Dieu a soif de dévouement de l’homme», confie GANDHI.
Cependant, le colonisateur britannique va contribuer à radicaliser GANDHI. En effet, une commission, présidée par Sir Sidney ROWLATT, venu d’Angleterre pour étudier l’administration judiciaire de l’Inde, préconise, dans un rapport en date du 19 juillet 1918, alors que la guerre est finie, le maintien de l’état d’urgence. GANDHI, piqué au vif, pour cette ingratitude, décrète dans le pays, le 30 mars 1919, un «Hartal général», une suspension de toutes les activités économiques. Les commerçants n’ouvrent pas leur magasins, les employés ne se rendent pas au travail, les bateaux ne sont ni chargés, ni déchargés. C’est une journée de jeun et de prière. Cette action qui paralysa l’Inde, donna au pays le sentiment de sa puissance. Les Indiens ont retrouvé la foi en eux-mêmes. «Cette campagne constitue un effort pour révolutionner la politique et ramener la force morale à son état originel», dit GANDHI. «La force brutale n’est rien si on la compare à la force morale et la force morale n’échoue jamais», précise GANDHI.
De violentes émeutes éclatent au PUNJAB et GANDHI, toujours attaché au mouvement de non-violence, estime que le peuple n’est pas assez mûr et suspend le «Hartal». Cependant, le général de brigade, Edward DYER envoyé au PUNJAB, à Amritsar, pour rétablir l’ordre, commet un grave crime en tirant sur la foule au cours d’une manifestation pacifique : 1516 morts ou blessés. Ce crime est une occasion pour GANDHI de rebondir. Il réclame une commission d’enquête, avec l’appui de Motilal NEHRU (1861-1931), le père de Jawaharlal NEHRU (1889-1964), futur premier de l’Inde en 1947. TILAK, chef charismatique du Congrès, étant décédé le 1er août 1920, GANDHI a, désormais, le champ libre pour étendre son influence sur le Congrès et le pays.
En novembre 1919, GANDHI assiste à une conférence musulmane à Delhi  pour soutenir le Califat. En effet, la Turquie, alliée des Nazis, lors de la première guerre mondiale, était chef spirituel de la communauté musulmane. Les Alliés ont retiré à l’Empire Ottoman de ce titre. Les Indiens musulmans protestaient contre cette déchéance. GANDHI voulait capitaliser ce mécontentement contre la Grande-Bretagne. GANDHI réclame alors la non-coopération avec la Grande-Bretagne, à partir du 1er août 1920. Les Indiens ne pouvaient pas, dans le même moment, travailler avec la Grande-Bretagne et s’opposer à elle. Boycotter les produits britanniques ne suffisait pas, il fallait boycotter les écoles, les emplois, les honneurs politiques, il ne fallait pas collaborer. GANDHI demande de ne plus porter des habits ou tissus en provenance de l’étranger, et s’exprime en hindoustani et non plus en anglais dans les réunions.
En 1928, le gouvernement travailliste envoie un émissaire en Inde, Sir John SIMON, pour faire un état de la situation dans le pays en vue d’aboutir à certaines réformes politiques. Mais aucun Indien n’est associé à ce travail. La commission fut boycottée par GANDHI et ses partisans. GANDHI a exploité toute son expérience acquise en Afrique du Sud. En 1930, sous l’impulsion de GANDHI, le Congrès vota une résolution en faveur de l’indépendance complète de l’Inde et de la séparation avec l’Empire britannique. Une action de désobéissance civile est engagée, notamment, le non-paiement des impôts. Le 12 mars 1930, GANDHI engage, avec ses fidèles, une longue marche en direction de la mer, pour protester contre la taxe sur le sel. Pendant cette marche, les habitations sont décorées aux couleurs nationales de l’Inde. Le peuple doit porter des habits traditionnels, non importés, renoncer à l’alcool, aux drogues et répudier le mariage d’enfants. En dépit, de la répression et des arrestations massives, le mouvement s’étendit dans tout le pays, et connut un retentissement international. GANDHI fut, une fois de plus, jeté en prison, mais l’économie se détériore et le mécontentement grandit dans le pays.
Le gouvernement britannique est contraint à des pourparlers, qui vont échouer, à Londres du 12 septembre au 5 décembre 1930. GANDHI en profite pour populariser la lutte de l’Inde pour son indépendance en rencontrant Charlie CHAPLIN, George Bernard SHAW, et Romain ROLLAND, ainsi que MUSSOLINI. Il réclame une place spéciale, dans le débat politique aux Intouchables. GANDHI se radicalise, de plus en plus, et ses amis remportent une éclatante victoire aux élections locales de 1937. GANDHI fait voter, le 8 août 1942, une résolution dite «Quit India», intimant les Britanniques de quitter l’Inde. Le mouvement de désobéissance civile est suivi d’arrestations massives qui n’entament en rien la détermination de GANDHI. Sa femme, Kasturbai, meurt en prison, le 22 février 1944. Aux termes de cette lutte héroïque, et sous la direction de GANDHI, l’Inde devenue non gouvernable par les Britanniques, est indépendante, en même temps que le Pakistan, le 15 août 1947. Cette partition plonge le pays dans le chaos. Les minorités, musulmanes ou hindoues, dans chacun des nouveaux Etats, sont victimes de pogroms. La tentative de GANDHI, par ses liens particuliers, avec Mohamed Ali JINNAH (1876-1948), leader musulman, d’éviter la partition, a échoué. 
A la fin de sa vie GANDHI avait le sentiment d’avoir raté sa mission. La violence qui accompagne l’indépendance de l’Inde et la partition, le poussent à boycotter les cérémonies d’indépendance, et à jeuner le 13 janvier 1948, pour que la paix revienne dans le pays. Sa mort, à Delhi, le 30 janvier 1948, fait de GANDHI une icône planétaire. «Le monde entier a été plongé dans ce deuil par la mort de cet homme extraordinaire», dit Léon BLUM. «Les générations à venir auront, peut-être, de la peine à croire qu’un homme, comme celui-ci, ait jamais existé en chair et en os», souligne Albert ENSTEIN. En définitive, à travers les concepts de maîtrise de soi et de lutte pour la liberté, GANDHI, suivant Henri STERN nous a délivré «un message universel qui a traversé les continents et les générations». Comme le souligne André MALRAUX, un ministre de la culture du Général de Gaulle, «au centre de l’œuvre de GANDHI est le désir douloureux, passionné, d’enseigner aux Hommes à vivre». J’ajouterais, modestement, de vivre dignement. Pour Indira GANDHI, ancienne premier ministre, assassinée en 1984 «GANDHI est un homme qui représente le stade d’évolution le plus avancé auquel puisse prétendre un être humain. Imprégné des richesses du passé, il vécut totalement dans le présent, mais avec le souci de l’avenir. D’où la vertu intemporelle de ses idées». Le message de GANDHI reste d’actualité et universel, dans sa façon d’aborder la citoyenneté, le vivre ensemble et la revendication légitime des droits. A travers le légalisme parlementaire, il s’agit de maîtriser son destin au lieu d’en être victime.
Bibliographie très sélective :
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Autobiographie ou mes expériences de vérité, présentation de Pierre MEILE, traduction de Georges BELMONT, édition revue par Olivier LACOMBE, Paris, P.U.F, 2012, 9ème édition, 676 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Histoire de mes expériences avec la vérité, traduction de Georgette CAMILLE, Paris, éditions Rieder, 1931, 411 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), L’oeil et le mot, choix de textes et de citations par Christine Lesueur, Paris, Mango, 2004, 43 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), La jeune Inde, introduction Hélène HART, préface Romain Rolland, Paris, Stock, 1924, 381 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Le mal ne se maintient que par la violence, Paris, Seuil, 2009, 57 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Lettres à l’âshram, préface de Jean HERBERT, Paris, Albin Michel, 1971, 184 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Ma non-violence, traduit par Olivier CLEMENT, Paris, Stock, 1973, 317 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Résistance non-violente, traduit par Daniel LEMOINE, avant-propos de Bharatan KUMARAPA, Paris, Buchet Chastel, 2007, 624 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), The Collected Works of Mahatma Gandhi, New Delhi, Ministry of Information, 100 volumes, plus de 50 000 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), The Writings of Gandhi, textes sélectionnés par Ronald Duncan, Londres, Rupa Co, Fontana/Collins, 1971, 288 pages ;
GANDHI (Mohandas, Karamchand), Tous les hommes sont des frères, traduction de Gy Vogelweith, préface Olivier Lacombe, introduction de Sarvepalli RADHAKRISHNAN, Paris, Gallimard, 1969, 313 pages.
2 – Critiques de Gandhi
ATTALI (Jacques), Gandhi ou l’éveil des humiliés, Paris, Fayard, 2007, 600 pages ;
BIRIOUKOV (Pavel Ivanovitch), Tolstoï et Gandhi, Paris, Denoël, 1958, 215 pages ;
COMBESQUE (Marie-Agnès), et DELEURY (Guy), Gandhi et Martin Luther King, Paris, Autrement, 2002, 139 pages ;
DOKE (Joseph, John) (1816-1913), An Indian Patriot in South Africa, avec une introduction de Lord Ampthill, Londres, Dodo Press, 1909, 96 pages ;
DREVET (Camille), La pensée de Gandhi, Paris, PUF, 1967, 121 pages ;
Editions du CERF, Gandhi et Martin Luther King : des combats non-violents, Paris, CERF, 1983, 159 pages ;
FISCHER (Louis), La vie de Mahatma Gandhi, traduction d’Eugène Bestaux, Paris, Belfond, 1983, 512 pages ;
GANDHI (Rajmohan), Gandhi, sa véritable histoire par son petit-fils, traduction de Françoise JAOUEN, Paris, Buchet Chastel, 2008, 951 pages ;
JAHANBEGLOO (Ramin), Gandhi, aux sources de la non-violence, Thoreau, Ruskin Tolstoï, Paris, éditions du Félin, 1998, 180 pages ;
JORDIS (Christine), Gandhi, Paris, Gallimard, 2006,372 pages ;
KRIPALANI (Krishna), La voie de la non-violence, traduit par Guy VOGELWEITH, notice de Sarvellapi RADHAKRISHNAN, Paris, Gallimard, 2004, 118 pages ;
LASSIER (Suzanne), Gandhi et la non-violence, Paris, Seuil, 1970, 170 pages ;
LATRONCHE (Marie-France), L’influence de Gandhi en France de 1919 à nos jours, Paris, L’Harmattan, 1999, 253 pages ;
MARKOVIC (Milan), Tolstoï et Gandhi, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion, 1928, 188 pages ;
MULLER (Jean-Marie) et REFALO (Alain), Gandhi sage, stratège de non-violence, Colomiers, 2007, Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées, 88 pages ;
NANDA (Bal Ram), Gandhi, sa vie, son action politique  en Afrique du Sud et en Inde, traduit par Paul DUCHESNE, Paris, Marabout Université, 1968, 383 pages ;
NEHRU (Jawaharlal), «Le rôle historique de Gandhi», in Europe, 1936, (3) 159, pages 414-417 ;
PANTER-BRICK (Simone), Gandhi contre Machiavel, Paris, Denoël, 1963, 335 pages ;
PRIVAT (Edmond), La vie Gandhi, Paris, Denoël, 1958, 222 pages ;
ROLLAND (Romain), «Préface à l’autobiographie de Gandhi», in Europe (XXV), 1931, pages 465-490 ;
ROLLAND (Romain), Mahatma Gandhi, Paris, Stock, 1930, 208 pages ;
STERN (Henri), Préceptes de vie du Mahatma Gandhi, Paris, Presses du Châtelet, 1998, 155 pages ;
TAGORE (Soumyendranath), Gandhi, traduction Andrée Vaillant, Paris, Gallimard, 7ème édition, 1934, 252 pages ;
THOREAU (Henry David), La désobéissance civile, traduction de Guillaume VILLENEUVE, illustrations de Stéphane Richard, Paris, Mille et une nuits, 63 pages ;
TOLSTOI (Léon), Le royaume des cieux est en vous, présentation d’Alain REFALO, Paris, le passager clandestin, 2010, 185 pages.
Paris, le 13 novembre 2013 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Mahatma GANDHI, un prophète de la non-violence (2 octobre 1864 – 30 janvier 1948)», par M. Amadou Bal BA
Mahatma GANDHI, un prophète de la non-violence (2 octobre 1864 – 30 janvier 1948)», par M. Amadou Bal BA
Mahatma GANDHI, un prophète de la non-violence (2 octobre 1864 – 30 janvier 1948)», par M. Amadou Bal BA
Mahatma GANDHI, un prophète de la non-violence (2 octobre 1864 – 30 janvier 1948)», par M. Amadou Bal BA
Mahatma GANDHI, un prophète de la non-violence (2 octobre 1864 – 30 janvier 1948)», par M. Amadou Bal BA
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 21:10


Cet article a été publié dans le journal FERLOO édition du 18 janvier 2014.

 

Un

Considéré comme étant le pionnier du cinéma africain, ouvrier, autodidacte, écrivain populaire, Ousmane SEMBENE est un homme de gauche particulièrement engagé aux côtés des plus défavorisés. Son œuvre, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, même si elle paraît parfois éclectique, témoigne d’une grande cohérence dans son engagement politique en faveur des sans-grades. L’homme à la pipe a choisi, délibérément, courageusement et obstinément, de se faire porte-parole des sans voix, de «ceux qui n’ont pas de bouche», en référence à une expression d’Aimé CESAIRE. «Je ne mettrai jamais à genou. Je veux parler à mon peuple, je ne peux le faire en cachette», dit-il. Renonçant à toute carrière politique, SEMBENE est l’un des tous premiers écrivains africains à avoir jeté un regard particulièrement critique sur l’Afrique postcoloniale. Révolté par les injustices sociales, il a décidé de consacrer sa vie toute entière pour le relèvement des exclus. «Il suffit d’écouter SEMBENE Ousmane, et l’on sait que sa vie et ses idées ne font qu’un», dit Siradou DIALLO, un journaliste de «Jeune Afrique». SEMBENE pense que les politiciens traditionnels, mus par leurs intérêts propres, sont enclins parfois à des compromis, voire des compromissions. «Ils sont Noirs dessus, leur intérieur est comme le colonialisme», dit SEMBENE. «Notre pays se meurt dans les mensonges et la fausse morale. Seule la fortune est valeur morale», dit SEMBENE, dans son film «NIAYE». Il y a une course effrénée à gagner plus d’argent devenu valeur suprême de la société, comme si la richesse procurait un statut de supériorité aux autres. SEMBENE souhaite que l’Afrique se dote d’une classe politique nouvelle résolue à transformer, révolutionnairement, la société en offrant aux déshérités toutes les chances de s’affranchir de la misère, de l’ignorance, et de toutes les traditions obscures et aliénantes. Lucide, et tourné vers lui-même, SEMBENE est authentiquement sénégalais et panafricaniste. Les romans et les films de SEMBENE sont un véritable miroir de la société africaine. Même si SEMBENE situe ses personnages dans la société sénégalaise, les problèmes qu’il expose se retrouvent partout en Afrique. Selon, le professeur Samba GADJIGO, un des biographes de notre auteur, «SEMBENE a dit non à toutes les impostures». En effet, pour SEMBENE le colonialisme a bon dos. On ne peut pas imputer, systématiquement, aux autres, tout ce qui ne va pas en Afrique. Les Africains sont responsables d’une bonne partie des souffrances qu’ils endurent. Prendre conscience de cette donnée est la condition nécessaire et préalable d’un vrai changement. Par conséquent, les Africains, prompts à se lamenter, doivent dépasser ce stade d’indignation, et être exigeants avec eux-mêmes, notamment avec leurs dirigeants. Bref, après l’indépendance politique, il faut décoloniser les esprits. De ce point de vue, SEMBENE a été un visionnaire. Quand on contemple la somme des difficultés rencontrées par les pays africains depuis l’indépendance (guerres, régimes autoritaires, diverses calamités, etc.), l’analyse de SEMBENE demeure encore, largement, pertinente. Rejetant la crispation identitaire et le repli sur soi, SEMBENE affirme qu’il ne se définit pas par rapport aux autres. SEMBENE est un inguérissable optimiste. Il refuse toute sinistrose et toute fatalité. Il veut encourager tout ce qui est bien. «Le pessimisme est un mouvement d’humeur, l’optimisme, une volonté», dit-il. «La seule voie pour nous de sortir de la pauvreté est de travailler dur», souligne SEMBENE.

Figure de proue dans la peinture des drames et souffrances des laissés-pour-compte, SEMBENE adopte une démarche réaliste. Il passe au crible la société traditionnelle, celle des indépendances, des politiciens véreux, de l’intolérance, des traditions archaïques et de l’aliénation religieuse. En effet, SEMBENE entonne, et c’est une position courageuse dans un pays musulman à plus de 95%, un violent réquisitoire contre les pratiques déviantes des religions monothéistes. L’aliénation religieuse a démultiplié les difficultés des exploités et des opprimés. Suivant SEMBENE, certains chrétiens et musulmans ne sont pas fidèles à l’enseignement moral de leur religion qui exige de tout croyant la pureté du corps et la probité permanente. Pour SEMBENE, il faut revenir à la doctrine originelle du monothéisme. Etre un vrai croyant c’est rester, en toute circonstance, fidèle à la morale traditionnelle de dignité et d’honnêteté. Les chefs religieux eux-mêmes sont accusés d’être des corrompus. Ils s’enrichissent en exploitant habilement la crédulité populaire et gouvernementale.

En raison de cette posture de gauche radicale et contestataire, SEMBENE n’a pas bénéficié de toute l’attention qu’il aurait méritée auprès des autorités publiques. Même s’il a été épargné au Sénégal, pays de tradition démocratique, d’arrestations arbitraires, SEMBENE a été ostracisé par le pouvoir senghorien et la presse d’Etat, alors que ses bureaux, ironie du sort, se situent à l’ancienne maison de radio et télévision. Il est vrai qu’il a participé, en 1966, au 1er Festival Mondial des Arts Nègres, à Dakar, avec deux films «Niaye» et « la Noire de …». Toutefois, le film de SEMBENE, «Ceddo», a été censuré au Sénégal. En effet, le président SENGHOR a estimé qu’il y a une erreur de transcription du titre du film, un seul «d», à «Cedo», au lieu de «Ceddo». Ce film traite de la résistance d’une communauté africaine à l’avancée de l’Islam au XVIIème siècle. «On peut faire autre chose que de regarder vers l’Arabie-Saoudite ou vers l’Occident. On peut regarder vers l’intérieur de l’Afrique, sa culture, sa spiritualité», rétorque SEMBENE. Sur le fond, SEMBENE reproche au président SENGHOR de rester inféodé aux intérêts du néocolonialisme, au détriment du bien-être des masses déshéritées. Le régime senghorien favoriserait, selon SEMBENE, une nouvelle bourgeoisie africaine bureaucratique, totalement assujettie aux intérêts de la France et des multinationales.

On comprend, dès lors, pourquoi en France SEMBENE est demeuré un illustre inconnu. Les salles de cinéma et les télévisions françaises ont refusé de diffuser ses films. On dénote un certain contentieux, à peine voilé, entre SEMBENE et l’ancien colonisateur : «J’ai renoncé totalement à la nationalité française que l’histoire m’avait imposée. Je n’ai aucune animosité à l’égard de la France. J’admire ce que ce peuple a pu faire de bon pour mon pays. Je ne demande pas à un peuple de me respecter, car je me respecte». Cependant, SEMBENE n’est pas un psychorigide. Il a consenti à quelques arrangements avec la France, ex-puissance coloniale qu’il a souvent fustigée. Ainsi, le 9 novembre 2006, un président de droite, M. Jacques CHIRAC, a fait décorer SEMBENE de la Légion d’honneur, par l’Ambassadeur de France à Dakar. SEMBENE justifie ainsi cet écart : «Je l’ai acceptée (la médaille), en sachant que je dirai tout ce que je pense de la France. Je crois que cette ligne est la plus juste». Auparavant, en 1968, André MALRAUX, Ministre de la Culture, avait consenti à SEMBENE, une avance sur recettes de 3 00 000 francs français (équivalents de 45 734 €), pour son film «Le Mandat», à condition qu’il soit tourné en deux versions, en Wolof et en français. Est-ce encore une contradiction ? «Je suis prêt à m’allier au diable, tout en restant fermement décidé à ne renier aucune de mes convictions politiques. Je ne veux pas faire un cinéma de pancartes», dit SEMENE. Fidèle à sa ligne de conduite de révolutionnaire, SEMBENE ne rend hommage qu’à la classe ouvrière française, et implicitement, à la CGT et au Parti communiste français : «Je n’ai pas vécu dans le milieu universitaire. La France, je ne l’ai connue qu’à travers les livres. Les ouvriers m’ont beaucoup apporté. Ils m’ont apporté une grande conscience de moi, des choses, de l’orgueil, de la fierté que j’avais avant d’arriver en France, mais ces sentiments ont été confirmés. J’étais responsable syndical dans ce milieu, c’était important».

La vie de SEMBENE est un roman qui aurait mérité un film. Pourtant rien ne prédestinait cet autodidacte, d’une enfance difficile et d’un avenir incertain, qui n’a pas terminé les études secondaires, à un itinéraire aussi exceptionnel et brillant. SEMBENE est né le 1er janvier 1923, à Ziguinchor, en CASAMANCE, dans le Sud du Sénégal, d’un père pêcheur, Wolof, un Lébou originaire de Dakar. Son père l’a déclaré en mairie le 8 janvier. «Mon père qui était analphabète en français, possédait la nationalité française. C’était un homme ouvert», dit SEMBENE, mais farouchement attaché à sa liberté : «La seule fierté de mon père, était de me répéter, je ne serai jamais l’employé d’un Blanc», précise SEMBENE. Issu d’un milieu populaire, il appartient à la catégorie des déshérités qu’il n’a jamais cessé de défendre. Dans sa jeunesse, son activité favorite était le vagabondage. «Mon enfance s’est passée entre l’eau, les arbres, la pêche et l’école coranique», dit SEMBENE. Une enfance mouvementée et des difficultés familiales, ont failli faire basculer SEMBENE dans la marginalité. SEMBENE devient, comme son père, Moussa, pêcheur. Mais il doit abandonner cette activité en raison d’un mal de mer qu’il ne peut pas dominer. Ses parents divorcent, et il connaît des difficultés relationnelles avec sa marâtre. SEMBENE est confié à un parent de son père à Dakar, mais il est renvoyé en CASAMANCE pour turbulence excessive.

SEMBENE vit à MARSASSOUM, dans le département de SEDHIOU, à 63 km de ZIGUINCHOR, jusqu’en 1935, chez Abdourahmane DIOP, un frère de sa mère, un instituteur révoqué de ses fonctions pour avoir giflé, en pleine domination française, un administrateur colonial, à la suite d’une dispute. SEMBENE décrit cet oncle comme étant «profondément religieux», et «un intellectuel au vrai sens du terme». Cet instituteur «écrivait en arabe, comme en français, il recherchait la franchise, et il détestait punir», dira SEMBENE. «Moi, je ne suis plus croyant, je crois seulement en l’homme. Mais j’ai gardé de cette éducation, l’idée qu’il fallait éviter de se laisser toubabiser, c’est-à-dire, s’européaniser», confesse SEMBENE. En 1936, SEMBENE rejoint Dakar, après la mort de son oncle, pour préparer le certificat d’études primaires. En 1937, il est renvoyé de l’école pour avoir battu le directeur, Pierre PERARLDI, qui l’accusait, à tort, d’avoir fait disparaître le livre d’un autre élève. SEMBENE a été puni pour l’exemple, en raison de son indiscipline fréquente. Aucune école publique ou privée ne voulant l’accueillir, SEMBENE s’adonne, à partir de 1938, à de petits boulots, notamment d’apprenti mécanicien, de plombier, de maçon, d’aide cuisinier ou de ferrailleur. Pendant un certain temps, SEMBENE suit des cours du soir, s’adonne à la natation. Il connaît une crise de mysticisme de 1938 à 1940. «Il devient musulman croyant à la recherche de la pureté, il se rase la tête et s’abime à la prière», souligne Paulin Soumanou VIEYRA, un de ses biographes.

Diplômé de l’école buissonnière, c’est en autodidacte inscrit à l’école de la vie que SEMBENE a complété et développé son savoir. Les prémices d’une conscience politique et syndicale ont déjà été enregistrées au Sénégal, avant son séjour en France. En effet, SEMBENE subit l’influence de Samba DERIGON, un vendeur de journaux qui lui en offre, et qui lui parle de la nécessité de l’indépendance nationale. Durant toute sa vie, SEMBENE sera un lecteur assidu la presse, et va s’inspirer des faits divers pour alimenter sa réflexion. SEMBENE commence à fréquenter les milieux syndicaux et contestataires, notamment au marché de Sandaga, à DAKAR. SEMBENE renoue également avec les gardiens de la tradition africaine, comme Yahi LAHO, qui auront forte résonnance dans son orientation nationaliste. Là aussi, ses promenades, ses échanges avec les autres, feront de lui, un extraordinaire observateur de la société sénégalaise en pleine mutation. «Cette plongée dans le passé m’a permis de ne pas perdre pied dans le tourbillon de la vie moderne et de trouver des points de référence à mon équilibre», dira SEMBENE. Dès son jeune âge, SEMBENE est passionné par le cinéma. «Je me rappelle quand j’étais gosse, quand la pêche était bonne, c’est lui (son père) qui me donnait le soir des sous pour aller au cinéma, et puis, qui me demandait : qu’est ce que tu vas voir dans l’histoire des Blancs ?» dit SEMBENE. Adulte, SEMBENE fréquente les salles en bousculant les portiers. Avant même de devenir réalisateur, SEMBENE a déjà acquis une culture cinématographique, sans commune mesure, comparé aux personnes de sa génération. Le film de Leni RIEFENSTAHL, les «Dieux du Stade», avec l’athlète noir, Jess OWENS, produit, en lui, une forte impression. «Avec ce film, il prend conscience de la notion de race. Dès lors, il pense davantage comme Africain, alors qu’auparavant, cela ne le préoccupait guère», écrit Paulin Soumanou VIEYRA. SEMBENE observe tout ce qui l’entoure : «J'ai beaucoup d'idées dans ma tête, parce que je vois les choses autour de moi, et chaque événement mérite d'être raconté», précise SEMBENE.

Engagé volontaire dans l’armée coloniale, au 6ème régiment de l’Infanterie, en 1942 à 1946, il est envoyé au Niger, au Tchad, en Afrique du Nord, à Marseille, puis à Baden-Baden, en Allemagne. Cette expérience lui fera réfléchir, par la suite, sur sa condition de colonisé. Dans ses films, un personnage représentant un tirailleur sénégalais, est souvent présent. Avant de retourner en France, il fait un bref séjour à DAKAR, et s’inscrit au syndicat des travailleurs de la construction. SEMBENE a eu l’opportunité de participer à la fameuse grève des cheminots qui a paralysé l’économie de la colonie du Sénégal du 11 octobre 1947 au 19 mars 1948, soit pendant 155 jours. Les ouvriers du rail veulent avoir les mêmes droits que leurs collègues français. C’est une grève où les idées paternalistes sur le Nègre docile jusque-là défendues par le colon, sont malmenées. SEMBENE n’a pas joué un rôle de premier plan dans cette grève de 1947. «J’y ai pris ma part, en troisième position, comme nombre de personnes. Cette épisode a été ma première école syndicale», dira SEMBENE. Mais il écrira un roman inspiré de cet épisode intitulé « Les bouts de bois de Dieu».

SEMBENE s’installera entre 1948 et 1960, en France, d’abord dans la région parisienne où l’usine Citroën, lui offre un poste de mécanicien. SEMBENE se rend, par la suite, à Marseille comme ouvrier d’une fonderie. Cependant, pour des raisons médicales, SEMBENE est contraint de renoncer à cet emploi. En 1949, SEMBENE trouve un métier de docker au port de Marseille. Il exercera ce métier pendant 10 ans. «Etre docker à Marseille, c’est un métier très dur, mais on formait une famille qui m’a permis de découvrir, non pas la France, mais le peuple de France», dira SEMBENE. C’est dans cette ville que le destin de SEMBENE bascule. La transmutation se produit, tant sur le plan intellectuel, idéologique que professionnel. «Je n’ai pas fait d’études, et c’est la France qui m’a appris tout ce que je sais», reconnaît SEMBENE. En 1950, SEMBENE adhère au Parti Communiste français au sommet de sa gloire. SEMBENE revendiquera, en 1979, à Ouagadougou, la capitale du Burkina-Faso, son appartenance à la mouvance communiste : «ma lutte est de classe, je la veux de classe. Même mort, je veux qu’on le sache». La France, dont le capitalisme renaît de ses cendres, est secouée par différents mouvements (guerres coloniales, guerre froide, revendications syndicales et pour l’indépendance, immigration du tiers-monde naissante). SEMBENE reçoit une formation à l’école des Cadres du parti. Pendant cette période, il voyage beaucoup en URSS, à Cuba et au Vietnam du Nord. Il rencontre Mao ZEDONG en Chine et échange, en privé, avec lui en français. Il se rend en Guinée de Sékou Touré, au Congo chez Patrice LUMUMBA. Au sein du Parti communiste, SEMBENE découvre la littérature en lisant les fameux «Cahiers du Sud» parus entre 1914 et 1966. Dans la bibliothèque du Parti communiste, SEMBENE découvre, notamment, un roman autobiographique de Jack LONDON, intitulé «Martin EDEN» qui sera, pour lui, une invitation à forcer le destin. Le héros de ce roman est un autodidacte qui souhaite devenir aussi meilleur que les enfants de la bourgeoisie. SEMBENE est, tout de suite, séduit par Jack LONDON (1876-1916), un militant de la gauche radicale, engagé pour la cause des ouvriers. SEMBENE, tout comme Jack LONDON, accorde une place de choix à l’art et à la littérature. SEMBENE, tout en renonçant à la carrière politique, a une conception particulière de l’Art. «Le cinéma est un meeting permanent avec le public pour mieux poursuivre ma quête de militantisme», précise SEMBENE. «Sans art, il n’y a pas d’homme libre. Personne ne peut nous octroyer la liberté. Il faut l’arracher», proclame SEMBENE. Cette adhésion au Parti communiste lui donne l’occasion de rencontrer de grands intellectuels comme Louis ARAGON, Simone de BEAUVOIR, Jean-Paul SARTRE, Edouard GLISSANT, Aimé CESAIRE, Léon GONTRAND DAMAS, Mongo BETI et David DIOP. SEMBENE est de tous les combats. Il milite au MRAP, contre la guerre d’Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie. A cette époque-là, la France a engagé une guerre coloniale au Vietnam. Responsable syndical, à la C.G.T., il participe à la grève qui bloque, pendant trois mois, les envois d’armes destinées à l’Indochine. En effet, Maurice THOREZ a lancé le 20 janvier 1949, le concept de «grève politique de masse». L’intransigeant Ministre de l’Intérieur de la SFIO et adversaire résolu des communistes, Jules MOCH (1893-1985), qualifiant ces grèves «d’insurrectionnelles», les a sévèrement réprimées. En 1961, SEMBENE poursuit une formation cinématographique à Moscou, pendant un an, sous la direction de Marc DONSKI et de Serguei GUERASSIMOV. S’il reste subjugué par Birago DIOP (1906-1989), il trouve, à cette époque, peu d’ouvrages, à son goût, sur l’Afrique. En définitive, avec ce vécu, son intelligence, sa capacité d’analyse et de synthèse, en fin observateur de la société sénégalaise SEMBENE a pu mener, à bien, une véritable carrière artistique.

Un accident de colonne vertébrale contraint SEMBENE à abandonner son travail de docker. En 1956, SEMBENE écrit son premier ouvrage, largement autobiographique : «Le Docker noir». SEMBENE n’écrit pas pour la vanité de prouver qu’il est devenu écrivain. Face à l’image dégradante que l’Occident renvoie aux Africains, SEMBENE estime que sa mission, «c’est d’être toujours fidèle à la réalité et d’essayer de pousser les hommes à réfléchir sur leurs conditions d’existence, à leur faire comprendre qu’il est possible de les améliorer, à tout moment». Pour Samba GADJIGO, un de ses biographes, «la dure réalité des quais lui a appris à ne pas être un de ces intellectuels délicats et très vite anéantis par la moindre contrariété».

Certains auteurs ont critiqué la qualité de l’expression écrite de SEMBENE qui serait d’un style «négligé», d’une esthétique «douteuse», voire d’un talent «médiocre» d’écrivain. Ces critiques sont excessives. Et tout ce qui est excessif n’a pas de signification. Inspiré d’une tradition de l’oralité, je soupçonne, très fortement, SEMBENE, porte-parole des masses paupérisées dont il est resté solidaire, d’écrire en vue des scénarios de ses futurs films. Dans certains de ses films, «Borom Sarret», NIAYE et «la Noire de …», SEMBENE choisit une voix Off. Il adopte une démarche de conteur, inspirée de la tradition de l’oralité, comme Amadou Hampâté BA, avant l’heure. Le personnage du griot a une place de choix dans ses autres films. En fait, SEMBENE est un griot, un fou du Roi qui dit la vérité. Il n’est pas un laudateur. «Le griot c’est celui qui enregistrait, déposait devant tous, sous l’arbre à palabre, les faits gestes de chacun. La conception de mon travail découle de cet enseignement : restituer au plus près du réel et du peuple», précise notre artiste. SEMBENE a adopté une démarche éducative et émancipatrice. Resté fidèle à lui-même, à ses convictions et à l’Afrique dans son authenticité, SEMBENE est un «écrivain populaire», suivant une expression d’Hilaire SIKOUNMO, par sa façon d’écrire et de filmer les réalités africaines, de valoriser les langues africaines, de choisir des acteurs non professionnels du cinéma souvent issus du théâtre, de magnifier les héros du quotidien, d’inciter, en permanence, à résister contre toutes les formes d’oppression et de discrimination. Entre littérature et cinéma, SEMBENE a déjà choisi : «Si j’ai un choix à faire entre le cinéma et la littérature, et ce choix est fait depuis longtemps, je suis pour la littérature», dit-il. Mais SEMBENE reconnaît que la littérature est un luxe pour les Africains. Peu de gens, même éduqués, lisent un roman du début à la fin. A l’heure de l’Internet, il faut faire court. En revanche, et inspirés de la tradition de l’oralité, les Africains sont toujours prompts à s’embarquer dans des discussions stériles et oiseuses, sans compter leur temps. La grande masse de la population africaine est analphabète. Par conséquent, pour SEMBENE, dans son style littéraire populaire, l’efficacité prime sur tout. Son souci primordial est de se faire comprendre par les petites gens.

SEMBENE est un homme irritable. Il est gonflé d’une juste colère contre les traces de siècles de domination et d’acculturation (islamisation, christianisation, colonialisme et néocolonialisme). Ainsi, quand un journaliste Burkinabé lui demande pourquoi il n’a pas terminé son film sur l’Almamy Samory TOURE (grand résistant contre la colonisation), projet datant de 1982, SEMBENE explose. Et sa réponse est cinglante : «Etes-vous déjà passé devant un hôpital africain ? Avez-vous parlé à un médecin qui ne peut pas sauver un homme faute de médicaments ? Qu’est-ce que ma souffrance de cinéaste face à cet homme ?». En effet, le cinéaste est en permanence en butte au manque de moyens, de techniciens, de réseaux de distribution, de salles de cinéma, d’autorisation à filmer dans certains pays. L’Internet et le téléchargement ont ruiné les derniers espoirs d’une industrie cinématographique africaine naissante. Une bonne partie des films de SEMBENE, est disponible sur YOUTUBE. SEMBENE n’a pas pu, non plus, achever son film : «La confrérie des rats». Un juge est assassiné en pleine ville, à Dakar. Il enquêtait sur l’enrichissement illicite et les biens mal acquis. Ce fait divers suscite l’engouement de la presse. Le gouvernement nomme un autre juge. Ce dernier va découvrir pourquoi on a tué son prédécesseur, et ses découvertes vont faire trembler la bourgeoisie bureaucratique. Ce projet de film, inspiré d’un fait divers réel, concerne le plus scandale politique que le Sénégal indépendant ait jamais connu. En effet, le 15 mai 1993, en plein jour, maître Babacar SEYE, ancien député-maire de Saint-Louis, vice-président du Conseil Constitutionnel, est assassiné, à Dakar, à quelques semaines des législatives. Arrivé au pouvoir en 2000, maître Abdoulaye WADE graciera, en 2005, par la loi Ezzan, les assassins du juge. Maître WADE, alors un opposant libéral au gouvernement socialiste d’Abdou DIOUF, voulait-il créer un électrochoc, pour prendre le pouvoir ? Actuellement, son fils, M. Karim WADE, est détenu en prison, pour avoir détourné 2 milliards d’euros. Pour organiser, sa défense ou sa contre-attaque, Karim met en cause l’actuel président du Sénégal, M. Macky SALL, en insinuant que, lui aussi, se serait enrichi illégalement. C’est un excellent scénario de film qui n’aurait pas déplu à SEMBENE Ousmane, fervent militant pour une rénovation des mœurs politiques et une moralisation de la vie publique.

En 1963, SEMBENE retourne définitivement au Sénégal et fonde une maison de production, «La Filmi DOMIREEW» (le Fils du Pays). Les thèmes abordés par SEMBENE sont nombreux : le rôle et la place de la femme dans la société, la dénonciation de la bourgeoisie bureaucratique corrompue et éloignée des préoccupation du peuple, le poids des traditions sociales, culturelles et religieuses entravant l’épanouissement de l’individu, et donc la vraie indépendance et le développement de l’Afrique, la quête d’une identité authentiquement africaine, les perversions sexuelles. SEMBENE, avec un même film, aborde un sujet principal, qui lui-même s’accompagne d’une multitude de thèmes annexes qu’il ne faudrait pas négliger. Par ailleurs, les créations de SEMBENE ont souvent un message caché qu’il faut décoder. En effet, le symbolisme est omniprésent présent dans ses postures intellectuelles. D’une manière générale, il y a, en permanence, quelque chose de subversif dans le propos de SEMBENE. Son œuvre est un appel permanent à l’insurrection contre l’injustice, une compassion pour les exclus. C’est un auteur qui ne s’adresse pas seulement qu’au pouvoir politique. SEMBENE interpelle chacun d’entre nous. En particulier, SEMBENE refusant la résignation, nous exhorte à prendre notre destin main. Nous devons rester, en toute circonstance, nous-mêmes et conserver notre dignité. Tel un Stéphane HESSEL (20 octobre 1917 – 27 février 2013), SEMBENE réclame, sans cesse, une indignation contre les injustices. Par ailleurs, les films de SEMBENE ont une valeur «archéologique», et mériteraient d’être classés par l’UNESCO au rang de patrimoine commun de l’Humanité. En effet, SEMBENE a fixé, avec sa caméra, des scènes de la vie quotidienne d’une Afrique en pleine mutation, à l’aube de l’indépendance, qu’il faudra transmettre aux générations futures. J’ajoute que les films de SEMBENE sont intemporels et universels, et peuvent être compris de tous, quelle que soit son origine nationale.

Deux importantes biographies ont été produites sur la vie SEMBENE par Paulin Soumanou VIEYRA et Samba GADJIGO. La communauté noire américaine, dans sa quête d’identité, s’est également intéressée, de très près, au travail de ce griot africain, d’un nouveau genre, par des ouvrages et des documentaires. J’en fais état dans la bibliographie sélective. Toutefois, dans cette contribution, sans négliger ces apports théoriques indispensables et pertinents, j’ai privilégié les romans, les films, les entretiens que SEMBENE a accordés à la presse. Je tenais à ce que puissiez déceler, avec une grande émotion, la voix claire, directe et personnelle de ce témoin extraordinaire de l’Afrique coloniale et postcolonial qu’est SEMBENE Ousmane. Agissant comme un prophète, SEMBENE a perçu, très vite, ce décalage entre l’Afrique moderne et l’Afrique traditionnelle : «J’ai vu en cette nouvelle Afrique plus de tragédies, plus de souffrances, depuis l’indépendance, que l’Afrique passée. Qui est responsable ? La mal gouvernance», dit SEMBENE. Et SEMBENE indique le chemin : «J’ai découvert l’art, comme l’aveugle découvre la vue. L’Art est politique. Sans art, il n’y a pas d’homme libre». SEMBENE est un agitateur, un cogneur, un irrépressible optimiste qui réclame, ardemment, un ordre nouveau dans lequel les opprimés retrouveront, dignement, leur juste place dans la société. Artiste de la réalité, forgeron des âmes, SEMBENE est un rêveur, mais un rêveur d’une autre Afrique.

 

 

 

I – SEMBENE Ousmane, un artiste de la réalité

SEMBENE est un féministe qui lutte pour la rénovation des mœurs politiques et de certaines traditions.

A – SEMBENE, un féministe de choix

SEMBENE est avare en informations sur sa mère. On sait seulement que sa mère, comme son père sont d’une condition très modeste. Sa mère faisait des ménages. Ses parents sont divorcés. Le discours féministe de SEMBENE serait-il une blessure de l’enfance enfouie, quelque part, et qu’il ne veut pas, par pudeur, exposer ? Ou est-ce, par principe, une posture révolutionnaire de lutte contre toutes les formes de discriminations ?

Quoi qu’il en soit, SEMBENE accorde une place de choix aux femmes dans ses créations littéraires et cinématographiques. Ainsi, le premier chapitre de son romain, le «Docker Noir», s’intitule «la Mère». La conception que les Africains ont de la place de la mère, et donc de la femme dans la société, est une philosophie éloignée des grilles de lecture des Occidentaux que peu, d’entre eux, en saisissent la portée réelle et sa profondeur : l’Afrique est maternelle. Ainsi, quand MATERRAZI insulte les parents de ZIDANE, à la coupe du monde de football, le 9 juillet 2006, c’est la victime de cette grave offense, pour nous Africains, qui reçoit un carton rouge pour son fameux «coup de boule». Quelle grave méprise sur nos valeurs, si on savait que l’homme africain aime et vénère sa mère ! L’Africain jure par sa mère et ne peut accepter qu’on porte atteinte à son honneur. Pour SEMBENE : «L’homme africain n’a aucune valeur intrinsèque. Il la reçoit de sa mère. La mère contient notre société». SEMBENE valorise, sans cesse la femme. Ainsi, dans «Emitaï» se sont les femmes qui se résistent à l’ordre colonial. Dans «Ceddo», c’est une princesse, Dior Yacine, qui indique la ligne de refus de la domination religieuse extérieure à l’Afrique. Dans le film la «Noire de..», la bonne immigrée, face au racisme, se suicide. Dans «Borom Sarret», le cochet dépouillé de sa charrette et désespéré d’une journée harassante sans récompense, retrouve espoir et espérance auprès de sa femme. Dans «Moolaadé », c’est encore une fois de plus, Collé Ardo Gallo SY, qui refuse une coutume dégradante pour la femme : l’excision de jeunes filles. Dans le «mandat», Ibrahima DIENG, menacé de brutalité par son usurier maure, est sauvé par ses deux épouses. Après l’agression de son photographe, M. DIENG est réconforté par ses femmes. Dans «Xala», face au culte de la richesse, ruiné et abandonné de tous, M. BEYE restera soutenu par sa première épouse. Dans « Les bouts de Dieu », la marche des femmes et leur soutien aux grévistes ont été décisifs. Finalement, les femmes de SEMBENE, toujours braves, combatives et dignes, sont restées maternelles et aimantes.

SEMBENE est un féministe qui a exposé «l’héroïsme au quotidien» des femmes et a condamné sans appel l’excision, l’inceste et la polygamie. Pour SEMBENE, nous avons trop de guerres en Afrique. Il y a aussi notre vie ; la vie continue après tout. Les actions quotidiennes ne sont pas retenues par les peuples. «Or, cette lutte souterraine, cette lutte du peuple, c’est ce que moi j’appelle l’héroïsme au quotidien, on ne leur a jamais édifié de statue», entonne SEMBENE. «Il s'agit d'une lutte dont le but n'est pas de prendre le pouvoir, et je pense que la force de l'ensemble de notre société repose sur cette lutte. Et c'est à cause de cette lutte que l'ensemble du continent est encore debout. Donc, j'ai essayé à ma façon de chanter les louanges de ces héros, parce que je suis aussi un témoin de cette lutte quotidienne », précise SEMBENE. Ainsi, dans son film «Moolaadé» ou le sortilège de l’espoir, SEMBENE traite de l’excision des femmes, de façon poignante. Dans un village africain, il est le temps du rituel ancestral de l'excision, considéré comme une purification des femmes. Collé Ardo Gallo SY, seconde épouse de Bathily, un notable du village a, sept ans auparavant, refusé de faire exciser sa fille. Ce matin-là, quatre fillettes se prosternent à ses pieds : elles ont échappé aux exciseuses et lui demandent protection. Celle-ci accepte et leur accorde ainsi le «Moolaadé», (titre en Peul), un droit d'asile qui peut entraîner la malédiction sur quiconque le violera. Pour le proclamer, elle tend quelques fils de couleur à travers l'entrée de sa cour. Dans le village, le conseil des hommes est révolté : Collé remet en cause leur position et une somme de traditions ancestrales. Deux des enfants qui ont refusé l'excision ont préféré fuir le village plutôt que de se réfugier chez Collé. On apprend bientôt qu'elles se sont jetées dans le puits plutôt que d'être reprises. Le chef ordonne que l'on comble le puits. Refusant de plier, Collé ne faiblit toujours pas et compte bien tout faire pour éradiquer la barbarie que représente l'excision. Pour que les femmes retournent à leur ancienne servitude, les hommes du village les privent de leurs postes de radio, par lesquels elles ont appris que le grand imam de la mosquée Al Ahzar condamnait l'excision. Avec «Moolaadé», le plus africain des films de SEMBENE en raison de sa structure narrative et esthétique. Nous sommes en présence d’un conflit de valeurs. L’une est traditionnelle, l’excision des femmes qui est le symbole par excellence de leur assujettissement. L’autre valeur, aussi ancienne que l’humanité, est le droit d’accorder sa protection au plus faible. Par conséquent, ce film pose dit SEMBENE «le substrat culturel africain». SEMBENE a reçu, pour «Moolaadé», une série de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech.

SEMBENE a aussi valorisé «l’héroïsme au quotidien» de milliers de femmes à travers son film «Faat Kiné». Dans ce roman devenu un film, «Faat Kiné», propriétaire d’une station-service élève ses deux enfants, les pères ayant abdiqué à leurs responsabilités au profit d’une vie insouciante. En effet, à l’âge de 20 ans, à la veille du baccalauréat, Faat Kiné se retrouve enceinte et doit abandonner ses études. Faat Kiné parvient à éduquer ses enfants grâce à son courage et à sa ténacité. Faat Kiné s’est attelée à sa tâche et acquis les moyens de son indépendance. Les deux pères essaient de retourner au domicile conjugal, mais ils sont chassés par les enfants, sans ménagement. Chacun en prend pour son grade. Les femmes, en Afrique, sont de véritables «mères courage». SEMBENE est en lutte constante contre cette image dégradante et caricaturale que les Occidentaux ont de la femme africaine. En effet, pour certains Occidentaux, la femme africaine est soumise et craintive. Elle porte un fardeau sur la tête, avec un bébé suspendu à un sein flasque, et deux ou trois enfants pendus à ses basques. En revanche, la «Faat Kiné» de SEMBENE est une femme africaine moderne qui prend activement son destin en main. C’est la femme qui effectue, chaque jour, un acte héroïque en bravant les difficultés quotidiennes. Elle accomplit sa mission en dépit des contraintes sociales ou politiques. Bien des traditionnalistes africains ont été surpris du ton osé et des expressions verbales des enfants à l’égard de leur père.

Dans Voltaïque, qui est un recueil de 13 nouvelles, la plupart d’entre elles ont pour personnage central une femme. Ainsi, dans « Noire de …», SEMBENE dépeint une jeune fille domestique de maison qui suit ses patrons en France. Elle finit par se suicider, car elle ne peut plus supporter la vie qu’elle mène avec eux. Dans une autre nouvelle, «Les lettres de France», SEMBENE relate un mariage forcé. Une jeune fille est mariée à un vieil immigrant qui réside à Marseille. L’union conjugale, dans ces conditions, se révèle difficile. Une autre nouvelle, «Ses trois jours», traite du problème de la polygamie. Une jeune femme attend en vain que son mari vienne honorer sa couche, conformément aux lois islamiques, car c’est «son tour». SEMBENE décrit les affres auxquelles est en proie la protagoniste lorsqu’elle constate que l’époux ne respecte pas ses engagements matrimoniaux.

B – SEMBENE, un appel à garder notre dignité, notre noblesse d’esprit

Un des thèmes majeurs développés par SEMBENE est celui de la dignité. Même pauvres, les Africains doivent poursuivre un idéal de justice et d’égalité. SEMBENE brosse, souvent avec un humour hilarant, les tares de la société africaine postcoloniale, où le pouvoir de l’argent prime sur toute autre considération, et où les valeurs traditionnelles sont méprisées. La grandeur, n’est ni celle de la naissance ou de l’argent, mais une noblesse d’esprit. Chacun, gouvernant, comme gouverné, devrait être animé par la Compassion, cette attention constante aux autres, notamment les défavorisés, les victimes de la discrimination. Ousmane SEMBENE est véritable sociologue, ses romans sont des fresques de la société africaine contemporaine. Il a décidé de rester au plus près du réel, «afin que chacun puisse y déceler un peu de lui-même, selon la vie qu’il mène». L’enjeu c’est de provoquer une prise de conscience. Pour l’ancien directeur général de l’UNESCO, M. Amadou Mactar M’BOW : «Ousmane Sembène est un auteur, un créateur, qui se distingue par son réalisme et son engagement. Ses personnages, les tranches de vie, les événements qu’il décrit ou met en scène s’éloignent peu du vraisemblable. Chacune de ses oeuvres, chacune de ses productions comporte, par ailleurs, un message qui s’écarte peu de son engagement personnel, du sens qu’il a donné à ses combats. Sa démarche est pédagogique, même s’il ne cherche pas à s’ériger en donneur de leçons».

En 1962, le premier court métrage de SEMBENE, «Borom Sarret», confirme un SEMBENE rebelle qui apprécie la transgression. En effet, les beaux quartiers (Dakar Plateau) sont interdits aux charrettes, mais le cocher passe outre cette règle. Dans cette traversée de Dakar, le cocher rencontre, notamment, un chômeur, un mendiant handicapé, une femme enceinte sur le point d’accoucher, un homme qui va enterrer son enfant, un griot, un fonctionnaire qui déménage dans le centre ville, un policier. Le cocher finira par être dépossédé de son unique bien, sa charrette. SEMBENE décrit le quotidien d’un homme ordinaire, qui de clients misérables en mauvais payeurs, dépouillé de tout, ne trouvera réconfort qu’auprès de sa femme. Entre pauvreté et solidarité des exclus SEMBENE aborde, de façon concise, en 18 minutes, les problèmes de classe, d’urbanisme, de tradition, du modernisme, de la condition de la femme, de la corruption, de la misère. SEMBENE nous incite, une fois de plus, à rester digne, et à conserver notre noblesse d’esprit. Ainsi, SEMBENE fait dire au cocher, dépouillé par un griot des recettes de sa journée, et n’ayant comme déjeuner qu’une noix de colas offerte par son épouse : «Le même sang coule dans mes veines, ce n’est pas parce que la vie moderne m’a réduit en esclave que je ne suis pas noble, comme mes Ancêtres».

Dans «le Mandat», avec une musique traditionnelle éblouissante, la grande habileté de SEMBENE consiste, avec de modestes événements, à dépeindre des gens ordinaires de l’Afrique traditionnelle qu’une bureaucratie monstrueusement tatillonne ne cesse de harceler et rançonner. Un homme respectable, Ibrahima DIENG, a reçu un mandat de son neveu qui vit en France. C’est alors que commencent divers tracas. Comment retirer le mandat, puis qu’il ne possède pas de carte d’identité ? Comment avoir une pièce d’identité, s’il n’a ni extrait de naissance, ni photos, ni timbre fiscal ? Comment se déplacer dans Dakar, pour toutes ces démarches, s’il ne peut même pas payer les transports en commun ? Comment retirer le mandat, dont il ignore le montant et la répartition exacts, sans que tous ses nombreux créanciers, les mendiants et les parasites, ne le pourchassent ?

Le «Mandat» est une peinture sociale de la société africaine postcoloniale. SEMBENE y dénonce les aspects les plus archaïques de ce monde qui sont un frein considérable à l’épanouissement de l’individu. L’Africain est tiraillé entre les influences traditionnelles et modernes. L’Africain ne retient, très souvent, que les mauvais côté de sa propre civilisation et celle de l’extérieur. SEMBENE ne donne pas de solution. L’action militante de l’artiste doit se borner à dénoncer les tares de la société traditionnelle. Les petites gens sont visées par cette critique, notamment à travers l’appel à la solidarité traditionnelle. M. DIENG, dans cette logique traditionnelle est fustigée pour sa faiblesse devant ses femmes qui dirigent la maison. SEMBENE met en lumière le rôle et la place de l’argent dans cette société traditionnelle. M. DIENG, un polygame avec 7 enfants, maintient une vie façade d’homme aisé. La civilisation postcoloniale est devenue celle de l’argent qui sape la solidarité traditionnelle, et instaure l’individualisme et le matérialisme. SEMBENE prêche pour l’éducation du peuple et fait dire au personnage principal du film ceci : «Vous voyez ce qui peut vous arriver si n’avez pas d’instruction et si vous n’avez pas de papiers. L’instruction est une nécessité et les papiers sont aussi une nécessité pour avoir accès à la civilisation moderne».

La dimension politique est rarement absente dans les films de SEMBENE. La corruption et les détournements de deniers publics sont dénoncés. Ainsi, le mandat d’un modeste Dakarois est détourné par son neveu, un soit disant homme d’affaires. C’est la confiance mal placée du peuple à l’égard de ses dirigeants politiques qui volent et pillent les biens de la Nation, qui est trahie. L’extraordinaire acteur Makhourédia GUEYE, de son vrai nom, Mamadou GUEYE, dit «Baye Peulh», (Kaolack, vers 1924- Dakar, 6 avril 2008), qui joue le rôle d’Ibrahima DIENG, lance cette phrase pleine de sens politique : «Dans ce pays, seuls les malins vivent bien !».

Dans «NIAYE», de 1964, une nouvelle adaptée de «Véhi Ciosane», est une condamnation sans fard de l’inceste. SEMBENE décrit aussi et surtout, l’ébranlement de l’autorité de la noblesse et de la gérontocratie traditionnelles. En effet, les féodaux, liés au colonisateur, ont envoyé leur fils (personnage de Tanor) combattre dans les guerres coloniales, pensant ainsi perpétuer leur prestige sur les autochtones, à travers leur tradition de courage et de gloire. Mais, Tanor, revenu fou de la guerre, est la risée de tous. C’est ce sentiment de dépréciation de soi, de cette famille noble, qui provoque suicide, meurtre et convoitise du trône. Le tout se termine, non pas par la gloire escomptée, mais par le dépérissement de la noblesse, fortement décalée. Devant la conspiration du silence des sujets du Roi, et la tentation d’exil du griot, celui qui devrait dire la Vérité, SEMBENE procède, là aussi, à un appel vibrant à conserver notre dignité : «notre manque de discernement de la Vérité ne provient pas de nos esprits, mais plutôt du trop grand honneur que nous accordons à la naissance, à la fortune. Le pays n’a pas d’hommes dignes de ce nom». Et, SEMBENE de glisser cette phrase choc : «Une nouvelle vie commence, là où la Vérité sera un délit».

Dans «Guelwaar», avec la musique de Baba MAAL, on retrouve également un conflit de valeurs. Un noble et chrétien, Pierre Henri THIOUNE, est inhumé, par méprise, dans un cimetière musulman. Cela ne manque pas de provoquer des bouleversements et des situations aussi grotesques qu’effrayantes. Un conflit religieux peut éclater, à tout moment, sur la base d’un malentendu. «Guelwaar», et cela a un peu échappé à certains critiques, est une violente dénonciation de la montée de l’intégrisme religieux, complice du pouvoir politique. Comme dans «Véhi-Ciosane», SEMBENE aborde, à nouveau, le thème de la noblesse. «Le Guelwaar», ce n’est pas la noblesse du sang, mais c’est une façon d’être. Pour SEMBENE, un homme, pour être homme, doit incarner l’espoir et l’espérance de sa communauté, non pas pour lui-même, mais pour réaliser un idéal commun. Les thèmes abordés dans «Guelwaar» sont nombreux. Cette oeuvre s'intéresse à la honte, la servitude et dénonce, sous couvert d'un conte, la corruption, la mendicité d’Etat. Sophie, la fille du noble, se prostitue à Dakar afin de subvenir aux besoins de sa famille. Mais la prostitution est préférable à la mendicité d’Etat dont les produits sont détournés par les gouvernants. SEMBENE fait dire au fils de «Guelwaar», Barthélémy, dont le père a été assassiné pour avoir dénoncé, au cours d’un meeting politique, la mendicité d’Etat, une tirade sur la corruption et le détournement de deniers publics : «Les dons alimentaires et les crédits destinés aux paysans ont été détournés. Ces magots, volés au peuple, ont servi à une minorité de dirigeants à acquérir des villas, des châteaux et des appartements en Europe. (…). Des sommes énormes, dérobées au peuple, dorment dans les banques en Europe. Tous ces avoirs, mal acquis, dépassent même les dettes de leur pays».

Dans «Niwam», SEMBENE retrace un fait divers : un paysan étranger à la ville, circule dans Dakar, en bus, portant le cadavre de son enfant nouveau-né. Le bus traverse Dakar d'est en ouest. Des rencontres, des personnages et des situations isolent notre homme, revêtu de sa grande crainte. Ira-t-il jusqu'au bout de son voyage ?

Dans «Taaw», court métrage, SEMBENE dépeint une jeunesse, des quartiers populaires, confrontée à la dure réalité de l’existence. La mère s’efforce d’éduquer ses enfants avec toute la dignité des pauvres. Le père respecte la tradition en confiant ses enfants à un marabout pour leur éducation coranique. Mais le guide religieux transforme ses disciples en mendiants et les exploite. Le jeune homme recherche un travail au port, mais il faut payer pour entrer dans cette enceinte. Sa fiancée, enceinte lui, avance de l’argent. TAW ne cherche pas l’argent pour de l’argent. Il doit gagner honnêtement sa vie pour retrouver sa dignité. SEMBENE nous invite à une promenade dans les bidonvilles. C’est dans ce creuset, selon SEMBENE, «où se façonne la nouvelle Afrique». Une lutte cruelle se déroule entre l'Afrique des villages et celle des villes. Le langage, les contacts, les rapports, les amitiés, les inimitiés, le respect traditionnel, se font, se défont en fonction de l'argent, devenu seule valeur morale suprême. Le regard d'amour que SEMBENE jette sur ses personnages nous les fait aimer malgré la situation impitoyable.

A travers son roman, «O pays, mon beau peuple», en 1957, SEMBENE nous offre l'image d'une Afrique tourmentée, révoltée, qui veut se construire en rejetant une tradition aliénante. Après avoir servi dans l’Armée française, Oumar FAYE retourne au Sénégal avec sa femme française, dans son village de Casamance. Les difficultés ne tardent pas à se faire sentir, car le héros va tenter d’insuffler, dans le pays, un vent d’innovation et de progrès, bien opposé aux objectifs de l’administration coloniale. Ses compatriotes le considéreront comme un héros, lorsque M. FAYE sera assassiné par un mercenaire engagé pour le liquider. Dans ce roman, «O pays, mon beau peuple», SEMBENE nous présente un couple mixte, vivant en parfaite harmonie, mais qui est confronté au Sénégal à des préjugés sociaux, culturels et religieux. «Quelle idée peut- il avoir eue de la faisant venir ici ?», s’exclame un habitant du village en haussant les épaules. Oumar, le héros sénégalais de ce roman, est confronté au rejet de sa femme blanche, Isabelle, par sa famille. Mais, Isabelle, la blanche, elle est digne, fidèle et sympathique, finira par gagner l’estime de tous.

SEMBENE pose, très tôt la question de l’immigration, avec ces colons qui reviennent en France, après l’indépendance du Sénégal, avec leurs domestiques. La «Noire de …», inspiré d’un fait divers et de la nouvelle «Voltaïque», qui porte sur la problématique de l’exil, de ses souffrances et de la perte d’identité que cela engendre. La France c’est le pays de rêve, un désir de découvrir un pays mythique. Mais la bonne ne sait pas ce qui l’attend. Ce film dépasse la notion de race pour atteindre les rapports de classe. On parle la même langue, mais on n’arrive pas à bien communiquer.

II – SEMBENE Ousmane, un ingénieur des âmes, un forgeron des caractères

A – SEMBENE, un artiste politique

SEMBENE a une conception particulière du rôle de l’artiste. «Créer c’est participer à l’évolution des masses, c’est-à-dire essayer d’être ce qu’on appelle l’ingénieur des âmes ou le forgeron des caractères», dit SEMBENE. «Ce qui m’intéresse, c’est d’exposer les problèmes du peuple auquel j’appartiens. Pour moi, le cinéma est un moyen d’action politique», dit SEMBENE. Le professeur Samba GADJIGO a élevé SEMBENE au rang de Socrate africain. En effet, SEMBENE est un militant engagé pour que les consciences s’éveillent. «Comme les autres, je fais partie du monde, ma place je ne permets à personne de l’occuper, et je ne permets à personne de parler à ma place», souligne SEMBENE dans son voyage à l’intérieur de lui-même. «Le cinéma est nécessaire dans toute l'Afrique, parce que nous sommes en retard dans la connaissance de notre propre histoire», précise SEMBENE.

A son retour au Sénégal, après un périple au Mali, en Côte-d’Ivoire et en Guinée. La littérature étant un art nouveau pour le continent africain, les belles images qu’il a conservées du fleuve Congo, donnent à l’idée que le cinéma serait un formidable moyen de communiquer avec son peuple. Le gouvernement malien propose à SEMBENE de faire un documentaire sur l’Empire SONGHAY. A partir de cet instant, SEMBENE privilégie le cinéma afin de réconcilier le peuple et la littérature. L’analphabétisme et la précarité de la vie des populations déshéritées sont la source de son inspiration. SEMBENE sait que ces exclus n’ont pas les moyens de s’acheter un livre. Il plaide pour un cinéma grand public, militant, réaliste, politique et polémique. A une question du journal Libération, en 1987 «pourquoi filmez-vous ?», SEMBENE a répondu : «je ne sais pas encore pourquoi je filme, mais tout un peuple m’habite, et je dois témoigner de mon temps». Et il précise encore sa pensée : «En Afrique, on ne fait pas du cinéma pour vivre, mais pour communiquer, pour militer». Pour SEMBENE «le cinéma est, en Afrique, l’équivalent des cours du soir. C’est toujours une source d’enseignement permanent». Pour le professeur Samba GADJIGO, un des messages essentiels de SEMBENE est le suivant : «il n’y a pas d’avenir en dehors de la culture et qu’il ne saurait y avoir de culture sans mémoire». Ce que nous apprenons de la vie de SEMBENE, finalement, c’est la profonde conviction que l’homme ne vit pas que de pain ; il a aussi d’autres besoins, intellectuels, spirituels, qui constituent sa culture.

Les films, comme les romans de SEMBENE, témoignent du souci d’éduquer et de conscientiser les populations africaines. Il part du constat que la littérature, à l’orée de l’indépendance, est réservée à une élite, aux bureaucrates, aux gens dits «évolués» coupés du peuple. Cette littérature, qui est d’expression française, ne participe pas à la construction de l’identité nationale, à l’édification d’une société nouvelle. C’est par le truchement du cinéma que SEMBENE entend réconcilier le peuple et la littérature ; c’est l’Afrique populaire qui s’autocritique et se juge. Le cinéma se prête à la restitution de l’image de soi afin de contrebalancer la toute puissance de la culture occidentale. « Sur les écrans d’Afrique Noire ne se projettent souvent que des histoires d’une plate stupidité, étrangères à notre vie. Pour nous Africains, le problème cinématographique est aussi important que de construire des hôpitaux, des écoles, donner à manger à la population. L’important est pour nous d’avoir notre cinéma : c’est-à-dire de se revoir, de se saisir, de se comprendre soi-même par le miroir de l’écran », intervention de SEMBENE à la rencontre internationale des poètes à BERLIN du 12 au 24 septembre 1964. A une identité dévalorisée et, s’il faut le dire, niée, force est de répondre en réaffirmant, sans concession, la légitimité de cette identité. «L’Afrique doit reconquérir sa personnalité pour faire de sa différence un enrichissement pour le reste de l’humanité», souligne Paulin Soumanou VIEYRA, un cinéaste africain. «La culture est politique, mais c’est une autre politique», précise SEMBENE. C’est dans ce contexte que SEMBENE accorde une place privilégiée au Wolof. Les expressions et les néologismes Wolof abondent dans ses romans et ses films. Ardent défenseur des langues nationales, SEMBENE entreprend d’alphabétiser en Wolof. En 1971, il créé son journal, en Wolof, «Kaddu» (La Parole). Originaire de Casamance, région par excellence de la diversité culturelle, à l’image du Sénégal, SEMBENE a donné des titres en Peul, à certains de ses films. Ainsi, «Ceddo», est un guerrier peul, d’origine Wolof, Sérère ou Soninké, animiste, particulièrement réfractaire à l’islamisation et à la christianisation. L’un des acteurs du «Ceddo», questionne les musulmans : «Pourquoi votre Dieu serait-il meilleur que nos fétiches ?». Evoquant tous les pouvoirs arbitraires, SEMBENE donne, dans Ceddo », la réponse suivante : «Ce ne sont tous que des tiques. Ils se nourrissent de notre sang. Nous voulons que cesse l’iniquité». SEMBENE, insoumis et révolté en permanence, a mentionné sur le fronton, de sa maison, à Dakar-Yoff : «Gallé Ceddo», (la maison du rebelle). Le titre du film «Moolaadé», est également en Peul ; ce qui signifie rechercher asile et protection. Cette diversité et ce panafricanisme se trouvent dans la composition de ses équipes de tournage qui comptent des Sénégalais, des Maliens, des Ivoiriens, des techniciens français, marocains et tunisiens.

On retrouve, constamment, dans les écrits de SEMBENE ce puissant appel au changement, à la rénovation politique et syndicale, et à l’égalité réelle dans la justice. Ainsi, dans le premier roman de SEMBENE, «le Docker Noir», DIAW Falla mène à Marseille une existence misérable et précaire, mangeant un bol de riz, logé dans un hôtel infâme, heureux encore si le matin il a pu trouver une embauche. Il n’a, pour se retenir à la vie, que son amour Catherine SIADEM, et l’espoir de devenir écrivain. Le meilleur de lui-même, en effet, il l’a placé dans un roman qu’il a écrit pendant les brefs moments volés à la fatigue. Il confie son manuscrit à Ginette TONTISANE pour l’aider à le faire publier. Ginette le fait publier le roman sous son propre nom. Falla DIAW tue, accidentellement, Ginette. Il sera condamné. C’est une œuvre tragique, où le racisme et la pauvreté entrent en ligne. L’entourage hostile ne croit pas aux capacités intellectuelles de ce docker parce qu’il est noir. SEMBENE ne verse pas dans la facilité. Il n’oppose pas les Blancs aux Noirs. Il procède, en bon sociologue et en marxiste, à une étude dialectique basée sur la confrontation entre exploités et exploiteurs. «Il n’y a pas de haine véritablement, mais il y a un conflit d’intérêts que les uns et les autres mettent sur le compte de la peau, la thèse épidermique», dit SEMBENE. Le soutien du héros de ce roman viendra des exclus comme lui. SEMBENE fait dire à l’un des protagonistes de ce romain cette phrase qui éclaire son choix idéologique : «Ne mettez pas votre couleur en cause. Acceptez vos responsabilités d’aujourd’hui et celles de demain». Par conséquent, le docker noir n’est pas une étude sur le racisme en France, même si avec la franchise légendaire des Sénégalais, il dénonce la mentalité colonialiste de certains racistes français, les capitalistes. Le Docker noir est, avant tout, un long cri d’amertume où éclate le désir passionné de justice et de dignité. Par ailleurs, SEMBENE sort de la condescendance ambiante, et pose la place des immigrés ainsi que la visibilité des minorités en France, et notamment des Noirs en tant que groupe social. SEMBENE, une fois de plus, a vu juste. En effet, relégués au second plan, les Noirs de France sont devenus des «indigènes de la République».

 

B – SEMBENE, un anticolonialiste

SEMBENE est naturellement anticolonialiste, au moment où certains ont choisi l’assimilation. Sa critique contre le colonialisme est sans concession. Pendant la colonisation, on a fait croire que les Africains n’étaient que des sauvages, voire des singes, et l’Occident leur apporterait la civilisation. «En Afrique, il y a des cocotiers et des bananes, il y a surtout des Hommes», rétorque SEMBENE. Les colons ont réussi, pendant leur règne, à empêcher les Africains de se reconnaitre comme des êtres humains, et de s’exprimer selon la totalité de leur être. Ainsi, «Emitaï, Dieu du Tonnerre», est un film politique et historique. SEMBENE dédie ce film «à tous les militants de la cause africaine». Ce film relate le rapt, par des colons français, de jeunes gens en âge de combattre. A un militaire français qui disait que les tirailleurs allaient faire la guerre pour la «mère-patrie», la réponse ne s’est pas faite attendre : «nos enfants ne font pas la guerre pour nous, mais pour vous». Cela se produit dans un village également frappé par l’impôt obligatoire sur la récolte de riz. Les femmes ayant caché les récoltes sont exposées à un soleil brûlant avec leurs enfants. «Avec eux, il n’y a que la manière forte qui marche», lance un légionnaire venu mater la résistance. Les hommes s’interrogent et interrogent leurs Dieux. Le refus des villageois d’obtempérer aux injonctions des forces de l’ordre va de pair avec la résistance farouche que les femmes opposent à l’autorité coloniale. «Emitaï» se termine par un massacre. SEMBENE reste fidèle à sa ligne de conduite : les femmes se rebellent au prix de leur vie. «Emitaï» est un «conflit spirituel et le temporel» dira SEMBENE.

Cet anticolonialisme est flagrant dans le film «Camp de THIAROYE», dont le scénario initial de Ben Diogaye BEYE, jugé extrémiste, a été abandonné. Pourtant, la charge contre le colonialisme que profère SEMBENE, dans ce film, est violente. Ainsi, il fait dire, dans ce film, à un de ses personnages noir qui s’adresse à des militaires : «Vous insultez des soldats (les Tirailleurs sénégalais), qui étaient de toutes les batailles. Ils étaient de la première armée libre. Où étiez-vous en 1940 ?». Rappelons-le, la ville de Dakar, capitale de l’Afrique Occidentale Française, était aux mains des pétainistes jusqu’u 7 décembre 1942. SEMBENE en fougueux partisan de la liberté est un engagé volontaire, dans l’Armée française, dès 1942. Dans «le Camp de THIAROYE», SEMBENE relate les revendications des tirailleurs sénégalais confinés dans la banlieue de DAKAR, lors de leur retour d’Europe en 1944, juste avant à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Leur fierté d’anciens combattants qui ont lutté contre les Nazis, fait bientôt la place à une désillusion amère face au traitement injuste de l’administration coloniale. Ils réclament leur pécule de guerre, et s’insurgent contre les humiliations et le racisme de la hiérarchie militaire. Ils organisent une mutinerie qui fera 25 morts, et de très nombreux blessés. Les meneurs sont emprisonnés. Cette scène, dans le film, où les soldats français, avec une grande brutalité, ont massacré les tirailleurs sénégalais, a marqué les esprits. L’Ambassadeur de France, qui accompagnait le président Abdou DIOUF, et Jean COLIN, Secrétaire Général de la présidence (Paris 19 sept. 1924 - Bayeux, 17 oct.1993), lors du pré-visionnage, a quitté la salle avant la fin de la projection du film. Ce film réalisé, pourtant plusieurs années pourtant après la guerre, n’a trouvé aucun distributeur en France. SEMBENE affirme que lors du tournage, et cela n’a pas été vérifié, les services secrets français auraient tenté, sans succès, de le liquider, par un accident de la circulation déguisé.

 

SEMBENE, en anticolonialiste farouche, a immortalisé la grève de 1947 en écrivant, en 1960, un ouvrage intitulé : «Les bouts de bois de Dieu». Ce roman est une description détaillée des motifs de la grève de 1947. Les cheminots africains réclament une augmentation des salaires, des allocations familiales, des vacances annuelles, une retraite et le droit de se syndiquer. Soutenus par leurs épouses, les grévistes organisent une marche et descendent sur Dakar, siège de l’administration coloniale. Aux portes de Dakar, l’une des protagonistes, Peinda, s’effondre sous les balles de la police. Les grévistes obtiennent gain de cause, puisque l’administration engage des négociations. Dans ce roman, «Les bouts de bois de Dieu», les Africains veulent conserver les traditions, les lois du clan, les coutumes, mais le progrès, implacable, les pousse vers l’avenir. Au long de la ligne de chemin de fer, d'innombrables personnages se croisent et se rejoignent. Les Africains qui, tant que dure la grève, ont peur, peur du long silence des machines, et, surpris par ce mouvement, les Européens qui s'appliquent à conserver le prestige de la vieille Afrique. Mais au coeur de ces voix discordantes, de ces âmes déchirées, s'élève un amour de l'homme d'autant plus bouleversant qu'il est lucide. Respecter l'homme n'est pas chose aisée. Parallèlement, à cette intrigue dont l’implication sociale est le soubassement, il y a en filigrane une histoire d’amour, des solidarités et des traitrises qui s’affrontent. Ce roman réaliste, à la manière d’Emile ZOLA, est l’un des chefs d’œuvre de la littérature africaine, inscrit au programme scolaire de bon nombre de pays africains.

 

C – SEMBENE, un anti-néocolonialiste

SEMBENE dénonce, sans modération, tous ces régimes autoritaires et corrompus africains qui ont reproduit des comportements pires que le colonisateur. Après la décolonisation une bourgeoisie bureaucratique a pris la place des Blancs, sans se préoccuper du sort des exclus. Les Africains ont les qualités de leurs défauts. Ils n’ont jamais eu le monopole de la vertu, ni avant, ni de nos jours. SEMBENE est très critique à l’égard de certaines croyances, notamment, de la façon dont l’Islam a été dévié de son message originel. Pour lui, la religion est souvent vidée de sa substance. C’est une façade, un habit commode pour cacher les laideurs de l’homme, au lieu d’être une foi. Le pouvoir politique et administratif doit être au service du bien-être de tous, avec une attention particulière aux plus pauvres.

Dans «Xala», SEMBENE brosse, avec un humour délirant, un rapport de classe. Il s’autorise à faire le procès de la bourgeoisie locale qui revient de remplacer le colonisateur. «Je dénonce effectivement une classe, non pas une classe, une couche de population, qui se trouve en situation objective de privilèges indécents, de privilèges condamnables, parce qu’ils pervertissent le progrès social, inhibent les efforts du peuple vers le progrès, c’est-à-dire vers la réalisation de ses aspirations naturelles au mieux-être et au mieux-vivre», souligne SEMBENE. En cette période de moralisation de la vie publique, de lutte contre l’enrichissement illicite et les biens mal acquis au Sénégal, SEMBENE reste d’actualité. Dans «Xala», corrompu, autoritaire et suffisant, l’homme d’affaires, El Hadji Abdou Kader BEYE, a décidé de prendre une troisième jeune épouse. La nuit de noces, il est atteint par le «Xala», ou l’impuissance sexuelle. Le héros tente, par tous les moyens, de soigner ce mal qui devient, pour lui une obsession. Négligeant ses affaires, il est ruiné, et est ostracisé par ses pairs. La dernière scène s’achève sur une image fantasmagorique : un groupe de mendiants dirigés par un paysan qu’il avait ruiné, lui crachent dessus. Soudainement, il sent retrouver sa virilité.

Xala est un film éminemment politique. SEMBENE fait dire à un acteur «nous devons prendre notre destinée en main, et montrer que nous sommes capables comme les autres peuples». Dans «Xala», le symbolisme est omniprésent. L’impuissance sexuelle ne fait –elle pas référence à l’incapacité des gouvernements africains de remplir convenablement leur mission ? Entre tradition et modernité, et avec le bouleversement des valeurs, qu’est ce qu’être riche ou pauvre ?

Cette impuissance des gouvernements africains, les corruptions et détournements de deniers publics sont, une fois de plus, fustigés par SEMBENE. En effet, lors du vote d’exclusion de la chambre commerce pour chèque sans provision et détournement de deniers publics, l’homme d’affaires, M. BEYE, lance, à l’assistance, cette redoutable question : «Qui sommes nous ?». La réponse est sanglante : «si ce n’est de minables commissionnaires, moins que des sous-traitants. Nous ne faisons que de la redistribution des restes que l’on veuille bien nous céder. Nous sommes tous des culs-terreux du monde des affaires. Chacun, ici présent, est un salaud. Nous avons détournés des vivres destinés aux nécessiteux». Le mouton noir, l’homme d’affaires M. BEYE, est remplacé par un voleur à la tire qui a subtilisé le produit d’une année de récolte de paysans en difficulté.

Comme dans la plupart de ses films, à côté du thème principal, s’ajoutent d’autres grilles de lecture qu’il ne faudrait pas négliger. D’une part, Xala semble indiquer que la polygamie est destructrice de la famille. Si la première épouse de M. BEYE est dépeinte comme une femme résignée, sa fille Rama, incarnant la modernité, est une farouche contestataire de cet ordre injuste établi par l’Islam. D’autre part, SEMBENE dénonce le culte de l’argent-roi. M. BEYE ruiné, est abandonné de tous, notamment par ses deuxième et troisième épouses.

Dans «le Dernier de l’Empire», en 1985, une intrigue politique qui se déroule sur 6 jours, le président Léon Mignane a disparu, mystérieusement, après avoir fomenté un coup d’Etat dans le pays. La vacance du pouvoir est l’occasion pour les Ministres de s’affronter et de régler leurs comptes. Seul le doyen Cheikh Tidjane fait preuve de lucidité. Pour SEMBENE, ce roman est une «fiction politique», mais certains esprits malicieux y ont vu, le stratagème utilisé, en 1981, par le président SENGHOR pour céder le pouvoir à son premier ministre, Abdou DIOUF, sans organiser de nouvelles élections présidentielles.

Le 9 juin 2007, à la disparition de SEMBENE les hommages ont été unanimes. Pour M. Abdou DIOUF, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et ancien président du Sénégal, «l’Afrique perd un de ses plus grands cinéastes, et un fervent défenseur de la liberté et de la justice sociale». Pour maître Abdoulaye WADE président du Sénégal «SEMBENE est un homme de culture et de lettres, pionner du cinéma africain et intellectuel engagé». Dans son message, le président du Gabon, M. BONGO a rappelé que «son incommensurable œuvre dont les prémices prennent forme avant l’indépendance de son pays, il aura contribué, jusqu’à la fin de ses jours, à éveiller la conscience politique, sociale et artistique». Pour le professeur Samba GADJIGO : «Ce que j’ai trouvé d’exceptionnel dans la vie de SEMBENE, en plus de ce choix politique de libérer son peuple, c’est cette lucidité, cette conscience claire que si l’action politique peut répondre aux problèmes immédiats du présent, seul le combat par l’art, donc au niveau de la culture, peut s’inscrire dans la continuité de l’histoire». Et le professeur GADJIGO de préciser : «Ousmane SEMBENE n’est pas un démiurge. Il est plutôt un homme ordinaire. Mais il est aussi le plus extraordinaire de tous les hommes ordinaires que j’aie connus».

En définitive, pour son amour du Sénégal et de l’Afrique, SEMBENE a tenté de rejeter un regard critique sur les mœurs du continent noir. Il a dénoncé, avec virulence et ironie, la classe politique à l’aube de l’indépendance. SEMBENE a surtout examiné, avec compassion et sans concession, la situation des exclus, dans leur drame et leur héroïsme au quotidien. Précurseur du cinéma africain, marqué par un engagement social et politique, essentiellement motivé par le bien-être des exclus, SEMBENE a été intronisé, de son vivant, «l’Aîné des Anciens». SEMBENE est un «écrivain populaire», dans la mesure où toute son œuvre ne traite que des défavorisés. SEMBENE est leur griot, au sens où l’entendait, un écrivain guinéen, Camara LAYE, «un maître de la parole», un artiste et avocat des opprimés. SEMBENE a bien transcrit son attachement indéfectible aux valeurs de l’Afrique et ses peuples, fondement nécessaire et préalable à toute rénovation politique du continent noir. Ce message militant et d’espoir, pour un homme nouveau en Afrique, reste plus que d’actualité en cette période troublée, même plus de 50 ans après l’indépendance politique.

Bibliographie sélective

 

1 – Œuvres littéraires

 

SEMBENE (Ousmane), Les bouts de bois de Dieu, Paris, Press Pocket, 2002, 379 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Xala, Paris, Présence Africaine, 1995, 192 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Le mandat précédé de Véhi Ciosane Blanche-Génèse, Paris, Présence Africaine, 1966, 190 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Le dernier de l’Empire, Paris, Présence Africaine, 1985, 438 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Le docker noir Paris, Présence Africaine, 1973, 219 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), O pays, mon beau peuple, Paris, Pocket, 1975, 187 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Niiwam suivi de Taaw, Paris, Présence Africaine, 2001, 189 pages ;

 

SEMBENE (Ousmane), Voltaïque, la Noire de …, Paris, Pocket, 2001, 215 pages.

 

SEMBENE (Ousmane), L’Harmattan, Paris, Présence Africaine, 1964, 299 pages ;

 

2 - Filmographie

1962- Borom Sarret
1963- L'empire Songhay
1964- Niaye
1966- La Noire de …
1968- Mandabi
1969- Traumatisme de la femme face à la polygamie
1969- Les dérives du chômage
1970- Taaw
1971- Emitaï
1972- L'Afrique aux olympiades, Basket africain aux J.O de Munich RFA
1975- Xala
1977- Ceddo
1987- Camp de Thiaroye
1992- Guelwaar
1999 - Heroïsme au Quotidien
2000- Faat-Kiné
2004- Mooladé.

3 – Quelques interviews de SEMBENE,

 

BUSCH (Annett) et ANNA (Max), sous la direction de, Ousmane SEMBENE, Interviews, Jackson, Mississipi, University Mississippi Press, 2008, 225 pages ;

Entretien avec France-Culture, avril 1967, à propos du film « La Noire de … »

Entretien avec Télérama du 15 au 21 décembre 1968.

Entretien de novembre 1968 accordé à Jeune Cinéma, n°34

Entretien avec Bingo, n°195, avril 1969, à propos du film «Le Mandat»

Entretiens Jeune Afrique n°629, 1973, pages 49 et n°795 pages 55-56, 26 février au 3 mars 1968 (film le Mandat)

Interview accordée à Tahar CHERIGA, «L’artiste et la Révolution», in Cinéma-Québec, 1974 (3) n°9-10, page 14.

Entretien à L’Afrique Littéraire et Artistique, 1979 n°51-53, page 114

Entretien à Les Cahiers de l’Auditeur, 1981, janvier-mars, n°12, page 3-6.

Entretien télévisé, avec Christine DELORME, 1992, à la Mosquée de Paris, sur le film « Guelwaar ».

Entretien avec Olivier BURLET, Africultures, janvier 1998,

Entretien avec Jacqueline LEMOINE, Le Soleil du 1er mars 1984

Entretien avec Samba GAGJIGO du 11 avril 2004

Interview au Journal l’Humanité, du 15 mai 2004

Entretien du 17 décembre 2004, «La leçon de cinéma», Dakar,

Entretien Valérie GANNE d’Afrik.com, à l’occasion du Festival de Cannes en 2004.

Entretien avec Bonnie GREER, The Guardian, dimanche 5 juin 2005,

Entretien du 6 décembre 2006, avec Malick SY, REWMI.

 

4 – Contributions sur SEMBENE,

 

GADJIGO (Samba), Ousmane SEMBENE, une conscience africaine : genèse d’un destin hors du commun, Paris, Homnisphères, 2007, 252 pages ;


GADJIGO (Samba), FAULKINGHAM (Ralph), CASSIRER (Thomas) et SANDERS Reinhard, sous la direction de, Ousmane Sembène : Dialogues with Critics and Writers, Amherst, University of Massachussetts Press, 1993, 123 pages ;

 

DIA (Thierno Ibrahima) et BARLET (Olivier), sous la Direction de, Sembène Ousmane (1923-2007), Paris, Africultures, février 2009, 216 pages ;

 

MURPHY (David), Imagining Alternatives in Film and Fiction - Sembene. Oxford, Africa World Press Inc., 2000, 275 pages ;

 

NIANG (Sada) sous la Direction de, Littérature et cinéma en Afrique francophone : Ousmane Sembène et Assia Djebar, Paris, L'Harmattan, 1997, 256 pages.

VIEYRA (Paulin Soumanou), Ousmane Sembène cinéaste : première période, 1962 - 1971. Paris, Présence Africaine, 1972, 244 pages.

VIEYRA (Paulin Soumanou), Ousmane Sembène cinéaste, Paris, Présence Africaine, 2012, 224 pages.

SIKOUNMO (Hilaire), Ousmane, écrivain populaire, Paris, l’Harmattan, 2010, 298 pages.

PFAFF (Françoise), The Cinema of Ousmane Sembene : A Pioneer of African Film, preface de Thomas CRIPPS, Westport, Connecticut, Greenwood Press, 1984, 207 pages ;

BESTMAN (Martin), Sembène Ousmane et l’esthétique du roman négro-africain, Sherbrook, Quebec, Éditions Naaman, 1981, 349 pages ;

PETTY (Sheila), A Call to Action : the Films of Ousmane SEMBENE, Westport (Connecticut), Praeger, 1996, 184 pages ;

 

BOURHANE (Hassane), L’œuvre littéraire et cinématographique de SEMBENE Ousmane, Thèse, Université de Cergy Pontoise, 22 février 2008, sous la direction de Romuald FONKUA, 263 pages.

 

DIOUF (Madior), Comprendre Véhi-Ciosane et le Mandat, Issy-Les-Moulineaux, Les Classiques africains, 1986, 64 pages ;

 

ENAGNON (Yénoukoumé), «SEMBENE Ousmane, la théorie marxiste et le roman, d’après l’étude de Véhi-Ciosane et de Xala», in PEUPLES D’AFRIQUE NOIRE, 1979, (11) pages 92-127.

 

IJERE (Muriel), «SEMBENE et l’institution polygamique», in ETHIOPIQUES, 1988 (5), n°1-2.

 

«SEMBENE Ousmane : 1923-2007», diverses contributions in AFRICULTURES, janvier 2009, n°76, Paris, l’Harmattan, 214 pages.

 

Paris le 22 janvier 2014. Par Amadou Bal BA – baamadou.over-blog.fr.

 

Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
Un personnage illustre du Sénégal : SEMBENE Ousmane intellectuel autodidacte, écrivain et cinéaste (1er janvier 1923 au 9 janvier 2007).
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 15:45
Municipales de 2014 à Paris : Les appétits d'une Droite pressée et revancharde- baamadou.over-blog.fr
La Droite se fissure à Paris. La liste de NKM est fortement contestée par certains barons locaux de l'UMP. Le Centre, l'UDI, en rajoute estimant, que dans le partage du gâteau, le compte n'y est pas. Quelle belle pagaille ! Pour ceux qui en doutaient encore, le projet de la Droite, se résume à Paris, alors que la bataille est loin d'être gagnée, à une question de places. Alors, dis-moi, jolie Droite, pourquoi as tu de si grandes dents ?
Baamadou.over-blog.fr

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 08:20

Adoption définitive d’une nouvelle loi sur les retraites, le 18 décembre 2013 baamadou.over-blog.fr

 

I - Les mesures visant à améliorer la situation financières des régimes de retraites.

Le texte prévoit des mesures immédiates pour améliorer la situation financière des régimes de retraite. Les cotisations des actifs et des entreprises sont augmentées (+0,15 point en 2014, puis +0,05 point pour les trois années suivantes soit un total de +0,3 point de 2014 à 2017).

 Pour les retraités, la majoration de pension de 10% pour les retraités ayant élevé 3 enfants, sera soumise à l’impôt sur le revenu.

Les mesures de long terme pour pérenniser l’équilibre des comptes. Pour les générations nées à partir de 1958, la durée de cotisation augmentera d’un trimestre tous les trois ans à partir de 2020 pour atteindre 43 ans en 2035 pour la génération 1973. La nouveauté réside également dans la programmation à long terme de l’allongement de la durée d’assurance. Jusque-là, le dispositif mis en place par la réforme de 2010 consistait en une procédure annuelle de détermination de la durée d’assurance, avec pour chaque génération un décret intervenant avant la fin de l’année où elle atteint 56 ans. La réforme de 2003 avait elle-même prévu une clause de revoyure pour la génération 1960.

II - Les mesures visant à améliorer le système des retraites

1 - La prise en compte de la pénibilité


La nouvelle loi prévoit la mise en place d’un compte personnel de prévention de la pénibilité (travail de nuit, bruit, températures extrêmes, tâches répétitives, charges lourdes, postures pénibles et les vibrations, ), pour les salariés exposés à des facteurs de pénibilité à partir du 1er janvier 2015. Ce compte permettra de financer une réorientation professionnelle, un passage à temps partiel en fin de carrière ou une retraite anticipée.

Le Code du travail (Décret n°2011-354 du 30 mars 2011 – article L. 4121-3-1 du Code du travail) recense 10 points de pénibilité.

1° Au titre des contraintes physiques marquées :

          Les manutentions manuelles

          Les postures pénibles

          Les vibrations mécaniques

2° Au titre de l’environnement physique agressif :

          Les agents chimiques dangereux

          Les activités en milieu hyperbare (pression supérieure à l’atmosphère)

          Les  températures extrêmes

          Le bruit.

3° Au titre de certains rythmes de travail

          Le travail de nuit

          Le travail en équipes successives alternantes

          Le travail répétitif caractérisé par la répétition d’un même geste, à une cadence contrainte, imposée ou non par le déplacement automatique d’une pièce ou par la rémunération à la pièce, avec un temps de cycle défini.

           

Le principe du compte pénibilité repose sur l’attribution de points en cas d’exposition. Tout salarié exposé à au moins un facteur de pénibilité voit son compte crédité d’un point par trimestre d’exposition, ou de deux points en cas d’exposition à plusieurs facteurs de pénibilité, en fonction de seuils qui dépendent de l’efficacité des mesures de protection mises en place par l’employeur. Le financement de cette mesure reposera sur une cotisation à deux étages : un socle payé par l’ensemble des entreprises et une cotisation additionnelle appliquée aux seules entreprises qui exposent leurs salariés à des facteurs de pénibilité.

2 - Des mesures pour certaines catégories d’assurés

 
Pour améliorer la situation des femmes, la loi prévoit de prendre en compte les congés maternité dans la durée d’assurance. A partir du 1er janvier 2014, il sera possible de valider autant de trimestres que de périodes de 90 jours de congé maternité.

Pour les chômeurs qui ne relèvent plus du régime d’assurance chômage, les périodes de formation professionnelle seront validées.

Pour les jeunes, les périodes d’apprentissage seront intégralement validées. Aujourd’hui, en raison de l’assiette de calcul des cotisations et des règles de validation des trimestres, les apprentis ne peuvent valider une année entière qu’à la troisième année de leur apprentissage.

Les jeunes entrant dans la vie active pourront bénéficier d’une aide financière au rachat des trimestres au titre des années d’études. Les assurés peuvent d’ores et déjà racheter jusqu’à 12 trimestres d’assurance au titre des années d’études, dans le cadre du dispositif prévu par la réforme de 2003. Néanmoins, en raison d’un tarif de rachat relativement élevé, ce dispositif est peu utilisé notamment par les jeunes actifs.

Enfin, la loi vise à rendre la retraite progressive plus attractive. La retraite progressive permet de cumuler une activité professionnelle avec une pension de retraite. L’assuré qui a recours à ce dispositif cumule alors une fraction de sa pension de vieillesse avec une activité à temps partiel, et continue à améliorer ses droits à retraite futurs.

Paris, le 18 décembre 2013. Baamadou.over-blog.fr

 

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 12:40

Le retour de Nelson MANDELA dit «Madiba», à QUNU, le village de son enfance. Baamadou.over-blog.fr Nelson MANDELA sera inhumé à QUNU, dans le TRANSKEI, son village d’enfance, le dimanche 15 décembre 2013. Faut-il le rappeler, MANDELA est né à MVEZO (le lieu idéal), toujours dans le TRANSKEI, le 18 juillet 1918, mais il a grandi à QUNU. A la suite d’une dispute avec un magistrat blanc local, le père de Nelson MANDELA perdit ses responsabilités de chefferie, ainsi que ses biens. Sa mère alla s’installer à QUNU, près d’Umtata la capitale du TRANSKEI, pour bénéficier de soutien d’amis et de parents. Evoquant le village de QUNU, MANDELA mentionne ceci : «j’ai passé les années les plus heureuses de mon enfance et mes souvenirs datent de là». C’est de là que débute, selon lui, son amour du veld, des grands espaces et de la beauté simple de la nature. La vie du petit Nelson est façonnée par la coutume, le rituel, le tabou, les fables et les légendes Xhosa. Grand observateur, il note déjà que les Africains ont un sens développé de la dignité. Humilier quelqu’un c’est le faire souffrir inutilement. «Même quand j’étais enfant, j’ai appris à vaincre mes adversaires, sans les déshonorer», dit-il dans «un long chemin vers la liberté». La vertu et la générosité seront récompensées d’une façon que nous ne pouvons pas connaître. Ce sont des funérailles complexes qui combinent la tradition et la modernité. Pour ce dernier voyage, MANDELA sera accompagné, uniquement, par les membres de sa famille et le clan des THEMBU. Selon le rite XHOSA, groupe ethnique auquel appartiennent les Thembu, un boeuf sera égorgé. Auparavant, il y aura une cérémonie religieuse à laquelle assisteront notamment le Prince Charles, deux anciens premiers ministres de France : M. Lionel JOSPIN et M. Alain JUPPE. Pour une fois, je reformule ma très profonde gratitude à ce géant de l’histoire qui a fait avancer l’esprit humain, dans le sens d’une quête pour plus de Justice, d’Amour, de Compassion, de Liberté et de Dignité. Par cet hommage planétaire, et au moment où les Noirs ont été victimes des plus graves préjugés jusqu’à les assimiler à des singes, leur déniant ainsi les qualités d’êtres humains, MANDELA nous a ramené à l’essentiel. Il représente, en référence à une expression de Jacques LANG, «une leçon de vie», pour nous tous. Au moment en France où la libération de la parole raciste a atteint des sommets, et où la Droite et l’Extrême-Droite se sont drapées du manteau de l’intolérance, chacun doit être jugé à sa propre valeur, à son comportement, et non aux apparences. Les combats de MANDELA resteront une source d’inspiration. MANDELA qui représente l’honneur en politique, est également un puissant «pied de nez», à ces nombreux régimes autocrates et dictatoriaux en Afrique. Et pour cela, on peut dire que le message de MANDELA restera vivant. De ce point, et comme le dirait un poète sénégalais, Birago DIOP (11 déc. 1906, Ouakam Dakar – 25 nov. 1989 Dakar), dans un admirable poème, de mars 1943, «Le Souffle des Ancêtres» : « Ecoute plus souvent Les Choses que les Etres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des ancêtres. Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans l’Arbre qui frémit, Ils sont dans le Bois qui gémit, Ils sont dans l’Eau qui coule, Ils sont dans l’Eau qui dort, Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule : Les Morts ne sont pas morts. Ecoute plus souvent Les Choses que les Etres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des Ancêtres morts, Qui ne sont pas partis Qui ne sont pas sous la Terre Qui ne sont pas morts. Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans le Sein de la Femme, Ils sont dans l’Enfant qui vagit Et dans le Tison qui s’enflamme. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans le Feu qui s’éteint, Ils sont dans les Herbes qui pleurent, Ils sont dans le Rocher qui geint, Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure, Les Morts ne sont pas morts. Ecoute plus souvent Les Choses que les Etres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots, C’est le Souffle des Ancêtres. Il redit chaque jour le Pacte, Le grand Pacte qui lie, Qui lie à la Loi notre Sort, Aux Actes des Souffles plus forts Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts, Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie. La lourde Loi qui nous lie aux Actes Des Souffles qui se meurent Dans le lit et sur les rives du Fleuve, Des Souffles qui se meuvent Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure. Des Souffles qui demeurent Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit, Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort, Des Souffles plus forts qui ont pris Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts, Des Morts qui ne sont pas partis, Des Morts qui ne sont plus sous la Terre. Ecoute plus souvent Les Choses que les Etres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots, C’est le Souffle des Ancêtres». Paris le 14 décembre 2013. Baamadou.over-blog.fr

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