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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 22:20

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 22 février 2018,

Les relations entre le Sénégal et la Mauritanie sont celles d’un vieux couple qui s’entredéchire, mais uni par des intérêts communs oscillant entre amour et répulsion. Tout sent le souffre, une petite étincelle pourrait faire basculer la relation dans l’horreur. Entre guerre et paix, plusieurs fois le divorce a failli être prononcé pour faute, mais mainte fois ce couple a préféré le maintien des liens conjugaux.

Le 28 janvier 2018, un jeune pêcheur de 19 ans, Fallou DIAKHATE, originaire de Guet N’DAR (Saint-Louis)  a été abattu par les gardes-côtes mauritaniens, et 8 pêcheurs ont été appréhendés, puis relâché, pour avoir franchi, illégalement, les eaux territoriales mauritaniennes. Les Saint-Louis se sont enflammés ; on a craint le pire, mais les forces de l’ordre ont limité les dégâts. Les esprits se chauffés, mais la diplomatie sénégalaise qui a pris relais en la personne du président Macky SALL. L'accord signé le 9 février 2018 entre la Mauritanie et le Sénégal permettra, à partir de 2012, l'exploitation du gisement gazier offshore commun «Grand Tortue-Ahmeyim» (GTA) de 450 milliards de mètres cubes soit l’équivalent de 14% des réserves de gaz nigérianes. Idrissa SECK, un opposant, ignorant sans doute, le processus de validation des accords internationaux, a exigé qu’ils soient publiés avant leur ratification.

Il est curieux de constater que les Maures, et de longue date, interviennent dans le jeu politique sénégalais. Ainsi, les Maures, alors qu’ils sont musulmans, étaient les alliés traditionnels de la dynastie animiste et peule, des Dényankobé (Mes posts du 3 avril 2013 et du 11 mai 2013) qui a régné au Fouta-Toro du XVIème au XVIIIème siècle. État théocratique inspiré d’un idéal de justice, de compassion et d’égalité, s'opposant Allié aux Maures, Samba Guéladio Dégui s’est illustré par ses pillages, ses rançons et son autoritarisme au Fouta. En raison de ce pouvoir arbitraire et des incursions fréquentes des Maures au Fouta-Toro, en 1776, le parti des Torodos, de Thierno Souleymane BAL (Mon post du 21 juillet 2016), a renversé le dernier Satigui, Soulèye N’DIAYE, et instauré un Etat théocratique, électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1890, pour mettre fin à l’esclavage et les rançons des Maures «Mouddo Hormaa» et pour abolir les castes ainsi que toutes formes de servitudes.

Les Maures ont pendant longtemps perturbé le jeu politique au Oualo, dont une partie a été détruite et envahie par les Trarza, et la population alla se réfugier au Cayor ou N’Diambour. Les chefs du Oualo portent le titre de Brak, et c’est une dynastie élective parmi les trois grandes familles royales. Par ailleurs, c’est pouvoir matriarcal «La loi d’hérédité comptait beaucoup dans le choix du Brak, mais l’hérédité dans le Oualo est très bizarre, elle est collatérale par les femmes. Ainsi, à la mort d’un chef ou d’un simple chef de famille, c’est le fils de sa sœur qui en hérite au détriment de ses enfants» écrit-il. Le colonisateur tenta, vainement, d’arracher le Oualo à la domination des Trarza en 1819, en 1827, 1843, 1848 et 1850. En 1833, la reine Guim-Botte, en fait N’Dieumbott M’BODJ (1800-1846), une Linguère,  se maria avec un le roi Trarza, Mohamed El Habib, pour tenter de sauver son royaume. En 1835, par une action concertée des Braks du Oualo et de la France, les Maures furent vaincus, mais la paix ne sera acquise, définitivement, qu’en 1854, avec l’arrivée de FAIDHERBE (Mon post du 1er février 2018). Ely, le fils de N’Dieumbott fut considéré comme l’héritier du Oualo, il en était le maître, sa tante étant N’Daté Yalla M’BODJI. Fara Peinda, réfugié au Cayor, contesta, vainement, la prise de pouvoir par Ely.

La Mauritanie a parfois joué les bons offices ou un rôle pour apaiser les tensions. Ainsi, Cheikh Ahmadou Bamba BA (Mon post du 1er juillet 2017), après son exil au Gabon, a été arrêté à nouveau le 13 juin 1903, puis déporté en Mauritanie, dans l’une des Zaouia de Cheikh Sidya, un de ses amis, à Souet El Ma. En avril 1907, le Commissaire du gouvernement général en Mauritanie, ayant fait remarquer l’attitude correcte de Bamba depuis 4 ans et sa conduite irréprochable, demanda et obtint son retour au Sénégal. Il faut dire que la Mauritanie était la destination privilégiée des études coraniques.

En sens inverse, le Sénégal a été une sorte de mentor de la Mauritanie, avant la désignation de son gouverneur. Démobilisé le 24 décembre 1915, à la suite d’une blessure, Henri GADEN (Mon post du 8 août 2015) retourne à Saint-Louis du Sénégal, en novembre 1916, il est nommé Commissaire du gouvernement général pour le territoire civil de la Mauritanie. Par décret, la Mauritanie devient une colonie indépendante le 4 décembre 1920. Henri GADEN, gouverneur de 3e classe, depuis le 7 août 1919, devient lieutenant-gouverneur de la Mauritanie jusqu'à sa retraite (officiellement le 31 décembre 1926). Il est l'organisateur de la Mauritanie, sous la colonisation française. Henri GADEN est enterré à Saint-Louis. Il va pendant cette mission de gouverneur s’adjoindre d’éminentes personnalités d’origine mauritaniennes, comme Cheikh Saad Bouh (1846-1917), un soufi, jurisconsulte et théologien, adepte de la Quadria. Les familles FALL, nombreuses dans le Nord du Sénégal, sont de souche mauritanienne.

En 1900 le Sénégal comptait 800 000 habitants, sa population est estimée, en 2012, 15  millions d’habitants. Ces données résultent, en partie, de l’accueil des réfugiés de pays voisins. Ainsi, en avril 1989, des évènements tragiques ont opposé le Sénégal à la Mauritanie avec plusieurs morts. On estime que 500 000 Sénégalais vivaient en Mauritanie. De 1960 à 1986, la Mauritanie a bénéficié des installations portuaires du Sénégal. La population mauritanienne a quadruplé en moins de 30 ans, avec une forte concentration à Nouakchott. Déjà en 1973, la Mauritanie avait expulsé, massivement, des Sénégalais. En octobre 1987, une prétendue tentative de coup d’Etat, avait provoqué l’exécution de nombreux officiers peuls. A Diawara, deux Sénégalais sont tués lors d’un accrochage. A partir là un enchaînement de violences et de massacres allait conduire à la présence au Sénégal de plus de 100 000 réfugiés peuls. Il faut dire que les Soninké, loyalistes, ont été largement épargnés. Ce lourd contentieux a conduit à une spoliation de terres cultivées par les Sénégalais de l’autre côté de la frontière et une spoliation des commerçants maures. Les deux pays ont des intérêts communs : d’une part, la Mauritanie fournit au Sénégal, notamment pour la Tabaski, du bétail suffisant, et d’autre part, la Mauritanie, qui a sa monnaie nationale, le Ouguiya, a intérêt à avoir de ses commerçants, le  F.C.FA, convertible en euros. La pêche et le gaz s’ajoutent aux politiques de coopération. Ajoutons à cela que les frontières sont artificielles, ce sont les mêmes populations Peules et Soninkés qui vivent de part et d’autre.

La Gambie, Etat pendant longtemps instable, a généré l’afflux de nombreux réfugiés du Sénégal. La Gambie, une banane dans la bouche du Sénégal, point de passage commode pour la Casamance enclavée, a toujours refusé la construction de ponts sur son fleuve. La chute de Yaya JAMMEH pacifiera sans doute les relations entre les deux pays.

La relation avec la Guinée-Bissau, base arrière des indépendantistes casamançais est compliquée. Etat instable, en raison d’une guerre d’indépendance violente et de l’instabilité gouvernementale, la Guinée-Bissau, avait, de surcroît un litige frontalier avec le Sénégal, concernant le plateau continental. Les deux pays, pour déterminer, avec exactitude leur frontière maritime, ont fait recours à un arbitrage international. En effet, la décision d’arbitrage du 31 juillet 1989,  passée inaperçue, est importante pour le Sénégal, en raison du gaz et du pétrole dans cette zone. Le tribunal arbitral a validé la règle de la succession d’Etats pour les frontières maritimes ; ce qui est, en l’espèce, à l’avantage du Sénégal. Il ne faut pas oublier que bien des gens suspectent la Guinée-Bissau d’abriter des barons de la drogue.

La relation du Sénégal avec le Mali, pays enclavé, a été empoisonnée, dès le départ, la fédération avortée du Mali, Lamine GUEYE, originaire du Mali n’ayant pas été retenu à la présidence de cette institution. Même sous la colonisation, la guerre sainte d’El Hadji Omar TALL (1787-1864), a été interprétée, en 1968, par un écrivain malien, Yambo OUOLOGUEM (1940-2017), comme étant une colonisation des musulmans sur les animistes Dogons. Il faut dire, auparavant, lors des bombardements, en 1890, de Louis ARCHINARD (1850-1932), contre les djihadistes, les Foutankais, sont revenus au Sénégal, en passant par la Mauritanie, dont mes ancêtres.

 

Le conflit entre le Sénégal et Guinée de Sékou TOURE, s’est déroulé, presque exclusivement, sur les ondes de radios des deux pays (1958-1980). En effet, Sékou TOURE a voté NON au référendum du 28 septembre 1958, son pays est devenu indépendant, sans la coopération avec la France, le président Léopold Sédar SENGHOR, favorable à la France, a négocié l’indépendance. Jacques FOCCART a tenté, à plusieurs reprises, de liquider, physiquement Sékou TOURE, avec la complicité du Sénégal ; ce qui n’a pas arrangé la relation entre les pays. Le Sénégal a accueilli en conséquence de nombreux réfugiés mauritaniens.

Finalement, la diplomatie a prévalu, dans ces relations parfois compliquées entre le Sénégal et ses voisins. La paix, la négociation sont préférables dans nos Etats faibles ; une journée de guerre est égale à 10 années de contreperformances. Cependant, la question des droits de l’homme reste un enjeu majeur. En effet, la Mauritanie a été condamnée, sévèrement et à plusieurs reprises par la Commission africaine des droits de l’Homme. Ce pays, ayant parfois la gâchette facile, la poudrière peut, à tout moment, exploser. Abdoulaye WADE, opposant d’Abdou DIOUF, lors de la crise de 1989 avait recommandé de faire sauter les parachutistes sur Sélibaby, en Mauritanie.

Paris, le 22 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Sénégal et Mauritanie, entre Amour et Répulsion.
Sénégal et Mauritanie, entre Amour et Répulsion.

Sénégal et Mauritanie, entre Amour et Répulsion.

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 18:48

«L'idéal de l'enfant gâté détruit la culture sans réduire les inégalités. Il faut réintroduire l'émulation partout, et la création de classes préparatoires dans les zones dites sensibles va dans ce sens. Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt bien-pensant : le chômage dans les banlieues n'est pas seulement imputable au racisme, il tient aussi à l'attrait exercé par les trafics de l'économie parallèle», dit Alain FINKIELKRAUT.  Néo-maurrassien, Alain FINKIELKAUT pense que «Les Non-souchiens», seulement du fait de leur présence, pourrissent la vie aux «Souchiens». Bref, pour Alain FINKIELKRAUT et pour les esprits lepénisés, c’était mieux, avant. Combien de fois, lors de différentes campagnes électorales ou des réunions de quartier, j’ai entendu dire, par des gens à l’esprit étriqué, redoutant la mixité, et qui en veulent à la terre entière : «avant notre quartier était petit bourgeois. Maintenant, c’est du n’importe quoi». Par ailleurs, rouspéteurs et éternels insatisfaits, certains, pas tous, de nos Ancêtres les Gaulois sont atteints d’une sinistrose contagieuse, développée et servie à souhait, par des moyens de communication peu exigeants et manipulateurs. Si ça va mal, c’est nécessairement la faute aux immigrés.

Michel SERRES est exaspéré par les plaintifs, les pessimistes, les mélancoliques, les passéistes et les nostalgiques qui portent en larmoyant le deuil du monde d'hier. En effet, Michel SERRES, un humaniste et un savant rigoureux, représentant de l’honneur en République, avec une grande distanciation, estime que «beaucoup idéalisent leur jeunesse».  Dans ce petit, mais grand livre, par les interrogations qu’il agite, «C’était mieux avant !», Michel SERRES réplique, avec humour et justesse, à ceux-là qui redoutent le cosmopolitisme : «Cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Avant, nous fumes guidés par Mussolini et Franco, Hitler, Lénine et Staline, Mao, Pol Pot, Ceausescu (…) rien que de braves gens, spécialistes raffinés en camps d’extermination, tortures, exécutions sommaires, guerres, épurations» dit-il. Michel SERRES relate qu’en un siècle, de 1870 à 1945, la France a affronté trois guerres. «Pendant un siècle, ma fille et moi connûmes la guerre, la guerre, la guerre, la guerre» dit-il. La guerre alimente la peur, la haine et le soupçon. Chacun peut tuer ou être tué ; chacun soupçonne en l’autre l’assassin possible. La Police frappe arbitrairement au lieu de protéger. «Chacun vit sur le qui-vive» dit-il. Je rappelle que la guerre du 18 juillet 1870 au 28 janvier 1871, a fait 120 000 tués côté français et 130 000 côté allemand. La Première guerre mondiale a occasionné 20 millions de morts et 21 millions de blessés, dont 71 100 tués des troupes coloniales levées par Blaise DIAGNE. La Deuxième mondiale, de 1939 à 1945, est la plus meurtrière avec 42 186 200 tués, dont 21 100 000 Russes et 9 128 000 Allemands soit, pour les deux pays, 88% des pertes humaines. Le massacre des Juifs (5 millions de gazés), à travers la Shoah, constitue l’un des traumatismes majeurs de ce conflit. Les bilans matériels et psychologiques sont lourds. «Depuis lors, nous vécûmes soixante cinq ans de paix, ce qui n’est point arrivé en Europe occidentale, du moins, depuis l’Iliade ou la Pax Romana» souligne Michel SERRES. Avant, ces boucheries perpétuelles et autres crimes d’Etat, goulag ou Shoah, tuèrent cent millions de morts. En réalité, le nombre des morts, par maladies infectieuses (peste, choléra, syphilis, etc.) ou le manque d’hygiène, dépassait toujours d’assez loin celui des victimes de guerre. A titre illustratif, la grippe espagnole a tué un nombre incalculables de Français, dont Guillaume APPOLLINAIRE.

J’ajouterais à ce que mentionne Michel SERRES, l’Inquisition du 12ème au 15ème siècle, a fait 9 millions de morts, sans que les historiens soient d’accord sur le nombre de victimes. «La Révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l'athéisme que l'Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen Age et dans toute l'Europe» Pierre CHAUNU, dans son livre «Eglise, Culture et Société». En fait, on avance le nombre de 14 000 exécutions pendant la Terreur. Les guerres de religions, notamment dans l’Albigeois, dans le Midi de la France pendant 30 ans, de 1208 à 1218, ont été destructrices. On estime à 10 000 le nombre de Protestants massacrés pendant la nuit de la Saint-Barthélemy du 24 août 1572, à Paris. Les huit Croisades du Moyen-âge, de 1095 à 1270, ont fait 22 millions de morts, et entre 40 000 et 80 000 sorcières persécutées par l’Eglise, ont péri atrocement, souvent par le feu. La Traite négrière, qui aura duré 4 siècles et concernant 400 millions d’Africains (10,8 milliards de bénéfices pour les esclavagistes nantais et bordelais), a fait 20 millions de morts. Tout le monde oublie que les Américains de souche, sont les Indiens, ceux qui n’ont pas péri, ont été placés dans des réserves. Quand on parle maintenant de «pays de merde» ; il faut se méfier des mots. On estime que du 7 septembre 1793 au 18 juin 1815, les guerres napoléoniennes ont coûté la vie à plus de 1 million de personnes en France et 3 millions à l’étranger. Le bilan est lourd et les résultats insignifiants ; c’est une France occupée, affaiblie avec des frontières réduites : «A mesurer l’écart entre les ambitions proclamées, les moyens déployés, les sacrifices exigés et les résultats obtenus, la réponse est non. L’Empire de Napoléon Ier, puis le second Empire, se sont achevés sur des désastres. Le général Boulanger dans l’opposition et le maréchal Pétain au pouvoir, apparentés au bonapartisme, n’évoquent pas des souvenirs glorieux» estime Lionel JOSPIN.

«C’était mieux, avant !», mais l’insécurité était grande dans ce Paris au début du XXème siècle, une véritable capitale du crime : «Paris est une ville sanglante. (…) Quand j’étais à l’hôpital Lariboisière, pas de semaine  qu’on ne ramassât au pied même du mur de l’hôpital, à ce coin sombre du boulevard Barbès (…) un homme poignardé, une fille en morceaux» écrit Louis ARAGON, écrivain et médecin, dans «Le Mentir-vrai».

Quand on dit «C’était mieux, avant», ça dépend pour qui. L’Afrique a connu l’esclavage, le colonialisme et le néocolonialisme, avec des régimes préhistoriques ou monarchiques. En effet, depuis 1945, des guerres coloniales et des guerres locales ont endeuillé l’Humanité. Ainsi la guerre d’Indochine du 20 novembre 1953 au 7 mai 1954, qui s’est soldée par une défaite à Diên Biên Phu, a causé 500 000 morts. En Algérie, le 8 mai 1945, à Sétif, alors que les Algériens avaient défendu «La Mère patrie» pendant la Seconde guerre mondiale, c’est le massacre de 80 000 personnes ; il s’en suivra une guerre d’indépendance (250 000 Algériens et 30 000 Français morts) qui se terminera par les accords d’Evian de 1962, avec 800 000 Pieds-noirs rapatriés et de 41 000 Harkis. D’autres violences, sans images et sans témoins, ont eu lieu à la Libération (100 000 morts de l’insurrection entre 1947 et 1948 à Madagascar ; massacre de 304 tirailleurs sénégalais au Camp de Thiaroye le 1er décembre 1944). «Ces évènements sont tout simplement épouvantables, insupportables. Je voulais réparer une injustice et saluer la mémoire d'hommes qui portaient l'uniforme français et sur lesquels les Français avaient retourné leurs fusils, car c'est ce qui s'est produit», a déclaré le président François HOLLANDE, à Dakar. Le système mis en place par le Général de GAULLE et Jacques FOCCART, dit de la Francafrique, a fomenté 89 coups d’Etats en Afrique au cours desquels 22 chefs d’Etat africains ont été assassinés. Les massacres de Patrice LUMUMBA et de Thomas SANKARA sont restés gravés dans notre mémoire.

Michel SERRES égrène tous les progrès accomplis par l’humanité. Les progrès de la médecine ont considérablement rallongé la durée de vie. «Avant, ne connaissant pas les antibiotiques, on mourait de vérole ou de tuberculose, comme à peu près tous les illustres du XIXème siècle, Schubert, Maupassant ou Nietzsche, ma tante décéda d’une méningite le mois précédent l’arrivée de la pénicilline» dit-il.  Dans une large mesure le racisme, sans disparaître et devenu difficile à déceler et prouver, semble en apparence reculer : «Avant, sans crainte de procès, nous pouvions caricaturer les Juifs et les injurier bassement dans des magasines antisémites librement répandus ; montrer, quasi scientifiquement, que les Africains, que les Aborigènes australiens, que les Noirs en général, incultes et proches des primates, dataient d’avant le néolithique» écrit SERRES. Nous avons pris conscience que la défense de l’environnement est une condition essentielle de la survie de l’homme. «L’Homme est infini, alors que le monde est fini» dit-il. Avant, il n’y avait pas de sécurité sociale «Les pauvres souffraient sans soins, voila tout ; les riches ne sortaient pas mieux. (…) On vous arrachait les dents sans anesthésie» dit-il. Par conséquent, l’espérance de vie était courte : «avant, de guerre ou de maladie, de misère ou de souffrance, on mourrait jeune, c’était beaucoup mieux» dit-il, ironiquement. Il n’y avait pas de soins intensifs ou palliatifs ; on souffrait, infiniment. «La douleur n’est pas une compagne nécessaire, parfois désirée pour prouver sa force d’âme, mais un obstacle à négocier, à franchir, à supprimer si l’on peut» dit-il. Les conditions d’hygiène et de propreté étaient déplorables : «Avant, nous faisions la lessive deux fois l’an, au printemps et à l’automne» dit-il. Le linge était lavé avec les cendres. Bien des femmes sont mortes en couches : «Avant, les obstétriciens ne se lavant pas les mains, les mères mouraient en couches de fièvre puerpérale» dit-il. Sans toilettes publiques «Avant, on pissait où on pouvait, on chiait partout, un peu comme en Inde» dit-il. En l’absence de moyens mécaniques, les conditions de travail étaient particulièrement pénibles : «Pas de mécaniques pour lever les charges, aucun moteur pour soulager la peine, tout au biceps, le dos courbé» dit-il. Les contraintes posturales causaient de redoutables dégâts dans l’organisme : «La terre est basse, plus basse que les pieds, il faut se plier, se courber, se casser pour la travailler. (…) Mais le mal de dos, c’était beaucoup mieux» dit-il, avec une pointe d’humour. Avant, sans progrès technologiques notables, les trajets sont longs, et il n’y avait ni portables, ni chauffage ou électricité ; sans contraception on est contraint à l’abstinence et c’est le culte de la virginité. «Avec le règne du fric, nous portâmes le mauvais goût ; et notre sens de la beauté en prit un mauvais coup» dit-il.

Michel SERRES, un philosophe, un humaniste et un académicien français, est né à Agen, le 1erseptembre 1930. Entré à l’École navale en 1949 et à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1952, il est agrégé de philosophie en 1955. De 1956 à 1958, il sert comme officier de marine sur divers vaisseaux de la Marine nationale : escadre de l’Atlantique, réouverture du canal de Suez, Algérie, escadre de la Méditerranée. Après son doctorat en 1968, Michel SERRES, enseigne à Clermont-Ferrand, Vincennes, Paris I et Stanford University. Il est élu à l’Académie française, le 29 mars 1990, au 18ème fauteuil d’Edgar FAURE. Quand certains disent «Avant c’était mieux !» Michel SERRES, en évoquant les noms des académiciens qui l’ont précédé, nuance ce propos : «Ces patronymes scandent notre siècle au même rythme que les guerres, parmi des millions de morts sur les champs de bataille, sous les bombardements et dans les camps d’extermination. Siège terrible qui, martialement, me ramène à la jeunesse héroïque de mon père, combattant volontaire à Verdun, et à celle de ma mère, seule jeune fille de sa classe à pouvoir se marier parmi des camarades toutes veuves blanches de leur fiancé, ainsi qu’à ma propre enfance amère, assourdie de mensonges et terrifiée d’horreurs. Encore ne compté-je que les combats majeurs. Votre élu, vous le savez, représente une génération peu dense d’enfants de rescapés. L’immortalité dont, métaphoriquement, vous voulez bien m’honorer, Messieurs, s’adosse donc à ces morts bien réelles, brutales, cruelles, inoubliables». Michel SERRES pose le dilemme de notre humanité face aux armes de destruction massive : «Notre histoire coule dans une durée qui soude les petits écarts de nos morts en une continuité spécifique ; or, au plein milieu du siècle, l’événement d’Hiroshima nous enseigna l’éminente et caractéristique nouveauté que cette immortalité de l’espèce, que nous croyions évidemment donnée, nous devions la protéger, mieux, la construire. Nous ne pouvons plus inconsidérément jouer, comme le firent nos prédécesseurs, par guerres et massacres, avec une mort, qui ne fut, jusqu’à nous, qu’individuelle ou partiellement collective et qui maintenant menace la totalité du genre. Nous savons dorénavant notre espèce mortelle. Ses moyens de destruction, trop dangereux, nous acculent à ce choix : ou la philosophie, je veux dire la sagesse de l’amour, ou la disparition».

On a parfois l’impression que les grands moyens de communication, confisqués par le grand capital, font tout, par sensationnalisme, stigmatisation, et par les petites phrases assassines, pour nous égarer des enjeux fondamentaux devant nous mobiliser. Or, cette opuscule de Michel SERRES, «C’était mieux, avant !», fait penser à Frantz KAFKA, pour qui, un «livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous». Michel SERRES est un admirateur du philosophe Gottfried Wilhelm LEIBNIZ (1646-1716) : Un promoteur «de réacquérir la liberté de créer par soi». Pour le philosophe allemand, «Dieu, c’est la Raison». Michel SERRES estime que la philosophie a encore un rôle éminent à jouer dans nos sociétés modernes «Les classes dirigeantes sont tellement incultes, les gens qui dirigent l’information ignorent tellement tout, que la philosophie est de plus en plus nécessaire». Cependant, le philosophe ne devrait pas participer au commentaire du commentaire. Il devrait indiquer une direction, c’est un éveilleur de conscience contre le mensonge ambiant ; c’est ce que semble faire Michel SERRES pour qui la France cultive la morosité : «Cette morosité, cette mélancolie (…) tient au fait que la représentation médiatique de la cité est fondée sur les lois les plus élémentaires de la représentation telles qu’Aristote les a décrites depuis toujours. Au fond, pour intéresser les gens, c’est la terreur et la pitié». Pour Michel SERRES, le philosophe doit rompre avec ce diktat du sensationnalisme et de l’audimat ; le philosophe doit dire la «vraie citée» et non telle qu’elle est représentée par le mensonge et l’instrumentalisation. Par conséquent, il faut distinguer l’information, assimilable parfois à l’intoxication, à la dissimulation ou aux Fake News, à la vraie connaissance faisant avancer l’esprit humain. «De nos jours, le vrai nom de Dieu, est communication. Surfez !», écrit, avec sarcasme, Michel SERRES.

Michel SERRES ne dit pas que notre période actuelle est bonne, mais qu’elle est meilleure par rapport au passé plombé par des guerres mondiales. Ce qui signifie, qu’en dépit des progrès majeurs qu’il a recensés, il faut aller vers le sens de l’amélioration constante de nos conditions de vie. C’est pour cela, que face aux ronchonneurs et rouspéteurs, et insatisfaits perpétuels, je crois que notre monde a les ressorts pour accomplir des bonds plus gigantesques que par le passé, pour aller de l’avant. Maintenant, nous vivons seuls, nous avons cessé d’attendre, nous ne vivons plus ensemble.

Quand on dit «Avant c’était mieux», je me demande, au lieu de stigmatiser et de mettre en cause les étrangers, si ce n’est pas, en fait, un procès en règle contre les trahisons de nos gouvernants. En effet, la France est un grand pays, avec des ressources et des potentialités énormes ; je ne vois pas la cause profonde de ce pessimisme et de cette sinistrose ambiants. A tout le moins,  le grand scandale de notre époque ne serait-il pas que la classe politique, en dépit de la paix durable et des moyens financiers considérables, a décidé de gouverner, uniquement en faveur  des nantis ?

En effet, rien n’est fait pour le bien-vivre ensemble, pour les plus démunis, la classe moyenne, l’intégration des étrangers, l’emploi, le logement, le transport, bref toutes ces préoccupations majeures jugées constamment prioritaires dans tous les sondages. Les moyens financiers existent pour répondre à ces défis. En effet, au sortir de la Seconde guerre mondiale, alors que la France était ruinée, des partis de gauche ont mis en place, un système de solidarité, «Les Jours heureux». En revanche, dans notre période, pourtant d’abondance, tout est mis en oeuvre pour démolir ces acquis sociaux, au détriment des retraités, des fonctionnaires, de la classe moyenne et des collectivités territoriales. Pour dégager ces ressources et ces marges manoeuvre, il faudrait mettre fin à ces 5 interminables guerres locales coûteuses, sans objectifs cohérents et inefficaces pour nous protéger. Chaque jour on annonce la fin du fondamentalisme et chaque jour des populations sont les «dégâts collatéraux» de bombardements intensifs. Des pays, jadis stables et prospères, sont devenus des champs de ruines. Nos politiques semblent jubiler devant les morts, le sang et les larmes. Lucrèce, un latin, évoquant la Nature dominée qui vient d’apostropher l’homme dominé par l’appétit insatiable de la vie, lui dit «Si, une voix de la Nature des choses, se levait lasse enfin de nos terreurs sans cause et gourmandait ainsi quelqu’un des mécontents : Mortel, pourquoi ce deuil ? Pourquoi ces pleurs constants ?».  Ces sommes folles, englouties dans des guerres sans vainqueurs, auraient pu être investies pour bien-être ici, de ceux-là qui croient que «C’est mieux avant». La haine appelant la haine, rien n’en sortira de bon. Comme le dirait Voltaire "Presque toute l'Histoire est une suite d'atrocités inutiles". Par conséquent, «Nos vies valent mieux que leurs profits» avait, fort justement, dit M. Olivier BESANCENOT.

En Afrique, continent riche de ses matières premières et de sa jeunesse, mais spolié de ses richesses par une Françafrique scandaleuse, on rejette l’aumône que constitue la soi-disant aide à la recolonisation. Nous voulons un monde fondé sur une coopération équitable, sur la fraternité et la justice. Pour l’instant, nos jeunes, s’ils ne meurent pas dans le Sahara ou en Méditerranée, sont réduits en esclavage en Libye ou internés dans des camps à Calais, avec des risques de rafles ; cela rappelle bien de mauvais souvenirs de la Deuxième guerre mondiale. Il faut chasser ces régimes préhistoriques ou monarchiques en Afrique, un continent d’opportunités et d’avenir que rien ne condamne, éternellement, au désespoir !

Finalement, quand on dit que "C'était mieux avant !", il ne faudrait pas se tromper de colère.

Référence bibliographique

1 – Quelques contributions de Michel SERRES

SERRES (Michel), C’était mieux avant !, Paris, Manifeste le Pommier, 2017, 95 pages, au prix de 5 €uros ;

SERRES (Michel), Le parasite, Paris, Pluriel, 2014, 461 pages ;

SERRES (Michel), Le système de Leibnitz et ses modèles mathématiques, Paris, collection Epimethée, 2002, 840 pages ;

SERRES (Michel), Les cinq sens, philosophie des corps mêlés, Paris, Grasset, 1985, 381 pages.

2 – Critiques

ABRAHAM (Luc), «Un entretien avec Michel Serres», Horizons philosophiques, 2000, vol 10, n°2, pages 97-116 ;

CARETTE (Jean), «Michel Serres, un philosophe lumineux», Nuit blanche, le magasine du livre, Hiver 1997, n°69, pages 81-83 ;

LAGADEC (Claude), «Michel Serres et le vrai nom de Dieu», Horizons philosophiques, Automne, 1997, vol 8, n°1, pages 41-54 ;

SIMARD (Jean-Claude), «Anthropologie des sciences : un programme pour la philosophie ? Entretien avec Michel Serres», Philosophiques, Automne, 1987, (14) 1, pages 146-171 ;

HENAFF (Marcel), «Des pierres, des anges et des hommes», Horizons philosophiques, Automne, 1997, vol 8, n°1, pages 65-95 ;

Paris, le 20 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"C'était mieux avant !", il ne faudrait pas se tromper de colère !
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 18:36

J’ai toujours rêvé, un jour, d’aller visiter l’Académie française, mais à chaque fois c’est un rendez-vous manqué. Il y a de cela plus de deux décennies, j’avais eu l’immense privilège de rencontrer le président SENGHOR à son appartement dans le 17ème arrondissement de Paris. Le projet de visite n’a pas pu se concrétiser. Dans les années 90, Assia DJEBAR est passée à notre association INTERCAPA, à la place du Panthéon, pour la régulation de la régularisation de sa fille adoptive, elle connaissait la future marraine de mes enfants. Harcelé par des sans-papiers, je n'avais eu le temps d'échanger avec cette grande dame de la littéraire. J’ai eu l’insigne honneur de rencontrer Dany LAFERRIERE, à une conférence au salon du livre à Paris, en mars 2016, et je l’ai revu, deux fois après, quand Alain MABANCKOU avait triomphé au Collège de France en mai 2016 et en décembre 2017, lors d’un hommage à James BALDWIN, au Musée de l’Homme. M. Dany LAFERRIERE a été élu académicien, le 12 décembre 2013, sur le fauteuil n°2 de Hector BIANCIOTTI. Là aussi la visite à l’Académie française n’a pas pu se faire avec ma petite Arsinoé. Il faut dire que l’Académie française reste fermée pour le grand public. En effet, ceux qui ne sont pas de l’Académie ne peuvent être admis dans les assemblées ordinaires ou extraordinaires, pour quelque motif que ce soit. En effet, jusqu’ici, seulement quelques visites privées ont été accordées, mais à de très hautes personnalités politiques : le Président Abdou DIOUF du  Sénégal, le 26 juin 1997, le Président Abdoulaye WADE du Sénégal, le 21 juin 2001, et le Président Laurent GBAGBO, de la Côte-d’Ivoire, le 7 décembre 2001.

L’Académie française, une ancienne institution, s’ouvre progressivement à la société. Cependant, le débat sur la langue française, très passionné, reste traversé par des polémiques, et un besoin de concevoir autrement cet outil, devenu «un butin de guerre» pour la Diaspora et les colonisés. La contribution littéraire de M. Dany LAFERRIERE exprime, fortement, ce désir de changement et du bien-vivre ensemble.

I – L’Académie française, son histoire, son ouverture progressive

et timide aux forces vives de la société

A – L’Académie des origines, l’aristocratique

L’Académie française est cette prestigieuse institution rassemblant une quarantaine personnalités culturelles qui appartiennent aux mondes de la littérature, de la poésie, du théâtre, de la littérature et des sciences. D’illustres poètes avaient l’habitude de se réunir, pour un gala intellectuel, chez Valentin CONRART (1603-1675), à la rue Saint-Martin, à Paris 3ème. On y lisait des tances et des sonnets autour d’un bon repas, parfois en présence du secrétaire de RICHELIEU, un certain François LE METEL de BOISROBERT (1592-1662). Le cardinal RICHELIEU se demanda «Si ces personnes ne voudraient pas faire un corps, et s’assembler régulièrement, et sous une autorité publique». En effet, RICHELIEU voulait abandonner les révolutions du goût, les caprices de la mode, et proposait que l’Etat reçoive ces hommes de Lettres, en leur donnant, au lieu d’une faveur précaire, un rang assuré, incontestable, privilégié, érigé au range de nouvel ordre reconnu et protégé. Par conséquent, l’Académie française est née, sans préméditation : «Quand il parle de ce premier âge de l’Académie, ils en parlent comme un âge d’or, durant lequel, et avec toute l’innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autre loi que celle de l’amitié, ils goûtaient ensemble toute ce que la société des esprits a de plus doux et de plus charmant», écrit, en 1652, Paul PELISSON, le premier biographe des origines l’Académie française, puis Pierre-Joseph THOULIER d’OLIVET, ont repris ce récit jusqu’en 1700 ; la mort de Racine est le dernier événement rapporté. C’est le 29 janvier 1639, sous le règne de Louis XIII, que l’Académie française est officiellement créée, rassemblant des «académistes» qui deviendront des «académiciens» en charge d’améliorer la langue française comme l’indique l’article 27 de ses Statuts et Règlements : «La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences». À cet effet, «il sera composé un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique». Armand Cardinal Duc de RICHELIEU est désigné protecteur de l’Académie qui a un contre-sceau avec une couronne de laurier, avec ces mots «A l’Immortalité». L’Académie française a été créée dans un but politique : renforcer l’unité de la France au moyen de la langue française et une mission principale de veiller sur l'état de la langue et de rappeler son bon usage. Il s’agit de «nettoyer la langue française des ordures qu’elle avait contractées». La mission de l’Académie est de conserver et perfectionner la langue française.

Mais les origines de l’Académie française sont plus anciennes puisque Jean DORAT (1508-1588) réunissait à l’hôtel de la Montagne-Sainte-Geneviève : Pierre de RONSARD, Jean-Antoine de BAIF, Ludovico ARISTO dit L’Arioste, Joachim du BELLAY. On y étudiait la grammaire et la musique ; ils avaient, pour but, de célébrer le culte et le progrès des lettres. Ces coteries ne sont pas nouvelles, RONSARD avait eu sa Pléiade. En 1570, Charles IX, un roi poète, octroya à ce cercle, de beaux esprits, des lettres patentes où il déclare que «pour ladite académie soit suivie et honorée des plus grands, il accepte le surnom de protecteur et auditeur d’icelle». Le Parlement et l’université se montrèrent hostiles à l’Académie, mais celle-ci réagit en accueillant en son sein des parlementaires et des universitaires. Charles IX appréciait Antoine BAIF, comme un très excellent homme de lettres ; il lui donna les moyens de subvenir aux besoins des gens de lettres.

L’Académie a un Directeur, un Chancelier, un Secrétaire perpétuel à vie, et une Bibliothèque. Mais cette Académie prit des airs aristocratiques, et ne voulut point de dîner en famille. Cette ancienne maison voulait établir six lois fondamentales : prier, étudier, se réjouir, ne faire tort à personne, ne pas croire légèrement et ne se soucier point du monde. Si un académicien fait quelque faute indigne d’un homme d’honneur, il peut être destitué ou écarté temporairement, suivant la gravité de la faute (22 décembre 1684 Abbé Antoine de FURETIERE, pour vols de documents, et abbé Charles-Irénée Castel de SAINT-PIERE, critique du Roi).

«L’Académie française est une puissance qui, comme les autres, a rencontré, à côté des indifférents, des partisans déclarés, et des adversaires si bruyants qu’on les a crus nombreux» écrit Charles-Louis LIVET. La Révolution était hostile à l’Académie : «La Vérité a vaincu ; le genre humain est sauvé !» s’écrit CONDORCET. La Constituante réduit les crédits budgétaires de l’Académie, et Charles-François LEBRUN de dire «En créant l’Académie française, Richelieu n’y chercha peut-être que des panégyristes et des esclaves. Elle expie son origine». Le 10 août 1793, l’abbé GREGOIRE demanda la suppression de l’Académie française, «l’aînée, qui présente tous les symptômes de la décrépitude» dit-il. NAPOLEON rétablira l’Académie française qui retrouva «l’esprit qui l’animait, la modération et la dignité qu’elle avait constamment gardées et des matériaux pour continuer son histoire». En 1815, l’Institut de France, au quai Conti, sera divisé en quatre classes : Académie des sciences, Académie française, Académie des inscriptions et des belles lettres et Académie de peinture et de sculpture.

Jusqu'au milieu du XIXème siècle, on désignait ceux qui se présentaient à l'Académie sous le nom de «prétendants». Un terme éloquent. On les appelle maintenant des «candidats», et ils doivent faire une véritable cour auprès de ceux qui vont décider de leur élection. Depuis 1635, quiconque veut déclarer sa flamme aux Immortels doit d'abord envoyer un courrier au secrétaire perpétuel. Les Académiciens ayant le droit de coopter leurs confrères, jusqu’au milieu du XVIIIème, les philosophes audacieux en furent écartés. Jadis, il y régnait un esprit monarchique et religieux. René DESCARTES, frappé de disgrâce par RICHELIEU, se tenait éloigné de ce cénacle. Jules MAZARIN ne pouvait pas être désigné protecteur de l’Académie, sa connaissance de la langue française étant jugée insuffisante ; ce sera le Duc d’ENGHEIN, époux de la nièce de RICHELIEU, qui entrera à l’Académie française ; il vouait une admiration pour CORNEILLE et MOLIERE. A la mort de Louis XIII (27 septembre 1601 - 14 mai 1643), précédée, de très près, de celle de RICHELIEU (9 septembre 1585 – 4 décembre 1642), c’est Gilles BOILEAU qui est nommé en 1659.  Des prélats, des Ducs, des maréchaux et de grands seigneurs et quelques hommes de lettres (élection de Montesquieu en 1727 et de Marivaux en 1742), dominaient cette assemblée, fort conservatrice. L’Académie, se revendiquant de l’Immortalité, de par l’autorité qu’elle exerce sur le langage, celle qu’elle revendique sur le goût, sa rhétorique, les cabales qu’elle a nourries, ont en fait une institution raillée par les esprits critiques ou sarcastiques que sont, notamment, les philosophes. Aussi, pendant longtemps, l’Académie se méfia des philosophes, l’homme de guerre et d’insurrection contre l’Eglise et la Royauté. Sous l’Ancien régime, une monarchie absolue, les philosophes des Lumières n’avaient aucune marge de manœuvre, et donc n’étaient pas les bienvenus à l’Académie française. L’Académie, «c’est une maitresse contre laquelle les gens de lettres font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs» disait Voltaire. L’Académie commence son aggiornamento avec les élections de Voltaire en 1746, et celle de DUCLOS, en 1747, qui devient secrétaire perpétuel, puis celle de d’Alembert en 1754, qui succéda à DUCLOS dans ses fonctions. En 1760, Voltaire disposait à l’Académie d’une majorité agissante, qui reflétait l’opinion d’une grande partie du public lettré et répondait à leurs aspirations. Cependant, bien d’éminents gens de lettres seront écartés de l’Académie française, notamment Charles BEAUDELAIRE, Emile ZOLA, Paul VERLAINE et Louis ARAGON.

B – L’Académie et les minorités ethniques

Le combat des femmes, à l’image de celui de la Diaspora, marque l’aspiration profonde à l’égalité réelle et à la fraternité, même au sein de l’Académie française. En effet, l’Académie est restée pendant longtemps un monde masculin. En réaction contre cette misogynie, Madeleine de SCUDERY (1607-1701), dite Sappho, avait fondé une Académie des beaux esprits, à l’hôtel de Rambouillet, l’Académie des précieuses et l’Académie galante chez Anne dite NINON de L’ENCLOS (1620-1705), une femme athée et libertaire, au Marais, à Paris 4ème. Mme George SAND (1804-1876, voir mon post) réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post du 20 février 2016). Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Fatma-Zorah Imalhayène, dite Assia DJEBAR (30 juin 1936 à Cherchell, Algérie- 6 février 2015, à Paris), une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (Constantine 1929-1989 Grenoble), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour».

L’élection de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) à l’Académie française, sur le fauteuil n°16 d’Antoine Lévis MIREPOIX, en 1983, puis sa réception, sa réception le 29 mars 1984, en présence du chef de l’État, protecteur de l’Académie, a marqué une date de très haute importance dans l’histoire de cette institution. Avec lui, ce n’était pas seulement l’agrégé de grammaire, l’ancien président de la République du Sénégal, le grand poète partout connu et reconnu, l’homme de dialogue entre les cultures, les religions, le chantre du métissage et de l’universel, qui entrait sous la Coupole, c’était l’ensemble de ceux qui ont la langue française en partage, c’était la Francophonie tout entière. Pour SENGHOR, la civilisation française est «une force de symbiose. Elle prend, de siècle en siècle et dans les autres civilisations, les valeurs qui lui sont d’abord étrangères. Et elle les assimile pour faire du tout une nouvelle forme de civilisation, à l’échelle, encore une fois, de l’Universel».

Après Léopold Sédar SENGHOR, premier Africain à être admis à l’Académie française, M. Dany LAFERRIERE est élu en 2013, à cette institution. Deux noirs, deux styles «Pour rien, la langue française comme toute langue n’a aucune valeur. Ce sont ses locuteurs qui donnent des valeurs à la langue. Car les Résistants, comme le Vichyste, parlaient français tout autant comme aujourd’hui les discours de la haine contre les Noirs ou les Juifs sont en français» dit LAFERRIERE. La Littérature française contemporaine est devenue faible et appauvrie, parce que repliée sur elle-même. Cependant, M. LAFERRIERE a rendu un vibrant hommage aux chantres de la Négritude que sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR, dans son discours de réception du 28 mai 2015 «Pour moi ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent» dit-il. Mais quelle conception, l’Académie française a-t-elle de la Francophonie ?

En 1783, l’Académie royale des Sciences et des Belles Lettres de Berlin mettait au concours un triple sujet ainsi libellé «Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu’elle la conserve ? ».  Antoine RIVAL (1753-1801), comte de RIVAROL, un farouche opposant à la Révolution, remporta ce prix, le 3 juin 1784, avec son «Discours sur l’universalité de la langue française». La France, jadis, partagée entre le Picard et le Provençal, avec une forte influence du Latin, sera conquise par le français, «La langue est la peinture de nos idées» dira RIVAROL. La langue est le reflet de la domination, de l’hégémonie d’un pays, de la puissance coloniale «qui tenait dans ses mains la balance des empires».

Le président Emmanuel MACRON avait proposé au professeur Alain MABANCKOU de collaborer avec Leïla SLIMANI pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». Cependant, M. Alain MABANCKOU a décliné cette offre : «Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale» dit-il. Le professeur MABANCKOU poursuit : «La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies». Le but de l’Alliance française, d’après son programme, est d’étendre l’influence de la France. Par conséquent, les autorités françaises ont une conception racisée et ethnicisée de la langue française : «Repenser la Francophonie, ce n'est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n'est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d'auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial» dit M. MABANCKOU. Depuis l’avènement de la Négritude dans les années 30, c’est le professeur Alain MABANCKOU qui a le feu sur la scène littéraire à Paris, en allant à l’assaut du Collège du France en mai 2016, puis à la Fondation Louis VUITTON, à Paris. M. MABANCKOU a eu le mérite d’appuyer et de mettre en valeur, au cours de ces manifestations, des artistes congolais talentueux, mais encore écrasés par un monde racisé et ethnicisé. Je m’en réjouis et lui adresse mes vifs remerciements. La Francophonie pourrait aider à reconstruire un monde nouveau, mais à condition qu’elle soit débarrassée de sa vision coloniale, de son obsession identitaire et de sa peur puérile de l’immigration. En effet, il est regrettable que la France, avec une politique de visa stricte, soit désertée par les étudiants africains au profit de la Chine et des Etats-Unis. Pour Cheikh Anta DIOP, il n’y aura pas de développement de l’Afrique, sans une valorisation des langues nationales. Le français, parlé dans 14 pays africains, pourrait avoir un avenir en Afrique, à plusieurs conditions : tenir compte de l’héritage et du patrimoine culturel africain, notamment de ses auteurs, devenir un espace de solidarité et de coopération fondé sur la justice et l’équité, réserver une place particulière à la diaspora dans les relations entre la France et l’Afrique, et combattre les dictatures ainsi que la Françafrique en restaurant la confiance, la justice et la fraternité.

Dany LAFERRIERE conteste, lui aussi, cette conception racisée et ethnicisée de la francophonie : «Il y avait un besoin, de la part de la France, de rassembler tout ceux qui parlent français sur la planète pour faire le poids à l’anglophonie qui, de plus en plus, s’affirmait comme puissance démographique. La littérature a une grande visibilité, d’autant plus que les écrivains peuvent venir de toutes les classes sociales, contrairement à l’économie, qui ne quantifie que les puissants et les riches. À l’inverse, les écrivains viennent de partout. J’avais compris qu’avec la francophonie, Paris est à part, et le reste est la province, que ce soit la province française ou les autres pays parlant français. Je ne pouvais accepter ce fait d’être un écrivain provincial, parce que j’écris précisément pour sortir de l’espace où je suis, pour aller dans un lieu à la fois intemporel et sans espace. J’écris à partir d’une grande rêverie, je n’écris donc pas pour me faire remettre à ma place après. C’est pour ça que j’étais d’accord avec cette idée d’une «littérature-monde», qui est le contraire de la mondialisation. L’idée est de faire en sorte que la marge devienne le centre ; on prend place au centre et comme centre. Il n’y a plus de francophonie qui ne soit pas la France, c’est-à-dire regroupant tous les pays parlant français sauf la France» et M. LAFERRIERE précise qu’il est pour une littérature monde «Je ne suis pas un écrivain de langue française, ni francophone, je suis un écrivain. J’écris avec un langage qui ne tient pas forcément compte de ce langage codé avec lequel on m’identifie». M. LAFERRIERE, dans son discours de réception du 28 mai 2015, à l’Académie française, a rendu hommage à la Diversité qui s’invite dans cette illustre institution, à travers Alexandre DUMAS, fils : «Je me demande si Dumas a compté pour vous, et s’il a illuminé votre enfance comme il l’a fait de la mienne. Si je parle de Dumas c’est parce qu’il a occupé aussi ce fauteuil. Même si ce n’était pas le Dumas des Trois Mousquetaires mais plutôt son fils, l’auteur de La Dame aux camélias. De toute manière les Dumas ont de profondes racines en Haïti puisque c’est une «négresse», selon l’appellation de l’époque, qui a donné naissance au général Dumas, le grand-père de notre confrère Alexandre Dumas fils. Je dois souligner que le nom Dumas ne vient pas du père, le marquis de La Pailleterie, mais de la mère, une jeune esclave du nom de Marie Louise Césette Dumas. Ces Dumas ont le sang vif de ces mousquetaires qui osèrent affronter notre fondateur le cardinal Richelieu. Enfant, j’étais du côté de d’Artagnan, aujourd’hui je me range derrière le Cardinal. Le temps nous joue de ces tours» dit-il.

II – Dany LAFERRIERE, une littérature inspirée de l’Amour

Né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953, d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert LAFERRIERE et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor KLEBERT, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : «L’Odeur du café» et «Le Charme des après-midi sans fin». Gilberte MOREAU estime que les valeurs véhiculées dans la contribution littéraire de LAFERRIERE, au-delà de l’exotisme et de la prose, sont repérables ; il s’agit, notamment de «l’amour, l’amitié, le bonheur de vivre, la tolérance, la fidélité à ses racines».

À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany LAFERRIERE commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel «Le Petit Samedi soir». Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien «Le Nouvelliste». «Lorsque j'étais jeune journaliste en Haïti, je n'étais pas un contestataire qui élève la voix. Je travaillais pour un journal, «Le Petit Samedi soir», avec un groupe de jeunes gens de mon âge, et j'étais le plus littéraire de tous. Mes chroniques n'étaient presque pas politiques, ou alors très politiques, si on entend par ce mot une proximité recherchée avec la réalité. J'allais dans les profondeurs de l'île, rencontrer des gens, raconter leurs vies. Avec l'idée que la dictature ne pénètre pas partout, ne dévore pas tout. Il faut parvenir à être heureux malgré la dictature, c'est la chose la plus subversive qui soit» dit-il.

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, Dany LAFERRIERE quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman «Le Cri des oiseaux fous». «Montréal a fait de moi un écrivain méditatif» écrit Dany.

A – Combattre l’humiliation et la peur, retrouver son individualité

Les récits de l’enfance sont largement autobiographiques. Le but de Dany est avant tout de témoigner de son enfance, heureuse malgré la dictature, et de l’enfance de toute une génération de jeunes qui a vécu les années terribles des DUVALIER, sans succomber au régime de la peur. Ce qu’il cache, en lui, c’est un «cœur collectif». Ainsi, «L’Odeur du café», une chronique de l’enfance, parue en 1991, relate des événements datant de 1963, sous le régime dictatorial de DUVALIER ; un des personnages, Passilus, aime parler politique et invite des amis chez lui pour discuter. A la suite de troubles dans la capitale, ils sont tous arrêtés. Dans ce petit village pauvre et analphabète, on vit du café et du sisal. Matriarcat domine dans cette communauté traditionnelle ; Da, la grand-mère du narrateur a un rôle important dans l’éducation des femmes et des enfants. Récit autobiographique, le narrateur se découvre un amour infini pour Vava. DA, la grand-mère, incarne une vieille dame au visage souriant ; elle représente une métaphore d’Haïti, un pilier inattaquable, dans la tourmente, pleine de vitalité et de sagesse. DA enseigne aux jeunes, «ce rire princier» et ce qu’il faut «avoir face à la misère».

«Le charme des après-midi sans fin» est plutôt le temps de l'adolescence faisant naître le désir et la découverte du sexe. Les filles sont présentes, Vava celle dont Vieux Os est amoureux depuis longtemps et dont la timidité l'empêche de l'approcher, pire il se sauve quand il la voit ou tombe dans les pommes, mais aussi sa cousine Didi, Fifi, Edna. Cette grand-mère qui représentait tout pour l’auteur, l’autorité et l’indulgence, la sagesse et la protection dans un petit cocon familial sécurisant. Da lui a tout appris sur ses ancêtres, sur les anciennes coutumes, elle lui a raconté sa vie, une vie dure mais auréolée d’un certain mystère entretenu pour garder de nouvelles anecdotes qu’elle lui narre au fil du temps. Mais Da lui a surtout ouvert l’esprit en s’adressant à lui comme à un adulte le plus souvent et elle lui a appris les bonnes manières, celles qui l’aideront à se comporter en parfait «gentleman», ce qui lui sera d’un grand secours plus tard.

Dixième roman de Dany LAFERRIERE, «Le cri des oiseaux fous» est aussi l'ultime récit de sa vaste «autobiographie américaine». Le narrateur apprend que les tontons macoutes ont tué son ami, que lui-même est sur la liste, que cette nuit sera sa dernière nuit en Haïti, celle du départ. LAFERRIERE, le  héros de son roman raconte comment il est venu à quitter sa terre natale, journaliste, il est affecté aux chroniques culturelles. Avant de s’exiler, il fait le tour de ses amis, sans les prévenir de son départ. Tout le récit coule des yeux et des pensées, des peurs et des méditations de ce jeune homme de vingt-trois ans confronté au crime et forcé à l'exil. Comment se sentir citoyen d'un pays qui veut votre mort ? «L'exil est pire que la mort pour celui qui reste. L'exilé est toujours vivant bien qu'il ne possède aucun poids physique dans le monde réel», dit-il. Ce roman est une ultime insurrection contre la dictature et l’intolérance, un droit de parler de culture sans parler de politique. D'avoir des désirs qui lui sont propres. «Et l'indifférence que j'ai toujours manifestée pour le pouvoir et sa propagande diabolisante ne jouerait pas en ma faveur. Car le rêve de tout pouvoir est qu'on s'intéresse à lui», dit-il. Dans «le cri des oiseaux fous»,  les thèmes abordés sont variés : l’amour et la sexualité, l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurdité, la construction de l’identité, par rapport au père et à la mère. Le développement du roman, loin d’être narcissique, se construit sur les adieux que Dany LAFERRIERE fait à ses amis. Comme, il fréquente le monde de la culture, ce roman est particulièrement instructif de la vitalité littéraire et artistique d’Haïti. On ne se croirait pas dans un pays sous-développé. Les artistes compensent la pauvreté de ce pays par leur créativité et leur énergie débordante. Dany LAFERRIERE rencontre aussi les prostituées qu’il a fréquentées. Il ne s’en cache pas et n’est pas complaisant. Il fait ressortir les qualités de cœur des Haïtiens. On sent que LAFERRIERE voue une grande affection pour son entourage et son pays. Parallèlement à cette déchirure, se profile la vie politique haïtienne d’une grande brutalité. Finalement, ce roman relate la vie quotidienne des Haïtiens, confrontés à diverses difficultés, mais qui ont su garder leur héroïsme et leur noblesse d’esprit. «Le dictateur, lui, a volé le sens collectif, l’a pris en otage et naturellement voudrait qu’on se soumette à lui un à un. Il y a peu de choses pouvant soumettre les individus autant que la peur. La peur est une chose individuelle. Le rêve du dictateur est d’intégrer, dans chaque individu, cette peur. Dans ce contexte, il ne faut donc pas perdre de vue que le plus résistant, c’est encore l’individu. Il faut commencer par être résistant soi-même si l’on veut ensuite se regrouper dans la résistance. Ce que le dictateur veut faire, c’est d’abord nous annuler, nous humilier et faire en sorte que nous perdons toute individualité. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de choses qui sont liées, que ce soit dans la colonisation ou la dictature, à l’humiliation personnelle. On veut vous humilier» dit-il. «Il faut redonner de l’importance à la parole parce que quand elle est réfléchie et pensée, c’est une action», dira Dany. Il considère que la littérature est une arme, un instrument de liberté. La première raison d’être de l’écrivain, c’est dire que le Roi est nu. «D’être exilé permet d’écrire sans concession et sans la peur. L’exil m’a aidé à dire ce que je pense, et m’a donné la possibilité de parler à un autre pays» dit-il. Quand on est libre, on est dangereux.

LAFERRIERE fait publier en 1985, le roman «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», qui a connu un succès retentissant. Il se familiarise avec le cinéma. C’est un roman constitué d’une succession de brefs chapitres proposant chacun une petite scène à connotation sexuelle. LAFERRIERE déploie style sec, aux phrases juxtaposées, dont le rythme haché rappelle celui du jazz. Il y expose des lieux communs, certes, sur les Noirs et sur les Blanches, mais présentés toujours avec un humour à la fois cru, sain et jubilatoire. C’est une satire féroce sur les stéréotypes et les clichés racistes, dans laquelle deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman et, pour s’occuper, connaît diverses aventures féminines en dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c'est un juste retour des choses, après avoir souffert de l'esclavage, que de séduire toutes ces jeunes donzelles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran, sur des airs de jazz.

«Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?» fait ressortir la complexité des sens propres à la littérature migrante qui puise dans le pays d’origine et celui du lieu de résidence. Les sens multiples doivent être analysés à la lumière des codes culturels, à la communication entre divers univers et leur enrichissement réciproque. En effet, LAFERRIERE, durant son exil au Canada se positionne comme un écrivain québécois qui porte, cependant, un puissant témoignage sur ses souvenirs d’immigrant. «Mon premier livre était un acte de rupture. Je voulais savoir si un Haïtien pouvait écrire un livre qui se passe hors d'Haïti, un livre où le mot Haïti ne figure pas, n'est pas prononcé. J'avais compris qu'il y avait ce pays natal, gouverné par les Duvalier, que j'avais fui, mais qu'il y avait aussi la petite chambre où je vivais désormais, dans le quartier Latin de Montréal, et qui était gouvernée par moi seul. Finalement, ce territoire très étroit était la plus grande, la plus belle chose qui pouvait m'arriver, le grand événement de ma vie. La clé que j'avais dans ma poche était une chose nouvelle pour moi, d'ailleurs. En Haïti, on n'a pas de clé, on n'en a pas besoin, il y a toujours à la maison une mère ou une grand-mère. A Montréal, tout à coup, j'avais une clé, qui était la clé de ma vie. Avant d'écrire, je m'étais posé la question : qu'est-ce qui m'importe le plus en ce moment ? Duvalier ? L'agitation politique en Haïti ? Eh bien non, ce qui m'importait, c'était la petite clé. Et la machine à écrire que j'avais achetée avec l'argent gagné en travaillant à l'usine» dit-il. Ce roman, marqué par la polyphonie, outre son caractère ironique, provocateur et exotique, est une réflexion profonde sur la littérature migrante, sur l’altérité, sur les différences culturelles. En l’occurrence, les Noirs sont souvent de culture occidentale, mais ils jouent, parfois, au Nègre pour draguer les Blanches. A travers, la parodie, LAFERRIERE renverse la perception de la Négritude qu’il désacralise. Par conséquence, l’aliénation et la recherche d’une nouvelle identité sont au coeur de ce roman. Il fait référence aux filles anglaises que tente de séduire le héros de son roman, qui sont censées, par rapport aux francophones, être supérieures et «disciplinées». Il affirme son ambition littéraire «L'écriture est engendrée par la solitude, et en même temps elle chasse la solitude. Lire, écrire, rêver : si mes jours pouvaient être occupés à cela, ma vie me convenait» dit-il.

Par ailleurs, ce roman, «Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?»   est bourré de clins d’œil littéraires. En effet, c’est durant son exil qu’il met à lire des auteurs étrangers. «Les écrivains que je lisais à l'époque s'appelaient Hemingway, Bukowski, Henry Miller ; ils constituaient la mythologie de l'écriture dans laquelle je voulais m'inscrire. Il y avait, en Haïti, une tradition littéraire forte aussi, mais très classique, très XIXe siècle. Moi je voulais une littérature plus directe, plus concrète. Je venais d'une dictature, donc d'un monde abstrait, construit de rêves, de symboles, de métaphores, parce que c'est cela la dictature, les gens qui la combattent ne l'ont souvent jamais vue vraiment, ils se battent contre un ennemi masqué, insaisissable, et je voulais que le monde devienne enfin concret» dit LAFERRIERE. En 1986, meurt Jorge Luis BORGES, un écrivain aveugle argentin, pour qui LAFERRIERE voue une grande admiration. BORGES est un spécialiste de l’art de la nuance. «Tous les pouvoirs ont peur de la nuance. Seule la nuance est subversive», dit-il. LAFERRIERE cite, dans ce roman, James BALDWIN, un auteur noir, homosexuel qui a vécu en exil en France.

B – Devenir un écrivain international

La littérature de l’exil est présente de longue date au sein de la diaspora haïtienne : «Il y a d’abord l’exil offensif de jeunes gens de «bonne famille» partis poursuivre leurs études à l’étranger. Promis à de brillantes carrières, ils sont confrontés au racisme. Leur obsession est de prouver que l’Haïtien est intelligent. Pas autant que le Blanc, mais plus. Une autre forme d’exil s’installe au début des années 1960 avec l’arrivée des Duvalier au pouvoir, celle des bannis, plutôt défensive. Ils ont le sentiment d’être des victimes, et ils sont dans la nostalgie et non dans l’action. Ils se contentent de regarder vivre les autres en attendant de rentrer chez eux. Preuve que parfois l’émigration abrutit. Alors que chez eux ils allaient au théâtre, au cinéma, discutaient de sujets universels, une fois en exil, ils ne parlent plus que de leur pays. Et plus ils le font, plus ils s’en éloignent. C’est une perte sèche» dit-il. Cependant, Dany LAFERRIERE se définit, non pas comme un écrivain de l’exil, mais du voyage : «Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne parlais pas d'exil à mon sujet, car la notion d'exil me reliait à la dictature haïtienne, avec laquelle je voulais rompre. Je préférais le mot voyage” dit-il. Il ne renonce pas pour autant à sa créolité, loin de-là : «En me disant «écrivain américain» écrivant en français, je faisais un immense pas de côté, je sortais de la détermination antillaise. Et je m'inscrivais dans une mythologie : j'étais dans le Nouveau Monde, j'y avais tous les droits. Evidemment, cette revendication était un peu de la provocation, à une époque où le discours sur la créolité était très en vogue. Mais Haïti, c'est moi ! Je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur les toits, au contraire même : elle est si enracinée en moi que je n'ai pas besoin de m'y intéresser, elle me suivra où que j'aille. C'est comme faire du vélo : il ne faut pas regarder la roue, il faut n'avoir plus aucune conscience du vélo pour avancer» dit Dany.

«Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités» s’agace Dany LAFERRIERE. En effet, certains critiques ont reproché à Dany LAFERRIERE d’être trop dandy, distant, presque un hussard ; il ne se pose pas l’énigme du retour ; il a une soif de vivre, là où il est : «J'ai toujours regretté qu'Aimé Césaire ou Senghor n'aient parlé que de leur lutte, et pas assez des voyages qu'ils ont faits, des rencontres. Ils n'étaient quand même pas que des machines à sauver l'humanité ! Ils pouvaient eux aussi rencontrer quelqu'un dans un bar, un soir, et nous le raconter simplement, sans voir cela à travers le prisme de la négritude. Avec mes chroniques de voyage, je voudrais montrer aux jeunes gens du tiers-monde qu'on a le droit de voyager, de voir le monde de ses propres yeux, et non à travers un prisme politique. Qu'on n'est pas tout le temps un exilé, un Noir, un ancien colonisé ou je ne sais quoi d'autre. On peut juste être un homme assis à une terrasse de café, et qui regarde. Mon problème est sans doute que je n'ai pas de problème d'identité. Elle est ancrée en moi, peut-être même surabondante, à tel point que je ne m'en soucie pas» dit-il. Dany LAFERRIERE se sent nationaliste à travers ses écrits : «Le patriotisme me semble plus fort chez les exilés. Peu d’écrivains placent Haïti au centre de leur œuvre autant que moi». Le Cri des oiseaux fous est sans complaisance avec la dictature de Duvalier. Pays sans chapeau raconte la réalité haïtienne, le rapport entre la vie quotidienne et la vie rêvée mâtinée de sacré. L’Odeur du café est perçu par les Haïtiens comme le livre qui leur parle le plus de leur enfance. Dany LAFERRIERE, comme Alain MABANCKOU, son grand ami, ont choisi d’abandonner le discours victimaire ; ils veulent engager une littérature délivrée de la culpabilité : «La culpabilité, ce n’est pas mon genre. Ma relation avec Haïti peut sembler complexe si on mélange la vie personnelle et la littérature. Il ne faut pas confondre ce qui est dit dans mes œuvres avec ma réalité. Mon écriture ratisse large, essaie de rendre toutes sortes d’émotions de gens différents, également Haïtiens et exilés. Leurs expériences sont mises à contribution dans mes œuvres. Comme je sais qu’il y a des gens qui se sentent coupables d’être à l’extérieur d’Haïti, il arrive qu’il y ait des traces de cette culpabilité dans mes livres. Je donne toujours priorité au livre ; quand j’ai envie de réfléchir sérieusement à quelque chose, j’écris un livre. Cela me permet d’explorer plusieurs angles de la question, parce que la vie est un kaléidoscope». Les écrits de Dany LAFERRIERE s’éloignent du sentiment étriqué d’appartenance ; Dany estime qu’il est citoyen international : «Je me considère comme un écrivain international, sans formalité, dans le sens que, pour moi, la promesse de la littérature est l’universalité. J’écris pour comprendre ce que je vis et je partage mes sentiments, mais pour découvrir en même temps que c’est la situation de l’ensemble des gens qui vivent sur cette planète. En fait, je ne suis pas seul ; c’est ça, la promesse de la littérature. Vous n’êtes pas seul. Quand on gratte la petite couche folklorique des individus, on s’aperçoit que les sentiments humains sont pareils. Je ne cherche pas à me décrire par ma littérature, je cherche à écrire ce que je ressens. Quant à cette intégration à l’espace québécois, il est vrai que je la fais au niveau citoyen. Je participe à ce qui se passe au Québec, je suis sensible aux événements qui nous arrivent, aux débats qui nous touchent, bref à la réalité quotidienne» dit-il. Dany LAFERRIERE réaffirme que l’Amour est plus fort que le ressentiment : «Il y a un aspect universel de la littérature. Les sentiments, les émotions, la résistance individuelle qu’on a vu depuis Antigone de Sophocle. Quand Antigone dit : «Je ne suis pas ici pour la haine, je suis ici pour l’amour», c’est un peu ce que je dis dans tous mes livres. Je n’ai pas de temps à perdre avec des choses qui ne donnent pas d’élan à mon enthousiasme» dit-il.

Prix Médicis 2009 pour «l’énigme du retour», Dany LAFERRIERE invite à distinguer le pays réel et le pays rêvé : «Dans les livres écrits par des gens du Sud qui vivent au Nord, il y a toujours un moment où il y a un divorce avec le pays d’origine. Comme si l’auteur qui vit hors de son pays ne pouvait plus suivre et qu’il devait se contenter de regarder, admirativement, de loin. C’est aussi pour dire que tout individu, tout écrivain est étranger à son pays, parce qu’il ne peut pas observer ce pays s’il n’y est pas étranger. Il faut qu’il prenne une distance. Donc, c’est cela, la notion poétique qui rend l’affaire intéressante, il ne s’agit pas simplement de dire : «Je suis devenu étranger dans mon pays parce que je n’y suis pas allé depuis longtemps» .C’est une distance qui est prise jusqu’aux fibres les plus profondes» dit-il. Sur fond de la mort d’Aimé CESAIRE et de «pays sans père», que peut-on savoir de l’exil et de la mort : «Je ne suis jamais arrivé à comprendre comment on parvient à vivre dans une autre culture que la sienne» dit-il.

 

Les livres de Dany ont été traduits en une quinzaine de langues. Les dix premiers romans, s’inspirent du «Mentir-vrai» de Louis ARAGON ; ils «font apparaître des scènes et des expériences qu’il a vécues et transformées par fiction par le biais du travail littéraire» écrit Ursula MATHIS-MOSER. En publiant, en 2011, «Tout bouge autour de moi», portrait d'Haïti ravagé par le séisme du 12 janvier 2010, Dany LAFERRIERE a voulu «jeter comme un drap blanc sur le corps des victimes, les décrire avec discrétion et tendresse». En dépit des aléas de l'Histoire et des catastrophes naturelles, Haïti, la première République noire, est une terre de création féconde. Une terre où une riche littérature francophone se déploie dans un univers créole, où les romanciers sont des poètes et les poètes des romanciers, où la mort rôde et nourrit une vitalité artistique des plus foisonnantes. Haïti «c’est un pays aux trente-deux coups d’État. Peut-être. Mais, trente-deux fois aussi, les gens ne l’ont pas accepté. C’est un pays en bouleversement constant dans un univers extrêmement politisé. Un pays capable de rompre avec deux cents ans d’esclavage et de se relever psychologiquement en un an de l’un des séismes les plus meurtriers au monde. L’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face» dit-ilIl y a chez Dany LAFERRIERE «une esthétique de la roue. Pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même. Chaque fois qu’il fait un tour, lui, il ramasse tout ce qui précède, ne réchauffe pas, même s’il utilise la même recette. On découvre donc des œuvres que l’on connaissait déjà, mais retravaillées». Auteur d’un roman, «Les Mythologies américaines», Dany LAFERRIERE se joue des clichés ; la littérature est l’héroïne principale. C’est un livre organique qui traverse toute l’Amérique et dévoile la vision globale que les Haïtiens en ont. «Aux États-Unis, les Noirs écrivent sur les Noirs et pour les Noirs ; les Blancs, sur les Blancs et pour les Blancs. Dans ce long reportage, j’essaie d’observer les deux communautés de manière transversale, avec la même objectivité pour les uns et pour les autres. Et je souligne de manière indifférenciée l’injustice faite aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs en les mettant côte à côte sans que survienne l’histoire de l’esclavage et du racisme. La réalité historique haïtienne m’habite et me permet de regarder les États-Unis de manière impassible et sereine. Parce que je n’ai pas de névrose coloniale. Quand je vois un Blanc, je ne vois pas un ennemi. Parce que je l’ai battu et l’ai fait retourner chez lui. La gifle de l’esclavage a été rendue grâce à une indépendance acquise de haute lutte. On est quitte. J’ai donc voulu parler en public comme je le fais en privé. Mon discours ne doit pas être un manifeste à tous les coups. Ce qui ne m’empêche pas de dénoncer ce qui doit l’être» dit-il.

Bibliographie très sélective

1 – L’Académie française

Académie française,  Trois siècles de l’Académie française 1635-935, par Les Quarante, Paris, Firmin-Didot, 1935, 530 pages ;

BEUVIN d’ALTENHEYM (Gabrielle), Les fauteuils illustres et quarante études littéraires, faisant suite au quatre siècles littéraires, Paris, E. Ducrocq, 1860, 428 pages ;

BIRE (Edmond), GRIMAUD (Emile), Les poètes lauréats de l’Académie française, recueil de poème couronnés depuis 1800, Paris, A Bray, 1864, 392 pages ;

BOISSIER (Gaston), L’Académie française sous l’Ancien régime, Paris, Hachette, 1909, 267 pages ;

BRUNEL (Lucien), Les philosophes et l’Académie française au xviii siècle, Paris, Hachette, 1884, 389 pages ;

CAPUT (Jean-Paul), L’Académie française, Paris, PUF, 1986, 127 pages ;

CARLIER (Christophe), Lettres à l’Académie française, préface Hélène Carrère d’Encausse, Paris, Les Arènes, 2010, 232 pages ;

CARRERE d’ENCAUSSE (Hélène), Des siècles d’immortalité : l’Académie française, 1635, Paris, Fayard, 2011, 350 pages ;

CASTRIES,  René de la CROIX, duc de, La Vieille Dame du quai Conti, une histoire de l’Académie française, préface Jean Mistler,  Paris, Perrin G.F., 1978 et 1985, 477 pages ;

CROM (Nathalie), «Dany Laferrière,je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur tous les toits», Télérama, édition du 10 juin 2011 ;

DUMAS (Pierre-Raymond), «Entretien avec Dany Laferrière», Conjonction, juillet décembre 1986, n°170-171, pages 80-81 ;

FREMY (Edouard), L’Académie des derniers Valois, académie de poésie et de musique (1570-1576), académie du Palais (1576-1585), d’après les documents nouveaux et inédits, Paris, Leroux, 1843, 399 pages ;

GAXOTTE (Pierre), L’Académie française, Paris, Hachette, 1965, 120 pages ;

HAZARD (Paul), Discours sur la langue française, Paris, Hachette, 1913, 57 pages ;

HOUSSAYE (Arsène), Histoire du 41ème fauteuil de l’Académie française, Paris, E. Dentu, 1882, 327 pages ;

KERVILER (René), Essai d’une bibliographie raisonnée de l’Académie française, Paris, La société bibliographique, 1877, 106 pages ;

MASSON (Frédéric), L’Académie française, 1629-1793, Paris, Paul Ollendorf, 1912, 339 pages ;

MERY (Joseph), BARTHELEMY (Auguste), VIDAL (Léon), Biographie des Quarante de l’Académie française, Paris, Les Marchands de nouveautés, 1826, 254 pages ;

MESNARD (Paul), Histoire de l’Académie française depuis sa fondation jusqu’en 1830, Paris, Charpentier, 1857, 324 pages ;

MORELLET (André), Mémoires de l’abbé Morellet sur le dix-huitième siècle et la Révolution, précédé de l’éloge de l’abbé Morellet par Lemontey, Paris, 1822, 472 pages, vol  2, 516 pages, spéc pages 81-106 ;

OSTER (Daniel), Histoire de l’Académie française, Paris, Vialtey, 1970, 196 pages ;

PELLISSON (Paul) et THOULIER d’OLIVET (Pierre-Joseph), Histoire de l’Académie française, introduction de Charles-Louis Livet, Paris, Didier, 1838, vol 1, 326 pages et vol 2, 572 pages ;

PETER (René), L’Académie française et XXème siècle, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1949, 258 pages ;

RIVAROL de (Antoine), De l’universalité de la langue française, Paris, BNF, Obsidiane, 1991, 71 pages ;

ROBITAILLE (Louis-Bernard), Le Salon des immortels : une académie très française, Paris, 2002, Denoël, 342 pages ;

ROSTAND (Edmond), Discours de réception à l’Académie française, le 4 juin 1903, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1903, 36 pages ;

SIMON (Jules), Une Académie sous le Directoire, Paris, Calmann-Lévy, 1885, 472 pages.

2 – Dany LAFERRIERE

LAFERRIERE (Dany), Baiser mauve de Vava, illustrateur Frédéric Normandin, Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, Interforum Editis Diff, 2014, 46 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, Montréal, VLB éditions, 1993, 200 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Montréal, VLB éditions, 1994, 136 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Paris, Le Livre de poche, 2014, 187 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Comment faire l’amour avec un Nègre, sans se fatiguer, Paris, J’ai Lu, 1990, 199 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Eroshima, Montréal, VLB éditions, 1987, 168 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fatigué,  Outremont, Québec, Lanctôt 2001, 142 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fou de Vava,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 48 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis un écrivain japonais, Paris, Librairie générale française, 2012, 210 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Journal d’un écrivain en pyjama, Paris, Livre de poche, 2015, 328 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’art presque perdu de ne rien faire, Paris, Bernard Gresset, 2014, 419 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’énigme du retour, Paris, Bernard Grasset, 2009, 301 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’odeur du café, Paris, Zulma, 2016, 208 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La chair du maître,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1997, 311 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La fête des morts,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 44 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le charmes des après-midi sans fin, Paris, Zulma, 2016, 216 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Le Serpent à Plumes, 2000, 345 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Zulma, 2015, 315 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le goût des jeunes filles,  Montréal, VLB éditions, 1992, 206 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Les années 80, dans ma vieille Ford, illustrateur Frédéric Normandin, Montréal, Québec, Mémoire d’encrier, La Roque-d’Anthéron, Diff Ici et Ailleurs, Interforum Editis Diff, 2014, 194 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAALOUF (Amin), Réception de Dany Laferrière, Académie française, discours prononcés dans la séance publique du jeudi 28 mai 2015,  Paris, Palais de l’Institut, 2015, 37 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAGNIER (Bernard), J’écris comme je vis,  Grenouilleux, La Passe du vent, 2000, 195 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Mythologies américaines, préface Charles Dantzig, Paris, Bernard Grasset, 2015,  557 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Pays sans chapeau,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1996, 221 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Tout bouge autour de moi,  Paris, Bernard Grasset, 2010, 178 pages et Librairie générale française, 2012, 1876 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Vers le Sud,  Paris, Bernard Grasset, 2006, 250 pages.

3 – Autres références

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, écrivain de la subversion», Spirale, janvier-février 1998, n°158, page 6 ;

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, sans arme et dangereux», Lettres Québécoises, printemps 1994, n°73, pages 9-10 ;

BRODZIAK (Sylvie), Haïti : enjeu d’écriture, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2013, 218 pages ;

CORMIER (Pénélope), «Entrevue avec Dany Laferrière», The Postcolonialist, 19 novembre 2013 ;

DEVELEY (Alice), «Alain Mabanckou refuse de participer au projet francophone d’Emmanuel Macron», Le Monde du 16 janvier 2018 et Bibliobs du 15 janvier 2018 ;

FOREST (Julia, Farrah), Littératures migrantes du nouveau monde : exils, écritures, énigmes chez Ying Chen, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, thèse sous la direction du professeur Jean Bessière, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2015,  336 pages ;

JUOMPAN-YAKAM (Clarisse), «Dany Laferrière, l’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face», Jeune Afrique, édition du 15 mars 2016 ;

MARCOTTE (Hélène), «Je suis né écrivain à Montréal», Québec, automne, 1990, n°79-80-81 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), «Dany Laferrière, un écrivain méditatif», Québec français, 2015 (174), pages 52-54 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), Dany Laferrière : la dérive américaine, Montréal, L.V.B. éditeur, 2003, 344 pages ;

MOREAU (Gilberte), «L’inscription dans l’odeur du café de Dany Laferrière», Québec français, 1997, (105) pages 66-69 ;

MORENCY (Jean), THIBEAULT (Jimmy), «Entretien avec Dany Laferrière», Voix et Images, 2011, (36) n°2, pages 15-23 ;

N’DIAYE (Christiane), Comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière, Port-au-Prince, éditions de l’Université d’Haïti, 2010, 59 pages ;

N’DOMBI-SOW (Gaël), L’entrance des écrivains africains et caribéens dans le système littéraire francophone : les œuvres d’Alain Mabanckou et Dany Laferrière dans les champs français et québécois, thèse sous la direction du professeur Pierre Halen, Metz-Nancy, Université de Lorraine, 2012, 344 pages ;

PESSINI (Alba), Regards d’exils : trois générations d’écrivains haïtiens (Jacques Stephen Alexis, Emile Ollivier, Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert), thèse Paris IV, 2007, Presses académiques francophones, 2012, 448 pages ;

RICHER (Anne), «Fuir les carcans, Anne Richer rencontre Dany Laferrière», La Presse, 15 mars 1993, pages A1-A2 ;

SELAO (Ching), «L’énigme du retour de Dany Laferrière», Spirale, 2010, (231), pages 54-57 ;

SROKA (Ghila), «Dany Laferrière : de la francophonie et autres considérations», Tribune Juive, août 1999, vol XVI, n°5, pages 8-16 ;

VASILE (Beniamin), Dany Laferrière : l’autodidacte et le processus de création, Paris, L’Harmattan, collection Critiques littéraires, 2008, 285 pages.

Paris, le 16 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

L'Académie française, une vieille dame à bousculer, dans le sens du bien-vivre ensemble.
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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 11:41

A la vieille de la grande secousse que constitue Mai 68, Pierre VIANSSON-PONTE, cofondateur et rédacteur en chef de l’Express, écrit un article dans le Monde du 15 mars 1968 : «La France s’ennuie». Pour lui, «Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c'est l'ennui. Les Français s'ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde, la guerre du Vietnam les émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment». Et, il ajoute : «La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Egypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité, les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme». En effet, la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, a ouvert une période de paix et de stabilité et les trente glorieuses battent leur plein, marquant une ère d’expansion économique et sociale sans précédent qui sonne le glas d’une France restée longtemps petite-bourgeoise et boutiquière. A la fin des années soixante, la France était prospère, l’emploi assuré, l’avenir de la jeunesse semble tout tracé. Et pourtant, une bonne partie de la jeunesse est révoltée contre le vide de cette société d’abondance. Mai 68 demeure l’un des moments de l’histoire contemporaine de la culture de masse dans les pays occidentaux ; c’est la période qui suscite encore, cinquante ans après, des débats âpres et controversés : les «années 68» dérangent autant qu’elles fascinent. Le mouvement de mai 68 démarre à la faculté de Nanterre construite en 1964, en solidarité avec un étudiant interpellé parce qu’il a endommagé la vitrine d’une banque américaine en protestation contre la guerre au Vietnam. Le mouvement du 22 mars occupe la tour administrative et le doyen de Nanterre a eu l'imprudence de fermer sa faculté à partir du 3 mai. Les étudiants se rendent à la Sorbonne, et contrairement à une tradition des franchises universitaires depuis le Moyen-âge, le général de Gaulle envoie les CRS qui ont une triste auprès des jeunes depuis les événements de la guerre d’Algérie à Paris. Les étudiants manifestent de Denfert-Rochereau à la rue Gay-Lussac, et cela se termine par un affrontement avec les CRS et des barricades. A partir du 13 c’est la «Chienlit» et la grève générale. De GAULLE, dans le déni, s’enfuira à Baden-Baden, avant de revenir et organiser une grande marche. Il dissout l’assemblée et sort victorieux des législatives. Mais en 1969, à la suite de l’échec à un référendum, il sera contraint à la démission.

Peu d’études ont été menées sur les particularités de Mai 68 en Afrique qui présente pourtant, dans le continent noir, des aspérités, des différences par rapport au mouvement français, une révolte contre la société de consommation et des loisirs. On ne peut comprendre le Mai 68 en Afrique qu’à travers la question de l’indépendance nationale, vite confisquée par la Françafrique, la solidarité avec les peuples africains luttant encore pour leur liberté et contre l’Apartheid, notamment les pays lusophones, et le contexte de certaines locales comme au Vietnam, et la guerre froide qui se joue en Afrique pour le contrôle de nos matières premières.

En effet, de GAULLE met en place en Afrique, notamment au Sénégal, des gouvernements acquis à sa cause, et entreprend de liquider tout ce qui contrarie les intérêts de son pays. Les coups d’Etat militaires se succèdent en Afrique, certains chefs d'Etats sont tués, la promesse de liberté issue de l’indépendance récente est trahie. Au Sénégal, après l'arrestation de Mamadou DIA en 1962, c'est la chape de plomb. Les étudiants deviennent une force politique dans ce paysage où l’opposition est bâillonnée.

I – La jeunesse remet en cause le pouvoir absolu et décalé de SENGHOR

Les étudiants africains, à travers la F.E.A.N.F, se sont battus pour l’indépendance de l’Afrique. Or, en cette année 68, une chape de plomb s’abat sur le Sénégal : Mamadou DIA et ses amis sont en prison depuis 1962, les partis d’opposition sont contraints à la clandestinité, une bonne partie des cadres sont contraints à l’exil, dont les dirigeants du Parti africain de l’indépendance, le poste de Premier ministre est supprimé, et Léopold Sédar SENGHOR concentre, en ses mains, tous les pouvoirs de l’Etat. C’est le règne du Parti unique, et la principale fédération syndicale, l’Union Nationale des Travailleurs du Sénégal (UNTS), formée en 1962, comme dans les pays stalinien, au nom de l’unité nationale, est contrôlée par le pouvoir d’Etat. Par conséquent, il y a d’importantes revendications politiques étouffées liées à l’enfermement de l’espace public qui ne laissait l’opposition que l’espace universitaire. En effet, dès la fin des années 1960, la situation du Sénégal avait commencé à se détériorer. Les Français avaient aboli les garanties de prix sur les arachides et le Sénégal connut, entre 1968 et 1969, le pire cycle de sécheresse depuis l’indépendance. Entre 1959 et 1968, le nombre des sans emploi avait augmenté de 450%, ces pertes d’emploi étant essentiellement concentrées sur Dakar.

Par ailleurs, le Sénégal étant officiellement indépendant depuis le 4 avril 1960, mais le pouvoir senghorien, président-poète, semblait parfaitement décalé par rapport aux attentes de la population. Il apparaît, tout d’abord, le poète Léopold Sédar SENGHOR, un exceptionnel homme de culture (voir mon post du 13 août 2017) privilégiait sa fonction littéraire au détriment de ses missions de chef de l’Etat. En cette première décennie de l’indépendance, le Sénégal, ex-capitale de l’AOF, avait beaucoup d’infrastructures laissées par le colonisateur et une manne financière importante, mais les réalisations sont presque inexistantes. En effet, M. Abdou DIOUF, (premier ministre de 1980 à 1980, et président de 1981 à 2000) révèle, dans ses mémoires, que le président SENGHOR s’occupait des grandes orientations de l’Etat, organisait et planifiait ses déplacements à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dirigeait le parti socialiste, mais se réservait un temps important pour ses activités intellectuelles et littéraires (voir mon post du 30 novembre 2014). SENGHOR a été docteur honoris causa de 137 unités, et membre correspondant de 7 académies. On ne compte pas le nombre de ses voyages à l’étranger. Ses discours lancinants et répétitifs sur la négritude, ainsi que les costumes en queue de pie qu’il imposait aux membres de son gouvernement lors des réceptions faisaient de lui, aux yeux de la jeunesse, un homme décalé par rapport aux besoins de la population. Ensuite, le Sénégal étant une pièce maîtresse de la Françafrique, SENGHOR était vilipendé, à longueur de journée par le président guinéen, Sékou TOURE qui le qualifiait de «valet de l’impérialisme». Les coups d’Etat s’accumulaient en Afrique, à l’instigation de Jacques FOCCART.

Le mode de gestion de l’université de Dakar et la pénurie de hauts cadres sont mal ressentis par la jeunesse, qui ne connaît pas encore le phénomène des diplômés chômeurs. En effet, le colonisateur ne formant que des maîtres d’école et des vétérinaires, 8 ans après l’indépendance, la quasi-totalité du personnel enseignant à l’université, les hauts cadres de l’Etat sénégalis, ainsi que les mandarins du CAMES, sont presque tous des Français. L’université de Dakar, fondée en février 1957, était la 18ème université française ; gérée par une commission mixte franco-sénégalaise, cette université est largement française par son mode de fonctionnement, par ses programmes et ses enseignements, par son personnel administratif, et, partiellement, par ses étudiants (27% de Français sur les 3138 inscrits en 1968). Durant l’année universitaire 1967-1968, huit ans après l’indépendance, l’Université de Dakar avait encore un recteur français et comptait 244 professeurs français contre 44 professeurs sénégalais et africains. Les étudiants avaient ambition de «décoloniser» et «d’africaniser» l’université de Dakar. La forte présence des bases militaires françaises indiquait que l’indépendance reste tout à fait symbolique.

Enfin, un autre motif de dissension avec la jeunesse, est l’anticommunisme sans concession de SENGHOR. Ainsi, en pleine guerre froide, SENGHOR n’a pas soutenu Nelson MANDELA, mais Jonas SAVIMBI, et il a été distant dans les guerres d’indépendance des anciennes colonies portugaises (Angola, Guinée-Bissau, Iles du Cap-Vert) à l’égard des mouvements de libération nationale de ces pays. Par ailleurs, le festival mondial des arts nègres de 1966, s’il a connu un succès populaire, est loin de faire l’unanimité auprès des jeunes : «Ce fut une immense fête en hommage à la racine, mais le contexte historique de l’aliénation dévia de l’essentiel. (…) Ce qui restait de l’Afrique fut étalé dans un spectacle de divertissement entre vaincus et vainqueurs. (…) Le Festival devait manifester l’essence de l’homme noir aboutit à la déculpabilisation du colonialisme» écrit Ken Bugul M’BAYE.

II – Les étudiants entrent en scène de 1967 à 1968

Le président SENGHOR a accusé les étudiants sénégalais en grève de singer les étudiants Toubabs, c’est-à-dire d’avoir imité «Con Bandit», une déformation du nom de Daniel COHN-BENDIT. Compte tenu de l’influence des groupes d’extrême gauche, communistes ou maoïstes, SENGHOR estime que «Ce mouvement insurrectionnel vient de Pékin. Nous résisterons jusqu’à la fin». En fait, les deux principaux syndicats étudiants sont l’Union démocratique des étudiants sénégalais, dirigée par M’baye DIACK, et de l’Union des étudiants de Dakar, à sa tête le Guinéen Samba BALDE. Par ailleurs, les premières secousses de la grève des étudiants sénégalais remontent au 26 février 1966, une journée d’action et de protestation contre la chute de Kwame N’KRUMAH, président panafricaniste du Ghana. L’Université lorsque les étudiants est fermée pour permettre l’organisation du Festival Mondial des Arts Nègres. Le 17 novembre 1967 une journée d’action et protestation organisée contre la guerre au Vietnam. Et en cette année 1967, les étudiants sénégalais se mobilisent surtout contre le fractionnement des bourses. En effet, les étudiants protestaient contre les mesures de diminution du taux de leurs bourses, de moitié ou des deux tiers, et de leurs mensualités, ramenées de 12 à 10 mois, pour faire face à l’afflux massif des nouveaux bacheliers. Le calme politique fut finalement rompu dès 1967. Dans les manifestations, la foule scandait : «Le pouvoir au peuple : liberté syndicale», «Nous voulons du travail et du riz». Ce thème du fractionnement des bourses va revenir les 18 mars 1968 et 18 mai 1968.

 Après l’échec des négociations du 21 mai 1968, une assemblée générale des étudiants du 24 mai 1968, vote une grève générale et illimitée, à partir du 27 mai 1968. Le 28 mai 1968, une manifestation de soutien aux étudiants comptait entre 20.000 et 30.000 participants. Le soutien à la grève se répandant au-delà de l’université, le 29 mai 1968 la police fut envoyée sur le campus. Les étudiants furent attaqués brutalement. Les chiffres officiels font état d’un mort et de quatre vingt blessés. Six cents étudiants furent internés dans un camp de l’armée jusqu’au 9 juin 1968, et les étudiants étrangers furent expulsés du pays. L’université de Dakar accueille 23 nationalités différentes dont 38 % d’Africains francophones et 3 % d’autres nationalités. En protestation contre ces graves répressions, le 31 mai 1968, la puissante centrale syndicale des travailleurs, l’U.N.T.S, entre en grève générale, et pose ses propres revendications.

III – La gestion de la crise par Léopold Sédar SENGHOR

«Mai 1968 fut la seule vraie contestation qui fit chanceler le pouvoir de Léopold Sédar Senghor» écrit Omar GUEYE. La radio nationale, avec les interventions d’Ousseynou SECK, commença à être considérée pour la première fois comme «un outil idéologique au service du gouvernement». El Hadji Fallou M’BACKE (1888-1968), Khalife général des Mourides et El hadji Abdoul Aziz SY (1904-1997), khalife général des Tidjianes, apporteront leur soutien à SENGHOR. En revanche, le 2 juin 1968, en l’église Saint-Dominique de Dakar, à l’occasion de la fête de Pentecôte, les frères dominicains, liés à Mamadou DIA, sont du côté des étudiants grévistes. Le mouvement continua à grandir. Il y eut au début de juin une vague de répression, le gouvernement ordonnant à l’armée de tirer à vue sur les manifestants. Les troupes françaises intervinrent, occupant des installations stratégiques dans la ville, l’aéroport, le palais présidentiel. Des membres du bureau national de l’UNTS et des dirigeants de plusieurs syndicats indépendants furent placés en résidence surveillée. L’état d’urgence fut déclaré à Dakar, les attroupements de plus de cinq personnes furent interdits. Pendant ce temps, le président donnait la permission à l’ambassadeur de France de prévoir son évacuation par hélicoptère du palais, puis par avion jusqu’en France. Plus d’une centaine de syndicalistes sont arrêtés à la bourse du travail alors que la manifestation prévue ne s’est pas encore élancée.

Le président SENGHOR fit un Discours à la nation le 30 mai 1968, et que les principaux dirigeants des confréries maraboutiques appelèrent au calme à travers des messages radiodiffusés. Prudent, SENGHOR a quitté le Palais de la République et élu domicile dans la base militaire française de Ouakam. La volte-face du président est rapide. Le 1er juin il se résout à entamer des négociations qui se soldent par la libération de tous les prisonniers le 9 juin. Le 12 juin 1968, le mouvement était en grande partie désamorcé. L’UNTS ayant reçu des assurances que ses membres seraient libérés, elle entra en pourparlers avec le gouvernement. Mais l’accord final comportait d’importantes concessions aussi bien aux étudiants qu’aux syndicalistes. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (S.M.I.G.) fut augmenté de 15%, en même temps que certains privilèges des parlementaires étaient réduits drastiquement. Quel héritage de Mai 68 au Sénégal ?

Un des héritages majeur de mai 68, est le lent, mais irréversible processus de démocratisation de la société sénégalaise.  Si initialement, le mouvement s’est radicalisé par l’assassinat d’Oumar Blondin DIOP (1946-1973) ; il a craché sur le visage de Jean COLLIN, puis a été battu à mort par ses geôliers à Gorée.

Le président SENGHOR s’est révélé un homme autoritaire pendant cette période, et n’a rétabli, qu’en 1970, le poste de Premier ministre pour décongestionner le pouvoir. Mamadou DIA et ses amis seront libérés. Un multipartisme limité sera organisé à partir de 1974 et évoluera vers un multipartisme illimité. Le Sénégal connaîtra, avec le départ volontaire du pouvoir de SENGHOR, en 1980, deux alternances démocratiques en 2000 et 2012.

En ce début du XXIème siècle, avec la fin de la guerre de la guerre froide et la disparition du communisme ainsi que du maoïsme, la marginalisation du Parti socialiste, le chômage de masse des jeunes, notamment des diplômés, les étudiants sont devenus essentiellement conformistes et résignés. En effet, les étudiants se battent pour des raisons alimentaires (bourses, chambre à la cité universitaire, prime de logement) ou lorgnent du côté de l’immigration. La question d’un projet éducatif rénovant profondément la société sénégalaise, semble négligée. Pourtant des thèmes majeurs refont surface, et interpellent la jeunesse : l’indépendance et la souveraineté nationales à travers les questions du F. FCA et de la liquidation de la Françafrique, l’unité africaine, source réelle de souveraineté nationale et de protection des matières premières du continent, ainsi que le combat contre les régimes préhistoriques et monarchiques.

Bibliographie sélective :

ARTIERES (Philippe), ZACHARINI-FOURNEL (Michelle), 68, Une histoire collective (1962-1981), Paris, La Découverte, 2008, 847 pages ;

BAILLEUL (André), L’université de Dakar, institutions et fonctionnement (1950-1984), thèse faculté de droit du 7 juillet 1984, 436 pages ;

BAT (Jean-Pierre), «Mai 68 à Dakar», Libération édition du 23 novembre 2017 ;

BATHILY (Abdoulaye), DIOUF (Mamadou) et M’BODJ (Mohamed), «Le mouvement étudiant sénégalais, des origines à 1989», Les Jeunes en Afrique, la politique et la ville, Paris, L’Harmattan, 1992,  pages 282-310 ;

BATHILY (Abdoulaye), Mai 68 à Dakar ou : la révolte universitaire et la démocratie, Paris, Chaka, Afrique Contemporaine vol 15, 1992, 191 pages ;

BIANCHINI (Pascal), «Le mouvement étudiant sénégalais : un essai d’interprétation» in La société sénégalaise entre le local et le global, Paris, L’Harmattan, 2002, 723 pages, spéc pages 359-393 ;

BLUM (Françoise), «Sénégal 68 : révolte étudiante et grève générale», Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 2012, (2) n°59-2, pages 144-177 ;

DAMAMME (Dominique, GOBILLE (Boris),  MATONTI (Frédérique) et PUDAL (Bernard), sous la direction de, Mai juin 1968, Paris, L’Atelier, 2008, 445 pages ;

DEBORD (Guy), La Société du spectacle, Paris, Gallimard, coll. «Folio» n°2788,1992 et 1996, 224 pages ;

DIOP (Momar Coumba) (éd.), La société sénégalaise entre le local et le global, Paris, Karthala, 2002, p. 359-395 ;

DISTER (Alain), Oh, hippie days ! Carnets américains (1966-1969), Fayard, 2001, 360 pages ;

FOUCAULT (Michel), Les mots et les choses, une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, 2014, 406 pages ;

FOUCAULT (Michel), Surveiller et punir, naissance de la prison, Paris, Gallimard, 2014, 340 pages ;

GEISMAR (Alain), Mon mai 68, Paris, Librairie académique Perrin, 2008, 249 pages ;

GUEYE (Omar), Mai 68 au Sénégal, Senghor face au mouvement syndical, thèse, Université d’Amsterdam, 2014, 286 pages ;

GUEYE (Omar), «Relire Mai 68 au Sénégal», in Babacar FALL, Ineke-Rheineberger, Andrea Eckert, éditeurs, Travail et culture dans un monede globalisé : de l’Afrique à l’Amérique Latine, Paris, Karthala, Berlin, Humbolt, Université de Berlin, 2015, 358 pages, spéc pages 3-20 ;

JOFFRIN (Laurent), Mai 68, une histoire du mouvement, Paris, Seuil, 2008, 434 pages ;

KAIROUZ (Matthieu), «Ce jour-là, Léopold Sédar Senghor mettait un terme au mai 68 sénégalais», Jeune Afrique, édition du 13 juin 2016 ;

LAMARE (Jean), DRAME (Patrick), 1968 : des sociétés en crise, une perspective globale, Presses de l’Université de Laval, 2009 216 pages ;

LE GOFF (Jean-Pierre), Mai 68, L’héritage impossible, 1998, Paris, La Découverte, 2014, 1986 pages ;

MESLI (Samy), «La grève de mai-juin 68 à l’université de Dakar», Des sociétés en crise : une perspective globale, Québec, Presses de l’Université de Laval, 2009, pages 101-119 ;

MORIN (Edgar), L’Esprit du temps, Paris, Armand Colin, 1962 et 2008, 218 pages ;

ROTMAN (Patrick), Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu, Seuil, 2008, 168 pages ;
 

THIOUB (Ibrahima), «Le mouvement étudiant de Dakar et la vie politique sénégalaise : la marche vers la crise de mai-juin 1968», in Les jeunes en Afrique, Paris, L’Harmattan, 1992, vol. 2, p. 267-281.

VIANSSON-PONTE (Pierre), «Quand la France s’ennuie», Le Monde du 15 mars 1968.

Paris, le 22 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Mai 68 au Sénégal, la jeunesse en opposition à la chape de plomb.
Mai 68 au Sénégal, la jeunesse en opposition à la chape de plomb.
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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:25

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 6 février 2018.

Le Sénégal, pays à plus de 95% musulman, est resté jusqu’ici un Etat laïque, tolérant et hospitalier. Cependant, certains signaux forts ou faibles devraient nous alerter lorsque la cohésion et l’unité de l’Etat sont menacées. Ainsi, lors de la visite au Sénégal du président MACRON, les 2 et 3 février 2018, la chanteuse Rihanna, pourtant ambassadrice de l’éducation, a été déclarée persona non grata par un «Collectif contre la franc-maçonnerie et l’homosexualité». Celui-ci accuse la star d’être une «Illuminat», «porteuse de plusieurs dangers socioculturels» pour le Sénégal. Une association de femmes vient de naître au Sénégal, il s’agit du collectif, «mon mari a droit à quatre femmes» regroupant de femmes mariées qui partagent la conviction qu’en plus d’elles, chacun de leur époux à droit à trois autres femmes afin les épouses fassent quatre sous le même toit. Ces femmes entendent accompagner leurs époux dans l’accomplissement des saintes écritures du Coran qui permettent à un homme musulman, de prendre au delà d’une femme. Ces soubresauts, même s’ils sont encore maîtrisés par l’Etat, devraient nous interpeler, et poser, dans ces présidentielles du 24 février 2019, la place de l’Islam dans le jeu politique au Sénégal, une question à la fois ancienne et nouvelle.

Avant l’indépendance, l’obsession du colonisateur de ce qu’il appelle l’islamisme frisait l’hystérie. L’église catholique qui accompagnait le colon, était censée civiliser nos populations. N’ayant pas pu faire changer de religion, massivement, les Sénégalais, pour le colon, devenu réaliste, il y a deux catégories de musulmans : les bons sont ceux acceptent l’ordre colonial, et les mauvais sont ceux qui le contestent.

Il est curieux de constater que Cheikh Ahmadou Bamba BA (voir mon post du 1er juillet 2017), un pacifique avéré qui était contre la guerre sainte, a été exilé au Gabon, puis en Mauritanie. «Le captif de Dieu et ne reconnaissait d'autre maître que lui et ne rendait hommage qu'à lui seul» écrit Bamba. Mais en son absence, la production arachidière a drastiquement chuté ; ce qui contrariait les maisons bordelaises et marseillaises de commerce établies à Saint-Louis. Il fallait assigner Bamba à Diourbel. Maba Diakou BA (1809-1867), un Almamy du Saloum et roi du RIP, un adepte de la guerre sainte, ainsi que El Hadji Omar TALL (1797-1864), ont été farouchement combattus et éliminés. Le sort de Cheikh Hamallah (1883-1942), un religieux et mystique malien, d’un père mauritanien et d’une mère peule, est resté gravé dans nos mémoires. Arrêté en 1925, détenu en Mauritanie à Mederdra, puis déporté en Côte-Ivoire jusqu’en 1935, il est de nouveau arrêté en 1940 et déporté cette fois-ci en Algérie puis libéré. Du fait de son influence grandissante, sa maison de Nioro est prise d’assaut. Il est encore arrêté le 19 juin 1941 avec ses disciples. Transféré à Dakar, il est envoyé le 21 juin à Alger pendant que certains de ses disciples étaient, eux, déportés dans d’autres villes de la sous-région malienne. Début avril 1942, Cheikh Hamallah est de nouveau déporté en France à Evaux-les-Bains. Malade car n’ayant pu s’adapter au climat de la France, il est transféré à Montluçon où il décède, officiellement d’une cardiopathie. Sa tombe, où se recueillent ses disciples, se trouve à l’allée 36 du cimetière de l’Est à Montluçon. À Nioro, la nouvelle du décès n’a été annoncée que le 7 juin 1945.

Le bon musulman, pour le colon, c’est celui accepte l’ordre établi. Ainsi, le colonisateur, et c’est qui deviendra, avec De Gaulle, la Françafrique (voir mon post du 22 novembre 2017), a su négocier le virage avec les descendants de Cheikh Oumar TALL qui sont devenus les défenseurs zélés de l’ordre colonial. Ainsi, en 1894, Aguibou TALL (1843-1907), roi de Bandiagara, a accepté de coopérer avec Henri GADEN (voir mon post du 8 août 2015), le militaire qui a capturé Samory TOURE, là où le général GALLIENI avait échoué. El Hadji Malick SY, le chef des Tidjanes, est traité avec une grande bienveillance, parce qu’il approuvait, sans reserves la colonisation, Cheikh Moussa Camara (1864-1945) (voir mon post du 1er août 2016), El Hadji Malick SY (1855-1922) ainsi que Seydina Limamou Laye THIAW (1843-1909) rejettent le recours à la violence et prônent, comme Ahmadou Bamba, le Jihad du coeur. Cependant, contrairement au guide spirituel des Mourides, El Hadji Malick SY prêchait la collaboration avec le colonisateur : «Les Français se sont imposés à nous par leurs bienfaits de justice, la sécurité intérieure, la paix générale, le développement des transactions et du bien-être, et le respect de notre religion» dit El Hadji Malick SY.

Blaise DIAGNE (voir mon post du 13 novembre 2014), premier député africain à l’assemblée nationale française, s’inspirant de la pratique coloniale, a vaincu CARPOT, le 10 mai 1914, en obtenant l’appui de Cheikh Amadou Bamba BA qu’il avait rencontré lors de son exil au Gabon. Ainsi, donc la religion est entrée dans le jeu politique sénégalais, et n’en est pas ressortie depuis lors.

Léopold Sédar SENGHOR (voir mon post du 13 août 2015), un chrétien, a pu gouverner avec l’appui des Mourides et des Tidjianes. En effet, El Hadji Seydou Nourou TALL (1862-1980) a été d’un soutien sans failles de 1960 à 1980. Le président SENGHOR n’a pas hésité, lors de la crise de 1962, de s’appuyer sur les Mourides, pour liquider Mamadou DIA (voir mon post du mai 2017), président du Conseil, et un Tidjane.

M. Abdou DIOUF (voir mon post du 30 novembre 2014), président de 1981 à 2000, sérieusement contesté par une opposition virulente, longtemps écartée du pouvoir, dans une démocratie sans alternance, n’a pas hésité de solliciter, des Mourides, «Le N’Diguël», une consigne de vote pour les élections. C’est un pas important dans la politisation de l’islam au Sénégal. Mais les opposants ont également leurs marabouts qui ont vu tout le profit qu’ils pouvaient tirer de cette situation.

Jusqu’en 2000, les présidents sénégalais sont issus de la minorité Sérère, maître Abdoulaye WADE, président de 2000 à 2012, (voir mon post du 6 février 2017), mouride et franc-maçon, a cassé cet équilibre fragile. En effet, Le président WADE a introduit, à grande dose, l’ethnicité, et favorisé l’émergence des groupuscules et des lobbies religieux, non contrôlés par les grandes confréries religieuses ; ce qui a, gravement, affaibli l’autorité de l’Etat. Par ailleurs, le président WADE, dans un Etat républicain et laïque, s’est prosterné devant le Khalife général des Mourides ; ce qui a, profondément, choqué les démocrates. Le ver est dans fruit !


M. Macky SALL, président depuis 2012, a rétabli l’autorité de l’Etat, en procédant à l’arrestation, en octobre et en novembre 2017, d’une trentaine d’imams, proches des milieux djihadistes, à Kaolack, Rufisque et dans la banlieue de Dakar, dont M. Alioune N’DAO. Cependant, le président SALL, comme ses prédécesseurs, recherche, activement, l’appui de toutes les grandes confréries. Le président SALL s’est heurté à l’hostilité farouche des Mourides qui ont effectué des prêches dans les Mosquées invitant à voter contre référendum du 16 mars 2016, et des urnes ont été saccagées à Touba, la capitale religieuse des Mourides, lors des législatives de juillet 2017. En dépit de ce militantisme politique actif des Mourides, le président Macky SALL est sorti victorieux de ces scrutins ; ce qui a démystifié er décrédibilise, la soit-disante toute puissance des Mourides qui se croyaient, à eux seuls, en capacité de faire et défaire les gouvernants sénégalais. Au moins, tout est devenu clair.


En définitive, la question de la religion pose plusieurs enjeux dans le champ politique :

D'une part, la neutralité du pouvoir religieux est souvent revendiquée ; or, les religions monothéistes ont toujours affirmé que les affaires du monde ne les intéressaient pas, leur champ ne concernant que la relation de l’individu à Dieu ; un Islam politique serait donc une contradiction manifeste avec cette prétention.

L’Islam, en particulier, professe une négation de la vie. Cependant, l’argent a pris une place considérable dans la relation entre les religieux et le pouvoir politique. En effet, les 5 grandes confréries vivent au dépend de l’Etat, sans aucune transparence financière sur le montant des subsides versés aux religieux. La religion est devenue au Sénégal, le business le plus juteux. Il faudrait introduire de la transparence pour l’attribution de ces fonds aux religieux. En effet, l’Assemblée nationale devrait autoriser et contrôler ces dépenses. En France, en dépit de l’hypocrisie affichée sur la laïcité, devenue une arme de guerre contre les Arabes et les Noirs, l’Etat finance les églises considérées comme des monuments historiques. Par ailleurs, le sort des talibés qui a souvent ému l’opinion publique, nécessiterait un contrôle des pouvoirs publics, en cas d’abus manifeste. L’enfance en danger devrait être protégée par l’Etat.

D'autre part, la polygamie, une coutume opposant les modernes aux traditionnalistes, est un sujet controversé. Le président Léopold Sédar SENGHOR est resté discret sur la polygamie, son père Diogoye, un catholique, était polygame. Le Code de la famille, en son article 116, sans l’interdire, a encadré la polygamie dans un régime restrictif. : «Lorsque l'option porte sur la polygamie sans limitation, l'époux peut avoir jusqu'à quatre épouses. S'il opte pour la polygamie pleine, la loi lui permet de revenir sur le choix en le limitant. Il n'est pas possible de revenir sur la limitation et donc de contracter un troisième ou quatrième mariage. L'option monogamique une fois signée est irrévocable pour toute l'existence de l'intéressé. Les seuls cas où la loi permet de revenir sur l'option de régime sont ceux dans lesquels le nouveau choix est destiné à le rendre plus restrictif par exemple lorsqu'on a choisi la polygamie limitée à trois épouses qu'on veut ramener à deux ou en faire un régime monogamique». Au Sénégal, seulement 12% des couples sont monogames. Tous les chefs de l’Etat du Sénégal, depuis l’indépendance, sont monogames. D’une manière générale, les hauts responsables politiques, à l’exception d’Ousmane Tanor DIENG, chef du Parti socialiste et président du Haut Conseil des Collectivités territoriales, sont monogames.

Il est curieux de constater qu’une partie des intellectuels, défend la polygamie, au nom de l’authenticité de la culture africaine. Ainsi, Mme Ken Bugul M’BAYE (voir mon post du 31 octobre 2017), écrivaine et féministe, a été 29ème épouse d’un marabout. Suivant Mme Ken Bugul, la polygamie pourrait redonner la dignité aux femmes : «Soit ce sont des veuves, soit des femmes rejetées par la société. Il récupérait ces femmes et celles-ci pouvaient s’en aller quand elles voulaient. Le «Serigne» pouvait aussi trouver un mari à l’une d’entre elles et la libérer. Il n’était pas question d’accumuler des femmes. C’était récupérer des femmes pour les réinsérer dans la société» dit-elle.

«Travailler comme si on ne devait jamais mourir, prier comme si on devait mourir demain» telle est la devise équilibrée de Cheikh Bamba qu'on aurait dû appliquer, sans concession. Or cet équilibre semble rompu ; l'héritage de Cheikh Bamba a été trahi par la cupidité. En effet, la valeur travail semble s’évanouir au profit de l’assistanat et d’une pratique religieuse envahissante. Ainsi, au Sénégal, outre les vacances scolaires, des fêtes religieuses (Gamou, Magal, Tamkharit, etc.) paralysent ou perturbent le fonctionnement du pays. Diverses tolérances administratives (décès, baptêmes, mariages, prière du vendredi) sont une occasion de vaquer à ses occupations personnelles. Pendant le mois de Ramadan, les nombreux appels de muezzin, la nuit sont une source de nuisances sonores. Le plus gênant ce sont ces récitations de Coran, improvisées dans les quartiers, toute la nuit, et à fond les haut-parleurs. Pourtant, la religion n’est pas une question de posture, mais une relation intime entre Dieu et ses fidèles, une croyance sincère qui ne devrait pas importuner les autres fidèles.

Si le Sénégal est un Etat laïque, républicain et laïque, cela veut dire que les autorités publiques doivent protéger aussi bien les croyants que les non-croyants. En effet, le Sénégal n’étant pas une République islamique, et cela devrait être réaffirmé avec force, la religion devrait rester dans la sphère privée. Par conséquent, aucune composante de la société ne pourrait imposer aux autres, un quelconque ordre moral ; cela signifie que l’homosexualité, pratique ancienne, mais devenue importante, et la Franc-maçonnerie, font partie des conduites admissibles et tolérables au Sénégal. Par conséquent, même si l’Islam est majoritaire, d’une façon écrasante, le respect des autres est fondamental.

Il faudrait donc revenir aux pratiques saines de l’Islam des temps anciens, un Islam tolérant, anticolonial, nationaliste et vertueux. Ainsi, Cheikh Amadou Bamba avait indiqué la voie : «Je n’ai jamais de toute ma vie accompli un acte dont mon discipline puisse avoir honte, aussi n’aimerais-je pas que mes disciples se comportent d’une façon qui me fasse honte» dit-il. Par ailleurs, Thierno Souleymane BAL (voir mon post du 21 juin 2016) avait posé, en 1776, les bases d’un Etat fondé, outre sur les principes de démocratie, mais, aussi et surtout, des valeurs morales et éthiques, comme la probité, la prohibition du conflit d’intérêts, le critère de compétence, le sens du service public, de l’intérêt général et l’égalité de tous, et de chaque province, devant les charges publiques. En effet, c’est Thierno Sileymane BAL, lui-même qui a fixé ces règles de fonctionnement de l’Etat, fondées sur une action presque désintéressée. Sentant sa fin prochaine, il a laissé aux populations du Fouta-Toro les huit recommandations suivantes, comme la Charte du Mandé (Mali) qui sont encore d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle :

- détrônez tout imâm dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête ;

- veillez bien à ce que l’imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;

- l’imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;

- choisissez toujours un homme savant et travailleur ;

- il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province ;

- fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude ;

- l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général.

Paris, le 6 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Le Sénégal doit rester ce qu'il est, un pays laïque, tolérant et démocratique.

Le Sénégal doit rester ce qu'il est, un pays laïque, tolérant et démocratique.

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:11

«Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous» avait fort justement écrit Frantz FANON (voir mon post du 19 juillet 2017). C’est pour cela que je me réjouis, pleinement, de la non-réédition des œuvres de MAURRAS, pour le Livre des commémorations nationales de 2018 ; c’est une question fondamentale de salubrité publique. En effet, Charles MAURRAS (1868-1952), originaire de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, un antiparlementaire, antirépublicain, défendait un nationalisme intégral ; c’est l’idéologue de la pensée d’extrême-droite. Ainsi, en 1885, quand il découvre Paris, et sans aucun complexe il écrit qu’il y a dans la capitale : «une multitude d’enseignes étrangères, chargées de ces noms en K, en W, en Z que nos ouvriers d’imprimerie appellent spirituellement les lettres juives. Les Français étaient-ils encore chez eux en France ?». Comme de nos jours, MAURRAS est obsédé par une prétendue «invasion étrangère», venant des Juifs. Adversaire résolu de la démocratie, MAURRAS est un royaliste. Il distingue «Le pays légal», c’est-à-dire, la classe politique, du «pays réel», c’est-à-dire les Français «Le génie humain, c’est notre France, non seulement pour nous, mais pour le genre humain». Pour MAURRAS, si la Révolution et la République ont triomphé, c’est au détriment du «pays réel», c’est parce que l’Etat est gangréné par quatre classes, qualifiées d’antiFrance, que sont : les francs-maçons, les étrangers, les Protestants et les Juifs. «Autorité en Haut, liberté en bas», Charles MAURRAS est un adversaire résolu de la démocratie parlementaire et de la liberté. Selon lui, la France ne serait ni une entité géographique, ni une entité linguistique, mais  c’est une entité politique faite par les Rois ; sans les Rois, la France se défait. Il revendique la décentralisation au profit des langues nationales. Sa morale, c’est un rejet de la philosophie des Lumières. «Je suis romain, je suis humain» dit-il. Il est plein de contradictions et va chercher dans l’Histoire ce qui l’intéresse ; il se place sur des bases radicales, pour entraîner les autres. MAURRAS pense que les Juifs français seraient un Etat dans l’Etat et leur objectif serait de dominer les autres. Pour MAURRAS, il peut avoir des amis Juifs, mais il ne les acceptera jamais dans son organisation, parce que les Juifs veulent le pouvoir. On voit bien que déjà, les Juifs qui sont pourtant des Français, sont mis au banc de la société comme les Africains et les Arabes, de ce début du XXIème siècle.

MAURRAS défendait la religion catholique, mais il est agnostique ; il a été excommunié en 1926. Il est royaliste, mais le Comte de Paris, a refusé, en 1937, de le suivre, et il n’a pas osé suivre les Ligues factieuses, le 6 février 1934. En revanche, antiallemand, Charles MAURRAS a été, pourtant, le défenseur zélé de la Révolution nationale du maréchal PETAIN, et pour cela, il a été condamné, à la Libération, à la prison à vie. Le jour du verdict, il a crié «Dreyfus a encore gagné !».  MAURRAS, un antidreyfusard, fondateur de l’Action française, ami de Maurice BARRES et du Boulangisme, de la Cocarde, de la Cagoule, est donc mort en 1952, en détention. Il est curieux de constater que jusqu’en 1926, Charles de GAULLE et dont le mentor était Philippe PETAIN (voir mon post du 22 novembre 2017), le fondateur de la Françafrique, était maurrassien.

Je suis, également particulièrement, satisfait que les œuvres de Louis-Ferdinand CELINE ne soient pas rééditées. En effet, Louis ARAGON, (voir mon post du 20 janvier 2018)  est le premier avoir décelé l’antisémitisme de CELINE. . Ainsi, dans «l’église», CELINE décrit l’exaspération propre à la petite bourgeoisie, dont CELINE se fait le porte-parole. Le héros de la pièce, Bardamu, est un antisémite assumé : «Le petit bourgeois antiparlementariste n’est pas très différent qu’il s’appelle Rip ou Céline. Mais un trait marque plus particulièrement le docteur Bardamu. L’antisémitisme. Oh un antisémitisme assez passif. Notre homme voyage dans un bateau qui s’appelle Youpi-nium ; A Genève, il nous montre que les fils de la SDN sont tenus par des messieurs qui s’appellent Yuddenzweck, Mosaïc, Moïse. Gens intelligents, un peu sentimentaux. Ce n’est pas le docteur Bardamu qui donnera l’ordre des pogromes, mais n’est-ce pas ? Il les regardera venir comme le reste» dit ARAGON, dans son commentaire sur «L’église».

L’Action française avait réclamé, la réédition de ces ouvrages, au nom de la liberté d’expression. Mais y a-t-il vraiment de liberté pour les adversaires de la Liberté ?

La pratique actuelle est à géométrie variable. Il n’a échappé à personne que la négrophobie et l’islamophobie ont considérablement progressé dans ce pays. Je m’interroge toujours sur la pertinence de maintenir le Front national, adversaire résolu de la démocratie et de l’égalité républicaine, dans le jeu politique. Jean-Marie LE PEN avait bien déclaré que les chambres à gaz seraient un «détail de l’histoire». Le FN,  à deux reprises, a été à la porte du pouvoir, ses idées et son influence, dépassent actuellement, son organisation.

Deux néomaurrassiens, souvent invités sur des plateaux de télévisions, avaient une grande complaisance, Alain FINKIELKRAUT, qui nous qualifie de «non-souchiens»

Négrophobie et Eric ZEMMOUR est connu pour ses provocations. En revanche, quand Rokhaya DIALLO et Edwy PLENEL, Médiapart s’insurgent contre ces graves dérivent, ils sont victimes d’un lynchage, digne de «Strange Fruit». L’insulte, venant de hautes autorités publiques est devenue d’une grande banalité. «L’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » avait dit Nicolas SARKOZY. Manuel VALLS a été le promoteur de la déchéance de la nationalité, et Emmanuel MACRON n’arrête pas de fustiger le ventre de nos mères. Un président, va même qualifier les pays africains de «pays de merde». Deux poids, deux mesures. On a l’impression que les années 30 ans sont de retour.

J’ai le sentiment que parfois ces idées nauséabondes d’islamophobie, de négrophobie, cachent mal les vrais enjeux auxquels nous sommes confrontés.

C’est d’une part, quels sont les objectifs réels de ces guerres locales, et quel est leur coût financier ? On voit bien que la guerre, engagée en Afghanistan, depuis maintenant plus de 40 ans, continue avec son lot de morts, et dont les principales victimes sont les populations locales. Des pays, jadis stables, sont devenus des champs de ruine et génèrent des déplacements massifs de demandeurs d’asile (Somalie, Syrie, Irak, Egypte, Tunisie, Libye, etc.).

D’autre part, sur le plan interne, et dans les chaînes d’information continue qui font la promotion de la peur de l’autre, les vrais problèmes sont dissimulés (chômage, logement, environnement)  ; on oppose les uns aux autres. Pourtant, la France est un grand pays, capable de résoudre, efficacement, ces difficultés, mais, diverses options libérales empêchent de combattre la pauvreté et d’entamer la ré-industrialisation de ce pays. La Gauche, en champ de ruines, et notamment le Parti socialiste, a plus de candidats au poste de Premier secrétaire que de militants. Plus grave encore, les Français issus de l’immigration ont choisi de déserter le combat politique, seule alternative valable et efficace dans un milieu démocratique.

Je demeure convaincu que la démarche citoyenne, pour le bien vivre ensemble, la solidarité de tous et la Fraternité, est la seule issue valide contre toutes les peurs irrationnelles.

Paris, le 28 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.
Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.
Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.

Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:07

Comment passer de la pauvreté au bien-être, 60 ans après l'indépendance ?

L'Afrique détient 30% des réserves mondiales de matières premières ; elle a une population jeune et dynamique, capable de traverser le Sahara. Si les autres (Corée, Singapour) ont réussi, l'Afrique peut aussi, par elle-même, relever le défi du développement, et ne devrait pas, seulement, compter que sur l’aide internationale.

Pour y arriver, cela dépend de chacun d'entre nous. Il faut croire en nous, car l'Afrique est un continent d'opportunités.

La rhétorique est belle, j’espère que les Africains qui sont en accord avec ces principes diront ce qu’ils font et feront ce qu’ils disent.

Ce discours du président ghanéen étant passé, presque inaperçu, je vous le communique dans son intégralité.

Texte du discours de M. Nana AKUFO-ADDO, président du Ghana, devant M. Emmanuel MACRON, président de la République française :

"J’espère que le commentaire que je m’apprête à faire au sujet de ce problème ne va offenser personne dans cette salle. Nous ne pouvons plus continuer à mener, dans nos pays, dans nos régions une politique sur la base de l'aide des Occidentaux, de l’Europe, de l’Union européenne ou la France. Cela n’a pas marché, ça ne marche pas et ça ne marchera pas !  

Il est de notre responsabilité de trouver des moyens pour développer nos nations par nous-mêmes.  Ce n’est pas juste qu’un pays comme le Ghana, 60 ans après son indépendance continue à définir son budget de l’éducation et de la santé sur la base des financements provenant du contribuable européen. 

Au stade ou nous sommes, nous devions être capable de financer nous-mêmes nous besoins de base. Nous allons considérer les 60 années à venir comme un période de transition où nous pourrons être capables de voler de nos propres ailes. 

Notre objectif n’est plus de compter sur ce que le contribuable français pourra nous donner. Nous accepterons cependant tout apport que le contribuable français pourra nous apporter à travers son gouvernement. Nous n’allons pas tout simplement tourner le dos à tout apport de l’autre. 

Cependant, malgré tout ce qu'il a subi, ce continent reste celui qui détient 30% de toutes les ressources naturelles les plus importantes du monde. C’est le continent qui a de vastes terres fertiles et la plus grande population jeune, qui constituent une énergie et un dynamisme dont ce continent a besoin. 

Regardez ces jeunes qui font preuve d’ingéniosité pour traverser le Sahara et la méditerranée. Nous avons besoin de cette énergie et de cette ingéniosité sur notre continent. Et cette énergie-là, nous l’aurons ici sur notre continent si nous implémentons des systèmes politiques qui montrent à ces jeunes qu'ils sont l’espoir, qu’il y a des opportunités ici en Afrique. 

Les phénomènes de migration ne sont pas nouveaux, c'est aussi vieux que l’humanité et s’explique par le fait que les gens qui quittent le chez-eux le font parce que leur pays ne leur donne aucun espoir.

Ceux d’entre vous qui connaissent l’histoire de l’Europe au 19 e siècle savent que les grandes vagues d’immigration en Europe au 19 e siècle partaient de l’Italie et de l’Irlande. Des vagues et des vagues d’italiens et d’irlandais ont migré aux USA à la recherche du rêve américain parce qu’il n’y avait pas d’opportunité de travail en Irlande et en Italie. 
Aujourd’hui, vous n'entendez plus parler de cette immigration-là. 


Les jeunes italiens et irlandais restent chez eux. Nous voulons que les jeunes africains restent aussi en Afrique (applaudissements)  pour cela, nous devons refuser cet état d’esprit d’assisté. Cet état d’esprit qui consiste à demander ce que la France ferra pour nous (La France peut faire ce qu’elle veut de son propre gré et si cela coïncide avec nos intérêts," tant mieux" comme on dira en Français) 

Mais notre principale responsabilité en tant que leader et en en tant que citoyen c’est de développer nos propres pays, de mettre sur pied des systèmes de gouvernance qui font des leaders des personnes responsables de leur actes et qui utilisent les moyens mis à leur disposition pour le bien du peuple et non pour leur propre intérêts. 

Notre préoccupation devrait consister à nous demander ce que nous devons faire pour éviter que l’Afrique continue à mendier de l’aide et à demander l’aumône dans ce 21e siècle. 

Quand tu regardes l’Afrique et considérant ses ressources, C’est l’Afrique qui devrait donner de l’argent à d’autres pays (Le président MACRON, mal à l’aise, secoue la tête et fait profil bas). 

Nous avons des ressources énormes sur ce continent. Nous devons avoir l’état d’esprit du gagnant, nous dire que si les autres ont réussi, alors nous aussi nous pouvons réussir et une fois que nous aurons cet état d’esprit. Nous nous demanderons chaque fois que comment se fait-il que la Corée Singapour, la Malaisie qui ont, eu leur indépendance au même moment que nous, sont au sommet du classement des pays les plus riches du monde ? 
 

On nous a appris qu’à l’époque des indépendances le revenu au Ghana était supérieur à celui de Corée. Que s’est-il passé pour que ces pays réussissent cette transition 60 ans après quand nous sommes où nous sommes ? (à quémander). 

Sans vouloir offenser le président français, car je suis francophile et je n’ai aucun problème avec la coopération française, mais notre défi majeur, notre par de responsabilité devrait être de créer les conditions nécessaires afin que nos jeunes cessent de braver tous ces dangers pour aller en Europe. 

Ils n’y vont pas parce qu’ils veulent, mais parce qu’ils ne pensent pas qu’il y a des opportunités dans nos propres pays. Ces conditions, nous pouvons les créer si nous changeons cette mentalité de personnes qui dépendent des autres, cette mentalité d’assisté. 

Et si nous y parvenons, nous verrons que dans une décennie l’Afrique émergera et on aura une nouvelle génération d’africain et en ce moment, les indépendances dont on a parlé pendant la période dite d’indépendance deviendront réelles et effectives. 

J’espère qu’en disant cela, je n’offense pas l’intervieweur ou certains de mes amis dans l’assistance. Ceci est ce à quoi je crois fermement. 

C’est pourquoi le slogan de mandat est : Nous voulons construire le Ghana sans recours aux aides. Un Ghana qui est indépendant, un Ghana qui se suffit qui vole de ses propres ailes. Monsieur le président voilà contribution que je peux apporter».

Nana AKUFO-ADDO
Président de la République libre et souveraine du Ghana

Paris, le 6 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

Nana AFUKO-ADDO, président du Ghana, un discours neuf.

Nana AFUKO-ADDO, président du Ghana, un discours neuf.

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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 11:28

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 2 février 2018

 

Le Sénégal accueille, pour la première fois, la conférence de financement du Partenariat mondial pour l’éducation, dirigée par Mme Alice ALBRIGHT. Je n’ai pas compris la polémique stérile et stupide de certains fondamentalistes religieux, fustigeant la présence, à cette rencontre, de Rihanna, Ambassadrice de l’éducation, en invoquant les motifs fallacieux d’homosexualité ou de propagation de la franc-maçonnerie. Guy Marius SAGNA voulait organiser une manifestation contre le FCA. C'est une initiative un peu décalée et inopportune ; ce n'est ni un sommet franco-africain, ni une rencontre de la francophonie. Pour cette myopie, je lui demande, amicalement, de changer de lunettes.


Le Sénégal, Etat laïque, tolérant et hospitalier souhaite la bienvenue à Rihanna et au président MACRON. En effet, et tout le monde ou presque, a compris que l’éducation de qualité, pour tous, n’est pas une question politicienne, mais un objectif visant autonomiser nos populations. Cela devrait mobiliser la population et toute la classe politique.


Le président Macky SALL, du Sénégal, a estimé que l’éducation est un investissement pour l’avenir, pour l’éveil des consciences, l’homme est un capital précieux, un développement des compétences pour le progrès de l’homme c’est la condition nécessaire du développement, de la dignité de l’homme, pour un savoir-faire et un savoir-être, une lumière de la Raison éclairant contre l’obscurantisme.


Le président français, Emmanuel MACRON, présent à Dakar, a estimé que l’éducation c’est la condition du développement, du développement durable, et le chemin pour pouvoir choisir sa vie. A Saint-Louis, l'ancienne capitale et Venise du Sénégal, le président MACRON a promis 15 millions d'euros pour lutter contre l'érosion côtière et la Banque mondiale a dégagé 24 millions d'euros pour sauvegarder la vieille ville, classée au patrimoine de l'humanité. Le président MACRON annonce la mise en place de visas de circulation.

 

Cette grande «générosité» a toujours, en fait, une contrepartie. Après boudé le Sénégal un temps, au profit des Chinois, les entreprises françaises se sont, désormais, taillées la part du lion. Ainsi, le TER entre Dakar et M’Bour, et son entretien, reviennent à la Sncf, Le pétrolier TOTAM a eu des concessions intéressantes, le ciment, la SENELEC et l'exploitation des autoroutes sont confiées à des entreprises françaises. Plus de 150 entreprises françaises sont présentes au Sénégal avec un régime fiscal très bas et des salaires faibles pour les employés locaux. Dans les marchés juteux à venir pour la France ; il y a l'achat d'avions pour la compagnie nationale du Sénégal, la rénovation des aéroports, ainsi que la construction d'un nouveau port.


L’objectif de la rencontre est de lever des fonds pour la période 2018-2020. La France s’est engagée à hauteur de 200 millions. Le Canada s’est engagé pour 180 millions. Le budget du Sénégal, pour l’éducation, est de 1,2 milliard de dollars par an, soit 25,48% du budget national. En 1900, la population du Sénégal était de 1 million d’habitants, en 1960, à l’indépendance, 2,8 millions d’habitants. FAIDHERBE (voir mon post du 1er février 2018), en 1854, disait que Dakar ne comptait que 2000 habitants (3,8 millions en 2012) et Saint-Louis, 15 000 habitants (1,078 million en 2012). Cette évolution rapide de la population a des conséquences sur les politiques d’éducation. Ainsi, en 2017, pour une population de 15 millions d’habitants, le Sénégal compte plus de 3 millions d’élèves et étudiants.

 

Les défis sont multiples et importants ; il faudrait un projet éducatif innovant, de nature à sauvegarder la souveraineté et l’indépendance, et à promouvoir un début d’industrialisation du Sénégal :


- en 1960, il n’y avait qu’un lycée par région, maintenant il y’en a partout, ainsi des collèges, mais il faut les faire fonctionner et les entretenir ; l’entretien des bâtiments publics est le secteur le plus négligé au Sénégal ; une fois qu’un ouvrage est érigé, on a l’impression qu’il devrait être fonctionnel, tout seul, et sans entretien ;


- dans les universités ¾ des étudiants sont en Lettres ou en droit, au détriment des filières scientifiques ; outre le fait qu’une bonne partie sont des cartouchards et de vieux étudiants, ce sont souvent de futurs diplômés qui deviennent chômeurs ; quel gâchis !

 

- la formation professionnelle, et en particulier, pour cette masse de jeunes déscolarisés ou diplômés chômeurs, est à développer dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture, du tourisme et du bâtiment en pleine expansion ; cette main-d’oeuvre disponible ne demande qu’à  être formée pour accéder au statut d’ouvriers qualifiés ; les filles en particulier, sont envoyées dans des voies de garage (couture, secrétariat) ; or, la politique des ressources humaines est un atout, et non un handicap, dans la mondialisation, la Chine et l’Inde l’ont compris pour sortir du sous-développement en moins de 30 ans ;

 

- de nouveaux secteurs émergent (pétrole, ports, chemins de fer, autoroutes, aéronautiques avec une compagnie nationale et 2 aéroports) ; il faudrait anticiper la formation sur ces filières d’avenir ;


- dans l’élémentaire des salles bondées, parfois plus de 100 élèves par classe, et des enseignants vacataires à former, revaloriser les enseignants (échelons, avancements de grade et promotions interne, avec effet immédiat sur le salaire), mettre fin aux abris provisoires, et créer de nouvelles classes, etc. Le niveau scolaire est devenu si bas, que cela met en danger l’avenir de la société sénégalaise ;


- avec la fuite des cerveaux, mobiliser la diaspora, avec ses compétences. A la fin de la seconde guerre mondiale, les Américains n’ont pas hésité à recueillir les savants allemands. Aujourd’hui, de nombreux Sénégalais à l’extérieur, dans des secteurs de pointe, ou des ouvriers qualifiés, sont à l’extérieur ; il faudrait une politique publique pour les inciter à revenir au pays.

Paris, le 2 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.

La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 18:33

Héros de la Défense nationale, la vision qu’on a de FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865), a été pendant longtemps brouillée par l’image du colonial, «pacificateur» le Sénégal. Pourtant, traditionnellement, et suivant Abdoulaye BATHILY, on attribue à FAIDHERBE la paternité de l’école africaniste française entre 1854 et 1870. FAIDHERBE, en utilisant notamment des concepts de race (Peuls, Ouolofs, Maures), de coutumes et d’espace, s’inspirant de l’expérience de ses prédécesseurs, en les dépassant, note soigneusement, ses observations autour d’un schéma cohérent. «Les moindres productions de cette école se signalent par des qualités communes qui s’apparentent, franchement, à celles du maître : méthode rigoureuse, absence d’effets littéraires, objectivité un peu sèche peut-être, mais d’une sureté poussée jusqu’au scrupule» écrit Georges HARDY. Puisant son inspiration dans la politique indigéniste menée en Algérie, il lança l’idée de la singularité de l’Afrique subsaharienne une perspective que Jean Loup AMSELLE qualifie de «raciologie républicaine». Pour Michel FOUCAULT l’anthropologie a pour ambition de dégager la pure et claire image de l’homme universel, «ce qu’il pourrait y avoir de spécifique et d’irréductible en lui, d’uniformément valable partout il est donné à l’expérience». Or, l’africanisme, en tant que savoir, se situe donc au creux de ces pulsions contradictoires, écartelé dès ses origines entre une volonté de grandeur et de puissance qui galvanise la France empressée de bâtir un empire, et la fascination qu’éprouvent une poignée d’administrateurs coloniaux pour la façon de vivre et de penser des peuples colonisés, les incitant à s’appliquer à les documenter, à les restituer selon les principes de la recherche scientifique. «Faidherbe s’est fait nègre avec les nègres (…) Il s’est fait Sénégalais avec les Sénégalais en étudiant les langues et civilisations du Sénégal. (…) C’est lui, le conquérant, qui a fait le plus grand éloge des résistants sénégalais. «Ces gens-là, écrit, on les tue, on ne le déshonore pas» s’enthousiasme Léopold Sédar SENGHOR. En revanche, Georges HARDY est plus sévère avec l’africanisme français qui «impose délibérément des vues de myope». Selon HARDY l’anthropologie coloniale privilégie «l’âme primitive ou inférieure» alors que «la plupart des sociétés dont s’occupe l’histoire coloniale vivent d’une vie intensément collective, à la fois ethnique et religieuse ; elles absorbent l’individu». Dans sa critique de l’africanisme, Gérard LECLERC postule que celui-ci fut effectivement «la fille de l’impérialisme colonial» dans la mesure où il s’est constitué en tant qu’ensemble théorique dès lors que s’impose en Occident le besoin de connaître et de dominer les peuples colonisés. En effet, l’anthropologie positive, en rupture avec l’anthropologie des Lumières applique le principe : «connaître pour mieux agir» ; le développement de l’anthropologie par FAIDEHERBE sous-tend la justification scientifique de la colonisation et la théorie de la «mission de civilisation» des peuples africains. A peine identifiée, la culture africaine est niée, et il faut assimiler ces peuples barbares, par un phénomène d’acculturation.

FAIDHERBE est arrivé à un moment important de l’histoire de la colonisation. La France est présente au Sénégal depuis la fin du XIVème siècle, mais sa domination est fortement contestée, successivement, par les Hollandais, les Anglais, et naturellement, par les royaumes africains. Faute de moyens, le colonisateur n’avait d’emprise que sur Saint-Louis, Gorée et Dakar, l’intérieur du pays étant encore contrôlé par les Sénégalais.

FAIDHERBE, dans ce contexte, utilise son africanisme, non pas pour valoriser la culture africaine, mais pour mieux être efficace dans l’entreprise de domination française. Cependant, et bien avant FAIDHERBE, il faudrait rendre justice à Jacques-François ROGER, dit baron Roger (1787-1849), avocat, franc-maçon, un libéral, humaniste et un civil administrateur colonial au Sénégal de 1819 à 1827, et marié à une Sénégalaise, Yacine Yérim DIAW. C’est lui a introduit l’arachide au Sénégal. En effet, le Baron ROGER, dans son ouvrage «Les fables du Sénégal» de 1828, considère l’Afrique comme un véritable objet scientifique. Comparant les conteurs sénégalais à la Fontaine, aux métamorphoses d’Ovide et à Esope, il écrit : «Ici, composition, mœurs, peintures, tout appartient aux Nègres, tout est différent de ce que nous avons, a ce caractère neuf, original, qui pique la curiosité. (..) Il paraît que les fables sont connues de toute ancienneté chez le Nègres, quoique, pour la plus part, ils n’aient pas de littérature, ni même de langue écrite» dit-il dans la préface. Ces fables ont, outre l’amusement, la satire, une morale : ce sont des leçons de sagesse c’est la répugnance du despotisme, de la férocité et l’abus de la force contre la faiblesse. «La figure du Baron Roger est l’une des plus attachantes et les plus marquantes aussi, de l’histoire du Sénégal» écrit Georges HARDY. En effet, le Baron ROGER, à trois reprises, sollicite un emploi aux colonies : en 1815, il essaie de se faire nommer Directeur du domaine à la Martinique ; en 1819, Procureur du Sénégal ; il échoue en raison de ses idées humanistes. «Je crois que notre population indigène, malgré quelques formes qui surprennent au premier aspect, vaut au moins de ceux de la dernière classe en Europe. Je doute qu’elle ait à gagner en étant amenée à lui ressembler» dit le Baron ROGER. En juin 1819, le Baron ROGER est nommé Directeur de l’Habitat au Sénégal, avec l’appui d’Anne-Marie JAVOUHEY, une religieuse en charge de l’éducation au Sénégal. Sa connaissance des Africains sera utile pour lui dans son administration de la colonie «Ce n’est pas par des discours qu’on fera agir les Nègres, il faut agir devant eux et avec eux» dit-il.

Louis-Léon-César FAIDHERBE est né, à Lille, le 3 juin 1818. Son père, un royaliste et engagé volontaire en 1794 contre les Autrichiens, un commerçant en bonneteries, meurt prématurément, et laisse une famille de 6 enfants. Après des études commencées à Lille, doué pour les mathématiques, à la faveur d’une bourse, à Douai, il entre, en 1838, à l’école Polytechnique, et en sort en 1840, sous-lieutenant-élève du génie. De 1840 à 1842, il fréquente l’école d’application de l’artillerie et du génie à Metz. Après un an de séjour à Arras, il sera envoyé en Algérie de 1843 à 1846, à la compagnie du 2ème régiment. Le général Charron, son mentor, l’incita pour le service colonial. Il séjournera en Guadeloupe, de 1848 à 1849, au moment de l’abolition de l’esclavage et du suffrage universel. Il avait des sympathies pour Victor SCHOELCHER (1804-1893), abolitionniste, qui sera élu député, à qui dédicacera son ouvrage sur la colonie sur le «Sénégal et ses dépendances». L’abolition de l’esclavage avait ébranlé les colons, mais FAIDHERBE, adversaire de l’esclavage : «Ses goûts le portaient déjà aux études ethnographiques, ses sentiments à la sympathie des déshérités. Il semble que, dès lors, il se soit senti la volonté d’aimer cette race maudite, de l’élever en dignité dans la famille humaine. Il entrevit, peut-être, dans un rêve de patriotisme et d’humanité, le rôle qu’il devait remplir avec tant d’éclat au pays des Noirs. Il est à croire que ses relations avec Schoelcher, le vénérable apôtre de l’abolition de l’esclavage, contribuèrent à fixer ses résolutions» écrit Ismaël-Mathieu BRUNEL, un de ses biographes. «Malgré les occupations absorbantes que la construction du Fort Joséphine imposait à Faidherbe, il se mit à réfléchir aux moyens de sortir les nègres de l’abjection où leur vie antérieure (esclavage) leur avait menée» écrit J. RIETY dans sa biographie.

De retour en France, il sera envoyé, en 1851, en Algérie, au poste de Bou-Saada, et prit part à l’expédition de la Kabylie. Il accède au grade de capitaine.

En 1852, il sera affecté au Sénégal, qui était alors géré par la Compagnie des Indes. Les Français étaient venus au Sénégal, en 1634, mais la guerre de Cent-Ans a interrompu cette occupation. En raison des guerres napoléonniennes, les Anglais occupent le Sénégal qui ne sera rendu à la France que le traité de 1814. Le Sénégal, au milieu du XIXème siècle, n’était pas encore une colonie, mais était gérée par le Comptoir des Indes, avec des Gouverneurs intermittents, et la France n’était présente qu’à Gorée, Saint-Louis, Bakel et Sénoubou, sur la Falémé. Le territoire du territoire était soumis à la juridiction des royaumes du Fouta-Toro, du Cayor, du Djolof et du Oualo, soumettant les comptoires français à diverses taxes : «Pour avoir le droit de commercer, nous étions soumis à des mesures vexatoires, humiliantes, et surtout onéreuses. La faiblesse avec laquelle, nous nous soumettions à leurs exigences, à leurs demandes de cadeaux sans cesse renouvelées, les encourageait à persévérer dans cette voie» écrit FAIDHERBE. A l’époque, la France était locataire de Saint-Louis, une ville de 15 000 habitants, il fallait payer au Brak du Oualo dix bouteilles d’eau-de-vie. «Saint-Louis est la plus belle ville de toute la côte occidentale de l’Afrique. Elle renferme plus de 4 000 maisons en maçonnerie de briques, et près de 4000 cases habitées par les Noirs» écrit-il.  

FAIDHERBE, déjà en contact avec les musulmans d’Algérie et les Noirs des Antilles, s’appuie, entre autres, sur les recommandations d’Anne RAFFENEL qui avait fait un voyage au Sénégal, entre 1843 et 1844, pour renforcer la présence de la France au Sénégal : «suivre une politique ferme, loyale et juste ; protéger les Noirs contre les Maures et les Peuls musulmans (Fouta-Toro), entretenir une armée spéciale, petite, mais solide, supprimer les escales, coutumes, traitants, toutes entraves commerciales». En effet, l’occupation de Gorée était souvent contestée par l’Angleterre, et le Cap-Vert n’était pas encore un grand port. En sa qualité de directeur du génie, FAIDEHERBE construisit, en quarante jours, en 1854, le port de Podor, pour résister aux incursions maures. Il fut élevé au grade de chef de bataillon, et nommé, une première fois, gouverneur du Sénégal, du 16 décembre 1854 au 4 décembre 1861. Il conquiert, il administre et explore de nouveaux territoires (Sahara et Soudan). Mais pour cela, FAIDHERBE, nouveau gouverneur et devant gérer des ethnies différentes, entreprit de mieux les connaître pour les assujettir. En colonisateur avisé FAIDHERBE applique la devise, «diviser pour mieux régner» en distinguant, artificiellement, trois groupes ethniques : Les Blancs (Berbères et Arabes) des Noirs (Races Manding ou Malinké races Sérère – Ouolof) et la race Noire-rougeâtre (Les Peuls). FAIDHERBE était fasciné par les Peuls, une ethnie de nomades et de pasteurs venue d’Egypte, pour lui, fort supérieure en énergie et en intelligence aux races tout à fait noires parmi lesquelles, elle s’est établie victorieusement. Bou El Mogdad SECK (1826-1880), assesseur du Cadi, à Saint-Louis était son ami. Il confiera une mission à Alioune SALL, sous-Lieutenant indigène des spahis sénégalais pour Oualata et Arouan, en Mauritanie. Il conclut, en 1858, des traités avec le Trarza et le Brakna, pour mieux les neutralisés. FAIDHERBE, en dépit de son admiration de principe, pour les Peuls, était gravement confronté à la résistance d’El Hadji Omar. FAIDHERBE renforce la défense de Bakel, et confie à Paul HOLL qui repousse El Hadji Omar aux batailles des 20 avril 1857 et 18 juillet 1857, à Médine assiégé. N’ayant pas assez de forces, FAIDHERBE conclut des accords avec les chefs de la Falémé le 10 août 1858.

Il revint, en France, à Lille, pour épouser sa propre nièce. FAIDHERBE, parti pour la garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, est remplacé de 1861 à 1863, par le gouverneur Jean-Bernard JAUREGUIBERRY (1815-1887), mais il sera rappelé au Sénégal, une dernière fois du 14 juillet 1863 au 12 juillet 1865. Il est promu général de brigade le 20 mai 1863. Il renforce la présence française au Cayor, et il en tirera un ouvrage «Notice historique sur le Cayor». Avec ses faibles effectifs d’Européens, FAIDHERBE s’appuie sur des soldats Peuls pour certaines de ses conquêtes coloniales FAIDHERBE apprend les langues nationales du Sénégal (le Peul, le Ouolof et le Soninké) et sous traite certaines affaires à différents trafiquants, lorsqu’il n’a pas les moyens d’agir directement. Il engage l’éducation rudimentaire d’auxiliaires nécessaires au succès de la colonisation, avec l’aide de religieuses (Saint Joseph de Cluny pour les filles et Frères de Ploërmel, pour les garçons et des cours du soir, pour les musulmans), dont la mission est aussi d’évangéliser, de pacifier les relations avec les Européens, en évitant ainsi toute contestation sérieuse de l’occupation française. FAIDHERBE créé aussi l’école des Otages qui deviendra l’école des fils de chefs ; il a besoin, pour son administration coloniale d’interprètes et s’appuie aussi sur les chefferies traditionnelles, érigées parfois au rang de commandants de cercle ou de postes, pour conquérir l’intérieur du pays. La capitale coloniale étant établie dans une île, à Saint-Louis, FAIDHERBE construisit le fameux pont. Il voulut faire du Sénégal une colonie agricole, avec du café et de l’indigo, notamment, mais sans succès. Le Sénégal étant, à cette époque, non une colonie de peuplement mais de commerce, les intérêts coloniaux étaient gravement compromis par l’esclavage. Son projet de chemin de fer, afin de mieux mobiliser et faire circuler les ressources humaines, n’a pas été retenu. «Il faut être les maîtres, pour avoir la sécurité ; pour être les maîtres, il faut le vouloir ; pour vouloir et réaliser, il n’y a qu’à agir avec méthode, à construire : Faidherbe fut avant tout un constructeur ; il était polytechnicien» écrit André DEMAISON, un de ses biographes. FAIDHERBE fait la différence avec ses prédécesseurs parce qu’il a appuyé son action sur la connaissance du pays et de ses hommes, en étant le fondateur de l’ethnologie africaine.

FAIDHERBE entreprendra, en 1867, après son départ du Sénégal différents travaux anthropologiques, à Alger. Il considère que les Libyens, à qui il rapporte les tombeaux mégalithiques de Rokhnia, ne sont ni des Sémites, ni des Chamites, mais des populations venues du Nord-Ouest d’Europe.  Il écrit aussi un ouvrage sur «le voyage des cinq Namazons d’Hérodote dans l’intérieur de l’Afrique». Revenu en France, en 1870, après la défaite de Sedan, il est rappelé par le Gouvernement de la Défense nationale, pour reconstruire l’Armée du Nord, de 1870 à 1871. Promu général de division, il empêcha les Prussiens de se rendre au Havre et les vainquit à Bapaume où ils avaient pris d’assaut sept villages. Il affronta les Prussiens, le 19 janvier 1871, à Saint-Quentin. Paris, victime d’un blocus, put avoir du ravitaillement, en raison de la diversion causée par FAIDHERBE dans le Nord. Pour ces faits de guerre, Adolphe THIERS l’érigea au rang d’officier de la Légion d’Honneur. Il est nommé, en juillet 1871, député à l’assemblée nationale. Passionné d’histoire et d’anthropologie, il fit un voyage, en 1871, en Egypte. Il renoue avec la Société des Sciences de Lille et écrit son mémoire sur «Les Dolmens d’Afrique». Il présente, le 3 juin 1873, à la Société d’anthropologie, ses «Instructions sur l’anthropologie en Afrique». Mettant à profit cette période, il renoue avec diverses contributions sur le Sénégal : «Les langues Poul», «Le Zénéga des tribus sénégalaises», et «Les langues sénégalaises».

Elu sénateur du Nord, en 1879, FAIDHERBE sera atteint d’une maladie de la paralysie. Cependant, c’est à ce moment qu’il entreprend, en 1886, d’écrire son ouvrage sur «Les explorations du Sénégal».  FAIDHERBE meurt le 29 septembre 1889, parmi les siens, d’une ataraxie locomotive, muée en hydrophysie généralisée.

La France est présente au Sénégal de longue date, mais elle est largement concurrencée, dans ce comptoir par les Maures, les Hollandais, les Anglais et une défiance, sinon une hostilité des royaumes traditionnels de ce pays qui faisaient payer des taxes aux Européens. Le «Radeau de la Méduse», transportant de nouveaux colons après l’Angleterre ait rendu le Sénégal, sombre le 2 juillet 1816. Le futur gouverneur, Schmatz abandonne les naufragés et se sauve avec sa famille. Le Sénégal est considéré comme un pays maudit et le Ministère des colonies estime que la Compagnie des Indes, gérant le Sénégal depuis 1718, n’est pas rentable, ni la gomme, ni le trafic d’esclaves ou d’eau-de-vie n’enrichissait vraiment les Français. FAIDHERBE s’est évertué, dans sa communication, de prouver le contraire, en créant notamment son africanisme, susceptible de mieux «domestiquer» les Africains. «Il faut que notre drapeau flotte à Bafoulabé d’ici à deux ans, et à Bakamou sur le Niger, dans dix ans» dit-il en 1868. En effet, alors que la raciologie est interdite en France métropolitaine, FAIDHERBE a développé une ethnographie présentant les races sénégalaises comme séparées des voisines (il oppose les Noirs aux africains dits Blancs, les Ouolofs aux Peuls) par des caractères physiques différenciés, perceptibles au premier coup d’œil, établissant une hiérarchisation, et par un abîme de tendances morales, de coutumes, d’institutions (Un Fouta-Toro islamiste et belliqueux, un Cayor animiste et miné par des conflits de successions). Naturellement, dans sa propagande coloniale, cette idée de FAIDHERBE, de races foncièrement hostiles, isolées dans leur orgueil, seuls les colons sont mieux à même de les civiliser et de les rapprocher. Par conséquent, FAIDHERBE étudie, de très près, les Peuls et le royaume du Cayor, susceptibles de freiner la pénétration coloniale au Sénégal.  «A beau mentir qui vient de loin» dit un proverbe français.

I – FAIDHERBE et l’Africanisme

FAIDHERBE étudie, particulièrement, les Peuls, les Ouolofs, les Malinkés, les Soninkés et les Sérères. FAIDHERBE établit un africanisme racisé, une distinction des habitants du Sénégal fondée sur la couleur de leur peau : «Les Noirs se divisent, comme les Blancs, en races distinctes, par la teinte, plus ou moins foncée ou les traits du visage, et par leur degré d’intelligence». S’agissant de ce qu’il appelle «Les Blancs», FAIDHERBE s’appuie sur les sources arabes, Ibn KHALDOUN, quand il évoque les Berbères ou Numides : «toute l’Afrique septentrionale, jusqu’au pays des Noirs, a été habitée par la race berbère, et cela depuis une époque dont on ne connaît, ni les évènements antérieurs, ni le commencement». Les Zénaga, qui sont des Berbères du Sud du Maroc, faisaient commerce avec les Sénégalais à qui ils achetaient de l’or et des esclaves, en échange de leurs chameaux et du sel. Ils fondèrent l’empire des Almoravides (mot déformé qui sera marabout), ils vendaient des fétiches et ont islamisé une partie du Sénégal. Mais les Arabes Béni Hassan, domineront les Zénagas et occuperont les zones côtières du Sénégal. Cet usage des sources arabes de l’histoire africaine connaîtra un destin fabuleux pour les générations d’Africanistes à venir.

A – FAIDHERBE, un admirateur des Peuls

1 – FAIDHERBE promoteur des origines égyptiennes des Peuls

FAIDHERBE décrit les Peuls comme étant «une race d’hommes bruns, rougeâtre, aux cheveux à peine laineux, aux traits presque européens, à l’intelligence assez développée et susceptible de culture». Ils sont les premiers à se convertir à l’Islam et à fonder divers empires au Fouta-Toro, au Macina, dans le Boundou et le Fouta-Djallon. Les Peuls jouent, pour le compte des Arabes et des Berbères, «le rôle de convertisseur à main armée» des autres populations du Sénégal, et notamment à partir du XIème siècle. Dans les migrations et les déplacements causés par ces guerres de conquête religieuse, les Peuls se sont mélangés avec leurs captifs ou voisins noirs, certains sont devenus sédentaires, et on les appelle les Toucouleurs. «L’instinct prédominant des Peuls les porte à la vie pastorale ; ils s’identifient, pour ainsi dire, avec leurs bœufs ; ils sont alors de mœurs très douces, mais exclusivement enclins au vol. Ceux qui ont fondé des Etats ou des villes se livrent à la culture» dit-il. FAIDHERBE fait remarquer que la langue des Peuls est douce, harmonieuse, et n’a pas de «kh» arabe, ce qui la distingue des autres langues africaines «Nous ne pensons pas qu’elle ait été étudiée dans sa pureté par les Européens. Elle mériterait de l’être» dit-il.

FAIDHERBE distingue dans les races les vainqueurs et les vaincus. Les Peuls ont, selon lui, «un esprit de race» pour islamiser les animistes : «A notre époque, nous assistons à la période de prédominance de la race Poul, qui envahit et subjugue, un à un, les Etats Malinké et les débris des Etats Soninké, pour en faire des Etats musulmans, soumis à des marabouts, d’origine peule» écrit FAIDHERBE. Ainsi, FAIDHERBE n’a pas manqué de décrire l’influence du Fouta-Toro au milieu du XIXème siècle, une population estimée à 300 000 habitants. «Le Fouta est une République avec un chef électif. La seule loi est le Coran. Le chef élu, est toujours un marabout savant ; la seule condition, c’est qu’il soit Torodo de caste. On ne nomme jamais un chef déjà puissant par lui-même. Son pouvoir est très éphémère et presque illusoire. Il est élu et renversé par des assemblées populaires de Torodo, qui sont les chefs héréditaires des principales tribus» écrit-il. Le Fouta-Toro, est en permanence agité par des guerres, mais ce pays a conscience de son unité et de sa solidarité quand le danger menace ; Etat décentralisé, la religion est un facteur d’unification des Foutankais et d’exaltation du sentiment national : «Le Fouta est un Etat exclusivement turbulent, divisé, incapable de s’entendre, et de se réunir, un peu sérieusement pour soutenir une guerre, à moins qu’il ne s’agisse de religion ; alors le Fouta n’est plus qu’un seul homme» dit-il. Le Fouta-Toro était auparavant habité non seulement par des Peuls, mais aussi par des Oulofs, des Sérères et des Malinkés. FAIDHERBE retrace l’histoire du Fouta-Toro depuis la dynastie des Peuls Déniankobé, sous la direction de Coly Tenguella BA, au milieu du XVème siècle. Mais à la fin du XVIIème siècle, le parti des Torodos, des Peuls islamisés et sédentaires, renverse la dynastie Déniankobé, un pouvoir animiste, héréditaire, absolu et souvent allié aux Maures dans les pillages du Nord du Sénégal. FAIDEHERBE a recensé les défauts des Foutankais engagés dans une contestation la plus longue et la plus violente contre l’ordre colonial : «Outre leur arrogance envers nous (Les Français), on peut reprocher aux gens du Fouta leur manque de bonne foi, leur avidité, leur propension au vol, la partialité et la vénalité de leur justice».

FAIDHERBE reconnaît également certaines qualités aux Foutankais «Ils ne manquent pas de qualités : l’attachement à leur religion, leur patriotisme, leur haine de l’esclavage ; aucun citoyen du Fouta n’est jamais réduit en esclavage ; ils ne font d’esclaves que sur les infidèles. Leur amour du travail, et surtout de l’agriculture, qui est chez eux tout à fait en honneur, en fait un pays très productif» dit-il. A l’époque, le colonisateur n’avait que deux postes au Fouta : Podor et Matam. En échange du mil, de l’arachide, des chevaux et du cuir, les Français proposaient aux Foutankais des fusils, de la poudre, des pagnes de couleur et de l’ambre. Cependant, les relations avec le Fouta restent tendues «C’est un peuple auquel nous devons tâcher d’enlever ses travers et ses torts envers nous, pour entretenir ensuite avec lui les relations les plus bienveillantes» dit-il. A l’époque, El Hadji Omar TALL était maître du Gadiaga, de Dinguiray et d’une partie du Mali, et le Boundou était un Etat islamique dépendant du Fouta-Toro. Amady Aïssata, fondateur du Boundou avait tué Abdelkader KANE, et les Français réussiront à y installer, en 1856, Boubacar Sada.

Anna PONDOPOULO montre que, dans le cas de FAIDHERBE, «la construction de l’image de l’ethnie peule est la préoccupation permanente qui traverse toute son œuvre. Faidherbe crée un véritable stéréotype de l’ethnie peule. (…) Grâce à l’œuvre de Faidherbe, les Peuls cessent d’être l’objet de la curiosité professionnelle des administrateurs, ils peuvent entrer dans l’histoire universelle et devenir accessibles à la conscience européenne». Ainsi, Henri GADEN (1867-1939, voir mon post) est dans une large mesure, le continuateur de l’africanisme de FAIDHERBE. Il s’intéresse, lui aussi, particulièrement aux Peuls, et publie notamment : «Proverbes et maximes peuls et toucouleurs» en 1931, le «Poular, dialecte Peul du Fouta» en 1912, «Du nom des Toucouleurs et les peuples islamisés du Fouta sénégalais», en 1912. Il se fait éditeur sur «La vie d’El Hadji Omar» en 1935, et transcrit, en 1913, «Les chroniques du Fouta» de Ciré Abass SOW. Il écrit un dictionnaire de la langue peule. Quand, il arrive à Bandiagara, en 1894, ses travaux ethnographiques seront utiles dans la relation avec le roi, Aguibou TALL (1843-1907), installé par le colonisateur français. FAIDHERBE a donc fait de l’ethnographie, un moyen de consolider le pouvoir colonial. Par ailleurs,  Maurice DELAFOSSE (1870-1926, voir mon post), un éminent africaniste, utilisera les sources arabes et orales pour ses travaux ethnographiques. Il fera un travail important sur l’origine des Peuls que FAIDHERBE avait ébauchés.

2 – La fabuleuse destinée de la théorie des origines égyptiennes des Peuls

C’est surtout en ce qui concerne l’origine des Peuls que FAIDHERBE a été un grand visionnaire. Certains Peuls musulmans ont tendance ont tendance à vouloir établir une descendance arabe, et de préférence du Prophète Mohamed, et prétendant qu’ils seraient des «Chérifs», des petits-fils de cet envoyé de Dieu. FAIDHERBE soutient qu’il «y a de très curieuses recherches à faire sur cette race. Il ne serait pas impossible que ce fut elle qui habitat l’Egypte au temps de son antique civilisation», dit-il dans un article sur les Noirs daté de 1859. «De tous les peuples africains, il en est très peu qui aient de meilleurs titres à l’attention des géographes que les peuples de races Foulah. Il n’en est peut-être pas, en effet, qui dérobent plus obstinément le secret de leurs origines, qui ait fourni à la fantaisie des théoriciens un thème plus commode et sur le compte desquels on soit moins prêts d’être d’accord» écrit Jacques de CROZAL, dans son ouvrage, «Les Peuls, étude d’ethnologie africaine», de 1883.

En effet, pendant longtemps, les chercheurs se sont divisés sur l’origine des Peuls. Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872) et l’Abbé David BOILAT (1814-190) font venir les Peuls de la région située au Nord du Sahara ; ils s’étendaient dans les oasis et poussaient leurs troupeaux jusqu’aux bords du Niger. Attaqués par les Maures, ils se réfugient sur les bords du Sénégal. Pourtant, on retrouve les Peuls, notamment, au Cameroun, au Tchad et au Nigéria. Le baron Gustave d’EICHTAL (1804-1886) pense que les Peuls seraient venus de l’archipel indien ou de la Polynésie, il établit des analogies entre le Peul et les langues de ces pays, ainsi que leur système de numérisation  : «Des deux côtés, le même caractère réservé, prudent, un peu mélancolique, la même susceptibilité sur le point d’honneur, la même promptitude à venger l’outrage. Chez les deux peuples, les mêmes croyances religieuses, les idées superstitieuses exercent un égal empire» dit-il. Le baron d’EICHTAL songe à ce fils de Cham, que le tableau ethnographique de la Genèse désigne sous le nom de Pout ou Phout. Selon lui, Pout, ce serait une déformation du Fouta.

FAIDHERBE estime que l’opinion d’EICHTAL est basée sur «de simples ressemblances de mots, ne signifiant pas grand-chose». Paul FLEURIOT de LANGLE (1897-1968) rapproche les Peuls du type Hindou et Sémite. KNOETEL rattache les Peuls aux Ethiopiens. BERENGER-FERAUD estime que les Peuls seraient originaires d’Algérie ou de Tunisie. Edmond MOREL, quant à lui, estime que les Peuls ont une origine judéo-syrienne. Maurice DELAFOSSE estime que les Peuls seraient des Judéo-syriens qui auraient séjourné pendant longtemps en Egypte. Les rois, de race blanche ayant régné sur l’empire du Ghana, seraient des Peuls, hamitiques, ils sont rebelles à l’islam.

Cheikh Anta DIOP (1923-1986), établira de façon scientifique et incontestable l’origine égyptienne des Peuls. Il conforte et développe l’hypothèse émise par FAIDHERBE qui n’était qu’une piste de recherche. Pour Cheikh Anta DIOP, il ne fait pas de doute que les Peul ont des origines égyptiennes. En effet, selon lui, les noms totémiques «BA» et «KA» ainsi que leur matriarcat indiquent qu’ils sont authentiquement d’origine égyptienne.

B – FAIDHERBE, les Ouolofs et leurs royaumes

1 – Les mœurs et coutumes des Ouolofs

FAIDHERBE met les Ouolofs et les Sérères dans le même groupe ethnique, en raison de leur caractère physique et moraux ainsi que de leur langage monosyllabique. «Les Ouolofs et les Sérères sont les plus grands, les plus beaux et les plus noirs de tous les Nègres de l’Afrique. Ils ont les cheveux crépus, mais les traits de leur visage sont souvent assez agréables ; leur qualité dominante est l’apathie» dit-il. FAIDHERBE les qualifie de «doux, puérilement vain, crédule, au-delà de toute expression, imprévoyants et inconstants». Il juge les Ouolofs très braves, cultivateurs et pêcheurs, et sont confrontés parfois à périodes de disette. Ils ne cultivent que juste ce qu’il faut pour leurs besoins du moment. En dépit de ces privations, ils sont des gens très heureux. Ils sont sobres et s’adonnent rarement à l’alcool.

Cependant, FAIDHERBE avait déjà déploré les mœurs de nos gouvernants : «Leurs rois et leurs chefs, sont ivres du jour où ils entrent en fonction jusqu’au jour où ils meurent, ce qui, grâce à l’eau-de-vie de traite, ne se fait pas attendre longtemps» dit-il. Là aussi, le colonisateur avait détecté le maillon faible de nos royaumes traditionnels qui avaient conclus de nombreux accords de protectorat avec la France avant que l’intérieur du pays ne soit conquis. Pour mieux les neutraliser, il était offert, en masse, des boissons alcoolisées à nos rois. Pour lui, «les habitants des villes peuvent être regardés comme civilisés». FAIDHERBE est sévère pour les Ouolofs convertis à l’islam et exprime son islamophobie «Les Noirs qui se font musulmans deviennent souvent faux et hypocrites». Il ressasse aussi les clichés colonialistes qui seront appliqués à tous les Noirs «Les Ouolofs sont de grands enfants qu’il faut savoir traiter comme tels».  Par ailleurs, David BOILAT (1814-1901, voir mon post) s’intéressera particulièrement aux Ouolofs et aux Sérères, leurs coutumes, langues et royaumes.

FAIDHERBE se félicite de la bonne entente avec les Ouolofs qui ont un esprit ouvert : «Il y a, malgré de petites discordes, une grande sympathie entre eux et les Européens (…) et une race mélangée, assez nombreuse, a été le résultat de ce contact prolongé. Cette classe de la population a fait des progrès bien remarquables (…) sous le rapport de l’éducation, de l’habillement, de la manière de vivre publique et privée». Il apprécie chez les Ouolofs la douceur, la bienveillance et l’indulgence exagérée. Les prénoms rencontrés à cette époque sont pour les hommes : Samba, Demba, Déthié, Latir, Yoro, Peinda, Pathé, M’Bagnick, et pour les femmes : NGoné, Coumba, Tacko, N’Diogou, Yacine, Codou, Bigué, N’Della.

FAIDHERBE a étudié ce qu’il appelle les «races noires» et parmi elles les Mandingues ou Malinkés. «Cette langue indique une race d’hommes, et malgré les mélanges de sang les plus compliqués, les divisions territoriales infinies, causées par les guerres et les évènements politiques, et les différentes dénominations que prennent les factions séparées qui parlent ces dialectes, il est nécessaire de les réunir sous la même dénomination» écrit-il. Il décrit ainsi les Malinkés, les Sarakolés ou Soninkés, comme des «Noirs assez généralement de haute taille, au système musculaire bien développé, et aux cheveux crépus. Ils ont des traits du nègre. (..) On retrouve chez eux qui n’ont pour nous rien de désagréable» dit-il. Ces peuples sont assez guerriers par tempérament, et sont très portés à la culture et au commerce. Les Soninkés sont la race la plus commerçante de l’Afrique occidentale.

2 – Les empires du Djolof et du Oualo

En stratège, FAIDHERBE se mit d’abord à étudier les royaumes les plus faibles, notamment le Oualo et le Djolof. Il a décerné, dans ces pays, la place de la femme et le respect pour les Anciens, l’hostilité à l’égard de la chrétienté, l’attirance des esprits de la nature, la grande admiration pour le marabout, ainsi que la nécessité de mieux canaliser les incursions des Maures, pour avoir leur alliance. FAIDHERBE, dans ses travaux sur les empires Ouolofs (Djolof, Cayor et Oualo), s’appuie essentiellement, sur les Cahiers de Yéro DIAW, un élève de l’école des fils de chef, fondée en 1855. Yoro DIAW fut le premier de ces chroniqueurs sénégalais qui ont recueilli, traduit, écrit, compilé, interprété aussi, les traditions orales de leur peuple.

L’empire historique du Djolof, fondé au milieu du XVIème siècle, était dirigé par le Bourba, suzerain des rois du Cayor et du Oualo. Cependant, les Ouolofs et les Sérères prirent leurs distances, les razzias des Maures et les incursions du Fouta-Toro ayant affaibli et réduit le Djolof : «Le Bourba est le plus misérable et le plus faible de tous» écrit FAIDHERBE. Pays de pâturages et d’élevage, le Djolof attire les incursions des Maures. Les Peuls et les villages confrontés à l’insécurité ont cédé à la domination du Fouta-Toro. Le Djolof est également confronté à des dissensions internes. C’est le cas de la révolte de Tanor, dit Silamaka DIENG, converti à l’Islam, employant des guerriers Tieddos, il a recherché une alliance avec le Fouta-Toro.

Le Oualo, traditionnellement dirigé par les DIOP ou M’BODJI, étant une émanation de cet empire. Une partie du Oualo a été détruite et envahie par les Trarza, et la population alla se réfugier au Cayor ou N’Diambour. Les chefs du Oualo portent le titre de Brak, et c’est une dynastie élective parmi les trois grandes familles royales.

Par ailleurs, c’est pouvoir matriarcal «La loi d’hérédité comptait beaucoup dans le choix du Brak, mais l’hérédité dans le Oualo est très bizarre, elle est collatérale par les femmes. Ainsi, à la mort d’un chef ou d’un simple chef de famille, c’est le fils de sa sœur qui en hérite au détriment de ses enfants» écrit-il. Le colonisateur tenta, vainement, d’arracher le Oualo à la domination des Trarza en 1819, en 1827, 1843, 1848 et 1850. En 1833, la reine Guim-Botte, en fait N’Dieumbott M’BODJ (1800-1846), une Linguère,  se maria avec un le roi Trarza, Mohamed El Habib, pour tenter de sauver son royaume. En 1835, par une action concertée des Braks du Oualo et de la France, les Maures furent vaincus, mais la paix ne sera acquise, définitivement, qu’en 1854. Ely, le fils de N’Dieumbott fut considéré comme l’héritier du Oualo, il en était le maître, sa tante étant N’Daté Yalla M’BODJI. Fara Peinda, réfugié au Cayor, contesta, vainement, la prise de pouvoir par Ely.

3 – Le turbulent et redoutable royaume du Cayor

FAIDHERBE a, très vite, compris que le CAYOR est un caillou dans la chaussure du colonisateur, et il fallait donc examiner attentivement les ressorts de son fonctionnement, pour l’anéantir. En effet, les Oulofs dispose d’un autre royaume, plus important, le Cayor qui s’étend de Saint-Louis à Gorée. C’est un régime d’héritage matrilinéaire ; seule la femme transmet certains noms et certains droits (Khët). C’est le père qui transmet le nom à l’enfant (Saant), et c’est la dynastie de FALL. Les Damels, rois du Cayor, sont choisis parmi les familles royales (Garmi) qui sont au nombre de sept (Mouïoy, Ouagadou, Dorobés, Guéidj, Guélwar, Bey, Sognon). Seul Lat-Dior, dernier Damel, un Tiéddo, ne sera pas issu de ces familles. Le titre honorifique de «Linguère» est accordé à une princesse qui devient ainsi la première dame du pays. En 1549, Amary N’Goné FALL, alors prince, vainquit le Bourba à la bataille de Dauky et déclara que le lien avec le Djolof est rompu, le titre de Damel venant du mot Ouolof «Dame», (casser, rompre). Après un règne de six jours de son père, Déthié-Fou N’Diogou FALL, premier Damel, meurt accidentellement, tué par un taureau surexcité. Amary N’Goné Sobel FALL, sera ainsi le second Damel, et choisi M’Boul comme capitale. Souverain absolu, le Damel «s’arroge le droit de piller, de tuer et de vendre ses sujets par simple caprice» écrit FAIDHERBE.

FAIDHERBE raconte qu’un vénérable marabout vint au Cayor, avec un magnifique cheval. Le Damel en voulut, à tout prix. Le marabout réclama alors cent jeunes filles vierges. Aussitôt, sur ordre du Damel, les Tiéddos, allèrent dans les villages ravir ces jeunes filles, pour le marabout. Pays plat, sablonneux avec des marais et des lacs d’eau douce (Les Niayes), les habitants du Cayor cultivent le mil, le Niébbé (haricot) et l’arachide. Le Cayor est à majorité musulmane, mais le Damel est animiste. La croisade d’Abdelkader KANE, pour tenter d’islamiser le Damel, s’est soldée par un cuisant échec. L’Almamy fut séquestré et libéré quelques années plus tard. Le Cayor a pu vassaliser le Baol, mais est resté sous la menace permanente des Maures. A l’époque, le souverain du Baol, sous la domination du Djolof, avait le titre de Lamane. Ce royaume dispose de guerriers redoutables, les «Thieddos» ou «Sebbé» qualifiés de mercenaires qui terrorisent la population. La révolte de Diaodine-Boul, de la famille Garmi, en 1856, s’est soldée par un échec ; il sera exécuté par le Damel.

Après 44 ans de règne d’Amary N’Goné Sobel, FAIDHERBE a recensé, entre 1549 et 1883, 83 Damels qui se sont succédés sur le trône du Cayor : Massamba Tacko, 3ème Damel en 1593 ; Makhourédja Kouly, 4ème Damel en 1600 ; Birame Banga, 5ème Damel en 1610 ; Daou Demba, 6ème Damel en 1640 ; Madior, 7ème Damel en 1647, roi sage et ayant fait régner la paix, il épousera sa nièce Yacine Boubou ; 8ème Damel, en 1664, c’est Birame Yacine Boubou ; il introduit le Khalam dans le Cayor ; Ditchiou Marame, 9ème Damel en 1681 ; Mafaly 10ème Damel en 1683, le Cadi N’DIAYE a fait assassiner Mafaly, surpris entrain de boire de l’eau de vie ; Makourédia Coumba Diodio, 11ème Damel, il a réunifié le Cayor et le Saloum et fait tuer Mafaly, ce fut le retour à l’animisme ; Birame Peinda Tchilor est le 12ème Damel en 1691  Dé-Tialao, 13ème Damel en 1693 ; 14ème Damel, en 1697, Lat-Soukabbé FALL, anciennement Tègne du Baol (remplaçant de Birame Codou), Dé-Tialao étant devenu aveugle ; C’est Lat-Soukkabé, le 6 juin 1701, qui fit prisonnier le gouverneur André BRUE qui ne sera libéré que sous rançon. Désormais, le Damel peut vendre librement ses esclaves aux Anglais et les Français devaient lui payer cent barres de fer par an. En 1719, Maïssa Tendé est le 15ème Damel. Son règne est marqué par une guerre contre les Foutankais, à la demande de deux princes du Cayor. En 1748, ce fut l’accession au pouvoir du 16ème Damel, Maïssa-Bigué, issu de la famille du Tègne, Tié-Yacine. Battu au Ouala et dans des luttes internes au Cayor, il cède le pouvoir. De 1749-1750, Mahawa devient le 17ème Damel ; il chassa ses ennemis du CAYOR, et vendit 500 esclaves à la Compagnie du Sénégal qui les expédia aux Antilles «Quand des chefs nègres font des razzias, pour vendre des captifs aux Blancs, les guerriers se font tuer ou s’échappent, et ce sont les masses non guerrières qu’on ramasse pour les vendre» écrit FAIDEHERBE. De 1757 à 1758, Birame Codou est le 18ème Damel. De 1758 à 1759, Maïssa-Bigué, et pour la deuxième fois le Damel, mais battu par le Bourba du Djolof, il est allé se réfugié au Oualo. De 1760 à 1761, Maïssa-Bigué devient, pour la troisième fois le Damel ; il reconquiert le pouvoir et tue le Bourba du Djiolof avec l’appui du Oualo et des Trarza. En 1763, Madior est le 19ème Damel. En 1766, Macodou est le 20ème Damel, issu de la branche cadette. En 1777, Biram-Fatim-Peinda, est le 21ème Damel. Il perçoit du gouverneur de Saint-Louis, par an, 3589 Livres, 15 Sous et 6 Deniers pour favoriser la traite des esclaves. Amary N’Goné N’Della Coumba accède au trône, en qualité de 22ème Damel-Tègne en 1790. Il fit vendre, comme esclaves, les chefs musulmans qui s’étaient révoltés contre lui. Pendant les troubles, Dakar en profita pour se déclarer en royaume indépendant.

Le Damel vainquit l’Almamy du Fouta-Toro, Abdelkader KANE à Bounkoye et le fit prisonnier. Mais au lieu de le tuer, il renvoya au Fouta, en lui donnant un cheval, accompagné de deux esclaves. En 1809, Biraïma Fatma Thioub devient le 23ème Damel. C’est un coup de force contre Tié-Yacine. Les soldats du Damel pillèrent un navire français naufragé en 1826, près de Gandiole. En 1832, Maïssa-Tiendé est le 24ème Damel. En 1849, fut établie une coutume de 150 pièces de Guinée à verser au Damel, pour favoriser le commerce de l’arachide. En 1855, Biraima est le 25ème Damel. Période de gouvernance de FAIDHERBE, le Cayor fut agité par de nombreuses guerres internes. Le Damel a désormais le droit de percevoir, directement, des taxes pour les produits entrant ou sortant de son territoire. Il autorise le colonisateur  à établir une ligne de télégraphie électrique entre Saint-Louis et Gorée. En 1859, Macodou est me 26ème Damel. Il conteste le principe de la ligne téléphonique, et pilla de nombreux commerçants français. En 1861, Madiodio est le 27 Damel. Il est contesté par Lat-Diop, alors âgé de 17 ans ; Lat-Dior est frère du Damel Birame III, et fils de Silamaka DIOP.

En 1862, Lat-Dior DIOP (1842-1866), Gueidj de Khêt, sera le 28ème et dernier Damel du Cayor ; il est non issu de la famille royale. Il accorda aux Français le droit d’établir des garnisons sur son territoire, mais voulait recouvrer les anciennes limites territoriales du Cayor jusqu’à Saint-Louis. Les Français installent Madiodio, en qualité de Damel, de 1863 à 1864. Madiodio cède la moitié du Cayor au colonisateur. Le 12 janvier 1864 à Loro, suivant l'ordre donné par FAIDHERBE, les troupes coloniales et leurs alliés attaquèrent Lat Dior. Ces derniers furent défaits, obligeant ainsi le jeune Damel déchut à chercher refuge au Rip, dans le Sine. Cette région était à l'époque gouvernée par Maba Diakhou BA qui, bien qu'ayant signé des accords avec les Français, lui offrit volontiers l'hospitalité sans toutefois l'aider à reconquérir son trône. Auprès de Maba Diakhou BA, Lat Dior, qui était de tradition Tièddo donc animiste, se convertit à l'islam afin de rentrer dans ces bonnes grâces et devint son premier lieutenant en bataillant contre les sérères animistes afin de leur imposer la religion musulmane. Durant ces années Lat Dior livrait également bataille contre les forces coloniales, dont les exactions provoquaient migrations et exodes de populations entières et nourrissaient chaque fois un peu plus le sentiment d'urgence à les bouter hors du Cayor.

Maba Diakhou succomba en 1867 durant la bataille de Somb dirigée contre Bour Sine Coumba Ndofène, grand chef des sérères animistes. A sa mort, Lat Dior revient au Cayor en s’appuyant sur les captifs royaux et la confrérie des Tidjanes (disciples du conquérant El Hadji Omar TALL), fermement décidé à reconquérir son trône. Devant l'enthousiasme et la ferveur que soulevaient son passage, le pouvoir colonial se vit contraint de lui confier un poste de «chef de canton». De fait Lat Dior était redevenu damel. Au bout de quatre ans, les Français signèrent même un traité de paix avec lui qui était alors au faîte de sa puissance. Lat Dior annexa alors le royaume du Baol afin de porter la double couronne de Damel du Cayor et Tègne du Baol. Les français essayeront en vain de miner son pouvoir. En 1878, les Français décidèrent de développer la culture de l’arachide et de construire un chemin de fer. Après de durs combats, Lat-Dior est contraint de quitter le Cayor en 1884, pour se réfugier auprès d’Alboury N’DIAYE, Bourba du Djolof. Au Cayor, il sera remplacé, successivement, par Samba Yaya FALL, puis par Samba Laobé FALL.

En 1885, le Cayor est disloqué en 6 provinces. Le chemin de fer est inauguré le 6 juillet 1885. Samba Laobé qui a engagé et perdu une guerre, sans l’aval du colonel, fut puni d’une amende de 20 000 F. Samba Laobé sera tué le 6 octobre 1886, à Tiwaone par les Français ; il tentait de restreindre le passage du train. Lat-Dior, qui tentait de reprendre le titre de Damel, à la suite de la mort de son oncle Samba Laobé, est abattu par les troupes du capitaine Vallois, le 26 octobre 1886, à la bataille de Derkélé.

II – L’héritage d’africaniste de FAIDHERBE

A – La création d’un centre de Recherche ancêtre de l’IFAN

FAIDHERBE créé aussi deux revues importantes : L’Annuaire du Sénégal et dépendances, ainsi que le Moniteur de Sénégal et dépendances. Par ailleurs, il a fourni, à la recherche africaniste, un cadre institutionnel en créant des bureaux africains qui devaient ensuite conduire à la création à Dakar d’un centre de recherche nommé l’Institut Français d’Afrique noire (I.F.A.N.) en 1936 qui fut le lieu privilégié de transmission de l’africanisme aussi bien parmi les chercheurs africains. L’IFAN est, d’abord, confié à Théodore MONOD (1902-2000, naturaliste, spécialiste du désert, érudit et humaniste) ; c’est un centre de recherche et de documentation scientifique consacré à l’étude de l’homme, des autres êtres vivants et du cadre physique. L’IFAN se développera autour du musée d’ethnographie et d’un laboratoire d’histoire naturelle. L’IFAN est doté d’un bulletin trimestriel d’information et de correspondance, «Les Notes africaines» et d’un bulletin de l’IFAN. Vincent MONTEIL (1913-2005), orientaliste et auteur, notamment, d’une «Islam noir», son père Charles MONTEIL (1871-1949) a effectué des recherches sur les Khassonkés, et lui a transmis l’amour de l’Afrique. Par conséquent, le champ des recherches est vaste. Les Directeurs de l’IFAN ont accompagné la recherche dans le domaine littéraire, ainsi Théodore MONOD a préfacé le roman d’Ousmane Socé DIOP «Karim», et Vincent MONTEIL, celui de Cheikh Hamidou KANE, «L’aventure ambiguë».

Par ailleurs, et dans le domaine de l’ethnologie, Théodore MONOD a encouragé deux éminents chercheurs africains : Amadou Hamapathé BA, spécialiste des cultures orales africaines et Cheikh Moussa CAMARA, spécialiste de la généalogie des familles du Fouta-Toro (voir mes posts sur ces deux chercheurs). Dans ce cas, le travail mené s’est détaché de la démarche manipulatrice du pouvoir colonial qui visait, à travers ses études de races à séparer le bon grain de l’ivraie. L’IFAN a donné naissance à de nouvelles races de chercheurs sénégalais, dans le domaine de l’histoire avec une exposition, en 2016, à l’occasion du 240ème anniversaire sur l’Etat théocratique, fondé par Thierno Souleymane BAL, et même dans le domaine de l’entomologie, une discipline nouvelle, inspirée de l’écologie, par le professeur Abdoulaye Baïla N’DIAYE.

B – L’africanisme universitaire

Maurice DELAFOSSE (1870-1926), qualifié par SENGHOR comme étant le  «plus grand des africanistes» et de l’un des pères de la Négritude, est dans une large mesure, le continuateur de l’œuvre de FAIDHERBE. Orientaliste, arabisant et africaniste, DELAFOSSE a travaillé, notamment sur les PEULS, l’empire du Ghana, l’âme nègre, les civilisations du Soudan.

Orientaliste, il a bénéficié du concours de Lucien LEVY-BRUHL (1857-1939), adepte de la «mentalité prélogique» ou tout simplement primitive.

La construction de l’africanisme français se réalisa en collaboration étroite avec le monde universitaire. Cette démarche n’est guère nourrie du fonctionnalisme de Borislaw MALINOWSKI (1884-1942), fondateur, en 1926, à Londres de l’International African Institute of African Languages and Cultures. La Société des Africanistes a été fondée en 1930, au moment même où se préparait la première grande expédition ethnologique française en Afrique, la mission Dakar-Djibouti (1931-1933) conduite par Marcel GRIAULE  (1898-1956), spécialiste des Dogons, défense du Négus. Elle regroupe des spécialistes mais également des passionnés, enthousiasmés par la révélation des cultures africaines et travaille en étroite symbiose, depuis 1939, avec le musée de l'Homme, dont elle ne cesse d'enrichir les collections d'objets, d'archives sonores, de photographies et de films concernant l'Afrique. Elle a toujours maintenu l'interdisciplinarité qui est devenue une des caractéristiques de ses publications : ethnologie, sociologie, histoire, archéologie, préhistoire, géographie, linguistique, anthropologie biologique, musique et arts.

La Société des Africanistes, créée en 1930 à Paris au Muséum national d'histoire naturelle, se constitue selon la loi de 1901 comme les autres sociétés savantes. La notion d'africanisme a été remplacée dans les années soixante par l'appellation plus neutre d'études africaines. Ce sont des universitaires européens qui se sont répartis l’Afrique en champs de recherches et qui ne discutent qu’entre eux. Pourtant, la notion d’africanisme, avec le multiculturalisme en Europe devrait revêtir un autre sens.

Conclusion

L’un des grands mérites de FAIDERBE est d’avoir posé la question de la diversité culturelle, alors que tout le système colonial et néocolonial, est fondé sur le principe de l’assimilation, et le refus de reconnaître l’autre dans son authenticité. Officiellement, la République française ne connaît pas les races, mais, en fait, c’est un système largement hypocrite, racisé, ethnicisé, dans lequel la Diaspoara, les Français issus de l’immigration sont ravalés, comme au temps colonial, au rang d’indigènes de la République. La Francophonie n’est pas un outil d’échange et d’enrichissement mutuel entre l’Afrique, mais un outil de domination française et d’asservissement des cultures africaines.

Pourtant, le multiculturalisme est là, et c’est l’un des phénomènes majeur de ce début du XXIème, même s’il est nié et refoulé. Depuis le triomphe d’Alain MABANCKOU au collège de France, en mars 2016, la Diaspora réclame la création d’études africaines, comme aux Etats-Unis dans les universités françaises, en vue d’examiner les conditions du bien-vivre ensemble. En effet, victimes d’une castration, en raison de la persistance de cette odieuse Françafrique, ravalés au rang d’indigène de la République, les Français issus de l’immigration devraient revendiquer, plus fortement, leur appartenance à la France républicaine, à égalité de droits et de devoirs. Leur histoire fait partie, désormais et depuis longtemps de l’histoire de France. «Ceux qui vivent, ce sont qui luttent, ce sont ceux dont un dessein emplit l’âme et le front, ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime, ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime» disait Victor HUGO.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Louis-Léon-César FAIDHERBE

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «L’alliance française pour la propagation de la langue française dans les colonies et les pays étrangers», Revue scientifique, 3ème série, janvier à juillet 1884, pages 104-109 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les Berbères et les Arabes du bord du Sénégal», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, février 1854, pages 89-130 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les Peuls», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1856, pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les populations noires du Sénégal et du Haut-Niger», Bulletin de la Société de géographie de Paris, 1856, 4ème série, série XI, pages 281-300 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Populations noires des bassins du Sénégal et du Haut Niger», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, mai et juin 1856, pages 281 – 300 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Tombouctou et les grandes voies commerciales de l’Afrique», Revue scientifique, 15 novembre 1884, n°20, pages 609-613 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), ANCELLE (J)  Les explorations du Sénégal et dans les contrées voisines depuis l’Antiquité à nos jours précédé d’une notice ethnographique sur notre colonie, Paris, Maisonneuve et Ch. Leclerc, 1886, 442 pages, spéc pages 23-48 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Contribution à l’étude de la langue berbère, Paris, Leroux, 1877, 95 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Grammaire et vocabulaire de la langue Poul, à l’usage des voyageurs dans le Soudan, avec une carte indiquant où se parlent cette langue, Paris, Maisonneuve, 1882, 164 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), L’Armée du Nord, réponse à la relation du général Von Goeben pour faire suite à la campagne de l’armée du Nord, Paris, Imprimerie Balitout, 1873, 30 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Le Zénéga des tribus sénégalaises : contribution à l’étude de la langue berbère, Paris, INALCO, Archives africaines, AUPELF, 1877, 95 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Notice sur la colonie du Sénégal sur les pays qui sont en relation avec elle, Paris, Arthus Bertrand, 1859, 99 pages, spéc pages 23-48, et Nouvelles annales de voyage, de la géographie et de l’histoire, 1859, tome 1, pages 5-23 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Notice sur le Cayor, Dakar, IFAN, Université Cheikh Anta Diop, non daté, pages 527-551 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), TOPINARD (Paul), Instructions sur l’anthropologie de l’Algérie, considérations générales,  Paris, Topographie A. Hennuyer, 1874, 58 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Le Sénégal et la France dans l’Afrique Occidentale Française, Paris, Hachette, 1889, 488 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Considérations sur les populations de l’Afrique septentrionale», Nouvelles annales de voyages, de la géographie, de l’histoire et de l’archéologie, 1859, 6ème série, tome 3, pages 290-306 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les races noires», Nouvelles annales de voyages, de la géographie, de l’histoire et de l’archéologie, 1859, 6ème série, tome 1, pages 23-99 ;

FAIDHERBE Louis-Léon-César), Instructions sur l’anthropologie d’Algérie, considérations générales, Paris, Typographie A. Henneyer, 1874, 60 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Sur les Dolmens d’Afrique», Bulletin et mémoire de la Société d’Anthropologie de Paris, 1873, 2ème série, tome 8, pages 118-122.

2 – Critiques de Louis-Léon-César FAIDHERBE

AGGARWAL (Kusum), «Africanisme français et littérature africaine», Cahiers d’Etudes Africaines, 2010, pages 198-200 ;

AGGARWAL (Kusum), Amadou Hampâté BA et l’africanisme : de la recherche anthropologique à l’exercice de la formation auctoriale, Paris, L’Harmattan, 1999, 266 pages ;

AMSELLE (Jean-Loup), Vers un multiculturalisme français, l’empire de la coutume, Paris Aubier, 1996, 183 pages ;

BALANDIER (Georges), Anthropologie politique, Paris, P.U.F, 1967, 244 pages ;

BATHILY (Abdoulaye), «Aux origines de l’africanisme : le rôle de l’œuvre ethno-historique de Faidherbe dans la conquête française du Sénégal», in MONNIOT (H), Le mal de voir. Ethnologie et orientalisme, politique et épistémologie, critique et autocritique, Paris, Cahiers de Jussieu n°2, Union Générale des éditions, 10/18, pages 77-107 ;

BONVINI (Emilio), «Interférences anthropologiques dans l’histoire de la linguistique africaine», in Histoire épistémologie langage, 2007, tome 29, fascicule 2, «Le Naturalisme linguistique et ses désordres», pages 113-130 ;

BOULEGUE (Jean), «A la naissance de l’histoire écrite sénégalaise : Yéro Dyao et ses modèles», History in Africa, 1988, vol 15, pages 395-405 ;

BRUNEL (Ismaël-Mathieu), Le général Faidherbe, Paris, Charles Delagrave, 1897, 316 pages ;

CROZALS, de (Jacques), Les Peuls, étude d’ethnographie africaine, Paris, Maisonneuve, 1883, 271 pages ;

D’EICHTAL (Gustave), Histoire ou origine des Foulahs ou Fellans, étude sur l’histoire primitive sur les races océaniennes et américaines, Paris, Veuve Dondey-Dupré, 1841, 286 pages ;

DELAVIGNETTE (Robert), «Faidherbe», in DELAVIGNETTE (Robert) et JULIEN (Charles-André), Les constructeurs de la France d’Outre-mer, Paris, Corréa, 1946, 525 pages, spéc pages 232-264 ;

DELAVIGNETTE (Robert), «Faidherbe», in JULIEN (Charles-André), Les techniciens de la colonisation Paris, Presses universitaires de France, 1946,  319 pages, spéc pages 75-93 ;

DEMAISON (André), Faidherbe, Paris, Plon, 1932, 284 pages ;

DULUCQ (Sophie), Ecrire l’histoire de l’Afrique à l’époque coloniale : XIXème XXème siècles, Paris, Karthala, 2009, 330 pages ;

FULCRAND, colonel (Jean-Jacques-Charles), Le général Faidherbe, Paris, Librairie Militaire de L. Beaudoin, 1890, 23 pages ;

GARAFEL (Paul), La politique coloniale en France de 1789 à 1830, Paris, Félix Alcan, 1908,

GLASMAN (Joël), «Le Sénégal imaginé, évolution d’une classification ethnique de 1816 aux années 1920», Afrique et Histoire, 2004 (1) vol 2, pages 111-139 ;

GONDOLA (Charles, Didier), Africanisme : la crise d’une illusion, Paris, L’Harmattan, 2007, 250 pages ;

GRAVIER (Gabriel), Faidherbe, les trois prophètes : le Madhi, Gordon et Arabi, Rouen, imprimerie de Espérance Cagnard, 1893, 58 pages ;

HARDY (Georges), La mise en valeur du Sénégal, 1817-1854, Paris, Larose, 1921, 376 pages, spéc sur le Baron Roger, un africaniste, pages 117-127 et sur Faidherbe, pages 360-363 ;

HARDY (Georges), «Histoire coloniale et psychologie ethnique», Revue de l’histoire des colonies françaises, 1925, 13ème année, tome XVIII, pages 161-172 ;

KALCK (Pierre), «Robert Delavignette et la décolonisation», Revue d’histoire d’Outre-mer, 1967, (194-197), pages 52-64 ;

LECLERC (Gérard), Anthropologie et colonialisme : essai sur l’histoire de l’africanisme, Paris, Fayard, anthropologie critique, 1972, 256 pages ;

MOYRALIS (Bernard), PIRIOU (Anne), Robert DELAVIGNETTE : savant et politique (1897-1976), Paris, Karthala, 2003, 347 pages ;

PIETRI (Capitaine), Les Français au Niger, voyages et combats, réponse à une dédicace de Léon Faidherbe, 1885, 438 pages ;

PIRIOU (Anne), SIBEUD (Emmanuelle), L’africanisme en questions, Paris, Cahiers d’études africaines, Ecoles des hautes études en sciences sociales, 1997, 121 pages ;

PONDOPOULO (Anna), «La construction de l’altérité ethnique peule dans l’œuvre de Faidherbe», Cahiers d’études africaines, 1996, vol 36, n°146, pages 421-441 ;

RIETY (J), Histoire populaire du général Faidherbe, illustrations, C. Dragon, Paris, Paul Placot, non daté, 157 pages, (Bib électronique UCAD, Res 5197) ;

ROGER (Jacques-François, baron), Fables sénégalaises, recueillies de l’Ouolof, mises en vers français, avec des notes destinées à faire connaître la Sénégambie, ses principales productions, la civilisations et les mœurs des habitants, Paris, Firmin Didot, 1828, 286 pages ;

ROGER (Jacques-François, baron), Kélédor ou la mémoire d’un temps oublié : histoire africaine, Paris, Moreau, Pigoreau, Corbet, 1929, vol, 210 pages et vol 2, 252 pages ;

ROLLAND (Jules), Faidherbe, avec une photographie, Paris, Frédéric Giraud, 1871, 28 pages ;

ROUSSEAU (Raymond), «Le Sénégal d’autrefois, étude sur le Oualo ; Cahiers de Yoro DYAO», in Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques de l’A.O.F, 1929, (2) n°1-2, pages 133-211 ;

SABATIE (Alexandre, Camille), Le Sénégal : sa conquête, son organisation (1364-1925), Saint-Louis, Imprimerie du Gouvernement, 1925, 434 pages, spéc sur l’histoire des Damels du Cayor, pages 377-398 ;

SAINT-MARTIN (Yves), «L’empire toucouleur : 1848-1897», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1972, tome 59, n°216, pages 528-530 ;

SAINT-MARTIN (Yves), L’empire toucouleur et la France : un demi siècle de relations diplomatiques (1846-1893), Dakar, Université de Dakar, 1967, 482 pages ;

SAINT-VINCENT de (Bory), Sur l’anthropologie de l’Afrique française, Paris, Fain et Thunot, 1845,  19 pages

SCHMIDT (Jean), «Louis, Léon, César Faidherbe, (Lille 1818 – Paris 1889)», in François POUILLON, Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris, Khartala, 2012, 1072 pages, spéc pages 394-395 ;

SIBEUD (Emmanuelle), Une science impériale pour l’Afrique ? La construction des savoirs africanistes en France (1878-1930), Paris, EHESS, 2002, 356 pages ;

SUREMAIN de (Marie Albane), «Chroniques africanistes ou prémisses à une histoire totale de l’Afrique, l’histoire coloniale dans le Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques de l’AOF, 1916-1960», in DULUCQ (Sophie), ZITNICKI (Colette),  Décoloniser l’histoire ? De l’histoire coloniale aux histoires nationales en Afrique et en Amérique Latine XIXème XXème siècle, Paris, Société française d’Outre-mer, 2003, pages 39-58 ;

THOMAS (Jacqueline, M-C), BEHAGHEL (Anne), La linguistique africaniste française, en France et en Afrique : le point de la question en 1880, Peteers Publishers, 1980, 114 pages ;

WALLON (Henri), «Notice sur la vie et les travaux du général Louis-Léon-César Faidherbe, grand chancelier de la légion d’honneur, membre de l’académie des inscriptions et des belles-lettres», Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1892, 36ème année, n°6, pages 444-480.

Paris, 1er février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Louis-Léon-César FAIDHERBE, colonial et africaniste.
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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 20:34

«En une époque où la poésie hésite entre une tradition qui s’essouffle et une avant-garde qui se cherche, Aragon était sans conteste le premier des poètes français. Le plus éclatant.  Le plus populaire. Le plus habile et le plus déchirant. Le plus connu en France et dans le monde entier (..). Brillant, hautain, toujours mobile, provocant, il était capable de tout : du meilleur et du pire» écrit Jean d’ORMESSON. Depuis sa disparition le 24 décembre 1982, Louis ARAGON n’a pas connu le purgatoire dans lequel plongent certains écrivains célèbres après leur mort. En effet, depuis lors on n’a pas compté les rééditions de ses œuvres. Ce plus grand poète français du XXème siècle, prolifique et riche reste à découvrir ou à redécouvrir si l’on veut accéder à la vérité d’une œuvre inscrite dans l’histoire et qui ne peut se comprendre que par cette référence à l’histoire. Louis ARAGON est un poète, romancier, journaliste et essayiste français, surréaliste, communiste, militant révolutionnaire, résistant aussi, héraut de l'internationalisme prolétarien et du patriotisme, blessé, engagé dans toutes les grandes batailles de ce siècle batailleur. «Ce qui frappe d'abord chez Aragon, c'est la diversité de ses dons. Il est journaliste, il est romancier, il est poète, il est essayiste, il est critique d'art et polémiste. Et dans chacun de ces genres, dont un seul suffirait à assurer une durable célébrité, il excelle. Aragon est un créateur aux multiples visages et à la facilité déconcertante. Il ne s'exerce pas seulement dans des genres différents. Il épouse tour à tour toutes les passions du siècle. Comme un Picasso, comme un Chaplin, comme un Einstein, il incarne son époque. Il se confond avec elle. Il la traduit et il la marque» écrit Jean d’ORMESSON. «Je ne suis ni les règles du roman ni la marche du poème. Je pratique tout éveillé la confusion des genres» écrit ARAGON. «La plupart des écrivains considèrent le journalisme comme un obstacle à leur art, ses obligations comme desséchantes pour leur génie. Moi, je dois tout à ce stage aux travaux forcés» dit ARAGON. C’est un auteur qui nous a hypnotisés par la magie du style, par l’intelligence des formes, par la tempête des passions, et Bernard PIVOT a monté la richesse de sa contribution pour l’éclat de la langue française.

Révolté contre le colonialisme et révulsé par la guerre du Rif (1920-1926), menée au Maroc par Mohamed Ben Abdelkrim AL KHATTABI (1882-1963), Louis ARAGON est également connu pour son adhésion au Parti communiste français à partir du 6 janvier 1927 jusqu’à sa mort : «C’est aux premiers jours de l’an vingt-sept que, sans en avoir consulté personne, que j’ai donné mon adhésion au Parti communiste français» dit-il. Si ARAGON a pu traverser tous les courants de son temps sans jamais se laisser submerger, s'il a dominé nombre de ses contemporains en littérature, «c'est que les mots, pour lui, étaient plus que de simples outils de travail, plus que des occasions de jeu. C'est que les mots, les siens, touchent l'essentiel du monde des hommes, ils ont le pouvoir de révéler ces vérités cachées que le poète seul entrevoit et à qui il peut, seul, donner un langage» dira Pierre MAUROY aux obsèques du 28 décembre 1982. ARAGON a défendu le réalisme socialiste : «Retracer les étapes de la découverte du monde réel et du déchiffrement de la vie par Aragon, le passage de l'individualisme anarchique et des ambitions surréelles, à l'insertion militante et efficace dans le monde réel, avec ses responsabilités et ses solidarités, ce cheminement exemplaire d'Aragon, peut éviter à la jeunesse actuelle de refaire tout le chemin avec tous ses détours. (..) en découvrant le "sens" de l'itinéraire d'Aragon, ils peuvent découvrir celui de leur propre vie» écrit Roger GARAUDY. En sa qualité d’intellectuel officiel du Parti communiste, ARAGON a liquidé, progressivement, ses concurrents (Henri BARBUSSE, Roger GARAUDY, Louis ALTHUSSER, Aimé CESAIRE). Tacticien, et d’une grande finesse, ARAGON a survécu aux différentes batailles internes du PCF, à la crise du communisme soviétique et aux attaques de ses adversaires politiques. Si certains critiques littéraires, pour des raisons purement idéologiques, ont descendu et ostracisé Louis ARAGON, d’autres ont reconnu ses talents littéraires, son génie : «Aragon appartient aujourd'hui à notre patrimoine commun» écrit Jean d’ORMESSON.

Progéniture de l’automne, enfant de la Belle époque, né le 3 octobre 1897, à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris, Louis ARAGON est le fils naturel de Louis ANDRIEUX (1840-1931), ambassadeur en Espagne, préfet de police, député, avocat, homme politique, procureur de la République, et de Marguerite TOUCAS-MASSILLON (1873-1943), son œuvre porte, en filigrane, la secrète blessure de n’avoir pas été reconnu par son père. En effet, Louis ANDRIEUX, de 33 ans plus âgé que sa mère, afin de préserver l’honneur de sa famille et de son amante, le fait passer pour le fils adoptif de sa mère et devient son parrain. ARAGON doit vivre son enfance dans un monde de fiction destiné à sauver les apparences d'une mère sans époux, le mensonge, le jeu et le trucage font partie de son enfance. Dans son ouvrage autobiographique, le «mentir-vrai», ARAGON écrit : «mon père est marié, il faut le dire avec une vieille dame que je ne connais pas. Alors, il n’habite pas avec nous. J’appelle, publiquement, mon père mon tuteur, et maman Marthe ; il est convenu que pour les autres je suis un enfant adoptif de grand-mère. Ma mère s’appelle Blanche et elle est morte, son mari est parti pour l’Espagne ou l’Amérique du Sud». «Je me méfie de la mémoire. Elle fabrique à foison de faux souvenirs que l’on prend pour des vrais» dit-il. Le grand-père maternel, Ferdinand TOUCAS (1897), quitte sa femme, Claire MASSILLON et ses quatre enfants, en 1899, pour Alger, puis pour la Turquie, où il s’établit en dirigeant des cercles de jeux. ARAGON écrira, en 1965, les «Voyageurs de l’Impériale», un roman inspiré de l’histoire de son grand-père. Pour vivre, la famille tient une pension. C’est un lieu plein de croisements et de rêves, il lit notamment Dickens, Tolstoï et Gorki. Fréquentant la librairie Adrienne Monnier, il découvre Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé et Rimbaud. «Toute sa vie, Louis Aragon n’eut de cesse de reconstruire sa jeunesse», souligne Pierre DAIX. Louis ARAGON s'est beaucoup raconté, en prose et en vers ; il n'a cessé d'appliquer avec virtuosité le principe du «mentir-vrai» à sa vie riche déjà de tant d'énigmes et de paradoxes : enfant illégitime à qui le secret de ses origines fut longtemps caché ; antimilitariste décoré de la Grande Guerre, puis médaillé de la Résistance ; dandy dadaïste devenu militant discipliné du parti de Staline et de Thorez ; poète surréaliste converti au réalisme socialiste ; homme à femmes – et quelles femmes ! – métamorphosé en chantre de l'amour conjugal, avant de découvrir sur le tard le goût des garçons. Tous ces personnages différents n'en font qu'un seul dont l'itinéraire littéraire, intellectuel et politique transcrit le génie et le chaos du siècle. Dans le mentir-vrai, «la réalité n’existe jamais que sous la forme que lui prête la légende. Et la légende ne prend forme qu’en raison de la réalité qu’elle réinvente et à partir de laquelle elle fabrique ses fables» écrit Philippe FOREST, dans son «Aragon».

«J’admire beaucoup Aragon, mais dans ce temps-là, il était peut-être un peu trop intellectuel pour mon goût. Je me souviens toujours que, m’ayant accompagné un jour jusque chez moi, il m’entretint tout le long du trajet de Racine. Et il avait douze ans !» dit Henri de MONTHERLANT (1895-1972), un camarade de classe à Neuilly. Après une brillante scolarité, Louis ARAGON entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il est affecté au Val-de-Grâce où il rencontre André BRETON (1896-1966). Tous deux admirent Mallarmé, Rimbaud et Apollinaire.

Jeune et dandy dans le quartier voluptueux de Montmartre à Paris, ARAGON avoue découvrir cette fureur du corps, ces dérèglements de l’esprit, ce vagabondage des sens : «une pensée unique me possédait à chaque souffle. Je lui sacrifiai tout, je lui soumis toutes mes velléités. La sensualité s’était pour toujours emparée de ma vie. (..) J’étais en proie à tout moi-même. (..) Le désir de l’amour prépare l’amour et l’engendre», dit-il dans «le cahier noir» du mentir-vrai. Dans sa jeunesse, ARAGON a toujours confondu l’amour et le plaisir, il était l’amant des femmes de petite vertu : «J’ai eu besoin de ces femmes comme pas un. J’ai passé ma jeunesse au milieu de vos pas. Je vous ai parlées, je vous ai suivies, je vous ai touchées, je vous ai laissées. J’ai aimé les putains parce qu’elles étaient des putains avant d’être des femmes. J’ai adoré les pires d’entre elles, celles qui font frémir dans les livres, et qui font frissonner de plaisir dans les lits » dit-il dans le «Mauvais plaisant», un extrait du mentir-vrai. «Je suis le prisonnier des choses interdites» dit-il. Par ailleurs, ARAGON a éprouvé une passion amoureuse, notamment pour aristocrate anglaise d’origine américaine, Eyre de LANUX (1894-1996), une maîtresse de DRIEUX La ROCHELLE, et pour Denise LEVY, née KAHN (1896-1969), la cousine de l’épouse d’André BRETON et épouse de Georges LEVY, puis de Pierre NAVILLE, c’est la Bérénice d’Aurélien. Denise est au cœur des réseaux littéraires surréalistes. «Si je ferme les yeux, je me souviens des vôtres» dira t-il. ARAGON aura eu une relation amoureuse de 1926 à 1928,  avec Nancy CUNARD (1896-1965), héritière de la compagnie maritime britannique. Cet amour lui a ouvert la route dérobée du pays émerveillé qui se tient au-delà du miroir : «J’ai toujours eu de la peine à m’imaginer qu’en si peu de temps, il ait pu se passer tant de choses» dit-il. ARAGON tente de se suicider à Venise, quand Nancy l’abandonne pour Henry CROWDER, un pianiste noir, d’un orchestre de jazz. C'est que Nancy CUNARD, décrite dans le «Con d’Irène» n'était pas femme «à transiger avec son désir». Toute sa vie, elle n'a transigé sur rien.  Les parents d’ARAGON pensaient le marier pour le stabiliser : «Un propre à rien, il faut qu’on le marie. J’avais donc assisté muet à la révision de toutes les femmes que mon père pensait me donner. Pour Blanche, il l’avait nommée, l’éliminant, elle est déjà prise» dit-il. ARAGON a sa conception de l’amour : «L’amour est un bien abstrait qui nie tout ce qui n’est pas lui-même. L’amour est un grand soleil» dit-il.

Parti pour le front des Ardennes en juin 1918, ARAGON en revient décoré de la croix de guerre. Anarchiste au départ, puis dadaïste, ARAGON devient l’un des chefs de file de l’avant-garde littéraire. Il abandonne vite le dadaïsme : «il suffit à Tzara de montrer son visage un peu puéril pour que la légende s’écroula» dit-il. Avec André BRETON (1896-1966), Paul ELUARD (1895-1952) et Philippe SOUPAULT (1897-1990), il crée la revue «Littérature», et fut l’un des animateurs du surréalisme qu’il qualifie de «fils de la frénésie et de l’ombre» dans «le paysan de Paris» ; Il publie, en 1919, «Feu de joie, en 1921 «Anicet ou le panorama», en 1924 un «vague de rêve», et en 1926, le «Mouvement perpétuel». Désormais, ARAGON se consacre à l'écriture et abandonne la médecine : «Travailler m’a toujours ennuyé. Mais c’est vers quatorze ans que j’ai compris que je n’étais pas fait pour ça» dit-il dans le «Cahier noir», un extrait du mentir-vrai. Il dira, à propos de son ambition littéraire, «Les mots m’ont pris la main». Jacques DOUCET (1853-1929), un célèbre couturier, sera son mécène, et il rejoindra aussi la N.R.F. qui le financera.

La césure essentielle de la vie d’ARAGON est la rencontre, à la Coupole, le 6 novembre 1928, avec Elsa KAGAN, épouse TRIOLET (12 septembre 1896 - 16 juin 1970), écrivaine et belle-sœur de Vladimir MAIAKOVSKI (1893-1930). «Elsa surgit dans ma vie au cœur des désordres qui suivirent l’attentat que j’avais commis contre moi-même» dit-il. Elsa est, suivant André THIRION, «une petite femme rousse, au corsage plein, à la peau de lait, ni belle, ni laide, son visage avait une expression sérieuse et pas commode». «J’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant» dit-il dans le «Roman inachevé». Ils se marient le 28 février 1939, et Elsa lui «sauva la vie en lui redonnant sens». Ici commence la vie nouvelle ; femme exceptionnelle, Elsa apaise toutes les autres blessures du cœur d’ARAGON : «Ma vie en vérité commence le jour où je t’ai rencontrée, toi dont les bras ont su barrer sa route atroce à ma démence. (…) Je suis né vraiment de ta lèvre, ma vie est à partir de toi» dit-il à Elsa, dans le «Roman inachevé». La poésie d’ARAGON est largement inspirée  par l’amour qu’il voue à sa muse, Elsa : «Je suis plein du silence assourdissant d'aimer»  dit ARAGON. Ensemble, ils voyagent en URSS et représentent les surréalistes lors du congrès des écrivains révolutionnaires de Kharkov en 1930, et en profite pour renforcer sa position au PCF. ARAGON qui a effectué de nombreux voyages en URSS, connaissait bien de l’intérieur le communisme. Mais il n’a pas parlé des crimes et des purges staliniennes ayant touché des juifs, des intellectuels, et même des proches d’Elsa ; hélas, ceux qui savent, souvent, ne parlent pas ! En revanche, il écrira dans «Hourra L’Oural», «Et gloire aux Bolchéviks», en dépit des purges staliniennes. Après l’affaire du poème «Front rouge», ARAGON opère une mise au point dans «L’Humanité» qui entraînera la rupture définitive avec André BRETON. Il se lance dans le militantisme, le cycle du Monde réel, et se consacre parallèlement à l’écriture romanesque (Les Cloches de Bâle, 1934 ; Les Beaux Quartiers, 1936) et journalistique (L’Humanité, secrétaire général de la revue Commune, puis rédacteur en chef du quotidien Ce soir en 1937).

La déroute de la France conduit Louis ARAGON jusqu’à Périgueux. Capturé, il parvient à s’échapper, se réfugie en zone libre et rencontre, en 1940, Pierre SEGHERS et, en 1941, Henri MATISSE. ARAGON utilise ses romans pour illustrer le réalisme socialiste et prône l’avènement du communisme (Aurélien, 1944 ; Les Communistes, 1949-1951), et participe à la Résistance en créant avec Elsa TRIOLET le Comité national des écrivains pour la zone Sud et le journal «La Drôme en armes». Il s’engage aussi par ses poèmes, publiés dans la clandestinité, dans lesquels l’amour de la femme rejoint l’amour de la patrie : Le Musée Grévin, La Diane française, Le  Crève-cœur, Les Yeux d’Elsa. ARAGON est le première à dénoncer les camps de concertation, mais il n’a pas été entendu : «Moi, si je veux parler, c’est afin que la haine, ait le tambour des sons pour scander ses leçons, aux confins de Pologne, existe une géhenne dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! Ici l’on vit, ici l’on meurt à petit feu. On appelle cela l’extermination lente» écrit-il dans son poème Auschwitz du 6 octobre 1943. De nos jours, les immigrés occupent, désormais, la place des Juifs de la Seconde guerre mondiale ; la stigmatisation permanente des «Non-souchiens», par une certaine France, vivant dans la peur et recroquevillée dans un passé fantasmé, prépare des rafles, dignes du Vélodrome d’Hiver, dans l’indifférence presque totale. On a perdu la capacité d’indignation.

ARAGON fonde «Les Lettres françaises» (1942-1972) que l’U.R.S.S refusera de ne plus financer après sa condamnation de l’intervention en Tchécoslovaquie. En 1968, «Les chambres» est un recueil de poèmes «explicitement dédié» à Elsa, qui devait mourir le 16 juin 1970 : «Parce que tout passe, mais non le temps d'avoir aimé, d'aimer encore, jusqu'à ce souffle dernier, bientôt, ce dernier mot proche et terrible». Evoquant ce recueil, ARAGON disait : «C'est le dernier cadeau que j'ai fait à Elsa, histoire d'avouer que tout entre nous n'a pas été si ensoleillé qu'on se plaisait, qu'on se plaît à le croire, qu'il y a eu entre nous des journées comme celle-là par exemple où je t'avais perdue, dont il est question dans «Les Chambres».  Cette phrase tourne sur elle-même. «Ainsi la vie, et la mémoire». Anéanti par la disparition d’Elsa TRIOLET, il décide de léguer au CNRS ses archives personnelles ainsi que celles d’Elsa. Curieusement,  après le décès de son épouse et sa muse tant célébrée avec une poésie envoûtante, ARAGON affiche ses préférences homosexuelles, que DRIEU La ROCHELLE avait évoquées dès les années 1930, dans «Gilles». Il assume  «La pédérastie me paraît, au même titre que les autres habitudes sexuelles, une habitude sexuelle. Cela ne comporte de ma part aucune condamnation morale» écrit ARAGON. «C’est le seul homme capable d’assister à une réunion du Comité Central du PCF en smoking rose» écrit Roger NIMIER. Il croyait avoir raté sa vie : «Ma vie, cette vie dont je sais bien le goût amer qu’elle m’a laissé, cette vie à la fin des fins qu’on ne m’en casse plus les oreilles, qu’on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu’on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j’ai perdu. Que j’ai gâché de fond en comble» écrit ARAGON. Il meurt le 24 décembre 1982, veillé par son ami Jean RISTAT. A défaut de funérailles nationales, le P.C.F organise une cérémonie le 28 décembre 1982, à la Place du Colonel Fabien, à Paris, en présence de Pierre MAUROY, premier ministre. ARAGON est inhumé dans le Parc du Moulin de Villeneuve, dans sa propriété de Saint-Arnoult-en-Yvelines, aux côtés de son épouse, Elsa TRIOLET.

 

I – Louis ARAGON, un romancier du monde réel

 

«L’homme ne peut rien créer, n’a jamais rien créé qui ne prenne pied dans la réalité» dit-il. ARAGON a été mobilisé dans deux guerres mondiales. Par conséquent, se pencher sur le cycle du monde réel de Louis ARAGON, c’est remonter le temps, revenir à ce monde qui mourra dans les tranchées de 1914, assister à la naissance d’une nouvelle société qui, elle, perdra son âme dans les camps de la mort. «Tous les romans du Monde réel ont pour perspective ou pour fin l’apocalypse moderne, la guerre», constate ARAGON dans «Je n’ai jamais appris à écrire ou Les Incipit». Pour Louis ARAGON, «L’artiste ne doit pas se consacrer à la satisfaction des intérêts matérialistes les plus bas, mais doit exalter les sphères supérieures vers lesquelles l’individu doit s’élever pour le plus grand profit de la communauté nationale» dit-il dans «La souris rouge», un texte du «mentir-vrai».

1 – Les Cloches de Bâle (1934)

Le cycle du monde réel voit le jour avec «Les Cloches de Bâle». «C’est là que tout a commencé» écrit ARAGON dans la préface de son roman inaugural du  cycle du Monde réel, «le réalisme socialiste». En rupture avec le surréalisme, ARAGON va construire une grande suite de romans qui englobent la fin du XIXème siècle, l’érection de la Tour Eiffel à Paris, jusqu’en juin 1940 et la Capitulation de la France. Sur fond de l’affaire Stavisky, avec un humour corrosif, dans les «Cloches de Bâle», l’héroïne du roman, Diane de NETTENCOURT, issue d’une famille de châtelains désargentés, est une jeune femme belle et entretenue. L’argent est le leitmotiv de cette société ; elle couche avec qui elle veut, et poursuit sa carrière aux dépends des hommes. Diane finit par épouser un usurier qui émarge à la police et qui est financé par Wisner, mais dont elle se séparera. Catherine SIMONIDZE, une jeune géorgienne vivant à Paris, collectionne les amants mais s’interdit l’amour : «Elle haïssait les hommes, et elle aimait leur amour». Catherine estime que la vie est une absurdité, l’ennui, la tuberculose, le bruit des bombes ; tout la déprime et la révolte dans la société ; elle a entrevu l’art agonisant de Georges BATAILLE (1897-1962, écrivain). Dégoûtée du monde, elle se penche sur le parapet du Pont Mirabeau. Mais le suicide est-il une solution ? On n’est pas seul au monde. En intellectuelle révoltée, le sens de la vie, pour Catherine, va changer quand elle rencontre le prolétariat. Devoir travailler pour vivre. A l’occasion de la grève des taxis, elle découvre la solidarité entre grévistes, la violence de la police et de l’armée. «Le mal n’est pas en moi, mais dans ce monde auquel j’appartiens, qui tourne et qui m’entraîne» dira l’écrivain qui sauve Catherine d’une rafle, un artiste d’un monde condamné. Catherine est liée à Victor, un militant social et syndical qui l’empêche de se suicider. Catherine est tentée par le mouvement anarchiste : «Avec Bonnot, en France, agonise l’anarchie». L'intérêt du roman réside dans son style éblouissant, dans la description satirique de certains milieux bourgeois et dans la peinture des motifs qui poussent Catherine à s'engager dans le mouvement socialiste, et elle sera expulsée de France. Au congrès de Bâle de 1912, les Socialistes ont l’illusion d’arrêter la menace de la Première guerre mondiale. ARAGON évoque la figure de Clara ZETKIN (1857-1933), une marxiste allemande qui a échappé à un assassinat. C’est un hymne à la Femme : «La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai» écrit ARAGON. «C’est un bonheur d’aimer une morte, on en fait ce qu’on veut» dira ARAGON.

 

Ce roman inaugure une analyse critique de la France bourgeoise de 1890 à 1940, ainsi qu'une remontée aux années de l'enfance. On admire que pour éclairer celle-ci,  Louis ARAGON ait éprouvé le besoin de reconstituer, dans le détail de ses rouages, un monde de cette ampleur. Car si le surréalisme est désormais critiqué comme stade idéaliste, voire solipsiste, de l'écriture, l'auteur ne le quitte au profit du «réel» qu'afin de mieux s'expliquer les destinées individuelles et les mécanismes de classe de la pensée. L'enchaînement dans le même roman de l’histoire de Diane, de Catherine et de Clara ne figure-t-il pas, par la voie des femmes et sans didactisme excessif, les trois époques que lui-même a successivement traversées : la fascination pour le grand ou le demi-monde, la révolte anarchiste, l’engagement responsable enfin, qui sait rallier l'organisation et les buts de la classe ouvrière. 

Dans sa magistrale préface, Louis ARAGON justifie ainsi l’écriture des «Cloches de Bâle» : «Je n'ai pas mémoire de comment je sortis de la forêt. J'en puis donner idée, raconter ces années, les épisodes, les voyages, les colères, les querelles, les ruptures : tout cela, c'est l'anecdote. Ce qu'il faudrait patiemment retrouver en moi, c'est le cheminement profond, le dessin qui se reforme quand l'eau cesse d'être agitée où l'homme se mire». Il précise encore dans sa préface ce qu’il a voulu dire : «C'était une quête à tâtons de moi-même. J'ignorais encore le commun dénominateur de ces écrits disparates. Un jour vint que j'osai penser le nom de la chose : et j'écrivis le mot réalisme. (…) Quand se brisèrent les liens entre les surréalistes et moi, je l'ignorais, c'était en moi le réalisme qui revendiquait ses droits. (…) Tout roman n'est pas réaliste. Mais tout roman fait appel en la croyance du monde tel qu'il est, même pour s'y opposer. Il y aura toujours des romans parce que la vie des hommes changera toujours, et qu'elle exigera donc des hommes à venir qu'ils s'expliquent ces changements, car c'est une nécessité impérieuse pour l'homme de faire le point dans un monde toujours variant, de comprendre la loi de cette variation: au moins, s'il veut demeurer l'être humain, dont il a, au fur et à mesure que sa condition se complique, une idée toujours plus haute et plus complexe». ARAGON d’ajouter : «L'extraordinaire du roman, c'est que pour comprendre le réel objectif, il invente d'inventer. Ce qui est menti dans le roman libère l'écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité. Ce qui est menti dans le roman est l'ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière. Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité. On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l'épouvante des ignorantins dans le domaine propre au romancier». Ce roman comporte une part autobiographique : «C'était un monde, un monde pour une grande part aboli, où j'étais né, j'avais grandi, dont je voulais te communiquer connaissance. Vous ne sauriez pas qu'en réalité ce roman a été une conversation avec Elsa, un plaidoyer pour moi devant Elsa, une justification de l'homme et de l'écrivain devant la femme qu'il aimait, qu'il aime, et devant laquelle il n'a jamais cessé d'éprouver le besoin de cette justification perpétuelle». 

Les milieux conservateurs ont tiré, sans retenue, sur ce roman : «Était-ce enfin là ce grand roman qui nous dépeindrait le monde d'aujourd'hui ? La société ? Serait-ce notre Balzac ? Les premières cent pages du livre le laissaient croire, désespérante, mais hardie et vivante fresque d'une débordante pourriture que, de-ci, de-là l'ardeur bolcheviste d'Aragon l'ait poussé à noircir peut-être, mais à peine. Et puis ces impostures, ces fausses amours, ces courses à l'argent, dont le répugnant prenait de la grandeur parce qu'il apparaissait vrai, tout cela retombe à un fade reportage de grande information sentimentale de gauche, sur une histoire de grève sans intérêt», écrit Jean GAUCHERON. Cependant, la critique littéraire est restée, globalement, favorable aux «Cloches de Bâle» : «Ce roman a, entre autres mérites, celui d'indiquer dans sa composition même, que le problème préconçu, si souvent posé par les écrivains d'une contradiction prétendue entre l'individuel et le social, a depuis longtemps trouvé sa solution.Ce livre n'est pas plus la description passive de certains aspects du monde actuel, (..) mais un roman qui peint à travers les individus leurs classes, à travers l'action, la lutte de ces classes, et qui fait ainsi entrevoir, par sa peinture de la réalité d'hier, la réalité socialiste de demain» écrira Georges SADOUL. «Lorsqu'il parle de réalisme, Aragon se réfère à cette tradition romanesque qui va de Balzac à Charles Dickens, de Flaubert à Thomas Hardy. Le réalisme est une machine inventée par l'homme pour l'appréhension du réel dans sa complexité», écrit Eduardo MANET.

2 – Les Beaux Quartiers (1936)

Prix Renaudot de 1936, ce deuxième roman du cycle du monde réel, approfondit l’esthétique ainsi que l’analyse de la société ; une multitude de personnages s’y rencontrent et s’y affrontent. C’est l'histoire de deux frères, Edmond et Armand Barbentane. Le premier devra sa fortune à l'abandon qu'un homme riche lui fait de sa maîtresse. Armand, lui, abandonnant les siens, est devenu ouvrier dans une usine de Levallois-Perret : son avenir s'en trouvera changé. Dans la préface des «Beaux Quartiers», ARAGON nous donne une grille de lecture : «Les Beaux Quartiers sont nés du double sentiment que j’avais, touchant Les Cloches de Bâle : comme d’un livre sans construction d’une part, insatisfaisant à l’esprit par là même, mais surtout d’un récit étroitement parisien. Un besoin d’ouvrir les fenêtres, de laisser entrer l’air d’ailleurs, d’apercevoir le paysage des provinces, le pays».

 

La première partie se déroule dans la petite ville imaginaire de Sérianne, en 1912, au pied des pré-Alpes du Sud. Sérianne proche de Toulon, région d’origine de la famille maternelle d’ARAGON, possède des traits varois, également et des bas-alpins. ARAGON dépeint l’atmosphère de ce roman fait de brutalité et de chaleur : «Dans une petite ville française, une rivière se meurt de chaud au-dessus d’un boulevard, où, vers le soir, des hommes jouent aux boules, et le cochonnet valse aux coups habiles d’un conscrit portant à sa casquette le diplôme illustré, plié en triangle, que vendaient à la porte de la mairie des forains bruns et autoritaires» dit-il. Le maire de la commune bientôt conseiller général, le docteur Philippe Barbentane, radical, libre-penseur, un franc-maçon, a deux fils, Edmond qui se destine à la médecine et Armand que sa mère verrait bien dans un habit de religieux, à l’opposé des convictions de son mari. C’est la lecture de Barrès qui conduit Armand à la sensualité et à l’abandon de la religion. «Barrès justifiait en lui la montée d’une sensualité qui ne se connaissait guère, et catholique par son départ, sa pensée courait à l’apostasie» écrit ARAGON. Armand, en rupture avec son milieu, se tourne vers un adversaire politique de son père, le socialiste Vinet. Différents personnages fourmillent : ceux qui fréquentent le bordel, une noblesse décadente, Les Lomélie de Méjouls, une bourgeoisie, propriétaire d’une chocolaterie qui empeste l’air, un marchand méchant veule qui abuse de sa servante, la femme du percepteur un peu volage, des immigrés italiens, vivant en marge de la ville qui se révoltent. La campagne électorale et la grève, les affrontements avec la milice d’extrême-droite se terminent par la mort d’un ouvrier. Edmond est envoyé à Paris faire sa médecine, Armand au lycée d’Aix. Ville de province, à la vieille de la première guerre mondiale, il évoque le pourrissement d’une société de domination et de violence : «Une odeur douce et pénétrante comme la gangrène sur les champs de bataille. Sérianne-le-Vieux, chef-lieu de canton» écrira ARAGON. Il dénonce la volupté, les drames, l’hypocrisie, la lâcheté de cette ville qui cuit sous le soleil et s’amuse.

 

La deuxième partie se déroule à Paris, avec ses beaux quartiers. Edmond devient l’amant de la femme du patron de l’hôpital ; il est ainsi introduit dans la haute société parisienne. «Le professeur Beurdeley habitait une maison du quai Conti qui donna le vertige du luxe à son externe» écrit ARAGON. Dans ce milieu, Edmond rencontre la grande actrice Réjane et le couturier Charles Roussel pilotis du couturier et mécène, Jacques Doucet, qu’Aragon ne ménage pas. Edmond, ébloui par ce monde, est en même temps conscient de sa dangerosité et de sa pourriture, travaille, comme un dérivatif, sa médecine d’arrache-pied ; il souhaite, en fait, échapper à l’emprise de sa famille. Sa personnalité, plus complexe que celle d’Armand, est partagée entre l’ambition et la paresse. Armand, surpris avec la lingère du lycée, est mis à la porte de son établissement. Il se rend à Paris, découvre le monde de la rue, de la misère. Edmond ne veut pas s’encombrer de ce frère indigent. 

 

Une troisième partie : «Passage Club», un cercle de jeu parisien où Edmond se laisse entraîner par sa nouvelle maîtresse, la belle Carlotta. Victime d’un coup monté par son ancienne maîtresse, il se retrouve suspecté de son assassinat. Si «Les Beaux Quartiers» est un livre sur une vision réaliste des années qui ont préludé à la 1ère guerre mondiale, on oublie généralement que c’est aussi un roman d’amour. Quant à Armand, embauché par l’intermédiaire de son pays Adrien dans l’usine de Wisner à Levallois, il finit par se rend compte qu’il est un briseur de grève, pour un mouvement d’extrême-droite «Pro Patria», un jaune, et décide de rejoindre le camp des grévistes. «Armand regardait les ouvriers, les ouvrières rassemblés, avec des yeux neufs. Ceux-là, ce seraient ses compagnons, ses amis. D’avoir crevé la faim, il se sentait leur frère» dit ARAGON. La grève sera perdue, mais la défaite est le point de départ de nouvelles luttes et de nouvelles espérances. «Camarades, dit-il, camarades, vous voyez bien qu’il ne faut jamais désespérer !», conclut le roman dans le sens d’un combat jamais terminé.

3 – Les Voyageurs de l’Impériale (1942)

Troisième roman du monde réel, ARAGON en écrivit l'essentiel entre octobre 1938 et août 1939, et les dernières cent pages dans l'ambassade du Chili à Paris où, menacés par des extrémistes de droite, lui et Elsa Triolet avaient trouvé refuge. La fin du roman porte la date «Paris, 31 août 1939». Avec la censure de Vichy, le livre a été imprimé tardivement en France, en 1942.

Le personnage principal, Pierre Mercadier, a été son propre grand-père maternel «Ce livre est l’histoire imaginaire de mon grand-père maternel. Dans la réalité, je l’ai vu quelques minutes, à la gare de Lyon. J’avais dix-sept ans» écrit ARAGON, dans la préface. Dans le roman, le héros est professeur d'histoire et de géographie dans l'enseignement secondaire et marié à Paulette d'Ambérieux, une femme assez sotte issue de la petite noblesse, dont le père fut préfet de police. Il est intéressé, voire fasciné par le phénomène de l'argent, aimant le jeu pour le jeu, Pierre joue à la bourse où il perd, notamment dans le cadre du scandale du Panama, une partie de sa fortune, ce qui ne l'oblige pourtant pas à réduire son style de vie. Après une déception amoureuse avec une femme d’un industriel, un jour de novembre 1897, il vend tous ses titres boursiers, quitte sa famille et sa profession, comme l'avait fait le propre grand-père maternel d'Aragon, Fernand de Biglione, abandonne sa famille, et disparaît sans laisser d'adresse. Pierre Mercadier représente le type de l'homme profondément solitaire et qui cherche l'isolement : «il traverse le monde sans s'y mêler». Aussi, ARAGON a, dans la préface de 1965, placé son roman sous le signe de la «liquidation de l’individualisme», de «la condamnation de l’individualisme par l’exemple», Pierre Mercadier étant désigné comme «le dernier individualiste», un individualiste «forcené». Les thèmes du roman sont la responsabilité et l'irresponsabilité de l'homme et du citoyen, le goût de la solitude, le rejet des liens sociaux traditionnels, le «parasitisme» social, l'amour et la sexualité, la déception et le jeu, l'enfance et la jeunesse, la «Midlife Crisis» et la tragédie du vieillissement, le mourir et la mort. Devant cette tragédie humaine, ARAGON ne flétrit pas la «décadence de la société bourgeoise»,  mais certains penchants dangereux de la nature humaine. En effet, ARAGON ne distingue pas deux classes sociales, mais deux catégories d'êtres humains : les ignorants et ceux qui savent, ceux qui traversent l'existence d'une manière passive, se laissant tout simplement porter par la société, et, d'autre part, ceux qui agissent activement sur la société avec l'intention de la modeler, de la transformer, de la pervertir d'après leur propre vision.

4 – Aurélien, (1944)

«La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation» écrit Louis ARAGON. «Aurélien», un roman d’amour sur fond de guerre, se situe au sortir de la Première guerre mondiale, pour nous montrer les ravages de l’après-guerre et les tourments de l’indicible. Aurélien Leurtillois,  un ancien combattant, jamais vraiment remis des années passées au front, mène, dans le Paris des années 1920, l'existence oisive d'un jeune rentier célibataire et séducteur : garçonnière dans l'île Saint-Louis, nuits blanches au «Lulli's Bar», soirées mondaines et liaisons sans lendemain. Spectateur désengagé de sa propre vie, il attend, sans conviction, de découvrir enfin l'objet d'une passion et cet objet sera Bérénice une jeune épouse d'un pharmacien de province, est venue passer quelques jours dans la capitale chez sa cousine Blanchette, fille du magnat des taxis. Leur rencontre est le contraire même du coup de foudre. Un processus de cristallisation est, néanmoins à l'œuvre qui fait en quelques jours d'Aurélien, homme à femmes blasé, un être bouleversé par la force d'une passion inédite.

Bérénice recherche la compagnie d'Aurélien mais, trop éprise d'absolu, ne répond jamais à ses avances. Un soir pourtant, elle se rend chez lui, mais il est absent. Au petit matin, il revient du Lulli's Bar. Elle comprend qu'il a passé la nuit avec une autre femme et s'enfuit. Aurélien la retrouve sans le vouloir alors qu'elle se cache près de Giverny avec un amant de hasard, Paul Denis, qu'elle quitte bientôt pour regagner sa province. Bérénice disparue, tout s'écroule. Paul Denis est tué dans une rixe ; Blanchette divorce d'avec Edmond Barbentane qui fait faillite et entraîne Aurélien dans sa ruine. Privé de ressources, celui-ci se résout à travailler dans l'usine de son beau-frère et abandonne sa vie de bohème. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Aurélien, de nouveau officier, se replie dans un village qui n'est autre que celui de Bérénice. Là, il retrouve d'abord le mari de celle-ci qui lui confie : «Vous avez été toute sa vie», puis Bérénice, à qui il avoue : «Vous avez été ce qu'il y a de meilleur, de plus profond dans ma vie» Peu après, dans la voiture qui les emmène, une rafale de mitraillette allemande atteint mortellement Bérénice.

5 – Les Communistes  (1949-1951)

Dernier épisode du monde réel, le roman, «Les Communsites», raconte le début de la seconde guerre mondiale en France du printemps 1939 à la défaite de juin 1940. «Nous pensions que parler de la guerre, fût-ce pour la maudire, c’était encore lui faire de la réclame. Notre silence nous semblait un moyen de rayer la guerre, de l’enrayer» avait dit ARAGON. C’est l’œuvre la plus significative du réalisme français ; ARAGON s’exprime, en militant, sans ambiguïté ; il veut organiser une nouvelle résistance contre la bourgeoisie ; il valorise ce parti des fusillés «Le roman doit aussi être un outil à transformer le monde qu'il décrit, et on ne peut rien transformer sans l'enthousiasme» dit-il. En effet, dans ce roman, ARAGON s’engage dans un autre conflit, non résolu au moment de son écriture : une guerre idéologique, qui oppose les communistes à tous les autres : la «guerre froide» en toile de fond, le Plan Marshall, le bellicisme américain, le réarmement de l’Allemagne, ratification du Pacte atlantique, crispation de la situation intérieure (en 1947, exclusion du PCF du gouvernement, répression dure de grèves). Le projet initial d'ARAGON était de raconter l'ensemble de la seconde guerre mondiale, mais il abandonna. Le récit couvre d'abord, La drôle de guerre en insistant sur la répression anticommuniste. C'est bien des «communistes» qu'il s'agit, et non du communisme ; ARAGON a pour ambition de provoquer la «formation de la conscience dans l'homme dans ses rapports avec les autres, que pour simplifier on appelle la politique». ARAGON doit donc réécrire l’histoire et défendre les Communistes contre les calomnies. Dans un monde bipolaire, où s’affrontent des rivalités idéologiques, les bases de la lutte des classes sont posées dans le roman. La fin de la guerre ne signe donc pas la fin du combat, au contraire, la guerre froide est là. «Est-ce que tu ne comprends pas que cette guerre, ils l’ont commencée, pris dans leurs propres contradictions, cherchant depuis vingt ans à faire une guerre à l’est, que les peuples ne leur permettaient pas de faire. […] et puis il y avait besoin de l’état de guerre pour liquider les conquêtes de Trente-six… pour faire faire machine arrière à l’histoire… […] Il leur fallait la guerre pour, à l’abri des lignes de défense modernes, pratiquer le détroussement de nous tous» écrit Louis ARAGON.

Dans les «Communistes», le personnage de Fred Wisner, fasciste et antisémite, se réjouit de la défaite des Républicains espagnoles. Le père de Simon de Cautèle a subventionné les Croix-de-Feu et rêve de liquider le Front populaire. Jean, petit bijoutier des Halles, président de la Section des «Amis de l’URSS», est un lecteur du journal l’Humanité. Guillaume, ouvrier plombier, est communiste. Roman d’attaque et de défense, «Les Communistes» sont un roman de guerre partie en guerre. Les précédents romans du monde réel laissaient entrevoir la guerre, seuls Les Communistes nous décrivent la chose, plongent dans «l’orgie, l’orgie de sang». De la défaite des républicains espagnols à la débâcle de Dunkerque, le roman est tout entier habité par la guerre, toile de fond omniprésente qui affecte l’ensemble de l’univers romanesque. Sa dernière partie surtout relève du roman de guerre, immergeant le lecteur dans la catastrophe de mai-juin 1940 et dans la violence du front. Dans «Les Communistes», il prête au personnage qui le représente, le lieutenant Armand Barbentane, un goût si fort pour d’Aubigné qu’il en emporte le volume dans sa musette de combattant en 1940. Ce roman a été un échec, en dépit de diverses rencontres avec les militants communistes, notamment à la rue Grange aux Belles à Paris 10ème.

II – Louis ARAGON, un écrivain engagé

Une partie importante de la poésie d’ARAGON, notamment «Le Crève-cœur», «La Diane française» ou «Le Musée Grévin», est marquée par la guerre, il décrit la nation brisée, humiliée, et ce que la guerre a détruit. Loin de se cantonner dans une parole intimiste, il s’enracine dans le patriotisme et dans des circonstances tragiques de nature à susciter la résistance et l’espoir. ARAGON entend «héroïser» l’histoire «Les procédés savants des grands rhétoriqueurs servent une intention populaire. Ainsi, le souci de la forme loin de se fermer à l’histoire se laisse investir par elle» écrit Nathalie PIEGAY-GROS, dans «L’esthétique d’Aragon».

À partir de la fin des années 1950, nombre de ses poèmes ont été mis en musique et chantés (Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Brassens, Mouloudji, etc.), contribuant ainsi populariser son œuvre poétique.

A – Louis ARAGON, un engagement communiste

 

1 – ARAGON fustige la social-démocratie et abandonne le surréalisme

 

Les communistes ont dégagé une ligne de littérature authentiquement révolutionnaire que le fidèle soldat, Louis ARAGON, a porté la lutte des classes jusque sur le «front littéraire» suivant une expression de Jean-Pierre MOREL, notamment à travers son poème «Front rouge», d’une rare violence ; c’est une invitation à l’insurrection : «Descendez les flics camarades. Un jour tu feras sauter l’Arc de Triomphe, prolétariat connais ta force et déchaîne-là. (..) Feu sur Léon Blum. Feu sur Boncart, Frossart, Déa.  Feu sur les ours savants de la social-démocratie. Feu, feu, j’entends passer, la mort qui se jette sur Garchevery. Feu, vous dis-je sous la conduite du Parti communiste». «Sous le long règne de l’épouvantable Staline, la poésie est devenue un tracteur» écrit Philippe SOLLERS. «La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, (..) le principe d’une littérature de Parti» énonce Novaïa JIZN, dans la revue «Littérature de la révolution mondiale» de juillet 1931. Auparavant, en 1923, Henri BARBUSSE (Asnières 13 mai 1873 – Moscou 30 août 1935, empoisonné par Staline ?), auteur du roman «Feu», un prix Goncourt de 1916, est le premier intellectuel, à avoir appliqué cette orientation, «d’art populaire » ou de «littérature prolétarienne», mais en émettant des doutes sur l’efficacité du recours aux rabcors, un système de correspondants ouvriers. L’ouvriérisme ambiant au sein du P.C.F, n’est pas favorable aux intellectuels, le rôle d’éducation prolétarienne pouvant conduire au crétinisme puéril et déclamatoire, ou à «un prodigieux concours d’âneries» suivant André THIRION. «Quand j’y suis entré (au PCF), la vie dans le parti pour un intellectuel était assez intolérable. Il fallait pour y demeurer être fou : j’étais fou», dit ARAGON. Le poème «Front rouge» a suscité des polémiques et des conséquences judiciaires. L’Etat saisit et interdit «Front rouge», et le 16 janvier 1932, ARAGON est inculpé : «excitation des miliaires à la désobéissance et de provocation au meurtre dans le but de propagande anarchiste».

 

André BRETON lance une pétition pour soutenir ARAGON, mais reste en désaccord avec lui sur sa conception du surréalisme. André GIDE refuse de signer cette pétition, estimant qu’un texte littéraire engage son auteur : «Et puis, pourquoi demander l’impunité pour la littérature. Quand j’ai publié Corydon, j’étais prêt à aller en prison. La pensée est aussi dangereuse que des actes. Nous sommes des gens dangereux. C’est un honneur que d’être condamné sous un tel régime». Pour Romain ROLLAND, «Nous sommes des combattants. Nos écrits sont nos armes. Nous sommes responsables de nos armes. Au lieu de les renier, nous sommes tenus de les revendiquer». André BRETON, dans son fameux livre, «Misère de la poésie», tout en défendant son surréalisme, vitupère contre toute tentative d’interprétation d’un texte poétique à des fins judiciaires. Ce texte ne reflète pas son point de vue sur l’écriture automatique, c’est un poème de circonstance, «sans lendemain, parce que poétiquement régressif». Pour Louis ARAGON, le surréalisme est nécessairement révolutionnaire, ce n’est pas de l’art pour l’art. Il faut «considérer comme un fait acquis le passage des surréalistes aux côtés du Prolétariat dans sa lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie» dit-il. C’est la rupture entre ARAGON et ses amis surréalistes «Je n’ai jamais rien fait de ma vie qui m’est coûté plus cher» confesse-t-il. ARAGON s’en repentira : «J’écoute au fond de moi-même la voix d’André Breton, non pour la critiquer, mais pour mieux l’entendre» dira Louis ARAGON. 

ARAGON a situé sa contribution littéraire, clairement, dans le sens de l’engagement politique. «Il est temps d’en finir avec le faux héroïsme, le toc de la pureté, le clinquant d’une poésie qui de plus en plus prend ses éléments dans les aurores boréales, les agates, les statues des parcs, les châteaux des châtelains bibliophiles, et non aujourd’hui dans la poubelle étincelante où sont jetés les corps déchirés des insurgés, la boue où coule le sang très réel des Varlin, des Liebknecht, des Wallisch, des Vuillemin. Je réclame ici le retour à la réalité» écrit ARAGON, dans son «Discours de clôture au congrès international des écrivains de Paris du 25 juin 1935», in L’Œuvre poétique, t. VI (1934-1935), Paris, Le Livre Club Diderot, 1975, p. 322. Dans sa contribution littéraire, ARAGON s’est posé une question essentielle : Que peut, et que doit la littérature ?

«La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, sous une forme aussi complète et aussi totale que possible, le principe d’une littérature de parti» écrit Novaïa JISN, dans l’éditorial du n°1 de juillet de la revue «Littérature de la révolution mondiale», publiée à Moscou. ARAGON disait, à propos de Victor HUGO, que ce qu’il appréciait par dessus tout chez l’écrivain des «Misérables», c’était sa façon de mettre les pieds dans le plat. Nul doute qu’ARAGON, à travers l’écriture de ses romans de la série du «Monde réel», n’ait pas hésité, comme l’écrit Claude ROY, à mettre les pieds dans les plats pas toujours délicats de la réalité, de la politique, de l’argent, du roman. On peut ajouter que tout cela est une manière pour lui de mettre les pieds dans le plat de l’Histoire. ARAGON ne sépare pas l’homme, l’artiste et le partisan : «Soyez les ingénieurs des âmes ! Ecrivez la vérité» disait MOUSSIGNAC qui reprenait une formule de Staline ; il ne suffit pas de réfuter l’ennemi, mais de «l’anéantir» disait-il. Dans son réalisme littéraire, il part en guerre contre Marcel PROUST (1871-1922, Prix Goncourt, voir mon post) : «Les gens qui souffrent d'insomnie ont le loisir d'étudier le mécanisme du sommeil, voilà une pensée originale qui vous dispenserait de quatre pages de fausses finesses psychologiques, dans lesquelles le gros malin retourne cent fois sa maxime comme un bonnet de nuit. Ce qui s'appelle la pensée proustienne demande à être serré de près ; on s'aperçoit alors que c'est un bavardage de concierge. Saint-Simon (je reviens à cette prétention), mais Saint-Simon dit en trois lignes autant que Proust en trois livres. J'en suis fâché, Monsieur Proust, vous êtes un commerçant qui ne donne pas le poids. À ce qu'il paraît, vous seriez fort intelligent. Il n'y a pas de votre faute, dit-on, si le monde que vous peignez se montre si sot». A la mort d’Anatole FRANCE (16 avril 1844-12 octobre 1924), les Dadaïstes, survoltés,  s’attaquent à une gloire littéraire : «Anatole France n'est pas mort : il ne mourra jamais» écrit Philippe SOUPAULT. Dans la provocation, ARAGON se distingue par la violence de son texte : «Avez-vous déjà giflé un mort ?». ARAGON ne mâche pas ses mots. Pour lui, Anatole FRANCE «écrivait bien mal, je vous le jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur, du ridicule. Et c’est encore très peu que bien écrire, que d’écrire, de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau, pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret, dont on me faire vainement valoir la douceur. (…) Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé». ARAGON poursuit : «Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, (..) râclures de l’humanité, (..), individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous qui venaient de perdre un si bon serviteur». Anatole FRANCE est alors une véritable icône. S'attaquer à lui au lendemain de sa mort relève dès lors, au sens le plus plein du terme, d'une profanation : «Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l'idiot, le traître et le policier. Avec France, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va. Pour y enfermer son cadavre qu'on vide si on veut une boîte des quais de ces vieux livres "qu'il aimait tant" et qu'on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière», c’est ainsi qu’André BRETON signe «un refus d’inhumer».

ARAGON avait, certes, accueilli, favorablement, le «Voyage au bout de la nuit», publié, en 1932, par Louis-Ferdinand CELINE (1894-1961), considérant cette contribution littéraire, en dépit de son pessimisme, comme étant une dénonciation magistrale et virulente de la société moderne, une disqualification de toutes les idéologies. En revanche, et à propos de la pièce en cinq actes, «L’église», ARAGON est le premier, à travers son article «A Louis-Fernand Céline, loin des foules», à déceler l’antisémitisme manifeste de CELINE. Ainsi, dans «l’église», CELINE décrit l’exaspération propre à la petite bourgeoisie, dont CELINE se fait le porte-parole. Le héros de la pièce, Bardamu, est un antisémite assumé : «Le petit bourgeois antiparlementariste n’est pas très différent qu’il s’appelle Rip ou Céline. Mais un trait marque plus particulièrement le docteur Bardamu. L’antisémitisme. Oh un antisémitisme assez passif. Notre homme voyage dans un bateau qui s’appelle Youpi-nium ; A Genève, il nous montre que les fils de la SDN sont tenus par des messieurs qui s’appellent Yuddenzweck, Mosaïc, Moïse. Gens intelligents, un peu sentimentaux. Ce n’est pas le docteur Bardamu qui donnera l’ordre des pogromes, mais n’est-ce pas ? Il les regardera venir comme le reste» dit ARAGON, dans son commentaire sur «L’église». CELINE est nihiliste, «tout est la même chose», il fait l’éloge de la mort, du suicide et du néant. ARAGON invite, en définitive, CELINE à rejoindre les communistes. CELINE le qualifie de «supercon».

 

B  – ARAGON, poète de la Résistance

 

1 – Le Musée Grévin (1943)

En pleine Deuxième guerre mondiale, la France étant occupée et vaincue ; «Le Musée Grévin» parut sous le pseudonyme de François La COLERE ; c’est une poésie dite de «contrebande». La volonté du poète est de critiquer, de faire une satire de la société, en guerre, qu’il décrit, mais aussi le besoin de dépeindre une épopée, l’espoir d’un renouveau et d’une paix qui feraient suite aux heures les plus sombres de l’Histoire. En effet, ARAGON se montre très critique, notamment dans ses 23 poèmes tels que «Feu de joie», où il affirme son appartenance au mouvement dadaïste, en étant impertinent vis-à-vis du pouvoir et de l’ordre établi. Ces poèmes expriment une sensibilité aiguë et touchante, révélant les sentiments du jeune poète, ses souvenirs d'enfance, de guerre, d'enterrement d'un ami, l'appréhension des regards curieux des autres, une pudeur farouche; ils évoquent également l'amour éphémère, la sexualité, l'amitié et la mort. Ils donnent la voix à la révolte de la jeunesse sortie tout juste de la guerre, et témoignent de sa volonté de rebâtir la société et la littérature. La satire porte également, et c’est évident, sur les dirigeants de l’époque : Pétain, Mussolini, ou bien sûr Hitler. Les destinataires explicites de cette poésie sont évidemment les prisonniers et les déportés dont ARAGON envisage le retour. Leurs souffrances sont soulignées par l'évocation de leurs mains martyrisées et de leurs pieds las. ARAGON fait également allusion à l'occupation de la capitale de façon indubitable, car l'indication chronologique est claire. Il faut, cependant, remarquer que le poète évite les allusions trop directes et trop précises, aucun nom propre lié à l'actualité, l'ennemi allemand n'est même pas désigné, si ce n'est peut être métaphoriquement par «les fantômes». Les malheurs de Paris, sous l'Occupation, ne sont évoqués que par une métaphore qui connote les exécutions de résistants. Il apparaît donc que le poète a choisi en préférant le registre lyrique au registre polémique, de voiler en quelques sortes l'atrocité présente pour valoriser un passé glorieux et un avenir meilleur, l'un étant le garant de l'autre. ARAGON délivre avant tout un message d'espoir et adopte, délibérément, un optimisme inébranlable que la réalité de 1943 ne pouvait raisonnablement pas susciter. Le retour des prisonniers est affirmé avec certitude : «Il y aura des fleurs» comme pour affirmer une certitude de libération et de paix. L'avenir prend alors les traits d'un Eden retrouvé évoqué de façon très traditionnelle comme un jardin fleuri et lumineux. La fête qui est promise aux prisonniers est une fête de tous les sens : bonheur tactile des pieds sur la mousse, plaisir de l'oreille grâce à la musique apaisante et le plaisir de l'odorat grâce à l'haleine des jardins. Ainsi, Louis ARAGON, pour parler des événements de son époque, choisit la voie du lyrisme et du symbolisme d'une manière qui donne souvent à son poème l'apparence d'une prière où les références à la tradition sont nombreuses.

 ARAGON, en résistant, refuse de quitter, la France et travaille parallèlement à la création du réseau de résistance des Etoiles et à celle du Comité National des Ecrivains et des Lettres françaises. Là ARAGON n’écrit plus en contrebande, mais il attaque. «Le fait qu’Aragon, en 1943, interpellât directement l’ennemi par son nom montre que la poésie de contrebande cède la place à une "poésie d’urgence", une "poésie qui prend le maquis". Les poètes combattent avec les mots. Ils ne sont pas au-dessus de la mêlée. Il faut que la poésie crie plus fort que la guerre» suivant Paul ELUARD. Les écrits d’ARAGON font référence à l’histoire toujours nécessaire, il faut éviter l’amnésie et le discours équivoque. Se voulant didactique, ARAGON se heurte à l’Histoire, il écrit sa douleur et sa révolte.  «Que pour mieux jouir de la poésie il faut, au-delà de son énigme apparente, aller au fond des ténèbres rechercher «les poissons noirs de la réalité», cette réalité à l’origine de la vraie poésie qui s’enracine dans les circonstances et ne se pique pas d’une prétendue éternité» Marie-Thérèse EYCHART dans sa notice des «Poissons noirs».

 

On observe un tel glissement dans le chant II du «Musée Grévin», qui répond à la demande de pardon des «fantômes», les collaborateurs : « Qu’avez-vous fait de nos héros pris à vos crocs, je vous regarde tous et je vois le bourreau. Fantômes, fantômes, fantômes. Oublierais-je la beauté des femmes flétries, le masque atroce mis à la mère Patrie. Et l’angoisse des Juifs sous le ciel étouffant. Et leurs petits enfants pareils à mes enfants. Vous avez dissipé ce que j’aime en fumée, et mêlé mes drapeaux à des drapeaux gammés. Ma justice ouvre un oeil démesuré sur vous Fantômes qu’au soleil cette justice voue». Dans les invectives contre Laval du chant III, l’épopée vire cependant à la satire, comme chez Théodore AGRIPPA d’AUBIGNE (1552-1630) : «Ce macaque est un maquignon de bas étage, un gratte-sous hideux qui de tout fait marché. De l’encre du mensonge il tire son potage sur les clous du cercueil il est prêt à toucher. Tu crèveras c’est tout toi l’homme de Montoire, une vieille charogne à la fin dégrisée. Nul ne t’hébergera la légende l’histoire». ARAGON laisse entrevoir une issue heureuse à la guerre en faveur de la France Républicaine. «Les Châtiments (de Victor Hugo), ce n’est pas simplement une oeuvre magistrale contre Napoléon III ou contre Hitler, c’est avant tout une merveilleuse leçon de réalisme dans la poésie», écrit ARAGON. La réalité est une opposition entre la lumière, le matin, l’aurore et les ténèbres : «Ils ont beau baptiser lumières les ténèbres, élever l’ignorance au rang de la vertu, ils ne peuvent cacher la couleur de leurs larmes. Il faut bien qu’à la nuit succède le matin. Il faut bien que l’aurore entre ses mains de cuivre consume ces rois d’ombre et leurs chantres pourris». Paul ELUARD aborde la question de l’espoir et de l’espérance sous son poème «Liberté» daté de 1942 : «Et le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer : Liberté».

 

2 - La Diane française

 

Le titre, «La Diane française» est, à lui seul, révélateur des intentions de l’auteur. Inspiré de la poésie de Charles BEAUDELAIRE (1821-1867), «la diane  désigne une batterie ou une sonnerie de clairon, annonçant aux soldats l’heure du réveil. «La Diane française» de Louis ARAGON reprend cette métaphore, et envisage le moment où la France sort de sa torpeur, l’heure à laquelle, il est temps de reprendre les armes pour libérer la patrie occupée. Par ailleurs, Diane, la déesse romaine de la chasse, a pour mission de protéger et de défendre, surtout pendant la nuit ; ce qui interpelle toutes les personnes qui doivent entrer en résistance. Le poème emblématique, «La Rose et le Réséda», dédié Gabriel PERI (1902-1941), Honoré d’ESTIENNES d’ORVES (1901-1941) et Guy MOQUET (1924-1941), fusillés par les Allemands, invite, tous les Français, de Droite ou de Gauche, à libérer la France. En effet, la Rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge est une allusion directe au Parti communiste, et le Réséda, par sa couleur blanche, désigne les monarchistes et les catholiques. C’est l’histoire de deux résistants, l’un chrétien, l’autre athée, qui sont fusillés le lendemain de leur arrestation : «Celui qui croyait au ciel ; celui qui n’y croyait pas. Tous adoraient la belle prisonnière des soldats. Le sang versé par les guerriers a fertilisé la terre et a rendu sa force à la nature. Quand viendra l’aube cruelle (…) le grillon rechantera».

 

Dans le poème «Il n’y a pas d’amour heureux», chanté par Georges BRASSENS, la célébration d’Elsa est celle de la France, la femme aimée incarnant la patrie malheureuse : «Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri. Et pas plus que de toi l’amour de la patrie. Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs». Dans «Richard Cœur de Lion», un poète extrait des «Yeux d’Elsa» de 1942, le dialogue entre la femme aimée et le poète, est en fait une méditation entre les Français et la France : «Si l’univers ressemble à la caserne à Tours en France où nous sommes reclus. Si l’étranger sillonne nos luzernes (…) Je ne dois pas regarder l’hirondelle qui parle au ciel un langage interdit. (…) Tous les Français ressemblent à Blondel. Quel que soit le nom dont nous l’appelions, la Liberté comme un bruissement d’ailes, répond au chant de Richard Cœur-de-Lion».

 

3 - Le roman inachevé, 1956

 

Une chanson bouleversante est écrite, «Strophes pour se souvenir», à l’occasion de l’inauguration de la rue «du groupe Manouchian» dans le 20ème arrondissement de Paris. Quatre ans plus tard en 1959, le poète, musicien, chanteur Léo FERRE (1916-1993) met le texte en musique et inscrit le titre à son répertoire. En fait ce sont 23 résistants qui seront «jugés» par un «tribunal» militaire allemand lors du procès Manouchian. Parmi ces 23 résistants, 10 seront «mis en scène» par les forces d’occupation sur la fameuse «Affiche rouge» placardée sur les murs de Paris pour discréditer les mouvements de résistance assimilés à des bandes de criminels étrangers. Ils seront fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944. Par conséquent, ce poème, «Strophes pour se souvenir», une oeuvre engagée, dont l’objectif est de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié : «Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes, ii l'orgue ni la prière aux agonisants. Onze ans déjà que cela passe vite onze ans. Vous vous étiez servi simplement de vos armes. (…)Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes, noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants. L'affiche qui semblait une tache de sang, parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles y  cherchait un effet de peur sur les passants. Nul ne semblait vous voir français de préférence. Les gens allaient sans yeux pour vous le jour dura. (…) Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA France. (…). Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent. Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant. Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant». Le poème, recensé au «Roman inachevé».

 

4 – Le Crève-cœur

 

La poésie d’Aragon est tournée vers la réalité, celle de la guerre, puis celle de la défaite, de l’Armistice, de l’Occupation et de la Résistance. Cette réalité historique investit les poèmes, composés en réaction à l’événement. Le Crève-Coeur se transforme ainsi immédiatement après la signature de l’Armistice. Tant que la France était officiellement en guerre sans pour autant combattre, durant la «drôle de guerre», ARAGON écrivait une poésie amoureuse déplorant la séparation des amants. Le texte qui marque le tournant est «Les Lilas et les Roses», premier poème sur la défaite et l’exode. Et déjà, «Les Croisés» est un chant pour la liberté.

Louis ARAGON a rendu hommage, dans son cosmopolitisme  à Frederico GARCIA LORCA (5 juin 1898 – 18 août 1836), par les Franquistes. Quand la guerre civile espagnole éclate, GARCIA LORCA quitte Madrid pour Grenade, conscient qu'il va vers la mort. Il y sera fusillé par des antirépublicains à Víznar. Ce poème, «un jour, un jour» sera interprété, sous forme de chanson, par Jean FERRAT : «Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime, sa protestation, son chant et ses héros, au dessus de ce corps et contre ses bourreaux, à Grenade aujourd'hui surgit devant le crime, et cette bouche absente, et Lorca qui s'est tu, emplissant tout à coup l'univers de silence, contre les violents tourne la violence, Dieu ! Le fracas que fait un poète qu'on tue ! Un jour pourtant, un jour viendra, couleur d'orange, un jour de palmes, un jour de feuillages au front, un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche».
 

Conclusion

«Lorsque meurt un poète, il emporte une parcelle de ce feu que lui seul pouvait allumer en nous. Poète, écrivain, il est peu de fonctions qui engagent à ce point un être. C'est pourquoi sans doute, à ceux qui lui demandaient "Etes-vous d'abord communiste, ou d'abord écrivain ? ARAGON répondait toujours : «écrivain». Tel était son engagement» dit Pierre MAUROY, à la cérémonie du 28 décembre 1982, à laquelle j’ai assisté. A l’engagement communiste, ARAGON demeurera toujours fidèle, quels que soient les succès, les épreuves, les déchirures et les joies. Cette fidélité de toute une vie exige que, lorsque tout est clos, l'on n'ampute pas l'homme d'une dimension si importante de son existence, que l'on n'oublie pas le militant au profit de l'écrivain. Cette fidélité, qui force le respect, est celle des idées mises au service de l'action. Elle exprime la permanence de l'espoir en un monde plus juste. Cette obstination dans l'amour, à une époque où l'amour n'échappe pas à la contestation des valeurs, c'est aussi un engagement. Et cet engagement, ARAGON le tiendra jusqu'au terme de sa vie. «Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots et cela qui lui faisait toujours discerner la lueur d’une aube» dit Pierre MAUROY.

Louis ARAGON a été un brillant intellectuel, mais son engagement auprès du Parti communiste lui a été reproché par la Droite. Or, nous les «Non-Souchiens», Mongo BETI (voir mon post), avait violemment critiqué la «littérature rose». Nous sommes dans l’arène, parfois dans la boue, lorsque les Etats africains sont qualifiés de «pays de merde», pour dire au monde que nous sommes contre la castration, l’esclavage, la colonisation, le sous-développement, l’obscurantisme. Nous sommes pour la liberté, l’égalité, la fraternité et la coopération sur des bases équitables et justes. 

 

«Aragon était sans doute le dernier des géants de notre histoireCeux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas se retrouveront dans le souvenir de ce magicien sans égal, réaliste et lyrique, sentimental et narquois, imprudent et superbe», écrit Jean d’ORMESSON. A la Libération, le général de GAULLE avait proposé à ARAGON d’entrer à l’Académie française ; il a refusé. «Je crois qu'Aragon a pris place pour toujours dans l'aventure merveilleuse de la littérature française. (..)  Pour des raisons différentes, j'aurais voulu faire entrer trois écrivains sous la coupole du quai Conti : Marguerite Yourcenar, Aragon, Raymond Aron. Je n'ai été capable de forcer les barrages que pour la première des trois. Je crois bien, pourtant, que le plus grand des trois était Louis Aragon» écrit Jean d’ORMESSON.

 Bibliographie très sélective

1 – Contributions de Louis Aragon

1 -1 Récits romans et nouvelles

ARAGON (Louis), Anicet ou le Panorama ; Le libertinage, Paris, Robert Laffont, 1964, 368 pages ;

ARAGON (Louis), Aurélien, Paris, Gallimard, 1994, 696 pages ;
 

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, Folio, 2014, 596 pages ;

ARAGON (Louis), Henri Matisse, Paris, Gallimard, 1998, 865 pages ;

ARAGON (Louis), La Défense de l’infini, suivi des aventures de Jean Foutre La Bite, éditeur scientifique, à titre posthume, Edouard Ruiz, Paris, Gallimard, 1986, 375 pages ;
ARAGON (Louis), La Mise à mort, Paris, Gallimard, 1973, 526 pages ;
ARAGON (Louis), La Semaine Sainte, 1998, 835 pages ;

ARAGON (Louis), Le Mentir-vrai, Paris, Gallimard, 1980, 670 pages ;

ARAGON (Louis), Les Aventures de Télémaque, Paris, Gallimard, 1993, 128 pages ;

ARAGON (Louis), Les Beaux Quartiers, Paris, Robert Laffont, 1965, 2 vol, 279 et 256 pages ;

ARAGON (Louis), Les Cloches de Bâle, Paris, Gallimard, 1972, 437 pages ;

ARAGON (Louis), Les Communistes, éditeur scientifique Jean Ristat, Paris, Temps actuel, 1982, 2 vol, 614 et 619 pages ;
ARAGON (Louis), Les Voyageurs de l’impériale, Paris, Gallimard, 1975, 651 pages ;

ARAGON (Louis), Théâtre/Roman, 1978, 525 pages.

 2 - Poésie

ARAGON (Louis), Brocéliande, Neuchâtel, éditions La Baconnière, 1945, 55 pages ;

ARAGON (Louis), Elégie à Pablo Neruda, Paris, Gallimard, 1993, 37 pages ;

ARAGON (Louis), Elsa, postface Olivier Barbant, Paris, Gallimard, 1959, 156 pages ;

ARAGON (Louis), Hourra L’Oural, Paris, Stock, 1998,  104,  pages ;

 ARAGON (Louis), Il ne m’est Paris que d’Elsa, postface Sylvie Servoise, Paris, Seghers, 2014, 200 pages ;

ARAGON (Louis), La Diane française, suivi en étrange pays dans mon pays, postface de Jacques Perrin, Paris, P. Seghers, 2006, 198  pages ;

ARAGON (Louis), La Grande Gaîté, Paris, Gallimard, 1929, 122 pages ;

ARAGON (Louis), Le Crève-cœur, Le Nouveau Crève-cœur, Paris, Gallimard, 1946 et 1948, 187 pages ;

ARAGON (Louis), Le Fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 2002, 545 pages ;

ARAGON (Louis), Le mouvement perpétuel ; précédé de Feu de joie et suivi de Ecritures automatiques, Paris, 1994, 156 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Musée Grévin et autres poèmes, Paris, éditeurs réunis, 1946, 118 pages ;

ARAGON (Louis), Le Roman inachevé, Paris, Gallimard, 1994, 255 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Voyage de Hollande et autres poèmes, Paris, Seghers, 1981, 121 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les Adieux et autres poèmes, Paris, Stock, 1997, 138 pages ;


ARAGON (Louis), Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, Paris, Stock, 1997, 96 pages ;

ARAGON (Louis), Les Poètes,  Paris, Gallimard, 1960, 140 pages ;
 

 ARAGON (Louis), Les Yeux d’Elsa, Paris, Ellipses, 1995, 144 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les yeux et la mémoire, Paris, Gallimard, 1954,  240 pages ;
ARAGON (Louis), Persécuté persécuteur, Paris, Denoël et Steele, 1931, 87 pages ;

ARAGON (Louis), Une vague de rêves, Paris, Seghers, 1990, 28 pages ;
ARAGON (Louis), Le Paysan de Paris, 1978, 248 pages.


1 – 3 - Essais

ARAGON (Louis Pour expliquer ce que j’étais, Paris, Gallimard, 1989, 69 pages ;

ARAGON (Louis) Chroniques Paris, Stock, 1998, vol. I (1918-1932), 497 pages ;

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, 1968, 520  pages ;

ARAGON (Louis), Écrits sur l’Art moderne, Paris, Flammarion, 1981, 377 pages ;

ARAGON (Louis), J’abats mon jeu, Ivry-sur-Seine, Les Lettres françaises, Mercure de France, 1992, 287 pages ;

ARAGON (Louis), Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit, Paris, Flammarion, Genève, A Skira, 1981, 148 pages ;

ARAGON (Louis), L’Homme communiste, Paris, Le temps des cerises, 2012, 497 pages ;

ARAGON (Louis), Les collages, Paris, Hermann, 1993, 136 pages ;

ARAGON (Louis), Pour un réalisme socialiste, Paris, Denoël et Steele, 1935, 125 pages ;

ARAGON (Louis), Traité du style, Paris, Gallimard, 1991, 236 pages.
 

1 – 4 Autres références

ARAGON (Louis), «A propos «L’Eglise», Louis-Ferdinand Céline, loin des foules», Commune, juillet 1933 (10) n°2, pages 277-283 ;

ARAGON (Louis), «Je m'acharne sur un mort», Littérature, nouvelle série, no 8, janvier 1923, LXI, pages 23-24 ;

ARAGON (Louis), «Le Front rouge», Littérature de la révolution mondiale, juillet 1931, n°1, pages 39-46 ;

ARAGON (Louis), Avez-lu Victor Hugo ?, Paris, éditions Messidor/Temps actuel, 1985, 343, pages ;

ARAGON (Louis), Hugo, poète réaliste, Paris, éditions sociales, 1952,  62,  pages ;

ARAGON (Louis), La lumière de Stendhal, Paris, Denoël, 1954, 268 pages ;

ARAGON (Louis), Lautréamont et nous, Pin-Balma, Sables, 1992, 98  pages ;

ARAGON (Louis), Le fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 1963, 458 pages ;

ARAGON (Louis), Le roman inachevé, Paris, Gallimard, 1956, 255 pages ;

ARAGON (Louis), Les yeux d’Elsa, Paris, P. Seghers, 1946, 159 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres complètes, préface de Jean Ristat, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de Daniel Bougnoux, François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2007, vol 1, 1639 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques complètes, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2 vol (1917-1982), 3332 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques, préface de Jean Ristat, Paris, Livre Club Diderot, 1974-1981, 15 volumes.

2 – Critiques de Louis Aragon

ANGLES (Auguste), «Aragon est aussi un romancier», Confluences, problèmes du roman, juillet-août 1943, pages 111-118 ;

BAYARI (Maha), Le mentir-vrai dans les derniers romans de Louis Aragon : La mise à mort, Blanche ou l’oubli, Théâtre/roman, thèse sous la direction de Marie-Claire Dumas, Université de Paris Diderot, Paris VII, 1991, 374 pages ;

BEGUIN (Edouard), «Aurélien, roman du monde réel ?», Revue d’Histoire Littéraire de la France, janvier-février 1990, n°1, 50-67 pages ;

BERNARD (Jacqueline), La permanence du surréalisme dans le cycle du monde réel, Paris, José Corti, 1984, 204 pages ;

BERNARD (Jean-Pierre), «Le Parti communiste et les problèmes littéraires, 1920-1939», Revue française de science politique, 1967, n°3, pages 520-544 ;

BRETON (André), Misère de la Poésie, l’affaire Aragon devant l’opinion publique, Paris, éditions Surréalistes, 1932, 30 pages ;

BRETON (André), Manifeste du surréalisme, Paris, éditions Kra, 1924, 194 pages ;

BRETON (André), Un cadavre, Paris, éditeur non indiqué, 1924, 4 pages ;

BOUGNOUX (Daniel) JARNOUX (Cécile), Comment Aurélien d’Aragon, Paris Foliothèque, 2004, 244 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), La confusion des genres, Paris, Gallimard, L’un et l’autre, 224 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), Le vocabulaire d’Aragon, Paris, Ellipses, 2002, 94 pages ;

CHIASSAI (Marc),  Aragon, peinture, écriture : la peinture dans l’écriture des «Cloches de Bâle» à la «Semaine sainte»Paris, éditions Kimé, 1999, 200 pages ;

COLLINET-WALLER (Roselyne),  Aragon et le père, romans, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2001, 304 pages ;

COUROIS (Stéphane), LAZAR (Marc), «Le parti communiste français dans la Résistance», in Histoire du Parti communiste français, Paris, P.U.F, 1995, pages 166-171 ;
  

D’ORMESSON (Jean), «Louis Aragon, le moderne par excellence», L’Humanité du 17 décembre 1992 ;

DAIX (Pierre),  Aragon : une vie à changer, Paris, Flammarion, 1994, 564 pages ;

DAIX (Pierre), Aragon retrouvé, Paris, Tallandier, Hors collection, 2015, 240 pages ;

DE LA DOES (Julien), Aragon, poète de la Résistance, Bruxelles, éditions Ferd, F. cWellens-Pay, 1945,  33 pages ;

DE LESCURE (Pierre), Aragon romancier, Paris, Gallimard, 1960, 128 pages ;

DESANTI (Dominique), Elsa-Aragon : le couple ambigu, Paris, Belfond, 1994. 414 pages ;

EON (Lucie),  Dans les pas de Louis Aragon, j’ai vu ! Brissac, éditions du Petit pavé, 2000, 132 pages ;

FAURE-BIGUET (Jacques-Napoléon), «Le congrès international des écrivains», Les Echos du 19 juillet 1935 ;

FAURE-BIGUET (Jacques-Napoléon), Les enfances de Montherlant de neuf à vingt ans, Paris, Plon, 1941, 248 pages, spéc pages 47 et suivantes ;

FERNEY (Frédéric),  Aragon, la seule façon d’exister, Paris, B. Grasset, 1997, 190 pages ;

FOLLET (Lionel), Aurélien : le fantasme et l’histoire, Paris, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Les Belles Lettres, 1980, 146 pages ;

FOREST (Philippe), Aragon, Paris, Gallimard, collection N.R.F. biographie, 2015, 896 pages ;

FOREST (Philippe), Vestige d’Aragon, Paris, Cécile Defaut, 320 pages ;

GARAUDY (Roger), Itinéraire d’Aragon : du surréalisme au monde réel, Paris, Gallimard, 1961, 448 pages ;

GAUCHERON (Jacques), «Les Cloches de Bâle», La Revue du XXème siècle, janvier 1935, n°3, page 74 ;

GAVILLET (André), La littérature au défi : Aragon surréaliste, la littérature au défi, thèse université de Lausanne, Fribourg, Galley et Cie, 1957, 331 pages ;

GINDINE (Yvette),  Aragon prosateur surréaliste, Genève, Droz, 1966, 116 pages ;

GIRAUD (Jacques), LECHERBONNIER (Bernard), sous la direction de, Les engagements d’Aragon, Paris, L’Harmattan, 1998,

GOIN (Emilie), «Analyse d’un discours d’action collective mis en écrit. L’anarchie dans les Cloches de Bâle d’Aragon», ARBORESCENCES, 2016 (6) pages 39-53 ;

GRENOUILLET (Corinne), «Catherine ou le féminisme, roman. La représentation du féminisme  dans Les Cloches de Bâle d'Aragon», Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet, 2002, n°8, p. 117-137 ;

GURSEL (Nedim),  «Le mouvement perpétuel» d’Aragon : de la révolte dadaïste au «Monde réel»Paris, L’Harmattan, 1997, 195 pages ;

HAROCHE (Charles),  Les langages du roman, Paris, éditeurs français réunis, 1976, 318 pages ;

JUQUIN (Pierre), Aragon, un destin français (1897-1939), Paris, La Martinière, 804 pages ;

LAHANQUE (Reynald), Le réalisme socialiste en France (1934-1954), thèse sous la direction du professeur Guy Borreli, Université de Nancy II, 2002, 1110 pages ;

LEVIN-VALENSI (Jacqueline), Aragon romancier d’Anicet à Aurélien, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, Sedes, 1989, 286 pages ;

LEVY (Joachim), L’écriture de résistance de Louis Aragon : entre écriture de l’histoire et ré-unification nationale, Mémoire de master 1, sous la direction du professeur Dominique Massonnaud, Université Stendhal, Grenoble 3, Département de Lettres modernes,  2010-2011, 116 pages ;

MARJOUX (Cécile),  «Les voyageurs de l’impériale ou la «grande aventure négative», Revue d’histoire littéraire de la France, nov.-déc. 2001, (101) n°6, pages 1627-1652 ;

MATONTI (Frédérique), Intellectuels communistes : essai sur l’obéissance politique. La Nouvelle critique (1967-1980), Paris, La Découverte, 2013, 504 pages ;

MERLIN (Merlin), «Naissance du Monde réel. Sur la réédition des Cloches de Bâle d'Aragon», La Nouvelle Critique, juin 1954, 6e année,  pages 146-152 ;

MITTERAND (Henri), «Les trois lecteurs des Cloches de Bâle», Europe, janvier-février 1989, n°717-718, pages 111-121 ;

MOREL (Jean-Pierre), Le roman insupportable : L’Internationale littéraire et la France (1920-1932), Paris, Gallimard, bibliothèque des idées, 1986, 496 pages ;

MOUTHIER (Maurice), Louis Andrieux et les deux Aragon : un aventurier du XIXème siècle, Aléas 2007, 479 pages ;

NADEAU (Maurice), Histoire du surréalisme, Paris, Seuil, 1964, 198 pages ;

OLIVERA (Philippe), «Aragon, réaliste socialiste : les usages d’une étiquette littéraire des années trente aux années soixante», Société et représentation, 2003 (1) n°15, pages 229-246 ;

PIEGAY-GROS (Nathalie),  L’esthétique d’Aragon, Paris, Sedes, 1997, 283 pages, spéc pages 151-162 ;

POYARD (Pierre-Olivier), «Aragon et le réalisme socialiste», Les Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2010, n°12, pages 226-335 ;

REBOUL (Yves),  «Le point aveugle des Voyageurs de l’impériale»,  Littératures, automne 2001 (45), pages 215-223 ;

ROY (Claude), Aragon, un essai, Paris, Seghers, 1960, 230 pages ;

SADOUL (Georges),  Aragon, Paris, Seghers, 1988, 214 pages ;

SADOUL, (Georges), «Les Cloches de Bâle», Commune, no 17, janvier 1935, pages 500-503 ;

SIMOND (Daniel),  «Notes - Louis Aragon, Les Cloches de Bâle», La Revue de Belles-Lettres, février 1935, n°2, 63ème année, pages 22-24 ;

SOLLERS (Philippe), «Hugo, Aragon : deux oeuvres en miroir», Magazine littéraire, janvier 2002, n°405, pages 55-56 ;

THIRION (André), Révolutionnaires sans révolution, Paris, Babel, Révolutions, 1999, 912 pages ;

TOSSOU OKRI (Pascal), Le mentir vrai chez Louis Aragon romancier, des Cloches de Bâle à Servitude et grandeur des Français, thèse du 23 janvier 2007, sous la direction du professeur Jacques Migozzi, Université de Limoges, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 2007, 431 pages ;

VALLIN (Marjolaine), «Le Musée Grévin, poème épique», Louis Aragon et Elsa Triolet en résistance, Actes du colloque de Romans sur Isère, 12-14 novembre 2004, in Annales de la société des amis de Louis Aragon et d’Elsa Triolet, 2004, n°6, pages 230-245 ;

VASSEVIERE (Maryse), «Aragon journaliste et romancier», Recherches croisées Aragon Elsa Triolet, 2004, n°9, pages 269-300 ; 

VAISSIE (Cécile), Les ingénieurs des âmes en chef : Littérature et politique en URSS, 1944-1986, Paris, Belin, 2008, 515 pages ;

Paris, le 21 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Louis ARAGON, un romancier et poète du Monde réel.
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