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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 12:57

Pris au piège par une idéologie dominante d'un monde racisé et ethnicisé, pendant longtemps j’avais cru que Jean-Philippe SMET était américain ou Français. En Afrique, Johnny, un Blanc qui savait faire de la musique et du spectacle comme un Noir, avait bercé, avec la mode Yéyé, notre tendre enfance. «Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir» disait-il. Johnny est devenu tellement célèbre en France, comme Lino VENTURA, Charles AZNAVOUR, Marguerite DURAS, et Pablo PICASSO, qu’on avait fini par oublier qu’il venait d’ailleurs, jusqu’à, pour des raisons fiscales, il se réclama, à nouveau le 11 janvier 2006, de la Belgique "Ma filiation me lie de façon certaine à la Belgique, pays de mes racines. (…) J’aurais pu être belge le jour de ma naissance, en 1943, s'il n'y avait pas eu de discrimination, à cette époque, entre les enfants légitimes et ceux nés hors mariage" dit-il. Et même pour cet écart, et en raison de son immense talent, tout a été pardonné. Né d’un père Belge et d’une mère Française, en 1943, Johnny n’a été naturalisé Français qu’en fin 1961, et le restera. Ainsi, notre héros national, devenu un puissant symbole de la France multiculturelle, rappela aux esprits étriqués, de façon probante, que le cosmopolitisme, la différence, ne sont pas un Mal, mais c’est une formidable source de richesse.


Johnny, en grand professionnel de la musique, un homme sincère, avait un souci constant de plaire. Icône du twist des années 60, seigneur du country-rock des années 70, "survivant" des années 80 et lion flamboyant des années 90, Johnny HALLYDAY a traversé de décennies années de musique rock ; il a bercé de sa musique géniale avec un savoir-faire époustouflant. C’est artiste de talent a su défier les modes pour se forger un caractère, pour être reconnu par tous comme étant le symbole de la seconde partie du XXème siècle. En effet, Johnny, en cinquante neuf ans de carrière, a renouvelé son genre musical, en passant du twist, au Rock and Roll et à la variété. Il chantait juste, et savait émouvoir plus de trois générations de fans d’affilé ; ce qui est une extraordinaire performance. En effet, il n’a jamais été démodé parce qu’il savait, en grand artiste, pour nous surprendre et épouser son temps, s’entourer d’hommes de talent (Michel BERGER, Jean-Jacques GOLDMANN, Jean-Jacques DEBOUT, etc.).


Johnny était classé à droite, était présent au Fouquet’s avec Nicolas SARKOZY qui l’avait auparavant marié avec Laeticia BOUDOU, le 25 mars 1996, à Neuilly. «Je n’aime pas qu’on me présente comme un type de droite, sans cœur» avait-il dit. En effet, Johnny, un type fort sympa, collaborait avec les restaurants du cœur, et était pour l’abolition de la peine de mort bien avant 1981. Il s’est rapproché de M. François HOLLANDE, et a probablement voté pour M. Emmanuel MACRON qui a assisté à un de ses anniversaires. «On a tous quelque chose en nous de Johnny» a dit le président MACRON. Un hommage national a été organisé le 9 décembre 2017, pour cet artiste populaire hors norme, symbole de l’unité nationale, avec plus d’un 1 million de participants. «Le petit peuple blanc est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux et seul. Les Non-souchiens brillaient par leur absence» écrit Alain FINKIELKRAUT. Cet académicien qui avait eu, dans le passé des analyses lumineuses, aveuglé par la haine qui le ronge, n’a pas vu que cette France métissée, est «chassée de la lumière», des lieux de décision, suivant une expression de James BALDWIN. Il faut songer que Léopold Sédar SENGHOR, partisan de la francophonie, plusieurs fois ministre sous la IVème République, et surtout défenseur ardent des intérêts de la France en Afrique, n’a pas eu les égards dont a bénéficié Johnny. Les dignitaires politiques français ont même préféré bouder ses funérailles. «On se le disait, le répétait, sans oser y croire. Les masques sont tombés. L'affaire est entendue. La France, désormais, se moque de l'Afrique. De ses fidélités passées, de ses douleurs présentes, de l'avenir de sa jeunesse. Chacun chez soi. Le Nord avec le Nord. Les gueux du Sud entre eux. Merci la Méditerranée. La mer nous protège des appels des plus pauvres. Un grand d'Afrique vient de mourir, son dernier "Vieux". Un grammairien, c'est-à-dire un gourmand de règles sous le désordre du monde. Un poète, c'est-à-dire un chasseur d'échos secrets. Un démocrate, c'est-à-dire un respectueux de la dignité humaine. Un ministre du général de Gaulle en même temps qu'un militant indomptable de son pays. Un ami indéfectible de la France en ce qu'elle a d'universel : sa langue, celle de la liberté. Quatre-vingt-quinze années d'une telle existence, ça se salue. On se déplace, et l'on ôte son chapeau quand on porte en terre celui qui a si hautement vécu», écrit fort justement, Erik ORSENNA, écrivain et membre de l’Académie française. Un contentieux bien lourd nous oppose, non pas à la France républicaine ou populaire dont nous seront toujours solidaires, mais à cette mentalité colonialiste et esclavagiste, dont M. FINKIELKRAUT se fait l’écho. On se souvient du mandat calamiteux de M. HOLLANDE, avec son honteux projet de loi de déchéance de la nationalité, l’interdiction du concert de Black M., un petit-fils d’un ancien combattant, programmé lors d’une rencontre franco-allemande, et son mépris souverain à l’égard de la diversité qui l’avait aidé à accéder au pouvoir. On croyait que Jupiter, dans ses engagements électoraux, allait éradiquer ce «Vieux monde», rétablir la fraternité et la compréhension mutuelle. Président des riches, et voila qu’il se met à l’index nos mères africaines avec leurs sept enfants et ravale les présidents africains au rang de simples électriciens. Nous les «Non-souchiens» comme nous appelle l’odieux FINKIELKRAUT, nous aimons Johnny parce que c’est un artiste sympa, humain et fort talentueux. Nous vivons dans cette société française et nous vibrons avec elle, aussi bien pour les jours heureux que pendant les moments douloureux, parce que c’est notre France. Nous réclamons seulement notre juste place dans cette nation multicolore, dans la fraternité et le respect de tous.


Une certaine presse avait brocardé notre Johnny, pour sa façon de parler hésitante et peu académique. Les Guignols de l’Info sur Canal Plus, peu aimables avec lui, l’ont présenté comme étant inintelligent, et faisant trop de fautes. Longtemps, il a été snobé par la société bienpensante comme étant le jouisseur soumis à des addictions (alcool et drogue).


Pourtant, Johnny a un grand mérite ; «le chanteur abandonné» vient de loin et a su vaincre les blessures douloureuses de l’enfance. En effet, Johnny, né sous une tente, l’hôpital n’avait pas de place ce 15 juin 1943, a été abandonné par son père, Léon SMET, un artiste marginal et alcoolique qui avait vendu son landau, pour avoir de quoi boire. En effet, Léon SMET (3 mars 1908, Schaerbeeck, en Belgique – 8 novembre 1989 à Schaerbeeck), un artiste des cabarets bruxellois, est monté à Paris avant la deuxième guerre mondiale. "Toute ma vie, j'ai été obsédé par l'absence de mon père, jusqu'à sa mort. Je ne l'ai pas connu, sinon dans des moments désagréables. Il était alcoolique, séducteur, ingérable et un grand artiste, comme me l'avait un jour confié Serge Reggiani, qui l'avait eu comme professeur de comédie à Bruxelles", dit Johnny. Il ne retrouvera son père qu’en 1965 : «Il ne s'intéresse à moi que depuis ma réussite. Je n'aurai jamais de sympathie pour cet homme-là. Mais c'est quand même mon père… C'est un faible, un instable, mais je ne le juge pas. Je dis simplement qu'il n'a pas de droit sur moi puisqu'il n'a pas assumé ses devoirs quand j'avais besoin de lui", dira Johnny. Huguette CLERC (19 mars 1920, à rue de Belleville, Paris – 29 août 2007, à Fontainebleau), la mère de Johnny, un mannequin, s’est remariée en 1955, et ne s'est plus occupé de lui. C’est sa tante qui l’a élevé ; il n’a pas été à l’école. «Ne pas avoir eu de père a marqué toute ma vie. La déchirure", écrit Johnny dans son autobiographie.


En autodidacte, Johnny est devenu cet artiste exceptionnel qui fait maintenant l’unanimité. En dépit du cancer dont il souffrait, Johnny s’est révélé un sexagénaire apaisé, tout en restant fidèle à sa vie d’artiste, parfois dissipée, il a su trouver dans son entourage, tant affectif que professionnel, une stabilité qu’on ne lui connaissait pas. Laetitia est-elle protectrice ou manipulatrice ?


Il est évident que Laeticia a contribué à stabiliser financièrement et affectivement Johnny. En effet, Laeticia, consciente des différents obstacles qu’affronte le couple comme l’écart d’âge (22 ans et 52 ans) la stérilité, les addictions, la maladie et les infidélités, a été un formidable élément stabilisateur de l’artiste. Outre ses nombreuses conquêtes, Johnny a été marié 5 fois (Sylvie VARTAN, mère de David, Nathalie BAYE, mère de Laura, Adeline BLONDEAU, Elizabeth ETIENNE et Laéticia BOUDOU, adoption de Jade et Joy). Selon Laeticia : «J'ai pris conscience qu'il y avait une faille dans mon couple et, plutôt que d'accabler l'autre, j'ai cherché où était ma part de responsabilité». Ainsi, Johnny, l’homme aux mille conquêtes féminines, est resté fidèle, jusqu’au bout avec Laeticia. Le rocker dépensier est devenu, sous l’influence de sa femme, un homme d’affaires avisé à la tête d’un important patrimoine qui suscitera, sans doute des convoitises. Pour redevenir maître de son destin artistique, Johnny aura dû auparavant rompre avec sa maison de disques, la même depuis quarante ans, à la suite d’un long procès.

 

Cependant, Laeticia semble avoir, aussi, avoir isolé Johnny et  mis le grappin sur sa fortune, au détriment de Laura et David, par des montages financiers savants et un testament contestable. Johnny doit 9 millions d'euros au fisc avec de lourdes pénalités. J’ai toujours été frappé, en France, que même les familles les plus unies, s’entredéchirent au moment de l’héritage, parfois pour des broutilles. Certains, qui ont accompagné le malade avant sa mort, n’hésitent pas de vider son compte bancaire ou de lui faire signer des donations douteuses. Et voila ceux qui ne se sont jamais occupé du mort pendant sa longue maladie, subitement, se souviennent du lien familial avec le de cujus, et s’imagent une immense fortune dissimulée ou détournée. En France, l’héritage est un élément qui fait ressurgir les rancunes enfouies et la cupidité, et fait exploser le peu d’amour restant encore au sein de la famille. Il est vrai que, dans mon Fouta-Toro, au Nord du Sénégal, les gens sont pauvres. Au décès, on ne parle que de remboursement de dettes, avant l’enterrement. A Dakar, il existe un important contentieux judiciaire sur la maison familiale, pouvant concerner plus de 50 personnes, et une parcelle de terrain acquise par le défunt polygame, avec des enfants hors mariage.


Artiste fragile et influençable, cela n’enlève en rien à l’immense talent de Johnny, un chanteur populaire, humain et fort sympathique, le seul capable de remplir des stades, et dont la performance vocale ne s’est pas modifiée. Il s’est produit 266 fois à l’Olympia, un nombre incalculable de fois au stade de France, et son concert au Parc des Sceaux est resté mémorable. Le Parti communiste sachant qu’il pouvait toucher le cœur des classes populaires, l’avait invité, à trois fois, à la Fête de l’Humanité. Les communistes, en nationalistes, l’aimaient. Robert HUE, celui organisaient les défilés de mode à la Place Colonel Fabien et amateur de musique, s’est rappelé de la fréquentation de Johnny. Dans les années 60, alors que Johnny, un garçon turbulent et dérangeant était houspillé par le Caudillo, De Gaulle, a été défendu par le couple mythique et penseur du Parti communiste : Elsa TRIOLET (1896-1970) et Louis ARAGON (1897-1982). «Ils font un de ces potins, un tintamarre, un fracas énorme. On se trouve à l’Olympia comme à l’intérieur d’une cloche qu’on est en train de sonner» écrit Elsa TRIOLET. Que reproche-t-on en ces années Yéyé à Johnny ? «Le malheur d’être trop bien servi par les Dieux. De quoi lui en veut-on à ce splendide garçon, la santé, la gaieté, la jeunesse mêmes ? De sa splendeur ? De la qualité de ses dons et de son métier acquis ? De la sottise de jeune poulain ? De l’argent qu’il gagne ? C’est de la même haine que pour Brigitte Bardot. (…) Je suis, comme vous le voyez, des fans de Johnny Hallyday. Vous trouverez cela grotesque ? Vous avez tort, je suis à l’âge où, si on n’est pas un monstre, on aime ce qui est en devenir» écrit Louis ARAGON. Cet intellectuel communiste majeur du XXème siècle rajoutait un pronostic : «Quels que soient ceux qui l’expriment, poètes, chanteurs ou autres, c’est toujours la poésie qui gagne Peut-être que plus tard, on considérera Johnny Hallyday comme le Roi de Navarre».


Artiste hors norme, Johnny a "allumé le feu" de la passion musicale dans notre coeur ; il aurait voulu avoir comme épitaphe sur sa tombe : «Ci-gît, Jean-Philippe SMET, un homme sincère».

Bibliographie sélective


ALEXANDRE (Paul), Johnny Hallyday : toute la musique, Paris, Prélude et Fugue, 1999, 137 pages ;


BRIERE (Jean-Dominique), FANTONI (Mathieu), Johnny Hallyday : histoire d’une vie, Paris, Fayard, Brézzole, Chorus, 2009, 409 pages ;

 

CHENUT (Jean-François), Johnny Hallyday : 50 ans de scène et de passion, Paris, Flammarion, 2008, 252 pages ;


FRANK (Tony), HALLYDAY (Adeline), Le dernier rebelle : Johnny Hallyday, Paris, Fillipachi, 1990, 115 pages ;


HALLYDAY (Johnny), Destroy, l’intégrale : autobiographie, Neuillys-sur-Seine, Michel Lafont, 2003, 753 pages ;


LOUPIEN (Serge), Johnny Hallyday, la dernière idole, Paris, Bernard Grasset, 1984, 261 pages.


Paris, le 6 décembre 2017, actualisé le 11 décembre 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"Jean-Philippe SMET alias Johnny HALLYDAY (1943-2017), l’artiste belge, idole des Français et du monde entier», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 19:07

«Chaka, c’est l’histoire d’une passion humaine, l’ambition, d’abord incontrôlée puis incontrôlable, grandissant et se développant fatalement, comme attisée par une Némésis implacable, envahissant graduellement l’être, puis consumant tout devant elle, pour aboutir à la ruine de la personnalité morale et au châtiment inéluctable» écrit Victor   ELLENBERGER dans la préface du roman. Depuis son règne au début du XIXe siècle, Chaka n'a jamais cessé de troubler les consciences, en Afrique comme en Occident. On a vu en lui un despote dément assoiffé de sang et un politique visionnaire, le fondateur par le fer et la guerre de la nation zouloue et l'un des derniers rois indépendants de l'Afrique précoloniale. Thomas Mokopu MOFOLO, instituteur et traducteur dans une mission protestante française d’Afrique du Sud, avait écrit dans sa langue, le Souto, une épopée inspirée de la vie du grand chef Zoulou, Chaka (1786-1828) qui, entre 1817 et 1828, avait fondé un vaste empire recouvrant une grande partie de l’Afrique australe et centrale, avant d’être assassiné par ses deux demi-frères. Son génie militaire et administratif l’a fait souvent comparer à Napoléon. Le courage des Zoulou est resté légendaire, le vrai Chaka s’étant illustré par sa grande cruauté. Ce Néron africain tuera de sang froid sa fiancée, sa mère, ses frères, ses soldats, sa population, et la liste de ses victimes peut s’allonger à l’infini. «En vain cherchait-on dans l’histoire de cette malheureuse nation des faits attrayants, quelques traits aimables ; elle n’en contient que d’affreux. Chaka, pour ne parler de lui et de son successeur, était un maître horrible, absolu, dur, cruel, au-delà de toute expression» écrit Jean Thomas ARBOUSSET qui relate son voyage de 1836 en Afrique. En fait, le mythe de Chaka se rattache à l’imaginaire africain et incarnera l’idéal d’unité africaine. «L'on entend ici la voix des pasteurs Bassoutos, leurs paroles à la fois cérémonieuses et pleines d'humour ; l'on entend la voix des conteurs, des guerriers, des féticheurs, comme autrefois, dans les chansons de geste, la voix des soldats et des ménestrels. Ce livre tragique et violent est aussi un livre d'images, un conte fabuleux, et un document sur la vie du peuple zoulou à la veille de l'arrivée des Oum'loungou, les Hommes Blancs.  C'est bien là la force des grands poèmes épiques. Ils sont à la fois les livres d'un peuple, pleins de la vérité terrestre, et les messages secrets de l'au-delà. Chaka, symbole de la grandeur et de la chute de l'empire zoulou, par son aventure exemplaire, nous révèle un autre monde où les vérités essentielles sont encore vivantes. Alors, écoutant cette parole pleine de force, nous reconnaissons notre propre aventure, qui va du réel au magique» écrit dans la préface Jean-Marie LE CLEZIO, prix Nobel de Littérature. En effet, ce roman ou le personnage mythique de Chaka, vont inspirer de nombreux écrivains africains : Léopold Sédar SENGHOR lui consacrera un poème, Gérard-Félix Tchikaya U Tam’si, Seydou BADIAN, Abdou Anta KA, Sènouvo Agbota ZINSOU, une pièce de théâtre. Un des groupes statuaires d’Ousmane SOW, un sculpteur sénégalais, exposé en 1999 sur le Pont des Arts, était intitulé «La Cour royale de Chaka». En 1984, Albert GERARD publiait un article «Relire Chaka, ou les oublis de la mémoire française». En effet, Thomas MOFOLO, quand il a écrit son roman Chaka, travaillait pour une mission catholique française au Lesothoqui a fait, en 1912, «un Livre d’Or de la Mission Lessouto», avec quelques consacrées à Thomas MOFOLO.

Son père, Abner, était un excellent conteur et connaissait probablement bien l’histoire de Chaka. Thomas MOFOLO conçut l'idée son roman épique en 1908, et sillonna le Natal à bicyclette afin de recueillir les matériaux nécessaires à l'ouvrage qu'il voulait écrire sur le grand chef zoulou du XIXème siècle, Chaka, qui unit les tribus et se rendit maître d'une grande partie de l'Afrique du Sud et de l'Afrique centrale. En fait, ce livre achevé en 1911, ne sera publié qu’en 1925 en raison des réticences de l’Eglise qui considérait que Thomas MOFOLO avait surévalué par la puissance des forces occultes africaines, il glorifiait la magie africaine, la rendait fascinante assurant ainsi la cohésion du monde traditionnel africain et faisait l’apologie de l’aventure politique et les conquêtes de ce chef zoulou. En effet, MOFOLO invente les personnages du sorcier Issanoussi et de ses aides Ndlébe et Malounga qui mèneront le jeune roi à sa perte et représentent l’influence satanique du paganisme. Un des missionnaires français, René ELLENBERGER qui fera la préface du roman par la suite, reproche à MOFOLO de faire «l’apologie des superstitions païennes». Pour l’Eglise, Chaka incarne la cruauté et la religion chrétienne, la civilisation. «Le livre de Mofolo est certes une critique de la mégalomanie cruelle de Chaka ; il n’en donne pas moins une peinture admirative du monde Zoulou, qui transparaît dans le récit de la visite au camp de Chaka» écrit Alain RICARD. Albert GERARD évoque «une contemplation admirative» pour Chaka, inventeur d’une nouvelle nation, faite d’un assemblage de clans hétéroclites, les Zoulous. Désormais, le Chaka de Thomas MOFOLO fait partie du patrimoine culturel mondial.

Dans sa création littéraire, l’intention de Thomas MOFOLO n’était pas de faire l’apologie de la force brutale, mais de démontrer, par une œuvre d’inspiration chrétienne, que le paganisme était condamnable, l’ascension et la chute de Chaka étant dues à des pratiques obscures de sorcellerie. Thomas MOFOLO relate, en mêlant le beau, le laid, le terrifiant, le réel, la croyance et le mystique, l’histoire d’un païen cruel, puissant et sans scrupules, mené par un sorcier qui le pousse à commettre un meurtre sacrificiel. Véritable tragédie, comme Macbeth, ce roman nous interpelle sur le rôle du héros. «Le lecteur appréciera, par lui-même, la beauté des descriptions, la pénétration de l’analyse des caractères, l’habileté avec laquelle est développée l’action, en même temps que la haute portée philosophique et morale de l’ouvrage. De nombreuses visions de scènes africaines (scènes de fétichisme et même de sorcellerie, par exemple), et de piquants détails de mœurs indigènes, ajoutent à l’intérêt et à la valeur de ce livre» dit Victor ELLENBERGER. Les deux romans publiés auparavant par Thomas MOFOLO nous éclairent sur l’intention de l’auteur ; ce déferlement de violence et de cruauté de Chaka est une allégorie de la domination coloniale. En effet,  L'un des écrivains bantous les plus marquants : Thomas MOFOLO écrivit trois romans dans sa langue maternelle, le sesotho, et on le considère généralement comme le premier romancier africain du xxe siècle. En 1907, MOFOLO écrit «Le voyageur de l’Orient (Moeti Oa Bochabela» qui paraît en feuilleton dans le journal «Lésélinyana». Ce roman est qualifié de chef-d’œuvre «Avec quel charme, quel pittoresque et quelle vie, cette histoire est racontée ! Le style est pur, le langage est excellent ; la narration suit son cours sans ces multiples répétitions auxquelles les écrivains et orateurs Bassoutos échappent rarement. On y trouve même de la poésie (…) que l’âme des Bassoutos est dénuées et incapable de tout sentiment poétique» écrit Hermann DIETERLEN. En 1910, il publie la «Vallée heureuse, Pitseng» et quitte la Mission catholique. C'est une parabole chrétienne présentant un jeune homme qui, rebuté par la mentalité des membres de sa tribu, part à la recherche de Dieu ; Dieu, pense-t-il, doit comme lui être dégoûté de la corruption humaine. «Pitseng», c'est le nom d'une ville, qui parut d'abord sous forme de feuilleton, est le récit en grande partie autobiographique de l'enfance, de l'éducation ainsi que des amours d'un Mosotho du XXème siècle. Ces deux romans nous révèlent Thomas MOFOLO partagé entre une attitude chrétienne, le portant à condamner l'Afrique pré-missionnaire qu'il considère comme «cannibale» et «enveloppée de ténèbres», et son propre bon sens qui perçoit clairement les effets négatifs des missions sur la vie des tribus. Pour le catéchiste Southo qu’est Thomas MOFOLO, l’histoire de ses voisins Zoulous se lit au travers d’un prisme chrétien. Il est question d’une époque lointaine, d’un temps d’avant les missions «où les hommes vivaient dans les ténèbres». En effet, les missionnaires qui avaient des préjugés sur l’ethnie de MOFOLO sont tout de même surpris par sa créativité et son caractère «prolifique» : «Si on nous avait demandé, il y a quelques années, ce que nous pensons des capacités littéraires des Bassoutos, nous aurions répondu probablement en ces termes : Autant, ils sont forts pour la parole, autant ils sont nuls pour écrire. Le beau parler est le fait de personnes oisives ou paresseuse qui, n’ayant de mieux rien à faire, passent leur temps à causer, et acquièrent en grande virtuosité en conversation et en discussion. (…) Placez-les devant une feuille de papier blanc, leur pensée se refroidit en essayant de passer de leur tête dans leurs doigts» écrit H. DIETERLEN, dans le livre d’or du centenaire. Mais il existe dans ces pays, en matière de littérature, des «filons d’argent recouverts de terre et de pierres » qui mériteraient d’être découverts». Qualifié «d’homme du peuple», un de ses biographes anglais, Daniel KUNENE, mentionne : «His love life, his family life, his passions, his successes and failures, his goings and comings-all these not only belong to him individually and privately, but also to all of us collectively and publicly, for he is a man who has touched our souls, he is our idol, and therefore we shall never let him be”.

Né  le 22 décembre 1876, Khojane, au Basutoland (Lesotho), issu d’une fratrie de 8 frères et sœurs, Thomas MOFOLO, a été scolarisé dans deux écoles locales protestantes de Morija, dirigées par des missionnaires français. Son père, Abner MOFOLO, un fermier, était loyaliste, sa famille a donc été protégée par l’Eglise pendant la guerre des Boers (1880 à 1881) qui a secoué le Lesotho. Mais son père voulait qu’il revienne travailler à la ferme et ne souhaitait que Thomas entreprenne de longues études. Le jeune Thomas, brillant élève et utile à l’Eglise, a été encouragé dans ses études notamment par Adolphe MABILLE et Eugène CASALIS. Thomas étudia l’anglais, le Sesotho, l’Evangile et le Hollandais, et il eut la chance d’avoir un instituteur qui devint l’un des guides les plus respectés de l’Eglise indigène. A la suite du décès de MABILLE, il s’installe à Morija, une ville qui formait, à l’époque, l’élite noire. Il achève ses études en 1899 et trouve un emploi d’instituteur et de secrétaire à la mission catholique où il fait office de journaliste et de correcteur d’épreuves. Il se marie le 15 novembre 1904 avec Francine MAT’ELISO SHOARANE, une fille d’un policier. «Fils de païen, instruit d’abord dans nos écoles primaires, puis à l’école biblique et à l’Ecole normale, à Morija, ainsi qu’à l’école industrielle de Léloaléng, ayant voyagé, beaucoup vu et beaucoup lu, il arriva au dépôt de livres de Morija où il fut employé comme secrétaire et factotum, sans toutefois faire beaucoup parler de lui» écrit Hermann DIETERLEN au sujet de MOFOLO. Un voyage dans le Natal, durant lequel il se rend sur la tombe du roi Chaka, grand chef zoulou, lui inspirera son chef d'oeuvre «Chaka», lequel lui vaudra une reconnaissance universelle, mais sera pour lui à l'origine d'un changement de vie radical, en raison de la gêne que le livre suscitera auprès des missionnaires. Ainsi, Thomas MOFOLO abandonne pratiquement l'écriture, et s'installe en Afrique du Sud où il exerce différents métiers : dans un premier temps recruteur d'ouvriers pour des mines de diamants, il est ensuite commerçant et enfin fermier, à partir de 1937, avant de s'éteindre à Teyateyaneng en 1948. Considéré comme l'un des pères du roman africain, la Bibliothèque de l'université nationale du Lesotho porte son nom.

I – Chaka, fondateur de la Nation Zoulou

A – Analyse du roman Chaka

Chaka est-il un héros ou un tyran ? Le personnage de Chaka évolue dans la façon dont Thomas MOFOLO relate son histoire.

1 – Chaka, un jeune enfant persécuté d’une nation faible

Chaka appartient au clan des Amazoulous, une tribu des Cafres faible parmi les faibles. Le petit clan des Zoulous avait à sa tête un jeune roi, Sénza’ngokona, polygame, mais sans héritier mâle. Ce roi, au cours d’une fête de danses, jette son dévolu sur une délicieuse jeune fille d’un autre village, Nandi qui se trouvera enceinte avant le mariage. Il était d’usage, chez les Cafres, de mettre à mort la jeune fille ayant donné naissance à un bâtard. Le chef épouse Nandi, et le fils recevra le nom de Chaka. Enfant illégitime de Nandi, Chaka subit la dure loi des foyers polygames. Son père, sous la pression de ses autres épouses, répudie la jeune Nandi, l’accusant d’être arrivée chez lui enceinte. Dès lors, le jeune homme est exposé aux sarcasmes de ses camarades qui l’humilient et le traitent de bâtard. Le sort de sa mère est pire. Elle doit baisser la tête, en signe de soumission et de défense. Chaka, devenu berger, est persécuté par les autres enfants qui s’acharnent souvent sur lui en le rouant de coups. Chaka, adroit dans le maniement du bâton, est également d’une extrême vélocité pour échapper à ses adversaires. Pour échapper à ces persécutions, il sera chargé de veiller aux cultures en éloignant les oiseaux qui pillent le grain. Mais les autres enfants continuent de le rouer de coups jusqu’à ce qu’il en perdit la connaissance.

Pour le protéger, sa mère l’emmena chez une fêticheuse : «il tuera, mais ne sera pas tué. Cet enfant sera l’objet de dispensation extraordinaires» dit-elle. En raison de ses gris-gris, Chaka est transformé ; il fut saisi d’une frénésie de se battre, retourna garder les vaches et mit en déroute tous les enfants qui l’attaquaient. Chaka tua un lion qui attaquait la population, mais cet exploit attisa encore la jalousie des autres femmes de son père. Chaka tua aussi l’hyène qui dévorait dans leur sommeil les villageois. Les jeunes ont omis de dire que c’est Chaka qui a abattu cet animal. Acharné tous contre lui, pour échapper à la mort, il s’enfuit, et c’est à ce moment qu’il rencontre, dans la forêt, son nouveau féticheur, Issanoussi qui lui dit «le bonheur et la prospérité qui te furent prédits dans ta petite enfance vont affluer sur toi». Chaka veut avoir un pouvoir démesuré et de la célébrité. Issanoussi promet une célébrité jusqu’aux extrémités de la terre et des exploits comme si on narrait un conte, mais à une seule condition : «Promets-tu d’observer, rigoureusement, les ordres que je te donnerai ?» Ces ordres exigeront un renoncement complet. Chaka répond à son féticheur : «Je m’engage, formellement». Issanoussi cache les gris-gris favorisant le succès et la prospérité dans une incision au front de Chaka. «Personne n’osera te regarder en face» dit Issanoussi qui lui remet à une sagaie à hampe très courte. «La médecine que je t’ai inoculée est celle du sang ; si tu ne répands pas le sang en abondance, elle se retournera contre toi, et c’est toi qu’elle fera mourir. Ton devoir à partir de maintenant, c’est de tuer, de massacrer sans pitié» lui dit Issanoussi.

2 – Chaka, un chef militaire aguerri chez son suzerain

Ding’Iswayo, chef de la tribu qui assure la souveraineté sur celle de Chaka, demande à rencontrer ce guerrier, dont il a entendu parler les exploits. Chaka tue un fou qui inspirait la peur aux habitants en enlevant leurs chèvres et bœufs pour les manger. Ding’Iswayo décida alors, avec l’appui de Chaka, d’attaquer son ennemi et voisin, Zwidé. Chaka neutralisa Zwidé, et fut passé dans la hiérarchie militaire au rang supérieur. Issanoussi envoya à Chaka deux collabateurs pour les futures campagnes militaires : Ndlélé, apparemment mou, sans énergie et stupide, mais avec de grandes oreilles pour faire du renseignement militaire et Malounga.

Zwidé, prisonnier, sera libéré et Senza’Ngakona, vassal Ding’Iswayo, et père de Chaka, meurt. Ding’Iswayo, en qualité de souverain, intronise Chaka, en dépit de la tentative de ses frères de lui ravir son trône. Chaka convoite Noliwé, la sœur de Ding’Iswayo, une fille d’une beauté exquise, accentuée par la pureté d’un cœur tout de bonté et de compassion. Chaka se rend sur la tombe de son père avec Issanoussi. Son féticheur lui rappelle que le pouvoir ne s’obtient que par la force. C’est dans cette période de calme relatif que Zwidé décida attaquer par surprise Ding’Iswayo, l’exécuta, coupa sa tête et la fit mettre à un pieu que l’on porta la nuit au village de Ding’Iswayo. Tous les chefs de guerre révulsés de cette ignominie, désignent, unanimement, Chaka comme le successeur de Ding’Iswayo. Chaka qui ambitionnait le pouvoir suprême, mit en déroute l’arme de Zwidé et le contraignit à l’exil jusqu’à sa mort et devint le chef incontesté de tous.

3 – Chaka, fondateur de la nation zouloue

Chaka entreprit de réunifier tous les tribus de la nation Zoulou, avec succès. Issanoussi estime que «Ngouni», le nom du clan de Chaka, est vulgaire et laid, il faudrait le changer. «Vous avez vaincu tous vos ennemis, c’est pourquoi je vous ai cherché un nom magnifique» dit-il. Chaka répondit «Zoulou», «Amazoulou», c’est-à-dire ceux du ciel, «Je ressemble à ce grand nuage où gronde le tonnerre : ce nuage personne ne peut l’empêcher de faire ce qu’il veut» dit Chaka. Les flatteurs interprétèrent cette nouvelle appellation  par le fait que Chaka, fils du Ciel, avait été envoyé par les Ancêtres pour venir habiter parmi les hommes. Par conséquent, le mythe peut commencer : Chaka n’appartient pas à la terre ; on se mettait à genoux devant lui. On le salue en disant «Bayété» c’est-à-dire «Celui qui se tient entre Dieu et les Hommes». Chaka est devenu un demi-Dieu.

Chaka insuffla parmi les ouvriers le désir de produire de belles œuvres en récompensant les meilleurs. Il inspira à son peuple des sentiments humanitaires et fit cesser les disputes inutiles. La prospérité revint. Il aménagea une capitale avec une forteresse militaire. Lors des audiences, les armes du visiteur sont confisquées, celui-ci doit se prosterner dans la poussière et n’avancer qu’à plat ventre. Il enseigna à ses militaires l’art de la guerre avec des entraînements intensifs, avec défense de se marier. Il faut combattre au corps à corps, avec une seule sagaie ; celui qui perd son arme au combat, s’il revient est tué.

Après un délai de réflexion, Inassoussi revient demander à Chaka s’il ambitionne encore un pouvoir plus haut. Le féticheur réclame des sacrifices humains, la vie de la mère de Chaka et celle de Noliwé, sa fiancée devenue enceinte. «Tu brilleras au sein des nations de la terre comme brille le soleil sans nuages, le soleil devant lequel s’effacent les étoiles quand il paraît. De même, en ce qui te concerne, les nations pâliront et s’effaceront quand tu paraîtras devant elles, parce que le sang de Noliwé t’apportera une prospérité véritablement miraculeuse» promet Issanoussi. Cependant, le jour où Chaka sacrifia Noliwé, il descendit dans l’abîme des ténèbres, bascula dans l’animalité et la cruauté les plus absolues. Le pays qui menait, jusqu’ici, une vie heureuse et insouciante, bascula dans l’horreur absolue.

4 – Chaka, le fou et sanguinaire

Chaka commence par massacrer, en public, tous les soldats qui avaient pris la fuite lors des combats et les jeta aux vautours. Les personnes qui ne purent pas retenir leurs larmes, se virent arracher les yeux. Ceux qui parlaient eurent la langue coupée. En un seul jour, plusieurs dizaines de milliers de personnes furent exécutées. Il s’attaqua aux tribus voisines, massacra tout sur son passage, et réduisit en cendres leurs villages et leurs cultures. Avec la famine, le cannibalisme fit son apparition. Plus il tuait, plus il était encore ivre de sang. Devant cette folie meurtrière, une partie de ses généraux commença à déserter. Chaka suspecta certains de ceux qui le servaient de déloyauté et les fit exécuter. Les chefs militaires qui revenaient sans butin, subissaient le même sort. Chaka tua sa mère qui avait caché un de ses fils. La cause de tous ces malheurs, selon Issanoussi, c’est que Chaka ne doit pas se relâcher, il faut qu’il fasse couler davantage du sang. Chaka ayant perdu toute lucidité, avait soif de sang, une soif inextinguible. Il organisa une grande fête et fit tuer tous ceux qui ne savaient ni chanter, ni danser. Ceux pleuraient d’émotion «de la beauté de son geste» furent également tués. A partir de cet instant, Chaka est hanté par des rêves terrifiants qui viraient au cauchemar. La nation Zoulou lasse de ces tueries décida, à travers ses deux frères, d’assassiner Chaka. Son demi-frère prit le pouvoir.

B- Le mythe Chaka Zoulou

L’œuvre de Chaka est-elle ou non une épopée ? L’épopée est la déformation, la transformation et transfiguration de faits historiques. L’époque est «l’histoire que l’art a changée en poésie et que l’imagination a changé en légende» dit Lilyan KESTELOOT. Personnage mythique de fameuse mémoire, Chaka s'est bel et bien emparé des esprits, après avoir, par la sagaie, édifié dans la première moitié du dix-neuvième siècle un vaste empire en Afrique australe, le chef zoulou règne toujours par la plume des écrivains négro-africains. Suivant Anne CARLYN le mythe d’un Chaka sanguinaire a été véhiculé seulement après sa mort par ses adversaires africains, puis amplifié par les coloniaux, pour asseoir et conforter leur domination. Karl Heinz JANSEN accusera même MOFOLO d’avoir travesti le personnage de Chaka «Quoi qu’Africain, Mofolo donne une image très négative du roi zoulou et de son temps (..) Il écrit en chrétien convaincu des premières générations, sous l’influence de ses professeurs et patrons de la mission, qui condamnaient comme ténèbres païennes le passé et la culture de l’Afrique».

Nous avons des témoignages de voyageurs européens sur le règne de Chaka. Ainisi Nathaniel ISAACS (1808-1872) est arrivé au Natal en 1825, au moment où Chaka est mort, et il est remplacé par son frère Dinga’an. «The family of Chaka appears to have been a remarkable one for its conquests, cruelties, and ambitions” écrit ISAACS. Le père de Chaka s’appelait Essenzingercona. Il a fait bâtir un Kraal nommé Nobamper ou Graspat. Son père était polygame avec 33 épouses et de nombreuses concubines. Sa mère, Umnate, était indisposée quand elle a conçu Chaka, aussi les co-épouses ont trouvé extraordinaire qu’elle en soit la mère. Le jeune Chaka s’est manifesté par des dispositions particulières «His strength appeared herculean ; his disposition turbulent ; his mind a warring element ; and his ambition knew no bound». Jaloux du pouvoir de son père qu’il voulait détrôner, il alla chez les Umtatwas et devient un guerrier distingué chez eux et combatit les Umgartie pour prendre leur royaume. Il régnait sur un vaste empire. La discipline militaire qu’il imposa à ses soldats et sa férocité lui donnèrent de nombreuses victoires sur ses adversaires. Il pratiquait les sacrifices humains. Célibataire, il avait des cours composées de 300 à 500 femmes (servantes et sœurs) qui n’avaient pas, sous peine de mort, droit de tomber enceinte. «In war he was an insatiable and exterminating savage, in peace an unrelenting and ferocious despot” dit ISAACS.  Il avait certains caprices, il mangeait couché, à plat ventre sur terre, et obligeait ses invites à observer la même pratique. Il régnait donc par la terreur, mais il était très généreux avec ses troupes après les périodes de guerre. ISAACS reconnaît qu’il était hospitalier et protégeait les étrangers qui lui rendaient visite.

Henry-Francis FYNN (1803-1861) a séjourné dans le Natal de 1824 à 1836 ; il était auprès de Chaka pendant plus de 10 ans, et l’a retranscrit dans son journal de voyage. FYNN considère Chaka comme étant intelligent, un guerrier exceptionnel qui savait être généreux. Bénédicte-Henry REVOIL (1816-1882) qui a étudié les Câfres et les Zoulous, qualifie Chaka de «Charlemagne des Zoulous». Adulphe DELEGORGUE (1814-1850) a effectué un voyage en 1841 en Afrique du Sud et nous livre l’héritage de Chaka à travers la description qu’il fait de son peuple. Les Zoulous ont une réputation de férocité rare ; l’homme se considère né pour guerroyer et chasser. Le Zoulou est né fier, et possède à un haut point le sentiment de nationalité. Le Zoulou «devient fanatique, excessif ; dévoué aux intérêts du chef, il se vante des excès commis pour son service» dit-il. Selon DELEGORGUE, Chaka a tué son père pour le pouvoir, il sera assassiné par son demi-frère, Dinga’an.

II – La réécriture et la destinée du roman Chaka, au service du nationalisme africain

A – Le Chaka de SENGHOR, une poésie engagée, antiraciste et anticoloniale,

Poème complexe, mais hautement important et éclairant toute l’œuvre de SENGHOR, «Chaka» est une contribution engagée, anticoloniale et antiraciste. Le poème est divisé en deux chants : le premier chant est consacré au rôle de Chaka dans la révolte des Zoulous, le second à sa liaison avec Noliwé et à sa mort tragique ; c’est donc comme l’indique son titre «un poème dramatique plusieurs voix» ; il met en scène, outre le personnage de Chaka, la «Voix Blanche», le «Chœur» dirigé par le «Coryphée». Cette dramaturgie s’inspire de la tragédie grecque, comme celle de Sophocle, une fatalité pèse sur Chaka et l’oblige, contre on gré, à agir mal.

SENGHOR dédie ce poème aux «Martyrs bantous de l’Afrique du Sud» ; ce qui confère à ce poème une dimension politique. Après avoir assuré la victoire de son peuple sur les Bantous, Chaka, chef du peuple zoulou, mourut assassiné. Comment parler des martyrs sud africains si ce n’est en célébrant Chaka le résistant, en sortant de «l’oubli» le symbole de la Résistance. Chaka est donc une méditation poétique sur la libération de son Afrique. MOFOLO d’abord, SENGHOR ensuite, mettent l’accent sur les forces en présence. D’un côté, il y a les colons qui ont la force des armes, de l’autre, le leader bantou, armé d’un grand dessein : l’unité, la fraternité de tous les peuples. Suivre Chaka sur ce point est une fierté pour SENGHOR le militant politique, lui qui tentera plus tard l’éphémère fédération du Soudan français ; lui, le chantre de la négritude. Léopold Sédar SENGHOR élève Chaka au rang de symbole de la Négritude. Cependant, la figure de Chaka est ambivalente : est-il un héros ou un tyran assoiffé de sang ? SENGHOR, à travers son poème, décrit un chef politique et un héros épique dont le destin se confond avec celui de son peuple, mais aussi un poète, dont la souffrance et le sacrifice atteignent une dimension universelle.

Chaka est présenté d’abord dans ce poème comme étant le symbole de l’émancipation des peuples noirs. Ainsi, dans le premier chant, la «Voix Blanche», celle des oppresseurs et des colonialistes, qualifie Chaka de sanguinaire, il ne serait «qu’un boucher» et un «grand pourvoyeur des vautours et des hyènes». La «Voix blanche» qui met l’accent sur le côté sanguinaire de Chaka : «Promis au néant vagissant. Te voilà donc à ta passion. Ce fleuve de sang qui te baigne, qu’il te soit pénitence».  La réponse de Chaka est à la mesure de son projet. Avec sang froid et courage, il reconnaît les griefs qui lui sont faits : «Oui me voilà entre deux frères, deux traîtres deux larrons. Deux imbéciles hâ ! non certes comme l’hyène, mais comme le Lion d’Ethiopie tête debout. (…) Et c’est la fin de ma passion». Cependant, SENGHOR estime que cette image négative est largement compensée par l’importance historique du combat de Chaka «il n’est pas de paix sous l’oppression, de fraternité sans égalité». Chaka refuse toute soumission et toute aliénation. L’oppression se matérialise  par la volonté du Blanc, cet homme à «l’épiderme blanc les yeux clairs, la parole nue et la bouche mince» de refaçonner le continent africain, «avec des règles, des équerres, des compas des sextants».C’est la raison pour laquelle Chaka se bat : «Je n’ai haï que l’oppression» dit-il. Au moment où SENGHOR publie son poème «Chaka», en 1954, il n’est pas encore le chef d’Etat du Sénégal qu’il sera mais il médite déjà sur les responsabilités de l’homme d’Etat d’un pays dominé. Comme Mofolo avant lui, il réhabilite le chef guerrier noir. Comme tous les chefs qui ont voulu libérer leurs peuples, Chaka fut aveuglé par la mission qu’il s’était donnée. Voulant réhabiliter le symbole de l’affirmation de la fierté du nègre, l’artisan de l’unité africaine, SENGHOR passe sous silence tous les crimes commis par le chef guerrier. Comme la mort de Noliwé, la fille de Ding’iswayo le tuteur de Chaka, la femme de celui-ci. La mort de Nolivé est, pour SENGHOR, un sacrifice qui libèrera l’énergie de Chaka afin de mener à bien sa mission : «Le pouvoir ne s’obtient pas sans sacrifice. Le pouvoir absolu exige le sang de l’être le plus cher». Du moins, SENGHOR, justifie les horreurs commises par Chaka comme un mal nécessaire et transforme le tyran en héros incompris et en Christ «cloué au sol par trois sagaies» entre «deux larrons». La violence devient pour lui un moyen, et non une fin en soi, et même le meurtre de sa fiancée, Noliwé, n’est plus un crime mais un renoncement : «Je ne l’aurais pas tuée si moins aimée».

Pour SENGHOR, en quête de héros noirs, on a besoin d’un Chaka, pur de tout contact avec l’Occident, pour montrer que l’Afrique n’était pas dépourvue de grandeur avant l’arrivée des Blancs. En effet, dans un contexte colonial, SENGHOR, comme d’ailleurs semble légitimer la violence émancipatrice et fait de Chaka, non sans anachronisme, un héros de la négritude. «Ce n’est pas haïr que d’aimer son peuple. Je dis qu’il n’est pas de paix armée, de paix sous l’oppression» écrit SENGHOR qui raisonne comme Machiavel (voir mon post sur ce politologue italien). Chaka dénonce, prophétiquement, les crimes de la colonisation «Les forêts fauchées, les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers». Chaka dénonce l’exploitation du peuple noir «les bras fanés, le ventre cave». SENGHOR fait de Chaka le porte-parole du peuple noir victime d’un commerce inéquitable pendant la colonisation «épices, or et pierres précieuses échangés contre des présents rouillés et de poudreuses verroteries». SENGHOR dénonce les crimes de la colonisation ««Je voyais dans un songe les pays aux quatre coins de l’horizon soumis à la règle, à l’équerre et au compas. Les forêts fauchées les collines anéanties, vallons et fleuves dans les fers. Je voyais les pays aux quatre coins de l’horizon sous la grille tracée par les doubles routes de fer Je voyais les peuples du Sud comme une fourmilière de silence. Au travail. Le travail est sain, mais le travail n’est plus le geste (…). Peuples du sud dans les chantiers, les ports les mines les manufactures». SENGHOR relève la contradiction entre les richesses produites par l’Afrique australe et la misère des peuples africains : «Et le soir dans les kraals de la misère. Et les peuples entassent des montagnes d’or noir d’or rouge. Et ils crèvent de faim».

Chaka est une fierté nationale grâce au courage, à la volonté de réunifier les tribus et les peuples contre la volonté coloniale qui maintenait, voire renforçait les divisions ethniques. Chaka, chef guerrier, a défendu les peuples de l’Afrique australe : les Xhosas, les Zoulous, les Vendas. Cependant, l'action politique se fait au détriment de la création poétique, et Chaka indique que, pour servir son peuple, il a dû sacrifier une partie de lui-même, renoncer à la femme qu'il aimait et tuer en lui le poète. Cette alternative vécue douloureusement par Chaka n'a aucune réalité historique et résulte de la transformation du personnage par SENGHOR, lui-même écartelé entre ses convictions politiques, assorties de pesantes responsabilités, et son désir de consacrer sa vie à son art.

Entre la nécessité de l’action politique et le désir poétique, le deuxième chant du poème apporte un début de solution à cette contradiction : au moment de mourir, Chaka, célébré par le Choeur du peuple zoulou, qui proclame "Gloire à Chaka" ("Bayété Bâba ! Bayété ô Zoulou !"), se réconcilie avec lui-même et avec le souvenir de Noliwé, la femme qu'il a aimée et sacrifiée. Dès lors, la poésie et la politique ne s'opposent plus, et le Choeur peut proclamer : «Bien mort le politique, et vive le poète !». En assumant pleinement sa double condition de nègre et de poète, réunie dans la figure du poète-griot, Chaka devient le modèle de SENGHOR lui-même ; préparant et annonçant une aurore nouvelle, il peut à bon droit s'écrier : "Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau !". «C’est ma situation que j’ai exprimée sous la figure de Chaka, qui devient, pour moi, le poète homme politique déchiré entre les devoirs de sa fonction de poète et ceux de sa fonction politique» dira SENGHOR. Il fait de Chaka le prince de la solitude, attribut qu’il partage avec le poète. L’homme politique, comme le poète, ont besoin de la solitude pour prendre des décisions importantes ou pour écrire un vers, ou un poème. Cette solitude rend l’acteur politique d’abord maladroit, puis impitoyable. La solitude du pouvoir plonge l’acteur dans une sorte de névrose. Chaka transforme chacun de ses concitoyens en conspirateur. Cette solitude fait que l’homme obéit aux événements qui souvent accroissent sa cruauté, étouffant au fond de l’être ce qu’il a d’essentiel : «Je devins une tête un bras sans tremblement, ni guerrier ni boucher. Un politique tu l’as dit, je tuai le poète, un homme d’action seul. Un homme seul et déjà mort avant les autres, comme ceux que tu plains. Qui saura ma passion ?». SENGHOR reprend ici la tragédie de l’homme politique : incompris à cause de l’inadéquation entre la volonté de son peuple et son désir de grandeur, aveuglé par un besoin tenace de refaire un monde à la mesure de son ambition, pour communiquer aux siens le même désir de grandeur, il oublie de se rendre compte de l’essentiel. En effet, Chaka exige beaucoup plus de son peuple qu’il n’est capable de lui donner, plus qu’il ne peut s’offrir à lui-même. La démesure du projet, de l’ambition, transforme Chaka en un condamné qui se débat désespérément contre des forces supérieures à lui, et fait de lui un criminel. Ce Chaka de SENGHOR est le précurseur des pouvoirs sans partage, du dictateur africain postcolonial que Tchicaya dénoncera violemment.

B - Chaka au service d’un théâtre nationaliste

1 – La pièce de théâtre de Tchicaya U Tam’Si

Si SENGHOR, inspiré de Machévial, a un point de vue ambivalent sur Chaka, en revanche, Tchicaya, le moraliste, a un point de vue plus tranché : il ne transige pas. Il condamne sans appel Chaka. La posture des deux hommes expliquera leurs attitudes face au comportement «criminel» du leader africain. Pour Tchicaya, la mort de Noliwé est un crime gratuit, un acte de démence. «La folie est contagieuse. Il faut la cautériser» écrit-il. Il est vrai que Tchicaya fait référence aux dictatures actuelles du continent noir. En effet, Tchicaya dénonce, à travers son Chaka, les pouvoirs sanguinaires des dictateurs africains qui ne tolèrent aucune contestation. Ce crime contre Noliwé fait partie de la longue liste des assassinats de Chaka. Les uns sont accusés de comploter contre lui, les autres comme Noliwé d’être atteints de folie. Or, le fou est celui qui dit la vérité. Il est comme l’enfant qui se singularise par la vérité en rappelant au souverain jusqu’où il peut aller. Il est le marqueur rouge qui trace la limite. Il est le fou qui dit ce que tout le monde pense. C’est en somme la voix du bon sens, celle du bouffon. Noliwé est la métaphore de l’Afrique postcoloniale sacrifiée. Chaka, par sa cruauté a, comme bien des dirigeants africains après lui, trahi sa mission. Le mal qu’il fait est à mettre sur le compte de l’égoïsme maquillé en amour ou en patriotisme.

La pièce de théâtre, en trois actes, trente-et-une scènes, de Gérard-Félix Tchicaya U Tam’si, un poète, dramaturge et romancier congolais (1931-1988), occupe une place particulière ; elle a été jouée à Avignon en 1976, et fait l’objet d’un feuilleton radiophonique. La pièce de théâtre de Tchicaya reste plus ou moins fidèle au «Chaka» originel. Trois syntagmes en particulier, constats ou prophéties, reviennent de manière obsessionnelle, et semblent structurer la pièce de théâtre. À la scène trois, la Voix annonce, de manière cryptée, l’arrivée des Occidentaux : «Que rien de Blanc n’apparaisse au Sud. Surveille l’écume de la mer». À l’acte trois, scène quatre, c’est Zwidé, trahi par Chaka, qui maudit ce dernier : «Tu trahis et tu condamnes. Moi, je te maudis. Ton propre sang t’étouffera». Enfin, Noliwé, se doutant que son mari est responsable de la mort de son frère, répète jusqu’à la folie une phrase de Chaka : «Souvent le destin improvise. Je vais faire comme lui». Dans les deux premiers cas, les paroles alimentent les obsessions de Chaka qui voit partout des ennemis. En effet, Noliwé souligne la démesure de Chaka qui se prend pour le destin lui-même et donc pour une force aveugle et impitoyable. Ses paroles en forme d’énigme sont exhibées par la jeune femme jusqu’à ce qu’elle soit elle-même assassinée : «Chaka m’a dit : “Souvent le destin improvise. Je vais faire comme lui.” Chaka, dis-moi pourquoi ? Chaka ! Chaka-a-a-a !». Une Voix Off, dit «Tue-moi, ton propre sang t’étouffera».

Tchicaya reconnaît que Chaka est un guerrier exceptionnel. Il a la personnalité extraordinaire et somme toute tragique du guerrier, sa lutte acharnée contre l’occupation et la colonisation, enfin une volonté farouche d’unification et de consolidation de la nation zouloue. La personnalité de Chaka, en tant que guerrier redoutable, ne fait aucun doute. Le coryphée rappelle dans le chant II ses attributs d’autrefois, attributs qui rendent compte de cette force dont il était doté : «Ô Zoulou Ô Chaka ! Tu n’es plus le lion rouge dont les yeux incendient les villages au loin.Tu n’es plus l’Eléphant qui piétine patates douces, qui arrache palme d’orgueil ! Tu n’es plus le Buffle terrible plus que Lion et plus qu’Eléphant. Le Buffle qui brise tout bouclier des braves». Cependant, Chaka est devenu sanguinaire, et dans cette pièce de théâtre, il finira par se suicider. En effet, c’est dans la solitude des palais que les dirigeants africains manigancent la mort des opposants. Dans la pièce de Tchicaya la nuit est le moment dangereux pour Chaka, c’est le moment propice pour les comploteurs. Dans le théâtre ayant pour sujet le pouvoir, les intrigues se nouent la nuit. Tout a lieu la nuit. A la fin du texte de Tchicaya, Chaka qui se sait condamné, s’interroge alors sur le chef qu’il a été. Lucide, il s’est aperçu de ses erreurs, de ses crimes : «Mon sang va rejaillir sur moi. Tout sera accompli selon… Pas de testament. J’ai égorgé Noliwé (…). J’ai égorgé Nandi. A qui léguer un tel héritage ? Le sang répandu. A qui léguer un rêve qui a tourné au cauchemar… Je suis venu avec la nouvelle du renouveau…avec la trêve qu’il faut à l’arbre, à tel moment de l’an pour que tout reverdisse, et que la fleur en exhalant laisse assez de saveur au fruit. Le fruit était le symbole du peuple à l’unisson. (…) L’homme,… Quel homme ai-je été ? Une caricature de moi-même, parce que je ne me suis rendu ni maître de l’écume de la mer, ni féal du destin ! Allons donc ! L’homme est aveugle puisqu’il ne voit pas où il va». Au moment où Tchicaya publie sa pièce de théâtre en 1977, les pouvoirs africains se sont radicalisés. Un peu partout sur le continent, les opposants sont persécutés s’ils ne sont pas exécutés. Chaka est donc la figure de ces dictateurs-là. Tchikaya, tout en mettant l’accent sur le chef nationaliste, insiste sur le côté du dictateur sanguinaire.

2 – Les autres pièces de théâtres

Dans la pièce «On joue la comédie» de Sènouvo Agbota ZINSOU, les exemples sont multiples et variés.  Il s’est agit d’un personnage qui s’interpose dans le jeu d’un autre et le continue autrement. C’est le cas de Chaka qui substitue à la prédication du vieillard, une parodie de prière au dieu N’koulou N’koulou ; d’un spectateur qui intervient directement dans l’action, cas du jeune spectateur ; d’un acteur qui sur scène ou dans la salle, engage le dialogue avec le public ; des spectateurs qui discutent entre eux en pleine représentation, cas de la scène du banquet. La pièce est composée de 7 tableaux, développe l’idée que Chaka, militant combattant de la cause noire en Afrique du Sud, mène la lutte armée contre l’apartheid, et entreprend aussi une action de prise de conscience auprès de ses frères.

Le dramaturge sénégalais Abdou Anta KA, dans une pièce de théâtre s’improvise en historien, fait ressusciter Noliwé, les frères de Chaka et les dignitaires de la cour royale pour qu’ils disent leur part de vérité sur le règne de Chaka.

Que retenir de ce Chaka de Thomas MOFOLO, outre la dénonciation des dictatures africaines sur laquelle il faut rester vigilant ?

«Chaka est l’un des grands conquérants de l’histoire de l’Afrique, et son nom mérite d’être retenu par l’histoire universelle» écrit l’historien Joseph KI-ZERBO. «Le génie de Mofolo se marque dans le fait que son Chaka est un personnage beaucoup plus complexe que ne pourrait avoir une figure créée et conservée dans la mémoire collective d’une société non lettrée. (…) Il est axé sans hésitation sur l’anti-thèse du Bien et du Mal» écrit Albert GERARD. Le roman de Chaka «est une œuvre spécifiquement africaine car (…) elle célèbre la culture de l’Afrique, son orgueil, sa tradition et sa dignité» dit Donald BURNESS.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Thomas Mofolo

MOFOLO (Thomas), Chaka : une épopée bantoue, Morija (Lesotho), 1925, Sesuto Book Depot, 288 pages, traduit de l’anglais par F H Dutton et Henry Newbolt, Londres, International Institute of African of African Languages et Oxford University Press, 1931, 198 pages,  traduit du Sesotho, ou Souto, en français par Victor Ellenberger, préface Zakea D. Mangoaela, Paris, Gallimard, 1940, 271 pages ; 1981, préface de Jean-Marie Gustave LE CLEZIO, 269 pages ; 2010, 336 pages ;

MOFOLO (Thomas), L’heureuse vallée, (Pitseng), traduit du Sesotho par Roland Leenhardt, Morija (Lesotho), Sesuto Book Depot, 1910, 433 pages ;

MOFOLO (Thomas), L’homme qui marchait vers le soleil levant (Moeti Oa Bochabela), préface Alain Ricard, Bordeaux, éditions Confluences, 2003, 155 pages ;

MOFOLO (Thomas), Le Pèlerin de l’Orient, traduit du Sesotho par Victor Ellenberger, 1907, 74 pages.

2 – Critiques de Thomas Mofolo et autres références

ABOMO-MAURIN (Marie-Rose), «Senghor et Tchikaya, la réécriture de Chaka, une épopée bantoue», Ethiopiques, 2ème semestre 2002, n°69 ;

AFAN (Huenumadji), Le mythe de Chaka dans la littérature négro-africaine, thèse sous la direction de René Etiemble, Paris, La Sorbonne Nouvelle, 1974, 383 et sous le titre L’évangile Chaka, L’Harmattan, 2006, 276 pages ;

ARBOUSSET (Jean, Thomas) DAUMAS (F.), Relation d’un voyage d’exploration au Nord-Est de la colonie du Cap de Bonne-Espérance, Paris, Arthus Bertrand, Maison des missions évangéliques, 1842, 619 pages, spéc chapitre XVI, notice sur les Zoulas, pages 267- 324 ;

ARMAH (Ayi, Kwei), “Chaka”, Black World, 1975, 24 (4), pages 51-52 et 84-90 ;

ATWELL (D), “Mofolo Chaka and the Bantaba Rebellion”, Research in African Literature, 1987, vol. 18, n°1, pages 51-70 ;

BADIAN (Seydou), La mort de Chaka, pièce en 5 actes, Paris, Présence Africaine, 1962, 59 pages ;

BASSIDIKI (Kamagaté), «De l’histoire au théâtre historique dans les Amazoulous d’Abdou Anta Ka», Etudes Littéraires, 2009, pages 115-127 ;

BECKER (Peter), L’Attila noir, ascension et conquêtes de Mzilikazi, fondateur de l’empire des Matabélés, Paris, Plon, 1962, 348 pages ;

BLAIR (Dorothy, S.), “Shaka Theme in Dramatic Literature In French from West Africa”, African Studies, 1974, 33, pages 113-141 ;

BURNESS (Donald), Shaka, King of the Zulus, in African literature, Washington, Three Continents Press, 1976, 192 pages ;

CAROLYN (Anne, Hamilton), “The Character an Objects of Chaka : A Reconsideration of the Making of Shaka as Mfecane Motor”, Journal of African History, mars 1992, vol 33, n°1, pages 37-63 ;

COUZENS (Tim), Murder at Morija, University of Virginia Press, 2003, 474 pages ;

DAY (Thomas), Le trône d’ébène, naissance, vie et mort de Chaka, roi des Zoulous, Avon, Belial, 2007, 281 pages ;

DECAUNES (Luc), «Une épopée Bantoue», Présence Africaine, 1945, 5, spéc pages 883-886 ;

DELEGORGUE (Adulphe), Voyage dans l’Afrique Australe, Paris, Au dépôt de la Librairie, 1847, vol 1, 580 pages et vol 2, 622 pages, spéc chapitre XXVII, sur les mœurs pages  215-258 ;

DIETERLEN (Hermann) et KOHLER (F.) «La littérature indigène», in BOEGNER (A) préface, Livre d’or de la mission Lessouto, 75 ans d’histoire d’une tribu Sud-africaine, (1833-1908), Paris, Maison des Missions Evangéliques, 1912,  spéc, pages 502-512 ;

FALL (Marouba), Chaka ou le roi visionnaire, Dakar, NEA, 1984, 103 pages ;

FRANZ (G. H.) “The Literature of Lesotho (Basutoland)”, Journal of Bantu Studies, 1930, vol. 1 et Journal of African Studies, 31 mars 2011, pages 145-153 ; 

FYNN (Henry, Francis), Chaka : roi des Zoulous, traduction d’Estelle Henry-Bossonney, présentation de François-Xavier Fauvelle-Aymar et postface d’Alain Ricard, Toulouse, Anacharsis, 2004, 316 pages ;

GERARD (Albert), «Relire Chaka, Thomas Mofolo, ou les oublis de la mémoire française», Politique Africaine, Littérature et Société, mars 1984, n°13, pages 8-19 ;

GILL (Stephen), «Thomas Mofolo, the Man, the Writer and his Context», Tydskrif Vir Letterkunde  2016, vol. 53, n°2, pages  15-38 ;

HALLENCREUTZ (C. F), «Thomas Mofolo’s Chaka and African Theology»,  Zambezia,  1989, vol XVI, n°2, pages 173- 184 ;

ISAACS (Nathaniel), Travel and Adventures in East Africa, Descriptives of Zoolus, their Manners, Customs, Londres, Edward Churton, 1836, vol 1, 356 et vol 2, 402 pages, spéc vol I, chapitre XVIII, “History of Chaka”, pages 320-356 ;

JOUBERT (Jean-Louis), «Sur le Chaka de Léopold Sédar Senghor», Revue d’histoire Littéraire de France, mars-avril 1988, année 88, n°2, pages 215-224 ;

KA (Abdou, Anta), Les Amazoulous, Paris, DAEC, Présence Africaine, 1972, 38 pages ;

KAKE (Ibrahima, Baba), LIGIER (Françoise), Chaka, fondateur de la nation zoulou, Paris, Dakar, ABC, NEA, «Les grandes figures africaines», 95 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), DIENG (Bassirou) Les épopées d’Afrique noire, Paris, Khartala, Unesco, 2009, 632 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), SERON (Emilie), Chaka Zoulou, fils du Ciel, Paris, Casterman, 2010, 91 pages ;

KUNENE (Daniel, P), Heroic Peotry of the Basotho, Oxford, Clarendon Press, 1971, 204 pages ;

KUNENE (Daniel, P), Thomas Mofolo and the Emergence of Written Sesotho Prose, Johannesburg, Ravan Press, 1989,  251 pages ;

KUNENE (Mazisi), Emperor Chaka, the Great, A Zulu Epic, Londres, Heinemann, East African Publishers, 1979, 438 pages ;

LEROUX (Pierre), «Du Chaka de Thomas Mofolo au Zulu de Tchikaya U Tam’si, le feuilleton radiophonique comme étape de la réécriture», Itinéraires, du 25 avril 2017 ;

MABALA (M. Z.), «The Legacy of Thomas Mofolo’s Chaka”, English in Africa, 1986, vol XIII, pages 61-71 ;

MABANA (Kadiudi, Claver), Des transpositions francophones du mythe de Chaka, Frakfurt, Berne, Berlin, Bruxelles, New York, Oxford, Vienne, Peter Lang, 2002, 190 pages ;

MBAMA-NGANKOUA  (Yves), “Léopold Sédar Senghor, Tchikaya U Tamsi, Chaka de Thomas Mofolo, variation sur un thème”, Revue des Ressources, du jeudi 5 janvier 2012 ;

MBAMA-NGANKOUA, (Yves), «Tchicaya U Tamsi : la mise en scène du pouvoir africain. Théâtre et réalisme», Ethiopiques n°76, 2006 ;

M’BAYE (Alioune), «L’Autre théâtre historique de l’époque coloniale : Le «Chaka» de Senghor», Ethiopiques, n° 72 ;

MOUSSO YAPO (Ludovic), Aspects du mythe dans Chaka de Thomas Mofolo, Senghor et Seydou Badian, éditions universitaire européennes, 2015, 464 pages ;

N’DIAYE (Tidjane), L’empire de Chaka zoulou, Paris, L’Harmattan, «Etudes africaines», 2002, 218 pages ;

NENEKHALY-CAMARA (Condetto), Continent-Afrique, suivi de Amazoulou, Honfleur, P.J Oswald, 1970, 101 pages ;

NIANE (Djibril, Tamsir), Sikasso ou la dernière citadelle, suivi de Chaka, théâtre africain, préface de Ray Autra, Abidjan, Nei-Ceda, Conakry, Saec, 2009, 159 pages ;

NYELA (Désiré), BLETON (Paul), Les romans de guerre dans la littérature africaine, préface de Jean-Godfroy Bidima, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2009, 340 pages ;

REVOIL (Bénédicte-Henry), Des Zoulous et des Cafres, Limoges, Eugène Ardent, 1882, 110 pages, spéc pages 110-115 ;

RICARD (Alain), «Shaka/Chaka, transcrire, traduire, interpréter» in HAL, Archives Ouvertes du 13 novembre 2006 ;

RITTER (Ernest, August), Shaka Zulu : The Rise of the Zulu Empire, Londres, New York, Longmans, Green, 1955, 383 pages ;

SCHEUB (Harold), «Some Interpretatives Approachives to Thomas Mofolo’s Chaka» Journal of African Studies, 19 janvier 2007,

SEMUJANGA (Josias), «Chaka de Mofolo : entre l’épopée et sa réécriture»,  Néohelicon, 1994, vol. 21, n°2, pages 261-277 ;

SENGHOR (Léopold, Sédar), «Chaka, poème dramatique à plusieurs voix», in Poèmes, Paris, Seuil, 1956, 1964 et 1973, 251 pages, spéc rubrique «Ethiopiques», pages 116-131 ;

SEVRY (Jean), Chaka : Empereur des Zoulous, histoire, mythes et légendes, Paris, Harmattan, 1991, 251 pages ;

STUART (James), MALCOM (D. Mck) préface de, The Diary of Henry Francis Fynn, Compiled from Original Sources,  Pietermaritzburg, 1950, 341 pages ;

TSIKUMANBILA (Niyembwe), “Le personnage de Chaka du portrait épique de Mofolo au mythe poétique de Léopold Sédar Senghor”, Zaïre-Afrique, 1974, 87, pages 405-420 ;

U TAM’SI (Tchicaka, Gérard-Félix), Le Zulu suivi de Wvène le Fondateur, Paris, Nubia, 1977, 152 pages ;

VASSILATOS (Alexia), “The Transculturation of Thomas Mofolo’s Chaka”, Tydskrif Vir Letterkunde, 2006, vol. 53, n°2, pages 161-174 ;

YAPO (Ludovic, Musso), Aspects du mythes dans Chaka de Thomas Mofolo, Senghor et Seydou Badian, Presses universitaires européennes, 2015, 464 pages ;

ZINSOU (Nestor, Sénouvo, Agbota), On joue la comédie, préface de Gbeasor Tohonou, Lomé, éditions Haho, Haarlem (Pays-Bas), Ire de Knipscheer, 1984, 62 pages.

Paris, le 1er décembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Thomas MOFOLO (1876-1948) et son Chaka Zoulou : dénonciation de la tyrannie ou célébration d’un héros ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 18:34

Le Franc CFA est l’un des dispositifs emblématiques de la Françafrique (voir mon post sur De Gaulle et l’Afrique). En effet, la France a placé à la tête de ses anciennes colonies, des hommes sûrs pour perpétuer le système colonial ou pour renverser les indélicats. La Françafrique c’est un système politique et institutionnel, ainsi que l’ensemble de réseaux officieux, permettant à la France de conserver sa domination sur l’Afrique.

Le F.C.A. focalise, à lui tout seul, la conscience à peine émergente des peuples africains de cette indépendance dans la dépendance. M. Stellio Kapo Chichi dit Sémi KEBA, un citoyen français d’origine béninoise, a eu le mérite d’allumer le détonateur, en brûlant, comme Serge GAINSBOURG, un billet de F.C.A. Aussitôt après ce pied de nez à la Françafrique, il fut, en septembre 2017, expulsé du Sénégal où il s’était réfugié.

Le Franc de la Communauté financière africaine (CFA) concerne 155 millions d’Africains et couvre 14 pays africains, dont les 8 Etats de l’Union monétaire africaine (UMOA) que sont : Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo, ainsi que 6 Etats de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) auxquels il faut ajouter les Comores. Les mécanismes sont les suivants :

- la fixité du taux de change entre le FCA et l’euro ;

- la garantie de convertibilité illimitée du FCA ;

- et l’obligation de la mise en commun de 50% des réserves de change africaines auprès du Trésor africain ; cette réserve de change africaine est excédentaire de plus 14 milliards. En d’autres termes, ce sont les Africains qui financent le déficit du Trésor français.

L’avenir du FCA pose la question de la poursuite et de la consolidation de l’intégration africaine. Sur les 53 africains, 32 pays ont leur monnaie nationale :  Nigéria, la Naira ; Afrique du Sud, la Namibie et le Natal, le Rand ; Lesotho le Loti ; Swaziland le Lilangeni ; Ghana, le Cedi ; Kenya, le Shilling ; Algérie, le Dinar ;  Angola, le Kwanza ;  Burundi, le Franc Burundi ; Cap-Vert, Escudo Cap-Vert ; Congo démocratique, le Zaïre ; Egypte, la Livre égyptienne ; Libéria, dollar libérien ; Libye, dinar libyen ;  Malawi, Kwacha ;Mauritanie, le Ougiya ; Maroc, le Dirham ; Mozambique, le Metical ; Ouganda, Shilling ougandais ; Rwanda, Franc rwandais ; Seychelles, le Roupi des Seychelles ; Sierra Leone, Le Leone ; Sao Tome et Principe, le Dobra ; Soudan, La Livre soudanaise ; Tanzani, le Shilling ; Tunisie, le Dinar tunisien ; Zambie, le Kwacha ; Zimbabwe, le Dollar du Zimbabwe. Ce qui est possible isolément est plus efficace s’il y avait une monnaie à l’échelle de tout le continent africain. Le colonialisme français s’est illustré, à travers la monnaie, par sa grande volonté de perpétuer la domination sur ses possessions coloniales : diviser pour mieux régner. Or, la monnaie revêt un aspect symbolique à deux niveaux. D’une part, émettre la monnaie était traditionnellement une question de souveraineté nationale, la monnaie existe, par et pour la Nation. D’autre part,  la monnaie est un instrument de pouvoir économique pour les Etats. En régulant la masse monétaire, en jouant sur les taux d'intérêt, en établissant une politique de change vis-à-vis des autres monnaies, les gouvernements s'attachent ainsi à orienter les indicateurs économiques.

En centralisant auprès du Trésor français une partie des réserves de change, les Etats africains de la zone FCA sont privés de leurs liquidités et de leur capacité de faire évoluer leurs politiques économiques. L'arrimage à l'euro fait subir au franc CFA les fluctuations de la monnaie européenne. Avec des conséquences parfois néfastes pour les exportations des pays de la zone FCA, quand l’euro est fort. L’Afrique a besoin de développer ses infrastructures, ses services publics (santé, éducation, énergie) et a intérêt à coopérer avec le plus offrant, et de non de s’enfermer dans le piège de coopération coloniale. La parité fixe permet aux pays de la zone euro, mais surtout à la France, pays de 65 millions d’habitants, de conserver son statut de premier partenaire économique de la zone FCA, sur une population de consommateurs de 155 millions. Les grandes entreprises françaises (Bolloré, Orange, Bouygues, Aréva, chaînes de télévision privées), ont besoin de ce marché de consommateurs africains, et surtout des matières premières africaines, dont l’uranium, le pétrole.

Le Franc CFA permet à l’ancien colonisateur d’acheter des matières premières africaines, gratuitement, puisque cette monnaie est fabriquée en France, à Chamalières (Puy-de-Dôme) ; il suffit de faire jouer la planche à billets ; ce qui est strictement interdit aux Africains.

Au 1er janvier 1999, la France a dévalué, unilatéralement, le FCA qui atteste de la poursuite des rapports coloniaux, l’indépendance n’ayant changé fondamentalement ce rapport de domination. Créé en 1939, le «Franc des Colonies Françaises d’Afrique» (FCFA) est mis en circulation le 26 décembre 1945, à la suite de la ratification par la France des accords de Bretton Woods. En 1958, le CFA est devenu «Franc de la Communauté Française d’Afrique» et en 1960, aux indépendances des pays africains, cette monnaie, avec le même sigle est rebaptisée : «Franc de la Communauté Financière d’Afrique». Michel ROCARD avait souhaité diligenter une enquête administrative sur le bilan coût-avantage du FCA, François MITTERRAND s’y est opposé, catégoriquement. Mongo BETI, dans son ouvrage «Mains basses sur l’Afrique», préconisait de sortir du FCA «Que la monnaie soit convertible ou inconvertible n’a jamais été la préoccupation du paysan africain. Il a été plongé à son corps défendant dans un système économique contre lequel il est impuissant. (..). Le franc CFA, lié au système monétaire français est une arme de la domination française» dit-il. La polémique, sur le CFA, s’est invitée dans la campagne des présidentielles de 2017. Pour le candidat Emmanuel MACRON, c’est «un choix qui appartient aux Africains». Dans son discours à Ouagadougou du 28 novembre 2017, le président MACRON offre aux Africains trois solutions : élargir le panel des Etats, y compris au Nigéria, se retirer de la zone FCFA ou maintenir le statu quo, en changeant seulement la dénomination de cette monnaie coloniale.

 

Le Franc CFA n’est pas qu’une question technique ou économique, il pose à lui seul les enjeux politiques majeurs des élections de 2019 au Sénégal, notamment en termes :

 

- d’offre politique des partis politiques (indépendance et souveraineté nationale, éducation, santé, infrastructures, etc.)

- d’industrialisation des pays africains ;

- du bien-être des populations les plus défavorisées ;

- de la mobilisation du potentiel humain et de la valeur travail ;

- et la place de l’argent dans le jeu politique qui a tout pourri.

Paris, le 28 novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«L’avenir du Franc CFA en Afrique», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 22:32

Pour nos ancêtres les Gaulois, De GAULLE est un grand héros de l’histoire, un personnage hors du temps, un grand mythe du roman national, le «Premier des Français» avec un statut de commandeur» suivant une formule de Max GALLO. Qualifié de dernier des grands Capétiens : «Il convoque […] le mythe. Il suscite les passions, cristallise les symboles et appelle les légendes” écrit, de façon dithyrambique, Alain RICHARD. «Tout le monde a été, est ou sera gaulliste» avait prédit André MALRAUX, Ministre de la Culture du général de GAULLE. Militaire, avec d’indéniables qualités littéraires, mais ambitieux, pour lui-même, et pour la France, de GAULLE est devenu professionnel de la politique. «Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. (..) Notre pays, tel qu'il est, parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur» écrit Charles de GAULLE. Il ne voulait pas être un militaire de carrière, mais faire de la politique, devenir le chef de la France. Charles de GAULLE, un nationaliste, a été souvent un visionnaire et incompris de ses contemporains qui le soupçonnaient d’ambitions personnelles, de «coup d’Etat permanent», en référence au titre d’un ouvrage de François MITTERRAND. De GAULLE, en 1940, était du bon côté, il a sauvé l’honneur de la France. Il avait une certaine idée de son pays : la France n’est libre que si elle est souveraine. «Le destin de De Gaulle, encore et toujours, est d'être seul. Seul face à la médiocrité des politiciens, seul face à la peur des uns, à la violence des autres. Et de cette solitude il tire toute sa force, et son orgueil. Avec la conscience de se battre pour la plus noble des causes : la France» dira Max GALLO.

Né à Lille le 22 novembre 1890, Charles de GAULLE choisit, au début, la carrière militaire et Saint Cyr. Il est blessé à trois reprises et fait prisonnier durant la Première Guerre mondiale. En 1921, il épouse Yvonne VENDROUX (1900-1979)  surnommée Tante Yvonne, avec laquelle il aura 3 enfants (Philippe, Elisabeth et Anne). Officier instructeur et d’active de 1919 à 1940, il développe, à travers une série d'ouvrages, ses théories militaires sur la nécessité d'un corps de blindés et la création d'une armée de métier. A la tête de ses chars, le colonel de GAULLE prend part à la campagne de France de mai-juin 1940. Promu général de brigade, il est nommé le 6 juin 1940, sous-secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Paul REYNAUD (1878-1966), un socialiste. Son mentor étant jusqu’ici le maréchal Philippe PETAIN, mais celui-ci, dès 1938, a choisi de collaborer avec les nazis. Alors que le maréchal PETAIN demande aux Français de «cesser le combat» et négocie avec l'ennemi un armistice, le  général de GAULLE  lance le 18 juin 1940, depuis Londres, sur les ondes de la BBC, son célèbre appel. Il y exhorte les Français à continuer le combat car «La flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre». La France libre est née. «J'ai toujours été seul contre tous, cela ne fera qu'une fois de plus» dit-il.

 

Il était bien seul au départ à l’appel du 18 juin 1940, seul et démuni de tout, comme un homme au bord d'un océan qu'il prétendrait franchir à la nage, l’Afrique du Nord étant occupée par des troupes dirigées par le Général Henri GIRAUD (1879-1949), proche des Américains et admirateur de Philippe PETAIN (1856-1951), Dakar est resté fidèle aux Pétainistes, et Winston CHURCHILL (1874-1965) se méfie encore de lui. Cependant, ce sont les Africains qui sont les premiers à soutenir le général de GAULLE dans sa résistance contre l’occupant nazi, dont le Guyanais, Félix EBOUE (1884-1944), gouverneur de l’Oubangui-Chari (Tchad), le Congo, Brazzaville capitale de la France Libre de 1940 à 1944 et le Cameroun. Lors du discours de Brazzaville du 27 octobre 1940, le général de GAULLE, conscient de l’importance du soutien des colonisés, en appelle à la résistance des Africains : «La France traverse la plus terrible crise de son Histo1ire. Ses frontières, son Empire, son indépendance et jusqu'à son âme sont menacés de destruction. Cédant à une panique inexcusable, des dirigeants de rencontre ont accepté et subissent la loi de l'ennemi. Cependant, d'innombrables preuves montrent que le peuple et l'Empire n'acceptent pas l'horrible servitude. J'appelle à la guerre, c'est-à-dire au combat ou au sacrifice, tous les hommes et toutes les femmes des terres françaises qui sont ralliées à moi».

A la Libération, ce sont les partis de gauche qui sortent victorieux des élections, et le parti communiste devient le premier parti politique, Charles de GAULLE, rejetant le système des partis et fondamentalement anticommuniste, entame sa traversée du désert pendant laquelle il bénéficie encore de l’appui des Africains, grâce aux réseaux de Jacques FOCCART (1913-1997). Retiré à Colombey-les-deux-églises, il écrit ses «Mémoires de guerre». L'incapacité de la IVème République à résoudre le conflit algérien précipite le retour au pouvoir du général de GAULLE à partir de mai 1958. Il a entretenu des rapports ambigus avec le général Raoul SALAN (1899-1984). En effet, les politiciens de la IVème République, devant la violence et la mauvaise gestion des guerres coloniales, la médiocrité ou le manque de lucidité, ou l’irrésolution, ont échoué dans leur politique de décolonisation. Il dote  la France d'une nouvelle Constitution, la Cinquième République est née. Les guerres coloniales, et notamment à Dien-Bien Phu et en Algérie, ont failli emporter la République avec des attentats de l’organisation de l’armée secrète (O.A.S). Il fallait aller vers l’indépendance dans la dépendance des pays africains. Le 28 septembre 1958, de GAULLE organise un référendum intégrant les colonies dans une Communauté française, préalable à leur indépendance. Seule, la Guinée rejette la Communauté. Elle devient ipso facto indépendante ; elle est abandonnée du jour au lendemain par les administrateurs français et sera gouvernée d’une main de fer par Ahmed Sékou TOURE (1922-1984). Il devient le premier Président de la Vème République en décembre 1958 et est réélu en 1965 cette fois au terme d'une élection au suffrage universel direct. Après avoir redressé la situation économique de la France en 1958, et entame la décolonisation de l’Afrique. En mai 1968, à Paris, le Quartier latin est le théâtre de durs affrontements, alors que la contestation gagne progressivement tous les secteurs d’activité du pays. La France est paralysée. La crise de Mai 1968, flambée sociale et culturelle, lui paraît  fournir l'occasion de concrétiser sa grande idée de Participation. Il propose, en avril 1969, un référendum plébiscitaire sur la régionalisation et la réforme du Sénat. Le «Non» l'emporte : le général de Gaulle remet alors immédiatement sa démission. Il se retire définitivement de la vie politique. Le 9 novembre 1970, Charles de Gaulle s'éteint à Colombey-les-deux-Eglises où il est enterré.

Si de GAULLE est un totem politique indépassable pour nos ancêtres les Gaulois, il se révélera, pour les Africains celui qui aura mis en place un système de mise sous tous tutelle du continent noir, même après les indépendances. En effet, et sans doute c’est dans le domaine des relations avec l’Afrique que l’héritage de GAULLE est le mieux assuré par ses successeurs, aussi bien à droite qu’à gauche. De GAULLE avait compris, très tôt, que la France, une puissance moyenne, ne pouvait plus assurer une gestion directe de la gestion coûteuse de ses colonies. Pendant la Guerre, nombre d'Africains s'engagent pour défendre la France et l'Empire et financent la France Libre. L'Afrique joue alors un rôle crucial dans la victoire des Alliés : zone stratégique, c'est une «base de départ» pour les troupes chargées de gagner, puis de libérer la Métropole. A Brazzaville, de GAULLE exprime sa gratitude envers le fidèle Empire colonial, et évoque déjà les orientations futures qu'il compte lui offrir : une indépendance, mais avec des liens étroits avec la France : La Communauté de 1958 à 1960 et les accords bilatéraux, renforçant la balkanisation de l’Afrique depuis 1960. S'il propose l'émancipation des territoires français d'Afrique, il ne conçoit pas moins que celle-ci se fasse à l'extérieur du «bloc français» ; les Africains doivent donc rester arrimés à la France. Dans son discours du 30 janvier 1944, et tirant les conséquences de la contribution des Africains dans l’effort de guerre, le général de GAULLE entrevoyait l’indépendance : «En Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu a peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi» dit-il. Par conséquent, la Conférence de Brazzaville n’est pas une fin, mais un commencement d’une ère de mise sous tutelle de l’Afrique, suivant Albert BOURGI. Le colonisateur n’est pas vraiment parti à l’indépendance, il est resté présent sous des formes insidieuses et sournoises, mais parfois violentes.

De GAULLE choisit le maintien des Africains sous la dépendance de la France, il avait, cependant, une conception ethnique, coloniale et assimilationniste de la Nation, des droits de l’homme et la francophonie. Il avait une peur de la démographie africaine galopante : «C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoire! Les musulmans, vous êtes allés les voir? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de Colybri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et les Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées», une confidence du 5 mars 1959 rapportée par Alain PEYREFITTE (1925-1999).

En effet, le général de GAULLE avait «une certaine idée» de la France qui ne peut être que blanche et chrétienne. Or, les institutions de la IVème République, en 1946, avaient liquidé l’Empire colonial pour le transformer en Union française, au sein de laquelle les indigènes avaient acquis un droit de vote ; ce qui a inquiété le général de GAULLE. Il n’appréciait pas les Noirs et l’a dit, le 8 novembre 1968, à Jacques FOCCART : «Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux : il y a des nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Et puis tout cela n’a aucune espèce d’intérêt ! Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt». Charles de GAULLE affirme, sans complexe, suivant André LE TROQUER, qu’il n’aime pas les «Youpins». «Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est à dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles", dit-il dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967. Cette tribale de la Nation a été appliquée, par la suite, aux Français issus de l’immigration.

 «Mon départ est le dernier acte d’une histoire qui a duré trois siècles. C’est le symbole du monde colonial qui disparaît pour faire place à un autre monde encore inconnu» dira en 1960, Pierre MESSMER (1916-2007), dernier gouverneur de l’AOF, à Dakar, administrateur colonial en Indochine, en Mauritanie, en Côte-d’Ivoire, au Cameroun confronté à l’insurrection de Ruben U’M NYOBE (1913-1956). A Bangui, le 14 août 1960, sur les bords du fleuve, André MALRAUX lance : «Une ère s’achève avec le soir qui tombe… Ce n’est pas un transfert d’attributions mais un transfert de destin. (…) Oui, mais quel destin pour l’Afrique ?». En 1960, lors des indépendances, et en dehors de la Guinée, les anciennes colonies françaises en dépit de la souveraineté acquise depuis 1960 sont restées sous la tutelle de leur maître. En effet, avec ses barbouzes qui n’avaient pas bien compris, au début sa démarche visionnaire visant à sauvegarder les intérêts de la France, Charles de GAULLE est l’initiateur de la fameuse Françafrique, de ce pré-carré, et confie cette mission à un homme de confiance, Jacques FOCCART. Tous ses successeurs ont affirmé la volonté de mettre fin à la FrançAfrique, mais qu’ils ont, en fait, consolidée par la suite. On a l’impression que la «Pax Gallica» semble être justifiée, à l’avance, par un discours de Victor HUGO : «Que serait l'Afrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. L'Afrique n'existe que parce que l'homme blanc l'a touchée. (…) L'Afrique n'a pas d'histoire. (…) Cette Afrique farouche n'a que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie ; déserte, c'est la sauvagerie» disait cet éminent poète dans un discours du 18 mai 1879. Finalement, de GAULLE a organisé l’indépendance des Africains dans la dépendance.

I – L’indépendance des pays africains dans la dépendance

A – Les accords de coopération et de défense

1 – La politique de coopération

En quelques mois, tous les États de la Communauté accèdent à l'indépendance. En 1961, les institutions communautaires disparaissent. Ainsi, se consacre-t-on à la conclusion d'accords et de traités de coopération dans les domaines politique, militaire, économique, financier et monétaire, judiciaire, technique et culturel, permettant à la France de conserver une influence majeure sur ses anciennes colonies. La loi constitutionnelle du 4 juin 1960 consacre l'instauration de nouveaux rapports franco-africains à caractère bilatéral. C'est un système de coopération entre États souverains, mais ayant pour but d'imposer l'influence de la France en Afrique. De 1960 à 1969, le général de GAULLE invite successivement chacun des chefs d'État à réaliser une visite officielle à l'Élysée, où ils sont reçus avec tous les fastes de la République, marquant ainsi solennellement le soutien de la France aux jeunes États africains. L'aide française, largement conditionnée s'exerce par exemple sous la forme de crédits au développement, ou d'appui militaire. Il faut rester dans le giron Français et acheter français. Le général de GAULLE mène en Afrique noire une politique réaliste : pour assurer une zone d'influence française dans cette partie du monde, et appuyer ainsi la politique de grandeur qu'il poursuit. C'est une décolonisation pacifique qui s'achève avec la coopération, instituant un cycle de relations privilégiées entre la France et les pays de son Empire disparu.

Le système de coopération est la mise à disposition des Etats africains de personnels techniques (250 000 personnes). Des agents du renseignement, des conseillers techniques aux postes stratégiques surveillent tout, et des ambassadeurs choisis par FOCCART, dont le fameux Maurice DELAUNAY (1919-2009) au Gabon, complètent le dispositif. Ainsi, au Gabon les coopérants sont passés de 5000 à 25 000 au Gabon. Le commandant Maurice ROBERT (1919-2005), chef du contre-espionnage (SDECE), gaulliste et ami fidèle de Jacques FOCCART, a pour mission d’organiser le réseau de renseignement en Afrique, ainsi que d’assurer la création de services de renseignement africains locaux. Maurice ROBERT installe, dans chaque capitale africaine sous influence française, un poste de liaison et de renseignement (PLR). Tout ce qui est bon pour la sécurité de la France est bon pour la sécurité du gouvernement local africain. Cet agent P.L.R. écoute tout et réduit à néant l’indépendance africaine. Ainsi, en décembre 1962, à Dakar, le «coup de force» de Mamadou DIA (1910-2009) est neutralisé par les troupes sénégalaises restées loyalistes mais, en second rideau, les parachutistes français ont été mis en alerte au cas où la situation se dégraderait. Mamadou DIA restera 12 ans en prison et un syndicaliste, Ibrahima SARR (1915-1976), décédera en détention. En septembre 1963, dans les rues de Fort-Lamy, le président François TOMBALBAYE (1918-1975), dit «N’Garta» envoie l’armée et la gendarmerie tchadienne, commandées par deux Français, le capitaine SAINT-LAURENT et l’adjudant-chef GELINO, au titre de la coopération, contre des manifestants musulmans et nordistes.

Mais en 1958, la Guinée de Sékou TOURE a dit NON au référendum du 28 septembre 1958, et son pays devenait ainsi indépendant, sans accords de coopération avec la France. Dans un contexte de guerre froide, Sékou TOURE, qui se révélera un dictateur, recherche l’appui des Soviétiques pour assurer sa survie. En effet, le général de GAULLE a rappelé tous les Français résidant dans ce pays, organisé des sabotages en masse en inondant la Guinée d’une fausse monnaie, et tenté, à plusieurs reprises de liquider, physiquement Sékou TOURE, sans succès. Le président Sékou TOURE, dans sa phraséologie révolutionnaire qualifiera, pendant toute la durée de son mandat, SENGHOR de «laquais de l’impérialisme». Le Sénégal était la base arrière de ces opérations françaises.

2 – La politique de sécurité, une défense des intérêts du colonisateur,

Les indépendances africaines ne marquent pas le retrait militaire complet français. La France pour défendre ses intérêts en Afrique fait signer des accords de défense. Le maillage militaire français sur le continent est garanti par le réseau hérité de la géographie coloniale, et optimisé à la faveur des indépendances. Trois zones militaires outre-mer (ZOM) constituent les «régions» militaires. Chacune est dotée d’un état-major: Dakar pour l’ancienne Afrique occidentale française (A.O.F), Brazzaville pour l’ancienne Afrique équatoriale française (A.E.F.), jusqu’en 1964, date à laquelle le dispositif est replié sur Libreville et Tananarive pour Madagascar, jusqu’en 1973, fonctionnant comme une tour de contrôle sur l’océan Indien. Le maillage local est composé de bases militaires telles que Dakar, Port-Bouët, Bangui, Bouar, Brazzaville, Libreville, Fort-Lamy ou Djibouti. En accord avec Paris, le chef d’état-major de chaque ZOM est autorisé à mobiliser les troupes françaises pour résoudre toute crise majeure, même une crise politique si le gouvernement légal semble menacé.

Albert Bernard BONGO (1935-2009), dans sa grande franchise dira que ces accords ne défendent pas les présidents africains, mais les intérêts de la France. En effet, très souvent, il ne s’agit pas d’une agression extérieure, mais de troubles de l’ordre public interne, d’une immixtion dans les affaires internes d’un Etat souverain. La pratique sera de faire signer, à l’avance, une lettre non datée par le chef d’Etat africain, pour justifier une intervention de la France.

En fait, les débuts de la décolonisation dont les prémices se situent à la fin de la seconde guerre mondiale, ont été violents, et de graves crimes ont été commis sans que le général de GAULLE ne réagisse. Ainsi, le 1er décembre 1944, des Tirailleurs sénégalais qui réclamaient pacifiquement leurs primes, au camp de Thiaroye, ont été massacrés, plus de 300 morts. Le gouvernement française refuse de rouvrir le dossier, et en dépit du combat inlassable d’Armelle MABON, une universitaire de Bretagne. Le 8 mai 1945, des manifestants Algériens à Sétif, qui réclamaient la libération de Messali HADJI (1898-1975) dont le parti est interdit depuis 1939, voient médusés les policiers français tirer sur un maire socialiste qui appelait au calme. La foule se déchaîne, et 27 européens sont massacrés dans de conditions atroces. Le lendemain, les européens qui sont armés tuent 20 000 Algériens, d’autres parlent de 45 000 morts. Au Madagascar, à la suite d’un soulèvement du 29 mars 1947, 100 000 indigènes seront massacrés.

Au Cameroun, le 13 septembre 1958, était tué Ruben UM NYOBE, dans une forêt de Sanaga Maritime, dans le sud du Cameroun, qu’une patrouille française qui traquait depuis des mois le secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (U.P.C.) repérera son objectif. Et l’abattit comme un animal sauvage. Son corps fut traîné jusqu’au chef-lieu de la région, où il fut exhibé, défiguré, profané. «Le Dieu qui s’était trompé» est mort, annoncera triomphalement un tract tiré à des milliers d’exemplaires. Le corps de Ruben UM NYOBE fut coulé dans un bloc de béton. Oublié de l’histoire, Achille M’BEMBE dira qu’au Cameroun, en revanche, il reste l’objet d’une immense admiration. Mais cette admiration populaire est restée longtemps contrariée, toute référence à Um Nyobè et à son parti, l’U.P.C., ayant été interdite par la dictature d’Ahmadou AHIDJO (1924-1989) mise en place en 1960 avec le soutien de l’ancienne métropole. La moindre évocation de UM NYOBE était considérée par le pouvoir en place comme «subversive» et sévèrement réprimée. Toujours au Cameroun, Félix-Roland MOUMIE (1926-1960), un opposant, est mort empoisonné par les services secrets, le 3 novembre 1960, à Genève. «Les archives répondront un jour à vos questions» ainsi répond Jacques FOCCART à Philippe GAILLARD, journaliste à Jeune Afrique. La guerre coloniale au Cameroun sera poursuivie au Cameroun, avec des bombardements au napalm, même après l’indépendance. Ernest OUANDIE (1924-1971) sera assassiné le 15 janvier 1971. L’affaire de la sécession du Katanga, le 11 juillet 1960 proclamée par Moïse TSHOMBE (1919-1969) à Elisabethville (Lumumbasi) verra le soutien des barbouzes envoyés par la France, la Belgique et les Etats-Unis. Le résultat est la disparition de Patrice Emery LUMUMBA (1925-1961), le maintien de Joseph-Désiré MOBUTU (1930-1997), probablement l’assassinat du Secrétaire général des Nations Unis, Dag HAMMARSKJOLD, 180 soldats des Nations Unis tués. La France interviendra également en 1978 au Kolwézi. Un véritable fiasco pour Jacques FOCCART qui rééditera un soutien des séparatistes Ibos biafrais au Nigéria du 6 juillet 1967 au 15 janvier 1970, avec plus de 2 millions de morts. Au Togo, le 15 août 1963, le président Sylvanus OLYMPIO (1902-1963), soupçonné d’être antifrançais est assassiné par Etienne EYADEMA GNASSINGBE (1935-2005) devant l’ambassade des Etats-Unis. Son corps a été expédié au Bénin. Faure EYADAMA, le fils de son père, est président du Togo depuis 2005. Tous les chefs d’Etats africains qui se sont opposés à la France ont été destitués : Modibo KEITA (1915-1977) au Mali, Hamani DIORI (1916-1989) au Niger et Thomas SANKARA (1949-1987) au Burkina-Faso). Par conséquent, l’indépendance des colonies africaines ressemble «à la simple poursuite de la colonisation par d’autres techniques» estime Mongo BETI.

B – La Francafrique, une mise sous tutelle de l’Afrique

L’idéologie occidentale est bien cachée dans la diligence de la Françafrique. Les roues de cet engin de domination et de colonisation sont huilées depuis l’Elysée et ses réseaux. En effet, la France a placé à la tête de ses anciennes colonies, des hommes sûrs pour perpétuer le système colonial ou pour renverser les indélicats. La Françafrique c’est un système politique et institutionnel, ainsi que l’ensemble de réseaux officieux, permettant à la France de conserver sa domination sur l’Afrique. «Foccart passera partout en Afrique, sauf en Guinée» disait Sékou TOURE, premier président guinéen. Né d’un milieu catholique, conservateur et proche de l’Action française, de l’OAS et des services de contre-espionnage (SDECE) qui dépendaient de lui, Jacques FOCCART (1913-1997) avait fondé une société d’Import-Export, SAFIEX, le Service d’Action Civique (SAC, bras armé du mouvement gaulliste devenu mafieux et dissout en 1982).

FOCCART connaissait bien l’Afrique et a des rapports personnels avec les présidents africains qu’il recevait à son domicile, à la villa Charlotte, à Luzarches, dans le Val-d’Oise, près de Paris. Dès les années 50, il s’entoure de barbouzes pour effectuer de sales besognes en Afrique. Devenu Secrétaire général de l’Elysée aux affaire africaines de 1960 à 1969, homme de GAULLE, Jacques FOCCART avait en charge aussi du contre-espionnage, dans un contexte de guerre froide et de compétition avec l’Amérique. Il ne dépendait que du général de GAULLE. Inventeur de la «Françafrique» ce pré-carré qui fait de l’Afrique une chasse gardée pour la France, tous les soirs, à la suite du directeur de cabinet, du secrétaire général de la présidence de la République et du chef d'état-major particulier, Son influence diminue sous Georges POMPIDOU (1969-1974), mais ce président organise à partir de 1973, les sommets franco-africains. Valéry GISCARD d’ESTAING, de droite, mais non issu du gaullisme se méfie de FOCCART qui révélera ses rapports douteux avec Jean-Bédel BOKASSA (1921-1996) en RCA. Pendant cette période, FOCCART cache ses archives à l’ambassade du Gabon et transfert ses fonds secrets auprès de Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993). C’est Jacques CHIRAC qui nomme FOCCART son conseiller des affaires africaines de 1986 à 1988. Il dirige de 1988 à 1995, la cellule Afrique de la mairie de Paris pour le compte de CHIRAC qui le désignera en 1995, son représentant personnel auprès des chefs d’Etats africains. Jacques FOCCART décède le 19 mars 1997, mais son système de mise sous tutelle des Africains perdure toujours.

L'Afrique centrale «française» (ex-AEF) fonctionne comme le laboratoire de la politique africaine de la France, et Jacques FOCCART apparaît comme l'architecte des intérêts français en Afrique. Dans un premier temps (1958-1960), il s'agit de garantir les conditions d'une «Pax Gallica», par une géographie politique fondée sur la «balkanisation» de l’Afrique relayée par Félix HOUPHOUET-BOIGNY, au nom d'une «théorie des dominos». En 1960, Brazzaville devient le bastion français en Afrique centrale ou se forge empiriquement une première «méthode FOCCART», caractérisée par l'emploi des services de renseignement, le recours à des mercenaires, et l'ingérence dans les grands ensembles régionaux. Ainsi, ce mardi 13 août 1963, lors d’une manifestation syndicale de 3000 personnes hostiles au président Fulbert YOULOU, les soldats français venus de la base centrafricaine sont présents. Le président YOULU fait savoir son intention de négocier, mais le 14 août 1963 il instaure un système de parti unique. Il téléphone à De GAULLE pour avoir de l’aide, mais le président français ne prend pas de décision, FOCCART étant absent. Le président YOULU sera contraint à la démission, par une foule menaçante, le 15 août 1963. Nationaliste farouchement anticommuniste, prêtre en rupture avec la hiérarchie catholique pour son engagement politique, Fulbert YOULU (1917-1972) continuait à porter la soutane par défi. Son goût pour le luxe, ses soutanes commandées chez les grands couturiers français, son libertinage, sont parmi les raisons de sa chute ; tout comme son autoritarisme et cet étrange projet d’instaurer un système de parti unique. La chute inattendue du président YOULU oblige Jacques FOCCART à repenser la défense des intérêts de la France en Afrique autour de trois notions : endiguer les coups d'Etat au sein du pré-carré, refouler les ingérences étrangères qui espèrent profiter du premier cycle de contestation et gérer le nouvel équilibre de la zone. Pierre BERNES a résumé cette orientation politique : «Consolider le pouvoir des dirigeants qui jouaient loyalement le jeu de l’amitié franco-africaine […] et faire sentir le mors à ceux qui regardaient un peu trop dans d’autres directions; contrer en même temps les visées des puissances concurrentes dès qu’elles étaient jugées menaçantes».

Suivant Pierre MESSMER (1916-2007), il  y a eu 16 interventions militaires de 1962 à 1992, en Afrique. Au Gabon, dans la nuit du 17 au 18 février, le président Léon M’BA (1902-1967) est enlevé au cours d’un coup d’État organisé par une équipe d’officiers gabonais. Jacques FOCCART décide d’envoyer les parachutistes contre les putschistes. L’ordre est rétabli le 19 février 1967, mais 15 soldats gabonais sont tués. En 1967, Léon M’BA étant gravement malade et hospitalisé à Paris, la France fait modifier la Constitution gabonaise en prévoyant qu’en cas d’empêchement du président de la République, c’est le vice-président qui le succède. Ce texte est signé par Léon M’BA, hospitalisé en France depuis août 1966 ; il décédera le 27 novembre 1967, à Paris. C’est ainsi qu’Albert-Bernard BONGO, nommé Ministre délégué à la Présidence, puis vice-président, le 14 novembre 1966 deviendra président Gabonais, sans être élu. Il sera prévu le même subterfuge juridique pour son fils, Ali BONGO, élu président du Gabon depuis le 30 août 2009, Albert BONGO étant décédé le  30 juin 2009. La Gabon, pays sous-peuplé, et riche en matières premières (bois, cuivre, pétrole et uranium) est l’une des places fortes de la Françafrique. Jacques FOCCART est pragmatique  en 1966, en Centrafrique, avec le putsch du colonel BOKASSA contre David DACKO, pourra être maintenu, il s’agit le danger d’un glissement à gauche. Bokassa reste au pouvoir aussi longtemps qu’il saura demeurer raisonnable.

Félix HOUPHOUET-BOIGNY et Omar BONGO sont les pièces maîtresses de cette Françafrique ; ils ont souvent servi d’intermédiaires entre FOCCART et les présidents africains. A la mort de HOUPHOUET-BOIGNY le 7 décembre 1993, tout le gotha de la politique française se rendra à ses obsèques, le 7 février 1994. SENGHOR n’a pas eu un tel honneur. Le génocide au Rwanda, ayant conduit à 500 000 morts, est en relation avec les méthodes de la Françafrique. Michel SITBON parle d’un «génocide sur la conscience». Pour cet auteur, le drame rwandais est la conséquence logique d’une vision ethnique et néocoloniale qui nourrit la corruption, les coups d’Etat et les guerres. C’est quoi exactement la Françafrique ?

La Françafrique est tout d’abord une aide financière à la recolonisation. Toute aide n’est jamais neutre, elle est toujours conditionnée. «Tous les pays sous-développés, qui hier dépendaient de nous, et qui sont aujourd’hui nos amis préférés, demandent notre aide et notre concours. Mais cette aide et ce concours, pourquoi nous les donnerions-nous, si cela n’en vaut pas la peine ?» avoue le général de GAULLE le 5 septembre 1961. La Françafrique est ensuite, et surtout, un accès à un prix avantageux pour la France aux importantes matières premières (pétrole, cuivre, manganèse et aux cultures de rente) pour la France dont certaines, comme l’uranium, sont vitales pour le secteur nucléaire. Il s’agit aussi de s’offrir un marché de consommateurs pour les entreprises françaises. La Françafrique est, enfin, dans le concert diplomatique, un outil pour la France, notamment au sein des organisations internationales, pour faire avancer ses projets, avec des voix africaines acquises d’avance. Curieusement, c’est un outil de financement des partis politiques français qui sont arrosés de subventions occultes venant des chefs d’Etat africains.

II – L’avenir des relations franco-africaines

A – Le cas emblématique du F. FCA

Le Franc F.C.A. focalise, à lui tout seul, la conscience à peine émergente des peuples africains de cette indépendance dans la dépendance. M. Stellio Kapo Chichi dit Sémi KEBA, un citoyen français d’origine béninoise, a eu le mérite d’allumer le détonateur, en brûlant, comme Serge GAINSBOURG, un billet de F.C.A. Aussitôt après ce pied de nez à la Françafrique, il fut, en septembre 2017, expulsé du Sénégal où il s’était réfugié.

Le Franc de la Communauté financière africaine (CFA) concerne 155 millions d’Africains et couvre 14 pays africains, dont les 8 Etats de l’Union monétaire africaine (UMOA) que sont : Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo, ainsi que 6 Etats de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) auxquels il faut ajouter les Comores. Les mécanismes sont les suivants :

- la fixité du taux de change entre le FCA et l’euro ;

- la garantie de convertibilité illimitée du FCA ;

- et l’obligation de la mise en commun de 50% des réserves de change africaines auprès du Trésor africain ; cette réserve de change africaine est excédentaire de plus 14 milliards. En d’autres termes, ce sont les Africains qui financent le déficit du Trésor français.

L’avenir du FCA pose la question de la poursuite et de la consolidation de l’intégration africaine. Sur les 53 africains, 32 pays ont leur monnaie nationale :  Nigéria, la Naira ; Afrique du Sud, la Namibie et le Natal, le Rand ; Lesotho le Loti ; Swaziland le Lilangeni ; Ghana, le Cedi ; Kenya, le Shilling ; Algérie, le Dinar ;  Angola, le Kwanza ;  Burundi, le Franc Burundi ; Cap-Vert, Escudo Cap-Vert ; Congo démocratique, le Zaïre ; Egypte, la Livre égyptienne ; Libéria, dollar libérien ; Libye, dinar libyen ;  Malawi, Kwacha ;Mauritanie, le Ougiya ; Maroc, le Dirham ; Mozambique, le Metical ; Ouganda, Shilling ougandais ; Rwanda, Franc rwandais ; Seychelles, le Roupi des Seychelles ; Sierra Leone, Le Leone ; Sao Tome et Principe, le Dobra ; Soudan, La Livre soudanaise ; Tanzani, le Shilling ; Tunisie, le Dinar tunisien ; Zambie, le Kwacha ; Zimbabwe, le Dollar du Zimbabwe. Ce qui est possible isolément est plus efficace s’il y avait une monnaie à l’échelle de tout le continent africain. Le colonialisme français s’est illustré, à travers la monnaie, par sa grande volonté de perpétuer la domination sur ses possessions coloniales : diviser pour mieux régner. Or, la monnaie revêt un aspect symbolique à deux niveaux. D’une part, émettre la monnaie était traditionnellement une question de souveraineté nationale, la monnaie existe, par et pour la Nation. D’autre part,  la monnaie est un instrument de pouvoir économique pour les Etats. En régulant la masse monétaire, en jouant sur les taux d'intérêt, en établissant une politique de change vis-à-vis des autres monnaies, les gouvernements s'attachent ainsi à orienter les indicateurs économiques.

En centralisant auprès du Trésor français une partie des réserves de change, les Etats africains de la zone FCA sont privés de leurs liquidités et de leur capacité de faire évoluer leurs politiques économiques. L'arrimage à l'euro fait subir au franc CFA les fluctuations de la monnaie européenne. Avec des conséquences parfois néfastes pour les exportations des pays de la zone FCA, quand l’euro est fort. L’Afrique a besoin de développer ses infrastructures, ses services publics (santé, éducation, énergie) et a intérêt à coopérer avec le plus offrant, et de non de s’enfermer dans le piège de coopération coloniale. La parité fixe permet aux pays de la zone euro, mais surtout à la France, pays de 65 millions d’habitants, de conserver son statut de premier partenaire économique de la zone FCA, sur une population de consommateurs de 155 millions. Les grandes entreprises françaises (Bolloré, Orange, Bouygues, Aréva, chaînes de télévision privées), ont besoin de ce marché de consommateurs africains, et surtout des matières premières africaines, dont l’uranium, le pétrole.

Au 1er janvier 1999, la France a dévalué, unilatéralement, le FCA qui atteste de la poursuite des rapports coloniaux, l’indépendance n’ayant changé fondamentalement ce rapport de domination. Créé en 1939, le «Franc des Colonies Françaises d’Afrique» (FCFA) est mis en circulation le 26 décembre 1945, à la suite de la ratification par la France des accords de Bretton Woods. En 1958, le CFA est devenu «Franc de la Communauté Française d’Afrique» et en 1960, aux indépendances des pays africains, cette monnaie, avec le même sigle est rebaptisée : «Franc de la Communauté Financière d’Afrique». Michel ROCARD (1930-2016) avait souhaité diligenter une enquête administrative sur le bilan coût-avantage du FCA, François MITTERRAND s’y est opposé, catégoriquement. Mongo BETI, dans son ouvrage «Mains basses sur l’Afrique», préconisait de sortir du FCA «Que la monnaie soit convertible ou inconvertible n’a jamais été la préoccupation du paysan africain. Il a été plongé à son corps défendant dans un système économique contre lequel il est impuissant. (..). Le franc CFA, lié au système monétaire français est une arme de la domination française» dit-il. La polémique, sur le CFA, s’est invitée dans la campagne des présidentielles de 2017. Pour le candidat Emmanuel MACRON, c’est «un choix qui appartient aux Africains».

B – La poursuite du commerce avec la France

sur une base équitable

En raison des liens historiques qui nous unissent, la France a, naturellement, toute sa place dans le commerce avec les pays africains, à condition de respecter la souveraineté de nos Etats. On ne demande pas de la charité, mais un commerce équitable : nos matières premières doivent rémunérées à un juste prix, et nos pays par des gouvernements intègres, démocratiques et soucieux de l’intérêt des Africains. Pour l’homme ordinaire français, les Africains sont pauvres et ne vivent que l’aide de la France. Mais l’Afrique est riche en matières premières. On connaît la formule de GISCARD «nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées ». On aurait pu préciser que la Françafrique est une idée de mise sous tutelle de l’Afrique.

Mongo BETI est un adversaire résolu de la Françafrique et il écrit dans la préface de «Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation» un ouvrage interdit en 1972 en France : «Depuis De Gaulle, la France semble avoir signé un pacte avec la classe dirigeante camerounaise, selon lequel, pourvu qu'elle témoigne une allégeance indéfectible à Paris, toutes les fantaisies, toutes les turpitudes et toutes les corruptions lui seront pardonnées. C'est ce pacte tacite qui a donné à la corruption cette dimension hallucinante et mortelle que chacun observe, et qui fait de toute stratégie prétendue de développement une comédie cynique, puisque personne n'y croit vraiment, mises à part les misérables populations longtemps bernées, mais qui viennent d'exprimer un rejet péremptoire» écrit Mongo BETI. La Françafrique, c’est aussi de grands groupes industriels français qui pillent, sans vergogne, l’Afrique : «L’Afrique est comme une île reliée au monde par les mers. Donc, qui tient les grues, tient le continent» disait un cadre du groupe Bolloré en avril 2009 au Monde diplomatique.

Chaque fois qu’un Président français est élu, il s’empresse d’annoncer la fin de la Françafrique. Mais le simple fait de parler ainsi est un aveu que ce système de domination est injuste et immoral. Jean-Marie BOCKEL, éphémère secrétaire d’Etat à la Coopération l’a appris à ses dépens : ayant osé mettre en cause la Françafrique, il a été prestement remercié par Nicolas Sarkozy sur intervention d’Omar BONGO du Gabon. Auparavant, Jean-Pierre COT, avait voulu en 1981 profiter de l’élection de François MITTERRAND pour établir des rapports moins ambigus avec les Etats francophones d’Afrique, mais en vain. «Il n'y a pas de grands ou de petits pays, mais des pays également souverains, et chacun mérite un égal respect. (…) J'en appelle à la liberté pour les peuples qui souffrent de l'espérer encore ; je refuse tout autant ses sinistres contre-façons, il n'est de liberté que par l'avènement de la démocratie» avait François MITTERRAND le 20 octobre 1981, à Cancun, au Mexique. «Le souffle de la démocratie fera le tour du monde» avait dit François MITTERRAND au sommet de la Baule du 20 juin 1990. Nous avons toujours nos régimes préhistoriques africains au service de leur maître colonial.

Lors de la campagne des présidentielles de 2017, le candidat Emmanuel MACRON, se disant ni de droite, ni de gauche, avait une belle analyse de la situation. Selon M. MACRON, l’Afrique ancrée à part entière dans l’Histoire et le monde est une chance pour tous. Sans angélisme ni naïveté, la France doit donc regarder cette «vérité africaine» en face, sans idées préconçues ni clichés, et définitivement débarrassée du surmoi de la colonisation et de la Françafrique. L’époque du pré-carré, de l’aide compassionnelle entremêlée de cynisme et des situations de rente entretenues par des réseaux occultes est révolue. Il est grand temps que la France regarde au contraire l’Afrique comme un partenaire économique au même titre que la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Turquie. Le candidat des riches, sitôt élu, change radicalement de fusil d’épaule et fait des déclarations insultantes et colonialistes à l’égard des Africains : «Quand des pays ont encore aujourd'hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien» dit-il le 8 juillet 2017.

C  - Quelles perspectives ?

Il ne faudrait rien attendre du colonisateur français, que je ne confonds pas avec le peuple français inspiré des valeurs républicaines. Le salut ne viendra donc pas de la France colonisatrice, le bonheur de certains étant fondé sur le malheur des autres ; chaque Etat défend ses intérêts. A tous le moins, la France qui ne voit l’Afrique que sous l’angle de l’aide internationale, de l’immigration ou terrorisme, est désormais sérieusement concurrencée par la Chine. La Diaspora vivant en France a un rôle important pour rétablir un pont de fraternité entre la France et l’Afrique. Le salut ne viendra pas non plus des gouvernements africains, qui croient encore, même presque 60 ans après l’indépendance, que leur sort dépend de la France. Ce sont des régimes souvent corrompus et qui se vautrent dans la Françafrique pour conserver leurs privilèges. Intéressés au partage du gâteau, gagnés par la paresse ou les égos surdimensionnés, les partis politiques et la presse n’ont pas pu, jusqu’ici, poser les enjeux fondamentaux concernant l’avenir des Africains.

L’intégration africaine peine à voir le jour, le colon a réussi, depuis la conférence de Vienne, de balkaniser l’Afrique, et de GAULLE a institutionnalisé cet état de fait. Finalement, il appartiendra aux Africains de prendre leur destin en mains. «Et j’ai pendant longtemps idéalisé mon pays. Il a fallu que je revienne au Cameroun, que j’y vive, pour découvrir l’autre vision de l’Afrique. (…). C’était un peu la Case de l’oncle Tom : le bon Noir opprimé par le méchant Blanc, puisque pour nous, même les chefs d’Etat postcoloniaux étaient des marionnettes des Blancs. Donc la situation coloniale et esclavagiste continuait. Et c’est lorsque je suis retourné en Afrique, que je me suis aperçu que nous sommes pour moitié responsables de nos malheurs» dit BETI. «L’Afrique n’est pas encore perdue. J’affirme que l’Afrique peut se développer, qu’elle va se développer, si du moins elle a le courage de combattre contre cette humiliation. Il faudra, certes, très longtemps, sans doute plusieurs décennies, pour extirper le cancer de la corruption» dit Mongo BETI. Mais les peuples africains ont-ils conscience de la force qu’ils ont de pouvoir changer leur situation ? Une bataille idéologique importante est à engager contre ce lavage de cerveau qui dure maintenant depuis des siècles. Un des aspects insidieux de la Françafrique est l’hégémonie culturelle de la France coloniale, qu’il faudrait déconstruire. Mais dès qu’on le dit, aussitôt, les forces colonialistes et esclavagistes vous taxent de propagateur de discours victimaire. Pourtant, cet enjeu majeur est au cœur du combat pour la liberté des Africains. Aucune dictature, aucun régime si puissant si puissant soit-il ne peut résister à un soulèvement populaire, à une volonté de retrouver la dignité et la liberté «il n'y a pas d'ordre établi, pour répressif qu'il soit, qui puisse résister au soulèvement de la vie» suivant François MITTERRAND.

 «L’essentiel, ce n’est pas de savoir à quelle date ni de quelle façon les changements vont se produire, c’est d’observer dans la mentalité populaire une attente d’émancipation, de libération. Nous sommes engagés dans un processus où le peuple est conscient qu’il n’est pas libre et qu’il a besoin de liberté, qu’il le veuille ou non, il s’est mis en route pour aller vers elle. Je suis certain que nous sommes engagés dans un processus irréversible» écrit Mongo BETI. «On peut non seulement dépouiller les gens de leur richesse économique, mais encore de leur cœur et bien sûr de leur espoir. Ne pas intervenir aurait des conséquences dramatiques pour l’avenir» dit Mongo BETI.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Général de Gaulle

GAULLE de (Charles), La France et son armée, Paris, Plon, 1945, 173, pages ;

GAULLE de (Charles), Le fil de l’épée, Paris, Plon, 1971, 207, pages ;

GAULLE de (Charles), Lettres, notes et carnets, Paris, Plon, 1986, 366, pages ;

GAULLE de (Charles), Mémoires de guerre, Paris, Plon, 1989, 886  pages ;

GAULLE de (Charles), Mémoires de l’espoir, Paris, Plon, 1972 et 1995, 284  pages ;

GAULLE de (Charles), Pour l’avenir, Paris, Livre de Poche, 1973, 346  pages.

2 – Critiques de Gaulle

ABELIN (Pierre), Rapport sur la politique française de coopération, Paris, La Documentation française, 1975, 78 pages ;

AURILLAC (Michel), L’Afrique à cœur, la coopération : un message d’avenir, Paris, Berger-Levrault, Monde en Devenir, Bâtisseur d’avenir, 1987, 264 pages ;

BAT (Jean-Pierre), «Le rôle de la France après les indépendances», Afrique contemporaine, 2010 (3) n°235, pages 43-52 ;

BAT (Jean-Pierre), Décolonisation de l’AEF selon Jacques Foccart entre stratégies politiques et tactiques sécuritaire, Paris, 2011, 2436 pages ;

BAT (Jean-Pierre), La fabrique des barbouzes ; histoire des réseaux Foccart en Afrique, Paris, Nouveau Monde éditions, 2015, 518 pages ;

BERNAULT-BOSWELL (Florence), Démocraties ambiguës en Afrique centrale. Congo-Brazzaville, Gabon ? : 1940-1964, Paris, Karthala, 1996, 423 pages ;

BETI (Mongo), Main basse sur le Cameroun : autopsie d’une décolonisation, Paris, La François Maspéro, 1972 et La Découverte 2003, 269 pages ;

BETI (Mongo), Remember Rubben, Paris, L’Harmattan, 1982 et 1990, collection Encres noires, 320 pages ;

BIARNES (Pierre), Les Français et l’Afrique noire de Richelieu à Mitterrand, Paris, Armand Colyn, 1987, 448 pages ;

BIYOGO (Grégoire), Déconstruire les accords de coopération franco-africaine, Paris, L’Harmattan, 2011, vol 1, 136 pages et vol 2, pages ;

BOISBOUVIER (Christophe), Hollande l’Africain, Paris, La Découverte, 2015, 300 pages ;

BOURGES (Yvon), La politique de coopération franco-africaine et malgache, Paris, extraits de la Revue française de défense, 1970, 16 pages ;

BOURGI (Albert), La politique française de coopération en Afrique, le cas du Sénégal, préface de Pierre-François Gonidec, Dakar, NEA, Paris, LGDJ, 1979, Paris Hachette, 1991, 373 pages ;

Centre Bordelais d’études africaines, La politique africaine du général de Gaulle : 1958-1969, Paris, A. Pedone, 1980, 421 pages ;

CHAIGNEAU (Pascal), La politique militaire de la France en Afrique, Paris, CHEAM, 1984, 143 pages ;

COQUERY-VIDROVITCH (Catherine), FOREST (Alain), Décolonisations et nouvelles dépendances : modèles et contre-modèles idéologiques et culturels dans le Tiers-monde, préface d’Albert Bourgi, Presses universitaires de Septentrion, 1986, 282 pages ;

COQUET (Bruno) DANIEL (Jean-Marc), «Quel avenir du Franc CFA ?», Revue de l’OFCE, 1992, vol 41, n°1, pages 241- 291 ;

Cour des Comptes, La politique française d’aide au développement, Paris, 26 juin 2012, 128 pages ;

DONAT (Gaston), Afin que nul n’oublie : l’itinéraire d’un anticolonialiste (Algérie, Cameroun, Afrique), préface de Gilles Perrault, Paris, L’Harmattan, Mémoires africaines, 2000, 398 pages ;

FOCCART (Jacques), Foccart parle, entretien avec Philippe Gaillard, Paris, Fayard, Jeune Afrique, tome 2, 1995, 506 pages et tome 2, 1997, 528 pages ;

GALLO (Max), De Gaulle, Paris, Robert Laffont, tome 1, «L’appel du destin (1890-1940)», 2012, 353 pages ; tome 2, «La solitude du combattant (1940-1946)», 2012, 450 pages ; tome 3, «Le premier des Français (1946-1962)», 393 pages, et tome 4, «Le statut de commandeur (1962-1970)», 373 pages ;

GAUTRON (Jean-Claude), La politique africaine de la France, Centre d’études d’Afrique Noire, I.E.P. de Bordeaux, 1986, 23 pages ;

GOUNIN (Yves), La France en Afrique : les combats des anciens et des modernes, De Boeck Supérieur, 2009, 192 pages ;

HIBOU (Béatrice), «Politique économique de la France en zone Franc», Politique africaine, 1995, n°58, pages 25-40 ;

Institut Charles de Gaulle, Brazzaville, janvier-février 1944, aux sources de la décolonisation, actes colloques des 22 et 23 mai 1987, Paris, Plon, 1988, 384 pages ;

LONSI-KOKO (Gaspard-Hubert), Mitterrand l’Africain ?, Paris, L’Atelier de l’Egrégore, 2015, 232 pages ;

M’BEMBE (Joseph-Achille), La naissance du maquis au Cameroun (1920-1960) : histoire des usages de la raison en colonie, Paris, Khartala, 1996, 438 pages ;

M’BEMBE (Joseph-Achille), présentation de, Les écrits sous le maquis de Ruben Um Nyobé, Paris, L’Harmattan, 1989, 296 pages ;

M’BEMBE (Joseph-Achille), présentation et notes de, Le problème national kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, 443 pages ;

MARC (Michel), «Une décolonisation confisquée ? Perspectives sur la décolonisation du Cameroun sous tutelle de la France 1955-1960», Revue Française d’histoire d’Outre-mer, 1999, vol 86, n°324, pages 229-256 ;

MESSMER (Pierre), Après tant de batailles, mémoires, Paris, Albin Michel, 1992, 462 pages ;

MESSMER (Pierre), Les Blancs s’en vont : récits de la décolonisation, Paris, Albin Michel, 1998, 301 pages ;

MIGANI (Guia), La France et l’Afrique Sub-saharienne, 1957-1963 : histoire d’une décolonisation entre idéaux eurafricains et politique de puissance, Bruxelles, Peter Lang, 2008, 295 pages ;

ONANA (Charles), La France et ses Tirailleurs, Enquête sur les combattants de la République, Paris, Deboiris, 244 pages ;

OULMONT (Philippe), VAISSE (Maurice), De Gaulle et la décolonisation de l’Afrique Subsaharienne, Paris, Karthala, Fondation Charles de Gaulle, 2014, 243 pages ;

PASCALON (Pierre), La politique de sécurité de la France en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2004, 474 pages ;

PEAN (Pierre), L’homme de l’ombre : éléments d’enquête autour de Jacques Foccart, l’homme le plus mystérieux et le plus puissant de la V, Paris, Fayard, 1990, 594 pages ;

PESNOT (Patrick), Les dessous de la Françafrique, Paris, Nouveau Monde éditions, 2014,  512 pages ;

PETITEVILLE (Franck), «Quatre décennies de coopération franco-africaine : usage et usure d’un clientélisme», Etudes internationales, 1996, 273, pages 571-601 ;

PEYREFITTE (Alain), C’était De Gaulle, Paris, Gallimard, 2002, 1952 pages ;

POURTIER (Roland), «Congo-Zaïre : un itinéraire géopolitique au cœur de l’Afrique», Hérodote, 1997, n°86-87, pages 6-41 ;

RICHARD (Alain), LABOUYGUE de (Marsaud), TIHY (Jean-Côme), Charles de Gaulle, le dernier capétien, l’unité du peuple, Paris, VA Presses, 2017, 146 pages ;

SITBON (Michel), Le génocide sur la conscience, Paris, L’Esprit frappeur, 1998, 159 pages ;

TOURRE (Brian), De la Françafrique à la Chine Afrique, Paris, L’Harmattan, 2012, 133 pages ;

TURPIN (Frédéric), Jacques Foccart, dans l’ombre du pouvoir, Paris, CNRS, 2015, 488 pages.

Paris, le 22 novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
Charles de GAULLE, président de la République Française de 1958 à 1969.
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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 18:57

«Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne» écrit ROUSSEAU dans son «Discours sur l’inégalité». La philosophie politique de ROUSSEAU se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIème et XVIIIème siècles, et son fameux «Discours sur l'inégalité» se conçoit aisément comme un dialogue avec l'oeuvre de Thomas HOBBES. Le fondement de l’inégalité morale ou politique, c’est la propriété. «Hommes devenez humains, c’est votre premier devoir» tel pourrait être le slogan de ROUSSEAU. Il y a chez ce penseur une recherche permanente de la Vérité, un apprentissage de soi, mais aussi, simultanément, un apprentissage de l’humanité et la découverte de l’autre. Ecrivain, philosophe emblématique du XVIIIème siècle et musicien genevois de langue française, Jean-Jacques ROUSSEAU est l'un des plus illustres philosophes du siècle des Lumières. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'homme, la société ainsi que sur l'éducation. «L'homme est né libre et partout il est dans les fers» écrit-il. L’auteur du «Contrat social» et de «l’Emile» dénonce les excès de la civilisation et le raffinement aristocratique. Comme remède à la décadence morale, il préconise des lois et un contrat social sous l’égide du «peuple souverain» seul capable, selon lui, d’articuler la volonté générale. Il se pose ainsi en théoricien de la démocratie et de la Révolution de 1789. Paradoxalement, les théoriciens de la contre-révolution (Joseph de MAISTRE, Louis-Gabriel de BONALD) se réclament eux aussi de Jean-Jacques ROUSSEAU. Ainsi, MAISTRE défend la monarchie et ROUSSEAU défend la souveraineté populaire, mais ils définissent la souveraineté dans les mêmes termes, comme irrésistible et toute-puissante. Ils ont en commun une même conception de la souveraineté, même si elle n’est pas exercée par les mêmes forces. ROUSSEAU était considéré par Arthur SCHOPENHAUER comme le «plus grand des moralistes modernes». Ce philosophe allemand disait : «Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes» : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le coeur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la Chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les coeurs».

Jean-Jacques ROUSSEAU est né à Genève, le 28 juin 1712, dans la famille modeste, d'un horloger calviniste. Ses ancêtres, de bibliothécaires parisiens, ont quitté la France en 1550, pendant les guerres de religion. «Parmi les grands écrivains français, l’originalité de Rousseau, et la plus essentielle, c’est de n’être pas Français, mais Genevois» dira, avec ironie, Gaspard VALETTE. «Je suis né d’Isaac Rousseau et de Suzanne Bernard. Un bien fort médiocre à partager entre quinze enfants ayant réduit presque à rien la proportion de son père» écrit-il dans ses «Confessions». Sa mère meurt des suites de l'accouchement et son père doit l'abandonner à un âge encore tendre aux soins d'un pasteur peu commode «Je naquis infirme et malade, je coutais à ma mère et ma naissance fut le premier de mes malheurs» dit-il. Autodidacte, ses parents lui ont légué un «cœur sensible» et le goût de la lecture : «Ma mère avait laissé des romans. Nous nous mimes à les lire après souper, mon père et moi, mais bientôt l’intérêt devint si vif que nous lisions tour à tour sans relâche et passions la nuit à cette occupation. (…) Quelquefois mon père entendant, le matin, les hirondelles disait tout honteux : allons nous coucher, je suis plus enfant que toi». La lecture des Anciens, notamment de Plutarque, avait enraciné en ROUSSEAU la haine de la frivolité, la passion des belles chimères, le culte des belles lettres, un esprit libre et républicain, l’amour de l’égalité et de la liberté et un caractère indomptable et fier. «Son caractère naquit, pour ainsi dire, comme une fleur de sa tige, de ses lectures, ou dangereuses, ou trop précoces. Les romans exaltèrent son imagination, échauffèrent sa sensibilité et lui donnèrent une intelligence des passions que l’on rencontre rarement à son âge» écrit Henri BEAUDOIN. Mais ROUSSEAU est un personnage complexe avec une nature nerveuse, impressionnable, ondoyante et qui oscille entre faiblesse et courage, entre mollesse et vertu.

Déplorable jouet de la destinée qui, depuis l’enfance jusqu’à l’âge mûr, le traîna dans des épreuves de la vie : tour à tour commis greffier, apprenti graveur, vagabond, laquais, séminariste, maître de musique, interprète, copiste, secrétaire d’ambassade, compositeur, caissier, etc. En effet, son père s’attire des ennuis qui le contraignent à l’exil dès 1722 ; le jeune Jean-Jacques, est mis en pension par son oncle Bernard, à Bossey, près de Genève, et découvre la campagne, d’où son goût si vif pour la nature qui a fortement influencé sa contribution philosophique et littéraire. Il commit une légère faute et fut renvoyé du pensionnat. Placé comme apprenti auprès d’un greffier, il est ensuite confié à un graveur brutal et intransigeant, M. DUCOMMUN. En 1728, Jean-Jacques a seize ans quand, de retour d'une promenade à la campagne, il trouve les portes de Genève closes. Plutôt que d'être battu par son maître d'apprentissage, il décide de partir sur les routes chercher fortune. «J’adore la liberté ; j’abhorre la gêne, la peine, l’assujettissement» dit-il. Là, Jean-Jacques est récupéré par un curé, M. PONTVERRE, qui le place à Chambéry chez sa première protectrice, la baronne Louise-Eléonore de WARRENS, née De la TOUR de PIL (1699-1762), en tant que candidat à la conversion au catholicisme ; Mme WARRENS, à 28 ans et originaire du Vaud, n’est pas une vieille bigote ; elle initie le jeune ROUSSEAU à la littérature, à la musique, aux joies de la flânerie et à l’amour  en devenant son amante : «Cette époque de ma vie a décidé de mon caractère» dit-il. Il séjournera à Turin de 1728 à 1731, dans un hospice pour l’instruction des catéchumènes. Il abjure le protestantisme et devient le laquais de Mme VERCELLIS. Il y vole un ruban couleur or et argent, mais accuse la cuisinière, Marion qui ne le dénoncera pas. Il revient en 1732 chez Mme de WARRENS. Placé chez le maître de musique à la cathédrale, il finira par s’enfuir. Il part en Suisse, à Lyon, puis revient à Chambéry chez Mme de WARRENS. ROUSSEAU devient intendant des cadastres. En 1736, il se retire avec Mme WARRENS aux Charmettes, dans la banlieue de Chambéry ; un endroit qui respire le bonheur : «Ce jour est celui du bonheur et de l’innocence, si nous ne le trouvons pas ici, l’un avec l’autre, il ne faut les chercher nulle part. (…) Ici commence le bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire, j’ai vécu. (…) Je me levais avec le soleil et j’étais heureux, je me promenais et j’étais heureux, je voyais maman et j’étais heureux, je la quittais et j’étais heureux, je parcourais les bois, les coteaux, les vallons, je lisais, j’étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j’aidais au ménage et le bonheur me suivait partout, il n’était dans aucune chose assignable, il était tout de même en moi, il ne pouvait me quitter un seul instant». Aux charmettes, ROUSSEAU lit sans arrêt, mais incorrigible, il séduit une nouvelle dame, Mme de LARNAGE. Madame de WARRENS était également amoureuse d’un garçon-perruquier. En 1740, ROUSSEAU devient le percepteur des enfants de MABLY, grand prévôt de Lyon et frère aîné d’Etienne BONOT de CONDILLAC.

En 1741, voulant entreprendre une carrière musicale, il rejoint Paris et soumet, le 17 août 1742, à l’Académie des sciences et des arts, son système de notation musicale, qui n’est jugé ni neuf, ni utile. Ce goût de la musique lui a été transmis par son père et en particulier par sa tante : «Je suis persuadé que je lui dois le goût ou plutôt la passion de la musique (…) Elle savait une quantité prodigieuse d’airs et de chansons qu’elle chantait avec un filet de voix fort douce. La sérénité de cette excellente fille éloignait d’elle et tout ce qui l’environnait la rêverie et la tristesse» dit-il. A Paris, il rencontre Denis DIDEROT (1713-1784), par l’intermédiaire de Daniel ROGUIN, un banquier et officier de l’Armée suisse. Il fait la rencontre du Paris savant et littéraire (MARIVAUX, L’abbé MABLY, FONTENELLE, BUFFON, VOLTAIRE). ROUSSEAU prend un poste de secrétaire d’Ambassade à Venise de 1743 à 1744 auprès du Comte Pierre-François de MONTAIGU, mais il sera licencié au bout d’un an. De retour à Paris, il loge à l’hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, une rue disparue, près de la Sorbonne et y rencontre Marie-Thérèse LEVASSEUR (1721-1801), lingère dans cet établissement «Là m’attendait la seule consolation que le ciel m’ait fait goûter dans ma misère, et qui seule me la rend supportable» écrit-il. Il déclara qu’il ne l’abandonnerait, ni ne l’épouserait jamais. Cependant, après être honoré du titre d’éducateur des peuples et de directeur du genre humain, ROUSSEAU abandonnera les cinq enfants aux «Enfants trouvés» (Assistance publique), mais épousera la mère.

Curieusement, ROUSSEAU, cet éternel errant, a une oeuvre très structurée chronologiquement. De 1745 à 1749, ROUSSEAU a diverses occupations (essais musicaux et littéraires). A la demande du Duc de RICHELIEU, et pour célébrer la victoire de Fontenoy, il compose «La princesse de Navarre» et présente une comédie, «Narcisse» pour les Italiens. En automne, 1747, il devient secrétaire de Mme DUPIN et de M. FRANCUEIL, au château de Chenonceau, en Touraine. Pendant cette période, il rencontre l’Abbé de CONDILLAC et d’ALEMBERT. En 1750, à 38 ans, ROUSSEAU participe et gagne un concours organisé par l’Académie de DIJON sur le thème «Si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou épurer les mœurs ?». En audacieux sophiste, et pour faire bêler tout le monde, ROUSSEAU déclare que les sciences et les arts corrompent les mœurs. Ses contemporains y virent une satire des mœurs littéraires de l’époque. C’est une première attaque de ROUSSEAU contre la société qui va le sortir de l’anonymat. Denis DIDEROT imprime ce discours. Grâce à Mme de POMPADOUR, son opéra, «Le devin du village» est présenté à la Cour en 1752, à Fontainebleau. Il vint à la représentation mal fagoté pour se remarquer par l’élégante société aristocratique. Voulant rester indépendant, il refuse la bourse offerte par le Roi, Louis XV (1710-1774).

ROUSSEAU ayant acquis une notoriété se tourne vers la philosophie et entame une réflexion sur l’organisation sociale et politique, puis s’oriente vers le roman. Ainsi, en 1754, l’Académie de Dijon avait posé la question suivante : «Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ?». ROUSSEAU alla consulter DIDEROT emprisonné à Vincennes et lui demanda quel parti prendre : «Le parti que vous prendrez c’est celui que personne ne prendra» lui dit DIDEROT. En effet, ROUSSEAU trouve là une belle occasion de s’attaquer frontalement à la société. Retiré à Saint-Germain-en-Laye avec Thérèse, il écrira «Je faisais main basse sur tous les petits mensonges des hommes, j’osais dévoiler à nu leur nature, suivre leur progrès du temps et des choses qui l’ont défigurée et comparant l’homme de l’homme à l’homme naturel leur montrant dans son perfectionnement la véritable source des misères. (…) Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux viennent de vous». Le prix est remporté par l’Abbé François-Xavier TALBERT. ROUSSEAU a conquis la célébrité avec son talent, sa plume. Il abjure le catholicisme et redevient protestant. En 1755, son «Discours sur l’économie politique» fait pour l’Encyclopédie est violemment contempteur de ses contemporains. Il veut nous apprendre à éviter la richesse et à l’éviter comme un Mal : «Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? (…) Qu’un home de considération vole fasse d’autres friponneries n’est-il pas toujours sûr de l’impunité ? (…) Que le sort du Pauvre est différent, plus l’Humanité lui doit, plus la société lui refuse» dit-il. En juin 1754, en septembre 1755 et du 9 avril 1756 au 15 décembre 1757, Mme Louise d’EPINAY (1726-1783), une femme de Lettres, maîtresse de Frédéric-Melchior GRIMM et confidente de de Denis DIDEROT, proposa à ROUSSEAU et Thérèse, de loger au château de Chevrette, à l’Ermitage, à la lisière de la forêt de Montmorency. En effet, au cours d’une promenade, à Chevrette, ROUSSEAU découvre un «lieu solitaire et très agréable» «où était un joli potager avec une petite loge fort délabrée qu’on appelait L’Ermitage». Il s’exclame : «voilà un asile tout fait pour moi». Mais ROUSSEAU rencontre Elisabeth Sophie LALIVE de BELLEGARDE, comtesse d’HOUDETOT (1730-1813), belle-sœur de Mme d’EPINAY, et résidente à Eaubonne qui l’aide à se loger au 4 rue Mont Louis à Montmorency (devenu Musée Rousseau) où il écrit ses œuvres majeures. ROUSSEAU congédie sa belle-mère et se brouille avec DIDEROT et GRIMM qui venaient, secrètement, en aide financière à sa famille. La devise de Mme HOUDETOT, celle qui a inspiré en partie «Julie ou la Nouvelle Héloïse», est «Jouissez c’est le bonheur, faites jouir c’est la vertu». A la parution d’Emile, ROUSSEAU est contraint, par le Parlement de Paris, de quitter la France, il se rend en Suisse et en Angleterre, mais il est obligé de retourner les deux dernières années de sa vie en France.

Jean-Jacques ROUSSEAU meurt le jeudi 2 juillet 1778, d’une attaque d’apoplexie sérieuse, dans la matinée, à Ermenonville, chez René Louis de GIRARDIN, marquis de Vauvrey, seigneur d’Ermenonville, (1735-1808), dans le département de l’Oise, en France. Jean-Antoine HOUDON, sculpteur (1741-1828), a, dès le 3 juillet 1778, modelé le visage de Jean-Jacques ROUSSEAU confirmant bien qu’il s’agissait d’une mort naturelle. Enterré d’abord sur l’île des peupliers, à Ermenonville (Oise), il sera transféré au Panthéon, à Paris 5ème.

Penseur lumineux du siècle des Lumières, esprit indépendant et original, susceptible et soupçonneux, incompris ou provoquant un enthousiasme fanatique, ROUSSEAU philosophe et poète est, tour à tour, l’objet de l’admiration des uns et de la haine farouche des autres. La Révolution de 1789 n’est que la victoire de la bourgeoisie immobilière et financière contre l’aristocratie terrienne et l’Eglise, et Voltaire adhérait sans réserve à cette démarche. En revanche, se situant résolument à gauche, ROUSSEAU a fait l’objet d’attaques ignobles. Calomnié ou insulté il a été traité de «neurasthénique», «Anarchiste» ou «métèque». L’Eglise, la Royauté, les conservateurs et une partie des révolutionnaires, l’ont violemment attaqué ou caricaturé.

En fait, ROUSSEAU est un «homme à paradoxes plutôt qu’un homme à préjugés» comme il le dit dans son «Emile». Il est difficile de séparer l’homme de son œuvre, or ROUSSEAU est pétri de contradictions «Tantôt égoïste et cynique, il est tantôt affectueux et tendre, épris d’héroïsme et de vertu ; c’est un monstre incompréhensible» dira Louis DUCROS En effet, pour ses détracteurs, la pensée de ROUSSEAU ne serait qu’incohérence et contradiction. En effet, ROUSSEAU est tour à tour individualiste exaspéré ou socialiste autoritaire. Il suppose l’homme naturel féroce pour l’avoir déclaré bon. Il se prononce successivement pour l’éducation publique et l’éducation privée. Il déclare la société tantôt artificielle, tantôt naturelle, tantôt corruptrice, tantôt bienveillante ; il en fait tantôt un mécanisme, tantôt un organisme. Il lance l’anathème à la propriété, et bientôt après il la proclame sacrée. Il peint un athée vertueux et punit de mort l’athéisme. Sans cesse il détruit ses propres idées ou se rétracte. Créateur, avec Les Confessions, de l’autobiographie moderne, il est, disait François MAURIAC, «l’un de nous», toujours agissant et vivant. «Ce contraste de l’homme et de l’œuvre, qu’on appellera la contradiction, si l’on veut, il ne faut pas essayer de voiler cela : car cela, c’est Rousseau même» écrit Gustave LANSON. TOLSTOI (voir mon post) a confirmé avoir été fortement influencé par Jean-Jacques ROUSSEAU «J’ai lu Rousseau tout entier, et il y avait un temps où je l’admirais avec plus que de l’enthousiasme. Il y a des pages qui me sont si familières qu’il me semble les avoir écrites» dit-il.  Les errements reprochés à ROUSSEAU, notamment l’abandon de ses enfants «n’affectent en aucune manière, la vérité et l’excellence de se doctrines» écrit Albert SCHINZ.

Pourtant, ROUSSEAU défend l’unité de son œuvre, aussi bien les aspects philosophiques que romantiques : toute son œuvre ne serait que le développement du plan conçu sous le chêne de Vincennes. Pour ma part, j’estime que l’unité de l’œuvre de ROUSSEAU vient de son inspiration de la doctrine Confucius (voir mon post) qui l’a fortement inspiré, tout comme Voltaire et les philosophes des Lumières. Confucius militait pour la perfection de l’individu. «Faites bon usage de vos facultés, vous vous perfectionnez ; faites-en un mauvais usage, vous vous pervertissez» dit ROUSSEAU. Confucius pensait que l’éducation est un puissant outil en vue de la perfection l’homme et ROUSSEAU, saisi de remords pour avoir abandonné ses enfants, a écrit «Emile ou de l’Education». Confucius était légitimiste, mais il pensait que les gouvernants comme les administrés devaient être inspirés par la Vertu et le souverain Bien. ROUSSEAU dans ; son «Contrat social»  pense que les individus en faisant adopter la loi, expression de la volonté, devaient être inspirés par le Bien, la justice, la liberté et l’égalité. La conception de ROUSSEAU de la religion s’inspire fortement de la pensée de Confucius, propagateur d’une religion sans Dieu.

I – Rousseau et son système de pensée philosophique

Dans sa philosophie politique, ROUSSEAU contribua, de façon décisive, à liquider les institutions de l’Ancien régime et popularisa les idées républicaines. Idéologue de la Révolution française de 1789, il a été pour ce fait, pourchassé, critiqué et persécuté par ses adversaires.

A – ROUSSEAU et ses deux Discours à l’Académie de Dijon

  1. - Le Discours sur les Sciences et les Arts (1750)

«Dès l’entrée de son discours, l’auteur offre à nos yeux le beau spectacle ; il nous représente l’homme aux prises, pour ainsi dire, avec lui-même, sortant de quelque manière du néant de son ignorance ; dissipant par les efforts de sa raison les ténèbres dans lesquels la nature l’avait enveloppé ; par l’esprit jusque dans les plus hautes sphères des régions célestes ; asservissant à son calcul les mouvements des astres, et mesurant de son compas la vaste étendue de l’univers ; rentrant dans le fond de son cœur et se rendant compte à lui-même de la nature de son âme, de son excellence, de sa haute destination» écrit Stanislas, Roi de Pologne, lors de la réception du discours sur les sciences. Avec ce texte, Rousseau bouleverse le paysage de la philosophie politique de son siècle. Il montre que les sciences et les arts découlant de l’oisiveté, doivent leur naissance à nos vices. ROUSSEAU dénonce les hypocrisies, les pièges pour la liberté et les œuvres qui abrutissent les plus faibles : «Tandis que le gouvernement et les lois pourvoient à la sûreté et au bien-être des hommes assemblés, les lettres et les arts, moins despotiques et plus puissants peut-être, étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes dont ils sont chargés, étouffent en eux le sentiment de cette liberté originelle pour laquelle ils semblent être créés, leur font aimer leur esclavage, et font ce qu’on appelle des peuples policés. (…) Nos âmes sont corrompues à mesure qu’avancent nos sciences et nos arts vers la perfection» dit ROUSSEAU. Les sciences nées de l’oisiveté, elles la nourrissent ; le luxe ne va rarement sans la science. L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie, de l’avarice ; la physique, d’une vaine curiosité ; la morale, elle-même, de l’orgueil humain. La dissolution des mœurs entraîne la corruption des goûts. La culture des sciences est nuisible aux qualités guerrières, elle l’est encore plus aux qualités morales. «D’où naissent tous ces abus, si ce n’est de l’inégalité funeste introduite entre les hommes par les distinctions des talents et par l’avilissement des vertus» dit-il. Pour ROUSSEAU, les sciences et les arts n’étant que la connaissance du vrai, du bon, de l’utile, ils ne peuvent pas être incompatibles avec la vertu ; il faut éclairer les esprits pour contribuer à épurer les moeurs. ROUSSEAU affirme que la Science est bonne en soi, mais son usage peut se révéler mauvais, et peut causer ainsi des malheurs et des crimes, mais il faut il conserver la Science, la protéger et la répandre. «On n’a jamais vu de peuple corrompu revenir à la vertu. (…) Il n’y aura plus de remède, à moins de grande Révolution» dit-il.

Stanislas LESZCYNKSKI, roi de Pologne et Duc de Lorraine, protecteur des Lettres et des Arts, dans sa réponse au Discours de Dijon, est le premier à tenter de montrer les contradictions de ROUSSEAU : «Sa façon de penser annonce un cœur vertueux. Sa manière d’écrire décèle un esprit cultivé ; mais s’il réunit effectivement la science et la vertu et que l’une soit incompatible avec l’autre, comment sa doctrine n’a-t-elle pas corrompu sa sagesse ? ou comment sa sagesse n’a-t-elle pas déterminé à rester dans l’ignorance ? (…) Qu’il commence par concilier des contradictions si singulières, avant de combattre les notions communes ; avant d’attaquer les autres, qu’il s’accorde avec lui-même !». Avoir comme contradicteur un Roi, c’est trop d’honneur pour un écrivain resté inconnu du grand public jusqu’ici. Cette querelle a fait de ROUSSEAU un homme à la mode. ROUSSEAU savait ce qu’il faisait pour sortir de l’anonymat «Désespérant d’y arriver à force de génie, j’ai dédaigné de tenter, comme les hommes vulgaires, d’y arriver à force de manège» écrit-il le 30 janvier 1750, à Voltaire.  «Son Discours achevant de le tirer de l’obscurité, lui obtint un succès d’originalité» dit Henri BEAUDOUIN. Il est paradoxal de voir ROUSSEAU, «cet artiste des comédies et des opéras, condamner les sciences et les arts, rendre les littérateurs, les savants et les artistes responsables des maux et des crimes de l’humanité, employer les charmes d’une belle parole pour démontrer à une académie les inconvénients des académies et des belles paroles.» résume ainsi Henri BEAUDOIN les attaques contre ROUSSEAU. En réplique, Adolphe VILLEMAIN pense qu’il y a une unité de la pensée de ROUSSEAU «Ne voyez pas dans ce discours (Discours sur l’inégalité), un caprice, un calcul, mais son génie même, ce génie pour préparer à la fois la révolution politique et une réforme morale. (…) Sous ce beau langage de Rousseau perce une rancune démocratique qui s’en prend à la philosophie comme aux abus, aux Lettres comme aux grands seigneurs, et frappe les premières pour mieux atteindre les seconds». Saint Marc Girardin fait la même analyse «Les vices des sociétés civilisées qu’il énumère avec le plus de complaisance, sont les défauts du monde et des salons». Denis DIDEROT a défendu le «Discours» de son ami : «Il prend tout par-dessus les nues ; il n’y a pas d’exemple d’un succès pareil» dit-il. ROUSSEAU lui-même a préparé, à l’avance sa défense : «Je ne répondrais que deux mots : Vertu, Vérité», ou encore dit-il «Ce n’est point la science que je maltraite, c’est la vertu que je défends devant des hommes vertueux». Il rappelle certaines sociétés antiques dont la vertu avait fait le bonheur (La Perse, Rome, Athènes, l’Egypte, etc.).

  1. Le Discours sur l’origine de l’inégalité (1754)

«C’est à l’homme que j’ai à parler. (…) Je défendrai donc avec confiance la cause de l’humanité» dit-il d’emblée. Dans ce «Discours sur l’origine de l’inégalité», il ne s’agit plus des ornements et des accessoires plus ou moins nécessaires à la société et la civilisation, mais de la civilisation et de la société, elles-mêmes dans leur essence. Droits et devoirs, vertus et vices, bonheur et malheur de l’humanité, la nature humaine reste l’idée fondamentale de la thèse qu’il défend. Il s’interroge sur «ce qu’aurait pu devenir le genre humain, s’il fût resté abandonné à lui-même, mais ce qu’il a été, en effet, à cette époque qui n’a jamais existé». Si l’école spiritualiste faisait recours aux concepts de bien et de mal, de justice, de devoirs et de vertus, ROUSSEAU écarte cette dimension morale, en dehors des appétits de sens, l’homme à l’état de nature n’éprouve ni désirs, ni passions. Il n’y a pas de souci de mal faire : «Faites à autrui comme tu veux qu’on te fasses» reprenant ainsi un dicton antique de Confucius ; chaque individu a le droit de n’être point maltraité inutilement par l’autre. Les hommes sont inspirés par une qualité sociale de la pitié dans un état où «il n’y a ni commerce, ni vanité, ni considération, ni estime, ni mépris, ni notion du tien et du mien, ni aucune idée véritable de justice» dit-il. En fait, c’est la marche vers la sociabilité due au besoin de perfectibilité est source de tous les maux pour l’homme : «On ne voit pas pourquoi l’animal, qui ne se perfectionne pas, parce qu’il est parfait, vaudrait moins que l’homme, qui se dégrade sans cesse, sous prétexte de se perfectionner, qui détériore l’espèce en développant la raison de l’individu, qui devient méchant en devenant sociable» écrit-il. Finalement l’homme retombe plus bas que la bête et devient «le tyran de lui-même et de la nature».

La question posée par l’Académie de Dijon est la suivante  : «Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la Loi naturelle ?». Pour la première fois, il présente sa vision complète de l'homme et du monde, avec cette idée forte : c'est la société, fondée sur la propriété, qui est la cause de l’inégalité et de la corruption des hommes. ROUSSEAU montre que l'homme est son propre fossoyeur, que la propriété et l'appât du gain l'éloigne de sa vraie nature et que, faute de revenir à l'innocence primitive, il ira à sa perte et préparera son malheur. C’est la propriété et la famille qui sont les sources de toutes les dissensions et de toutes les injustices. Il n’avait pas pour prétention d’améliorer la société qui pervertit l’homme, mais de la détruire. Il s’agit de ramener les communautés à leur simplicité première. Il aurait aimé naître dans une société d’une «grandeur bornée par les qualités humaines» et vivre dans un pays où le souverain et le peuple ne puissent avoir qu’un seul et même intérêt. Il aimé vivre dans une société régie par les lois que «ni moi, ni personne n’en pût secouer l’honorable joug» et personne ne doit être au dessus des lois. Il réclame la République «Les peuples, une fois accoutumés à des maîtres, ne sont plus en état de s’en passer. S’ils tentent de secouer le joug, ils s’éloignent d’autant plus de la liberté, que, prenant pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque à des séducteurs qui ne font qu’aggraver leurs chaînes».

ROUSSEAU envoie une copie de son discours à Voltaire qui lui répond de façon distante : «On n’a jamais on a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage». C’est ROUSSEAU, lui-même en 1755, qui semble se contredire «Tout en moi dépend d’un concours de mes semblables. Je ne suis plus un être individuel et isolé, mais partie d’un grand tout, membre d’un grand corps» ou quand il écrit : «Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous».

Dans son discours de Dijon, ROUSSEAU annonce un point important de sa philosophie, à savoir que l’homme est naturellement bon, et tout ce que lui ajoute la société ne fait que le pervertir. Cette idée de l’homme naturellement bon traverse ses œuvres majeures «Dès sa jeunesse, il s’était souvent demandé pourquoi il ne trouvait pas tous les hommes bons, sages, heureux, comme ils semblaient être faits pour l’être. (…) En admirant les progrès de l’esprit humain, il s’étonnait de voir croître en même temps les calamités publiques. Il entrevoyait une secrète opposition entre la constitution de l’homme et celle de nos sociétés (…) Une malheureuse question d’académie, qu’il lut dans le Mercure (concours académie de Dijon), vint tout à coup dessiller ses yeux, brouiller ce chaos dans sa tête lui montrer un autre univers, un véritable âge d’or, des sociétés simples, sages, heureuses, et réaliser en espérance tous ses visions, mais dont il crut voir en ce moment découler les vices et les misères du genre humain» écrit-il dans «Rousseau juge Jean-Jacques». Le discours de Dijon est l’acte fondateur de la philosophie politique de ROUSSEAU qui met la perfection originelle de l’homme en opposition avec la littérature et les arts, il la mettra en opposition avec la société et les lois ; dans «Emile», en opposition avec l’éducation ; dans la «Nouvelle Héloïse» en opposition avec le monde, ses usages et ses préjugés. Il y a donc une certaine unité et cohérence de sa pensée. Le succès du «Discours» a encouragé ROUSSEAU pour plus d’engagement philosophique et poétique «Cette nouvelle réveilla toutes les idées qui me l’avaient dicté, les anima d’une nouvelle force, et acheva de mettre en fermentation dans mon cœur ce premier levain d’héroïsme et de vertu que mon père, et ma patrie, et Plutarque y avaient mis dans mon enfance» dit-il dans la préface de sa pièce «Narcisse».

B – Emile ou de l’Education

«Emile», un élève imaginaire et orphelin, est un acte de contrition ; cet ouvrage a été écrit parce que ROUSSEAU a eu un grand remords d’avoir abandonné ses cinq enfants nés entre 1747 et 1755. «Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n’a point le droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain, qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même» écrit-il dans Emile. «Notre véritable étude est la condition humaine. Celui d’entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé» dit-il. ROUSSEAU part de ce postulat : «L’homme naturel est tout pour lui ; il est l’unité numérique, l’entier absolu, qui n’a de rapport qu’à lui-même ou à son semblable. L’homme civil n’est qu’une unité fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont la valeur est dans son rapport à l’entier, qui est le corps social. Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l’homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le Moi dans l’unité commune ; en sorte que chaque particulier ne se croit plus un, mais partie, et ne soit plus sensible que dans le tout». L’homme ainsi caractérisé est en contradiction avec lui-même, toujours flottant entre ses penchants et ses devoirs, il ne sera jamais ni homme, ni citoyen. Par conséquent, l’homme civil nait et meurt dans l’esclavage. «Pour être quelque chose, pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle ; il faut être toujours décidé sur le parti que l’on veut prendre, le prendre hautement, et le suivre toujours» dit-il. En effet, dans son «Emile», un ouvrage majeur et ayant des aspects philosophiques, ROUSSEAU part du postulat que l’homme naît bon, c’est la société qui le déprave. Par conséquent, l’éducation, monopole réservé jusqu’ici aux Jésuites, consiste, pour lui, à laisser l’enfant à s’abandonner aux instincts naturels, à le préserver soigneusement de tout contact avec la société qui ne pourrait avoir sur lui qu’une influence funeste. ROUSSEAU s’insurge déjà, dans son «Discours sur l’inégalité» contre l’éducation de l’Ancien régime «Une éducation insensée orne nos esprits et corrompt notre jugement. Vos enfants ignoreront leur propre langue, (…) ils sauront composer des vers, qu’à peine ils sauront comprendre ; sans savoir démêler l’erreur de la vérité. (…) Mais les mots de magnanimité, d’équité, de tempérance, d’humanité, de courage, ils ne sauront ce que c’est (…) Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant des hommes, et non ce qu’ils doivent oublier» dit-il. «L'éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses»  dit-il. Par conséquent, il faut donc élever l’enfant à part, dans un état de séquestration aussi complète que possible et sous l’influence d’un percepteur chargé de présider à l’éclosion et à l’épanouissement de cette âme. ROUSSEAU qui dénonce la corruption de l’homme par la société,  propose une éducation conforme à la nature. «Tout est bien en sortant des mains de l’auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme». Il faut donc protéger l'enfant contre l'influence néfaste de la civilisation. Le but de cette éducation est de développer chez l'enfant son sens moral et décourager la vanité, l'esprit de domination, la cupidité, le mensonge. Il s'agit de former en même temps que l'intelligence, une âme naturelle. Dans l'ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme : «Vivre est le métier qu'il veut apprendre à son élève». Le principe, dans «Emile», est : «Observez la nature, et suivez la route qu'elle vous trace». Son système s'oppose à la tradition des Jésuites privilégiant l’apprentissage par coeur ; il préfère l'expérience et l'observation aux livres, prône le travail manuel et les exercices physiques, met l'enfant au centre d'un processus éducatif qui respecte sa personnalité et sa liberté intérieure, lui permettant ainsi de devenir l'homme accompli dont la société a besoin. À travers cette description de la formation d'un être humain accompli, ROUSSEAU donne la version la plus achevée de sa philosophie.

«Émile» est le nom du jeune homme imaginaire dont Rousseau se propose de faire un élève modèle. ROUSSEAU veut que son Émile soit riche : «Le pauvre n'a pas besoin d'éducation : celle de son état est forcée» ; qu'il ait de la naissance : «ce sera toujours une victime arrachée au préjugé» ; qu'il soit de bonne santé : «Pourquoi un homme se sacrifierait-il à un être fatalement impuissant ? Ce serait doubler la perte de la société et lui ôter deux hommes pour un» Émile doit être mis entre les mains de son précepteur dès le berceau et n'en sortir que pour se marier. «Émile» développe les principes d’une éducation idéale depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Les quatre premiers livres abordent les questions par étape, à mesure qu’Émile grandit. Le dernier livre traite de l’éducation des filles à partir du cas de Sophie, éduquée pour devenir l’épouse idéale d’Émile. Le bébé doit obéir à la nature, ne pas porter de maillot, et être allaité par sa mère, sans recourt à une nourrice. Jusqu’à 5 ans, l’épanouissement physique est privilégié ; de 5 à 12 ans c’est une liberté bien réglée avec un éveil des sens et du corps ; de 12 à 15 ans une éducation intellectuelle et technique avec une observation de la nature pour être sociable et de 15 à 20 ans, une éducation morale et religieuse, quand s’il le souhaitera, et la recherche d’une femme idéale.

Quand «l’Émile» parut, en France, il fit grand bruit. Cet ouvrage devait être imprimé en Hollande, à Anvers, mais Mme de LUXEMBOURG insista pour qu’il soit publié en France et rechercha la protection de MALSHERBES. ROUSSEAU eut des admirateurs, mais aussi de puissants adversaires. «Au fond, Rousseau est plus dangereux que Voltaire et les Encyclopédistes. Ceux-ci révoltent promptement le sens moral, tandis que Rousseau, par son déisme affectueux et sentimental, trompe le sentiment religieux ; il dénature la morale en substituant des sentiments vagues à l’idée positive du devoir» écrit Daniel BONNEFON. «Avez-vous vraiment l’idée qu’il est utile et fécond d’exalter, solennellement, au nom de l’Etat, le pédagogue qui a le mieux écarté l’enfant de sa famille et de sa race ?» s’interroge Maurice BARRES. Pourchassé par ses adversaires, ROUSSEAU dut se réfugier dans la principauté de Neuchâtel, sous la protection du roi de Prusse. En effet, un arrêt du Parlement de Paris du 9 juin 1762 décréta la prise de corps de ROUSSEAU et ordonna que son ouvrage, Emile, soit brûlé. Il est reproché à ROUSSEAU d’avoir «soumis la religion à l’examen de la raison, essayé de détruire les certitudes des miracles énoncés dans les livres des Saints, l’infaillibilité de la révélation et l’autorité de l’église». A ces impiétés, ROUSSEAU «a ajouté des propositions qui tendent à donner un caractère faux et odieux de l’autorité souveraine, à détruire le principe de l’obéissance qui lui est due et l’amour des peuples pour leur roi».

C – Le contrat social

 «L’homme est né libre et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse plus d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ?  Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette difficulté» dit-il. De tous les ouvrages de ROUSSEAU, le contrat social est le mieux structuré. Son style concis, ses maximes élaborées, ses formules abstraites et l’enchaînement des idées, témoignent d’une grande maturation du texte. Pendant son séjour en 1743, à Venise, il a eu l’occasion d’étudier la Constitution aristocratique de cette République, ses vices et ses abus. De retour en France et après ses deux discours à l’académie de Dijon qui ont suscité des polémiques, il approfondit ses idées politiques sur les institutions. Républicain, ROUSSEAU souhaitait ardemment la Révolution pour instaurer la liberté et l’égalité. Il condamnait le despotisme assimilé à l’anarchie, à l’abus de pouvoir, mais surtout à l’usurpation du pouvoir souverain. «Le Contrat social» est l’exposé des idées politiques de ROUSSEAU. Sous l’Ancien régime, la souveraineté vient de Dieu et le peuple doit obéissance au Prince au même titre que les enfants doivent respect et obéissance à leur père. Louis XIV disait «L’Etat, c’est moi». ROUSSEAU renversa cette conception monarchique : seul le peuple est souverain. Le Contrat social, seul pacte légitime, établit la souveraineté de la loi sur tous les citoyens, en général, et sur chaque citoyen en particulier. Cette souveraineté est inaliénable et indivisible. Elle ne peut se transmettre, ni se partage ; tous sont égaux pour toujours et solidaires les uns des autres. Dans cet état, l’homme ne peut conserver la primauté des sentiments primitifs, il est avant tout citoyen. La volonté générale est armée d’une force supérieure à toutes les volontés particulières pour prévenir le désordre et les vices qui naissent dans une société mal ordonnée.

Dans «le Contrat social», ROUSSEAU ne voit que deux bases possibles à l’ordre social, la nature et la convention : «Le passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et en donnant à ses actions la moralité qui lui manquait auparavant». Cependant, «ce n’est plus la justice qui commande à l’homme, c’est l’homme qui commande à la justice».  Si une convention n’est pas juste, elle peut être contestée. En revanche, le fondement et la légitimité du pouvoir politique ne reposent pas sur une convention, ce serait introduire la précarité dans l’espace public, mais c’est sur la Loi, expression de la volonté générale ; c’est une forme d’association, «qui défend et protège toute la force commune de la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant» dit-il. Ainsi, chaque citoyen, pour être libre, commence par aliéner, totalement et sans réserve, tous ses droits : «car s’il en restait quelqu’un, je serai en quelque point mon juge, (…) l’état de nature subsisterait». En conséquence, «chacun se donnant à tous, ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquiert le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force de conserver ce qu’on a». Par suite, ROUSSEAU est un apôtre de l’égalité sociale comme politique, ce qui a fait son succès. La démocratie française n’a pas entièrement repris la logique de la pensée de ROUSSEAU qui suppose une démocratie populaire dans laquelle ce sont les citoyens qui détiennent directement le pouvoir. Il a été choisi une démocratie représentative. En effet, la Constitution française dispose en son article 3 que «la Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum». L’article 2 pose le principe de la République comme étant le «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple».

Après avoir dressé un état des maux de la société dans le «Discours sur l’origine de l’inégalité», ROUSSEAU traite des remèdes dans son traité «Du Contrat social». Il propose un pacte entre les citoyens dans le but de remédier aux inégalités de la société. Mais il faut aussi que des circonstances exceptionnelles permettent à un peuple de recouvrer sa liberté. C’est à cette possibilité que correspond l’idée de Révolution. «Tant qu’un peuple est contraint d’obéir, et qu’il obéit, il fait bien ; sitôt qu’il peut secouer le jour, et qu’il le secoue, il ferait encore mieux : car, recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé à la reprendre, ou on ne l’était point à la lui ôter» dit-il. La doctrine politique de ROUSSEAU résultait concrètement d'une réflexion approfondie sur les théories soutenues par l'Ecole du droit de la nature et des gens. C'est cette situation de ROUSSEAU, dans la science politique de son temps, qui permet à la fois d'apprécier son génie propre et de mesurer exactement son originalité. Le problème historique des sources de la pensée politique de ROUSSEAU est certes difficile, mais son enjeu est tout a fait capital : en raison même des multiples allusions qu'il renferme, et dont le sens échappe au lecteur actuel, le «Contrat Social» notamment reste l'un des textes les plus obscurs de la littérature politique et a suscité d’importantes critiques de la part des conservateurs. BERTRAND dira, à propos du manuscrit du Contrat social acquis par la bibliothèque Sainte-Geneviève, «Rousseau n’a qu’un tort, mais il est grave : ses idées se modifient, et il s’obstine à n’en convenir ni avec les autres, ni peut-être avec lui-même». ROUSSEAU admettra que ce texte n’était pas parfait : «Ceux qui se vantent d’entendre mon Contrat social, sont plus habiles que moi. C’est un livre à refaire» dit-il.

II – Rousseau et son imaginaire poétique

Si le ROUSSEAU philosophe et penseur de la Révolution avait ses détracteurs, le ROUSSEAU littérateur, propulsant le Moi, le romantisme au devant de la scène, fait presque l’unanimité. «Mettons-nous au ton de l’âme de Rousseau, non pas pour l’approuver dans tout ce qu’il dit, mais pour l’admirer partout où il est admirable. Son œuvre est bien mêlée, bien vieillie : elle renferme toutefois des beautés solides, éternelles ; des pages empreintes d’un mysticisme qui a toujours fait les délices des âmes tendres, délicates et jeunes» écrit Mme Germaine de STAEL. Ses qualités d’artiste ont été célébrées par Emile FAUGUET de l’Académie française «Personne plus que Rousseau n’a mis son tempérament dans l’art, et personne, aussi, plus que lui, n’a été guidé et maîtrisé dans ses idées et par son tempérament par ses impulsions d’artiste» dit-il.

A – Les confessions,

Dans ses «Confessions» ROUSSEAU promet de faire preuve d’une sincérité absolue : «Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. (…) Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le Juge souverain. Je dirai hautement, voila ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. Je dis le bien, je dis le mal avec la même franchise» dit-il. Récit autobiographique en douze livres, «Les Confessions» empruntent, en fait, leur titre à Augustin d’HIPPONE dit SAINT-AUGUSTIN (354-430, après J.-C) qui, le premier, avait entrepris d’analyser sa vie à la lumière d’une exigence morale, sans concession. Se sentant entouré d’un monde, parfois, hostile, ROUSSEAU cherche à se défendre par le texte. Cependant ce procédé est en lui-même ambigu, car si le discours peut amener le lecteur à la vérité, il peut aussi travestir les choses, mentir. Pour ROUSSEAU, la sincérité de l’auteur démontre la véracité de son propos. Cette transparence de l’écrivain garantit l’authenticité de sa parole. Il ne doit donc rien cacher de ce qu’il est.  Si les Confessions s’arrêtent à 1766, soit 12 ans avant sa mort, les ouvrages de ROUSSEAU et ses correspondances offrent une source d’information importante sur l’artiste. Jugé cynique et orgueilleux par certains, les qualités littéraires de ROUSSEAU ont été reconnues par tous. Du point du vue de son style, ROUSSEAU est admirable et marque un progrès réel dans l’art d’écrire : «On y découvre deux choses nouvelles, le sentiment de la nature vraie, prise sur le fait dans les champs, dans les bois ; et le pathétique familier, aux petits détails de la vie» écrit Jean-Claude VILLEMAIN.  

 

C’est une révolution dans le domaine de la littérature ; en parlant de soi, les autres peuvent s’y reconnaître. En effet,  les auteurs classiques parlaient généralement peu d’eux-mêmes : «Le Moi est haïssable», disait Blaise PASCAL. Les oeuvres autobiographiques de ROUSSEAU annoncent le Romantisme, et tout un pan des lettres françaises et mondiales. Aujourd’hui plus que jamais, l’exploration des méandres de la personnalité, le regard intérieur et l’introspection sont au coeur de la littérature, par delà le journal intime, les mémoires ou l’autofiction. Ce qui a survécu au temps, c’est son style souverain, la beauté de ses textes, la force et la clarté de son écriture qui nous aide à penser notre société contemporaine. En cela, Jean-Jacques Rousseau est notre contemporain. «J’admire autant que personne l’artiste, tout de passion et de sensibilité, le musicien pourrais-je dire, des Rêveries d’un promeneur solitaire, des Confessions, et de la Nouvelle Héloïse. L’homme, lui-même, cette vertu pauvre et revêche alliée à cet amour lyrique de la nature et de la solitude, je ne ferai pas son procès» écrit Maurice BARRES.

 

B – Julie ou la Nouvelle Héloïse

«Julie» est  un roman écrit sous forme épistolaire et dont le sujet rappelle les amours d’Héloïse et d’Abélard. ROUSSEAU s’est jugé lui-même sur la valeur morale de cette monstrueuse production. L’intrigue est simple ; une jeune fille et son percepteur, bien élevés, se prennent d’amour. Ils voudraient se cacher mutuellement leurs sentiments ; mais la passion aura raison de leurs vaines précautions ; ils finissent par s’écrire et se lâchent. Les imprudences s’enchaînent. Leur amour idéal devient ce que tout temps est devenu un amour idéal. Julie accepte un mariage forcé, en dépit de ses élans d’ardeur pour son amant, Saint-Preux. Julie, la femme héroïque, vertueuse et fidèle, choisira Saint-Preux comme étant le percepteur de ses enfants. Tout le monde, libéré de la perversité, est doux, vertueux, bon et heureux. Saint-Preux est guéri, l’atmosphère de cette maison, la présence de Julie, ont élevé son âme, purifié ses affections. «L’intérêt que produit ce recueil est pur et sans mélange de peine ; il n’est point excité par des noirceurs, par des crimes, ni mêlé de tourments de haïr» écrit ROUSSEAU. Tout finira tragiquement. «Le véritable amour est le plus chaste de tous les liens. Sa flamme honore et purifie toutes les caresses ; la décence et l’honnêteté l’accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout accorder aux désirs, sans rien ôter à la pudeur» avait dit Julie avant sa disparition. L’amour inspire la vertu, l’amour élevé à une certaine puissance est nécessairement vertueux. Une autre idée, peu morale, domine aussi ce roman, c’est que la sagesse humaine la morale, sans Dieu, suffit à la conduite de la vie. Encore une idée inspirée de Confucius.

L’auteur a placé la scène de son roman à Clarens, petite ville située sur le Lac de Genève ; ce lieu lui a fourni l’occasion de peindre plusieurs tableaux ravissants de la nature suisse. Ce qui assure à ce roman une longue durée, c’est moins l’intérêt de l’action que l’éclat du style et les épisodes qu’il renferme. «Il faut des spectacles dans les grandes villes, et des romans au peuple corrompu. J’ai vu les mœurs de mon temps, et j’ai publié ces lettres. Que n’ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu !» écrit ROUSSEAU sur le sens de cet engagement littéraire. «Julie, ou La Nouvelle Héloïse» est le récit d'une passion impossible entre Saint-Preux, un précepteur roturier, et son élève Julie, fille du baron d'Etanges. «Jamais une fille chaste n’a lu de roman, et quant au mien, celle qui osera en lire une seule page sera une fille perdue. Qu’elle n’impute point sa perte à ce livre, le mal était fait d’avance. Puisqu’elle a commencé, qu’elle achève de le lire ; elle n’a plus rien à risquer» dit-il dans la préface. Ce roman est né de souvenirs érotiques, d’amours platoniques ou contrariés, de transports sentimentaux de ROUSSEAU, Mesdames WARRENS et d’HOUDETOT sont en toile de fond. Il voulait ramener le roman à la simplicité de la nature, renoncer aux intrigues compliquées, prendre l’homme par le dedans et non par le dehors, se faire historien de son âme, de son coeur et de ses passions. Ce roman est une charge violente contre la société bienpensante de son époque ; son but était de réagir contre l’immortalité des romans du XVIIIème siècle et de montrer que ce genre si dangereux si dangereux l’est surtout par la faute de ceux qui le traitent. Cristallisant toutes les aspirations sentimentales de l'époque, ce roman, publié en 1761, eut un retentissement considérable. ROUSSEAU y dépeint une société harmonieuse qui concilie pureté et passion absolue dans une nature bienfaisante. La forme épistolaire choisie sert une vérité immédiate et subjective où le souvenir réactualise les sentiments. Roman pré-révolutionnaire, «La Nouvelle Héloïse» prône l'abolition des classes par le sentiment amoureux.

C – Les rêveries d’un promeneur solitaire

«Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché, dans les raffinements de leur haine, quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes ; ils n’ont pu qu’en cessant de l’être, se dérober à mon affection. Les voila donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi, puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voila ce qui me reste à chercher», écrit ROUSSEAU dans ses «Rêveries».  Après avoir formulé les éléments d'un système de pensée (les Discours, Émile, le Contrat social), satisfait son imaginaire romanesque (Julie, ou la Nouvelle Héloïse), ROUSSEAU a tenté de raconter sa vie et de se justifier des accusations portées par ses adversaires (Les Confessions, Le Dialogues). ROUSSEAU fait retour sur lui-même, dans ses «Rêveries» et se laisse aller au pur plaisir de la mémoire et de l'écriture. Il magnifie les sensations de la seule existence. Au-delà de toutes les formes littéraires reconnues, il prend des notes sur des cartes à jouer, retrouvées par le marquis de GIRARDIN, et compose, de 1776 à 1778, des rêveries au gré de promenades à pied, au hasard d'associations d'esprit et d'obsessions récurrentes.

Il meurt en laissant inachevée la dixième promenade. «Les Rêveries» seront publiées à titre posthume, en 1782, en 10 promenades. Chacune des promenades est relatée à partir d'un thème ou d'un souvenir. Les thèmes peuvent être les persécutions et la solitude (1), la morale et la religion (3), la vérité et le mensonge (4), la pitié et la bienfaisance (6), la solitude et la sérénité (8), la charité et la sociabilité (9) ; les développements se croisent et se font écho les uns aux autres. Les épisodes biographiques, récents ou anciens, sont un accident durant lequel Jean-Jacques est renversé, à Ménilmontant, par un gros chien danois qui court devant un carrosse (2), l'accusation de vol portée contre l'innocente Marion (4), l'isolement dans la petite île de Saint-Pierre au milieu du Lac de Bienne, près de Neuchâtel (5), les parties d'herborisation et la connaissance du monde végétal (7), la première rencontre avec Mme de WARRENS, cinquante ans plus tôt (10). Chaque texte amène des développements sur la vie morale et spirituelle, ou bien sur le plaisir d'exister, la fusion dans les rythmes de la nature. Se réveillant après son évanouissement à Ménilmontant, s'isolant au bord du lac de Bienne et se laissant aller au battement de l'eau, ROUSSEAU expérimente un bonheur négatif.

«Les Rêveries» sont une œuvre phare du romantisme, à côté des «Souffrances du Jeune Werther de Goethe. Les «Rêveries» sont aussi une quête de soi, dont les déambulations dans la nature serviraient de révélateur, la nature étant présentée comme vraie refuge de la réalité, contre les vicissitudes du monde civil, vain et mauvais, contre le «torrent de ce monde». A partir de ce lieu isolé, solitaire, ROUSSEAU, dans ses Rêveries, dévoile l’éclat, la douce liberté de la nature, qui n’est pas sans rappeler les descriptions de l’état de nature faites dans le «Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes». Ce romantisme, à première vue bien loin de sa philosophie politique, révèle cependant une «anthropologie romantique» dans la mesure où ROUSSEAU y défend l’idée d’une identité du Moi et de la nature, une subjectivité dont la raison peut se transcender par l’imagination. Ainsi, le romantisme de ROUSSEAU fonde sa philosophie politique dans la mesure où c’est la conception de l’homme qui pousse ROUSSEAU à rebâtir les rapports sociaux sur la base d’un nouveau contrat. Autrement dit, sans les présupposés romantiques de ROUSSEAU, il n’y a pas de «Contrat Social». Et au fond, il semble que ce qui est habituellement jugé comme un essai purement biographique pose en fait les fondements de la philosophie politique de ROUSSEAU.

Conclusion

Le 27 août 1791, les cendres de ROUSSEAU sont transférés au Panthéon. ROUSSEAU est qualifié, lors du centenaire de sa naissance, par Louis BLANC «d’immortel génie, de démolisseur de la royauté, de destructeur des servitudes et de théoricien de la démocratie». Il a nié le droit royal et affirmé la souveraineté du peuple et l’égalité. «Il a vécu et il est mort dans l’espérance, comme tous les hommes vertueux, d’une meilleure vie ; il a défendu la cause des enfants, des amants malheureux, des infortunés, de la vertu, et il a été persécuté» écrit Maurice SOURIAU. «La gloire de Rousseau est d’avoir senti et compris que l’on ne détruisait bien le despotisme, les privilèges et la superstition qu’en les remplaçant par la liberté, l’égalité, la morale» écrit Auguste CASTELLANT. «Rousseau était l’homme du peuple. Il avait souffert. Il avait voulu rester pauvre, pour conserver son indépendance et sa fierté dans une société sceptique, épicuriennes dont les vices lui inspiraient un invincible éloignement» dira Louis BLANC.

ROUSSEAU ayant forgé des outils pour le futur, a pensé la Révolution avant son avènement. Précurseur du romantisme, les romantiques ont une dette considérable à son égard. Inventeur avant l’heure de l’écologie, il nous invite à écouter la nature, à en jouir, nous a montré à quel point elle pouvait être belle et consolatrice. Explorateur de lui-même et, partant, de l’homme, il a décrit les mouvements de l’âme, les sentiments, les humeurs, les contrariétés, les exaltations, les joies, les fureurs et les peurs qui l’agitaient et qui le menaient parfois là où il aurait préféré ne pas aller. Il a dépeint, avec brio, les passions qui s’emparent de l’être au point, parfois, de transfigurer le réel autour de lui. Il a aussi montré, racontant son histoire, comment l’être social peut se sentir rejeté par une société qui le blesse et dont il se sent, soudain, l’étranger. La  force de ROUSSEAU est peut-être précisément d’avoir osé penser, écrire, réfléchir en intégrant ses propres contradictions et paradoxes, en n’occultant ni ses sentiments, ni ses errances, ni les corruptions de la société. Dépourvu de tout manichéisme, il a relaté, sincèrement, les noirceurs et les illuminations de l’âme, dans un style flamboyant.

 

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Jean-Jacques Rousseau

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Les rêveries d’un promeneur solitaire, Illustration de Maximilien Vox, Paris, Lemercier, 1925, 264 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Pensées et maximes, Paris, Roret et Roussel, 1820, tome 1, 228 pages et tome 2, 223 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Emile ou de l’Education, Paris, J. Bry Aîné, 1856, 327 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Emile ou de l’Education, Paris, J. Bry Aîné, 1856,  pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Suite d’Emile, Lettres à M. de Beaumont, Discours sur les sciences, Discours sur l’origine de l’inégalité, sous la direction de Louis Barré, illustrations de Tony Johannot et Baron et Célestin Nanteuil, Paris, J. Bry Aîné, 1856,  298  pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Lettres de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Encyclopédie méthodique, CP Panckoucke, 1828, 66 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Rousseau juge Jean-Jacques, dialogue, Paris, tome 1, 251 pages et tome 2, 345 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Du contrat social, introduction et notes d’Edmond Dreyfus-Brisac, Paris, Félix Alcan, 1896,  424 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Les confessions Paris, 1865, Garnier, 583 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Julie ou La nouvelles Héloïse, sous la direction de Louis Barré, illustration de Tony Johannot, Baron et Célestin Nanteuil, 1856, J. Bry Aîné, 304 pages ;

ROUSSEAU (Jean-Jacques), Dictionnaire de la musique, Londres, 497 pages.

2 – Critiques de Jean-Jacques Rousseau

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Association des amis de Jean-Jacques Rousseau, Jean-Jacques Rousseau au présent, 1978, 265 pages ;

AUDI (Paul), Rousseau, éthique et passion, Paris, P.U.F., 1997, 417 pages ;

AUDI (Paul), Rousseau, une philosophie de l’âme, Paris, Verdier, 2008, 444 pages ;

BACZKO (Bronislaw), Rousseau. Solitude et communauté, traduit par Claire Bendel-Lamhout,  Paris, Mouton, Ecole pratique des hautes études, et La Haye, Walter de Gruyter, 1974, 420 pages ;

BARRES (Maurice), Le bicentenaire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, éditions de l’Indépendance, 1912, 23 pages ;

BAYE (Joseph, Baron de) GIRARDIN (Le Marquis, de), Karamzin et Jean-Jacques Rousseau, Paris, Henri Leclerc, 1912, 46 pages ;

BEAUDOIN (Henri), La vie et les œuvres de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Lamulle et Poisson, 1981, tome 1, 585 pages et tome 2, 609 pages ;

BELCOURT (Victor), Petite vie du grand Jean-Jacques Rousseau, Paris, P. Rosier, 1906, 52 pages ;

BELLE-ISLE (Francine), Jean-Jacques Rousseau, le défi de la perversion, Québec, Nota Bene, 1999, 230 pages ;

BERSOT (Ernest), Jean-Jacques Rousseau, sa vie et ses œuvres, Paris, Charpentier, 1875, tome 1 et tome 2, 411 pages ;

BESSE (Guy), Jean-Jacques Rousseau. L'apprentissage de l'humanité, Paris, Éditions sociales, 1988, 447 pages ;

BLANC (Louis) sous la présidence de, Le centenaire de Jean-Jacques Rousseau célébré à Paris, Paris, Derveaux, 1878, 87 pages ;

BONNEFON (Daniel), Les écrivains célèbres de la France, ou, histoire de la littérature française depuis l’origine de la langue française jusqu’au XIXème siècle, Paris, 593 pages, spéc pages 493-509 ;

BOURGET (Paul), «Sur Jean-Jacques Rousseau», La Revue critique, vol. XVII, no 101, 1912, p. 643

BREDIF (Léon), Du caractère et moral de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Paris, Hachette, 1906, 414 pages ;

BUFFENOIR (Hyppolite), Le prestige de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Emile-Paul, 1909, 476 pages ;

BURGELIN (Pierre), La philosophie de l’existence de J J Rousseau, Paris, PUF, 1952, Genève, Slatkine, 1978, 597 pages ;

BURGELIN (Pierre), La Philosophie de l'existence de J.-J. Rousseau, Paris, P.U.F., 1952, 599 pages ;

CASTELANT (Auguste), Jean-Jacques Rousseau, hommage national, Paris, Léon Vanier, 1887, 172 pages ;

CHARPENTIER (John), Jean-Jacques Rousseau ou le démocrate par dépit, Paris, Perrin, 1931, 331 pages, spéc page 98 ;

CHARRACK (André) et SALEM (Jean), sous la direction de, Rousseau et la philosophie, Paris, Publications de La Sorbonne, 2004, 238 pages ;

CHATELAIN (L. Docteur), La folie de Jean-Jacques Rousseau, Neuchâtel, Attinger, 1890, 235 pages ;

CHUQUET (Arthur), J.J Rousseau, Paris, Hachette, 1893, 201 pages ;

CHURTON COLLINS (J), Voltaire, Montesquieu et Rousseau en Angleterre, traduit par Pierre Deseille, Paris, Hachette, 1911, 253 pages ;

COTTRET (Monique et Bernard), Jean-Jacques Rousseau en son temps, Paris, Perrin, 2005, 906 pages ;

COZ (Michel), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Vuibert, 1997, 223 pages ;

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DERATHE (Robert), Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps, Paris, Vrin, 1995, 473 pages ;

DERATHE (Robert), Le Rationalisme de J.-J. Rousseau, Paris, P.U.F., 1948, pages, réimpression de Slatkine, Genève, 2010, 201 pages ;

DUCROS (Louis), Jean-Jacques Rousseau, de Genève à l’Hermitage (1712-1757), Fontemoing, 1908, 418 pages ; 

DUFOUR (Théophile), Le testament de Jean-Jacques Rousseau, Genève, A. Jullien, février 1907, 18 pages ;

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FAGUET (Emile), Rousseau artiste, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1912, 394 pages ;

FAGUET (Emile), Rousseau contre Molière, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1900, 299 pages ;

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HOFFDING (Harald), «Rousseau et le XIXème siècle», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, p. 68-98 ;

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L’AMINOT (Tanguy), Images de Jean-Jacques Rousseau de 1912 à 1978Oxford, 1992, Oxford, Voltaire Foundation, 1992, 798 pages ;

L’AMIOT  (Tanguy), «Les saligauds de la célébration. La bande à Bonnot, Rousseau et le culte de la charogne», Études Jean-Jacques Rousseau, no 18, 2010-2011, et «Rugosité de Rousseau», p. 153-178 ;

LACROIX (Jean), BURGELIN (Pierre), «Philosophie de l’existence de Jean-Jacques Rousseau», Revue française de science politique, 1952, n°2, pages 408-11 ;

LAMARTINE (Alphonse, de), Jean-Jacques Rousseau : son faux Contrat social et le vrai contrat social, Paris, André Delpeuch, 1926, 288 pages, spéc pages 70 et suuivantes ;

LAMARTINE, de (Alphonse), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Calmann-Lévy, 1878, 288 pages ;

LANSON (Gustave), «L’unité de la pensée de Jean-Jacques Rousseau», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, p. 1-32 ;

LASCAGNE (A), La mort de Jean-Jacques Rousseau, Lyon, Rey, 1913, 57 pages ;

LEBASTEUR (Henri), Essai sur le caractère de Jean-Jacques Rousseau, Chambéry, C-P, Ménard, 1889,  39 pages ;

LECERCLE (Jean-Louis), Jean-Jacques Rousseau et l’art du roman, Paris, A. Colin, 1969, Genève, Slatkine  1979, 481 pages ;

LECERCLE (Jean-Louis), Rousseau : modernité d'un classique, Paris, Larousse,  Collection Thèmes et textes, 1973, 256 pages ;

LEMAITRE (Jules), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Calmann-Lévy, 360 pages ;

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MacDONALD (Frederika), La légende de Jean-Jacques Rousseau, traduction de Georges Roth, Paris, Hachette, 1909, 287 pages ;

MAUGRAS (Gaston), Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, Paris, Calmann-Lévy, 1886, 607 pages ;

MELZER (Arthur M.), Rousseau, La bonté naturelle de l'homme, essai sur le système de pensée de Rousseau, traduit par Jean Mouchard, Paris, Belin, Collection Littérature et Politique, 1998, 490 pages ;

MEYLAN (A), Jean-Jacques Rousseau, sa vie et ses œuvres, Paris, Sandoz et Fischbacher, et Berne F B Haller, 1878, 133 pages ;

MEYNIER (Albert), Jean-Jacques Rousseau, révolutionnaire, Paris, Schleicher, 254 pages ;

MORNET (Daniel), «L’influence de Jean-Jacques Rousseau au XVIIIème siècle», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, p. 33-67 ;

MUNTEANO (Basil), Solitude et contradictions de J.-J. Rousseau, Paris, A.G Nizet, 1975, 224 pages ;

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N’GUYEN (Vinhe-De), Le problème de l’homme chez Jean-Jacques Rousseau, Paris, PUQ, 1991, 278 pages ;

NEMO (Maxime), «Humanisme de Jean-Jacques Rousseau», Bulletin de l’Association Guillaume Budé, décembre 1953, n°12, pages 102-123 ;

PARIS (J-M), Honneurs rendus à la mémoire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Neuchâtel, Sandoz, 1878, 192 pages ;

PELLERIN (Pascale), Les philosophes des Lumières dans la France des années noires : Voltaire, Montesquieu, Rousseau et Diderot 1940-1944, Paris, L’Harmattan, 2009,232 pages ;

POUGIN (Arthur), Jean-Jacques Rousseau, musicien, Paris, Fischbacher, 1901, 141 pages ;

PROAL (Louis), La psychologie de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Félix Alcan, 1923, 463 pages ;

REGIS (E. docteur), La neurasthénie de Jean-Jacques Rousseau, Bordeaux, G. Gounouilhou, 1900, 15 pages ;

REY (Auguste), Jean-Jacques Rousseau dans la vallée de Montmorency, Paris, Plon, 294 pages ;

RHEINWALD (Albert), Jean-Jacques Rousseau et la campagne genevoise, Genève, 1916, 14 pages ;

RITTER (Eugène), La parenté de Jean-Jacques Rousseau, Genève, Henri Kundig, 1902, 27 pages ;

RODE (Edouard), L’affaire Jean-Jacques Rousseau, Paris, Perrin, 1906, 359 pages ;

RODET (Henri), Le contrat social et les idées politiques de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Arthur Rousseau, 1909, 443 pages ;

SALVAT (Christophe), «Rousseau et la « Renaissance classique» française (1898-1933)», Astérion, mis en ligne le 24 juin 2014 ;

SCHINZ (Albert), Vie et œuvre de Jean-Jacques Rousseau, Boston, New York, Chicago, DC Heath, 1921, 382 pages ;

SEILLIERE (Ernest), Jean-Jacques Rousseau, Paris, Garnier, 1921, 458 pages ;

SIEPPEL (Paul), «La personnalité religieuse de Jean-Jacques Rousseau», Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1912, tome VIII, pages 205-231 ;

SOURIAU (Maurice), La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Hachette, 1907, 190 pages ;

STAROBINSKI (Jean), Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l'obstacle, suivi de sept essais sur Rousseau, Paris, Gallimard, 1976, 462 pages ;

TERRASSE (Jean), Jean-Jacques Rousseau et la quête de l'âge d'or, Bruxelles, Palais des académies, 1970, 314 pages ;

TROUSSON (Raymond), Jean-Jacques Rousseau jugé par ses contemporains : du discours sur les sciences et les arts, aux Confessions, Paris, Champion, 2000, 635 pages ;

TROUSSON (Raymond), Jean-Jacques Rousseau : heurs et malheurs d’une conscience, Paris, Hachette, 1993, 350 pages ;

TROUSSON (Raymond), Rousseau, Paris, Gallimard, 2015, 368 pages ;

VALLETTE (Gaspard), Jean-Jacques Rousseau, Genevois, Paris, Plon, Genève, A Julien, 1911, 454 pages ;

WYSS (André), Jean-Jacques Rousseau, l’accent de l’écriture, Neuchâtel, La Baconnière, 1988, 286 pages ;

WYSS (André), La langue de Jean-Jacques Rousseau, formes et emploi, Genève, Slatkine, 1989, 335 pages.

Paris, le 19 novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Jean-Jacques ROUSSEAU, philosophe et poète.
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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 20:47

Cet article a été publié dans le journal FERLOO, édition du 3 novembre 2017.

«Le roman de Ken Bugul détruit les objets qu’il appréhende afin de les rendre, par une destruction, à l’insaisissable fluidité de l’existence de l’écrivain. C’est à ce prix qu’il espère retrouver l’identité du monde et de l’homme» écrit Justin BISANSWA. Dans sa contribution littéraire, largement autobiographique, Ken Bugul, une tenante du Womanisme mêlant considérations raciales et sexuelles, lutte contre le colonialisme, relate sa vie de femme, ses amours, ses joies, ses peines, réaffirmant ainsi son identité et son enracinement dans les valeurs culturelles traditionnelles africaines. En effet, Ken Bugul est l’une des figures marquantes de la littérature africaine féministe qui, face à l’aliénation, au rejet de soi, à la crise identitaire, à la négation de l’intellectuel par son peuple et par la mentalité coloniale, se sert de l’amour pour permettre à la femme, longtemps réduite au silence par le patriarcat, de retrouver son moi profond, sa véritable identité, sa joie de vivre, ainsi que le désir de jouir de la vie immédiate et la liberté d’expression. Ken Bugul n’exprime pas une posture intellectuelle, elle mène un engagement politique profond, une quête d’une plus grande justice à l’égard de la femme, pilier essentiel de la société, pour un changement social et politique radical en Afrique. «Je suis très exhibitionniste. Mystérieux ne s’adapte pas à ma personne. Il n’y a pas de mystère. J’écris de l’autobiographie. Je me découvre. Je me dévoile» dit-elle. Guy Ossito MIDIOBOUAN écrit que, dans «le Baobab Fou», Ken Bugul «y développe un langage résolument effronté». Ecrire, c’est exorciser sa souffrance, partager son ressenti et en faire une arme pour se définir, affirmer son identité culturelle et son combat pour la libération des femmes. «Ecrire c’est éblouir les sens, et les sens n’ont pas de couleurs» dit-elle. Ken Bugul a pris la parole au nom de toutes ces femmes qui souffrent en silence, oppressées par le patriarcat et les traditions d’un autre âge, et les a mises en garde contre l’aliénation raciale : «c’est une recherche de soi et un sentiment d’appartenance» suivant Nathalie CARRE.

Il est des blessures qui ne guérissent presque jamais, des déchirures tellement profondes qu’elles déchiquettent l’âme et stérilisent l’esprit. Pourtant, tombée en disgrâce, Ken Bugul a su relever, dignement la tête : «Et la femme, la femme forte, qui se relève après être tombée dans les abîmes de la déchéance, peut continuer sa lutte harassante contre la folie et le désespoir, le racisme et la bêtise humaine» écrit Isabel Esther GONZALEZ ALARCON à propos du «Baobab fou». Comme le dit Ken Bugul, dans le «Baobab fou», «ce sont des êtres écrasés qui se rémémorent». Par ailleurs, Ken Bugul évoque, dans «Mes hommes à moi», son «jardin intérieur». Sortie de l’errance, de la folie et de la marginalité, femme d’une énergie et d’une grande capacité pour rebondir, Ken Bugul dotée d’une énergie et d’un goût pour la liberté, a vaincu les préjugés et les difficultés pour devenir une écrivaine de renom faisant ainsi honneur à la littérature sénégalaise. Ken Bugul se caractérise par une écriture toujours engagée, au service de la Vérité et de la Justice, et volontiers dérangeante, elle est une des grandes voix de la littérature africaine contemporaine. La contribution littéraire de Ken Bugul, loin d’être un voyeurisme malsain, est l’héritage de l’engagement de ses prédécesseurs, comme George SAND (voir mon post) et Virginia WOOLF qui, sans se soucier des flatteries ou des éloges, ont décidé de rester, authentiquement, elles-mêmes. «Si vous ne dites pas la vérité sur vous-même, vous ne pouvez pas la dire sur les autres» écrit Virginia WOOLF. En effet, écrivaine de génie, critique littéraire et éditrice, mélancolique avec une expérience de la folie, suicidaire en raison des agressions sexuelles, bisexuelle et bipolaire, Virginia WOOLF est la tenante du courant littéraire «Stream of Consciousness», un monologue intérieur teinté de psychologie et assimilable à l’autofiction. Ce mal-être, comme celui de Ken Bugul, est la source de sa fécondité littéraire «Si je ne passais jamais par ces crises si extraordinairement  pénétrantes d’agitation ou de repos, je finirai par m’abandonner et me soumettre. Il y a là, au contraire, quelque chose qui m’oblige à lutter» dit Virginia WOOLF. Femmes libres, George SAND et Virginia WOOLF continuent d’inspirer les féministes d’aujourd’hui. «Je ne pense point qu’il y ait de l’orgueil et de l’impertinence à écrire l’histoire de sa propre vie» écrit George SAND.

Ken Bugul a décidé d’affronter le regard des autres, notamment de la société musulmane et les misogynes. Ken Bugul, une femme dominée deux fois par le colonialisme et le patriarcat, a pu faire entendre la singularité de sa voix : «J’ai pris la décision de m’engager aux côtés des femmes où la question de la femme se posait dans la société. Je l’ai fait aussi pour des raisons personnelles. J’avais moi-même des problèmes relationnels à cette époque. (…) J’avais besoin de me libérer complètement, de sortir de toutes les relations qui m’enfonçaient dans la crise identitaire. (…) On peut se battre pour les droits de la femme tout en sauvegardant le socle de la famille» dit Ken Bugul. Elle prolonge ainsi la pensée George SAND, pour qui : «il n’y a qu’une vérité dans l’art, le beau ; qu’une vérité dans la morale, le bien, qu’une vérité dans la politique, le juste». Elève brillante, Ken Bugul écrivait déjà, mais sans plan de carrière ; c’est Abdoulassam KANE, un ami, qui l’a incitée à entamer une carrière littéraire «J’allais dans son bureau de l’UNICEF, à Dakar, en plein travail, pour lui raconter des bribes de ma vie. (..) Et cet ami qui m’a dit, un jour, «tout ce que tu me dis là, il faut l’écrire». (…) Je suis allée au Café du Rond Point et j’ai commencé à écrire» dit-elle. Pour l’édition de son premier roman, Ken Bugul fait appel à l’appui d’Annette M’BAYE D’ERNEVILLE, première femme sénégalaise à avoir fait publier en 1961, un ouvrage intitulé «La Bague de cuivre et d’argent». La démarche de Ken Bugul, en dépit de ces comparaisons flatteuses, reste fondamentalement originale en soi ; c’est une œuvre sensible, intime, au carrefour du témoignage et de l’autofiction, une démarche de reconstruction de soi. «Je suis née à la campagne. Mon père était marabout. Le seul fait d’appartenir à une famille maraboutique m’empêchait de vivre. (…) J’ai commencé à écrire dans une période de transition de ma vie. Je ne savais plus où donner la tête. Je ne savais plus où aller avec tout ce que j’ai vécu que je traînais en moi. Je traînais dans ma propre vie. (…) J’ai commencé à écrire ce qui allait devenir un livre. Au fur et à mesure que je l’écrivais, c’était comme une thérapeutique.» dit-elle. En effet, la dimension thérapeutique de l'écriture, qu’adopte Ken Bugul, est liée à la possibilité qu’elle offre de mettre en forme l'expérience, de prendre du recul vis-à-vis d'elle pour ensuite se la réapproprier.

Le féminisme africain n’est plus homogène ; il a pris des voies sinueuses et diversifiées. On compare souvent Ken Bugul à ses contemporaines, notamment Fatou DIOME et Calixthe BEYALA, des tenantes de la littérature postcoloniale. Chez la majorité des personnages féminins de Calixthe BEYALA, la source du tragique émane de la rupture entre la réalité et le désir, la tradition et la modernité, le passé et le présent, la mémoire et l'identité à forger. Ken Bugul et Calixthe BEYALA ont en commun, dans leur contribution littéraire, la fuite de soi, la passion de la psychologie et le mode de vie du Blanc, et une façon de se fondre en l'autre tout en gommant, extirpant la mémoire et leur identité africaines, ce qui provoque jalousies, crises, dépressions, mort de la vie, avec leurs lots d’acculturation. Evoquant le corps féminin, le désir et la volupté, les récits de Ken Bugul ont scandalisé la bonne société africaine. «J’écris comme je suis, j’obéis à des pulsions intérieures». En cela, elle est en rupture par rapport à la démarche protestataire de Mariame BA. Par ailleurs, Calixthe BEYALA et Ken Bugul ont développé les rapports mère-fille. Calixthe BEYALA a travaillé sur ce thème, en s’inspirant de la Négritude, ce que certains appellent «la féminitude», c’est-à-dire la différence égalitaire entre l’homme et la femme ; la femme veut les trois pouvoirs la carrière, la maternité et la vie affective. La femme serait même supérieure à l’homme. Quant à Ken Bugul, elle fustige les «clichés et les idées reçues que l’on a de la femme africaine», et a même accepté de devenir la 28ème épouse d’un marabout, suscitant ainsi des moqueries des Occidentaux. Cependant, Ken Bugul donne ses justifications dans «Riwan ou chemin de sable» ; contrairement à ce que pensent les Occidentaux, elle ne fait pas l’apologie de la polygamie, son propos est ailleurs ; la polygamie est devenue un élément curatif dans sa recherche identitaire et lui a permise de se réconcilier avec elle-même.

Sénégalaise d’origine, béninoise par alliance, Mariétou M’BAYE, veuve BILEOMA, est née à Malem Hodar, commune rurale et chef-lieu département, dans le Saloum, dans la province de l’ancien royaume du N’Doucoumane (La plus haute cour du Roi, en Sérère), en pays Sérère, dans l’actuelle région de Kaffrine, au Sénégal. «Mes personnages ont besoin d’air et d’espace. Peut-être que cela est lié à mon village natal, Malem Hodar, des paysages à perte de vue, de l’espace infini» dit Ken Bugul. Pour conjurer le sort, on  donne ce prénom au Sénégal à un nouveau-né dont la mère a fait plusieurs fausses couches. «Ken Bugul» signifie en wolof, comme en Peul (Aladjiddo), «celle dont personne ne veut, même pas la mort». Mariétou M’BAYE, de son vrai nom, se singularise par sa sincérité déconcertante, sa capacité d’indignation et son goût de la provocation, à tel point que son éditeur, dans son premier roman, «Le Baobab Fou», lui a recommandé de prendre un pseudonyme. Mariétou a pris le nom de plume de «Ken Bugul» tiré de son roman «le Baobab Fou» : «Je suis née Mariétou. Je suis devenue Ken Bugul avec le Baobab fou. C’est vrai qu’à un moment donné j’ai voulu revenir à Mariétou. Mais je ne l’ai pas fait parce que j’ai commencé à aimer Ken Bugul pour son symbolisme» dit Ken Bugul. L’inspiration littéraire de Ken Bugul est fortement influencée par le sentiment d’abandon, par le manque d’attachement de ses parents : «Tout être avait besoin d’être soutenu, loué, remercié, glorifié, reconnu, galvanisé, subjugué, haï, aimé, meurtri, brimé. Tout être avait besoin d’être quelque chose. Or, abandonnée, je me sentais sans l’affection des miens, sans repères émotionnels» écrit Ken Bugul. En effet, elle a toujours cru que personne ne voulait d’elle, même ses parents : «Je maudirai toute ma vie ce jour qui avait emporté ma mère, qui m’avait écrasé l’enfance, qui m’avait réduite à cette petite enfant de cinq ans, seule sur le quai d’une gare alors que le train était parti depuis longtemps» dit-elle. Quand elle est née, son père, un marabout, avait 85 ans ; Ken Bugul n’a pas bénéficié de l’attention qu’elle escomptait de ce père qui passait une bonne partie du temps à prier. Aussi, quand son père est mort, paradoxalement, elle a pleuré : «Ce qui m’a fait pleurer, c’était le fait qu’on me disait orpheline de père, moi qui n’avais pas jamais eu de père. Perdre un père que je n’avais eu. C’était cela qui m’avait fait pleurer» dit-elle. Pourtant Ken Bugul, par sa créativité, la sympathie et la chaleur qu’elle dégage quand on la rencontre, on est sous le charme ; tout le monde en veut. En particulier, et contrairement certaines écrivaines, pourtant mieux primées, Ken Bugul a, particulièrement, retenu l’attention des critiques littéraires si l’on en juge sur le nombre de thèses et articles sur sa contribution littéraire originale et imposante (voir ma bibliographie qui n’est que sélective) ; ce qui lui a valu d’être élevée au rang d’officier des Arts et Lettres du gouvernement français. Née avant l’indépendance Ken Bugul, à mon sens, est avant tout sociologue et psychologue ; elle décrit, fidèlement, dans ses ouvrages, diverses institutions traditionnelles (mariage, fiançailles, coutumes et moeurs, la vie, la mort, pouvoir religieux, etc.) qui peuvent disparaître ou se modifier avec la fuite du temps. Son témoignage, de ce point de vue, est particulièrement précieux pour l’histoire de la société sénégalaise. Ken Bugul a pris conscience, en dépit du principe affirmé de l’assimilation, que le colonisateur a une conception racialisée et ethnicisée de la République ; elle était du côté des vaincus : «Je viens d’un pays, où la colonisation a le plus divisé les populations. La société était divisée en trois classes : la première était celle des Occidentaux, la seconde celle des assimilés et la troisième celle des indigènes dont je faisais partie. La situation des indigènes était dramatique. Ils n’avaient aucun privilège, ni celui des Occidentaux, ni celui des assimilés, mais on leur demandait pourtant de penser et d’agir comme eux» dit Ken Bugul. Sur le plan littéraire, Ken Bugul a adopté des formes du langage que sont notamment la musicalité et les jeux de mots qu’elle tient, dit-elle, de sa mère : «La langue maternelle, c’est des sentiments, des odeurs, des sonorités, des attouchements. C’est la langue de ma mère et non la langue de la mère de tout le monde».  Dans cette quête du langage poétique et de sincérité, Ken Bugul s’appuie donc sur cette Afrique profondément maternelle. «La partie de la langue maternelle de mes premières années que j’ai passées avec ma mère (…) ça m’a permise d’acquérir et de renforcer une nouvelle langue pour mon écriture» dit-elle. Pour Ken Bugul ayant décidé d'écrire ses romans dans une langue caractérisée par des effets de maternement et de mutilation, on peut donc parler de l'institution d'une langue individuelle en marge de celles de la société. C'est pourquoi ce n'est que justice d'appeler cette langue par le nom de son auteure, soit la langue «bugulienne».

Dans la contribution littéraire de Ken Bugul, un ensemble se dégage, formé par trois romans inspirés d’une vie éclatée, hachurée, qui finalement parvient à l’unité. Ken Bugul est à la fois l’auteure, la narratrice et le personnage de ses récits. Dans «Le Baobab fou», «Cendres et Braises» puis «Riwan ou le chemin de sable», Ken Bugul met en scène une trajectoire qui conduit la narratrice âgée de 20 ans du Saloum en Belgique, puis à Paris vers la trentaine. L’enfance de Ken Bugul s’est déroulée durant la colonisation. L’école coloniale, facteur d’aliénation et de reniement de soi, est à l’origine, indirectement, d’une déchirure fondatrice dans son existence. «J’étais allée à l’école française, la plus jeune de l’unique classe et la seule fille de ma famille à compter toutes les générations, à avoir franchi le seuil d’une école […]. L’école française qui allait bouleverser mille mondes et mille croyances qui se cachaient derrière les baobabs médusés en prenant des formes humaines» écrit-elle. Au départ, un voyage pour études ; à l’arrivée, une chute dans la spirale de l’errance, de l’oubli de soi, et de la perte des repères affectifs et idéologiques. De cette enfance, Ken Bugul est traumatisée par l’abandon momentané, mais vécu comme définitif, de la mère séparée du père, et l’incompréhension qu’il a suscitée chez Ken Bugul alors âgée de 5 ans. «Un jour, ma mère est partie avec mes grands frères dans un autre village pour qu’ils puissent aller à l’école», explique-t-elle. Ken Bugul a été confiée  son père. Cet abandon n’a duré qu’un an, mais il est à l’origine de son besoin d’écrire. «La souffrance a été d’autant plus grande que son père, lui aussi, était absent. À ma naissance, il était âgé de 85 ans. Il avait plusieurs épouses, et je me suis retrouvée plus jeune que tous mes neveux et nièces. J’entendais tout le monde l’appeler grand-père, alors il est devenu aussi mon grand-père» précise Ken Bugul. Ce lien familial distendu, ce vide, a été comblé par l’école française. «J’ai toujours aimé écrire. Quand j’étais au lycée, je fais de grandes rédactions, j’ai aimé beaucoup développer. J’écrivais beaucoup de poèmes, de longues lettres à mes amis. Mais pour ce qui est d’écrire un livre, l’idée ne m’est presque jamais venue» dit-elle. Première fille d’une famille très traditionnelle à avoir accès à l’éducation moderne : «Tout ce qui m’intéressait à l’époque, c’était l’école française. Je m’étais rendu compte que j’avais une facilité d’assimilation qui me permettait d’apprendre et il y avait beaucoup à apprendre et il y en avait pour tout le monde» dit-elle. Comme tous les Sénégalais musulmans, Ken Bugul fréquente l’école coranique : «Parmi les locataires Toucouleur qui habitaient la maison, j’avais trouvé l’un d’eux, Thierno Alassane BA, quelqu’un qui me fit connaître le Coran autrement que par la méthode aveugle dont on usait». Lycéenne, Ken Bugul voit pour la première fois le sexe d’un homme «Un grand Toucouleur, beau comme les géants que les négriers embarquaient, était toujours allongé, accoudé sur un coussin. Habillé d’un pantalon bouffant (…), il s’arrangeait pour que son sexe passât par la fente du pantalon bouffant, gracieusement offert aux regards qui s’attardaient. Tel est le mien. Au début cela m’amusait seulement, et par la suite, éveillait, chez moi, un désir fort de le toucher, de le voir entièrement» dit-elle. En militante de la cause africaine, Ken Bugul sera déçue par l’indépendance acquise le 4 avril 1960 : «Je ne constatais aucune acquisition d’identité propre, aucun souffle. L’indépendance était comme la reconnaissance et l’officialisation de la dépendance». Lycéenne, Ken Bugul a assisté à un événement planétaire, le Festival mondial des Arts nègres : «Ce fut une immense fête en hommage à la racine, mais le contexte historique de l’aliénation dévia de l’essentiel. (…) Ce qui restait de l’Afrique fut étalé dans un spectacle de divertissement entre vaincus et vainqueurs. (…) Le Festival devait manifester l’essence de l’homme noir aboutit à la déculpabilisation du colonialisme» dit-elle.

Après ses études primaires au village, Ken Bugul fréquente le lycée El Hadji Malick SY à Thiès, puis l’université de Dakar, et se rend, par la suite, en Belgique, en «Terre promise» en Occident. Là, c’est le choc. «Un miroir m’a soudainement révélé ma «noirceur». J’ai compris que mes ancêtres n’étaient pas gaulois», écrit Ken Bugul qui plonge dans la drogue et la dépression. En effet, Ken Bugul obtient une bourse de l’Office de la coopération au développement afin de se rendre en Belgique : «Ce matin-là, nous nous faisions nos adieux. Je partais. Les autres restaient. Je partais très loin. Je m’arrachais pour tendre vers le Nord. Le Nord des rêves, le Nord des illusions, le Nord des allusions. Le Nord référentiel, le Nord Terre promise». Cette culture occidentale qui exerce un puissant attrait sur Ken Bugul semble pourtant dévaloriser et disqualifier les valeurs ancestrales africaines : «Durant ces premières années d’indépendance, je ne songeais qu’à mon émancipation. Je voulais être une femme bardée de diplômes qui épouserait un homme bardé de diplômes de l’école occidentale. […] À l’école on m’avait appris à considérer les hommes de mon village comme des sauvages, des gens qui ne connaissaient pas les bonnes manières, faisaient l’amour avec brutalité, ne respectaient pas la femme et s’accouplaient à tort et à travers». Ken Bugul découvre toute la noirceur de la vie en Occident et le relate dans son roman le «Baobab fou». Elle racontera son «deuxième enfer» et sa tentative de suicide dans «Cendres et braises». Consciente de cette force d’acculturation de la culture française, sans lui offrir d’autres perspectives, et afin de se dégager de ce rapport de domination, Ken Bugul entreprendra la reprise en main de sa propre histoire, de son identité culturelle. Ken Bugul face à cette hybridité, cette narration du Moi traversant une diversité culturelle, cette «aventure ambiguë» digne de Cheikh Hamidou KANE, (voir mon post), a décidé de reconquérir l’unité de sa personne, la possibilité d’exister soi-même parmi les siens, le pouvoir de s’exprimer, de se raconter et de se mettre en scène. Une possibilité conquise sur le fil de l’existence même. L’aventure s’est bien terminée mais elle a été violente : le passage par l’école coloniale, l’assimilation d’autres références culturelles que les siennes propres, le sentiment de ne plus trouver sa place, d’être un être déraciné qui va puiser dans le mirage de l’ailleurs des racines fantasmées, et, là-bas, l’épreuve du regard de l’autre, sans pitié. «Il n’y a pas de récit éthiquement neutre. La littérature est un vaste laboratoire où sont essayés des estimations, des évaluations, des jugements d’approbation et de condamnation par quoi la narrativité sert de propédeutique à l’éthique» dit Paul RICOEUR.

Ken Bugul est partagée entre deux mondes, mais elle a développé un pouvoir de création apaisé dans son rapport à l’autre. Elle avait un besoin de retour aux sources, une «migritude», c’est ce désir et le fait de migrer mais aussi le désir et le fait de retourner au pays natal. Ainsi, après une carrière de fonctionnaire internationale de 1986 à 1993 qui l’a conduite dans différents pays africains (Kenya, Congo, Togo), Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire, Ken Bugul séjournera au Bénin et exercer les fonctions d’animatrice culturelle. Elle est installée au Sénégal depuis le décès de son mari béninois, et poursuit sa carrière littéraire. Elle aimerait écrire une trilogie sur la vie à Dakar, la capitale de son enfance.

La contribution littéraire de Ken Bugul dépasse largement ses combats pour le féminisme. Ainsi, dans la «Pièce d’or», Ken Bugul dénonce la faillite de la démocratie en Afrique, les turpitudes des pouvoirs, le dévoiement des religions, mais envers et contre tout elle dit une Afrique où hommes et femmes se tiennent debout, résistent et portent l'espoir. Dans la «Folie et la Mort» ce qui est en cause c’est l’agonie de l’Afrique en proie aux démons de la guerre civile, de la pauvreté, de l’endettement et tout un cortège de handicaps. «Cacophonie» est un monologue intérieur,  dans la construction de soi, un refus de se résigner, un optimisme et une espérance pour un monde meilleur. «Je suis Africaine. Je vis au quotidien la souffrance de mon peuple. Je ne suis pas un spectateur. L’Afrique est ma patrie. Malgré tous ces problèmes, malgré toute la folie renaîtra» dit-elle. 

J’exclus de cette étude les romans de Ken Bugul, militante de la cause africaine, qui sont par ailleurs inséparables du combat pour les femmes. J’ai délibérément choisi les trois romans autobiographiques de Ken Bugul dans lesquels elle a pu faire entendre la voix des femmes écrasées par le patriarcat et le colonialisme. «Moi, je n’aime pas les gens qui passent leur temps à se plaindre. Surtout les femmes. Quand on est dans une situation insupportable, on s’en libère, c’est tout» dit-elle. «Mes Hommes à moi» sont de la même trempe. Assise au comptoir d’un bar parisien du XIIIème arrondissement, la narratrice se souvient de tous les hommes qui l’ont aimée ou qu’elle a séduits ; elle évoque son «jardin intérieur» et veut parler de quelque chose. Ken Bugul exhume les fantômes de sa propre histoire pour guérir du mal-être qui la ronge depuis l’enfance. «Moi aussi j’ai mon histoire que j’ai essayé de travestir. J’ai essayé de forcer le destin. J’ai essayé de camoufler mon histoire comme un caméléon en vivant les histoires des autres ou en en faisant d’autres histoires» dit-elle.

 

I – Ken Bugul, l’aliénation raciale et le combat des femmes

A – Le baobab fou, une écriture thérapeutique, dans une démarche féministe

Le Baobab fou est un roman autobiographique qui relate le parcours douloureux d’une étudiante africaine en Belgique, qui fait l’expérience de la liberté sexuelle en s’appuyant sur son exotisme : «les êtres écrasés se remémorent» dit-elle. Pourtant, ses parents l’avaient prévenue à la veille de son départ pour l’Europe : «Quand on est dans un pays étranger, on ne doit pas beaucoup parler, ni  beaucoup circuler, ni beaucoup faire de connaissances ; t’occuper seulement de tes études. (…) Fais attention aux gens de ces pays-là». Dès lors naît entre le personnage principal Ken et son pays d’origine une relation d’amour presque irrationnelle menant à la folie, d’où le titre du roman «Le Baobab fou». Son enfance la prédisposait à l’assimilation «Sans repère véritable, j’ai décidé de m’identifier à l’Occident. Je suis devenue Blanche, tout en restant Noire» dit-elle dans un entretien avec Michel MAN. L’étudiante n’arrive pas à nouer une relation saine avec les autres Africains vivant en Belgique : «Je n’arrivais pas à redémarrer. […] Le temps passait en introspections, en quête de racines imaginaires. […] Je n’arrivais pas à me lier avec les Africains des autres nationalités. Les envahisseurs nous avaient séparés, portés les uns contre les autres et nous n’étions pas arrivés à nous en sortir».

«J’étais en Terre promise. Ça y est. A moi la vie» dit Ken Bugul oubliant ainsi les recommandations de ses parents. «Je pense que la folie vient de ce décalage contre ma réalité d’Africaine, d’indigène et le personnage que l’école voulait faire de moi. Le déséquilibre psychologique m’a poussé à m’enfoncer dans cette aliénation dont les signes étaient l’imitation servile des Blancs» dit-elle à Michel MAN. En voulant s'assimiler à la civilisation occidentale, l’héroïne du roman devient un objet de curiosité pour de nombreux Blancs attirés par sa peau noire et se perd dans les méandres de la marginalité. «Tu plais aux hommes. Ken, tu es une Noire, tu peux te faire une fortune» se dit-elle. L’héroïne, danseuse et entraîneuse dans un bar, tombe enceinte, avorte et découvre l'homosexualité, perdant dès lors tout repère corporel. «Je ne prenais aucune précaution. J’étais trop prise à la découverte de l’Occident, trop empressée d’être reconnue trop impatiente d’être dans le coup» dit-elle. C’est l’expérience des bars, des salons de massage, la rencontre d’une Suissesse et de deux Tunisiens qui l’entraînent vers la prostitution. Ken Bugul n’est ni droguée, ni prostituée comme le personnage de son roman dans le «Baobab Fou», mais elle a admis des déviances : «Quand je dis prostitution, ce n’est pas le tapin. C’est-à-dire quelqu’un qui se met sur le trottoir en mini-jupe. Moi, je me donnais aux hommes par besoin d’affection et de reconnaissance, du fait de mes antécédents d’une petite fille dont personne ne voulait. (…) Sinon, je n’avais pas de problème matériel parce que dans le Baobab fou, on voyait que je fréquentais la haute bourgeoisie bruxelloise, les comtes et les barons. Je ne manquais de rien.  Je dormais dans des maisons particulières comme on dit. J’allais dans des maisons de campagne, dans des relais de chasse. Donc, je me donnais comme ça par besoin d’affection et pour combler un vide affectif (…) Donc, c’est ça cette forme de prostitution, en fait». Quand l’héroïne du roman est engagée comme allumeuse et entraîneuse dans un bar, le restaurateur lui délivre sa conception de la femme : «Une femme ne peut être rien d’autre que de la consommation. (…) Si tu veux gagner de l’argent, cesse de discuter avec les clients de métaphysique, de Sumer et de poésie. Nous ne sommes pas des poètes, nous». Ken Bugul abandonne ses études et fréquente les milieux aisés de Bruxelles et joue de son exotisme : «J’allais donc partout et j’étais partout celle qu’on remarquait. Parce qu’elle était noire, et aussi parce que, par désespoir, elle s’accrochait et elle osait […]. Ces gens riches étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, ils absorbaient la diaspora pour l’originalité» dit-elle. Ken Bugul croyait bien connaître les Blancs pour les domestiquer et les manipuler : «J’étais une Noire, provocante, sophistiquée, qui connaissait leur culture, leur civilisation. Ils en étaient surpris». Elle en jouait un peu de la couleur de peau : «J’essayais de scandaliser la société, dans des robes transparentes aux couleurs vexantes […] le jeu de la couleur noire : être une femme noire qui plaise à l’homme blanc […]. Moi qui avais rêvé d’un foyer, d’un père, d’une mère, d’ancêtres, moi qui voulais être reconnue ! J’étais jetée dans la cage des fantasmes inassouvis et des chevauchées dans le rêve surréel». Ken Bugul ne savait plus où se situer dans sa nouvelle vie en Terre promise : «Je découvris les restaurants de luxe, les week-end de luxe, les maisons de luxe. L’Occident dans sa chute généreuse. (…) J’étais le pion dont ces gens-là avaient besoin pour s’affranchir d’une culpabilité inavouée» dit-elle. La rencontre d’une Argentine au restaurant grec, avait conduit Ken Bugul sur les chemins de la grande marginalité et donc «la chute vertigineuse dans l’alcool, de la drogue, l’amour en groupe».

Le colonisé, au contact avec l’Occident, se rend compte du drame, de la folie qui l’affecte : «La folie vient de ce décalage entre ma réalité d’Africaine, d’indigène et le personnage que l’école voulait de moi» dit-elle à Michel MAN. Voulant acheter une perruque lors des premiers jours de son séjour en Belgique, elle constate celle-ci n’était pas faite pour elle. Ridiculisée, avilie et anéantie, Ken Bugul sombre dans la désillusion et songe à ses racines. «Je me suis rendue compte que j’étais une femme : j’avais des épaules, une poitrine, des formes qui se dessinaient et j’ai pris conscience que j’étais convoitée. (…). Je me suis retrouvée la proie des hommes. Quand je suis arrivée en Occident, entourée de tous les Blancs, je me suis rendue compte alors que j’étais Noire, et que le Noir supposait des tas de fantasmes» dit-elle. Seulement, par moments, l’éducation référentielle, la tradition reprenait le dessus. «Cet ouvrage, courageux et sincère est une confession, parfois choquante, mais toujours touchante, d’une écrivaine qui voulait régler ses comptes avec la culture française et les dégâts qu’elle a occasionnés aux colonisés en leur faisant croire que c’était la leur, leur famille», écrit Isabel Esther GONZALEZ ALARCON. En effet, en faisant le pari de la provocation et de l’exotisme, l’étudiante est tombée dans son piège ; elle s’est faite chosifiée devenant ainsi le jouet des hommes, avec un racisme latent et un machisme avec des relents colonialistes. «J’étais avec des gens qui soudain m’étaient devenus étrangers» dit-elle. En effet, sa dignité humaine est fondamentalement bafouée : «J’étais souvent avec les Blancs ; je discutais mieux avec eux, je comprenais leur langage. Pendant vingt ans je n’avais appris que leurs pensées et leurs émotions. Je pensais m’amuser avec eux, mais en fait j’étais plus frustrée encore : je m’identifiais en eux, ils ne s’identifiaient pas en moi». Ken Bugul sera confrontée au racisme, celui des parents de Laure qui ne voulaient pas la voir : «Ce n’est pas moi qu’ils détestent, c’est toute ma race» dit-elle.  Déçue, rejetée, martyrisée et marginalisée par  «la Terre Promise», elle finira par regagner son pays d’origine : «J’avais pris l’avion folle de rage et de désespoir. Le non-retour des choses avait amputé la conscience. Le rétablissement était devenu impossible. Rétablissement de l’enfance perdue, envolée un après-midi, la première fois que j’avais vu un Blanc» dit-elle. En effet, enfant, Ken Bugul avait ses rêves qui sont brisés par la Terre promise : «Moi qui avait rêvé d’un foyer, d’un père, d’une mère, d’ancêtres, moi qui voulait être reconnue ! J’étais jetée dans la cage des fantasmes inassouvis et des chevauchées dans le rêve irréel» dit-elle. A la recherche de ses racines, elle veut redevenir elle-même à l’ombre morte du baobab qui l’a vue naître «Sans paroles, je prononçais l’oraison funèbre de ce baobab témoin du départ de la mère, le premier matin d’une aube sans crépuscule. Longtemps, je restais là devant ce tronc mort, sans pensée». Pour Ken Bugul, le baobab revêt une puissance hautement symbolique, cet arbre la faisait revivre. Enraciné, le baobab est protecteur comme la mère ou le père, et «il est le symbole de l’endurance. Si le baobab résiste à toutes les épreuves c’est parce qu’il est resté attaché au sol du fait de ses racines qui sont profondément ancrées dans la terre. (…) La mort du baobab à la fin du roman symbolise ma propre mort. Ou disons, par cette mort, le baobab me faisait revivre».

B – Cendres et Braises, se libérer des préjugés raciaux

«Cendres et Braises» est la suite du «Baobab fou» ; l’héroïne du roman n’est plus Ken Bugul, mais Marie N’Diaga M’BAYE qui retourne dans son village, mais la greffe n’a pas pris et s’interroge  : «Là, devant ce tronc mort, sans pensée». Marie repart pour Dakar, la capitale du Sénégal et renoue avec le mimétisme de l’Occident, l’assimilation. Ken Bugul suit à Paris un homme rencontré, brièvement, à Dakar, qui sera son compagnon durant cinq ans, et vit une relation violente qui la mène un peu plus loin dans le cauchemar. «Il refusait que je fréquente des Noirs, mais il me considérait malgré tout comme sa négresse. Et sa maîtresse, car il m’avait caché qu’il était marié. Jusqu’au jour où sa femme a demandé le divorce et où il a perdu son boulot. Alors, il a commencé à me frapper. Un jour, il a appelé la police et m’a fait interner à l’hôpital Sainte-Anne. J’ai vécu des choses atroces».  Ce roman traduit le malaise identitaire : «La présence du fou est une claire indication de la faillite sociale. Le fou devient l’inévitable espoir dont le peuple a besoin pour guérir, et espérer des lendemains meilleurs» écrit Michel MAN. L’amant devient violent et irascible «Mon compagnon me ramenait constamment à ma race. «J’en avais assez des sales Nègres ! Sale race !». J’ai découvert qu’il était marié. Ce qui n’était pas fait pour arranger notre relation» dit-elle à Michel MAN.

L’héroïne du roman, après avoir vécu dans la société française qui l’a rejetée, cherche à donner un sens à sa vie : «J’étais revenue chez moi, j’étais revenue me réadapter, j’étais venue me désaliéner. J’étais revenue me purifier» dit-elle. Ce roman, à caractère autobiographique, expose comment la peur de partir est peut-être plus grande que la peur d’être tuée, d’être rejetée par la société traditionnelle. Marie souhaite être acceptée et intégrer une structure familiale et sociale. Elle redoute la solitude et l’isolement qui sont synonymes de mort sociale «Ce n’était pas ici que je voulais venir, mais je ne savais plus où aller. Pourtant l’être humain fuyait instinctivement la mort» dit-elle. «Quand tu ne sais plus où tu vas, retourne d’où tu viens» énonce un dicton africain. Femme brisée, seule et démunie, déchue elle rentre au Sénégal. Considérée comme folle, rejetée par sa famille et la société. De 1979 à 1980, elle dort dans les rues de Dakar, fréquente les marginaux, les mendiants, les prostituées et les artistes. Epuisée, elle rentre dans sa famille. Marie finira par revenir au village, auprès de sa mère et épouser un marabout polygame. Vidée et anéantie par séjour en «Terre Promise», au seuil d’une nouvelle étape de sa vie : «Je suis retournée au village après mon second retour d’Europe. Pour beaucoup j’étais folle. Quand je suis allée au village, je ne sortais que la nuit. Un jour j’ai entendu dire que le marabout est arrivé au village. Je suis allée le voir. Un peu plus tard, j’ai appris qu’il m’a épousé» dit-elle à Michel MAN.

Ken Bugul renonce au suicide et veut reconstruire pour renaître, s’appartenir et être en paix avec soi-même. «C’était dans ce village que je revenais après des années et des années à l’étranger. […] Revenir à la Mère, revenir aux origines, revenir aux sources des choses, revenir dans l’environnement, revenir dans l’atmosphère, revenir au familier, revenir pour la confrontation» dit-elle. Cette disponibilité d’esprit l’a sauvée de la déchéance  «J’avais sous-estimé la capacité des sources, des origines à récupérer les siens. J’avais retrouvé mon village, mes sens, mon milieu, mon moi-même posé dans un petit coin et qui m’attendait depuis. J’étais réintégrée dans la société et remplissais mes engagements vis-à-vis d’elle avec beaucoup de bonheur. Je ne me sentais plus isolée. Je fonctionnais dans un milieu familier, avec les repères de mon environnement et les références de mon éducation traditionnelle» dit-elle. Ken Bugul trouvera refuge, écoute et réconfort chez un marabout, un homme sage et vénéré qui la prendra comme 28ème épouse, lui permettant ainsi de se réintégrer dans sa société et la soutiendra dans son désir d’écriture et de liberté. «Durant mon séjour au village, j’avais épousé un homme et j’ai vécu dans un harem. (…) Je ne l’ai pas épousé parce qu’il avait plusieurs épouses mais cela m’a permise d’avoir moins d’idées préconçues sur ma façon de rencontrer un homme de vivre avec un homme» dit-elle. Ken Bugul précisera son désir de renaître et de s’appartenir : «Pour moi, le plus important dans cette rencontre avec le Serigne, c’est qu’elle m’a permise de me retrouver. Il fait que je retourne à mes origines».

II – Ken Bugul, renaître et s’appartenir

A – Riwan ou le chemin de sable, le retour aux sources

Dans son troisème roman autobiographique, «Riwan», elle revient plus longuement sur cette rencontre avec un marabout Mouride qui l’a sauvée :«La disponibilité que j’avais pour recommencer, pour apprendre, pour être, pour vivre, m’avait aussi permis d’accepter que tout à coup on m’annonçât que j’étais mariée à un homme à mon insu, un homme qui était un Serigne, un grand Serigne, un homme qui fut avant tout un ami et un confident». Ken Bugul insiste sur le fait que cette soumission n’est rendue possible que par la liberté du disciple qui choisit son marabout et noue avec lui son destin. L’accomplissement du Ndigueul devient la conséquence même de sa quête spirituelle et sa finalité : atteindre la pleine disponibilité d’un être libre et fidèle aux siens.

Ken Bugul rejette la conception de la femme dans la société traditionnelle. Dans celle-ci les femmes rivalisaient à qui se soumettrait le plus à l’homme. Tête baissée, comme une servante antique, la femme s’accroupissait devant lui, prête à le servir et à assouvir ses désirs ; elle se donnait à l’homme. Dans ses rêves de jeune fille, et en femme moderne, Ken Bugul avait d’autres ambitions : «Je voulais l’amour. C’était pour quelqu’un avec qui je pourrais pleurer et rire» écrit Ken Bugul dans le «Baobab fou». L’auteure regrette d’avoir voulu être chose : « une personne quasi irréelle, absente de ses origines, entrainée, influencée, trompée». Elle aurait dû rester elle-même. Pourtant Ken Bugul, la féministe, va devenir la 28ème épouse d’un marabout ; elle s’insère dans une société traditionnelle qu’elle avait cherché à fuir : «Vivre une telle expérience a ouvert en moi beaucoup de portes personnelles. Cela m’a guérie de beaucoup de choses, de ma possessivité et de ma jalousie avec mes hommes» dit-elle. Ken Bugul n’a pas été une femme remise au marabout : «J’étais revenue pour mourir ou renaître, j’étais devenue brusquement l’épouse du Serigne, la plus haute autorité de tous les environs, la référence morale, matérielle, spirituelle, presque le garant du Paradis. Je n’avais pas été donnée, ni remise en signe d’allégeance. Je l’avais provoqué et séduit». Ken Bugul voulait appartenir à son propre choix et cherchait un homme évolué, doté de comportement, d’aptitudes «quelqu’un seulement intelligent, qui a du vécu, qui a souffert, non seulement de sa propre misère, mais aussi celle des autres, (…) un homme sensible au sourire et aux larmes d’un  enfant». En revanche, ces jeunes filles «livrées» au marabout par leur famille, c’est la soumission, l’obéissance, la vénération et le silence des sens. Dans cette société traditionnelle, «vivre, c’était vivre en conformité avec les règles qui régissaient les conduites dans son environnement (…). Vouloir se rebeller (…) revenait à se condamner à une mort certaine, une mort mentale, sociale, culturelle» écrit Ken Bugul. En revanche, Ken Bugul, a désiré ce marabout : «Le Serigne me plaisait, je m’entendais bien avec lui, je le trouvais intelligent et évolué, et je voulais devenir son épouse. (…) Comment offrir à ce Serigne, un corps meurtri par des amours sauvages, ce corps blessé par une vie tumultueuse, d’une vie de recherches, de quête, d’identification, d’abandon, de retrouvailles manquées avec la mère, de retrouvailles manquées avec la source».

Ken Bugul avait senti, à travers ce mariage polygamique avec un marabout, une démarche de réhabilitation intérieure, une possibilité d’exorciser l’aliénation et le mauvais sort. «Je me sentais de plus en plus en harmonie avec moi-même. Je guérissais comme d’une longue et douloureuse plaie intérieure. (…) Le Serigne m’avait offert et donné la possibilité de me réconcilier avec moi-même, avec mon milieu, avec mes origines, mes sources» dit-elle. Par conséquent, «Riwan» n’est pas donc une apologie de la polygamie. Ainsi, les trois personnages qui aiment le Serigne, à leur manière, et se sont libérés de leurs fers : la folie pour Riwan, l'ignorance, la transgression et la fuite pour Rama, et le mal-être pour la narratrice qui confie avoir «retrouver une identité reconstruite, apaisée et réconciliée avec elle-même».

Son retour a constitué une réponse qui se pose sous la forme d’une promesse : celle de la sauvegarde de cette identité collective qui s’exprime à travers elle, celle du maintien des autres à travers soi, de leur mémoire, de leur culture. «Personne ne pouvait me saluer sans marquer une révérence. (…) Tout à coup je me retrouvais en grande dame dans ce village où j’avais été rejetée, méprisée. (…) Pour ma mère c’est aussi important. Cette réhabilitation, ma réhabilitation, était aussi la sienne. Elle avait secrètement souffert de ce que je représentais, de ce que le chemin de sable avait enseveli, comme commérages, les sous-entendus et les malentendus encaissés». En droit musulman, l’homme a droit à quatre femmes, les autres femmes font partie du «Tara». Pour Ken Bugul cette forme de polygamie redonne à ces femmes leur dignité : «Soit ce sont des veuves, soit des femmes rejetées par la société. Il récupérait ces femmes et celles-ci pouvaient s’en aller quand elles voulaient. Le «Serigne» pouvait aussi trouver un mari à l’une d’entre elles et la libérer. Il n’était pas question d’accumuler des femmes. C’était récupérer des femmes pour les réinsérer dans la société» dit-elle. Le marabout «me donna confiance en lui, en moi-même, en Dieu, en l’univers» dit-elle. A travers cette expérience de la polygamie, Ken Bugul déclare que «ces femmes m’avaient appris, sans doute à leur insu, la sérénité. J’étais presque aguerrie et comblée. J’avais découvert le plaisir, la jouissance, le jeu stimulant de la rivalité, (…) surtout la patience».

B – Libérer la Femme de son asservissement

«Le Baobab fou», à première vue semble faire l’apologie de la liberté du plaisir, de la jouissance par l’amour physique sous toutes ses formes ; c’est un acte de défiance à l’autorité masculine et au patriarcat en vue d’émanciper la femme de la tutelle masculine. «Le printemps et l’été se confondirent pour moi. Je devenais mondaine. Etre invitée, recevoir, les vernissages, les rencontres avec les personnages surgis d’un autre univers» écrit Ken Bugul, ivre de sa nouvelle liberté. Mais la femme possède les commandes dans cette relation sexuelle et se révolte contre les traditions qui l’oppressent. Ken Bugul pose la question de la liberté sexuelle, de l’homosexualité, du lesbisme et de la prostitution pour dénoncer toutes les oppressions dont sont victimes les femmes en Afrique. «J’avais découvert le corps en dehors de la sensation et de la réflexion. Désormais, je regardais les êtres humains en les enveloppant de leurs corps. (…) La liberté c’était la paix» dit-elle. C’est en ce sens que Ken Bugul est une éminente et penseuse de la théorie féministe pour libérer la femme du joug du patriarcat et toutes les traditions conservatrices.

Ken Bugul s’attaque ainsi à diverses institutions qui symbolisent le conservatisme et l’asservissement de la femme comme la virginité, le mariage, l’avortement, la prostitution, l’homosexualité. En effet, la virginité représente, dans l’imaginaire africain, un symbole d’abstinence, de pureté, et de bonnes mœurs pour la femme. Perdre sa virginité hors mariage en tant que femme serait alors un scandale et un déshonneur pour sa famille. L’héroïne perd sa virginité étant mineure puisqu’elle soutient être violée par son instituteur : «Je repensais à tout ce qui m’était arrivé depuis que ma virginité qui me rattachait à toute une génération s’était envolée avec mon professeur d’histoire». L’instituteur représentant une autorité administrative a une ascendance sur ses élèves et n’a pensé qu’à assouvir ses désirs sexuels. En posant la question de la virginité, Ken Bugul dénie aux hommes de transformer le corps de la femme en un objet de plaisir, et réclame la liberté sexuelle de la femme, condition essentielle de son honneur et de sa dignité.

Ken Bugul met sur la table les questions du mariage et de l’avortement. Dans la tradition africaine musulmane, la naissance d’un enfant bâtard est un déshonneur, un affront et une souillure pour la famille et la femme qui accouche, hors mariage, est assimilée à une prostituée. Or, dans le  «Baobab fou», la jeune étudiante tombe enceinte de Louis, refuse le mariage et se fait avorter : «Le soir, Louis me proposa à nouveau de nous marier, de garder l’enfant, d’aller vivre ailleurs, même en Afrique. Pour moi, il n’en était pas question. J’avais quitté l’Afrique depuis à peine trois mois. Comment pourrai-je y retourner avec une grossesse et un mari blanc ?» dit-elle. L’avortement, ainsi que le concubinage, restent fondamentalement des questions taboue au Sénégal, dans un pays à 95% musulman. Or, Ken Bugul plaide pour une maternité assumée et des relations sexuelles libres. Ken Bugul dénie ainsi aux hommes le droit de s’ériger en directeurs de conscience pour les femmes.

En Afrique et notamment dans les pays musulmans, la prostitution constitue un déshonneur pour la famille et un péché capital. Ken Bugul en cautionne pas la prostitution, mais milite pour la liberté sexuelle pour s’émanciper du mépris du corps féminin instauré par le patriarcat. La femme doit pouvoir désirer, aimer et disposer librement de son corps. Il fallait donc briser le tabou et décoloniser les mentalités. Ken Bugul pose aussi la question de la drogue : «J’étais dépassée et je me refugiais dans la drogue» dit-elle. Ken Bugul n’élude pas les questions de lesbianisme et d’homosexualité qui suscitent des débats passionnés et irrationnels au Sénégal. Dans ce roman, Ken Bugul relate sa rencontre avec une étudiante italienne Léonora qui lui a servi de préceptrice pour le féminisme et sa seconde relation amoureuse avec Jean Wermer, un peintre libertin et homosexuel. Ces deux rencontres vont contribuer, de façon décisive, à influencer sa doctrine féministe, en faisant d’elle une femme autonome et émancipée. «Je découvris la gentillesse et l’attention particulières des homosexuels pour les femmes. Le milieu ne me déplaisait pas» écrit-elle. De Léonora, elle apprend à se départir de la dépendance masculine et découvre la solidarité féminine dans toutes les circonstances et de Jean Wermer, elle se débarrasse des valeurs traditionnelles africaines qui l’empêchent de jouir pleinement de la vie immédiate : «Cette rencontre m’apporta une idée plus nette des rapports entre femmes. Ma conscience féministe est née» dit-elle. Léonara lui dira «Arrête de jouer, sois toi-même. Mais qui suis-je ?» écrit Ken Bugul.

Ken Bugul estime que l’amélioration des conditions de vie des femmes passe d’abord par leur unité, leur solidarité, leur amitié et leur coalition face à la domination et à l’oppression masculine : «Les femmes se haïssent, se jalousent, se détestent, s’envient, se fuient. Elles ignorent qu’il n’y a pas «des femmes», il y a seulement la femme. Elles devraient se retrouver, se connaître, s’imprégner. (…) Là-bas, dans le village, les femmes se donnaient des conseils, se confessaient, vivaient ensemble» écrit-elle. En d’autres termes, la romancière pense que toutes les femmes du monde ont le même destin commun : celle d’être femme. Et par conséquent, elles doivent mener le même combat contre le système patriarcat qui les asservit, les aliène, et les oppresse au quotidien.

Bibliographie très sélective :

1 – Contributions de Ken Bugul

Ken Bugul, Aller et retour, Dakar, Athéna Edith, 2014, 165 pages ;

Ken Bugul, Cacophonie, Paris, Présence Africaine, 2014, 200 pages ;

Ken Bugul, Cendres et braises, Paris, l’Harmattan, 1994, 190 pages ;

Ken Bugul, De l’autre côté du regard, Paris, Le Serpent à plûmes, 2004, 372 pages ;

Ken Bugul, La folie et la mort, Paris, Présence Africaine, 2000, 235 pages ;

Ken Bugul, La pièce d’or, Paris, Ubu éditions, 2006, 315 pages ;

Ken Bugul, Le baobab fou, Dakar, NEA, 1982 et Paris, Présence Africaine, 2009, 222 pages ;

Ken Bugul, Mes hommes à moi, Paris, Présence Africaine, 2008, 252 pages ;

Ken Bugul, Riwan ou le chemin du sable, Paris, Présence Africaine, 1999, 223 pages ;

Ken Bugul, Rue Félix Faure, Paris, Hoebeck, 2005, 275 pages.

2 – Critiques de Ken Bugul

AHIHOU (Christian), Ken Bugul, la langue littéraire, Paris, L’Harmattan, 2013, 156 pages ;

ALARCON (Isabel Esther Gonzalez), «Douleur, exil et déchéance dans le Baobab fou de Ken Bugul», Cuad. Invest. Filol, 2011-2012, volumes 37-38, pages 139-150 ;

BAH (Hélène), L’écriture thérapie, Paris, Eyrolles, 2008, 168 pages ;

BESTMAN (Ajoke, Mimiko), «Le Womanisme et la dialectique d’être femme noire dans les romans de Ken Bugul et Gisèle Hountondji», Revue du CAMES, novembre 2014, n°2, pages 1-11 ;

BISANSWA (Justin), «Esthétique de la ville dans Rue Félix Faure de Ken Bugul», in Isidore NDAYWEL et Elisabeth MUDIMBE-BOYI, sous la direction de, Images, mémoires et savoirs, une histoire en partage avec Bogumil Koss Jewsiewki, Paris, Karthala, 2009, pages 73-90 ;

BISANSWA (Justin), «L’histoire et le roman par surprise dans mes hommes à moi de Ken Bugul», Œuvres et critiques, 2011, n°2, volume XXXVI, pages 21-44 ;

BISANSWA (Justin), «Les méandres de la géométrie intime dans le Baobab fou de Ken Bugul : du fantasmatique à l’autobiographique», Etudes Littéraires, 2012, volume 431, pages 21-44 ;

BOUDREAULT (Laurence), «Faire texte avec le social : Fatou Diome et Ken Bugul», Recherches Francophones, Cidef-Afi, 2007, pages 11-21 ;

BOURGET (Carine), ASSIBA d’ALMEIDA  (Irène), «Entretien avec Ken Bugul», French Review – Champaign, 2003, vol. 77, part 2, pages 352-363 ;

CHIMOUN, (Mose), «Théories féministes et pratiques de l’écriture chez les romancières européennes et noires africaines», Langues et Littératures, Université Gaston berger de Saint-Louis, février 2001, n°5, pages 63-74 ;

CISSE (Mouhamadou), «Résistance féministe/féminine contre les institutions sociales : Riwan ou le chemin (Ken Bugul), Une si longue lettre (Mariama BA), Traversée de la mangrove de la mangrove (Maryse Condé), et Pluie et vent sur Télumée Miracle (Simone Swartz-Bart», Les Cahiers du GRELCEF, mai 2014, n°6, pages 17-34 ;

DIAZ NARBONA (Immaculada), «Ken Bugul ou la quête de l’identité féminine», Francophonia, 1995, n°4, pages 91-106 ;

DIAZ NARBONA (Immaculada), «Une lecture à rebrousse-temps de l’œuvre de Ken Bugul, une critique féministe, une critique africaniste», Etudes Françaises, 2001, 372, pages 115-131 ;

DIAZ NARBONA (Immaculada), «Une parole libératrice, les romans autobiographiques de Ken Bugul», Estudios de Lengua Y Literatura Francesas, 1998-1999, n°12, pages 35-51 ;

DIOUF (M’BAYE), «Les territoires de l’écriture : dialogue avec Ken Bugul et Edem Awumey», Etudes Littéraires, 2015, n°461, pages 119-133 ;

DUCOURNAU (Claire), «Des consécrations sous conditions, trois cas d’écrivaines africaines contemporaines : Ken Bugul, Calixte Beyala, Fatou Diome», Regards Sociologiques, 2009, n°37-38, pages 149-163 ;

ERNEWEIN (Gabriel), Emergence d’un féminisme africain dans la littérature féminine postcoloniale, étude diachronique du féminisme dans trois romans sénégalais, thèse avril 2016, université de Concordia (Canada), 77 pages, spéc pages 29-49 ;

FALL M’BOW (Mare), L’image de la femme dans le roman sénégalais, de l’oralité à l’écriture, Thèse de doctorat pour le 3ème cycle, sous la direction du professeur Bassirou Dieng, Dakar, Université de Cheikh Anta Diop, 2005-2006, 384 pages ;

FAULKNER (Morgan), «L’histoire d’une histoire, ou la littérature et la vie des «Hommes à moi» de Ken Bugul», Présence Africaine, 2014, 2, n°190, pages 141-153 ;

FIIFI-YANKSON (Louise Nana Figyana), Les rapports mère-fille de «L’Autre côté du regard» de Ken Bugul, et «Le roman de Pauline» de Calixthe Beyala», thèse, université de Ghana, College of Humanities, Department of French, juin 2015, 81 pages ;

GENDRON (Karine), Mise en scène de soi et posture d’écrivaine dans le Baobab fou et mes hommes à moi de Ken Bugul, Maîtrise en études littéraires, Université de Laval (Canada), 2014, 129 pages ;

GERHMANN (Susanne), «La traversée du moi dans l’écriture autobiographique francophone», Revue de l’université de Moncton, 2006, volume 37, n°1, pages 67-92 ;

GONZALEZ ALARCON (Isabel Esther), «Douleur, exil et déchéance dans le Baobab fou de Ken Bugul», Cuad. Invest. Filol, 2011-2012, n°37-38, pages 139-150 ;

HUANNOU (Adrien), «Se tuer pour renaître : la question identitaire dans les romans de Ken Bugul», Mémoire et Culture : Actes du Colloque International de Limoges, Limoges, Pulim, 2006, pages 213-223 ;

HUANNOU (Adrien), Le roman féminin en Afrique noire, Paris, Cotonou, L’Harmattan, Les Flamboyants, 1999 et 2002, 224 pages ;

KAPKO (Mahougnon), Créations burlesques et déconstruction chez Ken Bugul, Cotonou, les éditions des Diasporas, 2001, 76 pages ;

MAGNIER (Bernard), «Ken Bugul ou l’écriture thérapeutique», Notre Librairie, octobre-décembre 1985, n°81, pages 151-155 ;

MALONGA (Alpha-Noël), «Migritude, Amour et Identité : L’exemple de Calixthe Beyala et Ken Bugul», Cahiers d’Etudes Africaines, 2006, n°1, volume 46, pages 168-178 ;

MAN (Michel), La folie de l’Afrique postcoloniale dans le Baobab fou et la folie et la mort de Ken Bugul, thèse sous la direction de Gallimore Béa Rangira, Columbia, University of Misouri, mai 2007, 205 pages ;

MAUZARIC (Catherine), «Fictions de soi dans la maison de l’autre : (Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Fatou Diome», Dalhousies French Studies, 2006, volume 74-75, pages 237-252 ;

MIDIOHOUAN (Guy Ossito), «Ken Bugul : de l’autobiographie à la satire politique», Notre Librairie, 2001, n°1, volume 146, pages 26-28 ;

MONGO-MBOUSSA (Boniface), Entretien avec Ken Bugul, «Briser le tabou qui interdit de parler du corps» Africulture, 4 avril 2016 ;

NGUESSAN (Marie-Régine), Femmes, sexualité et politique dans l’œuvre de Calixthe Beyala, thèse sous la direction de Nadia Setti, université de Paris VIII, 2013, 397 pages ;

RANGIRA (Béatrice), «Pour une relecture du Baobab fou de Ken Bugul», Présence Africaine, 1999 n°3, pages 161-162 ;

RUBERA (Albert), La poétique féministe postcoloniale dans la littérature francophone, autour de l’écriture romanesque de Ken Bugul, thèse sous la direction de Xavier Garnier, Université de Paris XIII, 2006, 856 pages ;

SOWOBODA (Anna), «La peur, l’angoisse et la violence domestique dans les « Cendres et braises de Ken Bugul», Romanica Silesiana, 2016, 11 (1) pages 254-262 ;

TANG (Elodie, Carine), Le malaise identitaire dans les romans de Ken Bugul, Léonar Miano et Abla Fahroud, thèse pour le doctorat en études littéraires, Université de Laval, (Québec) 2013, 274 pages ;

TCHOFFOGUEU (Emmanuel), Les romancières africaines à l’épreuve de l’invention des femmes, essai d’analyse du nouveau discours romanesque africain au féminin (Calixthe Beyala, Ken Bugul, Malika Mokedem), thèse sous la direction de Romuald Fonkua, Université de Strasbourg, 2009, 375 pages ;

TREIBER (Michel), «Les chemins d’une identité narrative», Hommes et Migrations, 2012, n°1297, pages 44-55 ;

ZIETEN (Antje), «L’espace sexué dans Riwan ou le chemin de sable de Ken Bugul», Présence Francophone, 2006, n°67, pages 80-92. 

Paris, le 1er novembre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mme Ken Bugul M’BAYE, une écrivaine sénégalaise pour la dignité des Femmes», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 22:26

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 10:09

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 16:50

Je suis heureux, à cette rencontre, d'avoir échangé avec l'écrivaine sénégalaise, Mme Ken Bugul M’BAYE, M. Abdourahman WABERI, écrivain, M. Doudou DIENE de L'UNESCO, Mme Yandé Christiane DIOP, veuve d'Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, M. Adrien DIOP, M. Karfa Sira DIALLO, et bien d'autres amis. Avec ces universités de Présence africaine,  «on renoue avec la belle tradition de réunir les intellectuels et artistes noirs» dit Mme Yandé Christiane DIOP, présidente des éditions Présence Africaine, et veuve d’Alioune DIOP.

Le programme est riche :

Samedi 21 octobre 2017 :
10 H 30 - 12 H 00 : "Cheikh Anta Diop : un héritage et des questions", avec M’Backé DIOP, Yoporeka SOMET, modérateur Ousmane N’DIAYE ;

13 H - 14 H 30 : «L'écriture et le voyage : regards de femmes", avec Fathia RADJABOU, Ken Bugul, Nafissatou Dia DIOUF, modératrice Aminata THIOR ;

14 H 45 - 16 h 15 : «Romans de la migration », avec Mohamed M’Bougar SARR, Jussy KIYINDOU, Khalid LYAMLAHY, Jean-Roger ESSOMBA, modérateur Yvan AMAR ;

16 H 30 - 18 H 00 : «Les arts : créativité et dynamisme», avec Abd Al Malick, Aïssé N’DIAYE, Jo GUSTIN, Seloua Luste BOULBINA, modératrice Hortense ASSAGA ;

Dimanche 22 octobre 2017 :

10 H 30 - 12 H : «Diaspora noire en Amérique Latine : un héritage lointain et proche», avec Doudou DIENE, Karfa Sira DIALLO, Steve-Régis KOVO NSONDE, modératrice Sophie HARTMANN ;

13 H 14 H : «Aimé CESAIRE», avec Daniel MAXIMIN, modérateur Yvan AMAR ;

14 H 15 15 H 15 : «Souveraineté économique : les enjeux», avec Martial ZE BELINGA, Lamine SAGNA, Kako NUBUKPO, modérateur Joël ASSOKO ;

15 H 30 16 H 30 : «Critique littéraire : vide ou trop plein», avec Réassi OUABANZI, Ninon CHAVOZ, Romuald Blaise FONKUA, Khalid LYAMLAHY, modérateur, Joss DOSZEN ;

16 H 45 18 H : «Féminisme le grand schisme ?», avec Rokhaya DIALLO, Maboula SOUMAHORO, Ken Bugul M’BAYE, Sophie BESSIS, modératrice Stéphanie HARTMANN.

Les arts créativité et dynamisme ?

Les écrivains sont des porteurs de mots soit ils entérinent ou occultent la réalité, dans ce cas c'est un aveu de faiblesse ; soit l'écriture devient un acte militant et devient un moyen de libération. «Le poisson pourrit par la tête» a-t-on coutume de dire. La diaspora a besoin des écrivains, des grands penseurs, pour terrasser cette idéologie coloniale et raciste.

Les racines culturelles influencent l'engagement des auteurs. «Je suis, j'existe», on a besoin de s'exprimer pour pouvoir changer ses conditions de vie. L'acte peut venir au début d'une colère, d'un sentiment d'injustice, de relégation, mais on ne peut rien construire avec la colère. Si on veut donner sens à cette colère, il faut un oui à la justice, à la fraternité et au bien-vivre ensemble. La colère fait sens si on comprend ce qui soutient la révolte, pour une vie meilleure, si on lutte contre l'injustice. La colère stérile, la passion triste destructrice, est à éviter ; il faut privilégier l'amour de la justice. Dans la tragédie et la colère, il faudrait réagir de façon positive «reconnaître les autres à travers son désir» suivant Frantz FANON. Il faudrait abandonner les alternatives et les allégeances : soit on est immigré ou Français. Or, «j'ai besoin de toi pour être moi. Tu as besoin de moi pour être toi» dit Abd Al Malik. L'identité française est diverse, et elle nous enrichit. «La double culture, en s'intéressant à l'autre, favorise le bien-vivre ensemble» dit Aïssé NDIAYE. On vit un monde racialisé, mais il faut être en paix avec soi même, créer des liens de solidarité, en qualité d'être humain. Totalement Français tout en prenant soins et chérissant ses racines.

Diaspora noire en Amérique Latine : un héritage lointain et proche ?

Les esclaves ont résisté en se réfugient dans leur identité culturelle ; ils ont revêtu de la religion chrétienne de croyances africaines. Ils ont reconquis leur humanité à travers une résistance culturelle. Ce qui a fait la résistance des esclaves, leur survie c'est leur créativité artistique. La question de la mémoire est un des enjeux majeurs pour la Diaspora. Certains conservateurs sont en train de réécrire et falsifier l'histoire de l'esclavage. Pourtant le 1er maire noir était noir. Alexandre POUCHKINE a pour arrière grand père un noir. Doudou DIENE a été le grand témoin de cette table ronde.

Aimé CESSAIRE quel message ?

CÉSAIRE et SENGHOR, dans les années 30, se sont questionnés et se sont retrouvés ; ce sont des hommes méprisés qui veulent retrouver leur dignité ; fidèles à internationalisme et profondément des hommes de culture, ils ont adopté une démarche subversive. Ils ont trouvé dans la culture européenne des éléments pour justifier leur humanité et leur liberté. «Assimiler sans être assimilé» dit SENGHOR. On additionne, sans soustraire, on sort du ressentiment par la création et la jubilation. "Haïr c'est encore dépendre" disait CÉSAIRE. Dans ce contexte la langue française n'est pas un outil d'aliénation, mais de libération. "L'émotion est nègre et raison est Hélène" cela a été reproché à SENGHOR. En fait la dimension complète de l'homme c'est à la fois la raison et l'émotion. La politique ne doit pas être dépendre de la politique ; la poésie est au dessus la politique ; il ne faut pas être assoiffé de la politique ; il faut savoir partir quand il le faut c'est pourquoi SENGHOR, à un certain moment donné, a démissionné.

L'Afrique peut-elle penser sa souveraineté économique ?

La souveraineté économique est liée pour l'Afrique aux questions de décolonisation. Les modèles économiques proposés sont les causes d'appauvrissement de l'Afrique. Les biens culturels ont été exclus des modèles. Il faudrait un travail sur la souveraineté de penser. Il n'y a pas de facteurs endogènes de la croissance. L'Afrique n'a pas remis en cause le modèle économique colonial qui privilégiait les cultures d'exportation (coton, arachide) au détriment des cultures vivrières. La question du FCA est d'une grande banalité mais les chefs d'Etats et les économistes africains, vivent dans la banalité certains États sont sortis du FCA (Algérie, Maroc, Mauritanie, Madagascar etc.). «Dormir sur la nappe de l'autre, c'est dormir par terre», dit un dicton africain. L'Afrique peut mobiliser ses ressources pour défendre sa monnaie, notamment ses matières premières et combattre les fuites des capitaux.

Comment évaluer le critique littéraire africain ?

Il y a trois catégories de critiques littéraires pour vulgariser le savoir africain, c'est une démarche engagée. Tout d'abord, le journaliste avec un aspect promotionnel ; l'avantage de la presse c'est la réactivité un public large touché. Ensuite, l'universitaire qui rend compte de l'actualité littéraire dans des revues spécialisées, avec des codes et toute la rigueur pour évaluer objectivement l'oeuvre, mais l'inconvénient c'est qu'il faut attendre 1 ou 2 ans avant la publication. Enfin, le critique qui a le choix du mode de publication. Dans la presse privée africaine, la critique littéraire occupe une place incongrue au profit de la politique, de la religion et du folklore. Les revues littéraires choisissent leurs contributions ce sont des cercles fermés, avec parfois de la complaisance. Mais qu'est ce que qui est littérature ? Que le texte soit bon ou mauvais c'est un autre sujet, mais si on le lit, c'est qu'il a une certaine valeur littéraire.

Le féminisme : le grand schisme ?

Si le féminisme signifie la lutte contre l'oppression, la lutte pour l'égalité et la dignité ; c'est encore d'actualité. L'Afrique est matriarcale, avec la Grande royale de Cheikh Hamidou KANE. Le féminisme est impacté par diverses considérations mais ce thème était porte jusqu'ici par des femmes blanches qui ont la prétention de parler pour toutes les femmes (avortement islamophobie). Avec des arguments pseudos féministe cela a conduit au racisme. Les femmes du tiers-monde vivant en France ont le droit de défendre leurs droits dans un monde racialisé (canons de la beauté effets vestimentaires voile, le genre, la sexualité, la classe sociale, la race, IVG, femmes lesbiennes, etc.). L'oppression et la domination des femmes est racialisée et ethnicisée en France. Comment en France dans ce moment postcolonial articuler la féminité avec la citoyenneté ?

La France avait à Paris une grande mosquée et l'hôpital Avicenne pendant la période coloniale. Il faut lutter contre l'islamophobie et le racisme. Dans la République française le voile n'est pas une obligation juridique. Les femmes doivent avoir la liberté de porter ou non le voile. Il y a deux Prix Nobel qui portent le voile sans qu'on s'en offusque. La femme doit avoir la liberté de disposer de leur corps avec la protection et la bienveillance de la République. En Afrique les grandes préoccupations des femmes sont des questions de survie et d'indépendance économique (viols, indépendance économique, accès à la terre, accès au crédit, excision, la survie du quotidien, polygamie, femmes seules). S'agissant du camp d'été colonial à Paris en 2017 (Nyansapo), c'était un confort pour se retrouver et trouver de la bienveillance. Les femmes ont le droit de se retrouver entre elles pour développer des stratégies. En 1956, il y a eu un congrès des artistes noirs avec Présence Africaine.

La Colonie, au 128 rue La Fayette, à Paris, métro Gare du Nord, est un endroit pour méditer, échanger, penser sa culture et dépasser la colonisation. Suivant son fondateur, Farid ATTIAS, «la Colonie n'est pas un projet vindicatif, mais son ambition est de jeter les ponts entre les différentes cultures». On peut reconstruire à partir de l'héritage de la colonisation. Un endroit sympa, ouvert et accueillant, une agora de la pensée engagée, un lieu festif et un espace d'expositions à découvrir.

Mme Ken Bugul M’BAYE m'a dédicacé ses livres ; c'est donc un post en perspective ; une grande dame !

Paris, le 21 octobre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Mme Yande Christiane DIOP présidente des éditions Présence Africaine, rue des écoles Paris 5eme
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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 22:37

«Deux images de George Sand masquent, comme des préjugés tenaces, la richesse de son œuvre. Ses liaisons orageuses avec Musset et Chopin, la liberté de ses mœurs, cette coquetterie du scandale qu’elle ne répugnait pas à cultiver, l’ont faite connaître comme une aventurière présente à tous les rendez-vous de la petite histoire littéraire. (…) Il suffit d’enlever à ces images tout ce qu’elles peuvent avoir de réducteur, de considérer la masse imposante de l’œuvre de George Sand. La profusion de cette œuvre atteste un labeur constant et une extraordinaire fécondité» écrit George LE RIDER. En effet, George SAND appartient au mouvement du romantisme, avec la Révolution de 1789, et son cortège de violences, les idéaux des Lumières sont sérieusement ébranlées. C’est un sentiment d’échec, d’impuissance, à imposer les valeurs de la Révolution, dans une société dominée par le bien-être matériel. La littérature du XIXème siècle marque ainsi un retour à des valeurs fondamentales : l’individualité, le cœur et la nature. Dans ses romans, le jeune Marcel PROUST (voir mon post) a déjà célébré le talent de George SAND en vantant «la bonté et la distinction de sa prose» ; sa contribution littéraire fait recours à «des procédés de narration destinés à exciter la curiosité et l’attendrissement». Aussi, la plupart des écrivains de son temps ont salué son génie : «J’ai la tête tournée de Valentine ; la variété des tons et des portraits, le charme des descriptions, la vérité de la profondeur des sentiments font de ce roman un ouvrage à part et qui vivra» dira Prosper MERIMEE dans une lettre du 7 mars 1833. «Il y a dans Lélia des vingtaine de pages qui vous vont droit au cœur, franchement, vigoureusement, tout aussi belles que celles de René et Lara. Vous voila George Sand» écrit Alfred de MUSSET. «Vous êtes un des plus grands esprits de la France et du monde, et, ce qu’il y a de plus beau dans le monde, un esprit fait de cœur. Dieu a, au milieu des hommes, une preuve, le génie. Vous êtes, donc il est» écrit Victor HUGO dans une lettre du 28 novembre 1865. Charles MAURRAS, qui n’est pas pourtant tendre avec SAND, a reconnu les talents de l’auteur, pour la fraîcheur, la netteté et la force de son langage : «On ne peut refuser à madame Sand une place éminente entre les premiers écrivains de son âge et de son école ; il n'est pas impossible que la postérité détache de son fatras bien des pages belles et pures» dit-il. «Vous cherchez l’homme tel qu’il devrait être ; moi, je le prends tel qu’il est. (…). Ces êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne vous intéressent. Je les grandis, les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques. Vous faites bien de ne pas regarder les êtres qui vous donneraient le cauchemar. Idéalisez dans le joli et le beau, c’est un ouvrage de femme» lui dit Honoré de BALZAC.

«Tout est roman chez George Sand, et autour d’elle : non seulement son œuvre, mais sa vie ; non seulement sa vie, mais celle de ses parents en remontant jusqu’à la troisième génération» écrit Samuel ROCHEBLAVE. Notre auteure est née, sous le nom d’Amantine, Aurore, Lucile DUPIN de FRANCUEIL, le 1er juillet 1804, au numéro 15 de la rue Meslay, à Paris 3ème. «Je suis née l’année du couronnement de Napoléon, l’An XII de la République française. Mon nom n’est pas Marie-Aurore de SAXE» dit George SAND. En effet, son père, Maurice DUPIN de FRANCUEIL (1778-1808) aristocrate, était un descendant de Maurice de SAXE (1696-1750), maréchal de France, vainqueur de Fontenoy. Des amours de son arrière grand-mère, Aurore Koenigsmark (1670-1728), avec Frédéric Auguste, roi de Pologne, est né un fils naturel. «Mon père était l’arrière petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII» dit George SAND. La grand-mère de George SAND, s’appelait Marie-Aurore de SAXE (1748-1821), elle avait épousé en premières noces, à 15 ans, en sortant d’un couvent, le capitaine Antoine de HORNE, un bâtard de Louis XV et chevalier de Saint-Louis, mais le mariage n’a pas été consommé, son mari ayant été tué à un duel. Sa grand-mère se remaria, en secondes noces, à Louis-Claude DUPIN de FRANCUEIL (1715-1786), un aide de camp du prince Murat. La grand-mère de SAND était «une âme ferme, clairvoyante, éprise particulièrement d’un certain idéal de liberté et de respect de soi-même. (…). Condamnée par un destin étrange à ne pas connaître l’amour dans le mariage, elle résolut le grand problème de vivre calme et d’échapper à toute malveillance, à toute calomnie» écrit SAND. Sa grand-mère accoucha le 13 janvier 1778, un enfant unique Maurice de Saxe, en mémoire du Maréchal de Saxe, l’arrière grand-père. Le couple vivait à Châteauroux et avait fondé une manufacture de draps. Généreux et avec des dépenses inconsidérées, quand son grand-père mourut dix ans après son mariage, il laissa des dettes à sa grand-mère. L’hôtel Lambert, qu’ils habitaient à Paris 4ème (Ile Saint-Louis), depuis 1732, fut vendu. A la Révolution, certains de leurs biens furent confisqués. Mais sa grand-mère qui avait caché ses bijoux pendant la Révolution, fut dénoncée et incarcérée au couvent des Anglaises, rue des Fossés-Saint Victor à Paris.  En août 1794, Mme DUPIN libérée, après 6 mois de détention. La mère de notre auteure, Antoinette-Sophie-Victoire DELABORDE (1773-1837), une pauvre enfant du vieux pavé de Paris, était la fille d’un oiseleur qui vendait des serins et des chardonnerets. «On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi, un peu, je crois, l’enfant de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés, de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Je tiens au peuple par le sang, d’une manière aussi intime que directe. Il n’y a point de bâtardise de ce côté-là» écrit SAND. Son frère, Maurice a sombré dans l’alcool et les dettes, avec des envies suicidaires. Aurore sera partagée, après la mort de son père survenue en 1808, entre une mère à la dévotion non-conformiste et une grand-mère voltairienne, qui toutefois lui fera faire sa première communion. «Sa courte vie fut un roman de guerre et d’amour terminé à trente ans par une catastrophe imprévue. (..) Ce père que j’ai à peine connu, et qui est resté dans ma mémoire comme une brillante apparition, ce jeune homme artiste et guerrier, est resté tout entier vivant dans les élans de mon âme, dans les fatalités de mon organisation, dans les traits de mon visage.» écrit George SAND à propos de son père. Confiée d’abord aux bons soins d’un précepteur, l’abbé DESCHARTRES, le 18 janvier 1818, Aurore entre comme pensionnaire au couvent des Augustines anglaises, à Paris. Elle quitte l’institution le 12 avril 1820, non sans avoir connu l’été précédent une invasion étrange du sentiment religieux.

Avec le décès de sa grand-mère, le 26 décembre 1821, se pose de nouveau le problème de la tutelle de la jeune fille, partagée entre sa mère et une tierce personne choisie par Mme DUPIN. Afin de s’éloigner de ces intrigues, Aurore séjourne au printemps 1822 chez des amis de son père, près de Melun, et fait alors la rencontre de François-Casimir DUDEVANT, un sous-lieutenant d’infanterie de 27 ans, licencié en droit, et bon parti, qu’elle épouse le 17 septembre 1822, à Paris, à l’âge de 18 ans. De cette union, naitront deux enfants : Maurice, le 30 juin 1823 et le 13 septembre 1828, Solange. Le mariage semble avoir été heureux pendant quelques années, puis les époux se séparent, en raison d’aspirations et de conceptions de la vie profondément divergentes. En janvier 1831, Madame DUDEVANT s’installe à Paris avec Jules SANDEAU (1811-1883), son amant de 19 ans, aux côtés duquel elle se lance dans une carrière littéraire. Aurore obtient l’accord de son mari de partager désormais son temps entre Nohant. Les deux premiers romains de George SAND (Le Commissionnaire – Rose et Blanche) sont signés par Jules SANDEAU. Cet ouvrage «fut ébauché par moi, refait en entier par Jules SANDEAU». Aurore DUPIN entame sa carrière littéraire sous le pseudonyme de George SAND. Pour le premier roman, «Rose et Blanche», l’éditeur donna à Jules SANDEAU, le nom de «SAND». «Le nom est tout pour la vente, et le petit pseudonyme (Jules SAND) s’était bien écoulé, on tenait essentiellement à le conserver. Henri Delatouche (1785-1851), consulté, trancha la question par un compromis : SAND resterait intact et je prendrai un autre prénom qui ne servirait qu’à moi. Je pris vite sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de Berrichon. Jules et George, inconnus au public, passeraient pour frères ou cousins» écrit George SAND. En effet, Henri de LATOUCHE, découvreur de talents, mentor de BALZAC, a trouvé un emploi au Figaro à SAND : «On me blâme, à ce qu’il paraît, d’écrire dans le Figaro. Je m’en moque […]. Il faut bien vivre et je suis assez fière de gagner mon pain moi-même» écrit-elle et explique ainsi son ambition littéraire naissante : «Etre artiste ! Oui, je l’aurais voulu, non seulement pour sortir de la geôle matérielle, où la propriété, grande ou petite, nous enferme dans un cercle d’odieuses petites préoccupations ; pour m’isoler du contrôle de l’opinion en ce qu’elle a d’étroit, de bête, d’égoïste, de lâche, de provincial, pour vivre en dehors des préjugés du monde, en ce qu’ils ont de faux, de suranné, d’orgueilleux, de cruel, dans des mansardes hideuses».

Issu d’un sang royal et populaire, George SAND ne croit pas à la fatalité ; on n’est pas prisonnier de son destin. Admiratrice de Jean-Jacques ROUSSEAU, elle pense que nous sommes tous nés bons, éducables et perfectibles. Il n’y a aucune perversité générale qui s’empare de l’homme au berceau pour le corrompre et inoculer en lui l’amour du mal. «Chaque famille a sa noblesse, sa gloire, ses titres : le travail, le courage, la vertu ou l’intelligence» écrit notre auteure. Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) était secrétaire de Mme Louise DUPIN (1706-1799), mère de Louis-Claude DUPIN de FRANCUEIL, et habitait au château de Chenonceau ; il travaillait sur un ouvrage sur le mérite des femmes qui n’a jamais été publié. Mme Louise DUPIN pense que tous les hommes ont un droit égal au bonheur, «au plaisir. Son véritable sens est un bonheur matériel, une jouissance de la vie, bien-être, répartition des biens». L’égalité de l’homme et la femme est dans l’ordre de la nature. Dans sa recherche de vérité religieuse et sociale, George SAND a eu pour mentor Hugues Félicité Robert de LAMMENAIS (1782-1854), un religieux qui a renoncé à la graphique nobiliaire de son nom. C’est Frantz LISZT qui l'avait présenté à George SAND en mai 1835. Il admirait et aimait ce prêtre courageux qui venait de rompre avec Rome, le prêche d’un humanisme chrétien, répondant ainsi à sa quête de fusion entre vérité sociale et religieuse. Malgré son caractère rugueux et irascible, George SAND lui conserva toujours son admiration, voire une certaine vénération : «M. Lammenais, petit, maigre et souffreteux, n’avait qu’un faible souffle de vie dans la poitrine. Mais quel rayon dans sa tête ! (…) Sa parole était belle, sa déduction était vive, et ses images rayonnantes. (…). Par le génie et la vertu qui rayonnaient en lui, il était mon ciel sur ma tête.» dit-elle dans «Histoire de ma vie». George SAND cherchait à parfaire ses idées politiques avec Pierre LEROUX (1797-1871), issu du saint-simonisme : «La langue philosophique avait trop d’arcanes pour moi et je ne saisissais pas l’étendue des questions que les mots peuvent embrasser. (..). Grâce à ce noble esprit, je pus saisir enfin quelques certitudes» dit SAND qui considérait LAMMENAIS et LEROUX comme étant «les deux plus grands intellectuels» du XIXème siècle. «Il [Pierre Leroux] a la figure belle et douce, l'œil pénétrant et pur, le sourire affectueux, la voix sympathique [...]. Il était alors le plus grand critique possible dans la philosophie de l'histoire et, s'il ne vous faisait pas nettement entrevoir le but de sa philosophie personnelle, du moins il faisait apparaître le passé dans une si vive lumière, et il en promenait une si belle sur les chemins de l'avenir, qu'on se sentait arracher le bandeau des yeux comme avec la main» dira George SAND.

George SAND engage, à 47 ans, la rédaction de «L’histoire de ma vie» qu’elle compose entre 1847 et 1855. «Cette maturité m’est si agréable que j’ai l’impression, à mesure que je m’approche de la mort, de voir la terre et d’être bientôt sur le point d’arriver au port après un long voyage» écrit Cicéron. A un âge avancé la curiosité, le désir d’apprendre ne l’ont pas quittée : «Votre époque m’interpelle avec force et je compte bien profiter de vous pour assouvir ma soif de connaissance et d’idées nouvelles. J’ai encore tant à apprendre et à découvrir, c’est la curiosité qui me garde vivante» écrit George SAND. Avec une rare lucidité, SAND analyse le «devenir soi» d'un caractère, rappelle sa petite enfance à Nohant, les conflits familiaux la déchirant, les tensions qui habitent une famille brisée par la mort du père, la grande mélancolie qui s'ensuit jusqu'à sa tentative de suicide à 17 ans. Si elle évoque admirablement le passé, SAND sait aussi dire le présent et l'avenir : elle expose ses vues sur le devenir de la société, le rôle de la religion, la condition des femmes. SAND évoque, avec profondeur, l’atmosphère de l’Empire, la naissance et le développement du «mal du siècle». SAND explique le titre de cette monumentale histoire littéraire de France : «Je ne l’ai pas intitulé mes mémoires, et c’est à dessein que je me suis servi de ces expressions : Histoire de ma vie, pour bien dire que je n’entendais pas sans restriction celle des autres». SAND ne veut pas donner une autobiographie à la manière des Confessions de ROUSSEAU : Il n’y a pas lieu «à se chercher des torts puérils et à raconter des fautes inévitables» dit-elle. Ces fautes ne sont que des «bêtises» et, selon elle, «il y a toujours vanité, vanité puérile et malheureuse, à entreprendre sa propre justification». En effet, George SAND tait certaines misères, certaines fautes, mais non sans nous apprendre beaucoup sur son enfance ballottée et son existence si caractéristique. «Je ne pense point qu’il y ait de l’orgueil et de l’impertinence à écrire l’histoire de sa propre vie. (…) Je ne connais rien de plus mal aisé que de se définir et de se résumer en personne» dit George SAND. C’est un amour du devoir que de faire profiter les autres de sa propre expérience : «Charité envers les autres, dignité envers soi-même» écrit-elle. C’est «une étude sincère de ma propre nature et un examen attentif de ma propre existence» dit SAND. Pour Samuel ROCHEBLAVE «l’histoire de ma vie» de SAND est plutôt «l’histoire de ses admirations dans le passé, une consécration de pages poétiques et les plus attendrissantes». Constantin LECIGNE n’est pas tendre avec SAND qui, dans ses mémoires «s’y dévoile tout entière, sans pruderie, trop souvent sans pudeur». LECIGNE est encore plus féroce : George SAND «fut victime de l’éducation qu’elle reçut, victime du milieu où elle vécut, la victime de la nature fougueuse qu’elle ne sut pas gouverner. Elle souffrit de son impiété, elle pleura sur ses fautes. Elle fit beaucoup de mal, en se figurant qu’elle faisait quelque bien». Cependant, notre démarche n’est ni de juger, de condamner ou d’absoudre l’auteure. La seule ambition c’est de faire entendre la voix de George SAND de façon claire et intelligible, dans ce XIXème siècle teinté de romantisme et agité par de fortes luttes politiques. De ce point de vue, force est de reconnaître que la puissance et l’originalité de la création littéraire de George SAND résident dans la mise en scène de sa vie, de ses sentiments et de ses prises de politiques ou sociales. Sur ce registre, George SAND, témoin de l’Histoire, est un génie littéraire incontestable. Amie d’Eugène LACROIX, notre auteure considère qu’il «n’y a qu’une vérité dans l’art, le beau ; qu’une vérité dans la morale, le bien, qu’une vérité dans la politique, le juste».

Ecrivain le plus fécond du XIXème siècle, George SAND a produit plus de 70 romans, une cinquantaine de contes, une trentaine de pièces théâtres, et de nombreux articles. George SAND nous a légué une importante contribution épistolaire, soit plus de 1200 lettres. Sa devise est «tout étudier est le devoir». Sa contribution littéraire est particulièrement riche : romans psychologiques, à thème sentimental, idéaliste, champêtre ou social, philosophique ou ayant une valeur historique. Elle s’est intéressée à l’entomologie, à la musique et surtout l’amour dans ses différentes facettes. Les préfaces et notes de ses ouvrages sont souvent d’un grand intérêt pour l’histoire de ses œuvres et de ses idées. Deux points émergent dans ses écrits :

- une littérature champêtre ;

- une littérature féministe.

 

I – George Sand et son engagement dans le romantisme

Georges SAND, depuis son enfance, s’est sentie attirée vers le paysan bon et hospitalier, rusé et chicaneur, de mœurs douces, de tempérament calme, d’esprit réfléchi et d’aspect plein de dignité et de fierté. La nature est belle et la fête champêtre réunit tous : «Tout cela mange sur l’herbe. Tout cela vient pour se montrer en calèche ou sur un âne, en cornette ou en chapeau de paille d’Italie, en sabot de bois de peuplier ou en soulier de satin turc, en robe de soie ou en robe de droguet» écrit George SAND.  En effet, l’auteure découvre dans la vie des champs une poésie simple et naïve «Le paysan est le seul historien qui nous reste des temps anté-historiques. Honneur et profit intellectuel à qui se consacrerait à la recherche de ces traditions merveilleuses de chaque hameau qui, rassemblées ou groupées, comparées entre elles et minutieusement groupées disséquer, jeter peut-être de grandes lueurs sur la nuit profondes des âges profondes» écrit George SAND. L’auteure a valorisé cette littérature orale qui est «un mélange de terreur, d’ironie, une bizarrerie d’invention extraordinaire jointe à un symbolisme naïf qui atteste du vrai moral au sein de la fantaisie délirante».

A – George Sand et ses romans champêtres :

 

Dans sa contribution littéraire, SAND a pour ambition de parler clairement pour le parisien et naïvement pour le paysan. Il s’agit de «donner l’illusion de la naïveté paysanne en lui conservant son intelligibilité pour le bourgeois citoyen» écrit Maurice TOESCA dans la préface de François le Champi. «Les pensées et les émotions d’un paysan ne peuvent être traduites dans notre style sans s’y dénaturer entièrement, et sans y prendre un air d’affectation choquant» écrit George SAND. Ainsi, dans «Valentine» en 1832 et «Mauprat» en 1837, on retrouve des figures paysannes et dans «Jeanne» en 1844, George SAND donne la parole aux paysans. Mais c’est surtout dans «Maîtres Sonneurs», «François le Champi», «La Mare au diable» et «La Petite Fadette», que George SAND donne ses lettres de noblesse à la littérature champêtre.

La «Mare au Diable» est la touchante histoire du second mariage de Germain, un métayer de 28 ans. Resté veuf de bonne heure avec trois enfants, il ne songeait pas à se remarier, mais c'est son beau-père lui-même, le père Maurice, qui l'en presse : il veut une seconde femme pour s'occuper de ses petiots. A quelques lieues demeure une veuve qui serait un bon parti. Germain part lui rendre visite accompagné par Marie, une jeune fille de 16 ans du pays dont lui a confié la garde. Elle doit se placer dans une ferme proche du lieu où vit la veuve. Un des fils de Germain est aussi du voyage, en passager clandestin. Un orage les presse de quitter leur route pour se réfugier dans une forêt. Ils campent toute la nuit près d’une mare enchantée, «la Mare au diable». Si quelqu’un avait le malheur de s’arrêter à cette mare la nuit, il ne pourrait pas en sortir avant le jour.  C'est un lieu enchanté qui les rapproche irrésistiblement les uns des autres. Il ne faudrait pas s’approcher de cette mare sans jeter trois pierres dedans, en faisant le signe de la croix de la main droite : cela éloigne les mauvais esprits. Marie confie qu'elle préfère les hommes plus âgés qu'elle. Au matin, on reprend la route, la magie de la nuit s'étant dissipée. Ayant atteint le but de leur voyage, Germain et Marie doivent tous les deux faire face à de cruelles déconvenues. Germain n'est pas le seul prétendant auprès de la veuve qui joue les coquettes. Il est celui qu'elle préfère, mais il ne veut pas participer à une compétition qu'il juge humiliante. Il part chercher son fils qu'il a confié à Marie. Mais la jeune fille et l'enfant ont fui la ferme où le propriétaire a tenté d'abuser de Marie. Germain les retrouve dans les bois. Chacun rentre chez soi. Il faudra bien du temps à Germain pour s'avouer qu'il est amoureux de Marie et la demander en mariage. George SAND décrit les fiançailles et le mariage, avec  les coutumes du pays.

La «Petite Fadette», publié pour la première fois en 1849,  est une histoire qui se concentre sur une famille de paysans du nom de Barbeau. Tout commence à la naissance des deux bessons ou jumeaux : Sylvain et Landry. Lorsque ces derniers atteignent l'adolescence, l'un est obligé de quitter le foyer pour gagner de l'argent et subvenir aux besoins de la famille. Landry se plait dans sa nouvelle vie de travailleur à la ferme du père Caillaud mais Sylvain sombre dans la dépression. En voulant venir en aide à son frère, Landry fait alors la connaissance d'une jeune fille peu ordinaire, surnommée la petite Fadette. En effet, Fanchon Fadet, surnommée «La Petite Fadette», elle avait la taille d'un farfadet et les pouvoirs d'une fée, et guérissait les hommes et les animaux. La Petite Fadette, abandonnée très jeune par sa mère, orpheline de père, est confiée avec son petit frère à sa grand-mère, vieille femme aigrie, violente, maltraitante. La petite Fadette ne mange pas à sa faim, ne porte que des guenilles et vit dans une petite maison en bordure de forêt. Au-delà de sa pauvreté, matérielle et affective, la pauvre enfant souffre encore du regard des autres : elle est décrite comme très laide, et perçue comme une sorcière, petite-fille d'une guérisseuse, on lui étiquette une qualité malicieuse et démoniaque. C’est une réflexion sur la différence et l’originalité. La «Petite Fadette» se décide finalement : Landry devra danser avec elle, et rien qu'avec elle, lors d'une grande fête au village. S'humiliant devant tous, avec ce grelet tout laid et malpropre, il tient pourtant sa promesse, Landry est un garçon de parole.  Et puis, au fil du temps, des discussions, Landry découvre une autre Fadette, pleine de raisonnement et d'intelligence, grande observatrice de la nature et de ses bienfaits. Loin d'une sorcière, elle au contraire très pieuse et chrétienne, clairvoyante quant à sa laideur et aux appréhensions des autres. Elle connaît ses torts mais la petite méchanceté dont elle a pu faire preuve ne découle que des violences que les autres lui ont infligées. Et ainsi naissent des sentiments amoureux très forts. George SAND nous gratifie de cette morale : ne pas se fier aux apparences, ne pas jeter la pierre au plus démuni, gratter la surface dure et découvrir la tendresse qui se cache. «La Petite fadette» est une figure de la lutte féministe, hors du commun, à l'opposé des autres filles du village, elle s'habille en garçon et dont la coquetterie fait défaut. C’est une fille révoltée, pertinente, pétillante, à l’image de George SAND.

 «François le Champi», roman champêtre de 1850 comportant une part autobiographique, est aussi une œuvre qui marque l’engagement politique et social de l’auteure. Un champi est un petit enfant bâtard, un enfant trouvé ou abandonné dans les champs par ses parents. En grandissant, suivant la croyance populaire, les champis, dont l’esprit serait tourné à la malice, deviennent des paresseux et des voleurs. «C’est le diable qui met ces enfants-là dans le monde, et il est toujours après eux» fait dire George SAND à des personnages du roman. Pour George SAND, cette légende ne serait pas exacte, si les champis sont aimés. Ainsi, dans son roman, «François le Champi», une pauvre dame, Isabelle Bigot alias Zabelle, puis Madeleine Blanchet, une jeune femme mal mariée, recueilleront un bel enfant et l’aimeront tant qu’il leur rendra au centuple. Dans ce roman, il  n’est question que d’amour, amour maternel et amour filial, amour frivole ou passionné. Ce roman est inspiré du souci social hérité de Jules BARBES et de Pierre LEROUX. «J’aime mieux souffrir le mal que de le rendre» dit Madeleine. François CHAMPI viendra en aide à Madeleine quand elle sera dans la difficulté ; il finira par l’épouser. «Il n’est rien de si laid que la méconnaissance, rien de si beau que la recordation des services rendus» dit Jean Vertaud, un personnage du roman.

Dans les «Maîtres sonneurs» paru en 1853, on croise dans cette quête musicale et humaine au sein d’une société paysanne les figures habituelles de l’idiot du village, de l’enfant illégitime, et les histoires d’amour y trouvent une conclusion heureuse, tout au moins pour les personnages à la vertu tranquille et à l’âme simple. «Les Maîtres Sonneurs» est celui des romans champêtres qui évoque avec le plus d'ampleur les trésors des sociétés rurales, leurs croyances occultes, leurs rites d'initiation, leurs traditions secrètes. Deux pays, deux cultures : le Berry et le Bourbonnais, le chêne et l'épi, la plaine et la forêt. Roman de l'une de ces corporations itinérantes, celle des joueurs de cornemuse, jadis constituées en associations quasi maçonniques, «Les Maîtres Sonneurs» disent aussi l'histoire d'un pauvre enfant du plat pays, Joset «l'ébervigé», l'Idiot dont la musique des sonneurs de la forêt fera un Élu, l'incarnation même du génie populaire. Joset, le héros du roman, est un enfant simplet et faible aux yeux des villageois de Nohant ; son caractère contraste étrangement avec celui de la belle Brulette et du turbulent Tiennet, ses amis. Solitaire, comme Frédéric CHOPIN, il se découvre une vive passion pour la musique et ne peut se satisfaire du seul mode majeur de la plaine. Pour devenir un musicien complet, il lui faudra découvrir le mode mineur dont les sonneurs de musette usent naturellement dans les  lieux sauvages et isolés du Haut-Bourbonnais. Sur les conseils de son ami Huriel, sonneur et muletier «du pays dont-il a pris le nom», il entreprend un voyage de douze lieues pour perfectionner son art. En définitive, George SAND, en conteuse, reste fidèle à la mémoire des paysans, du peuple.

B – George Sand, engagement politique et social dans sa littérature agreste

George SAND se défend, dans sa littérature champêtre, d’avoir créé un genre nouveau : «Je n’ai voulu ni faire une nouvelle langue, ni me chercher une nouvelle manière» écrit-elle dans la «Mare au diable». Pourtant, il a été décelé un engagement politique et social dans lequel elle exalte ses idées socialistes, égalitaires et religieuses, et met en valeur les pauvres gens ignorés de la campagne. L’enfer n’existe pas, le démon est un mythe, seule la nature doit être glorifiée : «La nature est une œuvre d’art, mais Dieu est le seul artiste qui existe, et l’homme n’est qu’un arrangeur de mauvais goût. La nature est belle, le sentiment s’exhale de toutes ses pores ; l’amour, la jeunesse, la beauté y sont impérissables» écrit SAND «François le Champi». En effet, George SAND a aimé, d’un amour sincère et passionné, la terre et les paysans qui l’arrosent de leur sueur pour la rendre féconde. «Les créations de l’art parlent à l’esprit seul, et (…) le spectacle de la nature parle à toutes les facultés» écrit George SAND. Les romans champêtres de George SAND se passent dans les bois et les champs, dans les cours des fermes et les fêtes campagnardes. SAND, une romantique, chante la douceur de vivre de la campagne berrichonne. «Malgré tout ce que j’invente ici pour chasser le spleen que cette belle capitale me donne toujours, je ne cesse d’avoir le cœur enflé d’un gros soupir quand je pense aux terres labourées, aux noyers autour des guérets, aux bœufs briolés par la voix des laboureurs, mais toujours si douces, si complètes. Il n’y a pas dire, quand on est campagnard, on ne se fait jamais aux bruits de la ville» écrit George SAND. Ethnologue et comprenant le patois du terroir, elle a inventé le concept de «culture orale» ; lors des veillées d'hiver elle a écouté le chanvreur ; ses récits fantastiques l'ont passionnée, parfois effrayée. George SAND sait évoquer, dans ses romans, les habitudes ancestrales des paysans qui risquent de disparaître avec le progrès technologique. «Tu (Maurice Sand) as recueilli diverses traditions, chansons et légendes, que tu as bien fait, selon moi, d’illustrer ; car ces choses se perdent à mesure que le paysan s’éclaire, et il est bon de sauver de l’oubli qui marche vite quelques versions de ce grand poème du merveilleux, dont l’humanité s’est nourrie depuis longtemps et dont les gens de campagne sont aujourd’hui, à leur insu, les derniers bardes» écrit George SAND dans «Les légendes rustiques». Romantique dans l'âme, SAND, persuadée que l'action du peuple peut régénérer la société, prône donc un retour aux éléments de la culture populaire, au genre rustique et champêtre.

On a reproché à George SAND d’avoir idéalisé la nature et le paysan dans ses romans champêtres, et occulté certaines réalités trop crues, le laid et le spectacle répugnant de la vie champêtre. George SAND sait que l’homme a des vices et que le paysan n’est pas exempt de défaut, mais elle préfère considérer longuement ses qualités, afin de le rendre sympathique. En effet, elle a donné libre cours à se facultés poétiques, son imagination et sa sensibilité, ainsi que le rayonnement de pureté. Ces romans sont des actes de foi, d’espérance en un avenir meilleur pour les pauvres et les malheureux. «Nous croyons que  la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour. (…). L’art n’est pas une étude de la réalité positive, c’est une recherche de vérité idéale» écrit George SAND dans «la Mare au diable». C’est le sens de l’engagement littéraire de George SAND qui caresse, comme Jean-Jacques ROUSSEAU, le rêve d’une vie sociale mieux organisée. L’originalité de sa contribution littéraire champêtre est d’essayer de trouver la pureté, dans l’âme humaine. Le milieu champêtre est présenté comme une société idéale ayant échappé à la perversion des valeurs. C’est un retour à la théorie du bonheur primitif de l’homme, le paysan incarnant, dans sa simplicité, cet idéal humain. «La mission de l’artiste est de célébrer la douceur, la confiance, l’amitié, et de rappeler aux hommes endurcis ou découragés que les mœurs pures, les sentiments tendres et l’équité primitive sont ou peuvent être encore de ce monde» écrit George SAND.

II – George Sand et les combats politiques et sociaux de son temps

A – George Sand et le féminisme militant

1 – George Sand et le droit au plaisir des femmes

L’actualité politique, à l'aube du XXIème, siècle bruisse de prédateurs sexuels, de violences à l'égard des femmes, souvent le fait de gens puissants qui continuent d'écraser la Femme : «Je suis automatiquement attiré par les belles femmes. Je les embrasse immédiatement, c’est comme un aimant. Quand t’es une star, elles te laissent faire ce que tu veux. Leur saisir la chatte… tu peux faire ce que tu veux.», disait en 2015, Donald TRUMP, un milliard obscène, devenu président des Etats-Unis.

Au XIXème siècle, et à l’image de son arrière-grand-mère, George SAND prend la défense résolue des femmes, prône la passion, le droit à la jouissance, le désir des plaisirs charnels, fustige le mariage et lutte contre les préjugés d’une société conservatrice. «On savait vivre et mourir dans ces temps-là. On trouvait qu’il valait mieux mourir au bal ou à la comédie que dans le lit, entre quatre cierges et de vilains hommes noirs» disait sa grand-mère, Aurore de Saxe. George SAND fait aussi scandale par sa vie amoureuse agitée et ses effets vestimentaires. Elle n’était pas sensuelle, mais son impétuosité naturelle, des passions débordantes d’un ordre élevé, l’ont entraîné dans une série d’aventures romanesques. «L’amour n’est pas le calcul de pure volonté. Les mariages de raison sont une erreur où l’on tombe, ou un mensonge que l’on se fait à soi-même. (…). Dieu a mis le plaisir et la volupté dans les embrasements de toutes les créatures» dit-elle. Ses biographes prétendent que son mariage serait la plus grave erreur de sa vie, son mari serait «infidèle, brutal, avare, ivrogne, repoussant» écrit Marie-Louise VINCENT. Wladimir KARENINE parle d’un mari : «grossier et brutal». Pour le journal Le Figaro, «nous avons de nombreux regrets à donner à toutes ces aberrations d’un talent qui aurait pu intéresser le public à travers ses œuvres, si la femme s’était contentée d’être femme». Aussi, en raison de ces polémiques et scandales, George SAND a déployé une formidable énergie pour se justifier : «Le père de mon mari était colonel de cavalerie sous l’empire. Il n’était ni rude, ni grognon, c’était le meilleur et le plus doux des hommes. (…) . On accuse mon mari de torts dont j’ai absolument cessé de me plaindre. (…). Je n’ai pu vivre avec lui, nos caractères et nos idées différaient essentiellement. ». George SAND reconnaît aux femmes l’aptitude «à toutes les sciences, à tous les arts, et même à toutes les fonctions comme les hommes». Elle exige qu’on «rende à la femme les droits civils que le mariage seul lui enlève, et que seul le célibat lui conserve».

L’indépendance affichée par George SAND, notamment dans sa vie amoureuse, a contribué à propager le cliché d’une femme émancipée, souvent confondu avec celui d’une militante féministe. Il est vrai que la romancière a conquis sa liberté de haute lutte et s’est affranchie du mariage à la suite d’un procès célèbre contre son mari. Séparée de Casimir DUDEVANT, elle est rentrée en possession de son bien et a obtenu la garde de ses enfants. Toute sa vie, elle a travaillé énergiquement pour assurer son autonomie et entretenir sa famille. George SAND est définie, par ses adversaires, comme «une femme vieillie, épuisée par toutes les débauches de l’esprit et corps» suivant BREUILLARD dans un discours du 7 août 1858. Défendue par ses amis, George SAND est qualifiée de «grand homme» par Gustave FLAUBERT. C’est «La femme la plus féminine que j’aie connue» renchérit Alfred de MUSSET. Appelée, affectueusement, par Hugues LACROIX et Firmin ROZ, la «Bonne dame de Nohant», pour Paul LACROIX, l’œuvre de George SAND, pourrait s’intituler : «L’histoire des femmes au XIXème siècle ou l’Histoire de l’Amour». En effet, «l'amour, c'est une chose qui embrouille la cervelle et fait clocher la raison» écrit George SAND.

George SAND a eu toutes les audaces, publiques et privées, et elle est fortement attirée par Paris et Venise, synonymes, pour elle, de liberté et d'émancipation. «La solitude est bonne, et les hommes ne valent pas un regret» Cependant, elle a eu de nombreux amants : «J’ai eu des amours à tous les crins, qui reniflaient dans mon cœur comme des cavales dans les prés. J’en ai d’enroulés sur eux-mêmes, de glacés et de longs comme les serpents qui digèrent. J’ai plus de concupiscence que j’en ai de cheveux perdus» écrit-elle. «George avait l'âme grande, généreuse et hospitalière ; c'est-à-dire presque incapable du sentiment que le commun des hommes appelle l'amour» écrit Charles MAURRAS dans les «Amants de Venise», pour qui tout n’est que «fausseté de passion». Ce culte voué à la liberté sexuelle, «ce n’est pas seulement le bonheur, c’est le droit supérieur à la personne humaine, c’est une sorte de devoir, même un culte divin ; si bien que tout devient permis, et légitime et un droit sacré à la passion pourvu qu’elle soit sincère» rétorque George SAND.

Ses amours passionnels ont été notamment Alfred de MUSSET et Frédéric CHOPIN. En effet, Alfred de MUSSET et George SAND deviennent amants en juillet 1833. Les amoureux partent en Italie, s’arrêtent à Venise ; George SAND souffre de fièvres violentes, et au lieu de rester à son chevet, MUSSET va s’encanailler toutes les nuits dans les bals et les bordels ; rétablie et furieuse de ses incartades, SAND le congédie ; puis il tombe malade à son tour, et SAND, oubliant son amertume, prend soin de lui. Elle appelle un jeune médecin à la rescousse, Pietro PAGELLO, et un triangle amoureux infernal s’instaure. Leur liaison devient destructrice, faite de disputes violentes, de reproches, de cruautés, et, incapable de supporter un tel quotidien, Musset quitte Sand un mois plus tard. «Je me dis seulement : À cette heure, en ce lieu, Un jour, je fus aimé, j’aimais, elle était belle. J’enfouis ce trésor dans mon âme immortelle. Et je l’emporte à Dieu !» écrit Alfred de MUSSET dans «Souvenir». Alfred de MUSSET, en réaction à cette relation sulfureuse, écrira «On ne badine pas avec l’amour».

La liaison avec Frédéric CHOPIN de 1838 à 1847, a suscité d’acerbes polémiques et critiques. Ils se rencontrent la première fois chez Frantz LISZT. C’est une relation passionnée qui va sombrer dans la destruction. C’est une folle aventure, romantique, électrique, le triomphe de la passion jusqu’à son triste déclin, le couple se découvre, s’aime et se déchire. Mais avant ces orages, cette période est féconde et mutuellement avantageuse pour les deux amoureux. Le compositeur, d’un tempérament assez tyrannique qui ne fait pas bon ménage avec le féminisme de SAND, s’aliène les deux enfants de l’écrivaine, Maurice et Solange. La rupture, qui clôt dix ans de relation, est violente. Particulièrement féroce, George SAND dira avoir été de CHOPIN «le garde-malade pendant 9 ans».

2 – Une littérature féministe visionnaire,

pour l’égalité, une protestation contre la tyrannie

George SAND, en avance sur son temps, résolument antiraciste, a fait l’éloge vibrant du droit à la différence. Elle a osé, une des premières, vivre sa vie, de manière toute virile. Georges LUBIN n’hésite à dire que les attaques, dont elle a fait l’objet, sont une attitude digne de la période victorienne : «Et j’ose dire raciste à l’égard du sexe féminin. C’est toujours le même principe : à l’homme tout est permis, à la femme rien». En effet, sa littérature agreste porte déjà un regard affectueux et compassionnel sur les paysans, les enfants misérables et abandonnés. SAND a pris une position de principe, dans une lettre de mai 1837 : «J’en fais le serment, et voici la première lueur de courage et d’ambition de ma vie ! Je relèverai la femme de son abjection, et dans ma personne et dans mes écrits». Elle réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post).

 

Casimir DUDEVANT, époux violent, ivrogne et infidèle, avait inspiré l’ignoble mari d’Indiana. Pour André MAUROIS «Indiana, c’est George SAND». «Indiana, n’était pas mon histoire dévoilée. (…) C’était une protestation contre la tyrannie en général» dit SAND dans «l’Histoire de ma vie». En fait, «Indiana» est un roman d’amour relatant l’histoire d’une jeune fille mal mariée. «J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société» écrit SAND dans la préface d’Indiana. C’est une dénonciation de la dévalorisation de la femme victimisée. Indiana, jeune et belle Créole de 19 ans, morne, naïve et ignorante, rencontre un jeune noble, le colonel Delamare, plus vieux qu’elle de 44 ans. C’est un mari autoritaire, brutal, tyrannique et partisan de l’Empire. Indiana, une femme se confondant avec le décor de son milieu familial, tiraillée entre le devoir conjugal et la passion pour Raymon, envisage d’abord le suicide, puis se ravise et choisit un autre amant. George SAND défend la thèse suivant laquelle la vérité romanesque est supérieure et à la moralité, Indiana étant «une histoire de cœur humain, avec ses faiblesses, ses violences, ses droits, ses torts, ses biens, ses maux».  René DOUMIC considère «Indiana», «Valentine» et «Jacques» comme des «romans de vulgarisation de la théorie féministe». Leslie RABINE, qui appuie son étude sur «Indiana», «reproche à Sand de fonder son statut exceptionnel de femme écrivain sur l’infériorité des autres femmes». «Flamarande», un roman de George SAND, prouve le contraire de ce qu’affirme le Comte à propos des femmes : «Ce sont des êtres inférieurs en tout ce qui est bon, supérieurs à nous quand il s’agit de faire le mal».George SAND, dans la préface d’Indiana, déclare : «Nous vivons dans un temps de ruine morale, où la raison humaine a besoin de stores pour atténuer le trop grand jour qui éblouit». Pour notre auteure, Indiana n’est ni un genre nouveau, ni roman philosophique, mais «c’est un type ; c’est la femme, l’être faible chargé de représenter les passions opprimées ou si vous l’aimez mieux réprimées par les lois ; c’est la volonté aux prises avec la nécessité, l’amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation. Mais le serpent use et brise ses dents à vouloir ronger une lime, les forces de l’âme s’épuisent à vouloir lutter le positif de la vie». Mais le joug social est si pesant, la vertu si rude, la raison si triste, l’opinion si injuste. La société est gouvernée par la fausse morale.

Les passions amoureuses sont, en partie, une source de la fécondité intellectuelle de George SAND. Ainsi, dans «Lélia», roman du désir irréalisé, irréalisable, travesti, différé et sublimé, le poète Sténio aime passionnément Lélia d'Almovar. C'est une jeune femme qui préfère s'adonner aux joies et aux souffrances de la méditation plutôt qu'aux plaisirs charnels, car, très jeune, elle a vécu un amour malheureux. Lélia aime Sténio mais se refuse à lui. Lélia a un ami et confident nommé Trenmor, qui est un bagnard repenti. Sténio est d'abord jaloux de Trenmor. Il devient pourtant son ami lorsqu'il le retrouve au chevet de Lélia atteinte du choléra. Ils essaient de la sauver avec l'aide d'un moine, Magnus, qui, lui aussi, est très attiré par Lélia. La jeune femme survit. Le roman «Lélia» est un cri de détresse et de révolte. Tout n’est que de froideur, de désespoir sombre, de découragement, de cruelles déceptions. La jouissance ne parait nulle part. C’est l’impossibilité à éprouver du plaisir sexuel qui est la cause de sa détresse. Lélia, c’est la frigidité, aucun homme ne semble la satisfaire : est-ce sa faute ? ou celle des hommes ? Lélia illustre le contraste entre l’infini du rêve et le contraste de la réalité. Léila, corps de marbre alliant à la fois beauté et froideur en quête d’absolu en contraste avec le personnage de Pulchérie incarnant le sens de la vie au corps, les plaisirs et la volupté.

Dans «Le Secrétaire intime» George SAND écrit «Je me suis livrée à tous mes goûts, j’ai cherché toutes les distractions, toutes les amitiés qui me tentaient». Indépendante et fière, le personnage de Quintilia marche dans la vie, la tête haute, sûre d’elle-même, sans se soucier du qu’en dira-t-on. La princesse sortira pure et victorieuse de toutes les calomnies. Le roman «Jacques» est une soumission à la destinée cruelle, la force dans le sacrifice, l’immolation complète, l’acceptation de l’infériorité physique. Dans «Valentine» George SAND dénonce le silence qui règne sous les toits, les affres de la vie conjugale. Dans  «Antonia», paru en  1863, une femme de lettres, extrêmement cultivée, mais aussi véritable précurseur de son temps, milite pour la défense des femmes et de leurs droits, et lutte contre la société conservatrice de l'époque. C’est une littérature engagée, de protestation contre l’esclavage des femmes et le mariage qui en fait de perpétuelles mineures.

B – George Sand et les combats politiques et sociaux de son époque

George SAND a été témoin de faits politiques et sociaux majeurs du XIXème siècle : «Mon siècle a fait jaillir les étincelles de la vérité qu’il couve ; et je les ai vues, et je sais où sont les principaux foyers» écrit SAND. Elle est née seulement 5 ans après la Révolution  qui est, selon elle, «une des phases actives de la vie évangélique. Vie tumultueuse, sanglante, terrible à certaines heures, pleine de convulsions, de délires et de sanglots. C’est la lutte violente du principe d’égalité prêché par Jésus» écrit-elle dans l’histoire de ma vie. «Depuis trente ans on nous pose ainsi la question : Eussiez-vous été royaliste, girondin ou jacobin ? A coup sûr, répondrais-je, jacobin» confesse SAND. «Apparue en un temps fécond, elle se pencha sur son siècle, sur la vie, pour y puiser l’inspiration ; elle regarda le mouvement des hommes qui s’agitent, elle pénétra les pensées de leur tête, elle écouta les palpitations de leur cœur ; elle prit les idées et les passions, les doutes et les croyances, les plaintes et les espoirs, tout le rêve d’une époque troublée, elle embellit ce songe des âmes en ajoutant ses richesses propres» écrit Michel REVON.

Châtelaine, mais de gauche, George SAND aura défendu la République et la liberté à travers sa contribution littéraire. La notion de parti lui déplait ; elle se réclame d’un seul parti : le peuple. Elle a exposé sa sensibilité socialiste, notamment dans son ouvrage «Souvenir de 1848» et dans l’Histoire de ma vie.  «C'est à la lumière de l'idée républicaine d'égalité qu'elle écrit et qu'elle pense. Tant sur le plan privé que public, elle s'est efforcée d'imaginer des transformations du lien social incluant la réciprocité» écrit Nicole MOZET.

1 – George SAND, ses convictions socialistes et les révolutions de 1830 et  1848

Jusqu’en 1830, George SAND ne s’était guère préoccupée de la politique et affectait d’être dépassée par les débats d’idées. 1830 est, pour elle, une année charnière : la Révolution de Juillet l’émeut et l’intéresse. Les journées révolutionnaires du 27 au 29 juillet 1830, à Paris, renversèrent Charles X et mirent fin à la Restauration. Charles X est remplacé par le Duc d’Orléans, qui prend le nom de Louis Philippe 1er. Une liaison passionnée avec l’avocat et député, Michel de BOURGES (197-1853), précipite l’évolution des idées de George SAND. En effet, Michel de BOURGES est un ardent républicain, défenseur des accusés du «procès monstre» d’avril 1835 lorsque sont jugés devant la Cour des pairs les insurgés de Lyon et de Paris. «J’ai vu le peuple grand, sublime, naïf, généreux. (…) La République est conquise, elle est assurée, nous y périrons plutôt que de la lâcher» dit George SAND qui pose la question sociale et celle du partage des biens.

«Les chefs-d’œuvre de la littérature, indépendamment même des exemples qu’ils présentent, produisent une sorte d’ébranlement moral et physique, un tressaillement d’admiration qui nous dispose aux actions généreuses» écrit Mme de STAEL dans «De la littérature». Suivant George SAND, «La bourgeoisie avait fait fortune, elle n’aimait plus les révolutions ; son rôle de 1830 était terminé, elle n’avait plus de principes de gouvernement, elle n’avait plus de philosophie à elle, elle ne se tenait plus, à force de vouloir tenir à tout, elle ne tenait plus à rien». Dans «Compagnons du tour de France», une églogue humaine, George SAND veut initier une littérature populaire : «ce peuple qui forme la race forte où se trouvera la jeunesse intellectuelle dont elle a besoin pour prendre sa volée» dit-elle. George SAND a tracé «le portrait le plus agréable, le plus sérieux possible, pour que tous les ouvriers intelligents et bons eussent le désir de lui ressembler, le roman n’est pas forcément la peinture de ce qui est, la dure et froide réalité des hommes et des choses contemporaines». George SAND voulait cultiver l’amour, la passion de l’humanité et le sentiment de la nature pour aboutir à une doctrine égalitaire. Ce roman a suscité l’ire de la bourgeoisie, et de l’Eglise, en particulier, qui l’a accusée «d’aller étudier avec les mœurs de la populace le dimanche, à la barrière, d’où elle revenait ivre avec Pierre Leroux».

2 – George Sand, et l’Empire de  Bonaparte (1851)

La Révolution de février 1848, animée par des amis socialistes de George SAND substitue la IIème République à la Monarchie de Juillet de Louis Philippe 1er. Le 15 mai 1848 la République sociale est écrasée. Les conservateurs, Le Parti de l’Ordre, avec Adolphe THIERS, élisent Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon III (1808-1873) le 10 décembre 1848, et gagne les législatives du 13 mai 1849. Rendue amère par l’échec de la révolution de 1848, SAND déclare, dès le 16 avril 1848 : «Ici, tout va de travers, sans ensemble. Il y aurait pourtant de belles choses à faire en politique et en morale pour l’humanité». Après la répression de la population, George SAND laisse exploser sa colère : «La République a été tuée dans son principe et dans son avenir. (…) Elle a été souillée par ses cris de mort, la liberté et l’égalité ont été foulées au pied, avec la fraternité». L’ambition et l’égoïsme des dirigeants de gauche a fait échouer la Révolution de 1848. Elle ne revient sur la scène politique qu’après le coup d’État du 2 décembre 1851. «Ce coup d’Etat qui, dans les mains d’un homme vraiment logique, eut pu nous imprimer un mouvement de soumission ou de révolte dans le sens du progrès, ne nous a conduit qu’à un affaiblissement tumultueux à la surface, pourri en dessous. Le Français veut vivre vite. Il se préoccupe peu de l’avenir, il oublie le passé Ce qu’il lui faut, c’est l’intensité d’émotion de chaque jour » écrit en mars 1860, dans «Impression et souvenirs» dit George SAND. Après ce coup d’État perpétré par le président Louis-Napoléon Bonaparte pour se maintenir au pouvoir, George SAND écrit qu’elle donne sa «démission politique», et estime qu’il n’y a plus rien à tirer de l’Empire. Elle ne croit ni en la libéralisation du régime, ni en la politique sociale du souverain. «Les trois actes de la politique de Bonaparte, la paix, le  Concordat et le Consulat à vie, sont les trois aspects d’une même pensée, une volonté personnelle» écrit SAND dans «l’histoire de ma vie». Bonaparte ne fait que préparer «son envahissement absolu» et sa «dictature». George SAND croit en une religion de l’amour qui admet la loi du progrès dans l’humanité, dans la charité, la tolérance et la fraternité avec «un instinct du beau, du vrai et du bien».

Cependant, et en contradiction avec cette position initiale radicale, George SAND plaide pour la libération des prisonniers politiques et l’amnistie des exilés. «Après tout, lorsque les lois fondamentales d’une République sont violées, les coups d’État, ou pour mieux dire les coups de fortune ne sont pas plus illégitimes les uns que les autres […]. Nous n’étions vraiment plus en République, nous étions gouvernés par une oligarchie, et je ne tiens pas plus à l’oligarchie qu’à l’Empire. Je crois que j’aime encore mieux l’Empire» écrit le 29 décembre 1851, George SAND. Pourtant, dans son engagement républicain et socialiste,  sa devise est : «Je soupire après le juste, le vrai et la liberté». Ses amis socialistes estiment qu’elle s’est ralliée à l’Empire, et ses démarches auprès de Napoléon, pour implorer la libération des prisonniers, seraient une trahison. «Républicaine toujours, mais, convaincue que vous seriez le meilleur chef d’une république, ou la meilleure compensation à une République impuissante à renaître, je me moque pour mon compte de l’accusation de trahison que quelques-uns ne m’épargnent pas» écrit George SAND.

Conclusion :

Retirée à Nohant depuis 1870, avec de rares déplacements, George SAND meurt le 8 juin 1876. A ses obsèques, sont présents notamment : le prince Napoléon, parrain de sa petite fille Gabrielle, et Alexandre DUMAS. «Je pleure une morte et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée, aujourd’hui dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple. Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon.» dira Victor HUGO le 10 juin 1876.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de George Sand

SAND (George), André, Paris, Calmann-Lévy, 1856, 282 pages ;

SAND (George), Claudie, drame en 3 actes, Paris, Michel Lévy, 1866, 90 pages ;

SAND (George), Compagnon du tour de France, Paris, Pérotin, 1841, 2 vol, 392 et 480 pages ;

SAND (George), Consuelo, Paris, Calmann-Lévy, 1882, 359 pages ;

SAND (George), Correspondances 1812-1876, Paris, Calmann-Lévy, 1884, 413 pages ;

SAND (George), Correspondances George Sand et Alfred de Musset,  Félix Decori, éditeur, Bruxelles, E. Deman, 1904, 187 pages ;

SAND (George), François Le Champi, Paris, Michel Lévy, 1869, 243 pages ;

SAND (George), Histoire de ma vie, Paris, La Pléiade, tome 1 (1800-1822), 1970, 1536 pages et tome 2, (1822-1832), 1971, 1648 pages et Paris, Gallimard, Quarto, 2004, 1664 pages ;

SAND (George), Impressions et souvenirs, Paris, Michel Lévy, 1873, 366 pages ;

SAND (George), Indiana, Paris, Calmann-Lévy, 1852, 334 pages ;

SAND (George), Jacques, Paris, Michel Lévy, 1857, 282 pages ;

SAND (George), L’homme de neige 3, Paris, Michel Lévy, 1883, 300 pages ;

SAND (George), La comtesse de Rudolstadt II, Paris, Calmann-Lévy, 1882, 332 pages ;

SAND (George), La confession d’une jeune fille, Paris, Calmann-Lévy, 1880, 311 pages ;

SAND (George), La mare au diable, Paris, J. Hetzel, 1857, 96 pages ;

SAND (George), La petite Fadette, Paris, Calmann-Lévy, 1887, 237 pages ;

SAND (George), Le château des dessertes, Paris, Michel Lévy, 1866, 287 pages ;

SAND (George), Le Marquis de Villemer, Paris, Calmann-Lévy, 1876, 379 pages ;

SAND (George), Le meunier d’Angibault, Paris, Calmann-Lévy, 1884, 377 pages ;

SAND (George), Légendes rustiques, Guéret, Verso, 1987, 101 pages ;

SAND (George), Lélia, Paris, Calmann-Lévy, 1864, 308 pages ;

SAND (George), Les amours de l’âge d’or : Evenor et Leucippe, Paris, Michel Lévy, 1866, 320 pages ;

SAND (George), Les lettres d’un voyageur, Paris, Michel Lévy, 1869, 344 pages ;

SAND (George), Les maîtres sonneurs, Paris, Alexandre Cadot, 1853, 303 pages ;

SAND (George), Ma vie littéraire et intime, Clermont-Ferrand, éditions Paléo, 2012, 393 pages ;

SAND (George), Mauprat, Paris, Calmann-Lévy, 1930, 383 pages ;

SAND (George), Pourquoi les femmes à l’académie ?, Paris, Michel Lévy, 1863, 16 pages ;

SAND (George), Questions d’art et de littérature, Paris, Calmann-Lévy, 1878, 431 pages ;

SAND (George), Souvenirs de 1848, Paris, Calmann-Lévy, 1880, 434 pages ;

SAND (George), Souvenirs et idées, Paris, Calmann-Lévy, 1904, 281 pages ;

SAND (George), Théâtre de George Sand, Paris, Michel Lévy, 1860, 372 pages ;

SAND (George), Valentine, Paris, Henri Dupuy, 1832, tome 1, 351 pages et tome 2, 344 pages.

2 – Critiques de George Sand

AGEORGES (Joseph), «Parler rustique dans l’œuvre de George Sand», Revue du Berry, septembre 1901, pages 308-392 ;

AGEORGES (Joseph), L’enclos de George Sand, Paris, Bernard Grasset, 1910, 198 pages ;

ANCEAU (Eric), «George Sand et le pouvoir politique : du coup d’Etat du  2 décembre 1851 à la révolution du 4 septembre 1870» in George Sand, terroir et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, pages 247-262 ;

ARON (Raymond), Misérable et glorieuse : la femme au XIXème siècle, Paris, éditions Complexe, 1984, collection Bibliothèque de littérature et d’histoire, 248 pages ;

AURAIX-JONCHIERE (Pascale), BERNARD-GRIFFITHS (Simone) et LEVET (Marie-Cécile), La marginalité dans l’œuvre de George Sand, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2012, 404 pages ;

BARRY (Joseph), George Sand ou le scandale de la liberté, Paris, Seuil, collection Points, Essai, 1982, 567 pages ;

BEIZER (Janette), ENDER (Evelyne), «Ecoute le chant du labourage : chants de travail et de l’écriture dans les veillées du chanvreur», Littérature, 2004, n°134, pages 95-110 ;

BENOIST (Antoine), Essai de critique dramatique : George Sand, Musset, Feuillet, Augier, Dumas fils, Paris, Hachette, 1898, 384 pages, spéc «Le théâtre de George Sand» pages 1-63 ;

BENOIT (Claude), «L’art de bien vieillir chez deux grandes deux grandes femmes des lettres : George Sand et Colette», Gérontologie et société, 2005, 3, vol 23, n°114, pages 167-193 ;

BERGER (Anne-Emmanuelle), «L’amour sans hache», Littérature, 2004, n°134, pages 49-63 ;

Bibliothèque Nationale de France, George Sand, visage du romantisme, sous la direction de Roger Pierrot, conservateur en chef, Paris, 1977, 160 pages ;

BORDAS (Eric), «Les histoires du terroir à propos des légendes rustiques de George Sand», Revue d’Histoire Littéraire de France, 2006, 1, vol 106, pages 67-81 ;

BOSCO (Monique), «George ou la nouvelle Aurore», Etudes Françaises, 1988, 241, pages 85-93 ;

BUIS (Lucien), Les théories sociales de George Sand, Paris, Pédone, 1910, 207 pages ;

CAMENISH (Annie), La condition féminine dans les romans de George Sand, de Monsieur Sylvestre (1865) à Albine (1876), Thèse pour le doctorat de littérature, sous la direction du professeur Jean-Pierre Lacassagne, Strasbourg, 1997, 2 volumes, 520 pages ;

CARO (Elme-Marie), George Sand, P. Bordard et Gallois, collection «Les Grands écrivains français», 1887, 203 pages ;

CLOUARD (Maurice), Alfred de Musset et Georges Sand, Paris, Imprimerie et librairie centrale des chemins de fer, 1896, 39 pages ;

D’HAUSSONVILLE (Vicomte), Etudes biographiques et littéraires, Paris, Calmann-Lévy, 1879, 409  pages, spéc pages 233-409 ;

D’HEYLLI (Georges), La fille de George Sand, commentaire de Mme Edmond Poinsot, Paris, 1900, 133 pages ;

DEVAUX (Auguste), George Sand, Paris, Paul Ollendorff, 1895, 136 pages ;

DIAZ (Brigitte), George Sand, pratiques et imaginaires de l’écriture, Presses universitaires de Caen, 2017, 403 pages ;

DOUMIC (René), George Sand, dix conférences sur sa vie et son œuvre, Paris, Perrin, 1909, 362 pages ;

FAGUET (Emile), Amours d’hommes de Lettres, Chateaubriand, Lamartine, Guizot, Mérimée, Sainte-Beuve, George Sand et Musset, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1907, 501 pages, spéc 439-501 ;

GANCHE (Edouard), Frédéric Chopin, sa vie, son œuvre, Paris, Mercure de France, 1921, 462 pages, spéc pages 176-202 ;

GRIMARD (Elise), Le féminisme de George Sand : engagement individuel ou collectif ?, Maîtrise ès Arts, histoire, juin 1998, Sherbrooke, 124 pages ;

GROS (J-M), Le mouvement littéraire socialiste depuis 1830, Paris, Albin Michel, 322 pages, spéc pages 84-109 ;

HAECK (Philippe), «Cœur et intelligence, histoire de ma vie», L’art du roman aujourd’hui, mars-avril 2005, n°201, pages 32-33 ;

HAMON (Bernard), George Sand et la politique, préface de Michelle Perrot, Paris, L’Harmattan, 2001, 496 pages ;

HOOG NAGISKI (Isabelle), «Lélia, ou l’héroïne impossible», Etudes Littéraires, 2003, 352-3, pages 87-106 ;

JUIN (Hubert), «George Sand et Pierre Leroux» in Lectures du XIXème siècle, Paris, U.E.G, 1977, pages 172-180 ;

KARENINE (Wladimir), George Sand, sa vie et ses œuvres (1833-1838), Paris, Plon-Nourrit, 1899, 160 pages ; 1899, période de 1848-1876, 757 pages ;

LAPAIRE (Hugues), ROZ (Firmin), La bonne dame de Rohant, avec le portrait de George Sand, Paris, F. Laur, 1898, 231 pages ;

LAPORTE (Dominique), «L’art romanesque et la pensée de George Sand, dans Jacques 1834», Etudes Littéraires, 1996, 292, pages 123-136 ;

LAPORTE (Dominique), «Une scénographie républicaine au féminin : la confession d’une jeune fille», Tagence, 2010, n°94, pages 23-43 ;

 LECIGNE (Constantin), George Sand, Paris, P. Lethilleux, collection «Femmes de France», 1910, 126 pages ;

Les Amis de George Sand, «Divers articles», 1977, 23 pages ;

MARIETON (Paul), Une histoire d’amour : les amants de Venise, George Sand et Musset, Paris, Paul Ollendorf, 1903, 335 pages ;

MARILLER (Léon), La sensibilité de l’imagination chez George Sand, Paris, H. Champion, 1896, 188 pages ;

MARIX-SPIRE (Thérèse), «Naissance d’une passion : George Sand et Chopin», Cahiers de l’association internationale des études littéraires, 1976, n°28, pages 263-277 ;

MAUPASSANT de (Guy), Lettres de Gustave Flaubert à George Sand, Paris, G. Charpentier, 1884, 289 pages ;

MAUROIS (André), Lélia ou la vie de George Sand, Paris, 2004, Le Livre de Poche, 736 pages ;

MAURRAS (Charles), Les amants de Venise, Paris, Flammarion, 1902 et 1926, 268 pages ;

MOSELLEY (Emile), George Sand, Paris, éditions d’art et de littérature, collection «Femmes illustres», 1911, 204 pages ;

PEILLON (Vincent), Pierre Leroux et le socialisme républicain : une tradition philosophique, Lormont (Gironde), Bord de l’eau, 2003, 327 pages ;

PERES (Jacques-Noël), «George Sand, entre socialisme évangélique et messianisme social», Autres temps, Cahiers d’éthique sociale et politique, 1999, n°63, pages 49-60 ;

PERROT (Michelle), présentation, George Sand : politique et polémiques (1843-1850), Paris, Imprimerie nationale, collection «Acteurs de l’histoire», 1997, 578 pages ;

PHILIBERT (Audebrant), Romanciers et viveurs du XIXème siècle, Paris, Calmann-Lévy, 1904, 246 pages, spéc sur le château de George Sand, pages 99-127 ;

PLANTE (Christine), «George Sand et le roman épistolaire : variations sur l’historicité d’une forme», Littérature, 2004, n°134 pages 77-93 ;

POLI (Annarosa), «George Sand et la mythologie d’eau douce, les lacs italiens», Etudes françaises, 1988, 241, pages 29-40 ;

POMPERY de, (Alexandre), Un ami de George Sand, Paris, Chez tous les libraires, 1897, 44 pages ;

REVON (Michel), George Sand, Paris, Paul Ollendorff, 1896, 148 pages ;

ROCHEBLAVE (Samuel), George Sand et sa fille, d’après leurs correspondances inédites, Paris, Calmann-Lévy, 1905, 299 pages ;

ROCHEBLAVE (Samuel), George Sand, pages choisies, Paris, Armand Colin et Calmann-Lévy, 1900, 390 pages ;

ROUGET (Marie-Thérèse), George Sand, «Socialiste», thèse de doctorat, université de Dijon, 1931, Bosc Frères, L Riou, 222 pages ;

SALOMON (Pierre), «Les rapports de George Sand et de Pierre Leroux en 1845 d’après le prologue de la mare au diable», Revue d’histoire littéraire de la France, 1948, 1, pages 352-357 ;

SCHOR (Naomi), «Le féminisme et George Sand : Lettres à Marcie», Revue des Sciences humaines, 1992, n°226, pages 23-35 ;

THOMAS (P. Félix), Pierre Leroux, sa vie, son œuvre, sa doctrine : contribution à l’histoire des idées au XIXème siècle, Paris, Félix Alcan, 1904, 340 pages ;

VALOIS (Marie-Claire), «Histoire de ma vie : George Sand, poète ouvrière»,  Littérature, 2004, n°134, pages

VIARD (Jacques), «George Sand et les chroniques romanesques de Giono», Revue d’histoire littéraire de France, janvier-février 1977, 77, n°1, pages  75-100 ;

VINCENT (Marie-Louise), George Sand et l’amour,  Paris, Edouard Champion, 1917, vol 1, 270 pages ;

VINCENT (Marie-Louise), George Sand et le Berry,  Paris, Edouard Champion, 1919, vol 2, 366 pages ;

VINCENT (Marie-Louise), La langue et le style rustiques de George Sand dans les romans champêtres,  Paris, Edouard Champion, 1917, vol 1, 270 pages ;

WERMEYLEN (Pierre), Les idées politiques et sociales de George Sand, Bruxelles, éditions de l’université de Bruxelles, 1985, 372 pages ;

ZANONE (Damien), «Romantiques ou romanesques ? Situer les romans de George Sand», Littérature, 2004, 134, pages 5-21.

Paris, le 18 octobre 2017 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

George SAND (1804-1876), un puissant souffle de liberté du romantisme.
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«George SAND (1804-1876), une littérature champêtre, une féministe, laïque et républicaine», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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