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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 13:10

J’ai regardé, avec une grande attention, le discours prononcé à la Rochelle, le 31 août 2014, de M. Manuel VALLS, premier ministre. Energique et habile, M. VALLS a, momentanément, éclipsé M. MONTEBOURG, et neutralisé, pour l’instant, les "Frondeurs". C’est un homme estimable, structuré, grand communicateur, affirmant et assumant sans complexe, avec une grande fougue, sa ligne politique de social-libéral. Il aime les entreprises et le Parti Socialiste. Le Premier Ministre a procédé à une affirmation de lui-même en prenant le pouvoir au sein du gouvernement, et consolidé son leadership. Il est brillant sur ce registre. Il faut l’en féliciter. Les principes et valeurs ne suffisent pas, il faut de l’écoute et des actes concrets pour renouer avec l’espérance. On attend plus de 2 ans après des résultats. En effet, le rôle d’un gouvernement est de répondre aux attentes des citoyens en termes d’emploi, de pouvoir d’achat, de logement, bref de changer leur vie. La politique c’est la volonté, mais dire qu’on ne peut rien faire, revient à décrédibiliser davantage l’action publique. «La fatalité triomphe dès qu’on croit en elle», disait Simone de Beauvoir. Nous voulons une révolution sociale sans reniement. Le progrès n’est pas qu’une accumulation des richesses, mais aussi et surtout un équilibre global menant à l’épanouissement de chacun.


Depuis le 6 mai 2012 nous sommes confrontés à cette question lancinante : quelle Gauche voulons-nous ?


«Il faut dire les choses pouvoir agir sur les choses», entonne le Premier secrétaire du PS. La crise politique que nous vivons n’est pas seulement qu’une question de discipline gouvernementale, elle est, avant et surtout, celle de la confiance et la réaffirmation de nos valeurs de Socialistes. Comment rebondir, et ne pas livrer la France au Front National ? Le dilemme est posé : vaincre ou périr. Je redoute qu’on ne livre la France au Front National. On a été éliminé au 1er tour des présidentielles de 2002, et sévèrement sanctionnés à toutes les législatives partielles, aux municipales et européennes de 2014. On s'attend à perdre la majorité au Sénat en septembre 2014, ainsi les régionales de 2015. Si cela continue comme cela, le candidat socialiste serait éliminé au 1er tour des présidentielles de 2017. «Il faut comprendre les raisons de ces défaites pour pouvoir les surmonter» souligne M. CAMBADELIS. Or, aucun examen de conscience n’est fait et on fonce droit dans le mur, avec nos certitudes. François HOLLANDE a été élu sur le profond rejet du Sarkozysme et son discours du Bourget fondé sur la défiance à la Finance. Le problème fondamental de François HOLLANDE est un sérieux doute sur la crédibilité de ses choix. Pendant deux ans, il a pratiqué une bonne synthèse, sans choisir. Puis il a affirmé son virage social-démocrate, mais malgré les sacrifices consentis notamment par les classes moyennes, les entreprises engrangent des bénéfices, mais ne créent pas des emplois et des déficits s’accumulent. Plus de 2 ans après, on n’a pas de résultats.


Nous devons nous rassembler autour de l’essentiel, parce que nous unit, comme l’a dit le Premier Ministre, est plus grand que ce qui nous divise. Cependant, nous sommes dans un pays démocratique, et ne rien peut contraindre les militants au silence lorsque notamment certains principes et valeurs sont en jeu. Les Socialistes ne doivent pas avoir peur du débat de fond. C’est un grand honneur que d’écouter ses militants. Le Parti Socialiste, comme l’avait dit Jean Jaurès, est le seul parti qui ait assez de foi dans la puissance de ses principes pour instituer un débat sur son orientation politique.


Nous voulons que la France réussisse, mais dans la compassion et l’attention accordée aux exclus et aux faibles. Tout le monde comprend la nécessité d’assurer les réformes et l’équilibre des comptes publics, mais à une double condition. D’une part, nous attendons, avec les efforts considérables consentis, des résultats en termes de croissance et d’emploi. D’autre part, la politique a une grande finalité, c’est rester au service de l’homme. Ce sont des politiques d’austérité inefficaces, injustes et conduisant à des succès électoraux de l’Extrême-droite. La peste brune menace. Nous devons introduire la morale en Politique. Pourquoi s’entêter dans l’erreur ? Le pouvoir politique doit arbitrer ce débat, en conformité avec nos valeurs de gauche.


Le Premier ministre l’a si bien dit «La République n’a pas pu ou n’a pas su tenir ses promesses». L’égalité réelle n’est pas l’égalité lointaine. La plus grande trahison de la Gauche est le refus d’appliquer le droit de vote des étrangers aux élections locales. Pour ma part, ce renoncement est un casus belli. C’est une mesure hautement symbolique que nous attendons depuis 33 ans. Pourtant en 2012, le gouvernement avait, pour la première fois de l’histoire, une majorité à l’Assemblée Nationale et au Sénat, et aurait donc pu appliquer la réforme. La diversité n’est pas représentée au gouvernement, dans les médias, dans la haute administration. Le racisme ne cesse de monter dans ce pays, et les Français issus de l’immigration sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Pour ce qui nous concerne, le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité réelle, est encore long et sinueux. A côté de cette France républicaine, certains déniant le pluralisme ethnique et culturel, animés d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêvent d’une autre France qui n’a jamais existé, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée. Devenus invisibles, on est là, sans être là. Paradoxalement, c’est parce que l’intégration est en marche, et de façon irréversible, que les esprits mesquins sont saisis d’une peur irrationnelle. En effet, sous l’effet de la crise et de la lepénisation des esprits, les forces du Mal ne cessent de progresser dans ce merveilleux pays des droits de l’Homme. Ce qui me frappe le plus, c’est que certains Français n’ont plus honte de se réclamer ouvertement des idées abjectes de l’intolérance. Le Front National, devenu respectable, est le deuxième parti de France. «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute» disait Alphonse de Lamartine (1790-1869).


Mais, le plus grave, à mon sens, est la démission d’une partie de la Gauche face à cette montée de la peste brune. Le Parti Socialiste, affublé des citations de Jaurès, se revendique des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de son bilan, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne, et sont la cause de l’abstention massive aux élections, et donc la défiance à la parole publique. Il n’y aucun représentant issu de l’immigration au sein des instances dirigeantes du Parti Socialiste. la ville de Paris, symbole pourtant de la fierté de la Gauche, ville colorée où cohabitent plus de 110 nationalités, la haute administration ainsi que les conseillers de Paris, sont exclusivement blancs, donc incolores, inodores et insipides.


A mon sens, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. «Etre libre c’est participer au pouvoir», disait Cicéron. Dans notre grande largesse d’esprit, nous avons une capacité à pardonner tous les outrages subis. Mais cette patience infinie ne signifie nullement, une résignation aux injustices et un abandon de nos droits de citoyens de la République. Nous avons «un esprit ferme et un cœur tendre», en référence à un sermon de Martin Luther KING. Avant d’avoir le droit de vivre, chaque homme qui se respecte, doit être prêt à mourir pour les idées justes auxquelles il croit. Notre revendication légitime, mais non négociable est la suivante : la France républicaine, comme l’ont fait les Etats-Unis de Martin Luther KING, devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Quand j’entends, certains cris de haine, comme l’injonction de Mme Nadine MORANO, de l’UMP, «Si tu n’es pas content, rentre chez toi !», je suis consterné par les mollesses de la Gauche, et notamment, même quand un membre du gouvernement, comme Mme TAUBIRA, fait constamment l’objet d’un lynchage médiatique. Les attaques de la Droit ont commencé à l’endroit de Mme Najat VALLAUD-BELKACEM. On n’est plus au temps de l’esclavage où l’on nous pendait sous un arbre, en toute impunité. Nous aussi sommes la France. Mettons de la couleur dans ce pays ! Nous en avons assez qu’on nous traite «d’immigrés», comme des citoyens de seconde zone, des indigènes de la République. Nous ne sommes plus dans les années 60, où les personnes venant du Tiers-monde étaient des immigrants, peu qualifiés, avec le mythe du retour au pays, et vivant en marge de la société française. La nouvelle génération éduquée, est enracinée, pour toujours, dans ce pays, revendique sa juste place. J’ai entendu les souffrances de ces jeunes français d’origine sénégalaise qui m’avait invité à la Défense en juin 2014. Tous issus de grandes écoles de commerce, bien formés et compétents me disent que leurs demandes d’emploi reviennent invariablement, avec la mention «ne correspond pas au profil recherché». Mais de quel profil parle t-on ? Il est temps que cela change. Je voudrais convoquer à la table de la justice et de la fraternité, les grands groupes français qui pillent les ressources africaines (Elf, Total, Orange, etc.), pour leur faire comprendre que la différence n’est pas un mal, mais une grande richesse. Pour paraphraser le Pape Jean-Paul II : «Cessez d’avoir peur, entrez dans l’espérance». On nous dit toujours, à chaque échéance électorale : «Soyez patients. La fois prochaine ce sera votre tour». «Justice trop tardive, est déni de justice», est un dicton qu’aimait à rappeler Martin Luther KING.

La colère gronde. Nous réclamons justice, égalité réelle pour que cessent, enfin, ces humiliations, et ce mépris permanent. Les pouvoirs publics parlent de "République". On cite à tort et à travers Jaurès, on nous tape sur le dos. Mais quand, il s'agit de récompenser de valeureux militants et très fidèles on nous dit, «il faut attendre». Cependant, nos demandes légitimes sont rejetées, de façon constante et sans appel. Les citoyens qui doutent sérieusement de la valeur de la parole publique, et se réfugient dans l’abstention, ou vont vers l’Extrême-droite. Le Parti Socialiste doit continuer à incarner l’espérance et le renouveau.
Notre colère est ancienne, mais personne ne nous écoute. On dit toujours «Soyez patients. Votre tour viendra». "Justice tardive, est déni de Justice" disent les juristes. On demande du respect pour notre militantisme, pour notre engagement républicain en faveur du bien-vivre ensemble. Nous souhaitons, vivement, de revenir à l’esprit du discours du Bourget, qui m’avait pleinement transporté dans l’ambiance de 1981. Nos espoirs en M. HOLLANDE étaient, et sont encore grands. Il reste encore trois ans, et il n’est jamais trop tard de bien faire. Car le disiez si bien, le candidat HOLLANDE, et j’y souscris, intégralement, «le changement, c’est maintenant».


Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun OBAMA ou Martin Luther KING n’a pu émerger en France. Cependant, le Mal, sous la forme de l’injustice et du racisme, ne triomphera pas. Car la Vérité terrassée se redressera. Je sens une colère ancienne et sourde qui gronde encore plus fort, et plus insistante. Je perçois ce Zeitgeist, dont parlaient Hegel et Martin Luther KING, pour rétablir l’égalité rétablir l’égalité réelle, la fraternité, le bien –vivre ensemble et la justice. «Je vois la Terre promise de la liberté et de la justice», disait Martin Luther KING.

Sur le plan international, la crise Ebola menace en Afrique. Mais j’ai le sentiment que cette épidémie, qui guette tous les pays, n’a pas été prise au sérieux, à la mesure des dangers qu’elle fait peser sur la santé de tous. Les grandes épidémies, contrairement, au fameux nuage nucléaire de Tchernobyl qui était censé s’arrêter à la frontière, traverseront les frontières. La plus grande aide que l’on puisse apporter à l’Afrique ce n’est pas seulement que les interventions militaires, mais c’est la démocratie. Seule la démocratie est de nature à résoudre durablement les problèmes africains. Par ailleurs, nous attendons avec un grand intérêt, votre engagement de mettre fin à la Françafrique. Ainsi, divers chefs d’Etat africains, préparent la modification de leur Constitution, afin de se maintenir, à vie, comme président (Joseph KABILA au Congo, Blaise COMPAORE au Burkina Faso, Ali BONGO au Gabon, Faure EYADEMA au Togo, etc.). L’aide la plus précieuse qui pourrait être apportée aux Africains, c’est bien sûr la paix. Vous avez raison d’insister sur ce point, mais aussi, et surtout la démocratie. Car la plupart, de ces pays évoqués sont riches, cependant leurs ressources sont pillées par des gouvernements autoritaires et corrompus. Ce qui alimente l’immigration, les guerres et la malgouvernance.


Paris, le 31 août 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

M. Manuel VALLS, premier ministre de la France.
M. Manuel VALLS, premier ministre de la France.

M. Manuel VALLS, premier ministre de la France.

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 10:47

N.B. Cet article a été publié dans le journal FERLOO du 25 août 2014.

Depuis le 6 mai 2012 nous sommes confrontés à cette question lancinante : quelle Gauche voulons-nous ?

La crise politique que nous vivons n’est pas seulement qu’une question de discipline gouvernementale, elle est, avant et surtout, celle de la confiance. Comment rebondir, et ne pas livrer la France au Front National ? On a été éliminé au 1er tour des présidentielles de 2002, et sévèrement sanctionnés à toutes les législatives partielles, aux municipales et européennes de 2014. On s'attend à perdre la majorité au Sénat en septembre 2014, ainsi les régionales de 2015. Si cela continue comme cela, le candidat socialiste serait éliminé au 1er tour des présidentielles de 2017. Aucun examen de conscience n’est fait et on fonce droit dans le mur, avec nos certitudes. le rôle d’un gouvernement c’est de répondre aux attentes des citoyens en termes d’emploi, de pouvoir d’achat, de logement, bref de changer leur vie. La politique c’est la volonté, mais dire qu’on ne peut rien faire, revient à décrédibiliser davantage l’action publique.

François HOLLANDE a été élu sur le profond rejet du Sarkozysme et son discours du Bourget fondé sur la défiance à la Finance. Le problème fondamental de François HOLLANDE est un sérieux doute sur la crédibilité de ses choix. Pendant deux ans, il a pratiqué une bonne synthèse, sans choisir. Puis il a affirmé son virage social-démocrate, mais malgré les sacrifices consentis notamment par les classes moyennes, les entreprises engrangent des bénéfices, mais ne créent pas des emplois et des déficits s’accumulent. Plus de 2 ans après, on n’a pas de résultats.

Nous sommes dans un pays démocratique, et ne rien peut contraindre les militants au silence lorsque notamment certains principes et valeurs sont en jeu. Les Socialistes ne doivent pas avoir peur du débat de fond. C’est un grand honneur que d’écouter ses militants. Le Parti Socialiste, comme l’avait dit Jean Jaurès, est le seul parti qui ait assez de foi dans la puissance de ses principes pour instituer un débat sur son orientation politique.

Nous voulons que la France réussisse, mais dans la compassion et l’attention accordée aux exclus et aux faibles. Tout le monde comprend la nécessité d’assurer les réformes et l’équilibre des comptes publics, mais à une double condition. D’une part, nous attendons, avec les efforts considérables consentis, des résultats en termes de croissance et d’emploi. D’autre part, la politique a une grande finalité, c’est rester au service de l’homme. Ce sont des politiques d’austérité inefficaces, injustes et conduisant à des succès électoraux de l’Extrême-droite. La peste brune menace. Nous devons introduire la morale en Politique. Pourquoi s’entêter dans l’erreur ? Le pouvoir politique doit arbitrer ce débat, en conformité avec nos valeurs de gauche.

Pour ce qui nous concerne, le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité réelle, est encore long et sinueux. C’est ainsi que mon ami, Louis Mohamed SEYE qui a, activement, participé à la campagne des présidentielles de 2012, a été abandonné en rade, sans motifs légitimes et rationnels. M. Koffi YAMGNANE vous avait proposé qu’il soit nommé Secrétaire d’Etat. Et depuis lors nous n’avons aucune réponse. Pourtant, Louis Mohamed SEYE, avait invité M. HOLLANDE au local du PS, à Fontenay, en 2010. J’y étais. Contre vents et marées, avec une sincérité de l’engagement, sans aucun calcul politicien, Louis Mohamed SEYE, a tenu à manifester à M. HOLLANDE toute l’estime et la considération qu’il porte pour lui. Le candidat favori des sondages et du Parti était, à l’époque, DSK. Cette fidélité de M. SEYE, à vos côtés, est ancienne et constante. Je me souviens aussi du congrès du Mans en novembre 2005, j’y avais accompagné Louis M SEYE, ainsi que M. Saliou DIALLO, pour le compte du Mouvement Equité. M. HOLLANDE était premier Secrétaire du PS à l’époque. En pleine crise des banlieues de novembre 2005, le discours de M. HOLLANDE, truffé de références à la République, nous avait fait chaud au cœur. Finalement, à l’issue du congrès, aucun, d’entre eux, n'a pas été nommé au Secrétariat National. Plus préoccupant encore, Louis Mohamed SEYE vient de perdre, honteusement, son modeste poste de Secrétaire national à l'égalité. Une position, de surcroît, symbolique (L'égalité), qui aurait pu faire l'objet d'un consensus entre les différentes tendances du Parti. Comme toujours, nous avons le sentiment, peut-être que nous avons tort, que M. HOLLANDE est particulièrement dur avec ses amis, et encore plus avec certains amis, et toujours les mêmes personnes. En effet, sa haute administration, ainsi que les cabinets ministériels, où il a d’importantes marges de manœuvre, sont loin de refléter, la vraie diversité de ce pays. La nomination récente, de Jacques TOUBON, à une des institutions de l’Etat, a soulevé une vive indignation de tous les militants socialistes.

Sur le plan international, la crise Ebola menace en Afrique. Mais j’ai le sentiment que cette épidémie, qui guette tous les pays, n’a pas été prise au sérieux, à la mesure des dangers qu’elle fait peser sur la santé de tous. Les grandes épidémies, contrairement, au fameux nuage nucléaire de Tchernobyl qui était censé s’arrêter à la frontière, traverseront les frontières. Par ailleurs, nous attendons avec un grand intérêt, votre engagement de mettre fin à la Françafrique. Ainsi, divers chefs d’Etat africains, préparent la modification de leur Constitution, afin de se maintenir, à vie, comme président (Joseph KABILA au Congo, Blaise COMPAORE au Burkina Faso, Ali BONGO au Gabon, Faure EYADEMA au Togo, etc.). L’aide la plus précieuse qui pourrait être apportée aux Africains, c’est bien sûr la paix. Vous avez raison d’insister sur ce point, mais aussi, et surtout la démocratie. Car la plupart, de ces pays évoqués sont riches, cependant leurs ressources sont pillées par des gouvernements autoritaires et corrompus. Ce qui alimente l’immigration, les guerres et la malgouvernance.

La colère gronde. Nous réclamons justice, égalité réelle pour que cessent, enfin, ces humiliations, et ce mépris permanent. Les pouvoirs publics parlent de "République". On cite à tort et à travers Jaurès, on nous tape sur le dos. Mais quand, il s'agit de récompenser de valeureux militants et très fidèles, comme Louis Mohamed, on nous dit, «il faut attendre». Cependant, nos demandes légitimes sont rejetées, de façon constante et sans appel. On attend le droit des étrangers aussi depuis 33 ans. En dépit des menaces de la rue, le mariage pour tous, une demande pourtant récente, est devenu une conquête pendant votre mandat. Certains anciens militants, et non des moindres, comme M. Soulé DIAWARA, qui a été pendant longtemps secrétaire de section du PS dans le 17ème arrondissement, nous quittent et rejoignent l’opposition. A mon grand désespoir, Soulé DIAWARA s’est présenté, sans succès, dans mon quartier, dans le 19ème, contre ami François DAGNAUD. L’humiliation, c’est la pire des choses, susceptible d’engendrer des comportements contraires à notre profonde conviction et à nos valeurs. Des personnes très modestes, comme les retraités, les veufs, sont frappées de plein fouet des mesures fiscales injustes, au même moment où des entreprises reçoivent d’importantes subventions, sans contreparties tangibles et mesurables. Ces situations, ou sentiments d’injustice, ont fait monter le FN à des niveaux, jamais égalés. Le pacte républicain est menacé du fait du progrès de ces idées nauséabondes. C’est ainsi que des élus locaux de gauche, qui avaient pourtant bien travaillé, ont été, fort injustement, sanctionnés. 2015 c’est l’année des régionales, il faut tout faire, pour ce qui reste du Socialisme territorial, soit sauvegardé. Notre grand parti, ne doit plus être synonyme de références théoriques à Jean Jaurès ou aux valeurs républicaines, avec de formules creuses et hypocrites. Les citoyens qui doutent sérieusement de la valeur de la parole publique, et se réfugient dans l’abstention, ou vont vers l’Extrême-droite. Le Parti Socialiste doit continuer à incarner l’espérance et le renouveau.

Notre colère est ancienne, mais personne ne nous écoute. On dit toujours «Soyez patients. Votre tour viendra». "Justice tardive, est déni de Justice" disent les juristes. On demande du respect pour notre militantisme, pour notre engagement républicain en faveur du bien-vivre ensemble. Nous souhaitons, vivement, de revenir à l’esprit du discours du Bourget, qui m’avait pleinement transporté dans l’ambiance de 1981. Nos espoirs en M. HOLLANDE étaient, et sont encore grands. Il reste encore trois ans, et il n’est jamais trop tard de bien faire. Car le disiez si bien, le candidat HOLLANDE, et j’y souscris, intégralement, «le changement, c’est maintenant».

Paris, le 25 août 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

François HOLLANDE, président de la République, Manuel VALLS, premier ministre.

François HOLLANDE, président de la République, Manuel VALLS, premier ministre.

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 19:37

Dans un ouvrage à paraître, Mme Cécile DUFLOT qui avait fait partie du gouvernement de Jean-Marc HERAULT, s’en prend violemment au président HOLLANDE. "Le temps d'une campagne, il a su incarner avec talent un espoir (...) Or, depuis son élection, il n'a pas su répondre à cette aspiration et n'a pas trouvé non plus une autre incarnation", juge l'ex-patronne d'EELV dans cet ouvrage en forme de réquisitoire écrit avec la journaliste Cécile Amar. Le nouvelobs.com en publie des extraits mercredi ("De l'intérieur. Voyage au pays de la désillusion", édition Fayard). "Faute d'avoir voulu être un président de gauche, il n'a jamais trouvé ni sa base sociale ni ses soutiens. A force d'avoir voulu être le président de tous, il n'a su être le président de personne. Cela n'est pas une question de tempérament, c'est la conséquence d'une succession de choix souvent inattendus et, parfois, incohérents entre eux", écrit la députée écologiste de Paris. "François Hollande contre la dette, c'est pire que Sisyphe et son rocher. Un discours d'affichage non suivi d'effets... On devait tenir les 3% de déficit, on ne l'a pas fait. François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu'il ne peut pas tenir. L'effet est dévastateur", dit-elle encore. "J'ai fait le même chemin que des millions de Français. J'ai voté Hollande, cru en lui et été déçue... J'ai essayé de l'aider à tenir ses promesses, de l'inciter à changer la vie des gens, de le pousser à mener une vraie politique de gauche. Et j'ai échoué. Alors je suis partie", explique-t-elle.

Manuel Valls qui était alors ministre de l'Intérieur est accusé "d'avoir d'une certaine manière pris en otage le gouvernement". "A force de reprendre les arguments et les mots de la droite, de trouver moderne de briser les tabous, et donc de défendre la fin des trente-cinq heures, de dénoncer les impôts, de s'en prendre aux Roms, de prôner la déchéance de la nationalité pour certains condamnés, de taper sur les grévistes, quelle est la différence avec la droite ?", demande-t-elle, comparant Manuel Valls à Nicolas Sarkozy. "Dans la ligne qu'il incarne, je ne me reconnaîtrai jamais. Elle est contraire... à ce que je suis", écrit celle qui a refusé de rester dans le gouvernement formé par Manuel Valls.

De son expérience de ministre du Logement, elle dit avoir découvert "l'ampleur des lobbies" et "que le président de la République lui-même n'était pas insensible aux sirènes de ces lobbies".

Pour ce qui nous concerne, le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité réelle, est encore long et sinueux. C’est ainsi que mon ami, Louis Mohamed SEYE qui a, activement, participé à la campagne des présidentielles de 2012, a été abandonné en rade, sans motifs légitimes et rationnels. M. Koffi YAMGNANE vous avait proposé qu’il soit nommé Secrétaire d’Etat. Et depuis lors nous n’avons aucune réponse. Pourtant, Louis Mohamed SEYE, avait invité M. HOLLANDE au local du PS, à Fontenay, en 2010. J’y étais. Contre vents et marées, avec une sincérité de l’engagement, sans aucun calcul politicien, Louis Mohamed SEYE, a tenu à manifester à M. HOLLANDE toute l’estime et la considération qu’il porte pour lui. Le candidat favori des sondages et du Parti était, à l’époque, DSK. Cette fidélité de M. SEYE, à vos côtés, est ancienne et constante. Je me souviens aussi du congrès du Mans en novembre 2005, j’y avais accompagné Louis M SEYE, ainsi que M. Saliou DIALLO, pour le compte du Mouvement Equité. M. HOLLANDE était premier Secrétaire du PS à l’époque. En pleine crise des banlieues de novembre 2005, le discours de M. HOLLANDE, truffé de références à la République, nous avait fait chaud au cœur. Finalement, à l’issue du congrès, aucun, d’entre eux, n'a pas été nommé au Secrétariat National. Plus préoccupant encore, Louis Mohamed SEYE vient de perdre, honteusement, son modeste poste de Secrétaire national à l'égalité. Une position, de surcroît, symbolique (L'égalité), qui aurait pu faire l'objet d'un consensus entre les différentes tendances du Parti. Comme toujours, nous avons le sentiment, peut-être que nous avons tort, que M. HOLLANDE est particulièrement dur avec ses amis, et encore plus avec certains amis, et toujours les mêmes personnes. En effet, sa haute administration, ainsi que les cabinets ministériels, où il a d’importantes marges de manœuvre, sont loin de refléter, la vraie diversité de ce pays. La nomination récente, de Jacques TOUBON, à une des institutions de l’Etat, a soulevé une vive indignation de tous les militants socialistes.

Mme DUFLOT, qui a été Ministre pendant 2 ans, crache t-elle dans la soupe ? ou y a t-il une part de vérité dans ce qu'elle dit ? Les communistes avaient déjà hué, très fortement, M. HOLLANDE, le 31 juillet 2014, à l’occasion du centenaire de l’assassinat de Jean Jaurès avec une pancarte «Hollande tu as trahi Jaurès». Les électeurs nous ont sévèrement sanctionnés aux deux précédents scrutins (municipales et européennes de 2014) et le FN est devenu le 2ème parti de France. Si on y ajoute la fronde de certains députés socialistes, cela fait beaucoup. Les impôts ne cessent d’écraser, notamment les plus faibles, le chômage augmente et on donne des cadeaux aux entreprises, sans aucune contrepartie. Depuis 2 ans, on n’a pas encore entrevu le bout du tunnel pour tous efforts mal répartis. Il est grand temps d’écouter ceux qui souffrent. C’est que disent deux Ministres du gouvernement Hollande. Ainsi, pour Benoît HAMON, ministre de l’Education Nationale "la relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s'ils n'ont pas des revenus suffisants". Arnadu MONTEBOURG, Ministre de l’Econome, que l’Allemagne d’Angela MERKEL "ne peut plus être celle qui donne le la de l'orientation européenne. L'Allemagne sert ses intérêts personnels, pas ceux de l'Europe".

Sur le plan international, la crise Ebola menace en Afrique. Mais j’ai le sentiment que cette épidémie, qui guette tous les pays, n’a pas été prise au sérieux, à la mesure des dangers qu’elle fait peser sur la santé de tous. Les grandes épidémies, contrairement, au fameux nuage nucléaire de Tchernobyl qui était censé s’arrêter à la frontière, traverseront les frontières. Par ailleurs, nous attendons avec un grand intérêt, votre engagement de mettre fin à la Françafrique. Ainsi, divers chefs d’Etat africains, préparent la modification de leur Constitution, afin de se maintenir, à vie, comme président (Joseph KABILA au Congo, Blaise COMPAORE au Burkina Faso, Ali BONGO au Gabon, Faure EYADEMA au Togo, etc.). L’aide la plus précieuse qui pourrait être apportée aux Africains, c’est bien sûr la paix. Vous avez raison d’insister sur ce point, mais aussi, et surtout la démocratie. Car la plupart, de ces pays évoqués sont riches, cependant leurs ressources sont pillées par des gouvernements autoritaires et corrompus. Ce qui alimente l’immigration, les guerres et la malgouvernance.

La colère gronde. Nous réclamons justice, égalité réelle pour que cessent, enfin, ces humiliations, et ce mépris permanent. Les pouvoirs publics parlent de "République". On cite à tort et à travers Jaurès, on nous tape sur le dos. Mais quand, il s'agit de récompenser de valeureux militants et très fidèles, comme Louis Mohamed, on nous dit, «il faut attendre». Cependant, nos demandes légitimes sont rejetées, de façon constante et sans appel. On attend le droit des étrangers aussi depuis 33 ans. En dépit des menaces de la rue, le mariage pour tous, une demande pourtant récente, est devenu une conquête pendant votre mandat. Certains anciens militants, et non des moindres, comme M. Soulé DIAWARA, qui a été pendant longtemps secrétaire de section du PS dans le 17ème arrondissement, nous quittent et rejoignent l’opposition. A mon grand désespoir, Soulé DIAWARA s’est présenté, sans succès, dans mon quartier, dans le 19ème, contre ami François DAGNAUD. L’humiliation, c’est la pire des choses, susceptible d’engendrer des comportements contraires à notre profonde conviction et à nos valeurs. Des personnes très modestes, comme les retraités, les veufs, sont frappées de plein fouet des mesures fiscales injustes, au même moment où des entreprises reçoivent d’importantes subventions, sans contreparties tangibles et mesurables. Ces situations, ou sentiments d’injustice, ont fait monter le FN à des niveaux, jamais égalés. Le pacte républicain est menacé du fait du progrès de ces idées nauséabondes. C’est ainsi que des élus locaux de gauche, qui avaient pourtant bien travaillé, ont été, fort injustement, sanctionnés. 2015 c’est l’année des régionales, il faut tout faire, pour ce qui reste du Socialisme territorial, soit sauvegardé. Notre grand parti, ne doit plus être synonyme de références théoriques à Jean Jaurès ou aux valeurs républicaines, avec de formules creuses et hypocrites. Les citoyens qui doutent sérieusement de la valeur de la parole publique, et se réfugient dans l’abstention, ou vont vers l’Extrême-droite. Le Parti Socialiste doit continuer à incarner l’espérance et le renouveau.

Notre colère est ancienne, mais personne ne nous écoute. On dit toujours «Soyez patients. Votre tour viendra». "Justice tardive, est déni de Justice" disent les juristes. On demande du respect pour notre militantisme, pour notre engagement républicain en faveur du bien-vivre ensemble. Nous souhaitons, vivement, de revenir à l’esprit du discours du Bourget, qui m’avait pleinement transporté dans l’ambiance de 1981. Nos espoirs en M. HOLLANDE étaient, et sont encore grands. Il reste encore trois ans, et il n’est jamais trop tard de bien faire. Car le disiez si bien, le candidat HOLLANDE, et j’y souscris, intégralement, «le changement, c’est maintenant».

Paris, le 24 août 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Pancarte de militants communistes, le 31 juillet 2014, au Café Croissant, à Paris 2ème, lors du centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès.

Pancarte de militants communistes, le 31 juillet 2014, au Café Croissant, à Paris 2ème, lors du centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès.

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 19:27

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Pour avoir vaillamment recherché le bien-vivre ensemble, pour avoir combattu la haine et la violence, pour avoir voulu la liberté et la dignité des Noirs aux Etats-Unis, Martin Luther KING est mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis. Quel héritage nous laisse t-il ?

La croisade menée par Martin Luther KING, pour l’égalité, fait partie, désormais, du patrimoine commun des Américains. En effet, depuis, 1986, le troisième lundi de janvier, est un jour férié aux Etats-Unis, pour commémorer la naissance de Martin Luther KING. Cette loi a été votée le 2 novembre 1983, sous un président très conservateur, Ronald REAGAN.

Martin Luther KING avait pronostiqué, en 1964, que d’ici quarante ans, les Etats-Unis allaient avoir un président noir. Bill CLINTON (président de 1993 à 2001) est le premier président blanc ayant de la sympathie et de l’empathie pour les Noirs. Jeune, il a été élevé et grandi en Arkansas parmi les Noirs avec lesquels il a conservé de solides liens d’amitié et d’estime. Il a promu, en grand nombre, des Noirs à des postes de responsabilité, dont son ami Ron BROWN, secrétaire d’Etat au Commerce. L’accession, le 4 novembre 2008, de Barack OBAMA, premier président noir des Etats-Unis, mais surtout sa réélection le 6 novembre 2012, ont réalisé, pour une large part, de ce rêve de Martin Luther KING. Pour un instant, l’Amérique semble avoir dépassé les clivages raciaux séculaires.

Le racisme, à tout le moins sur le plan étatique, a été mis entre parenthèse. Une classe moyenne noire s’est développée, et a renforcé son intégration. En revanche, une grande partie des Noirs sont les plus paupérisés, avec un taux de chômage, une délinquance, des conduites addictives et une violence, à des niveaux élevés. Ainsi dans l’affaire de Michael BROWN, ce jeune noir abattu, le 9 août 2014, de 6 balles par un policier blanc ; ce qui a occasionné des émeutes à Fergusson, le président OBAMA a abordé la question des inégalités raciales aux Etats-Unis, jugeant qu'un long chemin restait à parcourir avec des communautés "qui se retrouvent souvent isolées, sans espoir et sans perspectives économiques". "Dans de nombreuses communautés, les jeunes gens de couleur ont plus de chances de finir en prison ou devant un tribunal que d'accéder à l'université ou d'avoir un bon emploi", a-t-il souligné."Nous avons fait des progrès extraordinaires mais nous n'avons pas fait de progrès suffisants", conclut-il.

Sans doute que la situation actuelle de la France n’est celle des Etats-Unis du temps de Martin Luther KING. La France reste, très largement, une belle et grande nation de droit où l’égalité républicaine a considérablement progressé. La justice est indépendante, même si elle est lente, et accessible à tous. Un pacte républicain, issu du Conseil National de la Résistance, et dénommé «les Jours heureux», a mis en place un système de protection sociale généreux. En particulier, l’aide médicale de l’Etat attribuée aux plus démunis, même aux sans-papiers, est une mesure sans équivalent dans le monde. C’est avec plein de reconnaissance et de gratitude que ces conquêtes majeures doivent être appréciées à leur juste valeur. Faire partie de cette France républicaine est un immense honneur et une fierté. Mais, il y a toujours un «mais». Certaines explosions dans les banlieues, en particulier, les émeutes de novembre 2005, ont rappelé la nécessité de répondre aux urgences sociales. En effet, la France est devenue un îlot de richesse protégé, mais avec des zones, notamment en Seine-Saint-Denis, de ghetto et de pauvreté croissante. Les politiques d’austérité, menées par la Droite comme la Gauche, ont encore fragilisé les exclus, et attisé la peur de l’autre.

A côté de cette France républicaine, certains déniant le pluralisme ethnique et culturel, animés d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêvent d’une autre France qui n’a jamais existé, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée. Devenus invisibles, on est là, sans être là. Paradoxalement, c’est parce que l’intégration est en marche, et de façon irréversible, que les esprits mesquins sont saisis d’une peur irrationnelle. En effet, sous l’effet de la crise et de la lepénisation des esprits, les forces du Mal ne cessent de progresser dans ce merveilleux pays des droits de l’Homme. Ce qui me frappe le plus, c’est que certains Français n’ont plus honte de se réclamer ouvertement des idées abjectes de l’intolérance. Le Front National, devenu respectable, est le deuxième parti de France. «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute» disait Alphonse de Lamartine (1790-1869).

Mais, le plus grave, à mon sens, est la démission d’une partie de la Gauche face à cette montée de la peste brune. Le Parti Socialiste, affublé des citations de Jaurès, se revendique des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de son bilan, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne, et sont la cause de l’abstention massive aux élections, et donc la défiance à la parole publique. Nous attendons depuis 1981, le droit des étrangers. Pourtant en 2012, le gouvernement avait, pour la première fois de l’histoire, une majorité à l’Assemblée Nationale et au Sénat, et aurait donc pu appliquer la réforme. La diversité n’est pas représentée au gouvernement, dans les médias, dans la haute administration. Au sein des organes dirigeants du Parti socialiste, qui aurait dû faire preuve d’exemplarité, notre dernier représentant, Louis Mohamed SEYE, modeste poste de Secrétaire national à l’égalité, a été remercié comme un malpropre. A la ville de Paris, symbole pourtant de la fierté de la Gauche, ville colorée où cohabitent plus de 110 nationalités, la haute administration ainsi que les conseillers de Paris, sont exclusivement blancs, donc incolores, inodores et insip
ides.


A mon sens, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. «Etre libre c’est participer au pouvoir», disait Cicéron. Dans notre grande largesse d’esprit, nous avons une capacité à pardonner tous les outrages subis. Mais cette patience infinie ne signifie nullement, une résignation aux injustices et un abandon de nos droits de citoyens de la République. Nous avons «un esprit ferme et un cœur tendre», en référence à un sermon de Martin Luther KING. Avant d’avoir le droit de vivre, chaque homme qui se respecte, doit être prêt à mourir pour les idées justes auxquelles il croit. Notre revendication légitime, mais non négociable est la suivante : la France républicaine, comme l’ont fait les Etats-Unis de Martin Luther KING, devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Quand j’entends, certains cris de haine, comme l’injonction de Mme Nadine MORANO, de l’UMP, «Si tu n’es pas content, rentre chez toi !», je suis consterné par les mollesses de la Gauche, et notamment, même quand un membre du gouvernement, comme Mme TAUBIRA, fait constamment l’objet d’un lynchage médiatique. On n’est plus au temps de l’esclavage où l’on nous pendait sous un arbre, en toute impunité. Nous aussi sommes la France. Mettons de la couleur dans ce pays ! Nous en avons assez qu’on nous traite «d’immigrés», comme des citoyens de seconde zone, des indigènes de la République. Nous ne sommes plus dans les années 60, où les personnes venant du Tiers-monde étaient des immigrants, peu qualifiés, avec le mythe du retour au pays, et vivant en marge de la société française. La nouvelle génération éduquée, est enracinée, pour toujours, dans ce pays, revendique sa juste place. J’ai entendu les souffrances de ces jeunes français d’origine sénégalaise qui m’avait invité à la Défense en juin 2014. Tous issus de grandes écoles de commerce, bien formés et compétents me disent que leurs demandes d’emploi reviennent invariablement, avec la mention «ne correspond pas au profil recherché». Mais de quel profil parle t-on ?

Il est temps que cela change. Je voudrais convoquer à la table de la justice et de la fraternité, les grands groupes français qui pillent les ressources africaines (Elf, Total, Orange, etc.), pour leur faire comprendre que la différence n’est pas un mal, mais une grande richesse. Pour paraphraser le Pape Jean-Paul II : «Cessez d’avoir peur, entrez dans l’espérance». On nous dit toujours, à chaque échéance électorale : «Soyez patients. La fois prochaine ce sera votre tour». «Justice trop tardive, est déni de justice», est un dicton qu’aimait à rappeler Martin Luther KING. Comme l’avait promis, fort justement, François HOLLANDE : «le changement, c’est maintenant».

Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun OBAMA ou Martin Luther KING n’a pu émerger en France. Cependant, le Mal, sous la forme de l’injustice et du racisme, ne triomphera pas. Car la Vérité terrassée se redressera. Je sens une colère ancienne et sourde qui gronde encore plus fort, et plus insistante. Je perçois ce Zeitgeist, dont parlaient Hegel et Martin Luther KING, pour rétablir l’égalité rétablir l’égalité réelle, la fraternité, le bien –vivre ensemble et la justice. «Je vois la Terre promise de la liberté et de la justice», disait Martin Luther KING.

Paris, le 19 août 2014 par Amadou Bal BA baamadou.over-blo
g.fr.

Le pasteur Martin Luther KING et son rêve.
Le pasteur Martin Luther KING et son rêve.
Le pasteur Martin Luther KING et son rêve.

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 00:01

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 12 août 2014.

Mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee, Martin Luther KING a été crucifié pour libérer les hommes de l’intolérance et de l’injustice. Il était venu à Memphis soutenir la grève du Syndicat des égoutiers et des éboueurs, essentiellement des Noirs, qui réclamaient une revalorisation salariale. Ces ouvriers victimes, une fois de plus, de brutalités policières, scandaient un slogan : «I am a man», (Je suis un homme). «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Le regard qu’il porte sur la société américaine en ce milieu du XXème siècle est particulièrement sévère. «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», souligne t-il. Homme d’Eglise, puisant dans la tradition noire américaine, Martin Luther KING a dépassé les frontières ethniques pour se projeter dans l’action, et réclamer l’égalité des droits pour toutes les personnes défavorisées. «La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis», proclame Martin Luther KING.

Humaniste, prédicateur, philosophe, brillant orateur, prix Nobel de la paix, disciple de GANDHI, Martin Luther KING a mis en œuvre la théorie de la non-violence dans sa lutte pour l’égalité des droits. Même quand les temps sont durs, le pasteur KING nous invite à entrer dans l’espérance et à ne jamais abandonner nos rêves. Il a fait un rêve de délivrer l’Amérique et le monde des démons du racisme. Pour cela, il a utilisé une arme redoutable : son exceptionnel talent d’orateur. Plaire, émouvoir, convaincre : telle est, depuis Cicéron, la recette du discours qui mobilise. Tous les grands hommes de l'Histoire se sont confrontés à cet art difficile, et ont eu cette ambition de toucher le cœur des hommes pour changer le monde, conquérir les foules et, parfois, modifier le cours de l'Histoire. C’est à ce titre, que le discours de Martin Luther KING, prononcé le 28 août 1963, devant le mémorial de Lincoln, à Washington, est devenu légendaire, et marquera encore longtemps les esprits : «Je rêve, qu’un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son crédo : nous tenons ces vérités pour évidentes, par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux. Je rêve, qu’un jour, sur les collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve, qu’un jour, l’Etat du Mississipi lui-même, tout brûlant des feux de l’injustice tout brûlant des feux de l’oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits enfants vivront, un jour, dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau, mais à la nature de leur caractère».

Martin Luther KING Jr. est un pasteur baptiste afro-américain, né à Atlanta, en Géorgie, dans le Sud des États-Unis, le 15 janvier 1929. De son vrai nom Michael Luther KING Junior, il est issu de la moyenne bourgeoisie noire. Son père, comme son grand-père sont tous les deux des prédicateurs baptistes. Sa mère sera assassinée le 30 juin 1974, par un jeune Noir déséquilibré. Martin reçoit une solide éducation pendant son enfance. En 1944, à l’âge de 15 ans, Martin Luther KING entre au MOREHOUSE College, une université privée à Atlanta, pensant devenir médecin ou avocat. Malgré le souhait de ses parents, initialement il ne désirait pas devenir pasteur à son tour, se sentant mal à l'aise avec l'émotivité excessive qu'il percevait dans les églises réservées aux Noirs. Toutefois, l'enseignement de certains de ses professeurs, qui étaient pasteurs, lui prouva qu'une carrière religieuse pouvait être intellectuellement satisfaisante, et il finit par embrasser cette voie. Il fut ordonné dans le temple de son père à Atlanta le 25 février 1948, et nommé assistant de cette paroisse.

Toujours étudiant à MOREHOUSE, Martin Luther KING eut une activité très dense au sein de la National Association for the Advancement of Colored People (N.A.A.C.P.), Association Nationale de Promotion de Gens de Couleur, organisation noire pour l’égalité des droits créée en 1909. Car s'il bénéficiait d'une sécurité matérielle, il n'en connaissait pas moins l'insécurité morale qui frappait tous les Nègres et, comme son père, il voulait faire progresser la situation de ses frères de peau. Il quitta MOREHOUSE en 1948, avec une licence de lettres, pour le Crozer Theological Seminary de Chester, en Pennsylvanie, où il était l'un des six Noirs dans un groupe de cent étudiants. En 1951, il obtint une licence de théologie et décida de poursuivre des recherches à l'Université de Boston, tandis qu'il continuait à suivre des cours de philosophie à l'Université de Harvard. A partir de 1953, il se consacra à la rédaction d'une thèse : "Comparaison de la conception de Dieu chez Paul Tillich et Henry Nelson Wieman". Il obtint le doctorat de théologie systémique, le 15 avril 1955. Pendant ses années d’études en doctorat à Boston, en 1952, Martin Luther KING rencontre Coretta Scott, une jeune fille née en Alabama qui étudie au conservatoire de musique de Nouvelle-Angleterre. Il l'épouse le 18 juin 1953. Coretta Scott KING (1927-2006), va lui donner 4 enfants, et écrira un remarquable ouvrage sur le pasteur noir : «ma vie avec Martin Luther King».

Après ses études, Martin Luther KING est nommé pasteur à l’église baptiste de Dexter Avenue, à Montgomery, en Alabama, au sein d’une communauté noire. Mais son destin bascule à 26 ans, lorsqu’éclate, en décembre 1955, l’affaire du boycott des bus, Rosa PARKS (1913-2005) ayant refusé de céder sa place à un Blanc. Martin Luther KING est, subitement, propulsé comme leader de la communauté noire. Et afin de se consacrer plus activement à son combat pour l’égalité, le 24 janvier 1960, il s’installe à Atlanta, où il seconde son père comme pasteur. Son implication, non-violente, contribuera, de façon décisive, à la suppression des lois ségrégationnistes. Il reçoit le Prix Nobel de la Paix le 10 décembre 1964. Et la même année, la revue Time le désigne «l’homme de l’année».

Avant ce jour funeste du 4 avril 1968, où Martin Luther KING aurait été abattu d’un coup de fusil par James Earl RAY (1928-1998), sa maison a été endommagée par une bombe, il fait l’objet de nombreuses menaces de mort, calomnié, poignardé le 19 septembre 1958 par Isola Curry, une femme noire déséquilibrée, assommé dans son hall d’hôtel, mis en prison plus de 20 fois, blessé par les trahisons de certains de ses amis, traîné injustement devant les tribunaux pour un soi-disant détournement de fonds. Pourtant, il n’avait aucune amertume et croyait au pouvoir rédempteur de l’Amour.

La source de l’engagement de Martin Luther KING est la foi chrétienne. Ses meetings commencent par la lecture de la parole de Dieu et par la prière. Ses discours et ses sermons sont truffés de références religieuses. La documentation sur Martin Luther KING est abondante, dans toutes les langues. J’ai tenu à m’attacher à restituer la pensée de cet homme, hors pair, à travers ses sermons, ses discours, ainsi que la révolution sociale qu’il a menée.

 

I – Martin Luther KING, penseur de la Révolution sociale

A – Martin Luther KING, un penseur de la Révolution noire

1 – L’inspiration du mouvement abolitionniste

Martin Luther KING est l’incarnation du meilleur de la tradition noire. Martin Luther KING trouve ses sources d’inspiration dans le mouvement abolitionniste et dans le courant de l’affirmation de l’affirmation de l’identité des Noirs. Depuis les temps de l’esclavage, le Noir est traité de façon inhumaine, il est tenu pour un objet usuel et non pour une personne digne de respect. Aussi longtemps que le Noir adopta une attitude de soumission, la paix sociale régna. Avec le temps le Noir se réévalua et adopta une nouvelle conception de lui-même. Martin Luther KING a bien incarné ce désir de liberté, et a mené des actions de lutte en faveur de l’égalité. Pour Martin Luther KING, la proclamation d’émancipation par Abraham LINCOLN, du 1er janvier 1863, a été une lueur d’espoir : «cette proclamation historique faisait briller la lumière d’espérance au milieu de millions d’esclaves noirs marqués au feu d’une brillante injustice». Au lieu de faire honneur à ses obligations sacrées, l’Amérique avait donné aux Noirs un chèque sans provision. «Nous sommes ici, aujourd’hui pour nous faire payer ce chèque, nous n’acceptons pas l’idée qu’il n’y ait plus d’argent à la Banque de la justice», dit –il dans son fameux discours du 28 août 1963, à Washington. En effet, des lois ségrégationnistes, notamment dans le Sud, furent mises en place pour maintenir les Noirs dans un statut d’infériorité sociale. «Cent ans ont passé et l’existence du Noir est toujours tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination», précise Martin Luther KING. Le pasteur noir demande même 50 milliards de dollars pour la «compensation des dommages» subis par les Noirs du fait de l’esclavage. Pendant deux siècles, le Noir a été réduit en esclavage et privé de salaire. Mais ce programme d’aide ne bénéficierait pas seulement qu’aux Noirs, «il devrait être étendu aux déshérités de toutes les races», précise Martin Luther KING.

2 – L’inspiration des idées d’intellectuels noirs

Martin Luther KING s’inspire des idées d’intellectuels noirs. En particulier, Martin Luther KING est fasciné par les notions de fierté et de dignité noires développées par les intellectuels comme Du BOIS qui dirigeait à l'époque la revue The Crisis, organe de la NAACP. Sociologue de formation, Du BOIS est l’auteur d’une œuvre considérable, dont le célèbre «The Souls of Black folk» (Ames noires, publié chez Présence Africaine), considéré comme son chef-d’œuvre et qui a façonné la personnalité afro-américaine. Son nom reste associé à la relance du combat pour les droits civiques qu’incarne le Niagara Movement, un collectif radical fondé en 1905, et auquel succède, cinq ans plus tard, la NAACP. Créée à la suite des pogroms anti-noirs, la NAACP entendait porter, devant les tribunaux, le combat contre les brutalités dont sont souvent victimes les Noirs. Le 23 février 1968, à New York, Martin Luther KING a rendu hommage, lors de la célébration du centenaire de William Edward Burghardt Du BOIS (23 février 1868 – 27 août 1963), à ce grand homme qui l’inspire. W.E.B. Du BOIS a consacré son talent à détruire le mythe de l’infériorité noire : «WEB Du BOIS que tout autre, avait prouvé l’inanité des mensonges concernant les Noirs dans la période la plus importante et la plus créatrice de leur histoire». W.E.B. Du BOIS est, selon Martin Luther KING, est le héros des nationalistes noirs : «Du BOIS nous a quittés, mais il n’est pas mort. L’esprit de liberté n’est pas enterré dans la tombe du héros. Il sera avec nous quand nous irons à Washington exiger notre droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur».

Du BOIS et Marcus Mosiah GARVEY (17 août 1887 – 10 juin 1940) furent les dernières grandes figures de la contestation noire avant le début du combat pour la déségrégation dans les années 1960 et l'entrée en scène de Martin Luther KING dont l'activisme s'inscrit dans une longue tradition de lutte pour les libertés. La pensée de GARVEY, cet émigré jamaïcain, fondée sur le messianisme identitaire et le nationalisme noir, connut une grande popularité. Martin Luther KING s’est rendu en Jamaïque en 1964 lors du transfert de la dépouille de Marcus GARVEY. A cette occasion, il lui a rendu hommage en ces termes : "Marcus GARVEY a été le premier homme de couleur dans l’histoire des Etats-Unis à conduire et à développer un mouvement de masse. Il a été le premier homme qui, à un degré sans précédent, a donné à la population noire le sentiment qu’elle était quelqu’un".

En revanche, Martin Luther KING est moins tendre avec Booker Taliaferro WASHINGTON (5 avril 1856 – 14 novembre 1915) qui a été l’un des premiers leaders noirs aux Etats-Unis. Pour WASHINGTON, enseignant, métis, originaire de Virginie, qui a connu l’esclavage, la fin de la ségrégation passait, moins par la contestation, que par la négociation avec le gouvernement, et par l’acquisition du pouvoir économique. WASHINGTON appelait les Noirs à accepter, provisoirement, la privation des droits politiques, pour mieux se concentrer sur l’apprentissage des savoirs manuels et des compétences professionnelles : «Nous pouvons, sous toutes les facettes de notre existence sociale, être séparés comme les doigts, mais nous unir en une main pour toute chose essentielle à notre progrès mutuel». WASHINGTON accepte ainsi, dans son discours du 18 septembre 1895, la soumission des Noirs aux Blancs. Ce discours baptisé «compromis d’Atlanta», n’a pas été du goût de WEB Du BOIS, un représentant de la Gauche radicale. Pour Martin Luther KING «Nous ne pouvons pas attendre», ni être «patients» en face de l’injustice. «Justice trop tardive est déni de justice», a-t-on coutume de dire. Prétendre que le temps, à lui seul, guérira inéluctablement tous les maux, voila une idée étrangement irrationnelle. En réalité, le temps est neutre, il peut être utilisé pour construire ou déconstruire. Dans la lettre de la prison de Birmingham, écrite le 16 avril 1963, Martin Luther KING écrit : «qu'attendre a presque toujours signifié jamais». Il affirme que la désobéissance civile est non seulement justifiée face à une loi injuste, mais aussi que «chacun a la responsabilité morale de désobéir aux lois injustes». Il ajoute que «le temps est toujours venu d’agir dans le bon sens. C’est maintenant qu’il faut honorer les promesses de la démocratie». Dans son discours du 28 août 1963, à Washington, il précise que «Le moment est venu d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale».

B – Martin Luther KING, un penseur armé de valeurs éthiques et morales

1 – Martin Luther KING, un engagement au service de la foi

Martin Luther KING pense que l’Eglise doit jouer un rôle actif dans la révolution sociale. Le vrai témoignage d’une vie chrétienne est l’annonce d’un évangile social : «La religion occupe à la fois le ciel et la terre. Toute religion qui fait profession de s’occuper de l’âme, sans s’occuper des taudis auxquels ils sont condamnés, des conditions économiques qui les étranglent et des conditions sociales qui les mutilent, est une religion aussi stérile que la poussière. Pour lui «c'est cette collision entre un pouvoir immoral et une moralité impuissante qui constitue la crise majeure de notre temps». La vraie nature de l’Eglise c’est d’apparaître comme «une grande fraternité d’amour, qui procure la lumière et le pain», souligne Martin Luther KING s’appuie sur les églises noires, notamment sur l’Eglise réformée, dont il est issu. «Je suis beaucoup de choses pour beaucoup de gens : dirigeant du mouvement des droits civiques, fauteur de troubles et orateur, mais dans le silence de mon cœur, je suis fondamentalement un pasteur, un prédicateur baptiste. Tel est mon être et mon héritage, car je suis aussi le fils d’un prédicateur baptiste, le petit-fils d’un prédicateur baptiste, et l’arrière petit-fils d’un prédicateur baptiste. L’Eglise est ma vie et j’ai donné ma vie à l’Eglise», dit-il. Il précise «qu’un ministre du culte ne peut prêcher la gloire céleste en se désintéressant de la condition sociale de ses fidèles qui transforme certaines existences humaines en un véritable enfer ici-bas». Par conséquent, l’Eglise, gardienne et promotrice des valeurs spirituelles et morales dans l’humanité, doit agir lorsque ces valeurs son menacées. L’Eglise doit accompagner, effectivement, les luttes sociales. «Le problème racial, tant au Nord qu’au Sud, ne trouve pas sa solution au plan purement politique. L’approche doit être morale et spirituelle. L’Eglise doit se soucier, comme Jésus l’a fait, des problèmes économiques et sociaux de ce monde, aussi bien que de l’Evangile de l’autre monde», réitère Martin Luther KING.

La militance de Martin Luther KING a démontré la capacité du Christianisme à bousculer une société injuste et violente. La haine est née de la peur, de l’orgueil, de l’ignorance et de l’incompréhension. «Seul l’amour chrétien peut apporter sur la terre la fraternité», dit-il. L’amour n’est pas un sentiment intimiste, mais une force historique rédemptrice. En conséquence, dans la doctrine du Christ, Martin Luther KING recommande d’aimer ses ennemis. Pour lui il ne s’agit pas d’avoir une affection pour ses ennemis. «Personne n’a la stupidité de s’attendre à ce que l’on éprouve un sentiment de cet ordre pour son oppresseur», précise t-il. Le mot «Amour» signifie, pour Martin Luther KING, compréhension, bienveillance rédemptrice pour tous les hommes. C’est un amour désintéressé dans lequel l’individu ne cherche pas son bien à lui, mais le bien du prochain. Nous aimons la personne qui nous a fait du mal, tout en haïssant le mal qu’elle a fait. Finalement, l’Amour c’est la compréhension et le bon vouloir, rédempteur de tous.

Dans son sermon du 24 janvier 1954, à l’Eglise de Dexter Avenue, à Montgomery, intitulé «les trois dimensions d’une vie accomplie», Martin Luther KING pense que les maux du monde viennent de l’inachèvement. Les Grecs nous avaient donné une noble philosophie et de poétiques institutions, mais ses magnifiques cités étaient construites sur des fondations de l’esclavage. La civilisation occidentale était aussi quelque chose de grand, avec son admirable héritage d’art, de culture, de révolution industrielle, mais elle reposait sur l’injustice et le colonialisme, et permettait à ses fins matérielles de prendre le pas sur ses buts spirituels. L’Amérique est aussi une grande nation, qui a offert au monde la Déclaration d’indépendance et d’énormes progrès technologiques, mais elle est aussi inachevée à cause de son matérialisme, et parce qu’elle a privé 22 millions de Noirs, de la vie, de la liberté, et de la poursuite du bonheur. L’individu doit s’efforcer à un achèvement en lui-même. D’abord, chacun doit travailler, sans relâche, pour exceller dans son domaine, si humble soit-il. Ensuite, c’est le souci qu’on a de son prochain et le fait qu’on s’identifie à lui. La fraternité, voila la «largeur de la vie d’un homme», dit-il. Enfin la troisième dimension, c’est la hauteur, les aspirations de l’homme vers les sommets, aimer Dieu, «c’est la hauteur de la vie», conclut Martin Luther KING.

2 – Martin Luther KING, un engagement au service de la grandeur de l’Homme

Dans sa thèse de doctorat, en théologie, Martin Luther KING définit Dieu comme étant «Etre à l’amour infini et à la puissance sans bornes. Dieu est le créateur, le soutien et le préservateur de toute valeur». Il ne faut pas considérer Dieu comme celui qui a le pouvoir de faire tout ce qu’il veut et agir à notre place, mais plutôt celui qui entre en communion avec l’Homme. De cette communion l’Homme va vaincre le Mal et le non-être, sous toutes ses formes. Par conséquent, l’homme qui croit en Dieu, c’est le courage de sa foi qui va l’aider à atteindre ses objectifs. La puissance divine agit dans le cœur des hommes animés de foi et d’espérance. La foi est un appel constant pour que l’homme se dépasse afin qu’il puisse agir, efficacement, contre le Mal et l’Injustice. Les peuples noirs qui cherchent à se libérer de toutes les contraintes de l’oppression, de l’injustice, de l’esclavage et du racisme, doivent croire en la justesse et au succès de leur cause.

Martin Luther KING a lu et bien digéré Karl Marx. Autant, il rejette les fondements athéistes et dépersonnalisant du marxisme, autant il reconnaît le dynamisme révolutionnaire de cette doctrine. «Nous ne pouvons accepter la doctrine des communistes, mais nous reconnaissons leur zèle et leur dévouement à une cause qu’ils croient capable de créer un monde meilleur», dit-il dans «La force d’aimer». On ne peut pas abandonner la part de sacré et de spiritualité qui fait de l’Homme un être plus grand que sa personne.

Admirateur de la République de Platon, Martin Luther KING a étudié les grands philosophes allemands, entre autres Kant, Hegel et Nietzsche, ainsi que les existentialistes (Sartre, Jaspers, Heiddeger). Il détestait Nietzsche, dont la volonté puissance considérant que la pitié chrétienne, une morale d’esclave, serait une négation de la vie, et désespère à agir sur le monde en se fondant sur l’Amour. En revanche, Martin Luther KING a subi une influence considérable de Hegel, notamment, son concept d’esprit révolutionnaire du temps (Zeitgeist). La notion de Zeitgeist de Hegel, ou «l’esprit du temps», est amorale ; ce concept peut servir aussi pour le Mal comme pour le Bien. Pour Martin Luther KING, le Zeitgeist hegelien est l’une des références intellectuelles fondamentales, dans l’éveil soudain des peuples opprimés. Le Zeigeist, : «c’est le vent de changement qui commence à souffler en Amérique, et dans le monde, pour balayer les systèmes immoraux et injustes ; c’est l’esprit qui suscite l’aspiration profonde des hommes à la liberté». Dans sa thèse, Martin Luther KING fait remarquer que le Zeigeist est une foi en un esprit intérieur qui, au moment historique opportun, éveille les personnes à leur valeur, à leur identité, à leur rôle dans la défense de leur dignité : «Quelque chose au fond de lui-même a rappelé au Noir que sa liberté est un droit de naissance ; quelque chose dans le monde lui a rappelé qu’il peut l’obtenir». Contrairement à Hegel, Martin Luther KING donne à l’esprit révolutionnaire du temps présent, une dimension morale pour la réalisation du Bien. Pour lui, le Zeitgeist révèle une dimension divine, sans laquelle on ne pourrait pas expliquer l’éveil subite du courage révolutionnaire du peuple noir. Dans la longue nuit de l’oppression, le Zeitgeist a rappelé aux Noirs qu’ils avaient le droit d’aller vers la «Terre promise de justice raciale», de toute urgence.

3 – Martin Luther KING, un prophète de l’Amour et de non-violence,

Martin Luther KING en disciple du Christ et de Mahatma GANDHI (Voir ma contribution sur Gandhi sur mon blog), a prêché, vécu et dirigé une Révolution sociale non-violente. «Le Christ a fourni l’esprit et la motivation, GANDHI la méthode», précise t-il. La non-violence, n’est ni la peur, ni la lâcheté, c’est la noble vertu du courage. Martin Luther KING n’avait ni fusil, ni matraque pour se défendre, il n’était armé que de sa foi en Dieu et de sa croyance en la justesse de la cause qu’il défendait. «Nous n’avions nul besoin d’arme, pas même un cure-dent, puis que nous possédions l’arme suprême : la conviction de notre bon droit», dit Martin Luther KING, dans «Révolution non-violente». Dans son livre «Combat pour la liberté», il estime que l’Eglise doit mener la Révolution non-violente, pour implanter une société fondée sur l’Amour. Dans sa «lettre d’une prison de Birmingham », il défend la moralité de la Révolution non-violente. De par sa vocation de pasteur, Martin Luther KING place la Bible au cœur de son message, considérant que l'humanité a été depuis trop longtemps «dans la montagne de la violence», qu'elle devait aller vers «la Terre promise de justice et de fraternité». Pour lui cet objectif est une mission divine, car on «ne devait jamais se satisfaire d'objectifs inachevés, toujours maintenir une sorte de mécontentement divin». Très inspiré par les succès de l'activisme non-violent du Mahatma GANDHI, il visite sa famille en Inde en 1959, avec l'assistance du groupe de Quakers et du NAACP. «Depuis que je suis en Inde, je suis plus convaincu que jamais que la méthode de résistance non-violente est l'arme la plus puissante disponible pour les peuples opprimés dans leur lutte pour la justice et la dignité humaine», dit-il. Martin Luther KING a également été influencé par «La désobéissance civile», de Henry David THOREAU (1817-1862) qu’il a lue, alors qu'il était à MOREHOUSE College. «Ici, avec ce courageux refus d'un homme de la Nouvelle-Angleterre de payer ses taxes et son choix de la prison plutôt que de soutenir une guerre qui étendrait les territoires de l'esclavage au Mexique, j'ai eu mon premier contact avec la théorie de résistance non-violente. Fasciné par l'idée de refuser de coopérer avec un système maléfique, j'ai été si profondément bouleversé que j'ai relu le livre plusieurs fois». THOREAU lui fait prendre conscience qu'une lutte active, mais non-violente contre le Mal, était aussi juste et nécessaire qu'aider le Bien, et que les moyens et formes de cette lutte étaient innombrables : «Je devins convaincu que la non-coopération avec le Mal est autant une obligation morale que la coopération avec le Bien», précise t-il.

Jusqu'à la fin de sa vie, Martin Luther KING reste opposé à la radicalisation et à la violence prônée par le «Black Power». «Ma conviction est que cette méthode doit guider notre action dans la crise actuelle des relations raciales», souligne Martin Luther KING. Répliquer par la haine et l’amertume, ne peut qu’intensifier la haine dans le monde. La violence ne résout pas les problèmes sociaux ; elle se contente d’en susciter de nouveaux et de plus compliqués. «Remets ton épée au fourreau !», ordonne Jésus à l’apôtre Pierre. Accepter, passivement, un système injuste, c’est coopérer avec ce système, et par là se rendre complice de sa malice. Cette volonté divine et ce message d'amour transmis par l'Évangile impliquent, selon le pasteur KING, une volonté inébranlable face à l'adversité, «un esprit ferme et un cœur tendre», suivant le titre d’un de ses sermons. L’objectif de la non-violence n’est ni de vaincre, ni d’humilier l’adversaire, mais de conquérir sa compréhension et son amitié. Il a perçu la nécessité d’un combat politique solidaire et social qui dépasse les frontières ethniques. L’objectif est la rédemption et la réconciliation. «Notre recours à la résistance passive ne vise pas seulement à obtenir des droits pour nous-mêmes, mais à gagner l’amitié des hommes qui nous dénient ces droits, à les transformer eux-mêmes par l’amitié et par les liens d’une compréhension de Dieu», dit-il. La non-violence est une attaque dirigée contre les forces du Mal plutôt que contre les personnes saisies par le Mal. «Ce n’est pas entre les Blancs et les Noirs qu’il existe une tension dans notre ville. En réalité, c’est entre la justice et l’injustice, entre les forces de la lumière et celles des ténèbres», dit Martin Luther KING. Au cœur de la non-violence se tient le principe d’amour. Dieu est Amour. «La justice est toujours debout à côté de l’amour», précise t-il.

II – Martin Luther KING, acteur de la Révolution sociale

A – Martin Luther KING et la lutte contre la ségrégation raciale

1 – L’expérimentation de la désobéissance civile, l’affaire Rosa PARKS

Quand éclate l’affaire Rosa PARKS le destin du pasteur KING est chamboulé. Il subit une sorte de transmutation. En effet, le 1er décembre 1955, Rosa PARKS, une couturière de 42 ans, trouva une place assise à l’avant des sièges réservés aux Noirs, à Montgomery, dans l’Alabama. L’arrêt suivant des Blancs montèrent. Le chauffeur donna l’ordre à Mme PARKS de céder sa place à un Blanc qui venait de prendre l’autobus ; ce qui l’aurait contrainte à rester debout le reste du parcours. Rosa PARKS n’avait pas d’intentions révolutionnaires. Elle n’avait rien prémédité. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. «Il se trouve seulement que j’étais fatiguée et que j’avais mal aux pieds», dira t-elle simplement. Aussi refusa t-elle de bouger. Le chauffeur appela la Police. On arrêta Mme PARKS, et on l’on amena au palais de justice et elle fut libérée sous caution.

Homme particulièrement doué, vif, élégant et cultivé, Martin Luther KING s’est saisi, comme dans le Zeitgeist de Hegel, de l’affaire Rosa PARKS pour mobiliser tout un peuple noir longtemps humilié : «Contre toute attente, je fus catapulté à la tête du mouvement de Montgomery. Je n’étais pas préparé au rôle symbolique que l’histoire me confiait. Mais il n’y avait moyen d’y échapper. Je fus happé par le courant de la nécessité historique». Rosa PARKS, profil rêvé pour mener un combat d’envergure, est une femme irréprochable, fière, intègre, militante antiraciste, incarnant parfaitement l’idéal de la femme noire. Une jeune fille, Claudette COLVIN, en mars 1955, victime d’un méfait identique, a renoncé de plainte, célibataire de 16 ans ; elle est enceinte. «Nous nous en servions pour donner naissance à la liberté et pour obliger les gens à respecter les lois du pays. Nous ne cherchions pas à empêcher les bus de travailler, mais à les amener à travailler d’une manière juste», affirme Martin Luther KING. Le docteur KING se rappela des paroles de THOREAU «nous ne pouvons plus coopérer avec un système qui est mauvais». Il rappelle que «celui qui accepte le mal, sans élever de protestation, en fait, coopère avec lui». En effet, le règlement des bus de Montgomery, qui transportait 60% de Noirs, était des plus avilissants. Les premiers sièges des autobus étaient réservés aux Blancs. Même quand ils étaient vides, et que les sièges arrière étaient bondés, les Noirs devaient rester debout à l’arrière. Quand les sièges avant étaient occupés, et que d’autres Blancs montaient en voiture, les Noirs assis à l’arrière, devaient se lever céder leur place. Comble de l’humiliation, le Noir devait payer son trajet à l’avant du bus, puis descendre, et gagner la porte arrière, pour remonter dans la voiture. Quelquefois, l’autobus, toujours conduit par un Blanc, repartait sans eux, alors qu’ils avaient payé leur place.

Brusquement on avait l’impression que tous les Noirs de Montgomery en avaient assez. «Nous avons trop longtemps accepté ce genre de choses. Je crois que le moment est venu de boycotter les bus. C’est le seul moyen de montrer aux Blancs que nous n’accepterons plus rien de pareil», dit Edgar Daniel NIXON, le chef de la NAACP locale. «Le moment est venu de faire quelque chose. Ce n’est plus le moment de parler. C’est le moment d’agir», dit un autre dirigeant de la NAACP. «A la source de tout progrès humain, il y a un état d’esprit, un besoin et un homme», souligne Coretta SCOTT KING. L’affaire Rosa PARKS a révélé l’étendue du talent et de l’extraordinaire personnalité de Martin Luther KING. Il forme un Comité d’action sociale et Politique, associe l’Eglise noire et la NAACP à sa stratégie de défense de Rosa PARKS. Il prononce le 5 décembre 1955, dans son église devenue le quartier général, un discours qui révèle son pouvoir charismatique et son leadership : «Nous sommes ici, d’abord et avant tout, parce que nous sommes des citoyens américains, déterminés à faire valoir notre statut de citoyens dans la plénitude de sa signification», et il ajoute : «Il vient un temps où on se lasse d’être piétinés par les pieds de fer de l’oppression. Il vient un temps où les gens se lassent d’être plongés dans l’abîme de l’humiliation, où ils font l’expérience de la désolation d’un persistant désespoir». Et il conclut : «nous sommes ici ce soir parce que nous sommes fatigués maintenant. La seule arme que nous ayons entre les mains ce soir est l’arme de la protestation. La grande gloire de la démocratie américaine est le droit de protester pour la justice».

Martin Luther KING a eu la grande inspiration de ne pas s’en tenir au combat purement judiciaire de la NAACP. En effet, les décisions judiciaires, même si elles sont favorables aux Noirs, étaient jusqu’ici peu respectées par les Blancs. L’action non-violente allait compléter, et non remplacer, l’action judiciaire. Cette révolte de Montgomery fait suite à une longue série d’humiliations subies par les Noirs aux Etats depuis plus d’un siècle. Un arrêt de la Cour suprême du 6 mars 1857, dans l’affaire Dred Scott v. John F.A Standford, avait déclaré qu’un esclave noir n’était, ni citoyen des Etats-Unis, ni citoyen de son Etat d’origine, en l’occurrence le Missouri. Les Noirs «n’avaient aucun droit qu’un homme blanc fût tenu de respecter». Plusieurs Etats et municipalités du Sud, en référence à un arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis du 15 octobre 1883, Civil Riglil Case, proclamant la discrimination raciale non contraire à la Constitution, ont mis en place tout un système ségrégationniste, appelé «lois Jim Crow». «Séparés, mais égaux», telle est leur devise. Le résultat c’est, notamment, la discrimination dans l’espace public (bus, hôtels, restaurants, cimetières, hôpitaux, écoles, etc.), des traitements dégradants (lynchage, priorité des automobilistes blancs aux intersections, les Noirs sont désignés avec des expressions injurieuses ou désobligeantes, interdiction de mariages mixtes, le Noir ne doit pas être affectueux avec sa femme dans la rue, etc.). La Cour suprême des Etats-Unis avait déclaré, le 17 mai 1954, inconstitutionnelle la ségrégation dans les établissements scolaires, mais «avec toute la diligence voulue». Ce qui signifie que les Etats fédérés pouvaient appliquer cette règle jurisprudentielle suivant le rythme qui leur convenait. Par conséquent, les Etats du Sud ont refusé d’appliquer cette solution jurisprudentielle, continuant ainsi de bénéficier d’une main-d’œuvre servile.

Martin Luther KING a engagé une action résolue, sur le terrain politique, pour vaincre la passivité des organisations noires, ainsi que l’indifférence des intellectuels, afin de leur faire prendre conscience que leur force réside dans l’unité. Soucieux de l’efficacité de l’action violente comme méthode lutte, il a professionnalisé l’organisation de son combat. Pour cela, il s’entoure alors de conseillers de choix, dont Bayard RUSTIN (1912-1987), un Quaker de Pennsylvanie, objecteur de conscience et homme de gauche, qui l’initie aux techniques de non-violence. La grève des autobus, qui a démarré le 5 décembre 1955, a duré 382 jours. Un co-voiturage gratuit a été organisé, la mairie ayant interdit les taxis des Noirs de transporter plusieurs personnes avec des coûts réduits pour chacun. Cette grève étant devenue le symbole de l’unité des Noirs, la Cour suprême des Etats-Unis, dans un arrêt en date du 13 novembre 1956, déclara la ségrégation dans les bus anticonstitutionnelle. La compagnie des bus était au bord de la faillite vu que c’était surtout des Noirs qui empruntaient ce moyen de transport. De cette lutte Martin Luther KING tirera, en 1958, son premier ouvrage : «Stride Toward Freedom : The Montgomery Story» (marche vers la liberté). En 2002, la réalisatrice, Julie DASH en a fait un téléfilm : «The Rosa Parks Story», avec l’actrice Angéla BASSETT. Pour le premier anniversaire de la grève de Montgomery, un grand concert de musique, avec la participation de Duke ELLINGTON et Harry BELAFONTE, est organisé au Manhattan Center de New York, afin de récolter des fonds, le nerf de la guerre.

Martin Luther KING, encore très jeune est élu le 11 janvier 1957, président de la Conférence Nationale des Dirigeants Chrétiens du Sud, (South Christian Leadership Conference, S.C.L.C.), avec une soixantaine de pasteurs noirs, afin de coordonner les luttes contre la ségrégation raciale. Il met de l’ordre dans sa vie privée, cesse de boire, de fumer et d’accumuler les conquêtes féminines. Il arrive à ménager la susceptibilité la vieille organisation de la NAACP, et à rassembler l’Eglise noire, divisée, autour d’objectifs stratégiques. Les Noirs, qui attendaient depuis longtemps un leader véritable et novateur, ont placé tous leurs espoirs sur les épaules de Martin Luther KING. Cette responsabilité soudaine a effrayé le jeune pasteur de Montgomery. Times Magazine évoque «ce ministre baptiste noir, cultivé, qui en moins d’un an, est sorti du néant, pour devenir l’un des plus remarquables meneurs d’hommes de ce pays». Du fait de cette notoriété subite, en mars 1957, il est invité, par Kwamé N’KRUMAH, aux festivités d’indépendance du Ghana et se rend, après ce voyage, au Nigéria, en Italie, en Suisse, en France, en Grande-Bretagne, et en Inde en 1959. Le 17 mai 1957, pour célébrer le troisième anniversaire de la Cour suprême déclarant illégale la ségrégation raciale à l’école, Martin Luther KING organisera un pèlerinage à Washington qui s’est soldé par un échec. Il n’y a eu que 20 000 participants. Mais Martin Luther KING est devenu un personnage de stature nationale, l’interlocuteur de la presse et le chef incontesté de la communauté noire. Il va étendre et amplifier le mouvement au plan national, pour gagner la confiance des Blancs libéraux.

2 – L’extension et l’amplification de la lutte pour l’égalité

Bien des gens croyaient que la contestation de Montgomery n’était qu’une bourrasque passagère et isolée. Cependant, Martin Luther KING s’est attaché, en raison de cette célébrité, à mobiliser la communauté noire autour des objectifs d’égalité et de dignité. A la rentrée du 4 septembre 1957 à Little Rock, en Arkansas, le gouverneur de l’Etat refuse d’accueillir des étudiants noirs et menace de faire couler le sang dans les rues. Une femme noire, Mme Elizabeth ECKFORD, qui n’avait pas eu connaissance de ces menaces se présenta le jour de la rentrée et fut reçue par des chiens policiers, des menaces et des injures. La presse qui rapporta cet incident, a obligé les autorités fédérales de mettre sous la protection de la Police, pendant un an, les étudiants noirs de cette université Central High. La violence policière exposée à la télévision horrifie les Blancs modérés, et génère une empathie pour les Noirs. Martin Luther KING comprend que la confrontation est périlleuse, mais elle devenue une méthode payante pour les Noirs : «L’oppresseur ne donne jamais délibérément sa liberté à l’opprimé. Il faut travailler pour l’obtenir». Martin Luther KING entreprend, alors d’étendre contestation à certaines villes du Sud. Cette tâche l’occupe maintenant à temps plein, avec de nombreux déplacements ou des séjours en prison. Il quitte Montgomery pour aller s’installer le 24 janvier 1960, à l’église d’Ebenezer pour seconder son père.

L’année 1960 fut l’année des «Sit-Ins» (on s’assied et on attend le temps qu’il faut) des étudiants noirs pour obtenir que cesse la ségrégation dans les restaurants et snacks bars. Le mouvement commence, à Greensboro, en Caroline du Nord, quand un étudiant noir, Joseph NcNeil, se voir refuser le service au comptoir de la gare des autobus. S’inspirant de l’ouvrage écrit par Martin Luther KING sur le boycott des autobus à Montgomery, les étudiants se rendirent le 1e février 1960, au magasin unique de la ville, Woolworth, et s’installèrent au comptoir. Ils demandaient calmement, avec insistance, qu’on les serve. Devant le refus, ils retournèrent, jour après jour à ce magasin, mais plus nombreux et soutenus par des Blancs. La nouvelle se répandit et fit tache d’huile dans le pays. En stratège et pourrait préserver l’âme du mouvement galvaniser ses troupes, Martin Luther KING recherche à faire accompagner les manifestations de chant de la liberté. La chanson «We Shall Overcome», (nous vaincrons, Noirs et Blancs ensemble, nous vaincrons un jour), popularisée par Mahalia JACKSON, est devenue l’hymne des protestataires. D’autres chansons sont entonnées comme «ce matin en me réveillant, j’ai pris le parti de la liberté», ou encore «personne ne me fera faire demi-tour». Ce chant renvoie aux racines de l’esclavage où chanter c’était implorer les forces de la vie contre des ténèbres. Le mouvement s’étendit à Atlanta. Les Sit-ins connurent un succès considérable dans le Sud.

Dans sa stratégie de lutte pour l’égalité, Martin Luther KING a choisi des villes symboliques aussi bien du Sud (Albany, Little Rock, Birmingham, Selma, etc.) que du Nord (Washington, New York et à Chicago, en 1966, il réclame des droits sociaux). En mars 1961, une nouvelle initiative est née : «Les Freedom Riders» (voyages de la liberté), destinés à obtenir l’intégration des autobus reliant les Etats et les gares routières du Sud. Le premier voyage, qui avait irrité les conservateurs, a été émaillé de violences (bris de vitres, tabassage, bus incendié, injures et menaces, refus d’assistance aux blessés, etc.). Les voyageurs furent arrachés de l’autobus, battus et jetés en prison. Mais le mouvement s’amplifia, obtint la protection de l’Etat, et connut un grand succès. Martin Luther KING mène la lutte non-violente, de décembre 1961 à juillet 1962 campagne à Albany, en Géorgie, une ville de 50 000 habitants où la ségrégation raciale est appliquée avec une grande rigueur. Les partisans des «Freedom Riders», Martin Luther KING, ses amis ainsi que 75 prêtres, Blancs et Noirs, de toutes confessions, sont emprisonnés. Coretta KING mis en place un mouvement des femmes pour les soutenir. La communauté noire n’avait pas été suffisamment mobilisée auparavant. Les autorités réussirent à obtenir une interdiction fédérale de manifester à Albany. Martin Luther KING accepta cette décision. On reprocha à Martin Luther KING cette position légaliste. Cependant, cette lutte réveilla chez les Noirs d’Albany un nouveau sens de la dignité et du respect. Les restaurants restèrent, certes à Albany, ségrégationnistes, mais l’inscription massive des Noirs sur les listes électorales contribua à l’élection d’un gouverneur libéral, plus respectueux de leurs droits. Ainsi, certains lieux seront ouverts aux Noirs, tels que les bibliothèques, les parcs et les lignes de bus.

Martin Luther KING tira les leçons de l’échec relatif d’Albany, et engagea une nouvelle bataille de mars à mai 1963, à Birmingham, un des plus grands centres sidérurgiques des Etats-Unis : «Dans cette communauté, les droits humains avaient été écrasés pendant si longtemps qu’on y respirait la peur et l’oppression autant que la fumée des usines». En cette année du centenaire de célébration de l’abolition de l’esclavage, la bataille de Birmingham est hautement symbolique en raison de l’intolérance raciale qui y règne depuis des lustres. Le Noir est libre, physiquement, mais il continue de vivre un asservissement total. «L’émancipation fut une proclamation et non un fait », reconnaît Lyndon B. JOHNSON, vice-président. Dans cette ville, la NAACP est interdite, parce que considérée comme un mouvement étranger. Le Noir n’a d’autre utilité ou capacité que de servir le Blanc ; il y est relégué aux tâches ingrates : domestique, commis ou manœuvre. En 1957 et 1963, dix sept maisons occupées par des leaders ou églises noires ont été plastiquées. Aucun lieu public n’est intégré, sauf les autobus, les chemins de fer et l’aéroport. C’est dans ce sommeil profond où règne la suprématie blanche, que le gouverneur de l’Etat d’Alabama, George WALLACE (1919-1998) avait proclamé : «Ségrégation maintenant, ségrégation demain, ségrégation pour toujours !». Eugène Connor, dit Bull Connor (1897-1973), chef de la police, qui se flattait de «faire rester les Noirs à leur place», et prétendait que le sang coulerait à Birmingham avant que la ségrégation n’y soit abolie. Martin Luther KING retrace cette vaillante lutte dans son remarquable ouvrage intitulé «Révolution non-violente». En janvier 1963, Martin Luther KING a rencontré le président KENNEDY pour réclamer une loi sur les droits civiques. Mais on ne l’a écouté que d’une oreille distraite. Il a compris que la bataille à Birmingham pourrait contraindre le gouvernement fédéral à agir. Comme c’est une ville d’affaires, Martin Luther KING a été stratège : il va, contrairement, au mouvement d’Albany, concentrer la campagne à Birmingham, sur les magasins pourvus d’un snack-bar. Il est, particulièrement, humiliant, pour un Noir, de voir qu’on accepte son argent à tous les rayons, sauf au bar. Pour la première fois, il demande aux enfants des établissements scolaires de se joindre aux manifestations pour dramatiser les événements, et favoriser ainsi un large écho dans la presse. Martin Luther KING a recherché dans le pays, des soutiens de personnalités, comme Harry BELAFONTE, pour rassembler des fonds, en vue de faire libérer sous caution, les protestataires interpelés. Dans un contexte électoral, cette fois-ci, Martin Luther KING décide de ne pas respecter l’interdiction de manifester, et refuse le paiement d’une caution pour lui-même, son incarcération popularisera la lutte. Le sinistre chef de la Police, Bull Connor, l’arrêta. C’est de sa prison de Birmingham, en réaction à une partie de l’Eglise blanche qui le critiquait estimant que ces actions seraient l’œuvre d’étrangers, ou seraient prématurées et déraisonnables, que Martin Luther KING écrit la fameuse lettre du 16 avril 1963. Il y formule notamment sa théorie des «lois injustes». Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste, car la ségrégation déforme l’âme, et endommage la personnalité. L’interdiction d’un défilé, utilisée pour maintenir la ségrégation, est donc injuste. L’intervention de KENNEDY, sollicitée par Coretta SCOTT KING, a relancé et encouragé le mouvement de protestation à Birmingham. Après de graves violences (lances à incendies, brutalités, morsures de chiens), dont la presse a rendu compte, un accord a été trouvé le 10 mai 1963 mettant fin à la ségrégation des magasins et améliorant les conditions d’embauche des Noirs. C’est une victoire importante qui a déterminé le président KENNEDY à déposer un projet de loi sur les droits civiques.

En 1964, à Saint-Augustine, en Floride, à coup de menaces (brûler la maison du Noir, le pendre, le lyncher ou le licencier), les Noirs avaient pris peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Quand la révolte a grondé, les places ont manqué dans les prisons. Un propriétaire d’un motel, réservé aux Blancs, a versé de l’acide chlorhydrique dans sa piscine où nageaient des Noirs. Cette barbarie, proférée devant les télévisions, a suscité une grande indignation aux Etats-Unis et dans le monde. Martin Luther KING, en grand communicateur, a gagné la bataille de l’opinion publique et celle de Saint-Augustine.

B – Martin Luther KING, le tambour major de la justice

1 – Martin Luther KING, le promoteur des droits civiques

En juin 1960, Martin Luther KING rencontre à New York, John Fitzgerald KENNEDY (1917-1963), un catholique candidat à la présidence, mais qui avoue son ignorance sur le dossier des droits civiques. Il en avait, vaguement, entendu parler lors des Sit - In qui révèlent la grande injustice dont sont victimes les Noirs. KENNEDY demande l’appui des Noirs pour sa candidature à la présidence, et promet, s’il est élu, de régler le problème des droits civiques.

Martin Luther KING trouve une façon symbolique d’attirer l’attention de l’opinion publique, avec l’arrivée des télévisions, et de montrer que les Noirs sont plus facilement admis en prison que dans certains espaces publics comme les écoles, les restaurants et hôtels. Ainsi, il lance les «Jail In». Les participants interpelés aux manifestations refusent de payer la caution, pour remplir les prisons. Il engage également des «Wade-In», occuper tout lieu de ségrégation et des «Kneels-In», s’agenouiller notamment devant les lieux de rassemblement des Blancs, comme les églises. Au cours d’un «Jail in», le 19 octobre 1960, dans un restaurant à Atlanta, Martin Luther KING est condamné à une prison ferme de 4 mois. En effet, la peine avec sursis, du 23 septembre 1960, pour défaut de changement de la plaque d’immatriculation de sa voiture, est révoquée. John KENNEDY téléphone à Coretta KING pour la soutenir et Robert KENNEDY a fait libérer Martin Luther KING quelques jours plus tard. Grâce au soutien de la communauté noire, KENNEDY est élu, le 8 novembre 1960, président des Etats-Unis avec une étroite majorité de 120 000 voix d’avance seulement. En février 1961, le président KENNEDY accepte d’envoyer les troupes fédérales afin de permettre à un étudiant noir, James MEREDITH, de s’inscrire à l’université du Mississipi. En guise de retour d’ascenseur, le président KENNEDY fait, le 11 juin 1963, une déclaration retentissante à la télévision ; il va déposer un projet de loi sur les droits civiques : «Chaque américain devrait être traité, comme s’il voudrait que ses enfants soient traités. Maintenant le moment est venu pour cette nation de tenir sa promesse. La semaine prochaine, je vais demander au Congrès de prendre un engagement qu’il n’a pas pleinement pris en ce siècle. L’idée que la race n’a pas sa place dans la vie américaine».

C’est dans ces circonstances que Martin Luther KING organise la très célèbre marche du 28 août 1963, à Washington «pour l’emploi et la liberté», durant laquelle il a prononcé son «I have a Dream» (Je fais un rêve). Cette marche, pacifique, devant le symbolique Mémorial de Lincoln qui a aboli l’esclavage, rassemble, contre toute attente, 250 000 personnes, aussi bien noires (Harry BELAFONTE, Sidney POITIER, James BALDWIN, Joséphine BAKER, Joan BAEZ, Sammy DAVIS, Mahalia JACKSON, etc.), que blanches (Bob DYLAN, Paul NEWMAN, Joseph Léo MANKIEWICZ, Charlton HESTON, etc.). La marche coordonnée par Bayard RUSTIN, est le couronnement du succès de diverses campagnes de désobéissance civile organisées par Martin Luther KING, qui est maintenant mondialement connu. Cette initiative constitue, surtout, une étape clé, au plan national de l’affirmation de la communauté noire, tant du point de sa dignité que des revendications civiques et économiques. Il s’agit de rendre le combat des Noirs plus visible, donc plus efficace. En réaction à ces succès de Martin Luther KING, le 15 septembre 1963, des extrémistes blancs posent une bombe dans une église à Birmingham, en Alabama, qui tue 4 jeunes filles noires. Auparavant, le 12 juin 1963, le lendemain du discours de KENNEDY, Medgar EVERS, un dirigeant de la NAACP, à Jackson, en Mississipi, est assassiné. Ses deux meurtriers sont acquittés par deux fois par des juridictions du Sud. Il a fallu exporter le procès, hors du Sud, pour qu’ils soient condamnés.

Mais le 22 novembre 1963, le président KENNEDY est assassiné à Dallas. Lyndon B. JOHNSN (1908-1973), vice-président, est devenu, automatiquement, président des Etats-Unis. Mais c’est un sudiste, né à Stonewall, au Texas. Il tarde à répondre aux demandes des Noirs. Martin Luther KING, en homme pressé, lance une offensive pour l’inscription sur les listes électorales, du 21-25 mars 1964 à Selma, chef lieu comté de Dallas, ville moyenne située entre Montgomery et Birmingham. Au cours de la marche du 1er février 1964, Martin Luther KING et ses compagnons sont arrêtés, et jetés en prison. Après sa libération, il engage, le 7 mars 1963, une marche de 80 km entre Selma et Montgomery pour protester contre la lenteur de l’inscription des Noirs sur les listes électorales. Ces marches sont émaillées de graves violences policières. James REEB, un Blanc qui dînait dans un restaurant tenu par des Noirs, à Selma, est assassiné. A Marion, on enregistre le premier assassinat d’un jeune Noir.

Le président JOHNSON comprend, enfin, qu’il est temps d’agir. Le 2 juillet 1964, le président Lyndon B. JOHNSON, le «Civil Rights Act», (loi sur les droits civiques) qui rend illégale toutes les discriminations à caractère racial dans le travail, à l’école, dans l’Armée les lieux publics, le transport, les administrations locales et fédérales. Une Commission, pour l’égalité de l’accès à l’emploi, est créée. C’est le début de «l’Affirmative Action», politique volontariste d’intégration des Noirs dans tous les secteurs de la vie professionnelle, par l’imposition des quotas. Mais la haine a continué, puisque le 3 juillet 1963, deux Juifs qui soutiennent la cause des Noirs et un jeune originaire du Mississipi, sont assassinés ; ce qui va inspirer, en 1988, un film d’Alan PARKER, «Mississipi Burning». Le 10 décembre 1964, Martin Luther KING, reçoit le Prix Nobel de la paix, Oslo ce qui popularise, encore plus, dans le monde, sa lutte pour l’égalité, et l’encourage, considérablement dans ses luttes.

2 – Martin Luther KING, la réaffirmation et la consolidation du droit de vote

Martin Luther KING poursuit sa mission et réclame le droit de vote pour les Noirs. «Give us the Ballots», (donnez-nous le bulletin de vote). Une bonne partie du système «Jim Crow» visait, par une série de techniques juridiques, à remettre en cause le droit de vote des Noirs. Ainsi, la clause du «Grand-père», limite le droit de vote aux personnes dont les aïeuls figurent sur les listes électorales, excluant d’office, pratiquement tous les affranchis. Il est imposé un droit censitaire, un «impôt électoral local», pour pouvoir voter. Des tests de connaissance sont établis pour éliminer les Noirs, majoritairement ouvriers agricoles et peu instruits. Par ailleurs, les bureaux de vote, où les Noirs pouvaient s’inscrire, ouvraient souvent en retard, avec de longues pauses aux heures de repas. Les Noirs faisaient la queue pendant des heures, et subitement on fermait, sans raison, le bureau. Le 17 mai 1957, à l’occasion du troisième anniversaire de l’arrêt de la Cour suprême du 17 mai 1954, Brown v. Board of Education of Topeka, déclarant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles, Martin Luther KING demande au Président EISENHOWER le droit de vote pour les Noirs. «Donnez-nous le droit de vote et nous n’avons plus besoin d’ennuyer le gouvernement fédéral à propos nos droits de base», dit-il. Les choses ne bougent pas sous le mandat de John KENNEDY. On considère, que la condition des Noirs, dans le Sud fait partie d’un des éléments fondamentaux de l’identité des Blancs. Même Lincoln, qui avait aboli l’esclavage, avait ménagé l’autonomie des Etats du Sud qui pouvaient continuer d’appliquer la ségrégation, afin de préserver le maintien de l’Union. Ce qui fait dire à Richard WRIGHT, écrivain et journaliste (1908-1960) : «il n’y a pas de problème noir aux Etats-Unis, mais un problème blanc». Par la suite, les campagnes victorieuses de Martin Luther KING ont changé cet ordre des choses. Le 6 août 1965, le président JOHNSON signe le «Voting Rights Act» qui confère à tout américain, un droit de vote, sans discrimination, sans distinction de race, de couleur de la peau ou de langue.

Les choses commencent à bouger sur le plan politique. Le 14 juin 1967, le président JOHNSON nomme, pour la première fois, un Noir, Thurgood MARSHALL (1908-1993), juge à la Cour suprême des Etats-Unis. Le 7 novembre 1967, et pour la première fois, un Noir, Carl Burton STROKES (1927-1996), est élu maire de Cleveland, dans l’Ohio, une importante ville, majoritairement, blanche.

Mort tragiquement à 39 ans, le jeudi 4 avril 1968, Martin Luther KING avait une révérence particulière pour les fêtes de Pâques. Il y a des moments où nous sentons que tout est perdu, qu’il n’y a pas d’espoir. Mais, ensuite arrive Pâques, qui est le temps de la résurrection, de l’espoir et de la plénitude. Martin Luther KING a affronté la police, les chiens, les matraques, la prison, les intimidations et les menaces de toutes sortes, et enfin de compte la mort. Dans la noblesse de l’homme, Martin Luther KING tient le haut du pavé, et c’est pourquoi, bien que réduit au silence par la mort, son message d’amour, de justice de fraternité, de compréhension mutuelle, ne cessera d’interpeler la conscience de l’humanité. Une plaque, en référence à la Genèse, est apposée au Loraine Motel, à Memphis, lieu de l’assassinat avec la mention : «Sacrifions le rêveur, et nous verrons ce qu’il adviendra de ses rêves». Et sur sa tombe est gravé «Enfin libre !» (Free à last). C’est dans cette optique qu’il considère, dans sa fameux sermon sur les «Trois dimensions d’une vie accomplie», que «la longueur d’une vie n’est pas sa durée, pas sa longévité». Ce qui compte le plus, c’est «la hauteur ascendante vers Dieu», la préoccupation du bien-être des autres. Le 4 février 1968, deux mois avant sa mort, Martin Luther KING a délivré un sermon à l’église d’Ebenezer, à Atlanta, intitulé : «L’instinct du tambour major». Notre impulsion dominante, est de vouloir être important, surpasser les autres, parader à la tête du cortège. Il y a, en chacun d’entre nous, le besoin d’être reconnu, le désir de se voir distingué. Mais la vraie grandeur, c’est être au service des autres, être esclave de l’amour. Martin Luther KING souhaite, à sa mort, que l’on se souvienne de lui comme étant le «tambour major de la justice», celui a tenté de consacrer sa vie aux autres, d’aimer et servir l’humanité. «Je veux être là dans l’amour, la justice et la vérité, et le dévouement à autrui», conclut-il.

En définitive, on ne sait pas vraiment qui a tué Martin Luther KING. La question pertinente n’est pas : «qui a tué Martin Luther KING ?», mais : «qu’est ce qui l’a tué ?». Quand Martin Luther KING a quitté le combat pour les droits civiques, pour celui de la lutte contre la pauvreté ; il est devenu politique gênant. Ainsi, en août 1965, il vient s’installer dans le ghetto noir de Watts à Los Angeles, et réclame des mesures sociales pour les pauvres. Il a fortement agacé le pouvoir fédéral quand il a commencé à critiquer la guerre au Vietnam. Le FBI, avec Edgar HOOVER, se déchaîne l’accuse d’être un communiste, de tromper sa femme, et d’être un lâche, puis qu’il ne soutient pas les militaires engagés au Vietnam. Bien des gens pensent qu’il a été assassiné par le FBI en complicité avec la mafia. RAY, soudoyé, n’était là que pour faire diversion. Martin Luther KING a toujours regardé, lucidement, la mort en face. «Il faut être prêt à mourir, si vous voulez commencer à vivre», dit-il. Profondément épris de justice, Martin Luther KING a engagé, victorieusement, le combat contre l’intolérance et l’exclusion. Militant d’une armée de la non-violence, il a délivré au monde un profond message d’amour, de réconciliation et de paix de l’âme. Dans un puissant et radical sermon du 16 août 1967, Martin Luther KING s’interroge : «Où allons-nous ?». Aussi longtemps que l’esprit est réduit en esclavage, le corps ne peut pas être libre. Il en appelle à l’amour en tant que réponse aux demandes de justice, et préconise un revenu minimum garanti pour faire face à la pauvreté. Dans son dernier sermon, du 3 avril 1968, la veille de son assassinat, qu’il intitule «Je vois la Terre promise», si Dieu lui demandait à quelle époque veux- tu vivres ? Il se déclare heureux de vivre au XXème siècle, parce que, dit-il, «nous avons une chance de faire de l’Amérique un pays meilleur». Et il a ajouté «ce qui va m’arriver maintenant n’importe guère. Car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Et, j’ai vu la Terre promise. Notre peuple atteindra la Terre promise».

3 - Martin Luther KING et son héritage.

Depuis, 1986, le troisième lundi de janvier, est un jour férié aux Etats-Unis, pour commémorer la naissance de Martin Luther KING. Cette loi a été votée le 2 novembre 1983, sous un président très conservateur, Ronald REAGAN. Ce qui atteste bien que Martin Luther KING et son combat pour l’égalité, font partie, désormais, du patrimoine commun des Américains.

Martin Luther KING avait pronostiqué, en 1964, que d’ici quarante ans, les Etats-Unis allaient avoir un président noir. Bill CLINTON (président de 1993 à 2001) est le premier président blanc ayant de la sympathie et de l’empathie pour les Noirs. Jeune, il a été élevé et grandi en Arkansas parmi les Noirs avec lesquels il a conservé de solides liens d’amitié et d’estime. Il a promu, en grand nombre, des Noirs à des postes de responsabilité, dont son ami Ron BROWN, secrétaire d’Etat au Commerce. L’accession, le 4 novembre 2008, de Barack OBAMA, premier président noir des Etats-Unis, mais surtout sa réélection le 6 novembre 2012, ont réalisé, pour une large part, de ce rêve de Martin Luther KING. Pour un instant, l’Amérique semble avoir dépassé les clivages raciaux séculaires. Le racisme, à tout le moins sur le plan étatique, a été mis entre parenthèse. Une classe moyenne noire s’est développée, et a renforcé son intégration. En revanche, une grande partie des Noirs sont les plus paupérisés, avec un taux de chômage, une délinquance, des conduites addictives et une violence, à des niveaux élevés.

Sans doute que la situation actuelle de la France n’est celle des Etats-Unis du temps de Martin Luther KING. La France reste, très largement, une belle et grande nation de droit où l’égalité républicaine a considérablement progressé. La justice est indépendante, même si elle est lente, et accessible à tous. Un pacte républicain, issu du Conseil National de la Résistance, et dénommé «les Jours heureux», a mis en place un système de protection sociale généreux. En particulier, l’aide médicale de l’Etat attribuée aux plus démunis, même aux sans-papiers, est une mesure sans équivalent dans le monde. C’est avec plein de reconnaissance et de gratitude que ces conquêtes majeures doivent être appréciées à leur juste valeur. Faire partie de cette France républicaine est un immense honneur et une fierté. Mais, il y a toujours un «mais». Certaines explosions dans les banlieues, en particulier, les émeutes de novembre 2005, ont rappelé la nécessité de répondre aux urgences sociales. En effet, la France est devenue un îlot de richesse protégé, mais avec des zones, notamment en Seine-Saint-Denis, de ghetto et de pauvreté croissante. Les politiques d’austérité, menées par la Droite comme la Gauche, ont encore fragilisé les exclus, et attisé la peur de l’autre.

A côté de cette France républicaine, certains déniant le pluralisme ethnique et culturel, animés d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêvent d’une autre France qui n’a jamais existée, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée. Devenus invisibles, on est là, sans être là. Paradoxalement, c’est parce que l’intégration est en marche, et de façon irréversible, que les esprits mesquins sont saisis d’une peur irrationnelle. En effet, sous l’effet de la crise et de la lepénisation des esprits, les forces du Mal ne cessent de progresser dans ce merveilleux pays des droits de l’Homme. Ce qui me frappe le plus, c’est que certains Français n’ont plus honte de se réclamer ouvertement des idées abjectes de l’intolérance. Le Front National, devenu respectable, est le deuxième parti de France. «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute» disait Alphonse de Lamartine (1790-1869). Mais, le plus grave, à mon sens, est la démission d’une partie de la Gauche face à cette montée de la peste brune. Le Parti Socialiste, affublé des citations de Jaurès, se revendique des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de son bilan, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne, et sont la cause de l’abstention massive aux élections, et donc la défiance à la parole publique. Nous attendons depuis 1981, le droit des étrangers. Pourtant en 2012, le gouvernement avait, pour la première fois de l’histoire, une majorité à l’Assemblée Nationale et au Sénat, et aurait donc pu appliquer la réforme. La diversité n’est pas représentée au gouvernement, dans les médias, dans la haute administration. Au sein des organes dirigeants du Parti socialiste, qui aurait dû faire preuve d’exemplarité, notre dernier représentant, Louis Mohamed SEYE, modeste poste de Secrétaire national à l’égalité, a été remercié comme un malpropre. A la ville de Paris, symbole pourtant de la fierté de la Gauche, ville colorée où cohabitent plus de 110 nationalités, la haute administration ainsi que les conseillers de Paris, sont exclusivement blancs, donc incolores, inodores et insipides.

A mon sens, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. «Etre libre c’est participer au pouvoir», disait Cicéron. Dans notre grande largesse d’esprit, nous avons une capacité à pardonner tous les outrages subis. Mais cette patience infinie ne signifie nullement, une résignation aux injustices et un abandon de nos droits de citoyens de la République. Nous avons «un esprit ferme et un cœur tendre», en référence à un sermon de Martin Luther KING. Avant d’avoir le droit de vivre, chaque homme qui se respecte, doit être prêt à mourir pour les idées justes auxquelles il croit. Notre revendication légitime, mais non négociable est la suivante : la France républicaine, comme l’ont fait les Etats-Unis de Martin Luther KING, devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Nous sommes aussi la France. Mettons de la couleur dans ce pays ! Nous en avons assez qu’on nous traite «d’immigrés», comme des citoyens de seconde zone, des indigènes de la République. Nous ne sommes plus dans les années 60, où les personnes venant du Tiers-monde étaient des immigrants, peu qualifiés, avec le mythe du retour au pays, et vivant en marge de la société française. La nouvelle génération éduquée, est enracinée, pour toujours, dans ce pays, revendique sa juste place. J’ai entendu les souffrances de ces jeunes français d’origine sénégalaise qui m’avait invité à la Défense en juin 2014. Tous issus de grandes écoles de commerce, bien formés et compétents me disent que leurs demandes d’emploi reviennent invariablement, avec la mention «ne correspond pas au profil recherché». Mais de quel profil parle t-on ? Il est temps que cela change. Je voudrais convoquer à la table de la justice et de la fraternité, les grands groupes français qui pillent les ressources africaines (Elf, Total, Orange, etc.), pour leur faire comprendre que la différence n’est pas un mal, mais une grande richesse. Pour paraphraser le Pape Jean-Paul II : «Cessez d’avoir peur, entrez dans l’espérance». On nous dit toujours, à chaque échéance électorale : «Soyez patients. La fois prochaine ce sera votre tour». «Justice trop tardive, est déni de justice», est un dicton qu’aimait à rappeler Martin Luther KING. Comme l’avait promis, fort justement, François HOLLANDE : «le changement, c’est maintenant».

Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun OBAMA ou Martin Luther KING n’a pu émerger en France. Cependant, le Mal, sous la forme de l’injustice et du racisme, ne triomphera pas. Car la Vérité terrassée se redressera. Je sens une colère ancienne et sourde qui gronde encore plus fort, et plus insistante. Je perçois ce Zeitgeist, dont parlaient Hegel et Martin Luther KING, pour rétablir l’égalité rétablir l’égalité réelle, la fraternité, le bien –vivre ensemble et la justice. «Je vois la Terre promise de la liberté et de la justice», disait Martin Luther KING.

Bibliographie sélective :

KING (Martin Luther), Autobiographie, Paris, Bayard Culture, 2008, 478 pages ;

KING (Martin Luther), Minuit, quelqu’un sonne à la porte : les grands sermons de Martin Luther King, présentation Bruno CHENU, traduction Serge MOLLA, Paris, Bayard, 2000, 234 pages ;

KING (Martin Luther), Why we Can’t Wait (Pourquoi nous ne pouvons pas attendre), Boston, Beacon Press, 2010, 193 pages ;

KING (Martin Luther), Où allons-nous : la dernière chance de la démocratie américaine, traduction Odile Pidoux, Paris Payot, 1968, 234 pages ;

KING (Martin Luther), Stride Toward freedom (Combat pour la liberté), Paris, Payot, traduit de l’anglais par Lionel Jospin et Odile Pidoux, 1968, 242 pages ;

KING (Martin Luther), «Non-violence et justice raciale», in Christian Century du 6 février 1957, et in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc. pages 23-35 ;

KING (Martin Luther), «La lettre de la geôle de Birmingham, 16 avril 1963», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 36-71 ;

KING (Martin Luther), «Je fais un rêve, I Have a Dream, 28 août 1963», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 72-87 ;

KING (Martin Luther), «Discours d’acceptation du Prix Nobel de la Paix, 10 décembre 1964», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 36-71 ;

KING (Martin Luther), «Interview accordée à PLAYBOY, janvier 1965», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc. pages 95-176 ;

KING (Martin Luther), «Un temps pour rompre le silence, discours du 4 avril 1967, contre la guerre au vietnam», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 187-221 ;

KING (Martin Luther), «Et maintenant où allons-nous ? 16 août 1967, appel à la restructuration de la société américaine», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 187-221 ;

KING (Martin Luther), «L’instinct du tambour-major, 4 février 1968», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 243-264 ;

KING (Martin Luther), «Je vois la terre promise, 3 avril 1968», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 265-285 ;

KING (Martin Luther), La force d’aimer, traduit de l’anglais par Jean Bruls, Paris, 1964, Edition française, Casterman, 231 pages ;

KING (Martin Luther), A Comparison of the Conceptions of God in the Thinking of Paul Tillich and Henry Wieman, Thèse de doctorat, soutenue le 15 avril 1955, au Département de Théologie, Université de Boston, sous la direction de L. Harold De Wolf, inédite, 209 pages ;

KING (Martin Luther), L’union fait la force : victoire à Montgomery, Strasbourg, Paris, Istra, 1958, 184 pages ;

KING (Martin Luther), Black Power, traduction d’Odile PIDOUX, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2008, 172 pages.

KING (Martin Luther), Révolution non-violente, traduit par Odile Pidoux, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2006, 220 pages.

SCOTT KING (Coretta), Ma vie avec Martin Luther, traduit de l’anglais par Anne-Marie SOULAC, Paris, Stock, 1969, 360 pages ;

OATES (Stephen B), Martin Luther King Jr : 1929-1968, Paris, Le Centurion, 1985, 574 pages ;

NOACK (Hans-Georg), L’insurrection pacifique de Martin Luther King, le combat de Martin Luther King pour la liberté et les droits des Noirs américains, traduit de l’allemand par Fernand LAMBERT, Paris, Colmar, Alsatia, 1967, 446 pages ;

COMBESQUE (Marie Agnès), Un homme et son rêve, Paris, éditions le Félin, 2008, 364 pages ;

DIALLO (David), Histoire des Noirs aux Etats-Unis, Paris, éditions Ellipses, 2012, 141 pages, spéc pages 77-87 ;

FOIX (Alain), Martin Luther King, Paris, Gallimard, 2012, 303 pages ;

BENNETT (Lerone), L’homme d’Atlanta, Martin Luthe King, 1964, Johnson Publishing Company, Casterman, 251 pages ;

Dossiers Libres, Gandhi et Martin Luther King : des combats non-violents, Paris, Cerf, 1983, 159 pages, spéc 63-112 ;

GAUDRAULT (Gérard), L’engagement de l’Eglise dans la Révolution d’après Martin Luther King, Paris, Cerf, Théologie sans frontières, 1971, 346 pages ;

GERBEAU (Hubert), Martin Luther King, Paris, 1968, éditions universitaires, 166 pages ;

GAUDRAULT (Gérard), L’engagement de l’Eglise dans la Révolution d’après Martin Luther King, Paris, Cerf, 1971, 331 pages ;

MOLLA (Serge), Les idées noires de Martin Luther King, Genève, Labor and Fides, 2008, 396 pages ;

BILLIOUD (Jean-Michel), Martin Luther King, Paris, Bayard, 2006, 61 pages ;

FRIER (Raphaële), Martin et Rosa : Martin Luther King et Rosa Park, ensemble pour l’égalité, Voisin-Le-Bretonneaux, Rue du Monde, 2013, 51 pages ;

ROUSSEL (Vincent), Martin contre toutes les exclusions, Paris, Desclée de Brouwer, 1994, 143 pages ;

KENNEDY (Stetson), Jim Crow Guide to the USA : the Laws, Customs and Etiquette governing the Conduct of Non-Whites and others Minorities as Second Class Citizens, University of Alabama, 2011, 230 pages.

Paris le 14 août 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Martin Luther KING Jr (1929-1968).
Martin Luther KING Jr (1929-1968).
Martin Luther KING Jr (1929-1968).

Martin Luther KING Jr (1929-1968).

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 10:43

Monsieur le Président,

En ce mardi 12 août 2014, je vous souhaite un excellent anniversaire, pour vos 60 ans, une bonne santé, et surtout une réussite pour votre mandat présidentiel, le plein respect des engagements de gauche que vous avez pris devant la Nation, et pour l’égalité réelle.

Monsieur le président, bien des faits nous attestent que le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité réelle, est encore long et sinueux. C’est ainsi que mon ami, Louis Mohamed SEYE qui a, activement, participé à la campagne des présidentielles de 2012, a été abandonné en rade, sans motifs légitimes et rationnels. M. Koffi YAMGNANE vous avait proposé qu’il soit nommé Secrétaire d’Etat. Et depuis lors nous n’avons aucune réponse. Pourtant, Louis Mohamed SEYE, vous avait invité au local du PS, à Fontenay, en 2010. J’y étais. Vous êtes arrivé en scooter taxi, en retard. Contre vents et marées, avec une sincérité de l’engagement, sans aucun calcul politicien, Louis Mohamed SEYE, a tenu à vous manifester toute l’estime et la considération qu’il porte pour vous. Le candidat favori des sondages et du Parti était, à l’époque, DSK. Cette fidélité de M. SEYE, à vos côtés, est ancienne et constante. Je me souviens aussi du congrès du Mans en novembre 2005, j’y avais accompagné Louis M SEYE, ainsi que M. Saliou DIALLO, pour le compte du Mouvement Equité. Vous étiez premier Secrétaire du PS à l’époque. En pleine crise des banlieues de novembre 2005, votre discours truffé de références à la République, nous avait fait chaud au cœur. Finalement, à l’issue du congrès, aucun, d’entre eux, n'a pas été nommé au Secrétariat National. Plus préoccupant encore, Louis Mohamed SEYE vient de perdre, honteusement, son modeste poste de Secrétaire national à l'égalité. Une position, de surcroît, symbolique (L'égalité), qui aurait pu faire l'objet d'un consensus entre les différentes tendances du Parti. Comme toujours, M. le président, nous avons le sentiment, peut-être que nous avons tort, vous êtes particulièrement dur avec vos amis, et encore plus avec certains amis, et toujours les mêmes personnes. En effet, votre haute administration, ainsi que les cabinets ministériels, où vous avez d’importantes marges de manœuvre, sont loin de refléter, la vraie diversité de ce pays. La nomination récente, de Jacques TOUBON, à une des institutions de l’Etat, a soulevé une vive indignation de tous les militants socialistes.

Sur le plan international, la crise Ebola menace en Afrique. Mais j’ai le sentiment que cette épidémie, qui guette tous les pays, n’a pas été prise au sérieux, à la mesure des dangers qu’elle fait peser sur la santé de tous. Les grandes épidémies, contrairement, au fameux nuage nucléaire de Tchernobyl qui était censé s’arrêter à la frontière, traverseront les frontières. Par ailleurs, nous attendons avec un grand intérêt, votre engagement de mettre fin à la Françafrique. Ainsi, divers chefs d’Etat africains, préparent la modification de leur Constitution, afin de se maintenir, à vie, comme président (Joseph KABILA au Congo, Blaise COMPAORE au Burkina Faso, Ali BONGO au Gabon, Faure EYADEMA au Togo, etc.). L’aide la plus précieuse qui pourrait être apportée aux Africains, c’est bien sûr la paix. Vous avez raison d’insister sur ce point, mais aussi, et surtout la démocratie. Car la plupart, de ces pays évoqués sont riches, cependant leurs ressources sont pillées par des gouvernements autoritaires et corrompus. Ce qui alimente l’immigration, les guerres et la malgouvernance.

La colère gronde. Nous réclamons justice, égalité réelle pour que cessent, enfin, ces humiliations, et ce mépris permanent. Les pouvoirs publics parlent de "République". On cite à tort et à travers Jaurès, on nous tape sur le dos. Mais quand, il s'agit de récompenser de valeureux militants et très fidèles, comme Louis Mohamed, on nous dit, «il faut attendre». Cependant, nos demandes légitimes sont rejetées, de façon constante et sans appel. On attend le droit des étrangers aussi depuis 33 ans. En dépit des menaces de la rue, le mariage pour tous, une demande pourtant récente, est devenu une conquête pendant votre mandat. Certains anciens militants, et non des moindres, comme M. Soulé DIAWARA, qui a été pendant longtemps secrétaire de section du PS dans le 17ème arrondissement, nous quittent et rejoignent l’opposition. A mon grand désespoir, Soulé DIAWARA s’est présenté, sans succès, dans mon quartier, dans le 19ème, contre ami François DAGNAUD. L’humiliation, c’est la pire des choses, susceptible d’engendrer des comportements contraires à notre profonde conviction et à nos valeurs. Des personnes très modestes, comme les retraités, les veufs, sont frappées de plein fouet des mesures fiscales injustes, au même moment où des entreprises reçoivent d’importantes subventions, sans contreparties tangibles et mesurables. Ces situations, ou sentiments d’injustice, ont fait monter le FN à des niveaux, jamais égalés. Le pacte républicain est menacé du fait du progrès de ces idées nauséabondes. C’est ainsi que des élus locaux de gauche, qui avaient pourtant bien travaillé, ont été, fort injustement, sanctionnés. 2015 c’est l’année des régionales, il faut tout faire, pour ce qui reste du Socialisme territorial, soit sauvegardé. Notre grand parti, ne doit plus être synonyme de références théoriques à Jean Jaurès ou aux valeurs républicaines, avec de formules creuses et hypocrites. Les citoyens qui doutent sérieusement de la valeur de la parole publique, et se réfugient dans l’abstention, ou vont vers l’Extrême-droite. Le Parti Socialiste doit continuer à incarner l’espérance et le renouveau.

Ce matin, je suis en colère et je le dis, sans détours. C'est une colère ancienne, mais personne ne nous écoute. On dit toujours «Soyez patients. Votre tour viendra». "Justice tardive, est déni de Justice" disent les juristes. On demande du respect pour notre militantisme, pour notre engagement républicain en faveur du bien-vivre ensemble. Nous souhaitons, vivement, de revenir à l’esprit de votre discours du Bourget, qui m’avait pleinement transporté dans l’ambiance de 1981. Nos espoirs en vous étaient, et sont encore grands. Il vous reste encore trois ans, et il n’est jamais trop tard de bien faire. Car vous le disiez si bien, et j’y souscris, intégralement, «le changement, c’est maintenant».

Paris, le 12 août 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

François HOLLANDE, président de la République française.

François HOLLANDE, président de la République française.

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 14:55

J'apprends, à l'instant, qu'un homme, originaire du Mali, membre du corps médical, mais qui s'était rendu en Guinée, est suspecté d'avoir contacté le virus Ebola. Résidant à Ogo, il est actuellement mis en quarantaine, dans l'attente du résultat des tests, à l'hôpital de Ouro-Sogui, dans la Région de Matam. Naturellement, alors que le cas de virus Ebola n'est pas encore avéré, c'est la panique générale dans le Fouta-Toro, région de Matam, où habitent mes parents.


Par conséquent, j'invite toutes les bonnes volontés, à aider les Etats pauvres à se doter de structures sanitaires et d'une médecine préventive efficaces. Je crois fondamentalement, aux grands mérites de la coopération décentralisée qui évite que les fonds ne soient détournés. Ainsi, dans mon village, la ville de Val De Reuil Infos, a financé un hôpital, un plan d'assainissement et d'évacuation des eaux usées.

Bien des gens meurent encore en Afrique, non pas de grandes épidémies, mais de maladies ordinaires et bénignes, parce qu'ils ne bénéficient d'aucune assistance médicale.

Je sais que de temps en temps, on nous envoie des bombes, on nous matraque dans des manifestations interdites de façon sélective, ou on nous impose un régime autoritaire.

Cependant, dans ce cas, le monde étant devenu un village planétaire. La solidarité, dans le domaine de la santé, est devenue l'affaire de tous. Prenez garde, contrairement au nuage de Tchernobyl, les épidémies ne s'arrêtent pas aux frontières des pauvres déshérités.

Voici la traduction, en anglais, faite par une amie de Détroit, Mme, Juanita Anderson.

On the spread of Ebola; and a plea for assistance from my FB friend BA Amadou

The psychosis of the Ebola epidemic, settled in the Fouta-Toro, in the North of Senegal.
At the moment, I learn that a man, from Mali, Member of the medical profession, but who had travelled in Guinea, is suspected to have contacted Ebola virus. Residing at Ogo, it is currently quarantined, pending the outcome of tests, at Ouro-Talib hospital, in the Matam Region. Naturally, while the Ebola virus case is not yet proven, it is the general panic in the Fouta-Toro, Matam region, inhabited by my parents.
Therefore, I invite all willing to help poor States to develop effective health structures and a preventive medicine. I basically believe in the great merits of decentralised cooperation which prevents the funds from being diverted. Thus, in my village, the town of Val De Reuil info, funded a hospital, sanitation and wastewater evacuation plan.
Many people are still dying in Africa, not major epidemics, but common and benign, diseases because they do not benefit from any medical assistance.
The world becoming a global village, the solidarity in the field of health has become everybody's business. Epidemics do not stop at the borders of poor underprivileged.

Merci beaucoup Juanita, pour ta prompte réaction.

Paris, le 11 août 2014. Baamadou.over-blog.fr.

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 11:57

N.B. Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 6 août 2014.

Albert LONDRES, c’est l’histoire d’un grand homme qui, poète par vocation, s'affirma comme écrivain de valeur, et surtout, de façon indiscutable, comme le premier tout grand reporter de l'entre-deux-guerres. Albert LONDRES est un journaliste qui s’impose figure dominante du fonctionnement démocratique de la société toute entière. Dans son indolence et soucieuse de la défense de ses privilèges, remplie d’elle-même, une certaine presse a tendance à s’enfermer dans l’anecdotique, le sensationnel, à se soucier moins de la qualité littéraire, à se cantonner dans une fonction morne, et souvent répétitive, d’enregistrement et de restitution des faits. Tout cela est à l’exact opposé de ce qui fait la noblesse du métier d’informer, telle que le concevait Albert LONDRES, à savoir le réveil des consciences, la pédagogie, le militantisme et la recherche de la vérité. Pour Albert LONDRES, un journaliste n’est pas un enfant de chœur, et son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans la corbeille de pétales de roses. «Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie», dit Albert LONDRES dans son ouvrage «Terre d’ébène». Albert LONDRES est engagé au service des nobles causes. Il considère qu’il existe «une plaie», c’est l’indifférence devant les problèmes à résoudre. Contestant, dénonçant, proposant, n’acceptant jamais les faits comme acquis, irrévérencieux, demandant des comptes au nom de tous, exigeant que les plus démunis soient enfin entendus, Albert LONDRES a révolutionné le métier de journaliste et rendu crédible l’idée d’une participation de tous au débat social et politique.

J’ose espérer que bon nombre de Français connaissent encore le nom d’Albert LONDRES, ne fût-ce qu'à cause du Prix créé à sa mémoire, depuis 1933. En effet, le Prix Albert Londres a été créé par Florise MARTINET-LONDRES en hommage à son père, disparu le 16 mai 1932, lors du naufrage du paquebot «George Philippar» au large de Gadarfui, dans la Mer Rouge. Ce Prix couronne, chaque année, à la date anniversaire de sa mort, le meilleur "Grand Reporter de la presse écrite", et depuis 1985 le meilleur «Grand reporter de l’audiovisuel». Régis DEBRAY a consacré un ouvrage sur les circonstances de la disparition de ce grand reporter qui avait promis de faire des révélations explosives sur la guerre sino-japonaise. Le circuit électrique du bateau a-t-il été saboté pour faire taire le grand reporter ? On découvre, dans cette enquête, d'étranges connivences entre triades chinoises, pègre marseillaise, diplomates compromis, policiers circonvenus, militaires ambigus. A la fin de ce bras de fer entre magnats de la drogue et pouvoir politique, la raison d'Etat aura le dernier mot.

Albert LONDRES est né le 1er novembre1884 à Vichy. Albert LONDRES que ses parents destinaient à la comptabilité, avant d’être un journaliste, est un poète. «Pour moi, mon âme est douce au point que l’on dirait qu’en elle, jour et nuit, coule le ruisseau de lait», déclame Albert LONDRES dans son recueil de poèmes «L’âme qui vibre», édité en 1908. Il a publié d’autres recueils de poèmes : «Suivant les heures», «Lointaine», et «Marche à l’étoile». Pour gagner sa vie, il exerce la fonction de journaliste parlementaire au «Matin», et couvre pendant la première guerre mondiale les fronts européens. Ce journal refuse de l’envoyer aux Dardanelles, mais il s’y rend pour le compte du «Petit journal». Grand reporter, il collabore avec «l’Excelsior», le «Quotidien» et le «Petit parisien». Ouvert sur le monde et aux autres, notamment aux marginalisés comme les bagnards, les prostituées, les Juifs persécutés, les colonisés, les malades mentaux, Albert LONDRES va choisir de dénoncer la misère, l’injustice, érigeant en parti pris journalistique son militantisme social.

I – Albert LONDRES, le défenseur de la dignité humaine

A – La défense des bagnards, des prisonniers et des aliénés mentaux

Albert LONDRES ne cherchait pas le scoop. Les terrains de ses reportages n’étaient pas ceux qui faisaient habituellement les choux gras de la presse. Bien au contraire, il traînait dans les zones d’ombre, dans les lieux perdus de l’histoire. Albert LONDRES s’insurge contre toute forme d’enferme arbitraire, notamment lorsqu’il s’accompagne de traitements inhumains et dégradants.

En 1923, le journaliste s'embarque pour la Guyane, décidé à mener une enquête sur «le bagne». Tout condamné de 5 à 7 ans devait, sa peine achevée, rester en Guyane, un nombre de temps égal. Tout condamné à 8 ans et plus, devrait y demeurer, à perpétuité. C’est la relégation. Cayenne, capitale de la déchéance humaine, pire que tout ce qu'on peut imaginer, pire que les flammes de l'enfer, que la hache du bourreau, que les tortures de l'Inquisition : la déportation au bagne. Patrie du désespoir, terre du malheur, imprégnée de la souffrance des milliers d'hommes et de femmes expédiés par bateau pendant des siècles, loin des regards, exilés sur cette terre de désolation. Cayenne, où comment crever de faim, de soif, de misère, de chaleur, du paludisme, des parasites, des plaies qui suppurent, de la lèpre, des bêtes qui piquent, qui mordent, de la cruauté des hommes qui "appliquent la loi". Cayenne, son Ile du Diable, ses travaux forcés, son asile de fous, ses cachots où on dort attaché à une barre de fer, ses déportés, ses relégués, ses libérés vivant comme des esclaves, ses morts jetés à la mer qui finissent dans le ventre des requins. Cayenne, ce goulag bien de chez nous, restera un lieu de sinistre mémoire. Le reportage d'Albert LONDRES, publié dans le «Petit Parisien» en 1923, se termine par une lettre ouverte adressée au Ministre des Colonies, Albert SARRAUT (1872-1962), «ce n’est pas des réformes qu’il faut en Guyane, mais un chambardement général», dit Albert LONDRES. Dans l’édition de 1924, de son reportage «Au bagne», Albert LONDRES signale, un an après, des avancées remarquables. Avant que la Commission d’enquête n’ai rendu ses conclusions, Edouard HERRIOT (1872-1957), président du Conseil, a décidé de suspendre l’envoi de nouveaux bagnards, les forçats sont séparés en fonction e la gravité de la peine, les sanctions allégées, le travail rémunéré, et la nourriture améliorée, et ont été supprimés : les fers la nuit, les cachots noirs, le fait de travailler nu. C’est grâce à la ténacité et à la vigilance de Gaston MONNERVILLE, président du Sénat, (consulter mon blog baamadou.over-blog.fr) qu’un décret-loi du 17 juin 1938 supprime, définitivement, la déportation. En 1946, cent quarante cinq détenus sont rapatriés à Marseille.

Après le succès de son reportage sur le bagne de Cayenne, Albert LONDRES décide de s'intéresser à d'autres geôles de la République. Dans "Dante n’avait rien vu, Biribi", c’est aux pénitenciers militaires des colonies nord-africaines qu’il s’attaque. Des territoires suffisamment éloignés de la métropole et des centres de décisions pour vivre à l’abri de tout regard. On pouvait y pratiquer la torture et le crime en toute impunité. Ils étaient l’œuvre surtout des petits grades, les sergents, les pires de tous, parce qu’ils étaient occupés par des abrutis de première classe. Pour eux, s’acharner sur un prisonnier à coup de fouet et de bottes, ce n’était pas une indignité, mais un moyen de justifier leur rôle. Malgré l'hostilité de la hiérarchie militaire, le grand reporter sillonne le Rif, recueillant les doléances des soldats bagnards.

Les exactions énumérées par LONDRES pourraient créer le vertige, mais le reporter, à la manière de Voltaire, avait le don de la formule ironique. Comme l’indique le titre de l’ouvrage, LONDRES prenait continuellement de la distance avec les faits pour mieux les dénoncer et dévoiler leur atrocité. Pour répondre à la pression de l'opinion publique, le Ministre de la Guerre se voit contraint d'envoyer sur place une commission d'enquête, et ce sera bien grâce à Albert LONDRES que les bagnes militaires et leurs odieux "travaux publics" seront définitivement supprimés en France.

«Chez les fous», après avoir dénoncé les pénitenciers de Guyane et les bagnes militaires de Biribi, c'est à une autre forme d'enfermement qu'Albert LONDRES, au début de l'année 1925, entend désormais s'attaquer : les asiles d'aliénés. Devant la mauvaise volonté des autorités de Santé publique, le grand reporter tentera même, pour forcer les portes d'un hôpital psychiatrique, de se faire passer pour fou. Parvenant enfin à enquêter dans plusieurs établissements, il rapportera de nombreux témoignages de malades qui fourniront la matière de douze articles très polémiques. La rédaction du «Petit Parisien» hésitera d'ailleurs à publier cette enquête, qui paraîtra finalement en mai 1925. Devant l'indignation des psychiatres et des aliénistes, Albert LONDRES, dans le livre qui fera suite aux articles de presse, sera contraint d'adoucir certains passages et de maquiller quelques noms propres.

B – La défense des minorités ethniques.

On peut dire, sans risque de se tromper, qu’Albert LONDRES était antiraciste. Dans son combat pour l’égalité, il s’est intéressé, notamment, au sort des colonisés, aux Juifs et aux prostituées. Toutes ces minorités ethniques victimes de persécution et de l’opprobre.

«Terre d’ébène», en 1928, est un des grands textes anticolonialistes. André Gide vient de publier Voyage au Congo et Retour du Tchad, ouvrages dans lesquels il a dénoncé avec vigueur les horreurs et les crimes du régime colonial de la France. Albert LONDRES s'embarque pour un périple de quatre mois en Afrique, destination : Sénégal, Guinée, Soudan (Mali), Haute-Volta (Burkina-Faso), Côte d'Ivoire, Togo, Dahomey (Bénin), Gabon et Congo. Il nous vient d’un des plus grands journalistes, pourtant aux idées politiques plutôt de droite, assez favorables à la politique coloniale. Après avoir fait cette tournée, Albert LONDRES n’a pas sa langue dans la poche. Révolté à son tour par ce qu'il découvre, le grand reporter trouvera la violence et les accents qui conviennent pour en parler. «C’était l’Afrique, la vraie, la maudite : l’Afrique noire», dit-il. 597 européens meurent en 1928 de la peste à Dakar. Lors de son séjour à Dakar, les blagues racistes des Européens l’ont choqué : «Les Nègres ne portent pas au Sénégal. Ici, ils votent !» ou «une ménagère prévoyante a du mettre deux Européens à l’abri des chats et des mouches, pour les faire cuire demain matin». Albert LONDRES a beau être «haut comme une pomme», il s’en prend à tout le monde : blancs de l’administration, blancs des affaires, gouvernement, petits blancs fonctionnaires de «la colonie en bigoudis» ; et se livre à un réquisitoire en règle contre un système révoltant, le «moteur à bananes», qui trahit la réalité de l’époque : «L’esclavage, en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles d’Europe». Ce livre, «Terre d'ébène», suscitera de furieuses polémiques et incitera le gouvernement général de l'AOF à organiser un «voyage de presse» afin d'apaiser l'émotion produite par le reportage de Londres. La presse coloniale, de son côté, se déchaînera, contre Albert LONDRES qualifié de «métis», de «Juif», de «menteur», de «canaille», mais la violence ordurière de ses attaques renforcera le succès du livre.

Dans les «chemins de Buenos-Aires», en 1927, Albert LONDRES décide de réaliser un reportage sur la traite des Blanches, les Franchuchas, en Argentine. Au cours de son enquête, il cherche à rencontrer maquereaux, policiers et prostituées de Buenos-Aires, et, de ces divers témoignages, il rapportera entre autres le récit de Victor le Victorieux, ou son entrevue avec des personnages tels que Vacabana, dit le Maure. Son récit rencontra un vif succès, sauf auprès de la presse argentine, qui lui reprocha son indulgence envers les proxénètes. Si le livre a rencontré un vif succès auprès du public lors de sa parution, c'est qu'Albert LONDRES, avec sa faconde naturelle, sa volubilité enjouée et entraînante, a agrémenté son propos d'une bonne dose d'humour et d'ironie mordante. Le père du journalisme moderne pointe les causes majeures du problème : le chômage et la misère. Sa volonté est d'interpeller ses congénères et exhorter notre société à assumer ses responsabilités pour pallier à la pauvreté qui conduit inévitablement à la prostitution.

«Le Juif errant est arrivé», est publié en 1930 sous le titre «Le drame de la race juive du ghetto à la terre promise». Albert LONDRES a soulevé la question de l’antisémitisme, avant même l’éclatement de la Deuxième guerre. Pourtant, certains persistent soit à nier l’évidence, soit à exposer encore leur ignorance. Comme s'il avait prévu qu'un jour l'existence de l'Etat d'Israël serait mise en question Albert LONDRES justifie le retour des Juifs en Palestine dans un reportage qui remua les consciences des nations. En Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie, à Londres, il a sondé la misère des ghettos, recensé les humiliations, les spoliations, les violences dont le peuple juif a souffert. Disparu en 1932, Albert LONDRES n'a pu dénoncer les pires de toutes. Venant d'un homme qui n'a cessé de mettre sa plume au service des opprimés, et dont la générosité ne relevait d'aucune idéologie, voilà un témoignage irrécusable, digne d'être redécouvert. Et qu'il faut méditer.

II – Albert LONDRES, la découverte des autres.

Bien au contraire d’une certaine presse claquemurée dans l’Hexagone, ignare, méprisante des autres ou d’un voyeurisme malsain, Albert LONDRES a choisi d’aller vers les autres. L’autre ne lui inspire pas la frilosité, mais l’enrichissement dans la différence.

En 1920, au prix de mille difficultés, et de mille détours, Albert LONDRES parvient à s'infiltrer dans la Russie devenue communiste depuis 1917. Il lui faut, en effet, cinquante-deux jours pour se rendre de Paris à Petrograd (Saint-Pétersbourg). En France, son reportage fait sensation. Son journal, «l’Excelsior», annonce à la une : «M. Albert LONDRES est le premier journaliste français qui ait réussi à pénétrer jusqu'au cœur de la République des soviets". En 1920, après plus d'un mois et demi de tribulations, Albert LONDRES se rend à Petrograd et à Moscou, rencontre la population, des dirigeants (le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, le Commissaire du peuple aux Finances) ainsi que Maxime Gorki. Albert LONDRES nous livre, dans «la République des Soviets», un témoignage ahurissant sur la Russie dans les premiers temps du bolchevisme, et établit à la fin de l'ouvrage une comparaison intéressante entre Lénine et Trotski. Comme toujours chez Albert LONDRES, le récit est vivant. Dans cet ouvrage, le récit est tantôt poignant avec la description des conditions de vie des habitants de Petrograd et de Moscou, miséreux et affamés, soumis au joug bolchevique, tantôt il contient des touches d'humour.

«En Inde», 1922, Albert Londres est à Calcutta. Il découvre un "Empire britannique" où cohabitent des millions d'hindous, de Musulmans, de Bouddhistes, de Chrétiens et de Sikhs. Spontanément hostile aux Anglais, le grand reporter se met à l'écoute des revendications nationalistes de trois personnalités singulières : Gandhi, Nehru et le grand poète Tagore.

Dans «Pêcheur de perles», de 1931, au large des côtes brûlantes de la Corne de l'Afrique (Yémen, de Djibouti-la-Jolie et de Bahreïn), Albert LONDRES observe, fasciné, l'aventure de ces hommes qui plongent à la recherche des huîtres perlières, pour parer la gorge des belles Occidentales. La misère des pêcheurs, la cécité, la surdité qui les affligent, le cynisme des courtiers et des systèmes politiques, mais aussi la poésie des «Sambouks» de la Mer Rouge et des marieurs de perles, les rêves de fortune. Albert LONDRES découvert par hasard, n'est pas seulement un explorateur qui rapporte ce qu'il a vu dans ses voyages. Il parvient à romancer l'histoire de ces hommes, pêcheurs de perles de père en fils, fiers de cette tradition qui leur coûte la santé. Il part à la rencontre de ces héros de la vie ordinaire, avec eux sur les bateaux, et nous restitue ce qu'il a pu observer avec la sensibilité nécessaire pour garder le lecteur dans son voyage.

C’est en 1922 qu’Albert LONDRES réalise enfin pleinement son rêve de journaliste au long cours. Mandaté par «l’Excelsior», il part en effet pour le plus long et le plus ambitieux de ses reportages : six mois de pérégrination, soixante quinze jours d’enquête qui le mèneront au Japon, en Chine, en Indochine et en Inde. C’est au Japon que le reporter se frotte pour la première fois à l’Asie. Il s’enthousiasme et retrouve sa meilleure veine pour décrire l’étrangeté d’un univers dont il ignorait tout. Dans son reportage, «Au Japon», il brosse le portrait d’un pays aux ambitions contradictoires, prêt à de profondes mutations dans la recherche d’une nouvelle légitimité internationale. A Tokyo, qu’il qualifie de «monstre pour Barnum», tant la ville lui semble tentaculaire, il se lie d’amitié avec le nouvel ambassadeur de France, qui a pour nom Paul CLAUDEL, lequel lui accorde une interview exclusive. Ce petit recueil rassemble les articles qu'il a écrits dans les années 20, sur des thèmes aussi variés que les geishas, le militarisme, la diplomatie, les samouraïs, le saké, l'honneur, le Mikado (Empereur) ou les sourires de façade. C'est bien sûr un peu daté, mais c'est intéressant, bien écrit et souvent juste. Il donne une bonne description du rôle des femmes par le jeune samouraï, strictement cantonné au cercle familial restreint. C'est parce qu'un Japonais ne présentera jamais sa femme à ses amis, même intimes, qu'il va les emmener dans une maison de thé et les distraire avec des geishas. Ou encore les explications sur l'anti-américanisme forcené lié aux ingérences et traités injustes, et les astuces qu'Albert LONDRES en tire pour son propre compte d'étranger non américain au Japon.

En 1922, après le succès de ses premiers grands reportages, Albert LONDRES part pour la Chine : quatre cents millions d'habitants sous le joug des seigneurs de la guerre, des mercenaires, des bandits, dirigés tout à la fois par un président de la République et par un Empereur. Le reporter va de surprise en surprise : jeu, pirates, trafics de toutes sortes, désorganisation générale, la Chine semble alors en proie à une véritable folie. Avec son style haut en couleurs, ses questions de candide et son goût de l'anecdote, Albert LONDRES nous livre une fois de plus, dans «La Chine en folie, récit», un reportage truculent au ton très libre.

En 1922, Albert LONDRES visite l'Indochine découvrant ainsi une capitale qui deviendra bientôt une destination mythique pour des générations de journalistes : Saigon. Relativement déçu par la ville, en proie à la morosité et à la crispation colonialiste, durement éprouvé par le climat dont il se plaint sans cesse, il parcourt le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, le Cambodge, et participe même à une chasse au tigre sur les hauts-plateaux de Dalat. De ce périple, il en tirera un ouvrage : «Le peuple aux dents laqués».

Empire du Soleil levant, Annam et Cochinchine, Inde millénaire, Albert LONDRES, infatigable voyageur, faux naïf mais homme du monde entier, est parti pour son plus vaste périple et écrit «Visions orientales». Envoyé par «l'Excelsior», son journal, il rencontrera le fils du Fils du Ciel, saluera le roi Sisowath, opiomane notoire, chassera le tigre avec les Moïs dans la jungle annamite avant d'arriver dans une Inde "en flammes". Là, peu amène avec le colonisateur anglais, il fera la connaissance de Nehru, de Gandhi et de Rabindranath Tagore, écrivant l'Histoire à mesure qu'elle se fait par ses dépêches à l'inimitable finesse.

Dans «Contre le bourrage de crâne», comme beaucoup de ses confrères, Albert LONDRES se bat contre la censure et la propagande officielle depuis le début des hostilités, en 1914. On verra dans ce livre que certains de ses reportages portent la trace des coups de ciseaux d'Anastasia - surnom donné à la censure. Albert LONDRES ne tardera pas à devenir "indésirable", et son nom figurera en tête d'une liste noire établie par l'état-major, assorti de la mention "Mauvaise tête". Les reportages réunis dans cet ouvrage concernent la période 1917-1918. Tous sont animés par cette révolte contre le "bourrage de crâne". Le grand reporter s'emporte, tempête, s'insurge, et ruse autant qu'il le peut pour que ses papiers "passent" malgré la surveillance du haut commandement.

Lorsqu’il écrit «La Grande guerre», lors de la Grande Guerre Albert Londres a juste trente ans. Il est journaliste et travaille depuis 1910 au journal «Le Matin», où il est chargé de "couvrir" les activités du Parlement. Pendant les premiers mois de la Grande Guerre, Albert LONDRES est correspondant militaire sur le front français, l'occasion pour lui, selon une de ses formules qui restera célèbre. Dans un style lyrique et enlevé, où souffle un patriotisme non dénué de lucidité, le jeune journaliste partage le quotidien des soldats, erre au plus près des batailles et, chronique après chronique, se fait le faire connaître. Il est envoyé d'abord à Reims, où il nous décrit un tableau apocalyptique de la cathédrale livrée aux flammes, il suit ensuite de près les batailles sur le front des Flandres. Des soldats de seize ans, les Sénégalais à la bataille, les tirs des shrapnells, le désarroi et le désespoir des civils, les décombres dans Arras, les Belges qui défendent la rivière Yser, le ministre belge Vandervelde qui vient sonner du clairon sur le champ de bataille, tous ces portraits marquent et viennent compléter notre connaissance de cette période.

Au retour d'un reportage en Pologne, Albert LONDRES se lance dans un projet qui lui tenait à cœur depuis très longtemps : s'arrêter, pour une fois, à Marseille, et faire le portrait de cette ville déjà cosmopolite, ouverte sur le monde, et qui n'a été jusqu'ici pour lui qu'une brève étape. Conçus dès le départ pour aboutir à un livre, les douze articles qui constituent ce reportage seront publiés dans l'été 1926, avec le titre «Marseille, porte du Sud».

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un homme ébranle l'Italie et fascine les Italiens : Gabriele d'Annunzio, officier de l'armée de l'air et poète célèbre, né dans les Abruzzes en 1863, il était en faveur de l'engagement de l'Italie au côté des Alliés dès 1914. Albert LONDRES en fait un ouvrage : «L’équipée de Gabriele d’Annunzio». L'affaire de Fiume lui donne l'occasion de jouer un rôle politique de premier plan. Avant même que d'Annunzio décrète la cité "Etat libre de Fiume", le grand journaliste rend compte de l'affaire avec tant de force, qu'il sera licencié du «Petit Journal» sur ordre de Georges CLEMENCEAU.

Bibliographie sélective :

LONDRES (Albert), Terre d’ébène, Paris, 1929, réédition de 2008, Arléa, 217 pages ; pour l’édition de 1929, doc. Manioc, Bibliothèque numérique Caraïbes Amazone Plateau des Guyanes, http://www.manioc.org/patrimon/GAD12024 ;

LONDRES (Albert), Au bagne, Paris, 1997, Arléa, 223 pages ; pour l’édition de 1923, doc. Manioc, Bibliothèque numérique Caraïbes Amazone Plateau des Guyanes, http://www.manioc.org/patrimon/FRA12006

LONDRES (Albert), La Chine en folie, récit, Paris, éditions du Rocher, Serpent à Plûmes, 1923, réédition 2001, 195 pages ;

LONDRES (Albert), Le Juif errant est arrivé, récit, Paris, 1930, réédition de 1984, Union générale d’éditions, 321 pages ;

LONDRES (Albert), Pêcheur de perles, Paris, 1931, réédition de 2001, Les éditions du Rocher, Serpent à Plûmes, 190 pages ;

LONDRES (Albert), Au Japon, Paris, 1922, édition 2010, Arléa, 95 pages ;

LONDRES (Albert), Le peuple aux dents laquais, Paris, 1922, édition 2010, Arléa, 81 pages ;

LONDRES (Albert), La bataille des Flandres, 1915, 23 pages ;

LONDRES (Albert), Dante n’avait rien vu (Biribi), Paris, Arléa, 2010, 175 pages ;

LONDRES (Albert), Contre le bourrage de crâne, Paris, Arléa, 2008, 359 pages ;

LONDRES (Albert), En Inde, Paris, 2010, Arléa, 68 pages ;

LONDRES (Albert), Les chemins de Buenos-Aires (la traite des Blanches), Paris, Arléa, 2009, 218 pages ;

LONDRES (Albert), Marseille, porte du Sud, Paris, Arléa, 2008, 92 pages ;

LONDRES (Albert), La Grande Guerre, Paris, Arléa, 2010, 128 pages ;

LONDRES (Albert), Pékin : reportage, Paris, Magellan et Cie, 2004, 93 pages ;

LONDRES (Albert), Visions orientales : récit, Paris, Serpent à Plûmes, 2002, 250 pages ;

LONDRES (Albert), Dans la République des Soviets, 1920, Paris, Arléa, 2008, 103 pages ;

LONDRES (Albert), Tour de France, tour des forçats, Paris, L’Esprit du temps, 2010, 105 pages ;

LONDRES (Albert), L’équipée de Gabriele d’Annunzio, Paris, 2010, Arléa, 98 pages ;

LONDRES (Albert), L’homme qui s’évada, Paris, 1928, Les Editions de France, 240 pages ;

LONDRES (Albert), L’âme qui vibre (poèmes), Paris, 1908, Bibliothèques Internationale de l’édition, E. Sansot et Cie, 191 pages ; Don de l’éditeur à la BNF, sous la cote 8Ye 8039 ;

LONDRES (Albert), Les Comitadjis ou le terrorisme dans les Balkans, Paris, 1932, Albin Michel, 250 pages ;

MOUSSET (Paul), Albert Londres ou l’aventure du grand reportage, Paris, 1972, Grasset, 368 pages ;

DEBRAY (Régis), Shanghai, dernières nouvelles : la mort d’Albert Londres, Paris, Arléa, 1999, 158 pages ;

DEMEULENAERE (Alex), Le récit de voyages français en Afrique Noire : essai de scénographie, Berlin, LIT Verlag Münster, 2009, 304 pages, spéc. Pages 223-248 ;

ASSOULINE (Pierre), Albert Londres : vie et mort d’un grand reporter (1884-1932), Paris, Balland, 1989, 505 pages.

Paris, le 6 août 2014. M. Amadou BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Albert LONDRES, grand reporter.
Albert LONDRES, grand reporter.
Albert LONDRES, grand reporter.

Albert LONDRES, grand reporter.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 17:28
«Il était l’Afrique mais aussi toutes les Afriques dans leurs plus secrets prolongements, il était son pays, le Sénégal, et aussi tous les pays qui s’obstinent pour ne pas périr, il était son lieu, mais son lieu restait ouvert à tous les lieux du monde» écrit Edouard GLISSANT dans son hommage rendu à Alioune DIOP, un intellectuel humaniste, effacé, humble modeste et refusant toute distinction ou gratification, fidèle en amitié et fondateur de la revue et des éditions Présence Africaine. Alioune DIOP, porteur de projets de renaissance de la civilisation noire, était un homme de l’ombre, «modèle de discrétion» ; «il préférait faire, au lieu de faire du bruit sur ce qu’il pouvait écrire et sur ce qu’il pouvait faire» écrit Doudou SINE ; il fuyait la lumière, mais a contribué, de façon décisive à l’éveil des consciences pour l’indépendance. Pourtant René DEPESTRE fera remarquer qu’Alioune DIOP était visionnaire ; il fallait mener des actions d’ensemble «pour aider les intelligentsias noires, intégrées à diverses cultures nationales de l’Occident impérial après deux siècles d’expériences collectives, à rejoindre la condition humaine universelle que la violence esclavagiste et coloniale leur avait dérobée». Alioune DIOP a tenu à rappeler aux pères fondateurs de l’O.U.A, que l’intégration africaine ne pouvait se faire sans la culture. Pendant des siècles, la pensée nègre a été étouffée, marginalisée, méprisée et occultée par l’esclavage, le colonialisme et le racisme. Tel un Messie, en homme de foi, sans défaillance, doté d’un caractère inflexible, Alioune DIOP s’est fixé dans sa vie un objectif majeur : faire reconnaître la spécificité de la culture noire. Alioune DIOP a créé des institutions et projets culturels dont le but est de promouvoir la dignité et l’identité du monde noir afin d’en inspirer la puissance créatrice. Acteur majeur dans l'histoire du mouvement émancipateur des colonisés, Alioune DIOP a bien saisi que les Noirs, éparpillés dans le monde présentaient des traits communs, une culture commune. Alioune DIOP a eu l’audace et la témérité, l’idée subversive d’assumer, en France, le combat de la défense de l’identité culturelle noire, en donnant ainsi voix aux sans-voix. Il a voulu révéler les Noirs à eux-mêmes. «La Négritude est née en nous du sentiment d’avoir été frustrés de la joie de créer et d’être considérés à notre juste valeur. La Négritude n’est autre que l’humble et tenace ambition de réhabiliter des victimes et de montrer au monde ce que l’on avait précisément nié : la dignité de la race noire», dit Alioune DIOP. Pour Alioune DIOP, «il n’y a pas de peuple sans culture». La culture est le point de concentration de l’ensemble des pensées et actions, le support, le plus sûr, de toutes les potentialités. C’est par la culture que tout peut basculer, que tout a basculé, pour une nouvelle prise de conscience. L’Homme en avait la carrure, non celle des forces brutales qui, telle une bourrasque déchaînée, sème désordre et désolation, mais plutôt la carrure intellectuelle faite d’intelligence, de finesse et d’une tendre lucidité. «Ses yeux pétillant d’une ardente foi en l’Homme noir», souligne le président Abdoulaye WADE. Qui était donc Alioune DIOP ?
Alioune DIOP est né, le 10 janvier 1910, dans une société multiculturelle, à Saint-Louis du Sénégal. En effet, la ville de N’Dar, occupée, pendant un certain temps par les Anglais, a été baptisée Saint-Louis en l’honneur d’un roi de France en 1638. Saint-Louis, capitale de l’Afrique Occidentale française de 1895 à 1902, a très tôt participé à la vie politique française. Les Saint-Louisains ont envoyé le 15 avril 1789 des doléances et remontrances des habitants du Sénégal aux citoyens français durant la Révolution.
Depuis 1872 Saint-Louis est une commune de plein exercice et ses habitants, sont des citoyens français depuis 1916. Plusieurs communautés y cohabitent, des Européens, des Métis, des Marocains, des commerçants libanais et syriens. Tout en étant éduqué à l’école française, Alioune DIOP a baigné dans les cultures animistes et musulmanes.
Le père d’Alioune DIOP est Wolof. Mais sa mère est d’origine peule, de Aéré-Lao. Jusqu’à l’âge de 10 ans, Alioune DIOP, qui avait un marabout toucouleur, Cheikh Hamidou KANE, le grand-père de l’auteur de «l’Aventure ambiguë», parlait bien le peul. Par conséquent, Alioune DIOP, à travers ces deux principales ethnies de son pays, est une remarquable synthèse de l’homme sénégalais.
 Alioune DIOP, formé à l’école française, est animé d’un puissant désir de l’échange pour allumer le feu de brousse de la fraternité. En effet, Alioune DIOP est un féru des humanités gréco-latines (Aristote, Platon, Sénèque, Virgile, Tacite) et apprécie les grands classiques de la littérature et de la philosophie, (Descartes, Montaigne, Bossuet, Kant, Pascal, Racine, Rimbaud, Valéry, Claudel, Maria Reiner Rilke, Sören Kierkegaard, etc.). Il aime la musique classique (Bach, Mozart, Debussy). Après des études primaires à Dagana et secondaires à Saint-Louis, il entama en Algérie (1936-1937) des études de Lettres classiques qu’il termina à la Sorbonne à Paris. Arrivé en France en septembre 1937, et à partir de 1943, il fut professeur de Lettres à Paris et dans plusieurs villes françaises.
Alioune DIOP a un sens consommé des relations humaines, sans distinction d’origine ethnique ou religieuse (André GIDE, Jean-Paul SARTRE, Albert CAMUS, Aimé CESAIRE, Jean Mars PRICE, le père MAYDIEU, Jacques HOWLETT, etc.). Le père dominicain, Jean-Augustin MAYDIEU (1900-1955) l’a conduit au catholicisme en 1944. Décédé à Paris le 2 mai 1980, Alioune DIOP est enterré au cimetière catholique de Bel Air, à Dakar. Auparavant, une messe a été célébrée le 17 mai 1980, en l’Eglise Saint-Médard, dans le 5ème arrondissement de Paris. «S’il est un des rares intellectuels musulmans à s’être converti au christianisme, je veux croire que c’est avant tout, par soif de spiritualité neuve, et par besoin d’élargir, non sans déchirement, sa quête passionnée de l’Homme», souligne un poète antillais, Guy TIROLIEN.
Par conséquent, tout en affirmant la défense de la spécificité de la culture noire, Alioune DIOP est loin d’être un homme sectaire. Pour son courage, son intelligence et sa sympathie envers tous les hommes «Il a jeté un pont entre l’Afrique inconnue et le reste du monde», souligne Marcella GLISENTI, une italienne fondatrice de la société des amis italiens de Présence Africaine. Il est fondamentalement attaché au dialogue des cultures, à la rencontre de l’autre. Alioune DIOP est un rêveur, un idéaliste ; il croit aux valeurs de fraternité, de justice et de paix. «Des valeurs on ne spécule pas, on les vit, on les affirme, on les défend, on en meurt» dit Jacques HOWLETT en hommage à Alioune DIOP. Armé d’une grande qualité d’écoute, Alioune DIOP pense que le dialogue ne saurait être fécond que s’il repose sur un double postulat : l’acceptation de la différence et la reconnaissance de l’égalité des partenaires. Le respect de l’autre doit être la règle d’or des rapports humains. Pour sa persévérance face à toute méfiance ou conflit, pour sa force d’âme, par sa foi dans la vérité profonde, Alioune DIOP a contribué à la réconciliation entre toutes les cultures. Esprit clair et lucide, le respect d’Alioune DIOP est le respect profond de l’homme pour l’homme.
Finalement, la défense des valeurs du monde noir n’est pas dirigée contre l’Occident. Il a la foi en l’homme noir en tant qu’élément de l’humanité. Dans la démarche d’Alioune DIOP, la Négritude n’est rien d’autre qu’un hymne revendicatif à la dignité noire, un sursaut de fierté en faveur des méprisés de l’histoire. La Négritude, est un «élan de protestation contre un état de mœurs, contre un état d’esprit qui tenait à faire du Nègre une ébauche d’homme, un être inachevé à qui l’on déniait la possession à part entière des qualités constitutives de l’homme», précise Jacques RABEMANANJARA. Par conséquent, loin de s’enfermer dans un ghetto, Alioune DIOP a pour ambition d’accéder à l’universel à travers la Négritude. C’est parce qu’être pleinement homme est dénié aux Noirs, que la Négritude est une manière d’être homme, de retrouver sa dignité si déniée. Ce qui compte le plus c’est l’épanouissement humain. «Parce que nous sommes, et parce que, par-delà le mensonge colonial, nous voulons être des hommes de vérité, nous sommes en même des soldats de l’unité et de la fraternité», proclame Aimé CESAIRE au Congrès des écrivains et artistes noirs de Rome en 1959.
Présence Africaine est avant tout une entreprise familiale. Alioune DIOP, qui a renoncé à tout carriérisme, a dédié toute sa vie à cette entreprise et à la cause de la culture noire. C’est un moine de la culture,  «un cénobite de la culture noire», suivant une expression de Jacques RABEMANANJARA. Derrière le succès de chaque grand homme, se cache souvent une femme, en l’occurrence Christiane DIOP. Le dévouement, l’effacement, la discrétion, la fidélité, l’abnégation, la compréhension et le courage de sa femme, ont permis à Alioune DIOP d’accomplir, avec succès, sa mission. En effet, Alioune DIOP a épousé Christiane DIOP la fille de Maria Mandessi BELL (1896-1990), une huguenote camerounaise, veuve de Mamadou Yandé DIOP, un militaire français d’origine sénégalaise, oncle de Léopold Sédar SENGHOR. Maria Mandessi est également la mère du poète David DIOP (1927-1960), auteur des fameux poèmes les «Coups de Pilon», et d’Ernest Iwiyè KALA-LOBE (1917-1991), un journaliste issu d’une première union qui a collaboré à Présence Africaine et accompagné Alioune DIOP dans ses différents projets. Le frère du président Sékou Touré de la Guinée, Ismaël Touré, avait épousé une des sœurs de Christiane DIOP. Actuellement, Présence Africaine est dirigée par Christiane DIOP. Mme Suzanne Bineta DIOP et M. Adrien DIOP sont les co-gérants de Présence Africaine. Le comité de rédaction de cette institution est présidé par un universitaire à la Sorbonne, d’origine camerounaise, M. Romuald FONKUA.
Alioune DIOP, qui est socialiste, fera de la politique, pendant un certain temps, à gauche, à la S.F.I.O. Son mentor est maître Lamine GUEYE (1891-1968), maire de Saint-Louis et futur président de l’Assemblée Nationale du Sénégal. Alioune DIOP a été chef de cabinet de René BARTHES (1894-1965), gouverneur de l’Afrique Occidentale française. Alioune DIOP a été également sénateur de 1946 à 1948. Il finira par très vite se lasser de la politique et va se consacrer, entièrement, à la culture en fondant en 1947 la revue Présence Africaine, et la maison d’édition Présence Africaine en 1949. Grand témoin du XXème siècle, homme de refus et de la création, militant infatigable contre l’injustice, homme de dialogue des cultures, Alioune DIOP a peu écrit parce qu’il a passé sa vie à faire parler les autres. Du moins, suivant Iwyè KALA-LOBE, son beau-frère et collaborateur à Présence Africaine, «Il met un soin extrême à la conception et à la rédaction de ses liminaires qu’il refuse toujours de signer, estimant qu’il s’agit des fruits des réflexions issues d’un travail collectif»
Selon le Père Joseph-Roger de BENOIST, «Alioune Diop a plus cherché à faire penser et parler les autres qu’à leur imposer son discours avec son personnage. Il a su communiquer sa foi à un grand nombre d’hommes de valeur qui ont ainsi démultiplié sa propre action». Alioune DIOP est un homme à projets. Il organise les Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris en 1956 et à Rome en 1959, le Festival mondial des Arts Nègres à  Dakar en 1966, ainsi que diverses rencontres culturelles sous l’égide la Société Africaine de Culture.
I – Alioune DIOP, fondateur de la revue et de l’édition Présence Africaine
A – Alioune DIOP créé un espace d’expression et de dialogue des cultures
Alioune DIOP, jeune intellectuel Sénégalais, prépare ce qui sera l’œuvre de sa vie : Présence Africaine dont l’objectif est de faire revivre une culture noire contrainte pendant longtemps au silence. Certes, diverses revues étudiantes africaines ont existé en France (Légitime défense 1er juin 1932, l’Etudiant noir, n°1 de mars 1935), mais elles ont été éphémères ou marginales. Alioune DIOP qui fréquentait le père MAYDIEU, voyait les revues fleurir autour de lui (Esprit, Temps modernes). Mais il n’y avait pas de revue de stable donnant la parole aux Africains. L’idée de la création de Présence Africaine remonte à 1942-43. «Nous étions, à Paris, un certain nombre d’étudiants d’Outre-mer qui, au sein des souffrances d’une Europe, s’interrogent sur son essence et l’authenticité de ces valeurs. Nous nous sommes groupés pour étudier la situation et les caractères qui nous définissaient nous-mêmes», dit Alioune DIOP dans son fameux article «Niam N’goura» paru dans le premier numéro de 1947 de Présence Africaine. «Niam n’goura, Wona Niam Paya», est un diction peul signifiant, littéralement, «mange pour que tu vives, ce n’est pas mange  pour que tu t’engraisses». La Revue Présence Africaine permet aux Noirs de France de se définir et d’exister. C’est un espace d’expression et de dialogue, un lieu d’intervention capital pour la pensée, la littérature et la politique africaine. Les intellectuels d’Outre-mer, vivant en France, se retrouvaient abandonnés entre deux sociétés, sans signification reconnue dans l’une ou dans l’autre, étrangers à l’une comme à l’autre. Alioune DIOP, homme de décision et de caractère, tente d’interpeler les étudiants africains en France : «Incapables, dit-il, de revenir entièrement à nos traditions d'origine ou de nous assimiler à l'Europe, nous avions le sentiment de constituer une race nouvelle, mentalement métissée. Des déracinés ? Nous en étions, dans la mesure précisément où nous n'avions pas encore pensé notre position dans le monde et nous abandonnions entre deux sociétés, sans signification reconnue dans l'une ou dans l'autre, étrangers à l'une comme à l'autre». 
Dans le titre de la revue Présence Africaine inspiré par Jean-Paul SARTRE, il y a le mot «Présence», qui signifie, selon Jacques HOWLETT, «adhésion au monde et à soi». Les valeurs de Présence Africaine, c’est la recherche de l’homme authentique. Dans son «Niam N’goura», Alioune DIOP a insisté dès les premières lignes sur la liberté d’expression : «cette revue ne se place sous l’obédience d’aucune idéologie philosophique ou politique». Les objectifs de la création de la revue Présence Africaine sont clairement posés : «Publier des études africanistes sur la culture et la civilisation africaine ; publier des textes africains ; passer en revue des œuvres d’art ou de pensée concernant le monde noir». Les résonances anticolonialiste et antiraciste d’Alioune DIOP dans la création de Présence Africaine sont donc certaines.
Alioune DIOP définit, en 1955, une ligne éditoriale claire : «Tous les articles seront publiés sous réserve que leur tenue s’y prête, qu’ils concernent l’Afrique, qu’ils ne trahissent ni notre volonté antiraciste, anticolonialiste, ni notre solidarité des peuples colonisés». Alioune DIOP rêve que l’homme africain puisse exprimer «son âme singulière», pour entrer dans la modernité et atteindre l’universalisme. Nous sommes indispensables les uns aux autres. «C’est la meilleure façon de dépasser le stade mesquin du racisme, ce mal qui ronge la taille de l’homme, aigrit le cœur, étouffe l’âme», dit Alioune DIOP. Jusque-là l’Occident s’arrogeait, sans conteste et sans vergogne, les prérogatives du discours africain. L’apparition de Présence Africaine met fin au monologue de l’homme blanc dans ses relations avec le Noir. «Le discours africain n’a plus à être l’affaire du Blanc. Il doit être énoncé par l’Africain lui-même», souligne Jacques RABEMANANJARA. Il ne s’agit de rien de moins que contraindre les Occidentaux à modifier leur regard sur les choses et les hommes noirs, et du même coup, de changer leur attitude à leur égard. Il s’agit aussi d’amener le Noir à prendre conscience de lui-même, à être fier de ses valeurs, en prenant la parole et en sortant du complexe d’infériorité.
Le prestigieux comité de patronage, dans sa diversité, atteste de la volonté d’Alioune DIOP de rechercher le dialogue des cultures, l’indépendance et la durabilité de Présence Africaine : Paul RIVET, Jean-Paul SARTRE, Albert CAMUS, André GIDE, Théodore MONOD, Michel LEIRIS, Richard WRIGHT, Aimé CESAIRE, Marcel GRIAULE, Georges BALANDIER, et bien d’autres. Alioune DIOP a pour ambition «d’accueillir tout ce qui a trait à la cause des Noirs et toute voix qui mérite d’être entendue» et d’ouvrir la revue «à la collaboration de tous les hommes de bonnes volonté susceptibles d’aider à définir l’originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne». Dans l’avant-propos de la revue Présence Africaine de 1947, André GIDE fait remarquer que «durant longtemps, les peuples dits civilisés n’ont guère prêté attention au monde noir de l’Afrique que pour l’exploiter. Nous comprenons aujourd’hui que ces méprisés d’hier ont peut-être, eux aussi, quelque chose à dire ; qu’il n’y a pas seulement à chercher à les instruire, mais à les écouter». Jean-Paul SARTRE, qui a suggéré le titre de «Présence Africaine»,  mentionne que «l’Afrique, pour beaucoup d’entre nous, n’est qu’une absence, et ce grand trou dans la carte du monde nous permet de conserver une bonne conscience. Je souhaite que Présence Africaine nous peigne un tableau impartial de la condition des Noirs au Congo et au Sénégal. Point n’est besoin d’y mettre de la colère ou de la révolte : la vérité seulement. Cela suffira pour que nous recevions au visage un souffle torride de l’Afrique, l’odeur aigre de l’oppression et de la misère». Pierre NAVILLE a pris soin de préciser que «la culture africaine est une des grandes forces de l’avenir mondial».
B – Alioune DIOP favorise l’émergence de la culture noire
La maison d’édition Présence Africaine a joué un rôle majeur dans l’émergence de la culture noire. Ainsi, l’ouvrage de Placide TEMPELS, «la philosophie bantoue», initialement édité en 1945 en néerlandais, a été traduit en français et publié par Présence Africaine en 1949 grâce à la ténacité d’Alioune DIOP.
La valeur qui domine le comportement des Bantous, c’est le «Muntu» ou la force vitale. Pour le Bantou la sagesse naît en lui en même temps que la force vitale qui informe la distinction du Bien du Mal. «Voici un livre essentiel au Noir, à sa prise de conscience, à sa soif de se situer par rapport à l’Europe. Il doit aussi être le livre de chevet de ceux qui se préoccupe de comprendre l’Africain et d’engager un dialogue vivant avec lui. Pour moi, ce petit livre est le plus important de ceux que j’ai lus sur l’Afrique : c’est que mes préoccupations me poussaient à l’espérer», dit Alioune DIOP, dans sa préface de ce livre.
Cheikh Anta DIOP n’aurait jamais pu faire publier ses livres sans l’appui de Présence Africaine. L’ouvrage «Nations nègres et culture», publié en 1954 par Présence Africaine aura un retentissement considérable dans l’évolution des idées et la reconnaissance de l’authenticité de la culture noire. «Le livre de Cheikh Anta DIOP est le plus audacieux qu’un Nègre ait, jusqu’ici, écrit et comptera, à n’en pas douter dans le réveil des consciences», dit Aimé CESAIRE. Jusqu’ici l’Europe était considérée comme le berceau de la civilisation. Cheikh Anta DIOP administre la preuve que les Occidentaux, notamment les Grecs, ont été influencés par l’Egypte dont la civilisation est elle-même nègre. L’Egypte antique était pleinement intégrée à l’Afrique noire. «Nous, les Nègres, nous avons assumé les premiers, le rôle civilisateur du monde», dit Cheikh Anta DIOP. Par conséquent, l’Afrique est le berceau de l’humanité.
Aimé CESAIRE, à la suite de sa rupture avec le Parti communiste, a fait publier l’essentiel de ses ouvrages chez Présence Africaine, plus de 26 textes et poèmes, notamment son «discours sur le colonialisme». D’autres poètes et écrivains seront édités chez Présence Africaine. On citera Léopold Sédar SENGHOR, Alexandre Biyidi dit Mongo BETI, Joseph ZOBEL, Bernard DADIE, Olympe BHELY-QUENUM, Léon-Gontran DAMAS, SEMBENE Ousmane, David DIOP, Edouard GLISSANT, René DEPESTRE, Guy TIROLIEN, Tchicaya U TAM’SI, Camara LAYE, Chinua ACHEBE, Derek WALCOTT, etc. 
Alioune DIOP a eu l’audace de faire réaliser, en 1953, par Chris MARKER et Alain RESNAIS, un documentaire court métrage : «Les statues meurt aussi», qui obtient le prix Jean VIGO en 1954. Ce documentaire, inspiré d’une esthétique surréaliste, sera interdit en France pendant 10 ans du fait du discours anticolonialiste explicitement véhiculé. En fait, Alioune DIOP fait dénoncer, dans ce documentaire, le manque de considération pour l’art africain dans un contexte colonial. Pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au Musée de l’homme alors que l’art grec se trouve au Louvre ? Ce documentaire qui est une commande de Présence Africaine, est la mise à nu des mécanismes d’oppression et d’acculturation, l’impossible dialogue culturel dans un contexte de colonisation.
Pour éviter toute censure ou pression politique, Présence Africaine est basée à la rue des écoles au Quartier latin ; ce qui constitue, aussi, un vibrant hommage à Paris, capitale de la culture, des arts, les lettres et de la liberté. Cependant, Présence Africaine est une entreprise familiale qui refuse les subventions pour maintenir son indépendance. Or, de nouvelles maisons d’éditions concurrentes ont vu le jour depuis lors : l’Harmattan en 1975, Silex et Karthala en 1980. Les grandes maisons d’éditions françaises, comme Seuil, Gallimard, La Découverte, se sont mises à la littérature africaine.
Ces données peuvent, dans la durée, peser sur l’avenir de Présence Africaine qui avait négligé, pendant un certain temps, les jeunes talents. Si Présence Africaine a maintenant corrigé cette image, en faisant la promotion de jeunes écrivains talentueux comme Mohamed M'Bougar SARR, en revanche, les attentes de la diaspora à l'égard de Présence Africaine, restée une entreprise familiale, sont toujours importantes à l'égard de cette prestigieuse et emblématique maison d'édition. En raison des mutations démographiques en France, de cette jeunesse issue de l'immigration éduquée, souhaitant prendre la parole, dans un contexte de montée des populismes, l'autoédition, avec les nouvelles technologies, est en train de prendre de l'essor ; ce qui va obliger toutes les maisons d'édition à s'adapter ou disparaître. Quelles que soient ces défis pesant sur Présence Africaine sur le moyen ou long terme, Alioune DIOP a changé, durablement, le regard que les autres portaient sur l’Afrique, à travers notamment ses divers projets culturels : "Tant que les lions n'auront pas leur propre histoire, l'histoire glorifiera toujours le chasseur" avait écrit Chinua ACHEBE. Cette maxime est aussi un hommage rendu à Alioune DIOP.
II – Alioune DIOP, initiateur de projets culturels innovants
A – Les Congrès d’intellectuels et artistes noirs
Deux grands congrès des artistes noirs ont été organisés par Alioune DIOP, en 1956 à Paris et 1959 à Rome. L’objectif de ces congrès, qui se déroulent pendant la colonisation, la Guerre froide,  l’Apartheid et la ségrégation raciale aux Etats-Unis, était de faire un inventaire et un état des lieux de la culture en Afrique, de réfléchir à la situation des Noirs dans le monde.
1 – Le Congrès de la Sorbonne Paris du 19 au 22 septembre 1956
Parmi les différents événements organisés par Alioune DIOP, sans soutien officiel ou étatique, le premier congrès des écrivains et artistes noirs est celui qui aura eu le plus grand retentissement. Du 19 au 22 septembre 1956, à l'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne, temple de la sagesse blanche, un congrès réunit une centaine d’éminents intellectuels venus d’Afrique, d'Europe, des Etats-Unis et de la Caraïbe pour débattre de la «crise de la culture négro-africaine et ses perspectives d’avenir». Mais l’on déplore l'absence des pères fondateurs du panafricanisme : George PADMORE (1903-1959), malade, de William Edouard Burghardt Du BOIS (1868-1963) et de Paul ROBESON qui se sont vus refuser de visa de sortie des Etats-Unis en plein maccarthysme. «L’évidence s’impose chaque jour que la culture agit sur l’âme et le destin des peuples, que l’on peut, par la culture, détruire l’équilibre moral d’une communauté ou d’un individu, comme on peut renforcer en eux la foi en l’Homme et l’optimisme de la création», souligne Alioune DIOP. Le Premier congrès des écrivains et artistes noirs s’inscrit dans lignée des congrès panafricanistes organisés au début du XXe siècle à Londres, à New York, à Bruxelles et à Manchester. Suivant Alioune DIOP, tous les Noirs ont les mêmes ancêtres.
Il existe des cultures nationales, mais toutes les cultures noires présentent des affinités entre elles. «Ce jour sera marqué d’une pierre blanche. Si depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandoeng constitue pour les consciences non européennes, l’évènement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier congrès mondial des hommes de culture noirs, représentera le second évènement de cette décade», dit Alioune DIOP.
L’objectif du Congrès est de réaliser l’inventaire des cultures noires et d’analyser «les responsabilités de la culture occidentale dans la colonisation et le racisme». Il est frappant de noter que lors de ce congrès, l’analyse des questions littéraires et artistiques eurent, dans un premier temps, une place relativement limitée par rapport à la condamnation du colonialisme et du racisme. Ce congrès réaffirme l’idée que les cultures anciennement colonisées, avant de pouvoir exister et être autonome, doivent se démarquer du centre en sortant du silence qu’on leur avait imposé et en dénonçant les détracteurs de l’Afrique. «La couleur de la peau n’est qu’un accident ; cette couleur n’en est pas moins responsable d’événements et d’œuvres, d’institutions, de lois éthiques qui ont marqué, de façon indélébile, l’histoire de nos rapports avec l’homme blanc», précise Alioune DIOP. Pour ces artistes le lien entre le culturel et le politique est très important car, pour reprendre une citation de SENGHOR : «L’expérience l’a prouvé, la libération culturelle est la condition sine qua non de la libération politique». L’auteur, l’artiste africain, a le devoir et l’obligation de jouer un rôle dans le processus de la décolonisation. Pour les différents intervenants la culture est, essentiellement, au service de la libération nationale.
L’intervention d’Aimé CESAIRE (1913-2008), sur le thème «Culture et colonisation», dans laquelle, il juge analogue la situation des Noirs américains à celle des Africains, a déclenché une violente polémique. Refusant cette comparaison, les Noirs américains, notamment Richard WRIGHT (1908-1960) ou le haïtien Jacques Stéphen ALEXIS (1922-1961), ont failli quitter le Congrès, estimant qu’ils ont été piégés par la tournure politique des débats. Les Américains considèrent que le thème de la discrimination raciale dont ils sont victimes, devrait être abordé. «Tous ces discours ont pour moi le charme de l’exotisme, mais ils ne me concernent pas», dit sèchement Richard WRIGHT. Un intense débat s’est alors engagé sur la ligne de conduite du Congrès de 1956. Pour le sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, «il ne faut pas être assimilé, il faut assimiler ; c’est-à-dire qu’il faut de la liberté de choix». Aimé CESAIRE précise que les Américains, comme les Africains et les Antillais luttent contre la ségrégation, pour l’égalité. Par conséquent, l’objectif de tous est d’obtenir cette égalité, «pour pouvoir effacer notre aliénation». Selon Alioune DIOP, la ligne fixée est la suivante : «il ne s’agit que de culture, c’est-à-dire de l’activité de l’esprit». Un consensus a été trouvé dans la résolution final du Congrès : «L’épanouissement de la culture est conditionné par la fin de ces hontes du XXème siècle : le colonialisme, l’exploitation des peuples faibles et le racisme». Ce recentrage des interventions a permis de poursuivre les travaux, plus sereinement. Léopold Sédar SENGHOR a fait une communication sur «l’esprit de la civilisation ou les lois de la culture négro-africaine», Aimé CESAIRE sur «culture et colonisation», Cheikh Anta DIOP sur les «apports et perspectives culturels de l’Afrique», Jacques RABEMANJARA, sur «l’Europe et nous», Abdoulaye WADE sur «l’Afrique doit-elle élaborer un droit positif ?», Amadou Hampâté BA sur «la culture peule», Frantz FANON sur  «le racisme et la culture», Jean PRICE-MARS sur «survivances africaines et dynamisme de la culture noire outre-Atlantique», etc.
 
A la suite du congrès de 1956, est créée la Société Africaine de Culture (S.A.C.) qui allait devenir un des principaux organismes de réflexion et de recherches du monde noir. La Société africaine de culture, Alioune DIOP en est le Secrétaire Général et Jean PRICE-MARS (1876-1969), président, a pour mission «d'unir par des liens de solidarité et d'amitié les hommes de culture du monde noir, de contribuer à la création des conditions nécessaires à l'épanouissement de leurs propres cultures» et de «coopérer au développement et à l'assainissement de la culture universelle». La S.A.C a pour mission d’affirmer, de défendre, d’enrichir les cultures nationales, d’organiser des événements et des œuvres culturelles, de promouvoir les droits de l’Homme et l’égalité. La S.A.C. a réalisé entre 1956 et 1975, 8 congrès, entre 1958 et 1977, 14 colloques, entre 1962 et 1973, 6 séminaires et 10 tables rondes, ainsi que 14 publications. Les thèmes sont variés, et concernent les sanctions contre l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid, les africanistes, les historiens, les critiques littéraires, le sous-développement, la compréhension mutuelle, la religion, la civilisation de la femme, l’éducation, la compréhension mutuelle des peuples, les langues africaines, etc.
2 – Le Congrès du 26 mars au 1er avril 1959, à Rome, en Italie
Le congrès de 1959, à Rome, qui tiendra au Capitole, reçut le soutien de l’Etat italien, de la mairie, de l’Institut italien pour l’Afrique et de l’UNESCO. Le thème général de la rencontre est «Unité et responsabilités de la culture africaine». Pour Alioune DIOP,  il s’agit de bâtir «une communauté de totems culturels», de «repenser nos évidences communes», de promouvoir «l’unité et les solidarités culturelles». Ce sont des contributions axées sur l’histoire ou la sociologie. La tonalité sera, à la veille des indépendances, plus politique qu’à la Sorbonne. «L’artiste est invité aujourd’hui à mener un combat de libération et d’éducation», dit Alioune DIOP. «Notre double rôle est là : hâter la décolonisation, et il est, au sein même du présent, de préparer la bonne décolonisation, une décolonisation sans séquelle», souligne Aimé CESAIRE.
Ce congrès a été une tribune politique à Sékou TOURE (1922-1984), qui a dit Non au général de Gaulle en 1958. Le message enregistré de Sékou TOURE, qui ne pouvait pas se rendre à Rome, est détonnant. Selon le nouveau président guinéen, il faut «décoloniser les esprits et les mœurs» des intellectuels africains contaminés par la pensée occidentale. Sékou TOURE prône «l’enrôlement de l’intellectuel et de l’artiste» qui ne peut plus créer et penser hors du cadre du parti. Celui qui résiste à cet «embrigadement» doit être «rééduqué», soit il est envoyé aux champs ou réintégré dans son milieu social. Ce discours stalinien a jeté un froid dans l’assistance.
En revanche, Jacques RABEMANANJARA (1913-2005) revendique sa situation de «métis culturel», déchiré entre la culture française et la culture malgache. Frantz FANON (1925-1960), théoricien de l’aliénation coloniale, fait l’éloge du combat de libération nationale. «La conscience de soi n’est pas la fermeture à la communication. La réflexion philosophique nous enseigne, au contraire, qu’elle en est garante», dit Frantz FANON. Cheikh Anta DIOP (1925-1986) a choisi, dans sa contribution sur «l’unité culturelle africaine», d’insister sur le matriarcat, un des principaux traits culturels communs à tous les peuples de l’Afrique ancienne. Le président SENGHOR appuiera cette contribution, «Chez la plupart des Négro-africains, on est du clan de sa mère, et la noblesse se transmet par la mère, de même que l’héritage».
L’intervention la plus remarquable est celle du poète, Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001). Le thème de son intervention est : «Qu’est-ce qu’une civilisation d’inspiration négro-africaine ?». L’homme africain est profondément religieux. «La religion, quelle qu’elle soit, plus généralement la foi, est aussi nécessaire à l’âme que le pain, le riz ou le mil au corps». Sans citer, nommément Sékou TOURE, le président SENGHOR lance une mise en garde : «Nous nous garderons d’une volonté de puissance qui défie l’Etat, qui écrase l’homme sous l’Etat».
B – Alioune DIOP et le Festival Mondial des Arts Nègres
1 – Le Festival Mondial des Arts Nègres du 1er au 24 avril 1966, à Dakar, au Sénégal.
Du 1er au 24 avril 1966, s’est tenu à Dakar, le premier festival mondial des arts nègres qui a réuni 37 pays. La France et l’UNESCO ont largement financé ce festival. Ce festival découle d’une des résolutions de la commission des arts du congrès de Rome qui recommande que ces rencontres soient soutenues par un festival de chants, de rythmes, de danses, de théâtre, de poésie et d’art plastique. Alioune DIOP n’a pas eu de grand mal à convaincre le président poète, SENGHOR, que ce festival se tienne à Dakar. Ce festival, dont le but est de réconcilier l’Afrique avec elle-même, fut donc aussi un enjeu politique fort pour Léopold Sédar SENGHOR, président de la jeune République du Sénégal, restée dans le camp occidental. «Nous voici donc dans l’histoire. Pour la première fois, un chef d’Etat prend entre ses mains périssables le destin spirituel d’un continent», dit André MALRAUX. C’est un événement considérable qui a fortement contribué à attester de la vitalité culturelle africaine. «Si nous avons assumé la terrible responsabilité d’organiser ce festival, c’est pour la défense et l’illustration de la Négritude», souligne SENGHOR.
Le festival de Dakar regroupe, en fait, trois manifestations : un colloque, une exposition d’art et les festivités proprement dites. Les travaux du colloque, organisés à l’Assemblée Nationale du 30 mars au 8 avril 1966, sous la présidence d’Alioune DIOP, portent sur le thème général : «Fonction et signification de l’art nègre dans la vie du peuple et pour le peuple». Il rassemble d’éminents africanistes, mais aussi des historiens de l’art, des anthropologues, des écrivains et des artistes tels que Michel LEIRIS (1901-1990), poète, ethnologue et critique d’art, Germaine DIETERLEN (1903-1999), spécialiste des Dogon, Jean ROUCH (1917-2004) réalisateur et ethnologue. Des Africains sont également présents, comme Wolé SOYINKA, dramaturge, Engelbert MVENG (1930-1995), prêtre jésuite, théologien, anthropologue, historien et spécialiste de l’art africain, Lamine DIAKHATE (1928-1987), poète, écrivain et critique littéraire, Paulin Soumanou VIEYRA (1925-1987), réalisateur et historien du cinéma. Les débats ont tourné autour de trois sujets : tradition africaine, rencontre de l’art nègre avec l’Occident et problèmes de l’art nègre moderne. Les discussions ont porté, notamment, sur les traits caractéristiques, les fonctions sociales, politiques et significations des arts nègres, leur préservation et leur rayonnement dans le monde.
Le festival, proprement dit, démarre le 1er avril 1966, avec des spectacles vivants, la chorégraphie, les ballets et danses. «Le festival est un moment crucial pour dire, frères africains, ce que nous avons depuis toujours à dire, et qui n’a jamais pu franchir le seuil de nos lèvres», dit Amadou Hampâté BA.
«Le spectacle féérique de Gorée», avec Doura Mané et Lina SENGHOR, associant la dramaturgie, aux ballets, danses, chants et théâtre, retrace le destin, à travers l’île de Gorée, de la traite des nègres. Le 3 avril 1966 est présentée, au stade l’Amitié, une pièce de théâtre sur «les derniers jours de Lat-Dior» qui évoque la conquête du Sénégal et la résistance du Damel du CAYOR. La «tragédie du Roi Christophe» d’après Aimé CESAIRE, sera jouée par Douta SECK. La musique est omniprésente, Duke ELLINGTON a fait sensation. Joséphine BAKER anime un spectacle, «nuit des Antilles».
Des expositions sur l’art nègre sont organisées. L’hôtel de ville de Dakar abrite une exposition de l’art nigérian qualifié de «Grèce noire». La création contemporaine africaine, sous la direction d’Iba N’DIAYE, est présentée au Palais de Justice de Dakar, sous le thème «tendances et confrontations». Une grande exposition d’art africain, d’envergure internationale, est présentée, en avril 1966 au Musée dynamique et en juin 1966, au Grand Palais à Paris. Cette exposition qui permet d’appréhender «l’art africain du point de vue esthétique et historique», reçoit plus de 200 000 personnes à Dakar et 500 000 visiteurs à Paris. Pendant un instant, Dakar est devenu la figure de proue de la culture africaine. Alioune DIOP s’efface et jubile, discrètement, mais il songe déjà au prochain festival.
2 – Le Festival Mondial des Arts Nègres de 1977 à Lagos au Nigéria.
Alioune DIOP est à la recherche de l’identité africaine. La culture nègre lui apparaît comme fragile, affaiblie depuis des temps immémoriaux. Il faut donc la valoriser et la renforcer à travers ces festivals. Ce qui explique que le festival de Dakar n’a concerné que l’Afrique noire ; le Maghreb en a été exclu. Ce qui n’a pas manqué d’attiser le courroux du gouvernement algérien qui a organisé, en 1969, un festival panafricain à Alger. Par ailleurs, le courant «révolutionnaire» a été absent à Dakar, notamment la Guinée, Cuba, ainsi que tous les mouvements de libération nationale.
Pour le deuxième festival, Alioune DIOP avait pressenti l’Ethiopie, seul pays africain à n’avoir pas été colonisé, mais la guerre civile et le coût financier de l’entreprise ont fait reculer ce pays. Le Gabon et la Côte-d’Ivoire n’étaient pas intéressés. C’est en toute logique qu’Alioune DIOP s’est retourné vers le Nigéria, pays qui regorge en pétrole et aux riches traditions culturelles ; c’est «la Grèce noire», avait souligné SENGHOR. Initialement prévu pour 1970, le festival a été repoussé à 1975 en raison de la guerre civile au Biafra. Curieuse démarche, en vue de l’organisation du festival, au lieu de faire recours à la Société Africaine de Culture dont Alioune DIOP en est le Secrétaire Général, les autorités nigérianes ont chargé un prestataire privé américain pour la collecte des fonds. Ce qui va occasionner un vaste détournement de deniers, et retarder l’avènement du festival de Lagos.
En février 1976, à la suite de l’assassinat du président Murtala, le général Olusegun OBANSAJO écarte, brutalement, Alioune DIOP de l’organisation du festival. A partir de là le festival de Lagos est devenu une grande affaire commerciale, «une bruyante et vulgaire kermesse folklorique», suivant les termes de KALA-LOBE. C’est le gigantisme : 700 participants dont 335 délégués officiels sont réunis pour discuter du thème «civilisation noire et éducation».
Parmi les invités, on note la présence de Cuba et de Sékou Touré qui recommande d’enterrer définitivement la Négritude. «Ni Blanchitude, ni Négritude», proclame le président guinéen.
Par ses folies de grandeur et ses dérives financières, aucun autre pays africain n’a souhaité, par la suite, organiser un troisième festival des arts nègres. Le festival de Lagos, ainsi que la mort de son fils, David, ont ruiné la santé d’Alioune DIOP qui allait disparaître le 2 mai 1980, à l’âge de 70 ans.
Quel héritage et quel message Alioune DIOP nous lègue-t-il ?
Alioune DIOP a ouvert une voie qui s’élargit encore aujourd’hui vers la libération de la pensée africaine. La fermeté de l’engagement, la maîtrise de la pensée et la lucidité visionnaire, font d’Alioune DIOP une exceptionnelle personnalité du XXème siècle. La grandeur et noblesse du sentiment et de l’action d’Alioune DIOP, sa lucidité et sa ténacité ont fait de lui, selon une expression du président SENGHOR, «le Socrate noir» ou suivant fidèle ami, Jacques RABEMANANJARA, Alioune DIOP est «le cénobite de la culture noire». «Toute sa vie, Alioune DIOP sera cet éducateur, ce pédagogue, ce vulgarisateur, toujours à l’affût d’un grain d’idées à faire germer, d’un talent à cultiver, d’une valeur à consolider», renchérit Guy TIROLIEN. «Je vis en lui (A. DIOP) un homme de haute qualité plutôt qu’un Africain de haute qualité», souligne Jacques MAQUET.
Né musulman, Alioune DIOP est mort catholique ; certains Sénégalais, comme une sorte de fatwa, ne veulent entendre plus parler de lui en raison de cette apostasie. Il a parlé de négritude, dans une société française à démocratie ethnique, fondée sur l’assimilation, ne reconnaissant aucun mérite au multiculticulturalisme. Blaise DIAGNE, victime de ce sectarisme, a été enterré hors du cimetière musulman de Fann. En fait, le combat engagé par Alioune DIOP nous interpelle chaque jour. Il faut nous assumer. Entre la vie et la mort, on ne balance pas. Nous avons choisi de vivre, de revendiquer notre dignité, de redonner confiance à tous pour un monde meilleur, plus fraternel et plus juste. «J’ai bien peur que les Français d’aujourd’hui ne soient guère plus mûrs que ceux d’hier pour entendre ce langage. Ce n’est plus tant l’Afrique qu’il faut décoloniser désormais : c’est la France», dit Catherine COQUERY-VIDROVITCH, professeur émérite à l’Université Paris-Diderot, Paris 7. «Si j’avais un vœu à formuler, c’est que la jeunesse africaine apprenne à mieux connaître le vrai visage d’Alioune DIOP. L’idéal qui anime sa vie est le plus beau modèle qu’on puisse présenter aux jeunes. Un continent qui produit de tels hommes peut regarder, avec sérénité, l’avenir», dit le père Engelbert MVENG. Un prix d'édition africaine Alioune DIOP a été créé en 1995 par l'Organisation internationale de la francophonie. Il est décerné tous les deux ans à la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (FILDAK). L’Université de Bambey, dans le centre du Sénégal, porte le nom d’Alioune DIOP. Alioune DIOP a vécu, un certain temps, au 136 boulevard Serrurier, à Paris, dans le 19ème, il est donc urgent de demander à mon maire, M. François DAGNAUD, d’y apposer une plaque en l’honneur de ce grand homme. Le meilleur hommage à Alioune DIOP, c’est de lire les livres que Présence Africaine publie.
Le poème, «Blanchi» dans «Pigments», paru en 1937, de Léon-Gontran DAMAS (1912-1978), est dédié à Christiane et Alioune DIOP :
Se peut-il donc qu'ils osent me traiter de blanchi alors que tout en moi aspire à n'être que nègre autant que mon Afrique qu'ils ont cambriolée. Blanchi Abominable injure qu'ils me paieront fort cher quand mon Afrique qu'ils ont cambriolée voudra la paix la paix rien que la paix. Blanchi Ma haine grossit en marge de leur scélératesse en marge des coups de fusil en marge des coups de roulis des négriers des cargaisons fétides de l'esclavage cruel. Blanchi Ma haine grossit en marge de la culture en marge des théories en marge des bavardages dont on a cru devoir me bourrer au berceau alors que tout en moi aspire à n'être que nègre autant que mon Afrique qu'ils ont cambriolée.
 
Le combat engagé par Alioune DIOP nous interpelle chaque jour. Il faut nous assumer. Entre la vie et la mort, on ne balance pas. Nous avons choisi de vivre, de revendiquer notre dignité, de redonner confiance à tous pour un monde meilleur, plus fraternel et plus juste. «J’ai bien peur que les Français d’aujourd’hui ne soient guère plus mûrs que ceux d’hier pour entendre ce langage. Ce n’est plus tant l’Afrique qu’il faut décoloniser désormais : c’est la France», dit Catherine COQUERY-VIDROVITCH, professeur émérite à l’Université Paris-Diderot, Paris 7. «Si j’avais un vœu à formuler, c’est que la jeunesse africaine apprenne à mieux connaître le vrai visage d’Alioune DIOP. L’idéal qui anime sa vie est le plus beau modèle qu’on puisse présenter aux jeunes. Un continent qui produit de tels hommes peut regarder, avec sérénité, l’avenir», dit le père Engelbert MVENG. Un prix d'édition africaine Alioune DIOP a été créé en 1995 par l'Organisation internationale de la francophonie. Il est décerné tous les deux ans à la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (FILDAK). L’Université de Bambey, dans le centre du Sénégal, porte le nom d’Alioune DIOP. Alioune DIOP a vécu, un certain temps, au 136 boulevard Serrurier, à Paris, dans le 19ème, il est donc urgent de demander à mon maire, M. François DAGNAUD, d’y apposer une plaque en l’honneur de ce grand homme.
Bibliographie très sélective :
1 – Contributions d’Alioune DIOP
DIOP (Alioune), «Discours d’ouverture du 2ème congrès international des écrivains et des artistes noirs à Rome en 1959», Présence Africaine, n°24-25, février mars 1959, numéro spécial, tome 1, 436 pages, spéc page 41 ;
DIOP (Alioune), «Histoire d’un écolier noir par lui-même», in Bulletin de l’enseignement  de l’Afrique Occidentale française, n°76, juillet septembre 1930 ; Hommage à Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Rome, Edition des amis italiens de Présence Africaine, 1977, pages 164-168 ;
DIOP (Alioune), «Niam n’goura ou les raisons d’être de Présence Africaine», Présence Africaine, novembre décembre 1947, n°1, pages 7 - 14 ;
DIOP (Alioune), «Pour une modernité africaine», Présence Africaine, 1980, n°116, pages, pages 3-11.
DIOP (Alioune), allocution, in Le premier congrès international des écrivains et des artistes noirs (Paris, Sorbonne, 19-22 septembre 1956), Paris, Présence Africaine, n°8-10, numéro spécial, 1997, 408 pages, spéc pages 9 -11 ;
DIOP (Alioune), préface de, Albert TEVOEDJIRE, L’Afrique révoltée, Paris, Présence Africaine, 1958 et 2010, 157 pages ;
DIOP (Alioune), préface de, Révérend  père Placide TEMPELS, La philosophie bantoue, Paris, Présence Africaine, 1949, 129 pages, spéc. 7 ;
DIOP (Alioune), YAGO (Bernard), DADIE (Bernard, Bélin), Civilisation noire et église catholique, Colloque d’Abidjan des 12-17 septembre 1977, Paris, Dakar, NEA, Présence Africaine, 1978, 461 pages.
2 – Critiques d’Alioune DIOP
ACQUAVIVA (Jean-Claude), La contribution de la revue Présence Africaine à l’éveil de la conscience noire, thèse sous la direction de Colette Dubois, Université de Provence, Institut d’Etudes Africaines, 1992, 239 pages ;
AMROUCHE (Pierre), «Alioune Diop et Présence Africaine : décoloniser l’art africain ?» Présence Africaine, 2010, 1, n°181-182, pages 87-91 ;
CACSEN, Communauté africaine de culture, 50 ans après le Vatican II, L’Afrique et l’héritage d’Alioune Diop, le dialogues des religions et les défis des temps présents, Colloque des 27, 28 et 29 janvier 2016, Dakar CASCEN, 2016, 61 pages ;
Colloque international,  Alioune DIOP, l’homme et l’œuvre face aux défis contemporains, Dakar, 3-5 mai 2010, in Présence Africaine, n°181-182, 2011, 460 pages ;
CORNEVIN (Robert), «De l’éducation africaine, à Présence Africaine, de l’écolier noir au professeur africain», in, Hommage à Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Rome, Edition des amis italiens de Présence Africaine, 1977, pages 157-163 ;
DEPESTRE (René), «Alioune Diop, l’un des pères de la civilité mondiale», Présence Africaine, 2009, 10 pages 164-169 ;
DIOP (Diallo), «Alioune Diop, Présence Africaine et renaissance africaine : leçons et perspectives», Présence Africaine, 2010, 1, n°181-182, pages 135-143 ;
ENO-BELINGA (S.-M), «Le Musée Alioune Diop de Yaoundé», Présence Africaine, 1983, 1, n°125, pages 326-328 ;
FONKUA (Romuald), NGONGO (Valérie), «L’unité africaine sans culture ?», Présence Africaine, 2010, 1, n°181-182, pages 7-9  ; 
GIDE (André), avant-propos, Présence Africaine, n°1, novembre décembre 1947, pages 3-7 ;
GLISENTI (Marcella), sous la direction de, Hommage à Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Rome, Edition des amis italiens de Présence Africaine, 1977, 467 pages ;
GRAH MEL (Frédéric), Alioune DIOP, le bâtisseur inconnu du monde noir, Abidjan, Presses  universitaires de Côte-d’Ivoire, ACCT, 1995, 346 pages ;
KALA-LOBE (Iwiyè), «Alioune DIOP et le cinéma africain», Présence Africaine, 1983, 1, n°125, pages 329-350 ;
KALA-LOBE (Iwiyè), «Alioune DIOP, un rigoriste exaspérant et enrichissant», in, Hommage à Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Rome, Edition des amis italiens de Présence Africaine, 1977, pages 282-294 ;
LOCK (Etienne), Identité africaine et catholicisme : problématique de la rencontre  de deux notions à travers l’itinéraire d’Alioune Diop, 1955-1995, thèse sous la direction de Jacqueline Lalouette, Lille 3, 2014, 340 pages ;
M’BAYE (Alassane, Alioune), «Alioune Diop, le serviteur de l’ombre», Le Soleil du 28 septembre 2017 ;
MUDIMBE (Valentin), «A la naissance de Présence Africaine : la nuit de foi pourtant», Rue Descartes, 2014, 4, n°83, pages 117-136 ;
NGONGO (Valérie), «Vision d’Alioune Diop sur le rôle de la femme africaine dans la décolonisation et le devenir culturel de l’Afrique et de ses Diasporas», Présence Africaine, 2010, 1, n°181-182, pages 157-167 ; 
RABEMANANJARA (Jacques), «Alioune DIOP, le cénobite de la culture noire», in Hommage à Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Rome, Edition des amis italiens de Présence Africaine, 1977, pages 17-36 ;
SARTRE (Jean-Paul), «Présence noire», Présence Africaine, n°1, novembre décembre 1947, pages 28-29 ;
SENGHOR (Léopold, Sédar), «L’humanisme d’Alioune DIOP», Ethiopiques, n°24, 1980, pages 6-10 ;
SINE (Babacar, Doudou), «Alioune Diop, un modèle de discrétion», Présence Africaine, 1999, 3, n°161-162, pages 9-14 ;
TAMBADOU (Moustapha), «Espérances et combats d’Alioune Diop : permanences et mutations», Présence Africaine, 2010, 1, n°181-182, pages 421-427  ; 
VERDIN (Philippe), Alioune DIOP, le Socrate noir, Paris, Lethielleux, 2010, préface d’Abd Al Malik, 403 pages ;
YALA KISUKIDI (Nadia), «Le missionnaire désespéré ou de la déférence africaine en philosophie», Rue Descartes, 2014, 4, n°83, pages 77-96.
Paris, le 13 octobre 2018, M. Amadou Bal BA.

 

Alioune DIOP, fondateur de Présence africaine.
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Alioune DIOP, fondateur de Présence africaine.
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Published by Le blog de BA Amadou - dans Littérature
17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 20:20

Depuis 2009, le 18 juillet est proclamé par l’Organisation des Nations Unies, journée internationale Nelson MANDELA (18 juillet 1918 – 5 décembre 2013). Symbole de la lutte pour la justice, l’égalité et la dignité, d’espoir, de tolérance, d’humanité, d’exemplarité et source d’inspiration, Nelson MANDELA est entré dans l’histoire de son vivant. Héros de notre temps, et l’une des grandes figures du XXème siècle, MANDELA est l’un des hommes politiques les plus célèbres et plus révérés qui soient. Grâce à son courage et son combat pour un monde plus fraternel et plus juste, il est devenu un géant de l’histoire, un digne successeur de Mahatma GANDHI, de Martin Luther KING. MANDELA qui a fait progresser l’humanité, force l’admiration et le respect. «C’est l’histoire d’un homme qui a décidé de risquer sa propre vie au nom de ses convictions, et qui a donné de lui-même pour essayer de rendre le monde meilleur», souligne Barack OBAMA, premier président noir des Etats-Unis, dans la préface de l’ouvrage de MANDELA «Conversations avec moi-même».

Nelson MANDELA fait partie de ces hommes exceptionnels qui ont refusé d’accepter le monde tel qu’il est. Luttant farouchement contre tout esprit de résignation, MANDELA nous a redonné une énergie nouvelle dans cette quête pour la liberté, l’égalité et la fraternité. Sa morale est la suivante «ne fuyez pas les problèmes ; affrontez-les ! Parce que si vous n’y faites pas face, ils ne seront jamais réglés». MANDELA est donc un homme politique courageux, et il le revendique : «si j’avais pu prévoir ce qui m’est arrivé, j’aurais pris certainement la même direction». Quand on contemple le parcours de Nelson MANDELA, on peut dire, en référence à la biographie que lui a consacrée Jack LANG, qu’il représente «une leçon de vie pour l’avenir». En effet, ce héros de la lutte contre l’Apartheid, est habité par une espérance infinie, une conscience politique aiguë, une sincère et étonnante humilité. MANDELA a mené son pays, l’Afrique du Sud, fortement divisé par un système d’Apartheid honni par le monde entier et qualifié de «crime contre l’humanité», vers la liberté, la démocratie et la respectabilité, tout en maintenant son unité et son efficacité économique. Finalement, seuls les grands objectifs soulèvent les grandes déterminations.

Le personnage de Nelson MANDELA regorge de facettes particulièrement reluisantes et riches. MANDELA est, d’une part, un homme cultivé. En effet, il est imprégné de littérature classique, et a étudié le latin à l’école et à l’université. Il a beaucoup lu la littérature grecque, et joué des pièces de théâtre quand il était à l’université ou en prison. Dans une pièce de théâtre, jouée à Fort Hare, MANDELA a interprété le rôle de John Wilkes BOOTH, l’assassin d’Abraham LINCOLN. En prison, il a incarné le tyran CREON, dans une représentation d’Antigone. Nul doute que jouer les méchants, pour condamner avec véhémence l’Apartheid, convient parfaitement à MANDELA. C’est un admirateur de Marc AURELE, cet empereur romain, homme politique et d’action. Toutefois, la civilisation occidentale n’a pas effacé ses origines africaines. «Je n’ai pas oublié les jours de mon enfance, quand nous nous regroupions autour des aînés de la communauté pour écouter les trésors de sagesse et d’expérience». D’autre part, MANDELA est connu pour son sens de l’humour et sa capacité à rire, même dans les circonstances les plus difficiles. La tradition veut que le bon chef soit un homme sérieux. Il ne fallait donc pas rire aux éclats. Pour MANDELA «avoir le sens de l’humour et être complètement détendu, permet de mobiliser plus facilement ses amis autour de soi. J’adore ça».

MANDELA est avant tout un sage et un rêveur. En effet, la dimension exceptionnelle de ce personnage ne vient pas de certains critères sur la base desquels on a tendance à juger la réussite, tels que la position sociale, l’influence, la popularité, la richesse ou le niveau d’éducation. Pour MANDELA, d’autres critères sont les véritables fondations de notre vie spirituelle : l’honnêteté, la sincérité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres. MANDELA se définit, dans une lettre du 1er février 1975 à sa femme Winnie, non pas comme un Saint, mais comme «un pêcheur qui cherche à s’améliorer». MANDELA est un dirigeant modeste et humble qui refuse l’autosatisfaction. Comme il le dit lui-même «Dans la vraie vie, nous n’avons pas affaire à des dieux, mais à des hommes et des femmes ordinaires, qui nous ressemblent : des êtres humains avec leurs contradictions, stables et versatiles, forts et faibles, bons et ignobles, des gens dans le sang desquels les vers se battent tous les jours contre de puissants pesticides ». MANDELA aime les grands rêves. «C’est un devoir que de rêver l’unité et le rassemblement des forces de liberté» dit-il.

La documentation sur MANDELA est déjà particulièrement impressionnante. On peut citer ses lettres de prison, les entretiens qu’il a accordés à la presse, ses carnets de note avant son incarcération et ses discours. Des biographies, de nombreux documentaires télévisés et des films ont été réalisés sur la vie de Nelson MANDELA. Le Centre Nelson MANDELA pour la mémoire et le dialogue est chargé de vieller sur ce patrimoine inestimable qui recèle encore, sans nul doute, des trésors cachés. Cette contribution sur MANDELA s’inspire, notamment, de divers écrits qui sont recensés dans notre bibliographie sélective. Tout d’abord, de l’excellente autobiographie «un long chemin vers la liberté». Fruit d’un travail collectif, ce livre, publié en 1994, a été rédigé en prison par une sorte de «conseil éditorial». MANDELA a, par la suite, collaboré avec l’écrivain et éditeur Richard STENGEL pour l’étoffer et le parfaire. Dans cette autobiographie incontournable, on y admire l’enfance heureuse de Nelson MANDELA, mais aussi la colère sourde qui gronde d’un peuple noir opprimé et humilié, et donc l’appel au combat pour la liberté et la réconciliation. C’est un ouvrage de référence que tout homme engagé dans la vie politique devrait lire. Le militantisme, aussi modeste qu’il soit, comporte une part de sacrifice, de don de soi-même qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Ensuite, dans l’ouvrage «conversation avec moi-même» en 2011, on y décèle, avec une grande émotion, la voix claire, directe et personnelle de MANDELA. On y admire un MANDELA empreint d’une grande sagesse. Enfin, dans «pensées pour moi-même» en 2010, on y retrouve les citations authentiques de MANDELA qui ont été souvent déformées par des lectures de seconde main. Par ailleurs, deux puissants discours ont été prononcés par Nelson MANDELA, dont nous faisons état : celui du 20 avril 1964 devant le tribunal de Pretoria et celui du 10 mai 1994, lors de son investiture en qualité de premier président noir de l’Afrique du Sud. Il ne faudrait pas minimiser l’influence de Nelson MANDELA lors de la rédaction de la Charte de la liberté du 26 juin 1955. C’est un document majeur dans la lutte contre l’Apartheid. MANDELA est un redoutable observateur. Il a appris des autres, par l’expérience, «j’ai regardé les autres et essayé de reproduire ce qu’ils faisaient», confesse t-il.

En définitive, Nelson MANDELA a vécu une jeunesse heureuse et insouciante. C’est à l’âge adulte qu’il a pris, progressivement, une conscience politique pour devenir ce formidable combattant de la liberté.

I – MANDELA, une vie provinciale heureuse et insouciante

Rolihlahla MANDELA est né le 18 juillet 1918, Mvezo Komkhulu (lieu idéal), dans le Transkei. Son prénom peut signifier, littéralement, «tirer la branche», mais il peut également désigner «celui qui créé des problèmes».

Son père, Nkosi Mphakanyiswa Gadla, est un chef coutumier, de la nation Xhosa, de la tribu Thembu, du clan «Madiba». Les Sud-africains appellent, affectueusement, Nelson MANDELA, «Madiba» en référence à ce chef Thembu qui régnait au Transkei au XVIIIème siècle. Gadla MANDELA était polygame. Il avait quatre épouses, dont la troisième, Nosekeni Fanny (décédée en 1968), est la mère de Nelson. MANDELA a 3 frères et 9 soeurs. Dans son livre autobiographique «un long chemin vers la liberté», Nelson MANDELA décrit son père comme quelqu’un de fier, sévère et d’un entêtement excessif, un excellent orateur et un faiseur de rois. Il précise : «je suis persuadé que c’est l’éducation, plus que la nature, qui façonne la personnalité, mais mon père était fier et révolté, avec un sens obstiné de la justice, que je retrouve en moi». A la suite d’une dispute avec un magistrat blanc local, le père de Nelson MANDELA perdit ses responsabilités de chefferie, ainsi que ses biens. Sa mère alla s’installer à Qunu, près d’Umtata la capitale du Transkei, pour bénéficier de soutien d’amis et de parents. Evoquant le village de Qunu, MANDELA mentionne ceci : «j’ai passé les années les plus heureuses de mon enfance et mes souvenirs datent de là». C’est de là que débute, selon lui, son amour du veld, des grands espaces et de la beauté simple de la nature. La vie du petit Nelson est façonnée par la coutume, le rituel, le tabou, les fables et les légendes Xhosa. Grand observateur, il note déjà que les Africains ont un sens développé de la dignité. Humilier quelqu’un c’est le faire souffrir inutilement. «Même quand j’étais enfant, j’ai appris à vaincre mes adversaires, sans les déshonorer», dit-il dans «un long chemin vers la liberté». La vertu et la générosité seront récompensées d’une façon que nous ne pouvons pas connaître.

En 1925, la mère de Nelson MANDELA, chrétienne de l’église méthodiste, inscrit son fils à l’âge de 7 ans à l’école. C’est son institutrice, Miss MDINGANE, qui lui a donné le prénom anglais de «Nelson», sans doute en référence au célèbre vice-amiral britannique, Horatio Nelson (1758-1805), qui a perdu la vie au large du Cap de Trafalgar.

Nelson MANDELA n’avait que 9 ans, quand son père meurt, en 1927, d’une maladie pulmonaire. Nelson est alors confié, pendant 10 ans, au régent Jongintaba Dalindyebo, à la Grande demeure, à Mqhekezweni, la capitale provisoire du Thembuland. Dans son village Qunu, où il était heureux, le petit Nelson n’avait pour ambition que de manger à sa faim et de devenir un champion de combat au bâton. Brusquement, un nouvel horizon auquel il n’avait pas songé, s’ouvre à lui celui de l’argent, les classes sociales, la gloire ou le pouvoir. Le régent a profondément influencé la notion de commandement que MANDELA devait se faire plus tard. Le régent pratique la liberté d’expression. Il ne s’exprime qu’à la fin de la réunion, résume ce qui a été dit et trouve un consensus entre les différentes opinions. «Un chef, dit le régent, est comme un berger. Il reste derrière son troupeau, il laisse le plus alerte partir en tête, et les autres suivent sans se rendre compte qu’ils ont, tout le temps, étaient dirigés par derrière». C’est à la cour du régent qu’est né l’intérêt pour MANDELA de l’histoire africaine. Il découvre les grands héros Xhosas qui ont combattu la domination coloniale. Le jeune Nelson apprend que la véritable histoire de son pays ne se trouvait pas dans les livres britanniques, que l’histoire de l’Afrique du Sud ne commençait pas en 1652 avec l’arrivée des colons.

En janvier 1934, à l’âge de 16 ans, Nelson MANDELA est circoncis. C’est un long rituel de passage à l’âge adulte. Il reçoit du régent, en cadeau, deux génisses et quatre moutons. Nelson est plein d’espoir. Il pense qu’un jour il sera riche et aura une place importante dans la société. Subitement, un des orateurs à cette journée exceptionnelle souligne que les cadeaux faits aux circoncis n’ont aucune valeur. Les adultes ne peuvent pas offrir le plus grand de tous les cadeaux, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance. En effet, l’Afrique du Sud est un peuple conquis. L’orateur précise encore sa pensée : «Nous sommes esclaves dans notre propre pays. Nous sommes locataires de notre propre terre. Nous n’avons aucune force, aucun pouvoir, aucun contrôle sur notre propre destinée dans le pays de notre naissance». Le jeune Nelson n’a pas saisi tout de suite le sens de ces paroles. Cependant, elles ont semé une graine qui a dormi pendant une longue saison, et qui a fini par germer.

Nelson MANDELA n’avait encore acquis de conscience politique. Il ne voulait pas aller travailler dans les mines d’or. Il pensait, naïvement, que son destin était de devenir conseiller du régent et c’est pour cela qu’il devait poursuivre ses études. En 1934, le régent le fait inscrire au collège de Clarbury, à Engcobo. C’est la première fois qu’il serre la main à un Blanc, le révérend Harris qui dirige ce collège. Chez le régent, il avait appris comment se comporter avec les Blancs : les recevoir avec beaucoup d’égards, mais sans obséquiosité. Dans le collège, un enseignant noir, Ben Mahlasela, titulaire d’une licence, n’était pas intimidé par le révérend Harris. Il lui parlait sur un pied d’égalité, en exprimant son désaccord là où les autres se contentaient d’approuver. En ces temps-là, quelque fût le rang auquel accédait un Noir, on le considérait toujours comme inférieur au Blanc le plus bas. On craignait le révérend Harris, plus qu’on ne l’appréciait. Nelson MANDELA qui s’occupait de son jardin le décrit comme étant «doux et tolérant ». Il croyait, avec ferveur, à l’importance de l’éducation pour les jeunes noirs.

En 1937, Nelson MANDELA, à l’âge de 19 ans, est inscrit au lycée Wesleyan de Fort Beaufort, à Healdtown, à 260 km de Umtata, la capitale du Transkei. C’est une école d’une mission méthodiste qui dispense un enseignement libéral basé sur le modèle anglais. «Nous aspirions à devenir des Anglais noirs», confesse Nelson MANDELA. Le collège accueille des élèves de toutes les tribus. Nelson MANDELA commence à prendre conscience de son identité en tant qu’Africain, et pas seulement en tant que Thembu, ni même Xhosa. Le maître d’internat, qui allait devenir plus tard, le président africain de l’église méthodiste d’Afrique du Sud, savait tenir tête à un Blanc, le responsable du lycée. MANDELA prend conscience que le Blanc n’est pas un dieu et que l’Africain n’est pas un laquais. «Un Noir ne doit pas automatiquement obéir à un Blanc, même s’il s’agit de son supérieur», dit MANDELA.

Au cours de sa deuxième année au lycée, un grand poète Xhosa, Krune Mqhayi, vêtu d’une peau de léopard, d’un chapeau assorti, avec une lance dans chaque main, fit une intervention dans son établissement. Ce qui modifia la perception que MANDELA avait de l’homme blanc. Pour ce poète, «la sagaie représente ce qui est glorieux et vrai dans l’histoire africaine, c’est le symbole de l’Africain comme guerrier et de l’Africain comme artiste». Le poète précise sa pensée : «Nous ne pouvons pas permettre à ces étrangers qui ne s’intéressent pas à notre culture de s’emparer de notre nation. Je prédis que les forces de la société africaine remporterons une éclatante victoire sur l’intrus». Ce discours sur le nationalisme et l’unité africaine a produit une «énergie nouvelle», sur le jeune MANDELA dont la conscience politique est encore très embryonnaire.

En 1939, après son diplôme au lycée, MANDELA s’inscrit à l’université de Fort Hare, dans la municipalité d’Alice. MANDELA ne souhaitait pas étudier le droit. Il voulait devenir interprète ou employé des affaires indigènes. Cet établissement est fondé en 1916 par des missionnaires de l’Eglise écossaise. MANDELA joue des pièces de théâtre et interprète le rôle de l’assassin d’Abraham LINCOLN. Il retiendra de cette tragédie que les hommes qui prennent de grands risques doivent s’attendre à en supporter souvent les lourdes conséquences. Il fait la connaissance d’Oliver TAMBO (1917 – 1993), un des futurs grands dirigeants de l’African National Congress (A.N.C.). MANDELA décrit Oliver TAMBO comme quelqu’un d’une intelligence exceptionnelle, «un débatteur pénétrant qui n’acceptait pas les platitudes». Jusqu’ici MANDELA n’avait jamais entendu parler de cette organisation politique. MANDELA croyait que le diplôme universitaire était un sésame pour réussir sa vie et venir en aide à sa mère. Il se rend compte, petit à petit, qu’un Noir n’avait pas à accepter les affronts mesquins qu’on lui inflige chaque quotidiennement.

A la fin de sa première année, membre du Conseil représentatif des étudiants, MANDELA est impliqué dans le boycott de la mise en oeuvre du règlement universitaire. Il est alors renvoyé de l’université. Cet événement va changer, considérablement, le cours de sa vie. En 1941, MANDELA retourne à Mqhekezweni, chez le régent, son tuteur et bienfaiteur. Mais le Régent veut le marier, sans son consentement, à la fille du prêtre Thembu local. MANDELA n’a d’autre issue que de s’enfuir et se retrouve à Johannesburg. Il est engagé comme policier surveillant une mine d’or. Partout, il ne voyait que des Noirs avec des salopettes poussiéreuses, l’air fatigué et courbant le dos. Les mineurs sont logés en fonction de leur origine ethnique. Cette séparation entraînait et attisait, par conséquent, des tensions entre les différents groupes ethniques. Licencié de son travail, il n’avait pas les autorisations de travail et de séjour nécessaires. MANDELA est allé rendre visite au docteur XUMA, le président de l’ANC et ami du Régent. Mais sa fugue fut vite découverte, il n’obtint pas de travail convoité. Nelson MANDELA confie à son cousin, marchand ambulant, qu’il voulait terminer sa licence pour devenir avocat. Mais pour cela il faut qu’il puisse financer ses études en travaillant. Son cousin le présente à un dirigeant d’une agence immobilière spécialisée dans les propriétés pour Africains, un certain Walter SISULU (1912 – 2003), membre de l’ANC. C’est Walter SISULU qui introduisit MANDELA à un avocat juif libéral, Lazar SIDELSKY (1911-2002). MANDELA précise que, d’après son expérience, il a toujours trouvé que «les Juifs avaient l’esprit plus ouvert que le reste des Blancs sur les questions raciales et politiques, peut-être parce qu’eux-mêmes ont été victimes dans l’histoire de préjugés». MANDELA décrit M. SIDELSKY comme un professeur patient, mais très hostile à la politique. Pour cet avocat, «la politique fait ressortir ce qu’il y a de pire en l’homme. C’est la source des problèmes et de la corruption et on doit la fuir à tout prix».

MANDELA se fait le premier ami blanc dans ce cabinet d’avocats, un stagiaire, Nat BREGMAN, qui est, en fait, membre de l’ANC et du Parti communiste. Nat l’entraîne dans des réunions et conférences du Parti communiste où sont mélangés Blancs, Noirs, Métis et Indiens. Les barrières raciales sont abolies dans ces rencontres. Sans être militant politique, MANDELA y va par curiosité intellectuelle. Il commence à prendre conscience de l’oppression raciale qui peut être analysée, non pas sous l’angle ethnique, mais de point de vue de la lutte des classes.

MANDELA n’a que 23 ans, et parcourt en bus le chemin entre le bidonville d’Alexandra où il réside et le cabinet d’avocats. MANDELA, avec ses maigres ressources de stagiaire au cabinet d’avocats, dépense l’essentiel de sa paie dans les transports en commun. Il décrit la vie dans ce Township comme «merveilleuse et précaire». Dans cette ville noire (The Dark City), sans lumière, la vie ne valait pas cher. La nuit le revolver et le couteau faisaient la loi. La vie urbaine tendait à faire estomper les distinctions ethniques et raciales. MANDELA dira à ce sujet «je me suis aperçu que nous n’étions pas des peuples différents avec des langues différentes ; nous formions qu’un peuple avec des langues différentes». Cette étape est importante dans la construction de la conscience politique de Nelson MANDELA qui est confronté à la pauvreté. Il n’y a pas grand-chose de positif à dire sur la pauvreté, mais elle fait souvent naître l’amitié et la générosité. C’est à Alexandra, précise MANDELA, que «je me suis habitué à vivre en ville et que je suis entré en contact physique avec tous les maux de la suprématie blanche». MANDELA gagne en force intérieure, et surmonte ses difficultés liées à la pauvreté, à la souffrance, à la solitude et à la frustration.

En 1942, MANDELA a passé l’examen final de sa licence. Face aux difficultés financières que rencontrent les habitants d’Alexandra, Gaur RADEBE, un militant de l’ANC, membre du cabinet d’avocats où travaille MANDELA, dit qu’il vaut mieux trouver des solutions que de produire des théories. En août 1943, sous l’impulsion de Gaur RADEBE (1908-1968), l’ANC organise un boycott des autobus d’Alexandra qui va durer 9 jours. La compagnie de bus renonce à augmenter ses tarifs qui sont déjà prohibitifs. Cette campagne eut un effet retentissant sur MANDELA qui est passé du statut de spectateur à celui de participant en politique. Après la démission du cabinet d’avocats de Gaur RADEBE, MANDELA prit sa place et s’inscrit à l’université de Witwatersrand pour un diplôme de bachelier en droit, une formation universitaire pour devenir avocat. Pour la première fois, MANDELA rencontre des jeunes de son âge à l’université, Blancs, Noirs et Indiens, engagés fermement dans la lutte de libération nationale, dont Joe SLOVO (1916 – 1995), qui deviendra qui deviendra Ministre du logement en 1994, sous le gouvernement de MANDELA.

Quand il était jeune, MANDELA était un garçon naïf et provincial. Il croyait que chaque homme avait le droit d’organiser son avenir comme il l’entendait et de choisir sa vie. A Johannesburg, MANDELA, sans être un militant politique aguerri, a pris conscience d’une «certaine force intérieure». MANDELA, grâce au contact avec Gaur RADEBE, son mentor politique, s’aperçoit que sa conception du monde et ses idées ont considérablement évolué. C’est le réveil d’une conscience politique aiguë et le début d’une vie militante intense.

II – MANDELA, le réveil de la conscience politique et une vie militante intense,

Il est impossible de donner une date certaine de l’entrée officielle de Nelson MANDELA sur la scène politique. Cette évolution a été lente et progressive. MANDELA affirme que le fait déjà d’être Noir en Afrique du Sud signifie qu’on est politisé dès sa naissance, qu’on en soit conscient ou non. Pour le Noir en Afrique du Sud, dit MANDELA, «sa vie est circonscrite par les lois et les règlements racistes qui mutilent son développement, affaiblissent ses possibilités et étouffent sa vie».

L’accumulation quotidienne d’affronts, d’humiliations, ont créé en MANDELA «une colère, un esprit de révolte, le désir de combattre» un système qui emprisonne son peuple. En effet, l’Apartheid est fait de diverses lois raciales qui font des Noirs des esclaves dans leur propre leur propre pays. Pour se rendre d’une zone à une autre, le Noir doit posséder une autorisation administrative, le «Pass». Ainsi, la «Land Act», (loi sur la terre), de 1913 prive les Noirs de 87% des terres. «The Native Urban Aeras Act», (loi sur les zones urbaines), de 1923 créé des bidonvilles surpeuplés pour les Noirs devenus une main-d’œuvre bon marché pour l’industrie blanche. La «Native Administration Act» de 1927, (Loi sur l’administration indigène), retire aux chefs locaux leurs pouvoirs. En 1936, la «Representation Act» (loi de représentation des autochtones), retire aux Africains des listes électorales de la province du Cap. En 1946, «The Asiatic Land Tenure Act», (une loi foncière), restreint, pour les Indiens, la liberté de déplacement et d’acheter des terres. Ces lois ségrégationnistes, ont été initiées par Louis BOTHA, (1862-1919), héros de la guerre des Boers (paysans blancs) et premier ministre de 1910 à 1919. Certains textes sont l’œuvre de James HERTZOG (1866-1942), chef du Parti nationaliste, et premier ministre de 1924 à 1939. Pour l’essentiel, cette réglementation a été adoptée sous le gouvernement du maréchal Jan SMUTS (1870-1950), plusieurs fois ministre, et premier ministre de l’Afrique du Sud de 1919 à 1924 et de 1939 à 1948. Jusqu’ici, les Noirs n’étaient que des victimes collatérales d’une lutte sourde entre Afrikaners, d’origine hollandaise, et Anglophones. En effet, les Boers, déclassés, sont inquiets pour leur avenir.

MANDELA, alors qu’il n’a que 30 ans, assiste à un gigantesque tsunami de la vie politique en Afrique du Sud : la prise de pouvoir, le 26 mai 1948, par le docteur Daniel François MALAN (1874–1959), un pasteur de l’église réformée hollandaise, un lointain descendant de Huguenots français, et un directeur du journal Die Burger (le Citoyen en Afrikaans), l’organe du Parti National. Le Parti national a refusé, pendant la deuxième guerre mondiale, d’apporter son soutien à la Grande-Bretagne dans sa lutte contre le Nazisme. Le docteur MALAN est élu sur un rejet de la présence des Anglais, et sur des thèmes ouvertement racistes, comme «le péril noir», «le Nègre à sa place», ou les «Coolies à la porte». Il a théorisé et systématisé sa politique ségrégationniste sous le concept «d’Apartheid». Le mot «Apartheid», qui vient de l’Afrikaans, signifie la «séparation», et préconise «le développement séparé des races». Ce concept, mis en application par le gouvernement MALAN, représente la codification, dans un système oppressif et discriminatoire, toute une réglementation qui maintient les Noirs dans une position d’infériorité depuis des siècles. L’homme blanc doit toujours rester le maître. Très vite, le docteur MALAN mit en application son programme électoral. Une loi supprime aux Métis leur représentation au Parlement. En 1949, les mariages mixtes, ainsi que les relations sexuelles entre Blancs et Noirs sont prohibés. Le Parti communiste est interdit. En 1950, une loi classifie tout Sud-africain en fonction de sa race. Chaque groupe racial ne pouvait posséder de la terre, occuper des locaux et avoir une activité que dans une zone séparée. Si des Blancs voulaient un terrain ou des maisons d’autres groupes ethniques, il leur suffisait de déclarer la zone blanche et d’en prendre possession. La loi sur les autorités bantoues abolit les conseils représentatifs des indigènes. Daniel MALAN a cessé son activité politique le 30 novembre 1954, mais son système de discrimination raciale ne sera aboli qu’en 1991. Cette nouvelle donne politique renforce la détermination et la combativité de MANDELA. Pour lutter efficacement contre l’Apartheid, MANDELA a pour ambition de s’appuyer sur la Ligue de la Jeunesse, dont il est membre, afin de massifier l’ANC. Avant l’arrivée au pouvoir du docteur MALAN, en 1946, la grève des mineurs a été durement réprimée et le syndicat écrasé. Le doute s’installe. Mais que faire ?

MANDELA constate, avec d’autres dirigeants, qu’en dépit de la détérioration des conditions de vie des Noirs, l’ANC est restée timorée dans ses actions. C’est une organisation encore dirigée par des cadres qui se sont embourgeoisés. En effet, le docteur XUMA, chef de l’ANC, s’oppose à la radicalisation de son organisation. Il fait comprendre à MANDELA venu le voir, qu’il est médecin et dirige un cabinet prospère. Il n’est pas disposé à aller en prison. Devenu minoritaire face aux brillantes plaidoiries de MANDELA pour réformer l’ANC, le docteur XUMA a été remplacé par le docteur James MOROKA (1892-1984), qui a dirigé cette organisation de 1949 à 1952. Walter SISULU est élu Secrétaire général et Oliver TAMBO entre à la direction nationale. Nelson MANDELA est coopté au comité national de direction de l’ANC. MANDELA est élu en 1947, au comité exécutif de l’ANC du Transvaal.

Fort de ses nouvelles responsabilités au sein de l’ANC, MANDELA veut s’inspirer de la méthode de lutte de la communauté indienne. Il est encore un anti-communiste et s’oppose à l’entrée des Blancs et des Indiens au sein de l’ANC. Cependant, la communauté indienne a lancé une campagne de résistance pacifique qui fait écho à celle développée entre 1893 et 1914, dans le Natal et le Transvaal, par Mahatma GANDHI (1869-1948). Les dirigeants indiens ont accepté d’aller en prison pour leurs convictions. Cet esprit de défi et de radicalisation a supprimé la peur de la prison, et a augmenté la popularité des organisations politiques indiennes. MANDELA engage une campagne pour le droit de vote pour tous. Voyant le sacrifice fait par les dirigeants communistes, les préjugés de MANDELA contre le communisme commencent à s’estomper. Il achète les œuvres complètes de Marx et Engels et entame leur lecture. MANDELA dira que «l’appel du marxisme à l’action révolutionnaire était comme une musique aux oreilles d’un combattant de la liberté». Devenu président de la Ligue de la Jeunesse MANDELA lance, avec l’ANC, une campagne de désobéissance civile qui va durer 6 mois. Il se retrouve, pour la première fois, en prison, pendant plusieurs semaines, et sera libéré après le paiement d’une caution. Cette campagne de désobéissance civile reçut un énorme retentissement dans l’opinion publique. Le nombre de membres de l’ANC passe de 20 000 à 100 000 adhérents. Le 30 juillet 1952, au plus fort de cette campagne, alors qu’il est à son cabinet d’avocats, Nelson MANDELA est arrêté pour avoir violé la loi sur l’interdiction du communisme. MANDELA est condamné à 9 mois de travaux forcés, mais la sentence est suspendue pour 2 ans.

MANDELA pousse encore l’ANC vers une plus grande radicalisation, mais tout en s’inspirant du modèle de non-violence initié par la communauté indienne. En effet, un nouveau président de l’ANC, plus énergique fut désigné, Albert LUTHULI (1896-1967). Cet enseignant et missionnaire, prix Nobel de la paix en 1960, est décrit par MANDELA comme quelqu’un d’une patience infinie et d’un grand sens moral. LUTHULI dirigera l’ANC entre 1952 et 1967. Confiné chez à lui à partir de 1953, à la suite de divers ordres de bannissement, LUTHULI, après le massacre de Sharpeville en 1961, appelle à une journée nationale de deuil et a brûlé, publiquement, son laissez-passer.

Face à la répression amplifiée de l’Apartheid, grâce à ce changement de direction, et sous l’influence de MANDELA, l’ANC adopte, le 26 juin 1955, à Kliptown, une Charte de la liberté pour l’Afrique du Sud démocratique. La Charte réclame l’égalité des droits pour tous les Sud-africains, sans distinction de race, une réforme des lois sur la propriété, l’amélioration des conditions de vie et de travail, une distribution équitable des richesses, l’éducation obligatoire et des lois plus justes. Cette Charte devenue, un phare pour la libération nationale, est teintée d’africanisme. Anton LEMBEDE, un des dirigeants de l’ANC, fait référence dans ses discours, aux héros noirs, comme Marcus GARVEY, W.E.B du BOIS, et Hailé SELASSIE, empereur d’Ethiopie. «La couleur de ma peau est belle, disait-il, comme la terre noire de ma mère». En fait, ce document s’inspire très largement, après la deuxième guerre mondiale, de l’esprit nouveau qui souffle sur le monde, tourné vers la soif de liberté et d’égalité. En effet, une Charte de l’Atlantique, signée en 1943, par Winston CHURCHILL, réaffirme la dignité de chaque être humain, et pose tout un ensemble de principes démocratiques. Rejetant la tyrannie et l’oppression, la Charte de l’ANC est révolutionnaire dans son esprit et ses principes, mais ne réclame pas un ordre communiste. Sans modifier l’ordre capitaliste, la Charte de l’ANC exige que les Africains puissent, eux-aussi, posséder leurs propres affaires et prospérer comme les capitalistes blancs.

Le 5 décembre 1956 Nelson MANDELA est arrêté, en même temps que 156 dirigeants de l’ANC, dont 23 Blancs, 21 Indiens et 7 Métis, «pour haute trahison». Nelson MANDELA a participé à la rédaction de la Charte de la liberté, à la campagne de défi contre le gouvernement, contre le déplacement de 80 000 habitants d’une cité noire, Sophiatown. Pour ces faits, il est accusé de «conspiration, dans le but de renverser le gouvernement par la violence et de le remplacer par un Etat communiste». A partir de cet instant, la vie de MANDELA bascule. Il est complètement absorbé par la lutte politique et néglige sa famille. En 1958, il se sépare de sa première épouse, Evelyn MASE (1922-2004), une infirmière et cousine de Walter SISULU, qui est devenue témoin de Jéhovah et ne s’intéresse pas à la politique. Evelyn lui a donné 4 enfants. Le 14 juin 1958, MANDELA se remarie à Nomzamo Winnifred MADAKIZELA (née le 26 septembre 1936), appelée affectueusement «Winnie». Son prénom, «Nomzamo», est prémonitoire. Il signifie «celle qui lutte» ou «celle qui connaît des épreuves». Les élections de 1958 confirment la domination du Parti national. Hendrik VERWOERD (1901-1966), théoricien de l’Apartheid, Ministre des affaires indigènes dans le gouvernement MALAN, sera premier ministre de l’Afrique du Sud jusqu’à sa mort en 1966. Un mouvement des femmes de l’ANC est créé. Winnie y participe activement. Pour MANDELA, quand une femme épouse un combattant un de la liberté, elle devient une sorte de «veuve, même quand son mari n’est pas emprisonné». Ce second mariage donne, pourtant, une énergie nouvelle à Nelson MANDELA qui va affronter des épreuves de plus en plus difficiles.

MANDELA croit encore à l’efficacité de la non-violence dans le combat contre l’Apartheid. Cependant, l’ANC, depuis le 6 avril 1959, est concurrencé par une nouvelle organisation politique : le «Pan Africanist Congress» (PAC). Ce parti, dirigé par Robert SOBUKWE (1924-1978), rejette l’orientation communiste et multiraciale de l’ANC, et s’oppose aux principes posés par la Charte de la liberté. Le mentor politique de MANDELA, Gaur RADEBE, a rejoint le PAC. Durant le procès de «haute trahison», l’ANC peaufine sa doctrine politique, pour se mieux de démarquer de son concurrent, le PAC. L’ANC souhaite l’harmonie des races et croit à la bonté innée de l’Homme. Cette organisation part du principe que la persuasion morale et la persuasion économique pourraient, un jour, détruire l’Apartheid. L’ANC mène une politique de non-violence qui est à distinguer du pacifisme. Les pacifistes refusent de se défendre, même quand on les attaque avec violence. En revanche, les non-violents peuvent se défendre quand on les attaque. La non-violence, ce n’est pas la lâcheté.

En dépit du vent de liberté qui souffle sur l’Afrique depuis quelques mois, MANDELA sera confronté à nouvelles épreuves. Certes, le Ghana est libre depuis 1957 et en 1960, 17 colonies françaises d’Afrique sont indépendantes. C’est à ce moment que l’ANC, sous l’instigation de MANDELA, choisit de lancer une campagne contre le «Pass», ces autorisations de circulation pour les Noirs. Le 21 mars 1960, le PAC engage sa propre campagne de désobéissance civile et son chef, Robert SOBUKWE, est arrêté et condamné à 3 ans de prison fermes. C’est là qu’intervient la tragédie de Sharpeville qui marque encore les esprits. Sharpeville est un Township misérable, dans la banlieue de Johannesburg. La manifestation contre le «Pass» bascule dans l’horreur. Les policiers dépassés tirent sur les manifestants : 69 Africains sont massacrés, dont la plupart ont été touchés dans le dos pendant leur fuite, 400 blessés sont recensés. Cet événement tragique créé une vague de protestations dans le pays, une crise gouvernementale, la bourse chute lourdement, et exporte le conflit Sud-africain sur la scène internationale. L’ANC en sort renforcé. Cependant, le régime de l’Apartheid ne plie pas. Ce régime se radicalise. Ainsi, l’état d’urgence est proclamé, l’ANC et le PAC sont interdits, et des arrestations massives d’opposants sont opérées. La lutte de Nelson MANDELA entre dans une nouvelle phase. Le cabinet d’avocats MANDELA – TAMBO tombe en faillite. Après plus de 4 années de procès pour «haute trahison», le 29 mars 1961, le verdict du procès est rendu : MANDELA est déclaré non-coupable et acquitté. Dans son analyse de la situation, Nelson MANDELA estime que les «tribunaux restent les seuls endroits, en Afrique du Sud, où on peut écouter un Africain de façon impartiale, et où on applique la loi». Ce procès renforce la détermination de MANDELA de combattre pour une Afrique du Sud démocratique et multiraciale.

MANDELA continue son activité politique, mais dans la clandestinité. Il devient «Le Mouron Noir», en référence au personnage de la baronne Emmuska ORSCY, «le Mouron Rouge», qui échappait, de façon téméraire, à la capture pendant la Révolution française. Constatant les limites de non-violence, MANDELA réoriente l’action de l’ANC. En effet, et en dépit des réticences de LUTHILI, en 1961, une branche militaire de l’ANC, dénommée en Xhosa «Umkhonto We Sizwe» (Le Fer de Lance de la Nation), plus connue sous l’abréviation M.K., est créée. Le haut commandement de cette organisation militaire est dirigé par Nelson MANDELA, Joe SLOVO et Walter SISULU. Des Blancs sont également recrutés pour les techniques de sabotage. MANDELA lit l’ouvrage de Carl Von CLAUSEWITZ (1780-1831), «De la guerre», publié, en 1832, à titre posthume. C’est l’un des traités les plus importants sur la stratégie militaire. En référence à cet auteur prussien, pour MANDELA la création de cette branche armée de l’ANC est une «continuation de la diplomatie par d’autres moyens».

MANDELA fera, en 1962, une tournée à l’étranger, qui va le conduire, successivement dans 12 pays africains. L’A.N.C récolte partout des fonds, sauf au Sénégal. Le président SENGHOR, hostile au communisme, ne remet à Nelson MANDELA qu’un simple laissez-passer pour Londres. Il séjourne une semaine en Grande-Bretagne avec Olivier TAMBO en exil. MANDELA est séduit par le concept de démocratie et de liberté en Grande-Bretagne. De retour de son voyage, et après plus de 2 ans de clandestinité, Nelson MANDELA est arrêté le 5 août 1962, dans le Natal, et transféré à Johannesburg, puis à Pretoria. Bien que n’étant pas chef de l’ANC, le régime de l’Apartheid a identifié Nelson MANDELA comme étant le cerveau de cette organisation. Durant la procédure de détention, Nelson MANDELA comprit tout de suite qu’il pouvait «continuer la lutte à l’intérieur de la forteresse de l’ennemi». L’ANC lance une campagne de libération de MANDELA. Le 7 novembre 1962, MANDELA est condamné à ce procès à 3 ans de prison pour incitation à la grève, et à 2 ans pour avoir quitté le pays illégalement.

Le climat politique est très tendu. MANDELA, qui est l’homme le plus influent de l’ANC, va en payer le prix fort. En effet, le gouvernement a créé le système des Bantoustans, régions où sont parqués les Noirs qui sont classés par leurs origines ethniques. Cette période coïncide avec l’arrivée au Ministère de la justice de Bathazar Johannes VORSTER (1915-1983). Ce sinistre personnage, empêtré dans l’étroitesse d’esprit, sera premier ministre de l’Afrique du Sud entre 1966 et 1978, et président de l’Afrique du Sud de 1978 à 1979. M. VORSTER, dépourvu de toute bienveillance, est un éboueur qui ne voyait le monde qu’à travers les immondices de son esprit particulièrement haineux. Un décret du 1er mai 1963 donne le pouvoir, à tout officier de police, de détenir, sans jugement, sans inculpation, pendant 90 jours, toute personne soupçonnée de «crime politique». Cette détention peut être renouvelée, indéfiniment. L’Habeas corpus, garantie contre toute détention arbitraire, est donc aboli. Auparavant, une loi de juin 1962 sur le sabotage, autorise des peines minimales de 5 ans, sans appel, et pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Le 11 juillet 1963, la police sud-africaine, lors d’une perquisition à la ferme Liliesleaf à Rivonia, près de Johannesburg, trouve un document qui indique un plan de guérilla planifié par la branche armée de l’ANC. Mais aucune arme n’a été saisie. Cette trouvaille de la police a changé, fondamentalement, les accusations portées contre MANDELA et son lieu de détention. Il est transféré à la prison de Robben Island, à 7 km des côtes du Cap. C’est une île longue de 3,3 km et 1,9 km de large. Cette prison est essentiellement un lieu de détention et d’emprisonnement pour les prisonniers politiques depuis la colonisation hollandaise au XVIIème siècle. L’armée britannique avait déjà exilé un chef Xhosa en 1819, dans cette sinistre prison. Il s’est noyé dans une tentative d’évasion.

Le 9 octobre 1963, démarre, à Pretoria, le procès de MANDELA, plus connu sous le nom de «procès de Rivonia». MANDELA est accusé, non plus de «haute trahison», mais de «sabotage et de complot». Il encourt, de ce fait, la peine de mort par pendaison. Si MANDELA a joué un rôle déterminant dans la création de la branche armée de l’ANC et qu’il est communiste, il se trouvait à l’étranger ou en prison pendant la grande partie où ces actes de sabotage ont été planifiés. MANDELA reconnaît qu’il est un patriote. Il a toujours lutté contre la domination blanche et contre la domination noire. «Mon idéal le plus cher, dit-il, dans sa déclaration devant le tribunal, a été celui d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales». Et il ajoute cette phrase gravée devenue mémorable : «j’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir». Cette déclaration du 20 avril 1964, reçut une large publicité dans la presse nationale et internationale.

Comme tout héros, MANDELA va affronter une tragédie. Le 11 juin 1964, il est condamné pour une détention à vie, sous le numéro d’écrou 466/64. Pendant cette longue période de détention, le régime de l’Apartheid a tenté, en vain, de le briser physiquement et moralement. Pour MANDELA, «la prison ne vous vole pas votre liberté, elle essaie aussi de vous déposséder de votre identité». Il n’y a rien de plus déshumanisant que l’absence de contact humain. En effet, pendant l’incarcération de MANDELA, son épouse, Winnie, est assignée à résidence, à partir de 1969, pendant 17 mois. Elle est soumise à divers ordres de bannissement entre 1962 et 1987, qui l’ont empêchée de rendre visite à son mari. MANDELA ne peut recevoir de courrier qu’une fois tous les 6 mois et ses correspondances à Winnie sont souvent censurées. C’est en prison qu’il apprendra la mort de sa mère en 1968, ainsi que celle de son fils aîné, Madiba (Thembi), disparu à la suite d’un accident le 13 juillet 1969. Les autorités refusent à MANDELA d’assister aux obsèques. «Montre-moi un héros et je t’écrirai une tragédie», disait l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940). Nelson MANDELA, compte tenu de toutes les épreuves qu’il a subies, aurait pu sombrer dans le désespoir, l’amertume et la haine. Cependant, la prison ne l’a pas vaincu. «Tout au long de mon incarcération, mon cœur ont été toujours très loin de cet endroit, dans le veld et la brousse», révèle MANDELA. Il souligne que «réfléchir est l’une des armes les plus importantes pour affronter les problèmes, et dehors, nous n’en avons pas le temps». Il a conservé toute sa dignité et n’a jamais renoncé à son idéal politique. On ne survit dans une prison que si l’on conserve son sang-froid. Il n’y a rien d’encourageant pour un prisonnier que de comprendre qu’il n’a pas gâché sa vie. En effet, MANDELA a trouvé, en lui, pendant cette détention, les ressources nécessaires pour vaincre la routine et l’oubli. En effet, MANDELA commence, en 1975, à rédiger son autobiographie, «Un long chemin vers la liberté».

Nelson MANDELA sera détenu à Robben Island de 1964 à 1982, à Pollsmoor, au Cap entre 1982 et 1988, et à Victor Verster entre 1988 et 1990. Il ne fut libéré que le 11 février 1990, soit après 27 années, 6 mois et 6 jours de prison. Entretemps, l’Angola et le Mozambique, deux anciennes colonies portugaises, après une guerre de libération, sont devenus indépendants en 1975. En 1976 eurent lieu des manifestations tragiques à Soweto qui ont secoué l’Apartheid. Un militant de l’ANC, Steve Biko (1946-1977) est torturé et assassiné. En 1988, un concert pop de 12 heures, au stade Wembley, à Londres, en l’honneur du 70ème anniversaire de MANDELA, est diffusé dans 77 pays. L’opinion publique occidentale découvre le drame de l’Afrique du Sud occulté par des années d’ultralibéralisme de REGEAN et de Mme THATCHER. En 1989, avec la chute du mur de Berlin, le communisme s’effondre. Un vent de liberté souffle sur le monde en général, et en Afrique en particulier. Les conflits qu’on croyait insolubles, sous la guerre froide, se sont apaisés. A la suite de pressions internes et internationales, le gouvernement sud-africain proposa, le 31 janvier 1985, de libérer MANDELA, s’il rejetait, de «façon inconditionnelle la violence comme instrument politique». MANDELA décline cette offre à cause des conditions qui y sont attachées. L’ANC ne fait que répondre à l’oppression que lui inflige l’Apartheid. Après une longue série de négociations, MANDELA est libéré le 11 février 1990.

En 1993, MANDELA est le 3ème Sud-africain noir à avoir obtenu obtient le prix Nobel de paix, après Albert LUTHULI et Desmond TUTU. L’homme qui a créé la branche armée de l’ANC, accepte cette récompense en «hommage à tous les Sud-africains et en particulier à ceux qui ont participé à la lutte de libération nationale». MANDELA accepte de partager ce prix Nobel avec De KLERK : «pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé» souligne t-il.

Nelson MANDELA est élu premier président noir de l’Afrique du Sud le 9 mai 1994. Pour panser les blessures du passé, MANDELA a adopté une démarche particulièrement originale en mettant en place, en décembre 1995, une «Commission vérité et réconciliation », présidée par l’évêque Desmond TUTU, prix Nobel de la paix. «Aussi incomplet et imparfait que soit ce travail, il contribue à nous délivrer du passé afin de poursuivre notre route vers un avenir glorieux», proclame MANDELA dans ses vœux à la Nation du 31 décembre 1998. Après trois siècles de domination blanche, MANDELA a estimé que «le temps de panser les blessures, faire naître l’espoir et la confiance», est venu. Il a plaidé pour la réconciliation : «la lutte de libération n’était pas une lutte contre un groupe ou une couleur, mais un combat contre un système d’oppression». Pour MANDELA, «être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres». Un homme qui prive un autre homme de sa liberté, est prisonnier de sa haine, des préjugés et de l’étroitesse d’esprit. Evoquant dans son discours d’investiture, du 10 mai 1994, la fin de l’Apartheid, MANDELA espère que : «de l'expérience d'un désastre humain inouï qui a duré beaucoup trop longtemps, doit naître une société dont toute l'humanité sera fière». Bon nombre de citoyens noirs croyaient que leur vie aller changer du jour au lendemain, après l’élection libre et démocratique de 1994. «Si vous voulez vivre mieux, vous devez travailler dur», leur dit Nelson MANDELA.

En 1999, à l’expiration de son mandat de président, MANDELA n’a pas sollicité pas son renouvellement. Nelson MANDELA a pris sa retraite de la vie politique le 1er juin 2004. La santé de MANDELA s’est détériorée depuis 2011. Il souffrait d’une infection pulmonaire et passait des séjours fréquents à l’hôpital. Même devant la mort, MANDELA est un véritable résistant. Il a disparu le 5 décembre 2013. Ses funérailles ont été un événement planétaire. MANDELA restera, pour nous tous, une source d’inspiration.


Bibliographie très sélective :


MANDELA (Nelson), Un long chemin vers la liberté, Paris, Livre de Poche, 1994, 767 pages ;

MANDELA (Nelson), préface de Barack OBAMA, Conversations avec moi-même, Paris, Les éditions de la Martinière, 2010, 505 pages ;

MANDELA (Nelson), Pensées pour moi-même, citations, Paris, Les éditions de la Martinière, 2011, 495 pages ;

MANDELA (Nelson), «Discours d’investiture du 10 mai 1994» ;

LANG (Jack), Nelson MANDELA : leçon de vie pour l’avenir, préface de Nadine GORDIMER, Paris, Perrin, collection Tempus, 2007, 269 pages ;

GEFFROTIN (Thierry), Nelson MANDELA : Le prodigieux destin d’un humaniste, document sonore, Paris, l’Harmattan, 8 juin 2010 ;

VIOLET (Bernard), MANDELA : un destin, Paris, First-Gründ, 2011, 280 pages.

Paris, le 18 juillet 2014, par Amadou Bal BA – Baamadou.over-blog.fr.

Célébration de la journée internationale de Nelson MANDELA du 18 juillet 2014, par Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr.
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