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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 21:23

Condamnation du lâche attentat au Musée du Bardo, à Tunis, par Amadou Bal BA baamadou.over-blog.fr

22 morts et plus de 40 blessés, ces terroristes n'ont pas de religion ; ce sont des barbares.

Notre solidarité, avec la Tunisie qui est à la base du Printemps arabe, et d'un processus démocratique exemplaire, doit être sans faille.

La Tunisie, dépendante du tourisme, a souffert des différents troubles issus de cette révolution. Ce pays qui accueille plus d'un 1 million et demi de réfugiés libyens, devrait être soutenu, dans sa quête de liberté et de démocratie.

Encore un autre attentat au YEMEN, au moins 142 tuées dans la capitale, le 20 mars 2015.

En dépit du doute qui s'installe, parfois, nous républicains nous ne pouvons ni désespérer, ni renoncer, parce que notre cause est juste. Notre attachement à la Vérité, à la Justice, à l'égalité et à la Fraternité, est une cause noble qui triomphera du Mal. Le Mal peut sévir, un instant plus ou moins long, mais l'Amour est plus fort que la Haine. Nous sommes certes animés d'une patience et d'une bienveillance infinies, mais notre détermination est sans faille et sans compromission. Un coeur tendre, mais un esprit résolu. ON NE LÂCHE RIEN

Aussi, en France, à la veille de ces départementales des 22 et 29 mars 2015, tous les républicains devraient se mobiliser, pour redire leur grand attachement à la liberté et au bien-vivre ensemble.

Faire revivre l'esprit de cette puissante marche du 11 janvier 2015 serait une belle réponse à cet horrible attentat.

Paris, le 18 mars 2015, par Amadou Bal BA baamadou.over-blog.fr

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 14:30

Plus l'échéance de ces élections locales approche, plus la tension ne cesse d'exploser. Le Premier ministre dramatise, en prévoyant le prévisible, soit la montée du F.N.

La marche du 11 janvier 2015 avait suscité un énorme espoir d'un sursaut du camp républicain, mais l'usage, particulièrement imprudent de l'article 49-3, ainsi que l'obstination à ne pas écouter ceux qui souffrent, me paraissent être les principales causes de cette ascension de la peste brune.

François HOLLANDE a toujours misé sur une montée du FN, pour casser la droite et espérer se maintenir en 2017. Mais François HOLLANDE n'est pas François MITTERRAND. A jouer avec le feu, on finit pas se brûler.

Pour que la Gauche puisse éviter la "débâcle qui vient", en référence au titre d'un ouvrage de Laurent MAUDUIT, elle doit rester fidèle à ses engagements, ses principes et ses valeurs.

Je saisis cette occasion, pour souhaiter une excellente à toutes les femmes du monde.

Paris, le 8 mars 2015, par Amadou Bal BA, baamadou.over-blog.fr

Ces départementales et ces régionales de 2015 qui inquiètent, par Amadou Bal BA, baamadou.over-blog.fr
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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 16:20
  «Je suis un homme qui n’accepte pas de se bercer d’illusions. Je n’irai pas m’asseoir à votre table pour vous regarder manger, sans rien dans mon assiette, et déclarer que je dîne. Il ne suffit pas d’être assis à table pour dîner ; encore faut-il manger de ce qui se trouve dans l’assiette. Il ne suffit pas d’être ici, en Amérique, pour être Américain. Il ne suffit pas d’être né ici, en Amérique, pour être Américain. (…) Non, Je ne me considère pas comme Américain. Je fais partie des 22 millions de Noirs victimes de l’américanisme (…) C’est en victime que je porte les yeux sur l’Amérique. Et ce que j’aperçois ce n’est pas le rêve américain, mais le cauchemar américain» disait-il, le 22 mars 1964. Ce qu’il réclamait, en ces temps durs de ségrégation c’est «le bulletin de vote ou le fusil». Malcolm prônait aussi la révolution mondiale. Assassiné le dimanche 21 février 1965, Malcolm X, est le dirigeant charismatique du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, abattu, à 39 ans, à Harlem de seize balles tirées à bout portant. Selon ses biographes, Malcolm X avait déclaré à ses proches, seulement quelques jours avant sa mort, que «dans sa famille, les hommes ne mouraient pas de mort naturelle». Et ce qui devait arriver arriva. Malcolm avait vu pendant son enfance sa maison brûler suite à une attaque punitive des hommes du Ku Klux Klan. Orateur charismatique, l’homme venait de prendre la parole dans une salle de spectacle de Harlem, à New York (Etats-Unis), quand, à la faveur d’un brouhaha provoqué pour faire diversion, trois hommes ouvrent le feu sur lui. Malcolm s’effondre, mortellement touché. Les trois tueurs, dont deux réussirent à échapper avant d’être finalement appréhendés par la police, étaient tous membres de la secte Nation of Islam (N.O.I.).
Depuis sa mort, Malcolm X est devenu bien plus qu'un militant de la libération noire : son héritage et sa mémoire font l'objet de luttes acharnées. Prédicateur sectaire de la Nation of Islam, ou musulman orthodoxe converti à la tolérance, nationaliste noir ou révolutionnaire ouvert à toutes les alliances, ancien dealer, ex-prisonnier, partisan de l'autodéfense armée, dirigeant panafricain : dans les années, puis les décennies qui ont suivi sa mort, tout ou presque a été dit sur Malcolm X. Passionné, intense et électrique, il incarnait, face à Martin Luther KING, l’autre aspect de la lutte pour les droits civiques, celui d’un nationalisme noir qui ne se contenterait plus des marches pacifistes et des sit-in, dans une Amérique secouée par les émeutes raciales. Adepte de l’autodéfense, parrain éloigné des Black Panthers, créées peu après sa mort, il demeure une figure révolutionnaire radicale et visionnaire, même s’il fut controversé, et à laquelle même Barack OBAMA n’a pas été insensible. «Malcolm X fut et demeure une figure irrécupérable aux yeux de l’establishment blanc. Ce n’est pas par hasard qu’aucune ville américaine ne compte de route, d’avenue, de rue portant son nom en dehors de quartiers spécifiquement noirs» écrit Serge Molla.
Devenu une icône de la culture populaire africaine-américaine et plus largement de la culture populaire et révolutionnaire dans de nombreux pays, la vie et le parcours politique de Malcolm X restent paradoxalement très mal connus, principalement au travers de son autobiographie écrite dans des conditions très controversées. Pour certains, Malcolm X ne serait qu’un dangereux militant radical, de la cause des Noirs aux Etats-Unis et qui appelait à la violence. Pour d’autres, la personnalité de Malcolm, tant décriée, serait plus complexe et emblématique des années 60, dans la lutte pour les droits civiques. Il a fini par comprendre l’Amour est plus fort que la haine.
La vie de Malcolm X est connue principalement à travers son «Autobiographie», coécrite avec Alex Haley, et le film réalisé par Spike LEE en 1992, «Malcolm X». Malcolm X est né Malcolm Little, le 19 mai 1925 à Omaha, Nebraska. En 1931, son père Earl LITTLE, pasteur baptiste et disciple de Marcus GARVEY, qui militait pour le retour des Noirs d’Amérique en Afrique, était assassiné par des proches de l’organisation suprémaciste blanche. Le père de Malcolm mourut dans des conditions épouvantables ; il fut poussé sous un tramway et son corps fut coupé en deux. Ses parents, Louise Langdon Norton LITTLE (1894-1989) et Earl LITTLE (1890-1931), ont 7 enfants ensemble. Le père de Malcolm est un prédicateur baptiste, sans paroisse. Aussi bien lui, que son épouse, sont de fervents adeptes de Marcus GARVEY, une Afrique libre et le retour des Noirs à la mère-patrie. Earl LITTLE est en outre le dirigeant local de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) de GARVEY, et Louise est reportrice pour le Negro World, l’hebdomadaire d’UNIA. Dès leur plus jeune âge, Louise inculque à Malcolm et à ses frères la fierté de leur couleur de peau. Malcolm est fier de ses parents qui ne ressemblent pas aux autres Noirs de la ville ne craignant pas les Blancs. En 1926, sa famille déménage à Milwaukee, Wisconsin, en raison de menaces du Ku Klux Klan, et peu de temps après à Lansing, Michigan. À chaque fois, ses parents doivent faire à nouveau face à des menaces, de nature toujours plus agressive. En 1929, leur maison est incendiée et peu de temps après, Earl LITTLE meurt, selon la version officielle dans un accident de tramway, mais après les nombreuses menaces, un acte malveillant paraît plus vraisemblable. Dans les années qui suivent, la mère de Malcolm connaît de grandes difficultés financières qui pèsent fortement sur son psychisme. Le jeune Malcolm fut traumatisé de voir sa mère perdre son équilibre mental, après la disparition brutale du père. Louise NORTON, nerveuse et bouleversée, dut être placée dans un asile psychiatrique, alors, en 1938, elle est internée dans une institution psychiatrique et les enfants sont placés dans différentes familles d’accueil.
Recueillis par une famille de Blancs du Michigan, Malcolm, lui, put s’inscrire à l’école. Il se prit d’affection pour ce couple Blanc et devient leur «mascote» te fut élu président de sa classe. Il se révéla brillant élève, mais perdit rapidement l’intérêt pour les études lorsqu’il se rendit compte qu’en tant que jeune Noir défavorisé, il n’avait aucune perspective de mobilité sociale. En effet, son professeur Blanc le dissuadait d’entamer une carrière d’avocat, non sérieuse pour un Noir, au profit de celle de menuisier. Malcolm comprend vite que l’avenir qui lui est réservé n’est pas le même que celui de ses condisciples Blancs. Au bout de quelques années, Malcolm quitte sa famille d’accueil pour partir vivre chez sa demi-soeur, Ella COLLINS, à Boston. C’est là qu’il fait ses premiers pas dans la vie nocturne. Il part ensuite s’installer à New York et atterrit à Harlem. Il exerce d’abord de petits boulots avant d’être attiré par les milieux du crime (drogue, prostitution, jeux).
A Boston, il organisa un petit cercle de cambrioleurs qui fut à l’origine de son arrestation en janvier 1946. Malcolm est arrêté et écope d’une peine de prison de 8 ans. Or, paradoxalement, c’est derrière les barreaux que le jeune homme acquit sa solide culture. La plongée dans les livres de la bibliothèque de la prison, qui portaient autant sur l’histoire africaine-américaine que sur l’antiquité occidentale, la philosophie et la rhétorique, éveilla chez Malcolm «le désir profond, latent, de vivre intellectuellement». C’est pendant cette période qu’il découvre l’islam, commence à s’instruire et à faire un examen de conscience. Un codétenu initie Malcolm à la vision de Nation of Islam. Durant son incarcération, Malcolm ale temps d’étudier leurs idées en profondeur et correspond avec Elijah Mohammed, le leader de Nation of Islam, et découvrit ses idées sur la séparation des races et l’affirmation du «pouvoir noir». Malcolm se rend compte que la criminalité, forme de protestation, trahit une volonté d’évoluer en dehors des valeurs dominantes de la société, mais l’ambition n’est pas de changer celle-ci. Cette expérience révèle, pour lui, la véritable nature des relations sociales aux Etats-Unis, contre lesquelles il va se battre. Après sa libération en 1952, Malcolm rencontre Elijah Mohammed en personne à Chicago. C’est à ce moment qu’il remplace son nom de famille par un X, en signe de résistance contre la domination blanche.
Dès sa libération sur parole en 1952, Malcolm rejoignit Elijah Muhammed (1897-1975), adepte de la Nation of Islam qui se basait sur un antogonisme des races, une dichotomie Blancs-Noirs. Selon Wallace FARD Muhammad, fondateur et dirigeant de la Nation of Islam entre 1930 et 1934, s’appuyant sur une révélation religieuse, les Noirs, les SHABBAZ, premiers êtres créés par Dieu ; la puissance de la race blanche fondée sur une sélection génétique, est de source démoniaque et criminelle. Par conséquent, les Blancs ne sont pas dignes de confiance et les Noirs devraient comprendre et retrouver leur glorieuse histoire laissée en Afrique. Les raisons d’adhérer à Nation of Islam ne sont pas forcément religieuses, il peut s’agir d’un sentiment d’appartenance à un groupe fondé sur la fraternité, possédant un pouvoir pour affirmer l’identité et la dignité, de sa communauté, brisant ainsi l’image caricaturale des Noirs. Ce mouvement défendait des valeurs morales dans lesquelles certains exclus se reconnaissaient (drogués, prostitués, alcooliques, anciens prisonniers). Malcolm X changea de nom, remplaçant le patronyme «LITTLE» hérité de l'époque de l’esclavage par la lettre X, symbole de l’inconnu en mathématiques. Cette étape, même si elle est parfois gommée ou minimisée, est déterminante pour la formation idéologique de Malcolm, prônant une révolution noire, mondiale et culturelle. Il a fustigé cette situation de servilité qui régnait en Amérique : «Il y avait deux types d’esclaves : ceux des champs et ceux de la maison. Le Noir d’intérieur vivait dans le foyer, près de son maître, ou bien dans la cave, ou bien au  grenier. Il était vêtu et le maître lui laissait les restes de sa table et il révérait son maître. Je crois qu’il aimait son maître plus que le maître s’aimait lui-même» écrit Malcolm. «L’honorable Elijah Muhammed nous a rendu nos racines culturelles, notre identité raciale, notre fierté raciale et notre confiance racial. Il nous a donné l’envie et l’énergie de nous lever sur nos propres pieds et de marcher pour nous-mêmes» dit-il.  Au service de la Nation of Islam, il propageait le message de la confrérie appelant au séparatisme noir. Son charisme, sa dialectique caustique et son sens de la provocation et de la rhétorique contribuèrent au succès grandissant du mouvement dont le nombre d’adhérents sextupla en l’espace de dix ans. Mais la popularité grandissante de Malcolm fit de l'ombre au chef suprême de la NOI qui décida de l’écarter.
En 1958, il se marie avec Betty Dean SANDERS, alias Betty SHABAZZ, à Lansing, Michigan. Ils ont six filles, dont des jumelles nées après le décès de Malcolm en 1965. Betty, une infirmière et militante fidèle de Nation Islam, est très importante pour Malcolm et restera à ses côtés jusqu’à sa mort. Toute sa vie durant, Malcolm aura été entouré de femmes de caractère. À commencer par sa mère, Louise Little, elle-même activiste et journaliste, qui lui apprend dès sa plus tendre enfance à être fier de son identité. Sa demi-soeur, Ella Collins, une femme forte, elle aussi, et émancipée, qui l’a accueilli chez elle quand il a quitté sa famille d’accueil et le lycée pour Boston. Malcolm est tellement impressionné par Ella qu’il l’aurait décrite comme «la première femme noire réellement fière qu’il ait jamais rencontrée». Des femmes comme Audley MOORE, Maya ANGELOU et Shirley GRAHAM du BOIS l’ont également influencé.
La rupture entre Elijah Muhammed et Malcolm fut consommée en 1964 quand ce dernier quitta la NOI pour fonder la Muslim Mosque Incorporated (MMI) et, surtout, l’Organization of Afro-American Unity (OAAU), une branche américaine du mouvement panafricaniste. Cette organisation fut le point culminant du développement internationaliste de la pensée de Malcolm X, qui effectua dans les années 1960 de nombreux voyages au Proche-Orient et en Afrique où il rencontra, Kwamé N’KRUMAH, le pape du panafricanisme. Depuis sa rupture avec la confrérie d’Elijah Muhammad où il ne comptait pas que des amis, Malcolm avait fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat. Une semaine avant l’attentat qui lui coûta la vie, sa femme et ses filles avaient failli mourir dans un incendie criminel qui avait ravagé sa maison.
Hollywood présente aujourd’hui Malcolm X comme «une des figures les plus marquantes de l’histoire et de la politique américaines». Etrange renversement d’attitude de la part de ceux qui, longtemps, n’ont vu dans cet homme que le «terroriste extrémiste», le «symbole de la violence raciale». En effet, en 1965, peu après l’assassinat de Malcolm X, Columbia Pictures achète les droitscinématographiques de l’Autobiographie et approche BALDWIN pour lui demander d’en tirer un scénario, «Le jour où j’étais perdu : la vie de Malcolm X, un scénario». Contre l’avis de ses proches, BALDWIN, qui a toujours voulu écrire pour le cinéma, accepte cette offre. Mais un désaccord va survenir. De manière assez surprenante pour l’époque, Columbia envisage de recourir au vieil artifice raciste hollywoodien du «blackface» qui veut que le rôle principal soit tenu par un Blanc, «un peu assombrie». Le nom de Charlton HESTON circule un temps. Les producteurs demandent également à Baldwin de profondes réécritures, qu’il refuse, et lui adjoignent un «assistant technique», Arnold PERL. Ces difficultés s’ajoutant à d’autres, d’ordre personnel, conduisent Baldwin à abandonner l’idée de voir son texte porté à l’écran. Il se résout alors à le publier sous forme de livre. L’Autobiographie et le film de Spike EE ont une structure similaire : la vie de Malcolm X est segmentée en étapes qui dessinent une évolution menant du Malcolm X, séparatiste noir condamnant les «diables blancs», au dernier Malcolm, prêchant, après son retour de La Mecque, un message de «tolérance». «Pour nombre de Blancs, on message se réduit à son passage du séparatisme noir à ce qui peut être décrit comme un universalisme multiculturel», note Manning MARABLE.
A contrario, la perception de Malcolm X par James BALDWIN n’est pas construite selon cette supposée progression. Elle met plutôt au centre les contradictions, les tensions de la vie, de la pensée et de l’action de Malcolm X et nous permet de comprendre tout à la fois Malcolm X et James BALDWIN dans leur complexité, dans leur époque et dans les continuités/discontinuités du mouvement de libration des Noirs américains. Ainsi, la haine des «diables blancs» de Malcolm X n’est pas circonscrite à l’époque particulière de sa vie où il aurait été «fanatique» avant de se convertir à la «tolérance». La place occupée par les flashbacks dans l’œuvre de BALDWIN traduit cette volonté de montrer la vie de Malcolm X comme elle était : un enchevêtrement d’influences et de positions, parfois contradictoires, mais toujours tendu vers la libération noire.
Présenté par ses adversaires comme «un intégriste», il est indéniable, au départ, Malcolm X était de la mouvance très radicale. Cette prise de position ne reposait que sur un rapport de force, un seul groupe, les Blancs, avait le pouvoir et avait décidé à imposer aux Noirs la ségrégation raciale. Le séparatisme, qui est en fait un objectif lointain, de Malcolm X découle de cette idée que les Noirs sont exclus de la société américaine : «C’est la séparation qui constitue la meilleure solution, nos gens rentrant au pays dans notre patrie africaine. Mais la séparation, le retour en Afrique, est un programme dont la réalisation est encore lointaine, et tandis qu’elle reste encore à réaliser, 22 millions des nôtres, qui sont encore ici, en Amérique, ont besoin immédiatement d’être mieux nourris, mieux vêtus, mieux logés, mieux éduqués et de trouver du travail à de meilleures conditions» précise-t-il. Par conséquent, et dans l’immédiat, il voulait donc instaurer un ordre  nouveau, en Amérique, fondé sur l’égalité réelle. Initialement, il était sévère avec Martin Luther KING : «Martin Luther King est un homme “responsable” aux yeux des Blancs. C’est normal. Quiconque invite les Noirs à tendre l’autre joue, à pratiquer la non-violence, à se montrer passifs en face des brutalités dont ils sont l’objet, fait preuve de “responsabilité” à l’égard du système et est en partie coupable de ces brutalités. Le but est clair : il s’agit de nous empêcher de riposter à la violence que nous subissons. Cela a valu le prix Nobel de la Paix à Martin Luther King. Si on m’offrait le prix Nobel, je me suiciderais» dit-il.  Cependant, par la suite, la vision de Malcolm s'est élargie, et il a compris que la bêtise et la haine, comme la sagesse et l'amour, ne sont pas l'apanage d'une «race», ou, pour être plus juste, d'une culture, d'une civilisation, d'une origine. Progressivement, Malcolm X a senti que la haine et la violence menaient à l’impasse ; seule l’ouverture d’esprit et de cœur peuvent permettre des solutions durables, pour le bien-vivre ensemble. «Il y a un peu de Martin et de Malcolm en chaque noir américain» écrit James CONE. En effet, Martin Luther KING récupéra la compréhension blanche de la foi chrétienne et la libéra pour ceux qui en avait été la victime, Malcolm X se proposa comme étant l’interprète majeur de l’identité noire, de la Blackness. Malcolm X est devenue une figure mythique et les comparaisons rapides entre les deux personnages le Saint contre le Démon, le pacifique contre le violent, ne nous renseignent pas vraiment sur l’évolution de la pensée de ce personnage. Malcolm évoque souvent le concept de «cauchemar» tant que Martin fait référence «au rêve américain».
Franck STEIGER a bien décrit le cheminement de la pensée de Malcolm X, un révolutionnaire, qui a évolué vers les positions de Martin Luther KING «Mme King, voulez-vous dire au docteur King, que j’avais l’intention de lui rendre visite en prison. Je veux que le docteur King sache que je ne suis pas venu à Selma pour lui créer des difficultés. Je suis venu en réalité pour lui faciliter la tâche. Si les Blancs se rendaient compte de ce qu’est l’autre possibilité, sans doute seraient-ils plus disposés à entendre le docteur King» dit-il à Coretta KING, l’épouse de Martin. Malcolm se rallie, en grande partie, ainsi à sa théorie de non-violence. Malcolm et Martin avaient pris rendez-vous le 22 février 1965, mais le 21 février, Malcolm a été assassiné.
En dépit des caricatures et de l’animosité dont il a fait l’objet, Malcolm n'a cessé de croître, faisant de lui l'un des Afro-Américains les plus célèbres du XXe siècle. A l'instar de Martin Luther KING, il est devenu un symbole bien au-delà des États-Unis. Intellectuels, artistes ou simples citoyens de tout horizon ont trouvé dans ses discours une source d'inspiration. La pensée de Malcolm X nous interpelle encore à l’aube du XXIème siècle avec ces policiers qui étouffent les jeunes noirs aussi en France qu’aux Etats-Unis ; la violence n’est pas acceptable dans une société démocratique, mais comment résoudre, pacifiquement, les problèmes d’inégalités, d’injustice, de racisme, de religion, de conflit entre l'individu et les modèles sociaux ou l'acceptation de soi ?
Dans le livre Philippe GODARD, montre le cheminement de la pensée de Malcolm X, ses derniers mois, à partir de sa rupture avec la Nation de l'Islam. Il a fini par comprendre que la fraternité, avec les Blancs, et le respect des autres sont des éléments fondamentaux du bien-vivre ensemble. Le message et la pensée politique de Malcolm X, sont de ce point de vue, d'une brûlante actualité. Sa célèbre devise, "par tous les moyens nécessaires", n'est pas une exhortation à se livrer à n'importe quel type de violence, à foncer tête baissée sans se remettre en question, sans se lancer, finalement, dans le combat politique. Le premier «moyen nécessaire» à toute libération est de réfléchir profondément à ce qui doit être mis en œuvre pour vaincre l'oppression. C'est ce qu'a fait Malcolm X, en reconnaissant ses erreurs de jeunesse et en se livrant à une autocritique approfondie de son rôle comme porte-parole de la Nation de l'Islam. Ainsi, après avoir demandé un État séparé pour les Noirs, il a fini par prôner l'abandon définitif de la ségrégation entre Noirs et Blancs. Il a réalisé que son objectif : obtenir que le monde respecte en tant qu'êtres humains le peuple noir, ne pouvait se réaliser qu'en édifiant une société autre, fondée sur la fraternité entre tous les êtres humains.
James CONES, pense Malcolm et Martin Luther KING ont mené la «même cause, le même combat». Pour saisir le sens de l'Amérique dans sa relation avec l'héritage africain, il est nécessaire de mettre en regard les figures de Malcolm X et Martin Luther King qui symbolisent tous deux, et ensemble, la tradition de résistance dans l'histoire noire : intégrationnisme et nationalisme noir. Comment recouvrer une identité dans la société du rêve américain qui se passe encore et toujours de ses composantes noires ? Malcolm X et Martin Luther KING incarnèrent les dimensions de la lutte afro-américaine pour l'identité. Retenir l'un et rejeter l'autre revient à devenir schizophrène. La lecture du portrait croisé de deux figures charismatiques et religieuses de la résistance à la discrimination donne incontestablement à réfléchir.
Finalement, James CONES, a démontré Malcolm X et Martin Luther KING étaient bien plus liés que ce qu'on veut bien nous faire croire. Ils avaient deux méthodes de combat qui se sont rapprochés au fil du temps et ils ont apporté tous les deux une contribution énorme à la lutte pour l'égalité aux Etats-Unis. L'un ne va pas sans l'autre, Luther King ne serait pas ce qu'il est sans Malcolm X et vice-versa.
Malcolm X, un personnage controversé, mais qui a réévalué sa doctrine vers la fin de sa vie. Manning MARABLE, un africain-américain, professeur d’histoire à l’université de Columbia, parle de Malcolm X, avec un très grand respect voire avec admiration. Il s’oppose très fermement à l’appréciation de ses adversaires blancs qui ne cessaient de dénoncer en Malcolm un démagogue dangereux et irresponsable, prophète de la haine etc. Mais il ne cherche pas non plus à en faire un héros infaillible ni à gommer les limites et les contradictions du personnage. On apprend beaucoup, par exemple, sur la carrière de truand qui a amené Malcolm X en prison (1946-1952), où il a été recruté par la Nation of Islam (NOI). Une brève rencontre homosexuelle, probablement le fruit de la nécessité économique, est mentionnée au passage, ce qui n’a pas manqué de scandaliser certains admirateurs inconditionnels (et homophobes) de Malcolm X.
MARABLE ne se voyait ni comme intégrationniste, ni comme séparatiste ou black nationalist, mais comme «transformationniste» et ses références théoriques venaient en grande partie du marxisme. L’un des leitmotivs de l’épilogue est que Malcolm – tout en s’impliquant de plus en plus dans les luttes anticolonialistes et révolutionnaires du tiers monde, et tout en accueillant le dialogue avec l’extrême gauche trotskyste états-unienne – était de plus en plus convaincu de la nécessité pour les Noirs américains de s’impliquer dans la vie politique institutionnelle, sans illusions, mais sans abandonner ce terrain. Il n’était pas intégrationniste car il n’a cessé de se concevoir d’abord comme Noir, c’est-à-dire comme homme d’origine africaine, avant d’être citoyen des États-Unis. Il «percevait les noirs américains comme une «nation opprimée au sein d’une nation», dotée de sa propre culture, ses propres institutions», ses propres «mémoires de luttes pour la liberté». Cependant, à la fin de sa vie, écrit MARABLE, «il s’est rendu compte du fait que les Noirs pouvaient atteindre une représentation et même du pouvoir au sein du système constitutionnel états-unien». Son objectif était «une restructuration fondamentale de la richesse et du pouvoir aux États-Unis : pas une révolution sociale violente mais néanmoins un changement radical et significatif». Il rejetait «l’indifférence à la couleur» (color­blindness) mais, comme Frantz FANON, il croyait que les «hiérarchies dans la société pouvaient être démantelées». Si Malcolm n’a cessé de défendre le droit à l’autodéfense armée face aux violences racistes, il ne défendait pas, écrit MARABLE, «la violence pour la violence» (violence for its own sake). Pour résumer son propos, MARABLZ qualifie Malcolm, à la fin de sa vie, d’«humaniste radical», plus proche de la vision de James BALDWIN, qui appréciait la «douceur» (gentleness) de Malcolm.
Bibliographie sélective
1 – Contributions de Malcolm X
X (Malcolm), Derniers discours, traduction Isabelle Chapman et Edith Ochs, introduction de Bruce Perry, Paris, Dagorno, 1993, 188 pages ;
X (Malcolm), HALEY (Alex), The Autobiograpgy of Malcolm X, préface M. S Handler, New York, Ballantine Books, 1973, 460 pages et Paris, Pocket et Bernard Grasset, 1993, 336 pages ;
X (Malcolm), Le pouvoir noir, textes réunis et présentés par Georges Breitman, traduits par Guillaume Carle, et préface de Claude Julien,  Paris, François Maspéro, 1968, 203 pages ;
X (Malcolm), Nous les Nègres, entretien avec Kneth B Clarke, traduit par André Chassigneux, préface d’Albert Memmi, Paris La Déocuverte, 2008, 101 pages ;
X (Malcolm), Pensez par vous-mêmes, introduction Philippe Godard, Paris, Syros, 2006, 111 pages ;
X (Malcolm), Sur l’histoire afro-américaine, préface M. Lydia Zaid, Bruxelles, Aden, Les Belles Lettres, 2008, 105 pages.
2  - Critiques de Malcolm X
ADOFF (Arnold), Malcolm X, New York, Crowell, 1970, 41 pages ;
BREITMAN (George), CLIFTON (Deberry), Malcolm X, révolutionnaire noir, Montreuil, La Brèche, 1994, 165 pages ;
BREITMAN (George), The Assassination of Malcolm X, New York, Pathfinders Press, 1991, 196 pages ;
COHEN (Jim), «A propos du livre de Malcolm X : A Life of Reinvention, de Manning Marable, Penguin Book, 2011», Mouvements, 2012, (4) n°72, 168-170 ;
CONE (James, H), Malcolm X et Martin Luther King : les effets d’une colère noire, traduction de Serge Molla, Genève, Labor et Fides, Paris, Cerf, 1993, 143 pages ;
CONE (James, H), Malcolm X et Martin Luther King, même cause, même combat, traduction de Serge Molla, Genève, Labor et Fides, 2008, 124 pages ;
GODARD (Philippe), Malcolm X : pensez par vous-mêmes, Paris, Nathan, 2010, 113 pages ;
GOLDMAN (Peter, Louis), The Death and Life of Malcolm X, Urbana, London, University of Illinois Press, 1979, 470 pages ;
KHIARI (Sadri), Malcolm X, stratège de la dignité noire, Paris, éditions Amsterdam, 2013, 123 pages ;
MARABLE (Manning) X (Malcolm), une vie de réinvention, Manning Marable, traduit par Emmanuel Dalgo Hoch, Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein, Paris, Syllepse, collection Militantisme, Québec, M. éditeur, octobre 2014,  752 pages ;
NATAMBU (Koffi), The Life and Work of Malcolm X, Indianapolis, Alpha, 2002, 330 pages ;
ROULET (Daniel), Malcolm X : par tous les moyens nécessaires, Strasbourg, Desmaret, 2004, 56 pages ;
STEIGER (Frank), Les trois dimensions de la révolution inachevée, préface de Serge Molla, Paris, L’Harmattan, 2003, 142 pages ;
SYLLA (Fodé), KOWALESKI (Sbignew), Qui a peur de Malcolm X ?, Paris, Ramsey, 1993, 170 pages.
Paris, le 22 février 2015 et actualisé le 30 mai 2018, par Amadou Bal BA  -  http://baamadou.over-blog.fr/
Malcolm X (1925 - 1965).
Malcolm X (1925 - 1965).
Malcolm X (1925 - 1965).
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Malcolm X (1925 - 1965).
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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 12:17

L'usage de l'article 49-3 : un déni de démocratie ou une réaffirmation de l'autorité du gouvernement ? par Amadou Bal BA, baamadou.over-blog.fr

J'ai été surpris, après l'esprit du 11 janvier 2015 qui avait enclenché une dynamique d'union nationale autour du gouvernement, par le recours subite à l'usage de l'article 49-3 pour faire adopter un texte divisant, fondamentalement, la majorité. Ce projet de loi MACRON aurait pu être reporté après les départementales qui s'annoncent comme difficiles.

En fait, à travers l'usage de l'article 49-3, M. VALLS a voulu réaffirmer son leadership sur sa majorité, surtout consolider son orientation sociale-démocrate, et priver M. MACRON d'une victoire qui l'aurait propulsé encore un peu plus au devant la scène politique.

La Droite, en mal de leadership, de ligne politique claire, aurait pu voter la loi MACRON d'inspiration libérale, mais elle s'est embourbée, une fois de plus, dans une logique politicienne d'appareil.

Ce passage en force de la loi MACRON m'interpelle à un double titre.

D'une part, après les congrès désastreux de RENNES et de REIMS du PS, tout le monde croyait que le congrès de juin 2015, à Poitiers, allait consacrer, sans coup férir, le couronnement de la ligne politique sociale-démocrate de VALLS-CAMBADELIS.

Jusqu'ici au sein du PS, ces logiques de clans, apparemment fratricides, ne sont qu'une technique de partage du gâteau. Les différents courants se comptent, à travers les motions. On se réparti les postes. La synthèse étant faite, tout le monde rentre dans les rangs, mais provisoirement. Espérons que le congrès de Poitiers sera une rencontre de clarification entre deux gauches qui s'affrontent, depuis plus d'un siècle.

D'autre part, au-delà de cette logique partisane, ce sont, en définitive, les électeurs qui trancheront. En effet, les départementales et les régionales de mars 2015, nous diront, si cette ligne sociale-libérale, particulièrement rude pour les défavorisées et généreuse pour les puissants, est encore légitime. Le candidat Français HOLLANDE avait annoncé une politique de gauche, mais gouverne à droite. C'est un homme estimable et honnête, mais il a gravement manqué au respect de la parole donnée.

Le Parti socialiste est menacé d'implosion. Il est, donc, grand temps de sortir de l'ambiguïté. Or, "on ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens", disait Jean-François Paul de GONDI, le Cardinal de RETZ (1613-1679), un mémorialiste, frondeur contre MAZARIN qui s'intéressait aux conspirateurs et aux héros de l'Antiquité.

Paris, le 21 février 2015, par Amadou Bal BA, baamadou.over-blog.fr

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 20:56

r, dans le DOUBS par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/.

Très satisfait de cette bonne nouvelle qu'est la victoire de Frédéric BARBIER à la législative partielle dans le Doubs. Le gouvernement doit encore penser aux plus faibles, à l'emploi, à l'investissement productif dans les entreprises et les collectivités locales.

A quelques semaines des départementales, je suis particulièrement préoccupé de la progression du FN, dans les territoires et la ruralité.

Je suis consterné par cette porosité entre l'UMP et le FN.

Les républicains doivent se mobiliser davantage aux prochaines échéances électorales que les départementales et les régionales de 2015.

Un grand BRAVO à Frédéric et plein succès dans tes missions de député !

Paris, le 8 février 2015, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Le grand soulagement : victoire palpitante du candidat socialiste, Frédéric Barbier
Le grand soulagement : victoire palpitante du candidat socialiste, Frédéric Barbier
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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 16:20

«Par ses travaux, il fut celui qui guida nombre de chercheurs vers des avenues historiques nouvelles, tout en étant celui qui, par ses actions engagées dans plusieurs causes sociales, montra le rôle et 1'utilité des intellectuels dans la vie quotidienne», souligne Didier ERIBON, un de ses biographes. La pensée de FOUCAULT particulièrement neuve, ébranle les certitudes et envisage un nouvel ordre des choses, par delà les effets de mode ou les engouements sporadiques : «C'est que la pensée de Foucault, parmi bien d'autres choses, est celle de la révolte, du refus de la réflexion bâclée et superficielle et des fausses évidences, du changement aussi constant que fragile» écrivent Jean-Marie FECTEAU et Marcelo OTERO. Philosophe, anthropologue, psychologue, sociologue, journaliste, littéraire, épistémologue, critique d’art et historien, militant et humaniste, Michel FOUCAULT est un penseur atypique : «Les cloisons disciplinaires des sciences sociales et humaines se brouillent et de nouveaux ponts transversaux sont construits, obligeant de nombreux spécialistes à re-problématiser leurs objets d’étude et d’intervention» écrit Marcelo OTERO. Par ailleurs, le style FOUCAULT a été magnifié, par Maurice BLANCHOT, pour sa splendeur, sa précision et ses qualités, apparemment contradictoires. Renonçant à la métaphysique, la philosophie de FOUCAULT est «un îlot fragile, mais tenace» dit Martin RUEFF. La radicalité de son questionnement touche à des sujets variés, à la croisée de la philosophie et de l’histoire, comme le phénomène du pouvoir, la liberté et l’assujettissement, la volonté de normalisation de la société. Il ne propose ni vision globale du monde, ni théorie générale de la société. Il estime que le libéralisme n’est pas seulement une interprétation de la liberté, mais c’est un art de gouverner ; c’est pour cela que FOUCAULT s’intéresse aux pratiques concrètes d’exercice de la liberté, en termes de gestion des personnes et des choses. En particulier, FOUCAULT soulève d’importantes interrogations : Pourquoi faut-il constamment dire et se dire «qui» on est ? Qu’est-ce que dire «vrai» ? Comment peut-on devenir sujet moral de son action ?

En effet, FOUCAULT a considérablement transformé notre regard sur les choses et renouvelé considérablement la réflexion sur des objets précis, comme la folie, la médecine, la criminalité, les sciences humaines, la prison, la sexualité. Il est difficile de parler d’un héritage de FOUCAULT. En effet, personne n’aime se reconnaître, étranger, dans un miroir où il ne discerne pas son double, mais celui qu’il aurait aimé être. Contemporain de Jacques LACAN (1901-1981), Jean-Paul SARTRE (1905-1980) et Raymond ARON (1905-1983), Michel FOUCAULT a inventé une autre manière d’être intellectuel. Michel FOUCAULT, l’intellectuel ce n’est pas celui qui tente de modifier la pensée des autres, mais c’est d’abord celui qui réexamine la sienne. L'intervention de l'intellectuel n’est pas un donneur de leçons ou donneur d'avis quant à des choix politiques. En revanche, si, pour un certain nombre de raisons, un intellectuel pense que son travail, ses analyses, ses réflexions, sa manière d'agir, de penser les choses peuvent éclairer une situation particulière, un domaine social, une conjoncture, et qu'il peut effectivement y apporter sa contribution théorique et pratique, à ce moment-là, on peut en tirer des conséquences politiques, l’intellectuel peut apporter, s'il le veut, à la perception et à la critique de ces choses, des éléments importants, dont se déduisent ensuite tout naturellement, si les gens le veulent, un certain choix politique.
Grand philosophe du XXème siècle et militant engagé dans son époque, un penseur non-conformiste, hors institution pour mieux transformer notre regard sur les choses, la contribution de FOUCAULT est «un beau feu d’artifice». En 1978, devant des étudiants californiens, il rêvait à haute voix de «livres bombes» : ces livres ne tueraient personne, mais «disparaîtraient peu de temps après qu’on les aurait lus ou utilisés».
La philosophie comme «Mission impossible » : «ce message s’autodétruira dans cinq secondes». Après l’explosion, «on pourrait rappeler aux gens que ces livres ont produit un très beau feu d’artifice» ajoutait-il malicieusement. En dépit de ce clin d’œil à Hollywood, les livres de FOUCAULT ne se sont pas autodétruits. Mieux qu’à des bombes, ils ressemblent à ces fusées porteuses d’autres fusées que lancent pour notre joie les artificiers.  Michel FOUCAULT continue toujours de susciter un considérable intérêt, notamment dans le monde anglo-saxon et ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues.
Dans son rapport à l'action politique, sa perception du temps présent, ses convictions quant à la fonction sociale qui lui est dévolue, FOUCAULT dialogue avec Emmanuel KANT sur «Qu'est-ce que les Lumières ?». Inquiet du régime que les Politiques font subir à la Vérité, figure éminente de la vie intellectuelle, homme de plusieurs vies, philosophe masqué, influencé par Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) et Martin HEIDEGGER (1889-1976), Michel FOUCAULT part du principe que la liberté induit aussi la contrainte, le pouvoir disciplinaire de l’Etat. Dans la société libérale, régie par un contrat social, le citoyen est censé avoir accepté, une fois pour toutes, les lois de la société, y compris les mesures disciplinaires, la punition étant un moyen de préserver l’intégrité de la société, pour la protéger. Mais parler de dangerosité alimente le sentiment d’insécurité qui, à son tour, renforce l’idéologie sécuritaire. Finalement, derrière cette instrumentalisation excessive du sentiment d’insécurité, se joue une bataille politique : on passe ainsi d’une justice fonctionnelle, contre les éléments déviants, vers une justice de protection dirigée vers certains éléments de la société, avec une stratégie de pouvoir, une discipline d’exclusion et de transgression. La discipline devient, alors, une guerre de groupes sociaux aux intérêts divergents, une lutte des classes aux droits contradictoires, avec une désignation, avant le trouble à l’ordre public, de l’ennemi social (vagabonds, mendiants, étrangers). Ainsi, dans les pays Occidentaux, régimes de démocraties ethnicisées et racialisées, des lois sévères sur l’immigration ont été mises en place, et les nationaux issus de l’immigration, sous prétexte d’une lutte contre le terrorisme, l’islamisme ou le trafic de drogue, de vastes ensembles de populations sont arrêtés et détenus, souvent sur des motifs flous ou vague de sécurité nationale. Par ailleurs, et pour les nationaux, notamment en France, diverses techniques disciplinaires apparaissent contre les chômeurs, les retraités les fonctionnaires et les collectivités locales.
C’est dans ce contexte, que Michel FOUCAULT a soutenu la plupart des combats minoritaires qui ont vu le jour après mai 1968 (prisonniers, homosexuels, étrangers). Ses contributions restent et sont d’une grande actualité. Michel FOUCAULT appartient désormais à la grande tradition philosophique occidentale. Il a abordé divers thèmes, notamment anthropologie et langage, régimes de pouvoir et régimes de vérité, gouvernement de soi et des autres. Mais Michel FOUCAULT n’est pas un philosophe comme les autres. L’originalité singulière de sa démarche tranche fondamentalement avec la tradition. L'œuvre de Michel FOUCAULT, à l'écart des modes intellectuelles de son temps, et à la croisée de la philosophie et de l'histoire, ne propose ni vision globale du monde ni théorie générale de la société. De l'histoire de la folie à l'histoire de la sexualité, ses recherches ont une double ambition: saisir des phénomènes concrets à travers la généalogie de pratiques singulières, d'une part, procéder à une critique rétrospective de notre temps en dévoilant l'historicité de nos catégories de pensée, avec leur part de contingence, d'arbitraire et de pseudo-évidences, d'autre part.
Loin du déterminisme anhistorique, du pessimisme ontologique ou du nihilisme qu'on lui a prêtés, Michel FOUCAULT, dans sa démarche d’intellectuel engagé, délivre un message optimiste : nous pouvons transformer et améliorer notre sort dès lors que nous avons saisi les dispositifs de savoir et les mécanismes de pouvoir qui nous ont constitués en objet d'investigation et de manipulation. Pour Michel FOUCAULT l’Histoire est un instrument de démystification de la fatalité, un révélateur d'indétermination et, somme toute, de liberté. L’histoire est un instrument de démystification de la fatalité, un révélateur d’indétermination et, somme toute, de liberté. Contrairement aux idées, et sans nier l’existence de classes et de luttes, il pense que le pouvoir, un rapport de forces, procède non pas de la propriété, mais d’une stratégie : «Il s’exerce plutôt qu’il ne se possède, il n’est pas le privilège acquis ou conservé, mais l’effet d’ensemble de ses positions stratégiques» écrit-il. Par conséquent, une multitude d’entités, y compris privées, interfèrent dans le pouvoir disciplinaire que l’Etat est chargé d’organiser. Le pouvoir peut agir par la violence, la manipulation ou la propagande en vue de tromper. L’objectif du pouvoir disciplinaire n’est pas d’inciter, susciter et combiner, mais de répartir, sérier, composer et normaliser, de «surveiller et punir». Michel FOUCAULT a, lui-même, invité ses lecteurs à utiliser ses travaux comme autant de «boîtes à outils», susceptibles de fournir des instruments d'analyse des systèmes de pouvoir. Dans ces stratégies de pouvoir, FOUCAULT nous invite à penser autrement. Le secret n’existe que pour être trahi, se trahir lui-même.
«Quel est donc ce moment si fragile dont nous ne pouvons détacher notre identité et qui l’emportera avec lui ?» s’interrogeait FOUCAULT sur l’influence de la vie familiale sur les artistes. Paul-Michel FOUCAULT est né, le 15 octobre 1926, à Poitiers, d’une famille bourgeoise aisée de tradition catholique et de droite. Du côté du père comme de la mère, on trouve des générations de médecins. Son père, Paul-André FOUCAULT (1893-1954), né à Fontainebleau, d’une famille dévote, est un médecin-chirurgien décoré de la croix de guerre. Son grand-père paternel était médecin à Fontainebleau, et son arrière grand-père, médecin des pauvres à Nanterre. Sa mère, Anne MALAPERT (1900-1987), issue d’une famille de libres-penseurs voltairiens, est la fille d’un chirurgien qui enseignait à l’école de médecine de Poitiers. Son frère, Denys, sera chirurgien.
De 1930 à 1936, il effectue ses études primaires à Poitiers. En 1936, il fréquente le lycée Henri IV de Poitiers et côtoie des enfants de réfugiés espagnols. Son père voulait le destiner aux études de chirurgien. En raison de l’Occupation, et de l’absence d’enseignants, sa famille le place en octobre 1940 au collège Saint-Stanislas, une institution religieuse. En juin 1940, il réussit, avec dispense d’âge, la première partie du baccalauréat. Il obtient son baccalauréat en octobre 1943, et en octobre 1945, après avoir échoué au concours d’entrée à l’école normale supérieure de Paris, il entre en Khâgne, au lycée Henri IV de Paris. Jean HYPPOLITE (1907-1968), grand traducteur et commentateur de Hegel, enseigne la philosophie à Henri-IV. Ses cours sont éblouissants, et c’est toute la pensée de Hegel qui se découvre aux yeux fascinés des élèves. La philosophie n’apparaît plus comme un jeu formel, mais semble partager un destin commun avec les affres de l’histoire. Foucault tiendra toujours à marquer sa dette envers l’immense professeur à qui, comme il l’écrira dans une dédicace, il «doit tout».
Entré à l’école normale supérieure, et mal à l’aise avec son physique et ses orientations sexuelles, un penchant pour l’alcool, il souffre d’une dépression aiguë et par deux fois tente de se suicider. A cette époque, il rencontre de nombreuses personnalités, dont Pierre BOURDIEU, et lisait Vigny, Musset, Eluard, Nerval, Saint-John Perse, Heidegger, Husserl, Jaspers et Bergson. Michel FOUCAULT est fasciné par MERLEAU-PONTY, professeur de psychologie. Il est décrit comme «un jeune homme rieur, aux gestes vifs, un regard clair et vigilant derrière des verres sans montures. Foucault est intelligent comme tous les homosexuels» écrit Maurice PINGUET. FOUCAULT adhère au Parti communiste français, mais pour une courte période seulement, de 1950 à 1953, et suit ainsi les pas de son mentor de l'époque, Louis ALTHUSSER, répétiteur de philosophie pour l’école normale. Lorsqu'il quitte le Parti communiste, c'est sur la base des informations qui commençaient alors à filtrer sur la situation réelle en Union soviétique et notamment du Goulag, sous la dictature de Staline.
Grâce à la Fondation Thiers, il prépare et réussit l’agrégation de philosophie, en août 1951 ; il rencontre, en 1952, le compositeur Jean BARRAQUE, et découvre Beethoven, le vin, René CHAR et Nietzsche. Michel FOUCAULT devient répétiteur de psychologie, dont il a passé la licence nouvellement créée, à l’École Normale Supérieure. Il devient en 1956, Directeur de l’Institut français d’Uppsala en Suède, puis en 1958, Directeur du Centre de Civilisation française et en 1959, chargé de l’Institut français de Hambourg. Contrairement à ses parents, orientés vers la médecine, Michel FOUCAULT a choisi de poursuivre une formation philosophique. Parallèlement, il développe un intérêt pour la psychologie et, en 1952, passe son diplôme de psychopathologie à l’Institut de psychologie de Paris. Ses premiers travaux sont marqués par cette discipline. Ils portent ainsi sur les questions de la maladie mentale, la «Maladie mentale et personnalité», publié en 1954, du rêve, il rédige en 1954 une introduction au livre le Rêve et l’Existence du psychiatre suisse Ludwig BINSWANGER.
«Chacun de mes livres représente une partie de mon histoire» dit FOUCAULT qui a travaillé pour un hôpital psychiatrique, il a été employé à des fonctions de psychologue. C’est en 1960 que Michel FOUCAULT entre à l’université de Clermont-Ferrand et y fait la connaissance de Daniel DEFERT, agrégé de philosophie, qui va devenir son compagnon, pendant plus de 20 ans, «une relation de passion». A la mort de Michel FOUCAULT, dès suite du SIDA, Daniel DEFERT fonde la première association de lutte contre le SIDA, «AIDES», dont il devient le président de 1984 à 1991. Daniel DEFERT est légataire des notes et manuscrits de FOUCAULT, et fera publier quatre volumes, à titre posthume, intitulés : «Dits et écrits» ainsi que ses cours au Collège de France. «Si je devais écrire un livre pour communiquer ce que je pense déjà, avant d'avoir commencé à écrire, je n'aurais jamais le courage de l'entreprendre. Je ne l'écris que parce que je ne sais pas encore exactement quoi penser de cette chose que je voudrais tant penser. [...] Je suis un expérimentateur en ce sens que j'écris pour me changer moi-même et ne plus penser la même chose qu'auparavant» écrit-il. Ces Dits et écrits, qui réunissent, parallèlement à ses grands livres, la totalité des textes publiés du vivant de Michel FOUCAULT de 1954 à 1988, constituent l'autobiographie intellectuelle de l'un des grands esprits du XXe siècle. On y découvre l'immensité de sa culture, la variété de ses préoccupations, une curiosité toujours en éveil, une liberté et une générosité de parole et d'engagement, qui permettent de mieux cerner le personnage et éclairent la lecture de ses ouvrages. Publiés dans l'ordre chronologique, ses conférences, préfaces, articles, essais et entretiens, croisés avec la biographie qui les précède, donnent la possibilité de suivre les cheminements de sa pensée, son perpétuel renouvellement.
En 1961, Michel FOUCAULT soutient une thèse sur «l’histoire de la folie à l’âge classique» comme thèse principale dirigée par Georges CANGUILHEM et l’Anthropologie de KANT, une thèse secondaire sous la direction de Jean HYPPOLITE. Dans sa thèse principale, il analyse notamment comment la folie a été successivement constituée comme tare morale au Moyen-âge, comme défaillance de la raison à l’âge classique, puis comme maladie mentale à la fin du XVIIIème siècle. «Si le personnage médical peut cerner la folie, ce n’est pas qu’il la connaisse, c’est qu’il la maîtrise», dit-il. FOUCAULT traite ainsi, par la sociologie et l’histoire, de façon discontinue, du pouvoir d’exclusion divisant la société, non pas en bons et méchants, mais en raisonnables et déraisonnables. Il traque ainsi dans les discours les sens cachés et les secrets fascinants.
Michel FOUCAULT enseigne la philosophie à la faculté de Tunis 1966 à 1968. Il vit à Sidi Bou Saïd et rédige «l’archéologie du pouvoir» paru en 1969. Michel FOUCAULT participe à la fondation de la nouvelle université parisienne expérimentale de Vincennes. Il est chargé de la direction du département de philosophie. Grace à l’appui de Georges DUMEZIL (1898-1988), un spécialiste de l’histoire des religions, c’est en 1969 que Michel FOUCAULT est élu au Collège de France à une chaire créée pour lui sur «l’Histoire des systèmes de pensée». A partir de 1970, il effectue des voyages notamment au Japon, aux Etats-Unis et au Brésil. Il a enseigné au Collège de France de janvier 1971, à sa mort en juin 1984, à l’exception de l’année 1977 où il a pu bénéficier d’une année sabbatique. Le titre de sa chaire était : «Histoire des systèmes de pensée». Ceux qui ont suivi son enseignement au Collège de France gardent en mémoire le grain de sa voix, le débit de sa parole, l’éclat coupant de son rire.
Michel FOUCAULT est un intellectuel engagé, un infatigable militant pour la cause des droits de l’Homme. Il est sur tous les fronts de la Solidarité et reste marqué par l’intransigeance et le refus de l’opportunisme. Même s’il l’accuse de propager «l’idéologie jouissive» et de «délégitimiser la prison», Eric ZEMMOUR reconnaît les éminentes qualités d’intellectuel de Michel FOUCAULT, qualifié «d’intellectuel emblématique des années 70». Michel FOUCAULT précède l’époque, la théorise, l’accompagne, lui donne ses lettres de noblesse. En 1975, il s’insurge contre la condamnation à mort de plusieurs militants basques par le général Franco. En 1981, il soutient, à Genève, un «droit des gouvernés», comme un droit d’ingérence, notamment en faveur des Boat People. En 1984, à la demande de Claude MAURIAC, en faveur d’ouvriers sénégalais menacés d’expulsion. En 1971, il rend public le manifeste du Groupe Information Prison qu’il anime avec l’historien Pierre VIDAL-NAQUET et Jean-Marie DOMENACH, directeur de la revue Esprit. Michel FOUCAULT est hospitalisé d’urgence et meurt le 25 juin 1984, à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris.
Michel FOUCAULT a renoncé à une pensée globale et systématique. Il a réfléchi sur l’instant : qu’est-ce qui se passe autour de nous ? Qu’est-ce que c’est le maintenant ? Qu’est-ce que nous sommes dans notre présent et notre actualité ? C’est pour cela que Michel FOUCAULT a toujours été fasciné par le journalisme. Il le voit comme une activité qui peut permettre de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et qui, par l’enquête et l’investigation, peut changer la représentation que l’on se fait spontanément du monde social. C’est dans cet esprit qu’il participe, en 1971, à la création de l’agence de presse Libération, qui donne naissance au quotidien Libération, et que, en 1978, il accepte d’être reporter en Iran, pour le quotidien italien Corriere Della Sera, pendant la révolution islamiste.
On peut d’ailleurs penser que c’est ce goût pour le journalisme qui se retrouve dans la définition que FOUCAULT a souvent donnée de la philosophie : pour lui, elle est l’activité qui doit faire le diagnostic du présent, comprendre ce qu’est aujourd’hui et ce qui s’y passe. Michel FOUCAULT avait annoncé «la fin de l’Homme». Dans la démarche subversive insidieuse et perturbatrice de ses idées, Michel FOUCAULT régnait sur le monde des idées sans avoir des disciples. «C’est un des grands philosophes de tous les temps», a dit Gilles DELEUZE. En effet, il fait partie des tenants de la déconstruction et de la «French Theory», c’est aussi, un intellectuel subversif, postmoderniste et un tenant de la déconstruction.
I – Michel FOUCAULT, un intellectuel subversif, postmoderniste
et tenant de la déconstruction
A – Michel FOUCAULT et la société disciplinaire
Les Lumières qui ont inventé les libertés ont aussi inventé la discipline. Nous vivons une société de savoir, de norme, de discipline et de sang. Société de sang, cela veut dire la glorification de la violence, souveraineté de la mort, apologie des supplices et finalement, grandeur et honneur du crime. La «pensée du corps», suivant Ariana SFORZINI, traverse la contribution de Michel FOUCAULT comme un fil rouge. La question centrale est de dégager la mise en place, par le pouvoir, de tout art du corps humain, puisque lui seul «est directement plongé dans le champ politique ; les rapports de pouvoir opèrent sur lui une prise immédiate, l’investissent, le marquent, le dressent, le supplicient, l’astreignent à des travaux, l’obligent à des cérémonies», écrit FOUCAULT. Cadavre ouvert sur la table d’autopsie, masse opaque au miroir de laquelle l’homme, objet et sujet des sciences humaines, aperçoit son reflet fondateur et inquiétant. Corps morcelé du supplicié, corps «infâme» face au corps surpuissant du roi. Corps de l’ouvrier rendu docile par les techniques disciplinaires. Corps agité de la convulsionnaire, tordu de l’hystérique face aux demandes de vérité du médecin ou du confesseur. Corps du sage antique, rompu aux pratiques diététiques ou éthiques. Corps utopique, double, imaginaire. Face à l’impossible prison et au conflit entre le raisonnable et le déraisonnable : «Tout homme qui apprend à savoir d’où il vient peut s’émerveiller d’être ce qu’il est, ou bien, se souvenant des distorsions qu’il a subies céder à un désenchantement qui l’immobilisera» écrit Maurice BLANCHOT.
 «Surveiller et Punir», dont le sous-titre, «Naissance de la prison», indique l’enjeu : saisir ce qui a présidé à l’invention de la prison comme forme hégémonique du châtiment dans les sociétés contemporaines, une façon de rendre «docile» et «utile». Ce livre, fortement marqué par les contestations de Mai 68, expose l’évolution de la surveillance et la sanction vers une rationalisation. Il envisage le monde moderne dans la perspective d'une surveillance généralisée. Une des idées essentielles de ce texte, est que les sociétés modernes peuvent se définir comme des «sociétés disciplinaires», mais la discipline ne peut s’identifier avec une institution, ni avec un appareil, elle traverse tous les appareils et institutions pour les relier, les prolonger, les faire converger et les faire s’exercer sur un mode nouveau. «Si la police a été organisée sous la forme d’un appareil d’Etat, et si bien elle a été rattachée au centre de la souveraineté politique, le type de pouvoir qu’elle exerce, les mécanismes qu’elle met en jeu et les éléments auxquels elle les applique sont spécifiques (…). En tant qu’elle gère la punition, la prison aussi d’une autonomie qui lui est nécessaire» écrit Michel FOUCAULT. Finalement, pour Gilles DELEUZE, «au fonctionnalisme moderne de Foucault répond une typologie moderne qui n’assigne plus un lieu privilégié comme source de pouvoir. «Local» a deux sens très différents : le pouvoir est local parce qu’il n’est jamais global, mais il n’est pas local ou localisable, parce qu’il est diffus». Dans l’état des rapports de forces entre dominants et dominés : «Le pouvoir est partout, non pas qu’il englobe tout, c’est qu’il vient de partout». Par conséquent, la loi ou le pouvoir d’Etat, gestion d’illégalismes, est «conçu tantôt comme un état de paix imposé aux forces brutes, tantôt comme le résultat d’une guerre ou d’une lutte gagnée par les plus forts. (…). Les révolutionnaires ne peuvent que se réclamer d’une autre légalité en passant par la conquête du pouvoir» écrit DELEUZE. Les délinquants sont utiles à la société, ils jouent le rôle de contrepoids à la soumission du reste de la société. Il y a donc des avantages sociaux à fabriquer et maintenir une délinquance. Si la prison perdure, c’est qu’elles est devenue un instrument de normalisation de la société. Par ailleurs, dans la société capitaliste, l’homme devient à la fois, «travail et force de travail» ; il faut donc un mode continue de la surveillance et de la correction des comportements. La loi n’est plus un état de paix, mais le résultat d’une guerre gagnée. FOUCAULT n’a pas le culte de l’Etat de droit, la conception répressive ne valant pas mieux que la conception légaliste du pouvoir. La loi n’est pas faite pour réprimer ou prévenir les comportements déviants, mais pour organiser les manières de différencier et contourner la légalité. Le droit pénal, censé protéger la société, ne cesse de reconduire à la prison, tandis que la prison ne cesse de reproduire la délinquance.
Et malgré les quelque quarante années qui nous séparent de son essai, force est de lui donner raison. L’informatique nous le démontre. Il explique aussi comment la sanction a glissé de la torture du condamné à l’exécution rapide : on est passé des supplices de Ravaillac ou Damien à la guillotine. Puis, les exécutions publiques ont disparu ; avec elles une excitation au voyeurisme morbide. Au passage, je rappelle aux plus jeunes qu’à l’époque de ce livre la peine de mort est encore en application en France. Elle sera abolie en 1981. L’espace carcéral aussi s’est rationalisé, comme les espaces hospitalier et de travail, deux lieux où l’on archive et surveille également les individus. S’agissant de l’espace de travail, sa rationalisation atteindra son paroxysme avec la taylorisation, ce découpage des tâches qui transformera l’homme en machine-outil. Pour les prisons, la maltraitance physique du prisonnier s’est muée en privation de liberté. Autrement dit, l'homme contrôle l'homme, ce qui oblige à repenser la liberté. Le tout est écrit avec une froide précision qui convient d'une manière sublime au contenu philosophique et historique du livre.
B – Michel FOUCAUL, un appel à repenser la sexualité
Au Collège de France, Michel FOUCAULT entreprend un cycle de cours consacré à la place de la sexualité dans la culture occidentale : l'Histoire de la sexualité, articulée en trois volumes (La volonté de savoir, L'usage des plaisirs et Le souci de soi). Il y prolonge les recherches entreprises avec «L'archéologie du savoir» et «Surveiller et punir», mais en concentrant ses analyses sur la constellation de phénomènes que nous désignons par le «sexe» et la sexualité. Le premier, «la Volonté de savoir» en 1976, est un court ouvrage, d’un style assez vif, écrit contre le freudo-marxisme et l’idéologie de la révolution sexuelle d’une part, et contre la psychanalyse d’autre part ; FOUCAULT s’efforce en effet de montrer, à travers une analyse historique de la notion de sexualité, que tous les discours qui affirment la place centrale du sexe dans nos vies restent prisonniers d’un schéma d’interprétation mis en place par la psychiatrie du XIXème siècle. Ils s’inscrivent donc dans le dispositif de pouvoir élaboré par cette discipline, qui, au nom d’une science de la sexualité, prétend connaître la vérité des individus sur la base de l’observation et de l’interprétation de leurs pratiques sexuelles. Dans l’histoire chrétienne, paradoxalement, la confession, l’aveu, les examens de conscience, les méditations sur les égarements de la chair, mettre au centre de notre existence, la vie sexuelle. Pour FOUCAULT, on donne la parole, à tout ce qui, jusque là, restait silencieux. On donne du prix unique à ce que l’on voulait réprimer, tout en le rendant obsessionnel. «Nous sommes, après tout, la seule civilisation où des préposés reçoivent rétribution pour écouter chacun faire confidence de son sexe. Ils ont mis leurs oreilles en location» écrit-il.
L'axe de cette entreprise n'est pas de s'ériger contre une «répression» de la sexualité afin de la «libérer», mais de montrer comment la vie sexuelle a enclenché une volonté systématique de tout savoir sur le sexe qui s'est systématisée en une «science de la sexualité, laquelle, à son tour, ouvre la voie à une administration de la vie sexuelle sociale, de plus en plus présente dans notre existence». FOUCAULT fait ainsi l'archéologie des discours sur la sexualité (littérature érotique, pratique de la confession, médecine, anthropologie, psychanalyse, théorie politique, droit, etc.) depuis le XVIIe siècle et, surtout, au XIXe, dont nous héritons jusque dans les postures récentes de libération sexuelle, l'attitude de censure et celle d'affranchissement se rencontrant finalement dans le même type de présupposé : le sexe serait cause de tous les phénomènes de notre vie comme il commanderait l'ensemble de l'existence sociale. Michel FOUCAULT porte au sujet, concept qu'il avait jusqu'alors négligé : «Il y a une différence sensible entre les interdits concernant la sexualité et les autres formes d'interdit. Contrairement aux autres interdits, les interdits sexuels sont toujours liés à l'obligation de dire la vérité sur soi», dit-il. Pour Sade, témoin ambigu de notre temps, seul importe le plaisir, seuls comptent l’ordre de la jouissance et du droit illimité de la volupté. Le sexe est le seul Bien, et le Bien refuse toute règle, toute norme, sauf celle qui vivifie le plaisir. Avec Sade, le sexe prend le pouvoir, et le pouvoir politique utilise, insidieusement, des dispositifs de la sexualité.
Dans «naissance de la clinique», la recherche ici entreprise implique donc le projet délibéré d'être à la fois historique et critique, dans la mesure où il s'agit, hors de toute intention prescriptive, de déterminer les conditions de possibilité de l'expérience médicale telle que l'époque moderne l'a connue. Une fois pour toutes, ce livre n'est pas écrit pour une médecine contre une autre, ou contre la médecine pour une absence de médecine. Ici, comme ailleurs, il s'agit d'une étude qui essaie de dégager dans l'épaisseur du discours les conditions de son histoire. Ce qui compte dans les choses dites par les hommes, ce n'est pas tellement ce qu'ils auraient pensé en deçà ou au-delà d'elles, mais ce qui d'entrée de jeu les systématise, les rendant pour le reste du temps indéfiniment accessibles à de nouveaux discours et ouvertes à la tâche de les transformer.
C – Michel FOUCAULT et le structuralisme,
Michel FOUCAULT est un philosophe de la marginalité. Il s’est fondamentalement intéressé aux comportements déviants, comme les fous. Qu’est-ce connaître ? Il s’est attelé à l’histoire de la problématisation, c’est-à-dire, l’histoire des choses qui font problème. Son Histoire de la folie apporte à FOUCAULT une grande renommée dans les cercles intellectuels. Michel FOUCAULT a confronté la raison à la mesure de sa démesure. La folie fascine parce qu’elle est un savoir inaccessible. Dans son «Histoire de la folie à l’âge classique», c'est, en principe, une histoire de la folie qu'on enferme, du Moyen Âge au XIXe siècle ; c'est, plus profondément, à travers l'étude de cette structure qu'est l'internement, une tentative pour établir un dialogue entre folie et déraison ; c'est enfin une esquisse de ce que pourrait être «une histoire des limites», de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu'accomplis, par lesquels une culture rejette quelque chose qui sera pour elle l'Extérieur.
La folie c’est un phénomène de civilisation, il y a des civilisations qui l’ont soignée ou célébrée. Il n’y a pas de culture sans folie, par rapport au rationalisme du XVIIème siècle, le fou avait sa place, un phénomène institutionnel ou reconnu. A partir du moment où la famille a pris sa forme bourgeoise, le fou est devenu encombrant. Maintenant la folie est monopolisée par la médecine.
Si son œuvre est souvent qualifiée de post-moderniste ou post-structuraliste par les commentateurs et critiques contemporains, c’est avec les «Mots et les Choses», en 1966, qu’il acquiert une large notoriété. Il s’occupe du discours, mais ne rejette pas l’histoire : «Je n’ai jamais nié l’histoire, j’ai tenu en suspens la catégorie générale et vide du changement pour faire apparaître des niveaux différents, je refuse un modèle uniforme de temporalisation» écrit-il. Entre l’archiviste qu’il veut être et le structuraliste qu’il rejette, FOUCAULT reprend une idée chère à HEIDEGGER, le langage n’a pas à être fondé, car c’est lui qui fonde. Il considère qu’avec la psychanalyse, l’ethnologie «interroge, non pas l’homme, lui-même, tel qu’il peut apparaître dans les sciences humaines, mais la région qui rend possible, en général, un savoir sur l’homme» écrit-il. Le succès de ce livre, pourtant ardu, est considérable. Dans cet ouvrage se donne pour projet, comme l’indique le sous-titre, de mener une «archéologie des sciences humaines», et de comprendre, en particulier, l’émergence du structuralisme, courant de pensée dominant dans le champ intellectuel des années 1960 et auquel de grands noms, comme ceux de l’anthropologue Claude LEVI-STRAUSS ou du psychanalyste Jacques LACAN sont associés. «Les mots et les choses», qu’est-ce que l’homme ? Ethnologie de notre propre culture, notre propre savoir est un phénomène étranger à nous. La philosophie se dissipe dans une série d’activités de pensées. L’homme est une invention de notre culture. L’humanisme (raison ou liberté, souci ou inquiétude de nous mêmes) n’existait pas avant le XIXème, naissance des sciences humaines, avec une disparition de l’Homme. Les sciences humaines d'aujourd'hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions. Michel Foucault analyse leur apparition, leurs liens réciproques et la philosophie qui les supporte. C'est tout récemment que l'«homme» a fait son apparition dans notre savoir. Erreur de croire qu'il était objet de curiosité depuis des millénaires : il est né d'une mutation de notre culture. Cette mutation, Michel Foucault l'étudie, à partir du XVIIe siècle, dans les trois domaines où le langage classique - qui s'identifiait au Discours - avait le privilège de pouvoir représenter l'ordre des choses : grammaire générale, analyse des richesses, histoire naturelle. Au début du XIXe siècle, une philologie se constitue, une biologie également, une économie politique. Les choses obéissent aux lois de leur propre devenir et non plus à celles de la représentation. Le règne du Discours s'achève et, à la place qu'il laisse vide, l'«homme» apparaît - un homme qui parle, vit, travaille, et devient ainsi objet d'un savoir possible.
II – Michel FOUCAULT, un intellectuel
atypique
A – Michel FOUCAULT et la «French Theory»
Michel FOUCAULT se définit lui-même par opposition à Jean-Paul SARTRE, un tenant de l’existentialisme : «Je crois que nous vivons actuellement la grande coupure avec le XIXème siècle, avec tout ce début du XXe siècle, cette coupure au fond nous l’éprouvons comme non pas le refus, non pas le rejet, mais comme la distance prise à l’égard de SARTRE. Toute l’entreprise de Sartre a été de vouloir rendre l’homme adéquat à sa propre signification, toute l’entreprise de SARTRE consiste à vouloir retrouver ce qu’il y a dans l’existence humaine d’absolument authentique, il a voulu ramener l’homme à lui-même, alors que nous voulons au contraire montrer que ce qu’il y a d’individuel, que ce qu’il y a de singulier, ce qu’il y a de proprement vécu chez l’homme, n’est qu’une sorte de scintillement de surface au-dessus de grands systèmes formels, et la pensée actuellement doit reconstituer ces systèmes formels sur lesquels flottent de temps en temps les nuages de l’existence propre», dit Michel FOUCAULT en 1966.
Michel FOUCAULT s'imposa en 1961 avec la publication de sa thèse «Histoire de la folie à l’âge classique». Titulaire de la chaire en «Histoire des systèmes de pensée» au Collège de France, Michel FOUCAULT enseigna également à l’université de Californie à Berkeley, où ses travaux s’inscrivirent dans la réception de la «French Theory». Michel FOUCAULT entretient une relation ludique aux concepts philosophiques, en réduisant la distance culturelle. Dans les années 70 l’ambiance générale étant à la protestation contre tous les conservatismes, Michel FOUCAULT s’est positionné comme étant un tenant du structuralisme, prémisse de la disparition de la spéculation philosophique pour laisser place à de nouvelles sciences sociales. Le succès fût à ce point tellement spectaculaire que ce mouvement de pensée s'est identifié à toute l'histoire intellectuelle française. En effet, le structuralisme qui s'est présenté comme le regard de la modernité annonçant la disparition de la spéculation philosophique ; c’est à ce titre que Michel FOUCAULT est présenté comme un des papes de la «French Theory». Francis CUSSET a exposé, avec une grande clarté, ce qui rend la French Theory si fascinante : cette démarche intellectuelle pose un questionnement perpétuel, un débat systématique, la possibilité d’une pensée d’opposition dans la démarche critique. Marginalisé pendant un certain temps en France, Michel FOUCAULT est un militant des luttes communautaires dont les œuvres philosophiques sont entrées dans les départements de littérature de l'université américaine, où elles ont bouleversé de l'intérieur tout le champ intellectuel. Réinterprétées, réappropriées au service des combats identitaires, elles ont fourni le socle théorique sur lequel ont pu s'épanouir, contre la régression des années et de conservatisme de Ronald REGEAN et de Margaret TCHATCHER. Car le plus surprenant est que, pendant que l'Amérique les célébrait, la France s'empressait d'inhumer ces dangereux échevelés de la «pensée 68».
Naima RIAHI, dans sa remarquable étude sur «Michel Foucault, subjectivité, pouvoir, éthique» examine la façon dont Michel FOUCAULT appréhende les relations de savoir/pouvoir. La tâche du philosophe est d'en rendre compte et de mettre au clair les possibilités de connaître ce sujet forgé, formé et transformé par le pouvoir. Ainsi il serait nécessaire de recommencer la modernité et de transformer sont thème nodal, à savoir le sujet. Chez Michel FOUCAULT, il s'agit d'une critique de la rationalité en vue de dépasser le rationnel pur ou le théorique pour élargir et reconstruire le sens de la rationalité et de l'homme. Pour ce faire, il faut se libérer des types de subjectivité qui nous sont imposés et chercher à se transformer soi-même. Le sujet kantien a subi des rationalisations aliénantes durant ces deux derniers siècles, Michel FOUCAULT envisage la possibilité de sa liberté en retournant à l'expérience originaire grecque. Le nouveau pouvoir est désormais celui du sujet se créant un rapport avec soi et forgeant lui-même sa vérité. Le sujet éthique élabore une nouvelle réalité spirituelle subjective où le savoir n'est plus une critique ou une clinique, mais un exercice spirituel, défini positivement dans l'expression grecque de parrêsia, le franc-parler : dire la vérité sur ses désirs, ses sentiments et ses plaisirs. Par conséquent, la vérité ce ne sont pas des considérations sur la cohérence logique ou sur la correspondance entre le discours et les choses ; à la racine de notre souci à dire le vrai, il trouve en effet une puissance éthique, un engagement subjectif, un certain courage. «Le courage de la vérité».Le courage de la vérité est davantage, sans doute, que l’audace de la provocation ou la témérité du désaccord. Depuis Platon le contraire de la vérité et de son exigence n’est pas l’erreur, mais l’opinion lâche. Ainsi, le pouvoir n'est plus extérieur au sujet, mais il se détermine comme une maîtrise de soi et une pratique de la franchise et du dire vrai sur soi-même. Le sujet ne subit plus le pouvoir, mais c'est lui-même qui est à l'origine de tout pouvoir. Le sujet éthique permet de transcender toute aliénation et toute coercition et fonde toute pensée philosophique possible. Loin de s'isoler de la communauté humaine dans un solipsisme total, le sujet foucaldien qui se soucie de soi se rattache le plus exactement aux autres. Le sujet se détermine dans un espace relationnel, où le rapport à soi-même doit lui permettre de se découvrir comme membre d'une communauté humaine.
B – Michel FOUCAULT et une pensée éclatée
Les lignes de force, la complexité et l’éclatement de la pensée de Michel FOUCAULT ont été brossées dans un ouvrage collectif dirigé par Jean-François BERT, de l’université de Lausanne, et Jérôme LAMY, de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, «Michel FOUCAULT, un héritage critique». Un inventaire aussi rigoureux qu’éclairant. Michel FOUCAULT est omniprésent dans les sciences humaines et sociales, les recherches sur la théorie du genre, la prison, les études postcoloniales, l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, l’architecture, l’histoire, les «Cultural Studies», ou la philosophie. Désormais, et en plus de l’histoire des sciences et de la philosophie, les «effets» FOUCAULT sont palpables sur la théorie de la littérature et du cinéma, l’histoire culturelle et sociale, les théories du genre, la pensée politique, les sciences de gestion. La pensée de Michel FOUCAULT, qui a assumée son homosexualité, est souvent reprise, encensée ou violemment critiquée, notamment sur la «théorie du genre», conçue initialement comme un outil du féminisme militant. L'influence de Michel FOUCAULT, particulièrement, dans la décennie des années 80, durant laquelle ses œuvres ont été traduites aux Etats-Unis, est primordiale. Dans le combat des minorités ethniques (Féministes, Gays, Transsexuels), le genre est ainsi articulé au pouvoir et à sa «mise en discours» puis relié à l'analyse de la sexualité et de ses normes. Suivant cette théorie du «Gender», concept forgé dans les années 70 par un psychologue américain Robert STOLLER, la différence entre l’homme et la femme relève d’un "genre social" sans lien avec le sexe biologique, trop déterminant quant à l’identité masculine ou féminine. La différence des sexes et l’hétérosexualité sont conçues comme des constructions sociales. Dans ce cadre, le masculin, le féminin et la sexualité sont à redéfinir en termes «d’orientation» choisie, et non plus d’identité inscrite dans le corps. Les critiques des conservateurs fusent contre cette pensée de mai 68 dont Michel FOUCAULT a été un brillant défenseur : slogans conspirationnistes, détestation des élites, des intellectuels, des femmes, des étrangers, des immigrés, de l'Europe cosmopolite, des homosexuels, des communistes, des socialistes et enfin des Juifs, le tout ancré dans la conviction que la famille se meurt, que la nation est bafouée, que l'école est à l'agonie, que l'avortement va se généraliser, empêchant les enfants de naître, et que partout triomphe l'anarchie fondée sur une prétendue abolition généralisée de la différence des sexes. On voit bien que Michel FOUCAULT ne laisse jamais indifférent.
Michel FOUCAULT est le philosophe de l’immédiateté, à travers sa fonction de journaliste. C’est à l’initiative du quotidien italien Corriere Della Sera que Michel Foucault se rend à deux reprises en Iran. La première fois du 16 au 24 septembre 1978. La seconde, du 9 au 15 novembre 1978. Durant ces deux séjours, Foucault commente dans un cadre journalistique la chute du Chah mais surtout ce qui lui semble alors central : l’événement d’une révolte populaire. Si cet article qui paraît le 13 février 1979 permet à Foucault de faire un premier bilan critique des douze derniers mois qui ont secoué politiquement et socialement l’Iran, il nous montre surtout que l’enthousiasme de Foucault pour la révolution iranienne, enthousiasme que beaucoup lui reprocheront par la suite, tient plus à la façon dont le peuple iranien s’est collectivement révolté contre le régime du Chah qu’à la question religieuse et à l’arrivée des mollahs. La révolution iranienne n’est pas une révolution politique classique, c’est d’abord pour FOUCAULT un moment rare du XXe siècle dans lequel la religion joue le rôle de «lever de rideau» en parvenant à faire tomber les illusions d’un régime «tout-puissant», et en provoquant un changement radical d’expérience dans laquelle «tout Etat musulman peut être révolutionné de l’intérieur, à partir de ses traditions séculaires».
«Le courage de la Vérité», en 1984, est le dernier que Michel FOUCAULT aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Un cours dans lequel le thème de la mort a une place centrale, notamment à travers la relecture des dernières paroles de Socrate. Un cours, aussi, qui radicalise ses analyses précédentes concernant le "dire-vrai" en politique puisqu’avec les cyniques, cette fonction du dire vrai s’inscrit dans l’épaisseur de l’existence de chacun. Elle n’est plus seulement une parole prononcée.
 
Le problème de la vérité se manifeste principalement chez FOUCAULT de manière critique, dans une certaine mise en question de la solidité des discours qui prétendent la détenir. Toutefois, plutôt que la possibilité de dire la vérité, c’est la possibilité de fonder des actions sur la vérité que les recherches de FOUCAULT ont pu explorer dans des champs aussi variés que la psychiatrie, la politique pénale, la sexualité ou encore le néolibéralisme. C’est pourquoi une étude sur la vérité chez Foucault s’analyse selon deux axes fondamentaux, d’une part celui des discours, en tant qu’ils prétendent dévoiler ou renfermer la vérité, et d’autre part celui des actions, en tant que celles-ci se devraient d’être justifiées en vérité. Alors que la vérité est habituellement comprise comme une qualité de ce qui est dit, Foucault introduit donc une perspective radicalement nouvelle : vérité du dire dans son rapport à la vie de celui qui l’énonce.
«Naissance de la biopolitique», cours prononcé par Michel FOUCAULT au Collège de France de janvier à avril 1979. Après avoir montré comment l’économie politique, au XVIIIe siècle, marque la naissance d’une nouvelle raison gouvernementale, Michel Foucault entreprend l’analyse des formes de cette «gouvernementalité» libérale. Il s’agit de décrire la rationalité politique à l’intérieur de laquelle ont été posés les problèmes spécifiques de la vie et de la population : «Étudier le libéralisme comme cadre général de la biopolitique». Ce cours reprend la genèse du «pouvoir sur la vie» dans l’émergence duquel, au XVIIIe siècle, Foucault voyait une «mutation capitale, l’une des plus importantes sans doute, dans l’histoire des sociétés humaines». Pour autant, l’analyse des conditions de formation de la biopolitique, s’efface-t-elle au profit de celle de la gouvernementalité libérale. Le centre de gravité des cours se déplace-t-il de la question du biopouvoir vers celle du gouvernement, annonçant un tournant que mènera FOUCAULT, quelques années plus tard.
Archéologie du savoir : Archéologie : mot dangereux puisqu'il semble évoquer des traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme. En fait, il s'agit pour Michel FOUCAULT de décrire des discours. Non point des livres (dans leur rapport à leur auteur), non point des théories (avec leurs structures et leur cohérence), mais ces ensembles à la fois familiers et énigmatiques qui, à travers le temps, se donnent comme la médecine, ou l'économie politique, ou la biologie. Ces unités forment autant de domaines autonomes, bien qu'ils ne soient pas indépendants, réglés, bien qu'ils soient en perpétuelle transformation, anonymes et sans sujet, bien qu'ils traversent tant d'œuvres individuelles. Et là où l'histoire des idées cherchait à déceler, en déchiffrant les textes, les mouvements secrets de la pensée, apparaît alors, dans sa spécificité, le niveau des «choses dites» : leur condition d'apparition, les formes de leur cumul et de leur enchaînement, les règles de leur transformation, les discontinuités qui les scandent. Le domaine des choses dites, c'est ce qu'on appelle l'archive ; l'archéologie est destinée à en faire l'analyse.
En 1979, dans le cadre de son cours hebdomadaire au Collège de France, Michel Foucault consacre trois séances à la théorie néolibérale. Il y analyse des auteurs peu connus en France : les économistes allemands de l'après-guerre, l'Autrichien Friedrich Hayek ou encore l'ultralibéral américain Gary Becker, futur prix Nobel d'économie. Avec un sens stupéfiant de l'anticipation, il dévoile le véritable projet de ce courant de pensée : officiellement, le néolibéralisme prétend «libérer» les individus et leur permettre d'agir à leur guise; en réalité, explique le philosophe, il s'agit d'imposer une façon de vivre entièrement guidée par l'intérêt et le calcul économique. Le marché n'est pas un mécanisme naturel, mais un dispositif, une «discipline», une «technique de gouvernement», comme la prison ou l'hôpital psychiatrique. Le néolibéralisme fabrique «Homo economicus» de la même manière que la clinique fabrique le fou. A l'époque, la question n'intéresse guère. THATCHER n'est pas encore au pouvoir, et personne n'imagine la déferlante néolibérale qui va s'abattre sur la planète. Foucault passe à un autre sujet, et, lorsqu'il meurt, en 1984, cet aspect de son travail tombe dans l'oubli. En 2004, le cours de 1979 devient un livre, sous le titre «Naissance de la biopolitique», ce qui ne facilite pas sa diffusion dans le milieu des économistes. Il faut attendre 2009 et l'ouvrage de deux philosophes, Pierre DARDOT et Christian LAVAL, pour que s'impose l'idée que FOUCAULT fut aussi un génial analyste de l'économie libérale. Dans «la Nouvelle Raison du monde», les deux auteurs appliquent son intuition à la crise financière: ce qui nous est présenté comme un chaos incontrôlé procède en réalité d'une rationalité délibérée, d'un «système disciplinaire mondial».
Le travail de Michel FOUCAULT est riche à travers ses cours au Collège de France. Ainsi, dans «Il faut défendre la société», ce cours prononcé entre le 7 janvier et le 17 mars 1976 a fait l’objet d’une édition en 1997, ouvrant la publication complète de l’enseignement de Foucault au Collège. L’édition fut établie sous la direction de François EWALD par Mauro BERTANI et Alessandro FONTANA, et publiée dans la collection «Hautes Etudes» rassemblant trois éditeurs (Seuil, Gallimard et EHESS).
Dans «Il faut défendre la société», Foucault envisage les questions du pouvoir, de la guerre comme analyseur des rapports de pouvoir et fait la généalogie du discours historico-politique de la guerre des races, depuis ses prémisses au XVIe siècle jusqu’à sa transformation en racisme. Il existe un lien entre le pouvoir disciplinaire et la naissance ainsi que le développement du racisme, notamment meurtrier des fascistes à l’égard des Juifs, des Communistes et des homosexuels. «Le nazisme a été la combinaison la plus naïve et la plus rusée (..) des fantasmes du sang avec le paroxysme disciplinaire. Le sang, certes, la supériorité par l’exaltation d’un sang pur de tout mélange, l’obligation, dès lors, de sauver cette société pure en supprimant tout le reste de l’humanité» écrit FOUCAULT. Dans son article «l’imagination du XXème siècle», il saluera la manière dont Patrice CHEREAU fait ressortir «l’imaginaire propre à ce XXème siècle : celui que Wagner a partagé avec les agents de l’antisémitisme. Et, ils l’ont fait apparaître comme la toute proche mythologie qui nous domine aujourd’hui. Cette imagination du XXème siècle dont nous sommes tous encore si profondément marqués et blessés». La souveraineté, c’est-à-dire le pouvoir disciplinaire, c’est d’avoir un droit de vie et de mort. Ainsi, la société nazie a généralisé «le biopouvoir», le droit souverain de tuer. Dans son remarquable cours sur le «biopouvoir», il a réfléchi, bien avant les autres, et cela qu’il a une grande capacité d’anticipation, sur le phénomène du racisme qui gangrène actuellement la société française. Pour lui, le racisme est un mécanisme de fonctionnement du pouvoir. C’est le moyen d’introduire, dans la vie, une coupure de ce qui doit vivre et ce qui doit mourir, une sorte de hiérarchie des races. «Plus tu tueras, plus tu vivras». Pour vivre, il faut tuer ses ennemis.
«Du gouvernement des vivants» (1980), cours prononcé au Collège de France au premier trimestre 1980, Michel FOUCAULT y poursuit son histoire des rapports pouvoir-savoir, puis de la gouvernementalité : «L’homme, pendant des millénaires, est resté ce qu’il était pour Aristote : un animal vivant, et de plus capable d’une existence politique ; l’homme moderne est un animal dans la politique duquel sa vie d’être vivant est  en question» écrit-il. En effet, le pouvoir sur la vie est au centre de son étude sur «la gouvernementalité». Dans la relation entre l’Etat et ses sujets, il examine les questions de biopolitique et de biopouvoir. Le corps n’est pas une entité individualisée, mais globalisée. En effet, dans une approche positive du pouvoir, Michel FOUCAULT remarque que le passage d’une administration monarchique à un Etat libéral a conduit la bourgeoisie à mettre en place un système de meilleur dressage des corps et un contrôle accru des individus. Ce cours le conduit d’une relecture de l’Œdipe-roi de Sophocle à l’analyse des «actes de vérité» propres au christianisme primitif, à travers les pratiques du baptême, de la pénitence et de la direction de conscience.
«Sécurité, territoire, population», par ce cours donné au Collège de France entre le 11 janvier 1978 et le 5 avril 1978, Michel FOUCAULT, en accord avec les points de vue d’Hannah ARENDT, quitte la marginalité et entre de plain-pied dans les questions philosophiques, en analysant les pratiques politiques de l’Etat, un mélange de politique et de considérations économiques. De la docilité de la population et de son travail, dépendront la prospérité économique. FOUCAULT revient sur le concept de «gouvernementalité» ; c’est cette «forme spécifique de pouvoir qui a pour cible la population». La population n’étant pas seulement un élément de souveraineté, mais est devenue à l’époque moderne, un élément de puissance et de richesse d’un Etat, une main-d’œuvre qu’il faut bien surveiller, pour bien maximaliser les profits. «C’est un libéralisme sans liberté», suivant Maria BONNAFOUS-BOUCHET. En effet, L’Etat libéral recherche à s’attacher à un art de gouverner, une stratégie générale de pouvoir en vue de l’efficacité économique. La classe dominante, se fondant sur la «raison d’Etat», pour être à même de tirer profit du meilleur de sa population, et contrôler cette force de travail, définit le licite ou l’illicite, avec des techniques de «Surveiller et punir». Dans ce contexte, gouverner n’est plus régner, mais affirmer un pouvoir, en recherchant, pour la population, ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, en gérant les phénomènes sociaux de manière sécuritaire : «Il va falloir gérer et non plus réglementer» écrit-il. Par conséquent, FOUCAULT, comme ARENDT, mettent bien en évidence, dans le capitalisme moderne, comment l’Etat est contrôlé par des instances privées et financiers qui envahissent l’espace public. C’est l’économie politique, le marché, qui définit le cadre de l’action gouvernementale. L’Etat est devenu une «gigantesque administration ménagère» suivant Hannah ARENDT. Ce qui modifie, considérablement, notre rapport au politique, le contrat social, tel que l’avait décrit les libéraux, serait-il donc une illusion, une confiscation de notre liberté au profit d’intérêts financiers ?
Pour FOUCAULT, il n’y a pas antinomie entre pouvoir et liberté, il y a une interaction entre les deux, on subit et on exerce un pouvoir sur les autres. Il encourage les individus à constamment, lutter contre les systèmes disciplinaires, mais aussi contre tous les rapports de domination, à intervenir dans le champ politique : «Il suffirait de faire sauter ces verrous répressifs pour que l’homme se réconcilie avec lui-même, retrouve sa nature ou reprenne contact avec son origine et restaure un rapport plein et positif à lui-même» écrit-il à propos de «l’éthique du souci de soi comme pratique de la liberté». Les processus de libération, à travers diverses formes de résistance (grèves, révolutions) ne sont pas suffisants, car une nouvelle forme de domination peut surgir, il faut de nouvelles pratiques de liberté, un jeu de vérité, il faut un souci de soi, avec une capacité de discernement autour de ce qu’on peut conserver, choisir, éliminer ou départager. Naguère, le Monarque, symbole de l’intérêt général, le Roi parle et proclame l’intérêt général, il est dans le «vrai». Désormais, avec l’avènement de l’Etat bourgeois, les classes possédantes adoptent un discours partisan, c’est la victoire définitive de la classe dominée sur la royauté. Il en appelle donc à une éthique, «une pratique réfléchie de la liberté». L’individu ne doit pas être de ses désirs, mais doit fait appel à l’ethos, une éthique reliant l’individu à la société, un travail sur soi, pour mieux vivre avec les autres, un bien-vivre ensemble. Il en appelle à un changement social contre les conservatismes et donc contre le laisser-faire, un autre monde est possible.
Dans sa fonction de journaliste, les articles publiés en 1978 (vol II «Dits et écrits»), sur le soulèvement iranien, ont soulevé de vives polémiques de la part de la communauté juive. Ainsi, Janet AFARY et Kévin ANDERSON ont formulé clairement ces attaques contre FOUCAULT : faute intellectuelle grave, imprécisions historiques, enthousiasme révolutionnaire illégitime, soutien au fascisme, séduction de l’islamisme, etc. Bien que, l’institutionnalisation de la République islamique ait, par la suite, succédé à l’insurrection protestataire, en fait, Michel FOUCAULT n’a jamais écrit sur la révolution islamique, mais sur le soulèvement de 1978. L’armée du Chah d’Iran tire sur les foules désarmées. FOUCAULT s’interroge : que se passe-t-il ? Est-ce qu’une nouveauté a surgi de cet événement ?  «Aucun parti, aucun homme, aucune idéologie politique, ne peuvent, pour le moment, se vanter de représenter ce mouvement. Il n’y a dans l’ordre politique aucun correspondant, aucune expression» dit-il. FOUCAULT se trompe sur le rôle de KHOMEYNI, à l’époque réfugié en France, en estimant qu’il ne serait pas le leader ou le guide spirituel de ce soulèvement. Ce soulèvement, pour Michel FOUCAULT, s’inspire du concept de «spiritualité politique». Michel FOUCAULT, avant son séjour en Iran, a été influencé par les travaux d’Henri CORBIN, pour qui, il  y a plusieurs tendances et interprétations de l’Islam. Il ne prêche pas pour un gouvernement intégriste. C’est précisément, en opposition au gouvernement des Mollahs, que se définit la «spiritualité politique». «L’Iran est actuellement en état de grève politique généralisée je veux dire en état de grève par rapport au politique» précise FOUCAULT. Ce dont il est question, ce à quoi FOUCAULT donne le nom de «spiritualité politique», in fine, est cette «volonté de fonder entièrement à neuf l’une et l’autre», c’est-à-dire la façon de «partager le vrai et le faux» et «la manière de se gouverner soi-même».
Affecté du virus du SIDA, et sentant la mort proche, Michel FOUCAULT est habité par une nouvelle sérénité ; ce qui modifie, profondément, son rapport au temps à l’écriture. S’entretenant avec Hubert DREYFUS et Paul RANIBOW, ses biographes, sur ses projets, il lâche cette phrase «Je vais d’abord m’occuper de moi !». A la suite de NIETZSCHE, il faut être enclin à rechercher chez les Anciens grecs, moins une morale individuelle civique qu’une éthique individuelle en vue de faire de son existence une œuvre d’art.  Il meurt le 25 juin 1984. La légende peut commencer.
Bibliographie très sélective
1 – Principaux ouvrages de Michel FOUCAULT
2 - Cours de Michel FOUCAULT au Collège de France
3 - Articles ou préfaces de Michel FOUCAULT
FOUCAULT (Michel), «L'éthique du souci de soi comme pratique de la liberté», entretien avec H. Becker, R. Fornet-Betancourt, A. Gomez-Müller, 20 janvier 1984), Concordia. Revista internacional de filosofia, no 6, juillet-décembre 1984, pp. 99-116 ;
FOUCAULT (Michel), «L'intellectuel et les pouvoirs», entretien avec C. Panier et P. Watté, 14 mai 1981, La Revue nouvelle, 40ème année, t. LXXX, n°10 : «Juger... de quel droit ?», octobre 1984, pages 338-343 ;
FOUCAULT (Michel), «Qu’est-ce qu’un auteur ?», Bulletin de la société française de philosophie, 1969 (3) n°63, pages 73-104 ;
FOUCAULT (Michel), «Structuralism and Post-Structuralism», «Structuralisme et poststructuralisme» ; entretien avec G. Raulet), Telos, vol. XVI, no 55, printemps 1983, pages 195-211.
FOUCAULT (Michel), «Une esthétique de l'existence», entretien avec A. Fontana, Le Monde, 15-16 juillet 1984, page XI ;
FOUCAULT (Michel), «Une interview : sexe, pouvoir et la politique de l'identité» ; entretien avec B. Gallagher et A. Wilson, Toronto, juin 1982 ; trad. F. Durand-Bogaert, The Advocate, n°400, 7 août 1984, pp. 26-30 et 58 ;
FOUCAULT (Michel), «Vérité, pouvoir et soi» ; entretien avec R. Martin, université du Vermont, 25 octobre 1982 ; trad. F. Durand-Bogaert, in Hutton (P.H.), Gutman (H.) et Martin (L.H.), éd., Technologies of the self. A seminar with Michel Foucault, Amherst, the University of Massachusetts Press, 1988, pp. 9-15 ;
FOUCAULT (Michel), Dire et voir chez Raymond Roussel, Paris, Gallimard,
FOUCAULT (Michel), Dits et écrits : 1954-1988, sous la direction de Daniel Defert et François Ewald, avec la collaboration de Jacques Lagrange, Paris, Gallimard, édition de 1994, vol 1, 1954-1969, 912 pages, vol 2, 1970-1975, 837 pages, vol 3, 1976-1979, 835 pages, vol 4, 1980-1988, 901 pages ;
FOUCAULT (Michel), Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1976, 700 pages ;
FOUCAULT (Michel), Il faut défendre la société, cours 1976, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, décembre 1997, 304 pages ;
FOUCAULT (Michel), L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, réédition 2014, 294 pages ;
FOUCAULT (Michel), L’herméneutique du sujet, cours 1981-82, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2001, 560 pages ;
FOUCAULT (Michel), L’Histoire de la sexualité : l’usage des plaisirs, Paris, Gallimard, 1997 350 pages ;
FOUCAULT (Michel), L’Histoire de la sexualité : la volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, 211 pages ;
FOUCAULT (Michel), L’Histoire de la sexualité : le souci de soi, Paris, Gallimard, éditions de 1984 et 1997, 336 pages ;
FOUCAULT (Michel), La naissance de la bioéthique, cours de 1978-79, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2004, 368 pages ;
FOUCAULT (Michel), La société punitive, cours 1972-73, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, décembre 2013, 349 pages ;
FOUCAULT (Michel), le courage de dire la vérité, le gouvernement de soi et des autres, cours de 2009, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2009, 368 pages ;
FOUCAULT (Michel), Le gouvernement de soi et des autres, cours de 1982-83, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2008, 400 pages ;
FOUCAULT (Michel), Le gouvernement des vivants, cours 1979-80, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2012, 400 pages ;
FOUCAULT (Michel), Le pouvoir psychiatrique, cours 1973-74, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, octobre 2003, 393 pages ;
FOUCAULT (Michel), Leçons sur la volonté de savoir. Suivi de Le savoir d’Oedipe, cours 1970-71, Paris, Seuil, Gallimard, Éditions de l’EHESS, 2011, 366 pages ;
FOUCAULT (Michel), Les anormaux, cours de 1974-75, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 1999, 356 pages ;
FOUCAULT (Michel), Les mots et les choses : une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, 1966, 404 pages ;
FOUCAULT (Michel), Michel FOUCAULT, «La Pologne, et après ?», entretien avec E. Maire, Le Débat, n°25, mai 1983, pages 3-34 ;
FOUCAULT (Michel), Naissance de la clinique, Paris, PUF, 2009, 214 pages ;
FOUCAULT (Michel), Sécurité, territoire, population, du 11 janvier 1978 au 5 avril 1978, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2004, 448 pages ;
FOUCAULT (Michel), Subjectivité et vérité, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2014, 352 pages ;
FOUCAULT (Michel), Surveiller et punir : naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1993, 360 pages ;
FOUCAULT (Michel), Théorie et institutions pénales, cours de 1971-72, Paris, Hautes études, Gallimard, Seuil, 2015, 320 pages.
4 – Critiques de Michel Foucault
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BERT (Jean-François), «Michel Foucault, anthropologue ?», Revue des sciences sociales, 2004, n°32,  pages 150-155 ;
BERT (Jean-François), et LAMY (Jérôme), sous la direction de, Michel Foucault, un héritage critique, Paris, C.N.R.S., 2014, 416 pages ;
BERT (Jean-François), GROSSE (Christian), CAVAGNIS (Julien), sous la direction de, Michel Foucault et les religions, Paris, éditions Le Manuscrit, 2015, 281 pages ;
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BERTANI (Mauro), ZANCARINI (Jean-Claude), DA SILVA (Emmanuel), Lectures de Michel Foucault : Foucault et la philosophie, Lyon, E.N.S, 2003, 136 pages ;
BIDET (Jacques), «Foucault et le libéralisme : rationalité, révolution et résistance», Actuel Marx, 2006, vol 2, n°40, pages 169-185 ;
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BLANCHOT (Maurice), Michel Foucault, tel que je l’imagine, Paris, Fata Morgana, 64 pages ;
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Paris, le 8 février 2015, actualisé le 2 septembre 2018, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr
Michel FOUCAULT (1926-1984), un intellectuel engagé, atypique, subversif et de la théorie de la déconstruction», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 22:50

Je me réjouis pleinement de la qualification de M. BARBIER au 2ème tour de cette législative.

C'est la première fois, dans une législative partielle depuis 2012, qu'un candidat socialiste est qualifié pour le 2ème tour.

On peut penser, raisonnablement, que l'esprit d'unité nationale qui souffle depuis la puissante manifestation du 11 janvier 2015, bien gérée par le gouvernement, a redonné de l'espoir.

Tout le monde avait prédit une débâcle inévitable du PS, dans la perspective des départementales et des régionales de 2015. L'effet Charlie apparaît comme bienfaiteur pour le camp républicain. C'est un sursaut de la République que le gouvernement doit conserver, entretenir et prolonger par une politique en faveur du pouvoir d'achat et de l'investissement.

Le candidat socialiste va affronter une frontiste. C'est une double défaite de l'UMP éliminée au 1er tour et qui n'arrive pas à appeler, clairement et tout de suite, à voter pour le candidat socialiste.

C'est une lourde défaite pour M SARKOZY depuis son retour à la présidence de l'UMP, incapable à dégager une ligne politique claire. La Droite largement lepénisée, a été gravement sanctionnée par les électeurs.

Pour les départementales, il y aura sans doute des triangulaires. Dans ce cas, la stratégie du front républicain, que récuse l'UMP, pourrait être utile.

Jean-Christophe LAGARDE, président de l'UDI, appelle à voter pour le candidat socialiste. "C'est la seule solution raisonnable et républicaine", précise t-il.

Bravo à Frédéric !

Une autre bonne nouvelle : l'équipe de basket-ball est à féliciter pour son 5ème titre. C'est historique !

A mon grand regret, l'équipe de football du Sénégal, conduite par Alain GIRESSE, a échoué à la Coupe Africaine des Nations. Mais j'ai demandé à mes amis Algériens de refaire le match, tout de suite.

Paris, le 1er février 2015, par Amadou Bal BA, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

M. Frédéric BARBIER, candidat socialiste qualifié pour le 2ème tour de la législative partielle dans le Doubs.

M. Frédéric BARBIER, candidat socialiste qualifié pour le 2ème tour de la législative partielle dans le Doubs.

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 21:58
Ken SARO-WIWA a mené un noble combat pour la défense de son peuple, le peuple Ogoni, que les compagnies pétrolières étrangères et la junte militaire de Sani ABACHA, l’ont anéanti, au seul motif d’avoir exigé que son peuple puisse vivre décemment, des produits pétroliers. Ken SARO-WIWA faisait partie du peuple Ogoni, une minorité ethnique, dont les terres sont la cible des compagnies pétrolières, notamment la compagnie anglo-hollandaise Royal Dutch Shell. Il voulait lutter contre les abus commis par certaines compagnies sur les terres du peuple Ogoni. SARO-WIWA a été le leader d’une campagne non violente, dénonçant les dégâts écologiques commis dans son pays. Le gouvernement français, de l'époque, avait poussé à cette guerre civile du Biafra et puis la France se rendant compte qu’elle n’avait pas les moyens de cette guerre, les abandonnés à leur triste sort (2 millions de civils morts).
Chef du Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni (MOSOP), peuple de 500 000 âme, au Nigéria, Kenule Beeson TSARO-WIWA, plus couramment appelé Ken SARO-WIWA, né le 10 octobre 1941 à Bori, dans l’Etat de Rivers, sur la côte ouest du Nigéria, est un écrivain et producteur nigérian, militant écologiste et récipiendaire du prix Nobel alternatif en 1994. Eminent produit de l’université Government College d’Umuahia, puis de l’université d’Ibadan, il rêvait d’une carrière d’enseignent et de dramaturge. Mais, très tôt, en pleine guerre du Biafra, il dut abandonner son emploi à l’université de Lagos, lorsqu’il fut nommé administrateur civil pour Bonny, dans le Rivers State, avant d’occuper différents postes dans le gouvernement de cet Etat, de 1968 à 1973. Au terme de cette expérience politique, il se reconvertit dans les affaires, abandonna l’enseignement, mais n’avait pas renoncé à ses ambitions littéraires. Arrêté en 1993, il a été libéré après un mois de détention, à la suite d’importantes pressions internationales. Arrêté, à nouveau, en mai 1994, il a été jugé, condamné à mort et exécuté par pendaison, le 10 novembre 1995, à Port Harcourt, par un tribunal militaire d’exception chargé des troubles sociaux (émeutes ou troubles sociaux), sans autre appel ou recours que devant le gouvernement fédéral. «Non-violent struggle offers weak people the strength which they otherwise would not have. The spirit becomes important and no gun can silence that” écrit SARO-WIWA dans son ouvrage “A Month and a Day : A Detention Diary”.
Ken SARO-WIWA, écrivain populaire, dont la richesse et la force de la contribution populaire sont encore intacts, s’adressait, en priorité aux jeunes, aux masses à faible éducation. En effet, écrivain, à la fois romancier mais aussi auteur de feuilletons populaires pour la télévision, Ken SARO-WIWA avait créé et dirigeait sa propre maison d'édition et présidait l'Union des écrivains nigérians. Il avait exercé des fonctions ministérielles entre 1968 et 1973 et était un homme d'affaires avisé et un journaliste reconnu pour sa plume acerbe. Ken SARO-WIWA était également un militant politique écologiste qui défendait avec force la minorité dont il était issu. Ken SARO-WIWA revendiquait de façon pacifiste pour son peuple, les Ogoni, une minorité ethnique, dont le territoire regorge de pétrole, «une autonomie politique, une juste part des richesses pétrolières et le droit de contrôler son environnement écologique dévasté,  par les compagnies pétrolières internationales». Une attitude inadmissible pour le pouvoir militaire qui, à la suite d'un simulacre de procès, condamna à mort et exécuta l'écrivain et ses huit compagnons de lutte.
1 – Ken SARO-WIWA : un souci d’éduquer les jeunes
En 1983, il publie  son premier roman, «Basi and Company», traduit en français par «les aventures de Mister B», pittoresque génie de l’arnaque qui n’a qu’un rêve, s’enrichir sans lever le petit doigt. Le héros n’a rien à voir avec les magnats du pétrole ; il est plûtot une petite crapule, comme il en existe beaucoup à Lagos, ville par excellence du crime, mais aussi capitale économique du Nigéria, et cherche, par tous les moyens, de devenir, rapidement, millionnaire. Cet homme cupide, à son arrivée à Lagos, «une cité dont on disait les route pavées d’or», loue une minuscule et sordide chambre, à cent Nairas par mois, mais sa propriétaire exige un acompte de 5 ans de loyer d’avance. Cette chambre son «palace», pour lequel il ne paie d'ailleurs jamais rien. A chaque fois que la propriétaire lui demande le loyer, il trouve un moyen pour la duper. La vie à Lagos, grande ville du Nigeria, est compliquée. Surtout pour les nouveaux venus qui cherchent du travail. Dépourvu de ressources, Mister B, met en œuvre des entreloupettes, des combines tordues ou pittoresques, pour y arriver. Dans cette jungle qu’est Lagos, l’instinct de survie est puissant, et les ressources de l’esprit sont inventives pour s’en sortir, jusquà ce qu’un grain de sable enraye la machine à jouer des tours aux autres. Mister B est un jeune homme qui arrive à Lagos pour se faire de l'argent. Sur son tee-shirt on peut lire, de face, «Pour être millionnaire» et, de dos, «pensez comme un millionnaire». Cette phrase devient le leitmotiv du récit. Selon Mister B, pour s'enrichir il n'est pas nécessaire de travailler. Il est convaincu que c'est son astuce et sa malice qui le couvriront d'argent. Pour concrétiser son rêve de millionnaire, Mister B invente des ruses. Mais quand il se met à l'oeuvre, il échoue. Pourtant, il garde sa bonne humeur et son optimisme. Mister B est un tricheur, mais un tricheur aimable et sympathique.
Dans ce roman «Mister B», Ken SARO-WIWA, en sociologue, s’inspire de scènes de la vie quotidienne, dans sa création littéraire le comique et le tragique se côtoient, dans une ville impitoyable pour les faibles. Une série télévisée, à succès, tirée de ce roman, sera diffusée au Nigéria de 1985 à 1990. Le roman de Ken SARO-WIWA «Mister B, millionnaire», dont le titre original est «Basi and Company», adapté à la télévision, est très vite devenu, au Nigéria, une série à succès. C’est une satire contre la misère, la pauvreté et le chômage qui règnent à Lagos. Les inconvénients de l'administration publique et de l'économie libérale y sont abordés. Ken SARO-WIWA est sans concession pour les esprits animés de cupidité et de rapacité ; ils sont irrécupérables, parce qu’adeptes de l’argent facile, et pour lequel ils sont prêts à tout. En revanche, Ken SARO-WIWA nourrit un espoir pour la rédemption de la jeunesse qui ne devrait pas verser dans ces travers. Par conséquent, l’auteur établit une ligne rouge séparant le Bien du Mal : «On finit toujours par attraper les tricheurs ; le chemin de la réussite est plûtot rude et difficile» écrit-il. Pour Ambroise TEKO-AGBO «Ecrire devient chez cet écrivain nigérian, le désir passionné de fabriquer du futur : éduquer les jeunes pour en faire les citoyens de demain».
2 – Ken SARO-WIWA : une dénonciation de la guerre
En 1985, Ken SARO-WIWA évoque ces blessures, ces tragédies et ce génocide contre le peuple Ogoni, du Biafra, une minorité opprimée et massacrée au profit d'obscurs intérêts. L’auteur finira, lui-même, dans son combat intransigeant, d'y perdre, fort injustement, la vie. Ainsi, dans son roman «Sozaboy» (petit minitaire), comme ses autres productions intellectuelles, Ken SARO-WIWA utilise le pidgin. Ce roman est donc rédigé, selon lui en «anglais pourri» (rotten english), «c’est-à-dire un mélange de pidgin nigérian, de mauvais et, ça et là, d’expressions en bon anglais et même en anglais idiomatique» dit SARO-WIWA. La langue maternelle de SARO-WIWA est le Kana, qui s’apparente à celle de la minorité Ogoni. Il a choisi d’écrire en anglais pourri, et en réaction contre les langues dominantes du Nigéria que le Yoruba, le Haussa-Foulani et l’Igbo. Ce travail d’écriture est issu du mélange de la langue anglaise et des créations originales et confirme ainsi le rapport irrévérencieux que les écrivains anglophones ont avec la langue du colonisateur. Ces écrivains voulaient toucher un public composite : des instituteurs, des commerçants, des étudiants et des semi-instruits. C’est un travail enrichi par l’inventivité verbale de SARO-WIWA  il a l’avantage de n’imposer ni règles, ni syntaxe à ses locuteurs, et traduit l’expérience sociale vécue dans ses multiples manifestations, voire dans son authenticité. «Je ne connais pas d'autre exemple où l'on ait détourné la langue anglaise de façon aussi saisissante», souligne William BOYD. SARO-WIWA s’impose comme un auteur populaire et expérimental. Il a construit une œuvre basée sur une expérience linguistique. Il rejette cette démarche mystico-traditionnelle de Chinua ACHEBE et Wole SOYINKA. Suivant Kangni ALEM «Les personnages de Ken Saro-Wiwa ayant perdu depuis longtemps attache avec ce monde, il importait de trouver le langage qui disent le mieux leur difficile accès à la modernité, leur douloureuse traversée de la vie».
Dans «Sozaboy», SARO-WIWA dénonce, violemment, l’enrôlement des enfants dans les guerres. Le héros, est un jeune garçon, Méné, tour à tour drôle, naïf et picaresque, né à Doukana, dans l’Est du Nigéria. Dans ce village, tout le monde semblait heureux à l’arrivée du nouveau gouvernement qui promettait que «tout va aller bien à Doukana» et que «dorénavant, même juge au tribunal de Bori va faire meilleur jugement». Par conséquent, le jeune héros, Méné ne rêve que d’une seule : décrocher son permis de conduire pour être le chauffeur de son village. Il tombe amoureux d’Agnès, «fille que y a pas son deux à Doukana, fille jolie comme lune-là». Agnès étant serveuse dans un bar, Méné ne peut la conquérir que s’il a une situation, en s’engeant comme militaire. Agnès aime les hommes de bravoure, capables de combattre l’ennemi et de protéger la population. Ainsi, Méné se met à rêver : «Je commence pour croire que la chance est avec moi. Bientôt je vais gagner mon permis. Alors je peux marier bon mademoiselle qui vient de Lagos. Pas n'importe quelle mademoiselle de Lagos. Parce que des fois y en a qui vaut rien du tout. Mais Agnès c'est vraie fille avec ampoules 100 watts». Le ton est donné. Pour l’amour d’Agnès, le héros Ména, achète son uniforme et devient un enfant de la guerre. Il va être emporté loin de Doukana, petite ville du Biafra où, jeune apprenti chauffeur, il coulait auprès de sa mère des jours paisibles. Embarqué dans un conflit qui le dépasse, il découvre les violences et les absurdités de la guerre civile nigériane (1967-1970). «Mais c’est quand guerre-là va finir même ? Pourquoi on est là pour faire combat ? Chaque fois que je demande ça, ça m’embrouille en pagaille» dit le héros. Sans les juger ni les analyser, Ken SARO-WIWA décrit les souffrances, les brimades, les privations, les magouilles et les compromissions qui le mènent à la désertion et à la fuite. La réalité dès lors apparaît dans sa nudité et son horreur. Echappant, miraculeusement, au bombardement de son camp, Ména découvre l’horreur de la guerre : «Tout partout, c’est seulement petits morceaux de viande de l’homme ! Oh, je commence à pleurer seulement, on dirait femme» s’écrie-t-il. Ména prend alors la mesure des choses effroyables que peut engendrer la méchanté de l’homme. Il abandonne son uniforme et tente de s’évader. Prisonnier de guerre, puis déserteur, il va à la recherche de ses parents, à son village Doukana.
 
Les dernières pages de «Sozaboy» sont un réquisitoire contre l’absurdité de la guerre dans laquelle ce jeune s’était lancé avec fierté et enthousiasme. De retour à son village natal, Doukana, il découvre, avec effroi, que celui-ci n’est qu’un champ de ruines, et toute sa famille a disparu. Les survivants qui y errent, le prennent pour un dangereux fantôme. Condamné à s’enfuir pour échapper à cette vindicte, il ne lui reste comme viatique que cette sagesse bien fataliste «Parce que mauvais doit arriver avant que bon chose va arriver».
Captivant, ironique, écrit avec verve et truculence, animé d’un souffle poétique, servi par une langue vivante, tonique, parlée et libre, ce roman de l’absurde interpelle notre conscience sur l’illusion et l’inanité de l’uniforme militaire. «L’humour ici utilisé paraît être l’arme efficace pour parler de choses sérieuses et dénoncer le prurit de la violence et de la méchanceté, de bassesse et de turpitude qui habitent le cœur humain» écrit Ambroise TEKO-AGBO. Salué par William BOYD comme «l'un des grands chefs-d'oeuvre de la littérature africaine», ce roman tient sa force de ce point de vue faussement naïf, mais aussi de l'innocence du héros, son dénuement, son optimisme parfois absurde. Ken SARO-WIWA manie avec une redoutable précision la dérision et un humour percutant ; ce qui fait de ce roman une oeuvre originale, profondément bouleversante, l'une des plus efficaces dénonciations de la guerre et de ses folies. «À travers le regard d'un adolescent africain qui s'engage dans l'armée sans bien savoir pourquoi, Ken Saro-Wiwa nous plonge dans le chaos d'un conflit absurde, celui de la guerre civile nigériane. Sozaboy est un chef d'œuvre de la littérature africaine, d'une violence et d'une audace inouïes, un plaidoyer implacable contre la folie de la guerre», souligne, dans sa préface de l’édition de 2008, Alain MABANCKOU. Par ailleurs, les traducteurs, ont évité la caricature du langage, appelé par les colonialistes de «petit nègre». Ils ont su trouver une équivalence dynamique à la langue de départ utilisée par SARO-WIWA, en utilisant le français parlé dans les quartiers populaires d’Abidjan, Cotonou ou Ouagadougou, dans les casernes militaires, au marché ou dans les bars populaires. «Si Sozaboy» peut servir à quelque chose, il rappellera à tous, que la violence de la guerre ne peut être la solution d’un problème politique et que le plus grand obstacle à la prospérité de l’Afrique est la guerre» dit Ambroise TEKO-AGBO.
3 – Ken SARO-WIWA : une remise en cause du sort bloqué du Nigéria
Dans son roman, publié à titre posthume, en langue française, «Lemona» (Lemona’s Tale), Ken SARO-WIWA nous livre, dans ce récit, une belle et douloureuse réflexion sur le destin et ses irrésistibles travers. Lémona est une longue confession mélodramatique d’une prisonnière qui, reconnue coupable de meurtre, va être pendue le lendemain matin à l’aube. Elevée par une mère célibataire qui n'a pas pu l'envoyer à l'école, Lemona a dû très tôt apprendre à subvenir à ses besoins. Paysanne pauvre, exilée dans une ville comme servante, elle est maltraitée, violée et chassée. Rejetée dans la rue et sans défense, elle devient, machinalement, une prostituée, pour survivre : «le sexe devient une routine». Sa beauté attire les hommes, mais ne la protège pas des dangers qui guettent une femme seule dans une société machiste. Proie de la concupiscence et de l'égoïsme masculin, elle finira mal.  
Naïve, elle avait cru, un instant, que le coopérant écossais l’aimait, sincèrement. Mais quand celui-ci, lui annonce qu’il repartait en Europe, en raison de l’indépendance du Nigéria, Lémona, dans un geste impulsif, le tue : «Le canif que j’avais lancé contre John, l’avait touché au cœur. Je l’avais tué», confesse-t-elle. Condamnée à mort, elle est enceinte en prison ; sa peine est commuée en détention perpétuelle. Graciée au bout de vingt et libérée, elle renoue avec le père de sa fille et découvre que c’est le juge qui l’avait condamnée à mort. Mais ce juge est resté amoureux d’elle et a toujours pris soin de sa fille. La femme du juge réapparait, furieuse et peu maîtrisable, elle assome son mari. Lémona l’égorge et retourne encore en prison. Sa fille lui rend visite et elle lui raconte ses lourds secrets.
C'est un roman d'éducation, d'un apprentissage au féminin qui, dans le contexte de jungle sociale régie par la loi du mâle/mal où évolue Lemona, ne peut déboucher sur aucune véritable connaissance du monde. Le clou de l'intrigue réside dans les dernières pages. A la demande d'une jeune visiteuse venue de loin et qui lui ressemble, Lemona va revivre les drames de sa vie dans un processus de distanciation libérateur. En effet, l'héroïne du roman, Ola, jeune étudiante en psychologie dans une université américaine, revient au Nigeria à la mort de ses parents. Selon le vœu de son père, elle se rend à la prison de Port Harcourt afin de rencontrer un assassin, la belle et énigmatique Lemona.  Au cours d'une longue veillée nocturne au bout de laquelle elle va être pendue, Lemona entreprend de lui raconter l'histoire de sa vie placée sous le signe du tragique et de la malchance perpétuelle. Et si l'histoire de Lemona avait des liens secrets avec celle de la fille de ses victimes, elle-même «exilée» tôt du Nigeria et élevée loin de ses parents par une nourrice anglaise ?
En fait, Lémona, c’est le Nigéria, grand pays africain, riche en pétrole, dynamique, mais dont le sort est tragique à travers ses dictatures militaires, la corruption et l’anomie. «L’existence chaotique de cette femme, de toute évidence, fait référence au Nigéria contemprain où rien n’est normalement fixe et normatif» écrit Denise COUSSY.
Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a inauguré, le 30 janvier 2015, le Centre d'animation Ken SARO-WIWA, à la rue Buzenval, à Paris 20ème. Ce lieu est dédié à la culture urbaine, et spécialement au hip hop. Saint-Blaise, toujours dans le 20ème arrondissement,  prendra le nom de Wangari Muta MAATHAI (1940-2011), une biologiste, professeure d’anatomie en médecine vétérinaire et militante écologique du Keyna. Le Front National exige que ces lieux portent le nom d’un Français.
Bibliographie selective
1 - Quelques oeuvres de Ken SARO-WIWA
SARO-WIWA (Ken), “The Langage of African Literature : A Writer’s Testimony”, Research in African Literature, 1992, vol 23, n°2, pages 156-157 ;
SARO-WIWA (Ken), A Bride for Mr B, Port-Harcourt, Saros International, 1985, 96 pages ;
SARO-WIWA (Ken), A Forest of Flowers : Short Stories, Harlow, Longman, 1998, 154 pages ;
SARO-WIWA (Ken), A Month and Day and Letters, Ayebia, 1995, 220 pages ;
SARO-WIWA (Ken), A Shipload of Rice, Port-Harcourt, Saros International, 1991, 56 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Adaku and Others Short Stories, London, Saros International, 1989, 176 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Four Farcical Plaays, Port-Harcourt, Saros International, 1989, 85 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Genocide in Nigeria : The Ogoni Tragedy, Port-Harcourt, Saros International, 1992, 103 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Lémona : Roman, traduit de l’anglais par Alain Kangini, Paris, Drapper Jeunesse, «Collection au bout du monde», 2002, 221 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Letter to the Ogoni Youth, Port-Harcourt, Saros International, 1983, 22 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Mister B, millionnaire, Paris, Drapper Jeunesse, «Collection au bout du monde», 1999, 256 pages ; 
SARO-WIWA (Ken), Nigeria : the Brink of Disaster, Port-Harcourt, Saros International, 1991, 131 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Ogoni : Moment of Truth, Port-Harcourt, Saros International, 1991, 280 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Pita Dumbrok’s Prison, Port-Harcourt, Saros International, 1985, 96 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Prisoners of Jebs, Port-Harcourt, Saros International, 1988, 180 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Si je suis encore en vie journal de détention, traduit par Françoise Marchand-Sauvagnargues, préface de William Boyd, Paris, Stock, 1996, 327 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Si je suis encore en vie, journal de détention, traduction de l’anglais par F Marchand-Sauvagnargues, préface de William Boyd, Paris, Stock, 1996, 328 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Similia : Essays on Anomic Nigeria, Port-Harcourt, Saros International, 1991, 200 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Similia : On Anomic Nigeria, London, Saros International, 1991, 200 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Songs in Time of War, Port-Harcourt, Saros International, 1985, 44 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Sozaboy : A Novel in Rotten English, Long Man, 1994, 188 pages ;
SARO-WIWA (Ken), Sozaboy : Petit minitaire, traduit de l’anglais par Samuel Milogo et Amadou Bassiri, préface William Boyd, Arles, Actes Sud, collection Afriques, 1998, 311 pages ; voir aussi l’édition de janvier 2008, éditions Bazaki, 294 pages avec une préface d’Alain Mabanckou ;
SARO-WIWA (Ken), The Ogoni Nation Today and Tomorrow, Port-Harcourt, Saros International, 1993, 24 pages.
2 – Critiques de Ken SARO-WIWA
ADEWALE (Maja-Pearce), Remembering Ken SARO-WIWA and Others Essays, 2005, The New Gong, 306 pages ;
ALEM (Kangni), “A Ken Saro-Wiwa”, Notre Librairie, avril-juin 2000, n°140, pages 28-30 ;
ALEM (Kangni), “Ken Saro-Wiwa : L’écriture du désastre ?”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, pages 26-32 ;
ALEM (Kangni), “Ken Saro-Wiwa : une écriture et une vie aventureuses”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, pages 5-6 ;
AMAYANABO (Opudo, Daminabo), Ken SARO-WIWA 1941-1995 : His Life and Legacies, 2005, Hanging Garden Publishers, 2005, 422 pages ;
BOYD (William), “Fight to Death”, The Guardian, edition du 23 mars 2005 ;
CARRE (Nathalie), “La guerre et les petits dans Sozaboy de Ken Saro-Wiwa et Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, pages 15-26 ;
COUSSY (Denise), “Notes de lecture Lemona, de Ken Saro-Wiwa”, Notre Librairie, juillet-septembre 2002, n°148, page 19 ; 
DELAS (Daniel), “Ken Saro-Wiwa : surtraduit ?”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, pages 14-15 ;
DORON (Roy), FALOLA (Toyin), Ken Saro-Wiwa, Athens, Ohio University Press, 2016, 176 pages ;
McLUCKIE (Greg, M.), McPHAIL (Aubrey),  Ken Saro-Wiwa : Writer and Political Activits, Bouldo (Colo), London, Lynne Rienner Publishing, 2000, 291 pages ;
OJO-ADE (Femi), Ken SARO-WIWA : A Bio-Critical Study, Brooklyn (NY), Africana Legacy Press Inc, 1999, 300 pages ;
RICARD (Alain), “Ken Saro-Wiwa et l’édition”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, page 38 ;
SUCHET (Myriam), «La voix de Sozaboy (petit minitaire), ou comment passer du leurre de langage à la construction d’un éthos», Etudes littéraires africaines, 2011, vol 32, pages 44-54 ;
TEKO-AGBO (Ambrois), “Notes de lecture Mister B, Millionnaire, de Ken Saro-Wiwa”, Notre Librairie, avril-juin 2000, n°140, pages 34-35 ; 
TEKO-AGBO (Ambrois), “Notes de lecture Sozaboy, petit minitaire, de Ken Saro-Wiwa”, Notre Librairie, avril-juin 2000, n°140, pages 33-34 ;
TEKO-AGBO (Ambroise), “Mister B, Millionnaire : un modèle pour la jeunesse”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, pages 32-37 ;
UTUDJIAN SAINT-ANDRE (Eliane), “L’anglais pourri de Sozaboy”, Etudes littéraires africaines, 2002, n°13, pages 7-13 ;
WIWA (Ken), In the Shadow of a Saint. A son’s journey to understand his father’s legacy, Hanover : Steerforth Press, 2001, 247 pages ;
Paris, le 31 janvier 2015, actualisé le 5 avril 2018, par M. Amadou Bal BA -  Baamadou.over-blog.fr.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
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Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
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Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
Ken Saro-Wiwa, écrivain nigérian, défenseur du peuple Ogoni, injustement pendu en 1995.
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 21:52

«Démocratie, citoyenneté et laïcité : parlons-en !», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

A l’initiative de Mme Madeleine GOMET-BITOO, membre du Conseil national au Parti Socialiste et Vice-présidente du Conseil régional Poitou-Charentes, j’ai assisté ce samedi au Café du Temple, à Paris, à un débat très riche sur la laïcité, introduit et animé par M. Jean-Louis BIANCO, président de l’Observatoire de la laïcité, M. Alain BONDELLE du groupe Laïcité à la Ligue des droits de l’Homme, et par M. Frédéric DABI, directeur-adjoint de l’IFOP. Karine Berger députée des Hautes-Alpes et spécialiste des finances publiques nous a honoré de sa présence.

1 - La première interrogation était de savoir qu’est-ce que la laïcité ?

M. BIANCO a d’abord rappelé que la laïcité c’est une liberté fondamentale : celle de croire ou de ne pas croire, ou même de changer de religion. «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale», proclame la Constitution de 1958.

Ensuite la laïcité, est la neutralité de l’Etat. Chaque individu est libre dans l’espace public de manifester ses convictions, à la stricte condition de respecter l’ordre public. Cependant, la neutralité ne signifie nullement l’indifférence. La laïcité c’est «la sécularisation des institutions publiques de l’Etat», suivant Fernand BUISSON.


Enfin, la laïcité c’est un puissant principe de l’Etat républicain qui permet de bien-vivre ensemble.

En définitive, la laïcité est un principe qui distingue le pouvoir politique des organisations religieuses. L’État devant rester neutre, et garantit la liberté de culte. L'Etat affirme, parallèlement, la liberté de conscience, et ne place aucune opinion au-dessus des autres, construisant ainsi l’égalité.

2 - Peut-on et doit-on enseigner une «morale laïque" à l’école ?

L’Etat n’a pas à enseigner sa morale, c'est-à-dire une définition du Bien et du Mal. Ce serait une grave pomme de discorde politique, sur un sujet comme la laïcité, qui fait largement consensus. Il vaudrait mieux parler d’éthique républicaine, pour l’égalité et le bien-vivre ensemble. Cette déontologie kantienne ou éthique républicaine vise à former le citoyen aux règles de la vie politique et sociale françaises lesquelles reposent sur trois principes, la liberté, l'égalité et la fraternité, rebaptisées ici "vertus" ou "valeurs de la République". Cette éthique a pour vocation de promouvoir le "vivre ensemble" au quotidien, donc d'enseigner ce qu'est le respect , la non discrimination, l'empathie, la réciprocité , le respect de soi et l'autonomie, faire progresser la solidarité, au détriment de l'égoïsme et du repli sur soi.

La laïcité, c’est un règlement juridique, mais aussi et surtout un art de vivre.

3 - Les Musulmans de France sont-ils hors ou dans la République ?

Les Musulmans sont dans la République, même si à partir de 1989 les questions de voile, et maintenant du Jihad, ont relancé la place de l’islam et des Français Musulmans dans notre société. En effet, les Musulmans sont dans la République parce que la laïcité garantit, à chaque citoyen, la liberté de croire ou de ne pas croire. Par conséquent, le fait d'être un Français musulman, à lui seul, ne peut être une situation plaçant l'intéressé hors de la République. Le grand progrès la laïcité, à partir de 1905, est d'avoir rétabli la société civile, que la Révolution avait ignorée. En effet, jadis les Protestants et les Juifs ont souvent été massacrés et exclus de la République, en raison de leurs croyances religieuses.

Il est remarquable de constater que si maintenant toutes les demandes de permis de construire de lieux de culte des Musulmans sont systématiquement bloquées par des intégristes de la laïcité, la Ville de Paris, en reconnaissance de l’action des Musulmans, lors de la 1ère guerre mondiale, avait construire une grande mosquée dans notre capitale, inaugurée le 19 octobre 1922, par le maréchal LYAUTEY. «Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Ile de France, qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses» dit-il. C’est le gouvernement d’Edouard HERRIOT qui avait décidé, le 29 juin 1920, de la construction de cette mosquée en reconnaissance de l’action des Musulmans de France pendant la première guerre mondiale.

Le voile n’est pas pratiqué par tous les pays musulmans. Et en France, les Musulmans contestent l’idée même d’un Conseil des Cultes musulmans, car dans cette religion il ne saurait y avoir d’intermédiaire entre Dieu et les croyants.

4 - Quels liens entre la laïcité, le bien-vivre ensemble, l’égalité et la Fraternité ?

Après les événements tragiques des 7 et 9 janvier 2015, ainsi que l’esprit de la puissante manifestation du 11 janvier 2015, le gouvernement a mis en avant la laïcité.

M. Manuel VALLS a évoqué, à juste raison, et notamment, pour la Seine-Saint-Denis, la notion «d’apartheid territorial». Il pèse sur nos gouvernants une urgente nécessité de rétablir l’égalité réelle, de lutter contre les discriminations quelles soient économiques ou sociales.

On voit bien que la laïcité qui garantit à tous la liberté de conscience, y compris aux Français Musulmans, est au cœur de notre vivre ensemble. En effet, c'est autour de la laïcité que tournent certains de nos débats de société les plus sensibles : les questions de l’identité française, de l’intégration, du droit à la différence des individus et des cultures, de la liberté d’expression religieuse. Les tribunaux de l’Inquisition ainsi que les guerres de religion, au nom du Christ, avaient conduit à un lot incalculable de massacres.

Les participants ont approuvé l’idée que la laïcité puisse contribuer à apaiser les tensions au sein de notre société :
- L’édification d’un service civique, (formation et brassage ethnique)
- La connaissance de l’histoire des religions
- La formation des enseignants ;
- faire du 9 décembre une journée de la laïcité, en référence à la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l'Eglise et de
l'Etat.

Un sujet d'actualité brûlante, une belle réussite qui a précisé et remis certains concepts en place, et mes très vives félicitations à Mme Madeleine GOMBET-BITOO et Baptiste MENARD qui nous promettent encore d’autres rencontres citoyennes, dès le mois prochain.

Indications bibliographiques :

BIANCO (Jean-Louis), Rapport annuel de l’Observatoire de la laïcité 2013-2014, Paris, Premier Ministre, documentation française, mai 2014, 281 pages ;

STASI (Bernard), Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République, Rapport au Président de la République, Paris, 11 décembre 2003, 78 pages.
Paris le 31 janvier 2015, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over
-blog.fr/

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 00:11

Gaston MONNERVILLE, avocat, radical-socialiste, républicain, humaniste et président du Sénat par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Ce samedi 24 janvier 2015, à l’invitation de Mme Henriette DORION-SEBELOUE, présidente de l’Union des Guyanais et Amis de la Guyane, j'ai assisté au vernissage de l’exposition «Gaston MONNERVILLE, combat pour les libertés», à l’Espace Saint-Jean, à Melun, en Seine et Marne, dans la région parisienne. Cette exposition est ouverte au public jusqu’au 11 mars 2015. Une conférence sur Gaston MONNERVILLE sera tenue le 7 mars 2015, dans cet espace.

Il faut dire que Gaston MONNERVILLE, avec l’esprit qui a présidé aux puissantes manifestations du dimanche 11 janvier 2015, nous interpelle à plus d’un titre. Tout d’abord, Gaston MONNERVILLE est un métis né d’une mère noire et d’un père blanc. C'est donc un témoignage indubitable que le Bien-vivre ensemble, le multiculturalisme, sont déjà en marche. Ensuite c’est un enfant de la République qui a gravi tous les échelons, pour se hisser au sommet de l’Etat, en qualité de président du Sénat. Le gouvernement a donc bien raison d'insister sur la place privilégiée de l'école en vue de contribuer à apaiser ces convulsions qui secouent la société. Enfin, il a lutté contre toutes les formes de racisme. J’ai été ému de prendre connaissance de sa déclaration faite le 21 juin 1933, au Trocadéro, à Paris, bien avant que l’opinion publique ne s’inquiète du sort des Juifs : «Le drame qui angoisse nos frères de race juive n’a pas seulement son écho dans leur cœur. Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu’il assiste au spectacle d’un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d’une nation civilisée : je veux dire le souci d’être juste, la volonté d’être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu’en soit la religion, la couleur ou la race». N’est-ce pas Gaston MONNERVILLE qui avait dénoncé à la libération, la tentative du gouvernement français de supprimer les photos des Noirs juchés sur les chars du général LECLERC à la Libération de Paris ? Par conséquent, l'esprit de la République et de cette manifestation du 11 janvier 2015 sont bien présents dans l'héritage que nous lègue le président Gaston MONNERVILLE.

A cette exposition de MELUN, j’ai eu le bonheur de revoir Sylvie DERRIDJ, nièce du président MONNERVILLE, du côté de sa femme, et de rencontrer son mari, pour la première fois. Mme Lyne ORVILLE était également présente nièce du président MONNERVILLE, en dépit de son âge avancé. Yann, le père d’Eva, une amie de classe de ma petite Arsinoé, a joué de la musique.

Suite à la publication de cet article, j’ai eu l’heureuse surprise d’avoir la réaction de la nièce du président Gaston MONNERVILLE, Mme Sylvie DERRIDJ : « C'est évidemment avec reconnaissance que je salue toutes les démarches faites dans le sens de la remise en mémoire de la personnalité et de l'œuvre poursuivie par mon oncle, le Président Gaston MONNERVILLE. C'est aussi en effet une opportunité de montrer, que la France grâce à ses lois républicaines a permis l'intégration de tous ses enfants et cela au plus haut niveau de ses institutions. Ce n'est malheureusement plus le cas, il manque des volontés et des personnalités fortes convaincues des possibilités données à tous par nos institutions. Félicitations pour cette initiative qui j'espère va en éveiller d'autres». Il faut préciser que Mme Sylvie DERRIDJ est une inlassable combattante pour la mémoire de son oncle Gaston MONNERVILLE. Ainsi, une plaque est apposée au Palais de Justice. La Maison des avocats du Barreau de Paris compte une salle au nom de Gaston MONNERVILLE. Un buste se trouve, par ailleurs, au jardin du Luxembourg.

La Guyane, petit territoire, a donné naissance à des hommes illustres comme Félix EBOUE (1884-1944), gouverneur du TCHAD et résistant, Léon GONTRANS-DAMAS (1912-1978) fondateur, avec Léopold Sédar SENGHOR et Aimé CESAIRE, de la Négritude. En France métropolitaine et dans le monde entier, Mme Christiane TAUBIRA, Garde des Sceaux, est célèbre. Mais qui connaît, exactement, un autre éminent guyanais Gaston MONNERVILLE ?

Né le 2 janvier 1897 à Cayenne, Gaston MONNERVILLE, nourri des vertus humanistes et républicaines transmises par l'école laïque, achèvera ses études par une double licence de Lettres et de Droit, suivie d'un doctorat en Droit. Installé à Paris, comme avocat, le procès de Nantes des Cayennais inculpés après les émeutes ayant suivi la mort de Jean GALMOT, le ramène à la réalité coloniale de son pays. Sa plaidoirie jugée déterminante dans l'acquittement des inculpés le conduira à la députation de son pays (1932-1946). Il sera l'un des acteurs principaux de la suppression du bagne en Guyane, l'un des principaux auteurs des lois de départementalisation, du Fonds d'Investissement. Pourtant, il est battu après une campagne électorale haineuse aux législatives de novembre 1946 par René JADFARD (1899-1947). Dans la déconfiture du Parti radical-socialiste, Gaston MONNERVILLE saura rebondir, et entamer une belle carrière politique. Il deviendra président du Sénat pendant 22 ans, et défiera le Général de GAULLE en 1962.

Ma rencontre avec Marie-Andrée CIPRUT, écrivaine martiniquaise, le 23 mars 2014, au salon du livre à Paris, m’a permis d’acquérir ce livre du professeur émérite à la Sorbonne, Jean-Paul BRUNET, qui traite une des biographies de Gaston MONNERVILLE. La mère de Marie-Andrée CIPRUT connaissait Gaston MONNERVILLE. C’est une journée riche en rencontres, puisque Mme TAUBIRA était également présente au salon du livre, et m’a dédicacé son livre, «Paroles de liberté» en ces termes : «en souvenir de belles actions communes». J’avais annoncé que ces rencontres allaient encore susciter des réactions de ma part. Comme le dirait, Mme CIPRUT, «elle est grande la maison de mes rêves».

Gaston MONNERVILLE aura, selon les termes de l’un ses biographes, le professeur BRUNET, «un destin d’exception». Avocat à Toulouse et à Paris, député de la Guyane de 1932 à 1940, vice-président du Conseil de la République entre 1946 et 1947, sénateur du Lot entre 1946 et 1974, président du Conseil de la République de 1947 à 1958, président du Sénat de 1958 à 1968, président du Sénat de la Communauté de 1959 à 1960, conseiller général du Lot de 1949 à 1970, maire de Cayenne de 1935 à 1940, maire de Saint-Céré (Lot) de 1964 à 1971, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies de 1937 à 1938, et membre du Conseil Constitutionnel de 1974 à 1983.

Au moment où grondent les trompettes de la haine et de l’intolérance, et n’en déplaise à Messieurs Alain FINKIELKRAUT et Eric ZEMMOUR, notre Gaston MONNERVILLE est un bel «exemple d’intégration républicaine», suivant une expression du professeur BRUNET. Le philosophe Luc FERRY a soulevé cette question importante, dans son ouvrage paru chez Grasset en 1997 : «Qu’est qu’une vie réussie ?». En d’autres termes, comment trouver du sens à notre existence ? Gaston MONNERVILLE a eu une vie bien remplie, non pas à cause de ses hautes fonctions, de sa réussite sociale, mais parce qu’il a assumé les devoirs de sa charge avec compétence, humanité et intégrité. On peut dire que Gaston MONNERVILLE a mené sa vie en harmonie avec l’ordre spirituel de l’humanité. Il s’est fixé un idéal supérieur qui se résume en Singularité, Intensité et Amour, et auquel il n’a pas dévié. En effet, Gaston MONNERVILLE représente, pour nous tous, un modèle d’ascension sociale et de vie exemplaire. La France est gouvernée, maintenant, par des élites, des énarques qui redoutent toute mixité sociale. Il est curieux de constater que les IIIème et IVème Républiques avaient accordé une place importante à la mixité sociale. Les enfants de classe modeste pouvaient espérer se situer en «haut de l’affiche», suivant une expression de Charles AZNAVOUR. Ainsi, Félix EBOUE (1884-1944), administrateur colonial en chef, résistant et humaniste, originaire également de Guyane, a été gouverneur général du TCHAD et de l’Afrique Equatoriale Française. Aujourd’hui, très peu de Noirs, en dépit de savantes études dans les grandes écoles, occupent des postes à hautes responsabilités dans les administrations françaises qu’elles soient d’Etat, hospitalières ou territoriales. C’est que donc l’ascenseur social est en panne. Sur le plan de la sphère politique, Blaise DIAGNE (1872-1934), Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) et Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), ont bien été nommés Ministres, pendant la colonisation, il faut le préciser. Actuellement, seule Mme George PAU-LANGEVIN a survécu à ce climat d’ostracisme et de suspicion d’incompétence. Mon ami, Louis Mohamed SEYE, pourtant un fidèle et loyal hollandais de la première heure et qui a été au quartier général de la campagne des présidentielles de 2012, a même perdu son poste de Secrétaire national à l’égalité au Parti socialiste. Quand on affirme des principes d’égalité et qu’on les bafoue, quelle honte !

I – Gaston MONNERVILLE, d’origine modeste symbole de l’intégration républicaine,

Gaston MONNERVILLE, on l’a dit, est né 2 janvier 1897, à CAYENNE. La GUYANE, cette «France équinoxiale», située en Amazonie, près du Brésil, d’abord occupée par les Hollandais, a été conquise par la France en 1664. On y trouve du cacao, du café, de la vanille, de la canne à sucre, et de l’or. Sous-peuplée et manquant d’infrastructures, le paludisme y est endémique. Multi ethnique, la Guyane devient «terre de punition», à cause de la déportation de forçats qu’y installe, à partir de 1854, Napoléon III. Tout individu condamné à moins de 8 ans, après avoir purgé sa peine, doit séjourner en Guyane pour une durée équivalente. Toute condamnation supérieure à 8 ans, entrainait une relégation à vie. La nuit est propice aux mauvais coups. Là-bas, c’est le monde à l’envers, ce sont les Blancs, ces bagnards, qui sont censés représenter l’insécurité.

La famille MONNERVILLE, qui vivait en concubinage est, en fait, originaire de Case-Pilote, en Martinique. Issu d’une famille de six enfants, Marc Saint-Yves MONNERVILLE (1857-1921), le père de Gaston, un métis, comptable à la direction du port, deviendra un commis de mairie. Son père est décrit comme étant un homme tolérant et d’une grande bonté. Marie-Françoise ORVILLE, (1860-19947), la mère de Gaston, est noire, et originaire également de Cas-Pilote. Contrairement au comportement des métis de cette zone, qui renient leurs origines (la peau claire serait une «peau sauvée»), Gaston MONNERVILLE revendique son sang noir. Gaston est d’un tempérament vif et turbulent, mais il est habité par une soif irrésistible d’apprendre. Son biographe dit de lui qu’il est «placide comme le Guyanais, sujet à de brusques colères comme l’Antillais».

Dès le départ, Gaston MONNERVILLE est un amoureux de la République française. Gaston MONNERVILLE résume ainsi son attachement à la France et sa philosophie de vie : «Le fils d'Outre-mer que je suis doit tout à la République. C'est elle qui, dans ma Guyane natale, est venue m'apporter la dignité et la culture. C'est elle qui m'a tout appris et qui a fait de moi ce que je suis».

Gaston MONNERVILLE est un républicain, mais c’est un admirateur de la République de 1848, celle de Victor SCHOELCHER (1804-1893), né à Paris de parents alsaciens, député de gauche de la Martinique, puis de la Guadeloupe, qui a fait abolir l’esclavage, par décret en date du 27 avril 1848.

C’est dans ce contexte que Gaston MONNERVILLE a voulu, à l’instar du personnage de Jack LONDON, dans son roman autobiographique, Martin EDEN, prouver par le travail, qu’un Noir, voué aux tâches ingrates, peut s’élever dans la société. L’exemplarité le condamne à la perfection. Conscient des sacrifices faits par ses parents, Gaston MONNERVILLE est un travailleur acharné à l’école. Il rafle tous les premiers prix et obtient une bourse pour poursuivre ses études en France, en 1912, à Toulouse. Gaston MONNERVILLE fréquente le Lycée Pierre de FERMAT, pour ses études secondaires. Etudiant aux facultés de Lettres et de Droit de Toulouse, sous la direction d’Achille MESTRE, il passe à la fois sa licence ès lettres et sa licence en droit avec félicitations du jury. C'est également avec félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur "La théorie de L'enrichissement sans cause". Celle-ci est honorée d'une souscription du ministère de l'Instruction Publique et primée, la même année, au concours des Thèses.

A Toulouse, en 1918, Gaston MONNERVILLE rencontre l’amour de sa vie qui n’a que 16 ans, Marie-Thérèse LAPEYRE, fille d’un restaurateur. Le mariage sera célébré le 11 septembre 1923, à Aix-les-Bains. Mais à la suite de fausses couches, Thérèse ne pourra pas avoir d’enfant. Gaston MONNERVILLE affirme n’avoir pas souffert de racisme en France. L’intolérance, il l’analyse ainsi, avec un certain recul : «Le racisme se confond souvent avec l’envie, le dépit ou la haine. Il est facile, il est lâche, de trouver un bouc-émissaire pour ses échecs et ses déboires. Le racisme et l’antisémitisme sont là ; ils sont des prétextes commodes pour des individus dont la sécheresse du cœur ne cède qu’à l’indigence d’esprit».

Déjà d’un caractère bien trempé, Gaston MONNERVILLE a été traumatisé par un sentiment d’injustice, à la suite de la révocation de son père. En effet, en 1910, son père fut licencié par le Gouverneur de la colonie, pour n’avoir pas accepté de faire allégeance au candidat qu’il soutenait lors d’une élection législative. Avant que cette décision inique ne fût cassée par le Conseil d’Etat, sa famille connut de graves difficultés, pendant deux ans. Ainsi, sa résolution est prise, il veut devenir avocat. Dès 1918, Gaston MONNERVILLE s'inscrit au barreau de Toulouse. Reçu, en 1921, au concours des Secrétaires de la Conférence, il obtient la médaille d'Or "Alexandre FOURTANIER" qui récompense l'un des meilleurs Secrétaires. A ce titre, il prononce, à une séance solennelle de rentrée, un discours remarqué sur "La Critique et le Droit de Réponse".

Gaston MONNERVILLE quitte Toulouse et s'inscrit, en 1921, au barreau de Paris. Il entre bientôt au cabinet d'un célèbre avocat et député de Corse, César CAMPINCHI (1882-1941), membre du parti radical-socialiste, résistant et homme d’Etat, dont il sera, pendant huit ans, le principal collaborateur. En 1923, il est reçu au concours des Secrétaires de la Conférence des Avocats, à la Cour d'Appel de Paris. En 1927, il est élu Président de l'Union des Jeunes Avocats. Gaston MONNERVILLE plaide plusieurs grands procès. Et surtout, il s'illustre, à l'âge de 34 ans, en 1931, dans l'affaire "GALMOT". Inculpés après l'émeute provoquée en 1928 par la fraude électorale et par la mort suspecte de Jean GALMOT, quatorze Guyanais sont traduits devant la Cour d'Assises de Nantes. Avec d’autres avocats, Gaston MONNERVILLE assure leur défense. Sa plaidoirie produit un effet considérable sur les jurés qui se prononcent pour l'acquittement. C’est ce succès qui le propulse sur la scène politique.

II – Gaston MONNERVILLE, radical-socialiste et franc-maçon, un idéal républicain et humaniste

Gaston MONNERVILLE appartient à la mouvance républicaine et humaniste. En effet, Gaston MONNERVILLE est franc-maçon, comme son héros Victor SCHOELCHER. Il existe depuis 1894, une Loge de France à CAYENNE, dont l’objectif est de travailler, dans la discrétion, à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Gaston MONNERVILLE a été initié, le 16 octobre 1918, à la Loge, «La Vérité», à Toulouse. Il y rencontre Pierre COT (1895-1977), député, Ministre, résistant et membre de l’aile gauche du Parti radical. Dans ces loges, Gaston MONNERVILLE ne cesse de rappeler l’idéal de tolérance et de fraternité, la primauté de l’esprit sur la bêtise humaine. Pour lui, «la dignité ne se divise pas, elle s’affirme et se respecte». Il fallait à Gaston MONNERVILLE un espace politique qui l’aide à faire passer, dans le concret, cet idéal républicain. Or, le radicalisme s’identifie à la République.

L’engagement politique de Gaston MONNERVILLE est un des traits saillants de sa vie. Il appartient, comme d’ailleurs Mme Christiane TAUBIRA, à l’aile gauche du Parti radical-socialiste : le mouvement «Jeunes-Turcs». Le Parti radical, sclérosé et usé, reçoit de ces «Jeunes-Turcs» du sang neuf, qui le ramène à sa tradition de gauche, dans la mouvance de l’énergique Edouard DALADIER (1884-1970) et de Jean ZAY (1904-1944), avocat, Ministre et résistant assassiné par la Milice. Gaston MONNERVILLE, en raison de ce militantisme intense, côtoie de grands noms du Parti Radical : Henri QUEUILLE (1884-1970), député de la Corrèze, président du Conseil et plusieurs fois ministre, Pierre MENDES-FRANCE, député et président du Conseil (1907-1982), Edouard HERRIOT (1872-1957), trois fois président du Conseil et membre de l’Académie française. Faut-il le rappeler, le Parti radical-socialiste a dominé la vie politique française jusqu’à la fin de la 2ème guerre mondiale. Le Parti radical est le plus ancien parti politique de France, puisqu’il est né le 21 juin 1901. Ayant été à la base de 31 gouvernements, c’est le Parti radical, avec l’impulsion du Ministre Emile COMBES (1835-1921), qui a été à l’initiative de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat. Les radicaux inspirés de la mouvance humaniste et républicaine, refusent l’absolutisme royal et prônent l’autonomie de l’individu et la liberté de penser. C’est sous l’impulsion de l’avocat Alexandre-Auguste LEDRU-ROLLIN (1807-1874), et par la suite de Léon GAMBETTA (1838-1882), que la République a été consolidée et des conquêtes démocratiques ont été arrachées, comme l’abolition de l’esclavage, le suffrage universel, la liberté d’association et de presse, le droit de réunion, la gratuité de l’enseignement secondaire. Les gouvernements de Léon BOURGEOIS introduisent les notions de justice et d’égalité sociales en politique. L’ascension sociale se fait grâce à l’instruction publique et l’impôt joue un rôle privilégié de redistribution.

Il n’est pas étonnant que Gaston MONNERVILLE consacre, en 1968, un imposant ouvrage sur Georges CLEMENCEAU (1841-1929), ce continuateur de l’action de Léon GAMBETTA et adversaire de l’expansion coloniale. Georges CLEMENCEAU, un républicain bien trempé, combat le cléricalisme et l’ordre moral. Sénateur du Var, Georges CLEMENCEAU, président du Conseil, a gagné la première guerre mondiale.

Dans son métier d’avocat, Gaston MONNERVILLE a reçu une aide inestimable de César CAMPINCHI, un radical-socialiste. Devant les difficultés d’avoir son cabinet d’avocat à Toulouse, Gaston MONNERVILLE voulait s’orienter initialement vers la magistrature en Afrique. Puis, il est monté à Paris. Mais pendant un certain temps, les portes étaient closes. Le bâtonnier de l’ordre des avocats le décourage en ces termes : « La profession d’avocat n’est pas un métier, c’est une vocation. On ne devrait s’inscrire au barreau que si on a les moyens d’existence suffisants».

Gaston MONNERVILLE a été Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, sous le gouvernement du radical-socialiste de Camille CHAUTEMPS (1885-1963), du 29 juin 1937 au 10 mars 1938. Les Allemands critiquent violemment cette entrée d’un Noir au gouvernement : «La France a adopté une politique indigène qui, outre qu’elle est une folie pour la Nation française elle-même, est un danger pour les autres Nations d’Europe». Avant Gaston MONNERVILLE, seul le député noir du Sénégal, Blaise DIAGNE (1872-1934) a été membre du gouvernement français de 1918 à 1922. Camille CHAUTEMPS, juriste et franc-maçon, député et sénateur, a fait supprimer le bagne de Guyane, dépotoir de toutes les misères humaines avec son corollaire, la relégation. Gaston MONNERVILLE est particulièrement fier de cette mesure : «s’il n’y en avait qu’une (suppression du bagne), que la mémoire des hommes dût retenir parmi celles que j’ai pu faire adopter au cours de ces années, assurément ce serait celle-là». Sous l’impulsion de Gaston MONNERVILLE le gouvernement fait voter un Fonds colonial afin d’améliorer le développement économique et social des Colonies. Gaston MONNERVILLE propose dès 1938, et obtient, le 26 mai 1949, que les cendres de Victor SCHOELCHER et de Félix EBOUE fussent transférés au Panthéon.

III – Gaston MONNERVILLE, une carrière politique exceptionnelle

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Gaston MONNERVILLE doit tout recommencer à zéro. Son cabinet d’avocat est resté fermé depuis 1939. Le Parti radical, selon une idée reçue, qui aurait peu participé à la résistance, sombre dans un déclin irréversible. Pourtant, le Parti radical compte de nombreux résistants dans ses rangs, comme Jean MOULIN, chef national de la résistance, Jean ZAY, Pierre MENDES-France, René CASSIN. Cependant, pour bon nombre de Français, le Parti radical est un symbole de la IIIème République qui a conduit au désastre de 1940. Et, ce parti a refusé d’avaliser le droit de vote pour les femmes. Le Parti communiste est devenu la principale force politique de France au sortir de la guerre.

En dépit du déclin de son Parti radical, Gaston MONNERVILLE a su rebondir. Je crois que Gaston MONNERVILLE doit avoir un bon marabout. En tout cas, c’est dans les épreuves que se révèlent les caractères des grands hommes. Affublé de son passé de parlementaire (député de la Guyane en 1932 et 1936), de Ministre et de résistant, Gaston MONNERVILLE entreprend, avec un groupe d’amis, de rénover le Parti radical. Dès janvier 1947, Edouard HERRIOT redevient président de l’Assemblée nationale. Les radicaux retrouvèrent des portefeuilles ministériels, et André MARIE (1897-1974), puis Henri QUEUILLE, la présidence du Conseil. Gaston MONNERVILLE est élu à la présidence de la commission de la France d’Outre-mer de l’Assemblée consultative. Il est reçu en audience par le Général de Gaulle qu’il rencontre pour la première fois. Il travaille activement à la loi du 19 mars 1946 sur la départementalisation des territoires d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion et Guyane), qui est censée mettre un terme à la discrimination coloniale.

Elu pour la troisième fois député de la Guyane à l'Assemblée Constituante, le 21 octobre 1945, le mandat de Gaston MONNERVILLE est renouvelé le 2 juin 1945, à la deuxième Assemblée Nationale Constituante. Cependant, aux élections législatives en Guyane du 10 novembre 1946, Gaston MONNERVILLE est battu, à la suite d’une campagne électorale d’intimidation et d’obstruction de la Droite. Il n’était beaucoup présent en Guyane, mais avait résolu bon nombre de dossiers et de problèmes. Gaston MONNERVILLE songe alors à repartir en Métropole se consacrer à son cabinet d’avocat.

A peine est-il revenu en France métropole, que le président du Conseil général de la Guyane lui propose un poste de conseiller de la République de Guyane. Il est élu, au suffrage universel indirect, le 15 décembre 1946, et peut, désormais, siéger au Palais de Luxembourg. L’élection du président du Conseil de la République ayant eu lieu au bénéfice de l’âge, le nouveau président du Palais de Luxembourg, Auguste CHAMPETIER DE RIBES (1882-1947), pionnier du syndicalisme chrétien, ne pouvait pas siéger, pendant longtemps, pour des raisons de santé. Il délégua cette fonction à son vice-président, Gaston MONNERVILLE. Avec sa méticulosité, son sens de l’analyse, de l’impartialité et une autorité naturelle, Gaston MONNERVILLE s’acquitta de cette tâche avec brio. Il allait voir, régulièrement, le président CHAMPETIER DE RIBES, à son domicile, pour lui rendre compte de ses activités. Ils sympathisèrent. De sorte qu’à la mort du président du Conseil de la République CHAMPETIER DE RIBES, le 6 mars 1947, ce sont ses amis qui proposèrent la candidature de Gaston MONNERVILLE.

Gaston MONNERVILLE a été vice-président du Conseil de la République de 1946 à 1947, président de cette institution de 1947 à 1958, et président du Sénat de 1959 à 1968, qu’est-ce qui explique cette longévité ?

Son habileté, sa connaissance du règlement intérieur et de la classe politique de son époque, expliquent ce long mandat. La preuve de sa sagesse et de son efficacité, ont résidé dans la recherche de la conciliation des points de vue opposés, sans fuir l’affrontement. Sa compétence est reconnue de tous. Il n’aime pas les mondanités, mais se concentre sur sa famille et ses missions. Son intégrité morale, sa soif d’apprendre et son incroyable ténacité, sont au cœur de sa réussite.

A la suite de l’arrivée au Palais Bourbon de Léon GONTRANS-DAMAS, le rapport des forces a changé, défavorablement, en Guyane, pour Gaston MONNERVILLE. Le président du Conseil, Henri QUEUILLE demanda alors à MONNERVILLE de se présenter dans le département du Lot, pays natal de Léon GAMBETTA, terre radicale par excellence, mais exclusivement blanche. C’est la première fois qu’un homme noir se présente au Sénat, dans une circonscription métropolitaine. Cela est à mettre en parallèle avec l’exploit réalisé par George PAU-LANGEVIN, aux législatives à Paris du 20 juin 2012, dans le 20ème arrondissement. Certains avaient raillé le président du Sénat : «Si MONNERVILLE est élu, on aura de la canne à sucre dans le Lot». Il sera, pourtant élu à une large majorité, aux sénatoriales du Lot, et restera en fonctions jusqu’en 1974. Il sera élu et réélu conseiller général du Lot de 1949 à 1970. Très proche, attentif et à l’écoute des préoccupations du monde agricole, il se fera élire, président du Conseil général du Lot de 1951 à 1970, et conseil municipal et maire de Saint-Céré, de 1964 à 1971. Il se créa, entre Gaston MONNERVILLE et le Lot, un indubitable courant affectif.

Alors qu’il était au faîte de sa gloire, Gaston MONNERVILLE, pour raisons de principe et d’éthique, a choisi de combattre le pouvoir personnel du Général de GAULLE. Bien des personnes confortablement installées, par souci de carriérisme et de sécurité matérielle, auraient observé la réserve et le silence en pareille circonstance. Pourtant, le 29 septembre 1962, Gaston MONNERVILLE monte à la tribune du congrès radical à Vichy pour s'opposer au projet de référendum du général de Gaulle qui instaurera l'élection du président de la République au suffrage universel. Ce refus intransigeant est le symbole de toute une vie empreinte d'indépendance, de respect du droit et d'un amour sans réserve pour la République. « À la tentative de plébiscite, clame le président du Sénat, je réponds personnellement : non ! La motion de censure m'apparaît comme la réplique directe, légale, constitutionnelle, à ce que j'appelle une forfaiture». Le rouleau compresseur du pouvoir gaullien se met en marche contre Gaston MONNERVILLE qui sera ostracisé. G. Monnerville s'est représenté à l'élection en 1965, a été élu au premier tour. En 1968 il renonce à cause des dysfonctionnements des institutions dus aux désaccords avec le général De Gaulle.

Officier de l’Ordre national de la légion d’honneur, Croix de Guerre 39-45, médaillé de la Résistance avec rosette (1945), Commandeur des Arts et des Lettres, Gaston MONNERVILLE décède le 7 novembre 1991, à Paris. Il a été incinéré, et ses cendres ont été dispersés au large du Havre.

Bibliographie sélective :

MONNERVILLE (Gaston), Témoignage de la France équinoxiale au Palais du Luxembourg, Paris, Plon, 1975, 460 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Vingt deux ans de présidence, Paris, Plon, 1980, 594 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Clémenceau, Paris, 1968, Fayard, Collection les grandes études historiques, 766 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Le Sénat, une institution fondamentale de la République, Paris, éditions Serpic, 1965, 58 pages ;

BRUNET (Jean-Paul), Gaston MONNERVILLE, (1897-1991), un destin d’exception, Matoury (Guyane), Ibis Rouge Editions, 2013, 252 pages ;

BRUNET (Jean-Paul), Gaston MONNERVILLE, le républicain qui défia De Gaulle, Paris, Albin Michel, 1997, 332 pages ;

BONNETON (André, Alexandre), Gaston Monnerville, fils de Guyane, Presses Internationales Indépendantes, 1996, 93 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville et la Guyane : 1897-1948, Matoury, Ibis Rouge, 1999, 396 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville : un homme d'État de la République française, Actes du colloque, 14-15 octobre 1997, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages.

Paris le 24 janvier 2015, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Exposition sur "Gaston MONNERVILLE et les libertés", Melun, (Seine et Marn), 24 janvier 2015 au 11 mars 2015. débat le 7 mars 2015.
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