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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 09:55

Le mercredi 14 mai 2014, à 19 h 30, je me suis rendu, et à l’invitation de M. Marc-Antoine JAMET, maire de Val-de-Reuil dans l’Eure et 1er fédéral, à un meeting de soutien à la candidate socialiste, Mme Claude ROIRON. Je saisis cette occasion pour féliciter, très chaleureusement, Marc-Antoine JAMET, dans un contexte national difficile, qui a été réélu maire du Val-de-Reuil, au 1er tour, avec un score soviétique. M. Marc-Antoine JAMET a obtenu un meilleur score qu’au Grand Quevilly.

Je rappelle que la ville du Val-de-Reuil est jumelée avec mon village natal, Danthiady, au Sénégal et d’importants projets de développement en matière de santé, d’accès à l’eau, et d’éducation ont déjà été réalisés. Je suis déjà venu, à plusieurs reprises, au Val-de-Reuil, notamment pour animer une conférence sur l’éducation au développement.

Ce meeting des européennes, fort réussi, a été honoré de la présence de M. Benoît HAMON, Ministre de l’Education Nationale qui a soutenu de façon énergique et remarquée, Mme Christiane TAUBIRA, victime, une fois de plus, d’attaques ignominieuses. Une grande salve d’applaudissements dans la salle. De nombreux militants et personnalités étaient présents, dont M. Abass DIALLO et Abou Labo, présidents d’association villageoises de Danthiady, M Christophe BOUILLON, 1er secrétaire fédéral de Seine Maritime, M. Nicolas ROULY, président du Conseil général de Seine Maritime, M. Michel CHAMPREDON, ancien maire d’Evreux, et bien sûr de Mme Claude ROIRON, la candidate aux européennes, une excellente oratrice.

Le 25 mai 2014, un seul jour, un seul tour, pourquoi se mobiliser, massivement, pour les listes de Gauche ?

Mme Claude ROIRON, candidate aux européennes, a relevé qu’en dépit de l’échec aux municipales, les Socialistes sont combatifs ; ils ne se laissent pas abattre à la moindre difficulté. Les Socialistes ont des principes et des valeurs à défendre. S’abstenir c’est avant tout faire le jeu des populistes et des démagogues.

Ce n’est pas la construction européenne qui est en cause, c’est le bilan de la Droite, de José Manuel BARROSO, qui est désastreux. Si on veut une autre Europe, celle du progrès social, il faudra voter pour les listes de Gauche. Quand François MITTERRAND disait «Le nationalisme c’est la guerre », cela s’est vérifié avec la crise ukrainienne, et dans un passé récent, le conflit en Bosnie.

En dépit de ses imperfections (déficit démocratique, bureaucratie et excès de réglementation), l’Europe, c’est avant tout la paix, la démocratie, la libre circulation, la politique agricole commune, et c’est le plus vaste espace économique du monde.

La Gauche, avec Martin SCHULZ, tête de liste du Parti socialiste européen, a pour ambition de réorienter l’Europe vers le progrès social et autour, notamment, des axes suivants :

  • L’Europe devrait se doter d’une véritable politique étrangère et d’une défense pour protéger ses intérêts en cas de guerres locales (Afrique), ou de guerres commerciales ; Les conservateurs négocient en secret avec l’Amérique un accord commercial ; ce qui n’augure rien de bon ;
  • Mettre de l’ordre dans le système bancaire. En période de crise, les banques ont bénéficié d’importantes aides, sans retour d’ascenseur, et continuent à spéculer. Il faut lutter, plus énergiquement, contre la fraude et l’évasion fiscales dont les banques sont complices. La monnaie commune, l’euro, est un progrès, mais elle reste chère et pénalise les exportations ;
  • Mettre fin au dumping fiscal et social, promouvoir un SMIC européen, et harmoniser les fiscalités locales, notamment celles des entreprises afin d’éviter des concurrences déloyales.
  • Promouvoir une nouvelle citoyenne européenne, notamment à l’école, et soutenir la jeunesse et mieux défendre les consommateurs, en termes de traçabilité des produits alimentaires.

Le 25 mai 2014, l’équation est simple, il s’agit de choisir entre :

  • Jean-Claude JUNCKER, ancien premier du Luxembourg, le défenseur du secret acharné bancaire ayant favorisé la fraude et l’évasion fiscale,
  • et Martin SCHULTZ, du Parti socialiste européen, actuel président du Parlement européen, et porteur d’un projet de société. Martin SCHULZ.

La France a 74 députés au Parlement européen, 6 pays totalisent 75% des voix, et donc la France peut peser, considérablement, sur l’orientation de l’Europe, dont le président de la Commission sera proposé, pour la première fois, par le Parlement européen. Naturellement, je ne vais m’abstenir, j’ai choisi Martin SCHULZ.

Prochain meeting, à Paris, le 21 mai 2014, à l’Espace des Blancs Manteaux. Qui avait dit que la campagne des européennes ne décollait pas ?

Paris le 14 mai 2014. M. Amadou BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Mme Claude ROIRON, candidate socialiste aux européennes de 2014.

Mme Claude ROIRON, candidate socialiste aux européennes de 2014.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 15:11
«J’ai toujours eu un goût profond de l’égalité, la recherche de l’égalité entre les hommes est une réaction naturelle chez les êtres humains. Elle l’est encore plus chez celui qui fait partie d’une minorité ou dont les ascendants ont été traités comme tels, c’est-à-dire ont été victimes de l’injustice d’autres hommes. Sentiment compréhensif et instinctif d’ailleurs chez le sang mêlé que je suis» dit Gaston MONNERVILLE. Gaston MONNERVILLE est un métis né d’une mère noire et d’un père blanc. «Nous n’oublions pas que seulement en 1789, et surtout 1848, que les vrais libéraux de France ont pensé à hausser les populations de couleur à hauteur d’homme» dit-il. Sa vie est donc un témoignage indubitable pour le Bien-vivre ensemble et le multiculturalisme. Gaston MONNERVILLE aura, selon les termes de l’un ses biographes, le professeur BRUNET, «un destin d’exception». Avocat à Toulouse et à Paris, député de la Guyane de 1932 à 1940, vice-président du Conseil de la République entre 1946 et 1947, sénateur du Lot entre 1946 et 1974, président du Conseil de la République de 1947 à 1958, président du Sénat de 1958 à 1968, président du Sénat de la Communauté de 1959 à 1960, conseiller général du Lot de 1949 à 1970, maire de Cayenne de 1935 à 1940, maire de Saint-Céré (Lot) de 1964 à 1971, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies de 1937 à 1938, et membre du Conseil Constitutionnel de 1974 à 1983. Sa nomination en qualité de sous-secrétaire d’Etat aux colonies «en dehors même qu’elle consacre la valeur de l’homme, et qu’elle magnifie celui qui en est l’objet, est l’illustration de la politique démocratique (coloniale) de notre pays, en vertu de laquelle tous les fils de la France totale sont placés sur un même pied d’égalité. La France républicaine affirme ainsi, à la face du monde, qu’elle rejette avec dédain et horreur cette dégradante conception raciste  qui fait reculer l’humanité de plusieurs siècles» dit le capitaine Gabriel BUREAU, Secrétaire général de l’UGAC, un orateur au banquet à Paris du 12 octobre 1937. La IIIème République est une période de paradoxe éthique, politique et sociale. La colonisation, une forme de hiérarchisation des civilisations est triomphante. Pourtant, une élite noire est entrain de se constituer, sans équivalent, ce début du XXIème siècle. Gaston MONNERVILLE est un bel «exemple d’intégration républicaine», suivant une expression du professeur BRUNET. Gaston MONNERVILLE c’est une carrière politique longue, riche et exceptionnellement éblouissante. C’est près de 41 ans de présence sur la scène parlementaire (1932-1973), si l’on ne tient pas compte de la parenthèse de la seconde guerre mondiale, à quoi il faut ajouter les neuf années passées au Conseil Constitutionnel (1974-1983).
Le philosophe Luc FERRY a soulevé cette question importante, dans son ouvrage paru chez Grasset en 1997 : «Qu’est qu’une vie réussie ?». En d’autres termes, comment trouver du sens à notre existence ? Gaston MONNERVILLE a eu une vie bien remplie, non pas à cause de ses hautes fonctions, de sa réussite sociale, mais parce qu’il a assumé les devoirs de sa charge avec compétence, humanité et intégrité. On peut dire que Gaston MONNERVILLE a mené sa vie en harmonie avec l’ordre spirituel de l’humanité. Il s’est fixé un idéal supérieur qui se résume en Singularité, Intensité et Amour, et auquel il n’a pas dévié.
En effet, Gaston MONNERVILLE représente, pour nous tous, un modèle d’ascension sociale et de vie exemplaire. Il a décrit les ressorts internes, sa motivation à s’en sortir : «Les garçons et les filles des nouvelles générations avaient à coeur […] de sortir de l’analphabétisme et de l’obscurantisme de naguère. Volonté de surgir de l’ignorance, fierté de démontrer qu’ils étaient les égaux des autres, devoir de se créer une situation sociale, tout les poussait à l’effort. D’où une grande effervescence dans les esprits, une soif irrésistible d’apprendre, une sorte de boulimie du savoir. L’un des objectifs les plus visés fut d’entrer dans le corps enseignant. Ambition qui, aujourd’hui, peut paraître modeste; mais dont la réalisation, en ces temps d’initiation à la vie civique, était aussi pleine de difficultés que de noblesse» dit-il. Dans cette ascension sociale, Gaston MONNERVILLE évoque l’importance de la culture générale, et en particulier de la lecture, notamment dans trois domaines : l’histoire et la littérature de l’Antiquité, la littérature française du XVIIème et du XVIIIème siècle, la littérature romantique. À quoi il faut ajouter le théâtre, l’opéra et la nécessité de s’approprier sa propre culture.
Au seuil du XXIème siècle, la France est gouvernée, maintenant, par des élites, des énarques qui redoutent toute mixité sociale. L’ascenseur social est donc en panne. Il est curieux de constater que les IIIème et IVème Républiques avaient accordé une place importante à la mixité sociale. Les enfants de classe modeste pouvaient espérer se situer en «haut de l’affiche», suivant une expression de Charles AZNAVOUR. Ainsi, Félix EBOUE (1884-1944), administrateur colonial en chef, résistant et humaniste, originaire également de Guyane, a été gouverneur général du Tchad et de l’Afrique Equatoriale Française. Aujourd’hui, très peu de Noirs, en dépit de savantes études dans les grandes écoles, occupent des postes à hautes responsabilités dans les administrations françaises qu’elles soient d’Etat, hospitalières ou territoriales. Sur le plan de la sphère politique, Blaise DIAGNE (1872-1934), Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) et Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), ont bien été nommés Ministres, pendant la colonisation, il faut le préciser.
Nourri des vertus humanistes et républicaines transmises par l'école laïque, achèvera ses études par une double licence de lettres et de droit, suivie d'un doctorat en Droit.  Gaston MONNERVILLE choisit de devenir avocat. Inscrit au barreau de Toulouse à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, il ne tarde pas à rejoindre Paris où il sera notamment secrétaire de la Conférence des avocats. Mais ce n'est ni à Toulouse ni à Paris que sa carrière va changer de cap, c'est à Nantes, où il défend les «émeutiers de Cayenne» devant les assises en obtenant leur acquittement. César CAMPINCHI qui l’avait recruté comme avocat à Paris, raconte cet exploit : «Un jour éclate aux assises de Nantes, une affaire douloureuse. L’indépendance politique, la dignité de l’homme devaient être affirmées et défendues. Il y a là quelques dizaines d’accusés dont la liberté est en jeu. A la barre, plusieurs grands noms du barreau de Paris, et un jeune avocat de couleur que certains ne connaissaient pas très bien. «La parole est à Gaston Monnerville», dit le Président ! Le petit camarade se lève, et il semble que sa taille grandisse d’un coup, parce qu’il représente des revendications politiques d’une race. Il plaide, et si magnifiquement, que les ténors parisiens se taisent, parce que Monnerville avait parlé. Et l’acquittement est triomphalement acquis !».
Homme de courage, Gaston MONNERVILLE a défié le général de GAULLE en 1962. Il a porté l’accusation de «forfaiture» contre le gouvernement de Georges POMPIDOU, en fait c’est contre le général de GAULLE qui a fait adopter la réforme de l’élection du président de la République au suffrage universel direct par référendum ; cette dérive plébiscitaire et autocratique serait une violation de la Constitution suivant certains juristes, instaurant ainsi une monarchie populaire. A l’automne 1968, Alain POHER remplace Gaston MONNERVILLE à la présidence du Sénat, et il sera nommé, en 1974, membre du Conseil constitutionnel.
I – Gaston MONNERVILLE, d’origine modeste
et symbole de l’intégration républicaine,
Gaston MONNERVILLE est né 2 janvier 1897, à Cayenne. La Guyane, cette «France équinoxiale», située en Amazonie, près du Brésil, d’abord occupée par les Hollandais, a été conquise par la France en 1664. La Guyane est un petit territoire ayant donné naissance à des hommes illustres comme Félix EBOUE (1884-1944), gouverneur du TCHAD et résistant, René MARAN (1887-1960), fonctionnaire colonial et écrivain, Léon GONTRANS-DAMAS (1912-1978) fondateur, avec Léopold Sédar SENGHOR et Aimé CESAIRE, de la Négritude. En France métropolitaine et dans le monde entier, Mme Christiane TAUBIRA, Garde des Sceaux, est célèbre. On trouve en Guyane du cacao, du café, de la vanille, de la canne à sucre, et de l’or. Sous-peuplée et manquant d’infrastructures, le paludisme y est endémique. Multi ethnique, la Guyane devient «terre de punition», à cause de la déportation de forçats qu’y installe, à partir de 1854, Napoléon III. Tout individu condamné à moins de 8 ans, après avoir purgé sa peine, doit séjourner en Guyane pour une durée équivalente. Toute condamnation supérieure à 8 ans, entrainait une relégation à vie. La nuit est propice aux mauvais coups. Là-bas, c’est le monde à l’envers, ce sont les Blancs, ces bagnards, qui sont censés représenter l’insécurité. Gaston MONNERVILLE fera fermer ce bagne.
La famille MONNERVILLE, qui vivait en concubinage est, en fait, originaire de Case-Pilote, en Martinique. Issu d’une famille de six enfants, Marc Saint-Yves MONNERVILLE (1857-1921), le père de Gaston,  un métis, comptable à la direction du port, deviendra un commis de mairie. Son père est décrit comme étant un homme tolérant et d’une grande bonté. Marie-Françoise ORVILLE, (1860-19947), la mère de Gaston, est noire, et originaire également de Cas-Pilote. Contrairement au comportement des métis de cette zone, qui renient leurs origines (la peau claire serait une «peau sauvée»), Gaston MONNERVILLE revendique son sang noir. Gaston est d’un tempérament vif et turbulent, mais doté d’une puissance de travail prodigieuse, il est habité par une soif irrésistible d’apprendre. Son biographe dit de lui qu’il est «placide comme le Guyanais, sujet à de brusques colères comme l’Antillais».
Dès le départ, Gaston MONNERVILLE est un amoureux de la République française. Gaston MONNERVILLE résume ainsi son attachement à la France et sa philosophie de vie : «Le fils d'Outre-mer que je suis doit tout à la République. C'est elle qui, dans ma Guyane natale, est venue m'apporter la dignité et la culture. C'est elle qui m'a tout appris et qui a fait de moi ce que je suis». Gaston MONNERVILLE est un républicain, mais c’est un admirateur de la République de 1848, celle de Victor SCHOELCHER (1804-1893), né à Paris de parents alsaciens, député de gauche de la Martinique, puis de la Guadeloupe, qui a fait abolir l’esclavage, par décret en date du 27 avril 1848. Il vénère la République émancipatrice, la République de Victor SCHOELCHER qui a fait des esclaves des citoyens, la République enseignante qui l’a aidé à s’élever dans la hiérarchie sociale et la République des droits de l’homme qui l’a aidé à devenir président du Sénat. Collaborateur de César CAMPINCHI, entré de bonne heure dans la franc-maçonnerie et au Parti radical, il milite pour une «gauche sans excès».
C’est dans ce contexte que Gaston MONNERVILLE a voulu, à l’instar du personnage de Jack LONDON, dans son roman autobiographique, «Martin EDEN», prouver par le travail, qu’un Noir, voué aux tâches ingrates, peut s’élever dans la société. L’exemplarité le condamne à la perfection. Conscient des sacrifices faits par ses parents, Gaston MONNERVILLE est un travailleur acharné à l’école. Il rafle tous les premiers prix et obtient une bourse pour poursuivre ses études en France, en 1912, à Toulouse. Les qualités personnelles du jeune Gaston ont été soulignées, c’est «l’intelligence, l’éloquence, la sensibilité communicative, et leur sœur préférée, la modestie souriante» dira Henri BERENGER, sénateur de la Guadeloupe, lors du banquet du 12 octobre 1937.  Gaston MONNERVILLE fréquente le Lycée Pierre de FERMAT, pour ses études secondaires. Etudiant aux facultés de Lettres et de Droit de Toulouse, sous la direction d’Achille MESTRE, il passe à la fois sa licence ès lettres et sa licence en droit avec félicitations du jury. C'est également avec félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur «La théorie de L'enrichissement sans cause». Celle-ci est honorée d'une souscription du ministère de l'Instruction Publique et primée, la même année, au concours des Thèses.
A Toulouse, en 1918, Gaston MONNERVILLE rencontre l’amour de sa vie qui n’a que 16 ans, Marie-Thérèse LAPEYRE, fille d’un restaurateur. Le mariage sera célébré le 11 septembre 1923, à Aix-les-Bains. Mais à la suite de fausses couches, Thérèse ne pourra pas avoir d’enfant. Gaston MONNERVILLE affirme n’avoir pas souffert de racisme en France. L’intolérance, il l’analyse ainsi, avec un certain recul : «Le racisme se confond souvent avec l’envie, le dépit ou la haine. Il est facile, il est lâche, de trouver un bouc-émissaire pour ses échecs et ses déboires. Le racisme et l’antisémitisme sont là ; ils sont des prétextes commodes pour des individus dont la sécheresse du cœur ne cède qu’à l’indigence d’esprit». Se considérant comme un «fils de la race noire», il est solidaire avec les Juifs, persécuté pendant la Seconde guerre mondiale.
Déjà d’un caractère bien trempé, Gaston MONNERVILLE a été traumatisé par un sentiment d’injustice, à la suite de la révocation de son père. En effet, en 1910, son père, Saint-Yves MONNERVILLE, fut licencié par le Gouverneur de la colonie, pour n’avoir pas accepté de faire allégeance au candidat qu’il soutenait lors d’une élection législative. Avant que cette décision inique ne fût cassée par le Conseil d’Etat, sa famille connut de graves difficultés, pendant deux ans. Gaston MONNERVILLE évoque assez longuement dans son autobiographie cette «première rencontre avec l’injustice»  qui fit que, pendant deux ans, une famille de six personnes avait connu les privations et la gêne, outre une profonde souffrance morale». Cet épisode fut perçu comme une trahison des valeurs républicaines mais n’entama nullement la confiance de la famille en celles-ci. Elle les renforça même dans l’idée qu’il y avait une distinction très nette à faire entre les pratiques arbitraires qui pouvaient subsister dans un territoire encore colonial par certains aspects et celles qui avaient cours en métropole. Ainsi, sa résolution est prise, il veut devenir avocat.
Après son baccalauréat, Gaston MONNEVILLE s’inscrit, en octobre 1915, à la faculté des lettres et à la faculté de droit et il obtient la licence dans ces deux disciplines. À la rentrée 1918, après avoir hésité à continuer en lettres, il s’inscrit au barreau de Toulouse et le 2 décembre 1918 il prête serment devant la cour d’appel. Reçu, en 1921, au concours des Secrétaires de la Conférence, il obtient la médaille d'Or «Alexandre FOURTANIER» qui récompense l'un des meilleurs Secrétaires. A ce titre, il prononce, à une séance solennelle de rentrée, un discours remarqué sur «La Critique et le Droit de Réponse». Probablement marqué par les injustices subies par son père, révoqué arbitrairement de l’administration, Gaston MONNERVILLE choisit la carrière d’avocat. Devant les difficultés d’avoir son cabinet d’avocat à Toulouse, Gaston MONNERVILLE voulait s’orienter initialement vers la magistrature en Afrique. Puis, il est monté à Paris. Mais pendant un certain temps, les portes étaient closes.  Le bâtonnier de l’ordre des avocats le décourage en ces termes : «La profession d’avocat n’est pas un métier, c’est une vocation. On ne devrait s’inscrire au barreau que si on a les moyens d’existence suffisants». Gaston MONNERVILLE quitte Toulouse et s'inscrit, en 1921, au barreau de Paris. Il entre bientôt au cabinet d'un célèbre avocat et député de Corse, César CAMPINCHI (1882-1941), membre du parti radical-socialiste, résistant et homme d’Etat, dont il sera, pendant huit ans, le principal collaborateur pendant dix ans. «J’ai connu Monnerville au sortir de son adolescence, à ce moment où la personnalité commence à se former, et où le destin se précise. Si je devais rendre hommage à ce collaborateur unique, je dirai que jamais il ne m’a trompé, et que jamais il ne s’est trompé. Hommage à sa loyauté, certes, mais aussi à son intelligence, à son sens des affaires, à son grand talent» dit César CAMPINCHI, devenu ministre de la marine, au banquet du 12 octobre 1937. Gaston MONNERVILLE déclare avoir beaucoup appris de son mentor CAMPINCHI «Tu as affirmé en moi le sens des réalités, et ce n’est pas peu. Tu m’as appris à considérer les difficultés, non pour les fuir, mais pour les combattre, tâcher de les vaincre, pour en faire de la matière féconde de l’action» dit-il. En 1923, il est reçu au concours des Secrétaires de la Conférence des Avocats, à la Cour d'Appel de Paris. En 1927, il est élu Président de l'Union des Jeunes Avocats.
 
Gaston MONNERVILLE plaide plusieurs grands procès. Et surtout, il s'illustre, à l'âge de 34 ans, en 1931, dans l'affaire «Galmot». Inculpés après l'émeute provoquée en 1928 par la fraude électorale et par la mort suspecte de Jean GALMOT, quatorze Guyanais sont traduits devant la Cour d'Assises de Nantes. Installé à Paris, comme avocat, le procès de Nantes des Cayennais inculpés après les émeutes ayant suivi la mort de Jean GALMOT, le ramène à la réalité coloniale de son pays. Jean GALMOT (1879-1928) était arrivé en 1906 en Guyane et y développa une activité d’entrepreneur (rhum, caoutchouc, bois, etc.) idéaliste, ancien dreyfusard, tout en pratiquant à l’égard des ouvriers qui travaillaient dans ses entreprises une politique sociale qui le rendit très populaire dans toute la Guyane. Il fut élu triomphalement député en 1919, contre le candidat de l’administration. Condamné en 1924 à la suite d’un krach, il ne put se représenter aux élections de 1924. Il tenta de nouveau sa chance en 1928 mais ce fut Eugène LAUTIER (1867-1935), candidat officiel, qui fut élu. Les poursuites intentées contre les responsables des émeutes d’août 1928 peuvent apparaître comme une volonté de l’administration de mettre un terme à la période inaugurée par Jean GALMOT, qui conservait de nombreux partisans. Au procès des émeutiers à Nantes, du 9 au 31 mars 1931, MONNERVILLE insista notamment sur la faiblesse des charges retenues contre les accusés, les pratiques électorales de l’administration qui révélaient la dimension politique de cette affaire, le climat colonial qui régnait trop souvent en Guyane. Il traça un portrait très élogieux de GALMOT, et demanda aux jurés l’acquittement pur et simple en faisant ressortir que cette décision détruirait «à jamais tous les ferments d’amertume et de rancoeur nés du régime d’oppression que nous avons stigmatisé et montrerait à vos frères guyanais le vrai visage de la France».
La plaidoirie jugée déterminante dans l'acquittement des inculpés conduira Gaston MONNERVILLE à la députation de son pays (1932-1946). Il sera l'un des acteurs principaux de la suppression du bagne en Guyane, l'un des principaux auteurs des lois de départementalisation, du Fonds d'Investissement. Pourtant, il est battu après une campagne électorale haineuse aux législatives de novembre 1946 par René JADFARD (1899-1947). Dans la déconfiture du Parti radical-socialiste, Gaston MONNERVILLE saura rebondir, et entamer une belle carrière politique. Il deviendra président du Sénat pendant 22 ans, et défiera le Général de GAULLE en 1962.
II – Gaston MONNERVILLE, radical-socialiste, franc-maçon et humaniste
Gaston MONNERVILLE appartient à la mouvance républicaine et humaniste. En effet, il est franc-maçon, comme son héros Victor SCHOELCHER. Il existe depuis 1894, une Loge de France à Cayenne, dont l’objectif est de travailler, dans la discrétion, à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Gaston MONNERVILLE a été initié, le 16 octobre 1918, à la Loge, «La Vérité», à Toulouse. Il y rencontre Pierre COT (1895-1977), député, Ministre, résistant et membre de l’aile gauche du Parti radical. Dans ces loges, Gaston MONNERVILLE ne cesse de rappeler l’idéal de tolérance et de fraternité, la primauté de l’esprit sur la bêtise humaine. Pour lui, «la dignité ne se divise pas, elle s’affirme et se respecte». Il fallait à Gaston MONNERVILLE un espace politique qui l’aide à faire passer, dans le concret, cet idéal républicain. Or, le radicalisme s’identifie à la République.
Monnerville sera député de la «France équinoxiale» aux assemblées de la Grande Loge de 1929 à 1937. En 1928, il continue son parcours maçonnique au-delà du degré de Maître en étant admis à la loge de perfection -Perfection Écossaise 135. En 1931, il est reçu au Chapitre 72 des Fidèles Écossais (à partir du 18ème degré). En 1937, il accède à l’aréopage n°309 Lutétia. Pour finir ce cheminement maçonnique, Gaston MONNERVILLE devient membre du Suprême Conseil, et continuera de mener une vie maçonnique active jusqu’à un âge avancé. Lors d’une conférence donnée le 5 mai 1981 à la Grande Loge de France (rue de Puteaux dans le 17éme) il planchera sur un thème philosophique consacré à l’abbé Grégoire. Bien que la Grande Loge de France soit une obédience privilégiant le travail sur le symbolisme, MONNERVILLE aborde des thèmes politiques comme le racisme ou les injustices sociales. Gardien de la flamme, qui veille toujours si fidèlement au souvenir d'Henri GREGOIRE (1750-1831), Gaston MONNERVILLE, qui fut à l'origine du transfert des cendres de Victor SCHOELCHER, et Félix EBOUE, au Panthéon, s'efforce depuis de nombreuses années à transférer les cendres de l'Abbé GREGOIRE du cimetière Montparnasse au Panthéon. Gaston MONNERVILLE, a présidé le 31 mai 1989, à l'Amphithéâtre Richelieu, une journée dédiée à Henri GREGOIRE.
 
En grand républicain et homme de conviction, Gaston MONNERVILLE avait adopté pour principe «la dénégation de s’être jamais trouvé en butte au racisme». Pour lui, la France républicaine ne pouvait être tenue «pour responsable des errements de certains de ses enfants». L’enfant de Guyane avait appris que la République voulait que tous ses enfants soient libres, égaux et fraternels. L’idéal républicain, hérité de l’école, même démenti par la réalité coloniale, était, pour lui, acte de foi et principe d’action. En effet, MONNERVILLE a lutté contre toutes les formes de racisme : «Le drame qui angoisse nos frères de race juive n’a pas seulement son écho dans leur cœur. Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu’il assiste au spectacle d’un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d’une nation civilisée : je veux dire le souci d’être juste, la volonté d’être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu’en soit la religion, la couleur ou la race» dit-il dans sa déclaration du 21 juin 1933. Il s’est indigné, pendant l’Occupation de la ségrégation mise en place contre les Noirs : «A Vichy, j’ai trouvé un grand nombre d’hommes de couleur, récemment démobilisé et encore sous l’uniforme. On leur avait refusé tout accès dans les trains partant vers la zone Nord. (…) Ce qui nous attrista, profondément, c’est que cet ordre odieux venait de l’administration française, c’était, en effet, le ministère des PTT qui l’avait signé et fait afficher. Vous concevez notre amertume : le gouvernement français, foulant aux pieds les plus fortes traditions de ce pays, se montrait, en l’occurrence, le serviteur docile de l’occupant» écrit-il dans son «témoignage». Gaston MONNERVILLE, Gratien CANDACE et N’Galandou DIOUF écrivent au maréchal PETAIN une lettre du 6 août 1940, pour protester contre cette atteinte à la «dignité humaine». C’est Gaston MONNERVILLE qui avait dénoncé à la libération, la tentative du gouvernement français de supprimer les photos des Noirs juchés sur les chars du général LECLERC à la Libération de Paris.  
 
L’engagement politique de Gaston MONNERVILLE est un des traits saillants de sa vie. Il appartient, comme d’ailleurs Mme Christiane TAUBIRA, à l’aile gauche du Parti radical-socialiste : le mouvement «Jeunes-Turcs». Le Parti radical, sclérosé et usé, reçoit de ces «Jeunes-Turcs» du sang neuf, qui le ramène à sa tradition de gauche, dans la mouvance de l’énergique Edouard DALADIER (1884-1970) et de Jean ZAY (1904-1944), avocat, Ministre et résistant assassiné par la Milice. Gaston MONNERVILLE, en raison de ce militantisme intense, côtoie de grands noms du Parti Radical : Henri QUEUILLE (1884-1970), député de la  Corrèze, président du Conseil et plusieurs fois ministre, Pierre MENDES-FRANCE, député et président du Conseil (1907-1982), Edouard HERRIOT (1872-1957), trois fois président du Conseil et membre de l’Académie française. Faut-il le rappeler, le Parti radical-socialiste a dominé la vie politique française jusqu’à la fin de la 2ème guerre mondiale. Le Parti radical est le plus ancien parti politique de France, puisqu’il est né le 21 juin 1901. Ayant été à la base de 31 gouvernements, c’est le Parti radical, avec l’impulsion du Ministre Emile COMBES (1835-1921), qui a été à l’initiative de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat. Les radicaux inspirés de la mouvance humaniste et républicaine, refusent l’absolutisme royal et prônent l’autonomie de l’individu et la liberté de penser. C’est sous l’impulsion de l’avocat Alexandre-Auguste LEDRU-ROLLIN (1807-1874), et par la suite de Léon GAMBETTA (1838-1882), que la République a été consolidée et des conquêtes démocratiques ont été arrachées, comme l’abolition de l’esclavage, le suffrage universel, la liberté d’association et de presse, le droit de réunion, la gratuité de l’enseignement secondaire. Les gouvernements de Léon BOURGEOIS introduisent les notions de justice et d’égalité sociales en politique. L’ascension sociale se fait grâce à l’instruction publique et l’impôt joue un rôle privilégié de redistribution.
 Il n’est pas étonnant que Gaston MONNERVILLE consacre, en 1968, un imposant ouvrage sur Georges CLEMENCEAU (1841-1929), ce continuateur de l’action de Léon GAMBETTA et adversaire de l’expansion coloniale. Georges CLEMENCEAU, un républicain bien trempé, combat le cléricalisme et l’ordre moral. Sénateur du Var, Georges CLEMENCEAU, président du Conseil, a gagné la première guerre mondiale.
Gaston MONNERVILLE a été Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, sous le gouvernement du radical-socialiste de Camille CHAUTEMPS (1885-1963), du 29 juin 1937 au 10 mars 1938. Les Allemands critiquent violemment cette entrée d’un Noir au gouvernement : «La France a adopté une politique indigène qui, outre qu’elle est une folie pour la Nation française elle-même, est un danger pour les autres Nations d’Europe». Avant Gaston MONNERVILLE, seul le député noir du Sénégal, Blaise DIAGNE (1872-1934) a été membre du gouvernement français de 1918 à 1922. Camille CHAUTEMPS, juriste et franc-maçon, député et sénateur, a fait supprimer le bagne de Guyane, dépotoir de toutes les misères humaines avec son corollaire, la relégation. Gaston MONNERVILLE est particulièrement fier de cette mesure : «s’il n’y en avait qu’une (suppression du bagne), que la mémoire des hommes dût retenir parmi celles que j’ai pu faire adopter au cours de ces années, assurément ce serait celle-là».  Sous l’impulsion de Gaston MONNERVILLE le gouvernement fait voter un Fonds colonial afin d’améliorer le développement économique et social des Colonies. Gaston MONNERVILLE propose dès 1938, et obtient, le 26 mai 1949, que les cendres de Victor SCHOELCHER et de Félix EBOUE fussent transférés au Panthéon.
III – Gaston MONNERVILLE, une carrière politique exceptionnelle
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Gaston MONNERVILLE doit tout recommencer à zéro. Son cabinet d’avocat est resté fermé depuis 1939. Le Parti radical, selon une idée reçue, qui aurait peu participé à la résistance, sombre dans un déclin irréversible. Pourtant, le Parti radical compte de  nombreux résistants dans ses rangs, comme Jean MOULIN, chef national de la résistance, Jean ZAY, Pierre MENDES-France, René CASSIN. Cependant, pour bon nombre de Français, le Parti radical est un symbole de la IIIème République qui a conduit au désastre de 1940. Et, ce parti a refusé d’avaliser le droit de vote pour les femmes. Le Parti communiste est devenu la principale force politique de France au sortir de la guerre.
En dépit du déclin de son Parti radical, Gaston MONNERVILLE a su rebondir. En tout cas, c’est dans les épreuves que se révèlent les caractères des grands hommes. Affublé de son passé de parlementaire (député de la Guyane en 1932 et 1936), de Ministre et de résistant, Gaston MONNERVILLE entreprend, avec un groupe d’amis, de rénover le Parti radical. Dès janvier 1947, Edouard HERRIOT redevient président de l’Assemblée nationale. Les radicaux retrouvèrent des portefeuilles ministériels, et André MARIE (1897-1974), puis Henri QUEUILLE, la présidence du Conseil. Gaston MONNERVILLE est élu à la présidence de la commission de la France d’Outre-mer de l’Assemblée consultative. Il est reçu en audience par le Général de Gaulle qu’il rencontre pour la première fois. Il travaille activement à la loi du 19 mars 1946 sur la départementalisation des territoires d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion et Guyane),  qui est censée mettre un terme à la discrimination coloniale.
Elu pour la troisième fois député de la Guyane à l'Assemblée Constituante, le 21 octobre 1945, le mandat de Gaston MONNERVILLE est renouvelé le 2 juin 1945, à la deuxième Assemblée Nationale Constituante. Cependant, aux élections législatives en Guyane du 10 novembre 1946, Gaston MONNERVILLE est battu, à la suite d’une campagne électorale d’intimidation et d’obstruction de la Droite. Certains scandaient pendant la campagne électorale violente : «Abattez Monnerville ! A bas le franc-maçon ! A bas le Nègre-blanc !». Il n’était beaucoup présent en Guyane, mais avait résolu bon nombre de dossiers et de problèmes. Gaston MONNERVILLE songe alors à repartir en Métropole se consacrer à son cabinet d’avocat.
A peine est-il revenu en France métropole, que le président du Conseil général de la Guyane lui propose un poste de conseiller de la République de Guyane. Il est élu, au suffrage universel indirect, le 15 décembre 1946, et peut, désormais, siéger au Palais de Luxembourg. L’élection du président du Conseil de la République ayant eu lieu au bénéfice de l’âge, le nouveau président du Palais de Luxembourg, Auguste CHAMPETIER DE RIBES (1882-1947), pionnier du syndicalisme chrétien, ne pouvait pas siéger, pendant longtemps, pour des raisons de santé. Il délégua cette fonction à son vice-président, Gaston MONNERVILLE. Avec sa méticulosité, son sens de l’analyse, de l’impartialité et une autorité naturelle, Gaston MONNERVILLE s’acquitta de cette tâche avec brio. Il allait voir, régulièrement, le président CHAMPETIER DE RIBES, à son domicile, pour lui rendre compte de ses activités. Ils sympathisèrent. De sorte qu’à la mort du président du Conseil de la République CHAMPETIER DE RIBES, le 6 mars 1947, ce sont ses amis qui proposèrent la candidature de Gaston MONNERVILLE.
Gaston MONNERVILLE a été vice-président du Conseil de la République de 1946 à 1947, président de cette institution de 1947 à 1958, et président du Sénat de 1959 à 1968, qu’est-ce qui explique cette longévité ?
Son habileté, sa connaissance du règlement intérieur et de la classe politique de son époque, expliquent ce long mandat. La preuve de sa sagesse et de son efficacité, ont résidé dans la recherche de la conciliation des points de vue opposés, sans fuir l’affrontement. Sa compétence est reconnue de tous. Il n’aime pas les mondanités, mais se concentre sur sa famille et ses missions. Son intégrité morale, sa soif d’apprendre et son incroyable ténacité, sont au cœur de sa réussite. Gaston MONNERVILLE a fortement contribué à une renaissance du Sénat. «Sous son autorité, le Conseil de la République, voué à n’être qu’un cénacle, est devenu une assemblée parlementaire. Et l’affrontement, lors du référendum d’octobre 1962, sur le recours à l’article 11 de la Constitution, a marqué que le Sénat, sous la présidence de Gaston Monnerville, n’accepterait jamais d’être une chambre d’enregistrement des volontés du pouvoir exécutif, aussi prestigieux que soit son titulaire» dira Robert BADINTER. Lors de son discours d’investiture au Sénat, le 21 mars 1947, Gaston MONNERVILLE avait dégagé une ligne de conduite qui allait inspirer un grand respect de ses collègues. Il déclare «ne pas être un homme de parti, mais un arbitre impartial entre les partis». Il entend surtout défendre les droits reconnus par la Constitution au Sénat. La rigueur, l’impartialité et la qualité du débat, lui ont assurés une longévité à la présidence du Sénat. Il réhabilite le travail parlementaire, en restaurant notamment les questions orales ainsi que le système de la navette. Il s’attache surtout à l’intérêt général dans la conduite des débats et reprend, à son compte, cette formule de Jules FERRY : «La véritable forme de gouvernement parlementaire, ce n’est pas le conflit des pouvoirs, c’est l’harmonie, l’harmonie qui laisse à chacun son rôle, tout son rôle». Selon lui, «les bons textes sont le fruit du temps et de l’échange». Juriste scrupuleux, la loi n’a que des serviteurs, elle n’a pas de maître, la règle fondamentale s’imposant donc à tous.
A la suite de l’arrivée au Palais Bourbon de Léon GONTRANS-DAMAS, le rapport des forces a changé, défavorablement, en Guyane, pour Gaston MONNERVILLE. Le président du Conseil, Henri QUEUILLE demanda alors à MONNERVILLE de se présenter dans le département du Lot, pays natal de Léon GAMBETTA, terre radicale par excellence, mais exclusivement blanche. C’est la première fois qu’un homme noir se présente au Sénat, dans une circonscription métropolitaine. Cela est à mettre en parallèle avec l’exploit réalisé par George PAU-LANGEVIN, aux législatives à Paris du 20 juin 2012, dans le 20ème arrondissement. Certains avaient raillé le président du Sénat : «Si MONNERVILLE est élu, on aura de la canne à sucre dans le Lot». Il sera, pourtant élu à une large majorité, aux sénatoriales du Lot, et restera en fonctions jusqu’en 1974. Il sera élu et réélu conseiller général du Lot de 1949 à 1970. Très proche, attentif et à l’écoute des préoccupations du monde agricole, il se fera élire, président du Conseil général du Lot de 1951 à 1970, et conseil municipal et maire de Saint-Céré, de 1964 à 1971.  Il se créa, entre Gaston MONNERVILLE et le Lot, un indubitable courant affectif.
Alors qu’il était au faîte de sa gloire, Gaston MONNERVILLE, pour raisons de principe et d’éthique, a choisi de combattre le pouvoir personnel du Général de GAULLE. Bien des personnes confortablement installées, par souci de carriérisme et de sécurité matérielle, auraient observé la réserve et le silence en pareille circonstance. Pourtant, le 29 septembre 1962, Gaston MONNERVILLE monte à la tribune du congrès radical à Vichy pour s'opposer au projet de référendum du général de Gaulle qui instaurera l'élection du président de la République au suffrage universel. Ce refus intransigeant est le symbole de toute une vie empreinte d'indépendance, de respect du droit et d'un amour sans réserve pour la République. «À la tentative de plébiscite, clame le président du Sénat, je réponds personnellement : non ! La motion de censure m'apparaît comme la réplique directe, légale, constitutionnelle, à ce que j'appelle une forfaiture». Le rouleau compresseur du pouvoir gaullien se met en marche contre Gaston MONNERVILLE qui sera ostracisé. Gaston MONNERVILLE s'est représenté à l'élection en 1965, a été élu au premier tour. En 1968, il renonce à cause des dysfonctionnements des institutions dus aux désaccords avec le général  De GAULLE.
Officier de l’Ordre national de la légion d’honneur, Croix de Guerre 39-45, médaillé de la Résistance avec rosette (1945), Commandeur des Arts et des Lettres, Gaston MONNERVILLE décède le 7 novembre 1991, à Paris. Il a été incinéré, et ses cendres ont été dispersés au large du Havre. «Monnerville est aujourd’hui bel et bien vivant. Il est vivant parce qu’il servit la République, qu’il servit la France, qu’il servit la Guyane et qu’il mérite de rejoindre un jour, à côté de ses pères tutélaires, l’abbé Grégoire, Victor Schoelcher, Jean Moulin et son ami Félix Eboué. Oui que son nom aille dans la maison où vont les hommes qui ont bien mérité de la patrie» dira, dans son discours du 2 novembre 2011, à la mairie de Paris, le sénateur Georges PATIENT. Le président MONNERVILLE ne redoutait pas la mort, le terme obligé de chaque vie. Les vivants ont un devoir ardent de préserver la mémoire des grands hommes.
Bibliographie très sélective :
1 – Contributions de Gaston Monnerville
MONNERVILLE (Gaston), «L’Indochine, l’AOF et la Guyane seront-elles représentées au Sénat, entretien avec Gaston Monnerville», La Gazette coloniale, 17 septembre 1936, n°253, 9ème année, page 2 ;
MONNERVILLE (Gaston), Clémenceau, Paris, 1968, Fayard, Collection les grandes études historiques, 769 pages ;
MONNERVILLE (Gaston), Guyane française, terre d’espace, Paris, Berger-Levrault, 1964, 232 pages ;
MONNERVILLE (Gaston), L’affaire Galmot, procès des émeutiers de Guyane, Paris, Presses internationales indépendantes, 1996, 93 pages ;
MONNERVILLE (Gaston), Le Sénat, une institution fondamentale de la République, Paris, éditions Serpic, 1965,  58 pages ;
MONNERVILLE (Gaston), Où va l’Union française ? Du colonialisme à l’association, Paris, Julliard, 1955, 231 pages ;
MONNERVILLE (Gaston), Témoignage de la France équinoxiale au Palais du Luxembourg, Paris, Plon, 1975, 464 pages ;
MONNERVILLE (Gaston), Vingt deux ans de présidence, Paris, Plon, 1980, 594 pages.
2 – Critiques de Gaston Monnerville
A.D.E.L.F., Le président Gaston Monnerville, actes colloque à Loupiac du 31 août au 3 septembre 1995, sous la direction de Jacques Augarde, Simone Dreyfus, et Edmond Jouve, 1998, 528 pages ;
ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville : un homme d'État de la République française, Actes du colloque, 14-15 octobre 1997, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages ;
ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville et la Guyane : 1897-1948, Matoury, Ibis Rouge, 1999, 396 pages ;
ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages ;
BEL (Jean-Pierre), «L’hommage à Gaston Monnerville», La Dépêche de Toulouse, 6 novembre 2011, page 1 ;
BENDJEBBAR (André), «La fin du bagne de Guyane : entre droit et politique», Histoire de la justice, 2016, (1) n°26, pages 198-200 ;
BONNETON (André, Alexandre), Gaston Monnerville, fils de Guyane, Presses Internationales Indépendantes, 1996, 93 pages ;
BOULBINA (Seloua Luste), «Ce que postcolonie veut dire : une pensée de la dissidence», Rue Descartes, 2007 (4) n°58, pages 8-25 ;
BRUNET (Jean-Paul), Gaston Monnerville (1897-1991), un destin d’exception, Matoury (Guyane), Ibis Rouge Editions, 2013, 252 pages ;
BRUNET (Jean-Paul), Gaston MONNERVILLE, le républicain qui défia De Gaulle, Paris, Albin Michel, 1997,  332 pages ;
CENDRAS (Blaise), Rhum : l’aventure de Jean Galmot, Paris, Grasset, 1930, 183 pages ;
CHATHUANT (Dominique), «L’émergence d’une élite noire dans la France du premier XXème siècle», Vingtième siècle, revue d’histoire, 2009 (1) n°101, 133-147 ;
CONORD (Fabienne), «De la République sénatoriale à la forfaiture. Le Sénat et la Vème République : 1959-1962», Histoire et politique, 2010 (3) n°12, page 4 ;
DAUTET (Vanessa), Gaston Monnerville et le Gaullisme : l’affrontement de deux conceptions de la République, Mémoire, Institut d’études politiques, 1993, 131 pages ;
FOGACI (Frédéric), «Le monde de la notabilité radicale et radicale-socialiste de l’après guerre : entre survie et adaptation (1945-1969)», Histoire et politique, 2015 (1) n°25, pages 82-102 ;
GUILLAUME (Sylvie), «Le cartel des Non», Parlement(s), revue d’histoire politique, 2004 (3), n°HS 1, pages 45-64 ;
Les Guyanais de Paris, Les Amis de Gaston Monnerville, La Guyane à l’honneur, manifestation du 12 octobre 1937 en l’honneur de Gaston Monnerville, député de la Guyane, sous-secrétaire d’Etat aux colonies, Paris, Festina, A. Nollier, 31 pages, doc Manioc.org références 80004846 ; 
MATHEU (Jean-Louis), «Gaston Monnerville, escale à Toulouse (1913-1921)», 6 pages ;
MEULEMANS (Jules), «M. Gaston Monnerville, député de la Guyane, sous-secrétaire d’Etat aux colonies», La revue diplomatique, 30 novembre 1937, n°2171, 60ème année, pages 1-3 ;
MOURALIS (Bernard), «René Maran et Gaston Monnerville : entre Négritude et radicalisme», Francofonia, 2005 (14) pages 101-122 ;
N’DIAYE (Pap),  La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, 440 pages ;
PALMIER (Jean-Joseph), Que faire des minorités visibles ? L’exemple de Gaston Monnerville, président du Sénat, préface de Jean-Philippe Martial, Paris, L’Harmattan, 2015, 210 pages ;
PARODI (Jean-Luc), «Le conflit entre l’exécutif et le président du Sénat», Revue française de Sciences Politiques, 1963, n°2, 13ème année, pages 454-459 ;
RACINE-FURLAUD (Nicole), «Jean-Pierre Brunet, Gaston le républicain qui défia de Gaulle», Revue française de science politique, 1998, (2) vol 48, pages 312-313 ;
SENAC (Réjane), «Des dilemmes de la pensée républicaine de l’égalité», in L’égalité sous conditions, Paris, Presses sciences po, 216 pages, spéc pages 35-82 ;
Paris le 24 janvier 2015 et actualisé le 10 août 2018, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 10:15

Le 10 mai 1981 dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on a tous exulté « on a gagné ! ». Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance. Les Communistes, tant redoutés en plein guerre froide, allaient gouverner avec les Socialistes. Première élément de rupture, à la place de la Bastille ce soir du 10 mai, un député communiste de l’Essonne, Pierre JUQUIN, monte à la tribune, ivre de joie et fait l’éloge de MITTERRAND. C'est une violente tornade, vers 3 h 30 qui nous a chassés de la Place de la Bastille. Pendant la marche vers mon domicile à la rue des Boulangers, à quelques 20 minutes de la Place de la Bastille, j'ai savouré, sans limites, cet instant magique de bonheur. Parfois, certains moments fugaces, mais intenses, sont logés, durablement, dans votre mémoire, et résument toute une situation.

Dès le lendemain, un camion débarque des caisses de champagne au métro Luxembourg. Les passants et les touristes qui n’y comprenaient rien, s’en donnent à cœur joie. Au restaurant universitaire à Mazet, avec les jeunesses socialistes, on perturbe le repas de midi, en entonnant encore «on a gagné».

Ce 21 mai 1981, j’arrive très tôt à la rue Soufflot, pour pouvoir apercevoir François MITTERRAND qui venait déposer recueillir sur les tombes de Jean Jaurès, du résistant Jean Moulin et de Victor Schoelcher qui a participé à l'abolition de l'esclavage en France. L’affluence de la foule et la dureté du service d’ordre sont tels que je suis rejeté loin de l’itinéraire du nouveau président. Je suis même tombé, sans être piétiné par cette foule délirante. Mais j’ai entendu, l’orchestre de Paris, entonner l'Hymne à la joie. C’est grâce à la caméra de mon ami, Serge Moati, que j’ai apprécie, par la suite, à la TV, cette cérémonie. J’étais là pour participer à cette immense joie que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Traditionnellement, les Parisiens sont méfiants, distants et peu exubérants. Et les voila qui se lâchent, vous saluent et même vous embrassent. Moi aussi, j’en ai profité pour embrasser quelques unes. Cette liesse et ambiance fraternelles, je les ai ressenties également lors du Bicentenaire de la Révolution en 1989. Et de nouveau, avec les jeunes socialistes on s’est lâché «on a gagné».

33 années après, je me pose encore cette question : Mais, au fait, en temps que citoyen français d’origine sénégalaise, qu’avons-nous exactement gagné ?

Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie».

Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, a été dure avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans le panier à salade. Ainsi, un matin, habitant à l’époque à le rue des Boulangers, dans le 5ème arrondissement, et me rendant, en courant à ma faculté à la place du Panthéon, j’étais en retard, la police m’interpelle : «Pourquoi tu cours ? Ta carte de séjour». Oui, pour eux un Noir qui court ce n’est être qu’un voleur et un clandestin. Je réponds à l’agent que j’en ai pas. Menotté et jeté dans la camionnette, je me retrouve au commissariat, tout près du Boulevard Saint-Germain. L’officier de police de garde me toise : «alors tu n’as pas de séjour, tu vas te retrouver dans ton pays». Je lui réponds que, citoyen français, mon pays n’est pas loin, et je n’ai donc pas de carte de séjour. J’étais quand même en retard à mon cours à la faculté de droit. Moi, le paresseux, il fallait remonter la Montagne Sainte-Geneviève. Quant aux étudiants étrangers, les retraits de carte de séjour arbitraires étaient fréquents. On a fondé une association de défense des étudiants étrangers, INTERCAPA. J’ai prié, à Sainte-Geneviève, la patronne de Paris, que ces vexations puissent cesser, un jour, avec la victoire de la Gauche. MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.

En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voie de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public.

Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. La peine de mort a été abolie. J’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, lors du trentenaire de la loi de 1983, sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel.

Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les 4 Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.

Comme «Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive. Je prie pour le repos de son âme et que cet esprit de tolérance, de justice, d’égalité et de fraternité, de mai 1981, puisse encore durer des siècles et des siècles.

Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire. Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une Apartheid qui ne dit pas son nom. En 2012, la Gauche avait tous les pouvoirs, y compris au Sénat, mais le droit de vote des étrangers a été remis aux calendes grecques.

En dépit de ces sérieuses réserves, qui appellent des mesures de correction, sans délai, je crois fondamentalement aux valeurs républicaines et socialistes, pour une société plus fraternelle et plus juste. Entre le 21 mail 1981, à l'assaut du Panthéon pour changer la vie, et le 21 avril 2002, où j'entends, depuis lors et sans cesse, les trompettes de la peste brune résonner, je me suis dit où est l'héritage de François MITTERRAND ?

M. Lionel JOSPIN, un remarquable Premier Ministre, a diminué le chômage, équilibré les comptes, et mis en œuvre des réformes de progrès, comme la parité. M. JOSPIN a corrigé les dérives de cette «Gauche caviar». Protestant et rigoriste, M JOSPIN a introduit de grandes valeurs morales dans la politique. Il fait ce qu’il dit. Il dit ce qu’il fait. Comme le dirait Amadou Hampâté BA, "L'homme c'est sa parole. La parole est l'Homme". Je regrette très profondément le coup du sort du 21 avril 2002, et surtout cette fierté mal placée de sortir définitivement du jeu politique.

DSK est un réformiste compétent et brillant universitaire, mais il a choisi de mener une vie de bâtons de chaise. Tant pis pour lui et pour la France.


Un autre François, M. HOLLANDE, est un homme honnête qui a engagé une bataille très difficile, celle de l’équilibre des comptes publics. Mais ces efforts douloureux ne sont pas acceptables que s’ils sont suivis de résultats substantiels et tangibles, en termes d'emploi, de pouvoir d'achat et de bien-être de chacun. Les aides consenties aux entreprises ne sont légitimes qui elles contribuent à créer de la richesse nationale, et surtout de l’emploi. L’aide à la spéculation boursière doit être condamnée, sans réserve.

Le Socialisme auquel je crois, c’est celui de la défense des valeurs républicaines d’égalité de justice, de fraternité, de démocratie et de dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société. «L’Homme est la mesure de toute chose», disait un ancien grec, PROTAGORAS.

Paris le 10 mai 2014. M. BA Amadou http://baamadou.over-blog.fr/

François MITTERRAND, le 21 avril 1981 au Panthéon. I was there.

François MITTERRAND, le 21 avril 1981 au Panthéon. I was there.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 10:35

Pot de départ à la retraite de Mme Elisabeth PERRET, une Directrice Adjointe humaniste et professionnelle - http://baamadou.over-blog.fr/

Mme PERRET, en service depuis le 1er octobre 1979, a fait valoir ses droits à la retraite à compter du 1er mai 2014. Mme PERRET représente la mémoire de cette institution. J’ai pu mesurer, lors de la rédaction du nouveau livret d’accueil, combien la connaissance de l’histoire d’une organisation, a permis d’éviter des conflits inutiles. A chaque fois que je devais interpréter les dispositions obscures d’une situation individuelle ou d’une délibération, Mme PERRET m’a fourni de précieux éclairages sur le passé afin de mieux envisager l’avenir, avec plus d’assurance et de sérénité. Ainsi, je découvre que les agents ont été, pendant un certain temps, soumis à une convention collective comme les travailleurs du secteur privé. Les agents qui relèvent du secteur public, craignant pour leur avenir, avaient refusé de signer leur contrat. Qu’à cela ne tienne, Mme PERRET me rassure pendant cette période de convention collective, l’organisation a cotisé au régime général et à l’Ircantec, donc leur situation au regard de la retraite est régulière. Par ailleurs, à l’abrogation de cette convention collective, les agents de la Caisse des écoles, en se fondant sur la jurisprudence BERKANI, les agents ont été les premiers, bien avant la loi de 2012, à bénéficier d’un contrat à durée indéterminée.

En dépit de cette grande ancienneté dans le service, Mme PERRET n’a pas, hélas, été promue au grade d’attaché, en catégorie A. L’argument opposé a été de dire, «je ne savais pas », «on ne m’a rien demandé». Comme on le dit familièrement, il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Une grave injustice de plus.

Mme PERRET avait une bonne connaissance de l’environnement des administrations parisiennes et des structures de l’organisation, et notamment des 60 offices. Venant de l’administration territoriale, je découvre, avec de grandes spécificités, l'environnement des administrations parisiennes, particulièrement complexe et byzantin. Le placement des agents dans les offices, pendant les grandes et petites vacances scolaires, dépend, en grande partie, des décisions de la ville de Paris ou de la CASPE. Les sigles barbares me donnaient le tournis. Parfois, on ne savait pas à quelle porte frapper. Mme PERRET a été toujours là pour se retrouver dans ce labyrinthe administratif.

J’ai hautement apprécié les exceptionnelles qualités humaines de Mme PERRET. Parfois, le monde du travail est un lieu de tension ou d’affrontement. Mme PERRET, par la chaleur humaine qu’elle dégage, a su apaiser les inquiétudes, éteindre les incendies, et surtout rassurer les inquiets et les angoissés. Elle a toujours le bon mot pour réconforter et encourager pour rebondir. Mme PERRET diffuse des flux positifs pour que l’organisation soit harmonieuse. Dans une organisation, la vraie valeur ajoutée ce n’est pas le matériel, ce sont les hommes et femmes qui la composent. Le salaire n’est pas la seule de motivation. La convivialité et la reconnaissance du bon travail accompli, l’écoute et la considération, sont des moteurs essentiels de la motivation. Mme PERRET, c’est le bureau des pleurs. Espérons que cette dimension humaine, dans les relations du travail, sera conservée et développée.

Mme PERRET a rendu hommage aux 7 Directeurs avec lesquels elle a travaillé, pendant ces 35 années, notamment à Messieurs LE BARS et Grégory MACRIPO. M. MACRIPO, qui a quitté, subitement, cette organisation, avait mis en place, en juillet 2011, la Cuisine Centrale. Un grand défi que M MACRIPO a réussi. M. MACRIPO a redressé les comptes de l’institution. On sait que l’argent c’est le nerf de la guerre. M. MACRIPO, comme Mme PERRET, ont instauré un climat apaisé et de confiance dans les relations de travail, permettant de mieux mobiliser les énergies vers les objectifs essentiels de l’organisation. Les objectifs de satisfaction de la population ont été largement atteints. Point de grève, ni de tensions majeures.

J’ai beaucoup apprécié, naturellement, les très hautes qualités professionnelles de Mme PERRET empreintes d’équité, de rigueur, d’humanité et de compassion. Point de tâches nobles ou ingrates pour Mme PERRET, Directrice Adjointe, qui ne rechignait pas à faire le placement, le standard, commander du matériel, rédiger des délibérations, s’occuper du budget ou des marchés publics, gérer la carrière et les retraites, établir les comptes épargne-temps, etc. En matière de ressources humaines, j’ai souvent entendu mes collaboratrices dire : «c’est Mme PERRET qui le faisait». Comment combler ce grand vide ?

Mme PERRET, dans toutes ses démarches, a mis en harmonie son éthique, ses valeurs de la vie et ce qu’elle faisait sur le plan professionnel. Il ne suffit pas d’affirmer des principes et valeurs pour être crédible dans ce que l’on dit, encore faudrait-il les appliquer à soi même. La duplicité, dans le domaine du management des organisation, est la pire qui génère la défiance. Mme PERRET est en harmonie, au travail comme dans sa vie privée, avec ses valeurs républicaines d’égalité, de respect de l’autre et de justice. Mme PERRET a banni de ses actions l’hypocrisie, la brutalité, l’autoritarisme, et toute mesure vexation inutile. Je permets de saluer, avec un hommage appuyé, ce comportement hautement, républicain.

Longue et heureuse vie à Mme PERRET, pleine de bonheur et de santé, une paisible retraite à la dimension de ses principes et valeurs, de ses qualités humaines et professionnelles, ainsi que son grand sens du service public.

M. Amadou BA – Paris, le 8 mai 2014 - http://baamadou.over-blog.fr./

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 22:18
«Penser clair, parler vrai, agir juste» telle est la méthode ROCARD. Resté fidèle jusqu’au bout au socialisme, devenu un mythe politique avec une conscience aiguë de son rôle dans l’Histoire, Michel ROCARD symbolise une inlassable tension à conjuguer le réalisme de l’exercice du pouvoir avec les combats de la gauche française pour la justice sociale et pour une démocratie plus proche des gens. Porteur d’un discours de vérité, il n’a pas cessé de s’attaquer à la complexité des dossiers économiques, sociaux, culturels et éthiques, qu’ils concernent la politique intérieure, la construction européenne, la conduite des relations internationales ou la protection de l’environnement. «Rares sont les hommes et les femmes politiques qui ont pu faire de leur nom un emblème politique, un ralliement, j’ose dire un totem, une sensibilité, une appartenance. Toute votre vie, vous vous êtes fait une certaine idée de la politique», dit François HOLLANDE lors de la remise de la Légion d’honneur, le 9 octobre 2015, à Michel ROCARD.
Qualifié de «technocrate de luxe» par Pierre VIANSSON-PONTE, pour ROCARD, l’économie a un champ autonome que la politique doit prendre en compte. Le réel est le critère de vérité ; il faut réfléchir sur le comment produire, mais aussi sur le comment vivre. Par conséquent, il milite pour une société du partage, débarrassée des addictions du matérialisme, capitaliste ou communiste. Sa part de rêve que la réflexion et l'action politique ne sont rien, si elles ne répondent à une exigence éthique et de solidarité. En effet, le «Coeur à l'ouvrage», c'est l'évocation de l'itinéraire hors du commun d'un intellectuel engagé chez qui le réalisme politique n'a jamais étouffé l'élan de la générosité. Michel ROCARD n’a jamais oublié «les principes immuables de la société des humains». Dans sa fibre sociale et humaniste, il est anticolonialiste, antiraciste et favorable à une coopération équitable avec le Tiers-monde. «Rêveur réaliste, réformiste radical», suivant une formule d’Alain BERGOUNIOUX : «L’homme est animal social doté de l’esprit, pour s’acheminer vers la vie de l’esprit, il faut maîtriser la vie matérielle. Dominer le capitalisme est un devoir du socialisme» dit ROCARD.
Michel ROCARD est un socialiste réformiste, avec un attachement particulier à la liberté et à l’égalité : «Je refuse d’appeler socialiste n’importe quel régime populiste et autoritaire. Dès, ses origines, l’espérance socialiste est tout autre. L’espérance socialiste sous la forme d’une revendication de liberté plus grande, d’épanouissement plus complet. Si la double référence d’égalité et de liberté a toujours été présente, c’est toujours la volonté de libération qui prime. Le socialisme, dans la liberté, suppose le pluralisme des partis. Il n’y a pas de liberté, durablement garantie dans une société, si elle ne s’exerce pas pleinement dans l’organisation économique et sociale», dit-il.
Ma rencontre inattendue, le 19 novembre 2005, avec Michel ROCARD, au congrès du Parti Socialiste, au Mans, m’a laissé une forte impression. Je lisais son livre «Si la Gauche savait, entretiens avec Georges-Marc BENAMOU», quand M. ROCARD, tout de go, me pose cette question : «qu’est ce que tu as pensé de mon livre ?». Intimidé par ce géant de l’histoire, j’ai d’abord bredouillé, puis je me suis vite ressaisi. J’ai fait part à l’ancien Premier Ministre, de mon appréhension, au début de ma lecture, avec son style hermétique d’énarque, de ne rien comprendre à son livre. Cependant, j’ai été agréablement surpris par le style fluide et simple adopté. Sans doute que Georges-Marc BENAMOU y est pour quelque chose.
Je ne savais pas que Michel ROCARD avait un engagement tiers-mondiste aussi marqué, une opposition farouche et parfois violente à MITTERRAND, mais surtout une grande originalité et finesse de sa pensée sur la «Deuxième gauche ».
Michel ROCARD est le 23 août 1930 à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris. Sa petite sœur, Claudine, est handicapée. Sous Louis XIV, et jusqu’aux guerres napoléoniennes, un rocard est une gueule cassée, un soldat revenu blessé de la guerre ; si l’on remonte loin, c’est une famille d’origine champenoise, des vignerons du plateau de Langres, devenus traditionnellement des militaires et mathématiciens. Michel ROCARD appartient à la bourgeoisie intellectuelle du Quartier Latin. Fils d'un professeur et physicien dont les travaux ont conduit à la mise au point de la bombe atomique, Yves ROCARD (22 mai 1903 à Vanves, Morbihan – 16 mars 1992 Paris 5ème), et d'une institutrice, Renée FAVRE (23 mai 1904, Regnier Haute-Savoie – 11 octobre 1996, Saint-Germain-en-Laye) : «Ma mère m’a flanqué quelques inhibitions et démoli mes rapports avec la gent féminine» dit-il. Par conséquent, M. ROCARD n’est pas né dans une famille socialiste. C’est à l’adolescence qu’il rencontre la Gauche. Michel porte le prénom de grand-père maternel tué dans un combat aérien à la Première guerre mondiale et héritera de ses qualités : une insatiable curiosité, un sens inné de la pédagogie et une volonté exigeante de dépassement de soi. Sa mère, une savoyarde, fille d’un instituteur, dont le mariage n’est pas heureux, très possessive, autoritaire et fière de son fils, reporte sur lui tout son amour. Le père de Renée, un protestant rigoriste, inculque à sa fille les principes de tolérance, le besoin d’absolu et une grande bonté. Renée, qui a perdu très tôt ses parents, devient institutrice, et c’est à l’occasion de sa formation à Sèvres, dans les Hauts-de-Seine, qu’elle rencontre Yves ROCARD, un catholique par tradition et agnostique, un agrégé de physique et docteur en mathématiques ; ils se marient le 24 octobre 1929, à Sèvres. «Attention, c’est un savant, pas un homme à marier. Il a déjà épousé la science et les recherches» dira un ami. Renée est autoritaire, dominatrice et volubile, tandis que Yves est timide, désordonné et indépendant et peu chaleureux, seules ses recherches l’intéressent. Mais Renée est séduite par l’intelligence et le culte de l’effort de cet homme. Michel ROCARD éprouve à l’égard de son père une sorte de curiosité, d’admiration pour son génie et d’affection craintive. Ses parents divorceront en 1963, après 35 ans de mariage.
Les ROCARD qui habitaient SURESNES, à la naissance Michel, déménagent pour le 120 rue d’Assas, à Paris 6ème, un appartement confortable, mais austère. Michel passe ses étés, avec ses parents, dans leur maison, à Saint-Benoît par Auffargis, près de Rambouillet. Il fait ses études primaires à l’école Alsacienne, rue d’Assas, ses études secondaires au lycée Montaigne, puis au Lycée Louis Le Grand. Après l'obtention d'un baccalauréat scientifique le 10 juillet 1946, avec mention «assez bien», il se détourne, cependant, d'un cursus en sciences contre l'avis de son père et entre à l'Institut d'études politiques de Paris. Son père, un chercher austère d’un caractère difficile, convaincu de la nocivité de la politique et de l’administration, le destinait aux sciences exactes. Yves ROCARD est un bourgeois conservateur ; son héros c’est le général de GAULLE : «Lorsqu’on est scientifique, on ne peut pas se payer le luxe d’être un agitateur. La politique de gauche est destructrice, car les hommes de gauche n’ont pas la perception du réel. La droite me ravit, mais elle a une existence qui n’existe pas en face » écrit Yves ROCARD. Il s’inscrit à Science-Po et ne veut pas aller à l’école normale. C’est sa première transgression de l’ordre établi par sa famille. Son père entre dans une grande colère : «tu vas apprendre à baratiner, c’est-à-dire à empêcher les gens de travailler». Pour payer ses études, Michel ROCARD est recruté comme tourneur-fraiseur dans le laboratoire de son père, il y fait la connaissance d’un certain BERTIN qui lui parle du Front Populaire, de la Commune et des Socialistes français. «Il me faisait découvrir un univers et des choses inconnues», confesse-t-il. En effet, BERTIN, un syndicaliste, ancien des Brigades internationales, ancien communiste converti au socialisme, lui raconte l’histoire, mais du côté de la classe ouvrière : «Ces conversations, pendant plus d’un an et demi, ont constitué, pour moi, un tournant décisif. Elles m’ont appris la dignité, la grandeur de cette élite ouvrière qui possédait ses propres valeurs, sa propre culture. La bourgeoisie, à laquelle j’appartenais ne la rencontrait pas. Elle ne connaissait que les pauvres, c’est-à-dire ceux qui, dans leur propre classe sociale, avaient échoué» dit ROCARD.
Adolescent très sportif, le jeune Michel pratique la voile et fait du scoutisme avec les Eclaireurs unionistes de France, mouvement protestant de scoutisme, il y trouve l’engagement politique et moral. «J'ai senti dans ce monde protestant, une très grande tolérance, une grande ouverture aux problèmes du monde», dit ROCARD. Les protestants cultivent un individualisme marqué, et refusent, par souci éthique, toute ostentation, notamment, celle de la richesse. «L’éducation protestante à laquelle je dois aussi bien l’intransigeance éthique que le souvenir confus mais très prégnant d’une parabole où se rencontrent un chameau, un riche, et le trou d’une aiguille. Ce texte a largement, pour partie, contribué à faire de moi un socialiste» confesse-t-il.
Les idées et l’action de Michel ROCARD, depuis plus de 65 ans, mériteraient de faire l’objet d’une thèse de doctorat. De nombreuses biographies lui ont été consacrées. Mais un travail universitaire, avec une distance critique, serait le bienvenu. En effet, dans les années 50, le jeune Michel ROCARD se sent attiré par la politique, mais Jules MOCH a fait tirer sur les mineurs en grève, Paul RAMADIER a exclu les communistes de son gouvernement et les socialistes soutiennent les guerres coloniales, notamment en Indochine. Par ailleurs, il est confronté à un casse-tête : le communisme domine et écrase la Gauche. Même si les intellectuels de l’époque sont, majoritairement, favorables au Parti communiste, ROCARD, un chrétien de gauche, lui est hostile. Il découvre qu’à côté des communistes, il y a d’autres forces de gauche : les catholiques, et qu’il faut faire alliance avec eux. ROCARD adhère aux Jeunes socialistes, qui dépendent du Parti socialiste, mais en sont relativement autonomes. Ces jeunes sont qualifiés «aristocrates de la pensée socialiste» parce qu’ils se désintéressent des conditions de vie, dégradées, des étudiants.
Sensible aux thèses de Jean MONNET sur l’Europe, il lit, dans sa jeunesse, Alexandre DUMAS, Jules VERNE, Joseph PROUDON et Victor HUGO. En 1949, Jean-Jacques de FELICE (1928-2008, avocat, président de la Ligue des droits de l’Homme) l’emmène à Strasbourg, à une assemblée générale des peuples d’Europe ; il voit, pour la première fois, Guy MOLLET (1905-1975), Secrétaire général de la SFIO de 1946 à 1969. Michel ROCARD se dit mendéciste, mais le problème c’est de faire passer le Mendécisme dans une grande boutique, dans une maison puissante. «Je ne suis pas naïf, ou timoré, face au pouvoir que MENDES refuse de prendre», affirme Michel ROCARD. Il ajoute cette précision : «Le pouvoir suprême et durable, c’est réservé à ceux qui sont capable de tuer».
À sa sortie de l'ENA, il est nommé, en 1958, inspecteur général des Finances. Puis, en 1965, il occupe le poste de chef de la division des Budgets économiques à la direction de la Prévision et celui, de secrétaire général de la commission des Comptes et des Budgets économiques de la Nation. Secrétaire national du Parti socialiste unifié (1967-1973), il est candidat à l'élection présidentielle en 1969. La même année, il est élu député des Yvelines dans la 4ème circonscription battant ainsi le candidat sortant, le Premier ministre, Maurice COUVE de MURVILLE. Au début des années 60, un nouveau parti socialiste minoritaire est créé ; le Parti socialiste unifié (PSU). Michel ROCARD en devient le secrétaire national en 1967 jusqu'en 1974, date à laquelle il décide de rejoindre le Parti socialiste et participe activement à la campagne présidentielle de François MITTERRAND. Devenu membre du bureau exécutif en décembre 1975, il est nommé secrétaire national chargé du secteur public de 1975 à 1979. Élu maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) en 1977, il verra son mandat renouvelé par la suite en 1983 et en 1989. Réélu député des Yvelines dans la 3ème circonscription en 1978, puis en 1986, il connaîtra par la suite une carrière ministérielle et sénatoriale. Le 10 mai 1981, la Gauche accède au pouvoir et sa carrière prend un tournant décisif. ROCARD est nommé par François MITTERRAND, ministre d'Etat, ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire. En 1983, il est en charge du ministère de l'Agriculture mais démissionne en 1985. En mai 1988, sa cote de popularité lui vaut d'être nommé Premier ministre sous le deuxième septennat de François MITTERRAND.
Élu député européen en 1994, il occupera notamment la fonction de président de la commission du Développement, en 1997, de la commission de l'Emploi et des Affaires sociales, en 1999, mais aussi de la commission de la Culture, de la Jeunesse, de l’Éducation, des Médias et des Sports, en 2002. Il est également, membre de plusieurs commissions dont celle des Affaires étrangères en 2004. Il démissionne de ses fonctions de parlementaire européen le 1er février 2009. Le 1er avril 2009, il est nommé en conseil des ministres, ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux Pôles arctique et antarctique.
Sur le plan privé, Michel ROCARD épouse, en 1954, Geneviève POUJOL. En 1964, lors d'une réunion du PSU, il croise une étudiante en sociologie, Michèle LEGENDRE. Après une longue procédure de divorce, il l’épouse en 1972. Deux enfants naissent de cette union; Loïc et Olivier. Mais en 1991 le couple se sépare, et Michel ROCARD rencontre la même année Ilana SCHIMMEL. Après dix ans de vie commune, il quitte sa compagne et refait sa vie avec Sylvie PELISSIER qu'il épouse en troisièmes noces en avril 2002.
Michel ROCARD disparaît le 2 juillet 2016, à Paris. Les hommages, alors qu’il avait quitté la vie publique de premier plan, sont unanimes et flatteurs.  
I – L’exposé de la doctrine politique de Michel ROCARD
Rénover la gauche, la réconcilier avec le réel, allier le concret et la rigueur, telles sont les lignes directrices de la pensée rocardienne. Suivant Alain BERGOUNIOUX «le rocardisme est à la fois une histoire collective forgé dans la lutte anticolonialiste, marqué par Mai 68, puis incarné par la Deuxième gauche», et c’est aussi une aventure individuelle pour faire triompher ces idées.
1 – L’esprit de Mai 68 et l’anticolonialisme
Michel ROCARD a su saisir l’esprit de Mai 68, en côtoyant des maoïstes, des trotskystes, des syndicalistes de la CFDT et des chrétiens radicalisés. Michel ROCARD revendiquait l’autogestion, se voulait être d’une Gauche rassurante et militait pour un service public performant, la décentralisation, condamnant la démagogie, il voulait réhabiliter la Politique avec son «parler vrai». Non-conformiste, il pense que l’essentiel du combat politique ne se déroule pas dans les partis politiques. Le syndicat des étudiants, en dehors de la question corporative, doit œuvrer pour la transformation sociale, la guerre d’Algérie étant un test pour se révéler à soi-même. Dans un rapport de décembre 1958, Michel ROCARD a montré que les Algériens vivaient dans des conditions «quasi-concentrationnaires». Il a dénoncé la dérive colonialiste de Guy MOLLET. Pour Michel ROCARD, Mai 68 n’est ni un spasme petit bourgeois, ni une diversion confusionniste à la véritable lutte des classes, mais un grand désarroi et l’esprit de revanche de tous les légitimistes, petits et grands propriétaires de l’orthodoxie. Mai 68 est un soulèvement de la vie, une exigence et une amorce d’une nouvelle étape pour la démocratie, l’autogestion en vue d’une renaissance du mouvement ouvrier. Soupçonné de dérive droitière, de faire la promotion de la rigueur, ROCARD estime que les vrais réformateurs et les autogestionnaires sont toujours restés fidèles aux idées du socialisme.
Michel ROCARD a horreur du dogmatisme. «Je n’aime pas beaucoup les embrigadements, les idées reçues, les situations acquises» précise notre homme d’Etat. M. ROCARD s’enthousiasme pour les idées en vue de la construction européenne. C’est en pleines guerres coloniales et scandales financiers qui discréditent l’action de Guy MOLLET à la tête de la SFIO, que Jean HELY fait adhérer Michel ROCARD au mouvement des étudiants socialistes. «On est la SFIO pour la réformer de l’intérieur» lui dira t-il pour le convaincre. Il côtoie Jacques CHIRAC à Sciences Po qui refuse d’adhérer au mouvement des étudiants socialistes, jugé trop à droite. M. CHIRAC était, à l’époque, sympathisant communiste. Comme les temps changent ! C’est Michel ROCARD qui a réussi, en 1956, à éjecter Jean-Marie LE PEN de la présidence du Syndicat étudiant l’UNEF, en créant un Comité d’Action Syndicale à l’Université de Panthéon Assas.
La guerre d’Algérie fait rage et Michel ROCARD découvre un maître à penser : Victor FAY (1903-1991), un militant de la Gauche de la Gauche, juif polonais, membre du parti de Rosa LUXEMBOURG. «Ma rencontre avec Victor FAY est une des clés de mon orientation», souligne ROCARD. Le socialisme démocratique est sa famille, mais la SFIO de Guy MOLLET (1905-1975) est discréditée avec ses guerres coloniales. Guy MOLLET, tellement habitué au double langage, qu’élu pour faire la paix en Algérie, il y fera la guerre à outrance. «J’ai senti ce qui me différenciait des socialistes à la Guy MOLLET, mais c’était confus. Je ne supportais pas leur sectarisme laïcard. Je les trouvais trop jacobins, bien peu européens. Les propos de FAY ont rationalisé, ce qui était une institution, en la centrant sur la question algérienne», dit ROCARD.
C’est Michel ROCARD qui a négocié la paix en Nouvelle Calédonie. Dans un ouvrage avec Jeanine GARRISSON, l’ancien premier ministre estime que la paix n’entre pas dans le domaine des sciences, moins encore de la stratégie : pour lui, la paix est un «art».  En ce sens, Michel ROCARD propose cinq principes constants, formulés comme des verbes d’action, ayant comme fonction d’inscrire l’action de construction de la paix dans le temps, dans la durée : vouloir la paix, briser le tabou ; négocier, équilibrer, fonder.
2 – De l’autogestion au parler vrai
Le PSU de Michel ROCARD, porteur de ces idées d’autogestion, a été débordé par le Parti socialiste réunifié de François MITTERRAND, dont le thème majeur deviendra «changer la vie». Suivant Pierre ROSANVALLON et Patrick VIVERET, Michel ROCARD ayant perdu la bataille des idées, change de fusil d’épaule et évoque désormais le concept de «parler vrai», et pour ne jamais rien dire ; il faut convaincre : «Parler vrai n’est pas suffisant. Encore faut-il avoir quelque chose à dire !». La Gauche ne devrait pas redouter, pendant l’exercice du pouvoir, de se confronter au réel. Pour lui, le «parler vrai» devrait instaurer de nouvelles pratiques politiques, un nouveau langage, l’autogestion étant l’intervention directe des citoyens dans les affaires qui les regardent. Ce qui domine encore au sein du Parti socialiste, c’est les vieilles habitudes de la centralisation ; l’action, au niveau des sections, se réduit à l’agitation et la propagande. La tâche urgente et prioritaire, une affaire collective, c’est de «remettre la démocratie dans ses rails et le socialisme sur ses pieds». Les mécanismes de promotion et de partage du pouvoir au sein du Parti socialiste condamnent, à l’avance, les défenseurs d’un point de vue audacieux.
3 – Les réalités économiques et la réforme de l’Etat
Michel ROCARD a milité, activement, pour une réconciliation du Parti socialiste avec les réalités économiques. «A la différence de toute autre force de gauche partout en Europe, la gauche française est née de l’accouplement unique entre le marxisme et le jacobinisme. Elle prêche que tout est politique : l’économie aussi, parbleu. Il suffit de lui commander» dit-il. Devenu crédible dans le domaine économie, ce thème est, pour lui, un outil de promotion au sein de la Gauche, en général, et au Parti socialiste, en particulier. En raison de l’influence de Victor FAY (1903-1991), un ancien communiste converti au socialisme, Michel ROCARD a toujours défendu l’idée que Marx serait un anti-étatiste, antibureaucratique, anticentralisateur et apôtre de l’autogestion. ROCARD rejette, farouchement, le dogme marxiste de l’appropriation collective des moyens de production. Il est opposé aux idées keynésiennes du déficit public, à moyen terme, pour stimuler l’économie. Dans un gouvernement socialiste, l’écrasante majorité des entreprises relèvera du secteur privé et le système de régulation dominant, restera le marché. Par ailleurs, ROCARD, face à l’inflation et notamment à une hausse inconsidérée des bas salaires, recommande la prudence, l’aveuglement de certaines propositions démagogiques d’une partie de la Gauche, relevant du «chapitre particulier de la psychologie du suicide». Partisan de la planification et de la comptabilité nation, ROCARD estime que la Gauche ne devrait pas déserter le débat économique et financier, et éviter l’étiquette de fauteuse d’inflation. Il a exposé ces idées au congrès du PSU en 1966, sur le thème : La Gauche et la monnaie. «On ne bâtira pas le socialisme sur de la fausse monnaie» dit-il. «Le socialisme autogestionnaire, c’est l’abolition de la relation politique sous sa forme magique. C’est la fin du père Noël. Il n’est ni facile, ni toujours agréable de devenir adulte» écrit ROCARD.
Michel ROCARD ne cesse de critiquer le communisme, le jacobinisme, l’étatisme. Il a la conviction, qu’il n’y aura pas de transformation sociale durable, sans une démocratisation profonde de la société et de l’Etat, à tous les niveaux, sans une confiance en la société. ROCARD s’insurge contre le malaise administratif et la croyance en la toute puissance de l’administration française, et appelle à «un renouveau du service public». Mais pour cela, il faut une gestion dynamique des personnels, un assouplissement des règles de gestion budgétaire, une évaluation des politiques publiques et une poursuite la décentralisation, et donc «décoloniser la province». Ce thème sur la décentralisation, n’est pas seulement une question économique : «En fait, derrière le thème de l’égalité des rapports entre la province et Paris, se posent les problèmes d’une conception de la démocratie» dit-il. Il existe un tel déséquilibre entre Paris et la province, la capitale monopolisant tous les centres de décisions, que cela est assimilable à une situation de «colonisation». Il ne s’agit pas d’affaiblir Paris, en quoi que ce soit, «mais simplement de le désencombrer». La démocratisation consiste à délocaliser la décision, chaque échelon local pouvant choisir ses représentants.
4 – La relation avec le Tiers-monde
Dans sa relation avec le Tiers-monde, tout le monde n’a retenu que cette phrase laconique de M. ROCARD : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde» dit-il lors de son émission du 3 décembre 1989 à Sept sur Sept avec Anne SINCLAIR sur TF1. Cette déclaration s'inscrivait dans un contexte de fermeture des frontières, à la suite du naufrage d’un bateau transportant des Libyens ; certains mêmes, comme François MITTERRAND, reprenaient le concept de «seuil de tolérance». Devant les violentes protestations d'une partie de la Gauche, Michel ROCARD estimera, le 24 août 1996, que cette citation a été tronquée. Il y adjoindra cette importante précision : «Elle (la France) doit savoir fidèlement en prendre sa part». Il a donc essayé de rectifier le tir, mais on n’a retenu que la déclaration initiale télévisée et faisant foi ; le mal est fait.
En dépit de cet écart de langage, Michel ROCARD est resté, fondamentalement, tiers-mondiste et humaniste. On l’a vu dans ses prises courageuses contre les guerres coloniales, mais aussi dans sa production intellectuelle. Ainsi, dans son ouvrage «Pour l’Afrique», Michel ROCARD part du constat que l'Afrique va mal, il faut donc faire quelque chose. «Il est temps de comprendre que si nous nous occupons de l'Afrique, nous nous en occupons mal. Lui venir en aide de façon globale et par à-coups, uniquement lorsque des catastrophes nationales ou des conflits locaux nous poussent à réagir, ne lui est d'aucun secours. Il est temps de réfléchir à l'avenir de l'Afrique de façon efficace et coordonnée, en prenant en compte ses particularités, en conduisant une politique que ne dictent plus nos propres intérêts et qui cesse de répondre à une vision occidentale, mais mise sur les possibilités réelles de l'Afrique. Il s'agit d'ouvrir tant au Sud qu'au Nord un débat vigoureux sur ce sujet majeur» écrit-il. Michel ROCARD est l’un des rares dirigeants politiques français à s’intéresser au continent noir, non pas en termes d’immigration ou de catastrophes naturelles ou de coups d’Etat, mais en dégageant de perspectives nouvelles (sécurité et stabilité, aide non conditionnelle, commerce équitable, communauté culturelle avec la France à travers la langue française, etc.).
II – Michel ROCARD et la bataille du leadership politique
A – Michel ROCARD, adversaire résolu de MITTERRAND
Michel ROCARD, l’ancien dirigeant du Parti socialiste unifié, choisit de se distinguer  de François MITTERRAND (1916-1996) qui cherche à devenir le principal opposant à de GAULLE. Contre toute attente, MITTERRAND met le général de GAULLE (1890-1970) en ballottage lors de l’élection présidentielle en 1965. ROCARD et ses partisans le détestent : ils lui reprochent son opportunisme et son maintien au gouvernement durant la guerre d’Algérie. Pour eux, le grand homme de la gauche, la référence morale et intellectuelle, c’est Pierre MENDES-France (1907-1982) qui, lui aussi, n’a guère d’atomes crochus avec François MITTERRAND. Mais ce dernier, sur la lancée de sa performance électorale, s’appuie sur un outil qui vise à rassembler l’opposition : la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Elle est composée de la Convention des institutions républicaines que préside MITTERRAND, de la SFIO, et du parti radical-socialiste.
Michel ROCARD, dans sa défense de la «Deuxième Gauche», se positionne, avant tout en opposition à François MITTERRAND, son concurrent éternel. En effet, Michel ROCARD reconnait que MITTERRAND est à l’évidence un tacticien génial. Mais, il ajoute que MITTERRAND un homme doté d’un cynisme gigantesque, d’une stratégie très personnelle, et très habile. Selon lui, MITTERRAND était étranger à toute notion de formation politique, à la notion de parti. Pour M. ROCARD : «Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François MITTERRAND». Michel ROCARD accuse François MITTERRAND, alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, pendant la guerre d’Algérie, d’avoir envoyé, injustement, de nombreuses personnes au peloton d’exécution. «Je suis enfant de la guerre. C’est très tôt que c’est construite en moi l’horreur de la violence, de toute violence, en politique ou ailleurs, et plus spécifiquement, s’il se peut, l’horreur combinée de mépris pour tout organisateur ou dispensateur de violence» dit-il. Michel ROCARD pense que MITTERRAND après la guerre, était un anticommuniste et un réactionnaire notoire. Il nous invite à lire le Barodet, qui est une reliure, à l’Assemblée Nationale, depuis la IIIème République, de toutes les professions de foi des candidats élus.
Homme politique le plus populaire de la Gauche, résistant à l’usure du temps, rescapé de la marginalisation, Michel ROCARD, dans cette compétition contre MITTERRAND, a sa stratégie de communication. En effet, nombre d’hommes politiques ont tenté de séduire l’opinion sans succès. Si ROCARD est décrit comme étant quelqu’un de tenace, travailleur, généreux, discret et franc, il existe aussi un autre ROCARD, «égocentrique, dévoré d’ambition, prêt à toutes les manœuvres, calculateur, voire cauteleux, qui ne s’intéresse aux hommes qu’autant qu’ils le servent, obsédé par son image, qui n’aborde les problèmes qu’en fonction de leur impact sur l’opinion, qui cède aux modes ou canons du moment» écrit Jean-Louis ANDREANI dans sa biographie sur ROCARD.
Une bonne communication ne crée pas un électorat, mais permet de mieux comprendre les attentes de celui-ci, et de mieux s’adresser à lui. Michel ROCARD offre sans doute un très bon angle pour réconcilier l’histoire avec la communication, refusant de substituer le message au massage, sans pour autant négliger la communication et l’opinion qui sont au cœur de sa carrière. Curieusement, sa popularité pérenne le rend marginal à l’égard du reste du paysage politique français. Adepte du «parler vrai». Michel ROCARD a toujours eu un rapport complexe avec le Parti socialiste. Scissionniste avec le PSU, il s’est trouvé marginalisé au sein du PS après l’avoir rejoint. L’essentiel de sa carrière s’est joué autour de la tension entre la volonté de conquérir l’appareil partisan et la distinction qui lui permit d’asseoir un succès sur les enquêtes d’opinion. Son cas permet d’étudier la subversion en tant que ressource indispensable dans un champ où sondages et médias occupent une place croissante.
On a parfois l’impression que Michel ROCARD existe et se définit toujours par rapport à François MITTERRAND. Bien que toujours très populaire et très haut dans les sondages (54% pour ROCARD et 37% pour MITTERRAND), le 19 octobre 1980, six mois avant le premier tour de l’élection présidentielle de 1981, Michel ROCARD annonce, depuis la mairie de CONFLANS SAINT-HONORINE, sa candidature, de façon compliquée et alambiquée. «J'ai décidé de proposer aux socialistes d'être leur candidat à la présidence de la République, déclare Rocard. (…) Le temps est donc venu pour les socialistes – en même temps que pour l'opinion toute entière, de savoir clairement et sans équivoque à quoi s'en tenir. Le temps est donc venu qu'un candidat soit un candidat car la détermination est une condition du succès». Le 8 novembre 1980, MITTERRAND annonce lui aussi sa candidature. M. ROCARD retire alors la sienne.
Michel ROCARD sera Premier Ministre de François MITTERRAND du 10 mai 1988 au 15 mai 1991. M. ROCARD rapporte cette indiscrétion de Jacques CHIRAC, alors Premier Ministre sortant lors de la passion de pouvoirs : «Méfie-toi de MITTERRAND, c’est quand il te sourit qu’il a le poignard le plus près de ton dos».
Michel ROCARD a créé le revenu minimum d’insertion (RMI). C’est également lui a commandé le livre Blanc sur les retraites qu’il a tout de suite refermé. Il s’occupera de la taxe carbone sous M. SARKOZY. M ROCARD revendique la paternité de la décentralisation, même si c’est Gaston DEFERRE qui l’a mise en œuvre.
B – Michel ROCARD, idéologue de la «Deuxième Gauche».
Pour Michel ROCARD, Jean JAURES (1859-1914) serait le père fondateur de la «Deuxième Gauche». En effet, à travers l’affaire DREYFUS, JAURES s’est battu pour faire admettre aux Socialistes qu’une atteinte aux droits de l’Homme les concernait tous. Pour lui, le droit à la dignité des hommes passait avant le combat économique et social. JAURES est l’inventeur de l’économie sociale est solidaire, à travers la coopérative ouvrière qui a sauvé la verrerie d’Albi. Un parti politique est un outil qui malaxe du pouvoir. La discussion des idées y est première, facialement. En vérité, le Parti socialiste s’est transformé en écurie présidentielle au service de la conquête du pouvoir et donc des ambitions personnelles. Ainsi, on a fabriqué un JAURES officiel pour donner du change. «JAURES est tombé dans un chaudron collectif. Il a été avalé, intégré, parce qu’il est le plus grand, le plus porteur, et les idées subversives que son œuvre véhicule ont été oubliées au passage».
Cependant, ces idées de «Deuxième Gauche» ont été contrariées par les tares congénitales du Parti Socialiste. Tout d’abord, ce n’est pas le Parti socialiste qui a fait la Révolution française et ce parti, créé en 1905, n’a jamais été un parti ouvrier. La bataille du suffrage universel à mettre au compte du Parti Radical. Il existe un sérieux divorce entre le Parti Socialiste et les Syndicats. Il y a en France une culture de l’affrontement et de la suspicion, au détriment du compromis et de la négociation. Le Parti socialiste est resté longtemps une organisation pour bâtir le socialisme municipal avec l’appui des enseignants et de la classe moyenne. C’est pourquoi, il n’a pas été aisé de construire en France, une vraie social-démocratie, une «Deuxième Gauche». La rénovation du Parti Socialiste peut – elle être engagée, avec succès, avec les idées de «Deuxième Gauche» que portent Michel ROCARD ?
Michel ROCARD, avec la création du Parti Socialiste Unifié (PSU), dans la droite file du refus de la guerre d’Algérie, et à la veille de la rénovation du Parti socialiste en 1971, avait entamé ce processus, à travers le concept d’autogestion. Dans le bagage intellectuel de la nouvelle gauche, on trouve le rejet des compromissions de la SFIO et du mitterrandisme avec l’appareil d’Etat durant la guerre d’Algérie, la critique de l’alliance PS-PCF des années 1970, et la conviction que le changement social ne se décrète pas d’en haut. L’impératif d’autogestion porté par la «Deuxième gauche» montre que son projet fut, en somme, de démocratiser le capitalisme. Les théoriciens de la deuxième gauche se révélèrent finalement meilleurs sociologues qu’économistes.
Au congrès de Nantes du Parti socialiste, en 1977, Michel ROCARD choisit de distinguer et d’opposer deux cultures politiques en œuvre dans la gauche française. «La plus typée, qui fut longtemps dominante, est jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste». C’est la «Première Gauche». Elle était revendiquée par une classe ouvrière qui exigeait une intervention dans le domaine économique et social. A ce congrès de Nantes du Parti socialiste, Michel ROCARD défend «la deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique». Ces idées n’ont pas reçu un écho immédiat au sein du Parti socialiste, Michel ROCARD étant minoritaire dans cette organisation. Certaines de ses positions ont, en revanche, progressivement, rencontré l’air du temps au point de se diffuser naturellement dans le logiciel socialiste.
Pour certains, Michel ROCARD, le président d’honneur d’un Think Tank, réformiste : «Inventer à Gauche» serait classé à droite du PS. Jean POPEREN (1925-1997) l’avait affublé de ce sobriquet désobligeant : «ROCAR-D’ESTAING». Michel ROCARD réfute violemment cette étiquette. Pour lui, la vraie définition de la Gauche c’est le respect de la vie humaine, de la démocratie, de l’égalité des personnes et la dignité des hommes.
La «Deuxième gauche» est ce que l’on appelle la social-démocratie à la suédoise. Elle disait oui à l’économie de marché et non à la société de marché. Missionné par François MITTERRAND, au congrès de METZ, Laurent FABIUS a lâché cette formule contre les Rocardiens «Mais si, Michel ROCARD, entre les marchés et le rationnement, il y a le socialisme». Dans son débat qui l’a opposé en 2011, à Alain JUPPE, Michel ROCARD qui tire à boulets rouges sur la gauche, sur son incapacité à assumer l’économie de marché, le réformisme et le compromis politique auxquels elle adhère, pourtant, dans les faits. 
C – Les héritiers de Michel ROCARD
Les tenants de la doctrine néolibérale (THATCHER et REAGAN) ont éclipsé, pendant quelques décennies, ces idées de la «Deuxième Gauche». Pendant longtemps, on avait cru que Michel ROCARD avait perdu la bataille des idées. Puis l’accession de François HOLLANDE au pouvoir en mai 2012, un partisan de Jacques DELORS qui a affirmé, tardivement, son orientation social–démocrate, ont rendu d’une grande actualité les idées de Michel ROCARD.
Le rocardisme dans sa conception initiale, semble s’être volatilisé avec les frasques sexuelles de Dominique STRAUSS-KHAN et le naufrage de Manuel VALLS. Pourtant, depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel MACRON et les fractures au Parti socialiste, la question revient, sans cesse, qu’est-ce qu’être un bon réformiste ?
Pour certains observateurs, M. Lionel JOSPIN serait une synthèse du Rocardisme et du Mitterrandisme. C’est un homme intègre et a refusé de mentir à l’opinion. Cet engagement de vérité l’a conduit à dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit. La moralisation de l’action publique est devenue crédible avec JOSPIN. Dans son livre, «Le cœur à l’ouvrage», Michel ROCARD défend cette idée centrale : la réflexion et l’action politique ne sont rien, si elles ne répondent pas à une exigence éthique. Mais le refus de JOSPIN de ne pas trancher et de choisir entre les deux gauches serait, suivant M. ROCARD, l’explication de l’échec de 2002.
M. Manuel VALLS a été un conseiller pour les affaires étudiantes au cabinet de Michel ROCARD. Devenu Premier Ministre, M. Manuel VALLS a fait nommer Loïc ROCARD, un des fils de Michel ROCARD, 42 ans, conseiller à son cabinet. Manuel VALLS est naturellement un rocardien dans sa démarche de débarrasser la Gauche d'une pensée marxiste ou trop étatiste. Il faut s'intégrer dans une économie de marché en essayant de donner des résultats de distribution qui soient sociaux. Pour M. Michel ROCARD, le président HOLLANDE a fait un bon choix en nommant M. VALLS premier ministre. Les concepts de «Parler vrai» ou de «Vérité», de M. Manuel VALLS ont bien été empruntés au maître à penser qu’est Michel ROCARD. «Parler vrai. Si j’avais touché des droits d’auteur, ma fortune serait faite», souligne M. Michel ROCARD, dans son livre «Le cœur à l’ouvrage», page 292. Cette expression, née au cours d’un entretien avec Jacques JULLIARD, le 8 janvier 1979, signifie que c’est un devoir moral que de dire la Vérité. Les hommes politiques doivent cesser de mentir. Comme le disait, Pierre MENDES-France (1907-1982), «la vérité guide mes pas». La vérité est au cœur, non pas de l’engagement, il arrive que l’on se trompe, mais des choix de responsabilités, et donc de pouvoirs. On doit assumer ses responsabilités devant le peuple. La grande ambition du Rocardisme c’est non seulement de gagner le pouvoir, mais aussi y rester et réaliser des choses dans une vision réformiste progressiste. Toute la difficulté c’est comment concilier la justice sociale et l’efficacité économique, et donc la pensée libérale ? Toutes les réformes menées, jusqu’ici, semblent avoir négligé cette dimension de justice sociale.
Michel ROCARD est mort le 2 juillet 2016, à l'âge de 85 ans. Il symbolise la modernité, la vérité, l’humanisme et «la fidélité à ses idées et une certaine manière de les incarner» écrit Alain BERGOUNIOUX. Fidèle à sa ligne sur l’anticipation à la réalité politique, il avait déclaré, à titre testamentaire : «Je voudrais laisser comme trace de m’être attaché, non pas au symbole d’être le premier quelque part, mais de n’avoir jamais pris une heure de retard pour faire avancer le pays sur une route qui est longue» dit-il, à TF1, le 28 juin 1990.
Bibliographie sélective :
1 – Contributions de Michel Rocard
ROCARD (Michel) et GARRISSON (Janine), L’art de la paix, Paris, Atlantica, 1997, 80 pages ;
ROCARD (Michel), A l’épreuve des faits, textes politiques, 1979-1985, Paris, Le Seuil, 1986, 219 pages ;
ROCARD (Michel), Aux générations futures, espérant qu’elles nous pardonneront, entretien avec Mathias Thépot, Montrouge, Bayard, 2015, 124 pages ;
ROCARD (Michel), BOLKESTEIN (Fritz) Peut-on réformer la France ?, entretiens avec Bertrand Richard, Paris, éditions Autrement, 2006, 124 pages ;
ROCARD (Michel), Comment la France se réconcilie avec l’excellence, Paris, Librio, 2014, 73 pages ;
ROCARD (Michel), Construire le progrès social, Paris, Syros-Alternatives, 1990, 126 pages ;
ROCARD (Michel), Décoloniser la province, Paris, B. Le Prince, 2013, 143 pages ;
ROCARD (Michel), Des militants du PSU, Paris, Epi, 1971, 224 pages ;
ROCARD (Michel), Eliminer les armes nucléaires, Paris, Odile Jacob, 1997, 287 pages ;
ROCARD (Michel), Ethique et démocratie, Genève, Labor et Fides, 1996, 59 pages ;
ROCARD (Michel), FOURNIER (Jules), Suicide pour l’Occident ou suicide pour l’humanité ?, Paris, Flammarion, 2015, 422 pages ;
ROCARD (Michel), GALLUS (Jacques), L’inflation au coeur, Paris, Gallimard, 1975, 256 pages ;
ROCARD (Michel), GARISSON (Janine), L’Edit de Nante, l’art de la paix, Nantes, Atlantica, 1997, 130 pages ;
ROCARD (Michel), JAUMONT (Bernard), LENEGRE (Daniel), Marché commun contre l’Europe, Paris, Seuil, 1973, pages ;
ROCARD (Michel), JUPPE (Alain), La politique telle qu’elle meurt de ne pas être, un débat conduit par Bernard Guetta, Paris, J’ai Lu, 2011, 250 pages ;
ROCARD (Michel), La Gauche n’a plus le droit à l’erreur, Paris, Flammarion, 2012, 367 pages ;
ROCARD (Michel), La Nation et son école, Paris, Service d’information et de diffusion, 1991, 53 pages ;
ROCARD (Michel), La Nation, l’Europe, le monde, Paris, éditions de l’Atelier, éditions Ouvrières, 1995, 112 pages ;
ROCARD (Michel), La politique ça vous regarde, Paris, Gallimard, Jeunesse Giboulées, 2012, 117 pages ;
ROCARD (Michel), Le cœur à l’ouvrage, Paris, Odile Jacob, 1987, 352 pages ;
ROCARD (Michel), Le français, langue des droits de l’homme, Paris, Paroles de l’Aube, 1998, 61 pages ;
ROCARD (Michel), Le PSU et l’avenir socialiste de la France, Paris, Seuil, 1969, 189 pages ;
ROCARD (Michel), Les moyens de s’en sortir, Paris, Le Seuil, 1996, 272 pages ;
ROCARD (Michel), Mémoire vivante, entretiens avec Judith Weintraub, Paris, Flammarion, 2001, 372 pages ;
ROCARD (Michel), Mes idées pour demain, Paris, Odile Jacob, 2000, 270 pages ;
ROCARD (Michel), Michel Rocard vous parle, Palais Bourbon, textes réunis et présentés par Tristan Mage, Paris, T. Mage, 1988, 1969 à nos jours, vol 1, 211 pages ; 1989, 1972 à 1980, 2ème vol 241-518 ; 1981, 3ème vol, 537-1043 ; 1982, vol 4, pages 1064-1369 ; 1983, vol 5, pages 1391-1662 ; 1984-87, vol 6, pages 1683-2240 ;
ROCARD (Michel), Michel Rocard, entretiens avec Judith Waintrub, Paris, Flammarion, 2001, 279 pages ;
ROCARD (Michel), Oui, à la Turquie, Paris, Hachette littératures, 2009, 154 pages ;
ROCARD (Michel), Parler vrai, textes politiques (1966-1979), précédé d’une préface et d’un entretien avec Jacques Julliard, Paris, Le Seuil, 1979, 169 pages ;
ROCARD (Michel), Pour une autre Afrique, Paris, Flammarion, 2001, 137 pages ;
ROCARD (Michel), Question à l’Etat socialiste, Paris, Stock, 1972, 187 pages ;
ROCARD (Michel), Réponse pour demain, Paris, Syros Alternatives, 1988, 279 pages ;
ROCARD (Michel), Si cela vous amuse : chroniques de mes faits et méfaits, Paris, Flammarion, 2010, 577 pages ;
ROCARD (Michel), Si la Gauche savait, entretiens avec Georges-Marc BENAMOU, Paris, Robert Laffont, 2005, 372 pages ;
ROCARD (Michel), Un député : pourquoi faire ?, Paris, Syros, 1973, 90 pages ;
ROCARD (Michel), Un pays comme le nôtre (textes politiques, 1986-1989), Paris, Le Seuil, 1989, 283 pages.
2 – Critiques de Michel Rocard
ANDREANI (Jean-Louis), Le Mystère Rocard, Paris, Laffont, 1993, 732 pages ;
BEDAI (Jean-Pierre), LIEGEOIS (Jean-Pierre), L’eau et le feu, Mitterrand - Rocard, histoire d’une longue rivalité, Paris, Grasset, 1990, 394 pages ;
BERGOUNIOUX (Alain), MERLE (Jean-François), Le rocardisme : devoir d’inventaire, Paris, Seuil,  2018, 299 pages ;
DIBOUT (Patrick), «Décoloniser la province», Critique socialiste, février et mars 1981, pages 67-89 ;
DIBOUT (Patrick), Le PSU et l’Etat jacobin, Mémoire DEA, études politiques, sous la direction de Y. Mény, Rennes I, 1976,  216 pages ;
DUCLERT (Vincent), «La deuxième gauche», Histoire des Gauches en France, 2005, pages 175-189 ;
EVIN (Khatleen), Michel Rocard : ou l’art du possible, Paris, J-C Simoen, 1979, 243 pages ;
Fondation Jean Jaurès, Rêveur réaliste, réformiste radical, Michel Rocard, préface d’Alain Bergounioux, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2015, 33 pages ;
FULLA (Mathieu), «Michel Rocard et l’économie : itinéraire d’un social-démocrate français», L’économie politique, 2017 (1) n°73, pages 21-36 ;
GALLEMAND (Florence), «La politique rocardienne de modernisation administrative», in CURAPP, La gouvernementalité : de la critique de l’Etat, aux technologies du pouvoir,  Paris, PUF, 1996, pages 227-246 ;
GEORGI (Frank), «Un socialisme autogestionnaire aux couleurs de la France ?», in Noëlline CASTAGNEZ et Gilles MORIN, éditeurs, Le Parti socialiste, d’Epinay à l’Elysée, 1971-1981, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 360 pages, spéc pages 277-291 ; 
GRAVIER (Jean-François), Paris et le désert français, Paris, Le Portulan, 1947 et Flammarion 1958, 420 pages ;
GUIGO (Pierre-Emmanuel), «La rose et le souffre : Michel Rocard et le PS, entre subversion et banalisation», Parlements, revue d’histoire politique, 2016 (1) n°23, pages 43-60 ;
GUIGO (Pierre-Emmanuel), «Michel Rocard ou la communication marginale», Histoire et politique, 2013 (3) n°21, pages 140-154 ;
HAMON (Hervé) et ROTMAN (Patrick), L’effet Rocard, Paris, Stock, 1980, 365 pages ;
HAMON (Hervé) et ROTMAN (Patrick), La deuxième gauche, histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Paris, Ramsay, 1982, 447 pages ;
HUCHON (Jean-Paul), PANON (Xavier), C’était Michel Rocard, Paris, L’Archipel, 2017, 317 pages ;
ROCARD (Yves), Mémoires, sans concession, Paris, Bernard Grasset, 1988, 302  pages ;
ROMAN (Joël), «Michel Rocard, une force de conviction», Esprits, septembre 2016 (9) pages 27-30 ;
ROSANVALLON (Pierre), L’âge de l’autogestion, ou la politique au poste de commandement, Paris, Seuil, 1976, 187 pages ;
ROSANVALLON (Pierre), VIVERET (Patrick), Pour une nouvelle culture politique, Paris, Seuil, 1977, 154 pages ;
SCHNEIDER (Robert), La haine tranquille, Paris, Points, 1993, 274  pages ;
SCHNEIDER (Robert), Michel Rocard, Paris, Stock, 1987, 309  pages.
Paris, le 2 juillet mai 2016, actualisé le 1er août 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Michel ROCARD (1930-2016), militant socialiste réformiste du parler vrai, tiers-mondiste et théoricien de la Deuxième Gauche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 17:35

"Un après-midi avec Arsinoé au Parc Zoologique de Paris" - Baamadou.over-blog.fr

Ce samedi 3 mai 2014, il a fait beau sur la région parisienne. J’ai donc choisi d’aller visiter avec fille de 5 ans, Arsinoé, le Parc Zoologique de Paris, rattaché au 12ème arrondissement et communément appelé «Zoo de Vincennes», à la Porte d’Orée. La ville de Paris a consenti d’importants travaux de rénovation de ce Zoo qui a ré-ouvert ses portes le 12 avril 2014. Créé en 1934 par le Muséum national d’Histoire naturelle, le Parc Zoologique de Paris a 80 ans. La dégradation de ses structures, liée à son âge, menaçait sa survie. À l’exception de la restauration du Grand Rocher, à la fin des années 1990, il n’avait fait l’objet d’aucune rénovation importante. La décision fut prise de maintenir ce lieu de patrimoine cher à tous les publics. Le zoo avait fermé ses portes le 30 novembre 2008, tous les animaux, à l’exception du groupe des girafes et des grands hapalémurs, ont été accueillis dans différents parcs animaliers, en France et dans le monde. Il faut dire que l’entreprise BOUYGUES, prestataire, a fait du bon travail. Mes compliments à l’égard de cet entrepreneur sont rares, mais il faut saluer, et pour l’instant, la qualité du travail accompli.

 

Nous avons vu pas mal d’animaux, mais le clou de la visite ce sont les girafes. Les loups, les tapirs, ainsi que les félins sont majestueux. J’ai trouvé le lion fainéant comme un fonctionnaire. Il a dormi tout l’après-midi. Il est probable que ce lion a été stagiairisé et titularisé. Je n’ai pas d’autres explications rationnelles. Compte tenu de l’ouverture récente du parc, il n’y a pas encore certains animaux (éléphants, rhinocéros, biches). C’est la première fois que ma fille voyait un caméléon. J’ai tenté de lui expliquer que ces animaux changeaient souvent de couleur, comme les politiciens changent fréquemment d’avis. Mais je ne suis pas sûr que l’explication soit pédagogique et bien comprise. La première fois que je voyais un lion, c'était dans un parc à Amsterdam. J'ai hurlé de rire. Les visiteurs ont dû me trouver bizarre. Mais pour un Africain voir ce fauve pour la première fois en Hollande, c'est un délire à se fendre la gueule. Mais enfin, il y a toujours une premières fois ! Devant la vipère, avec son venin mortel, j’ai fait allusion à ceux qui distillent le poison de la haine. Là, je me suis un peu égaré dans un chemin tortueux qui dépasse l’âge de ma fille. Après cette belle visite, je croyais que ma fille était satisfaite de la ballade. Hélas non ! Arsinoé voulait voir, coûte que coûte, un dinosaure. Ma fille sait ce qu’elle veut et ne lâche pas facilement le morceau. Ennuyé, je lui ai promise d’aller voir, la semaine prochaine, ces bestioles au Jardin des Plantes, dans le 5ème arrondissement. Si elle ne découvre que des squelettes, j’angoisse à l’idée du choix de l’expédition suivante. Arsinoé avec ses réclamations et ses exigences, me désarçonne parfois. Paris, 3 mai 2014. Baamadou.over-blog.fr.

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 11:12

Léon BLUM, homme d’Etat et de Lettres, humaniste, juriste de droit public et socialiste réformateur (9-4-1872- 30-3-1950) Baamadou.over-blog.fr.

En ce 1er mai 2014, le Parti Socialiste a choisi de rendre hommage, devant la mairie du 11ème arrondissement, une figure historique du socialisme français : Léon Blum. Etaient présents à cette rencontre mémorable, notamment Jean-Christophe CAMBADELIS, 1er secrétaire du Parti socialiste, M. Jean-François VOGEL, maire du 11ème arrondissement, Mme Catherine BARATTI ELBAZ, maire du 12ème, M. Jean-François LE GARET, ancien Ministre de François MITTERRAND, M. Jean-Paul HUCHON, président du conseil régional d’Ile-de-France, et de nombreux militants socialistes.

M. CAMBADELIS a annoncé que chaque 1er mai, le Parti socialiste viendra, à la mairie du 11ème arrondissement, honorer les combats menés par Léon BLUM. La place Léon Blum, à Paris, dans le 11ème arrondissement, a été inaugurée en 1957 et sa statue conçue par Philippe GAREL a été érigée en 1985.

I - Qui était Léon BLUM ?

Issu d'une famille juive d'Alsace, Léon Blum est né à Paris. Ancien élève de L'École normale supérieure, critique littéraire à la Revue Blanche, il entre au Conseil d'État comme maître des requêtes en 1895.

Léon BLUM est avant tout un homme de Lettres. La littérature occupe ses loisirs. Dès 1891, il collabore aux revues la Conque, où écrit aussi André Gide, et le Banquet, avec Fernand GREGH et Marcel PROUST. En 1894, il devient l'un des rédacteurs habituels de la Revue Blanche. Il écrit aussi au Gil Blas et à la Grande Revue. Bientôt, il devient chroniqueur dramatique du Matin, puis de Comœdia. Il publiera par la suite plusieurs essais : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann (1901), Du mariage (1907), Stendhal et le beylisme (1914).

Léon BLUM est un brillant juriste de droit public. En 1895, Léon BLUM passa avec succès le concours de l’auditorat et entra au Conseil d’État, juridiction administrative. Commissaire du gouvernement à partir de 1910, il prononça des conclusions importantes dans le domaine social au sujet d’affaires concernant les syndicats et les conflits sociaux du début du XXe siècle, tels que, notamment, les grèves d’Armentières. Il contribua à l’élaboration de la notion de service public en cherchant à adapter les règles juridiques à l’évolution de la société et des institutions publiques (arrêt Compagnie générale française des tramways, 1910) et à l’évolution de la jurisprudence sur la responsabilité de l’administration et de ses agents (Epoux Lemonnier, 26 juillet 1918). Son activité au Conseil d’Etat, cessa en 1919, lorsqu’il fut élu député. Il y analyse ses années passées à la tête du Parti Socialiste et montre l’importance et la place de l’individu, ainsi que de la démocratie, dans sa conception du pouvoir.

Léon BLUM est avant tout un homme d’Etat et un humanis Dreyfus l'amène à la politique active. Il est ardemment dreyfusard. Une conversation avec Lucien HERR le conduit au socialisme ; il rejoint alors les intellectuels socialistes qui travaillent à réaliser l'unité et collabore à l’Humanité de Jean JAURES; en même temps, il siège au conseil d'administration de la Société nouvelle de librairie et d'édition, rue Cujas, qui publie la « Bibliothèque socialiste », et il y donne une analyse des congrès socialistes et ouvriers de 1871 à 1900. Cependant, le marxisme l'influence peu ; il croit avant tout au rôle des hommes et à l'action des idées. Dreyfusard, il participe alors à l'unification du Parti socialiste et à la création de L'Humanité dans le sillage de Jean Jaurès, dont l'assassinat marque son entrée en politique. Chef de cabinet du ministre socialiste Marcel SEMBAT (1914-1916), Léon BLUM est élu député de la Seine (1919).

Léon BLUM défend la minorité socialiste contre la majorité communiste au Congrès de Tours (1920). Le Parti socialiste, issu de l’union en avril 1905 des multiples formations socialistes qui existaient depuis la fin du XIXe siècle, va, à partir des élections législatives de 1919, se diviser inéluctablement en tendances radicalement opposées, qui vont violemment s’affronter lors du 18e congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920. La tendance dite des «majoritaires», emmenée par Marcel Cachin (élu député en 1914, il a été envoyé en mission en Russie en 1917), Louis-Oscar Frossard et Charles RAPPOPORT. Marcel CACHIN et Frossard, qui reviennent en août 1920 d’un séjour à Moscou, où le précédent congrès de la SFIO, tenu au printemps 1920 à Strasbourg, souhaitent l’adhésion du Parti socialiste français au Komintern, l’Internationale communiste fondée par Lénine en 1919 après la révolution bolchevique. Cette adhésion est soumise à 21 conditions énoncées par Lénine en juillet 1920. La tendance des « minoritaires », qui rejettent résolument l’adhésion aux 21 conditions du Komintern, et au nom desquels Léon Blum, ancien chef de cabinet de Marcel SEMBAT au ministère des Travaux publics, et élu député de la Seine en novembre 1919, prononce à la tribune de ce congrès un discours qui fait sensation parmi les délégués : «Pour la vieille maison».

Devenu chef de la SFIO, face à la menace fasciste, Léon BLUM initie la coalition du Front populaire dont la victoire aux Législatives (4 juin 1936) lui ouvre la voie de la présidence du Conseil. Le mouvement social déclenché par sa nomination débouche sur les accords de Matignon : congés payés, semaine de 40 heures et allongement de la durée de la scolarité, etc. Face à la fuite des capitaux, il doit procéder à une dévaluation et à une pause sociale (février 1937). Mais pris entre la crise de la coalition due à sa non-intervention en Espagne et le refus du Sénat de lui accorder les pleins pouvoirs financiers, il démissionne (22 juin 1937). Son second cabinet dure trois semaines (13 mars – 8 avril 1938).

Léon BLUM est l'un des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain (juillet 40). Arrêté par Vichy le 15 septembre 1940, déporté à Buchenwald en 1943, de retour à Paris en mai 1945, il contribue à mettre en place les institutions de la IVe République.

En 1936, il fut appelé à diriger le gouvernement du Front populaire.

Déporté pendant la guerre, il resta à la Libération la figure de proue du socialisme et devint Président du Conseil en 1946. Léon BLUM meurt subitement le 30 mars 1950.

II – Quel héritage et quel message nous délivrent Léon BLUM ?

Avec Léon BLUM, la France s’est ancrée dans la modernité en lançant une politique audacieuse en vue de changer la vie. Le projet socialiste c’est le progrès social, la justice, la liberté, la dignité humaine. Léon BLUM est l’auteur d’un ouvrage, «A l’échelle humaine», écrit en 1944, pendant sa captivité et publié en 1945. Il y décrit sa conception du Socialisme qui consubstantiellement liée à la démocratie et à la défense de la dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société.

Léon BLUM est l’initiateur du Socialisme à la française. La justice sociale est indissociable avec le principe démocratique.

Léon BLUM qui a subi deux guerres mondiales et qui a été déporté en tant que Juif, a également jeté les bases idéologiques de la construction européenne. Il distingue la souveraineté de l’indépendance. Pour lui c’est le concept de souveraineté absolue qui a été le moteur des guerres qui ont ravagé le vieux continent.

Léon BLUM s’est intéressé à la jeunesse et au statut des femmes qui n’avait encore le droit de vote. Il a nommé trois femmes à son gouvernement. C’est ce combat pour l’égalité qui a conduit à ce qu’Anne HIDALGO devienne maire de Paris en 2014.

Léon BLUM a mené des politiques publiques innovantes en faveur notamment de la culture et des loisirs, conséquences du droit aux congés annuels.

Entré en politique lors de l’affaire DREYFUS, face aux invectives et insultes de l’Extrême-droite, Léon BLUM pour la République et ses valeurs, notamment d’égalité. Parmi ces fortes dissensions, l’antisémitisme est un élément majeur. Sous-jacent depuis des siècles, il s’est structuré à la fin du XIXe siècle autour d’écrits comme La France juive d’Édouard Drumont, autour de personnalités fortes et brillantes comme Maurras ou Déroulède et autour d’événements marquants comme l’affaire Dreyfus. Il fait partie intégrante de l’idéologie de certaines ligues (comme l’Action française), au même titre que le nationalisme, l’anticommunisme ou l’antiparlementarisme. La personnalité de Léon Blum (juif, membre de la haute bourgeoisie, leader de la S.F.I.O.) ne manque donc pas de susciter haine et dégoût chez une frange de la population.C’est Xavier VALLAT, député de Droite, proche de l’Action française, qui lance l’attaque la plus blessante : "Votre arrivée au pouvoir marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif. J’ose dire à haute voix ce que le pays pense en son for intérieur ; il est préférable de mettre à la tête de ce pays un homme dont les origines appartiennent à son sol... qu’un subtil talmudiste".

En février 1942, Léon BLUM est traduit, avec plusieurs inculpés, devant la cour de Riom, c’est le fameux procès de RIOM, sous l'accusation d'avoir trahi les devoirs de sa charge. Sa défense se révèle si efficace que le gouvernement suspend les débats (11 avril 1942). C'est pendant ces mois de détention qu'il rédige son livre À l'échelle humaine, où il expose sa conception humaniste du socialisme. Après l'occupation, par les armées allemandes, de la zone sud, il est déporté successivement à Dachau, à Buchenwald et dans le Haut-Adige, où il est libéré, en mai 1945, par une armée américaine venant d'Italie.

Ce combat mené par Léon BLUM pour le respect du principe d’égalité, est toujours d’actualité. Hier, ces attaques, calomnies et insultes, avaient conduit au suicide Roger SALENGRO, maire de Lille. Aujourd’hui, Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a rendu hommage à Brahim BOUARRAM jeté à la Seine, un 1er mai, par un militant du Front National au Pont du Carrousel, près du Louvres. Cette démarche de ville bienveillante au cœur de l’action de Mme HIDALGO.

Certains élus, même de gauche, mais que je ne nommerai pas, mais cela viendra en temps utile, jettent leurs collaborateurs comme des criminels. Il y a sans doute des bananes en Afrique, mais les Noirs sont des hommes et des femmes qui méritent, comme les autres êtres humains, un minimum de respect de la considération. L’autoritarisme et la méchanceté, comme le dirait l’autre «c’est la faiblesse des imbéciles qui se croient forts».

Le courage, la clairvoyance de Léon BLUM, son éthique et son refus des inégalités, font de lui encore notre boussole dans l’action politique. Pour Léon BLUM la politique n’est juste que si elle est humaine, si l’action publique mène à la dignité humaine. C’est cela le projet socialiste.

Paris, le 1er mai 2014. Baamadou.over-blog.fr.

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 16:18

William SHAKESPEARE, un magicien des mots, fête ses 450 ans (23 avril 1564 – 23 avril 1616), par Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr.

William Shakespeare est né probablement le 23 avril 1564 à Stratford-upon-Avon. On ignore sa date exacte de naissance, m ais elle est traditionnellement célébrée le 23 avril, jour de la Saint-Georges, patron de l’Angleterre. Il est mort le 23 avril 1616 dans la même ville. Considéré comme l'un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains de la culture anglaise, il est réputé pour sa maîtrise des formes poétiques et littéraires, ainsi que sa capacité à représenter les aspects de la nature humaine. Figure éminente de la culture occidentale, Shakespeare continue d’influencer les artistes d’aujourd’hui. L'anglais est d'ailleurs souvent surnommé la langue de Shakespeare tant cet auteur a marqué la langue de son pays en inventant de nombreux termes et expressions. Certaines citations d'ailleurs sont passées telles quelles dans le langage courant.

SHAKESPEARE, ce magicien des mots et acteur au théâtre du Globe, est un génie de la littérature qui a excellé dans différents domaines, comme les tragédies, les pièces historiques, les comédies, les tragicomédies et les poèmes. L'originalité de la pensée de SHAKESPEARE, la richesse et la variété de son style, ses nombreuses expressions idiomatiques, locutions à double sens et calembours, sont un véritable délice pour les amoureux des lettres, mais un supplice pour les traducteurs.

Il est traduit dans un grand nombre de langues et, selon l'Index Translationum, avec un total de 4 159 traductions, il vient au troisième rang des auteurs les plus traduits en langue étrangère après Agatha Christie et Jules Verne. Ses pièces sont régulièrement jouées partout dans le monde. Shakespeare est l’un des rares dramaturges à avoir pratiqué aussi bien la comédie que la tragédie. Shakespeare écrivit trente-sept œuvres dramatiques, entre les années 1580 et 1613. Mais la chronologie exacte de ses pièces est encore discutée. Cependant, le volume de ses créations n'apparaît pas comme exceptionnel en regard de critères de l’époque. On mesure l’influence de Shakespeare sur la culture anglo-saxonne en observant les nombreuses références qui lui sont faites, que ce soit à travers des citations, des titres d’œuvres ou les innombrables adaptations de ses œuvres.

La vie et l’œuvre de SHAKESPEARE ont été l'objet de vives controverses. Certains ont longtemps douté de son existence. D'autres lui ont contesté la paternité de ses pièces. Ces controverses sont aujourd'hui en grande partie éteintes. Son existence est historiquement établie. Et il est bien considéré comme l'auteur de ses pièces, même si leur chronologie et leur genèse soulèvent encore des difficultés.

  • Vénus et Adonis (poésie, 1593) ; Henri VI (théâtre, 1588-1592).
  • La Mégère apprivoisée (comédie, 1592-1595).

Une quarantaine de pièces :

  • Parmi les comédies : Le Songe d'une nuit d'été (1592-1595) ; Beaucoup de bruit pour rien (1595-1600) ; Les Joyeuses Commères de Windsor (1600-1601).
  • Parmi les tragédies : Macbeth et Le Roi Lear (1605-1607) ; Hamlet (1595-1600) ; Othello (1601-1604) ; Roméo et Juliette (1595).
  • Parmi les drames historiques : Richard II (1595-1600) ; Richard III (1592-1595) ; Henri IV (1595-1600).

Penseur de la Renaissance, SHAKESPEARE, à travers notamment ses tragédies, a contribué, de façon décisive, au sortir du Moyen Age, à l’émergence du Moi, et donc de l’individualisation et du réalisme en Occident. Naturellement, j’ai adoré Roméo et Juliette (1595), cette tragédie de l’amour. A Vérone, dans un climat de haine et de violence, deux adolescents, Roméo Montaigu et Juliette Capulet, appartenant à deux familles ennemies, tombent amoureux l’un de l’autre, et se marient secrètement. Si l’amour met Juliette à l’émancipation, il place Roméo sur la voie de la maturité. Mais leur amour contrarié fini par un double suicide. Les deux familles se réconcilient alors devant le corps de leurs enfants. Par conséquent, l’influence italienne est certaine. SHAKESPEARE a ajouté sa touche de génie, en insistant sur le rôle de la «Fortune» aveugle dans la destinée des amants. Dans les versions antérieures, l’histoire s’étale sur plusieurs mois et perd de son intensité dramatique. Dans sa tragédie, au contraire, SHAKESPEARE opère un resserrement en 5 jours. La pièce, en 5 actes, y gagne en rigueur et en vigueur. Il s’en suit une impétuosité qui colle parfaitement à la brutalité de l’amour innocent et contrarié, la fougue de la jeunesse et la violence des passions. L’Amour pur, mais impossible, est cette illumination qui, soudain, donne du sens à leur existence. Cette tragédie de Roméo et Juliette est finalement une célébration du bonheur fugitif, du caractère intemporel de l’Amour, au même titre que les histoires d’Orphée et Eurydice, de Tristan et Iseut.

C’est François Marie AROUET, dit VOLTAIRE, qui a fait connaitre l’auteur d’Hamlet en France et en Europe. SHAKESPEARE ivre de langage, sorcier et maître du verbe, nous a démontré que toute parole est mensonge, et que toute âme ouverte à la parole entre dans un monde d'illusion totale d'où il n'y a d'issue que vers la conscience de solitude et vers le silence, où entrera enfin Hamlet. Après la mort du Roi Hamlet au Danemark, le remariage de Gertrude avec Claudius. Hamlet, fils éponyme du roi défunt, apprend que ce dernier a tué son père. Il ne sait comment agir et fait face à un dilemme, d’où ce fameux monologue, à l’Acte III, scène 1, que tout le monde a encore gardé en mémoire, «To Be or Not Be ; that is the Question» :

«Etre, ou ne pas être, c’est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte? Mourir.., dormir, rien de plus... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair: c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir.., dormir, dormir! peut-être rêver! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d’action... Doucement, maintenant! Voici la belle Ophélia... Nymphe, dans tes oraisons souviens-toi de tous mes péchés».

C’est encore un autre illustre français, François-Victor HUGO (28 octobre 1828 – 26 décembre 1873, à Paris), 4ème des 5 enfants de Victor HUGO, qui a fait traduire les sonnets de SHAKESPEARE en 1857. La Nouvelle Revue Française a en 1969, avec une version française de Pierre Jean JOUVE traduit ces « Sonnets ». « Il n’est pas d’expression plus vive et plus cruelle de l’amour que ces incomparables sonnets. Ce n’est pas pourtant cela qui fait leur gloire. Leur gloire semble encore être attachée à l’existence d’un phénomène poétique se déroulant, à travers le lyrisme tour à tour brillant, impassible féroce et sanglotant », dit dans la préface Pierre JOUVE. Les cent cinquante quatre poèmes raffinés, écrits dans une langue précieuse, sont une des plus belles réussites d'une époque féconde en poésies amoureuses. Ils présentent des considérations sur le désir, la jalousie, la hantise de la vieillesse et de la mort ainsi qu'une analyse très fine du sentiment amoureux. « Ces sonnets n’étaient point faits, du reste, pour être lus pour le public ; ils étaient conçus pour une récitation à voix basse, ou une confidence amoureuse, ou une sourde querelle », précise Pierre JOUVE. Les Sonnets décrivent un amour passionné sur fond de jalousie ; ce qui leur donne un caractère privé et scandaleux. À la première lecture on peut penser que ces Sonnets sont dédiés à une femme et que c’est le poète lui-même qui parle, mais en fait, les Sonnets sont dédiés à un homme dont on ignore l’identité. Au fil des Sonnets le ton du poète change. Les premiers poèmes s’adressent plus à un homme, les autres à une mystérieuse Dame Noire et les deux derniers sont plutôt d’inspiration grecque. Il y a une certaine morale dans les Sonnets, la vérité, la beauté et la bonté devraient être nos modèles de vie. Pour SHAKESPEARE la mort n’existe pas. Le temps est éternel. Aussi longtemps que ses poèmes seront lus, il ne mourra pas. De même, sa muse ne mourra jamais puisqu’elle est immortalisée dans ses poèmes. Un second facteur qui fait que la mort n’existe pas pour SHAKESPEARE est que la famille assure la vie éternelle de leur ancêtre. La vraie beauté reste pour toujours dans la mémoire et les souvenirs des êtres chers. Puisque le temps est éternel, la beauté l’est aussi. Pour SHAKESPEARE, le temps ne s’arrête jamais. Il continue au-delà de la mort. William SHAKESPEARE évoque sa relation avec la postérité, dans son poème 145 de ses sonnets :

«Quand je serai mort, cessez de me pleurer aussitôt que le glas sinistre aura averti le monde que je me suis enfui de ce vil monde pour demeurer avec les plus vils.

Non ! si vous lisez ces lignes, ne vous souvenez pas de la main qui les a écrites, car je vous aime tant que je voudrais être oublié de votre pensée, si cela doit vous attrister de penser alors de moi.

Oh ! Je le répète, si vous jetez l’œil sur ces vers, quand peut-être je serai confondu avec l’argile, n’allez pas même redire mon pauvre nom : mais que votre amour pour moi finisse avec ma vie même».

SHAKESPEARE a fait graver sur sa tombe cette étrange épitaphe : "Qu'on respecte ces pierres, et maudit soit celui qui dérangerait ces os".

William SHAKESPEARE croit en la rédemption, dans sa dernière grande pièce de théâtre, «La tempête» (1612). Prospero est légitimement le duc de Milan, mais son frère, Antonio, le détrône car il trouvait qu'il lisait trop et qu'il ne dirigeait pas assez. Prospero et sa fille, alors âgée de trois ans, sont envoyés en exil sur une île déserte entre l'Afrique et l'Italie. Magicien contrôlant les esprits et les éléments naturels grâce à ses livres, il règne en maître sur cette île, où il a deux disciples : Ariel, génie de l'air qu'il a libéré de la sorcière Sycorax, et devenu son serviteur, et Caliban, monstre et esclave. Bien que son art magique ne lui ait pas jadis prédit la trahison, il lui révèle l'approche d'un navire portant l'usurpateur, le roi de Naples son complice, un brave homme qu'ils raillent, et quelques nobles canailles. Prospero déchaîne sur eux l'apparence d'une tempête qui semble tout détruire et sépare le roi de Naples de son fils, de sorte qu'ils se croient l'un et l'autre mort. Ferdinand, pleurant son père, rencontre Miranda, et c'est l'habituel coup de foudre, la révélation réciproque. Cependant, l'usurpateur de Milan, ne se reposant pas sur ses lauriers, suggère au frère du roi de Naples de l'égorger dans son sommeil afin de prendre sa place. La magie de Prospero arrêtera leur bras, puis il leur pardonnera à tous largement, car ce sont gens de bonne compagnie. Devant leur édifiante troupe Miranda s'écriera : «Comme l'humanité est belle !». En définitive, ni la nature, ni l’histoire, ne sont le terrain d’action de la morale. Le rêve que caressaient les hommes de la Renaissance de dominer la nature est irréalisable. La matière se révolte et l’énergie ne peut être retenue captive. Il n’est pour les vaincre que l’amour et le pardon, seuls capables de s’élever au-dessus de cette bouffonnerie extravagante et éphémère que nous appelons la vie.

En dépit de cet âge avancé de 450 ans, William SHAKESPEARE, par la lumière qu’il a en lui, est toujours présent dans nos esprits. Alors, bon anniversaire !

Paris le 27 avril 2014, par Amadou Bal BA, Baamadou.over-blog.fr.

William SHAKESPEARE, un magicien des mots, fête ses 450 ans (23 avril 1564 – 23 avril 1616). Baamadou.over-blog.fr.
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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 12:02

Bonne fête de Pâques : le Christ est ressuscité. Baamadou.over-blog.fr
Je souhaite une excellente fête de Pâques à tous nos amis chrétiens. La fête de Pâques célèbre la résurrection, trois jours plus tard, le dimanche suivant la pleine lune du printemps, du Christ crucifié. Pâques est aussi une fête juive qui célèbre la fuite d’Egypte du peuple Juif et le passage de la Mer Rouge. Pâques est également une fête païenne représentant, autrefois, la célébration du printemps, de la renaissance et du retour de la lumière, après les longs et tristes jours d’hiver.
Le dimanche de Pâque suit la semaine Sainte, durant laquelle Jésus prit son dernier repas, le Jeudi Saint, avec les Apôtres, avant d’être crucifié le lendemain vendredi, puis ressuscité trois jours après, le dimanche, jour de réjouissances (cadeaux d’œufs de Pâques).
Je suis allé, le dimanche 13 avril, lors de la messe des rameaux, présenter mes amitiés aux fidèles de l’Eglise de mon quartier (Eglise du Jourdain dans le 19ème arrdt). Ils avaient, non pas des rameaux d’olivier, mais de buis. Cette fête célèbre l’accueil triomphal (avec des rameaux de palmier) fait ses disciplines à Jésus entrant dans Jérusalem.
Pourquoi plus de 2000 après son avènement le Christ fascine toujours les croyants ?
Pour les Chrétiens, Jésus-Christ s'est sacrifié lui-même pour sauver le genre humain. Dieu qui se fait homme dans le mystère de Noël ; le Christ ressuscité des morts dans le mystère de Pâques. Si Dieu s'est fait l'un de nous, c'est pour ouvrir, dans la tragédie de la mort, un chemin de résurrection pour tous les hommes. Voilà le cœur de la foi chrétienne. «Si le Christ n'est pas ressuscité, écrit Saint Paul, vide alors est notre message, vide aussi notre foi».
Pourquoi le message du Christ a encore un sens, même pour les autres ?
En annonçant la Résurrection de Jésus aux philosophes d'Athènes, ville païenne, ouverte à tous les courants de pensée et à toutes les divinités, l'apôtre Paul se heurte à l'ironie et au scepticisme de ses auditeurs. Sa prédication est un échec presque total. Quelques-uns, pourtant, deviennent chrétiens: si Le Christ est ressuscité, c'est que le mort n'est pas la fin de tout ; s'il nous entraîne dans sa Résurrection, c'est qu'une espérance est toujours possible même au moment des épreuves les plus insurmontables. Dans ce monde déchristianisé, les chrétiens cherchent à témoigner que ni la mort ni la nuit n'ont le dernier mot ; ils confessent que nous sommes appelés à vivre, et à vivre debout, dans l'attitude du Ressuscité.
En tant que musulman, socialiste et adepte de GANDHI, le Christ par sa doctrine fondée sur l’Amour des autres, me fascine. Suivant l’Evangile : « De même que le feu n’éteint pas le feu, le mal ne peut éteindre le mal. Seul le Bien, face à face avec le Mal, sans en subir la contagion, triomphe de lui».
Nous recherchons tous, quelles que soient nos croyances, à donner du sens à notre existence. La Droite a fondé son idéologie sur la cupidité des Hommes, une logique de l’Amour de l’argent et de l’égoïsme, sans doute efficace, mais dépourvue de hauteur de vue. La Gauche a choisi le créneau du cœur, des valeurs républicaines d’égalité et de bienveillance, mais l’efficacité économique est souvent absente. Comme le dirait Antoine de SAINT-EXPERY "on ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux".
Bonnes fêtes de Pâques à toutes et à tous, dans la Joie, l’Espérance et l’Amour infini des autres.
Paris le 21 avril 2014. Baamadou.over-blog.fr

Représentation libre du Christ.

Représentation libre du Christ.

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 17:22

M. Jean-Christophe CAMBADELIS, un député du 19ème arrdt qui fait honneur à la politique - Baamadou.over-blog.fr

M. Jean-Christophe CAMBADELIS n’est pas seulement que le nouveau Premier Secrétaire du Parti Socialiste, mais il est avant tout et surtout, pour moi, le député de mon quartier du 19ème arrondissement.

Le 19ème arrdt de Paris est sous influence de trois grands seigneurs de la politique : M. Daniel VAILLANT, député, M Roger MADEC, Sénateur et M. Jean-Christophe CAMBADELIS, député. Je suis resté sous la tendance de Messieurs Roger MADEC et François DAGNAUD. Je signale que ces tendances ne sont pas fondamentalement clivantes.

Strausskanien historique, Jean-Christophe après la déchéance de son mentor, avait soutenu, en 2012, Mme Martine AUBRY, et moi M. François HOLLANDE.

Ce post n’est donc pas de la flagornerie, mais un témoigne concret sur les qualités humaines de M. CAMBADELIS, un député qui fait honneur à la politique.

Jean-Christophe est au service des sans-voix. Il n'agit pas par calcul politicien. il est service de tous. En effet, venant du 5ème ardt, dès mon installation en octobre 1995, Jean-Christophe avait accepté de prêter son bureau à la mairie du 19ème, à notre association de défense des droits des étrangers (AIDEMA), maintenant hébergée à la Maison des Association. C’est un geste que j’ai trouvé hautement symbolique et généreux au moment où certains craignaient qu’une affluence d’étrangers, dans notre Maison commune qu’est la mairie, ne renforce l'influence du Front National.

Jean-Christophe n’a pas fait que prêter son bureau, il a accepté également de signer des interventions discrètes et efficaces à chaque qu’on le sollicitait. C’est l’occasion de remercier, très chaleureusement, ses deux collaboratrices, Mesdames Karine GAUTREAU et Jessica MASSON, pour leur dévouement et leur sollicitude. Là aussi, les interventions désintéressées de Jean-Christophe tranchent avec l'attitude de certains politiciens qui nous parlent de socialisme et de République, mais dès qu’on les sollicite, ils se contentent soit de garder le silence, soit de vous envoyer de banales lettres d’attente, assimilables à un "foutage de gueule". Jean-Christophe est le contraire de ce mépris souverain et de cette hypocrisie de certains, (pas tous Dieu merci), politiciens véreux. La générosité, la modestie et la discrétion de Jean-Christophe, et faut-il le répéter son efficacité, m’ont souvent bluffé.

Jean-Christophe est un grand professionnel politique. Il vient de prendre ses fonctions de Premier secrétaire du PS à un tournant décisif et délicat : ou la Gauche réussit ou c’est l’Extrême-Droite qui prend le pouvoir. Jean-Christophe CAMBADELIS a promis, en sa qualité de Premier secrétaire, de soutenir le gouvernement, mais que sous sa direction, le Parti socialiste ne sera pas un «parti godillot». On peut compter sur lui pour avoir un Parti socialiste plus combatif et constituant une force de propositions. Je forme le vœu, avec Jean-Christophe CAMBADELIS, que le Parti socialiste ait une voix audible et qu’il défende ses valeurs républicaines et de bienveillance.

Je reste convaincu que sans un équilibre des comptes publics, il n’est pas possible de dégager des marges de manœuvre. Par conséquent, une gestion saine des comptes publics est douloureuse, mais nécessaire pour sauvegarder les acquis sociaux.

Cependant, un gouvernement de gauche doit faire une politique de gauche. Je suis attaché à la justice sociale, à l’équité et à la préservation de notre modèle social, au pouvoir d’achat, notamment des plus faibles. Je m’interroge, à très haute voix, sur la pertinence du gel du point d’indice des fonctionnaires jusqu’en 2017. Ce point d’indice n’a pas été revalorisé depuis 2010. Les fonctionnaires ne sont pas des privilégiés : 85% d'entre eux sont de catégorie C et ne gagnent pas plus de 1500 € par mois. Ils défendent le service public, c'est-à-dire le bien commun pour les déshérités.

Faut-il encore cogner sur les retraités ? En effet, les différentes réformes de retraite, depuis 2003, ont considérablement réduit le niveau des pensions (entre 350 et 800 € par mois pour les catégories C). Tous les gouvernants parlent de courage et de vérité, mais ont a du mal à faire les vraies réformes de fond, susceptibles de dégager d'importantes marges financières considérables. En effet, il existe plus de 145 caisses de retraite et des régimes spéciaux coûteux. La classe politique n'est pas exemplaire dans ces efforts qu'on demande même aux plus modestes. En effet, nos dirigeants politiques se sont octroyés un régime de retraite particulièrement avantageux (1 régime de retraite en deux mandats équivalent à 42 de cotisations pour un fonctionnaire) et une fiscalité avec très faibles taux, au moment où la charge fiscale pour les classes moyennes et les faibles, est écrasante. Les avantages fiscaux consentis, parfois sans contrepartie aux entreprises, sont encore plus scandaleux.

Bonne chance et plein succès à Jean-Christophe CAMBADELIS dans sa nouvelle mission de Premier Secrétaire du Parti Socialiste. Avec mes amitiés.

Paris, le 16 avril 2014 M. BA Amadou - Baamadou.over-blog.fr.

M.  Jean-Christophe CAMBADELIS, un député du 19ème arrdt qui fait honneur à la politique - Baamadou.over-blog.fr
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