Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 23:01

Le président Jacques CHIRAC en créant en 2006 le Musée du Quai Branly, à Paris dans le 7ème arrondissement, dédié aux arts primitifs, a réalisé un vieux rêve d’André MALRAUX, Ministre de la Culture du général de Gaulle. Cet engouement pour les arts primitifs, même s’il est resté pendant longtemps minoritaire, vient de loin. En effet, c’est au Grand Palais, en 1906 qu’eut lieu la première «Exposition coloniale de Paris», avec un «Salon colonial des beaux-arts». Cette même année, Georges BRAQUE (1882-1963) achetait un masque Tsogho du Gabon, André LHOTE (1885-1962), un masque Wé de Côte-d’Ivoire. André DERAIN (1880-1953) se porte acquéreur de statuettes africaines. Pablo PICASSO fut influencé, dans sa peinture, par l’art africain. Après le Festival mondial des arts nègres de Dakar, en 1966, et sous l’impulsion d’André MALRAUX (1901-1976), une grande exposition eut lieu au Grand Palais sur le thème «L’Art nègre, sources évolution et expansion». «Les cultures se changent en s’échangeant, et s’échangent en se changeant», souligne Edouard GLISSANT. Le Quai Branly est un musée «où dialoguent les cultures» en référence à une expression de Léopold Sédar SENGHOR.

Des esprits étriqués, comme Pierre ROSENBERG, ont estimé que le Louvre, à la différence du Metropolitan Museum de New York, devrait être consacré, uniquement, à l’art occidental et à ses sources. Amoureux érudit et discret des combats de Sumo, du Japon, de la Chine, des arts Inuits, africains et précolombiens, Jacques CHIRAC plaide pour le multiculturalisme : «alors que le monde voit se mêler les nations comme jamais dans l’histoire, il est nécessaire d’imaginer un lieu original qui rende justice à l’infinie la diversité des cultures, un lieu qui manifeste un autre regard sur le génie des peuples et des civilisations d’Afrique, d’Océanie et des Amériques», dit-il dans son discours du 20 juin 2006, à l’occasion de l’inauguration du Quai Branly. Le président CHIRAC précise encore sa pensée «au cœur de notre démarche, il y a le refus de l’ethnocentrisme, de cette prétention déraisonnable et inacceptable de l’Occident à porter, à lui seul, le destin de l’humanité». Ce sont là des préjugés absurdes et choquants. Ils doivent être combattus. Nommer les choses n’est jamais innocent. En effet, Jacques CHIRAC prend soin de nommer la vocation de ce Musée : il ne s’agit pas d’un espace dédié aux arts «primitifs», concept folklorique qui renvoie à la hiérarchie des civilisations, mais aux «arts premiers». En raison de leur valeur éminente, ces civilisations doivent être préservées : «car ces peuples dit premiers, sont riches d’intelligence, de culture, d’histoire. Ils sont dépositaires de sagesses ancestrales, d’un imaginaire raffiné, peuple de mythes merveilleux, de hautes expressions artistiques n’ont rien à envier aux plus belles productions de l’art occidental».

A l’occasion de son dixième anniversaire, le Musée du Quai Branly abrite du 4 octobre 2016 au 15 janvier 2017, une exposition «The Color Line : les artistes afro-américains et la ségrégation». Pour W.E.B du BOIS, dans son ouvrage «Les âmes du peuple noir», avec une lumineuse préface du professeur Nathalie BESSONE, «le problème du XXème siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs» (voir mon post sur du BOIS). Il est indubitable que l’art a joué un rôle majeur dans la quête d’égalité et d’affirmation de l’identité noire dans l’Amérique de la ségrégation. L’exposition du Quai Branly rend hommage aux artistes et penseurs afro-américains qui ont contribué, pendant plus de 150 ans, à estomper cette «ligne de couleur» discriminatoire. Si à la fin de la guerre de sécession en 1865 l’esclavage a été aboli, la ligne de démarcation raciale a été instaurée notamment dans les Etats du Sud à travers des lois dites «Jim CROW». Instaurées en 1876, les lois dites Jim Crow créent un nouvel ordre social dans le sud des Etats-Unis : la ségrégation raciale. Ces textes interviennent pour hiérarchiser et ré organiser la société sudiste après l’abolition de l’esclavage et la guerre de Sécession. Ils légalisent la ségrégation raciale : les écoles, les églises, les transports, les restaurants, les lieux publics comme les parcs et jardins, doivent être séparés. Les lois dites Jim CROW indiquent que les citoyens doivent être «separate but equal», mais dans la réalité, ils cantonnent les Noirs à une infériorité de rigueur dans tous les instants de la vie publique et privée. Dès lors, le système ségrégationniste remplace le système esclavagiste. La majorité des lois Jim Crow resteront en vigueur jusqu’au vote du «Civil Rights Act» en 1964. Dans ce contexte, les lynchages, devenus monnaie courante, ont inspiré la chanson mythique de Billie HOLIDAY (1915-1959) : «Strange Fruit» (voir mon post sur Billie).

Harlem est considéré entre 1918 et 1937, comme la capitale mondiale  de la culture noire, avec le mouvement «Harlem Renaissance» (New Negro) dirigé notamment par Langston HUGUES (1902-1967), Claude McKAY, (1889-1948), Richard WRIGHT (1908-1960) Alain LOCKE (1885-1954), Louis AMSTRONG (1901-1971) et Duke ELLINGTON (1889-1974). Même si le mouvement évolue dans plusieurs domaines de création, c'est en littérature qu'il s'épanouit le plus. En effet, il est porté par une jeune génération d'écrivains noirs qui s'inscrivent spécifiquement dans trois directions complémentaires : la volonté de s'approprier leur héritage africain, la revendication de leur identité américaine et la dénonciation des conditions déplorables des Noirs aux États-Unis. La marginalisation devient donc une force pour cette communauté depuis longtemps rejetée socialement, qui y trouve une énergie artistique productive, affirmée et collective. Harlem devient attractif, tout comme la communauté noire elle-même qui impose, à sa façon, sa place au sein de la société américaine. «Harlem Renaissance» se définit aussi et surtout par cet accès aux savoirs et aux connaissances pour les populations marginalisées. Le retournement de la situation discriminatoire et l'idéal d'égalité sont donc ici portés par l'enseignement et la scolarisation en études supérieures, représentée comme une première étape pour accéder aux plus hautes sphères de la société.  «Harlem Renaissance» influença directement la Négritude, portée par Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR à Paris, dessina les prémices du «Black Power», forma les idées du Panafricanisme de Marcus GARVEY (1887-1940). Mais les Noirs pour trouver leur propre moyen d'affirmation pour exister personnellement et collectivement, devront à la suite de ce mouvement entamer un travail sur la vie politique, les recherches universitaires ou encore par la création artistique et culturelle. Et ainsi affirmer, comme le scandait si bien Jesse JACKSON au festival de Wattstax : «I am somebody». Dans les manifestations pour l’égalité des pancartes indiquaient : «The New Negro has no fear».

Cependant et à progressivement, à partir de 1965, Harlem devient  le ghetto noir. «I Am a Man», est une photo géante qui plastronne à l’entrée du Musée Quai Branly. Si vous venez visiter ce musée, observez attentivement cette photo qui symbolise les souffrances du peuple noir aux Etats-Unis. En effet, mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee, Martin Luther KING (Atlanta, 15 janvier 1929 – Memphis, 4 avril 1968) est venu soutenir la grève du Syndicat des égoutiers et des éboueurs, essentiellement composés des Noirs, réclamant une revalorisation salariale. Ces ouvriers victimes, une fois de plus, de brutalités policières, scandaient un slogan : «I am a man», (Je suis un homme). Le regard que Martin Luther KING porte sur la société américaine en ce milieu du XXème siècle est particulièrement sévère. «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», souligne t-il. Homme d’Eglise, puisant dans la tradition noire américaine, Martin Luther KING a dépassé les frontières ethniques pour se projeter dans l’action, et réclamer l’égalité des droits pour toutes les personnes défavorisées. En effet, Martin Luther KING avait un rêve, partiellement réalisé par OBAMA dont les deux mandats n’ont pas totalement aboli la ségrégation raciale : un mouvement est né face aux meurtres des  Noirs par des policiers «Black Lives Matter» et Ta-Nehesi COATES a écrit un best-seller : «Une colère noire» (voir mes posts sur ce mouvement et sur le livre de COATES).

Cette exposition au Musée du Quai Branly, «The Color Line», s’adresse aussi aux Républicains en France face au désastre qui s’annonce pour les présidentielles de 2017. La bête immonde qu'est le racisme n'est pas encore morte. Ainsi, aux Etats-Unis, la poussée des idées racistes d’un candidat blanc aux présidentielles du 8 novembre 2016, devrait interpeler chaque démocrate, quelque soit l’issue du scrutin. Cette libération de la parole raciste dans les grandes démocraties occidentales, est un sujet de préoccupation majeure. En effet, «La Color Line», telle que la décrivait WEB du BOIS, est toujours omniprésente. En effet, la démocratie est une belle idée que les Occidentaux ont élaborée, mais une démocratie sans égalité réelle n’est qu’une savante escroquerie. Il n’y a pas de paix durable dans une société fondée sur les inégalités et l’injustice. «La prochaine fois, le feu», avait prévenu James BALDWIN. Par conséquent, nous devons rester vigilants et défendre, sans failles, la République et l’égalité réelle. «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Comme Nelson MANDELA, face à l’injustice, je reprendrai à mon compte le poème «Invictus» de William Ernest HENLEY (1843-1903) :

«Dans les ténèbres qui m'enserrent
Noires comme un puits où l'on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances
Je n'ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.
En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.
Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme
».

Indications bibliographiques :

MARTIN (Stéphane), Musée du Quai Branly, là où dialoguent les cultures, Paris, Découvertes Gallimard, Culture et Société, 2011, 127 pages ;

ABERJHANI (Sandra, L. West), Encyclopedia of the Harlem Renaissance, Infobase Pushing, 2003, 449 pages ;

BESSONE (Magali), «Le peuple noir s’est couvert des principes de la grande République : WEB du Bois et la réalisation de l’idéal américain de sympathie», in RAISONS POLITIQUES, 2006, n°24, pages 33-53 ;

Du BOIS (William Edward Burghardt), Les Ames du peuple noir, traduction Jean-Jacques Fol, Paris, Présence Africaine, 1959, 232 pages ; traduction, annotations et postface de Magali BESSONE, Paris, éditions rue d'Ulm, 2004, 339 pages et éditions la Découverte, 2007, 339 pages, avec une nouvelle introduction de Nathalie BESSONE.

DUALE (Christine), Harlem Blues : Langston Hugues et la poétique de la Renaissance afro-américaine, Paris, L’Harmattan, études diasporiques, 2014, 171 pages ;

KILIGOWSKI (David, Anothony, Stéphanie), Langston Hugues : Harlem Renaissance Writer, Teacher Created Materials, 2011, 32 pages ;

LOCKE (Alain), The New Negro, Simon and Schusters, 1925, 452 pages ;

LOCKE, (Alain), Le rôle du nègre dans la culture des Amériques, Paris, l’Harmattan, 2009, traduction Alain MANGEON, 240 pages ;

McKAY (Claude), Home to Harlem, UNPE, 1928, 340 pages ;

MANGEON (Anthony), «Who and What is “Negro” ?, La littérature nègre en débat, de la Harlem Renaissance à la négritude parisienne», Actes du Colloque du Quai Branly, Exposition sur «Présence Africaine» du 29 janvier 2010, in Littératures Noires, mise en ligne le 26 avril 2011 ;

MOURALIS (Bernard), Littérature et développement : essai sur le statut, fonction et représentation de la littérature négro-africaine d’expression française, Paris, Silex, 1984, 572 pages ;

WRIGHT (Richard), Native Son, And How Bigger Was Born, Buccaneer Books, 1993, 594 pages.

Paris, le 29 octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Jacques CHIRAC et son musée du Quai Branly,  qui fête ses 10 ans», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 18:34

Musicien rebelle et voix des peuples vaincus, Bob MARLEY, à travers son art, dénonce avec vigueur, la souffrance du peuple noir ; il chante le besoin de changer le système. Habité par un espoir et une espérance, il prouve aussi, par sa réussite, qu’il est possible de sortir du ghetto, sans renier ses origines : «Armé de sa voix particulière d’une guitare, d’un groupe et d’excellentes choristes, le rebelle rastafari de la Soul était un homme en mission, défiant les «ismes» et les «schismes», des puissants dans son combat contre la spiritualité du mal, du haut comme du bas. Il nous a légués ses chansons accrocheuses et dansantes, partageant sa défiance, sa rébellion, l’amour et l’espoir qui continue de se propager dans le monde» écrit, en 2018, Linton Kwesi JOHNSON, dans sa préface de «l’histoire orale de Bob Marley». Lorsque Frederick Nathaniel Toots HIBBERT (né le 8 décembre 1942) donne son nom au Reggae en 1968, une musique portant la mémoire et la culture de la Jamaïque depuis cinq siècles, il est loin de s’imaginer l’explosion universelle que lui donnera ce rebelle lumineux qu’est Bob MARLEY. Le mot «Reggae» apparu lors de la visite de Haïlé Sélassié en Jamaïque, serait dérivé de «Regeh» désignant les gens pauvres dans le patois du pays. On dit aussi que Reggae viendrait du mot «Streggae», une expression du langage populaire signifiant des mœurs relâchées. Ce mot, pour Hélène LEE est un jeu pour les enfants. «Etonnante origine pour le nom d’un mouvement musical qui a touché tous les continents, en l’espace d’un quart de siècle, s’implantant durablement comme symbole de lutte chez les jeunes déshérités» écrit François BENSIGNOR. En effet, Bob MARLEY est décrit comme «tantôt taciturne, tantôt jovial, volubile et spirituel, un lion qui dort, capable de rage violente, un faiseur de paix, un homme à femmes d’une prodigieuse générosité» écrit, en 2018, Linton Kwesi JOHNSON. Ce qui caractérise avant tout Bob MARLEY, c’est le sérieux et le professionnalisme quand il s’agit de son art. Rigoureux et perfectionniste, il reste fortement concentré sur ses objectifs, et se donne tous les moyens pour les atteindre : «La vie est une longue route jalonnée de panneaux indicateurs, alors tu sais, quand tu traces ta route, t’as pas besoin de te poser des tonnes de questions. Evite la haine, la jalousie, la méchanceté. Ne dissimule pas tes pensées. Fais en sorte que ta vision du monde devienne réalité. Réveilles-toi, et vis !» dit Bob MARLEY. En effet, l’histoire de Bob MARLEY ne peut que nous émouvoir. Enfant illégitime et abandonné, relégué dans les bas-fonds, Bob MARLEY a connu les privations, la férocité de la lutte pour la survie, les épreuves, la souffrance, et il a vaincu toutes ces adversités, et il en sorti grandi. En effet, Bob MARLEY est la première star noire, de dimension planétaire, et toujours adulée, son génie musical témoignant de ses qualités d'homme de paix et de justice, de défenseur des opprimés, de héraut anticolonialiste, et plus particulièrement du continent noir. Fervent rastafari, c'est-à-dire adepte du courant chrétien considérant l'empereur éthiopien Haïlé SELASSIE comme le nouveau Messie, sa musique proche du dérivé du Rythm and Blues et de la Soul américaine, a une dimension sociale, spirituelle, messianique et politique. Il succombe d’un cancer le 11 mai 1981, à Miami, en Floride, aux Etats-Unis.

Robert Nesta MARLEY, dit Bob MARLEY, est né le 6 février 1945 à Nine Miles (sa maison natale est devenue un musée), un hameau situé près de Sainte Ann, en Jamaïque, chez son grand-père maternel, Omeriah MALCOLM (1880-1964), et il y reste jusqu’à 6 ans. Son père, Norval Sinclair MARLEY, (1885-1955), issu d’un couple d’une Britannique et d’une métisse, était un ingénieur en ferrociment ; ce n’était pas un officier de la Marine anglaise, contrairement à ce qui est véhiculé. Norval MARLEY, un homme impétueux, agité et errant, a beaucoup voyagé (Cuba, Royaume-Uni, Nigeria et Afrique du Sud). Il supervisait la subdivision des terres rurales, pour la construction de logements en faveur des vétérans de guerres, à la Paroisse de Saint Ann, à Nine Miles ; c’est là où il a rencontré Cedella BOOKER épouse MARLEY dite Ciddy (1926-2008), qui n’avait que 18 ans. La mère de Bob, était une jamaïcaine, descendante d’esclaves du venus du Ghana, du peuple Ashanti, des hommes rebelles et durs à dompter et qui n’éprouvaient aucune peur, même lorsque leur maître les marquait au fer rouge. Norval MARLEY finit, après hésitation, par accepter le mariage, le 9 juin 1944. Son père, un faible, alcoolique, brisé et malade, décédera en 1955. Adolescent, le jeune Bob s'installe en 1957, avec sa mère à Trench Town, un ghetto très dur, violent, pauvre, sans électricité, ni eau courante, à l’ouest de Kingston : : «Trench Town avait le jour des airs de ville bombardée avec ses braques de guingois, sa terre écorchée et ses restes de végétation tropicale. La nuit, éclairée ici et là par la lumière vacillante d’une lampe à huile à la fenêtre d’une bicoque, la ressemblance avec un champ de bataille hérissé de zinc, de béton et d’ordure, était encore plus frappante» écrit Rita MARLEY. A Trench Town, dans les années 60, un quartier pour «délaissés», reconstruit après l'ouragan de 1951, des délinquants vivent aux côtés de Rastafaris. Ces marginaux écoutent les musiques de Ray CHARLES (1930-2004) et Curtis MAYFIELD (1942-1999). Ni Blanc, ni Noir, la tendre enfance Bob est remplie de négligence, d’ostracisme et de préjugés : «Bob était un enfant sauvage. Il devait se débrouiller pour trouver quelques plantes pour le déjeuner et dénicher lui-même à manger. Bob était un enfant qui n’obtenait pas tout ce qu’il souhaitait. Il n’avait pas droit à ce que tout les autres enfants avaient» dit Bunny WAILER. La mère de Bob MARLEY, a vécu pendant un certain temps à Kingston avec Thaddeus LIVINGSTON, dit Toddy, le père de Bunny WAILER ; ils ont eu une fille née en 1964, Pearl LIVINSTON.

A Trench Town, pour les gens honnêtes la musique ou le sport sont les seuls moyens de s’en sortir. Bob MARLEY, au tout début de sa carrière, est un joueur de «Rock Steady» et de «Ska», mais il peine à se faire connaître par le public. Il va changer d’orientation musicale pour un style plus lent et chaloupé : le Reggae qui est la musique de sa Jamaïque natale, et qu’il va faire découvrir au monde entier. En effet, jeune musicien, avec Bunny, ils s’essaient sur des cantiques et des chants d’église ; ce qui préfigure le groupe des Wailers. En 1959, il gagne une livre sterling à un concours de chant public au Queen’s Theatre. Apprécié par le public du ghetto, dont ils sont issus, exploités par les rares producteurs locaux, Bob MARLEY et son groupe ont du mal à s’en sortir. En 1962, alors que le jeune Robert est en apprentissage, pour devenir soudeur, il se blesse à l’œil. Pendant sa convalescence à la suite de cet accident, il enregistre son premier disque ; le Ska, un rythme issu du «Suffle» du Rythm and Blues et du Jazz, vient de naître. Cette musique est aussi le symbole de l’indépendance de son pays, obtenue le 6 août 1962. Bob rencontre brièvement Jimi CLIFF, mais ils vont très vite se séparer. Il sort deux 45 tours «Judge Not», «One Cup of Coffee» et «Terror», un morceau évoquant la violence endémique et meurtrière dans son ghetto de Trench Town.

Dès le départ, issu d’un milieu défavorisé, Bob MARLEY est toujours resté solidaire avec ceux qui souffrent, et les thèmes de sa musique sont la spiritualité, l’amour, ainsi que la lutte sociale pour la justice et la fraternité. Les amis d’enfance de Bob deviendront ses compagnons en musique. Trench Town marque de façon indélébile les affects, la solidarité avec les gens démunis et imprègne sa musique d’un sentiment de révolte et de rédemption. Par conséquent, la force de la musique de Bob MARLEY vient de l'expérience très particulière de Trench Town. Des assassinats par centaines, une population terrorisée, la vie devenue impossible : la situation se dégrade inéluctablement, ainsi que les séquelles du colonialisme, de la guerre froide, et un système complexe impliquant des narcotrafiquants colombiens, la CIA et certains hommes politiques influents et corrompus. Bob fonde en 1963 «The Wailers», Robert Nesta MARLEY et Bunny WAILER sont rejoints par Winston HUBERT McINTOSH, alias Peter TOSH (1963-1987), qui possède une vraie guitare et leur apprend à jouer. Bob réalise, avec cette bande, plusieurs tubes dont «Simmer down» qui se classe numéro 1 en Jamaïque, mais le groupe finit par se séparer. Le 11 septembre 1987, Peter TOSH est assassiné par balles à son domicile lors d'un règlement de comptes, dans des circonstances mystérieuses, alors qu'il allait prendre le contrôle d'une radio en Jamaïque. Bob MARLEY crée à la fin de l’année 1966 son label de production «Wailing in Soul» et avec ses revenus, il publie désormais les disques de son groupe. Cette initiative n’est pas du goût des grosses firmes musicales, Bob MARLEY est un excellent artiste, mais ce n’est pas un bon manager. En janvier 1967, Bob MARLEY fait la rencontre de Johnny NASH et de son manager Danny SIMMS ; ils prennent sous contrat MARLEY et le font enregistrer dans les studios Atlantic, à New York, aux Etats-Unis. C’est avec l’album «Rastaman Vibration», sorti en avril 1976, que Bob MARLEY commencera à se faire connaître aux Etats-Unis, où habite alors sa mère. Il enregistre entre 1963 et 1980, un centaine de tubes planétaires, comme «Cry To Me», «One Love», «Natty Dread», «Exodus», «Kaya», «Survival», «Uprising». Le 10 février 1966, il se marie avec Alpharita Consticia ANDERSON, d’origine cubaine dite «Rita». Après un bref séjour aux Etats-Unis, il fonde sa marque de disques,  «The Wailers» (Les geignards). Persévérant, Bob MARLEY finit par signer un contrat avec «Island Records», dont le fondateur est Chris BLACKWELL.

Le génie et le sens de l’histoire de Bob MARLEY sont basés sur «sa capacité à projeter des choses personnelles dans une dimension politique, le privé dans le public et l’anecdotique dans l’universel» écrit, en 2018, Linton Kwesi JOHNSON, dans sa préface de «l’histoire orale de Bob Marley». Bob MARLEY chante l’amour, la rédemption, la dignité et la liberté des peuples africains, mais aussi l’unité et la cohésion de la Jamaïque. Bob MARLEY adopte la «Positive Vibration» : «La grandeur d’un homme ne se mesure pas à la richesse qu’il acquiert, mais à son intégrité et à sa capacité à inspirer, positivement, les gens autour de lui» dit-il. Ainsi, le 22 avril 1978, Bob MARLEY, emblème de la Jamaïque, donne le 22 avril 1978, un concert historique, le «One Love Peace Concert» à Kingston, et fait monter sur scène les deux rivaux politiques Michael MANLEY (1924-1997), ancien premier ministre et Edward SEAGA (1930-2019), chef du Labour Party, symboles d’un pays encore très divisé. Pourtant auparavant, le 3 décembre 1976, alors que Bob MARLEY est dans sa cuisine, sept hommes armés entrent dans la propriété, et tirent sur toutes les personnes présentes dans la pièce, avant de s’enfuir.  En effet, la tentative d'assassinat de MARLEY est indissociable du climat politique extrêmement tendu de l'île. Car depuis que le socialiste Michael MANLEY (premier ministre de 1972 à 1980) y ayant été élu chef du gouvernement, les Etats-Unis terrifiés à l’idée que la Jamaïque devienne un pays communiste, comme Cuba, ont mené une campagne de déstabilisation, en armant les opposants de Michael MANLEY ; ce qui a plongé la Jamaïque dans le chaos et la violence.

Les Américains considèrent Bob MARLEY, en raison de ses chansons révolutionnaires, comme un élément «subversif». Pourfendeur de la Babylone capitaliste et occidentale, dans sa révolte pour la justice et l'égalité Bob MARLEY a puisé, l’inspiration de son art, dans l'histoire de la Jamaïque, de la musique noire américaine et caribéenne ainsi que le mouvement panafricain. En fait, loin de prêcher la violence ou la haine, Bob MARLEY incarne à la fois la rébellion pacifique par la non-violence pour les déshérités. Les seules armes de Bob MARLEY sont son art et son charisme : «la musique peut rendre les hommes meilleurs et libres» disait-il. La fierté noire et le retour aux racines africaines ont constitué son premier message. Il voulait toucher ainsi une diaspora noire à travers le monde : «Ne conquiers pas le monde si tu dois y perdre ton âme car la sagesse vaut mieux que l'or et l'argent» disait-il.

La musique reggae de Bob MARLEY, étroitement liée au mouvement Rasta, est conçue comme un remède à la marginalisation et une affirmation de soi. Il portait en lui l’Afrique, en sa qualité de messager des exclus et des opprimés. En effet, le reggae a donné au mouvement Rasta une tribune unique, en lui permettant de pénétrer dans les circuits de diffusion de masse, donc de sortir du ghetto. Si Bob MARLEY brille encore de mille feux dans le monde du reggae, c’est que le Rastafarisme, dans l’ordre du sacré, de l’hédonisme et de la fraternité, par son idéologie mobilisatrice (authenticité africaine, négritude, imaginaire postcolonial), a aussi offert, en sens inverse, aux amateurs de reggae, un sentiment d’appartenance et de soutien dans les situations difficiles, violentes ou répressives : «Chaque fois que j'entends le craquement d'un fouet, mon sang est glacé. Je me souviens sur le bateau négrier, comment ils brutalisent les âmes mêmes. Aujourd'hui, ils disent que nous sommes libres, seulement pour être enchaîné dans la pauvreté. Conducteur d'esclaves, la table est à tour de rôle, vous tous ; Prenez feu : vous pouvez donc vous brûler maintenant» chante Bob MARLEY dans «Slave Driver», un extrait de l’album «Catch a Fire» d’octobre 1972, s’adressant ainsi aux détenteurs du pouvoir, considérés comme esclavagistes. La mémoire de l’esclavage est vécue au présent et elle ne peut être évoquée qu’au son du fouet : «Avec la grâce du bon Dieu, j’ai son indulgence, et je dis «Vieux négrier, le temps te rattrape !». Par conséquent, l’homme qui chante le reggae, devient un rasta et doit regarder du côté de l’Afrique, la souffrance, l’indignation, la résistance, la fierté et l’authenticité étant associées à la Négritude. En 1966, Bob MARLEY devient un adepte du mouvement Rasta, une religion de la dissonance contre l’esprit esclavagiste et colonialiste, prônant la paix, l’amour et l’unité, et vénérant Haïlé Sélassié Ier (1892-1975), empereur d’Ethiopie, considéré comme la réincarnation du Christ. Son gourou rastafari est Mortimo PLANNO (1929-2006), d’origine cubaine, fondateur du «Rastafari Movement Association» ; il est auteur d’une étude sérieuse sur les Rastas ; c’est lui qui accueilli Haïlé Sélassié en 1966, MARLEY étant en voyage aux Etats-Unis. Mortimo PLANNO est l’instigateur du «One Love Peace Concert» de 1978. Bob MARLEY fait pousser des dreadlocks et fume de façon immodérée la marijuana, «cette drogue sacrée qui permet de communiquer avec Dieu». Pratiquant le football, Bob MARLEY adopte un régime alimentaire sain et prend soin du corps «que lui a donné le Créateur».

Bob MARLEY commençait souvent ses concerts en invoquant Haïlé Sélassié 1er : «Salutations au nom de Sa Majesté impériale Hailé Sélassié I, Jah Rastafari, qui vit et règne éternellement, toujours plein de foi, toujours sûr. Ils disent que l'expérience amène la sagesse, mais il y a une mystique naturelle qui flotte dans l'air ?» disait-il. Dans une démarche quasi mystique, il a élevé l’empereur éthiopien, Hailé Sélassié au rang de divinité, un «Jah». Spirituel et mystique,  humaniste et pacifiste, Bob MARLEY, en rasta, fait du discours du Négus, une arme de lutte pour la justice : «Tant que la philosophie qui tient une race pour supérieure et l’autre inférieure ne sera pas définitivement discréditée et abandonnée, il y aura la guerre» dit Haïlé Sélassié. Il adopte un discours antiraciste ferme «La couleur de la peau n’a pas plus d’importance que celle des yeux, je ne pense pas que la couleur soit une chose primordiale ; ce qui est important, c’est ce que l’homme a dans la tête, et c’est ça la réalité» proclame Bob MARLEY. En effet, Bob MARLEY s’inspirera des idées de Haïlé Sélassié dans l’une de ses chansons les plus emblématiques, «War» : «Outre le Royaume du Seigneur, il n’est pas sur cette terre une nation qui est supérieure à une autre. S’il arrive qu’un gouvernement fort estime qu’il peut impunément détruire un peuple faible, alors que l’heure sonne pour que les gens faibles de faire appel à la Société des Nations pour rendre son jugement en toute liberté. Dieu et l’histoire se souviendront de votre jugement» avait dit le Négus dans son discours du 30 juin 1936, à la SDN, à Genève. «Tant que les ignobles et malheureux régimes politiques qui tiennent nos frères en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud dans un esclavage inhumain n’auront pas été renversés et détruits, il y aura la guerre. Partout c’est la guerre» chante Bob MARLEY dans «War». Si l’Apartheid sévit toujours en Afrique du Sud, le contexte politique a changé par rapport à 1963. Le Mozambique et l’Angola ne sont plus sous la coupe du régime dictatorial portugais de Salazar. Ils viennent tout juste d’acquérir leur indépendance à quelques mois d’intervalle mais des conflits intérieurs y font rage : «Guerre à l’ouest, guerre à l’est, guerre au nord, guerre au sud. Partout c’est la guerre» chante Bob MARLEY dans «War» qui  se veut le reflet de toutes ces tensions, locales comme internationales. La chanson «War»  est devenue un hymne intemporel antiraciste, une ode à la paix et le titre symbole des combats contre toutes les oppressions. «Au lieu de se démoder, le reggae, quadragénaire, affiche une santé insolente. En le créant, la Jamaïque a chamboulé les rythmes de la musique et imposé une vision singulière du monde contemporain. Le reggae est très sexy, mystérieux et prenant, parce qu'il a inversé l'ordre établi, les temps faibles sont devenus forts, enflés par des basses exagérées, et troublés par les coups assénés sur le troisième temps, le «one drop» écrit Véronique MORTAIGNE.

S’inspirant de Marcus GARVEY (1887-1940), Bob MARLEY chante le retour à terre des ancêtres, l’apologie et la fierté de l’homme noir : «aucune sécurité, aucun succès ne viendra à l’homme noir, tant qu’il sera une minorité dans la communauté particulière où il pourrait devenir industriellement et commercialement fort» disait Marcus GARVEY. En 1977, l’artiste dans son album «Exodus» fait un clin d’œil à Marcus GARVEY, en évoquant un double exode : celui des Wailers à Londres, et le retour des anciens esclaves en Afrique : «Ouvre tes yeux et médite au fond de toi : es-tu satisfait de la vie que tu mènes ? Nous savons parfaitement où nous allons. Nous quittons Babylone et nous allons vers la terre de nos Ancêtres», chante-t-il dans «Exodus».

La musique de Bob MARLEY est déclamatoire, comme les écrits de Frantz FANON (1925-1961) et d’Aimé CESAIRE (1913-2008) ; elle est ponctuée de slogans, de mots d’ordre, d’imprécations, d’interrogations et soutenues par un rythme invitant à l’action.  Exprimant à l’origine, la protestation de son peuple bafoué par des siècles d’esclavage et de colonialisme, Bob MARLEY incarne une révolte contre un oppresseur, fruit d’une imposture capitaliste, corrompue, raciste et hypocrite. Il prône l’égalité réelle : «Dieu a créé les gens en technicolor. Dieu n'a jamais fait de différence entre un noir, un blanc, un bleu, un vert ou un rose» disait-il.

En fait, Bob MARLEY, Rastafarian humaniste, et faux dur contestataire, a un cœur tendre. Dans sa philosophie «Combat le diable avec cette chose que l'on appelle l'amour» disait-il. Aussi, Bob MARLEY a chanté l’amour, de façon langoureuse, avec une grande passion  : «Non, femme ne pleure pas. Je me rappelle du temps où nous nous asseyions dans la cour de Trenchtown. Nous regardions les hypocrites qui voulaient se joindre aux gens biens. Dans ce futur prometteur, vous ne pouvez pas oublier votre passé. Alors essuyez vos larmes !», chante-t-il dans «No Woman No Cry». C’est une chanson live, datée de 1975, évoquant la jeunesse de Bob MARLEY à Trench Town et envisageant un avenir radieux avec sa femme, Rita. «Un amour, un cœur, réunissons-nous et sentons nous bien. Laisse les dire leurs sales remarques. Il y a une question que j’aimerais vraiment te poser «y’a-t-il une place pour le pêcheur, sans espoir, qui a blessé l’Humanité, juste pour sauver sa peau ? Crois-moi, un amour, un cœur, unissons-nous et sentons-nous bien, comme ça l’était au commencement. Je plaide pour toute l’humanité», chante-t-il dans «One Love». Inspiré de «Get Ready» de Curtis MAYFIELD, «One Love» est un plaidoyer, pour les Rastas d’un monde compassion, d’unité et de coopération. Même sur le thème de l’amour, Bob MARLEY a su créer des chansons rapides et dansantes : «Pourrais-tu être aimé et être aimé ? Ne les laisse pas te berner Ou même essayez de t’endoctriner ! Oh non ! Nous avons notre propre esprit Alors allez en enfer si ce que vous pensez n'est pas juste! L'amour ne nous laisserait jamais seuls des ténèbres doit apparaître la lumière. La route de la vie est si pleine d’embûches, et il se peut que tu trébuches. Aussi lorsque tu montres du doigt une personne, quelqu’un d’autre est en train de te juger. Aimez votre frère!» chante-t-il dans «Could you be Loved».

Chanteur pour la liberté, en vue d’échapper au joug des forces du Chaos. «Get up, Stand up !» est une puissante chanson contre le racisme et l’oppression invitant les opprimés à se lever et se battre pour leurs droits, sur terre et non pour un paradis hypothétique. «Lève-toi, debout. Lève-toi pour tes droits ! Prêtre ne me dit pas que le paradis est en dessous de la terre. Je sais que tu ne sais pas ; ce que vaut réellement la vie, c'est bien plus que de l'or. Une partie de l'histoire n'a jamais été racontée. Maintenant que tu vois la lumière. N'abandonne pas le combat !» chante Bob MARLEY. Dans cette lutte, pour son succès, l’artiste en appelle à une élévation du niveau de conscience des opprimés ; il faudrait s’émanciper de l’esclavage mental et secouer les chaînes de l’oppression : «Ne voudrais tu pas m'aider à  chanter ces chansons de liberté ? Parce que tout ce que j'ai c'est des chansons de rédemption. Emancipez-vous de l'esclavage mental ; personne d'autres que nous-mêmes ne peut libérer nos esprits. N'ayons pas peur pour l'énergie atomique ; car personne ne peut arrêter le temps Combien de temps encore tueront-ils nos prophètes ? Pendant que nous nous tenons à  part et regardons. Certains fatalistes disent que ça va passer»  chante-t-il dans «Redemption Song» un extrait de l’album «Uprising» datant de 1980.

Révolté contre une autorité injuste et arbitraire des dominants, Bob MARLEY a, de façon symbolique, tué le Shérif, un symbole de l’ordre moral détestant les Rastas ; c’est donc une façon de flétrir les esprits étriqués qui n’apprécient pas tout ce qui est différent : «J’ai tué le Shérif, mais je n’ai pas tiré sur son adjoint. Tout autour de ma ville natale, ils essayent de me tuer et veulent me rendre coupable. J’ai tué le Shérif, mais je jure que j’étais en légitime défense» chante-t-il dans «I Shot the Sherif». Bob MARLEY en appelle au soulèvement des dominés : «Quelqu’un devra payer, pour le sang innocent qu’ils versent chaque jour» chante-t-il dans «We and them».

Bob MARLEY était fortement attaché à la lutte pour l’indépendance des pays africains, et contre le régime de l’Apartheid. Ainsi, le 17 avril 1980, Bob MARLEY avait donné un concert historique au stade d'Harare, la capitale du Zimbabwe qui fêtait ce jour-là son indépendance : «Chaque homme a le droit de décider de son propre destin, et dans ce jugement, il n'y a pas de parti pris. Alors ensemble, on va mener ce petit combat, parce que c'est la seule façon de surmonter nos difficultés. On va se battre pour nos droits. Les Africains se libèrent, au Zimbabwe» chante-t-il dans «Zimbabwe». Il fera un concert en 1980, à l’invitation de Pascaline BONGO, fille d’Omar BONGO. Après un passage au Kenya, il découvre l’Ethiopie ravagée par la guerre. Il sera particulièrement choqué en découvrant que Haïlé Sélassié, mort en disgrâce en 1975, a été inhumé dans une tombe anonyme. Apôtre du Panafricanisme, Bob MARLEY exprime son souhait de voir le continent s’unir, en référence à un slogan de Kwame N’KRUMAH (1909-1972). En 1978, prônant le retour des Caribéens en Afrique, il s’y rend pour la première fois cette même année. Aussi, Bob MARLEY exhorte une large unité africaine : «L'Afrique s'unit, parce que nous quittons Babylone. Et nous allons au pays de nos ancêtres. Comme c’est doux et agréable. Devant Dieu et l'homme, oui, pour voir l'unification de tous les Africains, oui. Unissez-vous au profit (l'Afrique unie) de votre peuple, de vos enfants !», chante-t-il «Africa Unite».

En mai 1977, une blessure au gros orteil, subie en jouant au football, se rouvre lors d'un match amical à l'hôtel Hilton de Paris. Le médecin lui suggère des analyses. Le diagnostic est réalisé à Londres : Bob MARLEY souffre d'un mélanome malin, un cancer de la peau. On lui prescrit une amputation urgente de l'orteil, mais un mélange de superstition de son entourage, la religion Rastafari interdisant toute amputation et de pression en pleine tournée européenne où il rencontre enfin son public contribuent à retarder l'opération. En 1980, après une perte de connaissance lors d'un jogging à New York, MARLEY passe un examen aux rayons X où l'on voit cinq tumeurs, trois au cerveau, une aux poumons et une à l'estomac. Il ne dit rien à son entourage et joue un dernier concert enregistré à Pittsburgh, le 23 septembre. MARLEY part ensuite pour une clinique de Bavière où il suit un traitement original avec un médecin allemand, qui prolonge sa vie au prix de dures souffrances. Le cancer se généralise. MARLEY souhaitait mourir en Jamaïque, mais décède à Miami le 11 mai 1981 où il était allé rendre une dernière visite à sa mère, trop faible pour faire le voyage en avion jusqu'à Kingston. Le corps de Bob MARLEY a  été exposé sur le grand stade de la ville et plus de 60 000 personnes ont alors défilé devant la dépouille de l’artiste. Il fut enterré le jeudi 21 mai 1981, dans son village, Saint Anne on Nine Miles près de Kingston. La tombe de Bob MARLEY est située en haut d'une colline, près de la petite baraque de planches où il avait vécu quelques-uns des plus paisibles moments de sa vie après son mariage avec Rita.

Bob MARLEY a eu droit à des funérailles nationales, son éloge funèbre a été, cependant, prononcé par Edward SEAGA, le premier ministre de droite, récemment élu et qu’il détestait. Pour Edward SEAGA, Bob MARLEY était une «superstar du tiers-monde», sa musique un «réconfort pour l'opprimé», est une «protestation contre l'injustice». Edward SEAGA, premier ministre de Jamaïque de 1980 à 1989, l’avait décoré de l’ordre du mérite. Bob MARLEY incarne la Jamaïque, île turbulente des Caraïbes, un certain art de vivre et un renouveau musical ; il avait atteint un large public et cette popularité est toujours intacte. Son parcours est unique, il personnifie jusqu'à sa mort l'espoir en un monde nouveau et juste, fraternel et pacifique. La cérémonie funéraire est organisée par des prêtres orthodoxes éthiopiens. Bob MARLEY avait de nombreux enfants illégitimes, mais il a reconnu onze enfants dont une fille. Cinq d'entre eux ont pour mère Rita, sa fidèle épouse, mais les six autres sont de six femmes différentes : «La plus belle courbe sur le corps d'une femme est son sourire» disait-il. Bob MARLEY avait négligé d'organiser sa succession. Jusqu'à une décision de justice, en 1995, les conflits entre ses musiciens, ses producteurs et sa famille ont été très violents.

Quel héritage artistique de Bob MARLEY, à l’aube du XXIème siècle ?

Disparu trop tôt à 36 ans, cette étoile filante qu'est Bob MARLEY, à travers sa musique engagée et son mouvement rastafari, nous rappelle à chaque instant que «ceux qui s'emploient à rendre le monde encore plus mauvais ne sont jamais en vacances». Une vie courte, mais une vie héroïque, glorieuse : «Ne vis pas pour que ta présence se remarque, mais pour que ton absence se ressente» disait-il. Avec plus de 25 millions de disques vendus, dont 12 du «best-of Legend», sortis après sa mort, sans compter la multitude des droits dérivés, le patrimoine de Bob MARLEY est considérable. Jusqu'en 2010, le chanteur faisait partie du «Top Ten» des artistes décédés rapportant plus de 6 millions de dollars par an, selon le classement du magazine américain «Forbes». La permanence du phénomène Bob MARLEY s’explique  par sa véritable révolution pacifique et d’amour, faisant surgir le sacré dans le profane et le politique dans le divertissement.  Jean-Philippe de TONNAC nous dit dans la biographie dédiée à MARLEY «Et nous voilà descendu à quelques profondeurs au-dessous du niveau des mers où les bateaux négriers poursuivent inlassablement leur obsédante et obscène ritournelle». Décédé en pleine victoire de François MITTERRAND aux élections présidentielles du 10 mai 1981, je ne m’étais pas aperçu toute de suite de cette immense perte. J’étais au Quartier Latin, dans l’euphorie de la victoire de la gauche. Dans les jours qui suivent, on s’est rattrapé, de nombreux concerts, spontanés, ont été organisés en hommage à Bob MARLEY, dont celui inoubliable de Beaubourg.

Icône du Tiers-Monde, MARLEY a déployé, dans sa contribution artistique, une énergie rédemptrice qui ne cesse de susciter louange et administration de tous les parias de la terre. La vie frénétique de ce musicien, ses excès n’ont porté aucun préjudice à l’image de cette immense star : «Pourquoi prendre la vie au sérieux puisque de toute façon, on en sortira pas vivant ?» disait-il. En effet, Bob MARLEY, le Rasta, ne croit qu'à la vie, la mort étant une illusion. Par conséquent, le rastafarisme est une célébration de la vie. Bob MARLEY a des continuateurs de son art. Ainsi, Stevie WONDER, dans son album reggae, «Master Blaster», a rendu un hommage vibrant à Bob MARLEY. Bob MARLEY a trouvé de nombreux adeptes en Afrique, comme l’ivoirien Alpha BLONDY. Il nous invite à nous débarrasser de la mentalité esclavagiste et à nous libérer de toutes les déterminations dans lesquelles on veut nous enfermer. «Personne, sinon nous-mêmes pouvons libérer nos esprits» dit-il.

Porte-parole des défavorisés, Bob MARLEY continue, par la force de sa musique, de maintenir une unité qui transcende les croyances, les races, les couleurs, les frontières et les cultures. Pour certains MARLEY est passé du statut de chanteur à celui de «Prophète». De son vivant, Bob MARLEY occupait tout l’espace, ce  qui a fait dire Peter TOSH, mort tragiquement en 1987, que «la mort de Bob Marley ferait un peu plus de place pour que d’autres artistes puissent se faire remarquer». Plus de 600 biographies ont été consacrées à la vie de Bob MARLEY. Symbole de la contestation contre toutes les oppressions, et le premier artiste issu du tiers-monde à connaître un succès planétaire, Bob MARLEY ne peut pas mourir ; il avait conscience que son destin dépassait sa propre personne. Porte-voix et conscience de toute une époque, Bob MARLEY était un lion, or un lion ne meurt jamais, il dort. En effet, le reggae a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Humanité par un comité spécialisé de l'UNESCO, du jeudi 30 novembre 2018, réuni à Port-Louis, capitale de l'Ile Maurice. L’UNESCO a souligné «la contribution» de cette musique jamaïcaine à la prise de conscience internationale «sur les questions d'injustice, de résistance, d'amour et d'humanité, et sa dimension à la fois «cérébrale, socio-politique, sensuelle et spirituelle». Le reggae étant devenu une véritable référence culturelle, Bob MARLEY, avec 200 millions d'albums vendus, a redonné une place digne à l'homme noir, en le détachant des stigmates de l’esclavage et de la colonisation. Bob MARLEY nous a légués des succès indémodables et universels qui sont, notamment :

1 - Africa Unite

2 - Buffalo Soldier

3 - Concrete Jungle

4 - Could you be loved

5 - Don't Rock My Boat

6 - Easy skanking

7 - Get up stand up

8 - I shot the sheriff

9 - Iron lion zion

10 - Is this love

11 -Jammin

12 - Kaya

13 - Kinky reggae

14 - Lively Up Yourself

15 - Natty dread

16 - Natural mystic

17 - No woman no cry

18 - One Love

19- Redemption song

20 - Satisfy my soul

21 - So much trouble in the world

22 - Stir it up

23 - Stop that train

24 - Sun Is Shining

25 - Three little birds

26 - Trenchtown rock

27 - Turn your lights down low

28 - Waiting in vain

29 – War.

Bibliographie très sélective
 

1 – Contributions des MARLEY

MARLEY (Bob), McCANN (Ian), Bob Marley on his Own Words, Omnibus Press, 1993, 96 pages ;

MARLEY (Bob), Songs of Freedom, Milwaukee (Wisconsin), Hall Leonard Publishing, 1992, 215 pages  ;

MARLEY (Rita), Ma vie avec Bob Marley : No  Woman No Cry, traduction Marguerite Schneider-English, 2011, 288 pages ;

MARLEY BOOKER (Cedella), WINKLER (Anthony,C), Bob Marley, My Son, Lanham, MD, Taylor Trade Pub, 2003, 282 pages.

2 – Critiques de Bob MARLEY

BENETT (Scotty), Bob Marley, New York, Saint Martin’s Press, 1997, 98 pages ;

BLUM (Bruno), Bob Marley, le Reggae et les Rastas, une histoire de la musique jamaïcaine, Paris, éditions Hors Collection, 2004, 160 pages ;

BOOT (Adrien), SALEWICZ (Chris), Songs of Freedom, Vicking Studio Books, 1995, 288 pages ;

BURNETT (David), Soul Rebel : An Intimate Portrait of Bob Marley, Five Miles Press, 2008, 141 pages ;

DAVIS (Stephen), Bob Marley, traduit par Hélène LEE, Paris, Seuil, 2004, 402 pages ;

DOROR (Francis), Bob Marley : le dernier prophète, Paris, GM éditions, 2019, 256 pages ;

DOROR (Francis), Bob Marley, Paris, Flammarion, 2009, 400 pages ;

GILFOYLE (Millie), Bob Marley, Philadelphia, Chelsea House, 2000, 48 pages ;

JEFFREY (Gary), Bob Marley : The Life of Musical Legend, The Rosen Publishing Group, 2007, 48 pages ;

LEE (Hélène), Voir Trench Town et mourir : les années Bob Marley, Paris, Flammarion, 2004, 400 pages ;

MAILLOT (Elodie), Bob Marley : le dernier prophète, Paris, GM éditions, 2019, 256 pages ;

MALIKA (Lee, Withney), Dictionnaire des chansons de Bob Marley, traduit par Isabelle Chelley, Paris, éditions Tournon, 2009, 316 pages ;

McCANN (Ian), Bob Marley : le prophète spirituel, traduction de Sophie Mattaniah et Marmol Davidson, Paris, Music Entertainment Books, 2008, 132 pages ;

MILLER (Mark), Sur la route avec Bob Marley 1978-1980, un chevalier blanc à Babylone, préface Bruno Junior Marvin Blum, Paris, éditions Scali, 224 pages ;

MONTPIERRE (Roland), Reggae Rebel : La vie de Bob Marley, éditions Caribéennes, 1981, 44 pages ; 

MONTY (Carlos), Bob Marley : Positive Vibration, Paris, La Mascara, 1995, 80 pages  ;

MOSKOVITCH (David, Vlado), Bob Marley : A Biography, Conecticut, London, Greenwood Publishing Group, 2007, 124 pages ;

OJO (Adebayo), Bob Marley, l’Africain, Paris, éditions Scali, 2008, 320 pages ;

PAPROCKI (Sherry, Beck), Bob Marley, Musician, New York, Chelsea House, 2006, 130 pages ;

SHERIDAN (Maureen), Bob Marley, le secret de toutes ses chansons 1962-1981, Paris, Hors Collection, 2011, 175 pages ;

SMITH (M. G), Augier (Roy) NETTLEFORD (Rex), Report on the Rastafari Movement, in Kingston, Jamaica, Kingston (Jamaïque), Institute of Social and Economic Research, 1960, 41 pages ;

STEFFEN (Roger), So Much Things to Say : L’histoire orale de Bob Marley, préface de Linton Kwesi Johnson, Paris, Robert Laffont, 2018, 523 pages ;

TAYLOR (Don), HENRY (L. Mike), Bob Marley et moi, la véritable histoire, traduit pat Thibault Ehrengardt Paris, Dreads éditions, 2016, 134 pages ;

TONNAC de (Jean-Philippe), Bob Marley, Paris, Gallimard, collection Folio, 2010, 353 pages ;

WILLIAMS (Richard), Bob Marley and the Wailers : Exodus, Paris, EPA, 144 pages ;

WINT (Eleonore) COOPER (Carolyn), Bob Marley : the Man and the Music, Arawak Pub, 2003, 111 pages.

3 – Articles sur Bob MARLEY

«Marley, avant le mythe», Libération, 16 janvier 2003  et «Marley, genèse d’une légende», Libération, 9 mai 2001 ;

BONACCI (Julia), «Terrible et terrifiant, le reggae jamaïcain  au prisme des mémoires», Hermès, (Paris), 1998, vol 1, n°22, pages 91-100 ;

DORDOR (Francis), «Jésus Marley», Les Inrockuptibles, 8 juillet 1998 ;

LOUPIAS (Bernard), «Ainsi parlait Bob Marley», Le Nouvel Observateur, 17 mai 2001 ;

LUBABU (Thsitenge), «Bob Marley, un message universel», Jeune Afrique, 11 mai 2011 ;

MORIOT (Joël), «Bob Marley, chanteur mystique et engagé», Le Monde, 2 août 2019 ;

MORTAIGNE (Véronique), «Bob Marley entre dans l’éternité», Le Monde, 13 mai 2001 ;

MORTAIGNE (Véronique), «Les envoûtements du Reggae», Le Monde, 6 juin 2006 ;

PROVENZANO (Lauranne), «Bob Marley, conscience éternelle de l’Afrique», Jeune Afrique, 23 octobre 2009.

Paris, le 21 octobre 2016, actualisé le 17 mai 2020 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Bob MARLEY (1945-1981) : un rebelle lumineux, symbole universel de la conscience noire et défenseur des opprimés» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 19:56
Paris est décidément la capitale mondiale des arts et de la culture. En effet, ce samedi 22 octobre 2016, avec un temps ensoleillé et clément, je me suis rendu, avec ma petite Arsinoé, à la Fondation Louis VUITTON, dans le Bois de Boulogne, qui jouxte le Jardin d’acclimatation de Paris. En effet, dans le cadre du programme de «l’Année franco-russe 2016-2017 du tourisme culturel», une collection mythique d’œuvres d’art s'installe à la Fondation Louis VUITTON du 22 octobre au 20 février 2017. Il s'agit de l'œuvre d'un seul homme, Sergueï CHTCHOUKINE (Moscou 27 mai 1854-Paris 10 janvier 1936), un homme d'affaires qui a été l'un des tous premiers collectionneurs d'art de l'avant-garde française. Il a réuni 264 tableaux dont 16 GAUGUIN, 38 MATISSE, 50 PICASSO, sans parler des MONET, MANET, Van GOGH, et autres CEZANNE collectionnés entre 1898 et 1914. Dans la période où tous ces artistes français étaient décriés, méprisés, rejetés en France, Sergueï CHTCHOUKINE collectionnait leurs chefs-d'oeuvre, pour tapisser les murs de son palais à Moscou : le palais Troubetskoï. Lorsqu'il s’est rendu compte qu'il n'y avait plus de place sur ses murs, CHTCHOUKINE a déménagé et il a ouvert son palais Troubetskoï au public, créant ainsi le premier musée d'art moderne du XXème siècle. Aujourd'hui, le palais est devenu le lieu de réception du ministère de la défense russe. Mais on peut découvrir la façade jaune, à condition de ne pas trop s’approcher. Le palais Troubetskoï a été construit sous Catherine II de Russie. Il est au fond d’une impasse, près de la bibliothèque Lénine et de l'institut d'art russe, à Moscou. Il est extrêmement bien gardé.
 
Visionnaire de l’art moderne du XXème siècle, c’est à partir de 1898 que Sergeï CHTCHOUNIE, grand industriel moscovite, entre en contact avec les marchands Paul DURAND-RUEL, Ambroise VOLLARD puis Berthe WEILL et d’autres amateurs d’art. Sa relation, et sa complicité artistique de sept années avec Henri MATISSE et sa passion pour Pablo PICASSO, influencent fortement la formation de sa collection exemplaire de l’art le plus radical de son temps. Grâce à la généreuse participation du Musée d’Etat de l’Ermitage et du Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine, qui ont contribué à l’élaboration du projet, l’exposition présente un ensemble significatif de 130 chefs-d’œuvre des maîtres impressionnistes, postimpressionnistes et modernes de la collection CHTCHOUKINE, tout particulièrement représentatifs de l’art de MONET, CEZANNE, GAUGUIN, ROUSSEAU, DERAIN, MATISSE ou PICASSO, mais aussi de DEGAS, RENOIR, TOULOUSE-LAUTREC ou Van GOGH. L’exposition traite de l’impact de la collection CHTCHOUKINE sur la formation des mouvements cubofuturistes, suprématistes et constructivistes, à travers un ensemble de 30 œuvres (28 peintures, papiers collés, constructions et reliefs, et 2 sculptures) des artistes majeurs de l’avant-garde russe (Galerie Tretyakov, Musée d’art contemporain de Thessalonique, Musée Pouchkine, Stedeljik Museum, Musée Thyssen, MoMA). Des chefs-d'œuvre des maîtres, tels que MALEVITCH, RODTCHENKO, LARIONOV, TATLINE, POPOVA ou ROZANOVA, sont ainsi réunis.
 
Sergueï CHTCHOUKINE épouse en 1884 une des plus belles femmes de Moscou : Lydia Grigorievna KORENEVA, sa famille a fait fortune dans les mines du Donbass en Ukraine. Le couple donne vite naissance à un premier fils, Ivan (1886-1975) ; deux autres suivront Grigori (1887-1910) et Sergueï (1888-1905), puis une fille Ekaterina (1890-1977). Sergueï CHTCHOUKINE dispose d’une magnifique demeure à deux pas du Kremlin. Naturellement il va s’orienter vers ce qui est, à l’époque, un autre brevet de réussite sociale et économique : la collection d’art. De son temps, CHTCHOUKINE était considéré comme un fou. En 1918, après la Révolution d'octobre, sa collection fut nationalisée. Et toute exposition de cette collection interdite. Le 8 novembre 1918 un décret du Conseil des commissaires du peuple, signé LENINE, proclame «La galerie d’art de Sergueï Ivanovitch CHTCHOUKINE, propriété publique de la République socialiste fédérative de Russie considérant que par sa très grande valeur artistique elle présente en matière d’éducation populaire un intérêt national». Dépossédé, Sergueï CHTCHOUKINE fut contraint à l’exil. Et c’est à Paris qu’il trouva refuge. C’est aussi là qu’il est mort, en 1936 à l'âge de 81 ans, loin de sa collection qui restera longtemps invisible du public. Il faudra attendre le dégel des années 70 pour que la collection CHTCHOUKINE soit de nouveau, petit à petit, exposée en Russie. Elle est aujourd’hui répartie entre les deux plus importants musées russes : le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg et le musée Pouchkine à Moscou.
 
La fondation Louis VUITTON a été inaugurée le 27 octobre 2014. L’architecte américano-canadien, admirateur de PROUST et de LE CORBUSIER, pape du «déconstructivisme», a eu pour ambition «de concevoir à Paris un vaisseau magnifique qui symbolise la vocation culturelle de la France». Il a imaginé un bâtiment unique, emblématique, audacieux qui est une réplique de la Fondation PINAULT installée à Venise. «Nous avons souhaité offrir à Paris un lieu d’exception pour l’art et la création» dit Bernard ARNAULT, patron de LVMH. Cette structure deviendra la propriété de la ville de Paris en 2062.
 
Avec les mêmes billets de la Fondation Louis VUITTON on peut se rendre au jardin d’acclimatation. Mais certains manèges, de ce jardin sont payants. Le Jardin d’Acclimatation, réalisé par l’ingénieur Jean-Charles ALPHAND et l’architecte Gabriel DAVIOUD, est le plus ancien parc d’attractions de France. Inauguré le samedi 6 octobre 1860, en présence de Napoléon III et de sa femme Eugénie de MONTIJO, mais également de BERLIOZ, OFFENBACH, MERIMEE, Alexandre DUMAS ou Théophile GAUTIER, ce jardin à l’anglaise, s’étend sur 20 hectares, alors principalement dédiés à la zoologie et à la botanique. A cette même époque, le célèbre zoologiste Isidore Geoffroy SAINT-HILAIRE, recherche un lieu une large variété d’animaux, car la Ménagerie du Muséum du Jardin des Plantes ne suffit plus. Très vite, il devint une promenade appréciée de l’aristocratie parisienne ou étrangère (Neuilly est tout près). C’est seulement après la première guerre mondiale qu’il perdit le qualificatif de "zoologique", pour devenir un parc d’attractions faisant la part belle aux manèges et aux divertissements. C’est un lieu singulier et sinistre, qui avait servi, dans le passé à un «Zoo humain» (Ashantis, Cosaques, Canaques, Nubiens, Inuits, Indiens, Hindous, Somaliens, etc.) de 1877 à 1931. Sanctuaire de la déshumanisation en France, on y avait exhibé des êtres humains comme des bêtes de foire pour le plaisir et le divertissement de la masse européenne. De nos jours, le jardin d’acclimatation est plus fréquentable, pour les enfants et leurs familles, en devenant, à la fois lieu de promenade, zoo et parc d’attractions. C’est pour cette raison que pendant longtemps j’avais hésité de visiter cet endroit. Nous avons une grande patience et une faculté de pardonner, mais de ne jamais oublier cette blessure du passé. Mais cette grande largesse d’esprit «ne signifie pas une aptitude infinie ou naïve des peuples noirs à la patience» dit Wolé SOYINKA, Prix Nobel de littérature.
 
Fondation Louis VUITTON, 8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75016 Paris. Métro Sablons, ligne n°1, prendre la rue des Sablons (10 minutes à pied) ou une navette. Prix du billet 16 €.
 
Paris, le 22 octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
Fondation Louis VUITTON, à Paris 16ème : icônes de l’art moderne, la collection CHTCHOUKINE»  par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 12:23

 

Cet article a été publié dans le journal FERLOO, édition du 20 octobre 2016.

A l'invitation d'Anne GRILLON, je suis ce vendredi 14 octobre 2016 au colloque de l'association des DRH des grandes collectivités sur le thème : "DRH du futur", au siège du journal Le Monde, à Paris 13ème. Le sujet traite de l'introspection, du profil du DRH et ne porte pas sur la GRH. En d'autres termes, quel est le bon profil du DRH ?

Le DRH devrait être agile, propulseur, accompagnateur, entrepreneur, communiquant, innovant, technophile, prospectif et humain.

L’association a entendu une intervention d’un DRH d’une ville suédoise, où le dialogue social, la concertation, le modèle social et le statut de la fonction donnent satisfaction à tous. Il n’a échappé à personne que le sort du statut de la fonction publique sera un des enjeux majeurs des élections présidentielles. Ce statut doit-il mourir ou se rénover ? A mon sens, le statut de la fonction publique, héritage précieux, devrait se moderniser et tenir compte de la conduite du changement, sinon, il signe son acte de décès. L’agent public doit retrouver le sens de sa contribution à la collectivité, et conserver en toutes circonstances, la dignité, l’exemplarité, la neutralité et la probité ; c’est cela qui fonde la protection particulière, en termes notamment de garantie d’emploi dont il bénéficie, parce qu’il est au service de la collectivité.

Comment pourrait évoluer dans le futur le métier du DRH, avec la grande contrainte budgétaire ? Est-on en présence d'une crise de légitimité du DRH, compte tenu du "DRH bashing".

Le métier du DRH devrait concerner la gestion et le développement des ressources humaines des salariés, une GRH partagée avec des compétences identifiées.

Le DRH sera t-il utile pour l'avenir et quel sera sa valeur ajoutée ? Quelles seront les frontières de son action, compte tenu de l'extension de ses compétences ? Quelle va être sa contribution pour assoir sa légitimité et en quoi aide-t-il à l'organisation de la collectivité ? Comment peut-on mesurer son efficacité ?

L'enquête auprès des DRH montre les tendances sont les suivantes : 84% pensent que la contrainte budgétaire est le premier enjeu majeur, viennent ensuite à 74 % la santé, enfin montent en puissance la santé et la personnalisation de la GRH ainsi que le pilotage (données contrôle de gestion). La fonction stratégique restera un enjeu majeur mais le blocage de la décision et que les contraintes de la réglementation sont à lever.

Il est attendu du DRH de pouvoir combiner quatre profils différents :
Futur et stratégie

Focalisation sur les procédures

Expert du changement

Agent en soutien des salariés

Le DRH devrait avoir les quatre casquettes, mais comment les doser pour le DRH de demain ?

Le DRH devrait avoir un rôle de concepteur de l'action un praticien réflexif, s'appuyer sur les autres acteurs notamment les managers de proximité et identifier des compétences. Il doit pouvoir gérer le capital humain et instaurer des relations d'influence, de respect et de confiance. Il doit être humain et un défenseur crédible des salariés. Mais il doit rester fondamentalement un acteur du changement et un gestionnaire des talents.

Le DRH doit être agile et pouvoir gérer parfois des injonctions contradictoires. Mais il doit rester innovant, créatif, tourné vers l'humain et travailler avec tous les acteurs internes ou externes.


Par conséquent, ce qui est attendu du DRH c’est une grande polyvalence. Il doit acquérir de solides compétences dans le domaine stratégique et de gestion afin de d’échanger, utilement, avec tous ses partenaires. Les modes classiques de gestion du personnel qui restent nécessaires (bien recruter, former, faire progresser les agents, dialoguer et rémunérer) ne sont plus suffisants. Outre la capacité technique, il doit pouvoir déceler les enjeux du futur et être en mesure, avec les relais managériaux, une aide à la décision, en vue de rechercher des solutions innovantes pour l’organisation.

Dans un contexte de contrainte budgétaire et d’allongement de la durée au travail, le DRH doit tenir compte de la contrainte budgétaire, de la coexistence des générations, du vieillissement des agents, du mode de management et d’organisation, de la digitalisation du travail, de la place des nouvelles technologies et de la GPEEC.

Par ailleurs, la santé et la sécurité au travail ainsi que l’accompagnement du management sont devenus des enjeux majeurs, en termes d’employabilité, de développement des compétences, de communication interne, d’accompagnement au maintien dans l’emploi, du conseil en organisation, du pilotage de la fonction RH, du bien-être, de la motivation et du sens au travail.

Les DRH ont noté des facteurs de grande insatisfaction, la relation avec les élus, la relation avec le DGS et le comité de direction, les contraintes réglementaires, la conduite du dialogue social, l’association aux décisions dans la conduite du changement, les compétences de l’équipe RH ainsi que la relation avec les managers.

Les DRH estiment que les changements les plus difficiles à mettre en œuvre concernent la maîtrise ou la réduction des effectifs, la réorganisation des services, la réduction des lignes hiérarchiques, la valorisation des compétences et la conduite du dialogue social.

Les principaux points de blocages restent les lourdeurs administratives, le manque de soutien des élus ou du DGS, les postures des organisations syndicale, les managers en retrait et le désengagement ou la démotivation des agents.

Dans tous les cas, il est attendu du DRH, dans sa fonction stratégique, de la créativité, de l’innovation et de développer l’employabilité des agents.

Paris, le 14 octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

«Le DRH du futur : 5ème colloque de l’association des DRH des Grandes collectivités territoriales», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le DRH du futur : 5ème colloque de l’association des DRH des Grandes collectivités territoriales», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 22:22

Ma petite Arsinoé, dans ses projets, souhaite devenir une danseuse étoile. A force de m’entretenir de cette haute et exigeante ambition, j’ai fini de lui proposer une visite au Palais Garnier, à l’Opéra de Paris. Il est vrai que quand on a l’immense privilège d’habiter dans la cité mondiale des arts et de la culture qu’est Paris, il faudrait apprendre à s’éloigner de certains vacarmes de la vie, savourer chaque instant et respirer, à plein poumons, ces moments intenses de répit.

L'ancêtre de l’Opéra de Paris, l’Académie royale de Musique est fondée, en 1669, à l'instigation de Jean-Baptiste COLBERT (1619-1683). Le Roi lui octroie un privilège : le monopole de la représentation des pièces de théâtre en musique. De 1672 à 1687, Jean-Baptiste LULLY (1632-1687) est directeur de cette Académie. Evènement fondateur de l’histoire de l’art lyrique en France, la création de l'Académie royale de Musique fait aussi date dans l’histoire du Ballet. L’art chorégraphique, jusqu’alors dévolu au divertissement de la Cour, dispose désormais d’une scène : la troupe danse dans les intermèdes des opéras. Peu à peu, le Ballet conquiert son indépendance jusqu’à avoir son propre répertoire au XIXe siècle, à l’époque des grands ballets romantiques. De prestigieux artistes se sont produits dans cet Opéra de Paris, comme Wolfang Amadeus MOZART, Christoph Willibald GLUCK, Luigi CHERUBINI, Gioacchino ROSSINI, Daniel-François-Esprit AUBER, Gaetano DONIZETTI, Jacques Fromental HALEVY, Giuseppe VERDI, Charles GOUNO, Richard WAGNER, etc. Dans le domaine de la danse les ballets russes de Serge de DIAGHILEV (1872-1929) ainsi que la prestation de Rudolph NOUREEV ont fait sensation. NOUREEV (1938-1993) d'origine tartare musulmane de Russie est arrivé en France en 1961. Il a sollicité l'asile politique et deviendra en 1983 directeur de la Danse à l'Opéra de Paris et sera emporté par l'épidémie du SIDA.

Les deux siècles suivant sa création voient l'Opéra changer onze fois de lieu. L’Opéra de Paris occupe ainsi les salles de la Bouteille (1670-1672), du Jeu de paume (1672-1673), du Palais-Royal (1673-1763), des Machines (1764-1770), la seconde salle du Palais-Royal (1770-1781), des Menus-Plaisirs (1781), de la Porte Saint-Martin (1781-1794), de la rue de Richelieu (1794-1820), le Théâtre Louvois (1820), les salles Favart (1820-1821) et Le Peletier (1821-1873).

Le 14 janvier 1858, alors que Charles Louis Napoléon BONAPARTE dit Napoléon III (1808-1873) se rend en carrosse à l’Opéra, des anarchistes italiens à la solde de Félice ORSINI lancent des bombes sur la foule. L’Empereur et son épouse réchappent miraculeusement de cet attentat qui fait huit morts et près de cent-cinquante blessés. Après ce drame, le 29 septembre 1860, Napoléon III décrétait la construction d'un nouvel opéra afin de remplacer celui de la rue Le Peletier, édifice provisoire trop étroit et situé dans un quartier encombré. Un concours était ouvert en décembre rassemblant 171 candidats. Parmi les candidats, le méconnu Charles GARNIER (Paris, 6 novembre 1825 - Paris, 3 août 1898), alors âgé de 35 ans. Son projet tente de répondre à ce qu’il pense être le problème crucial de l’art de son temps : l’impossibilité de diffuser la création artistique pour le plus grand nombre. Il est proclamé vainqueur le 30 mai 1861. CharlesGARNIER, pendant quatorze années, celui-ci se consacra presque quotidiennement au prestigieux chantier. Dans la nuit du 28 au 29 novembre 1873, la salle Le Peletier est anéantie dans un incendie de plus de vingt-quatre heures et dont les causes demeurent indéterminées. En attendant l’ouverture du Palais Garnier, l’Opéra s’installe provisoirement salle VENTADOUR. La façade fut inaugurée officiellement le 15 août 1867 au milieu des fastes de l'Exposition universelle, mais l'inauguration de l'ensemble n'eut lieu qu'après la chute de l'Empire en 1875.

C’est ce nouvel opéra qui fit sa renommée, Charles GARNIER ; celui-ci s'affirmait comme le créateur du style Second Empire. A l'Impératrice Eugénie de MONTIJO (1826-1920) qui s'étonnait du manque d'unité de l'ensemble : «Qu'est-ce que ce style ? Ce n'est pas un style, ce n'est pas du grec, ni du Louis XVI», l'architecte aurait répondu : «Non, ces styles ont fait leur temps. C'est du Napoléon III». Par son éclectisme et son exubérance décorative, le monument est en effet devenu le symbole du régime impérial. Intégré dans le nouvel urbanisme parisien, l'Opéra est paradoxalement à l'opposé de ses caractéristiques stylistiques : courbes baroques, profusion ornementale et polychromie éclatante tranchent singulièrement face à la régularité et à la grise austérité des conceptions architecturales haussmanniennes.

Le plan, véritable chef-d'oeuvre de fonctionnalisme, est particulièrement lisible de l'extérieur dans la répartition des différents volumes : le vestibule d'accueil surmonté du foyer et desservi par l'escalier d'honneur, la salle, la scène prolongée du foyer de la danse et la partie réservée à l'administration. La façade extérieure, synthèse baroque de différents styles, est rythmée par une colonnade corinthienne en pierre de Ravières surmontée d'un attique décoré de masques à l'antique de KLAGMANN.

De grandes comme de petites histoires se sont produites à l’Opéra de Paris. En 1861, Richard WAGNER (1813-1883) fait son entrée à l’Opéra de Paris avec perte et fracas. La première de «Tannhaüser» déclenche dans la salle une nouvelle bataille d’Hernani. L’administration cède en annulant les représentations et le compositeur quitte Paris précipitamment. Qu’importe, dira Charles BAUDELAIRE qui prend la défense du génie : l’idée est lancée, la trouée est faite, c’est l’important. En 1929, un ancien danseur des Ballets russes de Serge de DIAGHILEV (1872-1929), Serge LIFAR est invité à créer un ballet pour l’Opéra : «Les Créatures de Prométhée», sur la musique de Beethoven. L’année suivante, il devient Maître de Ballet et prend les rênes de la Compagnie à laquelle il consacrera plus de trente années de sa vie. Il crée une classe d’adage, qui permet aux danseurs de n’être plus les simples faire-valoir des ballerines, et développe son style néoclassique qui imprègnera Roland PETIT (1924-2011) et Maurice BEJART (1927-2007). En 1945, Reynaldo HAHN (1874-1947), compositeur, chef d’orchestre et critique musical, compagnon et ami de Marcel PROUST (1871-1922), devient directeur de l'Opéra de Paris. En 1982, jugeant la jauge du Palais Garnier insuffisante, le président François MITTERRAND (1916-1996), un pharaon des temps modernes, décide de la construction d'un nouvel opéra, «moderne et populaire», dans Paris, à la Bastille qui sera inauguré le 13 juillet 1989, dans le cadre des manifestations du Bicentenaire de la Révolution française.

Un des lieux souterrains qui alimente la légende de l'Opéra est le réservoir souterrain, surnommé le Lac, sorte de monstre du Lochness parisien à la sombre légende. En effet, une nappe phréatique importante, alimentée par un bras préhistorique de la Seine, provoquait une inondation permanente pendant les travaux de l’Opéra. Il a fallu la réalisation d'un cuvelage destiné à contenir les infiltrations souterraines.  En effet, l'importante quantité contenue dans la cuve de ciment et de béton, et son emplacement stratégique, donnent aux pompiers la possibilité de circonscrire plus rapidement et plus efficacement un départ éventuel départ d'incendie. Les sous-sols de l'Opéra abritaient également, dans leurs caves, une gigantesque usine de production d’électricité. L’Opéra est l’un des premiers établissements parisiens à expérimenter l’éclairage à l’électricité, à la place du gaz. Par ailleurs, sous la Commune de Paris (18 mars 1871 au 28 mai 1871), les révolutionnaires transformèrent les salles en entrepôts, et lorsque les Versaillais  pénétrèrent dans Paris le 21 mai 1871, les souterrains servirent de cachots et des Communards y furent exécutés. De quoi alimenter la sombre légende des sous-sols de l’Opéra de Paris.

Mais les sous-sols de l'Opéra recèlent encore d'autres surprises : Une initiative étonnante est prise en 1907 et réitérée en 1912. Au cours d'une cérémonie solennelle, Alfred CLARK, le président de la compagnie française du Gramophone enfouit des enregistrements  composés de vingt-quatre disques dans des urnes scellées pour 100 ans et qui seront enterrées dans les sous-sols de l'Opéra, sans oublier le gramophone, au cas où la technique d'écoute ne serait plus connue un siècle plus tard. Ces enregistrements étaient destinés à transmettre aux hommes du futur l’état des machines parlantes ainsi que les voix et interprétations des principaux chanteurs de l'époque.  Lors de cet enfouissement, un mystérieux cadavre fut découvert dans les sous-sols de l'Opéra, dont la presse se fit l'écho, et que l'écrivain Gaston LEROUX identifia comme celui du fantôme de l’Opéra. On connaît l’histoire de ce film tiré d’un roman, «le fantôme de l’Opéra». Mais d’où vient réellement cette légende parisienne ? Tout commence le 28 octobre 1873 : un jeune pianiste aurait eu le visage brûlé dans l’incendie du conservatoire de la rue Le Peletier. Sa fiancée, une ballerine du conservatoire, y aurait alors perdu la vie. Inconsolable et défiguré, il aurait trouvé refuge dans les souterrains de l’Opéra Garnier, alors en pleine construction. C’est donc à l’intérieur du palais Garnier que l’homme, Ernest, séjourna jusqu’à sa mort. Celui ci aurait d’ailleurs vécu à proximité du lac d’eau présent sous l’Opéra et servant de réserve d’eau en cas d’incendie. Il consacra la fin de sa vie à son art et à l’achèvement de son œuvre, un hymne à amour et à la mort. Celui-ci serait mort dans les sous-sols. Son cadavre n’ayant jamais été retrouvé on pense qu’il fut confondu avec les corps des communards
Mais l’histoire du fantôme de l'Opéra va prendre un autre tournant en 1916. Un écrivain, Gaston LEROUX, s’inspire alors de la légende et de plusieurs évènements troublants pour écrire son célèbre roman : Le Fantôme de l’Opéra. Dans l’avant-propos de ce roman, Gaston LEROUX mentionne que le fantôme de l’Opéra a existé. Erik a réellement vécu. Ce ne fut point, comme on l’a cru longtemps, une inspiration d’artistes, une superstition de directeurs, la création falote des cervelles excitées de ces demoiselles du corps du ballet, et précise ceci : «On se rappelle que dernièrement, en creusant le sous-sol de l’Opéra pour y enterrer les voix phonographiées des artistes, le pic des ouvriers a mis à nu un cadavre. Or, j’ai eu tout de suite la preuve que ce cadavre était celui du Fantôme de l’Opéra ! J’ai fait toucher cette preuve, de la main, à l’administrateur lui-même, et maintenant il m’est indifférent que les journaux racontent qu’on a trouvé là une victime de la commune». Le 20 mai 1896, dans les fastes du Palais Garnier, le grand lustre de la salle se décroche et tue un spectateur pendant une représentation du Faust de Gounod. La légende rapporte que ce spectateur était assis à la place numéro 13. Le film, fantastique américain, réalisé par Arthur LUBIN en 1943 et tiré de ce roman, est gravé dans nos mémoires. Dans ce film, Claudin vient d'être licencié de son emploi de premier violon de l'Opéra de Paris. Cette situation l'affecte beaucoup car elle va l'empêcher de continuer à payer les leçons de chant de Christine, la doublure de la diva BIANCARELLI, dont il est secrètement amoureux. En tuant un éditeur de musique qui refuse d'acheter ses partitions, Claudin se fait défigurer par une cuvette d'acide. Se cachant dans les sous-sols de l'Opéra, il décide d'enlever Christine en pleine représentation. Celle-ci devait interpréter un rôle très prestigieux. Un jeune ami de la belle découvre qu'un passage mène, par les égouts, aux anciennes caves de l'opéra, désaffectées, et qu'une vengeance implacable s'y trame.

L’Opéra de Paris, essentiellement dédié à la musique, à la danse et à la poésie lyrique, est placé sous la protection du dieu grec, Apollon et sa lyre, un instrument musique à cordes. Le groupe d’Apollon (hauteur 7.5 m, largeur 4 m) sculpté par Aimé MILLET (1819-1891), fondu en bronze en 1869, a été mis en place au sommet du pignon de la scène de l’opéra en 1870. Apollon, les épaules couvertes d’une légère draperie qui retombe derrière lui, élève, des deux mains, la lyre au-dessus de sa tête. À droite, la Poésie assise, complètement drapée, la tête légèrement tournée à gauche, tient le style de la main droite levée, prête à écrire, et une tablette de la main gauche. À gauche, la Musique, la tête de face, assise, la jambe droite repliée, appuie la main gauche sur un tambour de basque qu’elle tient, de la main droite, posé sur le genou droit. Elle est vêtue de la tunique laconienne fendue ; les jambes nues sont chaussées de cothurnes.

Charles GARNIER, artiste de génie et talentueux, prix de Rome en 1848, avait une conception élitiste de l’art. Les dirigeants de notre époque de l’Opéra tentent, tant bien que mal de combattre ce préjugé ancien et tenace. L’Opéra n’est pas toujours plein, et sur le million de billets à vendre chaque saison, quelques dizaines de milliers restent disponibles jusqu’au lever de rideau. «L’art n’est pas réservé à une élite. Pour apprécier le spectacle, pour ressentir une émotion, il n’est nul besoin de tout comprendre, de lire la musique, d’être un expert de l’entrechat» dit Stéphane LISSNER. «Il n’y a pas d’autre mur et barrière pour l’homme que le ciel. Tout ce qui est de la terre en terre lui appartient pour marcher dessus et il est inadmissible qu’il en soit d’aucune parcelle forclos» dit Paul CLAUDEL dans le «Soulier de satin».

La programmation de l’Opéra de Paris 2016-2017 combine les grands classiques attendus du public avec les créations contemporaines. Certains opéras sont joués au Palais Garnier (Iphigénie en Tauride, Tudor Millepied, Cosi Fan Tutte, Béatrice et Benedict, La Cenerentola), mais la plupart c’est à l’opéra Bastille. Ainsi, restent des têtes d’affiche la «Damnation de Faust» de BERLIOZ, «La Tosca» de Giacomo PUCCINI, «Samson et Dalila», un conte biblique et érotique de Camille SAINT-SAENS. Les éclairs brillent dans le ciel quand Dalila déclare sa flamme à Samson : «mon cœur s’ouvre à ta voix comme s’ouvrent les fleurs aux baisers de l’aurore». C’est une beauté envoûtante mais trompeuse. Quand le tonnerre gronde enfin, Dalila trahit Samson en le livrant à ses ennemis.

Dans «Lucia Di Lammermoor» de Gaetano DONIZETTI, et dans les collines de Lammermuir, au Sud de l’Ecosse, la belle Lucia retrouve à chaque aurore un mystérieux jeune homme dont elle est amoureuse. Mais comme dans "Roméo et Juliette" de William SHAKESPEARE, les amants sont issus de deux familles en guerre et n’ont pas le droit de s’aimer. Cet opéra romantique chante un air de folie. Lucia est interprétée par une artiste Sud-africaine, Pretty YENDE. Artiste lyrique, née le 6 mars 1985 à Piet Retief, Pretty YENDE étudie à l'académie lyrique de La Scala et remporte plusieurs concours internationaux de chant lyrique, dont le concours Operalia en 2011. Pretty YENDE, avec son timbre corsé, exerce une séduction immédiate ; elle revient cette saison 2016-2017, à Bastille dans un rôle dramatique que les plus illustres cantatrices ont interprété avant elle, dans le rôle d’une Lucia, espiègle et piquante dans l’opéra de «Lucia di Lammermoor» de DONIZETTI. «Dès sa première note, le son est à la fois issu d'une gorge bouillonnante de chaleur et un filin puissant comme l'acier. Ses notes douces sont assurées et d'une parfaite justesse, depuis l'émission jusqu'à la résonance. Sa ligne vocale pourrait être disséquée, ralentie à l'extrême, elle ferait entendre alors toutes les hauteurs de la gamme, toutes parfaitement assurées et d'une richesse seulement comparable à la note suivante. Ses graves rendraient jalouse une mezzo-soprano dramatique et sa voix suraiguë est une lance jetée en plein cœur sans qu'elle ne se départisse de son sourire amoureux qui se change en rictus de folie. Sa voix est un souffle absolu qui reste homogène et éloquent en permanence» dit Charles ARDEN.

«Les contes d’Hoffmann» de Jacques OFFENBACH sont une synthèse inouïe, à la fois drôle, grave et fantastique de l’opéra-bouffe. Le narrateur et héros raconte trois amours : Olympia, Antonia et Giulietta et expose le génie mélancolique d’un homme marqué par le sort de la vie.

«Lohengrin» de Richard WAGNER, apparaît dans une barque tirée par un cygne dans une lumière bleu argent. Il vient sauver Elsa, accusée du meurtre de son frère, et lui fait promettre de ne jamais lui demander son nom. C’est un manifeste esthétique et politique qui interroge la place du génie dans la société.

«La Flûte enchantée» de Wolfgang Amadeus MOZART est un feu d’artifice en forme de conte initiatique. S’y côtoient le prince d’un pays lointain à la recherche d’une princesse, légèrement suicidaire, un serpent géant, un oiseleur fanfaron, une Reine de la nuit, et un grand prêtre, moins ténébreux qu’il n’y paraît, imposant d’étranges rites de passage. C’est une œuvre féérique, dramatique et une méditation sur la vie et la mort.


"Cosi Fan Tutte» de Wolfgang Amadeus MOZART est une collaboration entre MOZART et Lorenzo DA PONTE. Provoqué par Don ALFONSO, vieux philosophe et cynique, deux jeunes idéalistes décident de mettre à l’épreuve la fidélité de leurs amantes. L’amour leur infligera une amère leçon : ceux qui se croyaient phénix et déesses se découvriront corps désirants. Cette musique souriante et pourtant d’une mélancolie sacrale nous fait accepter la perte de l’être aimé, perte du paradis, perte de la jeunesse, pour dessiner un monde où tout se transforme, tout est mouvement.

«Carmen» de Georges BIZET est résumé par cette célèbre phrase «L’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser». Dans un sulfureux déhanchement aux accents andalous, la belle cigarière jette son dévolu sur un soldat : Don José. Le drame se met en marche.

Que serait l’Opéra Garnier à Paris sans le plafond de la grande salle, une toile monumentale de 220 m² signée Marc CHAGALL (1887-1985) ? Voulue par André MALRAUX (1901-1976), cette réalisation fut pourtant très décriée quand CHAGALL la dévoila, le 23 septembre 1964. Lumineuse, colorée, elle traduit tout l’amour du peintre pour la musique et pour la vie.

Bibliographie sélective

GARNIER (Charles), Le nouvel Opéra de Paris, Paris, Ducher, 1878, vol I, 422 pages ;

GARNIER (Charles), Le nouvel Opéra de Paris, Paris, Ducher, 1881, vol II, 367 pages ;

GARNIER (Charles), Allons à Rome, Paris, Chez tous les Libraires, 1861, 28 pages ;

LEROUX (Gaston), Le fantôme de l’Opéra, Erik, Paris, société d’éditions et de publications, 1916, 78 pages ;

LOYER (François), A travers les arts, précédée de Les ambiguïtés de Charles Garnier, Paris, Picard 1985, 280 pages ;

GIRVEAU (Bruno) sous la direction, Charles Garnier, un architecte pour un empire, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, , 352 pages ;

LISSNER (Stéphane), Opéra national de Paris, saison 2016-2017, Paris, 206 pages ;

LENIAUD (Jean-Michel), Charles Garnier, Paris, éditions du Patrimoine, 2003, 200 pages ;

NUITTER (Charles), Le nouvel opéra de Paris, Paris, Hachette, 1875, 255 pages.

Paris, le 15 octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Paris, ville musée et son Opéra GARNIER, un des symboles de puissance magique et envoûtante», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Paris, ville musée et son Opéra GARNIER, un des symboles de puissance magique et envoûtante», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Paris, ville musée et son Opéra GARNIER, un des symboles de puissance magique et envoûtante», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 20:07

Maya ANGELOU fut une féministe exceptionnelle et une militante des droits civiques et une artiste qui s’engagea, de façon résolue, pour la tolérance, la justice et l’égalité. Danseuse, chanteuse, actrice, elle a été aussi poète et romancière. Maya ANGELOU qui a séjourné en Egypte et au Ghana, a travaillé avec Martin Luther KING, et fut l’amie de Malcolm X, James BALDWIN, Oprah WINFRAY, Hillary CLINTON et Barack OBAMA. «Je pense que je suis un poète, c’est en tout cas ce que j’essaie d’être quand j’écris une pièce de théâtre, un film, un poème, les paroles d’une chanson, lorsque je prépare le dîner ou assume mon rôle de femme. Dans le domaine de l’amour, comme dans celui de l’amitié, j’essaie de faire en sorte que ma vie soit empreinte de poésie» dit-elle.  Depuis le BREXIT,  l’arrivée de Donald TRUMP au pouvoir, un président suprémaciste et antimusulman, ainsi que la montée du FN, dans la campagne des présidentielles de 2017 en France, les brutalités des forces de l’ordre contre les Noirs, aussi bien aux Etats-Unis qu’en France, les problèmes de discrimination et les inégalités raciales restent d’une actualité brûlante. Par conséquent, il est urgent de faire découvrir la richesse du combat et de l’œuvre de cette femme noire extraordinaire, qu’est Maya ANGELOU. Curieusement, elle est peu connue en France et en Afrique. Il aura fallu attendre 2008 pour qu'un éditeur canadien commence à traduire à son autobiographie, notamment «Tant que je serai noire» dont le titre en langue anglaise est «The Heart of a Woman», ainsi que «Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage» (Why The Caged Bird Still Sings). Le témoignage de Maya ANGELOU, marqué par le racisme anti-noir, ses combats, ses amours et son militantisme, est dénué de la moindre complaisance et révèle une femme d’exception. Dans son ouvrage, «Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage», Maya ANGELOU libère le lecteur parce qu’elle «met en scène sa vie avec une maîtrise émouvante et une lumineuse dignité. Les mots me manquent pour décrire un tel exploit, mais je sais que jamais depuis les jours lointains de mon enfance, lorsque les personnages de roman étaient plus réels que les gens que je voyais tous les jours, je me suis senti à ce point ému» dit James BALDWIN. C’est un livre d’espoir et d’espérance que Maya ANGELOU a dédié «à tous ces grands oiseaux noirs prometteurs qui défient le hasard et les dieux et chantent leur chanson».


«J’ai été la première danseuse dans Porgy and Bess ma première fois à Paris dans les années 50», précise-t-elle en français. Un problème au genou interrompt sa carrière de danseuse. Le rebondissement permanent est caractéristique d’un parcours que Maya retracera en six volumes, notamment dans «Tant que je serai noire». Maya ANGELOU est devenue, grâce à l’amour, qu’elle avait reçu de sa grand-mère qui l’a élevée, et de sa mère à laquelle elle s’était réconciliée au sortir de l’adolescence. «Leur amour m'a influencée, formée, libérée», écrit-elle dans la préface du livre. Véritable philosophie de vie, cet amour qui libère était aussi au cœur de la pensée féministe de Maya ANGELOU, contrairement au féminisme radical qui n’admet pas la nécessité de l’amour. Beaucoup de femmes américaines de l’Amérique contemporaine, se sont reconnues dans le féminisme hors des sentiers battus que la poétesse a incarné. «Pour moi c’est le pouvoir des mots de Maya ANGELOU, des mots si puissants qu’ils ont conduit une petite fille noire des quartiers pauvres de Chicago jusqu’à la Maison Blanche» souligne Michelle OBAMA. «Elle a amené les femmes afro-américaines à oser se tourner vers l’écriture. Elle était d’une générosité sans faille. C’était une femme unique et irremplaçable» dit Toni MORRISON.


Née Marguerite Ann JONHSON le 4 avril 1928 à St-Louis (Missouri), la jeune fille expérimente très tôt la brutalité de la discrimination raciale. Adolescente, elle étudie la danse et le théâtre à San Francisco où vit sa mère. Jeune mère célibataire, elle multiplie les petits boulots avant de partir en tournée en Europe avec l'opéra "Porgy and Bess". Elle étudie la danse contemporaine avec Martha GRAHAM, danse avec Alvin AILEY, enregistre son premier album en 1957 avant de partir pour New York où elle monte sur les planches pour jouer notamment «Les Nègres», une pièce de théâtre de Jean GENET. En 1951, date son mariage, rapidement suivi d'un divorce, avec un marin grec, Enistasious Tosh ANGELOS, dont la déformation du nom deviendra son nom de scène, «ANGELOU». Elle part ensuite s'installer en Egypte où elle travaille dans un magazine, puis enseigne au Ghana où elle rencontre le leader noir Malcolm X, qui sera assassiné en 1964. «Les personnes qui m’ont le plus influencée c’est d’abord ma grand-mère, puis mon frère, Bailey, et enfin une femme âgée, qui habitait la ville où j’ai grandi et qui s’appelait Mrs Flowers» dit-elle. Maya ANGELOU a été aussi influencée par les poètes de Harlem renaissance (Paul DUNBAR, Langston HUGHES, Countée CULLEN).


A son retour aux Etats-Unis, le pasteur et militant des droits civiques Martin Luther KING lui demande de diriger la section nord de son association de droits civiques, Southern Christian Leadership Conference. L'assassinat du prix Nobel de la Paix la laisse "anéantie". Selon le New York Times, pendant des années, Maya ANGELOU ne célèbrera pas son anniversaire le 4 avril, le jour de 1968 où le pasteur a été tué.

En 1993, Bill CLINTON avait demandé à Maya ANGELOU de lire un poème au cours de sa cérémonie d'investiture. En 2011, le président Barack OBAMA lui avait rendu hommage en lui remettant la Médaille présidentielle de la liberté, la médaille civile la plus importante du pays. Le président OBAMA avait alors salué "une voix qui a parlé à des millions de gens, dont ma mère, et c'est pourquoi ma soeur s'appelle Maya", avait-il dit, avant d'affirmer qu'elle a "inspiré tant d'autres qui ont connu l'injustice dans leurs vies".

Maya a vécu son enfance à Stamps, où le monde était unicolore. "En 1928, il n'y avait peut-être qu'une Amérique, dit-elle, mais elle était blanche. Le reste d'entre nous, Noirs, Hispaniques, Asiatiques, nous étions tous marginaux." L'Arkansas était tellement raciste, disait-on, que "les Noirs ne pouvaient même pas acheter de la glace à la vanille". La voix de l'écrivain traverse la grande maison jaune. Elle étudie longuement ses mots, détache les syllabes et dit le poème de sa vie autant qu'elle raconte. On la suit, pour un peu on est à ses côtés près du feu de l'oncle Willie. Tout à coup elle s'arrête, et la voix retombe comme un point final. Reprendra-t-elle ? A l'âge de 8 ans, Maya ANGELOU s'est tue, et son silence a duré cinq ans. Il y a d'abord eu le viol, par l'homme que fréquentait sa mère. Puis le meurtre de cet homme, après qu'elle eut raconté à son frère Bailey ce qui lui était arrivé. Elle a longtemps pensé que ses mots l'avaient tué. Le mutisme continue d’exercer sur elle une séduction mystérieuse. «C'est une drogue. Je ne pense pas que ses pouvoirs s'en aillent jamais. Il est toujours là, qui dit, tu peux revenir quand tu veux».

Maya ANGELOU n'a pénétré le monde des Blancs qu'à l'adolescence, en Californie, quand sa mère l'a inscrite dans une école privée. "Comme j'étais bonne élève et que j'étais la première Noire que les professeurs côtoyaient, j'étais particulièrement bien vue. Cela m'inquiétait. C'était la première fois que j'étais avec des Blancs" dit-elle. Un de ses professeurs était une femme exceptionnelle qui ne faisait pas de distinction entre les élèves et qui appelait tout le monde par son nom de famille. Grâce à elle, Maya n'a jamais vu le monde en noir et blanc. Plus tard, à Harlem, il lui est arrivé d’avoir envie de fuir quand elle entendait ses amis être obsédés par le comportement des Blancs. Pour elle, tous les Blancs n'avaient pas toujours tort tout le temps.

A San-Francisco, quand elle est rejoindre sa mère, Viviane BAXTER JACKSON, elle se sentait mieux dans cette ville et commence les cours du soir d’art dramatique et de danse. Elle fut la première noire engagée par la Compagnie des Tramways, après plus tentatives. «La vie te donneras exactement ce que tu y apporteras» lui dit sa mère. C’est dans cette ville, à 16 ans que Maya ANGELOU, après des relations sexuelles furtives, tombe enceinte ; elle aura un garçon, Guy.

En 1945, un événement important est survenu dans sa vie. L'éducatrice a reçu un coup de téléphone dans la classe puis elle s'est mise à marcher à de long en large avant de s’adresser aux élèves. "Jeunes gens, jeunes filles." Elle a demandé aux élèves de quitter la classe en silence et de rentrer chez eux. Maya ANGELOU entend encore ses paroles. «Vous ne parlerez à personne et vous penserez à votre pays. Parce qu’aujourd'hui, votre président est mort» Franklin ROOSEVELT venait de s’éteindre à Warm Springs, en GEORGIE. "Pour la première fois, dit Maya ANGELOU, il est devenu mon président". Les élèves ont fait exactement ce que leur avait dit le professeur, comme s'il s'était agi de leur propre grand-père. "Je n'ai parlé à personne, j'ai pris le tramway, reprend-elle. Et ce jour-là, je suis devenue une Américaine. Pas seulement quelqu'un qui vit dans ce pays". La sensualité de cette femme est hors norme et l’a rendue libre «La vie sexuelle des Noirs américains est directement associée à leur sensualité qui se reflète dans leur amour des couleurs, des textures, des sons et des parfums. Tout ce monde sensuel, que le Noir américain continue à illustrer et à projeter, explique notre survie. J’ai toujours eu beaucoup de difficultés à accepter les déclarations d’autorité officielles, dans le seul but de m’abaisser» dit-elle.

Maya n'aurait jamais cru qu'elle reviendrait habiter le Sud. Mais en 1981, l'université Wake Forest lui a offert une chaire d'études américaines. Elle est restée. Comme l'Amérique, la Caroline change. Des jeunes sont arrivés, les mentalités ont évolué. "C'est une chose merveilleuse de vivre de si longtemps», dit l'écrivaine. «On voit tous les changements. Il y a cent cinquante ans ma grand-mère était esclave. Maintenant je peux poursuivre quelqu'un en justice si je m'estime victime de discrimination" rajoute-t-elle. L'écrivaine continue à travailler pour le cinéma et la télévision, joue dans la série "Racines", dirige son premier film "Loin d'ici" ("Down in the Delta") avec Wesley SNIPES, en 1996.

I – Je sais pourquoi l’oiseau en cage chante (I Know Why The Caged Bird Sings)

Maya ANGELOU a raconté son parcours extraordinaire dans des récits autobiographiques : Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Tant que je serai noire, Un billet pour l’Afrique et Lady B.. Ses livres, étudiés dans les écoles américaines, ont été des best-sellers vendus à des millions d’exemplaires. Maya ANGELOU parlait six langues, dont le français. Ainsi, «Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage» (I Know Why the Caged Bird Sings) est un roman autobiographique publié en 1969 sur les jeunes années de Maya ANGELOU. Premier d'une série de six volumes, ce roman illustre combien force de caractère et amour de la littérature peuvent aider à affronter le racisme et les traumatismes. Maya ANGELOU y dénonce «la laideur et la pourriture des vieilles abominations». Le récit commence lorsque Maya, alors âgée de trois ans, et son frère aîné sont envoyés dans la ville de Stamps, dans l’Arkansas, afin d'y vivre chez leur grand-mère et se termine lorsque l'auteur devient mère à l'âge de dix-sept ans après avoir été violée par son beau-père.

Le livre raconte comment Maya, victime de la xénophobie de l'abus de pouvoir et souffrant d'un complexe d’infériorité, se transforme petit à petit en une femme digne, sûre d'elle, capable d'affronter le racisme. Dans ce récit, Maya ANGELOU relate son parcours hors du commun, ses débuts d'écrivain et de militante dans l'Amérique des années 1960 marquée par le racisme anti-Noir, ses combats, ses amours. «Si grandir est pénible pour une petite fille noire du Sud, être consciente de sa non-appartenance c’est la rouille sur le rasoir qui menace sa gorge» dit-elle. Maya était heureuse de vivre dans le quartier noir de Stamps. Mais cette joie vivre s’évanouissait dès qu’elle atteignait les quartiers blancs : «à Stamps, la ségrégation est si totale que la plupart des enfants noirs ne savaient pas, à quoi ressemblaient exactement les Blancs. Exceptés qu’ils étaient différents, et qu’il fallait avoir peur d’eux, et que cette peur traduisait aussi l’hostilité des faibles contre les puissants, des pauvres contre les riches». Les préjugés des Blancs de cette ville étaient tels qu’un enfant noir ne pouvait pas acheter de la glace à vanille. «Je préférerais fourrer la main dans la gueule d’un chien que dans celle d’un nègre» dit un dentiste blanc qui ne voulait pas la soigner.  «Quelle horreur d’être noire et de n’avoir aucun contrôle sur ma vie» dit-elle et d’ajouter un extrait du poème «Invictus» de William HENLEY : «Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme».

Maya ANGELOU a vécu à l’arrière-boutique tenue par sa grand-mère. Durant les aubes tendres, le magasin se remplissait de rires, de plaisanteries, de fanfaronnades et de vantardises. «Le magasin fut mon endroit favori. Abandonné et désert, le matin, il ressemblait au cadeau empaqueté d’un étranger» précise-t-elle. Les principaux clients sont des ouvriers noirs qui travaillent, comme des esclaves, dans les champs de coton. «Quelle que fût la quantité de coton récoltée, elle n’était pas suffisante. Leurs gages ne permettaient même pas de payer leurs dettes à ma grand-mère, sans parler de l’effrayante addition qui les attendait à la coopérative blanche de la ville» dit-elle.

Son témoignage, dénué de la moindre complaisance, révèle une personnalité exemplaire. «Elevez la voix de chacun pour chanter, jusqu’à ce que ce terre et ciel retentissent des accents de liberté» ou encore entonne-t-elle : «Le sort qu’ont choisi les autres, je l’ignore, mais pour moi ce sera la liberté ou la mort». Son époque refusait encore de reconnaître les vérités brutales qu’elle exprimait, notamment la misogynie et le racisme ambiants. Maya ANGELOU se nourrissait du vécu des Noirs américains, de son expérience intime et sociale qui était ignorée ou marginalisée par la culture dominante contre laquelle elle luttait sans relâche. Son immense succès ne tient pas seulement à la singularité de son écriture, si directe et si lyrique, mais aussi à la source de son propos essentiel «faire entendre une voix très rare encore, celle d’une femme noire à la fierté indomptable» dit Dinaw MENGESTU. L’Amérique a plus grand mal à ne pas compartimenter, voire à ne pas renier le travail de ses artistes minoritaires. Contre la société, contre les préjugés d’un autre temps, «j’accorde la plus grande valeur à cette détermination à créer. Ecrire et témoigner lui étaient une nécessité vitale» précise Dinaw MENGUSTU.

C’est à Saint-Louis, que Maya a été violée, à l’âge de 8 ans, par un ami de sa mère, M. FREEMAN qui fut arrêté par la Police. Il fut condamné à 1 an et 1 jour de prison et fut relâché le jour même. Mais on a retrouvé M. FREEMAN mort sur un terrain vague, derrière l’abattoir. Il aurait été battu, à mort. Cet incident majeur obligea, à cause du regard des autres, Maya à revenir vivre à Stamps. «Rien d’autre m’arriver car, à Stamps, rien n’arrivait jamais» dit-elle.

Dans «Lettre à ma fille», est une succession de courts textes décrivant les souvenirs qui ont façonné la vie exceptionnelle de Maya ANGELOU. «J’ai donné naissance à un seul enfant, un garçon, mais j’ai des milliers de filles» dit-elle. Maya adresse une recommandation à son enfant : «fais tout ton possible pour changer les choses qui te déplaisent et si tu ne peux opérer aucun changement, change ta façon de les appréhender". Maya ANGELOU pense qu’elle est vraiment née à Stamps et non à Saint-Louis, «ma vraie naissance au monde, à Stamps, vint de cette continuelle lutte contre la condition des vaincus qui y régnait. Rendre les armes, abandonner comme l’avaient fait ceux que je côtoyais tous les jours, tous noirs, tous replets. Cette soumission ensuite à l’idée que les Noirs étaient inférieurs aux Blancs, ce que j’ai rarement ressenti». Le Sud a rétrogradé psychologiquement les Noirs qui ne sentent en sécurité qu’à la maison. L’enfant doit trouver un refuge où lui seul puisse se glisser. «On a beau agir avec finesse, complexité et empirisme, l’endroit où l’on se sent le plus en sécurité, c’est, ce que je crois, en soi-même, dans le foyer que l’on trouve tout au fond de soi, le seul qu’on habite vraiment» dit Maya ANGELOU dans «Lettre à ma fille».

C’est pendant son deuxième séjour à Stamps que Maya ANGELOU découvre le goût de la lecture, chez une aristocrate noire, Bertha FLOWERS. «Elle fut l’une des rares dames que j’aie jamais connues et elle est restée tout au long de ma vie mon modèle de l’être humain» dit Maya ANGELOU qui précise «Mme FLOWERS me rendait fière d’être noire, rien qu’étant elle-même». Depuis le viol, Maya ANGELOU sombra dans le mutisme. Mme FLOWERS lui déclara qu’elle allait lui donner des livres, qu’elle devait non seulement lire, mais les lire à haute voix. Il faut la voix humaine pour infuser à la lecture les nuances les plus profondes.

Maya lit, notamment Langston HUGUES, WEB du BOIS, KIPLING et son poème «If» (tu seras un homme, mon fils), et en particulier un dramaturge anglais : «je rencontrai William SHAKESPEARE et tombai amoureuse de lui». Et c’est SHAKESPEARE qui disait «quand la Fortune et le regard des hommes vous tiennent en disgrâce».

II – Tant que je serai noire – The Heart of a Woman

«Tant que je serai noire» (The Heart of a Woman) reprend les événements de sa vie qui se sont déroulés entre 1957 et 1962. En Californie, Maya ANGELOU rencontre la chanteuse Billie HOLIDAY, à la fin de sa vie : «son visage bouffi ne gardait presque rien de sa beauté naguère». L’abus d’alcool, ses penchants lesbiens, ses sautes d’humeur, sa voix râpeuse, traînante et geignarde, ainsi que la complexité de sa langue ont étonné  Maya ANGELOU : «la langue de Billie HOLIDAY, était un mélange de railleries et de vulgarités qui me prit complètement par surprise» dit-elle.

A partir de cette époque, Maya décide de devenir un écrivain ; elle part avec son fils, Guy, pour Harlem, épicentre de l’activité intellectuelle des Noirs américains. Elle avait un vocabulaire, mais elle a sous-estimé la difficulté de l’art qui consiste à manier les mots : «Si vous êtes né Noir aux Etats-Unis, on vous soupçonne déjà de tout. Sauf d’être Blanc, bien entendu». Ecrire, c’est décider de se jeter dans les eaux d’un lac glacé : «après tout, vaincre les obstacles faisait partie de la tradition honorable des Noirs». Maya ANGELOU participe au bouillonnement intellectuel de l’époque et chante au mythique théâtre Apollo accompagnée du musicien cubain Mongo SANTAMARIA. Elle côtoie les artistes comme Sidney POITIERS, Harry BELAFONTE, Nina SIMONE, Myriam MAKEBA, ainsi que l’écrivain James BALDWIN. «Quand on est Noir, on ne doit pas espérer que tout se passera pour le mieux. Alors prépare-toi au pire et n’oublie jamais que tout peut arriver» lui disait sa mère. Ce sont, son ami l'écrivain James BALDWIN (voir mon post sur cet exceptionnel auteur) et son éditeur Robert LOOMIS qui demandèrent à Maya ANGELOU d'écrire son autobiographie. De par l'emploi de techniques stylistiques propre à la fiction, certains critiques ont vu dans son œuvre plus un roman autobiographique d'une biographie, là où la majorité de la critique y a vu une autobiographie dont Maya ANGELOU en aurait changé et étendu les codes. Le récit traite de sujets propres aux autres biographies d'Américaines noires durant les années qui suivirent le mouvement afro-américain des droits civiques : la maternité d'une femme noire, une critique du racisme, l'importance de la famille, et la quête de l'indépendance et de la dignité a de la personne.

C’est à Broadway que Maya ANGELOU joue la pièce de théâtre de Jean GENET, «Les Nègres», de 1958. Pour Maya ANGELOU, «Les Nègres, c’était une grande pièce, l’œuvre d’un Blanc qui avait passé beaucoup de temps en prison. GENET comprenait l’impérialisme et le colonialisme, l’effet corrosif de ces maux sur la bonté naturelle des gens. Il était essentiel que les nôtres voient les Nègres». Pour Jean GENET (1910-1986), le colonialisme s’effondrerait sous le poids de son ignorance, de son arrogance et de sa cupidité. Cependant, Jean GENET était un visionnaire ; il avait prédit que les Africains seraient durs avec les Africains. Les opprimés prendraient la place de leurs anciens maîtres. Ils se montreraient ni plus braves, ni plus miséricordieux. Bref, ils ne vaudraient pas mieux qu’eux.

Maya ANGELOU contestait ce point de vue ; les Africains ne pourraient pas maltraiter leurs semblables, parce qu’ils seraient plus respectueux, plus charitables, plus pieux. Selon ANGELOU avait la naïveté de croire que les Africains seraient nés pour le pardon et seraient convaincus de «l’existence de quelque chose de plus grand que nous, d’extérieur à notre enveloppe charnelle». Maya ANGELOU pensait, initialement, que Jean GENET ne serait qu’un «Blanc borné»  qui traduisait, à travers sa pièce de théâtre, la méchanceté et la cruauté des siens sur une race dont il ne savait rien. Son compagnon, Sud-Africain, un opposant au régime de l’Apartheid, Vizumzi MAKé, lui ouvrira les yeux. Les Noirs sont des êtres humains, capables du meilleur comme du pire. Les Noirs, si on leur donne l’occasion, deviendront aussi cruels que les Blancs. «La plupart des révolutionnaires noirs, des radicaux et des militants noirs, ne souhaitent pas vraiment le changement. Ce qu’ils veulent c’est de prendre la place des Blancs. La pièce ne fait que souligner un tel risque» dit MAKé.

C’est à Harlem que Maya ANGELOU rencontre Rustin BAYARD et participe pour la collecte des fonds en faveur de Martin Luther KING. «Nous, les plus honnis de tous, devions prendre la haine dans nos mains et, par le miracle de l’amour, la transformer en espoir» dit le révérend KING. D’une amabilité naturelle et légèrement déstabilisante, il prêchait la rédemption par la souffrance. «Femme saine, dotée d’une libido à l’avenant», Maya rencontre un chasseur de primes, divorcé. Leurs relations sont restées au stade de l’assouvissement des relations charnelles. Maya sera conquise, par la suite, par Vuzumzi MAKé, qui se bat pour la liberté des Noirs d’Afrique du Sud, «c’est l’Africain le plus futé et le plus posé que j’aie jamais vu».  Il était de passage à New York accompagné par Olivier TAMBO. «L’intelligence avait toujours eu sur moi un effet pornographique» dit-elle à propos de MAKé. «En fait, je devais m’éloigner de cet homme, qui m’électrisait. Je sentais des étincelles dans mes mamelons et mes oreilles. J’avais des picotements sous les aisselles» dit-elle. Ce leader sud-africain présentera à Maya, Patrice LUMUMBA, de passage à New York.

Maya part en Afrique, théâtre des luttes anticolonialistes et devient rédactrice adjointe, avec l’aide de David Du BOIS, au journal l’Arab Observer. En Egypte elle fait une description pittoresque du Caire qui est un «mardi gras perpétuel». Au Caire, elle rencontre la poète égyptienne Hanifa FATHY. Maya avait de l’attirance physique pour MAZé mais la magie n’opère plus. De son ami, de surcroît la trompe : «Pour un Africain, l’acte sexuel n’a d’importance que dans le temps présent» dit assène MAZé. Maya avait un projet de rendre au Libéria en passant par le Ghana. Mais son fils eu un accident au Ghana et elle resta finalement dans ce pays, et occupa un poste d’adjointe administrative à l’université.

Dans «Tant que je serai noire», Maya ANGELOU se pose différentes questions. Tout d’abord, Maya ANGELOU, femme noire, mais féministe d’origine américaine, discute abondamment du statut de la femme en Afrique et aux Etats-Unis. Les femmes des combattants noirs, exilés à Londres pour l’indépendance, vivent recluses, dans l’attente du retour de leur mari. «Nous sommes des femmes et seulement des utérus» dit l’une d’elle. «Nous avons des idées en plus d’avoir des enfants» dit une autre. Maya ANGELOU dans sa relation avec MAKé a le souci d’être indépendante et donc de pouvoir travailler : «Je n’ai pas fait le vœu de renoncer à la vie» ou encore «la vie ne se résume pas qu’à ces deux rôles : être une ménagère accomplie et une chatte brûlante».

Ensuite, une autre question taraude, Maya ANGELOU, l’Afrique est-elle la patrie des Noirs américains dans laquelle ils sont les bienvenus ?

La relation avec l’Afrique s’est révélée complexe. Les Noirs américains partent du postulat qu’ils ont été vendus par leurs ancêtres africains, des marchands d’esclaves. En même temps, les Noirs Américains auraient aimés être accueillis à bras ouverts en Afrique.

Enfin, Maya ANGELOU ressent en Afrique qu’elle est profondément américaine. En effet, Maya ANGELOU a rencontré aux Etats-Unis comme au Ghana, Malcolm X, pour qui elle voue un culte sans limites : «Malcolm X nous fascinait par son amour et sa compréhension des Noirs, sa haine des Blancs et de leur cruauté». Malcolm X n’était pas tendre à l’égard des Blancs, et sans discernement : «Si vous voulez survivre à tout prix, vous n’avez qu’à dire «oui, Monsieur» et à vous incliner, vous écraser et vous agenouiller devant le démon». Dans la première partie de sa vie l’amitié sincère entre un Blanc et un Noir serait impossible «Tout Américain blanc qui se dit votre ami est soit un faible, soit un infiltré».

III – Un billet d’avion pour l’Afrique

Maya ANGELOU y raconte son séjour au Ghana «nous sommes venus dans l’intention de téter les mamelles de la Mère Afrique. (…) Quand est né Noir en Amérique, on sevré». L’Afrique est elle-même une mère, la Mère de l’humanité. «La Mère est là pour protéger. Elle est enterrée en Afrique et l’Afrique est enterrée en elle. C’est pourquoi, elle est suprême» disait Camara Laye. Son fils avait 17 ans : «c’est la première fois de notre vie, la couleur de notre peau était considéré comme normale et naturelle» ou encore «la peau noire ou brune n’annonçait ni l’avilissement, ni une infériorité d’origine divine». Au Ghana, Maya fait la conquête de Cheikh Ali un Peul, originaire du Mali. Elle apprend le Fanti une des langues du Ghana.

Le Ghana était dirigé à l’époque par Kwamé N’KRUMAH et de nombreux expatriés noirs américains y vivent dont WEB du BOIS et sa femme, Shirley GRAHAM. WEB du BOIS est malade est lucide ; il avait 95 ans et allait mourir au Ghana, le 27 aout 1963, le jour même de la fameuse marche de Martin Luther KING, avec son «I have a dream». Les Noirs américains au Ghana avaient marché ce jour là à Accra en solidarité avec Martin Luther KING «nous chantâmes pour l’esprit de WEB du BOIS, ses précieuses collaborations, son brillant intellectuel et son courage. Il avait été le premier intellectuel noir américain». Pour WEB du BOIS «le problème du XXème siècle sera celui de la ligne de couleur». Cet extraordinaire intellectuel a, toute sa vie, lutté contre le racisme et exalté l’invincibilité de l’esprit humain.

C’est au Ghana, que Maya ANGELOU rencontre une nouvelle fois Malcolm X, de passage avec Mohamed ALI, qui a considérablement évolué dans ses positions politiques «Je ne suis ni un fanatique, ni un rêveur. Je suis un homme noir qui aime la justice et qui aime son peuple». Malcolm X est décrit comme le cocktail Molotov de l’Amérique. D’une grande éloquence et d’une aura magnétique, son cri de ralliement est «la liberté à tout prix».

Maya ANGELOU, comme les autres Noirs américains estimaient, en Afrique, qu’ils étaient de retour à la maison ; ce sont des révolutionnaires du retour. Cependant, Maya ANGELOU note une certaine déception : «il n’était pas question des caniveaux à ciel ouvert qui longeaient les rues d’Accra, des cabanes en tôle ondulée de certains quartiers, les plages sales et des moustiques voraces». Mais Maya évoquait sa désillusion, l’indifférence des Ghanéens à l’égard des Noirs américains : «nous étions rentrés à la maison, et tant pis si la maison n’était pas conforme à nos attentes : notre besoin d’appartenance est tel que nous niions l’évidence et créions de lieux réels ou imaginaires à la mesure de notre imagination». Pour Maya ANGELOU, les Ghanéens sont nobles d’esprit. Ils sont chez eux et ne veulent pas des Noirs américains chez eux. Les expatriés américains font simplement partie de «l’incessant défilé de voyageurs naïfs qui pensaient qu’un billet d’avion pour l’Afrique effacerait le passé et leur ouvrirait toutes les grandes portes d’un avenir radieux». C’est Malcolm X qui a convaincu Maya ANGELOU de retourner en Amérique : «Le moment est venu de rentrer à la maison. Le pays a besoin de toi. Vous avez vu l’Afrique. Ramenez-la avec vous et parlez aux nôtres de la mère patrie».

Femme excentrique, ayant donné des conférences avec des honoraires : 40 000 dollars et qui s'est achetée une maison fabuleuse à Harlem, une "Brownstone" de 18 pièces, Maya ANGELOU a est morte le 28 mai 2014, à Winston-Salem, en Caroline du Nord. Personnalité aux multiples talents, récipiendaire de très nombreux prix et distinctions, Maya ANGELOU est considérée comme un "trésor national dont la vie et les enseignements ont inspiré des millions de gens dans le monde".

«Still I Rise» un poème de Maya ANGELOU

You may write me down in history

With your bitter, twisted lies,

You may trod me in the very dirt

But still, like dust, I'll rise.

Does my sassiness upset you?

Why are you beset with gloom?

'Cause I walk like I've got oil wells

Pumping in my living room.

Just like moons and like suns,

With the certainty of tides,

Just like hopes springing high,

Still I'll rise.

Did you want to see me broken?

Bowed head and lowered eyes?

Shoulders falling down like teardrops.

Weakened by my soulful cries.

Does my haughtiness offend you?

Don't you take it awful hard

'Cause I laugh like I've got gold mines

Diggin' in my own back yard.

You may shoot me with your words,

You may cut me with your eyes,

You may kill me with your hatefulness,

But still, like air, I'll rise.

Does my sexiness upset you?

Does it come as a surprise

That I dance like I've got diamonds

At the meeting of my thighs ?

Out of the huts of history's shame

I rise

Up from a past that's rooted in pain

I rise

I'm a black ocean, leaping and wide,

Welling and swelling I bear in the tide.

Leaving behind nights of terror and fear

I rise

Into a daybreak that's wondrously clear

I rise

Bringing the gifts that my ancestors gave,

I am the dream and the hope of the slave.

I rise

I rise

I rise.

Bibliographie sélective

1 – Contributions de Maya ANGELOU,

ANGELOU (Maya), Je prendrai bien un peu de rêve, traduction de Philippe Bonnet et Dominique Lémann, Paris, Hachette, 1980, 374 pages ;

ANGELOU (Maya), Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (I Know Why the Caged Bird Sings), traduction de Christiane Besse, Paris, Librairie Générale Française (LGF), 2009, 345 pages et UGE, 1993, 540 pages ;

ANGELOU (Maya), La tête haute (And I Still Rise), traduction de Geneviève Braillon-Zeude et Robert Soula, Paris, Belfond, 1980, 111 pages ;

ANGELOU (Maya), Lady B, traduit par Claire et Louise Chabalier, Paris, Buchet-Chastel,  2014, 168 pages ;

ANGELOU (Maya), Letter to my Daughter, London, Virago, 2009, 175 pages ;

ANGELOU (Maya), Mom and Me and Mom, New York, Random House, 2013, 205 pages ;

ANGELOU (Maya), Oh, Pray my Wings are gonna fit me well, Toronto, Bantam House, 1977, 66 pages ;

ANGELOU (Maya), Tant que je serai noire, traduction par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Paris, L.G.F., 2009, 409 pages ;

ANGELOU (Maya), The Heart of Woman, Hachette UK, 2010, 352 pages et Nw York Random House, 1981, 272 pages ;

ANGELOU (Maya), Un billet d’avion pour l’Afrique, traduction par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Paris, L.G.F., 2012, 258 pages.

2 – Critiques de Maya ANGELOU

«Maya ANGELOU, icône vive de l’Amérique noire» Slate Afrique, 25 mai 2014 ;

CHANDA (Tirthankar) «Maya ANGELOU, une mère spirituelle pas comme les autres», RFI, Voix du Monde, 21 janvier 2014 ;

COURTENAY-CLARK (Margaret), Maya Angelou, The Poetry of Living, préface d’Ophra Winfrey, New York, 1999, 142 pages ;

COX (Vicki), Maya Angelou, Poet, New York, Chelsea House Publishers, 2006, 138 pages ;

CUFFIE (Terrasita, A), Maya Angelou, San Diego, Lucent Books, 1999, 90 pages ;

GILLESPIE (Marcia, Ann), BUTLER (Rosa, Johnson), LONG (Richard, A), Maya Angelou : A Glorious Celebration, Knopf Doubleday Publishing, 2008, 240 pages ;

KITE (Patricia, L.), Maya Angelou, Minneapolis, Lerner Publications, 2006, 112 pages ;

LESNES (Corine), «Maya ANGELOU, 80 ans d’Amérique», Le Monde du 25 octobre 2008 ;

LISANDRELLI (Elaine, (Slivinski), Maya Angelou, More than a Poet, Springfield, Enslow Publishers, 1996, 138 pages ;

LOOS (Pamela), Maya Angelou, préface James Scott Brady, Philadelphie, Chelsea House Publishers, 2000, pages 114 pages ;

MILES (Shapiro), Maya Angelou, Philadelphie, Chelsea House Publishers, 1994, 122 pages 114 pages ;

PFAFF (Françoise), «Maya Angelou : l’oiseau en cage qui chante», Notre Librairie, nov et déc 1984, pages 70-73 

RAATMA (Lucia), Maya Angelou, Author and Documentary Filmaker, Chicago Ferguson Publishing Cie, 2000, 136 pages ;

SHUKER (Nancy), Maya Angelou, America’s Poetic Voice, Giant of Art and Culture, Blackbirch Press, 2001, 128 pages.

Paris, le 22 février 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Maya ANGELOU (1928-2014), une vie d’art, de combat et de liberté», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 10:10

Dans mon 19ème arrondissement, où se côtoient tous les groupes ethniques, dans le respect mutuel, a été créée une délégation à la diversité conduite par M. Adama DAOUDA-KOUADIO. En cette année 2016, notre maire, M. François DAGNAUD, a désigné le Sénégal pays d'honneur du 5ème festival de la diversité qui s'ouvre à la mairie du 19ème le samedi 1er octobre 2016 à 10 heures. Du 30 septembre au 7 octobre 2016 une exposition sur les tirailleurs sénégalais est à découvrir dans le hall de la mairie du 19ème (Ligne 5 métro Laumière ; bus 75, 48 et 60). Il y a une exposition de l’art africain, la cuisine sénégalaise et un ballet de danse chinois. C’est une initiative heureuse compte tenu du passé douloureux et du présent lourd de menaces pour les valeurs républicaines. Certains champions de la droite et de l’extrême-droite pensent que l’avenir de nos enfants ce serait le bracelet électronique, la prison ou la renonciation, sans condition, à toutes nos valeurs culturelles par l’assimilation élevée au rang de lavage de cerveau, comme au temps colonial. A Paris, et dans le 19ème arrondissement, en particulier, au lieu de stigmatiser ou d’ostraciser les autres, l’équipe de gauche a ouvert en grand les portes de notre maison commune qu’est la mairie aux autres. La différence n’est pas un mal, mais une source d’enrichissement pour le bien-vivre ensemble. L’Amour est plus fort que la haine. Le résultat de cette position républicaine, c’est qu’à Paris, nous n’avons aucun élu du Front National, en dépit des 138 différentes nationalités dans notre capitale.

De nombreuses personnalités étaient présentes à cette rencontre riche : M. Amadou DIALLO, consul du Sénégal, Mme George PAU-LANGEVIN, ancienne ministre et députée de Paris, des élus issus de la diversité (Pascal BONIN, Daouda KEITA, Dramane KEITA, Hamidou SAMAKE) et des chercheurs qui ont débattu de la question des tirailleurs sénégalais, de la contribution littéraire de Bakary DIALLO, du festival mondial des arts nègres de 1966.

I – L’apport des Sénégalais à la défense de la France lors des deux guerres mondiales

A – Les tirailleurs Sénégalais, des oubliés de l’histoire

Samuel MBAJUM, un universitaire d’origine camerounaise, auteur d’un livre intitulé «Les combattants africains, dits «Tirailleurs Sénégalais», au secours de la France, 1857-1945» a recensé toutes les ingratitudes du colonisateur français à l’égard de ses Tirailleurs sénégalais. Les tirailleurs sénégalais trainé tous les préjugés raciaux colportés par l’Allemagne qui avait inventé le concept de «honte noire». Le nom de Hady BA qui avait organisé la résistance dans les Vosges a été effacé de la mémoire. Il a fallu 62 ans de combat et de bataille acharnée pour qu’une médaille lui soit décernée à titre posthume. Un jeune résistant gabonais, FFI, évadé et réfugié dans le 17ème arrondissement, a été écarté lors de la marche du général de Gaulle qui descendait les Champs-Elysées. Birame DIEME un ancien résistant a du attendre en 1989, deux ans pour obtenir une carte de séjour ; son épouse d’origine vietnamienne est morte en situation irrégulière.

Bocar GUEYE avance qu’on avait cru, avec humour, que le terme de «Tirailleurs» serait péjoratif ; ce serait des soldats maladroits qui «tirent ailleurs». En fait, il s’agissait de bataillons fantassins qui n’avaient le droit de reculer et qui ont servi de chair à canon. Pendant la guerre des publicités racistes sur la boisson de cacao ont été diffusées en France «Y a bon banania». Face à coup du mépris, Léopold Sédar SENGHOR avait réagi vigoureusement dans son recueil de poèmes «Hosties Noires» : «Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort. Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ? Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux. Je ne laisserai pas -non!- les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France».

B – Le massacre au Camp de Thiaroye : un crime d’Etat

qui appelle une révision judiciaire

500 000 tirailleurs sénégalais ont combattu pour la libération de la France. À la fin de la guerre, leur retour en terre natale, parfois très tardif, s’accompagne de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave et meurtrier, survenu à Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944, l’armée française fait trente-cinq morts et autant de blessés parmi les «tirailleurs sénégalais», sous prétexte qu’ils se sont mutinés pour obtenir leurs droits d’anciens prisonniers de guerre. SEMBENE Ousmane en tire un film, «Camp Thiaroye» demeuré interdit en France. Le bilan officiel de cette soi-disante «mutinerie», alors qu’ils ne sont pas armés, est établi par François HOLLANDE, le 30 novembre 2014, à 35 morts, 35 blessés 35 condamnations.

Il fallait révéler cette histoire occultée, ce crime d’Etat. Le professeur Armelle MABON, maître de conférences à l’Université Bretagne Sud, a découvert le destin de ces hommes grâce aux archives d’une ancienne assistante sociale du service social colonial de Bordeaux. Une dizaine d’années durant, elle a étudié les archives publiques et privées, recueilli de nombreux témoignages inédits, faisant le choix d’évoquer la captivité de tous les ressortissants de l’empire. Mme Arielle MABON, dans une brillante et passionnée prestation intitulée «Déconstruction de la version officielle et mensongère de Thiaroye 44» donne la mesure de l’injustice, du déni d’égalité et du mépris dont s’est rendu coupable l’État, durant l’Occupation, mais aussi par la suite. Comme dans le cadre de l’affaire Dreyfus, Mme MABOND, une historienne rigoureuse et une militante de la Vérité, réclame du Garde des Sceaux une révision du procès du Camp de Thiaroye. Il y a des mensonges d'Etat qu'il faut dénoncer (la mort de 2 jeunes lors des violences urbaines de 2005, la mort tragique d'immigrés brûlés dans des incendies à Paris, la mort injuste d'Adama TRAORE étouffée tout récemment par des gendarmes comme 102 autres jeunes issus de l'immigration, l'annulation du concert Black M.) et au moment où on célèbre le centenaire de la 1ère guerre mondiale, il est temps de réviser le procès de Thiaroye. Ce serait l'honneur du Sénégal que le président Macky SALL soit à la pointe de ce combat. En effet, ce n’est pas 35 mais 400 tirailleurs qui ont été massacrés ce 1er décembre 1944. Certains ont été jetés dans une fausse commune. Mme MABON a dénoncé, violemment, ce mensonge et ce crime d’Etat et exige que la vérité soit établie. Il est réclamé qu’une cérémonie d’hommage soit rendue à ces tirailleurs sénégalais sous l’Arc de Triomphe.

La question de la mémoire, à travers ce sort injuste des Tirailleurs sénégalais, est d’une brûlante actualité. Les Tirailleurs sénégalais ont défendu la «mère-patrie», leurs ancêtres, les Gaulois. Or, les jeunes français issus de l’immigration sont considérés comme au temps colonial, comme des indigènes de la République. En leur temps, les Tirailleurs Sénégalais ont payés la dette du sang. Ils ont même, comme Bakary DIALLO réaffirmé, à travers la littérature leur amour de la France.

II – Bakary DIALLO, premier écrivain sénégalais

Bakary DIALLO, un peul du Fouta-Toro, du Nord du Sénégal, publie en 1926 «Force-Bonté». Le président Léopold Sédar SENGHOR l’a considéré comme étant le premier écrivain sénégalais de langue française. Les critiques ont estimé que ce serait un récit de sa fascination pour l’uniforme. En effet, il décrit dans cet ouvrage son engagement volontaire dans les tirailleurs à Saint-Louis du Sénégal, son arrivée à Sète après avoir traversé le Maroc, son expérience du front et des tranchées, ainsi que ses faits d’armes et sa vision des Allemands. Bakary DIALLO est ensuite devenu l’interprète de Blaise DIAGNE, premier député noir de France. Bakary DIALLO est le premier tirailleur sénégalais à témoigner par écrit de son expérience de la Grande Guerre. Bakary DIALLO est né à M’Bala dans la région de Podor. Il s'engage dans l’armée française le 4 février 1911, participe à la pacification du Maroc en mai 1911, avant de débarquer à Sète en 1914. Engagé sur le front de la Marne, sa mâchoire fracassée l'oblige à se soigner dans divers hôpitaux à Epernay, Neuilly, Paris, Menton. Devenu citoyen français en 1920, il exerce le métier de portier à l’hôtel National de Monte – Carlo et divers emplois plus pénibles à Paris. En février 1928, il retourne au Sénégal, devient un interprète et chef de canton. Il finit sa vie à Podor en 1979.

On peut même avancer que cette littérature est née de façon «scandaleuse» puisque «Force-Bonté» de Bakary DIALLO, considéré en général comme le texte fondateur de cette tradition, a suscité des doutes en ce qui concerne l’identité véritable de son auteur. Pour certains, Bakary et à la veille des indépendances Bakary, serait un «traîtreem>». Son roman, «Force-Bonté», serait une vision manipulée ou fabriquée dont l’écriture reviendrait à Lucie COUTURIER, Jean Richard BLOCH ou à un employé des éditions Rieder. Des interrogations demeurent sur la paternité de cet ouvrage "naïvement colonialiste". On a estimé ce livre serait un récit candide sur la France coloniale. Pour les critiques, qui l’ont condamné sans nuance, Bakary serait assimilationniste ; il fait l’éloge du colon et serait réellement fasciné par le chef blanc et par la puissance coloniale française. Il ne comprend pas, dans ce contexte, le rejet de la tutelle française par certains peuples et encore moins les guerres contre la France.

A l’appui d’un documentaire qu’elle a réalisé au Fouta-Toro, intitulé «Bakary DIALLO, berger peul du Fouta-Toro», Mme Mélanie BOURLET, chercheuse au CNRS et l’INALCO, maîtrisant le Peul, a vérifié scrupuleusement l’authenticité des poèmes de Bakary, écrits en Peul, en Ouolof et en Français et qu’il a pu enregistrer sur magnétophone. Né à M’Bala en 1892, il consacre dans Présence Africaine un poème à son village ; ce qui indique qu’il est fier de ses origines. Il tente de faire publier ses poèmes, dont M’Bala en Peul et «Salam Al Islam» en Ouolof en l’honneur d’El Hadji Malick SY (1855-1922), fondateur du Tidjanisme, mais ses originaux sont égarés et ne sont jamais restitués. Bakary DIALLO est l’un des tout premiers écrivains et poète à valoriser les langues nationales. Il aurait vivre en France, mais il est retourné au Sénégal en 1928 et a vécu au Fouta-Toro jusqu’à sa mort ce qui indique son attachement à ses origines. Au Fouta-Toro, il a été lé défenseur ardent des bergers peuls soumis au travail forcé durant la colonisation ou razzias maures.

Par ailleurs, dans «Force-Bonté», Bakary DIALLO renvoie au colonisateur ses propres contradictions. La France avait promis aux Tirailleurs Sénégalais la citoyenneté et l’égalité. Or, ils sont traités comme des indigènes de la République. Cette question large d’actualité en 2016 avec une libération extraordinaire de la parole raciste. Bakary DIALLO a administré la preuve, aux jeunes issus de l’immigration en France, qu’on peut aimer profondément la France tout en restant tout en conservation sa culture d’origine.

III – Le Premier festival mondial des Arts Nègres à Dakar.

Du 1er au 24 avril 1966, s’est tenu à Dakar, le premier festival mondial des arts nègres qui a réuni 37 pays. La France et l’UNESCO ont largement financé ce festival. Ce festival découle d’une des résolutions de la commission des arts du congrès de Rome recommandant que ces rencontres soient soutenues par un festival de chants, de rythmes, de danses, de théâtre, de poésie et d’art plastique. Alioune DIOP n’a pas eu de grand mal à convaincre le président poète, SENGHOR, que ce festival se tienne à Dakar. Ce festival, dont le but est de réconcilier l’Afrique avec elle-même, fut donc aussi un enjeu politique fort pour Léopold Sédar SENGHOR, président de la jeune République du Sénégal, restée dans le camp occidental. «Nous voici donc dans l’histoire. Pour la première fois, un chef d’Etat prend entre ses mains périssables le destin spirituel d’un continent», dit André MALRAUX, Ministre de la Culture du général de Gaulle et fin connaisseur des arts primitifs. C’est un événement considérable qui a fortement contribué à attester de la vitalité culturelle africaine. «Si nous avons assumé la terrible responsabilité d’organiser ce festival, c’est pour la défense et l’illustration de la Négritude», souligne le president SENGHOR.

Le festival de Dakar regroupe, en fait, trois manifestations : un colloque, une exposition d’art et les festivités proprement dites. Les travaux du colloque, organisés à l’Assemblée Nationale du 30 mars au 8 avril 1966, sous la présidence d’Alioune DIOP, portent sur le thème général : «Fonction et signification de l’art nègre dans la vie du peuple et pour le peuple». Il rassemble d’éminents africanistes, mais aussi des historiens de l’art, des anthropologues, des écrivains et des artistes tels que Michel LEIRIS (1901-1990), poète, ethnologue et critique d’art, Germaine DIETERLEN (1903-1999), spécialiste des Dogon, Jean ROUCH (1917-2004) réalisateur et ethnologue. Des Africains sont également présents, comme Wolé SOYINKA, dramaturge, Engelbert MVENG (1930-1995), prêtre jésuite, théologien, anthropologue, historien et spécialiste de l’art africain, Lamine DIAKHATE (1928-1987), poète, écrivain et critique littéraire, Paulin Soumanou VIEYRA (1925-1987), réalisateur et historien du cinéma. Les débats ont tourné autour de trois sujets : tradition africaine, rencontre de l’art nègre avec l’Occident et problèmes de l’art nègre moderne. Les discussions ont porté, notamment, sur les traits caractéristiques, les fonctions sociales, politiques et significations des arts nègres, leur préservation et leur rayonnement dans le monde.

Le festival, proprement dit, démarre le 1er avril 1966, avec des spectacles vivants, la chorégraphie, les ballets et danses. «Le festival est un moment crucial pour dire, frères africains, ce que nous avons depuis toujours à dire, et qui n’a jamais pu franchir le seuil de nos lèvres», dit Amadou Hampâté BA. «Le spectacle féérique de Gorée», avec Doura Mané et Lina SENGHOR, associant la dramaturgie, aux ballets, danses, chants et théâtre, retrace le destin, à travers l’île de Gorée, de la traite des nègres. Le 3 avril 1966 est présentée, au stade l’Amitié, une pièce de théâtre sur «les derniers jours de Lat-Dior» qui évoque la conquête du Sénégal et la résistance du Damel du CAYOR. La «tragédie du Roi Christophe» d’après Aimé CESAIRE, sera jouée par Douta SECK. La musique est omniprésente, Duke ELLINGTON a fait sensation. Joséphine BAKER anime un spectacle, «nuit des Antilles».

Des expositions sur l’art nègre sont organisées. L’hôtel de ville de Dakar abrite une exposition de l’art nigérian qualifié de «Grèce noire». La création contemporaine africaine, sous la direction d’Iba N’DIAYE, est présentée au Palais de Justice de Dakar, sous le thème «tendances et confrontations». Une grande exposition d’art africain, d’envergure internationale, est présentée, en avril 1966 au Musée dynamique et en juin 1966, au Grand Palais à Paris. Cette exposition qui permet d’appréhender «l’art africain du point de vue esthétique et historique», reçoit plus de 200 000 personnes à Dakar et 500 000 visiteurs à Paris. Pendant un instant, Dakar est devenu la figure de proue de la culture africaine. Alioune DIOP s’efface et jubile, discrètement, mais il songe déjà au prochain festival.

Après ce festival de 1966, il a fallu attendre l’exposition d’Ousmane SOW, sculpteur sénégalais, au Pont des Arts, à Paris, du 20 mars au 20 mai 1999, ainsi l’exposition sur la photographie du malien Seydou SOW au Grand Palais du 31 mars au 11 juillet 2016, pour d'autres manifestations culturelles africaines à Paris. Cette initiative de la mairie du 19ème est heureuse ; il faut la saluer et invitons les autres mairies de France de privilégier le bien-vivre ensemble.

Dans les combats politiques à venir, nous invitons les générations issues de l’immigration à rester vigilantes pour la défense des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de justice. La bataille des présidentielles de 2017 sera rude. On s'entête à ne pas voir cette minorité visible et à nous ravaler, dans une démarche colonialiste au rang d'indigènes de la République. Dans ce pays de la rationalité les digues sont tombées ; tout sens stratégique, de défense de la justice et de l'égalité semble égaré dans les méandres du populisme. Pourtant, devant un tel affaissement des valeurs morales et politiques, chaque citoyen doit se mobiliser pour assurer la défense de la République : "si un homme n'a pas trouvé quelque chose qui vaut qu'on lui sacrifie sa vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai" dit Martin Luther KING.

Bibliographie sélective

DIALLO (Bakary), BLOCH (Jean Richard), Force-Bonté, Paris, F. Rieder, 1926, 208 pages, et Paris, N.E.A., A.C.C.T., 1985, 171 pages ;

MABON (Armelle), Prisonniers de guerre «indigènes», visages oubliés de la France occupée, Paris, La Découverte, 2010, 297 pages ;

MBAJUM (Samuel), Les combattants africains, dits «Tirailleurs Sénégalais», au secours de la France, 1857-1945, Paris, 2013, Riveneuve, 524 pages.

Paris, le 1er octobre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le Sénégal à l’honneur à la 5ème édition du festival de la diversité à la mairie du 19ème arrondissement de Paris», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 21:59

Cet article a été publié dans le journal FERLOO, édition du 12 septembre 2016.

«Je ne suis un écrivain qu’à titre accessoire» aime à rappeler le Sénégalais Cheikh Hamidou KANE, auteur de deux romans : «l’aventure ambiguë» en 1961 et «les gardiens du temple», en 1996. Agronome et homme politique, Cheikh Hamidou KANE a consacré peu de temps à l’écriture. L’aventure ambiguë, d’une actualité brûlante, notamment pour la diaspora, est une rencontre douloureuse et difficile entre l’Occident et l’Afrique traditionnelle, dans un monde globalisé. Avec la colonisation «Le matin de l’Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canons et de verroteries brillantes. Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules» dit ironiquement Cheikh Hamidou KANE. Le canon contraint les corps, et l’école fascine les âmes. L’école française est une victoire totale de l’Occident sur l’Afrique, de façon durable. Entre répulsion et attraction, désir de vie incarné par l’école française et nécessité de conserver les traditions africaines, le coeur balance : «le bonheur n’est pas fonction de la masse des réponses, mais de leur répartition. Il faut équilibrer» souligne Cheikh Hamidou KANE. Par conséquent, l’aventure ambiguë est une aventure intellectuelle, mystique et philosophique de rencontre entre deux cultures que tout semble, en apparence, opposer ; c’est l’histoire dramatique, et essentiellement double, comme l’indique le titre du roman, «d’une fidélité et d’un déracinement spirituels». En effet, le colonisateur français a offert aux Africains sa culture, son identité, comme la culture et l’identité de référence. Les Occidentaux «nous ont conquis, par leur force militaire. Et au bout de quelques temps, ils nous ont conquis grâce à l’école par laquelle se transmettaient leur savoir, leur langue. Dans un contexte de pays qui appartiennent à une culture de l’oralité, l’intrusion d’une langue écrite a été peut-être un des moyens les plus efficaces de conquérir ceux qu’on avait assujettis simplement par la force». On a souvent abordé, avec une dimension réductrice, l’aventure ambiguë sous l’angle de la Négritude : «nous sommes tous des métis culturels. Si nous nous sentons nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue universelle» dit Léopold Sédar SENGHOR. Or, Cheikh Hamidou démontre qu’il n’est pas aisé de choisir et que la tentation de l’Occident ne se limite pas au choix de la langue. L’aventure ambiguë est cri déchirant sur l’identité africaine, une crise de conscience qui s’accompagne de la prise de conscience de notre condition d’aliéné. L’Africain est un hybride qui n’est plus ni lui-même, ni les autres. En effet, «L’aventure ambiguë» a le grand mérite de présenter l’effet de la mécanique coloniale dans ce qu’elle a de plus ténu et, au fond, de plus décisif, son impact sur les esprits, la double relation mortifère qu’elle introduit avec le colonisé : l’acculturation et son revers, la déculturation. Face à elle, «on voit les hommes se disposer, conquis, le long de lignes de forces invisibles et impérieuses». Voici en quoi réside l’ambiguïté de la situation des colonisés : «C’est le même geste de l’Occident qui maîtrise la chose et nous colonise tout à la fois», dit Samba DIALLO. Le colonisé est chosifié et la diaspora ravalée au rang d’indigènes de la République. Mais le monde occidental commence à devenir ambigu parce qu’il subit les influences du tiers monde. L’Occident qui avait projeté son image qu’il offrait un peu comme un modèle universel, en retour, a commencé à recevoir l’influence des autres.

L’Aventure ambiguë, qui raconte le drame du métissage culturel, est un récit emblématique de la littérature africaine. Ce roman a marqué l’esprit de générations d’Africains qui se reconnaissent dans le parcours de son héros, Samba DIALLO, pour qui la rencontre avec l’Occident est un déchirement. «Je ne suis pas un pays des Diallobé distinct, face à un Occident distinct, et appréciant d’une tête froide ce que je puis lui prendre et ce qu’il faut que je lui laisse en contrepartie. Je suis devenu les deux. Il n’y a pas une tête lucide entre deux termes d’un choix. Il y a une nature étrange, en détresse de n’être pas deux» dit le héros du roman. Grâce au succès phénoménal de son premier roman, il s’est rapidement imposé comme une des figures incontournables des Lettres africaines, «Et je continue de m’étonner du retentissement qu’il a sur toutes les générations, non seulement les adultes et les anciens, comme moi, mais également les jeunes. Quand je suis sorti de mon terroir, musulman et peul, musulman et noir, et que je me suis trouvé en pays bantou, jusqu’au Kenya, j’ai toujours rencontré des gens qui considéraient que ce que j’avais écrit les concernait autant que cela ne me concernait moi-même». Le style littéraire de Cheikh Hamidou flamboyant, frappe par sa beauté et la rigueur de son questionnement. «Et voila un beau livre ! le récit est bien campé, dans un style précis un peu juridique. Et il ne datera pas, parce qu’il pose le problème de l’ambiguïté, un des fondements de la coexistence des hommes» disait en juillet 1961, Olympe BHELY-QUENUM. En effet, c’est un roman à haute teneur philosophique opposant le monde du rationalisme matérialiste (Pascal, Descartes, Bergson) et l’Islam dans ses deux variantes : le soufisme, une doctrine mystique orientée vers la vie, et une démarche rigoriste et dogmatique lorgnant constamment vers la mort.

Les Africains qui ont étudié en Europe, confrontés à leur double culture, et acculturés, ont été perturbés ; ce qui a donné naissance à une littérature abondante, «Le voyage comme déplacement dans le temps et l’espace est à considérer comme un espace-temps de recomposition» dit Cheikh Hamidou. La rencontre avec l’autre est un choc culturel, “Il arrive que nous soyons capturés au bout de notre itinéraire, vaincus par notre aventure même» dit Samba DIALLO. En rupture avec la littérature dite exotique, l’aventure ambiguë rappelle «Le livre des jours» de Hussein TAHA paru en 1926, une admirable autobiographie d’un égyptien qui a séjourné en France, à travers un récit au fond mélancolique, une extraordinaire leçon d'énergie. Etudiant en droit et philosophie, Cheikh Hamidou KANE est arrivé en 1952, à Paris, en pleine période coloniale a subi choc culturel : «j’ai rencontré un autre visage de la France, quand j’ai eu accès, sans restriction, à la culture, alors que quand j’étais au Sénégal, il y avait des restrictions à l’accès aux connaissances et aux valeurs de l’Occident. J’ai commencé à changer de point de vue par rapport à l’identité de l’homme blanc. Et donc, le choc créé par cette rencontre m’a conduit à tenir un cahier pour dire mes impressions, mes problèmes, mes rencontres, et c’est ce cahier qui était surtout un journal intime, qui a été la première forme de L’aventure ambiguë», dit-il.

D'origine peule, né le mardi 3 avril 1928 à Matam, Cheikh Hamidou KANE est le fils de Mamadou Lamine KANE (1894-1992) et de Yeyya Racine KANE (1904-1972). Il a vu le jour de façon fortuite à Matam et non à Louga, au moment où son père y passait ses congés annuels auprès de son grand-père paternel lui-même dénommé Cheikh Hamidou KANE, un Cadi, jurisconsulte. Son grand-père maternel, Racine Abdoulaye KANE a été le chef de canton du Dimar (Podor) de 1903 à 1906, et exerçait les fonctions de commis expéditionnaire, depuis 1921, à Louga, où il fut accueilli par Yacine Gaye Massar, la grand-mère d’Abdou DIOUF, futur premier ministre et président du Sénégal. En fait, la famille de Cheikh Hamidou est originaire de Saldé, et c’est là où il situe les personnages de Samba DIALLO, la Grande Royale et Thierno : «Ma famille est originaire de deux petits hameaux à quelques kilomètres de Saldé : Seitou Diobi et Wallah. Nous sommes une famille de Peuls, notre nom est Diallo. Mais il y a des équivalences patronymiques entre ethnies. Nous sommes des peuples dont le nom patronymique est Diallo. Et il se trouve que mon aïeul, mon oncle, a été élevé par ses oncles maternels, des Toucouleurs du Dimar à qui il a été confié par sa mère, car son père est mort quand il avait 5 ans. Ces oncles étaient donc des Kane du Dimar» dit Cheikh Hamidou deuxième fils, on l’appelle Samba, du prénom du héros de l’aventure ambiguë.

En 1938, Cheikh Hamidou KANE fut envoyé à Saldé auprès de son grand-oncle Hamidou Abdoulaye KANE pour entreprendre des études coraniques, sous la férule de Thierno Moctar Gadio (1870-1938), un marabout austère et sévère. Pour échapper aux violentes colères de son maître, le jeune Cheikh Hamidou allait se réfugier fréquemment au cimetière. Devant la multiplication de ses fugues, en 1936, sa grande tante Bineta Racine KANE (1885-1974) qui incarnera le personnage de la Grande Royale, suggéré à ce que Cheikh Hamidou retourne auprès de sa famille. En 1937, un instituteur Issa Mérim KANE, en voie de mutation à Kédougou, pour des raisons disciplinaires, en transit à Louga, prit alors la décision de faire inscrire Cheikh Hamidou, alors âgé de 9 ans, à l’école française. Il aura comme condisciples notamment Souleymane NIANG, futur recteur à l’université de Dakar et Seydou CISSOKO qui sera un dirigeant du Parti de l’indépendance et du travail.

Voulant devenir philosophe, Cheikh Hamidou passa et réussit avec brio, le concours des bourses qui lui permettra de poursuivre, durablement, ses études. Pressenti pour seconder son oncle, Mamadou Lamine Racine KANE, chef de canton à Saldé, il préféra rester à Saint-Louis. Sur intervention de son oncle Abdoul Baïdy Souwadou, il se fit délivrer son livret scolaire afin de poursuivre des études secondaires.

En 1948, il pourra s’inscrire au Lycée Van Vollenhoven à Dakar, où il fut élu délégué des élèves au conseil de discipline. A la suite d’une grève ayant éclaté dans le lycée, cinq jours après son arrivée et craignant d’en faire les frais, pour conserver sa bourse, il adresse une lettre à Laurent Marcel VILTORD, un Noir antillais gouverneur du Sénégal de 1947 à 1950. Il sera nommé surveillant à l’école normale William Ponty, grâce à l’intervention d’Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, à l’époque chef de cabinet du gouverneur de l’A.O.F.

En 1951, il obtient son baccalauréat et s’inscrit à l’Institut des Hautes Etudes de Dakar, future université de Cheikh Anta DIOP et obtient un certificat de licence en droit et une propédeutique en lettres. En 1952, Cheikh Hamidou débarque à Paris, au lycée Louis Le Grand et obtient son dernier certificat de licence en droit et un certificat de licence en philosophie.

En 1956, il réussit au concours de l’école de la France d’Outre-mer et épouse en 1957 sa cousine Yaye Oumou Amadou KANE qui lui donnera deux filles.

En 1959, à la fin de ses études, il retourne au Sénégal, et il est nommé fonctionnaire au ministère du développement économique dirigé par Karim GAYE. Le 3 mars 1960, dans le cadre du Plan triennal initié par le premier ministre Mamadou DIA, il est nommé le premier gouverneur de la région de Thiès. L’aventure ambiguë, commencée en 1952 est publiée en 1961, avec une préface de Vincent MONTEIL, alors Directeur de l’IFAN. En mai 1962, Cheikh Hamidou contractera son second mariage avec Marie-Thérèse BORIS, une sage-femme d’Etat, rencontrée en France et affectée à l’hôpital Le Dantec. Lors de la crise de 1962 entre Léopold Sédar SENGHOR et Mamadou DIA, pour éviter le grand écart, il remit sa démission en application d’un dicton peul, «qui sert deux maîtres, à l’un des deux doit mentir». En 1963, il sera nommé au poste de premier conseiller de l’ambassade du Sénégal à Monrovia. Le 31 décembre 1963, il démissionne de la fonction publique, «J’ai été membre du gouvernement du Sénégal depuis l’indépendance, et après une période d’absence consécutive à la rupture entre Senghor et Mamadou Dia, je n’étais pas d’accord avec l’arrestation de Mamadou Dia par Senghor, j’ai donc quitté le Sénégal pendant une dizaine d’années. J’ai été fonctionnaire international, et ensuite je suis revenu au Sénégal quand Mamadou Dia a été libéré» dit-il.

Grâce à l’intervention d’un ami Français, il sera recruté à l’UNICEF. Mamadou DIA, son mentor est libéré le 27 mars 1974, après douze années de privation de liberté. Cheikh Hamdou KANE, en 1976 qui était au Centre de Recherches pour le développement international (CRDI) à Ottawa, décide de rentrer au Sénégal. Le président SENGHOR lui confie différents grands projets industriels, puis le nomme, en 1978, ministre du développement industriel et de l’artisanat. De 1981 à 1988, il occupe le poste de ministre de Plan et de la Coopération, sous Abdou DIOUF. En 1995 il publie «les Gardiens du temple». Il est élu en 2002, le président de «Tabital Poulagou», une association qui œuvre les valeurs culturelles des peuls. En 2009, aux côtés d’Amadou Mactar M’BOW, il est nommé vice-président des Assises Nationales du Sénégal.

I - L’aventure ambiguë ou le défi de la rencontre avec l’autre

A – Le résumé de l’aventure ambiguë

On peut résumer brièvement l’aventure ambiguë comme suit. Samba Diallo est un enfant qui a été confié par son père, Le Chevalier, au chef de la tribu des Diallobé afin qu'il suive l'enseignement d'un sévère maître d'école coranique, Thierno. Ce dernier a très vite repéré chez l'enfant des qualités exceptionnelles. Alors qu'il est arrivé à l'âge de se rendre à l'école européenne, les avis sont partagés: le chef des Diallobé hésite à l'y envoyer, le maître d'école le déconseille vivement et la Grande Royale, sœur du chef, y est au contraire favorable. Suivant les recommandations de la Grande Royale, Samba Diallo fréquente l'école européenne, s'y montre excellent élève, apprend très vite et se voit proposer de poursuivre ses études à Paris. À Paris, Samba Diallo vit très mal son isolement et son déchirement entre ses deux cultures. Il rencontre Lucienne, une communiste, et Pierre-Louis, un avocat antillais militant, avec lesquels il débat de la confrontation et du bien-fondé de l'interpénétration des cultures. À la demande de son père, il regagne l'Afrique. Il rencontre un homme, devenu fou après un séjour en Europe, qui lui propose de prendre la succession du maître Thierno, décédé. Mais Samba DIALLO a abandonné la pratique religieuse. Le fou poignarde Samba et met ainsi fin à l'ambiguïté de son aventure.

Le roman de l’aventure ambiguë se termine par la mort tragique de son héros, Samba DIALLO. La rencontre avec l’autre comporte des dangers qu’il faudrait éviter : «Ce chemin ne pouvait aboutir à un déni de soi - c'est-à-dire que l’on considère que nous, nos valeurs sont faillies puisqu’elles ont été défaites par l’autre, qu’il faut donc abdiquer et juste s’assimiler à l’autre». La rencontre avec l’autre est possible et souhaitable ; elle est une source d’enrichissement. Par conséquent, il faudrait combattre toute crispation sur les valeurs identitaires aussi ou sur leurs croyances religieuses. «J’appelais l’attention sur le danger. Déjà, quand j’écrivais ce livre, j’étais conscient de ce qui pouvait apparaître, ce qui aujourd’hui existe sous le nom d’intégrisme, aussi bien culturel, refus de l’autre, que religieux, musulman ou chrétien ou autre».

B – Le débat autour de l’école nouvelle

Dans l’aventure ambiguë deux visions du monde s’affrontent : Comment «assimiler, sans être assimilé ?» suivant une expression empruntée au président SENGHOR. Samba DIALLO, le héros de l’aventure ambiguë est l’incarnation d’un «homme des deux mondes» suivant une expression de Jacques CHEVRIER. Ce roman s'articule autour du drame d'un jeune Sénégalais déchiré entre sa culture maternelle et la pensée pragmatique de l'Occident qu'on lui propose. Comment s’ouvrir aux autres, en restant soi-même ? La crise identitaire qui caractérise le personnage naît du conflit intérieur entre la tradition africaine et la culture française, dont on l'exhorte à faire une difficile synthèse qui servirait de base à «la cité future». C’est un parcours initiatique, du pays des Diallobé à Paris, qui pose les questions de l'identité noire et de la spécificité de la littérature africaine. En effet, dès le jeune âge, l’enseignement coranique, le soir autour de bûches incandescentes (Le Foyer Ardent), est un lieu austère, où on apprend à psalmodier la Parole de Dieu, sous la férule d’un maître (Marabout, Maître ou Thierno), rigide. Le marabout estime que face aux dangers menaçant son peuple dans son existence, seules les valeurs traditionnelles les pourraient constituer un bouclier solide, une espèce de ceinture de protection face au colonialisme. Pour lui, l’Islam demeure «une des sources où s’abreuve l’homme Diallobé» et le rôle du marabout est «d’ouvrir à Dieu l’intelligence des fils de l’homme». Mais le «Foyer ardent» est austère, dur et impitoyable. Les premières pages de L’aventure ambiguë montrent bien à quel point la vie au Foyer-Ardent était dure. Samba DIALLO savait son verset de Coran, mais sa langue avait fourché et il reçut une correction exemplaire. Notre sensibilité de lecteur est en effet mise à rude épreuve. L’image de ce garçon gémissant de douleur, râlant même parfois, nous touche profondément. Thierno ne badine pas. Il s’est assigné une mission : apprendre au fils de l’homme la parole de Dieu. Cette parole, elle est «perfection», car ayant été effectivement dite par «l’Etre Parfait». Interdiction est faite au fils de l’homme, cette «misérable moisissure de la terre», d’oblitérer cette parole prononcée véritablement par le «Maître du Monde». Le petit garçon, cousin de la Grande Royale souffre d’autant plus qu’il est considéré par le maître comme un «véritable don de Dieu». Le disciple doit rester humble, «tant qu’il cherche Dieu, il ne saurait vivre que de mendicité quelle que soit la richesse de ses parents». Si l’Occident a presque partout interdit le châtiment corporel dans ses institutions éducatives, l’école africaine traditionnelle, qu’elle soit d’obédience musulmane ou animiste, n’a jamais cessé, quant à elle, d’utiliser ce moyen qui a fait ses preuves. La mission du maître ne sera ni agréable ni facile ; il s’agit en traditionnaliste de préserver les valeurs susceptibles de façonner un citoyen Diallobé «docte et démocrate, aguerri et lucide», un homme toujours proche de Dieu : voilà en peu de mots l’idéal que s’est tracé le vieillard. En tant que noble, les parents de Cheikh Hamidou avaient fréquenté l’école française dite «école des fils des chefs» créé par Louis FAIDHERBE en 1855. «Il y avait dans le refus et la méfiance des sociétés africaines traditionnelles une raison que je n’ai pas explicitée clairement dans mon roman L’Aventure ambiguë. Le refus d’envoyer les enfants à l’école vient du fait que les colons qui étaient là, se saisissaient des enfants africains à l’époque ; initialement pas nécessairement pour les mettre à l’école, mais pour en faire des tirailleurs, ou des travailleurs forcés» dit Cheikh Hamidou. L’objectif du colon n’était pas de former des cadres indigènes, «L’objectif n’était pas de former, d’éduquer les enfants des colonies pour en faire des citoyens, mais d’en prendre une minorité, pour en faire des auxiliaires» précise Cheikh Hamidou.

«L’école apprend aux hommes seulement de lier le bois au bois pour faire des édifices de bois» souligne le Directeur d’école. Si le maître est conscient que «les hommes doivent apprendre à se construire des demeures qui résistent au temps», il pense qu’il faut sauver Dieu à l’intérieur de ces demeures. Fuyant les agitations vaines de ce monde ici bas, le maître ne s’intéresse qu’à deux occupations : les travaux de l’esprit et les travaux des champs. «Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle» dit l’Evangile selon Saint Jean qui se rapproche de ce point de vue de la doctrine traditionnelle de l’Islam. Le maître croit profondément que l’adoration de Dieu n’est pas compatible avec aucune exaltation de l’homme, «la pensée de la mort tient le croyant éveillé» ou Thierno de rajouter «notre monde est celui qui croit à la fin du monde. Qui l’espère et qui le craint à la fois». En effet, Thierno voudrait œuvrer à l’émergence d’un nouveau Diallobé, plus fort, plus apte intellectuellement et moralement à s’opposer colons français. «Nous refusons l’école pour demeurer nous-mêmes et pour conserver Dieu à sa place dans nos cœurs» dit le maître qui précise «si Dieu a assuré leur victoire nous (colonisation), c’est qu’apparemment, nous qui sommes ses Zélateurs, nous L’avons offensé». Le maître voudrait tuer tout désir de vie, les moindres signes de manifestation de l’orgueil légendaire des nobles Diallobé. C’est une conception de la religion tournée vers la mort : «Etrange cette fascination du néant sur ceux qui n’ont rien. Leur néant, ils l’appellent l’absolu. Ils tournent le dos à la lumière, mais ils regardent fixement l’ombre». Samba DIALLO se rend, lui-même, régulièrement sur la tombe de tante Rella, parfois de nuit, pour lui parler. Samba DIALLO donne son avis sur la façon dont l’Islam est conçue dans la société traditionnelle : «Mon père ne vit pas, il prie». Le maitre méprise l'enseignement des Blancs qu'il regarde comme uniquement utilitaire. Pour lui, les Occidentaux sont aveuglés par leur volonté de conquête, obnubilés par la puissance économique, industrielle et commerciale. Il craint qu'à leur contact, Samba perde la dimension spirituelle de sa formation première et son dialogue privilégié avec Dieu. «Au Foyer, ce que nous apprenons aux enfants, c’est Dieu. Ce qu’ils oublient, c’est eux-mêmes, c’est leur corps et cette propension à la rêverie futile, qui durcit avec l’âge et étouffe l’esprit» dit le chef des Diallobé. A la fin de sa vie, Thierno fait une confession : «j’ai depuis longtemps, senti que j’étais le seul obstacle au bonheur de ce pays. J’ai feint de n’être pas cet obstacle». Il précisera sa pensée avec un regain de tristesse : «j’ai pensé cette chose infâme : que Dieu pouvait être un obstacle au bonheur des hommes».

Face à cette vision traditionnaliste le débat autour de l’école française fait rage. Est-ce que le travail qui vise à conserver la vie, diminue la place de Dieu dans l’attention de l’homme ? «Si un homme croit en Dieu, le temps qu’il prend à sa prière pour travailler est encore une prière» dit KANE. Femme de poigne et de conviction, dans un monde masculin, la Grande Royale, sœur aînée du chef des Diallobé, tout en étant convaincue de cet objectif de résistance aux colons, estime que la vraie place de Samba DIALLO ne se trouve pas au «Foyer-Ardent» : «Le maître cherche à tuer la vie en toi. Mais je vais mettre un terme à tout cela» ou que ces valeurs traditionnelles «se tiendront encore au chevet du dernier humain». La Grande Royale est en faveur de l’école française, «Le temps est venu d’apprendre à nos fils à vivre. Je pressens qu’ils auront affaire à un monde de vivants où les valeurs de la mort seront bafouées et faillies». Pour elle, les Africains, s'ils veulent échapper à la misère et, peut-être, prendre leur revanche sur l’Occident, doivent fréquenter l’école coloniale «il faut aller apprendre chez eux l’art de vaincre sans avoir raison. Au surplus, le combat n’a pas cessé encore. L’école étrangère est une forme nouvelle de la guerre que nous font ceux qui sont venus, il faut y envoyer notre élite». Dans ces conditions, Samba DIALLO devient un éclaireur, celui qui ouvre le chemin à une autre génération. «S’il y a un risque, elle (élite) la mieux préparer pour la conjurer, parce qu’elle est la plus fermement attachée à ce qu’elle est. S’il y a un bien en tirer, il faut qu’elle soit elle qui l’acquière la première» précise la Grande Royale. Parce qu'il appartient à l'élite, classe la plus attachée aux valeurs traditionnelles, Samba DIALLO paraît le plus apte à tirer de l'enseignement européen ce qu'il a de bénéfique sans pour autant renier ses racines. L’opposition de la Grande Royale à la poursuite de l’action éducative coranique de Thierno pour­rait signifier une condamnation de la religion, perçue comme facteur d’inhibition des forces vives du peuple. Le débat autour de l’école française montre que la société traditionnelle doute d’elle-même : «J’ai mis mon fils à l’école et j’ai prié Dieu de nous sauver tous, vous et nous», confie le père de Samba DIALLO à Paul LACROIX. La finalité dernière de l’éducation est de don­ner à l’homme toutes les chances de s’épanouir «Chaque jour, nous conquérons un peu plus de vérité, grâce à la science. (…). Mais cette vérité est partielle, et tant qu’il y aura l’avenir, toute vérité sera partielle. La vérité se place à la fin de l’histoire» dit KANE en hégelien. Or, l’éducation traditionnelle semble ne laisse aucune marge d’appréciation aux enfants. «Le balan­cement perpétuel entre des pôles d’attraction opposés, entre les conceptions de Thierno et celles de la Grande Royale, entre l’attrait qu’exerce le Foyer-Ardent et la fascination émanant de l’école nouvelle, les différentes sollicitations auxquelles ce jeune cœur est soumis, tout cela ne peut qu’accentuer son malaise» dit Fadel KANE. La Grande Royale est consciente de cette déchirure, mais pense que le défi en vaut la chandelle, dans cette recherche balbutiante de la Vérité : «L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et nous conservons avec soin, à juste titre. Peut-être notre souvenir lui-même mourra-t-il en eux. (…). Ce que je propose c’est que nous acceptions de mourir en nos enfants et que les étrangers qui nous ont défaits prennent en eux toute la place que nous aurons laissée libre». Pour cultiver nos champs, il faut que la graine meure. «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits» dit l’Evangile selon Saint Jean.

C – Le dilemme dans la religion de la vie et de la mort

Cheikh Hamidou KANE, en philosophe dans une démarche métaphysique et métaphorique, a débattu de l’homme, la vie, la mort, Dieu. Il est en quête de la Vérité, quête du Sens, autrement dit, quête de la Réalité suprême, de Dieu. Ce qui donne à son roman un sens sa complexité, sa profondeur qu’il peut paraître parfois déroutant. La Grande Royale incar­ne en partie le monde que le soufisme proscrit. Le Maître des Diallobé, avec son ascétisme, son rigorisme et son effroi, a pour mission de tuer en Samba DIALLO, tout penchant à la vie méprisable du commun des mor­tels. Samba DIALLO n’a pas été tué par le fou, mais par Cheikh Hamidou KANE : «En définitive, le véritable meurtrier de Samba Diallo est Cheikh Hamidou Kane. Le crime a été froidement exécuté pour faire germer une nouvelle génération d’intellectuels africains plus portés à l’ac­tion qu’à la spéculation» dit Jacques CHEVRIER. De son séjour en Occident, Samba DIALLO, en adepte de Platon, n’a pas réussi à tirer ce qui constituait l’objet primordial de sa mission. «Nous n’avons pas cessé de nous métamorphoser, et que nous voila devenus autres. Quelquefois, la métamorphose ne s’achève même pas, elle nous installe dans l’hybride et nous y laisse. Alors, nous nous cachons, remplis de honte» tel est le bilan que tire Samba DIALLO de son expérience en France. L’Occident s’est immiscé en lui, insidieusement, avec les pensées dont il s’est nourri chaque jour depuis qu’il fréquente l’école française. Le héros du roman a le sentiment de perdre chaque jour une partie de lui-même : Les Africains «avaient Dieu. Ils avaient la famille qui n’était qu’un seul être. Ils possédaient intimement le monde». Pourtant, Samba aimé l’école française, mais Cheikh Hamidou fait remarquer que «les haines les plus empoisonnées sont celles qui naissent sur de vieilles amours». Samba n’a pas finalement appris «l’art de vaincre sans avoir raison». Les certitudes de son enfance ont fait place à ce qui constitue le cœur même de la philosophie, discipline qu’il s’était choisie : le questionnement et le doute. Aussi, revenu au pays des Diallobé, Samba DIALLO se retrouve-t-il en déphasage absolu avec son groupe et repousse-t-il jusqu’à ce qui mani­feste le plus l’identité de celui-ci, ce qui rythme la vie et en constitue la justification : la prière. La perte de cet élan spirituel commence avec l’influence de René DESCARTES. Samba Diallo adhère à l’idée que développe le philosophe dans les Méditations métaphysiques selon laquelle c’est la volonté de l’homme qui le fait ressembler à Dieu. Car la volonté humaine, à l’image du Divin, est libre, libre de faire ou de ne pas faire. Ainsi, Samba Diallo s’enthousiasme : “Le rapport entre Dieu et l’homme est d’abord un rapport de volonté à volonté. Peut-il y avoir de rapport plus intime ?” Si la reconnaissance de la loi divine est bien une affaire de volonté à volonté, c’est cette trop grande proximité rationnelle avec l’ordre divin qui conduira Samba Diallo à sa perte. «Jadis le monde m’était comme la demeure de mon père. (…) Ici, maintenant, le monde est silencieux et je ne résonne plus. Je suis comme un balafon crevé, comme un instrument de musique mort », dit-il. En choisissant des études philosophiques, Samba Diallo a choisi, dit-il, “l’itinéraire le plus susceptible de [le] perdre». Il faut observer la place particulière du fou et non de la folie, dans ce roman. Chez les Occidentaux le fou est une figure codifiée engageant la communauté entière. En revanche, dans la philosophie africaine, le fou attire l’attention sur l’ordre social à rétablir. Il dit le non-dit.

La tragique figure de Samba DIALLO, assassiné par le dément, a donné lieu à un examen de conscience de la société traditionnelle des Diallobé, dans le roman «Les gardiens du temple». En dépit de la brièveté de sa vie, le sacrifice de Samba n’a pas été vain. La société traditionnelle a bien saisi que le monde occidental ne recelait pas que des maléfices. Les Diallobé possèdent des richesses spirituelles et culturelles qu’il faut préserver, à tout prix, d’autant plus que le monde à venir va en avoir cruellement besoin. «L’Afrique ne doit pas prendre de l’Occident que le moindre et le meilleur. Le moindre, c’est le savoir le plus strict, le plus dépouillé, le plus proche de la raison, celui laisserait dans l’entendement des Africains sa place entière à leur être propre» dit Cheikh Hamidou KANE.

«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Cheikh Hamidou KANE, son aventure ambiguë et ses gardiens du temple», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

II – Les gardiens du temples ou le décalage entre les élites et le peuple

A – Une continuation et un approfondissement du dialogue

des thèmes engagés par l’aventure ambiguë

Dans une certaine mesure, «Les Gardiens du temple», répond à un certain nombre de questions qui avaient été posées dans L’Aventure ambiguë et qui n’avaient pas trouvé leur réponse évidente. Salif BA, le héros de Gardiens du temple est un Diallobé, comme Samba DIALLO, originaire du même coin, ayant subi la même éducation traditionnelle, étant entré à l’école moderne. Cheikh Hamidou a fait revivre Samba DIALLO dans la personne de Salif BA, ingénieur agronome qui a étudié en France : «il est le bâtisseur d’un monde nouveau et il a le pouvoir de l’enraciner profondément dans ce monde ancien». On peut donc apprendre sans oublier. En effet, Salif BA, nommé gouverneur d’une région, a pensé qu’il pouvait moderniser l’agriculture en association avec les paysans, à partir du savoir traditionnel agricole. Par conséquent, la question de savoir s’il fallait oui ou non entrer à l’école est résolue dans son cas. «J’ai voulu démontrer qu’il ne fallait pas penser que la rencontre et la synthèse sont impossibles» dit Cheikh Hamidou KANE. Il a une admiration pour les Français pour leur puissance de travail et leur rigueur, «ils sont d’une maîtrise, sans égale, dans l’art de rendre le monde utile à l’homme». Ils savent soigner les hommes, les nourrir les vêtir et les protéger, avec une maîtrise plus efficace du monde. Les Occidentaux proposent à l’Afrique un grand nombre de manières nouvelles. «Nous devons les examiner avec nos sens, notre bon sens, notre intelligence, notre cœur et y prendre le bien qu’il nous faut» dit Farba, un maitre griot. Une des valeurs essentielles de l’Afrique est la solidarité. Les biens matériels ne sont que des moyens destinés à combler les besoins essentiels de l’homme ; ils ont une utilité sociale. Or, les Occidentaux sont marqués par l’envahissement des objets ; ils peuvent manger ensemble, mais ce n’est pas une relation de proximité et de solidarité, mais un rapport de compétition. «Le partage inégal, l’accaparement, la loi du plus fort ne sont pas une fatalité, dans les sociétés humaines» dit Cheikh Hamidou KANE. Les Européens sont des travailleurs incomparables, mais ils sont individualistes et habités par une compétition féroce. «L’homme blanc vit de façon plus frénétique et plus âpre». La conception africaine de la vie est marquée par un dicton peul «Niam n’Gourra, Wonna Niam Paaya», en d’autres termes «une chose est de manger pour vivre, une autre chose de manger pour être gras et beau». On a un dicton Ouolof équivalent qui dit que «l’Homme est le remède de l’homme». Tout en rejetant la frénésie, l’agressivité, l’âpreté et la violence des êtres, il faut acquérir le savoir-faire des Occidentaux tout en nous préservant de leurs travers, tout en préservant le sens que nous accordons à la vie. «Pour nous, les biens matériels n’ont pas de valeur en soi. Ils n’ont de valeur que celle que leur confère le besoin, le besoin et l’usage qu’en ont les hommes» précise Cheikh Hamidou. Il faudrait rejeter dans la politique des Nations, comme le font les Occidentaux, cette conduite «déprédatrice, égoïste, et donc déraisonnable». L’homme n’existe pas la famille, sans la société, sans la communauté, sans la chaîne des générations. La figure tragique de Samba DIALLO avait annoncé un avenir sobre et fertile, «il ne faut pas négliger notre part de ce monde». En effet, l’humanité aura besoin des valeurs traditionnelles africaines : «le monde qui sera aura soif et faim de nous» dit Cheikh Hamidou KANE. Une valeur essentielle de l’Afrique, c’est l’éthique de la disponibilité. L’être disponible s’oppose à celui qui est occupé ou encombré de lui-même. Il est au contraire tendu hors de soi, tout prêt à se consacrer à une cause qui le dépasse, mais qu’en même temps il fait sienne. «Tout progrès technique devrait être équilibré par une sorte de conquête intérieure, orientée vers une maîtrise toujours plus grande de soi» disait BERGSON.

On voit d’autres personnages : un maître des Diallobé, un «Tierno» moderne qui pense que dans le souci de rendre le monde plus utile à l’homme, «la volonté du créateur est que l’homme jouisse des biens de ce monde». Dans L’Aventure ambiguë, le maître coranique n’a pas voulu se prononcer sur le fait de savoir si on devait aller à l’école nouvelle ou pas. Il dit : «Mon rôle était de vous initier à Dieu, ou vos enfants. Je l’ai fait. Ne me demandez pas de faire de la politique». Tandis que dans «Les Gardiens du temple», le représentant de la religion, Tierno Seydou Barry, dit qu’on doit chercher la connaissance partout, que c’est un devoir qu’impose Dieu, dans la mesure où Dieu nous a confié cette planète pour que nous la travaillions, nous l’utilisions pour la défense de l’Homme, «Deux lumières éclairent le pays des Diallobé : la haute lumière qui tombe du ciel et son reflet tendre dans l'âme des hommes". En effet, Thierno Saïdou BARRY, qui a été à l’école de Thierno Ahmet Baba BAL, alors maître des Diallobé pense que «Dieu veut et permet le bonheur des hommes». C’est un marabout orienté vers la vie, en rupture avec la doctrine traditionnelle austère et orientée vers la mort professée jusqu’ici au sein de l’islam qui considérait que toute exubérance de la vie devenait honteuse d’elle-même. L’attention portait à l’au-delà et à la mort réfrénait, disciplinait et orientait toute existence. Dans les «gardiens du temple», Thierno Saïdou BARRY représente une doctrine soufie de l’islam, tout en étant exigeant et rigoureux, il est habité par une joie et un optimisme qui inspire confiance. «Je suis un homme et, je crois, rien de ce qui est humain ne m’est étranger» dit en substance un poète berbère TERENCE.

Vous avez aussi un personnage qui est un peu une réincarnation de la Grande Royale, Daba Paye, une fille de griotte qui a un culte pour le savoir griotique mais qui a dû aller à l’école et qui, docteur en Histoire, regrette de n’avoir pas su pendant son enfance – parce qu’elle a été à l’école nouvelle – apprendre l’art du griot que sa grand-mère pratiquait avec distinction. En devenant historienne, elle pense pouvoir récupérer les savoirs, historique et griotique. Et il y a le personnage du griot qui n’a pas été à l’école. Ces deux, la griotte qui a été à l’école, agrégée d’Histoire, et le griot traditionnel, j’en ai fait un couple, ils se sont mariés. Pour montrer que vraiment la rencontre est nécessaire, possible.

B – Le décalage entre les élites et les besoins des populations

Salif BA, le héros du roman, «les gardiens du temple» est affecté en pays Sessene, une partie de cette tribu s’est agrégée en noyau refermé, repliée sur les traditions défendues avec une grande intransigeance. Certains Sessene croient encore en la religion traditionnelle suivant laquelle l’inhumation des griots défunts écartait de leurs terres les pluies d’hivernage. Les griots étaient réduits à ranger leurs morts, debout, dans les creux de quelques baobabs gigantesques. Les premiers conflits apparurent lorsque les griots commencèrent à se convertir à l’islam et voulurent enterrer leurs morts suivant le rite imposé par leur religion nouvelle. Il en résulta une crise majeure et une violente polémique, comme le débat autour de l’école dans «l’aventure ambiguë». Le Sénégal étant encore dirigé par un administrateur colonial, M. DANGLADE, celui-ci fait remarquer que la France enterre ses morts et en dépit de cela, il pleut en toute saison. Réplique de Mabigué M’BAYE, un griot «votre terre de France et ici, ce n’est pas la même chose».

Dans ce débat du décalage entre élites et populations Cheikh Hamidou KANE fait intervenir des personnages avec différents profils qui ressemblent à s’y méprendre à Léopold Sédar SENGHOR et Mamadou DIA, lors de la crise de décembre 1962. Cheikh Hamidou avait pour mentor, l’ancien premier ministre Mamadou DIA. Face ce conflit entre tradition et modernité le Tarman DANKORO, le vice-président, en première ligne dans la gestion de l’autonomie interne du territoire, prône la fermeté, «le temps est venu, pour moi, de briser les dirigeants de cette opposition réactionnaire, chez les Sessene». Pour lui, il suffit d’arrêter les meneurs, de les fouetter ignominieusement sur la place publique et de les relâcher. Jérémy LASKOL, le gouverneur du territoire, plaide pour la prudence, le fouet a été un instrument du colonialisme et du racisme.

Jérémie LASKOL, gouverneur indigène, avec une parfaite maîtrise de la culture française, est décrit comme un «Nègre-blanc» avec un risque de couper de ses racines et de la compréhension de son peuple. En effet, il appartient à cette race, sans même s’en apercevoir, tant qu’il vécut dans son milieu, donc avant qu’il ne s’en fut éloigné physiquement et intellectuellement qu’il «n’est pas aisé d’être Négre et Blanc à la fois». La rencontre entre l’Occident et l’Afrique installa la souffrance et la passion. Dans la tradition colonialiste, esclavagiste et raciste «Le Blanc, qui se croit homme, croit que le Nègre ne l’est pas».

Cheikh Hamidou considère que la brouille entre SENGHOR et DIA de décembre 1962 a été «un gâchis à cause de querelles politiciennes, à cause des clans qui s’étaient formés autour de chacun des deux hommes, et ils ont eu la faiblesse, l’un comme l’autre, de céder à ces clans et de se diviser, de se séparer». Aussi, dans les gardiens du temple, face à l’impasse politique, il image une sortie de crise, une thérapie de la palabre. Jeremy LASKOL est confronté dans une caserne à un tribunal du peuple composé notamment d’un marabout intègre, d’un curé et d’une griote. «Le cœur du problème est que les hommes ont faim et ils ont honte. Ils ont soif de justice. Ils veulent une règle du jeu. Le colonisateur lui-même en avait, quelque détestable que fut son jeu. Aujourd’hui, où est la loi où est seulement la règle ?». Le peuple doit pouvoir choisir son destin. «Toute notre vie, chacun de nous en fin de compte s’est battu contre lui-même, dans la solitude et notre entreprise était même plus insensée, car celui que nous cherchions à vaincre, et qui est nous-mêmes, avait été façonné pour nier, pour se renier !». En fait, on a cherché «l’homme noir avec les yeux d’un autre, les yeux de quelqu’un dont le regard l’anéantit». Pour édifier une règle du jeu acceptable par tous «nous devons ouvrir les portes de la réconciliation et de la confiance». Le salut est d’abord l’œuvre de l’homme avant d’être l’œuvre de Dieu. Il faut donc préparer le «rendez-vous de l’Afrique avec elle-même».

Pour Salif BA, gouverneur d’une région, face à l’urgence accrue des problèmes que rencontrent les populations africaines, il y a de fortes attentes à l’égard des gouvernants : «il est clair qu’ils (Les Sessene) qu’ils sont attachés à ce qu’ils sont, mais en même temps, ils attendent quelque chose de nous, ils nous observent avec confiance et espoir». La fidélité que les populations attendent de l’Etat c’est la fidélité du cœur et de l’esprit, «ils attendent que nous les aidions tout à la fois à persévérer dans leur être et à changer leur vie». Le personnage de Salif BA est profondément attaché à la culture africaine et à ses sources. «La mort des vrais griots est le malheur de notre race» dit Cheikh Hamidou. Certains Africains ne sont Noirs qu’en apparence : «je parle de nous tous, dont les cerveaux et les cœurs ont été capturés, annexés, pris en otages ou subtilisés. Nous sommes des zombies. Nos os, notre chair, notre sang sont bien là (…) ; mais notre le dedans est creux, vide ou trafiqué». Il a fait marier la griotte, Daba M’BAYE à son ami et griot, compagnon d’enfance, Farba MARI. C’est sur le plan agraire que Salif BA a concilié modernité et tradition. La terre étant la propriété de tous, comme l’air et l’eau, n’a pas à faire l’objet d’une appropriation privée. Salif BA a mis en place de nouveaux repères pour rebâtir un monde à l’endroit, fondé sur la raison, l’intelligence et le labeur des Sessene à qui il a redonné voix au chapitre et valorisé leurs savoir-faire ancestraux. Grâce à cette confiance rendue et à la responsabilité restituée aux Sessene «la vision qu’ils avaient d’eux-mêmes, de leur passé comme de leur présent, n’était plus frappée d’aucune malédiction». Salif a priorisé la production de la nourriture, en surveillant l’échosystème permettant ainsi une meilleure maîtrise de l’utilisation des terres. Là où les politiques ont échoué, Salif BA a redonné confiance aux populations locales qui ont loué ses qualités à travers le griot Mabigue M’BAYE «Le monde des Sessene était en train de partir en lambeaux, (…) du pays des Diallobé, notre parent est venu, notre courage il a ramassé, nos il a réunis. Du pays des Blancs notre parent est revenu, nous-mêmes à nous-mêmes, il a réconciliés». Avec le débat ouvert dans «l’aventure ambiguë», Cheikh Hamidou conclut dans les «gardiens du temple» qu’il «est possible d’apprendre sans oublier, et même d’apprendre à nouveau ce qui a été oublié».

Par ailleurs, Cheikh Hamidou rappelle que l’Afrique a souffert d’une triple dépossession. Celle de l’initiative politique ; on dirait que l’Afrique n’a jamais eu de rois ou d’empereurs ou de constitutions qui règlementent politiquement la coexistence des Hommes depuis son contact avec l’Occident. Il dit aussi que l’Afrique a été dépossédée de son identité endogène, de ses langues, de son Histoire. Il dit en troisième lieu que l’Afrique a vu une dépossession de l’espace. Dans le passé, on avait des empires, des royaumes, des provinces traditionnelles. L’unité de l’Afrique se fera par la culture. Pour Cheikh Anta DIOP il y a une unité culturelle profonde dans le continent africain. «Notre échec principal est de ne pas avoir été fidèles à notre identité. Nous devons, comme je l’ai dit, écrire, transcrire nos langues, les enseigner. Nous n’avons pas fait assez pour cela» dit Cheikh Hamidou.

«L’aventure ambiguë n’est plus ma propriété. Comme une bouteille à la mer, ce livre appartient désormais à tous ceux qui l’ont lu, et à tous ceux qui l’ont apprécié», dit Cheikh Hamidou KANE.

Bibliographie sélective,

1 – Contributions de Cheikh Hamidou KANE

A – Ouvrages de Cheikh Hamidou KANE

KANE (Cheikh Hamidou), L’aventure ambiguë, préface de Vincent-Mansour Monteil, Paris, R. Julliard, 1961, 207 pages ; 1971, Paris, Union générale d’éditions, 192 pages, et 1993, Paris, Union générale d’éditions, 191 pages et 1998, 191 pages ;

KANE (Cheikh Hamidou), Les gardiens du temple, Paris, Stock, 1995, 337 pages ;

KANE (Cheikh Hamidou), «Comme si nous nous étions donnés rendez-vous», in Esprit n°2, 1961, pages 47-62.

B – Interviews de Cheikh Hamidou Kane

KANE (Cheikh Hamidou), «Interview accordée à Sabine CESSOU : Cheikh Hamidou Kane au festival Etonnants voyageurs», in SlateAfrique, 17 juin 2011 ;

KANE (Cheikh Hamidou), «Interview accordée Antoinette DELAFIN et Tirthankar CHANDA : Cinquante ans d’aventures ambiguës, entretien avec Cheikh Hamidou Kane», Jeune Afrique 12 août 2011 ;

KANE (Cheikh Hamidou) «Entretien avec Cheikh Hamidou Kane Conversation animée par le professeur Amadou Ly (UCAD), et les doctorants Maguette Gueye, Abdoulkhadr Sarr, Ibrahima Diagne (UCAD) et Célia Sadai (Paris-Sorbonne). Propos recueillis et transcrits par Célia Sadai à Dakar, le 5 février 2011», La Plûme Francophone 6 septembre 2014.

LY (Harouna, Amadou ) «Biographie anecdotique de Cheikh Hamidou Kane», mise en ligne le 14 août 2013 ;

«Cheikh Hamidou Kane et l’aventure ambiguë» La Plume francophone du 11 juin 2013 ;

KANE (Cheikh Hamidou) «Je suis plus un témoin qu’un écrivain, interview à Nicolas Michel», in Jeune Afrique du 29 décembre 2010.

2 Critiques de Cheikh Hamidou Kane

ANOZIE (S.O.) «L’humanisme existentialiste chez Cheikh Hamidou Kane», in Sociologie du roman africain, Paris, Aubier, pages 148–159 ;

BA (Mamadou Kalidou), «Cheikh Hamidou Kane de l’aventure ambiguë au gardien du temple ou l’accomplissement d’une réflexion sur une cohabitation conflictuelle», Ethiopiques, 2009, n°82, 1er semestre ;

BA (N’Dèye), «Le plurilinguisme dans l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane», in Les Cahiers du GRELLEFF, n°2, mai 2011, pages 283-295 ;

BATTESTINI (Simon et Monique), MERCIER (Roger), Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais, Paris, F. Nathan, 1965, 64 pages ;

BERND, (Zila), «La quête d’identité: une aventure ambiguë», Voix et Images 1986 vo 12 n°1 34 pages 21–26 ;

BISANSWA (Justin), «Aux sources des littératures d’Afrique et des Antilles», Québec français, 2002, n°127, pages 24-29 ;

CAILLER (Bernadette), «L’Aventure ambiguë : autobiographie ou histoire d’un peuple», French Review, 1982 5, pages 752–760 ;

CALIN (W), «Between Two Worlds : the Quest for Death and Life in Cheikh Hamidou Kane’s l’Aventure Ambiguë», Kentucky Romance Quarterly 19 (II) pages 183–197 ;

CARRABINO (Victor), «Kane and Badiane : the Search for the Self», Rocky Mountain Review of Languages and Literatures, 1987, 47 pages 65–72 ;

CHARTIER (Monique), «L’eau et le feu dans l’Aventure Ambiguë», Présence Francophone, 1974, 9 pages 15–25 ;

CNOKEART (A), «La dimension religieuse de L’Aventure Ambiguë», Telema, Kinshasa, 1978, 13, janvier-mars, pages 23–37 ;

COURTOIS (Maurice), «Aventure ambiguë», Littératures, 1979, n°34, pages 121-125 ;

DIOP (Cheikh M’Backé), L’Islam et l’Occident, étude de l’aventure ambiguë et des gardiens du temple de Cheikh Hamidou Kane, Paris, L’Harmattan, DL 2014, 100 pages ;

DZIEDZIC (Andrzej), «La représentation de la mort dans l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane» in Studia Minosa Facultatis Philosophicae Universitatis Brunsis, 1999 L 20, pages 29-41 ;

GADJIGO (Samba), «Literature and Histor: the Case of Chaikh hamidou Kane’s Ambiguous Adventure”, Research in African Literature, 91991, 22 4-9, pages 29–38 ;

GAVIN (Lise), LAROUCHE (Michel), «L’aventure ambiguë : de la parole romanesque au récit filmique», Etudes françaises, 1995, vol 31, n°1, pages 85-93 ;

GETREY (Jean), Comprendre l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, Issy-les-Moulineaux, Les classiques africaines, 1982, 111 pages ;

KANE (Fadel), «L’éducation coranique dans l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane» in Ethiopiques, 2001, n°66-67, 1er et 2ème semestre,

KNOCKER (Marita), «Le Coran comme modèle littéraire dans L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane», Nouvelles du Sud, 1986–1987 (6) pages 183–190.

KUTCHY (Barthélémy), «Interview de M. Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais», Etudes littéraires, 1974, vol 7, n°3, pages 479-486 ;

LITTLE (Janet, Patricia), Cheikh Hamidou Kane, l’aventure ambiguë, Grant and Cutler, 2000, 92 pages ;

LY (Amadou), «Le soufisme dans le chapitre 10 de l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou KANE», in Ethiopiques, 2001, 1er et 2ème semestre, n°66-67 ;

LY (Harouna, Amadou), «Biographie anecdotique de Cheikh Hamidou Kane», mise en ligne le 14 août 2013 ;

MAYER (Jean), «Le roman en Afrique noire francophone : tendances et structures», Etudes françaises, 1967, vol 3, n°2, pages 169-195 ;

MBABUIKE, (Michael) “Kane’s Ambiguous Adventure : Dichotomy of Existence and the Sense of God», The Journa1 of Ethnic Studies, 1981 (8) pages 114–120 ;

McNEE (Lisa), «Initiation l’aventure ambiguë et l’espace liminaire de la lecture», in DIOP (Papa Samba), LUSEBRINK (Häns-Jürgen) FENDLER (Ute) VATTER (Christoph) VERLAG (Narr, Gunter), Littératures et sociétés africaines : regards comparatistes et perspectives culturelles : mélanges offerts à Jänos Riesz à l’occasion de ses soixante ans, 2001, 593 pages, spéc pages 149-156 ;

MEKA OBAM (Jean-Marcel), La structure symbolique de l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane et le monde s’effondre de Chinua Achebé, étude de critique discursive, Paris, L’Harmattan, DL 2008, 84 pages ;

MELONE, (Thomas), «Analyse et pluralité. Cheikh Hamidou Kane et la folie dans l’Aventure Ambiguë», Diogène 1972 (80) pages 73–89.

MORICEAU (Annie), ROUCH (Alain), L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, étude critique, Paris, F. Nathan, Dakar, NEA, 1983, 95 pages ;

PALAKY (NDoy), L’acculturation dans l’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane et dans Dramouss de Camara Laye, Licence en langue et littérature française, sous la direction de Tsh. Nyembwe, septembre 1981, Université nationale du Zaïre, campus de Lumumbashi, 74 pages ;

TARQUINI (Valentina), «Les fous en marche. La figure du fou dans le roman d’Afrique noire d’après les Indépendances», Ricerche Dottorali in Francesistica, n°19, mise en ligne du 25 mai 2013 ;

THIOUNE (Birahim), Trois romanciers sénégalais devant l’histoire : Cheikh Hamidou Kane, Abdoulaye Elimane Kane et Boubacar Boris Diop, Paris, L’Harmattan, 2013, 158 pages ;

TREIBER (Nicolas), «L’élève migrant africain au tournant des indépendances Structures littéraires de l’expérience coloniale», Migrations Subsahariennes, 2010 n°1286-1287, pages 36-47 ;

ZILPHA (Ellir), «La foi dans l’aventure ambiguë» in Ethiopiques n°7, 1976.

3 – Autres références

CHEVRIER (Jacques), La littérature nègre, Paris, Armand Colin, 1999, 300 pages ;

MOUPOUMBOU (Clément), La représentation de la mort dans le roman négro-africain d’expression française, thèse sou la direction du professeur Gîlles Ernst, Université de Nancy 2, 19 mars 2004, 414 pages, spéc. pages 66-71, 116-199, 125-135 et 150 ;

RIESZ (Janos), «Visages de l’Islam dans la littérature africaine d’expression française au Sud du Sahara», Actes colloque Universidade do Porto, Centro de Estudos Africanos, 2004, pages 131-147 ;

TAHA (Hussein), Le livre des jours (Al Ayyam), traduction de l’arabe par Jean Lecerf et Gaston Wiet, préface d’André Gide, Paris, Gallimard, collection Blanche, 1947, 288 pages.

Paris, le 11 septembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Partager cet article

Repost0
8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 20:52

La communauté asiatique manifeste bruyamment pour sa sécurité. Je me réjouis de la prise de conscience subite de la communauté asiatique de France face aux violences et aux injustices.

Il est vrai que le lâche assassinat d'un chinois, ZHANG Chaoling, tout récemment à Aubervilliers, a marqué les esprits et servi de puissant catalyseur à une colère ancienne et sourde qui couvait depuis longtemps.


Les voyous savent que c'est une tradition asiatique de conserver du liquide et ce goût immodéré pour les produits de luxe, réglés en espèces. Aussi, les agressions se multiplient, même en plein jour et sous l'indifférence générale, y compris contre des personnes de condition modeste en raison de ce préjugé tenace que l'asiatique a de l'argent liquide.

Communauté discrète, et souvent classée à droite, les Asiatiques ont préféré jusqu'ici raser les murs. Ce qui compte c'est la réussite économique. Pas de vagues !

Grands travailleurs acharnés, ils sont conquis les cafés et tabacs français notamment parisiens. Pourtant, là aussi les soi-disant contrôles d'hygiène et de sécurité, les descentes de l'inspection du travail, de l'Urssaf, du fisc s'abattent sur eux, à répétition.

Dans la tradition asiatique, les Asiatiques avaient cru que la corruption, même dans un Etat de droit comme la France, pouvait tout arranger. Pourtant les contrôles ne continuent à pleuvoir.

Conscients qu'ils sont nettement mieux acceptés dans la société française, que les parias que sont les Arabes et les Noirs, les Asiatiques avaient jusqu'ici déserté le combat citoyen pour l'égalité réelle, préférant la démission ou les arrangements. Ils s'intéressent peu à la politique et semblent vivre en marge de la société, pourvu que le business marche et que le culte de l'argent soit célébré.


Pourtant, les perspectives de 2017 sont lourdes de menaces pour la République, pour tous ceux qui viennent d'ailleurs. Des zones entières, comme la Seine-Saint-Denis ou Marseille, sont abandonnées aux bandes mafieuses, et le Premier ministre n'a pas hésité, lui-même, de parler d'Apartheid. A côté de cette violence physique intolérable, se dessine une violence politique menée par l'extrême droite et une droite lepénisée dont M. SARKOZY est le chef de bande.

Donald TRUMP aux États-Unis et le Brexit en Grande-Bretagne, ainsi que la défaite d'Angela MERKEL dans son fief ne sont pas rassurants pour l'avenir. La droitisation de la vie politique devenue brutale et intolérante est lourde de menaces pour bien-vivre ensemble.

Par conséquent, toutes les personnes, au rang desquelles la communauté asiatique, qui pensent que la République a encore un sens, doivent se mobiliser pour la sécurité pour tous et pas pour eux seulement, l'égalité réelle, la fraternité, la paix et le bien-vivre ensemble. Ces axes de combat concernent tous ceux qui s'intéressent à la République, quelle que soit leurs origines ethniques.


Nous avons plus que besoin de la mobilisation de la communauté asiatique en raison notamment de sa puissance économique en France et du poids de la Chine dans le monde. Quand la Chine s'exprime elle est entendue et respectée. Mais les autres parlent, comme les Gabonais ou les Congolais en ce moment et si cela leur arrive, ils peuvent continuer de causer.

Solidarité avec les Asiatiques et avec tous ceux qui s'intéressent au bien-vivre ensemble !


Paris, le 4 septembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le subite réveil citoyen de la communauté asiatique de France : une bonne nouvelle pour le combat républicain», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Le subite réveil citoyen de la communauté asiatique de France : une bonne nouvelle pour le combat républicain», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 20:33

Je n’ai pas pu attendre le rendez-vous organisé, le 19 septembre, par le Musée Dapper, c’est avec les yeux plein d’émerveillement, d’enchantement et d’admiration que j’ai rencontré le vendredi 16 septembre 2016, soir, à la Maison d’Amérique Latine, Paris dans le 7ème arrondissement, l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU. Je suis venu avec huit de ses livres qu’il m’a tous dédicacés (bibliographie jointe). Autant dire que la file de ceux qui attendaient leur tour s’est allongée. Alain MABANCKOU m’avait également dédicacés une longue liste de ses ouvrages. M. CHAMOISEAU, comme toutes les personnes investies d’une lumière, a été merveilleux dans sa patience et dans sa bonté. C’est pour cela que je retournerai le revoir au Musée Dapper, dans le 16ème arrondissement de Paris, qui organise cette soirée animée par Valérie MARIN La MESLEE, journaliste au Point. J’ai été agréablement surpris de constater que cette immense salle de la Maison d’Amérique était remplie d’Européens, autant dire que ces écrits témoignent que le particulier et l’universel sont indissociables. Quel bonheur de découvrir en chair en os, d’illustres contacts sur Facebook que je voyais pour la première fois, dont Mme Sylvie GLISSANT et notre Felwine SARR, national, dont le brillant esprit flatte notre égo. Le 21 septembre 2015, Patrick CHAMOISEAU, en magicien du verbe, a rendu hommage à Edouard GLISSANT, son ami et mentor, devant Christiane TAUBIRA et George PAU-LANGEVIN : «Il écrivait la nuit. La nuit, disait-il, l’amenait à relation immédiate avec presque la totalité de l'existant, tout le possible, tout l’invisible. (…) Ensuite, il y a la plume, l’encre et la plume, jamais de stylo-bille, sans doute là-aussi, par ce biais de la plume, le rappel des soifs de connaissance sur les bancs de l'école, le souvenir invoqué d’une écriture d'enfant». «Et puis, cet amour du papier, pas seulement du papier, mais du cahier, avec autant que je m’en souvienne, ces couvertures rigides, ces reliures cartonnées, noires, qui figuraient le livre » a-t-il encore évoqué. «Pendant longtemps nous avons vécu avec des absolus. Nous Antillais, du fait que l’on soit le produit d’une histoire éclatée, nous sommes déjà composites. Le pluriel est déjà présent. A partir de cette nouvelle complexité, Edouard Glissant s’est rendu compte que tous les peuples, les civilisations, et les individus se déplacent et se rencontrent. Il y a véritablement un processus de mise en relation généralisée. L’idée est de savoir comment penser son identité lorsque l’on est dans un flux relationnel permanent. La notion de "Tout-Monde" nous indique le nouvel espace à partir duquel et dans lequel nous devons vivre. C’est la totalité du monde» ajoute-t-il.

La rencontre concerne le nouveau livre de Patrick CHAMOISEAU, «La Matière de l'absence» sorti aux Editions du Seuil le 2 septembre 2016. «Ce que les poètes écrivent ne constitue que les décombres de ce qu'ils ont su vivre. Et ce qu'ils ont su vivre n'est que l'écume de ce qu'ils ont pu deviner et dont le manque leur reste à vie, comme le sillage d'une lumière». Man Ninotte, la mère de l’auteur, meurt le 31 décembre 1999. Cet événement emporte l’écrivain dans une vaste réflexion poétique sur la Martinique, les origines de l’homme, l’évolution contemporaine du monde. La vie de cette femme énergique et lyrique lui permet d’évoquer le destin du peuple antillais, depuis la cale des bateaux négriers jusqu’au cauchemar des plantations où les victimes durent inventer de nouvelles formes de résistance. Le livre se structure à partir d’évocations de la vieillesse, de la mort, des obsèques de Man Ninotte, qui permettent des explorations de la petite enfance de l’auteur, associée à de multiples origines, celles de la Caraïbe, celles des Amériques, celles de l’humanité. Le défi qu’il se lance – de mener de front un récit très intimiste, souvent bouleversant, sur sa famille, dominée non seulement par la mère, mais aussi par la sœur aînée surnommée « la Baronne», et une analyse qui remonte au temps préhistorique de l’Homo sapiens, jusqu’à une géopolitique de l’urbanisme, du paysage, du rapport entre les cultures – est parfaitement relevé, avec tendresse, humour et légèreté. Parfois intervient «la Baronne» à laquelle le narrateur s’adresse et qui apporte une touche de dérision à l’intellectualisme de son frère. Mais il n’en est pas perturbé et poursuit ses réflexions sur différents sujets : la mort, mais aussi les marchés, les petits magasins, les repas, les vêtements, les carnavals, l’école, l’église, la danse et la musique. Avec en arrière-plan de cette origine tragique (appelée «digenèse» par Édouard Glissant) qui n’est autre que le ventre du bateau négrier : lieu terrible d’une initiation à une autre poétique de l’existence au monde. «Ce que les poètes écrivent ne constitue que les décombres de ce qu’ils ont su vivre. Et ce qu’ils ont su vivre n’est que l’écume de ce qu’ils ont pu deviner et dont le manque leur reste à vie, comme le sillage d’une lumière», celle sans doute d’un très grand livre.

La Matière de l'absence est ce nouveau roman, qui succède à «L'Empreinte à Crusoë sorti chez Gallimard, en 2009, sans oublier un petit détour de l'auteur par le genre policier (Hypérion victimaire : Martiniquais épouvantable, La Branche, 2013) conjugue la mémoire intime et la mémoire collective : il a pour point de départ la disparition de la mère de l'auteur, Man Ninotte, le dernier jour de l'année 1999. Un nouveau millénaire s'ouvre sans la figure maternelle, que le narrateur et sa soeur évoquent dans une superbe complicité. L'héritage de l'enfance croise celui de l'histoire des Antilles dont Patrick CHAMOISEAU revisite genèses, rituels, modes de vie, géographie, retraçant avec humour et profondeur l'étonnante créativité d'un peuple.

Cet ouvrage est un concentré et une synthèse de l’œuvre de CHAMOISEAU. Il y a plusieurs étapes dans la contribution littéraire de l’auteur : l’histoire antillaise, l’enfance intime et les mythes fondateurs. Cet ouvrage est une synthèse de tout cela. Traditionnellement, la littérature antillaise était focalisée sur les questions identitaires, du NOUS, le domaine de l’intime existait, comme le «Moi, Laminaire » de CESAIRE, CHAMOISEAU pense que dans le NOUS, il y a l’individuel, mais comment s’approprier le collectif ? Ce que refuse CHAMOISEAU c’est cette autofiction impudique. Certes, il faut aller dans les lieux obscurs, difficiles, impensables comme la mort d’une mère, mais pour aboutir à cette force créatrice de la beauté, du «soleil de la conscience».

Le prix Goncourt 1992 avec son «Texaco », y avait entamé sa réflexion sur les relations entre les cultures et leurs mémoires, s'ouvrant à ses enjeux dans le monde contemporain. Le tissage de l'intime et du collectif sera le fil conducteur de cette rencontre avec l'écrivain de passage à Paris pour la sortie de son livre.

Patrick CHAMOISEAU est né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France en Martinique. Prix Goncourt pour Texaco (en 1992), il est l'auteur de récits intimes (Une enfance créole, en trois volumes), de romans (Chronique des sept misères, Solibo Magnifique, Biblique des derniers gestes), d'essais (Éloge de la créolité, Lettres créoles, Écrire en pays dominé), de pièces de théâtre, de poèmes et de scénarios. Il vit à Lamantin. J’ai acheté ce merveilleux livre qu’est Texaco. «Une vieille femme câpresse, très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immobiles. Je n’avais perçu autant d’autorité profonde irradier de quelqu’un. Elle mélangeait le créole et le français, le mot vulgaire et le mot précieux, le mot oublié, le mot nouveau», c’est ainsi que l’héroïne de ce roman raconte à l’auteur plus de cent cinquante d’histoire, d’épopée de la Martinique, depuis les sombres plantations esclavagistes jusqu’au drame contemporain de la conquête des villes. Dès le début, on est pris dans un tourbillon coloré. C'est vivant et réaliste, parsemé d'expressions créoles. Extravagance et sagesse cohabitent chez les personnages hauts en couleur. Les difficultés de la prise de liberté, la conquête de «l'En-ville», la misère qui succède à l'espoir, l'importance des traditions, la peine à trouver sa place, l'auteur dépeint tout cela magistralement. Texaco est un quartier populaire de Fort-de-France. Bidonville pour les uns, lieu de richesse pour les autres. Texaco est un récit de l'histoire de ce quartier en l'insérant dans l'histoire d'une île, la Martinique, marquée par l'esclavage et la culture de la canne. Le narrateur, un urbaniste, rencontre la fondatrice du quartier de Texaco qui lui raconte son histoire familiale, prétexte à une histoire insulaire. Depuis l'abolition de l'esclavage, Patrick CHAMOISEAU raconte la naissance de l'industrie sucrière, puis le désastre de la montagne Pelée en 1902, et donc l'exil qui condamne Saint-Pierre au profit de Fort-de-France. Ville militaire, Fort-de-France n'était pas faite pour accueillir les masses de Martiniquais qui quittent les campagnes. le récit devient alors une longue suite de débrouilles, de petites affaires, d'espoirs aussi quand Aimé CESAIRE devient maire de la ville en 1946. Texaco est fondé près de la concession de l'entreprise pétrolière du même nom et, après les efforts de l'entreprise pour mettre fin à cette zone de vie, la municipalité envoie le narrateur, urbaniste rappelons-le, signe que le quartier survivra. Evidemment, le roman vaut pour son histoire incroyable qui retrace 150 ans de la vie martiniquaise. Patrick CHAMOISEAU décrit à merveille une société très cosmopolite, diverse et complexe aussi parfois : s'y mêlent des Noirs, des Blancs venus d'Europe, des békés, des Syriens et Libanais, des Coolies (descendants d'Indiens et de Chinois). Il vaut aussi pour sa langue d'une richesse incomparable dans la littérature contemporaine française, mélange de français d'un niveau remarquable et de créole qui enrichit considérablement la langue française. L'utilisation du créole est aussi un marqueur d'identité pour un peuple toujours en quête de la sienne. Patrick CHAMOISEAU a sans doute écrit, avec «Texaco», le grand livre de l'espérance et de l'amertume du peuple antillais, depuis l'horreur des chaînes jusqu'au mensonge de la politique de développement moderne. Il brosse les scènes de la vie quotidienne, les moments historiques, les fables créoles, les poèmes incantatoires, les rêves, les récits satiriques. Monde en ébullition où la souffrance et la joie semblent naître au même instant.

J’ai hautement apprécié l’univers poétique, onirique, philosophique et envoûtant du roman «Le papillon et la lumière» de Patrick CHAMOISEAU. A la nuit tombée, les papillons tourbillonnent autour des lampadaires, s’en exaltent, s’y brûlent le plus souvent. Parmi, eux, un jeune aux ailes fringantes s’élance comme les autres, tournoie dans les halos de la clarté, et foncent dans les éblouissements. Seulement, plutôt que de heurter cette féérie brûlante, il opère chaque fois un prompt demi-tour. Il survit, mais sent bien qu’une expérience fondamentale lui échappe : il ne connaît pas la lumière. Il s’en ouvre à un vieux papillon aux ailes intactes. Ce dernier semble d’abord éluder ses questions, avant de l’entraîner dans un voyage inattendu à travers la ville, au cœur de la nuit d’abord, puis au lever du jour vers le soleil. Et si la véritable lumière ne se trouvait pas là où on l’attend ?

Il faut accepter, reconnaître l'ignorance des choses pour laisser leur intelligence nous atteindre. Il ne s'agit pas d'accepter mais de recevoir la juste connaissance: un instant de beauté. Ni durée, ni poids, ni mesure, ni justification. Vivre pour la beauté du geste. Ce mouvement du devenir. Devenir c'est ne jamais cesser d'être, ne jamais y renoncer. «Celui qui n'a pas connu la mort ne saurait prétendre avoir connu la vie». Si l'on ne sait pas l'obscurité alors comment prétendre connaître la clarté ?

«Le papillon et la lumière» est un conte philosophique, la métaphore du papillon de nuit "irrésistiblement" attiré par la lumière artificielle qui le tuera propose aux petits comme aux grands une intense réflexion sur le sens de l'existence, le rôle qui jouent la connaissance, la curiosité, les choix, la patience, l'amitié, la sagesse. «Je n’attends rien ni personne. C’est pourquoi je ne suis jamais surpris de ce qui arrive. (…) Attendre quelque chose, s’attendre à quelque chose, soupire le vieux, n’est-ce pas fermer la porte à tout ce que l’on n’attend pas : à tous les autres possibles ?» dit le vieux papillon.

Bibliographie sélective

CHAMOISEAU (Patrick), La matière de l’absence, Paris, Seuil, 2016, 364 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), Une enfance créole, vol I, Antan d’enfance, Paris, Hatier 1990, Gallimard, collection Folio, 1993 et 1996, 185 pages et vol II, Gallimard 1994 et 1996, 202 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), Le papillon et la lumière, Paris, Gallimard, collection Folio, 2011, 98 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), A bout d’enfance, Paris, Gallimard, 2005, 283 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), L’empreinte à Crusoé, Paris, Gallimard, collection Folio, 2012 et 2013, 329 pages ;

CHAMOISEAU (Patrick), Texaco, Paris, Gallimard, collection Folio, 1992, 497 pages ;

Paris, le 16 septembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Rencontre avec l’écrivain martiniquais Patrick CHAMOISEAU, prix Goncourt à la Maison d’Amérique Latine à Paris, le 16 septembre 2016», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0

Liens