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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 12:04

«Elu sur une base anticolonialiste, capable, en certaines occasions, de s’élever avec dignité contre des propos ou attitudes racistes, Blaise Diagne se mit très tôt au service de la colonisation» écrit Amady Aly DIENG, son biographe. Blaise DIAGNE est un homme politique controversé, mais son action ne laisse jamais indifférent. Par ailleurs, pour son intelligence, sa compétence et son sens politique, dans un milieu colonialiste hostile, il a su faire bouger les lignes. Blaise DIAGNE a été panafricaniste, nationaliste et antiraciste et a prêché pour la tolérance. Issu d’un père musulman, Blaise DIAGNE a abjuré sa religion, pour devenir franc-maçon. Il a été enterré, après une âpre polémique contre des fondamentalistes religieux, à la porte du cimetière musulman à Dakar, comme un paria. Blaise DIAGNE considère que la franc-maçonnerie défend «l’unité de la famille humaine, dans toute son acception» et raffermit «les liens de solidarité de la Chaîne universelle», et il affirme qu’on peut être franc-maçon et socialiste. «Tournant ma pensée vers l’histoire du monde, j’aperçois une race, la mienne, qui, pendant plus de quatre siècles, resta asservie, dominée, marchandée comme du bétail aux quatre coins de l’univers. La Franc-maçonnerie, la Révolution française brisa les chaînes d’asservissement de l’Humanité noire» dit-il. La postérité, au Sénégal, lui a rendu hommage, puisqu’un lycée et une avenue à Dakar, et un aéroport à M’Bour, portent son nom. Ayant vigoureusement défendu l’assimilation et la mère patrie française, il ne serait pas déraisonnable, de demander à la France de lui rendre également hommage, (plaque, nom de rue ou statue à Paris). Quand on se promène sur la corniche et près de Soumbédioune, à Dakar, on est surpris de constater que, comme un paria, la tombe de Blaise DIAGNE, surmontée d’une statue, ne se situe pas à l’intérieur, mais à l’extérieur, à l’entrée du cimetière musulman.

Pourtant, Blaise DIAGNE, fonctionnaire des douanes, panafricaniste, maire de DAKAR de 1920 à 1934, député à l’Assemblée Nationale française de 1914 à 1934, franc-maçon, Commissaire de la République dans l’Ouest africain, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, a été un homme politique particulièrement influent de son temps. Il faisait partie de ces hommes de conviction, animés des idées de la République et par son style, il a ouvert la voie dans le champ politique aux autres élites africaines.

Il est difficile de tracer un portrait exact et incontestable de cet homme politique hors du commun qu’était Blaise DIAGNE, en raison de la complexité de sa personnalité qui est surprenante, déroutante et particulièrement controversée. On lui reconnaît d’importantes qualités, c’est un stratège, un redoutable communicateur, particulièrement intelligent et tenace. Quelque soit l’avis que l’on porte sur cet homme politique, qu’il soit élogieux ou critique, Blaise DIAGNE ne laisse jamais indifférent si l’on consulte, brièvement, son parcours. Au bilan de M. Blaise DIAGNE on peut mettre la création de l’école de Médecine de l’AOF (janvier 1918) jusqu'à cette date seules les études vétérinaires étaient permises aux africains, ainsi que la création du lycée Faidherbe de Saint-Louis (juin 1919) jusqu'à cette date seule l’école primaire était ouverte aux africains.

Né le 13 octobre 1872 à Gorée, au Sénégal, Blaise DIAGNE est issu d’une famille très modeste. Fils de Niokhor DIAGNE, un musulman, originaire de Lambaye (Baol) mais établi à Gorée, et de Gnagna Antoine PEREIRA, une Manjaque, fille d’un laptot-cuisinier casamançais. Son père, qui avait détourné les impôts, fut emprisonné à Gorée, à sa libération, il s’installa dans l’île, et y travailla, en qualité de cuisinier. «On a sorti ma généalogie Oui, je suis le fils d’un cuisinier nègre et d’une pileuse de mil» dira-t-il le 29 avril 1914. Le père du jeune Blaise mourut très tôt. Sa mère ayant une famille nombreuse, le plaçat auprès de la famille d’Adolphe CRESPIN à Gorée. De son vrai nom, Galaye M’Baye DIAGNE, les Frères Ploërmel de Gorée lui donnèrent le prénom de Blaise, Adolphe étant un hommage au père adoptif CRESPIN. Brillant élève, le jeune Blaise apprend rapidement à lire et à écrire. Après avoir fréquenté une école religieuse à Gorée (1880-1883). Adolphe muté à Saint-Louis décida, cependant, d’envoyer Blaise à Aix-en-Provence, mais apparemment, il n’y a pas terminé ses études préparatoires d’arts et métier. Il revient à l’école secondaire Duval, à Saint-Louis, et devient major de sa promotion, le 29 juillet 1890. Il rencontre une jeune métisse saint-louisienne, Louise DIALLE, fille d’Ogo DIALLO, et lui fait un enfant appelé, Alassane DIAGNE.

Entre 1892 et 1914, il fait une carrière dans l’administration des douanes et parvint au grade de contrôleur hors classe. Blaise DIAGNE a été en service au Dahomey (Bénin) de 1892 à 1897, en qualité de chef intérim du service des douanes de Porto-Novo ; il y mesura, dans ce pays où règnent la justice indigène, les frustrations et les espoirs des habitants. Il sera affecté au Gabon de 1897 à 1898, et il y rencontre Cheikh Ahmadou Bamba, et se montra fort gentil à son égard. Cheikh Bamba fit des prières de succès pour lui, mais DIAGNE demeura muet ; et la tradition orale dira qu’une malédiction s’abattra sur lui. Il prend conscience des persécutions dont sont victimes les Noirs, et se croit investi d’une mission pour les défendre. Au Congo, l’administration coloniale estime qu’il est «intelligent et travailleur, orgueilleux et prétentieux». Au Gabon, il est suspendu de ses fonctions pour «mauvaise volonté et indiscipline persistante dans le service». En 1898, il a congé de 6 mois et rentre au Sénégal, au moment où le Comte Hector-Hugues-Alphonse Marie d’Agoult (1860-1915) est élu député du Sénégal contre François CARPOT ; cet aristocrate est un homme froid et distant, à peine élu, il retourne en France et se désintéresse de ses administrés. De 1899 à 1902, il est affecté à la Réunion, il a une réplique facile, susceptible, avec une manière cassante, il dénie à ses supérieurs de le brimer pour des causes raciales. Mais il cherche à se protéger par un comportement sociable d’ouverture, de fraternité et rencontre la franc-maçonnerie, à la Loge de l’Amitié, le 21 septembre 1899. Il est affecté à Madagascar de 1902 à 1909. Au début, les appréciations sont élogieuses : «Diagne est un employé d’élite à tous égards» dit-on. Puis, les autorités locales le considèrent comme «ombrageux et même sournoisement frondeur». Il reçoit un blâme pour avoir aidé Melle CHAMBRUN de passer de la Réunion à Madagascar, l’administration croyant que c’était sa concubine. Pour se protéger il s’affilie aux loges maçonniques. Il rencontre Odette VILLAIN, née le 1er novembre 1885, à Orléans ; les autorités coloniales jugeant cette relation entre un Noir et une Blanche, inopportunes, le mute d’office, par «nécessité de service», à Majunga, dans le Nord-Est de Madagascar. Mais, DIAGNE se réfugia derrière son état de santé et refusa de rejoindre sa nouvelle affectation, et se rendit à Paris, où naîtra son fils, Adolphe, le 13 octobre 1907. Il l’épousera le 8 avril 1907, à Paris XIVème.

En raison de ce mariage mixte, avec un enfant métis, et du caractère raciste des coloniaux d’Afrique, Blaise DIAGNE fut affecté à la Guyane, à partir du 26 août 1909. Son fils, Raoul, y naîtra en 1910. Il s’affilie à la franc-maçonnerie. Il commença à s’intéresser aux élus antillais et rencontre Gratien CANDACE (1873-1953), député de la Martinique. Sa femme l’incite à faire de la politique. Il est conseiller municipal à Saint-Laurent. Le gouverneur de la Guyane, Fernand LEVECQUE (1852-1947), se prit d’affection et autorisa à se rendre à Paris, officiellement, pour raisons de maladie et pour préparer le concours d’inspecteur des douanes. Ce fut à Paris que naquit Roland, et c’est pendant ce congé à Paris qu’il prépara, activement, les élections du 14 mai 1914. Un couple mixte, ce n’était pas anodin sous la IIIe République où les idées colonialistes et racistes étaient dominantes. Avec Odette, ils auront quatre enfants : Roland, fonctionnaire des chemins de fer ; Adolphe né à Paris en 1907 et décédé en 1985, un médecin militaire, Commandeur de la Légion d’honneur et Raoul, né en Guyane en 1910, footballeur professionnel et premier footballeur africain à être sélectionné en équipe de France entre 1931 et 1940. Roland a été entraîneur de l’équipe de football du Sénégal. Sa fille, Odette est décédée à l’âge de 9 ans. Le petit-fils de Blaise DIAGNE, qui s’appelle également Blaise DIAGNE né en 1954, est depuis mars 2001, sous l’étiquette Divers Gauche, maire de Lourmarin, une ville du Vaucluse, en Provence-Alpes-Côtes. Pour l’anecdote, c’est au cimetière de Lourmarin que sont enterrés les écrivains Albert CAMUS (7-11-1913 au 4-1-1960) et Henri BOSCO (16-11-1888 au 4-5-1976). Adolphe DIAGNE y est également inhumé. Une bonne partie des descendants de Blaise DIAGNE vivent ou fréquentent régulièrement cette petite ville de 997 habitants.

Blaise DIAGNE est décédé le 11 mai 1934, à Cambo-Les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques, en France. Elu premier député africain à l’Assemblée Nationale française, le 10 mai 1914, sous l’étiquette «Union républicaine et socialiste», il a été constamment réélu, sous l’étiquette «Non inscrits» au 1er tour, jusqu’à sa mort en 1934. Blaise DIAGNE a été également le premier africain à accéder aux fonctions ministérielles en France ; il a été Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies du 26 janvier 1931 au 19 février 1932.

I – Blaise DIAGNE et le concept de citoyenneté

A – Les prémisses de la nationalité française

1 – Une réglementation audacieuse pour l’époque

On vote au Sénégal depuis bien longtemps. Le 1er député du Sénégal élu à l’Assemblée nationale française du 30 octobre 1848 au 18 novembre 1850, est un monarchiste et conservateur, maire de Saint-Louis, Barthélémy Valantin DURAND (1806-1864). Les 5 députés qui suivent du 3 avril 1871 au 31 mai 1902 sont également Européens (Jean-Baptiste LAFON de FONGAUFIER, Alfred GASCONI, Aristide VALLON, Jean COUCHARD, le Comte Hector d’Agoult), et souvent issus de la très haute aristocratie, donc peu préoccupés des intérêts des Africains, et jusqu’en 1914, tous les députés du Sénégal sont europées. Un métis, lié aux intérêts aux compagnies Bordelaises et Marseilles, François CARPOT (Saint-Louis 1862 -Asnières, 1936) sera député du Sénégl de 1902 à 1914, sous l’étiquette radicale de gauche. Blaise DIAGNE affrontera donc François CARPOT.

Avant 1848, l’esclavage n’étant pas abolie, les Sénégalais auraient être considérés comme des objets, ou à tout le moins comme des sujets français. Cependant, un arrêté du 5 novembre 1830 proclamait que «le territoire de la colonie du Sénégal est considéré dans l’application du Code civil, comme une partie intégrante de la Métropole, et tout individu né libre et habitant le Sénégal, jouira dans la colonie, des droits accordés par le Code civil français».  Auparavant, un décret du 16 Pluviôse An II (4 février 1794) stipulait que «tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies françaises, sont citoyens français et possèdent des droits assurés par la Constitution». Mais le droit de vote a peu de portée (droit de vote censitaire, absence d’institutions représentatives). L’article 24 de la loi du 3 juillet 1833 conforte la nationalité française des citoyens résidant dans les quatre communes. L’instruction du 27 mars 1848, était une réglementation éphémère, reconduite d’année en année, et qui faisait des citoyens des quatre communes, des électeurs. Il n’est pas nécessaire de démontrer que ces électeurs ont la nationalité française. Il suffit de prouver une résidence de 5 ans dans l’une des quatre communes (Dakar, Rufisque, Gorée et Saint-Louis).

2 – Une dégradation progressive de la situation des Sénégalais

Dans son rapport du 25 juin 1905, VERRIER a suggéré que le droit de vote soit réservé aux Blancs (même étrangers et leurs épouses africaines) et aux Noirs «assimilés», soit 898 personnes. «Si jamais la grande majorité des électeurs se mettaient à voter, en bloc, nous aurions un conseil général et des conseils municipaux entièrement composés d’indigènes musulmans. Dans l’avenir, on peut imaginer un député du Sénégal qui ne serait pas citoyen français», dit VERRIERE. En effet, l’accroissement de la participation des indigènes aux consultations électorales inquiètent donc les Européens. En 1848, il y avait 4706 électeurs, en 1902 9556 électeurs, et en 1906 ; 10 900 électeurs. En 1906, N’Galandou DIOUF, un Ouolof est élu au Conseil général. Cet accroissement des électeurs noirs et le réveil de leur conscience ont suscité une hostilité des coloniaux qui estiment que le droit de vote doit être lié à la preuve de la nationalité française (provinciaux et sujets des autres colonies).

Un décret du 20 mai 1857, précisé par un arrêté du 23 juin 1857, qui instaure au Sénégal une justice musulmane pour les indigènes, va avoir de graves conséquences sur la nationalité des habitants des quatre communes. Un arrêt de la Cour de cassation, chambre civile du 19 octobre 1891 déclare que la nationalité française était compatible avec l’application du droit musulman pour ce qui est du statut personnel. Mais très vite, une partie rétrograde des Européens engage une  polémique sur la nationalité française. Pour eux, ces lois sont un non-sens, en ce qu’elles confèrent la qualité de citoyen français à des indigènes musulmans. Quel sacrilège ! Une nouvelle jurisprudence est venue limiter l’accès à la nationalité. Seuls les naturalisés, à titre individuel, ont la qualité de français, Cass, ch civile, 5 mai 1879, 22 juillet 1908, Moussé m’baye, 26 avril 1909, N’Doudy DIOP. Pour le gouverneur ROUME, qu’est-ce que donc un «assimilé» ?

Cette notion n’a pas reçu de définition juridique. La polémique sur la citoyenneté française a duré 2 années, jusqu’à cet arrêt de la Cour d’Appel de Paris, du 8 juillet 1907, Aly SECK, un natif de Gandiol. Pour la Cour d’appel, seuls les originaires des 4 communes de plein exercice ont le droit de s’inscrire sur les listes électorales. En dépit, de cette jurisprudence, le gouverneur de Dakar, Camille GUY, a continué de radier, massivement et arbitrairement les Africains des listes électorales.

Mais sa décision fut cassée par la Cour d’Appel de Paris, avec une interprétation restrictive : «les natifs des 4 communes ne jouissaient de leurs droits politiques qu’à l’intérieur des 4 communes». Un décret du 25 mai 1912 exige désormais que l’accès à la nationalité se fasse par le droit du sang, c’est-à-dire, il faut un descendant d’un Français de la loi de 1833.

B – Les lois des 5 janvier 1915 et du 29 septembre 1916

La mobilisation générale, lors de la première guerre mondiale, oblige le législateur, à réviser l’accès à la nationalité. La loi du 5 janvier 1915 consolide cette jurisprudence : seuls les électeurs indigènes nés et domiciliés dans la commune, ont un droit de vote dans les quatre communes. Blaise DIAGNE obtient, par la loi du 29 septembre 1916, que les indigènes des quatre communes, et leurs descendants ont le droit de vote. Blaise DIAGNE a pu obtenir la nationalité pour les anciens combattants. Tout ceci c’est fait  malgré l’opposition de l’administration coloniale. Après la guerre, beaucoup d’anciens combattants revendiquèrent, après avoir payé l’impôt du sang, de pouvoir jouir de tous les droits des citoyens. Mais pour écarter ces revendications, l’administration des années 1920 et 1930 invoquait le mythe de l’Africain homme de tribu, incarnation de l’authenticité culturelle de l’Afrique. Le régime de Vichy avait utilisé l’expression «empire français» sans état d’âme. Les Noirs ne sont pas des citoyens, mais des sujets français.

Depuis la loi du 7 mai 1946, dite Loi Lamine GUEYE, les anciens sujets de l’empire français avaient la qualité de citoyen. Dans l’Assemblée nationale constituante après la guerre, une petite dizaine de députés africains, dont Senghor, luttèrent avec fermeté et habileté pour inscrire cette qualité dans la Constitution de la IVe République. Ils obtinrent une citoyenneté définie d’une manière particulière, une généralisation pour tous les territoires d’outre-mer du système exceptionnel du Sénégal. Selon les articles 80 et 82 de la Constitution, le citoyen d’outre-mer avait le droit de garder son statut personnel, islamique ou «coutumier», c’est-à-dire que les affaires de mariage, de filiation, et d’héritage pouvaient être réglées par un régime particulier au lieu du Code civil. En principe donc, la Constitution reconnaissait la diversité sociale et culturelle au sein de la citoyenneté française. Son préambule faisait référence aux «peuples et nations», au pluriel, de l’Union française, tout en affirmant que les territoires d’outre-mer, comme l’Algérie, faisaient partie de la République française.

Blaise DIAGNE, par la puissance symbolique de son élection du 10 mai 1914, en qualité de député et ses fonctions de Ministre, marié de surcroît à une femme blanche, à une période de grande montée de l’intolérance, comme encore aujourd’hui, a favorisé l’émergence d’une élite noire africaine qui préparera, quelques années plus tard, les indépendances africaines.

II – Blaise DIAGNE, premier député africain à l’Assemblée Nationale française

A - Une victoire hautement symbolique

N’Galandou DIOUF était un candidat sérieux, mais il faisait partie de cette catégorie d’Africains qu’on appelait «évolués», mais il manquait d’assurance. «La colonisation ce n’est pas seulement, un simple phénomène d’occupation territoriale, de domination et d’exploitation politique. Elle était surtout un puissant d’aliénation culturelle, et de négation culturelle historique», écrit Iba Der THIAM. L’école coloniale a développé un esprit de servilité, de dépendance, de servilité et d’irresponsabilité que l’estocade ne pouvait venir que de l’extérieur du pays. «On ne leur avait appris à mépriser leur propre race, à admettre son infériorité, qu’ils avaient fini par vouer une confiance toute relative aux capacités indigènes» dit THIAM. En revanche, Blaise DIAGNE a eu la chance de voyager, de commander des sujets Français ; il a appris à les jauger et à se libérer de tout complexe vis-à-vis d’eux. DIAGNE est un intellectuel et un tribun hors pair.

Blaise DIAGNE se présenta aux élections générales législatives de 1914 et fut élu le 10 mai 1914 au second tour de scrutin, par 2424 voix contre 2 249 à Henri HEIMBURGER, candidat de la famille de Justin DEVES, milieu d’affaires bordelais, sur 5231 votants. François CARPOT, député sortant, est venu en troisième position, n’avait obtenu que 472 voix. Justin DEVES conteste cette élection, au motif que Blaise DIAGNE serait un «indigène» et non un citoyen français. François CARPOT estime aussi que Blaise DIAGNE est un candidat indigène, puisqu’il a reçu l’appui des marabouts. La Commission électorale refuse de proclamer le résultat de l’élection, et c’est l’assemblée nationale qui tranchera le 7 juillet 1914.

Le premier député noir à siéger dans une assemblée française fut Jean-Baptiste BELLEY, esclave affranchi grâce à ses services dans l’Armée pendant la Guerre d’Indépendance américaine ; il fut élu représentant Saint-Domingue, le 24 septembre 1793, sous le Directoire. En 1914, Blaise DIAGNE est élu en même temps qu’un martiniquais, Henri LEMERY (1874-1972) qui a été député de 1914 à 1919, puis sénateur de 1920 à 1940, et nommé Sous-secrétaire d’Etat à plusieurs postes ministériels par Georges CLEMENCEAU entre 1917 et 1920. Par conséquent, Blaise DIAGNE est bien le premier député africain noir à être élu à l’Assemblée Nationale française. Le caractère symbolique de cette victoire tient au fait qu’au départ, Blaise DIAGNE, un Noir, inconnu du grand public a pu, en pleine période coloniale, vaincre les candidats appuyés par l’administration coloniale et les commerçants bordelais. Blaise DIAGNE, faut-il le rappeler, a également été le premier Africain à accéder à des fonctions importantes au sein de la franc-maçonnerie française qui a joué un rôle important dans son ascension politique. En effet, il a été initié le 21 septembre 1898, dans la loge de l’Amitié du Grand Orient à Saint-Denis de la Réunion, et a accédé à la maîtrise en 1901. En 1922, il est le premier Noir à accéder au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. La première loge maçonnique créée à Saint-Louis du Sénégal, date de 1781, mais elle était réservée aux Blancs qui étaient souvent des militaires ou des commerçants. Il existe depuis 1977, à Dakar, une loge maçonnique du Grand Orient dénommée «Blaise DIAGNE» à l’adresse BP 570 ; elle tient des réunions les 2ème mardi et 4ème jeudi de chaque mois.

B - La victoire de l’habilité politique

Blaise DIAGNE a du sens et du flair politique. Il a compris très tôt que le chemin de la victoire passera par la conquête des voix des Noirs, mais pour gagner cette bataille, il fallait d’abord s’attaquer aux préjugés les plus tenaces. Il a su convaincre les populations locales, souvent analphabètes, qu’il avait le profil du poste ; il savait lire, écrire, et il ne manquait ni de courage, ni d’intelligence. Il a testé cette stratégie à Paris, Lyon et Lille. Blaise DIAGNE ayant quitté le Sénégal, depuis 1898, il a su observer attentivement le terrain politique que constitue le territoire du Sénégal, à travers des enquêtes, des investigations, afin d’en dégager les composantes, les vœux, les frustrations, les espoirs et les attentes des électeurs, en esquissant des solutions (accès à la citoyenneté française pour les militaires nés hors des 4 communes, instruction primaire obligatoire, repos hebdomadaire et assurance sociale, réduction des tarifs de douanes, ériger certaines villes (Thiès, Tivaoune, Kaolack et Ziguinchor) en communes de plein exercice, etc.). Pour cela, il a envoyé, en éclaireur, François POUYE, pour rechercher des appuis dans la presse et auprès des forces politiques. En effet, la victoire de Blaise DIAGNE est celle de l’habilité politique car il a su, par une force de caractère inégalée, surmonter toutes les attaques personnelles, injures et calomnies, menaces ou tentatives de corruption. Blaise DIAGNE a su rassurer le colonisateur qui a toujours écarté les Noirs des postes clés de la vie politiques, les reléguant aux emplois subalternes. Les compagnies bordelaise et marseillaise se méfient également du personnel politique noir. Il a été remarquable tacticien qui a rassuré Européens et donné de l’espoir aux Africains, et a surfé sur les divisions des groupes antagoniques, notamment la communauté des Métis. L’histoire politique de cette époque est sous-entendue par un jeu complexe d’intérêts, et Blaise DIAGNE, dans sa profession de foi, a su capter les aspirations du moment de chacune des communautés. Aux Européens, Blaise DIAGNE martèle qu’il a «des idées saines basées sur une évolution rationnelle, et non sur une révolution brutale». Il leur fait comprendre qu’il a reçu une éducation à l’occidentale, et a un passé de fonctionnaire français des douanes, bref, c’est un assimilé. Aux Africains, Blaise DIAGNE joue sur la corde sensible ; il est un des leurs, la solidarité africaine doit jouer à fond et d’autant plus, leur dit-il «avec vos pères, mères, vos sœurs et vos frères, nous partageons les même injustices, les mêmes aspirations vers un meilleur sort». Face à la politique assimilationniste du colonisateur, il a défendu la liberté de conscience coranique et réclamé la création de communes de plein exercice.

Blaise DIAGNE a gagné les élections de 1914 en raison, également, d’un concours de circonstances. Tout d’abord, en fin stratège, il a envoyé, en 1913, son ami François POUYE faire une reconnaissance des lieux et estimer ses chances de succès en 1914. POUYE fait savoir à Blaise DIAGNE que le climat d’insatisfaction générale pourrait tourner en faveur d’un outsider habile. En effet, les originaires de quatre communes étaient excédés de l’impuissance des chefs locaux et des conflits entre les grandes familles influentes (MANSART, MASSON, DEVES). Les citoyens sont surtout excédés par l’absentéisme de François CARPOT (Saint-Louis 11 mai 1862 – 4 novembre 1936 Asnières Hauts-de-Seine), député de l’époque qui voulait briguer un quatrième mandat. En effet, François CARPOT, député du Sénégal, avait été réélu de justesse pour le troisième mandat du 8 mai 1910.

Ensuite, les adversaires de Blaise DIAGNE l’ont sous-estimé pensant qu’il n’avait aucune chance de succès. Il faut mentionner que Blaise DIAGNE était absent du Sénégal depuis 1892, soit plus de 22 ans, et y était presque inconnu. Pour lutter contre son statut de «candidat marginal», Blaise DIAGNE en homme instruit, intelligent et particulièrement tenace, a su mener une campagne de proximité, dont s’inspirera par la suite Léopold Sédar SENGHOR contre Lamine GUEYE. En effet, dès son retour au Sénégal, Blaise DIAGNE alla présenter ses hommages aux notables Lébous ; il eût un long entretien avec le grand marabout Assane N’DOYE qui le présenta à sa communauté comme étant un fils du Sénégal. Par ailleurs, Blaise DIAGNE est allé rendre visite à N’Galandou DIOUF, conseiller général, et il est apparu au cours des échanges que la meilleure stratégie pour affaiblir CARPOT à Saint-Louis était de gagner le soutien des «Jeunes Sénégalais» qui sont dirigés par Lamine GUEYE, qui deviendra plus tard Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal indépendant.

Blaise DIAGNE n’a pas négligé de rechercher l’appui des habitants de la commune de Gorée, sa ville natale, et c’est grâce à son ami Jules SERGENT qu’il a pu rallier de nombreux colons et commerçants, disposant ainsi d’un trésor de guerre pour financer sa campagne électorale. Ajoutons à cela, que Blaise DIAGNE n’a pas négligé d’organiser de nombreux rassemblements, partout où des électeurs étaient susceptibles de se trouver. A cette occasion, il utilisa le chemin de fer et s’arrêta à toutes les gares. Mais en certaines occasions, la campagne fut violente. Ainsi, un métis, Guillaume CARDEAU, lui administra, le 12 avril 1914, une retentissante gifle, en plein meeting, à Rufisque. Il riposta, naturellement. Les Européens ne prenaient pas au sérieux la candidature de DIAGNE, et l’ont donc sous-estimé. Au premier tour, le 26 avril 1914, il y avait neuf candidats au premier tour, mais François CARPOT était usé, Fernand MARSOT n’avait pas le soutien des Bordelais. Blaise DIAGNE arrive en tête de ce premier tour avec 1910 voix, CARPOT n’aura recueilli que 671 voix. A Dakar, à Rufisque et à Gorée, il a écrasé ses adversaires. En revanche, ses résultats sont médiocres à Saint-Louis, faute d’un soutien enthousiaste des amis de Lamine GUEYE, et à cause d’une population conservatrice, à cause de l’influence du clan de Justin DEVES. Mais les conservateurs avaient une vision passéiste et figée du Sénégal. Cette nouvelle qui sonne, comme l’alternance politique de l’année 2000, fait l’effet d’une bombe dans la colonie du Sénégal ; le Ministre des Colonies demande une explication ; les Blancs et les Créoles tentent, pour le deuxième tour de «sauver les meubles» autour de la candidature d’Henri HEIMBURGER. La campagne électorale du deuxième tour est particulièrement violente et agressive. «Prenez garde, le nègre bouge, il lève» écrit, auparavant, le 21 février 1914, Le Petit Sénégalais. Les candidats doivent compter, désormais sur la compréhension, et non sur la cupidité, de l’indigène en lui glissant un petit billet. Sentant le danger, tous les adversaires de Blaise DIAGNE se désistent en faveur de François CARPOT, pour le 2ème tour. Le maire de Dakar de l’époque, Emile MASSON, profère des menaces : l’électricité et l’eau seront coupées pour les Africains qui voteront DIAGNE : «Le Sénégal est perdu d’avance, Messieurs, si ce nom de Dieu de nègre, passe nous sommes obligés de boucler nos valises» dit le maire de Dakar. Blaise DIAGNE, un catholique et franc-maçon, est accusé d’être un fanatique religieux, un hypocrite et surtout un démagogue cherchant à attiser les tensions raciales dans la paisible colonie du Sénégal. «Le suffrage universel a commencé de parler, librement, au milieu du plus grand calme. Douze cent voix de majorité nous assurent,  au 10 mai, la certitude d’une brillante victoire, au nom de l’équité de la justice et de la fraternité démocratiques» écrit Blaise DIAGNE, à l’issue de ce premier tour, le 28 avril 1914.

Ce premier tour du 26 avril 1914, a créé une dynamique, pour la victoire de Blaise DIAGNE, qui n’allait pas s’inverser. Là aussi, sentant le sens du vent, Blaise DIAGNE mène une campagne d’une grande finesse ; il abandonne l’équilibrisme du premier tour et devient le défenseur du petit peuple longtemps opprimé et réclame la suppression de la contribution du Sénégal au budget de l’Afrique de l’Ouest. En bon communicateur, Blaise DIAGNE ne s’est pas intimidé par les menaces et les calomnies, il a intensifié sa campagne de proximité ; il veut rassembler et rassurer les camps opposés : «Je suis Noir, ma femme est Blanche, mes enfants sont métis, quelle garantie de mon intérêt à représenter toute la population !» dit DIAGNE. Et, il ajoute : «J’adresse mes remerciements à tous : Européens, Mûlatres, et Noirs, et même ceux qui n’ont pas voté pour moi» dit-il. Il ne fustige pas les Saint-Louis, mais leur tend la main : «Laissez-moi aller à la Chambre. Je serai député pour tout le monde. J’entendrai la voix de ma mère, Patrie, je la soutiendrai et viendrai à son secours. Ce sera une politique de réconciliation, il n’y aura plus de couleur». 

Par ailleurs, il a continué de s’appuyer sur les jeunes, les notables et le pouvoir religieux. C’est ainsi que Cheikh Amadou Bamba et son frère Cheikh Anta M’BACKE ont largement financé sa campagne électorale. Alors qu’il était fonctionnaire des douanes, Blaise DIAGNE a rencontré Cheikh Ahmadou Bamba lors de l’exil de ce dernier au Gabon. En bon communicateur, non seulement il s’est assuré du soutien de certains petits commerçants, il a surtout recherché et obtenu que le journal par l’un de ces commerçants, Jean d’ARAMY d’OXOBY, dénommé La Démocratie, puisse relayer toutes les idées de sa campagne électorale particulièrement disputée.

Le résultat du deuxième tour est sans appel, Blaise DIAGNE fut élu, avec 2424 voix, (HEIMBURGER, 2249 voix et CARPOT, 472 voix), le 10 mai 1914, premier député africain à l’Assemblée Nationale française. «C’est une Révolution, une rupture avec un ordre ancien, un changement profond et inattendu» écrit Iba Der THIAM, à la page 1597 de sa thèse. C’est la consternation et la stupeur chez les Européens. Pour les coloniaux, c’est la victoire de «Ouolofs ignorants et paresseux, étendus de longues heures, dans le sable, à fumer et à cracher. Ce sont des Noirs illettrés, fanatiques et ignorants.», écrit l’A.O.F. du 16 mai 1914. Blaise DIAGNE se présenta aux élections législatives de 1919, comme candidat «Républicain socialiste indépendant» et fut réélu le 30 novembre 1919, par 7444 voix contre 1252 à François CARPOT, sur 8867 votants. Il fut réélu le 11 mai 1924 par 6 133 voix contre 1 891, à son unique concurrent, Paul DEFFERRE, avocat européen à Dakar, père de Gaston DEFFERRE qui a été maire de Marseille et futur Ministre de l’Intérieur sous François MITTERRAND. DIAGNE fut réélu le 22 avril 1928 par 5 175 voix contre 4 396 voix à N’Galandou DIOUF «indépendant», un de ses anciens lieutenants qui lui succédera en 1934, sur 9 911 votants. Blaise DIAGNE fut réélu le 1er mai 1932, par 7 250 voix contre 3 875 à N’Galandou DIOUF, sur 12 031 votants.

III – Blaise DIAGNE et la postérité

Le bilan de Blaise DIAGNE est contrasté : pour certains aspects il a déçu, par d’autres il mérite qu’on lui témoigne de la considération et du respect.

A Les critiques concernant la levée des troupes et le travail forcé

Passé le temps de l’aspect symbolique de la victoire du 10 mai 1914, aux éloges ont succédé les critiques quand, en janvier 1918, Georges CLEMENCEAU a désigné Blaise DIAGNE, Commissaire de la République de l’Ouest africain, pour diriger une mission en Afrique afin de recruter des soldats indigènes. Le 11 octobre 1918, Blaise DIAGNE fut nommé «Chargé du contrôle des militaires d’origine coloniale et des militaires et des travailleurs originaires des possessions africaines dépendant du Ministère des Colonies». Précisons qu’avec l’appui de Blaise DIAGNE, 80 000 tirailleurs sénégalais, qui sont en fait des originaires de l’Afrique Occidentale française, ont été mobilisés.

Blaise DIAGNE ne s’est pas opposé au travail forcé dans les colonies ; il a même tenté de l’occulter ou de le justifier. En effet, il a été membre de la délégation à la conférence du Bureau International du Travail sur le travail forcé en Suisse. Le 25 juin 1930, à Genève, au nom de la France, il a déclaré : «Moi, Noir, d’accord avec la France au nom de laquelle je parle à l’heure actuelle, nous sommes pour la suppression de cette plaie sociale dont souffrent les races à l’une desquelles j’appartiens». Cette déclaration n’a pas paru sincère dans le contexte de l’époque, puisqu’en 1920, le Ministre des Colonies, Albert SARRAUT établit un plan de mise en valeur des colonies, dont l’une des pièces maîtresse était justement le travail forcé. Blaise DIAGNE a même approuvé, explicitement ce recours au travail forcé, le 23 novembre 1927 en ces termes : «l’Administration n’a pas l’habitude, en Afrique Occidentale, de recruter la main-d’œuvre pour les entreprises privées». Le recours au travail forcé, notamment pour la construction des routes et chemins de fer ou dans les plantations des Européens, est difficile à nier pendant cette période. Le recours au travail forcé ne sera supprimé qu’en 1946 avec la loi Houphouët-Boigny. Le travail forcé pouvait prendre diverses formes : la réquisition, la prestation c’est-à-dire un nombre définis de jours de travail pour les chantiers publics, la main-d’œuvre pénale, c’est-à-dire l’utilisation de prisonniers, ou l’obligation de cultiver, les Africains étant considérés par le colonisateurs comme indolents et imprévoyants. André GIDE a violemment dénoncé le travail forcé, ainsi que le colonialisme, à travers son roman «Voyage au Congo» paru en 1927. Une autre source de mécontentement Blaise DIAGNE est nommée en 1921, Président de la Commission sur les Colonies, et négocie avec les riches commerçants bordelais qui lui étaient particulièrement hostiles à ses débuts. Une opposition composée de jeunes africains a même essayé de faire battre, sans succès, Blaise DIAGNE aux élections de 1918. Lamine GUEYE qui a pourtant bénéficié de l’aide de Blaise DIAGNE, se révolte contre son maître et pousse Paul DEFFERRE à se présenter aux élections de 1928.

Cet affairisme, ces nominations, ainsi que la justification du travail forcé, ont déclenché de violentes attaques des adversaires de Blaise DIAGNE notamment dans son rôle de mobilisation des tirailleurs sénégalais. Il a été qualifié de «judas africain», et même de «Judas nègre». Le gouverneur de l’Afrique Occidentale française de l’époque, Joost Van VOLLENHOVEN, en protestation contre cette politique de Blaise DIAGNE, démissionne de son poste et prend la tête d’un bataillon ; il sera tué le 20 juillet 1918, lors d’un affrontement avec l’ennemi. Certains commentateurs estiment que l’espoir né de l’élection de 1914 a été trahi. Dans une série d’articles entre août et décembre 1919, signé sous le pseudonyme de Féan de Médina, Blaise DIAGNE est qualifié de «Soviet africain». Une autre revue parle de «Roitelet noir» et sa troupe servile ; les Annales Coloniales du 30 septembre 1919 s’insurgent contre «l’absurde entreprise de fabrication coloniale des citoyens français», ainsi que les arrières pensées électoralistes de Blaise DIAGNE.

B  - Blaise DIAGNE, le frondeur, panafricaniste et antiraciste

Blaise DIAGNE, par l’élection de 1914 qui a été un séisme politique, avait fait naître un immense espoir au Sénégal et dans tout le continent africain ; mais il n’a pas pu incarner totalement et durablement cette formidable espérance. En s’alliant aux puissants groupes bordelais, et en menant une politique intégrationniste dans ses fonctions ministérielles, il a terriblement déçu ses compatriotes africains qui voyaient en lui un symbole du réveil de la conscience noire. En fait, il était profondément attaché à la France, et il était à ce titre un assimilationniste, alors que la population commençait à rêver d’indépendance ou d’autonomie.

En dépit des critiques qui ont été formulées et qui sont souvent justes, la personnalité de Blaise DIAGNE est complexe et ambivalente. Certains aspects de sa personnalité ou de sa politique peuvent susciter l’admiration ou la sympathie. Tout d’abord, il est un symbole et un briseur de tabou dans une France conservatrice en accédant aux fonctions de député et de ministre, et en se mariant à une jeune femme blanche à une époque où les idées de la pureté de la race blanche étaient dominantes. Ensuite, Blaise DIAGNE est un frondeur, un redresseur de torts, un défenseur des droits, même quand il était fonctionnaire, son appartenance à la franc-maçonnerie qui milite pour l’égalité et la solidarité y est pour quelque chose. Par ailleurs, les originaires des quatre communes en reconduisant jusqu’à sa mort Blaise DIAGNE dans ses fonctions de député, ont dans une large part, reconnu la compétence de cet homme politique hors du commun. En 1915, Blaise DIAGNE réussit à faire voter une loi conférant la nationalité française aux Sénégalais issus des quatre communes, notamment pour ceux qui en étaient originaires et incorporés dans les troupes coloniales, sans bénéficier des mêmes avantages que les troupes françaises. Au début des années 30, en pleine dépression, Blaise DIAGNE avait mené la «bataille de l’arachide», en usant de toute son influence politique et en mobilisant tous ses réseaux, afin d’obtenir des subventions pour les paysans sénégalais en grande difficulté. C’est pendant cette bataille et au cours d’une visite en Afrique qu’il a ressenti un malaise et sera évacué en France pour décéder en 1934.

Blaise DIAGNE a ouvert la voie pour une carrière politique à toute l’intelligentsia africaine qui était, en bonne partie, reléguée à des postes obscurs. En effet, la victoire de Blaise DIAGNE en devenant premier député africain et premier africain à accéder aux fonctions ministérielles est assimilable à la victoire de Barack OBAMA, premier Président noir des Etats-Unis.  En effet, du 26 janvier 1931 au 19 février 1932, Blaise DIAGNE fut Sous-secrétaire d’Etat au Ministère des Colonies, au sein de trois cabinets successifs présidés par Pierre LAVAL et Paul REYNAUD, comme Ministre des Colonies. Il reçoit chez lui, un jeune sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, qu’il considère comme étant son correspondant à Paris et qu’il amène à l’occasion de ses randonnées en famille. Défendant, à la fois les intérêts des Africains, tout en étant très favorable à la colonisation, la carrière de Blaise DIAGNE permet de mieux comprendre le positionnement de SENGHOR et HOUPHOUET-BOIGNY lors des indépendances en 1960. Par son style, Blaise DIAGNE a indiqué à la voie à suivre pour toute une génération de cadres politiques : N’Galandou DIOUF deviendra député en 1934, Lamine GUEYE, président de l’Assemblée Nationale en 1960. La plus part des chefs d’Etat africains, à l’Indépendance, étaient souvent députés à l’Assemblée Nationale française.

Pendant sa carrière de fonctionnaire, il a été le défenseur ardent des persécutés ; quand, il remarquait des injustices, il lui est arrivé d’intervenir pour la défense de l’égalité des droits, parfois contre des puissants colons, comme Joseph GALLIENI, gouverneur général du Madagascar. C’est pour cela qu’il a changé six fois d’affectation quand il était fonctionnaire. En raison de son intransigeance dans la défense des droits, il fut suspendu en 1898, pendant deux mois, pour «insubordination». On peut donc dire que Blaise DIAGNE était vrai un Républicain. Il faut rappeler que certains milieux extrémistes en France n’ont jamais apprécié, à cette époque, qu’un Noir, colonisé, accède à des fonctions ministérielles et se marie à une Blanche. En Afrique, certains musulmans, animistes et chrétiens intolérants n’ont pas non plus pardonné à Blaise DIAGNE de devenir un franc-maçon. C’est pour toutes ces raisons que Blaise DIAGNE a toujours lutté contre toutes les formes de discriminations.

Blaise DIAGNE a défendu, en particulier, le boxeur sénégalais Amadou M’Barick FALL dit Battling SIKI (1897-1925), premier champion du monde africain. En effet, en 1922, Blaise DIAGNE a fait une déclaration à l’Assemblée Nationale française quand Battling SIKKI a été dépossédé, injustement, de son titre après sa victoire, le 22 septembre 1922, sur Georges CARPENTIER, idole des Français. Battling SIKI a gagné par KO, mais l’arbitre l’a déclaré perdant ; sous les huées de la foule, l’arbitre a été obligé de réviser sa position. L’entraîneur de CARPENTIER fait appel de cette décision. Blaise DIAGNE, dans son intervention mentionne : «Si je m’exprime, c’est pour que ce genre de choses ne se reproduisent pas à l’avenir. Il est inconcevable qu’on ait privé SIKI de sa victoire, simplement parce qu’il est noir». Le titre de champion du monde mi-lourd sera redonné à Battling SIKI, à la suite de cette intervention.

En 1919, à Paris, deux touristes américains blancs font expulser deux officiers africains d’un bus ; ils ne comprennent pas que la ségrégation raciale ne soit pas appliquée en France. Blaise DIAGNE proteste énergiquement au Parlement contre cet incident ; le Président Raymond POINCARE a été contraint de préciser que la discrimination raciale ne faisait pas partie de la politique française.

Tout en étant très attaché à la France, Blaise DIAGNE a été un panafricaniste de première heure, avec certaines nuances. En effet, il a favorisé la tenue de deux congrès du panafricanisme et a convaincu Georges CLEMENCEAU pour que Paris accueille le premier congrès panafricain qui a eu lieu du 19 au 22 février 1922, à Montrouge dans la banlieue parisienne. Mais Blaise DIAGNE avait une forte méfiance à l’égard de Web DU BOIS et Marcus GARVEY qui prônaient le retour des Noirs en Afrique. Blaise DIAGNE a déclaré à l’occasion de cette rencontre : «Nous, Africains de France, nous avons choisi de rester Français, puisque la France nous a donné la liberté et qu’elle nous accepte sans réserves comme citoyens égaux à ses citoyens d’origine européenne. Aucune propagande, aucune influence de la part des Noirs ou de Blancs ne peut nous empêcher d’avoir le sentiment que la France est capable de travailler pour l’avancement de la race noire». Par ailleurs, Blaise DIAGNE a participé au deuxième congrès international panafricain qui s’est tenu en septembre 1921 à Bruxelles. L’annonce de ce congrés «avait été accueillie sinon par des clameurs d’indignation, du moins avec un certain émoi » écrit Blaise DIAGNE. Pourtant cette rencontre réaffirme que «l’égalité absolue des races au triple point de vue physique, politique et social, est la pierre d’achoppement de la paix mondiale et du progrès humain».  

Blaise DIAGNE participa activement aux travaux de l’Assemblée Nationale. Il dépose une proposition de loi tendant à la révision du tarif douanier applicable aux graines et fruits oléagineux en 1932 et participe à la discussion du projet de loi ayant le même objet en 1933. Il déposa une proposition de loi concernant les pensions attribuées aux originaires des communes de plein exercice du Sénégal, et une autre tendant à modifier certains articles du Code Civil en faveur des pupilles de la Nation. Il fut chargé de rapporter divers projets de loi concernant les colonies. Il prit part à de nombreux débats, notamment à ceux ayant trait aux problèmes militaires et fit une intervention remarquée lors d’une interpellation sur les injustices et les crimes commis aux colonies et au préjudice des Africains. Il dépose deux propositions de résolutions tendant à inviter le gouvernement à augmenter le nombre des médecins de troupes coloniales et à adapter leur statut à leurs lourdes tâches. Par le biais des obligations militaires, il se battit pour obtenir des droits politiques en faveur des Africains.

En raison de l’engagement de Blaise DIAGNE pour la République, le Président du Conseil Fernand BOUISSON prononça son éloge funèbre, à la séance publique du 15 mai 1934, en ces termes : «Il parlait notre langue avec un art que beaucoup ici lui enviaient. Il avait 42 ans quand, en 1914 ; il devint l’élu de ses concitoyens du Sénégal», berceau de la France Républicaine» dit-il. Il poursuit : «Son action s’est poursuivie pendant 20 ans, malgré bien des difficultés, bien des obstacles, à travers la guerre, à travers la crise qui a durement frappé l’économie africaine. Sa curiosité, servie par une intelligence singulièrement vive, s’étendait, s’élargissait sans cesse. Tant de dons expliquent que DIAGNE ait été nommé «Sous-secrétaire d’Etat». Pour la première fois, un représentant indigène de nos possessions lointaines faisait partie du gouvernement de ce pays. L’histoire retiendra cet événement chargé de sens». Si vous passez devant la tombe de Blaise DIAGNE à Soumbédioune, à Dakar, n’oubliez pas de rendre hommage à cet illustre fils du Sénégal.

Bibliographie sommaire

1 – Contribution de Blaise DIAGNE

DIAGNE (Blaise), Discours de clôture devant l’assemblée de 1922 du Grand Orient de France, Paris, Grand Orient de France, Secrétariat Général du Grand Orient de France, 1922, 11 pages ;

DIAGNE (Blaise), Choix de lettres et de discours, Dakar, NEA, SONAORESS, éditions Trois fleuves, 1974, 137 pages ;

DIAGNE (Blaise), «Intervention du 13 juin 1930 à la conférence internationale sur le travail, à Genève», Sénégal et dépendances, juin 1930, pages 127-128.

2 – Critiques de Blaise DIAGNE

Anonyme, «Diagne a été diffamé, le recrutement noir n’est pas en cause», Les Annales Coloniales, n°138, 25 novembre 1924, page 1 ;

BENOT (Yves), Les députés africains au Palais Bourbon, de 1914 à 1958, Paris, Editions Chaka, 1989, 190 pages, spéc pages 11 à 32 ;

BOUISSON (Fernand), «Eloge funèbre de Blaise Diagne», L’Echo d’Alger, n°8685 du 16 mai 1934, page 1 ;

COQUERY-VIDROVITCH (Catherine), «Nationalité et citoyenneté en Afrique Occidentale française : originaires et citoyens dans le Sénégal colonial», Journal of African History, 2001 (42), pages 285-305 ;

CROS (Charles), La parole est à M. Blaise DIAGNE, Paris, éditions Maison du Livre, 1972, 136 pages ;

DEBRE (Jean-Louis), Les Oubliés de la République, Paris, Fayard, 2008, 317 pages, spéc, pages 113 à 129 ;

DIENG (Amady Aly), Blaise DIAGNE, député noir de l’Afrique, Paris-Dakar, Chaka, 1990, 187 pages ;

FAYET (Charles, J), Travail et colonisation, esclavage et travail obligatoire, préface de Blaise DIAGNE, Paris, LGDJ, 1931, 285 pages ;

FULIGNY (Bruno), La Chambre ardente : aventuriers, utopistes, excentriques du Palais Bourbon, Paris, les éditions de Paris, 2001, pages 99 et suivantes ;

GUEYE (Lamine), Itinéraire africaine, Paris, Présence Africaine, 1966, 243 pages, spéc pages 29 et suivantes ;

GUEYE (Lamine), De la situation politique des Sénégalais originaires des communes de plein exercice, telle qu’elle résulte des lois du 19 octobre 1915, 29 septembre 1916 : conséquences au point de vue du conflit des lois françaises et musulmanes en matière civile, Thèse droit, Paris, La vie universitaire, 1922, 104 pages ;

JOHNSON (G Wesley), «Ascendency of Blaise DIAGNE and the Beginning of African Politics», in AFRICA, 1966, (XXXVI), pages 235-252 ;

JOHNSON (G. Wesley), Naissance du Sénégal contemporain aux origines de la vie politique moderne, (1900 – 1920), Paris, Karthala, 1991, 297 pages ;

JOHNSON (G. Westley), «Commémoration du centenaire de la naissance de Blaise Diagne», Commémoration du centenaire de Blaise Diagne,  Dakar, IFAN, 1972, 95 pages, spéc, pages 57-95 ;

JOHNSON (G. Westley), «L’ascension de Blaise Diagne et le point de départ de la politique africaine au Sénégal», Notes Africaines, 1972, n°135, pages 73-86 ;

LEREDU (M. G), «Rapport sur l’élection du Sénégal» (validant l’élection de Blaise Diagne), Journal Officiel, chambre des députés, Débats, 7 juillet 1914, pages 2735-2737 ;

MANCHUELLE (Francis), «Métis et colons : la famille DEVES et l’émergence politique des Africains du Sénégal, 1881 – 1897», in Cahiers d’études africaines, 1984, vol. 24, n°96, pages 477-584 ;

SIGER (Carl), «Le congrès pan-noir», Mercure de France, 15 novembre 1921, pages 217-222 et Dépêche Coloniale du 9 septembre 1921 ;

THIAM (Doudou), La portée de la citoyenneté française dans les territoires d’Outre-mer, préface de Jean RIVERO, Paris, Société d’éditions africaines, 1953, 180 pages;

THIAM (Iba Der), L’évolution politique et syndicale du Sénégal colonial de 1840 à 1939, Paris, Thèse d’Etat sous la direction de Jean Dévisse, Sorbonne, 1983, 9 volumes, 5 179 pages, spéc le vol IV, «Révolution de 1914» pages 1231-1713, vol V, «Combats pour l’égalité» pages 1714-2057, et les vol VI, pages 2058-2581 et VII, pages 2597-3479 ; traitant de «l’affirmation politique et syndicale» ;

ZUCCARELLI (François), La vie politique sénégalaise – 1789 – 1940, Paris, Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Moderne, 1987, 157 pages, spéc pages 33 et suivantes.

Paris, le 15 novembre 2014 et actualisé le 25 mars 2018, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Blaise DIAGNE, député du Sénégal à l'Assemblée nationale française de 1914 à 1934.
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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 21:11
Cet article a été publié dans www.ferloo.com du 4 juillet 2011 rubrique politique.
 
 
La vie du Président Senghor a été un véritable roman, digne d’une œuvre hollywoodienne ; il a été chef d’Etat, homme politique, poète, grammairien, chantre de la Négritude, militant de la francophonie, académicien, docteur honoris causa de 37 universités, ancien combattant et résistant, il a participé à la rédaction de la Constitution de la Vème République en France. Diplomate, député à l’Assemblée Nationale française, il fut Ministre sous la IVème République, sous le gouvernement d’Edgar FAURE. Premier Président d’un Sénégal indépendant en 1960, il a quitté volontairement le pouvoir en 1980.

 

Notre ambition n’est pas de survoler l’héritage de cet illustre personnage aux facettes multiples et particulièrement riches. La problématique générale de cette contribution se veut plus modeste, et est la suivante : dans quelle mesure le Président SENGHOR a-t-il contribué à la naissance et à la consolidation de l’idée de l’Etat dans notre pays ? Quels héritages nous a-t-il légués dans la construction de la Nation sénégalaise ? En particulier, en quoi le Président SENGHOR a-t-il été un visionnaire dans l’édification d’une République sénégalaise laïque, démocratique, pacifique, tolérante et rayonnante dans le monde ?

 

Il n’est pas inutile de rappeler, brièvement, qui était cet homme d’Etat, dont la vie se confond, à bien des égards, à l’histoire de son pays. Né à JOAL, dans la Petite Côte, non loin du Sine Saloum, au Sénégal, le 9 octobre 1906, SENGHOR a fait ses études à la mission catholique de NGAZOBIL, au collège Libermann et au cours d’enseignement secondaire de DAKAR, puis, à PARIS, au Lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Il est reçu à l’Agrégation de grammaire en 1935. Tout en enseignant les Lettres et la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935 à 1938), il suit les cours de Linguistique négro-africaine de Lilias HOMBURGER à l’Ecole pratique des hautes études et ceux de l’Institut d’ethnologie à PARIS. Nommé professeur au lycée Marcellin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, en 1938, il fut mobilisé en 1939 et fait prisonnier en juin 1940.

 

Réformé pour maladie en janvier 1942, il participe à la Résistance dans le Front National Universitaire. De 1944 jusqu’à l’indépendance du Sénégal, il occupe la chaire de Langues et Civilisations négro-africaines à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer. L’année 1945, marque le début de sa carrière politique, élu député du Sénégal à l’Assemblée Nationale française, il est, par la suite, constamment réélu en 1946, 1951 et 1956. Membre de l’Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe, il est, en outre, plusieurs fois délégué de la France à la conférence de l’UNESCO et à l’Assemblée Générale de l’ONU.

 

Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil, sous le cabinet d’Edgar FAURE entre le 23 février 1955 et le 24 janvier 1956, il devient maire de la ville de THIES, en novembre 1956. Ministre-Conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il fut élu le 1er Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960. Homme de culture, il a organisé le 1er festival mondial des Arts Nègres, en 1966. Réélu président de la République sénégalaise en 1963, 1968, 1973, en 1978, il se démet, volontairement, de ses fonctions, le 31 décembre 1980. Le Président SENGHOR est décédé le 20 décembre 2001, mais il nous a légué un solide héritage qu’il faut conserver et développer, en termes d’indépendance, de conception du pouvoir ou de la Nation sénégalaise.

 

I - La conception d’un Sénégal indépendant :

La liberté dans l’interdépendance

 

L’acte fondateur de la République fut, sans nul doute, le choix pour Léopold Senghor d’appeler à voter « oui » au référendum du 28 septembre 1958 organisé par la France.

Le Président SENGHOR a opté, dès le départ, pour un processus d’indépendance pacifique, des liens privilégiés avec la France, un solide amarrage dans le camp de la liberté, un socialisme démocratique, et maintien de l’unité de l’Afrique.

Cette vision prophétique a, pourtant, été sérieusement contestée, sur le plan interne par le Parti Africain de l’Indépendance, d’obédience communiste, et sur le plan externe, par le Président Sékou TOURE de la Guinée-Conakry.

 

La contestation sur le plan interne et fédéral

Différentes contestations de la conception Senghorienne de l’indépendance eurent lieu, tant au niveau de la Fédération du Mali, qu’au sein de la classe politique sénégalaise.

L’une, première secousse contre la conception Senghorienne de l’indépendance, fut tout d’abord, l’échec de la fédération du Mali. Le Président SENGHOR s’est toujours érigé contre la balkanisation de l’Afrique. Après le referendum de 1958 qui a été largement approuvé par le peuple sénégalais, en janvier 1959, le Sénégal et le Soudan, créent la Fédération du Mali, dont DAKAR devient la capitale. Le malien Modibo KEITA est le Président, Mamadou DIA, le Vice-président, et SENGHOR, le Président de l’Assemblée fédérale. En décembre 1959, le Mali demande et obtient l’indépendance. Le 4 avril 1960 sont signés les accords de transfert du pouvoir de la Fédération du Mali.

Le 19 juin 1960, à minuit, la Fédération du Mali est indépendante et les accords de coopération sont signés avec la France. Mais le 20 août 1960, le Sénégal se retire de la Fédération du Mali. Cet échec est lié aux différences de conception du pouvoir entre SENGHOR et Modibo KEITA, notamment la répartition des postes clés, et surtout le veto opposé de Modibo KEITA à la candidature de SENGHOR à la présidence de la Fédération. Le Président SENGHOR change de Constitution, choisit Mamadou DIA comme Chef de Gouvernement et Lamine GUEYE comme Président de l’Assemblée Nationale.

Sur le plan interne, la vision du Président SENGHOR a été fortement remise en cause par l’opposition communiste. En effet, avant l’indépendance, le Sénégal connaissait déjà le multipartisme et l’opposition avait contesté le referendum de 1958. Ainsi, à la Place actuelle de l’indépendance, le 26 août 1958, devant les porteurs de Pancartes du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I.) et du Parti du Rassemblement Africain (P.R.A.), le général de Gaulle avait déclaré « nous ne contraignons personne, nous demandons qu’on nous dise OUI ou qu’on nous dise NON, nous en tirerons les conséquences ».

Bien après cette échéance, les dirigeants communistes et leurs militants ont continué une mobilisation, parfois violente, autour des slogans comme « MOMSAREW », africanisation des cadres, unité des forces patriotiques. C’est ce contexte de tension que le 31 juillet 1960 eurent lieu les premières élections régionales et municipales sous l’indépendance. A cette occasion, le Parti Africain de l’Indépendance de Majhémout DIOP, qui représentait la gauche radicale, a fortement contesté, l’option de l’indépendance prise par le Président SENGHOR.

Des heurts ont eu lieu, notamment à Mbour, Thiès et surtout Saint-Louis, ville natale de Majhémout DIOP ; de nombreux décès ont été enrelinkgistrés. C’est en raison de ces troubles graves de l’ordre public que le P.A.I. a été interdit par un décret n°60-267 du 1er août 1960, son leader a été emprisonné pour un an. Le PAI a vécu dans la clandestinité de 1960 à 1976, date de l’instauration d’un multipartisme limité au Sénégal.

Le jugement de l’Histoire a été l’échec cuisant du PAI aux élections de 1983 et l’intégration de son dirigeant dans le jeu politique démocratique multi-partisan, tel que l’avait conçu le Président SENGHOR à l’aube de l’indépendance.

Il ne faut oublier que le Président SENGHOR a été également contesté par une partie de son camp. En effet, le referendum de 1958 a provoqué l’éclatement de l’Union Progressiste Sénégalaise entre l’aile radicale, les partisans du NON, c’est-à-dire les indépendantistes comme Abdoulaye LY, Assane SECK, et Amadou Makhtar MBOW qui ont fondé la section sénégalaise du Parti du Rassemblement Africain (PRA) et les partisans du OUI (SENGHOR et Mamadou DIA). Là aussi le peuple sénégalais a tranché, sans ambiguïté le 28 septembre 1958 par le OUI à 97,60% des voix contre 2,40% des voix pour le NON (PRA et PAI). Cependant, fidèle à lui-même, le Président SENGHOR a, par la suite, nommé M. Assane SECK, plusieurs fois à des portefeuilles ministériels (Culture de 1966 à 1968 ; Education nationale de 1968 à 1973 et 1978 à 1981 - Affaires Etrangères 1973 à 1978 ; Equipement 1981 à 1983 sous Abdou DIOUF).

M. Amadou Makhtar MBOW a été Ministre de l’Education Nationale (1966-1968), Ministre de la Culture et de la Jeunesse (1968-1970), Sous Directeur, puis Directeur Général, de l’UNESCO (1970-1987). M Abdoulaye LY, plus intransigeant, a fait la prison entre 1964 et 1965, mais il a fini par rallier le point de vue du Président SENGHOR, pour devenir Ministre de la Santé Publique et des Affaires Sociales entre 1966 et 1970.

 

La contestation externe : le cas guinéen

La contestation la plus énergique du choix du Président SENGHOR est venue d’un pays voisin : la Guinée de Sékou TOURE. M. TOURE, fondateur de la section guinéenne du Rassemblement Démocratique Africain, maire de Conakry, député à l’Assemblée Nationale française, syndicaliste, a toujours eu une phraséologie révolutionnaire. Le général de Gaulle est reçu avec une grande froideur en Guinée ; pire, une vieille dame soulève son pagne sur son passage et crache sur sa voiture.

M TOURE déclarera le 25 août 1958 « il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférerons la liberté dans la pauvreté, à la richesse dans l’esclavage ». Le général de Gaulle lui rétorque que « l’indépendance est à la disposition de la Guinée, mais que la France en tirera les conséquences ». De son retour à Paris, le général précisera « puisqu’ils veulent l’indépendance, eh bien qu’ils la prennent, mais ils n’auront plus un sou ». A la suite du NON du 28 septembre 1958, la Guinée deviendra indépendante le 2 octobre 1958.

Le Président Sékou TOURE s’en prend violemment au Président SENGHOR qui est qualifié, à longueur de journée sur les ondes de la radio guinéenne de « valet de l’impérialisme », de « laquais de l’impérialisme ».

Curieux hasard de l’histoire, ce fougueux, et soit disant intransigeant « révolutionnaire » qu’était Sékou TOURE est mort le 26 mars 1984, dans un hôpital du Cleveland, aux Etats-Unis, le pays du « grand satan ». Après une parenthèse militaire sanglante, la Guinée est revenu dans le camp de la liberté avec l’élection de Alpha CONDE, le 21 décembre 2010.

 

La victoire de la Liberté

La chute du communisme depuis les années 1990 et la victoire du camp de la Liberté, ont validé les thèses défendues dès l’indépendance par le Président SENGHOR. Même si le multipartisme n’est pas la démocratie, il existe toujours des raisons de se révolter contre l’injustice, ce système a connu depuis lors un vif succès en Afrique. Le Sénégal, grâce à cet héritage senghorien, a connu une alternance démocratique en 2000. Il est regrettable que M. WADE n’ait pas saisi cette opportunité pour se hisser au rang d’homme d’Etat et entrer dans l’Histoire.

Pour le Président SENGHOR, la Liberté est indissociable de la République, des idées de justice sociale, sans lesquelles elle n’est qu’un vain mot. En effet, pour le Président Senghor, l’indépendance pacifique conduit sur le long chemin en quête de la dignité, de l’égalité et de la fraternité ; c’est tout le sens qu’il avait voulu donner à son socialisme africain, en privilégiant l’éducation, un moyen d’assurer l’égalité des chances.

 

II - La conception du pouvoir :

une République irréprochable Le refus du pouvoir personnel

 

Un des points majeurs de l’héritage senghorien, c’est le refus du pouvoir personnel ; c’est l’idée que la République doit être diligentée par des règles de droit précises, tant au niveau du fonctionnement de l’Administration, que de la dévolution du pouvoir au sein de l’Etat. Dans ce contexte, le choix des hommes, pour conduire les destinées de l’Etat, doit être fait en fonction, non pas des affinités politiques, amicales ou familiales, mais des critères de compétences. Le Président SENGHOR avait choisi les agents plus qualifiés pour être au service de son cabinet. La République fonctionne à travers une série de règles de procédure, de rites, de symboles ; l’improvisation et le folklore sont bannis.

Le Président SENGHOR avait opté pour un pouvoir laïc débarrassé de toute allégeance servile et coûteuse aux chefs religieux. Dans sa conception du pouvoir, le Président SENGHOR avait établi des règles de compétences précises qui sont dévolues aux Ministres, aux autorités administratives et au Parlement

Il est remarquable de noter que le Président SENGHOR avait introduit une éthique, une probité dans la gestion des affaires de l’Etat qui a fait de lui la référence en matière de République irréprochable. En dépit de sa longévité au pouvoir, son nom n’a été mêlé à aucun scandale financier, personne n’a pu lui reprocher un enrichissement personnel. Encore, mieux, il a inculqué à ses Ministres et à l’Administration, le respect des règles sur les marchés publics ; ce qui nous fait cruellement défaut sous la gouvernance des libéraux.

Le Président SENGHOR a instauré dans un premier temps un régime parlementaire bicéphale, mais qui a conduit à la crise de décembre 1962, puis il expérimenté un régime présidentiel strict avec la suppression du poste de Premier Ministre entre 1962 et 1970, et a enfin établi un régime présidentiel déconcentré entre 1970 et 1980, avant de quitter volontairement le pouvoir.

 

La crise du 17 décembre 1962 : un régime parlementaire bicéphale - deux caïmans dans le même marigot

La première Constitution sénégalaise du 26 août 1960 avait instauré un régime parlementaire, avec un parti unique, du type de la IVème République. Le Président de la République, L. S. SENGHOR, élu par un collège restreint, pour 7 ans, n’avait que des pouvoirs honorifiques, comme ceux de la Reine de Grande-Bretagne. Le Premier Ministre, Mamadou DIA, investi par l’Assemblée Nationale était, en fait, l’homme fort du régime ; « il détermine et conduit la politique de la Nation » et proclame l’article 26 de la Constitution. Cette situation a bien fonctionné entre 1960 et 1962, en raison de la confiance qui régnait entre les deux hommes. Le 17 décembre 1962, Mamadou DIA est renversé par une motion de censure et sera emprisonné, pour « tentative de coup d’Etat » à Kédougou entre 1962 et 1974, avec 4 de ses compagnons, Ibrahima SARR, Joseph M’BAYE, Validiodio NDIAYE et Alioune SARR. Comment interpréter cette crise politique qui a fortement ébranlé pays et la conception Senghorienne du pouvoir ?

Officiellement, le Président SENGHOR avait reproché à Mamadou DIA de « pratiquer une politique de clan. L’appareil administratif était au service du parti dominant et non de la Nation ». La clause de « primauté du Parti » sur l’Etat n’avait pas de base constitutionnelle. En fait, les raisons de cette éviction du Président de Conseil sont ailleurs. Les sources de ce conflit sont à rechercher dans la façon dont DIA avait conduit les relations internationales et surtout sa démarche nationaliste, commençaient à inquiéter SENGHOR.

 

La conduite des relations internationales n’était pas fixée de façon précise. Il en résulte que c’est le Premier Ministre qui se rendait régulièrement à l’extérieur pour rencontrer les chefs d’Etat étrangers ; ce qui accentuait l’isolement du chef de l’Etat et créé ainsi une frustration et donc une tension latente au sein de l’exécutif. Quand on a deux caïmans dans le même marigot cela finit par faire des vagues.

 

La chute de Mamadou DIA est due, également, à son orientation, plus nationaliste que celle de SENGHOR. Le Président du Conseil souhaitait instaurer une politique de « bonne gouvernance » en envoyant en prison tous les Ministres convaincus de détournements de deniers publics, s’ils refusaient de rembourser. Par ailleurs et surtout, Mamadou DIA a affirmé qu’il se conduirait comme « partenaire loyal » de la France, voire un ami, mais qu’il n’a jamais accepté d’être, cependant, « un partenaire inconditionnel, encore moins, un agent de la France fermant les yeux sur les manquements aux engagements contractés ».

 

Mamadou DIA était partisan d’un « socialisme autogestionnaire » comme celui de TITO, et d’un « islam éclairé, moteur du développement ». Mamadou DIA se dit un militant opposé « à la vassalisation du Sénégal » à la France, et à partir de juillet 1961, il a entrepris de nombreux voyages, notamment en Yougoslavie et en Union Soviétique ; cette forme d’intransigeance a fortement déplu à la France. Le Président SENGHOR étant fortement hostile au communisme, n’a pas apprécié ces déplacements qui menaçaient sa vision des relations privilégiées avec la France. Le régime présidentiel strict 1962 - 1970 ou la période de « glaciation »,

La Constitution du 7 mars 1963 instaure un régime présidentiel monocéphale ; le poste de Premier Ministre est supprimé. Une bonne partie des libertés est abolie, avec de nombreuses arrestations et détentions arbitraires notamment entre 1962 et 1965 ; bref, le Sénégal aura vécu une période de « dédiaisation », de « glaciation ». Les partisans de Mamadou DIA sont évincés de l’Etat et une nouvelle garde Senghorienne et rajeunie monte au pouvoir. Le Président SENGHOR a les mains libres, et réussit même, le 14 juin 1966, à fusionner le parti du pouvoir l’UPS et le PRA en une seule entité. Réélu Président de la République en 1968, Senghor décrétera l’état d’urgence avec la grève des étudiants. Les différentes secousses cessent miraculeusement avec les cérémonies de funérailles de maître Lamine GUEYE, président de l’Assemblée Nationale, premier avocat africain. Lors de ses obsèques, le Président SENGHOR a salué la mémoire de celui qui « rassemblait, en sa personne, tous les dons : l’intelligence, l’aisance et la générosité, la culture et l’éloquence ».

La période de 1974 à 1981 : le dégel ou la période de renouveau avant le départ volontaire

En 1973, le SENGHOR, candidat unique à sa succession, se fait réélire pour la troisième fois, Président du Sénégal. Un multipartisme limité, avec le vote de la loi sur les courants, est instauré ; en dépit des critiques, c’est une période de renouveau démocratique. L’UPS devient le Parti Socialiste ; Abdoulaye WADE créé le Parti Démocratique Sénégalais, Majhémout DIOP rétablit le PAI et le professeur Cheikh Anta DIOP tente en vain de faire reconnaître l’Union pour le Renouveau Démocratique.

Ce multipartisme limité avait été précédé de la libération de Mamadou DIA et de tous les prisonniers politiques. C’est une clôture d’une page sombre de l’histoire politique du Sénégal que le Président SENGHOR dit avoir regretté en ces termes « Bien sûr, je le regrette, dit Léopold Sédar Senghor, vous savez il y a 17 ans que je suis avec Mamadou Dia. C’est moi qui l’ai découvert et qui l’ai poussé à franchir les étapes de la carrière politique l’une après l’autre. Je le regrette mais le régime de l’exécutif bicéphale, nous en avons fait l’expérience, est impossible. Que se passent - ils autour du président du conseil et du président de la république ?, des clans rivaux se forment auprès du président du conseil et du président de la république, qui cherchent à les dresser l’un contre l’autre et vous en voyez les conséquences ».

Le Président SENGHOR qui a cependant, le sens de l’histoire, après avoir remporté les élections présidentielles, législatives et municipales de 1978, démissionnera de ses fonctions le 31 décembre 1980, pour céder le pouvoir à son Premier Ministre, Abdou DIOP. Il est rare, hormis le cas de Nelson MANDELA, qu’un chef d’Etat africain quitte volontairement le pouvoir, surtout lorsqu’il est parfaite santé et à la suite d’une victoire électorale. Il est encore plus rare qu’il prépare minutieusement et pacifiquement sa succession. M. WADE s’est séparé de tous ses successeurs potentiels (Macky SALL et Idrissa SECK), son fils n’est pas légitime, dans une République à le succéder. Il serait bien inspiré de ne pas se représenter en 2012.

En définitive, dans sa conception du pouvoir, en dehors du cas du mauvais départ de 1962, le Président SENGHOR a légué au Sénégal une République laïque, démocratique et sociale, débarrassée de tout pouvoir personnel ou népotique. Ces caractéristiques d’un Etat moderne, avec une majorité qui gouverne et une minorité qui s’oppose suivant des règles précises, ont conféré à notre pays une grande stabilité et une paix sociale. Le choix après 2012, de l’opposition si elle remportait les élections présidentielles, c’est de consolider ce choix du président SENGHOR en instaurant un régime semi-présidentiel du type de la Vème République.

 

III - La conception de la Nation sénégalaise :

La République du respect et de la compréhension mutuelle

 

Le Président SENGHOR a été le fondateur de la Nation sénégalaise. La Nation est une communauté humaine ayant une conscience d’être unie par une identité historique, culturelle ou religieuse. La Nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète ; ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Je souscris entièrement à la définition qu’en donne Ernest RENAN, à savoir que la Nation « c’est le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ».

Le Sénégal étant à plus de 96% musulman, le Président SENGHOR, issu d’une minorité ethnique (les Sérères) et religieuse (les catholiques) a su préserver cet héritage du « vouloir vivre en commun », en négociant habilement et prudemment l’indépendance, en instaurant une paix sociale entre les différents groupes ethniques, en faisant fructifier l’héritage démocratique ancré dans ce peuple de longue date. En Afrique, bien des Etats qu’on pensait solides et stables comme la Côte-d’Ivoire, ont raté le virage de la construction nationale, et sont confrontés à des tensions ethniques graves. D’autres Etats, à défaut de disparaître, se sont empêtrés dans des conflits ethniques ou régionaux qui rendent le quotidien de la population très difficile.

 

Un des puissants leviers utilisés par le Président SENGHOR, dans la construction de la Nation sénégalaise, a été sans doute la place de l’éducation dans sa politique. Le Budget de l’Education Nationale, représentant plus du tiers de celui de l’Etat, a permis le brassage de personnes d’origines diverses, et favorisé la compréhension mutuelle. L’école a été des moteurs de l’intégration des différentes ethnies dans le moule de la Nation. Le choix de la langue française, comme langue officielle du pays, et la place que le Président SENGHOR accordait à la culture, ont contribué à une compréhension mutuelle et à l’édification d’une République du respect.

 

Le Président SENGHOR a lui – même donné l’exemple, à travers la composition de ses différentes équipes gouvernementales qui ont toujours reflété la diversité de la société sénégalaise. Certes, la question de la Casamance, et celle des contrées périphérique comme le Fouta et le Sénégal Oriental n’ont pas été résolues de façon satisfaisante. Cependant, la place de la décentralisation dans la construction nationale n’a pas, non plus, été négligeable. L’unité de l’Etat est préservée, mais chaque échelon local peut participer à la gestion des affaires.

 

Conclusion : Nous avons tous le devoir, quelque soit notre choix politique, préserver et consolider cet héritage que le Président SENGHOR a laissé au Sénégal et au continent africain, pour que vive la République.

 

Paris, le 4 août 2011

 

Par Amadou Bal BA, Paris 19ème

 

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 09:11

Amadou Bal BA, un parisien de Danthiady  (2ème partie, suite et fin) Cet article a été publié dans le journal www.FERLOO.com du jeudi, 26 mai 2011. rubrique société.

Ma rencontre avec l'Occident 

Ma rencontre avec l’Occident a bien démarré avant que je ne débarque en France. L’école française de mon village, en dépit de la «mission civilisatrice de la colonisation» pendant trois siècles, n’a été créée qu’en 1960, juste après l’indépendance. Ce fut un grand choc culturel à Danthiady et une violente polémique entre les partisans et les adversaires de l’école française. Un marabout de Madina Gounass, El Hadji Mamadou Saïdou BA (1900-1981), pour faire pression à la population, avait dit que «celui qui conduira son fils à l’école, ce dernier prendra sa main pour le jeter en Enfer». Prenant en compte au pied de la lettre, cette prise de position sans nuances, les villages environnants ont refusé, à l’indépendance, la construction d’une école pour leurs enfants. A Danthiady, le juste milieu et la clairvoyance y ont souvent prévalu ; on a pris une voie médiane : de la première génération des écoliers, seuls les garçons ont été admis sur les bancs, on a exclu essentiellement les filles. Mon père, connaissant l’hostilité de ma mère à l’égard de l’école française, a remis à ma mère quand on a quitté Kaolack, en décembre 1962, une lettre en Arabe cachetée, pour un de ses amis, Mamel N’DIAYE. Dès qu’on arriva au village la mission de cet ami fut de me conduire, l’après-midi même à l’école. Ma mère a aussitôt crié à la trahison, en soulignant que si elle avait su le contenu de cette missive, elle l’aurait déchirée et jetée.

J’ai rencontré ensuite la France à travers mes lectures au collège, à la bibliothèque d’une église, à côté du collège de Matam, chef lieu de région, à la frontière mauritanienne. J’ai été ému de la description de Paris que Ousmane Socé DIOP, un écrivain sénégalais, en a faite dans son roman : «Mirages de Paris». J’ai voulu approfondir mes connaissances livresques sur la capitale française, le curé m’a recommandé «l’éducation sentimentale" de Gustave FlAUBERT ; je fus totalement conquis par les pages savoureuses sur le Quartier Latin. Désormais, comme le dirait Joséphine BAKER : «J’ai deux amours : le Sénégal et Paris». Paris c'est la France et toute la France.

Les années qui suivirent furent marquées par une émigration massive des ressortissants de la vallée du Fleuve Sénégal vers la France. La destination traditionnelle des immigrants de mon village a été, initialement, la Côte- d’Ivoire, puis le Congo et le Gabon. Subitement, la France s’imposa, par les revenus tirés de l’immigration, comme la destination privilégiée. C’est dans ces circonstances, comme je l’ai mentionné plus haut, que mon oncle Balla avait entrepris, sans succès, de partir pour l’Europe.

A la fin du collège, j’obtiens le BEPC, mais je ne fus pas affecté au Lycée. Je suis resté une année à vadrouiller dans Dakar. Mes parents s’en inquiétèrent et voulurent même me renvoyer au Fouta-Toro, quand un oncle, Oumar N’DIAYE, me dit qu’on pouvait poursuivre ses études à l’Université, en suivant la capacité en droit. Voilà comment j’ai renoué avec les études jusqu’à l’obtention d’une bourse, pour la France. J’avais tellement rêvé et idéalisé Paris que mon premier contact avec la France fut décevant. En effet, je suis arrivé en France, un dimanche matin, en automne, avec un ami Samba TRAORE, les murs de la ville étaient gris, il pleuvait et il faisait un peu froid. Cependant, nous fûmes chaleureusement accueillis dans un foyer de travailleurs immigrés, à Saint-Denis, à la porte de Paris. Ce lieu fut pour moi un choc immense : les lits étaient superposés, et on dormait à trente dans la même chambre de 20 mètres carrés. Je fus très vite réconforté par l’extraordinaire hospitalité de ces immigrants Soninké, leur gentillesse et leur humanité particulièrement touchante. Dès lundi, nous nous rendîmes au consulat du Sénégal, à la rue de la Tour, dans le 16ème arrondissement de Paris. L’agent qui fut chargé de nous recevoir nous rassura : nous allons avoir une chambre individuelle, dans un Foyer–Hôtel Sonacotra, à Athis-Mons, dans l’Essonne. Quand nous avons entendu le mot «hôtel» notre visage s’illumina de joie. Là aussi quelle déception à l’arrivée, c’était un foyer de travailleurs immigrés Algériens très bruyant. Les chambres étaient si étroites que quand on tendait les bras on pouvait toucher les deux parois opposées de la pièce. Le mauvais cloisonnement faisait qu’on entendait le ronflement du voisin. L’année suivante, j’obtins une chambre en résidence universitaire à Antony, dans les Hauts-de- Seine. Trois années plus tard, je me retrouvais au Quartier Latin, à la rue de Boulangers. Voilà enfin, les «mirages de Paris», le bonheur tant rêvé ! J’y ai séjourné, avec une délectation sans limites, pendant 17 ans.

Sur le plan professionnel, je suis comme ce héros de STENDHAL, Julien SOREL qui a hésité entre le rouge et le noir. En effet, j’ai hésité entre l’enseignement et le barreau. Après ma thèse de doctorat en droit public, sous la direction du professeur Jean COMBACAU, j’ai obtenu le certificat d’aptitude à la profession d’avocat en décembre 1995. Dans l’attente de trouver un cabinet d’avocats, pour mon stage, j’ai passé un concours administratif, mais c’est en dilettant que j’ai réussi. Je croyais rester dans l’administration, de façon provisoire ; mais j’ai appris par la suite, dans ce secteur, que tout ce qui est provisoire est définitif. Il faut avouer que même si le secteur des ressources humaines est ingrat, travailler sur l'humaine est mais très passionnant.

A la faveur d’un concours à la Préfecture de Police, j’obtins, en octobre 1995, un appartement plus spacieux dans le 19ème arrondissement. C’est un quartier de l’Ouest parisien marqué par de fortes ruptures. On y admire de charmantes maisons individuelles du côté de la rue Mouzaïa, de Botzaris ou de la rue des Solitaires. Mais, non loin de là, à la Place des Fêtes, il y a des tours peu enviables. Le 19ème arrondissement concentre, à lui –seul, plus de 38% des logements sociaux parisiens, avec les difficultés que cela peut comporter. Jean-Philippe, mon fils aîné, est né quand je résidais à la rue de la Corrèze. Arsinoé, ma fille, est venue au monde à la suite de mon déménagement à la rue des Annelets, dans un quartier qu’on appelle le «hameau de Belleville», non loin du jardin des Buttes-Chaumont.

C’est le Sénateur - Maire du 19ème arrondissement, Roger MADEC et son Premier Adjoint François DAGNAUD, qui m’ont donné l’occasion d’être de 2001 à 2008 le premier conseiller africain, élu à PARIS ; quand on vient du Fouta, c’est un événement qui flatte l’ego. Quand, j’étais étudiant à l’Université de Paris 2 Assas, nous avions une association, INTERCAPA, de défense des droits des étrangers qui s’occupait des étudiants confrontés au refus de renouvellement de leurs titres de séjour.

Cette activité militante et associative a connu un regain dès mon arrivée dans le 19ème arrondissement, lieu de forte concentration de personnes d’origine africaine, maghrébine et asiatique en difficulté. J’ai fondé avec quelques amis une association, AIDEMA, en vue d’assister ces personnes dans leurs démarches administratives. Très tôt ce travail s’est également étendu aux travailleurs immigrés, notamment d’origine sénégalaise ; le 19ème arrondissement compte plus de 20 foyers de travailleurs immigrés, dont l’essentiel sont des Soninké et des Haal Pularen. Notre association qui avait siége au sein même de la mairie du XIXème, grâce à un bureau prêté par le député Jean-Christophe CAMBADELIS, sera transféré à la maison des associations, à la rue Edouard Paillon, non loi du métro Bolivar.

Mon grand-père, qui a été tirailleur sénégalais lors de la deuxième Guerre mondiale, m’a enseigné que, parmi les biens les plus précieux de l’humanité, il y a la solidarité, la liberté et la fraternité. Se fondant sur cette solide conviction, je me suis fixé une ligne de conduite, devenir un militant des droits de l’homme, et m’inspirer ainsi de la doctrine de Protagoras, «l’Homme est la mesure de toutes choses». Au congrès extraordinaire du Parti Socialiste du 24 janvier 1981, à CRETEIL, nous avions applaudi, à tout rompre l’une des propositions de François MITTERRAND visant à octroyer aux étrangers le droit de vote aux élections locales. Plus de trente ans après, cette promesse n’a pas été tenue. François HOLLANDE élu en 2012 n'a pas non plus honoré cette promesse, pourtant un grand marqueur de gauche. Les idées du Front National ont considérablement progressé en France ; le droit aux élections locales est l’une des solutions contre l’intolérance. La régularisation des sans-papiers, ainsi que de nouveaux rapports, fondés sur l’équité, avec les Etats africains, sont des éléments auxquels nous sommes fondamentalement attachés. C'est une question d'égalité et de justice.

J’ai souvent rappelé à nos compatriotes, que je reçois dans mes permanences, l’impérieuse nécessité de respecter les lois de la République. Je suis fortement attaché au respect mutuel, à la tolérance et au devoir qui pèse sur chaque individu de s’astreindre à mener une vie irréprochable. Chaque citoyen devrait faire sienne la devise de Marguerite Yourcenar : «Aimer les autres pour soi-même». Car réclamer des droits, c’est aussi pouvoir assumer les obligations qui en constituent la contrepartie nécessaire. Tout en rejetant la théorie des quotas ou de la «discrimination positive» à l’américaine, je prône la vraie égalité des chances, une égalité et je rejette la diversité cosmétique. Aucune demande ne devrait être rejetée, a priori, sur la base de préjugés raciaux. Le traitement de toute revendication et l’accès aux responsabilités, doivent être fondés sur les mérites de chacun.

Pour mes hobbies, je suis passionné par la littérature, la philosophie, la mythologie grecque, le cinéma et les ballades. Je suis également, sur le terrain du militantisme, un peu fétichiste : j’adore conserver les photos ou les vidéos des principaux événements politiques parisiens. Mais, plus que tout, je suis un véritable amoureux de Paris. Mon plus grand plaisir est d’être attablé à une terrasse, dégustant un café, un livre à la main. Cette joie intense est, selon moi, comparable au goût de la madeleine de Marcel PROUST.

En dépit de la distance, il existera toujours des liens irrationnels et affectifs avec son pays d’origine ; le Sénégal, havre de paix, pays de l’hospitalité «La Téranga», de la tolérance et de la diversité, restera toujours présent au coeur ; quand est né là-bas, on ne peut jamais oublier cette richesse et la chance d’être venu d’ailleurs. C’est à ce titre que je me définis souvent comme étant un "Parisien de Danthiady". En effet, je suis balloté entre deux pays que j’apprécie hautement : la France pays des droits de l’Homme et d’égalité des chances, le Sénégal pour les raisons que je viens d’évoquer. Je souhaite ardemment que les valeurs de la démocratie et de la République soient rétablies et consolidées au Sénégal, et cela contre toute tentation monarchique et de patrimonialisation du pouvoir.

Ce temps qui passe, inexorablement.

L’autre jour, ma petite Arsinoé m’assène cette terrible remarque : «papa tu es vieux». Désarçonné, un certain temps, j’ai, comme mon Jean-Philippe, bredouillé. Puis vint le temps de ma réplique : «selon toi, ma petite chérie, à partir de quel âge devient-on vieux ?». «17 ans», me répond-t-elle. Alors en cette auguste journée, je crois que tout est foutu pour moi. Venu retirer mon billet SNCF, à la gare de l’Est, pour aller au Congrès de Poitiers, la vendeuse me conseille d’attendre le mardi 2 juin, j’aurai droit aux réductions de la carte Sénior. Trop c’est trop.

Ce temps qui passe, inexorablement, nous questionne sur le sens de notre existence. En Europe, dans un monde matérialiste et inspiré de l’hédonisme, la vieillesse, même prématurée à 17 ans, est un «naufrage» en référence à une expression du Général de Gaulle. Pour le continent noir, berceau des valeurs ancestrales, l’âge avancé est une source de sagesse. «En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle», disait Amadou Hampâté BA, un gardien de la tradition africaine.

Enfant, je n’ai pas vu le temps passer. L’insouciance et le bonheur infini de chaque instant de cette époque, comme la madeleine de PROUST, me font maintenant savourer tous les moments fugaces de la vie qui nous délivrent du poids de l’âge. A défaut de pouvoir retourner à ces heures privilégiées et choyées, je ne cesse de rêver, chaque instant, de redevenir l’enfant que je fus.

On a comparé la vie à une colline dont on gravit l'un des coteaux pendant la jeunesse ; la maturité se passe sur le plateau culminant, à dominer d'une vue perçant et exercée les vastes horizons du monde ; puis les poumons ne peuvent plus supporter l'air vif du sommet ; la vieillesse nous pousse à descendre, en trébuchant, vers l'autre versant, au pied duquel s'étend la vaste plaine semées de pierres blanches tumulaires.

J’ai vécu l’adolescence tantôt comme une force irrésistible qui me faisait pousser des ailes, tantôt comme une étape anxiogène sur l’existence. Discuter, contester, négocier, je me pose, m’oppose en m’opposant à tout. Entre séduction et impertinence, je ne savais plus où me situer, dans le degré de la rébellion. Me croyant autonome, instruit de tout, j’ai brûlé ces années de ma vie dans la musique, les palabres interminables avec ma classe d’âge, mes tentatives maladroites de séduire la gente féminine. Et puis, soudain, Gustave FLAUBERT, avec son «éducation sentimentale», et Ousmane Socé DIOP, auteur de «Mirages de Paris», me font découvrir le goût de la lecture ainsi que l’amour infini de Paris.

Curieusement, c’est à l’âge de 30 ans que m’est venue la crise existentielle. Passé ce temps que je définirai comme un passage à vide, un trou d’air, j’ai fini par reprendre le dessus et vaquer à mes activités habituelles. Les moments de joie, de doute et d’espérance se sont succédé ou alterné. Le rapport au temps est finalement devenu une ardente invitation à savoir «écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe», disait Hegel.

Certains pensent que la quarantaine ou cinquantaine sont un moment difficile à passer. Les outrages du temps commencent à faire leur oeuvre sur notre corps fragile. "Oh temps suspend ton vol", supplie Alphonse de LAMARTINE. C’est, en effet, une période qui correspond à un bilan et aussi à une profonde remise en cause de notre vie. C’est un moment silencieux qui peut nous perturber, mais c’est également une occasion d’un nouveau départ, pour nous épanouir. «Celui dont l’âme est heureuse ne ressent pas le poids des ans», disait Platon. J’ai donc décidé de profiter, pleinement, du jour présent «Cueillez, dés aujourd’hui, les roses de la vie», s’exclame Ronsard, dans ses sonnets pour Hélène.

Comme Julien SOREL, un personnage de Stendhal dans le «Rouge et le Noir», j’ai souvent vu mes rêves se fracasser devant la puissante force des réalités. A force d’hésiter, Julien SOREL a fini par perdre la vie. Enfant, là où mes camarades de classe voulaient être Président ou aviateur, je rêvais, secrètement, de devenir médecin pour soigner tous les maux de la terre. Ma petite sœur, Sally, est morte de coqueluche, à l’âge de 4 ans. Je voyais souvent des enfants arrachés, prématurément, à la vie. Entre l’enseignement et le barreau, j’ai finalement choisi, péniblement, l’administration territoriale. Et j’ai fini par y prendre goût.

Ma femme, inspirée d’une tradition bouddhiste, pense que je brûle ma vie à de futiles et vains combats. Il vaudrait mieux que je me consacre davantage à gagner plus d’argent. Pour les Bouddhistes, la notion centrale de leur pensée est le perfectionnement, constant de l’Individu. La réussite suppose, d’abord et avant tout, d’être utile à soi-même, puis à sa famille, et viendront, par la suite, les objectifs communs à la société. Cette perfection nécessite six vertus : la générosité, la discipline, la patience, la volonté, la méditation et la sagesse.

Qu’est-ce que donc en référence au titre d’un ouvrage de Luc FERRY, «une vie réussie» ou heureuse ? Qui suis-je ? Qu’est-ce que cette réalité insaisissable dans laquelle je vis ? Que dois-je croire ? Qu’ai-je donc fait de ma vie ?

Une partie de notre société pense que la réussite dépend de la position sociale et des valeurs matérielles. En réalité, une vie heureuse revêt tant de significations diverses qui dépendent de notre culture et de nos valeurs. Quelle vie mener pour atteindre notre bonheur ?

Pour DESCARTES, dans son «Discours sur la méthode», l’homme est sujet, il l’est, pour ainsi dire, trois fois : «conscient de ce qu’il est, maître de ce qu’il fait, auteur de la science».

En accord avec Antoine de SAINT-EXPURY, dans son Petit Prince, je n’ai jamais cessé de rêver. «C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué. C’est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une d’elles vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. Il y a toujours une occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin, il y a toujours un nouveau départ».

Adepte de Socrate, j’aspire à devenir ou rester moi-même et réaliser mes profondes aspirations. Se respecter, respecter ses propres choix, nécessite d’être à l’écoute de notre ressenti, d’être centré en soi et non pas de répondre aux attentes des autres et des normes de la société. A ce titre, j’ai plusieurs confidences à vous livrer.

Je crois à la force de l’Amour et à ses vertus curatrices. Comme mon maître Gandhi, Dieu est Vie, Vérité et Lumière. Il est Amour. Il est le Bien suprême. «De même que le feu n’éteint pas le feu, le mal ne peut éteindre le mal. Seul le bien, face à face avec le mal, sans en subir la contagion, triomphe de lui», disait TOLSTOI. Je rejette, sans concession et sans ménagement, la violence et la haine, destructrices de la cohésion sociale. Je prétends que l’Amour est une puissante ligne directrice qui nous sauve du désespoir.

Je crois aux forces des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté. Il faut défendre la République contre les impostures de la Droite et de l’Extrême-droite qui tentent de saper le Bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Je crois «aux forces de l’esprit», en référence à une expression de François MITTERRAND.

Je crois au souffle des Ancêtres : «Ecoute plus souvent les Choses que les Etres, la Voix du Feu s’entend. Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des ancêtres», nous dit Birago DIOP, un poète sénégalais (1906-1989). Wole SOYINKA, Prix Nobel de littérature, nous rappelle les exigences de ces civilisations premières : «Mon esprit est une conscience de coton ; il prend tout et ne rend rien. Dans la mort du caveau, je suis immobile dans le soleil, et j’attends».

Je crois au message de Paix et d’Amour de ma religion l’Islam, telle qu’elle m’a été enseignée par mon aïeul Thierno Souleymane BAL et par El Hadji Omar TALL Foutiyou.

Face aux doutes et aux interrogations, aux heures sombres, j’ai retenu, comme un jaillissement de l'optimisme, le puissant message de Jean-Paul II : «N’ayez pas peur. Entrez dans l’Espérance». En paix avec moi-même, j’ai donc décidé de foncer, tête baissée. Faisons-confiance à la vie.

M. Amadou Bal BA, à Paris 19ème.

Commentaires

SODA, 29 mai 2011

Ah que ça fait un baume au coeur de lire ces ligne et y retrouver des symboles et autres choses qui nous sont familiers. J’ai toujours eu du plaisir à rappeler lors de certains débats que DANTHIADY et la famille ont un élu à PARIS. Et ça c’est une fierté pour nous tous. Que de chemins parcourus depuis“ galle NDIAYEBE”, un vrai parcours du combattant dont la couronnement est aussi ne l’oublions pas le sacrifice et l’appui de personnes dont grand frère vous deviez aussi remercier dans ce brillant portrait.

Paris,  Amadou Bal BA, «Un Parisien de Danthiady» - http://baamadou.over-blog.fr/.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 10:51

Cet article a été publié dans www.ferloo.com du25 juillet 2011

 

La montée du racisme en Europe par Amadou Bal BA.

 

La «Lépénisation des esprits » : des paroles qui tuent.

 

Depuis que le système communiste s’est effondré, on assiste une montée dangereuse du racisme en Europe. Il existe un fort sentiment de rejet à l’égard des immigrants venus du Tiers-monde, surtout lorsqu’ils sont de surcroît de confession musulmane ; ils sont assimilés à de dangereux terroristes susceptibles de mettre en danger, potentiellement, la sécurité nationale. Ces fantasmes viennent d’être illustrés dans le double attentat tragique, et qu’il faut condamner sans réserves, à Oslo en Norvège. Les services de sécurité norvégiens, avant toute enquête sérieuse, avaient conclu, hâtivement, qu’il s’agissait d’une piste islamiste. Or, il s’agit bien d’une folie meurtrière commise par un Norvégien contre des Norvégiens, et par un Blanc qui se réclame ouvertement de l’extrême droite.

 

Ce phénomène de «lépénisation des esprits» est puissamment ancré en France, notamment à travers un Front National dont les idées sont banalisées. Depuis une vingtaine d’années, des incendies criminels, venant probablement de propriétaires immobiliers, ont provoqué l’assassinat froid et méthodique d’innocents immigrés qui résidaient des squats à Paris (55 décès dont des enfants). Aucune enquête sérieuse n’a été menée afin de retrouver les criminels, aucun membre du gouvernement ne s’est déplacé pour visiter les victimes, et pire encore, aucun gouvernement africain n’a réclamé que Justice soit faite. Donc, il est tout à fait normal de tuer des immigrants, en toute impunité et en toute tranquillité.

 

Vu d’ici, et selon l’opinion dominante, ce sont les immigrants qui seraient sources de délinquance. Les étrangers seront au centre du débat politique en France, notamment à l’occasion des  élections présidentielles de mars 2012. La droite classique ne pourra gagner ces élections qu’avec une alliance avec le Front National. Aujourd’hui, cette alliance avec Marine LE PEN est devenue possible. Ce changement de la donne fera que j’invite nos gouvernements et la presse d’être attentif au débat politique en France et notamment la place des immigrés en France.

 

Je demeure convaincu qu’il  y a des paroles qui tuent. Pour gagner les élections de 2007, M. SARZOKY a choisi de «droitiser » son discours et ses actes : l’étranger c’est une menace permanente. N’est ce pas lui, devant la dalle d’Argenteuil, dans le Val d’Oise, le 26 octobre 2005, s’adressant à immigré, avait évoqué l’idée de nettoyer «la racaille». Pire encore, le fait d’avoir ériger en France un Ministère de l’Immigration et de « l’Identité Nationale », n’était –il pas une tentative, avortée, de stigmatisation des étrangers ? Dans son discours du 26 juillet 2007, à l’Université Cheikh Anta DIOP, à Dakar, le Président SARKOZY avait estimé que le problème principal de l’Afrique venait de ce que « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire», reprenant ainsi, le stéréotype des idées racistes des siècles précédents. Le 23 février 2005, des parlementaires de la droite sarkozyste ont voté une loi dont l’article 4 souligne le caractère « positif de la colonisation». La loi sur les étrangers a été modifiée, à plusieurs reprises ; la dernière mouture remonte au 16 juin 2011. Sous prétexte de combattre l’immigration clandestine, cette réglementation tend à durcir les conditions d’attribution de titre de séjour des personnes en situation régulière, et met des obstacles injustifiés à l’accès de la nationalité française. Aujourd’hui, les objectifs clairement affichés sont la suppression du droit au regroupement familial, pour les immigrants du tiers-monde, naturellement, et l’abrogation du droit du sol qui permet, depuis la Révolution, l’accès des enfants nés en France, à la nationalité.

Les deux Ministres issues de la diversité (Mmes Rachida DATI et Rama YADE), qui n’ont pas démérité, ont été évincées du gouvernement, dans des conditions humiliantes.

 

Le Parti Socialiste français porte une lourde responsabilité dans cette atmosphère de lynchage des immigrants. Ne serait ce d’abord parce que la promesse de François MITTERRAND, du droit de vote aux élections locales, n’a jamais été tenue, jetant ainsi les immigrants à la vindicte des racistes.  Un Sénégalais qui réside en France depuis plus de 40 ans ne peut pas encore voter aux élections locales ; en revanche, un Polonais fraîchement débarqué pourra participer au scrutin local, même s’il n’a aucune connaissance suffisante de la langue et de la culture françaises.

 

Ensuite, le Parti Socialiste en pratiquant une «diversité cosmétique», en choisissant non pas des vrais militants, des « tocards » de la politique pour représenter les Français issus de l’immigration, a bien trahi, pour l’instant, son discours affiché sur l’égalité. Sur le problème de la représentation des minorités en politique, le Parti Socialiste français a choisi une attitude insidieuse, qu’on ne peut qualifier que de raciste ; les dirigeants socialistes ont un double langage, foncièrement hypocrite ; ils font constamment référence dans leur discours à l’égalité républicaine, mais ils ne la pratiquent pas. Si la France est fortement métissée, le Parti Socialiste reste encore une organisation dirigée, aussi bien aux échelons locaux que nationaux, par des Blancs de sexe masculin, excluant également les femmes.

 

Alors qu’il était Premier Ministre, M. Lionel Jospin n’avait pas jugé utile d’assister aux obsèques du Président Léopold Sédar SENGHOR à Dakar le 29 décembre 2001. Ce manque de reconnaissance, pour l’Académicien et le défenseur des relations privilégiées entre la France et l’Afrique, avait suscité le courroux de Erik Orsenna dans le journal du Monde du 4 janvier 2002, avec un article intitulé «j’ai honte».

 

Il n’a échappé à personne, aussi bien sous la gauche que la droite, la «France Afrique» qui soutient des régimes autoritaires et corrompus en Afrique, n’a jamais été remise en cause depuis l’indépendance.

 

La signification du racisme et le racisme au quotidien

 

Comment se manifeste le racisme ?

 

L’une manifestation la plus visible de l’exclusion en France c’est le département de la Seine-Saint-Denis qui jouxte Paris. Les populations blanches et les services publics ont massivement déserté ce territoire. Résultat, on y enregistre une forte concentration de personnes en difficulté (chômage, échec scolaire, drogue, insécurité, etc.) ; Comme ce «ghetto» est essentiellement peuplé d’Arabes et d’Africains, on en a, hâtivement, déduit que l’immigration serait la source des tous les maux dont souffre la France.

 

En dehors de ce territoire, le racisme est vécu au quotidien, avec toutes les difficultés d’en administrer la preuve. On ne refuse pas un logement à quelqu’un parce qu’il est d’origine sénégalaise, mais parce que ses ressources ou ses garanties seraient insuffisantes. Votre demande d’emploi est classée sans suite, à la vue de la consonance votre nom de souche étrangère. Un drame, injustifiable et hautement condamnable, vient de se produire le 10 juillet 2011 ; un vigile, Noir d’origine ivoirienne, a été tué par un autre jeune à qui l’entrée d’une discothèque a été refusée à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

 

Un système raciste et ingénieux de contrôle au faciès a été mis en place devant les discothèques en France : il y a souvent trois vigiles, un Blanc, un Noir et un Arabe. Naturellement, le gardien Arabe refoule les Arabes, et le Noir de service renvoie les Nègres. Comme ça on ne peut pas suspecter les exploitants de ces boites de nuit de racisme.

 

Certains veulent relancer les statistiques ethniques en France, mais si pour dire après que les personnes d’origine étrangère sont des assistées de la sécurité sociales, ou que leurs enfants sont voués à l’échec scolaire, quelle sera l’utilité pour de ces enquêtes ?

 

Que signifie donc le racisme ?

 

Le racisme signifie que certaines « races » (les Noirs, les Arabes) seraient  inférieures aux Blancs. Les théories de l’inégalité des races ont étaient défendues par un écrivain français, Joseph  de Gobineau (1816-1882). Pour les racistes, les étrangers non-européens seraient tous inintelligents,  des délinquants potentiels ; ils sont sales et bruyants, et surtout ils prennent le travail des Français. Le racisme a servi de base à la justification de l’esclavage, du colonialisme, de l’Antésémitisme, de l’Apartheid, et diverses formes d’exclusion et de stigmatisation (Femmes, homosexuels, gens du voyage, etc.).

 

Le système de ségrégation raciale a été appliqué dans certains pays comme les Etats-Unis avec l’aide du Ku Klux Klan jusque dans les années 70. Les Noirs n’avaient pas le droit de fréquenter les lieux publics où allaient les blancs (restaurants, écoles) et dans les bus les places arrière leur étaient réservées. En 1955, une Noire Rosa PARKS a déclenché la lutte des Noirs en refusant de céder sa place dans un bus à Montgomery, une ville du Sud des Etats-Unis. En Afrique du Sud jusqu’en 1990 avec le système d’Apartheid, c’est-à-dire le développement  séparé des Noirs et des Blancs, a été en vigueur.  Nelson Mandela a été emprisonné pendant 27 ans pour s’être opposé à ce système.

 

Le racisme a connu sa plus grande explosion à travers le Nazisme de Adolphe Hitler avec la solution finale contre les Juifs qui ont été déportés et  exterminés dans les camps de concentration. Aujourd’hui encore, en France, un parti politique ouvertement raciste, le Front National, s’est implanté durablement dans le paysage politique, et ses idées ont même été reprises par une partie de la classe politique. Les partis racistes ont connu, ces dernières années, de succès électoraux, non seulement en France, mais aussi en Italie, en Suisse, en Hollande, en Suède, en Norvège avec le Parti du Progrès et dans une certaine mesure, en Grande Bretagne et au Danemark. 

 

Le racisme est contraire aux valeurs de la République

 

Le racisme est contraire aux principes de la République qui sont la Liberté, mais aussi et surtout, l’Egalité et la Fraternité. En France, il faut dire qu’un coté de ces idées racistes, il existe aussi des courants humanistes fondés sur les valeurs chrétiennes de tolérance, de fraternité et de dignité humaine. En effet, il existe une association depuis 1984, SOS-racisme qui lutte pour l’égalité des droits. Signalons que, dans leur écrasante majorité les partis politiques sont contre le racisme.

 

 

Ajoutons à cela, l’action de Grands Hommes  qui se sont illustrés dans ce combat, comme par exemple comme Victor Schoelcher (1804-1893), Nicolas de CARITAT, Marquis de CONDORCET qui ont combattu  l’esclavage ; Albert Schweitzer (1875-1965) qui a soigné des lépreux au Gabon ; l’Abbé Pierre (1912 -2007) qui a lutté contre le mal logement, et Coluche (1944-1986) qui a fondé les Restos du Cœur et  a été l’un des initiateurs de SOS-Racisme. Des sportifs, des artistes, et même des enseignants, à travers le Réseau Educatif sans Frontières, se sont engagés, activement, pour l’égalité.

 

Aux Etats-Unis, Barack OBAMA en devenant en 2009, le premier Président Noir de son pays, a réalisé le rêve de Martin Luther KING. En Afrique du Sud, Nelson MANDELA, en dépit de l’Apartheid, a préconisé la réconciliation entre Blancs et Noirs.

Nous devons nous battre, naturellement, et sans relâche, pour notre dignité, pour l’égalité des droits, afin de faire respecter nos droits en qualité, non pas d’immigrés ou de Français originaires d’Afrique, mais tout simplement d’êtres humains. C’est le sens du message universel de la France dans sa fameuse déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. En relisant ce texte, je suis fermement conforté dans cette thèse que «Un égal Un». Par ailleurs, je souscris pleinement à la définition de Ernest RENAN sur la Nation qu’il définit comme étant un sentiment de vouloir en commun ; la Nation ce n’est pas une question ethnique, mais une construction idéologique afin de réussir la vie en société. Par conséquent, être Français ce n’est pas une couleur de peau ou une origine nationale séculaire ; mais avant tout et surtout, une adhésion aux principes de la République. On se rappelle que tout récemment Eva JOLY, française depuis plus de 52 ans, d’origine norvégienne, candidate des Verts aux élections présidentielles, avait préconisé la suppression du défilé militaire du 14 juillet. M. François FILLON, Premier Ministre, réagissant à cette proposition, a  déclaré « je pense que cette dame n’a pas une culture très ancienne de la société française et des valeurs française ». J’approuve pleinement le commentaire de Manuel VALLS, Maire d’Evry, cette déclaration de M. FILLON «pue le racisme».

 

Nos compatriotes qui vivent France doivent se rappeler que si on est citoyen avec tous les droits qui s’y rattachent, c’est parce qu’on a aussi des devoirs ; les deux sont indissociables. Je les invite à exercer pleinement leurs droits de citoyen et ne pas se laisser marginaliser, dans une société, en dépit des difficultés recensées, qui offrent des opportunités importantes. Il serait utile, pour ceux qui ont la nationalité du pays de leur résidence, de s’inscrire, massivement, sur les listes électorales et de pouvoir ainsi peser sur les décisions qui les concernent. Dans un système démocratique, c’est une occasion à saisir, quand on peut sanctionner les racistes et les hypocrites.

 

Si l’on veut rester un Etre humain, il faudra avoir certaines valeurs, notamment savoir qui on est, avoir le respect de soi et le respect des autres. Léopold Sédar SENGHOR et son ami Aimé CESAIRE, confrontés également au racisme en France dans les années 30, avaient réagi en lançant le mouvement de la Négritude ; ce mot extrait de la boue, est devenu synonyme de l’ensemble des valeurs culturelles du monde Noir.

 

En conclusion, il faut apprendre à vivre ensemble dans le respect mutuel. La différence n’est pas en mal, car elle nous apprend à prendre conscience de notre identité et constitue une source de richesse.

 

Paris le  25 juillet 2011.

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 19:21

 

 « Si l’on n’introduit pas d’urgence la diversité en politique, on va revenir à une colonisation qui ne donne pas son nom »

L'équité en politique

A l'heure où l'on parle de discrimination positive, des Africains et des habitants des Dom Tom, ont décidé de prendre la place qui leur revient en politique, en créant leur propre courant au sein du Parti Socialiste :  le Mouvement Equité. Amadou BA, Conseiller d’arrondissement du 19e arrondissement de Paris, militant associatif, est l’un des membres fondateurs de ce nouveau courant. Rencontre.

 

Lemagazine.info : Vous placez la diversité au centre de vos actions. Qu’ est-ce que ce mot signifie pour vous ?

Amadou BA : Mon fils est né des amours d'un Français d'origine sénégalaise et d'une Chinoise. Il parle trois langues (français, chinois et anglais). Pour moi, il est un exemple de la diversité de la société française, qui est devenue multicolore. C'est pour cette France-là que je défends la diversité en politique. J'aimerais que mon fils, comme les autres enfants issus de l'immigration, soit considéré comme un citoyen à part entière. Et c’est en ce sens, avec Saliou DIALLO, adjoint au maire d'Evry et Louis-Mohamed SEYE, délégué socialiste à la francophonie, adjoint au Maire de Fontenay-sous-Bois, notamment, que nous avons créé lors des dernières élections régionales en 2004, une association qui regroupe des Africains et des Ultra marins (Yvon THIANT, Janine Maurice-Bellay qui a été élue au Conseil Régional d'IDF, etc.) qui regroupe les différentes sensibilités.

 

Lemagazine.info : Aficadom a-t-elle un lien avec le Mouvement Equité ? Quelles sont les ambitions de ce mouvement ?


Amadou Ba :
Africadom est une association, et Equité en est la traduction politique, au sein du Partis Socialiste (PS), de la revendication pour la diversité en politique. Nous réclamons que les différentes instances (postes à responsabilité au sein des partis politiques, mandats électifs, postes dans la haute administration) reflètent mieux la diversité de la France. Car c’est plus efficace, à l'intérieur et non à l'extérieur des partis politiques siègent des vraies décisions (date de dépôt des candidatures, informations stratégiques sur le jeu politique, etc.). 

 

Lemagazine.info : Vendredi 19 mai a eu lieu la première réunion du Mouvement Equité au siège du parti socialiste. Quels étaient ses objectifs ?

Amadou BA : Cette première réunion était fondamentale pour créer notre propre réseau car elle a servi à lancer une feuille d’adhésion au mouvement, qui nous permettrait d’exister. Elle visait surtout à nous présenter en tant que candidats aux prochaines élections législatives de 2007. Ces candidatures constituent une réaction de rejet envers un parlement "monocolore", pour représenter les Français de manière générale. Chacun s’est donc présenté avec ses motivations.  Il s'agit avant tout d'un combat pour les valeurs, il faudrait mettre en harmonie le discours et la pratique On nous avait promis le droit de vote des étrangers aux élections locales. 26 ans après on est encore aux promesses. Notre combat vise, au-delà de la diversité, à rendre crédible les engagements en politique, "dire ce qu'on fait et faire ce qu'on dit".

 

Lemagazine.info : Pensez-vous vraiment que vous serez entendu ?

Amadou BA : Je n’ai jamais engagé un combat sans croire à la victoire. Le combat sera certes long et rude. Mais nous nous battrons pour changer le regard des autres et faire inscrire la diversité, à plus ou plus moins long terme, dans les faits. Cette première réunion est historique au siège du Parti Socialiste l'une des organisations les plus influentes du pays, c'est un coup de tonnerre ;  elle est hautement symbolique. C'est un commencement pour nous faire entendre. Ma devise : « Si je n’entre pas par la fenêtre, je sortirai par la grande porte».

 

Lemagazine.info : Ne craignez-vous pas de renforcer le communautarisme ?

Amadou BA : Dés l'instant où l’on revendique ses droits légitimes en qualité de citoyen, on est, tout de suite, accusé facilement par la majorité blanche qui a tous les pouvoirs, de renforcer le communautarisme. Je  ne vois en quoi le fait de dire que les instances électives qui décident de notre avenir (Assemblée Nationale, Sénat, élections européennes, élections locales) soient à l'image du pays, qui est maintenant multicolore, serait du communautarisme. On exige d'être étroitement associés aux instances qui décident pour nous. Si on nous reconnaît, intégralement, la qualité de citoyen, on doit nécessairement accepter qu'on puisse être là où cela se décide. On ne veut pas que les autres décident toujours à notre place et nous disent toujours ce qu'il faut faire ou ne pas faire. Notre mouvement Equité se situe à l'intérieur de la République, des partis politiques. Nous voulons une société plus juste, dans les faits, pas seulement dans le discours. Il faudrait mettre fin à ce discours hypocrite et particulièrement condescendant. Nous vivons les mêmes contraintes et on nous renvoie toujours à nos origines. Affirmer son identité, ce n'est pas faire du communautarisme, mais seulement dire que la différence n'est pas un mal, mais une extraordinaire richesse. Il y a un proverbe Peul qui dit "Un tronc d'arbre, même s'il a longtemps séjourné dans le marigot ne deviendra jamais un caïman". Je suis Français et Noir, et je le resterai. Or ici, si vous venez d'ailleurs, vous ne pouvez pas être  considéré, jusqu'ici,  par les Blancs, comme étant un Français à part entière. Sur le plan théorique, tous les partis politiques sont d'accord qu'il faut de la diversité en politique. Mais, en réalité, la politique est devenue une affaire de "professionnels", de "cumulards",  et non de conviction, c'est un domaine juteux, on ne veut pas partager le délicieux gâteau. En conséquences, nous sommes relégués au rang "d'indigènes de la République". C'est le regard de l'autre qui fait le communautarisme. La France n'a pas encore fait son examen de conscience, elle redoute la différence ; ce pays doit réviser sa croyance selon laquelle sa culture est supérieure celle des autres. On parle d'égalité, de République, mais personne ne nous entend pas. Car il y a un décalage criant entre le discours et les faits. J’attends que l'Etat français remplisse son rôle d'arbitre. Il doit rétablir  l'égalité réelle, défendre les minorités dans le cadre de la République, corriger les fortes disparités, comme il est en train de la faire pour les femmes les handicapés, les gays et lesbiennes. Après l'esclavage et la colonisation, l'ascenseur social ne fonctionne pas bien. Il y a de discriminations manifestes à l’emploi, au logement, à l'accès aux postes à responsabilité qui ne sont pas électifs, mais nominatifs dans l'Administration française (cabinets, dirigeants de grandes sociétés nationales, cadres, missions diplomatiques, coopération, etc.).

 

  

Propos recueillis par Emma LASSORT, en 2007.

 

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 19:10

 

Né à DANTHIADY, au Foutah-TORO dans le Nord du Sénégal, Amadou BA, d’origine Peuhle, est marié, et père d’un enfant. Dans son ouvrage Nations Nègres et Barbarie, un historien Sénégalais, Cheikh Anta DIOP avance la thèse généralement admise, que les Peuhls descendraient des Egyptiens. Les Peuhls connurent une grande période d’extension entre le XVème et le XVIème Siècle, et se convertirent à l’Islam au XVIIIème siècle. Leur organisation sociale a pour traits dominants la filiation patrilinéaire et l’endogamie. Fortement hiérarchisée, la société Peuhle est inégalitaire, aristocratique, et fondée sur des castes.

 

Amadou BA a initialement résidé dans l’Essonne, puis les Hauts-de-Seine, et au quartier Latin pendant 17 ans. Au 1er octobre 1995, il s’installe dans le XIXème arrondissement, prend contact immédiatement avec la Mairie, et devient écrivain public au sein de l’Association AIDEMA, dont il est le co-fondateur.

 

Sur le plan professionnel, Amadou BA a souvent hésité entre l’enseignement et le barreau. En effet, il a fait ses études de droit public à Paris II Assas, et soutenu le 8 mars 1995 une thèse de droit international public ayant pour objet le traitement des étrangers dans les pays occidentaux et en Afrique. Il passe son certificat d’aptitude à la profession d’avocat en décembre 1995.  Mais auparavant, il avait réussi à un concours de secrétaire administratif de catégorie B, au sein d’une administration d’Etat. Dans la même foulée il a réussi à un concours d’attaché territorial, puis à l'examen professionnel d'attaché principal, de catégorie A, et est devenu depuis le 1er octobre 1999, Directeur des Ressources Humaines à la Commune de la QUEUE-en-BRIE, dans le Val-de-Marne.

 

Sur le plan politique et associatif, le grand-père de Amadou BA qui a été tirailleur Sénégalais lors de la 2ème guerre mondiale, lui a enseigné que parmi les biens les plus précieux de l’Humanité, il y a la Liberté et la Fraternité. Se fondant sur cette solide conviction, Amadou BA s’est fixé une ligne de conduite : devenir un militant des droits de l’Homme ; s’inspirant ainsi d’une doctrine d’un Ancien Grec, PROTAGORAS «l’Homme est la mesure de toute chose».

 

Amadou BA a débuté son action au sein d’une association dénommée INTERCAPA de défense des étudiants étrangers sans papiers. Il est toujours en relation avec ses compatriotes sénégalais vivant en France, par le biais d’associations villageoises. Il leur prodigue des conseils juridiques et les assiste dans leurs diverses démarches administratives. L’objectif poursuivi est de réussir une bonne intégration des Africains vivant en France.

 

C’est donc logiquement qu’il a adhéré au Parti Socialiste. C’est ce Parti qui, en dépit de la polémique stérile entre la Réforme et la Radicalité, a fait le mieux avancer la Démocratie en France. Elu pour la première fois, en mars 2001, sur la liste conduite par Roger MADEC et François DAGNAUD, il est très fier de ce mandat de conseiller municipal, et ne manque jamais une séance du conseil municipal. Il a été conseiller du 19 arrondissement de mars 2001 à mars 2008.

 

 

Amadou BA  n’a pas de délégation à la Municipalité, mais il reçoit la population le samedi matin sur des questions à dominante juridique (titre de séjour, regroupement familial, problèmes locatifs, retraites, nationalité, etc.). Amadou BA représente, par ailleurs, le Maire de Paris, dans divers conseils d’administration de collèges ou d’école. Amadou BA est flatté de son enracinement progressif au sein du XIXème arrondissement, et notamment du travail à la base, notamment le dimanche, au marché de la Place des Fêtes, en compagnie d’autres militants dont Robert LACASSAGNE et Jean-Philippe HUSETOWSKI. C’est ce travail à la base, avec la permanence du samedi, qui lui semblent le plus valorisants.

 

Il se sent solidaire des décisions prises par la Municipalité. Il souligne, toutefois, que la classe politique en général, et la Ville de Paris en particulier, doivent poursuivre l’effort d’intégration des personnes d’origine africaine dans des postes plus valorisants. Car la représentation politique doit mieux refléter les réalités démographiques et ethniques de ce pays qui ont été considérablement modifiées sous l’effet de l’immigration.

 

 

Amadou BA regrette profondément que la proposition de François Mitterrand de 1981, concernant le «droit de vote des étrangers aux élections municipales après 5 ans de présence sur le territoire français», (80ème proposition des 110 proposition, congrès du 24 janvier 1981), n’ait été suivie d’effet. Sur ce sujet qui lui tient à cœur, Amadou BA a bien noté que François HOLLANDE a promis, en cas de changement de majorité, d’honorer cet engagement. Amadou BA estime que le destin des militants d’origine africaine n’est pas seulement que de coller des affiches, de payer des cotisations, de remplir des salles de meeting et de voter docilement. Il insiste lourdement sur la nécessité de leur confier également des responsabilités. Il formule le vœu que l’effort pour une meilleure représentation des personnes d’origine africaine, soit poursuivi et amplifié à l’occasion des prochaines consultations électorales.

 

Amadou BA rappelle également à ses compatriotes l’impérieuse nécessité de respecter les Lois de la République. Il est très attaché au respect mutuel, à la tolérance, et au devoir qui pèse sur chaque étranger de s’astreindre à mener une vie irréprochable. Chaque étranger devrait faire sienne de la devise de Marguerite YOURCENAR : «Aimer les autres pour soi-même». Car réclamer des droits, c’est aussi pouvoir assumer les obligations qui en constituent la contrepartie nécessaire. Amadou BA, tout en rejetant la théorie des quotas ou de la « discrimination positive» à l’américaine, prône la vraie égalité des chances. Aucune demande ne devrait être rejetée, à priori, sur la base de préjugés raciaux. Le traitement de toute revendication, y compris pour l’accès au responsabilité, devant être fondé sur les mérites de chacun.

  

Amadou BA est passionné pour la littérature, la philosophie, la mythologie grecque, le cinéma, et les ballades. Comme tout bon militant, il est fétichiste ; ainsi, il aime conserver les photos des principaux événements politiques à Paris. Mais, plus que tout, c’est un vrai Amoureux de Paris. Son plus grand plaisir est d’être attablé à une terrasse de café, dégustant un café, avec un livre à la main. Ce plaisir est semblable au goût de la madeleine tel que Marcel PROUST l’a évoqué dans son 1er volume de la Recherche du Temps Perdu. Amadou BA est heureux de la victoire d’Annick LEPETIT dans le 18ème arrondissement ; celle-ci qui confirme la résistance de Paris et annonce également la fin de l’état de grâce pour le gouvernement RAFFARIN.

 

Amadou BA a beaucoup voyagé en Europe et aux Etats-Unis. Mais c’est à Paris qu’il se sent le plus heureux. Il aimerait y vivre, y travailler et y mourir, (le plus tard possible).

 

Paris 2 août 2008.

 

 

 

Amadou Bal BA, Paris Pont des Arts.
Amadou Bal BA, Paris Pont des Arts.

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