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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 18:40

Le rapport de Bernard PECHEUR sur le statut de la fonction publique, en date du 29 octobre 2013, 241 pages - par Amadou Bal BA - baamadou.over-blog.fr

30 après la loi du 13 juillet 1983, de M. Anicet LE PORS, Mme Marylise LEBRANCHU, Ministre de la Fonction Publique, envisage de réformer le statut de la fonction publique. M. Bernard PECHEUR, un président de section au Conseil d’Etat, a produit un rapport qui servira de base aux négociations. Selon c’est un travail qui va nous conduire à améliorer les choses », dans une période « complexe, difficile, lourde». Les discussions sur les carrières et rémunérations doivent être engagées le 5 décembre 2013, avant le début officiel de négociations en mai 2014. Mais ces discussions vont s'ouvrir dans un contexte contraint sur le plan budgétaire, et alors que les syndicats réclament une concertation spécifique sur les salaires après trois années consécutives de gel du point.

Le statut de la fonction publique pourrait donc, évoluer, mais de ce contexte budgétaire difficile, mais dans quel sens exactement ?

Quelques propositions ont été faites par M. Bernard PECHEUR.
Pour lui «le choix d’une Fonction Publique statutaire demeure pertinent ». D’une manière générale, le rapporteur estime que les fonctionnaires doivent être respectés et considérés, et que des perspectives doivent leur être offertes. « Comme Anicet Le Pors, je pense que les services publics sont un des fondements de notre société ».
M. PECHEUR préconise entre autres la suppression des trois catégories (A, B et C), la mise en place de corps à trois grades, et la poursuite de la politique de fusion des corps et de mobilité.
1 - Privilégier la notion de «fonctions» - Caractériser chaque corps ou cadre d’emplois par un «niveau de fonctions» qui correspondrait soit au diplôme détenu, soit à la nature des missions et des responsabilités exercées. On abandonnerait la notion de « catégorie », pour privilégier l’aptitude l’agent à exercer ses missions».

2 - Mettre en place deux paliers de recrutement – Les personnes sans expérience seront recrutées par concours externe (1er grade). Les personnes ayant une expérience professionnelle suffisante dans la fonction publique ou le secteur privé, seront recrutées par concours externe (2ème grade). Le 3ème grade est un grade d’avancement.

3 - Non-titulaires – La logique de la carrière doit, dans les trois fonctions publiques, continuer à prévaloir sur la logique de l’emploi. Autrement dit, l’occupation des emplois des administrations par des agents sur contrat doit être une exception, justifiée, encadrée et limitée. Il s’agit resserrer les conditions de recours aux non titulaires et rappeler que l’emploi des non titulaires est subordonné à une «vérification des capacités».

4 – Instaurer une transparence dans les recrutements, sans concours des catégories C. Le rapport propose aussi d’instaurer de la transparence dans le recrutement sans concours de fonctionnaires de catégorie C (dossier de candidature, publication des offres d’emplois, sélection par une commission dont un des membres n’appartient pas à la collectivité d’emploi).

5 – Créer une bourse de l’emploi commune aux différentes fonctions publiques- L’objectif est de permettre d’avoir connaissance de tous les emplois publics vacants à chaque instant. La DGAFP pilotera cette bourse commune en collaboration avec différents partenaire (Etat, CNFPT, centres de gestion, FHF, Pôle Emploi).

6 - Reçus-collés - Le rapport aborde aussi la question des reçus collés, mais sans prendre parti. Mais comment concilier le principe de libre administration des collectivités territoriales, les conditions de recrutement et la politique salariale.

7 - Evaluation de l’intérim – Sans prendre parti clairement parti sur l’intérim le rapporteur  s’interroge sur la pertinence de ce dispositif.

8 – La politique salariale – Des mesures générales sont nécessaires, le rapporteur écarte toute forme d’indexation, mais propose une évolution générale du pouvoir d’achat conforme au secteur privé.

M. BA Amadou – baamadou.over-blog.fr
Paris le 15 novembre 2013.

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 07:55

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Bon anniversaire, en ce 15 novembre 2013, à Mme Frédérique CALANDRA, maire du 20ème ardt de Paris. Baamadou.over-blog.fr

Femme discrète, Mme Frédérique CALANDRA agit, efficacement, quotidiennement et sans relâche pour ses concitoyens. Mme CALANDRA achève son premier mandat à la tête du XXème arrondissement considéré comme une place forte de la Gauche parisienne. En effet, en mars 2008, Mme CALANDRA avait été élue, au second tour, avec près de 70% des suffrages face au sortant, un dissent socialiste, M. Michel CHARZAT qui était maire depuis le 25 juin 1995. Le conseil d'arrondissement du 20ème ardt ne compte aucun élu de Droite. Militante socialiste depuis toujours, et issue d’une famille historiquement de gauche, Mme CALANDRA a su s’imposer comme femme, à Paris, dans un paysage politique, essentiellement, masculin. On ne compte que  4 femmes, dont Mme CALANDRA, sur les 20 maires d’arrondissement à Paris.

 

Mme CALANDRA porte une attention particulière, de chaque instant, et une grande bienveillance aux autres, comme en témoigne, actuellement, l’exposition «Bamako Photo in Paris», jusqu’au 7 décembre 2013, au Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant. «Avec la crise, on sait que nos quartiers défavorisés vont en pâtir en premier. Il va falloir être vigilants sur tous les projets», martèle Mme CALANDRA. En effet, sous l’impulsion de Mme CALANDRA, le XXème est devenu un arrondissement où la mixité, la lutte contre la pauvreté et l’égalité des chances, ont fait des progrès considérables. Cette mixité est bien visible dans les services municipaux, dans les logements sociaux, l’accès à l’emploi (10 emplois d’avenir recrutés récemment) qu’au sein de l’équipe municipale. Je salue, au passage, l’excellent travail et le bon positionnement dans l’équipe municipale du XXème de Monsieur Mohamad GASSAMA, adjoint au Maire de charge de la démocratie locale, des budgets participatifs, des relations internationales et de la francophonie. On peut citer, parmi les autres membres de l’équipe de Mme CALANDRA, la présence de M. Pascal JOSEPH, (membre du groupe Equité (association pour la diversité en politique au sein du PS), en charge de la sécurité, de la prévention, de la mémoire et du monde combattante, et de Mme Naomi SADENG, titulaire de la délégation de l’accès à la citoyenneté et au vivre ensemble. C’est dans ce quartier que Mme George PAU-LANGEVIN, d’origine antillaise, éminente membre fondatrice de notre groupe Equité, maintenant Ministre et membre du conseil d’arrondissement, a été élue députée, le 20 juin 2012.

 

Maire à plein temps, Mme CALANDRA est investie, sans limites, dans ses dossiers (Maison de santé Pyrénées-Belleville, projet «Cuisine mode d’emploi» avec Thierry Marx, Crèche «les Robinsons», rue des Haies, lutte pour la prolongation de la ligne 11 du métro, Il Fréquel Fontarabie, labellisée éco quartier, projet d’une école dans la zone Nord du 20ème, etc.). Mme CALANDRA est soucieuse du plus minuscule détail qui pourrait améliorer la vie quotidienne des habitants du XXème. Elle ne cesse de parcourir son arrondissement pour veiller au bien-être et à la tranquillité de ses administrés. Tout doit être en état de bien fonctionner et de façon optimale (pas d réverbère grillé, pas de chose qui traîne dans la rue, elle déjeune régulièrement dans les cantines pour veiller à la qualité des repas ; elle est présente partout, y compris tout récemment, à un anniversaire d’une centenaire, etc.). Mme CALANDRA est une infatigable bosseuse. Aussi, en raison des fortes exigences de Mme la Maire, les services municipaux sont parfois «sur les rotules».

Mme Frédérique CALANDRA, née un 15 novembre, à Paris, maire du 20e arrondissement, a été adjointe au maire de Paris Bertrand Delanoë, et quatrième médiateur de la ville de Paris, et à ce titre, membre du Club des médiateurs du service public. . La ville de Paris s'est dotée d'un médiateur municipal dès 1977, devenant la première ville de France à bénéficier d'un médiateur institutionnel. Bertrand Delanoë a décidé de confier cette mission à Frédérique Calandra, élue adjointe au maire en 2001, et conseillère du 20e arrondissement depuis 1995, devenant ainsi le quatrième médiateur de la ville de Paris. À l'instar du médiateur de la République, le médiateur de la ville de Paris est membre du club des médiateurs du service public. Le 30 novembre 2005, Mme CALANDRA a organisé le IVe congrès de l’Association des ombudsmans et médiateurs francophones, dont elle est membre, à l’Hôtel de Ville de Paris. En tant que médiateur d'un service public, Mme CALANDRA a été membre de l'Institut international de l'Ombudsman, et participé au développement et à la réflexion autour de la question de la médiation municipale.

Mme CALANDRA a une dimension universitaire. On comprend, dès lors, son un souci constant de donner un sens stratégique à ses projets. Titulaire d'un DEA de géopolitique (Paris VIII) et du certificat de l'Institut International des Droits de l'Homme, Université René Cassin - Strasbourg, Mme CALANDRA, est particulièrement sensible au travail fait en milieu associatif.

Mme CALANDRA, cadre associatif, a été successivement directrice d'un comité de bassin d'emploi, directrice de l'association «Paris 1989» (mise en œuvre d'un projet international dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la Révolution Française), directrice de la communication et chargée de mission internationale de «France Libertés», une  Fondation de Danielle Mitterrand, assistante parlementaire de Véronique CARRION - BASTOK, députée de Paris (1997-1999), et enfin cadre dans une association de l'économie solidaire.

Le 10 octobre 2013, Mme CALANDRA a été reconduite en qualité de tête de liste socialiste dans le 20e arrondissement pour les élections municipales de mars 2014, à Paris, dans le XXème. Les Communistes ont décidé de s’allier aux Socialistes à Paris, dès le 1er tour.

J’invite, ardemment, à toutes et à tous, de se mobiliser pour les prochaines municipales afin de consolider cette place forte de la Gauche parisienne, et de conquérir, aussi, d’autres arrondissements, comme le 5ème.

M. BA Amadou.

Paris, le 15 novembre 2013. Baamadou.over-blog.fr

 

 

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 19:48

Le coup de colère du journaliste noir, M. Harry ROSELMACK, contre la montée du racisme en France, in le Monde du mardi 5 nov. 2013. Baamadou.over-blog.fr 

Le présentateur de télévision noir, M. Harry Roselmack, animateur du magazine "Sept à Huit" sur TF1, dénonce le "retour de la France raciste", dans une tribune publiée mardi dans le quotidien Le Monde, déplorant "le fond de racisme qui résiste" dans la société française.

Entré en 2006 à TF1, Harry Roselmack, journaliste noir, a été le remplaçant officiel de Patrick Poivre d'Arvor, puis de Laurence Ferrari au JT de 20H jusqu'en 2011, devenant l'un des premiers journalistes noirs à présenter un journal sur une grande chaîne nationale avec Audrey Pulvar, ex-présentatrice du "19/20" sur France 3. Il anime "Sept à Huit" depuis 2006.

"Ce qui me chagrine, c'est le fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d'ordre, pas seulement au sein du FN, mais au plus profond de la société française", déclare l'ex-présentateur du journal télévisé de TF1 dans cette tribune, intitulée "La France raciste est de retour".

Se disant affecté par les déclarations faites mi-octobre par Anne-Sophie Leclere, ex-tête de liste FN aux municipales à Rethel (Ardennes), suspendue de son parti pour avoir tenu des propos jugés racistes visant Christiane Taubira, il affirme: "Elle m'a amené à m'interroger, en tant que Noir d'abord, en tant que citoyen, fils, père et mari ensuite". "Me voilà ramené à ma condition de nègre. Me voilà attablé avec d'autres noirs parce qu'ils sont noirs. Et me voilà en train de m'offusquer d'une idiotie qui ne m'atteignait guère: le racisme", ajoute-t-il.

Anne-Sophie Leclere avait assumé un photomontage qu'elle avait placé sur sa page Facebook et qui montrait d'un côté un petit singe et de l'autre la garde des Sceaux, avec les légendes "à 18 mois" et "maintenant". Elle avait assuré que "ça n'a rien à voir" avec du racisme et que "cette photo c'était de l'humour". Jugeant que "le fond de racisme" en France est "un héritage des temps anciens, une justification" pour "l'esclavage et la colonisation", dont témoignent par exemple les affiches "Y'a bon Banania", Harry Roselmack estime que "tant que l'on laissera ces peaux de Banania traîner dans nos cerveaux, des glissades et dérapages vers l'injure raciste sont à craindre".

BA Amadou -  baamadou.over-blog.fr

Paris le 5 novembre 2013. 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 22:06

 

M. Bertrand DELANOE, un maire de Paris hors du commun, par M. Amadou Bal BA – baamadou.over-blog.fr.

M. Bertrand DELANOE, élu parisien depuis le 20 mars 1977, et maire de Paris, depuis le 25 mars 2001, laissera, en mars 2014, une trace indélébile de sa gestion extraordinaire réussie de notre capitale. Aussi bien à Gauche qu’à Droite, on s’accorde à dire que M. DELANOE, un maire de Paris hors du commun, est entré dans l’Histoire de son vivant. Au moment où certains élus locaux de Gauche s’inquiètent de la répercussion négative des difficultés du gouvernement HOLLANDE sur les municipales prochaines, personne ne remet en cause, sérieusement, l’excellent bilan de M. DELANOE et de son équipe à Paris. Dans son dévouement à la ville de Paris, M. DELANOE a failli y laisser sa vie. En effet, il a été poignardé, à l’abdomen, le 5 octobre 2002, par un déséquilibré, lors de la 1ère édition de la Nuit blanche.

Pourtant M. DELANOE n’a jamais franchi le périphérique parisien, mais déjà quel parcours !

Le désastreux congrès du Parti socialiste à Reims du 14 au 16 novembre 2008 a mis fin, provisoirement, aux ambitions nationales de Bertrand DELANOE. C’est le seul congrès où le 1er Secrétaire de l’époque, M. HOLLANDE, n’a pas prononcé un discours de clôture. Dans cette débandade générale, et au moment où j’allais rejoindre la gare SNCF, je rencontre un élu parisien qui me demande, de façon comminatoire : «qu’est ce que tu fais-là ?». Comme si j’avais besoin d’une autorisation quelconque pour venir assister à un congrès du Parti socialiste. Je me suis retrouvé, en TGV, 1ère classe, sur le chemin de retour sur Paris, dans le même wagon que M. DELANOE, la mine déconfite. Plus tard, tout le monde sussurait qu’il allait être Ministre, après la visite royale de M. HOLLANDE à la mairie de Paris, suite son intronisation à l’Elysée, le 15 mai 2012. Ce chapitre, sur le destin national de notre maire, n’est peut-être pas clos.

Pour l’instant, tant mieux que M. DELANOE soit, jusqu’ici, resté au service des parisiens. C’est ce qui y a de mieux qui puisse nous arriver. Pourtant rien, dans son itinéraire ne présageait à cette extraordinaire destinée.

M. DELANOE, comme nous Français qui venons d’ailleurs, et notamment Mme Anne HIDALGO d’origine espagnole, a administré l’éclatante preuve que la naissance n’est pas un critère exclusif pour être un parisien convenable. Ce qui prime, quel que soit leu de naissance, c’est le lien affectif avec cette ville des Lumières. En effet, 70% des personnes qui habitent à Paris sont nées hors de notre capitale. En effet, M. DELANOE, de son grand-paternel, originaire de SAINT-PIERRE et MIQUELON, mais d’ascendance bretonne (Saint-Malo), est né à TUNIS, le 30 mai 1950, d’un père géomètre, Auguste DELANOE, et d’une mère catholique et infirmière, Yvonne DELORD, originaire du Périgourdin de par son père, et anglaise de par sa mère. La grand-mère maternelle, Renée SPEED, est née à Paris, dans le XVIIIème arrondissement, où son père était cocher. Tous les deux parents de M. DELANOE sont nés à Carthage en Tunisie. M. Bertrand DELANOE grandit à Bizerte, et fréquente, à l’âge de 6 ans, la chorale des Petits chanteurs des sables, dépendant des Petits chanteurs de la Croix de bois. En 1963, à la suite de la fermeture de la base militaire de BIZERTE et d’une séparation, sa mère vient s’installer en France, à RODEZ, en Aveyron. M. DELANOE y fait ses études secondaires, à l’Institution Sainte-Marie. Par la suite, il part pour Toulouse pour faire ses études d’économie. En 1973, au cours d’une réunion du Parti Socialiste, à Rodez, le jeune DELANOE qui a un talent d’orateur, se fait remarquer par le doyen Jean-Claude COLLIARD, envoyé spécial du président MITTERRAND, venu requinquer la fédération du socialiste de l’Aveyron. «Qui c’est ce garçon ?», demande t-il. Et ce sera le titre de la première biographie réalisé sur M. DELANOE par Philippe MARTINAT, en 2004.

M. DELANOE a connu quelques échecs en politique. En 1985, la tentative de parachutage, en Avignon, dans le Vaucluse, échoue. Les militants socialistes ont voté massivement contre lui. En 1988, il se présente aux élections législatives dans le 18ème ardt de Paris, contre Alain JUPPE, mais il est battu, nettement.

M. DELANOE prend ses distances par rapport à la politique. «François MITTERRAND et Lionel JOSPIN m’avaient proposé autre chose», confesse t-il. «Mais j’ai pensé que c’était la bonne occasion si je ne voulais pas faire de la politique toute ma vie». C’est l’incompréhension dans le sérail politique. «Il n’y a que Gaston DEFFERRE qui m’a compris», souligne M. DELANOE. En effet, M. DEFERRE (1910-1986), maire de Marseille,  organise des rencontres avec M. Jean-Luc LAGARDERE (1928-2003), président du groupe du même nom, et M. Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET, (1906-1996) patron du groupe PUBLICIS. Le premier lui propose de piloter un projet, aux Etats-Unis, dans le domaine des transports. Le second lui demande de redresser une entreprise qui gère des festivals. M. DELANOE décline ces deux offres d’emploi. M. DELANOE travaillera entre 1986 et 1992, pour le groupe Robert et Partners de Daniel ROBERT, auteur du slogan, en 1986, «au secours la Droite revient !».  «J’ai mesuré ce que cette échappée, hors de la logique d’un parcours politique classique, m’avait apporté en termes de maturité, d’humilité, de force de conviction et d’épanouissement personnel. Sans cette embardée, sans doute ne serai-je jamais devenu maire de Paris », reconnaît – il.

M. DELANOE est donc comme Julien SOREL, dans le «Rouge et le Noir» de STENDHAL. Il a hésité entre la politique et le secteur privé. «Si je n'avais pas fait le choix de l'entreprise privée à 35 ans, ma vie serait en partie ratée. Mais si je n'étais pas revenu à la politique à Paris, ma vie serait ratée aussi», souligne M. DELANOE.

D’un caractère trempé et parfois irritable, M DELANOE a un goût d’indépendance et de liberté affirmé. Il n’est pas comme les autres politiques. «J’avais envie d’indépendance» dit notre maire. M. DELANOE fondera sa société de communication MEDIA-TRAINING VECTEURS 7. Cette société a été liquidée en 1997. M. DELANOE est un homme atypique qui cultive sa singularité par rapport au microcosme politique. Il a une grande soif de liberté, d’exister par lui-même. «Je n’ai pas besoin du pouvoir pour être heureux», dit M. DELANOE. Il a assumé, publiquement, son homosexualité, au moment, c’était difficile et risqué politiquement de le confesser. Il aime passer ses soirées avec ses amis, notamment ses amis du monde du spectacle. On le voit peu sur les plateaux de télévisions. Il est fortement concentré sur ses missions. Ce rôle de conseiller en communication lui a été utile dans son mandat de maire de Paris. «J’ai fait autre chose. J’ai connu la vie en entrepris», dit –il. M. DELANOE aime à comparer sa fonction de maire à celle d’entrepreneur : «mes dix années dans le secteur privé ont contribué à m’apprendre la responsabilité, le management», précise t-il.

 

Tout en gérant son entreprise de communication, M. DELANOE a conservé son mandat de conseiller de Paris. M. DELANOE renoue les liens avec le président François MITTERRAND qui lui dit : «vous avez eu raison de partir ; cela vous va bien. Maintenant, il faut revenir». M. DELANOE est toujours resté viscéralement socialiste et militant. En effet, après son diplôme d'études supérieures d'économie, il fait son entrée en politique comme secrétaire de la Fédération des socialistes de l'Aveyron. En 1971, il adhère au Parti socialiste. M. DELANOE est  élu conseiller de Paris dans le 18e arrondissement le 20 mars 1977, puis réélu le 11 octobre 1986, le 19 mars 1989, le 18 juin 1995, le 18 mars 2001 et le 16 mars 200. Il est élu député (PS) de Paris en 1981 dans la circonscription de Montmartre, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Il devient alors porte-parole du PS, soit numéro trois national. Il devient premier secrétaire adjoint de la Fédération socialiste de Paris, député PS de Paris et secrétaire national adjoint chargé de la presse. Pendant deux ans, il est secrétaire national du PS, chargé des fédérations, de l'organisation et du contentieux. Il a été élu sénateur de Paris du 27 septembre 1995 au 27 mars 2001.

La politique est un virus. Une fois qu’on l’attrape, on en guérit que rarement. Après plus de 10 ans de léthargie, M. DELANOE reprend goût à la politique à la faveur d’une grande complicité avec Lionel JOSPIN, solidement implanté dans le 18ème ardt de Paris. JOSPIN c’est le mentor en politique ; c’est le «père qu’il n’a pas tué», et c’est ce scrupule qui l’a empêché d’accéder aux responsabilités nationales. En effet, M DELANOE a toujours lié son sort à celui de M. JOSPIN. Mais quand, il a voulu, au congrès de Reims en 2008, se hisser au 1er plan, c’était trop tard.

En revanche, M. DELANOE a eu la bonne intuition de comprendre, au bon moment, que la citadelle de Paris, aux griffes de la Droite, n’était pas imprenable. Déjà en 1995, six arrondissements sur vingt, avaient basculé à Gauche. La Droite n’a pas pu, cette année-là, rééditer un grand chelem. Dans son ouvrage de 1999, intitulé «Pour l’honneur de Paris», M. DELANOE a su capter cette vague qui montait, et qui allait conduire, la Gauche au pouvoir à Paris, en mars 2001. A l’époque, président du groupe socialiste à la mairie de Paris, et élu dans cette ville depuis 1977, M. DELANOE dégage dans cet ouvrage, sa conception futuriste de sa ville de Paris rêvée. M. DELANOE estime, à juste titre, que «Paris est déshonoré», et stigmatise un «système dévoyé», et clientéliste. «Au-delà du récit du récit des affaires, quel processus, quelle culture politique, ont rendu possibles des manquements graves à l’observation de la loi ou un usage contestable du bien public ?», s’interroge M. DELANOE. Paris est blessé par un «système mafieux», par l’opacité de la gestion du Parc Floral de Vincennes, le scandale des faux-électeurs, les attributions non-transparentes des logements sociaux, les «inepties urbanistiques», notamment aux Halles, à Belleville, la Z.A.C. Rive Gauche, le saccage du Boulevard Saint-Michel et des Champs-Elysées, etc. Le Chiraquisme municipal de M. CHIRAC a favorisé «l’hégémonie de la voiture». M. DELANOE ne se borne à dénoncer ; il propose une vision de Paris à l’horizon 2020. M. DELANOE trace les perspectives afin de dépasser les aspirations purement matérialistes de la Droite, en rappelant que la réalité n’est faite que d’utopie qui se sont réalisées. Son héroïne est une cycliste, Bérénice, qui circule dans une ville pleine de taxis, de piétons, de rollers, d’autobus, de places, comme la Nation, fermées au public.

Dans son ouvrage de «l’Audace !», en 2008, M. DELANOE se définit comme un «libéral», une sorte «d’indifférence bienveillante devant la singularité des choix de chacun». C’est une audace de dire que les valeurs de gauche sont compatibles avec le libéralisme.  Pour lui, la liberté doit être une priorité. Il n’y a pas d’égalité sans liberté. La Droite n’est pas libérale, mais conservatrice et lepénisée.

Quand, il a annoncé sa candidature en 2001, même certains de ses amis socialistes ne croyaient en ses chances. L’équipe municipale du 19ème avait, initialement, choisi M. Jack LANG, alors maire de BLOIS et Ministre de l’Education Nationale, lors des primaires socialistes pour la ville de Paris. M. LANG a finalement jeté l’éponge, et a perdu sa mairie de BLOIS. Et M. DELANOE a été élu, maire de Paris, le 25 mars 2001 et réélu le 21 mars 2008. M. DELANOE est le 15ème maire de Paris depuis la Révolution. Auparavant, il y avait une institution dénommée «le Prévôt des marchands» qui a connu des dirigeants restés célébres comme Etienne BOILEAU, Etienne MARCEL ; Guillaume BUDE, Michel-Etienne TURGOT, Jean-Baptiste François de LA MICHODIERE ou Antoine Louis-Fèvre de CAUMARTIN. A partir de la Révolution de prestigieux personnages ont dirigé la ville de Paris, comme Jean-Sylvain BAILLY entre 1791 et 1792, Louis ARAGO en 1870, Jules FERRY entre 1870 et 1871. Ces personnages, au-delà de la diversité de leur parcours, avaient, un point commun : ils étaient nommés. L’institution de maire de Paris a disparu entre  1871 et 1977, mais un président du conseil municipal de Paris, qui changeaient tous les ans, et un président du conseil général qui changeait les 6 ans étaient désignés. Paris, ville rebelle, est devenue particulièrement suspecte.

Après deux mandats, M. DELANOE  qui est fidèle à la capitale, semble avoir installé durablement la Gauche à Paris. L’élection de Bertrand DELANOE, en mars 2001, est un coup de tonnerre dans le paysage politique français. D’une part, en remportant cette élection, M. DELANOE est devenu un des personnages politiques, les appréciés et les plus aimés des Français. C’est un homme qui ne triche pas. Il est animé par des convictions et valeurs socialistes, pour bien commun. D’autre part, la Droite qui croyait son fief imprenable est, comme on le dit familièrement, «tombée des nues». En effet, M. CHIRAC, élu maire de Paris entre le 20 mars 1977 et le 16 mai 1995, est élu président la République, en se servant de la capitale comme un tremplin. M. Jean TIBERI, qui est toujours maire du 5ème arrondissement, est devenu maire de Paris entre 22 mai 1995 et le 24 mars 2001. La Droite n’a pas digérée cette défaite, et fait des municipales de 2014, un enjeu considérable pour rebondir sur le plan national.

 

 

Quelle que soit l’issue des municipales de 2014, et sans esprit partisan, M. DELANOE est un visionnaire. Il a su instaurer, à Paris, un véritable socialisme municipal bienveillant. Au moment où certains doutent de la Politique, M. DELANOE et son équipe, nous ont administré la preuve que la Politique c’est quelque chose de particulièrement noble. C’est tout simplement l’art de gérer la cité. M. DELANOE, contrairement à la Droite parisienne, a choisi, non pas de se servir, mais d’être au service des Parisiens. M DELANOE a réconcilié Paris avec les Parisiens. Il s’est entièrement et exclusivement consacré à Paris.

Depuis qu'il est maire de Paris, M. Bertrand Delanoë a considérablement développé l’offre de transports publics et réduit la circulation automobile à l'intérieur de l'agglomération. Il a favorisé les transports en commun, et a mis en place un dispositif de vélo en libre service : le «Vélib», «l’Auto-lib», le tramway. Malgré les nombreuses dégradations et les vols, le «Vélib» est aujourd'hui un "phénomène de société" à succès. Le tramway est opérationnel, confortable, et sécurisant ; ce qui contribue, notablement à la lutte contre la pollution, et améliore la circulation, ainsi que la qualité de vie des parisiens. Très populaire, M. DELANOE a crée de nombreuses manifestations dans la capitale dont Paris Plage sur les bords de la Seine, et en 2002 la Nuit Blanche. Le Maire de Paris a également instauré la gratuité de certains musées et a essayé d'améliorer l'accès aux logements sociaux. Aujourd’hui, ces projets qui sont devenus réalité, et qui ont amélioré la condition de vie des parisiens, ne sont plus critiqués. La gestion de l’espace public a été remarquable, notamment en ce qui concerne les Berges de la Seine, les Halles et la place de la République.

Certains esprits chagrins ont regretté que Paris soit transformé en «ville des bobos». En dépit, de deux batailles acharnées que notre capitale n’ait pas pu organiser des jeux olympiques. Il est impossible de tout réussir dans la vie. Le bilan est plus que, même si la formule est connotée, globalement positif.

M. DELANOE représente l’honneur en politique, par ses actes qu’on vient de dresser sommairement, par ses prises de positions et sa conception du pouvoir et de la Politique. Très vite, il n’a pas souhaité assumer un troisième mandat à Paris. Et, il soutient même sa première adjointe socialiste, Mme Anne Hidalgo, pour sa succession. «Je la soutiens, je ne la chaperonne pas», dit M. DELANOE. «Je suis son conseiller, mais elle est totalement autonome. Notre relation est saine et sympathique», précise M. DELANOE. La bataille de Paris n’est pas jouée, mais M. DELANOE fera tout pour que la Gauche gagne. M. DELANOE a si bien réussi, qu’on se demande si Mme HIDALGO, sa première adjointe qui a été à la bonne école, sera à la hauteur  de ce prestigieux héritage.

Ayant étudié, résidant et travaillant maintenant dans Paris de très longue date, j’ai pu apprécier, à travers diverses flâneries, combien notre belle capitale a changé, en bien. En conséquence, je voudrais, très modestement, exprimer ma très profonde gratitude à M. Bertrand DELANOE, et à toute son équipe, pour tous les bienfaits qu’il a prodigués aux parisiens. Je lui souhaite une longue vie paisible, plein de bonheur et une réussite, à toutes épreuves, dans ses nouveaux projets personnels et professionnels. J’exprime le vif souhait que l’héritage qu’il nous a légué de ce Paris du 21ème siècle, soit développé et fructifié par Mme Anne HIDALGO qui, je l’espère, reprendra, brillamment, le flambeau en mars 2014.

Bibliographie sélective :

DELANOE (Bertrand), Pour l’honneur de Paris, chronique 1977-2020, Paris, Calmann-Lévy, 1999, 248 pages ;

DELANOE (Bertrand), La vie, passionnément, Paris, Robert LAFFONT, 2004, 270 pages. C’est un ouvrage autobiographique.

DELANOE (Bertrand), De l’audace !, entretien avec Laurent JOFFRIN, Paris, Robert LAFFONT, 2008, 289 pages.

MARTINAT (Philippe), Bertrand DELANOE. Qui c’est ce garçon ?, Paris, Belfond, 2004, 290 pages.

M. BA Amadou - Mon Blog – Baamadou.over-blog.fr  -  Paris, le 3 novembre 2013. 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 22:32

«C'est quoi une vie d'homme ? C'est le combat de l'ombre et de la lumière. C'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur. Je suis du côté de l'espérance, mais d'une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté» écrit CESAIRE. Poète engagé de la Négritude, dramaturge et homme politique antillais, Aimé CESAIRE aurait eu 100 ans en 2013 (1913-2008). «Ma Négritude, ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre [...] ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale» écrit CESAIRE. L’Organisation Internationale de la Francophonie, au cours d’un colloque tenu à Dakar, au Sénégal, du 20 au 22 mars 2013, lui a rendu un vibrant hommage. M. Macky SALL, président du Sénégal a considéré que le combat pour la Négritude est toujours d’actualité : «Le combat n’est pas dépassé si l’on considère que la négritude peut être définie comme étant l’ensemble des valeurs du monde noir. Bien entendu la forme de la lutte va changer mais nous avons notre apport dans cette mondialisation dévastatrice de l’identité. Nous avons besoin de rester nous-mêmes tout en étant ouverts». En effet, éminente figure intellectuelle du XXème siècle, Aimé CESAIRE est l’archétype du défenseur des idéaux d’égalité, de justice et de liberté.. «On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de millions d’hommes arrachés àe leurs Dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinage» écrit CESAIRE. Homme constamment préoccupé de la condition des défavorisés, des Noirs en particulier, CESAIRE a agi pour en changer la condition. Son combat politique, comme son œuvre littéraire, qui sont indissociables, sont intimement liés au mouvement de la Négritude qu’il cofonde avec le sénégalais Léopold Sédar SENGHOR et le guyanais Léon GONTRANS DAMAS. Pour CESAIRE, la Négritude «c’est le fait pour le Noir de se mettre debout et croire en son humanité». Aimé CESAIRE a conquis le droit d’être lui-même en revendiquant l’émancipation des Noirs. Pour lui «l’égalité est ou n’est pas». CESAIRE a donné la pleine mesure de son talent, dans sa contribution littéraire marquée par un souci de «dénoncer les impostures politiques et les injustices dans le monde», nous dit son biographe, Romuald FONKOUA. «CESAIRE est fascinant parce qu’il est l’homme de convictions, de principes et de refus. Il est dérangeant pour les mêmes raisons», ajoute le professeur FONKOUA. Notre poète a pu mener des activités littéraires et politiques. «C’est dans ma poésie que se trouvent mes réponses. La poésie m’intéresse, et je me relis et j’y tiens. C’est là que je suis. La poésie révèle l’homme à lui-même. Ce qui est au plus profond de moi-même se trouve certainement dans ma poésie», précise CESAIRE. Sa poésie, qui est une poésie «engagée» n'a pourtant rien à voir avec un discours politique, et dépasse largement le seul combat des Antillais pour retrouver leur souveraineté dans leur propre pays, pour devenir un appel universel à la dignité humaine, à l'éveil et à la responsabilité. Pour André BRETON «Aimé CESAIRE est tout l’homme, il en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases». Bref, CESAIRE est le porte-parole des opprimés : «Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cahot du désespoir» dit-il. Décrit comme un fichu caractère, obstiné, automédiqué, un hypocondriaque et d’une grande simplicité, avec une absence ostentatoire de luxe, CESAIRE a gardé son sens aigu de l’amitié. Il est toujours prévenant avec ses visiteurs. Ce culte de l’amitié, notamment à Léopold Sédar SENGHOR rencontré en 1931 au Lycée Louis LE GRAND, à Paris, fait qu’il est resté fidèle au continent africain considéré comme étant une composante essentielle de la personnalité martiniquaise.

 Amadou Lamine SALL, poète sénégalais, a expliqué cette relation privilégiée entre CESAIRE et SENGHOR : «L’un vient du Sénégal, d’Afrique, Senghor et l’autre vient des Caraïbes et c’est Aimé Césaire. Ils se lient d’amitié et c’est une rencontre décisive. C’est Senghor qui a fait découvrir d’où il venait, qui il était. C’est comme si cela avait été une nouvelle naissance. Senghor est un homme tranquille, il vit en Afrique trempé dans ses propres traditions alors qu’Aimé Césaire c’est un esclave révolté. Mais ils ont le même combat : la défense de la culture noire». CESAIRE a, sans cesse, rappelé aux Antillais cette origine africaine. Ces idées qu’il a confiées à son biographe, le professeur FONKOUA ne sont pas seulement l’expression d’une amabilité de circonstance. C’est avant tout et surtout, une conviction intime d’un «combat d’une vie». CESAIRE avait conscience du rôle de l’Afrique dans la reconnaissance d’une identité martiniquaise. Françoise VERGES a rappelé cette conviction : «Chez CESAIRE, être Noir renvoie à une histoire transcontinentale, et avant tout à l’Afrique qui fut la source de la diaspora éclatée à travers le monde». Cependant, les tenants du mouvement de la Créolité (BARNABE, CHAMOISEAU et CONFIANT, notamment) ont violemment reproché à Aimé CESAIRE de ne pas développer la spécificité de la culture caribéenne.

I – L’influence intellectuelle du cercle familial sur CESAIRE,

CESAIRE est un brillant élève, très timide, discret et particulièrement studieux. Ce caractère rigoureux et appliqué lui a été inspiré par son milieu familial. En effet, Aimé CESAIRE est né le 26 juin 1913, à Basse-Pointe, en Martinique, dans une plantation, Eyma où son père Fernand CESAIRE exerce la fonction de contrôleur de contributions. Les paysages de la Martinique n’ont jamais cessé d’alimenter sa poésie. «Mon enfance, c’était à Basse-Pointe et au Lorrain, ce sont les Côtes du Nord», dit CESAIRE. «Basse-Pointe  a structuré mon cœur, a structuré ma poésie», ajoute CESAIRE. Il est hanté par son lieu de naissance : «Basse-Pointe : la montagne, la rivière, la ravine». «Je viendrai à ce pays mien et je dirai : embrassez-moi sans crainte. Et, si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai», dit –il dans son ouvrage, Cahier d’un retour au pays natal. Pour un écrivain antillais, Daniel MAXIMIN, CESAIRE aimait comparer sa poésie à l’explosion de la montagne Pelée. Il parlait de «poésie peléenne» qui n’est pas effusion mais éruption volcanique. Mais le problème avec la montagne Pelée est que son sommet se rebouche après chaque explosion. Ensuite, il faut parfois attendre longtemps avant qu’une nouvelle explosion ait lieu. On dit alors : «Le volcan s’est suicidé !». CESAIRE vivait dans la crainte de ne pas voir la poésie se rejaillir du fond de son volcan intérieur.

De cette enfance, à Basse-Pointe, Aimé retient encore les histoires d’esclaves, leur soumission et leurs révoltes, leurs brimades et leurs bravoures, leurs privations et leurs héroïsmes. Avec l’expérience de la «rue Cases-Nègres», en référence à un romain de Joseph ZOBEL, notre poète a pris, très vite, conscience de la dureté du travail dans les champs et de la nécessité de ne pas se tuer à cette tâche. «Il fallait apprendre. C’était cela ou le champ de canne», confesse CESAIRE. Aimé CESAIRE est né dans une société multiculturelle où la diversité, loin d’inspirer la peur, comme on le constate maintenant en France métropolitaine, est vécue comme une formidable richesse. En effet, en Martinique, la civilisation est essentiellement métisse. Nous y trouvons, notamment, des Blancs, des Noirs, des Indiens et des Tamouls. Enfant, Aimé a appris la tolérance et le respect de l’autre. Le grand-père paternel, d’Aimé, Nicolas CESAIRE (1868-1896) était un instituteur. Décédé à l’âge de 28 ans, il a laissé deux enfants : Fernand, le père d’Aimé et une fille Constance.

Sa mère, Eléonore HERMINE, est femme au foyer, une couturière. Aimé qui est le 2ème enfant de la famille, a 6 frères et sœurs. Lorsque CESAIRE évoque son enfance, c’est l’image de sa grand-mère paternelle, Eugénie MACNI, qui revient souvent dans ses écrits. Institutrice, la grand-mère Eugénie MACNI, appelée affectueusement Man NINI, a initié le jeune Aimé aux rudiments de la langue française, et a forgé son mythe du «Royaume d’enfance», en référence à une expression du poète sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR. Pour CESAIRE, Man NINI représente «l’Afrique pure et parfaite» ou bien «un type africain extrêmement net, précis». La sœur de Man NINI a été magistrate à Dakar. CESAIRE décidera que sa grand-mère était une Diola, originaire de ZIGUINCHOR, en Casamance au Sénégal. Lors du Festival Mondial des Arts Nègres, en 1966 à Dakar, CESAIRE, président de cette manifestation, croit reconnaître dans la reine de Casamance SEBETH (déformation du prénom Elisabeth), qui lui accorde une audience, le visage de sa grand-mère NINI. La grand-mère est une sorte de directrice de conscience : «on venait la consulter pour tout», dit le poète.

La relation entre SAINT-PIERRE et le grand-père paternel, Nicolas CESAIRE, est présente dans les  écrits de notre poète. CESAIRE n’a pas passé son enfance dans cette ville volcanique. Mais c’est une ville intellectuelle marquée par l’obsession, pour la classe bourgeoise, de la culture française. CESAIRE s’identifie volontiers à la montagne Pelée : «j’ai l’habitude de dire que je suis peléen, c’est-à-dire, volcanique, explosif, imprévisible, violent, colérique, capricieux». «Si l’on se base sur la technique d’écriture et la double révolution qui caractérise son œuvre est un volcan de type peléen, et sa démarche est, à la fois, une stratégie, une pédagogie et une méthode. La caractéristique essentielle de ce type de volcan, c’est de rester plusieurs années en sommeil, puis un beau jour d’exploser, et de projeter des matériaux divers», selon Paul Christian LAPOUSSINIERE, auteur d’une thèse, en 1994, sur notre poète. SAINT-PIERRE, la ville du grand-père c’est surtout la reconstitution, a posteriori, d’une mythologie familiale. Un certain CESAIRE y a été condamné le 21 décembre 1833 pour insurrection contre l’esclavage. SAINT-PIERRE qui a connu des insurrections régulières, avant l’abolition de l’esclavage, a suscité chez CESAIRE le désir de rendre compte de l’héroïsme des esclaves et de leur soif de liberté.

Derrière le succès de chaque homme, il y a souvent une femme, incarnée ici par Suzanne ROUSSI - CESAIRE. C’est Léopold Sédar SENGHOR qui présente Suzanne ROUSSI, fille d’un employé d’usine et d’une institutrice, à Aimé CESAIRE. Ils ont été mariés le 10 juillet 1937, à Paris 13ème, alors que Suzanne ROUSSI (11 août 1915 – 16 mai 1966), était  étudiante à TOULOUSE, de passage à Paris. Devenu agrégé, en réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple CESAIRE, épaulé par René MENIL et Aristide MAUGEE, fonde en 1941 la revue TROPIQUES, dont le projet est la ré-appropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. Suzanne n’a pas été que la femme d’Aimé CESAIRE, la mère de leurs 6 enfants. Elle a été une intellectuelle progressiste, une militante, une femme brillante et belle. Suzanne a écrit, en 1955, une pièce de théâtre : «Aurore de la liberté», non publiée. Cette pièce traite de la révolte de mai 1848 en Martinique. Suzanne a écrit 7 articles, dont une contribution majeure : «Léo FROBENIUS et le problème des civilisations», in TROPIQUES, 1941 n°1, pages 27-36. Finalement, Suzanne est restée particulièrement effacée, dans l’ombre de son mari.  Discrète, mais efficace, Suzanne a été de toutes les luttes de CESAIRE. Elle était sa muse.

CESAIRE rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au Lycée SCHOELCHER. Séparés depuis 1963,  leur divorce, puis la mort précoce de Suzanne le 16 mai 1966 d’une tumeur au cerveau, ont été les sources de grandes souffrances et d’incompréhensions au sein de la famille CESAIRE. CESAIRE a dit à ce sujet : «Suzanne et moi on se comprenait, tout ce que je peux te dire, c’est qu’on respirait ensemble. On respirait ensemble !».

II– Les rencontres qui ont influencé CESAIRE

Aimé CESAIRE, élève brillant du Lycée SCHOELCHER de Fort-de-France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est dans les couloirs de ce grand lycée parisien que, dès son arrivée, le jeune CESAIRE rencontre Léopold Sédar SENGHOR, son aîné de quelques années qui le prend sous son aile protectrice. Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé CESAIRE et son ami guyanais Léon Gontran DAMAS, qu’il connaît depuis le Lycée SCHOELCHER, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise, la composante africaine dont ils intègrent, au fur et à mesure qu’émerge une conscience forte de la situation coloniale. Ce que SENGHOR et CESAIRE ont de commun : «c’est le refus obstiné de nous aliéner, de perdre nos attaches avec nos pays, nos peuples, nos langues», souligne le poète. CESAIRE précise encore davantage sa pensée : «ce qui m’a, en grande partie, préservé culturellement, c’est la fréquentation assidue des Africains. Ce contact a servi de contrepoids à la culture européenne». Pour lui «la Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noirs, de notre histoire, de notre culture». Il faut accepter «l’esprit de brousse». Ce qui fait dire à Romuald FONKOUA, son biographe, «CESAIRE fait ainsi entendre, par une voix plus intelligente et plus intelligible, ce que formulaient, de manière brouillonne et maladroite», les rédacteurs de certaines revues étudiantes. CESAIRE découvre, en hiver 1936, un ouvrage d’un ethnologue allemand, Léo FROBENIUS (1873-1938), et l’offre à SENGHOR. Cette découverte majeure est un tournant dans la pensée de CESAIRE : l’Afrique, terre de civilisation, avait une histoire sur laquelle on pouvait construire un discours rationnel. La suprématie intellectuelle et politique passe par la création d’un journal. Les contributions portent, essentiellement, sur la question de l’identité. Ainsi, en septembre 1934, CESAIRE fonde avec d’autres étudiants Antillais, Guyanais et Africains (Léon Gontran DAMAS, les sénégalais Léopold Sédar SENGHOR et Birago DIOP), le journal «l’Etudiant noir». C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra, pour la première fois, le terme de «Négritude», dans le n°3, de mars 1935, page 3, sous l’article de CESAIRE intitulé «la jeunesse noire et l’assimilation».

Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. «La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit. Elle est sursaut, et surtout de la dignité» dit CESAIRE. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. CESAIRE déclare en effet : «je suis de la race de ceux qu’on opprime». Il pose la solidarité des opprimés : «Le mouvement de la Négritude affirme la solidarité des Noirs de la Diaspora avec le monde africain» dit-il. Pour lui, la langue française est au service de la justice qu’il réclame «J’ai plié la langue française à mon vouloir-dire».

CESAIRE, brillant élève, au lycée Louis GRAND a la chance de rencontrer des hommes d’exception. On peut citer le croate Petar GUBERNICA (1913-2005), étudiant en linguistique qui l’a fait visiter ZAGREB. Le voyage en CROATIE lui fait penser à sa Martinique, et il écrit un de ses ouvrages majeurs : Cahier d’un retour au pays natal qui connaîtra plusieurs moutures. CESAIRE a été impressionné par la rencontre avec un peintre cubain, Wilfredo LAM (1902-1982), de passage en Martinique, en même temps qu’André BRETON. La mère de LAM est née au Congo, mais exilée à Cuba. Son père est d’origine chinoise. A partir de l’œuvre de LAM, CESAIRE prend conscience qu’il est possible, aux Antilles, de construire une civilisation originale et métissée.

On ne peut passer sous silence la rencontre entre CESAIRE et le sénégalais, Alioune DIOP (10 avril 1910, à Saint-Louis – 2 mai 1980, à Paris), éditeur de Présence Africaine qui a publié l’essentiel des œuvres de notre poète. Depuis sa rupture avec le Parti communiste français, CESAIRE avait besoin d’un espace propice à la publication de ses œuvres, sans censure. Pour Alioune DIOP, faisant référence à CESAIRE «la virulence de sa critique n’a d’égale que l’originalité de sa critique». Sous l’instigation d’Alioune DIOP, se tient à Paris, à l’amphithéâtre René DESCARTES, à la Sorbonne, du 19 au 22 septembre 1956, le 1er Congrès International des écrivains et artistes noirs. Et, CESAIRE tient la vedette de cette rencontre en exposant une contribution à ce congrès sur le thème : «culture et colonisation». CESAIRE opère une distinction entre culture et civilisation «la civilisation tend à l’universalité et la culture tend à la particularité. La culture, c’est la civilisation en tant qu’elle est propre à un peuple, à une nation». Pour lui, «la voie la plus courte pour explorer l’avenir  est toujours celle qui passe par l’approfondissement du passé». L’Europe ne peut apporter aux colonisés qu’une culture fragmentée. Et il explore enfin, la condition des Noirs américains.

La Seconde Guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l’approvisionnement de l’île par la France. En plus d’une situation économique très difficile, l’envoyé du Gouvernement de Vichy, l’Amiral ROBERT, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue TROPIQUES. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943. La rencontre entre CESAIRE et André BRETON a été cruciale et déterminante. En effet, en 1941, lors d’un voyage qui doit mener  BRETON, à New York, fuyant le régime de VICHY, son bateau fait une escale forcée de 40 jours en Martinique. André Breton se promène dans les rues de Fort-de-France, en quête d’inattendu comme à son habitude, dans l’attente du surgissement de l’événement.

Entrant dans une mercerie, au hasard de l’achat d’un ruban pour sa fille, André BRETON découvre exposé dans la vitrine le premier numéro de la revue TROPIQUES paru quelques jours auparavant. «Si je suis ce que je suis, je crois en grande partie c’est à cause de BRETON, une sorte de raccourci pour me trouver moi-même», confesse CESAIRE. Le coup de foudre est réciproque. «La parole d’Aimé CESAIRE est belle comme l’oxygène naissant», souligne André BRETON. C’est un style parfois difficile d’accès, mais CESAIRE qui avait sa place à l’Académie française, nous a légué des contributions mémorables, tant par sa maîtrise de la langue française, que le sens du message délivré. Naturellement, l’œuvre de CESAIRE est vaste et complexe. Nous n’en évoquerons les traits saillants.

III– L’héritage culturel de CESAIRE

La plus belle rencontre est celle de CESAIRE avec lui-même, avec le peuple noir, et notamment les Caraïbes. Admis à l’Ecole Normale Supérieure en 1935, CESAIRE commence en 1936 la rédaction de son chef d’œuvre, le «Cahier d’un Retour au Pays Natal». Conçu comme un anti-poème, une sorte de poème en prose à la manière d'une saison en enfer de Rimbaud et des Chants de Maldoror de LAUTREAMONT, le «Cahier d'un retour au pays natal» est un long texte constamment remanié. Il est né d'une crise morale et spirituelle que traverse Aimé CESAIRE entre 1935 et 1936. La première version du poème est publiée en 1939, mais l'auteur ne cessera de la reprendre, de la corriger en y ajoutant des passages entiers jusqu'en 1956, date à laquelle il remet le dernier état du manuscrit à Présence africaine qui publie la même année cette version définitive du poème. Autobiographique comme le mot «Cahier» dans le titre le laisse entendre, évoquant quelque carnet ou journal intime, cet ouvrage raconte, en effet, un parcours initiatique qui conduit le narrateur-récitant du rejet de soi-même, de son histoire (noir, fils de colonisé, petit-fils d'esclave déporté) et de sa géographie : «cette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption, de famines, de peurs tapies dans les ravines», à l'acceptation de sa race et de sa négritude. Ecrivain engagé, CESAIRE refuse tout défaitisme : «Et surtout mon corps, aussi bien que mon âme, gardez-vous de croiser les bras en l’attitude stériel du spectateur, car la vie n’est pas un spectavle, car c’est une mer de douleurs n’est un proscenium, car l’homme qui crie n’est pas un ours qui danse» dit-il. Le processus de l'écriture entraîne le poète du désespoir à l'espoir, et au refus d'assumer le passé de sa race avilie, humiliée, soumise à l'affirmation d'une négritude triomphante, annoncée par l'image de «Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu'elle croyait à son humanité». Considéré comme le texte fondateur de la Négritude, ce poème est désormais associé aux combats raciaux et politiques des Noirs dans le monde entier. «Cahier d'un retour au pays natal», qui avait introduit le concept de «Négritude» dès 1939, concept regroupant l'ensemble des valeurs culturelles revendiquées comme propres aux Noirs et retournant en positif ce que le terme «Nègre» a de péjoratif, est l'un des plus importants ouvrages poétiques de l'époque. Le texte,  préfacé par André BRETON, qui reconnaît là un «grand poète noir» et qui s'enchante de la violence, du lyrisme de ce chant profond de la liberté, est une révolte du peuple noir contre l’injustice. Il a une dimension sociale et politique affirmée. «Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde» dit-il.

Le peuple noir a maintenant son chantre en la personne de CESAIRE. Il retrouve sa très ancienne et sa millénaire dignité. Le «Nègre» cède la place à un homme qui est aussi la mémoire du monde, le fier exemple de la force. Le style du poème est lyrique. Il reflète la subjectivité de CESAIRE, révolté face au désastre que représente, à ses yeux, la colonisation et sa honte d’avoir presque cru à ce mensonge, de s’être laissé aliéner par le regard et la pensée européenne. A la fin du poème CESAIRE refuse, cependant, la tentation de la haine pour le colonisateur. Ce qu’il souhaite c’est œuvrer pour la paix, l’égalité, l’amour.

En 1944, André BRETON rédigera la préface du recueil «Les Armes Miraculeuses», qui marque le ralliement de CESAIRE au surréalisme. C’est une fidèle continuation du Cahier d’un retour au pays natal. Le recueil Les Armes miraculeuses est le résultat d'une composition mouvementée. Soumis à de multiples changements, il rassemble des poèmes composés entre 1941 et 1945, après le retour du poète en Martinique. Cette oeuvre porte la marque d’une recherche éperdue de l’identité et d’un combat contre la négation de la conscience noire. Cette œuvre, même s’il est difficile d’en saisir la cohérence, est réputée ardue. CESAIRE est contraint à un langage opaque et superbement imagé, pour déjouer la censure coloniale et du régime vychiste.

Le voyage de CESAIRE en Haïti aura également influence considérable sur son œuvre. En effet, en 1944, invité à Port-au-Prince par le docteur MABILLE, attaché culturel de l’Ambassade de France, Aimé CESAIRE passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est considérable. CESAIRE écrira un essai historique sur Toussaint LOUVERTURE (1743-1803), et consacrera une pièce de théâtre au roi Henry CHRISTOPHE (1789-1815), héros de l’indépendance. Césaire définit une échelle dans la contestation suivant les strates sociales de Saint-Domingue qui l’exprime : La fronde des Grands Blancs, la révolte des Mulâtres, la révolution Nègre. Toussaint LOUVERTURE qui apparait assez tardivement dans la construction, est le point culminant de cette étude quand ce dernier reprend, façonne la révolte des esclaves et prenant à la lettre le principe d’égalité et de liberté proclamé par la France, déploie tout son savoir et son énergie pour arracher et préserver cette liberté acquis par les anciens esclaves. Ce livre est passionnant. D’abord parce qu’on y découvre la fascination de CESAIRE à l’égard de l’homme d’Etat, TOUSSAINT-LOUVERTURE. Fasciné, mais lucide Aimé CESAIRE, plonge le lecteur au cœur de débats passionnants de cette Révolution française, dont la question coloniale a été une des grandes échardes. Comment en effet concilier le principe et l’idéal absolu de justice qui ont été affirmés pour la Nation et l’intérêt mercantile ?

Alors que son engagement littéraire et culturel constitue le centre de sa vie, Aimé CESAIRE est happé par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les élites communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l’Amiral ROBERT, CESAIRE est élu Maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans.

L’année suivante, il est élu député de la Martinique à l’Assemblée Nationale. Le député CESAIRE sera, en 1946, le rapporteur de la loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du corps social, souhaitant accéder aux moyens d’une promotion sociale et économique. Conscient du rôle de la départementalisation comme réparation des dégâts de la colonisation, Aimé CESAIRE est tout aussi conscient du danger d’aliénation culturelle qui menace les Martiniquais. La préservation et le développement de la culture martiniquaise seront dès lors ses priorités. Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris, CESAIRE fonde, dans la Capitale française, la revue Présence africaine, aux côtés du Sénégalais Alioune DIOP, et des Guadeloupéens Paul NIGER et Guy TIROLIEN. Cette revue deviendra ensuite une maison d’édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l’égyptologue Cheikh Anta DIOP, et les romans et nouvelles de Joseph ZOBEL.

Peu enclin au compromis, Aimé CESAIRE, révolté par la position du Parti communiste français face à l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, publie une «Lettre à Maurice THOREZ», en date du 24 octobre 1956, pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer un «type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l’action». Le mot d’ordre d’autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM. CESAIRE abandonne son idéal révolutionnaire, l’indépendance de la Martinique et soutiendra en 1981, le socialiste François MITTERRAND.

Parallèlement à une activité politique continue, il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans.  Aimé CESAIRE poursuit son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960).

En 1950, c’est dans la revue Présence africaine que sera publié pour la fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l’idéologie colonialiste européenne, que CESAIRE compare avec audace au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nu les origines du racisme et du colonialisme européen. Dans le «Discours sur le colonialisme», CESAIRE estime qu’une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite «européenne», la civilisation «occidentale», telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les deux problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la «raison» comme à la barre de la «conscience», cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.

CESAIRE fait donc défiler les penseurs européens propagateurs des théories basées sur la supériorité de la race blanche comme devant le trône de la raison humaine et prononce pour chacun un jugement sans appel, clair et rationnel. Il ne manque pas non plus d'énumérer la cohorte de personnes qui, nourris par ces théories, ont piétiné l'Afrique et l'ont marquée de leurs mauvais exemples. La dernière partie de ce discours faisant la critique de la notion de «Nation» et évoquant implicitement l'idée d'immigration à travers l'histoire, ne peut que laisser dans l'esprit du lecteur l'image de la fourmilière dans laquelle vient marcher le promeneur qui se fait ensuite envahir tout le corps par les fourmis. Le promeneur inconscient oublie toujours que les fourmilières, telles qu'on les voit dans les champs, sont des organisations structurées qui ont un commerce réglementé à l'intérieur mais aussi avec l'extérieur. En mettant le pied sur elles et en détruisant leur organisation, il engendre un mouvement d'éparpillement qu'il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'endiguer.

En 1948 «Soleil cou coupé», dont le titre est extrait du dernier vers de Zone de Guillaume APOLLINAIRE, traduit la blessure atroce de la séparation originelle avec l'Afrique. Le poète évoque aussi les Antilles, l'océan et sans doute les souffrances de la traversée qui continuent de scander la mémoire collective antillaise : «Soleil serpent oeil fascinant mon oeil/et la mer pouilleuse d'îles craquant aux doigts des roses/lance-flamme et mon corps intact de foudroyé/l'eau exhausse les carcasses de lumière perdues dans le couloir sans pompe/des tourbillons de glaçons auréolent le coeur fumant des corbeaux». 

En 1950, «Corps perdu», évoque les corps jetés par-dessus le bord des navires esclavagistes et perdus à jamais, et traduit parfaitement le désarroi du poète politicien face aux insultes qu'on lui lance, aux fins de non-recevoir que la France impériale oppose à ses projets : «Nègre, nègre nègre depuis le fond/du ciel immémorial/un peu moins fort qu'aujourd'hui/mais trop fort cependant..». C’est un recueil de dix poèmes qui constitue un tournant dans l'écriture de CESAIRE. Il est nourri des premières expériences politiques du poète  à une période où l'idée de l'indépendance des anciens colonisés n'était pas encore acquise. Finie l'ère de l'optimisme béat et idéaliste sur lequel le Cahier s'est clos. Le mythe est battu en brèche par le réel.

A partir de 1956, il s’oriente vers le théâtre. Avec «Et les chiens se taisaient», texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du programme du Rebelle, esclave qui tue son maître, puis tombe victime de la trahison. Cette pièce, c’est la vie d’un homme, d’un révolutionnaire, revécue par lui au moment de mourir au milieu d’un grand désastre collectif.

«La tragédie du Roi Christophe», en 1963, qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l’occasion pour lui de revenir à l’expérience haïtienne, en mettant en scène les contradictions et les impasses auxquelles sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. C’est la pièce maîtresse des tragédies de la décolonisation. CESAIRE a su créer un personnage d’une haute grande stature qui a été pendant longtemps incarné par le comédien sénégalais, Douta SECK. Le Roi CHRISTOPHE est l’homme qui participe de la force vitale et l’homme du verbe.

«Une saison au Congo», en 1966, met en scène la tragédie de Patrice LUMUMBA, père de l’indépendance du Congo Belge. Patrice LUMUMBA va tenter de rendre à son peuple une liberté depuis longtemps perdue. Mais la jalousie, la corruption et la quête du pouvoir ont perdu ce héros de l’indépendance. La pièce est une dénonciation sans fard. LUMUMBA a été, certes, tué, mais il est vainqueur, en raison de sa vision du devenir de l’Afrique. «Il est certain que tu es un prophète Patrice. Celui qui marche devant et profère. C’est là ta force et ta faiblesse» écrit CESAIRE.

 «Une tempête», en 1969, inspirée de William SHAKESPEARE, explose les catégories de l’identité raciale et les schémas de l’aliénation coloniale. Pensant à l’origine situer l’action de cette adaptation de SHAKESPEARE aux Etats-Unis, il choisit finalement les Antilles, gardant tout de même le projet de refléter l’expérience noire aux Amériques. Un navire sombre dans les eaux furieuses d’une tempête infernale. Depuis l’île où il a été exilé, à la suite d’un funeste complot, le duc et magicien, Prospero, contemple le naufrage, et voit débarquer ses ennemis d’autrefois. La vengeance est proche. Mais l’esclave, Caliban, se révolte, et rien ne sera plus comme avant. CESAIRE démystifie le merveilleux pour mieux faire surgir le chant de la liberté.

 En 1982, le dramaturge revient à la poésie avec «Moi, laminaire», avec ces mots : «J'habite une blessure sacrée/j'habite des ancêtres imaginaires/j'habite un vouloir obscur/j'habite un long silence/j'habite une soif irrémédiable/j'habite un voyage de mille ans/j'habite une guerre de trois cents ans». CESAIRE se définit, à travers le titre, en se comparant aux laminaires qui sont de longues algues accrochées aux roches sous-marines des îles Caraïbes. Ces algues battues par les flots sont le symbole de l’identité déterminée par la mer, par le vent, mais aussi par  cette impossibilité d’enracinement qui sonne comme un échec pour CESAIRE. On sait combien la Négritude fut, pour lui, un moyen de se rattacher à un passé, à une tradition, pour mieux imaginer ce Nègre nouveau auquel il aspire pour lui-même et pour son peuple. Les limites de la Négritude ont peut-être été atteintes car celle-ci n'a pas su fermer la blessure de la déportation, ni étancher la soif du renouveau. Seule la poésie, mémoire de la langue mise en valeur dans ce recueil consacré à la valence et à la poétique des mots, peut-elle encore faire barrage contre le désastre et la «torpeur de l'histoire».

Enfin, en 2005, paraît «Nègre je suis, nègre je resterai», livre d'entretiens avec Françoise VERGES. Mme VERGES avait remarqué ceci : «il se fatiguait vite, la fatigue de l’âge, après une longue vie».

L’écrivain, mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France, est enterré le 20 avril 2008 à la Martinique. Une plaque lui a été dédiée, à Paris, au Panthéon, le 6 avril 2011, lors d’un hommage national. A l’occasion de cette cérémonie, et pour le président François HOLLANDE, la figure d’Aimé CESAIRE est «intimement liée à l’esprit de la République et à la lutte contre l’esclavage, le colonialisme, la brutalité». «Aimé CESAIRE l’a fait avec ses mots de poète, et l’a fait aussi avec ses actes d’homme politique», a ajouté le président HOLLANDE. Sans nul doute, un hommage tardif de la France, mais un hommage solennel et bien mérité tout de même. En effet, CESAIRE, avant d’être le poète de la Négritude, s’inscrit dans la descendance des grands poètes français, comme RIMBAUD, LAUTREAMONT, MALLARME, APPOLINAIRE, PEGUY, BRETON ou Saint-John PERSE, avec lesquels il partage une conception incantatrice et insurrectionnelle de la parole poétique.

Dans sa préface à l’édition espagnole du Cahier d’un retour au pays natal, Benjamin PERET a rendu un hommage à Aimé CESAIRE «j’ai l’honneur de saluer ici un grand poète de langue française qui soit apparu depuis vingt ans. Pour la première fois, une voix tropicale résonne dans notre langue, non pour exprimer une poésie exotique, ornement de mauvais goût dans un intérieur médiocre, mais pour faire briller une poésie authentique qui jaillit des troncs pourris d’orchidées de papillons dévorant la charogne ; une poésie qui est le cri sauvage d’une nature dominatrice, sadique qui avale les hommes et leurs machines comme les fleurs les insectes téméraires». Aimé CESAIRE est l’un des plus grands hommes de culture du XXème siècle «Je définis la culture ainsi : c’est tout ce que les hommes ont imaginé pour façonner le monde, pour s’accomoder du monde et pour le rendre digne de l’homme» dit-il. La culture, «c’est tout ce que l’homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable» précise-t-il. En dépit des chaînes que continuent de porter l’homme noir, CESAIRE était habité par une espérance infinie : «J’ai toujours un espoir parce que je crois en l’homme. C’est peut-être stupide. La voie de l’homme est d’accomplir l’humanité, de prendre conscience de soi-même». Il ajoute «Je refuse de désespérer parce que désespérer, c’est refuser la vie. Il faut garder la foi».

Bibliographie, très sélective

1 - Contributions d’Aimé CESAIRE

1 – 1  Poésies d’Aimé CESAIRE :

CESAIRE (Aimé), Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Dakar, Présence Africaine, 1983, 93 pages ;

CESAIRE (Aimé), Soleil cou coupé  Paris, K. éditeur, 1948, 123 pages ;

CESAIRE (Aimé), Corps perdu, Paris, éditions Fragrance, 1950, 1247 pages ;

CESAIRE (Aimé), Ferrements, Paris, Seuil, 1989, 89 pages ;

CESAIRE (Aimé), Cadastre, suivi de Moi, laminaire, Paris, Seuil, 2006, 182 pages ;

CESAIRE (Aimé), Les Armes miraculeuses, Paris, Gallimard, 1946, 197 pages.

    1. 1-2 - Essais :

CESAIRE (Aimé), Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine,  1955, 72 pages ;

CESAIRE (Aimé), Lettre à Maurice Thorez, avant-propos d’Alioune DIOP, Paris, Présence Africaine,  1956, 16 pages ;

CESAIRE (Aimé), Toussaint Louverture : la Révolution française et le problème colonial, Paris, Club Français du Livre, 1960, 297 pages.

1-3 Théâtre :

CESAIRE (Aimé), Et les chiens se taisaient, Paris, Présence Africaine, 1956, 123 pages ;

CESAIRE (Aimé), La tragédie du roi Christophe, Paris, Présence Africaine, 1963, réédition en 1970, 153 pages ;

CESAIRE (Aimé), Une saison au Congo, Paris,  Seuil, collection Points, 1973, 133 pages ;

CESAIRE (Aimé), Une tempête, Paris, Seuil, collection Points, 1974, 91 pages.

2 – Critiques d’Aimé CESAIRE

BOUVIER (Pierre), Aimé Césaire, Frantz Fanon, portraits décolonisés, Paris, Les Belles Lettres, 2013, 280 pages ;

BRICHAUX-HOUYOUX (Suzanne), Quand Césaire écrit, Lumumba parle, Paris, L’Harmattan, 1993, 335 pages ;

COGEZ (Gérard), Aimé Césaire, Lausanne, Ides et Calendes, 2018, 127 pages ;

CONFIANT (Raphaël), Aimé Césaire : une traversée paradoxale du siècle, postface de Jean Bernabé, Paris, Stock, 1993, 354 pages ;

DELAS (Daniel), Aimé Césaire, Paris, Hachette supérieur, 1991, 223 pages ;

FONKOUA (Romuald), Aimé CESAIRE, Paris, Perrin, 2010, 392 pages ;

GOUNONGBE (Ari), KESTELOOT (Lilyan), Les grandes figures de la Négritude, paroles privées, Paris, L’Harmattan, 2007, 164 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Césaire et Senghor, un pont sur l’Atlantique, Paris, L’Harmattan, 2006, 200 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Comprendre cahier d’un retour au pays natal, Paris, L’Harmattan, 2008, 128 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), KOTCHY (Barthélémy), Aimé Césaire, l’homme et l’oeuvre, Paris, Paris, Présence Africaine, Versailles, Les Classiques africains, 1993, 223 pages ;

LAPOUSSINIERE (Paul, Christian), Aimé CESAIRE : de l’expérience surréaliste à la période démiurge, Thèse Paris 3, 1994 ;

LEBRUN (Annie), Pour Aimé Césaire, Paris, J.-M Place, 1994, 66 pages ;

LOUIS (Patrice), Césaire raconte Césaire, Fort-de-France, Livres Antilles, 2006, 56 pages ;

LOUIS (Patrice), Césaire racontre avec un Nègre fondamental, Paris, Arléa, 2004, 71  pages ;

MOUTOUSSAMY (Ernest), Aimé Césaire : député à l’assemblée nationale,, 1945-1993, Paris, L’Harmattan, 1993, 185 pages ;

PESTRE de ALMEIDA (Lilian), Mémoire et métamorphose : entre l’oral et l’écrit, Thèse, Würzburg, Könisgshauser, Neumann, 2010, 432 pages ;

Société Africaine de Culture, «Hommage à Aimé Césaire», Présence africaine, 1995, pages 151-152 ;

VERGES (Françoise), Nègre je suis, nègre je resterai, entretien avec Aimé Césaire, Paris, Albin Michel, Itinéraires du Savoir, 2005, 149 pages.

Paris le 27 octobre 2013, actualisé le 31 mai 2018, par M. Amadou Bal BA -http://baamadou.over-blog.fr/

Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
Aimé CESAIRE : poète engagé de la négritude, de l’égalité, de la liberté et de la justice (26 juin 1913, Basse-Pointe - 17 août 2008 à Fort de France, Martinique), par M. Amadou Bal BA.
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 20:22

La Gauche et la question de la sécurité

Traditionnellement, en matière de sécurité, la Gauche est considérée, à tort ou à raison, comme humaniste,  angélique et donc laxiste. On a souvent reproché à la Gauche de s’occuper plus des délinquants que des victimes. Dans l’imaginaire populaire, la Droite inspirée par un goût de l’ordre et d’un esprit affirmé de décision, serait sécuritaire, donc efficace et protectrice. 

En fait, cette vision réductrice ne rend pas bien compte de la réalité. A Droite, M. SARKOZY avait promis de tout nettoyer au «Karcher». Après plus de 10 ans au pouvoir, en qualité de Ministre de l’Intérieur et de Président, son bilan en matière de sécurité, est globalement négatif.

A Gauche, cette famille politique est, dans les faits, traversée par différents courants : les idéalistes et les réalistes. Le courant humaniste semble l’emporter, à certains moments ou certains débats (M. Robert BADINTER, Mme Elizabeth GUIGOU). La suppression de la peine de mort, la présence de l'avocat dès la première heure de garde à vue ou la remise en cause des peines-planchers sont autant de mesures ayant heurté les tenants de la fermeté en matière de sécurité. Pourtant la Gauche a également ses tenants de la ligne dure qui veulent casser « les sauvageons », installer un «ordre juste», ou bouter les Rom hors de France (M. Gilbert BONNEMAISON, M. Jean-Pierre CHEVENEMENT, M. Pierre JOXE, M. Daniel VAILLANT, Mme Ségolène ROYAL, M. Manuel VALLS).

 La Gauche ayant réussi son «socialisme municipal» considérait, initialement, la Police Nationale, mais aussi les polices municipales et les sociétés de sécurité privée, comme des institutions incontrôlables qui oppressent les classes populaires. Entre 1981 et 1984, l’action gouvernementale tournera avant tout autour de la formation, de la déontologie et de la régulation de ces activités.  Le courant pragmatique n’est plus minoritaire comme elle a pu l’être par le passé. On le voit notamment au niveau local, où des maires de gauche n’ont aucune réticence à parler de sécurité, à s’investir dans les Contrats Locaux de Sécurité, à développer leur police municipale, ou à mettre en place de la vidéo-protection, comme Gérard COLLOMB, à Lyon par exemple. 

Sur le plan national, les cuisantes défaites de la Gauche aux élections en 1984, 1993 et en 2002, ont remis la question de la sécurité au centre du débat. En effet, la Gauche a perdu une partie de l’électorat ouvrier au profit d’une Droite dure ou du Front National. C’est à ce moment, et sous l’impulsion de personnalités comme Messieurs Gilbert BONNEMAISON, Daniel VAILLANT, Julien DRAY et Bruno Le ROUX, qu’émerge le discours, selon lequel, l’insécurité est une forme d’inégalité que la Gauche se doit de combattre, car elle touche avant tout les catégories les plus modestes.

Les élections municipales de 2014 remettront, sans nul, au centre du débat, la question de la sécurité. Pour ma part, cette sourde guerre médiatique, depuis juin 2013, entre M. Manuel VALLS, Ministre de l’Intérieur et Mme Christiane TAUBIRA, est un faux débat. Il n’y a pas d’un côté le méchant et de l’autre la laxiste. Il y a deux Ministres avec des fonctions différentes, mais complémentaires.

 

Quelles que soient les mutations idéologiques en cours, la question de la sécurité est indubitablement un bon filon politique que la Droite ou l’Extrême-droite, ont toujours efficacement exploité contre la Gauche, notamment en 2002. Il va de soi, que la Gauche est humaniste et progressiste. Tant mieux pour la démocratie. Mais cette «tare congénitale» a été un grave handicap, dans le traitement lucide des questions de sécurité.

Pour ma part,  la question de sécurité n’est ni de droite ou de gauche. En effet, le premier droit de chaque individu est de vivre en sécurité. L’Etat moderne, et donc l’Etat démocratique, a été construit autour de ce besoin vitale de sécurité. Assurer la sécurité de tous, n’exclut pas d’appliquer les lois républicaines de façon juste, humaine, proportionnée, et avec discernement, conformément aux valeurs de la Gauche. La Gauche devrait être complètement décomplexée sur ce thème majeur, à condition de bien clarifier sa position sur :

-        Sa politique migratoire, notamment les critères de régularisation, ainsi que les procédures de naturalisation. L’immigration étant arrêtée depuis 1974, quel rôle et quels moyens les Etats de Schengen, aux frontières extérieures, doivent-ils disposer ? Les principaux flux migratoires étant intra-communautaire, quel est le statut des Européens après l’épuisement des 3 mois de séjour ?

-        sa politique pénale juste : un équilibre entre la prévention et la répression. Comment traiter la délinquance juvénile et les incivilités ? quelle politique carcérale ? 

M. Amadou BA

Paris le 19 octobre 2013.

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 09:36

Municipales de 2014 : condamner la libération de la parole raciste et inciter à une attitude citoyenne et républicaine, notamment par le refus de l’abstention par M. Amadou Bal BA.

Une candidate du Front National aux élections municipales de 2014 avait apposé sur sa page personnelle de Facebook, une comparaison des Noirs aux singes (photo ci-contre). On voit bien que derrière le discours lisse du FN, qui veut devenir un parti républicain comme les autres, il y a une stratégie de dissimulation, lourde de menaces pour tout ce qui est différent.

La libération de la parole raciste a gagné du terrain. Il est inutile de l’occulter. Ainsi, un sondage récent montre que 82% des Français détestent, cordialement, l’équipe de France de football. Je ne sais pas comment a été choisi ce panel de sondage qui ne doit pas refléter la diversité de ce pays, mais cette équipe multicolore (si le Parti socialiste pouvait s’en inspirer) de gagner 3  à 0 contre la Finlande. Notre équipe n’a pas déméritée face à l’Espagne, championne du monde et d’Europe. Pourquoi tant de haine ?

Je ne puis non plus accepter que les fautes de quelquesFN-photo--raciste.jpg uns, qui appellent une sanction juste, soient le fardeau et la stigmatisation des autres.

Le vrai FN, même s’il pointe du doigt certaines choses inacceptables et qu’on n’a jamais acceptées, parce que l’écrasante majorité d’entre nous est respectueuse de lois républicaines, est fondamentale raciste.  C’est l’essence même du FN que d’être un adversaire résolu de l’égalité, et donc de la démocratie. HITLER est venu au pouvoir par les élections. On connaît, par la suite, les souffrances qu’il a infligées à ce vaillant peuple allemand.

J’invite donc tous ceux sont tentés de s’abstenir, à méditer sur cette photo qui en dit plus long sur les projets de société du FN et de cette Droite dite «décomplexée». Le traumatisme des élections présidentielles de 2002, avec l’élimination de M. JOSPIN, au profit du FN, est encore présent dans les esprits.

A ceux qui sont tentés de s’abstenir et qui croient que la Politique c’est sale ou que Droite et Gauche c’est pareille, cette photo scandaleuse du FN et cette banalisation du racisme devraient un électrochoc.

A ceux qui doutent ou sont dans la souffrance, je leur dis n’oubliez jamais que la France est un merveilleux pays, pour ses valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté.  Etant originaire du Sénégal, j’assume pleinement ce choix du cœur. Pour nous qui venons d’ailleurs, j’invite chacun  d’entre nous, à un comportement exemplaire. Il y a des opportunités à saisir, mais rien n’est gagné, acquis, conservé ou développé, sans effort. Tout le monde, Blancs ou Noirs, doit se battre, chaque jour pour s’en sortir.

Paris le 18 octobre 2013. 

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 10:54

Le coup de tonnerre de Brignoles : une menace grave contre les valeurs républicaines, par M. Amadou Bal BA,

Qu’on se le dise, franchement, même si ce n’était qu’une élection locale, une de plus, du fin fond de la France, cette partielle de Brignoles du 13 octobre 2013, est de lourde de significations politiques.

C’est avant tout, et incontestablement, une victoire des Amoureux de la haine, face au camp républicain. Le Front National, dédiabolisé, séduit même une bonne partie de l’électorat populaire. Désormais, personne, dans ce pays des droits de l’Homme, n’a plus peur honte d’être étiqueté fasciste. Ce parti, hors de la République, puisqu’il nie le principe d’égalité, posera, sans nul doute, un de ces jours, de sérieuses difficultés à la démocratie française qui recèle, sur ce point, une tare congénitale.

Cette élection partielle est un échec cuisant de la stratégie de M. Jean-Luc MELENCHON, dans sa guérilla aveugle contre le Parti Socialiste, de Front contre Front. M. MELENCHON, comme les Verts, refusent une alliance, dès le 1er tour, à Paris. Face à la menace, la Gauche est certes diverse, et le Parti Socialiste doit respecter ses alliés, l’unité autour des candidats sortant devrait être la règle.

Cette élection partielle condamne, sans appel, la stratégie de « Droite décomplexée » initiée par M. SARKOZY lors des élections de 2012. M. SARKOZY avait prétendu qu’il avait été vaincu, non pas par la Gauche, mais la «Crise». On voit, qu’en dépit de l’impopularité, sans précédent de M. HOLLANDE, l’UMP n’en profite pas. C’est par conséquent, un profond rejet de la stratégie du « Pain au Chocolat » de M.  Jean-François COPE. L’ancien Premier Ministre, M. FILLON, que l’on croyait pourtant modéré et républicain, a affiché publiquement, la lepénisation de l’UMP, en rejetant l’idée d’un front républicain contre le FN. L’UMP doit faire son examen de conscience. Mais cela c’est son affaire.

Quant au Parti Socialiste d’une façon générale, à chaque fois qu’il a été au pouvoir cela s’est mal terminé. Ainsi, à la du Cartel de Gauche en 1924, les Ligues factieuses ont failli prendre le pouvoir. Après de gouvernement de Léon BLUM, certains Socialistes ont voté les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. Après le tournant de la rigueur, en 1983, le FN qui n’était qu’un groupuscule ostracisé par les républicains, a été installé, durablement, dans la vie politique, par un tour de passe de passe de François MITTERRAND. Le gouvernement de M. JOSPIN, qui n’avait pas démérité, a été éliminé au 1er tour des présidentielles de 2002. C’est la mort dans l’âme, que j’ai dû voter pour M. CHIRAC. Aujourd’hui, François HOLLANDE fait tout ce qu’il peut pour redresser les comptes de la Nation. C’est courageux et visionnaire de sa part. Il méritait le soutien au-delà de son camp, de tous les républicains. En effet, aucun gouvernement censé, quelle que soit sa couleur politique, ne pourrait remettre en cause, cette donne. Et, pourtant, le PS a perdu toutes les élections partielles au profit d’une Droite dure et idéologique.

Le chômage, notamment des jeunes, commence à baisser. Le rétablissement des comptes profitera, indéniablement, à l’économie. Car la France, puissance moyenne, ne peut pas vivre au dessus de ses moyens, tout en préservant son modèle social. Si tôt dit, certains Ayatohallahs de la Gauche vont vous répliquer «M. HOLLANDE ne fait pas une politique de Gauche, c’est pour cela qu’il a échoué». Pourtant, seul le Parti Socialiste, et donc François HOLLANDE peut être un barrage crédible au Front National.

En effet, le FN « s’il pose, parfois, de bonnes questions, apporte de piètres solutions », je paraphrase M. Laurent FABIUS. En effet, pour les 6 mairies qu’avait dirigées, auparavant, par le Front National, cela s’est terminé par un fiasco, et parfois devant le juge.  

L’UMP, lepenisée, et qui n’a pas fait un inventaire lucide de son échec en 2012, ne propose d’autres solutions que celles du FN.

Le Parti socialiste devrait faire un effort, dans les échéances électorales (municipales, européennes) à venir, un effort pour la diversité. La France est devenue multiculturelle, mais quand on consulte les têtes de liste à Paris, on a l’impression que, par un coup de baguette magique, il n’y a ni Asiatiques, ni Arabes, ni Africains, dans notre belle capitale. Ces listes étant closes et il faut les soutenir, sans état d’âme. Cependant, je demande à Mme HIDALGO de ne pas oublier, pour les postes éligibles de conseillers de Paris, de tenir compte, réellement, de cette diversité à Paris et de la respecter. La réserve de voix, importante, est dans ce secteur.

Je m’adresse à tous ceux qu’on considère «immigrés», mais qui sont en fait des Français venus d’ailleurs, de ne pas s’abstenir. Une Droite dure ou un Front National dans les municipalités, c’est encore, pour eux, une vie plus dure. Au nom du principe d’égalité, la Gauche a beaucoup fait pour ces populations et se le fait reprocher par le FN et l’UMP.  Par conséquent, il faut se mobiliser, massivement, en s’inscrivant, avant le 31 décembre 2013, sur les listes électorales, afin de conjurer la peste brune. Voter pour la Gauche, c’est s’assurer que le modèle républicain d’égalité et de fraternité sera préservé. S’abstenir c’est mathématiquement, renforcer l’autre camp. Il ne faut pas désespérer, ni avoir peur. Il faut en référence à cette expression biblique « entrer dans l’espérance », François HOLLANDE réussira, mais il lui faut du temps.

Paris le 14 octobre 2013.

 

 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 21:02

Albert JACQUARD, un intellectuel, un humaniste et un farouche combattant de l’égalité (23 décembre 1925 - 11 septembre 2013)

Albert JACQUARD avant d’être un intellectuel, était avant tout un humaniste et un farcouche combattant de l’égalité. La compassion et la bienveillance qui l’animaient, me conduise à exprimer, publiquement, toute ma reconnaissance et ma gratitude, pour toute son énergie et son intelligence qu’il avait consacrées aux autres. Né à Lyon, dans une famille catholique, plutôt bourgeoise et conservatrice, Albert JACQUARD avait choisi de se consacrer aux autres, notamment les mal logés et les exclus. Il a produit un ouvrage en 1998 : « le souci des pauvres ». Albert était également un défenseur de l’égalité, un anti-raciste, sans concession, à travers, notamment son ouvrage « éloge de la différence », paru en 1981. Pour tous ces bienfaits qu’il a prodigués aux sans-grades et sans voix, je lui adresse, là où il est, mon infinie admiration.

Albert Jacquard est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l'Institut national d'études démographiques et membre du Comité consultatif national d'éthique.

Paris le 13 septembre 2013.                                                                        

 

 

Après ses études à l'Ecole Polytechnique et à l'Institut des statistiques, il travaille d'abord à la SEITA, puis au ministère de la santé. Il se tourne ensuite vers une carrière scientifique en allant étudier la génétique des populations aux Etats-Unis (Stanford). Il devient responsable du service de génétique à l'INED (Institut National d'Etude Démographique), en 1968. Expert en génétique auprès de l'OMS de 1973 à 1985, il enseigne également dans les Universités de Genève et de Paris VI.



Scientifique de haut niveau, Albert Jacquard est l'auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique ou d'essais dans lesquels il cherche à diffuser une pensée humaniste moderne pour faire évoluer la conscience collective. Sorte "d'Abbé Pierre laïque", Albert Jacquard participe à tous les combats qu'il estime justes, comme le droit au logement (il est président de l'association du même nom), la justice sociale, la lutte contre le racisme... Pour lui, l'enjeu majeur du XXIe siècle et le véritable moteur du changement sont davantage l'éducation que la finance. C'est ainsi qu'il parraine la Haute Ecole de Namur (Haute Ecole Albert Jacquard), en Belgique.

Albert Jacquard dénonce dans "J'accuse l'économie triomphante" les méfaits du capitalisme et soulève les problèmes de la société moderne : pollution, gaspillage, insuffisance ou insalubrité des logements, nécessité d'un partage des ressources...

Dans son ouvrage "Dieu ?" (2003), il traite des conséquences des découvertes scientifiques sur les croyants en soumettant la Bible et plus particulièrement le Credo à une lecture critique, appuyée par les sciences. Il délaisse vite la question insoluble de l'existence de Dieu pour s'intéresser au message du Christ, "un vibrant appel à la fraternité".

Albert Jacquard se déclare agnostique. Il attaque avec vigueur les religions et plus particulièrement celles fondées sur une révélation, sources de confort intellectuel et génératrice d'intégrisme. Ses propos révèlent une pensée matérialiste, tout en montrant une certaine fascination par le concept de Dieu et un intérêt pour les paroles de l'Evangile.

Bibliographie sélective : Éloge de la différence (1981), Moi et les autres (1983), Cinq milliards d'hommes dans un vaisseau (1987), Abécédaire de l'ambiguïté (1989), Voici le temps du monde fini (1991), Un monde sans prisons ? (1993), J'accuse l'économie triomphante (1995), Petite philosophie à l'usage des non philosophes (1997), L'équation du nénuphar (1998), A toi qui n'es pas encore né (1998), Le souci des pauvres (1998), La science à l'usage des non-scientifiques (2003), Dieu ? (2003), Tentative de lucidité : recueil de quelques-unes des chroniques diffusées sur France Culture (2003), Halte aux jeux ! (2004), Mon Utopie (2006).

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 20:37

Le rôle et la place du  cadre dans le management territorial

Travailler sur de l’humain qui peut se révéler une entreprise délicate. Le développement de tout pays impliquera forcément une remise en cause des pratiques managériales. L’humain c’est la principale richesse d'un pays.

1 - Comment améliorer la performance de l’action publique ?

Compte tenu de la contrainte budgétaire les collectivités territoriales vont devoir faire mieux avec de moins de ressources.

Les tenants de la doctrine du «nouveau management public» (NMP) estiment qu’il est nécessaire d’introduire une logique de marché dans le secteur public en faisant appel à des concepts comme la flexibilité, l’efficience, la gouvernance ou encore l’évaluation. L’idée principale du NMP est que les méthodes du secteur privé sont jugées supérieures à celles du secteur public jugé bureaucratique, rigide, coûteux, centré sur son propre développement, peu innovant et ayant une hiérarchie trop centralisée.

C’est en raison de ces aspects idéologique et polémique que la doctrine du NMP avait, initialement, suscité de nombreuses réserves. Mais sous l’effet de la crise et par souci d’une saine gestion des deniers publics, le secteur public a progressivement intégré ces concepts, mais en les adaptant aux buts du service public. La finalité du NMP n’est pas de faire disparaître les services publics, mais les améliorer, constamment. Désormais, le débat portent non seulement sur les moyens affectés, mais aussi sur l’efficacité des dépenses, et donc sur le pilotage de la performance. Ainsi conçue la performance, dans le secteur public, consiste en la réalisation de la qualité voulue au juste coût, en d’autres termes à améliorer la qualité des services publics, maîtriser les coûts, respecter les délais. Il s’agit d’une culture nouvelle : celle du résultat pour gagner en qualité, en efficacité, en efficience.

Les missions fondamentales des collectivités territoriales restent la satisfaction de l’intérêt général : le service public, c’est le cœur même du management territorial. C’est dans ce contexte que se situent le rôle et la place du cadre. Concrètement, le cadre c’est celui qui détient, par délégation de l’employeur et sous son autorité, la responsabilité de prévoir, diriger, contrôler et coordonner les activités de la collectivité, avec un pouvoir de commandement. Les ressources humaines sont l’unique source vivante de l’organisation, créatrice de valeur ajoutée ; par suite sa gestion est primordiale. Le cadre doit être à même de manager la ressource humaine, de la valoriser ; il doit repérer les potentiels humaines, activer les énergies humaines, en encourageant l’initiative et les idées innovantes. 

Le principe de libre administration des collectivités territoriales a permis de progresser considérablement en termes d’autonomie de gestion des ressources humaines. Cependant la fonction publique territoriale est empreinte de règles, de coutumes difficiles à réformer ; ces contraintes sont notamment la rigidité du statut, le mode organisationnel, la nécessaire maîtrise des coûts budgétaires, l’exigence accrue des usagers et des élus.

Le paradoxe c’est que le statut de la fonction publique fait référence au grade, mais pas aux fonctions. Le cadre territorial cumule deux fonctions : un métier technique (un ingénieur, un comptable, etc.) et un métier de manager, c'est-à-dire de responsable d’une organisation, de moyens financiers et humains. Le cadre, lorsqu’il agit comme manager, doit s’adapter et gérer des équilibres. La seule expertise ne suffit pas, le cadre doit apprendre à décider et à connaître les valeurs de la collectivité. Mais la bonne connaissance de l’organisation ne suffit pas, le cadre doit être capable de déceler les structures informelles, la place des différents acteurs, leurs jeux de pouvoirs, et les réseaux d’influence. Le cadre doit s’adapter à ces différents contextes et personnalités qui l’entourent, et démontrer une vraie aptitude à gérer les relations humaines. Par conséquent, la qualité primordiale ne repose pas sur des compétences techniques, mais sur ses qualités humaines, sa capacité à comprendre ses différents interlocuteurs, clairement, coordonner des actions et définir des priorités.

2 - Comment définir le management ?

Le «management» c’est la manière de conduire une organisation et c’est aussi la manière dont se représente la finalité de cette organisation et son fonctionnement. «Manager», c’est avant tout visionner des objectifs, donner du souffle à l’action, convaincre, entraîner et responsabiliser ses collaborateurs.  Le cadre doit pouvoir activer et encadrer les énergies humaines, sources de la performance. Le cadre doit avoir reçu la confiance, l’adhésion de sa hiérarchie. Mais pour travailler efficacement, le cadre doit identifier les objectifs et les axes stratégiques, les moyens mis à sa disposition et les méthodes de fonctionnement de sa collectivité. Qu’est ce que donc, précisément, le management ?

Il existe deux écoles du management :

-        L’école classique du management (Max WEBER et Henri FAYOL) inspirée d’une organisation bureaucratique devant encadrer l’action de chacun de manière à atteindre les objectifs. Max WEBER a introduit la théorie de l’action rationnelle, selon laquelle il est important de dépersonnaliser les relations de travail en vue de renforcer l’équité dans les organisations.

 C’est Frédéric W. TAYLOR (1856-1915) qui a jeté les bases d’une théorie sur le management, comme science à part entière. Confronté aux contradictions soulevées par le mode de production artisanal, pour lui, la meilleure façon de réaliser une tâche consiste à fournir aux employés les outils et les formations appropriées et leur fixer des objectifs à atteindre en vue d’une certaine performance. Le taylorisme introduit le système de la spécialisation dans l’entreprise ; chaque membre de l’encadrement n’est responsable que d’un seul domaine.

Tenant de l’école classique Henri FAYOL (1841-1925) s’est intéressé aux questions «d’administration», plaidant pour la «capacité administrative».

 

-        L’école interactionniste du management qui est une réaction contre le fonctionnement mécanique des tâches, s’est intéressée aux dimensions affectives, émotionnelles et relationnelles aux situations de travail, ainsi qu’à la complexité des sources de la motivation humaine et du leadership ; ils sont les précurseurs de la gestion des ressources humaines.

 

L’école interactionniste s’est scindée en deux courants : les tenants du courant humaniste et les théoriciens de la contingence.

Le courant humaniste souligne la nature sociale des employés, leur sensibilité à la considération, le comportement en groupe et la nécessité de participer à la décision, bref leur désir de vivre comme des êtres humains dans l’organisation qui est source de motivation (Abraham MASLOW, Kurt LEWIN).

«L’école des ressources humaines » dirigée par Kurt LEWIN (1890-1947), a dans les années 30, mis en cause la conception taylorienne du travail, et a éclairé le management participatif sous un nouveau jour. L’homme n’est plus considéré comme un simple outil de production, le manager doit appréhender la dimension humaine des ressources humaines, notamment les relations qu’il entretient avec les autres objets de son environnement. L’individu est plongé dans son « champ social », c'est-à-dire au groupe auquel il appartient. Le lieu de travail n’est pas seulement un lieu de production, mais aussi un lieu de signification pour les individus. Pour que l’individu au travail soit plus performant, pour que le nombre de conflits diminue, il faudrait développer un nouveau management qui respecte le besoin de chacun d’être reconnu en tant qu’être humain.

Le courant de la contingence en stratégie (Chandler 1962 ; Woodward 1965, Lawrence et Lorsch 1967) introduit l’environnement, en montrant que les variations de celui-ci se répercutent dans l’organisation. Elle se définit comme une situation spécifique et évolutive qui conduit à rejeter des prescriptions uniques et standardisées. Cette contingence est structurelle, car les modifications dans les changements, dans les variables externes, provoquent des évolutions dans la structure. Bref, c’est la reconnaissance de la spécificité des services, et les moyens de les contenir, c'est-à-dire de contrôler les sous-ensembles, culturellement, distincts de l’organisation.

S’interrogeant sur le rôle du cadre et la structurant des organisations, Henry MINTZBERG, un canadien, estime que le manager doit situer son action à différents niveaux :

-        de l’agenda : conception, programmation ;

-        de l’information : contrôler, informer

-        des personnes : relier, être leader

-        de l’action : diriger.

Dans les années 1970, des approches sociologiques et socio-économiques des organisations s’intéressent au rôle des acteurs, à leurs systèmes de relations et aux jeux de pouvoirs, en dépassant la seule référence à la satisfaction des besoins individuels, chère à l’école des relations humaines. Ces différents aspects sont placés au centre des réflexions sur l’efficacité et la performance de l’organisation. Cette démarche a pour ambition de quantifier les facteurs qualitatifs de la productivité que représente le comportement de l’homme au travail.

Le management introduit d’autres données comme la conduite du changement, la gestion de la complexité et l’approche systémique.

Le management suppose une conduite du changement. Le changement apparait d’une part, comme des ruptures, des remises en question, des façons d’agir et de penser jugées insatisfaisantes, et d’autre part, comme le développement de compétences en vue de parvenir à la performance.

Mais Pourquoi changer ? Qu’est ce qui doit changer en termes organisationnels, en termes de culture maison, et dans les rôles et les pouvoirs ? Comment changer ?

Dans tous les cas le changement doit être inscrit dans la durée afin de faire face aux résistances (attendre le moment opportun et fixer une date butoir) et d’avoir de bonnes raisons de résister.

Le management implique la gestion de la complexité qui n’est ni la quantité d’éléments entrant en considération, ni la multiplicité des relations qu’ils entretiennent ensemble, mais c’est plutôt l’imprévisibilité, la façon dont les lianes s’entremêlent et s’entrelacent sur la figure, l’interrelation entre les éléments réunis ensemble.

I – Le cadre, un rouage essentiel de la collectivité

Le cadre c’est celui qui pilote une zone de responsabilité. Cependant, «diriger » ne signifie pas nécessairement «commander». Le management participatif est préférable au management directif. Par conséquent, le cadre doit avant tout entraîner, animer des équipes, insuffler l’énergie nécessaire à la réalisation des projets politiques. La fonction de cadre nécessite deux qualités essentielles : pouvoir s’adapter et optimiser l’unité de travail ; il est soumis à une exigence grandissante d’efficacité pour améliorer la performance ; son rôle consiste à développer la ressource humaine, facteur-clé de la réussite. Dans ce contexte, le cadre doit développer sa maturité professionnelle et psychologique, afin de s’adapter et faire face à la complexité. Mais il ne peut agir seul ; son action doit être inscrite dans l’action collective, en s’appuyant sur la culture du résultat qui elle-même renvoie aux concepts de «qualité», «d’efficacité» et «d’efficience ». Le cadre doit s’investir dans l’acquisition de nouvelles pratiques managériales, en priorisant la dimension humaine dans sa conduite d’action. En fait, manager est une véritable aventure humaine et nécessite une certaine dose de courage.

Le cadre territorial évolue dans une organisation relativement récente, complexe, mais dynamique et en pleine mutation. L’environnement interne des collectivités territoriales est empreint de règles et de contraintes qui limitent la réactivité de ces organisations, d’où la difficulté à s’adapter à l’environnement externe.

Le concept d’intérêt général, c'est-à-dire le service public, détermine le fonctionnement bureaucratique des collectivités territoriales. La notion de « bureaucratie » a pris une connotation péjorative, mais cela n’a pas été toujours le cas. Pour Max WEBER (1864-1920), un sociologue allemand, il faut remplacer la faveur, le népotisme, par la règle de droit ; c’est un remarquable progrès par le passé qui était marqué par l’arbitraire. Dans le modèle bureaucratique wébérien, l’autorité découle de la légalité et de la légitimité de ceux qui les donnent à l’opposé du bon vouloir d’un individu. Le modèle bureaucratique ou «rationnel légal », à l’opposé des modèles charismatique où l’organisation fonctionne par  dévouement de ses membres ou à un héros, ou au modèle traditionnel où elle fonctionne par obéissance de ses membres aux croyances et au sacré de ses membres.

Ce modèle wébérien est dépassé ; les principales critiques concernent le déplacement des buts, les règles deviennent des objectifs. Les collectivités territoriales ont pris conscience de leur manque d’efficacité et cherchent à se moderniser, avec une inversion de la logique de leur action. En effet, la logique de l’offre qui prévalait jusqu’ici, est remplacée par une logique du territoire et de réponse adéquate aux besoins de la population. Nous évoluons vers une personnalisation des services publics où l’usager est placé au cœur des préoccupations. Or, un des paradoxes de la situation, la gestion des ressources humaines est encore purement administrative et statutaire et ne permet de répondre efficacement à ces défis du changement.

La recherche de l’efficacité passe nécessairement par une approche stratégique, c'est-à-dire par une «vision claire de ce que notre collectivité veut devenir». Dans ce contexte, le rôle du cadre est d’aider les élus à effectuer des choix dans le cadre d’une politique générale : «choisir, c’est renoncer», a-t-on coutume de dire.

Quelle est la nature des compétences attendues du cadre territorial ?

Le cadre doit être en capacité d’aider les élus ou la direction à prendre les décisions, puis à établir des plans d’actions et les suivre, tout en encadrant leurs équipes. Par conséquent, les compétences attendues du cadre reposent, à la fois sur les capacités à comprendre l’environnement juridique, sans pourtant tomber dans une expertise qui ne leur permettrait pas de développer leurs compétences managériales. En effet, la mission principale du cadre est d’ordre managériale, c'est-à-dire d’animer les équipes.

Selon Serge ALECIAN et Dominique FOUCHER, il existe différents trois de management :

-        le niveau supérieur, les cadres de direction, c’est le management stratégique

-        le niveau intermédiaire, les Responsables d’unité, management opérationnel et stratégique

-        le niveau technique, les cadres de proximité, management opérationnel.

 

Le cadre doit conduire les objectifs en cohérence avec la stratégie politique, c’est avec le mandat des élus. Il doit établir une communication efficace avec ses interlocuteurs, notamment avec les élus. Se qualités personnelles et son sens de la diplomatie l’aideront à se positionner. En ce sens l’aide à la décision, pour le cadre, est un domaine délicat. Il doit se méfier de son expertise, et s’en servir uniquement pour conseiller l’élu et l’amener à prendre une décision, l’intelligence émotionnelle, c'est-à-dire sa capacité à gérer, sereinement, ses relations, représente un véritable atout.

La fonction la plus importante du cadre est le management des hommes ; il est à la fois «manager» et «leader». Si le «nerf de la guerre», c’est la gestion budgétaire, ce qui a pendant longtemps occulté la gestion des ressources humaines, aujourd’hui les cadres sont également attendus sur la qualité de leur style de management des hommes. Le bon cadre doit repenser l’organisation du travail ; il doit optimiser sa zone de responsabilité en préparant soigneusement les recrutements, en repérant les potentiels, en gérant les compétences, en évaluant ses collaborateurs, en stimulant les énergies et en construisant des plans de formations adaptés.

Peut-  on développer la polyvalence pour optimiser l’organisation du travail ?

La polyvalence consiste à occuper plusieurs postes de niveaux comparables ; elle est aux antipodes du taylorisme qui préconisait la spécialisation. Le décloisonnement de l’activité permet de réduire le temps d’attente et accroît ainsi l’efficacité des services rendus à la population. La polyvalence peut être utile dans la mise en œuvre d’un guichet unique, au sein des services elle permet d’assurer la continuité du service lorsque le spécialiste de la question est momentanément absent. Cependant, il faut bien évaluer le degré de polyvalence afin de ne pas mettre les équipes en échec.

La polyvalence nécessite de modifier le style de management ; il faut passer du management directif à un management participatif. Le management doit être fondé sur l’adhésion, la coopération, et non plus sur l’obéissance.

Dans ce contexte, le cadre doit asseoir sur son pouvoir sur sa légitimité. Cependant, il doit être également en mesure de comprendre et de s’adapter à son environnement ; il doit comprendre ses fondamentaux de gestion, sans tomber dans l’expertise, au risque de devenir complètement inefficace, s’il privilégie ses connaissances techniques au détriment de son métier de manager.

Le processus de décision ayant changé, le cadre doit développer l’autonomie et la confiance de ses collaborateurs, en construisant la décision collective, en donnant de la cohérence et du sens à ses projets. Par conséquent, la principale mission des cadres, c’est leur capacité à entraîner, et animer leurs équipes, et surtout leurs aptitudes personnelles à gérer les relations humaines. En fait, le cadre est doit être un bon généraliste, mais pas un expert ; il doit développer

-        une maturité professionnelle, en développant des compétences spécifiques (gérer un budget, déléguer, évaluer ses collaborateurs, négocier, prendre des décisions, motiver, atteindre des objectifs)

-        et une maturité psychologique (motivation, innovation, résistance au stress, gestion des émotions).

 

Cependant, la mise en œuvre d’un management participatif ne se décrète pas ; c’est un processus difficile à mettre en œuvre. Le cadre doit s’interroger sur son style de management avant d’adopter un autre. Le paradoxe vient de ce que le style de direction émane de la personnalité.

Par conséquent, on ne peut passer d’un style de management à un autre (style autoritaire ou permissif à un style participatif), sans avoir au minimum fait l’effort de se remettre en cause.

Une délégation bien construite représente un effet levier, autant sur le plan humain que sur le plan organisationnel. En effet, d’une part, la délégation permet à l’agent délégataire de gagner en autonomie, de valoriser ses compétences, et d’autre part, à l’organisation d’utiliser le temps de travail du cadre pour d’autres actions à mettre en œuvre.

Comment développer le diagnostic organisationnel, comme outil de changement ?

Le «diagnostic» a pour objectif de déterminer les dysfonctionnements, en analyser les causes et proposer des solutions. «Il n’y a pas des problèmes, il n’y a que des solutions», nous enseigne le bon sens

II – Le cadre face aux contraintes de son métier

Les marges de manœuvre du cadre peuvent être réduites ou anéanties, dans certains cas. Une collectivité territoriale est une organisation, à la fois politique et administrative, avec une gestion purement administrative et juridique des ressources humaines, conjuguée au manque de formation des cadres en management.

Les cadres étant placés dans une dualité hiérarchique (administrative et politique) sont souvent dans une position très inconfortable. En effet, l’exercice de l’autorité politique induit, dans certaines circonstances, un manque d’autonomie pour les cadres. Certains élus confondent parfois leur rôle, et s’ingèrent directement dans les services ; ce qui constitue, selon Stéphane DION, «une politisation fonctionnelle». En ce sens inverse, la « technocratie municipale », peut s’emparer du pouvoir et concurrencer les élus.

Toute la difficulté est comment recadrer les élus qui se comportent en chef de service  ?

Il y a des risques de dérives ; le pouvoir du cadre est fondé sur ses compétences spécialisées ; la complexité et la technicité des décisions à prendre, et le fait que les élus ne disposant de temps, pour contrôler efficacement l’action du pouvoir administratif, laisse une marge de manœuvre qui doit être utilisée à bon escient.

Une bonne partie de la solution  repose sur le savoir-être du cadre qui ne doit pas perdre de vue qu’il reste un subordonné du monde politique. Le cadre doit éviter de mettre en place une conception péjorative de la «technocratie municipale» qui ferait de lui, selon Stéphane DION «une autorité froide et distante, croyant détenir le monopole de la connaissance». 

Certaines contraintes qui pèsent sur le cadre sont des limites de la gestion des ressources humaines.

La gestion des ressources humaines représente un levier puissant de modernisation, encore insuffisamment développée. Les DRH ne sont pas encore affranchis d’une gestion purement administrative et n’accompagnent pas suffisamment les services. L’origine de ces dysfonctionnements repose sur plusieurs axes :

D’une part, les élus ne définissent pas ou peu leur politique RH ; ce défaut fait que les DRH «naviguent souvent à vue», sans objectifs prédéfinis.

D’autre part, la culture des collectivités territoriales est marquée par une rationalité juridique au détriment de la culture managériale.

La faiblesse de la fonction ressources humaines est très souvent mise en exergue : une gestion trop administrative, un défaut de prospective et une faiblesse de l’évaluation individuelle.

Dans les années 1980, la fonction « personnel », se transforme en fonction «Ressources Humaines». Ce changement d’appellation indique que le personnel n’est seulement qu’une source de « coût financier », mais c’est avant tout et surtout, une ressource dont il faut optimiser l’utilisation. Il faut une approche, personnalisée et stratégique des ressources humaines (GPEEC, qualité des recrutements, formations qualifiantes, gestion des compétences). La difficulté rencontrée par la fonction RH vient en grande partie de la rigidité du statut de la fonction publique qui ne s’est pas adapté aux données managériales nouvelles. Le statut était à l’origine destiné à protéger les fonctionnaires des pressions politiques et des sanctions arbitraires ; il permet, essentiellement, une garantie de l’emploi. Mais cette protection a été élevée au rang de «privilège» ; certains agents publics savent tout à fait valoir leurs droits, mais oublient quelque fois, leurs devoirs. Par ailleurs, certains agents rentrent en phase de démotivation, de longues années, sans être inquiétés. Le cadre territorial n’a pas souvent de leviers adaptés pour lutter contre ces phénomènes d’indolence ou léthargie. Ce sont des situations à la marge, mais elles peuvent paralyser une unité de travail et alimenter des conflits.

D’autres difficultés viennent du manque de formation en management qui se traduit par un déficit sérieux de ressources humaines. Sous l’effet de la contrainte budgétaire, le niveau d’encadrement des collectivités territoriales est très faible : 8% pour l’ensemble des collectivités territoriales et 6,6% pour les communes. Par ailleurs, les cadres ne peuvent pas souvent se dégager de leurs contraintes professionnelles pour aller se former ; ce qui constitue un obstacle sérieux quant à l’exigence de performance.

Les communes accusent un «déficit managérial sérieux» ; les communes positionnent souvent des cadres intermédiaires ou des catégories C, sur leurs services, et cela pour des raisons budgétaires. Or, le contexte actuel nécessite de plus en plus d’expertise. Il arrive que lauréats de concours soient recrutés, directement, sur des postes à forte responsabilité, sans formation managériale préalable. La plus part des managers se sont formés «sur le tas».

Les cadres doivent se former, préalablement, à leur prise de poste, et l’accent devrait être mis sur le management des hommes et des femmes qui constitue une donnée essentielle. En effet, les cadres peuvent commettre, involontairement, des dégâts ; un cadre, peu sûr, de lui diffusera inconsciemment ses doutes et ses craintes à son équipe ; ce qui favorisera l’absentéisme ou un taux de rotation élevé.

Le cadre territorial, avant ou aussitôt son recrutement, pourrait bénéficier de formations basées essentiellement sur la psychologie du management en vue de s’approprier aux concepts clés liés au management opérationnel, tels que la communication, la gestion des conflits, la délégation et la responsabilisation des collaborateurs, la gestion du temps et du stress. Il serait utile, par la suite de s’approprier de fondamentaux du management stratégique : comment améliorer la performance ? Comment favoriser l’innovation et la créativité ? Comment motiver ses collaborateurs ? Comment développer son savoir être ? Comment devenir un cadre mobilisateur ? Comment optimiser le travail d’équipe ? Comment évaluer et fidéliser ses collaborateurs ?

Dans cette optique, le DRH pourrait accompagner les nouveaux cadres lors de leur prise de fonction en insufflant une sorte de «culture maison» fondée, notamment sur le respect de l’intégrité, la disponibilité, l’écoute, une communication explicite, le partage de l’information, la mise en valeur du résultat et les progrès des collaborateurs. Le jeune cadre doit comprendre la mémoire collective de l’organisation, car le management c’est aussi une question de comportement, c'est-à-dire de qualités humaines de celui qui l’exerce.

Les entreprises ont développé un système d’accompagnement dénommé «le coaching» ; ce n’est ni du conseil, ni de la formation, ni une thérapie, mais cet outil permet d’accompagner les cadres dans leur évolution managériale, en rapport avec l’exigence d’adaptabilité. C’est un accompagnement personnalisé qui permet d’accélérer l’intégration des comportements et des compétences.

III – Le cadre et le développement de la «richesse humaine»

Le cadre territorial joue un rôle moteur, et une de ses missions est de parvenir à développer la richesse humaine, facteur primordial de réussite.

Le fonctionnement des collectivités territoriales ne s’inscrit pas dans la logique de rentabilité, mais dans celle de contrôle de gestion, de service public ; le service public n’a pas de prix, mais il a un coût qu’il convient de maîtriser.

Par conséquent, pour les collectivités territoriales, la performance c’est l’amélioration de la qualité des services, la maîtrise de leurs coûts, et le respect des délais ; c’est réussir à obtenir la qualité voulue, au juste coût.

 

Le management suppose une évaluation des politiques publiques qui consiste à mesurer l’efficacité de l’action. Les élus redoutent cette démarche qui risque de les renvoyer à leurs propres défaillances. En fait, ce qui perturbe les élus, c’est plus la transparence de l’évaluation que l’évaluation elle-même.

 

Le cadre doit mettre en œuvre un une communication efficace ; la performance ne doit pas faire oublier la construction d’un lien social, la relation à l’autre qui permet à tout être humain de s’épanouir. Le défaut de communication fait naître des incompréhensions et différends qui minent les relations professionnelles et aboutissent à des crises dans le service.

Dans les fondamentaux de la communication, le cadre doit avoir une vision claire de ce qu’il veut dire exactement, et au moment de l’échange, il doit pouvoir s’assurer que son interlocuteur a bien compris ce qu’il voulait faire passer. Il doit utiliser « le feedback » ou la reformulation afin de rendre l’échange compréhensif et positif.

Le manager doit apprendre à lire les signes, à écouter en profondeur ses collaborateurs, à ne pas fier à ses préjugés ; il doit s’ouvrir aux autres. Il faut savoir écouter, poser des questions, reconnaître et informer.

Le cadre doit être accessible et disponible et consacrer une partie de son temps à l’écoute avec patience et compréhension, en instaurant des moments de convivialité ou un climat propice au dialogue. Pour bien écouter, et donc être en mesure de répondre, utilement, il convient d’être attentif, c'est-à-dire chercher à comprendre ce que son interlocuteur perçoit et ressent, et ne pas se contenter d’entendre ce qu’il dit. L’écoute permet de prendre de la distance et de mettre en place un dialogue positif fait de respect mutuel.

C’est souvent la manière de dire les choses, que le contenu lui-même, qui est le plus souvent source de conflits, des incompréhensions, des blocages.

Il n’existe pas un profil idéal de leadership ; il convient de l’adapter aux différentes situations et aux différents interlocuteurs. Le leader doit ajuster en permanence son comportement. Simple, équilibré, dégageant de l’assurance, le leader doit donner envie d’agir, d’apprendre et devenir plus performant. La principale qualité d’un leader est c’est l’humilité face à la complexité de la nature humaine et à la dimension imprévisible des événements.

Le cadre doit créer un climat favorable à l’implication des agents ; un climat perturbé génère des dysfonctionnements qui sont souvent difficiles à corriger (absentéisme ; rotation ; manque de productivité). Une psychologie du management aiderait à prendre en compte les « besoins » de chaque agent. C’est Abraham MASLOW (1908 – 1970) qui a élaboré la « théorie des besoins ». Pour expliquer les sources de la motivation, MASLOW est parti du principe que tout homme a des besoins qu’il cherche à satisfaire et qui le pousse à agir.

En  définitive, la collectivité doit contribuer à la réalisation personnelle de ses agents, leur donner envie de progresser et d’améliorer leur niveau de compétences et leur comportement, pour répondre à des besoins sociaux d’estime, d’appartenance et de réalisation.

 

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