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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 18:33

Héros de la Défense nationale, la vision qu’on a de FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865), a été pendant longtemps brouillée par l’image du colonial, «pacificateur» le Sénégal. Pourtant, traditionnellement, et suivant Abdoulaye BATHILY, on attribue à FAIDHERBE la paternité de l’école africaniste française entre 1854 et 1870. FAIDHERBE, en utilisant notamment des concepts de race (Peuls, Ouolofs, Maures), de coutumes et d’espace, s’inspirant de l’expérience de ses prédécesseurs, en les dépassant, note soigneusement, ses observations autour d’un schéma cohérent. «Les moindres productions de cette école se signalent par des qualités communes qui s’apparentent, franchement, à celles du maître : méthode rigoureuse, absence d’effets littéraires, objectivité un peu sèche peut-être, mais d’une sureté poussée jusqu’au scrupule» écrit Georges HARDY. Puisant son inspiration dans la politique indigéniste menée en Algérie, il lança l’idée de la singularité de l’Afrique subsaharienne une perspective que Jean Loup AMSELLE qualifie de «raciologie républicaine». Pour Michel FOUCAULT l’anthropologie a pour ambition de dégager la pure et claire image de l’homme universel, «ce qu’il pourrait y avoir de spécifique et d’irréductible en lui, d’uniformément valable partout il est donné à l’expérience». Or, l’africanisme, en tant que savoir, se situe donc au creux de ces pulsions contradictoires, écartelé dès ses origines entre une volonté de grandeur et de puissance qui galvanise la France empressée de bâtir un empire, et la fascination qu’éprouvent une poignée d’administrateurs coloniaux pour la façon de vivre et de penser des peuples colonisés, les incitant à s’appliquer à les documenter, à les restituer selon les principes de la recherche scientifique. «Faidherbe s’est fait nègre avec les nègres (…) Il s’est fait Sénégalais avec les Sénégalais en étudiant les langues et civilisations du Sénégal. (…) C’est lui, le conquérant, qui a fait le plus grand éloge des résistants sénégalais. «Ces gens-là, écrit, on les tue, on ne le déshonore pas» s’enthousiasme Léopold Sédar SENGHOR. En revanche, Georges HARDY est plus sévère avec l’africanisme français qui «impose délibérément des vues de myope». Selon HARDY l’anthropologie coloniale privilégie «l’âme primitive ou inférieure» alors que «la plupart des sociétés dont s’occupe l’histoire coloniale vivent d’une vie intensément collective, à la fois ethnique et religieuse ; elles absorbent l’individu». Dans sa critique de l’africanisme, Gérard LECLERC postule que celui-ci fut effectivement «la fille de l’impérialisme colonial» dans la mesure où il s’est constitué en tant qu’ensemble théorique dès lors que s’impose en Occident le besoin de connaître et de dominer les peuples colonisés. En effet, l’anthropologie positive, en rupture avec l’anthropologie des Lumières applique le principe : «connaître pour mieux agir» ; le développement de l’anthropologie par FAIDEHERBE sous-tend la justification scientifique de la colonisation et la théorie de la «mission de civilisation» des peuples africains. A peine identifiée, la culture africaine est niée, et il faut assimiler ces peuples barbares, par un phénomène d’acculturation.

FAIDHERBE est arrivé à un moment important de l’histoire de la colonisation. La France est présente au Sénégal depuis la fin du XIVème siècle, mais sa domination est fortement contestée, successivement, par les Hollandais, les Anglais, et naturellement, par les royaumes africains. Faute de moyens, le colonisateur n’avait d’emprise que sur Saint-Louis, Gorée et Dakar, l’intérieur du pays étant encore contrôlé par les Sénégalais.

FAIDHERBE, dans ce contexte, utilise son africanisme, non pas pour valoriser la culture africaine, mais pour mieux être efficace dans l’entreprise de domination française. Cependant, et bien avant FAIDHERBE, il faudrait rendre justice à Jacques-François ROGER, dit baron Roger (1787-1849), avocat, franc-maçon, un libéral, humaniste et un civil administrateur colonial au Sénégal de 1819 à 1827, et marié à une Sénégalaise, Yacine Yérim DIAW. C’est lui a introduit l’arachide au Sénégal. En effet, le Baron ROGER, dans son ouvrage «Les fables du Sénégal» de 1828, considère l’Afrique comme un véritable objet scientifique. Comparant les conteurs sénégalais à la Fontaine, aux métamorphoses d’Ovide et à Esope, il écrit : «Ici, composition, mœurs, peintures, tout appartient aux Nègres, tout est différent de ce que nous avons, a ce caractère neuf, original, qui pique la curiosité. (..) Il paraît que les fables sont connues de toute ancienneté chez le Nègres, quoique, pour la plus part, ils n’aient pas de littérature, ni même de langue écrite» dit-il dans la préface. Ces fables ont, outre l’amusement, la satire, une morale : ce sont des leçons de sagesse c’est la répugnance du despotisme, de la férocité et l’abus de la force contre la faiblesse. «La figure du Baron Roger est l’une des plus attachantes et les plus marquantes aussi, de l’histoire du Sénégal» écrit Georges HARDY. En effet, le Baron ROGER, à trois reprises, sollicite un emploi aux colonies : en 1815, il essaie de se faire nommer Directeur du domaine à la Martinique ; en 1819, Procureur du Sénégal ; il échoue en raison de ses idées humanistes. «Je crois que notre population indigène, malgré quelques formes qui surprennent au premier aspect, vaut au moins de ceux de la dernière classe en Europe. Je doute qu’elle ait à gagner en étant amenée à lui ressembler» dit le Baron ROGER. En juin 1819, le Baron ROGER est nommé Directeur de l’Habitat au Sénégal, avec l’appui d’Anne-Marie JAVOUHEY, une religieuse en charge de l’éducation au Sénégal. Sa connaissance des Africains sera utile pour lui dans son administration de la colonie «Ce n’est pas par des discours qu’on fera agir les Nègres, il faut agir devant eux et avec eux» dit-il.

Louis-Léon-César FAIDHERBE est né, à Lille, le 3 juin 1818. Son père, un royaliste et engagé volontaire en 1794 contre les Autrichiens, un commerçant en bonneteries, meurt prématurément, et laisse une famille de 6 enfants. Après des études commencées à Lille, doué pour les mathématiques, à la faveur d’une bourse, à Douai, il entre, en 1838, à l’école Polytechnique, et en sort en 1840, sous-lieutenant-élève du génie. De 1840 à 1842, il fréquente l’école d’application de l’artillerie et du génie à Metz. Après un an de séjour à Arras, il sera envoyé en Algérie de 1843 à 1846, à la compagnie du 2ème régiment. Le général Charron, son mentor, l’incita pour le service colonial. Il séjournera en Guadeloupe, de 1848 à 1849, au moment de l’abolition de l’esclavage et du suffrage universel. Il avait des sympathies pour Victor SCHOELCHER (1804-1893), abolitionniste, qui sera élu député, à qui dédicacera son ouvrage sur la colonie sur le «Sénégal et ses dépendances». L’abolition de l’esclavage avait ébranlé les colons, mais FAIDHERBE, adversaire de l’esclavage : «Ses goûts le portaient déjà aux études ethnographiques, ses sentiments à la sympathie des déshérités. Il semble que, dès lors, il se soit senti la volonté d’aimer cette race maudite, de l’élever en dignité dans la famille humaine. Il entrevit, peut-être, dans un rêve de patriotisme et d’humanité, le rôle qu’il devait remplir avec tant d’éclat au pays des Noirs. Il est à croire que ses relations avec Schoelcher, le vénérable apôtre de l’abolition de l’esclavage, contribuèrent à fixer ses résolutions» écrit Ismaël-Mathieu BRUNEL, un de ses biographes. «Malgré les occupations absorbantes que la construction du Fort Joséphine imposait à Faidherbe, il se mit à réfléchir aux moyens de sortir les nègres de l’abjection où leur vie antérieure (esclavage) leur avait menée» écrit J. RIETY dans sa biographie.

De retour en France, il sera envoyé, en 1851, en Algérie, au poste de Bou-Saada, et prit part à l’expédition de la Kabylie. Il accède au grade de capitaine.

En 1852, il sera affecté au Sénégal, qui était alors géré par la Compagnie des Indes. Les Français étaient venus au Sénégal, en 1634, mais la guerre de Cent-Ans a interrompu cette occupation. En raison des guerres napoléonniennes, les Anglais occupent le Sénégal qui ne sera rendu à la France que le traité de 1814. Le Sénégal, au milieu du XIXème siècle, n’était pas encore une colonie, mais était gérée par le Comptoir des Indes, avec des Gouverneurs intermittents, et la France n’était présente qu’à Gorée, Saint-Louis, Bakel et Sénoubou, sur la Falémé. Le territoire du territoire était soumis à la juridiction des royaumes du Fouta-Toro, du Cayor, du Djolof et du Oualo, soumettant les comptoires français à diverses taxes : «Pour avoir le droit de commercer, nous étions soumis à des mesures vexatoires, humiliantes, et surtout onéreuses. La faiblesse avec laquelle, nous nous soumettions à leurs exigences, à leurs demandes de cadeaux sans cesse renouvelées, les encourageait à persévérer dans cette voie» écrit FAIDHERBE. A l’époque, la France était locataire de Saint-Louis, une ville de 15 000 habitants, il fallait payer au Brak du Oualo dix bouteilles d’eau-de-vie. «Saint-Louis est la plus belle ville de toute la côte occidentale de l’Afrique. Elle renferme plus de 4 000 maisons en maçonnerie de briques, et près de 4000 cases habitées par les Noirs» écrit-il.  

FAIDHERBE, déjà en contact avec les musulmans d’Algérie et les Noirs des Antilles, s’appuie, entre autres, sur les recommandations d’Anne RAFFENEL qui avait fait un voyage au Sénégal, entre 1843 et 1844, pour renforcer la présence de la France au Sénégal : «suivre une politique ferme, loyale et juste ; protéger les Noirs contre les Maures et les Peuls musulmans (Fouta-Toro), entretenir une armée spéciale, petite, mais solide, supprimer les escales, coutumes, traitants, toutes entraves commerciales». En effet, l’occupation de Gorée était souvent contestée par l’Angleterre, et le Cap-Vert n’était pas encore un grand port. En sa qualité de directeur du génie, FAIDEHERBE construisit, en quarante jours, en 1854, le port de Podor, pour résister aux incursions maures. Il fut élevé au grade de chef de bataillon, et nommé, une première fois, gouverneur du Sénégal, du 16 décembre 1854 au 4 décembre 1861. Il conquiert, il administre et explore de nouveaux territoires (Sahara et Soudan). Mais pour cela, FAIDHERBE, nouveau gouverneur et devant gérer des ethnies différentes, entreprit de mieux les connaître pour les assujettir. En colonisateur avisé FAIDHERBE applique la devise, «diviser pour mieux régner» en distinguant, artificiellement, trois groupes ethniques : Les Blancs (Berbères et Arabes) des Noirs (Races Manding ou Malinké races Sérère – Ouolof) et la race Noire-rougeâtre (Les Peuls). FAIDHERBE était fasciné par les Peuls, une ethnie de nomades et de pasteurs venue d’Egypte, pour lui, fort supérieure en énergie et en intelligence aux races tout à fait noires parmi lesquelles, elle s’est établie victorieusement. Bou El Mogdad SECK (1826-1880), assesseur du Cadi, à Saint-Louis était son ami. Il confiera une mission à Alioune SALL, sous-Lieutenant indigène des spahis sénégalais pour Oualata et Arouan, en Mauritanie. Il conclut, en 1858, des traités avec le Trarza et le Brakna, pour mieux les neutralisés. FAIDHERBE, en dépit de son admiration de principe, pour les Peuls, était gravement confronté à la résistance d’El Hadji Omar. FAIDHERBE renforce la défense de Bakel, et confie à Paul HOLL qui repousse El Hadji Omar aux batailles des 20 avril 1857 et 18 juillet 1857, à Médine assiégé. N’ayant pas assez de forces, FAIDHERBE conclut des accords avec les chefs de la Falémé le 10 août 1858.

Il revint, en France, à Lille, pour épouser sa propre nièce. FAIDHERBE, parti pour la garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, est remplacé de 1861 à 1863, par le gouverneur Jean-Bernard JAUREGUIBERRY (1815-1887), mais il sera rappelé au Sénégal, une dernière fois du 14 juillet 1863 au 12 juillet 1865. Il est promu général de brigade le 20 mai 1863. Il renforce la présence française au Cayor, et il en tirera un ouvrage «Notice historique sur le Cayor». Avec ses faibles effectifs d’Européens, FAIDHERBE s’appuie sur des soldats Peuls pour certaines de ses conquêtes coloniales FAIDHERBE apprend les langues nationales du Sénégal (le Peul, le Ouolof et le Soninké) et sous traite certaines affaires à différents trafiquants, lorsqu’il n’a pas les moyens d’agir directement. Il engage l’éducation rudimentaire d’auxiliaires nécessaires au succès de la colonisation, avec l’aide de religieuses (Saint Joseph de Cluny pour les filles et Frères de Ploërmel, pour les garçons et des cours du soir, pour les musulmans), dont la mission est aussi d’évangéliser, de pacifier les relations avec les Européens, en évitant ainsi toute contestation sérieuse de l’occupation française. FAIDHERBE créé aussi l’école des Otages qui deviendra l’école des fils de chefs ; il a besoin, pour son administration coloniale d’interprètes et s’appuie aussi sur les chefferies traditionnelles, érigées parfois au rang de commandants de cercle ou de postes, pour conquérir l’intérieur du pays. La capitale coloniale étant établie dans une île, à Saint-Louis, FAIDHERBE construisit le fameux pont. Il voulut faire du Sénégal une colonie agricole, avec du café et de l’indigo, notamment, mais sans succès. Le Sénégal étant, à cette époque, non une colonie de peuplement mais de commerce, les intérêts coloniaux étaient gravement compromis par l’esclavage. Son projet de chemin de fer, afin de mieux mobiliser et faire circuler les ressources humaines, n’a pas été retenu. «Il faut être les maîtres, pour avoir la sécurité ; pour être les maîtres, il faut le vouloir ; pour vouloir et réaliser, il n’y a qu’à agir avec méthode, à construire : Faidherbe fut avant tout un constructeur ; il était polytechnicien» écrit André DEMAISON, un de ses biographes. FAIDHERBE fait la différence avec ses prédécesseurs parce qu’il a appuyé son action sur la connaissance du pays et de ses hommes, en étant le fondateur de l’ethnologie africaine.

FAIDHERBE entreprendra, en 1867, après son départ du Sénégal différents travaux anthropologiques, à Alger. Il considère que les Libyens, à qui il rapporte les tombeaux mégalithiques de Rokhnia, ne sont ni des Sémites, ni des Chamites, mais des populations venues du Nord-Ouest d’Europe.  Il écrit aussi un ouvrage sur «le voyage des cinq Namazons d’Hérodote dans l’intérieur de l’Afrique». Revenu en France, en 1870, après la défaite de Sedan, il est rappelé par le Gouvernement de la Défense nationale, pour reconstruire l’Armée du Nord, de 1870 à 1871. Promu général de division, il empêcha les Prussiens de se rendre au Havre et les vainquit à Bapaume où ils avaient pris d’assaut sept villages. Il affronta les Prussiens, le 19 janvier 1871, à Saint-Quentin. Paris, victime d’un blocus, put avoir du ravitaillement, en raison de la diversion causée par FAIDHERBE dans le Nord. Pour ces faits de guerre, Adolphe THIERS l’érigea au rang d’officier de la Légion d’Honneur. Il est nommé, en juillet 1871, député à l’assemblée nationale. Passionné d’histoire et d’anthropologie, il fit un voyage, en 1871, en Egypte. Il renoue avec la Société des Sciences de Lille et écrit son mémoire sur «Les Dolmens d’Afrique». Il présente, le 3 juin 1873, à la Société d’anthropologie, ses «Instructions sur l’anthropologie en Afrique». Mettant à profit cette période, il renoue avec diverses contributions sur le Sénégal : «Les langues Poul», «Le Zénéga des tribus sénégalaises», et «Les langues sénégalaises».

Elu sénateur du Nord, en 1879, FAIDHERBE sera atteint d’une maladie de la paralysie. Cependant, c’est à ce moment qu’il entreprend, en 1886, d’écrire son ouvrage sur «Les explorations du Sénégal».  FAIDHERBE meurt le 29 septembre 1889, parmi les siens, d’une ataraxie locomotive, muée en hydrophysie généralisée.

La France est présente au Sénégal de longue date, mais elle est largement concurrencée, dans ce comptoir par les Maures, les Hollandais, les Anglais et une défiance, sinon une hostilité des royaumes traditionnels de ce pays qui faisaient payer des taxes aux Européens. Le «Radeau de la Méduse», transportant de nouveaux colons après l’Angleterre ait rendu le Sénégal, sombre le 2 juillet 1816. Le futur gouverneur, Schmatz abandonne les naufragés et se sauve avec sa famille. Le Sénégal est considéré comme un pays maudit et le Ministère des colonies estime que la Compagnie des Indes, gérant le Sénégal depuis 1718, n’est pas rentable, ni la gomme, ni le trafic d’esclaves ou d’eau-de-vie n’enrichissait vraiment les Français. FAIDHERBE s’est évertué, dans sa communication, de prouver le contraire, en créant notamment son africanisme, susceptible de mieux «domestiquer» les Africains. «Il faut que notre drapeau flotte à Bafoulabé d’ici à deux ans, et à Bakamou sur le Niger, dans dix ans» dit-il en 1868. En effet, alors que la raciologie est interdite en France métropolitaine, FAIDHERBE a développé une ethnographie présentant les races sénégalaises comme séparées des voisines (il oppose les Noirs aux africains dits Blancs, les Ouolofs aux Peuls) par des caractères physiques différenciés, perceptibles au premier coup d’œil, établissant une hiérarchisation, et par un abîme de tendances morales, de coutumes, d’institutions (Un Fouta-Toro islamiste et belliqueux, un Cayor animiste et miné par des conflits de successions). Naturellement, dans sa propagande coloniale, cette idée de FAIDHERBE, de races foncièrement hostiles, isolées dans leur orgueil, seuls les colons sont mieux à même de les civiliser et de les rapprocher. Par conséquent, FAIDHERBE étudie, de très près, les Peuls et le royaume du Cayor, susceptibles de freiner la pénétration coloniale au Sénégal.  «A beau mentir qui vient de loin» dit un proverbe français.

I – FAIDHERBE et l’Africanisme

FAIDHERBE étudie, particulièrement, les Peuls, les Ouolofs, les Malinkés, les Soninkés et les Sérères. FAIDHERBE établit un africanisme racisé, une distinction des habitants du Sénégal fondée sur la couleur de leur peau : «Les Noirs se divisent, comme les Blancs, en races distinctes, par la teinte, plus ou moins foncée ou les traits du visage, et par leur degré d’intelligence». S’agissant de ce qu’il appelle «Les Blancs», FAIDHERBE s’appuie sur les sources arabes, Ibn KHALDOUN, quand il évoque les Berbères ou Numides : «toute l’Afrique septentrionale, jusqu’au pays des Noirs, a été habitée par la race berbère, et cela depuis une époque dont on ne connaît, ni les évènements antérieurs, ni le commencement». Les Zénaga, qui sont des Berbères du Sud du Maroc, faisaient commerce avec les Sénégalais à qui ils achetaient de l’or et des esclaves, en échange de leurs chameaux et du sel. Ils fondèrent l’empire des Almoravides (mot déformé qui sera marabout), ils vendaient des fétiches et ont islamisé une partie du Sénégal. Mais les Arabes Béni Hassan, domineront les Zénagas et occuperont les zones côtières du Sénégal. Cet usage des sources arabes de l’histoire africaine connaîtra un destin fabuleux pour les générations d’Africanistes à venir.

A – FAIDHERBE, un admirateur des Peuls

1 – FAIDHERBE promoteur des origines égyptiennes des Peuls

FAIDHERBE décrit les Peuls comme étant «une race d’hommes bruns, rougeâtre, aux cheveux à peine laineux, aux traits presque européens, à l’intelligence assez développée et susceptible de culture». Ils sont les premiers à se convertir à l’Islam et à fonder divers empires au Fouta-Toro, au Macina, dans le Boundou et le Fouta-Djallon. Les Peuls jouent, pour le compte des Arabes et des Berbères, «le rôle de convertisseur à main armée» des autres populations du Sénégal, et notamment à partir du XIème siècle. Dans les migrations et les déplacements causés par ces guerres de conquête religieuse, les Peuls se sont mélangés avec leurs captifs ou voisins noirs, certains sont devenus sédentaires, et on les appelle les Toucouleurs. «L’instinct prédominant des Peuls les porte à la vie pastorale ; ils s’identifient, pour ainsi dire, avec leurs bœufs ; ils sont alors de mœurs très douces, mais exclusivement enclins au vol. Ceux qui ont fondé des Etats ou des villes se livrent à la culture» dit-il. FAIDHERBE fait remarquer que la langue des Peuls est douce, harmonieuse, et n’a pas de «kh» arabe, ce qui la distingue des autres langues africaines «Nous ne pensons pas qu’elle ait été étudiée dans sa pureté par les Européens. Elle mériterait de l’être» dit-il.

FAIDHERBE distingue dans les races les vainqueurs et les vaincus. Les Peuls ont, selon lui, «un esprit de race» pour islamiser les animistes : «A notre époque, nous assistons à la période de prédominance de la race Poul, qui envahit et subjugue, un à un, les Etats Malinké et les débris des Etats Soninké, pour en faire des Etats musulmans, soumis à des marabouts, d’origine peule» écrit FAIDHERBE. Ainsi, FAIDHERBE n’a pas manqué de décrire l’influence du Fouta-Toro au milieu du XIXème siècle, une population estimée à 300 000 habitants. «Le Fouta est une République avec un chef électif. La seule loi est le Coran. Le chef élu, est toujours un marabout savant ; la seule condition, c’est qu’il soit Torodo de caste. On ne nomme jamais un chef déjà puissant par lui-même. Son pouvoir est très éphémère et presque illusoire. Il est élu et renversé par des assemblées populaires de Torodo, qui sont les chefs héréditaires des principales tribus» écrit-il. Le Fouta-Toro, est en permanence agité par des guerres, mais ce pays a conscience de son unité et de sa solidarité quand le danger menace ; Etat décentralisé, la religion est un facteur d’unification des Foutankais et d’exaltation du sentiment national : «Le Fouta est un Etat exclusivement turbulent, divisé, incapable de s’entendre, et de se réunir, un peu sérieusement pour soutenir une guerre, à moins qu’il ne s’agisse de religion ; alors le Fouta n’est plus qu’un seul homme» dit-il. Le Fouta-Toro était auparavant habité non seulement par des Peuls, mais aussi par des Oulofs, des Sérères et des Malinkés. FAIDHERBE retrace l’histoire du Fouta-Toro depuis la dynastie des Peuls Déniankobé, sous la direction de Coly Tenguella BA, au milieu du XVème siècle. Mais à la fin du XVIIème siècle, le parti des Torodos, des Peuls islamisés et sédentaires, renverse la dynastie Déniankobé, un pouvoir animiste, héréditaire, absolu et souvent allié aux Maures dans les pillages du Nord du Sénégal. FAIDEHERBE a recensé les défauts des Foutankais engagés dans une contestation la plus longue et la plus violente contre l’ordre colonial : «Outre leur arrogance envers nous (Les Français), on peut reprocher aux gens du Fouta leur manque de bonne foi, leur avidité, leur propension au vol, la partialité et la vénalité de leur justice».

FAIDHERBE reconnaît également certaines qualités aux Foutankais «Ils ne manquent pas de qualités : l’attachement à leur religion, leur patriotisme, leur haine de l’esclavage ; aucun citoyen du Fouta n’est jamais réduit en esclavage ; ils ne font d’esclaves que sur les infidèles. Leur amour du travail, et surtout de l’agriculture, qui est chez eux tout à fait en honneur, en fait un pays très productif» dit-il. A l’époque, le colonisateur n’avait que deux postes au Fouta : Podor et Matam. En échange du mil, de l’arachide, des chevaux et du cuir, les Français proposaient aux Foutankais des fusils, de la poudre, des pagnes de couleur et de l’ambre. Cependant, les relations avec le Fouta restent tendues «C’est un peuple auquel nous devons tâcher d’enlever ses travers et ses torts envers nous, pour entretenir ensuite avec lui les relations les plus bienveillantes» dit-il. A l’époque, El Hadji Omar TALL était maître du Gadiaga, de Dinguiray et d’une partie du Mali, et le Boundou était un Etat islamique dépendant du Fouta-Toro. Amady Aïssata, fondateur du Boundou avait tué Abdelkader KANE, et les Français réussiront à y installer, en 1856, Boubacar Sada.

Anna PONDOPOULO montre que, dans le cas de FAIDHERBE, «la construction de l’image de l’ethnie peule est la préoccupation permanente qui traverse toute son œuvre. Faidherbe crée un véritable stéréotype de l’ethnie peule. (…) Grâce à l’œuvre de Faidherbe, les Peuls cessent d’être l’objet de la curiosité professionnelle des administrateurs, ils peuvent entrer dans l’histoire universelle et devenir accessibles à la conscience européenne». Ainsi, Henri GADEN (1867-1939, voir mon post) est dans une large mesure, le continuateur de l’africanisme de FAIDHERBE. Il s’intéresse, lui aussi, particulièrement aux Peuls, et publie notamment : «Proverbes et maximes peuls et toucouleurs» en 1931, le «Poular, dialecte Peul du Fouta» en 1912, «Du nom des Toucouleurs et les peuples islamisés du Fouta sénégalais», en 1912. Il se fait éditeur sur «La vie d’El Hadji Omar» en 1935, et transcrit, en 1913, «Les chroniques du Fouta» de Ciré Abass SOW. Il écrit un dictionnaire de la langue peule. Quand, il arrive à Bandiagara, en 1894, ses travaux ethnographiques seront utiles dans la relation avec le roi, Aguibou TALL (1843-1907), installé par le colonisateur français. FAIDHERBE a donc fait de l’ethnographie, un moyen de consolider le pouvoir colonial. Par ailleurs,  Maurice DELAFOSSE (1870-1926, voir mon post), un éminent africaniste, utilisera les sources arabes et orales pour ses travaux ethnographiques. Il fera un travail important sur l’origine des Peuls que FAIDHERBE avait ébauchés.

2 – La fabuleuse destinée de la théorie des origines égyptiennes des Peuls

C’est surtout en ce qui concerne l’origine des Peuls que FAIDHERBE a été un grand visionnaire. Certains Peuls musulmans ont tendance ont tendance à vouloir établir une descendance arabe, et de préférence du Prophète Mohamed, et prétendant qu’ils seraient des «Chérifs», des petits-fils de cet envoyé de Dieu. FAIDHERBE soutient qu’il «y a de très curieuses recherches à faire sur cette race. Il ne serait pas impossible que ce fut elle qui habitat l’Egypte au temps de son antique civilisation», dit-il dans un article sur les Noirs daté de 1859. «De tous les peuples africains, il en est très peu qui aient de meilleurs titres à l’attention des géographes que les peuples de races Foulah. Il n’en est peut-être pas, en effet, qui dérobent plus obstinément le secret de leurs origines, qui ait fourni à la fantaisie des théoriciens un thème plus commode et sur le compte desquels on soit moins prêts d’être d’accord» écrit Jacques de CROZAL, dans son ouvrage, «Les Peuls, étude d’ethnologie africaine», de 1883.

En effet, pendant longtemps, les chercheurs se sont divisés sur l’origine des Peuls. Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872) et l’Abbé David BOILAT (1814-190) font venir les Peuls de la région située au Nord du Sahara ; ils s’étendaient dans les oasis et poussaient leurs troupeaux jusqu’aux bords du Niger. Attaqués par les Maures, ils se réfugient sur les bords du Sénégal. Pourtant, on retrouve les Peuls, notamment, au Cameroun, au Tchad et au Nigéria. Le baron Gustave d’EICHTAL (1804-1886) pense que les Peuls seraient venus de l’archipel indien ou de la Polynésie, il établit des analogies entre le Peul et les langues de ces pays, ainsi que leur système de numérisation  : «Des deux côtés, le même caractère réservé, prudent, un peu mélancolique, la même susceptibilité sur le point d’honneur, la même promptitude à venger l’outrage. Chez les deux peuples, les mêmes croyances religieuses, les idées superstitieuses exercent un égal empire» dit-il. Le baron d’EICHTAL songe à ce fils de Cham, que le tableau ethnographique de la Genèse désigne sous le nom de Pout ou Phout. Selon lui, Pout, ce serait une déformation du Fouta.

FAIDHERBE estime que l’opinion d’EICHTAL est basée sur «de simples ressemblances de mots, ne signifiant pas grand-chose». Paul FLEURIOT de LANGLE (1897-1968) rapproche les Peuls du type Hindou et Sémite. KNOETEL rattache les Peuls aux Ethiopiens. BERENGER-FERAUD estime que les Peuls seraient originaires d’Algérie ou de Tunisie. Edmond MOREL, quant à lui, estime que les Peuls ont une origine judéo-syrienne. Maurice DELAFOSSE estime que les Peuls seraient des Judéo-syriens qui auraient séjourné pendant longtemps en Egypte. Les rois, de race blanche ayant régné sur l’empire du Ghana, seraient des Peuls, hamitiques, ils sont rebelles à l’islam.

Cheikh Anta DIOP (1923-1986), établira de façon scientifique et incontestable l’origine égyptienne des Peuls. Il conforte et développe l’hypothèse émise par FAIDHERBE qui n’était qu’une piste de recherche. Pour Cheikh Anta DIOP, il ne fait pas de doute que les Peul ont des origines égyptiennes. En effet, selon lui, les noms totémiques «BA» et «KA» ainsi que leur matriarcat indiquent qu’ils sont authentiquement d’origine égyptienne.

B – FAIDHERBE, les Ouolofs et leurs royaumes

1 – Les mœurs et coutumes des Ouolofs

FAIDHERBE met les Ouolofs et les Sérères dans le même groupe ethnique, en raison de leur caractère physique et moraux ainsi que de leur langage monosyllabique. «Les Ouolofs et les Sérères sont les plus grands, les plus beaux et les plus noirs de tous les Nègres de l’Afrique. Ils ont les cheveux crépus, mais les traits de leur visage sont souvent assez agréables ; leur qualité dominante est l’apathie» dit-il. FAIDHERBE les qualifie de «doux, puérilement vain, crédule, au-delà de toute expression, imprévoyants et inconstants». Il juge les Ouolofs très braves, cultivateurs et pêcheurs, et sont confrontés parfois à périodes de disette. Ils ne cultivent que juste ce qu’il faut pour leurs besoins du moment. En dépit de ces privations, ils sont des gens très heureux. Ils sont sobres et s’adonnent rarement à l’alcool.

Cependant, FAIDHERBE avait déjà déploré les mœurs de nos gouvernants : «Leurs rois et leurs chefs, sont ivres du jour où ils entrent en fonction jusqu’au jour où ils meurent, ce qui, grâce à l’eau-de-vie de traite, ne se fait pas attendre longtemps» dit-il. Là aussi, le colonisateur avait détecté le maillon faible de nos royaumes traditionnels qui avaient conclus de nombreux accords de protectorat avec la France avant que l’intérieur du pays ne soit conquis. Pour mieux les neutraliser, il était offert, en masse, des boissons alcoolisées à nos rois. Pour lui, «les habitants des villes peuvent être regardés comme civilisés». FAIDHERBE est sévère pour les Ouolofs convertis à l’islam et exprime son islamophobie «Les Noirs qui se font musulmans deviennent souvent faux et hypocrites». Il ressasse aussi les clichés colonialistes qui seront appliqués à tous les Noirs «Les Ouolofs sont de grands enfants qu’il faut savoir traiter comme tels».  Par ailleurs, David BOILAT (1814-1901, voir mon post) s’intéressera particulièrement aux Ouolofs et aux Sérères, leurs coutumes, langues et royaumes.

FAIDHERBE se félicite de la bonne entente avec les Ouolofs qui ont un esprit ouvert : «Il y a, malgré de petites discordes, une grande sympathie entre eux et les Européens (…) et une race mélangée, assez nombreuse, a été le résultat de ce contact prolongé. Cette classe de la population a fait des progrès bien remarquables (…) sous le rapport de l’éducation, de l’habillement, de la manière de vivre publique et privée». Il apprécie chez les Ouolofs la douceur, la bienveillance et l’indulgence exagérée. Les prénoms rencontrés à cette époque sont pour les hommes : Samba, Demba, Déthié, Latir, Yoro, Peinda, Pathé, M’Bagnick, et pour les femmes : NGoné, Coumba, Tacko, N’Diogou, Yacine, Codou, Bigué, N’Della.

FAIDHERBE a étudié ce qu’il appelle les «races noires» et parmi elles les Mandingues ou Malinkés. «Cette langue indique une race d’hommes, et malgré les mélanges de sang les plus compliqués, les divisions territoriales infinies, causées par les guerres et les évènements politiques, et les différentes dénominations que prennent les factions séparées qui parlent ces dialectes, il est nécessaire de les réunir sous la même dénomination» écrit-il. Il décrit ainsi les Malinkés, les Sarakolés ou Soninkés, comme des «Noirs assez généralement de haute taille, au système musculaire bien développé, et aux cheveux crépus. Ils ont des traits du nègre. (..) On retrouve chez eux qui n’ont pour nous rien de désagréable» dit-il. Ces peuples sont assez guerriers par tempérament, et sont très portés à la culture et au commerce. Les Soninkés sont la race la plus commerçante de l’Afrique occidentale.

2 – Les empires du Djolof et du Oualo

En stratège, FAIDHERBE se mit d’abord à étudier les royaumes les plus faibles, notamment le Oualo et le Djolof. Il a décerné, dans ces pays, la place de la femme et le respect pour les Anciens, l’hostilité à l’égard de la chrétienté, l’attirance des esprits de la nature, la grande admiration pour le marabout, ainsi que la nécessité de mieux canaliser les incursions des Maures, pour avoir leur alliance. FAIDHERBE, dans ses travaux sur les empires Ouolofs (Djolof, Cayor et Oualo), s’appuie essentiellement, sur les Cahiers de Yéro DIAW, un élève de l’école des fils de chef, fondée en 1855. Yoro DIAW fut le premier de ces chroniqueurs sénégalais qui ont recueilli, traduit, écrit, compilé, interprété aussi, les traditions orales de leur peuple.

L’empire historique du Djolof, fondé au milieu du XVIème siècle, était dirigé par le Bourba, suzerain des rois du Cayor et du Oualo. Cependant, les Ouolofs et les Sérères prirent leurs distances, les razzias des Maures et les incursions du Fouta-Toro ayant affaibli et réduit le Djolof : «Le Bourba est le plus misérable et le plus faible de tous» écrit FAIDHERBE. Pays de pâturages et d’élevage, le Djolof attire les incursions des Maures. Les Peuls et les villages confrontés à l’insécurité ont cédé à la domination du Fouta-Toro. Le Djolof est également confronté à des dissensions internes. C’est le cas de la révolte de Tanor, dit Silamaka DIENG, converti à l’Islam, employant des guerriers Tieddos, il a recherché une alliance avec le Fouta-Toro.

Le Oualo, traditionnellement dirigé par les DIOP ou M’BODJI, étant une émanation de cet empire. Une partie du Oualo a été détruite et envahie par les Trarza, et la population alla se réfugier au Cayor ou N’Diambour. Les chefs du Oualo portent le titre de Brak, et c’est une dynastie élective parmi les trois grandes familles royales.

Par ailleurs, c’est pouvoir matriarcal «La loi d’hérédité comptait beaucoup dans le choix du Brak, mais l’hérédité dans le Oualo est très bizarre, elle est collatérale par les femmes. Ainsi, à la mort d’un chef ou d’un simple chef de famille, c’est le fils de sa sœur qui en hérite au détriment de ses enfants» écrit-il. Le colonisateur tenta, vainement, d’arracher le Oualo à la domination des Trarza en 1819, en 1827, 1843, 1848 et 1850. En 1833, la reine Guim-Botte, en fait N’Dieumbott M’BODJ (1800-1846), une Linguère,  se maria avec un le roi Trarza, Mohamed El Habib, pour tenter de sauver son royaume. En 1835, par une action concertée des Braks du Oualo et de la France, les Maures furent vaincus, mais la paix ne sera acquise, définitivement, qu’en 1854. Ely, le fils de N’Dieumbott fut considéré comme l’héritier du Oualo, il en était le maître, sa tante étant N’Daté Yalla M’BODJI. Fara Peinda, réfugié au Cayor, contesta, vainement, la prise de pouvoir par Ely.

3 – Le turbulent et redoutable royaume du Cayor

FAIDHERBE a, très vite, compris que le CAYOR est un caillou dans la chaussure du colonisateur, et il fallait donc examiner attentivement les ressorts de son fonctionnement, pour l’anéantir. En effet, les Oulofs dispose d’un autre royaume, plus important, le Cayor qui s’étend de Saint-Louis à Gorée. C’est un régime d’héritage matrilinéaire ; seule la femme transmet certains noms et certains droits (Khët). C’est le père qui transmet le nom à l’enfant (Saant), et c’est la dynastie de FALL. Les Damels, rois du Cayor, sont choisis parmi les familles royales (Garmi) qui sont au nombre de sept (Mouïoy, Ouagadou, Dorobés, Guéidj, Guélwar, Bey, Sognon). Seul Lat-Dior, dernier Damel, un Tiéddo, ne sera pas issu de ces familles. Le titre honorifique de «Linguère» est accordé à une princesse qui devient ainsi la première dame du pays. En 1549, Amary N’Goné FALL, alors prince, vainquit le Bourba à la bataille de Dauky et déclara que le lien avec le Djolof est rompu, le titre de Damel venant du mot Ouolof «Dame», (casser, rompre). Après un règne de six jours de son père, Déthié-Fou N’Diogou FALL, premier Damel, meurt accidentellement, tué par un taureau surexcité. Amary N’Goné Sobel FALL, sera ainsi le second Damel, et choisi M’Boul comme capitale. Souverain absolu, le Damel «s’arroge le droit de piller, de tuer et de vendre ses sujets par simple caprice» écrit FAIDHERBE.

FAIDHERBE raconte qu’un vénérable marabout vint au Cayor, avec un magnifique cheval. Le Damel en voulut, à tout prix. Le marabout réclama alors cent jeunes filles vierges. Aussitôt, sur ordre du Damel, les Tiéddos, allèrent dans les villages ravir ces jeunes filles, pour le marabout. Pays plat, sablonneux avec des marais et des lacs d’eau douce (Les Niayes), les habitants du Cayor cultivent le mil, le Niébbé (haricot) et l’arachide. Le Cayor est à majorité musulmane, mais le Damel est animiste. La croisade d’Abdelkader KANE, pour tenter d’islamiser le Damel, s’est soldée par un cuisant échec. L’Almamy fut séquestré et libéré quelques années plus tard. Le Cayor a pu vassaliser le Baol, mais est resté sous la menace permanente des Maures. A l’époque, le souverain du Baol, sous la domination du Djolof, avait le titre de Lamane. Ce royaume dispose de guerriers redoutables, les «Thieddos» ou «Sebbé» qualifiés de mercenaires qui terrorisent la population. La révolte de Diaodine-Boul, de la famille Garmi, en 1856, s’est soldée par un échec ; il sera exécuté par le Damel.

Après 44 ans de règne d’Amary N’Goné Sobel, FAIDHERBE a recensé, entre 1549 et 1883, 83 Damels qui se sont succédés sur le trône du Cayor : Massamba Tacko, 3ème Damel en 1593 ; Makhourédja Kouly, 4ème Damel en 1600 ; Birame Banga, 5ème Damel en 1610 ; Daou Demba, 6ème Damel en 1640 ; Madior, 7ème Damel en 1647, roi sage et ayant fait régner la paix, il épousera sa nièce Yacine Boubou ; 8ème Damel, en 1664, c’est Birame Yacine Boubou ; il introduit le Khalam dans le Cayor ; Ditchiou Marame, 9ème Damel en 1681 ; Mafaly 10ème Damel en 1683, le Cadi N’DIAYE a fait assassiner Mafaly, surpris entrain de boire de l’eau de vie ; Makourédia Coumba Diodio, 11ème Damel, il a réunifié le Cayor et le Saloum et fait tuer Mafaly, ce fut le retour à l’animisme ; Birame Peinda Tchilor est le 12ème Damel en 1691  Dé-Tialao, 13ème Damel en 1693 ; 14ème Damel, en 1697, Lat-Soukabbé FALL, anciennement Tègne du Baol (remplaçant de Birame Codou), Dé-Tialao étant devenu aveugle ; C’est Lat-Soukkabé, le 6 juin 1701, qui fit prisonnier le gouverneur André BRUE qui ne sera libéré que sous rançon. Désormais, le Damel peut vendre librement ses esclaves aux Anglais et les Français devaient lui payer cent barres de fer par an. En 1719, Maïssa Tendé est le 15ème Damel. Son règne est marqué par une guerre contre les Foutankais, à la demande de deux princes du Cayor. En 1748, ce fut l’accession au pouvoir du 16ème Damel, Maïssa-Bigué, issu de la famille du Tègne, Tié-Yacine. Battu au Ouala et dans des luttes internes au Cayor, il cède le pouvoir. De 1749-1750, Mahawa devient le 17ème Damel ; il chassa ses ennemis du CAYOR, et vendit 500 esclaves à la Compagnie du Sénégal qui les expédia aux Antilles «Quand des chefs nègres font des razzias, pour vendre des captifs aux Blancs, les guerriers se font tuer ou s’échappent, et ce sont les masses non guerrières qu’on ramasse pour les vendre» écrit FAIDEHERBE. De 1757 à 1758, Birame Codou est le 18ème Damel. De 1758 à 1759, Maïssa-Bigué, et pour la deuxième fois le Damel, mais battu par le Bourba du Djolof, il est allé se réfugié au Oualo. De 1760 à 1761, Maïssa-Bigué devient, pour la troisième fois le Damel ; il reconquiert le pouvoir et tue le Bourba du Djiolof avec l’appui du Oualo et des Trarza. En 1763, Madior est le 19ème Damel. En 1766, Macodou est le 20ème Damel, issu de la branche cadette. En 1777, Biram-Fatim-Peinda, est le 21ème Damel. Il perçoit du gouverneur de Saint-Louis, par an, 3589 Livres, 15 Sous et 6 Deniers pour favoriser la traite des esclaves. Amary N’Goné N’Della Coumba accède au trône, en qualité de 22ème Damel-Tègne en 1790. Il fit vendre, comme esclaves, les chefs musulmans qui s’étaient révoltés contre lui. Pendant les troubles, Dakar en profita pour se déclarer en royaume indépendant.

Le Damel vainquit l’Almamy du Fouta-Toro, Abdelkader KANE à Bounkoye et le fit prisonnier. Mais au lieu de le tuer, il renvoya au Fouta, en lui donnant un cheval, accompagné de deux esclaves. En 1809, Biraïma Fatma Thioub devient le 23ème Damel. C’est un coup de force contre Tié-Yacine. Les soldats du Damel pillèrent un navire français naufragé en 1826, près de Gandiole. En 1832, Maïssa-Tiendé est le 24ème Damel. En 1849, fut établie une coutume de 150 pièces de Guinée à verser au Damel, pour favoriser le commerce de l’arachide. En 1855, Biraima est le 25ème Damel. Période de gouvernance de FAIDHERBE, le Cayor fut agité par de nombreuses guerres internes. Le Damel a désormais le droit de percevoir, directement, des taxes pour les produits entrant ou sortant de son territoire. Il autorise le colonisateur  à établir une ligne de télégraphie électrique entre Saint-Louis et Gorée. En 1859, Macodou est me 26ème Damel. Il conteste le principe de la ligne téléphonique, et pilla de nombreux commerçants français. En 1861, Madiodio est le 27 Damel. Il est contesté par Lat-Diop, alors âgé de 17 ans ; Lat-Dior est frère du Damel Birame III, et fils de Silamaka DIOP.

En 1862, Lat-Dior DIOP (1842-1866), Gueidj de Khêt, sera le 28ème et dernier Damel du Cayor ; il est non issu de la famille royale. Il accorda aux Français le droit d’établir des garnisons sur son territoire, mais voulait recouvrer les anciennes limites territoriales du Cayor jusqu’à Saint-Louis. Les Français installent Madiodio, en qualité de Damel, de 1863 à 1864. Madiodio cède la moitié du Cayor au colonisateur. Le 12 janvier 1864 à Loro, suivant l'ordre donné par FAIDHERBE, les troupes coloniales et leurs alliés attaquèrent Lat Dior. Ces derniers furent défaits, obligeant ainsi le jeune Damel déchut à chercher refuge au Rip, dans le Sine. Cette région était à l'époque gouvernée par Maba Diakhou BA qui, bien qu'ayant signé des accords avec les Français, lui offrit volontiers l'hospitalité sans toutefois l'aider à reconquérir son trône. Auprès de Maba Diakhou BA, Lat Dior, qui était de tradition Tièddo donc animiste, se convertit à l'islam afin de rentrer dans ces bonnes grâces et devint son premier lieutenant en bataillant contre les sérères animistes afin de leur imposer la religion musulmane. Durant ces années Lat Dior livrait également bataille contre les forces coloniales, dont les exactions provoquaient migrations et exodes de populations entières et nourrissaient chaque fois un peu plus le sentiment d'urgence à les bouter hors du Cayor.

Maba Diakhou succomba en 1867 durant la bataille de Somb dirigée contre Bour Sine Coumba Ndofène, grand chef des sérères animistes. A sa mort, Lat Dior revient au Cayor en s’appuyant sur les captifs royaux et la confrérie des Tidjanes (disciples du conquérant El Hadji Omar TALL), fermement décidé à reconquérir son trône. Devant l'enthousiasme et la ferveur que soulevaient son passage, le pouvoir colonial se vit contraint de lui confier un poste de «chef de canton». De fait Lat Dior était redevenu damel. Au bout de quatre ans, les Français signèrent même un traité de paix avec lui qui était alors au faîte de sa puissance. Lat Dior annexa alors le royaume du Baol afin de porter la double couronne de Damel du Cayor et Tègne du Baol. Les français essayeront en vain de miner son pouvoir. En 1878, les Français décidèrent de développer la culture de l’arachide et de construire un chemin de fer. Après de durs combats, Lat-Dior est contraint de quitter le Cayor en 1884, pour se réfugier auprès d’Alboury N’DIAYE, Bourba du Djolof. Au Cayor, il sera remplacé, successivement, par Samba Yaya FALL, puis par Samba Laobé FALL.

En 1885, le Cayor est disloqué en 6 provinces. Le chemin de fer est inauguré le 6 juillet 1885. Samba Laobé qui a engagé et perdu une guerre, sans l’aval du colonel, fut puni d’une amende de 20 000 F. Samba Laobé sera tué le 6 octobre 1886, à Tiwaone par les Français ; il tentait de restreindre le passage du train. Lat-Dior, qui tentait de reprendre le titre de Damel, à la suite de la mort de son oncle Samba Laobé, est abattu par les troupes du capitaine Vallois, le 26 octobre 1886, à la bataille de Derkélé.

II – L’héritage d’africaniste de FAIDHERBE

A – La création d’un centre de Recherche ancêtre de l’IFAN

FAIDHERBE créé aussi deux revues importantes : L’Annuaire du Sénégal et dépendances, ainsi que le Moniteur de Sénégal et dépendances. Par ailleurs, il a fourni, à la recherche africaniste, un cadre institutionnel en créant des bureaux africains qui devaient ensuite conduire à la création à Dakar d’un centre de recherche nommé l’Institut Français d’Afrique noire (I.F.A.N.) en 1936 qui fut le lieu privilégié de transmission de l’africanisme aussi bien parmi les chercheurs africains. L’IFAN est, d’abord, confié à Théodore MONOD (1902-2000, naturaliste, spécialiste du désert, érudit et humaniste) ; c’est un centre de recherche et de documentation scientifique consacré à l’étude de l’homme, des autres êtres vivants et du cadre physique. L’IFAN se développera autour du musée d’ethnographie et d’un laboratoire d’histoire naturelle. L’IFAN est doté d’un bulletin trimestriel d’information et de correspondance, «Les Notes africaines» et d’un bulletin de l’IFAN. Vincent MONTEIL (1913-2005), orientaliste et auteur, notamment, d’une «Islam noir», son père Charles MONTEIL (1871-1949) a effectué des recherches sur les Khassonkés, et lui a transmis l’amour de l’Afrique. Par conséquent, le champ des recherches est vaste. Les Directeurs de l’IFAN ont accompagné la recherche dans le domaine littéraire, ainsi Théodore MONOD a préfacé le roman d’Ousmane Socé DIOP «Karim», et Vincent MONTEIL, celui de Cheikh Hamidou KANE, «L’aventure ambiguë».

Par ailleurs, et dans le domaine de l’ethnologie, Théodore MONOD a encouragé deux éminents chercheurs africains : Amadou Hamapathé BA, spécialiste des cultures orales africaines et Cheikh Moussa CAMARA, spécialiste de la généalogie des familles du Fouta-Toro (voir mes posts sur ces deux chercheurs). Dans ce cas, le travail mené s’est détaché de la démarche manipulatrice du pouvoir colonial qui visait, à travers ses études de races à séparer le bon grain de l’ivraie. L’IFAN a donné naissance à de nouvelles races de chercheurs sénégalais, dans le domaine de l’histoire avec une exposition, en 2016, à l’occasion du 240ème anniversaire sur l’Etat théocratique, fondé par Thierno Souleymane BAL, et même dans le domaine de l’entomologie, une discipline nouvelle, inspirée de l’écologie, par le professeur Abdoulaye Baïla N’DIAYE.

B – L’africanisme universitaire

Maurice DELAFOSSE (1870-1926), qualifié par SENGHOR comme étant le  «plus grand des africanistes» et de l’un des pères de la Négritude, est dans une large mesure, le continuateur de l’œuvre de FAIDHERBE. Orientaliste, arabisant et africaniste, DELAFOSSE a travaillé, notamment sur les PEULS, l’empire du Ghana, l’âme nègre, les civilisations du Soudan.

Orientaliste, il a bénéficié du concours de Lucien LEVY-BRUHL (1857-1939), adepte de la «mentalité prélogique» ou tout simplement primitive.

La construction de l’africanisme français se réalisa en collaboration étroite avec le monde universitaire. Cette démarche n’est guère nourrie du fonctionnalisme de Borislaw MALINOWSKI (1884-1942), fondateur, en 1926, à Londres de l’International African Institute of African Languages and Cultures. La Société des Africanistes a été fondée en 1930, au moment même où se préparait la première grande expédition ethnologique française en Afrique, la mission Dakar-Djibouti (1931-1933) conduite par Marcel GRIAULE  (1898-1956), spécialiste des Dogons, défense du Négus. Elle regroupe des spécialistes mais également des passionnés, enthousiasmés par la révélation des cultures africaines et travaille en étroite symbiose, depuis 1939, avec le musée de l'Homme, dont elle ne cesse d'enrichir les collections d'objets, d'archives sonores, de photographies et de films concernant l'Afrique. Elle a toujours maintenu l'interdisciplinarité qui est devenue une des caractéristiques de ses publications : ethnologie, sociologie, histoire, archéologie, préhistoire, géographie, linguistique, anthropologie biologique, musique et arts.

La Société des Africanistes, créée en 1930 à Paris au Muséum national d'histoire naturelle, se constitue selon la loi de 1901 comme les autres sociétés savantes. La notion d'africanisme a été remplacée dans les années soixante par l'appellation plus neutre d'études africaines. Ce sont des universitaires européens qui se sont répartis l’Afrique en champs de recherches et qui ne discutent qu’entre eux. Pourtant, la notion d’africanisme, avec le multiculturalisme en Europe devrait revêtir un autre sens.

Conclusion

L’un des grands mérites de FAIDERBE est d’avoir posé la question de la diversité culturelle, alors que tout le système colonial et néocolonial, est fondé sur le principe de l’assimilation, et le refus de reconnaître l’autre dans son authenticité. Officiellement, la République française ne connaît pas les races, mais, en fait, c’est un système largement hypocrite, racisé, ethnicisé, dans lequel la Diaspoara, les Français issus de l’immigration sont ravalés, comme au temps colonial, au rang d’indigènes de la République. La Francophonie n’est pas un outil d’échange et d’enrichissement mutuel entre l’Afrique, mais un outil de domination française et d’asservissement des cultures africaines.

Pourtant, le multiculturalisme est là, et c’est l’un des phénomènes majeur de ce début du XXIème, même s’il est nié et refoulé. Depuis le triomphe d’Alain MABANCKOU au collège de France, en mars 2016, la Diaspora réclame la création d’études africaines, comme aux Etats-Unis dans les universités françaises, en vue d’examiner les conditions du bien-vivre ensemble. En effet, victimes d’une castration, en raison de la persistance de cette odieuse Françafrique, ravalés au rang d’indigène de la République, les Français issus de l’immigration devraient revendiquer, plus fortement, leur appartenance à la France républicaine, à égalité de droits et de devoirs. Leur histoire fait partie, désormais et depuis longtemps de l’histoire de France. «Ceux qui vivent, ce sont qui luttent, ce sont ceux dont un dessein emplit l’âme et le front, ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime, ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime» disait Victor HUGO.

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Louis-Léon-César FAIDHERBE

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «L’alliance française pour la propagation de la langue française dans les colonies et les pays étrangers», Revue scientifique, 3ème série, janvier à juillet 1884, pages 104-109 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les Berbères et les Arabes du bord du Sénégal», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, février 1854, pages 89-130 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les Peuls», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1856, pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les populations noires du Sénégal et du Haut-Niger», Bulletin de la Société de géographie de Paris, 1856, 4ème série, série XI, pages 281-300 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Populations noires des bassins du Sénégal et du Haut Niger», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, mai et juin 1856, pages 281 – 300 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Tombouctou et les grandes voies commerciales de l’Afrique», Revue scientifique, 15 novembre 1884, n°20, pages 609-613 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), ANCELLE (J)  Les explorations du Sénégal et dans les contrées voisines depuis l’Antiquité à nos jours précédé d’une notice ethnographique sur notre colonie, Paris, Maisonneuve et Ch. Leclerc, 1886, 442 pages, spéc pages 23-48 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Contribution à l’étude de la langue berbère, Paris, Leroux, 1877, 95 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Grammaire et vocabulaire de la langue Poul, à l’usage des voyageurs dans le Soudan, avec une carte indiquant où se parlent cette langue, Paris, Maisonneuve, 1882, 164 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), L’Armée du Nord, réponse à la relation du général Von Goeben pour faire suite à la campagne de l’armée du Nord, Paris, Imprimerie Balitout, 1873, 30 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Le Zénéga des tribus sénégalaises : contribution à l’étude de la langue berbère, Paris, INALCO, Archives africaines, AUPELF, 1877, 95 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Notice sur la colonie du Sénégal sur les pays qui sont en relation avec elle, Paris, Arthus Bertrand, 1859, 99 pages, spéc pages 23-48, et Nouvelles annales de voyage, de la géographie et de l’histoire, 1859, tome 1, pages 5-23 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Notice sur le Cayor, Dakar, IFAN, Université Cheikh Anta Diop, non daté, pages 527-551 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), TOPINARD (Paul), Instructions sur l’anthropologie de l’Algérie, considérations générales,  Paris, Topographie A. Hennuyer, 1874, 58 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), Le Sénégal et la France dans l’Afrique Occidentale Française, Paris, Hachette, 1889, 488 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Considérations sur les populations de l’Afrique septentrionale», Nouvelles annales de voyages, de la géographie, de l’histoire et de l’archéologie, 1859, 6ème série, tome 3, pages 290-306 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Les races noires», Nouvelles annales de voyages, de la géographie, de l’histoire et de l’archéologie, 1859, 6ème série, tome 1, pages 23-99 ;

FAIDHERBE Louis-Léon-César), Instructions sur l’anthropologie d’Algérie, considérations générales, Paris, Typographie A. Henneyer, 1874, 60 pages ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Sur les Dolmens d’Afrique», Bulletin et mémoire de la Société d’Anthropologie de Paris, 1873, 2ème série, tome 8, pages 118-122.

2 – Critiques de Louis-Léon-César FAIDHERBE

AGGARWAL (Kusum), «Africanisme français et littérature africaine», Cahiers d’Etudes Africaines, 2010, pages 198-200 ;

AGGARWAL (Kusum), Amadou Hampâté BA et l’africanisme : de la recherche anthropologique à l’exercice de la formation auctoriale, Paris, L’Harmattan, 1999, 266 pages ;

AMSELLE (Jean-Loup), Vers un multiculturalisme français, l’empire de la coutume, Paris Aubier, 1996, 183 pages ;

BALANDIER (Georges), Anthropologie politique, Paris, P.U.F, 1967, 244 pages ;

BATHILY (Abdoulaye), «Aux origines de l’africanisme : le rôle de l’œuvre ethno-historique de Faidherbe dans la conquête française du Sénégal», in MONNIOT (H), Le mal de voir. Ethnologie et orientalisme, politique et épistémologie, critique et autocritique, Paris, Cahiers de Jussieu n°2, Union Générale des éditions, 10/18, pages 77-107 ;

BONVINI (Emilio), «Interférences anthropologiques dans l’histoire de la linguistique africaine», in Histoire épistémologie langage, 2007, tome 29, fascicule 2, «Le Naturalisme linguistique et ses désordres», pages 113-130 ;

BOULEGUE (Jean), «A la naissance de l’histoire écrite sénégalaise : Yéro Dyao et ses modèles», History in Africa, 1988, vol 15, pages 395-405 ;

BRUNEL (Ismaël-Mathieu), Le général Faidherbe, Paris, Charles Delagrave, 1897, 316 pages ;

CROZALS, de (Jacques), Les Peuls, étude d’ethnographie africaine, Paris, Maisonneuve, 1883, 271 pages ;

D’EICHTAL (Gustave), Histoire ou origine des Foulahs ou Fellans, étude sur l’histoire primitive sur les races océaniennes et américaines, Paris, Veuve Dondey-Dupré, 1841, 286 pages ;

DELAVIGNETTE (Robert), «Faidherbe», in DELAVIGNETTE (Robert) et JULIEN (Charles-André), Les constructeurs de la France d’Outre-mer, Paris, Corréa, 1946, 525 pages, spéc pages 232-264 ;

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LECLERC (Gérard), Anthropologie et colonialisme : essai sur l’histoire de l’africanisme, Paris, Fayard, anthropologie critique, 1972, 256 pages ;

MOYRALIS (Bernard), PIRIOU (Anne), Robert DELAVIGNETTE : savant et politique (1897-1976), Paris, Karthala, 2003, 347 pages ;

PIETRI (Capitaine), Les Français au Niger, voyages et combats, réponse à une dédicace de Léon Faidherbe, 1885, 438 pages ;

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PONDOPOULO (Anna), «La construction de l’altérité ethnique peule dans l’œuvre de Faidherbe», Cahiers d’études africaines, 1996, vol 36, n°146, pages 421-441 ;

RIETY (J), Histoire populaire du général Faidherbe, illustrations, C. Dragon, Paris, Paul Placot, non daté, 157 pages, (Bib électronique UCAD, Res 5197) ;

ROGER (Jacques-François, baron), Fables sénégalaises, recueillies de l’Ouolof, mises en vers français, avec des notes destinées à faire connaître la Sénégambie, ses principales productions, la civilisations et les mœurs des habitants, Paris, Firmin Didot, 1828, 286 pages ;

ROGER (Jacques-François, baron), Kélédor ou la mémoire d’un temps oublié : histoire africaine, Paris, Moreau, Pigoreau, Corbet, 1929, vol, 210 pages et vol 2, 252 pages ;

ROLLAND (Jules), Faidherbe, avec une photographie, Paris, Frédéric Giraud, 1871, 28 pages ;

ROUSSEAU (Raymond), «Le Sénégal d’autrefois, étude sur le Oualo ; Cahiers de Yoro DYAO», in Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques de l’A.O.F, 1929, (2) n°1-2, pages 133-211 ;

SABATIE (Alexandre, Camille), Le Sénégal : sa conquête, son organisation (1364-1925), Saint-Louis, Imprimerie du Gouvernement, 1925, 434 pages, spéc sur l’histoire des Damels du Cayor, pages 377-398 ;

SAINT-MARTIN (Yves), «L’empire toucouleur : 1848-1897», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1972, tome 59, n°216, pages 528-530 ;

SAINT-MARTIN (Yves), L’empire toucouleur et la France : un demi siècle de relations diplomatiques (1846-1893), Dakar, Université de Dakar, 1967, 482 pages ;

SAINT-VINCENT de (Bory), Sur l’anthropologie de l’Afrique française, Paris, Fain et Thunot, 1845,  19 pages

SCHMIDT (Jean), «Louis, Léon, César Faidherbe, (Lille 1818 – Paris 1889)», in François POUILLON, Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris, Khartala, 2012, 1072 pages, spéc pages 394-395 ;

SIBEUD (Emmanuelle), Une science impériale pour l’Afrique ? La construction des savoirs africanistes en France (1878-1930), Paris, EHESS, 2002, 356 pages ;

SUREMAIN de (Marie Albane), «Chroniques africanistes ou prémisses à une histoire totale de l’Afrique, l’histoire coloniale dans le Bulletin du Comité d’études historiques et scientifiques de l’AOF, 1916-1960», in DULUCQ (Sophie), ZITNICKI (Colette),  Décoloniser l’histoire ? De l’histoire coloniale aux histoires nationales en Afrique et en Amérique Latine XIXème XXème siècle, Paris, Société française d’Outre-mer, 2003, pages 39-58 ;

THOMAS (Jacqueline, M-C), BEHAGHEL (Anne), La linguistique africaniste française, en France et en Afrique : le point de la question en 1880, Peteers Publishers, 1980, 114 pages ;

WALLON (Henri), «Notice sur la vie et les travaux du général Louis-Léon-César Faidherbe, grand chancelier de la légion d’honneur, membre de l’académie des inscriptions et des belles-lettres», Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1892, 36ème année, n°6, pages 444-480.

Paris, 1er février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Louis-Léon-César FAIDHERBE, colonial et africaniste.
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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 20:34

«En une époque où la poésie hésite entre une tradition qui s’essouffle et une avant-garde qui se cherche, Aragon était sans conteste le premier des poètes français. Le plus éclatant.  Le plus populaire. Le plus habile et le plus déchirant. Le plus connu en France et dans le monde entier (..). Brillant, hautain, toujours mobile, provocant, il était capable de tout : du meilleur et du pire» écrit Jean d’ORMESSON. Depuis sa disparition le 24 décembre 1982, Louis ARAGON n’a pas connu le purgatoire dans lequel plongent certains écrivains célèbres après leur mort. En effet, depuis lors on n’a pas compté les rééditions de ses œuvres. Ce plus grand poète français du XXème siècle, prolifique et riche reste à découvrir ou à redécouvrir si l’on veut accéder à la vérité d’une œuvre inscrite dans l’histoire et qui ne peut se comprendre que par cette référence à l’histoire. Louis ARAGON est un poète, romancier, journaliste et essayiste français, surréaliste, communiste, militant révolutionnaire, résistant aussi, héraut de l'internationalisme prolétarien et du patriotisme, blessé, engagé dans toutes les grandes batailles de ce siècle batailleur. «Ce qui frappe d'abord chez Aragon, c'est la diversité de ses dons. Il est journaliste, il est romancier, il est poète, il est essayiste, il est critique d'art et polémiste. Et dans chacun de ces genres, dont un seul suffirait à assurer une durable célébrité, il excelle. Aragon est un créateur aux multiples visages et à la facilité déconcertante. Il ne s'exerce pas seulement dans des genres différents. Il épouse tour à tour toutes les passions du siècle. Comme un Picasso, comme un Chaplin, comme un Einstein, il incarne son époque. Il se confond avec elle. Il la traduit et il la marque» écrit Jean d’ORMESSON. «Je ne suis ni les règles du roman ni la marche du poème. Je pratique tout éveillé la confusion des genres» écrit ARAGON. «La plupart des écrivains considèrent le journalisme comme un obstacle à leur art, ses obligations comme desséchantes pour leur génie. Moi, je dois tout à ce stage aux travaux forcés» dit ARAGON. C’est un auteur qui nous a hypnotisés par la magie du style, par l’intelligence des formes, par la tempête des passions, et Bernard PIVOT a monté la richesse de sa contribution pour l’éclat de la langue française.

Révolté contre le colonialisme et révulsé par la guerre du Rif (1920-1926), menée au Maroc par Mohamed Ben Abdelkrim AL KHATTABI (1882-1963), Louis ARAGON est également connu pour son adhésion au Parti communiste français à partir du 6 janvier 1927 jusqu’à sa mort : «C’est aux premiers jours de l’an vingt-sept que, sans en avoir consulté personne, que j’ai donné mon adhésion au Parti communiste français» dit-il. Si ARAGON a pu traverser tous les courants de son temps sans jamais se laisser submerger, s'il a dominé nombre de ses contemporains en littérature, «c'est que les mots, pour lui, étaient plus que de simples outils de travail, plus que des occasions de jeu. C'est que les mots, les siens, touchent l'essentiel du monde des hommes, ils ont le pouvoir de révéler ces vérités cachées que le poète seul entrevoit et à qui il peut, seul, donner un langage» dira Pierre MAUROY aux obsèques du 28 décembre 1982. ARAGON a défendu le réalisme socialiste : «Retracer les étapes de la découverte du monde réel et du déchiffrement de la vie par Aragon, le passage de l'individualisme anarchique et des ambitions surréelles, à l'insertion militante et efficace dans le monde réel, avec ses responsabilités et ses solidarités, ce cheminement exemplaire d'Aragon, peut éviter à la jeunesse actuelle de refaire tout le chemin avec tous ses détours. (..) en découvrant le "sens" de l'itinéraire d'Aragon, ils peuvent découvrir celui de leur propre vie» écrit Roger GARAUDY. En sa qualité d’intellectuel officiel du Parti communiste, ARAGON a liquidé, progressivement, ses concurrents (Henri BARBUSSE, Roger GARAUDY, Louis ALTHUSSER, Aimé CESAIRE). Tacticien, et d’une grande finesse, ARAGON a survécu aux différentes batailles internes du PCF, à la crise du communisme soviétique et aux attaques de ses adversaires politiques. Si certains critiques littéraires, pour des raisons purement idéologiques, ont descendu et ostracisé Louis ARAGON, d’autres ont reconnu ses talents littéraires, son génie : «Aragon appartient aujourd'hui à notre patrimoine commun» écrit Jean d’ORMESSON.

Progéniture de l’automne, enfant de la Belle époque, né le 3 octobre 1897, à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris, Louis ARAGON est le fils naturel de Louis ANDRIEUX (1840-1931), ambassadeur en Espagne, préfet de police, député, avocat, homme politique, procureur de la République, et de Marguerite TOUCAS-MASSILLON (1873-1943), son œuvre porte, en filigrane, la secrète blessure de n’avoir pas été reconnu par son père. En effet, Louis ANDRIEUX, de 33 ans plus âgé que sa mère, afin de préserver l’honneur de sa famille et de son amante, le fait passer pour le fils adoptif de sa mère et devient son parrain. ARAGON doit vivre son enfance dans un monde de fiction destiné à sauver les apparences d'une mère sans époux, le mensonge, le jeu et le trucage font partie de son enfance. Dans son ouvrage autobiographique, le «mentir-vrai», ARAGON écrit : «mon père est marié, il faut le dire avec une vieille dame que je ne connais pas. Alors, il n’habite pas avec nous. J’appelle, publiquement, mon père mon tuteur, et maman Marthe ; il est convenu que pour les autres je suis un enfant adoptif de grand-mère. Ma mère s’appelle Blanche et elle est morte, son mari est parti pour l’Espagne ou l’Amérique du Sud». «Je me méfie de la mémoire. Elle fabrique à foison de faux souvenirs que l’on prend pour des vrais» dit-il. Le grand-père maternel, Ferdinand TOUCAS (1897), quitte sa femme, Claire MASSILLON et ses quatre enfants, en 1899, pour Alger, puis pour la Turquie, où il s’établit en dirigeant des cercles de jeux. ARAGON écrira, en 1965, les «Voyageurs de l’Impériale», un roman inspiré de l’histoire de son grand-père. Pour vivre, la famille tient une pension. C’est un lieu plein de croisements et de rêves, il lit notamment Dickens, Tolstoï et Gorki. Fréquentant la librairie Adrienne Monnier, il découvre Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé et Rimbaud. «Toute sa vie, Louis Aragon n’eut de cesse de reconstruire sa jeunesse», souligne Pierre DAIX. Louis ARAGON s'est beaucoup raconté, en prose et en vers ; il n'a cessé d'appliquer avec virtuosité le principe du «mentir-vrai» à sa vie riche déjà de tant d'énigmes et de paradoxes : enfant illégitime à qui le secret de ses origines fut longtemps caché ; antimilitariste décoré de la Grande Guerre, puis médaillé de la Résistance ; dandy dadaïste devenu militant discipliné du parti de Staline et de Thorez ; poète surréaliste converti au réalisme socialiste ; homme à femmes – et quelles femmes ! – métamorphosé en chantre de l'amour conjugal, avant de découvrir sur le tard le goût des garçons. Tous ces personnages différents n'en font qu'un seul dont l'itinéraire littéraire, intellectuel et politique transcrit le génie et le chaos du siècle. Dans le mentir-vrai, «la réalité n’existe jamais que sous la forme que lui prête la légende. Et la légende ne prend forme qu’en raison de la réalité qu’elle réinvente et à partir de laquelle elle fabrique ses fables» écrit Philippe FOREST, dans son «Aragon».

«J’admire beaucoup Aragon, mais dans ce temps-là, il était peut-être un peu trop intellectuel pour mon goût. Je me souviens toujours que, m’ayant accompagné un jour jusque chez moi, il m’entretint tout le long du trajet de Racine. Et il avait douze ans !» dit Henri de MONTHERLANT (1895-1972), un camarade de classe à Neuilly. Après une brillante scolarité, Louis ARAGON entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il est affecté au Val-de-Grâce où il rencontre André BRETON (1896-1966). Tous deux admirent Mallarmé, Rimbaud et Apollinaire.

Jeune et dandy dans le quartier voluptueux de Montmartre à Paris, ARAGON avoue découvrir cette fureur du corps, ces dérèglements de l’esprit, ce vagabondage des sens : «une pensée unique me possédait à chaque souffle. Je lui sacrifiai tout, je lui soumis toutes mes velléités. La sensualité s’était pour toujours emparée de ma vie. (..) J’étais en proie à tout moi-même. (..) Le désir de l’amour prépare l’amour et l’engendre», dit-il dans «le cahier noir» du mentir-vrai. Dans sa jeunesse, ARAGON a toujours confondu l’amour et le plaisir, il était l’amant des femmes de petite vertu : «J’ai eu besoin de ces femmes comme pas un. J’ai passé ma jeunesse au milieu de vos pas. Je vous ai parlées, je vous ai suivies, je vous ai touchées, je vous ai laissées. J’ai aimé les putains parce qu’elles étaient des putains avant d’être des femmes. J’ai adoré les pires d’entre elles, celles qui font frémir dans les livres, et qui font frissonner de plaisir dans les lits » dit-il dans le «Mauvais plaisant», un extrait du mentir-vrai. «Je suis le prisonnier des choses interdites» dit-il. Par ailleurs, ARAGON a éprouvé une passion amoureuse, notamment pour aristocrate anglaise d’origine américaine, Eyre de LANUX (1894-1996), une maîtresse de DRIEUX La ROCHELLE, et pour Denise LEVY, née KAHN (1896-1969), la cousine de l’épouse d’André BRETON et épouse de Georges LEVY, puis de Pierre NAVILLE, c’est la Bérénice d’Aurélien. Denise est au cœur des réseaux littéraires surréalistes. «Si je ferme les yeux, je me souviens des vôtres» dira t-il. ARAGON aura eu une relation amoureuse de 1926 à 1928,  avec Nancy CUNARD (1896-1965), héritière de la compagnie maritime britannique. Cet amour lui a ouvert la route dérobée du pays émerveillé qui se tient au-delà du miroir : «J’ai toujours eu de la peine à m’imaginer qu’en si peu de temps, il ait pu se passer tant de choses» dit-il. ARAGON tente de se suicider à Venise, quand Nancy l’abandonne pour Henry CROWDER, un pianiste noir, d’un orchestre de jazz. C'est que Nancy CUNARD, décrite dans le «Con d’Irène» n'était pas femme «à transiger avec son désir». Toute sa vie, elle n'a transigé sur rien.  Les parents d’ARAGON pensaient le marier pour le stabiliser : «Un propre à rien, il faut qu’on le marie. J’avais donc assisté muet à la révision de toutes les femmes que mon père pensait me donner. Pour Blanche, il l’avait nommée, l’éliminant, elle est déjà prise» dit-il. ARAGON a sa conception de l’amour : «L’amour est un bien abstrait qui nie tout ce qui n’est pas lui-même. L’amour est un grand soleil» dit-il.

Parti pour le front des Ardennes en juin 1918, ARAGON en revient décoré de la croix de guerre. Anarchiste au départ, puis dadaïste, ARAGON devient l’un des chefs de file de l’avant-garde littéraire. Il abandonne vite le dadaïsme : «il suffit à Tzara de montrer son visage un peu puéril pour que la légende s’écroula» dit-il. Avec André BRETON (1896-1966), Paul ELUARD (1895-1952) et Philippe SOUPAULT (1897-1990), il crée la revue «Littérature», et fut l’un des animateurs du surréalisme qu’il qualifie de «fils de la frénésie et de l’ombre» dans «le paysan de Paris» ; Il publie, en 1919, «Feu de joie, en 1921 «Anicet ou le panorama», en 1924 un «vague de rêve», et en 1926, le «Mouvement perpétuel». Désormais, ARAGON se consacre à l'écriture et abandonne la médecine : «Travailler m’a toujours ennuyé. Mais c’est vers quatorze ans que j’ai compris que je n’étais pas fait pour ça» dit-il dans le «Cahier noir», un extrait du mentir-vrai. Il dira, à propos de son ambition littéraire, «Les mots m’ont pris la main». Jacques DOUCET (1853-1929), un célèbre couturier, sera son mécène, et il rejoindra aussi la N.R.F. qui le financera.

La césure essentielle de la vie d’ARAGON est la rencontre, à la Coupole, le 6 novembre 1928, avec Elsa KAGAN, épouse TRIOLET (12 septembre 1896 - 16 juin 1970), écrivaine et belle-sœur de Vladimir MAIAKOVSKI (1893-1930). «Elsa surgit dans ma vie au cœur des désordres qui suivirent l’attentat que j’avais commis contre moi-même» dit-il. Elsa est, suivant André THIRION, «une petite femme rousse, au corsage plein, à la peau de lait, ni belle, ni laide, son visage avait une expression sérieuse et pas commode». «J’aimais déjà les étrangères quand j’étais un petit enfant» dit-il dans le «Roman inachevé». Ils se marient le 28 février 1939, et Elsa lui «sauva la vie en lui redonnant sens». Ici commence la vie nouvelle ; femme exceptionnelle, Elsa apaise toutes les autres blessures du cœur d’ARAGON : «Ma vie en vérité commence le jour où je t’ai rencontrée, toi dont les bras ont su barrer sa route atroce à ma démence. (…) Je suis né vraiment de ta lèvre, ma vie est à partir de toi» dit-il à Elsa, dans le «Roman inachevé». La poésie d’ARAGON est largement inspirée  par l’amour qu’il voue à sa muse, Elsa : «Je suis plein du silence assourdissant d'aimer»  dit ARAGON. Ensemble, ils voyagent en URSS et représentent les surréalistes lors du congrès des écrivains révolutionnaires de Kharkov en 1930, et en profite pour renforcer sa position au PCF. ARAGON qui a effectué de nombreux voyages en URSS, connaissait bien de l’intérieur le communisme. Mais il n’a pas parlé des crimes et des purges staliniennes ayant touché des juifs, des intellectuels, et même des proches d’Elsa ; hélas, ceux qui savent, souvent, ne parlent pas ! En revanche, il écrira dans «Hourra L’Oural», «Et gloire aux Bolchéviks», en dépit des purges staliniennes. Après l’affaire du poème «Front rouge», ARAGON opère une mise au point dans «L’Humanité» qui entraînera la rupture définitive avec André BRETON. Il se lance dans le militantisme, le cycle du Monde réel, et se consacre parallèlement à l’écriture romanesque (Les Cloches de Bâle, 1934 ; Les Beaux Quartiers, 1936) et journalistique (L’Humanité, secrétaire général de la revue Commune, puis rédacteur en chef du quotidien Ce soir en 1937).

La déroute de la France conduit Louis ARAGON jusqu’à Périgueux. Capturé, il parvient à s’échapper, se réfugie en zone libre et rencontre, en 1940, Pierre SEGHERS et, en 1941, Henri MATISSE. ARAGON utilise ses romans pour illustrer le réalisme socialiste et prône l’avènement du communisme (Aurélien, 1944 ; Les Communistes, 1949-1951), et participe à la Résistance en créant avec Elsa TRIOLET le Comité national des écrivains pour la zone Sud et le journal «La Drôme en armes». Il s’engage aussi par ses poèmes, publiés dans la clandestinité, dans lesquels l’amour de la femme rejoint l’amour de la patrie : Le Musée Grévin, La Diane française, Le  Crève-cœur, Les Yeux d’Elsa. ARAGON est le première à dénoncer les camps de concertation, mais il n’a pas été entendu : «Moi, si je veux parler, c’est afin que la haine, ait le tambour des sons pour scander ses leçons, aux confins de Pologne, existe une géhenne dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! Ici l’on vit, ici l’on meurt à petit feu. On appelle cela l’extermination lente» écrit-il dans son poème Auschwitz du 6 octobre 1943. De nos jours, les immigrés occupent, désormais, la place des Juifs de la Seconde guerre mondiale ; la stigmatisation permanente des «Non-souchiens», par une certaine France, vivant dans la peur et recroquevillée dans un passé fantasmé, prépare des rafles, dignes du Vélodrome d’Hiver, dans l’indifférence presque totale. On a perdu la capacité d’indignation.

ARAGON fonde «Les Lettres françaises» (1942-1972) que l’U.R.S.S refusera de ne plus financer après sa condamnation de l’intervention en Tchécoslovaquie. En 1968, «Les chambres» est un recueil de poèmes «explicitement dédié» à Elsa, qui devait mourir le 16 juin 1970 : «Parce que tout passe, mais non le temps d'avoir aimé, d'aimer encore, jusqu'à ce souffle dernier, bientôt, ce dernier mot proche et terrible». Evoquant ce recueil, ARAGON disait : «C'est le dernier cadeau que j'ai fait à Elsa, histoire d'avouer que tout entre nous n'a pas été si ensoleillé qu'on se plaisait, qu'on se plaît à le croire, qu'il y a eu entre nous des journées comme celle-là par exemple où je t'avais perdue, dont il est question dans «Les Chambres».  Cette phrase tourne sur elle-même. «Ainsi la vie, et la mémoire». Anéanti par la disparition d’Elsa TRIOLET, il décide de léguer au CNRS ses archives personnelles ainsi que celles d’Elsa. Curieusement,  après le décès de son épouse et sa muse tant célébrée avec une poésie envoûtante, ARAGON affiche ses préférences homosexuelles, que DRIEU La ROCHELLE avait évoquées dès les années 1930, dans «Gilles». Il assume  «La pédérastie me paraît, au même titre que les autres habitudes sexuelles, une habitude sexuelle. Cela ne comporte de ma part aucune condamnation morale» écrit ARAGON. «C’est le seul homme capable d’assister à une réunion du Comité Central du PCF en smoking rose» écrit Roger NIMIER. Il croyait avoir raté sa vie : «Ma vie, cette vie dont je sais bien le goût amer qu’elle m’a laissé, cette vie à la fin des fins qu’on ne m’en casse plus les oreilles, qu’on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu’on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j’ai perdu. Que j’ai gâché de fond en comble» écrit ARAGON. Il meurt le 24 décembre 1982, veillé par son ami Jean RISTAT. A défaut de funérailles nationales, le P.C.F organise une cérémonie le 28 décembre 1982, à la Place du Colonel Fabien, à Paris, en présence de Pierre MAUROY, premier ministre. ARAGON est inhumé dans le Parc du Moulin de Villeneuve, dans sa propriété de Saint-Arnoult-en-Yvelines, aux côtés de son épouse, Elsa TRIOLET.

 

I – Louis ARAGON, un romancier du monde réel

 

«L’homme ne peut rien créer, n’a jamais rien créé qui ne prenne pied dans la réalité» dit-il. ARAGON a été mobilisé dans deux guerres mondiales. Par conséquent, se pencher sur le cycle du monde réel de Louis ARAGON, c’est remonter le temps, revenir à ce monde qui mourra dans les tranchées de 1914, assister à la naissance d’une nouvelle société qui, elle, perdra son âme dans les camps de la mort. «Tous les romans du Monde réel ont pour perspective ou pour fin l’apocalypse moderne, la guerre», constate ARAGON dans «Je n’ai jamais appris à écrire ou Les Incipit». Pour Louis ARAGON, «L’artiste ne doit pas se consacrer à la satisfaction des intérêts matérialistes les plus bas, mais doit exalter les sphères supérieures vers lesquelles l’individu doit s’élever pour le plus grand profit de la communauté nationale» dit-il dans «La souris rouge», un texte du «mentir-vrai».

1 – Les Cloches de Bâle (1934)

Le cycle du monde réel voit le jour avec «Les Cloches de Bâle». «C’est là que tout a commencé» écrit ARAGON dans la préface de son roman inaugural du  cycle du Monde réel, «le réalisme socialiste». En rupture avec le surréalisme, ARAGON va construire une grande suite de romans qui englobent la fin du XIXème siècle, l’érection de la Tour Eiffel à Paris, jusqu’en juin 1940 et la Capitulation de la France. Sur fond de l’affaire Stavisky, avec un humour corrosif, dans les «Cloches de Bâle», l’héroïne du roman, Diane de NETTENCOURT, issue d’une famille de châtelains désargentés, est une jeune femme belle et entretenue. L’argent est le leitmotiv de cette société ; elle couche avec qui elle veut, et poursuit sa carrière aux dépends des hommes. Diane finit par épouser un usurier qui émarge à la police et qui est financé par Wisner, mais dont elle se séparera. Catherine SIMONIDZE, une jeune géorgienne vivant à Paris, collectionne les amants mais s’interdit l’amour : «Elle haïssait les hommes, et elle aimait leur amour». Catherine estime que la vie est une absurdité, l’ennui, la tuberculose, le bruit des bombes ; tout la déprime et la révolte dans la société ; elle a entrevu l’art agonisant de Georges BATAILLE (1897-1962, écrivain). Dégoûtée du monde, elle se penche sur le parapet du Pont Mirabeau. Mais le suicide est-il une solution ? On n’est pas seul au monde. En intellectuelle révoltée, le sens de la vie, pour Catherine, va changer quand elle rencontre le prolétariat. Devoir travailler pour vivre. A l’occasion de la grève des taxis, elle découvre la solidarité entre grévistes, la violence de la police et de l’armée. «Le mal n’est pas en moi, mais dans ce monde auquel j’appartiens, qui tourne et qui m’entraîne» dira l’écrivain qui sauve Catherine d’une rafle, un artiste d’un monde condamné. Catherine est liée à Victor, un militant social et syndical qui l’empêche de se suicider. Catherine est tentée par le mouvement anarchiste : «Avec Bonnot, en France, agonise l’anarchie». L'intérêt du roman réside dans son style éblouissant, dans la description satirique de certains milieux bourgeois et dans la peinture des motifs qui poussent Catherine à s'engager dans le mouvement socialiste, et elle sera expulsée de France. Au congrès de Bâle de 1912, les Socialistes ont l’illusion d’arrêter la menace de la Première guerre mondiale. ARAGON évoque la figure de Clara ZETKIN (1857-1933), une marxiste allemande qui a échappé à un assassinat. C’est un hymne à la Femme : «La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai» écrit ARAGON. «C’est un bonheur d’aimer une morte, on en fait ce qu’on veut» dira ARAGON.

 

Ce roman inaugure une analyse critique de la France bourgeoise de 1890 à 1940, ainsi qu'une remontée aux années de l'enfance. On admire que pour éclairer celle-ci,  Louis ARAGON ait éprouvé le besoin de reconstituer, dans le détail de ses rouages, un monde de cette ampleur. Car si le surréalisme est désormais critiqué comme stade idéaliste, voire solipsiste, de l'écriture, l'auteur ne le quitte au profit du «réel» qu'afin de mieux s'expliquer les destinées individuelles et les mécanismes de classe de la pensée. L'enchaînement dans le même roman de l’histoire de Diane, de Catherine et de Clara ne figure-t-il pas, par la voie des femmes et sans didactisme excessif, les trois époques que lui-même a successivement traversées : la fascination pour le grand ou le demi-monde, la révolte anarchiste, l’engagement responsable enfin, qui sait rallier l'organisation et les buts de la classe ouvrière. 

Dans sa magistrale préface, Louis ARAGON justifie ainsi l’écriture des «Cloches de Bâle» : «Je n'ai pas mémoire de comment je sortis de la forêt. J'en puis donner idée, raconter ces années, les épisodes, les voyages, les colères, les querelles, les ruptures : tout cela, c'est l'anecdote. Ce qu'il faudrait patiemment retrouver en moi, c'est le cheminement profond, le dessin qui se reforme quand l'eau cesse d'être agitée où l'homme se mire». Il précise encore dans sa préface ce qu’il a voulu dire : «C'était une quête à tâtons de moi-même. J'ignorais encore le commun dénominateur de ces écrits disparates. Un jour vint que j'osai penser le nom de la chose : et j'écrivis le mot réalisme. (…) Quand se brisèrent les liens entre les surréalistes et moi, je l'ignorais, c'était en moi le réalisme qui revendiquait ses droits. (…) Tout roman n'est pas réaliste. Mais tout roman fait appel en la croyance du monde tel qu'il est, même pour s'y opposer. Il y aura toujours des romans parce que la vie des hommes changera toujours, et qu'elle exigera donc des hommes à venir qu'ils s'expliquent ces changements, car c'est une nécessité impérieuse pour l'homme de faire le point dans un monde toujours variant, de comprendre la loi de cette variation: au moins, s'il veut demeurer l'être humain, dont il a, au fur et à mesure que sa condition se complique, une idée toujours plus haute et plus complexe». ARAGON d’ajouter : «L'extraordinaire du roman, c'est que pour comprendre le réel objectif, il invente d'inventer. Ce qui est menti dans le roman libère l'écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité. Ce qui est menti dans le roman est l'ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière. Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité. On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l'épouvante des ignorantins dans le domaine propre au romancier». Ce roman comporte une part autobiographique : «C'était un monde, un monde pour une grande part aboli, où j'étais né, j'avais grandi, dont je voulais te communiquer connaissance. Vous ne sauriez pas qu'en réalité ce roman a été une conversation avec Elsa, un plaidoyer pour moi devant Elsa, une justification de l'homme et de l'écrivain devant la femme qu'il aimait, qu'il aime, et devant laquelle il n'a jamais cessé d'éprouver le besoin de cette justification perpétuelle». 

Les milieux conservateurs ont tiré, sans retenue, sur ce roman : «Était-ce enfin là ce grand roman qui nous dépeindrait le monde d'aujourd'hui ? La société ? Serait-ce notre Balzac ? Les premières cent pages du livre le laissaient croire, désespérante, mais hardie et vivante fresque d'une débordante pourriture que, de-ci, de-là l'ardeur bolcheviste d'Aragon l'ait poussé à noircir peut-être, mais à peine. Et puis ces impostures, ces fausses amours, ces courses à l'argent, dont le répugnant prenait de la grandeur parce qu'il apparaissait vrai, tout cela retombe à un fade reportage de grande information sentimentale de gauche, sur une histoire de grève sans intérêt», écrit Jean GAUCHERON. Cependant, la critique littéraire est restée, globalement, favorable aux «Cloches de Bâle» : «Ce roman a, entre autres mérites, celui d'indiquer dans sa composition même, que le problème préconçu, si souvent posé par les écrivains d'une contradiction prétendue entre l'individuel et le social, a depuis longtemps trouvé sa solution.Ce livre n'est pas plus la description passive de certains aspects du monde actuel, (..) mais un roman qui peint à travers les individus leurs classes, à travers l'action, la lutte de ces classes, et qui fait ainsi entrevoir, par sa peinture de la réalité d'hier, la réalité socialiste de demain» écrira Georges SADOUL. «Lorsqu'il parle de réalisme, Aragon se réfère à cette tradition romanesque qui va de Balzac à Charles Dickens, de Flaubert à Thomas Hardy. Le réalisme est une machine inventée par l'homme pour l'appréhension du réel dans sa complexité», écrit Eduardo MANET.

2 – Les Beaux Quartiers (1936)

Prix Renaudot de 1936, ce deuxième roman du cycle du monde réel, approfondit l’esthétique ainsi que l’analyse de la société ; une multitude de personnages s’y rencontrent et s’y affrontent. C’est l'histoire de deux frères, Edmond et Armand Barbentane. Le premier devra sa fortune à l'abandon qu'un homme riche lui fait de sa maîtresse. Armand, lui, abandonnant les siens, est devenu ouvrier dans une usine de Levallois-Perret : son avenir s'en trouvera changé. Dans la préface des «Beaux Quartiers», ARAGON nous donne une grille de lecture : «Les Beaux Quartiers sont nés du double sentiment que j’avais, touchant Les Cloches de Bâle : comme d’un livre sans construction d’une part, insatisfaisant à l’esprit par là même, mais surtout d’un récit étroitement parisien. Un besoin d’ouvrir les fenêtres, de laisser entrer l’air d’ailleurs, d’apercevoir le paysage des provinces, le pays».

 

La première partie se déroule dans la petite ville imaginaire de Sérianne, en 1912, au pied des pré-Alpes du Sud. Sérianne proche de Toulon, région d’origine de la famille maternelle d’ARAGON, possède des traits varois, également et des bas-alpins. ARAGON dépeint l’atmosphère de ce roman fait de brutalité et de chaleur : «Dans une petite ville française, une rivière se meurt de chaud au-dessus d’un boulevard, où, vers le soir, des hommes jouent aux boules, et le cochonnet valse aux coups habiles d’un conscrit portant à sa casquette le diplôme illustré, plié en triangle, que vendaient à la porte de la mairie des forains bruns et autoritaires» dit-il. Le maire de la commune bientôt conseiller général, le docteur Philippe Barbentane, radical, libre-penseur, un franc-maçon, a deux fils, Edmond qui se destine à la médecine et Armand que sa mère verrait bien dans un habit de religieux, à l’opposé des convictions de son mari. C’est la lecture de Barrès qui conduit Armand à la sensualité et à l’abandon de la religion. «Barrès justifiait en lui la montée d’une sensualité qui ne se connaissait guère, et catholique par son départ, sa pensée courait à l’apostasie» écrit ARAGON. Armand, en rupture avec son milieu, se tourne vers un adversaire politique de son père, le socialiste Vinet. Différents personnages fourmillent : ceux qui fréquentent le bordel, une noblesse décadente, Les Lomélie de Méjouls, une bourgeoisie, propriétaire d’une chocolaterie qui empeste l’air, un marchand méchant veule qui abuse de sa servante, la femme du percepteur un peu volage, des immigrés italiens, vivant en marge de la ville qui se révoltent. La campagne électorale et la grève, les affrontements avec la milice d’extrême-droite se terminent par la mort d’un ouvrier. Edmond est envoyé à Paris faire sa médecine, Armand au lycée d’Aix. Ville de province, à la vieille de la première guerre mondiale, il évoque le pourrissement d’une société de domination et de violence : «Une odeur douce et pénétrante comme la gangrène sur les champs de bataille. Sérianne-le-Vieux, chef-lieu de canton» écrira ARAGON. Il dénonce la volupté, les drames, l’hypocrisie, la lâcheté de cette ville qui cuit sous le soleil et s’amuse.

 

La deuxième partie se déroule à Paris, avec ses beaux quartiers. Edmond devient l’amant de la femme du patron de l’hôpital ; il est ainsi introduit dans la haute société parisienne. «Le professeur Beurdeley habitait une maison du quai Conti qui donna le vertige du luxe à son externe» écrit ARAGON. Dans ce milieu, Edmond rencontre la grande actrice Réjane et le couturier Charles Roussel pilotis du couturier et mécène, Jacques Doucet, qu’Aragon ne ménage pas. Edmond, ébloui par ce monde, est en même temps conscient de sa dangerosité et de sa pourriture, travaille, comme un dérivatif, sa médecine d’arrache-pied ; il souhaite, en fait, échapper à l’emprise de sa famille. Sa personnalité, plus complexe que celle d’Armand, est partagée entre l’ambition et la paresse. Armand, surpris avec la lingère du lycée, est mis à la porte de son établissement. Il se rend à Paris, découvre le monde de la rue, de la misère. Edmond ne veut pas s’encombrer de ce frère indigent. 

 

Une troisième partie : «Passage Club», un cercle de jeu parisien où Edmond se laisse entraîner par sa nouvelle maîtresse, la belle Carlotta. Victime d’un coup monté par son ancienne maîtresse, il se retrouve suspecté de son assassinat. Si «Les Beaux Quartiers» est un livre sur une vision réaliste des années qui ont préludé à la 1ère guerre mondiale, on oublie généralement que c’est aussi un roman d’amour. Quant à Armand, embauché par l’intermédiaire de son pays Adrien dans l’usine de Wisner à Levallois, il finit par se rend compte qu’il est un briseur de grève, pour un mouvement d’extrême-droite «Pro Patria», un jaune, et décide de rejoindre le camp des grévistes. «Armand regardait les ouvriers, les ouvrières rassemblés, avec des yeux neufs. Ceux-là, ce seraient ses compagnons, ses amis. D’avoir crevé la faim, il se sentait leur frère» dit ARAGON. La grève sera perdue, mais la défaite est le point de départ de nouvelles luttes et de nouvelles espérances. «Camarades, dit-il, camarades, vous voyez bien qu’il ne faut jamais désespérer !», conclut le roman dans le sens d’un combat jamais terminé.

3 – Les Voyageurs de l’Impériale (1942)

Troisième roman du monde réel, ARAGON en écrivit l'essentiel entre octobre 1938 et août 1939, et les dernières cent pages dans l'ambassade du Chili à Paris où, menacés par des extrémistes de droite, lui et Elsa Triolet avaient trouvé refuge. La fin du roman porte la date «Paris, 31 août 1939». Avec la censure de Vichy, le livre a été imprimé tardivement en France, en 1942.

Le personnage principal, Pierre Mercadier, a été son propre grand-père maternel «Ce livre est l’histoire imaginaire de mon grand-père maternel. Dans la réalité, je l’ai vu quelques minutes, à la gare de Lyon. J’avais dix-sept ans» écrit ARAGON, dans la préface. Dans le roman, le héros est professeur d'histoire et de géographie dans l'enseignement secondaire et marié à Paulette d'Ambérieux, une femme assez sotte issue de la petite noblesse, dont le père fut préfet de police. Il est intéressé, voire fasciné par le phénomène de l'argent, aimant le jeu pour le jeu, Pierre joue à la bourse où il perd, notamment dans le cadre du scandale du Panama, une partie de sa fortune, ce qui ne l'oblige pourtant pas à réduire son style de vie. Après une déception amoureuse avec une femme d’un industriel, un jour de novembre 1897, il vend tous ses titres boursiers, quitte sa famille et sa profession, comme l'avait fait le propre grand-père maternel d'Aragon, Fernand de Biglione, abandonne sa famille, et disparaît sans laisser d'adresse. Pierre Mercadier représente le type de l'homme profondément solitaire et qui cherche l'isolement : «il traverse le monde sans s'y mêler». Aussi, ARAGON a, dans la préface de 1965, placé son roman sous le signe de la «liquidation de l’individualisme», de «la condamnation de l’individualisme par l’exemple», Pierre Mercadier étant désigné comme «le dernier individualiste», un individualiste «forcené». Les thèmes du roman sont la responsabilité et l'irresponsabilité de l'homme et du citoyen, le goût de la solitude, le rejet des liens sociaux traditionnels, le «parasitisme» social, l'amour et la sexualité, la déception et le jeu, l'enfance et la jeunesse, la «Midlife Crisis» et la tragédie du vieillissement, le mourir et la mort. Devant cette tragédie humaine, ARAGON ne flétrit pas la «décadence de la société bourgeoise»,  mais certains penchants dangereux de la nature humaine. En effet, ARAGON ne distingue pas deux classes sociales, mais deux catégories d'êtres humains : les ignorants et ceux qui savent, ceux qui traversent l'existence d'une manière passive, se laissant tout simplement porter par la société, et, d'autre part, ceux qui agissent activement sur la société avec l'intention de la modeler, de la transformer, de la pervertir d'après leur propre vision.

4 – Aurélien, (1944)

«La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation» écrit Louis ARAGON. «Aurélien», un roman d’amour sur fond de guerre, se situe au sortir de la Première guerre mondiale, pour nous montrer les ravages de l’après-guerre et les tourments de l’indicible. Aurélien Leurtillois,  un ancien combattant, jamais vraiment remis des années passées au front, mène, dans le Paris des années 1920, l'existence oisive d'un jeune rentier célibataire et séducteur : garçonnière dans l'île Saint-Louis, nuits blanches au «Lulli's Bar», soirées mondaines et liaisons sans lendemain. Spectateur désengagé de sa propre vie, il attend, sans conviction, de découvrir enfin l'objet d'une passion et cet objet sera Bérénice une jeune épouse d'un pharmacien de province, est venue passer quelques jours dans la capitale chez sa cousine Blanchette, fille du magnat des taxis. Leur rencontre est le contraire même du coup de foudre. Un processus de cristallisation est, néanmoins à l'œuvre qui fait en quelques jours d'Aurélien, homme à femmes blasé, un être bouleversé par la force d'une passion inédite.

Bérénice recherche la compagnie d'Aurélien mais, trop éprise d'absolu, ne répond jamais à ses avances. Un soir pourtant, elle se rend chez lui, mais il est absent. Au petit matin, il revient du Lulli's Bar. Elle comprend qu'il a passé la nuit avec une autre femme et s'enfuit. Aurélien la retrouve sans le vouloir alors qu'elle se cache près de Giverny avec un amant de hasard, Paul Denis, qu'elle quitte bientôt pour regagner sa province. Bérénice disparue, tout s'écroule. Paul Denis est tué dans une rixe ; Blanchette divorce d'avec Edmond Barbentane qui fait faillite et entraîne Aurélien dans sa ruine. Privé de ressources, celui-ci se résout à travailler dans l'usine de son beau-frère et abandonne sa vie de bohème. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Aurélien, de nouveau officier, se replie dans un village qui n'est autre que celui de Bérénice. Là, il retrouve d'abord le mari de celle-ci qui lui confie : «Vous avez été toute sa vie», puis Bérénice, à qui il avoue : «Vous avez été ce qu'il y a de meilleur, de plus profond dans ma vie» Peu après, dans la voiture qui les emmène, une rafale de mitraillette allemande atteint mortellement Bérénice.

5 – Les Communistes  (1949-1951)

Dernier épisode du monde réel, le roman, «Les Communsites», raconte le début de la seconde guerre mondiale en France du printemps 1939 à la défaite de juin 1940. «Nous pensions que parler de la guerre, fût-ce pour la maudire, c’était encore lui faire de la réclame. Notre silence nous semblait un moyen de rayer la guerre, de l’enrayer» avait dit ARAGON. C’est l’œuvre la plus significative du réalisme français ; ARAGON s’exprime, en militant, sans ambiguïté ; il veut organiser une nouvelle résistance contre la bourgeoisie ; il valorise ce parti des fusillés «Le roman doit aussi être un outil à transformer le monde qu'il décrit, et on ne peut rien transformer sans l'enthousiasme» dit-il. En effet, dans ce roman, ARAGON s’engage dans un autre conflit, non résolu au moment de son écriture : une guerre idéologique, qui oppose les communistes à tous les autres : la «guerre froide» en toile de fond, le Plan Marshall, le bellicisme américain, le réarmement de l’Allemagne, ratification du Pacte atlantique, crispation de la situation intérieure (en 1947, exclusion du PCF du gouvernement, répression dure de grèves). Le projet initial d'ARAGON était de raconter l'ensemble de la seconde guerre mondiale, mais il abandonna. Le récit couvre d'abord, La drôle de guerre en insistant sur la répression anticommuniste. C'est bien des «communistes» qu'il s'agit, et non du communisme ; ARAGON a pour ambition de provoquer la «formation de la conscience dans l'homme dans ses rapports avec les autres, que pour simplifier on appelle la politique». ARAGON doit donc réécrire l’histoire et défendre les Communistes contre les calomnies. Dans un monde bipolaire, où s’affrontent des rivalités idéologiques, les bases de la lutte des classes sont posées dans le roman. La fin de la guerre ne signe donc pas la fin du combat, au contraire, la guerre froide est là. «Est-ce que tu ne comprends pas que cette guerre, ils l’ont commencée, pris dans leurs propres contradictions, cherchant depuis vingt ans à faire une guerre à l’est, que les peuples ne leur permettaient pas de faire. […] et puis il y avait besoin de l’état de guerre pour liquider les conquêtes de Trente-six… pour faire faire machine arrière à l’histoire… […] Il leur fallait la guerre pour, à l’abri des lignes de défense modernes, pratiquer le détroussement de nous tous» écrit Louis ARAGON.

Dans les «Communistes», le personnage de Fred Wisner, fasciste et antisémite, se réjouit de la défaite des Républicains espagnoles. Le père de Simon de Cautèle a subventionné les Croix-de-Feu et rêve de liquider le Front populaire. Jean, petit bijoutier des Halles, président de la Section des «Amis de l’URSS», est un lecteur du journal l’Humanité. Guillaume, ouvrier plombier, est communiste. Roman d’attaque et de défense, «Les Communistes» sont un roman de guerre partie en guerre. Les précédents romans du monde réel laissaient entrevoir la guerre, seuls Les Communistes nous décrivent la chose, plongent dans «l’orgie, l’orgie de sang». De la défaite des républicains espagnols à la débâcle de Dunkerque, le roman est tout entier habité par la guerre, toile de fond omniprésente qui affecte l’ensemble de l’univers romanesque. Sa dernière partie surtout relève du roman de guerre, immergeant le lecteur dans la catastrophe de mai-juin 1940 et dans la violence du front. Dans «Les Communistes», il prête au personnage qui le représente, le lieutenant Armand Barbentane, un goût si fort pour d’Aubigné qu’il en emporte le volume dans sa musette de combattant en 1940. Ce roman a été un échec, en dépit de diverses rencontres avec les militants communistes, notamment à la rue Grange aux Belles à Paris 10ème.

II – Louis ARAGON, un écrivain engagé

Une partie importante de la poésie d’ARAGON, notamment «Le Crève-cœur», «La Diane française» ou «Le Musée Grévin», est marquée par la guerre, il décrit la nation brisée, humiliée, et ce que la guerre a détruit. Loin de se cantonner dans une parole intimiste, il s’enracine dans le patriotisme et dans des circonstances tragiques de nature à susciter la résistance et l’espoir. ARAGON entend «héroïser» l’histoire «Les procédés savants des grands rhétoriqueurs servent une intention populaire. Ainsi, le souci de la forme loin de se fermer à l’histoire se laisse investir par elle» écrit Nathalie PIEGAY-GROS, dans «L’esthétique d’Aragon».

À partir de la fin des années 1950, nombre de ses poèmes ont été mis en musique et chantés (Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Brassens, Mouloudji, etc.), contribuant ainsi populariser son œuvre poétique.

A – Louis ARAGON, un engagement communiste

 

1 – ARAGON fustige la social-démocratie et abandonne le surréalisme

 

Les communistes ont dégagé une ligne de littérature authentiquement révolutionnaire que le fidèle soldat, Louis ARAGON, a porté la lutte des classes jusque sur le «front littéraire» suivant une expression de Jean-Pierre MOREL, notamment à travers son poème «Front rouge», d’une rare violence ; c’est une invitation à l’insurrection : «Descendez les flics camarades. Un jour tu feras sauter l’Arc de Triomphe, prolétariat connais ta force et déchaîne-là. (..) Feu sur Léon Blum. Feu sur Boncart, Frossart, Déa.  Feu sur les ours savants de la social-démocratie. Feu, feu, j’entends passer, la mort qui se jette sur Garchevery. Feu, vous dis-je sous la conduite du Parti communiste». «Sous le long règne de l’épouvantable Staline, la poésie est devenue un tracteur» écrit Philippe SOLLERS. «La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, (..) le principe d’une littérature de Parti» énonce Novaïa JIZN, dans la revue «Littérature de la révolution mondiale» de juillet 1931. Auparavant, en 1923, Henri BARBUSSE (Asnières 13 mai 1873 – Moscou 30 août 1935, empoisonné par Staline ?), auteur du roman «Feu», un prix Goncourt de 1916, est le premier intellectuel, à avoir appliqué cette orientation, «d’art populaire » ou de «littérature prolétarienne», mais en émettant des doutes sur l’efficacité du recours aux rabcors, un système de correspondants ouvriers. L’ouvriérisme ambiant au sein du P.C.F, n’est pas favorable aux intellectuels, le rôle d’éducation prolétarienne pouvant conduire au crétinisme puéril et déclamatoire, ou à «un prodigieux concours d’âneries» suivant André THIRION. «Quand j’y suis entré (au PCF), la vie dans le parti pour un intellectuel était assez intolérable. Il fallait pour y demeurer être fou : j’étais fou», dit ARAGON. Le poème «Front rouge» a suscité des polémiques et des conséquences judiciaires. L’Etat saisit et interdit «Front rouge», et le 16 janvier 1932, ARAGON est inculpé : «excitation des miliaires à la désobéissance et de provocation au meurtre dans le but de propagande anarchiste».

 

André BRETON lance une pétition pour soutenir ARAGON, mais reste en désaccord avec lui sur sa conception du surréalisme. André GIDE refuse de signer cette pétition, estimant qu’un texte littéraire engage son auteur : «Et puis, pourquoi demander l’impunité pour la littérature. Quand j’ai publié Corydon, j’étais prêt à aller en prison. La pensée est aussi dangereuse que des actes. Nous sommes des gens dangereux. C’est un honneur que d’être condamné sous un tel régime». Pour Romain ROLLAND, «Nous sommes des combattants. Nos écrits sont nos armes. Nous sommes responsables de nos armes. Au lieu de les renier, nous sommes tenus de les revendiquer». André BRETON, dans son fameux livre, «Misère de la poésie», tout en défendant son surréalisme, vitupère contre toute tentative d’interprétation d’un texte poétique à des fins judiciaires. Ce texte ne reflète pas son point de vue sur l’écriture automatique, c’est un poème de circonstance, «sans lendemain, parce que poétiquement régressif». Pour Louis ARAGON, le surréalisme est nécessairement révolutionnaire, ce n’est pas de l’art pour l’art. Il faut «considérer comme un fait acquis le passage des surréalistes aux côtés du Prolétariat dans sa lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie» dit-il. C’est la rupture entre ARAGON et ses amis surréalistes «Je n’ai jamais rien fait de ma vie qui m’est coûté plus cher» confesse-t-il. ARAGON s’en repentira : «J’écoute au fond de moi-même la voix d’André Breton, non pour la critiquer, mais pour mieux l’entendre» dira Louis ARAGON. 

ARAGON a situé sa contribution littéraire, clairement, dans le sens de l’engagement politique. «Il est temps d’en finir avec le faux héroïsme, le toc de la pureté, le clinquant d’une poésie qui de plus en plus prend ses éléments dans les aurores boréales, les agates, les statues des parcs, les châteaux des châtelains bibliophiles, et non aujourd’hui dans la poubelle étincelante où sont jetés les corps déchirés des insurgés, la boue où coule le sang très réel des Varlin, des Liebknecht, des Wallisch, des Vuillemin. Je réclame ici le retour à la réalité» écrit ARAGON, dans son «Discours de clôture au congrès international des écrivains de Paris du 25 juin 1935», in L’Œuvre poétique, t. VI (1934-1935), Paris, Le Livre Club Diderot, 1975, p. 322. Dans sa contribution littéraire, ARAGON s’est posé une question essentielle : Que peut, et que doit la littérature ?

«La littérature doit être une littérature de parti. Face aux mœurs bourgeoises, face à la presse mercantile de la bourgeoisie, face à l’arrivisme et à l’individualisme littéraire bourgeois, face à l’anarchisme aristocratique et à la course au profit, le prolétariat socialiste doit affirmer, réaliser et développer, sous une forme aussi complète et aussi totale que possible, le principe d’une littérature de parti» écrit Novaïa JISN, dans l’éditorial du n°1 de juillet de la revue «Littérature de la révolution mondiale», publiée à Moscou. ARAGON disait, à propos de Victor HUGO, que ce qu’il appréciait par dessus tout chez l’écrivain des «Misérables», c’était sa façon de mettre les pieds dans le plat. Nul doute qu’ARAGON, à travers l’écriture de ses romans de la série du «Monde réel», n’ait pas hésité, comme l’écrit Claude ROY, à mettre les pieds dans les plats pas toujours délicats de la réalité, de la politique, de l’argent, du roman. On peut ajouter que tout cela est une manière pour lui de mettre les pieds dans le plat de l’Histoire. ARAGON ne sépare pas l’homme, l’artiste et le partisan : «Soyez les ingénieurs des âmes ! Ecrivez la vérité» disait MOUSSIGNAC qui reprenait une formule de Staline ; il ne suffit pas de réfuter l’ennemi, mais de «l’anéantir» disait-il. Dans son réalisme littéraire, il part en guerre contre Marcel PROUST (1871-1922, Prix Goncourt, voir mon post) : «Les gens qui souffrent d'insomnie ont le loisir d'étudier le mécanisme du sommeil, voilà une pensée originale qui vous dispenserait de quatre pages de fausses finesses psychologiques, dans lesquelles le gros malin retourne cent fois sa maxime comme un bonnet de nuit. Ce qui s'appelle la pensée proustienne demande à être serré de près ; on s'aperçoit alors que c'est un bavardage de concierge. Saint-Simon (je reviens à cette prétention), mais Saint-Simon dit en trois lignes autant que Proust en trois livres. J'en suis fâché, Monsieur Proust, vous êtes un commerçant qui ne donne pas le poids. À ce qu'il paraît, vous seriez fort intelligent. Il n'y a pas de votre faute, dit-on, si le monde que vous peignez se montre si sot». A la mort d’Anatole FRANCE (16 avril 1844-12 octobre 1924), les Dadaïstes, survoltés,  s’attaquent à une gloire littéraire : «Anatole France n'est pas mort : il ne mourra jamais» écrit Philippe SOUPAULT. Dans la provocation, ARAGON se distingue par la violence de son texte : «Avez-vous déjà giflé un mort ?». ARAGON ne mâche pas ses mots. Pour lui, Anatole FRANCE «écrivait bien mal, je vous le jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur, du ridicule. Et c’est encore très peu que bien écrire, que d’écrire, de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau, pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret, dont on me faire vainement valoir la douceur. (…) Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé». ARAGON poursuit : «Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, (..) râclures de l’humanité, (..), individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous qui venaient de perdre un si bon serviteur». Anatole FRANCE est alors une véritable icône. S'attaquer à lui au lendemain de sa mort relève dès lors, au sens le plus plein du terme, d'une profanation : «Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces trois sinistres bonshommes : l'idiot, le traître et le policier. Avec France, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va. Pour y enfermer son cadavre qu'on vide si on veut une boîte des quais de ces vieux livres "qu'il aimait tant" et qu'on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière», c’est ainsi qu’André BRETON signe «un refus d’inhumer».

ARAGON avait, certes, accueilli, favorablement, le «Voyage au bout de la nuit», publié, en 1932, par Louis-Ferdinand CELINE (1894-1961), considérant cette contribution littéraire, en dépit de son pessimisme, comme étant une dénonciation magistrale et virulente de la société moderne, une disqualification de toutes les idéologies. En revanche, et à propos de la pièce en cinq actes, «L’église», ARAGON est le premier, à travers son article «A Louis-Fernand Céline, loin des foules», à déceler l’antisémitisme manifeste de CELINE. Ainsi, dans «l’église», CELINE décrit l’exaspération propre à la petite bourgeoisie, dont CELINE se fait le porte-parole. Le héros de la pièce, Bardamu, est un antisémite assumé : «Le petit bourgeois antiparlementariste n’est pas très différent qu’il s’appelle Rip ou Céline. Mais un trait marque plus particulièrement le docteur Bardamu. L’antisémitisme. Oh un antisémitisme assez passif. Notre homme voyage dans un bateau qui s’appelle Youpi-nium ; A Genève, il nous montre que les fils de la SDN sont tenus par des messieurs qui s’appellent Yuddenzweck, Mosaïc, Moïse. Gens intelligents, un peu sentimentaux. Ce n’est pas le docteur Bardamu qui donnera l’ordre des pogromes, mais n’est-ce pas ? Il les regardera venir comme le reste» dit ARAGON, dans son commentaire sur «L’église». CELINE est nihiliste, «tout est la même chose», il fait l’éloge de la mort, du suicide et du néant. ARAGON invite, en définitive, CELINE à rejoindre les communistes. CELINE le qualifie de «supercon».

 

B  – ARAGON, poète de la Résistance

 

1 – Le Musée Grévin (1943)

En pleine Deuxième guerre mondiale, la France étant occupée et vaincue ; «Le Musée Grévin» parut sous le pseudonyme de François La COLERE ; c’est une poésie dite de «contrebande». La volonté du poète est de critiquer, de faire une satire de la société, en guerre, qu’il décrit, mais aussi le besoin de dépeindre une épopée, l’espoir d’un renouveau et d’une paix qui feraient suite aux heures les plus sombres de l’Histoire. En effet, ARAGON se montre très critique, notamment dans ses 23 poèmes tels que «Feu de joie», où il affirme son appartenance au mouvement dadaïste, en étant impertinent vis-à-vis du pouvoir et de l’ordre établi. Ces poèmes expriment une sensibilité aiguë et touchante, révélant les sentiments du jeune poète, ses souvenirs d'enfance, de guerre, d'enterrement d'un ami, l'appréhension des regards curieux des autres, une pudeur farouche; ils évoquent également l'amour éphémère, la sexualité, l'amitié et la mort. Ils donnent la voix à la révolte de la jeunesse sortie tout juste de la guerre, et témoignent de sa volonté de rebâtir la société et la littérature. La satire porte également, et c’est évident, sur les dirigeants de l’époque : Pétain, Mussolini, ou bien sûr Hitler. Les destinataires explicites de cette poésie sont évidemment les prisonniers et les déportés dont ARAGON envisage le retour. Leurs souffrances sont soulignées par l'évocation de leurs mains martyrisées et de leurs pieds las. ARAGON fait également allusion à l'occupation de la capitale de façon indubitable, car l'indication chronologique est claire. Il faut, cependant, remarquer que le poète évite les allusions trop directes et trop précises, aucun nom propre lié à l'actualité, l'ennemi allemand n'est même pas désigné, si ce n'est peut être métaphoriquement par «les fantômes». Les malheurs de Paris, sous l'Occupation, ne sont évoqués que par une métaphore qui connote les exécutions de résistants. Il apparaît donc que le poète a choisi en préférant le registre lyrique au registre polémique, de voiler en quelques sortes l'atrocité présente pour valoriser un passé glorieux et un avenir meilleur, l'un étant le garant de l'autre. ARAGON délivre avant tout un message d'espoir et adopte, délibérément, un optimisme inébranlable que la réalité de 1943 ne pouvait raisonnablement pas susciter. Le retour des prisonniers est affirmé avec certitude : «Il y aura des fleurs» comme pour affirmer une certitude de libération et de paix. L'avenir prend alors les traits d'un Eden retrouvé évoqué de façon très traditionnelle comme un jardin fleuri et lumineux. La fête qui est promise aux prisonniers est une fête de tous les sens : bonheur tactile des pieds sur la mousse, plaisir de l'oreille grâce à la musique apaisante et le plaisir de l'odorat grâce à l'haleine des jardins. Ainsi, Louis ARAGON, pour parler des événements de son époque, choisit la voie du lyrisme et du symbolisme d'une manière qui donne souvent à son poème l'apparence d'une prière où les références à la tradition sont nombreuses.

 ARAGON, en résistant, refuse de quitter, la France et travaille parallèlement à la création du réseau de résistance des Etoiles et à celle du Comité National des Ecrivains et des Lettres françaises. Là ARAGON n’écrit plus en contrebande, mais il attaque. «Le fait qu’Aragon, en 1943, interpellât directement l’ennemi par son nom montre que la poésie de contrebande cède la place à une "poésie d’urgence", une "poésie qui prend le maquis". Les poètes combattent avec les mots. Ils ne sont pas au-dessus de la mêlée. Il faut que la poésie crie plus fort que la guerre» suivant Paul ELUARD. Les écrits d’ARAGON font référence à l’histoire toujours nécessaire, il faut éviter l’amnésie et le discours équivoque. Se voulant didactique, ARAGON se heurte à l’Histoire, il écrit sa douleur et sa révolte.  «Que pour mieux jouir de la poésie il faut, au-delà de son énigme apparente, aller au fond des ténèbres rechercher «les poissons noirs de la réalité», cette réalité à l’origine de la vraie poésie qui s’enracine dans les circonstances et ne se pique pas d’une prétendue éternité» Marie-Thérèse EYCHART dans sa notice des «Poissons noirs».

 

On observe un tel glissement dans le chant II du «Musée Grévin», qui répond à la demande de pardon des «fantômes», les collaborateurs : « Qu’avez-vous fait de nos héros pris à vos crocs, je vous regarde tous et je vois le bourreau. Fantômes, fantômes, fantômes. Oublierais-je la beauté des femmes flétries, le masque atroce mis à la mère Patrie. Et l’angoisse des Juifs sous le ciel étouffant. Et leurs petits enfants pareils à mes enfants. Vous avez dissipé ce que j’aime en fumée, et mêlé mes drapeaux à des drapeaux gammés. Ma justice ouvre un oeil démesuré sur vous Fantômes qu’au soleil cette justice voue». Dans les invectives contre Laval du chant III, l’épopée vire cependant à la satire, comme chez Théodore AGRIPPA d’AUBIGNE (1552-1630) : «Ce macaque est un maquignon de bas étage, un gratte-sous hideux qui de tout fait marché. De l’encre du mensonge il tire son potage sur les clous du cercueil il est prêt à toucher. Tu crèveras c’est tout toi l’homme de Montoire, une vieille charogne à la fin dégrisée. Nul ne t’hébergera la légende l’histoire». ARAGON laisse entrevoir une issue heureuse à la guerre en faveur de la France Républicaine. «Les Châtiments (de Victor Hugo), ce n’est pas simplement une oeuvre magistrale contre Napoléon III ou contre Hitler, c’est avant tout une merveilleuse leçon de réalisme dans la poésie», écrit ARAGON. La réalité est une opposition entre la lumière, le matin, l’aurore et les ténèbres : «Ils ont beau baptiser lumières les ténèbres, élever l’ignorance au rang de la vertu, ils ne peuvent cacher la couleur de leurs larmes. Il faut bien qu’à la nuit succède le matin. Il faut bien que l’aurore entre ses mains de cuivre consume ces rois d’ombre et leurs chantres pourris». Paul ELUARD aborde la question de l’espoir et de l’espérance sous son poème «Liberté» daté de 1942 : «Et le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer : Liberté».

 

2 - La Diane française

 

Le titre, «La Diane française» est, à lui seul, révélateur des intentions de l’auteur. Inspiré de la poésie de Charles BEAUDELAIRE (1821-1867), «la diane  désigne une batterie ou une sonnerie de clairon, annonçant aux soldats l’heure du réveil. «La Diane française» de Louis ARAGON reprend cette métaphore, et envisage le moment où la France sort de sa torpeur, l’heure à laquelle, il est temps de reprendre les armes pour libérer la patrie occupée. Par ailleurs, Diane, la déesse romaine de la chasse, a pour mission de protéger et de défendre, surtout pendant la nuit ; ce qui interpelle toutes les personnes qui doivent entrer en résistance. Le poème emblématique, «La Rose et le Réséda», dédié Gabriel PERI (1902-1941), Honoré d’ESTIENNES d’ORVES (1901-1941) et Guy MOQUET (1924-1941), fusillés par les Allemands, invite, tous les Français, de Droite ou de Gauche, à libérer la France. En effet, la Rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge est une allusion directe au Parti communiste, et le Réséda, par sa couleur blanche, désigne les monarchistes et les catholiques. C’est l’histoire de deux résistants, l’un chrétien, l’autre athée, qui sont fusillés le lendemain de leur arrestation : «Celui qui croyait au ciel ; celui qui n’y croyait pas. Tous adoraient la belle prisonnière des soldats. Le sang versé par les guerriers a fertilisé la terre et a rendu sa force à la nature. Quand viendra l’aube cruelle (…) le grillon rechantera».

 

Dans le poème «Il n’y a pas d’amour heureux», chanté par Georges BRASSENS, la célébration d’Elsa est celle de la France, la femme aimée incarnant la patrie malheureuse : «Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri. Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri. Et pas plus que de toi l’amour de la patrie. Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs». Dans «Richard Cœur de Lion», un poète extrait des «Yeux d’Elsa» de 1942, le dialogue entre la femme aimée et le poète, est en fait une méditation entre les Français et la France : «Si l’univers ressemble à la caserne à Tours en France où nous sommes reclus. Si l’étranger sillonne nos luzernes (…) Je ne dois pas regarder l’hirondelle qui parle au ciel un langage interdit. (…) Tous les Français ressemblent à Blondel. Quel que soit le nom dont nous l’appelions, la Liberté comme un bruissement d’ailes, répond au chant de Richard Cœur-de-Lion».

 

3 - Le roman inachevé, 1956

 

Une chanson bouleversante est écrite, «Strophes pour se souvenir», à l’occasion de l’inauguration de la rue «du groupe Manouchian» dans le 20ème arrondissement de Paris. Quatre ans plus tard en 1959, le poète, musicien, chanteur Léo FERRE (1916-1993) met le texte en musique et inscrit le titre à son répertoire. En fait ce sont 23 résistants qui seront «jugés» par un «tribunal» militaire allemand lors du procès Manouchian. Parmi ces 23 résistants, 10 seront «mis en scène» par les forces d’occupation sur la fameuse «Affiche rouge» placardée sur les murs de Paris pour discréditer les mouvements de résistance assimilés à des bandes de criminels étrangers. Ils seront fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944. Par conséquent, ce poème, «Strophes pour se souvenir», une oeuvre engagée, dont l’objectif est de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié : «Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes, ii l'orgue ni la prière aux agonisants. Onze ans déjà que cela passe vite onze ans. Vous vous étiez servi simplement de vos armes. (…)Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes, noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants. L'affiche qui semblait une tache de sang, parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles y  cherchait un effet de peur sur les passants. Nul ne semblait vous voir français de préférence. Les gens allaient sans yeux pour vous le jour dura. (…) Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA France. (…). Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent. Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant. Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant». Le poème, recensé au «Roman inachevé».

 

4 – Le Crève-cœur

 

La poésie d’Aragon est tournée vers la réalité, celle de la guerre, puis celle de la défaite, de l’Armistice, de l’Occupation et de la Résistance. Cette réalité historique investit les poèmes, composés en réaction à l’événement. Le Crève-Coeur se transforme ainsi immédiatement après la signature de l’Armistice. Tant que la France était officiellement en guerre sans pour autant combattre, durant la «drôle de guerre», ARAGON écrivait une poésie amoureuse déplorant la séparation des amants. Le texte qui marque le tournant est «Les Lilas et les Roses», premier poème sur la défaite et l’exode. Et déjà, «Les Croisés» est un chant pour la liberté.

Louis ARAGON a rendu hommage, dans son cosmopolitisme  à Frederico GARCIA LORCA (5 juin 1898 – 18 août 1836), par les Franquistes. Quand la guerre civile espagnole éclate, GARCIA LORCA quitte Madrid pour Grenade, conscient qu'il va vers la mort. Il y sera fusillé par des antirépublicains à Víznar. Ce poème, «un jour, un jour» sera interprété, sous forme de chanson, par Jean FERRAT : «Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime, sa protestation, son chant et ses héros, au dessus de ce corps et contre ses bourreaux, à Grenade aujourd'hui surgit devant le crime, et cette bouche absente, et Lorca qui s'est tu, emplissant tout à coup l'univers de silence, contre les violents tourne la violence, Dieu ! Le fracas que fait un poète qu'on tue ! Un jour pourtant, un jour viendra, couleur d'orange, un jour de palmes, un jour de feuillages au front, un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche».
 

Conclusion

«Lorsque meurt un poète, il emporte une parcelle de ce feu que lui seul pouvait allumer en nous. Poète, écrivain, il est peu de fonctions qui engagent à ce point un être. C'est pourquoi sans doute, à ceux qui lui demandaient "Etes-vous d'abord communiste, ou d'abord écrivain ? ARAGON répondait toujours : «écrivain». Tel était son engagement» dit Pierre MAUROY, à la cérémonie du 28 décembre 1982, à laquelle j’ai assisté. A l’engagement communiste, ARAGON demeurera toujours fidèle, quels que soient les succès, les épreuves, les déchirures et les joies. Cette fidélité de toute une vie exige que, lorsque tout est clos, l'on n'ampute pas l'homme d'une dimension si importante de son existence, que l'on n'oublie pas le militant au profit de l'écrivain. Cette fidélité, qui force le respect, est celle des idées mises au service de l'action. Elle exprime la permanence de l'espoir en un monde plus juste. Cette obstination dans l'amour, à une époque où l'amour n'échappe pas à la contestation des valeurs, c'est aussi un engagement. Et cet engagement, ARAGON le tiendra jusqu'au terme de sa vie. «Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots et cela qui lui faisait toujours discerner la lueur d’une aube» dit Pierre MAUROY.

Louis ARAGON a été un brillant intellectuel, mais son engagement auprès du Parti communiste lui a été reproché par la Droite. Or, nous les «Non-Souchiens», Mongo BETI (voir mon post), avait violemment critiqué la «littérature rose». Nous sommes dans l’arène, parfois dans la boue, lorsque les Etats africains sont qualifiés de «pays de merde», pour dire au monde que nous sommes contre la castration, l’esclavage, la colonisation, le sous-développement, l’obscurantisme. Nous sommes pour la liberté, l’égalité, la fraternité et la coopération sur des bases équitables et justes. 

 

«Aragon était sans doute le dernier des géants de notre histoireCeux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas se retrouveront dans le souvenir de ce magicien sans égal, réaliste et lyrique, sentimental et narquois, imprudent et superbe», écrit Jean d’ORMESSON. A la Libération, le général de GAULLE avait proposé à ARAGON d’entrer à l’Académie française ; il a refusé. «Je crois qu'Aragon a pris place pour toujours dans l'aventure merveilleuse de la littérature française. (..)  Pour des raisons différentes, j'aurais voulu faire entrer trois écrivains sous la coupole du quai Conti : Marguerite Yourcenar, Aragon, Raymond Aron. Je n'ai été capable de forcer les barrages que pour la première des trois. Je crois bien, pourtant, que le plus grand des trois était Louis Aragon» écrit Jean d’ORMESSON.

 Bibliographie très sélective

1 – Contributions de Louis Aragon

1 -1 Récits romans et nouvelles

ARAGON (Louis), Anicet ou le Panorama ; Le libertinage, Paris, Robert Laffont, 1964, 368 pages ;

ARAGON (Louis), Aurélien, Paris, Gallimard, 1994, 696 pages ;
 

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, Folio, 2014, 596 pages ;

ARAGON (Louis), Henri Matisse, Paris, Gallimard, 1998, 865 pages ;

ARAGON (Louis), La Défense de l’infini, suivi des aventures de Jean Foutre La Bite, éditeur scientifique, à titre posthume, Edouard Ruiz, Paris, Gallimard, 1986, 375 pages ;
ARAGON (Louis), La Mise à mort, Paris, Gallimard, 1973, 526 pages ;
ARAGON (Louis), La Semaine Sainte, 1998, 835 pages ;

ARAGON (Louis), Le Mentir-vrai, Paris, Gallimard, 1980, 670 pages ;

ARAGON (Louis), Les Aventures de Télémaque, Paris, Gallimard, 1993, 128 pages ;

ARAGON (Louis), Les Beaux Quartiers, Paris, Robert Laffont, 1965, 2 vol, 279 et 256 pages ;

ARAGON (Louis), Les Cloches de Bâle, Paris, Gallimard, 1972, 437 pages ;

ARAGON (Louis), Les Communistes, éditeur scientifique Jean Ristat, Paris, Temps actuel, 1982, 2 vol, 614 et 619 pages ;
ARAGON (Louis), Les Voyageurs de l’impériale, Paris, Gallimard, 1975, 651 pages ;

ARAGON (Louis), Théâtre/Roman, 1978, 525 pages.

 2 - Poésie

ARAGON (Louis), Brocéliande, Neuchâtel, éditions La Baconnière, 1945, 55 pages ;

ARAGON (Louis), Elégie à Pablo Neruda, Paris, Gallimard, 1993, 37 pages ;

ARAGON (Louis), Elsa, postface Olivier Barbant, Paris, Gallimard, 1959, 156 pages ;

ARAGON (Louis), Hourra L’Oural, Paris, Stock, 1998,  104,  pages ;

 ARAGON (Louis), Il ne m’est Paris que d’Elsa, postface Sylvie Servoise, Paris, Seghers, 2014, 200 pages ;

ARAGON (Louis), La Diane française, suivi en étrange pays dans mon pays, postface de Jacques Perrin, Paris, P. Seghers, 2006, 198  pages ;

ARAGON (Louis), La Grande Gaîté, Paris, Gallimard, 1929, 122 pages ;

ARAGON (Louis), Le Crève-cœur, Le Nouveau Crève-cœur, Paris, Gallimard, 1946 et 1948, 187 pages ;

ARAGON (Louis), Le Fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 2002, 545 pages ;

ARAGON (Louis), Le mouvement perpétuel ; précédé de Feu de joie et suivi de Ecritures automatiques, Paris, 1994, 156 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Musée Grévin et autres poèmes, Paris, éditeurs réunis, 1946, 118 pages ;

ARAGON (Louis), Le Roman inachevé, Paris, Gallimard, 1994, 255 pages ;
 

ARAGON (Louis), Le Voyage de Hollande et autres poèmes, Paris, Seghers, 1981, 121 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les Adieux et autres poèmes, Paris, Stock, 1997, 138 pages ;


ARAGON (Louis), Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, Paris, Stock, 1997, 96 pages ;

ARAGON (Louis), Les Poètes,  Paris, Gallimard, 1960, 140 pages ;
 

 ARAGON (Louis), Les Yeux d’Elsa, Paris, Ellipses, 1995, 144 pages ;
 

ARAGON (Louis), Les yeux et la mémoire, Paris, Gallimard, 1954,  240 pages ;
ARAGON (Louis), Persécuté persécuteur, Paris, Denoël et Steele, 1931, 87 pages ;

ARAGON (Louis), Une vague de rêves, Paris, Seghers, 1990, 28 pages ;
ARAGON (Louis), Le Paysan de Paris, 1978, 248 pages.


1 – 3 - Essais

ARAGON (Louis Pour expliquer ce que j’étais, Paris, Gallimard, 1989, 69 pages ;

ARAGON (Louis) Chroniques Paris, Stock, 1998, vol. I (1918-1932), 497 pages ;

ARAGON (Louis), Blanche ou l’oubli, Paris, Gallimard, 1968, 520  pages ;

ARAGON (Louis), Écrits sur l’Art moderne, Paris, Flammarion, 1981, 377 pages ;

ARAGON (Louis), J’abats mon jeu, Ivry-sur-Seine, Les Lettres françaises, Mercure de France, 1992, 287 pages ;

ARAGON (Louis), Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit, Paris, Flammarion, Genève, A Skira, 1981, 148 pages ;

ARAGON (Louis), L’Homme communiste, Paris, Le temps des cerises, 2012, 497 pages ;

ARAGON (Louis), Les collages, Paris, Hermann, 1993, 136 pages ;

ARAGON (Louis), Pour un réalisme socialiste, Paris, Denoël et Steele, 1935, 125 pages ;

ARAGON (Louis), Traité du style, Paris, Gallimard, 1991, 236 pages.
 

1 – 4 Autres références

ARAGON (Louis), «A propos «L’Eglise», Louis-Ferdinand Céline, loin des foules», Commune, juillet 1933 (10) n°2, pages 277-283 ;

ARAGON (Louis), «Je m'acharne sur un mort», Littérature, nouvelle série, no 8, janvier 1923, LXI, pages 23-24 ;

ARAGON (Louis), «Le Front rouge», Littérature de la révolution mondiale, juillet 1931, n°1, pages 39-46 ;

ARAGON (Louis), Avez-lu Victor Hugo ?, Paris, éditions Messidor/Temps actuel, 1985, 343, pages ;

ARAGON (Louis), Hugo, poète réaliste, Paris, éditions sociales, 1952,  62,  pages ;

ARAGON (Louis), La lumière de Stendhal, Paris, Denoël, 1954, 268 pages ;

ARAGON (Louis), Lautréamont et nous, Pin-Balma, Sables, 1992, 98  pages ;

ARAGON (Louis), Le fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 1963, 458 pages ;

ARAGON (Louis), Le roman inachevé, Paris, Gallimard, 1956, 255 pages ;

ARAGON (Louis), Les yeux d’Elsa, Paris, P. Seghers, 1946, 159 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres complètes, préface de Jean Ristat, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de Daniel Bougnoux, François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2007, vol 1, 1639 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques complètes, sous la direction d’Olivier Barbant, avec la collaboration de François et Marie-Thérèse Eychart, Paris, Gallimard, 2 vol (1917-1982), 3332 pages ;

ARAGON (Louis), Œuvres poétiques, préface de Jean Ristat, Paris, Livre Club Diderot, 1974-1981, 15 volumes.

2 – Critiques de Louis Aragon

ANGLES (Auguste), «Aragon est aussi un romancier», Confluences, problèmes du roman, juillet-août 1943, pages 111-118 ;

BAYARI (Maha), Le mentir-vrai dans les derniers romans de Louis Aragon : La mise à mort, Blanche ou l’oubli, Théâtre/roman, thèse sous la direction de Marie-Claire Dumas, Université de Paris Diderot, Paris VII, 1991, 374 pages ;

BEGUIN (Edouard), «Aurélien, roman du monde réel ?», Revue d’Histoire Littéraire de la France, janvier-février 1990, n°1, 50-67 pages ;

BERNARD (Jacqueline), La permanence du surréalisme dans le cycle du monde réel, Paris, José Corti, 1984, 204 pages ;

BERNARD (Jean-Pierre), «Le Parti communiste et les problèmes littéraires, 1920-1939», Revue française de science politique, 1967, n°3, pages 520-544 ;

BRETON (André), Misère de la Poésie, l’affaire Aragon devant l’opinion publique, Paris, éditions Surréalistes, 1932, 30 pages ;

BRETON (André), Manifeste du surréalisme, Paris, éditions Kra, 1924, 194 pages ;

BRETON (André), Un cadavre, Paris, éditeur non indiqué, 1924, 4 pages ;

BOUGNOUX (Daniel) JARNOUX (Cécile), Comment Aurélien d’Aragon, Paris Foliothèque, 2004, 244 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), La confusion des genres, Paris, Gallimard, L’un et l’autre, 224 pages ;

BOUGNOUX (Daniel), Le vocabulaire d’Aragon, Paris, Ellipses, 2002, 94 pages ;

CHIASSAI (Marc),  Aragon, peinture, écriture : la peinture dans l’écriture des «Cloches de Bâle» à la «Semaine sainte»Paris, éditions Kimé, 1999, 200 pages ;

COLLINET-WALLER (Roselyne),  Aragon et le père, romans, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2001, 304 pages ;

COUROIS (Stéphane), LAZAR (Marc), «Le parti communiste français dans la Résistance», in Histoire du Parti communiste français, Paris, P.U.F, 1995, pages 166-171 ;
  

D’ORMESSON (Jean), «Louis Aragon, le moderne par excellence», L’Humanité du 17 décembre 1992 ;

DAIX (Pierre),  Aragon : une vie à changer, Paris, Flammarion, 1994, 564 pages ;

DAIX (Pierre), Aragon retrouvé, Paris, Tallandier, Hors collection, 2015, 240 pages ;

DE LA DOES (Julien), Aragon, poète de la Résistance, Bruxelles, éditions Ferd, F. cWellens-Pay, 1945,  33 pages ;

DE LESCURE (Pierre), Aragon romancier, Paris, Gallimard, 1960, 128 pages ;

DESANTI (Dominique), Elsa-Aragon : le couple ambigu, Paris, Belfond, 1994. 414 pages ;

EON (Lucie),  Dans les pas de Louis Aragon, j’ai vu ! Brissac, éditions du Petit pavé, 2000, 132 pages ;

FAURE-BIGUET (Jacques-Napoléon), «Le congrès international des écrivains», Les Echos du 19 juillet 1935 ;

FAURE-BIGUET (Jacques-Napoléon), Les enfances de Montherlant de neuf à vingt ans, Paris, Plon, 1941, 248 pages, spéc pages 47 et suivantes ;

FERNEY (Frédéric),  Aragon, la seule façon d’exister, Paris, B. Grasset, 1997, 190 pages ;

FOLLET (Lionel), Aurélien : le fantasme et l’histoire, Paris, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Les Belles Lettres, 1980, 146 pages ;

FOREST (Philippe), Aragon, Paris, Gallimard, collection N.R.F. biographie, 2015, 896 pages ;

FOREST (Philippe), Vestige d’Aragon, Paris, Cécile Defaut, 320 pages ;

GARAUDY (Roger), Itinéraire d’Aragon : du surréalisme au monde réel, Paris, Gallimard, 1961, 448 pages ;

GAUCHERON (Jacques), «Les Cloches de Bâle», La Revue du XXème siècle, janvier 1935, n°3, page 74 ;

GAVILLET (André), La littérature au défi : Aragon surréaliste, la littérature au défi, thèse université de Lausanne, Fribourg, Galley et Cie, 1957, 331 pages ;

GINDINE (Yvette),  Aragon prosateur surréaliste, Genève, Droz, 1966, 116 pages ;

GIRAUD (Jacques), LECHERBONNIER (Bernard), sous la direction de, Les engagements d’Aragon, Paris, L’Harmattan, 1998,

GOIN (Emilie), «Analyse d’un discours d’action collective mis en écrit. L’anarchie dans les Cloches de Bâle d’Aragon», ARBORESCENCES, 2016 (6) pages 39-53 ;

GRENOUILLET (Corinne), «Catherine ou le féminisme, roman. La représentation du féminisme  dans Les Cloches de Bâle d'Aragon», Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet, 2002, n°8, p. 117-137 ;

GURSEL (Nedim),  «Le mouvement perpétuel» d’Aragon : de la révolte dadaïste au «Monde réel»Paris, L’Harmattan, 1997, 195 pages ;

HAROCHE (Charles),  Les langages du roman, Paris, éditeurs français réunis, 1976, 318 pages ;

JUQUIN (Pierre), Aragon, un destin français (1897-1939), Paris, La Martinière, 804 pages ;

LAHANQUE (Reynald), Le réalisme socialiste en France (1934-1954), thèse sous la direction du professeur Guy Borreli, Université de Nancy II, 2002, 1110 pages ;

LEVIN-VALENSI (Jacqueline), Aragon romancier d’Anicet à Aurélien, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, Sedes, 1989, 286 pages ;

LEVY (Joachim), L’écriture de résistance de Louis Aragon : entre écriture de l’histoire et ré-unification nationale, Mémoire de master 1, sous la direction du professeur Dominique Massonnaud, Université Stendhal, Grenoble 3, Département de Lettres modernes,  2010-2011, 116 pages ;

MARJOUX (Cécile),  «Les voyageurs de l’impériale ou la «grande aventure négative», Revue d’histoire littéraire de la France, nov.-déc. 2001, (101) n°6, pages 1627-1652 ;

MATONTI (Frédérique), Intellectuels communistes : essai sur l’obéissance politique. La Nouvelle critique (1967-1980), Paris, La Découverte, 2013, 504 pages ;

MERLIN (Merlin), «Naissance du Monde réel. Sur la réédition des Cloches de Bâle d'Aragon», La Nouvelle Critique, juin 1954, 6e année,  pages 146-152 ;

MITTERAND (Henri), «Les trois lecteurs des Cloches de Bâle», Europe, janvier-février 1989, n°717-718, pages 111-121 ;

MOREL (Jean-Pierre), Le roman insupportable : L’Internationale littéraire et la France (1920-1932), Paris, Gallimard, bibliothèque des idées, 1986, 496 pages ;

MOUTHIER (Maurice), Louis Andrieux et les deux Aragon : un aventurier du XIXème siècle, Aléas 2007, 479 pages ;

NADEAU (Maurice), Histoire du surréalisme, Paris, Seuil, 1964, 198 pages ;

OLIVERA (Philippe), «Aragon, réaliste socialiste : les usages d’une étiquette littéraire des années trente aux années soixante», Société et représentation, 2003 (1) n°15, pages 229-246 ;

PIEGAY-GROS (Nathalie),  L’esthétique d’Aragon, Paris, Sedes, 1997, 283 pages, spéc pages 151-162 ;

POYARD (Pierre-Olivier), «Aragon et le réalisme socialiste», Les Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2010, n°12, pages 226-335 ;

REBOUL (Yves),  «Le point aveugle des Voyageurs de l’impériale»,  Littératures, automne 2001 (45), pages 215-223 ;

ROY (Claude), Aragon, un essai, Paris, Seghers, 1960, 230 pages ;

SADOUL (Georges),  Aragon, Paris, Seghers, 1988, 214 pages ;

SADOUL, (Georges), «Les Cloches de Bâle», Commune, no 17, janvier 1935, pages 500-503 ;

SIMOND (Daniel),  «Notes - Louis Aragon, Les Cloches de Bâle», La Revue de Belles-Lettres, février 1935, n°2, 63ème année, pages 22-24 ;

SOLLERS (Philippe), «Hugo, Aragon : deux oeuvres en miroir», Magazine littéraire, janvier 2002, n°405, pages 55-56 ;

THIRION (André), Révolutionnaires sans révolution, Paris, Babel, Révolutions, 1999, 912 pages ;

TOSSOU OKRI (Pascal), Le mentir vrai chez Louis Aragon romancier, des Cloches de Bâle à Servitude et grandeur des Français, thèse du 23 janvier 2007, sous la direction du professeur Jacques Migozzi, Université de Limoges, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 2007, 431 pages ;

VALLIN (Marjolaine), «Le Musée Grévin, poème épique», Louis Aragon et Elsa Triolet en résistance, Actes du colloque de Romans sur Isère, 12-14 novembre 2004, in Annales de la société des amis de Louis Aragon et d’Elsa Triolet, 2004, n°6, pages 230-245 ;

VASSEVIERE (Maryse), «Aragon journaliste et romancier», Recherches croisées Aragon Elsa Triolet, 2004, n°9, pages 269-300 ; 

VAISSIE (Cécile), Les ingénieurs des âmes en chef : Littérature et politique en URSS, 1944-1986, Paris, Belin, 2008, 515 pages ;

Paris, le 21 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Louis ARAGON, un romancier et poète du Monde réel.
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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 19:21

Le jeudi 11 janvier 2017, Donald TRUMP, président des États-Unis a qualifié Haïti, le Salvador et plusieurs nations africaines de «pays de merde». Et il s’est interrogé : «Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici ?». Donald TRUMP estime que les États-Unis devraient plutôt accueillir des ressortissants de la Norvège. Les 54 ambassadeurs du groupe africain à l'ONU ont exigé des excuses et une «rétractation», condamnant des «remarques scandaleuses, racistes et xénophobes». Ils se sont déclarés préoccupés par la tendance «grandissante» de l'administration TRUMP «à dénigrer le continent et les gens de couleur». Le Sénégal et le Bostwana ont, par ailleurs, convoqué, chacun, l'ambassadeur américain. «Je suis choqué par les propos du Président Trump sur Haïti et sur l'Afrique. Je les rejette et les condamne vigoureusement. L'Afrique et la race noire méritent le respect et la considération de tous» a déclaré le président sénégalais, M. Macky SALL. L'ONU a qualifié ces remarques de «choquantes et honteuses», et l'Union africaine de «blessantes» et «dérangeantes». «J’ai envie qu’on dise dans le monde entier «président de merde», comme un cri de ralliement» écrit Jack LANG Ministre de la Culture, sous François MITTERRAND. «Oui, c’est un type odieux (Donald TRUMP) qui vomit sur les Haïtiens après avoir déversé sa bile et ses mensonges sur les Africains. J’en ai ras-le-bol de l’entendre insulter, humilier des pays et des peuples que j’aime et qui souffrent déjà de tant de maux : pauvreté, violence, catastrophes climatiques. Ils n’ont pas besoin qu’on vienne en plus leur cracher dessus. Ce qu’il m’inspire n’est pas nouveau mais là c’est trop. Cet homme est un xénophobe et un raciste maladif. Il m’écoeure», persiste et signe M. Jack LANG. Quel bel homme !

Dans une Amérique puritaine, Donald TRUMP est connu, avant son accession au pouvoir, comme étant un prédateur sexuel, un homme sexiste et vulgaire : «Quand vous êtes une star, les femmes vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, les attraper par la chatte, faire ce que vous voulez», ces propos, tenus en septembre 2005 par Donald TRUMP, ont été révélés par le «Washington Post». Proférer ce genre de propos, quand on a vocation à devenir président des Etats-Unis, un pays réputé être la plus grande démocratie du monde, c’est être un gros cochon, un tas de merde qui souille la fonction présidentielle. En ce moment, 19 femmes aux Etats-Unis, ont accusé Donald TRUMP de harcèlement sexuel, mais les dossiers ont été étouffés. Si c’est un homme politique du Tiers-monde avait tenu ces propos que n’aurait-on pas dit, dans les pays occidentaux, sur ces pays, souvent qualifiés de «Républiques «bananières». J’ai été choqué de voir, lors d’une réunion internationale à Bruxelles, le président TRUMP bousculer des chefs d’Etat, pour se mettre en première place sur la photo officielle. C’est lui, aussi, lors d’une rencontre internationale, qui a débranché les écouteurs de traduction, à chaque fois qu’un Président africain prenait la parole. Quel mépris et quel geste déplacé pour un diplomate !

 

Le 9 novembre 2016, en réaction à la victoire inattendue de Donald TRUMP, j’écrivais : «ça pue le racisme !». Certains m’avaient même dit que j’exagérais, et que ce serait un discours «victimaire». Pourtant on avait tous suivi, attentivement, la campagne électorale haineuse, clivante et acrimonieuse de Donald TRUMP. Ce qui caractérisait déjà ce personnage, c’est son idéologie néoconservatrice assumée, sa démarche isolationnatiste, ses relents belliqueux, et surtout son discours antimusulman, fondamentalement raciste. Donald TRUMP a eu beau vitupéré contre la Corée du Nord, mais il a peur de l’affronter. Il méprise les Musulmans, mais épargne les Saoudiens, pays riche en pétrole ; or, l’essentiel du commando du 11 septembre 2001 sont des ressortissants de ce pays peu démocratique ; ce qui a relancé le fondamentalisme religieux. Il ne faudrait pas oublier, non plus, que c’est un certain Georges BUSH qui avait lancé la guerre contre l’Irak, au motif fallacieux que ce pays détiendrait l’arme chimique. Sadam HUSSEIN a été pendu par les Américains, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan et la Libye sont des champs ruines. Peu importe, pour TRUMP, si ce sont des Arabes qui sont massacrés, à coups de bombes valant des milliards ! Ce sont les exodes massifs de populations et la pauvreté, créés par ces guerres locales, qui sont à la base de la montée fulgurante du racisme.

 

Après plusieurs siècles d’esclavage, de colonisation, à l’aube du XXIème siècle, et après la chute du mur de Berlin, devant la montée du nationalisme en Europe l’ennemi n°1 est devenu l’immigré, l’Arabe ou l’Africain. On n’a plus honte, dans les pays occidentaux, à longueur de journée, dans les masses médias, de jouer sur les peurs (Immigration, terrorisme, chômage, insécurité, etc.). On n’entend que cela, et l’homme moyen finit par croire aux théories sur le «Grand remplacement». J’en ai la nausée de cette campagne de presse contre les étrangers !

 

En France, où le débat est un peu plus feutré, et la démarche plus hypocrite, on n’hésite pas parfois de dénigrer, voire d’insulter. «L’Afrique n’est pas encore entrée dans l’Histoire» avait dit l’homme du Fouquet’s. François HOLLANDE, après avoir liquidé le Parti socialiste et vendu son siège, à coups de reniements (droit de vote des étrangers, projet de loi sur la déchéance) tente de revenir au premier plan, en se cachant derrière la candidature de Stéphane LE FOLL, pour le poste de Premier secrétaire du Parti socialiste. Le candidat Emmanuel MACRON, qui avait fait un bon diagnostic sur les relations France-Afrique, est maintenant obsédé par le ventre de nos mères, et envisage de faire voter une loi scélérate sur l’immigration en avril 2018. Bref, les esprits, d’une bonne partie des dirigeants français, sont plus que jamais lepénisés.

 

Il ne suffit pas de se lamenter, mais que faire ?

 

Les relations internationales, ainsi que le respect qui s’y attache, sont fondées essentiellement sur le poids économiques des Etats. Ainsi, en France, on ne parle plus de «péril jaune» ; tout le monde fait courbette devant la Chine passée du statut d’un pays sous-développé à une grande puissance mondiale (visa, accueil dans les grands magasins, vente de cafés parisiens, etc.), en moins de 30 ans. Nous, en esclaves, on ferme les écoles pour accueillir le «Grand maître». En revanche, le président français ne vient jamais à l’aéroport pour accueillir son homologue africain en visite d’Etat en France. Le laquais de président africain, lui, n’est jamais invité, non plus, aux journaux télévisés de grande écoute, à Paris.

 

Pourtant, loin d’être des «pays de merde» les Etats africains disposent de toutes les matières premières de nature à faire trembler les Occidentaux, s’ils en manquaient. Les Africains et la Diaspora, les «Non-Souchiens», sont victimes, pour une bonne part, d’une sorte de «castration» intellectuelle, d’un défaut de faculté de réagir de façon adéquate à ces humiliations et ces insultes. «Les lumières sont ce qui fait sortir l’homme de la minorité qu’il doit s’imputer à lui-même. La minorité consiste dans l’incapacité où il est de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. Il doit s’imputer à lui-même cette mino­rité, quand elle n’a pas pour cause le manque d’intelligence, mais l’absence de la résolution et du courage nécessaires pour user de son esprit sans être guidé par un autre. Aie le courage de te servir de ta propre intelligence !» avait dit Emmanuel KANT.

 

Les Africains devraient s’attacher à renforcer l’intégration et la souveraineté pleine entière du continent noir en mettant fin à cette honteuse Françafrique, et entamer une véritable coopération avec les autres pays, fondée sur la justice, l’équité et la fraternité. La francophonie n’est pas menacée, mais elle reste comme un moyen de domination culturelle de la France sur ses anciennes colonies, et non un outil de solidarité et d’enrichissement mutuel. On redoute la diversité et le multiculturalisme qui auraient pu enrichir et promouvoir la langue française en Afrique. Nos étudiants se tournent vers la Chine. Pourtant, l’Afrique reste une terre «d’opportunités» suivant l’expression du Président MACRON, et non une menace pour les autres.


Paris, le 15 janvier 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Donald TRUMP, un gros cochon de président et un tas de merde !», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 16:22

 

Cet article a été publié dans les journaux THIEYDAKAR et FERLOO, éditions du 15 janvier 2018.

«Je suis née pour partager l’amour et non la haine», fait dire Sophocle à Antigone, dans son dialogue avec Créon. Dans sa recherche de la justice sociale, de l’équité, de la compassion et de la bienveillance,  maître Malick SALL, avocat à Dakar, a choisi de ne pas s’enfermer dans sa villa, mais d’être à l’écoute des Foutankais. Maître SALL a pour ambition de servir, et non de se servir. Il redonne ainsi ses lettres de noblesse à la Politique, encore considérée par une partie de la population, comme une affaire sale, des combinaisons et des magouilles, au détriment des pauvres. Ainsi, Maître SALL a initié, notamment, car la liste est longue, une couverture médicale pour les plus démunis, une réfection de certaines classes de notre lycée, des récompenses pour les élèves les plus méritants, une subvention au club de football ayant atteint la demi-finale, une résidence pour les étudiants à Dakar, etc.

Dans les demandes anciennes des habitants Fouta-Toro, on retient un grand besoin  d’être mieux représenté dans les instances politiques et étatiques. En effet, jusqu’ici, alors que le Fouta-Toro est resté légitimiste à l’égard de tous les gouvernants, quelle que soit leur couleur politique, ses représentants se sont révélés de piètres élus, ne pensant qu’à leurs intérêts personnels. Les Foutankais ne veulent plus de ces politiciens véreux, folkloriques ou griotiques ; ce qui a gravement terni, gravement, l’image de la Politique. Ils souhaitent avoir une représentation digne qui défende énergiquement leurs intérêts.

Dans ce besoin d’une meilleure gouvernance, le référendum du 20 mars 2016 a fait émerger, sur un point modeste, mais important, l’irruption de l’intelligentsia de mon village, Danthiady, dans la scène politique sénégalaise. Dans ses déplacements, fréquents au Fouta-Toro, maître Malick SALL est souvent accompagné d'une forte délégation (M. Alassane DIALLO, M. Amadou Harouna N’DIAYE, M. Abdoulaye Baïla N’DIAYE, Harouna Mamadou BAL). Il bénéficie aussi, sur place, au Fouta-Toro, d’un réseau local de cadres connaissant parfaitement le terrain (Amadou N’DIAYE, El Hadji SALL, Mamoudou BAL). Maître SALL a surtout choisi, par des déplacements fréquents, de venir rencontrer directement les populations, afin de s’enquérir de leurs besoins, et de les résoudre, dans la mesure du possible. 

Le village de Danthiady, qualifié de «Quartier Latin du Fouta», est devenu, à travers son important et exceptionnel réseau de cadres, une force d'influence dans le jeu politique au Fouta-Toro et dans le pays. Attaché à son indépendance, Maître SALL, exprime et remonte à l’Etat, les besoins de cette population paupérisée. Avec les différentes alternances, le mouvement de juin 2011 et la vitalité de la démocratie avec des débats âpres, il existe, désormais, au Sénégal, une sorte de société civile exprimant des besoins fondamentaux de la population et des lignes rouges à ne pas franchir, en termes d’indépendance, de souveraineté, de bien-vivre ensemble et d’unité nationale, de bien-être des populations les plus démunies. Maître SALL est devenu une voix qui compte dans l’expression de cette société civile, et une voix crédible qui agit pour le Bien commun. C’est une autre façon de faire de la Politique qui n’est autre que d’agir pour l’intérêt général.

Paris, le 15 janvier 2018 par M. Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/

Maître Malick SALL avocat sa devise  : "être au service des autres et non se servir"
Maître Malick SALL avocat sa devise  : "être au service des autres et non se servir"
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13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 11:54

«Ma gloire se répandra dans la grande Russie, et les races qui l’habitent y répéteront mon nom, chacune en sa langue, aussi bien le fier petit-fils des Slaves, que le Finnois et l’indompté Toungouse, et le Kalmouk, ami de la steppe. Et longtemps je serai cher au peuple russe, parce j’ai voué ma lyre au culte du beau et du bien, parce que dans mon siècle barbare j’ai célébré la liberté, et prêché la pitié pour les faibles» écrit Alexandre POUCHKINE dans le «Monument», paraphrasant ainsi Horace. Pour lui, le poète est, de par sa vocation même, un solitaire et un incompris, il doit suivre loin les foules, et «ne guère tenir à l’amour du peuple». Gustave FLAUBERT (1821-1880) avait, de façon imprudente, dit à Ivan TOURGUIENIEV : «il est plat votre Pouchkine». En revanche, Fiodor DOSTOIEVSKI (1821-1881) a parlé du «secret» de POUCHKINE et du caractère «prophétique» de son œuvre, dont le sens demeure encore en partie caché à nos yeux, et qui ne se révélera qu’à mesure que se développera la culture russe. «Il fut le premier homme souffrant de la vie consciente russe» dit DOSTOIESVKI. En effet, POUCHKINE, créateur de la langue littéraire russe, a remplacé le langage conventionnel, pédantesque et froid de ses devanciers, par une langue naturelle et aisée. «Bien qu’il connut toutes les ressources, toute l’étonnante richesse de sa langue, sa pensée se produit sous une forme si simple qu’on ne croirait pas l’exprimer autrement» écrit Prosper MERIMEE (1803-1870). POUCHKINE n’est pas seulement un poète en langue russe, mais le poète de la langue russe. Accomplissant la révolution linguistique, poétique et esthétique, toute la littérature russe s’ébranle et marche après lui. POUCHKINE buvait les contes de sa nourrice, Arina, qui maniait à la perfection, la langue populaire, si vivante et imagée. Il courait les foires, écoutant les propos des marchands et des chalands. Les différents exils qu’il a subis, l’ont mis en contact direct et durable avec la terre et les paysans russes ; ce qui lui a permis ainsi de renouveler la langue écrite russe, en rupture avec le français, langue de la noblesse européenne de son temps. «Vraiment on peut croire, si  Pouchkine n’avait pas existé, il n’y aurait pas eu les talents qui lui ont succédé. Du moins, quelques grands qu’ils fussent, ils ne seraient pas produit avec la force et la netteté avec lesquelles nous les avons vu se révéler de nos jours» écrit DOSTOIEVSKI. «Dépouillé de tout ce qui est passager ou fortuit, Pouchkine se dresse devant nous comme le plus grand poète national, comme le véritable fondateur de la littérature russe» écrit Maxime GORKI. Pendant la période de la Russie tsaristes, les œuvres de POUCHKINE étaient interdites par la censure et n’ont pu paraître qu’à l’étranger. : «Je me suis érigé mon propre monument qui n’est point l’œuvre de la main. Et jamais le sentier qui y mène le peuple ne sera pas envahi de ronces» écrit POUCHKINE. Un jubilé avait été organisé en 1899 marquant le centenaire de la naissance du poète, qui était pourtant décembriste et libéral. La Révolution russe, s’aperçut très vite de tout l’intérêt à récupérer POUCHKINE comme penseur de l’âme russe. En effet, Joseph STALINE (1878-1953) a consacré un retour à la culture traditionnelle, à l’histoire et à l’art, notamment aux écrits de POUCHKINE, proclamé poète national russe et de la culture populaire. POUCHKINE devenait le symbole de l’âme russe, la gloire de la nation, sa lumière, sa jeunesse, son miroir dans lequel le peuple russe cherchait et trouvait son image. Les élèves devaient connaître, par cœur, les poèmes de POUCHKINE. Ainsi, l’édition des œuvres de POUCHKINE ne comptait, en 1907, que 13 ouvrages en russe, est tirée, en 1937, à 35 000 exemplaires. Lors du centenaire de la mort de POUCHKINE, 1,5 million d’exemplaires ont été tirés en 52 langues de l’Union soviétique, le russe n’y étant pas compris. Le nom de POUCHKINE fut donné à la ville Tsarskoïé-Sélo, ville où il avait fait le lycée. Un meeting est organisé avec 250 000 personnes devant la statue de POUCHKINE à Moscou. STALINE assiste à une représentation au théâtre lors de ce jubilé. A Leningrad, on a érigé un monument sur le lieu du duel. «Par toutes les fibres de son génie, Pouchkine se rattachait au peuple russe, dont il a exprimé si fortement les idéaux et les sentiments» écrira un journal russe. Le nom de POUCHKINE pénétra, avec la rapidité d’un éclair, dans les coins les plus reculés de l’ex-U.R.S.S. «Il faut croire au miracle du génie. Cent après sa mort, Alexandre Pouchkine en a fait un : il a réconcilié sous son nom tous les Russes, ceux de l’URSS et ceux de l’émigration dispersés dans l’univers. Les uns et les autres communient dans le culte de ses œuvres immortelles et oublient, pour un instant, leurs querelles politiques. Un même sentiment les anime : la fierté d’avoir donné au monde un poète égale aux plus grands» écrit André PIERRE.

«Un peuple ne compte intellectuellement au nombre des nations que lorsqu’il a une littérature en propre. (…) Jusqu’à lui, (Pouchkine), à part le fabuliste Krilof, la Russie n’avait pas eu la force d’enfanter un génie national. (…) C’est un homme d’idées et de forme, un poète et un patriote» écrit Alexandre DUMAS (1802-1870) dans ses «Impressions de Russie». Ses prédécesseurs bornaient leur ambition à copier les modèles occidentaux. Ils s'exprimaient en russe et pensaient en français. Lui, le premier, pensa et s'exprima en russe. Très jeune, il s'imposa à l'admiration de ses contemporains et ouvrit de tous côtés les voies où s'engouffrèrent, plus tard, les héritiers de sa pensée. Il ne se contenta pas d'être le plus pur poète lyrique de son siècle. POUCHKINE incarne l’âme russe. «Pouchkine me livra, généreusement, des pensées nouvelles, des sentiments et des mondes inconnus où j’aspirais dès lors» écrit Serge LIFAR. Il est «un miroir, le lieu de la reconnaissance de toute personne de langue maternelle russe» dira Alexandre MARKOWICZ. «Le nom de Pouchkine évoque immédiatement l’image du poète national russe. Pas un d’entre nos poètes ne mérite que lui le titre «barde national», ce titre ne peut appartenir qu’à lui, à lui seul. En son œuvre, comme dans son lexique, sont renfermées toute la richesse, toute la force et toute la souplesse de notre langue dont, mieux que personne, il a sur reculer les frontières et montrer l’étendue» dit Nicolas GOGOL.  Pour Ivan TOURGUENIEV, quand il est triste, mal disposé, vingt vers de POUCHKINE le retirent de l’affaissement, le remontent, le surexcite ; cela lui donne l’attendrissement administratif qu’il n’éprouve pour aucune des grandes et actions. Il n’y a que cette poésie seule capable ce rassérénement, cette sensation agréable. «Si je veux de la gloire, c’est pour que mon nom, frappe à toute heure à ton oreille ; afin que tu sois entourée, par moi ; afin qu’en rumeurs éclatantes, tout, tout retentisse autour de toi ; afin qu’en écoutant dans le silence de la voix fidèle, tu te souviennes de mes dernières supplications, au jardin, dans l’ombre de la nuit, à la minute des adieux» écrit POUCHKINE, dans «Désir de gloire», dont la poésie est un moyen de conquête des cœurs ou de vengeance au service de la passion. Le théâtre russe était encore bien pauvre : il lui donna «Boris Godounov» et les «Quatre petites tragédies» qu'il négligea de développer. Il s'attaqua à l'histoire russe avec son étude sur «l'Émeute de Pougatchev». Il inaugura le roman historique russe avec «La Fille du Capitaine», le roman fantastique russe avec «La Dame de Pique», la poésie populaire russe avec ses contes en vers du «Tsar Saltan» et du «Coq d'or». POUCHKINE ne fut pas seulement qu’un poète de l’art pour l’art, il manifeste dans ses écrits un patriotisme ardent. Il provoque les adversaires de sa patrie, notamment la France Louis Philippe, qui soutenait la cause de la Pologne, hostile au despotisme de Nicolas 1er qui n’avait pas voulu reconnaître le Roi issu de la révolution «Il y a longtemps que la Russie et la Pologne sont en lutte (…) Laissez-nous. Vous n’avez pas lu ces tablettes sanglantes. Vous ne comprenez pas cette haine de famille. (…) Vous nous menacez en paroles. Essayez en réalité. Est-ce chose nouvelle pour nous de lutter contre l’Europe ? La Russie est-elle déshabituée de vaincre ? Il y a de la place pour eux dans les champs de Russie, parmi des tombeaux qui ne sont point étranger» écrit-il dans l’ode «Aux détracteurs de la Russie». Dans sa contribution littéraire, POUCHKINE assigne une mission particulière au poète «Errant sans cesse à travers le monde, brûle par tes chants les cœurs des hommes». POUCHKINE réclame pour son pays une ère d’égalité, de justice et de liberté, ses compatriotes n’hésitent pas à reconnaître en lui un poète national, le symbole de l’âme russe. «Dépouillé de tout ce qui nous apparaît en lui aujourd’hui comme passager et fortuit, il se dresse devant nous comme le grand poète national, comme le véritable fondateur de la littérature russe» dira en 1937, Maxime GORKI lors du centenaire de la mort de POUCHKINE. «Chez Pouchkine, la poésie éclot d’une façon merveilleuse de la prose la plus sombre» dira Prospère MERIMEE. En effet, POUCHKINE a la faculté de parler, d’une façon individuelle, des choses générales ce qui est l’essence même de la poésie. MERIMEE compare POUCHKINE aux Anciens Grecs pour la belle proportion de la forme et de l’ordonnancement du sujet, pour l’absence de tout commentaire ou de toute considération morale. Le génie de POUCHKINE c’est aussi cette grande faculté d’appropriation des culturelles étrangères, d’assimilation et de digestion de ses lectures au service du roman national russe. Il a su fixer une langue et créer une littérature nouvelle et universelle. Le passé vivait en lui avec la vivacité que le présent, et qu’au même degré il avait l’intuition de l’avenir.

Alexandre Serguéiévitch POUCHKINE naît le 26 mai 1799 à Moscou. Son père, Serge Lvovitch POUCHKINE (1770-1848), un ancien officier de la garde impériale, est issu d’une ancienne famille de l’aristocratie russe. . Son père composait des poèmes, son oncle, Vassili, est un poète estimé, et sa famille recevait de nombreux poètes, dont Vassili JOUKOSVKI (1783-1852). Quant à sa mère, Nadejda OSIPOVNA (1775-1836), petite-fille du général noir, Abraham HANIBAL, surnommé «Le Nègre de Pierre Le Grand». Sa mère lui préfère Olga, de deux ans son aînée, et Léon, son frère, né après lui. Les Russes et les Occidentaux ont toujours mis en avant les origines allemandes et russes de POUCHKNINE, occultant ou dévalorisant ainsi les origines africaines de ce poète national. «Les Pouchkine, sont issus de Radscha, lequel vient d’Allemagne en Russie au milieu du XVIème siècle. Cette maison a produit le poète le plus national qu’ait jamais eu la Russie, le célèbre Alexandre Pouchkine dont le nom fera époque dans la littérature russe» écrit Pierre DOLGOROUSKY dans sa notice sur les principales familles de Russie. En effet, du côté paternel, l’ancêtre de POUCHKINE, RATCH, un Prussien entré en qualité de cantonnier, était au service d’un grand prince à Moscou ; son nom a été russifié. Pourtant, côté maternel : «peu de généalogies d’écrivains ont autant fait discuter que celle de Pouchkine. Lui-même, en a été le premier commentateur, par curiosité d’historien autant que orgueil de race» écrit Henri HAUMANT.

Esprit moqueur et incisif, ses études furent médiocres : «Jusqu’à sept ans, le plus grand poète russe passa pour un crétin ; soit que le sang africain infus si brusquement à la race moscovite eût en lui déconcerté la nature, soit que l’enfant eût dérouté sa famille» écrit Ernest COMBES. Le Directeur du lycée l’évalue ainsi : «Il craint toute étude sérieuse et son intelligence est dénuée de profondeur ; c’est un esprit essentiellement superficiel, un esprit français». En fait, d’une grande réceptivité et une faculté d’assimilation, POUCHKINE doit aux Français la clarté, le sens du mot fort et la concision dense. «Je trouve que la phrase de Pouchkine est française, est toute française, j’entends française du XVIIIème siècle» dit MERIMEE. En effet, il éprouve un amour filial pour Voltaire, BOILEAU, CHATEAUBRIAND et Mme de STAEL. Admirateur de la Révolution et de Napoléon, mais ces régimes ayant basculé dans la violence, devenu sceptique, il fut donc séduit par BYRON : «Le Byronisme est né à l’époque où les hommes se sentaient plein d’une profonde tristesse et presque désespérés (…) C’est à ce moment-là qu’un vaste et puissant génie, un poète passionné, fit son apparition». Passionné de la lecture des grands classiques, POUCHKINE décrit ainsi l’impression qu’il a faite aux Parisiens : «Ai-je eu l’air, devant eux d’un Ostiak ? D’un sauvage ? Ont-ils pensé : «Le Scythe a besoin de leçons ?» Certes, ils ont vu, dès le premier âge, j’ai tâché de savoir mieux de que des mots, des sons ; Qu’avec le transport, j’ai lu Tacite, Thucydide, et j’ose avouer, sans frémir, Candide !». La mère de POUCHKINE, considérée comme despotique, sujette à des colères inouïes, n’a pas élevé notre poète. En fait, c’est sa grand-mère maternelle et ses livres, ainsi que sa nourrice Arina RADIONOVA, foncièrement russe, qui assurèrent son éducation. C’est surtout sa nourrice qui l’initia à la littérature populaire. «Le soir, à côté de mon lit, elle (Arina) restait dans ma chambrette, priait pour chasser les esprits. Et puis, bénissant ma couchette, en se signant dévotement, elle me parlait, à voix basse, des loups-garous, d’enchantements, de fantômes, et des disgrâces dont souffrir les bons géants» dit POUCKINE qui a gardé une profonde affection pour sa nourrice : «Amie de mes jours de tristesse, ma vieille chérie ! Toute seule au fond des bois de pins, depuis longtemps, tu m’attends» dit-il. L’exubérance du sang africain, épicurisme, mondanités, complaisances aux traditions, tout cela allait ressurgir dans la  contribution littéraire de POUCHKINE : «Les magiciens et les fées accouraient bienveillant essaim, remplir leur vision d’orée, tous mes rêves jusqu’au matin. Et chaque jour, sous chaque ombrage, je m’attendais à chaque instant, à voir surgir dans le feuillage, reines et chevaliers errants» écrit POUCHKINE dans «le Sommeil».

En octobre 1811, il fut admis au lycée Tsarskoïé-Sélo et eut comme professeur de français, M. Marat BOUDRY, un frère de Jean-Paul MARAT (1743-1793), député montagnard. Dès 1812, POUCHKINE connaissait ses classiques et témoignait d’une maturité étonnante. Il compose des poèmes «Mon portrait» et «Mon messager d’Europe». Le 8 janvier 1815, dans la salle des fêtes du Lycée Tsarskoïé-Sélo, POUCHKINE, déclame un poème : «Le voile d’une nuit mélancolique s’étend, sur le voûte du ciel ensommeillé ; un brouillard grisâtre enveloppe la forêt lointaine. A peine entend-on le ruisseau courir à l’ombre des grands arbres et l’haleine de la brise expirer dans leur feuillage. Ainsi qu’un cygne majestueux, la lune paisible, s’avance au milieu des nuages argentés». On raconte que Gavrila DERJAVINE (1743-1816), le grand poète de l’époque, s’écriera en entendant quelques vers prononcés par le jeune homme : «Je ne suis pas mort». Le vieux DERJAVINE âgé de 72 ans, dans son enthousiasme, posa les mains sur la tête de l’élève et le sacra poète : «Pouchkine, Retenez ce nom. C’est qui me remplacera» dit-il. C’est ainsi que débutait une brillante carrière du poète national de la Russie.  «Ses succès faciles, en inspirant l’idée d’en obtenir de nouveaux le plus tôt possible, nuisirent beaucoup au développement de son talent : car Pouchkine était encore un enfant (…) Il commença à vivre trop tôt, il gaspilla son talent, il présuma trop de ses forces, il s’élance trop tôt dans de hautes régions, où il ne pouvait pas se maintenir par lui-même» dit Louis LEGER. Au lycée, POUCHKINE compose plus de 120 poésies ; dans son inspiration littéraire, il se sent possédé par une sorte de Muse : «C’était comme un démon qui me suivait partout qui possédait mon âme ; qui, me suivant partout, au repos, dans mes jeux, me murmurait tout bas des refrains merveilleux. Ma tête s’égarait dans la fièvre. Sans trêve, le rêve fantastique y succédait au rêve ; pour conter en vers, le mot obéissant s’alignait, et la rime accourait à l’instant» dit-il. «Je suis l’élève de Joukovski. Tout ce que j’ai fais de personnel, ç’a  été d’avoir choisi un sentier de traverse au lieu de m’engager sur sa route» dit POUCHKINE qui voue une grande admiration pour Evariste de PARNY (1753-1814). Cette poésie de jeunesse, d’imitation, POUCHKINE la qualifie de «fadaises doucereuses», la forme y étant plus intéressante que le fond. Mais déjà adolescent, son cœur s’emballe pour une camarade de classe, Catherine BAKOUNINA, en évoquant : «ces jours où la première fois, j’ai remarqué les traits gracieux, d’une vierge aimable ; où l’amour me troublait, pour la première fois, où je cherchais partout ses traces, où tout le jour je l’attendais» dit-il dans «Eugène Oniéguine». Puis ce fut la guerre contre Napoléon, une grande exaltation patriotique s’empara de POUCHKINE ; il jeta au panier ses poèmes en français, et se sentit désormais poète russe. «Je suis romain de cœur, la liberté brûle en moi. En moi veille l’esprit du Grand peuple» écrit-il dans «Licinius» qui exalte la ferveur patriotique. «Ce sera un géant qui nous dépassera tous» s’écrit, en 1815, Vassili JOUKOVSKI. «Quelle plume a déjà ce scélérat» renchérit Constantin BATIOUCHKOV (1787-1855) à propos de «Iouriev».

Au collège, en 1817, affecté au Ministère des affaires étrangères, POUCHKINE préféra les mondanités aux études. Il mène une vie dissipée, accumule des dettes et des orgies : «Descendant d’un Nègre difforme, je plais parfois à nos beautés, mais par le cynisme énorme de mes caprices effrontés» dit-il.  POUCHKINE, un contemporain de Victor HUGO (1802-1885) et de Lord Georges BYRON (1788-1824), eut très tôt, le sentiment de sa grandeur et, par-delà ce sentiment, celui des valeurs spirituelles qu’il servait. POUCHKINE compose, en 1818, les premiers chants de «Rouslan et Lioudmila» qu’il dédia «aux belles tsarines» de son âme. «Jusqu’à présent, on ne le connaît que par de petits vers et de grosses sottises ; après son poème, on verra en lui, sinon une perruque académique, du moins autre chose qu’un jeune polisson» dira Alexandre TOURGUENIEV, un ami de la famille. En 1818, POUCHKINE fréquente également la société littéraire, «L’Arzamas» regroupant les Karaziministes, les novateurs en lutte contre les archaïques, avant d’adhérer, en 1819, au cercle de «La Lampe Verte», une société apolitique et attirée par la volupté. En juillet 1826 est publié son poème «Rouslan et Loudmila», à l’origine en Russie d’une «querelle entre Anciens et Modernes». Pendant la nuit de noces, la foudre éclate, quand Rouslan ouvre les yeux, sa promise Loudmila n’est plus là, enlevée et séquestrée dans un château lointain. Rouslan finira par la délivrer grâce à une tête coupée disposant d’un pouvoir surnaturel. Infidèle à l’épicurisme d’antan, POUCHKINE a pour prétention, pour son pays, de poursuivre un idéal de civilisation et de liberté. C’est le début d’une œuvre nationale russe, indépendante de la pensée occidentale et du classicisme. Pour les Russes apprécient «Rouslan» qui leur rappellent les contes dont leurs nourrices les ont bercés et surtout à cause de la qualité de la langue et des vers. Il devient sympathisant du mouvement libéral, des futurs «Décembristes», et en raison du contenu frondeur de certains de ses poèmes, il est surveillé par la police à partir de 1820. Il commit l’imprudence de se mêler de politique, d’écrire des épigrammes, et d’exhiber, en plein théâtre, le portrait de Louis Pierre LOUVEL (1783-1820), l’assassin du Duc de Berry. Avec l’intervention de Nicolaï KARAMZINE (1766-1826), il ne sera pas envoyé en Sibérie, mais confié à l’Inspecteur général des Colonistes, à Kichenev. Tombé malade, le général Nicolaï RAEVESKI (1771-1829), l’amène, avec lui, en tournée au Caucase et en Crimée. «Je goûte ici la paix nouvelle pour mon cœur, et grâce à mon exil, ma muse vagabonde, connaît le travail et la réflexion» dit-il. En souvenir à ces paysages pittoresques, il écrira : en 1820, «Le Châle Noir», en 1821 «Le Prisonnier du Caucase», en 1821, «Les Frères Brigands», en 1822 «La Fontaine de Bakhtchisaraï» et, en 1824, «Les Tsiganes». «J’ai voulu peindre, dans le personnage du prisonnier (du Caucase), cette indifférence à la vie et à ses plaisirs, cette vieillesse prématurée de l’âme qui caractérisent la jeunesse du XIXème siècle» écrit POUCHKINE. Ce sont ces poèmes, immolant les amantes à des amants amers et méprisants, qui ont fait dire à Adam MICKIEWICZ (1798-1855) que POUCHKINE est un auteur qui «tourne autour du soleil de Byron». En effet, dans ses ouvrages de jeunesse, tout est byronien, les sujets, les caractères, l’idée et la forme. POUCHKINE assigne à ses personnages les sentiments et les aspirations des milieux progressistes de son temps. En 1823, transféré à Odessa, il découvre les femmes du monde et les sociétés secrètes, et démissionne de l’Administration. Il commence à composer son «Eugène Oniéguine» et écrit à ce sujet «Je sais que mes forces sont dans leur épanouissement ; je sens que je puis créer» dit-il.

Déporté de 1824 à 1829,  dans son domaine familial, au village Mikhaïlovskoïé, balloté d’un endroit à l’autre, POUCHKINE s’interroge : «Jouet du sort inexorable, j’erre exilé, seul, misérable, au gré des vents capricieux. Je vais m’endormir, et j’ignore dans quel exil, sous quels cieux, demain me retrouvera l’aurore». Il mène une vie solitaire et retrouve la vieille Arina et ses merveilleux contes : «Qu’ils sont merveilleux ces contes russes ! Grâce à eux, je comble les lacunes de ma satanée éducation» dit-il.  POUCHKINE commence à écrire «Boris Goudonov», «La Grande route en Hiver» et «Le Prophète», ainsi que le «Comte Nouline». Le roman historique, «Boris Goudonov», est un drame des temps troubles. A l’instigation de Boris Goudonov, sous le règne de Fédor, le fils d’Ivan Le Terrible tue le tsar. A la suite d’une succession de meurtres, Michel ROMANOV finira par récupérer le trône, au détriment des Polonais, ennemis héréditaires de la Russie. Le personnage du père Pimène est un tableau de la vieille Russie : «Je voulais peindre en lui les traits qui m’avaient séduit dans nos vieilles chroniques (…) la douceur attendrissante, la simplicité à la fois enfantine et avisée, la foi dans la puissance du Tsar, créée par Dieu». Dans «Boris Goudonov», POUCHKINE se fait historien, il a saisi l’âme particulière d’un temps, d’un peuple, tout en lui insufflant le souffle de tous les temps. «Eugène Onéguine» entamé à Odessa, après la lecture de «Don Juan» de BYRON, est achevé à Boldino en 1830, mais c’est entre 1825 et 1826 que POUCHKINE écrit, dans son village, les chapitres décisifs. Retenu à Boldino, pendant quatre mois, il compose plusieurs drames dont «Salieri et Mozart» et achève «Eugène Onéguine». Ce chef-d’œuvre, entamé depuis 1823, et composé à de longs intervalles avec un cadre mobile, a permis à POUCHKINE d’entasser, sans contrainte, ses idées, ses sentiments, ses réminiscences, ses fantaisies et ses boutades, et les digressions les plus hétéroclites. «Ce n’est pas la nature, c’est Staël et Chateaubriand qui nous apprennent l’amour» dit-il. POUCHKINE mène sa vie conjugale entre Tsarskoïé-Sélo et Saint-Pétersbourg. Il écrit sa lettre «Aux calomniateurs de la Russie» qualifiée de «patriotisme officiel». Il effectue des recherches historiques, notamment, sur L’histoire de la révolte de Pougatchev, Dubrowski, La Dame de Pique, la fille du capitaine, Le Sovremennik, et le Cavalier de Bronze. Dans le drame de la «Dame de pique», une très vieille dame, Anna FEDOTOVNA, possède le secret que lui a révélé Caligliostro, au temps où elle était belle, de ponter à coup ; elle posséderait une combinaison de trois cartes qui gagnerait à tous les coups au jeu du Pharaon. Un jeune officier allemand, Hermann, joueur, décide de s’emparer de ce pouvoir, en séduisant la demoiselle de compagnie, Lisabeta IVANOVNA ; il s’introduit de nuit chez cette vieille, la menace, avec un poignard, mais celle-ci prise de peur, meurt. Le soir de l’enterrement de la comtesse, Hermann a une vision dans laquelle le secret des cartes gagnante lui est révélé. Au cours d’une partie de cartes, il mise toute sa fortune, et perd. L’officier allemand sombre dans la folie. POUCHKINE, pendant cette période, lit beaucoup, notamment Dante, Shakespeare, Goethe, l’Arioste, Schiller, Lamartine, etc.

En 1825, la révolte des décembristes éclate et en janvier 1826, POUCHKINE sollicite au Tsar une entrevue pour lui demander l’autorisation de revenir à Saint-Pétersbourg. Elle lui est accordée, mais le Tsar s’octroie le droit de censurer lui-même ses écrits. «À partir de maintenant, tu n’es plus le Pouchkine d’autrefois, tu es mon Pouchkine» dit le Tsar. Génie captif et liberté déniée, il peut écrire des poèmes «utiles à la patrie», mais ne peut les imprimer qu’avec l’autorisation du Tsar. «Aucun écrivain russe n’est aussi persécuté que moi» dit POUCHKINE. Le Tsar se charge, personnellement, de la censure des œuvres de POUCHKINE. En fait, le poète est placé sous la tutelle du chef de la police, Alexandre BENKENDORFF (1781-1844), qui doit «guider sa plume». Un journaliste, Faddei BOULGARINE (1789-1859), tsariste et critique littéraire, tente de le pousser vers les milieux de l’aristocratie et de la Cour. En 1834, nommé Page de la Chambre de sa Majesté et membre de l’Académie, POUCHKINE est réintégré, fictivement, le 30 décembre 1833, au Ministère des Affaires étrangères, avec un salaire de 5 000 roubles. La population de Moscou réserve un accueil chaleureux à POUCHKINE, un exilé pendant 6 ans, qui, de nouveau, mène une vie mondaine et dissipée, avec de nombreuses conquêtes féminines.

En 1829, à Moscou, POUCHKINE vit Nathalie GONTCHAROVA (1812-1863) dans un bal «elle me tourna la tête, et je demandai aussitôt sa main» dit-il. A 31 ans, il se marie, le 18 juin 1831, avec Nathalie, une belle jeune fille de 19 ans, dépensière, frivole, mondaine, et appartenant à une famille ruinée, mais aussi d’esprit fort étroit. «Je crains pour vous le côté prosaïque du  mariage. J’ai toujours pensé que le génie ne peut subsister que dans l’indépendance totale et ne se développer que parmi les malheurs répétés» lui écrit une amie, E. KHITROVO. «Il n’est de bonheur que dans les voies communes. J’ai passé la trentaine. A trente ans, les gens se marient généralement, je fais comme tout le monde et je suppose que je ne m’en repentirai pas. Du reste, je marie sans transport, sans enchantement puérile. L’avenir m’apparaît sans fard, dans toute sa nudité. Les chagrins ne me surprendront pas, ils entrent dans mes calculs domestiques. Toute joie sera pour moi une surprise», écrit POUCHKINE. Le couple semblait mal assorti : «elle était grande et belle ; lui, avec son visage qui rappelait son ascendance africaine, manquait de séduction et paraissait petit à côté d’elle» écrit, avec mépris, André PIERRE. Sa femme lui donne 4 enfants : Marie, (1832-1919), Alexandre (1833-1914), Grégoire, (1835-1905), et Nathalie (1836-1913). Durant ces années de mariage, la puissance créatrice du poète reprend le dessus, mais il est terriblement jaloux. Le tsar Nicolas 1er (1796-1855), amoureux de la belle Nathalie, prend POUCHKINE à son service, lui alloue un traitement, lui ouvre les archives d’Etat pour lui permettre d’écrire sur Pierre Le GRAND. Obligé et prisonnier du Tsar, POUCHKINE est pris dans un engrenage qui sera mortel. En 1834, Nathalie rencontre Georges d’ANTHES de HEECKEREN (Colmar 1812 – Soultz 1895), un Chouan, partisan de la Duchesse de Berry, un légitimiste, chassé Saint-Cyr lors de la Révolution de 1830 et réfugié en Russie. D’ANTHES est chevaliers-garde et fils adoptif du baron Georges HEECHEREN, ministre des Pays-Bas, un ultraconservateur dont la malveillance, la fourberie et l’esprit d’intrigue, perdront le libéral POUCHKINE. En effet, un billet anonyme du 16 novembre 1836, est envoyé à POUCHKINE le nommant «Grand maître de l’Ordre des Cocus». POUCHKINE sentant une cabale de la Cour, rembourse tous salaire reçus de l’Empire et provoque d’ANTHES en duel, mais celui-ci épouse le 22 janvier 1837, la sœur  Catherine GONTCHAROV, la sœur de Nathalie. POUCHKINE considère, son nouveau beau-frère ; comme étant lâche. Mais cette nouvelle parenté n’a fait qu’attiser les cabales et les calomnies, après un entretien avec Nicolas 1er, POUCHKINE invite une deuxième fois d’ANTHES à un duel.

Le 10 février 1837, POUCHKINE est mortellement blessé lors d’un duel. D’ANTHES, l’officier français qui tua POUCHKINE fut dégradé et expulsé de Russie. Devant la maison mortuaire, se produit quelque chose d’insolite ; spontanément, une vague de marée humaine d’inconnus déferla pour rendre hommage au poète. La foule cria «Pouchkine est notre !». Lors de ses funérailles, le Tsar s’empressa de barrer tous les chemins par où aurait pu se manifester l’indignation sociale qui grondait. Il fut, strictement, enjoint aux journaux d’observer, en annonçant la mort de POUCHKINE, une extrême modération, et de s’en tenir au ton compassé des convenances mondaines. La veille de l’enterrement la foule fut dispersée par les forces de l’ordre ; l’église Saint-Isaac où devait avoir lieu le service religieux, fut remplacée, à la dernière minute, par l’église de Kouniouchenkaïa. Le corps fut transporté au cimetière, à la sauvette et en toute hâte, comme un criminel, sur un chariot au milieu d’une botte de paille.

I – POUCHKINE,  le poète national russe et son ancêtre africain

A –  POUCHKINE revendique son africanité

1 – POUCHKINE et son aïeul : Le nègre de Pierre Le Grand

Léon Pavlicev POUCHKINE, neveu de Pouchkine, rapporte dans une «Chronique familiale» une conversation entre POUCHKINE et une Française : «À propos, M. Pouchkine, vous et votre sœur avez donc du sang noir dans les veines ?». «Certainement», répondit le poète.   «C’était votre bisaïeul qui était nègre, mais alors qui était son père à lui ?» relança la Française. «Un singe», Madame», rétorqua, de façon ironique, POUCHKINE. «M. de Boulgarin décide, qui me traite en ilote, décide que jadis mon grand-père Annibal, pour un verre de rhum, fut, par certains pilote, acheté sur les bords du fleuve Sénégal : c’est vrai, mais il devrait, à cette facétie, que ce fut ce pilote de Dieu, qui, guidant le vaisseau de la Sainte-Russie, la proue en Amérique, et la poupe en Asie. Joignit la mer de glace avec la mer de feu» réplique POUCHKINE.

Dans son roman «Eugène ONEGUINE», il déclare envisager d’écrire un roman sur son arrière grand-père, Abraham Pétrovitch HANIBAL (1696-1781) : «En Russie où faute de mémoires historiques, on oublie vite les hommes, la singularité de la vie d’Hannibal n’est connue qu’à travers les légendes familiales. Avec le temps, nous espérons publier sa biographie complète» dit-il. Et pour entreprendre ce travail, il va s’appuyer sur le témoignage du seul fils encore vivant de cet ancêtre, un général de l’armée russe : «Je compte voir encore mon vieux nègre de grand-oncle qui, je suppose, va mourir un de ces quatre matins et il faut que j’ai de lui des mémoires concernant mon aïeul» dit-il dans une lettre d’août 1825. Dans un poème, «Ma généalogie», POUCHKINE évoque ainsi ses origines africaines : «L’auteur du côté de ma mère est d’origine africaine. Son bisaïeul, Abraham Pétrovitch Hanibal, fut enlevé à l’âge de huit sur les rives de l’Afrique et emmené à Constantinople. L’ambassadeur de Russie, après l’avoir délivré, l’envoya en cadeau à Pierre-le-Grand qui le fut baptisé à Wilna». POUCHINE précise que «Par la suite, son frère se rendit à Constantinople, puis à Saint-Pétersbourg pour offrir de le racheter, mais Pierre n’accepta de lui rendre son filleul. Jusqu’à un âge très avancé, Annibal se remémora de l’Afrique, de la vie somptueuse de son père, de ses dix-neuf frères, dont il était le plus jeune ; il se rappelait comment on les menait les voir leur père les mains liées sur le dos, alors que lui seul était libre et nageait dans les fontaines de la demeure paternelle ; il se souvenait aussi de sa sœur préférée, Lagan, qui, au loin, suivait à la nage le vaisseau qui l’emportait». POUCHKINE raconte aussi la vie de son ancêtre en Russie et en France «A l’âge de 18 ans, le Tsar envoya Annibal en France où il commença son service dans l’armée du régent. Il revint à la Russie avec des blessures graves à la tête et le grade français de lieutenant. Dès lors, il se trouva en permanence auprès de la personne de l’empereur». POUCHKINE relate les persécutions dont a été l’objet son ancêtre : «Sous le règne de Anna,  Annibal ennemi personnel de Biron, fut expédié en Sibérie sous un prétexte spécieux. Comme il en eut assez de ce lieu désert et de son climat féroce, il revint de son propre chef à Saint-Pétersbourg et se présenta à son ami Münnich. Münnich en fut ébahi et lui conseilla de se cacher sans tarder. Annibal gagna ses terres, où il demeura tout le règne d’Anna. Elisabeth, montée sur le trône, le combla de bienfaits. Annibal mourut sous le règne de Catherine, dispensé de ses hautes fonctions avec le grade de général en chef».

WALISZEWSKI, auteur d’une biographie sur Pierre-le-GRAND (1672-1725) écrit que ce tsar, doté d’une grande force de travail et d’une énergie vitale ne se reposait presque jamais. En revanche, il est sans préjugés et ne faisait pas confiance à l’aristocratie russe en raison de nombreux complots ; il aimait donc à s’entourer de collaborateurs venus parfois de pays lointains «Vous y découvrirez jusqu’à un Nègre» dit-il. Pour cet auteur, Pierre-le-GRAND cherche à détendre ses nerfs afin d’éviter des excès. «Au fond, tout cet entourage d'étrangers ou d'indigènes n'est guère composé que d'utilités et de comparses. Pas un nom vraiment grand et pas une grande figure n'en ressortent» écrit Kazimierz WALISZEWSKI (1849-1935). Dans cette biographie, on trouve des éléments précieux sur l’ancêtre de POUCHKINE. Né vers 1696, enlevé de son pays à l'âge de sept ans et amené à Constantinople, où, en 1705, le comte Tolstoï, ambassadeur du Tsar, en fait l'acquisition, ce naturel de la côte  d'Afrique, voué à une destinée singulièrement mouvementée, conservera toute sa vie dans les yeux une vision douloureuse : sa sœur bien-aimée, Lagane, se jetant à la mer et suivant  longtemps, longtemps, à la nage le vaisseau qui l'emporta. Il a reçu sur les bords du Bosphore le surnom d'Ibrahim ; en  1707, pendant le séjour du Tsar à Vilna, on le baptise, Pierre Le GRAND lui servant de parrain et la reine de Pologne de marraine, et il  s'appellera désormais Abraham Pétrovitch HANIBAL. Il débute  comme page du souverain, fait, en cette qualité, une connaissance intime avec la Doubina, mais gagne la faveur du maître, autant par sa gentillesse que par son intelligence singulièrement éveillée. C'est un négrillon prodige. En 1716, on décide de l'envoyer à Paris pour compléter son éducation. Il a déjà  beaucoup travaillé, et, prenant aussitôt du service dans l'armée française, il s'y fait apprécier. Il gagne le grade de lieutenant pendant la campagne de 1720 contre les Espagnols, où il reçoit une blessure à la tête. Revenu à Paris, il se voit entouré d'une certaine célébrité ; les salons le recherchent, et il y fait, des conquêtes, notamment une baronne avec qui il a eu un enfant. Mais ses goûts  sérieux l'éloignent de la vie frivole; il entre à l'école des ingénieurs et n'en sort, en 1726, avec le rang de capitaine,  que pour revenir en Russie, y trouver une place de lieutenant  dans la compagnie de bombardiers dont Pierre 1er a été le chef et se  marier. Sa femme, fille d'un négociant grec, très belle personne, accouche d'une fille blonde ; il l'oblige à prendre le voile, fait élever avec soin la petite Polyxène, la marie, la dote, mais ne veut jamais la voir. Après la mort de  Pierre, il a maille à partir avec Alexandre MENCHIKOFF (1673-1729), compagnon de Pierre 1er, prince et gouverneur de Saint-Pétersbourg, comme tout le monde, est exilé en Sibérie. En 1740, sous le règne d’Elisabeth PRETOVNA, HANIBAL devint général en chef, reçut des terres des paysans et devait mourir à un âge avancé. 

L’Abbé GREGOIRE cite dans son ouvrage HANIBAL parmi les «Nègres et mulâtres distingués  pour leurs talents», et écrit «Hanibal, dont l’éducation fut cultivée, et qui, sous ce monarque (Pierre 1er) devint en Russie Lieutenant-général, et directeur du génie ; il fut décoré du cordon rouge de l’ordre de Saint-Alexandre-Newski. Il passait pour un homme habile». Surnommé «Le Vauban russe», HANIBAL, qui est à la fois polyglotte, traducteur, mathématicien, auteur de savants traités mais encore importateur de la pomme de terre en Russie, deviendra le 4e personnage de l'Empire russe sur le plan protocolaire. Il s'éteint à l'âge de 85 ans dans son domaine proche de Saint-Pétersbourg. Une plaque a été déposée le 23 octobre à la mémoire d'Abraham HANIBAL (1696-1781), général en chef de l'armée russe, brillant élève de l'école d'artillerie de La Fère.

2 – Les récentes recherches sur la généalogie de POUCHKINE

M. Dieudonné GNAMMANKOU, un chercheur béninois, a mis en lumière, dans un ouvrage «L’aïeul noir de Pouchkine» que l’ancêtre du poète national russe, n’est pas d’Abyssinie, mais natif de la ville de Logone, près du lac Tchad, dans le nord de l'actuel Cameroun. «La thèse d’Anouchine est totalement (…). Il écrit qu’il est impossible qu’un nègre pur sang ait pu devenir le premier mathématicien russe, le premier architecte russe, même en ayant reçu une éducation européenne. (…) Quand j’ai lu ça, j’ai réalisé qu’on n’était plus dans la recherche scientifique. Cela a été écrit à l’occasion du centenaire de Pouchkine, en 1899, au moment où le nationalisme russe devait se consolider autour de cette figure. Au XIXe siècle, les Russes considéraient que la Russie n’était pas encore une nation à part entière parce qu’elle n’avait pas de littérature établie. Pouchkine va donner à la Russie sa littérature. La place qu’il va occuper dans la société russe devient tellement importante qu’on ne pouvait pas admettre, dans le cadre des thèses racistes du XIXe siècle, que ce héros puisse être noir. Tous les grands écrivains russes le considéraient comme leur grand maître. En 1995, je tombe sur cette cité de Logone, capitale d’une principauté divisée entre le Cameroun, le Nigeria et le Tchad. Elle se trouve sur les bords du fleuve Logone, du côté camerounais» dit cet écrivain béninois.

Auparavant, certains auteurs avaient raillé POUCHKINE sur ses origines africaines «Pouchkine est né du mélange assez fantasque de deux sangs violents. (…) Sa mère était de race abyssine, fille du nègre Hannibal, lequel acheté au bazar pour un litre d’eau de vie, était devenu le favori du Tsar» écrit le marquis de Ségur dans le Figaro du 23 janvier 1913. Au début de l’adolescence, le jeune POUCHKINE ne voit pas tellement qu’il est noir, du moins, il use de l’ironie dans son cas «vrai démon pour l’espièglerie, vrai singe par la mine» dit-il dans son poème «Mon portrait». T. J. BINYON remarque que si le poète tirait fierté de sa double ascendance POUCHKINE et HANIBAL, celles-ci «étaient si différentes l’une de l’autre, deux antipodes à tous égards, que se réclamer des deux exigeait la réconciliation de valeurs contradictoires. Chez Pouchkine, cette réconciliation n’eut jamais lieu, et la tension qui en résulta se manifesta parfois dans son comportement comme dans son oeuvre». POUCHKINE, avait hérité de son ancêtre africain, à travers les femmes, d'une physionomie quelque peu africaine : teint basané, tignasse crêpée et œil de feu. Au lieu d'être gêné par ses origines exotiques, Pouchkine en tirait orgueil. Toute sa vie, si brève, si cahoteuse, si inspirée, témoigna de son double besoin de jouir du présent et de créer pour l'éternité.

B – POUCHKINE, sa poésie et son africanité

Georg BRANDES disait que la poésie de POUHCKINE «sent le Nègre». «On retrouvait dans ses traits et l’on peut rechercher dans son œuvre la trace de cette origine exotique» écrit Louis LEGER dans son histoire de la Littérature russe en 1907. «La chaleur de ses sentiments, la fougue de sa pensée, la vivacité de son langage n’avaient rien de spécialement russe. On aurait dit que tout cela lui était légué par son lointain aïeul, ce prince éthiopien du nom d’Anibal (…)  Du reste, physiquement aussi, Pouchkine n’avait rien du russe typique ; il avait les cheveux crépus tirant sur le roux, de grands yeux très expressifs et le teint mat» écrit Nicolas BRIAN-CHANINOV. «Le fait que le poète national n’était pas de souche parfaitement pure, cela pourrait, dans d’autres pays, lui causer de vagues désagréments. Notez avait incontestablement un, je ne sais quoi, d’étranger. Cheveux noirs, frisés, lèvres fortes, teint basané» écrit, dédaigneusement, Jean ERNEST-CHARLES. Pour d’autres auteurs, le métissage est une source de fécondité : «Parmi les métis se rencontrent (…) des individus que leurs facultés intellectuelles ont placé au premier rang de leurs concitoyens ; on ne s’est pas avisé de faire des recherches dans cette direction. On peut citer quelques exemples bienfaits pour attirer leur attention. (…) Alexandre Dumas était un tierceron ; le grand poète Pouchkine était le petit-fils du Nègre, Annibal» écrit Armand QUATREFAGES, dans son «histoire générale des races humaines». «Toute grande civilisation est un métissage biologique et culturelle» dira Léopold Sédar SENGHOR. «Le sang africain de son aïeul, pour être mêlé dans ses veines, n’avait rien perdu de sa chaleur native. (…) Dans ses traits mêmes, on reconnaissait avec l’empreinte de la race africaine, tous les signes d’un caractère indomptable. (…) Le regard vif et impérieux donnait à l’ensemble de sa physionomie une singulière expression de grandeur et de fermeté. Mieux encore que le regard, la parole animée et brillante faisait dans Pouchkine reconnaître le poète» écrit Charles de SAINT-JULIEN.

POUCHKINE qui vitupère contre «la tyrannie des préjugés», assume et revendique fièrement, ses origines africaines ; il tenta de faire le récit de l’histoire de cet aïeul dans un roman resté inachevé : «Le nègre de Pierre le Grand». Il avait donc toutes les raisons d’être fier de son aïeul noir, personnage prestigieux, remarquable par son intelligence et sa culture ; il possédait une des dix meilleures bibliothèques appartenant à des intellectuels russes de l’époque. Dans sa correspondance, il parle de ses «frères nègres» et fulmine contre l’esclavage et dénonce «le cynisme dégoûtant, les cruels préjugés et l’intolérable tyrannie» de la société américaine. Partisan de la liberté, il fait référence, dans ses poèmes, à l’Afrique.

Viendra-t-elle à l’heure de ma délivrance

Il est temps ! Il est temps ! Je clame vers elle,

 J’erre à la mer, j’attends le bon vent,

J’appelle vers moi les voiles des bateaux

Sous la tempête en luttant contre les flots

Dans le libre espace de la mer.

Il est temps de quitter le rivage ennuyeux

De l’élément qui m’est hostile ;

Et dans les mers du Midi,

Sous le ciel de mon Afrique,

Soupire après la morne Russie ;

Où j’ai souffert, où j’ai aimé.

Où j’ai enterré mon cœur.

II - POUCHKINE, un libéral : poète de la Liberté et de l’Amour

POUCHKINE a chanté l’amour dans ses poèmes «Avez-vous vu la tendre rose, l'aimable fille d'un beau jour, quand au printemps à peine éclose, elle est l'image de l'amour ? Telle à nos yeux, plus belle encore, parut Eudoxie aujourd'hui : Plus d'un printemps la vit éclore, charmante et jeune comme lui» dit-il dans «Stances». POUCHKINE est un chantre de l’Amour, de la joie et de la volupté, mais c’est surtout un poète de la liberté.

A - POUCHKINE, une littérature subversive, un combat pour la Liberté

«Pouchkine rêvait une liberté à laquelle son pays n’était pas encore préparé» écrit Prosper MERIMEE. «Né par la suprême volonté des cieux, dans les chaînes au service du tsar, à Rome, il eût été Brutus, à Athènes Périclès ; Ici, il est officier de Hussards» dit-il. Vivant au milieu de l’aristocratie, il voulait pénétrer la vie intime des paysans, du petit peuple. Il avait un dégoût pour les conventions de la société et était enclin à l’exagération, à l’étrangeté et prenait pour beau, ce qui est étrange et terrible. POUCHKINE passe la plupart de ce temps en exil, assigné à résidence sur l’ordre du tsar Alexandre Ier à cause de ses écrits subversifs. «Toute parole hardie, toute œuvre révoltante m’est attribuée d’office» écrivait POUCHKINE. A l’autocratie de la Sainte-Alliance, il a opposé la puissance créatrice de la liberté : «Dans mon siècle cruel, j’ai chanté la liberté» écrit-il. «Bien que Pouchkine n’appartînt pas à la conjuration, que ses amis lui cachaient, il vivait dans une atmosphère ardente et survoltée, et ne pouvait y rester indifférent» écrit Piotr VIAZEMSKI (1792-1878). POUCHKINE relance aussi son activité littéraire, avec les poèmes  «Arion» et «En Souvenir» aux décembristes exécutés ou languissant en Sibérie. «Je puis être un sujet et même un esclave, je ne consentirai pas de servir de valet ou de bouffon même au Roi des Cieux» écrit POUCHKINE. Il se rapproche de Dimitri VENEVITOV, un poète libéral et d’Adam MIKIEWICK, déporté en Sibérie pour avoir soutenu une organisation patriotique de la jeunesse polonaise. Il orienta son activité littéraire vers «le sentiment national officiel», avec une dose de poésie intimiste, amoureuse, des réflexions sur le sens et le but de la vie, sur la mort. Sa poésie réaliste étant incomprise, isolé, il est envahi par le scepticisme : «Tu es roi ; vis donc seul. Va, sur un chemin libre, où ton esprit tout à fait libre te conduit. Cherche à rendre parfait les fruits de ta pensée, pour ton noble labeur n’attend pas de salaire». POUCHKINE, en dépit des apparences, reste hostile à tendance de «l’art pour l’art», un mouvement totalement étranger aux préoccupations sociales et progressistes. Nicolas 1er a maté la révolte des décembristes et de nombreux amis de POUCHKINE sont exilés en Sibérie ou pendus. «Le poète est partout persécuté, mais en Russie son destin est pire : Ryléïev est né pour la beauté, mais le jeune homme aimait la liberté. La potence a brisé sa vie martyre» écrit un ami de POUCHKINE. Le poète prend la plume et s’indigne : «Où êtes-vous ; mes amis, mes frères ? Ce noble Ryléïef que je serrais fraternellement dans mes bras, le voila suspendu, par l’ordre du Tsar, à l’infâme gibet ! Malédiction sur les peuples qui lapident leurs prophètes !». En effet, POUCHKINE reste préoccupé par les questions de justice et de liberté. Dans «Arion», écrit en 1827, à l’occasion du premier anniversaire de l’exécution des chefs de l’insurrection, sous une allégorie transparente, il exprime sa solidarité avec les décembristes ; «j’ai chanté pour ceux que la barque emportait» dit-il. POUCHKINE reste fidèles aux idéaux qu’il a toujours défendus : «je chante les mêmes hymnes qu’autrefois». Dans le poème «Antchar», POUCHINE dénonce la «féroce autocratie», et souligne, avec force, le caractère inhumain, qui déshumanise et l’esclave et le maître, des rapports sociaux fondés sur l’esclavage et la persécution : «Et le misérable esclave expire aux pieds de son prince invincible. Et le prince, de ce poison, abreuve ses flèches obéissantes. Elles vont porter la destruction». Il soutient les exilés en Sibérie et leur demande de ne pas perdre espoir ; leur bravoure ne sera pas vaine.  En effet, face à la grandeur de l'exploit, il a exprimé la conviction que leur acte va enflammer le cœur du peuple sur les exploits inspirés au nom de la patrie et le peuple. Ainsi, il écrit aux «Décabristes» : «Aux fonds des mines sibériennes, gardez votre fière patience, votre labeur douloureux. Et le grand élan de vos âmes ne périra pas. L’amour et l’amitié, parviendront jusqu’à vous, à travers les geôles lugubres. De même qu’à vos tanières de forçats, parvient ma libre voix. L’heure chérie arrivera. Les lourdes chaînes tomberont, les prisons s’écouleront et la liberté vous accueillera joyeuse à la sortie. Et vos frères vous rendront vos épées».

POUCHKINE est aussi connu pour son impertinence ; s’il a le sentiment qu’on lui manque de respect ; il «grince des dents et fait sa figure de chat-tigre». En libéral, mordant ou irascible, il peut avoir un propos critique ou moqueur. S’il admire Pierre Le GRAND : «C’est que toutes les classes de la société sont égales devant son gourdin». S’il a écrit son poème «Stances» pour Pierre Le GRAND, mais c’est en vue de l’espoir de «la Gloire et du Bien». Ne renonçant pas à ses idéaux, POUCHKINE pense que les changements pourraient venir d’un «despote éclairé» ; il s’agit d’orienter la «force immense» du Tsar vers le progrès. Il s’intéresse, non point aux monarques, mais aux peuples qui luttent contre eux. Loin d’être un acte d’allégeance, le poème «Stances» demande à Nicolas 1er de ne pas être «rancunier» et d’accorder «la grâce aux vaincus». Dans le «Cavalier de Bronze», le poète célèbre la grandeur de Pierre Le Grand. Debout sur le bord de la Néva, devant le fleuve majestueux et désert, le Tsar songe à la forteresse qui bridera l’orgueil des Suédois, à la fenêtre qu’il faut percer sur l’Europe. Puis le poète dit son amour pour Saint-Pétersbourg, la majesté de son fleuve, l’ombre transparente de ses nuits, ses fêtes où sur le front des troupes flottent ces drapeaux percés de tant de balles. «Jouis de ta beauté, cité de Pierre, et reste inébranlable, ainsi que la Russie ! Qu'avec toi se réconcilie l'élément jadis terrassé» écrit POUCHKINE,  poète fougueux et épris de justice, il s’oppose ouvertement à la monarchie. Il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre le GRAND qui fit construire la ville impériale un siècle plus tôt, au mépris du peuple. Nicolas 1er interdit la publication du «Cavalier de bronze». POUCHKINE s’insurge contre la misère des paysans : «Ces pauvres toits, ces champs par la neige envahis où peine le Moujik nourri de graisses de rances, c’est le séjour natal des longues endurances. Peuple russe, c’est ton pays ! Mais l’étranger qu’exalte une autre destinée, en son cœur fier et dans l’orgueil de son esprit, ne peut pas soupçonner ce qui germe et fleurit, sous ta misère résignée».

En 18020, il écrit «Rouslan et Ludmila», et des poèmes de tendance révolutionnaire, dont le succès fut inouï. «La langue neuve et les quelques idées nouvelles introduites  dans la littérature russe semblèrent, en ce temps tellement anormales qu’elles provoquèrent, à côté de l’enthousiasme, l’indignation» écrit Vasily VODOVOZOV. La Police s’en émue, il fut exilé en province. En effet, POUCHKINE a écrit certaines poésies jugées séditieuses, comme «L’Ode à la Liberté» évoquant les questions de justice, de liberté, de punition et de récompense. Ce poème est dirigé contre Alexandre 1er auquel l’auteur prédisait le sort tragique de Paul 1er, assassiné par des officiers de sa garde. Le Tsar juge séditieux les poèmes de Pouchkine, et l'exile à Iekanterinoslav, actuelle Dnipopretrovsk en Ukraine :

Tyrans du monde, frémissez !
Et vous, prenez courage et voix,
Révoltez-vous, esclaves déchus ! (...)
Seigneurs, la couronne et le trône sont vôtres,
C'est la loi qui vous les donne - non la nature.
Vous êtes plus puissants que le peuple,
Mais la loi est plus forte que vous.
Apprenez, ô tsars !
Ni punitions, ni récompenses,
Ni le sang des prisons, ni les autels,
Ne sont des barrières suffisantes.
Inclinez les premiers votre tête
Sous la justice des lois.
Et alors la liberté des peuples et la paix
Deviendront les gardiens éternels du trône

«Peut-on chanter l’amour là où coule le sang ?» interpelle Nicolaï RAIEVSKI (1771-1829), un général héros de la guerre de 1812, emprisonné. POUCHKINE était, avant tout et par-dessus, tout un poète engagé. Il estimait que la littérature, art du verbe, est l’un des éléments les plus importants de la vie intellectuelle et de l’activité humaine : c’est la «parole» du prophète, torche flamboyante qui embrase et éclaire la voie d’un idéal accessible, guidant l’humanité des ténèbres vers la lumière, du «siècle de fer», «siècle mercantile», «siècle cruel des cœurs cruels», vers un âge où «les peuples, ayant oublié leurs querelles, s’uniront dans une grande famille» écrit le poète. Ainsi, POUCHKINE critique violemment le servage : «Du mal qui pèse encore sur le peuple ignorant, sourd aux gémissements sans pitié pour les larmes, pour le malheur du monde élu par les destins, le servage a conquis, par les coups, par les larmes, le temps du laboureur, son travail et ses biens. C’est ici que les serfs traînent toute leur vie, sous le bâton levé de maîtres menaçants ; ici que vos beautés fleurissent, jeunes filles, pour servir au plaisir cruel de vos tyrans (…) Mais faudrait-il compter sur l’avenir ? Puissé-je voir, mais notre peuple sans chaîne, le servage aboli sur un signe d’en haut et sur nos paysans briller l’aube sereine, des jours de repos libres et de libres travaux»  écrit POUCHINE dans «Le village». Il dénonce les exils et les exécutions sommaires «Peu de règne et déjà beaucoup d’ouvrage fait : Cent deux en Sibérie et cinq mis au gibet» dit-il. POUCHKINE a écrit aussi, pour soutenir les Décembristes, un poème «Le Prophète» : «Tourmenté par la soif des choses spirituelles, je me traînais dans un désert sombre, quand un séraphin à six ailes m’apparut à l’entrecroisement d’un sentier. (…) Et il se colla à mes lèvres, et arracha ma langue pécheresse, pleine d’artifices et de mensonges ; et de ses mains ensanglantées il darda entre mes lèvres l’aiguillon du sage serpent. Et il me fendit la poitrine avec son glaive et en ôta mon cœur pantelant et dans ma poitrine ouverte il enfonça un charbon tout en flammes. Comme un cadavre, j’étais couché dans le désert ; et la voix de Dieu retentit jusqu’à moi : Lève-toi, prophète, regarde et écoute ; que ma volonté te remplisse et parcourant les terres et les océans, brûle de ta parole les cœurs des hommes !». POUCHKINE semble parfois désespéré à cause de cette situation pesante et sans issue, dans son poème «Souvenir» : «Que tout repose que tout s’endort. Alors viennent pour moi, dans le calme profond, les heures d’angoisse mortelle ; alors, je sens au cœur plus douloureusement, les crochets aigus des serpents. Dans ma tête enfiévrée, en foule, discordants, les rêves se heurtent aux rêves ; des fantômes muets surgissent devant moi, et défilent en long cortège. Avec dégoût, je vois le tableau de ma vie, je tremble alors et je maudis. Je gémis, et je verse des pleurs amers. Mais rien n’efface le passé». A travers son poème, «Le Démon» POUCHKINE flétrit le fatalisme, combat le scepticisme du mauvais génie qui ne croit ni en l’amour, ni à la liberté, qui méprise l’inspiration «Un mauvais esprit vint me trouver en secret, ombrageant d'une mélancolie soudaine, les heures d'espoirs et de plaisirs. Ces rencontres étaient tristes : Son sourire mystérieux, ses paroles cyniques, versaient un poison glacé dans mon âme. Par ses mensonges perpétuels, il bravait le destin ; il appelait illusion le Beau ; il méprisait l'inspiration ; il ne croyait ni en l'amour ni en la liberté. Il regardait la vie en se moquant. Et rien dans la Nature ne trouvait grâce à ses yeux». POUCHKINE a dénoncé le pouvoir arbitraire : «L’or dit «Tout est à moi» ! «Tout est à moi !», dit le fer. L’or dit « Tout est à vendre ! ». «Tout est à prendre !» dit le fer».

 

POUCHINE tirera de la révolte des paysans conduite par le marquis Emile de POUGATCHEV, décapité en 1775, un ouvrage «La Fille du capitaine». En effet, POUGATCHEV qui se prenait pour Pierre III, promettait aux serfs et aux paysans terres et liberté. Trahi par ses fidèles, il sera capturé par Catherine II de Russie, en septembre 1774. Ce fut alors le début d’une répression, sans précédent. Dans «La fille du capitaine», un jeune lieutenant donne une pelisse à un vagabond, et ce bienfait lui vaut plus tard la faveur du terrible insurgé qui le force à tout voir. Pour sauver sa fiancée, le loyal soldat est entraîné dans l’armée révoltée. Il se justifiera un jour et rejoindra son amie. La morale de ce livre est que le plus coupable n’est pas peut-être l’esclave qui se venge.

B - POUCHKINE, un sens aigu de l’honneur et de la dignité

«Quelque chose de notre race résonne dans ces chants sans fin. Tantôt, c’est l’élan fou, l’audace. Tantôt, l’ennui qui nous étreint» écrit POUCHKINE. A la lecture de certaines œuvres et dans la vie de POUCHKINE, on peut percevoir la présence et la persistance du thème du duel. Les duels dans l’œuvre de POUCHKINE sont tous entraînés par des motifs en rapport avec la honte, la jalousie, l’humiliation. La haine et le désir de meurtre se déchaînent souvent dans des situations de rivalité où une femme est en jeu. C’est précisément ce qui va se produire dans «Eugène Onéguine», une œuvre intermédiaire entre roman en vers et poésie de la réalité, une découverte de la nature russe et de ses évolutions sociales, une vraie encyclopédie de la vie russe. Le héros n’est pas un personnage exceptionnel, mais un personnage typique, un personnage de son temps. «J’écris maintenant, non pas un roman, mais un roman en vers, ce qui est diantrement différent ! Quelque chose du genre de Don Juan» dit POUCHKINE. C’est un roman psychologique, social et lyrique, dans lequel l’auteur prend position surtout ce qu’il raconte et décrit, et interpelle les personnages. Onéguine, c’est POUCHKINE, il a pris «les traits caractéristiques de la jeunesse du XIXème siècle». Onéguine est un jeune aristocrate cynique et blasé, que «le bruit du monde à Moscou ennuyait» : il se réfugie dans une maison de campagne dont il vient d’hériter où la vie lui paraît tout aussi terne. Il semble très proche de POUCHKINE lui-même, lui qui passait d’une joyeuse excitation à l’humeur la plus sombre. Lensky, poète doté d’un romantisme ardent et exalté, un aristocrate progressiste, naïf, confiant et passionné. Lensky meurt tragiquement, avec lui meurt tous les rêves de jeunesse, l’époque «de l’espoir, de la pureté, l’ignorance». Tatania, sœur de Lensky, se sent étrangère au monde qui l’entoure et elle en souffre ; elle est d’un milieu social différent, de la campagne, ses serfs misérables, les contes russes, les croyances et superstitions du passé ; elle incarne l’âme russe. Tatania méprise l’agitation du monde, la pompe et le clinquant, «ces oripeaux de mascarade, cet éclat, ce bruit, ces fumées». Le héros, Onéguine, jadis refroidi et incapable d’aimer la Tatiana d’autrefois, soudain éprouve un profond sentiment pour la Tatiana de Saint-Pétersbourg, l’impassible princesse, «l’inaccessible déesse de la Néva royale et somptueuse». Mais Onéguine, rejetant «un monde dominé par la servilité et l’ambition mesquine» est devenu un homme de trop, même si Tatania l’aime et partage certaines valeurs avec lui, elle s’est remariée et entend rester fidèle à son nouveau mari. Lors d’une fête, chez les parents d’Olga et de Tatiana, Onéguine est d’humeur provocante. Il danse avec la fiancée de son ami et la serre de très près. C’est précisément pour un motif de jalousie et d’honneur. En effet, POUCHKINE, quelques années plus tard, va mourir au cours d’un duel contre Georges d’ANTHES qui courtisait sa femme : «Epousez la belle duchesse, vous êtes riche, elle n’a rien : elle ira bien à la richesse et les cornes vous iront bien» dit-il de jalousie. «Le sang africain, d’une exceptionnelle force, mêlé au sang russe a influencé aussi bien le tempérament impulsif et passionné de Pouchkine que son apparence – son nez fin et relevé, ses grosses lèvres, ses dents blanches et brillantes, sa peau basanée, ses doigts longs et minces d’une rare beauté» écrit TSIALOVSKAIA. Dans «Eugène Onéguine» POUCHKINE écrit : «Heureux celui qui part sans achever sa vie, qui salut et sort dignement, sans dégoût d’avoir bu son vin jusqu’à la lie. Sans regret d’avoir épuisé son roman !».

CONCLUSION

Après sa mort, le 10 février 1937, la Russie finira par reconnaître l’immense talent de POUCHKINE : «Il est mort calomnié par la rumeur publique. Son âme ne pouvait souffrir l’affront des médisances quotidiennes. Il s’est levé seul cette fois encore, contre l’opinion du monde, et le voila tué» écrit Mikhaïl LERMONTOV (1814-1841). Les écrits de POUCHKINE ont indiqué les tendances nouvelles, ont réveillé l’esprit national et lui ont enseigné sa force ; il a indiqué, pour les générations suivantes, une voie féconde pour le génie russe. «L’amour de Pouchkine a quelque chose d’intime et de chaudement personnel, qui manque à celui de Goethe chez les Allemands et ne ressemble guère au culte de Shakespeare en Angleterre et à celui de Dante en Italie. Son œuvre commande, certes de l’admiration et le respect, mais davantage encore éveille la sympathie. Ils y entrent de plain-pied : tout ce qu’ils trouvent de particulier n’est pour eux que l’incarnation du général, une incarnation unique mais qui va de soi, et à côté de laquelle ils ne sauraient en imaginer une autre» dit Wladimir WEIDLE. «Sans vouloir répondre à la question si on doit appeler Pouchkine poète national, dans le sens de Shakespeare, de Goethe, etc., nous constaterons qu’il a fixé notre langue poétique et littéraire ; nous et nos descendants nous n’avons qu’à suivre le chemin qu’il nous a tracé» dit d’Ivan TOURGUENIEV (1818-1883), lors d’un discours du 20 juin 1880. TOURGUENIEV poursuit son hommage «Nous trouvons dans la langue créée par Pouchkine toutes les conditions de vitalité. L’individualité et la réceptivité russes s’y sont harmonieusement fondues dans un langage admirable, et Pouchkine a été le plus admirable artiste russe». «C’est le soleil de notre poésie qui disparaît» écrit un journal à la mort de POUCHKINE. En Russie, quelque soit le régime, on vénère POUCHKINE «car, dans son poète national, son enfant, son orgueil, le peuple russe découvre et contemple le génie de sa race, ses dons naturels et son avenir» dit Zinovy LVOVSKY. «Pouchkine fut même l’axe de notre art, il fut celui qui tenait de plus près au noyau de la vie russe. C’est bien par ce trait qu’il faut expliquer sa puissance de se laisser pénétrer librement les formes venues d’autres pays. Les étrangers, eux-mêmes nous reconnaissent cette capacité, tout en désignant du nom quelque peu méprisant de la faculté «d’assimilation» écrit TOURGUENIEV. «Je le répète nous pouvons proclamer désormais le génie universel de Pouchkine. Il a su, en son âme, unir le génie de l’univers entier, comme le sien propre. En art, du moins dans le domaine de la création artistique, il a mis en évidence la complexité, l’universalité des tendances de l’esprit russe ; et il l’a fait d’une manière absolue» dira DOSTOIEVSKI qui voyait en lui un humaniste et un pacifiste : «Par l’universalité de son génie et sa faculté de vibrer à tous les souffles d’idées venus d’Europe, au point de se réincarner presque dans les génies de peuples étrangers, il a prouvé par là l’universalité de l’esprit russe et faire pressentir que la vocation de l’esprit russe, un jour, sera de tout unir, de tout concilier, de tout régénérer». DOSTOIEVSKI précise qu’être «un vrai russe, être pleinement russe, cela veut dire être uniquement être le frère de tous les hommes». Dans son poème «Monument», daté de 1836, POUCHKINE écrit : «Je me suis élevé un monument qui n’est pas construit de la main de l’homme, et dont le peuple russe n’oubliera pas le chemin : il dresse sont faîte superbe plus haut que la colonne d’Alexandre. Non ! Je ne mourrai pas tout entier ! Et mon âme dans ma lyre sacrée survivra à ma cendre, et sauvée du Néant. Ma gloire durera tant qu’Ici Bas vivra, fut-il seul au monde, un poète».

Bibliographie très sommaire :

1 – Contributions de Pouchkine

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïevitch), Autobiographie, critiques, correspondances, traduction de André Meynieux, préface de Louis Martinez, Lausanne, L’Age d’homme, 1958, 789 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Boris Goudonov, traduction de O. Lanceray, Paris, B. Grasset, 1911, 150 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Contes de Pouchkine, Milan, éditions Fabbri, 1963, 56 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Epître au censeur ; Souvenirs à Tsarkoé-Sélo ; Dialogue d’un libraire et du poète,  traduction d’André Meynieux, Paris, L. Mazenod, 1962, 230 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Eugène Onéguine, traduction de Marc Semenoff et Jacques Bour, avant-propos et notes de Jacques Bour, Paris, Aubier, 1979, 335 pages et Paris Seuil, 1998, traduction Nata Minor ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Journal secret, traduction de Mickael Korvin, notes et préface de Mikhael Armalinsky, Paris, Sortilèges, Les Belles Lettres, 1994, 205 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), L’âme russe (Pouchkine, Gogol, Tourgueniev, Dostoïevski, Garchine et Léon Tolstoï), traduction de Léon Golschmann et Ernest Jaubert, illustrations de Korochansky, Paris, P. Ollendorf, 1896, 300 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), L’heure de la nuit, présentation et notes de Christiane Pighetti, Paris, La Différence, collection Le Fleuve et l’Echo, édition bilingue, 2016, 188 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La Dame de pique, traduction de Prosper Mérimée, présentation de Cécile Cazanove, Paris, Nathan, 2012, 118 pages et Gallimard, traduction d’André Gide et J Schiffin, 1994 ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La fille du capitaine, Paris, E-books, Libres et gratuits, 2014, pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), La princesse morte et les sept cavaliers, traduction de Semenoff et autres, postface et notes Francis Lacassin, Paris, Union générale d’éditions, 1981, 236 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Le nègre de Pierre Le Grand, traduction et annotation de Gustave Aucouturier et Simone Sentz-Michel, Paris, Gallimard, collection Folio, n°166, 2010, 120 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Les récits de feu, Ivan Petrovitch Bielkine, traduction de G. Wilkomirsky, Bruxelles, Maestrich, A.A.M Stols, 1930, 94 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Lettres en français, présentation de Bernard Kreise, Toulouse, éditions Ombres et Castelnau-Le-Lez, 2004, 242 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Œuvres en prose, traduction de Nicolas Poltavtzev, gravure de Raoul Livain, Bruxelles, La Boétie, 1945, 346 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Œuvres poétiques, sous la direction d’Efim Ekim, Paris, L’Age d’homme, Classiques slaves, vol 1, 1085 et tome 2,  608 pages ;

POUCHKINE (Alexandre, Sergeïévitch), Poésie et nouvelles de Pouchkine, traduction F. E Gauthier, Paris, P. Ollendorf, 1888, 252 pages.

2 – Critiques de Pouchkine et autres références

ANARGYROS (Annie), «La mort de Pouchkine», Revue française de psychanalyse, 2001, 3, 65, pages 861-872 ;

AUCOUTURIER (Michel), BONAMOUR (Jean), sous la direction de, L’universalité de Pouchkine, Paris, Fondation Singer-Polignac, Institut d’études slaves, 2000, 485 pages ;

BACKES (Jean-Louis), Pouchkine par lui-même, Paris, Hachette supérieur, collection ortraits littéraires, 1996, 255 pages ;

BARNES (Hugh), L’ancêtre de Pouchkine (Gannibal the Moor of Petersburg), traduction de Florence Bertrand, Lausanne, éditions Noir sur Blanc, 2008, 347 pages

BERELOVITCH (Wladimir), GELASIMOV (Andrej) JURGENSON (Luba), L’âme russe (Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine, etc), Paris, Société d’exploitation et d’hebdomadaire, 2011, 138 pages ;

BINYON (T. J), Puskin : A Biography, Knopf Doubleday, 2007, 784 pages ;

BLAGOJ (Dimitri, D.), Alexandre Pouchkine, Paris, Unesco, P.U.F, collection «éminentes personnalités de la culture slave», 1982, 104 pages ;

BLESNAY de (Claude), Vie de Pouchkine, Paris, Lausanne, éditions Spes, 1946, 403 pages ;

BRANDES (Georg), Impressions of Russia, traduction du danois en anglais par Samuel Eastman, New York, Thomas Y. Crowell, 1899, 353 pages, spéc pages 228-236 ;

BRIAN-CHANINOV (Nicolas), «Alexandre Pouchkine, l’Africain», in La Croix des 27-28 décembre 1936 et B.N.F., Recueil du Centenaire de la mort de Pouchkine, Paris, 1937, 67 pages, spéc page 12 ;

BRION (Marcel), «Pouchkine», Revue des Deux Mondes, mars 1957, pages 127-137 ;

CHAKHOSVSKAIA (Zinaïda, Alekseeva), La vie d’Alexandre Pouchkine, Bruxelles, éditions Cité Chrétienne, 1938, 80 pages ;

COCKS (Frances, Somers), Abraham Hannibal and the Battle for the Throne, Goldhawk, 2003, 255 pages ;

COCKS (Frances, Somers), ROBSON (Eric), The Moor of Saint Petersburg : in the Footsteps of Black Russians, Goldhawk, 2005, 401 pages ;

COMBES (Ernest), Profile et types de la littérature russe, Paris, Société anonyme, 1896, 415 pages, spéc pages 246-269 ;

DOLGORUKOV (Pierre, Comte), Notices sur les principales familles de Russie,  Bruxelles, Leipzg, Meline, Can et Cie, 1843, 208 pages, spéc sur Pouchkine, page 146 ;

DUMAS (Alexandre), En Russie, impressions de voyage, Paris, François Bourin, 1989, 718 pages, spéc chapitre XXII «Le poète Pouchkine», pages 223-242  ;

FLACH (Jacques), Un grand poète russe, Alexandre Pouchkine, Paris, Ernest Leroux, 1894, 49 pages ;

GNAMMANKOU (Dieudonné), Abraham Hannibal, l’aïeul noir de Pouchkine, Paris, Présence Africaine, 1996, 252 pages et Présence Africaine, 1998, 1, n°57 ;

GOURDIN (Henri), Alexandre Sergueievitch Pouchkine, Paris, Éd. de Paris, Max Chaleil, collection essais et documents, 1999 et 2010, 266 pages ;

GREGOIRE (Henri), Les perles de la poésie slave : Lermontov, Pouchkine, Mickiewicz, Liège, Bénard, 1917,  272 pages, spéc pages 225-238 ;

GREGOIRE (Henri, Jean-Baptiste, Abbé), De la littérature nègre ou recherches de leurs facultés intellectuelles, leurs facultés morales et leur littératures, Paris, Maradan, 1808, 287  pages, spéc pages 197-198 ;

HAUMANT (Emile), «Pouchkine et l’étranger», Revue de Littérature Comparée, janvier 1937, vol 17, page 11 ;

HAUMANT (Emile), Pouchkine, Paris, H. Didier, 1911, 232 pages ;

HEGUIN de GUERLE (Charles-Henri), Les veillées russes, Paris, Delangle Frères, 1830, 250 pages ;

HOFMANN (Modeste, Lioudvigovitch), Pouchkine, Paris, Payot, 1931, 383 pages ;

HOFMANN (Modeste, Michel et Rostislav), Pouchkine et la Russie, Paris, éditions du Chêne, 1947, 198 pages ;

ISWOLSKY (Hélène), «Pouchkine», Compagnie de Jésus, Etudes, janvier-mars, 1937,   pages 612-623 ;

KLIMOV (Alexis), Les secrets de Pouchkine et autres textes, Beauport (Québec), éditions du Beffroi, 1990, 147 pages ;

LEGER (Louis), Histoire de la littérature russe, Paris, Bibliothèque Larousse, 1907, 84 pages, spéc pages 34-35 et 39-46 ;

LIFAR (Serge), préface de, Centenaire de la mort de Pouchkine, Paris, Boivin, 1937, 260 pages ;

LOUGOVOY (Constantin), «La mère de Pouchkine», Bulletin de l’Académie du Var, 2006, tome VII, pages 321-322 ;

MARKOWICZ (Alexandre), Le soleil d’Alexandre : le cercle de Pouchkine : 1802-1841, Paris, Actes Sud, 2011, 566 pages ;

MAZON (André), «Alexandre Pouchkine : 1799-1837», La Sorbonne, Revue des Cours et Conférences, 30 avril 1937, pages 97-102 et Revue de Littérature Comparée, 17ème année, 1937, pages 7-10 ;

MAZON (André), Pouchkine, Paris, Boivin, 1937, 260 pages ;

MERIMEE (Prosper), «La Dame de Pique», Revue des Deux Mondes, juillet 1849, pages 185-206 ;

MERIMEE (Prosper), Portraits historiques et littéraires, Paris, Michel Lévy, 1874, 357 pages, spéc pages 297-338 ;

MEYNIEUX (André), La littérature et le métier d’écrivain en Russie avant Pouchkine, thèse, Paris, 1966, 133 pages ;

MEYNIEUX (André), Pouchkine : homme des Lettres et la Littérature professionnelle en Russie, Abbeville F. Paillart et Librairie des Cinq Continents, 1966, 699 pages ;

MICKIEWICZ (Adam), «Notice biographique et littéraire sur Alexandre Puszkin, signée un ami de Puszkin», Le Globe, revues des arts, des sciences et lettres, du 25 mai 1837, n°1, pages 17-20,  et Mélanges à titre posthume d’Adam Mickiewicz, Paris, Librairie du Luxembourg, 1872, 368 pages, spéc  pages 295-305, et 306-329 ;

NABOKOV (Vladimir), Notes on Prosody, and Abram Gannibal : From the Commentary to The Author’s Translation of Puskin’s Eugene Onegin, Princeton University Press, 1964, 182 pages ;

PICCARD (Eulalie, Güée), Pouchkine, essai biographique, préface d’Alfred Lombard, Neuchâtel, éditions du Lis Martagon, 1967, 224 pages ;

PIERRE (André), «La mort tragique de Pouchkine», La revue de Paris, 15 février 1937, pages 893-907 ;

SAIN-ALBIN (Emmanuel), Poètes russes, anthologie et notices biographiques, Paris, 1893, Albert Savine, 450 pages, spéc pages 105-177 ;
 

SAINT-JUST de (Charles), «Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis quarante ans», Revue des Deux Mondes, octobre 1847, pages 42-79 ;

SHAKHOSVSKAIA (Zinaïda, Alekseeva), présentation de, Hommage à Pouchkine, Bruxelles, Les Cahiers du journal des poètes, 1937, 83 pages ;

SICHLER (Léon), Histoire de la littérature russe depuis les origines jusqu’à nos jours, Paris, Dupret, 1887, 340 pages, spéc pages 199-214 ;

THURAM (Lilian), «Le plus grand poète russe, Alexandre Pouchkine, 6 juin 1799, 10 février 1837», in Mes étoiles, de Lucy à Barack Obama, Paris Philippe Rey, collections Points, 2010, pages 141-147  et «Général en chef de l’armée russe, Abram Pétrovitch Hanibal, (1696-14 mai 1781)», pages 63-67 

TOURGUENIEV (Ivan), «Discours du 20 juin 1880, lors de l’inauguration de la statue e Pouchkine à Moscou», Le Temps du 30 juillet 1880, 20ème année, n°7040, pages 5-6 ;

TROYAT (Henri), Pouchkine-biographie, Paris, Plon, 1953 et Perrin, 1986, 846 pages ;

TSVETAEVA (Marina, Ivanova), Mon Pouchkine, Pouchkine et Pougatchov, Paris, C. Hiver, 1987, 135 pages ;

VERGER (Frédéric), «Aimer Pouchkine», Revue des Deux Mondes, février 2008, pages 149-155 ;

VITALE (Serena), Le Bouton de Pouchkine. Enquête sur la mort d'un poète, trad. de l'italien Jacques Michaud-Paterno, Paris, Plon, 1998, 346 pages ;

VOGUE de, (E. M), Le roman russe, Paris, Plon, 1912, 351 pages, spéc pages 33-57 ;

WALIESZEWSKI (Kazimierz), Pierre Le Grand, l’éducation, l’homme l’œuvre, Paris, Plon, 1897, 633 pages sur Hanibal, spéc page 249-250 ;

WEIDLE (Wladimir), Puskin 1799-1837, traduit par David Scott, Paris, Unesco, 1949, 38 pages ;

WILLY (Alante-Lima), «L’aïeul noir de Pouchkine», Présence Africaine, 1996, 1, n°154, pages 313-315 ;

ZVIGUILSKY (Alexandre), Deux maîtres de Tourgueniev : Goethe et Pouchkine, poètes de l’amour, Paris, Association des Amis de Tourgueniev, Pauline Viardot et Maria Malibran, 1999, 188 pages.

Paris, le 12 janvier 2018 par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Alexandre POUCHKINE, poète national russe et ses racines africaines.
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9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 17:32

 Isabelle GALL, dite France GALL nous a quitté le dimanche 7 janvier 2018, une artiste pleine d’amour et de compassion pour les Sénégalais. Il faut que le grain meurt : «En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit» dit la Bible. Le nom de France GALL évoque les plus belles heures de la belle variété française, des années 60 à nos jours. Egérie de Gainsbourg, puis muse de Michel Berger, France Gall a aussi inspiré Claude François.

 

«La première fois que j’ai découvert France Gall, c’est quand elle chantait «Poupée de cire, poupée de son». Je ne la connaissais pas auparavant. J’étais absolument ravie puisque sa voix était charmante et absolument juste. Son timbre et son physique se marient parfaitement. Elle était charismatique et avait une belle image» dit Pétula CLARK. Serge GAINSBOURG avait écrit et composé cette chanson. C’est un air bien connu et d’allure innocente mais qui cachait, en fait, un double sens plus sulfureux. En 1966 sort à la radio la chanson «Les Sucettes». Elle est interprétée par France GALL, qui n’a alors que 18 ans. Le texte a été écrit par Serge GAINSBOURG, qui travaille avec la jeune artiste depuis quelques années. Et celui-ci s’est amusé à dissimuler un contenu érotique dans les paroles, d’apparence anodine. Plus tard, il s’amusera de la crédulité de France GALL. Cette dernière parlera, elle, d’une «humiliation». Avant, le Rock français était une pâle copie de la musique américaine, Michel BERGER et France GALL ont profondément changé cet état de fait. Michel BERGER compose pour elle plus de 10 tubes : «Musique», «Si Maman si», «Il jouait du piano debout», «Tout pour la musique», «Ella, Ella», pour Ella FITGERALD, «Evidemment» en hommage à Daniel BALAVOINE disparu dans un accident d’hélicoptère sur le Paris-Dakar de janvier 1986. France GALL c’est finalement «Besoin de rien, envie de trop» d’amour pour les autres.

 

Personnalité hors du commun, sensible, douce et attachante, la divinement belle France GALL avait aussi du caractère. Aussi, son père la surnommait «Le Petit Caporal». En raison de cette plastique et de cette personnalité, Claude FRANCOIS avait chanté pour elle «Belle, Belle, Belle». Cloclo avait également écrit pour elle, après leur séparation, un tube planétaire : «Comme d’habitude». En 1969, Julien CLERC fut conquis par la délicieuse France GALL. Mais c’est avec Michel BERGER, à partir de 1974, qu’elle vivra un amour intense ; ils auront deux enfants (Raphaël et Pauline). Michel BERGER lui écrit, notamment, «La déclaration d’Amour», ainsi que «Star Mania» composée avec Luc PLAMONDON. France GALL avait refait sa vie avec un artiste américano-éthiopien, Bruck DAWIT, un ancien collaborateur artistique de Sting, Prince, les Rolling Stones et Eric Clapton ; elle ne connaît pas l’étroitesse d’esprit de ceux qui ont peur du cosmopolitisme.

 

France GALL a connu des drames dans sa vie, avec la disparition de Michel BERGER le 22 août 1992, et celle de sa fille, Pauline en 1997. Cependant, face à cette terrible douleur, France GALL, qui avait arrêté le spectacle en 1997, retrouvera la force nécessaire, le 4 novembre 2015, pour monter une comédie musical, «Résiste», en hommage à Michel BERGER. «La vie m’intéresse au plus haut point. Jusqu’à 25 ans, je ne savais pas quoi en faire, mais je n’en comprenais pas vraiment le sens. (…) J’ai vécu de très grandes épreuves, mais j’ai connu aussi des bonheurs absolus. Je me sens riche de tout cela. Ce sont les épreuves qui m’ont construite. (…) Je m’intéresse à l’avenir, car c’est là que j’ai décidé de passer le restant de mes jours» dit France GALL.

 

Isabelle, Geneviève, Marie, Anne, GALL est née le 9 octobre 1947, à Paris 12ème. Elle a deux frères jumeaux, Patrice et Philippe, et jouait avec eux au football. Son père, originaire de Saint-Fargeau, dans l’Yonne, est un chanteur pour Charles AZNAVOUR, avec une voix de baryton. La chanson «La Mamma» de Charles AZNAVOUR rend hommage à sa grand-mère de France, son grand-père ayant été tué lors de 1ère guerre mondiale. Sa mère, Cécile, dont le père était organiste à la cathédrale de Saint-Etienne d’Auxerre, est une personne protectrice et aimante. Ses parents sont modestes, mais au cœur généreux. La famille passe les vacances à Vallauris, dans les Alpes-Maritimes, non loin des maisons de Pablo PICASSO et de l’Aga KAN. La petite Isabelle est subjuguée par le Negresco de Nice.

 

A l’approche de Noël 1954, on demande à France GALL de chanter à l’école «Isabelle, si le roi savait cela». Le public est conquis et la vocation de chanteuse est née. Un jour, son père lui fera rencontrer Edith PIATH, à son appartement du boulevard Lannes, à Paris 16ème et la fera assister, dans les coulisses, aux performances de cet artiste hors norme. La petite Isabelle aime aussi les musiques de Pétula CLARK, Claude NOUGARO, Johny HALLYDAY, Dalida, Ray Charles et Count Basie. Elle chante souvent sur la musique d’Ella FITZGERALD. Comme son père collabore avec Charles AZNAVOUR, notre artiste en herbe a rencontré de nombreux musiciens dont Yves MONTAND, Michel LEGRAND et Henri SALVADOR. Elle copie le look de Brigitte BARDOT. La voix de Sylvie VARTAN la fait rêver, même si elle est encore timide et manque d’assurance. Mais le papa est perspicace et lui dit «ne soit pas bête» ;  Isabelle finira, à 16 ans, par se lancer dans la chanson avec ce titre, et prendre le nom de France GALL, parce que son papa aime le rugby. Par conséquent, ce jeu de mots sonne bien. France gagne l’Eurovision, en 1965, avec «Poupée de cire, poupée de son».

 

J’avais cru quels que instants, M. Emmanuel MACRON avait battu Mme Marine LE PEN, aux élections présidentielles de 2017. Mais quand je suis l’actualité en France, j’ai parfois l’impression que cette France républicaine, des droits de l’Homme et du bien-vivre ensemble, est entrain de partir en lambeaux, comme un manteau déchiré, quand on le soulève, dessous, tout n’est que mépris pour les démunis, les étrangers et les Français issus de l’immigration. En revanche, pour les gens de sa caste, on déroule tapis rouge pour les riches ; c’est ça la revanche du nouveau monde contre l’ancien. Que de la nouveauté !

 

Pourtant, France GALL, qui porte un si joli prénom, avait profondément honoré cette France républicaine d’égalité, de fraternité et de solidarité. Par ailleurs, elle aimait le Sénégal et avait une maison, à N’Gor dans la proche banlieue de Dakar. Un quartier de cette île porte son nom. «On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux» écrit Antoine de SAINT-EXUPERY. «J'ai des mouvements de colère sur le troisième millénaire. Tout casser et tout refaire» dit-elle dans sa chanson «Babacar».
 En effet, France GALL était connue, reconnue par les Sénégalais, avait suivi un jeune sénégalais d’où sera tirée cette chanson «Babacar».

J'ai ton coeur qui tape
Qui cogne dans mon corps et dans ma tête
J'ai des images qui s'entêtent.
J'ai des ondes de chaleur et comme des cris de douleur
Qui circulent dans mes veines
Quand je marche dans ma ville j'ai des moments qui défilent
De ton pays d'ailleurs ou tu meurs.
Babacar
Où es-tu
Où es-tu? Babacar
Où es-tu
Où es-tu?
Je vis avec ton regard depuis le jour de mon départ
Tu grandis dans ma mémoire.
Babacar
Où es-tu
Où es-tu? Babacar
Où es-tu
Où es-tu?
J'ai des mots qui frappent
Qui sonnent
Et qui font mal comme personne
C'est comme la vie qui s'arrête.
J'ai des mouvements de colère sur le troisième millénaire
Tout casser et tout refaire.
J'ai pas manque de courage
Mais c'était bien trop facile
Te laisser en héritage un exil.
Babacar
Où es-tu
Où es-tu?

Monsieur le Président MACRON allez-vous organiser des funérailles nationales, comme pour Johnny, en l’honneur de notre France, symbole d’Amour, de Fraternité et de Solidarité ?

Espérons que le Sénégal aura la décence de donner le nom de France GALL à une avenue ou un établissement prestigieux, et que cette artiste bénéficiera d’une décoration de l’Etat, à titre posthume.

Références bibliographiques

BISSON (Murielle), MARTIGLIO (Patricia), Sur les pas de France Gall et Michel Berger : Road-book d’une groupie, Descartes, 2012, 175 pages ;

COLARD (Grégoire), MOREL (Alain), France Gall : le destin d’une star courage, Succès du livre édition, 2010, 215 pages ;

GALL (France), BOCCON-GIBOD, Michel Berger : Haute fidélité, Fetjaine, 2012, 140 pages ;

GALL (France), BROUSSE (Jean), Si le bonheur existe, Paris, Cherche-Midi, 2002, 118 pages ;

PERNEZ (Pierre), France Gall : comme une histoire d’amour, préface de Pétula Clark, postface Grégoire Colard, City édition, 2015, 224 pages.

Paris, le 8 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

 

 «France GALL (1947-2017) : L’insurrection de la bonté, un torrent d’Amour pour le Sénégal et les Sénégalais», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 13:44

Ce livre «Pétrole et gaz» de M. Ousmane SONKO, député de la République depuis juillet 2017, qui s'annonçait comme une violente déflagration dans le paysage politique sénégalais, est, en fait, un tract syndical et politique. M. SONKO qui avait la prétention de procéder d’une démonstration scientifique du manque d’éthique, s’inspire, en fait, de cette publicité sur une bière : Canada Dry ; cela a un goût de bière, mais ce n’est pas de la bière. Pourquoi donc avoir soulevé tout ce barouf ? Dans une savante mise en scène M. SONKO procède, habilement il faut le dire, par une mise en accusation, une suspicion de principe, des procès d’intention, afin mieux jeter l’opprobre sur Messieurs Macky SALL et son frère Aliou SALL. Bien avant la prise de fonction de M. SALL, en opposant résolu, M. SONKO confesse dans son ouvrage : «Je suis de ceux qui n’ont jamais cru en l’homme, ni encore moins en ses promesses» dit-il. S’érigeant d’emblée en opposant radical, M. SONKO ne croit pas aux promesses électorales du candidat Macky SALL concernant «la patrie avant le parti», le rétablissement de l’Etat de droit, de la consolidation des institutions, ou encore le slogan de «gouvernance exemplaire et rassemblée». Par conséquent, l’objectif, à peine dissimulé, de ce livre «pétrole et gaz», est de disqualifier, compromettre, jeter dans quelque histoire sale l’honneur du président Macky SALL. Cet ouvrage n’est donc pas un bréviaire sur les valeurs morales, M. SONKO ayant soutenu maître WADE aux présidentielles de 2012, semble s’inspirer du «ressentiment», tel que le définissait Friedrich NIETSZCHE, c’est-à-dire une colère mauvaise, un sentiment de déception, de faiblesse ou de jalousie. Je comprends parfaitement la déception de M. SONKO à la suite de cette alternance, le candidat vainqueur des urnes n’était pas celui qu’il attendait, mais il ne faudrait pas dire qu’il fait nuit en plein midi, parce que le soleil vous dérange. Faraud, M. SONKO fait remarquer qu’il a été élu homme politique de l’année en 2016. S’investissant à lui tout seul comme étant une autorité boursière et une instance parlementaire, dans son prétendu «son combat pour la transparence» et contre «la spéculation», et par des affirmations péremptoires, M. SONKO convoque, de façon comminatoire, le chef de l’Etat à un débat sur le pétrole et le gaz : «ce débat est utile, patriotique, opportun et même obligatoire» dit-il. Dans cette diatribe sur le pétrole qu’il a initiée, souverainement, M. SONKO écrit : «Toute la hiérarchie gouvernementale monta au créneau à tour de rôle, sans jamais convaincre. (…) Seul le Président de la République manquait à l’appel». Le président Macky SALL a pris de la hauteur dans ces polémiques stériles ; il est resté concentré sur ses missions fondamentales de chef d’Etat. En réponse, et suivant M. El Hamidou KASSE, Ministre conseiller, responsable du Pôle communication lui avait dit : «vous croyez vraiment que le Président va prendre part à ce concert de mauvaise foi ?». N’ayant pas pu entrainer le chef de l’Etat dans la boue, M. SONKO change de méthode, et situe clairement ce livre «pétrole et gaz» sur un plan politique, de «clarification et de mémoire». En effet, face, à une «campagne de désinformation, de sous-information, et même de refus d’information», le débat étant, selon lui, «escamoté», s’investissant en historien, M. SONKO prend l’opinion publique à témoin. Dans une approche «holistique», M. SONKO prétend qu’il n’adopte pas une «démarche polémiste», mais «le peuple a le droit de savoir. Et pour l’histoire, seul l’écrit garantit la pérennité de la mémoire».

 

Dans ce livre, M. SONKO qui ressemble à un tract syndical et politique M. SONKO fait sa propagande politique, et rappelle son parcours professionnel. Sorti de l’école nationale d’administration en 2001, et affecté aux Impôts et Domaines, M. SONKO a fondé le premier syndicat autonome de l’administration fiscale (SAID). Il oublie, soigneusement, de mentionner que M. Amadou BA, actuel ministre des finances, était son mentor, aux Impôts et domaines, durant cette période syndicale et l’avait donc soutenu. Compte tenu de ses ambitions politiques, tout à fait légitimes, M. SONKO a créé le 4 janvier 2014, un parti, «Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité» (P.A.S.T.E.F.). Constatant que la Politique, avec l’inflation des partis, est discréditée, il est à la recherche, à lui seul, d’une «offre politique crédible, sincère et capable de porter les aspirations de la majorité des Sénégalais». M. SONKO estime qu’il est le mieux à même de solutionner, de façon miraculeuse, les difficultés auxquelles sont confrontés les Sénégalais par «La Flamme du patriotisme». Investi du monopole du cœur et du patriotisme, il prend le lecteur à témoin : «ma vie a toujours été un engagement au service des causes auxquelles je crois, celles que je considère comme nobles et utiles pour la communauté. Cet engagement n’a jamais eu de soubassements ni de motivations égoïstes, il est resté constamment désintéressé». En référence à un proverbe Ouolof : «Le savon peut-il se rincer tout seul ?». En effet, M. SONKO a pour prétention d’allumer  le «feu qui chassera les ténèbres du repli sur soi, du pillage des ressources publiques, du clientélisme, de la gabegie, de l’incompétence, bref de tous les maux qui gangrènent ce pays que nous refusons de contempler à l’abandon». A la fin de son ouvrage, M. SONKO, remercie ses collaborateurs du parti PASFEF, et notamment les membres du comité de pilotage. «Nul n’a le monopole de l’amour de notre pays. Nul n’a le monopole de l’engagement patriotique. Nul n’a le monopole de l’éthique» souligne M. Abdoul M’BAYE, ancien  premier ministre. M. SONKO n’a pas manqué de remercier une liste de personnalités dont des journalistes, pour le combat du «patriotisme». En revanche, les journalistes qui n’approuvent pas sa démarche politique ne peuvent appartenir qu’à «une certaine presse gangrénée (…) vendue au pouvoir du président Macky SALL» page 207.

 

I – Ce brûlot sentencieux et disciplinaire est un tract politique et syndical

 

Ce livre d’Ousmane SONKO, inspecteur des impôts et des domaines révoqué de ses fonctions, ressemble, à s’y méprendre, à un conseil de disciple, devant lequel sont convoqués M. Macky SALL et son frère Alioune. En effet, M. SONKO refait le match, à l’envers, et exige, devant le peuple sénégalais, le licenciement de nos gouvernants lors des élections présidentielles de 2019. En effet, tels un Louis-Antoine de SAINT-JUST ou un Antoine FOUQUIER-TINVILLE, notre Procureur Ousmane SONKO somme le président Macky SALL de se présenter devant le Tribunal du peuple. Il faut traduire en justice Alioune SALL pour «conflits d’intérêts, trafic d’influence et favoritisme». Les Ministres, le Directeur des Impôts et domaines, tous doivent répondre de leurs «méfaits» soit devant les tribunaux nationaux, devant la Haute Cour de la CDEAO, devant des organisations internationales, ou devant les juridictions américaine, anglaise ou celles des paradis fiscaux. Dans ces pays, des réglementations, fondées sur l’extraterritorialité, autorisent des poursuites judiciaires pour corruption, en vertu du principe d’exterritorialité, pages 191-203.

 

Le Procureur SONKO, détaille un peu plus les motifs de comparution devant son Conseil de discipline. Le contrat de recherche et de partage de production, avec PETRO-TIM du 17 janvier 2012, a été signé entre les deux tours de l’élection présidentielle, par le Directeur général de PETROSEN, M. Ibrahima M’BODJI, par le Ministre d’Etat, Ministre de la coopération internationale, des transports aériens, des infrastructures et de l’énergie, M. Karim WADE, et approuvé par le président de la République, M. Abdoulaye WADE.

 

 

Les sociétés retenues ne présentent pas de garanties financières et techniques nécessaires, la prospection et l’exploitation «il était manifeste, avant la signature des deux décrets que la société PETRO-TIM, contrairement à ses engagements contractuels, n’avait pas les capacités ni techniques, ni financières, pour mener à bien les opérations de recherche. La raison est très simple, cette société n’existait pas au moment de la négociation et de la signature des contrats» écrit M. SONKO. Cette société a été créée le 19 janvier 2012. Par conséquent, suivant M. SONKO les références techniques exhibées «c’est du pipeau». Suivant M. SONKO, le gouvernement de maître WADE a fait recours à un subterfuge : «pour bien camoufler, cette première forfaiture et parachever le montage délictuel, il est nécessaire de réfugier PETRO-TIM derrière une société mère» PETRO-ASIA Resources, créée à Hong Kong le 6 mars 2012, soit 45 jours après la signature du contrat initial. Cette société mère PETRO-ASIA, «créée pour la circonstance comme un véhicule» a d’ailleurs été dissoute le 15 septembre 2016.

 

M. SONKO tente de mettre en cause M. Aliou SALL, frère du président. M. Aliou SALL, représentant du bureau des affaires économiques de l’ambassade du Sénégal en Chine, aurait rencontré, courant 2010, on ne sait pas à quelle date, M. Franck TIMIS, lors d’un déjeuner avec Pierre GOUDIABY ATEPA. M. SONKO précise certains détails qui lui semblent d’une haute importance dans sa démonstration : la femme de M. Aliou SALL était la secrétaire du bureau de représentation de Pierre GOUDIABY ATEPA, et M. SALL dans sa carrière professionnelle, ne serait qu’un «pigiste anonyme» ; il n’aurait jamais été recruté par concours ou sur mérite dans la fonction publique, il aurait été «pistonné». Dans son livre, ainsi assimilé à un tract politique et syndical, M. SONKO ne mâche pas ses mots : M. Aliou SALL doit être poursuivi pour «conflit d’intérêts» et «prise illégale d’intérêts». M. SONKO qualifie «M. ALIOU SALL d’homme de main de Franck TIMIS», et ajoute, sans aucune nuance et une formule générale, sans preuves : «La façon dont la famille et le clan présidentiels ont stratégiquement «quadrillé» le pétrole et le gaz sénégalais ne peuvent manquer de nous rappeler les feuilletons télévisés texans de notre enfance (Dallas et Dynastie)». Si M. Aliou SALL est considéré comme une personne insignifiante et peu qualifiée, dans sa grande cohérence M. SONKO, lui-même, pages 136-141, démontre que M. Franck TIMIS, depuis 2010, essaie d’atteindre des cibles «influentes». Ce fut d’abord Samuel SARR et Karim WADE, «avec lequel, il n’a pas eu beaucoup de succès apparemment». M. Karim WADE n’ayant pas honoré ses différents rendez-vous avec M. Franck TIMIS, l’homme d’affaires s’est rabattu sur le président Abdoulaye WADE : «J’ai pu le rencontrer dix fois, et il m’a même offert un livre dédicacé. Wade est un homme bien au grand cœur. Quand je lui ai expliqué où on en était avec l’industrie, il m’a immédiatement approuvé. Il a appelé son fils (Karim) pour lui intimer l’ordre de signer le contrat» une déclaration de M. TIMIS citée à la page 138.

 

M. SONKO se fonde, uniquement, sur la réclamation du 2 mai 2012 de TULLOW OIL en arguant que les «négociations se sont heurtées, à beaucoup de difficultés liées à des malversations proposées», sans apporter d’éclairages précis sur ces supposées pratiques du gouvernement d’Abdoulaye WADE. Dans cet ouvrage M. SONKO utilise, souvent, des formules lapidaires ne pouvant que susciter l’adhésion, sans réserves, du lecteur, comme du genre : «il est flagrant que», «il est manifeste que» page 87, ou «il ressort de sources sûres que», page 91. Il s’abrite derrière les propos campagne électorale de maître WADE, lors d’un meeting du 21 novembre 2014 du Front Patriotique pour la Défense de la République, suivant lesquels M. Alioune SALL serait impliqué dans une entreprise de «spoliation d’une partie de cette richesse nationale». Evoquant le rôle de Mme Maïmouna SECK, dans l’affaire Franck TIMIS, il écrit, de manière lapidaire et péremptoire : «vu les circonstances et les enjeux, il ne serait pas exagéré de se demander : pour quelles contreparties ?», insinuant ainsi un pot de vin page 126. M. SONKO fait aussi référence à des formules générales, trop imprécises du genre : «Au Sénégal, les scandales ont atteint un volume et une fréquence qui dépassent l’indécence» dit-il page 205. Par ailleurs, il est regrettable que la reproduction in extenso de certains longs documents, pages 35 – 72, ou de textes législatifs ou réglementaires, rendent fastidieuse la lecture de cet ouvrage qui n’a pas que des défauts. En effet, M. SONKO, à force de vouloir trop convaincre le lecteur, est retombé dans la technicité qu’il voulait éviter. De fréquentes redites, en dépit d’un plan apparemment cohérent, ont nui à la qualité de son travail.  

 

M. SONKO, avec d’indéniables qualités de fiscaliste, exploite toutes les failles d’une administration, parfois tatillonne. Investi d’un pouvoir d’instruction des marchés pétroliers, M. SONKO émet de sérieuses sur l’honorabilité de M. Franck TIMIS, un homme d’affaires austro-roumain, qui a démarré dans le transport, mais qui souvent «essuyé des échecs». M. TIMIS aurait rencontré des difficultés financières avec ses créanciers, son nom est cité dans l’affaire Panama Papers, suivant la presse sénégalaise,  il a eu des démêlées avec la justice de son pays d’origine. Si ce n’est pas M. TIMIS, c’est son compatriote, M. Ovidiu TENDER, (blocs Saloum et Sud Sénégal offshore), condamné en 2015, à 12 ans et 7 mois d’emprisonnement par le tribunal de Bucarest, pour, dit-il, «fraude, corruption et blanchiment d’argent». Pour M. SONKO, retenir des sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux, c’est s’exposer à un risque certain : «cet état de fait prépare, à n’en pas douter, quand surviendra la période d’exploitation, une évasion fiscale à grande échelle» dit-il page 77. Or, l’essentiel des multinationales qui sont une nébuleuse, et avec des montages juridiques savant, sont réfugiées dans des paradis fiscaux.

 

M. SONKO, en grand spécialiste du pétrole et du gaz, distribue les mauvais points. Il rejette, d’un revers de main, toutes les explications que donne le gouvernement. Ainsi, M. Mahammad Boun Abdallah DIONE, premier ministre, s’est distingué dans ce dossier (pétrole et gaz) par un «zèle excessif à blanchir son employeur», il a servi «un chapelet de contrevérités sur l’affaire», et de surcroît, «il ne sait rien sur le pétrole». Par ailleurs, M. Aly N’Gouye N’DIAYE, ministre des Mines, a accordé une société pétrolière (SGO) une exonération totale de TVA jusqu’en 2022, sur la base d’un texte qui n’existe plus. Alors la sanction disciplinaire que le Procureur SONKO requiert, à l’encontre du  Ministre, M. N’DIAYE, tombe comme un couperet : «pour ces manquements graves à l’éthique, qui ont tout aussi gravement compromis les intérêts du Sénégal, cet homme ne mériterait-il pas d’être déchargé de ses responsabilités ministérielle, interdit de toute charge ou fonction publique, sans préjudice d’autres formes de poursuites ?».

 

Pour M. SONKO, le président de la République, M. Macky SALL, se serait trompé sur le concept de «continuité de l’Etat» ; il n’aurait dû pas signer les décrets d’application des 19 juin 2012 et du 25 août 2012, validant ces concessions pétrolières. Le Sénégal aurait spolié, de ce fait. Juge du contrôle de légalité, M. SONKO semble affirmatif : «Ce principe s’applique-t-il lorsqu’il existe une violation connue de la loi et des règlements de bonne gouvernance, notamment par l’existence d’actes réglementaires de légalité douteuse ?». Pour le procureur SONKO, s’interroge : le président Macky SALL aurait-il «commis une faute grave au regard de la fonction présidentielle et une violation flagrante de la Constitution ? », page 111. Dans son réquisitoire et devant ces prétendues défaillances du Chef de l’Etat qui a honoré la parole du Sénégal, M. SONKO estime M. SALL relèverait de la haute trahison, d’une procédure de destitution au regard de son «comportement autocratique et de la gestion patrimoniale du pouvoir d’Etat» pages 193-194. Rien que cela ! Excusez du peu. Mais tout ce qui est excessif n’a pas de sens. Il n’a pas échappé, à M. SONKO, devenu spécialiste du droit des contrats, que la remise en cause de l’acte initial, même signé par le précédent gouvernement, en l’occurrence par maître Abdoulaye WADE, entraînerait, des risques certains d’un plein contentieux, une action en dommages et intérêts, pour remise en cause la parole de l’Etat. L’ancien premier, Abdoul M’BAYE, est coupable d’avoir été «contresignataire des deux décrets qu’il dénonce aujourd’hui» dit M. SONKO.

 

M. SONKO énonce qu’il fallait fiscaliser certaines opérations dites spéculatives. L’Etat du Sénégal aurait dû exercer son droit de préemption. En effet, «M. TIMIS a cédé à Kosmos à 60% des 90% acquis auprès de PETRO-TIM, à peine un mois après leur acquisition» dit M. SONKO. Or ce sont là les blocs les «plus prometteurs» ; il y aurait donc «enrichissement sans cause». Par conséquent, le Ministre de l’énergie en s’abstenant à procéder à une préemption, par ses négligences, a compromis les intérêts du Sénégal. Par ailleurs, cette opération spéculative (200 milliards de dollars) aurait dûe, suivant M. SONKO, être assujettie à l’impôt sur le revenu. Interpellé, le Ministre des finances, M. Amadou BA, son ex-mentor, s’est recroquevillé dans «un mutisme bavard».

 

II – Une esquisse d’interrogations et solutions intéressantes

fondées sur un Benchmarking

 

A – L’engagement politique a-t-il encore un sens ?

 

Devant ce qu’il qualifie de «spoliations» M. SONKO examine diverses alternatives pour rétablir, selon lui, le peuple sénégalais dans ses droits.  A défaut, de procédures juridiques adéquates pour châtier le chef de l’Etat, où donc trouver l’engagement politique nécessaire pour châtier les gouvernants considérés comme véreux ?

 

N’étant pas entendu par le peuple sénégalais dans sa guerre sainte de moralisation de la vie publique, M. SONKO fustige l’absence de réaction des Sénégalais : «Ce peuple, connu pour sa passivité et son insensibilité, face au fléau de mal-gouvernance qui l’affecte et le paupérise, saura-t-il enfin reprendre sa souveraineté et son devoir de contrôle citoyen de la gouvernance ?». Le peuple sénégalais reste passif et retranché dans ce qu’il sait faire le mieux : «commenter, polémiquer et oublier au bout quelques jours».  Devant ce qu’il considère comme étant «le fatalisme béat», M. SONKO, avec son sens de la formule, estime : «dans ces conditions, même Allah en viendrait à démissionner». Naturellement, le grand sauveur ce serait ni le peuple, ni le Seigneur, mais son parti politique : «ce pays n’a pas besoin de héros, ni de martyrs. Il a besoin d’action patriotique collective, de conscience». Le Sénégal a besoin de «contrepouvoirs» et une veille permanente, et l’épisode du 23 juin 2011 ne serait qu’une réaction épisodique. Si M. SONKO minimise l’héritage du 23 juin 2011, je crois qu’il s’agit là d’un point important. Le peuple sénégalais a gagné en maturité ; il n’est pas aussi léthargique que cela. Le peuple sénégalais a fixé une ligne rouge qu’aucun gouvernement ne pourrait plus franchir, sans compromettre son avenir. Même si cela ne convient pas à M. SONKO, devenu certes député, le peuple sénégalais bien donné une confortable majorité à M. Macky SALL, aux législatives de juillet 2017, invalidant ainsi toutes ses calomnies et ses insinuations. Quand, M. SONKO crie au loup et qu’il n’est pas entendu, il est probable que son argumentaire est resté peu convaincant.

 

M. SONKO s’est félicité que depuis l’indépendance, en 1960, le régime civil de l’Etat, sans coups d’Etat militaires, a prévalu. Cependant, M. SONKO a omis de signaler que la démocratie sénégalaise, même si elle est à parfaire, c’est le combat de chaque instant, a connu trois alternances, ce qui n’est pas négligeable en Afrique. M. Macky SALL, lui-même, confronté au pouvoir personnel et familial de M. WADE, a démissionné de tous ses mandats, et a conquis, de haute lutte, le pouvoir avec un parti créé en moins de 5 ans. C’est M. SALL qui a renforcé les institutions avec le référendum du 20 mars 2016. Avec ouvrage «pétrole et gaz» au vitriol, M. SONKO, en opposant irréductible, continue de faire son travail, en toute liberté. Il avait prétendu que son ouvrage «pétrole et gaz» serait interdit et censuré au Sénégal, or, cela s’est révélé rigoureusement inexact. Ce qui l’intéresse, ce n’est ni la Vérité, ni la moralité, c’est sa propagande politique et syndical au service de ses ambitions personnelles. Dans d’autres pays africains, les marges de manœuvres de l’opposition sont nettement moins importantes. 

 

Les intellectuels, la société civile et la presse, dans ce qu’il considère comme étant une «grave spoliation» de l’Etat, ne semblent pas avoir été convaincus par son rapport disciplinaire. M. SONKO cite le professeur Moustapha KASSE qui évoque les «diverses asthénies de l’élite politique (…) l’élite intellectuelle s’abstient de prendre sa part de responsabilité et démissionne purement et simplement, alors que la société civile, cette nébuleuse caméléonesque, change au gré de ses bailleurs occultes» page 207. M. SONKO considère que c’est un tableau fidèle, mais aussitôt après il fait remarquer que le professeur KASSE est «devenu un des grands laudateurs du président Macky SALL». Malheur donc à celui qui dit la Vérité, s’il appartient au camp d’en-face ! Un tel manichéisme est consternant. Par ailleurs, pour M. SONKO, les marabouts et imams ne là que «pour casser l’opposant indélicat, clouer au pilori les fonctionnaires transgresseurs du secret professionnel, louanger Macky Sall et son régime». Pour ces marabouts, selon M. SONKO, l’Islam leur réserve la Fournaise : «le plus châtié d’entre les Hommes, au Jour du Jugement, sera un iman injuste» page 209. Naturellement, devant l’échec de ces corps intermédiaires, il faut des rassemblements géants pour exiger le départ de M. SALL et exiger la transparence pages 211-2014.


 

M. SONKO dénonce, à juste titre, la place de l’argent qui corrompt notre société ; c’est un vaste débat qui concerne ces parasites de marabouts qui bénéficient des finances publics, sans aucune information ou contrôle parlementaire. On sait que les familles, dans notre société, poussent nos dirigeants, mêmes les plus vertus, aux trafics d’influence et à la corruption. Dans notre société traditionnelle, l’homme public doit avant tout aider sa famille, quelque soient les moyens utilisés.  Par ailleurs, comment faire de la politique, sans financement des partis politiques, quand on a une grande famille à nourrir et qu’on n’a que la politique comme gagne-pain. Comment être vertueux quand l’estomac crie famine et que la famille pousse au crime ? Ces questions devraient être examinées, de façon sérieuse, par l’ensemble de la classe, elles pervertissent notre système démocratique. Mais pourquoi croire en M. SONKO, là où d’autres, selon lui, ont échoué, ou nous ont trompés ?

 

En ce début du XXIème siècle, je souscris au constat pertinent de M. SONKO que je reformule ainsi : les citoyens sont profondément désabusés et fatalistes ; ils ne font plus confiance à la Politique au sens noble du terme, et se retranchent dans des démarches de survie, égoïstes et individualistes. J’irai même plus loin que M. SONKO, c’est «la société du vide» suivant le titre d’un ouvrage d’Yves BAREL ou c’est plutôt, au sens philosophique «l’ère du vide». En effet, les individus ou les partis politiques affamés et préoccupés par leur survie, basculent dans l’exaltation de l’égoïsme, la «transhumance», la politique du spectacle et du paraître, le besoin de notoriété ou de reconnaissance, allant jusqu’à la promotion des «insulteurs» qui ont sali nos valeurs de respect. Dans notre cher Sénégal, les vraies valeurs politiques, l’art de gérer la Cité, s’affaissent et cèdent la place à diverses interpellations anecdotiques au sein du microcosme décrédibilisant, en fait, toute la classe politique, opposition et gouvernement confondus. Dans sa recherche de l’éthique, de la performance et de la bonne gouvernance, M. SONKO nous demande de lui faire confiance ; il aurait la réponse adéquate aux questions de souveraineté et de moralisation de la vie politique sénégalaise. Je n’ai aucune raison de douter, actuellement, de sa sincérité. Bien au contraire, je salue même son courage et son obstination dans la défense de ses idées ; c’est un combat honorable qu’il mène dans l’opposition, et il est sérieux dans son travail d’opposant. «Il se peut que ce soit juste en théorie, mais, en pratique, cela ne vaut point» s’interrogeait Emmanuel KANT. On juge réellement la sincérité et l’efficacité de l’engagement d’un homme politique quand il est au pouvoir, et c’est là un des grands paradoxes de la démocratie. A défaut de pouvoir sonder les reins et le cœur des candidats au pouvoir, le constat est affligeant. En effet, jusqu’ici, la démarche, purement politicienne des candidats aux élections, consiste à dire : «faites-nous confiance, demain on rase gratis». Hélas, une fois au pouvoir l’opposant, même le plus intraitable, devient «réaliste» et sage, il cède aux sirènes des flatteries et se heurte au mur de l’argent. Ainsi, les Communismes nous avaient promis le «Grand soir», on a eu le Goulag ; cela a favorisé, certes, la démocratie pluraliste en Afrique, mais une survivance de régimes préhistoriques et de l’odieuse «Françafrique» (voir mon post sur De Gaulle et l’Afrique), réduisant nos souverainetés à néant. Aux Etats-Unis, l’avènement de Donald TRUMP se résume en une gesticulation dangereuse pour la paix et la cohésion de la société internationale, en Grande-Bretagne «Le Brexit», considéré comme une démarche souveraineté, se révèle comme étant un saut périlleux. En France, en 1995, Jacques CHIRAC avait diagnostiqué, à juste titre, «une Fracture sociale», en 2012 M. François HOLLANDE avait dit «Mon ennemi, c’est la Finance» mais il a le contraire de ce qu’il avait promis, et a liquidé le Parti socialiste ; en 2007, M. SARKOZY s’est affiché comme étant une «Droite décomplexée», mais il a fait promotion des idées du Front National. En 2017, M. Emmanuel MACRON se voulait « Ni de droite, ni de Gauche» ; il avait promis de mettre fin à la «Françafrique» et de considérer l’Afrique comme un «continent d’opportunités». M. MACRON qui a pratiquement le même âge que M. SONKO, une fois élu, est devenu le président des riches. M. MACRON s’est surtout illustré par son arrogance et son impolitesse à l’égard des Africains, notamment par un caractère obsessionnel de la démographie et de l’immigration africaines (voir mon post sur le projet de loi sur l’immigration en France). M. MACRO, par ses déclarations néo-colonialistes, a ravalé son collègue Burkinabé au rang de simple «électricien». Au Sénégal, durant plus de 30 ans, et en opposant légendaire, maître Abdoulaye WADE avait promis le «SOPI» (changement) mais une fois élu, il a patrimonialisé et ethnicisé le pouvoir. M SONKO qui avait soutenu maître WADE, constate que c’est lui a signé les contrats initiaux sur le pétrole et gaz qu’il dénonce maintenant. En conséquence, et par rapport aux interpellations de M. SONKO, je repose la question : l’engagement politique a-t-il encore un sens ?

 

C’est un chemin difficile et exigeant, et qui ne dépend pas seulement que de nos gouvernants, cela dépend de chacun d’entre nous. Je réponds à cette question, sans hésiter, par l’affirmative. Un des enjeux majeurs à venir au Sénégal, comme en Afrique, c’est la question de la souveraineté et de l’unité nationales. Pour cela, il faut réhabiliter la Politique, dans sa grande noblesse, c’est-à-dire servir et non se servir ; cette préoccupation devrait animer quiconque voudrait se lancer en politique. Cependant, ce défi n’est pas l’apanage de l’opposition. La question fondamentale est donc comment contrôler nos gouvernants, quelle que soit leur couleur politique, de façon efficace et par des mécanismes associant la vigilance du peuple, lorsque nos régimes constitutionnels sont fondés sur des systèmes représentatifs, avec l’effet majoritaire ?

 

En définitive, M. Ousmane SONKO, en dépit de nos désaccords sur le sens qu’il donne à son tract politique et syndical dans cet ouvrage «pétrole et gaz», est un homme qui semble déterminé, et pour l’instant, courageux et sans concession, et se prend au sérieux, dans sa mission d’opposant. Il faut prendre au sérieux ceux qui se veulent sérieux : «Nous aimons les moutons noirs, ceux qui ouvrent «leur gueule», surtout quand la contradiction, la controverse est fructueuse» écrit Pierre BOURDIEU. C’est en ce sens que je salue son opiniâtreté et sa combativité pour les idées auxquelles il croit. C’est respectable. Il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires politiques qui ne sont pas des ennemis ; dans leurs diatribes, il faut même les respecter, et cela l’honneur de la démocratie. Même s’il s’est égaré, pour l’essentiel du temps dans des polémiques stériles, M. SONKO a fini par esquisser, timidement, quelques à la fin de son ouvrage ; ce que je trouve intéressant, pour la vitalité de la démocratie.

 

B – Quels éléments garantissant la souveraineté,

dans le respect de l’éthique, de nos pays africains

 

Dans une démarche de Benchmarking, M. SONKO esquisse des propositions intéressantes dans son ouvrage pages 2017-2037.

1 - Promouvoir la transparence et l’éthique

Cette transparence procède «d’une vision» avec un cadre réglementaire échappant à une logique clanique, pour  «une gestion profitable». Les informations doivent êtres «accessibles et compréhensibles» pour le grand public, avec un rôle d’enquête et de sanction de l’OFNAC.

 

L’Etat doit avoir une quote-part préservée, renforcer les compétences des agents de l’administration fiscale et douanière, se prémunir contre les spéculations et exercer son droit de préemption, si nécessaire.

 

2 – Gérer de façon concertée et valoriser les profits tirés des produits pétroliers et gaziers, renforcer la Société africaine de Raffinage (SAR) et respecter les règles environnementales.

 

M. SONKO considère que la mise en place d’un Comité «est à saluer». Mais il déplore la prépondérance de l’Etat au sein de l’OFNAC et l’absence de la société civile et de l’opposition.

 

Il faudrait :

- créer un fonds d’investissement en vue d’une solidarité générationnelle (retraite, et investir à l’étranger afin de limiter les risques)

- former, à l’avance, les Sénégalais sur les métiers du pétrole et du gaz

- initier une plate-forme pétrolière nationale,

- préempter certaines opérations

- soutenir l’industrialisation du pays.

 

Le président Macky SALL ne redouta pas le débat et les contradictions. Ces quelques idées émises par Ousmane SONKO, extirpées de leur aspect polémique, tendancieux voire diffamatoire, sont entendables. Le président SALL nous a souvent surpris par sa capacité à prendre en compte et à dépasser les idées y compris les plus audacieuses. Le président Macky SALL a même déjà annoncé une loi sur la transparence du pétrole en 2018. La nomination de M. Mansour Elimane KANE, un homme jugé intègre par tous, et la création d’une Commission chargée de la gestion du pétrole, indiquent que le président SALL, en dirigeant responsable et vertueux, est conscient des devoirs de sa charge. Par ailleurs, le président SALL a une grande faculté d’anticipation et une vision stratégique. C’est ainsi que, bien avant le président MACRON en 2017, M. Macky SALL avait décelé le besoin de renouvellement la classe politique, la nécessité de dépasser les clivages entre la Gauche et Les Libéraux, en procédant à une alliance du centre-droit avec les forces significatives du Parti socialiste. Elu à 65% en 2012, le président Macky SALL a maintenu intacte sa grande popularité aux scrutins, très disputés, voire hystériques, au référendum du 20 mars 2016 et aux législatives de juillet 2017. Depuis 2012, la donne a changé : le Parti socialiste sénégalais, comme son cousin français, est traversé par de fortes dissensions crypto-personnelles ; l’AFP de M. Moustapha NIASSE, avec l’âge du capitaine, est-il à bout de souffle ? Par ailleurs, la question du pétrole et du gaz, c’est un enjeu majeur pour la cohésion du Sénégal, l’avenir de ses enfants. Un dirigeant de la stature du président Macky SALL, contact de la population, sait entreprendre de projets innovants, et doit rester, pour écouter et prendre en compte les besoins fondamentaux du pays, y compris lorsque ces idées émanent des autres, notamment de M. SONKO. Le président Macky SALL, en dirigeant avisé, est conscient qu’il faut éviter la malédiction du pétrole, et saisir cette opportunité pour un changement radical du Sénégal, profitable à tous : «Il ne faut pas transformer l’or en boue» dit un dicton. Le gaz et le pétrole sont une opportunité pour notre pays, et non une malédiction. Incarnation politique de la conscience de notre souveraineté, il est probable aussi, par son sens politique, que le président Macky SALL, comme il l’avait en 2012, saura proposer aux Sénégalais, en 2019, un projet innovant, à la mesure des attentes notamment des plus démunis.

 

Références

SONKO (Ousmane), Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation, Paris, Fauves, 2017, 253 pages, au prix de 25 €.

Paris, le 2 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«M. Ousmane SONKO et son ouvrage pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«M. Ousmane SONKO et son ouvrage pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 19:30

Longtemps j’avais cru que j’étais né à Danthiady, dans mon Fouta-Toro, jusqu’à ce que je découvre Paris. Comme s’il s’agissait d’une seconde naissance, je me suis émerveillé, notamment, pour le métro, ces lieux insolites et ces rencontres improbables au cours de mes escapades. Les cafés parisiens occupent une place de choix dans mon étonnement qui ne cesse de m’étonner. En effet, lieu par excellence de la sociabilité dans toutes les classes de la société, le café parisien singularise, à lui tout seul, le génie du peuple français. Du plus huppé au plus modeste, où l’on voit et où l’on est vu, spectacle à lui seul, le café parisien est une sorte de théâtre où défile toute une faune insolite. Le café parisien est un lieu typique de la ville, de la grande ville, de l’urbanité et de la sociabilité, qu’elle soit populaire, mondaine, ou littéraire. Le café parisien peut être également un lieu de rêve, pour échapper momentanément, à une vie anxiogène et étouffante. Ceux qui détestent Paris ne manquent pas de dépeindre cette ville étouffante, polluée, boboïsée, inhospitalière et rythmée par le métro-boulot-dodo.  En effet, le café est aussi, un lieu de perdition. J’en ai vu des visages rongés par l’alcool, ou une frénésie devant les jeux du hasard qui traduisent un phénomène de dépendance exigeant une cure de désintoxication. Tout cela est juste, mais Paris n’est seulement que cela ; c’est aussi un lieu où la magie et l’envoûtement opèrent à chaque coin de rue. Ah, si les murs pouvaient parler ! Paris est une ville hautement chargée d’histoire, et ses cafés sont les témoins majeurs des révoltes, des révolutions, du bouillonnement culturel, des mutations démographiques, du cosmopolitisme tant redouté, et de l’esprit de fête de la France.


«La Rotonde» ouvre, en 1903, au 105 boulevard Montparnasse, côté impair, à Paris 6ème, dans le quartier Notre-Dame-des-Champs. Au début du XXème siècle, la Rotonde est un bistrot populaire et ouvrier. «Avant le Cubisme, avant 1914, ce n’était qu’un petit café provincial où des rapins chevelus, des sculpteurs épiques se réunissaient pour siroter leur «purée» ou un démocratique «Gloria». Ils y venaient en pantalon de velours à la hussarde, la lavallière noire nouée au cou et le feutre cabossé d’un coup de poing à la tête. Léon Bloy y faisait des sermons au vitriol, tandis que ses auditeurs la bouffarde au bec, jouaient à la manille ou au jacquet avec le patron. Bon enfant, le bon père Libion ne s’apercevait jamais du client gêné qui oubliait de régler sa consommation» écrit Henry COSSIRA dans le Monde Illustré. «On a toujours mangé à la Rotonde, mais au début ce n’était que des croissants accompagnés d’un café au lait qui a toujours la réputation» écrit Maurice des OMBIAUX, en 1928. Sous Victor LIBION, le café de la Rotonde est resté ouvert à toutes les couches sociales, y compris aux plus démunis : «Parfois, dans un coin de café, de pauvres types, hâves, faméliques, car ils ne mangeaient pas sans doute tous les jours, s’asseyaient dans un coin de café pour dévorer un croissant trempé, ils n’adressaient pas la parole aux autres, mais parlaient entre eux à voix basse. Parfois leurs yeux lançaient des éclairs» précise Henry COSSIRA. Un poète espagnol a évoqué les temps de ce vieux bistrot de la Rotonde : «Le petit bar de la Rotonde était plein de monde. A pleine quelques clochers, en entendant la discussion tournèrent à moitié la tête sans cesser d’agiter le sucre de leur café» dit Ramon GOMEZ de la CERNA. «La Rotonde est le plus célèbre de tous les cafés de Montparnasse. La liste de ses clients réputés couvrirait plusieurs pages. (…) En 1911, le petit bar fut inauguré par Roger Wilde, le plus ancien montparnassien et par le plus vieux Granowski. On y voyait déjà avant 1914, Aïcha, la Noire, Picasso, Braque, etc. » écrit Louis FERRAND. Un écrivain, Léon-Paul FARGUE disait que ce bar était fréquenté par des «Négres agrégés, des philosophes Abyssins».

Un auvergnat, Victor LIBION agrandit la Rotonde en 1911 en achetant un magasin de chaussures dont il liquida le stock, y installa un bar ; peu après il achetait la boutique voisine, ce qui lui permit d'ouvrir une seconde salle pour les habitués. «Acquéreur d’un petit bar, (…) l’impérialisme s’installa dans son esprit. Il se voulut puissant pour servir ce qu’il apprenait promptement à chérir. (…) L’œil clair reluisait de gentillesse militante» dit André SALMON. La Rotonde est un bar cosmopolite, populaire et animé : «Pénétrons dans le petit bar, par l’entrée d’angle. Un tapage infernal, des bruits de voix où des mots étrangers, inconnus ou barbares, chantants ou rauques, s’assaillent et se heurtent ; des cliquetis de cuillers, des chocs de verreries et de soucoupes (…) Devant l’étroit et haut comptoir, debout, des guatémaliens et des japonais, tchécoslovaques, des scandinaves, des russes et des australiens, mangent des croissants en buvant du vin ou du café» écrit Charles FEGDAL. «Toute La Rotonde, un monde de parias, mais nous, les parias des parias [...] Nous réunissent la haine d’une vision bourgeoise des Français et un amour immodéré du caractère français» écrit Ilya EHRENBOURG.


«En vérité, y’a-t-il encore des patagons qui ignorent que le centre du monde est à Montparnasse et que le centre de Montparnasse est au carrefour Vavin ? Le centre du monde est là où, entre le fameux restaurant Baty, le café du Dôme et le café de la Rotonde. (…) La Rotonde est comme la capitale de ce pays étonnant, elle enferme en elle-même une suite de transformations toutes tissées d’histoire» écrit Charles FEGDAL dans la revue des Beaux-arts de décembre 1925. En effet, la Rotonde est plein quartier de Montparnasse, au métro Vavin, face au fastueux «Dôme» du 108 boulevard Montparnasse fréquenté, au début du siècle dernier, par des Allemands et des Américains riches et les élèves de MATISSE, et près de la Coupole au 102 boulevard Montparnasse, un lieu mythique ouvert en 1927, et où Elsa TRIOLET a rencontré en 1928, Louis ARAGON, en présence de Vladimir MAIAKOVSKI. Le café Sélect, ouvert en 1924, vise la clientèle américaine, les écrivains de «La génération perdue» qui font souvent un tour à la Rotonde. Tout ce petit monde est mobile, «Paris is a Movable Feast» comme le dirait Ernest HEMINGWAY. «Montparnasse est le centre du monde ! Dans les quelques douze mètres qui séparent la gare du Montparnasse du Carrefour de l’Observatoire, Port-Royal, Saint-Michel, on y rencontre les représentants de tous les pays où les arts cherchent à exprimer les formes nouvelles de la vie» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Par ailleurs, la Rotonde est non loin de la «Closerie des Lilas», 171 boulevard Montparnasse, une ancienne guinguette ouverte depuis 1847, un lieu investi par Paul FORT (18772-1960, poète et dramaturge), et bien fréquenté par des artistes. La «Closerie des Lilas», un concurrent sérieux, camp retranché du dreyfusisme, a inauguré avec Paul FORT, ce mélange de poésie, de vin, de fêtes et de chansons. Les antidreyfusards, Maurice BARRES, Charles MAURRAS et leurs camelots se sont claustrés au café de Flore, au boulevard Saint-Germain. En 1912, Paul FORT fut élu «Prince des poètes» à la Closerie des Lilas, en remplacement de Paul VERLAINE, Stéphane MALLARME et de Léon DIERX qui venait de mourir. Fort de sa grande notoriété, Henri COMBES, patron de la Closerie des Lilas, répandait de la calomnie au sujet de la Rotonde : «Chez ce Monsieur là-bas (Libion, Rotonde), on sert des plats réchauffés et de la piquette» dit-il. A la terrasse de la Rotonde, le vent agitait des ordures, jusqu’au jour où un scandale éclata à la Rotonde : un soir, au moment de la fermeture, on découvrit un client belge, se disant poète, mort à sa table. Après enquête, on découvrit qu’il avait ingurgité de l’acide chlorhydrique et quelques substances suspectes. Victor LIBION fut mis hors de cause, mais par précaution, son café fut administrativement fermé pendant une semaine. Un beau jour, on découvrit également un cadavre à la Closerie des Lilas, Abraham SAFIN. Lors de l’autopsie, on décela de l’acide formique dans son ventre. En fait, ce vin frelaté provenait d’une cave de Mme MARION, à Tours. Victor LIBION, disculpé, jubila.


LIBION, un homme grassouillet, de petite taille et de peu d’éducation, était un patron avisé et cachait sous sa redingote un cœur excellent ; il a su faire de sa Rotonde, un pauvre café délabré, un lieu mythique de rendez-vous des artistes. Max JACOB (1876-1944) et ses amis ont choisi la Rotonde. En effet, bien avant Marcellin CAZES du Lipp ou Paul BOUBAL du café Flore, l’Auvergnat Victor LIBION, patron de la Rotonde est le premier prototype du patron qui rend populaire son bistro par son talent à sympathiser avec les artistes et à en faire un endroit recherché pour son ambiance. «Il est dépourvu de tout parti pris. Pour lui, tout nouvel habitué, d’où qu’il vint, quel qu’il fût, qu’il marquât bien ou mal, faisait partie de la maison, devenait en quelque sorte un des membres de la grande famille dont il se considérait comme le chef responsable» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. En effet, LIBION est un manager de café qui ne fait pas que servir à boire et offrir une tournée de temps en temps, mais plutôt un savant dosage d’intelligence et de psychologie du contact, on se sent chez soi. LIBION avait l’art d’attirer les dames entretenues à son café, leur offrait des consommations, écoutait d’une oreille complaisante la confidence de leurs chagrins, leur rendaient de menus services. Reconnaissantes, ces dames revenaient avec leur riche protecteur. LIBION était très attachée à Aïcha, une muse des artistes. Entre 1912 et 1914, ces artistes, sans préjugés, avaient un modèle préféré, Aïcha, une métisse née à Batignolles, dans le 17ème arrondissement de Paris, d’une mère flamande et d’un père sud-américain. Tout le monde l’appelait «Négresse de la Rotonde» croyant qu’elle était originaire des Antilles ou d’Haïti. «On connaît ses yeux de gazelle et son sourire étincelant. On connaît son collier de verre et la grosse opale de sa bague, son goût, ses anecdotes, sa ligne et sa vie» écrit, en 1931, Emmanuel BOURCIER. Aïcha «La vénus de Montparnasse» était recherchée par les artistes «Il y a des croquis d’elle dans tous les cartons, des études de son corps splendide dans tous les ateliers et des toiles, qui la représentent nue, dans tous les musées» précise BOURCIER. Le témoignage de Charles FEGDAL, en 1925, sur la célébrité de Aïcha est édifiant : «De petits modèles, pas encore «arrivées», regardent avec envie la célèbre négresse Aïcha que tous les bons peintres d’art moderne ont au moins portraiturée une fois» dit-il. Les artistes sont devenus célèbres, et Aïcha est retombée dans l’oubli après le départ de LIBION de la Rotonde : «A présent je plains les petites d’aujourd’hui, avec leurs 25 francs par séance. Car il n’y plus de camarades. Il n’y a plus l’esprit qu’on avait avant quand on partageait cent sous, et qu’on formait une vraie famille, modèles et artistes mêlés !» dit Aïcha à Emmanuel BOURCIER. Aïcha regrette, profondément, les temps où Victor LIBION régnait sur la Rotonde «Il n’y a plus Libion. Quel homme charmant ! C’était un père pour nous. On pouvait avoir faim, être sans chambre, ne pas savoir où aller. Il savait venir en aide sans le faire sentir, tout naturellement, en bon papa. Chez lui on n’était jamais froissé d’accepter un croissant, un café-crème, un sandwich ou un verre de bière» dit Aïcha. Victor LIBION est un type sachant cadrer ses clients tout en leur donnant l’illusion de la liberté et de l’évasion. Les débuts à la Rotonde furent modestes. Mais LIBION était cordial, généreux ; il se liait avec les clients, des artistes pour la plupart qui s'y sentaient en famille. «Libion ne vint point à Montparnasse pour y exploiter pratiquement les conquêtes spirituelles de Paul Fort (La Closerie des Lilas). (…) Arrivé en flâneur, il comprit vite. Comprendre, c’est aimer. (…) Les clients de Libion devinrent vite ses amis» écrit André SALMON. Il gouvernait ce petit monde avec bienveillance et autorité. «Le patron de la Rotonde, le père Libion, était vraiment le père de tous pauvres affamés. Le célèbre café n’était qu’un modeste bistrot où trônait Libion et son sourire. Il s’occupait de tous les artistes, faisait éternellement crédit, donnait aux pauvres, avec un admirable désintéressement vraiment total, car il ne connaissait absolument rien à la peinture et ne s’en souciait guère. C’était pure fraternité envers des gens bien pauvres » écrit l’artiste FOUJITA, dans Marianne du 27 mars 1940. Chez LIBION on n’admettait pas les femmes en cheveux ; il faisait la chasse aux ivrognes et aux drogués, mais sa générosité à l'égard des clients trop pauvres pour payer était bien connue.

LIBION avait une tendresse particulière pour ses clients excentriques : «Ce sont des types qu’on remarque et qui finiront par rendre mon café célèbre» dit LIBION. A la Rotonde on pouvait y croiser des gens connus comme Guillaume APOLLINAIRE et Blaise CENDRARS. Mais Amedeo MODIGLIANI avait l'alcool mauvais et se faisait renvoyer de tous les bars. MODIGLIANI retrouva, dit-on, un comportement plus policé à La Rotonde où il rencontra sa future épouse, Jeanne HEBUTERNE, devenant ainsi une des figures marquantes de la Rotonde. Artiste agité, bruyant, irascible et batailleur, MODIGLIANI en imposait : «Quand la porte de la Rotonde s’ouvrait d’un large geste, il était beau de voir rentrer théâtralement Modigliani. Campé très droit sur ses jambes, sa noble tête fièrement rejetée en arrière, il s’immobilisait un instant promenait un regard lointain qui dépassait les étroites limites de la salle. Son allure d’aristocrate que ne dépassait nullement le gros chandail gris au col roulé, ses cheveux bouclés en broussaille, tout ajoutait encore à la noblesse de son beau visage» écrit Gabriel FOURNIER, un peintre et illustrateur. Frantz HESSEL décrit ainsi MODIGLIAIN «Quel artiste étonnant que Modigliani. En dépit d’une noblesse native que rien ne pourra entamer, il a pris pas mal des allures du vagabond. On a déjà connu des princes vagabonds. Qu’il soit souvent ivre n’a aucune importance si c’est quand il est ivre qu’il dessine comme un maître... Un maître tombé... mais faut-il dire tombé ?... dans le vagabondage». VLAMICK, un habitué de la Rotonde témoigne sur MODIGLIANI : «J’ai bien connu Modigliani. Je l’ai connu ayant faim. Je l’ai vu ivre. Je l’ai vu riche de quelque argent. En aucun cas, je ne l’ai vu manquer de grandeur et de générosité. Jamais je n’ai surpris chez lui le moindre sentiment bas. Mais je l’ai vu irascible, irrité de constater que la puissance de l’argent qu’il méprisait tant contrariait parfois sa volonté et sa fierté». Déraciné, séducteur impénitent, fêtard et alcoolique, quand MODIGLIANI avait bu un coup de trop, ce qui arrivait souvent, son lyrisme se fait amer et agressif. L'autorité débonnaire de LIBION s’exerçait sur les plus difficiles. Seul, LIBION pouvait dire à MODIGLIANI de se calmer, «sans porter à la folie furieuse le délire du grande Livournais, lequel, au contraire, en convenait et s’apaisait, pour un moment» note André SALMON. Cet auteur évoque aussi la dernière fois qu’il a vu MODIGLIANI avant de mourir à l’hôpital, après une atroce agonie : «Ce fut la dernière fois que je vus Modigliani enfoncé dans le suicide d’un matin, avec une vive tristesse dans les yeux». Ardengo SOFFICI témoigne aussi de la fin de vie de MODIGLIANI : «Son visage, autrefois si beau et clair s’était endurci, était torturé et violent ; sa bouche autrefois si belle se tordait dans une grimace amère, ses paroles étaient incohérentes et pleines de tristesse» dit-il. De nombreuses copies de tableaux de MODIGLIANI sont accrochées aux murs de la Rotonde.

La Rotonde a été un lieu de rendez-vous, sans doute pour préparer la révolution russe de 1917. Léon TROTSKY (1879-1940) fréquentait la Rotonde : «A la table où j'étais assis ce soir-là, j'avais eu pour voisin pendant quelques semaines un dîneur en pardessus qui réclamait toujours du bœuf gros sel et du bœuf gros poivre. On a su depuis que c'était Trotsky et personne dans l'établissement n'en conçut la moindre surprise car personne au café et de ce café seul, et peut-être le seul lieu au monde, ne désespère du voisin le plus malpropre, le plus pauvre, le plus grossier, au point de croire qu'il peut devenir un jour roi ou tyran» écrit dans son «Piéton de Paris», Léon-Paul FARGUE (1876-1947), poète et écrivain. En effet, parmi les mystérieux et pittoresques clients de la Rotonde, il y avait Wladimir Ilitsch et Léon-BRAUN-STEIN, car on ne les connaissait pas encore sous le nom de Lénine et de Trotsky. «Leurs compagnons se nommaient Lounatscharky, Kamenev, Zinoviev. Ils préparaient le grand soir et c’est ainsi que la Révolution bolchévique est née sur une table de l’ancienne Rotonde» écrit Henry COSSIRA. Lénine (1870-1294) résidait à Montrouge, rue Marie-Rose, et se rendait souvent le soir, à bicyclette à la Rotonde. Mais un jour, son vélo fut volé devant la Rotonde, et M. LIBION entra dans une grande colère. Léon TROTSKY, qui avait quitté Paris en 1908 pour Londres, est réapparu à Paris, de 1914 à 1916, à la Rotonde et s’occupait d’un journal révolutionnaire russe. Habitant à la rue Saint-André des Arts, à Paris 5ème, il allait souvent le soir à la Rotonde. En dépit ce qu’il avait une carte de presse, le gouvernement russe a obtenu de la France son expulsion, en 1916, vers l’Espagne. «Depuis l’année de guerre 1915, où Trotsky confiait à Montparnasse des projets qui paraissaient n’être que des rêves désordonnés d’un Tartare en délire et qui se sont pourtant réalisés, la fortune de la Rotonde s’est accrue d’une manière presque aussi féérique que celle du grand chef rouge dont l’inflexible volonté rayonne depuis la ville sacrée des icônes jusqu’aux terres mornes et glacées de la Sibérie, narguant les puissances et défiant le vieux monde, fatigué et malade, dépourvu de foi et d’idéal» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France.


LIBION ne s’inquiétait pas de la moralité de ses clients. Dans son établissement on y renifle éther et cocaïne. Après la Première guerre mondiale, on murmure que LIBION se serait livré à un trafic de cigarettes. En raison de ces négligences et face à une forte amende, il sera contraint de vendre la Rotonde. «C’est un événement historique, situé au carrefour Vavin, «nombril du monde», et noyau fulgurant de ce prestigieux microcosme, le très illustre café de la Rotonde vient de fermer. Versons un pleur mélancolique sur ce coin si pittoresque où la jeune bohème du XXème siècle remua à la pelle tant d’idées neuves, bonnes ou mauvaises, le pôle attractif, des intellectuels, des artistes, des réformateurs sociaux, des sectaires de tous les pays qui échangeaient là, tout en sirotant bourgeoisement le traditionnel café-crème, leurs doctrines, leurs espoirs et leurs utopies», dit, ironiquement, le journal Ric et Rac du 21 décembre 1935.


Auparavant, et alors que les révolutionnaires quittaient les lieux, les Cubistes et les futuristes prirent d’assaut la Rotonde. En 1912, Marie Rosonovitch VOROBIEFF, dite Marevna, une aristocrate russe, rencontre à la Rotonde, les artistes de Montparnasse ; ils y discutent du Cubisme, un principe régulateur de l’espace qu’une vision de la réalité. Le Cubisme qualifié par leurs adversaires, dont Jean-Emile BAYARD, d’art «factice et bruyant», leurs adeptes portaient généralement des bottines américaines et des casquettes à larges carreaux. Moïse KISLING, un impressionniste, venait à la Rotonde en salopette, mais des bracelets de fer ornaient ses poignets. Aucun autre lieu ne pouvait se targuer d'une telle concentration d'intellectuels, d'artistes, de marchants de tableaux et de muses. La Rotonde, au détriment de Montmartre, devient le café artistique des «Folles années» (Roaring Twenties). On voyait à la Rotonde, un certain Moïse KISLING (1891-1953) un artiste polonais ; ses tableaux de nus sont bien représentés à la Rotonde. Il fit le portrait de MODIGLIANI. Parmi les clients de la Rotonde, il y avait la célèbre Kiki, née Alice Ernestine PRIN (1901-1953), "reine des Montparnos", dont son compagnon, Man RAY (1890-1976), peintre et photographe, disait qu'elle était "irréprochable de la tête aux pieds". Dans ces années-là, la Rotonde est devenue célèbre.  "Le taxi s'arrêtera en face de la Rotonde. Quel que soit le café de Montparnasse où vous demandiez à un chauffeur de la rive droite de vous conduire, il vous conduira toujours à la Rotonde" écrit Ernest HEMINGWAY (1899-1961), dans le «Soleil se lève aussi», un habitué de la Rotonde, pour qui «Paris est une fête» (voir mon post). Tsugouharu Léonard FOUJITA (1886-1968), dessinateur et graveur japonais, non encore célèbre, avec sa femme, sont des habitués des lieux. Autour de BOURDELLE, de POMPON, de DESPIAU, gravitaient les peintres comme André DERAIN et ses savantes conversations, Maurice de VLAMINCK, un verveux comme son art lyrique et spontané ; ce sont fêtards et habitués de la Rotonde. Il ne faudrait pas naturellement oublier Suzanne VALENDON et son fils Maurice UTRILLO. «Alors que le père LIBION obligeait ses clients en leur prenant par pitié des tableaux dont il ignorait totalement la valeur future, les garçons de café de la Rotonde avaient flairé l’avenir du mouvement qui venait de naître. (…) Vint un moment où ils furent récompensés de leur philanthropie, lorsqu’ils cédèrent aux marchands de tableaux, qui les chassaient, ces témoignages d’une époque héroïque» écrit Henry COSSIRA.


La Rotonde est, en effet, un repère d’artistes qui migrent de Montmartre vers la Rive Gauche. Diego RIVERA (1886-1957), ami de MODIGLIANI et de TROTSKY, un bouillonnant personnage révolutionnaire, mexicain, beau parleur, esprit fin et habile, bagarreur, excessif, il se considérait comme l’un des inventeurs du cubisme, déclamait Bakounine et disait que bientôt le grand jour arriverait pour sa peinture et pour le Mexique. Le Cubisme qui venait de naître avait besoin d’un défenseur ; aussi Guillaume APOLLINAIRE sera le brillant avocat de ce courant artistique. Il sait ce qu’il doit au symbolisme qui a libéré les vers de ses contraintes et des règles pesantes de la prosodie. A l’exemple des peintres cubistes, APOLLINAIRE encourage à mêler la poésie aux choses de la vie, aux nouveautés, aux images, être fantaisiste et ordonner ses palettes selon ses propres couleurs. Souffrant de maux d’amour, insomniaque et angoissé, Guillaume APOLLINAIRE venait écrire certains de ses poèmes à la Rotonde : «Alpinisme pour alpinisme, c’est toujours la montagne, l’art sur les sommets. Les rapins ne sont plus à leur aise dans le Montmartre moderne, difficile à gravir, plein de faux artistes, d’industriels fantaisistes et de fumeurs d’opium à la flan. A Montparnasse, au contraire, on trouve maintenant les vrais artistes habillés à l’américaine. Quelques uns d’entre eux se piquent le nez à la coco. Mais, ça ne fait rien, les principes de la plus part sont opposés à l’indigestion des paradis artificiels, quels qu’ils soient» écrit Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918). Un des éminents habitués de la Rotonde est Pablo PICASSO (1881-1973), ami de Guillaume APOLINAIRE et d’André SALMON : «Petit de taille, un front volontairement barré d’une mèche noire, toujours entouré d’une cour de femmes, il apparaissait dans le cénacle, tel un jeune Bonaparte de la peinture, et chacun croyait lire sur son visage le latin, les signes de la grande prédestination à la gloire» écrivent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Certains artistes qui fréquentaient la Rotonde n’étaient pas encore célèbres, et cela a pu abuser Ernest HEMINGWAY qui écrit dans son «Adieu aux armes» que «Vous trouverez tout ce que vous voulez à la Rotonde sauf des artistes sérieux. L’ennui est que les gens qui visitent le Quartier Latin entrent à la Rotonde et croient y voir un vrai rassemblement de Paris. Je tiens à rectifier cela publiquement» dit-il. Paris centre artistique mondial, a attiré au début du siècle dernier, plus de 200 artistes juifs fuyant les persécutions dans les pays de l’Est (Russie, Pologne, Roumanie). Ce sont souvent des artistes jeunes et pauvres qui résidaient à la «Ruche» et fréquentaient la Rotonde devenue un rendez-vous cosmopolite et fraternel «On y des têtes sémites, voisinant amicalement avec les têtes anglo-saxonnes, latines, slaves et scandinaves. La fraternité des peuples si difficile à réaliser en politique, il y a longtemps qu’elle s’est réalisée par les artistes autour des tables de la Rotonde» écrit J. BIELINKY dans l’Univers israélite de 1924.


 

«C’est pendant la guerre que le snobisme commença à s’intéresser à Montparnasse. Les gens du monde vinrent dans de belles limousines, pour voir vivre les artistes, un peu comme des bêtes curieuses. Ils nous donnèrent des subsides (…) L’argent était entré à Montparnasse, et avec lui vinrent les dissensions, les vanités, la fin du bohême au grand cœur» écrit Léonard FOUJITA dans ses souvenirs de Montparnasse en 1940. Une partie des artistes pauvres se trouvent exclus de la Rotonde devenue un lieu de ralliement des riches «Beaucoup d’artistes juifs regrettent la  vieille Rotonde, celle d’avant guerre, modeste, un peu délabrée, où, moyennant une consommation de 25 centimes, on restait des heures à discuter d’art et politique, souvent avec ceux qui dirigent actuellement avec l’empire des tsars. Beaucoup d’artistes juifs n’osent plus mettre les pieds dans la nouvelle Rotonde luxueuse, où les lumières aveuglantes mettent trop en relief les défauts de leur tenue» écrit BIELINKY. Le savant, Jacques MARITAIN (1882-1973), professeur à l’université catholique, ne daigne pas disserter, parfois, à la Rotonde, avec ses disciples les sujets les plus graves. «Les idées s’échangent, les connaissances se pénètrent, les préjugés s’abolissent ; Montparnasse n’a pas de préjugés ; on ne créé rien avec des préjugés» disent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Les étrangers célèbres, s’ils sont de passage à Paris, se croient obligés de respirer, au moins une fois, l’atmosphère cosmopolite de la Rotonde. Aussi, Charlie CHAPLIN, en compagnie de Douglas FAIRBANKS et de Mary PICKFORD, réserva sa première visite, le 19 septembre 1921, à la Rotonde, un endroit considéré par les Américains, comme extravagant, anticonformiste et singulier : «Lorsque Charlie Chaplin, le fameux Charlot du cinéma, vint à Paris, une des premières curiosités dont il s’enquit fut le café de la Rotonde, dont il n’était que bruit dans tout Los Angelès. Et Charlie fut conduit à la Rotonde, où il fut acclamé» précisent Gustave FUSS-AMORE et Maurice des OMBIAUX dans Mercure de France. Les Américains commencent à apprécier la Rotonde : «New York a été écumé et déversé à pleines louches sur ce secteur de Paris attenant à la Rotonde. (…) La fange la plus épaisse et la plus fangeuse a tant bien que mal traversé l’Atlantique et fait de la Rotonde, par ses réunions de l’après-midi et du soir, le principal centre d’intérêt du Quartier Latin pour les touristes à la recherche d’atmosphère», écrit Ernest HEMINGWAY dans The Toronto Star Weekly du 25 mars 1922. L’ambiance après la Première guerre mondiale est bon enfant. Les artistes improvisent lors nationale de 1922, un concert de Jazz «Je me trouve à 3 h de la nuit au 1er étage de la tour de Babel, de la Rotonde, la vraie, celle de l’Europe et autres parties du monde nous envient. Tandis que dans les rues le peuple se  livre à d’enthousiastes ébats chorégraphiques, j’assiste ici à un attrayant concert. Il y a dans l’assistance des gens de qualité. Sans parler d’une douzaine de princesses et de princes russes en exil je trouve là, en plus de la clientèle habituelle, des écrivains et des artistes célèbres qui, comme moi, prennent plaisir à la musique» dit Carol BERARD, écrivain.  

 

En ce début de XXIème siècle, la brasserie de la Rotonde, est devenue un lieu huppé, et recherché par la haute société, tout en restant ouverte même aux «Nou-souchiens» et aux plus modestes. Ainsi, le 23 avril 2017, au soir du 1er tour des présidentielles de 2017, la Rotonde accueille Emmanuel MACRON, arrivé en tête, mais qui va affronter au 2ème tour Marine LE PEN du Front National, un parti d’extrême droite. M. MACRON est entouré de personnalités de Jet Set, notamment de Line RENAUD, Jacques ATTALI, Stéphan BERN, Pierre ARDITI et Romain GOUPIL. Ces agapes réveillent les démons d’un passé récent. La comparaison est vite faite avec le Fouquet’s du 6 mai 2007 de M. Nicolas SARKOZY. «Cette fête à la Rotonde est assez indigne dans une situation politique où l'extrême droite est qualifiée pour le second tour", a tweeté David CORMAN, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts. Il ne faudrait pas oublier que c'est à La Rotonde, en octobre 2011, que François HOLLANDE fêta sa victoire à la primaire socialiste aux côtés de sa compagne Valérie TRIERWEILER.

Bibliographie sélective

          

Anonyme, «Souvenir de la Rotonde», Le Ric et Rac, n°354 du 21 décembre 1935, page 2 ;

BAYARD (Jean Emile), «Montparnasse d’hier et d’aujourd’hui», LE RAPPEL, n°20705, du 30 juillet 1927, page 3 ;

BAYARD (Jean-Emile), Montparnasse, hier et aujourd’hui : ses artistes et écrivains, étrangers et français, les plus célèbres, Paris, Jouve, 1927, 502 pages, spéc pages 464-471 ;

BERARD (Carol), «Le jazz band à la Rotonde», Paris-guide, du 22 au 29 juillet 1922, pages 8-9 ;

BIELINSKY (J), «Les artistes juifs à Paris», L’Univers israélite, n°53, du 12 septembre 1924, pages 517-520 ;

BOURCIER (Emmanuel), «Aïcha la vedette, la Vénus de Montparnasse», Paris-Soir, n°2700, du 17 avril 1931, page 2 ;

CARALLA (Jean-Paul), Montparnasse : l’âge d’or, Paris, La table ronde, 1997, 162 pages ;


COSSIRA (Henry), «Grandeur et décadence de Montparnasse : Feue la Rotonde», Le Monde illustré, n°4075 du 26 janvier 1936, pages 77-78 ;


CRESPELLE (Jean-Paul), Montparnasse vivant, Paris, Hachette, 1962, 332 pages ;


FARGUE (Paul-Léon), Le piéton de Paris, Gallimard, 1964 et 1993, 308 pages ;

FEGDAL (Charles), «Rendez-vous d’artistes : la Rotonde», Revue des Beaux-arts, n°441, du 1er décembre 1925, pages 1-2 ;

FERRAND (Louis), «Le Montparnasse des arts », Air France revue, 1965, page 26 et 32 ;

FRANCK (Dan), Le temps des bohèmes, Paris, Grasset, 2015, 1216 pages, spéc pages 140 et suivantes ;

FOUJITA (T. Léonard), «Souvenir de Montparnasse», Marianne, n°338, du 27 mars 1940, page 5 ;

FUSS-AMORE (Gustave), OMBIAUX des (Maurice) «Montparnasse», MERCURE de FRANCE, n°633, du 1er novembre 1924, 677-721 ;

JOFFROY (Alain), La vie réinventée : L'explosion des années 20 à Paris, Paris, Rocher, 2004, 472 pages ;

LEMAIRE (Gérard-Georges), Cafés d'autrefois, Paris, Plume, 2000, 176 pages ;

LETAILLEUR (Gérard), Histoire insolite des cafés parisiens, préface de Jean Piat, Paris, Perrin et ED18, 2011, 359 pages ;

OMBIAUX des (Maurice), «La Rotonde, boulevard Montparnasse», La semaine à Paris, n°323, du 3 au 10 août 1928, pages 12-13 ;

SALMON (André), Montparnasse, Paris, André Bonne, 1950, 285 pages, spéc pages 130-136 ;

VERNE (Maurice), «Ici à Montrouge, Nadiejda Lénine vécut des jours et des nuits romanesques», Paris Soir, du 4 mars 1939, n°165, page 15.


Paris, le 25 décembre 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
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La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
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La Rotonde, dans le quartier des artistes de Montparnasse, à Paris 6ème, métro Vavin.
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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 19:37
Un projet de la loi sévère, et particulièrement répressif à l’encontre des étrangers, est en cours de gestation en France. L’objectif affiché est prétendument «d’expulser plus, pour mieux accueillir». Ainsi, le 5 septembre 2017, le président MACRON a donné pour instruction une «refondation» de la politique d’immigration, sur une ligne ferme. «Nous sommes inefficaces dans la reconduite», a précisé le président français. Ce texte arrivera en discussion en avril 2018. Auparavant, le 28 juillet 2017, le chef de l’Etat français avait déclaré : "Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois". Il a préconisé une "vraie politique de reconduite aux frontières".
 
La volonté affichée est de traiter, à vitesse de météorite, les demandes d'asile, et ce que la réponse accordée soit positive ou négative. Le délai de traitement est actuellement de 14 mois, il devra passer à six mois. Une partie du projet de loi vise à organiser des procédures administratives expéditives contre les étrangers ayant reçu un refus de titre de séjour et à les priver de garanties de recours devant un juge : «Il s'agit de blinder le dispositif juridique pour éviter les recours». Il faut que les personnes qui ne peuvent y prétendre soient reconduites à la frontière, sans délais. Suivant les associations de défense des étrangers, qui font un travail remarquable et qu’il faut saluer, l’objectif du gouvernement est de «Leur pourrir la vie pour les empêcher de venir». En effet, le projet de loi vise à allonger la durée légale de rétention en centre de rétention administrative, passant de 45 jours aujourd'hui à 90 après l'adoption de la loi. Le nombre de places dans les centres de rétention administratives passera de 1 300 à 1 700.
 
La réglementation sur les étrangers a été modifiée 23 fois entre 1945 et 2007 ; à chaque fois, les objectifs affichés du gouvernement sont, officiellement, d’améliorer la condition des étrangers vivant légalement en France, et de mieux les intégrer. «Il y a une double orientation, il faut mieux accueillir et mieux intégrer pour faire mieux vivre le droit d'asile. Et il faut que les personnes qui ne peuvent y prétendre soient reconduites à la frontière plus rapidement qu'elles ne le sont aujourd'hui» a déclaré le 17 décembre 2017, M. Richard FERRAND, président du groupe LREM à l’assemblée nationale.
 
Dans les faits, s’inspirant d’une démarche coloniale, esclavagiste et d’une obsession identitaire, ces réglementations ont globalement détérioré les conditions de vie, et disons-le clairement des Africains et des Arabes. Les Canadiens, les Australiens et les Américains, bien qu’ils soient non-communautaires, sont presque traités comme des nationaux Français. En revanche, les étrangers d’origine africaine, en situation régulière en France, sans droit de vote aux élections locales (promesses de François MITTERRAND en 1981, et de François HOLLANDE en 2012), ont même vu une partie de leurs droits fondamentaux remis en cause, notamment en ce qui concerne le droit au regroupement familial, avec des procédures dilatoires pouvant durer entre 4 à 6 ans, et il faut encore produire un autre dossier ou y renoncer. Le but est, naturellement, de les dissuader de faire venir leur famille. Ces étrangers africains en situation régulière obtiennent peu la naturalisation, si les compare aux Chinois ou aux autres étrangers. Jacques TOUBON défenseur des droits, estime que ce projet de loi va trop et porte atteinte aux droits fondamentaux de l'individu, et pourrait encourir, de ce fait, la censure de la Cour européenne des droits de l'homme.
 
Par ailleurs, c’est par une simple circulaire, de septembre 1986, que le gouvernement français avait suspendu les accords de libre circulation avec certains pays d’Afrique. Il n’a échappé aux cadres et étudiants africains, voulant se rendre en France, que la politique des visas est devenue ubuesque, et empreinte d’humiliations quotidiennes, sans que les gouvernements africains ne réagissent.
 
Dans un monde racisé et ethnicisé où les idées du Front national ont, en partie, triomphé, les Français issus des pays d’Afrique et du Maghreb sont considérés comme des «immigrés», des «Non-Souchiens» pour reprendre un terme d’Alain FINKIELKRAUT. Je vous ai relaté, tout récemment, le cas de Mme Rokhaya DIALLO, congédiée fort injustement de la Commission nationale du Numérique, des lynchages, comme au temps de «Strange Fruit», de Mme Sibeth N’DIAYE, pourtant conseillère en communication de M. MACRON, de Mme Danièle OBONO, députée de la France Insoumise. Je n’oublie pas le cas emblématique de Mme Christiane TAUBIRA qui avait dénoncé le funeste projet de loi sur la déchéance de la nationalité de M. HOLLANDE.
 
Quelles perspectives ?
 
Lors de la campagne des présidentielles de 2017, M. MACRON qui avait pris des engagements à considérer l’Afrique comme un continent «d’opportunités», ne voit désormais les Africains qu’en termes d’immigration, de surpopulation, d’insécurité et d’aide internationale.
 
Pourtant l’enjeu majeur de ces questions d’immigration vers l’Europe et les conditions pour les solutionner, durablement, c’est la justice, la fraternité et la paix dans les relations internationales. En effet, il n’a échappé à personne, que les demandeurs d’asile, principalement accueillis non pas par les Occidentaux, mais par des pays du Tiers-monde (Liban, Tunisie, Turquie), viennent des zones de guerre que les Occidentaux ont allumés, sans stratégie cohérente (Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, guerre palestino-israélienne, etc.). On largue à longueur de journée des bombes, depuis plus de 35 ans, à coût de milliards, dans les pays du tiers-monde, mais on se soucie peu du bien-être de ces populations.
 
Les pays africains n’ont pas besoin d’une aumône de la France, mais de justice, qu’on paie à un bon prix leurs matières premières. Il faudrait mettre un terme à cette «castration» des Africains, à travers le système dit de la «Françafrique» et à ces régimes préhistoriques, organisant un pillage des richesses du continent noir (voir mon post sur De Gaulle et l’Afrique). Là c’est un enjeu majeur des années à venir.
 
C’est aux Africains eux-mêmes de se libérer du néocolonialisme, de cette tutelle depuis l’indépendance. Pour échapper à cette castration Emmanuel KANT avait défini, dès 1784, et à juste titre, les Lumières comme étant «la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute lorsqu’elle ne résulte pas d’une insuffisance de l’entendement, mais d’un manque de résolution et de courage sans être dirigé par un autre. Aie le courage de te servir de ton entendement !».
 
Les Etats de l’UEMOA viennent de décider le principe d’une monnaie unique africaine à partir de 2020, avec «une approche graduelle privilégiant un démarrage avec les pays qui respectent les critères de convergence». C’est un bon début, mais il faudrait convaincre le Nigeria.
 
Paris, le 23 décembre 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
L'immigration, une obsession identitaire.

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 09:51

Si M. Mounir MAHJOUBI, député du XIXème et Secrétaire d’Etat au  Numérique, mettait fin aux fonctions de Mme Rokhaya DIALLO au sein du Conseil national du numérique, ce serait un casus belli.


Mme Rokha DIALLO, journaliste et une habitante du XIXème arrondissement, d’origine sénégalaise, et bien investie pour le combat de la diversité, ne cesse de dénoncer, à juste titre, que les Français issus de l'immigration ont été "chassés de la lumière" en référence à une expression de James BALDWIN. Traités en citoyens de seconde zone, en indigènes de la République, les "Non-souchiens" suivant une expression d'Alain FINKIELKRAUT, pourtant qui a des racines polonaises, doivent rester des nègres sages et obéissants. Cette conception ethnique, esclavagiste et colonialiste de la nationalité suscitera une grave réprobation.


Le gouvernement s'est inquiété de la présence de Rokhaya Diallo, écrivaine, militante féministe et connue pour ses positions antiracistes et contre l'islamophobie. Elle est également chroniqueuse au sein de l'émission Touche pas à mon poste. C'est la députée de droite "Les Républicains", Valérie BOYER, qui s’est insurgée contre cette nomination, qualifiant Mme Rokhaya DIALLO de militante "féministe" et "décoloniale". Grande amie de Laurent WAUQUIEZ, la députée des Bouches-du-Rhônes, Valérie BOYER, fait partie de cette Droite lépenisée et décomplexée qui pratique le racisme à haute dose.

Lors de son voyage en Algérie, et en réponse à une question d'un jeune, le président MACRON prétendait que la colonisation c'est du passé ; il faudrait maintenant regarder l'avenir. Certes, le président MACRON a accordé une importante place à la diversité au sein de l'assemblée nationale, et je l'en avais félicité. Mais aussitôt après, M. MACRON a bâillonné la liberté d'expression de cette sensibilité particulière. Un bon nègre, c’est celui qui ferme sa gueule et qui fait ce qu’on lui demande de faire, en somme un retour à la «Case de l’Oncle Tom». La France serait-elle devenue une énorme plantation de canne à sucre ? C’est une conception esclavagiste de la citoyenneté, pour nous les «Non-souchiens»,  une diversité alibi qu’il faudrait, énergiquement, dénoncer. Dans sa démarche colonialiste et paternaliste, M. MACRON avait, lui-même, ravalé le président Burkinabé au rang de simple électricien.


Nous n'avons ni yacht, ni de Harley-Davidson, ni maisons secondaires dans les paradis fiscaux (Suisse et Saint-Barthélémy). Nous les «Non-souchiens», notre principale richesse ce sont les valeurs républicaines d'égalité réelle et non de façade, de fraternité et de bien-vivre ensemble. Si la République reste confinée à l'entre-soi et uniquement pour les gens qui vont bien, nous contesterons fortement cet ordre hypocrite et paternaliste.


Cette conception ethnique, esclavagiste et colonialiste de la citoyenneté, issue d'un "Vieux monde", appellera, de notre part, une prompte et vigoureuse réaction.

Je rappelle que Mme Marie EKELAND, présidente du Conseil numérique, et Yves GEOFFARD ont démissionné du Conseil national numérique, estimant que les conditions de sérénité et d'indépendance cet organisme ne sont pas réunies.


Paris, le 20 décembre 2017, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.f

«Une chasse aux sorcières des Non-souchiens : le cas de Mme Rokhaya DIALLO», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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