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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 23:33

Ce texte a été publié dans le journal Ferloo, édition du 28 juillet 2015.

«Montrez-moi un héros, et je vous écrirai une tragédie», disait Francis SCOTT FITZGERALD. Mon père n’est pas ce héros tragique que décrit ce romancier américain. Mais il s’en rapproche terriblement, parce qu’il est l’incarnation de cette génération perdue qui a tout sacrifié pour le bonheur de sa famille. Mon père est un homme ordinaire, mais il est également le symbole de ces centaines milliers de Foutankais, un héros du quotidien. Je pense à ceux, en dépit de toutes les difficultés qui nous assaillent (colonialisme, esclavage, calamités naturelles, régimes oppressifs, etc.) ont choisi de vivre debout, en prenant le chemin de l'exil, parfois au péril de vie. Je pense, en particulier, à ces nombreux immigrants anonymes qui prennent des barques d'infortune et qui sont rongés par des poissons au fond de la mer.

En somme, particulièrement discret, en permanence disponible et dévoué pour nous, mon père c'est l'incarnation de ce héros du quotidien, qui a donné de sa vie, de sa jeunesse, du meilleur de lui-même pour que sa famille échappe au désastre, au déshonneur et aux privations.

Mon père est né et mort à son village natal, entouré des siens. Mais de Danthiady à Danthiady quel chemin tortueux et difficile, mon père a parcouru !

J’ai retenu de lui moult qualités : la probité, l’intégrité, la dignité, surtout une grande bienveillance et une tolérance à toute épreuve. Mon père est, avant tout, un infatigable travailleur. Il m’a raconté que, dès que l’âge de 7 ans, il accompagnait déjà mon grand-père aux champs. La disparition soudaine de celui-ci, laissant ses 7 enfants orphelins, a donné à mon père, subitement, des responsabilités nouvelles. A l’âge de 13 ans, il a dû marcher, à l’époque, plus d’une semaine pour rejoindre Dakar afin de devenir cireur, puis «boy» et cuisinier chez des Européens. Son dernier emploi, entre 1969 et 1986, a été celui de cuisinier dans un bateau appartenant à une compagnie bordelaise. Je me souviens que quand son bateau, en réparation pendant plus de 6 mois, à Bordeaux, je suis allé le voir avec ma précédente compagne, Isabelle, une Corrézienne. La ville de Bordeaux, dirigée à l’époque par Jacques CHABAN-DELMAS, maire de 1947 à 1995, était encore recouverte de murs gris. Au port, un supporter m’ayant confondu avec Jean Amadou TIGANA, j’ai dû signer un autographe pour ne pas le décevoir. Les retrouvailles ont été fort chaleureuses. Il est vrai que mon père, tout en restant proche de sa famille, est resté un grand inconnu pour moi. Nous avons vécu peu de temps ensemble. Lui a été un immigrant, et moi je suis exilé sur un autre continent.

Ensuite mon père est fondamentalement attaché aux valeurs traditionnelles. Il a été le pilier principal et la cohésion de la famille. Son appel constant, pour des valeurs morales rénovées, m’a profondément touché. «Torodo», de la caste des nobles chez les Peuls, mon père n’accorde pas trop d’honneurs à la naissance ou à la fortune. Pour lui, la vraie noblesse, c’est celle de l’esprit ; c’est une façon d’être. Un homme, pour être homme, doit incarner l’espoir et l’espérance de sa communauté, non pas pour sa promotion personnelle et son égo, mais réaliser un idéal commun, celui de la survie et du bien-être de son clan.

C’est pour cela, polygame, comme mon grand-père, mon père est resté un défenseur farouche de l’endogamie, socle de la solidarité indéfectible. Ma mère était une cousine de mon père. Ainsi se perpétuait de génération en génération le renforcement de notre groupe. Dans nos coutumes, l’exogamie est considérée comme une grave défiance aux valeurs traditionnelles, une tentative de rompre les liens ancestraux de solidarité, bref une cassure et une perte pour le groupe. Comment exposer à son père qu’on l’apprécie et le chérit pour toutes les qualités que j’ai recensées, mais qu’il y a des sphères, comme le mariage, qui relèvent de l’espace privé où le groupe social ne peut que recommander, et non décider à la place de l’individu. Le malentendu a duré plus de 10 ans. Mais le jour où les fils du dialogue se sont renoués, aucune autre brouille ne nous a plus écarté l’un de l’autre. J'ai senti la compréhension qui soulage et délivre de la culpabilité.

Enfin, mon père tout étant traditionnaliste, probablement en raison de son long contact avec d’autres cultures, reste fondamentalement ouvert d’esprit. J’ai toujours apprécié, les rares occasions où nous avions des discussions, la qualité et la hauteur de ses points de vue.

En octobre 2012, après ma visite au village et lors du départ, j’ai été fortement secoué et ému de cette séparation que je présentais comme un adieu, et non comme un au revoir. Depuis 2010 mon père, en raison de sa maladie, parlait peu, mais il a conservé cette extraordinaire dignité et fierté, en dépit de ces outrages du temps.

Enfant, j’avais toujours cru que mes parents sont indestructibles, qu’ils sont les plus forts et qu’ils représentaient l’éternité. On a du mal à réaliser de se séparer, un jour, des êtres que l’on affectionne tant. Quand ça arrive on pleure un bon coup. Mais c’est en nos cœurs que vivent ceux que nous avons perdus.

Paris, le 26 juillet 2015, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Mon père et ma mère.
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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 19:26

Chaque matin, avant d’aller au travail, je passe par la rue Lassus, au café Le Nouvocosmos. Je n’avais pas, en fait, réalisé que cette église, comme mon quartier, sont chargés d’histoire.

J’ai voulu en savoir un peu plus. Première surprise, l’appellation officielle, de ce lieu de culte, est l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville ; elle est une des premières églises d’architecture néogothique construite à Paris. Située au n°139 de la rue de Belleville à Paris, dans le 19ème, et au métro de Jourdain, ligne 11, d’où la confusion, notre église a été construite entre 1854 et 1859. Jean-Baptiste est le saint patron de l’église et de la paroisse. Né d’une vieille femme stérile, Saint-Jean-Baptiste est le précurseur du Christ ; il affronte l’incrédulité des hommes et son père devient muet. C’est pourquoi la façade lui est consacrée.

Parce qu'elle est son dernier chantier, l'église Saint Jean-Baptiste de Belleville est l'œuvre la plus aboutie de Jean-Baptiste Antoine LASSUS (19 mars 1807, à Paris – 15 juillet 1857, à Vichy) l'un des premiers architectes du style gothique au milieu du XIXe siècle en France. Une rue longue de 110 mètres, entre le n°1 de la rue Fessart et le n°137 de la rue de Belleville, porte le nom de l’architecte, depuis 1864. En marge des grandes restaurations qu’il mène avec Viollet-le-Duc à Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, LASSUS réalise une église d’un très pur style gothique, authentique, au service d’un édifice entièrement original. LASSUS, qui meurt en 1857, ne verra jamais le chef d’oeuvre dont il a rêvé. L’église sera achevée par son élève Truchy en 1859. Elle reste un modèle de création historiciste. L'église Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville suit les principes traditionnels du néogothique du XIXe : grande nef à arcades brisées, piliers multilobés ornés de chapiteaux à crochets, voûte sur croisée d'ogives, large verrière au troisième niveau de l'élévation, déambulatoire, chapelle axiale de la Vierge décorée à la mode du XIXe siècle, etc. L'église est intéressante pour ses vitraux. Réalisés par les maîtres verriers Louis-Charles Steinheil et Auguste de Martel, ils représentent des épisodes de l'Ancien Testament, de la vie de Saint Jean, de la vie de la Vierge dans un style qui pastiche celui des maîtres du XIIIe siècle.

En fait, l'ancienne église qui a été détruite remonte à la Renaissance. Sans paroisse propre à leur village, les Bellevillois obtiennent de l'évêché une chapelle en 1543. Construite en 1548 elle est remplacée par une première église Saint-Jean-Baptiste en 1635. Lors des travaux de 1854, la première pierre de l’église édifiée en 1645 a été retrouvée. Elle portait cette inscription : «Cette première pierre a été posée par M. Charles de Hillerin, docteur en théologie, curé de Saint-Médéric, à Paris, le IIIe jour de juillet 1645».

À Jourdain, LASSUS détermina la structure, fixa le programme iconographique et dessina le mobilier de l'église ; le décor sculpté est l'œuvre d'Aimé-Napoléon Perrey et les verrières furent réalisées par Auguste de Martel, d'après des cartons de Louis Steinheil. On y retrouve bien entendu des réminiscences de l’érudition de LASSUS, acquise au contact des monuments historiques. Le jugement de Viollet-le-Duc sur l'église Saint Jean-Baptiste de Belleville est flatteur : «Lassus a déployé beaucoup d’érudition, de goût et même mis un certain caractère original dans cette étude en grand de l’architecture du XIIIe siècle». LASSUS, élève d’Henri LABROUSTE spécialiste de l’architecture du Moyen-Age, a de solides références il a été chargé de monuments nombreux et considérables : la Sainte-Chapelle et Notre-Dame, Saint-Séverin et Saint-Germain-L’Auxerrois, les cathédrales de Chartres et du Mans, et de nombreux édifices bretons.

En effet, LASSUS dessine cette église avec la ferveur qu’il imagine animer les bâtisseurs du Moyen-Âge, prenant une part quasi mystique à leur travail. Le résultat est autrement plus libre et délié qu’à Sainte-Clotilde. Le soin apporté aux divers points de vue est remarquable, en apportant des notes pittoresques qui donnent de la vie à l’ensemble. Il confie le décor sculpté, auquel il attache une importance particulière, à Aimé-Napoléon Perrey. Il dessine lui-même le mobilier, qui retient tout autant son attention. Malheureusement, la mise en pratique du concile Vatican II conduit à des modifications regrettables en supprimant le maître-autel et les stalles. Cette église est composée d'une nef de cinq travées à deux collatéraux et huit chapelles latérales, un transept, un chœur avec une travée dans le prolongement de la nef, un déambulatoire donnant accès à sept chapelles, de deux sacristies et de deux clochers surmontés de flèches. L'église mesure 68 m de longueur hors d'œuvre sur 25 m de largeur, l'élévation de la façade jusqu'au faîtage est de 26 m, la hauteur de chaque flèche est de 57 m, les hauteurs de voûte sont pour la grande nef de 19 m et de 8 m pour les bas côtés.

En 2008, le chœur fit l'objet de travaux destinés à aménager un baptistère et à rénover le sanctuaire, sous la direction de l'architecte François Lacoste.

L’église de Jourdain est un lieu de vie, d’histoire et de luttes politiques. Elle se situe au cœur du quartier dit «Hameau de Belleville», et jouxte le parc des Buttes Chaumont.

Le Hameau de Belleville, qui se trouvait hors de Paris est rattaché le 1er janvier 1860, à la capitale, mais divisé entre deux arrondissements. Jadis, Arméniens, Italiens, Portugais, Grecs mais aussi Parisiens évincés du centre ville peuplent cet espace niché dans les hauteurs de la capitale, à côté des vignes. Ces premières vagues d'immigration, particulièrement importantes dans les années 1940-1950, forgent ainsi de cette mixité de mon quartier. Aujourd’hui encore différentes communautés, notamment maghrébines, juives, asiatiques, africaines ou Gays, vivent ensemble en parfaite harmonie.

Un vibrant hommage a été rendu à Edith PIAF, 50 ans après sa mort, en octobre 2013, à l’église de Jourdain. Le chanteur Eddy Mitchell, qui a grandi dans ce quartier, lui a consacré une chanson. C’est au n°51, de la rue de la Villette, que naquit le 27 mai 1871, au fond de la cave le peintre et graveur Georges ROUAULT (1871-1958), lors d'un bombardement des Versaillais sur Paris. De nos jours, on ne mesure pas l’importance de cet artiste. L’oeuvre de ROUAULT, souvent tragique et sombre, se veut spirituelle, méditative sur un XXe siècle accablé par l’horreur des guerres, le misérabilisme ouvrier, la vanité des Puissants, les faux-semblants, la tristesse des banlieues, la mort. En effet, Georges ROUAULT, fils d’un ébéniste breton et d’une fruitière parisienne, conservateur du Musée Gustave Moreau à Paris, il fonde avec Henri Matisse, le Salon d’Automne en 1903. Il expose son œuvre gravée, en 1938, au Muséum d’Art Moderne à New York. A sa mort, des funérailles nationales lui sont consacrées en l’église de Saint-Germain-des-Près. Un collège, dans le XIXème arrondissement porte son nom.

En 1897, Léon GAUMONT (1864-1946, pionnier du cinéma) fait construire, rue des Alouettes, un atelier cinématographique. Plus tard, en 1956, naissent les studios des Buttes Chaumont. Studios de cinéma puis de télévision, il s’y tourna un grand nombre d’émissions télévisées de la RTF, de l’ORTF, ainsi que toutes les émissions de variétés produites par la Société Française de Production pour TF1, Antenne 2 et FR3. Ils sont aujourd’hui démolis et remplacés par des immeubles résidentiels. La seule trace restante de cette époque est le nom donné à une ruelle : cours du 7ème art.

A quelques mètres de là, le Parc des Buttes Chaumont couvre un terrain de 25 hectares. Ancienne décharge publique, c’était au XVIIIème siècle une carrière pour l’extraction du gypse. Le Baron Haussmann, sous Napoléon III, choisit l’architecte Alphand pour réaliser, entre 1864 et 1867, ce parc du Second Empire. Au centre on découvre un lac de 2 hectares, au milieu duquel s’élance à une hauteur de 30 mètres, une masse de rochers escarpés, couronnés d’un temple. On y accède par un pont. Inauguré en à l’Exposition universelle de 1867, la ville de Paris a entrepris de rénover les Buttes-Chaumont en 2015. Le succès de ce parc est considérable en ce début du XXIème siècle.

C’est dans le quartier de Belleville, que Léon GAMBETTA (1838-1882), un des éminents fondateurs de la République, candidat aux élections du 23 mai 1869, avait posé son projet dénommé «programme démocratique radical» et qui exigeait :

– l'application la plus radicale du suffrage universel,

– la reconnaissance des libertés individuelles, de réunion complète, de la presse,

– la séparation des Églises et de l'État,

– l'instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire,

– la suppression des armées permanentes.

De nos jours, le 1er mai de chaque année, la gauche radicale défile sur la rue de Belleville. C’est avec tristesse que je l’évoque, ma voisine et éminente militante du Parti communiste, une grande dame, Martine DURLAC, disparue en 2014, avec sa famille et Pierre LAURENT qui habite en face, venaient distribuer, chaque week-end, leurs publications au métro Jourdain.

Cette église est devenue un lieu de ralliement de tous les nostalgiques de cette histoire évoquée. Les commerçants se sont bien mobilisés pour les illuminations de Noël, et l’église est bien décorée. Les artistes, avec "les journées portes ouvertes", en juin de chaque année, les différentes brocantes, ainsi que le dynamisme du Conseil de quartier, ont contribué à faire de cet endroit, et autour de son église, un lieu teinté d’une douceur de vie.

Une autre église, plus discrète, l’église orthodoxe Saint-Simon des Ukrainiens, au 6 rue de Palestine, a eu la bonne idée d'accueillir la communauté chinoise. A l’angle, à la rue des Solitaires, un temple discret bouddhiste est fréquenté par des Indiens.

L'église de Jourdain, en dépit du recul du fait religieux, reste bien fréquentée et animée. Voici ses horaires d’ouverture :

• Messes dominicales (hors périodes de vacances scolaires) :

- Eglise paroissiale : samedi à 18h30 (messe anticipée du dimanche) ; dimanche à 9h00, à 11h15 et à 18h30.

- Chapelle N.D. de Belleville, Reine des familles : dimanche à 10h00 (5 allée Gabrielle d'Estrées - entrée de l'allée au 3, rue Rampal, 19e- Métro Belleville).

- 2014 : 5 octobre, 1er (Toussaint) et 23 novembre, 7 et 25 décembre (Noël).

- 2015 : 4 (Epiphanie) et 11 janvier 2015, 8 février, 15 et 29 mars (Rameaux), 5 (Pâques) et 12 avril, 10 et 24 mai (Pentecôte), 14 et 28 juin.

• Messes en semaine (hors périodes de vacances scolaires) :

- lundi à 19h00 ;

- mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 9h00 et à 19h00 ;

- samedi à 9h00 ;

- Adoration du Saint Sacrement après la messe du lundi et du vendredi, de 19h30 à 20h30 (le vendredi: possibilité de se confesser).

• Ouverture de l’église (hors périodes de vacances scolaires) :

- dimanche, mercredi, jeudi, vendredi: 8h15 - 19h30

- lundi: 9h30 - 20h30

- mardi: 8h15 - 19h30 / 21h30 lorsqu'il y a le Groupe de prière, Louange et Intercession

- vendredi: 8h15 - 20h30.

Bibliographie sélective :

LENIAUD (Jean-Michel), Jean-Baptiste Lassus (1807-1957) ou le temps retrouvé des cathédrales, Genève, Droz, 1980, 296 pages.

Paris, le 24 juillet 2015, par Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/

Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
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Eglise de Jourdain, Paris 19ème.

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 22:47

«S’il est en France un palais qui parle à toutes les imaginations,  c’est Fontainebleau. (…) C’est là, comme dans un désert religieux, qu’un saint roi venait méditer le bonheur de la terre, et rêver de gloire du ciel ; c’est là que le vainqueur de Marignan convoqua tous les arts de l’Italie et alluma le foyer d’où jaillirent tant d’éclats et de merveilles. (…) Tout, dans Fontainebleau, parle de grandeur, d’art, de poésie ; tout inspire le désir de connaître, depuis son origine, jusqu’à nos jours, l’un des plus beaux monuments de France», écrit Jean VATOUT. Melun avait tenu, pendant un certain temps, de lieu de réside passagère pour les rois, mais cette ville fut dévastée en 999, sous le roi Robert 2, Le Pieux (972-1031). En effet, une Charte de Louis VII, le Jeune, datée de 1 169, atteste que cet endroit servait de maison royale. Paris n’étant pas encore la capitale, la monarchie française fit de cet endroit, la première de ses résidences. C’est donc un château qui remonte au Moyen-âge comme l’en atteste la subsistance de son donjon. Fontainebleau, en Seine et Marne, dans la région parisienne, a tenu, dans l’ancienne monarchie, en tant que réside royale, la première place après Versailles. Même si le faste de Versailles éclipsait tout, il n’en reste pas moins que l’antiquité des souvenirs de Fontainebleau n’a point d’égale. Louis VII (1120-1180) érigea la Chapelle Saint-Saturnin à Fontainebleau qui fut baptisée par l’archevêque de Canterbury, Thomas BECKET. Philippe Auguste et Blanche de Castille, femme de Louis VIII habitèrent Fontainebleau. Saint Louis qui y a résidé, dota ce château d’un hôpital pour les malades des pays voisins. Philippe Le Bel y mourut en 1314 d’une chute de cheval ou d’une maladie de langueur. Sous les Valois, il ne se passa rien de remarquable à Fontainebleau ; les monarques avaient fuit Paris lors de la peste noire en 1350, pour se réfugier à Fontainebleau. Charles V a créé une fondation littéraire en 1364 en cette demeure. Au XIVème siècle, la vie de Fontainebleau est obscure, les rois boudent ce lieu.

A la Renaissance, partir du 28 avril 1528, François 1er (1494-1547) protecteur des arts et des lettres, vainqueur de Marignan, charmé par la beauté des lieux, fit reconstruire et embellir cette ancienne demeure des rois, avec l’appui de grands artistes italiens ; on surnomma ce château  «La Seconde Rome». François 1er, roi chevalier, devait se plaire à Fontainebleau, ce domaine fort sain et agréable, avec une qualité de vie. La vaste forêt paisible, riche en animaux de toute espèce, se prêtait à la chasse, aux joutes et tournois, ainsi qu’aux grandes fêtes. Charles Quint y a séjourné. Fontainebleau fut à la gloire de François 1er ce que Versailles sera pour Louis XIV. En effet, François 1er accueille à Fontainebleau des artistes italiens dont Léonard de Vinci. Les peintres et les poètes ont souvent célébré la naïade, représentée dans l’attirail de Diane, à cause de la forêt voisine. Une réception mémorable est donnée en l’honneur de Charles Quint dans ce château. En effet, le dauphin, qui devient le roi, sous le nom d’Henri II avait eu un enfant le 20 janvier 1543, après dix ans de mariage avec Catherine de Médicis. Le baptême sera célébré le 10 février 1543, avec fastes.

Henri II (1519-1559) a achevé la porte Dorée, inspirée de l’architecture italienne, qui marque l’entrée de la cour Ovale, autour de laquelle se déploient les appartements royaux et la salle du Bal. Catherine de Médicis, veuve d’Henri II, allait en faire en 1564, le théâtre de divertissements somptueux, qu’elle jugeait nécessaire à sa politique en raison des guerres de religions, de la fronde des Guises et les Bourbons. Sous Henri II, sa maîtresse, Diane de Poitiers, prit la direction des travaux et des fêtes à Fontainebleau. Montaigne fut accueilli à la cour.  Le 29 juin 1559, Henri II perdit la  vie à Fontainebleau au cours d’un tournoi. Le 31 janvier 1564, Charles IX revint à Fontainebleau, mais c’est Catherine de Médicis qui tirent les ficelles.

Henri IV (1553-1610), ce béarnais né à Pau, qui a  vécu dans un milieu et austère, appréciait Fontainebleau pour son aspect sauvage et accidenté. Gabrielle d’Estrées, sa favorite, est omniprésente. En 1601, l’année qui suit le mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis, il y vint au mois de septembre, pour la naissance le 27 septembre 1601, de son premier enfant, Louis XIII. Christine de Suède, escortée par Louis XIV et Anne d’Autriche, est venue à Fontainebleau le 4 septembre 1656. La Reine Christine repartira en Suède, avec le philosophe Descartes. Henri IV entreprit de 1593 à 1609, des rénovations de Fontainebleau ; il ouvre et agrandit la cour Ovale, la dote d’une porte dite du Baptistère, appelée ainsi en souvenir du baptême du futur roi, Louis XIII. Outre la nouvelle cour des Offices, Henri IV, grand bâtisseur de châteaux, rajoute l’aile abritant les deux galeries superposées, les galeries de Diane et des Cerfs, la Voilière et le jeu de Paume.

Au XVIIIème siècle, Louis XV fit remplacer l’ancienne galerie d’Ulysse par un bâtiment plus spacieux et bâtir le Gros Pavillon, conçu par Gabriel en 1750.

Napoléon 1er (1769-1821) l’appelait «La Maison des siècles». Les vieux Capétiens l’ont habité ; et ce qu’on y a changé n’a eu point pour effet, comme à Compiègne, de recouvrir et d’enterrer le passé. Cet endroit visité par le luxe et les arts, donne l’impression de solitude, dans une atmosphère aussi touchante qu’agréable. François 1er l’a ainsi surnommé «Délicieux déserts». Au XIXème siècle Napoléon 1er en fit une résidence impériale qu’il remeubla. En 1804, le château de Fontainebleau a été vidé par la Révolution mais a échappé au pire : la destruction. Napoléon décide de mettre un terme à cet abandon en faisant de Fontainebleau une résidence impériale. Son action concerna surtout l’aménagement intérieur et les jardins. Le château est une première fois meublé afin de recevoir le pape Pie VII qui doit participer à la cérémonie de sacre de Napoléon. Le 19 juin 1812, le Pape Pie VII arrive à Fontainebleau pour une captivité qui durera dix-neuf mois. L'Eglise, c'est à dire à la fois le Vatican et le clergé local, n'est pas assez soumise au goût de l'Empereur. En juin 1809, il apprend que le Pape a signé contre lui une bulle d'excommunication. Il le fait alors enfermer, les armées impériales occupaient à cette époque l'Italie, et peu après il fait annexer les Etats Pontificaux à l'Empire. Le projet de Napoléon est de soumettre l'Eglise à son autorité : les papes devraient prêter serment à l'Empereur, et obéir à un nouveau Concordat.

A la fin du règne de Napoléon, en 1814, Fontainebleau a retrouvé tout son lustre : Grands Appartements, Appartement intérieur et Petits Appartements sont richement et somptueusement meublés. A l’extérieur, le jardin de Diane et le jardin des Pins (jardin anglais) sont remodelés et sacrifient au tracé irrégulier alors en vogue. Si Napoléon résida seulement 170 jours à Fontainebleau, le château reste cependant très lié à sa figure : il fut notamment le théâtre de la première abdication et des Adieux à la garde. Déchu et exilé, il s’en rappela comme de la «vraie demeure des rois, la maison des siècles».

 Sous le règne de Louis Philippe (1773-1850), la Voilière fut abattue et des rénovations entreprises pour la Chapelle de Saturnin, la plus ancienne église du château. Cette église bénie par l’archevêque de Canterburry, n’était plus affectée au culte, elle servait de magasin, de salle d’adjudication ou de salle à manger. Il rénova également la salle d’attente, la salle Henri II, la porte-dorée, l’escalier du Roi, la salle des gardes, les appartements de la Reine, le pavillon de l’étang  Les travaux, sous Napoléon III, portèrent essentiellement sur les décors intérieurs.

On trouve au château de Fontainebleau, «Le Musée chinois» et les salons de l’impératrice Eugénie qui a fait déposer une collection d’objets d’art d’Extrême Orient, notamment de Chine et du Siam. On peut y admirer «Le Musée Napoléon 1er», avec sa collection de meubles d’objets d’art et de portraits de l’Empereur, ainsi «Appartement du Pape», Pie VII y ayant séjourné en 1804 et en 1812.

Le château est agrémenté d’un «jardin de Diane», avec une statue dite «Diane à la biche». Sous l’Empire, il a été transformé en jardin à l’anglaise. Le «Jardin Anglais», avec ses pins, présente des paysages agrémentés d’une rivière, des allées sinueuses et d’une collection d’essences exotiques. Le Parc, long de 1200 mètres, avec son canal, a été aménagé sous Henri IV.

Dans la forêt de Fontainebleau, très giboyeuse, l'aristocratie y pratique, de nos jours, deux fois par semaine, la chasse à courre.

Par ailleurs, Fontainebleau est à quelques kilomètres de Barbizon, une ville d’artistes, dans le canton de Fontainebleau, qui vaut bien le détour. En effet, ville de 1600 habitants en Seine et Marne, la commune de Barbizon est un endroit mythique appelé le "village des peintres" du fait de son histoire. En 1850, les peintres français pré-impressionnistes sont à la recherche de beaux paysages, et découvrent ainsi cette charmante commune, située à proximité de la forêt de Fontainebleau. Quittant la grisaille parisienne et venant profiter du printemps fleuri de ce magnifique village, les peintres de l'époque nous laisseront par leurs œuvres de merveilleux souvenirs immortels de notre commune telle qu'elle l'était à la période des peintres impressionnistes (Jean-Baptiste Corot, Claude Monnet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Théodore Rousseau, etc.). Marcel Proust était venu à Fontainebleau pour une semaine, avec ce fameux coup de téléphone à sa mère.

Bibliographie sélective :

DEROY (Léon), Les chroniques du château de Fontainebleau, Paris, Pierre Roger, 1900, 358 pages ;

DIMIER (Louis), Fontainebleau, Paris, Renouard, H. Laurens, 1908, 184 pages ;

JAMIN (E), Fontainebleau sous le roi des Français, Louis Philippe, Paris, Delaunay, Fontainebleau, S. Petit, 1836, 74 pages ;

MUENTZ (Eugène), MOLINIER (Emile), Le château de Fontainebleau au XVIIème siècle d’après des documents inédits, Paris, Nogent Le Rotrou, Daupeley-Gouverneur, 1886, 118 pages ;

VATOUT (Jean), Souvenirs historiques des résidences royales de France, Fontainebleau, Paris, Firmin Didot, 1837, 639 pages ;

Paris, le 11 juillet 2015, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Le château de Fontainebleau (Yvelines).
Le château de Fontainebleau (Yvelines).
Le château de Fontainebleau (Yvelines).
Le château de Fontainebleau (Yvelines).
Le château de Fontainebleau (Yvelines).
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Le château de Fontainebleau (Yvelines).
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Le château de Fontainebleau (Yvelines).
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Le château de Fontainebleau (Yvelines).
Le château de Fontainebleau (Yvelines).
Le château de Fontainebleau (Yvelines).
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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 18:33

C’est toujours un plaisir renouvelé de revenir à Deauville, Trouville et Honfleur. Il est vrai que ces villes sont à 2 heures de train de Paris. En raison de cette grande proximité avec l'Ile-de-France, Deauville est devenue une banlieue huppée parisienne.

Avant 1858, Deauville était un petit village normand, assiégé et étouffé par des marais. Le Duc Charles Auguste de Morny (1811-1865), demi-frère de Napoléon III, changera la face de cette commune à jamais. Il fait le pari fou d'assécher le marais pour y construire une station balnéaire idéale. En quatre ans, de 1860 à 1864, Deauville est créée avec ses villas, hippodrome, ligne de chemin de fer, port.

En 1911, c'est de nouveau la rencontre de deux hommes qui donne à Deauville un nouvel essor. Désiré Le Hoc, Maire de la ville, et Eugène Cornuché, qui dirigeait alors le célèbre restaurant Maxim's à Paris, relancent l'activité de la ville en construisant le casino en 1912 et les grands hôtels (le Normandy en 1912 et le Royal en 1913).

A la «Belle Epoque» (fin du XIXème début 1ère guerre mondiale), Deauville inspire également de nombreux artistes comme Coco Chanel, qui y ouvre l'une de ses premières boutiques, le déjà reconnu couturier Paul Poiret, de nombreux peintres comme Dufy, Fujita, Van Dongen, des écrivains, des poètes, des caricaturistes, tels Apollinaire, Sacha Guitry, Colette, Sem, etc.

Cet engouement pour Deauville se poursuit tout au long des «Années Folles», (entre 1920 et 1929, début de la dépression). La station balnéaire continue alors son évolution : un second hippodrome voit alors le jour en 1928, ouverture de l'Hôtel du Golf et de son parcours en 1929, création de l'aéroport en 1931.

Deauville est connu pour son champ de course, son majestueux hôtel Normandie, ses magasins de luxe, ses plages, son festival de cinéma américain, ainsi que la High Class qui y défile.

Il y avait un peu de vent ce mercredi 22 juillet 2015. Il fallait donc beaucoup de courage pour se jeter à l’eau. Mais une fois qu’on y est, on a du mal à ressortir.

Je suis impressionné par ces maisons à colombages.

Cette partie de la France n'est pas seulement que fréquentée par des personnes aisées. J'ai pu constater la forte présence de groupes scolaires et d'associations caritatives venus organiser une journée en mer pour des enfants de conditions modestes.

Paris, le 22 juillet 2015, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.
Deauville Trouville, 22 juillet 2015.

Deauville Trouville, 22 juillet 2015.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 19:42

En Afrique, je n’ai trouvé que de faibles traces, dans la mémoire collective, de l’extraordinaire contribution de cet africaniste qu’a été Maurice DELAFOSSE. Certes, le nom de Maurice DELAFOSSE a été donné à deux grands établissements scolaires publics : un lycée technique et industriel à Dakar, et  un lycée d’enseignement général à Abidjan en Côte-d’Ivoire. En France, une rue porte son nom à Sancergues, sa ville natale, ainsi qu’à Boulogne-Billancourt, car il y avait habité avant 1900. Autant dire que Maurice DELAFOSSE est un illustre inconnu dans son pays. Je dirai même qu’une partie des chercheurs français (Marcel GRIAULE, Marcel MAUSS, Claude LEVI-STRAUSS, René DUMONT) ont, non seulement pillé l’œuvre de Maurice DELAFOSSE, mais aussi tenté de le délégitimer au motif prétendu qu’il n’était qu’un administrateur colonial. Contrairement à ces procès d’intention, Maurice DELAFOSSE a rejeté la politique d’assimilation de la colonisation au profit d’une démarche indigéniste, proche de l’Indirect Rule (gouvernement indirect) ; l’Africain a la capacité d’écrire une histoire. «Mon père contestera toujours les bienfaits de l’assimilation pure et simple, si prônée de son temps», souligne Louise DELAFOSSE (1910-1982), dans une biographie consacrée à son père intitulée : «Maurice DELAFOSSE, le berrichon conquis par l’Afrique». Administrateur colonial, linguiste et ethnologue, il a su valoriser, dans ses contributions, l’authenticité de la culture africaine. Cet éminent africaniste ou «indigéniste» a été un des précurseurs de la Négritude et des théories afro-centristes de Cheikh Anta DIOP. Maurice DELAFOSSE est «le premier qui affirma, non seulement les valeurs de civilisation de l’Afrique Noire, mais les prouva», souligne Léopold Sédar SENGHOR.

Maurice DELAFOSSE a jeté les bases, au siècle dernier, à travers sa théorie de l’unité de «l’âme nègre», d’une compréhension de l’histoire africaine. Dans la reconstitution de l’histoire africaine, Maurice DELAFOSSE fait partie des pionniers «Nous devons cette dette de reconnaissance à ces pionniers, et dans cette galerie coloniale, il nous plaît de citer, entre autres le gouverneur Maurice DELAFOSSE», dit Djibril Tamsir NIANE. En effet, Maurice DELAFOSSE fait partie de cette race de fondateurs de la «science moderne de l’Afrique», ajoute Christophe WONDJI. Tout ce qui est humain en Afrique, tout ce qui est africaniste en Europe a été sien. «A côté des lions et des sauvages grimaçants de l’imagerie populaire, il introduit des Africains en chair et en os, acteurs à part entière d’une représentation du continent ordonnée par l’ethnographie et par l’histoire», rajoutent Jean-Loup AMSELLE et Emmanuelle SIBEUD. Orientalisme et ethnographie sont les deux pôles du colloque organisé, à Paris, à la Maison des Sciences de l’Homme, les 7, 8 et 9 novembre 1998, autour de l’héritage et des vestiges humanistes de cet africaniste.

Rien dans les originaires de Maurice DELAFOSSE ne le prédestinait à devenir l’éminent africaniste que l’on connaît. En effet, Erneste, François, Maurice DELAFOSSE est né le 20 décembre 1870, à Sancergues, dans le Cher, dans le canton du Berry, à 40 km de Bourges, dans une famille catholique berrichonne, fortement enracinée dans le terroir, et que rien ne portait vers l’Afrique. Les Berrichons, bien que d’aspect un peu bourru, à l’accent à couper au couteau, et généralement silencieux, aiment la gaité. C’est à Sancergues que l’écrivain, Roger MARTIN du GARD (1881-1958) a puisé l’inspiration de ses ouvrages berrichons, «Les Thibault : Vielle France». Ses parents avaient acheté le château d’Augy, à 3 km de Sancergues.

Le père de notre auteur, François Célestin DELAFOSSE (1835-1903), était agent-voyer (architecte) et sa mère, Elise, Marie née BIDAULT (1839-1904), était femme au foyer. Ses parents de pure souche berrichonne, acquis aux valeurs républicaines, ont eu 5 fils et une fille. Le ménage ne connut pas la prospérité, ni même l’aisance. Ses parents viendront, alors, s’installer, dans la région parisienne, au n°97, de l’avenue Victor Hugo, à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris. Célestin, le père, est décrit par Louise DELAFOSSE, dans ses qualités dominantes, comme étant d’une : «bonté, délicatesse, tendresse, simplicité, modestie, mais de faible volonté». Marie, la mère de Maurice, est peinte comme une femme intelligente, religieuse, monarchiste, mais d’une «étroitesse d’esprit sur le plan politique». «Mon père détesta toujours l’intolérance, dans tous ses domaines», souligne Louise DELAFOSSE. Un de ses frères, Abel qui s’est lié à un futur député (Lucien Hébert), s’intéresse aux questions coloniales. «L’Afrique a toujours été, par excellence, le continent mystérieux, et ce mystère voulu existait déjà dans l’Antiquité», note Abel. Maurice DELAFOSSE commence, lui aussi, par curiosité exotisme va s’intéresser à l’Afrique, et écouter des conférences de voyageurs ou d’explorateurs, à la Sorbonne ou à la Société de géographie.

Bachelier en 1887, il échoue en 1888 au concours de l’école Saint-Cyr. Maurice DELAFOSSE a entrepris d’abord, en 1889, des études de médecine à Paris qu’il a vite abandonner. Il voulait faire de l’enseignement en Afrique, à Saint-Louis du Sénégal, seule ville en Afrique dotée de deux écoles pour les Africains, mais pour cela, on l’avait conseillé d’apprendre l’Arabe. En 1890, il s’inscrit donc à l’école des langues orientales à la rue de Lille à Paris 7èm, et fait une rencontre décisive avec Octave HOUDAS (1840-1916, ethnographe et spécialiste d’Arabe littéral) qui sera son mentor et son beau-père.

C’est en assistant à un congrès d’anti-esclavagistes dirigé par le Cardinal Charles LAVIGERIE (1825-1892) que Maurice DELAFOSSE, épris de justice humaine et de liberté, prend conscience de cette vocation anti-esclavagiste qui lui tiendra à cœur toute sa vie, jusqu’à l’amener, peu avant sa mort, à la Société des Nations. Le 1er mai 1891, il a quitté Paris et ses études de langue arabe pour s’embarquer à Marseille après un bref passage dans sa famille berrichonne, et rejoint, le 1er 1891, les «Frères armés du Sahara» du Cardinal LAVIGERIE à Biskra, en Algérie. Chargé de la délivrance des caravanes d’esclaves, cet organisme n’a pas vraiment tenu  les espérances qu’il escomptait. Il quitte cette congrégation qui, d’ailleurs, sera dissoute peu après.

 

 Mais sa carrière de fonctionnaire colonial démarrera en Côte-d’Ivoire en 1894, grâce à l’appui de Louis-Gustave BINGER, (1856-1936, 1er gouverneur de cette colonie), comme commis des Affaires indigènes de 3e classe, jusqu'en 1897. Maurice DELAFOSSE arrive en Afrique au temps de la toute puissance du résistant à la colonisation, Samory Touré (1830-1900, il est capturé à Guélémou en RCI) : «Samory demeure maître des régions qui, en 1889, s’étaient données librement à nous et que nous n’avions su gagner ni défendre», souligne t-il. DELAFOSSE participera à la mission Braulot, en 1896, dans le cadre des négociations avec Samory Touré, un résistant au colonisateur français. Du fait de cet état de guerre, la population célébrait «un perpétuel tam-tam de funérailles», précise t-il. En mars 1897, il a 6 mois de vacances et revient en France. Administrateur stagiaire, hors cadres, il est nommé, en décembre 1897, Vice-consul et Commissaire du gouvernement français au Libéria, Etat fondé en 1821 par d’anciens esclaves d’Amérique.

Isolé à Monrovia, et qu’il décrit comme «une vie matérielle dure et une vie morale nulle», il demande à retourner en Côte-d’Ivoire. Entre 1897 et 1899, il revient en Côte-d'Ivoire, où il est en charge de la délimitation de la frontière entre ce pays et le Ghana, alors colonie britannique. En Côte-d’Ivoire, il sera nommé commandant de cercle de 1899 à 1900 et commandant de région de 1904 à 1907, avant d'être envoyé à Marseille pour préparer l'exposition coloniale. Et dès 1908, le Gouverneur CLOZEL l'appelle au Soudan et lui confie le cercle de Bamako, avec la mission d'établir sur le pays une monographie ethnographique et historique.

De retour en France en 1909, avec toujours le statut d’administrateur colonial, il enseigne les langues soudanaises à l'École spéciale des langues orientales, à l'École coloniale, entre 1909 et 1914, et à l'École des sciences politiques. En 1915, il est nommé à la Direction des Affaires politiques à Dakar, au Sénégal, où il reste jusqu'en 1918, accomplissant une tâche écrasante. Secrétaire général du Gouvernement général de l’A. O. F. en 1918, il fut finalement nommé gouverneur des colonies de 1918 à 1919 en qualité de gouverneur de l’Oubangui-Chari, mais refuse d’occuper le poste. A la suite de différentes intrigues, il fut mis, arbitrairement, à la retraite pour «infirmités contractées en service», le 31 décembre 1919, et retourne définitivement, en France se consacrer à la recherche.

De retour en France, Maurice DELAFOSSE déclenche une activité intellectuelle prodigieuse pour valoriser les cultures traditionnelles africaines. Linguistique et ethnographe, il pratiquait tant l’une que l’autre et, en outre, la politologie et l’histoire. Maurice DELAFOSSE est bien en référence à une biographie que lui consacre sa fille «un berrichon conquis par l’Afrique». En effet, il a participé à l’éveil de l’opinion publique sur les questions coloniales. Il fut, en effet, le précurseur d’études africaines dans lesquelles l’approche pluridisciplinaire est de rigueur. Sa carrière oscillait entre deux options, ce n’était donc pas entre deux disciplines scientifiques, mais plutôt entre l’administration coloniale et la science. En effet, Officier de Légion d’honneur, Maurice DELAFOSSE est chargé de cours à l’Ecole des langues orientales, à l’Ecole coloniale, membre du Conseil supérieur des Colonie, section législation coloniale. Il est membre de l’Institut Colonial International de Bruxelles vice-président de l’Institut ethnographique international de Paris, vice-président de la Société linguistique de Paris, Secrétaire général de la Société d’ethnographie et de Directeur de la Revue d’Ethnographie et des traditions populaires.

Il est évident qu’après un siècle d’évolution des études africaines, une partie des travaux de Maurice DELAFOSSE ont vieilli. Ainsi, ses opinions concernant la mission civilisatrice des Européens, certaines affirmations concernant les races, ses tentatives de hiérarchisation des peuples, appartiennent au passé. En revanche, son affirmation de l’originalité et de l’ancienneté des civilisations africaines reste plus que d’actualité.

Maurice DELAFOSSE meurt à Paris le 13 novembre 1926. Il est enterré au cimetière de Boulogne-Billancourt, au n° 48, de l’avenue Pierre Grenier, Division 8, première rangée, n°111, dans le même caveau que sa femme, Alice, disparue le 2 janvier 1929, ainsi que ses deux enfants. Je suis allé me recueillir sur sa tombe que j’ai photographiée.

I – Maurice DELAFOSSE, un «Indigéniste» et Négrophile

La colonisation recèle elle-même ses propres contradictions : entreprise, par excellence, de domination d’un peuple sur un autre peuple, elle s’était parée d’un manteau de fumée en voulant «civiliser» l’Afrique. En fait, il s’agissait d’une politique d’assimilation visant à saccager l’héritage culturel africain, y compris par la force. La grande majorité des Français de la IIIème République est indifférente, sinon hostile, à la colonisation. Pour le Français moyen «tout cela, c’est loin et ça coute cher».

Maurice DELAFOSSE, tout en étant un rouage du système colonial, porte un intérêt particulier aux civilisations africaines. Il voulait initier la méthode douce et humaine, dans sa démarche colonisatrice ; ce qui finira par nuire, considérablement, à sa carrière d’administrateur colonial.

A – Maurice DELAFOSSE porte un intérêt certain aux Africains

1 – Maurice DELAFOSSE, un «broussard africain»

Maurice DELAFOSSE est un «Dieu de la brousse», en référence à une expression d’Amadou Hampâté BA qui désignait ainsi les administrateurs coloniaux en raison des larges pouvoirs qui leur sont attribués par la Métropole. Avant de débarquer en Afrique, dont il n’avait, comme la plupart des Français, que des connaissances livresques, parfois déformées, émanant d’explorateurs ; il a voulu se renseigner sur les Africains auprès d’anciens colons. «Les Nègres sont de grands enfants, plus timides que méchants ; il suffit de savoir les prendre, par la persuasion ; on en fait ce qu’on veut», dit un colon. Un autre affirme : «il n’y a que la force pour tirer quelque chose de ces brutes». Certains préconisent même une solution radicale : «avec ces sales Nègres, on aura la paix avec eux que quand on les aura tous tués». On est bien loin du «rôle positif» de la colonisation, dans la loi sarkozyste du 23 février 2005. Un administrateur colonial, plus avisé, lui dira que «civiliser les Nègres, ça ne leur fera du mal ; ça leur fait, peut-être même, un peu de bien ; et en tout cas, ça fait certainement beaucoup de bien aux Blancs». Pour Maurice DELAFOSSE, dans ses remarquables confessions, «états d’âme d’un colonial», le concept de colonial est polysémique. Le colon peut être, en effet, un «moderne paladin, casqué, botté et assoiffé de sang», ou un «modeste héros plus réel qui dort sous une humble croix de bois, rongé par les termites», ou encore «le colonial pour rire ou le vrai colonial». Maurice DELAFOSSE se définit comme un «Broussard africain» : «Le mien est le broussard africain ; il est le seul dont je puisse sincèrement me croire autorisé à parler», dit-il.

Le contact avec les Africains modifie, peu à peu, les notions acquises ou idées toutes faites en Europe. «Des lectures mal digérées, des théories conçues à priori dans notre esprit, sans que nous sachions pourquoi, ont pu faire naître en nous, des idées très fausses. Ces idées ne résistent pas à une observation, même distraite, du pays lui-même ; l’illusion s’envole devant l’aspect brutal de la réalité», dit-il. Maurice DELAFOSSE est tolérant ; il condamne fermement, tout préjugé : «Les Nègres, même ceux de la forêt, sont tout simplement, quant au fond, des hommes comme les autres, que leur isolement a conservés dans une grande ignorance», dit-il dans son ouvrage «les Etats d’âme d’un colonial».

«Ces Noirs si peu connus, qui sont peut-être des hommes primitifs, mais qui, pourtant, sont des hommes», dit DELAFOSSE, ou encore «Les Noirs ne sont ni inférieurs, ni des grands enfants, mais ils sont provisoirement attardés du point de vue matériel. Ils ont leur morale, leur art, leur histoire». Après deux ans de service en Afrique à son retour en congé en France, il est assailli de questions sur le continent noir : «ça doit être terrible de vivre environné de sauvages ?», lui demande une voisine. «Les sauvages ne sont pas plus, sensiblement, désagréables, en Afrique qu’en France, et ils sont plus honnêtes», réplique Maurice DELAFOSSE.

Maurice DELAFOSSE a une conception particulière de l’indigénat. Il souhaite la participation des indigènes à l’administration locale «Dans les sociétés indigènes d’Afrique Occidentale, les détenteurs de la souveraineté ne sont pas les chefs ; ce sont les assemblées qui entourent ces chefs» dit-il. Pour lui, le système colonial doit à la fois servir la France et les Africains, c’est un gage de son efficacité. Il réclame  que l’enseignement soit donné dans les langues africaines. «C’est l’honneur de la France que d’avoir  des administrateurs coloniaux qui, à force d’intelligence et de sympathie, entrent si bien dans la mentalité indigène», disait Lucien LEVY-BRUHL (1857-1939, auteur de l’ouvrage, la mentalité primitive et fondateur de l’Institut d’Ethnographie). Dans ses cours à l’école coloniale, DELAFOSSE disait «comportez-vous honnêtement, et non pas en simples machines administratives. Travaillez pour les indigènes».

 

A cette époque, en Afrique Occidentale, il n’y avait pratiquement pas de femmes blanches. Tous les Blancs, séjournant un certain temps dans ces pays, avaient ainsi «leur femme noire». Maurice DELAFOSSE avait remarqué une jeune fille à la Cour de son ami Aoussou, le chef d’Abli, qui la lui accorda pour femme. Ce fut une sorte de mariage, selon la coutume du pays. Ce type d’union, admis ou restauré par le Général Louis Faidherbe (1818-1889, gouverneur du Sénégal), avait un caractère officiel sur place. De cette rencontre amoureuse, Maurice et la jeune Amoin KRE, née en 1886, eurent deux fils, Henri Kaoumé DELAFOSSE (1903-1971), et Jean Kouassi DELAFOSSE (1906-1962) reconnus par leur père. Celui-ci s’occupa de leur instruction, même après son retour en France. Tous deux devinrent, plus tard, des personnalités marquantes de leur pays la Côte-d’Ivoire : Henri DELAFOSSE entra dans l’administration et la magistrature,  et fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur ; Jean DELAFOSSE fut nommé Ministre d’Etat à l’indépendance par le Président Houphouët-Boigny, puis président du Conseil économique et social et Chevalier de la Légion d’honneur. Père de dix enfants, il laisse aujourd’hui une nombreuse descendance, en France et en Côte-d’Ivoire.

 

De retour en France, Maurice DELAFOSSE va se marier, le 11 novembre 1907, avec Alice HOUDAS (1833-1929). Le jeune ménage habite d’abord au 114 avenue Victor Hugo, à Boulogne-Billancourt, puis par la suite à la rue Vaneau, à Paris. Octave HOUDAS et Maurice DELAFOSSE partagent les mêmes valeurs, soit cette large ouverture d’esprit, cette attention bienveillante à tous, ce respect de l’homme, quel qu’il soit. Maurice DELAFOSSE révèle à sa future épouse, épouse, la veille du mariage,  qu’il avait une compagne et des enfants en Afrique. «La seule révélation de l’existence de ces enfants avait positivement ulcéré ma mère», dira Louise DELAFOSSE, dans sa biographie. Maurice DELAFOSSE a, finalement, reconnu ses deux enfants africains, mais ne les revit jamais après son départ de la Côte-d’Ivoire, en 1908.

 

2 – Maurice DELAFOSSE, une fibre sociale et républicaine

Arrivé à Témoudi, en Côte-d’Ivoire, 26 décembre 1894, à l’âge de 24 ans, il se lie d’amitié avec Albert NEBOUT  (1862-1940), administrateur colonial,  considéré comme un pacifique, partisan de la douceur et de la diplomatie. Il compte parmi ses amis, Charles MONTEIL (1871-1949), le père de l’universitaire Vincent MONTEIL (1913-2005) et auteur d’un ouvrage sur les Khassonké en 1915.

Maurice DELAFOSSE critique les méthodes brutales et inefficaces du colonisateur «Nous n’avons pas pu faire disparaître les luttes intestines et sanglantes de tribu à tribu, et surtout nous avons été réduits à faire la guerre à notre tour et au cours d’innombrables colonnes ou opérations de police, à tuer plus d’hommes, à brûler plus de villages que jamais n’en avaient tués, ou brûlés El Hadji Oumar, les Ahmadou, Samory», dit-il. Maurice DELAFOSSE réprouve les méthodes brutales employées par le colonisateur pour «pacifier», l’Afrique et les exigences excessives imposées à une population soumise à la force. Il ne cessera de dénoncer le «régime des boys» dans lequel le colonisateur a exposé la population, à l’action de mauvais chefs locaux ; Ces derniers étaient, en fait, imposés pour leur docilité et leur manque de discernement.

Maurice DELAFOSSE rejette la méthode forte de certains colonialistes et prône la méthode douce. La démarche indigéniste s’appuie sur des méthodes de colonisation subtiles, en passant par la connaissance des hommes. Il s’agit de convaincre, plutôt que contraindre, de disposer des hommes et des choses, non pas par la force, mais par diverses tactiques qui requièrent patience, diligence et une très bonne connaissance de la culture et de la mentalité africaines. «Avec la patience des Noirs, on peut arriver à bout d’eux sans employer les moyens violents. La patience des Africains pouvant, en cas de besoin, surpasser celle de l’Européen le plus patient», dit Maurice DELAFOSSE. Ou encore dit-il «la colère et les invectives n’ont que des résultats négatifs sur le perfectionnement des serviteurs noirs». Ainsi, à 25 ans, en mars 1896, sans faire partie du corps des administrateurs, DELAFOSSE se retrouve administrateur par intérim du cercle de Baoulé (RCI). Albert NEBOUT dira de cet intérim en 1897, que Maurice DELAFOSSE «a su se faire obéir et aimer par tous les indigènes de sa circonscriptions. Sa douceur et sa patience lui rendront toujours facile l’administration des Noirs auxquels il s’intéresse». On retrouve des éloges similaires quand en mai 1906, Maurice DELAFOSSE assure l’intérim du gouverneur François-Joseph CLOZEL, «Par sa vie simple et droite, par son dévouement, son habileté, son équité scrupuleuse, ses sentiments d’humanité, il est l’honneur des administrateurs coloniaux», dira Albert NEBOUT.

Maurice DELAFOSSE, lors de son séjour en Côte-d’Ivoire, menait une vie patriarcale, de chef de village. Avec ce comportement un peu féodal, Maurice DELAFOSSE porte à la nature et aux gens qui l’entourent le même intérêt que porte le propriétaire à ses terres et à ses fermiers. En effet, il a adopté un jeune garçon d’une dizaine d’années, Amané, le plus jeune fils de l’ancien chef du village, mort en avril 1896, et qui a laissé une trentaine d’enfants. Il lui a appris à lire et à écrire. «DELAFOSSE n’a pas été mauvais. Il est pacifique. Il a beaucoup travaillé pour la Côte-d’Ivoire, et notamment le Baoulé. Il a toujours montré le bon chemin», dit un notable d’Abli, Kouakou Le Kouadio.

Cependant, dans la nuit du 8 au 9 décembre 1900, un chef rebelle Kouadio Okou a brûlé case de Maurice DELAFOSSE. L’administration coloniale mettra plus d’une année, soit le 3 juillet 1901, pour neutraliser l’insoumis. Cette attaque fait douter à DELAFOSSE, un moment, de sa confiance en ses propres conceptions de colonisation pacifique et presque sentimentale.

B – Maurice DELAFOSSE, un humaniste lésé dans sa carrière

Sa personnalité trop accusée, son humanisme, et son indépendance de caractère font que Maurice DELAFOSSE n’a pas compris que les intrigues de l’administration coloniale vont gravement nuire à sa carrière. «Mon père, contrairement à ce qu’on pourrait croire de ses manières posées et calmes, était facilement imprudent, généralement par excès de confiance», dit sa fille Louise DELAFOSSE. Ainsi, l’échec de la mission BRAULOT, en 1896, de négociation avec Samory, va être reproché à Maurice DELAFOSSE. En 1897, le capitaine BRAULOT, ainsi que 97 tirailleurs sénégalais, sont massacrés dans un guet-apens tendu par des troupes de Samory TOURE. Bien que chargé de la comptabilité de cette mission, un rôle secondaire, cette affaire est le début des ennuis administratifs de Maurice DELAFOSSE. Le gouverneur général Jean-Baptiste CHAUDIE (né 1853, 1er gouverneur des six colonies de l’A.O.F. de 1895 à 1900, basé à Saint-Louis) rejette la responsabilité de l’échec de cette mission sur NEBOUT, et en particulier sur Maurice DELAFOSSE, en raison de sa démarche pacifiste, jugée comme étant un «discours défaitiste». Comme on le sait maintenant, Samory TOURE sera capturé le 29 septembre 1898, par surprise, sans coup de fusil, par le Sergent Bratières, et suivant les renseignements d’Henri GADEN. Samory sera exilé au Gabon et va y mourir le 2 juin1900, de pneumonie.

BINGER, NEBOUT et CLOZEL, qui sont des amis de Maurice DELAFOSSE quittent la colonie de Côte-d’Ivoire. Arrive ANGOULVANT avec une politique coloniale basée exclusivement sur la force et le mépris. En 1913, le gouverneur ANGOULVANT ordonne aux indigènes, par un travail forcé, de construire une route large, en forêt pour son automobile, fraîchement débarquée : «Les habitants du village seront suffisamment rémunérés par la satisfaction du travail accompli en commun», dit le nouveau gouverneur. Maurice DELAFOSSE écrira dans son «Histoire des colonies», que cette méthode brutale risque de n’avoir d’autres résultats que «retarder la pacification du pays, et d’entraîner la mort du plus grand nombre d’hommes, la misère de maintes populations indigènes, et la ruine de vastes territoires». Maurice DELAFOSSE rejette la «mission civilisatrice» de la colonisation et insiste sur la nécessité de définir une politique indigène plus humaniste, parce que fondée sur le véritable respect de l’homme africain.

A la guerre de 1914, Maurice DELAFOSSE est mobilisé à l'état-major du Gouvernement militaire de Paris, dans le service auxiliaire. Cependant, le gouverneur général de l’A.O.F., Amédée William MERLAUD-PONTY (1866-1915), meurt à Dakar le 13 juin 1915. C’est F-G CLOZEL, en fonction au Mali, qui est désigné pour le remplacer, et qui laisse l’intérim de gouverneur à son Secrétaire général, HENRY, lequel meurt, quelques jours plus tard. CLOZEL demande à DELAFOSSE de le rejoindre au Sénégal, en qualité de chef du service des Affaires civiles, mais, en fait, il eut, constamment, la direction des Affaires politiques et administratives.

DELAFOSSE a également en charge, le «Comité d’études historiques et scientifiques de l’Afrique Occidentale française», créé le 10 décembre 1915, par CLOZEL. Il travaille également sur une réforme du droit foncier, et considère que la propriété collective convient le mieux à l’Afrique que le système occidental de propriété individuelle et aliénable. «C’est l’homme qui appartient à la terre, et non l’inverse», dit-il.

Plusieurs éléments compliquent le retour de Maurice DELAFOSSE en Afrique. L’indemnité de logement promise par le gouverneur CLOZEL ne sera jamais attribuée. DELAFOSSE qui est venue au Sénégal avec sa femme et ses deux enfants et qui a conservé son appartement parisien à la rue Vaneau, se voit contraint de choisir une maison à Dakar, hors du centre ville, sans électricité, en face de l’Ile du Serpent. Dans la nuit du 1er au 2 janvier 1916, un voleur dérobe toutes ses économies.

DELAFOSSE sera finalement nommé administrateur de 1ère classe et trouve le 2 février 1916, un appartement au 35 avenue Roume, en centre ville de Dakar. DELAFOSSE découvre le sport favori des coloniaux : la médisance. «La hiérarchie prend des proportions inattendues et odieuses, et chacun vous prend à part pour vous dire du mal de tout le monde», dit-il. «La vie coloniale serait charmante sans les Européens», dira Mme Alice DELAFOSSE. La famille DELAFOSSE reçoit beaucoup de monde, et contrairement aux usages de l’époque, dont des Africains. Il avait comme ami, le chef de la confrérie des Tidjanes, El Hadji Malick SY (1855-1922). «Il avait fait à mon père une excellente impression. Il lui a remis un ouvrage qu’il venait de publier à Tunis, et que mon père envoya à mon grand-père Houdas», écrit Louise DELAFOSSE. Aveugle, El Hadji Malick SY dicte ses œuvres à ses secrétaires. La légende locale affirme qu’il voit Mohamed en songe chaque nuit, et c’est l’éclat de la gloire du Prophète qui lui a brûlé les yeux.

CLOZEL, protecteur de DELAFOSSE, est atteint d’une maladie des reins, va se soigner en France, il est remplacé 10 juin 1916, par Gabriel ANGOULVANT. Blaise DIAGNE (1872-1934), élu député du Sénégal depuis le 10 mai 1914, s’inscrit dans la lignée de la politique d’assimilation et de la méthode forte de MAGINOT et de PONTY. En février 1916, ce seront 50 000 tirailleurs sénégalais, et non 7000, qui seront envoyés comme chair à canon, lors de la 1ère guerre mondiale. François CLOZEL est limogé, brutalement, le 9 mai 1917 et remplacé en juin 1917, par Joost Van VOLLENHOVEN (1877-1918, gouverneur de l’AOF de juin 1917 au 17 janvier 1918) ; celui-ci, soutenu par Albert LEBRUN (1871-1950, président de la République), apprécie à sa valeur la collaboration remarquable de DELAFOSSE qui est un défenseur d’une politique indigène saine. Van VOLLENHOVEN est de caractère autoritaire, mais il a retenu des travaux de Maurice DELAFOSSE l’idée que les indigènes devaient évoluer dans le sens de leur propres traditions, et que la France devait respecter ces traditions, afin de rétablir l’aristocratie et la hiérarchie.

DELAFOSSE suggère, dans un mémoire du 22 septembre 1917, la création d’assemblées locales indigènes, avec le moins d’intermédiaires possible entre l’administrateur et les masses. Les objectifs assignés sont, notamment «d’assurer la paix et la sécurité, d’organiser fortement les sociétés dans le sens de leur tradition, et d’améliorer le bien-être matériel des indigènes, favoriser leur évolution morale». Ces conseils, que recommandait Maurice DELAFOSSE, n’ont jamais fonctionné.

En revanche, le colonisateur a remis en scelle les fils des anciens dignitaires africains, à travers l’institution du chef de Canton. «Il faut consolider et civiliser le commandement nègre», disait Jules BREVIE. Ces chefs sont considérés, par le colon, comme les représentants de civilisations humaines que la France républicaine devait à ses traditions républicaines de respecter.Van VOLLENHOVEN est lucide ; il entrevoyait sa disgrâce. On l’avait chargé d’intensifier la production, par l’AOF, de denrées et matières premières à destination de la Métropole, en guerre. Van VOLLENHON, sous la pression des maisons privées bordelaises et marseillaises qui manquaient de main-d’œuvre, était hostile à cette levée en masse des troupes africaines. Lorsque Georges CLEMENCEAU (1841-1929, président du Conseil) décide d’un recrutement supplémentaire de tirailleurs sénégalais et charge cette mission Blaise DIAGNE, le nouveau gouverneur du Sénégal, s’estime désavoué et part au front. Blessé le 19 juillet 1918, Joost Van VOLLENHOVEN meurt le 20 juillet 1918. Cependant, avant de quitter le Sénégal, Van VOLLENHOVEN nomme DELAFOSSE secrétaire général de l'A.O.F. par intérim. Le 5 février 1918, avant même de débarquer à Dakar comme gouverneur général chargé de mission, Gabriel ANGOULVANT conteste cette nomination et fait preuve, vis-à-vis de DELAFOSSE, d'une hostilité manifeste. «DELAFOSSE, très expérimenté en affaires indigènes, n’a pas de vigueur nécessaire pour commander une colonie en Afrique», disait MAGINOT.

Maurice DELAFOSSE, un scientifique, un homme pur mais imprudent, n’a jamais bien compris le fonctionnement de l’administration coloniale, avec ses hypocrisies et ses intrigues. Il a, en particulier, sous-estimé la toute puissance du député Blaise DIAGNE, une étoile montante du système du système colonial, qui finira par devenir Ministre des Colonies. Mais DELAFOSSE était en opposition farouche à la politique d’assimilation conduite par Blaise DIAGNE et ne manquait pas de l’écrire : «La civilisation africaine est aussi ancienne que la nôtre, avait sa grandeur et mériterait l’estime de tous». Louise DELAFOSSE reconnaît que son père a sous-estimé la grande influence de Blaise DIAGNE. «Mon père, sous son apparence flegmatique, était trop passionné pour se taire, et la prudence n’était pas son fort», dira Louise DELAFOSSE.

Blaise DIAGNE, venu pour le recrutement en tant que Commissaire du Gouvernement, avec rang de gouverneur, se montre aimable mais agit en sous-main : son animosité à l'égard de DELAFOSSE vient de l'antagonisme de leurs conceptions, notamment en ce qui concerne l'assimilation. ANGOULVANT qui l'avait officiellement proposé pour le grade de gouverneur revient sur sa proposition ; intrigues et cabales se multiplient. On exhume des notes et brouillons dans lesquels DELAFOSSE manifeste une conception, en matière de politique indigène, diamétralement opposée à celle d'ANGOULVANT. Finalement, malgré l'obstruction de celui-ci et celle plus discrète de Blaise DIAGNE, le Ministre des colonies nomme DELAFOSSE gouverneur, mais de l'Oubangui-Chari (actuel TCHAD), dont le climat est tel qu'on sait qu'il ne pourra rejoindre son poste. Maurice DELAFOSSE demande sa mise à la retraite anticipée qui lui est accordée en décembre 1919. Le 27 février 1918, Maurice DELAFOSSE retourne, définitivement, en France.

II – Maurice DELAFOSSE, un ardent défenseur des civilisations africaines

Maurice DELAFOSSE est le «plus grand des africanisants de France» disait Léopold Sédar SENGHOR. Il a saisi toute la valeur du culte des ancêtres. «Mes idées du caractère unitaire de la civilisation négro-africaine ont mûri au contact de Maurice DELAFOSSE qui a le mieux, avec Léo FROBENIUS, compris la démarche du Négro-africain», ajoute le président SENGHOR. 

A – Maurice DELAFOSSE prône l’unité de la culture noire

«L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire», avait dit, imprudemment, Nicolas SARKOZY, dans un discours du 26 juillet 2007, à Dakar. Maurice DELAFOSSE affirme, quant à lui, qu’il n’existe pas de peuple non-civilisé. «Il faudrait qu’on sache enfin, qu’il n’y pas de races supérieures ou de races inférieures en soi ; il n’y a que des groupements dissemblables», précisera Arnold Van GENNEP (1873-1957, un ethnologue français).

Dans le tome III, consacré aux «civilisations africaines», de sa mémorable étude «Haut-Sénégal-Niger (Soudan français)» parue en 1912, Maurice DELAFOSSE prend le soin de préciser le concept de «civilisation». Si par «civilisation», on entend l’état de culture sociale, morale et matérielle, il est certain qu’on est forcé de considérer que les indigènes du Soudan comme ne faisant partie de la civilisation, au sens occidental du terme. Mais si l’on attribue au mot «civilisation», son sens véritable, l’état de culture «on est obligé d’admettre que, pour avoir une culture et un état social, fort différents des nôtres, les habitants du Soudan, n’en ont pas moins, eux aussi des civilisations». Ces civilisations sont codifiées par un ensemble de coutumes et de traditions.

Dans son ouvrage «Civilisations négro-africaines», paru en 1925, Maurice DELAFOSSE précise les civilisations africaines à travers les religions, la famille, les institutions sociales, l’organisation politique, la vie intellectuelle, culturelle et artistique des Africains. Il y expose le «caractère d’unité» des civilisations africaines. «Il existe une culture africaine nettement définie, aussi bien chez les peuples noirs les plus avancés que chez les plus arriérés, et que l’islamisation, même la plus reculée, n’a point réussi à modifier profondément», souligne t-il. Maurice DELAFOSSE dégage les principes fondamentaux de la civilisation africaine.

Tout d’abord, les coutumes observées par les Africains sont demeurées dans leur cadre ancestral, la religiosité des Noirs. «Les préoccupations d’ordre divin l’emportent chez, le plus souvent, sur les préoccupations d’ordre humain», précise t-il. La divinité n’est pas quelque chose de lointain, d’extraordinaire, de difficilement accessible, mais au contraire, elle fait partie intégrante de la société. Cette religion qui n’est ni le fétichisme, ni le totémisme ou le théisme, est l’animisme. C’est une religion des «forces et des éléments» de la nature.

Ensuite les sociétés traditionnelles africaines sont des organisations collectivistes et patriarcales. «Chaque groupe, issu d’une même lignée, constitue une cellule à la fois indivisible et imperméable», d’où un fort culte des ancêtres. Ainsi la religion est familiale et localisée dans le groupe. Maurice DELAFOSSE est un apôtre de «l’islam noir».

Il remarque l’islamisation n’a point réussi à modifier, profondément, cet état de fait. Selon lui, l’islam africain présente l’avantage d’être tolérant vis-à-vis  de l’animisme. L’islam, dès lors qu’il est acclimaté par les sociétés africaines, devient un élément essentiel de l’identité négro-africaine. Le fils de son ami, Charles MONTEIL (1871-1949, administrateur colonial), Vincent MONTEIL (1931-2005), éminent universitaire, écrira un remarquable ouvrage, intitulé «Islam noir», paru chez Seuil en 1964.

Maurice DELAFOSSE est un apologiste d’une intégration des valeurs anciennes dans une personnalité africaine modernisée. En effet, dans une démarche que l’on pourrait qualifier de «paternaliste», Maurice DELAFOSSE s’intéresse à une «Afrique authentique, c’est-à-dire dégagée des pollutions de la contamination européenne», et du fanatisme musulman. Plus une société africaine est développée, moins elle est authentique ; elle devient une «caricature grotesque des Européens». Orientaliste, linguistique, son travail de terrain, et notamment ses dix années de séjour en Côte-d’Ivoire, ainsi que ses enseignements et recherches à l’école des Langues orientales et à l’école coloniale, feront de Maurice DELAFOSSE un savant de la connaissance de la culture africaine. Il se voulait être un conservateur des traditions et structures anciennes, un fondateur d’un humanisme colonial. «L’utilisation de ce qui existe de bon, dans les sociétés indigènes devait être développé», dit-il.

Enfin, Maurice DELAFOSSE sacralise la tradition orale porteuse de valeurs culturelles. En contradiction avec sa démarche positiviste, l’Afrique n’ayant ni archéologie ni épigraphie, Maurice DELAFOSSE est l’un des premiers chercheurs à accorder une place de choix à la tradition orale, y compris dans le récit de l’histoire. Il considère la tradition orale comme un substitut acceptable de l’écrit. «Il existe en cette partie de l’Afrique (le Soudan), une littérature populaire d’une extraordinaire richesse, mais elle est uniquement orale. Cette littérature n’est pas seulement riche ; elle est variée et aborde tous les sujets», dit-il. Par conséquent, et bien avant Amadou Hampâté BA, Maurice DELAFOSSE confère à la tradition orale reconnaissance et visibilité. C’est à ce titre que Maurice DELAFOSSE mentionne que la littérature orale et populaire «est fort riche et suffisamment variée» en Afrique. Cette production de l’esprit se compose de légendes religieuses, de traditions cosmogoniques et historiques, de contes merveilleux, de chansons épiques ou satiriques, d’embryons de pièces comiques. Ce sont les griots et les conteurs qui ont véhiculé ces œuvres : «l’art du bien dire semble inné chez la plupart des Noirs, qui aiment parler, et dont beaucoup sont doués d’éloquence», dit-il. «Pour bien connaître une race humaine (…), pour comprendre sa vie intellectuelle, il n’est rien de tel que d’étudier son folklore, c’est-à-dire sa littérature naïve», ajoute Maurice DELAFOSSE.

B – Maurice DELAFOSSE, les Africains possèdent une histoire glorieuse

Pour Maurice DELAFOSSE, les Africains possèdent une histoire glorieuse et créatrice illustrée à l’époque médiévale par la splendeur des empires du Soudan et de la civilisation du Bénin. S’agissant de ces organisations politiques : «Il y a là un mélange d’autocratie, d’oligarchie et démocratie dont l’ensemble, très compliqué, est bien éloigné, en tout cas, de la monarchie absolue et dans lequel se trahit visiblement le besoin collectif des Noirs de soutenir les intérêts de la collectivité, quitte à sacrifier ceux de l’individu», dit-il.

Maurice DELAFOSSE, qui est un orientaliste, donne une place importante aux sources arabes. En étroite relation avec son beau-père Octave HOUDAS (professeur d’Arabe en Algérie dès 1860), il traduira le «Tarikh El-Fettach», «les chroniques du Fouta sénégalais», ainsi que «les traditions historiques et légendaires du Soudan». Il s’appuyera sur les travaux d’Abou Obeïd El-Békri (1014-1094, géographe et historien hispanique, auteur de Description de l’Afrique septentrionale, un ouvrage de référence sur l’histoire africaine), qui remontent au XIème siècle. Tous ces documents attestent de l’ancienneté et de la splendeur de l’histoire de l’Afrique notamment du Fouta-Toro et de l’empire du Ghana. Maurice DELAFOSSE étudiera «Tombouctou, son histoire, sa conquête», en linguiste et ethnologue, il a nous légué, notamment, des contributions sur les Agni, les Sara du Tchad, les Libériens et les Baoulés, les Vaï, leur langue et leur système d’écriture. Maurice DELAFOSSE mériterait que lui soit consacrée une thèse de doctorat, tant sa production intellectuelle, riche et variée, devrait être valorisée à l’aube du XXIème siècle où le conservatisme et l’étroitesse refont surface.

Dans les travaux de Maurice DELAFOSSE l’empire du Mali apparaît comme étant le noyau, la quintessence de l’empire soudanais. «De tous les empires indigènes qui se constituèrent dans le Soudan occidental, celui du Mali fut incontestablement le plus puissant et le plus glorieux», dit-il. Maurice DELAFOSSE considère que l’empire du Ghana est un empire fondamentalement «nègre», dont la capitale est Koumbi-Saleh. Cette ville, décrite de façon précise par El-Békri en 1067, située dans l’actuelle Mauritanie, a été localisée lors des fouilles conduites, en 1913, par d’Albert BONNEL de MEZIERES (1870-1942). Maurice DELAFOSSE est fasciné par la «race» Peule, qui se définit par le contraste entre son appartenance à la race blanche, et le fait qu’elle parle une langue «nègre». Ils sont d’origine sémite venus d’Orient. Les Peuls, selon lui, seraient des «Judéo-syriens» qui seraient les premiers dignitaires de l’empire du Ghana. Maurice DELAFOSSE s’inspire, sur ce point, des travaux de Louis FAIDHERBE et d’El-Békri qui signalent au XIème siècle la présence d’empereurs Peuls, des DIA et des SOW au Ghana. Le «Tarikh-El Soudan» fait état de 22 souverains d’origine blanche, les ancêtres des Peuls et qui sont les fondateurs de l’empire du Ghana, vers 300 de notre ère, avant qu’ils ne fussent renversés au VIIème siècle par une dynastie Soninké et qu’ils ne s’installent au Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal.

Par ailleurs, Maurice DELAFOSSE a éclairci, les origines égyptiennes d’une nécropole antique en Côte-d’Ivoire. En effet,  intrigué par certaines perles portées par les femmes et dont les indigènes disaient qu’elles venaient de la terre, DELAFOSSE alla visiter la montagne des perles, située à 30 km de Témoudi, en Côte-d’Ivoire. Les indigènes lui diront, qu’autrefois, se trouvaient là des squelettes entiers, portant des anneaux de bronze et de bijoux d’or, ressemblant aux perles égyptiennes. C’est une nécropole antique qui fait dire dans un article paru en 1900, à Maurice DELAFOSSE qu’il y a des traces probables de la civilisation égyptienne en Côte-d’Ivoire.

Dans la pensée de Cheikh Anta DIOP l’appréciation de l’apport des idées de Maurice DELAFOSSE est contrastée. S’il loue, chez l’auteur «Les Noirs de l’Afrique», le fait d’avoir magnifié les fastes de l’empire du Mali, Cheikh Anta DIOP lui reproche, en même temps d’avoir écarté l’idée selon laquelle la civilisation égyptienne serait d’origine noire. Ce qui fait dire à Jean-Loup AMSELLE que Maurice DELAFOSSE est un «africaniste ambigu».

En dépit de ses imperfections, les théories de Maurice DELAFOSSE représentent un progrès majeur par rapport aux conceptions rétrogrades de son temps. Dans un univers colonialiste fait, parfois, du rejet de l’autre, il a pu professer, au détriment de sa carrière et de sa santé, l’originalité et la spécificité de la culture africaine. Et pour cela, je lui devais cet hommage.

Bibliographie sélective

1 – Contributions de Maurice DELAFOSSE

DELAFOSSE (Maurice)  HOUDAS (Octave), traducteurs, Tarikh El-Fettach ou chronique du chercheur : documents arabes relatifs à l’histoire du Soudan, par Mohmoud Kâti Ben El-Hadji El-Motaouakkel Kâti, Paris, E. Leroux, 1913, 361 pages (histoire de Kankan Moussa, des Songhaï et d’Askia Mohamed) ;

DELAFOSSE (Maurice), «De la participation des indigènes de l’A.O.F à l’administration directe», La Dépêche Coloniale, des 3, 5, 9, 12 et 16 avril 1918 ;

DELAFOSSE (Maurice), «De quelques persistances ordre ethnographique chez les descendants des Nègres transportés aux Antilles et à la Guyane», Revue d’ethnographie et de sociologie, 1912, t. III, pages 234-237 ;

DELAFOSSE (Maurice), «L’Afrique Occidentale française», in TERRIER (Auguste) MARTINEAU (Alfred), L’histoire des colonies françaises et de l’expansion de la France dans le monde, Paris, Société de l’histoire nationale, Plon, 1930-1934, vol. I 631 pages, vol. II, 548 pages, vol. III, 605 pages, vol. IV 616 pages, vol. V 599 pages, vol. VI 584 pages ; spéc. vol. IV, page 4 ;

DELAFOSSE (Maurice), «Le Ghana et le Mali et l’emplacement de leurs capitales», in Bulletin du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques de l’A.O.F., 1924 (VII), pages 479-542 ;

DELAFOSSE (Maurice), «Le trône de Béhanzin», La Nature, 1894, t. I, pages 326-330 ;

DELAFOSSE (Maurice), «Les Libériens et les Baoulés : Nègres dits civilisés et Nègres dits sauvages», Les Milieux et les Races, 1901, avril-mai, pages 97-122 et 139-149.

DELAFOSSE (Maurice), «Sur les traces probables de civilisation égyptienne et d’hommes de race blanche en Côte-d’Ivoire», in L’Anthropologie, 1900, t. XI, pages 431-451, 543-568 et 677-690 ;

DELAFOSSE (Maurice), Equisse générale des langues de l’Afrique, et plus généralement de l’Afrique française, Paris, Masson, 1914, 42 pages ;

DELAFOSSE (Maurice), Essai sur les peuples et la langue Sara (bassin du Tchad), préface, F-G CLOZEL, Paris, Librairie africaine et coloniale, Joseph André éditeur, 1898, 47 pages (doc. BNF, cote O3 m 69) ;

DELAFOSSE (Maurice), Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), préface du gouverneur Clozel, Paris, E. Larose, 1912, Vol III, «civilisations», 215 pages (doc BNF 8LK11 - 4862) ;

DELAFOSSE (Maurice), HUBERT (Lucien), Tombouctou, son histoire, sa conquête, Paris, Grande Imprimerie parisienne, 1894, 28 pages ;

DELAFOSSE (Maurice), L’âme nègre, Paris, Payot, 1922, 180 pages ;

DELAFOSSE (Maurice), Les civilisations négro-africaines, Paris, Stock, 1925, collection les civilisations disparues, 1925, 142  pages ;

DELAFOSSE (Maurice), Les états d’âme d’un colonial, Paris, Comité de l’Afrique française, 1909, 82 pages (8 R 42377 doc BNF) ;

DELAFOSSE (Maurice), Les Libériens et les Baoulé : Nègres dits civilisés et Nègres dits sauvages, Paris, Librairie africaine et coloniale, J. André éditeur, 1901, 37 pages (doc BNF, O3 n 115) ;

DELAFOSSE (Maurice), Les Noirs de l’Afrique, Paris, Collection Payot, 1922, 139 pages.

DELAFOSSE (Maurice), Les Vaï : leur langue et leur système d’écriture, Paris, Masson, 1899, 43 pages (8 O 3 4112, doc BNF) ;

DELAFOSSE (Maurice), Sur des traces probables de civilisation égyptienne et d’hommes de race blanche à la Côte-d’Ivoire, Paris, Masson, 1901, 59 pages (cote L 11 K 721, BNF) ;

DELAFOSSE (Maurice), Traditions historiques et légendaires du Soudan occidental (Mamadi Aïssa), traduites d’un manuscrit arabe inédit, Paris, Comité de l’Afrique française, 1913, 104 pages (L 11 K 375, doc BNF) ;

DELAFOSSE (Maurice), VILLAMUR (Auguste), Les coutumes Agni : rédigées et codifiées d’après les documents officiels les plus récents, préface du gouverneur CLOZEL, Paris, 1904, Auguste Challamel, 172 pages ;

EQUILBECQ (François-Victor), Essai sur la littérature merveilleuse des Noirs : suivi de contes indigènes de l’ouest-africain français, préface de Maurice DELAFOSSE, Paris, E. Larose, 1913,  292 pages (doc BNF, cote 8 Z 1629 (41) ;

SOH (Siré Abbas), Chroniques du Fouta sénégalais, traduites de deux manuscrits arabes inédits de Siré Abbas Soh, et accompagnées de notes, documents, annexes et commentaires, d’un glossaire et de cartes, par Maurice DELAFOSSE, avec la collaboration d’Henri GADEN, Paris, 1913, collection de la revue du monde musulman,  E. Leroux, 328 pages.

2 – Critiques de Maurice DELAFOSSE

AMSELLE (Jean-Loup), SIBEUD (Emmanuelle), sous la direction de, Maurice Delafosse : entre orientalisme et ethnographie : l’itinéraire d’un africaniste (1870-1926), Paris, Maisonneuve et Larose, CDEA, 1998, 319 pages ;

DELAFOSSE (Louise), «Comment pris fin la carrière coloniale de Maurice DELAFOSSE», in Revue française d’outre-mer, 1974, tome 61 (222), pages 74-115 ;

DELAFOSSE (Louise), Maurice Delafosse, le berrichon conquis par l’Afrique, préface du président Félix Houphouët-Boigny, postface du président Léopold Sédar Senghor,  Paris, Société française d’histoire d’Outre-mer, avec le concours de l’Académie des sciences d’outre-mer, 1976, 428 pages ;

HAZARD (Benoît), «Orientalisme et ethnographie chez Maurice DELAFOSSE», in L’Homme, 1998, t. 38, n°146, pages 265-268 ;

Les amis de Maurice Delafosse, Maurice Delafosse (1870-1926), Paris, Sociétés d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1928, 23 pages (Doc. réseau des bibliothèques de la ville de Pointe-à-Pitre, Manioc.org, cote 60267) ;

MICHEL (Marc), «Un programme réformiste en 1919, Maurice DELAFOSSE et la politique indigène en AOF», Cahiers d’Etudes Africaines, 1975, 58 (XV) 2, pages 313-327.

3 – Bibliographie sur l’histoire de l’Afrique et la colonisation

Abderrahmane (Ben Abdallah Ben Imram Ben Amir Es-Sadi), Tarikh Es-Soudan, traduit de l’arabe par Octave HOUDAS, Paris, Leroux, 1900, 534 pages ;

BOULVERT (Yves), Albert Nebout, Paris, Académie des Sciences de l’Outre-mer, L’Harmattan, 2011, 569 pages ;

COOLEY (William Desborough), The Negroland of the Arabs examined and Explained, Or Inquiry into the Early History and Geography of Central Africa, London, J. Arrowsmith, 1841, réédité en 1883 et en 1966, 141 pages, spéc sur l’empire du Ghana, pages 5-47 ;

EL-Békri (Abou Obeïd), Description de l’Afrique septentrionale, traduction de Mac GUCKIN de  SLANE, revue et corrigée de l’édition de 1831, Alger, 1918, Adolphe Jourdan, 405 pages (doc BNF, sous la cote 8 O3 180 A), spéc notice sur le pays des Noirs et l’empire du Ghana, pages 324-343 ;

GOULVEN (J), «Le gouverneur F.J Clozel», in Annales de géographie, 1918, t. 27, n°148-149, pages 391-92 ;

LABOURET (Henri), A la recherche d’une politique indigène dans l’Ouest-africain, Paris, Comité de l’Afrique française, 1931, 128 pages ;

MONTEIL (Charles), «Réflexions sur le problème des Peul» in Journal de la Société des Africanistes, 1950, tome 20, fascicule 2, pages 153-192 ;

PONDOPOULO (Anna), «La construction de l’altérité ethnique peule dans l’œuvre de Faidherbe», in Cahiers d’études africaines, 1996, vol. 36, n°143, pages 421-441.

Paris, le 17 juillet 2015, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Maurice DELAFOSSE (1870-1926), un éminent africaniste.
Maurice DELAFOSSE (1870-1926), un éminent africaniste.
Maurice DELAFOSSE (1870-1926), un éminent africaniste.
Maurice DELAFOSSE (1870-1926), un éminent africaniste.
Maurice DELAFOSSE (1870-1926), un éminent africaniste.

Maurice DELAFOSSE (1870-1926), un éminent africaniste.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 23:22

André GIDE est un écrivain français de la première moitié du XXème siècle à la fois éminent et provocateur. Sa vie et son oeuvre se confondent ; il excelle en tout. Sa contribution littéraire est prolifique, ésotérique et cénaculaire. Cet écrivain semble mettre autant de soins à fuir la publicité que d'autres à la rechercher. A première vue, on a le sentiment qu’il n’écrit que pour lui-même, ou tout au plus comme Stendhal, pour cent lecteurs. L’art ne semble pas lui apparaître comme une fin, ni son œuvre comme un être qui, une fois détaché de lui, doive avoir une vie propre, durer et perpétuer. «C’est un esprit foncièrement subjectif. Ses livres ne sont que des confidences, où il a exprimé, par une sorte de besoin personnel, un moment de sa pensée», souligne Pierre SOUDAY. Avec André GIDE «les extrêmes se touchent», confesse-t-il. Hédoniste, narcissique et ouvert aux autres, artiste et critique, sincère jusqu’à l’artifice, torturé et retors, André GIDE, cet empereur de l’ambigu, est en conflit, sans cesse, avec lui-même. André GIDE est le symbole du culte du moi : «A cet âge innocent où l’on voudrait que toute âme ne soit que transparence, tendresse et pureté, je ne revois en moi qu’ombre, laideur et sournoiserie», dit-il son autobiographie. «Si le grain ne meurt» reflétant états d’âme et sentiments profonds à certains moments de l’enfance, est devenu la grande référence pour qui souhaite entamer son autobiographie.

Pourtant, la contribution d’André GIDE dépasse largement cette démarche intimiste. Prix Nobel de littérature en 1947, «contemporain du Capital», comme le dira André MALRAUX, notre auteur est une figure littéraire majeure du XXème siècle qui a mis son talent au service des nobles causes. En effet, André GIDE fait partie de cette race d’intellectuels, comme le dit Julien BENDA (1867-1896, critique, philosophe français), ces "clercs", dont la fonction est «de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la Justice et la Raison". L’Eglise a mis à l’index André GIDE. Incarnation de l’esprit libérateur, André GIDE confie dans son Journal que la fonction de l’intellectuel est celle «d’inquiéteur». Les audaces et les transgressions de GIDE, comme l’affirmation la liberté individuelle face aux pesanteurs de la morale conventionnelle, son culte de la jeunesse, son goût pour le voyage, ses engagements pour défendre l'homosexualité, pour dénoncer le colonialisme ou les totalitarismes en général et le stalinisme en particulier, sont des combats largement d’actualité.

André GIDE est un intellectuel au service de nobles causes. "Tout ce que tu résignes en toi prendra vie. Tout ce qui cherche à s'affirmer se nie ; tout ce qui se renonce s'affirme. La possession parfaite ne se prouve que par le don. Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. Sans sacrifice il n'est pas de résurrection", dit-il dans les "Les nourritures terrestres". "Elever l'homme au-dessus de lui-même, le délivrer de sa pesanteur, l'aider à se surpasser, en l'exaltant, le rassurant, l'avertissant, le modérant, n'est-ce pas là le but secret de la littérature ?", tel est le but qu’assigne André GIDE. En effet, dans sa contribution littéraire considérable d’une haute valeur artistique, il a exposé les grands problèmes humains avec un amour audacieux de la vérité et une grande pénétration psychologique, et décrit le changement continu du paysage dans un style fin et pur. GIDE disait de La Bruyère : «il peint les hommes tels qu’ils sont, mais ne dit pas comment ils le deviennent». Son influence a marqué plusieurs générations, non seulement en France, mais aussi dans le monde entier.

André GIDE naît à la rue Médicis, à Paris, au Quartier Latin, dans le 6ème arrondissement, le 22 novembre 1869, dans une famille bourgeoise protestante. Sa mère, Juliette RONDEAUX (1835-1895) est issue de la haute bourgeoisie de Rouen. Pendant son enfance, il a partagé sa vie entre Paris, le Languedoc et la Normandie : «Selon des habitudes immuables, le jour de l'an se passait à Rouen, la pâque à Uzès, les mois d'été à La Roque-Baignard dans le pays d'Auge et à Cuverville dans le pays de Caux», dit GIDE. Il reçoit une éducation austère dont la marque se retrouve dans une œuvre littéraire considérable, où la hantise du péché et la recherche du bonheur s’opposeront continuellement. Son père, Paul GIDE (1832-1880) juriste, originaire d’Uzès, est titulaire d’une chaire de droit romain à la Faculté de Droit de Paris, à partir de 1862. Paul GIDE meurt en 1880, laissant l’éducation de son fils unique à sa femme très rigide, marquée elle-même par une mère d’un calvinisme quasi fanatique et par le souvenir du grand-père, Tancrède GIDE dont André GIDE dira plus tard qu’il était de la race des «tutoyeurs de Dieu».

Après des études, sans éclat, à l’École Alsacienne, coupées par de fréquents séjours dans des lieux de cure, nécessités par une santé fragile que surveille une mère très précautionneuse, André GIDE fait sa «rhétorique» au lycée Henri IV, à Paris, où il se lie avec son condisciple Léon Blum.

GIDE est bachelier en juillet 1889, contrairement à ce qu'affirme «Si le grain ne meurt», de manière erronée, qui situe le succès à la seconde session, en novembre. Pour fêter ce succès et sa liberté, il effectue un voyage en Bretagne, presque seul, sa mère le suivant à une étape de distance. Quoique décidé à se consacrer à la littérature, il s'inscrit en Sorbonne pour préparer une licence, mais c'est surtout pour bénéficier d'un sursis. Il lit, avec enthousiasme «Un Homme libre» de Maurice BARRES (1862-1923). André GIDE commence à fréquenter certains cercles et salons littéraires. Le 1er mars 1890 meurt Émile RONDEAUX, qu'André GIDE et Madeleine RONDEAUX veillent ensemble : «Il me semblait que s'étaient consacrées nos fiançailles».

André GIDE s’est lié très jeune avec François de Witt- Guizot, dont la maison familiale du Val Richer est proche de celle de sa famille maternelle : La Roque dans le village de Cuverville en Normandie. GIDE est l’ami de ses années d’école, de Pierre Louÿs (1870-1925), le futur poète symboliste. En 1890, à l’occasion d’un séjour à Montpellier, chez son oncle Charles GIDE, l’économiste, il rencontre Paul VALERY (1871-1945) dont il dira qu’il fut pour lui «l’âme frère».

Sa mère l’ayant enfin autorisé à découvrir la bibliothèque de son père, il se jette à corps perdu dans la lecture de Saint-Augustin, Pascal, Bossuet et Goethe pour lequel il professera toujours une véritable vénération. Le «Journal intime» d’Amiel et les «Confessions» de Jean-Jacques Rousseau le poussent vers une introspection passionnée. Elle se traduira dès 1887 par le début de la rédaction d’un «Journal», qu’il tiendra presque au jour le jour, sa vie durant. «Le Journal d’André GIDE peut être considéré comme la pièce maîtresse de l’écrivain. Texte original, transgressif à plus d’un titre par rapport à la morale courante – les tabous de la sexualité, les idées reçues, les lieux communs, les idéologies, la religion – à la fois sérieux et drôle, grave et léger, rapide et lent – il reste d’une ampleur et d’une amplitude insoupçonnées», souligne Peter SCHNYDER.

André GIDE voyage aussi avec des amis, connaît de grandes exaltations lors d’un premier séjour en Algérie en 1893-94, où il s’abandonne à ses penchants homosexuels et c’est là qu’il rencontre pour la deuxième fois Oscar WILDE (1854-1900), dont il avait fait la connaissance en 1891.

La mort de sa mère, le 31 mai 1897, le soulage d’une tutelle oppressante et le pousse quelques mois plus tard vers le mariage avec sa cousine germaine Madeleine RONDEAUX (1867-1938). Ce mariage «blanc» désiré par André GIDE dès son adolescence, sera malgré son échec, un point d’ancrage affectif et moral dont sa nature perpétuellement tourmentée par des pulsions contraires, avait besoin.

I – André GIDE, un engagement littéraire exceptionnel, pour une célébration de la vie

André GIDE a mené des combats et gagné ses batailles sur un seul terrain : la littérature, manifestation vivante des efforts des hommes pour enfin devenir hommes.

En 1891, Gide publie «Les Cahiers d’André Walter» dont il a fait son double. Cette première fiction de GIDE se présente sous la forme d’un journal fictif où le héros, retiré en Bretagne après que sa mère mourante lui ai demandé de renoncer à épouser sa cousine Emmanuelle, au travers de l’écriture journalière et du projet d’écrire un roman intitulé «Allain», met en pratique ce que Jean-Paul Sartre appelles, «les techniques d’irréalisation de soi». Le désir d’anéantissement s’appuie sur le discours d’Arthur Schopenhauer (1796-1860, philosophe allemand) pour qui le monde est irréductible aux notions de volonté et de représentation. La volonté, ou le vouloir-vivre, signifie, en fait, que le monde est volonté. L’ouvrage est immédiatement remarqué par quelques grandes figures de cette époque : Maurice Barrès, José-Marie de Heredia, Maurice Maeterlinck, et surtout Stéphane Mallarmé (1842-1898), le chef incontesté de l’École Symboliste. À partir de ce moment GIDE «entre en littérature».

Passé par la Suisse pour soigner son état nerveux, il écrit «Paludes» en 1895. «Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Vouloir l’expliquer c’est en restreindre le sens ; car si nous savons ce que nous voulons dire, nous ne savons pas si nous ne disons que cela (…). J’y mis, sans le savoir, cette part d’inconscient que je voulais appeler la part de Dieu» confesse André GIDE. «Paludes», ou la semaine au jour le jour d'un littérateur en mal de voyage. Dans le microcosme étrangement fidèle que nous restitue le récit d'André GIDE, domine la figure de Tityre, berger de tous les temps, habitant des marécages où fourmille une vie insolite. Mais quel est au juste ce Tityre, qui se nourrit de vers de vase, faute de pêches plus consistantes? Richard, peut-être, l'orphelin besogneux par nécessité et pauvre par vertu, dévoué jusqu'à épouser une femme par dignité, sans amour. Ou bien Hubert, le rationnel, dont la spécialité est de chasser la panthère à l'escarpolette. Ou, plus simplement, le narrateur cet amoureux - fou du changement qui, le cœur en fête, part en voyage avec Angèle mais ne va pas plus loin que Montmorency. «Paludes», ou la sotie (pièce politique), raconte la vie d’un personnage languissant, retranché seul, dans une maison au bord de l’étang. André GIDE critique la vie ennuyeuse et enfermée de son entourage. L’auteur invite à rompre avec cette atonie. Puisque, quelle que soit la direction choisie, l'individu revient toujours sur soi-même.

Après la mort libératrice de sa mère, il épouse sa cousine Madeleine RONDEAUX, et achève les «Nourritures terrestres». Ce livre a suscité à sa parution, en 1897 une sévère critique des conservateurs qui n’y voyaient que l’apologie d’un anti-moralisme et d’un individualisme débridés, confinant à un égoïsme qui reposerait sur un abandon incontrôlés des instincts (l’homosexualité). La prose lyrique et novatrice perturbe, tout comme la description sans fin des paysages. «Les Nourritures Terrestres" sont une de ses œuvres les plus célèbres, qui prône le refus des servitudes de tous ordres, la recherche du plaisir, du bonheur de vivre, sorte de traité hédoniste. Il est vrai que la philosophie jouissive tranche avec la pensée dominante de l’époque. Ce livre provocant est une célébration de la vie. Mais cette soif du bonheur qu’il communique peut conduire à tous les excès.

Après alterneront des oeuvres d’un grand puritanisme : «La Porte étroite», récit transposé de son échec conjugal en 1909. Dans la «Porte étroite», Jérôme et Alissa, l'aînée de ses cousines, s'aiment d'un fervent amour. Autour d'eux, on y consent : l'harmonie familiale semble parfaite. Mais peut-on concilier les hauteurs de l'idéal spirituel auquel ils aspirent avec le simple bonheur humain ? Le récit bascule alors vers les déchirures intimes entre les protagonistes. De ce combat éternel entre Éros et Thanathos, Alissa sortira par le renoncement à l'amour et à la vie. Histoire d'un sacrifice, ce roman de l'abnégation rend compte d'une société refoulée et pesamment terre à terre. Il faut lever les yeux vers le ciel pour respirer.

Une des contributions majeures d’André GIDE, et qui est, à mon sens d’une actualité brûlante en ce début du XXIème siècle, est l’acte gratuit. En effet, des fondamentalistes religieux ou politiques prônent, de façon absurde, l’assassinat froid de victimes innocentes ou l'exclusion des autres sur la base de critères raciaux. La théorie de l’acte gratuit, acte libre par définition, car indépendant de toute contrainte, et ne répondant à aucun critère de vengeance, de haine ou de méchanceté ou de pitié, apparaît dans certaines contributions d’André GIDE. Ainsi, dans les «Caves du Vatican», publié en 1914, le héros, Lafcadio, précipite dans le vide un vieillard assis en face de lui, dans un train. Ce thème de la représentation du Mal ou la présence démonique, ressort également dans «l’Immoraliste», publié en 1902, dont le héros, Michel, délaissant sa femme cède aux séductions de jeunes compagnons de voyage. En effet, il entraîne sa femme, épuisée à la suite d’une fausse couche, à Paris, dans une impitoyable descente et incursion au désert, au terme de laquelle, épuisée, Marceline mourra.

«La Symphonie Pastorale» en 1919, dont le réalisateur Jean Delannoy fera un film célèbre mettant en scène un pasteur – avec celles célébrant la joie des sens. «Si le Grain ne meurt» qui paraît en 1920 est une sorte d’autobiographie de sa jeunesse, où le talent de l’écriture rend encore plus cruel son jugement sur son éducation protestante.

En 1924, paraît «Corydon», médiocre apologie de l’homosexualité qui déclenche les foudres de ses amis catholiques, puis Les «Faux Monnayeurs» en 1925 son roman le plus ambitieux.

Gide s’est aussi affronté, dès 1901, au théâtre avec «Le Roi Candaule», qui n’aura qu’une représentation – «Œdipe» en 1931 et enfin «Thésée» - sorte de testament littéraire en 1946. «Il m'est doux de penser qu'après moi, grâce à moi, les hommes se reconnaîtront plus heureux, meilleurs et plus libres» ; ce Thésée, vieux et sage, calme enfin devant son destin, n'est-ce pas un peu André Gide, arrivé à l'heure du bilan ? Thésée a été audacieux, aventureux pour le bien des hommes. Il a échappé aux pièges du Labyrinthe. Il a fondé Athènes, capitale de l'esprit. Et surtout, il est toujours demeuré clairvoyant.

II – André GIDE, un engagement pour des causes humanistes

1 – GIDE, le tiède Dreyfusard

«Il n’existe presque rien sur quoi je n’ai pas changé d’avis» écrira GIDE dans son journal à la fin de sa vie. Cette confession est sans aucun doute, particulièrement vraie concernant ses positions sur les problèmes politiques de son temps.

Il s’engagera, sans enthousiasme excessif, aux côtés des dreyfusards en 1898-99, mais flirte aussi avec l’Action Française par admiration pour Maurice Barrès. André GIDE soutient le combat des Dreyfusards, mais sans militantisme, préférant les amitiés littéraires.

Il est un des initiateurs de la Nouvelle Revue Française, dont le premier numéro paraît en novembre 1908, et à laquelle participeront tous les écrivains de sa génération qui sont en même temps ses amis : Paul Claudel, Jean Schlumberger, Roger Martin du Gard, Francis Jammes, Paul Valéry, Henri Ghéon et d’autres.

2 – GIDE, l’enthousiaste mentor littéraire

André GIDE exerce une activité de mentor littéraire dans les années si riches du début du siècle. «Assumer le plus possible d’humanité, voila une bonne formule», dit-il dans «Les Nourritures terrestres». Le cosmopolitisme littéraire d’André GIDE a fait dire à Jacques COTMAN qu’il recherche la compagnie d’auteurs appartenant à une famille d’esprit fort différente de la sienne. André GIDE est en permanence en mouvement, à la recherche de l’autre : «Assis je me sentirai mal à l’aise ; si commode que soit le siège, j’y aurais des inquiétudes, je ne me sens vivre qu’en marchant», souligne André GIDE. Par conséquent, André GIDE refuse le nationalisme étriqué et cultive, savamment, le déracinement culturel. «La génération dont je fais partie était casanière ; elle ignorait beaucoup l’étranger, et loin de souffrir de cette ignorance, était prête à s’en glorifier. (…) Pour ma part, c’est en milieu étranger que j’ai le mieux compris, le plus aimé la France : on ne peut juger sans quelque recul ; c’est aussi là ce qui fait qu’il faut se renoncer pour se connaître», affirme André GIDE.

C’est André GIDE qui a fait traduire deux œuvres majeures de Rabindranath TAGORE (1861-1941, écrivain indien de langue Bengalie) en France : «L’Offrande lyrique» et «Amal et la lettre du Roi». L’Offrande lyrique (Gitanjali), est une invitation à soutenir les valeurs essentielles de l'existence humaine. Cet ouvrage poétique représente le dépassement de la foi brāhmanique familiale vers la quête d'un dieu personnel, celui que TAGORE a appelé «le Seigneur de la Vie» : sa perception paradoxale, d'une présence bienveillante immanente et de l'impossibilité de la connaître, de l'appréhender, s'aiguise au fur et à mesure que lui sont dévoilées à travers une série d'expériences tantôt douces, tantôt aigres, les règles de sa participation à un jeu cosmique. TAGORE sera le premier Prix Nobel de littérature, non-européen en 1913.

André GIDE a également préfacé les «Noces de sang», de Federico Garcia Lorca (1898-1936), avec une traduction de Marcelle Auclair et J. Prévost.

André GIDE a parrainé, en 1947, la revue Présence Africaine d’Alioune DIOP, dont le siège est resté au Quartier Latin.

André GIDE a préfacé 105 livres dont certaines œuvres de William Shakespeare, de William Blake ou de Pouchkine.

3 – GIDE, le fervent anticolonialiste.

Après la guerre Gide se passionne pour les problèmes posés par le colonialisme. Porté par un désir d’ailleurs et un rêve de jeunesse, André GIDE part pour l’Afrique Équatoriale Française, au Congo et au Tchad de 1926 à 1927, où il réalise un voyage à pied, en bateau et en voiture. C’est au plus près des indigènes qu’il passe ses journées découvrant ainsi les merveilles du pays autant que les atrocités coloniales qu’il prend le parti de dénoncer dans son texte. Le grand sens de l’observation ainsi que la recherche perpétuelle de sentiers nouveaux qui caractérisent la démarche d’André Gide font tout le prix de ce récit de voyage qui s’avère être beaucoup plus qu’un compte-rendu des événements au jour le jour. L’émerveillement, la stupéfaction et l’horreur se conjuguent dans ce texte pour venir former. Ainsi de passage à Dakar, au Sénégal, il note : «Dakar la nuit. Rues droites désertes. Morne ville endormie. On ne peut imaginer rien de moins exotique, de plus laid. Un peu d’animation devant les hôtels. Terrasses des cafés violemment éclairées. Vulgarité des rires. Nous suivons une avenue qui bientôt quitte la ville française. Joie de se trouver parmi les nègres». A Libreville, au Gabon, il est perplexe : A Libreville, dans ce pays enchanteur, où la nature donne des arbres singuliers et des fruits savoureux, l’on meurt de faim».

André GIDE livrera ses impressions de voyage à son ami Léon Blum qui dirige à ce moment-là le quotidien socialiste «Le Populaire». Ces récits seront ensuite publiés sous les titres : «Voyage au Congo», en 1927 et «Le Retour du Tchad», en 1928. La description des conditions de vie des Noirs le long du Congo et au Tchad forme un véritable réquisitoire contre l'administration coloniale, et a fait sensation. En effet, les accusations contre les grandes compagnies concessionnaires, exploiteuses et massacreuses d'indigènes l'exploitation économique, la répression cruelle, l'incurie des administrateurs, la nonchalance criminelle ou les exactions des «civilisés», colons et militaires, avaient d'autant plus frappé les esprits qu'elles venaient d'un écrivain que les lettres bourgeoises honorent. Si l’auteur est si rigoureux, c’est qu’il pressent qu’il s’apprête à émettre une critique grave et lourde : «Il ne me suffit pas de me dire, comme l’on fait souvent, que les indigènes étaient plus malheureux encore avant l’occupation des français. Nous avons assumé des responsabilités envers eux auxquelles nous n’avons pas le droit de nous soustraire. Désormais, une immense plainte m’habite ; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel démon m’a poussé en Afrique? Qu’allais-je donc chercher dans ce pays? J’étais tranquille. A présent je sais ; je dois parler». La bêtise du Blanc à l'égard du Noir a, dit GIDE, «quelque chose de monstrueux». Une phrase d'enfant de colonial, citée par GIDE : l'enfant parle d'un mauvais musicien et dit : «il tape sur le piano comme on donne des coups de pied à un nègre !». Non seulement les colons maltraitent et exploitent les nègres, mais encore ils les méprisent ; et GIDE, nettement, montre combien ces opprimés dépassent, par leur âme, leurs oppresseurs. «Moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui paraît bête», assène André GIDE.

Au début des années 1930, il s'intéresse au communisme, s'enthousiasmant pour l'expérience soviétique, mais désillusionné par son voyage sur place en été 1936, il publie son témoignage la même année, Retour de l'U.R.S.S., qui lui vaut les attaques haineuses des communistes. Il persiste cependant dans sa dénonciation du totalitarisme soviétique au moment des procès de Moscou et s'engage, parallèlement, dans le combat des intellectuels contre le fascisme. En 1940, accablé par les circonstances, il abandonne la NRF et quasiment l'écriture en se repliant sur la Côte d'Azur, puis en Afrique du Nord durant la guerre. Après la guerre, il est mis à l'écart de la vie littéraire, mais honoré par le prix Nobel de littérature en 1947.

André Gide a toujours eu une notoriété contrastée. Malgré l’insuccès relatif de ses romans au moment de leur parution, malgré le scandale que soulèvent certaines de ses prises de position sur les problèmes de mœurs, et une certaine désaffection pour son œuvre de nos jours, il reste par son importance dans la vie littéraire, par la beauté classique de sa langue.

Une congestion pulmonaire provoque la mort d’André GIDE le 19 février 1951, à Paris.

Bibliographie très sélective


1 – Les principaux ouvrages d’André GIDE

GIDE (André), Les cahiers d’André Walter, Paris, Perrin, 1891, 279 pages ;
GIDE (André), Le journal, une anthologie (1889-1849), Paris, Gallimard, collection Folio, 2012, 464 pages ;
GIDE (André), La symphonie pastorale, Paris, Gallimard, collection Folioplus classiques, 2008, 192 pages ;
GIDE (André), Les faux-monnayeurs, Paris, Gallimard, collection Folioplus classiques, 2008, 512 pages ;
GIDE (André), Essais critiques, Paris, Gallimard, collection bibliothèque de la Pléiade, 1999, 1408 pages ;
GIDE (André), Dostoïevski, Paris, Gallimard, collection les essais, 1981, 200 pages ;
GIDE (André), Les caves du Vatican, Paris, Gallimard, collection Folio, 1972, 256 pages ;
GIDE (André), Le voyage au Congo, suivi du retour du Tchad, Paris, Gallimard, collection idées, 1981, 512 pages ;
GIDE (André), Si le grain ne meurt, Paris, Gallimard, Livre de Poche, 1954, 384 pages ;
GIDE (André), Thésée
, Paris, Gallimard, 1946, 116 pages.

2 – Les contributions sur André GIDE

SOUDAY (Paul), André GIDE, Paris, 13ème édition, Les documentaires, Simon Kra, 1927, 126 pages ;
POUCEL (Victor), L’esprit d’André Gide, Paris, L’Art Catholique, 1929, 75 pages ;
MANN (Klaus), André Gide et la crise de la pensée moderne, traduit de l’allemand par Michel-François DEMET, Paris, Grasset, 1999, 337 pages ;
COTMAN (Jacques), «André Gide et le cosmopolitisme littéraire », in Revue d’histoire littéraire de la France, mars-avril 1970 (numéro spécial sur GIDE), pages 267-285 ;
DELAY (Jean), La jeunesse d’André Gide, tome 1, (1896-1890), Paris, Gallimard, 1992, 612 pages et tome 2, (1890-1895), Paris, Gallimard, 683 pages ;
LEPAPA (Pierre), André Gide, le messager : biographie, Paris, Seuil, 1997, 507 pages ;
DELAY (Jean), La Jeunesse d'André Gide, préfacé par Pierre Masson, Lyon, Centre d'études gidiennes, 1997, 48 pages ;
ANGLÈS (Auguste), André Gide et le premier groupe de "La Nouvelle Revue Française", 1978-86, Paris, Gallimard, t. I : La formation du groupe et les années d'apprentissage (1890-1910), 479 pages, t. II : L'âge critique (1911-1912), 623 pages et t. III : Une inquiète maturité (1913-1914), 579 pages ;
BOISDEFFRE de (Pierre), Vie d'André Gide, t. I : Avant la fondation de la "Nouvelle Revue Française" (1869-1909), Paris, Hachette, 1970, 573 pages ;
THIERRY (Jean-Jacques), André Gide, Paris, Hachette, 1986, 211 pages ;
DESCHODT (Eric), Gide, le "contemporain capital", Paris, Perrin, 1991, 338 pages ;
LEPAPE (Pierre), André Gide, le messager, Paris, Seuil, 1997, 511 pages ;
MARTIN (Claude), André Gide ou la vocation au bonheur. Tome I : 1869-1911. Paris, Fayard,1998, 699 pages ;
SHERIDAN (Alan), André Gide. A Life in the Present, London, Hamish Hamilton, 1998, 709 pages ;
AUSSEIL (Sarah), Madeleine Gide ou De quel amour blessée, Paris, Robert Laffont, 1993, 324 pages ;
MARTIN du GARD (Roger), Notes sur André Gide (1913-1951) Paris, Gallimard, 1951, 155 pages ;
MAURIAC (Claude), Conversations avec André Gide. Extraits d'un journal, Paris, Albin Michel, 1951, 287 pages, réédité et augmenté, Paris, Albin Michel, 1990, 311 pages ;
HERBART (Pierre), À la recherche d'André Gide, Paris : Gallimard, 1952, 81 pages ;
LIME (Maurice), Gide, tel je l'ai connu, Paris, Julliard, 1952, 183 pages ;
SCHLUMBERGER (Jean), Madeleine et André Gide. Paris, Gallimard, 1956, 255 pages ;
LAMBERT (Jean), Gide familier, Paris, Julliard, 1958, 205 pages ;
COPEAU (Jacques), Journal, Paris, Seghers, 1991, 2 vol.
MARCHAND (Max), L'Irremplaçable mari, Oran, Impr. Fouque, 1955, 214 pages ;
MERCIER-CAMPICHE (Marianne), Retouches au portrait d'André Gide jeune. Lausanne, L'Age d'Homme, 1994, 322 pages ;
SAGAERT (Martine) SCHNYDER (Peter), Gide : l’écriture vive, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2008, 162 pages ;
MARTY (Eric), «André GIDE ou l’autre école», Revue d’histoire littéraire de la France, 2002, n°3, vol 102, pages 405-416 ;
MARTY (Eric), «Métaphysique ou névrose : les cahiers d’André Walter, in Li
ttérature, 1987 (67), p. 39-59.
Paris le 28 juin 2015, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

André GIDE, prix Nobel de littérature en 1947.

André GIDE, prix Nobel de littérature en 1947.

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 22:49

1 – La fête des bateaux-dragon ou la fête du gâteau de riz (20 juin 2015)

Fêtée le 5ème jour du 5ème mois lunaire, cette année le 20 juin 2015, la fête de Duanwu 端午节commémore le poète Qu Yuan qui vivait à l’époque des royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). Ce 20 juin 2015 est également la fête des pères en Chine.

Les Chinois mangent à cette occasion des zongzi, 粽子 , gâteaux de riz glutineux, enveloppés de feuilles de bambou (photo ci-contre) en forme de pyramide enveloppés dans des feuilles de roseau ou de bananier.

On raconte que cette fête est célébrée en l’honneur d’un poète et fonctionnaire, Qu Yuan, vivait dans le royaume de Chu. Il prônait la réforme politique et l’union avec les autres royaumes (Qi, Chu, Yan, Han, Zhao, Wei) pour résister aux attaques du royaume des Qin, de loin le plus puissant et qui souhaitait dominer toute la Chine. Qu Yuan fut destitué de ses fonctions et expulsé de la capitale par le roi. En exil, il composa plusieurs poèmes illustrant ses sentiments inquiets sur le sort de la nation et du peuple : entre autres Li Sao (Nostalgie), Tian Wen (Interrogation posée au Ciel) et Jiu Ge (Chants aux sacrifiés). Ces poèmes sont immortels et ont une influence profonde. En 278 av. J.-C., l'armée du royaume de Qin s'empara de la capitale de Chu. Après avoir appris cette nouvelle, Qu Yan écrivit son dernier poème Huai Sha (Regretter Changsha) et se suicida le 5 du 5e mois lunaire en se jetant dans le fleuve Miluo. Selon la légende, après la mort de Qu Yuan, les gens du peuple de Chu affluèrent au bord du fleuve pour lui rendre un dernier hommage et les pêcheurs conduisant leurs bateaux firent des va-et-vient dans le fleuve pour chercher sa dépouille mortelle, mais sans résultat. Pour éviter qu'il fut mangé par les poissons, on jeta alors des boulettes de riz gluant et des œufs dans le fleuve. Un vieux médecin y versa même du vin de riz pour soûler les animaux aquatiques. Dès lors, la course de bateaux-dragon, les boulettes de riz gluant et le vin de riz sont devenus des us et coutumes populaires en Chine.

Depuis lors, on conduit des barques-dragons sur les rivières en mémoire de cet événement. On jette en même temps des tronçons de bambou remplis de grains de riz dans les eaux en guise d’offrandes. Aujourd’hui, les courses de bateau-dragons n’ont pas uniquement lieu au moment de la fête de duanwu.

Dans certaines régions de Chine, on jetait également dans les cours d’eau des miroirs de bronze décorés de dragons tordus dans le but de faire venir la pluie.

Il est également populaire d'accrocher des armoises ou des joncs odorants sur la porte pour chasser les démons et souhaiter une bonne santé. C'est en tout cas un moyen très efficace d'épurer l'air, de dissiper la chaleur et de faire fuir les insectes.

2 – Le Nouvel chinois (18 février 2015)

Le Nouvel An chinois, ou la fête du printemps (chunjie 春节 ) est la plus grande fête chinoise. C’est une fête bien connue à Paris, notamment à Belleville et dans le 13ème arrondissement. Sa date, déterminée en fonction du calendrier lunaire, change chaque année. Les célébrations, us et coutumes varient suivant les régions et les époques. Les Chinois ont recourt à des objets et des aliments dont la forme ou le nom rappellent la bonne chance ou la bonne fortune. La pratique veut que la nouvelle année débute après s’être débarrassé des mauvaises influences de l’année qui s’achève.

Les préparatifs débutent bien avant la date du nouvel an. Dès le 8 du 12ème mois lunaire, les Chinois confectionnent des pâtisseries à base de riz glutineux, de jujubes, de graine de lotus et de haricots rouges. Le 20 du 12ème mois lunaire, les maisons font l’objet d’un grand ménage. Le 23 du 12ème mois lunaire est appelé « Petit nouvel an » (过小年). Ce jour-là, il est de tradition d’offrir un sacrifice au dieu du foyer.

Des devises parallèles calligraphiées sur des papiers rouges sont collées de chaque côté des portes, elles sont appelées duilian (对联). Elles expriment la bonne fortune, l’enrichissement, la longue vie, le bonheur ou la prospérité. On colle également le portrait du dieu gardien ou le caractère « bonheur renversé » sur la porte, qui signifie « arrivée du bonheur ».

Les mets, copieux, comportent des plats symboliques qui assurent santé et réussite. Par exemple, les raviolis ou jiaozi (饺子) dont la forme rappelle des lingots d’or, symbolisent la fortune pour l’année à venir. Les gâteaux de riz glutineux ou niangao (年糕) dont l’homonymie signifie « tous les ans plus haut ». Le poisson, yu (), homophone de surplus garantit qu’on ne manquera jamais de rien.

Pendant la nuit du nouvel an, les Chinois font péter des pétards pour éloigner les mauvais esprits.

Les adultes offrent aux jeunes enfants et aux jeunes non mariés des enveloppes rouges ou hongbao (红包), qui contiennent de l’argent porte-bonheur.

Du 1er au 5 du premier mois lunaire, les parents, amis, collègues se rendent visite pour présenter leurs vœux, bainian (拜年) et s’échanger des cadeaux.

Traditionnelement la danse du lion se joue entre le 3ème et le 5ème jour du nouvel an lunaire pour chasser les esprits malins et apporter la bonne fortune. La danse du dragon se jouant elle généralement le dernier jour de la fête des lanternes.

Les festivités du Chunjie se poursuivent jusqu’au 15 du premier mois lunaire, jour de la Fête des lanternes.

3 – La fête des lanternes (5 mars 2015)

15 jours après le chunjie, se tient la Fête des lanternes ou yuanxiaojie 元宵节. Elle célèbre la première pleine lune de l’année et son nom chinois yuanxiao (元宵) signifie «nuit de la première lune». La lumière y est reine et elle clôt les festivités du Nouvel an lunaire. C’est une fête nocturne, parfois appelée "petit nouvel an" (xiaoguonian 過年). L’histoire de la fête des lanternes remonte à la dynastie des Han, il y a plus de 2000 ans.

Il y a traditionnellement dans les rues des processions, des danses du lion et du dragon. Des lanternes de tous types sont accrochées aux porches des maisons et dans les parcs : les modèles traditionnels, huadeng (花燈), en papier illuminées par des bougies, côtoient les modèles modernes en plastique fonctionnant avec des piles. Les effigies des personnages de dessins animés font concurrence aux motifs traditionnels. Il existe toute sorte de lanternes : lanternes peintes de personnages de théâtre ou motifs tirés de la faune et de la flore, lanternes aux formes diverses, lotus, raisin pivoine, cigogne, dragon, cheval, phénix…, lanternes ayant pour thème les romans classiques, lanternes de glace, sculpture de glace ou de neige…

La spécialité culinaire de la fête des lanternes est la soupe de yuanxiao (元宵), des boulettes de pâte de riz farcies, cuites à l’eau, dont la forme arrondie symbolise la plénitude, la bonne chance et l’harmonie de la famille. Les yuanxiao varient selon les régions, mais restent le symbole de l’union de la famille. Ils peuvent être fourrés de sucre, cannelle, jujube, sésame, pâte de haricots rouges, cacao…

4 – La fête des morts ou le Jour de la clarté (5 avril 2015)

Le jour de Qing Ming est l’une des 24 sections de l’année du calendrier lunaire, c’est aussi la fête des morts pour les Chinois ou jour de la clarté清明节.

Le Jour de la Clarté, les Chinois vont se recueillir sur la tombe des défunts, offrent des sacrifices aux ancêtres, entretiennent les tombes. Ils allument de l’encens, offrent aux défunts de la nourriture et du papier monnaie. Le jour de Qing Ming, qui a lieu au début du printemps, est aussi un jour de promenade au grand air.

Aujourd’hui, l’incinération remplace de plus en plus l’inhumation, les tombes se font rares dans les champs, mais le Jour de la Clarté reste l’occasion de se souvenir des ancêtres.

5 – La fête de la nuit du 7ème du 7ème mois (Saint-Valentin chinois, 20 août 2015)

Fêtée le 7ème jour du 7ème mois lunaire, la fête Qīxī 七夕 (la nuit du septième mois) ou jour du Double Sept ou qǐqiǎo jié 乞巧节, (fête où les jeunes filles montrent leurs compétences domestiques), ou fête des Sept Sœurs, est également parfois appelée la saint Valentin chinoise.

La légende du Bouvier et de la Tisserande (dont il existe diverses variantes) est également liée à cette fête. C’est un jour dédié à l’amour car d’après cette légende, les étoiles du Bouvier et de la Tisserande, époux punis par l’empereur céleste, ne peuvent se rencontrer sur le pont de pies de la «Rivière céleste» qu’une fois l’an, le 7ème jour du 7ème mois lunaire. Cette légende est très ancienne puisqu’elle est évoquée dans un poème du Shijing.

Il existe également une tradition pour les jeunes filles de faire la démonstration de leurs compétences domestiques afin de s’assurer un bon avenir matrimonial.

5 – La fête de la mi-automne ou zhōngqiūjié (27 septembre 2015)

La fête de la Mi-Automne, 中秋节(zhōngqiūjié ) se célèbre le 15ème jour du 8ème mois lunaire soit cette année le 12 septembre. Ce jour-là est un jour de pleine lune. Toute la famille se réunit pour l’occasion, c’est pourquoi, cette fête était également appelée fête de la réunion, 团圆节 (tuányuánjié) ou fête de la lune.

Pendant la fête de la Mi-Automne, les Chinois ont pour tradition d’offrir un sacrifice à la lune. Dans la haute antiquité, les tribus dansaient autour du feu sous la lune pour obtenir une bonne récolte. Avec le temps, les rites de cette fête devinrent plus variés. C’est sous la dynastie des Song du Nord (960-1127) que cette fête devient réellement populaire. Les us et coutumes liés à la fête de la Mi-Automne varient selon les différentes régions. Des activités festives autour de la lune sont organisées dans tout le pays.

En Chine, chaque fête traditionnelle possède sa spécialité culinaire et la fête de la lune ne fait pas exception. Pour cette occasion, les Chinois s’offrent et dégustent des yuebing 月饼, gâteaux de lune, de forme ronde, symbole des retrouvailles, qui reflète le rassemblement familial. Cette spécialité, créée sous la dynastie des Tang, devint populaire sous les Song. La préparation des gâteaux de lune varie selon les régions. La farce des gâteaux de lune, peut être salée ou sucrée, constituée d’amandes, de noix de coco, de purée de graines de lotus, de purée de jujubes, de purée de haricots rouges, de jaune d’œuf ou de viande. La surface du gâteau est décorée de motifs en relief en relation avec les légendes lunaires ou de sinogrammes auspicieux.

Diverses légendes au sujet de la lune se rattachent à cette fête, parmi lesquelles l’histoire de Chang’e, d’un lapin et de la lune est la plus célèbre.

Paris, le 20 juin 2015, M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Le gateau de riz ("Zongzi") pour la fête chinoise des bâteaux-dragon en ce 20 juin 2015.

Le gateau de riz ("Zongzi") pour la fête chinoise des bâteaux-dragon en ce 20 juin 2015.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 23:13

Ingres fut-il un homme hors normes et, comme sa création, irréductible aux schémas traditionnels en cours au XIXe siècle ? Ou bien une image fabriquée de son vivant, ensuite au fil des décennies, puis après sa mort par une historiographie abondante et zélée?

Ce qui caractérise cette gloire de France, dont la longue vie a été entièrement vouée à l’art, c’est la finesse du contour ; INGRES est un dompteur infatigable de la forme, et un modèle d’une justesse et d’une fermeté extraordinaire. «A toutes les pages, presque à toutes les lignes, il rejette la nécessité de copier scrupuleusement la nature», souligne Raymond COGNIAT. Pour INGRES, être artiste c’est un sacerdoce : «l’art n’est pas seulement une profession, c’est aussi un apostolat», dit-il. «Les œuvres d’INGRES sont de telle nature qu’elles commandent le respect. C’est la forme la plus exquise trouvée par un esprit éminent pour la révélation de sa fantaisie», s’exclame Gustave PLANCHE un critique d’art.

Le prestige d'Ingres s'impose de façon définitive sous le règne de Louis-Philippe (cartons des vitraux de la chapelle Saint-Ferdinand à Paris) comme sous le Second Empire (composition pour l'Hôtel de Ville). Il fait figure de peintre officiel.

À l'Exposition universelle de 1855, une salle entière est consacrée à ses œuvres et marque l'apogée de sa gloire. Les somptueux portraits de cette époque, la Baronne de Rothschild (1848), Madame Moitessier (1856), ont une richesse un peu lourde, une incroyable perfection technique, mais reflètent l'ennui qu'éprouve le peintre à ces travaux. Son unique apport dans le domaine de la décoration murale, l'Âge d'or, commandé par le duc de Luynes pour Dampierre, est resté inachevé, mais témoigne de ce goût exclusif pour les «formes pures du bel âge», dont la Source (1856) fut en son temps l'exemple le plus apprécié.

Durant cette dernière période, outre ces commandes de décorations monumentales et de portraits, INGRES peint aussi des tableaux religieux, mais surtout, trois tableaux de nus couronnent son oeuvre : Vénus Anadyomène, commencée à Rome dès 1808 mais seulement achevée en 1848, à Paris, la Source et le Bain turc (1862).

La reconnaissance est venue du vivant même d’INGRES. Louis-Philippe a demandé à ce que INGRES fasse le portrait de son fils, le duc d’Orléans. INGRES fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 1824, membre de l’Institut en 1826, officier de la Légion d’honneur en 1841, Commandeur en 1845, Grand officier en 1855, sénateur en 1862, membre du conseil impérial de l’Instruction publique.

Les artistes des générations suivantes, Degas, Seurat, Matisse, indifférents à la grande querelle du romantisme et du classicisme, apprécieront chez Ingres non pas les compositions historiques et religieuses, Jeanne d'Arc, Vierge à l'hostie, tant admirées par les contemporains, mais la géométrie de Virgile lisant l'Énéide (1819), la musicalité de l'Odalisque à l'esclave (1839), l'érotisme intellectuel du Bain turc, testament esthétique où s'affirment l'amour de l'arabesque et la recherche de l'abstraction.

L'art d'Ingres a doublement influencé la peinture en agissant d'une part, à court terme, sur les élèves de son atelier (le plus important du siècle après celui de David) et sur des imitateurs médiocres, d'autre part, à plus longue échéance, sur tous ceux qui rêvent d'ascèse et de style.

L'autorité de son enseignement, «le dessin est la probité de l'art», ou «il faut vivre des antiques», aboutit à un système où la doctrine ingriste impose sa froideur, mais non cette étrangeté qui faisait son génie et dont seul Chassériau, disciple infidèle bientôt attiré par le romantisme d'un Delacroix, utilisera les charmes ambigus.

La plupart des élèves d'Ingres (Victor Mottez, 1809-1897 ; Hyppoylite Flandrin ; Jean-Louis Janmot, 1814-1892) seront des portraitistes appréciés, mais participeront surtout à un renouveau de la peinture murale religieuse, encouragé par la présence à l'Inspection des beaux-arts de l'architecte Victor Baltard leur condisciple à la Villa Médicis. Parallèlement à cette peinture à tendance idéaliste se développe un courant néogrec représenté par des artistes tels que Léon Gérome et Charles Glyere avec lesquels s'édulcorent les grands principes «ingristes».

Mais la véritable filiation d'Ingres se trouve chez ceux qui surent assimiler son obsession de la ligne, comme Puvis de Chavanes et Degas, sa volonté de synthèse, comme Gauguin et Maurice Denis, sa méthode intellectuelle, comme les peintres cubistes, qui, de Picasso à La Fresnaye et Lhote, ont toujours admiré la rigueur de son vocabulaire plastique.

Les tableaux et les dessins d'Ingres, souvent admirés pour leur apparente fidélité à la réalité, contiennent, dans les déformations plastiques qu'ils suggèrent, la simplification de leur modelé, l'audace de leurs coloris, des ferments novateurs qui choquèrent à son époque et dont s'emparèrent les créateurs de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle. Successivement les fauves (Derain, Matisse), les cubistes (Picasso) et les surréalistes (Dali, Mirô, Man Ray) empruntent au maître. Le domaine du nu et celui du portrait sont les plus favorisés, avec des interprétations tantôt fidèles, tantôt audacieuses. Les artistes les plus exigeants de la seconde moitié du xxe siècle, Larry Rivers, Francis Bacon, Robert Rauschenberg, Martial Raysse, s'emparent aussi des créations d'Ingres. Les contemporains, y compris les plus jeunes, se passionnent aujourd'hui pour le maître de Montauban dans tous les pays, jusqu'à la Russie, la Corée et le Japon. Tous font partie de ces " modernes " qui, passionnés par le travail d'Ingres, en donnent des images parfois violentes ou bien ludiques, délibérément érotiques, contestataires ou revendicatives, en particulier pour ce qui concerne les combats raciaux ou féministes.

Ingres est le défenseur d'une permanence classique, face aux violences cérébrales et plastiques du romantisme. Son art apparaît cependant curieusement diversifié selon que l'on étudie les tableaux d'histoire, les portraits ou les nus. Si les premiers obéissent à une inspiration souvent académique, les seconds atteignent, au-delà d'une ressemblance parfaite, le caractère psychologique du sujet, affirmation de l'individualité accompagnée pourtant d'une soumission du modèle à l'idéal ingresque, où la souplesse de la ligne dessine des gestes arrondis, des plis moelleux, des yeux en amande. Les nus sont l'aboutissement de cette fascination de la ligne qui semble la substance même de l'art d'Ingres.

Ingres a laissé un ensemble d'écrits et de propos, rédigés ou recueillis au fil des circonstances, qui constituent un précieux témoignage de sa pensée artistique et de sa personnalité. Il y exprime ses "bonnes doctrines" avec une foi ardente et ce ton tour à tour impérieux, naïf ou batailleur qui le caractérise. Elève de David, Ingres se conforme à la tradition d'un art classique idéaliste, fondé sur l'imitation des Anciens, le primat de la peinture d'histoire et du dessin sur la couleur. Dès ses débuts, cependant, il renouvelle et subvertit cette tradition en se référant non au "beau idéal", mais à une conception personnelle de la beauté, nourrie de références nouvelles, notamment à l'art de la Renaissance italienne et surtout inspirée de l'étude éblouie des formes vivantes. Ces textes permettent de suivre la complexité d'une pensée partagée entre la tentation doctrinale et la vivante réflexion issue de la pratique. Ils sont assortis de commentaires critiques dus à Baudelaire, Théophile Silvestre ou André Lhote, tour à tour virulents ou admiratifs, mais toujours éclairants. INGRES est à la fois un symbole du classicisme et, paradoxalement, une figure tutélaire de la modernité.

I – INGRES, une longue vie vouée à l’art

INGRES est né le 29 août 1780, à Montauban, dans le Tarn, de Jean-Baptiste INGRES, originaire de Toulouse, sculpteur et musicien et d’Anne MOULON. A 5 ans, son père l’inscrivit à l’Institut des Frères de la doctrine chrétienne, pour son enseignement religieux. «Il était docile, laborieux, intelligent et d’une régularité de conduite peu commune à son âge», écrit Rey BARTHELEMY.

1 – INGRES, un admirateur de Raphaël

Son père, Joseph INGRES (1755-1814), peintre, sculpteur, ornemaniste, aussi habile à modeler des statues pour les parcs languedociens qu'à décorer un plafond ou à réaliser les grandes mises en scène des fêtes publiques, prend très tôt conscience des dispositions artistiques de son fils. Il lui enseigne le violon, le dessin, lui donne à copier des estampes, puis le confie à ses confrères toulousains : le sculpteur Jean-Pierre Vigan († 1829), le paysagiste Jean Briant (1760-1799), organisateur du musée des Grands-Augustins, Joseph Roques (1754-1847), ancien condisciple de David. Ce dernier règne alors sur les beaux-arts européens, auxquels il impose la théorie du «beau idéal».

INGRES savait jouer de la musique. En effet, il avait une seconde passion artistique, puisqu'il consacrait ses moments libres à jouer du violon, et avec un certain talent, puisqu'il devint même deuxième violon à l'orchestre du Capitole de Toulouse. C'est ainsi que, depuis le début du XXe siècle, avoir un violon d'Ingres s'emploie à propos d'une personne qui pratique une activité non professionnelle avec une certaine passion. Charles Gounod qui avait fait la connaissance d'Ingres à Rome; relate la passion d’Ingres pour la musique : "Monsieur Ingres était fou de musique ; il aimait par-dessus tout Haydn, Mozart, Beethoven et peut être plus particulièrement Glück... Nous restions souvent une partie de la nuit à nous entretenir des grands maîtres".

INGRES fréquentait les petits théâtres de Montauban. Il étudia les rôles de César, de Mahomet et de Britanicus.

A 12 ans, INGRES obtient le grand prix de l’Académie. «J'ai été élevé dans le crayon rouge. Mon père me destinait à la peinture, tout en m'enseignant la musique comme passe-temps», dit-il. INGRES est un grand admirateur de Raphaël. «Mes progrès en peinture furent rapides. Une copie de la Vierge à la chaise ramenée d’Italie par mon maître, fît tomber le voile de mes yeux ; Raphaël m’était révélé. Je fondis en larmes», souligne Ingres.

Né sous Louis XVI, INGRES arrive à Paris au lendemain de la Révolution. INGRES séjournera à Paris sur trois périodes de 1796 à 1806, de 1824 à 1834 et de 1841 à sa mort. En 1796, INGRES se rend à Paris et s’inscrit à l’atelier de Louis DAVID, chargé, à l’époque, de restaurer l’art en France, en y faisant revivre le goût des beautés antiques. David s’est fait remarquer par ses ardeurs républicaines. Il se fait remarquer par «la candeur de son caractère et sa disposition à l’isolement», MONTROND un de ses biographes. Il a un fond d’honnêteté rude qui «ne transige rien d’injuste et de mal», précise l’auteur. L'atelier de David est alors partagé en plusieurs factions : les «romains», partisans d'un strict néoclassicisme ; les « muscadins », royalistes, catholiques et adeptes d'une peinture historique à caractère national ; les «barbus» ou «primitifs», dont le chef Maurice Quay (1779-1804) prône le style « procession », c'est-à-dire le linéarisme des figures tracées sur les vases grecs, dont s'inspire John Flaxman Outre-Manche. L'Iliade illustrée par celui-ci connaît un grand succès en France. INGRES sera rempli de fierté lorsque l'artiste anglais déclarera trouver «préférable à tout ce qu'il a vu de l'école française contemporaine » les Ambassadeurs d'Agamemnon (1801, École nationale des beaux-arts), tableau très davidien avec lequel Ingres vient de remporter le premier prix de Rome. Ingres sembla d'abord destiné à reprendre le flambeau de son maître David, dans l'art à la fois du portrait et de la peinture historique. En 1799, il remporta au concours général, le 2ème prix de peinture. Il conquit le 1er prix en 1802. . Les difficultés financières du gouvernement retarderont jusqu'en 1806 le départ des lauréats pour la Ville éternelle.

Pour son premier voyage, INGRES séjournera en Italie, de 1806 à 1820. Le deuxième voyage s’étalera de 1834 à 1841. En Italie, il commença par étudier, de façon approfondie, son peintre favori, Raphaël, maître de la rectitude idéale de la ligne. Mais Ingres s'émancipa très vite. Il n'avait que 25 ans lorsqu'il peignit les portraits de la famille Rivière. Ils révèlent un talent original et un goût pour la composition non dépourvu d'un certain maniérisme, mais celui-ci est plein de charme, et le raffinement des lignes ondulantes est aussi éloigné que possible du réalisme simple et légèrement brutal qui fait la force des portraits de David. Ses rivaux ne se laissèrent pas abuser : ils tournèrent en dérision son style archaïque et singulier en le surnommant «Le Gothique » ou «Le Chinois ». Cependant, durant le Salon de 1824 qui suivit son retour d'Italie, Ingres fut promu chef de file du style académique, par opposition au nouveau courant romantique mené par Delacroix. En 1834, il fut nommé directeur de l'Ecole française de Rome, où il demeura 7 ans. Puis, à peine rentré au pays, il fut à nouveau acclamé comme le maître des valeurs traditionnelles, et s'en alla finir ses jours dans sa ville natale du Sud de la France. La plus grande contradiction dans la carrière d'Ingres est son titre de gardien des règles et des préceptes classiques, alors qu'une certaine excentricité est bien perceptible dans les plus belles de ses oeuvres. Un cuistre, observant le dos de la Grande Odalisque et diverses exagérations de forme dans Le Bain turc, fit remarquer les indignes erreurs commises par le dessinateur. Mais ne sont-elles pas simplement le moyen par lequel un grand artiste, doté d'une sensibilité extrême, interprète sa passion pour le corps magnifique de la femme ? Lorsqu'il voulut réunir un grand nombre de personnages dans une oeuvre monumentale telle que L'Apothéose d'Homère, Ingres n'atteignit jamais l'aisance, la souplesse, la vie ni l'unité que nous admirons dans les magnifiques compositions de Delacroix. Il procède par accumulation et juxtaposition. Pourtant, il sait faire preuve d'une grande assurance, d'un goût original et d'une imagination fertile lorsqu'il s'agit de tableaux n'impliquant que deux ou trois personnages, et mieux encore dans ceux où il glorifie un corps féminin, debout ou allongé, qui fut l'enchantement et le doux tourment de toute sa vie.

Il ne faut pas négliger ces années d'attente. Le jeune artiste vit difficilement, mais sa réputation grandit, attestée par les commandes d'un portrait du Premier Consul (1803), destiné à la ville de Liège, et d'un Napoléon Ier sur son trône (1806) pour le Corps législatif.

Ingres se détache de David, se lie plus intimement avec des préromantiques comme Antoine Gros et François Granet, partage l'admiration de son ami, le sculpteur florentin Lorezo Bartolini, pour le quattrocento, fréquente le salon de François Gérard où il retrouve toute l'intelligentsia de sa génération et se passionne comme celle-ci pour les poèmes prétendument ossianiques de Macpherson.

Enfin, il a l'occasion de pouvoir étudier au Louvre les nombreux chefs-d'œuvre soustraits aux galeries européennes par les troupes de Bonaparte : « C'est en se rendant familières les inventions des autres qu'on apprend à inventer soi-même », assurera-t-il plus tard.

2 - INGRES et les influences italiennes.

Dans les portraits de la famille Rivière, œuvres majeures de cette première période parisienne, se lisent ses admirations : reproduction de la Vierge à la chaise de Raphaël, négligemment posée près du bras de Monsieur Rivière, utilisation d'un fragment de paysage emprunté à l'Amour sacré et l'Amour profane de Titien dans le fond du portrait de Mademoiselle Rivière, celle-ci ayant d'ailleurs la pose d'un autre Titien (la Dame à la fourrure), mais se détachant à mi-corps en clair sur clair comme la Vierge à la prairie de Raphaël.

L'autorité picturale d'Ingres, tempérament peu imaginatif et toujours dépendant du modèle, vivant ou peint, est cependant telle que les emprunts s'amalgament totalement à son propre style. Au Salon de 1806, le public et la critique reprochent aux portraits des Rivière et à l'autoportrait du musée de Chantilly d'imiter Van Eyck avec extravagance. De Rome, Ingres s'indigne : « Du gothique dans Madame Rivière, sa fille, je me perds, je ne les entends plus… ».

Les carnets du maître, sa correspondance, les souvenirs recueillis plus tard par ses élèves dévoilent son caractère intransigeant (« l'admiration tiède d'une belle chose est une infamie ») ; ses lectures (Dante, Homère, Ossian, lady Montagu) trahissent ses passions : « les Grecs divins », Raphaël, Poussin, Masaccio, mais aussi les maniéristes toscans et les primitifs (il possédait un panneau de Masolino da Panicale).

Respectueux de la hiérarchie des genres, Ingres n'exploite pas ses dons de paysagiste, mais le Casino de Raphaël (1806-1807) et les fonds des portraits dessinés ont une concision et une clarté qui préludent à celles des Corots d'Italie.

3 – INGRES, un artiste sensible

INGRES est un artiste pudique, mais d’une grande sensibilité. On a le sentiment que ses premiers biographes n’ont connu sa vie que la façade. «Celui qu’on a accusé de froideur, fut un homme, entre tous, sensible», dit Henri LAPAUZE, un de ses biographes.

La vie d’INGRES est mouvementée, fertile en imprévus. En 1802, INGRES remporte le prix de Rome, mais il ne pourra regagner l’Italie qu’en 1806. C’est pendant cette période qu’il fréquenta la famille d’un magistrat parisien qui résidait au quai Malaquais, dans le 6ème arrondissement. Anne-Marie Julie Forestier avait 17 ans, et lui 26 ans. INGRES déclare à sa Julie, sa fougue : «Je vous aime beaucoup pour être raisonnable. Je vous aime, tour à tour, comme épouse, sœur et amie», dit-il.

La tradition de l’époque voulait que le père demande, pour le compte de son fils, les fiançailles.

INGRES aimait sa Julie, mais il adore son art. Il part en Italie, et y séjourne trop longtemps et les fiançailles seront rompues. Julie Forestier ne se mariera jamais : «quan on a eu l’honneur d’être fiançée à INGRES, on ne se marie pas».

Avant de se marier, à sa première épouse Madeleine Chapelle, INGRES aimait en Italie, Laure Zoëga, une fille d’antiquaire. Mais Laure aimait danser. Un jour elle disparut avec un cuirassier.

Ce sont des amis d’INGRES qui l’ont mis en relation avec sa future épouse. Madeleine Chapelle qui tenait un magasin de mode et de lingerie, à Guéret, en Creuse, consentie de rejoindre INGRES en Italie. Le mariage est célébré le 4 décembre 1813. Madeleine décédera le 27 juillet 1849.

A 72 ans, INGRES se remarie, à Paris, avec Delphine Ramel (43 ans), le jeudi 15 avril 1852.

II – Ingres, peintre du réalisme et de la nudité

1 – INGRES, la nudité et la recherche de la ligne juste :

Entre ses deux envois officiels de la Villa Médicis Œdipe et le Sphinx (1808), où le modèle a la pose de l'un des Bergers d'Arcadie de Poussin, et Jupiter et Thétis (1811), où la déesse est inspirée d'un dessin de Flaxman, mais avec une volupté très personnelle, l'imagerie ingresque se précise, atteint une étrangeté linéaire qui déroute les contemporains.

Dix-huit ans d'Italie (il ne quittera pas Rome à la fin de son séjour à la Villa Médicis) isolent Ingres de l'évolution parisienne. Il n'est cependant pas insensible au romantisme : allure byronienne du portrait de Granet (1807), surréalité du Songe d'Ossian (1812-1813) commandé par le préfet de Rome pour la chambre de Napoléon au Quirinal, style troubadour de Paolo et Francesca (1819), à propos duquel, à la fin du siècle, Odilon Redon s'étonnera : « Mais c'est Ingres qui fait des monstres». La première version de ce tableau date de 1814 ; il en existe quatre autres, Ingres aimant reprendre à de longues années d'intervalle ses thèmes favoris, qui, pour la plupart, apparaissent au cours de ce premier séjour romain : Vénus Anadyomène, Stratonice, les odalisques.

La Baigneuse de dos (1807) et la Baigneuse de la collection Valpinçon (1808) inaugurent un jeu subtil entre la ligne et le ton local, dont l'allongement maniériste et la pâleur élégante de la Grande Odalisque (1814) sont l'apothéose. Exposée en 1819, 1846, 1855, cette dernière œuvre fut incomprise d'un public insensible à ses beautés intellectuelles.

2 – INGRES, portraitiste, réaliste et champion du néoclassicisme.

Un réalisme plus accessible apparaît dans les nombreux portraits commandés par les fonctionnaires impériaux avec lesquels il s'est lié : les Marcotte, les Bochet, les Panckouke, les Lauréal (dont il épousera en 1813 une cousine, Madeleine Chapelle, modiste à Guéret). En 1815, la chute de l’Empire le prive de cette clientèle, mais Ingres, qui a travaillé pour Napoléon, pour les Murat, pour Lucien Bonaparte, n'est pas pressé de regagner Paris. Les admirables portraits à la mine de plomb évoquant si souvent les traits de ses amis (individuellement : Charles François Mallet, 1809 ; ou collectivement : la Famille Stamaty, 1818) deviennent sa principale ressource jusqu'à son départ pour Florence (1820), où l'attire la présence de Bartolini.

Ingres passe quatre ans en Toscane, très occupé par la conception et la réalisation du Vœu de Louis XIII, commandé pour la cathédrale de Montauban grâce à l'intervention de son ami Jean-François Gilibert. Il rentre en France pour présenter au Salon de 1824 cette œuvre assez magistrale malgré la disparité des sources (Raphaël et Champaigne). Le succès fut général et l'approbation unanime, même de la part du jeune Delacroix qui expose les Massacres de Scio.

INGRES se conforme à la tradition d'un art classique idéaliste, fondé sur l'imitation des Anciens, le primat de la peinture d'histoire et du dessin sur la couleur. Dès ses débuts, cependant, il renouvelle et subvertit cette tradition en se référant non au "beau idéal", mais à une conception personnelle de la beauté, nourrie de références nouvelles, notamment à l'art de la Renaissance italienne et surtout inspirée de l'étude éblouie des formes vivantes. « INGRES est un élève de David. Or, tous ceux qui ont étudié l’histoire de la peinture, il est hors de doute que l’élève est supérieur à son maître», souligne Gustave PLANCHE.

Charles X décore INGRES de la légion d’honneur. En effer, de 1824 à 1835, une pluie d'honneurs s'abat sur l'artiste : Légion d'honneur, fauteuil à l'Institut, professorat à l'École nationale des beaux-arts, dont il devient président en 1834. La Monarchie de Juillet lui accorde des égards à sa mesure : il peint le Duc d’Orléans, chez lui. Louis-Philippe le nommera Directeur de l’Académie à Rome.

Simultanément, ses amis commencent à l'imposer comme le champion du classicisme face au romantisme, et lui-même adopte cette attitude intransigeante. Avec austérité, il enseigne aux élèves de son atelier (créé en 1825) une stylisation, une simplification inspirées de Raphaël et de Poussin, qu'illustrent le schéma pyramidal et les attitudes figées de l'Apothéose d'Homère (1827) et du Martyre de saint Symphorien (cathédrale d'Autun).

Le portrait de Monsieur Bertin (1832), symbole de la bourgeoisie triomphante, échappe à cette doctrine par son caractère sociologique, comme lui échappe en un autre sens la mise en page décentrée de l'Intérieur de harem (1828).

Parti étudier les grands maîtres italiens, il se fixe à Rome puis à Florence, d’où il produit notamment Raphaël et la Fornarina, Le sommeil d’Ossian ou L’Odalisque couchée, ce dernier tableau, commandé par la reine de Naples, lui valant un retour en grâce auprès des critiques français. Ingres revient à Paris en novembre 1824 ; suite à un discret complot des cercles d’influence de l’art parisien, défenseurs du classicisme, Ingres apparaît alors comme le sauveur de la tradition qui renouvelle l’art sans le détruire ce qui l’oppose aux jeunes romantiques. Il expose au Salon quelques sujets «Troubadours» et le Vœu de Louis XIII, grand tableau commandé pour la cathédrale de Montauban.

Décoré de la Légion d’honneur en 1824, Ingres est admis en 1825 à l’Institut. Mais son travail continue de déchaîner les passions et il repart pour Rome prendre la direction de la Villa Médicis en 1834. Son second retour de Rome sera celui de la gloire officielle. Les commandes affluent, parmi lesquelles des peintures destinées à la Chambre des Pairs de la Monarchie de Juillet. Survient le Second Empire. Ingres, qui avait en 1804 composé un Portrait du Premier Consul et un Portrait de l’Empereur représente au plafond de l’Hôtel de Ville de Paris l’Apothéose de Napoléon 1er, avec cette légende: In nepote redivivus (Réincarné dans le neveu - Napoléon III était le neveu de Napoléon 1er). Appelé en mai 1862 à siéger au Sénat impérial, Ingres y vote jusqu’à sa mort pour la ligne gouvernementale".

Le tableau, «Le Vœu de Louis XIII» dont les sources d’inspiration sont à chercher tant chez Raphaël que dans la tradition baroque française et italienne étudiée à Toulouse mêle théâtralité et réalisme, est un abandon temporaire aux références antiques.

L’influence d’INGRES sur l’art français est considérable. Elle débute de sa nomination en 1825. Son tableau « L’Apothéose d’Homère», déchaîne les passions. «Non seulement la jeune génération subit l’ascendant du maître, mais les maîtres eux-mêmes n’y purent échapper», dit Gustave PLANCHE.

Il s’empresse de retrouver ces références antiques dans cette commande pour un plafond du Louvre qui reprend le schéma classique de L‘Ecole d’Athènes de Raphaël au Vatican. Tout y apparaît comme une démonstration de ses convictions esthétiques : Homère est couronné au milieu d’un choix d’artistes, écrivains, poètes, musiciens, peintres, philosophes, se réclamant tous de la tradition homérique : les grands auteurs et penseurs grecs, Eschyle, Hérodote, Sophocle, Euripide, Aristote, Socrate, Platon et Hésiode ; quelques Romains comme Horace et Virgile ; les grands auteurs classiques français, tels Molière, Racine, Corneille, Boileau, La Fontaine, Fénelon ; un Anglais, Shakespeare, deux Italiens, Dante et Le Tasse. Les beaux-arts sont quant à eux représentés par un nombre peu élevé de personnalités : Apelle et Phidias pour l’Antiquité, Poussin et Raphaël pour les temps modernes - David, envisagé un moment, a disparu ; et seulement deux musiciens : Mozart et Gluck.

Le Martyre de saint Symphorien : Pendant près de 10 ans, Ingres travaillera à la réalisation de ce tableau pour la cathédrale d’Autun. Il a multiplié les études au crayon et à l’huile de la composition, des personnages et des accessoires. Il s’attache à restituer la plus grande réalité historique et archéologique, s’arrêtant même à Autun pour étudier les lieux et l’architecture locale. Exposé au Salon de 1834, cette œuvre incomprise sera fortement critiquée.

Il peint le 1er Consul en habits rouges et cette peinture est exposée en 1855, puis cédée à la ville de Liège.

INGRES est l’artiste le plus chrétien de son époque. «Nulle part la réaction d’INGRES ne s’est accomplie avec plus de grandeur et d’utilité que dans la peinture religieuse », souligne Gustave Planche.

INGRES représente l’harmonie linéaire, la pureté des formes ; chez lui l’expression du beau et du vrai, est l’essence de l’art.

INGRES meurt le 14 janvier 1867, dans son appartement Quai Voltaire, à Paris. « J’ai beaucoup connu INGRES et sereine vieillesse. Il avait conservé toute sa lucidité et la maîtrise suprême de son art, dont il parlait avec un enthousiasme juvénile», confiera la Comtesse Georges Mniszech, née Hanska, fille de Mme Honoré de Balzac.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

1 – Contributions d’IINGRES

INGRES (Jean-Auguste-Dominique), Les cahiers littéraires inédits de JAD Ingres, Paris, PUF, 1956, 96 pages ;

INGRES (J.A.D.), Ingres raconté par lui-même et par ses amis, Venesav Genève, P. Cailler, vol. I, 1947, 190 pages ;

INGRES (JAD), Pensées, éditions de la Sirène, 1922, 172 pages ;

INGRES (J.A.D), Catalogue des tableaux, études peintes, dessins et croquis, Paris, typographie de A D Laine et J. Havard, 1867, 67 pages ;

INGRES (JAD), Ecrits sur l’art : dessins d’Ingres, Paris, la Bibliothèque des Arts, 1994, 99 pages ;

2 – Contributions sur INGRES :

REY (M. Barthélémy), Biographie d’Ingres : hommage au conseil général de Tarn-et-Garonne et au conseil municipal de la ville de Montauban, Toulouse, Montauban, Paris, éditions J B Dumoulin, 1867, 12 pages ;

DELABORDE (Le Vte Henri), Ingres : sa vie, ses travaux, sa doctrine, d’après les notes manuscrites et les lettres du maître, Paris, Plon, 1870, 379 pages (doc. BNF cote 8Ln27 25452) ;

MICHEL (André), Notes sur l’art moderne (Corot, Ingres, Eugène Delacroix, Raffet Meissonnier, Puvis de Chavannes, à travers les salons), Paris, Armand Colin, 1896, 320 pages ;

MONTROND de (Maxime), Ingres, étude biographique et historique, Lille, Paris, Librairie Gérant, 1868, 138 pages (doc BNF, cote Ln 27 24S26 – 13293) ;

BLANC (Charles, critique d’art) et FLAMENG (Léopold), Ingres, sa vie et ses ouvrages, Paris, J. Renouard, 1870, 247 pages ;

MIRECOURT de (Eugène), Ingres, Paris, Gustave Havard, 1856, 95 pages (doc. BNF);

AMAURY-DUVAL, L’atelier d’Ingres, souvenirs, Paris, Charpentier, 1878, 288 pages (doc BNF, cote 8V) ;

COGNIAT (Raymond), Ecrits sur l’art, la Jeune Parque, 1947, 85 pages ;

MERSON (Olivier), Ingres : sa vie, son œuvre, J. Hetzel, 1867, 123 pages ;

JOVER (Manuel), Ecrits et propos sur l’art, Jean-Auguste-Dominique Ingres, éditions Herman, 2006, 177 pages ;

GRIMME (Karin H), Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1780-1867, Taschen, 2006, 96 pages (texte en anglais) ;

Laboratoire secret CRDP de l’Académie d’Aix-Marseille, Ingres et l’Antique, 2006, 62 pages ;

CUZIN (Jean-Pierre), SALMON (Dimitri), VIGIER-DUTHEIL (Florence), Ingres et les modernes, Musée national des beaux-arts de Québec, Musée Ingres, Somogy, 2008, 335 pages ;

TOUSSAINT (Hélène), Les portraits d’Ingres : peinture des musées nationaux, Paris, Ministère de la Culture, éditions Réunions des Musées nationaux, 1985, 141 pages ;

BROETEG (Michael), Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1969, 164 pages ;

MEOPHLE (Sylvestre), Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paris, Litres, 2014 80 pages ;

GOETZ (Adrien), préface de, Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), Paris, Grasset, 2013, 133 pages ;

LAPAUZE (Henri), Le roman d’amour de M. Ingres, Paris, Pierre Lafitte, 1910, 336 pages ;

LAPAUZE (Henri), Ingres, sa vie, son œuvre, (1780-1867), d’après des documents inédits, Paris, G Petit, 1911, 584 pages ;

MIRECOURT (Eugène), Ingres, 1856, G Havard, 95 pages ;

MERSON (Olivier), Ingres, sa vie et ses œuvres, son portrait photographie par Légé et Bergeron, et le catalogue des œuvres du maîtres par Emile Bellier de la Chavignerie, Paris, J. Hetzel, 1867, 123 pages ;

PLANCHE (Gustave), «Les œuvres d’Ingres», Revue des Deux Mondes, 1851 (tome 12), pages 119-1135 ;

BARBILLON (Claire), DUREY (Philippe), FLEKNER (Uwe), Ingres, homme à part ? : une carrière et un mythe : actes du colloque, Ecole de Louvre, 25-28 avril 2009, Paris, Ecole du Louvre, 2009, 453 pages.

Contributions en langue anglaise :

ROSENBLUM (Robert), Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1990, Harry N Abrahms, 128 pages ;

RITKIN (Adrien), Ingres : Then, and Now, Routledge, 2005, 176 pages.

Paris, le 16 juin 2015, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

INGRES Jean-Auguste-Dominique, (29 août 1780 Montauban, 14 janvier 1867 à Paris), peintre du néo-classicisme et symbole de la modernité», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.
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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 11:55

Ce samedi 13 juin 2015, avec ma petite Arsinoé nous avons assisté, à l’occasion du centenaire de Joseph ZOBEL (1915-2006), à la projection du film «Rue Case-nègres», réalisé par Euzhan PALCY. La réalisatrice était présente, a échangé avec le public, accepté une séance de dédicace et de photos.

Mme Euzhan PALCY est une martiniquaise qui a passé son enfance dans le village de Gros-Morne. Elle réalise à 17 ans, en 1975, un court métrage «à la messagerie». Sa rencontre avec Claude NADJAR, le producteur du film «Lucien Lacombe», avec l’aide de François TRUFFAUT et d’Aimé CESAIRE, elle réalise en 1983, «Rue Case-nègres », d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL. Dans ce film, c’est l’histoire d’une grand-mère qui se tue à la tâche pour que son petit-fils échappe à l’esclavage moderne du travail dans les plantations à sucre, pour réussir dans ses études.

Euzhan PALCY rencontre Robert REDFORD, puis Marlon BRANDO et réalise «une saison blanche et sèche. Euzhan PALCY est réalisatrice de nombreux films à succès, dont «Siméon» en 1982, une mini série télévisée pour FR3, «Les mariés de l’Ile Bourbon», «The Killing Yard», en 2001. Mme PALCY a été décorée, en 1995, par François MITTERRAND, de l’Ordre national du mérite.

Il se trouve que dans la salle de cinéma Georges V, aux Champs-Elysées, il y avait également la fille (Kaigé-Jean Bale Simoës de FONSECA) petite-fille (Emmanuelle Vidal Simoës de FONSECA) de Douta SECK, un immense comédien du Sénégal, notre gloire nationale, dont est particulièrement fier. Les descentes de Douta SECK vivent entre la France et l’Italie, et ont fondé, dans l’Essonne, aux Ulis, «Une maison des Arts Douta SECK».

I – Joseph ZOBEL, un Sénégalais de cœur et d’adoption

J’avais rencontré, le samedi 21 mars 2015, au salon du livre, à Paris, Jenny ZOBEL, la fille de Joseph ZOBEL ; elle vit à Londres. Son père, Joseph ZOBEL est un fidèle ami du Sénégal. Cette année 2015 les Martiniquais célèbrent le centenaire de la naissance de Joseph ZOBEL, écrivain et artiste. Jenny me dédicace son livre consacré à son père «A Amadou BA, ces écrits de mon père qui était aussi un frère du Sénégal». Il faut dire que Joseph ZOBEL est venu, pour la première fois, au Sénégal, en 1957. Il est recruté par Amadou Maktar M’BOW, ministre de l’éducation, pour diriger un collège à Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du Sénégal. Le collège n’étant pas terminé, Joseph ZOBEL rejoindra, en 1958, Dakar pour occuper les fonctions de surveillant général du Lycée Van Vollenhowen.

En 1961, Joseph ZOBEL est chargé de réorganiser l’école des Arts de Dakar. Il obtient son détachement à la radio du Sénégal, pour former le service culturel et ne quitte le Sénégal qu’en 1974. Jenny exhume un écrit de Joseph ZOBEL, datant de 1958, datant de 1958 sur le «Sabar», danse au tam-tam : «Elles arrivaient par groupes, dans leurs boubous légers comme des tissus de brume et de lumière». Joseph ZOBEL décrit encore un peu plus l’atmosphère du sabar «Toute une foule debout formait autour d’eux une clôture bourdonnante de gaité admirative. D’autres arrivaient encore lorsque les tam-tams commençaient à battre. Six tam-tams que portaient en bandoulière de jeunes batteurs au torse nu. Devant eux, à l’intérieur du cercle, un tam-tam plus gros, posé par terre, qui, sous les doigts d’un batteur plus âgé, parlait d’une voix grave, alors que les six autres, frappés avec le plat d’une main et une baguette, alternativement, sonnaient plus clair».

Joseph ZOBEL est né à Petit Bourg, en Martinique, le 26 avril 1915. Issu d’une famille très modeste (une mère employée de maison et un père cocher de l’administration), il est élevé par sa grand-mère, Marie ROCHER, dite «Manman Marie», ou «Man Time», dans le film «La Rue case-nègres», ouvrière dans les plantations à sucre. Le roman «La Rue Case-nègres », écrit en 1950, est tiré de ces souvenirs d’enfance.

Brillant élève, ne pouvant pas avoir une bourse, pour poursuivre ses études en France, après le baccalauréat, il accepte, en 1937, un emploi de secrétaire comptable qui le conduit, successivement, au Saint-Esprit et au Diamant, où il découvre la vie des pêcheurs, différente du monde agricole. Il écrira, en 1942, son premier roman, «Diab’la» qui est l’histoire d’un paysan qui voulait s’émanciper en vivant dans une communauté de pêcheurs.

En 1946, Joseph ZOBEL quitte la Martinique, pour suivre, à Paris, des cours à la Sorbonne, d’ethnologie et d’art dramatique. Il s’installe à Fontainebleau avec sa famille.

En 1953, il publie son roman, «La Fête à Paris».

Joseph ZOBEL est un amoureux de la France. Il achète, en 1955, à Générargues, petit village du Gard, non loin d’Anduze, dans les Cévennes, une petite maison. Celle-ci lui servira de maison de vacances, jusqu’à sa retraite où il s’y installera, définitivement. Il est mort le 17 juin 2006, à Alès, dans le Gard, en France.

II – Douta SECK (1919-1991), une gloire nationale du Sénégal

Douta SECK est l’un des acteurs du film «Rue Case-nègres», en 1983.

Abdoulaye Douta SECK est né le 4 août 1919 à Saint-Louis du Sénégal d'un père Instituteur, puis, Directeur de l'école de Saint-Louis, Ibrahima Douta SECK. Il fut un grand combattant et défenseur de la France durant les longues années de guerre. La mère de Douta s'appelait Virginie Seck et descendait d'une longue et noble dynastie d'origine Peulhs.

Douta Seck devient lui aussi, Instituteur à Ziguinchor puis, se rend à Dakar entre 1938 et 1946.

En 1946, il obtient une Bourse d'étude de la Municipalité de Dakar pour continuer ses études d'architecture, aux Beaux Arts de Paris.

Douta Seck vient poursuivre ses Études d'architecture à Paris entre 1947 et 1954.

En 1949, il décroche le rôle du sorcier dans la pièce : "L'empereur Jones", mis en scène par Sylvain D'homme (Maison de la Pensée Française - Paris).


A partir de 1952, les virus de l'Art Lyrique et de l'Art Dramatique l'ont emporté sur celui de l'architecture.

Douta SECK devient l'interprète, et le compagnon de vie, de Marie-Louise Vidal de Fonseca, dans ses oeuvres et Productions Radiophoniques et Télévisées. Il fait de nombreux concerts chantant les negro-spirituals écrits par l'auteur dont: "Les Piroguiers Noirs". Il incarne ainsi, de nombreux rôles, écrits pour lui par Marie-Louise à la radio et TV (l'O.R.T.F.), durant ces 5 années.


En 1954, Douta SECK continue au théâtre avec le rôle du coolie, dans la pièce de Berthold BRECHT: "L'exception et la règle", mise en scène de Jean-Marie SERREAU, au théâtre de Babylone- Paris. Ses partenaires sont alors: Laurent Terzieff, Albert Médina et Jacques Mauclair.

En 1955, Douta SECK décroche le rôle du gardien de la grotte des bandits, dans le film "Les aventures de Gil Bas de Santillane" (Vascos -Film- Producciones Benito Perojo).

Douta termine ses Études Musicales à l' École Normale Supérieure de Musique de Paris - classe de Marcelle Gérar - section art lyrique.

Douta SECK a été acteur dans de nombreux films ou pièces de théâtres :

- un rôle de sorcier dans «Tamango» de John Berry (1957)

- un rôle de papa noir les tripes au soleil (1958), de Claude-Bernard Aubert

- Liberté d’Yves Ciampi, d’après l’œuvre de Léopold Sédar SENGHOR

- acteur dans «la tragédie du Roi Christophe», une pièce de théâtre mise en scène par JM Serreau, et d’après Aimé Césaire.

- acteur dans «une saison au Congo», une pièce de théâtre d’après Aimé Césaire

- le film « le soleil noir » sur la vie de Patrice Lumumba, réalisé par Alexef Spechniev

- Xala, un film de Sembène Ousmane,

Il a joué dans les films, «Rue case-nègres», en 1983, Amok, l’aventure ambiguë.

Douta SECK disparaît le 5 Novembre, Douta SECK, des suites d’une longue maladie.

Paris, le 13 juin 2015, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr.

Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
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Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
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Rencontre avec Euzhan PALCY, réalisatrice du film «Rue case-nègres», d’après l’œuvre de Joseph ZOBEL, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr ;
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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 22:02

Je suis toujours traumatisé par le calamiteux congrès de Reims où, avec des alliances contre nature, Ségolène a été liquidée. C'est le seul congrès du PS où il n'y a pas eu de discours de clôture du 1er Secrétaire sortant, à l'époque François Hollande. M. Bertrand DELANOE, que je soutenais, s'est dégonflé. II n'a pas osé s'affirmer.

Avec le congrès de Poitiers de juin 2015 on a l'impression que l'obstination dans l'erreur a prévalu. En effet, c'est un congrès avec peu de suspens qui ne restera pas l'histoire. Ce n'est qu'une opération de partage de postes, sans aucun enjeu pour ceux qui souffrent. Le PS doit sortir de l'entre-soi. Effet, la motion gouvernementale a triomphé avec 60%. Le 1er Secrétaire a, enfin, été élu à 70%. Apparemment, il n'y a plus ni suspens, ni enjeux majeurs. On fonce dans le mur, joyeusement. Tout doit continuer comme avant. Le chômage est en hausse, les résultats ne sont pas là et le vote du Front National n'est plus un vote de protestation, mais d'adhésion.

Les citoyens pensent que la Politique ne peut rien pour eux. En effet, le nombre de militants ne cesse de baisser. Les déroutes électorales se multiplient. Qu'importe ! Les hiérarques et la caste des professionnels de la Politique ont des vestes hautement réversibles. Ils sont toujours du bon côté, même quand le bateau risque de couler. Les appétits sont énormes et démesurés, cependant, le gâteau à partager ne cesse de rapetisser.

La puissante marche du 11 janvier 2015, bien gérée par le gouvernement, aurait pu être une bonne occasion de rebondir. Hélas nos génies de la politique ont réagi à coup d'article 49-3, de Moi MACRON, et de sanctions contre les faibles, notamment les chômeurs !

Pour ma part, le Socialisme est un serment, une passion de l'égalité, la justice et la fraternité ; c'est le rêve de tous les possibles. Bref, être socialiste c'est poursuivre constamment l'idéal républicain c'est défendre la République. Il ne suffit pas de le dire, mais il faut le faire.

Le Parti socialiste peut-il encore servir à quelque chose ? Ou faut-il un autre congrès d'Epinay sur Seine ?

La Commission des résolutions étant supprimée dans les statuts du PS, il n'y a plus de confrontation d'idées. La motion majoritaire a reparti les postes. Un texte dénommé "une adresse au peuple francais", signé par les motions, a été adopté par le congrès, sauf la motion B. Or, il ne suffit pas d'une bonne synthèse au congrès, mais faudrait-il encore que les Socialistes puissent changer les conditions de vie des citoyens.

De ce point de vue, nous avons besoin d'un PS qui débat, qui a une prise sur le gouvernement et les parlementaires. Le PS doit retrouver, pleinement, ses valeurs républicaines d'égalité et de compassion à l'égard des faibles.

Nous avons besoin d'un Parti socialiste qui s'impose la transparence et la probité. Face aux dérives des CAHUZAC, GUERINI, FRECHE, en son temps, ou d'autres hiérarques encore à de très hautes fonctions au sein du PS, mais sont en fait des repris de justice, nous devons dire que le PS c'est la transparence, la probité. C'est ça nos vraies valeurs.

Les cumulards, les démagos et autres opportunistes qui n'ont rien à voir avec nos valeurs devraient quitter le Parti socialiste. M. HUCHON ne doit pas se représenter aux régionales de 2015 ; c'est contraire aux décisions du congrès de Toulouse.

Notre parti compte encore des délinquants, parfois à de hautes responsabilités. Les responsables politiques condamnés, pénalement notamment pour des faits de corruption, de racisme ou d’anti-sémitisme, devraient être inéligibles à vie. Les personnes qui veulent avoir des responsabilités, doivent présenter, au préalable, un quitus fiscal.

Et surtout nous devons "faire ce que nous disons et dire ce que nous faisons". Il faut reconnaitre que François Hollande s'est éloigné de ses promesses. L'écart entre la parole et les actes est indéniable. J'insiste sur le fait que le respect de la parole donnée, est une éthique fondamentale en Politique. Les trahisons de Jean Jaurès sont la cause essentielle de notre lente et dangereuse chute.

J'appelle de tous mes voeux un Parti socialiste fort, respecté et garant des valeurs républicaines, pour un Bien-vivre ensemble.

Paris, le 8 juin 2015, par M. Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr.

Au congrès du Parti Socialiste du 5 au 7 juin 2015.
Au congrès du Parti Socialiste du 5 au 7 juin 2015.
Au congrès du Parti Socialiste du 5 au 7 juin 2015.

Au congrès du Parti Socialiste du 5 au 7 juin 2015.

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