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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 23:30

Qui se souvient encore de Joséphine BAKER ?

Joséphine BAKER qui démarre sa carrière dans la revue Nègre, en 1925, à 19 ans, est un mélange d’exotisme et d’érotisme, avec tous les clichés coloniaux de l’époque, l’archétype de la femme noire sauvage ou apprivoisée. L’histoire de Joséphine BAKER est celle de la déconstruction de l’image de cette danseuse subversive à une période coloniale teintée d’une mentalité paternaliste. Dépassant la célébrité d'une meneuse de revue, Joséphine BAKER est parvenue au stade du mythe. Icône de l'exotisme et symbole d'émancipation sexuelle, sa renommée a progressivement glissé vers d'autres registres. Elle fut patriote, ralliée à la France libre pendant la seconde guerre mondiale, et surtout militante antiraciste acharnée, au point d'adopter douze enfants aux origines les plus diverses : son village du monde absorba toutes ses forces jusqu'à la ruine. Devenue la plus française des américaines, Joséphine BAKER déployait une énergie, qui après cinquante ans de carrière, l'a conduite à mourir quasiment sur scène.

Glamourisée, mythifiée et démonisée, on a souvent caricaturé Joséphine BAKER, en la ramenant à cette femme noire et libre dans la France des «Années Folles» à cette danseuse nue avec ses bananes. On se souvient de ces images qui ont fait le tour du monde : la panthère noire croquée par Paul COLIN (1892-1985), la diva moulée dans des robes de strass, coiffée de diadèmes et de plumes. Joséphine entre en scène, le 2 octobre 1925, dans la Revue Nègre, dans une tenue composée d’une simple ceinture de bananes autour des hanches en chantant «moi j’aime les bananes, parce qu’il n’y a pas d’os dedans». Ces bananes plantains venant des Antilles, longs et gros, se redressant de façon provocante, étaient des symboles phalliques ; elles ont choqué les âmes puritaines.

Les Années folles, antidote à la Grande Guerre, ou  «Roaring Twenties » de Broadway dépeintes par SCOT FITZGERALD aux États-Unis, sont symbolisées en France par le scandale de la Revue nègre : les Français cherchent à oublier et s’engouffrent dans une course frénétique à la consommation et à la modernité. Depuis le début du siècle, le traditionnel café-concert s’est peu à peu mué en music-hall. Les revues des grandes salles parisiennes rivalisent par l’appel à l’exotisme, le luxe affiché des décors et l’originalité des programmes musicaux et des rythmes dansés.

Au moment où Joséphine débarque à Paris, le cosmopolitisme de la capitale est indéniable, mais cette ouverture sur les autres s’accompagne d’une montée des populismes. Ainsi, à Paris, les ballets russes de Diaghilev ont régné sur Paris de 1909 à 1929. L’extrême-droite dénonce l’envahissement de Paris par les étrangers. L’assassinat du président Paul DOUMER (1857-1932), tué par un russe, Paul Gorguloff (1895-1932), déclenche une vague sans précédent de xénophobie, «Les étrangers absolument indésirables, dangereux pour la sécurité publique, sont devenus un véritable fléau » souligne un rapport de police en date du 6 mai 1932. L’assassinat du Ministre des affaires étrangères, Louis BARTHOU (1862-1934), déclenche une vague de xénophobie violente en France. Joséphine BAKER apprécie l’accueil de la capitale française : «Je suis française noire. Et j’aime Paris. Votre pays est le seul où l’on puisse vivre tranquillement» dit-elle.

En fait, sous les paillettes et les costumes extravagants de Joséphine, star de la chanson et de la danse, se cache une femme de cœur et de courage. Elle chantera l'amour, la liberté et son profond humanisme, jusqu'à son dernier souffle. «I never was a Red. I’m just part of the brotherhood of mankind» dit-elle. La "petite négrillonne", comme l'appellera Mistinguett, va gravir tous les échelons, pour se hisser en haut de l’affiche. Danseuse, chanteuse, actrice, militante de la cause de l’égalité et humaniste, Joséphine se passionnera pour les nobles causes. Un peu ostentatoire dans ses goûts, amoureuse des plaisirs du corps, mais aussi à l'écoute des souffrances humaines auxquelles ses années d'enfance misérable à Saint Louis l'ont sensibilisée, Joséphine sera une combattante inlassable pour l’égalité et contre la ségrégation dont sont victimes ses frères noirs américains.

Les mémoires de Joséphine BAKER, recueillis pendant plus de vingt ans par le grand journaliste de l'entre-deux-guerres Marcel SAUVAGE, rendent hommage cette «Vénus noire», cette femme hors du commun, célébrée dans le monde entier et racontent la difficulté de ses premiers pas dans une société raciste, son arrivée en France, ses débuts à Paris, son triomphe aux Folies-Bergère, ses amours, son engagement dans les services de renseignement et son action aux côtés du général de GAULLE.

Qui était donc Joséphine BAKER ?

Joséphine BAKER, de son vrai nom, Freda Joséphine Mac DONALD, est née le 3 juin 1906 à Saint-Louis, aux Etats-Unis (Missouri), d'une mère célibataire métisse noire et indienne, Carrie Mc DONALD et d'un Blanc, d’origine espagnole, Eddie CARSON. Vivant dans la misère et en conflit permanent avec sa mère, elle se marie, une première fois avec Willie Wells BAKER, à 13 ans. Joséphine BAKER a débuté sur scène dans le music hall new yorkais en 1921, dans la revue Shuffle Along. Fuyant ces conditions de vie difficiles, Joséphine BAKER a 19 ans quand elle débarque en France, le 22 septembre1925. Elle se fait remarquer par Caroline DUDLEY, une américaine amoureuse du jazz, qui entend monter à Paris une revue noire. «Dotée d’une forte personnalité, ambitieuse, audacieuse et talentueuse, Joséphine BAKER est consciente de sa valeur. (…). Bien que naïve, elle a néanmoins une idée claire de son avenir : elle veut être riche et célèbre» dit Charles ONANA un de ses biographes.

Paris est une ville pleine de promesses et traditionnellement les danseuses noires doivent céder aux désirs sexuels des clients. Mais Joséphine a de l’aplomb, du courage et de la détermination. Le 2 octobre 1925, au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, Joséphine déclenche l’enthousiasme avec le premier spectacle de la Revue Nègre devant des personnalités comme Robert DESNOS, Blaise CENDRAS. Certaines critiques sont élogieuses : «c’est elle de son trémoussement forcé, de ses dislocations téméraires, de ses mouvements lancés qu’émane le jet rythmique. (…) La musique naît de la danse, et quelle danse !», s’exclame André LEVINSON dans la revue des arts et spectacle Comoedia du 12 octobre 1925. Robert de FLERS, du Figaro, n’a pas hésité de descendre carrément, Joséphine dont le spectacle est considéré comme l’offense la plus directe qu’ait jamais reçu le goût français » et il poursuit «la Revue Nègre est un lamentable exhibitionnisme transatlantique qui nous fait remonter au singe» et il parle «d’obscénité puérile». Mais la force de Joséphine c’est son courage, son esprit d’initiative, et surtout son goût du travail et son sens de l’effort. Et puis, la petite danseuse nue afro-américaine devient la coqueluche des Années Folles, fascinant aussi bien Picasso que Cocteau, Le Corbusier ou Simenon. Dans un parfum de scandale, les années 1930 la voient devenir la première star noire mondiale, de Buenos Aires à Vienne, de Londres à Tunis.

Joséphine crée en 1926, le Bakerfix, une pommade employée pour des cheveux cours=ts gominés. En plein Paris, colonial, Joséphine a conquis la capitale. « A partir de minuit, tout le monde est sauvage, là-haut, à Montmartre » dit-elle dans ses mémoires. Alors, Joséphine ouvre son bistrot, « Chez Joséphine », rue Pigalle, le 14 décembre 1926. Entre 1928 et 1930, Joséphine va faire la tournée dans différents pays européens, soutenu par son compagnon et producteur Pépito. En Autriche, des groupes d’extrême-droite se mobilisent pour interdire son spectacle. On lui reproche d’être noire, de danser dénudée et de gagner beaucoup d’argent. En 1929, à Munich, son spectacle est interdit pour atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs.

A son retour, Joséphine connaît la consécration avec son arrivée au Casino de Paris. La rencontre avec Henri VARNA la propulse au rang de vedette du music-hall. C’est VARNA qui lui a enseigné les ficelles du métier.

Joséphine BAKER entame une carrière cinématographique et tourne dans «Zouzou» de Marc ALLEGRET, en 1934 avec Jean GABIN, et y incarne une blanchisseuse parisienne. Elle aura des rôles dans «Princesse tam-tam » en 1935 et la «Sirène des tropiques» en 1927. «Le cinéma s’est servi d’elle, mais ne l’a pas servi» dit un journaliste.

En 1931, Joséphine BAKER participe à Vincennes, à l’exposition coloniale organisée par le président Paul REYNAUD. C’est la même année que Vincent SCOTTO compose pour elle «j’ai deux amours, mon pays et Paris».

Le 30 novembre 1937, Joséphine prend la nationalité française, en épousant l’industriel français Jean LION, fils de Maurice LION, un courtier en sucre. Leur rencontre a eu lieu au Bois de Boulogne ; tous les deux sont passionnés d’équitation.

Sentant la montée du fascisme et de l’intolérance, elle n’a pas manqué de souligner : «I’ll say it’s getting darker and darker».  Engagée dans la résistance pendant la guerre, dans les services de renseignements de la France Libre, avec le grade de lieutenant, la chanteuse est consacrée Compagnon de la Libération par le général de Gaulle. Joséphine chante pour les victimes de guerre et milite pour les droits civiques des Noirs américains confrontés au racisme.

Joséphine incarne les valeurs de tolérance et d’humanisme ; elle rêve d’une Nation française en arc-en-ciel. Dès les années 1950, installée dans le Château des Milandes, en Dordogne, avec son dernier mari Jo BOUILLON, l’artiste se partage entre sa carrière et l’éducation de sa Tribu Arc en Ciel : 12 orphelins de nationalités différentes qu’elle adopte, en écho à son idéal de réconciliation des races.

En 1968, ruinée, elle parvient à sauver sa famille grâce à Brigitte BARDOT et Grace KELLY.

En 1966, Joséphine BAKER participe au 1er festival des arts nègres à Dakar et anime la nuit des Antilles.

Joséphine BAKER meurt le 12 avril 1975, à Paris, dans le 13ème arrondissement, au lendemain de son spectacle à Bobino, après 50 ans de scène. Une piscine, à côté de la garde d’Austerlitz, porte son nom.

Bibliographie sélective

1 – Contributions de Joséphine Baker

BAKER (Joséphine), Joséphine, Paris, Robert Laffont, 1976, 414 pages ;

BAKER (Joséphine), LECACHE (Bernard), Le soleil brillera aussi pour vous, Paris, 1957, LICRA, 16 pages ;

BAKER (Joséphine), Les Milandes, Castelnau-Fayrae, Chez l’auteur, 1959, 32 pages ;

BAKER (Joséphine), SAUVAGE (Michel), Les mémoires de Joséphine Baker, Paris, éditions CRA, 1927, 189 pages, Paris, Corréa, 1949, 352 pages et Paris, Dilecta 2006, illustration de Paul Colin, 298 pages ;

BAKER (Joséphine), BOUILLON (Jo), Joséphine, Harper and Row, 1977, 302 pages (en anglais).

2 – Critiques de Joséphine Baker

2 – 1 Critiques en langue française

ABTEY (Jacques), La guerre secrète de Joséphine Baker, Paris, Siboney, 324 pages ;

BAKER (Jean-Claude), Joséphine, une vie mise à nu, Paris, A Contrario, 1995, 469 pages ;

BOUILLON-BAKER (Jean-Claude), Château sur la lune, le rêve brisé de Joséphine Baker, 2012, Paris, Hors Collection, 276 pages ;

BAKER (Brian), TRICHARD (Gilles), Joséphine Baker : Le regard d’un fils, Paris, Robin, 2006, 190 pages ;

BARBIER (Michèle), Tumpie dite Joséphine Baker, Paris, Alan Sutton, 158 pages ;

BOCQUET (José-Louis), Joséphine Baker, Castermann, 2016, 568 pages ;

BONINI (Emmanuel), Joséphine Baker, cent images pour une légende, Périgueux, La Lauze, 2001, 160 pages ;

BONINI (Emmanuel), La véritable Joséphine Baker, Paris, Pygmallion-Gérard Watelet, 2000, 368 pages ;

COHEN (Evelyne), Paris dans l’imaginaire national dans l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, 396 pages, spéc. pages 106 à 107 ;

La guerre secrète de Joséphine Baker, avec une lettre autogr. du général de Gaulle, Siboney, 1948, 323 pages ;

CRUCHAUDET (Chloé), Joséphine Baker, Paris, Nocturne, 2006, 36 pages ;

DUBOIS (Régis), Les Noirs dans le cinéma français, Paris, 2016, Lettmotif, 246 pages, spéc pages 21 à 26 ;

DUFRESNE (Jean-Claude), Il était une fois Joséphine Baker, Paris, Lafon, 2006, 281 pages ;

EHRET (Marie-Florence), Joséphine Baker – des trottoirs de Saint-Louis aux marches du Panthéon, Paris, La Différence, 2016, 102 pages ;

FOURNY (Marc), 12 scandaleuses qui ont changé l’histoire, Paris, Pygmalion, 2015, 376 pages ;

MACRELL (Judith), Josephine’s Story,  Pan MacMillan, 2013, 80 pages ;

MONTAIGNAC (Katya), Chez Joséphine Baker, Arles, 2002, 72 pages ;

ONANA (Charles), Joséphine Baker contre Hitler, la star noire de la  France libre, Paris, éditions Duboiris, 2006 et 2016, 189 pages ;

ORY (Pascal), Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, Paris, Robert Laffont, Bouquins Ségher, 2013, 1357 pages, voir la lettre B ;  

HRUBY POWELL (Patricia) Joséphine : Joséphine Baker, la danse, la résistance et les enfants, illustration de Christian Robinson, traduction de  Laurana Serres-Giardi, Voisins-Le-Bretonneux, Rue du Monde, 2015, 101 pages ;

ROSE (Phyllis), Joséphine Baker, une américaine à Paris, Paris, Fayard, 1990, 392 pages ;

WOOD (Ean), La folie Joséphine Baker, Paris, Le Serpent à plûmes, 2001, 362 pages.

2-2 – Critique en langue anglaise,

BENETTA (Jules-Rosette), Josephine in Art and Life : The Icon and the Image, University of Illinois Press, 2007, 368 pages ;

CHICAGO REVIEW PRESS, “The Many Faces of Josephine Baker, Dancer, Singer, Activist, Spy”, Chicago Review Press, 1er février 2015, 208 pages ;

COLIN (Paul), GATES (Henry, Louis), DALTON (Karen, C.C.), Josephine Baker and La Revue Nègre : Paul Colin’s Lithographs of the Tumulte Noir in Paris 1927, H.N. Abrahms, 1998, 64 pages ;

DIOP (Aminata), Josephine Baker : A Phenomenon in France, 1978, éditeur inconnu, 78 pages ;

EZRA (Elisabeth), The Colonial Unconscious : Race and Culture in Interwwar France, Cornell University Press, 2000, 173 pages, spec pages 97-100 ;  

GUILD (Leo), Josephine Baker, Holloway House, 1976, 223 pages

HRUBY POWELL (Patricia), Josephine : the Dazzling Life of Josephine Baker, Chronicle Books, 2014, 104 pages ;

PRATT GUTERL (Matthew), Josephine Baker and The Rainbow Tribe, Harward University Press, 31 mars 2014, 250 pages ;

STJEPANOVIC-PAULY (Marianne), Joséphine Baker, la danse libérée, illustration de Pauline Sciot, Paris, A Dos d’Ane, 2011, 45 pages ;

SWEENEY (Carole), From Fetish to Subject : Race, Modernism, and Primitism, 1919-1935, Greenwood Publishinh Group, 2004, 160 pages, spec37-51 ;

WOOD (Ean), The Josephine Baker Story, Omnibus Press, 2010 et  Sanctuary, 2002, 415 pages.

Paris, le 5 décembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 11:46

En renonçant de briguer un nouveau mandat présidentiel, François HOLLANDE a pris le chemin de la lucidité, de la sagesse, de l'humilité, de l'honneur, du courage et de la dignité, pour donner des chances à la Gauche de se rassembler et de gagner en 2017.

J'ai pris acte que M. HOLLANDE regrette d'avoir initié la déchéance de la nationalité, une erreur tragique de son mandat que j'avais violemment désapprouvée. J’avais applaudi sans modération lors de son discours du 22 janvier 2012 au Bourget. «Mon ennemi, c’est la finance» avait-il dit. M. HOLLANDE avait lancé un slogan que j’ai abondamment relayé «le changement, c’est maintenant». Le changement est arrivé, mais pas celui qu’on attendait. La Gauche a perdu son âme, et les militants sont désemparé et démobilisés. La leçon que j'en tire, la Gauche doit rester la Gauche, être attachée à ses principes et valeurs, être éthique et morale, respecter la parole donnée, dire ce qu'elle fait et faire ce qu'elle dit. La dissimulation et le mensonge doivent être bannis du comportement de nos dirigeants.

«Je crois pour demain, comme hier, à la victoire de la Gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que sa famille, c’est toute la Gauche. Hors du rassemblement populaire, il n'y a point de salut», nous avait dit François MITTERRAND qui nous manque, énormément. Cette multiplication des candidatures à Gauche annonce un désastre considérable pour les Républicains. Par conséquent, les forces de la Gauche, les vraies, doivent être à la hauteur de ces enjeux de 2017 qui menacent la République et le Pacte social. Face à une Droite lepénisée et tatchérisée, je n'ai pas à choisir entre la peste et le choléra. Que cela soit clair : je ne voterai pas pour M. FILLON contre Mme LE PEN.

Avec le renoncement de François HOLLANDE une certaine Gauche est morte. En effet, à force de trahison et de renoncement, nous ne savons plus qui nous sommes. Certains même demandent de changer le nom du Parti Socialiste. Quelles forfaiture et imposture ! Les hommes de Droite infiltrés au PS doivent partir, sans délai ! Il nous faudra donc bien un congrès d'orientation après les présidentielles, au Parti socialiste. Qu'est-ce être socialiste au XXIème siècle ? L'échec de François HOLLANDE nous interpelle, face à la Gauche cosmétique qui a démontré au pouvoir les limites et les dangers de son action qui ne font que renforcer une Droite lepénisée.

Tout en restant ferme dans mes convictions républicaines et pour le bien-vivre ensemble, je suis devenu méfiant et exigeant. Comme le dirait ma grand-mère, Dourma LY : «je suis un aveugle, je ne vois que ce je touche».

Paris, le 1er décembre 2016, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«François HOLLANDE ne se représentera pas en 2017 : la vraie Gauche est interpellée», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 20:08

 

 «Je crois pour demain, comme hier, à la victoire de la Gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que sa famille, c’est toute la Gauche. Hors du rassemblement populaire, il n'y a point de salut», nous avait dit François MITTERRAND qui nous manque, énormément. Il est indubitable que sur le plan de la participation, la Droite qui avait un culte du chef, une tradition bonapartiste de l’autocélébration, a réussi sa Primaire. Elle part unie aux présidentielles de 2017, avec un programme particulièrement dur pour les faibles et de nature à concurrencer, très sérieusement, le Front National, qui se croyait, jusqu’ici, aux portes du pouvoir, sur un plateau d’argent.

La campagne des présidentielles de 2017 sera violente. Au sein de la Droite, les rancoeurs seront tenaces, et en dépit des faux-semblants, la défaite de M. SARKOZY laissera un goût amer, notamment pour le contrôle du Parti des Républicains par les Fillionnistes et la caporalisation du Centre, devenu un marche-pied, pour les conservateurs. Par ailleurs, le 2ème tour de ces primaires a été féroce, notamment avec les attaques, dans les réseaux sociaux, par cette Droite dure Fillionniste, contre M. Alain JUPPE affublé du prénom musulman «Aly», pour avoir construit une mosquée dans sa ville. M. JUPPE est sorti de sa réserve et n’a pas hésité parler de campagne électorale «dégueulasse».

L’élimination du candidat SARKOZY est une nouvelle donne pour la gauche qui espérait affronter ce personnage dont les Français n’en voulaient plus. En effet, accordons-nous de le dire ces primaires de la Droite et du Centre indique est une victoire nette et sans bavure d’une Droite musclée, la plus conservatrice depuis MAC-MAHON, qu’on n’attendait pas. En effet, la sécurité sociale, symbole du pacte républicain depuis la Libération, sera démantelée et livrée à la médecine libérale et aux assurances privées. Avec cette montée des forces conservatrices, c’est la Droite, dans toute sa grande brutalité qui se présentera aux présidentielles de 2017. Il est indéniable que, pour cette Droite tatchérisée et lepénisée, les exclus sont des assistés et les Français issus de l’immigration, des indigènes de la République, nécessairement tous des délinquants potentiels, des fondamentalistes et des profiteurs de la protection sociale. Il faudrait, par conséquent, diminuer la dépense publique, réduire les allocations de chômage et le nombre de fonctionnaires, porter le temps de travail à 39 heures payées 35 heures. Ils veulent surtout réduire les impôts des riches. Mais quelqu’un devra payer ; à travers la TVA ce sont, en fait, les pauvres qui paieront pour les riches ! Ces coupes sombres dans le budget se traduiront, immanquablement, par un saccage des acquis sociaux, une destruction de la qualité du service public, et une plus grande souffrance pour les exclus. La Droite promet la retraite à 65 ans et de faciliter le licenciement ; il faudra également recruter des infirmières pour s’occuper des petits vieux qui vont contraints et forcés d'aller au boulot.

C'est une Droite traditionnaliste, ultra-conservatrice sur les questions de société qui propose, notamment de durcir ou interdire le droit au regroupement familial, de rétablir le contrôle aux frontières. Dans leur programme, ils proposent de construire encore des places en prison pour nos enfants, ravalés au rang d’indigènes de la République. M. FILLON comme Donald TRUMP souhaite renforcer la relation avec la Russie tsariste de POUTINE, alliée des dictatures musclées comme la Syrie.

Du même coup, cette primaire de la Droite lepénisée et arrogante pose de nombreuses questions à la Gauche divisée et un manque de leadership, ou du moins d’un programme mobilisateur. En effet, le peuple de Droite a clairement indiqué sa volonté de violenter les plus faibles et de stigmatiser les Français issus de l’immigration. En revanche, la Gauche tâtonne encore. S’il est clair maintenant, M. Jean-Luc MELENCHON sera soutenu par les Communistes, doit-il se présenter à la primaire de toute la Gauche ? ll est maintenant en position de force face à une Droite dure. Va-t-il rester dans l’isolement, au risque d’annihiler toute chance de la Gauche ? Son hommage appuyé à la Fidèle CASTRO pourrait être un boulet pour lui.

Qu’en est-il de la Gauche non-communiste ?

La Gauche, divisée plus que jamais, devrait saisir cette donnée pour rebondir. En effet, nous sommes en face d’un dilemme, un casse-tête chinois : si M. HOLLANDE se présentait, toutes les tendances, même si on n’est plus sûr de rien, indiquent qu’il pourrait connaître la défaite et le déshonneur, comme M. SARKOZY. S’il renonçait à se présenter, les appétits et les divisions de la gauche non-communistes, vont s’aiguiser.

Dans tous les cas, le camp de la Gauche réformiste, sous la houlette de M. Manuel VALLS, premier ministre, se prépare pour la relève : «Je prendrai ma décision en conscience» dit le Premier Ministre, dans le JDD du 27 novembre 2017. Il guette l'occasion pour "tuer le père". Cette «Deuxième gauche» dont parlait Michel ROCARD (voir mon post sur ROCARD), pourrait rassembler l’électorat de M. JUPPE, de M. François BAYROU, et de M. Emmanuel MACRON. Je rappelle qu’en 2007, Ségolène s’était rendue sous la fenêtre de M. BAYROU. Ce camp centriste peut être crédible face à une Droite particulièrement dure et un Front National discret, mais qui ne cesse savourer la victoire de ses idées bien au-delà de son camp.

Dans ce pugilat et ce champ de ruines qui s'annoncent, la Gauche devrait se reconstruire et se recomposer ou sombrer pendant quelques années dans un sommeil profond.

Je suis persuadé, après les élections législatives, suite aux congrès de Tours en 1920 et d’Epinay-sur-Seine en 1971, il faudrait un autre congrès du Parti Socialiste, sur sa ligne politique devenue illisible et inaudible. Car, là est tout le problème : qu’est-ce socialiste à notre époque, s’il s’agissait seulement d’appliquer les politiques libérales ? Pour ma part, notre identité est brouillée ; il faudrait clarifier notre ligne politique. Ceux qui n’ont rien à voir avec le Socialisme devraient rejoindre le Centre qui est en ce moment le ventre mou de la Droite.

Face à ces graves interrogations, je mets à rêver à haute voix. Il est vrai que je ne cesserai jamais de rêver, jusqu’au dernier souffle, face à cette «débâcle qui vient», en référence à un ouvrage prémonitoire de M. Laurent MAUDUIT, (voir mon post). En effet, rien n’empêche, dans ce risque de naufrage de la Gauche, qu’une personnalité incontestable émerge, subitement, du lot et mette tout le monde d'accord. Mmes Christiane TAUBIRA, Ségolène ROYAL et Anne HIDALGO observent un mutisme. Robert BADINTER est une autorité morale incontestable. Mme Martine AUBRY a-telle encore une carte à jouer ? Et pourquoi M. Lionel JOSPIN ne démissionnerait-il pas du Constitutionnel ? Ce serait une bonne occasion de laver l’affront de 2002 et de redonner espoir et espérance. J’irai allumer un cierge à ma belle église de Jourdain. Un miracle pourrait se produire. "Je crois aux forces de l'esprit" en référence à une expression d'un extraordinaire dirigeant, François MITTERRAND.

Vive la France républicaine, citoyenne et fraternelle et pour un bien-vivre ensemble !

Paris, le 27 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Après les primaires de la Droite et du Centre, un énorme défi est lancé à la Gauche ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 17:43

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 21 novembre 2016

Fonctionnaire colonial, ingénieur géomètre expert-agrée, militant socialiste, syndicaliste, député du Sénégal et membre du conseil économique et social, géomètre, Amadou Sada DIA, est né en 1922, à Kanel, dans le Fouta-Toro, au Nord du Sénégal. A 94 ans, Amadou Sadia, profondément attaché à ses racines, plein de dynamisme, raconte son exceptionnel parcours : «un Foutanké, témoin de trois générations». Le témoignage que nous livre le doyen Amadou Sada DIA est d’une importance capitale pour l’histoire du Sénégal, notamment la colonisation, la guerre, les batailles avant l’indépendance, la crise de 1962, le Parti unique de fait et l’avènement du multipartisme. «Avec courage, il décrit, sans détours, les mœurs politiques en vigueur à l’époque : élections truquées, instrumentalisation de l’administration et d’une partie de l’Armée» dit le professeur Iba Der THIAM. Il a côtoyé tous les géants de la vie politique du Sénégal, comme Léopold Sédar SENGHOR, Abdou DIOUF et Abdoulaye WADE. Il fait le bilan de ses expériences avec ces dirigeants.

Amadou Sada DIA, brosse aussi un tableau sans précédent de la peinture du Fouta-Toro, terre d’abondance, de diversité agricole, «la vie était belle, douce et fraternelle et en général, paisible ponctuée de temps en temps, par quelques épidémies, vite maîtrisée» dit le professeur Iba Der THIAM. Pour maître Malick SALL : « j’eus, un moment donné, le sentiment d’avoir sous les yeux une réédition du célèbre ouvrage de Cheikh Hamidou KANE, intitulé l’Aventure ambiguë». Cependant, maître SALL précise que «Amadou Sada DIA nous invite à une découverte du réel, passé ou présent».

Amadou Sada DIA explique lui-même les raisons pour lesquels il a décidé d’écrire cet ouvrage : «j’ai voulu parler de ma vie pour laisser à mes enfants mon itinéraire au Fouta». Il ajoute cette précision importante «j’avais constaté que la jeunesse actuelle (…) ne connaissait rien de l’Afrique. (…) Par contre l’Europe, ses grands hommes, (…) sont connus de tous. La plupart de mes enfants nés à Dakar ne connaissent rien du pays réel, en général, et du Fouta, en particulier».

Amadou Sada est né, en 1992, à Kanel, chef lieu du Damga. Il passa son enfance à Madina Torobé, dans le village de sa mère Couro Banel WANE, descendante d’une famille princière. Son aïeul, Tapsirou Amadou Hamath WANE, avait quité M’Boumba pour s’implanter à Kanel. Son père, Sada DIA, descendait de la famille de Thierno NDIABALA. C’est à Kanel, fief de Abdou Salam KANE, chef de canton, que le jeune Amadou Sada, a vu, en 1928, pour la première fois une automobile conduite par un Européen. «Ma jeunesse à Kanel fut heureuse, car je grandissais dans une famille princière, riche de revenus versés par les tributaires champs du Walo» dit-il. En dépit, de la croyance qu’allait à l’école c’était de choisir de l’enfer, il fut inscrit à la seule école du Damga, située en l’espèce à Kanel. Amadou Sada poursuivra ses études primaires en 1936 à Matam, en 1939, ses études primaires supérieures, Blanchot, à Saint-Louis. Il fera ses études de géomètre de 1943 à 1947 à l’école technique supérieure de Bamako.

Sa vie professionnelle commencera en 1947 à Saint-Louis, comme assistant topographe. Député du Sénégal de 1973 à 1978 et après une retraite anticipée, il crée en 1980, un Bureau de Géomètre privé.

Références

DIA (Amadou Sada), Un Foutanké, témoin de trois générations, préface du professeur Iba Der THIAM, introduction de maître Malick SALL, avocat, Dakar, Iris 2016, 115 pages.

Paris, le 20 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Amadou Sada DIA : un Foutanké témoin de trois générations», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 17:35

Le 1er tour des primaires de la Droite et du Centre indique est une victoire nette et sans bavure d’une Droite musclée, la plus conservatrice depuis MAC-MAHON, qu’on n’attendait pas. Si le 2ème tour confirmait cette montée de François FILLON, c’est la Droite, dans toute sa grande brutalité qui se présentera, unie, aux présidentielles de 2017. Ce deuxième tour, programme contre programme, est intéressant, car il prendra à témoin les Français sur ce qu’est, réellement, le programme de François FILLON, "Mr Nobody" ; ce "collaborateur" prétendant être un homme neuf, alors qu'il a avoué avoir dirigé un État en faillite. En effet, jusqu’ici, ce sont les questions de personnes qui ont été au centre du 1er tour. Il est indéniable que, pour cette Droite tatchérisée et lepénisée, les exclus sont des assistés et les Français issus de l’immigration, des indigènes de la République, nécessairement tous des délinquants potentiels, des fondamentalistes et des profiteurs de la protection sociale. Il faudrait, par conséquent, diminuer la dépense publique, réduire les allocations de chômage et le nombre de fonctionnaires, porter le temps de travail à 39 heures payées 35 heures. Ils veulent surtout réduire les impôts des riches. Mais quelqu’un devra payer ; à travers la TVA ce sont, en fait, les pauvres qui paieront pour les riches ! Ces coupes sombres dans le budget se traduiront, immanquablement, par un saccage des acquis sociaux, une destruction de la qualité du service public, et une plus grande souffrance pour les exclus. La Droite promet la retraite à 65 ans et de faciliter le licenciement ; il faudra également recruter des infirmières pour s’occuper des petits vieux qui vont contraints et forcés d'aller au boulot.

C'est une Droite ultra-conservatrice sur les questions de société qui propose, notamment de durcir ou interdire le droit au regroupement familial, de rétablir le contrôle aux frontières. Dans leur programme, ils proposent de construire encore des places en prison pour nos enfants, ravalés au rang d’indigènes de la République. M. FILLON comme Donald TRUMP souhaite renforcer la relation avec la Russie tsariste de POUTINE, alliée des dictatures musclées comme la Syrie.

Intéressé, je ne me sentais pas concerné par cette primaire de la Droite. Aussi, je me réjouis pleinement, la défaite de M. SARKOZY qui a été kärchérisé ; il pourra manger tranquillement sa double ration de frites sans jambon. Dans sa retraite politique, l’homme du Fouquet’s pourra préparer, plus tranquillement, sa défense pour les nombreuses casseroles qu’il traîne. Je lui apporterai volontiers des oranges en prison. Le conseiller occulte de M. SARKOZY alias Paul BISMUTH avec ses Rolex, en la personne de Patrick BUISSON pourra aller chercher du boulot au Front National.

Je me réjouis aussi de la cuisante défaite de M. Jean-François COPE, qui a ramassé un bonnet d’âne. La bassesse et l'infamie de cet homme qui n'est pas totalement étranger au scandale Big Millions avaient heurté notre conscience. Sa vision raciste et primaire de la politique, le conduira lui à déguster goulument son pain au chocolat.

Cependant, ce succès massif de la primaire de la Droite, en terme de participation, confirme cette tendance dans le monde (BREXIT en Grande-Bretagne, phénomène TRUMP, défaite aux élections locales d’Angéla MERKEL qui doit affronter des élections générales en 2017, poussée de l’extrême-droite en Autriche) et en France un phénomène droitisation accentuée de la vie politique. On sent un rejet profond des élites qui a emporté sur son passage M. SARKOZY, et qui n’épargnera pas probablement M. HOLLANDE.

La Gauche, divisée plus que jamais, devrait saisir cette donnée pour rebondir. En effet, nous sommes en face d’un dilemme, un casse-tête chinois : si M. HOLLANDE se présentait, toutes les tendances, même si on n’est plus sûr de rien, indiquent qu’il pourrait connaître la défaite et le déshonneur, comme M. SARKOZY. S’il renonçait à se présenter, les appétits et les divisions de la gauche non-communistes, vont s’aiguiser.

Dans tous les cas, le camp de la Gauche réformiste, sous la houlette de M. Manuel VALLS, premier ministre, se prépare pour la relève. Il guette l'occasion pour "tuer le père". Cette «Deuxième gauche» dont parlait Michel ROCARD (voir mon post sur ROCARD), pourrait rassembler l’électorat de M. JUPPE, de M. BAYROU, et de M. MACRON. Je rappelle qu’en 2007, Ségolène s’était rendue sous la fenêtre de BAYROU. Ce camp centriste peut être crédible face à une Droite particulièrement dure et un Front National discret, mais qui ne cesse savourer la victoire de ses idées bien au-delà de son camp.

Dans ce pugilat et ce champ de ruines qui s'annoncent, la Gauche devrait se reconstruire et se recomposer ou sombrer pendant quelques années dans un sommeil profond.

Je suis persuadé, après les élections législatives, suite aux congrès de Tours en 1920 et d’Epinay-sur-Seine en 1971, il faudrait un autre congrès du Parti Socialiste, sur sa ligne politique devenue illisible et inaudible. Car, là est tout le problème : qu’est-ce socialiste à notre époque, s’il s’agissait seulement d’appliquer les politiques libérales ? Pour ma part, notre identité est brouillée ; il faudrait clarifier notre ligne politique. Ceux qui n’ont rien à voir avec le Socialisme devraient rejoindre le Centre qui est en ce moment le ventre mou de la Droite.

Force est de constater, que dans ce chaos, et pour l’instant, M. Jean-Luc MELENCHON, avec sa «France Insoumise», a un grand boulevard devant lui. Mais quelle est pertinence et faisabilité d’un programme quasi-communiste à l’aube du XXIème siècle en France, surtout lorsque ses alliés communistes hésitent encore à le soutenir comme la corde soutient le pendu ?

Face à ces graves interrogations, je mets à rêver à haute voix. Il est vrai que je ne cesserai jamais de rêver, jusqu’au dernier souffle, face à cette «débâcle qui vient», en référence à un ouvrage prémonitoire de M. Laurent MAUDUIT, (voir mon post). En effet, rien n’empêche, dans ce risque de naufrage de la Gauche, qu’une personnalité incontestable émerge, subitement, du lot et mette tout le monde d'accord. Mmes Christiane TAUBIRA, Ségolène ROYAL et Anne HIDALGO observent un mutisme. Robert BADINTER est une autorité morale incontestable. Et pourquoi M. Lionel JOSPIN ne démissionnerait-il pas du Constitutionnel ? Ce serait une bonne occasion de laver l’affront de 2002 et de redonner espoir et espérance. J’irai allumer un cierge à ma belle église de Jourdain. Un miracle pourrait se produire. "Je crois aux forces de l'esprit" en référence à une expression d'un extraordinaire dirigeant qui nous manque, un autre François.

Vive la France républicaine, citoyenne et fraternelle et pour un bien-vivre ensemble !

Paris, le 21 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

«Primaires de la Droite : vers une victoire d’une Droite lepénisée et tatchérisée : Quelles perspectives ? », par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 17:33

Certains observateurs, inspirés par une perte de repères et par la confusion des genres, recommandent aux électeurs de gauche de participer aux primaires de la Droite et du Centre des 20 et 27 novembre 2016. Pour eux, Alain JUPPE serait le moindre mal face à une droite lepénisée représentée par Messieurs SARKOZY et FILLON.

Je n’irai pas voter à ces primaires. Entre caïmans et crocodiles, je ne vois pas la différence ; avec leurs longues dents acérées qu'ils se dévorent entre eux ! En effet, l’examen attentif des propositions faites par les principaux protagonistes montrent que sur le fond, ils sont d’accord presque sur tout, c’est une question de nuance à la marge, de posture et de personnalité. Sous l’effet de la remontée de M. FILLON dans les sondages, M. JUPPE a durci le ton. Ils vilipendent les élites et se présentent comme étant des candidats anti-système. Pourtant nous ne sommes pas frappés d'amnésie. En effet, loin d’être des hommes neufs, certains même ont un casier judiciaire ou trainent de lourdes casseroles. On se souvient, que quand ils étaient aux commandes de l’Etat, les désastres de leur politique pour les plus faibles et la lepénisation de leur politique. Sous la menace du Front National qui ne cesse de progresser, ces vieux chevaux de retour droitisent encore plus leur programme. Entre la Droite et le FN les digues sont rompues.

I – La jolie Droite avec ses crocs acérés

Dans ces primaires, le programme de la Droite peut être résumé en deux points :

A – La Droite propose un saccage des acquis sociaux

Il est indéniable que pour la Droite, les exclus sont des assistés. Il faudrait par conséquent diminuer la dépense publique, réduire les allocations de chômage et le nombre de fonctionnaires, porter le temps de travail à 39 heures pour le même salaire.

Ils veulent surtout réduire les impôts des riches. Mais il faut que quelqu’un paie !

Ces coupes sombres dans le budget se traduiront, immanquablement, par un saccage des acquis sociaux, une destruction de la qualité du service public, et une plus grande souffrance pour les exclus.

«Mon ennemi c’est la finance» avait dit François HOLLANDE. Mais il a appliqué, avec Emmanuel MACRON, une politique libérale. La Droite qui le critique aujourd’hui, veut encore renforcer ses privilèges et affaiblir davantage les sans-dents.

B– La Droite propose un massacre des populations issues de l’immigration.

La Droite, avec la question de l’immigration, révèle au grand jour sa lepénisation des esprits. Point n’est besoin, dans ses propositions, de renforcer le bien-vivre ensemble, la solidarité et la fraternité ; elle n’expose que des mesures punitives et répressives, ainsi que la stigmatisation de ces populations qui ne font pas partie, à leurs yeux de la communauté nationale. Ce ne sont que des «immigrés».

On connaît la «double ration de frites», sans jambon, que propose M. SARKOZY dans les cantines, pour les enfants musulmans. S’attaquer aux enfants, c’est le comble de la lâcheté. En dépit du fait que le droit à une vie familiale normale ait été consacré par la Cour européenne des droits de l’Homme, la Droite propose de durcir ou interdire le droit au regroupement familial, de rétablir le contrôle aux frontières. Dans leur programme, ils proposent de construire encore des places en prison pour nos enfants, ravalés au rang d’indigènes de la République. Nos enfants, sont nécessairement, tous, des délinquants ou des fondamentalistes musulmans potentiels qui menacent leurs ancêtres les Gaulois. Il faut supprimer le collège unique et ne pas aider les jeunes en échec scolaire.


Aujourd’hui, et sous un gouvernement de gauche, un Français, issu de l’immigration, a toutes les difficultés du monde de faire venir sa famille en France. Les dossiers de transcription du mariage ou des actes de naissance des enfants nés à l’étranger, sont bloqués, par de simples circulaires, entre 4 et 6 ans. Les retraités qui ont travaillé toute leur vie en France, ont des difficultés considérables pour renouveler leur titre de séjour. En cas de décès, la pension de réversion n’est accordée à la famille, qu’après d’interminables batailles de procédures. Toutes ces humiliations quotidiennes ne s’appliquent, naturellement, qu’aux Arabes et aux Noirs qui sont dégoûtés de la politique et des politiciens.


II – Il faut défendre la République !


 

Nous vivons une drôle d’époque que n’aurait pas renié un exceptionnel intellectuel italien : «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» dit Antonio GRAMSCI. En effet, la tendance majeure, dans les pays occidentaux, atteste que des vents mauvais soufflent sur le monde. En raison de la désaffection des Français issus de l’immigration, à l’égard la Politique et qui vivent quotidiennement des humiliations, face aux divisions de la Gauche et à la lepénisation de la Droite, à la victoire du BREXIT en Grande-Bretagne et au triomphe des idées répugnantes de Donald TRUMP aux Etats-Unis, il y a un risque sérieux que Marine LE PEN soit vainqueur des présidentielles de 2017, dès le 1er premier tour.


«Le malheur a habituellement deux effets: souvent il éteint toute affection envers les malheureux, et, non moins souvent, il éteint chez les malheureux toute affection envers les autres» disait GRAMSCI. Je sais que les Français issus de l'immigration sont sceptiques vis à vis de la politique et le mandat calamiteux de M. HOLLANDE les renforce dans cette position (refus d'appliquer le droit de vote des étrangers aux élections locales, exclusion des cadres issus de l'immigration dans son gouvernement et sa haute admiration ; projet honteux sur la déchéance de la nationalité ; refus de rendre justice à la famille d'Adama TRAORE massacré par des gendarmes, etc.). Un discours séduisant, mais une pratique désastreuse. Tout cela c'est de l'hypocrisie. On me trompe une fois, mais pas deux fois. Je sais aussi que les Républicains sont majoritaires dans cet extraordinaires pays qu’est la France. Mais ils ont choisi de baisser la garde et de ranger leur drapeau. «Pour triompher, le Mal n’a besoin que l’inaction des gens de Bien. On ne peut agir, efficacement, qu’en travaillant de concert», dit Edmond BURKE. En effet, l'élection américaine montre bien que si on ne s'occupe pas de la Politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire si on ne donne pas son avis sur les échéances électorales majeures, la politique va s'occuper de vous. Par conséquent, nous devons rester vigilants et défendre, sans failles, la République et l’égalité réelle. «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING.


«J’étais isolé. J’étouffais comme tant d’autres en France, dans un monde moral ennemi ; je voulais respirer ; je voulais réagir contre une civilisation malsaine, contre une pensée corrompue par une fausse élite ; je voulais dire à cette élite : vous mentez, vous ne représentez pas la France» dit Romain ROLLAND. C’est pour cela qu’il lui fallait un héros, comme son «Jean-Christophe», aux yeux et au cœur pur, qui eût l’âme assez intacte pour avoir le droit de parler, et la voix assez forte pour se faire entendre. Ce héros de nos jours c'est cette France républicaine et citoyenne, c'est chacun d'entre nous.


Par conséquent, il est encore grand temps de défendre la République qui est gravement menacée ! Pour toutes les personnes, quelque soient leurs origines, attachées à la justice, à l'égalité, à la fraternité et au bien-vivre ensemble, il faudrait entrer résolument en résistance. Comme Nelson MANDELA, face à la tyrannie je rappelle le poème «Invictus» de William Ernest HENLEY (1843-1903) qui est devenu mon cri de révolte et d’espoir :

«Dans les ténèbres qui m'enserrent

Noires comme un puits où l'on se noie

Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient

Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances

Je n'ai ni gémi ni pleuré

Meurtri par cette existence

Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs

Se profile l'ombre de la Mort

Je ne sais ce que me réserve le sort

Mais je suis, et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin

Nombreux, les châtiments infâmes

Je suis le maître de mon destin

Je suis le capitaine de mon âme».

Vive la France républicaine, citoyenne et fraternelle et pour un bien-vivre ensemble !

Paris, le 19 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Je n’irai pas voter à la primaire de la Droite et du Centre !», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 23:23

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 20 novembre 2016.

«Quiconque a voyagé longtemps aux côtés d’une ombre, éprouve le désir de connaître l’homme auquel appartient cette ombre» dit Paul SEIPPEL un des biographes de Romain ROLLAND, un homme illustre qui a allumé la lampe de Diogène. Romain ROLLAND ayant renoncé aux foires des vanités, est en rupture avec la littérature de son époque classée dans la catégorie des industries insalubres. En effet, la plupart des auteurs de son époque pratiquent la prostitution intellectuelle pour tenir le haut du pavé. Remplis d’eux-mêmes, ces auteurs ne recherchent que le succès immédiat, et n’ont pour but unique, en bons commerçants, que de parler d’eux-mêmes. Mais la jeunesse française, de l’époque, était éprise de hauteur de point de vue et de propreté morale. Romain ROLLAND est, quant à lui, un bretteur, un idéaliste qui poursuit une haute exigence de renouveler les valeurs morales : «Combien nous avons souffert ! Et tant d’autres avec nous, quand nous voyons s’amasser, chaque jour, autour de nous, une atmosphère plus lourde, un art corrompu, une politique immorale et cynique, une pensée veule, s’abandonnant au souffle du néant» dit Romain ROLLAND. Écrivain engagé, épistolier, pacifiste, poète et humaniste, musicologue, biographe, essayiste, romancier et dramaturge, figure majeure de la littérature française du XXe siècle, Romain ROLLAND nous a légué une oeuvre exigeante et ambitieuse, distinguée par le prix Nobel en 1915, et dont la pièce maîtresse demeure Jean-Christophe, roman auquel il consacra dix ans de sa vie. Passionné de musique, il y retrace le destin et la formation d'un compositeur de génie, héros romantique et «âme libre» à l'image du Werther de Goethe. «Ma tâche est de dire ce que je crois juste et humain» dit Romain ROLLAND.

Romain ROLLAND, extraordinaire épistolier, a senti, à travers sa correspondance avec Stefan ZWEIG, la montée du fascisme. En effet, Romain ROLLAND et Stefan ZWEIG (1881-1942) : deux écrivains humanistes, symbole d’une «Europe des esprits» humiliée par la Grande Guerre. Au-delà de l’amitié qui les lie Romain ROLLAND et Stefan ZWEIG partagent une même conscience du danger face aux nouvelles idéologies de l’Europe d’après-guerre, où violences et assassinats politiques revêtent déjà un caractère antisémite. D’une richesse inouïe, leur correspondance nous entraîne dans l’entre-deux-guerres, avec en toile de fond la montée des totalitarismes et l’engrenage qui mena l’humanité d’un conflit à un autre. «Au-dessus la mêlée» est le plus célèbre manifeste pacifiste de la Grande Guerre. Comparable au «J'accuse» d’Emile ZOLA, il fut publié par Romain ROLLAND le 24 septembre 1914 dans le Journal de Genève. Ce texte exceptionnel, qui exhorte les belligérants à prendre de la hauteur pour saisir l'ampleur du désastre, provoqua aussitôt de nombreuses réactions violentes et haineuses envers son auteur, dont la lucidité, l'idéal de non-violence et de communion entre les peuples furent néanmoins récompensés, dès 1915, par le prix Nobel de littérature. En effet, les conservateurs avaient tenté de salir Romain ROLLAND en mettant en doute son patriotisme, notamment quand il a écrit Jean-Christophe, un héros allemand : «c’est une camelote à l’allemande, des petits pioupious de Nuremberg, entrés chez nous par contrebande, sans envergure, sans âme» disent-ils. La remarquable étude de René CHEVAL « Romain Rolland, l’Allemagne et la guerre » a disculpé Romain ROLLAND qui n »a jamais été envoûté par une Allemagne belliciste. Romain ROLLAND qui n’a jamais cessé d’être clairvoyant à l’égard de l’Allemagne depuis la défaite de Sedan, entrevoyait le bruit des bottes. Pacifiste, il est resté en Suisse pendant la Première guerre mondiale : «Je n’aurais jamais pu être un soldat ; j’aurais déserté ; je me serai suicidé» dit-il. Victime de partis pris et de préjugés, Romain ROLLAND vécut une Histoire qui a bouleversé l'Europe, avec deux guerres mondiales et l'avènement du communisme ainsi que le fascisme. Pacifiste en 1914, il a voulu se placer «au-dessus de la mêlée». Dans les années 30, il a accepté d'être le «compagnon de route» des communistes. Il a rencontré Joseph STALINE par l’intermédiaire de l’écrivain russe, Maxime GORKI. Lorsqu’il a appris la Révolution russe, il s’est écrié : «de grandes nouvelles qui nous arrivent de Russie me battre le cœur de joie et d’espérance». Européen convaincu qui a lutté contre le fascisme et le nazisme, internationaliste et cosmopolite, il a jeté un pont entre l'Occident et l'Orient. Romain ROLLAND est un personnage contradictoire, avec ses grandeurs et ses erreurs. Il n’en reste pas moins que cet intellectuel, à travers sa contribution littéraire, a joué un rôle majeur dans les affrontements idéologiques du XXème siècle. «Je suis fait de trois choses : un esprit ferme, un corps très faible et un cœur constamment livré à quelque chose» dit-il.

Le Prix Nobel de littérature de 1915 a rendu hommage «au grand idéalisme de ses écrits, ainsi qu’à la symphonie et à la vérité avec laquelle il a peint les différents types humaines. La foi de Romain ROLLAND est humaine et laïque. Inspiré du stoïcisme et de l’hindouisme, il hait l’idéalisme couard. Ascétique et mystique, pour lui, la douleur est la purification : «La souffrance et la lutte qu’y a –t-il de plus normal ? ». Romain ROLLAND le culte des héros «Il y a un Dieu dans l’homme : c’est l’homme». Il ne souhaite pas idolâtrer des héros inaccessibles. Ses héros sont des hommes au grand cœur qui se débattent dans la misère tenace de l’existence. Ils souffrent de la maladie, de l’injustice, de la bêtise et du désespoir. Romain ROLLAND vit de la solitude, mais il déteste le mensonge : «J’étais isolé. J’étouffais comme tant d’autres en France, dans un monde moral ennemi ; je voulais respirer ; je voulais réagir contre une civilisation malsaine, contre une pensée corrompue par une fausse élite ; je voulais dire à cette élite : vous mentez, vous ne représentez pas la France» dit Romain ROLLAND. C’est pour cela qu’il fallait un héros, comme son «Jean-Christophe », aux yeux et au cœur pur, qui eût l’âme assez intacte pour avoir le droit de parler, et la voix assez forte pour se faire entendre.

Romain ROLLAND, né le 29 janvier 1866, à Clamecy, dans la Nièvre. Dans l’épisode d’Antoinette on sent racontées les premières années de Romain ROLLAND. Il y décrit une «petite ville endormie qui mire son visage dans l’eau trouble d’un canal endormi, sans monuments, sans souvenirs. Rien n’est fait pour attirer, tout est fait pour retenir» écrit Romain ROLLAND. Il y retrace les couleurs grises de la vie provinciale. Romain ROLLAND fait ses études à Clamcy jusqu’au collège. Il s’inscrit, par la suite au Lycée Louis Le Grand, et y rencontre Paul CLAUDEL (1868-1955), dramaturge, poète, essayiste et diplomate. Bernard DUCHELET consacre un ouvrage sur les deux hommes «amitié perdue et retrouvée». Tout les séparait : religion, philosophie, politique - et même la littérature. L'un était poète d'abord, créateur de ses formes d'art, l'autre romancier, sagement fidèle à l'idiome reçu de ses pères. Et pourtant... après un demi-siècle d'éloignement et de mutuelle incompréhension, ils se rencontrent ; avec une heureuse surprise ils se découvrent très proches, voire fraternellement unis dans leur vision des êtres et des choses. Une seule faille subsiste, irréductible ; l'un et l'autre sont pénétrés d'esprit religieux ; tous deux fréquentent la Bible et les Pères de l'Église ; mais, en dépit des efforts infatigables de Paul, Romain reste «sur le seuil de la dernière porte» : celle de l'accès aux sacrements. Ils sont tous les deux romantiques wagnériens, révoltés contre les conventions bourgeoises. Ils parlent de poésie et de musique. En effet, passionné par la musique et excellent pianiste, Romain ROLLAND envisage, un moment, de devenir musicien ; ce goût pour la musique marquera son œuvre. Sa passion de la musique lui vient de sa mère qui aurait voulu qu’il poursuive une carrière musicale. Son père le destinait à Polytechnique. Mais il s’inscrit à l’école normale en 1886. Passionné de la littérature et de la philosophie, il choisit l’histoire et la géographie. Ses maîtres, Paul GUIRAUD, élève de Numa Denis FUSTEL de COULANGES (1830-1889), historien, et Gabriel MONOD, élève de Jules MICHELET (1798-1894), père de l’histoire de France, lui inculquent une bonne méthode travail et le goût de la précision scientifique.

Dans sa vie intellectuelle et douloureuse, ses spéculations philosophiques, Romain ROLLAND est à la recherche de la Vérité. Il entreprend de lire les pré-socratiques, notamment Empédocle, puis par la suite SPINOZA. Son essai panthéiste et philosophique, «Crédoquia Verum» contient ses idées fondamentales. Ce n’est pas «Je pense, je suis», de Descartes, mais «Je suis, donc il est». Romain ROLLAND introduit la «pensée-sensation », une conception de Dieu et du monde extérieur, une explication de la liberté, des régles morales et esthétiques. Romain ROLLAND voue un culte absolu à Léon TOLSTOI, dans ses années à l’école normale supérieure : «chacun s’y retrouvant soi-même, et, pour tous, c’était une porte qui s’ouvrait sur l’immense univers, une révélation de la vie». L’influence de TOLSTOI a été grande sur Romain ROLLAND, sur ses idées morales et esthétiques, sur sa conception de la vie.

Agrégé d’histoire à vingt-trois ans, en 1889, Romain ROLLAND fut admis à l’école française de Rome. Il fut immédiatement conquis par la «Ville Eternelle» : «L’ensorceleuse Rome que j’ai tant aimée» dira-t-il. Dans les années passées, entre 1889 et 1891, à Rome, il y rencontre, sur recommandation de son professeur Gabriel MONOD, une grande dame protestante, origine d’Allemagne et de souche française, Malwida Von MEYSENBUG (1816-1903), Prix Nobel de littérature. Tous les deux sont passionnés de Wagner et de Nietzsche. Malwida l’invite à jouer, Mozart et Beethoven, à son salon, près du Colisée. Féministe et mondaine, Malwida incarne, aux yeux de Romain ROLLAND, un idéal élevé d’émancipation par la culture, de liberté orgueilleuse et de fraternité distinguée. Il fera un autre séjour à Rome entre 1892 et 1893 pour préparer sa thèse soutenue à la Sorbonne en 1895. Il est chargé des cours de l’histoire de l’art à l’Ecole normale supérieure et aura comme élève un certain Charles PEGUY, fondateur des Cahiers de la Quinzaine.

Romain ROLLAND enseigne d’abord l’histoire de l’art à l’École normale supérieure et l’histoire de la musique à la Sorbonne. Après un accident grave de la circulation, en 1910, Romain ROLLAND s’isole progressivement et privilégie ses activités d’écrivain. Dans son penchant pour l’héroïsme et la tristesse, il dénonce, dans l’affaire Dreyfus, «la grandeur et la vilénie indicibles des deux parties en lutte». Ascète, mystique, réservé, sobre et distant, Romain ROLLAND se réfugie dans l’écriture : « j’aimais l’art avec passion ; depuis l’enfance, je me nourrissais d’art, surtout de musique ; je n’aurais pu m’en passer ; je puis dire que la musique m’était un aliment aussi indispensable à ma vie que le pain» dit Romain ROLLAND. Pour lui, la musique embrasse l’univers entier et l’infini de la pensée humaine : «tout est musique, pour un cœur de musicien» dit-il. La corruption de l’art isole les hommes, les déprave et contribue à développer la frustration. L’âme reflète le tranquille et le lumineux de l’âme cette âme où «tout est raison et charité» dit Romain ROLLAND. Dans son étude «Qu’est-ce que l’art ?», Léon TOLTSOI estime que «l’art est inutile, à moins qu’il ne renonce à son objet, et qu’il devienne une simple dépendance et un simple moyen à son service. L’art doit nous inspirer des sentiments nobles et courageux et produire du Bien». L’artiste doit être un prophète et désintéressé, il ne doit pas rechercher un avantage personnel, mais il est «exclusivement un serviteur de la vérité». En effet, pour Romain ROLLAND, la dignité de l’art est souillée par des milliers de parasites. «Tout ce qui réunit les hommes est le Bien et le Beau ; tout ce qui les sépare est le Mal et le Laid» dit Léon TOLSTOI. C’est cette «conception religieuse» de l’art et de l’activité intellectuelle qui a inspiré Romain ROLLAND.

Romain ROLLAND s’installe à Paris, dans le quartier de Montparnasse, près de Denfert-Rochereau. Proche de la nature, Romain ROLLAND sent Dieu partout : «ma foi est un instinct incontestable. Et, avec les années, la vie, au lieu de l’émousser, l’aiguise davantage» dit-il.

I – Romain ROLLAND, un culte voué à l’art

Romain ROLLAND, l’âme raisonneuse et mystique, commence par collaborer avec les «Cahiers de la Quinzaine de Charles PEGUY», dont le premier volume est paru en 1900. Il y publie ses drames populaires, ses biographies de héros et son œuvre-maîtresse «Jean-Christophe» qui prétendait faire son chemin en se passant des «marchands de gloire». Il a bousculé toute cette intelligentsia cupide et a installé une magnifique culture de l’esprit pur.

Romain ROLLAND cultive l’amour-propre ; ce qu’on appelle un «bourgeon» et le «bourgeon» le plus florissant de Romain ROLLAND est l’ultime satisfaction d’avoir été le tout premier parler de «Jean-Christophe». Juché de ses épaules de géant, il a passé, fort à son aise, le fleuve aux eaux tumultueuses. C’est une invitation à l’espoir et à l’espérance.

Romain ROLLAND commence à écrire pour le théâtre, puis devient célèbre avec les dix volumes de son cycle romanesque Jean-Christophe (1904-1912), l'histoire d'un musicien allemand qui essaie de faire de sa vie une œuvre. «Jean-Christophe» est une pensée de jeunesse, réalisée à l’âge mûr ; un roman dont le principal personnage musicien, un héros inspiré de Wagner, l’homme au cœur pur, aux yeux purs, jugeant librement le monde libre, s’imposant à lui comme une brusque intuition.  Prix Fémina de 1905, son ouvrage «Jean-Christophe KRAFFT» relate la vie d’un musicien allemand, incarnant l'espoir d'une humanité réconciliée en montrant notamment la complémentarité entre l'Allemagne et la France. De l'enfance à la maturité, Jean-Christophe Krafft découvre la douleur, l'injustice, affronte les épreuves de la vie pour enfin s'accomplir, trouver l'équilibre et la paix. Dégoûté par l’amour, le héros reporte sur la musique toute sa pensée. Maintenant qu’il a souffert et aimé, il se rend compte qu’il n’a traduit que des sentiments superficiels. Il souffre dans sa ville et raille le goût allemand de tout idéaliser. Il ne peut plus vivre en Allemagne et s’exile en France. Il se sentait tout seul au départ : «il ne savait pas qu’une grande âme n’est jamais seule, si dénuée qu’elle soit d’amis, par la fortune, elle finit toujours par en créer. Elle rayonne autour d’elle l’amour dont elle est pleine».

Roman d'apprentissage, tableau du monde intellectuel européen de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, cette vaste fresque qui mêle pensée et poésie, réalisme et symbolisme, est autant une réflexion sur la création artistique que l'exploration sensible et profonde de l'âme humaine. Un chef-d'oeuvre et un classique. Le parcours personnel de ce héros romantique est la quête d'une sagesse visant à l'harmonie avec le rythme de la vie universelle.

Dans son «Jean-Christophe» Romain a mis beaucoup de lui-même. Il s’y est mis tout entier, avec ses idées, ses expériences de vie, avec une part d’autobiographie. Le génial Jean-Christophe est un intuitif doué d’une vitalité puissante. Comme un grand enfant joyeux, il va droit devant lui, brisant les obstacles qu’il ne voit pas. Il crée, il ne raisonne pas. Le personnage d’Olivier, est le produit d’une vieille civilisation raffinée, un esprit réfléchi et ultra-critique. La pensée paralyse en lui la force active. Jean-Christophe serait l’idéal de vie de Romain ROLLAND. On pourrait le reconnaître, en lui-même, tel qu’il fut à l’époque la plus troublée de sa jeunesse.

Idéaliste et humaniste, Romain ROLLAND a rédigé de nombreuses biographies de grands hommes (Beethoven, Michel-Ange, Haendel, Tolstoï, etc.). Pour Romain ROLLAND, Michel-Ange, c’est la Pythie visitée par Apollon : «Qui ne croit pas au génie, qui ne sait pas ce qu’il est, qu’il réponde Michel-Ange. Jamais l’homme n’en faut aussi la proie» dit Romain ROLLAND.

«La première condition, pour un digne membre de notre grande famille, est d’aimer la musique. Que ceux qui, d’aventure, ne porteraient pas Beethoven dans leur cœur passent leur chemin ! Nous n’avons rien à voir avec ces gens-là» dit-il. Romain ROLLAND rédige de nombreuses biographies, dont «Beethoven» entre 1928 et 1945 et «Charles Péguy» en 1944, qui fut son ami. Beethoven, le sourd, l’infirme a fait tout ce qui est en son pouvoir, pour devenir un homme digne de ce nom. Une monumentale biographie de Beethoven, parue en sept volumes, à laquelle Romain ROLLAND consacra les vingt-cinq dernières années de sa vie. Il se fait un peintre profond de Beethoven et un analyste sensible et clairvoyant de l’œuvre de celui dont il a pu dire : «Je suis bien sûr de connaître plus intimement Beethoven qu’aucun de ceux qui l’ont connu de son vivant». Beethoven c’est la grande «âme fraternelle», on a loué sa grandeur artistique : «Il est bien davantage que le premier des musiciens. Il est la force héroïque de l’art moderne. Il est le plus grand et le meilleur pour ceux qui souffrent et qui luttent. (…). Quand la fatigue nous prend de l’éternel combat inutilement livré contre la médiocrité des vices et des vertus, c’est un bien indicible de se retremper dans cet océan de volonté et de foi» dit Romain ROLLAND. Beethoven est une victoire éclatante de l’esprit.

Romain ROLLAND s’intéresse à l’histoire immédiate : «Nous envions dans notre histoire bien des siècles disparus, des époques de gloire, et il n’en est guère de plus belle que la nôtre ; il n’en est pas une seule qui soit plus passionnante. Seulement il faut être fort pour l’embrasser. C’est un âge de crise et de résurrection. Je crois voir dans le Jugement Dernier de Michel-Ange, les groupes de corps qui tombent comme des raisins, les formes moites qui s’écroulent, la poussière qui fermente, la vie nouvelle qui fleurit, un tumultueux appel des trompettes qui sonnent».

II – Romain ROLLAND, un culte voué à l’harmonie, à la paix et à la fraternité

Epris de justice et de paix, Romain ROLLAND a été témoin de deux grandes guerres mondiales. En 1915, en plein conflit mondial, dans «Au-dessus de la mêlée», Romain ROLLAND prône la paix et condamne la violence, passant aux yeux de certains pour un traître à la patrie. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1915, Romain ROLLAND ne reçoit cette récompense qu'en 1916. Étonnamment, il a pu écrire : «Je me moque de la littérature. Si on lit ce que je fais comme de la littérature, on ne me comprend certainement pas». Romain ROLLAND a, en effet, une passion, une sorte de mystique, qui habite son œuvre : la recherche de l’harmonie, de la communion entre les hommes.

Romain ROLLAND considère Léon TOLTSOI comme étant celui qui a la haine du mensonge, le souci de la sincérité, le besoin d’être utile, la nécessité du sacrifice, et surtout l’universalité de l’art. «Jamais voix pareille à celle de Tolstoï n'avait encore retenti en Europe. Comment expliquer autrement le frémissement d'émotion que nous éprouvions alors à entendre cette musique de l'âme, que nous attendions depuis si longtemps et dont nous avions besoin ? Mais c'était trop peu pour nous d'admirer l'oeuvre : nous la vivions, elle était nôtre», dit-il dans la biographie qu’il a consacrée à TOLSTOI. Romain ROLLAND pense comme TOLSTOI que l’art doit rester une pensée élevée, très généreuse et plus fraternelle : «L’art est lourd autour de nous. La vieille Europe s’engourdit dans une atmosphère pesante et viciée. Un matérialisme sans grandeur pèse sur la pensée, et entrave l’action des gouvernements et des individus. Le monde meurt d’asphyxie dans son égoïsme. Le monde étouffe. Ouvrons les fenêtres. Faisons rentrer l’air libre. Respirons le souffle des héros» dit Romain ROLLAND.

Il est marqué par la pensée de l’Inde, notamment la non-violence, et devient l’ami de Gandhi, dont il rédige une biographie, «Mahatma Gandhi» en 1924. ROLLAND s’intéresse de près au mouvement socialiste, dont il est un compagnon de route. Romain ROLLAND se tourne vers l’Inde, dès 1914, attiré par «la ruche de son esprit antique» et «sa divine polyphonie». Sans jamais s’être rendu en Inde, aidé par sa soeur Madeleine qui lui sert d’interprète, il accumule une importante documentation sur l’Inde politique, engagée dans la lutte nationaliste, et sur l’Inde mystique des penseurs hindous.

Le jeune Stefan ZWEIG écrit alors que «Jean-Christophe est un événement éthique plus encore que littéraire» ; Romain ROLLAND devient un maître pour lui et ils échangent une riche correspondance. Grand humaniste, admirateur de l’Inde, contradictoire, avec ses grandeurs et ses erreurs, Romain ROLLAND souligne le rôle majeur de cet intellectuel dans les affrontements idéologiques du XXème siècle et évoque l'aventure intérieure d'un être passionné qui a cherché avec obstination à donner un sens à son existence.

En 1924, il publie une Étude sur Tagore, séduit par la pensée universaliste du poète Rabindranath TAGORE (1861-1941), prix Nobel de littérature en 1913, qui lui fait découvrir la culture indienne et avec lequel il partage une même passion pour la musique et la peinture. Après ses visites à Paris et Boulogne-sur-Seine, Rabindranath TAGORE écrit en 1922 : «De tous les hommes que j’ai rencontrés en Occident, c’est Rolland qui me frappa comme étant le plus proche de mon coeur et le plus apparenté à mon esprit».

En 1924, Romain ROLLAND publie un essai sur l’action politique du Mahatma GANDHI (1869-1948), apôtre de la non-violence, qu’il reçoit à Villeneuve en 1931. Mohandas GANDHI qualifia Romain ROLLAND «d’homme le plus sage de l’Europe». Romain ROLLAND présente l’itinéraire d’un ami, un homme qui s'est voulu résolument modeste et qui a voué sa vie à l'apologie de la non-violence, au refus des exclusions et à l'amour du peuple de l'Inde. Publié pour la première fois en 1924, cette biographie propose une réflexion toujours actuelle.

Romain ROLLAND rêvait de réformer le théâtre française, but ultime de sa vie et voue un culte absolu à William SHAKESPEARE. Il écrit des tragédies de la foi, comme Aërt, Saint-Louis et Du triomphe de la raison. Saint-Louis, c’est l’exaltation religieuse, c’est ce Roi triomphant de nombreux obstacles par la vertu de sa foi, puis meurt, pieusement, au pied de la montagne, du haut de laquelle les soldats aperçoivent Jérusalem. Aërt est l’exaltation nationale, désespéré de n’avoir pas pu libérer la Hollande, il se suicide.

Mort le 30 décembre 1944 à Vézelay, Romain ROLLAND, homme de théâtre, essayiste, biographe et fondateur en 1923 de la revue Europe, a profondément marqué la littérature française de la première moitié du XXème siècle.

Bibliographie

ROLLAND (Rolland), Le cloître de la rue d’Ulm : un journal de Romain Rolland à l’école normale de 1886 à 1889, Paris, Albin Michel, 1952, 327 pages ;

ROLLAND (Romain), Au-dessus de la mêlée, préface Christophe Prochasson, Bernard Duchatelet, Paris, Payot, 2013, 215 pages ;

ROLLAND (Romain), Beethoven : les grandes époques créatrices, Paris, A. Michel, 1980, 2ème édition, 1515 pages ;

ROLLAND (Romain), Correspondances 1920-1927, Romain Rolland, Stefan Zweig, Paris, Albin Michel, 2015, 730 pages ;

ROLLAND (Romain), Danton, Paris, éditions de la Revue d’Art Dramatique, 1900, 124 pages ;

ROLLAND (Romain), Essai sur la mystique et l’action de l’Inde vivante, la vie de Ramakrishna, Paris, Stock, 1929, 440 pages ;

ROLLAND (Romain), Inde : journal 1915-1943, Paris, Albin Michel, 2013, 628 pages ;

ROLLAND (Romain), Jean-Christophe. Éd. Définitive, Paris, A. Michel, 1966, 1607 pages ;

ROLLAND (Romain), L’éclair de Spinoza, Paris, Pagine Arte, collection Ciel vague, 2012, 130 pages ;

ROLLAND (Romain), La tragédie de la foi : Saint-Louis, Aërt, le temps viendra, Paris, Albin Michel, 2012, 296 pages ;

ROLLAND (Romain), La vie de Michel-Ange, Paris, Hachette, 1906, 1908, 1917 et 1923, 210 pages et L’Harmattan, 2004, 220 pages ;

ROLLAND (Romain), La vie de Tolstoï, préface Stéphane Barsaque, Paris, Albin Michel, 2010, 260 pages ;

ROLLAND (Romain), Les Origines du théâtre lyrique moderne, histoire de l'opéra avant Lully et Scarlatti, Paris, éditions Thorin, 1895, 338 pages ;

ROLLAND (Romain), Les précurseurs, Paris, L’Humanité, 1920, 226 pages ;

ROLLAND (Romain), Liluli, Paris, Albin Michel, 2013, 218 pages ;

ROLLAND (Romain), Mahatma Gandhi, Paris, Stock, 1993, 153 pages ;

ROLLAND (Romain), Mémoires et fragments du journal, Paris, Albin Michel, 1956, 379 pages ;

ROLLAND (Romain), Musiciens d’autrefois, l’opéra avant l’opéra, préface de Gîlles Cantagrel,  Paris, Actes Sud, 2014, 256 pages ;

ROLLAND (Romain), Péguy, Paris, La Découverte, 2015, 615 pages ;

ROLLAND (Romain), Pour l’honneur de l’esprit : correspondances de Romain Rolland à Charles Péguy, (1898-1914), Paris, Albin Michel, Cahier n°22, 2012, 352 pages ;

ROLLAND (Romain), Printemps romain : choix de lettres de Romain Rolland à sa mère, (1889-1890), Paris, Albin Michel, 2012, 360 pages ;

ROLLAND (Romain), Robespierre, Paris, éditions de la Revue d’Art Dramatique, 1939, 317 pages ;

ROLLAND (Romain), Sur Berlioz, Paris, éditions Complexe, 2003, 92 pages ;

ROLLAND (Romain), Un beau visage à tous sens, Paris, Albin Michel, 1967, 400 pages.

Paris, le 20 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Romain ROLLAND (1866-1944) : un écrivain français cosmopolite et un intellectuel majeur du XXème siècle», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 19:36

Cet article a été publié dans le journal FERLOO édition du 9 novembre 2016.

Personne n'avait sérieusement envisagé une victoire massive de Donald TRUMP, candidat fantasque et truculent, aux élections présidentielles américaines. Pourtant ce tremblement de terre indique que l'Amérique renoue avec ses vieux démons qu'est la ségrégation raciale. L'écrivaine américaine, Maya ANGELOU, avait bien qualifié l'Amérique de "grande plantation" de coton. La campagne électorale, particulièrement médiocre, s'est focalisée sur la personnalité des candidats alors que bien des gens qui se sentent déclassés notamment les petits Blancs veulent sanctionner les 2 mandats d'OBAMA. Finalement, c’est dans ce calme plat que les voix caricaturales et tonitruantes se font mieux entendre.

En effet, grand prédateur sexuel et outrancier, Donald TRUMP est ouvertement raciste, complotiste, xénophobe, homophobe, misogyne, isolationniste et populiste. Ce milliardaire qui se veut anti-système, du haut sa tour d'ivoire, avait promis un "Brexit puissance 10", la baisse des impôts des riches et l'expulsion de millions d'illégaux. Face à un homme aussi irresponsable, à qui son équipe de campagne avait interdit de Tweeter 2 jours avant le scrutin et qui détient l'arme nucléaire, on peut s'attendre au pire. Jusqu'où ira t-il ? Je crois que, dans ses improvisations, il est capable de tout. "God Bless America !" disent les Anglais. J'ai envie d'étonner la chanson des Beatles : "We all Live in a Yellow Submarine".

Après une campagne électorale acrimonieuse et clivante, Donald TRUMP a surpris, pour sa première déclaration apaisante et en annonçant, en rupture avec son idéologie néo-conservatrice, un programme de grands travaux purement keynésien. Il est vrai que, dans sa démarche isolationniste, il peut trouver une importante source de financement de ses projets, en stoppant ces guerres ruineuses et contre-productives des Occidentaux contre le fondamentalisme islamique. En effet, jusqu'ici ces relents belliqueux ont enrichi les lobbies d'armement, installé des gouvernements islamiques, provoqué des vagues de migration et jeté, dans le plus grand dénuement, des millions de personnes vivant correctement auparavant (Libye, Irak et Syrie).

Le parti démocrate n'a pas pu gagner un troisième mandat, une femme ne sera pas présidente des Etats-Unis. Hillary s'est heurtée au plafond de verre. Sûr d'elle-même, Hillary a mal négocié le ralliement de Bunny SANDERS. Et c'est surtout la revanche des petits Blancs après deux mandats hautement symboliques, mais très mitigés de Barack OBAMA qui n'a pas convaincu la communauté noire toujours confrontée à la grande pauvreté et à la violence policière. Ce qui a suscité ce livre de Ta-Nehisi COATES "la colère noire". C'est donc un sévère revers pour Barack OBAMA. Je formule le voeu que Michelle OBAMA reprenne le flambeau aux élections présidentielles de 2020 pour laver cet affront.

Cette victoire de Donald TRUMP est également un pied de nez à l'Europe et un renforcement des positions de Vladimir POUTINE aux relents nationalistes et belliqueux. TRUMP rêve d'une grande Amérique recroquevillée sur elle-même et qui écrase les faibles.

En France, l'extrême-droite doit se sentir pousser les ailes. Marine LE PEN a déjà félicité Donald TRUMP, flairant la dynamique que cette victoire peut lui procurer en termes de légitimité en France. En effet, personne n'attendait Donald TRUMP qui se présente comme étant le candidat anti-système. Il a vaincu les réticences du parti républicain et fait mentir les sondages. Marine LE PEN est discrète ; elle sait qu'avec la double ration de frites de M. SARKOZY, elle pourra rafler la mise des présidentielles, d'autant plus que M. HOLLANDE, qui a trahi Jean JAURES et ses promesse du Bourget du 22 janvier 2012, croit encore en ses chances. Pourtant, M. HOLLANDE, homme intègre et estimable, a saccagé tous les fondamentaux de la gauche (refus du droit de vote des étrangers aux élections locales, projet avorté et honteux sur la déchéance de la nationalité). Son slogan que de campagne que j'avais relayé était : "le changement, c'est maintenant !". Le changement est arrivé, mais pas celui qu'on attendait. En effet. M. HOLLANDE, par ses renoncements et ses bifurcations, a détruit toute envie de militer. Il entretient un faux suspens sur sa candidature ; ce qui rend encore l'atmosphère plus délétère. Chacun, croyant son heure venue, plante des banderilles sur les chances d'une victoire de la République. La Gauche sonne l'hallali face à un président discrédité, et part largement divisée. Même les communistes, avec moins de 2% du corps électoral, ont la tentation de l'autonomie. Autant dire que toutes les conditions sont réunies pour une victoire de Marine LE PEN dès le 1er tour des présidentielles. Or, tout le monde se positionne pour le 2ème tour des présidentielles. Mais, avant le 2ème tour, il y a bien un 1er tour.

Je sais que les Français issus de l'immigration sont sceptiques vis à vis de la politique et le mandat calamiteux de M. HOLLANDE les renforce dans cette position. L'élection américaine montre bien que si on ne s'occupe pas de la Politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire si on ne donne pas son avis sur les échéances électorales majeures, la politique va s'occuper de vous. Or, la tendance majeure, dans les pays occidentaux, atteste que des vents mauvais soufflent sur le monde. Ça pue !

Arrêtons de nous lamenter ! Pour toutes les personnes, quelque soient leurs origines, attachées à la justice, à l'égalité, à la fraternité et au bien-vivre ensemble, il faudrait entrer résolument en résistance. Comme Nelson MANDELA, face à la tyrannie je reprendrai à mon compte le poème «Invictus» de William Ernest HENLEY (1843-1903) :

«Dans les ténèbres qui m'enserrent

Noires comme un puits où l'on se noie

Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient

Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances

Je n'ai ni gémi ni pleuré

Meurtri par cette existence

Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs

Se profile l'ombre de la Mort

Je ne sais ce que me réserve le sort

Mais je suis, et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin

Nombreux, les châtiments infâmes

Je suis le maître de mon destin

Je suis le capitaine de mon âme».

Mes amis, quittons la mélancolie et la tristesse, pour rejoindre la tendresse, l'amour, la joie et l'espérance.

Paris, le 9 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Michèle OBAMA, future présidente des Etats-Unis en 2020.

Michèle OBAMA, future présidente des Etats-Unis en 2020.

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 00:17

Au premier mandat en 2008, de Barack OBAMA, un métis président des États-Unis, j'avais jubilé sans modération. J'estimais, qu'en politique, les symboles ont une grande valeur. Tout reste possible si chaque citoyen se donnait les moyens d'atteindre ses objectifs. Pourtant, dans une grande démocratie comme l'Amérique, "Les Noirs vivent tous dans une grande plantation" disait l'écrivaine noire américaine Maya ANGELOU. Pourtant, Martin Luther KING caressait un rêve d'égalité réelle dans lequel les Noirs "ne seraient plus jugés en raison de la couleur de leur peau, mais à la nature de leur caractère". Il appelait de tous ses voeux à l'égalité, la fraternité, en vue combattre l'injustice et l'oppression, pour faire triompher ainsi la liberté et la justice. Certains conservateurs avaient estimé, hâtivement, que ce premier mandat n'était qu'un accident de l'histoire. Barack OBAMA ne serait élu que par défaut face un candidat républicain discrédité.


La réélection de Barack OBAMA, en 2012, a fait mentir ces préjugés raciaux faisant croire que les Noirs sont nécessairement incompétents et disqualifiés, par principe, pour exercer toute haute responsabilité. On le voit bien en France, où les racistes ont la banane, un traitement honteux a été réservé à Christiane TAUBIRA. Le lynchage de Mmes Najat VALLAUD-BELKACEM, en passant Myriam El KHOMERY à Rachida DATI, est l'un des grands scandales de notre ère.


La réélection de Barack OBAMA, qui fera date dans l'histoire, n'a pas fait disparaître l'inquiétude des Noirs aux États-Unis qui sont confrontés à violences policières sans précédent dans cette "grande plantation" à tel point qu'un mouvement est né "Black Lives Matter". En France, on continuera de réclamer justice et vérité dans le lâche assassinat d'Adama TRAORE par la gendarmerie. En effet, plus de 112 jeunes noirs ont perdu la vie au cours de violences policières, sans enquête sérieuse. L'affaire Bouna et Zied qui avait conduit aux graves violences urbaines de 2005, ainsi que ces familles africaines qui ont perdu la vie dans des incendies criminels à Paris dans les années 80, sont restés un grand traumatisme.


Force est de constater que sous les mandats de Barack OBAMA, les inégalités restent fortes aux Etats-Unis. La campagne des élections présidentielles de 2017 avec Donald TRUMP, un candidat ouvertement raciste, laissera de profondes traces dans la société américaine, quelque soit l'issue de ce scrutin. En effet les deux mandats de Barack OBAMA après le mouvement conservateur du "Tea Party" ont fait naître un goût de revanche des petits Blancs face à la montée en puissance, dans la sphère politique, des communautés noires et hispaniques.

L'élection de Barack OBAMA, dont le père est d'origine Kenyane, avait suscité un énorme espoir que les relations avec l'Afrique seraient empreintes de plus de justice et d'équité. Son discours au Caire avait laissé entrevoir que l'Amérique abandonnerait cette guerre des religions entre l'Occident et l'Afrique pour entamer un dialogue fructueux fondé sur le respect et la confiance mutuels. Il n'en est rien. Barack OBAMA est resté recroquevillé dans les limites du territoire américain, et a préféré recommander aux Africains prendre eux-mêmes en charge leur destin.

Cependant, il ne faudrait pas sous-estimer la puissance symbolique des deux mandats du président OBAMA. L'Amérique reste le pays où tous les rêves sont possibles. Cet optimisme mesuré est à lui tout seul résumé par le slogan de campagne d'OBAMA en 2008 : "Yes We Can". Barack OBAMA avait lui-même écrit un ouvrage "l'audace d'espérer". Le fait, qu'un musulman d'origine indienne soit élu maire de Londres, se rattache, à mon sens, à cette "audace d'espérer".

Même si les mauvais soufflent sur notre belle France, rien n'est perdu si les républicains refusaient le chaos, l'impasse et l'intolérance, pour faire prévaloir les idéaux d'égalité et de fraternité de la Révolution française de 1789. La vraie France, en cette aube du 21ème siècle, est nécessairement diverse, multiraciale, ouverte sur le monde et l'Europe, avec son message universel d'égalité de fraternité et du bien-vivre ensemble. De ce point de vue, la politique reste noble ; nous devrions prendre en charge notre destin et refuser la tyrannie des professionnels du mensonge.

Paris, le 5 novembre 2016 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

La présidence américaine hautement symbolique de Barack OBAMA (2008-2016)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
La présidence américaine hautement symbolique de Barack OBAMA (2008-2016)», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 22:07

Le début du XXème siècle se traduit par l’irruption des Noirs sur la scène politique dans les pays occidentaux, d’abord par la musique de jazz, puis par la participation au premier conflit mondial et enfin à travers le sport, comme en témoigne le cas de Battling Siki.  «Battling Siki se battait très mal : il boxait avec moins d’art qu’un kangourou dressé, il pratiquait une tactique qui rappelait les tactiques de la brousse plutôt que du ring. Mais, enfin, il est continuellement vainqueur. Et le jour où tous les champions de France, majorés de quelques britanniques, ayant mordu la poussière, Siki ne trouva plus à vaincre que Georges Carpentier» écrit J-H ROSNY AINE, de l’Académie Goncourt.

Ce boxeur du début des années 1920, héros sénégalais et fierté africaine, pourrait être aussi un remords français. Turbulent et rusé, Amadou M’Barick FALL dit «Battling Siki», naît le 22 septembre 1897, à St-Louis au Sénégal. Cette date de naissance officielle est contestée : «Je suis né le 15 décembre 1899 à Saint-Louis, alors ne le vieillissez pas, et mon vrai nom c’est Baye FALL ; Baye, en sénégalais, se traduit en français par Louis» dit-il au journal Le Matin du 25 septembre 1922. On sait peu de choses sur son enfance. «Ses jeux et joie : d’un coup de poing, il brise les noix de coco. Il se promène sans vêtements, ses parents étant d’avis qu’il ne faut en faire à l’enfance aucun pagne, même léger», écrit Jacques MORTANE.  Son père, Assane FALL, serait un pêcheur ou un charpentier, qui avait six femmes et vingt-deux enfants. Le prénom de sa mère serait, Oulimata. Comme tous les enfants du Sénégal, il a d’abord fréquenté l’école coranique. Il a comme condisciple, un certain Oumar SARR, grand disciple de Cheikh Amadou, exilé en même temps que lui en Mauritanie, en juin 1903. Amadou FALL vit d'expédients et plonge dans les eaux du fleuve à la recherche des pièces que lui jettent les touristes de passage. Jusqu'au jour où, en 1906, une riche danseuse hollandaise de passage à St-Louis, Elaine-Marie HOLTZMANN-GROSS, l'adopte pour en faire son boy sur scène et l'embarque avec elle en France. Quand elle repart à Rotterdam quelques mois plus tard, Battling reste seul à Marseille, car il est sans papiers. Turbulent, fier de lui, obstiné, Amadou FALL, qui a su survivre dans la difficulté, souhaite donner un sens à sa vie. Dans la rue, l'enfant survit comme il peut et enchaîne les petits boulots. A Marseille, l’enfant est rapidement livré à lui-même. Il décharge des caisses sur les docks, ouvre des portières en livrée, fait la plonge. C’est ce dernier petit boulot qui sera le théâtre de son premier exploit. Un ivrogne fait du grabuge. Il frappe deux fois l’adolescent de 13 ans. Un sel direct suffit à envoyer le gêneur au tapis. Un ancien boxeur le félicite : «Tu es un petit malin». Siki : «Oui monsieur, chez moi on m’appelait Siki le rusé». L’ancien boxeur : «Alors, tu seras Battling Siki». Battling commence à gagner sa vie de façon indépendante en faisant la vaisselle, puis démarre dans le monde la boxe à l’âge de 15 ans. De 1912 à 1914, il livre 16 combats (8 victoires, 6 nuls, 2 défaites). Après avoir rencontré les frères Rose, deux forains qui dirigent une écurie de boxeurs, Siki dispute son premier combat à Grasse. Sa boxe est rudimentaire. Il bondit vers l’avant dès le premier coup de gong, enchaîne de larges crochets ignorant les directs de ses adversaires. Excellent encaisseur, il l’emporte souvent par KO. Siki transforme ses combats en bagarres. Sa carrière est interrompue par la première guerre mondiale. Incorporé comme soldat, Battling Siki, prend le prénom de Louis ; il est décoré de la croix de guerre et reçoit la médaille militaire du mérite. Il a pu accéder au grade d’adjudant dans l’armée française.

Après la guerre, on retrouve Battling Siki, à Toulouse ; il travaille pour une brasserie, «L’Albighi». Il retourne sur les rings, reprend sa carrière en 1919, et enchaîne 43 victoires, 2 nuls et 1 défaite (au 15ème round contre Tom Berry à Rotterdam) en 46 rencontres au cours des 4 années suivantes. Le 2 mai 1920, Battling Siki part à Rotterdam, aux Pays-Bas, combattre contre Willem WESTBROEK qu’il met K.O au cinquième round. Le 21 mai 1921, à la salle Wagram, il battit BALZAC au deuxième round. Siki sort victorieux d’un combat du 3 décembre 1921 et d’un autre du 23 juin 1922. A Rotterdam, Battling Siki rencontre une jeune blonde, Linjte APPLTEERE, qu’il ramène à Paris. Ils se marient et auront un enfant, Louis. «Ma femme, qui est hollandaise, est blanche, blonde, et ses yeux sont bleus. Je l’aime beaucoup, elle m’aime beaucoup, et nous nous aimons bien fort tous les deux», déclare-t-il. En mars 1922, il s’installe à Paris, à la rue Turenne, et déménagera après à la ville de Vanves.

Contrairement aux Etats-Unis où la ségrégation raciale était encore de rigueur, la France, en pleine période coloniale est le seul pays où les combats de boxe entre Noirs et Blancs étaient encore possible. Ainsi aux Etats-Unis, Jack JOHNSON, un champion noir, qui avait battu le 4 juillet 1910, Jim JEFFRIES, un Blanc, a été contraint de se réfugier en France. Cette victoire d’un Blanc contre un Noir, a été perçue comme un affront. Persécuté dans son pays, sous prétexte d’atteinte aux bonnes mœurs, JOHNSON arrive en France, à Paris et déclare «je compte me fixer définitivement dans cette ville et ne plus jamais retourner aux Etats-Unis». En revanche, en France, il existe un engouement pour les combats de boxe mixtes en Noirs et Blancs. Des intellectuels comme Guillaume APOLLINAIRE, Blaise CENDRAS et Colette, sont passionnés pour le noble art. C’est pour cela qu’on a organisé un combat entre Battling Siki et Georges CARPENTIER. «Tout le monde se plaignait, (…) que je ne combattais jamais à Paris. Ma dernière apparition sur un ring parisien remontait, en effet, à juillet 1919 (… )», dit Georges CARPENTIER dans son ouvrage, «Mon match de la vie». Le 24 septembre 1922, les 50 000 amateurs de boxe ignorent qu’on les escroque, quand ils se pressent autour du ring dressé au stade Buffalo, à Montrouge, dans la proche banlieue parisienne. Au sommet de la gloire, Georges CARPENTIER devait humilier Battling Siki. François DESCHAMP, le manager du champion du monde des poids mi-lourds, Georges CARPENTIER, a assisté à la victoire de Siki sur Marcel NILLES, et pense que Battling sera un adversaire «à la portée» de Georges CARPENTIER. Battling Siki est le premier boxeur noir depuis 7 ans à disputer un championnat du monde de boxe. Un élégant du tout-Paris, qui doit se prêter au jeu de la réclame. Le public parisien le demande. On tourne un film sur lui. Il faut un combat pour cela, qui doit durer quatre rounds, au moins. S’entraîner donc, et tout recommencer ? Son manager a une idée : «Qui parle de douleur, pour un peu de pellicule ? On arrangera un combat, contre ce gamin qui monte, tu sais, le petit nègre, Siki ? Il se couchera. On boxera en dentelles, comme une exhibition, et il se couchera. C’est prévu. Nul ne le saura» dit-il. Siki fait dense et brouillon, CARPENTIER presque frêle et impatient. Il presse son adversaire, qui ne donne pas le change. CARPENTIER, l’idole de toute la France, boxe pour la première fois au pays depuis 3 ans. Siki semble être un parfait faire-valoir. La presse son adversaire, qui ne donne pas le change, et fuit. Dans ce combat considéré comme «un animal contre l’homme», Battling Sikki étant surnommé «Championzé». La presse est particulièrement désobligeante à l’égard de Battling Sikki : «Le problème est de savoir si un Blanc vaut deux Noirs, comme les notes de musique» souligne Paris-Midi. «Agile comme les gens de sa race, il évite les coups (…) en se reculant rapidement sur ses jambes. Cette tactique, ou plutôt cette méthode primitive, peut-elle être considérée comme égale à la manière classique du champion du monde ? Evidemment, non», écrit un autre journaliste. «Je suis désolé de voir Carpentier battu et perdant son titre. Mais j’ai une consolation : Battling Siki démontrera, avant six mois, que nous avons quelques raisons chez nous, de n’accorder aux nègres aucune sympathie» dit un journaliste américain au «Miroir des Sports»  du 16 septembre 1922.

Le début du combat semble donner raison au manager de CARPENTIER puisque Siki va deux fois «au tapis» lors des deux premiers rounds. Georges CARPENTIER, grisé par le début du combat aurait prononcé la fameuse phrase : «dépêchons nous donc, il va pleuvoir !». Le grand Georges CARPENTIER est agacé. Le jeune Siki est apeuré. Illusion d’optique. Dans un échange, presque malgré lui, il touche CARPENTIER, qui vacille. L’accord est forclos, plus rien ne tient. Dans le coin de Siki, son manager, Hellers, le regonfle : «Il ne s’est pas entraîné. Il est à toi. Descends-le !». Tricheur et parjure, Siki devient héros. «Le combat : au début, Siki, peureux, dansait, se prosternait devant son rival glorieux, qui s’amusait de ses singeries, mésestimant la valeur du Noir. Mais, soudain ayant pris confiance, Siki, simiesque, quitta le shimmy, attaqua et «sacqua», Capartier capota» écrit Jacques MORTANE. En quelques minutes, Georges CARPENTIER n’est plus qu’un pantin désarticulé qui tombe sur le ring blanc, corps et jambes emportés. En effet, Battling Siki retrouve son punch lors du troisième round, au cours duquel il envoie CARPENTIER au tapis. A partir de ce moment, Siki domine le combat et l’ironie change de camp lorsqu’il chambre Carpentier en lui disant «vous ne frappez pas très fort monsieur Georges» ! Au 6ème round, Siki envoie définitivement CARPENTIER au tapis en lui assenant un uppercut du droit. L’arbitre disqualifie dans un premier temps Siki pour une obscure raison, avant de revenir sur sa décision 20 minutes plus tard, sous la pression de la foule qui manifeste sa désapprobation, prenant fait et cause pour Siki dont la victoire est nette. L’arbitre tente de disqualifier Siki pour croc-en-jambe. La foule hurle. Battling Siki est champion du monde. Son destin est scellé. «L’énergique et écharpé boxeur sénégalais, Battling Siki a triomphé, en six reprises, du champion du monde la catégoirie mi-lourd, Georges Carpentier. En moins de vingt minutes, Battling Siki, dont le nom aujourd’hui est connu dans le monde entier, a renversé l’idole» écrit un journaliste du Gaulois daté du 25 septembre 1922. La fédération française de boxe enlève à Siki son titre de boxe, et le suspend pour 9 mois. «Enlever son titre à un champion est une chose grave ; mais la nécessité de sauver la boxe était impérieuse» écrit André GLARNER. Mais le public acclame Battling Siki et s’insurge contre décision inique. Une partie de la presse encense Siki «La célébrité, l’auréole : Siki est le plus délicieux garçon de la terre, les journaux ne tarissent pas d’éloges sur lui et ont oublié les anecdotes scandaleuses qui circulaient à son sujet. On parle de son héroïsme, de sa chevalerie, de son éducation, de son esprit de famille» écrit Jacques MORTANE. Le député du Sénégal, Blaise DIAGNE intervient au Parlement français pour défendre Battling Siki : «Si je m’exprime aujourd’hui, c’est pour que ce genre de choses ne se reproduise pas à l’avenir. Il est inconcevable qu’on ait privé Siki de sa victoire simplement parce qu’il est Noir. Battling Siki est Français, il appartient à une race qui a donné des milliers d’enfants à la patrie pendant la guerre» dit DIAGNE. Le titre sera finalement redonné à Siki,  en dépit des protestations racistes. «On aura beau prêcher l’égalité des races et élire des députés de couleur, les peaux blanches conservent un préjugé à l’endroit des peaux noires.», écrit Jacques FLESSELLES, dans La Grimace du 1er décembre 1922, page 2.

Battling Siki, qui est français puisque le Sénégal est à l’époque une colonie française, devient le premier africain champion du monde de boxe. Le manager de CARPENTIER fait appel le 26 septembre, prétextant une «faute» sur son poulain. L’appel est rejeté. Malgré une certaine popularité, une de ses apparitions publiques à Paris provoque des attroupements pendant plus d’une heure, Siki n’échappe pas au racisme. Certains journaux l’appellent le «championzé» (le chimpanzé champion) ou «L’enfant de la jungle». Un autre journal, «L’Intransigeant», publie un récit dont le titre est : «Siki donnerait la moitié de ses victoires pour devenir blanc». Le manager de Siki n’est pas en reste puisqu’il déclare dans la presse que «Siki a du singe en lui». Dans les années 20, le racisme bête et méchant est largement triomphant.

Battling Siki tente de répondre à ces attaques ignobles : «beaucoup de journalistes ont écrit que j’avais un style issu de la jungle, que j’étais un chimpanzé à qui on avait apprit à porter des gants. Ce genre de commentaires me font mal. J’ai toujours vécu dans de grandes villes. Je n’ai jamais vu la jungle». Malgré ce court moment d’introspection, Siki ne prête pas trop attention à ce qui s’écrit dans les journaux, et profite de la vie. Selon la légende, il lui arrive de se balader dans les rues de Paris en tenant un lion en laisse, de tirer quelques coups de feu en l'air après avoir abusé de liqueurs dans les plus célèbres clubs et restaurants de Paris. Il aime l’alcool, les vêtements extravagants et les femmes blanches ; ses deux femmes seront d’ailleurs blanches, ce qui n’est pas toujours bien vu à l’époque.

Le combat avait été en fait «arrangé» au profit de Georges CARPENTIER qui a largement sous-estimé son adversaire : «Battling Siki (…) avait attiré l’attention par quelques victoires non dénuées d’intérêt, mais sa boxe était des plus rudimentaire et personne ne pouvait raisonnablement le considérer comme un adversaire digne de m’être opposé» dit Georges CARPENTIER. En fait, Battling Siki a très un beau palmarès. Champion d’Europe des poids Welters en 1911, à 17 ans, Siki est champion d’Europe des poids moyens en 1912, des mi-lourds et lourds en 1913. Le spectacle devait durer quatre rounds et Battling devait s’allonger au cinquième round. Cependant, très prétentieux et sûr de lui, Georges CARPENTIER avait voulu, devant un public venu le voir, donner la leçon, frapper durement son adversaire. Frappé dans son amour-propre, Battling Siki s’est rebiffé et s’est dit «Voyons Siki, tu n’es jamais tombé devant aucun boxeur. Tu n’as jamais été à genoux en public comme tu t’y trouves en ce moment. Et, mon sang n’a fait qu’un tour. Je me suis redressé et j’ai frappé». En effet, Battling Siki n’avait pas accepté d’être humilié, mais l’avait prévenu à plusieurs reprises puis avait fini par se battre sans retenue, jusqu’à allonger son adversaire, à la stupeur générale. Georges CARPENTIER semble avoir regretté ce combat arrangé, en termes dédaigneux : «Dès le début du premier round, je compris, qu’en acceptant cette combine, j’avais commis, non seulement une faute, mais encore une bêtise. Ce Siki, personnage fantasque, qui défrayait la chronique, par ses excentricités, avait peu près la maturité intellectuelle d’un enfant de cinq ans». Il n’en reste pas moins qu’en pleine période coloniale, la victoire de Battling Siki sur Georges CARPENTIER est hautement symbolique «C’est la fin d’une gloire» estime le Petit Journal. «Pensez à la répercussion de cette victoire dans notre empire colonial ! Le représentant de la race conquérante a mordu la poussière devant le tout-Paris angoissé. Dès lors, la boxe est un sport dangereux, anticolonial. Dans une lutte à muscles égaux, le noir triomphe du blanc» ironise Pierre WEBER, chroniqueur d’un journal très conservateur, «Le Gaulois». Dans le même journal, un appel surréaliste signé Saint REAL proclame: «Blancs nos frères, notre race est visiblement menacée. Le nègre triomphe. Le nègre nous domine. Le péril noir crève les yeux, après avoir poché ceux de Carpentier». Seuls quelques journaux de gauche ont pris la défense de Battling Siki : «depuis que le colonialisme existe, des Blancs ont été payés pour casser la gueule des Noirs. Pour une fois, un Noir a été payé pour en faire autant à un Blanc (…). Nous félicitons Siki de sa victoire», écrit N’Guyen Aï QUAC, dans   le journal «Paria», du 1er décembre 1922. Paul VAILLANT-COUTURIER a assi pris la défense de Battling : «retenez bien les incidents qui ont suivi le match Siki-Carpentier. Il y a là quelque chose de plus grave que le trucage d’une épreuve sportive. Il y a un symptôme caractéristique de la campagne organisée contre les hommes de couleur, il y a là le symbole même du colonialisme», dit-il dans l’Humanité du 11 décembre 1922. Pour Francis CHARLES, un journaliste de l’Humanité «J’en arrive à un des scandales les plus marquants de la boxe professionnelle en France. Je dis bien l’un des plus marquants, car il est difficile de dévoiler certains faits et certaines que l’on peut imaginer».  

Par conséquent, Battling Siki est contraint, pour pratiquer son métier, de boxer en Irlande, le jour de la Saint Patrick, en plein climat insurrectionnel. Sa victoire, évidente aux yeux de tous les observateurs, n’est pas reconnue. «On flotte entre complicité et condescendance, paternalisme et angoisse. La haine n’est pas loin et Siki est en danger. Son triomphe le déshumanise. Bien vite, il faut l’abattre, et abattre ce qui l’a permis. La boxe devient un objet brûlant» dit Claude ASKOLOVITCH. Il doit abandonner son titre mondial en terre irlandaise. Battling Siki remet son titre en jeu contre un boxeur irlandais, en Irlande, le jour de la St-Patrick, en pleine apogée de la guerre civile irlandaise. Des coups de feu et des explosions se produisant à l’extérieur de la salle sont audibles pendant le combat. Toujours est-il que sur le ring, le 17 mars 1923, Mike McTIGUE est déclaré vainqueur par les arbitres après un match très serré qui est allé jusqu’au 20èmre round et sa victoire, selon les observateurs, n’est pas due à un "arbitrage à domicile". «Dans les combats entre blancs et hommes de couleur, le tempérament des adversaires est très différent. Si l’on considère qu’il existe dans l’empire britannique un très grand nombre d’hommes de couleurs, on comprendra que de pareilles rencontres paraissent funestes aux suprêmes intérêts de la Nation» dit un journal anglais Evening Standard. A la suite de cette défaite, Siki perd un autre combat contre Emile MORELLE, cette fois par disqualification, et du même coup ses titres de champion d’Europe et de France. Il enchaîne malgré tout par deux victoires par KO en France avant d’émigrer vers les Etats-Unis où il dispute son premier combat, perdu en 15 rounds, en terre américaine en novembre 1923. Il connaît également la défaite dans un autre combat un mois plus tard. En 1925, Siki laissa définitivement passer la chance de faire redémarrer sa carrière en perdant en 10 rounds contre Paul BERLENBACH.

Bloqué à Dublin en attendant un bateau : le Royaume-Uni ne veut pas le laisser poser le pied sur son sol. De trop en France, de trop en Europe, en août 1923, il s’en va, seul, sans sa famille, en Amérique, pensant relancer sa carrière. Mais en Amérique la presse continue de l’attaquer encore plus violemment. «Siki est né dans la jungle moite du Sénégal, où il a été bercé par les hurlements des sorciers et le son mat du tam-tam. Puis, brutalement il a été projeté dans notre monde occidental. Il a d’abord tenté, par des sourires puérils, d’y donner le change. Hélas, derrière ce fragile vernis, sa vraie nature persiste : nerveuse, écervelée, aussi imprévisible que le vent du New Jersey (…). Cette créature similaire au chimpanzé n’est qu’un animal déguisé en homme, une bizarrerie absurde : né sauvage, il est incapable de se défaire de son héritage de sauvagerie» écrit Ford C. FRICK au New Evening Journal. Cependant, Siki rend coup pour coup : «Vous avez une statue à New York et vous l’appelez Liberté, déclare-t-il publiquement, en 1923. Mais c’est un mensonge. Il n’y a pas de liberté ici - il n’y en a pas ! Aucune ! En tout cas pas pour moi». D’autres attaques contre Battling sont encore violentes et proches des théories du remplacement professées actuellement par l’extrême-droite : «Les Noirs sont, pour l’Amérique, un danger formidable ; ils reproduisent comme des harengs, ils menacent de submerger la population blanche».

 

Le 20 novembre 1923, Battling livre un combat, au Madison Square Garden, contre Kid NORFOLK. C’est un match équilibré, mais Battling est déclaré vaincu. En 1924, il va disputer seize combats. Mais ses managers ne le paient plus et ne donnent que de l’argent de poche. Ainsi, il arrête le match avec Mike CONROY en déclarant «c’est fini, j’arrête. Vous entendez, je ne boxe plus ! Je n’ai pas été payé et ce n’est pas juste. Alors, voila, je ne boxe plus ! ». La presse le qualifie de lâche et de cinglé.

 

«Je suis vivant et, tant que je le suis, je me battrai. Vous ne m’empêcherez pas de sourire. Après ma mort seulement, vous aurez, peut-être le droit de me courber l’échine» dit-il en 1923. Provoquant les autorités, il se promène en cape rouge sur Broadway, un singe sur l'épaule, et se marie, le 24 juillet 1924, avec une Américaine blanche, Lilian WARNER, une fille d'aubergiste, sans avoir divorcé de sa première épouse. Constamment exposé au racisme ordinaire, caractéristique de la période coloniale française, puis aux États-Unis où il décide de s'expatrier, l'homme achève sa vie misérablement et meurt, à New York. Le style de vie de Battling Siki (alcool, femmes, bagarres de rue) en dehors du ring attire désormais plus l’attention que ses prestations sur le ring. Amadou FALL dit "Battling Siki", qui était sorti en disant à sa femme qu’il allait "faire un tour avec des amis" est retrouvé mort, au pied d’un immeuble de la 41ème rue, dans le quartier de "Hell’s Kitchen", près de chez lui. Il a été abattu de deux balles dans le dos, tirées de près, le 16 décembre 1925, à Harlem.

 

Pour certains auteurs, Battling Siki est victime du racisme. «Il aurait pu mettre son incroyable vigueur au service du bien, mais abandonné à la sauvagerie, il a meurtri notre civilisation d’une manière qui nous fait honte à tous» dit le révérend Adam Clayton POWELL. Pour d’autres, comme Georges BENAC, il serait victime d’un gang new-yorkais. Trop de vagues, trop de défis lancés. Pour Eduardo ARROYO, si Siki a été tué car il se permettait là-bas ce qui lui était interdit : «Il aimait les femmes blanches, les voitures blanches, les chiens blancs, le jazz et le champagne. C’était trop d’insolence et de nargue» et il ajoute que si Siki a été tué, c’est parce «qu’il se permettait ce qui lui était interdit, à une époque et dans un pays où naître Noir signifiait commencer la vie avec le poids de l’inégalité sur le dos. Etre Noir et de surcroît boxeur capable de battre des Blancs, c’était pratiquement impardonnable». Quand ALFONSO apprit la nouvelle de l’assassinat de l’ex-champion du monde, il comprit vite qu’était arrivée l’heure de changer de lieu, d’émigrer vers le vieux continent, de quitter Harlem. Et Battling Siki n’était pas comme Joe GANS qui savait rester modeste et calme dans son coin, essayant toujours de passer inaperçu. Avec Battling Siki, on ne pouvait pas dire : “He is the withest nigger”. La vie d’un homme qui ne se résignait pas à être traité en inférieur, ni aux États-Unis, ni en France. Il l’a payé cher, mais n’a jamais courbé l’échine.


Dans son ouvrage «mon match de la vie» paru chez Flammarion en 1954, Georges CARPENTIER (Liévin 12 janvier 1894 – Paris, 28 octobre 1975) revient sur sa défaite qu’il appelle le «drame noir». «Oui, ils m’ont hué, ils m’ont insulté, et il y’en a qui m’ont craché au visage à ma descente du ring. Et encore qui se sont agrippés à ma voiture, lorsque j’ai quitté le stade Buffalo, pour me cingler une dernière injure. Et, les mêmes journaux, et certains des mêmes journalistes, qui depuis quinze ans, n’avaient cessé de chanter mes louanges, me trainèrent dans la boue, goûtant soudain à m’accabler une volonté sadique». Georges CARPENTIER, dans sa défaite, reste sûr de lui et méprisant : «une seule pensée m’obsédait. J’avais été battu par Siki. Moi, CARPENTIER, je m’étais laissé battre par ce nègre que j’aurais pu étendre à mes pieds, si je l’avais voulu, après une ou deux minutes de combat». Georges CARPENTIER raconte qu’il a reçu, après la mort de Battling Siki, des messages de félicitations, puisqu’il était vengé ; ce qui était évidemment excessif et d’un goût plus que douteux. Georges CARPENTIER se dit aussi honteux de l’affaire, qu’il aurait pu gagner son combat en l’abrégeant dès le premier round, mais qu’il fut surpris et blessé, et abattu parce que handicapé, après avoir maladroitement cogné son adversaire : «Frapper le crâne d’un nègre, chacun sait cela dans le monde de la boxe, cela équivaut à une quasi-certitude de se briser la main».

Le corps de Battling Siki a été exhumé et rapatrié en 1992 au Sénégal. Dans le quartier des pêcheurs de Guet-N’Dar, à Saint-Louis, un cimetière de sable abrite un homme, jeune pour toujours et de son vivant supplicié. Il est pour certains un héros sénégalais, pour d’autres une fierté africaine. Battling Siki pourrait être aussi un remords français, s’il n’avait été vite effacé de la mémoire collective dans l’Hexagone.

L’histoire de Battling Siki interpelle, très fortement, notre conscience à l’aube du XXIème siècle, ne serait tout d’abord que la bête immonde, qu’est le racisme n’est pas encore morte. Loin de là. Nous avons à mener dans les mois à venir, avec tous les Républicains, en France et aux Etats-Unis, de grands combats pour l’égalité réelle et le bien-vivre ensemble. Ensuite, les jeunes issus de l’immigration doivent abandonner le culte du diplôme ; les talents peuvent êtres multiples dans la vie, Battling Siki étant un sportif de haut niveau. Actuellement, de grands sportifs, comme Lilian THURAM ont décidé de mener une bataille énergique pour l’égalité réelle.

Bibliographie sélective :

Anonyme (N.Z.) "Battling Siki, le rusé" in Cultureboxe, du 27 octobre 2015 ;

Anonyme, (N.Z.) «Les voyages de Battling Siki», Cultureboxe, du 15 mars 2013 ;

Anonyme, «Le match Siki-Carpentier, Siki proclamé vainqueur après le 6ème round», L’Echo d’Alger, n°4735, 25 mars 1922, page 2, 1ère colonne ;

ASKOLOVITCH (Claude), «Battling Siki, l’autre héros noir que la France supplia», Slate, 28 février 2016 ;

BENAC (Gaston), Champions dans la coulisse, Toulouse, édition de l’actualité sportive, 1944, 288 pages, spéc 100-117, et suivantes ;

BENSON (Peter), Battling of Ring Fixes, Race and Murder in the 1920’s, Fayetteville, University of Kansas City, 2006, 349 pages et University of Arkansas Press, 2008, 343 pages ;

BRETAGNE (Jean-Marie), Battling Siki, Paris, Philippe Rey, 2008, 192 pages ;

BRUNI (Georges), «Le match Carpentier-Siki : L’idole brisée», Le Gaulois, n°1647, du 25 septembre 1922 ;

CANGIONI (Pierre), La fabuleuse histoire de la boxe, Paris, La Martinière, 1977, 674 pages, spéc page 2271 ;

CARPENTIER (Georges), «Mes grands combats», Marianne, n°81, du 9 mai 1934, page 8 ;

CARPENTIER (Georges), Georges Carpentier : champion du monde de boxe, poids mi-lourd. Ma vie de boxeur. Souvenirs et conseils, Paris, F. Paillard, 1921, 237 pages ;

CARPENTIER (Georges), Mon match de la vie, Paris, Flammarion, 1954, 285 pages, spéc pages 227-236 (drame noir) ;

CHARLES (Francis), «L’affaire Carpentier-Siki», L’Humanité, n°12674, du 1er décembre 1922, page 2, 1ère colonne ;

COSTE (M. C), «La mort de Siki», L’Echo Anamite, n°345, du 1er août 1925, page 1 ;

DUCOUDRAY (Aurélien), VACCARO (Eddy), Championze, une histoire de Battling Siki, Futuropolis, 2009, 117 pages ;

GLARNER (André), «Après l’incident Siki : Les nègres dans la boxe», Le Miroir des Sports, n°124, du 16 septembre 1922, page 306 ;

GREGOIRE (Herman), Le boniment de Battling Siki, avec trois images de Raymond Gid, Paris, G.L.M, 1934 et 1981, 8 pages ;

HAUSER (Fernand), «Diagne parle de Battling Siki», Le Journal, n°11002, du 26 août 1933, page ;

HAY (Ginette), Georges Carpentier, Paris, Gauheria, 1993, 243 pages ;

MORTANE (Jacques) MARTIN (Georges), «Battling Siki bat Georges Carpentier au 6ème round», Le Petit Journal, édition de Paris, n°21082, 25 mars 1922, pages 1 et 3 ;

MORTANE (Jacques), «Propos sur les sports», courte biographie de Siki, Annales Politiques et Littéraires, n°2061, du 24 décembre 1922, page 698 ;

PHILONINKO (Alexis), Histoire de la boxe, Paris, Critérion, 1991 et 2013, 501 pages, spéc page 266 ;

ROSNY AINE (J-H), «Siki chassé du ring», Floréal, n°48, 2 décembre 1922, page 1211 ;

THURAM (Lilian), Mes étoiles noires de Lucy à Barack Obama, Paris, Philippe Rey, 2010, 399 pages, sur Battling Siki, spéc pages 227-235 ;

VERGANI (Orio), Moi, pauvre nègre, Paris, Grasset, 1929, 254 pages spéc pages 212-213 ;

YANGE (Paul), “La tragique histoire de Battling Siki (1897-1925)” in Grioo.com du 15 mars 2003.

Paris, le 31 octobre 2016 et actualisé le 23 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Battling SIKI, Amadou M’Barick FALL (Saint-Louis 22 sept 1987- New York 16 décembre 1925), un boxeur sénégalais champion du monde», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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