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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 12:04
Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 11 août 2016
Anthropologue, historien, sociologue, juriste de droit musulman, poète et intellectuel arabisant, Cheikh Moussa CAMARA aura contribué à éclairer une page importante de l’histoire du Sénégal, du Fouta-Toro, en particulier. Vincent MONTEIL, en 1964, alors Directeur de l’IFAN, avait accueilli avec un grand dédain, les travaux de Cheikh Moussa CAMARA : «rien n’est plus décevant que la lecture des travaux de cet ordre, et il faut en déchiffrer d’interminables digressions pour en tirer quelque substantielle moelle. Ce sont des grimoires». En fait, les travaux de Cheikh Moussa CAMARA exigent une lecture attentive pour en déceler tout l’intérêt. Tout examen de la contribution de Cheikh Moussa CAMARA doit prendre en compte le contexte dans lequel se situe la production de ce savant arabisant, musulman et érudit, qui retrace l’histoire du Fouta-Toro à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, en pleine conquête coloniale du Sénégal, avec de très fortes tensions religieuses. «Camara et ses ouvrages n’ont jamais fait l’objet d’un examen critique et systématique» signale David ROBINSON qui qualifie le travail accompli par le savant de Ganguel de «trésors». Cheikh Moussa CAMARA n’ayant pas d’héritier intellectuel a légué ses manuscrits à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire. Les travaux de CAMARA, en raison de la difficulté d’accès à la langue arabe, n’ont pas fait l’objet d’un examen attentif, qu’ils auraient mérité. Cette contribution est aussi un vibrant hommage aux professeurs Amar SAMB et Moustapha N’DIAYE qui ont traduit en français certaines de ses œuvres. Ainsi, dans sa thèse de 1972 «Essai sur la contribution du Sénégal à la culture d’expression arabe», le professeur Amar SAMB consacre le chapitre III à l’école de GANGUEL fondée par CAMARA. Ce chapitre intègre aussi une large traduction de l’autobiographie de CAMARA, rendant ainsi accessible aux francophones le manuscrit arabe, disponible à l’IFAN. Par conséquent, l’autobiographie de CAMARA est une source inestimable, mais elle doit être lue à la lumière de son œuvre, dont une partie est accessible maintenant aux francophones. Il ne faudrait pas négliger l’excellente contribution de grande valeur de David ROBINSON, «Un historien et anthropologue sénégalais : Shaik Musa Kamara».
Cheikh Moussa CAMARA a conservé une démarche d’un savant et intellectuel dans ses écrits. La qualité de ses recherches et notamment la distance critique, sa capacité à formuler des jugements équilibrés sont appréciables. «Quiconque vit dans le voisinage de Moussa ou a la chance d’en être protégé sera à l’abri du malheur» souligne Bou el-Mogdâd. «La vie de ce Cheikh, brilla à Ganguel comme un soleil» dit Amar SAMB qui rajoute «En tant qu’écrivain, il traite tous les sujets avec un rare bonheur». Il a abordé différents thèmes notamment historiques, religieux, juridiques et littéraires. Cheikh Moussa CAMARA était un excellent portraitiste. Dans ses qualités d’historien, Amar SAMB n’a pas manqué de mettre en valeur sa rigueur intellectuelle : «Parti de témoignages matériels, écrits ou oraux, Cheikh s’avance armé du sens critique toujours en éveil pour discerner l’authentique de ce qui ne l’est pas, la cause naturelle de la légende, les faits rationnellement admissibles des miracles». Moustapha N’DIAYE, un de ses traducteurs, a loué les qualités intellectuelles de Cheikh Moussa CAMARA en ces termes : «En se documentant, en mentionnant ses sources, en rapportant plusieurs versions d’un même fait, en appliquant sa clairvoyance critique, en portant des jugements modérés et en accordant un intérêt aux aspects socio-économiques, Cheikh Moussa CAMARA suit une méthode qui ne serait pas reniée l’historien». Moustapha N’DIAYE regrette parfois, sa manière d’exposer les faits caractérisée «une certaine désarticulation, par un style décousu à cause de nombreuses digressions». D’une manière générale, Cheikh Moussa récusant les fanatiques et les affabulateurs, est un esprit ouvert et curieux et d’une grande tolérance, compte tenu de la diversité de ses amitiés. Cheikh Moussa puise sa production intellectuelle dans de nombreuses sources aussi bien écrites qu’orales en y ajoutant ses enquêtes et connaissances personnelles. En intellectuel rigoureux, lorsque les faits sont incertains ou les versions sont contradictoires, il formule des hypothèses en les interprétant à sa manière. Il n’aime pas à donner une réponse définitive, au contraire il laisse toujours la place à d’autres interprétations. Qui était-il donc ?
L’autobiographie qu’il a rédigée témoigne de son authenticité : «J’ai dit ce qu’on dit de soi est plus proche de la vérité, mais on a soutenu aussi le contraire» dit-il en propos liminaire à son autobiographie. Pour d’autres auteurs arabes, notamment, «ce qu’on dit de soi est toujours poésie». Un acte de notoriété, trouvé à Matam, et daté du 7 février 1930, indique Cheikh Moussa CAMARA est né vers 1864, dans le Damga, cercle de Matam (Sénégal), à Gouriki Samba Diom, de Mariame Dadé et de Hamady CAMARA, un grand marabout. Cheikh Moussa CAMARA vénère ses parents et considère sa mère comme une femme pieuse, patiente et charitable. Son père est un homme d’une grande patience et d’une remarquable longanimité. Il perdit dès son jeune âge, son père d’une vive intelligence qui lui avait prédit ceci : «vive lumière qu’il sera, il jouira d’une grande célébrité, il se taillera une place de choix, un rang élevé en raison de sa bonne étoile». En plein pays des peuls Dényankobé, et dans une société fortement hiérarchisée, Cheikh Moussa CAMARA, qui remet en cause les castes, a été avare en information sur son statut social. Une partie de sa famille viendrait de Guidimaka et ses parents auraient été esclaves ou affranchis. C’est une contrée de brassage de populations entre les Peuls et les Soninkés. Pour Cheikh Moussa un individu qui «apprend les sciences islamiques et pratique convenablement la religion musulmane en y persévérant, lui et sa descendance deviennent des Torodos». Il semble ainsi, par ses études coraniques, se rattacher à la caste des nobles, les Torodos.
Pendant son jeune âge, Cheikh Moussa CAMARA fit d’abord des études coraniques à Gouriki chez Thierno Malick. Plutard, il rencontra un marabout mauritanien, Cheikh Saad Bouh (1848-1917), qui allait imprimer une grande influence sur lui. CAMARA a grandi sous la protection de Samba Diom BA qui épousa sa sœur et lui indiqua la voie de coopération avec les autorités coloniales. Cheikh Moussa CAMARA alla à Pollel, chez Thierno Mahmoudou. Il se rendit par la suite en Mauritanie, pendant un an, auprès d’Abdoul Wollé Séfaqué. Il poursuivra ses études à Séno Pallel, près de Kanel, sous la direction d’Abdoul Elimane. Après la disparition de sa mère, il se rendra successivement à Diella, dans le cercle de Matam, à Walaldé et au Fouta-Djallon, en Guinée. Cheikh Moussa CAMARA, après quelques pérégrinations, viendra s’installer à Ganguel à partir de juin 1893.
Cheikh Moussa CAMARA a été influencé par Cheikh Mamadou Mamadou KANE, arrière-petit-fils de l’Almamy Abdoul KANE. Nommé chef du Damga, les hommes d’Abdoul Bocar KANE réussirent l’assassiner en novembre 1890. Cheikh Moussa CAMARA avait fondé un espoir que Cheikh Mamadou KANE puisse recréer au Fouta une vraie communauté musulmane. Cheikh Moussa qui a eu 10 femmes et 28 enfants, a épousé la sœur de Cheikh Mamadou KANE, dénommée Hapsatou KANE.
Cheikh Moussa CAMARA est un humaniste et un antiraciste. Il croit en l’unité, dans la diversité de l’espèce humaine. Pour lui, tous les hommes sont issus d’Adam et Eve. Tolérant et ouvert d’esprit, Cheikh Moussa CAMARA avait le culte de l’amitié qu’il mettait au-dessus de tout comme vertu cardinale. «Le cœur est naturellement porté à aimer celui qui a une bonne conduite» dit un hadith du Coran. Dans ses relations, il y avait d’éminents africanistes français comme Paul MARTY, Henri GADEN et Maurice DELAFOSSE (voir le post que je lui ai consacré). L’essentiel de la contribution de Cheikh Moussa CAMARA date du dernier tiers de sa vie, et sur incitation d’Henri GADEN (voir le post que je lui ai consacré), un administrateur colonial marié à une femme peule. «Mon amitié pour les Français est innée et les Français sont naturellement portés à m’aimer» dit-il. Lors de son séjour en Guinée, il avait rencontré deux petits-fils de Cheikh Omar que sont Alpha Ibrahima et Alpha Macky TALL. En Mauritanie, il est très proche de Cheikh Saad Bouh qui l’a initié à la voie Quadriya. Il connaissait N’Galandou DIOUF et Blaise DIAGNE (voir le post que je lui ai consacré), et avait une grande estime pour Thierno Yéro BAL, maître de l’école de N’guijilogne. «La renommée de Thierno Yéro était plus brillante qu’un feu allumé au sommet d’une montagne et qu’une lune au milieu des ténébres» dit-il. Il avait songé sérieusement à quitter Ganguel, mais son ami, El Hadji Mamadou Saïdou BA (1900-1981) qui allait s’établir à Madina Gounasse, à partir de 1931.
Cheikh Moussa CAMARA est avant tout un musulman imprégné de la culture arabo-musulmane. On a oublié que les plus anciennes sources de l’histoire africaine sont arabes. CAMARA s’inscrit dans les écoles de pensée et de diffusion d’un savoir classique, alimenté par les meilleurs auteurs sunnites. Il a été influencé notamment par Ibn KHALDOUN, un historien et philosophe arabe (1332-1406 qui s’était rendu en Afrique. D’un point de vue historiographique il fait la synthèse des chroniques peules, qu’on rencontre également au Fouta-Djallon, et des Tarikh arabes. Si CAMARA se situe dans une conception de l’histoire cyclique inspirée d’Ibn KHALDOUN, croissance et déclin de chaque dynastie propre à une population, son originalité réside dans le fait de mettre au centre de son analyse de la conquête du pouvoir au Fouta-Toro par les marabouts Torodo à la fin du XVIIIème, les liens de solidarité qui procédaient de ce que la terminologie coloniale appelait improprement “l’école coranique”, à savoir les rapports maîtres/ disciples qui s’instaurent lors de la transmission du savoir et qui incluent les pérégrinations propédeutiques en vue d’apprendre tel ou tel livre de grammaire ou de théologie auprès de lettrés dispersés, le compagnonage spirituel durant la quête des savoirs secrets, enfin la fondation d’un nouveau foyer d’enseignement.
La contribution de Cheikh Moussa recèle toutes les convulsions qui avaient secoué le Sénégal en général et le Fouta-Toro, en particulier, aux siècles précédents. Gouriki c’est un lieu de martyr, le rêve brisé islamique fort et juste. En effet, à la fin du XVIIIème siècle et du XIXème siècle, la révolution des Almamy du Fouta-Toro avait tenté de rénover la société musulmane. Les Bambara Massasi, souverains du Kaarta, alliés aux peuls Jagoordo ont assassiné à Gouriki, le 4 février 1807, l’Almamy Abdoul Khadr KANE. Il avait 81 ans. Vers 1820, un certain Diom Aliou fut nommé comme chef de village de Gouriki, et un groupe, dirigé par l’Almamy Youssouf LY, prendra le pouvoir. Le Damga, la province de Cheikh Moussa CAMARA connut un relatif calme entre 1854 et 1860. Cependant, à partir de cette époque, El Hadji Omar TALL entreprit des recrutements massifs de Foutankais, pour le Jihad ou guerre sainte et leva une troupe de plus de 40 000 hommes. C’est une phase d’anarchie, de famine et déclin du Fouta-Toro. Pendant cette guerre sainte, Diom Aliou BA devait périr, mais son fils, Samba Diom BA, un des lieutenants d’Alpha Oumar Thierno Baïla WANE, devait revenir dans le Damga avec une chaîne en or qu’il offrit au colonisateur français, à Louis FAIDHERBE. Le Damga, sous protectorat français depuis 1859, passa sous la colonisation française en 1891. La mort des chefs religieux qui essayèrent de fonder un Etat islamique au Fouta-Toro est un des thèmes récurrents dans l’œuvre de Cheikh Moussa CAMARA qui raconte comment les païens de Gadiagua ont étranglé Thierno Brahima, puis laissèrent son corps au bord du fleuve. Périodes troublées, il raconte les différents assassinats de chefs religieux, dans les Etats théocratiques du Fouta-Toro ou sa domination, comme au Boundou ou à Ségou.
L’œuvre majeur de Cheikh Moussa CAMARA, sa pièce maîtresse est relative à l’ethnohistoire des Noirs et intitulée «Fleurs des jardins sur l’histoire des Noirs» (Zuhür al-Basatin fi Ta’rikh al-Sawadin), rédigée entre 1920 et 1923. C’est un ouvrage où sont rassemblées de nombreuses traditions transcrites en arabe ou de chroniques des différents États peuls fondés après une guerre sainte, de Sokoto à l’est jusqu’au Fouta-Toro à l’ouest. Le «Zuhür» concerne essentiellement l’histoire des dynasties des Satigui Déniankobé qui régnèrent sur la vallée entre le XVIème et le XVIIIème siècles, ainsi que celle de la «révolution des Torodo», à la fin du XVIIIème siècle, et du régime des Almamy qui lui succède. Il relate également l’histoire des villages et des groupes lignagers situés dans la partie amont du Fouta-Toro. Ce texte en arabe, produit à l’instigation d’Henri GADEN, un administrateur colonial, mariée à une peule ne fut traduit en Français que très tardivement. Devant les négligences d’Henri GADEN de faire traduire le «Zuhür», Cheikh Moussa remis, en 1924, son manuscrit à Maurice DELAFOSSE, mais qui mourut en 1926. Cheikh Moussa Camara remit un nouveau manuscrit à Henri GADEN le 22 mars 1937. Moussa CAMARA disparut en 1945, son projet ne vit le jour que 75 ans après, sous la direction de Jean SCHMIDT en 1998.
Par conséquent, relatant une histoire concernant des Etats théocratiques, nous dégagerons la conception de l’islam (1ère partie) de Cheikh Moussa et comment il décrit l’histoire du Fouta-Toro dans ce contexte (2ème partie).
I – Cheikh Moussa CAMARA, une conception d’un islam tolérant et humaniste
A Cheikh Moussa CAMARA et la condamnation de la guerre sainte
Cheikh Moussa CAMARA est resté célèbre, en raison de sa distanciation et son esprit critique, et notamment de son opposition farouche à la guerre sainte. Cheikh Moussa CAMARA était partisan d’un islam tolérant. Il était radicalement hostile au Jihad ou guerre sainte. Il pensait que le régime colonial était le moyen privilégié de répandre l’islam. Cependant cette condamnation de la guerre sainte ne signifie pas que Cheikh Moussa CAMARA est inféodé au régime colonial. Il est demeuré fidèle à sa formation islamique et à son identité et à sa culture de Foutankais. Il n’a pas recherché à obtenir d’avantages auprès du colonisateur et il est même resté en retrait. Ainsi, il a refusé qu’on lui construise une mosquée à Ganguel ou qu’on le nomme à Saint-Louis en qualité de moniteur arabe.
Cheikh Moussa CAMARA est un défenseur d’un rapprochement entre les religions monothéistes. En effet, dans sa contribution «Islam et Christianisme», il pense qu’il faut créer les conditions de la concorde et de l’entente entre ces deux ces deux religions. C’est ainsi que Cheikh Moussa CAMARA fut le porte-parole de tous les marabouts de l’Afrique Occidentale Française. lors de l’inauguration de la cathédrale du Souvenir africain à Dakar le 2 février 1936. Il défendit alors l’idée d’une unité des trois religions du Livre, thème qui allait connaître un grand succès.
L’influence de Cheikh Saad Bouh est manifeste dans l’ouvrage de Cheikh Moussa CAMARA concernant la condamnation de la guerre sainte. Cheikh Moussa CAMARA pour condamner le Jihad, estime qu’une telle entreprise est illégitime depuis la mort du Prophète Mohamed. En effet, Cheikh Moussa CAMARA retraçant toutes les guerres saintes depuis le VIIème siècle, a remarqué les mobiles sont fondés, non pas sur un motif religieux, mais la recherche du pouvoir. «La plupart des hommes qui ont fait la guerre sainte après les Prophètes n’avaient d’autres but si ce n’était que celui de se faire un nom et de conquérir des pays sans se soucier, le moindre du monde, des êtres qui ont péri dans leurs guerres» écrit CAMARA. Par conséquent, pour condamner la guerre sainte, Cheikh Moussa CAMARA s’appuie sur les conséquences néfastes d’une telle entreprise, notamment la mort d’innocents et de musulmans. CAMARA est particulièrement sévère à l’égard de la guerre sainte menée par El Hadji Oumar TALL au XIXème siècle et notamment à travers des techniques de recrutements forcés de jihadistes «On liait des centaines de gens avec des lanières passées autour du cou, les uns marchant à la suite d’autres. Des villages entiers disparurent, des gens moururent de faim ou à cause de la guerre, ou bien furent réduits en esclavage». Quant aux récalcitrants, aux fuyards, le sort qui les attend est épouvantable. Ils sont rassemblés «dans une case et qu’après l’avoir remplie, il (un lieutenant de Cheikh Omar) y mettait le feu. Et tous brûlaient vifs».
Cheikh Moussa CAMARA est révolté contre le fanatisme religieux qui a conduit au Jihad d’El Hadji Omar au XIXème siècle. Certains grands marabouts contemporains de Cheikh Moussa lui ont emboîté le pas. «Il faut faire la guerre à nos âmes» dit Cheikh Amadou Bamba (1853-1927). El Hadji Malick SY (1855-1922) recommande de «faire la guerre à ses propres pêchés». Cette condamnation de la guerre sainte de Cheikh Moussa CAMARA est d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle, quand on observe, en France, que des jeunes issus de l’immigration, se font exploser par des bombes, alors qu’ils n’ont pas compris, actuellement, le sens du Jihad. Quest-ce que c’est le Jihad à notre époque ?
Felwin SARR a eu raison, dans son ouvrage «Dahij», de rappeler ce que signifie réellement le Jihad au XXIème siècle : «Ce livre est un Jihad. Une guerre intérieure. Un Jihad pour sortir de moi-même, de ma race, de mon sexe, de ma religion, de mes déterminations. Un Jihad pour aller vers moi-même. C’est un désir de naissance, donc de mort». M. SARR précise encore sa pensée, le Jihad est : «maîtrise de soi», «effort intense. Endurer l’exigence vis-à-vis de soi à chaque instant». On peut même dire, avec Socrate (voir le post que je lui ai consacré) que notre lutte et notre existence doivent tendre vers le Bien commun, la Justice. Dans ce contexte, «la justice consiste en ce que chacun fasse ce qu’il a à faire» dit Socrate. Par conséquent, la justice n’est pas qu’une conception négative, s’abstenir de faire du tord aux autres, mais c’est une conception active et positive, qui exige encore «que nous fassions pour eux ce qui leur est dû» précise Socrate. En s’appuyant sur ce grand philosophe, on pourrait dire que notre Jihad, c’est la poursuite inlassable pour la Justice, pour l’harmonie de l’âme, c’est-à-dire la perfection qui résulte de la concorde, de l’ordre, de l’accord parfait de toutes les parties de l’âme, la raison, le sentiment et la volonté. Bref, le Jihad c’est l’idée du Bien qui doit régler notre conduite, la compassion et l’Amour des autres. «On ne peut vivre qu’en cherchant à devenir meilleur, ni plus agréablement qu’en ayant la pleine conscience de son amélioration» nous dit Socrate.
B – Cheikh Moussa CAMARA, et l’interprétation des coutumes du Fouta-Toro
1 – Cheikh Moussa CAMARA partisan d’un islam noir, africain
Cheikh Moussa CAMARA s’est considérablement intéressé aux coutumes et traditions du Fouta-Toro, en relation avec la religion musulmane. Cheikh Moussa CAMARA est l’auteur d’une étude intitulée «L’aube éclatante de lumière, le maître des biens guidés, l’exemple à suivre par la communauté musulmane en réponse aux autorités françaises sur les questions relatives au droit musulman et aux traditions du Fouta-Toro». Ce texte, une commande des autorités coloniales, traduit de l’arabe par Moustapha N’DIAYE, traite naturellement du droit musulman (droit de propriété, usure, gage et vente), mais aussi et surtout des coutumes du Fouta-Toro islamisé. Cheikh Moussa considère que l’islam s’est africanisé au contact avec le Fouta-Toro. Si parfois les coutumes du Fouta-Toro se confondent avec le droit islamique, en fait l’impact de la Chaaria est limité en raison de la vivacité de certaines coutumes africaines qui ont résisté à l’islam. On peut dire que l’islam s’est adapté aux traditions africaines. Ce concept «d’islam noir» a été repris par Vincent MONTEIL, qui a été Directeur de l’I.F.A.N. Cheikh Moussa CAMARA dresse toute une série de coutumes africaines qui ont survécu à l’islamisation du Fouta-Toro. Ainsi, il rappelle une technique de vente originale, dans les coutumes du Fouta-Toro, répandue et prohibée par le droit le droit musulman, en raison de son caractère aléatoire ; il s’agit d’une coutume répandue qui consiste à acheter les fruits des gestations d’un animal (vache, jument, ânesse). Par ailleurs, les Foutankais ont adopté une interprétation originale et rétrograde de la condition de l’esclave. «Les habitants du Fouta-Toro sont adeptes de l’école juridique malikite, or cette dernière est d’avis qu’on ne doit pas tuer un homme de condition libre, parce qu’il a mis à mort un esclave ; tandis qu’Abou HANIFA affirme que l’homme libre doit être tué pour avoir mis à mort un esclave» dit CAMARA. S’agissant de la dot, en cas de fiançailles, elle est fixée «pour les femmes de condition libre soit à quinze vaches soit à trois esclaves, soit à trois cent bandes d’étoffe soit à quinze pièce de guinée ou à la valeur de cela en moutons». Cheikh Moussa CAMARA estime que la dot doit être réévaluée en fonction de la fluctuation de l’économie et surtout tenir de la situation sociale du fiancé. Il rejette une interprétation rigide et statique de la dot, et adopte une démarche souple résultant d’une négociation entre les deux familles : «Les gens étaient autrefois très riches en bétail, mais présentement la plupart d’entre eux en sont réduits à la pauvreté. Il est donc normal que le taux de la dot soit en fonction des moyens dont on dispose». Parmi les coutumes du Fouta-Toro, figure également celle-ci : «Le fiancé commence par ravir sa bien-aimée pour ensuite, aller après ce ravissement demander sa main» à ses tuteurs. Si ces derniers donnent leur accord, c’est l’objectif recherché, sinon ils viennent la reprendre pour la ramener chez sa famille. Les Foutankais ont repris une coutume Soninké reconnaissant à l’un des fiancés le droit d’hériter de l’autre au cas où ce dernier venait de mourir avant l’accomplissement du mariage.
Cheikh Moussa CAMARA a clarifié sa position sur les confréries religieuses qui sont en vogue au Sénégal et notamment la grande rivalité entre les confréries Tidijanes et les Quadirites. Cette étude intitulée «rapports entre Quadirites et Tijanites au Fouta-Toro au XIXème et au XXème siècles à travers al-Haqq al-Mubin» a été traduite de l’arabe par Moustapahe N’DIAYE. En effet, les Sénégalais islamisés se classent, sans exception sous la bannière religieuse des marabouts et ne comprennent l’Islam que sous la forme de l’affiliation à une voix mystique, ou plus exactement sous la forme de l’obéissance à un chef religieux, à une confrérie. «Etre musulman, c’est obéir aux ordres de son marabout et mériter, par ses dons et son dévouement, de participer aux mérites du saint homme» dit Paul MARTY. Les Foutankais sont initialement de la confrérie Quadiria dont le fondateur est Sidy Abdoul Khadir al-Dieylani (1079-1166), originaire d’Irak. Le rite Quadiria a été introduit en Afrique par Cheikh Sidiya al-Kabir (1780-1868), Kounta de Tombouctou et Cheikh Mohamed al-Fadil (1780-1869) originaire d’Egypte. Cette confrérie requiert une grande obéissance au maître, une agitation physique et des moyens artificiels (invocation du nom de Dieu, hochement de la tête, balancement des épaules) pour arriver à l’extase. Les Foutankais ont découvert, par la suite, une autre confrérie : la Tidjania, fondée par Cheikh Ahmed Tidjane (né à Ain Mahdi, en 1737, mort à Fez au Maroc en 1815), grâce El Hadji Omar TALL, au XIXème siècle. Pour être membre de la Tidjania, il faut être affranchi de toute appartenance confrérique, être initié par une personne ayant elle-même reçu une autorisation d’un autre initiateur et ne pas rendre visite aux maîtres d’autres confréries. L’initié doit faire le «Wird» et le «Wazifa» qui sont des litanies non obligatoires, mais dites à vie, le matin ou le soir.
En raison du sectarisme, de la concurrence, des conflits ou polémiques des deux confréries empreintes d’un grand mysticisme, Cheikh Moussa CAMARA qui a été Quadirite, converti au Tidjanisme, s’est intéressé à cette question. En effet, Cheikh Moussa CAMARA est avant tout un soufi ; il est animé d’un esprit très critique à l’égard de toute interprétation dogmatique ou sectaire de l’islam. Cheikh Moussa CAMARA critique l’exclusivisme des confréries et énonce le principe que l’on puisse changer de confrérie, librement. Il prône, pour le musulman, de suivre la lumière et de s’écarter de l’obscurantisme qui mène au fanatisme. Chaque musulman doit «aspirer à l’éducation spirituelle, à l’élévation, à l’émigration auprès d’un maître spirituel et son accompagnement». Cheikh Moussa CAMARA critique l’obéissance aveugle que réclame les chefs des confréries, et l’interdiction d’entrer en contact avec les autres. Pour lui, le musulman doit conserver sa liberté de jugement, notamment lorsque son maître professe des idées de haine ou d’intolérance : «Il convient que les hommes pieux et raisonnables mettent fin à cette évolution et colmatent les brèches avant qu’elles ne s’élargissent. (…). Il est du devoir de tout musulman de laisser les propos de tout maître susceptible de créer la haine, l’envie, l’orgueil et la discorde entre les croyants, de revenir à la vérité, de la suivre tout musulman». Cheikh Moussa CAMARA se fondant l’unité de l’islam condamne l’antagonisme développée par les confréries et demande «un amour réciproque» de tous les hommes. Face à cette excitation et ces confrontations «Le meilleur culte que ma communauté puisse rendre à Dieux, c’est la lecture du Coran» dit Cheikh Moussa CAMARA, dans sa grande noblesse d’esprit.
B – Cheikh Moussa CAMARA, ou la noblesse d’esprit
Les Foutankais aiment à inventer des généalogies les dotant d’une origine sociale supérieure. «J’ai constaté que beaucoup de Foutankais contestent leurs liens de parenté avec une partie des leurs. Il arrive que, dans une même famille, certains acquièrent un prestige tel qu’ils contestent leurs liens de parenté avec d’autres moins bien lotis par le sort, parce que ces derniers sont devenus pauvres» dit-il. Ainsi, les Peuls Déniankobé, qui ont régné sur le Fouta-Toro du XVème au XVIIIème siècle, veulent se rattacher, en passant par Soundiata KEITA, (empereur du Mali) à Bilal le muezzin du Prophète Mahomet. «De toute évidence, les Déniankobé sont des gens du Fouta, issus du Fouta. Ils tirent leur origine des Yalalbé. Les Yalalbé portent aussi le nom de BA» souligne CAMARA.
Cheikh Moussa CAMARA part en guerre contre les griots qui ont tendance dans leur flatterie ou dénigrement à inventer des généalogies fictives ; ce qui compte, pour lui, c’est la valeur intrinsèque de l’homme, sa grande d’âme et sa noblesse d’esprit. Il dénonce en ces termes ces pratiques des griots qui, «de par leur habileté à forger des généalogies apocryphes, réussissent à exploiter la naïveté des gens et à leur dérober ainsi de l’argent. Contents de leur butin, ils élèvent leur bienfaiteur au rang des rois ; mécontents, ils le rabaissent, si noble soit-il, au degré des vils. Ils vont même jusqu’à le calomnier auprès du chef de canton, si bien que les gens, par peur ou par timidité, n’osaient pas s’opposer à leurs quêtes».
En définitive, pour Cheikh Moussa CAMARA la noblesse tirée de la richesse, de l’ascendance ou pouvoir, a été totalement prohibée par la loi islamique. La noblesse est un terme indiquant la grandeur ou la noblesse d’esprit. Pour lui, la noblesse découle des vertus de l’homme, par sa religiosité, sa piété : «La noblesse c’est celle qui consiste à obtempérer aux commandements, à éviter les interdictions, à acquérir la science, la piété scrupuleuse, la longanimité, la pudeur envers les hommes, la bonté envers ses semblables ; c’est celle qui consiste à enseigner, à donner des conseils désintéressés, à se montrer bienveillant envers son prochain, à accomplir les œuvres d’utilité publique et à supprimer les causes du désordre» dit Cheikh Moussa. La noblesse c’est faire preuve de de droiture dans toute sa conduite en actes comme en paroles. La figure noble renvoie à ce hadith du Prophète «Les esprits sont des soldats mobilisés» pour le Bien suprême.
II – Cheikh Moussa CAMARA un spécialiste de l’histoire du Fouta-Toro
A – Cheikh Moussa CAMARA et sa biographie d’El Hadji Omar TALL
Cheikh Moussa CAMARA a TALL consacré une biographie à El Hadji Oumar, célèbre les grandes vertus de ce Foutankais. Contrairement aux autres chroniqueurs, il dénonce le fait de rattacher la généalogie d’El Hadji Oumar à celle du Prophète Mohamet. Il réitère le caractère fondamentalement peul d’El Hadji Oumar qui a renversé les royaumes Bambaras, jadis ennemis jurés des Toucouleurs. Pour Cheikh Moussa CAMARA, en dépit de ses grandes qualités, El Hadji Oumar est un mortel.
«La vie d’El Hadji Omar» est un texte arabe traduit par Amar SAMB. Originaire de Halwar est un authentique foutankais. Contrairement à la légende d’Elimane Sawataye, Omar n’est pas originaire de Mauritanie. Dans son livre «Ar-Rimâh (les lances), il n’a pas évoqué qu’il est descendant du Prophète Mohamed. «Si le Cheikh avait su qu’il appartenait à la noblesse parce qu’il descendait du Prophète, il l’aurait mentionné» dit Cheikh Moussa CAMARA.
Cheikh Omar est né l’année de la bataille de Boungôwi qui opposé l’Almamy Abdelkader et le Damel du Cayor Amary N’Goné N’Della FALL, soit en 1798 ou 1799. El Hadji Omar TALL a vécu 70 ans. Il a commencé la guerre sainte à 58 ans. Il a disparu dans les montagnes de Déguimbéré. El Hadji Omar a participé à 74 guerres.
Cheikh Moussa CAMARA reconnaît à El Hadji Omar d’éminentes qualités spirituelles. Pendant son voyage à la Mecque, il s’était engagé sur le chemin par terre fort dangereux et infestés de brigands. Il récitait pendant ses prières «Celui qui a ouvert ce qui avait été fermé» et il a échappé à tous les désagréments. Cependant, Cheik Moussa condamne la guerre sainte d’El Hadji Omar.
Cette contribution de Cheikh Moussa est à rapprocher d’une biographie dithyrambique et partisane de la guerre sainte de Mohammadou Aliou TYAM, traduite par Henri GADEN. THIAM chante le Jihâd à travers la biographie poétique de celui-ci. Cette guerre sainte se déroule dans un contexte de conquête coloniale ; ce qui a valu à El Ehadji Oumar d’être au centre d’une littérature abondante. Le témoignage de Mohammadou Aliou THIAM est encore actuellement une des sources importantes de cette époque, avec un savant mélange de l’oralité et de l’écriture. Né vers 1830 à Dian, près de Haïré Lao, il est issu d’une famille maraboutique. Il appartient à la première génération de Foutankais qui ont rallié la cause d’El Hadji Oumar, vers 1846. En 1862, il est désigné comme missionnaire par El Hadji Oumar, afin d’obtenir la conversion d’Ali D. Monzon, roi fugitif de Ségou. La «Qacida» est un long poème de 1200 vers rimés, composé à la fin du Jihâd, mais rédigé à Ségou entre 1864 et 1880. Le texte embrasse toute la vie d’El Ehadji Oumar : naissance, Jihâd, disparition. Il sublime Ahmadou, le successeur d’El Hadji. On note des héros secondaires, mais haut en couleurs, comme les deux lieutenants d’El Hadji Oumar que sont Alpha Oumar Thierno Baïla et Alpha Oumar Thierno Mollé, symboles de fidélité et d’héroïsme. Les griots ou artisans du verbe sont omni présents ; car El Hadji Oumar était un excellent communicateur, et ces griots lui ont assuré une survie pour la postérité. Imprégnés de la culture islamique, ces griots épicent leurs récits de versets de Coran. El Hadji Oumar est peint sous les traits d’un être extraordinaire, supérieur aux hommes, «un Waliyou», très proche des Dieux païens. Capable de se métamorphoser, il boute la mort à distance. Omar est également un faiseur de miracles, grâce auxquels il sauve d’une situation critique, ou plonge son ennemi dans une position désespérée ou intenable.
B – Cheikh Moussa CAMARA, l’histoire de Ségou et du Boundou
1 – L’histoire de Ségou, ses turpitudes et ses coutumes
Cheikh Moussa CAMARA s’est intéressé à l’histoire des Noirs et en particulier celle des Foutankais qui ont été en contact avec les Maures et les Maliens, notamment au sein de le royaume bambara de Ségou (1712-1861). «L’histoire de Ségou» est un texte en arabe qui a été traduit en français par Moustapha N’DIAYE. Avant qu’il ne fut fondé au XVIIIème siècle, le royaume de Ségou, situé le long du fleuve Niger, faisait partie de l’empire du Mali (Xème – XVème siècle), puis celui de Songhay (XVème – XVIème siècle). Mais les Marocains envahirent le royaume de Ségou et s’emparèrent des principales villes (Gao, Tombouctou et Djénné). Dans son étude, Cheikh Moussa CAMARA rappelle les fondateurs ce royaume, Biton, ainsi que ses successeurs. Un nommé Ali, était roi de Ségou quand El Hadji Omar TALL l’a conquis en 1862 et en confia le commandement à son fils Ahmadou qui y resta longtemps pour l’abandonner à son fils, Madani (règne de 1884 à 1890) qui sera chassé par l’Armée française. Madani se sauva à Mopti.
«Ségou c’est le nom d’un territoire habité par des Noirs, appartenant à l’ethnie des Bambara qui se sacrifient les joues dont chacune porte trois marques de scarification allant de l’oreille jusqu’au menton» dit CAMARA. Biton COULIBALY serait le premier des rois connus qui ont régné sur Ségou. Il était un roi si puissant à tel point que les rois peuls du Macina lui étaient tributaires et lui versait la dîme. C’est parmi ses esclaves que se recrutaient les chefs militaires. Biton fut remplacé à sa mort par un de ses fils Dyékoro-Biton, «un homme de dur caractère et de faible opinion et de mauvaise direction ; il gouvernait mal son pays» dit CAMARA. Ainsi, il demanda aux chefs esclaves commandant ses troupes de lui choisir en particulier cent jeunes filles vierges parmi les plus belles des leurs. Et leurs pères croyaient alors qu’il voulait s’en servir comme concubines et les lui offrirent. Il fut creuser à l’endroit où il s’asseyait un trou dans lequel il les fit toutes enterrer vivantes, et il s’asseyait au dessus d’elles en croyant que cela était pour lui un mérite. Devant un tel grave crime, un vent de révolte s’organisa. Le roi fut assommé d’un coup de hache en pleine tête ; il mourut sur-le-champ et fut remplacé par Koulou Dyogo Dyiri, à sa mort par Nioumantelêtéh, puis par Kafâ Ndyo-gou. La capitale du royaume fut transférée de Ségou-Koro à Ségou-Sikoro, jusqu’à l’intronisation du 6ème chef esclave, Ingothié Ton Mansa qui avait été tué par la suite, étant donné qu’il voulait transférer la capitale dans son village. Il faut fut remplacé par Ngolo qui signifie en bambara la peau tannée, un roi jugé «sagace et raisonnable». N’Golo avait deux enfants dont Dyi et Monzo. Mais Dyi devait mourir jeune, et c’est Monzo qui succéda à son père, N’golo.
Les rois bambara de Ségou sont animistes et célèbrent, chaque année, la «fête du sacrifice». Ils immolent à cette occasion, un homme, un taureau blanc, noir ou roux, exempt de tache, un chien et un coq. L’homme sacrifié devait être un chef de village ou un prince dont le pays était conquis, et on l’emmenait à Ségou pour y être emprisonné jusqu’à la fête du sacrifice. Le cœur de ce prince est donné aux vassaux récalcitrants, à leur insu, qui venaient dans le pays, afin qu’ils deviennent obéissants et fidèles. Ces sacrifices signifient aussi que les bambara ne manquaient pas à leur parole et sont prémunis contre la disette.
Parmi les coutumes bambara, figure le fait qu’en période de disette, on ne devait pas vendre à des prix exorbitants aux affamés d’entre eux, mais on devait leur prêter ; et quand ils auraient récolté, ils rendraient une quantité équivalente, sans surplus. Car, dans leurs croyances, prêter à intérêt la nourriture en période de disette, porte malheur à la famille, la ruine et abrège la longévité de la vie.
2 – L’histoire du Boundou ou la dynasie des SY
«L’histoire du Boundou» est un manuscrit arabe de Cheikh Moussa datant de 1924 et qui a été traduit par Moustapha N’DIAYE. Le Boundou situé au Sénégal oriental, a été un Etat théocratique dirigé par des Torodos, du clan des SY, de 1695 à 1921. Le premier marabout qui a dirigé cet Etat pendant 17 est Malick SY. Le clan des SY habitait auparavant en Mauritanie en un endroit appelé Suyumma. Un Maure les y combattit alors et les contraignit d’immigrer vers le Toro, non loin de Podor. Après ses études coraniques, Malick SY s’arrêta à Kaarta, sous la domination des Diawara, des vassaux du roi mandingue. Ceux-ci prétendent posséder un sabre béni et merveilleux caché dans les coffres de rois en tant que partie de leur patrimoine. Et personne ne saurait le voir si ce n’est celui que Dieu prédispose à être un roi. Ainsi, le décret divin fit-il que Malick SY, par l’intermédiaire de la reine, finit par le voir. Puis, Malick SY poursuivit son chemin, jusqu’à arriver chez le Tounka, roi des Bathily, à Tiyabou. Il servit au roi en qualité de marabout qui finit par lui céder un territoire où il pourra régner, c’est le Boundou. Malick SY s’installa d’abord à Wjini puis à Dyunfung situé au-delà de la Falémé. Le Boundou était alors occupé par des Ouolofs païens et apiculteurs, les Faddoubé, opprimés par le Bourba du Djolof, qui sont venus se réfugier au Boundou avec l’accord du Tounka de Tiyabou.
Malick SY, à sa mort, sera remplacé par son fils Boubou Malick SY. Vingt et un autres rois se succéderont après Boubou Malick ; le dernier roi sera Woppa Bocar SY. Pendant ces deux cent ans de règne, différentes guerres, notamment avec les Bambaras, le Tounka de Tiyabou et l’Almamy du Fouta-Toro, secoueront le Boundou. Certains rois portent le nom de GAYE, celui de leur mère, comme l’Almamy Séga GAYE, premier calife du Boundou. Il a prêté allégeance à l’Almamy Abdoul du Fouta-Toro en s’engageant à ne pas pratiquer des rites païens «Si jamais je pratique un jeu prohibé tel que la danse ou quelque chose de semblable, alors tue-moi, car je suis dans ton obéissance et me range sous ta bannière». Or, il ne tint pas parole. Lors d’une fête il se livra à des danses avec des princes bambaras qui provoquèrent des batailles et pillèrent les villages. L’Almamy Abdoul, ayant appris cet incident, mit à mort Séga GAYE. Un des rois du Boundou, l’Almamy Ahmad, qui a régné de 1852 à 1853, était un personnage fantasque. Lorsqu’il apprit qu’il succédait à Sada, il éclata de rire et pleura. «Je ris pour manifester ma joie de monter sur le trône, et pleure à cause de la perte de celui qui était pour moi aussi bien un frère qu’un cousin» dit-il. Il a élevé un lézard dont il disait être le frère de même père qu’il surnommait «Goundo SY». En compagnie de son armée, il passa devant un baobab et lui adressa un salut. Comme il ne reçut pas de réponse, il ordonna à son armée de tirer sur ce baobab jusqu’à ce qu’il réponde. Il a fallu qu’un soldat se cache derrière le baobab et réplique à ses salutations pour qu’il fasse cesser les tirs. Ce sont les guerres interminables qui ont fini par disloquer le Boundou.
Bibliographie sélective
1 – Contributions de Cheikh Moussa CAMARA,
Camara (Cheikh Moussa), «Analyse du livre de droit musulman», traduction et présentation par Moustapha N’DIAYE, in BULLETIN DE L’IFAN, 1975, série B, (XXXVII), n°2, pages 449-456 ;
Camara (Cheikh Moussa), «Condamnation de la guerre sainte», traduction et présentation d’Amar SAMB, in BULLETIN DE L’IFAN, 1976, série B, (XXXVIII), n°1, pages 158-199 ;
Camara (Cheikh Moussa), «Histoire de Ségou», traduction et présentation de Moustapha N’DIAYE, in BULLETIN DE L’IFAN, 1978, série B, (40), n°3, pages 458-488 ;
Camara (Cheikh Moussa), «Histoire du Boundou», traduction et présentation de Moustapha N’DIAYE, in BULLETIN DE L’IFAN, 1975, série B, (XXXVII), n°1, pages 784-816 ;
Camara (Cheikh Moussa), «L’islam et le christianisme», traduction et présentation d’Amar SAMB, in BULLETIN DE L’IFAN, 1973, série B, (XXXV), n°2, pages 269-322 ;
Camara (Cheikh Moussa), «La vie d’El Hadji Omar », traduction et présentation d’Amar SAMB, in BULLETIN DE L’IFAN, 1970, série B, (XXXII), n°1, pages 44-135, n°2, pages 370-411 et n°3, pages 770-818 ;
Camara (Cheikh Moussa), «Rapports entre Qâdrinites et Tijânites au Fouta-Toro, aux XIXème et XXème siècles, à travers Al-Haqq Al-Mubîn», traduction et présentation par Moustapha N’DIAYE, in BULLETIN DE L’IFAN, 1979, série B, (41), n°1, pages 190-207 ;
CAMARA (Cheikh Moussa), Florilège au jardin sur l’histoire des Noirs, Zuhür Al-Basatin, l’aristocratie peule et la Révolution des clercs musulmans (vallée du Sénégal), traduction de l’Arabe, Tome 1, sous la direction de Jean SCHMITZ, Paris, CNRS éditions, 1998, 460 pages ;
Camara (Cheikh Moussa), L’annonce de bonnes nouvelles au craintif stupéfait pour lui rappeler la grandeur de la clémence de Dieu, généreux et bienfaiteur, autobiographie, Dakar, IFAN, cahier 1.
Camara (Cheikh Moussa), Le salut du musulman est fonction de son renoncement à l’orgueil, au mensonge, et à la rupture des liens de parenté, Dakar cahier IFAN, 10.
Camara (Cheikh Moussa), Purification des idées sur les incertitudes des préjugés, Dakar, IFAN, cahier 7 ;
Camara (Cheikh Moussa), Recueil précieux sur l’histoire de quelques chefs maures et peul, Dakar, IFAN, cahiers 5 et 6.
2 – Critiques de Cheikh Moussa CAMARA
BONTE (Pierre) «Shaykh Muusa Kamara, Florilège au jardin de l’histoire des Noirs. Zuhûr al-Basâtîn. I : L’aristocratie peule et la révolution des clercs musulmans (Vallée du Sénégal)», in L’Homme, 2000 (156), pages 278 à 280 ;
BOULEGUE (Jean), «A la naissance de l’histoire écrite sénégalaise : Yoro Dyao et ses modèles, deuxième moitié du XIXème, début du XXème», in History in Africa, 1988, (15), pages 395 à 405 ;
BOUSBINA (Said) «Musa Kamara, le savant autodidacte», in Islam et Sociétés au Sud du Sahara, 1992 (6) pages 75 à 81 ;
KAMARA (Moussa), BOUSBINA (Said) (trad.), SCHMITZ Jean (prés.) 1993 «L’histoire de l’Almaami Abdul (1727/8-1806) par Shaykh Muusa Kamara», Islam et Sociétés au Sud du Sahara, 1993 (7), pages 59-95 ;
PONDOPOULO, (Anna), «Une traduction “mal partie” (1923-1945) : le Zuhûr al-basâtîn de Cheikh Moussa Kamara», Islam et Sociétés au sud du Sahara, 1993, 7 pages 95-110 ;
ROBINSON (David, Wallace), «Un historien et un anthropologue sénégalais : Shaikh Musa Kamara», in CAHIERS D’ETUDES AFRICAINES, 1988, (XXVIII), vol. I, pages 89-116 ;
ROBINSON (David Wallace), «Abdul Qadir and Shaykh Umar : a continuing tradition of Islamic leadership in Futa Toro», The International Journal of African Historical Studies, 1973 vol. 6, n° 2, pages 286-303 ;
SAMB (Amar), «L’école de Ganguel ou Cheikh Moussa Kamara (1864-1945)», in Essai sur la contribution du Sénégal à la littérature d’expression arabe, thèse, Dakar, IFAN, 1972, 534 pages, spéc pages 107-128 ;
SCHMITZ (Jean), «L’historiographie des Peuls musulmans d’Afrique de l’Ouest : Shaykh Muusa Kamara (1864-1945), Saint et Savant», in BECKER (Charles), M’BAYE (S) THIOUB (I), sous la direction de, AOF : réalités et héritages, sociétés ouest-africaines et ordre colonial 1895-1960, Dakar, Direction des Archives nationales du Sénégal, 1997, pages 862-872.
3 – Autres références
ARNAUD (R), «L’islam et la politique musulmane française en Afrique occidentale française», Bulletin du Comité de l’Afrique française, Renseignements coloniaux, 1912, 1 (3-20) 3 pages 115-127 et 142-154 ;
BINGER (Louis-Gustave), Esclavage, islamisme et christianisme, Paris, société éditions scientifique, 1891, 112 pages ;
MARTY (Paul), Etudes sur l’islam au Sénégal, Paris, Leroux, vol. 1 «Les personnes», 1917, 412 pages sur Cheikh Saadibou, un des maîtres à penser de Cheikh Moussa, pages 27 – 36 ; vol 2 «les doctrines et les institutions», Paris, Leroux, 1917, spéc sur la guerre sainte, pages 27-28 ;
MARTY (Paul), Etudes sur l’islam et les tribus maures : les Braknas, Paris, Larose, 1921, 390 pages ;
MARTY (Paul), L’islam maure : Cheikh Sidïa, les Fadelïa, les Ida ou Ali, Paris, Leroux 1916, 252 pages ;
MONTEIL (Vincent), L’islam noir Paris, Seuil, collection Esprit, Frontière ouverte, 367 pages ;
PONDOPOULO (Anna), «Une histoire aux multiples visages. La reconstitution coloniale de l’histoire du Fuuta Sénégalais au début du XXème siècle», Outre-mers, 2006, (93) pages 57-77 ;
TRIAUD (Jean-Louis), «L'islam au sud du Sahara. Une saison orientaliste en Afrique occidentale. Constitution d'un champ scientifique, héritages et transmissions», Cahiers d'études africaines 2010 2 n°198-199-200, p. 907-950 ;
TYAM (Mohammadou Aliou), La vie d’El hadji Omar, Qacida en Poular, Paris, Institut d’ethnologie, transcription, traduction, notes et glossaire d’Henri GADEN, 1935, 289 pages ;
WANE (Baïla), «Le Fuuta Tooro de ceerno Suleymaan Baal à la fin de l’Almamiyat (1770-1880», Revue Sénégalaise d'Histoire, 1981, 2,1 pages 38-50 ;
WANE (Yaya), «Ceerno Muhamadou Sayid BA ou le Soufisme intégral de Madina Gounass (Sénégal), Cahiers d’études africaines, 1974, XIV (4) 56, pages 671-698.
Paris, le 7 août 2016 par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
Cheikh Moussa CAMARA, un érudit de Ganguel, partisan d'un islam humaniste et tolérant (Sénégal).
Cheikh Moussa CAMARA, un érudit de Ganguel, partisan d'un islam humaniste et tolérant (Sénégal).

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 15:29

Ce post a été publié dans le journal FERLOO édition du 31 juillet 2016.

«Justice et vérité pour Adama TRAORE, mort à la suite d’une interpellation de gendarmerie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Ce post a été publié dans le journal FERLOO édition du 31 juillet 2016.

Ce samedi 30 juillet 2016, à Paris, à la Gare du Nord, dans le 10ème arrondissement, il y avait une foule nombreuse et particulièrement déterminée qui réclamait vérité et justice, pour Adama TRAORE (24 ans), ce jeune d'origine malienne, mort lors d’une interpellation de gendarmerie, le 19 juillet 2016.


Une pancarte indiquait : «Pas de justice, pas de paix». Cela rappelle le titre d'un célèbre ouvrage d'un auteur noir américain, James BALDWIN "La Prochaine fois, le feu". Cet auteur, confronté au problème du racisme aux Etats-Unis, a exposé que sans l'égalité la justice et la compassion, un Etat ne peut escompter une paix sociale durable.


Cette affaire sombre ressemble de plus en plus à un mensonge d'Etat. En effet, les rapports des services d'urgence (SAMU et pompiers) ont disparu du dossier ; ce qui constitue une dissimulation de preuves. Par ailleurs le procureur de la République a ouvert une enquête contre Adama TRAORE pour rébellion alors qu'il est déjà mort. Cet acharnement n'est pas à l'honneur d'une république que l'on veut exemplaire.


Que s'est-il passé dans cette affaire Adama TRAORE ?


Alors qu'Adama marchait avec son frère Baguy dans les rues de Beaumont-sur-Oise, des gendarmes surviennent pour interpeller ce dernier. Sorti sans ses papiers, Adama prend la fuite. Rattrapé et frappé à la tête, il est placé dans un fourgon de gendarmerie. On ne sait pas ce qu'il se passe dans le fourgon, mais quand son frère arrive menotté à la gendarmerie, il aperçoit le corps de son frère sans vie, posé à même le sol. Le procureur Yves JANNIER s'empressera évidemment de déclarer qu'Adama est mort d'un arrêt cardiaque, suite à une «grave infection touchant plusieurs de ses organes». Il ajoutera également qu'il est mort suite à un «malaise durant le trajet», mais qu'il n'y a «pas de traces de coups». Comme toujours, un jeune en pleine forme meurt d'un arrêt cardiaque juste au moment où il est entre les mains des forces de l'ordre.


Une première autopsie mentionnait un arrêt cardiaque, mais une deuxième autopsie contredit cette thèse et fait état «d’asphyxie». Devant ces graves flottements, la famille a réclamé, sans succès, une contre-expertise.


Alors que le cortège du 30 juin 2016 commençait à bouger en direction de République, la Police a bloqué les manifestants devant la Gare du Nord. Les manifestants sont restés calmes en scandant : "justice pour Adama !"


La mort résulte-t-elle d’une compression thoracique, à la suite d’une arrestation musclée ? En effet, lors de contrôles d’identité, ou d’interpellations, les forces de l'ordre appliquent une méthode d’immobilisation qui, dans sa pratique, peut provoquer la mort : cette méthode “au corps à corps” consiste à ce qu’un fonctionnaire de police étrangle la personne qui se trouve au sol, pendant qu’un autre lui comprime la cage thoracique en appuyant fortement son genou dans le dos. Cette pratique appelée aussi “clé d’étranglement” entraine l’immobilité, la suffocation, de graves lésions qui peuvent provoquer alors des conséquences irréversibles, quand ce n’est pas la mort.


Nous avons maintenant la confirmation que non seulement cette méthode de placage a été utilisée par les gendarmes mais qu'en plus ils ne lui ont pas prodigué les premiers gestes de secours avant l'arrivée des secours et Adama a été laissé face contre terre ce qui est formellement interdit. Les gendarmes qui n'ont pas prévenu sa famille de la mort ont estimé qu'il simulait. En raison de ces graves défaillances et de son rapport mensonger, le Procureur de la République, Yves JANNIER, a été muté. Ce Procureur aurait être révoqué. A quand la justice pour Adama TRAORE ?


En raison de ces méthodes on constate que des jeunes, souvent issus de l'immigration sont, de plus de plus, morts, dans des conditions particulièrement suspectes, lors de leur interpellation par les forces de l'ordre. Ces jeunes sont traités comme des citoyens de seconde zone. La liste des décès à la suie d'une interpellation est maintenant longue (103 décès suspects). On peut citer, à titre illustratif :


- Lamine DIENG (mort le 17 juin 2007, à Paris 20ème),


- Hakim AJIMI, interpellé à Grasse, en 2008, traîné par les pieds jusqu’à la voiture de secours. Les policiers, reconnus coupables d’homicide involontaire, ont été condamnés avec du sursis ; leur avocat a déclaré qu’il est "convaincu que les policiers n'ont fait qu’appliquer ce qui leur avait été enseigné à l'école de police, (...) même si on a compté à l'occasion de cette affaire un certain nombre de carences dans l'enseignement et dans les instructions qui sont dispensées» ;


- Wissam EL-YAMNI, interpellé le 1er janvier 2012, à Clermon-Ferrand, dans des conditions musclées allait décéder 9 jours plutard.


- Ali ZIRI (69 ans), décédé le 11 juin 2009, deux jours après son interpellation à Argenteuil,


- Amadou KOUMé (33 ans père de 2 enfants et originaire de l’Aisne), 5 avril 2015, au commissariat du Xème arrondissement, etc.


En 2005, j’ai été traumatisé par la mort fort injuste de ces jeunes, Ziad et Bouna, qui ont provoqué les plus graves violences urbaines que M. SARKOZY préfère oublier.


Je n’oublierai jamais ces familles africaines qui résidaient dans des squats à Paris, et un bidon d’essence, des vies sont parties en fumée, sans que les commanditaires, apparemment des promoteurs immobiliers, ne soient, à aucun moment, inquiétés. Aucune enquête sérieuse et pourtant plus de 55 morts, dont des enfants. Le plus grave c'est qu'aucune autorité de l'Etat n'a daigné rendre visite aux survivants.


Aux Etats-Unis, un mouvement est né, appelé «Black Lives Matter» (La vie des Noirs cela compte) faisant suite à ces Noirs, même parfois menottés, qui ont été tués par la Police. Ta-Néhési COATES qui séjourne depuis le mois de juillet 2015 en France, en a fait un best-seller, intitulé : «la colère noire» (voir mon post).


Communiqué du Conseil représentatifs des associations noires (CRAN) du 27 juillet 2016, dont Louis-Georges TIN est président : «Pour Adama TRAORE, l’appel contre la violence policière en Europe».


Pendant que tout le monde s'indigne à juste titre des violences policières aux Etats-Unis, des faits semblables se déroulent en Europe, mais sans couverture médiatique - là est la principale différence.


En France, récemment, le 19 juillet 2016, un jeune homme d'origine malienne, Adama Traoré, a été arrêté par les gendarmes à Persan, en banlieue parisienne. Quelques heures plus tard, il décédait -une crise cardiaque selon les autorités.


Mais selon le frère d'Adama, "ils l'ont embarqué ensuite à la gendarmerie de Persan. Là-bas, je l'ai retrouvé entouré de cinq ou six gendarmes. Il était au sol, les mains menottées dans le dos. Il ne respirait plus, il était sans vie. Il avait du sang sur le visage. J'ai vu un gendarme qui faisait partie de ceux qui nous ont interpellés. Il avait un t-shirt blanc et je l'ai vu revenir après avec un t-shirt plein de sang, celui de mon frère. Ma compagne était là, elle l'a vu aussi. Adama n'a pas eu de crise cardiaque, ils l'ont tabassé."


Adama est mort le jour de son 24e anniversaire.


Mais ce fait n'est pas isolé. Le rapport de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) montre qu’entre 2005 et 2015, plus de 80 % des personnes victimes de violences policières mortelles en France étaient issues des minorités ethniques. En d'autres termes, les Noirs et les Arabes ont 7 à 8 fois plus de risques d'être tués du fait des violences policières. De même qu'ils sont 7 à 8 fois plus exposés au contrôle de police, en raison de leur faciès, comme l'ont montré les travaux scientifiques dans ce domaine. Par ailleurs, selon une autre association, Urgence notre police assassine, entre 2005 et 2015, au moins 103 jeunes gens noirs ou arabes ont trouvé la mort du fait de la violence policière. Il semble que les jeunes noirs et arabes en France ont une fâcheuse tendance à mourir de crise cardiaque dès qu'ils sont arrêtés par la police.


Dans un contexte marqué par les attentats terroristes, la confiance est d'autant plus nécessaire entre les forces de l'ordre et la société civile. C'est pourquoi nous demandons :


1° -aux autorités françaises de mener une enquête juste et indépendante sur cette affaire,

2° - aux gouvernements d'Europe de prendre les mesures nécessaires contre le profilage ethnique et la violence policière en général (en mettant en place les attestations de contrôle contre le délit de faciès, en utilisant les caméras dans les commissariats et sur les vêtements des policiers, en intégrant les associations issues de la société civile dans les instances de contrôle, en interdisant les armes léthales et les techniques d'arrestations pouvant causer la suffocation, en dispensant plus de formation sur les discriminations, en produisant des données ethniques sur l'activité policière, etc.),


3° - à l'Union européenne, au Conseil de l'Europe, à l'OCDE et au Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies d'enquêter davantage sur le profilage ethnique et les violences policières en Europe, et d'obliger les Etats européens à prendre les mesures nécessaires pour évaluer l'importance du problème et mettre en place les solutions nécessaires dès que possible.


Paris, le 30 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Justice et vérité pour Adama TRAORE, mort à la suite d’une interpellation de gendarmerie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 21:46

Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, en région Occitanie, la cité de Jean-Auguste-Dominique INGRES et d’Antoine BOURDELLE, a une très ancienne histoire et un patrimoine architectural exceptionnel. Montauban a été fondée par Alfonse JOURDAIN, Comte de Toulouse et lui donna le nom de Montalba, le "Mont des Saules" ou "Mont Blanc", par opposition au nom de l'abbaye voisine de Montauriol, le "Mont Doré". La ville fût construite, comme toutes les bastides, sur un plan régulier dont les rues coupées à angle droit se rejoignent au coeur de la ville sous les "Couverts", l'actuelle Place Nationale ou Place Royale. La charte de 1135 donne une municipalité annuelle à la ville. Tentée par le catharisme, Montauban reste fidèle au Comte de Toulouse, lors de la croisade contre les Albigeois, malgré une période d'occupation par Simon de Monfort.

C'est à partir du Moyen Âge que Montauban connaît à la fois un premier essor économique et ses premiers déchirements religieux, avec la crise albigeoise. La Guerre de Cent ans n'épargne pas non plus la cité, ainsi que les épidémies telle la célèbre peste noire de 1348 et ses nombreuses résurgences. Mais Montauban entre surtout dans l'histoire avec l'avènement du protestantisme. «Montauban a été un de ces morceaux les plus réfractaires, les plus tard venus à la famille française» dit UTHANE. Ville protestante, le huguenot désigne un homme qui va droit son chemin, simple et stoïque, féru de la sainteté de la discipline et en même passionné des libertés traditionnelles. Les Montalbanais ont possédé ces qualités dès la fondation de leur ville, et en révolte contre les moines despotes et l’autorité du comte de Toulouse. Lorsque les remparts ont été démolis la ville a perdu ses privilèges et s’est soumise aux lois françaises.

La seconde moitié du XIIIème siècle est une époque de prospérité qui confirme l'essor commercial déjà présent au XIIème siècle : Le riche bourgeois Guillaume AMIEL commerce avec l'Angleterre, et les marchands montalbanais sont en relation avec les foires de Champagne.


C'est alors que sont lancés de grands travaux publics : l'église Saint-Jacques achevée en 1280 et le Pont Vieux bâti de 1304 à 1335. Au début du XIVème siècle, Montauban est en pleine expansion économique. La guerre de Cent Ans et le peste noire vont freiner brutalement cet essor. "Clef de Pays et chef de duché de Guyenne", Montauban est une ville frontière qu'Anglais et Français vont se disputer âprement. Dès 1368, la ville, à nouveau française, ne garde plus qu'un souvenir de l'occupation : la belle salle du Prince Noir aux immenses voûtes d'ogives situées dans l'actuel Musée Ingres.

A partir de 1561, au temps des guerres de religions, la ville devient une des capitales du protestantisme français avec La Rochelle. Henry de Navarre, le futur Henri IV, y fera de fréquents séjours. La ville affirme sa grandeur en reconstruisant à partir de 1614, les couverts de la belle Place Nationale. Mais, en 1629, après la prise de La Rochelle, Montauban doit se soumettre: Richelieu entre dans la ville et rétablit le culte catholique à l'église Saint-Jacques.


La ville devient alors une capitale régionale, chef-lieu d'intendance en 1633 et d'un tribunal des Finances, la cour des Aides en 1661. Elle atteint son apogée économique au XVIIIème: minoteries, tissages de la soie et de la laine.

L'apogée économique des XVIIème et XVIIIème siècles, qui suit la période trouble des guerres de religion au cours de laquelle Montauban s'illustre comme place forte du protestantisme français, est l'occasion d'une reconstruction générale et du développement des faubourgs.

Le XIXe siècle est, pour Montauban, le commencement du déclin économique et administratif. À l'instar d'un certain nombre de villes méridionales, industrielles ou commerçantes, qui ont connu un brillant XVIIIe siècle, la ville connaît également un déclin démographique au siècle suivant. À l'écart de la révolution industrielle, Montauban subit tout au contraire une lente mais irréversible désindustrialisation : le textile est en crise, le chômage provoque des émeutes, la disette menace. L'arrivée du chemin de fer en 1857 ne changera rien : la deuxième moitié du XIXe siècle ne fait que confirmer, voire amplifier la désindustrialisation de Montauban. Déclin agricole et déclin industriel vont, d'ailleurs, de pair : l'absence de banques, la stagnation des mentalités sont également des facteurs à ne pas négliger. Elle compte alors 30 000 habitants face aux 48 000 toulousains. Pourtant, il faudra attendre 1808, pour que Napoléon crée un nouveau département, le Tarn et Garonne, dont Montauban devient le chef-lieu.

La ville est demeurée un centre administratif et agricole. Ville d'art et de culture, souriante cité de briques roses, Montauban voit ses vieux quartiers restaurés, sa population augmenter et de nouvelles implantations naître, saisissant les opportunités économiques de sa position de carrefour régional et européen.

De son riche et tumultueux passé, Montauban a hérité d'un remarquable patrimoine architectural, dont la brique, omniprésente, lui vaut l'appellation de "plus rose des villes roses". Servis par une brillante culture architecturale, édifices civils et religieux rivalisent de splendeur : la Place Nationale ou Place Royale, sa double rangée d'arcades et ses façades harmonieuses ; le Palais des Evêques ; le Collège des Jésuites ; les Hôtels Particuliers des riches bourgeois et, exception symbolique de pierre et de cuivre, la Cathédrale, affirmation de la reconquête catholique et royale.

Le musée d’Ingres abrite des œuvres de Bourdelle. Je vous propose un post que j’avais consacré à Ingres, un peintre, dessinateur et musicien, qui est au cœur de la renaissance de la ville de Montauban.

«INGRES Jean-Auguste-Dominique, (29 août 1780 Montauban, 14 janvier 1867 à Paris), peintre du néo-classicisme et symbole de la modernité», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Ingres fut-il un homme hors normes et, comme sa création, irréductible aux schémas traditionnels en cours au XIXe siècle ? Ou bien une image fabriquée de son vivant, ensuite au fil des décennies, puis après sa mort par une historiographie abondante et zélée?

Ce qui caractérise cette gloire de France, dont la longue vie a été entièrement vouée à l’art, c’est la finesse du contour ; INGRES est un dompteur infatigable de la forme, et un modèle d’une justesse et d’une fermeté extraordinaire. «A toutes les pages, presque à toutes les lignes, il rejette la nécessité de copier scrupuleusement la nature», souligne Raymond COGNIAT. Pour INGRES, être artiste c’est un sacerdoce : «l’art n’est pas seulement une profession, c’est aussi un apostolat», dit-il. «Les œuvres d’INGRES sont de telle nature qu’elles commandent le respect. C’est la forme la plus exquise trouvée par un esprit éminent pour la révélation de sa fantaisie», s’exclame Gustave PLANCHE un critique d’art.

Le prestige d'Ingres s'impose de façon définitive sous le règne de Louis-Philippe (cartons des vitraux de la chapelle Saint-Ferdinand à Paris) comme sous le Second Empire (composition pour l'Hôtel de Ville). Il fait figure de peintre officiel.

À l'Exposition universelle de 1855, une salle entière est consacrée à ses œuvres et marque l'apogée de sa gloire. Les somptueux portraits de cette époque, la Baronne de Rothschild (1848), Madame Moitessier (1856), ont une richesse un peu lourde, une incroyable perfection technique, mais reflètent l'ennui qu'éprouve le peintre à ces travaux. Son unique apport dans le domaine de la décoration murale, l'Âge d'or, commandé par le duc de Luynes pour Dampierre, est resté inachevé, mais témoigne de ce goût exclusif pour les «formes pures du bel âge», dont la Source (1856) fut en son temps l'exemple le plus apprécié.

Durant cette dernière période, outre ces commandes de décorations monumentales et de portraits, INGRES peint aussi des tableaux religieux, mais surtout, trois tableaux de nus couronnent son oeuvre : Vénus Anadyomène, commencée à Rome dès 1808 mais seulement achevée en 1848, à Paris, la Source et le Bain turc (1862).

La reconnaissance est venue du vivant même d’INGRES. Louis-Philippe a demandé à ce que INGRES fasse le portrait de son fils, le duc d’Orléans. INGRES fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 1824, membre de l’Institut en 1826, officier de la Légion d’honneur en 1841, Commandeur en 1845, Grand officier en 1855, sénateur en 1862, membre du conseil impérial de l’Instruction publique.

Les artistes des générations suivantes, Degas, Seurat, Matisse, indifférents à la grande querelle du romantisme et du classicisme, apprécieront chez Ingres non pas les compositions historiques et religieuses, Jeanne d'Arc, Vierge à l'hostie, tant admirées par les contemporains, mais la géométrie de Virgile lisant l'Énéide (1819), la musicalité de l'Odalisque à l'esclave (1839), l'érotisme intellectuel du Bain turc, testament esthétique où s'affirment l'amour de l'arabesque et la recherche de l'abstraction.

L'art d'Ingres a doublement influencé la peinture en agissant d'une part, à court terme, sur les élèves de son atelier (le plus important du siècle après celui de David) et sur des imitateurs médiocres, d'autre part, à plus longue échéance, sur tous ceux qui rêvent d'ascèse et de style.

L'autorité de son enseignement, «le dessin est la probité de l'art», ou «il faut vivre des antiques», aboutit à un système où la doctrine ingriste impose sa froideur, mais non cette étrangeté qui faisait son génie et dont seul Chassériau, disciple infidèle bientôt attiré par le romantisme d'un Delacroix, utilisera les charmes ambigus.

La plupart des élèves d'Ingres (Victor Mottez, 1809-1897 ; Hyppoylite Flandrin ; Jean-Louis Janmot, 1814-1892) seront des portraitistes appréciés, mais participeront surtout à un renouveau de la peinture murale religieuse, encouragé par la présence à l'Inspection des beaux-arts de l'architecte Victor Baltard leur condisciple à la Villa Médicis. Parallèlement à cette peinture à tendance idéaliste se développe un courant néogrec représenté par des artistes tels que Léon Gérome et Charles Glyere avec lesquels s'édulcorent les grands principes «ingristes».

Mais la véritable filiation d'Ingres se trouve chez ceux qui surent assimiler son obsession de la ligne, comme Puvis de Chavanes et Degas, sa volonté de synthèse, comme Gauguin et Maurice Denis, sa méthode intellectuelle, comme les peintres cubistes, qui, de Picasso à La Fresnaye et Lhote, ont toujours admiré la rigueur de son vocabulaire plastique.

Les tableaux et les dessins d'Ingres, souvent admirés pour leur apparente fidélité à la réalité, contiennent, dans les déformations plastiques qu'ils suggèrent, la simplification de leur modelé, l'audace de leurs coloris, des ferments novateurs qui choquèrent à son époque et dont s'emparèrent les créateurs de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle. Successivement les fauves (Derain, Matisse), les cubistes (Picasso) et les surréalistes (Dali, Mirô, Man Ray) empruntent au maître. Le domaine du nu et celui du portrait sont les plus favorisés, avec des interprétations tantôt fidèles, tantôt audacieuses. Les artistes les plus exigeants de la seconde moitié du xxe siècle, Larry Rivers, Francis Bacon, Robert Rauschenberg, Martial Raysse, s'emparent aussi des créations d'Ingres. Les contemporains, y compris les plus jeunes, se passionnent aujourd'hui pour le maître de Montauban dans tous les pays, jusqu'à la Russie, la Corée et le Japon. Tous font partie de ces " modernes " qui, passionnés par le travail d'Ingres, en donnent des images parfois violentes ou bien ludiques, délibérément érotiques, contestataires ou revendicatives, en particulier pour ce qui concerne les combats raciaux ou féministes.

Ingres est le défenseur d'une permanence classique, face aux violences cérébrales et plastiques du romantisme. Son art apparaît cependant curieusement diversifié selon que l'on étudie les tableaux d'histoire, les portraits ou les nus. Si les premiers obéissent à une inspiration souvent académique, les seconds atteignent, au-delà d'une ressemblance parfaite, le caractère psychologique du sujet, affirmation de l'individualité accompagnée pourtant d'une soumission du modèle à l'idéal ingresque, où la souplesse de la ligne dessine des gestes arrondis, des plis moelleux, des yeux en amande. Les nus sont l'aboutissement de cette fascination de la ligne qui semble la substance même de l'art d'Ingres.

Ingres a laissé un ensemble d'écrits et de propos, rédigés ou recueillis au fil des circonstances, qui constituent un précieux témoignage de sa pensée artistique et de sa personnalité. Il y exprime ses "bonnes doctrines" avec une foi ardente et ce ton tour à tour impérieux, naïf ou batailleur qui le caractérise. Elève de David, Ingres se conforme à la tradition d'un art classique idéaliste, fondé sur l'imitation des Anciens, le primat de la peinture d'histoire et du dessin sur la couleur. Dès ses débuts, cependant, il renouvelle et subvertit cette tradition en se référant non au "beau idéal", mais à une conception personnelle de la beauté, nourrie de références nouvelles, notamment à l'art de la Renaissance italienne et surtout inspirée de l'étude éblouie des formes vivantes. Ces textes permettent de suivre la complexité d'une pensée partagée entre la tentation doctrinale et la vivante réflexion issue de la pratique. Ils sont assortis de commentaires critiques dus à Baudelaire, Théophile Silvestre ou André Lhote, tour à tour virulents ou admiratifs, mais toujours éclairants. INGRES est à la fois un symbole du classicisme et, paradoxalement, une figure tutélaire de la modernité.

I – INGRES, une longue vie vouée à l’art

INGRES est né le 29 août 1780, à Montauban, dans le Tarn, de Jean-Baptiste INGRES, originaire de Toulouse, sculpteur et musicien et d’Anne MOULON. A 5 ans, son père l’inscrivit à l’Institut des Frères de la doctrine chrétienne, pour son enseignement religieux. «Il était docile, laborieux, intelligent et d’une régularité de conduite peu commune à son âge», écrit Rey BARTHELEMY.

1 – INGRES, un admirateur de Raphaël

Son père, Joseph INGRES (1755-1814), peintre, sculpteur, ornemaniste, aussi habile à modeler des statues pour les parcs languedociens qu'à décorer un plafond ou à réaliser les grandes mises en scène des fêtes publiques, prend très tôt conscience des dispositions artistiques de son fils. Il lui enseigne le violon, le dessin, lui donne à copier des estampes, puis le confie à ses confrères toulousains : le sculpteur Jean-Pierre Vigan († 1829), le paysagiste Jean Briant (1760-1799), organisateur du musée des Grands-Augustins, Joseph Roques (1754-1847), ancien condisciple de David. Ce dernier règne alors sur les beaux-arts européens, auxquels il impose la théorie du «beau idéal».

INGRES savait jouer de la musique. En effet, il avait une seconde passion artistique, puisqu'il consacrait ses moments libres à jouer du violon, et avec un certain talent, puisqu'il devint même deuxième violon à l'orchestre du Capitole de Toulouse. C'est ainsi que, depuis le début du XXe siècle, avoir un violon d'Ingres s'emploie à propos d'une personne qui pratique une activité non professionnelle avec une certaine passion. Charles Gounod qui avait fait la connaissance d'Ingres à Rome; relate la passion d’Ingres pour la musique : "Monsieur Ingres était fou de musique ; il aimait par-dessus tout Haydn, Mozart, Beethoven et peut être plus particulièrement Glück... Nous restions souvent une partie de la nuit à nous entretenir des grands maîtres".

INGRES fréquentait les petits théâtres de Montauban. Il étudia les rôles de César, de Mahomet et de Britanicus.

A 12 ans, INGRES obtient le grand prix de l’Académie. «J'ai été élevé dans le crayon rouge. Mon père me destinait à la peinture, tout en m'enseignant la musique comme passe-temps», dit-il. INGRES est un grand admirateur de Raphaël. «Mes progrès en peinture furent rapides. Une copie de la Vierge à la chaise ramenée d’Italie par mon maître, fît tomber le voile de mes yeux ; Raphaël m’était révélé. Je fondis en larmes», souligne Ingres.

Né sous Louis XVI, INGRES arrive à Paris au lendemain de la Révolution. INGRES séjournera à Paris sur trois périodes de 1796 à 1806, de 1824 à 1834 et de 1841 à sa mort. En 1796, INGRES se rend à Paris et s’inscrit à l’atelier de Louis DAVID, chargé, à l’époque, de restaurer l’art en France, en y faisant revivre le goût des beautés antiques. David s’est fait remarquer par ses ardeurs républicaines. Il se fait remarquer par «la candeur de son caractère et sa disposition à l’isolement», MONTROND un de ses biographes. Il a un fond d’honnêteté rude qui «ne transige rien d’injuste et de mal», précise l’auteur. L'atelier de David est alors partagé en plusieurs factions : les «romains», partisans d'un strict néoclassicisme ; les « muscadins », royalistes, catholiques et adeptes d'une peinture historique à caractère national ; les «barbus» ou «primitifs», dont le chef Maurice Quay (1779-1804) prône le style « procession », c'est-à-dire le linéarisme des figures tracées sur les vases grecs, dont s'inspire John Flaxman Outre-Manche. L'Iliade illustrée par celui-ci connaît un grand succès en France. INGRES sera rempli de fierté lorsque l'artiste anglais déclarera trouver «préférable à tout ce qu'il a vu de l'école française contemporaine » les Ambassadeurs d'Agamemnon (1801, École nationale des beaux-arts), tableau très davidien avec lequel Ingres vient de remporter le premier prix de Rome. Ingres sembla d'abord destiné à reprendre le flambeau de son maître David, dans l'art à la fois du portrait et de la peinture historique. En 1799, il remporta au concours général, le 2ème prix de peinture. Il conquit le 1er prix en 1802. . Les difficultés financières du gouvernement retarderont jusqu'en 1806 le départ des lauréats pour la Ville éternelle.

Pour son premier voyage, INGRES séjournera en Italie, de 1806 à 1820. Le deuxième voyage s’étalera de 1834 à 1841. En Italie, il commença par étudier, de façon approfondie, son peintre favori, Raphaël, maître de la rectitude idéale de la ligne. Mais Ingres s'émancipa très vite. Il n'avait que 25 ans lorsqu'il peignit les portraits de la famille Rivière. Ils révèlent un talent original et un goût pour la composition non dépourvu d'un certain maniérisme, mais celui-ci est plein de charme, et le raffinement des lignes ondulantes est aussi éloigné que possible du réalisme simple et légèrement brutal qui fait la force des portraits de David. Ses rivaux ne se laissèrent pas abuser : ils tournèrent en dérision son style archaïque et singulier en le surnommant «Le Gothique » ou «Le Chinois ». Cependant, durant le Salon de 1824 qui suivit son retour d'Italie, Ingres fut promu chef de file du style académique, par opposition au nouveau courant romantique mené par Delacroix. En 1834, il fut nommé directeur de l'Ecole française de Rome, où il demeura 7 ans. Puis, à peine rentré au pays, il fut à nouveau acclamé comme le maître des valeurs traditionnelles, et s'en alla finir ses jours dans sa ville natale du Sud de la France. La plus grande contradiction dans la carrière d'Ingres est son titre de gardien des règles et des préceptes classiques, alors qu'une certaine excentricité est bien perceptible dans les plus belles de ses oeuvres. Un cuistre, observant le dos de la Grande Odalisque et diverses exagérations de forme dans Le Bain turc, fit remarquer les indignes erreurs commises par le dessinateur. Mais ne sont-elles pas simplement le moyen par lequel un grand artiste, doté d'une sensibilité extrême, interprète sa passion pour le corps magnifique de la femme ? Lorsqu'il voulut réunir un grand nombre de personnages dans une oeuvre monumentale telle que L'Apothéose d'Homère, Ingres n'atteignit jamais l'aisance, la souplesse, la vie ni l'unité que nous admirons dans les magnifiques compositions de Delacroix. Il procède par accumulation et juxtaposition. Pourtant, il sait faire preuve d'une grande assurance, d'un goût original et d'une imagination fertile lorsqu'il s'agit de tableaux n'impliquant que deux ou trois personnages, et mieux encore dans ceux où il glorifie un corps féminin, debout ou allongé, qui fut l'enchantement et le doux tourment de toute sa vie.

Il ne faut pas négliger ces années d'attente. Le jeune artiste vit difficilement, mais sa réputation grandit, attestée par les commandes d'un portrait du Premier Consul (1803), destiné à la ville de Liège, et d'un Napoléon Ier sur son trône (1806) pour le Corps législatif.

Ingres se détache de David, se lie plus intimement avec des préromantiques comme Antoine Gros et François Granet, partage l'admiration de son ami, le sculpteur florentin Lorezo Bartolini, pour le quattrocento, fréquente le salon de François Gérard où il retrouve toute l'intelligentsia de sa génération et se passionne comme celle-ci pour les poèmes prétendument ossianiques de Macpherson.

Enfin, il a l'occasion de pouvoir étudier au Louvre les nombreux chefs-d'œuvre soustraits aux galeries européennes par les troupes de Bonaparte : « C'est en se rendant familières les inventions des autres qu'on apprend à inventer soi-même », assurera-t-il plus tard.

2 - INGRES et les influences italiennes.

Dans les portraits de la famille Rivière, œuvres majeures de cette première période parisienne, se lisent ses admirations : reproduction de la Vierge à la chaise de Raphaël, négligemment posée près du bras de Monsieur Rivière, utilisation d'un fragment de paysage emprunté à l'Amour sacré et l'Amour profane de Titien dans le fond du portrait de Mademoiselle Rivière, celle-ci ayant d'ailleurs la pose d'un autre Titien (la Dame à la fourrure), mais se détachant à mi-corps en clair sur clair comme la Vierge à la prairie de Raphaël.

L'autorité picturale d'Ingres, tempérament peu imaginatif et toujours dépendant du modèle, vivant ou peint, est cependant telle que les emprunts s'amalgament totalement à son propre style. Au Salon de 1806, le public et la critique reprochent aux portraits des Rivière et à l'autoportrait du musée de Chantilly d'imiter Van Eyck avec extravagance. De Rome, Ingres s'indigne : « Du gothique dans Madame Rivière, sa fille, je me perds, je ne les entends plus… ».

Les carnets du maître, sa correspondance, les souvenirs recueillis plus tard par ses élèves dévoilent son caractère intransigeant (« l'admiration tiède d'une belle chose est une infamie ») ; ses lectures (Dante, Homère, Ossian, lady Montagu) trahissent ses passions : « les Grecs divins », Raphaël, Poussin, Masaccio, mais aussi les maniéristes toscans et les primitifs (il possédait un panneau de Masolino da Panicale).

Respectueux de la hiérarchie des genres, Ingres n'exploite pas ses dons de paysagiste, mais le Casino de Raphaël (1806-1807) et les fonds des portraits dessinés ont une concision et une clarté qui préludent à celles des Corots d'Italie.

3 – INGRES, un artiste sensible

INGRES est un artiste pudique, mais d’une grande sensibilité. On a le sentiment que ses premiers biographes n’ont connu sa vie que la façade. «Celui qu’on a accusé de froideur, fut un homme, entre tous, sensible», dit Henri LAPAUZE, un de ses biographes.

La vie d’INGRES est mouvementée, fertile en imprévus. En 1802, INGRES remporte le prix de Rome, mais il ne pourra regagner l’Italie qu’en 1806. C’est pendant cette période qu’il fréquenta la famille d’un magistrat parisien qui résidait au quai Malaquais, dans le 6ème arrondissement. Anne-Marie Julie Forestier avait 17 ans, et lui 26 ans. INGRES déclare à sa Julie, sa fougue : «Je vous aime beaucoup pour être raisonnable. Je vous aime, tour à tour, comme épouse, sœur et amie», dit-il.

La tradition de l’époque voulait que le père demande, pour le compte de son fils, les fiançailles.

INGRES aimait sa Julie, mais il adore son art. Il part en Italie, et y séjourne trop longtemps et les fiançailles seront rompues. Julie Forestier ne se mariera jamais : «quan on a eu l’honneur d’être fiançée à INGRES, on ne se marie pas».

Avant de se marier, à sa première épouse Madeleine Chapelle, INGRES aimait en Italie, Laure Zoëga, une fille d’antiquaire. Mais Laure aimait danser. Un jour elle disparut avec un cuirassier.

Ce sont des amis d’INGRES qui l’ont mis en relation avec sa future épouse. Madeleine Chapelle qui tenait un magasin de mode et de lingerie, à Guéret, en Creuse, consentie de rejoindre INGRES en Italie. Le mariage est célébré le 4 décembre 1813. Madeleine décédera le 27 juillet 1849.

A 72 ans, INGRES se remarie, à Paris, avec Delphine Ramel (43 ans), le jeudi 15 avril 1852.

II – Ingres, peintre du réalisme et de la nudité

1 – INGRES, la nudité et la recherche de la ligne juste :

Entre ses deux envois officiels de la Villa Médicis Œdipe et le Sphinx (1808), où le modèle a la pose de l'un des Bergers d'Arcadie de Poussin, et Jupiter et Thétis (1811), où la déesse est inspirée d'un dessin de Flaxman, mais avec une volupté très personnelle, l'imagerie ingresque se précise, atteint une étrangeté linéaire qui déroute les contemporains.

Dix-huit ans d'Italie (il ne quittera pas Rome à la fin de son séjour à la Villa Médicis) isolent Ingres de l'évolution parisienne. Il n'est cependant pas insensible au romantisme : allure byronienne du portrait de Granet (1807), surréalité du Songe d'Ossian (1812-1813) commandé par le préfet de Rome pour la chambre de Napoléon au Quirinal, style troubadour de Paolo et Francesca (1819), à propos duquel, à la fin du siècle, Odilon Redon s'étonnera : « Mais c'est Ingres qui fait des monstres». La première version de ce tableau date de 1814 ; il en existe quatre autres, Ingres aimant reprendre à de longues années d'intervalle ses thèmes favoris, qui, pour la plupart, apparaissent au cours de ce premier séjour romain : Vénus Anadyomène, Stratonice, les odalisques.

La Baigneuse de dos (1807) et la Baigneuse de la collection Valpinçon (1808) inaugurent un jeu subtil entre la ligne et le ton local, dont l'allongement maniériste et la pâleur élégante de la Grande Odalisque (1814) sont l'apothéose. Exposée en 1819, 1846, 1855, cette dernière œuvre fut incomprise d'un public insensible à ses beautés intellectuelles.

2 – INGRES, portraitiste, réaliste et champion du néoclassicisme.

Un réalisme plus accessible apparaît dans les nombreux portraits commandés par les fonctionnaires impériaux avec lesquels il s'est lié : les Marcotte, les Bochet, les Panckouke, les Lauréal (dont il épousera en 1813 une cousine, Madeleine Chapelle, modiste à Guéret). En 1815, la chute de l’Empire le prive de cette clientèle, mais Ingres, qui a travaillé pour Napoléon, pour les Murat, pour Lucien Bonaparte, n'est pas pressé de regagner Paris. Les admirables portraits à la mine de plomb évoquant si souvent les traits de ses amis (individuellement : Charles François Mallet, 1809 ; ou collectivement : la Famille Stamaty, 1818) deviennent sa principale ressource jusqu'à son départ pour Florence (1820), où l'attire la présence de Bartolini.

Ingres passe quatre ans en Toscane, très occupé par la conception et la réalisation du Vœu de Louis XIII, commandé pour la cathédrale de Montauban grâce à l'intervention de son ami Jean-François Gilibert. Il rentre en France pour présenter au Salon de 1824 cette œuvre assez magistrale malgré la disparité des sources (Raphaël et Champaigne). Le succès fut général et l'approbation unanime, même de la part du jeune Delacroix qui expose les Massacres de Scio.

INGRES se conforme à la tradition d'un art classique idéaliste, fondé sur l'imitation des Anciens, le primat de la peinture d'histoire et du dessin sur la couleur. Dès ses débuts, cependant, il renouvelle et subvertit cette tradition en se référant non au "beau idéal", mais à une conception personnelle de la beauté, nourrie de références nouvelles, notamment à l'art de la Renaissance italienne et surtout inspirée de l'étude éblouie des formes vivantes. « INGRES est un élève de David. Or, tous ceux qui ont étudié l’histoire de la peinture, il est hors de doute que l’élève est supérieur à son maître», souligne Gustave PLANCHE.

Charles X décore INGRES de la légion d’honneur. En effer, de 1824 à 1835, une pluie d'honneurs s'abat sur l'artiste : Légion d'honneur, fauteuil à l'Institut, professorat à l'École nationale des beaux-arts, dont il devient président en 1834. La Monarchie de Juillet lui accorde des égards à sa mesure : il peint le Duc d’Orléans, chez lui. Louis-Philippe le nommera Directeur de l’Académie à Rome.

Simultanément, ses amis commencent à l'imposer comme le champion du classicisme face au romantisme, et lui-même adopte cette attitude intransigeante. Avec austérité, il enseigne aux élèves de son atelier (créé en 1825) une stylisation, une simplification inspirées de Raphaël et de Poussin, qu'illustrent le schéma pyramidal et les attitudes figées de l'Apothéose d'Homère (1827) et du Martyre de saint Symphorien (cathédrale d'Autun).

Le portrait de Monsieur Bertin (1832), symbole de la bourgeoisie triomphante, échappe à cette doctrine par son caractère sociologique, comme lui échappe en un autre sens la mise en page décentrée de l'Intérieur de harem (1828).

Parti étudier les grands maîtres italiens, il se fixe à Rome puis à Florence, d’où il produit notamment Raphaël et la Fornarina, Le sommeil d’Ossian ou L’Odalisque couchée, ce dernier tableau, commandé par la reine de Naples, lui valant un retour en grâce auprès des critiques français. Ingres revient à Paris en novembre 1824 ; suite à un discret complot des cercles d’influence de l’art parisien, défenseurs du classicisme, Ingres apparaît alors comme le sauveur de la tradition qui renouvelle l’art sans le détruire ce qui l’oppose aux jeunes romantiques. Il expose au Salon quelques sujets «Troubadours» et le Vœu de Louis XIII, grand tableau commandé pour la cathédrale de Montauban.

Décoré de la Légion d’honneur en 1824, Ingres est admis en 1825 à l’Institut. Mais son travail continue de déchaîner les passions et il repart pour Rome prendre la direction de la Villa Médicis en 1834. Son second retour de Rome sera celui de la gloire officielle. Les commandes affluent, parmi lesquelles des peintures destinées à la Chambre des Pairs de la Monarchie de Juillet. Survient le Second Empire. Ingres, qui avait en 1804 composé un Portrait du Premier Consul et un Portrait de l’Empereur représente au plafond de l’Hôtel de Ville de Paris l’Apothéose de Napoléon 1er, avec cette légende: In nepote redivivus (Réincarné dans le neveu - Napoléon III était le neveu de Napoléon 1er). Appelé en mai 1862 à siéger au Sénat impérial, Ingres y vote jusqu’à sa mort pour la ligne gouvernementale".

Le tableau, «Le Vœu de Louis XIII» dont les sources d’inspiration sont à chercher tant chez Raphaël que dans la tradition baroque française et italienne étudiée à Toulouse mêle théâtralité et réalisme, est un abandon temporaire aux références antiques.

L’influence d’INGRES sur l’art français est considérable. Elle débute de sa nomination en 1825. Son tableau « L’Apothéose d’Homère», déchaîne les passions. «Non seulement la jeune génération subit l’ascendant du maître, mais les maîtres eux-mêmes n’y purent échapper», dit Gustave PLANCHE.

Il s’empresse de retrouver ces références antiques dans cette commande pour un plafond du Louvre qui reprend le schéma classique de L‘Ecole d’Athènes de Raphaël au Vatican. Tout y apparaît comme une démonstration de ses convictions esthétiques : Homère est couronné au milieu d’un choix d’artistes, écrivains, poètes, musiciens, peintres, philosophes, se réclamant tous de la tradition homérique : les grands auteurs et penseurs grecs, Eschyle, Hérodote, Sophocle, Euripide, Aristote, Socrate, Platon et Hésiode ; quelques Romains comme Horace et Virgile ; les grands auteurs classiques français, tels Molière, Racine, Corneille, Boileau, La Fontaine, Fénelon ; un Anglais, Shakespeare, deux Italiens, Dante et Le Tasse. Les beaux-arts sont quant à eux représentés par un nombre peu élevé de personnalités : Apelle et Phidias pour l’Antiquité, Poussin et Raphaël pour les temps modernes - David, envisagé un moment, a disparu ; et seulement deux musiciens : Mozart et Gluck.

Le Martyre de saint Symphorien : Pendant près de 10 ans, Ingres travaillera à la réalisation de ce tableau pour la cathédrale d’Autun. Il a multiplié les études au crayon et à l’huile de la composition, des personnages et des accessoires. Il s’attache à restituer la plus grande réalité historique et archéologique, s’arrêtant même à Autun pour étudier les lieux et l’architecture locale. Exposé au Salon de 1834, cette œuvre incomprise sera fortement critiquée.

Il peint le 1er Consul en habits rouges et cette peinture est exposée en 1855, puis cédée à la ville de Liège.

INGRES est l’artiste le plus chrétien de son époque. «Nulle part la réaction d’INGRES ne s’est accomplie avec plus de grandeur et d’utilité que dans la peinture religieuse », souligne Gustave Planche.

INGRES représente l’harmonie linéaire, la pureté des formes ; chez lui l’expression du beau et du vrai, est l’essence de l’art.

INGRES meurt le 14 janvier 1867, dans son appartement Quai Voltaire, à Paris. « J’ai beaucoup connu INGRES et sereine vieillesse. Il avait conservé toute sa lucidité et la maîtrise suprême de son art, dont il parlait avec un enthousiasme juvénile», confiera la Comtesse Georges Mniszech, née Hanska, fille de Mme Honoré de Balzac.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

1 – Sur l’histoire de Montauban

LICOU (Daniel), sous la direction de, Histoire de Montauban, Toulouse, Privat, 1984, 354 pages ;

UTHANE (Urbain), Essai sur Montauban et le Tarn et Garonne, géographique, historique, économique, Montauban, Georges Forestier, 1908, 421 pages, spéc sur Montauban, pages 191-305 ;

MARY-LAFON (Jean-Bernard, Marie), Histoire d’une ville protestante, Paris, Amiot, 1862, 316 pages ;

LE BRET (Henri), Histoire de Montauban, Montauban, Chez Rethoré, 1841, vol 1 432 pages ;

ROME (Catherine), Bourgeois de Montauban au XVIIème siècle, thèse sous la direction de Jean-Pierre Amalric, Toulouse, 1997, 2 vol 622 pages ;

2 – Contributions d’INGRES

INGRES (Jean-Auguste-Dominique), Les cahiers littéraires inédits de JAD Ingres, Paris, PUF, 1956, 96 pages ;

INGRES (J.A.D.), Ingres raconté par lui-même et par ses amis, Venesav Genève, P. Cailler, vol. I, 1947, 190 pages ;

INGRES (JAD), Pensées, éditions de la Sirène, 1922, 172 pages ;

INGRES (J.A.D), Catalogue des tableaux, études peintes, dessins et croquis, Paris, typographie de A D Laine et J. Havard, 1867, 67 pages ;

INGRES (JAD), Ecrits sur l’art : dessins d’Ingres, Paris, la Bibliothèque des Arts, 1994, 99 pages ;

2 – Contributions sur INGRES :

AMAURY-DUVAL, L’atelier d’Ingres, souvenirs, Paris, Charpentier, 1878, 288 pages (doc BNF, cote 8V) ;

BARBILLON (Claire), DUREY (Philippe), FLEKNER (Uwe), Ingres, homme à part ? : une carrière et un mythe : actes du colloque, Ecole de Louvre, 25-28 avril 2009, Paris, Ecole du Louvre, 2009, 453 pages.

BLANC (Charles, critique d’art) et FLAMENG (Léopold), Ingres, sa vie et ses ouvrages, Paris, J. Renouard, 1870, 247 pages ;

BROETEG (Michael), Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1969, 164 pages ;

COGNIAT (Raymond), Ecrits sur l’art, la Jeune Parque, 1947, 85 pages ;

Contributions en langue anglaise :

CUZIN (Jean-Pierre), SALMON (Dimitri), VIGIER-DUTHEIL (Florence), Ingres et les modernes, Musée national des beaux-arts de Québec, Musée Ingres, Somogy, 2008, 335 pages ;

DELABORDE (Le Vte Henri), Ingres : sa vie, ses travaux, sa doctrine, d’après les notes manuscrites et les lettres du maître, Paris, Plon, 1870, 379 pages (doc. BNF cote 8Ln27 25452) ;

GOETZ (Adrien), préface de, Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), Paris, Grasset, 2013, 133 pages ;

GRIMME (Karin H), Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1780-1867, Taschen, 2006, 96 pages (texte en anglais) ;

JOVER (Manuel), Ecrits et propos sur l’art, Jean-Auguste-Dominique Ingres, éditions Herman, 2006, 177 pages ;

Laboratoire secret CRDP de l’Académie d’Aix-Marseille, Ingres et l’Antique, 2006, 62 pages ;

LAPAUZE (Henri), Ingres, sa vie, son œuvre, (1780-1867), d’après des documents inédits, Paris, G Petit, 1911, 584 pages ;

LAPAUZE (Henri), Le roman d’amour de M. Ingres, Paris, Pierre Lafitte, 1910, 336 pages ;

MEOPHLE (Sylvestre), Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paris, Litres, 2014 80 pages ;

MERSON (Olivier), Ingres : sa vie, son œuvre, J. Hetzel, 1867, 123 pages ;

MERSON (Olivier), Ingres, sa vie et ses œuvres, son portrait photographie par Légé et Bergeron, et le catalogue des œuvres du maîtres par Emile Bellier de la Chavignerie, Paris, J. Hetzel, 1867, 123 pages ;

MICHEL (André), Notes sur l’art moderne (Corot, Ingres, Eugène Delacroix, Raffet Meissonnier, Puvis de Chavannes, à travers les salons), Paris, Armand Colin, 1896, 320 pages ;

MIRECOURT (Eugène), Ingres, 1856, G Havard, 95 pages ;

MIRECOURT de (Eugène), Ingres, Paris, Gustave Havard, 1856, 95 pages (doc. BNF);

MONTROND de (Maxime), Ingres, étude biographique et historique, Lille, Paris, Librairie Gérant, 1868, 138 pages (doc BNF, cote Ln 27 24S26 – 13293) ;

PICON (Gaëtan), Jean-Aguste-Dominique Ingres, Genève, 1980, éditions d’art Albert Srika, collection découverte du XXème siècle, 156 pages ;

PLANCHE (Gustave), «Les œuvres d’Ingres», Revue des Deux Mondes, 1851 (tome 12), pages 119-1135 ;

REY (M. Barthélémy), Biographie d’Ingres : hommage au conseil général de Tarn-et-Garonne et au conseil municipal de la ville de Montauban, Toulouse, Montauban, Paris, éditions J B Dumoulin, 1867, 12 pages ;

RITKIN (Adrien), Ingres : Then, and Now, Routledge, 2005, 176 pages.

ROSENBLUM (Robert), Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1990, Harry N Abrahms, 128 pages ;

TOUSSAINT (Hélène), Les portraits d’Ingres : peinture des musées nationaux, Paris, Ministère de la Culture, éditions Réunions des Musées nationaux, 1985, 141 pages ;

Albi, le 26 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Montauban, cité d’histoire et d’art», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 17:58

Lisle-sur-Tarn domine la rivière qui a donné son nom au département. Au Moyen-Age, le village s'appelait Lisle-en-Albigeois. La cité médiévale comptait alors deux ports. Le commerce du vin et du pastel, les droits de passage, ont assuré la prospérité de cette ville nouvelle. Raymond VII, comte de Toulouse, a fondé Lisle-sur-Tarn en 1248 et il en fut son seigneur. Des chartes de 1192 et 1228 mentionnent plusieurs chevaliers portant le nom de Insula ou Illa. Au milieu du XIIIe siècle, Lisle-sur-Tarn était déjà administrée par quatre consuls et sa fondation remontait à plusieurs années. L’abbé de Moissac se plaint en effet en 1249 que le village et l’église de Lapeyrière soient depuis quinze ans gouvernés par le bayle de l’Isle-sur-Tarn. L’incendie de 1535 des archives communales explique sans doute la perte de la charte de coutumes et des documents qui nous auraient permis de connaître avec certitude la date de fondation de l’Isle-sur-Tarn. Jusqu'à présent, on estimait que Lisle était née immédiatement après le démantèlement de Montégut, en 1229, par les croisés de Simon de Montfort. Gérard VEYRIES indique lui que Montégut a survécu à son démantèlement et qu'à partir de 1234 et surtout 1248, les deux sites, la ville haute, Montégut et la ville basse, Lisle, se sont développés.

Première bastide du Tarne, mot désignant un centre de peuplement fortifié, fut bâtie, après la croisade des Albigeois, probablement à partir de 1229. Elle en possède les attributs essentiels, un plan géométrique articulé autour d’une place centrale, lieu de marché. En effet, Lisle possède la plus grande place à couverts du Sud-ouest. Au milieu, un joyau: le Griffoul, la fontaine offerte par Jeanne de Toulouse et Alphonse de Poitiers.

En déambulant dans les rues, le visiteur peut admirer de multiples maisons, à pans de bois, à encorbellement. Certaines ont conservé les «pountets», des passages couverts permettant de communiquer, à partir du premier étage, entre les maisons. Etonnantes aussi les quelques maisons en terre crues. Citons également ses hôtels particuliers - la mairie est installée dans l'un d'eux qui a appartenu à la famille Boisset - l'église Notre Dame de La Jonquière. Par conséquent, les principaux monuments sont la place Paul Saissac, l’hôtel de ville, le «Griffoul», l’église Notre-Dame, le musée Raymond Lafage ainsi que celui de la chocolaterie.

La place aux couverts, (place Paul Saissac), autour de laquelle fut organisé le tracé en «damier» des rues, est le cœur de la bastide. C’est la plus grande place à couverts du Sud Ouest (4425m²). Elle était et reste le centre économique et social de la cité : Hôtel de Ville, Office de Tourisme, salle des fêtes, musée du chocolat, banques, commerces, marché dominical, animations.

L’Hôtel de ville – Construit au XVIIIe siècle par la famille de Boisset, ce bel édifice appartient à la commune depuis 1936.

Le Griffoul (au centre de la place) est une fontaine, classée monument historique, offerte à la ville par Jeanne de Toulouse (Fille de Raimond VII) et son époux Alphonse de Poitiers (Frère de Louis IX). La frise qui orne la vasque, en alliage de plomb de 8m de circonférence, est parfois interrompue par la croix occitane et la fleur de lys qui symbolisaient l’union du comté de Toulouse et de la couronne de France.Cette vasque, datant du XIIIème siècle est surplombée d'une fontaine à Angelots, en bronze, fondue en 1611.

L’église Notre Dame de la Jonquière d’art gothique fut construite, au XIIIe et XIVe siècles, sur l’emplacement d’une église d’art roman dont subsistent seulement un portail et quelques fenêtres sur la façade latérale. Elle a été classée monument historique le 12 juillet 1886.

Lisle, c'est aussi Raymond LAFAGE, célébre dessinateur du XVIIe siècle a son musée. On peut y voir des dessins et gravures de l'enfant terrible et doué du pays lequel a croqué de multiples scènes de bacchanales. Il est vrai que l'on se trouve ici dans une terre de vignoble. Une autre salle présente une collection de verres de la Grésigne. Parmi ces verres, citons quelques curiosités : une cloche à melon, un tire-lait, un gobe-mouches.

Ouvert il y a peu, le musée du chocolat propose de délicieuses gourmandises artistiques. Le chocolatier Michel THOMASO-DEFOS et l'artiste Casimir FERRER ont uni leur talent pour la réalisation de superbes sculptures en chocolat. En fait, le cacao est produit à plus de 52% en Afrique (Côte-d’Ivoire, Ghana, Nigéria), mais ce sont les chocolatiers belges, suisses et français qui ont raflé la mise. Il est vrai que leur savoir-faire relève de l’art.

La palette des plaisirs offerte par Lisle s'enrichit avec le lac de Bellevue et ses multiples activités nautiques et de plein air: pédalos, bateaux électriques, pêche, VTT, randonnée, découverte de la faune et de la flore dans la forêt de Sivens complètent ces loisirs de pleine nature.

Indications bibliographiques

VEYRIES (Gérard), De Montégut à Lisle en Albigeois, remise en question d’un mythe historique à partir de documents inédits, Lisle-sur-Tarn, mairie de Lisle-sur-Tarn, 1998, 239 pages ;

VEYRIES (Gérard), Les guerres de religions en terre albigeoise : Lisle-sur-Tarn aux XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, Toulouse, Les Auteurs de l’Occitanie, 2007, 330 pages ;

HIGOUNET (Charles), Paysages et villages neufs du Moyen Age, préface Charles Samaran, Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, 1975, 492 pages, spéc sur les bastides pages 243-397 ;

ROSSIGNOL (Elie-A), Monographies communales ou études statistique, historique et monumentale du Tarn, Toulouse, Delboy, Paris, E. Dentu, Albi, Chaillol, 1864-1866, vol 1, 288 pages, vol 2 239 pages, vol 3 429 pages et spéc sur Lisle sur Tarn, vol. 383 pages ;

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«LISLE sur TARN, son éblouissante bastide et ses belles maisons», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 16:41

La ville de Gaillac ou Galhac en occitan, est à une vingtaine de kilomètres d’Albi. L’étymologie de Gaillac semble issue «d’Ager Gallacus», nom d’origine romaine signifiant le champ de Gallacus. Nous trouvons le nom de Gaillac, en 972, mentionné dans le testament de Raymond 1er, comte du Rouergue. «Le testament de Saint-Didier, évêque de Cahors, qui donne à son église le lieu de Gaillac est le plus ancien titre qui soit parlé de cette ville» dit Alfred CRAVEN-CACHIN (1839-1903). Selon lui, les sarcophages du cimetière de Gravas, découverts en 1887, datent de l’époque franque et de la période mérovingienne.

Ce qui domine, au loin, c’est son abbaye, Saint-Michel qui remonte au Xème siècle. Situé sur la rive droite du Tarn, le monastère Saint-Michel surplombant le Tarn est doté d’une église qui a été consacrée en 972, par Frotaire, évêque d’Albi. Gaillac étant devenu un gros bourg, les moins créent au XIIème siècle, une nouvelle paroisse dans l’église abbatiale. Les guerres de religions dévastèrent les églises de Gaillac. Durant les croisades contre les Albigeois, la victoire royale imposa à la ville la reconstruction des églises Saint-Pierre et Saint-Michel en 1271 et celle d’un pont sur le Tarn. Pendant, la Renaissance, Gaillac, seconde ville de l’Albigeois, enrichie par le vin, le pastel et le commerce sur le Tarn, connaît un début de siècle brillant, malgré une épidémie de peste. Les abbés de Saint-Michel s’employèrent à restaurer l’abbatiale durant les XVIIème et XVIIIème siècles. Avec la Révolution de 1789 ; l’abbaye fut de nouveau saccagée. Au XIXème siècle, sous la Restauration, on donne à la nef un aspect néo-classique, les murs sont peints en trompe-l’œil, et en 1849, un portail néo-roman est plaqué sur la façade occidentale.

Gaillac est situé au centre d’une plaine qui paraît-il produit d’excellents vins forts et puissants, avec une appellation d’origine contrôlée (A.O.C.), Gaillac. On raconte aussi que François 1er (1494-1547) fit cadeaux de cinquante barriques à Henri VIII d’Angleterre qui prit l’habitude de s’approvisionner en vin de Gaillac. Un musée, dédié au vin, jouxte l’abbaye de Saint-Michel. Gaillac est un des plus anciens vignobles de Gaule. La culture de la vigne, importée en Gaule par les Phéniciens quatre siècles avant J-C. Suite à la chute de l'empire romain, la ville de Gaillac est détruite, les campagnes sont dépeuplées par les expéditions de capture d'esclaves, la forêt regagne du terrain et les cultures deviennent essentiellement vivrières. La refondation de Gaillac, pour se doter la nouvelle abbaye Saint-Michel, de nouveaux moyens de subsistance, s’organise autour de la production de vin, par les moines bénédictins. L’essor du vin de Gaillac s’explique par les conditions climatiques très favorables au développement de la vigne, la confirmation de la présence très ancienne de vitis vinifera sauvage dans la forêt voisine de Grésigne, et enfin un facteur essentiel : la situation géographique. La ville de Gaillac est implantée sur la partie inférieure du Tarn au début de la zone navigable qui, rejoignant la Garonne, conduit à Bordeaux. Elle est également au carrefour de routes importantes, notamment celle de Toulouse-Rodez, vers Lyon. A la Révolution, le domaine ecclésiastique de l’abbaye Saint-Michel de Gaillac est vendu comme bien national. Mais la démocratisation du vin au début du XIXème et sa vente aux commerçants locaux fera repartir les affaires. Robert PLAGEOLES explorant les cépages gaillacois historiques (Le Mauzac), aux cépages d'appoint d'origine non gaillacoise, les cépages blancs, et les cépages noirs, rouges ou gris, nous retrace, avec photos à l’appui, une histoire riche des vignobles de ce pays.

Gaillac abrite un Musée des Beaux Arts et un Muséum d’Histoire Naturelle. Le musée des Beaux-Arts possède des peintures dont de nombreuses œuvres de Firmin Salabert, un élève d'Ingres et des sculptures des XIXe et XXe siècles. Il est installé dans le Château de Foucaud, conçu comme une villa dans la seconde moitié du XIIème. Il est entouré de magnifiques jardins à la française et à l’italienne qui descendent vers le Tarn.

Le Muséum d’Histoire Naturelle ou Musée Philadelphe Thomas a été créé à partir des collections du docteur Jacques Julien PHILADELPHE-THOMAS (1826-1912). Il se trouve dans sa propre maison et présente des collections de zoologie, paléontologie, géologie, botanique et préhistoire.

Venant du XIXème, avec une rue d’Hautpoul, non loin du parc des Buttes-Chaumont, je découvre une place dédiée à Gaillac à ce héros de la Révolution et de l’Empire. En effet, Jean-Joseph Ange d’Hautpoul est le 13 mai 1754, à Cahuzac-sur-Vère (Tarn). Il fait ses études à Albi. Engagé volontaire dans la légion corse de la cavalerie, il se fait distinguer à la bataille de Valmy qui lui valut le grade de colonel et quand la Convention le suspecte et le menace d'arrestation en février 1794, ses hommes obtiennent son maintien au cri de «point d'Hautpoul, point de 6e chasseurs». Austerlitz, où il charge à la tête de ses 4.000 cavaliers et écrase l'infanterie russe, ce qui lui vaut un titre de sénateur et la Grand Croix de la Légion d'honneur. Blessé d’Eylau, il meurt à Vornen, en février 1807, en Pologne.

Des manifestations ont eu lieu contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, notamment à Gaillac, à la suite du décès de Rémi FRAISSE, un militant écologiste, tué le 26 novembre 2014, par une grenade offensive. Grégoire SOUCHAY et Marc LAIME ont exposé cette histoire qui a secoué la France et mobilisé le Tarn.

Indications bibliographiques

CARAVEN-CACHIN (Alfred), Les origines de Gaillac : le cimetière mérovingien de Grave, Gaillac, imprimerie P. Dugourc, 1891, 60 pages ;

COUSTEAUX (Fernand), Les vins de Gaillac : 2000 ans d’histoire, Toulouse, Privat, 2000, 125 pages ;

PLAGEOLES (Robert), La saga des cépages gaillacois et tarnais en 2000 ans d’histoire, Paris, J.-P Rocher, 2009, 130 pages ;

BOILEAU, Eloge historique du général d’Hautpoul, Paris, A Bertrand, 1807.

SOUCHAY (Grégoire) LAIME (Marc), Sivens : le barrage de trop, préface Hervé Kempf, Paris, Seuil, 2015, 134 pages.

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 22:47
Ile de 28 hectares, à 3,5 km de Dakar, la capitale, Gorée est une déformation du néerlandais «Goede Reede» ou «bonne rade». Ce sont les Portugais, en 1444, avec Denis DIAZ, qui font escale l’île, appelée alors Bézéguiche (nom d’un chef du Cayor) et qu’ils surnomment île Palma (des palmes). Les Hollandais ont commencé à occuper l’île de Gorée en 1588, pour réparer leurs bateaux et assembler leurs petites barques. Jean-Baptiste LABAT (1663-1738) précise que cette petite île est ce qu’il y a de meilleur, de bon ; elle est tout à fait fertile. Gorée fait partie d'une contrée avec une quantité d’arbres toujours verts dont elle est couverte, d’où cette appellation de Cap-vert. Gorée dispose d’un port naturel avec un mouillage excellent. La rade de Gorée est bien protégée avec une plage facile d’accès. En raison de son emplacement stratégique, l’île de Gorée sera l’objet de convoitises, pendant des siècles, des puissances européennes. Les Portugais, qui l’avaient occupé momentanément, la reprirent en 1629 et 1645. Gorée sera attaquée en février 1664 par les Anglais, puis gagnée par les Français en novembre 1664. Les Anglais attaquèrent de nouveau Gorée en 1665 et 1667. Le 1er décembre 1667, l’amiral d’Estrées s’empare de Gorée et Jean DUCASSE, directeur du Comptoir du Sénégal, en prit possession. En 1727, les Français font creuser un fossé de 5 mètres de large sur deux mètres de profondeur, autour de Gorée et par crainte d’une nouvelle attaque des Anglais. En 1780, l’île de Gorée fut abandonnée par les Français. Les Anglais l’occupent en 1782, mais la restituent au traité de Versailles en 1783. En 1800, les Anglais s’emparèrent, à nouveau, de l’île de Gorée qui sera sous la juridiction française avec le traité de Paris de 1814. Mais pendant quatre années, les Anglais refusèrent de rendre Gorée à la France.

Jean-Baptiste LABAT précise que l’île de Gorée n’a pas, cependant, d’eau potable et ses habitants sont obligés de se ravitailler, pour les vivres, en faisant appel au continent ; ce qui donne un important pouvoir de pression ou de négociation aux turbulentes royautés notamment du Cayor, du Sine et du Baol. Ainsi, à la suite d’un différend qui a opposé Jean-Baptiste DUCASSE (1646-1715) aux Damels du Cayor, du Sine et du Saloum, un blocus de l’île est opéré, privant pendant de longs mois, Gorée de son ravitaillement en eau et vivres. André BRUE (1654-1738), directeur de la compagnie royale de France, à Gorée, sera arrêté en 1701 par Lat Soukabbé FALL, Damel du Cayor. Il sera libéré 12 jours après contre rançon. Des traités seront conclus avec les Damels du Cayor les 9 avril 1764 et 5 juin 1765.

L’île de Gorée rappelle à «la conscience humaine le plus grand génocide de l’histoire que fut la traite négrière» souligne Léopold Sédar SENGHOR. La Compagnie des Indes, avec des succursales de maison de Rouen et Dieppe, gérant le Sénégal, avait le commerce exclusif de la traite négrière. Les Maures et les royautés africaines fournissent la gomme arabique contre des esclaves. La traite des esclaves sera rendue difficile, en certaines périodes, en raison de l’instabilité relatée ci-haut.

Désert au départ, le rocher va se peupler peu à peu. Un personnel auxiliaire se fixe dans Gorée : des manœuvres, interprètes, auxiliaires, matelots, cuisiniers et autres domestiques. Des unions entre le personnel de la compagnie et femmes africaines donneront naissance à des métis, à ces fameuses Signares.
En 1749, Gorée comptait 66 habitants libres et 131 esclaves, la population avoisinait le millier vers 1767, 1300 en 1774, et environ 2144 en 1786. Diverses catégories de personnes vivent dans l’île : les Européens, les métis, les Noirs libres, les esclaves de case traités avec bienveillance et les esclaves destinés à la vente, dont le sort est peu enviable.

Gorée évoque, dans bien des esprits, la période tragique de la traite des nègres, mais aussi le charme d’une époque riche en couleurs et en histoire. En définitive, l'histoire de Gorée oscille entre splendeurs et tragédie.

I – Gorée : une fastueuse et douloureuse histoire.
 
A – Gorée, un enjeu militaire sur fond de traite des esclaves

Gorée, au Sénégal, «sanctuaire africain de la douleur noire», a acquis une célébrité de par le rôle qu'elle a tenu du XVème au XIXème siècle dans la traite négrière. Sur la route maritime des différentes nations négrières, Gorée était très convoitée. À partir du XVIIIe siècle, Gorée devient l'enjeu de deux siècles de rivalité franco-anglaise.

Jusqu’à l’abolition de la traite négrière par les Anglais en 1807, Gorée servit d’entrepôt d’esclaves. L’histoire de Gorée, à certaines époques, coïncide avec l’histoire du Sénégal. Ile occupée à partir de 1444, sera jusqu’en 1677, date de stabilisation de l’occupation française, est un enjeu de rivalités entre les puissances européennes. Avec l’article 10 du Traité définitif de Paix et d’alliance, entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, de Paris du 10 février 1763, naît, officiellement, la colonie du Sénégal : «Sa Majesté Britannique restituera à la France l'Ile de Gorée, dans l'état, où elle s'est trouvée, quand elle a été conquise». En contrepartie, une liberté de commerce et de circulation est garantie aux Anglais dans les possessions françaises. En effet, pendant les premières périodes, avec l’expansion des voies maritimes à partir de la Renaissance, Gorée en raison de la sécurité qu’elle offre, n’est pour les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français, qu’une escale sur la route des épices, qu’ils se disputeront, âprement, sans victoire décisive et durable.

L’amiral d’Estrées s’empare de Gorée le 1er décembre 1677. La paix de Nimègue (traités des 16 août 1678, 17 septembre 1678 et des 5 février 1679, signés aux Pays-Bas, mettant fin à la guerre de Hollande) en fera un comptoir français.
 
De 1677 à 1763, l’histoire de Gorée est dominée par des Compagnies maritimes, souvent très mal gérées, qui s’efforcent de conserver le monopole de commerce. Un troc est mis en place : les Européens fournissent des verroteries, tissus, alcools, armes, barres de fer, et en échange les Africains donnent le cuir, l’ivoire, la cire, la gomme, mais surtout des esclaves.

Etienne-François CHOISEUL (1719-1785), ministre des affaires étrangères, a pris conscience que le commerce de l’or de N’Galam, de la gomme du Nord et des esclaves, sont indispensables à la Martinique. Mais les Anglais occupent de nouveau, Gorée et Saint-Louis. CHOISEUL met fin au monopole de la compagnie des Indes et crée une colonie dépendant du Ministère de la marine. Après plusieurs tumultes, l’île de Gorée ne sera rendue aux Français que le 15 février 1817.
Stanislas Jean de BOUFFLERS, marquis de Rémiencourt, dit Chevalier de BOUFFLERS (1738-1815), initialement affecté à Saint-Louis vient s’installer à Gorée. Il estime que la barre à Saint-Louis, rend les conditions de vie difficile. En revanche, Gorée est jugée agréable à vivre : «Je trouve ici (à Gorée) un séjour délicieux. Il y a une montagne, une fontaine, des arbres verts un air pur. Tout m’y plaît» dit-il. Le port d’attache de la station navale et l’administration sont transférés à Gorée. Il construit, pour Anne PEPIN, une belle maison à étage, et regagnera la France en 1787.
L’esclavage est définitivement interdit par le traité de Paris de 1815, mais la loi interdisant la vente d’esclaves est détournée : les captifs sont désormais des «engagés à temps» qui ne pourront se libérer qu’au bout de 16 ans. En 1847, trois cent esclaves capturés sur le Brick négrier «L’Illizia», sont envoyés au Gabon, pour former la ville de Libreville. Un décret du 23 juin 1848 de Victor SCHOELCHER, promulgué à Gorée le 23 août 1848, supprime l’esclave de case. Tout esclave qui pose le pied sur le sol de Gorée devient libre.

En 1859, Louis FAIDHERBE (1818-1889) est nommé gouverneur de Saint-Louis et Gorée. Il sera remplacé par PINET-LAPRADE, commandant de Gorée de 1859 à 1864.
B – Gorée, la «Joyeuse» et le règne de ses Signares
Sous l’Ancien régime, les mulâtres et plus particulièrement les «Signares» (femmes métisses), jouèrent un rôle important. C'est l'époque de Gorée «La joyeuse» où les «Signares» dont la plus célèbre est Anne PEPIN (1747-1837), amie du chevalier de BOUFLLERS, animent l'île de nombreuses fêtes. François Ferdinand d’Orléans (1818-1900), prince de Joinville, troisième fils du roi Louis Philippe est passé deux fois à Gorée : une première fois, en 1840, pour le rapatriement des cendres de Napoléon 1er, et une seconde fois, pour aller au Brésil, en 1842. Les «Signares» se font construire des maisons dont l'architecture fait la synthèse de diverses expressions culturelles.
Emile PINET-LAPRADE (1822-1869), originaire de l’Ariège, polytechnicien et administrateur colonial, commandant de Gorée, adjoint au général FAIDHERBE, a construit le fort d’Estrées, à Gorée. On dit qu’il est le «bâtisseur» de Dakar et de son port. Il rencontre, Marie ASSAR, une sénégalaise, à Gorée, en 1849, Émile, 27 ans, est capitaine du Génie dans l’armée française ; Marie, près de dix de moins, est une esclave fraîchement libérée par la loi Schœlcher. Leur liaison durera vingt ans, jusqu’à la mort, par le choléra, d’Émile devenu gouverneur de la colonie par la grâce de l’empereur Napoléon III. A la fin de l’année 1873, c’est-à-dire au début de la IIIème République, on ne sait pas comment, Marie est venue devant le tribunal civil de Pamiers, sous-préfecture du département de l’Ariège, pour faire trancher son litige contre les époux Clavel, notables de Mirepoix, chef-lieu du canton voisin. Marie, plaignante, réclame ce qu’elle estime sa part de l’héritage d’Émile PINET-LAPRADE, Mme Eugénie Clavel, sœur de PINET-LAPRADE, et son époux, Eugène, contestent absolument la revendication de Marie ASSAD.
Jacques CARIL et François SAVAING, sous le titre «Le gouverneur et sa gouvernante», et en se fondant sur les correspondances de PINET-LAPRADE, ont fait revivre cette belle histoire d’amour. Les auteurs exploitant les correspondances de PINET-LAPRADE, qui s’étalent sur vingt c’est-à-dire la durée de son séjour au Sénégal, ont insidieusement fait remarquer, que le nom de Marie ASSAR n’apparaîtra qu’en 1859 dans une correspondance où elle constituera dès lors une récurrente exception : presque aucun ou aucune autre Noir(e) n’y est désigné(e) par son nom ou prénom. Cela résume bien ce qu’est, fondamentalement, le colonialisme.
Jean-Luc ANGRAND raconte la fabuleuse histoire des Signares, dans son livre «Céleste ou le temps des Signares». Elles ont institué une «mini civilisation matriarcale». Cette dynastie dont il descend, a su faire valoir ses relations avec les Européens et les souverains locaux, afin de faire fructifier ses affaires. Ainsi, Léopold ANGRAND, (1859-1906) est un notable métis qui a joué un rôle important dans la vie politique, culturelle et économique de Gorée et de la colonie du Sénégal. C'est le fils de Pierre ANGRAND (1820-?), négociant, armateur et grand propriétaire, et de la Signare Hélène de SAINT-JEAN (1826-1859), petite-fille du gouverneur Blaise ESTOUPAN de SAINT-JEAN et de la Signare Marie Thérèse ROSSIGNOL. Léopold ANGRAND épouse Mathilde FAYE, une noble de l'ethnie sérère, nièce du roi de Sine, Coumba N’Doffène DIOUF. Après avoir commencé l'école chez les Frères de Ploërmel à Gorée, il est envoyé par son père faire des études secondaires puis commerciales à Bordeaux et Paris. Ayant obtenu de brillants résultats, il revient à Gorée seconder son père dans l'entreprise familiale, puis en prendre la direction. Né en 1906, Léopold Sédar SENGHOR, a reçu son prénom en l'honneur de Léopold ANGRAND, dont son père Basile Diogoye SENGHOR avait été un ami intime et un collaborateur à JOAL. L'école primaire de Gorée porte le nom de Léopold ANGRAND.

Armand Pierre ANGRAND (1892-1964), maire de Gorée et de Dakar, de 1934 à 1936, a été fondateur du Parti socialiste. Proche du mouvement de Marcus GARVEY et fondateur des journaux «L'Indépendant» et «Le Progrès», ANGRAND légua à l'Institut fondamental d'Afrique noire une importante bibliothèque sur l'histoire de l'Afrique. Il a écrit un guide élémentaire destiné aux Européens, un manuel français-ouolof destiné à fournir aux expatriés européens des éléments de base sur lesquels ils pourront, le cas échéant, asseoir leurs acquisitions ultérieures. Dans «Les Lébous de la presqu'île du Cap-vert», il fait une approche sur les coutumes des Lébous et leurs parentés avec les anciens Égyptiens nilotiques.
C – Gorée tête de pont de la conscientisation du peuple sénégalais
«Tant que les lions n'auront pas leur propre histoire, l'histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur» disait, à juste titre, Chinua ACHEBE, un écrivain nigérian. C’est à Gorée et à Saint-Louis, que divers mouvements autour de l’administration communale, de l’enseignement, de la citoyenneté et du droit de vote, vont conduire à l’éveil du peuple sénégalais. Les Anglais étant partis de Gorée, l’administration avait besoin d’une sorte d’interface avec la population. En 1763, le gouverneur Pierre Guillaume François PONCET de la RIVIERE (1671-1730) eut l’idée de nommer un maire à Gorée, un certain Kiaka. Le rôle du maire se développera, progressivement, avec une classe sociale aisée composée de commerçants et de boutiquiers. A partir de 1817, le maire est choisi parmi les notables de Gorée, connaissant les réalités locales et accepté de la population.
Alors que les autres habitants du Sénégal sont des sujets français, et sont régis par un Code de l’indigénat, les natifs des quatre communes que sont Gorée, Dakar, Rufisque et Saint-Louis, deviennent des citoyens français, avec la loi du 29 septembre 1916. Gorée a développé l’enseignement et formé une élite qui conduira plus tard, à l’émancipation du Sénégal. En 1819, la mère Anne-Marie JAVOUHEY (1779-1851) envoya au Sénégal, les premières sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Celles-ci créeront les premières écoles primaires, en 1822 à Gorée. En 1843, les frères de Ploërmel arrivent au Sénégal et sous l’impulsion de Louis FAIDHERBE, l’enseignement secondaire commence à s’organiser. En 1903 le gouverneur Jean-Baptiste CHAUDIE a créé à Saint-Louis l’école normale, avant qu’elle soit déplacée à Gorée à 1913 et nommée William PONTY. De nombreux cadres et élites africaines y furent formés (Félix Houphouët-Boigny, Hamani Diori, Mamadou Dia, Maurice Yaméogo, Ouezzin Coulibaly, Modibo Kéïta, Diallo Telli, Boubou Hama, Bernard Dadié, etc.), mais aussi des anonymes, instituteurs, «médecins africains» et secrétaires d’administration, tous des «pontins», comme on les appelle. En 1938 elle fut à nouveau déplacée à Sébikotane, à une quarantaine de kilomètres de Dakar.
Depuis 1848, le Sénégal a le droit d’envoyer un député à l’assemblée nationale française. Il s’agira, jusqu’au début du XXème siècle de députés blancs ou métis. Sous l’effet de l’éducation et des luttes d’émancipation, le 10 mai 1914, et en pleine coloniale, Blaise DIAGNE, un Noir natif de Gorée, est élu député. Né le 13 octobre 1872 à Gorée, au Sénégal, Blaise DIAGNE est issu d’une famille très modeste. Fils de Niokhor, un Sérère de Gorée qui était cuisinier et marin, et de Gnagna Antoine PEREIRA, une Mandjaque originaire de la GUINEE-BISSAU, de son vrai nom, Galaye M’Baye DIAGNE.

Par ailleurs, il faut signaler que le Fort d’Estrées, à Gorée, édifié par PINET-LAPRADE entre 1856 et 1856, démilitarisé après la Première guerre mondiale, il servait jusqu’en 1976, sous la présidence de Léopold Sédar SENGHOR, de cachot ses opposants politiques. C’est cet ancien quartier de haute sécurité où en 1971, Omar Blondin DIOP a perdu la vie à l’âge de 26 ans. En effet, avec deux autres jeunes (Dialo DIOP et Ousmane POUYE), Omar DIOP, se réclamant des «Blacks Panthers», un mouvement extrémiste noir des Etats-Unis, a été condamné à une lourde peine, pour avoir gravement perturbé la visite du président français Georges POMPIDOU, et ami du président SENGHOR (incendie du Centre culturel français de Dakar à la veille de son arrivée et projet avorté de lancer des cocktails Molotov sur son cortège). La citadelle de l'île de Gorée est ensuite devenue, à partir de 1989, le musée de l’historique du Sénégal, des temps préhistoriques jusqu’à l’indépendance.
Vers 1840, avec la découverte de l’arachide venue de Sierra-Léone et l’intensification de l’agriculture ainsi que l’aménagement, par la suite, au début du XXème siècle, la ville de Dakar et de son port, Gorée entre lentement en déclin. La ville de Gorée est frappée de temps à autre par des épidémies (fièvre jaune, choléra) ou incendies. Les épidémies de 1778, 1859, 1866, et surtout celle de 1927-28 vont causer beaucoup de morts. En 1860, un cimetière est créé à l’anse Bernard, reporté au Plateau, pour se fixer à la pointe de Bel-Air. La fièvre jaune de 1878-1879 provoque encore des ravages à Gorée. Le gouverneur BRIERE de L’ISLE, de 1876-1881, décide alors de transférer les services coloniaux à Rufisque et Dakar.
II – Gorée, un haut lieu, symbolique, de mémoire et contre l’oubli
«Celui qui vous dit que Gorée est une île, celui-là vous a menti. Cette île n’est pas une île. Cette île est un continent de l’esprit» souligne Jean-Louis ROY, le 6 novembre 1999. Construite vers 1780 par Nicolas PEPIN, frère de la Signare Anne PEPIN et maîtresse du Chevalier de BOUFFLERS, la maison des esclaves demeure un lieu qui revêt une portée symbolique en tant qu'emblème de la traite négrière. Cette maison aurait été la dernière esclaverie en date à Gorée. La première remonterait à 1536, construite par les Portugais, premiers Européens à fouler le sol de l'île en 1444. Classé par l’UNESCO, en 1978, patrimoine commun de l’humanité, Gorée, site touristique par excellence, est un haut de mémoire pour l’humanité en raison de la tragédie de la traite négrière qui a durée plus de quatre siècles. La Maison des Esclaves est située dans la rue Saint-Germain, sur le côté est de l’île. Les «marchandises», dans l’attente d’un voyage, sans retour, sont marquées au fer rouge, à l’emblème du propriétaire et enchaînées. Côté mer, percée de meurtrières, la maison dispose d’une porte ouvrant directement sur l’océan. Il est impossible de s’échapper par la nage, Dakar étant à trois kilomètres, et l’océan étant, à l’époque infesté de requins. Ces conditions dures de détention ont provoqué en octobre 1724, une révolte durement réprimée dans le sang.

Au XVIIème siècle, c’est entre 500 et 1000 esclaves qui transitaient par an, à Gorée. Le commerce transatlantique a bénéficié de complicité de rois nègres. Même si c’est à la marge, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître, à l’instar de nos dictatures du XXIème siècle, dans le passé des Noirs ont vendu des Noirs. L'esclavage est caractérisé par le droit de propriété qu'un homme peut avoir sur un autre. Cette «chose» n'est plus une personne juridique. Cela n’a pas manqué d’interpeller la conscience d’un grand humaniste suédois, explorateur en Afrique, Carl Bernhard WADSTROM (1746-1799) considérant que «c’est un commerce infâme, avec des bénéfices médiocres». Les Africains vendaient des esclaves pour se procurer des armes, de la pacotille ou de l’alcool fort. Pour Carl Bernhard WADSTROM, membre de Société des Amis des Noirs, a loué les qualités de Thierno Sileymane BAL, partisan de l’abolition de l’esclavage, «homme dont l’esprit a été plus cultivé que celui des autres princes noirs, qui s’est rendu tout à fait indépendant des Blancs». WADSTROM préconisait de développer l’agriculture en Afrique afin d’échanger avec l’Europe sur des bases plus humaines et justes. Cet odieux commerce, impliquant notamment de grandes maisons de Bordeaux, Nantes et la Rochelle, a été qualifié par la loi numéro 2001-434 du 21 mai 2001, dite loi TAUBIRA, de «crime contre l’humanité», et institue une journée de mémoire. Ce texte est une belle bataille victorieuse, contre l'amnésie et pour la mémoire, en souvenir de la plus grande déportation que les nations européennes aient jamais organisée, avec plus de 70 millions de victimes sur quatre siècles. «Il ne s’agit pas de se morfondre, ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et à respecter une histoire forgée dans la souffrance. D’appréhender les pulsions de vie qui ont permis à ces millions de personnes réduites à l’état de bêtes de somme de résister ou simplement de survivre» souligne Mme TAUBIRA. Entre histoire, mémoire et loi, Mme TAUBIRA s’est évertuée à défendre l’honneur des vivants et la mémoire des morts.
Face au déni, à l’oubli ou l’indifférence, c’est l’occasion de rendre un hommage vibrant, à Boubacar Joseph N’DIAYE qui a le premier conservateur et guide de ce musée de Gorée. Boubacar Joseph N’DIAYE, né à Rufisque, a effectué ses études primaires à Gorée, puis a rejoint l'École professionnelle PINET-LAPRADE de Dakar. Nommé conservateur du musée de Gorée à partir de 1962, les récits d’un légendaire guide, Boubacar Joseph NDIAYE (1922-2009), ont contribué à faire connaître ce lieu dans le monde entier. Jusqu'à sa mort en février 2009, inlassablement, Boubacar N’DIAYE reprenait son récit, plusieurs fois par jour, bien déterminé à éveiller la conscience de son auditoire, et son message de compassion. Au rez-de-chaussée se trouvent les cellules des esclaves qui sont catégorisées : hommes, enfants, chambre de pesage, jeunes filles, inapte temporaire. Dans celles réservées aux hommes, faisant chacune 2,60 m sur 2,60 m, on mettait jusqu’à 15 à 20 personnes, assis le dos contre le mur, des chaînes les maintenant au cou et aux bras. L'effectif dans cette petite maison variait entre 150 à 200 esclaves. L'attente de départ durait parfois près de trois mois. Un peu à l'écart, à droite du porche d'entrée, se trouve le bureau du maître des lieux, tapissé de documents et de citations humanistes, que l’on doit à Boubacar Joseph NDIAYE. «Un regard au-delà de l’océan et on retrouve tout le drame des peuples africains dont Gorée est le symbole», écrit M. N’IAYE. Ou encore, «Seigneur donnez à mon peuple, qui a tant souffert, la force d’être grand». On trouve également la célèbre exclamation de l'illustre érudit, écrivain et ethnologue malien, Amadou Hampâté BA, dans son ardent plaidoyer pour préserver et recourir aux sources de la tradition orale : «En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle !». La porte du «voyage sans retour» est l’endroit où les esclaves embarquent vers les colonies. Un large escalier à double flèche conduit à l'étage, qui sert surtout aujourd'hui de salle d'exposition. Dans les temps anciens c’était un salon pour les réceptions. «Comment peuvent-ils rire aux éclats là-haut, vu les drames d’en-bas !» s’exclame Joseph N’DIAYE.
Un article d’Emmanuel de ROUX, journaliste du quotidien français, «Le Monde», du 27 décembre 1996, intitulé «Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité» a suscité quelques remous au-delà de la communauté des spécialistes. Une autre polémique a éclaté au sujet de la paternité réelle du livre de Joseph NDIAYE destiné aux enfants, «Il fut un jour à Gorée». Par ailleurs, Jean-Luc ANGRAND, dans un article du 22 février 2013, intitulé «Petite note sur la fausse maison des esclaves de Gorée», affirme, sans l’étayer, que cette institution remonterait à 1950. Selon lui, la maison des esclaves réactivée en 1950, par Pierre-André CARIOU, médecin-chef breton. M. N’DIAYE, qui était son employé, a repris l’affaire l’aurait mise au service du tourisme. D’autres polémiques ont tenté de salir sa mémoire et des études prétendues historiques voudraient montrer que la Maison des Esclaves n'aurait joué qu'un rôle mineur dans la traite des Noirs. Certains chercheurs, dont Anne GAUGE, s’interrogent sur la fonction mémorielle en Afrique. Dans sa thèse, Mme GAUGE estime que le musée peut être un espace de représentation politique, et peut, de ce fait, être détourné de sa fonction première de mise en valeur culturelle, pour devenir un espace de propagande politique. Patrick DRAME évoque même le concept de «monumentalisation du passé colonial et esclavagiste».
Pour l'essentiel, les chefs d'Etat occidentaux, avec des exceptions notables comme Georges BUSH, Bill CLINTON, Barack OBAMA, François HOLLANDE, Jean-Paul II, boudent la Maison des esclaves de Gorée. «C'est un témoignage de ce qui peut survenir quand nous ne sommes pas vigilants dans la défense des droits de l'homme» dit le président OBAMA. En revanche, les artistes noirs américains, comme James BROWN, Michael JACKSON, Will SMITH, en ont fait un haut lieu de pèlerinage.
Le professeur Alain MABANCKOU a pris la défense, de manière énergique, du travail de mémoire accompli par Joseph N’DIAYE qualifié de «symbole même de la conservation de la mémoire du peuple noir. Et s’il n’en reste qu’un, il sera celui-là, avec la fierté d’avoir posé sa petite pierre contre l’oubli et l’indifférence, maux qu’il ne cesse de fustiger de sa voix tonique, l’index bien levé». Joseph N’DIAYE est un homme d’une «sérénité de baobab». Il ne peut être sérieusement contesté que l’île de Gorée a été le siège d’un important trafic d’esclaves qui étaient «entreposés» soit dans la maison de leur maître ou à la Maison des esclaves. Ils étaient attachés deux par deux et la nuit enfermés dans l’esclaverie. Ainsi, GOLBERRY, missionné par le chevalier de Boufflers et qui a séjourné au Sénégal en relate dans son livre «Fragments d’un voyage en Afrique», la vie à Gorée. Un ancien manuscrit de la bibliothèque nationale de France «Mémoire sur le Sénégal et l’Ile de Gorée» du 28 juillet 1894, fait état un trafic d’esclaves. Hamady BOCOUM et Bernard TOULIER ont établi de façon incontestable, qu’au moins depuis 1918, des écrits ou documents font référence directement à une maison d’esclaves, avec des appellations différentes. En 1918, le Père BRIAULT nous donne une aquarelle d’un «ancien cabanon à esclaves» établi dans l’actuel presbytère. Selon le Guide du tourisme de 1926, une excursion à l’île de Gorée à partir de Dakar s’impose pour visiter les anciennes «captiveries» où étaient parqués les esclaves en attendant le retour des négriers, venus à Gorée charger le «bois d’ébène». Dans un article sur «Gorée la moribonde» paru en 1928, la revue L’Illustration nous présente une reproduction photographique d’une des maisons à cour portant la légende : «au rez-de-chaussée logement des esclaves ; au premier étage, salle à manger du traitant». En 1929, le docteur P. BRAU décrit les «cachots antiques, longs et étroits, des maisons de Gorée qui puent encore la chair esclave torturée». Dès 1932, dans son guide de visite Gorée, capitale déchue, Robert GAFFIOT nous dessine la cour de l’une de ces anciennes «maisons négrières». Il précise dans la légende du dessin l’usage de cette maison où «les esclaves étaient parqués dans le bas-enclos, à l’obscurité, sous les pièces réservées à l’habitation des trafiquants. Le couloir central dessert, à droite et à gauche, une douzaine de longues et étroites cellules, dans lesquelles les malheureux étaient entassés et, bien souvent, enchaînés».
L’emblème de la ville de Gorée c’est le phénix, un oiseau mythique qui a su renaître de ses cendres : revit Gorée, toujours. Le tourisme se porte bien à Gorée. Faisant suite à la loi du 25 janvier 1971, un arrêté n°012771 du 17 novembre 1975, classe l’Ile de Gorée au titre de monument historique. Le colonisateur l’avait déclaré en 1944, «site historique» mais aucune mesure de sauvegarde. Le 28 décembre 1976, un plan de rénovation est présenté, en raison de la dégradation avancée des maisons. Gorée est déclaré, en 1978, par l’Unesco, patrimoine mondial de l’humanité.
Michel ROCARD (1930-2016) a laissé, le 23 décembre 1981, dans le livre d’or de la Maison des esclavages, une inscription pathétique qui fait taire toutes les polémiques stériles et mesquines : «Il est difficile à un homme blanc, qui se veut honnête, de visiter la maison des esclaves, sans un vif soulèvement de malaise. Que notre lutte pour un avenir meilleur contribue à faire disparaître toute trace de cette longue et dure histoire».
Bibliographie sélective :
ANGRAND (Armand-Pierre), Les Lébous de la presqu'île du Cap-vert : essai sur leur histoire et leurs coutumes, 1946 et 1951, Dakar, E. Gensul, Paris, La Maison du livre, 142 pages ;
ANGRAND (Armand-Pierre), Les tabous de la presqu’Ile du Cap-Vert : essai sur leur histoire et leurs coutumes, préface de G. Poirier, Dakar, E. Gensul, 1946, 144 pages ;
ANGRAND (Armand-Pierre), Manuel français Ouolof, avant-propos Théodore Monod, Paris, Dakar, Fernand Nathan, Maison du livre, 1952, 112 pages ;
ANGRAND (Jean-Luc), Céleste ou le temps des Signares, Sarcelles, éditions Anne Pépin, 2006, 288 pages ;
ANGRAND (Jean-Luc), «Petite note sur la fausse maison des esclaves de Gorée», du 22 février 2013, inédit ;
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GAFFIOT (Robert), Gorée : capitale déchue, Paris, Fournier, 1933, 271 pages ;
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JEZEQUEL (Jean-Hervé), «Grammaire de la distinction coloniale, l’organisation des cadres d’enseignement en A.O.F (1903-1930», Genèses, 2007, 4 n°69, pages 4-25 ; cet article traite, largement, de l’école William Ponty, à Gorée ;
JORE (Léonce), «Etablissements français sur la côte occidentale d’Afrique de 1758 à 1809», Revue française d’Outre-mer, 1964, vol 51, n°184-185, pages 253-478 ;
KNIGHT-BAYLAC (Marie-Hélène), «La vie à Gorée de 1677 à 1789», in Revue française d’Outre-mer, 1970, vol 57 n°209, pages 377-420 ;
LABAT (Jean-Baptiste), Nouvelle relation de l’Afrique occidentale contenant une description exacte du Sénégal, Paris, Guillaume Cavelier, 1728, vol 4, spéc Gorée, pages 103-129 ;
LY (Abdoulaye), La Compagnie du Sénégal, Paris, Karthala, 1993, 379 pages, spéc pages 136-152 ;
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MASSON (Paul) «Une double énigmne : André Brue», Revue d’histoire des colonies, 1932, vol 20, n°85, pages 9-31 ;
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N’DIAYE (Joseph), Il fut un jour Gorée. L’esclavage raconté à nos enfants, Paris, Michel Lafon, 2006, 96 pages ;
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PASQUIER (Roger), «A propos de l’émancipation des esclaves au Sénégal en 1848», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1967, vol 54, n°194, pages 188-208 ;
PRIEZ (Marie-Aude), Gorée, mémoire du Sénégal, ASA, 2000, 128 pages ;
ROUX de (Emmanuel) «Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité», Le Monde, édition du 27 décembre 1996 ;
TANELLA BONI (S), Gorée : île baobab, Paris, Bruits des autres, 2004, 107 pages ;
THILMANS (Guy), Histoire militaire de Gorée, éditions du Musée historique du Sénégal, 2006, 256 pages ;
SAMB (Djibril), sous la direction de, «Gorée et l’esclavage. Actes du Séminaire sur Gorée dans la traite atlantique : mythes et réalités», (Gorée, 7-8 avril 1997), Dakar, IFANCAD, in Initiations et Études Africaines n° 38, 1997, «Discours d’ouverture», p. 11-17 ;
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ZUCARELLI (François), «L’entrepôt fictif de Gorée entre 1822 et 1852», Annales Africaines, 1959, pages 261-282.
Albi, le 23 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 11:43
Je ne voudrais pas, en cette année 2016, et 240 ans après, commettre le sacrilège d’oublier un haut fait accompli par un mes ancêtres pour l’histoire du Sénégal : la révolution des Torodos de Thierno Sileymane BAL. En effet, c’est au Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal, en 1776 que le parti des marabouts, dirigé par Thierno Souleymane BAL a renversé le dernier Satigui, Soulèye N’DIAYE, et a instauré un Etat théocratique, électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1890. En effet, Thierno Sileymane BAL a fondé une État théocratique inspiré d’un idéal de justice, de compassion et d’égalité, s'opposant notamment aux Maures pratiquant l’esclavage et abolissant les castes ainsi que toutes formes de servitudes. Cet Etat théocratique s’étendait de Dagana à l’ouest, jusqu’à Dembankani, à l’Est. Toutes provinces du Fouta-Toro sont incluses dans cet Etat, comme le Dimat, le Toro, le Halaybé, le Lao, le Yirlaabé Yebbiayabé, le Bosséya, le N’Guénaar et le Damga.
Chef de guerre et lettré musulman, Thierno Souleymane BAL, «Mouddo Horma», a fait ses études coraniques en Mauritanie, au Boundou, au Fouta Djallon et à Pire, est fils de Racine Samba Boubacar Ibrahima et de Maïmouna Oumou DIENG. Thierno Sileymane BAL dans sa stratégie de prise de pouvoir commença d’abord à consulter les grandes familles du Fouta-Toro. Il réussit notamment à convaincre Tafsirou Boggué, Amadou LY de Diaaba, Thierno Mollé, Mamadou Aly LY de Thilogne, El Féki MATT de Gaol. Il réussit à fédérer l’ensemble des notables et intellectuels arabisants du Fouta-Toro, dont Abdoul Khadiri KANE de Kobbilo, qui sera désigné le premier Almamy. En raison de son leadership charismatique, en grand stratège, intègre, pieux et humble, Thierno Sileymane BAL, dans la construction de son parti maraboutique, gagna la cause des Peuls et les Sebbé Colyyaabé, grands guerriers et alliés traditionnels de la dynastie des Satigui. C’est cette lame de fond qui  va constituer le Parti qui renversera la dynastie des Satiguis largement discréditée par son pouvoir abusif. Il mit fin à ce racket des Maures et réactiva l’islamisation du Fouta-Toro. Souleymane Baal était un homme de grande taille, bien bâti, le teint très noir. Il portait initialement le patronyme BA. Il changea son nom de famille BA pour prendre celui de BAL, car les membres de la dynastie «Ceddo Dénianké» portaient le nom BA, il voulait ainsi se démarquer d'eux, en raison de leur cruauté et du caractère arbitraire de leur pouvoir.
Le chef de cet Etat, doté à la fois d’un pouvoir temporel est religieux est désigné, démocratiquement, par l’assemblée générale des notables du Fouta-Toro : «Le battou». Le régime des Almamy étant un Etat théocratique, démocratique, fondé sur principes et valeurs morales, notamment de probité, il en résulte que le vrai pouvoir est détenu par le «Baatou», l’assemblée des notables du Fouta-Toro. Les décisions sont prises après la concertation au sein d’une instance des grands notables ; les décisions sont prises après consultations des Ministres, de l’assemblée des délégués et des grands dignitaires représentant les différentes couches sociales.
L’Almany, qui est à la fois chef politique et religieux, était élu ; ce n’était pas un simple héritage familial, le titre devait revenir au musulman le plus noble, le plus intègre et donc le plus méritant. On ne connaissait pas le système de déclaration de patrimoine, mais l’Almamy qui s’enrichissait de trop était évincé du pouvoir et ses biens confisqués.
En définitive, cet Etat est fondé outre sur les principes de démocratie, mais aussi et surtout des valeurs morales et éthiques, comme la probité, la prohibition du conflit d’intérêts, le critère de compétence, le sens du service public, de l’intérêt général et l’égalité de tous, et de chaque province, devant les charges publiques. En effet, c’est Thierno Sileymane BAL, lui-même qui a fixé ces règles de fonctionnement de l’Etat, fondées sur une action presque désintéressée. Sentant sa fin prochaine, il laisse aux populations du Fouta-Toro les huit recommandations suivantes, comme pour la Charte du Mandé (Mali) qui sont encore d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle :
- détronnez tout imâm dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête ;
- veillez bien à ce que l’imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;
- l’imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;
- choisissez toujours un homme savant et travailleur ;
- il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province ;
- fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude
- l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général.
Cette révolution des Torodos, bien avant la révolution française, était une réaction énergique contre le pouvoir arbitraire des Satiguis Peuls, qui étaient animistes et violents. En effet, le Royaume du Tékrour (Fouta-Toro, au Nord du Sénégal) avait été fondé avant le Xème siècle. Il fut d’abord dirigé par la dynastie des Dia Ogo. A la fin du Xème siècle, le dernier roi de cette dynastie fut tué par War Diabi, qui prit le pouvoir et donna naissance à une nouvelle dynastie, celle des Manna. War Diabi se convertit à l’Islam et lança la guerre sainte contre ses voisins non-musulmans. Le Tékrour était alors la première région islamisée du Sénégal. Bien situé sur les routes transsahariennes et grâce au fleuve Sénégal navigable, le Tékrour participait activement au commerce de l’or et des esclaves. Il devint un pays riche et puissant mais tomba sous la domination successive du Ghana (XIème siècle), du Mali (XIIIème siècle) puis du Djolof (XIVème siècle).
A la fin du XVème siècle, le Tékrour fut conquis par Coly Ténguélla BA, un chef peul venu du Sud, qui lui redonna son indépendance et créa un nouveau royaume, le Fouta Toro, et une nouvelle dynastie, les Déniankobé. Au XVIème siècle, le Fouta Toro se lança dans des guerres de conquête et agrandit son territoire aux dépens de ses voisins : le Djolof et le Cayor. Par la suite, la dynastie des Déniankobé dut faire face à des guerres de succession et à des attaques extérieures. Le Fouta-Toro devenu faible et la dynastie des «Déninankobé» fondée sur le pillage et le pouvoir arbitraire, livra le pays aux Maures.
Parti venger la mort injuste de Mohamadou Aly Racine, l’Almamy Souleymane BAL fut lui aussi tué lors de la deuxième expédition en Mauritanie, en 1776, à Ulad Abdallah, dans le Diowol. L’imposition du turban est le rite principal intronisant chaque nouvel Almamy. Abdoulkader KANE succéda à Thierno Souleymane BAL. Parti poursuivre le Damel du Cayor, Amary N’Goné, qui a assassiné par surprise Hamady Ibrahima (il faisait la prière), Abdelkader fut fait prisonnier, pendant un an. Les gens de Bossoya qui l’accompagnaient se sont enfui la nuit et l’ont lâché. Pendant cette capture, il fut remplacé par Hamady Lamine BAL. Les gens du village d’Ogo contestèrent, un certain temps, sa légitimité, et il avait plus de 80 ans. Il fut tué le jeudi 4 avril 1807, au village de Gouriki. Il fut remplacé, à titre intérimaire, par Moctar Koudédié TALLA de Dionto, par Hamady Lamine BAL de Pire jusqu’en 1810.
On a recensé 85 désignations d’un Almamy, entre (1776-1890) ou «La Révolution des Torodo» avec de courtes périodes de vacance du pouvoir. La durée moyenne de règne de chaque Almamy est entre 3 mois et un an et demi. Chacun a le droit de postuler au titre d’Almamy ; ce qui en renforce l’aspect démocratique. On est loin de certains régimes africains actuels, de président à vie, fondés sur la cupidité, l’arbitraire et l’autoritarisme. En conséquence, les grandes familles du Fouta-Toro sont accédé à l’Almamat (KANE, BAL, BA, ANNE, TOURE, DIA, SY, THIAM, TALLA, BARRO, LY, WANE, N’DIACK). Mais deux familles qui ont dominé cette dsynatie : le LY ont été 30 fois au pouvoir et les WANE 23 fois, tandis que les BAL, à l’origine de cet Etat, n’ont été désignés que 4 fois Almamy. Les différents Almamy sont issus de différents villages, notamment de Bodé, Ogo, N’Guidjilone, Haïré Lao, M’Boumba, Diaba, Sinthiou Bamambé, etc. Certains Almamy ont été 2 ou 3 fois au pouvoir. Il est vrai qu’un certain Youssoufa a été 13 fois Almamy, mais à chaque fois, c’est à la suite d’une élection. Lorsqu’El Hadji Omar TALL tenta d’inférer dans ce jeu de désignation de l’Almamy, ce fut une grave crise.
Siré Abbas SOH cite la liste, sans qu’elle soit exhaustive, sans établir une chronologie précise, des Almamy suivants : Youssoufou Siré Demba LY de Diaba, Aboubacry Lamine BAL de Bodé, retour de Youssoufa, puis Siré Amadou Siré Aly d’Ogo, Youssoufa Siré, Aly Thierno Ibrahima de M’Boumba, Youssoufa Siré encore lui, il engagea une guerre contre Bocar Lamine BAL, Siré Lamine Hassane de Haïré, retour de Youssoufa, Bocar Modibo Soulèymane de Dondou, retour de Youssoufa, Ibra Diattar Attoumane de Gawol, Mohamadou Tapsirou Siré ANNE de N’Guidjilone, Youssoufa, Birane Thierno Ibra de M’Boumba, Mamadou Siré Malick BA d’Agniam Thiodaye, Mahmoudou Siré Malick d’Agniam Wouro Siré, Amadou Bouba LY d’Ogo, Siré Amadou Siré de Diama Halwaly, Youssoufa Siré LY (13ème fois Almamy), Almany Birane de Horé Fondé. Le Fouta-Toro resta un certain temps sans Almamy, en raison d’une grande famine. Ensuite ce furent, à partir de 1836, Baba LY Tapsirou Bogguel de Diaba, Mohamadou Birane WANE de M’Boumba, Mohamadou Mamoudou Siré d’Agniam Wouro Siré, Mohamadou Birane, Siré Aly Thierno Ibra WANE de M’Boumba, Amadou Hamat Samba SY de Pété, Racine Mahmoudou Hamady Ibra, de Médina N’Diatibé, Mohamadou Birane et ce fut l’avénèment d’El Hadji Oumar qui l’envoya avec Thierno Mollé Ibra pour une mission dans le Fouta. Ce furent ensuite Sibaway Siré Ahmadou d’Ogo, Amadou Hamat Samba, Racine Mahmoudou Hamady, Mahamadou Birane (vers 1859, fort de Matam). Ce dernier accompagna El Hadji Oumar à N’DIOUM qui recommandait aux Foutankais la nomination d’Amadou Thierno Demba, comme nouvel Almamy, contre Moustapha, pendant un certain au Fouta-Toro. Ensuite, les Foutankais élirent : Mahmoudou Elimane Malick de Bababé, Ahmady Thierno Demba de Diaba, Hamat N’DIAYE dit Alhassane de Haïré, (construction du fort de Haïré), Racine Mahamadou de Sinthiou Bamambé, Sada Ibra Amadou de M’Bolo Birane, Mohamadou Mamadou Aliou Tacko de Haïré (incursion d’une armée des Foutanakais, avec Demba War, chez Lat-Dior pour délivrer Ibra, le fils de l’Almamy Mohamadou), Malick Mohamadou de Diaba Deklé, Racine Mamadou pour la seconde fois. Le dernier Almamy est Boubou Abba LY de 1884 à 1890.
Les contemporains de Thierno Sileymane BAL ont loué ses qualités morales, intellectuelles et d’organisation. Ainsi, Jérôme PETION de VILLENEUVE (3 janvier 1756-20 juin 1794), un girondin, un des acteurs de la révolution française et élu maire de Paris, en succession de BAILLY en novembre 1791, souligne que «ce roi (Thierno Sileymane BAL), ayant été élevé dans la classe des prêtres, a apporté sur le trône plus de lumière que ses prédécesseurs». Pour Carl Bernhard WADSTROM (1746-1799), humaniste suédois mort à Paris, explorateur en Afrique et partisan de l’abolition de l’esclavage, Thierno Sileymane BAL est «homme dont l’esprit a été plus cultivé que celui des autres princes noirs, qui s’est rendu tout à fait indépendant des Blancs». En contraste avec ce régime éclairé de la dynastie des Almamy, WADSTROM est très sévère à l’égard des Rois abusant de leur pouvoir, et qui ne font que «partager leur temps entre les femmes et la table». Ces rois honnis se livrent à un commerce infâme (l’esclavage) avec un bénéfice et un usage médiocres (achat d’alcool). On sait que Thierno Sileymane BAL, partisan d’un Etat modeste, a interdit justement l’esclavage.
240 ans après que m’inspire encore cette révolution de Thierno Sileymane BAL ?
Thierno Sileymane BAL avait une conception particulière de l’Etat qu’il voulait instaurer : un Etat démocratique, éthique, fondé sur des valeurs morales, un pouvoir religieux inspiré par la compassion, le respect de l’individu et la compassion. A l’aube du XXIème siècle, mon ancêtre à certains égards serait fier de son héritage, à d’autres points, il serait carrément en colère. Thierno Sileymane BAL sera ravi d’apprendre que la nation sénégalaise, à plus de 95% de musulmans, est un pays tolérant, pacifique dans la diversité des croyances religieuses. Naturellement, je n’ai pas de photos de Thierno Sileymane BAL. Cependant, j’ai mis en illustration de ce post deux images de ses descendants : Ibrahima BAL et Badara BAL (disparu en automne 2015), qui sont mes oncles. Grands mabarouts, ils sont modestes, honnêtes et très religieux, à l’image de la grande majorité des Sénégalais que Thierno Sileymane BAL a fait islamiser.
Cependant, Thierno Sileymane BAL serait, je crois, particulièrement triste d’apprendre, même si c’est à la marge, le détournement des principes religieux par certains marabouts du Sénégal (Egocentriques, grands parasites cupides et affairistes, immixtion arbitraire dans la politique, exploitation d’enfants réduits à la mendicité, etc.). Thierno Sileymane BAL, qui voulait fonder un Etat inspiré par la compassion et abolir l’esclavage, condamnerait, probablement, sans réserve, les malades mentaux qui tuent des innocents, au nom de l’Islam. Pour Thierno Sileymane BAL, Dieu est amour. La religion c’est avant dans le cœur, les actes et la pensée ; une religion dépourvue de compassion n’est que mystification et barbarie. «Je suis plus proche de vous que votre nœud gordien» dit une sourate du Coran. L’individu n’est religieux que s’il est inspiré par la justice, l’équité et la liberté, bref par l’humanisme, c’est-à-dire tout ce qui fait que l’individu est déclaré par le Seigneur comme un être sacré qu’il faut honorer et protéger.
Mort en martyr, Thierno Sileymane BAL ainsi que ses descendants n'avaient pas cette forme actuelle de patrimonialisation du pouvoir de certains présidents africains à vie qui préparent la succession de leur progéniture. Cet affaissement des valeurs éthiques et morales, à travers notamment toutes les formes de corruption, de népotisme et de pouvoir arbitraire et violent, sont la honte de notre continent noir. Le Fouta-Toro n'a pas encore aboli les castes tel que le préconisait Thierno Sileymane BAL ; cet objectif d'égalité réel devrait poursuivi et consolidé. Jusqu'à preuve du contraire et en dépit de ma faiblesse en mathématiques, je reste convaincu que Un égale Un.
A titre personnel, je considère que Thierno Sileymane BAL est le grand oublié de l’histoire au Sénégal. Peu d’institutions, de places ou rues significatives portent son nom. Les jeunes générations, notamment les éColyers, ignorent son nom. On connaît de faux héros dont l’histoire a été montée en épingle afin de les transformer en grand résistant. Mais Thierno Sileymane BAL, lui, dont l’action a été décisive dans la construction de la nation sénégalaise, est resté le grand inconnu de son pays, confiné à la confidentialité. Il n’est jamais trop tard, même 240 ans, de réparer cette injustice.
Albi, le 20 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Les marabouts, Ibrahima et Badara BAL, de Danthiady, descendants de Thierno Sileymane BAL.
Les marabouts, Ibrahima et Badara BAL, de Danthiady, descendants de Thierno Sileymane BAL.

Les marabouts, Ibrahima et Badara BAL, de Danthiady, descendants de Thierno Sileymane BAL.

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 20:06

Khalil GIBRAN est «un porteur de souffle spirituel» suivant une formule de Jean-Pierre DAHDAH, un de ses biographes, qui sut repousser les frontières de la conscience et révéler les secrets de l’âme. Personnalité charismatique, d’une grande sensibilité artistique, ambitieux et solitaire GIBRAN est un chrétien maronite accordant une place de choix au Soufisme. Il avait un désir spirituel profond pour un monde plein de sens, imprégné de dignité. Son œuvre allie le romantisme aux frontières du mysticisme à une aspiration authentique au changement social. Poète et peintre d’expression arabe et anglaise, Khalil GIBRAN est né le samedi 6 janvier 1883, Bcharré, «demeure d’Astarté», au Nord du Liban et mort le 10 avril 1931 à New York. «Une étoile filante a illuminé notre ciel, sa course fut brève mais non ses retombées» dit Fouad HANNA-DAHER. A la fois peintre et poète, il séjourna deux ans à Paris, vécut à Boston et à New York, et attira un grand nombre de lettrés et d'admiratrices. Editorialiste de journaux de langue arabe, GIBRAN est connu pour son livre «Le Prophète», un ouvrage qui a su «faire reculer les frontières de la conscience» suivant Marc de SMEDT. «Le Prophète» est aujourd'hui considéré comme un livre-culte dans le monde entier. Disponibles dans plus de quarante langues et dans plusieurs traductions en français, des millions d'exemplaires en ont été vendus depuis sa première édition, en 1923. Rarement livre de spiritualité a autant voulu dépasser, dans un langage clair et accessible à tous, les oppositions religieuses pour chanter les valeurs universelles qui, depuis la nuit des temps, consacrent la grandeur de l'humanité. Si la littérature de GIBRAN connaît encore un considérable succès c’est en raison du «besoin d’une éthique de vie simple et tolérante, ouverte sur l’intérieur de soi et sur le monde d’autrui, accueillant la magie de l’existence, les joies et tristesses du temps qui passe» dit Marc de SMEDT. GIBRAN est fortement influencé par la rébellion de Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) et le panthéisme de William BLAKE (1757-1827). Poète et philosophe libanais, inspiré des légendes d’Adonis et d’Astarté, Khalil GIBRAN est un écologiste avant l’heure. Il invoque la sainteté de la nature, notre devoir de la protéger et de l’ennoblir, de la sanctifier, de la célébrer et de communier avec elle. Dans ses écrits, les arbres et en particulier les Cèdres sacrés du Liban, occupent une place de choix.

Son père, Khalil GIBRAN (1852-1909), était beau parleur et bon vivant, mais il avait un caractère irascible et un tempérament mercuriel. Mais son père savait administrer des leçons de tolérance religieuse à ses enfants. En 1891, alors que le jeune Khalil n’avait que 8 ans, son père qui était tenancier d’une boutique et percepteur d’impôts, à la suite d’accusations, à tort de malversations, sera mis en état d’arrestation, privé de salaire, ses biens ainsi que la maison familiale, sont confisqués. Quand le reste de la famille émigra aux Etats-Unis, le père fut contraint de rester au Liban pour rembourser les dettes contractées à la suite de son procès.

Sa mère, Kamila RAHMé (1858-1903), est la fille d’un prêtre maronite versé dans les mystères théologiques, mélomane et polyglotte. Sa mère devenue veuve, après deux années d’union, due se remarier le 14 août 1880, mais son second mari était impuissant. Sans attendre l’annulation de son second mariage, elle se donna à Khalil et le troisième mariage sera légalisé le 8 janvier 1881. De cette troisième union naquirent trois enfants : Khalil, Mariana et Sultana. Né sous le signe de la diversité, GIBRAN est conscient du génie qui l’inspire : «le génie est le chant du rouge-gorge à l’aube du printemps tardif» dit-il. «Mon école fut la prison de mon corps et les chaînes de mes pensées» souligne t-il. Sa mère qui avait l’intuition du talent de Khalil l’initia à la musique et à la poésie et lui raconta divers contes, dont les Mille et une nuits. «Je n’éprouve guère le besoin de lui exprimer mes désirs parce qu’elle les devenait» dit-il. Khalil, solitaire, pensif et peu joyeux, avait ses ressources intérieures, sa passion pour le dessin. En dépit d’une grande tendresse pour sa mère, Khalil est révolté contre l’emprisonnement de son père. Marqué par le christianisme, son éducation a été assurée, à l’enfance par des prêtres.

Lorsque son père fut libéré en 1894, la situation de la famille ne cessait de se dégrader. La famille, sans le père, se résolut d’immigrer aux Etats-Unis. Le souvenir du bateau qui les transportait a inspiré le «Prophète». Sa famille débarque à New York le 25 juin 1895 et sera hébergée, chez l’arrière-grand-père de Khalil à Boston, pendant trois ans. Ville du dollar, du savoir et cosmopolite, on s’y partage la misère. La vie dans le quartier de l’autre côté de la voie ferrée est dure et impitoyable. Kamila s’improvise colporteuse de linge pour la communauté syrienne et ouvrira, par la suite, une boutique.

BOSTON est un siège de l’intelligentsia américain où foisonnent des tendances orientalistes ; ce qui a permis à Khalil GIBRAN de belles rencontres. En effet, dans un centre social ; Florence PIERCE, son professeur d’art, fut le premier, en 1896, qui a reconnu le talent de dessinateur de Khalil. Il posera pour Frederick, dit Fred, Holland DAY (1864-1933, photographe, éditeur et homosexuel) chez qui il découvre une importante bibliothèque et perfectionne son anglais. GIBRAN illustrera certains ouvrages publiés par Copeland and Day Publishers. GIBRAN est reconnaissant à l’égard de DAY qui a été «le premier à dessiller les yeux de ma jeunesse face à la lumière, vous saurez me donnez des ailes pour mon grand âge d’homme» dit-il dans une lettre de juin 1908. A Boston, GIBRAN rencontre Joséphine PRESTON PEABODY (1874-1922, poète et dramaturge), sa première muse. «Ecoutez la femme quand elle vous regarde, et non quand elle vous parle» dit-il à propos de Joséphine, séduit par sa beauté radieuse. «Je ne suis plus maronite, dorénavant, je suis un païen» dit-il au contact avec DAY. Khalil découvre la haute société bostonienne et fait exposer ses dessins à l’âge de 15 ans. Artiste immature, Khalil était triste.

Khalil GIBRAN retournera au Liban de 1898 à 1902. Pendant ce séjour, il lit beaucoup, et est séduit par le drame de Prométhée, celui d’Orphée, la philosophie de Pythagore, Zoroastre et la mythologie indienne. Son père, resté seul au Liban, a sombré dans l’alcool. Khalil, cet enfant étrange, solitaire, vif, lucide et critique, apprend le français. Il décide d’écrire, en 1899 un livre dont le titre initial est «Pour que l’univers soit bon». En fait, il s’agit de la première mouture du «Prophète» dont la rédaction durera 25 ans. Khalil tombe amoureux, sans conséquence d’une jeune fille, Hala. Dans les «Ailes brisées» il écrira, au printemps de sa vie, des poésies enflammées : «L’amour, par un jour, de ses rayons magiques, m’ouvrit les yeux, et pour la première fois il effleura de mon âme de ses doigts de feu».

Khalil retourne à Boston en avril 1902. Sa sœur Sultana va mourir le 4 avril 1902. Sa mère continue à se ruiner la santé en faisant les ménages. Sa mère est cancéreuse Son frère, Boutros, tuberculeux. Boutros va mourir le 12 mars 1903, à l’âge de 26 ans. Sa mère cancéreuse disparaîtra le 28 juin 1903, à 45 ans «Ma mère ne souffrira pas. Nous continuerons de souffrir et nous mourrons envie de la revoir» dit-il dans une lettre du 29 juin 1903, Frederik DAY. Khalil est profondément affecté par ces disparitions et songe à l’Evangile, selon Saint Jean : «En vérité je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, seul restera-t-il ; mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits». Toute chose meurt pour vivre. La vie est un voyage et la mort en est le retour. La douleur est au cœur de sa contribution littéraire. «La mère est tout dans la vie. Elle est la consolation dans la tristesse, le secours dans la détresse, la force dans la faiblesse. Elle est la source de la tendresse, de la compassion et du pardon. Celui qui perd sa mère perd un sein où poser la tête, une main qui le bénit et un regard qui le protège» dit. Mais Khalil trouve une autre consolidation dans ses écrits empreints de mysticisme : «La mélodie qui repose en silence au fond du cœur de la mère sera chantée sur les lèvres de son enfants». Khalil GIBRAN se réfugia en sa plume et son crayon, en prenant soin de préciser que «Le vrai plaisir dans cette vie ne peut nous atteindre que par le chemin de la douleur». GIBRAN est un écrivain de la douleur. «Si j’avais à choisir, je n’accepterai de changer les chagrins de mon cœur contre toutes les joies du monde». Dans une correspondance à Nakhlé GIBRAN (cousin vivant au Brésil) datée du 15 mars 1908, GIBRAN compare la vie aux quatre saisons de l’année «Le triste Automne arrive après le joyeux Eté, et l’Hiver furieux vient juste derrière le triste Automne, et le beau Printemps apparaît après le passage de l’Hiver furieux». Et GIBRAN d’ajouter «j’ai l’impression que la vie est une sorte de système de dette avec remboursement. Elle nous donne aujourd’hui afin de reprendre demain».

Avec le concours financier de Mary HASKELL, qui l’incite désormais à écrire aussi en langue anglaise, Khalil GIBRAN va séjourner à Paris, de 1908 à 1910, ville qu’il qualifie de «cité du savoir et des arts» et de « capitale des beaux-arts». GIBRAN a «l’impression d’être venu en ce monde pour écrire mon nom sur la face de la vie avec de grandes lettres. (…). J’ai l’impression que mon voyage à Paris sera la première étape sur une échelle qui atteint le ciel». Il espère terminer en France son ouvrage «Les Ailes brisées». Il s’impatientait d’aller à Paris, «au cœur du Monde» pour découvrir l’Opéra et le théâtre français, le Louvre, notamment Raphaël, Da Vinci et Corot. On sent qu’il est heureux de séjourner à Paris : «J’ai l’habitude de regarder la vie à travers les larmes et les rires, mais aujourd’hui, je vois la vie à travers les rayons dorés et enchanteurs de la lumière» dit-il dans une lettre du 28 mars 1908. C’est à Paris que GIBRAN découvre en NIETZSCHE ce «sobre Dionysos» et fut conquis par «Ainsi Parlait Zarathoustra». La lecture de ce philosophe allemand d’une érudition foudroyante, capable de démolir les anciennes habitudes de pensée et les préjugés moraux, révolutionna la pensée littéraire de GIBRAN. C’est à Paris, à l’atelier de Pierre-Amédée BERONNEAU (1869-1937), qu’il rencontra également Auguste RODIN qui l’initia à l’art et à la poésie de William BLAKE (Lettre 7 février 1909, à Mary HASKELL). C’est de Paris qu’il annonce avoir choisi la vie littéraire, avec ses souffrances, ses difficultés aux anneaux entrelacés et espère les surmonter. Si les obstacles n’existaient pas «il n’y aurait ni effort, ni labeur, et la vie s’en trouverait plus froide, plus vide et plus ennuyeuse» dit-il dans une lettre du 27 septembre 1910.

I - Khalil GIBRAN, un humaniste, visant à réconcilier l’Orient et l’Occident

Humaniste, poète et philosophe, Khalil GIBRAN a su réaliser la synthèse de l’héritage oriental et la modernité occidentale. GIBRAN, dans sa mystique est fortement inspirée par le Soufisme, une doctrine qui attaque, de façon frontale, l’Islam dogmatique et orthodoxe. Pour les Soufis, le sage est celui qui a la connaissance philosophique et l’expérience spirituelle. Un fidèle doit être constamment inspiré par l’Amour des autres, sinon il va perdre son Moi et sera livré à l’impérialisme religieux, tout à fait contreproductif. Cette prise en compte du Moi, dans le Soufisme que si Dieu «nous a donné la vie et l’existence par son être, je lui donne aussi la vie, en le connaissant dans mon cœur» dit Ibn ‘ARABI. «Dieu ne vit pas sans moi, je sais que sans moi, que Dieu ne peut vivre un clin d’œil» précise Angelus SILESUS. Dans son livre, «Le Jardin du Prophète» à une question posée qui est Dieu, en vérité, GIBRAN répond «pensez à un cœur qui contient tous les cœurs, un amour qui ceint tous les amours, un esprits qui réunit tous les esprits». Dans une passion évangélique, au lieu de louer un Dieu inaccessible, GIBRAN prêche l’amour, la compréhension mutuelle et la fraternité. Et, il précise «nous sommes le souffre et la flagrance de Dieu. Nous sommes Dieu, dans la feuille, dans la fleur, et souvent aussi dans le fruit». Face aux hypocrites, aux tyrans et aux fondamentalistes, GIBRAN assène cette vérité dans son «Prophète» : «Qui peut séparer sa foi de ses actes, ou sa croyance de ses occupations ? Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion». Par conséquent, dans sa conception de la religion, Khalil GIBRAN est farouchement hostile à tout fanatisme. Dans «Fossoyeur » la «Tempête» et «Fou» la plus grande joie et la seule préoccupation de GIBRAN est de creuser des tombes pour ceux qui vivent dans l’obscurantisme, car ils sont déjà morts, à leur insu, il y a belle lurette. GIBRAN se rapproche ainsi de la conception occidentale du Christ, un Dieu d’Amour, de Compassion et de Bienveillance qui n’écrase pas l’individu dans son désir de vie, dans un «Soi Divin». GIBRAN est pour la révolution sociale, la justice et la liberté. GIBRAN est, à ce titre, attiré par le mythe de Prométhée qui, en donnant à l’homme la première torche de feu, s’était attiré le courroux des dieux. GIBRAN a été capable d’amener jusqu’à nous la torche de feu et d’éclairer le chemin du genre humain. Avec NIETZSCHE, GIBRAN à travers son «Ainsi parlait Zarathoustra», s’est retrouvé tel qu’en lui-même et a trouvé sa voie. "Le livre le renversa de fond en comble. Sa dénonciation amère et radicale des valeurs humaines semblait donner libre cours à son hostilité réprimée envers toutes les croyances humaines et les croyances conventionnelles existantes» dit Naimy MIKHAIL son ami et biographe.

Si le «Prophète» est dès le départ un succès, Khalil GIBRAN est resté pendant longtemps dans une relative obscurité. D’une part, bon nombre de textes en langue arabe n’ont été traduits en français que très tardivement ou pas du tout. D’autre part, son œuvre a soulevé des interrogations en Occident. GIBRAN s’efforçait, dans ses écrits, de militer pour la réconciliation entre le christianisme, l’islam, la spiritualité, et le matérialisme, l’Orient et l’Occident. Dans son désir de réconcilier le christianisme et l’islam, il disait qu’il «tenait Jésus-Christ dans la moitié de son cœur, et Mohamed dans l’autre moitié». Or, l’Occident, dans sa démarche ethnocentrique, a ignoré, superbement, le mysticisme «dépourvu de sens» de GIBRAN, rejetant ainsi toute démarche visant à favoriser l’unité de la culture. «L’Orient est l’Orient, et l’Occident est l’Occident, et jamais les deux ne se rencontreront» dit Rudyard KIPLING (1865-1936), prix Nobel de littérature. En France, des décennies après son introduction par Pierre LOTI et André GIDE, la contribution littéraire de GIBRAN demeure encore discréditée à tort et identifiée à un mélange de théosophie et de panthéisme. Cette méprise est le fruit de sa nature paradoxale et d'une cruelle méconnaissance du monachisme syriaque et de la féodalité politique et religieuse qu’il dénonce. Ses textes puisent leur sève aux sources mêmes du christianisme oriental, non exempts d'une influence soufie. «L’Occident est une machine et tout en lui est à la merci de la machine» dit-il dans une lettre du 1er janvier 1921.

Pourtant, sa contribution littéraire bouleversante «constitue un véritable pont entre pont entre l’Orient et l’Occident» suivant Suheil BUSHRUI, un de ses biographes. GIBRAN apporte un éclairage nouveau entre «le soi» et l’autre. Le soi étant pluriel et multiple, est plus un processus qu’une frontière. Il appelle au dépassement des particularismes fermés et corsetés à l’intérieur des frontières. En soi, l’individualité de la personne ne constitue pas son identité. L’homme est plus ce qu’il est ; c’est un pluriel conjugué au singulier. «Le moindre moi, contient un exemplaire complet de tous les moi» dit Victor HUGO, en référence à la doctrine soufie. Dans sa démarche de métissage culturelle, tendant vers l’universel, Khalil GIBRAN pense que «l’homme doit être envisagé comme un petit univers qui contient le grand».

Pour Khalil GIBRAN, dans son combat littéraire et nationaliste, l’avenir de la langue arabe qui inclut, selon lui, le Syriaque et l’Hébreu, dépend de celui de la pensée créatrice. La langue arabe n’aura avenir, si elle ne parvient pas à intégrer l’influence de la civilisation européenne et de l’esprit occidental, et si elle ne sait comment en extraire ce qui est bénéfique à son développement. GIBRAN a une obsession esthétique. Pionnier et novateur, dans l’intérêt qu’il porte au changement et l’avenir, il est l’ennemi déclaré des traditions et du retour au passé : «je ne suis pas un penseur, mais un créateur de formes». On sait que GIBRAN a été notamment influencé par William BLAKE dans son panthéisme. Un grand nombre de convictions leur étaient communes : une haine de l’orthodoxie hypocrite et asservissante, personnifiée par les mauvais prêtres ; la libération de l’amour physique des liens de la convention pour atteindre à la réalisation spirituelle ; la perception de la beauté au moment où elle semble éphémère, mais elle est, en vérité, éternelle ; et la découverte de miracles dans le cycle de la nature, et les choses ordinaires de la vie quotidienne. Tous deux mettaient en garde contre la raison, au nom de l’imagination. Tous deux défiaient les pièges de la logique pour se frayer une voie droite jusqu’à Dieu. Pour BLAKE et GIBRAN, ces révélations sont le don du poète. Le Poète et le Prophète sont un.

Visionnaire, GIBRAN est habité par le concept de troisième œil». D’origine à la fois hindouiste ou bouddhiste, platonicienne ou néoplatonicienne, mais aussi biblique et relevant de la mystique chrétienne ou musulmane notamment soufie, la notion de «troisième œil évoque» surtout un désir de voir autrement, de voir au-delà de la vue et par-delà la vue commune ; c’est l’œil divin, c’est l’œil du cœur, l’œil de la connaissance, l’œil de la vision intérieure : l’œil frontal du dieu Shiva par lequel il surveille le monde. Dans son roman, «Les Ailes brisées» il s’agit d’un amour romantique, un amour intense et malheureux, entre le narrateur, un double de GIBRAN, et Salma Karamé, fille unique de Fâris Effandi Karâmé. Celui-ci sera contraint de marier sa fille à Mansour Bey Ghalib, neveu de l’évêque Boulos Ghâlib, cupide et intrigant. Comme toutes les histoires d’amour romantique, ce roman, un des premiers romans en langue arabe du XXe siècle pose le problème de la liberté d’aimer et du choix selon le cœur. Le «troisième œil» signifie dans ce roman, que l’amour ouvre les yeux à ce monde devenu aveugle. Le mouvement artistique moderne, s’il veut prendre le large vers les horizons clairs de l’idée, doit lutter contre les multiples empiètements de la laideur.

II – Khalil GIBRAN, son nationalisme et sa révolution littéraire

La contribution littéraire de GIBRAN est fortement inspirée par le Liban, terre traditionnelle de brassage religieux, il grandit au cœur de la tolérance avant d'émigrer, très jeune, aux Etats-Unis pour fuir la misère. «Vous avez votre Liban avec tous les conflits qui sévissent. J’ai mon Liban avec tous les rêves qui y vivent. Mon Liban est fait de collines qui s’élèvent avec prestance et magnificence vers le ciel azuré» dit GIBRAN. Le cèdre, emblème de grandeur, de noblesse, de force et de pérennité, est le symbole de son pays. La peinture de GIBRAN est imprégnée de la nature du Liban, l’homme étant un «amas de choses vivantes». Chrétien maronite, se revendiquant d’une ancienne noblesse, GIBRAN se définit comme ayant des origines chaldéennes, c’est-à-dire un descendant du frère d’Abraham, Nahor. En fait, il existe un grand brassage ethnique entre Arabes, Juifs et Chrétiens.

Khalil GIBRAN, écrivain engagé, est combattu par le conservatisme arabe. Dans «L’hérétique», un jeune moine, Khalil, est chassé de son couvent par les autres moines auxquels il reprochait de vivre de simonies et d'abuser de la générosité d'un peuple pauvre et crédule. Puis il est recueilli par deux femmes, une veuve et sa fille, avant d'être arrêté pour être jugé par le Cheikh, de connivence avec le prêtre. Mais ce qui devait être le procès exemplaire d'un "hérétique" devient le réquisitoire implacable du pouvoir abusif et autoritaire des dirigeants, qu'ils soient politiques ou religieux, qui exploitent la misère et la détresse d'un peuple luttant durement pour survivre. Dans son ouvrage intitulé «Le fou» celui-ci détruit pour mieux reconstruire de nouvelles fondations Le fou est celui qui jette les valeurs et traditions obsolètes et héritées du passé. En effet, GIBRAN a critiqué les influences corruptrices de sa patrie et l’image souillée de l’homme. Dans sa défense de positions humanistes, GIBRAN a violemment critiqué toutes formes de domination et de despotisme, en condamnant les inégalités sociales, les féodalités religieuses et politiques : «avec leurs fourberies et leurs ruses, ils ont semé la discorde entre les clans et creusé l’écart entre les confessions, afin de préserver leur trône et de rassurer leur cœur, ils ont armé le Druze contre l’Arabe, ils ont encouragé le Chiite à combattre le Sunnite, ils ont excité le Kurde à égorger le Bédouin, et ils ont encouragé le Musulman à s’opposer au Chrétien». La religion doit être envisagée comme élévation et liberté, en vue de réaliser l’humanité en l’homme, et non comme défection et soumission. Ses premiers ouvrages, condamnés pour leur modernisme et leur tonalité anticléricale, furent brûlés, dans les pays arabes, sur la place publique. GIBRAN se sent rejeté par une partie rétrograde de son pays d’origine. En effet, sa littérature désinvolte, libérale et rebelle est une menace contre les traditions conservatrices des orientaux. «En Syrie, le peuple me qualifie d’impie, et en Egypte les hommes de lettres me dénigrent en disant : il est l’ennemi des lois justes, des liens familiaux et des traditions ancestrales». Pour Khalil GIBRAN «cette haine est le fruit de mon amour pour la bonté sacrée et spirituelle de chaque loi, car la bonté est l’ombre de Dieu en l’homme». Il prend soin de préciser le sens de sa contribution littéraire «Mon âme est ivre. Mon âme a faim de ce qui est beau» dit-il dans une lettre du 25 mars 1908 à Mary HASKELL. Pour GIBRAN, son véritable moi, lui permet d’échapper à tout ce qui n’est ni beau, ni élevé.

Contre tous ceux qui s’attaquent à ses enseignements «immoraux et destructeurs de la famille», Khalil GIBRAN lance ce défi contre l’Eglise et l’Etat, dans son ouvrage «Esprits rebelles» : «Détruire la famille qui vit dans la misère, la haine, le malheur, telle est ma volonté. Si je pouvais détruire tous les foyers bâtis sur la tartuferie, le mensonge et la tromperie, je n’hésiterais pas une seule minute». Dans cette mission et tel un prophète de l’Amour, Khalil GIBRAN précise sa pensée dans son livre «La voix de l’éternelle sagesse» : «Je suis venu dire une parole, et je la dirai aujourd’hui. Même si la mort m’en empêche, elle sera dite Demain, car Demain ne laisse aucun secret au livre de l’Eternité. Je suis venu vivre dans la gloire de l’Amour et la lumière de la Beauté, qui sont le reflet de Dieu. (…). Ce que je dis aujourd’hui un seul cœur, des milliers de cœur le diront Demain».

Génie brûlant, artiste émigré, GIBRAN durant son séjour, à New York entre 1912 et 1931, a contribué à la renaissance de la créativité arabe. La nostalgie de sa patrie et l’attachement qu’il lui vouait ont suscité en lui des interrogations de fond sur la situation sociale du Liban. A travers l’émigration aux Etats-Unis, loin d’être en rupture avec son pays, GIBRAN, à travers sa contribution littéraire, a témoigné d’un attachement profond à sa culture et au Liban. C’est l’émigration qui lui a ouvert l’horizon du sens en même que celui de la vie. En s’éloignant du Liban, il s’en est rapproché davantage. En le quittant, il est devenu plus présent. L’exil a permis à GIBRAN d’agir, de penser et décrire en liberté, élargissant ainsi les limites de la conscience de soi et de l’autre.

Sachant qu’il ne pouvait pas vivre de son art et qu’il fallait s’occuper de sa sœur, Mariana, née en 1885. Khalil GIBRAN commença à collaborer en qualité d’éditorialiste avec un journal arabe à New York, «Al-Mouhajir» ou «l’Emigrant» dirigé par Amin Al-GHRAHIB (1881- ?) qui l’aidera par la suite à diffuser ses ouvrages dans le monde arabe. Khalil y exprime à travers le symbolisme de la désillusion, ses souffrances, en s’attaquant aux lois humaines, à défaut de s’en prendre au destin. La mort détruit-elle tout ce que l’on construit, et le vent pulvérise-t-il tout ce que l’on dit ? En réalité, la réalité de la vie est vie. Il faut donc affronter la douleur et le désespoir de l’exil. C’est l’époque, à travers ses éditoriaux, où Khalil exalte l’amour avec un style subtil et des images sensuelles. Il est toujours amoureux de Joséphine PEABODY en dépit des barrières qui les séparent. «Mon âme m’a parlé du doute qui envahit ton cœur. Mais le doute dans l’amour est un péché, ma bien-aimée». GIBRAN dira, dans un article intitulé «Vision» qui sera repris sous le titre d’un ouvrage «La voix de l’éternelle sagesse» : «La Jeunesse marchait devant moi, et je la suivis dans un champ retiré. Dans le champ de la confusion. Prend garde ! Sois patient, car c’est du doute que naît la connaissance. Quiconque n’a jamais n’a jamais regardé la souffrance ne peut prétendre à voir la joie. Je vis l’amour et la haine se jouer du cœur de l’homme. Je vis l’homme dissimuler sa lâcheté sous le manteau de la patience et l’appeler la paresse tolérance, et la peur, la courtoisie. Je vis la Jeunesse qui lentement marchait à mes côtés. Et devant nous, l’Espoir ouvrait la marche». GIBRAN rencontre Salim SARKIS, un réfugié révolutionnaire et qui professe des idées radicales contre les autorités ottomanes dans le journal «Mir’at al-Gharb» à New York. Il est présenté à Gertrude BARRIE, une féministe et séductrice, versée dans l’art de la musique, qui sera sa compagne, un certain temps.

GIBRAN est tout de même d’une certaine sagesse : «Dans la nuit silencieuse vint la sagesse. Elle s’arrêta près de mon lit et me regarda avec les yeux d’une mère aimante. Puis, étanchant mes larmes, elle me dit : j’ai entendu les sanglots de ton âme et je suis venue la consoler. Ouvre-moi ton cœur, je le remplirai de lumière. Interroge-moi, et je t’indiquerai le chemin de la vérité». C’est l’époque, où il publie aux éditions «Al-Mouhajir» son livre «Musique». L’univers est un songe et le corps, une cage. La musique est le langage des âmes ; c’est l’écho du premier baiser posé par Adam sur les lèvres d’Eve. Et depuis cet écho ne cesse de ricocher du plaisir sur les doigts qui jouent et sur les oreilles qui écoutent : «Les musicien enseignent l’homme à voir avec ses oreilles et à entendre avec son cœur».

Il est fondateur en 1920, du premier Cénacle Littéraire arabe à New York. Dans une démarche messianique, avec une écriture énergique, chargée d’un grand pouvoir de révolte, Khalil GIBRAN a secoué les traditions et héritages littéraires arabes devenus poussiéreux. Ecrivain visionnaire, ouvrant le chemin du dépassement, marqué par l’appétit du savoir et du désir de modernité, il a proclamé que rien n’est immobile, et tout est mouvement perpétuel. Dans «Mon Liban, suivi de Satan», tous les textes ont pour trait commun la révolte de la sagesse de Gibran contre les pouvoirs religieux et politiques de son temps au Liban qui bafouent leurs idéaux spirituels et idéologiques au profit de bas intérêts immédiats. C'est que Khalil Gibran, pour reprendre la très belle formule d'Albert Camus, a trop "le goût de l'homme" pour ne pas lutter contre ce qui lui nuit, l'asservit, le dupe ou l'abaisse, et prôner ce qui peut élever l'homme vers l'humain.

Khalil GIBRAN va développer, de retour aux Etats-Unis, une intense activité littéraire et artistique. Il va rencontrer, dans son atelier, différentes personnalités qui vont poser pour lui. Il a fait le portrait notamment de Sarah BERNHARDT (1844-1923) et en fait un compte rendu peu flatteur «Elle a tenu à ce que je m’asseye loin afin que je ne puisse pas voir les détails de son visage. Mais, je les ai quand même vus. Elle a voulu que j’efface certaines rides, elle m’a même demandé de modifier la forme de sa bouche lippue ! Sarah BERNHARDT est difficile à satisfaire et à comprendre, il est pénible d’être en sa compagnie. Elle est soupe au lait, il faut la traiter comme une reine sacrée», dit-il dans une lettre du 27 mai 1913, à Mary HASKELL. GIBRAN donne un écho de sa rencontre avec Rabindranath TAGORE (1861-1941), poète, écrivain indien et prix Nobel de littérature de 1913. TAGIRE condamne le nationalisme, alors que ses «écrits ne reflètent, ni expriment une conscience universelle». Dieu est parfait. «Pour ma part, la perfection est synonyme de limitation, et je ne puis concevoir la perfection sans confiner l’espace et le temps», dit-il dans une lettre du 3 novembre 1917.

III – Khalil GIBRAN, un prophète et poète de l’Amour,

«Le Prophète», publié en 1923, est un texte magnifique, un grand poème mystique servi par un style qui vous emporte. Dans une lettre du 2 octobre 1923 de Mary HASKELL, à notre auteur c’est la première critique littéraire de ce livre : «J’ai reçu le Prophète aujourd’hui même. En le tenant pour la première fois dans mains, sous sa forme condensée en livre, j’ai compris qu’il allait au-delà de mes espoirs. L’anglais, le style et le choix des mots, tout est absolument exquis, tout n’est que pure beauté». Mary HASKELL rajoute ceci : «Ce livre comptera parmi les trésors de la littérature anglaise. Il nous révèle les recoins de notre être, et nous dévoile la terre et le ciel qui sont en nous. C’est le livre qui respire le plus d’amour jamais écrit». Aucun auteur arabe n’avait, depuis les Mille et une nuits, exercé une telle attraction universelle, excepté le «Prophète» qui a battu des records de ventes. «Je ne connais pas d'autre exemple dans l'histoire de la littérature d'un livre qui ait acquis une telle notoriété, qui soit devenu une petite bible pour d'innombrables» dit Amin MAALOUF, à propos du Prophète. Khalil GIBRAN représente l'un des phénomènes littéraires les plus étonnants du XXème. Après douze années d’exil, son navire est enfin arrivé. La mer l’appelle. Bientôt, Almustafa reverra son île natale. Mais il ne quittera pas la cité d’Orphalèse sans dispenser à son peuple les enseignements de sa propre sagesse. Chaque aspect de la vie y est chanté en quelques pages. Chercheur de l’Absolu, il est prophète et poète. Almitra, la voyante, le questionne alors sur vingt-six thèmes comme l’amour, le mariage, les enfants, le don, le boire et le manger, le travail, la joie et la peine, les maisons, les habits, l’achat et la vente, le crime et le châtiment, les lois, la liberté, la raison et la passion, la connaissance de soi, l’amitié, le verbe, le bien et le mal, la prière, le plaisir, la beauté, la religion, la mort. Voici quelques unes des sentences du «Prophète» : «L’amour suffit à l’amour. L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir». «C’est en donnant de vous-mêmes que donnez vraiment». «En vous dédiant au labeur, vous montrez votre amour véritable de la vie. Le travail est un amour rendu visible». «Votre joie est votre peine sans masque». «Pour accéder à la liberté, vous voudriez bien jeter des fragments de votre moi». «Laissez votre âme exalter votre passion jusqu’aux cimes de la passion, afin qu’elle puisse chanter». «Ecoutez le savoir de votre cœur». «Réservez à votre ami le meilleur de vous-même». «La beauté n’est que doux murmures. Elle parle dans notre esprit. La beauté est l’éternité qui se contemple dans un miroir». «Qui peut séparer sa foi de ses actes, ou sa croyance de ses occupations ?. Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion». «Toutes vos heures sont des ailes qui battent dans l’espace entre soi et soi».

«Les êtres humains ont faim de beauté, de vérité» dit GIBRAN. Utilisant métaphores et émotions, l’auteur estime que «la chose la plus divine en l’homme est l’émerveillement qu’il a pour la vie». Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit, parlez-nous des Enfants. Et il dit : «Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même, Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas». Il faut cultiver l’espace entre soi et soi. La souffrance est une condition préalable du vrai bonheur, et en fait, dans la réalité la plus profonde, elle ne peut s’en distinguer. L’amour conçu comme blessure et douleur, s’apparente à la douleur et au chagrin. C’est là un aspect majeur de la pensée soufie.

Dans sa magie du verbe et la puissance de sa métaphore, le «Prophète» est l’un des rares livre qui «donne sens à notre vie et tente d’en dévoiler le saint visage» dit Marc de SMEDT. «On peut affirmer, sans la moindre hésitation, que son livre du Prophète représente le sommet de la carrière» dit Naimy MIKHAIL (1889-1988), un ami et biographe de notre auteur. GIBRAN est fortement influencé par NIETZSCHE. En effet, le personnage d’Almustafa est d’une certaine manière «un surhomme» avec sa remise en cause de toutes les valeurs. GIBRAN, dans son élan mystique, aspire à un monde parfait. Mais il existe entre les deux penseurs des différences fondamentales. Pour NIETZSCHE, Jésus est Dionysos et GIBRAN, il est un pont entre le terrestre et le divin. Ils ont une source d’inspiration commune : la Bible et appellent à une réforme sociale radicale, à travers leur message prophétique considérant la vie comme un perpétuel jaillissement de création et de liberté.

Dans le «Jardin du Prophète», l’élu et le bien-aimé quitte son exil et retrouve son île natale qui n’est d’autre que le Liban, coupé de la civilisation moderne par la rigidité et l’archaïsme de l’empire ottoman. «Ayez pitié d’une nation qui acclame un tyran comme un héros, et trouve que le conquérant glorieux est bienveillant» dit-il à propos de l’occupation ottamane. Orphalèse est la Babylone américaine : «ayez pitié de la nation qui abrite mille croyances, mais dépourvue de religion». L’Amérique est une société industrielle et militariste prompte à vilipender la sagesse et la compassion. Publié en 1933, après la mort de GIBRAN, cet ouvrage rédigé à la suite de la mort de sa mère et de sa sœur, particulièrement sombre, témoigne de sa douleur. Les thèmes sont graves et traitent de la séparation, la laideur, le temps, la solitude. GIBRAN préconise l’abandon de soi, le retour à «l’immense vague de la mer» et l’effacement dans les lueurs du crépuscule. «Nous donnons souvent des noms amers à la Vie, mais seulement parce que nous sommes sombres et amers. Et nous la trouvons vide et dépourvu d’intérêt, simplement parce que notre âme erre dans des endroits désolés et notre cœur est grisé par un moi trop embarrassant» dit-il.

Khalil GIBRAN porta très longtemps en lui, «Jésus, fils de l’homme», qui est le prolongement direct du Prophète, et son couronnement. Jésus est conçu comme la somme de soixante-dix-sept témoignages ou prises de parole ou de visions qui singularisent ceux qui furent ses contemporains. On voudrait parler d’une «comédie humaine» où se côtoient les apôtres, les témoins des trois dernières années de la carrière terrestre de Jésus, et des personnages inventés (marchands, philosophes, poètes). Le Christ n’est donc pas un Dieu incarné, mais plutôt un homme qui a suivi un chemin divin, un grand poète appelant à l’amour, à la justice et à la liberté. Car, pour GIBRAN, le Fils de l’Homme est aussi le symbole du moi humain qui se dépasse, se détache de son individualisme égocentrique pour aller vers Dieu et, par cette voie ascendante, atteint à la plénitude de l'existence.

IV – Khalil GIBRAN et la place de la femme dans la société

Pour Khalil GIBRAN la société a aggravé les souffrances de la femme en généralisant les convoitises de l’homme. «L’homme achète la gloire, la puissance et le prestige, mais c’est la femme qui en paie le prix». GIBRAN en appelle à la libération et à la promotion de la femme. Les femmes occupent une place importante dans la contribution littéraire et artistique de GIBRAN. «Les femmes ont ouvert les fenêtres de mes yeux et les portes de mon esprit. S’il n’y avait pas eu la femme-mère, la femme-sœur et la femme-amie, j’aurais dormi parmi ceux qui recherchent la tranquillité du monde au milieu de leurs ronflements» dit-il dans une lettre de 1928, à May ZIADE. Ainsi, dans son ouvrage «Les Ailes brisées», l’héroïne quitte le palais, les bijoux et les serviteurs, dès qu’elle entend l’appel de l’amour. Elle quitte le vieillard fortuné et s’en va vivre avec un homme pauvre qu’elle aime. En 1908, GIBRAN en tire un recueil de textes, «Esprits rebelles». Composé de quatre histoires d'amour tragiques, le livre pose le problème de la condition de la femme arabe et de sa position dans la société libanaise. La sanction de cette audace ne tarde pas à tomber : le livre est très sévèrement critiqué par l'Église maronite qui voit en lui une attaque du clergé et une incitation à la libération des femmes. L'ouvrage est jugé hérétique.

Khalil GIBRAN est un artiste en proie aux affres de la création, il est tiraillé, dans ses amours platoniques, entre deux femmes : Mary HASKELL et May ZIADé. «Mes sentiments sont comme l’océan avec son flux et son reflux ; mon âme est comme une caille aux ailes brisées. Elle souffre immensément quand elle voit les nuées d’oiseaux voler dans le ciel, car elle se sait bien incapable d’en faire autant» dit-il. Comme son contemporain Rainer Maria RILKE (1875-1926), GIBRAN représente «une dévotion à l’art, ce nomadisme volontaire ou subi, cette inaptitude à vivre dans la réalité et l’omniprésence de la femme, tantôt maternelle, tantôt sororale, tantôt amante» dit Anne JUNI. Dans «Lettres d’amour», et à partir de 1912, Khalil GIBRAN entretient une longue correspondance amoureuse, sans jamais la rencontrer, avec une poète, essayiste et traductrice égyptienne, May ZIADé (1886-1941), qui durera jusqu'en 1931, date de sa mort. May suivra tous les registres qui vont de l'admiration à l'amitié profonde puis à l'amour platonique. Et ce qui fait toute la singularité de ces brûlantes. Khalil GIBRAN et May ZIADé étaient unis dans une quête d'inspiration soufie vers le "Dieu intérieur".

GIBRAN aimait Joséphine PEABODY, mais il y avait une différence d’âge (9 ans), de couleur et de statut social. «Mon cœur m’appartenait, et le voila ton esclave» dit-il à Joséphine. Du 30 avril 10 mai 1904 une exposition pour ses tableaux est organisée à Boston, au Harcourt Studios, à l’atelier de DAY. Les symboles de la mort et de la douleur sont omniprésents dans ses toiles. Khalil fait une importante rencontre à l’occasion de cette exposition avec Mary Elisabeth HASKELL (1873-1964). Il dira par la suite sur cette femme que si les autres voyaient en lui la bête curieuse, le singe, Mme HASKELL était différente des autres : «Vous cherchiez à entendre ce qui était en moi, à me faire parler en faisant creuser au plus profond de moi». Mary HASKELL, féministe, libérale et dirigeante d’une école de jeunes filles, avait un esprit critique et pragmatique. «C’est la sympathie des amis qui transforme le malheur en une douce tristesse» précise-t-il à propos de son amitié avec Mary HASKELL. Ange gardien, protectrice et confidente de GIBRAN qui dira de Mary HASKELL : «Il y a dans la vie trois choses qui ont le plus compté pour moi : ma mère qui m’a quitté ; vous avez foi en moi et en mon œuvre ; et mon père, qui a révélé le combattant en moi».

V – Khalil GIBRAN et la postérité,

Esprit fort dans un corps faible, Khalil GIBRAN n’hésite pas d’évoquer sa santé fragile : «Ma santé est comme pareille à un violon entre les mains entre les mains de quelqu’un qui ne sait pas en jouer, car il en tire une âpre mélodie» dit-il dans une lettre de 1908. GIBRAN fume beaucoup, s’alimente mal et travaille sans cesse et surtout la nuit «Mon âme apprécie le silence de la Nuit, la venue de l’Aube, les rayons du Soleil et la beauté de la vallée» précise-t-il. Il se préoccupait peu de sa santé : «je suis un homme de faible constitution, mais ma santé est bonne parce que je n’y pense jamais et je n’ai pas le temps de m’en préoccuper». En dépit de cette santé défaillante, Khalil GIBRAN travaillait plus de dix heures par jour «je passe ma vie à écrire et à peindre, et le plaisir que je prends à ces deux arts est supérieur à tous les autres», dit-il dans une lettre du 15 mars 1908.

GIBRAN disparaît le 10 avril 1931. Le 10 janvier 1932, la dépouille de Khalil GIBRAN sera rapatriée au Liban et ensevelie dans la vieille chapelle du monastère de Mar Sarkis, à Bcharré, sa ville nationale. C’est maintenant le musée Khalil GIBRAN.

Khalil GIBRAN doute et s’interroge sur le sens de sa contribution littéraire «Mes enseignements pourront-ils, un jour, être compris dans le monde arabe ou disparaîtront-ils comme une ombre ?». Pourtant, Khalil GIBRAN se sentit investi d’une noble mission : «Mon âme est affamée de ce qui est haut et beau. Je sens une force enfouie dans mon for intérieur qui veut se révéler sous une radieuse parure par des grandioses actions. Cela me donne l’impression d’être venu au monde pour inscrire mon nom en grandes lettres sur les faces de la vie». Khalil GIBRAN espère que les Libanais et la postérité se souviendront de lui en ces termes : «Pense à moi quand tu vois le soleil descendre se coucher, en déployant son habit rouge sur les montagnes et les vallées comme s’il versait du sang au lieu des larmes, quand il dit adieu au Liban». Et il rajoute «Souviens-toi de mon nom quand tu vois les bergers assis à l’ombre des arbres, soufflant dans leurs roseaux et remplissant le champ silencieux de mélodies apaisantes comme le faisait Apollon quand il fut exilé dans ce monde».

GIBRAN semble attiré par la mort «Je n’ai toujours pas saisi le mystère de la Lumière. J’ai maintes fois été amoureux de la mort ; je l’ai parée de doux mots avec des rimes longuement muries. Je n’ai toujours pas renoncé à mon amour pour la mort, mais je suis à moitié amoureux de la vie. La vie et la mort sont aussi belles l’une que l’autre» dit-il dans une lettre du 6 janvier 1909, à Mary HASKELL. «J’ai trouvé l’âme cheminant sur mon sentier. Car l’âme chemine sur tous les sentiers» souligne GIBRAN.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions de Khalil Gibran

GIBRAN (Khalil), Le Prophète, traduit par Didier Sénécal, Paris, Univers poche, 2012, 63 pages ;

GIBRAN (Khalil), Œuvres complètes, traduction de Jean-Pierre Dahdah, Salah Stétié, Rafic Chikhani et autres, présentation d’Alexandre Najjar, Paris, Le Grand Livre du mois, 2006, vol 1, 950 pages ;

GIBRAN (Khalil), Le jardin du Prophète, traduction de Claire Dubois, Paris, Casterman, 1985, 74 pages ;

GIBRAN (Khalil), Œuvres complètes, traduction de Jean-Pierre Dahdah, Salah Stétié, Rafic Chikhani et autres, présentation d’Alexandre Najjar, Paris, Robert Laffont, 2006, vol 2, 950 pages ;

GIBRAN (Khalil), Les miroirs de l’âme, introduction d’André Dib Sherfan, Montréal, Presses Select Ltée, 1979, 135 pages ;

GIBRAN (Khalil), Les ailes brisées, traduction de Fida et Rania Mansour, Beyrouth, Albouraq et Paris, Librairie de l’Orient, 2001, 143 pages ;

GIBRAN (Khalil), L’envol de l’esprit, traduction d’André Dib Sherfan, Boucherville, (Québec), Mortagne, 1986, 279 pages ;

GIBRAN (Khalil), Esprits rebelles, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2001, 112 pages ;

GIBRAN (Khalil), Orages, traduction et adaptation d’Oumayma Arnouk El Ayoubi, Paris, La Renaissance, 2007, 241 pages ;

GIBRAN (Khalil), Jésus fils de l’homme, Paris, Albin Michel, 1990 et 2012, 256 pages ;

GIBRAN (Khalil), L’errant, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 1999, 96 pages ;

GIBRAN (Khalil), L’hérétique, traduction et préface d’Anne Juni, Rennes, La Part commune, 2000, 85 pages ;

GIBRAN (Khalil), La voix de l’éternelle sagesse, traduction de Pasquale Haas, Paris, Librio, Spiritualités, 2006, 77 pages ;

GIBRAN (Khalil), Lorsque le bonheur vous fait signe suivez-le, calligraphies de Lassaâd Métoui, préface de Jacques Salomé, Paris, J-C Lattès, 2011, 124 pages ;

GIBRAN (Khalil), Les 7 cités de l’amour, textes et introduction de Thomas Golsenne, illustration et graphisme de Lassaâd Métoui, Paris, Véga, 2007, 255 pages ;

GIBRAN (Khalil), La voix de l’éternelle sagesse, traduction de Béatrice Jehl, Paris, J’ai Lu, 1995, 117 pages ;

GIBRAN (Khalil), La voix du maître, traduction de la version anglaise d’Anthony R. Ferris par Paul Kinnet, Boucherville (Québec), La Mortagne, 1988, 107 pages ;

GIBRAN (Khalil), Autoportrait, traduction d’Anne Juni, illustration et graphisme de Jean-Paul Gillyboeuf, Rennes, La Part commune, 2009, 158 pages ;

GIBRAN (Khalil), L’œil du Prophète, anthologie, Paris, Albin Michel, 1991 et 2012, 264 pages ;

GIBRAN (Khalil), Le fou, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 1997, 64 pages ;

GIBRAN (Khalil), Le précurseur, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2000, 63 pages ;

GIBRAN (Khalil), Rires et larmes, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2002, 120 pages ;

GIBRAN (Khalil), Le sable et l’écume : aphorismes, Paris, Albin Michel, 1990 et 2012, 147 pages ;

GIBRAN (Khalil), Les cendres du passé et le feu éternel, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2005, 95 pages ;

GIBRAN (Khalil), Les Dieux de la terre, suivi de Iram, Cité des hautes colonnes, et de Lazare et de sa bien-aimée, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2003, 96 pages ;

GIBRAN (Khalil), Lettres d’amour, traduction d’Anne Juni, Rennes, La Part commune, 2006, 191 pages ;

GIBRAN (Khalil), Merveilles et processions, traduction de Jean-Pierre Dahdah, Paris, Albin Michel, 2013, 208 pages ;

GIBRAN (Khalil), Mon Liban, suivi de Satan, traduction et préface d’Anne Juni, Rennes, La Part commune, 2000, 80 pages ;

GIBRAN (Khalil), MOUSSAVY (Salah), Amours et femmes, Bachary, 2005, 74 pages ;

GIBRAN (Khalil), Paroles, Beyrouth, Albouraq, 2009, 175 pages ;

2 – Critiques de Khalil Gibran

ABOUTARA (Raina), Gibran, histoire d’un itinéraire intérieur, thèse université de Perpignan, 1994, 78 pages ;

AKRAM (Hamade), L’influence du romantisme sur les œuvres de Khalil Gibran et William Styron, thèse sous la direction de Jean Morris Le Bour’his, Université de Rennes 2, 1985, 352 pages ;

BRUNET-MANSOUR (Cécile) MANSOUR (Rania), L’essentiel de Khalil Gibran : ses plus beaux textes, préface de Jean-Pierre Dahdah, Paris, J’ai Lu, 2009, 632 pages ;

BUSHRUI (Suheil) JENKINS (Joe), Khalil Gibran : l’homme et le poète, traduit de l’anglais par Bernard Dubant, préface de Kathleen Raine, Paris, Véga, 2001, 403 pages ;

CHAHINE (Anis-George), L’amour et la nature dans l’œuvre de Khalil Gibran, Beyrouth, Middle East Press, 1979, 189 pages ;

CHAHINE (Anis-George), Gibran : entre W. Blake et F. Nietzsche, thèse sous la direction de Maurice Gonnaud, Lyon 2, 1988 ;

CHALFOUN (Khalil), La figure de Jésus Christ dans la vie et l’œuvre de Khalil Gibran, thèse sous la direction de Michel Meslin, Université Paris Sorbonne, 1987, 580 et 296 pages ;

CHIKHANI (Rafic), Religion et société dans l’œuvre de Khalil Gibran, Beyrouth, Publications de l’Université libanaise, Section des études littéraires 1997, 500 pages ;

CORBIN (Henry), L’imagination du Soufisme d’Ibn ‘Arabi, Paris, Flammarion, collection Homo Sapiens, 1958, 284 pages ,

DAHDAH (Jean-Pierre), Dictionnaire de l’œuvre de Khalil Gibran, Paris, Dervy, 2007, 350 pages ;

DAHDAH (Jean-Pierre), Khalil Gibran, une biographie, Paris, Albin Michel, 1994 et 2004, 576 pages ;

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RAAD (Jacqueline), Nietzsche et le Prophète de Khalil Gibran, Thès de 3ème cycle, Paris 1, 1980, 400 pages ;

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SOBHI (Habchi), «K. Gibran entre le «troisième œil» et W. Blake : jalons pour une esthétique visionnaire», Revue de littérature comparée 2008 2 n°326, pages 237-257 ;

YOUNG (Barbara), This Man from Lebanon : A Study of Khalil Gibran, New York, Alfred Knof, 1931 et 1945, 188 pages ;

WATERFIELD (Robin), Khalil Gibran, un Prophète et son temps, traduit par Paule Noyart, Montréal (Canada), Fides, 2000, 390 pages.

Paris, le 17 juillet 2016, par M. Amadou Bal BA - - http://baamadou.over-blog.fr/

«Khalil GIBRAN (1883-1931), poète, éditorialiste, artiste, écrivain mystique et maudit», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 20:28

«Birago DIOP est le plus africain des écrivains sénégalais» décrète le cinéaste sénégalais SEMBENE Ousmane (1923-2007). Vétérinaire, conteur et poète sénégalais d’expression française, Birago DIOP est marqué par l'enracinement dans les valeurs culturelles ancestrales. Birago DIOP a résolu ce déchirement culturel par un humour inaltérable, de plus en plus tendre et féroce : «L’hybride n’est pas toujours ce caractère inquiet et, parmi les produits de culture antagonistes, surgit un original, les yeux plissés par le rire derrière des verres épais, la bouche faite pour la raillerie et la satire» souligne Roger MERCIER. En effet, Birago, qualifié par Jean-Paul SARTRE, de «centre calme du maelström» est connu pour ses rapports avec la Négritude, et la mise par écrit de contes traditionnels de la littérature orale africaine. «J’avais appris à lire pour écrire. J’ai beaucoup écouté pour savoir dire. Et j’ai essayé de bien écrire des dits», souligne, dans sa grande modestie, Birago DIOP, sa conception de l’écrivain. «Birago DIOP a vécu, comme seuls savent le faire les auditeurs négro-africains, les récits des griots ; il les a repensés et écrits en artiste nègre et français» dit Léopold Sédar SENGHOR. Le philosophe sénégalais, Souleymane Bachir DIAGNE pense que le français est une langue africaine. Fin lettré, puisant dans les richesses d'expression, d'émotion et d'expérience des deux mondes qu'il connaît, la France et l'Afrique, Birago connaît ses grands classiques : «J’ai bu longuement chez Villon. Je me suis abreuvé des classiques, ayant récité à satiété Corneille, Racine, Boileau et Molière, après Ronsard. J’ai été inoculé du virus Voltaire. Et ne m’en suis trouvé que plus accompli, sans complexe, avant d’aborder les Maîtres romantiques et parnassiens, ou je me suis étanché abondamment, et ensuite chez Anatole France» dit-il. En effet, Birago DIOP emploie la langue de l'un pour révéler la beauté, le mystère et la vie profonde de l'autre. «L’arbre ne s’élève qu’en enfonçant ses racines dans la Terre nourricière» dit Birago DIOP. C’est à Paris qu’il composa en 1942 «les Contes d’Amadou-Koumba», publiés en 1947, marquant dès ce premier livre sa prédilection pour la tradition orale des griots. Les traits des mœurs qui caractérisent ses personnages renvoient-ils à la réalité villageoise dans ce qu'elle a à la fois de particulier et d'universel. Son recueil de poèmes, «Leurres et Lueurs», en 1960, est profondément imprégné de culture française alliée aux sources d’une inspiration purement africaine. A travers son œuvre, on reconnaît bien le cadre africain de manière générale, mais surtout le style nègre dont SENGHOR parle assez souvent : l'asymétrie dans le rythme qui n'ennuie nullement le public du conte. Les contes de Birago DIOP, associés à l’enfance, ont leur origine dans la tradition orale de l'Afrique. Récitées rituellement à un groupe la nuit par un conteur souvent professionnel, un griot, les histoires folkloriques furent répétées par les gens qui les écoutaient. Pendant la cérémonie on interpolait des chansons et des danses. Ainsi tout en servant de divertissement les contes africains remplissaient une fonction didactique : ils enseignaient aux jeunes pendant des veillées émotionnellement impressionnantes les croyances et les valeurs de leurs ancêtres. Evoquant les histoires que lui racontait sa grand-mère Birago dit : «J’ai bu l’infusion d’écorce et la décoction de racines, j’ai grimpé sur le baobab. Je me suis abreuvé enfant aux sources, j’ai entendu beaucoup de parole de sagesse, j’en ai retenu un peu». Son fameux poème, «Les Souffles», convoque les forces de l’esprit et constitue une puissante réflexion sur les rapports entre la vie et la mort, sur le sens de notre existence.

Né le 11 décembre 1906, à Ouakam, dans une proche banlieue de Dakar. Birago DIOP, dont la concession familiale est établie à Dakar, n’a jamais habité Ouakam. Mais le caprice du sort a voulu qu’il y soit né par hasard. Sa mère, Sokhna DIAWARA, d’origine Soninké et ménagère, devait porter à son mari, Ismaël DIOP, un Ouolof et maître-maçon, le repas de midi et parcourir ainsi, à pied, plusieurs kilomètres par jour. C’est au cours d’une de ces navettes, que Birago est né, par hasard, à Ouakam. Son père qui travaillait à la construction du camp militaire (lieu de naissance de Ségolène ROYAL) devait mourir deux mois plus tard, après sa naissance. Les femmes occupent une place singulière dans ses contes. Birago issu d’un métissage entre deux ethnies, a grandi à Dakar, dans un contexte de diversité culturelle, auprès des Capverdiens, des Soussous, des Peuls et des Européens ; ce qui témoigne de son ouverture d’esprit. Birago voue un culte sans limites à sa mère ; il est donc attaché à la tradition. Son frère Badara est envoyé à Saint-Louis, puis en Côte-d’Ivoire. Massyla et Youssouf, ses deux frères aînés, exerceront sur lui une influence considérable. Massyla, demi-frère de Birago qui disparaîtra en 1932, est un commis principal aux affaires indigènes, un intellectuel et sensible qui avait voulu entreprendre des études de Lettres. Auteur de deux nouvelles, «Les Chemins du salut» (1923) et du «Le réprouvé, roman d’une Sénégalaise» (1912), ainsi de quelques sonnets, dont «Thiaga», Massyla a été le directeur d’une revue éphémère, «la Revue africaine artistique et littéraire», en 1925. L’autre grand-frère, brillant médecin et passionné d’histoire, européanisé, parfait érudit, Youssouf, «gardien de mémoire et berger de souvenirs», est resté le guide spirituel de Birago, jusqu’à sa mort en 1962. Birago reconnaît avoir été fortement inspiré par ses frères : «J’avais aussi et surtout, dans la famille, deux grands frères qui avaient été mes exemples et mes moniteurs. J’ai tenté de « plonger ma poésie aux sources mêmes de croyances et de la sensibilité négro-africaine».

Birago DIOP reçut, en 1911 une formation coranique, chez un marabout Peul, et suivit, à partir de 1916, de son propre chef, les cours de l’école française, à la rue Thiong, à Dakar. En juin 1920, il échoue au certificat d’études primaires et ne pourra donc pas aller à l’école William Ponty, à Gorée, pour devenir instituteur. Mais, il réussit au concours des bourses et s’inscrit, en janvier 1921, au cours secondaire, au lycée Faidherbe, à Saint-Louis, un établissement fréquenté par des Européens, des Africains et des Métis. Fort en sciences, mais s’intéressant aux grands classiques de la littérature, à la poésie, Birago découvre les africanistes comme Maurice DELAFOSSE (1870-1926), Léo FROBENIUS (1873-1938) et Georges HARDY (1884-1972). Birago DIOP se met au diapason des écrits de l’époque. Il avait entendu parler d’Amadou Duguay Clédor N’DIAYE, un homme politique sénégalais, qui a publié en 1912, «la Bataille Guilé», un récit historique et épique. L’année 1921 sonne comme un coup de tonnerre avec le prix Goncourt attribué au «Batouala» de René MARAN. Il connaissait à la rue de Thiong, Amadou Mapaté DIAGNE avec ses «Trois volontés de Malick». Quand, il obtient son baccalauréat, de justesse, Birago DIOP devait faire son service militaire, à l’hôpital militaire de Saint-Louis. Pendant onze mois, il va se «dissiper, dans une vie de fête» dit Mohamadou KANE. Les bourses n’étant accordées qu’aux étudiants en médecine vétérinaire, et à la fin de cette année 1928, il rejoint Toulouse où l’hypothèque familiale ne lui permet pas d’entreprendre des études de médecine humaine. Il se spécialise dans les pathologies bovines et devient docteur. «Je me suis fait vétérinaire par nécessité. Mes fonctions de véto colonial m’ont permis d’être et plus en contact avec la brousse, la nature et les gens. J’ai cessé d’écrire lorsque je suis devenu vétérinaire (à Dakar)», dit-il. Birago DIOP rejoint alors l’Institut de Médecine Vétérinaire Exotique de Maisons-Alfort dont il obtient le diplôme. Il arrive à Paris, en novembre 1933, en plein bouillonnement intellectuel sur la Négritude, une entreprise de réhabilitation du continent noir. «Stagiaire après mon doctorat à l’Institut des Études de Médecine Vétérinaire Exotique d’Alfort, de novembre 1933 à juin 1934, j’avais fait la connaissance du Sénégalais Léopold Senghor, du Martiniquais Aimé Césaire et du Guyanais Léon-Gontran Damas, les trois «promoteurs» de la Négritude. Le premier me sera «un frère», dit-il. Birago DIOP participe à l’aventure de «L’Étudiant noir», la revue littéraire que l’on considère comme l’acte de naissance du mouvement de la Négritude, et se lie d’amitié avec ses fondateurs. «Je vous étonnerai peut-être en vous confessant que je n’ai jamais lu une page de L’Étudiant Noir dont j’ai toujours ignoré le format et le volume. Même pas l’exemplaire ou avait du être publié mon conte «Kotje Barma ou les Toupets Apophtegmes», envoyé de l’École Vétérinaire de Toulouse en 1932» dit-il. Il s’est lié d’amitié avec le Guyanais, Léon GONTRAN-DAMAS qui l’a présenté au prix Goncourt, René MARAN : «J’avais retrouvé Damas et Senghor. Damas avait été mon mentor. Il m’avait installé à «un établi» au Café Le Méphisto, rue de Seine, à l’angle du boulevard Saint-Germain, pour me faire reprendre la plume. Il m’avait commandé un conte pour La Revue du Monde que venaient de créer Paul Morand et Ramon Fernandez, un des premiers clients assidus du Méphisto», dit Birago. Damas fait paraître la totalité du manuscrit, en 1947, dans sa collection «Ecrivains d'Outre-Mer», chez Fasquelle. Fin 1949, Les Contes d'Ahmadou Koumba reçoivent leur récompense : le recueil obtient le Grand Prix littéraire de l'Afrique Occidentale Française.

Birago se marie le 5 avril 1934, à Toulouse. Ils auront deux filles, Renée et Andrée. Sa femme, Marie-Louise Paule PRADERE, est originaire de Sengouagnet, en Haute-Garonne. A son retour en Afrique, il est affecté, en qualité de vétérinaire, de 1934 à 1937, à Kayes au Mali ; ce qui lui donne l'occasion de parcourir la brousse et de faire la rencontre avec Fily Dabo SISSOKO, un instituteur, poète et futur parlementaire, surtout avec Amadou Koumba N’GOM, griot de la famille maternelle auprès de qui il recueillit beaucoup d'histoires. Commence alors un travail de «véto de brousse» qu’il résume dans cette formule aussi lapidaire qu’explicite : «courir au cul des vaches et en faire des rapports». Il exerce ainsi jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où il prend la mesure de la mise en péril de l’économie locale au profit exclusif des Blancs et de la métropole. «Amadou Koumba m’a raconté, les mêmes histoires (…) qui bercèrent mon enfance. Il m’en a appris d’autres qu’il émaillait de sentences et d’apophtegmes où s’enferme la sagesse des ancêtres» dit Birago DIOP. «C’est que je suis devenu homme, donc un enfant incomplet. C’est que surtout, il me manque la voix et la mimique de mon vieux griot » ajoute notre écrivain. Se révoltant contre ce qu'on appelait «la mission civilisatrice de la France», ce Sénégalais recherche ses racines et la source de sa puissance créatrice dans les croyances, les coutumes et les valeurs de son continent natal. «Dans la trame solide de ses contes et de ses sentences (Amadou Koumba), me servant de ses lices sans bavures, j’ai voulu, tisserand malhabile, confectionner quelques bandes pour coudre un pagne sur lequel grand-mère, si elle revenait, aurait retrouvé le coton qu’elle fila la première ; et où Amadou Koumba reconnaîtra, beaucoup moins vif, sans doute, les coloris de la belle étoffe qu’il fila naguère» précise ainsi l’auteur toute l’orientation de sa contribution littéraire. Birago DIOP amasse de nombreux contes et se sent investi d’une mission : «la nécessité de réhabiliter les cultures, d’en attester le dynamisme, c’est-à-dire les facultés d’adaptation au monde nouveau» dit Mohamadou KANE, son biographe. Il séjournera une seconde fois au Soudan, entre 1937 et 1942 et naviguera entre Nioro-du-Sahel, Ségou et Djenné. Il fait une découverte plus poussée des choses et des gens. Pendant, il est affecté à l’Institut de Médecine vétérinaire exotique, à Paris de 1942 à 1944. Il retournera en Afrique servir l’administration coloniale, pendant cinq ans, en Côte-d’Ivoire, en Haute-Volta (Burkina-Faso), en Mauritanie et à Saint-Louis du Sénégal. SENGHOR publie ses poèmes dont les «Souffles» dans son «Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache». En 1950, Birago DIOP rentre au Sénégal et prend sa retraite de fonctionnaire colonial en mai 1961.

Nommé ambassadeur du Sénégal à Tunis (1960-1965), au lendemain de l’Indépendance, il affirme dans un premier temps vouloir renoncer à la littérature ; mais son séjour en Tunisie est au contraire marqué par une exploration plus profonde encore de la littérature traditionnelle africaine avec la publication, «Déjà à Tunis, ma Chancellerie était plus un «atelier littéraire» qu’une ambassade, d’où sortiront, aux Éditions Présence Africaine dans le même semestre 1963, les poèmes «Reliefs» de mon conseiller feu Malick Fall, et «Négristiques » de mon secrétaire Lamine Niang, en même temps que mon troisième livre « Contes et Lavanes», dit Birago DIOP. En 1963 les «Contes et Lavanes», peinture de la société traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest, qui lui valut le Grand Prix Littéraire d’Afrique noire, en 1964.

Sa carrière diplomatique, après l’indépendance du Sénégal, et son retour à son premier métier de vétérinaire à Dakar, à partir de 1965, n’entravèrent pas son exploration de la littérature traditionnelle africaine. «Ni poème, ni conte. Car l’âge venant et venu, je considère ma vie comme le meilleur des contes, le plus réussi. J’essaie de la rapporter, depuis les sources généalogiques (ce qui est la seule richesse mentale du Négro-africain en général, et du Sénégalais en particulier), en me racontant et en racontant le peu que j’ai retenu de celles et ceux que j’ai rencontrés ou fréquentés au cours de mes diverses «carrières» que je trouve plus que remplies, depuis que j’ai quitté le bercail dakarois, pour y repasser par intermittence d’abord, et y revenir ensuite définitivement» dit-il dans une interview de 1985, à Bernard MAGNIER. Vice-président de la Confédération internationale des auteurs et compositeurs, il préside pendant plus de vingt ans, l’Association des Écrivains du Sénégal, et dirige également le comité de lecture des Nouvelles Éditions africaines. Grand ami d’Amadou Mactar M’BOW, il côtoie d’éminentes personnalités de la culture, dont Léopold Sédar SENGHOR et Mme Aminata SOW FALL qu’il cite abondamment dans ses mémoires.

Même s’il déclare avoir «cassé sa plume», son oeuvre semble se décliner en deux temps : le temps de la création et le temps des souvenirs. Birago DIOP a publié «la Plume raboutée» et quatre autres volumes de mémoires de 1978 à 1989. Dans ses mémoires, auxquels il a consacré la dernière décennie de sa vie, l’existence de Birago DIOP est bien connue. Grace à la biographie établie par Mohamadou KANE, à son autobiographie «tous contes faits», on peut reconstituer la vie de Birago DIOP, un homme méticuleux et rigoureux.

Ses mémoires constituent un précieux témoignage pour comprendre aussi bien l’homme que son époque. Birago DIOP est un mondain et ses mémoires foisonnent de détails sur ses réceptions, ses voyages, ses thalassothérapies. «C’est un carabin, du genre littéraire, certes, mais il aime par-dessus le monde et le bruit», dit Mohamadou KANE. Dans son originalité, le professeur KANE précise «son manque de conformisme et du peu de cas qu’il fera des écoles et des théories». Birago DIOP est en effet un paradoxe incarné : vétérinaire et fonctionnaire colonial d’une part, écrivain, garant et rénovateur de l’art de conter africain de l’autre. C’est un conteur-poète.

I – Birago DIOP, le conteur

Entre la poésie, le conte et le théâtre, la contribution littéraire de Birago DIOP est riche. «Le conte domine et inspire tout» dit Mohamadou KANE. Le conte englobe tout. C’est l’époque où Birago DIOP a participé, de manière décisive à la réhabilitation de la culture africaine, souvent méprisée. «Ces civilisations que l’on tenait pour périssables comme le bois et le verbe qui en sont le support naturel, se dégagent de la gangue du parti pris et de jugements hâtifs qui les étouffaient pour se montrer dans toutes leurs splendeurs» renchérit le professeur KANE.

A – Birago DIOP, gardien de la tradition orale

1 – Les contes d’Amadou Koumba, un retour à l’authenticité de la culture africaine,

Le recueil des contes d’Amadou Koumba est qualifié par Mohamadou KANE de «tableau complet de la vie rurale, du lever au coucher de soleil, et au fil des saisons». L’ouvrage s’ouvre sur une brève introduction où Birago rend hommage, avec une grande modestie, aux deux personnes qui ont forgé son goût du conte : sa grand-mère et le griot Amadou Koumba N’GOM. Il prétend ne faire que traduire et répéter ce que dit la tradition orale. En fait, «c’est au moment où il compose les Contes d’Amadou Koumba, qu’il se libère de ses Maîtres pour aller à la découverte de l’authenticité des Choses et des Êtres de la Surréalité» souligne Mohamadou KANE. C’est à partir de 1936 qu’il a rassemblé son contes avec les trois objectifs :«Montrer la complexité et l’intérêt littéraire de ces contes, les transposer en français en conservant leur valeur littéraire et en les rendant susceptible d’être reçus comme morceaux littéraires, les faire reconnaître par la critique européenne et assurer leur survie. La rédaction des Contes manifeste une double intention de l’auteur : témoigner d’une culture collective et développer une écriture personnelle» dit Viviane AZARIAN. Birago DIOP reconnaîtra, dans la biographie que lui consacre le professeur Mohamadou KANE, sa part de créativité ; «Amadou Koumba n’a été qu’un prête-nom, un pavillon commode, pour couvrir presque toute la marchandise que j’ai essayé de présenter et qui m’est venue de plusieurs sources».

C’est un recueil composé de dix-neuf contes, et abordant divers thèmes Le premier et le dernier conte traite du thème de l’incapacité à changer. «Fari l’ânesse» transformée en femme pour échapper à la famine, ne peut devenir autre, et est condamnée à être démasquée et asservie.

Dans les contes de Birago DIOP on trouve, un mélange de l'humain, du naturel et du surnaturel, l'animisme de l'univers, le manque de barrière entre la vie et la mort, les animaux avec des personnalités et des faiblesses humaines. Le merveilleux domine dans certains contes comme dans «Les mamelles», récit étiologique expliquant la présence des «Mamelles» du Cap Vert, et effets réalistes comme le récit «N’Gor Niébé», qui stigmatise l’indiscrétion des femmes. Les contes de Birago sont pleins de poésie. «Mauvais tisserand l’hiver n’arrive pas à égrener ni à carder le coton» dit-il dans les «Mamelles» ou encore dans ce même conte, il début avec cette maxime : «Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît».

Le conte «Maman-Caïman» est particulièrement intéressant puisqu’il combine le merveilleux de la fable avec cette mère caïman que ces enfants refusent d’écouter et le réalisme des guerres entre Maures et Wolofs. Il ouvre une longue série de contes ayant des animaux pour héros : «Maman-Caïman» que ses petits refusent d’écouter, «Les mauvaises compagnies I, II, III et IV», deux contes mettant en scène l’hyène Bouki et son fils M’bar, «La lance de l’hyène» et «Une commission» puis deux contes mettant en scène «Leuk le lièvre» : «Le salaire» et «Tours de lièvre». Le recueil propose ensuite un conte sans personnage zoomorphisé qui s’achève tragiquement «Petit-mari». Suit ensuite une fable «Vérité et mensonge» et deux contes animaux «La biche et les deux chasseurs» et «Les calebasses de Kouss».

«Sarzan», dans le recueil des contes d’Amadou Koumba, est l'aventure d'un ancien sergent africain revenu à son village natal, avec la ferme intention de le «civiliser», est rendu fou par les «souffles» du village qui le ramène à sa nature profonde africaine. Selon toute probabilité ce conte est la création de Birago DIOP et ne doit rien au griot. Dans ce récit on voit l'Afrique de deux points de vue différents: celui de Kéita, le sergent, influencé à un tel degré par les Français qu'il veut se révolter contre sa culture natale pour «civiliser» les «sauvages» africains; et celui du narrateur qui, aimant les traditions indigènes, emploie une ironie mordante pour se moquer des valeurs de la «civilisation» européenne. Dès le commencement du conte, on apprend que les indigènes tiennent beaucoup à leurs croyances. L'emprise de leur religion se révèle à travers le récit pour culminer dans deux poèmes, chants musicaux maintenant célèbres en dehors de ce conte où l'on peut la sentir comme une force surnaturelle. Alors que le premier poème décrit la vie intense de l'univers animé, le second révèle la peur et l'horreur de l'ordre renversé. Ce n'est donc pas seulement par son récit et par ses personnages que Birago DIOP saisit son lecteur ; c'est aussi, et peut-être surtout, par sa puissance poétique.

2 – Birago DIOP, entre divertir et instruire,

«L’Os de Mor Lam», comédie satirique, a été adapté pour le théâtre. Dans ce conte, un homme, Mor Lam, à cause de sa gourmandise et de son ingratitude, finira par provoquer sa propre mort, car il ne voulait pas partager son repas avec son frère Moussa. Birago défendant, avec vigueur les valeurs traditionnelles de l’hospitalité et de la fraternité, dénonce le parasitisme social. On sent sa volonté de fixer les mœurs qui tombent en désuétude. Dans une société solidaire, si l’individu se singularise, le groupe se dresse contre lui, et cette confrontation s’achève par sa perte.

Entre 1947 et 1963, Birago DIOP a publié trois recueils contenant 52 contes dans lesquels les principaux personnages sont des animaux. Dans ses contes, Birago DIOP fait défiler, dans la brousse et ses villages, des hommes et des animaux pleins de vie et de couleurs. «Les contes de Birago DIOP sentent nettement la brousse africaine tendant l’oreille aux battements sourds des tam-tams mâles et femelles» dit René MARAN. S’appuyant sur la tradition de moquerie de certains groupes ethniques, on retrouve très souvent dans ses contes, un Maure, un Peul, une femme ou un marabout. Ainsi, les flatulences de Mawdo, le vieux peul du Macina, sont au cœur de «N’Gor Niébé. Le marabout est souvent décrit comme, un gourmand, un parasite qui tire partie de l’incrédulité de ses disciples. Birago dépeint dans ses contes (Commission, Le tam-tam du lion, un jugement, N’Gor Niébé, Liguidi-Malgam, etc.) une vue nette de la place de la femme au sein du foyer et dans la société traditionnelle. La femme est, à première vue, considérée comme un objet dont on peut se servir. Elément essentiel de la société, la femme sait tourner les choses à son avantage par son savoir-faire. La femme est coquette, mais indiscrète. Kotje BARMA recommandait d’aimer sa femme, mais de ne jamais se fier à elle. On se moque des femmes, pour divertir.

Dans ses contes, le merveilleux côtoie le réel. Le jujubier parle, le tamarinier fait des affaires. Il dresse une peinture complaisante des mœurs des animaux. Ainsi, «Leuk-le-lièvre», petit mais déloyal et rusé, discute d’égal à égal à égal avec le lion. A certains égards, Birago DIOP fait appel à la fantaisie : l’hyène demande au chasseur des conseils pour capturer plus facilement une proie. Le lièvre fait un enfant à la fille du Roi. Les animaux ont leurs graves défauts. Ainsi, le singe est malfaisant, mal élevé, voleur et malicieux. La panthère, fourbe et sans honneur, voit avec les œil d’un maître et l’âme d’un esclave. Le caïman est impitoyable et féroce. L’âne est méchant et sot. Le lion, roi puissant, est un tyran despotique. L’hyène, bête et cupide, est la victime conventionnelle que la tradition accepte de ne pas plaindre.

«En Afrique Noire, toute fable, voire tout conte, est l’expression imagée d’une vérité morale, à la fois connaissance du monde et leçon de vie sociale» dit Léopold Sédar SENGHOR le 20 octobre 1957, dans sa préface aux Nouveaux contes d’Amadou Koumba. Dans les contes de Birago DIOP la dialectique de la vie, la paix et l’ordre finissent par triompher, par l’effet de ces vertus que sont la pitié, le bon sens, la générosité, la patience, le courage. Birago DIOP voit dans les contes un «miroir fidèle de la sensibilité et de la sagesse africaine» souligne M. KANE. Le conte n’est qu’une forme de divertissement mais c’est élément majeure de la culture africaine, avec une vertu morale, sociale voire philosophique. Il a réussi à concilier l’écrit et l’oralité, sans bavardages, il a restitué l’Afrique rurale, dans son authenticité, ses modes de vie, ses sagesses et ses civilisations.

Dans certains contes (Boli et Sarzan), les coutumes et traditions sont menacées par l’impatience et l’incompréhension de la jeunesse. Le conte «N’Gor Niébé» célèbre la vertu de la mémoire des hommes et les indiscrétions des femmes. «Mor Lam» est une condamnation de la gourmandise et de la cupidité : «s’il avait le ventre derrière lui, ce ventre le mettrait dans un trou».

II – Birago, sa poésie et les forces de l’esprit,

L’Africain est fondamentalement superstitieux, et croit, comme Birago DIOP, aux forces de l’esprit. Dans son conte «L’héritage» Birago fait état de croyances animistes : «le défunt n’a jamais offensé la terre». A côté des êtres humains, il y aurait un monde des Djins, des démons et des esprits. «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire et dans l'ombre qui s'épaissit, les morts ne sont pas sous la terre : ils sont dans l'arbre qui frémit, ils sont dans le bois qui gémit, dans l'eau qui coule, dans l'eau qui dort, dans la cave, ils sont dans la foule, les morts ne sont pas morts», ce poème, «Les Souffles», dédié à M. CASSAGNE et son fils Charles, pour leur aimable accueil dans un village français, est l’un des plus célèbres du continent africain. C’est un extrait du recueil de poèmes «Leurres et Lueurs» paru en 1960. Léopold Sédar SENGHOR avait fait publier ce poème en 1948, dans son «Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache», page 143. Birago commence à écrire ses premiers poèmes lyriques, sensiblement influencés par Verlaine, dès 1925. «Mes poèmes sont datés, ainsi que je vous l’ai dit. Je l’ai précisé : les premiers de 1925 au Lycée Faidherbe, le dernier de 1946 en Haute-Volta. Parce que justement j’ai trouvé dans les contes la substance et l’expression de la poésie de mon terroir et des régions que j’ai parcourues en Afrique Noire. Je vous apprendrai que le mot «poème» n’existe pas dans mon wolof sénégalais. Chez nous, on connaît le «woï», le chant. Et même la Geste, telle celle du Roi (Charlemagne) ou de Garin de Monglane, chantée et non dite, pour Samba Guiladjégui ou Lat-Dior DIOP» dit-il.

Pour achever de définir l’originalité de Birago DIOP, il faut enfin mentionner la place que le merveilleux et le fantastique tiennent dans son œuvre, notamment dans ce poème «Souffles». L’écrivain a l’habileté de nous rendre plausibles ces données irréalistes en évitant de les présenter trop brutalement et en ménageant toujours un passage entre l’imaginaire et le réel. La croyance que les esprits des ancêtres morts continuent à errer dans le monde autour de leurs descendants sert de support à Birago DIOP laisse deviner derrière la réalité un arrière-plan de mystère, reste exceptionnel.

Dans ce poème, les «Souffles», qui animent les choses et les êtes sont les ancêtres, des êtres sereins. Birago nous invite à «écouter plus souvent les choses que les êtres». Les choses étant les êtres inanimés, les situations, c’est-à-dire, le Rocher, la Demeure, l’Eau, le Feu, la Case, le Bois. Les «Souffles» est un poème hautement symbolique et expressif qui renvoie à nos ancêtres. Les «Souffles» symbolisent tous les êtres animés et inanimés : le feu crépite, l’eau coule et dort, le buisson sanglote, l’arbre gémit et les herbes pleurent.

Renouant avec l’animisme africain, pour Birago DIOP la vie n’est pas synonyme d’existence : «les morts ne sont pas morts». «La mort, est le fruit de la vie. La vie est le fruit de la mort» dit un dicton au pays Diola, au Sénégal. «Il n’y a pas de frontière, en Afrique Noire, pas même entre la vie et la mort» précise M. Mohamadou KANE. La vie continue par-delà de notre existence. «Dans la cosmogonie négro-africaine, l’idéologie de la vie prime sur celle de la thanatologie, car la vie ne finit pas avec la mort. A contrario, elle la dépasse, la transcende et continue dans l’Au-delà. Ainsi, la mort n’est pas le dernier mot de la vie pour l’Africain. Celle-ci est, reste et demeurera une phrase en pointillés qui s’achèvera au village des ancêtres lors du retour final» dit Marcel ANGANGA. Les ancêtres vivent, en toutes choses, animées ou inanimées : «tous ceux sont morts ne sont pas partis». Un pacte nous lie à nos ancêtres ; c’est pour cela que nous devons les respecter. Commentant la philosophie de TEMPELS, Souleymane Bachi DIAGNE, un éminent philosophe sénégalais estime que «Le Muntu, l’être humain, est vivant et fort de ses liens à la divinité, à son clan, à sa famille, à ses descendants, comme il est fort et vivant de son patrimoine et de sa terre, de ce qu’elle porte et de ce qu’elle produit, de ce qui y pousse ou y vit». , «Les morts en Afrique ne sont pas morts». Ils ne sont pas partis, à en croire le poète sénégalais Birago DIOP, bien que vivant ailleurs d’une autre façon, ils restent cependant présents parmi les vivants. Ils sont avec eux, mais autrement. Invoqués en cas de nécessité, ils répondent et donnent satisfaction. D’où les rites d’invocations et d’offrandes pratiqués à leur égard.

Birago est décédé à Dakar le 25 novembre 1989. Le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre c’est son poème, «Les Souffles».

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffl
e des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
L
es Morts ne sont pas morts.

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Te
rre
Qui ne sont pas morts.


Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
L
es Morts ne sont pas morts.


Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Sou
ffle des Ancêtres.


Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont
pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.


Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Sou
ffle des Ancêtres.

  1. Contributions de Birago DIOP

1 – 1 Contes et autres contributions

DIOP (Birago), Contes d’Amadou-Koumba, Paris, Présence Africaine, 1961, 187 pages ;

DIOP (Birago), Les nouveaux contes d’Amadou Koumba, Paris, Présence Africaine, 1981, 188 pages ;

DIOP (Birago), L’os de Mor Lam, Dakar, Nouvelles éditions du Sénégal, 1997, 64 pages ;

DIOP (Birago), Leurres et lueurs, préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, Dakar, Présence Africaine, 1960, 86 pages ;

DIOP (Birago), Contes et lavanes, Paris, Présence Africaine, 1963, 255 pages ;

DIOP (Birago), «Tous contes faits» revue Awa, 1964, n°7 et 8.

DIOP (Birago), Contes d’Awa, illustrations d’A. Diallo, Paris, NEA, 1977, 39 pages.

1-2 – Mémoires de Birago DIOP

DIOP (Birago), La plume raboutée, mémoires vol I, Paris, Présence Africaine, 1978, vol I, 253 pages ;

DIOP (Birago), A rebrousse-temps, mémoires vol. II, Paris, Présence africaine, 1982, 235 pages ;

DIOP (Birago), A rebrousse-gens, épissures, entrelacs et reliefs, mémoires vol. IV, Paris, Présence africaine, 1985, 235 pages ;

DIOP (Birago), Le Sénégal du temps de …, mémoires vol IV, Paris, L’Harmattan, 1987, 220 pages ;

DIOP (Birago), Et les yeux pour me dire, vol V, Paris, l’Harmattan, 1989, 199 pages.

1 – 3 La contribution de Massyla DIOP (demi-frère de Birago)

DIOP (Massyla), «Les chemins du salut», Bulletin de l’éducation de l'A.O.F., 1923, pages 52 ;

DIOP (Massyla), «Le réprouvé, roman d’une Sénégalaise» (1912), Revue Africaine artistique et littéraire 1925 et in Culture française, 1969, n°18, pages 28-30 ;

2 - Critiques de Birago DIOP

ALLAH (Kouadio, Alexis), La vision de l’au-delà de Selma Lagerlöff, Birago Diop et Bernard Dadié, mémoire maîtrise littérature comparée, Limoges, faculté des lettres et sciences humaines, 1995, 101 pages ;

ANGANGA (Marcel), «Vie et mort en Afrique noire», in Théologiques, 2011, vol. 19, n°1, pages 87-106 ;

AZARIAN (Viviane) «Double démarche individuelle et collective dans l’écriture de Birago Diop : mise en parallèle des Contes d’Amadou Koumba et des Mémoires», Francofonía, 2006, n°15, Universidad de Cadíz, p. 53-70.

BLAIR (Dorothy, S), «Le bestiaire islamique de Birago Diop», in Cahiers de l’Association internationale d’études africaines, 1979, n°31, pages 59-72 ;

BONGEH SHANG (Gladys), Introduction à la Négritude comme illustré chez Birago Diop, Washington State University, 1982, 108 pages ;

COLIN (Roland), «Birago Diop, écrivain de parole, diseur d’écriture : un passeur impertinent et détectable», in Présence Africaine, 2009, n°1 (179-180), pages 144-150 ;

DERJ (Aïssa), La société Ouolof à travers les contes de Birago Diop, Paris, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 286 pages ;

DERIVE (Jean), "La réécriture du conte populaire oral chez Birago Diop, d’après les contes d’Amadou Koumba", in Itinéraires, littératures et contact de cultures, 1982, vol.1, pages 65-79 ;

DERIVE (Jean), «Le traitement littéraire du conte africain : deux exemples chez Bernard Dadié et Birago Diop», mis en ligne sur internet le 29 avril 2007 ;

FALL (Khady) "De l’oral à l’écrit : les contes d’Amadou Koumba de Birago Diop et les kinder-und hausmärchen des frères Grimm», Études Germano-Africaines, n°4, 1986 ;

FERNANDEZ (Elena, Lusante), NARBONA (Immacula, Diaz), Birago Diop et Léopold Sédar Senghor, cent après, Universidad de Cädiz, 2006, 286 pages ;

KANE (Mohamadou), Essai sur les Contes d’Amadou Koumba, du conte traditionnel au conte moderne d’expression française, Dakar, NEA, 1981, 249 pages ;

KANE (Mohamed Lamine), Birago Diop, l’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1971, 237 pages ;

LAMBERT (Fernando), «Un leader de la critique africaine, Mohamadou Kane», Etudes françaises 2001, vol 37, n°2, pages 63-77 :

MABANCKOU (Alain), Poésie africaine : six poèmes d’Afrique francophone : Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Jacques Rabémananjara, Bernard B. Dadié, Tchicaya U Tam’Si, Jean-Baptiste Tati Loutard, Paris, Points, 2010, 142 pages ;

MERCIER (Roger), «Un conteur d’Afrique noire : Biago Diop», in Etudes françaises, 1968, vol. 4, n°2, pages 119-149 ;

MERCIER (Roger), BATTESTINI (M. S.), Birago Diop, écrivain sénégalais, Paris, F. Nathan, 1976, 63 pages ;

MERCIER (Roger), Un conteur d’Afrique Noire, professeur de l’université de Montréal, 1968,

MOURALIS (Bernard), «Le jeu de la mémoire et de la culture - Birago Diop», in Le Français aujourd’hui, n°81, mars 1988, pages 64-69 ;

MOURALIS (Bernard), «Littératures africaines, Oral, Savoir», Semen (revue en ligne), 2004 n°18, mis en ligne le 29 avril 2007, URL : http://semen.revues.org/2221 ;

MOURALIS (Bernard), Les contes d’Amadou Koumba, Paris, Bertrand Lacoste, 1991, 127 pages ;

MUPAYA KAPITEN (Didier), «Vivre sa mort dans les traditions initiatiques d’Afrique noire, une voie d’approche au mystère de la croix», in Théologiques, 2011, vol 19, n°1, pages 163-180 ;

PIERO (Battista), Présence de Birago Diop, conteur africain, Napoli Fratelli Conte, 1979, 202 pages ;

RIESZ (Jànos), «Birago Diop, écrivain et vétérinaire, un regard sur la société coloniale», in De la littérature coloniale à la littérature africaine, Paris, Karthala, 2007, 424 pages, spéc pages 2011-222 ;

TSHIJI BAMPENDI (Albert), KASONGO NGOY PAUNI (P), «Etudes de Souffles de Birago Diop», in Recherches linguistiques et littéraires, août 1999, (Université de Lubumbashi), pages 54-64.

Paris, le 9 juillet 2016, par M. Amadou Bal BA –http://baamadou.over-blog.fr/

"Birago DIOP, poète, conteur et traditionnaliste sénégalais (11 décembre 1906 – 25 novembre 1989)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 22:21

Socrate, lui qui n’a rien écrit, est un sujet d’étonnement. Personnage historique et mythique dominant toute la pensée antique, son nom est associé aux plus grands penseurs comme Conficius, Bouddha, Moïse et Jésus. Socrate n’est pas fondateur d’une religion, mais il interpelle encore notre conscience au XXIème siècle, à bien des égards. Initiateur de la rationalité et de la philosophie, «Socrate fut l’existant irréductible aux systématisations de l’histoire et qui revit, ou devait revivre, en chacun d’entre nous ; dès lors comprendre Socrate, ce n’est pas chercher à savoir ce qu’il fut, mais bien ce qu’il est pour nous autres hommes du XXème siècle» dit Sören KIERKEGAARD (1813-1855). A une question posée par Chérophon, à l’oracle de Delphes, au temple d’Appolon : «Y a-t-il un homme plus sage que Socrate ?». «Non, il n’y en pas» répond la Pythie. Socrate est le plus «grand événement de la vie intérieure», souligne l’oracle de Delphes. Désigné comme l’homme le plus sage, Socrate affirme, modestement, n’être qu’un messager de Dieu. D’après le Phédon de Platon, Socrate était passionné de physique dans sa jeunesse, mais par la suite, déçu, il s’est «tourné vers les mots» et, finalement, s’est converti à des croyances pythagorisantes. «La sagesse commence dans l’émerveillement» dit-il. Le philosophe est celui qui aspire au savoir qui est l’apanage de la divinité. Mais cette aspiration suppose au préalable que l’on reconnaisse son ignorance, car celui qui croit savoir ne se mettra jamais en quête de la connaissance dont il est en réalité dépourvu. «Vivre, pour lui, ce fut penser» estime Alphonse de LAMARTINE (1790-1869).

Marc Tullii CICERON (103-46 avant J-C) a promu Socrate comme étant le «père de la philosophie». En effet, les tentatives philosophiques avant Socrate se caractérisent, «par l’absence complète de méthode et goût excessif des spéculations» souligne Pierre MONTEE. Socrate a introduit la sagesse en tant que science et art de vivre. Il va contredire les sophistes qui pensent que la sagesse est une accumulation de connaissances. Pour lui, la philosophie doit cesser de se tourner, exclusivement, vers le dehors, pour se tourner vers soi-même et examiner les conditions de la connaissance vraie, de l’action droite, c’est-à-dire ce qui définit et fonde le Bien, la Justice, la Vertu, bref toutes les valeurs de l’action humaine. En faisant appel à la conscience de soi, Socrate représente la mauvaise conscience des Athéniens. Suivant Socrate, la sagesse n’est pas un savoir mais un savoir-vivre et un art du bonheur. La doctrine de Socrate est que la justice est la vertu principale de l’accomplissement personnel de l’homme. L’homme est composé d’une âme et d’un corps. Pour Socrate, l’âme est supérieure au corps. Selon lui, l’âme représente l’amour, la raison, la conscience et par conséquent, le bonheur. L’âme permet de vivre en accord avec soi-même et donc, par la force des choses, d’être heureux. Vivre en accord avec son âme et en prendre soin, c’est vivre selon la justice, vertu morale suprême. Par conséquent, la conduite morale doit être au centre de toutes les préoccupations. Socrate veut enseigner à ses disciples, dont Platon, la vertu. C’est par la réforme des individus qu’il voulait procurer le bonheur à la Cité. C’est ce projet de réforme morale et politique d’Athènes qui allait le perdre.

Né, sans fortune, ni noblesse, à Athènes, Socrate était fils de Sophronisque, un tailleur de pierres et de Phénarète, une sage-femme. Socrate, alors qu’il n’a jamais quitté sa ville, affirme d’emblée son cosmopolitisme : «Je ne suis ni d'Athènes, ni de Corinthe, je suis citoyen du monde».Voué, lui-même ; au métier de sculpteur, il l’abandonne pour se consacrer à la philosophie. On dit qu’il était polygame. Sa première femme, Xanthippe, réputée être acariâtre, lui donna un fils, Lamproclès. Il eut avec sa seconde épouse, Myrto, deux enfants, Sophronisque et Ménéxène. Sobre et se passant du superflu, Socrate a été raillé par Aristophane dans ses «Nuées» en ces termes : «tu te rengorges et tu lances des regards obliques. Insensible, tu vas nu-pieds, l’œil méprisant». Homme ordinaire et ignorant la langue de la suffisance des intellectuels, on représente toujours Socrate discutant, vêtu d’un manteau grossier, parcourant les rues pieds nus, par tous les temps. Il a une apparence ignorante et vulgaire, il est laid et a une femme insupportable et pleurnicharde. L’originalité de sa figure, sa grande noblesse d’âme et la puissance de sa parole consistent alors à discuter avec ses concitoyens, en déambulant où que ce soit dans Athènes, mais de préférence sur l’agora. Il ne se prétend pas fondateur d’une école. À la différence des sophistes, professeurs itinérants, Socrate ne fait pas payer ses leçons. Il a la réputation de vivre dans la pauvreté. Socrate ne quitte jamais Athènes, ne s’intéresse pas à la science de la nature mais au monde humain, et en particulier aux problèmes moraux. Caractérisé par le sentiment moral, Socrate a développé la maïeutique d’où devait sortir la dialectique platonicienne. L’ironie de Socrate suggère la remise en question d’un mode de vie trop étranger à la connaissance de soi, point de départ de la vie authentique. Socrate est inquiétant et déroutant, obsédant même. Pour lui, l’ironie est une source inépuisable de réflexion. Le discours ironique de Socrate prend la forme d’un non-savoir, une feinte d’ignorance. «Si vous êtes beaux, restez dignes de votre beauté ; si vous êtes laids, faites oubliez votre laideur par votre savoir», dit-il. Il s’interroge sur l’essence des vertus (comme le courage, la justice, la piété, l’amitié, l’amour…) et cherche à en proposer des définitions. Socrate discute avec les gens et leur montre qu’ils ne savent rien ; lui-même prétend ne rien savoir : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien».

Fondateur de la rationalité et de la philosophie, Socrate a repris l’injonction du temps de Delphes : «Connais-toi, toi-même» dont la traduction exacte est «Sache ce que tu es». Cette devise reflète l’humilité même de Socrate. L’homme n’est rien d’autre au regard de la divinité. Sa sagesse n’est que néant. Tout ce qu’il y a de grand, de beau, de noble lui vient des dieux et il n’a aucun motif de s’enorgueillir. Dans «l’Iliade», Achille choisit la mort, sachant qu’il est des valeurs supérieures à la vie. Socrate agit de même : «Il ne faut considérer qu’une chose, quand on agit, si ce que l’on fait est juste ou injuste». Socrate avait la posture d’un prophète : il vaut mieux obéir à dieu qu’aux hommes. Les hommes passent, les dieux demeurent. «Le mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien» dit-il.

D’où sont nées la spéculation et les interrogations philosophiques ? D’où vient-il que la raison humaine, délaissant la poésie mythique et la théologie épique, ait pris soudain le parti de philosopher ?

Socrate était l’ami d’Archélaos de Milet, le physicien et le discipline d’Anaxagore de Clazomène (500-428, avant J-C), lui-même élève d’Anaximène de Milet (585-525, avant J-C), était le penseur officiel de Périclès (495 – 429, avant J-C). Anaximène retient sa préoccupation pour la recherche d’un principe matériel qui soit en même temps illimité ou encore infini, comme l’air et le feu. Anaxagore qui reprend cette théorie affirme que derrière le visible se dissimule toujours l’invisible. Anaxagore refuse la création découlant du Big bang ou du chaos et fait appel à l’intellect, moteur de la révolution universelle. Socrate salue, comme il convient, la postulation d’un intellectuel divin ordonnateur du monde, mais il reproche à cet intellectuel de n’être pas un dieu entendu comme étant la cause finale qui mouvrait les êtres, comme le bien auquel ils aspirent. Les Athéniens ont été secoués par cette critique. Témoin d’une société en crise morale, Socrate perdra la vie, dans sa recherche obstinée de dire la Vérité. Le crime de Socrate, c’est sa farouche indépendance dans la liberté de pensée. Socrate laissa de côté la physique pour étudier la morale, en déclarant rechercher «ce qui est bien, ce qui est mal dans les maisons». Pour Socrate, il n’existe qu’un seul bien : le savoir, et qu’un seul mal, l’ignorance. Il est un bien naturel d’apprendre ce qu’on ignore.

Socrate prétendait avoir un démon qui lui indiquait l’avenir ; que le bien était une chose importante, et qu’il ne connaissait qu’une seule chose : son ignorance. «Le démon de Socrate était la perception que Socrate avait du langage muet des puissances célestes (éternuement, paroles entendues par hasard» souligne PLUTARQUE (45 après JC – 120 après JC). Socrate montre que les Dieux ont des favoris parmi les hommes, favoris qu’ils dirigent par la raison, sans faire appel au sensible. Comment se fait-il si cette «voix intérieure», ce démon lui a confié une telle mission et que Socrate ne fasse pas de la politique ? Socrate pense que la démocratie athénienne est tellement corrompue, au point que vouloir, en politique, prendre la défense de la justice, c’est se condamner soi-même à mort. «Il est nécessaire, si l’on veut combattre réellement pour la justice et préserver quelque temps sa vie, de demeurer simple particulier et ne pas faire de politique» dit Socrate.

I – Socrate, initiateur de la philosophie et du rationalisme

A – Socrate, un martyr de la liberté

Platon (428-348 avant J-C) a fait de la condamnation injuste de Socrate, martyr de la liberté de pensée, l’acte fondateur de la philosophie. En effet, le procès de Socrate se déroule dans un contexte d’affaissement des valeurs morales. Après avoir perdu la guerre du Péloponnèse, Sparte impose un régime sanglant. Bien que la démocratie fût vite rétablie, il règne un climat de méfiance et de découragement. L’esprit critique s’éveilla et ne réussit qu’à ruiner les croyances dont on avait vécu jusqu’alors. La démocratie, de plus en plus débridée, et cependant incapable de se gouverner elle-même, tomba très vite entre les mains de vils démagogues, qui usèrent de leur ascendant pour la corrompre. Le peuple soupçonne les intellectuels, les penseurs d’être à l’origine de la défaite face à Sparte. Socrate servit alors de bouc émissaire. Socrate a été condamné à mort parce qu’il aurait nié les Dieux que reconnaît l’Etat, et de vouloir introduire des divinités nouvelles et aussi de corrompre la jeunesse. Socrate a été condamné en raison des haines qu’il s’attira en démasquant l’ignorance des grands personnages devant les jeunes. Socrate ne cachait pas le dédain que lui inspirait le régime de flatterie et d’incompétence qu’était la démocratie athénienne. Contrairement à ce qu’avance Aristophane, Socrate n’était pas sophiste, c’est-à-dire qu’il n’appartenait pas à ce mouvement philosophique qui passait comme étant le destructeur des vieilles traditions, des impies, des athées et des professeurs d’immoralité. Socrate a refusé de s’évader, de sa prison, alors qu’il en avait l’opportunité. Anaxagore, Protagoras et Aristote, devant les persécutions des intellectuels, avaient préféré s’enfuir. «Il vaut mieux subir l’injustice que la commettre» dit Socrate. Il n’a pas voulu non plus être condamné à l’emprisonnement, pour être nourri au Prytanée aux frais de l’Etat. La fameuse «prosopopée des lois» dans le «Criton» indique Socrate, lui qui s’est présenté libre devant le juge, préfère une mort injuste à une fuite qui bafouerait les lois de sa ville. «J’obéirai au dieu plutôt qu’à vous», dit Socrate à ses juges. «Séparé d’Athènes par l’intervalle d’une conscience, Socrate est pourtant Athènes, il est Athènes» souligne Micheline SAUVAGE.

«Pour ma part, Socrate, ce qui me peine le plus, c’est de te voir mourir injuste» dit Apollodore à Socrate, un de ses fidèles et affectueux ami. «Très cher, préférerais-tu donc me voir mourir justement qu’injustement ?» lui rétorque, avec ironie, Socrate. Condamné à boire la ciguë, Socrate reste fidèle à sa cité et accepte son sort. On peut même dire que Socrate s’est condamné lui-même. Dans le «Criton», Platon raconte la scène : à ses amis qui lui proposent de s’évader, Socrate refuse, affirmant que bien que les juges aient tort sur son compte, il respectera leur verdict car il a toujours accepté et aimé la démocratie : il doit donc obéir à sa loi. Socrate aurait pu échapper à la mort mais il préfère mourir, par respect pour les lois qu’il aime et accepte. En effet, Socrate place la Justice bien au-dessus de la vie : il préfère la mort à une injustice, et il semble d’ailleurs croire à une vie après la mort dans laquelle les Justes sont récompensés.

Dans ses paroles dont la noblesse et la beauté résonnent encore à nos oreilles, Socrate n’a pas non plus imploré la clémence à ses juges. Car pour lui la justice est divine. «Je crois aux dieux, Athéniens, comme aucun de mes accusateurs, c’est pourquoi je m’en remets à vous et au dieu afin que vous décidiez ce qui sera le meilleur pour moi et pour vous» dit-il. Socrate préfère la mort au déshonneur : «la difficulté n’est pas d’échapper à la mort, mais au vice. Car le vice court plus vite que la mort». «Philosopher, c’est apprendre à mourir», suivant Socrate. Mourir, c’est séparer le corps de l’âme. En se détachant du corps, l’âme débutera son parcours ascendant vers l’absolu qu’il contemple. Philosopher est donc une façon de se préparer à l’éternité. Par conséquent, la mort de Socrate est «le plus bel acte de la vie» suivant une formule de LAMARTINE.

B – Socrate, à travers le récit de ses disciples

Socrate est connu, à travers les écrits de ses disciplines. Pour Xénophon (570-478 avant J-C), dans ses mémorables, qui agit en historien, la condamnation de Socrate reste une affaire personnelle, affective. Il se contente de souligner une affirmation rhétorique banale que «Socrate a laissé aux yeux du monde beaucoup plus d’éclat à notre République que Lichas à celles des Lacédémoniens». Xénophon relate «la noblesse de sa fierté». «S’il a daigné de s’abaisser aux prières, c’est qu’il croyait déjà que la mort était pour lui préférable à la vie» dit Xénophon dans son Apologie de Socrate. «Il est un trait de la vie de Socrate qu’il est juste» dit Xénophon.

Platon était malade lorsque Socrate bu la ciguë, et il ne put assister à ses derniers moments. En réaction contre la mort injuste de son maître, Platon écrit, trois ans après sa mort, son «Apologie de Socrate», véritable acte qui révolutionne la démarche philosophique. «Une œuvre participe d’autant plus de l’éternité qu’elle rend, qu’elle exprime de ce qui y a de plus profond, de réel de religieux, et c’est précisément ce que fait l’apologie», affirme Georges MEAUTIS (1890-1970), biographe de Platon. Socrate, préférant la mort au déshonneur, avait lui-même envisagé que ses disciples allaient continuer la lutte pour la justice et contre les mœurs corrompues d’Athènes : «Si vous vous figurez qu’en tuant les gens vous empêcherez qu’il ne se trouve quelqu’un pour vous reprocher de vivre mal, vous trompez. Car cette manière de se débarrasser des censeurs n’est ni belle, ni efficace. La plus belle, la plus simple consiste, non pas à empêcher les autres de dire ce qu’ils pensent, mais bien à essayer de devenir soi-même meilleur». Socrate, fidèle aux mystères d’Eleusis, a une autre conception de la mort qui n’est pas un anéantissement, un monde sans rêves, ou un changement de lieu, mais c’est un véritable départ pour un autre monde. La mort vaut mieux que la vie, notamment dans le déshonneur ; la vie n’est que la mort et c’est la mort qui est la véritable vie. La sagesse humaine n’est de rien, Dieu seul est grand ; ayons confiance en lui, en sa bonté, en sa sollicitude envers les hommes. Platon croit à la vie de l’âme. C’est l’être intérieur qu’il découvre la vraie beauté, la véritable noblesse. La supériorité de l’âme par rapport au corps s’effectue par la recherche de la sagesse. Lorsqu’on a paré son âme des ornements qui lui conviennent, de la raison, de la justice, de la liberté, de la vérité, alors on peut, avec sérénité, attendre le moment de mourir.

II – Socrate et sa doctrine du développement de l’esprit humain

«Il (Socrate) a pensé à la fois avec son temps, pour son temps, contre son temps ; il a légué à la postérité, non seulement ses idées, mais encore si l’on peut dire, sa personne, sa vie et sa mort même» dit Victor DELBOS (1862-1916). De par sa démarche inspirée de la sagesse, Socrate a considérablement contribué au développement de l’esprit humain. Il faut cultiver notre âme afin de la rendre meilleure.

1 – Socrate et sa révolution intellectuelle : le culte de la raison

Socrate s’est fixé un objectif particulièrement subjectif, novateur révolutionnaire qui nous anime même maintenant : la vertu interdit à tout homme de renoncer à soi, d’abdiquer sa liberté en faveur de qui ou quoi que ce soit. Par conséquent, Socrate met les hommes en face d’eux-mêmes et les appelle à une transformation radicale.

Pour CICERON, dans son traité «Sur la nature des dieux», «la philosophie enseignait la science des nombres. (…). En fin, les choses célestes. Socrate le premier fit descendre la philosophie du ciel, l’introduisit, non seulement dans les villes, mais jusque dans les maisons, et la força de régler la vie, les mœurs, les biens, les mots». Il faut bien préciser, qu’avant Socrate, la philosophie était déjà un art de vivre, avec Thalès de Millet (585 avant J-C) qui expliquait les phénomènes naturelle à partir des causes naturelles. Pythagore et les doctrines orphistes, vont jusqu’à proposer des recommandations diététiques. La cosmogonie d’Héraclite fait état d’importants développements sur la sagesse et l’âme. Empédocle d’Agrigente (500-480 avant J-C), inspiré du vrai savoir, pense que le bienheureux est celui «possède la richesse d’une intelligence divine» et exhorte à lutter contre le mal de l’ignorance.

En revanche, la révolution socratique est d’avoir introduit la conscience de soi. L’homme est renvoyé à lui-même. Sans pensée, l’homme n’est pas homme, mais chose, «une vie sans examen ne mérite pas d’être vécue» dit-il. Socrate lance cette proclamation « Je cherche ». Il cherche un pouvoir de l’homme qui puisse se substituer à l’univers défaillant des choses pour fonder «le règne humain. Une liberté qui puisse assurer la relève des vieilles certitudes chancelantes » dit Micheline SAUVAGE. Par conséquent, Socrate met l’homme en face de lui-même pour susciter une conduite réfléchie et autonome. Le courage, c’est de penser notre courage, au lieu de l’être.

La démarche de Socrate, hautement intellectuelle et révolutionnaire, a introduit le culte de la raison, et une dialectique, à travers son art du dialogue entre les hommes. Platon fera de cet art un instrument de détermination des essences, l’instrument de la connaissance vraie, celle qui appréhende les Idées, et ultimement l’Idée des Idées, celle du Bien. En somme, à travers les concepts l’homme doit tendre à voir clair en soi et se faire voir clair. Le culte de la raison de Socrate est finalement le culte de la conscience claire. La condition de la prise de conscience, c’est la prise de parole, «la parole ordonnée et féconde de l’homme qui se cherche lui-même» souligne Micheline SAUVAGE.

Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) a qualifié Socrate «d’homme théorique», c’est-à-dire qui ne veut agir qu’éclairé. Il faut dissiper l’obscurité des esprits. La conduite droite est science et la vertu peut s’enseigner. Mais ce savoir et contrairement à ce que pense Alcibiade, dans le Banquet ne s’acquiert pas automatiquement, par le contact avec le maître. «En nous connaissant, nous pourrions connaître la manière de prendre soin de nous-mêmes» dit Socrate. On ne peut enseigner la vertu parce qu’elle réside dans une conversion, un mouvement d’âme que le maître aide le disciple à opérer en lui-même. «J’exerce le même métier que ma mère ; accoucher les esprits est ma tâche, et non pas d’enfanter, qui est l’affaire du dieu» dit Socrate. Science vraie, c’est une certaine conscience, c’est avoir faim d’une certaine faim. La sagesse hindoue identifie le mal du monde à l’ignorance. Le savoir est une illumination libératrice. Cependant, Socrate, contrairement aux Orientaux, ne croit pas à l’illumination du sage. L’intelligence est le seul outil dont dispose l’âme pour arriver à voir clair. Par conséquent, agissant en «homme théorique», Socrate propose à l’homme, pour y voir clair, la parole, la lucidité et la conscience, et non la méditation muette, la vision sans yeux et l’inconscience. Socrate revient à l’impératif de Delphes : «connais-toi, toi-même». «Ceux qui ne se connaissent pas (…) ; ils ne savent pas ce qu’il faut, ni ce qu’ils font, ni de qui ils se servent ; mais, abusés sur tout, ils laissent échapper le bien et tombent dans le malheur» dit Socrate, dans les mémorables de Xénophon. En définitive, la conscience n’est autre chose que l’esprit. Elle est clairvoyance, liberté et vérité.

2 – Socrate rejette le Sophisme et s’attache à la Vérité

L’analyse de Socrate est tout avant une réaction contre les idées des Sophistes (Hippias d’Elis, Protagoras d’Abdère, Prodicos de Céos). Le sophisme ou l’art des discours captieux, du «raisonnement injuste», suivant Aristophane, peut servir à berner le bon droit et à ne pas payer son débiteur. En effet, les Sophistes diffusaient une doctrine destinée à rendre tout citoyen capable de se tirer d’affaire en toute circonstance, à lui assurer les meilleurs moyens d’action, le plus grand pouvoir et de faire dominer l’individu sur les forces de la tradition. En effet, les Sophistes considèrent, suivant une formule de Protagoras d’Abdère (487-416, avant J-C) que «l’homme est la mesure de toute chose» ; c’est-à-dire qu’il n’y pas de vérité fixe et universelle. L’objectif des Sophistes n’était pas d’’étalir la science, mais de faire prévaloir de simples opinions, dans l’intérêt de chacun. C’est une ambiance qui pousse à la curiosité intellectuelle, mais sans tenir compte du Bien commun.

Socrate ressemble aux Sophistes sur la sensibilité et l’argutie de ses raisonnements. Il rejette la science de la nature et ne se préoccupe que des choses humaines. Cependant, Socrate s’oppose, radicalement, aux Sophistes dans la foi qu’il a de la vérité. La sagesse, selon Socrate, et s’inspirant des doctrines védiques de l’Inde, est la connaissance de l’Immuable ; c’est une vérité impersonnelle et la loi, la justice et l’éthique doivent régler la conduite humaine. En effet, Platon a relié la théorie des Idées aux spéculations de son maître. Il s’agissait de savoir si les concepts ont une existence, non seulement dans notre esprit, mais dans la réalité, si les idées générales correspondent à des êtres. Comment donc résoudre ce conflit entre la constatation empirique et le devenir ? Héraclite a avancé une formule choc : «Tout s’écoule. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve». Les Eléates, notamment Parménide, estiment que «l’Etre est, le Non-Etre n’est pas». La philosophie du «concept» de Socrate de Socrate allait permettre à Platon de résoudre cette énigme. Les Sophistes qui savaient défendre toute chose et son contraire, prétendaient qu’il n’y aurait pas de vérité universelle ; ce qui peut conduire au scepticisme moral. La doctrine du réalisme de Platon a balayé ces doutes. Pour cet élève de Socrate, c’est au dessus du sensible, dans le domaine de l’intelligible pur, que se situent les vraies réalités, appelées Idées. Par conséquent, pour Socrate, de toutes choses l’homme n’est pas la mesure, mais le support.

En distinguant ainsi savoir et opinion, Socrate est le fondateur de la rationalité et de la philosophie. Contrairement à l’opinion (doxa), le savoir est une croyance que l’on peut justifier par des raisons, et non une croyance simplement admise. «L’écriture ne peut saisir le savoir, car le savoir, contrairement à l’information, n’existe pas en dehors de l’homme» dit Socrate. Du même coup, Socrate a ringardisé les discussions parfois oiseuses d’Héraclite et Parménide : toute affirmation qui se veut scientifique doit être rigoureusement démontrée. Descartes introduira une révolution comparable, lui aussi par l’application d’un doute méthodique, au XVIIe siècle. René DESCARTES (1596-1650) posera le concept, en tant qu’idée claire et distincte, comme l’objet même du savoir.

3 – Les méthodes de Socrate : maïeutique et ironie

Dans sa démarche, Socrate fait appel à la maïeutique ou l’art de faire accoucher les esprits de la vérité, tout comme sa mère faisait accouchait les femmes. Par la maïeutique, Socrate, inspiré de la sagesse indienne se propose d'éveiller chez les auditeurs de ses entretiens la conscience de leur nature impérissable, terme ultime à la recherche de soi. L'homme est capable d'appréhender la vérité soit implicitement présent en tout homme, c'est la plus intime conviction de Socrate. En effet, Socrate est habile à persuader qu’à dissuader. «Je cherche. Ensemble nous examinons chaque problème qui se présente. Si je cherche, c’est que moi-même» dit-il à Critias. A travers, sa maïeutique, une interrogation jamais innocente, Socrate adopte une posture philosophique, c’est un accoucheur des esprits hors norme. Sa philosophie est avant tout un comportement, une attitude. Très souvent, dans la maïeutique ne mène à aucune conclusion édifiante. Socrate lui-même prétend ne rien savoir : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien». Cette reconnaissance de notre ignorance est le point de départ nécessaire de toute recherche. «Toute la philosophie n'est fondée que sur deux choses : sur ce qu'on a l'esprit curieux et les yeux mauvais» dit Bernard Le Bouyer de FONTENELLE (1657-1757).

On a glosé sur l’ironie socratique ou l’art d’interroger, tout en surprenant l’interlocuteur en étant là où il ne s’attend pas à nous trouver. L’ironie vise à faire identifier par l’interlocuteur une ignorance non identifiée. Elle s’adresse aux personnes qui prétendent savoir, alors qu’elles sont dans l’ignorance, alors que la maïeutique est appliquée aux personnes qui ignorent qu’elles savent. «Il n’y a de vie humaine authentique sans ironie» et «le doute est à la science ce que l’ironie est à la vie personnelle» dit Sören KIERKEGAARD. Avec l’ironie, qui est essentiellement pratique, alors que le doute est théorique, il y va de la subjectivité et de la liberté individuelle. «L’ironie est la négativité absolue et infinie » précise Hegel. L’ironie est nécessaire au sujet pour qu’il se libère de l’immédiateté du phénomène et accède à au plan de l’idée ou du concept. Dans la démarche de Socrate, il ne s’agit pas d’une ironie négative ou individuelle, mais de l’objectivité des valeurs morales. Socrate invite à se lancer sur la piste infinie de la vie intérieure. En effet, il avait pour ambition d’être un éveilleur de conscience qui libère l’homme authentique des multiples déterminations de la vie concrète, en l’amenant, sans cesse, à l’abstrait en vue de découvrir le chemin à suivre.

4 – La morale de Socrate : l’art de cultiver la vie

Plus de vingt-cinq siècles après sa mort injuste, Socrate interpelle encore notre conscience, par sa morale. Il avait comparé les Athéniens qui voulaient le condamner à des «gens ensommeillés qu’on réveille», dans un mouvement de colère, alors qu’un mouvement de colère gronde et qu’ils passeront le reste de leur vie à dormir. L’acte de courage de Socrate, sa fermeté intellectuelle devant l’affaiblissement des valeurs et vertus traditionnelles, rappelle l’Antigone de Sophocle invoquant, contre le décret de Créon (interdiction d’honorer un mort), les lois non écrites des Dieux, les obligations éternelles auxquelles l’homme, ni le temps ne doivent toucher. «On ne peut rien faire de bon et d’honnête sans la vertu» nous dit Socrate.

La morale de Socrate c’est l’art de cultiver la vie comme un champ, en vue d’une abondante moisson et d’éviter les maux de ce monde. La vie morale est le principe de la connaissance et de la vérité. La vertu, c’est le chemin de l’harmonie, du bien-vivre et donc du bonheur. Socrate ramène la vertu, dans ses différents aspects (tempérance, courage, justice, équité, etc.) à un seul concept : la vérité. En effet, la morale est un ensemble de percepts à respecter dans l’intérêt de l’homme.

Albert CAMUS (1913-1960) écrit au début du «Mythe de Sisyphe» qu’il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, celui de savoir si la vie mérite d’être vécue. Se demander si la vie mérite d’être vécue revient, aujourd’hui, à se demander si la vie peut avoir un sens. Socrate avait répondu à cette question depuis l’Antiquité par sa morale. Il est un réformateur de la vie pratique. Il voulait qu’on s’occupe à ce qui peut servir à quelque chose. L’homme devrait consacrer sa vie à la poursuite du Bien souverain et vivre en harmonie avec certaines vertus.

«La plus importante des affaires humaines est de persuader l’âme d’aller vers le Bien plutôt que vers le Mal» dit Socrate. Socrate découvre qu’il n’y a pas de plus grand mal que l’ignorance, ou plutôt, que l’ignorance est à la source de tous les maux. «En toutes choses, on doit agir pour le Bien» dit Socrate. Le Bien souverain, c’est ce qui est utile. «L’utile est la raison, le principe du bon et du beau» dit Alfred FOUILLEé.

«Le point de vue «dialectique» consiste à ne pas séparer la pensée de l’être» dit Alfred FOUILLEé. La dialectique de l’action consiste à examiner ce qu’il y a de meilleur. Ainsi, on devient à la fois bon et heureux dans la dialectique. Mais une chose est bonne à une certaine fin, relative. La notion de «finalité» et de «bien» sont au cœur de la pensée socratique. Le but unique auquel l’homme doit tendre est le meilleur. C’est la tendance à aspirer vers le Bien.

Socrate est une âme profondément religieuse. «Je crois la philosophie une œuvre de l’esprit humain, et je place l’esprit humain, non dans la région des causes nécessaires et fatales, mais dans les sphères morales et libres» dit Antelme Edouard CHAIGNET (1819-1901). Marqué par une grande religiosité, Socrate professe, dans sa morale, les devoirs envers Dieu ; il faut l’honorer, prier et lui ressembler. «L’homme doit s’élever au-dessus de la terre, aux limites de l’atmosphère et au-delà, ainsi seulement pourra-t-il comprendre le monde dans lequel il vit» dit Socrate. Le principe de cette ressemblance à dieu est dans l’âme que Socrate appelle «la chose la plus parfaite qu’ait produite l’être le plus parfait». L’âme doit commander notre action vers le Bien souverain. Cependant, Socrate estime qu’une voix intérieure divine lui parle qu’il appelle son démon. «Quand je me fie à mon démon j’annonce à mes amis la volonté des dieux, elle se réalise toujours et pas une seule fois mon démon ne m’a menti» dit Socrate. La piété de Socrate est une mythologie de la raison. En effet, «faiseur de Dieux», Socrate était profondément croyant, mais il croyait au «Démon» aux esprits intermédiaires entre les dieux et les hommes, à cette voix intérieure, à ce «génie». «Je n’apporte pas un dieu nouveau, quand je parle de mon démon. Je crois en cette voix divine comme vous croyez» dit Socrate. Ce démon est un «ensemble intérieur et extérieur à l’âme qui l’illumine pour s’imposer à celle» ; c’est une parole médiatrice, suivant une formule de Micheline SAUVAGE. Par conséquent, le ciel n’est pas vide, une quête de dieu est possible, mais la conscience est seule garant dépositaire de cette quête. Ce démon fut pour Socrate un gardien, un intime, un familier, qui l’écartait des choses à éviter, lui révélait des choses à craindre, l’avertissait des choses à savoir. Là où la prudence humaine faisait défaut, le pressentiment et l’inspiration protégeaient Socrate.

Socrate, dans sa morale, professe des devoirs envers l’âme. Il croit en l’immortalité de l’âme, d’où une sérénité à l’égard de la mort. Chaque homme a un devoir à l’égard de son âme, en l’honorant, en adoptant dans sa conduite, la sobriété, la tempérance, la frugalité, le renoncement, l’indépendance, la droiture. Il faut éclairer et élever son intelligence, vers la vérité et le bien. «Si l’homme aime assez son âme, pour la purifier de toute souillure, et l’affermir dans la sainteté et la vérité, ses intentions pures et droites lui donnent une inaltérable limpidité, grâce à laquelle l’homme de bien reconnaît son semblable et lui accorde son estime et sa confiance», dit Mme Jules FAVRE, VELTEN. Dieu unit les belles âmes par la vertu.

Socrate nous a légué l’amour de l’humanité, c’est-à-dire l’idée du juste, la justice, la fermeté du juste, l’équité, l’amitié, la bienveillance, la charité, le pardon, l’éducation et la perfection possible de chacun. Homme de devoir, l’amour de l’humanité signifie, pour Socrate, que l’homme n’appartient ni à lui-même, si à sa famille, ni à ses amis, il doit à sa communauté, son cœur, ses biens. Notre lutte et notre existence doivent tendre vers le Bien commun. Dans ce contexte, «la justice consiste en ce que chacun fasse ce qu’il a à faire» dit Socrate. Par conséquent, la justice n’est pas qu’une conception négative, s’abstenir de faire du tord aux autres, mais c’est une conception active et positive, qui exige encore «que nous fassions pour eux ce qui leur est dû» précise Socrate. Mais ce grand ajoute encore que la justice est l’harmonie de l’âme, c’est-à-dire la perfection qui résulte de la concorde, de l’ordre, de l’accord parfait de toutes les parties de l’âme, la raison, le sentiment et la volonté. Bref, c’est l’idée du Bien qui doit régler notre conduite, la conscience humaine. «On ne peut vivre qu’en cherchant à devenir meilleur, ni plus agréablement qu’en ayant la pleine conscience de son amélioration» nous dit Socrate.

BIBLIOGRAPHIE TRES SELECTIVE

1 – Ouvrages de base sur Socrate

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2 – AUTRES CRITIQUES DE SOCRATE

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Paris, le 6 juillet 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Socrate (470-399 avant J-C), incarnation mythique de la sagesse», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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