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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 23:23

Une université, créée à Saint-Louis, dont SENGHOR avait posé la première pierre le 14 janvier 1975, et inaugurée en 1990 par le président Abdou DIOUF, porte le nom de Gaston BERGER. C’est l’ancien président du Conseil, Mamadou DIA, qui avait eu l’idée de créer cette université en compensation du transfert de la capitale à Dakar. Ce philosophe, industriel et administrateur, peu connu du grand public, réunissait pourtant en lui des qualités antinomiques : «l’action et la réflexion, les affaires et la philosophie, l’idéalisme et le pragmatisme, le mysticisme et la raison» dit Paul LOMBARD dans son dictionnaire des amoureux de Marseille. Homme d’action de très haute culture, curieux et humaniste, Gaston BERGER était attaché à construction d’un monde meilleur. Les études qu’il a menées attestent un intérêt vif pour tout ce qui touche à la connaissance de l’être humain. La riche expérience accumulée l’avait convaincu de l’urgente nécessité de solutions neuves aux problèmes humains de son temps. La réalité de demain dépend de nous : «Regarder un atome le change, regarder un homme le  transforme, regarder l’avenir le bouleverse» écrit-il dans «Phénoménologie du temps et de la prospective». Face à la crise philosophique et historique que traverse la première moitié du XXème siècle, Gaston BERGER envisage de restaurer la conduite de la raison humaine. Il éprouve la nécessité de redonner du sens aux choses et aux trajectoires humaines dans leur rapport au monde. En humaniste, Gaston BERGER a pour souci d’améliorer l’esprit humain, pour un monde meilleur. D’une part, son œuvre étudie les fondements de la connaissance dans la philosophie et dans la science. Gaston BERGER pense que la philosophie doit être à même de mettre en perspective les connaissances issues de la science et notamment de la science appliquée, dont le développement accroît la puissance entre les mains des hommes. D’autre part, son action administrative se concentre principalement sur l’amélioration de l’éducation dans l’enseignement supérieur et de façon complémentaire sur la culture.

 

Gaston BERGER est un métis né le 1er octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal, centre de l’élégance et du bon goût, ville également d’Aminata SOW FALL et d’Ousmane Socé DIOP, écrivains sénégalais. Il était, dès son enfance, placé sous le signe de la diversité, du multiculturalisme, de la coopération des races et de l'universalité de la culture. Son père, Etienne BERGER, né en 1866 à Gorée, était officier de tirailleurs sénégalais et vivait avec Emilie ROUSSEAU «Amélie, ma grand-mère paternelle (..), avait reporté tout son amour sur son fils unique et ses petits-enfants, ma sœur Claude et moi. Elle avait un côté sacrificiel. Sans métier ni ressources, elle dépendait de nous. Amélie était née à Nantes dans une famille de petits employés des postes, des Rousseau. Jeune, elle avait suivi ses parents en Indochine. (…). Je n’ai jamais compris comment elle était arrivée au Sénégal pour épouser un militaire mulâtre. Elle ne parlait pas de cet homme dont elle avait divorcé. Mais elle évoquait l’Afrique» écrit Maurice BEJART. Etienne BERGER était né lui-même d’un sous-officier qui avait épousé une femme sénégalaise, originaire de Gorée, Fatou DIAGNE. «Mon grand-père paternel, Etienne Michel Félix Berger, était un mulâtre. Il était né d’un militaire français et d’une Sénégalaise de culture portugaise, Fatou Diagne. Voilà l’origine de mon ascendance africaine. Quand mon père riait, quand il chantait, son côté africain était évident» écrit Maurice BEJART. Gaston BERGER «n’a jamais renié son héritage sénégalais, et c’est en venant à un pèlerinage aux sources, qu’il a révélé aux étudiants sénégalais médusés, qui étaient en grève : ma grand-mère Fatou DIAGNE était une négresse de Gorée. Il a fait plus : il nous a tracé le chemin, en nous rappelant, par sa vie et par son œuvre, que toute civilisation est un métissage biologique et culturelle» dit SENGHOR dans une interview à la Revue des Deux Mondes.

Inventeur de la prospective, il est aussi le père du célèbre danseur et chorégraphe marseillais, Maurice-Jean BERGER, alias Maurice BEJART (1927-2007). «Mon sang noir est de plus en plus important pour moi. Quand on vieillit on retombe en enfance» dit Maurice BEJART qui a crée un Mudra-Afrique à Dakar. BEJART témoigne de son ouverture au monde. Pour lui, la danse transcende les cultures et doit pouvoir réunir des gens d’origines diverses et des pays opposés. «Je suis né sept ans après le mariage de mes parents, en 1927. Avant de fonder une famille, mon père, Gaston Berger, voulait sortir de sa condition d’ouvrier. Jusque-là, il n’avait eu ni le temps, ni les moyens d’étudier. A 18 ans, en 1914, il s’était porté volontaire et avait fait la guerre. C’est donc à 25 ans qu’il a passé son bac. Puis, il a fait ses études de philosophie avant de fonder la Société de Philosophie du Sud-Est. Il était devenu philosophe, mais pendant toute mon enfance, il a travaillé dans une usine d’engrais, à deux pas de chez nous, rue Ferrari, à Marseille. Il allait vendre des engrais en campagne, dans sa camionnette» dit Maurice BEJART.

Etienne BERGER prit sa retraite à Perpignan. Le divorce de ses parents obligea le jeune Gaston à quitter le lycée au moment d’entrer en classe de première. C’est alors que sa mère et sa tante s’installèrent à Marseille, et que devant les nécessités de la vie, le jeune Gaston dut trouver un emploi dans une fabrique d’huile.

La première guerre mondiale arrive, Gaston s’engage le 1er octobre 1914. Il reste cinq sous l’armée et revient avec la Croix de guerre. Démobilisé, il reprend sa place dans l’entreprise où il avait débuté, laquelle est devenue une fabrique d’engrais. Son patron reconnaît ses mérites et admire le courage de ce jeune homme qui décide de ré-entreprendre seul, des études difficiles ; il lui laisse volontiers du temps pour son travail personnel ; un jour viendra où il lui proposera de devenir son associé dans l’affaire. Entre temps, Gaston se marie avec Germaine CAPPELLIERES, une marseillaise. Devenu père de famille, il accepte l’association. Mais son rêve est de devenir professeur de philosophie et décide de préparer deux baccalauréats. Le baccalauréat en poche à 23 ans, il s’inscrivit à la Faculté d’Aix pour approfondir son vif intérêt pour la philosophie. En 1924, il obtint successivement un certificat d’études supérieures en philosophie et une licence qui récompensait une étude sur le thème «Liberté individuelle et solidarité sociale». Il continua ses études de philosophie en soutenant un mémoire en 1925 sur la question de la contingence, «Les conditions de l’intelligibilité et le problème de la contingence», et valida parallèlement un diplôme d’études supérieures de physiologie à la Faculté des Sciences de Marseille. Tenté un moment par des études de médecine, il resta fidèle à la philosophie et créa l’année suivante la première Société d’études philosophiques à son domicile de la rue Ferrari à Marseille. Au cours des années 1930, Gaston BERGER étudia la philosophie auprès de maîtres idéalistes, René LE SENNE (1882-1954), Maurice BLONDEL (1861-1949), qui «parièrent» sur BERGER pour en faire leur continuateur. Puis auprès de Léon BRUNSCHVICG (1869-1944) qui fut le directeur de sa thèse soutenue le 23 mai 1941 à la Faculté des Lettres d’Aix, sous le titre «Recherches sur les conditions de la connaissance. Essai d’une théorétique pure». La thèse complémentaire, Le cogito dans la philosophie de Husserl, fut dirigée par Emile BREHIER (1876-1952), qui qualifia son auteur de la manière suivante : «La solidité du style, la fermeté et la cohérence de la pensée, la nouveauté de la méthode font de cette thèse une œuvre distinguée, qui classe son auteur parmi les penseurs de valeur».

Gaston BERGER est successivement chargé de cours en 1941, maître de conférences en 1945, professeur dès 1946 à la faculté des Lettres à Aix et Visiting professor à Buffalo, au Etats-Unis de 1948 à 1949. Alors qu’il était directeur général adjoint de l’Enseignement supérieur, Gaston BERGER mit en place l’Institut National des Sciences Appliquées (I.N.S.A.) qui porte maintenant son nom. Ce projet de formation répondait à une forte demande : la France manquait d’ingénieurs et avait besoin de techniciens pour reconstruire le pays. Il existe des INSA à Rennes, Strasbourg Toulouse et Rouen. Membre de l’Institut en 1955, il a été Directeur de l’Enseignement supérieur de 1953 à 1960.

I  – Gaston BERGER, un philosophe humaniste, inspiré par la clarté

Si l’on cherche à embrasser d’ensemble la carrière, l’œuvre, la personnalité de Gaston BERGER, on peut dire qu’avant tout il fut un humaniste. Eveilleur d’idées, organisateur, administrateur méthodique, il l’a été. Mais on doit préciser que cet industriel-philosophe fut autre chose qu’un technicien supérieur. A travers les questions d’organisation, d’administration, il voyait l’homme. Il pensait même que la plupart des difficultés qui surgissent dans la marche d’une affaire, dans la conduite d’une institution, sont des problèmes de relations humaines. Il excellait à les résoudre parce qu’il se préoccupait d’abord de saisir la psychologie des autres.

Philosophe, Gaston BERGER s’est attaché à méditer un seul mystère : celui de la clarté. Si l’angoisse des profonds est parfois supérieure, disait-il, à la trahison des clairs, la joie la plus pure est de comprendre et la question qui mérite le plus de fixer l’attention est : «Qu’est-ce que comprendre ?».

Gaston BERGER a introduit «la théorétique», conçue comme une science de la compréhension. L’objectif de cette philosophie était de fournir des «outils» susceptibles d’aider à la compréhension du monde. Dans sa démarche du connaître, Gaston BERGER avait deux maîtres pour cela : un maître allemand, Edmund HUSSERL, qui fut surtout un logicien de la perception ; un maître français, René DESCARTES, qu’il cite abondamment et pour qui il éprouvait une véritable ferveur. S’il pense souvent comme Edmund HUSSERL, il s’exprime à la manière cartésienne. Il n’accueille que des idées claires et distinctes. Et il a la chance, ou le mérite, de les traduire dans des formules simples, parfois chaleureuses, toujours nettes. Constamment, il donne une leçon de précision, d’ordre et d’élégance qui font de lui un maître à écrire autant qu’un maître à penser.

Gaston BERGER condamne la manière traditionnelle de poser le problème de la connaissance : c'est un problème sans signification puisque, pour pouvoir juger de la valeur, des limites et des conditions de la connaissance, il faut savoir ce qu'elle est. Mais s'il est impossible de l'analyser directement, on peut l'étudier indirectement grâce à la manière dont elle répond à l'appel de tout ce qui s'offre à elle. Or, la théorétique est une possibilité de la connaissance ; il convient donc de l'interroger en recourant à des symboles et à des relations intérieures au monde pour exprimer ce qui dépasse le monde.

Sa recherche philosophique est restée centrée sur les grandes réalités de la conscience. Ses thèmes préférés sont la valeur de la connaissance, la présence de l’être, l’appel de l’art et de la poésie, la situation du moi, l’engagement, le dialogue, l’amour, le temps, le courage. Mais la phénoménologie ne l’a pas détourné de la métaphysique. Ses convictions spiritualistes, son goût pour les études mystiques où il retrouvait une clarté supérieure, car à ses yeux le mysticisme n’était pas une expérience sans structure, sa fidélité au théisme chrétien où il voyait une exigence permanente de conversion, il les doit sans conteste à ce qu’il appelait l’Ecole d’Aix.

Comme philosophe, il a été le principal introducteur de la philosophie husserlienne en France ; il a secondé René Le SENNE dans l'approfondissement théorique et la mise en application pédagogique de la caractérologie de l'École hollandaise ; il a esquissé une phénoménologie de la mémoire, dans laquelle le devenir est une donnée concrète et le temps une notion construite, voire un mythe collectif, une illusion, qui permet aux hommes «de s'unir, d'espérer ensemble, de trembler ensemble, d'aimer ensemble, de travailler ensemble» dit-il. Gaston BERGER a joué un rôle décisif dans l’introduction intellectuelle, mais aussi matérielle et institutionnelle, de la phénoménologie d’Edmond HUSSERL (1859-1938) en France. «J’existe, c’est bien évident. Mais qui suis-je ? Je dirai que je suis un homme, et plus précisément cet homme-ci, engagé dans une situation unique ; ou du moins je suis cette intimité secrète et douce qui échappe au regard d’autrui et n’existe que pour soi... De ceux qui sourient des longues dissertations husserliennes sur l’ego, combien en est-il qui se sont distingués de leur vie intérieure ?» écrit Gaston BERGER dans son ouvrage «Les thèmes principaux de la phénoménologie».

En 1925, Gaston BERGER avait fondé la Société d’études philosophiques et la revue Etudes Philosophiques. Cette société savante lui permit alors d’entrer en contact avec un grand nombre de philosophes et d’organiser dès 1938 le premier congrès des Sociétés de philosophie de langue française. «Études philosophiques» est une revue d’abord publiée à Marseille, la revue fut initialement le Bulletin d’une société philosophique régionale, et maintenant diffusée par les Presses Universitaires de France. Il s’agissait de rendre compte des travaux locaux tout en assurant la communication des orientations et des résultats de la recherche au plan international. La revue s’est attachée à maintenir cette double vocation, ancrage dans la tradition philosophique et ouverture sur l’actualité de la philosophie en train de se faire. Elle est un lieu d’élaboration et d’échange de la recherche philosophique ; elle donne un état de la recherche française et internationale, en publiant des études d’histoire de la philosophique mais aussi bien des articles de percée rédigés par de jeunes chercheurs ou des philosophes de réputation internationale.

II – Gaston BERGER, l’inventeur de la prospective ou avoir un coup d’avance.

Si Gaston BERGER souhaitait comprendre le monde dans lequel il vivait, il voulait aussi pouvoir en connaître l’avenir. C’est pour cette raison, qu’il fonda en complément à la théorétique, le mouvement «Prospective». Gaston BERGER défendra formellement dès 1955 la naissance d’une science de «l’homme à venir», d’une «anthropologie prospective» qui serait chargée d'étudier les différentes situations dans lesquelles l’homme pourrait se trouver dans l’avenir. Le philosophe appelle ainsi à anticiper les circonstances qui existeront lorsque se développeront les actions préparées au moment de leur détermination, pour ne pas «manquer demain les buts que nous poursuivons, plus sûrement encore que nous n'avons manqué aujourd'hui ceux que nous nous proposions hier». Cette idée de prospective s’est construite à partir de deux mondes, celui de la pensée et celui de l’action, celui du «voir» et celui du «faire». La prospective s’est inspirée de nombreux engagements et de nombreux philosophes, parmi lesquels René Le SENNE, Léon BRUNSCHVICG, Edmund HUSSERL. Mais, elle est surtout étroitement associée à la pensée de Maurice BLONDEL, et plus particulièrement à sa philosophie de l’action. «Gaston Berger, c’était un métis franco-sénégalais. (…) C’est précisément sa situation de métis, la nécessité pour lui de faire la symbiose entre ses différents héritages qui l’a poussé à scruter l’avenir et à créer la science de la prospective» dit SENGHOR. Gaston BERGER est l’un des rares philosophes à s’intéresser à l’avenir. Comme tous les agents économiques, l'Etat a du mal à prévoir l’avenir. Gaston BERGER s'intéresse à la capacité des savants à faire comprendre leurs recherches et à celle des hommes à prévoir de façon rationnelle leur avenir et à utiliser cette prévision pour orienter leurs décisions, notamment économiques. Son projet sur la prospective, «épuré par la philosophie, et précisé dans l’action, habitait ce noble esprit, préoccupé du temps et épris de l’éternité» écrit François PERROUX.

Selon lui, l’avenir a été oublié par les philosophes.  Les décisions s’inspirent trop du passé, qui pourtant ne contient, ni ne préfigure l’avenir. L’idée de départ est la suivante : «L’avenir n’est pas ce qui vient après le présent, mais ce qui est différent de lui». En cela, Gaston BERGER s’éloigne de la prévision en en soulignant les limites, avertissement qui résonne étrangement bien à notre époque. La «prospective» ainsi pensée par Gaston BERGER était une science du «comprendre en avant», avoir un coup d’avance et plus exactement «une science de la compréhension de l’avenir pour participer à sa réalisation». Ce projet se concrétisa par la création du Centre international de Prospective et par des réflexions interdisciplinaires qui avaient comme objectif principal de prévoir les besoins de demain tant d’un point culturel et moral que philosophique ou matériel. La prospective demandait une «imagination créatrice». En conséquence, cet avenir doit être construit, d’où la célèbre citation de Gaston BERGER : «Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer». Gaston BERGER, qui comptait naturellement beaucoup sur l’enseignement pour inventer cet avenir aime à citer Paul VALERY qui écrit, à propos de l’enseignement : «Il s’agit de faire de vous des hommes prêts à affronter ce qui n’a jamais été». Pour lui, agir à long terme suppose "de comprendre l'avenir et non pas de l'imaginer".

Le 13 novembre 1960, Gaston BERGER a trouvé la mort dans un accident de voiture sur l’autoroute du Sud, à Longjumeau, à quelque 20 kilomètres de Paris. En 1949, avant de partir pour l’Amérique du Sud en avion, il avait écrit un testament remis Mme BERGER. On y retrouve son amour pour sa famille, son désir de l’harmonie entre ceux qui l’avaient entouré : «Je ne regretterai de la vie terrestre ni la puissance, qui est méprisable, ni les plaisirs, qui sont fragiles. Je ne puis m’empêcher de songer avec regret aux êtres. Il n’y a sur terre que deux choses précieuses : la Première, c’est l’amour. La seconde, bien loin derrière, c’est l’intelligence. Amour et intelligence ne se séparent d’ailleurs pas à qui en entend bien le sens. En dehors de cela, il n’y a rien».

Bibliographie

1 – Contributions de Gaston Berger

BERGER (Gaston), BEJART (Maurice) La mort subite, journal intime, Paris, Séguier, 1990, 240 pages ;

BERGER (Gaston), BOURBON BUSSET, de (Jacques), MASSE (Pierre), De la prospective : textes fondamentaux de la prospective française, 1955-1966, Paris, L’Harmattan,  2007, 209 pages ;

BERGER (Gaston), Caractère et personnalité, Paris, PUF, 1956, 111 pages ;

BERGER (Gaston), CHEVALIER (Jean-Jacques), DURAND (Charles) Le fédéralisme, Paris, P.U.F. 1956, 411 pages ;

BERGER (Gaston), DARCET (Jean), Prospective : rapport de l’Occident avec le reste du monde, avant-propos de Marcel Demonque,  Paris, P.U.F. 1959, 99 pages ;

BERGER (Gaston), Etapes de la prospective, préface Jean Darcet, Paris, P.U.F. 1967, 343 pages ; 

BERGER (Gaston), L’homme moderne et son éducation, préface de Edouard Morot-Sir, Paris, P.U.F. 1962, 368 pages ;

BERGER (Gaston), L’idée d’avenir et la pensée de Teilhard de Chardin, Paris, P.U.F. 1961, 131 pages ;

BERGER (Gaston), Le cogito dans la philosophie de Husserl, Paris, Aubier, éditions Montaigne, 1941, 156 pages ;

BERGER (Gaston), MOROT-SIR (Edouard) Phénoménologie du temps et prospective, Paris, P.U.F. 1964, 278 pages ;

BERGER (Gaston), OPPENHEIMER (Robert), LEVY (Maurice), Le progrès technique et scientifique et la condition de l’homme,  Paris, P.U.F. 1960, 135 pages ;

BERGER (Gaston), Phénoménologie du temps et prospective, préface Edouard Morot-Sir, Paris, PUF, 1964, 278 pages ;

BERGER (Gaston), Questionnaire caractérologique, Paris, P.U.F. 1973, 16 pages ;

BERGER (Gaston), Recherches sur les conditions de la connaissance ; essai d’une théorétique pure, Aix-en-Provence, Faculté des Lettres et Sciences humaines, 1941, 193 pages ;

BERGER (Gaston), Traité pratique et d’analyse du caractère, Paris, P.U.F. 1955, 251 pages.

2 – Critiques de Gaston Berger

BAYEN (Maurice), «Gaston Berger, 1896-1960», Revue de l’Enseignement supérieur, n°4, octobre-décembre 1960, pages 5-10 ;

BRAUDEL Fernand, «Gaston Berger 1896-1960», Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1961, 16ème année, n°1, pages 210-211 ;

BOISDEFFRE (Pierre), «Avec Léopold Sédar Senghor», La Nouvelle Revue des Deux Mondes, mars 1981, pages 513-529, spéc. page 524 ;

D’HOMBRES (Emmanuel), DURANCE (Philippe), GABELLIERI (Emmanuel), sous la direction de, Gaston Berger : humanisme et philosophie de l’action, Paris, L’Harmattan, collection prospective, 2012, 108 pages ;

DURANCE (Philippe), «Aux origines de la prospective : l’influence de Maurice Blondel sur la pensée initiale de Gaston Berger»,  novembre 2010, 14 pages ;

ESCUDIE (Marie-Pierre), Gaston Berger, les sciences humaines et les sciences de l’ingénieur. Un projet de réforme de la société, Thèse en science politique, sous la direction de Jacques Michel Faucheux, Université Lumière, Lyon II, 6 décembre 2013, 414 pages ;

GINISTI (Bernard), Conversion spirituelle et engagement prospectif pour une relecture de Gaston Berger, préface Georges Bastid, Paris, éditions Ouvrières, collection Points d’appui, 1966, 264 pages ;

GOUHIER (Henri), Notice sur la vie et les travaux de Gaston Berger (1896-1960), Paris, Firmin Didot, 1962, 29 pages ;

JAUVIN (Raymonde, soeur), Gaston Berger, philosophe et éducateur, Thèse de doctorat, Grenoble, Université des sciences sociales de Grenoble, 1971, 355 pages ;

LIVIO (Antonio), Béjart, Lausanne, Paris, 1970, réédition 2004, éditions L’âge d’homme, 280 pages ;

LOMBARD (Paul), Dictionnaire des amoureux de Marseille, Paris, EDI 18, 2013, 365 pages ;

MONSEU (Nicolas), «Gaston Berger, lecteur de Husserl, l’élégance française», Etudes philosophiques, 2002 (62) 2, pages 293-315 ;

SENGHOR (Léopold, Sédar), préface de, Hommage à Gaston Berger, Dakar, Université de Dakar, 1962, 51 pages ;

Hommage à Gaston Berger : colloque du 17 février 1962, Aix-Marseille, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, éditions Ophrys, 1964, 134 pages ;

MESNARD (Pierre), «Gaston Berger, 1896-1960» Cahiers de civilisations médiévales, 1960, n°3, vol 12, pages 430-432 ;

PERROUX (François), «Gaston Berger, 1896-1960», Revue du Tiers-Monde, 1960, t1, n°4, pages 397-398 ;

TOURNIER (Gilbert), Le coeur des hommes. Essai sur le monde actuel et la prospective de Gaston Berger, Paris, A. Fayard, 1965, 278 pages ;

VARET (Gilbert), La Philosophie française 1958-1961. Hommage à la mémoire de Gaston Berger, Paris, Jean Vrin, 1961, 290 pages ;

VIRIEUX-REYMOND (Antoinette), «Hommage à Gaston Berger», Revue de théologie et de philosophie, 1961, 1, pages 60-63 ;

WENIN (Christian), «In Memoriam, Gaston Berger», Revue Philosophique de Louvain, 1960, 58, n°60, 652-653.

Paris, le 9 août 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Gaston Berger (1896-1960), un Saint-Louisien, un philosophe franco-sénégalais humaniste et père de la prospective», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 21:45

Initialement, le jazz instrumental était encore proche des fanfares, que l'improvisation sur un thème donné, une des caractéristiques essentielles de cet art, se déployait surtout collectivement et à l'intérieur de cadres assez étroits, Louis ARMSTRONG inaugura le règne du soliste, donnant l'exemple, par son imagination créatrice, d'une liberté et d'une richesse d'expression jusqu'alors inconnues. Par la puissance de sa musique, Louis ARMSTRONG aura contribué, de façon décisive, à rendre audible la culture des Noirs américains et libérer leurs forces créatrices, pour en faire un outil de promotion sociale. Des hommes, comme Louis ARMSTRONG ou Duke ELLINGTON ont réussi, avec des armes pacifiques, à faire vaciller la chapelle du racisme aux Etats-UnisLa musique a ainsi abattu des siècles de frontières raciales. Louis ARMSTRONG n’a pas, certes, inventé le jazz ; ce mouvement musical vient de loin. En effet, même s’il a été colonisé et domestiqué par le Blancs, le jazz reste une musique de tension, de divisions et de blessures non refermées. L'esclavage aura des conséquences profondes et irréversibles sur l'histoire de la musique. En effet, les chants religieux ont permis aux Noirs d'Amérique de préserver leur unité et leur culture, d'assurer, face à l'esclavage, puis à la ségrégation raciale, leur autonomie, d'affirmer leur différence et leur fierté. En effet, le jazz trouve ses origines dans les musiques des anciens esclaves : les «Work Songs» (chants de travail), les Negro-Spirituals (Chants religieux d’inspiration chrétienne), le Gospel (God Spell, parole de Dieu), le Blues (avoir le cafard) et le Ragtime (littéralement temps déchiqueté). Des millions d’esclaves d’Afrique déportés vers l’Amérique sont privés de leur identité et de leur liberté, la musique restant le seul lien avec leur terre d’origine. Les esclaves mêlent alors leurs traditions africaines aux musiques de leurs maîtres Blancs. Par conséquent, le jazz est une contreculture, l’essence identitaire et culturelle des Noirs d’Amérique. Le jazz est le drapeau de la population noire, un de ses moyens d'expression privilégiée, une manifestation de son intelligence, de son génie, reconnue dans le monde, une garantie de sa dignité, de son devenir social, de son histoire, de son combat et de ses souffrances. L’avènement du jazz sur la scène musicale, fut celle d’un bouleversement qui ressemble à une irruption volcanique. Au début le jazz était un art mineur soumis aux nécessités économiques. Les Noirs ne pouvaient se livrer qu’aux «Minstrel Show» (spectacles à relent raciste dans lesquels ils sont présentés comme des bouffons), mais la prohibition, et notamment à Chicago, donnera au jazz ses lettres de noblesse.

Louis ARMSTRONG est à l’Amérique ce que William SHAKESPEARE est à l’Angleterre. Il est l’un des brillants représentants du Mouvement Harlem Renaissance, et tient un rôle capital dans cette histoire du jazz. ARMSTRONG s’est produit dans cette salle mythique, Apollo, construite en 1934 et destinée à accueillir un public mixte.  Le mouvement Harlem Renaissance, appelé aussi New Negro, né à Harlem, est une réponse culturelle au besoin de reconnaissance et de légitimité des Noirs américains.

Dirigé par des intellectuels et des artistes (Duke ELLINGTON, Langston HUGUES, Marcus GARVEY, W.E.B du BOIS), Harlem Renaissance revendique, pour les Noirs, l’appropriation de leur héritage africain, leur identité américaine et la dénonciation du racisme. Si l’esclavage est aboli, en dépit de l’attrait de New York, le racisme quotidien persiste. La marginalisation devient une force et Harlem devient attractif. C’est ce mouvement qui va fondamentalement inspirer la Négritude de Léopold Sédar SENGHOR et d’Aimé CESAIRE.

C'est ARMSTRONG qui révolutionne et popularise le jazz tel que nous le connaissons aujourd'hui. Trompettiste virtuose et chanteur à la voix si particulière, il est le premier véritable soliste improvisateur à se mettre au premier plan. «A l'exception de Charlie Parker, mais vingt ans avant lui et plus que lui, aucun musicien n'aura exercé dans le jazz une influence aussi considérable et bénéfique ; aucun en dehors de Duke Ellington n'a produit hors du jazz un tel rayonnement» écrit Jacques REDA. ARMSTRONG rencontrera notamment Charlie PARKER, Duke ELLINGTON et Ella FITGERALD. «La musique, c’est votre propre expérience, vos pensées, votre sagesse. Si vous ne la vivez pas, elle ne sortira pas de votre instrument» dit Charlie PARKER. Sur le plan esthétique, grâce à Louis ARMSTRONG, le jazz acquiert ses lettres de noblesses, son unité, sa dimension d'universalité et ses moyens originaux, à partir desquels deviendront possibles création et évolution, bref, les apports successifs des individualités qui jalonnent son histoire. «La position de Louis Armstrong dans l’histoire du jazz est incontestable. S’il n’avait existé nous ne serions pas ici» déclare en 1970, Dizzy GILLPESIE (1917-1993). «S’il y eut jamais un Monsieur de jazz, ce fut Louis Armstrong. Il était, et sera toujours, l’essence du jazz», déclare Duke ELLINGTON (1899-1974). Imprégné des traditions de La Nouvelle-Orléans, Louis ARMSTRONG a été pendant plus d'un demi-siècle le porte-drapeau du jazz classique.

Les artistes authentiques du jazz, comme Louis ARMSTRONG, sont animés d’une puissance créatrice originale.  Ainsi, ARMSTRONG, surnommé «Satchmo», de «satchelmouth», ou «bouche en forme de besace», codifie l'improvisation telle qu'elle sera toujours pratiquée en jazz par-delà les styles et les générations. Son génie consiste à donner à chaque note une attaque, une durée, une hauteur, une intensité, un timbre et une couleur qui en font un instantané de l'émotion, tout en maîtrisant à la perfection la logique de ses «phrases». Sa force émotive doit assurément beaucoup à une virtuosité qui ne sera guère dépassée. Le rôle que Louis ARMSTRONG a joué, en donnant au soliste toute la place que mérite l’improvisation.  Instrumentiste d’abord au cornet à pistons, puis trompettiste, Louis ARMSTRONG apparaît, dans l'histoire du jazz, comme le premier soliste véritable : avant lui, en effet, les formations se vouaient essentiellement à une polyphonie improvisée. Si, dans les groupes auxquels il appartient, la musique se recentre autour de lui, c'est qu'il en impose par une virtuosité sans précédent. C'est qu'ARMSTRONG, aussi, affirme très rapidement un langage personnel, plus complet et plus complexe que celui des jazzmen de son temps, et que sert, en outre, une sonorité demeurée, aujourd'hui encore, absolument unique, sonorité ample, éclatante et majesté.

Louis ARMSTRONG est né le 4 août 1901 à la Nouvelle-Orléans, aux Etats-Unis. La Nouvelle-Orléans, ville joyeuse et remplie de musique, est le berceau du jazz. Les musiciens travaillaient dans tous les endroits où l’on s’amusait. Mais on les demandait aussi dans les circonstances exceptionnelles, les bals, les soirées, les banquets, les mariages, les enterrements, les baptêmes, les premières communions catholiques, les confirmations, les pique-niques au bord du lac, les parties de campagne et les défilés publicitaires. Au moment du carnaval du Mardi gras, la plus petite affaire tenait à s’assurer leurs services et chaque quartier engageait ses musiciens favoris, de même que ses créations légendaires font de lui, encore aujourd'hui, une figure dominante de cette musique. «Être seconde trompette du Tuxedo Brass Band, c’était le paradis, et ils avaient des marches funéraires qui vous allaient droit au coeur, elles étaient tellement belles» dit ARMSTRONG. Il ne cache pas son bonheur pendant cette période «J’ai connu de grandes ovations de mon temps et j’ai eu de beaux moments. Mais il me semble que j’étais plus heureux quand je grandissais à la Nouvelle-Orléans, et je jouais avec les «Oldtimers» dit-il. ARMSTRONG ne se considérait pas comme un jazzman, mais comme un musicien de rue. «Mon homme avait cette force heureuse qui sait faire plier les Dieux» écrit sa femme Lucille, dans son journal intime. «La plus grande force de Louis est d’aimer la musique comme il avait aimé son arbre, comme il aimait les plaisirs simples, d’un amour si vrai qu’il n’avait pas à se demander si ce qu’il faisait était bon ou mauvais. Il aimait, alors c’était bon», ajoute Lucille.

Abandonné par son père, Maryann, sa mère, vit de ses charmes et son père William, a quitté le domicile conjugal. «De tous les jazzmen, Louis était le plus mal né, celui qui au départ, était le plus défavorisé. Pourtant, malgré une mère domestique, blanchisseuse et prostituée, et un père trop occupé à courir les putes, pour lui apprendre quoi que ce soit, Louis a vécu une enfance malheureuse (..), de manière heureuse. La misère était sa seule abondance», dit Lucille ARMSTRONG (1914-1983), dans son journal intime. Sa grand-mère, Joséphine, l'adopte. Louis ARMSTRONG passa sa jeunesse dans l’agitation du vieux quartier créole du grand port de la Nouvelle-Orléans, à Storyville. Les limites symboliques de ce quartier étaient constituées par une prison, une église, une école pour les pauvres, une salle de danse et de nombreux bordels. Il connait une enfance difficile et sera placé dans de nombreux foyers. Comme il est d'usage à La Nouvelle-Orléans, les rues se remplissent de vacarme la nuit de la Saint-Sylvestre. Le jeune Armstrong y participa à sa manière en ce 31 décembre 1913 lorsqu'il tira un coup de feu en l'air avec le revolver de son beau-père. Placé en maison de correction, il y fit la connaissance d'un surveillant qui donnait des leçons de musique. Admis dans la chorale, puis dans l'orchestre de l'établissement, ARMSTRONG devint alors chef de la fanfare. Il se perfectionne sous la férule de Peter Davis, moniteur de l'orphelinat. Sa vocation était née. C'est dans l'un de ces foyers qu'il va apprendre à jouer du cornet à pistons, un instrument offert par une famille juive, les KARNOFSKY, qui s’est prise d’affection pour lui. ARMSTRONG joue du cornet à pistons dans le quartier chaud de Storyville : «Je suis persuadé que tous les jeunes fanatiques des Hot-Clubs qui entendent prononcer le nom de Storyville n’ont pas la moindre idée de ce que c’était : le rendez-vous des plus grandes prostituées de la planète. Sur le pas de leurs portes  la nuit, dans de ravissants négligés, elles appelaient doucement les gars qui passaient devant leurs piaules» raconte ARMSTRONG.

À sa sortie de la maison de correction, quelques mois plus tard, il commença sa carrière de musicien sous l'aile protectrice de King OLIVER. Il assiste aux parades des Brass-band à la Nouvelle-Orléans et s'inspire des vieux musiciens pour apprendre. «Il avait une oreille et une mémoire merveilleuses. Il suffisait de lui fredonner ou de lui siffler un air nouveau pour qu'il le connaisse par cœur» dira Kid ORY. Adolescent, il commence à jouer sur les bateaux à vapeur qui naviguent sur le Mississippi. Toutefois, il a l'occasion de s'initier au cornet à pistons et il se découvre un goût pour le chant ; Louis entre alors dans un quatuor vocal qui se produit dans le quartier et attire l'attention de Sidney BECHET (1897-1959).

En 1914, il fait ses débuts d'instrumentiste dans les beuglants. ARMSTRONG jouait dans les tripots de son quartier «À l’époque, un orchestre qui jouait dans ces boîtes n’avait pas à s’en faire question fric. Les musiciens recevaient de tels pourboires qu’ils ne s’occupaient même pas de toucher leurs cachets. D’ailleurs la plupart des établissements les payaient chaque soir au lieu d’attendre la fin de la semaine. Ils risquaient en effet toujours d’être fermés sur l’heure et personne ne voulait prendre de risques» dit-il.

En 1918, Armstrong entre dans l'orchestre d’Edward «Kid» ORY, (1886-1973)  et joue sur les River Boats, avant de rejoindre Joe «King» OLIVER (1881-1938)  à Chicago en 1922, puis, en 1925, Fletcher HENDERSON, à New York. Louis ARMSTRONG est déjà l'une des idoles de Harlem : "Personne n'avait rien entendu de pareil. Il n'y a pas de mots pour décrire le choc que produisit cet orchestredira Duke ELLINGTON. Il accompagne aussi des chanteuses de blues comme Ma RAINEY et Bessie SMITH. Revenu à Chicago, il est pris dans l'orchestre de la pianiste Lil HARDIN (1898-1971), qu'il épouse en secondes noces en 1927. C'est elle qui va faire de lui le premier grand soliste de jazz.

À partir de 1925, Louis ARMSTRONG réalise ses premiers enregistrements sous son nom. Louis fait ses débuts comme vocaliste. L'année clef est 1925. Louis donne ses lettres de noblesse au scat en remplaçant les paroles de la chanson par des onomatopées. Cette période est l'apogée d'une invention musicale unique, autour d'un soliste sûr de lui, à la technique insurpassable, maître absolu du tempo. Quand Louis exprime une note, c'est au millionième de seconde exactement là où il fallait l'attaquer, sans hésitation, sans états d'âme, sans recherche d'effets bizarres. C'est là et pas ailleurs. Le phrasé est cartésien, limpide. On ne peut ni retirer ni ajouter un son. Il y a l'exposé, le développement, le clin d'oeil, la conclusion dans l'euphorie et la satisfaction. Le tout, bien sûr, avec l'ivresse de cette impondérable qualité du jazz: le swing. Le balancement sur le temps, l'incitation à danser, à remuer du pied, à claquer des doigts. Avec le concours de Lil HARDIN, il a alors fondé son Hot Five ensuite le Hot Seven. Avec l'appui indéfectible de l'imprésario Joe GLASER (1896-1969), ARMSTRONG est d'abord l'invité des plus fameux Home-bands (orchestres de clubs), puis  fait plusieurs tournées en Europe (1934-1936) et joue dans divers films. Cette période s'achève en apothéose sur la scène du Metropolitan Opera en 1944. En 1947, ARMSTRONG donne naissance à son All Stars, sextuor qui mêle brillamment la spontanéité du jazz New Orléans et les riffs typiques des Big Bands.

Révolutionnant la technique de la trompette, ARMSTRONG brode des solos limpides, prolongés par un vibrato nuancé. Sa voix chaude, au timbre voilé, sert à merveille une expression tour à tour pathétique et drôle. Son génie consiste à donner à chaque note une attaque, une durée, une hauteur, une intensité, un timbre et une couleur qui en font un instantané de l'émotion, tout en maîtrisant à la perfection la logique de ses «phrases». Sa force émotive doit assurément beaucoup à une virtuosité qui ne sera guère dépassée.  

Entre 1932 et 1933, ARMSTRONG se rend au London Palladium, en Scandinavie, en Belgique et à Paris. Le jazz, ce bruit nouveau, reçoit un accueil passionné et enthousiaste en France, sauf à Montpellier «sa musique a du choquer l’oreille bourgeoise des auditeurs qui, en signe de désapprobation, se sont mis à le siffler et à lui lancer des pièces de monnaie à la tête» écrit sa femme Lucille dans son journal intime. En revanche, les lettrés de Saint-Germain-des-Prés, notamment les intellectuels et musiciens de gauche (Boris VIAN, Claude NOUGARO), ont associé le jazz à la modernité américaine, liée à l’hédonisme, mais également à l’expression des Noirs victimes du racisme. Aussi, lors de son séjour en Europe, Louis ARMSTRONG prend conscience de l’importance de sa musique : «Pendant mes trois ans d'expérience en Angleterre et sur le Continent, les critiques musicaux venaient me rendre visite dans ma loge ou me relançaient à l'hôtel pour discuter avec moi de l'importance de notre musique et de ce qu'ils croyaient qu'elle signifiait, ce qui ne m'était jamais arrivé aux Etats-Unis» dit-il. Cependant, Louis ARMSTRONG reste mal accueilli dans le Sud des Etats-Unis : «C'est vraiment infernal pour un Noir de se produire dans le Sud. En tournée, impossible de trouver un endroit convenable pour manger, dormir ou aller aux toilettes» dit-il. S'il est reconnu comme le plus grand par ses pairs et quelques musicologues, le monde blanc s'en approche avec des pincettes. Il s'en moque. «Quand on a livré à 5 ans du charbon dans les bas quartiers de La Nouvelle-Orléans, quand on s'est réfugié sous les amples jupes de sa grand-mère pendant une partie de cache-cache et qu'on a perdu parce qu'elle avait eu des flatulences, ce qui l'a obligé à fuir»  dit-il dans son autobiographie. Il sait être musicalement et humainement à l'aise, sans complexe, sans prétention ni tentation, ni envie, ni haine, que souhaiter de mieux ? Jouer et jouer encore.

Louis ARMSTRONG disparaît le 6 juillet 1971 à New York, des suites d'une attaque cardiaque. Un stade, servant de court de tennis, porte son nom à New York. Il avait vécu près du site, jusqu’à sa mort. «Louis était intelligent, brillant même. Mais son esprit fonctionnait en mode lunaire. Pour lui, la vie n’était pas faite d’opposition, comme le bon et le mauvais, le bien et le mal. Pour lui, la vie c’était un cercle et le but du jeu, c’était de faire entrer dans ce cercle le plus de lumière possible, de la faire passer du quartier de lune à la pleine lune, si je puis dire. Après quoi, il s’agissait surtout de garder la pleine lune et de la faire briller jusqu’au jour de la mort» écrit Lucille ARMSTRONG. 

Bibliographie sélective

1 – Textes en langue française

ARMSTRONG (Louis), Satchmo, ma vie à la Nouvelle-Orléans, New York, Da Capo Press, 1955, traduction Françoise Thibaut, Paris, Coda, P.U.F., réédition en 1986 et 2006, 232 pages ;

BARENDT (Joachim-Ernst), Le grand livre du jazz, traduit par Paul Couturiau, Paris, Librairie générale française, 1988 et éditions du Rocher, 1994, 525 pages ;

BERGEROT (Franck), MERLIN (Arnaud), L’épopée du jazz, Paris, Gallimard, Découverte, 1991 et 2000, tome 1, 160 pages et tome 2,  160 pages ;

BOUJUT (Michel), Pour Armstrong, Paris, Fillipachi, 1976, 128 pages ;

BOUJUT (Michel), Louis Armstrong, Rizzoli, 1998, 143 pages ;

COLLIER (James, Lincoln), RICHARD (Daniel), Louis Armstrong : un génie américain, traduction de Jean-Louis Houdebine, Paris, Denoël, 1986, 473 pages ;

LEDUC (Jean-Marie), MULLARD (Christine), Armstrong, Paris, Seuil, 1994, 282 pages ;

MEDIONI (Franck), BACKES (Michel), Louis Armstrong : enchanter le jazz, Paris, éditions A Dos d’Ane, 2013, 46 pages ;

PANASSIE (Hugues), Louis Armstrong, Paris, Nouvelles éditions latines, 1969, 220 pages ;

REDA (Jacques), Autobiographie du jazz, accompagnée de 150 solistes, Castelnau-le-Lez, Climats, 2002, 312 pages ;

SHAPIRO (Nat), HENTOF (Nat), Ecoutez-moi ça, l’histoire du jazz racontée par ceux qui l’ont faite (Hear me Talking to Ya), traduit par François Mallet, édition de 1955 révisée par Guy Cosson, présentation de Jacques Réda, Paris, Genève, Buchet, Chastel, 2015, 528 pages.

2 Biographies en langue anglaise :

BERGREEN (Laurence), Louis Armstrong : An Extravagant Life, London, Harper Collins Publisher, 1998, 564  pages ;

BROWN (Standford), Louis Armstrong, New York, F. Watts, 1993, 154 pages ;

CORNELL (Jean, Gay), MAYS (Victor), Louis Armstrong, Ambassador Satchmo, Champaign, Illinois, Garrad Publishing Company, 1972, 106 pages ;

Federal Bureau of Investigation (FBI), Louis Armstrong, 29 pages ;

GIDDINS (Gary), Satchmo : The Genius of Louis Armstrong, New York, Da Capo Press, 2001, 222 pages ;

JONES (Max), CHILTON (John), Louis : The Louis Armstrong Story, 1901-1971, Boston, Little, Brown, 1971, 266 pages ;

McCarthy (Albert, J.), Louis Armstrong, London, Cassell, 1960, 110 pages ;

MILLER (Marc, H.) BOGLE (Donald), Louis Armstrong : A Cultural Legacy, Seattle, Queen’s Museum of Art, University of Washington Press, 1994, 258 pages ;

OLD (Wendie, C.), Louis Armstrong : King of Jazz, Springfield, NJ : Enslow Publishers, 1998, 136 pages ;

PARNASSIE (Hugue), Louis Armstrong, New York, Da Capo Press, 1980, 202 pages ;

PINFOLD (Mike), Louis Armstrong, His Life and Times, New York, Universe Books, 1987, 150 pages ;

RICHARDS (Kenneth, G.), People Destiny : Louis Armstrong, Chicago, Children’s Press, 1967, 102 pages ;

SANDERS (Ruby, Wilson), SOLIE (John, Illus), Jazz Ambassador, Louis Armstrong, Chicago, Children’s Press, 1973, 90 pages ;

TANENHAUS (Sam), Louis Armstrong, 1989, New York, Chelsea Publishers, 1989, 134 pages.

Paris, le 5 juillet 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Louis ARMSTRONG, Uncle Satchmo, (1901-1971), brillant musicien de jazz et représentant du mouvement Harlem Renaissance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 20:05

Grand Soufi, saint et érudit, poète et maître de la prosodie en matière coranique, Cheikh Ahmadou Bamba BA, un nationaliste et résistant au colonialisme, a inspiré, après El Hadji Omar TALL et Maba Diakhou BA, mais de façon pacifique, le réveil de l’Islam, à la fin du XIXème siècle. Humaniste, à travers les principes émancipateurs de dignité et de valeur travail, de l’avis unanime de ses contemporains, Cheikh Ahmadou Bamba jouissait de l’estime de tous, y compris parfois des colons. On s’accorde donc à le considérer comme «un saint homme, pieux, charitable, de mœurs très pures, convaincu de la réformation islamique dont il était investi» écrit Paul MARTY dans son rapport sur le Mouridisme. Authentique et convaincu croyant, Cheikh Ahmadou Bamba ne s’intéressait pas aux affaires de ce monde, et ne recherchait d’autre gloire que celle de la Vérité divine : «Ahmadou Bamba est la meilleure incarnation moderne de la mystique minimiste, de l’Amour et l’imitation du Prophète» écrit Fernand DUMONT. Dans sa vie privée indiquant une discipline familiale et religieuse, teintée d’un ascétisme et d’une grande rectitude, il n’avait que quatre femmes, en accord avec la loi islamique. Dans sa résidence, à Diourbel, son installation est plus que sommaire ; il habitait une case dans laquelle il trouvera la mort. Par ailleurs, il est à la base d’un puissant théocratique agrarien, Cheikh Tidjane SY considérant que le Mouridisme est une réponse à un monde opprimé, celui du Sénégal rural, une sorte de nationalisme africain, une idéologie de l’indépendance, de la culture nationale et de la valeur du développement :  «Il ne reste au paysan mouride, à insérer son action, non plus dans le cadre de sa communauté religieuse, mais dans le cadre national, plus nettement, conscience de son rôle d’artisan de la construction d’un Sénégal nouveau» dit le président SENGHOR, le 7 juin 1963, lors de l’inauguration de la Grande mosquée de Touba. «Le cultivateur devient une simple unité productive dans la famille Mouride» écrit Paul MARTY. En fait, Cheikh Ahmadou Bamba est l’initiateur de la sanctification par le travail, une des valeurs à la base du Mouridisme : «Travaille comme si tu ne devais jamais mourir, et prie comme si tu devais mourir demain», telle est sa devise. Le marabout se consacre à la prière et le Talibé travaille : «Le Mouridisme et le Protestantisme sont les deux seules religions qui définissent une telle attitude à l’égard de l’économie» écrit Abdoulaye WADE. «C’est autour du travail, plus exactement de la solidarité qu’il a su créer que la solidarité se réalise et se perpétue chez les Mourides» écrit Cheikh Tidjane SY.

Paul MARTY a tenté de modérer ses éloges en écrivant que Cheikh Ahmadou Bamba aurait ravalé ses ambitions personnelles, parce qu’arrivé trop tard, au moment où le colonialisme est triomphant. En fait, Cheikh Ahmadou Bamba ayant vécu 75 ans, dont 33 ans en privation de liberté, a subi de graves persécutions du colon, vainement. En effet, le colonisateur français croyait, par ses vexations, l’anéantir, mais l’humiliation peut être une source de résistance et d’affirmation de soi. Le règne de l’arbitraire, quand il touche aux choses de l’esprit, n’ayant fait que renforcer la détermination des populations qui ont pris conscience de leur honneur bafoué. En effet, en raison de ses hautes qualités morales, de sa grande probité, sa rigueur, son goût du travail bien fait, Cheikh Ahmadou Bamba a triomphé face aux adversités.

A côté des confréries Tidjane et Qadriyya, le Mouridisme, une création de toute pièce de Bamba, prêche la non-violence. Cette doctrine, «une guerre Sainte aux Ames», suivant «La clef qui ouvre le Paradis et ferme l’Enfer» de Bamba,  a été une arme contre le colon par la douceur, la persuasion et l’exemplarité : «Et qui donc, mieux que lui, aurait mieux fait preuve de courage et de caractère, en subissant les pires chocs de la Fortune, sans perdre la foi, ni sa dignité d’homme, et surtout sans haine, sans violence» écrit Fernand DUMONT. En effet, bien avant que le Mahatma GANDHI (1869-1944) n’ait théorisé et pratiqué la non-violence, contrairement à El Hadji Omar TALL (1797-1864) et à Maba Diakhou BA, partisans de la guerre sainte, Cheikh Ahmadou Bamba, en pacifique émancipateur, a refusé tout recours à la violence. «Même si le Mahdi descend sur terre, je ne l'aiderai pas. Je ne tuerai ni scorpion, ni serpent ni âme qui vit. Avec la route que j'ai prise  (…) si je prends des armes ma mission sera perdue» dit Cheikh Ahmadou Bamba.  En effet, comme El Hadji Malick SY (1855-1922), le guide spirituel des Mourides a fait aussi appel au «Jihad du cœur». Tirant les conséquences des guerres saintes passées, Bamba a opté pour une autre voie, en libérant le Sénégal par la voie pacifique, par la foi, le travail et la discipline. Ainsi, Bamba inaugure, avant l’heure, une forme de désobéissance civile, à la Mahatma GANDHI (1869-1944). «Par sa vie exemplaire et par son œuvre écrite édifiante, Cheikh Ahmadou Bamba nous a démontré une chose d'une importance vitale pour notre temps  que la non-violence n'est pas incompatible avec l'Islam, mais qu'elle en constitue l'essence première ainsi que son expression la plus parfaite, à l'opposé des fanatismes qui tendent à réduire toute religion à un simple outil temporel, voir uniquement politique» écrivent Didier HAMONEAU et El Hadji Alioune M’BACKE. En raison du charisme de Cheikh Bamba, les fidèles ne suivant que ses recommandations, les chefs de canton se plaignirent de n’être plus obéis, ni écoutés par les Mourides, et une partie de la population refusa de payer l’impôt. «Le groupement dans une seule main de plusieurs milliers d’hommes entièrement soumis à leur Cheikh local et au Serigne suprême, et qui, sur un mot d’ordre de ce chef, pourraient troubler très gravement la tranquillité publique, aboutirait à l’anarchie publique» estime le colonisateur.

Le Mouride signifie «l’aspirant», le «postulant», en somme le «Talibé» désirant être uni à Dieu, est un corps de prescriptions morales, religieuses et culturelles. Par extension, les Mourides sont les adeptes de la confrérie de Cheikh Ahmadou Bamba. On appelle Cheikh Bamba soit «Serigne Touba» (le Marabout de Touba) soit «Khadimoul Rassoul» (le Serviteur du Prophète). Par conséquent, le Mouridisme reposant tout entier sur la personne d’Ahmadou Bamba, par sa sainteté, par sa science et ses valeurs morales, continue de drainer des foules à Touba, notamment lors du Grand Magal, célébrant l’exil au Gabon. Dès le début, le colonisateur s’est méfié du Mouridisme qu’il a persisté à baptiser comme une «secte». «Nous ne devons négliger aucune occasion de combattre un prosélytisme ardent, hostile à notre influence, et en général, à la domination européenne» écrit le gouverneur de l’A.O.F. dans son rapport de 1911.

Il existe une importante documentation orale et écrite, en arabe, en français et en anglais, sur la vie et l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba. Grand érudit, certains de ses ouvrages en arabe, sont accessibles en langue française : «Il faudrait toute une vie pour évaluer les écrits  du fondateur du Mouridisme qui a semblé passer toute son existence à taquiner les Muses» écrit Amar SAMB. «Chacun s’accorde à reconnaître que pour un Noir, il est remarquablement instruit en Arabe et a des connaissances surprenantes sur les œuvres des auteurs arabes, pour un indigène du Sénégal qui n’est pour ainsi dire pas sorti de son pays» écrit le 22 octobre 1915, A LASSELVES, administrateur de Diourbel. Les disciples de Bamba ont produit des contributions laudatrices ou dithyrambiques, manquant ainsi de distance critique ou des stéréotypes. Ainsi, certaines sources orales attribuent à Bamba de nombreux miracles. On dit que lors de ses exils, Amadou Bamba pria sur les eaux alors que les colons voulaient l’empêcher de s’exécuter sur le navire qui le menait au Gabon ; il réussit également à endormir un lion, que les colons avaient envoyé dans sa cellule à Saint-Louis, en lui récitant des prières. Le témoignage d’un militaire français est, cependant, troublant : «Au cours d’une nouvelle visite à Cheikh Bamba, il me fut donné l’occasion d’éprouver la valeur de son gris-gris. A mon retour au poste (militaire), je fus accueilli par une vive fusillade de deux goumiers révoltés. Bien que les énergumènes m’aient envoyé une centaine de balles à 30 mètres de distance, pas une ne nous toucha» écrit Eugène DEVAUX dans les «Annales Coloniales» du 20 octobre 1927.  Il est difficile d’ignorer totalement la tradition orale, mais celle-ci est faite souvent d’exagération et de fanatisme, de nature à faire douter de sa fiabilité. En conséquence, je privilégierai donc les écrits de Cheikh Ahmadou Bamba qui, en homme humble, a refusé toute forme d’idolâtrie de sa personne. Oumar BA, un archiviste, a publié un important ouvrage collectif sur Bamba, fouillé, rigoureux et documenté. Le rapport sur le Mouridisme, publié en 1913, de Paul MARTY, Chargé du Service des Affaires musulmanes, est un document de référence que les chercheurs pompent sans le citer. Comme très souvent, les écrits des coloniaux, à défaut de minimiser l’action de Cheikh Ahmadou Bamba, recèlent parfois de graves erreurs, des calomnies ou même des injures : «Il a enthousiasmé des foules ferventes qui lui ont rendu un véritable culte ; mais il a été dénoncé comme un charlatan grossier, voire un malfaiteur. On lui a reproché son entêtement doctrinaire, mais des hommes de science et de mérite ont mis entre ses mains les intérêts de leur vie terrestre et future. En réalité, c’est un vrai toucouleur : obstiné, avare, bonasse, du reste nullement dépourvu d’intelligence, ni même de finesse» écrit Alphonse GOUILLY dans son «Islam en AOF». Paul MARTY, même s’il est plus équilibré, considère Bamba comme un «Illuminé», d’un «mysticisme vague», le Mouridisme, serait une secte «sortie de l’Islam», «d’hérésie» et «l’ardeur des illettrés, l’extravagance des néophytes et la mentalité des Noirs» ayant fait le reste : «La seule chose qui soit vraiment à déplorer du Mouridisme, vue du côté économique, c’est l’exploitation des indigènes» écrit Paul MARTY. En réalité, les dons que recevait Bamba sont redistribués aux nécessiteux.

Le colonisateur a fini par réaliser, mais tardivement, que les mesures de restrictions de la liberté de Cheikh Bamba sont contreproductives pour l’économie arachidière. Il fallait un compromis entre le politique et le religieux. A partir de l’installation de Cheikh Bamba à Diourbel, en 1913, les relations avec le colon se sont progressivement apaisées «L’administration coloniale venait de comprendre qu’Ahmadou Bamba n’était nullement engagé dans une épreuve de force contre elle, mais aussi, elle était consciente des avantages qu’elle pouvait tirer d’une collaboration politique» écrit Djibril SENE. Le colonisateur a fini par reconnaître les qualités morales, intellectuelles et religieuses de Cheikh Ahmadou Bamba, les circulaires des 22 septembre 1909 et 26 décembre 1911 énoncent la liberté du culte pour les Mourides, sous réserve de s’abstenir d’un prosélytisme à l’égard des autres groupes ethniques, ils restent sous une surveillance étroite. Bamba est élevé, en janvier 1919, au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur «Dans le domaine religieux, je crois qu’Amadou Bamba est «un convaincu». Elevé dans un milieu familial où la cuture est de tradition, il est très versé dans les lettres et sciences musulmanes. Ces études ont eu, pour résultat, de l’affermir dans sa foi, en le nourrissant de preuves de la Vérité et de l’Islam» écrit Paul MARTY. Bamba, qui n’a pas été consulté pour cette distinction, a manifesté sa volonté de recevoir le diplôme et non pas la croix, un insigne caractéristique de la religion chrétienne. En novembre 1925, l’autorisation de construire la grande mosquée de Touba lui est accordée, qui ne sera inaugurée qu’en 1963. Une nouvelle grande mosquée a été inaugurée le jeudi 26 septembre 2019, à la commune de Colobane, à Dakar, «Massilikul Jinaan» (les itinéraires du Paradis), en référence à un ouvrage de Bamba sur le Soufisme.

La recherche concernant Cheikh Ahmadou Bamba, et notamment son héritage, est toujours passionnée, ne laissant jamais indifférent. A certains égards, les héritiers de Cheikh Ahmadou Bamba ont entretenu la flamme (Grandes mosquées de Touba et de Dakar, Magal de Touba, Touba est devenu une grande nécropole, ferveur religieuse, discipline et attachement aux enseignements de Bamba), mais à d’autres égards, ils ont perverti, voire trahi, le message du Saint Homme, à travers un affairisme et une politisation de son œuvre qui fait désormais partie du patrimoine culturel du Sénégal. En définitive, Cheikh Ahmadou Bamba est un vrai Saint, un nationaliste irréductible, mais l’héritage est contrasté.

I – Cheikh Ahmadou Bamba, un nationaliste irréductible

 

A – Cheikh Ahmadou Bamba est un Soufi nationaliste

 

Cheikh Ahmadou Bamba est un nationaliste, son opposition politique à la domination coloniale prit alors une coloration religieuse. «Le captif de Dieu et ne reconnaissait d'autre maître que lui et ne rendait hommage qu'à lui seul» écrit Bamba. En effet si toute obéissance va à Dieu, et ne peut aller qu'à lui, car lui seul a droit de commandement sur terre, Bamba en conclut «qu'il n'est d'autre autorité que celle de Dieu. Et s'il faut obéir à ceux qui détiennent le commandement on doit toujours ajouter que c'est à condition que l'ordre soit en parfaite conformité avec la loi coranique». Dès lors comment obéir à des autorités coloniales dont la légitimité ne repose que sur la force brutale alors que fondamentalement l'islam rejette ce qui s'appuie sur le despotisme. Tous ceux qui étaient en quête d'absolu ou refusaient de s'accommoder de la situation coloniale  choisirent Bamba comme maître spirituel. On y trouvait des marabouts, d'anciens guerriers Tieddos au chômage du fait de la conquête, des chefs destitués, des esclaves en rupture de ban, des anciens cadres de la société traditionnelle, bref la plupart des individus que l'ordre colonial avait plongés dans une profonde détresse. La présence de ces mécontents dans le mouvement donna à la confrérie mouride l'aspect d'un abri où se réfugièrent tous les ennemis de l'administration coloniale. C'est eux, anciens cadres de la société traditionnelle, qui infléchirent le mouvement dans cette direction au point de rendre possible l'équation selon laquelle l'appartenance à la confrérie impliquait l'hostilité à la France.

 

Cheikh Ahmadou Bamba aura refusé tout compromission ou toute compromission avec le colon, son Mouridisme, un mouvement religieux, est également une opposition nationale. En effet, avant lui, ce sont les Peuls qui sont à la base de l’Islamisation du Sénégal, d’abord par le contact avec les caravanes des Touaregs, puis avec la retentissante Révolution des Almamy du Fouta-Toro, sous l’égide de Thierno Sileymane BAL  (1720-1776), ensuite, il y aura eu El Hadji Omar TALL (1794-1864) et Maba Diakhou BA  (1809-1867). Ils ont fait émerger les notions d’égalité, de fraternité, de justice, de fierté, de dignité et de probité dans la société sénégalaise. Abdoul Bocar KANE qui avait accordé l’asile à Alboury N’DIAYE, le Bourba du Djolof, verra le Fouta-Toro, qui avait opposé la plus grande résistance, démantelé par le colon. Les puissants royaumes du Sine et du Saloum, ainsi que celui du Cayor sont marqués par des pratiques esclavagistes ou animistes. En raison de leur proximité des côtes, leur contact avec les Européens a corrompu les mœurs, notamment l’usage des alcools forts et la corruption. La communauté Ouolof n’ayant jamais eu de Marabout de grand renom, Cheikh Ahmadou Bamba émerge, après les défaites des marabouts peuls jihadistes, la dislocation progressive des anciens royaumes. Le colonisateur, avec sa machine de guerre, la prétendue supériorité de sa culture et sa religion chrétienne, semblait triomphant, mais le peuple sénégalais recherchait un leader charismatique, un refuge le guidant sur le chemin de la dignité et de la gloire d’antan. «Il fut un temps favorable, après 1886, où la disparition des chefs politiques du Sénégal d’antan laissait la place libre à des hommes nouveaux, où le prestige des royautés et des aristocraties  qui succombaient sous les coups de la puissance française, était éclipsé par la force et la vérité de l’Islam croissant, par la vertu et la sainteté des marabouts, ses représentants. Amadou Bamba a cru, ce jour-là, et il en est longtemps persuadé, qu’il était appelé à restaurer, à son profit, l’autorité locale» écrit Paul MARTY, soulignant ainsi toute la méfiance des colons. Aussi, l’ascension de Cheikh Ahmadou Bamba, bien que pacifique, a été suivie, de la part du colonisateur avec une grande appréhension, une méfiance, voire une hostilité. Certains colons extrémistes pensaient que Cheikh Ahmadou Bamba pourrait mener une guerre sainte pour «jeter les Français à la mer». Cependant, les colons estiment que même si Bamba est pacifique, il ne serait pas sans danger «Le regroupement, dans une seule main, de plusieurs milliers d’hommes, qui paraissent entièrement soumis à leur chef, et au Serigne, et qui, sur un mot d’ordre de ce chef, pourraient très gravement nuire à la tranquillité générale. C’est le péril de l’anarchisme mystique ou religieux, aboutissant à l’anarchie publique» écrit Paul MARTY.

 

Cheikh Ahmadou Bamba M’BACKE a su déterminer une nouvelle vision, aux yeux de ses contemporains, en formulant d'une façon très claire des idées novatrices capables de soulever les foules. Pour Bamba, le temporel ne saurait ruiner le spirituel, et donc le pouvoir colonial qui recherche l’évangélisation des Sénégalais, finira par être vaincu. Le Mouridisme, contrairement à ce que le colonisateur décrit comme «une secte», est une école de spiritualité, une conquête des âmes, un viatique pour la liberté, un chemin pour la richesse de la culture africaine. Considéré comme un Saint par ses talibés, et d’une grande sobriété, pour Bamba, Dieu doit être la seule préoccupation. Aussi, la grande dévotion et le fanatisme des Mourides à l’égard de leur guide spirituel est légendaire : «Il s’entoure d’un rigoureux protocole. Il fait réciter journellement plusieurs fois le Coran et de nombreuses formalités précèdent les prières : c’est le seul moment où Amadou soit visible. Les audiences privées constituent les rares faveurs, et quand, par hasard, il parle, c’est toujours an nom d’Allah.  Il donne sa bénédiction en crachant sur la tête et les mains de ses adorateurs prosternés. L’eau de ses ablutions est précieusement recueillie, et le sable qui en absorbe les éclaboussures sert d’amulettes revendues par les talibés», écrit le 27 septembre 1907, l’administrateur de Louga. 

 

Cheikh Ahmadou Bamba est un soufi qui appelait à la rénovation des valeurs morales, seule susceptible de régénérer la société sénégalaise. «Le Soufisme dans le fait de n’avoir que Dieu comme unique préoccupation et de considérer comme absolument inutile tout ce qui n’est Lui», disent les tenants de cette doctrine. La vie terrestre, «le Bas-monde», est illusoire, ce serait de la folie que de s’y accrocher : «Il y a ce monde vil qui n’a aucune valeur, qui est méprisable. Il faut s’en laver les mains pour acquérir la qualité du détachement du cœur qui purifie tes adorations. N’éprouve ni joie, ni chagrin pour l’obtention ou la perte d’un bien mondain. La passion de ce bas monde est la cause ou, du moins, le fondement de tout péril» écrit Cheikh Ahmadou Bamba, dans son traité sur le Soufisme, «Les itinéraires du Paradis». Pour être Soufi, il faut donc avoir une bonne connaissance de la théologie et l’enseigner  à ses disciples. «Je n’ai jamais de toute ma vie accompli un acte dont mon discipline puisse avoir honte, aussi n’aimerais-je pas que mes disciples se comportent d’une façon qui me fasse honte» dit-il «Evitez l’autosatisfaction et la vanité», ajoute Bamba. Cheikh Ahmadou Bamba est un Saint reconnu de tous avec une dimension mystique amplifiée par la tradition orale. «Ahmadou Bamba ayant posé les bases, ses disciples immédiats, les Cheikhs consacrés par lui, les ont développés avec l’ardeur et l’extravagance des néophytes ; la mentalité noire a fait le reste» écrit dédaigneusement Paul MARTY (administrateur colonial, 1882-1938). Mais cette doctrine n’est pas accessible au néophyte ; le guide spirituel est un intercesseur pour les disciples : «Celui qui s’enfonce dans les jungles du Soufisme, sans la compagnie d’un Maître spirituel, s’enfonce, à coût sûr, dans les profondeurs du péril et n’y tirera jamais du profit» dit Bamba, exigeant ainsi une fidélité, sans failles, à ses talibés. «Ce qu’on appelle, communément, le Mouridisme, est l’ensemble du phénome de l’attirance des populations vers un guide religieux, et de l’acquisition, par ces populations, d’un système de rites d’entrainement spirituel, et de prescriptions particulières, édictées, précisément, pour donner de la cohésion à ce rassemblement de populations» écrit Fernand DUMONT. Par conséquent, la pensée de Cheikh Ahmadou est un savant dosage entre l’ascétisme, le mysticisme et l’action vers Dieu : «Ces Noirs, teintés de mahométisme, retournent à leurs antiques croyances, à l’adoration d’un homme, l’homme fétiche, au culte des Saints» écrit Paul MARTY, assimilant ainsi le Mouridisme à l’animisme. Loin d’être un agitateur, au sens politicien du terme, il n’avait pas les ambitions que lui prêtait le colonisateur. Cheikh Ahmadou Bamba n’était l’ami ou l’ennemi de personne. Il n’était que l’ennemi de ceux qui se détournaient de la Vérité, même s’il s’agissait de Sénégalais. Se détournant, avec intransigeance de toutes les jouissances terrestres, le désintéressement, le but ultime de sa vie était l’adoration de Dieu, et être au service du Prophète : «Le bonheur consiste dans l’oubli de l’existence» dit Sidy Abdel-Kader, un maître à penser de Bamba.

 

B – Cheikh Ahmadou Bamba est un Peul de culture Ouolof

 

De son patronyme BA, comme les Peulhs Dényankobé, les ascendants de Cheikh Ahmadou Bamba sont des Foutankais, même s’il est lui-même de culture Ouolof. Cheikh Ahmadou Bamba, en raison de ses origines peules, a un lien de parenté avec El Hadji Malick SY et El Hadji Omar Foutiyou TALL. «La tradition conserve le souvenir d’une lointaine ascendance : à la quatrième génération, l’aïeul portait le nom d’honneur de BA qui dénote des origines de Peuls noirs. Bien entendu ce fut un Toucouleur Wolofisé, fixé, marié, naturalisé en pays Ouolof» dit Vincent MONTEIL. «Le quatrième ascendant d’Ahmadou Bamba était un Toucouleur et originaire du Fouta. C’est lui le premier qui vient s’établir en pays Ouolof, s’y maria avec une femme du pays et adopta les mœurs et usages du pays» écrit Paul MARTY, un contemporain de Cheikh Ahmadou Bamba. Sa mère, Mariame Diarra Bousso LY (1833-1866), une peule originaire de Golléré, dans le département de Podor, est décédée à Porokane, dans le Nioro du Rip, dans la région de Kaolack, dans le fief de Maba Diakhou BA. D’une piété incommensurable, surnommée «Jâratu-I-Lah», la «Voisine de Dieu», les Mourides lui vouent un grand culte : «Celui qui, ayant acquis le savoir, ne s’emploie pas à conformer ses comportements et conduites à ses connaissances, est comparable à un âne qui ploie sous le faix d’un lourd chargement de livres savants  et qui, bien entendu, ne saurait profiter de tant de sciences» écrit Bamba. Aussi, un pèlerinage annuel des Mourides est dédié à Diarra Bousso LY. Ce sont des marabouts Toucouleurs, issus de la famille de sa mère,  qui ont donné une éducation religieuse à Cheikh Ahmadou : Mohamadou Bousso et Samba KA.  Cheikh Bamba a eu également une grande proximité avec Cheikh Sidya, un marabout mauritanien.  

 

Le patronyme «M’Backé» est, en fait, tiré du nom village fondé par ses ancêtres dans le Baol en 1802, dans une parcelle de terre donnée à Maharam, par le 2ème Damel du Cayor, Amary N’Goné Sobel FALL. Le grand-père de Cheikh Ahmadou Bamba, Balla M’Backé, fonda à la fin du XVIIIème siècle le village de M’Backé. C’est là que naquit son fils, Momar Anta Saly qui fit ses études avec un grand marabout nommé Ahmadou Bamba. C’est pour cela que Momar donna le nom d’Ahmadou Bamba, à son deuxième fils né vers 1852, qui deviendra le guide des Mourides ; Oumar BA, archiviste et Serigne Sam M’BAYE, traducteur des «Itinéraires du Paradis», situent sa naissance en 1855. Ahmadou Bamba porte le prénom d’un ami de son père, Amadou SALL, un marabout peul qui aurait instruit Momar Anta Sally. Par conséquent, Bamba est né sous Auguste Léopold PROTET, gouverneur du Sénégal de 1850 à 1854. Le jeune Bamba, pétri de pudeur, de chasteté et piété familiale, est d’abord confié à son oncle Mouhamadou BOUSSO et à Samba Toucouleur KA, pour son initiation au Coran. Tafsir M’Backé reprendra, par la suite, le relais. Dans ce monde peul de son enfance, Bamba est constamment en lutte contre les vices comme la jalousie, l’orgueil, l’avidité et l’égoïsme, il prêchait, par la parole et les actes, l’humilité, l’esprit de sacrifice, la solidarité, la générosité et le dépassement de soi. Grand humaniste, animé d’une grande compassion, Cheikh Ahmadou Bamba recherchait en permanence, dans son combat contre le colon, tout ce qui élevait la dignité de l’homme sénégalais. Il «était brave, mais il ne précipitait rien sur un excès de colère ou fanatisme, et ne s’enorgueillissait pas. Loin de l’abaissement et de l’avilissement, il ignorait la peur, la frayeur et la petitesse d’âme» écrit Serigne M’Backé Bassirou, un de ses biographes.

 

Au cours des invasions de Maba Diakhou BA (1809-1867), un disciple de El Hadji Omar TALL, la région du Baol fut dévastée, le grand-père, Balla M’Backé fut tué et son père Momar Anta Saly fut déporté au Saloum, à Prokhane. Momar Anta Saly, pour assurer sa survie, donne des enseignements coraniques et devient le percepteur des enfants de Maba Diakhou BA, dont Saër Maty, et assure les fonctions de Cadi. C’est là, vers 1865 que le jeune Ahmadou Bamba fit la connaissance du Damel du Cayor, Lat-Dior, qui maria sa sœur Thioro DIOP à Momar Anta Saly. Dans son Jihad, Maba Diakhou avait accueilli Lat-Dior DIOP, l’a converti à l’Islam en 1864, et a refusé de le remettre aux autorités coloniales. Mais avec la duplicité du Bour du Sine, Coumba N’Doffène DIOUF, Maba Diakkou fut tué à Somb, le 18 juillet 1867.  N’ayant plus de protecteur, Lat-Dior avec sa soumission au colonisateur fut réintégré comme Damel du Cayor en 1871 et la famille de Cheikh Ahmadou le suivi. Le père Bamba devait mourir dans le Cayor en 1882, à M’Backé Cayor. Bamba refusa le poste de Cadi c'est-à-dire chef du service judiciaire du Cayor en disant : «j'ai honte que les anges me voient porter mes pas auprès d'un roi autre qu'Allah». En effet, Cheikh Bamba refusant de se placer sous la protection de Lat-Dior : «Ils m’ont dit réfugies-toi auprès des Sultans tu auras des cadeaux enrichissants en permanence ; j’ai dit : «Je me réfugie auprès de mon Seigneur, me suffis de Lui et ne me satisfais que du savoir et de la religion» dit-il. Cette conduite irréprochable vis-à-vis des détenteurs du pouvoir temporel lui attira l'affection de beaucoup d'éléments de la population.

 

Samba Laobé FALL et Lat-Dior DIOP seront vaincus définitivement par le colonisateur en octobre 1886 et le Cayor démembré ; ce qui oblige Ahmadou Bamba à revenir s’installer à M’Backé dans le Baol, un village fondé par son grand-père. Ahmadou Bamba va lui-même ériger un nouveau village du nom de Touba. Mais à cette époque, le Baol est une province livrée à l’anarchie et au désordre, en raison de son chef, Thieyacine FALL. Les chefs du parti Tiéddo furent mis à mort ; Tanor Gogne DIENG, un ami et protecteur de Cheikh Ahmadou Bamba, devient le Tègne du Baol de 1890 à 1894. Cheikh Ahmadou Bamba entretient toujours des relations cordiales, avec Saër Maty, le fils de Maba Diakhou BA, qui voulait continuer la guerre sainte de son père, avec l’appui des Anglais, installés en Gambie. A partir de fin 1888, le colonisateur commence à s’inquiéter des activités de Cheikh Ahmadou et le surveille de très près. «L’installation de Serigne à distance égale des deux fleuves Sénégal et Gambie, pouvait devenir, très facilement, le centre d’un groupement hostile à notre influence» écrit Paul MARTRY, dans son rapport. Le gouverneur, Clément THOMAS, en 1889, demande à Bamba, de «prêcher le calme à ses adeptes». En effet, Bamba a créée sa voie du Mouridisme «Quiconque m’accompagne pour la seule et simple raison de s’instruire, peut désormais chercher ailleurs, mais quiconque partage mon ambition et ma volonté peut me suivre dans la nouvelle Voie que j’ai tracée».

 

C – Cheikh Ahmadou Bamba a organisé une résistance passive

 

En 1895, avec la mort du Tègne du Baol, Tanor DIENG, la dislocation de cette province désormais sous administration directe du colonisateur, Alboury N’DIAYE, le Bourba du Djolof étant malade, faible et déconsidéré, Cheikh Ahmadou Bamba fonda un nouveau village, dans le canton de Bakkal, dans le Djolof, avec 500 de ses talibés qu’il appela Touba (Djolof). Aussitôt, ses anciens amis, les soldats de Lat-Dior et du Bourba Alboury, les déserteurs, les chefs révoqués, les Peulhs fanatisés affluent auprès de Bamba. En mai 1895, Samba Laobé FALL, le Damel du Cayor, déclare sa conversion au mouridisme. Les populations rechignent à payer l’impôt au colonisateur français. Cheikh Ahmadou, qui s’est rapproché des Tidjanes, censés être des Jihadistes, comme Maba Diakhou, Bamba est arrêté le 10 août 1895. Condamné à l’internement politique par décision du 5 septembre 1895, Cheikh Ahmadou Bamba fut déporté de 1895 à 1902, à la forêt inhospitalière de Mayumba, au Gabon. «Si l’on n’a pas pu relever contre Amadou Bamba aucun fait de prédication de guerre sainte bien évident, son attitude, ses agissements, surtout ceux de ses principaux élèves sont de tous points suspects» dit le Conseil privé qui «après avoir entendu la lecture des rapports de Messieurs Merlin et Leclerc et fait comparaitre Ahmadou Bamba a été d'avis, à l'unanimité, qu'il y avait lieu de l'interner au Gabon, jusqu'à ce que l'agitation causée par ses enseignements soit oubliée au Sénégal», séance du 5 septembre 1895. Le Directeur des Affaires politiques considère que l’ambition d’Amadou Bamba était de devenir, par personne interposée, le véritable chef du Baol, puis du Djolof. «Ahmadou Bamba nous a échappés en 1892 en protestant de ses bonnes intentions mais en réalité comme tous les chefs musulmans c’est un djihadiste et cette fois-ci il ne faut pas qu’il nous échappe, il faut qu’on s’empare de lui et qu’on règle son problème définitivement» dit LECLERC. Lors de ce procès, Cheikh Ahmadou Bamba fit une prière de deux rakkas dans le bureau du Gouverneur avant d'adresser la parole au Conseil pour lui signifier sa ferme intention de ne se soumettre qu'à Dieu. Par cette prière symbolique et cette prise de position téméraire devant le colonisateur, Cheikh Ahmadou Bamba venait de commencer sa résistance passive.


Cheikh Ahmadou Bamba voit dans son exil, une volonté de Dieu en vue de réaliser une mission qui lui est assignée : «Le motif de mon départ (en exil), est la volonté que Allah a eu d’élever mon rang et de faire de moi l’intercesseur des miens et le Serviteur du Prophète». Le colonisateur pensait, avec l’éloignement de Cheikh Ahmadou Bamba, son influence sur les populations allait disparaître. Cheikh Ahmadou Bamba embarqua pour le Gabon le samedi 21 septembre 1895 à bord du paquebot «Ville de Pernambouc» sur lequel il aura à affronter d’autres épreuves dont : l’hostilité affichée de l’équipage, la ruée d’un taureau déchaîné vers sa sainte personne et dont il fut miraculeusement préservé. Il sera contraint, suivant la tradition orale, de faire la prière sur la mer. «Ils m’ont jeté sur la mer par refus de la volonté divine et par haine, Le Généreux m’y a incontestablement comblé de grâce. Ils ont voulu m’humilier en me jetant sur la mer, heureusement que mon Seigneur a dompté pour moi la houleuse des mers» écrit Cheikh Ahmadou Bamba, dans son autobiographie.

 

Durant son exil au Gabon, Cheikh Ahmadou Bamba a rencontré de nombreuses personnalités dont Blaise DIAGNE (1872-1934), alors fonctionnaire des douanes. Blaise DIAGNE lui demande de prier afin que l’homme noir puisse recouvrer, un jour, sa liberté et sa dignité. Bamba s’investira dans la campagne victorieuse de 1914 de Blaise DIAGNE ; c’est la première fois qu’un Africain noir est élu député du Sénégal à l’Assemblée nationale française. Son frère et disciple Mame Cheikh Anta M’Backé a entrepris un périlleux voyage au Gabon pour lui rendre visite. Cheikh Ahmadou Bamba a entretenu une importante correspondance avec le résistant guinéen, Samory TOURE (1830-1902), déporté également à Noja au Gabon de 1899 au 2 juin 1900, date de sa mort. Lorsqu’il apprit la nouvelle, Cheikh Ahmadou Bamba effectua la prière des morts à son intention depuis Lambaréné. Il retrouva l’ex-Bourba du Djolof qui l’avait soutenu, Samba Laobé Peinda N’DIAYE, exilé au Gabon pour 5 mois.  La décision d’exil de Cheikh Ahmadou Bamba était censée définitive et perpétuelle, mais plusieurs faits joueront en sa faveur. Ainsi, Cheikh Sidia est intervenu en sa faveur auprès du colon. Cheikh Ibrahima FALL (1855-1930) réussit à convaincre le député du Sénégal, François CARPOT (1862-1936, député du Sénégal de 1902 à 1914) de l’innocence de Cheikh Ahmadou Bamba. Celui-ci s’engagea à réhabiliter Cheikh Bamba après son élection.  Il est vrai aussi que depuis le départ de Bamba, avec la révolte des talibés, la production arachidière avait drastiquement baissé ; ce qui mettait en péril les affaires de la bourgeoisie saint-louisienne. L’exil de Bamba a eu un effet non escompté pour les colons, à son retour en novembre 1902 au Sénégal, il est auréolé de grâce et de sainteté, les talibés accourent de partout, des dons énormes lui sont versés. En mai 1903, convoqué respectivement par le commandant du cercle de Thiès et par le gouverneur à Saint-Louis, Cheikh Ahmadou Bamba refusa d’y déférer : «Je vous fais savoir que je suis le captif de Dieu, et ne reconnaît pas d’autres autorités que lui» dit-il aux colons.

 

Sur instigation de l’administrateur, Allys, et avec la complicité du Bour Sine, Cheikh Ahmadou Bamba BA est arrêté à nouveau le 13 juin 1903 et déporté en Mauritanie dans l’une des Zaouia de Cheikh Sidya, un de ses amis, à Souet El Ma. Cependant, les talibés continuèrent de le suivre, même en Mauritanie et veulent organiser une violente révolte. Cheikh Ahmadou Bamba s’y oppose en ces termes : «Je n’espère le soutien d’aucun ami, ni ne crains l’agression d’un ennemi, je me suis entièrement soumis à Dieu». En avril 1907, le Commissaire du gouvernement général en Mauritanie, ayant fait remarquer l’attitude correcte de Bamba depuis 4 ans et sa conduite irréprochable, demanda et obtint son retour au Sénégal. En avril 1907, Bamba est assigné à résidence à Thiéyène (Diolof, Louga). Un domaine de 4 km2 lui est concédé, pour son installation, celle de sa famille et leur culture. Mais cet endroit isolé échappe en fait à la surveillance du colonisateur et les visites des talibés ainsi que leurs dons n’ont fait que doubler. C’est pour cela que le colonisateur fixa une nouvelle résidence à Diourbel à partir du 16 janvier 1912. Sur son chemin les talibés scandaient «Notre Allah revient». A Diourbel, Bamba est soumis au départ à un régime sévère : «Amadou Bamba paraît avoir renoncé à retourner dans son village, M’Backé. La surveillance étroite à laquelle il était soumis était, dans la réalité peu efficace, mais avait, par contre, des côtés vexatoires qui, joint au caractère provisoire des paillotes qu’il habitait» note le rapport général du gouverneur de 1913. Les conditions de surveillance ont été par la suite assouplies : «Un libre accès auprès de lui a été accordé à tous ; notre surveillance s’est faite discrète ; ce qui ne l’empêche pas de s’exercer. En même temps, un vaste emplacement limitrophe de l’escale de Diourbel a été affecté au Serigne. Il s’y est fait construire une maison en pierres». Contrairement à ses héritiers, Cheikh Ahmadou Bamba a toujours refusé le luxe et le superflu. Ainsi, il ne demandait qu’une chose au gouverneur : des terrains et des habitations pour ses cultures ; il n’avait pas besoin, en ce bas monde, de larges emplacements, non essentiels.

II  – Cheikh Ahmadou Bamba, une autorité spirituelle

A – La morale et la doctrine de Bamba : une rénovation de l’Islam

1 – Le Jihad du cœur, la guerre sainte aux âmes

Cheikh Ahmadou Bamba a écrit une vingtaine d’ouvrages dont certains ont été traduits en langue française, dont la «Barque de la confiance», «Les clés qui ferment l’Enfer et ouvrent le Paradis», «Les Jardins des Vertus», ainsi que des poèmes à la gloire de Dieu et des louanges au Prophète Mohamed. Il recommande les prières nocturnes, de fuir les réunions des gens négligents et d’adorer, sans limites, Dieu. «Je n’ai pas été plus particulièrement frappé par le fanatisme dont vous estimez que sont empreints les écrits attribués à Amadou Bamba. Ils ne m’ont pas paru présenter un caractère d’hostilité plus marqué que la plupart des écrits de ce genre. Le vocabulaire imagé et symbolique et toujours abscons, dont se servent, avec une recherche laborieusement étudiée, les musulmans engagés dans une Voie, doit, sans doute, retenir notre attention, mais je ne pense pas qu’il faille en exagérer la portée» écrit William PONTY le 8 novembre 1912. En fait, «tous s’accordent à le considérer comme un saint homme, pieux, charitable, de mœurs très pures, convaincu de la mission de réformation islamique dont il est investi» écrit Paul MARTY.

Cheikh Ahmadou Bamba a exposé sa morale, en particulier, dans son ouvrage «Les verrous de l’enfer et les clés du paradis» : «Apprends à prier pour plaire à Dieu ; apprends à prier sans le faire avec ostentation. Celui qui garde pour lui tout seul ses biens et ne fait pas charité aux pauvres, celui-là sera malheureux avant sa mort. Il faut faire la guerre sainte aux âmes» ou encore dit-il «Et que tout homme sensé ou sot sache que quiconque se rebelle contre la Vérité, est un maudit». Pour les qualités intellectuelles et morales, Bamba recommande la pudeur, le scrupule et la générosité, et prohibe le mensonge, la médisance, la calomnie, l’orgueil, la cupidité, l’ostentation, l’amour du renom, la haine, la jalousie et la précellence. Bamba condamne la sécheresse des cœurs et la corruption des esprits. Il consacre des thèmes sur le savoir afin d’obtenir le salut par la droiture, et les objectifs de la connaissance sont de sortir de l’ignorance et d’être utile aux autres. Il faut respecter, servir et honorer son maître. Bamba recommande d’abandonner les choses vaines et insignifiantes et de «s’adonner, continuellement, à la contemplation de Dieu, car cela mène à une fin heureuse».

 

Dans son «Viatique à la jeunesse» Bamba exhorte la jeunesse de se hâter vers la recherche du savoir et de combattre ses âmes charnelles. Dans les «Itinéraires du Paradis», Bamba revient sur les défauts graves que sont l’orgueil, la fierté, la méchanceté, la pleurnicherie, la passion pour ce bas monde, le mauvais caractère et le défaut d’impatience. A ceux qui sont tentés par la violence, Bamba est très clair : «il est interdit de l’écrire, de l’écouter quand on en parle, notamment de la pratiquer, ainsi que de verser le sang ou d’utiliser illégitimement le bien d’un musulman ou d’un semblable». Il incite de «fréquenter les gens du Bien en suivant leur exemple».

 

Cheikh Moussa CAMARA (1864-1945), El Hadji Malick SY (1855-1922) ainsi que Seydina Limamou Laye THIAW (1843-1909) rejettent le recours à la violence et prônent, comme Ahmadou Bamba, le Jihad du cœur. Cependant, contrairement au guide spirituel des Mourides, El Hadji Malick SY prêchait la collaboration avec le colonisateur : «Les Français se sont imposés à nous par leurs bienfaits de justice, la sécurité intérieure, la paix générale, le développement des transactions et du bien-être, et le respect de notre religion» dit El Hadji Malick. Conquis par ses talents d’éducateur et sa probité, Alboury N’DIAYE, le roi du Djolof, invite Bamba à prendre les armes contre le colonisateur français. «Je ne suis pas venu sur terre pour verser le sang de mes semblables. Je suis le serviteur du Prophète (Paix soit sur lui), le vivificateur de son enseignement et le libérateur des Hommes. J’extirperai la haine des cœurs et j’affranchirai mon peuple des chaînes de l’esclavage, des tentations de Satan et des futilités de ce bas monde. Chaque homme sera le frère de l’autre et le culte ne sera rendu qu’à Dieu» répond Cheikh Ahmadou Bamba.

Cette doctrine du Jihad du cœur de Cheikh Ahmadou Bamba, nous interpelle plus que jamais à notre époque. En effet, Felwin SARR, un professeur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, a eu raison, dans son ouvrage «Dahij», de rappeler ce que signifie réellement le Jihad au XXIème siècle : «Ce livre est un Jihad. Une guerre intérieure. Un Jihad pour sortir de moi-même, de ma race, de mon sexe, de ma religion, de mes déterminations. Un Jihad pour aller vers moi-même. C’est un désir de naissance, donc de mort». M. SARR précise encore sa pensée, le Jihad est : «maîtrise de soi», «effort intense. Endurer l’exigence vis-à-vis de soi à chaque instant». Cette doctrine du Jihad du cœur est à rapprocher du Soufisme que professait Cheikh Bamba : «J’affirme continuellement l’Unité Divine, la Jurisprudence islamique et le Soufisme très glorieux» dit-il. En effet, sans être affilié aux Quadri ou aux Tidjanes, Cheikh Ahmadou Bamba a ouvert une troisième voie. «Le Soufisme, c’est la science qui concerne tout ce qui s’attache à la relation entre Dieu et l’être humain, en prenant en compte le cœur comme moyen d’étude et d’analyse» dit Bamba. Pour les Soufis, «le vrai bonheur consiste dans l’oubli de soi». Cheikh Ahmadou pense que les vertus essentielles du Mouride sont la purification, le renoncement aux satisfactions «Soit comme le petit âne qui ne mangera pas la charge qu’il porte» ou «apprends à prier pour plaire à Dieu, n’apprends pas à prier, pour le faire avec ostentation».

En 1886, Cheikh Bamba fait une déclaration de fondation du Mouridisme «J’ai reçu de mon Seigneur l’ordre de mener les Hommes vers Dieu. Ceux qui veulent prendre cette voie n’ont qu’à me suivre. Quant aux autres qui ne désirent que l’instruction, le pays dispose assez de lettrés. Allez auprès de qui vous voulez !». ll veut réhabiliter les valeurs culturelles de base de l’Islam : «Je n’ai point fondé une confrérie, j’ai plutôt trouvé la voie qu’avait scrupuleusement suivie le Prophète, je l’ai défrichée plus proprement je l’ai rénovée dans toute son originalité» dit Bamba. La seule chose qui soit à la portée de l’homme n’est pas de «devenir»  un avec Dieu, mais seulement de se sentir «un» avec son Seigneur. La société occidentale a tué Dieu et l’homme est devenu son propre Dieu. C’est pendant cette période faste et à partir de 1888, que les disciples affluent autour de Cheikh Ahmadou Bamba, et cela commence à inquiéter le colonisateur français. Si certains Mourides, sous la direction d’Ibra SARR, appellent à la guerre sainte, Cheikh Ahmadou Bamba écrit au gouverneur en juillet 1889, pour lui dire qu’il «n’avait besoin de rien en ce bas monde futile et périssable». De 1891 à 1895, le Baol jouit d’une tranquillité absolue.

 

2 – La prière par le travail ou la religion de l’effort

La valeur travail a été incorporée à la doctrine mystique de Cheikh Ahmadou Bamba. «Travailler, c’est prier. Travaillez pour moi, je prierai pour vous», cette citation a été attribuée à Bamba. En tout cas quelle que soit l’authenticité de cette formule, celle-ci sanctifie le travail, valorise l’esprit d’initiative et condamne, par la même occasion, l’oisiveté. Pour Abdoulaye WADE : «Le Mouridisme et le protestantisme sont les deux seules religions qui définissent une telle attitude (sanctification du travail) à l’égard de l’économie» et WADE ajoute «travailler fait partie de l’action de suivre Dieu». Il en conclut que «le potentiel doctrinal du Mouridisme est un important capital capable de nourrir un interminable bond en avant». Les Mourides sont initialement des agriculteurs ; ils cultivent l’arachide, une denrée servant à nourrir les esclaves et qui a été introduite au Sénégal en 1840. Les Mourides travaillent leurs champs en psalmodiant des prières. Pour Bamba, le «travail fait partie de la religion». Le Mouridisme s’inspire dans sa valeur travail de la tradition musulmane, d’un Hadith du Prophète : «Nul n’a jamais consommé une meilleure nourriture que celle qu’il a gagnée par le travail de sa main. Travaille pour ce monde comme si tu devais vivre éternellement, et travaille pour l’Au-delà, comme si tu devais mourir demain !».  Il n'était pas indigne d'un homme, quel que fût son statut social, de gagner sa nourriture à la sueur de son corps et par le travail de ses mains. Les Mourides acquirent progressivement la religion de l'effort, car ils finirent par se rendre compte que seul l'amour du travail pouvait leur permettre de créer la personnalité appropriée à leurs besoins.

 

B – Cheikh Ahmadou Bamba : un héritage contrasté et ambivalent

Le message de Cheikh Ahmadou est resté, plus que jamais vivant, puisque sa descendance est assurée. Depuis 1927, soit en 90 ans, 7 Khalifes des Mourides se sont succédé après la disparition de Cheikh Ahmadou Bamba : Modou Moustapha de 1927 à 1945, Fallou de 1945 à 1968, Abdoul Ahad, de 1968 à 1989, Abdoul Khadre de 1989 à 1990, Salihou de 1990 à 2007 et Mouhamadou Lamine Bara, de 2007 à 2010 et depuis 2010, Sidy Mokhtar de 2010 à 2018 et Cheikh Mouhamadou Mountakha depuis 2018. L’héritage de Cheikh Ahmadou Bamba oscille entre une grande fidélité à la tradition, et dans une certaine mesure, une trahison à son message.

1 – Une grande fidélité des héritiers à la mémoire de Bamba

A bien des égards, les héritiers de Cheikh Bamba ont été fidèles à sa mémoire, par de puissants actes symboliques. Ainsi, ils ont continué et terminé la grande mosquée de Touba entamée en 1925. Une autre grande et somptueuse mosquée, «Massikul Jinan» en référence aux «Perles du Paradis» de Cheikh Bamba, a vu le jour en 2019, à Dakar, la capitale du Sénégal, mettant ainsi le Mouridisme au centre de la vie citoyenne de ce pays. Cet édifice «constitue un symbole indéniable de la puissance de la foi des disciples mourides, une victoire pour l’islam et tous les musulmans» dit le président Macky SALL. «Le vrai Mouride, c’est celui qui aime toujours son chef», Cheikh Ahmadou Bamba est un personnage charismatique «la simple vue d’Ahmadou Bamba en prières ou bénissant, le jet de sa salive sur les fidèles prosternés, plongent certains dans des crises hystériques où tous veulent participer. On se roule aux pieds du Saint, on baise ses babouches, le bas de son boubou, on lui tend les mains» écrit Paul MARTY. C’est surtout le Magal, créée en mémoire d’Ahmadou Bamba, ce grand pèlerinage annuel de Touba, qui est le plus grand rassemblement Mouride du monde, avec plus de 5 millions de fidèles, le pèlerinage à la Mecque ne touchant que 3 millions de personnes. C’est Mamadou Moustapha qui l’a inauguré en 1928 ; il est fixé en 1946 par le Khalife Falilou au 18 du mois lunaire de Safar, anniversaire du retour de Cheikh Bamba à Diourbel et sa vision prophétique décisive.

 

Cheikh Ahmadou Bamba rejetait le culte de la personnalité et demandait d’adorer exclusivement Dieu. «Celui qui se retranche loin des vanités, est du nombre de ceux qui sont intelligents» dit Cheikh Bamba. Certaines dérives du Magal soulèvent des interrogations. Pendant cette cérémonie le Sénégal est bloqué et l’Etat n’a aucun droit de regard (drogue ou prostitution, marchandises illicites) de tout ce qui se passe dans Touba, la capitale religieuse. On observe le décalage entre les agissements de certains Mourides fanatisés et les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba.

 

2 – Les entorses ou graves interrogations concernant l’héritage de Bamba

La relation des successeurs d’Ahmadou Bamba avec le pouvoir politique et le rapport à l’argent. L’irruption de la politique est apparue lors du Califat de Falilou M’Backé, un frère de Bamba, dont la légitimité a été contestée par Cheikh Ahmadou M’Backé, le fils de Bamba. Falilou a recherché l’appui du colon, contre son neveu classé à gauche, puisqu’à la fin de sa vie ; celui-ci avait même soutenu Cheikh Anta DIOP, l’éminent égyptologue. Initialement, et après la loi Lamine Guèye du 7 mai 1946, lors des élections du 17 juin 1951, Falilou avait soutenu le BDS de SENGHOR, contre Lamine GUEYE, parce qu’il s’était engagé à terminer les travaux de la Grande mosquée de Touba, entamée depuis 1925. Mais le grand saut dans la vie politique des Mourides a été l’année 1962, Falilou a aidé SENGHOR pour destituer Mamadou DIA, président du Conseil. Depuis, lors Abdou DIOUF s’est rapproché de Abdou Lahat en sollicitant le «N’Diguël» (consigne de vote). Durant sa magistrature, maître Abdoulaye WADE (président de 2000 à 2012) un Mouride, est allé se prosterner devant le Khalife «Je suis allé à Touba en disciple mouride, et non en ma qualité de chef de l’État» dit-il. En 2012, les campagnes électorales de Macky SALL et Abdoulaye WADE ont démarré à Touba. Sous Macky SALL (président depuis 2012), au cours du référendum du 20 mars 2012 certains Mourides, lors des prêches du vendredi, avaient appelé à voter contre ce projet de loi constitutionnelle, et saccagé des bureaux de vote.

De nos jours, les Dahiras ou autres évènements religieux sont devenus un moyen de soutirer de l’argent à l’Etat. Dans ces dérives, les héritiers de Bamba ont contaminé les autres familles maraboutiques se partageant le gâteau : les Kounta à N’Diassène, les SY à Tivaoune, les Thiaw (Layène) dans le Cap-Vert, les Niasse à Kaolack, les BA à Madina Gounasse, les SECK à Thiénaba, les SALL à Louga. Parmi les 36 associations religieuses reconnues, aucune n’opère dans le domaine social ou culturel, mais elles organisent des chants religieux, comme un moyen d’obtenir des financements. Cette recherche, active de financements, des Mourides et des autres religieux, est manifestement en contradiction avec la pensée de Bamba : «Quant aux détenteurs de pouvoir, je ne les approche pas, je n’ai aucun désir à leur monde et je ne chercherai grandeur qu’auprès d’Allah le Roi des rois» dit Cheikh Ahmadou Bamba. En effet, durant toute sa vie, Cheikh Ahmadou Bamba s’est tenu à l’écart du pouvoir politique et des choses de ce «bas monde» ; il n’a cherché d’autre gloire que celle d’un saint de l’Islam, en pratiquant la générosité et la charité. Fuyant la lumière et le pouvoir politique, d’une grande intégrité et probité, Bamba est resté désintéressé des choses matérielles.

Depuis l’indépendance, il n’y a ni écoles, ni forces de l’ordre ou de gouverneur à Touba, les Mourides ayant pris le pouvoir, défient l’autorité de l’Etat. D’autres dérives, non imputables directement aux Mourides (Modou Kara, N’Diguël, Béthio THIOUNE) ont vu naître de graves collusions, dans un pays laïc, entre le pouvoir religieux et l’Etat. En 2020, bien que recevant des subsides de l’Etat, le Khalife général des Mourides a appliqué, avec réticence, les mesures de l’Etat d’urgence concernant la pandémie du Coronavirus. Tout semble indiquer le Magal d’octobre 2020 serait maintenu, le virus circule encore activement dans le pays.

Cheikh Ahmadou Bamba est mort le 19 juillet 1927, à Diourbel, dans une case. Un rapport mentionne ainsi les circonstances de ce décès : «Le marabout s’éteignit, sans témoin, à une heure qui n’a pas été déterminée. Il fut découvert, étendu sans vie, sur le sable d’une case où il aimait à se retirer pour ses méditations, par son fils et héritier de prédication, Mamadou Moustapha. (…). L’administrateur jugea plus prudent de faire transporter le corps à Touba, aussi discrètement que possible et de l’y faire ensevelir provisoirement». Même mort, le colon le redoutait. Mais les talibés, dans la douleur de cette grande perte de leur guide spirituel, sont restés dignes et calmes.

En définitive, nous avons plus que jamais besoin des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, une conscience morale et un extraordinaire nationaliste. La religion devrait nous libérer de l’obscurantisme et nous guider vers la Lumière. Le peuple sénégalais aspire à maîtriser davantage son destin, et pour une répartition équitable de ces nouvelles richesses. Dans ces conditions, le nationalisme et le Mouridisme, tels que le concevait Cheikh Ahmadou revêt toute son importance. Par conséquent, il faudrait redonner au Mouridisme son message initial, un appel pour l’éthique et la morale. Pour ma part, Cheikh Ahmadou Bamba BA n’appartient pas seulement qu’à la communauté Mouride, il fait désormais partie du patrimoine culturel et religieux de l’ensemble du Sénégal. J’espère qu’en 2027, lors du 100ème anniversaire de sa disparition, l’ensemble des Sénégalais, qu’ils soient croyants ou non, lui rendront un hommage exceptionnel. Paix soit Cheikh Ahmadou Bamba BA, et «A Diaraama !».

 

Bibliographie sélective :

1 – Contribution de Cheikh Ahmadou Bamba

1 - 1 Ouvrages généraux

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou Bamba), Le Wird Mouride (Ma’Houz), traduction Serigne Sam M’Baye, Dakar, Drouss, Lectures numériques Mourides, 2013, 45 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou Bamba), Les itinéraires du paradis, traité du soufisme (Massalik Al Jinan), traduction Serigne Sam M’Baye, Dakar, Drouss, Lectures numériques Mourides, Maroc, Dar-El-Kitab, 1984, 136 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), La prière sur la mer, par Serigne Sam M’Baye, traduit et transcrit par Papa Sall, préface de Mody Niang, Dakar, 1995 et 2014, 73 pages ;

 M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Les verrous de l’Enfer et les clés du Paradis (Maghâliqu-N-Nîrân wa Mafâtihul Jinan, Perfectionnement spirituel), par Serigne Saam M’Baye, Dakar, non daté, 14 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Le viatique de la jeunesse : Traité de théologie, de jurisprudence, de perfectionnement spirituel (Tazawwudu-Sh-Shubban), traduction de Serigne Sam M’Baye, Maroc, Dar-El-Kitab, année non précisée, 44 pages.

2 – 2 - Poésie

 M’BACKE (Cheikh, Ahmadou Bamba), Recueil des poèmes en sciences religieuses de Cheikh Ahmadou Bamba : Tazauwud As-Sagar, le joyau précieux, le viatique des adolescents, 1989, vol 1, 462 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Poèmes : Gabd al-qulub, Dakar, éditions Hilal, 42 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Poèmes : Innani Houztou, Dakar, éditions Hilal, 23 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Poèmes : Innani Houztou, traduction d’Amar Samb, Dakar, éditions Hilal, 23 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Poèmes : Jaawartou, Dakar, éditions Hilal, 1976, 14 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Poèmes : Sabhoune Taqi Nafahani, traduction d’Amar Samb, Dakar, éditions Hilal, 16 pages ;

M’BACKE (Cheikh, Ahmadou, Bamba), Poèmes : Wajjhatou, traduction d’Amar Samb, Dakar, éditions Hilal, 16 pages.

2 – Critiques de Cheikh Ahmadou Bamba

AN (Mamadou, Moustafa), Vie du Cheikh Ahmadou Bamba, Dakar, (texte en arabe) 2 fascicules, 65 et 51 pages ;

ARNAUD (Robert), «L’islam et la politique française en AOF», Afrique française, Renseignements coloniaux, 1912, pages 3-20 et pages 115-154 ;

AUDRAIN, (Xavier), «Du “Ndigueul avorté” au parti de la vérité. Évolution du rapport religion/ politique à travers le parcours de Cheikh Modou Kara (1999-2004)», Politique africaine, 2004, vol. 96, pages 99-118 ;

BA (Oumar), Cheikh Ahmadou Bamba et la France, Verf, 1932, 32 pages ;

BA (Oumar), éditeur, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), préface de Abdou Ahat M’Backé, Dakar, Archives du Sénégal et Abbeville, Imprimerie F. Paillard, 198, 250 pages (doc UCAD Rès L. 396) ;

BABOU (Cheikh Anta), Le Jihad de l’âme, Ahmadou Bamba et la fondation de la Mouridiyya au Sénégal (1853-1913), traduction de Geneviève Kniebiehler, Paris, Karthala, 2011, 344 pages ;

BABOU (Cheikh, Anta) et GUEYE (Cheikh), «Autour de la genèse du Mouridisme», Islam et Sociétés au Sud du Sahara, novembre 1997, n°11, pages 3-58 ;

BABOU (Cheikh, Anta), Fighting the Greater Jihad : Amadu Bamba and the Founding of the Muridiyya of Senegal 1853-1913, Athens, Ohio University Press, collection “New African History Series”, 2007, 294 pages ;

BABOU (Cheikh, Anta), Le Mouridisme des origines à 1912, mémoire de maîtrise, Dakar, UCAD, Département Histoire, 1991, 106 pages ;

BAVA (Sophie) et GUEYE (Cheikh), «Le grand Magal de Touba. Exil prophétique, migration et pèlerinage au sein du mouridisme», Social Compass, 2001, vol. 48, n°3, pages 421-438 ;

BAVA (Sophie), «Le Dahira, lieu de pouvoir et d’émergence de nouvelles élites au sein du mouridisme», in M. GOMEZ-PEREZ (dir.), L’Islam politique au sud du Sahara : identités, discours et enjeux, Paris, Karthala, pages 159-175 ;

BEHRAM, (Lucy, Creevey), The Political Influence Brotherhoods in Senegal, Harvard University Press, 1970 et 2013, 248 pages ;

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MARTY (Paul), L’Islam au Sénégal, Paris, Ernest Leroux, 1917, vol 1, chapitre 5, pages 219-232 ;

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NEKKACH (Lucien, lieutenant), Le Mouridisme depuis 1912, Saint-Louis 1952, rapport dactylographié, 35 pages ;

ROBERTS (Allen et Mary), «The Aura of Amadou Bamba», Anthropologie et Sociétés, 1998, n°22, pages 15-38 ;

ROBINSON (David), TRIAUD (Jean-Louis), Le temps des marabouts : itinéraires et stratégies islamiques en Afrique Occidentale Française 1880-1960, Paris, Karthala, 2012, 584 pages ;

SAMB (Amadou), «L’humanisme dans les œuvres de Cheikh Ahmadou Bamba», in BA (Oumar), éditeur, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), pages 210-212 ;

SAMB (Amar), Essai sur la contribution du Sénégal à la littérature d’expression arabe, Dakar, IFAN, 1972, 534 pages, spéc pages

SAMB (Mustapha), Ahmadou Bamba : le missionnaire universel, Paris, Nègre international éditions, 2010, 138 pages ;

SENE (Djibril), Cheikh Ahmadou M’Backé, une figure religieuse de la confrérie Mouride, mémoire de maîtrise sous la direction d’Ibrahima Thioub, Dakar, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Département d’Histoire, 2008, 136 pages, doc UCAD 3976 ;

SOW (Cheikh, Mar), La pensée de Cheikh Ahmadou Bamba face aux défis africains, Paris, L’Harmattan, 2016, 235 pages ;

SOW (El Hadji, Amadou), Biographie de Khadimoul Rassoul et connaissance du Mouridisme, Dakar, éditions Al-Azhar, 137 pages ;

SY (Cheikh Tidjane), L’odyssée extraordinaire du soufi Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie du Sénégal des Mourides, Congrès international des Africanistes, 1967, 27 pages ;

SY (Cheikh Tidjane), La confrérie sénégalaise des Mourides, Dakar, Présence africaine, 1969, 353 pages ;

SY (Cheikh, Tidjane), «Le travail dans la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba», in BA (Oumar), éditeur, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), pages 220--224 ;

SYLLA (Ahmadou, Khadim), La doctrine de Cheikh Ahmadou Bamba : Origines et enseignements, Paris, L’Harmattan, 2015, 234 pages ;

THIAM (Médoune), «Qui était Ahmadou Bamba ? Qu’est-ce que le Mouridisme ? La relation avec le colonisateur», in BA (Oumar), éditeur, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), pages 16-204 ;

THIAM (Médoune), Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du Mouridisme : 1850-1927, Imprimerie Nationale Patrice Lumumba, 1964, 32 pages ;

THIOUNE (Birahim), Cheikh Ahmadou Bamba, 1895, destination Mayumbé et Lambaréné, les discours coloniaux de l’exil, Paris, Dakar, L’Harmattan du Sénégal, 2016, 76 pages ;

VILLENEUVE (Michelle), «Une société musulmane d’Afrique Noire : La confrérie des Mourides», Revue des Belles Lettres Arabes, 1965, Vol 28, n°2, pages 127-166 ;

WADE (Abdoulaye), La doctrine économique du Mouridisme, Paris, L’Interafricaine éditions, 1970, 35 pages ;

WADE (Madiké), Le destin du Mouridisme, éditeur non précisé, 337 pages ;

WANE (Colonel, Birane), L’islam au Sénégal, le poids des confréries, l’émiettement de l’autorité spirituelle, Thèse de sociologie et d’anthropologie, sous la direction de Papa Samba Diop et Boubacar Ly, Université de Paris-Est, 2010, 280 pages, spéc pages 152-157 et pages 213-234.

Paris, le 2 juillet 2017, actualisé le 17 août 2020 par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Cheikh Ahmadou Bamba (1852-1927), le guide spirituel des Mourides, pacifique et subversif», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr
«Cheikh Ahmadou Bamba (1852-1927), le guide spirituel des Mourides, pacifique et subversif», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 20:45

Comment faire entendre les voix inaudibles ? Tel est le combat d’une vie d’Elikia M’BOKOLO. Le principal champ de recherche de M. M’BOKOLO est l’histoire moderne et contemporaine de l’Afrique. Le professeur M’BOKOLO est un historien rigoureux qui a su garder une distance critique : «Chez un historien, il y a beaucoup de ressenti, comme on dit, de surprise, d’étonnement. Il faut toujours essayer de tenir la bride à ces sentiments, expliquer, structurer les choses, même quand c’est tout à fait atroce. Comment, qui, pourquoi ? Les généralisations du genre «Les Blancs ou les Belges nous ont fait ça» n’éclairent pas l’histoire. Il y a un travail de tri, de raffinement. Il y a tellement d’atrocités,  qu’on en devient, non pas cynique, mais on parvient à mettre de la distance, à aborder les événements froidement» dit-il. Il a mis l’accent est mis sur l’évolution et les transformations politiques, en relations étroites avec les processus intellectuels, culturels et sociaux. Plus qu’aux péripéties du temps présent et à leur interprétation, l’attention est accordée à l’ensemble des phénomènes de durée plus longue, permanences et récurrences, ruptures et innovations, captations et réappropriations, dans leur interaction avec les dynamiques contemporaines. «La mémoire sera toujours l’objet d’une manipulation de la part des pouvoirs mais c’est à nous qu’il appartient de la restituer aux gens qui en ont besoin» écrit M’BOKOLO qui s’intéresse aussi aux problèmes et enjeux de mémoire, à l’histoire des «diasporas» africaines, en particulier en Europe et dans les Amériques, et à sa place, trop souvent méconnue et sous-estimée, dans l’histoire moderne et contemporaine de l’Afrique. A deux reprises, notre mouvement Equité qui lutte pour la diversité en politique, nous avons invité à l’Assemblée nationale, le professeur M’BOKOLO. Je découvre un homme à la fois savant, mais modeste et accessible, et surtout un grand militant de la cause africaine, «un passeur d’histoire».

Né le 23 décembre 1944, à Léopoldville (Kinshasa) en République démocratique du Congo, Elikia M’BOKOLO est un normalien, agrégé des universités de Paris. Elikia grandit un pays où règne la diversité où cohabitent diverses nationalités des Sénégalais, des «Popos» (Togolais, Ghanéens, Béninois, Nigérians,  bref les gens Golfe de Guinée)  des Swahilis. «L’Afrique noire de note enfance est celle des pères Blancs ou des missions étrangères qui venaient dans les écoles réciter l’Ave Maria en Swahili, en Ouolof ou encore celle de Tarzan incarné par Johny WESTMELLER», dit-il. Les livres étaient rares, il n’y avait que des extraits d’ouvrages. La relation avec les Etats-Unis était ancienne, avec de grands classiques de Hollywood, du Jazz et des négrospirituals. Son enfance baigne dans une atmosphère culturelle. En effet, sa mère institutrice et son père assistant médical, c’est le grade le plus élevé en médecine que les Noirs pouvaient obtenir pendant la période coloniale. Pendant la deuxième guerre mondiale, le Congo étant occupé par la Grande-Bretagne a participé à la guerre en Birmanie de 1944 à 1946, puis il s’est retrouvé à la fin de la guerre en Inde, pays qui venait de devenir indépendant. Il est revenu au Congo complètement transformé. A l’indépendance du Congo, les Belges étant partis précipitamment,  et avec un programme de l’Organisation mondiale de la santé, et afin d’acquérir un diplôme de médecine, son père est venu en 1961 avec sa famille en France. Sa mère étant restée au Congola, Elikia correspondait avec elle en Lingala. Sa grand-mère faisait du commerce d’alcool, mais ne savait pas écrire. Son grand-père était aveugle et lui demandait de décrire ce qu’il voyait. Aussi, dit-il «je savais parler et écrire pour les autres». Le jeune Elikia, alors lycéen à Léopoldville, avait un jour entendu le message de Patrice LUMUMBA, une référence intellectuelle : «une histoire écrite par les Congolais, pour les Congolais». Et c’est devenu une vocation de toute une vie. «Si j'ai opté finalement pour cette discipline plutôt que pour le droit ou la médecine, c'est qu'il y avait quelque part une réminiscence de ces propos», confie-t-il. Dérobé dans la bibliothèque paternelle, un ouvrage comme «Nations nègres et culture», de Cheikh Anta DIOP, fait aussi partie, des éblouissements du jeune. Il en tire en même temps la conviction que l'histoire de l'Afrique est encore à écrire. Admirateur de Cheikh Anta DIOP, le professeur M’BOKOLO a fait l’éloge de ce savant. «L’Afrique a produit, depuis plus d’un siècle, un nombre significatif et une variété remarquable  de talentueux historiens professionnels et philosophes de l’histoire. Mais aucun, assurément, n’a connu de son vivant, ni après sa mort, la notoriété de Cheikh Anta DIOP» écrit Elikia M’BOKOLO.

Le jeune Elikia s’installe en 1962 à Villeurbanne, près de Lyon, ville où règne un grand bouillonnement intellectuel et politique. «Je vis à Lyon, en France. Dans cette ville, la Deuxième Guerre mondiale est un point d’ancrage très fort, mais il n’efface pas les autres. Il y a le Lyon romain, le Lyon catholique, le Lyon qui a vécu de près la fin de la guerre d’Algérie où cohabitait une immigration ouvrière algérienne, arabe et kabyle, avec le retour des Français d’Algérie, en majorité juifs. Le tout dans une ville où la collaboration a été très active. Et puis, pour la jeunesse militante de gauche notamment, Lyon est aussi le terrain de luttes ouvrières très importantes au 19e siècle, avec des massacres terribles. On le voit, la mémoire est multiple. Comment la gérer ? C’est très compliqué. C’est à la fois une bombe à retardement et un lieu de rencontre» écrit M’BOKOLO. C’est là que résident de nombreux réfugiés espagnols qui ont la guerre civile et la dictature de Franco. On compte également dans cette ville de nombreux Algériens, partisans du FLN et du PCF et des Juifs français dont l’identité est forte, Lyon ayant été la base arrière de la Gestapo. Frantz FANON a séjourné dans cette ville, l’Union des Populations du Cameroun (U.P.C.), contre Amadou AHIDJO (1924-1989) du Cameroun y a installé ses bases. La Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) est fortement représentée dans cette ville.

Une fois le baccalauréat obtenu, en 1967, ses parents hésitent pour son orientation, mais finiront par lui dire «tu auras tout ce que tu voudras, tant que tu rechercheras l’excellence».

A Paris, il rencontre notamment Alpha CONDE (né le 4 mars 1938, président actuel de la Guinée), à la faculté de droit et Abdoulaye Yoro DIA vice-président du RDC. A la bibliothèque de l’école normale, il y avait d’excellents livres dont celui Onwuka K. DIKE «Trade and Politics in the Niger Delta 1830-1885». «Je suis tombé, un jour, sur le livre d'Onwuka Dike, le premier titulaire de la chaire d'histoire à l'université d'Ibadan, au Nigeria, qui n'a toujours pas été traduit en français cinquante ans après sa publication. J'ai passé trois jours et trois nuits à le dévorer littéralement. On y voit comment les Anglais et les Africains ont noué des relations de sympathie et de conflictualité, on y voit aussi la complexité des sociétés africaines. Ce n'est pas une Afrique des royaumes qu'il décrit, mais une Afrique de petites cités indépendantes dominées par une aristocratie marchande et se livrant au commerce de l'huile de palme. Ce n'est pas un livre de vulgate, c'est un modèle d'étude historique, un travail d'une grande minutie mêlant la connaissance du terrain, la voix des traditions orales et celle des archives» dit Elikia a comme professeurs Georges BALANDIER (1920-2016) et Paul MERCIER (1922-1976). Il aura comme enseignant Louis ALTHUSSER. Jacques Le GOFF et Denis WORONOFF l’encourage dans ses études. C’est la période agitée de mai 1968, la guerre au Vietnam, l’assassinat de Ché Guevara. La librairie François Maspéro étant ouverte jusqu’à 22 heures, le jeune Elikia y dévore tous les journaux qui lui tombent sous la main et achètent de nombreux livres : «je suis un homme, rien ne m’est étranger, je dois me cultiver». Dans sa grande boulimie de lecture, il dévore Henri de MONTHERLANT, François de MAURIAC et Jean-Paul SARTRE. «Je crois pouvoir dire que j'ai lu pratiquement toute la Comédie humaine» dit-il.

En 1971, Elikia réussit au concours d’agrégation d’histoire, il est le quatrième africain à l’obtenir après Joseph KI-ZERBO (1922-2006, Burkina), Christophe WONDJI (mort en 2015, ivorien) et Ibrahima Baba KAKE. C’est Ibrahima Baba KAKE (1932-1994) qui le coopte pour la radio, l’émission «Mémoire pour un continent». «Ibrahima m’a appris à causer, non pas comme un savant, mais comme un journaliste dans le bon sens du terme, à faire des phrases courtes et aller droit au but» dit-il. C’est l’époque un virage important se produit. L’éditeur François Maspéro voulait des gens compétents, en lien avec les questions du temps. L’Harmattan publie de jeunes auteurs. La problématique n’est plus aux grands débats stériles, mais qu’est-ce que nous avons à dire aux sociétés africaines actuelles.

 A l’école des hautes études en sciences Elikia a comme professeurs, Jacques LE GOFF (1924-2014) et Georges DUBUIS (1919-1996). Il soutient sa thèse en 1975 et va voir l’ambassadeur du Congo qui est un ami de son père ; celui-ci lui demande de rentrer au pays, «car il y a de l’argent à se faire», mais Elikia veut devenir un chercheur et écrire des livres.

L’université de Libreville venait d’ouvrir. Elikia est reçu à l’ambassade du Gabon. Il patiente d’abord, puisque ce sont les Blancs qui sont reçus par le diplomate gabonais. A 18 heures, l’ambassadeur recommande aux 6 candidats africains qui attendaient encore de venir directement au Gabon ; ce ne que ne fera pas naturellement Elikia qui va solliciter son directeur de thèse et obtient un poste d’assistant dans l’attente de trouver un emploi dans une université africaine.

Parallèlement à cet enseignement à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, il a formé des jeunes qui préparaient sciences politiques et l’ENA.  Puis, Sciences politiques lui demandera de faire des cours d’histoire. A Lyon, il connaissait les enfants de la bourgeoisie à qui il donnait des cours particuliers qui se déroulaient au salon, mais il  devait entrer par la porte de service réservée aux domestiques. A Sciences politiques, M’BOKOLO se retrouve professeur noir des enfants de la haute bourgeoisie. Il faut une approche critique et précise de l’histoire. «II faut montrer aux étudiants que l‘histoire n’est pas un fastfood où  l’on vient chercher une connaissance emballée qui ne prête pas à discussion et qui serait connue par tout le monde» dit M’BOKOLO.

 

Elikia M’BOKOLO est le Directeur du Comité scientifique composé de 39 historiens et plus de 350 spécialistes, qui a coordonné l’histoire générale de l’Afrique commandée par l’UNESCO. L’Afrique est le berceau de l’humanité, mais son histoire est méconnue. La colonisation c’est la défense de l’œuvre civilisatrice qui va de pair avec l’image qu’on donne des pays à civiliser. Les colons prétendent également avoir mis fin à l’esclavage. Effectivement, on nous présente cette Terre sauvage qui est, en outre, «ensauvagée» par les «Arabes». Et la propagande coloniale s’est beaucoup servie de cette question. Cette inégalité n’est pas explicitée à la manière de Gobineau, mais elle est sous-entendue. Ainsi, l’Africain est toujours ramené au rang d’animal, de quelqu’un à qui on peut faire un tas de choses. On se souvient de ce discours à Dakar, de Nicolas SARKOZY, «l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire». Un ouvrage collectif dirigé par Philippe REY y a répondu. Elikia M’BOKOLO dans un retentissant article a dégagé «les voies de l’émancipation». Le professeur M’BOKOLO a aussi produit un article de référence «Afrique, colonisation, décolonisation et post-colonialisme » dans l’ouvrage collectif «Qu’est-ce que la culture ?» d’Yves MICHAUD. Derrière «l’humanisme civilisateur» du colonisateur se cachait un appétit économique qui introduit la hiérarchisation des races : certaines seraient supérieures, d’autres inférieures.

 

Pourquoi l’Afrique doit écrire son histoire ? «Si tu ne sais pas d’où viens, comme sais-tu où tu dois aller» dit un dicton africain. «L'histoire de l'Afrique a été longtemps racontée sous le couvert de la colonisation, alignant une chronologie, une géographie ou encore une ethnologie, forcément réductrices. Je cherche à repenser l'histoire coloniale et à dépasser la manière dont elle est transmise. Mon travail se situe donc au coeur du débat actuel sur la mémoire de l'esclavage» dit Elikia M’BOKOLO. Les Etats africains estimaient qu'il fallait lutter contre l’amnésie et réparer une très grande injustice. «L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité», disait Patrice LUMUMBA, dans une lettre de novembre 1960 à sa femme Pauline. Pour la première fois, une Organisation intellectuelle et scientifique mondiale, l’UNESCO, détachée de toute contingence politique, se lance dans une aventure qui concerne un continent pour lequel beaucoup pensaient qu'il n'avait pas d'histoire. Le Comité devait répondre à deux préoccupations qui peuvent être antinomiques : donner la possibilité aux historiens africains de faire prévaloir la perspective qu'ils avaient de leur propre histoire sans pour autant tomber dans le piège de la ghettoïsation où seule la vision africaine seraient présente. Face au désastre de la grande guerre Paul VALERY avait dit : «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles».  Il fallait la faire confronter avec la celle d'autres historiens venus d'ailleurs. Les Africains et les personnes d'ascendance africaine continuaient d'être les victimes d'au moins trois types de déni, hérités du temps de l'esclavagisme : le déni de dignité et d'humanité (pour les réduire à l'esclavage, il a fallu les bestialiser); le déni d'histoire et de culture (pour les bestialiser, il a fallu leur enlever ce qui faisait leur humanité, c'est-à-dire une histoire et une culture); le déni de citoyenneté (les afro-descendants n'avaient pas de statut de citoyen dans les pays où ils vivaient). Pour surmonter ces dénis, il fallait préparer une réponse scientifique, de manière méthodique et rigoureuse. L’objectif est de rompre avec l'ethnographie coloniale et avec la perspective historique coloniale. Il s’agissait aussi de faire appel à des historiens africains nourris avec toutes les traditions de lutte d'émancipation, et aux experts et des spécialistes non Africains qui voulaient rompre avec une certaine tradition européocentrique. C'est la jonction de ces dynamiques qui a donné naissance entre 1964 et 1999 à 10 000 pages réparties en 8 volumes. L’ambition est d’embrasser toute l'histoire de l'Afrique dans son ensemble, du Caire au Cap et de Djibouti à Dakar, sans oublier les îles des océans Indien et Atlantique, ni les extensions de l'Afrique vers les Caraïbes, les Amériques et au-delà de l'océan Indien. L'unité du continent africain repose avant tout sur son histoire et que l'identité africaine. En effet, les expériences de la traite négrière et de l'esclavage, et l'expérience de la colonisation sont devenues des facteurs d'unité qui ont facilité cette approche globale de l'histoire de l'Afrique. La colonisation, plus que d'un changement, il s'agit de la mort de civilisations, de cultures, de sociétés dans ce qu'elles avaient jusqu’alors d'original.

 

En dépit de cet immense travail sur l’histoire africaine, Elikia M’BOKOLO a formulé deux critiques. D’une part, plus de 57 ans après les indépendances, dans les faits, les Etats africains restent solidement amarrés aux anciennes puissances coloniales aussi bien financièrement et économiquement, que militairement et culturellement. Les savoirs faire ont été discrédités, les savoirs modernes distribués avec parcimonie. L’autoritarisme des puissances coloniales a engendre des économies de traite tournées vers l’Europe et des sociétés de pauvreté. Il a fallu diviser pour régner et faire croire aux peuples que leur principal ennemi était leur voisin, inoculer le virus de l’ethnicisme. «Mais qu’avons-nous fait de l’indépendance ?» s’interroge le professeur Elikia M’BOKOLO. Pendant la période coloniale, les élites africaines, au-delà du débat entre tradition et modernité, avec un consensus populaire autour d’un Etat national conçu comme l’émanation du peuple entier. Mais ce message a été trahi, dans les faits. Dans son ouvrage «l’Afrique convoitée», M’BOKOLO examine les causes du sous-développement persistant. C’est d’une part, une petite bourgeoisie régnante qui cherche à perpétuer ses privilèges, et d’autre part, la dispersion et l’inorganisation des exclus qui retardent le processus de maturation politique et la prise de conscience du pouvoir dont ils sont investis, pour la lutte et la conquête du pouvoir. Dans les esprits, c’est un mélange d’étonnement, de nostalgie, de perplexité et de désenchantement. D’autre part, « Il est frappant qu'aujourd'hui encore, malgré les avancées impressionnantes de la recherche historique, une bonne partie de notre documentation sur les quatre ou cinq derniers siècles de l'histoire de 1 'Afrique soit encore d'origine étrangère. Ce n'est pas, bien sûr, que les Africains aient été silencieux pendant cette période, ni qu'aucune de leurs voix ne nous soit parvenue» écrit le professeur M’BOKOLO.

 

Cependant, M. M’BOKOLO reste fondamentalement optimiste. Il nous a appris à ne pas désespérer du continent noir : «A Paris, on devait plus africain. Je suis de ceux qui croient à l’Afrique, c’est le continent le plus jeune et le moins exploité du monde. Il faut le dire aux jeunes, l’Afrique est un continent d’avenir» dit-il. Tous les processus de renaissance reposent sur une connaissance et une appropriation de l’histoire. Il s’intéresse à l’histoire immédiate et à la contribution de l’histoire au développement de l’Afrique. L’Histoire du temps présent ce n’est pas seulement l’histoire qui est en train de se passer aujourd’hui. C’est une histoire par rapport à laquelle nous, les historiens, sommes impliqués ou l’histoire par rapport à laquelle les gens qui vivent dans notre temps sont impliquées. L’histoire est une donnée fondamentale parce que les Etats africains sont des Etats jeunes qui veulent devenir des nations. Or on sait qu’il n’y a pas de nation s’il n’y a pas un minimum d’identité commune. Cette identité ne repose pas sur la race encore moins sur les ethnies parce qu’on sait que les ethnies sont des productions historiques qui changent avec le temps. Ça exige la connaissance de l’histoire pour inventer des choses nouvelles sans répéter simplement le passé même s’il a été glorieux. «Quand on parle de renaissance africaine, on suppose que l’Afrique a été grande dans le passé et qu’elle peut renaitre aujourd’hui. Tous les processus de renaissance (Europe, Japon, Chine, Brésil) reposent sur une très bonne connaissance et une appropriation de l’histoire. En ce sens, l’histoire n’est pas seulement les choses du passé qu’on connait. C’est également un savoir qu’on s’approprie, on le prend comme un bien qu’on peut utiliser, comme un outil qu’on peut mettre au service du développement» écrit M’BOKOLO.

Il faut libérer la parole collective et amplifier le pro­ces­sus de conti­nuité de l’afri­ca­nité. L’Afrique ne nous déce­vra pas. François RABELAIS, déjà le disait : «Toujours l’Afrique apporte quel­que chose de nou­veau».

Bibliographie sélective :

1 – Contributions de M. Elikia M’BOKOLO

M’BOKOLO (Elikia), Affonso 1er : le roi chrétien de l’ancien Congo,   Paris, ABC, Afrique Biblio-Club, 1975, 95 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Afrique noire : histoire et civilisations, Paris, Hâtier, Agence universitaire de la francophonie, tome 1, des origines jusqu’au XVIIIème, 2008, 496 pages ; tome 2, XIXème et XXème siècles, Paris, Hâtier, AUPELF, 1992, 576 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), AMSELLE (Jean-Loup), Au cœur de l’ethnie : ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, La Découverte, 1985, 225 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), GARRAUD (Jean-Marie), Mirambo : un grand chef contre les trafiquants d’esclaves, Paris, ABC, 1976, 90 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), GRENIER (Isabelle), Résistances et messianismes : l’Afrique centrale au XIXème et au XXème siècle, Paris, Présence africaine, ACCT, 1988, 123 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), Des missionnaires aux explorateurs, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 109 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’Afrique coloniale de la conférence de Berlin, 1885, aux indépendances, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 135 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’Afrique moderne : L’Afrique centrale et orientale du XVIème au XVIIIème siècles, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 125 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’Afrique, berceau de l’humanité : préhistoire et Antiquité, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 112 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), L’éveil du nationalisme : L’Est africain du XIXème au XXème siècle, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 131 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), KABE (Ibrahima, Baba), La dispersion des Bantous, Paris, A.B.C., Afrique Biblio Club, 1977, 135 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), L’Afrique dans tous ses états, Fontenay-sous-Bois, Sides, Ema, 2005 ;

M’BOKOLO (Elikia), L’Afrique au XXème siècle, le continent convoité, Paris, Seuil, 1980, 393 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), L’ère des calamités : l’Afrique australe au XIXème et au XXème siècle, Paris, Présence Africaine, ACCT, 1978, 127 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), LE CAELLENEC (Sophie), Afrique noire, histoire et civilisations jusqu’au XVIIIème siècle, Shaba, Paris, Hâtier, 1995, 496 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Médiations africaines : Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent, Paris, Archipel, 2009, 400 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Msiri, bâtisseur de l’ancien royaume du Kantaga, Shaba, Paris, ABC, 1976, 94 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Noirs et Blancs en Afrique Equatoriale : les sociétés côtières et la pénétration française, vers 1820-1874, Paris, Ecoles des hautes études en sciences sociales, 1981, 302 pages ; 

M’BOKOLO (Elikia), SABAKINU (Kivilu), sous la direction de, Simon Kimbangu. Le Prophète de la Libération de l'Homme noir, Paris, L'Harmattan, t. 1, 2014 496 pages et t 2, 502 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), ROUZET (Bernard), Le roi Denis et la première tentative de modernisation du Gabon, Paris, ABC, Afrique Biblio-Club, 1977, 94 pages.

    1. – Autres contributions d’Elikia M’BOKOLO

2- 1 Articles, préfaces ou postfaces

M’BOKOLO (Elikia), «L’Afrique colonisation, décolonisation, post-colonialisme», in  MICHAUD (Yves), Qu’est-ce que la culture ?, Paris, Odile Jacob, 2006, 840 pages, spéc pages 128-145 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «L’Afrique noire», in Y. Fauchois, T. Grillet et T. Todorov sous la direction de, Lumières ! Un héritage pour demain, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2006, pages 174-179 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Historiens d’Afrique», Notre librairie. Revue des littératures du Sud (Histoire, vues littéraires), 2006  mars-mai, n°161, n°3, pages 2-6 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Travail forcé et esclavage», L’Histoire, Paris, 2005 nov. n°302, pages 66-71 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Les régimes politiques africains et La Baule», Afrique Annales, 2005, (La Baule ! Et puis après ?), 1e trim., n°8, pages 44-54 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Conflictualités et conflits africains : une radioscopie», in I. Ndaywel E. NZIEM et J. Kilanga Musinde, sous la direction,  Mondialisation, cultures et développement, Paris, Maisonneuve et Larose, 2005, pages 273-281 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Quand les États africains contribuaient à la traite», Manière de voir, 2005 août-sept., n°82 pages 32-35 ;

M’BOKOLO (Elikia), 2005, «Le bâtisseur d’empire. Louis-Gustave Binger dans l’enfer vert de la forêt ivoirienne, 1887-1893» in  P. FOURNIE et S. de SIVRY, sous la direction de, Aventuriers du monde, Paris, Gallimard, 2005, pages 89-98 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Les problèmes de l’Afrique et du Mozambique», in, Latitudes. Cahiers Lusophones, Paris, n°25, 2005, pages 7-11 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Introduction», in Le mouvement panafricaniste du XXe siècle. Textes de référence , Paris, Agence internationale de la francophonie, 2004, pages 2-22 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «Le visage changeant du racisme» in J. BINDE (dir.), Où vont les valeurs ?, Paris, Éd. de l’Unesco, Éd. Albin Michel, 2004, pages 119-122 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Traites et esclavages», in L’Afrique, Les Rendez-vous de l’Histoire, Nantes, Éd. Pleins Feux, 2004, pages 27-66 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Afrique centrale. Le temps des massacres», pp. 433-451 et “Les pratiques de l'apartheid »,  in M. Ferro (dir.), Le Livre noir du colonialisme. XVIe–XXIe siècles : De l'extermination à la repentance, Paris, Éd. Robert Laffont, 2003, pages 469-478 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Préface» in M. Turano et P. Vandepitte (dir.),  Pour une histoire de l’Afrique. Douze parcours, Lecce, ARGO, 2003, pages 4-7 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Césaire, penseur du politique», in TSHITENG LUBABU, Muitubile K., (dir.), Césaire et nous. Une rencontre entre l’Afrique et les Amériques au XXIe siècle, Paris, Cauris Éditions, 2003, pages 92-101 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Postface» in HACHEZ-LEROY, Florence, éditrice,   «Jacques Foccart, entre France et Afrique», Paris, Cahiers du Centre de Recherches Historiques, CRH-EHESS, n° 30, octobre 2002, 200 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, FAUVELLE, François-Xavier, L’Afrique de Cheikh Anta Diop, histoire et idéologie, Paris, Karthala, Centre de Recherches Africaines, 1996, 237 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, COLIN, Roland, Sénégal, notre pirogue : au soleil de la liberté, journal de bord, 1955-1980, Paris, Présence Africaine, 2007, 405 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, BA, Konaré Adama et CLEMENT Catherine, Précis de remise à niveau sur l’histoire africaine, à l’usage du président Sarkozy, Paris, La Découverte, 2008, 347 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), Préface, MPISI, Jean, Antoine Gizenga, le combat de l’héritier de Patrice Lumumba, Paris, L’Harmattan, 2008, 750 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), «Postface» in  WESTERMANN Diedrich (éd.), Onze autobiographies, Paris, Lomé, Éd. Karthala, Haho-Les Presses de l’Université du Bénin, première éd. 1938, nouvelle éd. 2001, 321 pages, spéc pages 305-313 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «L’Afrique et le XXème siècle : dépossession, renaissance et incertitudes», Politique étrangère numéro spécial : «1900-2000 : Cent ans de relations internationales», Paris, 2000, n°3-4/2 pages 717-729 ;

M’BOKOLO (Elikia),  «L'Afrique entre deux millénaires. Conférence Marcel Mauss 2000», Journal des africanistes, Paris, 2000, 1-2, 70 pages 357-372 ;

M’BOKOLO (Elikia), «Introduction», in Bugomil Jewsiewcki (dir.), Naître et mourir au Zaïre : un demi-siècle d'histoire au quotidien, Paris, Karthala, Les Afriques, 261, spéc pages 17-41 ;

M’BOKOLO (Elikia) «Entretien avec Jean Copans», in Politique africaine, Paris, n°46, 1992, pages 155-159 ;

M’BOKOLO (Elikia), La France noire. Trois siècles de présences des Afriques, des Caraïbes, de l’océan indien et d’Océanie, sous la direction de Pascal Blanchard, en collaboration avec Sylvie Challaye, Eric Deroo et Dominic Thomas, préface d’Alain Mabanckou, Paris, La Découverte, 2011, 359 pages ;

M’BOKOLO (Elikia), «Préface», dans Philippe Biyoya Makutu Kahandja, Diplomatie congolaise régionale. Nouveaux fondements, défis et enjeux, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 7-15 ;

REY (Philippe) sous la direction, L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar, 544 pages.

2- 2  - Productions audiovisuelles ou enregistrées

Productions audiovisuelles

  • 1990,  Grandes voix de l’histoire : Kwame Nkrumah, Barthélemy Boganda, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral. Paris, Radio France Internationale, 1990.

  • 2004-2006, Mémoire d'un Continent, Émission d'histoire africaine (Producteur), hebdomadaire, Radio France Internationale.

  • 2003, Conférence Traites et esclavage. Diffusion de la 6e édition des Rendez-vous de l’Histoire à Blois 15-19.10. Vidéo en ligne. Production Université Louis Pasteur. Strasbourg. Durée : 1h7mn.

Interventions et communications enregistrées

  • 2006,  «Le panafricanisme et les études africaines : bilan et perspectives», Communication enregistrée. 1ère Rencontre nationale du Réseau des études africaines en France, Paris, CNRS, 29-30 novembre-1er décembre.

  • 2000, «Colonisation, décolonisation, post-colonialisme», Université de tous les savoirs. Vidéoconférence, le 3 novembre 86 min.

Paris, le 26 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Elikia M’BOKOLO, un passeur d’Histoire, la quête du savoir et l’excellence contre l’amnésie et pour la réhabilitation de l’histoire africaine», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/5
«Elikia M’BOKOLO, un passeur d’Histoire, la quête du savoir et l’excellence contre l’amnésie et pour la réhabilitation de l’histoire africaine», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/5

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 11:29

Le professeur Alain MABANCKOU a carte blanche les 24 et 25 juin 2017 à la Fondation Louis VUITTON pour "penser, dire, raconter et jouer l'Afrique". Pour lui, "pendant longtemps l'Afrique aura été perçue comme un espace des ténèbres portant le poids des préjugés les plus désobligeants tandis que le foisonnement de son imaginaire était sous-estimé. Faut-il se contenter de clamer haut et fort que l'Afrique est le berceau de l'humanité". Alain MABANCKOU de par son action, à Paris, aura sorti la culture africaine de sa vacuité.

J'ai été époustouflé par la brillante prestation de l'artiste et conteur Gabriel KINSA qui a mis à l'honneur Birago DIOP avec son poème "le souffle des ancêtres». Une exposition sur l'art contemporain africain se tient à la Fondation Louis VUITTON du 26 avril 2017 au 28 août 2017. Dimanche 25 juin des poèmes de Léopold Sedar SENGHOR et de Birago DIOP seront lus. Modeste Dela NZAPASSARA a joué «Black Bazar» une adaptation théâtrale d’une pièce d’Alain MABANCKOU. Abd Al Malik a slamé et poétisé sur le monde sur le thème «Albert Camus hip hop : littérature et diaspora». Trois femmes fortes ont fait entendre leur voix : Kidi BEBEY, la fille du chanteur Francis BEBEY, Caroline BLACHE, Nadia Yala KISUKIDI et Lucy MUSHITA. Criss NIANGOUNA a déclamé les poèmes de Tchicakaya U TAM'SI et de Bernard DADIE sur fond de musique congolaise.

Le président SENGHOR dans les années 30 avait lancé à Paris avec CÉSAIRE le mouvement de la Négritude. Alioune DIOP a fondé la revue et la maison d'édition Présence Africaine. Depuis lors, et pendant longtemps, la Diaspora s'est assoupie. Alain MABANCKOU a secoué le tapis poussiéreux en 2016 lors de ses interventions au Collège de France. Cette année il poursuit sa conquête de la scène culturelle parisienne à travers ses cartes blanches d'abord à l'institut du Monde Arabe et maintenant à la Fondation Louis VUITTON.

Depuis quelques temps, sur la scène politique, on ne nous renvoie des images négatives. La lepénisation des esprits a libéré, grandement, la parole raciste. Les associations de défense de la communauté noire ou de lutte contre le racisme ont échoué dans leur mission. On nous demande de nous intégrer mais à chaque fois on nous renvoie à nos origines ethniques «tu viens d’où ?». Nous vivons dans une société racisée et ethnicisée. Les idées colonialistes prônent l’intégration pure et simple, c’est-à-dire une capitulation sans conditions. Mais si on ne sait pas qui on est, on ne saura jamais où est ce qu’on va. Dans ces conditions la bataille idéologique de reconnaissance de notre identité culturelle et contre ces stigmatisations permanentes et ces hiérarchisations des valeurs culturelles. La différence n’est pas un mal, mais une immense richesse. Nous réclamons l’altérité, c’est-à-dire, la reconnaissance de l’autre dans sa différence, qu'elle soit ethnique, sociale, culturelle ou religieuse. De ce point de vue, le travail que fait Alain MABANCKOU est gigantesque ; il contribue à apaiser les esprits et rapprocher les hommes au-delà de leurs différences. «Ce qui diffère de moi, loin de me léser m’enrichit» dit SAINT-EXPURY dans son «Petit Prince».

Le président MACRON a terrassé, momentanément, au cours des élections présidentielles le FN et mis de la couleur à l’Assemblée nationale. Il considère le colonialisme comme un crime contre l’humanité et l’Afrique n’est pas une menace, mais une chance, une terre d’opportunité.

Par conséquent, l'Afrique à travers sa diaspora a un message à délivrer à cette France républicaine et métissée. Un des défis majeurs en France c'est de considérer les écrivains francophones comme faisant partie de la culture française. "La littérature francophone est perçue comme une littérature des marges, celle qui virevolte autour de la littérature française génératrice. Or avec une telle hiérarchisation nous établissons un classement qui, au fond, dessert la littérature française" écrit Alain MABANCKOU.

Compte tenu du grand engouement que suscitent ces rencontres littéraires et artistiques les Français issus de l’immigration ont des exigences à formuler pour une politique culturelle qui ressemble à la France dans toute sa diversité :


- la création de chairs de littérature africaine dans toutes les universités françaises ;


- le financement d'une maison des arts et la culture africaine à Paris ; la fermeture du musée Dapper nous a rendu inconsolables ;


- la prise en compte de la diversité dans toutes les activités culturelles.

Je crois au pouvoir des mots et à la force magique de la littérature pour contribuer à rendre le monde meilleur.

Paris, le 24 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017
"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017

"Alain MABANCKOU, penser, dire, raconter et jouer l'Afrique", Fondation Louis VUITTON, Paris 24 et 25 mai 2017

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 22:06

Le résultat des élections législatives de 2017 est connu : 350 députés pour la majorité présidentielle (308 députés La République En Marche, 42 MODEM), 130 députés pour la Droite, dont 17 pour l’UDI, 7 divers Droite, 30 députés socialistes, 3 Radicaux, 12 divers Gauche, 17 députés pour la France Insoumise, 10 députés Communistes et 8 députés du FN.

Pendant longtemps, la composition de l’Assemblée nationale française est restée marquée par le grand communautarisme de nos ancêtres Gaulois. Pour être député, il faut Blanc et Blanc. En 2015, seuls 9 des 577 députés siégeant à l’Assemblée étaient d’origine étrangère. Dans ces législatives de 2017, il a été recensé 35 députés issus de l’immigration africaine ou maghrébine :

- 23 élus En Marche

- 4 élus MODEM

- 4 élus PS PRG, Divers Gauche, EELV

- 1 France Insoumise

- 1 UDI.

- 0 FN, PCF et Les Républicains.

Le souci de renouvellement de la vie politique se traduit par conséquent en 2017, chez M. MACRON par une diversité En Marche, qui progresse notablement. Mais dans le gouvernement on ne compte aucun Ministre issu de l’immigration.

Parmi les nouveaux députés il faut signaler Hervé BERVILLE né au Rwanda, un économiste de 27 ans. Diplômé de Science-Po Lille et de la London School of Economics, et nouveau député des Côtes-d’Armor Herce BERVILLE explique ce renouveau à l’assemblée : "J'ai été attiré par la vision progressiste d'Emmanuel Macron, sa méthode de travail quand il était ministre de l'économie, mais aussi son rapport à la politique, bienveillant, qui ne cible aucune catégorie de population» dit-il.

On a recensé deux députés dont les parents sont d’origine sénégalaise. Ainsi, Mme Sira SYLLA, avocate en droit du travail, a été élue députée de LREM, de la 4ème circonscription de Seine-Maritime avec 60.73% des suffrages et a battu son rival du Front national (FN) Nicolas GOURY. Âgée de 37 ans, Mme Sira SYLLA, née à Rouen en Seine-Maritime au sein d’une famille modeste, a passé une bonne partie de son enfance à Saint-Étienne-du-Rouvray. Son père venu du Sénégal, un chauffeur de bus, a onze enfants. Un autre député de la République en Marche, né à Dakar, Jean François M'BAYE, un juriste en droit de la santé, chargé de cours à l’université de Paris 8, représente le Val-Marne sous l’étendard de La République en Marche.

Deux députés de En Marche sont originaires du Togo. Il s’agit d’une part, de Patrice ANATO, né à Lomé, résidant à Noisy-le-Grand, de formation de juriste, il a fondé son entreprise de consulting en Transaction de fonds de commerce. ANATO est élu député de la troisième circonscription de Seine-Saint-Denis avec 57,09 %. D’autre par Laetitia AVIA est élue à Paris, avec un score de 65% contre Sandrine MAZETIER. Issue d’un milieu modeste Laetitia AVIA est avocate d’affaires.

Née en 1979 au Gabon, Mme Danièle OBONO, bibliothécaire et militante associative, altermondialiste, est élue de la France Insoumise à Paris.

C’est sans doute c’est l’élection de Mounir MAHJOUBI, dans le 19ème arrondissement à Paris qui a marqué les esprits. Il a battu le 1er secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe CAMBADELIS. Né à Paris, dans une famille ouvrière marocaine dont les parents ont immigré en France, Mounir MAHJOUBI fut syndicaliste au sein de la CFDT. Proche du parti socialiste, il avait été nommé par François Hollande président du Conseil national du numérique en 2016.

Par ailleurs, Mme George PAU-LANGEVIN, membre fondateur de notre groupe Equité ; a sauvé l’honneur des socialistes parisiens. Le mouvement Equité se bat depuis 2004 pour la diversité en politique.

Dans le gouvernement de M. MACRON il n’existe aucun représentant issu de l’immigration africaine. Pourtant, Blaise DIAGNE, sous la IIIème République a été le 1er Secrétaire africain en France. Sous la IVème République de nombreux ministres africains ont occupé des fonctions prestigieuses dans le gouvernement. C’est le cas de Léopold Sédar SENGHOR et Félix HOUPHOUET-BOIGNY. La Vème République, en dehors exceptionnel de Koffi YAMGNANE, sous MITTERRAND, a renoué avec la nostalgie coloniale.

Dans ces législatives, il s’agit d’un progrès appréciable que l’ancien monde n’avait pas intégré dans sa stratégie, et le vent du «dégagisme» les a balayés. Nous sommes aussi la République. Nous voulons sortir de la stigmatisation permanente, quitter le statut d’indigène de la République et faire intégrante de la société française. C’est aussi un des enjeux majeurs de la recomposition politique en cours. A mon sens, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. «Etre libre c’est participer au pouvoir», disait Cicéron. Notre revendication légitime, mais non négociable est la suivante : la France républicaine, comme l’ont fait les Etats-Unis de Martin Luther KING, devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. L’intégration, c’est aussi le partage du gâteau. Dans ces conditions les perspectives sont pourraient être une juste représentation dans tous les lieux de décisions :

- au sein des collectivités locales

- dans la Haute administration, y compris dans les administrations parisiennes et les entreprises d’Etat où l’on pratique l’entre-soi à haute dosse

- des postes à responsabilité dans les partis politiques, et cesser d’être ravalés aux colleurs d’affiches ou gardes du corps

- passer les concours administratifs

- intégrer le Commerce et le business

- S’épanouir et rechercher l’excellence, fuir la médiocrité.


Au Sénégal et dans les législatives du 30 juillet 2017, 15 députés ont été ouverts pour la première fois, pour la Diaspora.


Paris, le 21 juin 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Résultats des législatives de 2017 : La Diversité En Marche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Résultats des législatives de 2017 : La Diversité En Marche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Résultats des législatives de 2017 : La Diversité En Marche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Résultats des législatives de 2017 : La Diversité En Marche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 21:36

 

A l'Institut du Monde Arabe et dans le cadre de la carte blanche donnée à Alain MABANCKOU, trois intellectuels ont planché sur la question :

- M. Benaouda LEBDAI, professeur à l’université du Mans, spécialiste des littératures coloniales et postcoloniales ;

- M. Yahia BELASKRI, membre du comité de redaction de la revue Apulée et auteur de nombreux ouvrages ;

- M. Kamel DAOUD, journaliste au Quotidien d’Oran et auteurs de plusieurs récits.


Pour le professeur Benaouda LEBDAI, l’image du Noir dans la littérature maghrébine est positive. Le Noir est perçu comme un dépositaire de la tradition et de la liberté. Le Noir c’est le peuple qui a été abusé et trahi, il boîte, comme l’illustre le tirailleur sénégalais qui est un colonisé utilisé contre ses frères. Le Noir c’est l’émigré en transit qui symbolise la détresse et le courage.

En revanche, pour Yahia BELASRI l’image du Noir dans la littérature maghrébine est très négative, il est vu sous le prisme de l’esclavage et des préjugés. S’il y a solidarité elle est confessionnelle, on accepte le Noir s’il est musulman. On est en présence d’une conscience cloisonnée. C’est de la faute au colonisateur. On connaît peu le Noir et on en parle mal. Or, l’altérité c’est la reconnaissance de l’autre dans sa différence.

Kamel DAOUD qui partage le point de Yahia BELASRI, estime que la question devrait abordée sous l’angle de l’altérité. La littérature maghrébine est dans le double déni

Un débat passionnant et passionné en présence de Jack LANG qui s'est même poursuivi au café d’en face.

Paris, le 18 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Comment le monde arabe voit l’Afrique subsaharienne dans la littérature ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 10:33

"Est-ce que quelqu'un peut penser raisonnablement que élu président il aura une majorité présidentielle uniquement avec son parti ? Moi je n'y crois pas. Et non seulement ça n'est pas possible, mais ça n'est pas souhaitable. Parce que ce serait un hold-up", lançait Emmanuel MACRON à ses partisans. Tout semble réussir à M. MACRON. Lors des présidentielles personne ne le prenait au sérieux, mais il a réussi son parricide contre M. HOLLANDE. Depuis sa prise de fonction, il se fait rare et applique la stratégie de présidence jupitérienne. Pour ces législatives, le «vieux monde» semble désemparé et sans repères et sans angle d’attaque solide contre le Macronisme. La Droite divisée entre «Constructivistes» les amis de M. JUPPE, et adversaires résolus, avait sorti l’argument de la CSG, sans vraiment accrocher l’opinion publique. Les barons de la Droite, comme ceux du Parti socialiste, dans ces législatives, ont été frappés, de plein fouet, par le mouvement du «dégagisme» théorisé par M. MELENCHON. L’argument suivant lequel il ne serait pas sain qu’un seul parti détienne tous les leviers du pouvoir n’a pas non plus mordu. A court d’arguments décisifs, l’opposition est en voie d’être laminée dans ces législatives. M. MACRON s’achemine donc vers le grand casse du siècle. Je rends grâce à M. MACRON d’avoir brisé l’élan du Front National qui menaçait la République. Pourvu que cela dure !

 

M. MACRON a eu la grande intelligence de renouveler l’assemblée nationale en y introduisant la diversité, à travers les femmes, les jeunes et les Français issus de l’immigration. Les vieux partis, en dépit des mutations démographiques de la France, ont souvent brimé et marginalisé les Femmes et les Français issus de l’immigration. Ce besoin de renouvellement est l’une des importantes aspirations qui a émergé dans ces élections présidentielles.

L’autre aspiration nouvelle est d’introduire l’éthique et la probité en politique. Avec son hold-up du siècle, M. MACRON n’aura pas besoin des députés du MODEM pour sa majorité. Cette hypothèque étant levée, M. MACRON pourra régler le cas de l’encombrant Garde des Sceaux François BAYRON, sans grands dommages politiques. On connaît la formule de MAC-MAHON : «se soumettre ou se démettre».

 

Le bureau municipal du mardi 20 juin 2017 et le Conseil national du samedi 24 juin, risquent de tourner à un règlement de comptes au Parti socialiste. Il serait logique et dans l’attente d’un congrès de confier la direction du Parti à un grand sage, M. Robert BADINTER.

 

 

Venu voter dans mon arrondissement, dans ce 2ème tour du 18 juin 2017, j’ai entendu des électeurs réclamer des bulletins blancs. Tant leur perplexité est grande. Il est vrai comme le dit «choisir, c’est renoncer». A Paris, M. MACRON a réalisé un hold-up, ses candidats étant arrivés en tête sur 14 des 18 circonscriptions. Dans mon 19ème arrondissement en particulier, M. Jean-Christophe CAMBADELIS, 1er Secrétaire du Parti socialiste, que je soutiens, a été au 1er tour, avec moins de 9% des voix, dans un quartier populaire. J’ai deux candidats restés en lice : M. Mounir MAHJOUBI, un ancien socialiste devenu La République en Marche et Mme Sarah LEGRAIN, de la France Insoumise. M. MELENCHON qui a fait des misères à Benoît HAMON aux présidentielles et sorti M. MENUCCI, un candidat socialiste à Marseille, ne cache pas son ambition de détruire le Parti socialiste. Dans ce champ de ruines, il faut casser et reconstruire. J’avoue, ici publiquement, et par dépit, c’est contre cette stratégie de M. MELENCHON, que j’ai voté ce matin pour M. Mounir MAHJOUBI. C’est donc un vote de sanction contre cette stratégie suicidaire de M. MELENCHON. On ne peut gagner à l’avenir des scrutins que si la Gauche et toute la Gauche, se rassemble. A défaut, ce serait la marginalisation avancée, comme c’est le cas pour le Parti radical, les Verts et les Communistes. Cette stratégie est urgente pour les élections législatives de 2020, sinon la République en Marche continuera de tout rafler.

 

J’apprends aux Antilles que M. Serge LETCHEMY a été réélu avec 74%. Josette MANIN, devient députée en Martinique.

 

En dépit de ce casse du siècle réalisé par M. MACRON, les clivages politiques vont réapparaître à travers ce slogan «ni gauche, ni droite». Il est normal que la Gauche ou la Droite défendent ses principes et ses valeurs. Cependant, M. MACRON pourra encore nous étonner et nous réserver des surprises, s’il réussissait à recomposer la vie politique autour de projets politiques innovants. Jusqu’ici toutes les réformes radicales ont échoué ; elles tendaient à protéger les forts et matraquer les faibles. Pourtant l’enjeu essentiel reste la conciliation entre la Justice sociale et l’efficacité économique. La réforme n’a de sens que si elle se traduit par un progrès économique et social, au bénéfice de tous. Le rôle de l’opposition n’est pas de s’opposer systématiquement à tout, mais de défendre, sans concession, cet équilibre entre l’efficacité économique et la justice sociale. On reproche à M. MACRON de gouverner pour la France bienheureuse et d’être soutenu par les possédants. Pour ma part, la vraie Gauche doit améliorer, au quotidien la situation de ceux qui souffrent et non de rester en permanence dans l’incantation. Du moins, c’est comme cela que je conçois le progrès et le socialisme. L’héritage de M. HOLLANDE a été désastreux et a trahi la promesse républicaine d’égalité réelle. Le Parti socialiste de ce fait a été abandonné par ceux qui souffrent, notamment les habitants des quartiers.


Je rappelle qu'au Sénégal nous avons également des élections législatives le 30 juillet 2017. 47 listes ou coalitions vont s’affronter. Le président Macky SALL a, pour l’instant, et bien avant M. MACRON, réussi à recomposer la vie politique sénégalaise avec ses 155 partis politiques. Le président SALL qui a fait voter le référendum sur les institutions du 20 mars 2016, avec plus de 63%, a conservé sa légitimité de 2012. Le président SALL, en grand stratège, a pacifié les zones de tension, notamment, au Fouta, où il a mis M. DIAW de Matam, le contesté Farba N’GOM sera sur une liste nationale. A Dakar, il a conclu un accord avec la communauté Lébou, et il a promu, pour ces législatives, des personnalités influentes du mouvement Mouride. Le président SALL, qui avait pour mentor Abdoulaye WADE, a eu la grande habilité de s’allier deux anciens socialistes (M. Tanor DIENG et M. Moustapha NIASSE). Il est le grand favori de ces législatives en vue des présidentielles de 2019. Faute d’accord, l’opposition s’est fissuré et a présenté deux coalitions distinctes. L'ancien président Abdoulaye WADE, 91 ans, (voir mon post) est de retour sur la scène politique. L’autre tendance de l’opposition est conduite par M. Khalifa SALL, maire de Dakar. En effet, le débat politique est intense et parfois violent au Sénégal. Nous avons des affaires judiciaires qui empoisonnent la vie politique ; ce qui n’est pas banale. En effet, le maire de Dakar, M. Khalifa Ababacar SALL est toujours écroué pour détournement de deniers publics. Le Maire de Dakar a un domicile, des garanties de représentation, je suppose qu’il peut fournir, il n’y a pas de risques de destruction de preuves ou de pression sur les témoins, pourquoi le maintenir en détention préventive ? La question du pétrole et du gaz soulève de fortes passions. Pour la première fois 15 députés représenteront la diaspora.

C’est la fête des pères et l’appel du 18 juin. Comment résister à ce raz-de-marée tout en étant nous-mêmes ?

Paris le 18 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

"2ème tour des élections législatives du 18 juin 2017 en France : M. MACRON vers le hold-up du siècle" par M. Amadou Bal BA-http://baamadou.over-blog.fr/

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 22:50

Le 11 juin 1971 François MITTERRAND refondait le Parti socialiste pour le mener à la victoire du 10 mai 1981. Le 11 juin 2017 le Parti socialiste connaissait sa plus lourde défaite depuis 1993 où il n'avait eu que 57 députés. De 300 députés, le PS va passer de 30 à 40 députés. Tous ses ténors ont été frappés ce mouvement du «dégagisme», comme M. CAMBADELIS, le 1er secrétaire et M. HAMON, le candidat aux présidentielles. Ce tsunami électoral rappelle la victoire de François MITTERRAND, il suffisait d’avoir une photo avec le nouveau président pour être élu. Les photographes spécialistes en photos truqués s’en sont mis plein les poches.

A Paris, ville socialiste depuis 2001, la République en Marche a viré en tête dans 14 circonscriptions sur 18. Seule Mme George PAU-LANGEVIN, dans la 15ème est arrivée en tête, Mme Myriam EL KHOMERI étant un ballotage défavorable. Et si la ville de Paris organisait les Jeux Olympiques de 2024, les chantiers qui en résulteront relanceraient l’activité économique. Je dirai donc que M. MACRON a vraiment un bon marabout.

En 2012 François HOLLANDE avait obtenu tous les leviers du pouvoir majorité dans les collectivités locales, assemblée nationale et même au Sénat. Il a saccagé cette grande opportunité qui lui a été donnée. Par ailleurs à coups de synthèses molles, quand il était 1er secrétaire du Parti socialiste, il n'a pas clarifié la ligne de son parti. Du même coup avec cette ambiguïté il a été paralysé par des "gauches irréconciliables" suivant une expression de Manuel VALLS.

La France Insoumise a misé sur l'explosion du Parti socialiste ; elle en payera le prix fort lors du 2ème tour du 18 juin de ces législatives, car elle aura besoin de l'appoint des autres forces de gauche.

Le président MACRON a eu la grande habileté et l’immense vision de dénoncer un "ordre ancien" pourri par l'opportunisme et l'esprit de clan. Il a vu la décomposition des partis classiques. Personne ne l’a pas pris au sérieux, et pourtant tout a volé en éclat.

Il est sain dans une société démocratique qu’il y ait une majorité et une opposition crédible et constructive. La confusion et l’ambiguïté ne peuvent que nuire à la qualité du débat politique.

Quelles perspectives et comment rebondir ?

1 – Le Parti socialiste devrait réaffirmer son identité et ses valeurs

Les valeurs de solidarité, d’égalité, de fraternité et de liberté devraient être à la base de notre engagement. Mais comment concilier ces principes avec l’efficacité économique ?

2 – Le Parti socialiste devrait faire ce qu’il dit et dire ce qu’il fait.

Le parti socialiste a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords». Ses dirigeants font un discours de gauche quand ils sont dans l’opposition et une politique de droite quand ils arrivent au pouvoir. Il est grand temps de dire aux militants et aux électeurs qui nous sommes et ce que nous faisons.

Il faut réintroduire massivement l’éthique et la moralité dans nos pratiques politiques. Lionel JOSPIN a été un modèle d’intégrité, avec sa fameuse phrase, «je fais ce que je dis et je dis ce que je fais». Comme le dirait ma grand-mère quand il y a une dissonance entre le dire et le faire, on préférera le faire. La dissimulation et la roublardise devraient être bannies.

3 – Le Parti socialiste devrait trouver des alliances crédibles et solides

Il est difficile de gagner seul dans un scrutin majoritaire. Les Verts et les Communistes se sont affaiblis. La France Insoumise ne vise qu’à prendre la place du PS. La République en Marche s’est développée au détriment du Parti socialiste.

4 – Le Parti socialiste devrait refléter, à travers sa composition et ses élus, la société française dans sa diversité.

Le Parti socialiste est essentiellement un parti de cadres. Il devrait davantage s’ouvrir aux autres couches de la société (ouvriers, jeunes, paysans, Français issus de l’immigration, femmes).

5 – Le nombre et le cumul des mandats.

La politique est devenue un métier. Il faudrait limiter sérieusement le cumul des mandats et le nombre de ceux-ci.

6 – Un chef incontestable, charismatique, éthique et visionnaire.

Le drame du Parti socialiste, contrairement à d’autres mouvements politiques, c’est qu’il y a pléthore d’hommes et de femmes de grande valeur. Par ailleurs, les partis sont devenus des écuries présidentielles, ce qui fausse largement, la sincérité de l’engagement.

Il faudrait dissocier la fonction de chef de parti et la rendre incompatible avec une candidature pour les présidentielles.

Le Parti vient de loin. C’est un grand parti qui représente un espoir et une espérance. Certes nous sommes au fond du trou. On a touché le fond et on a découvert du pétrole dans les profondeurs abyssales de cette défaite. Par conséquent ne pourra que remonter le creux de la vague. Ne souhaitons pas l’échec du président MACRON, mais les temps difficiles quand on gouverne, peuvent ressurgir. C’est à ce moment, si le Parti socialiste est resté fidèle à lui-même, qu’il pourra de nouveau être utile au pays. Pour l’instant, les temps sont durs. Certains sont partis, mais «nous resterons pour garder la Vieille Maison», en référence à une expression de Léon BLUM.

Paris, le 12 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Faut-il prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Faut-il prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 18:59

A l’invitation de l’association des étudiants africains de la Sorbonne (ADEAS), je me suis rendu le samedi 10 juin 2017 à cette prestigieuse institution, escorté de ma petite Arsinoé, qui du haut de ses 8 ans, était fière d’entrer à l’université, de façon précoce. Une fois de plus, Jean-Philippe m’a fait faux bond. Qu’importe ! Arsinoé a été impressionnée par un artiste d’origine sénégalaise, Amadou GAYE qui a déclamé des poèmes de Guy TIROLIEN, issus de son recueil «Balles d’Or».

L’ADEAS a organisé la remise du prix CESAIRE 2017 par Mme Gerty DAMBURY. Il s’en est suivi une cérémonie émouvante en hommage à Guy TIROLIEN, un poète de la négritude et grand connaisseur de l’Afrique.

Guy TIROLIEN, né à Pointe-à-Pitre le 13 février 1917, aurait eu cette année 100 ans. Mais ses parents, Furcie TIROLIEN et Alméda Léontine COLONNEAUX, comme ses grands-parents, Richou TIROLIEN et Cécilia TURLEPIN, sont originaires de Grand-Bourg. Son père, un franc-maçon, était instituteur et avait entrepris de créer ou de recréer des syndicats agricoles. Le jeune Guy se souvient du cyclone dévastateur de 1938 et de la commémoration en 1935 du tricentenaire du rattachement de la Guadeloupe à la France.

Mentor de Maryse CONDE, Guy TIROLIEN a été affecté par la mort tragique de son ami Paul NIGER (1915-1962).

Guy TIROLIEN s’est marié le 17 février 1955, à Thérèse FRANCFORT qui lui donnera trois enfants : Thérèse, Alain et Guy.

Guy fera ses études secondaires au lycée Carnot à Pointe-à-Pitre de 1929 à 1936, et rejoindra la France métropolitaine en juillet 1936 pour fréquenter le lycée Louis-le-Grand et l’école nationale de la France d’Outre-mer. «Nous sommes arrivés à Paris de nuit, et j’ai été frappé par l’animation, les lumières, les restaurants ouverts. (…) Je ne m’imaginais que c’était encore plus beau, quelque chose d’inimaginable» dit-il. «Paris est une ville à hauteur d’homme» ajoute t-il. Le jeune Guy TIROLIEN passe l’été 1936 en touriste, visitant les musées. C’est l’époque du Front populaire avec de nombreux défilés, notamment celui qui eut lieu après la mort de Roger SALENGRO, un ministre socialiste et maire de Lille, qui s’était suicidé. Le bouillonnement politique est intense. «On ne se battait pas en classe même, mais on se battait au Quartier Latin, lorsque les groupes de royalistes ou de fascistes rencontraient les communistes ou les socialistes» dit-il. Le monde du jazz, notamment avec Duke ELLINGTON et Louis ARMSTRONG, avait conquis Paris. «A cette époque-là c’était le règne de l’universalisme. Si bien que les gens prenaient le temps de se fréquenter et de discuter» dit-il.

Guy TIROLIEN était pensionnaire au Lycée Louis-le-Grand ; ce qui lui a permis de découvrir la France de l’intérieur, «c’était une autre humanité» écrit-il. Il connaissait ses compatriotes Albert BEVILLE dit Paul NIGER et Guy FFRENCH et noue des relations d’amitié avec de nombreux africains (Léopold Sédar SENGHOR, Marc SANKALE, Birago DIOP, SALZMAN, Abdoulaye Ly, Louis BEHANZIN, Sourou Migan APITY, etc). La colonie antillaise était à l’époque composée essentiellement d’étudiants, parce que les études supérieures se faisaient en France métropolitaine. Léon Gontran-Damas était déjà célèbre avec «Pigments» publié en 1937, «ça été le boom de la poésie noire». Il connaissait Langston HUGUES (1902-1967), chef de file du mouvement Harlem Renaissance.

Pendant, la deuxième guerre mondiale, fait prisonnier de 1940 à 1942, il rencontrera un certain Léopold Sédar SENGHOR. Il nouera une grande amitié avec Alioune DIOP, le fondateur de Présence Africaine et l’essentiel de ses ouvrages sont publiés dans cette maison d’édition. «De la négritude, on parlait peu ; le maître-mot était la Culture. Les conversations dans les restaurants universitaires, les bistrots du Quartier Latin ou les chambres d’étudiants portaient volontiers sur Saint-John PERSE ou sur Gabriel MARCEL, sur FROBENIUS ou Langston HUGUES. (…). Guy Tirolien avait le culte de l’esthétique. Dans ses propos, il recherchait l’élégance et la beauté» écrit Marc SANKALE (1921-2016), doyen honoraire de la faculté de médecine de Dakar.

Administrateur des colonies, Guy TIROLIEN a essentiellement servi en Afrique, notamment en Guinée (1944-1947), au Niger (1948-1951) au Soudan, l’actuel Mali, à Gao et Djenné (1952-1954) et en Côte-d’Ivoire (1955-1960). Il a été représentant à l’ONU au Mali, à Bamako (1965-1970) et au Gabon (1970-1973). Guy TIROLIEN a servi comme attaché culturel à Lagos, au Nigéria de 1975 à 1976. De sensibilité de gauche, et proche des milieux africains, Guy TIROLIEN n’a pas pu faire une brillante carrière dans l’administration coloniale. «Il est resté un homme de fidélité, c’est-à-dire attaché aux idéaux de sa jeunesse» écrit Jacques RABEMANANJARA. «Partout où il est appelé, il se comporte comme un homme, comme un africain intègre» écrit Madeira KEITA, un condisciple de Louis Le Grand et originaire de la Guinée. Inspiré du mouvement du surréalisme et de Paul VALERY et militant des jeunesses socialistes et radicales, «Guy a toujours été poète. Il a fait connaître contre mauvaise fortune bon cœur en s’asseyant sur le jeu d’un monde froid et réaliste qui ne connaissait sous le soleil des tropiques que les jeux du pouvoir sous toutes les formes» dit Paul-Marc HENRY, ambassadeur de France.

Guy TIROLIEN a été administrateur colonial. Quel paradoxe pour un colonisé de faire carrière dans l’administration colonial ! «A l’époque, c’était tout à fait naturel. Parce que l’Antillais, en particulier, le Guadeloupéen, se sentait colonisé, certes, mais pas de façon frustrante. On se croyait Français d’ailleurs» dit-il. Cependant, il nuance son propos : «Moi, personnellement, je me croyais Français, mais Noir». Guy TIROLIEN abordait l’Afrique avec une grande liberté d’esprit et une grande curiosité. Il avait déjà connu pas mal d’Africains à Paris : «J’ai vécu en étroite symbiose intellectuelle avec les milieux intellectuels à Paris» dit-il. Il n’avait pas de préjugés comme certains Antillais qui étaient affectés en Afrique «le milieu africain, je le fréquentais d’emblée, ce qui m’a épargné une longue période d’ignorance. Parce que, à l’époque, les Antillais qui étaient affectés en Afrique vivaient entre eux» dit-il. «Personnellement, je me suis toujours senti à l’aise en Afrique. Je dirai même, j’y ai vécu toute ma vie d’adulte» précise t-il. Guy TIROLIEN avait appris le Haoussa et le Peul. «J’ai vécu à mes débuts avec des femmes africaines qui m’ont beaucoup appris sur le plan des langues et des mœurs. Mes collaborateurs fonctionnaires africains également ne me parlaient pratiquement pas en français» écrit-il.

Guy TIROLIEN se définit comme un homme de culture «je me suis toujours intéressé aux problèmes culturels, et surtout, je me suis efforcé de me tenir à jour sur ce qu’on peut appeler les activités culturelles. J’aime les livres, j’adore les livres, j’aime aussi le prestige qui peut s’attacher à certain degré d’érudition» dit-il. Guy TIROLIEN aurait pu faire carrière dans l’administration coloniale, mais il estime qu’il s’est marginalisé. Il avait un centre d’intérêts différent de ceux d’un fonctionnaire normal. Son poème «Ghetto» indique bien son engagement : (extraits)

Pourquoi m'enfermerai-je dans cette image de moi qu'ils voudraient pétrifier ?
Pitié je dis pitié !

J'étouffe dans le ghetto de l'exotisme

Non je ne suis pas cette idole d'ébène humant l'encens profane qu'on brûle dans les musées de l'exotisme

Je ne suis pas ce cannibale de foire roulant des prunelles d'ivoire pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri qui me brûle la gorge c'est que mon ventre bout de la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance c'est que j'ai l'orteil pris sous la botte des autres

Son recueil de poèmes le plus connu est «Balles d’Or» est dédié Hégésippe Jean LEGITIMUS ((1898-1944), un de son père, un franc-maçon, maire de Pointe-à-Pitre, premier député noir de la IIIème République, un socialiste très engagé qui avait crée le Parti socialiste Guadeloupéen, dans la mouvance de Jules GUESDE. H. LEGITIMUS prônait la libération de la race noire et l’affirmation de la dignité noire. Il avait été un grand syndicaliste. Dans sa poésie, Guy TIROLIEN déclare avoir été fortement influencé par le siècle des Lumières «il n’est pas une phase du Siècle des Lumières qui ne m’ait frappé, qui ne m’ait touché, qui n’ait fait sonner ma sensibilité poétique, parce que c’est un chef-d’oeuvre à mes yeux, la manière dont l’écrivain maîtrise à la fois, et le foisonnement baroque, et la rigueur classique» écrit-il. C’est un grand admirateur de Saint-John PERSE et de BEAUDELAIRE.

Guy TIROLIEN a aussi écrit «Feuilles vivantes au matin», un ouvrage d’une qualité rare, secrète mais manifeste. Ce recueil comprend comme des sortes d’encarts, huit poèmes. «J’ai toujours eu un faible pour la littérature d’expression rapide : contes, petits poèmes, petites nouvelles très courtes» dit-il. TIROLIEN a lu presque tous les grands nouvellistes : Guy de MAUPASSANT, Anton TCHEKOV, Mark TWAIN. Il a rendu un vibrant hommage à l’Afrique, à travers le poème sensuel : «Afrique, mon beau mythe» :

Afrique mon beau rêve ma négresse farouche

Ton sexe doux-crépu ton goût d’amende fraîche

L’eau vive de ton rire (et c’est y fleurir mon verbe anémié) je te cherche partout sous la rêche toison de nos sœurs aux yeux verts.

Il faut rendre grâce à l’excellent travail de mémoire et de conscientisation que fait l’association des étudiants africains de la Sorbonne (ADEAS). En effet, c’est dans cet amphithéâtre de DESCARTES qu’en 1956 Alioune DIOP avait organisé le 1er Congrés des écrivains et artistes noirs. ADEAS a renoué avec ce bouillonnement intellectuel à la Sorbonne et mériterait d’être soutenu, plus énergiquement, par les mécènes et nombreux intellectuels africains vivant à Paris. Face à une jeunesse de la Diaspora déboussolé, ADEAS fait revivre ce grand message de James BALDWIN : «Sache d'où tu viens. Si tu sais d'où tu viens, il n'y a pas de limite à tu peux aller».

Prière d’un petit nègre (extrait de Balles d’Or)

Seigneur, je suis très fatigué
Je suis né fatigué.
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus !
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancrée
Vomit dans la campagne son équipage nègre...
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut.
Mais moi je ne veux pas
Devenir comme ils disent,
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.
Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
Écouter ce que dit dans la nuit.
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.
Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il, de plus, apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont pas d’ici ?
Et puis elle est vraiment trop triste, leur école,
Triste comme
Ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune,
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds,
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

Retraité en 1976, Guy TIROLIEN rentre vivre en Guadeloupe. Il meurt le 3 août 1988 à Marie-Galante.

Bibliographie sélective

1– Contributions de Guy Tirolien

TIROLIEN (Guy), Balles d’Or, Paris, Présence Africaine, 1961, 93 pages ;

TIROLIEN (Guy), Feuilles vivantes au matin, Paris, Présence Africaine, 1977, 175 pages.

2 – Critiques de Guy Tirolien

ALTANTE-LIMA (Willy), Guy Tirolien, l’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1991, 318 pages ;

TIROLIEN (Guy) TETU (Michel), Guy Tirolien : de Marie-Galante à une poésie afro-antillaise, éditions Caribéennes, GEREF, université de Laval, 1990, 200 pages.

Paris, le 10 juin 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Guy TIROLIEN (1917-1988), un poète de la négritude», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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