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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 21:49

«Le Nègre en Amérique était comme le phénix et il surgirait, un jour, du feu auquel l’Amérique l’avait consigné» déclare Langston HUGHES, qui appelait de ses vœux une révolution culturelle ; il voulait réaffirmer la dignité de l’Afro-Américain, régénérer sa culture et l’encourager à assumer pleinement la dignité de sa personnalité. Humaniste, résolument aux côtés des plus démunis, privilégiant la culture populaire et musicale des Noirs, Langston HUGHES diverge avec Countée CULLEN (1903-1946), un des tenants du mouvement Harlem Renaissance, qui en vint à braver quiconque suggérait que ses origines raciales devaient déterminer son patrimoine poétique ; CULLEN considérait que l'héritage poétique anglo-américain lui appartenait autant qu'à n'importe quel Américain blanc de son époque. En revanche, pour Langston HUGHES, ce jeune poète nègre, prometteur, qui désire être un poète, non un poète nègre, reste, par là même, prisonnier de la peur et de la honte attachée à la position du Noir dans la culture américaine. Langston HUGHES incarne la perte progressive du complexe d’infériorité des artistes noirs américains ; il exhibe sa fierté d’être Noir, écrire Noir, c’est écrire Noir américain : «Nous, jeunes artistes noirs, entendons exprimer nos mois à la peau noire, sans peur, ni honte aucune» dit-il. Ainsi, dans son manifeste, de juin 1926, «The Negro Artist and the Racial Mountain», Langston HUGHES professa, selon une formule connue, que les poètes noirs devaient créer «un art nègre» caractéristique, luttant contre l'incitation à se rapprocher de la race blanche : «Nous jeunes artistes nègres qui créons aujourd’hui entendons exprimer nos moi individuels et à la peau foncée sans peur ni honte. Si cela plaît aux Blancs nous sommes contents. Si cela n’est pas le cas, cela n’a pas d’importance. Nous savons que nous sommes beaux. Le tam-tam pleure et le tam-tam rit. Si cela plaît aux gens de couleurs nous en sommes contents. Si ce n’est pas le cas, leur déplaisir n’a pas d’importance non plus. Nous construisons nos temples  pour demain, aussi solides que nous savons faire, et nous nous tenons debout au sommet de la montagne, libres en nous-mêmes», écrit-il dans un texte majeur, du 23 juin 1926, «Les artistes noirs et la montagne raciale» (The Black Artists and the Racial Mountain). Ce relèvement des Noirs américains, c’est autre chose que la prétention sociale de la bourgeoisie noire «pleine de suffisance, satisfaite et respectable, singeant les manières et les valeurs blanches» dit-il.

La position de Langston HUGHES, prônant, un éveil des consciences, par une démarche radicale, est originale par rapport à ses devanciers ou ses contemporains. L’une des conséquences immédiates de la publication de «Ames Noires» de W. E.B DUBOIS a été la naissance à Harlem, un vaste mouvement social et culturel dans tous les domaines : littérature, théâtre, musique danse etc. Booker Taliaferro WASHINGTON (1856-1915), un gradualiste, de la bourgeoisie noire, estimait, et en renonçant à tout combat politique pour l’égalité des droits, que l’instruction était seule en mesure de libérer les Noirs américains de l’aliénation et de la ségrégation raciale. Auteur des «Ames Noires», W. E Du BOIS (1868-1963, (voir mon post du 13 avril 2016) entendit aller à contre-courant, en estimant que le «Talented-Tenth», l’élite noire avec une éducation de qualité, devait jouer de ses avantages (position sociale, prestige intellectuel, etc.) pour, d’une part, faire avancer la masse et de l’autre, fournir la preuve, aux yeux des Blancs, de ce dont étaient capables les Africains-Américains, pour peu qu’on leur donne une chance. Langston HUGHES avec son groupe des Niggerati, et en écrivain engagé et réaliste, ne voulait pas écarter les masses populaires, notamment les plus déshérités, de ces changements sociaux. «Je suis Noir et je suis pauvre. Et cette combinaison entre couleur et pauvreté me donne le droit de parler au nom de la communauté la plus opprimée d’Amérique» écrit Claude McKAY (1889-1948). Langston HUGHES exprime une autre voix dissonante, par rapport à Du BOIS, sur l’art et la propagande. L’art doit être un moyen d’expression personnelle et un chemin vers l’élévation de l’esprit tandis que la propagande «perpétue la position d’infériorité d’un groupe alors même qu’elle la combat en ce qu’elle s’exprime dans l’ombre d’une majorité dominante qu’elle apostrophe, cajole, menace ou supplie» écrit Alain LOCKE.

Marcus GARVEY (1887-1940) préconisait un retour en Afrique avec son slogan «Back to Africa Movement» ; une Afrique unifiée, donc puissante, constituerait à la fois une protection et un point de repère pour la diaspora. GARVEY encourageait les Noirs à «être fiers de leur couleur et à considérer l’Afrique comme leur patrie passée et future». S’il revendique sa fierté raciale, Langston HUGHES se dit, avant tout, Américain. Le «New Negro» se voyait dorénavant avec des yeux nouveaux et entendait imposer sa nouvelle image au Blanc. En d’autres termes,  HUGHES venait de franchir le fossé psychologique qui, naguère, l’empêchait d’assumer sa culture, son passé d’esclave, son origine africaine. Il se réveillait comme d’un long sommeil de pierre pour prendre conscience que son passé était non seulement digne de considération, mais encore intimement lié à celui des Blancs. Alain LOCKE (1885-1954) formula ainsi cette nouvelle tendance : «L’art des Noirs en Amérique est l’un des plus beaux et des plus sophistiqués (…) en tout cas ce sont des artistes modernes et les critiques d’art les plus sophistiqués de notre génération qui le disent». Langston HUGHES est convaincu qu’il appartient à une race qui a ses qualités et ses défauts, comme les autres, et que le Noir est un être à part entière. Par conséquent, il doit affirmer et défendre son identité et lutter contre les stéréotypes et les idées reçues. «Sa vision des relations sociales est d’une rare clarté, notamment lorsqu’il aborde les thèmes de l’intégration, du néo-paternalisme, de la philanthropie, du métissage et enfin du lynchage, apocalypse selon lui de l’injustice. C’est dans cette description sans complaisance d’une réalité cruelle et révoltante que se manifeste le mieux l’humanité de Langston Hughes. C’est aussi singulièrement par la compassion et l’humour qu’il répond à l’injustice, à l’hypocrisie et à l’intolérance» écrit Aloyse EYANG.

Poète, nouvelliste, dramaturge et éditorialiste américain majeur du XXème siècle, chef de file de ce mouvement Harlem Renaissance (1924-1930), Langston HUGHES aura contribué, de façon décisive à la reconnaissance culturelle et sociale des Noirs américains. L’homme noir s’est vu au fur à mesure de l’esclavage et de la colonisation, assujetti à la «domination blanche» réduit au rang de chose, dépossédé de ses biens, de sa dignité et de son identité, et n’a cessé de s’efforcer de se libérer du joug de ses maîtres. «Pendant des siècles l’homme noir semblait n’être né que pour travailler. Travailler dur comme un Nègre, et travailler pour les autres. Puis, vint, un moment (…) où se trouva campé des deux côtés de l’Atlantique, mais d’abord aux Etats-Unis, un nouvel homme noir. Un «New Negro», qui brouillait l’image traditionnelle que gardait de lui l’homme blanc. Un homme qui suggérait une manière autre, un peu mystérieuse, d’être homme», écrit Louis Thomas ACHILLE dans la préface de la «Revue du Monde Noir» de 1931-32.  Grâce, notamment à HUGHES, Harlem est devenu la capitale mondiale de la culture noire, «La Mecque noire» ce que Carl Van VECHTEN (1880-1964) baptisa, en 1926, «New Heaven» ou «Le paradis des Nègres». Harlem Renaissance réclamait pour les Noirs les droits civiques comme le droit de vote, le droit à l’instruction etc. et avait pour objectif premiers la lutte contre :

 - La discrimination (le racisme, la marginalisation des Noirs, l’aliénation.)
- La revendication de tous les droits particuliers accordés à tout américain de naissance.
- La réhabilitation de l’ensemble des valeurs relatives aux Noirs.

Né le 1er février 1902, à Joplin, dans l’Etat du Missouri, d’une mère noire et d’un père blanc, James Mercer Langston HUGHES aura une enfance et une jeunesse marquées par la pauvreté de ses parents. Sa mère, Carrie Lansgton HUGHES (1873-1938), une enseignante et son père, James Nathaniel HUGHES (1871-1934), se séparent très tôt. Les Américains noirs ont les mêmes problèmes que les autres Américains : «Plus the just being Negro» dit-il dans «The Big Sea». Homme de couleur, quand il naît, trente-sept ans à peine se sont écoulés depuis que se sont tus les canons de la Guerre de Sécession. Après la confuse période de Reconstruction, les vaincus du Sud sont rentrés en grâce et prennent activement leur revanche sur les plus faibles. Il n’est pas rare, à l’époque, de voir des groupes de Blancs «remettre à leur place» par la corde et par le feu, les Noirs assez insolents pour prétendre jouir des droits que leur donne la Constitution. C’est dans une curieuse atmosphère de tension que vont se passer les premières années du gamin. Le ménage de ses parents subit, en effet, les contrecoups de la situation ambiante. Le père de Langston, un juriste, envisageait de s’inscrire au barreau, mais en raison des lois Jim Crow, cette ambition fut contrariée. «My father wanted to go away where a colored could get ahead away and make money quicker and my mother did not want to go» dit-il «The Big Sea». Son père s’exila alors au Mexique où il devient, par la suite, le gérant d’une usine d’électricité, et a pu s’acheter un grand ranch.  Langston HUGHES décrit son père comme un individu cupide, obsédé par l’argent : «Money become his God. (…) Hurry up was his word. He was always in a hurry to trying to make more money» dit-il.

De 1908 à 1915, Langston alla s’installer à Lawrence, dans le Kansas, chez sa grand-mère maternelle, sa mère s’étant remariée, et avait du mal à joindre les deux bouts. Sa grand-mère, Mary LANGSTON a du sang noir et Cherokee, et lui insuffle la fierté raciale du peuple noir. «La vie, dans les histoires de grand-mères, s’écoulait toujours vers une fin héroïque. On travaillait, on complotait, on se battait. Mais on ne pleurait pas. Quand grand-mère mourut, je ne pleurai pas non plus. Il y avait un je ne sais quoi dans les histoires de grand-mère qui m’enseignait, sans qu’elle me l’eût jamais dit, que pleurer était toujours inutile», dit-il. En effet, sa grand-mère, «dernière veuve survivante» de l’épopée de John BROWN (1800-1859, un abolitionniste blanc, mort par pendaison), et qui, à ce titre, avait eut droit aux honneurs de la Maison-Blanche sous la présidence de Théodore ROOSVELT. Mary Simpson PATTERSON (1836-1915), la grand-mère, avait, en effet, épousé, en premières noces, Sheridan LEARY (1835-1859), homme libre, tué lors de l’attaque de John BROWN contre le Ferry de Harper : «Elle était enceinte à Oberlin, nous raconte son petit-fils dans son autobiographie, lorsque Sheridan Leary partit et personne ne savait où il était allé. Il lui avait seulement dit qu.il était parti faire un tour. Quelques semaines plus tard, on lui rapporta son foulard troué de balles. Il avait été tué, aux côtés de John Brown, au cours de l’héroïque expédition de Harper’s Ferry», dit-il. Sa grand-mère se remaria alors avec Charles Henry LANGSTON (1817-1892), le frère de John Mercer LANGSTON (1829-1897), premier Noir avocat dans l’Ohio, député en Virginie de 1888 à 1894, et premier doyen Noir à Howard Law School.

En 1916, le jeune Langston ira rejoindre sa mère, Carrie HUGHES remariée à Homer CLARK, à Cleveland, dans l’Ohio, et là qu’il acheva ses études secondaires. C’est là, qu’à l’école secondaire, il écrira son premier poème «puisqu’il est noir (ils sont deux dans la classe) et que les Noirs, c’est bien connu, savent tous chanter et danser». Son professeur d’anglais, Mme WEIMER, lui présenta un poète, historien et écrivain d’origine suédoise, Carl SANDBURG (1878-1967), auteur de «Chicago Poems» et qui lui apprend l’amour de la poésie. En effet, le jeune Langston, sous l’influence de Paul Lawrence DUNBAR (1872-1906) et, surtout, de Carl SANDBURG, entre véritablement en poésie, chantant la ville : «les aciéries où travaille son beau-père, les taudis où (ils) habitaient, les filles venues du Sud qui arpentaient les chaussées de Central Avenue». Il compose le poème «Negro Speaks to the Rivers» à la fin de ses études secondaires, en 1920. Le jeune Langston en lisant Guy de MAUPASSANT (voir mon post sur cet écrivain du 11 juillet 2017) à l’âge de 14 ans, a senti sa vocation littéraire naître : «Jamais je n’oublierai l’émotion que j’éprouvai lorsque j’ai compris, pour la première fois, le français de Guy de Maupassant. (…) Je pense que c’est grâce à Guy de Maupassant que j’ai réellement souhaité devenir écrivain et composer des histoires sur les Noirs, histoires si vraies qu’on les lirait au bout du monde, même après ma mort» écrit-il.

En 1920, Langston se rendit, pendant 15 mois, vivre avec son père au Mexique, et donna des cours d’anglais, durant ce séjour, à de riches familles mexicaines. Son père, considérant que le métier n’étant pas rentable, voulait l’inscrire à une université suisse, puis à des études d’ingénieur en Allemagne, pour gérer, par la suite, les affaires familiales. Mais le jeune Langston n’aime pas les affaires, il voulait devenir un écrivain et poète. Cependant, il réussit à convaincre son père de financer ses études à l’université de Columbia, à New York, pour l’année 1922. Langston ne resta qu’un an à cette université ; il n’aimait pas étudier : «I did not like Columbia, nor the studients, nor anything. I was studing, so I did not study. I want to show read books and attended at the Round School» dit-il, désabusé. Ce fut la rupture avec son père. C’est la période où il poursuit l’écriture de ses poèmes et rencontre Countée CULLEN ainsi qu’Alain LOCKE, qui l’aident à les publier. HUGHES reçoit pendant un certain temps, l’aide financière de Charlotte Osgood MASON (1854-1946) et vit de petits boulots.

Ce qu’apprécie, le plus, Langston, c’est l’école de la vie. Aussi, en 1923, il s’embarque pour l’Afrique, et travaille pour une compagnie maritime. En 1924, il se trouve à Paris, et il est employé dans un cabaret à Montmartre. En novembre 1924, grâce à Walter WHITE, il fait la connaissance, à New York, d’Arna BONTEMPS (1902-1973) et Carl Van VECHTEN (1880-1964) qui l’introduisit à différentes revues noires (Opportunity, The Crisis) et blanches (The Survey-Graphic, Vanity Fair, The World To Morrow) qui publieront ses articles. En 1925, il est invité en Italie par Alain LOCKE. A son retour aux Etats-Unis, il prend un emploi de bureau à Washington, qu’il abandonne vite. En 1925, devenu employé d’un hôtel à Washington, c’est en desservant la table du poète Vachel LINDSAY (1879-1931), qu’il a reconnu, que HUGHES lui remet le manuscrit de son poème, «The Weary Blues». LINDSAY le lit et dès le lendemain matin c’est la célébrité. Des nuées de reporters s’abattent sur l’hôtel pour photographier et interviewer le nouveau poète noir, en uniforme de service, sa pile d’assiettes sales en équilibre sur sa main. En 1926, il publie les fameux poèmes «The Weary Blues» (Le Blues du désespoir), chez Alfred KNOPF, et c’est la même année, dans la revue, «The Nation» qu’il publie «The Black Artist and the Racial Mountain».

Cependant, en 1926, et par fierté, Langston HUGHES s’astreint à terminer ses études, avec l’appui financier de Amy SPINGARN, et sera diplômé, en 1929, de l’université de Lincoln, en Pennsylvanie, et se rend à Cuba. En 1930, il rencontre Zora Neale HURSTON (1891-1960) qui s’intéresse au folklore du Sud, et lui à la culture noire à Harlem, mais vont se brouiller autour de la paternité de «Mule Born» ; chacun accusant l’autre de plagiat. Il remporte un prix «The Bynner Prize of Undergrated Poetry» et en 1931, «The Hammon Award of Literature». En 1933, il se rend à Moscou, et sera suspecté d’être communiste. Il obtient, en 1935, une bourse de la Fondation Guggenheim et il s’engage en 1937, comme correspondant de presse, lors de la guerre civile en Espagne.

En 1924, Langston HUGHES a séjourné à Paris, haut lieu de ralliement des intellectuels noirs américains (Richard WRIGHT, Chester HIMES, James BALDWIN, Ta-Nehesi COATES, etc.). Paris était une ville empreinte de colère et d’amour, de tendresse et de révolte, et le chant de ces Noirs pour la Fraternité s’élevait au cœur de la République des droits de l’Homme pour apporter l’espoir et l’espérance. Un critique littéraire, note en 1929, que «Jusqu’à présent les Nègres d’Amérique n’ont rien écrit de remarquable pour le théâtre, mais ils ont des poètes qui valent les meilleurs de ceux d’Amérique. Langston Hughes est l’un des plus dignes d’être connus en France. (…). La poésie de Langston Hughes est savoureuse et variée, pleine de mouvement, toujours plus nombreuse» écrit Franck SCHVELL. Langston HUGHES est un amoureux de Paris : «Je m’y sens aussi à l’aise qu’à New York. Du point de vue racial, il n’y a pas entre ces deux villes une énorme différence. La plus évidente, à mes yeux, est une question de coiffeur : à New York, je dois aller me faire couper les cheveux à Harlem ou dans un quartier noir ; à Paris, je vais où bon me semble. La plupart des Noirs américains trouvent l’atmosphère de Paris plus libre que celle de nos grandes villes. (..) En Amérique vous êtes forcé d’être conscient de votre race presque tout le temps. (…) Lorsque je viens à Paris, je ne dois pas penser que je suis Noir, mais moi-même, un individu.», écrit-il, en mai 1965, dans une interview, «Le problème noir aux Etats-Unis». Pourtant, de nos jours, les œuvres de Langston HUGHES sont difficiles à trouver en langue française ; elles n’ont pas été rééditées.

Langston HUGHES est mort à l'âge de 65 ans, le 22 mai 1967, à New York des suites d’une crise cardiaque. Ses cendres ont été dispersées à proximité du Centre Arthur Schomberg pour la Recherche sur la Culture Noire situé à Harlem.

Ecrivain prolifique, entre 1926  et 1967, HUGHES a consacré sa vie à l’écriture et à des conférences. Il a écrit seize livres de poèmes, deux romans, trois recueils de nouvelles, quatre volumes de «éditorial» et «documentaire» fiction, une vingtaine de pièces, poésie, comédies musicales et opéras pour enfants, trois autobiographies, une douzaine de radio et de scénarios pour la télévision et des dizaines d’articles de magazine. Phénomène littéraire en quelque sorte, Langston HUGHES l'est non seulement parce qu'il a pratiqué tous les genres, y compris la comédie musicale, mais parce qu'il est l'un des premiers Noirs américains à avoir vécu de sa plume et, sans conteste, celui qui a le plus œuvré pour faire connaître les productions culturelles de ses congénères du monde entier par sa contribution littéraire. Il se raconte dans deux importantes autobiographies, en 1940, «The Big Sea » (Les Grandes Profondeurs) et en 1956, «I Wonder as I Wander » (Plus je bouge, plus je m'interroge).

Homme de la gauche radicale, d’humeur vagabonde et se qualifiant de «poète social», Langston HUGHES est un écrivain réaliste et socialiste. Le but du réalisme : «Is to show the real life, note the facts, and real people. The realistic poet replace the traditional themes of poetry such as nature and live with the concern of social themes”, écrit dans sa thèse Temperance Jackson ARMSTEAD. Ecrivain engagé, il voulait éduquer, persuader, convaincre, bref animer une culture orale populaire et politique. C’est en cela, que la contribution littéraire de Langston HUGHES rejoint le réalisme de Louis ARAGON (voir mon post) : «Au lieu de limiter ses thèmes de composition à la beauté des fleurs et à la splendeur des couchers de soleil, il attaque de préférence les problèmes sociaux de ses congénères. Et la peinture de leur condition est toute imprégnée de propagande militante en faveur de certaines voies et moyens de libération» écrit Claude SOUFFLANT. Ses poèmes célèbrent, des images rythmées et musicales, avec un sens aigu du réel, le thème qui les inspira : les souffrances et les aspirations des Noirs américains, la Diaspora. Langston HUGHES admettait qu’une littérature prônant les aspects positifs de la race était nécessaire, mais il pensait aussi que les écrivains noirs ne devaient pas ignorer ni mépriser ceux qui habitaient les ghettos car eux aussi étaient dignes de «traitement littéraire» et comptaient autant que les «nantis» dans la plus grande équation humaine : «Poets who wrote mostly about love, roses and moonlight, sunsets and snow, must lead a very quiet life. (…) Unfortunately, having been born poor, and also colored, in Misouri, I was stuck in the mud from the beginning” écrit HUGHES dans un article “My Adventures as a Social Poet”. En écrivain réaliste, HUGHES dépeint dans ses œuvres de la vie des prolétaires noirs partagée entre joies, désillusions, espoir, etc. le tout teinté  de jazz et de Blues. Ainsi HUGHES dira plus tard: «J'ai cherché à comprendre et à décrire la vie des Noirs aux États-Unis et d'une manière éloignée, celle de tout humain» dit-il. Par son travail, HUGHES a cherché à montrer l'importante d'une «conscience noire» et d'un nationalisme culturel qui unit les hommes plutôt que les oppose. «Most of my poems are racial in the theme and treatment derived from the life I know», dit notre poète.

Langston HUGHES affiche fièrement ses origines africaines, et se revendique aussi, et surtout, comme étant américain.

I – Langston HUGHES, l’Africain

En 1923,  Langston HUGHES a voyagé à l’étranger sur un cargo au Sénégal, au Libéria, au Nigéria, au Cameroun, en au Congo belge, en Angola et en Guinée «O le soleil de Dakar ! O les filles noires de Burutu» écrit-il. Langston HUGHES a été admiratif du poème de Countée CULLEN «Qu’est-ce que l’Afrique pour moi ?», aussi, pendant la traversée en bateau pour le Sénégal, il ne manqua pas de lui faire part de ses impressions concernant les aubes et crépuscules inouïs : «de cuivre et d’or luisant, puis le reflet d’un vert doux du crépuscule tropical qui s’attarde et bientôt les étoiles dans l’eau, puis l’écume lumineuse, phosphorescente, des crêtes de vague autour du bateau» écrit-il le 1er octobre 1923. Langston HUGUHES fait part de ses émotions pour la découverte de l’Afrique : «Tous ces jours-là, j’attendais avec impatience de voir l’Afrique. Et finalement, en apercevant les collines d’un vert poudreux sous le soleil, quelque chose me tordit les entrailles. Mon Afrique, patrie des peuples ! Et moi, qui étais un nègre ! L’Afrique ! bien réelle, bien palpable et non seulement une évocation dans un livre» écrit-il dans son livre «The Big Sea».

Langston HUGHES, en quête de son identité africaine, cherche à affirmer sa condition d’homme noir : «Tous les tambours de la jungle roulent dans mon sang. Et, toutes les lunes sauvages et brûlantes des jungles brillent dans mon âme» écrit-il. Langston HUGHES revendique son héritage africain, en indiquant qu’il existe une voie vers un questionnement de la conscience rebelle, de l’altérité, de la découverte et de l’estime de soi : «Héritage» L’Afrique, qu’est ce donc pour moi ; Soleil cuivré, mer écarlate. L’Afrique ? Un livre qu’on feuillette distraitement, jusqu’au sommeil, oubliées ses chauves- souris volant en cercle dans la nuit. Ses félins tapis aux roseaux guettant la tendre proie qui paît au bord du fleuve ; plus jamais  de rugissement qui claironne ; «De la graine où elles dormaient des griffes de roi ont bondi». Les serpents qui rejettent une fois l’an ces jolies peaux que vous portez, ne cherchant pas comme vous à fuir les regards». S’il reconnaît ses origines africaines et se plaint de cette civilisation si dure, si forte, si froide, HUGHES n’ignore pas qu’il est un fils éloigné de l’Afrique dont la personnalité s’est fragmentée. Son poème «Afro-American Fragment» est un titre révélateur à cet égard. Ainsi donc, les tam-tams de la jungle qui battent dans le sang de HUGHES, les lunes sauvages et chaudes qui brillent dans son âme ne sont qu’une «adoption» de ses lointaines origines africaines. HUGHES indique que les Noirs américains, dans leur quête d’identité, ont une dette à l’égard de l’Afrique : «Lorsque tu ne sais où tu vas, regarde d’où tu viens» énonce un proverbe africain. Claude McKAY (1890-1948), dans son «Banjo» partage ce point de vue de Langston HUGHES. En effet, le personnage de Ray, évoluant à Marseille, autour du «Café africain», bien cosmopolite, tenu par un Sénégalais, considère que les Noirs originaires d’Afrique restent l’incarnation de l’authentique âme nègre : «Sauvage, belle brute heureuse, être païen et sensuel, musicien inné à la grâce animale, «The true tropical Negro», modèle inconscient d’une fierté et joyeuse acceptation de soi, éveille l’admiration et l’envie de Ray» écrit Liliane BLARY. L’Afrique, terre opprimée et exploitée, se trouve ainsi célébrée comme une matrice d’une civilisation féconde, bâtie sur des valeurs ancestrales, populaires et agraires, dont participent tous les peuples de la Diaspora noire.

En poète réaliste et engagé, Langston HUGHES, partout où il passe se préoccupe de la condition des colonisés ou des gens dominés, fait des comparaisons de situation et réfléchit aux voies et moyens de leur relèvement, aujourd'hui nous dirions de leur développement. «Les frontières du Tiers-Monde ne sont pas purement géographiques, mais culturelles et politiques. Elles outrepassent les délimitations nationales»  écrit Claude SOUFFRANT. Ainsi, à Dakar où il débarque en 1923, HUGHES fut frappé par la misère des salaires «indigènes», le prix dérisoire que les trafiquants étrangers payaient pour les biens qu'ils emportaient ; la superbe des colons menant à la cravache la population locale et, littéralement, faisant la loi dans le pays. Cette condition exploitée et humiliée n'est-elle pas, pensait-il toutes proportions gardées, la même que celle des Noirs aux États-Unis. En 1931, lors de sa tournée aux Antilles, il observe que le paysan est le paria de la société haïtienne, tout comme le Noir est le paria de la société américaine. Ce mépris même dont le paysan noir est, dans une République noire, l'objet, a été pour Hughes le scandale des scandales. Cette découverte fut le choc détonateur qui fit éclater sa nouvelle conception sociale ; il fait l’articulation du racial et du social. Ainsi, dans son livre tiré de ce voyage, et intitulé «Popo et Fifine», HUGHES signale le grand dénuement du paysan haïtien qui va nu pieds, se vêt de haillons, circule à dos d'âne, que son habitat est constitué d'insalubres paillotes où l'équipement ménager est rudimentaire : pas de lit, on se couche à même le sol, sur des nattes. C'est que l'argent est rare dans la campagne haïtienne, rare au point qu'on y réfléchit à deux fois avant de dépenser des centimes. HUGHES se radicalise et appelle à la Révolution : «La même chose, pour moi, c'est partout la même chose sur les quais de Sierra Leone dans les champs de coton d’Alabama, dans les mines de diamant de Kimberley, dans les caféiers des mornes d'Haïti, les bananeraies de l’Amérique centrale, les rues de Harlem, et les villes du Maroc et de Tripoli, des Noirs exploités, battus et volés, fusillés et tués, du sang irriguant une moisson de dollars, livres, francs, pesetas, lires, pour la richesse des exploiteurs, sang répandu sans profit pour ceux qui saignent, mieux vaut que mon sang, coule dans les profonds canaux de la révolution, meuve ses bras puissants, tache les drapeau rouges, et en finisse avec les Sierra Leone, Kimberley, Alabama, Haïti, Amérique centrale, Harlem, Maroc, Tripoli, et tous les pays noirs de partout, et avec cette force qui tue, ce pouvoir qui vole, le goût du lucre quoi qu'il en coûte aux autres, mieux vaut que son sang se mêle à celui de tous les révolutionnaires du monde,  jusqu'à ce que tous les pays soient débarrassés des chevaliers du dollar, livre, franc, de la peseta, de la lire, jusqu'à ce que les armes rouges du prolétariat international, prolétaires noirs, blancs, jaunes, bruns, s'unissent pour lever le drapeau rouge sang qui plus jamais ne descendra».

«Plus que toute autre carrière d’écrivain noir américain,  celle de Langston semble, à ses débuts, avoir été placée sous le signe de l’Afrique» écrit Ibrahim SALEBAN. Au moment où la Renaissance de Harlem prenait son essor, son poème, «Le Noir parle des fleuves», rassemblait, dans la même métaphore, les Noirs de la terre ancestrale baignée par le Nil, l’Euphrate et le Congo et les descendants d’exilés dispersés sur les rives du Mississipi : «J'ai connu des fleuves». J'ai connu des fleuves anciens comme le monde et plus vieux que le flux du sang humain dans les veines humaines. Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves. Je me suis baigné dans l'Euphrate quand les aubes étaient neuves. J'ai bâti ma hutte près du Congo et il a bercé mon sommeil. J'ai contemplé le Nil et au-dessus j'ai construit les pyramides. J'ai entendu le chant du Mississippi quand Abraham Lincoln descendit à la Nouvelle-Orléans, et j'ai vu ses nappes boueuses transfigurées en or au soleil couchant. J'ai connu des fleuves : Fleuves anciens et ténébreux. Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves».

Dans un autre poème, Un Nègre, Langston HUGHES  écrit : «Je suis nègre. Je suis noir comme noir est la nuit, noir comme les profondeurs de mon Afrique. J’ai été esclave. César m’a enjoint de frotter le seuil de sa demeure. J’ai brossé les bottes de Washington. J’ai été artisan. Sous mes mains se sont élevées les pyramides. J’ai gâché le mortier de Woolworth Building. J’ai été chantre. Toute la route d’Afrique jusqu’en Géorgie a retenti du chant de ma douleur : ragtime. J’ai été victime. Jadis au Congo on me coupa les mains. A présent, c’est au Texas qu’on me lynche. Je suis un nègre. Noir comme la nuit est noire. Noir comme les profondeurs de mon Afrique».

Langston HUGHES, ainsi que le mouvement Harlem Renaissance, sont les précurseurs de la Négritude. Avec Langston HUGHES, «La Négritude était déjà là, dans tous ses sens», affirme Aimé CESAIRE. «J’aurais l’impression de manquer à mon devoir si je ne profitais pas de l’occasion qui m’est offerte ici pour payer une dette de gratitude. Le point que je veux soulever est un point historique. Ce n’est pas nous qui avons inventé la Négritude. Elle a été inventée par Langston Hughes, les Countee Mullen, les Claude McKay, les Sterling Brown, et tous ces écrivains de la Renaissance nègre nous lisions en France  aux années 30 et que nous découvrions dans la Revue du Monde Noir. (…) Ils ont été les premiers à dire «Le Noir est beau» dit Aimé CESAIRE le 3 juillet 1979, dans son discours inaugural du 8ème festival culturel de Fort-de-France. CESAIRE poursuit : «Ils ont été les premiers à exprimer, comme Etienne Léro, que «l’amour africain de la vie, la joie africaine de l’amour, le rêve africain de la mort». Ils ont été également les premiers, j’insiste, à proclamer : «Mieux vaut mourir que de vivre à genoux». Et CESAIRE d’ajouter «Je me souviens encore des paroles de Langston Hughes et de son manifeste du nouveau Noir». Ce point de vue de CESAIRE est en adéquation avec celui de Léopold Sédar SENGHOR émis en 1967 : «Le mouvement de la Négritude, la découverte des valeurs noires et la prise de conscience par le Nègre de sa situation, est né aux Etats-Unis (…). Les poètes de la Négro-Renaissance qui nous influencèrent le plus sont Langston Hughes et Claude Mckay (…). Ils nous ont prouvé le mouvement en marchant, la possibilité, en créant d’abord des œuvres d’art, de faire renaître et respecter la civilisation négro-africaine», dit-il.

Il existe un mouvement «d’aller-retour», suivant Hélène DEVAUX, entre l’Amérique noire et l’Afrique. Le concept de Négritude, avec le terme de «Blackness» pénétra les Etats-Unis, sous l’influence de Langston HUGHES. Par conséquent, Léopold Sédar SENGHOR qui complimenta HUGHES «Je vous suis particulièrement reconnaissant de défendre notre concept de Négritude qui n’est, au demeurant, que l’ensemble des valeurs de civilisation du Monde noir. (…) Car seules ces valeurs nous permettent de vivre dans un monde de plus en plus humanisé». Langston HUGHES dirigera la délégation des Etats-Unis au Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar, en 1966.

II – Langston HUGHES, l’Américain

Lorsqu’il débarque au Sénégal, en 1923, les Sénégalais prennent Langston HUGHES pour un Blanc, et il leur répond «Je suis Nègre moi aussi».  Langston HUGHES prit alors conscience de sa culture américaine : «Moi aussi, je suis de l’Amérique», un poème extrait  de «The Weary Blues» : «Moi aussi, je chante l'Amérique. Je suis le frère à la peau sombre. Ils m'envoient manger à la cuisine quand il vient du monde. Mais je ris, et mange bien, et prends des forces. Demain, je me mettrai à table quand il viendra du monde. Personne n'osera me dire, alors, «Mange à la cuisine». De plus, ils verront comme je suis beau et ils auront honte, Moi aussi, je suis l'Amérique». Avec ce poème, «Moi aussi, je suis l’Amérique», Langston HUGHES s’identifie aux Noirs pour témoigner et pour créer : pour aider, eux aussi, à faire une Amérique plus américaine parce que plus humaine. Personne ne l’a fait mieux que Langston HUGHES, le plus nègre et, en même temps, le plus américain des poètes négro-américains, et le plus universel. Il revendique l'appartenance à la société américaine et leur identité noire; «moi aussi, je suis l'Amérique». «Je suis le frère obscur» renvoie à la couleur des Nègres, que les Américains (Blancs) assimilaient à la malédiction, à la condamnation. Vivant du reste des repas, HUGHES fait allusion à la cuisine et nous montre la discrimination raciale par opposition au Blanc qui mange à table. Nous avons également l’expression de la résignation, une expérience de vie du Nègre «Mais je ris, je mange bien et je prends de force». Une progression dans le futur. Le futur a valeur de certitude «Demain, je me mettrai à table». Ces vers marquent une rupture avec l’état ancien du poète. Il détruit les liens de dépendance pour accéder à la place qui lui revient de droit. Le processus de contestation est enclenché : «Personne n’osera/ me dire/Alors va manger à la cuisine». Ce poème est une revendication de toute la race noire dont Langston HUGHES est le porte-parole et un appel à l’élan de fraternité. C’est aussi un engagement pour la reconnaissance et la dignité de l’homme noir.

Langston HUGHES se définissant avant tout comme Américain, sa véritable identité a été forgée par les siècles d’endurance et de résistance à la violence en Amérique. «En Amérique où nous vivons à l’écart du courant principal de la société, nous nous sentons pas principalement Américains. Mais, dès qu’il en sort, le Noir comprend bien qu’il est Américain. Ce qui est salutaire. Car, si nous devons mettre un terme aux problèmes raciaux, il faut que le Noir se sente vraiment Américain, parce qu’il l’est. Notre pays est né de la sueur et du labeur du Noir. (…) Le Noir est le plus Américain que quiconque aux Etats-Unis. Précisément, parce qu’il lui reste si peu de son héritage américain» dit HUGHES. Il est donc essentiel que le Noir se positionne d’abord par rapport à sa culture américaine. C’est-à-dire cet ensemble de valeurs communautaires créées et transmises, oralement de génération en génération par les esclaves, avec un dialecte et une musique noires. En effet, pour que «demain brille comme une flamme», il faut d’abord se réconcilier avec le passé. Cette réconciliation implique chez le Noir américain une définition de son identité.

Partie prenante du moment esthétique de la Renaissance de Harlem, il s'y distingue en défendant le folklore africain-américain contre les tenants d'une tradition poétique britannique. Dans ses premiers recueils, avec une écriture dialectale et orale, racontant la douleur, la misère et l’acculturation des Noirs, HUGHES s'inspire des rythmes du blues et du jazz pour composer ses poèmes : «La musique européenne classique jusqu’à Beethoven ne présentait de nous-mêmes qu’une image épurée. Si l’être était malheureux, s’il sanglotait, si, au contraire, il flottait en euphorie, c’est toujours sereinement. Cet être habitait des hauteurs où nous n’avons pas souvent l’occasion de le rencontrer. Le jazz, comme le roman réaliste, peut trouver substance dans le quotidien, non seulement en lui, bien sûr, en lui fréquemment», écrit HUGHES. En effet, Langston HUGHES est un écrivain à la plume humaniste dont l’œuvre «prend sa source dans les arts visuels, la musique, la culture orale du ghetto» et «s’inspire directement du free jazz», écrit Hélène CHRISTOL. «Le jazz n’est pas seulement noir, il est américain. Même chose pour le langage : des termes que j’entendais à Harlem, il y a 20 ans, «Dig», «Cool», «Hip» ou «Square» sont maintenant entré dans le langage américain», dit HUGHES, un auteur contestataire. «Langston Hughes fait partie de ces poètes qui ont nourri  leur travail de l’exploration d’autres arts, en l’occurrence de la musique et des arts plastiques. Omniprésente dans des pans entiers de sa carrière, la musique ne fait pas office chez lui de simples sources d’inspiration, mais une sorte de matrice à un travail d’alchimie : déplacer les rythmes du jazz ou du blues vers le territoire poétique ; c’est-à-dire adapter le langage musical au langage poétique. Il ne s’agit pas seulement d’une imitation (…), mais d’une réflexion sur une possible transposition des structures musicales dans le domaine poétique» écrit Frédéric SYLVANISE. Le poème de Langston HUGHES, «Le lever du jour en Alabama» est, de ce point de vue, édifiant de la place de la musique dans sa poésie ; il rêve d’une «aube harmonieuse» : «Quand je serai devenu compositeur, j’écrirai pour moi de la musique sur le lever du jour en Alabama. J’y mettrai les airs les plus jolis, ceux qui montent du sol comme de la brume des marécages, et qui tombent du ciel comme des roses douces. J’y mettrai des arbres très hauts, très hauts, et le parfum des aiguilles de pin, et l’odeur de l’argile rouge après la pluie, et les longs cous rouges et les visages couleur de coquelicots, et les gros bras bien bruns, et les yeux pâquerettes, des Noirs et des Blancs, des Noirs et des Blancs, et j’y mettrai des mains blanches et des mains noires, des mains brunes, des mains jaunes, et des mains d’argile rouge qui toucheront tout le monde avec des doigts amis, qui se toucheront entre elles, ainsi que des rosées, dans cette aube harmonieuse. Quand je serai devenu compositeur, et j’écrirai sur le lever sur le lever du jour en Alabama».

Langston HUGHES réfute les mensonges et dissimulations. Le Noir est l’égal du Blanc. La différence n’implique pas l’infériorité. D’autre part, le Noir a un passé et son histoire est antérieure à son débarquement à Jamestown. C’est pourquoi, dans son oeuvre, la résurrection du passé racial va de pair avec une certaine glorification de l’Afrique, des héros de l’histoire afro-américaine, et une célébration de la couleur. L’Afrique est le lieu symbolique où le Noir recouvre totalement son humanité, est aimé, et ne subit aucune forme d’oppression. L’Afrique réhabilitée de HUGHES est à la fois la mère-patrie ancestrale, le refuge politique, «Notre terre» d’amour et de joie, le symbole artistique d’un primitivisme purificateur : «Notre Terre : Il nous faudrait une terre de soleil, de soleil resplendissant, et une terre d’eaux parfumées où le crépuscule est un léger foulard d’indienne rose et or, et non cette terre où la vie est toute froide. Il nous faudrait une terre pleine d’arbres, de grands arbres touffus aux branches lourdes de perroquets jacassant et vifs comme le jour, et non cette terre où les oiseaux sont gris. Ah, il nous faudrait une terre de joie, d’amour et de joie, de chansons et de vins et non cette terre où la joie est péché. O ma douce amie, fuyons ! Fuyons, ma bien-aimée!».

Langston HUGHES a écrit sur l'expérience afro-américaine de différentes manières, en se concentrant particulièrement sur la vie de la classe ouvrière. Il n'a pas essayé de dissimuler la plaine, les travailleurs de sa communauté ; au lieu de cela, il les a peints vivement dans ses mots, et a donné aux lecteurs une vue intime de leurs vies, de leurs luttes, de leurs triomphes et de leurs souffrances. Ainsi, dans  son poème «La mère son fils», Langston HUGHES fait état des conditions de vies dures des Noirs, mais il faut «grimper toujours», en dépit des obstacles : «Eh bien mon fils, je vais te dire quelque chose : la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre. Il y a eu des clous, des échardes, et des planches défoncées, et des endroits sans moquettes, à nu. Mais quand même, je grimpais toujours, je passais les paliers, je prenais les tournants, et quelquefois j’allais dans le noir quand   y avait pas de lumière. Alors mon garçon faut pas retourner en arrière. Faut pas t’asseoir sur les marches parce que tu trouves que c’est un peu dur. Et ne va pas tomber maintenant… Parce que, mon fils, moi je vais toujours, je grimpe toujours, et la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre». Les poèmes de HUGHES sont souvent des «Jazzonia», ils traduisent le vague à l’âme, les espoirs déçus, les souffrances ou la tristesse des Noirs américains : «L’une d’entre elles murmure qu’elle entendait le jazz-band sangloter. Un jazz-band sanglote-t-il jamais ? Les gens vous racontant qu’un jazz-band est gai. Et, pourtant tandis que bouillonnait la racaille des danseuses, et que la nuit blème touchait à sa fin, l’une d’elles murmura qu’elle entendait le jazz-band sangloter quand grisonnait la pointe de l’aurore». On peut aussi relever ce poème extrait de «The Weary Blues» : «Fredonnant un air syncopé et nonchalant, balançant d’avant en arrière avec son chant moelleux, j’écoutais un Nègre jouer. (…) D’une voix profonde au timbre mélancolique, j’écouter ce Nègre chanter, ce vieux piano pleurer, je n’ai personne en ce monde. (…) J’ai le Blues du désespoir. Rien ne peut me satisfaire. J’n’aurai plus de joie. Et je voudrais être mort».

A mon sens, ce qui domine, dans la contribution littéraire de Langston HUGHES, c’est un extraordinaire sentiment d’optimisme à travers l’évocation des souffrances mêmes des Noirs. En effet, il est en permanence habité par une allégresse de la confiance d’un avenir réconcilié. Ainsi, dans les deux poèmes «Dreams» et «A Dream Deferred» attestent combien le rêve tient une place extrêmement importante dans l’œuvre de Langston HUGHES, et ce dès le début ;  il ne s’agit pas d’onirisme, mais bien d’une préfiguration du «I have a dream» prononcé par Martin Luther KING, au début des années soixante, pour la Fraternité et une vraie égalité. Dans «Dreams», HUGHES exhorte les Noirs, mêmes les plus désespérés, à ne pas abandonner leurs rêves, car sans rêves, la vie est vide et brisée. HUGHES emploie des termes comme «mourir, oiseau à ailes brisées, aller, champ stérile» et «figé» pour mettre en évidence l'image froide et vide d'une vie sans rêves et objectifs : «Accroche-toi à tes rêves pour si les rêves meurent. La vie est un oiseau aux ailes brisées qui ne peut voler. Accroche-toi à tes rêves, pour si les rêves s’en vont, la vie est une plaine déserte de neige gelée». Le rêve ici est bien un but à atteindre. Dans «A Dream Deferred», HUGHES examine la question importante de ce qui se passe quand les rêves sont remis en cause : deviennent-ils plus puissants, comme la lutte pour l'égalité a fait avec chaque année qui passe ? Et si on l’abandonne, si on le «diffère» même, on ouvre la porte à la catastrophe, au mal-être, on laisse les autres s’occuper de soi, rarement pour le meilleur. C’est le sujet d’un poème extrêmement dur dans son évocation : «A Dream Deferred». Je me permets une traduction personnelle : «Qu’arrive-t-il à un rêve différé ? Est-ce qu’il se dessèche comme du raisin au soleil ? Ou suppure-t-il comme une plaie Et puis s’en va-t-il ? Est-ce qu’il pue comme de la viande pourrie ? Ou se couvre-t-il de croûtes, saupoudré de sucre comme un bonbon sirupeux ? Peut-être qu’il ne fait que s’affaisser comme un lourd chargement. Ou bien, est-ce qu’il explose ?».

Tenant de la Harlem Renaissance, Langston HUGHES comme un conteur africain fait appel à l’oralité dans son poème «Histoire de tante Suzanne» : «Tante Suzanne a la tête pleine d’histoires. Tante Suzanne a son coeur tout plein d’histoires. Les soirs d’été sous la véranda de la façade, tante Suzanne serre tendrement un enfant brun sur son sein et lui raconte des histoires. Des esclaves noirs qui travaillent à la chaleur du soleil, des esclaves noirs qui marchent dans la rosée des nuits, des esclaves noirs qui chantent des chants douloureux sur les bords d’un immense fleuve se mêlent sans bruit dans le flot continu des paroles de la vieille tante Suzanne, se mêlent sans bruit entre les ombres noires qui traversent et retraversent les histoires de tante Suzanne et l’enfant au visage sombre qui écoute sait bien que les histoires de tante Suzanne sont de vraies histoires. Il sait bien que tante Suzanne n’a jamais tiré d’aucun livre ses histoires, mais qu’elles ont surgit tout droit de sa propre existence. Et l’enfant au visage sombre se tient tranquille les soirs d’été quand il écoute les histoires de tante Suzanne».

Le roman, «The Best of Simple» ou «L’ingénu de Harlem » se présente sous forme de conversations entre deux Noirs, autour d’une bière, dans un bar, entre le narrateur et Jesse Simple, un ouvrier venu à Harlem pour fuir le racisme dans le Sud. «Le personnage de Simple est né pendant la guerre ; ses premiers mots sont sortis de la bouche d’un jeune homme qui habitait un «bloc» de mon immeuble. (…) La plupart du temps, il est de bonne humeur et ses histoires sont drôles mais, parfois, une douleur fulgurante le traverse, pareille à celle que lui cause l’oignon malencontreusement heurté qu’il a au pied droit. Parfois, il faut rire pour ne pas pleurer. S’il n’y avait pas eu à Harlem, des milliers de gens comme Simple, bavards, chaleureux, joyeux et lucides qui, dans l’enfer, même pas climatisé de la ségrégation, vivent le courage du sourire aux lèvres, ce livre pareil n’aurait pas vu le jour» écrit HUGHES dans l’avant-propos. En quête d’un héritage culturel, HUGHES le chercha, et trouva son matériau d’écriture dans les rues de Harlem, auprès du «petit peuple». À travers Simple, HUGHES décrit la vie quotidienne des habitants de Harlem considéré comme une «Terre Promise», mais c’est aussi un lieu de désillusions pour nombre de Noirs. Le nom de «Simple» est polysémique. En anglais, la prononciation de Jesse B. Simple est proche de «Just be simple» qui signifie : «fais pas l’idiot ! Reste tranquille ! Reste où tu es». Les histoires de Simple sont construites comme une pièce de théâtre où se retrouvent et se succèdent différents personnages oscillants entre la tragédie et la comédie. Dépourvu de solides connaissances, Simple est un homme ordinaire qui fait face à la dureté de la vie et au racisme, avec un grand sens de l’humour : «Il me semble que la capacité de savoir rire et s’amuser est extrêmement importante. Elle permet de rester en bonne santé morale et de se passer d’un psychanalyste» dit HUGHES. Simple, c’est le bouffon du Roi, cabotin, un simple d’esprit, il est porteur d’une Vérité «Simple, la voix du bon sens, une voix basse teintée d’humour tendre ou féroce, mais calme et digne ; une voix qui vous dira l’Amérique à cœur ouvert, une Amérique qui n’est plus celle de l’Oncle Tom» écrit dans la présentation Francis Joachim ROY. Les thèmes brassés sont nombreux : l’amour, la ségrégation raciale, la bombe atomique, le chômage, la jalousie, l’arrivisme et le jazz. Le réalisme des péripéties de Simple donne à l’ouvrage tout son aspect documentaire sur cette riche période intellectuelle et artistique. S’inspirant de l’arbre à palabre, Simple, un conteur et griot, aime les rencontres autour d’une bière, dans un café, au Paddy’s Bar. Simple est «tour à tour sérieux et grave lorsqu’il défend la cause noire, et devient drôle et comique, s’il évoque sa logeuse», écrit Christine DUALE. C’est une peinture, par HUGHES, de l’âme du peuple noir, des sans-dents dépositaires de la culture authentique, une valorisation de la culture noire, jusqu’ici occultée et marginalisée. Les rues de Harlem, leurs cabarets, leurs bars, leurs théâtres ou encore leurs logements miteux deviennent, sous nos yeux, des espaces symboliques où se créèrent inlassablement, au rythme du blues, la culture et l’expérience noires. Langston HUGHES brosse plusieurs thèmes, sur fond de Blues,  et s’interroge sur les rapports hommes/femmes mais aussi la haine raciale, la ségrégation, les relations entre les Noirs et les Blancs, la guerre, la religion, ou encore les Noirs dans le monde du travail. Entre rire et larmes, Simple imagine un monde idéal où tout semble possible dans ce Harlem en pleine mutation où le «Nègre nouveau» était en vogue et affichait sa fierté raciale, sa beauté et souhaitait faire respecter ses droits. «Harlem, c’est à toi que je bois. On dit qu’le Ciel c’est le Paradis, si tu n’es pas le Paradis, alors un chat, c’est une souris» écrit-il.

Quel héritage nous a légué Langston HUGHES ?

 «Il est impossible de parler de l’œuvre de Langston Hughes, sans lire le contexte de la tragédie permanente, celle de la minorité noire des Etats-Unis et de sa lutte séculaire» écrit Yves BENOT. HUGHES s’était posé la question suivante : que signifie être Noir aux Etats-Unis, au début du XXème siècle ? Suivant une formule prophétique de W.E.B. du BOIS «le problème du XXème siècle est celui de la ligne de couleur». Alexis de TOCQUEVILLE avait caractérisé au XIXème siècle la sort des Noirs en Amérique «Le Nègre des Etats-Unis a perdu jusqu’au souvenir de son pays ; il n’entend plus la langue qu’ont parlé ses pères et oublié leurs mœurs. (…) Il s’est arrêté entre deux sociétés ; il est resté isolé entre deux peuples ; vendu par l’un et répudié par l’autre». Si en France, le Noir reste encore assigné au rang d’indigène de la République, en Amérique «Le Noir demeure quelque chose d’exotique, de spécial. Il n’est pas porté par le courant principal de la littérature américaine» disait HUGHES en 1965, deux ans avant sa mort. Il est resté fondamentalement un optimiste : «Demain se dresse devant nous, et brille comme une flamme. Les Américains tous ensemble, nous avançons ! Le passé n’est qu’un prélude à notre temps. Demain est une page toute neuve» écrit-il.

Bibliographie sélective

1 – Ouvrages traduits en langue française

HUGHES (Langston), Histoire de Blancs, traduction de Hélène Bokanowski, Paris, éditions de Minuit, 1946, 258 pages ;

HUGHES (Langston), Les grandes profondeurs (The Big Sea), note La Terre Vivante, Paris, P. Seghers, 1947, 420 pages ;

HUGHES (Langston), L’ingénu de Harlem (The Best of Simple), traduction et présentation de Francis Joachim Roy, Paris, La Découverte, 2003, 346 pages ;

HUGHES (Langston), La poésie négro-américaine, Paris, Seghers, 1966, 318 pages ;

HUGHES (Langston), Langston HUGHES : choix de textes, François Dodat, chef d’orchestre, Paris, Seghers, 1964, 191  pages ;

HUGHES (Langston), Le dur chemin de la gloire : portrait des Noirs américains, Paris, Strasbourg, Paris, Istra, 1954, 205 pages ;

HUGHES (Langston), Poèmes : Langston HUGHES, traduction de François Dodat, Paris, Seghers, 1955, 95  pages ;

HUGHES (Langston), REYNAULT (Christiane), Anthologie et malgache, négro-africaine, romanciers et conteurs, Paris, Seghers, 1962, pages ;

HUGHES (Langston), Trésor africain, Paris, Seghers, 1962, 2 vol 1, 157 pages et vol 2, 192 pages ;

HUGHES (Langston), The Weary Blues, préface Kevin Young et introduction de Carl Van Vechten, New York, A. Knopf, 1926, 91 pages.

B – En langue anglaise

1 – Ouvrages de Hughes

HUGHES (Langston) The Panther and the Lash : Poems of Our Times, New York, Knopf Double Day Publishing Group,  1967 et 2011, 120 pages ;

HUGHES (Langston), An African Treasury : Articles, Essays, Stories, Poems, New York, Pyramid Books, 1967, 192 pages ;

HUGHES (Langston), Ask Your Mama, New York, Hill and Wang, 1961, 92 pages ;

HUGHES (Langston), Black Misery, illustrations de Arouni, New York P S Eriksson, 1969, 60 pages ;

HUGHES (Langston), BONTEMPS (Arna), The Book of Negro Folklore, New York, Dodd, Mead Cie, 1959, 624 pages ;

HUGHES (Langston), Dear Lovely Death, New York, Troutbeck Press, 1931, 18 pages ;

HUGHES (Langston), Famous American negroes, New York, Dodd, Mead and Cie,1954, 158 pages ;

HUGHES (Langston), Field of Wonder, New York, Alfred Knopf, 1947, 114  pages ;

HUGHES (Langston), Fines clothes to the Jew, New York, A Knopf, 1927, 89 pages ;

HUGHES (Langston), Freedom's Plow, New York, Opportunity, 1943, 14 pages ;

HUGHES (Langston), I Wonder as I Wander : an Autobiographical Journey, New York, Hill and Wang, 1964, 405 pages ;

HUGHES (Langston), Montage of a Dream Deferred, New York, Henry Holt, 1951, 75 pages ;

HUGHES (Langston), New Negro Poet, Bloomington, London, Indiana University Press, 1974, 127 pages ;

HUGHES (Langston), Not Without Laughter, New York, Alfred Knopf, 1951, 324 pages ;

HUGHES (Langston), One Way Ticket, New York, A. Knopf, 1949, 136 pages ;

HUGHES (Langston), Poems of Black Africa, Bloomington, Indiana University Press, 1963, 160 pages ;

HUGHES (Langston), Selected Letters of Langston HUGHES, Arnold Rampersad, David Roessel et Christa Fratantoro, éditeurs scientifiques, New York, Alfred Knopf, 2015, 423 pages ;

HUGHES (Langston), Shakespeare in Harlem, New York, A. Knopf, 1942 et 1945, 125 pages ;

HUGHES (Langston), Simple Speaks his Mind, Mattituck, New York, Aeonian Press, 1950 et 1976, 231 pages ;

HUGHES (Langston), Simple Stake a Claim, New York, Rinehart, 1957, 191 pages ;

HUGHES (Langston), Simple’s Uncle Sam, New York, Hill and Young, 1965, 180 pages ;

HUGHES (Langston), The Big Sea : an Autobiography, préface d’Arnold Rampersad, New York, Hill and Wang, 1993, 335 pages ;

HUGHES (Langston), The Dream Keeper and Others Poems, New York, A Knopf, 1932 et 1996, 96 pages ;

HUGHES (Langston), The Negro Mother and Other Dramatic Recitations, New York, Golden Stair Press, 1931, 24 pages ;

HUGHES (Langston), The Negro Speaks of Rivers, Disney Jump at the Sun Books, NY Congress of Racial Equality, juin 1921, 4 pages ;

HUGHES (Langston), The Panther and the Lash : Poems of our Times, New York, Alfred Knofp, 1969 et 1989, 101  pages ;

HUGHES (Langston), The Simple Omnibus, Mattituck, New York, Aeonian Press, 1961 et 1978, 245 pages ;

HUGHES (Langston), Not Without Laughter, préface de Maya Angelou, Kansas (Etats-Unis), Touchtone, 1995, 304 pages ;

HUGHES (Langston), The Ways of White Folks, New York, Alfred Knopf, 1973, 248 pages ;

HUGHES (Langston), BONTEMPS (Arna), Popo and Fifina. Children of Haïti, New York, The Mac Millan Company, 1932, 100 pages ;

HUGHES (Langston), The Weary Blues, préface Kevin Young et introduction de Carl Van Vechten, New York, A. Knopf, 1926, 91 pages.

2 – Articles ou interview de Hughes

HUGHES (Langston), “The Negro Artist and the Racial Mountain”, The Nation, 23 juin 1926,  n°122, pages 692-694 ;

HUGHES (Langston), «Le problème noir aux Etats-Unis», traduction de Michel Fabre, Les Langues modernes, mai-juin 1966, 60ème année, n°3, pages 108-116 ;

HUGHES (Langston), «My adventures as a Social Poet», Phylon, 1947, vol VIII, n°3, pages 205-2012 et Faith Berry, éditeur, Good Morning Revolution : Uncollected writings of Social Protest, New York, Lawrence Hill and Cie, 1973, pages 135-143.

C – Biographies

APPIAH (Kwamé, Anthony), GATES (Henry, Louis),  Langston HUGHES, New York, Amistad, 1993, 255 pages ;

BERRY (Faith), Langston HUGHES : before and beyond Harlem, Westport, L. Hill, 1983, 373  pages ;

BOUACHRINE (Assila), La conception de la négritude chez Langston HUGHES, thèse, Toulouse, 1983, 348 pages ;

DACE (Laetitia), Langston HUGHES : the Contemporary Reviews, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, 766 pages ;

DIAKHATE (Lamine), «Langston Hughes conquérant de l’espoir», Présence Africaine, 1967/4, n°64 pages 38-46 ;

DOMMERGUE (Pierre), «La négritude américaine», Les Langues modernes, mai-juin 1966, 60ème année, n°3, pages 94-98 ;

DUALE (Christine), Langston Hughes et la poétique de la Renaissance afro-américaine, Paris, L’Harmattan, 2014, 180 pages ;

EMMANUEL (James, A), Langston Hughes, traduit par Jacques Eymesses, Paris, éditions Internationales, 1970, 300 pages ;

GUILEN (Nicolas), «Le souvenir de Langston Hughes», Présence Africaine, 1967/4, n°64, pages 34-37 ;

LASK (Thomas), «Langston Hughes, Chronicler of Negro Life Dies, Charm and Vitality”, Times, 24 mai 1967, pages

LEACH (Laurie, F.), Langston HUGHES, Westport, London, Greenwood Press, 2004, 176 pages ;

McLAREN (Joseph), Langston HUGHES, postface James Vernon Hatch, préface Beth Turner, 1997, 193 pages ;

MELTZER (Milton), The Life of Langston HUGHES, New York, Th Y Crowell, 1968, 281 pages ;

MILLER (R. Baxter), The Art and Imagination of Langston HUGHES, Lexington, The University Press of Kentucky, 1989, 149 pages ;

MULLEN (Edward, J.), Critical Essays on Langston HUGHES, Boston, G. K Hall, 1986, 207 pages ;

ORSTOM (Hans, H.), Langston HUGHES, New York, Toronto, Twayne, Maxwell MacMillan International, 1993, 125  pages ;

QUINOT (Raymond), Langston Hughes ; ou, l’étoile noire, Paris, CELF, 1964, 82 pages ;

RAMPERSAD (Arnold), The Life of Langston HUGHES, New York, Oxford, Oxford University Press, 1986-1988, vol 1, 1902-1941 “I, Too, Sing America”, 468 pages et vol 2, 1942-1967, “I Dream a World” 512 pages ;

SANTIS, de (Christopher, C.), Langston HUGHES, Detroit, Thomson Gale, 2005, 458 pages ;

TROTMAN (C. James), Langston HUGHES : the man, his art, and his Continuing influence, préface de Arnold Rampersad, New York, Garland Publishing, London, Routlege, 1995 et 2012, 178 pages ;

WALKER (Alice), Langston HUGHES : an American Poet, illustrations de Catherine Deeter, New York Amistad, 2002, 37 pages ;

D – Autres références

1 – Contributions spécifiques sur Langston HUGHES :

ARMSTEAD (Temperance, Jackson), The Social Realism of Langston Hughes and Sterling Brown, Thèse, University of Boston, 1946, 46 pages ;

BARKSDALE (Richard, Kenneth), «Langston Hughes», Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1979, n° 1, pages 47-47 ;

BARKSDALE (Richard, Kneth), Langston Hughes : The Poet and his critics Chicago, American Library Association, 1979, 155 pages ;

BONOT (Yves), «Mort d’un poète», La Pensée, n°134, août 1967, pages 115-117 ;

CUNARD (Nancy), Negro Antbology. 1931-1933, New York, Negro University Press, et réédition de 1969, 855 pages ;

DUALE (Christine), Harlem Blues : Langston HUGHES et la poétique de la Renaissance afro-américaine, Paris, L’Harmattan, 2014, 180 pages ;

DUALE (Christine), Langston HUGHES et la Renaissance de Harlem : émergence d’une voix noire américaine, préface de Françoise Clary, Paris, L’Harmattan, études afro-diasporiques, 2017, 299 pages ;

EYANG (Aloyse), Langston HUGHES : aspects d’un humanisme afro-américain, thèse, Montpellier, Université Paul Valéry, 1990, 2 vol, 771 pages ;

EYANG (Aloyse), «Langston Hughes Jazzonia et la Renaissance de Harlem», Daniel Royot, Les Etats-Unis à l’épreuve de la modernité : mirages, crises et mutations de 1918 à 1925, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1993,  spéc pages 181-204 ;

HILL (Christine, M.), Langston Hughes : Poet of Harlem Renaissance, New York, Enslow Publishers, 1997, 128 pages ;

QUINOT (Raymond), «Langston Hughes ou l'Etoile noire», Bruxelles, éditions du C.E.L.F., Les Cahiers de la Tour de Babel, 1964, n°25, pages 39-44 ;

SALEBAN (Ibrahim), «Langston Hughes, l’africain», Notre Librairie, nov et déc 1984, n°77, pages 37-39 ;

SOUFFRANT (Claude), Une négritude socialiste : religion et développement chez J. Romain, J-S Alexis et L. Hugues, préface Paul Ricoeur, Paris, L’Harmattan, 1978, 238 pages, spéc pages 101-120 ;

SCHVELL (Frank, L.), «Un poète négre, Langston Hughes», Chronique des Lettres françaises, juillet-décembre 1929, n°40-42, pages 508-509 ;

SYLVANISE (Frédéric), L’idéologie dans le parcours poétique de Langston HUGHES, thèse sous la direction de Claude Grimal, Université de Paris X, Nanterre, 2003, 2 volumes, 617 pages ;

SYLVANISE (Frédéric), Langston HUGHES : poète jazz, poète blues, Paris, ENDS éditions, 2009, 226 pages ;

WAGNER (Jean), Les poètes nègres des Etats-Unis : le sentiment racial et religieux dans la poésie de Laurence Dunbar et Langston HUGHES, Paris, Istra, 1963, 637 pages, spéc. pages 423-534.

2 – Contributions sur Harlem Renaissance

ACHODE (Codjo), Du mouvement New Negro à la Négritude : crise et quête d’identité noire de l’Amérique à l’Afrique d’hier et de demain, thèse sous la direction de Robert Mane, Université de Paris-Est, Créteil, Val-de-Marne, 1988, 735 pages ;

BLARY (Liliane), «Banjo, la vision africaine de Claude Mckay», Notre Librairie, nov et déc 1984, n°77, pages 34-36 ;

BLOOM (Harold), Black American Prose Writers of the Harlem Renaissance, New York, Philadelphia, Chelsea House, 1994, 174 pages ;

CESAIRE (Aimé), Soleil éclaté : Mélanges offerts à Aimé Césaire à l’occasion de son soixante dixième anniversaire, Gunter Nar Verlag, 1984, 439 pages, spéc pages 149-153 ;

DIARRA (Amara, D), «L’image de l’Afrique dans la poésie afro-américaine contemporaine», Notre Librairie, nov et déc 1984, n°77, pages 75-83 ;

FABRE (Michel, From Harlem to Paris, Black American Writers un France (1840-1980) Urbana, Chicago, Illinois University Press, 1991, 358 pages ;

GAUFFRE (Marie-Jeanne), La montagne magique : entre image et langage dans les territoires anglophones, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008, 330 pages ;

GRENOUILLET (Corinne), «Le monde noir américain dans la vie et l’œuvre de Louis Aragon (1920-1945)», Présence Africaine, 2013/1, n°187-188, pages 315-327 ;

HUGGINS (Nathan, Irvin) éditeur, Voices from the Harlem Renaissance, New York, Oxford, Oxford University Press, 1976, 438 pages ;

HUGGINS (Nathan, Irvin), Harlem Renaissance, préface Arnold Rampersad, New York, Oxford, Oxford University Press, 2007, 347 pages ;

KELLNER (Bruce), éditeur, The Harlem Renaissance : A Historical Dictionary for the Era,  Westport, Greenwood Press, 1984, 476 pages ;

KRAMER (Victor), RUSS (Robert, A) éditeurs, Harlem Renaissance, Troy (NY), Whiston Publishing, 1997, 416 pages ;

LOCKE (Alain), Le rôle du nègre dans la culture des Amériques, Antony Mangeon, éditeur scientifique, Paris, L’Harmattan, 2009, 240 pages

MANGEON (Anthony), directeur de publication, Harlem héritage : mémoire et renaissance, Paris, Riveneuve, 2008, 238 pages ;

McKAY (Claude), Banjo, traduction de Michel Fabre, Marseille, 1999, 330 pages ;

OGBAR (Jeffrey, Ogbonna, Green) éditeur, Harlem Renaissance : Politics, Arts and Letters, Baltimore, The Johns Hopkins Press, 2010, 264 pages ;

PISON (Agathe), L’art afro-américain de la Renaissance de Harlem aux années 1970, thèse sous la direction de Frédéric Gimello-Mesplomb, 2008, 86 pages ;

PRICE-MARS (Jean), Ainsi Parla l’Oncle, essai d’ethnographie, New York, Parapsychologie Foundation, 1928 et 1954, 240 pages ;

RICHET (Isabelle), sous la direction de, Harlem, 1900-1935 : de la métropole noire au ghetto, , Paris, Autrement, Séries mémoires n°25, 1993, 221 pages ;

SENGHOR (Léopold Sédar), «Problématique de la Négritude», numéro spécial du Soleil, 1967, page 7, et Présence Africaine, 1971/2, n°78, pages 3-26 ;

SENGHOR (Léopold, Sédar), «La poésie noire américaine», Liberté 1, Négritude et Humanisme, Paris, Seuil, 1964, 445, spéc pages 104-122 ;

Van VECHTEN (Carl), Le paradis des Nègres, traduction de Jacques Sabouraud, préface de Paul Morand, Paris, Simone Kra, 1927, 279 pages ;

VARLACK (Christopher, Allen), éditeur, Harlem Renaissance, Ispwich, Salem Press, Amenia (New York), Grey House Publishing, 2015, 335 pages ;

WAGNER (Jean), Les poètes nègres des Etats-Unis : le sentiment racial et religieux dans la poésie de P. L Dunbar à L. Hughes, (1890-1940), Paris, Istra, 1962, 637 pages ;

WINTZ (Carry), Black Culture and the Harlem Renaissance, College Station, Texas, A. M. University Press, 1997, 277 pages.

Paris, le 9 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Langston HUGHES, poète et chef de file de Harlem Renaissance.
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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 18:08

Je connaissais le professeur Lilyan KESTELOOT pour avoir résidé, pendant longtemps, à la rue des Boulangers dans le 5ème ardt, à Paris, non loin de sa rue Linné, à côté de Jussieu. J'avais revu, le 21 octobre 2017, le professeur KESTELOOT aux Universités de Présence Africaine, à la Colonie, près de la Gare du Nord. Mon ami Adrien DIOP et moi étions bluffés par sa forme qui nous semblait olympique. La seule chose que m'avait signalé le professeur KESTELOOT c'était son allergie permanente et ancienne aux nouvelles technologies ; elle n'aimait toujours pas ni courriel, ni ordinateur, ni portable.

On décelait, chez cette éminence grise humaniste, une spécialiste de la littérature africaine moderne et de la tradition de l’oralité, une curiosité pour les autres, un intérêt pour l'Afrique, et en particulier, pour le Sénégal où elle a enseigné pendant longtemps. Lilyan maintenait, en permanence, le contact avec les Africains, et se rendait aussi fréquemment au Musée Dapper, à Paris 16ème avant sa fermeture. Dès qu'il était question de l'Afrique, elle était là, attentive, attentionnée et toujours accessible.

Le professeur KESTELOOT a séjourné notamment au Congo, au Cameroun et au Sénégal à partir de 1971, pendant plus de 20 ans. Elle a rencontré les grands écrivains de la négritude notamment pour la préparation de sa thèse. Professeure à la faculté de Lettres à l'université de Cheikh Anta DIOP, puis directrice de recherches à l'IFAN, Lilyan KESTELOOT est une grande spécialiste de SENGHOR, de la tradition orale, des récits épiques et de la Négritude. Le professeur KESTELOOT a formé, et appuyé pour leur promotion, de grands universitaires sénégalais, ainsi que de nombreux étudiants. Cheffe de file pour une littérature africaine audacieuse et originale, elle s’est surtout distinguée par sa générosité, l’envie de partager son immense savoir ; c’est cela qui me semble, surtout, caractériser sa grandeur et sa noblesse d’esprit.

Quand on demande au professeur KESTELOOT pourquoi elle s'est intéressée aux écrivains africains et à la littérature orale de ce continent, elle n'a pas d'autre réponse que le silence de l'évidence. Cette explication est peut-être dans l’hommage que lui a rendu le journal Le Point : «Lilyan Kesteloot était de nature passionnée. Sa rencontre avec la littérature africaine éveilla en elle un engagement qui l'accompagna tout au long de sa carrière de critique et d'universitaire à la stature internationale. Paradoxalement, c'est cette Européenne ayant connu une enfance coloniale dans le Congo belge qui m'a fait comprendre ce qu'était réellement la littérature africaine : un riche héritage traditionnel en langues africaines, le talent des premiers écrivains de langue française, l'histoire du mouvement de la négritude, ainsi que le foisonnement de la production contemporaine» écrit Véronique TAJO.

C’est Léopold Sédar SENGHOR qui a suggéré à Mme KESTELOOT de venir au Sénégal. Dans sa contribution littéraire, le professeur KESTELOOT s’est faite l’avocate passionnée de la Négritude dont les deux figures de proue sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR. En effet, le mouvement de la Négritude a mobilisé les intellectuels noirs d'Afrique et d'Amérique entre 1932 et 1960, pour protester contre le racisme, la ségrégation et la colonisation. Le pont sur l'Atlantique fut alors virtuellement réalisé, reliant l'Afrique à ses diasporas de l'autre rive, dans la prise de conscience de leur destin par les intellectuels noirs de toute provenance. Mme KESTELOOT a saisi l’occasion de cette ambiance culturelle pour rencontrer les plus grands écrivains noirs, notamment aux congrès de Paris en 1956 et à Rome. «La négritude n’aurait pas connu un tel éclat, sans Lilyan KESTELOOT» écrit Abdourahman WABERI, dans le journal Le Monde daté du 2 mars 2018.

En particulier, Mme KESTELOOT en raison de sa connaissance parfaite de la Négritude a produit des ouvrages en qualité de critique littéraire sur CESAIRE et SENGHOR, ainsi que sur les différents mouvements littéraires naissants en Afrique. Mme KESTELOOT a raconté aussi les grandes figures de la Négritude dont Cheikh Anta DIOP, qu’elle a rencontré, à plusieurs reprises. Son histoire de la littérature négro-africaine, est devenue un grand classique, un livre de chevet.

Le professeur KESTELOOT s’est illustrée par ses récits épiques, notamment l’épopée de l’épopée de Soundiata Keita du Mali. En effet, Mme KESTELOOT relate les hauts et bas d'un royaume soudanais qui prit le relais des Etats malien et songhay durant les XVIIIème et XIXème siècles ; le royaume de Ségou, païen et guerrier, domina le territoire du Mali jusqu'à la conquête d'El Hadj Omar TALL, quelques années avant la colonisation française. Dix épisodes de cette geste furent enregistrés par Mme KESTELOOT entre 1965 et 1966. Cette épopée est toujours déclamée et chantée aujourd'hui, à la radio et dans les villages du Mali, de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. Mme KESTELOOT a retracé, aussi, l’épopée de Chaka Zoulou, qui a donné naissance à un poème célèbre de SENGHOR, ainsi que celle de Biton Coulibaly, fondateur de l’empire de Ségou, avant sa conquête par les Peuls.

Mme KESTELOOT a fait revivre des contes et mythologies africaines. Ainsi de Seth au Bida de Wagadou, du Tyamaba Peul au M’Boose Sérère, nous voyagerons sur les sentiers peu fréquentés des mythes à travers les siècles, à travers Ghana, Tékrour, Waalo et Djolof, Ségou, Baol et Saloum.

C'est donc avec une grande tristesse que j'ai appris la disparition, le mercredi 2 mars 2018, du professeur Lilyan KESTELOOT. Nous prions pour le repos de son âme.

En 2013, et sous la direction d’Abdoulaye KEITA, un hommage a été rendu à l’extraordinaire contribution littéraire de Lilyan KESTELOOT, chez Karthala, sous le titre : «Au carrefour des littératures Afrique-Europe». Par conséquent, il n’y a pas, à ma connaissance, de biographie sur cette écrivaine. Je ne doute pas, un instant, que les talentueux écrivains du Sénégal ne manqueront pas de s’atteler à cette mission exaltante.

Pour l’instant, la meilleure façon de rendre hommage à Lilyan est de lire ou relire, attentivement, ses ouvrages.

Indications bibliographiques :

BA (Mamadou, Soulèye), HENANE (René),  KESTELOOT (Lilyan), Introduction à Moi, Laminaire, d’Aimé Césaire, étude critique, Paris, L’Harmattan, 2012, 278 pages ;

DIENG (Bassirou), KESTELOOT (Lilyan), Contes et mythes Ouolofs du Tiéddo au Talibé, Paris, Présence Africaine, ACCT, Dakar, IFAN, 2015, 250 pages ;

GOUNONGBE (Ari), KESTELOOT (Lilyan), Les grandes figures de la Négritude, paroles privées, Paris, L’Harmattan, 2007, 164 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Aimé Césaire, Paris, Seghers, 1989, 193 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Biton Koulibaly, fondateur de l’empire de Ségou, Dakar, Abidjan, Lomé, Nouvelles éditions africaines, 1983, 96 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Césaire et Senghor, un pont sur l’Atlantique, Paris, L’Harmattan, 2006, 200 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Chaka Zoulou, fils du Ciel, Paris, Casterman, 2010, 91 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Comprendre cahier d’un retour au pays natal, Paris, L’Harmattan, 2008, 128 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Comprendre les poèmes de L.S Senghor, Paris, L’Harmattan, 2008, 144 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Contes fables et récits du Sénégal, Paris, Karthala, 2006, 202 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), DIENG (Bassirou), Les épopées noires, Paris, Karthala, UNESCO, 1997, 626 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Dieu du Sahel, voyage à travers les mythes du Seth à Tyamaba, Paris, L’Harmattan, 2007, 328 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, AUF, 2001, 386 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), KOTCHY (Barthélémy), Aimé Césaire, l’homme et l’oeuvre, Paris, Paris, Présence Africaine, Versailles, Les Classiques africains, 1993, 223 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), L’épopée Bambara de Ségou, recueillie et traduite en collaboration avec Amadou Traoré et Jean-Baptiste Traoré, Paris, Orizons, 2010, 328 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature, Bruxelles, éditions de l’université de Bruxelles, 1983, 340 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Mémento de la littérature africaine et antillaise, histoire, auteurs et oeuvrages, Versailles, Les Classiques africains, Dakar, CAEC-Khoudia, 1995, 61 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Négritude et situation coloniale, Yaoundé, éditions CLE, 2010, 124 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Neuf poèmes camerounais, anthologie, Yaoundé, Clé, 1971, 111 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), Soundiata, l’enfant-lion, Bruxelles, Casterman, 2010, 112 pages.

Hommage à la contribution littéraire du professeur KESTELOOT

KEITA (Abdoulaye) sous la direction de, Au carrefour des littératures Afrique-Europe, Paris, Karthala, Dakar, IFAN, 2013, 372 pages.

Paris, le 1er mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

 

Lilyan KESTELOOT, une militante de la cause des Noirs. Merci Lilyan.
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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 22:20

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 22 février 2018,

Les relations entre le Sénégal et la Mauritanie sont celles d’un vieux couple qui s’entredéchire, mais uni par des intérêts communs oscillant entre amour et répulsion. Tout sent le souffre, une petite étincelle pourrait faire basculer la relation dans l’horreur. Entre guerre et paix, plusieurs fois le divorce a failli être prononcé pour faute, mais mainte fois ce couple a préféré le maintien des liens conjugaux.

Le 28 janvier 2018, un jeune pêcheur de 19 ans, Fallou DIAKHATE, originaire de Guet N’DAR (Saint-Louis)  a été abattu par les gardes-côtes mauritaniens, et 8 pêcheurs ont été appréhendés, puis relâché, pour avoir franchi, illégalement, les eaux territoriales mauritaniennes. Les Saint-Louis se sont enflammés ; on a craint le pire, mais les forces de l’ordre ont limité les dégâts. Les esprits se chauffés, mais la diplomatie sénégalaise qui a pris relais en la personne du président Macky SALL. L'accord signé le 9 février 2018 entre la Mauritanie et le Sénégal permettra, à partir de 2012, l'exploitation du gisement gazier offshore commun «Grand Tortue-Ahmeyim» (GTA) de 450 milliards de mètres cubes soit l’équivalent de 14% des réserves de gaz nigérianes. Idrissa SECK, un opposant, ignorant sans doute, le processus de validation des accords internationaux, a exigé qu’ils soient publiés avant leur ratification.

Il est curieux de constater que les Maures, et de longue date, interviennent dans le jeu politique sénégalais. Ainsi, les Maures, alors qu’ils sont musulmans, étaient les alliés traditionnels de la dynastie animiste et peule, des Dényankobé (Mes posts du 3 avril 2013 et du 11 mai 2013) qui a régné au Fouta-Toro du XVIème au XVIIIème siècle. État théocratique inspiré d’un idéal de justice, de compassion et d’égalité, s'opposant Allié aux Maures, Samba Guéladio Dégui s’est illustré par ses pillages, ses rançons et son autoritarisme au Fouta. En raison de ce pouvoir arbitraire et des incursions fréquentes des Maures au Fouta-Toro, en 1776, le parti des Torodos, de Thierno Souleymane BAL (Mon post du 21 juillet 2016), a renversé le dernier Satigui, Soulèye N’DIAYE, et instauré un Etat théocratique, électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1890, pour mettre fin à l’esclavage et les rançons des Maures «Mouddo Hormaa» et pour abolir les castes ainsi que toutes formes de servitudes.

Les Maures ont pendant longtemps perturbé le jeu politique au Oualo, dont une partie a été détruite et envahie par les Trarza, et la population alla se réfugier au Cayor ou N’Diambour. Les chefs du Oualo portent le titre de Brak, et c’est une dynastie élective parmi les trois grandes familles royales. Par ailleurs, c’est pouvoir matriarcal «La loi d’hérédité comptait beaucoup dans le choix du Brak, mais l’hérédité dans le Oualo est très bizarre, elle est collatérale par les femmes. Ainsi, à la mort d’un chef ou d’un simple chef de famille, c’est le fils de sa sœur qui en hérite au détriment de ses enfants» écrit-il. Le colonisateur tenta, vainement, d’arracher le Oualo à la domination des Trarza en 1819, en 1827, 1843, 1848 et 1850. En 1833, la reine Guim-Botte, en fait N’Dieumbott M’BODJ (1800-1846), une Linguère,  se maria avec un le roi Trarza, Mohamed El Habib, pour tenter de sauver son royaume. En 1835, par une action concertée des Braks du Oualo et de la France, les Maures furent vaincus, mais la paix ne sera acquise, définitivement, qu’en 1854, avec l’arrivée de FAIDHERBE (Mon post du 1er février 2018). Ely, le fils de N’Dieumbott fut considéré comme l’héritier du Oualo, il en était le maître, sa tante étant N’Daté Yalla M’BODJI. Fara Peinda, réfugié au Cayor, contesta, vainement, la prise de pouvoir par Ely.

La Mauritanie a parfois joué les bons offices ou un rôle pour apaiser les tensions. Ainsi, Cheikh Ahmadou Bamba BA (Mon post du 1er juillet 2017), après son exil au Gabon, a été arrêté à nouveau le 13 juin 1903, puis déporté en Mauritanie, dans l’une des Zaouia de Cheikh Sidya, un de ses amis, à Souet El Ma. En avril 1907, le Commissaire du gouvernement général en Mauritanie, ayant fait remarquer l’attitude correcte de Bamba depuis 4 ans et sa conduite irréprochable, demanda et obtint son retour au Sénégal. Il faut dire que la Mauritanie était la destination privilégiée des études coraniques.

En sens inverse, le Sénégal a été une sorte de mentor de la Mauritanie, avant la désignation de son gouverneur. Démobilisé le 24 décembre 1915, à la suite d’une blessure, Henri GADEN (Mon post du 8 août 2015) retourne à Saint-Louis du Sénégal, en novembre 1916, il est nommé Commissaire du gouvernement général pour le territoire civil de la Mauritanie. Par décret, la Mauritanie devient une colonie indépendante le 4 décembre 1920. Henri GADEN, gouverneur de 3e classe, depuis le 7 août 1919, devient lieutenant-gouverneur de la Mauritanie jusqu'à sa retraite (officiellement le 31 décembre 1926). Il est l'organisateur de la Mauritanie, sous la colonisation française. Henri GADEN est enterré à Saint-Louis. Il va pendant cette mission de gouverneur s’adjoindre d’éminentes personnalités d’origine mauritaniennes, comme Cheikh Saad Bouh (1846-1917), un soufi, jurisconsulte et théologien, adepte de la Quadria. Les familles FALL, nombreuses dans le Nord du Sénégal, sont de souche mauritanienne.

En 1900 le Sénégal comptait 800 000 habitants, sa population est estimée, en 2012, 15  millions d’habitants. Ces données résultent, en partie, de l’accueil des réfugiés de pays voisins. Ainsi, en avril 1989, des évènements tragiques ont opposé le Sénégal à la Mauritanie avec plusieurs morts. On estime que 500 000 Sénégalais vivaient en Mauritanie. De 1960 à 1986, la Mauritanie a bénéficié des installations portuaires du Sénégal. La population mauritanienne a quadruplé en moins de 30 ans, avec une forte concentration à Nouakchott. Déjà en 1973, la Mauritanie avait expulsé, massivement, des Sénégalais. En octobre 1987, une prétendue tentative de coup d’Etat, avait provoqué l’exécution de nombreux officiers peuls. A Diawara, deux Sénégalais sont tués lors d’un accrochage. A partir là un enchaînement de violences et de massacres allait conduire à la présence au Sénégal de plus de 100 000 réfugiés peuls. Il faut dire que les Soninké, loyalistes, ont été largement épargnés. Ce lourd contentieux a conduit à une spoliation de terres cultivées par les Sénégalais de l’autre côté de la frontière et une spoliation des commerçants maures. Les deux pays ont des intérêts communs : d’une part, la Mauritanie fournit au Sénégal, notamment pour la Tabaski, du bétail suffisant, et d’autre part, la Mauritanie, qui a sa monnaie nationale, le Ouguiya, a intérêt à avoir de ses commerçants, le  F.C.FA, convertible en euros. La pêche et le gaz s’ajoutent aux politiques de coopération. Ajoutons à cela que les frontières sont artificielles, ce sont les mêmes populations Peules et Soninkés qui vivent de part et d’autre.

La Gambie, Etat pendant longtemps instable, a généré l’afflux de nombreux réfugiés du Sénégal. La Gambie, une banane dans la bouche du Sénégal, point de passage commode pour la Casamance enclavée, a toujours refusé la construction de ponts sur son fleuve. La chute de Yaya JAMMEH pacifiera sans doute les relations entre les deux pays.

La relation avec la Guinée-Bissau, base arrière des indépendantistes casamançais est compliquée. Etat instable, en raison d’une guerre d’indépendance violente et de l’instabilité gouvernementale, la Guinée-Bissau, avait, de surcroît un litige frontalier avec le Sénégal, concernant le plateau continental. Les deux pays, pour déterminer, avec exactitude leur frontière maritime, ont fait recours à un arbitrage international. En effet, la décision d’arbitrage du 31 juillet 1989,  passée inaperçue, est importante pour le Sénégal, en raison du gaz et du pétrole dans cette zone. Le tribunal arbitral a validé la règle de la succession d’Etats pour les frontières maritimes ; ce qui est, en l’espèce, à l’avantage du Sénégal. Il ne faut pas oublier que bien des gens suspectent la Guinée-Bissau d’abriter des barons de la drogue.

La relation du Sénégal avec le Mali, pays enclavé, a été empoisonnée, dès le départ, la fédération avortée du Mali, Lamine GUEYE, originaire du Mali n’ayant pas été retenu à la présidence de cette institution. Même sous la colonisation, la guerre sainte d’El Hadji Omar TALL (1787-1864), a été interprétée, en 1968, par un écrivain malien, Yambo OUOLOGUEM (1940-2017), comme étant une colonisation des musulmans sur les animistes Dogons. Il faut dire, auparavant, lors des bombardements, en 1890, de Louis ARCHINARD (1850-1932), contre les djihadistes, les Foutankais, sont revenus au Sénégal, en passant par la Mauritanie, dont mes ancêtres.

 

Le conflit entre le Sénégal et Guinée de Sékou TOURE, s’est déroulé, presque exclusivement, sur les ondes de radios des deux pays (1958-1980). En effet, Sékou TOURE a voté NON au référendum du 28 septembre 1958, son pays est devenu indépendant, sans la coopération avec la France, le président Léopold Sédar SENGHOR, favorable à la France, a négocié l’indépendance. Jacques FOCCART a tenté, à plusieurs reprises, de liquider, physiquement Sékou TOURE, avec la complicité du Sénégal ; ce qui n’a pas arrangé la relation entre les pays. Le Sénégal a accueilli en conséquence de nombreux réfugiés mauritaniens.

Finalement, la diplomatie a prévalu, dans ces relations parfois compliquées entre le Sénégal et ses voisins. La paix, la négociation sont préférables dans nos Etats faibles ; une journée de guerre est égale à 10 années de contreperformances. Cependant, la question des droits de l’homme reste un enjeu majeur. En effet, la Mauritanie a été condamnée, sévèrement et à plusieurs reprises par la Commission africaine des droits de l’Homme. Ce pays, ayant parfois la gâchette facile, la poudrière peut, à tout moment, exploser. Abdoulaye WADE, opposant d’Abdou DIOUF, lors de la crise de 1989 avait recommandé de faire sauter les parachutistes sur Sélibaby, en Mauritanie.

Paris, le 22 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Sénégal et Mauritanie, entre Amour et Répulsion.
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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 18:48

«L'idéal de l'enfant gâté détruit la culture sans réduire les inégalités. Il faut réintroduire l'émulation partout, et la création de classes préparatoires dans les zones dites sensibles va dans ce sens. Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt bien-pensant : le chômage dans les banlieues n'est pas seulement imputable au racisme, il tient aussi à l'attrait exercé par les trafics de l'économie parallèle», dit Alain FINKIELKRAUT.  Néo-maurrassien, Alain FINKIELKAUT pense que «Les Non-souchiens», seulement du fait de leur présence, pourrissent la vie aux «Souchiens». Bref, pour Alain FINKIELKRAUT et pour les esprits lepénisés, c’était mieux, avant. Combien de fois, lors de différentes campagnes électorales ou des réunions de quartier, j’ai entendu dire, par des gens à l’esprit étriqué, redoutant la mixité, et qui en veulent à la terre entière : «avant notre quartier était petit bourgeois. Maintenant, c’est du n’importe quoi». Par ailleurs, rouspéteurs et éternels insatisfaits, certains, pas tous, de nos Ancêtres les Gaulois sont atteints d’une sinistrose contagieuse, développée et servie à souhait, par des moyens de communication peu exigeants et manipulateurs. Si ça va mal, c’est nécessairement la faute aux immigrés.

Michel SERRES est exaspéré par les plaintifs, les pessimistes, les mélancoliques, les passéistes et les nostalgiques qui portent en larmoyant le deuil du monde d'hier. En effet, Michel SERRES, un humaniste et un savant rigoureux, représentant de l’honneur en République, avec une grande distanciation, estime que «beaucoup idéalisent leur jeunesse».  Dans ce petit, mais grand livre, par les interrogations qu’il agite, «C’était mieux avant !», Michel SERRES réplique, avec humour et justesse, à ceux-là qui redoutent le cosmopolitisme : «Cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Avant, nous fumes guidés par Mussolini et Franco, Hitler, Lénine et Staline, Mao, Pol Pot, Ceausescu (…) rien que de braves gens, spécialistes raffinés en camps d’extermination, tortures, exécutions sommaires, guerres, épurations» dit-il. Michel SERRES relate qu’en un siècle, de 1870 à 1945, la France a affronté trois guerres. «Pendant un siècle, ma fille et moi connûmes la guerre, la guerre, la guerre, la guerre» dit-il. La guerre alimente la peur, la haine et le soupçon. Chacun peut tuer ou être tué ; chacun soupçonne en l’autre l’assassin possible. La Police frappe arbitrairement au lieu de protéger. «Chacun vit sur le qui-vive» dit-il. Je rappelle que la guerre du 18 juillet 1870 au 28 janvier 1871, a fait 120 000 tués côté français et 130 000 côté allemand. La Première guerre mondiale a occasionné 20 millions de morts et 21 millions de blessés, dont 71 100 tués des troupes coloniales levées par Blaise DIAGNE. La Deuxième mondiale, de 1939 à 1945, est la plus meurtrière avec 42 186 200 tués, dont 21 100 000 Russes et 9 128 000 Allemands soit, pour les deux pays, 88% des pertes humaines. Le massacre des Juifs (5 millions de gazés), à travers la Shoah, constitue l’un des traumatismes majeurs de ce conflit. Les bilans matériels et psychologiques sont lourds. «Depuis lors, nous vécûmes soixante cinq ans de paix, ce qui n’est point arrivé en Europe occidentale, du moins, depuis l’Iliade ou la Pax Romana» souligne Michel SERRES. Avant, ces boucheries perpétuelles et autres crimes d’Etat, goulag ou Shoah, tuèrent cent millions de morts. En réalité, le nombre des morts, par maladies infectieuses (peste, choléra, syphilis, etc.) ou le manque d’hygiène, dépassait toujours d’assez loin celui des victimes de guerre. A titre illustratif, la grippe espagnole a tué un nombre incalculables de Français, dont Guillaume APPOLLINAIRE.

J’ajouterais à ce que mentionne Michel SERRES, l’Inquisition du 12ème au 15ème siècle, a fait 9 millions de morts, sans que les historiens soient d’accord sur le nombre de victimes. «La Révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l'athéisme que l'Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen Age et dans toute l'Europe» Pierre CHAUNU, dans son livre «Eglise, Culture et Société». En fait, on avance le nombre de 14 000 exécutions pendant la Terreur. Les guerres de religions, notamment dans l’Albigeois, dans le Midi de la France pendant 30 ans, de 1208 à 1218, ont été destructrices. On estime à 10 000 le nombre de Protestants massacrés pendant la nuit de la Saint-Barthélemy du 24 août 1572, à Paris. Les huit Croisades du Moyen-âge, de 1095 à 1270, ont fait 22 millions de morts, et entre 40 000 et 80 000 sorcières persécutées par l’Eglise, ont péri atrocement, souvent par le feu. La Traite négrière, qui aura duré 4 siècles et concernant 400 millions d’Africains (10,8 milliards de bénéfices pour les esclavagistes nantais et bordelais), a fait 20 millions de morts. Tout le monde oublie que les Américains de souche, sont les Indiens, ceux qui n’ont pas péri, ont été placés dans des réserves. Quand on parle maintenant de «pays de merde» ; il faut se méfier des mots. On estime que du 7 septembre 1793 au 18 juin 1815, les guerres napoléoniennes ont coûté la vie à plus de 1 million de personnes en France et 3 millions à l’étranger. Le bilan est lourd et les résultats insignifiants ; c’est une France occupée, affaiblie avec des frontières réduites : «A mesurer l’écart entre les ambitions proclamées, les moyens déployés, les sacrifices exigés et les résultats obtenus, la réponse est non. L’Empire de Napoléon Ier, puis le second Empire, se sont achevés sur des désastres. Le général Boulanger dans l’opposition et le maréchal Pétain au pouvoir, apparentés au bonapartisme, n’évoquent pas des souvenirs glorieux» estime Lionel JOSPIN.

«C’était mieux, avant !», mais l’insécurité était grande dans ce Paris au début du XXème siècle, une véritable capitale du crime : «Paris est une ville sanglante. (…) Quand j’étais à l’hôpital Lariboisière, pas de semaine  qu’on ne ramassât au pied même du mur de l’hôpital, à ce coin sombre du boulevard Barbès (…) un homme poignardé, une fille en morceaux» écrit Louis ARAGON, écrivain et médecin, dans «Le Mentir-vrai».

Quand on dit «C’était mieux, avant», ça dépend pour qui. L’Afrique a connu l’esclavage, le colonialisme et le néocolonialisme, avec des régimes préhistoriques ou monarchiques. En effet, depuis 1945, des guerres coloniales et des guerres locales ont endeuillé l’Humanité. Ainsi la guerre d’Indochine du 20 novembre 1953 au 7 mai 1954, qui s’est soldée par une défaite à Diên Biên Phu, a causé 500 000 morts. En Algérie, le 8 mai 1945, à Sétif, alors que les Algériens avaient défendu «La Mère patrie» pendant la Seconde guerre mondiale, c’est le massacre de 80 000 personnes ; il s’en suivra une guerre d’indépendance (250 000 Algériens et 30 000 Français morts) qui se terminera par les accords d’Evian de 1962, avec 800 000 Pieds-noirs rapatriés et de 41 000 Harkis. D’autres violences, sans images et sans témoins, ont eu lieu à la Libération (100 000 morts de l’insurrection entre 1947 et 1948 à Madagascar ; massacre de 304 tirailleurs sénégalais au Camp de Thiaroye le 1er décembre 1944). «Ces évènements sont tout simplement épouvantables, insupportables. Je voulais réparer une injustice et saluer la mémoire d'hommes qui portaient l'uniforme français et sur lesquels les Français avaient retourné leurs fusils, car c'est ce qui s'est produit», a déclaré le président François HOLLANDE, à Dakar. Le système mis en place par le Général de GAULLE et Jacques FOCCART, dit de la Francafrique, a fomenté 89 coups d’Etats en Afrique au cours desquels 22 chefs d’Etat africains ont été assassinés. Les massacres de Patrice LUMUMBA et de Thomas SANKARA sont restés gravés dans notre mémoire.

Michel SERRES égrène tous les progrès accomplis par l’humanité. Les progrès de la médecine ont considérablement rallongé la durée de vie. «Avant, ne connaissant pas les antibiotiques, on mourait de vérole ou de tuberculose, comme à peu près tous les illustres du XIXème siècle, Schubert, Maupassant ou Nietzsche, ma tante décéda d’une méningite le mois précédent l’arrivée de la pénicilline» dit-il.  Dans une large mesure le racisme, sans disparaître et devenu difficile à déceler et prouver, semble en apparence reculer : «Avant, sans crainte de procès, nous pouvions caricaturer les Juifs et les injurier bassement dans des magasines antisémites librement répandus ; montrer, quasi scientifiquement, que les Africains, que les Aborigènes australiens, que les Noirs en général, incultes et proches des primates, dataient d’avant le néolithique» écrit SERRES. Nous avons pris conscience que la défense de l’environnement est une condition essentielle de la survie de l’homme. «L’Homme est infini, alors que le monde est fini» dit-il. Avant, il n’y avait pas de sécurité sociale «Les pauvres souffraient sans soins, voila tout ; les riches ne sortaient pas mieux. (…) On vous arrachait les dents sans anesthésie» dit-il. Par conséquent, l’espérance de vie était courte : «avant, de guerre ou de maladie, de misère ou de souffrance, on mourrait jeune, c’était beaucoup mieux» dit-il, ironiquement. Il n’y avait pas de soins intensifs ou palliatifs ; on souffrait, infiniment. «La douleur n’est pas une compagne nécessaire, parfois désirée pour prouver sa force d’âme, mais un obstacle à négocier, à franchir, à supprimer si l’on peut» dit-il. Les conditions d’hygiène et de propreté étaient déplorables : «Avant, nous faisions la lessive deux fois l’an, au printemps et à l’automne» dit-il. Le linge était lavé avec les cendres. Bien des femmes sont mortes en couches : «Avant, les obstétriciens ne se lavant pas les mains, les mères mouraient en couches de fièvre puerpérale» dit-il. Sans toilettes publiques «Avant, on pissait où on pouvait, on chiait partout, un peu comme en Inde» dit-il. En l’absence de moyens mécaniques, les conditions de travail étaient particulièrement pénibles : «Pas de mécaniques pour lever les charges, aucun moteur pour soulager la peine, tout au biceps, le dos courbé» dit-il. Les contraintes posturales causaient de redoutables dégâts dans l’organisme : «La terre est basse, plus basse que les pieds, il faut se plier, se courber, se casser pour la travailler. (…) Mais le mal de dos, c’était beaucoup mieux» dit-il, avec une pointe d’humour. Avant, sans progrès technologiques notables, les trajets sont longs, et il n’y avait ni portables, ni chauffage ou électricité ; sans contraception on est contraint à l’abstinence et c’est le culte de la virginité. «Avec le règne du fric, nous portâmes le mauvais goût ; et notre sens de la beauté en prit un mauvais coup» dit-il.

Michel SERRES, un philosophe, un humaniste et un académicien français, est né à Agen, le 1erseptembre 1930. Entré à l’École navale en 1949 et à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1952, il est agrégé de philosophie en 1955. De 1956 à 1958, il sert comme officier de marine sur divers vaisseaux de la Marine nationale : escadre de l’Atlantique, réouverture du canal de Suez, Algérie, escadre de la Méditerranée. Après son doctorat en 1968, Michel SERRES, enseigne à Clermont-Ferrand, Vincennes, Paris I et Stanford University. Il est élu à l’Académie française, le 29 mars 1990, au 18ème fauteuil d’Edgar FAURE. Quand certains disent «Avant c’était mieux !» Michel SERRES, en évoquant les noms des académiciens qui l’ont précédé, nuance ce propos : «Ces patronymes scandent notre siècle au même rythme que les guerres, parmi des millions de morts sur les champs de bataille, sous les bombardements et dans les camps d’extermination. Siège terrible qui, martialement, me ramène à la jeunesse héroïque de mon père, combattant volontaire à Verdun, et à celle de ma mère, seule jeune fille de sa classe à pouvoir se marier parmi des camarades toutes veuves blanches de leur fiancé, ainsi qu’à ma propre enfance amère, assourdie de mensonges et terrifiée d’horreurs. Encore ne compté-je que les combats majeurs. Votre élu, vous le savez, représente une génération peu dense d’enfants de rescapés. L’immortalité dont, métaphoriquement, vous voulez bien m’honorer, Messieurs, s’adosse donc à ces morts bien réelles, brutales, cruelles, inoubliables». Michel SERRES pose le dilemme de notre humanité face aux armes de destruction massive : «Notre histoire coule dans une durée qui soude les petits écarts de nos morts en une continuité spécifique ; or, au plein milieu du siècle, l’événement d’Hiroshima nous enseigna l’éminente et caractéristique nouveauté que cette immortalité de l’espèce, que nous croyions évidemment donnée, nous devions la protéger, mieux, la construire. Nous ne pouvons plus inconsidérément jouer, comme le firent nos prédécesseurs, par guerres et massacres, avec une mort, qui ne fut, jusqu’à nous, qu’individuelle ou partiellement collective et qui maintenant menace la totalité du genre. Nous savons dorénavant notre espèce mortelle. Ses moyens de destruction, trop dangereux, nous acculent à ce choix : ou la philosophie, je veux dire la sagesse de l’amour, ou la disparition».

On a parfois l’impression que les grands moyens de communication, confisqués par le grand capital, font tout, par sensationnalisme, stigmatisation, et par les petites phrases assassines, pour nous égarer des enjeux fondamentaux devant nous mobiliser. Or, cette opuscule de Michel SERRES, «C’était mieux, avant !», fait penser à Frantz KAFKA, pour qui, un «livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous». Michel SERRES est un admirateur du philosophe Gottfried Wilhelm LEIBNIZ (1646-1716) : Un promoteur «de réacquérir la liberté de créer par soi». Pour le philosophe allemand, «Dieu, c’est la Raison». Michel SERRES estime que la philosophie a encore un rôle éminent à jouer dans nos sociétés modernes «Les classes dirigeantes sont tellement incultes, les gens qui dirigent l’information ignorent tellement tout, que la philosophie est de plus en plus nécessaire». Cependant, le philosophe ne devrait pas participer au commentaire du commentaire. Il devrait indiquer une direction, c’est un éveilleur de conscience contre le mensonge ambiant ; c’est ce que semble faire Michel SERRES pour qui la France cultive la morosité : «Cette morosité, cette mélancolie (…) tient au fait que la représentation médiatique de la cité est fondée sur les lois les plus élémentaires de la représentation telles qu’Aristote les a décrites depuis toujours. Au fond, pour intéresser les gens, c’est la terreur et la pitié». Pour Michel SERRES, le philosophe doit rompre avec ce diktat du sensationnalisme et de l’audimat ; le philosophe doit dire la «vraie citée» et non telle qu’elle est représentée par le mensonge et l’instrumentalisation. Par conséquent, il faut distinguer l’information, assimilable parfois à l’intoxication, à la dissimulation ou aux Fake News, à la vraie connaissance faisant avancer l’esprit humain. «De nos jours, le vrai nom de Dieu, est communication. Surfez !», écrit, avec sarcasme, Michel SERRES.

Michel SERRES ne dit pas que notre période actuelle est bonne, mais qu’elle est meilleure par rapport au passé plombé par des guerres mondiales. Ce qui signifie, qu’en dépit des progrès majeurs qu’il a recensés, il faut aller vers le sens de l’amélioration constante de nos conditions de vie. C’est pour cela, que face aux ronchonneurs et rouspéteurs, et insatisfaits perpétuels, je crois que notre monde a les ressorts pour accomplir des bonds plus gigantesques que par le passé, pour aller de l’avant. Maintenant, nous vivons seuls, nous avons cessé d’attendre, nous ne vivons plus ensemble.

Quand on dit «Avant c’était mieux», je me demande, au lieu de stigmatiser et de mettre en cause les étrangers, si ce n’est pas, en fait, un procès en règle contre les trahisons de nos gouvernants. En effet, la France est un grand pays, avec des ressources et des potentialités énormes ; je ne vois pas la cause profonde de ce pessimisme et de cette sinistrose ambiants. A tout le moins,  le grand scandale de notre époque ne serait-il pas que la classe politique, en dépit de la paix durable et des moyens financiers considérables, a décidé de gouverner, uniquement en faveur  des nantis ?

En effet, rien n’est fait pour le bien-vivre ensemble, pour les plus démunis, la classe moyenne, l’intégration des étrangers, l’emploi, le logement, le transport, bref toutes ces préoccupations majeures jugées constamment prioritaires dans tous les sondages. Les moyens financiers existent pour répondre à ces défis. En effet, au sortir de la Seconde guerre mondiale, alors que la France était ruinée, des partis de gauche ont mis en place, un système de solidarité, «Les Jours heureux». En revanche, dans notre période, pourtant d’abondance, tout est mis en oeuvre pour démolir ces acquis sociaux, au détriment des retraités, des fonctionnaires, de la classe moyenne et des collectivités territoriales. Pour dégager ces ressources et ces marges manoeuvre, il faudrait mettre fin à ces 5 interminables guerres locales coûteuses, sans objectifs cohérents et inefficaces pour nous protéger. Chaque jour on annonce la fin du fondamentalisme et chaque jour des populations sont les «dégâts collatéraux» de bombardements intensifs. Des pays, jadis stables et prospères, sont devenus des champs de ruines. Nos politiques semblent jubiler devant les morts, le sang et les larmes. Lucrèce, un latin, évoquant la Nature dominée qui vient d’apostropher l’homme dominé par l’appétit insatiable de la vie, lui dit «Si, une voix de la Nature des choses, se levait lasse enfin de nos terreurs sans cause et gourmandait ainsi quelqu’un des mécontents : Mortel, pourquoi ce deuil ? Pourquoi ces pleurs constants ?».  Ces sommes folles, englouties dans des guerres sans vainqueurs, auraient pu être investies pour bien-être ici, de ceux-là qui croient que «C’est mieux avant». La haine appelant la haine, rien n’en sortira de bon. Comme le dirait Voltaire "Presque toute l'Histoire est une suite d'atrocités inutiles". Par conséquent, «Nos vies valent mieux que leurs profits» avait, fort justement, dit M. Olivier BESANCENOT.

En Afrique, continent riche de ses matières premières et de sa jeunesse, mais spolié de ses richesses par une Françafrique scandaleuse, on rejette l’aumône que constitue la soi-disant aide à la recolonisation. Nous voulons un monde fondé sur une coopération équitable, sur la fraternité et la justice. Pour l’instant, nos jeunes, s’ils ne meurent pas dans le Sahara ou en Méditerranée, sont réduits en esclavage en Libye ou internés dans des camps à Calais, avec des risques de rafles ; cela rappelle bien de mauvais souvenirs de la Deuxième guerre mondiale. Il faut chasser ces régimes préhistoriques ou monarchiques en Afrique, un continent d’opportunités et d’avenir que rien ne condamne, éternellement, au désespoir !

Finalement, quand on dit que "C'était mieux avant !", il ne faudrait pas se tromper de colère.

Référence bibliographique

1 – Quelques contributions de Michel SERRES

SERRES (Michel), C’était mieux avant !, Paris, Manifeste le Pommier, 2017, 95 pages, au prix de 5 €uros ;

SERRES (Michel), Le parasite, Paris, Pluriel, 2014, 461 pages ;

SERRES (Michel), Le système de Leibnitz et ses modèles mathématiques, Paris, collection Epimethée, 2002, 840 pages ;

SERRES (Michel), Les cinq sens, philosophie des corps mêlés, Paris, Grasset, 1985, 381 pages.

2 – Critiques

ABRAHAM (Luc), «Un entretien avec Michel Serres», Horizons philosophiques, 2000, vol 10, n°2, pages 97-116 ;

CARETTE (Jean), «Michel Serres, un philosophe lumineux», Nuit blanche, le magasine du livre, Hiver 1997, n°69, pages 81-83 ;

LAGADEC (Claude), «Michel Serres et le vrai nom de Dieu», Horizons philosophiques, Automne, 1997, vol 8, n°1, pages 41-54 ;

SIMARD (Jean-Claude), «Anthropologie des sciences : un programme pour la philosophie ? Entretien avec Michel Serres», Philosophiques, Automne, 1987, (14) 1, pages 146-171 ;

HENAFF (Marcel), «Des pierres, des anges et des hommes», Horizons philosophiques, Automne, 1997, vol 8, n°1, pages 65-95 ;

Paris, le 20 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

"C'était mieux avant !", il ne faudrait pas se tromper de colère !
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 18:36

J’ai toujours rêvé, un jour, d’aller visiter l’Académie française, mais à chaque fois c’est un rendez-vous manqué. Il y a de cela plus de deux décennies, j’avais eu l’immense privilège de rencontrer le président SENGHOR à son appartement dans le 17ème arrondissement de Paris. Le projet de visite n’a pas pu se concrétiser. Dans les années 90, Assia DJEBAR est passée à notre association INTERCAPA, à la place du Panthéon, pour la régulation de la régularisation de sa fille adoptive, elle connaissait la future marraine de mes enfants. Harcelé par des sans-papiers, je n'avais eu le temps d'échanger avec cette grande dame de la littéraire. J’ai eu l’insigne honneur de rencontrer Dany LAFERRIERE, à une conférence au salon du livre à Paris, en mars 2016, et je l’ai revu, deux fois après, quand Alain MABANCKOU avait triomphé au Collège de France en mai 2016 et en décembre 2017, lors d’un hommage à James BALDWIN, au Musée de l’Homme. M. Dany LAFERRIERE a été élu académicien, le 12 décembre 2013, sur le fauteuil n°2 de Hector BIANCIOTTI. Là aussi la visite à l’Académie française n’a pas pu se faire avec ma petite Arsinoé. Il faut dire que l’Académie française reste fermée pour le grand public. En effet, ceux qui ne sont pas de l’Académie ne peuvent être admis dans les assemblées ordinaires ou extraordinaires, pour quelque motif que ce soit. En effet, jusqu’ici, seulement quelques visites privées ont été accordées, mais à de très hautes personnalités politiques : le Président Abdou DIOUF du  Sénégal, le 26 juin 1997, le Président Abdoulaye WADE du Sénégal, le 21 juin 2001, et le Président Laurent GBAGBO, de la Côte-d’Ivoire, le 7 décembre 2001.

L’Académie française, une ancienne institution, s’ouvre progressivement à la société. Cependant, le débat sur la langue française, très passionné, reste traversé par des polémiques, et un besoin de concevoir autrement cet outil, devenu «un butin de guerre» pour la Diaspora et les colonisés. La contribution littéraire de M. Dany LAFERRIERE exprime, fortement, ce désir de changement et du bien-vivre ensemble.

I – L’Académie française, son histoire, son ouverture progressive

et timide aux forces vives de la société

A – L’Académie des origines, l’aristocratique

L’Académie française est cette prestigieuse institution rassemblant une quarantaine personnalités culturelles qui appartiennent aux mondes de la littérature, de la poésie, du théâtre, de la littérature et des sciences. D’illustres poètes avaient l’habitude de se réunir, pour un gala intellectuel, chez Valentin CONRART (1603-1675), à la rue Saint-Martin, à Paris 3ème. On y lisait des tances et des sonnets autour d’un bon repas, parfois en présence du secrétaire de RICHELIEU, un certain François LE METEL de BOISROBERT (1592-1662). Le cardinal RICHELIEU se demanda «Si ces personnes ne voudraient pas faire un corps, et s’assembler régulièrement, et sous une autorité publique». En effet, RICHELIEU voulait abandonner les révolutions du goût, les caprices de la mode, et proposait que l’Etat reçoive ces hommes de Lettres, en leur donnant, au lieu d’une faveur précaire, un rang assuré, incontestable, privilégié, érigé au range de nouvel ordre reconnu et protégé. Par conséquent, l’Académie française est née, sans préméditation : «Quand il parle de ce premier âge de l’Académie, ils en parlent comme un âge d’or, durant lequel, et avec toute l’innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autre loi que celle de l’amitié, ils goûtaient ensemble toute ce que la société des esprits a de plus doux et de plus charmant», écrit, en 1652, Paul PELISSON, le premier biographe des origines l’Académie française, puis Pierre-Joseph THOULIER d’OLIVET, ont repris ce récit jusqu’en 1700 ; la mort de Racine est le dernier événement rapporté. C’est le 29 janvier 1639, sous le règne de Louis XIII, que l’Académie française est officiellement créée, rassemblant des «académistes» qui deviendront des «académiciens» en charge d’améliorer la langue française comme l’indique l’article 27 de ses Statuts et Règlements : «La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences». À cet effet, «il sera composé un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique». Armand Cardinal Duc de RICHELIEU est désigné protecteur de l’Académie qui a un contre-sceau avec une couronne de laurier, avec ces mots «A l’Immortalité». L’Académie française a été créée dans un but politique : renforcer l’unité de la France au moyen de la langue française et une mission principale de veiller sur l'état de la langue et de rappeler son bon usage. Il s’agit de «nettoyer la langue française des ordures qu’elle avait contractées». La mission de l’Académie est de conserver et perfectionner la langue française.

Mais les origines de l’Académie française sont plus anciennes puisque Jean DORAT (1508-1588) réunissait à l’hôtel de la Montagne-Sainte-Geneviève : Pierre de RONSARD, Jean-Antoine de BAIF, Ludovico ARISTO dit L’Arioste, Joachim du BELLAY. On y étudiait la grammaire et la musique ; ils avaient, pour but, de célébrer le culte et le progrès des lettres. Ces coteries ne sont pas nouvelles, RONSARD avait eu sa Pléiade. En 1570, Charles IX, un roi poète, octroya à ce cercle, de beaux esprits, des lettres patentes où il déclare que «pour ladite académie soit suivie et honorée des plus grands, il accepte le surnom de protecteur et auditeur d’icelle». Le Parlement et l’université se montrèrent hostiles à l’Académie, mais celle-ci réagit en accueillant en son sein des parlementaires et des universitaires. Charles IX appréciait Antoine BAIF, comme un très excellent homme de lettres ; il lui donna les moyens de subvenir aux besoins des gens de lettres.

L’Académie a un Directeur, un Chancelier, un Secrétaire perpétuel à vie, et une Bibliothèque. Mais cette Académie prit des airs aristocratiques, et ne voulut point de dîner en famille. Cette ancienne maison voulait établir six lois fondamentales : prier, étudier, se réjouir, ne faire tort à personne, ne pas croire légèrement et ne se soucier point du monde. Si un académicien fait quelque faute indigne d’un homme d’honneur, il peut être destitué ou écarté temporairement, suivant la gravité de la faute (22 décembre 1684 Abbé Antoine de FURETIERE, pour vols de documents, et abbé Charles-Irénée Castel de SAINT-PIERE, critique du Roi).

«L’Académie française est une puissance qui, comme les autres, a rencontré, à côté des indifférents, des partisans déclarés, et des adversaires si bruyants qu’on les a crus nombreux» écrit Charles-Louis LIVET. La Révolution était hostile à l’Académie : «La Vérité a vaincu ; le genre humain est sauvé !» s’écrit CONDORCET. La Constituante réduit les crédits budgétaires de l’Académie, et Charles-François LEBRUN de dire «En créant l’Académie française, Richelieu n’y chercha peut-être que des panégyristes et des esclaves. Elle expie son origine». Le 10 août 1793, l’abbé GREGOIRE demanda la suppression de l’Académie française, «l’aînée, qui présente tous les symptômes de la décrépitude» dit-il. NAPOLEON rétablira l’Académie française qui retrouva «l’esprit qui l’animait, la modération et la dignité qu’elle avait constamment gardées et des matériaux pour continuer son histoire». En 1815, l’Institut de France, au quai Conti, sera divisé en quatre classes : Académie des sciences, Académie française, Académie des inscriptions et des belles lettres et Académie de peinture et de sculpture.

Jusqu'au milieu du XIXème siècle, on désignait ceux qui se présentaient à l'Académie sous le nom de «prétendants». Un terme éloquent. On les appelle maintenant des «candidats», et ils doivent faire une véritable cour auprès de ceux qui vont décider de leur élection. Depuis 1635, quiconque veut déclarer sa flamme aux Immortels doit d'abord envoyer un courrier au secrétaire perpétuel. Les Académiciens ayant le droit de coopter leurs confrères, jusqu’au milieu du XVIIIème, les philosophes audacieux en furent écartés. Jadis, il y régnait un esprit monarchique et religieux. René DESCARTES, frappé de disgrâce par RICHELIEU, se tenait éloigné de ce cénacle. Jules MAZARIN ne pouvait pas être désigné protecteur de l’Académie, sa connaissance de la langue française étant jugée insuffisante ; ce sera le Duc d’ENGHEIN, époux de la nièce de RICHELIEU, qui entrera à l’Académie française ; il vouait une admiration pour CORNEILLE et MOLIERE. A la mort de Louis XIII (27 septembre 1601 - 14 mai 1643), précédée, de très près, de celle de RICHELIEU (9 septembre 1585 – 4 décembre 1642), c’est Gilles BOILEAU qui est nommé en 1659.  Des prélats, des Ducs, des maréchaux et de grands seigneurs et quelques hommes de lettres (élection de Montesquieu en 1727 et de Marivaux en 1742), dominaient cette assemblée, fort conservatrice. L’Académie, se revendiquant de l’Immortalité, de par l’autorité qu’elle exerce sur le langage, celle qu’elle revendique sur le goût, sa rhétorique, les cabales qu’elle a nourries, ont en fait une institution raillée par les esprits critiques ou sarcastiques que sont, notamment, les philosophes. Aussi, pendant longtemps, l’Académie se méfia des philosophes, l’homme de guerre et d’insurrection contre l’Eglise et la Royauté. Sous l’Ancien régime, une monarchie absolue, les philosophes des Lumières n’avaient aucune marge de manœuvre, et donc n’étaient pas les bienvenus à l’Académie française. L’Académie, «c’est une maitresse contre laquelle les gens de lettres font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs» disait Voltaire. L’Académie commence son aggiornamento avec les élections de Voltaire en 1746, et celle de DUCLOS, en 1747, qui devient secrétaire perpétuel, puis celle de d’Alembert en 1754, qui succéda à DUCLOS dans ses fonctions. En 1760, Voltaire disposait à l’Académie d’une majorité agissante, qui reflétait l’opinion d’une grande partie du public lettré et répondait à leurs aspirations. Cependant, bien d’éminents gens de lettres seront écartés de l’Académie française, notamment Charles BEAUDELAIRE, Emile ZOLA, Paul VERLAINE et Louis ARAGON.

B – L’Académie et les minorités ethniques

Le combat des femmes, à l’image de celui de la Diaspora, marque l’aspiration profonde à l’égalité réelle et à la fraternité, même au sein de l’Académie française. En effet, l’Académie est restée pendant longtemps un monde masculin. En réaction contre cette misogynie, Madeleine de SCUDERY (1607-1701), dite Sappho, avait fondé une Académie des beaux esprits, à l’hôtel de Rambouillet, l’Académie des précieuses et l’Académie galante chez Anne dite NINON de L’ENCLOS (1620-1705), une femme athée et libertaire, au Marais, à Paris 4ème. Mme George SAND (1804-1876, voir mon post) réclame, dans une lettre du 20 juin 1863, que les femmes soient représentées à l’Académie française. En effet, durant trois siècles et demi, l’Académie française a obstinément fermé ses portes aux femmes. «George Sand eût fait scandale par la turbulence de sa vie ; la personne encore plus que l’écrivain devançait son temps» dira Marguerite YOURCENAR, première femme élue à l’Académie française en 1980 (voir mon post du 20 février 2016). Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Fatma-Zorah Imalhayène, dite Assia DJEBAR (30 juin 1936 à Cherchell, Algérie- 6 février 2015, à Paris), une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (Constantine 1929-1989 Grenoble), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour».

L’élection de Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) à l’Académie française, sur le fauteuil n°16 d’Antoine Lévis MIREPOIX, en 1983, puis sa réception, sa réception le 29 mars 1984, en présence du chef de l’État, protecteur de l’Académie, a marqué une date de très haute importance dans l’histoire de cette institution. Avec lui, ce n’était pas seulement l’agrégé de grammaire, l’ancien président de la République du Sénégal, le grand poète partout connu et reconnu, l’homme de dialogue entre les cultures, les religions, le chantre du métissage et de l’universel, qui entrait sous la Coupole, c’était l’ensemble de ceux qui ont la langue française en partage, c’était la Francophonie tout entière. Pour SENGHOR, la civilisation française est «une force de symbiose. Elle prend, de siècle en siècle et dans les autres civilisations, les valeurs qui lui sont d’abord étrangères. Et elle les assimile pour faire du tout une nouvelle forme de civilisation, à l’échelle, encore une fois, de l’Universel».

Après Léopold Sédar SENGHOR, premier Africain à être admis à l’Académie française, M. Dany LAFERRIERE est élu en 2013, à cette institution. Deux noirs, deux styles «Pour rien, la langue française comme toute langue n’a aucune valeur. Ce sont ses locuteurs qui donnent des valeurs à la langue. Car les Résistants, comme le Vichyste, parlaient français tout autant comme aujourd’hui les discours de la haine contre les Noirs ou les Juifs sont en français» dit LAFERRIERE. La Littérature française contemporaine est devenue faible et appauvrie, parce que repliée sur elle-même. Cependant, M. LAFERRIERE a rendu un vibrant hommage aux chantres de la Négritude que sont Aimé CESAIRE et Léopold Sédar SENGHOR, dans son discours de réception du 28 mai 2015 «Pour moi ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent» dit-il. Mais quelle conception, l’Académie française a-t-elle de la Francophonie ?

En 1783, l’Académie royale des Sciences et des Belles Lettres de Berlin mettait au concours un triple sujet ainsi libellé «Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu’elle la conserve ? ».  Antoine RIVAL (1753-1801), comte de RIVAROL, un farouche opposant à la Révolution, remporta ce prix, le 3 juin 1784, avec son «Discours sur l’universalité de la langue française». La France, jadis, partagée entre le Picard et le Provençal, avec une forte influence du Latin, sera conquise par le français, «La langue est la peinture de nos idées» dira RIVAROL. La langue est le reflet de la domination, de l’hégémonie d’un pays, de la puissance coloniale «qui tenait dans ses mains la balance des empires».

Le président Emmanuel MACRON avait proposé au professeur Alain MABANCKOU de collaborer avec Leïla SLIMANI pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». Cependant, M. Alain MABANCKOU a décliné cette offre : «Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s'agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale» dit-il. Le professeur MABANCKOU poursuit : «La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies». Le but de l’Alliance française, d’après son programme, est d’étendre l’influence de la France. Par conséquent, les autorités françaises ont une conception racisée et ethnicisée de la langue française : «Repenser la Francophonie, ce n'est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n'est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d'auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial» dit M. MABANCKOU. Depuis l’avènement de la Négritude dans les années 30, c’est le professeur Alain MABANCKOU qui a le feu sur la scène littéraire à Paris, en allant à l’assaut du Collège du France en mai 2016, puis à la Fondation Louis VUITTON, à Paris. M. MABANCKOU a eu le mérite d’appuyer et de mettre en valeur, au cours de ces manifestations, des artistes congolais talentueux, mais encore écrasés par un monde racisé et ethnicisé. Je m’en réjouis et lui adresse mes vifs remerciements. La Francophonie pourrait aider à reconstruire un monde nouveau, mais à condition qu’elle soit débarrassée de sa vision coloniale, de son obsession identitaire et de sa peur puérile de l’immigration. En effet, il est regrettable que la France, avec une politique de visa stricte, soit désertée par les étudiants africains au profit de la Chine et des Etats-Unis. Pour Cheikh Anta DIOP, il n’y aura pas de développement de l’Afrique, sans une valorisation des langues nationales. Le français, parlé dans 14 pays africains, pourrait avoir un avenir en Afrique, à plusieurs conditions : tenir compte de l’héritage et du patrimoine culturel africain, notamment de ses auteurs, devenir un espace de solidarité et de coopération fondé sur la justice et l’équité, réserver une place particulière à la diaspora dans les relations entre la France et l’Afrique, et combattre les dictatures ainsi que la Françafrique en restaurant la confiance, la justice et la fraternité.

Dany LAFERRIERE conteste, lui aussi, cette conception racisée et ethnicisée de la francophonie : «Il y avait un besoin, de la part de la France, de rassembler tout ceux qui parlent français sur la planète pour faire le poids à l’anglophonie qui, de plus en plus, s’affirmait comme puissance démographique. La littérature a une grande visibilité, d’autant plus que les écrivains peuvent venir de toutes les classes sociales, contrairement à l’économie, qui ne quantifie que les puissants et les riches. À l’inverse, les écrivains viennent de partout. J’avais compris qu’avec la francophonie, Paris est à part, et le reste est la province, que ce soit la province française ou les autres pays parlant français. Je ne pouvais accepter ce fait d’être un écrivain provincial, parce que j’écris précisément pour sortir de l’espace où je suis, pour aller dans un lieu à la fois intemporel et sans espace. J’écris à partir d’une grande rêverie, je n’écris donc pas pour me faire remettre à ma place après. C’est pour ça que j’étais d’accord avec cette idée d’une «littérature-monde», qui est le contraire de la mondialisation. L’idée est de faire en sorte que la marge devienne le centre ; on prend place au centre et comme centre. Il n’y a plus de francophonie qui ne soit pas la France, c’est-à-dire regroupant tous les pays parlant français sauf la France» et M. LAFERRIERE précise qu’il est pour une littérature monde «Je ne suis pas un écrivain de langue française, ni francophone, je suis un écrivain. J’écris avec un langage qui ne tient pas forcément compte de ce langage codé avec lequel on m’identifie». M. LAFERRIERE, dans son discours de réception du 28 mai 2015, à l’Académie française, a rendu hommage à la Diversité qui s’invite dans cette illustre institution, à travers Alexandre DUMAS, fils : «Je me demande si Dumas a compté pour vous, et s’il a illuminé votre enfance comme il l’a fait de la mienne. Si je parle de Dumas c’est parce qu’il a occupé aussi ce fauteuil. Même si ce n’était pas le Dumas des Trois Mousquetaires mais plutôt son fils, l’auteur de La Dame aux camélias. De toute manière les Dumas ont de profondes racines en Haïti puisque c’est une «négresse», selon l’appellation de l’époque, qui a donné naissance au général Dumas, le grand-père de notre confrère Alexandre Dumas fils. Je dois souligner que le nom Dumas ne vient pas du père, le marquis de La Pailleterie, mais de la mère, une jeune esclave du nom de Marie Louise Césette Dumas. Ces Dumas ont le sang vif de ces mousquetaires qui osèrent affronter notre fondateur le cardinal Richelieu. Enfant, j’étais du côté de d’Artagnan, aujourd’hui je me range derrière le Cardinal. Le temps nous joue de ces tours» dit-il.

II – Dany LAFERRIERE, une littérature inspirée de l’Amour

Né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953, d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert LAFERRIERE et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor KLEBERT, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : «L’Odeur du café» et «Le Charme des après-midi sans fin». Gilberte MOREAU estime que les valeurs véhiculées dans la contribution littéraire de LAFERRIERE, au-delà de l’exotisme et de la prose, sont repérables ; il s’agit, notamment de «l’amour, l’amitié, le bonheur de vivre, la tolérance, la fidélité à ses racines».

À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany LAFERRIERE commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel «Le Petit Samedi soir». Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien «Le Nouvelliste». «Lorsque j'étais jeune journaliste en Haïti, je n'étais pas un contestataire qui élève la voix. Je travaillais pour un journal, «Le Petit Samedi soir», avec un groupe de jeunes gens de mon âge, et j'étais le plus littéraire de tous. Mes chroniques n'étaient presque pas politiques, ou alors très politiques, si on entend par ce mot une proximité recherchée avec la réalité. J'allais dans les profondeurs de l'île, rencontrer des gens, raconter leurs vies. Avec l'idée que la dictature ne pénètre pas partout, ne dévore pas tout. Il faut parvenir à être heureux malgré la dictature, c'est la chose la plus subversive qui soit» dit-il.

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, Dany LAFERRIERE quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman «Le Cri des oiseaux fous». «Montréal a fait de moi un écrivain méditatif» écrit Dany.

A – Combattre l’humiliation et la peur, retrouver son individualité

Les récits de l’enfance sont largement autobiographiques. Le but de Dany est avant tout de témoigner de son enfance, heureuse malgré la dictature, et de l’enfance de toute une génération de jeunes qui a vécu les années terribles des DUVALIER, sans succomber au régime de la peur. Ce qu’il cache, en lui, c’est un «cœur collectif». Ainsi, «L’Odeur du café», une chronique de l’enfance, parue en 1991, relate des événements datant de 1963, sous le régime dictatorial de DUVALIER ; un des personnages, Passilus, aime parler politique et invite des amis chez lui pour discuter. A la suite de troubles dans la capitale, ils sont tous arrêtés. Dans ce petit village pauvre et analphabète, on vit du café et du sisal. Matriarcat domine dans cette communauté traditionnelle ; Da, la grand-mère du narrateur a un rôle important dans l’éducation des femmes et des enfants. Récit autobiographique, le narrateur se découvre un amour infini pour Vava. DA, la grand-mère, incarne une vieille dame au visage souriant ; elle représente une métaphore d’Haïti, un pilier inattaquable, dans la tourmente, pleine de vitalité et de sagesse. DA enseigne aux jeunes, «ce rire princier» et ce qu’il faut «avoir face à la misère».

«Le charme des après-midi sans fin» est plutôt le temps de l'adolescence faisant naître le désir et la découverte du sexe. Les filles sont présentes, Vava celle dont Vieux Os est amoureux depuis longtemps et dont la timidité l'empêche de l'approcher, pire il se sauve quand il la voit ou tombe dans les pommes, mais aussi sa cousine Didi, Fifi, Edna. Cette grand-mère qui représentait tout pour l’auteur, l’autorité et l’indulgence, la sagesse et la protection dans un petit cocon familial sécurisant. Da lui a tout appris sur ses ancêtres, sur les anciennes coutumes, elle lui a raconté sa vie, une vie dure mais auréolée d’un certain mystère entretenu pour garder de nouvelles anecdotes qu’elle lui narre au fil du temps. Mais Da lui a surtout ouvert l’esprit en s’adressant à lui comme à un adulte le plus souvent et elle lui a appris les bonnes manières, celles qui l’aideront à se comporter en parfait «gentleman», ce qui lui sera d’un grand secours plus tard.

Dixième roman de Dany LAFERRIERE, «Le cri des oiseaux fous» est aussi l'ultime récit de sa vaste «autobiographie américaine». Le narrateur apprend que les tontons macoutes ont tué son ami, que lui-même est sur la liste, que cette nuit sera sa dernière nuit en Haïti, celle du départ. LAFERRIERE, le  héros de son roman raconte comment il est venu à quitter sa terre natale, journaliste, il est affecté aux chroniques culturelles. Avant de s’exiler, il fait le tour de ses amis, sans les prévenir de son départ. Tout le récit coule des yeux et des pensées, des peurs et des méditations de ce jeune homme de vingt-trois ans confronté au crime et forcé à l'exil. Comment se sentir citoyen d'un pays qui veut votre mort ? «L'exil est pire que la mort pour celui qui reste. L'exilé est toujours vivant bien qu'il ne possède aucun poids physique dans le monde réel», dit-il. Ce roman est une ultime insurrection contre la dictature et l’intolérance, un droit de parler de culture sans parler de politique. D'avoir des désirs qui lui sont propres. «Et l'indifférence que j'ai toujours manifestée pour le pouvoir et sa propagande diabolisante ne jouerait pas en ma faveur. Car le rêve de tout pouvoir est qu'on s'intéresse à lui», dit-il. Dans «le cri des oiseaux fous»,  les thèmes abordés sont variés : l’amour et la sexualité, l’amitié, la mort et le sentiment de l’absurdité, la construction de l’identité, par rapport au père et à la mère. Le développement du roman, loin d’être narcissique, se construit sur les adieux que Dany LAFERRIERE fait à ses amis. Comme, il fréquente le monde de la culture, ce roman est particulièrement instructif de la vitalité littéraire et artistique d’Haïti. On ne se croirait pas dans un pays sous-développé. Les artistes compensent la pauvreté de ce pays par leur créativité et leur énergie débordante. Dany LAFERRIERE rencontre aussi les prostituées qu’il a fréquentées. Il ne s’en cache pas et n’est pas complaisant. Il fait ressortir les qualités de cœur des Haïtiens. On sent que LAFERRIERE voue une grande affection pour son entourage et son pays. Parallèlement à cette déchirure, se profile la vie politique haïtienne d’une grande brutalité. Finalement, ce roman relate la vie quotidienne des Haïtiens, confrontés à diverses difficultés, mais qui ont su garder leur héroïsme et leur noblesse d’esprit. «Le dictateur, lui, a volé le sens collectif, l’a pris en otage et naturellement voudrait qu’on se soumette à lui un à un. Il y a peu de choses pouvant soumettre les individus autant que la peur. La peur est une chose individuelle. Le rêve du dictateur est d’intégrer, dans chaque individu, cette peur. Dans ce contexte, il ne faut donc pas perdre de vue que le plus résistant, c’est encore l’individu. Il faut commencer par être résistant soi-même si l’on veut ensuite se regrouper dans la résistance. Ce que le dictateur veut faire, c’est d’abord nous annuler, nous humilier et faire en sorte que nous perdons toute individualité. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de choses qui sont liées, que ce soit dans la colonisation ou la dictature, à l’humiliation personnelle. On veut vous humilier» dit-il. «Il faut redonner de l’importance à la parole parce que quand elle est réfléchie et pensée, c’est une action», dira Dany. Il considère que la littérature est une arme, un instrument de liberté. La première raison d’être de l’écrivain, c’est dire que le Roi est nu. «D’être exilé permet d’écrire sans concession et sans la peur. L’exil m’a aidé à dire ce que je pense, et m’a donné la possibilité de parler à un autre pays» dit-il. Quand on est libre, on est dangereux.

LAFERRIERE fait publier en 1985, le roman «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», qui a connu un succès retentissant. Il se familiarise avec le cinéma. C’est un roman constitué d’une succession de brefs chapitres proposant chacun une petite scène à connotation sexuelle. LAFERRIERE déploie style sec, aux phrases juxtaposées, dont le rythme haché rappelle celui du jazz. Il y expose des lieux communs, certes, sur les Noirs et sur les Blanches, mais présentés toujours avec un humour à la fois cru, sain et jubilatoire. C’est une satire féroce sur les stéréotypes et les clichés racistes, dans laquelle deux jeunes Noirs oisifs partagent un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman et, pour s’occuper, connaît diverses aventures féminines en dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c'est un juste retour des choses, après avoir souffert de l'esclavage, que de séduire toutes ces jeunes donzelles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran, sur des airs de jazz.

«Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?» fait ressortir la complexité des sens propres à la littérature migrante qui puise dans le pays d’origine et celui du lieu de résidence. Les sens multiples doivent être analysés à la lumière des codes culturels, à la communication entre divers univers et leur enrichissement réciproque. En effet, LAFERRIERE, durant son exil au Canada se positionne comme un écrivain québécois qui porte, cependant, un puissant témoignage sur ses souvenirs d’immigrant. «Mon premier livre était un acte de rupture. Je voulais savoir si un Haïtien pouvait écrire un livre qui se passe hors d'Haïti, un livre où le mot Haïti ne figure pas, n'est pas prononcé. J'avais compris qu'il y avait ce pays natal, gouverné par les Duvalier, que j'avais fui, mais qu'il y avait aussi la petite chambre où je vivais désormais, dans le quartier Latin de Montréal, et qui était gouvernée par moi seul. Finalement, ce territoire très étroit était la plus grande, la plus belle chose qui pouvait m'arriver, le grand événement de ma vie. La clé que j'avais dans ma poche était une chose nouvelle pour moi, d'ailleurs. En Haïti, on n'a pas de clé, on n'en a pas besoin, il y a toujours à la maison une mère ou une grand-mère. A Montréal, tout à coup, j'avais une clé, qui était la clé de ma vie. Avant d'écrire, je m'étais posé la question : qu'est-ce qui m'importe le plus en ce moment ? Duvalier ? L'agitation politique en Haïti ? Eh bien non, ce qui m'importait, c'était la petite clé. Et la machine à écrire que j'avais achetée avec l'argent gagné en travaillant à l'usine» dit-il. Ce roman, marqué par la polyphonie, outre son caractère ironique, provocateur et exotique, est une réflexion profonde sur la littérature migrante, sur l’altérité, sur les différences culturelles. En l’occurrence, les Noirs sont souvent de culture occidentale, mais ils jouent, parfois, au Nègre pour draguer les Blanches. A travers, la parodie, LAFERRIERE renverse la perception de la Négritude qu’il désacralise. Par conséquence, l’aliénation et la recherche d’une nouvelle identité sont au coeur de ce roman. Il fait référence aux filles anglaises que tente de séduire le héros de son roman, qui sont censées, par rapport aux francophones, être supérieures et «disciplinées». Il affirme son ambition littéraire «L'écriture est engendrée par la solitude, et en même temps elle chasse la solitude. Lire, écrire, rêver : si mes jours pouvaient être occupés à cela, ma vie me convenait» dit-il.

Par ailleurs, ce roman, «Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?»   est bourré de clins d’œil littéraires. En effet, c’est durant son exil qu’il met à lire des auteurs étrangers. «Les écrivains que je lisais à l'époque s'appelaient Hemingway, Bukowski, Henry Miller ; ils constituaient la mythologie de l'écriture dans laquelle je voulais m'inscrire. Il y avait, en Haïti, une tradition littéraire forte aussi, mais très classique, très XIXe siècle. Moi je voulais une littérature plus directe, plus concrète. Je venais d'une dictature, donc d'un monde abstrait, construit de rêves, de symboles, de métaphores, parce que c'est cela la dictature, les gens qui la combattent ne l'ont souvent jamais vue vraiment, ils se battent contre un ennemi masqué, insaisissable, et je voulais que le monde devienne enfin concret» dit LAFERRIERE. En 1986, meurt Jorge Luis BORGES, un écrivain aveugle argentin, pour qui LAFERRIERE voue une grande admiration. BORGES est un spécialiste de l’art de la nuance. «Tous les pouvoirs ont peur de la nuance. Seule la nuance est subversive», dit-il. LAFERRIERE cite, dans ce roman, James BALDWIN, un auteur noir, homosexuel qui a vécu en exil en France.

B – Devenir un écrivain international

La littérature de l’exil est présente de longue date au sein de la diaspora haïtienne : «Il y a d’abord l’exil offensif de jeunes gens de «bonne famille» partis poursuivre leurs études à l’étranger. Promis à de brillantes carrières, ils sont confrontés au racisme. Leur obsession est de prouver que l’Haïtien est intelligent. Pas autant que le Blanc, mais plus. Une autre forme d’exil s’installe au début des années 1960 avec l’arrivée des Duvalier au pouvoir, celle des bannis, plutôt défensive. Ils ont le sentiment d’être des victimes, et ils sont dans la nostalgie et non dans l’action. Ils se contentent de regarder vivre les autres en attendant de rentrer chez eux. Preuve que parfois l’émigration abrutit. Alors que chez eux ils allaient au théâtre, au cinéma, discutaient de sujets universels, une fois en exil, ils ne parlent plus que de leur pays. Et plus ils le font, plus ils s’en éloignent. C’est une perte sèche» dit-il. Cependant, Dany LAFERRIERE se définit, non pas comme un écrivain de l’exil, mais du voyage : «Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne parlais pas d'exil à mon sujet, car la notion d'exil me reliait à la dictature haïtienne, avec laquelle je voulais rompre. Je préférais le mot voyage” dit-il. Il ne renonce pas pour autant à sa créolité, loin de-là : «En me disant «écrivain américain» écrivant en français, je faisais un immense pas de côté, je sortais de la détermination antillaise. Et je m'inscrivais dans une mythologie : j'étais dans le Nouveau Monde, j'y avais tous les droits. Evidemment, cette revendication était un peu de la provocation, à une époque où le discours sur la créolité était très en vogue. Mais Haïti, c'est moi ! Je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur les toits, au contraire même : elle est si enracinée en moi que je n'ai pas besoin de m'y intéresser, elle me suivra où que j'aille. C'est comme faire du vélo : il ne faut pas regarder la roue, il faut n'avoir plus aucune conscience du vélo pour avancer» dit Dany.

«Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités» s’agace Dany LAFERRIERE. En effet, certains critiques ont reproché à Dany LAFERRIERE d’être trop dandy, distant, presque un hussard ; il ne se pose pas l’énigme du retour ; il a une soif de vivre, là où il est : «J'ai toujours regretté qu'Aimé Césaire ou Senghor n'aient parlé que de leur lutte, et pas assez des voyages qu'ils ont faits, des rencontres. Ils n'étaient quand même pas que des machines à sauver l'humanité ! Ils pouvaient eux aussi rencontrer quelqu'un dans un bar, un soir, et nous le raconter simplement, sans voir cela à travers le prisme de la négritude. Avec mes chroniques de voyage, je voudrais montrer aux jeunes gens du tiers-monde qu'on a le droit de voyager, de voir le monde de ses propres yeux, et non à travers un prisme politique. Qu'on n'est pas tout le temps un exilé, un Noir, un ancien colonisé ou je ne sais quoi d'autre. On peut juste être un homme assis à une terrasse de café, et qui regarde. Mon problème est sans doute que je n'ai pas de problème d'identité. Elle est ancrée en moi, peut-être même surabondante, à tel point que je ne m'en soucie pas» dit-il. Dany LAFERRIERE se sent nationaliste à travers ses écrits : «Le patriotisme me semble plus fort chez les exilés. Peu d’écrivains placent Haïti au centre de leur œuvre autant que moi». Le Cri des oiseaux fous est sans complaisance avec la dictature de Duvalier. Pays sans chapeau raconte la réalité haïtienne, le rapport entre la vie quotidienne et la vie rêvée mâtinée de sacré. L’Odeur du café est perçu par les Haïtiens comme le livre qui leur parle le plus de leur enfance. Dany LAFERRIERE, comme Alain MABANCKOU, son grand ami, ont choisi d’abandonner le discours victimaire ; ils veulent engager une littérature délivrée de la culpabilité : «La culpabilité, ce n’est pas mon genre. Ma relation avec Haïti peut sembler complexe si on mélange la vie personnelle et la littérature. Il ne faut pas confondre ce qui est dit dans mes œuvres avec ma réalité. Mon écriture ratisse large, essaie de rendre toutes sortes d’émotions de gens différents, également Haïtiens et exilés. Leurs expériences sont mises à contribution dans mes œuvres. Comme je sais qu’il y a des gens qui se sentent coupables d’être à l’extérieur d’Haïti, il arrive qu’il y ait des traces de cette culpabilité dans mes livres. Je donne toujours priorité au livre ; quand j’ai envie de réfléchir sérieusement à quelque chose, j’écris un livre. Cela me permet d’explorer plusieurs angles de la question, parce que la vie est un kaléidoscope». Les écrits de Dany LAFERRIERE s’éloignent du sentiment étriqué d’appartenance ; Dany estime qu’il est citoyen international : «Je me considère comme un écrivain international, sans formalité, dans le sens que, pour moi, la promesse de la littérature est l’universalité. J’écris pour comprendre ce que je vis et je partage mes sentiments, mais pour découvrir en même temps que c’est la situation de l’ensemble des gens qui vivent sur cette planète. En fait, je ne suis pas seul ; c’est ça, la promesse de la littérature. Vous n’êtes pas seul. Quand on gratte la petite couche folklorique des individus, on s’aperçoit que les sentiments humains sont pareils. Je ne cherche pas à me décrire par ma littérature, je cherche à écrire ce que je ressens. Quant à cette intégration à l’espace québécois, il est vrai que je la fais au niveau citoyen. Je participe à ce qui se passe au Québec, je suis sensible aux événements qui nous arrivent, aux débats qui nous touchent, bref à la réalité quotidienne» dit-il. Dany LAFERRIERE réaffirme que l’Amour est plus fort que le ressentiment : «Il y a un aspect universel de la littérature. Les sentiments, les émotions, la résistance individuelle qu’on a vu depuis Antigone de Sophocle. Quand Antigone dit : «Je ne suis pas ici pour la haine, je suis ici pour l’amour», c’est un peu ce que je dis dans tous mes livres. Je n’ai pas de temps à perdre avec des choses qui ne donnent pas d’élan à mon enthousiasme» dit-il.

Prix Médicis 2009 pour «l’énigme du retour», Dany LAFERRIERE invite à distinguer le pays réel et le pays rêvé : «Dans les livres écrits par des gens du Sud qui vivent au Nord, il y a toujours un moment où il y a un divorce avec le pays d’origine. Comme si l’auteur qui vit hors de son pays ne pouvait plus suivre et qu’il devait se contenter de regarder, admirativement, de loin. C’est aussi pour dire que tout individu, tout écrivain est étranger à son pays, parce qu’il ne peut pas observer ce pays s’il n’y est pas étranger. Il faut qu’il prenne une distance. Donc, c’est cela, la notion poétique qui rend l’affaire intéressante, il ne s’agit pas simplement de dire : «Je suis devenu étranger dans mon pays parce que je n’y suis pas allé depuis longtemps» .C’est une distance qui est prise jusqu’aux fibres les plus profondes» dit-il. Sur fond de la mort d’Aimé CESAIRE et de «pays sans père», que peut-on savoir de l’exil et de la mort : «Je ne suis jamais arrivé à comprendre comment on parvient à vivre dans une autre culture que la sienne» dit-il.

 

Les livres de Dany ont été traduits en une quinzaine de langues. Les dix premiers romans, s’inspirent du «Mentir-vrai» de Louis ARAGON ; ils «font apparaître des scènes et des expériences qu’il a vécues et transformées par fiction par le biais du travail littéraire» écrit Ursula MATHIS-MOSER. En publiant, en 2011, «Tout bouge autour de moi», portrait d'Haïti ravagé par le séisme du 12 janvier 2010, Dany LAFERRIERE a voulu «jeter comme un drap blanc sur le corps des victimes, les décrire avec discrétion et tendresse». En dépit des aléas de l'Histoire et des catastrophes naturelles, Haïti, la première République noire, est une terre de création féconde. Une terre où une riche littérature francophone se déploie dans un univers créole, où les romanciers sont des poètes et les poètes des romanciers, où la mort rôde et nourrit une vitalité artistique des plus foisonnantes. Haïti «c’est un pays aux trente-deux coups d’État. Peut-être. Mais, trente-deux fois aussi, les gens ne l’ont pas accepté. C’est un pays en bouleversement constant dans un univers extrêmement politisé. Un pays capable de rompre avec deux cents ans d’esclavage et de se relever psychologiquement en un an de l’un des séismes les plus meurtriers au monde. L’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face» dit-ilIl y a chez Dany LAFERRIERE «une esthétique de la roue. Pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même. Chaque fois qu’il fait un tour, lui, il ramasse tout ce qui précède, ne réchauffe pas, même s’il utilise la même recette. On découvre donc des œuvres que l’on connaissait déjà, mais retravaillées». Auteur d’un roman, «Les Mythologies américaines», Dany LAFERRIERE se joue des clichés ; la littérature est l’héroïne principale. C’est un livre organique qui traverse toute l’Amérique et dévoile la vision globale que les Haïtiens en ont. «Aux États-Unis, les Noirs écrivent sur les Noirs et pour les Noirs ; les Blancs, sur les Blancs et pour les Blancs. Dans ce long reportage, j’essaie d’observer les deux communautés de manière transversale, avec la même objectivité pour les uns et pour les autres. Et je souligne de manière indifférenciée l’injustice faite aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs en les mettant côte à côte sans que survienne l’histoire de l’esclavage et du racisme. La réalité historique haïtienne m’habite et me permet de regarder les États-Unis de manière impassible et sereine. Parce que je n’ai pas de névrose coloniale. Quand je vois un Blanc, je ne vois pas un ennemi. Parce que je l’ai battu et l’ai fait retourner chez lui. La gifle de l’esclavage a été rendue grâce à une indépendance acquise de haute lutte. On est quitte. J’ai donc voulu parler en public comme je le fais en privé. Mon discours ne doit pas être un manifeste à tous les coups. Ce qui ne m’empêche pas de dénoncer ce qui doit l’être» dit-il.

Bibliographie très sélective

1 – L’Académie française

Académie française,  Trois siècles de l’Académie française 1635-935, par Les Quarante, Paris, Firmin-Didot, 1935, 530 pages ;

BEUVIN d’ALTENHEYM (Gabrielle), Les fauteuils illustres et quarante études littéraires, faisant suite au quatre siècles littéraires, Paris, E. Ducrocq, 1860, 428 pages ;

BIRE (Edmond), GRIMAUD (Emile), Les poètes lauréats de l’Académie française, recueil de poème couronnés depuis 1800, Paris, A Bray, 1864, 392 pages ;

BOISSIER (Gaston), L’Académie française sous l’Ancien régime, Paris, Hachette, 1909, 267 pages ;

BRUNEL (Lucien), Les philosophes et l’Académie française au xviii siècle, Paris, Hachette, 1884, 389 pages ;

CAPUT (Jean-Paul), L’Académie française, Paris, PUF, 1986, 127 pages ;

CARLIER (Christophe), Lettres à l’Académie française, préface Hélène Carrère d’Encausse, Paris, Les Arènes, 2010, 232 pages ;

CARRERE d’ENCAUSSE (Hélène), Des siècles d’immortalité : l’Académie française, 1635, Paris, Fayard, 2011, 350 pages ;

CASTRIES,  René de la CROIX, duc de, La Vieille Dame du quai Conti, une histoire de l’Académie française, préface Jean Mistler,  Paris, Perrin G.F., 1978 et 1985, 477 pages ;

CROM (Nathalie), «Dany Laferrière,je ne suis pas obligé de crier ma créolité sur tous les toits», Télérama, édition du 10 juin 2011 ;

DUMAS (Pierre-Raymond), «Entretien avec Dany Laferrière», Conjonction, juillet décembre 1986, n°170-171, pages 80-81 ;

FREMY (Edouard), L’Académie des derniers Valois, académie de poésie et de musique (1570-1576), académie du Palais (1576-1585), d’après les documents nouveaux et inédits, Paris, Leroux, 1843, 399 pages ;

GAXOTTE (Pierre), L’Académie française, Paris, Hachette, 1965, 120 pages ;

HAZARD (Paul), Discours sur la langue française, Paris, Hachette, 1913, 57 pages ;

HOUSSAYE (Arsène), Histoire du 41ème fauteuil de l’Académie française, Paris, E. Dentu, 1882, 327 pages ;

KERVILER (René), Essai d’une bibliographie raisonnée de l’Académie française, Paris, La société bibliographique, 1877, 106 pages ;

MASSON (Frédéric), L’Académie française, 1629-1793, Paris, Paul Ollendorf, 1912, 339 pages ;

MERY (Joseph), BARTHELEMY (Auguste), VIDAL (Léon), Biographie des Quarante de l’Académie française, Paris, Les Marchands de nouveautés, 1826, 254 pages ;

MESNARD (Paul), Histoire de l’Académie française depuis sa fondation jusqu’en 1830, Paris, Charpentier, 1857, 324 pages ;

MORELLET (André), Mémoires de l’abbé Morellet sur le dix-huitième siècle et la Révolution, précédé de l’éloge de l’abbé Morellet par Lemontey, Paris, 1822, 472 pages, vol  2, 516 pages, spéc pages 81-106 ;

OSTER (Daniel), Histoire de l’Académie française, Paris, Vialtey, 1970, 196 pages ;

PELLISSON (Paul) et THOULIER d’OLIVET (Pierre-Joseph), Histoire de l’Académie française, introduction de Charles-Louis Livet, Paris, Didier, 1838, vol 1, 326 pages et vol 2, 572 pages ;

PETER (René), L’Académie française et XXème siècle, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1949, 258 pages ;

RIVAROL de (Antoine), De l’universalité de la langue française, Paris, BNF, Obsidiane, 1991, 71 pages ;

ROBITAILLE (Louis-Bernard), Le Salon des immortels : une académie très française, Paris, 2002, Denoël, 342 pages ;

ROSTAND (Edmond), Discours de réception à l’Académie française, le 4 juin 1903, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1903, 36 pages ;

SIMON (Jules), Une Académie sous le Directoire, Paris, Calmann-Lévy, 1885, 472 pages.

2 – Dany LAFERRIERE

LAFERRIERE (Dany), Baiser mauve de Vava, illustrateur Frédéric Normandin, Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, Interforum Editis Diff, 2014, 46 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, Montréal, VLB éditions, 1993, 200 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Montréal, VLB éditions, 1994, 136 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Chronique de la dérive douce, Paris, Le Livre de poche, 2014, 187 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Comment faire l’amour avec un Nègre, sans se fatiguer, Paris, J’ai Lu, 1990, 199 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Eroshima, Montréal, VLB éditions, 1987, 168 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fatigué,  Outremont, Québec, Lanctôt 2001, 142 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis fou de Vava,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 48 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Je suis un écrivain japonais, Paris, Librairie générale française, 2012, 210 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Journal d’un écrivain en pyjama, Paris, Livre de poche, 2015, 328 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’art presque perdu de ne rien faire, Paris, Bernard Gresset, 2014, 419 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’énigme du retour, Paris, Bernard Grasset, 2009, 301 pages ;

LAFERRIERE (Dany), L’odeur du café, Paris, Zulma, 2016, 208 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La chair du maître,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1997, 311 pages ;

LAFERRIERE (Dany), La fête des morts,  Longueil, Québec, éditions de la Bagnole, Ivry-sur-Seine, ADF diff, 2010, 44 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le charmes des après-midi sans fin, Paris, Zulma, 2016, 216 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Le Serpent à Plumes, 2000, 345 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le cri des oiseaux fous, Paris, Zulma, 2015, 315 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Le goût des jeunes filles,  Montréal, VLB éditions, 1992, 206 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Les années 80, dans ma vieille Ford, illustrateur Frédéric Normandin, Montréal, Québec, Mémoire d’encrier, La Roque-d’Anthéron, Diff Ici et Ailleurs, Interforum Editis Diff, 2014, 194 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAALOUF (Amin), Réception de Dany Laferrière, Académie française, discours prononcés dans la séance publique du jeudi 28 mai 2015,  Paris, Palais de l’Institut, 2015, 37 pages ;

LAFERRIERE (Dany), MAGNIER (Bernard), J’écris comme je vis,  Grenouilleux, La Passe du vent, 2000, 195 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Mythologies américaines, préface Charles Dantzig, Paris, Bernard Grasset, 2015,  557 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Pays sans chapeau,  Outremont, Québec, Lanctôt, 1996, 221 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Tout bouge autour de moi,  Paris, Bernard Grasset, 2010, 178 pages et Librairie générale française, 2012, 1876 pages ;

LAFERRIERE (Dany), Vers le Sud,  Paris, Bernard Grasset, 2006, 250 pages.

3 – Autres références

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, écrivain de la subversion», Spirale, janvier-février 1998, n°158, page 6 ;

BORDELEAU (Francine), «Dany Laferrière, sans arme et dangereux», Lettres Québécoises, printemps 1994, n°73, pages 9-10 ;

BRODZIAK (Sylvie), Haïti : enjeu d’écriture, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2013, 218 pages ;

CORMIER (Pénélope), «Entrevue avec Dany Laferrière», The Postcolonialist, 19 novembre 2013 ;

DEVELEY (Alice), «Alain Mabanckou refuse de participer au projet francophone d’Emmanuel Macron», Le Monde du 16 janvier 2018 et Bibliobs du 15 janvier 2018 ;

FOREST (Julia, Farrah), Littératures migrantes du nouveau monde : exils, écritures, énigmes chez Ying Chen, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, thèse sous la direction du professeur Jean Bessière, Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2015,  336 pages ;

JUOMPAN-YAKAM (Clarisse), «Dany Laferrière, l’écriture donne aux Haïtiens l’impression de n’avoir pas perdu la face», Jeune Afrique, édition du 15 mars 2016 ;

MARCOTTE (Hélène), «Je suis né écrivain à Montréal», Québec, automne, 1990, n°79-80-81 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), «Dany Laferrière, un écrivain méditatif», Québec français, 2015 (174), pages 52-54 ;

MATHIS-MOSER (Ursula), Dany Laferrière : la dérive américaine, Montréal, L.V.B. éditeur, 2003, 344 pages ;

MOREAU (Gilberte), «L’inscription dans l’odeur du café de Dany Laferrière», Québec français, 1997, (105) pages 66-69 ;

MORENCY (Jean), THIBEAULT (Jimmy), «Entretien avec Dany Laferrière», Voix et Images, 2011, (36) n°2, pages 15-23 ;

N’DIAYE (Christiane), Comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière, Port-au-Prince, éditions de l’Université d’Haïti, 2010, 59 pages ;

N’DOMBI-SOW (Gaël), L’entrance des écrivains africains et caribéens dans le système littéraire francophone : les œuvres d’Alain Mabanckou et Dany Laferrière dans les champs français et québécois, thèse sous la direction du professeur Pierre Halen, Metz-Nancy, Université de Lorraine, 2012, 344 pages ;

PESSINI (Alba), Regards d’exils : trois générations d’écrivains haïtiens (Jacques Stephen Alexis, Emile Ollivier, Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert), thèse Paris IV, 2007, Presses académiques francophones, 2012, 448 pages ;

RICHER (Anne), «Fuir les carcans, Anne Richer rencontre Dany Laferrière», La Presse, 15 mars 1993, pages A1-A2 ;

SELAO (Ching), «L’énigme du retour de Dany Laferrière», Spirale, 2010, (231), pages 54-57 ;

SROKA (Ghila), «Dany Laferrière : de la francophonie et autres considérations», Tribune Juive, août 1999, vol XVI, n°5, pages 8-16 ;

VASILE (Beniamin), Dany Laferrière : l’autodidacte et le processus de création, Paris, L’Harmattan, collection Critiques littéraires, 2008, 285 pages.

Paris, le 16 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

L'Académie française, une vieille dame à bousculer, dans le sens du bien-vivre ensemble.
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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 11:41

A la vieille de la grande secousse que constitue Mai 68, Pierre VIANSSON-PONTE, cofondateur et rédacteur en chef de l’Express, écrit un article dans le Monde du 15 mars 1968 : «La France s’ennuie». Pour lui, «Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c'est l'ennui. Les Français s'ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde, la guerre du Vietnam les émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment». Et, il ajoute : «La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Egypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité, les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme». En effet, la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, a ouvert une période de paix et de stabilité et les trente glorieuses battent leur plein, marquant une ère d’expansion économique et sociale sans précédent qui sonne le glas d’une France restée longtemps petite-bourgeoise et boutiquière. A la fin des années soixante, la France était prospère, l’emploi assuré, l’avenir de la jeunesse semble tout tracé. Et pourtant, une bonne partie de la jeunesse est révoltée contre le vide de cette société d’abondance. Mai 68 demeure l’un des moments de l’histoire contemporaine de la culture de masse dans les pays occidentaux ; c’est la période qui suscite encore, cinquante ans après, des débats âpres et controversés : les «années 68» dérangent autant qu’elles fascinent. Le mouvement de mai 68 démarre à la faculté de Nanterre construite en 1964, en solidarité avec un étudiant interpellé parce qu’il a endommagé la vitrine d’une banque américaine en protestation contre la guerre au Vietnam. Le mouvement du 22 mars occupe la tour administrative et le doyen de Nanterre a eu l'imprudence de fermer sa faculté à partir du 3 mai. Les étudiants se rendent à la Sorbonne, et contrairement à une tradition des franchises universitaires depuis le Moyen-âge, le général de Gaulle envoie les CRS qui ont une triste auprès des jeunes depuis les événements de la guerre d’Algérie à Paris. Les étudiants manifestent de Denfert-Rochereau à la rue Gay-Lussac, et cela se termine par un affrontement avec les CRS et des barricades. A partir du 13 c’est la «Chienlit» et la grève générale. De GAULLE, dans le déni, s’enfuira à Baden-Baden, avant de revenir et organiser une grande marche. Il dissout l’assemblée et sort victorieux des législatives. Mais en 1969, à la suite de l’échec à un référendum, il sera contraint à la démission.

Peu d’études ont été menées sur les particularités de Mai 68 en Afrique qui présente pourtant, dans le continent noir, des aspérités, des différences par rapport au mouvement français, une révolte contre la société de consommation et des loisirs. On ne peut comprendre le Mai 68 en Afrique qu’à travers la question de l’indépendance nationale, vite confisquée par la Françafrique, la solidarité avec les peuples africains luttant encore pour leur liberté et contre l’Apartheid, notamment les pays lusophones, et le contexte de certaines locales comme au Vietnam, et la guerre froide qui se joue en Afrique pour le contrôle de nos matières premières.

En effet, de GAULLE met en place en Afrique, notamment au Sénégal, des gouvernements acquis à sa cause, et entreprend de liquider tout ce qui contrarie les intérêts de son pays. Les coups d’Etat militaires se succèdent en Afrique, certains chefs d'Etats sont tués, la promesse de liberté issue de l’indépendance récente est trahie. Au Sénégal, après l'arrestation de Mamadou DIA en 1962, c'est la chape de plomb. Les étudiants deviennent une force politique dans ce paysage où l’opposition est bâillonnée.

I – La jeunesse remet en cause le pouvoir absolu et décalé de SENGHOR

Les étudiants africains, à travers la F.E.A.N.F, se sont battus pour l’indépendance de l’Afrique. Or, en cette année 68, une chape de plomb s’abat sur le Sénégal : Mamadou DIA et ses amis sont en prison depuis 1962, les partis d’opposition sont contraints à la clandestinité, une bonne partie des cadres sont contraints à l’exil, dont les dirigeants du Parti africain de l’indépendance, le poste de Premier ministre est supprimé, et Léopold Sédar SENGHOR concentre, en ses mains, tous les pouvoirs de l’Etat. C’est le règne du Parti unique, et la principale fédération syndicale, l’Union Nationale des Travailleurs du Sénégal (UNTS), formée en 1962, comme dans les pays stalinien, au nom de l’unité nationale, est contrôlée par le pouvoir d’Etat. Par conséquent, il y a d’importantes revendications politiques étouffées liées à l’enfermement de l’espace public qui ne laissait l’opposition que l’espace universitaire. En effet, dès la fin des années 1960, la situation du Sénégal avait commencé à se détériorer. Les Français avaient aboli les garanties de prix sur les arachides et le Sénégal connut, entre 1968 et 1969, le pire cycle de sécheresse depuis l’indépendance. Entre 1959 et 1968, le nombre des sans emploi avait augmenté de 450%, ces pertes d’emploi étant essentiellement concentrées sur Dakar.

Par ailleurs, le Sénégal étant officiellement indépendant depuis le 4 avril 1960, mais le pouvoir senghorien, président-poète, semblait parfaitement décalé par rapport aux attentes de la population. Il apparaît, tout d’abord, le poète Léopold Sédar SENGHOR, un exceptionnel homme de culture (voir mon post du 13 août 2017) privilégiait sa fonction littéraire au détriment de ses missions de chef de l’Etat. En cette première décennie de l’indépendance, le Sénégal, ex-capitale de l’AOF, avait beaucoup d’infrastructures laissées par le colonisateur et une manne financière importante, mais les réalisations sont presque inexistantes. En effet, M. Abdou DIOUF, (premier ministre de 1980 à 1980, et président de 1981 à 2000) révèle, dans ses mémoires, que le président SENGHOR s’occupait des grandes orientations de l’Etat, organisait et planifiait ses déplacements à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dirigeait le parti socialiste, mais se réservait un temps important pour ses activités intellectuelles et littéraires (voir mon post du 30 novembre 2014). SENGHOR a été docteur honoris causa de 137 unités, et membre correspondant de 7 académies. On ne compte pas le nombre de ses voyages à l’étranger. Ses discours lancinants et répétitifs sur la négritude, ainsi que les costumes en queue de pie qu’il imposait aux membres de son gouvernement lors des réceptions faisaient de lui, aux yeux de la jeunesse, un homme décalé par rapport aux besoins de la population. Ensuite, le Sénégal étant une pièce maîtresse de la Françafrique, SENGHOR était vilipendé, à longueur de journée par le président guinéen, Sékou TOURE qui le qualifiait de «valet de l’impérialisme». Les coups d’Etat s’accumulaient en Afrique, à l’instigation de Jacques FOCCART.

Le mode de gestion de l’université de Dakar et la pénurie de hauts cadres sont mal ressentis par la jeunesse, qui ne connaît pas encore le phénomène des diplômés chômeurs. En effet, le colonisateur ne formant que des maîtres d’école et des vétérinaires, 8 ans après l’indépendance, la quasi-totalité du personnel enseignant à l’université, les hauts cadres de l’Etat sénégalis, ainsi que les mandarins du CAMES, sont presque tous des Français. L’université de Dakar, fondée en février 1957, était la 18ème université française ; gérée par une commission mixte franco-sénégalaise, cette université est largement française par son mode de fonctionnement, par ses programmes et ses enseignements, par son personnel administratif, et, partiellement, par ses étudiants (27% de Français sur les 3138 inscrits en 1968). Durant l’année universitaire 1967-1968, huit ans après l’indépendance, l’Université de Dakar avait encore un recteur français et comptait 244 professeurs français contre 44 professeurs sénégalais et africains. Les étudiants avaient ambition de «décoloniser» et «d’africaniser» l’université de Dakar. La forte présence des bases militaires françaises indiquait que l’indépendance reste tout à fait symbolique.

Enfin, un autre motif de dissension avec la jeunesse, est l’anticommunisme sans concession de SENGHOR. Ainsi, en pleine guerre froide, SENGHOR n’a pas soutenu Nelson MANDELA, mais Jonas SAVIMBI, et il a été distant dans les guerres d’indépendance des anciennes colonies portugaises (Angola, Guinée-Bissau, Iles du Cap-Vert) à l’égard des mouvements de libération nationale de ces pays. Par ailleurs, le festival mondial des arts nègres de 1966, s’il a connu un succès populaire, est loin de faire l’unanimité auprès des jeunes : «Ce fut une immense fête en hommage à la racine, mais le contexte historique de l’aliénation dévia de l’essentiel. (…) Ce qui restait de l’Afrique fut étalé dans un spectacle de divertissement entre vaincus et vainqueurs. (…) Le Festival devait manifester l’essence de l’homme noir aboutit à la déculpabilisation du colonialisme» écrit Ken Bugul M’BAYE.

II – Les étudiants entrent en scène de 1967 à 1968

Le président SENGHOR a accusé les étudiants sénégalais en grève de singer les étudiants Toubabs, c’est-à-dire d’avoir imité «Con Bandit», une déformation du nom de Daniel COHN-BENDIT. Compte tenu de l’influence des groupes d’extrême gauche, communistes ou maoïstes, SENGHOR estime que «Ce mouvement insurrectionnel vient de Pékin. Nous résisterons jusqu’à la fin». En fait, les deux principaux syndicats étudiants sont l’Union démocratique des étudiants sénégalais, dirigée par M’baye DIACK, et de l’Union des étudiants de Dakar, à sa tête le Guinéen Samba BALDE. Par ailleurs, les premières secousses de la grève des étudiants sénégalais remontent au 26 février 1966, une journée d’action et de protestation contre la chute de Kwame N’KRUMAH, président panafricaniste du Ghana. L’Université lorsque les étudiants est fermée pour permettre l’organisation du Festival Mondial des Arts Nègres. Le 17 novembre 1967 une journée d’action et protestation organisée contre la guerre au Vietnam. Et en cette année 1967, les étudiants sénégalais se mobilisent surtout contre le fractionnement des bourses. En effet, les étudiants protestaient contre les mesures de diminution du taux de leurs bourses, de moitié ou des deux tiers, et de leurs mensualités, ramenées de 12 à 10 mois, pour faire face à l’afflux massif des nouveaux bacheliers. Le calme politique fut finalement rompu dès 1967. Dans les manifestations, la foule scandait : «Le pouvoir au peuple : liberté syndicale», «Nous voulons du travail et du riz». Ce thème du fractionnement des bourses va revenir les 18 mars 1968 et 18 mai 1968.

 Après l’échec des négociations du 21 mai 1968, une assemblée générale des étudiants du 24 mai 1968, vote une grève générale et illimitée, à partir du 27 mai 1968. Le 28 mai 1968, une manifestation de soutien aux étudiants comptait entre 20.000 et 30.000 participants. Le soutien à la grève se répandant au-delà de l’université, le 29 mai 1968 la police fut envoyée sur le campus. Les étudiants furent attaqués brutalement. Les chiffres officiels font état d’un mort et de quatre vingt blessés. Six cents étudiants furent internés dans un camp de l’armée jusqu’au 9 juin 1968, et les étudiants étrangers furent expulsés du pays. L’université de Dakar accueille 23 nationalités différentes dont 38 % d’Africains francophones et 3 % d’autres nationalités. En protestation contre ces graves répressions, le 31 mai 1968, la puissante centrale syndicale des travailleurs, l’U.N.T.S, entre en grève générale, et pose ses propres revendications.

III – La gestion de la crise par Léopold Sédar SENGHOR

«Mai 1968 fut la seule vraie contestation qui fit chanceler le pouvoir de Léopold Sédar Senghor» écrit Omar GUEYE. La radio nationale, avec les interventions d’Ousseynou SECK, commença à être considérée pour la première fois comme «un outil idéologique au service du gouvernement». El Hadji Fallou M’BACKE (1888-1968), Khalife général des Mourides et El hadji Abdoul Aziz SY (1904-1997), khalife général des Tidjianes, apporteront leur soutien à SENGHOR. En revanche, le 2 juin 1968, en l’église Saint-Dominique de Dakar, à l’occasion de la fête de Pentecôte, les frères dominicains, liés à Mamadou DIA, sont du côté des étudiants grévistes. Le mouvement continua à grandir. Il y eut au début de juin une vague de répression, le gouvernement ordonnant à l’armée de tirer à vue sur les manifestants. Les troupes françaises intervinrent, occupant des installations stratégiques dans la ville, l’aéroport, le palais présidentiel. Des membres du bureau national de l’UNTS et des dirigeants de plusieurs syndicats indépendants furent placés en résidence surveillée. L’état d’urgence fut déclaré à Dakar, les attroupements de plus de cinq personnes furent interdits. Pendant ce temps, le président donnait la permission à l’ambassadeur de France de prévoir son évacuation par hélicoptère du palais, puis par avion jusqu’en France. Plus d’une centaine de syndicalistes sont arrêtés à la bourse du travail alors que la manifestation prévue ne s’est pas encore élancée.

Le président SENGHOR fit un Discours à la nation le 30 mai 1968, et que les principaux dirigeants des confréries maraboutiques appelèrent au calme à travers des messages radiodiffusés. Prudent, SENGHOR a quitté le Palais de la République et élu domicile dans la base militaire française de Ouakam. La volte-face du président est rapide. Le 1er juin il se résout à entamer des négociations qui se soldent par la libération de tous les prisonniers le 9 juin. Le 12 juin 1968, le mouvement était en grande partie désamorcé. L’UNTS ayant reçu des assurances que ses membres seraient libérés, elle entra en pourparlers avec le gouvernement. Mais l’accord final comportait d’importantes concessions aussi bien aux étudiants qu’aux syndicalistes. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (S.M.I.G.) fut augmenté de 15%, en même temps que certains privilèges des parlementaires étaient réduits drastiquement. Quel héritage de Mai 68 au Sénégal ?

Un des héritages majeur de mai 68, est le lent, mais irréversible processus de démocratisation de la société sénégalaise.  Si initialement, le mouvement s’est radicalisé par l’assassinat d’Oumar Blondin DIOP (1946-1973) ; il a craché sur le visage de Jean COLLIN, puis a été battu à mort par ses geôliers à Gorée.

Le président SENGHOR s’est révélé un homme autoritaire pendant cette période, et n’a rétabli, qu’en 1970, le poste de Premier ministre pour décongestionner le pouvoir. Mamadou DIA et ses amis seront libérés. Un multipartisme limité sera organisé à partir de 1974 et évoluera vers un multipartisme illimité. Le Sénégal connaîtra, avec le départ volontaire du pouvoir de SENGHOR, en 1980, deux alternances démocratiques en 2000 et 2012.

En ce début du XXIème siècle, avec la fin de la guerre de la guerre froide et la disparition du communisme ainsi que du maoïsme, la marginalisation du Parti socialiste, le chômage de masse des jeunes, notamment des diplômés, les étudiants sont devenus essentiellement conformistes et résignés. En effet, les étudiants se battent pour des raisons alimentaires (bourses, chambre à la cité universitaire, prime de logement) ou lorgnent du côté de l’immigration. La question d’un projet éducatif rénovant profondément la société sénégalaise, semble négligée. Pourtant des thèmes majeurs refont surface, et interpellent la jeunesse : l’indépendance et la souveraineté nationales à travers les questions du F. FCA et de la liquidation de la Françafrique, l’unité africaine, source réelle de souveraineté nationale et de protection des matières premières du continent, ainsi que le combat contre les régimes préhistoriques et monarchiques.

Bibliographie sélective :

ARTIERES (Philippe), ZACHARINI-FOURNEL (Michelle), 68, Une histoire collective (1962-1981), Paris, La Découverte, 2008, 847 pages ;

BAILLEUL (André), L’université de Dakar, institutions et fonctionnement (1950-1984), thèse faculté de droit du 7 juillet 1984, 436 pages ;

BAT (Jean-Pierre), «Mai 68 à Dakar», Libération édition du 23 novembre 2017 ;

BATHILY (Abdoulaye), DIOUF (Mamadou) et M’BODJ (Mohamed), «Le mouvement étudiant sénégalais, des origines à 1989», Les Jeunes en Afrique, la politique et la ville, Paris, L’Harmattan, 1992,  pages 282-310 ;

BATHILY (Abdoulaye), Mai 68 à Dakar ou : la révolte universitaire et la démocratie, Paris, Chaka, Afrique Contemporaine vol 15, 1992, 191 pages ;

BIANCHINI (Pascal), «Le mouvement étudiant sénégalais : un essai d’interprétation» in La société sénégalaise entre le local et le global, Paris, L’Harmattan, 2002, 723 pages, spéc pages 359-393 ;

BLUM (Françoise), «Sénégal 68 : révolte étudiante et grève générale», Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 2012, (2) n°59-2, pages 144-177 ;

DAMAMME (Dominique, GOBILLE (Boris),  MATONTI (Frédérique) et PUDAL (Bernard), sous la direction de, Mai juin 1968, Paris, L’Atelier, 2008, 445 pages ;

DEBORD (Guy), La Société du spectacle, Paris, Gallimard, coll. «Folio» n°2788,1992 et 1996, 224 pages ;

DIOP (Momar Coumba) (éd.), La société sénégalaise entre le local et le global, Paris, Karthala, 2002, p. 359-395 ;

DISTER (Alain), Oh, hippie days ! Carnets américains (1966-1969), Fayard, 2001, 360 pages ;

FOUCAULT (Michel), Les mots et les choses, une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, 2014, 406 pages ;

FOUCAULT (Michel), Surveiller et punir, naissance de la prison, Paris, Gallimard, 2014, 340 pages ;

GEISMAR (Alain), Mon mai 68, Paris, Librairie académique Perrin, 2008, 249 pages ;

GUEYE (Omar), Mai 68 au Sénégal, Senghor face au mouvement syndical, thèse, Université d’Amsterdam, 2014, 286 pages ;

GUEYE (Omar), «Relire Mai 68 au Sénégal», in Babacar FALL, Ineke-Rheineberger, Andrea Eckert, éditeurs, Travail et culture dans un monede globalisé : de l’Afrique à l’Amérique Latine, Paris, Karthala, Berlin, Humbolt, Université de Berlin, 2015, 358 pages, spéc pages 3-20 ;

JOFFRIN (Laurent), Mai 68, une histoire du mouvement, Paris, Seuil, 2008, 434 pages ;

KAIROUZ (Matthieu), «Ce jour-là, Léopold Sédar Senghor mettait un terme au mai 68 sénégalais», Jeune Afrique, édition du 13 juin 2016 ;

LAMARE (Jean), DRAME (Patrick), 1968 : des sociétés en crise, une perspective globale, Presses de l’Université de Laval, 2009 216 pages ;

LE GOFF (Jean-Pierre), Mai 68, L’héritage impossible, 1998, Paris, La Découverte, 2014, 1986 pages ;

MESLI (Samy), «La grève de mai-juin 68 à l’université de Dakar», Des sociétés en crise : une perspective globale, Québec, Presses de l’Université de Laval, 2009, pages 101-119 ;

MORIN (Edgar), L’Esprit du temps, Paris, Armand Colin, 1962 et 2008, 218 pages ;

ROTMAN (Patrick), Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu, Seuil, 2008, 168 pages ;
 

THIOUB (Ibrahima), «Le mouvement étudiant de Dakar et la vie politique sénégalaise : la marche vers la crise de mai-juin 1968», in Les jeunes en Afrique, Paris, L’Harmattan, 1992, vol. 2, p. 267-281.

VIANSSON-PONTE (Pierre), «Quand la France s’ennuie», Le Monde du 15 mars 1968.

Paris, le 22 mars 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Mai 68 au Sénégal, la jeunesse en opposition à la chape de plomb.
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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:25

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 6 février 2018.

Le Sénégal, pays à plus de 95% musulman, est resté jusqu’ici un Etat laïque, tolérant et hospitalier. Cependant, certains signaux forts ou faibles devraient nous alerter lorsque la cohésion et l’unité de l’Etat sont menacées. Ainsi, lors de la visite au Sénégal du président MACRON, les 2 et 3 février 2018, la chanteuse Rihanna, pourtant ambassadrice de l’éducation, a été déclarée persona non grata par un «Collectif contre la franc-maçonnerie et l’homosexualité». Celui-ci accuse la star d’être une «Illuminat», «porteuse de plusieurs dangers socioculturels» pour le Sénégal. Une association de femmes vient de naître au Sénégal, il s’agit du collectif, «mon mari a droit à quatre femmes» regroupant de femmes mariées qui partagent la conviction qu’en plus d’elles, chacun de leur époux à droit à trois autres femmes afin les épouses fassent quatre sous le même toit. Ces femmes entendent accompagner leurs époux dans l’accomplissement des saintes écritures du Coran qui permettent à un homme musulman, de prendre au delà d’une femme. Ces soubresauts, même s’ils sont encore maîtrisés par l’Etat, devraient nous interpeler, et poser, dans ces présidentielles du 24 février 2019, la place de l’Islam dans le jeu politique au Sénégal, une question à la fois ancienne et nouvelle.

Avant l’indépendance, l’obsession du colonisateur de ce qu’il appelle l’islamisme frisait l’hystérie. L’église catholique qui accompagnait le colon, était censée civiliser nos populations. N’ayant pas pu faire changer de religion, massivement, les Sénégalais, pour le colon, devenu réaliste, il y a deux catégories de musulmans : les bons sont ceux acceptent l’ordre colonial, et les mauvais sont ceux qui le contestent.

Il est curieux de constater que Cheikh Ahmadou Bamba BA (voir mon post du 1er juillet 2017), un pacifique avéré qui était contre la guerre sainte, a été exilé au Gabon, puis en Mauritanie. «Le captif de Dieu et ne reconnaissait d'autre maître que lui et ne rendait hommage qu'à lui seul» écrit Bamba. Mais en son absence, la production arachidière a drastiquement chuté ; ce qui contrariait les maisons bordelaises et marseillaises de commerce établies à Saint-Louis. Il fallait assigner Bamba à Diourbel. Maba Diakou BA (1809-1867), un Almamy du Saloum et roi du RIP, un adepte de la guerre sainte, ainsi que El Hadji Omar TALL (1797-1864), ont été farouchement combattus et éliminés. Le sort de Cheikh Hamallah (1883-1942), un religieux et mystique malien, d’un père mauritanien et d’une mère peule, est resté gravé dans nos mémoires. Arrêté en 1925, détenu en Mauritanie à Mederdra, puis déporté en Côte-Ivoire jusqu’en 1935, il est de nouveau arrêté en 1940 et déporté cette fois-ci en Algérie puis libéré. Du fait de son influence grandissante, sa maison de Nioro est prise d’assaut. Il est encore arrêté le 19 juin 1941 avec ses disciples. Transféré à Dakar, il est envoyé le 21 juin à Alger pendant que certains de ses disciples étaient, eux, déportés dans d’autres villes de la sous-région malienne. Début avril 1942, Cheikh Hamallah est de nouveau déporté en France à Evaux-les-Bains. Malade car n’ayant pu s’adapter au climat de la France, il est transféré à Montluçon où il décède, officiellement d’une cardiopathie. Sa tombe, où se recueillent ses disciples, se trouve à l’allée 36 du cimetière de l’Est à Montluçon. À Nioro, la nouvelle du décès n’a été annoncée que le 7 juin 1945.

Le bon musulman, pour le colon, c’est celui accepte l’ordre établi. Ainsi, le colonisateur, et c’est qui deviendra, avec De Gaulle, la Françafrique (voir mon post du 22 novembre 2017), a su négocier le virage avec les descendants de Cheikh Oumar TALL qui sont devenus les défenseurs zélés de l’ordre colonial. Ainsi, en 1894, Aguibou TALL (1843-1907), roi de Bandiagara, a accepté de coopérer avec Henri GADEN (voir mon post du 8 août 2015), le militaire qui a capturé Samory TOURE, là où le général GALLIENI avait échoué. El Hadji Malick SY, le chef des Tidjanes, est traité avec une grande bienveillance, parce qu’il approuvait, sans reserves la colonisation, Cheikh Moussa Camara (1864-1945) (voir mon post du 1er août 2016), El Hadji Malick SY (1855-1922) ainsi que Seydina Limamou Laye THIAW (1843-1909) rejettent le recours à la violence et prônent, comme Ahmadou Bamba, le Jihad du coeur. Cependant, contrairement au guide spirituel des Mourides, El Hadji Malick SY prêchait la collaboration avec le colonisateur : «Les Français se sont imposés à nous par leurs bienfaits de justice, la sécurité intérieure, la paix générale, le développement des transactions et du bien-être, et le respect de notre religion» dit El Hadji Malick SY.

Blaise DIAGNE (voir mon post du 13 novembre 2014), premier député africain à l’assemblée nationale française, s’inspirant de la pratique coloniale, a vaincu CARPOT, le 10 mai 1914, en obtenant l’appui de Cheikh Amadou Bamba BA qu’il avait rencontré lors de son exil au Gabon. Ainsi, donc la religion est entrée dans le jeu politique sénégalais, et n’en est pas ressortie depuis lors.

Léopold Sédar SENGHOR (voir mon post du 13 août 2015), un chrétien, a pu gouverner avec l’appui des Mourides et des Tidjianes. En effet, El Hadji Seydou Nourou TALL (1862-1980) a été d’un soutien sans failles de 1960 à 1980. Le président SENGHOR n’a pas hésité, lors de la crise de 1962, de s’appuyer sur les Mourides, pour liquider Mamadou DIA (voir mon post du mai 2017), président du Conseil, et un Tidjane.

M. Abdou DIOUF (voir mon post du 30 novembre 2014), président de 1981 à 2000, sérieusement contesté par une opposition virulente, longtemps écartée du pouvoir, dans une démocratie sans alternance, n’a pas hésité de solliciter, des Mourides, «Le N’Diguël», une consigne de vote pour les élections. C’est un pas important dans la politisation de l’islam au Sénégal. Mais les opposants ont également leurs marabouts qui ont vu tout le profit qu’ils pouvaient tirer de cette situation.

Jusqu’en 2000, les présidents sénégalais sont issus de la minorité Sérère, maître Abdoulaye WADE, président de 2000 à 2012, (voir mon post du 6 février 2017), mouride et franc-maçon, a cassé cet équilibre fragile. En effet, Le président WADE a introduit, à grande dose, l’ethnicité, et favorisé l’émergence des groupuscules et des lobbies religieux, non contrôlés par les grandes confréries religieuses ; ce qui a, gravement, affaibli l’autorité de l’Etat. Par ailleurs, le président WADE, dans un Etat républicain et laïque, s’est prosterné devant le Khalife général des Mourides ; ce qui a, profondément, choqué les démocrates. Le ver est dans fruit !


M. Macky SALL, président depuis 2012, a rétabli l’autorité de l’Etat, en procédant à l’arrestation, en octobre et en novembre 2017, d’une trentaine d’imams, proches des milieux djihadistes, à Kaolack, Rufisque et dans la banlieue de Dakar, dont M. Alioune N’DAO. Cependant, le président SALL, comme ses prédécesseurs, recherche, activement, l’appui de toutes les grandes confréries. Le président SALL s’est heurté à l’hostilité farouche des Mourides qui ont effectué des prêches dans les Mosquées invitant à voter contre référendum du 16 mars 2016, et des urnes ont été saccagées à Touba, la capitale religieuse des Mourides, lors des législatives de juillet 2017. En dépit de ce militantisme politique actif des Mourides, le président Macky SALL est sorti victorieux de ces scrutins ; ce qui a démystifié er décrédibilise, la soit-disante toute puissance des Mourides qui se croyaient, à eux seuls, en capacité de faire et défaire les gouvernants sénégalais. Au moins, tout est devenu clair.


En définitive, la question de la religion pose plusieurs enjeux dans le champ politique :

D'une part, la neutralité du pouvoir religieux est souvent revendiquée ; or, les religions monothéistes ont toujours affirmé que les affaires du monde ne les intéressaient pas, leur champ ne concernant que la relation de l’individu à Dieu ; un Islam politique serait donc une contradiction manifeste avec cette prétention.

L’Islam, en particulier, professe une négation de la vie. Cependant, l’argent a pris une place considérable dans la relation entre les religieux et le pouvoir politique. En effet, les 5 grandes confréries vivent au dépend de l’Etat, sans aucune transparence financière sur le montant des subsides versés aux religieux. La religion est devenue au Sénégal, le business le plus juteux. Il faudrait introduire de la transparence pour l’attribution de ces fonds aux religieux. En effet, l’Assemblée nationale devrait autoriser et contrôler ces dépenses. En France, en dépit de l’hypocrisie affichée sur la laïcité, devenue une arme de guerre contre les Arabes et les Noirs, l’Etat finance les églises considérées comme des monuments historiques. Par ailleurs, le sort des talibés qui a souvent ému l’opinion publique, nécessiterait un contrôle des pouvoirs publics, en cas d’abus manifeste. L’enfance en danger devrait être protégée par l’Etat.

D'autre part, la polygamie, une coutume opposant les modernes aux traditionnalistes, est un sujet controversé. Le président Léopold Sédar SENGHOR est resté discret sur la polygamie, son père Diogoye, un catholique, était polygame. Le Code de la famille, en son article 116, sans l’interdire, a encadré la polygamie dans un régime restrictif. : «Lorsque l'option porte sur la polygamie sans limitation, l'époux peut avoir jusqu'à quatre épouses. S'il opte pour la polygamie pleine, la loi lui permet de revenir sur le choix en le limitant. Il n'est pas possible de revenir sur la limitation et donc de contracter un troisième ou quatrième mariage. L'option monogamique une fois signée est irrévocable pour toute l'existence de l'intéressé. Les seuls cas où la loi permet de revenir sur l'option de régime sont ceux dans lesquels le nouveau choix est destiné à le rendre plus restrictif par exemple lorsqu'on a choisi la polygamie limitée à trois épouses qu'on veut ramener à deux ou en faire un régime monogamique». Au Sénégal, seulement 12% des couples sont monogames. Tous les chefs de l’Etat du Sénégal, depuis l’indépendance, sont monogames. D’une manière générale, les hauts responsables politiques, à l’exception d’Ousmane Tanor DIENG, chef du Parti socialiste et président du Haut Conseil des Collectivités territoriales, sont monogames.

Il est curieux de constater qu’une partie des intellectuels, défend la polygamie, au nom de l’authenticité de la culture africaine. Ainsi, Mme Ken Bugul M’BAYE (voir mon post du 31 octobre 2017), écrivaine et féministe, a été 29ème épouse d’un marabout. Suivant Mme Ken Bugul, la polygamie pourrait redonner la dignité aux femmes : «Soit ce sont des veuves, soit des femmes rejetées par la société. Il récupérait ces femmes et celles-ci pouvaient s’en aller quand elles voulaient. Le «Serigne» pouvait aussi trouver un mari à l’une d’entre elles et la libérer. Il n’était pas question d’accumuler des femmes. C’était récupérer des femmes pour les réinsérer dans la société» dit-elle.

«Travailler comme si on ne devait jamais mourir, prier comme si on devait mourir demain» telle est la devise équilibrée de Cheikh Bamba qu'on aurait dû appliquer, sans concession. Or cet équilibre semble rompu ; l'héritage de Cheikh Bamba a été trahi par la cupidité. En effet, la valeur travail semble s’évanouir au profit de l’assistanat et d’une pratique religieuse envahissante. Ainsi, au Sénégal, outre les vacances scolaires, des fêtes religieuses (Gamou, Magal, Tamkharit, etc.) paralysent ou perturbent le fonctionnement du pays. Diverses tolérances administratives (décès, baptêmes, mariages, prière du vendredi) sont une occasion de vaquer à ses occupations personnelles. Pendant le mois de Ramadan, les nombreux appels de muezzin, la nuit sont une source de nuisances sonores. Le plus gênant ce sont ces récitations de Coran, improvisées dans les quartiers, toute la nuit, et à fond les haut-parleurs. Pourtant, la religion n’est pas une question de posture, mais une relation intime entre Dieu et ses fidèles, une croyance sincère qui ne devrait pas importuner les autres fidèles.

Si le Sénégal est un Etat laïque, républicain et laïque, cela veut dire que les autorités publiques doivent protéger aussi bien les croyants que les non-croyants. En effet, le Sénégal n’étant pas une République islamique, et cela devrait être réaffirmé avec force, la religion devrait rester dans la sphère privée. Par conséquent, aucune composante de la société ne pourrait imposer aux autres, un quelconque ordre moral ; cela signifie que l’homosexualité, pratique ancienne, mais devenue importante, et la Franc-maçonnerie, font partie des conduites admissibles et tolérables au Sénégal. Par conséquent, même si l’Islam est majoritaire, d’une façon écrasante, le respect des autres est fondamental.

Il faudrait donc revenir aux pratiques saines de l’Islam des temps anciens, un Islam tolérant, anticolonial, nationaliste et vertueux. Ainsi, Cheikh Amadou Bamba avait indiqué la voie : «Je n’ai jamais de toute ma vie accompli un acte dont mon discipline puisse avoir honte, aussi n’aimerais-je pas que mes disciples se comportent d’une façon qui me fasse honte» dit-il. Par ailleurs, Thierno Souleymane BAL (voir mon post du 21 juin 2016) avait posé, en 1776, les bases d’un Etat fondé, outre sur les principes de démocratie, mais, aussi et surtout, des valeurs morales et éthiques, comme la probité, la prohibition du conflit d’intérêts, le critère de compétence, le sens du service public, de l’intérêt général et l’égalité de tous, et de chaque province, devant les charges publiques. En effet, c’est Thierno Sileymane BAL, lui-même qui a fixé ces règles de fonctionnement de l’Etat, fondées sur une action presque désintéressée. Sentant sa fin prochaine, il a laissé aux populations du Fouta-Toro les huit recommandations suivantes, comme la Charte du Mandé (Mali) qui sont encore d’une grande actualité à l’aube du XXIème siècle :

- détrônez tout imâm dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez-le et expulsez-le s’il s’entête ;

- veillez bien à ce que l’imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;

- l’imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;

- choisissez toujours un homme savant et travailleur ;

- il ne faut jamais limiter le choix à une seule et même province ;

- fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude ;

- l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général.

Paris, le 6 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Le Sénégal doit rester ce qu'il est, un pays laïque, tolérant et démocratique.

Le Sénégal doit rester ce qu'il est, un pays laïque, tolérant et démocratique.

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:11

«Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous» avait fort justement écrit Frantz FANON (voir mon post du 19 juillet 2017). C’est pour cela que je me réjouis, pleinement, de la non-réédition des œuvres de MAURRAS, pour le Livre des commémorations nationales de 2018 ; c’est une question fondamentale de salubrité publique. En effet, Charles MAURRAS (1868-1952), originaire de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, un antiparlementaire, antirépublicain, défendait un nationalisme intégral ; c’est l’idéologue de la pensée d’extrême-droite. Ainsi, en 1885, quand il découvre Paris, et sans aucun complexe il écrit qu’il y a dans la capitale : «une multitude d’enseignes étrangères, chargées de ces noms en K, en W, en Z que nos ouvriers d’imprimerie appellent spirituellement les lettres juives. Les Français étaient-ils encore chez eux en France ?». Comme de nos jours, MAURRAS est obsédé par une prétendue «invasion étrangère», venant des Juifs. Adversaire résolu de la démocratie, MAURRAS est un royaliste. Il distingue «Le pays légal», c’est-à-dire, la classe politique, du «pays réel», c’est-à-dire les Français «Le génie humain, c’est notre France, non seulement pour nous, mais pour le genre humain». Pour MAURRAS, si la Révolution et la République ont triomphé, c’est au détriment du «pays réel», c’est parce que l’Etat est gangréné par quatre classes, qualifiées d’antiFrance, que sont : les francs-maçons, les étrangers, les Protestants et les Juifs. «Autorité en Haut, liberté en bas», Charles MAURRAS est un adversaire résolu de la démocratie parlementaire et de la liberté. Selon lui, la France ne serait ni une entité géographique, ni une entité linguistique, mais  c’est une entité politique faite par les Rois ; sans les Rois, la France se défait. Il revendique la décentralisation au profit des langues nationales. Sa morale, c’est un rejet de la philosophie des Lumières. «Je suis romain, je suis humain» dit-il. Il est plein de contradictions et va chercher dans l’Histoire ce qui l’intéresse ; il se place sur des bases radicales, pour entraîner les autres. MAURRAS pense que les Juifs français seraient un Etat dans l’Etat et leur objectif serait de dominer les autres. Pour MAURRAS, il peut avoir des amis Juifs, mais il ne les acceptera jamais dans son organisation, parce que les Juifs veulent le pouvoir. On voit bien que déjà, les Juifs qui sont pourtant des Français, sont mis au banc de la société comme les Africains et les Arabes, de ce début du XXIème siècle.

MAURRAS défendait la religion catholique, mais il est agnostique ; il a été excommunié en 1926. Il est royaliste, mais le Comte de Paris, a refusé, en 1937, de le suivre, et il n’a pas osé suivre les Ligues factieuses, le 6 février 1934. En revanche, antiallemand, Charles MAURRAS a été, pourtant, le défenseur zélé de la Révolution nationale du maréchal PETAIN, et pour cela, il a été condamné, à la Libération, à la prison à vie. Le jour du verdict, il a crié «Dreyfus a encore gagné !».  MAURRAS, un antidreyfusard, fondateur de l’Action française, ami de Maurice BARRES et du Boulangisme, de la Cocarde, de la Cagoule, est donc mort en 1952, en détention. Il est curieux de constater que jusqu’en 1926, Charles de GAULLE et dont le mentor était Philippe PETAIN (voir mon post du 22 novembre 2017), le fondateur de la Françafrique, était maurrassien.

Je suis, également particulièrement, satisfait que les œuvres de Louis-Ferdinand CELINE ne soient pas rééditées. En effet, Louis ARAGON, (voir mon post du 20 janvier 2018)  est le premier avoir décelé l’antisémitisme de CELINE. . Ainsi, dans «l’église», CELINE décrit l’exaspération propre à la petite bourgeoisie, dont CELINE se fait le porte-parole. Le héros de la pièce, Bardamu, est un antisémite assumé : «Le petit bourgeois antiparlementariste n’est pas très différent qu’il s’appelle Rip ou Céline. Mais un trait marque plus particulièrement le docteur Bardamu. L’antisémitisme. Oh un antisémitisme assez passif. Notre homme voyage dans un bateau qui s’appelle Youpi-nium ; A Genève, il nous montre que les fils de la SDN sont tenus par des messieurs qui s’appellent Yuddenzweck, Mosaïc, Moïse. Gens intelligents, un peu sentimentaux. Ce n’est pas le docteur Bardamu qui donnera l’ordre des pogromes, mais n’est-ce pas ? Il les regardera venir comme le reste» dit ARAGON, dans son commentaire sur «L’église».

L’Action française avait réclamé, la réédition de ces ouvrages, au nom de la liberté d’expression. Mais y a-t-il vraiment de liberté pour les adversaires de la Liberté ?

La pratique actuelle est à géométrie variable. Il n’a échappé à personne que la négrophobie et l’islamophobie ont considérablement progressé dans ce pays. Je m’interroge toujours sur la pertinence de maintenir le Front national, adversaire résolu de la démocratie et de l’égalité républicaine, dans le jeu politique. Jean-Marie LE PEN avait bien déclaré que les chambres à gaz seraient un «détail de l’histoire». Le FN,  à deux reprises, a été à la porte du pouvoir, ses idées et son influence, dépassent actuellement, son organisation.

Deux néomaurrassiens, souvent invités sur des plateaux de télévisions, avaient une grande complaisance, Alain FINKIELKRAUT, qui nous qualifie de «non-souchiens»

Négrophobie et Eric ZEMMOUR est connu pour ses provocations. En revanche, quand Rokhaya DIALLO et Edwy PLENEL, Médiapart s’insurgent contre ces graves dérivent, ils sont victimes d’un lynchage, digne de «Strange Fruit». L’insulte, venant de hautes autorités publiques est devenue d’une grande banalité. «L’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » avait dit Nicolas SARKOZY. Manuel VALLS a été le promoteur de la déchéance de la nationalité, et Emmanuel MACRON n’arrête pas de fustiger le ventre de nos mères. Un président, va même qualifier les pays africains de «pays de merde». Deux poids, deux mesures. On a l’impression que les années 30 ans sont de retour.

J’ai le sentiment que parfois ces idées nauséabondes d’islamophobie, de négrophobie, cachent mal les vrais enjeux auxquels nous sommes confrontés.

C’est d’une part, quels sont les objectifs réels de ces guerres locales, et quel est leur coût financier ? On voit bien que la guerre, engagée en Afghanistan, depuis maintenant plus de 40 ans, continue avec son lot de morts, et dont les principales victimes sont les populations locales. Des pays, jadis stables, sont devenus des champs de ruine et génèrent des déplacements massifs de demandeurs d’asile (Somalie, Syrie, Irak, Egypte, Tunisie, Libye, etc.).

D’autre part, sur le plan interne, et dans les chaînes d’information continue qui font la promotion de la peur de l’autre, les vrais problèmes sont dissimulés (chômage, logement, environnement)  ; on oppose les uns aux autres. Pourtant, la France est un grand pays, capable de résoudre, efficacement, ces difficultés, mais, diverses options libérales empêchent de combattre la pauvreté et d’entamer la ré-industrialisation de ce pays. La Gauche, en champ de ruines, et notamment le Parti socialiste, a plus de candidats au poste de Premier secrétaire que de militants. Plus grave encore, les Français issus de l’immigration ont choisi de déserter le combat politique, seule alternative valable et efficace dans un milieu démocratique.

Je demeure convaincu que la démarche citoyenne, pour le bien vivre ensemble, la solidarité de tous et la Fraternité, est la seule issue valide contre toutes les peurs irrationnelles.

Paris, le 28 janvier 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.
Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.
Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.

Interdire les Néomaurassiens qui empestent l'air.

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 11:07

Comment passer de la pauvreté au bien-être, 60 ans après l'indépendance ?

L'Afrique détient 30% des réserves mondiales de matières premières ; elle a une population jeune et dynamique, capable de traverser le Sahara. Si les autres (Corée, Singapour) ont réussi, l'Afrique peut aussi, par elle-même, relever le défi du développement, et ne devrait pas, seulement, compter que sur l’aide internationale.

Pour y arriver, cela dépend de chacun d'entre nous. Il faut croire en nous, car l'Afrique est un continent d'opportunités.

La rhétorique est belle, j’espère que les Africains qui sont en accord avec ces principes diront ce qu’ils font et feront ce qu’ils disent.

Ce discours du président ghanéen étant passé, presque inaperçu, je vous le communique dans son intégralité.

Texte du discours de M. Nana AKUFO-ADDO, président du Ghana, devant M. Emmanuel MACRON, président de la République française :

"J’espère que le commentaire que je m’apprête à faire au sujet de ce problème ne va offenser personne dans cette salle. Nous ne pouvons plus continuer à mener, dans nos pays, dans nos régions une politique sur la base de l'aide des Occidentaux, de l’Europe, de l’Union européenne ou la France. Cela n’a pas marché, ça ne marche pas et ça ne marchera pas !  

Il est de notre responsabilité de trouver des moyens pour développer nos nations par nous-mêmes.  Ce n’est pas juste qu’un pays comme le Ghana, 60 ans après son indépendance continue à définir son budget de l’éducation et de la santé sur la base des financements provenant du contribuable européen. 

Au stade ou nous sommes, nous devions être capable de financer nous-mêmes nous besoins de base. Nous allons considérer les 60 années à venir comme un période de transition où nous pourrons être capables de voler de nos propres ailes. 

Notre objectif n’est plus de compter sur ce que le contribuable français pourra nous donner. Nous accepterons cependant tout apport que le contribuable français pourra nous apporter à travers son gouvernement. Nous n’allons pas tout simplement tourner le dos à tout apport de l’autre. 

Cependant, malgré tout ce qu'il a subi, ce continent reste celui qui détient 30% de toutes les ressources naturelles les plus importantes du monde. C’est le continent qui a de vastes terres fertiles et la plus grande population jeune, qui constituent une énergie et un dynamisme dont ce continent a besoin. 

Regardez ces jeunes qui font preuve d’ingéniosité pour traverser le Sahara et la méditerranée. Nous avons besoin de cette énergie et de cette ingéniosité sur notre continent. Et cette énergie-là, nous l’aurons ici sur notre continent si nous implémentons des systèmes politiques qui montrent à ces jeunes qu'ils sont l’espoir, qu’il y a des opportunités ici en Afrique. 

Les phénomènes de migration ne sont pas nouveaux, c'est aussi vieux que l’humanité et s’explique par le fait que les gens qui quittent le chez-eux le font parce que leur pays ne leur donne aucun espoir.

Ceux d’entre vous qui connaissent l’histoire de l’Europe au 19 e siècle savent que les grandes vagues d’immigration en Europe au 19 e siècle partaient de l’Italie et de l’Irlande. Des vagues et des vagues d’italiens et d’irlandais ont migré aux USA à la recherche du rêve américain parce qu’il n’y avait pas d’opportunité de travail en Irlande et en Italie. 
Aujourd’hui, vous n'entendez plus parler de cette immigration-là. 


Les jeunes italiens et irlandais restent chez eux. Nous voulons que les jeunes africains restent aussi en Afrique (applaudissements)  pour cela, nous devons refuser cet état d’esprit d’assisté. Cet état d’esprit qui consiste à demander ce que la France ferra pour nous (La France peut faire ce qu’elle veut de son propre gré et si cela coïncide avec nos intérêts," tant mieux" comme on dira en Français) 

Mais notre principale responsabilité en tant que leader et en en tant que citoyen c’est de développer nos propres pays, de mettre sur pied des systèmes de gouvernance qui font des leaders des personnes responsables de leur actes et qui utilisent les moyens mis à leur disposition pour le bien du peuple et non pour leur propre intérêts. 

Notre préoccupation devrait consister à nous demander ce que nous devons faire pour éviter que l’Afrique continue à mendier de l’aide et à demander l’aumône dans ce 21e siècle. 

Quand tu regardes l’Afrique et considérant ses ressources, C’est l’Afrique qui devrait donner de l’argent à d’autres pays (Le président MACRON, mal à l’aise, secoue la tête et fait profil bas). 

Nous avons des ressources énormes sur ce continent. Nous devons avoir l’état d’esprit du gagnant, nous dire que si les autres ont réussi, alors nous aussi nous pouvons réussir et une fois que nous aurons cet état d’esprit. Nous nous demanderons chaque fois que comment se fait-il que la Corée Singapour, la Malaisie qui ont, eu leur indépendance au même moment que nous, sont au sommet du classement des pays les plus riches du monde ? 
 

On nous a appris qu’à l’époque des indépendances le revenu au Ghana était supérieur à celui de Corée. Que s’est-il passé pour que ces pays réussissent cette transition 60 ans après quand nous sommes où nous sommes ? (à quémander). 

Sans vouloir offenser le président français, car je suis francophile et je n’ai aucun problème avec la coopération française, mais notre défi majeur, notre par de responsabilité devrait être de créer les conditions nécessaires afin que nos jeunes cessent de braver tous ces dangers pour aller en Europe. 

Ils n’y vont pas parce qu’ils veulent, mais parce qu’ils ne pensent pas qu’il y a des opportunités dans nos propres pays. Ces conditions, nous pouvons les créer si nous changeons cette mentalité de personnes qui dépendent des autres, cette mentalité d’assisté. 

Et si nous y parvenons, nous verrons que dans une décennie l’Afrique émergera et on aura une nouvelle génération d’africain et en ce moment, les indépendances dont on a parlé pendant la période dite d’indépendance deviendront réelles et effectives. 

J’espère qu’en disant cela, je n’offense pas l’intervieweur ou certains de mes amis dans l’assistance. Ceci est ce à quoi je crois fermement. 

C’est pourquoi le slogan de mandat est : Nous voulons construire le Ghana sans recours aux aides. Un Ghana qui est indépendant, un Ghana qui se suffit qui vole de ses propres ailes. Monsieur le président voilà contribution que je peux apporter».

Nana AKUFO-ADDO
Président de la République libre et souveraine du Ghana

Paris, le 6 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

Nana AFUKO-ADDO, président du Ghana, un discours neuf.

Nana AFUKO-ADDO, président du Ghana, un discours neuf.

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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 11:28

Cet article a été publié dans le journal THIEYDAKAR, édition du 2 février 2018

 

Le Sénégal accueille, pour la première fois, la conférence de financement du Partenariat mondial pour l’éducation, dirigée par Mme Alice ALBRIGHT. Je n’ai pas compris la polémique stérile et stupide de certains fondamentalistes religieux, fustigeant la présence, à cette rencontre, de Rihanna, Ambassadrice de l’éducation, en invoquant les motifs fallacieux d’homosexualité ou de propagation de la franc-maçonnerie. Guy Marius SAGNA voulait organiser une manifestation contre le FCA. C'est une initiative un peu décalée et inopportune ; ce n'est ni un sommet franco-africain, ni une rencontre de la francophonie. Pour cette myopie, je lui demande, amicalement, de changer de lunettes.


Le Sénégal, Etat laïque, tolérant et hospitalier souhaite la bienvenue à Rihanna et au président MACRON. En effet, et tout le monde ou presque, a compris que l’éducation de qualité, pour tous, n’est pas une question politicienne, mais un objectif visant autonomiser nos populations. Cela devrait mobiliser la population et toute la classe politique.


Le président Macky SALL, du Sénégal, a estimé que l’éducation est un investissement pour l’avenir, pour l’éveil des consciences, l’homme est un capital précieux, un développement des compétences pour le progrès de l’homme c’est la condition nécessaire du développement, de la dignité de l’homme, pour un savoir-faire et un savoir-être, une lumière de la Raison éclairant contre l’obscurantisme.


Le président français, Emmanuel MACRON, présent à Dakar, a estimé que l’éducation c’est la condition du développement, du développement durable, et le chemin pour pouvoir choisir sa vie. A Saint-Louis, l'ancienne capitale et Venise du Sénégal, le président MACRON a promis 15 millions d'euros pour lutter contre l'érosion côtière et la Banque mondiale a dégagé 24 millions d'euros pour sauvegarder la vieille ville, classée au patrimoine de l'humanité. Le président MACRON annonce la mise en place de visas de circulation.

 

Cette grande «générosité» a toujours, en fait, une contrepartie. Après boudé le Sénégal un temps, au profit des Chinois, les entreprises françaises se sont, désormais, taillées la part du lion. Ainsi, le TER entre Dakar et M’Bour, et son entretien, reviennent à la Sncf, Le pétrolier TOTAM a eu des concessions intéressantes, le ciment, la SENELEC et l'exploitation des autoroutes sont confiées à des entreprises françaises. Plus de 150 entreprises françaises sont présentes au Sénégal avec un régime fiscal très bas et des salaires faibles pour les employés locaux. Dans les marchés juteux à venir pour la France ; il y a l'achat d'avions pour la compagnie nationale du Sénégal, la rénovation des aéroports, ainsi que la construction d'un nouveau port.


L’objectif de la rencontre est de lever des fonds pour la période 2018-2020. La France s’est engagée à hauteur de 200 millions. Le Canada s’est engagé pour 180 millions. Le budget du Sénégal, pour l’éducation, est de 1,2 milliard de dollars par an, soit 25,48% du budget national. En 1900, la population du Sénégal était de 1 million d’habitants, en 1960, à l’indépendance, 2,8 millions d’habitants. FAIDHERBE (voir mon post du 1er février 2018), en 1854, disait que Dakar ne comptait que 2000 habitants (3,8 millions en 2012) et Saint-Louis, 15 000 habitants (1,078 million en 2012). Cette évolution rapide de la population a des conséquences sur les politiques d’éducation. Ainsi, en 2017, pour une population de 15 millions d’habitants, le Sénégal compte plus de 3 millions d’élèves et étudiants.

 

Les défis sont multiples et importants ; il faudrait un projet éducatif innovant, de nature à sauvegarder la souveraineté et l’indépendance, et à promouvoir un début d’industrialisation du Sénégal :


- en 1960, il n’y avait qu’un lycée par région, maintenant il y’en a partout, ainsi des collèges, mais il faut les faire fonctionner et les entretenir ; l’entretien des bâtiments publics est le secteur le plus négligé au Sénégal ; une fois qu’un ouvrage est érigé, on a l’impression qu’il devrait être fonctionnel, tout seul, et sans entretien ;


- dans les universités ¾ des étudiants sont en Lettres ou en droit, au détriment des filières scientifiques ; outre le fait qu’une bonne partie sont des cartouchards et de vieux étudiants, ce sont souvent de futurs diplômés qui deviennent chômeurs ; quel gâchis !

 

- la formation professionnelle, et en particulier, pour cette masse de jeunes déscolarisés ou diplômés chômeurs, est à développer dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture, du tourisme et du bâtiment en pleine expansion ; cette main-d’oeuvre disponible ne demande qu’à  être formée pour accéder au statut d’ouvriers qualifiés ; les filles en particulier, sont envoyées dans des voies de garage (couture, secrétariat) ; or, la politique des ressources humaines est un atout, et non un handicap, dans la mondialisation, la Chine et l’Inde l’ont compris pour sortir du sous-développement en moins de 30 ans ;

 

- de nouveaux secteurs émergent (pétrole, ports, chemins de fer, autoroutes, aéronautiques avec une compagnie nationale et 2 aéroports) ; il faudrait anticiper la formation sur ces filières d’avenir ;


- dans l’élémentaire des salles bondées, parfois plus de 100 élèves par classe, et des enseignants vacataires à former, revaloriser les enseignants (échelons, avancements de grade et promotions interne, avec effet immédiat sur le salaire), mettre fin aux abris provisoires, et créer de nouvelles classes, etc. Le niveau scolaire est devenu si bas, que cela met en danger l’avenir de la société sénégalaise ;


- avec la fuite des cerveaux, mobiliser la diaspora, avec ses compétences. A la fin de la seconde guerre mondiale, les Américains n’ont pas hésité à recueillir les savants allemands. Aujourd’hui, de nombreux Sénégalais à l’extérieur, dans des secteurs de pointe, ou des ouvriers qualifiés, sont à l’extérieur ; il faudrait une politique publique pour les inciter à revenir au pays.

Paris, le 2 février 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
La conférence sur l'éducation au Sénégal des 2 et 3 février 2018, en présence de l'artiste Rihanna.
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