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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 21:36

 

A l'Institut du Monde Arabe et dans le cadre de la carte blanche donnée à Alain MABANCKOU, trois intellectuels ont planché sur la question :

- M. Benaouda LEBDAI, professeur à l’université du Mans, spécialiste des littératures coloniales et postcoloniales ;

- M. Yahia BELASKRI, membre du comité de redaction de la revue Apulée et auteur de nombreux ouvrages ;

- M. Kamel DAOUD, journaliste au Quotidien d’Oran et auteurs de plusieurs récits.


Pour le professeur Benaouda LEBDAI, l’image du Noir dans la littérature maghrébine est positive. Le Noir est perçu comme un dépositaire de la tradition et de la liberté. Le Noir c’est le peuple qui a été abusé et trahi, il boîte, comme l’illustre le tirailleur sénégalais qui est un colonisé utilisé contre ses frères. Le Noir c’est l’émigré en transit qui symbolise la détresse et le courage.

En revanche, pour Yahia BELASRI l’image du Noir dans la littérature maghrébine est très négative, il est vu sous le prisme de l’esclavage et des préjugés. S’il y a solidarité elle est confessionnelle, on accepte le Noir s’il est musulman. On est en présence d’une conscience cloisonnée. C’est de la faute au colonisateur. On connaît peu le Noir et on en parle mal. Or, l’altérité c’est la reconnaissance de l’autre dans sa différence.

Kamel DAOUD qui partage le point de Yahia BELASRI, estime que la question devrait abordée sous l’angle de l’altérité. La littérature maghrébine est dans le double déni

Un débat passionnant et passionné en présence de Jack LANG qui s'est même poursuivi au café d’en face.

Paris, le 18 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Comment le monde arabe voit l’Afrique subsaharienne dans la littérature ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 10:33

"Est-ce que quelqu'un peut penser raisonnablement que élu président il aura une majorité présidentielle uniquement avec son parti ? Moi je n'y crois pas. Et non seulement ça n'est pas possible, mais ça n'est pas souhaitable. Parce que ce serait un hold-up", lançait Emmanuel MACRON à ses partisans. Tout semble réussir à M. MACRON. Lors des présidentielles personne ne le prenait au sérieux, mais il a réussi son parricide contre M. HOLLANDE. Depuis sa prise de fonction, il se fait rare et applique la stratégie de présidence jupitérienne. Pour ces législatives, le «vieux monde» semble désemparé et sans repères et sans angle d’attaque solide contre le Macronisme. La Droite divisée entre «Constructivistes» les amis de M. JUPPE, et adversaires résolus, avait sorti l’argument de la CSG, sans vraiment accrocher l’opinion publique. Les barons de la Droite, comme ceux du Parti socialiste, dans ces législatives, ont été frappés, de plein fouet, par le mouvement du «dégagisme» théorisé par M. MELENCHON. L’argument suivant lequel il ne serait pas sain qu’un seul parti détienne tous les leviers du pouvoir n’a pas non plus mordu. A court d’arguments décisifs, l’opposition est en voie d’être laminée dans ces législatives. M. MACRON s’achemine donc vers le grand casse du siècle. Je rends grâce à M. MACRON d’avoir brisé l’élan du Front National qui menaçait la République. Pourvu que cela dure !

 

M. MACRON a eu la grande intelligence de renouveler l’assemblée nationale en y introduisant la diversité, à travers les femmes, les jeunes et les Français issus de l’immigration. Les vieux partis, en dépit des mutations démographiques de la France, ont souvent brimé et marginalisé les Femmes et les Français issus de l’immigration. Ce besoin de renouvellement est l’une des importantes aspirations qui a émergé dans ces élections présidentielles.

L’autre aspiration nouvelle est d’introduire l’éthique et la probité en politique. Avec son hold-up du siècle, M. MACRON n’aura pas besoin des députés du MODEM pour sa majorité. Cette hypothèque étant levée, M. MACRON pourra régler le cas de l’encombrant Garde des Sceaux François BAYRON, sans grands dommages politiques. On connaît la formule de MAC-MAHON : «se soumettre ou se démettre».

 

Le bureau municipal du mardi 20 juin 2017 et le Conseil national du samedi 24 juin, risquent de tourner à un règlement de comptes au Parti socialiste. Il serait logique et dans l’attente d’un congrès de confier la direction du Parti à un grand sage, M. Robert BADINTER.

 

 

Venu voter dans mon arrondissement, dans ce 2ème tour du 18 juin 2017, j’ai entendu des électeurs réclamer des bulletins blancs. Tant leur perplexité est grande. Il est vrai comme le dit «choisir, c’est renoncer». A Paris, M. MACRON a réalisé un hold-up, ses candidats étant arrivés en tête sur 14 des 18 circonscriptions. Dans mon 19ème arrondissement en particulier, M. Jean-Christophe CAMBADELIS, 1er Secrétaire du Parti socialiste, que je soutiens, a été au 1er tour, avec moins de 9% des voix, dans un quartier populaire. J’ai deux candidats restés en lice : M. Mounir MAHJOUBI, un ancien socialiste devenu La République en Marche et Mme Sarah LEGRAIN, de la France Insoumise. M. MELENCHON qui a fait des misères à Benoît HAMON aux présidentielles et sorti M. MENUCCI, un candidat socialiste à Marseille, ne cache pas son ambition de détruire le Parti socialiste. Dans ce champ de ruines, il faut casser et reconstruire. J’avoue, ici publiquement, et par dépit, c’est contre cette stratégie de M. MELENCHON, que j’ai voté ce matin pour M. Mounir MAHJOUBI. C’est donc un vote de sanction contre cette stratégie suicidaire de M. MELENCHON. On ne peut gagner à l’avenir des scrutins que si la Gauche et toute la Gauche, se rassemble. A défaut, ce serait la marginalisation avancée, comme c’est le cas pour le Parti radical, les Verts et les Communistes. Cette stratégie est urgente pour les élections législatives de 2020, sinon la République en Marche continuera de tout rafler.

 

J’apprends aux Antilles que M. Serge LETCHEMY a été réélu avec 74%. Josette MANIN, devient députée en Martinique.

 

En dépit de ce casse du siècle réalisé par M. MACRON, les clivages politiques vont réapparaître à travers ce slogan «ni gauche, ni droite». Il est normal que la Gauche ou la Droite défendent ses principes et ses valeurs. Cependant, M. MACRON pourra encore nous étonner et nous réserver des surprises, s’il réussissait à recomposer la vie politique autour de projets politiques innovants. Jusqu’ici toutes les réformes radicales ont échoué ; elles tendaient à protéger les forts et matraquer les faibles. Pourtant l’enjeu essentiel reste la conciliation entre la Justice sociale et l’efficacité économique. La réforme n’a de sens que si elle se traduit par un progrès économique et social, au bénéfice de tous. Le rôle de l’opposition n’est pas de s’opposer systématiquement à tout, mais de défendre, sans concession, cet équilibre entre l’efficacité économique et la justice sociale. On reproche à M. MACRON de gouverner pour la France bienheureuse et d’être soutenu par les possédants. Pour ma part, la vraie Gauche doit améliorer, au quotidien la situation de ceux qui souffrent et non de rester en permanence dans l’incantation. Du moins, c’est comme cela que je conçois le progrès et le socialisme. L’héritage de M. HOLLANDE a été désastreux et a trahi la promesse républicaine d’égalité réelle. Le Parti socialiste de ce fait a été abandonné par ceux qui souffrent, notamment les habitants des quartiers.


Je rappelle qu'au Sénégal nous avons également des élections législatives le 30 juillet 2017. 47 listes ou coalitions vont s’affronter. Le président Macky SALL a, pour l’instant, et bien avant M. MACRON, réussi à recomposer la vie politique sénégalaise avec ses 155 partis politiques. Le président SALL qui a fait voter le référendum sur les institutions du 20 mars 2016, avec plus de 63%, a conservé sa légitimité de 2012. Le président SALL, en grand stratège, a pacifié les zones de tension, notamment, au Fouta, où il a mis M. DIAW de Matam, le contesté Farba N’GOM sera sur une liste nationale. A Dakar, il a conclu un accord avec la communauté Lébou, et il a promu, pour ces législatives, des personnalités influentes du mouvement Mouride. Le président SALL, qui avait pour mentor Abdoulaye WADE, a eu la grande habilité de s’allier deux anciens socialistes (M. Tanor DIENG et M. Moustapha NIASSE). Il est le grand favori de ces législatives en vue des présidentielles de 2019. Faute d’accord, l’opposition s’est fissuré et a présenté deux coalitions distinctes. L'ancien président Abdoulaye WADE, 91 ans, (voir mon post) est de retour sur la scène politique. L’autre tendance de l’opposition est conduite par M. Khalifa SALL, maire de Dakar. En effet, le débat politique est intense et parfois violent au Sénégal. Nous avons des affaires judiciaires qui empoisonnent la vie politique ; ce qui n’est pas banale. En effet, le maire de Dakar, M. Khalifa Ababacar SALL est toujours écroué pour détournement de deniers publics. Le Maire de Dakar a un domicile, des garanties de représentation, je suppose qu’il peut fournir, il n’y a pas de risques de destruction de preuves ou de pression sur les témoins, pourquoi le maintenir en détention préventive ? La question du pétrole et du gaz soulève de fortes passions. Pour la première fois 15 députés représenteront la diaspora.

C’est la fête des pères et l’appel du 18 juin. Comment résister à ce raz-de-marée tout en étant nous-mêmes ?

Paris le 18 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

"2ème tour des élections législatives du 18 juin 2017 en France : M. MACRON vers le hold-up du siècle" par M. Amadou Bal BA-http://baamadou.over-blog.fr/

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 22:50

Le 11 juin 1971 François MITTERRAND refondait le Parti socialiste pour le mener à la victoire du 10 mai 1981. Le 11 juin 2017 le Parti socialiste connaissait sa plus lourde défaite depuis 1993 où il n'avait eu que 57 députés. De 300 députés, le PS va passer de 30 à 40 députés. Tous ses ténors ont été frappés ce mouvement du «dégagisme», comme M. CAMBADELIS, le 1er secrétaire et M. HAMON, le candidat aux présidentielles. Ce tsunami électoral rappelle la victoire de François MITTERRAND, il suffisait d’avoir une photo avec le nouveau président pour être élu. Les photographes spécialistes en photos truqués s’en sont mis plein les poches.

A Paris, ville socialiste depuis 2001, la République en Marche a viré en tête dans 14 circonscriptions sur 18. Seule Mme George PAU-LANGEVIN, dans la 15ème est arrivée en tête, Mme Myriam EL KHOMERI étant un ballotage défavorable. Et si la ville de Paris organisait les Jeux Olympiques de 2024, les chantiers qui en résulteront relanceraient l’activité économique. Je dirai donc que M. MACRON a vraiment un bon marabout.

En 2012 François HOLLANDE avait obtenu tous les leviers du pouvoir majorité dans les collectivités locales, assemblée nationale et même au Sénat. Il a saccagé cette grande opportunité qui lui a été donnée. Par ailleurs à coups de synthèses molles, quand il était 1er secrétaire du Parti socialiste, il n'a pas clarifié la ligne de son parti. Du même coup avec cette ambiguïté il a été paralysé par des "gauches irréconciliables" suivant une expression de Manuel VALLS.

La France Insoumise a misé sur l'explosion du Parti socialiste ; elle en payera le prix fort lors du 2ème tour du 18 juin de ces législatives, car elle aura besoin de l'appoint des autres forces de gauche.

Le président MACRON a eu la grande habileté et l’immense vision de dénoncer un "ordre ancien" pourri par l'opportunisme et l'esprit de clan. Il a vu la décomposition des partis classiques. Personne ne l’a pas pris au sérieux, et pourtant tout a volé en éclat.

Il est sain dans une société démocratique qu’il y ait une majorité et une opposition crédible et constructive. La confusion et l’ambiguïté ne peuvent que nuire à la qualité du débat politique.

Quelles perspectives et comment rebondir ?

1 – Le Parti socialiste devrait réaffirmer son identité et ses valeurs

Les valeurs de solidarité, d’égalité, de fraternité et de liberté devraient être à la base de notre engagement. Mais comment concilier ces principes avec l’efficacité économique ?

2 – Le Parti socialiste devrait faire ce qu’il dit et dire ce qu’il fait.

Le parti socialiste a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords». Ses dirigeants font un discours de gauche quand ils sont dans l’opposition et une politique de droite quand ils arrivent au pouvoir. Il est grand temps de dire aux militants et aux électeurs qui nous sommes et ce que nous faisons.

Il faut réintroduire massivement l’éthique et la moralité dans nos pratiques politiques. Lionel JOSPIN a été un modèle d’intégrité, avec sa fameuse phrase, «je fais ce que je dis et je dis ce que je fais». Comme le dirait ma grand-mère quand il y a une dissonance entre le dire et le faire, on préférera le faire. La dissimulation et la roublardise devraient être bannies.

3 – Le Parti socialiste devrait trouver des alliances crédibles et solides

Il est difficile de gagner seul dans un scrutin majoritaire. Les Verts et les Communistes se sont affaiblis. La France Insoumise ne vise qu’à prendre la place du PS. La République en Marche s’est développée au détriment du Parti socialiste.

4 – Le Parti socialiste devrait refléter, à travers sa composition et ses élus, la société française dans sa diversité.

Le Parti socialiste est essentiellement un parti de cadres. Il devrait davantage s’ouvrir aux autres couches de la société (ouvriers, jeunes, paysans, Français issus de l’immigration, femmes).

5 – Le nombre et le cumul des mandats.

La politique est devenue un métier. Il faudrait limiter sérieusement le cumul des mandats et le nombre de ceux-ci.

6 – Un chef incontestable, charismatique, éthique et visionnaire.

Le drame du Parti socialiste, contrairement à d’autres mouvements politiques, c’est qu’il y a pléthore d’hommes et de femmes de grande valeur. Par ailleurs, les partis sont devenus des écuries présidentielles, ce qui fausse largement, la sincérité de l’engagement.

Il faudrait dissocier la fonction de chef de parti et la rendre incompatible avec une candidature pour les présidentielles.

Le Parti vient de loin. C’est un grand parti qui représente un espoir et une espérance. Certes nous sommes au fond du trou. On a touché le fond et on a découvert du pétrole dans les profondeurs abyssales de cette défaite. Par conséquent ne pourra que remonter le creux de la vague. Ne souhaitons pas l’échec du président MACRON, mais les temps difficiles quand on gouverne, peuvent ressurgir. C’est à ce moment, si le Parti socialiste est resté fidèle à lui-même, qu’il pourra de nouveau être utile au pays. Pour l’instant, les temps sont durs. Certains sont partis, mais «nous resterons pour garder la Vieille Maison», en référence à une expression de Léon BLUM.

Paris, le 12 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Faut-il prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 18:59

A l’invitation de l’association des étudiants africains de la Sorbonne (ADEAS), je me suis rendu le samedi 10 juin 2017 à cette prestigieuse institution, escorté de ma petite Arsinoé, qui du haut de ses 8 ans, était fière d’entrer à l’université, de façon précoce. Une fois de plus, Jean-Philippe m’a fait faux bond. Qu’importe ! Arsinoé a été impressionnée par un artiste d’origine sénégalaise, Amadou GAYE qui a déclamé des poèmes de Guy TIROLIEN, issus de son recueil «Balles d’Or».

L’ADEAS a organisé la remise du prix CESAIRE 2017 par Mme Gerty DAMBURY. Il s’en est suivi une cérémonie émouvante en hommage à Guy TIROLIEN, un poète de la négritude et grand connaisseur de l’Afrique.

Guy TIROLIEN, né à Pointe-à-Pitre le 13 février 1917, aurait eu cette année 100 ans. Mais ses parents, Furcie TIROLIEN et Alméda Léontine COLONNEAUX, comme ses grands-parents, Richou TIROLIEN et Cécilia TURLEPIN, sont originaires de Grand-Bourg. Son père, un franc-maçon, était instituteur et avait entrepris de créer ou de recréer des syndicats agricoles. Le jeune Guy se souvient du cyclone dévastateur de 1938 et de la commémoration en 1935 du tricentenaire du rattachement de la Guadeloupe à la France.

Mentor de Maryse CONDE, Guy TIROLIEN a été affecté par la mort tragique de son ami Paul NIGER (1915-1962).

Guy TIROLIEN s’est marié le 17 février 1955, à Thérèse FRANCFORT qui lui donnera trois enfants : Thérèse, Alain et Guy.

Guy fera ses études secondaires au lycée Carnot à Pointe-à-Pitre de 1929 à 1936, et rejoindra la France métropolitaine en juillet 1936 pour fréquenter le lycée Louis-le-Grand et l’école nationale de la France d’Outre-mer. «Nous sommes arrivés à Paris de nuit, et j’ai été frappé par l’animation, les lumières, les restaurants ouverts. (…) Je ne m’imaginais que c’était encore plus beau, quelque chose d’inimaginable» dit-il. «Paris est une ville à hauteur d’homme» ajoute t-il. Le jeune Guy TIROLIEN passe l’été 1936 en touriste, visitant les musées. C’est l’époque du Front populaire avec de nombreux défilés, notamment celui qui eut lieu après la mort de Roger SALENGRO, un ministre socialiste et maire de Lille, qui s’était suicidé. Le bouillonnement politique est intense. «On ne se battait pas en classe même, mais on se battait au Quartier Latin, lorsque les groupes de royalistes ou de fascistes rencontraient les communistes ou les socialistes» dit-il. Le monde du jazz, notamment avec Duke ELLINGTON et Louis ARMSTRONG, avait conquis Paris. «A cette époque-là c’était le règne de l’universalisme. Si bien que les gens prenaient le temps de se fréquenter et de discuter» dit-il.

Guy TIROLIEN était pensionnaire au Lycée Louis-le-Grand ; ce qui lui a permis de découvrir la France de l’intérieur, «c’était une autre humanité» écrit-il. Il connaissait ses compatriotes Albert BEVILLE dit Paul NIGER et Guy FFRENCH et noue des relations d’amitié avec de nombreux africains (Léopold Sédar SENGHOR, Marc SANKALE, Birago DIOP, SALZMAN, Abdoulaye Ly, Louis BEHANZIN, Sourou Migan APITY, etc). La colonie antillaise était à l’époque composée essentiellement d’étudiants, parce que les études supérieures se faisaient en France métropolitaine. Léon Gontran-Damas était déjà célèbre avec «Pigments» publié en 1937, «ça été le boom de la poésie noire». Il connaissait Langston HUGUES (1902-1967), chef de file du mouvement Harlem Renaissance.

Pendant, la deuxième guerre mondiale, fait prisonnier de 1940 à 1942, il rencontrera un certain Léopold Sédar SENGHOR. Il nouera une grande amitié avec Alioune DIOP, le fondateur de Présence Africaine et l’essentiel de ses ouvrages sont publiés dans cette maison d’édition. «De la négritude, on parlait peu ; le maître-mot était la Culture. Les conversations dans les restaurants universitaires, les bistrots du Quartier Latin ou les chambres d’étudiants portaient volontiers sur Saint-John PERSE ou sur Gabriel MARCEL, sur FROBENIUS ou Langston HUGUES. (…). Guy Tirolien avait le culte de l’esthétique. Dans ses propos, il recherchait l’élégance et la beauté» écrit Marc SANKALE (1921-2016), doyen honoraire de la faculté de médecine de Dakar.

Administrateur des colonies, Guy TIROLIEN a essentiellement servi en Afrique, notamment en Guinée (1944-1947), au Niger (1948-1951) au Soudan, l’actuel Mali, à Gao et Djenné (1952-1954) et en Côte-d’Ivoire (1955-1960). Il a été représentant à l’ONU au Mali, à Bamako (1965-1970) et au Gabon (1970-1973). Guy TIROLIEN a servi comme attaché culturel à Lagos, au Nigéria de 1975 à 1976. De sensibilité de gauche, et proche des milieux africains, Guy TIROLIEN n’a pas pu faire une brillante carrière dans l’administration coloniale. «Il est resté un homme de fidélité, c’est-à-dire attaché aux idéaux de sa jeunesse» écrit Jacques RABEMANANJARA. «Partout où il est appelé, il se comporte comme un homme, comme un africain intègre» écrit Madeira KEITA, un condisciple de Louis Le Grand et originaire de la Guinée. Inspiré du mouvement du surréalisme et de Paul VALERY et militant des jeunesses socialistes et radicales, «Guy a toujours été poète. Il a fait connaître contre mauvaise fortune bon cœur en s’asseyant sur le jeu d’un monde froid et réaliste qui ne connaissait sous le soleil des tropiques que les jeux du pouvoir sous toutes les formes» dit Paul-Marc HENRY, ambassadeur de France.

Guy TIROLIEN a été administrateur colonial. Quel paradoxe pour un colonisé de faire carrière dans l’administration colonial ! «A l’époque, c’était tout à fait naturel. Parce que l’Antillais, en particulier, le Guadeloupéen, se sentait colonisé, certes, mais pas de façon frustrante. On se croyait Français d’ailleurs» dit-il. Cependant, il nuance son propos : «Moi, personnellement, je me croyais Français, mais Noir». Guy TIROLIEN abordait l’Afrique avec une grande liberté d’esprit et une grande curiosité. Il avait déjà connu pas mal d’Africains à Paris : «J’ai vécu en étroite symbiose intellectuelle avec les milieux intellectuels à Paris» dit-il. Il n’avait pas de préjugés comme certains Antillais qui étaient affectés en Afrique «le milieu africain, je le fréquentais d’emblée, ce qui m’a épargné une longue période d’ignorance. Parce que, à l’époque, les Antillais qui étaient affectés en Afrique vivaient entre eux» dit-il. «Personnellement, je me suis toujours senti à l’aise en Afrique. Je dirai même, j’y ai vécu toute ma vie d’adulte» précise t-il. Guy TIROLIEN avait appris le Haoussa et le Peul. «J’ai vécu à mes débuts avec des femmes africaines qui m’ont beaucoup appris sur le plan des langues et des mœurs. Mes collaborateurs fonctionnaires africains également ne me parlaient pratiquement pas en français» écrit-il.

Guy TIROLIEN se définit comme un homme de culture «je me suis toujours intéressé aux problèmes culturels, et surtout, je me suis efforcé de me tenir à jour sur ce qu’on peut appeler les activités culturelles. J’aime les livres, j’adore les livres, j’aime aussi le prestige qui peut s’attacher à certain degré d’érudition» dit-il. Guy TIROLIEN aurait pu faire carrière dans l’administration coloniale, mais il estime qu’il s’est marginalisé. Il avait un centre d’intérêts différent de ceux d’un fonctionnaire normal. Son poème «Ghetto» indique bien son engagement : (extraits)

Pourquoi m'enfermerai-je dans cette image de moi qu'ils voudraient pétrifier ?
Pitié je dis pitié !

J'étouffe dans le ghetto de l'exotisme

Non je ne suis pas cette idole d'ébène humant l'encens profane qu'on brûle dans les musées de l'exotisme

Je ne suis pas ce cannibale de foire roulant des prunelles d'ivoire pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri qui me brûle la gorge c'est que mon ventre bout de la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance c'est que j'ai l'orteil pris sous la botte des autres

Son recueil de poèmes le plus connu est «Balles d’Or» est dédié Hégésippe Jean LEGITIMUS ((1898-1944), un de son père, un franc-maçon, maire de Pointe-à-Pitre, premier député noir de la IIIème République, un socialiste très engagé qui avait crée le Parti socialiste Guadeloupéen, dans la mouvance de Jules GUESDE. H. LEGITIMUS prônait la libération de la race noire et l’affirmation de la dignité noire. Il avait été un grand syndicaliste. Dans sa poésie, Guy TIROLIEN déclare avoir été fortement influencé par le siècle des Lumières «il n’est pas une phase du Siècle des Lumières qui ne m’ait frappé, qui ne m’ait touché, qui n’ait fait sonner ma sensibilité poétique, parce que c’est un chef-d’oeuvre à mes yeux, la manière dont l’écrivain maîtrise à la fois, et le foisonnement baroque, et la rigueur classique» écrit-il. C’est un grand admirateur de Saint-John PERSE et de BEAUDELAIRE.

Guy TIROLIEN a aussi écrit «Feuilles vivantes au matin», un ouvrage d’une qualité rare, secrète mais manifeste. Ce recueil comprend comme des sortes d’encarts, huit poèmes. «J’ai toujours eu un faible pour la littérature d’expression rapide : contes, petits poèmes, petites nouvelles très courtes» dit-il. TIROLIEN a lu presque tous les grands nouvellistes : Guy de MAUPASSANT, Anton TCHEKOV, Mark TWAIN. Il a rendu un vibrant hommage à l’Afrique, à travers le poème sensuel : «Afrique, mon beau mythe» :

Afrique mon beau rêve ma négresse farouche

Ton sexe doux-crépu ton goût d’amende fraîche

L’eau vive de ton rire (et c’est y fleurir mon verbe anémié) je te cherche partout sous la rêche toison de nos sœurs aux yeux verts.

Il faut rendre grâce à l’excellent travail de mémoire et de conscientisation que fait l’association des étudiants africains de la Sorbonne (ADEAS). En effet, c’est dans cet amphithéâtre de DESCARTES qu’en 1956 Alioune DIOP avait organisé le 1er Congrés des écrivains et artistes noirs. ADEAS a renoué avec ce bouillonnement intellectuel à la Sorbonne et mériterait d’être soutenu, plus énergiquement, par les mécènes et nombreux intellectuels africains vivant à Paris. Face à une jeunesse de la Diaspora déboussolé, ADEAS fait revivre ce grand message de James BALDWIN : «Sache d'où tu viens. Si tu sais d'où tu viens, il n'y a pas de limite à tu peux aller».

Prière d’un petit nègre (extrait de Balles d’Or)

Seigneur, je suis très fatigué
Je suis né fatigué.
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus !
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancrée
Vomit dans la campagne son équipage nègre...
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut.
Mais moi je ne veux pas
Devenir comme ils disent,
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.
Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
Écouter ce que dit dans la nuit.
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.
Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il, de plus, apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont pas d’ici ?
Et puis elle est vraiment trop triste, leur école,
Triste comme
Ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune,
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds,
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

Retraité en 1976, Guy TIROLIEN rentre vivre en Guadeloupe. Il meurt le 3 août 1988 à Marie-Galante.

Bibliographie sélective

1– Contributions de Guy Tirolien

TIROLIEN (Guy), Balles d’Or, Paris, Présence Africaine, 1961, 93 pages ;

TIROLIEN (Guy), Feuilles vivantes au matin, Paris, Présence Africaine, 1977, 175 pages.

2 – Critiques de Guy Tirolien

ALTANTE-LIMA (Willy), Guy Tirolien, l’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1991, 318 pages ;

TIROLIEN (Guy) TETU (Michel), Guy Tirolien : de Marie-Galante à une poésie afro-antillaise, éditions Caribéennes, GEREF, université de Laval, 1990, 200 pages.

Paris, le 10 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Guy TIROLIEN (1917-1988), un poète de la négritude», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Guy TIROLIEN (1917-1988), un poète de la négritude», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Guy TIROLIEN (1917-1988), un poète de la négritude», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 11:07

Ce 11 juin 2017, j'ai voté au bureau numéro 31 de la rue Fessart dans mon 19ème arrondissement. Le Bureau de vote était désert l'abstention pourrait être grande. Le débat national a été terne et sans grands enjeux. C’était une campagne de proximité, presque confidentielle, avec ses rumeurs et coups bas.

A 12 heures le taux participation de 19,24% est en baisse par rapport aux scrutins précédents : 21,06% en 2012, 22,56% en 2007, et 19,70% en 2002. L’abstention est-elle signe de défiance ou de confusion ou annonce t-elle une cohabitation ? Pourtant sur les 7877 candidats, il a un enjeu de renouvellement par l’âge et la nouveauté des candidatures. On passe d’une moyenne d’âge 55 ans à 49 ans et 40% des députés ne se représentent pas. Par conséquent, le renouvellement pourrait concerner 2/3 des députés. En revanche, l’Assemblée nationale française est fortement masculinisée et hostile à la percée des percées des personnes issues de l’immigration et des femmes. Je rappelle que de nombreux candidats issus de la diversité sont en compétition dont Mme George PAU-LANGEVIN à Paris, Mme Madeleine N’GOMBET-BITOO en Charente Maritime, Mme Françoise BERGAME à Lyon, Messieurs Philippe MILIA et Alexandre AIDARA à Aubervilliers et Félix BEPPO dans le 18ème arrondissement.


À Paris, il y a une floraison de listes. Dans mon 19ème c'est le record avec 24 candidats qui s'affrontent. Dans le 10ème arrondissement 19 listes sont en lice. Le Mouvement La République en Marche est arrivé en tête lors des présidentielles dans 13 arrondissements. Mme HIDALGO avait soutenu M. Benoît HAMON et M. DELANOE a choisi M. MACRON. Autant dire qu'à Paris la situation confuse avec une perte de repères.

Au plan national on est dans l’expectative. L’argument est essentiel de la République en Marche est de dire, il lui faut une majorité pour appliquer sa politique, mais pourquoi faire ? Le projet de loi sur la moralisation de la vie publique est émaillé de chroniques judiciaires concernent même le camp du Garde des Sceaux qui avait pris des engagements très forts en la matière. Quelle crédibilité peut-on accorder à ce nouveau gouvernement ? La révision de la loi travail promet de belles batailles syndicales.

Naturellement, à l’issue de ces élections législatives l’état du rapport des forces politiques sera examiné avec une grande attention dans la perspective des municipales, de 2020, dont le débat pointe déjà son bout de nez. Plusieurs questions nous taraudent : l’ordre de préséance lors des présidentielles sera-t-il bousculé ? Le FN est arrivé en 2ème position, mais sa candidate qui raté son débat télévisé est contestée dans sa stratégie par sa nièce. La Droite dont une partie notamment les Juppéistes est favorable à la République en Marche, et qui mène une campagne des législatives désavouant la ligne FILLON, pourra t-elle s’en tirer à bon compte ? «La France Insoumise» dont l’objectif est de liquider le Parti socialiste réussira t-elle son pari fou ? Confrontée à des «Gauches irréconciliables» et de nombreuses trahisons, l’héritage lourd et encombrant du Hollandisme laissera t-il une chance aux candidats socialistes ? La République en Marche réussira t-elle son projet de recomposition de la vie politique et liquider ainsi «cet ordre ancien» ? Certains Ministres, comme Mme Marielle de SARNEZ ou M. Richard FERRAND, M. Mounir MAHDJOUBI, jouent leur avenir.

Dans mon 19ème nous avons une tête d'affiche : le 1er secrétaire du Parti socialiste M. Jean-Christophe CAMBADÉLIS qui a comme suppléant M. François DAGNAUD maire du 19ème arrondissement. L'ancien premier ministre et la Maire de Paris sont passés le soutenir. M. CAMBADÉLIS affronte notamment M. Mounir MAHJOUBI secrétaire d'État au Numérique. Le 2ème tour promet d'être animé. Je suis resté fidèle à mon camp.


Je rappelle qu'au Sénégal nous avons également des élections législatives le 30 juillet 2017. Le président Macky SALL, a pour l’instant, et bien avant M. MACRON, réussi à recomposé la vie politique sénégalaise avec ses 155 partis politiques. Le président SALL qui a fait voter le référendum sur les institutions du 20 mars 2016, avec plus de 63% a conservé sa légitimité de 2012. Le président SALL, qui avait pour mentor Abdoulay WADE, a eu la grande habilité de s’allier deux anciens socialistes (M. Tanor DIENG et M. Moustapha NIASSE). Il est le grand favori de ces législatives en vue des présidentielles de 2019. Faute d’accord, l’opposition s’est fissuré et a présenté deux coalitions distinctes. L'ancien président Abdoulaye WADE, 91 ans, (voir mon post) est de retour sur la scène politique. L’autre tendance de l’opposition est conduite par M. Khalifa SALL, maire de Dakar. En effet, le débat politique est intense et parfois violent au Sénégal. Nous avons des affaires judiciaires qui empoisonnent la vie politique ; ce qui n’est pas banale. En effet, le maire de Dakar, M. Khalifa Ababacar SALL est toujours écroué pour détournement de deniers publics. Le Maire de Dakar a un domicile, des garanties de représentation, je suppose qu’il peut fournir, il n’y a pas de risques de destruction de preuves ou de pression sur les témoins, pourquoi le maintenir en détention préventive ? La question du pétrole et du gaz soulève de fortes passions. Pour la première fois 15 députés représenteront la diaspora.

 

47 listes ou coalitions, avec trois grands pôles, comme indiqué ci-dessus, vont s’affronter aux législatives du 30 juillet 2017 au Sénégal :

-Parti de la vérité pour le développement (P.V.D)

-CoalitionManko Taxawu Senegaal

-Entité indépendante DEFAR SENEGAAL

-Rassemblement démocratique Sénégalais (R.D.S)

-Union pour le Fédéralisme et la Démocratie

-Entité indépendante Mouvement pour la Renaissance, la liberté et la démocratie (M.R.L.D)

-Coalition Manko Yeesal Senegaal

-Mouvement pour la renaissance républicaine (M2R)

-Mouvement pour l’éthique et les valeurs émergentes (R.E.V.E)

-Citoyen Pour l’Ethique et la Transparence Jarin Sama Reew (CET/ J.S.R)

-Coalition Manko Wattu Senegaal

-Parti de l’Unité et du Rassemblement (P.U.R)

-Coalition SOPPALI

-Union Citoyenne BUNT BI (U.C BUNT BI)

-Fédération démocratique des écologistes du Sénégal (F.E.D.E.S)

-Convergence patriotique pour la justice et l’équité /Naay leer ( C.P.J.E/ NAAY LEER)

-Initiative pour une Politique de développement(I.P.D)

-Parti pour l’Action Coitoyenne (P.A.C)

-Convergence Libérale patriotique (CLP)

-Sunu NataageReew / Rassemblement pour la Dignité et la Prospérité(SNR / RDP)

-Coalition LEERAL

-Coalition Senegaal CA KANAM

-Convention Citoyenne NEENEN(CCN)

-Coalition And Sukali Senegaal

-Front patriotique Républicain (F.P.R)

-Sénégal – Veine Environnement(SEVE)

-Coalition la 3è Voie Politique / EUTTOU ASKAN WI

-Front National – BAATU ASKAN WI ( F.N/ B.A.W)

-Coalition JOYYANTI

-SUNU Parti pour la Solidarité et le développement du Sénégal (SUNU P.S.D.S)

-Coalition Fal Askan Wi

-Convergence d’Initiative pour le Sénégal (C.I.S)

-Vision Alternative pour le Sénégal (VISA)

-Dental Sénégal/ Actions Patriotiques (D.S /A.P)

-Alliance pour la Réforme et le Développement(A.R.D/ AAR SENEGAAL)

-Coalition assemblée BI NU BEGG

-Coalition And Saxal Liggeey

-Colalition Mbollo Wade

-Coalition Oser l’Avenir

-Coalition Gagnante/ Wattu Sénégal

-Coalition POLE ALTERNATIF 3è Voie SENEGAAL DEY DEM

-Coalition BENNO BOKK YAKAAR

-Parti de la Paix / JAM (P.D.P/JAM)

-Coalition DAWI ASKAN WI / ALTERNATIVE DU PEUPLE

-And Defar Senegaal / Groupe d’appui et de rénovation de l’Action populaire(A.D.S/ G.A.R.A.P)

-Coalition Gouvernance Patriotique / KADDU ASKAN WI

-Cadre de Réflexion pour un développement intégral (C.R.E.D.I)

Paris le 11 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

"Le 1er tour des élections législatives du 11 juin 2017 en France" par M. Amadou Bal BA-http://baamadou.over-blog.fr/
"Le 1er tour des élections législatives du 11 juin 2017 en France" par M. Amadou Bal BA-http://baamadou.over-blog.fr/
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 20:17

Gras Savoye, le courtier de l’assurance statutaire des collectivités territoriales, a organisé une rencontre sur les questions organisationnelles. Ce courtier est situé à Puteaux, à proximité du groupe de Vincent BOLLORÉ qui a investi dans les ports en Afrique.

Les débats conduits par mon amie Anne GRILLON sont axés autour du thème suivant "face des organisations à bout de souffle, quel modèle organisationnel ?"

«Quand on affronte les problèmes de demain avec les organisations d’hier, on récolte les drames d’aujourd’hui» avait dit Michel CROZIER (1922-2013). Certains chercheurs comme Olivier BERTHELOT disent qu’il faut libérer les organisations, mais les libérer de quoi ?

Pour une grande part, le rôle des managers c’est d’accompagner les agents dans le développement, dans un contexte d’une grande contrainte budgétaire.

Historiquement, les principes de «direction scientifique» des organisations ont été dégagés par Frederick Winslow TAYLOR (1856-1915) dans son ouvrage «Scientific Management» ; les techniques et règles d’administration du personnel sont la décomposition des tâches, la définition du contenu du poste et la capacité maximale de contrôle de la hiérarchie. TAYLOR a introduit la division horizontale du travail qui conduit à la parcellisation du travail, à la spécialisation des tâches, et à l’étude des temps d’exécution en vue de déterminer «The one best way», la meilleure façon de faire. TAYLOR a aussi introduit la division verticale du travail, fondée sur un modèle pyramidal, fortement hiérarchisé, avec une distinction stricte entre les exécutants et les concepteurs. Il y en a qui décident, les cols blancs, et ceux qui appliquent, les cols bleus. Dans ce contexte, la gestion des ressources humaines consiste à placer «the right man on the right place», mettre la meilleure personne à la bonne place. TAYLOR préconise le salaire au rendement, fondé sur des primes de productivité, il a misé sur la cupidité des ouvriers. En effet, le salaire à la pièce, pousse à une plus grande productivité avec l’appât du gain. Naturellement, et dans ce contexte, le système taylorien est fondé sur un contrôle strict des tâches, l’ouvrier est fortement contrôlé par sa hiérarchie.

Frank Bunker GILBRETH (1868-1924) a corrigé cette vision mécanique du travail, pour améliorer la production, il est nécessaire de réduire la fatigue du salarié. Il est nécessaire dans ce cadre de fournir aux travailleurs, les ressources indispensables pour effectuer leurs tâches plus rapidement et plus efficacement, et les rémunérer de façon plus équitable. Le génie de Henry FORD (1863-1947), continuateur de TAYLOR, est d’avoir introduit la nécessité d’agir sur le pouvoir d’achat des salariés, avec un contrat de travail stable, en vue de les pousser à la consommation, ce qui va dynamiser l’économie. «Tout le monde aura une voiture de la couleur qu’il souhaite, pourvu qu’elle soit noire» dit-il. Henri FAYOL (1841-1925) a complété la théorie taylorienne en faisant évoluer les fonctions de direction sous l’angle du leadership, le manager doit tendre vers 5 objectifs (préparer l’avenir de manière rationnelle, organiser, commander, coordonner et contrôler le travail et les ressources). Max WEBER (1864-1920), un sociologue et juriste allemand, a introduit la sociologie compréhensive, «il n’est nécessaire d’être César pour comprendre César». Il s’est interrogé sur les fondements de l’autorité et du pouvoir dans les organisations (pouvoir rationnel ou légal, pouvoir traditionnel, charismatique). Une organisation bureaucratique pour être efficace devrait intégrer certains principes (agents libres, mais soumis à une hiérarchie, organisation pyramidale avec des missions claires, sphère de compétences formellement définies, relations contractuelles, sélection des salariés sur la base des compétences techniques, salaire fixe et retraite, promotion, discipline et contrôle strict).

Cependant, le système taylorien s’il a pu accroitre la productivité et baisser les coûts de production, repose une vision terriblement appauvrie du potentiel humain. En effet, la rationalisation du travail n’est pas antinomique avec l’initiative et l’autonomie au travail. La dichotomie stricte qu’il instaure entre le cerveau et les mains humaines.

Le management a évolué à travers l’attention accordée aux besoins de l’homme en vue d’accroître la productivité. En effet, le facteur humain, le respect du salarié, son autonomie, la prise en compte de ses besoins et sa responsabilisation sont des facteurs en vue de mieux explorer «les possibilités de l’homme».  Introduire le facteur humain, est une réaction contre un système de management dépersonnalisé qui réduit la créativité des salariés et accroît les conflits dans les organisations. La recherche-action ainsi la pyramide des besoins d’Abraham Harold MASLOW (1908-1970), un psychologue et spécialiste du comportement humain, ont réorienté les théories sur le management. Le salarié a 5 besoins fondamentaux qui sont à la base de sa motivation au travail (accomplissement avec l’autonomie et la responsabilité, estime avec son statut, son titre et sa promotion, social avec un souci d’appartenance à un groupe, sécurité avec son emploi, sa couverture sociale et sa retraite, physiologique avec le salaire).

Il faut désormais développer, le cœur et la tête, le bien-être et le bonheur au travail,  la compétence, l’innovation et l’altérité afin de les mettre au service de l’usager, le client passif voit s’offrir à lui une diversité des choix. 

Mais ces modèles n’ont pas toujours fonctionné de façon satisfaisante. Les salariés notamment dans le secteur public ont perdu le sens, la raison d’être du service public. Ce qui domine encore c’est le modèle taylorien, c’est le système pyramidal. 

Il est urgent de retrouver le sens et les valeurs du service public et les managers doivent investir leurs fonctions stratégiques. 

Le D.G.S. de la ville de Versailles a rappelé les axes politiques de sa collectivité :
- ville citoyenne
- ville solidaire
- ville durable
- ville attractive
- ville performante.

Au niveau des valeurs, cette ville a mis en avant la bienveillance, l’équité, la vérité et la volonté et certains grands axes stratégiques ont été dégagés :
- un chef de projets et un Chief Digital Officer pour manager la modernisation des services
- des services supports directement rattachés au DGS (Finances, RH et DSI)
- une simplification des procédures et démarches administratives
- une dématérialisation totale
- un axe sur l’innovation
- un accueil en ligne qui rénove la fonction du back-office
- une dématérialisation des métiers comptables.

Les managers sont là pour porter le sens de ces objectifs.

En soirée, on a eu droit à une visite de l'Opéra de Paris (voir mon post sur l'histoire de cette prestigieuse institution symbolisant le génie culturel de la France). Jai été impressionné par les ateliers de couture, avec de prestigieuses robes, comme celles de Christian LACROIX ou Karl LAGARFELD. J’ai vu le costume de Rudolf NOURIEV, les salles de répétitions, le lac souterrain et tous ces décors que le grand public n’a pas l’occasion d’admirer. Il existe dans les coulisses de l’Opéra de Paris, des artistes dans l’ombre.

Brèves indications bibliographiques

CROZIER (Michel), Le phénomène bureaucratique, essai sur les tendances bureaucratiques des systèmes d’organisation modernes et sur leurs relations en France avec le système social et culturel, Paris, Points, 2017, 382 pages ;

FAYOL (Henri), Administration industrielle et générale, Paris, Dunod  1931, 174 pages et 1999, 133 pages ;

FRIEDMANN, (Georges), Problèmes humains du machinisme industriel, Paris, Gallimard, Hors série connaissance, 1946 et 1956, pages 424 pages ;

GUERIN (Francis), Faut-il brûler Taylor ?, Paris, éditions management, 1998, 126 pages ;

MASLOW (Abraham, Harold), L’accomplissement de soi, de la motivation à la plénitude, Paris, Eyrolles, 2003, 207 pages ;

PLANE (Michel), Management des organisations, théories, concepts, cas, Paris, Dunod, 2003, 257 pages.

TAYLOR (Frederick Winslow), Scientific Management, préface Harlow S. Person, New York, Harper and Row, London, John Weatherhill, 1947, 287 pages ; La direction scientifique des entreprises, Paris, 1957, H. Dunod, traduit par Luc Maury préface Louis Danty-Lafrance, 309 pages L’organisation scientifique du travail 1915, Paris Dunod, 212 pages et 1966, H. Dunod, 213 pages.

Puteaux, le 7 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Management face à des organisations à bout de souffle, quel modèle organisationnel ?" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr
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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 21:03

M. Édouard PHILIPPE, premier ministre : la bonne prise du président MACRON" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr 

Né le 28 novembre 1970 à Rouen, député de la Seine-Maritime, M. PHILIPPE est maire du Havre depuis le 24 octobre 2010. Énarque conseiller d'État, avocat et écrivain, il a milité dans les annees 90 d'abord au Parti socialiste dans la mouvance de Michel ROCARD. Ensuite il rejoint en 2001 l'équipe municipale d'Antoine RUFENACHT, maire du Havre en qualité d'adjoint en charge des affaires juridiques. Enfin, proche d'Alain JUPPÉ dont il a été membre de son cabinet au ministère de l'écologie. Il le soutient en 2016 lors de la primaire de la Droite et du Centre. Il a été employé chez AREVA, c'est apparemment un pro nucléaire.

En dépit d'une culture familiale de gauche, son grand-père ayant dockers communiste au Havre, M. PHILIPPE assume ses convictions de Droite. En effet, il n'a pas voté notamment le mariage pour tous, le non-cumul des mandats, la transition énergétique, ainsi que la loi sur la transparence de la vie publique.

Avec son slogan "ni de Droite ni de Gauche" M. PHILIPPE est une bonne prise pour le président MACRON. Les amis de M. JUPPÉ, se sentant à l'étroit au sein des Républicains depuis que M. FILLON a fait virer vers la Droite dure avec son mouvement "SenÉdouard s commun", pourront basculer, sans remords, vers En Marche.

Pendant la campagne des présidentielles de 2017 il a consacré dans le journal LIBÉRATION des chroniques intitulées "chroniques, côté droite" qui donnent des indications sur son orientation politique et en particulier sa position à l'égard du président MACRON.

En effet, tout le monde avait sous estimé le jeune candidat MACRON qui s'est révélé fin stratège. "MACRON qui n'assume rien, mais promet tout, avec sa fougue d'un conquérant juvénile et le cynisme d'un vieux routier" écrivait Édouard PHILLIPPE dans le journal Libération du 18 janvier 2017. Le futur premier ministre s'interrogeait dans même chronique : Qui est MACRON ? 

"Pour certains, impressionné par son  pouvoir de séduction et sa rethorique réformiste, il serait le fils naturel de KENNEDY et de MENDES-FRANCE. On peut en douter. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes. Pour d'autres, il serait Brutus, fils adoptif de CESAR" dit M PHILIPPE qui écrit que M. MACRON ce serait le retour du religieux : "M. MITTERRAND nous avait quitté en disant croire aux forces de l'esprit, M. MACRON arrive en les assumant d'emblée. Après tout, il aurait tort de se gêner. Il marche sur l'eau en ce moment. Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole".

Pour PHILIPPE le président de la République devrait être un arbitre au-dessus des luttes politiques et les gouvernants ne devraient pas être prisonniers du court terme. M PHILIPPE a lui-même dégagé dans une chronique du 3 mai 2017 "l'étroit chemin de M. MACRON" dans laquelle il avance que le nouveau président "devra transgresser. Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l'opposition gauche-droite pour constituer une majorité d'un type nouveau. Son chemin sera étroit. Et risque. On imagine le fameux système se laisser faire".

En fait la recomposition est en Marche, mais on ne connaîtra l'état de décomposition, éventuellement, de l'ancien monde qu'à l'issue des législatives de juin 2017. 

La Droite est "annexée" ironise la France Insoumise et le FN crie déjà à la reconstitution de "L'UMPS". 

Devant l'échec des partis traditionnels,  M. MACRON est condamné à réussir, sinon le FN, bien déstabilisé provisoirement, pourrait renaître  d'une nouvelle désaffection à l'égard de la Politique.

En tout cas, c'est une période inédite qui passionne tous les observateurs de la vie publique. 

Pour l'instant, c'est un sans faute pour le prétendu "conquérant juvénile" que personne n'avait pris au sérieux.

Cependant restons prudent "il ne faudrait pas vanter les mérites de la nuit avant qu'il ne fasse jour" suivant un dicton peul. C'est aux actes qu'il faut juger un gouvernement.

Souhaitons bonne chance à la France, tant qu'elle restera elle-même c'est-à-dire républicaine, citoyenne, fraternelle et pour le bien vivre ensemble.

Paris le 15 mai 2017 par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr

Edouard PHILIPPE premier ministre

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 14:39

L’objectif du festival, à l’initiative du collectif Mwasi programmé au 14 avenue Parmentier, dans le 11ème arrondissement, dans des locaux appartenant à la ville de Paris : "Nous voulons construire des stratégies et des solidarités durables, et pour cela il est important de se rencontrer, pour partager, échanger, faire avancer nos combats. Pour cette première édition nous avons choisi de mettre l’accent sur l’organisation de nos résistances en tant que mouvements afroféministes". NYANSAPO, est un adinkra (symboles visuels, créés par les Ashanti du Ghana et les Gyaman de la Côte d'Ivoire) qui signifie nœud de la sagesse, ingénuité, intelligence. La capacité de choisir le meilleur moyen pour atteindre son but, utiliser la connaissance et l'expérience à des fins pratiques. Le festival est divisé en quatre parties :

  • Espace non mixte : femmes noires (80% du festival) : débats et construction d'une stratégie et d'un agenda politiques, groupes de paroles, réflexions sur les théories afroféministes et care ;
  • Espace non mixte personnes noires : Réflexions autour de la communauté noire, et les luttes afros ;
  • Espace non mixte femmes racisées : Échanges sur les féminismes décoloniaux ;
  • Espace ouvert à tou.te.s : Tables rondes, showcases et expositions.

Ce sont ces espaces non-mixtes qui ont suscité les demandes du Front National et de la LICRA, relayées par la Maire de Paris d’interdiction de ce festival.

 

A la rencontre à la Sorbonne du 22 avril 2017, je n’avais accordé une attention particulière, à ces femmes revendiquant leurs orientations sexuelles de lesbiennes, Bisexuelles et Transexuelles, et recommandant contre l’excision, le droit de se masturber à haute dose. Leurs arguments et notamment l’exposé de Sabreen Al’Rassace, m’avaient paru si simplistes et radicaux, que je me suis dit, il ne fallait pas leur prêter plus d’importance qu’elles n’en valaient. En effet, elles soutenaient que si les femmes étaient victimes de violences, notamment de l’excision et le mariage forcé, c’est à cause du colonialisme. Et comme elles le disaient à la Sorbonne, qui avait accueilli en 1957, à l’invitation d’Alioune DIOP, un colloque mondiale des artistes et écrivains noirs, j’étais rassuré, à l’idée que la France est un grand pays de liberté ; on tolère presque tout. La liberté d’expression est largement protégée dans ce pays. C’est au nom de cette liberté d’expression que le pays avait justifié les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo. Naturellement, tout ce qui est excessif n’a pas de signification, je ne partage pas le point de vue de ces femmes noires. Je me bats pour le bien-vivre ensemble. Je me bats aussi, pour la tolérance, et à l’instar de ce que disait François-Marie AROUET, dit Voltaire : «Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer».

 

Aussi, quand j’ai entendu que le Front National souhaite dans cette affaire imposer à nouveau son diktat et qu’il a été appuyé et conforté dans cette initiative, par un attelage surprenant, par le président de la LICRA et la Maire de Paris, j’ai sauté jusqu’au plafond. Comment ceux qui étaient censés défendre les libertés s’associent-il avec le Diable incarné ? Pourquoi on s’empresse si vite à massacrer une seule catégorie de personnes, les Français issus de l’immigration ?

M. Alain JAKUBOWITZ, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, qui ne défend que sa communauté, s’illustre, paradoxalement par certaines de ses déclarations à caractère raciste. Ainsi, dans l’affaire Théo, un jeune noir, à l’occasion d’un contrôle au faciès, que M. Omar SY, Yannick NOAH et Eric CANTONNA, qui défendaient ce jeune dans une tribune de Libération : «c’est des noms pas très français». M. Alain JAKUBOWITZ a presque excusé au bénéfice du doute les déclarations honteuses de ce représentant syndical policier expliquant que “bamboula, ça reste convenable”, puis celles cet ancien avocat général près la cour d’appel de Paris, M. Philippe BILGER, disant que «bamboula», c’était, dans sa jeunesse, «un terme affectueux». Par ailleurs, pour M. JAKUBOWITZ, particulièrement hostile aux musulmans de France, il faudrait "reprendre le combat contre cette imposture qu'est le concept d'islamophobie».

La LICRA a longtemps compté comme membre de son «comité d'honneur» Alain FINKIELKRAULT, un négrophobe et raciste assumé, comme membre de son bureau exécutif elle compte des habitués des propos racistes. La LICRA n’a jamais songé à interdire d’antenne ni Alain FINKIELKRAULT, ni Eric ZEMMOUR qui déversent à longueur de journée des insanités sur les Noirs. La LICRA invite à ses rencontres des personnalités ouvertement racistes : «Ces chiens de Roms, vont jusqu’à vendre leurs enfants. Qu’on ne vienne pas me traiter de raciste, c’est trop facile» écrit Jean-Paul NEY, un membre de la LICRA. Ou encore dit Jean-Paul NEY, «Les petits Noirs racistes, des imbéciles heureux. Faut leur parler leur langue, ils comprennent». Finalement dans sa défense de l’égalité de M. JAKUBOWITZ, on sent deux poids, deux mesures. En sa qualité d’un mouvement qui combattrait le racisme et l’antisémitisme, le tri sélectif de M JAKUBOWITZ est inacceptable et relève du manichéisme qui discrédite son organisation. L’intolérance, d’où quelle vienne mériterait d’être condamnée, sans réserve. Nous devrions être solidaires contre toute forme d’intolérance ou d’extrémisme, d’où qu’elle vienne.

 

Faisant suite aux pressions du FN et de la LICRA, Mme Anne HIDALGO, maire de paris, envisage de demander au Préfet de police de Paris d’interdire cette manifestation. Les mouvements politiques traditionnels ont-ils réellement songé à interdire le Front National, dont l’idéologie et les principes politiques, sont manifestement contraires aux principes républicains, notamment d’égalité ?

 

Le groupe ethnique majoritaire, nos ancêtre les Gaulois, pratique largement l’entre-soi, et donc l’exclusion, de fait des autres groupes ethniques. Dans certains départements, comme la Seine-Saint-Denis, la mixité est devenue un leurre. Dans les lieux de décisions, notamment, la haute administration parisienne ou le conseil de Paris, alors que Paris compte plus de 116 nationalités, comment se traduit la représentation de la diversité ? Dans les années 80, presque la totalité des éboueurs parisiens étaient des Noirs, originaires notamment du Mali. Vous constaterez «une théorie du remplacement», ce sont nos ancêtres les Gaulois qui occupent ces postes, même peu qualifiés, dans notre belle capitale.

 

A Paris et dans d’autres villes, où les demandes de permis de construire des mosquées sont systématiquement attaquées, bloquées et retardées indéfiniment, au nom du principe de la laïcité, d’autres communautés construisent des lieux de culte, des écoles et crèches confessionnelles, à grands coups de subventions Ainsi, à Paris, les crèches et écoles construites un mouvement religieux intégriste, les Loubavitch, sont massivement subventionnées avec les deniers des Parisiens. A ce que je sache, aucun Gaulois, encore moins un Noir, Arabe ne peut y envoyer ses enfants. La ségrégation y est de rigueur.

Dans l’affaire Brahim BOUARRAM jeté dans la Seine, aucun dignitaire du Parti socialiste socialiste digne de ce nom, n’est venu, jusqu’à sa présent honorer le 1er mai, ce martyre. C’est le président MACRON qui est venu pour la première fois, le 1er mai 2017 au Pont du Carrousel. Depuis le 1er mai 1996, à l’initiative de M. Mouloud AOUNITT, d’Aubervilliers aujourd’hui décédé, nous n’étions que quelques personnes présentes à cette cérémonie.

Finalement, la classe politique traditionnelle, affirme de beaux principes républicains, de belles déclarations sur l’égalité. Mais dans les faits, l’égalité réelle, pour les Français issus de l’immigration est loin d’être la préoccupation principale. Quand il y a une grave distorsion entre la parole et les actes, cet ordre ancien est condamné à périr en raison de ses dissimulations, de son double discours et de ses mensonges. C’est une démarche coloniale qui relègue certains citoyens de la République au rang d’indigènes de la République. C’est pour cette raison que le candidat Emmanuel MACRON, avait eu raison de qualifier la «colonisation de crime contre l’humanité». Chaque jour l’injuste continue sous des formes sournoises et hypocrites. Une partie de la communauté française s’est vite organisée et en prétendant que ce concept de «crime contre l’humanité» ne pouvait être réservée qu’à l’holocauste. Mais de quel droit les souffrances de certains seraient plus légitimes que celles des autres, à moins d’établir une hiérarchie inacceptable entre les individus ?

 

Christiane TAUBIRA nous a raconté le comment diverses forces obscures avaient tenté de mettre en échec, au nom de l’exclusivité de la souffrance, son projet de loi qualifiant l’esclavage de «crime contre l’Humanité».

En définitive, je préfère le bien-vivre ensemble. Dans cette polémique stérile et dangereuse, on a donné à ce groupe féministe marginal, une publicité qu’elles ne méritaient pas. L’extrémisme est une voie sans issue. La seule orientation qui vaille, c’est la solidarité de tous les Républicains, quelles que soient leurs origines ethniques, contre la montée de l’intolérance. Nous avons en commun, au-delà de nos différentes apparentes, les valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et du bien-vivre ensemble.

Pourquoi, pendant tous ce septennat de M. HOLLANDE ces polémiques oiseuses sur les détails vestimentaires (Burqa, Burkini) comme si la laïcité était devenue une arme de guerre contre tous les musulmans ? Pourquoi ce funeste projet de déchéance de la nationalité, comme s’il y avait deux catégories de citoyens ?

Il ne faudrait pas confondre intégration et assimilation. Chaque groupe ethnique a droit de vivre en accord avec ses principes, pourvu de ne pas troubler l’ordre public ou vouloir imposer ses règles aux autres. Par conséquent, le bien-vivre ensemble n’a de sens que si le groupe ethnique majoritaire, en l’espèce nos Ancêtres les Gaulois, n’impose pas son diktat aux autres. C’est ainsi que dans les conquêtes démocratiques, divers groupes ethniques, tout en respectant les lois générales, ont pu affirmer leur identité. C’est le cas d’abord des ouvriers, à travers les syndicats et les partis de Gauche, pour défendre des conquêtes sociales, puis des Femmes blanches, pour le droit de vote et la parité, des jeunes, enfin des Gays et lesbiennes, des handicapés, etc. Dans ces conditions vouloir réprimer, systématiquement et sans discernement, les revendications des Français issus de l’immigration, les ravaler au rang de citoyens de seconde zone, c’est avoir une démarche ségrégationniste et colonialiste, qu’il faut condamner.

A travers, cette initiative du 1er festival Afroféministe, ces femmes d’origine africaines revendiquent leur homosexualité et souhaitent faire le point entre elles des conditions de leurs existences et de leur liberté. Avant 1981, l’homosexualité était un délit. Aujourd’hui, dans Paris, et au Marais, on a des bars presque réservés à ces populations. Lors de la campagne des municipales à Paris, certains esprits étriqués disaient que jamais un Gay ne pourrait être Maire de Paris, et pourtant M. DELANOE a été un exceptionnel maire de Paris, dont Mme HIDALGO est l’héritière.

J’invite les organisations noires, comme le CRAN, à réorienter leurs actions vers des actions plus fondamentales pour l’égalité réelle, la justice sociale et la solidarité avec tous, et à aider à ramener le débat sur le terrain républicain sur les valeurs qui nous réunissent et non celles qui divisent. Chaque citoyenneté et notamment les Français issus de l’immigration, devrait abandonner le repli sur soi et réinvestir les combats nobles pour les valeurs républicaines contre cette intolérance qui ne cesse de nous diviser, au point de douter de nous-mêmes.

«Le problème du XXème siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs» avait prédit un intellectuel américain (voir mon post) W.EB du BOIS. A l’aube du XXIème siècle on continue à renvoyer les citoyens Français issus de l’immigration à leurs origines ethniques. Pour ma part la ligne de partage reste et restera entre les gens sincères et non pas hypocrites, de Bien, ceux qui luttent résolument contre la montée du Front National et la lépenisation des esprits qui gangrène l’esprit des Républicains. Il y a le Bien souverain et le Mal. Rejetant toute forme de sectarisme, solidaire avec tous les exclus et ceux qui souffrent : «J’ai décidé d’opter pour l’Amour. La haine est un fardeau trop lourd à porter» disait Martin Luther KING.

Paris, le 3 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Faut-il interdire le 1er Festival Afroféministe dit NYANSAPO Fest, organisé à Paris du 28 au 30 juillet 2017 ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il interdire le 1er Festival Afroféministe dit NYANSAPO Fest, organisé à Paris du 28 au 30 juillet 2017 ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 14:28
 
Quand j'étais étudiant, et que je résidais à la rue des Boulangers dans le 5eme arrondissement à Paris, j'avais un médecin traitant à la rue Monge, juste à côté de chez moi.
 
Toujours attentif, à l'écoute et particulièrement bienveillant, pendant les moments de dèche, je ne sais pas comment il l'avait deviné il ne me faisait pas payer la consultation.
 
Et voilà que plus tard de 22 ans plus tard je le rencontre, par hasard, à l'avenue des Gobelins dans le 13ème arrondissement.
 
Je voudrais que vous puissiez admirer le visage incarné de cette France tolérante et généreuse.
 
Le billet d'Erik ORSENNA dans le journal Le Monde dénonçant l'attitude méprisante du gouvernement de JOSPIN qui avait boudé les obsèques du président poète sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR, un grand défenseur de la langue française et ami inconditionnel de la France, m'avait rassuré ce pays grand et ses humanistes. On voyait bien déjà que les partis traditionnels étaient à côté de la plaque, et bien avant le phénomène MACRON, ils représentaient déjà l'ordre ancien. Derrière leur arrogance et leur mépris, ils avaient déjà creusé une tombe qui ensevelira leurs privilèges.
 
Je me suis enthousiasmé pour Maurice DELAFOSSE, un éminent africaniste (voir mon post) administrateur colonial en Côte d'Ivoire et au Sénégal, qui a été persécuté en raison de sa défense pour les cultures traditionnelles africaines. J'ai été subjugué par l'itinéraire d'Albert SWCHEITZER, un médecin et musicologue (voir mon post), promu à un brillant avenir, qui a tout abandonné pour se consacrer aux lépreux dans l'Ogoué, au Gabon.
 
Le monde du travail peut etre parfois violent, pourtant j'en avais connu des maires, une DGS, une DGA, des collègues de bureau, qui se passionnaient pour les autres de façon désintéressée.
 
Les immigrés sont souvent pourchassés et stigmatisés et criminalises cependant j'en ai vus des Européens les défendre sans relâche. J'ai observé aussi le peu d'enthousiasme de la diaspora à s'investir dans ces secteurs.
 
Cependant, l'attitude de ce médecin resté dans l'anonymat, m'a touché. En effet, la relation avec le médecin est fondée avant tout la confiance. Et s'il ajoutait de la compassion et de la bienveillance, face à un monde où l'étroitesse d'esprit ne cesse de se développer, au mettre en cause l'accord climat de Paris concernant l'humanité entière. Vous comprenez pourquoi l'émotion m'a submergé de revoir ce médecin au grand coeur.
 
Finalement, le manichéisme et la simplification devraient être abandonnés. Le monde oppose, en fait, deux catégories d'individus : ceux qui sont partisans du Bien souverain et qui ceux qui éprouvent une jouissance secrète à faire du Mal aux autres et qui abusent parfois de leur pouvoir. Aux seconds, je les plains, ils doivent aller consulter, sans tarder, un médecin. Ils doivent être bien malheureux, le matin quand ils s'observent devant leur miroir et contemplent l'étendue des dégâts qu'ils ont commis, bêtement et méchamment, sans aucune justification particulière. Et aux premiers, ils expriment leur vrai sens de notre mission ici bas : se rendre utile à soi-même, à sa famille et aux autres. En effet, l'amour restera toujours plus fort que la haine.
 
Paris, le 27 mai 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
"Un médecin au grand coeur" par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 21:39

«Kourouma a renouvelé la langue de la littérature africaine en y introduisant des tournures, des syntaxes propres à sa langue maternelle. C'est merveilleux ce qu'il a su faire avec le langage académique que la France coloniale avait légué aux Africains. Je sors des livres de Kourouma complètement agrandi, tourneboulé, réjoui. Et il me semble que cette subversion linguistique était possible parce qu'étant mathématicien, Kourouma n'avait pas la même relation avec le français que les Africains plus littéraires» écrit Erik ORSENNA de l’Académie française. Qu'il s'agisse de l'échec des élites politiques, de la question de l'identité d'un continent tiraillé entre tradition et modernité, de la place de la femme dans des sociétés en mutation ou encore de la cruauté de régimes prêts à enrôler leurs propres enfants dans de sanglantes guerres fratricides, toutes ces œuvres d’Ahmadou KOUROUMA témoignent du génie lucide d'un auteur dont l'imaginaire puissant n'a cessé d'explorer et d'interroger les méandres de l'histoire tout en dénonçant les travers, les mensonges et les faux-semblants. En effet, l’œuvre d’Ahmadou KOUROUMA, en griot homme de lettres, témoigne d’une connaissance profonde de la culture traditionnelle africaine, mais aussi d’une grande maîtrise de la littérature occidentale (Céline, Kafka, Beckett) à laquelle il a emprunté quelques-unes de ses expressions écrites novatrices. «Tel un hippopotame émergeant brusquement de son marigot, un auteur encore inconnu la veille se permettait de troubler l’ordonnance classique et aseptisée du champ littéraire africain en pratiquant une double subversion, celle du discours et celle de l’écrit» écrit Jacques CHEVRIER à propos d’Ahmadou KOUROUMA dont la contribution littéraire est largement étudiée sous l'angle linguistique ou sous celui des dictatures africaines. Auteur goûteux, avec truculence et bonhomie KOUROUMA a été influencé par Céline qui avait une méthode de créer le français parlé : «Je voulais écrire la langue Malinké parlée ; Céline m’a servi de modèle» dit KOUROUMA. Il ne s’est pas contenté de paraphraser la réalité, il l’a «recrée», suivant Abdourrahman WABERI. L’œuvre d’Ahmadou KOUROUMA attire l’attention par ses qualités esthétiques, avant-gardistes et révolutionnaires. Les romans de KOUROUMA sont, dans une certaine mesure, révolutionnaires ; un roman révolutionnaire n’est pas seulement un ouvrage à contenu révolutionnaire, mais c’est aussi un livre qui parvient à révolutionner le roman. En maître de la parole, KOUROUMA a innové  «Je n’avais pas le respect du français qu’ont ceux qui ont une formation classique. Ce qui m’a conduit à rechercher la structure du langage malinké, à reproduire sa dimension orale, à tenter d’épouser la démarche de la pensée malinké dans sa manière d’appréhender le vécu», écrit l’auteur. Finalement, KOUROUMA a planté une case africaine dans la langue française. Il considère que le français est une langue étrangère, «un butin de guerre» suivant une expression de KATEB Yacine, qu’il a retourné contre le colonisateur. A la question de Roman JAKOBSON «qu’est-ce qui fait d’un message une œuvre d’art ?», Ahmadou KOUROUMA semble répondre «choquer pour plaire». Comme un peintre faisant de la récupération dans les poubelles, KOUROUMA fait recours à l’usage, au recyclage et au mélange de formes littéraires proscrites avec sa langue maternelle et sa culture, avec un style parfois désinvolte, une nouvelle syntaxe et un discours oral, banni du langage académique, pouvant déconcerter.

En voulant rester un «authentique africain», suivant KOUROUMA, dans son art de discourir, plusieurs langues s’entremêlent avec une musicalité des mots ; ce qui créé une polyphonie, un xénisme, «une créativité langagière» suivant Gérard Marie NOUMSSI. En effet, sa contribution littéraire est truffée de mots malinkés, d’expressions familières ou relevant de l’oralité, ou d’emprunts au français inusité du XVIIème siècle, à l’arabe ou à l’anglais. Parfois, il fait appel à la «parole injurieuse», suivant Adama COULIBALY, avec des mots Malinké comme «Bilakoro» (non initié), «Bangala» (sexe de l’homme), «Faforo» (sexe du père).

Calembour, comédie et humoir constituent le socle de l’écriture de KOUROUMA, un diseur de vérité. «L’écrivain qui veut s’adresser à des hommes libres, n’a qu’un seul sujet : la liberté» écrit Jean-Paul SARTRE. «Ecrire pour moi, c’est vider une colère, répondre à un défi» dit-il. Aussi, la contribution littéraire d’Ahmadou KOUROUMA est une puissante revendication des libertés confisquées par «Les soleils des indépendances». Dans cette quête de liberté et de vérité, l’auteur appréhende le rire comme une arme contre la bêtise humaine. «Mais alors qu’apportèrent les indépendances à Fama ? Rien que la carte d’identité nationale et celle du parti unique» écrit-il. Le rire est un moyen de fustiger les pouvoirs autocratiques, un moyen de les tourner en dérision afin de mieux dénoncer et combattre l’abus de pouvoir. Il caricature la brutalité ; le dictateur cesse alors d’être un être humain pour devenir une force aveugle assoiffée de pouvoir et de sang. «Le diseur de vérité peut médire, mal dire ou maudire, tout comme le menteur est souvent celui qui sait bien dire» écrit Jean OUEDRAOGO, à propos de pièce «Diseur de vérité» de 1972.  Faute de porte-parole, les soulèvements contre les colons ont échoué : «Il faut savoir que nos maîtres colonisateurs et esclavagistes prétendaient que nous étions incapables d’engendrer un diseur de vérité et nos révoltes avaient échoué parce qu’il leur avait manqué, les grandes vérités, les prophéties, les visions» écrit KOUROUMA. Ahmadou KOURAMA, maître de l’écriture, suscitant l’admiration et le respect, a été primé plusieurs pour la qualité et l’originalité de son travail artistique. Ainsi, il a été récompensé du Prix de l’Académie française pour «Les Soleils des indépendances», et le prix du Livre Inter en 1999 pour «En attendant le vote des bêtes sauvages» et le prix Renaudot 2000 pour «Allah n’est pas obligé». Enfin, le Grand Prix Jean GIONO, pour l’ensemble de son œuvre, lui a été décerné en 2000.

Ahmadou KOUROUMA est en rupture avec la génération précédente d’écrivains africains engagés, avec un projet politique, comme Mongo BETI, Ferdinand OYONO ou un SEMBENE Ousmane qui pensent en révolutionnaires et en idéologues de l'univers africain. La démarche littéraire de KOUROUMA est moins manichéenne. KOUROUMA plante une tente dans le paysage littéraire, et constate un désenchantement après les indépendances africaines. Un regard critique se porte sur les nouvelles sociétés africaines et leurs fonctionnements, leurs injustices et leurs échecs. En effet, les indépendances africaines n’étaient, en fait, qu’une vaste escroquerie, une imposture qu’il fallait dénoncer. Pour KOUROUMA, on ne peut restaurer le monde d’antan. On n’efface pas le passé, on le dépasse ; c’est la vérité qui libère. KOUROUMA ne formule pas une thèse politique ; il a mis en place une littérature du désenchantement. Il est animé d’un doute et aucune vérité ne triomphe totalement de son raisonnement.

KOUROUMA n’est pas un auteur engagé au sens politique. Il écrit pour lui pour dire des vérités et n’entend pas entrer dans les clans. Par conséquent, KOUROUMA n’a pas de modèle. Il est son propre modèle. Il entend raconter une histoire africaine à partir du discours africain ; ce qui l’intéresse, c’est le présent et l’avenir et non le passé. Il a refusé d’enfermer la littérature dans le ghetto de l’engagement. La liberté de l’écrivain, c’est aussi refuser de s’engager, c’est cela aussi une forme de subversion. C'est ce qui explique sans doute que les personnages que KOUROUMA met en scène dans ses romans ne sont pas des victimes, mais plutôt des rusés qui tentent de s’en sortir. C’est ainsi que Ahmadou KOUROUMA, en éveilleur de conscience, historien et témoin donc de cette époque qu’il trouve l'aide ou sévissent l'imposture, l'hypocrisie et le mensonge qu'il fustige avec humour féroce dans son œuvre.

«Ahmadou Kourouma était un écrivain que j’admirais infiniment parce qu’il avait su incarner, plus que raconter, toutes les déchirures de l’histoire africaine, depuis la colonisation jusqu'à aujourd'hui, en passant par les turbulences qui ont suivi les indépendances. Un peu comme Garcia Marquez ou Asturias, il était devenu la voix de son peuple, la voix de tout un continent» écrit Erik ORSENNA. Inspirateur d’une nouvelle génération des écrivains africains, de Kossi EFOUI à Fatou DIOME, d’Abdourrahman WABERI à Alain MABANCKOU, il a clos un «siècle désespéré». A mi-chemin entre roman et pamphlet politique, KOUROUMA a ouvert une nouvelle page, en émancipant l’Afrique des questionnements de l’héritage colonial et postcolonial. À la différence de ses devanciers, c'est-à-dire des romanciers anticoloniaux africains de la première génération, Ahmadou KOUROUMA donne à sa contribution littéraire,  sur la question coloniale, une valeur historique, voire objective et scientifique. Pour ce faire, il mêle l’histoire objective à la fiction vraisemblable. Contrairement à ses prédécesseurs qui se sont tous employés à condamner la colonisation par le biais d’une méthode unilatérale, Ahmadou KOUROUMA, qui appartient à la période postcoloniale, utilise une méthode distanciée et satirique apparentée au débat, qui lui permet à la fois d’exposer et de tenir compte du point de vue adverse, mais aussi et surtout de le ridiculiser en en présentant la fausseté et le mensonge. Cette méthode, c’est l’ironie. L’auteur s’en sert pour railler la mission civilisatrice de la colonisation en la faisant équivaloir à des faits qui lui sont entièrement contraires et qui révèlent ce qu’il considère comme étant les véritables réalités coloniales.

Cependant, l’ensemble de la contribution littéraire d’Ahmadou KOUROUMA s’appuie sur des éléments historiques précis. Il est fasciné pour l’Histoire et les faits politiques. Il entend faire œuvre littéraire, avec une dose de démesure, de picaresque ou de loufoque. Les valeurs culturelles s’inversent et le comique côtoie la tragédie. C’est une œuvre magistrale et déconcertante ; KOUROUMA n’est jamais là où on l’attend, mais il n’est pas davantage où on voudrait qu’il soit. Ahmadou KOUROUMA est un écrivain, mais il nuance ce statut «Je  ne suis pas engagé. J’écris des choses qui sont vraies. Je n’écris pas pour soutenir une théorie, une idéologique politique, une révolution, etc. J’écris des vérités, comme je les ressens, sans prendre parti. J’écris les choses comme elles sont. Comme Le diseur de vérité, je ne suis pas sûr d’être engagé» dit-il.

Avec son art de dire et d’écrire, en conteur KOUROUMA révolutionne la langue française «l’habille d’un boubou», suivant  une expression de Jacques CHEVRIER. En effet, l’écriture de KOUROUMA est truffée de proverbes africains tirés de son milieu malinké avec sa tradition orale.  «Le proverbe est le cheval de la parole ; quand la parole se perd, c’est grâce au proverbe qu’on la retrouve» écrit Ahmadou KOUROUMA. L’auteur puise dans le fond culturel de son pays pour enrichir la langue française : «Je n’avais pas le respect du français, comme ceux qui ont eu une formation classique. (…) Ce qui m’a conduit à rechercher dans la structure du langage malinké, à reproduire sa dimension orale». La littéraire initiée par Ahmadou KOUROUMA a été considérée comme un hommage au «goût du palabre et au plaisir de conter», suivant Denise BRAHIMI-CHAPUIS et Gabriel BELLOC. Dans les sociétés africaines, les conteurs traditionnels ont coutume de commencer leurs contes avec des proverbes ou des devinettes. Si les contes et les narrations pendant les veillées autour du feu sont toujours épicés de proverbes  c’est qu’ils permettent généralement de mettre en exergue les richesses culturelles africaines. Ainsi, Ahmadou KOUROUMA, tout comme un conteur traditionnel africain, «en guerrier, griot» suivant le titre d’un ouvrage de Madeleine BORGOMANO,  ne cesse d’épicer ses romans avec des proverbes ou dictions africains qui permettent au lecteur de découvrir et d’apprécier la beauté ainsi que les riches et diverses images que véhicule la langue malinké, la langue maternelle. Dans sa thèse de 2011, «le discours proverbial chez Ahmadou Kourouma» Claude TANKWA ZESSEU a recensé ces joyaux de l’art de discourir en Afrique : «Excité comme un grillon affolé» ; «Impoli à flairer comme un bouc les fesses de sa maman» ;  «L’esclave appartient à son maître ; mais le maître des rêves de l’esclave est l’esclave» ;   «L’hyène a beau être édentée, sa bouche ne sera jamais un chemin de passage pour le cabri» ;  «Si grand que soit le pays où règne la discorde, sa ruine est l’affaire d’un jour» ; «Les petites causeries entre la panthère et l’hyène honorent la seconde mais rabaissent la première» ; «L’hyène dit que si elle est en permanence en éveil c’est parce qu’elle sait qu’elle a très peu d’amis sincères sur cette terre» ; «Dans le monde, les lots des femmes ont trois noms qui ont la même signification : résignation, silence, soumission» ; «En vérité, les hautes herbes peuvent cacher la pintade, mais elles ne parviennent pas à étouffer ses cris» ; «Un enfant n’abandonne pas la case de sa maman à cause des odeurs d’un pet» ;  «Un pet sorti des fesses ne se rattrape jamais» ; «Le chien  n’abandonne jamais sa façon éhontée de s’asseoir» ; «On suit l’éléphant dans la brousse pour ne pas être mouillé par la rosée»,  etc.

Ahmadou KOUROUMA est né le 24 novembre 1927, en Côte-d'Ivoire.  L’état civil lui attribue comme lieu de naissance Boundiali. «C’est à Boundiali qu’il y avait un état civil. Sinon, c’est dans un autre petit village que je suis né», écrit-il. Ce petit village, c’est Togobala, dans le Nord-Est du pays, qui sera le nom du village d’origine de Fama, le héros de son roman, «Les soleils des indépendances». En dépit de la grande diversité ethnique et culturelle de la Côte-d’Ivoire, Ahmadou KOUROUMA proclame : «Je me définis comme un écrivain ivoirien. Sans hésitation. Je me sens Ivoirien. La littérature ivoirienne existe». Le nom «KOUROUMA» signifie guerrier et désigne la caste noble des Malinké. «Les Malinkés, c’est ma race à moi. Les Malinkés sont des gens bien qui ont écouté les paroles du Coran, mais aussi des salopards racistes et des combinard fieffés qui mangent à toutes les sauces» écrit-il dans «Monné, outrages et défi».  

Son grand-père fut un des généraux de Samory TOURE, un résistant à la colonisation française. Séparé de sa famille à l’âge de 7 ans, le jeune Ahmadou est élevé par son oncle paternel Nankoro FONDIO, un infirmier et maître chasseur. Il évoque sa jeunesse à travers le personnage de Birahima : «Avant ça, j’étais un bilakoro au village de Togobala […] Je courais dans les rigoles, j’allais aux champs, je chassais les souris et les oiseaux dans la brousse. Un vrai enfant nègre noir africain broussard». Son père, Moriba, comme son oncle, étaient des émérites chasseurs. Les récits de chasse sont présents dans sa littérature. Comme Voltaire, il est anticlérical et valorise le pouvoir animiste des chasseurs, et symbolisant ainsi le combat contre le fanatisme et l’irrationalité des croyances. Il ne reverra sa mère qu’à l’âge de 27 ans. Il faut des études primaires et secondaires en Côte-d’Ivoire, puis des études supérieures, de mathématiques à Bamako, au Mali. Pris dans un mouvement de contestation, il est renvoyé de son établissement. En effet, contrairement à la plupart des écrivains africains de son époque, dont le militantisme ne s’est révélé qu’à leur arrivée en France pour des études supérieures, Ahmadou KOUROUMA a fait preuve de son caractère militant précoce alors même qu’il était en Afrique : «En 1947 dit-il, quand nous rentrions à l’Ecole Technique Supérieure de Bamako, nous étions politiquement préparés pour les agitations qui secouaient l’A.O.F.» dit KOUROUMA. 

Appelé dans l’armée coloniale comme tirailleur, il refuse de participer à une manœuvre de répression du parti, le Rassemblement démocratique Africain (RDA). A titre disciplinaire, il perd son galon de caporal et il est envoyé de 1950 à 1954, en Indochine.

Ahmadou KOUROUMA est venu à la littérature par un miracle, intuitif, il a su faire preuve d’une grande originalité, pour la défense de la liberté et de la culture africaine. En effet, son retour d’Indochine, mathématicien de formation, que rien ne destinait aux lettres, faute d’une bourse, il est accepté dans une école d’actuaire à Lyon et il exercera ce métier, jusqu’à sa retraite. KOUROUMA entre à l’Institut des actuaires de Lyon, où il obtient son diplôme en juin 1959 et un Certificat d’administration des entreprises délivré par l’Université de Lyon. A Lyon, il épouse Christiane, une Française qui lui donne 4 enfants. Il travaille deux ans à Paris, et puis rentre en Côte-d’Ivoire. «L’écriture est pour moi quelque chose d’inattendu. J’ai une formation mathématique et scientifique. A la fin de mes études d’actuaire et avant de rentrer en Côte d’Ivoire, j’ai voulu faire de la sociologie, lire des mémoires sur l’ethnologie africaine. Ces mémoires m’ont paru mal écrits, difficiles à lire. J’ai donc décidé de faire «de la sociologie» d’apprendre à écrire» dit KOUROUMA.

En juillet 1961, le jeune diplômé malinké retourne dans son pays. Nommé sous-directeur de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale de la Côte d’ivoire, Ahmadou KOUROUMA constate rapidement que la réalité de l’indépendance est loin des espoirs qui ont forgé son idéal d’étudiant anticolonialiste. En 1963, éclate un soi-disant complot, mais en fait ourdi par le régime de M. Félix HOUPHOUET-BOIGNY qui voyait partout des communistes. Il connaîtra la prison, perd son poste et reste 7 mois au chômage. De cette injustice naît le désir d’écrire son premier livre : «Je n’ai pas décidé d’écrire. La chose s’est imposée lorsqu’en 1963 Houphouët-Boigny a obligé un certain nombre d’intellectuels, dont j’étais, à avouer qu’ils préparaient un complot. J’ai voulu écrire pour témoigner. Il était impossible de le faire directement en écrivant un essai. Alors j’ai recouru à la fiction» dit KOUROUMA. Il précise le but de sa vocation littéraire tardive : «Écrire pour moi, c’est vider une colère, répondre à un défi».

«J'ai une faiblesse pour «Les Soleils des Indépendances», l’espoir brisé des indépendances et la folie des dictatures. Dans l’histoire de la littérature africaine, Les Soleils des Indépendances brillera longtemps avec une lumière sombre», écrit Erik ORSENNA. Les soleils des indépendances» est conçu comme une dénonciation des régimes arbitraires africains. Dans ce roman, KOUROUMA raconte l’histoire tragique de Fama DOUMBOUYA, prince Malinké, dépossédé et dépassé, qui est incapable de gérer avec succès les défis et les réalités sociopolitique de l’ère de l’indépendance. KOUROUMA évoque, sur un mode distancié, la déchéance de ce prince Malinké, aux origines nobles, progressivement, ruiné et dépossédé de toutes ses prérogatives. «Comme une nuée de sauterelles les indépendances tombèrent sur l’Afrique à la suite des soleils de la politique. Fama avait comme le petit rat de marigot creusé le trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perte car comme la feuille avec laquelle on a fini de se torcher, les indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches» dit KOUROUMA. Fama, avec toutes ses faiblesses et tous ses rêves, est un authentique héros tragique, dans la mesure même où toute une société riche de traditions, de rites et de rêves, meurt avec lui. En fait, le roman est comme encadré par la mort. Tout commence avec la mort de Koné Ibrahima dont l'ombre s'échappe aussitôt de la capitale pour retourner au «lointain pays malinké natal pour y faire éclater la funeste nouvelle des obsèques». À la fin, c'est Fama qui meurt, victime d'un caïman sacré. «Fama avait fini, était fini». Le héros est mort, le roman est terminé. Mais la mort elle-même n'est jamais qu'une étape, inscrite dans un cycle de vie. «Un Malinké était mort. Suivront les jours jusqu'au septième jour et les funérailles du septième jour, puis se succéderont les semaines et arrivera le quarantième jour et frapperont les funérailles du quarantième jour». Et la vie, chez les Malinkés, reprendra son cycle de mort et de vie : «Les morts ne disparaissent pas : on finit une vie pour en recommencer une autre, différente» écrit KOUROUMA.

«Les Soleils des indépendances» sont divisés en trois parties, chacune correspondant à la fois à un déplacement du héros et à une étape majeure dans le déroulement de l'intrigue. KOUROUMA décrit d’abord, la chute des valeurs intrinsèques. Dans la mesure où lui Fama, né dans l’or, est devenu un charognard sous les soleils. Par son retard, il se fait humilier par le griot, garant des traditions. C’est la manifestation des mutations causées par les indépendances. Salimata, femme de Fama, dont tout le drame, celui de la stérilité, semblait inscrit et prévisible depuis le jour de son excision. Salimata, frappée d’une malédiction, avait été violée, par un «génie» ; elle ne savait pas si en vérité ce fut le génie qui la viola, si ce n'était pas le féticheur Tiécoura qui l'avait violée dans sa plaie d'excisée. Ensuite, Fama doit se rendre à Togobala pour les funérailles de son cousin Koné Lacina. Celui la même qui a été préféré par le nouveau régime au détriment de lui Fama. Ainsi le patrimoine de Fama est piteux, car Togobala ne renferme que la misère, des débris et une population dupe ce qui agrandi son embarra. Le prince revient, mais le royaume n'est plus que l'ombre de sa gloire, ruiné par les indépendances. Et Fama, revendiquant son titre, sera bientôt suspect : on craint qu'il ne cherche à «tordre le cou aux indépendances, au parti unique et à tous les comités». Les rusés Malinkés ont bien imaginé un compromis commode : «Fama resterait le chef coutumier, Babou le président officiel».

Enfin en épousant Salimata et Mariam, les ennuis de Fama s’accroissent, car les deux femmes n’aiment pas se sentir. Salimata étant inféconde devient l’objet de moquerie de sa coépouse. Fama va croitre encore ses ennuis et sera mis en prison. Liberé par une grâce présidentielle Fama décide donc de retourner dans son Togobala natal où il se doit obliger de passer par la rivière et est mordu par un caïman sacré. Fama meurt honorifiquement suite à ses blessures. «La colonisation a banni et tué la guerre mais favorisé le négoce, les indépendances ont cassé le négoce et la guerre ne venait pas. Et l'espèce malinké, les tribus, la terre, la civilisation se meurent, percluses, sourdes et aveugles et stériles» écrit KOUROUMA.

En définitive, le roman «Les Soleils des indépendances» aborde  la satire des mutations  des termes tout aussi important tel que le rôle de la femme, le parti unique, la perte des valeurs traditionnelles. Fama, devenu la risée de tous, devient un mendiant, lui, «né dans l’or, le manger, l’honneur et les femmes (…). Qu’était-il devenu ? Un charognard», écrit.  «C’était la première fois qu’on s’attaquait aux régimes issus des indépendances, qu’on exprimait la désillusion ressentie par les peuples africains» dit KOUROUMA. Le manuscrit du «Soleil des indépendances» est refusé par les éditeurs français. Apprenant, par hasard, l’existence d’un prix de la Francophonie à Québec, il réussit de faire publier son ouvrage en 1968, au Canada et qui reçoit le «Prix de la Francité». Le roman connaissant un vif succès, les éditions du Seuil en rachètent les droits d’auteur et le publie en 1970. KOUROUMA reçoit le Prix de l’Académie française.

Exilé depuis 1963, en France, puis en Algérie de 1964 à 1969, il entreprend de revenir en 1970 dans son pays la Côte-d’Ivoire. Sa pièce de théâtre, non éditée, «Tougangnantigui ou le diseur de vérité» est présentée à Abidjan. A la suite d’ennuis avec son gouvernement, Ahmadou KOUROUMA, est de nouveau contraint en exil, d’abord de 1974 à 1984 au Cameroun, puis au Togo de 1984 à 1994, avant de revenir en Côte-d’Ivoire.

En 1990, soit vingt ans après, KOUROUMA publie son deuxième roman «Monné, outrages et défis». «Monné» signifie en Malinké «outrage» à l’honneur. Le premier manuscrit étant perdu, KOUROUMA a dû réécrire cet ouvrage inspiré par un vieillard qu’il connaissait. Le thème est de la collaboration. C’est l’histoire de Djigui, un roi naïf, superstitieux et impuissant, dont les ancêtres, la religion et les forteresses de fortune n’empêchent pas les forces coloniales d’occuper son pays. En effet, Djigui, le roi de Soba, à l’avance inéluctable des troupes coloniales dans leur lutte contre le résistant Samory TOURE. A grand renfort de sacrifices, il demande aux mannes de ses ancêtres d’accorder la pérennité à sa dynastie. Mais devant le silence de ces derniers, il se tourne vers l’Islam. L’interprète avec ses traductions mensongères ajoute de la confusion à la confusion. Son griot s’étouffe en tentant une ultime louange, et il meurt foudroyé par une égorgette de la parole.

L’armée coloniale a réussi à soumettre plusieurs territoires d’Afrique occidentale. Elle se trouve à la porte d’un autre royaume économiquement prospère et jouissant d’une bonne structure étatique. Le roi Djigui tente de résister aux colons mais se trouve rapidement subjugué. Une fois la «pacification» du royaume effectuée, les dirigeants coloniaux annoncent les grands objectifs de la colonisation qu’ils entendent réaliser dans l’empire Mandingue dont le royaume de Soba fait partie : apporter le confort, le bonheur, la santé, en un mot la civilisation au peuple de Soba.

Le roi Djigui, déjà soumis sur le plan militaire, trouve ces objectifs coloniaux très nobles et accepte la collaboration. Cependant, il se rend compte, plus tard, que le bonheur promis se révèle dans la pratique être une exploitation de son royaume au profit des colons. Le système colonial impose en effet aux habitants de Soba le travail forcé, l’abandon de la culture des produits vivriers au profit des cultures de rentes. Le système détruit aussi la dignité des habitants en leur inculquant «savamment le complexe d’infériorité». Se rendant compte de la supercherie dont il a été victime, le roi Djigui décide de ne plus collaborer avec le système colonial. Pour le ramener à de meilleurs sentiments, le commandant colonial lui promet la construction d’un chemin de fer ainsi que l’offre d’un train. Djigui accepte avec enthousiasme l’offre dont il se sent honoré. L’installation des rails exige cependant d’énormes sacrifices et le train promis n’arrivera jamais.

Le rationnel et l’irrationnel sont exposés dans «Monné, outrages et défis» : «je le répète : si les Africains détenaient vraiment des pouvoirs magiques, notre histoire serait moins tragique. Si les millions de personnes que l’on a fait partir aux États-Unis avaient pu se transformer en oiseaux et s’échapper, tous se seraient envolés et auraient fui. Nous sommes d’accord ? Mais quand j’exprime de telles contradictions devant les magiciens, ceux-ci me répondent qu’il y a des conditions à remplir, des circonstances propices» dit KOUROUMA.

«En attendant le vote des bêtes sauvages», un roman de 1998, est un récit merveilleux dans lequel un griot et son répondant, sous un mode cathartique, rendent public le récit de vie le président Koyaga, maître chasseur, vétéran de la guerre d’Indochine et un dictateur impénitent. C’est un roman articulé entre fiction et réalité, «c’est du grand Marquez. C'est un texte quasi-shakespearien» écrit Erik ORSENNA. Dans ce roman, le dictateur Koyaga, écoute durant six veillées, ponctuées de proverbes africains, les louanges chantées en son honneur. Repu de compliments, il ne soupçonne pas l’ambiguïté et les féroces critiques que ces flatteries dissimulent. «Nous chanterons et nous danserons votre Donsomana. Nous dirons la vérité. La vérité sur votre dictature. Toute la vérité sur vos parents, vos collaborateurs. Toute la vérité sur vos saloperies, vos conneries ; nous dénoncerons vos mensonges, vos  nombreux crimes et assassinats» dit le répondeur. Par conséquent, la forme du roman, «En attendant les bêtes sauvages»,  est celle d’un récit épique où un griot, le «Sora» et son «Cordoua», l’apprenti répondeur, racontent point par point la vie du dictateur KOYAGA et de son acolyte MACLEDIO. Ce genre de récit s’appelle le «Donsomana» en Malinké, et fait vivre une technique de narration qui est sur le point de disparaître. Le soir, dans les villages malinké, les griots des chasseurs viennent raconter le «Donsomana» : la vie des chasseurs, leur lutte magique contre les animaux et les fauves, supposés posséder de la magie. La chasse est donc une lutte entre des magiciens. Le «Donsomana» est principalement constitué de récits de chasse. Il raconte rarement la vie d’une personne. Il permet au «Sora» de faire les louanges du dictateur autant qu’au «Cordoua» de dénoncer ses implacables vilenies.  «Les histoires de vie étant importantes chez les Malinké, j’ai adapté la technique du «Donsomana» à mon roman. La plaisanterie, les jeux de mots, l’ironie et l’impertinence s’instillent au fil de votre roman, notamment à travers les gestes et les propos de Tiécoura, l’apprenti répondeur. Cet humour apparaît comme l’impolitesse du désespoir. Il semble vous permettre de raconter des horreurs interminables, des crimes atroces, perpétrés avec froideur et cynisme» écrit KOUROUMA.

Le personnage du répondeur, Tiécoura, est conçu de sorte qu’il corresponde à ce que l’on pourrait appeler le purgatoire de l’initiation, de sorte qu’il puisse dire la vérité. Comment raconter tous les crimes commis par Koyaga. Il faut les lui dire. Il faut pour cela un personnage qui soit libre. Les crimes de Koyaga ne sont pas abominables parce que le répondeur le dit, mais c’est parce qu’ils sont commis qu’il le dit. Il dit les faits tels qu’ils se sont passés, il dit les choses qui ont existé. Le répondeur est le diseur de vérité. «Le répondeur est le diseur de vérité. Dans les prisons de Bokassa, les choses se passaient comme dans mon roman. Le personnage du colonel Otto Sacher a bel et bien existé. Les comportements des dictateurs africains sont tels que les gens ne les croient pas ; ils pensent que c’est de la fiction. Leurs comportements dépassent en effet souvent l’imagination. Les dictateurs africains se comportent dans la réalité comme dans mon roman. Nombre de faits et d’événements que je rapporte sont vrais. Mais ils sont tellement impensables que les lecteurs les prennent pour des inventions romanesques. C’est terrible ! Cela fait partie de l’art de gouverner de ces dictateurs de mélanger le vrai et le faux, de ne pas dire ce qu’on fait, de dire ce qu’on ne fait pas» écrit KOUROUMA.

Dans «En attendant les bêtes sauvages», le statut de chasseur occupe une place très importante Chasseur de bêtes sauvages, il se meut en tueur d’hommes. Ici, l’homme apparaît plus cruel que la bête sauvage. En fin de compte, l’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais bel et bien un homme pour l’homme. C’est un être monstrueux qui se révèle capable d’éliminer physiquement ses semblables par jouissance, pour en tirer un plaisir morbide, et non pas seulement pour survivre ou se défendre. «Lorsque le chasseur tue un fauve, il lui arrache les parties génitales pour les lui enfoncer dans la gueule. Par analogie, quand Koyaga tue ou assassine des hommes, il les émascule et leur enfouit le sexe dans la bouche. Parce que cela permet de neutraliser la force vengeresse des fauves, ou des hommes, tués. En leur mettant la queue ou le sexe dans la bouche, cette force est enfermée et elle tourne en rond. C’est cela la logique des chasseurs et de Koyaga», écrit KOUROUMA. Les chasseurs Malinké ne tuent jamais sans se livrer à ce rituel de neutralisation des forces de leurs victimes. C’est le code du chasseur malinké. Une force vengeresse sort de la bête tuée qui doit poursuivre son tueur, laquelle force doit tourner en rond, en circuit fermé.  Cela paraît logique, mais pas rationnel à mon sens. C’est une croyance difficile à comprendre, comme de nombreuses croyances d’ailleurs.

Ahmadou KOUROUMA décrit également dans son roman «En attendant les bêtes sauvages», le phénomène de la patrimonialisation du pouvoir en Afrique. Ainsi, Tiékoroni, c’est le surnom du président Félix HOUPHOUET-BOIGNY, avec son cynisme effroyable, donne des conseils à son hôte, Koyaga, ou EYADEMA, un apprenti dictateur. Koyaga l’incite à confondre son porte-monnaie personnel et les caisses de l’Etat, le mensonge et la vérité, à éliminer physiquement ses adversaires politiques et ses alliés encombrants : «Mon roman, malheureusement, n’a fait que transcrire la vérité. Tiékoroni utilisait l’argent des caisses de l’État à des fins personnelles. Houphouët-Boigny ne faisait pas la différence entre l’argent privé et l’argent public. On n’avait pas le droit de le contredire. Un jour, il arrive aux États-Unis, où on lui fait remarquer qu’il n’a pas d’opposants. Il attrape alors un membre de sa suite présidentielle qu’il présente d’emblée comme le chef de file de ses opposants. Par ailleurs, il aimait à semer intrigues et zizanie dans son entourage, qu’il réussissait à contrôler de cette façon. C’était ainsi avec Houphouët-Boigny !» écrit KOUROUMA.

Ce roman comporte une dimension psychologique, mystique et magique. Le roman «En attendant les bêtes sauvages» décrit bien cette conspiration du silence. En effet, cette époque, personne n’avait le droit de dire ce qu’ils faisaient, mais tout le monde savait qu’ils commettaient des atrocités. «Si Dieu tue un riche, il tue un ami ; s’il tue un pauvre, il tue une canaille» fait KOUROUMA à un de ses personnages. On a reconnu divers dirigeants africains comme Sékou TOURE, Félix HOUPHOUET-BOIGNY, Jean-Bédel BOKASSA et Joseph MOBUTU, SESE SEKO. «J’ai voulu écrire ce roman avec ces noms, mais mon éditeur m’en a dissuadé. Selon lui, cela risquait d’entraîner de graves conflits juridiques. J’ai voulu alors en conserver quelques-uns, tels Houphouët-Boigny, Mobutu, Hassan II, Bokassa… Cela n’a pas marché non plus. J’ai gardé toutefois certains de leurs totems : le léopard, le caïman, l’hyène, etc. Officiellement, il ne s’agit pas de dirigeants africains» dit KOUROUMA. Les commentateurs ne perçoivent pas distinctement que KOYAGA, le héros principal, est l’incarnation du président togolais EYADEMA, ni que le funeste MACLEDIO est son ancien tout puissant ministre de l’Intérieur Théodore LACLE. Le nom de MACLEDIO a été formé à partir de ceux de LACLE et de DIOWADE. Mais les aventures de MACLEDIO, celles se rapportant à son voyage initiatique à travers divers pays d’Afrique, rappellent par certains côtés une partie de propre parcours de l’auteur. On savait à peu près ce qui se passait dans les prisons de BOKASSA, et que le dictateur EYADAMA alias Koyaga tuait, jetait arbitrairement en prison. Ainsi, EYADEMA a assassiné le premier président du Togo indépendant de 1960à 1963, Sylvanus OLYMPIO (6 septembre 1902 – 13 janvier 1963). Sylvanus OLYMPIO a été assassiné, le 13 janvier 1963, à 7 h 15, devant le portail de l’ambassade des États-Unis, non gardé par des forces de l’ordre, d’où il venait d’être extrait. Ahmadou KOUROUMA résume parfaitement à travers cet odieux assassinat, le système dit de la «Françafrique». 

KOUROUMA est en fait, un «romancier de la politique africaine de la France» suivant une expression empruntée au titre de l’ouvrage de M. Jean-Ferdinand BEDIA. En effet, pour de GAULLE et Jacques FOCCART, son conseiller aux affaires africaines, Olympio était le prototype du chef d’État sournoisement anti-Français. D’abord à cause de ses origines. Né à Lomé en 1902, sous la colonisation allemande, formé à la London School of Economics, OLYMPIO était polyglotte (allemand, anglais, français, portugais, yorouba) et avait longtemps travaillé pour la compagnie anglo-néerlandaise Unilever. Jusqu’en 1960, OLYMPIO avait donc incarné ce pays multiculturel que les Français n’avaient pas pu coloniser à leur façon – entre 1919 et 1960, la tutelle du Togo avait été confiée à la France par la Société des Nations (SDN), puis par l’ONU. Et juste après l’indépendance, en mai 1960, le premier président du Togo avait confié à l’AFP : «Je vais faire mon possible pour que mon pays se passe de la France». Si le président OLYMPIO ne s’opposait pas frontalement à la France, il envisageait après sa visite aux Etats-Unis, sous JF KENNEDY, de sortir du F.C.A. Par ailleurs, le président OLYMPIO, un Ewé du Sud, s’opposait avec une faible armée de 1000 hommes, à l’intégration d’anciens militaires démobilisés des guerres coloniales françaises, des KABYés venus du Nord, dont EYADEMA. Le sergent EYADEMA reconnaît avoir abattu le président OLYMPIO, «parce qu’il ne voulait pas avancer» dit-il. «Des sacrifices humains déguisés en assassinats politiques  il y a une certaine confusion liée au succès de mon roman. Les gens pensent que ce que je raconte dans mon livre relève de la fiction, alors qu’il s’agit de faits réels. Lorsque je dis dans mes entretiens que tous les présidents africains sont entourés de magiciens qui ont parfois rang de ministres d’État, on me répond que des hommes politiques français aussi ont leurs magiciens» dit KOUROUMA.

Le roman «Allah n’est pas obligé» raconte l’histoire d’un enfant soldat, Birahima qui, accompagné par Yacouba, quitte la Côte-d’Ivoire et se lance à la recherche de sa tante, une quête infructueuse qui le conduit dans deux pays en guerre civile (Libéria et Sierra-Léone) avec leurs lots de tueries et de drogues. "M'appelle Birahima. J'aurais pu être un gosse comme les autres (dix ou douze ans, ça dépend). Un sale gosse ni meilleur ni pire que tous les sales gosses du monde si j'étais né ailleurs que dans un foutu pays d'Afrique. Mais mon père est mort. Et ma mère, qui marchait sur les fesses, elle est morte aussi. Alors je suis parti à la recherche de ma tante Mahan, ma tutrice. C'est Yacouba qui m'accompagne. Yacouba, le féticheur, le multiplicateur de billets, le bandit boiteux. Comme on n'a pas de chance, on doit chercher partout, partout dans le Liberia et la Sierra Leone de la guerre tribale. Comme on n'a pas de sous, on doit s'embaucher, Yacouba comme grigriman féticheur musulman et moi comme enfant-soldat. De camp retranché en ville investie, de bande en bande de bandits de grand chemin, j'ai tué pas mal de gens avec mon kalachnikov. C'est facile. On appuie et ça fait tralala. Je ne sais pas si je me suis amusé. Je sais que j'ai eu beaucoup mal parce que beaucoup de mes copains enfants-soldats sont morts. Mais Allah n'est pas obligé d'être juste avec toutes les choses qu'il a créées ici-bas", écrit KOUROUMA. On ne sait plus si ces enfants-soldats sont victimes ou bourreaux, encore s’ils sont enfants ou déjà vieillards. Ainsi, le regard vient-il de ces confins et de ces marges de la civilisation, là où tout est chaos. De sorte que, comme l’enfant, le lecteur pourrait dire : «Moi alors, j’ai commencé à ne plus rien comprendre à ce foutu univers». «Quand on refuse, on dit non» est un roman posthume de KOUROUMA, dans lequel Birahima revient au pays, et trouve un emploi d’aboyeur pour une société de taxis brousse, reçoit les leçons sur l’histoire et la géographie grâce à Fanta et décide de fuir avec celle-ci vers le Nord du pays, pour éviter une guerre ethnique, C’est un roman qui relate de valeurs ancestrales comme l’hospitalité et la sincérité.

KOUROUMA publie son premier roman à 36 ans et le second à 63 ans. «Le succès arrive trop tard, au soir de ma vie, c’est dommage» écrit KOUROUMA. A 75 ans, KOUROUMA avait encore des projets : «Un homme comme moi, du tiers-monde, a beaucoup à dire. Je voudrais écrire sur les conférences nationales, je voudrais écrire sur Sékou Touré, sur Samory. Mais je n’aurai jamais le temps. Je suis vieux, j’ai soixante-quinze ans» dit-il à l’âge de 75 ans. Victime d’une tumeur au cerveau, Ahmadou KOUROUMA meurt le 11 décembre 2003 à Lyon. En hommage à son œuvre, une maison porte son nom à Lyon. Située dans le Jardin des Chartreux dans le 1er arrondissement, «La maison Ahmadou Kourouma» accueille des associations. L'inauguration a eu lieu le 20 novembre 2010.  Son corps sera rapatrié en Côte-d’Ivoire et il est inhumé au cimetière Williamsville, à Adjamé.

L’héritage de KOUROUMA est qu’il «sera l’un des premiers Africains à rompre avec le discours convenu constituant la colonisation en explication unique du sort de l’Afrique. Les Soleils des Indépendances a été le premier ouvrage à souligner que l’Afrique avait une responsabilité dans son malheur» écrit Patrick MICHEL. KOUROUMA est un témoin de l’Histoire et un conteur. Son message consiste à dénoncer les mythes, les illusions dont on s’étourdit. Il y a un travail d’hygiène mentale, d’honnêteté intellectuelle, à accomplir : «Ceux qui moururent en mâles sexués, les authentiques résistants, furent oubliés ; Ceux qui se résignèrent et épousèrent les mensonges, c’est eux qui parlent, c’est eux qui existent et gouvernent ; C’est là une des causes de notre pauvreté et de nos colères qui ne tiédissent pas».

Bibliographie sélective :

1 – Contributions d’Ahmadou KOUROUMA

KOUROUMA (Ahmadou) et M’LANHORO (Joseph), Essai sur le soleil des indépendances d’Ahmadou Kourouma, Paris, NEA, 1977,  99 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Allah n’est pas obligé, Paris, Seuil, 2000, 236 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), En attendant les bêtes sauvages, Paris, Seuil, 1998, 357 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Je témoigne pour l’Afrique, Grigny, éditions Paroles d’Aube, 1998, 21 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Le chasseur, héros africain, Paris, Orange Grandir, 1999, pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Le diseur de vérité : pièce en 4 actes, Paris, Acoria, 1998 et 2009, 87 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Le griot, homme de parole, Paris, Orange, Grandir, 1999, 45 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Les soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1970, 198 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Monné, outrages et défis, Paris, Seuil, 1990, 286 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Quand on refuse on dit non, Paris, Seuil, 2004, 164 pages ;

KOUROUMA (Ahmadou), Yacouba, chasseur africain, illustrations Claude et Denise Millet, Paris, Gallimard, Collectin Folio Junior histoires courtes, 1998, 112 pages.

2 – Critiques d’Ahmadou KOUROUMA

AMIEL (Aliette), «Ahmadou Kourouma : Je suis toujours un opposant», Magazine Littéraire, septembre 2000, n°390 pages 98-102 ;

ANDRIAMIRADO (Sennen) ROCHEBRUNE, de (Renaud), «Entretien avec Ahmadou Kourouma : je veux rendre aux Africains leur dignité», Jeune Afrique, 7 novembre 1990, n°1558, pages 44-49 ;

BADDAY (Moncef, S) «Ahmadou Kourouma, écrivain africain», L’Afrique Littéraire et Artistique, avril 1970, n°10, pages 2-8 ;

BEDIA (Jean-Ferdinand), Ahmadou Kourouma, romancier de la politique africaine de la France, un écrivain critique et engagé en situation postcoloniale, Paris, L’Harmattan, 2014,  210 pages ;

BEDIA (Jean-Fernand), Ahmadou Kourouma, romancier de la politique africaine : un écrivain critique et engagé de la période postcoloniale, Paris, L’Harmattan, 2014, 210 pages ;

BLACHERE (Jean-Claude), «Les maux du langage dans l’œuvre d’Ahmadou Kourouma», Francophonie et identité culturelle, 1999, 338 pages, spéc pages 137-146 ;

BLACHERE (Jean-Claude), «Monnè, outrages et défis : quelle histoire !», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 17-21 ;

BOHUI DJEDJE (Hilaire), textes réunis par, Création, langue et discours dans l’écriture d’Ahmadou Kourouma, acte colloque, éditions Le Graal, 2013, 315 pages ;

BONNET (Véronique), «Ahmadou Kourouma ou l’écriture comme mémoire du temps présent», Etudes françaises, 2006, vol. 42, n°3, pages 109-121 ;

BORGAMO (Madeleine), «Ecrire, c’est répondre à un défi», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 3-10 ;

BORGAMO (Madeleine), «En attendant le vote des bêtes sauvages : à l’école des dictatures», Notre Librairie, juillet-décembre 2004, n°155-156, pages 22-26 ;

BORGOMANO (Madeleine), Ahmadou Kourouma : le guerrier, griot, Paris, L’Harmattan, 1998, 252 pages ;

BOUDREAULT (Laurence), L’œuvre romanesque d’Ahmadou Kourouma et sa critique, Mémoire de maîtrise ès Arts, Faculté des études supérieures, Université de Laval, Québec, 2006, 115 pages ;

BOUMAZZOU (Ibrahim), Figure de répression dans l’œuvre romanesque d’Ahmadou Kourouma, Paris, Editions Universitaires Européennes, 2011, 308 pages ;

BRAHIMI-CHAPUIS (Denise) et BELLOC (Gabriel),  Anthologie du roman maghrébin, négro-africain, antillais et réunionnais d’expression française (de 1945 à nos jours), Paris, Cilf-Delagrave, 1986, 256 pages ;

CHANDA (Tirthankar) «Les écrivains (Erik ORSENNA et Abdourahman WABERI) se souviennent d’Ahmadou KOUROUMA», R.F.I Service Pro, 9 janvier 2004 ;

CHEMLA (Yves), «Entretien avec Ahmadou Kourouma», Notre Librairie, 1999, n°136, pages 26-29 ;

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Paris, le 30 mai 2017, actualisé le 4 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Ahmadou KOUROUMA (1927-2003), homme de lettres ivoirien postcolonial, diseur de vérité et un Voltaire Africain», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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