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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 16:32

 La Cour de Justice de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a rendu son jugement le 23 avril 2018 en faveur des plaignants dans le procès n°ECW/CCJ/APP/34/16, Bintou CISSE, représentés par IHRDA et MDT, contre l’Etat de la Guinée-Conakry. L'affaire était déposée devant la Cour de la CEDEAO en septembre 2016 par l'Institut des Droits de l'Homme et du Développement en Afrique (IHRDA) et son partenaire guinéen «Les Mêmes Droits pour Tous» (MDT), pour le compte de Mme Bintou CISSE, représentant la famille de la victime. L'affaire concerne la torture et la mort d'un réfugié libérien (Jallah MORRIS) alors qu'il était sous la garde de la police guinéenne ; les plaignants ont allégué que l'État guinéen n'avait ni enquêté, ni poursuivi et puni les auteurs desdites violations.

La Cour de la CEDEAO a jugé que l'État de Guinée a violé le droit à la vie et le droit à un procès équitable. La Cour a condamné l'État de Guinée à payer à la famille de Jallah MORRIS une indemnité de 45 000 000 FCFA (quarante-cinq millions de francs CFA - soit environ 68 702 euros) et à poursuivre en justice les responsables de son décès. M. Jallah MORRIS, un responsable dans sa famille, a été torturé et tué en 2011 alors qu'il était sous la garde de la brigade guinéenne. Les autorités guinéennes ont aussi admis la possibilité d'homicide, mais n’ont pas ordonné une autopsie sur la dépouille de la victime ; elles n'ont non plus pris de mesures adéquates pour enquêter sur l'incident et poursuivre les agents impliqués. Les plaignants avaient allégué la violation de plusieurs droits, notamment le droit de la victime de ne pas être soumise à la torture et le droit à la vie. Les plaignants ont également fait valoir que le Gouvernement de la Guinée a manqué à son obligation de prévenir la torture, de mener une enquête effective sur l’incident, de traduire les coupables en justice, et de fournir la réparation aux ayants droit de la victime.

Cette décision est un pas important pour la justice en faveur de la victime ou sa famille, contre l’impunité, l'abus de droit et l’arbitraire en Afrique, notamment contre la prévalence de la torture perpétrée par la police en Guinée. En effet, cette jurisprudence est une base légale pour se défendre contre la théorie du «complot peul» en Guinée, initiée par le président Ahmed Sékou TOURE (1922-1984) qui avait détenu au sinistre camp Mamadou Boiro (1960-1980) et liquidé ses adversaires, comme Diallo TELLI (1925-1977), Secrétaire général de l’O.U.A. Depuis l’élection du 7 novembre 2010, d’Alpha CONDE président de la Guinée, avec la complicité de Vincent BOLLORE, un ami de SARKOZY, 114 opposants Peuls sont portés disparus. En effet, M. Cellou Dalein DIALLO était arrivé en tête du 1er tour des présidentielles de 2010, avec 47,69% et Alpha CONDE n’avait eu que 18,25% des voix.

Au Mali, un Etat faible, l’armée s’acharne contre les Peuls, et 57 personnes ont été massacrées, tout récemment, au motif prétendu qu’il s’agirait de terroristes, partisans d’Amadou KOUFA, ou de bandits. Naturellement, les Peuls protestent contre ces amalgames. Par ailleurs, des violences ethniques entre Peuls et Bambaras font de nombreuses victimes, sans que l’Etat puisse protéger, efficacement, toutes ses populations civiles.

En République Centrafricaine, un Etat particulièrement faible ne contrôlant que 20% de son territoire et ayant fait appel aux Russes pour organiser son armée, la question peule est d’une grande actualité. En effet, les Peuls d’origine tchadienne, présents en RCA, sont souvent victimes d’exactions, et ils sont maintenant armés. Tout peut déraper, à tout moment.

La Mauritanie a été condamnée, à de nombreuses reprises, pour ses pratiques esclavagistes, et en particulier, pour les détentions arbitraires de ses nationaux d’origine peule.

Divers témoignages de commerçants sénégalais résidant notamment en Côte-d’Ivoire, au Gabon, au Congo et au Cameroun, font état d’exactions de forces de police pour les rançonner.

Au Sénégal, nous avons deux cas de violations graves de droits de l’homme. C’est d’une part, l’affaire Oumar Blondin DIOP (18 septembre 1946 - 11 mai 1973), qui avait jeté un cocktail Molotov contre le président POMPIDOU, en visite à Dakar. M. DIOP, détenu dans une prison à Gorée, a eu la visite de Jean COLIN (1924-1993), et lui a craché au visage. Lorsque Jean COLLIN est parti, les gardiens de prison ont eu la main lourde : ils ont battu à mort le détenu. L’Etat du Sénégal est donc responsable pour ce crime. D’autre part, M. Ibrahima SARR (1915-1976), un syndicaliste et compagnon de route de Mamadou DIA, président du Conseil, a été emprisonné à Kédougou, à la suite du prétendu coup d’Etat de 1962. Condamné à 20 ans de détention, et atteint d’une maladie grave des voies urinaires, il n’avait pas pu se soigner convenablement en détention. Quand il a été gracié, en 1974, c’était trop tard. M. Ibrahima SARR était le dirigeant de l’historique grève des cheminots du 10 octobre 1947 au 19 mars 1948. SEMBENE s’est en inspiré pour son roman, «Les Bouts de bois de Dieu».

En dépit de bonnes relations avec le Sénégal, le Maroc ne protège pas suffisamment les Sénégalais séjournant sur son territoire. Certains ont été massacrés par des groupements ouvertement racistes. Ainsi, le 30 août 2014, de Charles Paul N’DOUR a été assassiné à Boukhalef, une proche banlieue de Tanger. Moussa SECK est décédé en octobre 2013, à Tanger. Le 14 août 2013 d’Ismaïla FAYE a également été tué. Il faut signaler aussi qu’un étudiant marocain, Mazine SHAKIRI, un étudiant en médecine, a été poignardé à Dakar, le 25 février 2017. Les 850 étudiants marocains résidant au Sénégal se plaignent de la grande insécurité à Dakar. Les deux Etats, le Sénégal et le Maroc, pour se dédouaner, on affirme qu'il s'agirait exclusivement de crimes crapuleux. Or, en droit international, l’Etat d’accueil a une obligation de protection des étrangers, et d’enquêter, sérieusement, sur les exactions dont ils sont victimes sur son territoire.

En Europe aussi, et face à la montée du racisme, des Sénégalais ont été assassinés. C’est le cas d’Idy DIENE, tué par six balles, à Florence, le 5 mars 2018. En 2011, deux vendeurs ambulants sénégalais ont été également tués par des milieux d’extrême-droite. En Espagne, un vendeur ambulant, sénégalais, Mame M’Baye N’DIAYE, le 15 mars 2018. Il était poursuivi par la Police.

En France, les forces de l’ordre, lors de contrôle au faciès ont étouffé, à mort, 112 jeunes issus de l’immigration, dont la fameuse affaire Adama TRAORE. Fait sans précédent, un jeune, Théo, a été violé avec un tonfa. L’assassinat de deux jeunes, Bouna et Zied, avait provoqué de graves violences urbaines en 2005. Or, les procédés d’interpellation sélectifs et ciblés sur les jeunes issus de l’immigration, aboutissant à la suffocation, sont jugés à l’origine de ces décès. Pour ces crimes odieux, naturellement, il n’y a eu ni communiqué présidentiel de solidarité, ni appel à manifester contre cette négrophobie ambiante. A chaque fois, pour se dédouaner, les forces de sécurité invoquent le délit de rébellion. Au lieu de favoriser l’intégration des immigrés, une nouvelle législation répressive et identitaire sur l’asile et l’immigration, dégradera, sans nul doute, le bien-vivre ensemble. Par ailleurs, il n’y a pas eu d’enquêtes sérieuses sur les incendies à Paris, dans les années 80, et qui ont plus de 54 morts. A chaque fois, le procédé est connu, un bidon d’essence pour récupérer des immeubles squattés par des étrangers. Il faudrait rouvrir le dossier concernant probablement des agences immobilières voulant échapper aux longues procédures d’expulsion des occupants irréguliers.

Aux Etats-Unis, très souvent, des policiers tirent sur des Noirs, souvent menottés. Ces graves crimes sont maintenant filmés et diffusés sur Internet. Ta-Nehisi COATES a en tiré un roman célèbre «La colère noire».

En définitive, ce précédent de la Cour de justice de la CEDEAO du 23 avril 2018, est une invitation ardente, pour les familles dont un de leur membre est disparu, assassiné en détention illégale ou faisant l’objet d’un traitement inhumain et dégradant, à faire valoir leurs droits devant la justice communautaire. L’Etat de droit avance en Afrique ; il faut s’en réjouir et le conforter.

Paris, le 25 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«La Cour de Justice de la CEDEAO condamne lourdement la Guinée, pour mort injustifiée en détention d’un réfugié libérien», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 16:31

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24 avril 2018 2 24 /04 /avril /2018 13:28

Le grand corrupteur de la Françafrique, ami et protégé de Nicolas SARKOZY, ayant le monopole des ports en Afrique et soupçonné de divers trafics, Vincent BOLLORÉ que l’on croyait au-dessus des lois, placé en garde à vue à Nanterre, est finalement mis en examen pour corruption d'agents publics, complicité d'abus de confiance et faux et usage de faux. Mais il n'a pas été mis sous contrôle judiciaire. En revanche, un étranger sans papiers peut, désormais, être détenu pendant 90 jours. Du transport et de la logistique, du fioul et des batteries électriques, du plastique et des palmiers en Afrique, il est le maître absolu, dans certains pays, et a apporté son soutien, par le groupe HAVAS, à Faure GNASSINGBE, une dynastie au Togo depuis 1962, et à Alpha CONDE, président de la Guinée en 2010. Francis PEREZ du groupe BOLLORE, gérant les casinos et hôtels en Afrique, est en charge de la communication de Faure GNASSINGBE. Jean-Philippe DORENT, responsable du pôle communication de Havas, a été en charge, en 2010, de la campagne de communication d’Alpha CONDE. BOLLORE a eu le port de Lomé, sans avoir le marché ; l’armée togolaise a éjecté, manu militari, l’attributaire du marché, la société NECOTRANS qui a déposé plainte auprès des tribunaux français. En effet, cette société NECOTRANS est tombée en faillite, et BOLLORE l’a rachetée avec un prix modique. Dans ces 16 terminaux de conteneurs africains de BOLLORE (15 00 milliards de FCA de chiffre d'affaires, soit plus 2 290 076 333 milliards d'euros), probablement, y transitent des ventes d’armes, ou peut-être même d’autres trafics illicites. BOLLORE a eu les principaux ports en Afrique, sauf celui de Dakar. L'essentiel de la richesse du groupe BOLLORE provient d'Afrique. En vingt ans, Vincent BOLLORE s'est construit un royaume sur les débris de l'empire colonial français. Des entrepôts aux ports, il contrôle l'ensemble de la chaîne logistique et de transports sur les matières premières produites en Afrique de l'Ouest. Mais son emprise va plus loin. Même s'il n'apparaît qu'au second plan, il est un des actionnaires majeurs de SOCFINAL, un groupe qui exploite parmi les plus grands domaines de plantation d'Afrique. J’espère que l’enquête mettra bien en lumière ses magouilles en Afrique. Naturellement, les concurrents de BOLLORE ont attaqué devant la justice française pour ces concessions obtenues en cassant les prix, «pour corruption d’agents publics étrangers», avec la complicité des régimes africains dociles et peu scrupuleux.

Dès que quelqu'un commence à enquêter sur ses combines, BOLLORE l'attaque en diffamation. Cette fois-ci, c'est un juge qui l'a convoqué. Il va falloir qu'il crache le morceau. Nicolas VESCOVASSI et Jean-Pierre CANET titrent leur ouvrage «Vincent, Tout-puissant», un livre d’investigation aux confins des affaires, de la politique et de la liberté d’informer. Les auteurs sont des journalistes d’investigation chevronnés, de ceux qui ne se laissent pas intimider. Du courage, il en fallait pour aller au bout de cette enquête sur Vincent BOLLORE, un homme qui aime posséder des médias mais pas qu’on enquête sur lui. Un des auteurs a-t-il eu ainsi un jour la surprise de recevoir une assignation en justice lui demandant 750 000 euros de dommages et intérêts pour avoir juste cherché à interviewer les hauts cadres entourant l’homme d’affaires ! 750000 euros pour avoir juste voulu exercer le métier d’informer. M. Adama GAYE, journaliste sénégalais, a été traîné devant le Tribunal de Grande Instance de Paris ; il s’en est sorti avec un euro de dommages-intérêts. Vincent BOLLORE a-t-il un secret lourd à cacher ?

Résidant dans le XVIème arrondissement, Vincent BOLLORE est né le 1er avril 1952, à Boulogne-sur-Seine. En 1981, il a repris les papeteries familiales fondées en 1822 sur les bords de l’Odet, près de Quimper. Raider sans foi ni loi, il crée un montage financier de différents groupes à partir de 1988. Installé à Puteaux, BOLLORE figure parmi les 400 entreprises les plus importantes du monde. Il a su diversifier ses activités qui vont de la fabrication de papier plastique à la production télévisée, de la gestion des ports africains aux plantations d'Asie du sud-est, de la construction de la voiture électrique au Wimax ou aux journaux gratuits et Direct8.

BOLLORE a fait «main basse sur l’information en France» pour reprendre le titre d’un livre de Laurent MAUDUIT. Président du groupe VIVENDI, il a la mainmise sur une bonne partie de la publicité et sur un nombre important de médias en France. Il a racheté DELMAS, RIVAUD, s’intéresse à BOUYGUES, LAZARE, HAVAS et AEGIS. Il a conquis Canal +. Vincent BOLLORE est devenu, en très peu de temps, l’actionnaire principal de Telecom Italia. Il a beaucoup d’intérêts en commun avec Silvio BERLUSCONI. En raison de toute sa puissance dans les médias, le Français moyen croit que la pluralité des moyens d’information serait un gage de liberté. BOLLORE a pourtant interdit certains reportages d’être diffusés. «Alors que le Conseil national de la résistance espérait, à la Libération, que la France se dote d'une presse indépendante des "puissances financières", celles-ci contrôlent désormais presque tous les médias. Et la normalisation économique se double fréquemment d'une normalisation éditoriale, quand il ne s'agit pas d'une censure pure et simple» estime Laurent MAUDUIT.

Dans un système quasi mafieux, le pré-carré de la France en Afrique, ce sont quelques grands groupes qui se partagent le gâteau. Ces entreprises françaises donnent au gouvernement français quelques miettes qui sont reversées aux Etats africains sous forme d'aide. Mais cette aide, si elle n'est pas détournée, est conditionnée ; il faut recours à ces mêmes entreprises pour d'éventuels marchés publics. (Voir mon post Charles de Gaulle et l'Afrique).

Ce système quasi mafieux, organisé par un barbouze, Jacques FOCCART perdure toujours. Tous les candidats à l'élection présidentielle promettent de l'abroger, dont M. Emmanuel qui avait un excellent diagnostic de cette situation coloniale, mais une fois au pouvoir ils renouent avec l'ancien monde.

L’Afrique, contrairement ce que pense le Français ordinaire, est un continent riche. Mais ses matières premières sont spoliées avec la complicité de nos gouvernements. Cependant, l’opinion publique africaine, longtemps assoupie depuis l’esclavage et la colonisation, commence timidement à se réveiller. Et le FCA cristallise, à lui seul, ce réveil du nationalisme africain. Il ne s’agit pas d’éjecter la France, ancienne puissance coloniale de l’Afrique. Au contraire, en raison de ces liens historiques et de la communauté de langue, nous devrions établir une relation privilégiée avec la France, mais fondée sur la justice, l’équité et la démocratie. Il faut payer au juste prix nos matières premières.

L’indépendance des Africains reste encore factice ; il faut que les Africains retrouvent leur souveraineté et leur dignité en vue d’établir avec la France une vraie coopération avec la France fondée sur la Justice et la Fraternité.

Indications bibliographiques sur Vincent BOLLORE

BOTHOREL (Jean), Vincent BOLLORE : une histoire de famille, Picollec, 2007, 193 pages ;

CAPOZZI (Fiorina), Vincent Bolloré : le nouveau roi des médias européens, GoWere, 2016, 82 pages ;

GARRIGOS (Raphaël), ROBERTS (Isabel), L’empire : comment Vincent Bolloré a mangé Canal +, Paris, Seuil, 2016, 192 pages ;

MAUDUIT (Laurent), Main basse sur l’information, Paris, Don Quichotte, 2016, 448 pages ;

ORANGE (Martine), «Comment Vincent Bolloré s’est taillé un empire en Afrique» Médiapart, article du 3 février 2009 ;

ORANGE (Martine), «Concessions portuaires en Afrique ; Bolloré mis en examen pour corruption» Médiapart, article du 25 avril 2018 ;

VESCOVASSI (Nicolas) CANET (Jean-Pierre), Vincent Tout-Puissant, Paris, Jean-Claude Lattès, 2018, 400 pages.

Paris le 24 avril 2018 et actualisé le 26 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Vincent BOLLORE, mis en examen pour corruption», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 12:44

Certains députés de la République en Marche se félicitent de l'adoption de cette loi sur leur page Facebook, comme M. Guillaume CHICHE, député des Deux-Sèvres. Je dis qu'il n'y a pas de quoi être fier d'une loi répressive et identitaire. La République, non pas celle des Marcheurs, mais réclame l’égalité, la liberté et la fraternité, est en deuil. En effet, le F.N. ne s'y est pas trompé puisque ce parti raciste a voté certaines dispositions de cette loi. La droite lepénisée sans rejeter cette loi scélérate demande déjà l'abrogation du droit du sol, les digues sont rompues. Pourtant si ces réfugiés sont là parce que vous bombardez leur pays et vous soutenez les pires dictatures dont certaines, comme la Libye, ont financé Nicolas SARKOZY, l'homme du Fouquet's. Ces immigrés sont là parce que les Occidentaux leurs matières premières avec la complicité de régimes fantoches africains.

Quand on parle d'immigration, ce ne sont ni les Américains ou les Australiens qui concernés, c'est nous les pauvres Nègres et Arabes qui sommes à chaque fois concernés. Les Africains subissent un traitement assimilables à celui des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale avec désormais des rafles possibles dans les camps où l'internement va passer de 45 jours à 90 jours avec une possibilité de rétention de 135 jours. Les mineurs suivent leurs parents dans ces champs. Le droit d'appel passe de 30 à 15 jours.

Cette loi va dégrader encore, considérablement, conditions de vie des Français issus de l'immigration et des étrangers en situation régulière. Des circulaires ont, déjà du temps de HOLLANDE, durci les conditions de regroupement familial ; les Africains attendent leur famille pendant 3 ou 4 ans, à chaque fois ils redemandent l'actualisation des pièces et on finit par rejeter le dossier. C'est le même calvaire pour les Français issus de l'immigration quand ils se marient au pays ; la transcription du mariage à Nantes peut prendre 4 à 5 ans et les certificats de nationalité des enfants sont bloqués. Par principe, l'administration française considère que les documents fournis par les Africains, ne peuvent être que des faux. L'accès à la nationalité, pour les personnes nées à l'étranger, est devenu un parcours du combattant. Si vous êtes Chinois, vous avez 5 fois plus de chances qu'un Africain, d'être naturalisé. Par ailleurs, les Juifs de France sont également des victimes collatérales de cette ignominie administrative, au moment du renouvellement de leur passeport français. Chose curieuse les retraités sont également victimes de ces graves tracasseries administratives au moment du renouvellement de leur carte de résident.

Cette loi témoigne de la grande poussée des idées racistes en France et en Europe au détriment des valeurs républicaines. M. MACRON ayant été élu par défaut grâce uniquement à la piètre performance de LE PEN, veut donner des gages aux esprits lepénisés. Devenu président des riches et face à la colère du petit peuple ce sera quitte ou double à la fin de son mandat ou il réussit ou c'est le FN.

Je rends un vibrant hommage aux associations humanitaires qui font un travail remarquable en direction des étrangers, ainsi qu’aux forces de gauche.

Je regrette que les communautés africaines et maghrébines soient silencieuses et peu mobilisées sur ces questions qui les concernent au plus haut point. On ne peut pas accepter d'aller à l'abattoir, docilement, sans réagir. La démocratie a ce charme d'offrir les armes de la loi pour combattre la tyrannie. Il est temps de sortir de ce sommeil lourd !

Je condamne, avec la dernière énergie, les Etats africains, au lieu de défendre leurs nationaux, sont choisis de signer avec la France des accords de réadmissions à la frontière de leurs nationaux expulsés, pour quelques billets d'argent. Un peu de dignité, Messieurs les présidents !

La question de la souveraineté des pays africains est reposée. Nous n'avons ni du FCFA, ni de l'aide, mais d'une coopération juste et équitable avec la France notre partenaire historique. M. MACRON avait lui-même fait un excellent diagnostic du vieux monde, l'Afrique n'est pas une menace, mais une opportunité. Alors, je dis au député Guillaume CHICHE, comme au président MACRON, allons vers cette orientation de fraternité et de justice dans les relations internationales, abandonnons cet esprit colonial et esclavagiste ! Chiche !

Même en situation irrégulière, ces travailleurs occupant les emplois pénibles, dangereux et mal payés,  cette main-d’œuvre docile, sans grève, sans les 35 heures, sans cotisations à la retraite, ni RTT, ces étrangers contribuent considérablement au développement de ce pays, notamment dans les secteurs du bâtiment, de la restauration et de l'hôtellerie, de la couture et tous les. Sans eux, il est impossible que la France puisse concurrencer les pays asiatiques.

Par conséquent, je préfère ce tableau d'Eugène LACROIX, "La liberté guidant le peuple" à ces relents xénophobes qui ne cessent de grandir dans ce pays. Liberté, égalité, Fraternité, Paix et Justice dans les relations internationales !


Liste des accords sur les flux migratoires entre la France et les pays africains.

Accord France - Cameroun du 21 mai 2009 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire (ensemble six annexes), signé à Yaoundé le 21 mai 2009 ;

. Accord France – Burkina-Faso relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire (6 annexes) signé à Ouagadougou le 10 janvier 2009 ;

. Accord France – Cap-Vert relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire (ensemble trois annexes) signé à Paris, le 24 novembre 2008 ;

. Accord France - Bénin relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Cotonou le 28 novembre 2007, entré en vigueur le 1er mars 2010 ;

. Accord France - Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 et entré en vigueur le 1er août 2009 ;

. Accord France - Gabon relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Libreville le 5 juillet 2007 et entré en vigueur le 1er septembre 2008 ;

. Accord France - Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires, signé à Dakar le 23 septembre 2006 (article 31) et Avenant du 25 février 2008, entrés en vigueur le 1er août 2009 ;

. Accord France – Mali dans le domaine des migrations, signé à Bamako le 29 mai 1998

. Accord France – Tunisie relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Tunis le 28 avril 2008 ;

. Protocole Accord France – Tunisie relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Tunis le 28 avril 2008.

Paris, le 23 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

«Jour de deuil pour la République : la loi sur l'asile et l'immigration a été adoptée par l’Assemblée nationale en 1ère lecture», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 11:20

Après le vote de la loi constitutionnelle sur le parrainage, le 19 avril 2018, une deuxième étape va s'ouvrir devant le Parlement, ce sont les modifications de la loi organique concernant le Code électoral.

La majorité se dit ouverte à une large concertation avec toutes les forces vives de la Nation, en particulier, avec l'opposition.

Déjà, le 20 avril 2018, M. Idrissa SECK de REWMI, se dit déterminé à attaquer la loi sur le parrainage devant la Cour de justice de la CEDEAO, parce que celle-ci violerait le principe d'égalité devant la loi pour tous les citoyens à se porter candidat pour l’élection présidentielle ; il se base sur le précédent du Burkina Faso du 13 juillet 2015 devant la Cour de justice de la CEDEAO.

Je suis, particulièrement, dubitatif, à plus d'un titre sur cette démarche de M. SECK.

D'une part, ne serait-ce parce que la loi modifiant le Code électoral n'est pas encore validée par le Parlement, et elle n'est donc ni promulguée, ni publiée. On n’en connait pas encore les contours exacts.


D'autre part, c'est une méprise grave sur le sens de l'arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO censurant les dispositions du nouvel article 135 du Code électoral burkinabé du 7 avril 2015 déclarant, de façon générale, que sont inéligibles comme président du Faso, «toutes les personnes ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte au principe de l’alternance démocratique, notamment au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels ayant conduit à une insurrection ou à toute autre forme de soulèvement».

En effet, le Code électoral Burkinabé comportait déjà des dispositions classiques d’inéligibilité, et consacrées par tous les Etats de droit, à savoir les :

– Individus privés par décision judiciaire de leurs droits d’éligibilité en application des lois en vigueur ;

– Personnes pourvues d’un conseil judiciaire ;

– Individus condamnés pour fraude électorale.

Ce qui était en cause devant la Cour de justice, c’est cette nouvelle disposition de l’article 135 du Code électoral.

L’Etat du Burkina Faso avait soulevé une exception d’irrecevabilité et donc plaidait l’incompétence de la CJCEDEAO, mais celle-ci s’est prononcée sur le fond du litige «Au titre de sa compétence, la Cour doit également préciser que s’il est hors de question qu’elle assure la police des élections que les Etats membres organisent, elle peut être valablement saisie lorsqu’il apparaît que le processus électoral est entaché de violations de droits de l’homme, violations dont la sanction relève de sa compétence».

Dans le débat sur le fond, l’Etat du Burkina Faso demandait le rejet de la requête des opposants. En effet, pour l’Etat du Burkina Faso l’exclusion d’un certain nombre d’organisations et de citoyens du processus électoral en cours se justifierait par le soutien que les opposants auraient apporté aux anciennes autorités du pays dans leur projet de modification de la Constitution en vue de se maintenir au pouvoir. Ce projet, perçu comme «anticonstitutionnel» dans la loi du 7 avril 2015, a été à l’origine des troubles ayant conduit à la chute du gouvernement.

Le nouvel article 135 du Code électoral était en fait une supercherie visant à écarter, de facto, tous les partisans de Blaise COMPAORE, sans qu’ils aient été, au préalable, déchus de leurs droits civiques par un juge : «Il peut certes arriver que dans des conjonctures particulières, la législation d’un pays institue des impossibilités d’accéder à des fonctions électives à l’encontre de certains citoyens ou de certaines organisations. Mais la restriction de ce droit d’accès à des charges publiques doit alors être justifiée, notamment, par la commission d’infractions particulièrement grave. (…) Interdire de candidature toute organisation ou personne ayant été politiquement proche du régime défait mais n’ayant commis aucune infraction particulière, revient, pour la Cour, à instituer une sorte de délit d’opinion qui est évidemment inacceptable» dit la CJCEDEAO. C'est en raison de cette position de principe écartant tous les opposants au pouvoir, que la Cour de la CEDEAO a estimé que cette distinction est arbitraire, discriminatoire ; c’est une «violation du droit de libre participation aux élections», et a, dans son arrêt du 13 juillet 2015, censuré le Code électoral Burkinabé. Par conséquent le fait d'écarter tous les sympathisants de Blaise COMPAORE après sa chute est illégal, parce que non justifié par des nécessités de l’ordre public : «La Cour est d’avis que l’exclusion en cause dans la présente affaire n’est ni légale ni nécessaire à la stabilisation de l’ordre démocratique, contrairement aux allégations du défendeur. La restriction opérée par le Code électoral n’a au demeurant pas pour seul effet d’empêcher les requérants à se porter candidats, elle limite également de façon importante le choix offert au corps électoral, et altère donc le caractère compétitif de l’élection». Par conséquent, les opposants non déchus de leurs droits civiques par un juge doivent être rétablis dans leurs droits : «Pour l’ensemble de ces raisons, et sans qu’il soit besoin de statuer sur le caractère «consensuel» ou non du changement de la loi électorale intervenu avant les élections, la Cour estime que les formations politiques et les citoyens burkinabé qui ne peuvent se présenter aux élections du fait de la modification de la loi électorale (loi n° 005-2015/CNT portant modification de la loi n° 014-2001/AN du 03 juillet 2001) doivent être rétablis dans leur droit».


En revanche, au Sénégal, même si nous n'avons pas encore le texte projet de révision du Code qui sera soumis au parlement sur le Code électoral, la situation semble être toute autre. Dans tous les pays démocratiques, les personnes qui ont fait l'objet d'une peine complémentaire de déchéance de leurs droits civiques, par un juge, ne sont pas éligibles et ne peuvent même pas exercer aucune charge publique pendant la durée de cette déchéance. C'est à titre, que des fonctionnaires, privés de droits civiques et n'exerçant donc aucun mandat électoral, peuvent être radiés des cadres de la fonction publique, sans procédure disciplinaire.

Paris le 20 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

ANNEXE : Voici le texte de cette décision du 13 juillet 2015

COUR DE JUSTICE DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST (CEDEAO), siégeant à Abuja, au Nigéria.

CE 13 JUILLET 2015, affaire n°ECW/CCJ/APP/19/15, jugement n°ECW/CCJ/JUG/16/15

Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) & Autres requérants contre L’Etat du Burkina défendeur.

COMPOSITION DE LA COUR

– Hon. Juge Yaya Boiro Président

– Hon. Juge Hamèye Founé MAHALMADANE Membre

– Hon. Juge Alioune SALL Membre

Assistés Me Aboubacar DIAKITE Greffier.


I – Les parties et leur représentation


La requête a été présentée au Greffe de la Cour le 21 mai 2015 par un groupe de partis politiques et de citoyens de l’Etat du Burkina.

Au titre des premiers, il y'a :

– Le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), représenté par son président, Komboigo Wend-Venem Eddie Constance Hyacinthe ;

– Le Rassemblement pour le Sursaut Républicain (RSR), représenté par son président, Kaboré René Emile ;

– L’Union Nationale pour la Démocratie et le Développement (UNDD), représenté par son président, Yaméogo Hermann ;

– Le Rassemblement des Démocrates pour le Faso (RDF), représenté par son président, Yaméogo Salvador Maurice ;

– L’Union pour un Burkina Nouveau (UBN), représenté par son président national, Ouédraogo Yacouba ;

- Nouvelle Alliance du Faso (NAFA), représenté par son président, Ouédraogo Rasmané ;

– L’Union pour la République (UPR), représenté par son président, Coulibaly Toussaint Abel.

 

Au titre des seconds, on relève :

– Koné Léonce ;

– Tapsoba Achille Marie Joseph ;

– Sampebre Eugène Bruno ;

– Sawadogo Moussa ;

– Nignan Frédéric Daniel ;

– Sankara Sidnoma ;

– Yaméogo Noel ;

– Daboue Badama ;

– Dicko Amadou Diemdioda ;

– Barry Yacouba ;

– Traoré Amadou ;

– Sanogo Issa ;

– Kaboré Saïdou.

Les requérants sont représentés par les avocats suivants :

– Maître Moussa Coulibaly, avocat au barreau du Niger ;

– La Société Civile Professionnelle d’Avocats (SCPA) Ouattara-Sory et Salambéré, avocats au barreau du Burkina Faso ;

– Maître Flore Marie Ange Toe, avocat au barreau du Burkina Faso.


Le défendeur est l’Etat du Burkina représenté par Maître Savadogo Mamadou et par la SCP d’avocats «Kam et Some», tous avocats inscrits au barreau du Burkina Faso. L’Etat du Burkina a produit un mémoire en défense enregistré au greffe de la Cour le 29 juin 2015.

II – Présentation des faits et procédure

A la suite de violentes manifestations qui ont eu lieu au Burkina Faso les 30 et 31 octobre 2014, qui se sont soldées par quelques morts et la destruction de biens publics et privés, le président de la République jusque-là en place, dont le projet de modification de la Constitution était ainsi désavoué par les manifestants, a démissionné de ses fonctions. Des tentatives de coup d’Etat ont immédiatement suivi la vacance du pouvoir, avant qu’une transition politique, appuyée par la communauté internationale en général et la CEDEAO en particulier, se mette en place, pour pacifier le pays et conduire celui-ci à des élections démocratiques et transparentes.


Le Forum national, qui a réuni les forces vives de la nation burkinabé, a, dans cette perspective, adopté le 13 novembre 2014, une Charte de la Transition politique, et mis en place un Conseil National de la Transition (CNT). Ce Conseil, doté de pouvoirs législatifs, a alors engagé un certain nombre de réformes, dont celle de la loi électorale. C’est dans ce cadre qu’il a adopté, le 7 avril 2015, la loi n° 0 05-2015 portant modification de la loi n°014-2001/AN du 03 juillet 2001 portant code électoral. Au titre des personnes frappées d’inéligibilité, c’est-à-dire inaptes à se présenter aux élections, le nouvel article 135 ajoutait, en sus des :

– Individus privés par décision judiciaire de leurs droits d’éligibilité en application des lois en vigueur ;

– Personnes pourvues d’un conseil judiciaire ;

– Individus condamnés pour fraude électorale ;

Une nouvelle catégorie formée par «toutes les personnes ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte au principe de l’alternance démocratique, notamment au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels ayant conduit à une insurrection ou à toute autre forme de soulèvement».

En pratique, l’adoption d’une telle modification de la loi a eu pour conséquence, semble-t-il, d’exclure de la compétition électorale les partisans du pouvoir déchu, les dispositions précitées ayant été interprétées comme les visant. C’est dans ces conditions que des formations politiques et un certain nombre de citoyens du Burkina Faso ont saisi la Cour de justice de la CEDEAO, à l’effet de voir celle-ci constater la violation de leurs droits par les nouvelles autorités, et, en conséquence, d’ordonner l’abrogation de la disposition litigieuse. Les demandeurs ont déposé deux requêtes au Greffe de la Cour, à la même date – le 21 mai 2015 – : une requête principale et une requête aux fins de soumettre l’affaire à une procédure accélérée, conformément à l’article 59 du Règlement de la Cour. Une demande en intervention a été également formulée devant la Cour à la veille de l’audience – le 29 juin 2015-. Cette demande émane du cabinet «Falana and Falana’s Chambers».

III – Arguments des parties

Les requérants estiment que la nouvelle loi adoptée par le Conseil de Transition du Burkina Faso viole leur droit à participer librement aux élections. Ce droit est notamment prévu par les textes suivants :

– Article 2 alinéa 1er et 21 alinéas 1 et 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui disposent respectivement : «Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation» ; «Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis » ; «Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux fonctions publiques de son pays» ;

 

– Article 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, adopté dans le cadre des Nations Unies : «Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation» ;


– Articles 2 et 13 alinéas 1 et 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples : «Toute personne a droit à la jouissance des droits et libertés reconnus et garantis dans la présente Charte sans distinction aucune, notamment de race, d’ethnie, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation» ; «Tous les citoyens ont le droit de participer librement à la direction des affaires publiques de leur pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis, ce, conformément aux règles édictées par la loi» ; «Tous les citoyens ont également le droit d’accéder aux fonctions publiques de leur pays» ;

– Articles 3.7, 3.11, 4.2, 8.1 et 10.3 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui disposent respectivement que les Etats parties s’engagent pour promouvoir «la participation effective des citoyens aux processus démocratiques et de développement et à la gestion des affaires publiques» ; «le renforcement du pluralisme politique, notamment par la reconnaissance du rôle, des droits et des obligations des partis politiques légalement constitués, y compris les partis politiques d’opposition qui doivent bénéficier d’un statut sous la loi nationale» ; «Les Etats parties considèrent la participation populaire par le biais du suffrage universel comme un droit inaliénable des peuples» ; «Les Etats parties éliminent toutes les formes de discrimination, en particulier celles basées sur l’opinion politique, le sexe, l’ethnie, la religion et la race, ainsi que toutes autres formes d’intolérance» ; «Les Etats parties protègent le droit à l’égalité devant la loi et à la protection égale par la loi comme condition préalable fondamentale pour une société juste et démocratique» ;

– Article 1er i) du Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance adopté en 2001 par la CEDEAO : «Les partis politiques se créent et exercent librement leurs activités dans le cadre des lois en vigueur. Leur formation et activités ne doivent avoir pour fondement aucune considération raciale, ethnique, religieuse, ou régionale. Ils participent librement et sans entrave ni discrimination à tout processus électoral. La liberté d’opposition est garantie (…)».


Dans son mémoire en défense, l’Etat du Burkina estime que la Cour est incompétente pour connaître de l’affaire, que la requête introduite est irrecevable, et qu’elle est également mal fondée.


S’agissant de l’incompétence, l’Etat défendeur avance que la Cour n’est pas saisie d’une violation concrète des droits de l’homme, mais tout au plus d’une violation éventuelle ou hypothétique, hypothèse dans laquelle elle s’est toujours déclarée incompétente.


Au titre de l’irrecevabilité du recours, l’Etat du Burkina Faso estime que le droit en cause, qui est la participation à la gestion des affaires publiques, est «un droit individuel et subjectif et non un droit collectif». Devrait alors être déclarée irrecevable au moins la partie de la requête présentée par des partis politiques.

Enfin, sur le caractère mal fondé de la demande, le Burkina Faso fait valoir que le droit à participer à des élections «n’est pas un droit de caractère absolu» et qu’un Etat peut y apporter des restrictions. Il résulte de l’argumentation de l’Etat défendeur que l’exclusion d’un certain nombre d’organisations et de citoyens du processus électoral en cours se justifierait par le soutien qu’ils auraient apporté aux anciennes autorités du pays dans leur projet de modification de la Constitution en vue de se maintenir au pouvoir. Ce projet, perçu comme «anticonstitutionnel» dans la loi du 7 avril 2015, a été à l’origine des troubles ayant conduit à la chute du gouvernement.

IV – Analyse de la Cour


En la forme, la Cour a d’abord statué sur l’exception soulevée par les requérants, relativement au caractère prétendument tardif du dépôt du mémoire en réponse du Burkina. En effet, selon les demandeurs, l’Etat du Burkina, qui a reçu la requête le 28 mai 2015, devait y répondre au plus tard dans les trente jours, soit, de leur point de vue, avant la date du 27 juin 2015. Cependant, en application des dispositions de l’article 75 alinéa 2 de son Règlement, la Cour a estimé que tous les délais de procédure sont francs, et que le dernier jour pour le dépôt étant un jour non travaillé, c’est bien au plus tard le lundi 29 juin 2015 que l’Etat défendeur devait déposer son mémoire. Or, c’est bien ce jour même que le dépôt a été effectué. Il en résulte que l’exception tirée de la tardiveté du dépôt du mémoire en défense doit être rejetée.

La Cour a également statué sur la demande en intervention formulée par le cabinet «Falana and Falana’s Chambers». Elle a considéré qu’en vertu de l’article 21 du Protocole de 1991 relatif à la Cour, le droit d’intervention n’est ouvert qu’aux Etats. En conséquence, elle a déclaré irrecevable la demande d’intervention qui lui était soumise.

Au sujet de l’incompétence alléguée par le Burkina Faso et tirée du caractère non effectif des violations prétendues, la Cour a toujours considéré qu’elle ne devait, en principe, sanctionner que des violations des droits de l’homme effectives, réelles, avérées, et non des violations possibles, éventuelles ou potentielles. L’on pourrait alors être tenté, dans le cas présent, de s’interroger sur le bien-fondé de son intervention puisqu’au moment où elle est saisie, aucune violation n’est encore commise, aucun cas de rejet effectif de candidature ne lui a été rapporté, aucune candidature individuelle n’a été écartée en vertu des nouvelles dispositions, bref, il n’existe aucun préjudice réel.

Ce serait oublier, comme elle a au demeurant eu à le dire dans le passé, qu’elle peut valablement se préoccuper de violations non encore réalisées, mais très imminentes. En l’espèce, la violation prétendue n’a pas encore été accomplie, mais elle pourrait l’être très prochainement. Le processus électoral, si l’on se fie aux indications données à la Cour, devrait s’ouvrir près de soixante dix (70) jours avant la date du scrutin, soit, pour des élections prévues le 11 octobre 2015, la date fatidique du 1er août 2015. La Cour est donc saisie dans l’urgence. Dans la configuration présente, si elle devait attendre que des dossiers de candidature soient éventuellement rejetés pour agir, si elle devait attendre l’épuisement des effets d’une transgression pour dire le droit, sa juridiction dans un contexte d’urgence n’aurait aucun sens, les victimes présumées de telles violations se retrouvant alors inexorablement lésées dans la compétition électorale.

Au demeurant, cette position de la Cour, relativement aux caractéristiques du préjudice allégué devant elle, a été clairement expliquée dans l’arrêt «Hissène Habré contre Etat du Sénégal», rendu le 18 novembre 2010. La Cour y rappelle «sa jurisprudence dans l’affaire Hadidjatou Mani Koraou c/ Etat du Niger où elle affirmait que sa compétence n’est pas d’examiner des cas de violation in abstracto mais des cas concrets de violations de droits de l’homme (…). Ainsi donc, en principe, la violation d’un droit de l’homme se constate a posteriori, par la preuve que cette violation a déjà eu lieu» (§48). La Cour a cependant ajouté qu’il se peut que dans des circonstances particulières, «le risque d’une violation future confère à un requérant la qualité de victime» (§49).

Il existe alors «des indices raisonnables et convaincants de probabilité de réalisation d’actions» susceptibles de violer les droits de la personne (§53). Dans une telle hypothèse, qu’elle considère comme étant celle de l’espèce, la Cour peut parfaitement connaître de l’affaire.

C’est donc à tort que l’Etat du Burkina avance que la Cour ne peut se prononcer faute de violation déjà commise des droits en cause.

Au titre de sa compétence, la Cour doit également préciser que s’il est hors de question qu’elle assure la police des élections que les Etats membres organisent, elle peut être valablement saisie lorsqu’il apparaît que le processus électoral est entaché de violations de droits de l’homme, violations dont la sanction relève de sa compétence.

Au sujet de l’irrecevabilité du recours, tirée de ce que le droit en cause – droit de participer aux élections et à la gestion des affaires publiques – serait un droit de l’individu et non d’une formation politique, la Cour doit d’abord rappeler qu’elle n’est pas saisie que par des partis politiques, elle l’est également par des citoyens. Mais même si elle n’était saisie que par des associations de type politique, la Cour estime que rien ne l’empêcherait d’en connaître, pour la raison qu’une restriction d’un tel droit peut parfaitement léser une formation politique, structure dont la vocation consiste précisément à solliciter le suffrage des citoyens et à participer à la gestion des affaires publiques. Non seulement les textes qui régissent la Cour n’excluent pas que celle-ci puisse être saisie par des personnes morales – à la condition qu’elles soient cependant victimes– (article 10 d) du Protocole de 2005), mais ce serait de façon purement artificielle et déraisonnable que la Cour refuserait à des partis politiques le droit de la saisir dès lors que des droits liés à leur vocation de compétiteurs électoraux étaient violés.


Il s’ensuit que la thèse de l’irrecevabilité, soutenue par l’Etat du Burkina, doit être rejetée.


Sur le fond, le problème soumis à la Cour est relativement simple. Il s’agit, pour l’essentiel, de savoir si la modification de la loi électorale burkinabé, compte tenu de l’application qui en est faite, méconnaît le droit de certains partis politiques et citoyens à concourir au suffrage, à participer aux élections.


Pour répondre à cette question, la Cour doit d’abord rappeler un certain nombre de principes dégagés des textes qui la régissent ainsi que de sa jurisprudence.


Le premier de ces principes, qui revêt une portée singulière dans le cas qui lui est soumis, est son refus de s’instituer juge de la légalité interne des Etats. La Cour, en effet, a toujours rappelé qu’elle n’était pas une instance chargée de trancher des procès dont l’enjeu est l’interprétation de la loi ou de la Constitution des Etats de la CEDEAO. Deux conséquences en découlent.

La première est qu’il faut écarter du débat judiciaire toute référence au droit national, qu’il s’agisse de la Constitution du Burkina Faso, ou de normes infra-constitutionnelles quelles qu’elles soient. Dans leurs écritures, les requérants se sont en effet référés aussi bien à la Constitution nationale (article 1er) qu’à la Charte de la Transition (article 1er également). La Cour doit considérer de telles références comme inappropriées dans son prétoire. Juridiction internationale, elle n’a vocation à sanctionner que la méconnaissance d’obligations résultant de textes internationaux opposables aux Etats.


La seconde conséquence est qu’il ne saurait être question, dans la présente affaire, de s’épancher sur le sens qu’il faut donner au nouvel article 135 du Code électoral du Burkina Faso. La tentation peut exister, devant la relative ambiguïté du texte incriminé, de se livrer à l’exégèse de celui-ci, ou de lui conférer un certain sens, d’orienter son interprétation dans une direction donnée.

 

La Cour ne saurait bien entendu entreprendre une telle démarche, qui serait aux antipodes de sa position de principe qui a été rappelée plus haut. Elle continue à considérer que, pas plus dans cette affaire que dans d’autres qui l’ont précédée, sa fonction ne consiste à découvrir l’intention du législateur national, ou de concurrencer les juridictions nationales sur leur propre terrain, qui est celui de l’interprétation des textes nationaux précisément. Mais la Cour retrouve sa compétence dès lors que l’interprétation ou l’application d’un texte national a pour objet ou pour effet de priver des citoyens de droits tirés d’instruments internationaux auxquels le Burkina Faso est partie.

Pour la Cour, il ne fait aucun doute que l’exclusion d’un certain nombre de formations politiques et de citoyens de la compétition électorale qui se prépare relève d’une discrimination difficilement justifiable en droit. Il peut certes arriver que dans des conjonctures particulières, la législation d’un pays institue des impossibilités d’accéder à des fonctions électives à l’encontre de certains citoyens ou de certaines organisations. Mais la restriction de ce droit d’accès à des charges publiques doit alors être justifiée, notamment, par la commission d’infractions particulièrement graves. Il ne s’agit donc pas de nier que les autorités actuelles du Burkina Faso aient, en principe, le droit de restreindre l’accès au suffrage, mais c’est le caractère ambigu des critères de l’exclusion, et l’application expéditive et massive qui en est faite, que la Cour juge contraire aux textes. Interdire de candidature toute organisation ou personne ayant été politiquement proche du régime défait mais n’ayant commis aucune infraction particulière, revient, pour la Cour, à instituer une sorte de délit d’opinion qui est évidemment inacceptable.

Il convient donc de donner au droit de restreindre l’accès à la compétition électorale sa portée exacte. Un tel droit ne doit pas être utilisé comme un moyen de discrimination des minorités politiques.


A cet égard, l’argument de l’illégalité des changements anti constitutionnels de gouvernement, que l’on pourrait, sur la base du nouveau code électoral opposer aux requérants, ne tient pas. Sans entrer dans une discussion sur la qualification même des conditions dans lesquelles le précédent régime a voulu modifier la Constitution, la Cour rappelle simplement que la sanction du changement anticonstitutionnel de gouvernement vise des régimes, des Etats, éventuellement leurs dirigeants, mais ne saurait concerner les droits des citoyens ordinaires. Ni l’esprit des sanctions des changements anti constitutionnels de gouvernement, ni l’évolution générale du droit international tendant à faire des «droits de l’homme» un sanctuaire soustrait aux logiques des Etats et des régimes, n’autorise une application brutale et indiscriminée des mesures coercitives que l’on pourrait à cet égard concevoir.

Si donc le principe de l’autonomie constitutionnelle et politique des Etats implique sans conteste que ceux-ci aient la latitude de déterminer le régime et les institutions politiques de leur choix, et d’adopter les lois qu’ils veulent, cette liberté doit être exercée en conformité avec les engagements que ces Etats ont souscrits en la matière. Or, il ne fait aucun doute que de tels engagements existent, l’impressionnante liste des textes invoqués par les requérants en atteste amplement. Dans le cadre particulier de la CEDEAO, on se contentera de renvoyer aux dispositions suivantes du Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance, conclu en 2001 :

– Article 1er g) : «L’Etat et toutes ses institutions sont nationaux. En conséquence, aucune de leurs décisions et actions ne doivent avoir pour fondement ou pour but une discrimination (…)» ;

– Article 1er i) : «Les partis politiques (…) participent librement et sans entrave ni discrimination à tout processus électoral. La liberté d’opposition est garantie» ;

– Article 2.3 : «Les Etats membres prendront les mesures appropriées pour que les femmes aient, comme les hommes, le droit de voter et d’être élues lors des élections, de participer à la formulation et à la mise en oeuvre des politiques gouvernementales et d’occuper et de remplir des fonctions publiques à tous les niveaux de l’Etat».

La Cour est d’avis que l’exclusion en cause dans la présente affaire n’est ni légale, ni nécessaire à la stabilisation de l’ordre démocratique, contrairement aux allégations du défendeur. La restriction opérée par le Code électoral n’a au demeurant pas pour seul effet d’empêcher les requérants à se porter candidats, elle limite également de façon importante le choix offert au corps électoral, et altère donc le caractère compétitif de l’élection.

Enfin, la thèse avancée par l’Etat défendeur, suivant laquelle la mesure litigieuse ne serait pas discriminatoire eu égard au fait que des acteurs de la Transition eux-mêmes seraient concernés par cette restriction du droit de participer aux élections, ne saurait évidemment être acceptée par la Cour. Il va de soi, en effet, que les raisons de la restriction ne sont pas les mêmes pour les uns et pour les autres. Alors qu’il s’agit d’éviter que les acteurs de la Transition méconnaissent le principe d’égalité des candidats en usant de leur présence et de leur position dans l’Etat pour «prendre l’avantage» sur leurs concurrents, il est question, s’agissant des proches du régime défait, de sanctionner leurs prises de position passées. Dans leur cas précis, la restriction revêt un caractère quelque peu stigmatisant, infâmant, qui n’existe évidemment pas pour les acteurs de la Transition. La défense de l’Etat du Burkina Faso, sur ce point, ne peut donc être acceptée.

La position dégagée par la Cour semble, au surplus, être celle d’autres instances juridictionnelles ou quasi-juridictionnelles, lorsqu’elles ont eu à traiter de cas similaires.

Dans son Observation générale 25, adoptée au titre du paragraphe 4 de l’article 40 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies déclare : « L’application effective du droit et de la possibilité de se porter candidat à une charge élective garantit aux personnes ayant le droit de vote un libre choix de candidats. Toute restriction au droit de se porter candidat doit reposer sur des critères objectifs et raisonnables. Les personnes qui, à tous égards seraient éligibles ne devraient pas se voir privées de la possibilité d’être élues par des conditions déraisonnables ou discriminatoires. Nul ne devrait subir de discrimination ni être désavantagé en aucune façon pour s’être porté candidat » (publié le 27 août 1996).

Quant à la Cour européenne des droits de l’homme, elle a, dans un arrêt du 6 janvier 2011 («Aff. Paksas c. Lituanie»), rappelé qu’ «elle juge compréhensible qu’un Etat considère qu’une violation grave de la Constitution ou un manquement au serment constitutionnel revêtent un caractère particulièrement sérieux et appellent une réponse rigoureuse lorsque son auteur est détenteur d’un mandat public (…). Cela ne suffit toutefois pas pour convaincre la Cour que l’inéligibilité définitive et irréversible qui frappe le requérant en vertu d’une disposition générale répond de manière proportionnée aux nécessités de la défense de l’ordre démocratique. Elle réaffirme à cet égard que « la libre expression de l’opinion du peuple sur le choix du corps législatif » doit dans tous les cas être préservée» (§104 et 105, v. également CEDH, 22 septembre 2004, «aff. Aziz c. Chypre»).

Pour l’ensemble de ces raisons, et sans qu’il soit besoin de statuer sur le caractère «consensuel» ou non du changement de la loi électorale intervenu avant les élections, la Cour estime que les formations politiques et les citoyens burkinabé qui ne peuvent se présenter aux élections du fait de la modification de la loi électorale (loi n° 005-2015/CNT portant modification de la loi n° 014-2001/AN du 03 juillet 2001) doivent être rétablis dans leur droit. Elle précise, en outre, que les instruments internationaux invoqués au soutien de la requête lient bien l’Etat du Burkina Faso.

La Cour estime qu’il est logique, dans ces conditions, que l’Etat du Burkina Faso supporte les dépens.

PAR CES MOTIFS :

La Cour, statuant publiquement, contradictoirement en matière de violations de droits de l’homme, en premier et dernier ressort,

En la forme
 

Rejette les exceptions d’incompétence et d’irrecevabilité soulevées par l’Etat du Burkina;

Se déclare compétente pour examiner la requête qui lui est soumise ;

Déclare recevable la requête qui lui est soumise ;

Déclare également recevable le mémoire en défense de l’Etat du Burkina;

Déclare irrecevable la demande en intervention présentée par le cabinet «Falana and Falana’s Chambers».

Au fond

– Dit que le Code électoral du Burkina Faso, tel que modifié par la loi n° 005-2015/CNT du 07 avril 2015, est une violation du droit de libre participation aux élections ;

– Ordonne en conséquence à l’Etat du Burkina de lever tous les obstacles à une participation aux élections consécutifs à cette modification ;

– Condamne l’Etat du Burkina aux entiers dépens.

Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja, les jour, mois et an susdits.

 

Et ont signé,

Hon Juge Yaya BOIRO

Hon Juge Hamèye Founé MAHALMADANE

Hon Juge Alioune SALL

Assistés de Me Aboubacar DIAKITE Greffier

Paris, le 21 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Les conséquences du vote de la constitutionnelle sur le parrainage : quelles suites ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 20:31

L'opposition avait menacé le "Ninki Nanka", une sorte de soulèvement populaire devant l'assemblée nationale. Quand la minorité se croit être la majorité et parler au nom de tous les Sénégalais, on en arrive à des situations surréalistes. La liberté de manifester est garantie par l’article 10 de notre Constitution, sous réserve, naturellement, de respecter l’ordre public. Quand l'opposition appelle publiquement à l'insurrection, il va de soi que force restera à la loi, sans excès, ni faiblesse. Je félicite, pour l'instant, nos forces de l'ordre pour leur sens de la mesure.

La démocratie, c'est la loi de la majorité ; L'opposition ne doit pas s'autoproclamer en majorité ; elle doit s'opposer, c'est sa vocation, mais aussi, et surtout, proposer une alternative une vision. Être dans l'obstruction systématique, c'est la voie de l'échec assuré. L'opposition qui a été associée, dès le départ, à la préparation du projet de loi, n'a qu'une seule réponse : ce texte serait inopportun, il faudrait le reporter, et à 10 mois du scrutin, il ne faudrait pas modifier les règles du jeu. Or, dans tous les pays démocratiques c'est seulement à 6 mois du scrutin que tout est gelé ; à cette échéance, il n'y aura que la gestion des affaires courantes. Ce qui n'est pas le cas de la situation actuelle.

Dans les 14 régions c'est le calme plat ; il n'y a pas eu d’incidents majeurs. En effet, la population semble se désintéresser à cette agitation du microcosme dakarois. Dépité, par ce manque d'enthousiasme à suivre, aveuglement, l'opposition dans son aventure, le représentant de «Y'en marre» a qualifié les Sénégalais de «complices de Macky». Les manifestants venant de la province ont été bloqués aux portes de la capitale qui est quadrillée.

L'assemblée a inscrit deux points à l'ordre du jour ce matin : les sanctions relatives à l'harmonisation du droit des affaires en Afrique et le système des parrainages pour rationaliser les partis, dont certaines formations ne sont pas représentatives ; ce sont des partis «cabine-téléphonique». Le parrainage marque donc l'importance du choix d'un chef de l'Etat.

Les manifestants qui voulaient se rendre à la place Soweto, à l'assemblée nationale, ont été refoulés vers Sandaga. Quelques lacrymogènes ont suffi. Les manifestants harcèlent les policiers à Sandaga, sans grands débordements. On est bien loin de l'affrontement du 23 juin 2011.

Tous les commerces sont fermés. El Hadji Malick GACKOU, Thierno BOCOUM, Guy Marius SAGNA et Idrissa SECK ont été interpellés et conduits à Médina. M. Abdoul M'BAYE s'est enfui avec ses gardes de corps. M. Idrissa SECK voulait improviser une marche de la Médina vers l'assemblée nationale. En dépit d'un échange avec le commissaire de la Médina, il n'a pas voulu suspendre sa marche.

Globalement la capitale est restée calme, les dakarois vaquent à leurs activités quotidiennes.

La situation est nettement différente de l'atmosphère de juin 2011 ; maître WADE voulait avoir un troisième mandat présidentiel, transformer le Sénégal en monarchie et instaurer le quart bloquant. Ici, avec le parrainage, il s'agit de rationaliser la démocratie sénégalaise avec ses 299 partis politiques. Être président du Sénégal c'est une lourde responsabilité nécessitant un minimum de sérieux et de représentativité.

Lors de la préparation du texte, le gouvernement avait baissé le montant de la caution et le système de parrainage citoyen, permettant ainsi aux membres de l'opposition, sans élus, d'avoir leurs chances. Je rappelle qu'en France, le parrainage est octroyé uniquement par les grands électeurs qui sont des élus nationaux ou locaux. Au Sénégal, la prolifération des candidatures, le manque de représentativité de certains d'entre eux, ont entraîné des dysfonctionnements graves aux législatives de 2017 (47 listes) et aux élections locales (2747 listes). Rationaliser les candidatures pour les élections présidentielles, c'est permettre aux Sénégalais d'effectuer un choix éclairé. C'est une avancée démocratique majeure pour mettre fin à ce bazar.

Lors du débat du 19 avril 2018, en séance plénière de l'assemblée nationale, les députés de l'opposition n'ont soulevé qu'une seule question préalable, il n'y a pas lieu de délibérer : il faudrait retirer le projet de loi. La loi serait, selon eux, discriminatoire parce qu'elle écarte de l'élection présidentielle des candidats qui ont été condamnés au plan pénal.

Le rapporteur a rappelé que ce projet de loi a été débattu en commission des lois, pendant plus de 8 heures entre majorité et opposition, parfois en termes vifs. Cette question préalable de l'opposition, invitant à ne pas délibérer sur le projet de loi, n'a pas de sens. Donc la procédure continue.

La première question préalable de l'opposition a été rejetée.

Une autre question préalable ne porter que sur un objet différents de la question qui a été rejetée.

Un autre membre de l'opposition soulève plusieurs exceptions :

- il faudrait un référendum ;

- Il ne pourrait pas y avoir d'égalité entre les candidats indépendants et les représentants des partis politiques ;

- Il y aurait un problème de faisabilité on demande des parrainages à des citoyens qui ne savent ni lire ni écrire.


En réponse, suivant le gouvernement, ce ne sont pas vraiment des questions préalables, c'est une techniques de blocage des travaux. A chaque fois la finalité des questions est dire qu'il n'y a pas lieu à délibérer. La lettre et l'esprit du règlement intérieur c'est quand une question préalable est rejetée, il faut debattre sur le fond. Le rejet d'une question préalable purge toutes les éventuelles questions à ne pas délibérer. Par conséquent, les débats doivent se poursuivre.

La question préalable soulevée par Madické NIANG a été rejetée, dans un débat agité ; certains opposants sont allés s'emparer du micro de Moustapha NIASSE, président de l'assemblée nationale.

Le débat houleux a repris, après ces provocations, bousculades et altercations. La séance est suspendue pour 30 minutes pour consultation des présidents de groupe à l'assemblée nationale.

Après concertation avec les présidents de groupe la parole a été donnée pour trois minutes aux députés inscrits.

Le débat a eu sur le rapport et le président de la Commission des lois a pris acte des remarques et en tiendra compte.

Le débat de procédure s'est étalé de 9 heures à 16 heures.

Le débat général va s'engager (107 inscrits pour la première liste d'intervenants). La majorité voulait un vote sans débats. Mais l'opposition demande que cette première liste puisse être épuisée avant le vote du texte.

A la demande de 4 députés le président du parlement a ordonné une suspension de séance. Moustapha NIASSE en profite pour échanger avec les groupes de l'opposition.

Le président de l'assemblée nationale a mis au voix l'adoption de la proposition de non débat. Il s'en est suivi des conciliabules (124 voix pour). Le débat a eu pendant 5 heures.

Abaisser à 0,8% d'inscrits avec une limite de 1% pour le parrainage, tel est l'amendement d'Aymérou N’GNINGUE, pour tendre vers les 52 000 inscrits de 1991 et faciliter les contrôles des signatures.

Après la réforme constitutionnelle le gouvernement modifiera le code électoral viendra en discussion devant l'assemblée nationale. Le gouvernement recherchera le consensus et le dialogue. Le parrainage a existé au Sénégal de 1963 à 1978 (50 citoyens et 10 députés). Ce qui est neuf en 2018, c'est le parrainage des chefs de partis ; c'est une question de rationalisation avec un coût de 350 millions par candidat. Le consensus c'est bien, mais le gouvernement prendra aussi sa responsabilité.

L'amendement de M. NGNINGUE est adopté à l'unanimité.

Le projet de loi constitutionnelle ainsi amendé a été mis aux voix, et adopté à 120 voix ; il fallait 72 voix pour avoir les 3/5èmes.

M. Moustapha NIASSE, président de l'assemblée nationale, a mené de main de maître la conduite des débats. Il y a eu des invectives et même des affrontements, mais

Je me félicite de la qualité et de la vitalité de la démocratie sénégalaise. C'est un grand jour, une avancée, pour rationaliser ces 299 partis politiques.

J’espère que la démocratie sénégalaise quittera le terrain perpétuel du conflit, pour instituer une culture de la négociation pour les sujets d’intérêt général (indépendance et unité nationales, règles du jeu politique, lutte contre la corruption, éducation et défense nationale, etc.). Je n’appelle pas à l’éradication de l’aspect partisan du débat ; l’unanimisme et le consensus mou n’ont pas  de sens. En revanche, les bonnes idées, quelles viennent de la majorité ou de l’opposition, peuvent enrichir la décision.

Paris, le 19 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le projet de loi constitutionnelle sur le parrainage des candidats à l’élection présidentielle a été validé, le 19 avril 2018, par l’Assemblée nationale», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 12:47

Cet article a été publié dans les journaux THIEYDAKAR et FERLOO.

Le gouvernement, après de multiples concertations, a décidé d’inscrire, le 19 avril 2018, à l’ordre du jour de l’assemblée nationale, le projet de réforme du Code électoral. L’opposition est vent debout, et envisage d’organiser «un Ninki Nanka» (un soulèvement populaire), une journée du 23 juin 2011, à l’envers. Le gouvernement souhaite de modifier le code électoral de 1992, d’Abou DIOUF, qui avait associé les forces d’opposition, le parrainage, jusqu’ici imposé aux candidats indépendants, sera étendu, par souci d’égalité, aux partis politiques. L’objectif du gouvernement est aussi de rationaliser ce grand bazar des élections. Le Sénégal compte 299 partis politiques. Aux élections législatives de 2017, on avait recensé 47 listes ; ce qui retardait considérablement vote, avec un coût financier considérable en termes de confection des bulletins de vote et de propagande électorale. Rien n’empêche d’envisager un bulletin unique en cochant sur son choix.

L’opposition accuse le gouvernement de vouloir «choisir ses adversaires». Or ces 299 partis, certains louent leur récépissé et se livrent à un trafic d’influence, sans relation avec leur vraie influence politique. On sait que 4 à 5 partis politiques sortent seulement du lot dans les compétitions électorales. Les autres partis ne dépassent pas 1%, en quoi ces partis «cabine-téléphonique», peuvent-ils menacer le président Macky SALL ?

Par ailleurs, l’opposition prétend que ce serait un passage en force et qu’il n’y aurait pas eu de concertation comme en 1992. Or, l’Etat a choisi un modérateur indépendant. L’opposition a été invitée à la concertation, mais a refusé d’y participer, au seul motif que tout projet de loi émanant du président Macky SALL, serait par nature suspect. Le Code électoral de 1992, datant de plus de 20 ans, reste le socle de notre démocratie, cependant, il est encore perfectible, en mettant à égalité tous les candidats par le parrainage (65000 signatures, issues de 7 régions). Le parrainage existe dans les grandes démocraties, comme la France, et des partis bien établis doivent s’y soumettre. Par ailleurs, cette rationalisation des 299 partis, pour leur candidature à l’élection présidentielle, vise à introduire un minimum de sérieux, dans le choix du futur chef de l’Etat. Cette réforme est là pour durer, M. Macky SALL ne pouvant plus prétendre à un autre mandat, après celui de 2019.

Finalement, nous avons au Sénégal une opposition bavarde et pleurnicharde, dans l'incantation permanente, sans projet, sans vision de l’avenir, et dont certains dirigeants traînent avec eux des «casseroles», on dirait un syndicat de délinquants spécialisés dans le détournement de deniers publics. C’est vrai que la campagne électorale a été la plus longue de l’histoire politique du monde (2016-2019). Cependant, le niveau du débat, tel que le conçoit l’opposition, reste encore en dessous de la ceinture. Une élection présidentielle aurait pu, et doit être, une confrontation programme contre programme, et une évaluation du bilan de l'équipe politique sortante. Je ne vois aucune proposition sérieuse, pour l’avenir du Sénégal, dans ce concert de cacophonie. Par ailleurs, l’opposition, dans sa gesticulation permanente, est restée divisée lors du référendum de 2016 et pendant les législatives de juillet 2017. J'ai l'impression que l'opposition se cantonne dans l'invective, la diffamation, parfois dans la légitimation détournement de deniers publics de certains de ses dirigeants, comme s'il y avait de bons voleurs quand on est dans l'opposition. L'opposition fait beaucoup de bruit, mais ne propose, pour l'instant, rien de crédible aux Sénégalais. En revanche le président Macky SALL, lui, continue de travailler, sereinement, pour les Sénégalais ; c'est notre MITTERRAND, «une Force tranquille». Le président Macky SALL a continué, amplifié et étendu les travaux commencé timidement par Abdoulaye WADE.

Par ailleurs, les revendications sociales légitimes, fort nombreuses à quelques mois des présidentielles de 2019, et les partis d’opposition, sans programme crédible, instrumentalisent cette grogne sociale, cette «grévitude». Le gouvernement a lâché pour les enseignants, mais cette surenchère des syndicats enseignants, sous influence de l’opposition, avec une menace d’année blanche, ne semble pas raisonnable. La fonction publique compte 120 000 agents, et représente, pour les frais de personnels, 50% du budget de l’Etat. Si les revendications des enseignants sont légitimes, l’Etat, en charge de l’équilibre général de la société, doit aussi arbitrer les autres priorités de la Nation.

Par ailleurs, j'apprends que M. Barthélemy DIAS a été condamné, ce 17 avril 2018, à 6 mois fermes, pour ses propos excessifs et désobligeants à l'égard des magistrats dans l'affaire Khalifa SALL.

La liberté d'expression et de manifestation est garantie à tous, mais dans le respect de l'ordre républicain. Barthélemy voulait aller en prison pour être solidaire avec Khalifa. Mais il aurait pu, aussi, être utile à son parti en restant libre, tout en s'exprimant avec retenue et sans concession. La provocation excessive, en jouant au martyre, ne peut attendrir personne. Il y a une ligne rouge à ne pas franchir, la démocratie n'étant ni le désordre, ni la faiblesse.

Le niveau de tension et de dramatisation de la vie politique est arrivé à un tel niveau que cela requiert, de part et d'autre, de la retenue et de la responsabilité. On a connu les insulteurs, maintenant c'est l'émergence des complotistes qui ne proposent rien, qui refusent tout dialogue et qui veulent imposer leur point de vue par la force, sans aucune proposition sérieuse. "Quand il n'y a plus de grande idée, quand il n'y a plus le sentiment d'une grande Mission, il n'y a alors que des ambitions mesquines et des coups bas" écrit, fort justement, Edgard MORIN. L'opposition devrait rechercher à convaincre par un projet sérieux, respecter les institutions, ainsi que l'ordre public.

Le gouvernement devrait privilégier la concertation au détriment de l'enfermement, arme ultime.

Ceux qui souhaitent la confrontation la force restera à la loi. Nous ne sommes pas en juin 2011 où WADE avait voulu imposer un régime monarchique.

Dans le projet de loi sur le parrainage, il s'agit, ni plus, ni moins que de rationaliser cette pagaille de 299 partis, et où personne ne se retrouve avec de nombreux couacs aux législatives de 2017.  Les Sénégalais approuvent, dans un sondage, à 59% ce projet de loi. Si un dirigeant qui a la prétention de gouverner le Sénégal, n'est pas apte à recueillir 1% de parrainages du corps électoral (65 000 signatures), il peut aller faire autre chose.

Un peu de sérieux et de responsabilité !

Paris, le 15 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - - http://baamadou.over-blog.fr/

«Les tensions politiques et sociales au Sénégal : quelles perspectives ?», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 12:40

Interviewé par M. Edwy PLENEL de MEDIAPART, sur BFMTV, notre Jupiter, le Sublime à la pensée si complexe, a daigné descendre, momentanément, sur terre. Notre Jupiter, en dépit de sa Majesté, n'a pas été ménagé par un rigoureux et grand professionnel de l'information qu’est Edwy.

En dépit d’un entretien rude et sans complaisance, Jupiter est resté droit dans ses bottes. Les cadeaux fiscaux aux riches, il assume.

Le matraquage des retraités, c'est pour améliorer le pouvoir d'achat des travailleurs. Il comprend la grève des cheminots, mais continuera sa réforme. Guillaume PEPY, patron de la SNCF depuis 1998, ainsi que ses cadres à 50 000 euros de salaire mensuel, ont lamentablement échoué. Qu'importe ! C'est aux cheminots de payer l'addition, leur statut n'étant pas acceptable pour Jupiter. A l'entendre, le fait d'avoir une garantie statutaire, pour être au service de la population, c'est un privilège redoutable qui empêcherait le business de faire encore plus de profits. A vous les agents du secteur public, on arrête de râler, de réclamer des droits, on bosse, on courbe l'échine et on dit merci Jupiter, on ne le contredit pas.

Les régimes spéciaux de retraite seront supprimés, même celui des cheminots aussi.

Les riches qui vont planquer leur pognon à l'étranger ce n'est pas de "l'évasion fiscale", mais de "l'optimisation fiscale". Nuance, c’est une pensée complexe ! Mais les pauvres, eux, dont les revenus sont déclarés par leur employeur, ne pouvant pas échapper à l'impôt, on les tient par la barbichette. Il ne leur reste seulement qu’une seule alternative : continuer à rouspéter, ils seront, tout de même, pressés comme des citrons. Si les riches deviennent encore plus riches, par un effet de "ruissellement", les pauvres en ramasseront, peut-être, quelques miettes. Voyez le C.I.C.E, avec 40 milliards de cadeaux fiscaux consentis aux fortunés, cela n'a pas créé d'emplois. Mais heureusement, dit-on, les effets de la crise se sont moins fait sentir en France. M. Bernard ARNAULT, patron de LVMH, a gagné 70 milliards d'euros ; un Français est devenu la 4ème fortune mondiale, cela aurait dû flatter notre égo, et nourrir, d'illusions, les pauvres. C’est l’espoir de devenir riche qui fait vivre quand on est démuni : «Si M. ARNAULT est y arrivé, pourquoi pas vous ?". Quand est pauvre et qu’on a des besoins, il faudrait se secouer les puces : "Si tu veux un costume", il n'y a qu'à travailler", nous avait dit Jupiter. Si tu es un chômeur c'est parce que soit tu es feignant, soit un fraudeur ou les deux. M. Bernard ARNAULT, lui travaille très dur. Si les Africains sont pauvres, c'est à cause du ventre de leur mère, ils font trop d'enfants. Les matières premières des Africains, on peut continuer à les spolier. Si la société française est sous tension, c'est de la faute, peut-être, de ces exclus qui réclament plus de justice, de plus de cohésion sociale et de partage des richesses.

Jupiter avait un projet délirant et mesquin : enlever 5 euros d’aide au logement aux pauvres. Mais, notre Jupiter n’a pas hésité, un seul instant, à organiser des funérailles nationales, pour Johnny qui a planqué son pognon dans les paradis fiscaux, et qui doit 10 millions d’euros au fisc. On ne sait pas encore si Johnny est Français, Belge, Monégasque ou Américain. L’essentiel c’est qu’il fasse partie des gens qui vont bien, et cela, pour Jupiter, doit inspirer la considération et le respect.

C'est dur à l'hôpital et dans les EHPAD, mais seulement quelques situations difficiles seront examinées en mai, en attendant un plan global à venir.

La guerre en Syrie, ce n'est pas légal, mais c'est légitime. C'est une pensée complexe, nuance ! Si on bombarde les Syriens qui vivent comme des rats dans les caves depuis de longues années, cela contribuerait à un plan de paix avec tous les protagonistes pour faire partir Bachar. Jupiter a les preuves des attaques chimiques, mais dans sa Majesté, il faut le croire sur parole. Ces guerres locales scandaleuses et inefficaces, sans objectifs précis drainent des réfugiés et le terrorisme. La seule réponse de Jupiter : c’est une 24ème loi sur l’asile et l’immigration ; les étrangers sont les seules sources du malheur des Gaulois ; il faut qu’ils retournent, rapidement, chez eux, même si Jupiter continue de bombarder leur pays !

Si Jupiter a fait son show et n’a rien lâché, au moins sur un point, le doute n’est plus permis, M. MACRON est bien le président des riches. Finalement, grâce à M. Edwy PLENEL, Jupiter est descendu sur terre, le temps d'un entretien télévisé ; nous avons finalement pu admirer son vrai visage : c'est bien la confirmation qu'il est le président des riches, loin de la foule, loin de la souffrance des exclus, et obséquieux à l'égard des possédants qui ont financé sa campagne électorale, et dur à l'égard des sans-grades. Quand les riches donnent, ce n'est jamais à fonds perdus, il faut bien un retour d'ascenseur !

Le président MACRON avait fait illusion, le temps de la campagne des présidentielles de 2017. Son slogan, «Ni de Droite, ni de Gauche» semblait indiquer une voie du réalisme, pour s’attaquer, enfin et résolument, aux problèmes de fond, sans dogmatisme qui gangrène et corrompt la vie politique. Elu par les riches, et par défaut, face à un Front National dangereux et calamiteux lors du débat présidentiel, M. Emmanuel MACRON est, en réalité, «Ni de Gauche, ni de Gauche». La réforme, pour lui, c’est toujours s’attaquer aux faibles et défendre les forts. Notre jeune président, sous un masque juvénile, est, en fait, le plus grand défenseur d’un «Vieux monde» que l’on croyait condamné, par lui. Quelle duplicité ! Jupiter, face à une classe politique en état de décomposition avancée, avance, tête baissée, au service des fortunés. Tant pis, si les problèmes de fond demeurent (Chômage, ruralité, déficit de logements, fracture numérique, gâchis financiers résultant de la spéculation et de l’évasion fiscale, la paix, le bien-vivre ensemble, justice sociale, etc.) !

Certains et notamment les cireurs de pompes, craignant pour leurs privilèges, commençaient à dire qu’est-ce qu’il fait là, cet intrus d’Edwy PLENEL, à cette interview, de Jupiter ? Bravo Edwy, on a besoin de journalistes professionnels et non complaisants, pour dénoncer «cette duplicité» pour nous déciller les yeux.


Paris, le 4 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/


 

«M. Emmanuel MACRON, président des riches, loin de la foule et des réalités sociales», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«M. Emmanuel MACRON, président des riches, loin de la foule et des réalités sociales», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 21:22

Patrice Emery LUMUMBA, un éphémère et jeune premier ministre de 36 ans, n’est resté au pouvoir au Congo, après l’indépendance, seulement que deux mois. Trahi, vendu, supplicié et finalement lâchement assassiné, sans sépulture, ces circonstances tragiques de sa mort, l’ont érigé au rang de héros mythique des indépendances africaines, et de  messie, pour les vaincus. Dans cette tragédie, Jean OMASSOMBO et Benoît VERHAEGEN notent «La même montée rapide au pouvoir face à des adversaires divisés, la même ambiguïté des choix idéologiques, la même chute brutale organisée par des ennemis acharnés tant congolais qu’étrangers, et enfin le même courage et la même détermination au moment de la chute». Le 17 janvier est devenu un jour férié au Congo. Raoul PECK en a tiré, en 1999, un film. Son arme, c’est la parole, disait de lui Aimé CESAIRE : «il est l’homme du verbe». Sa mort, le 17 janvier 1961, signe la descente aux enfers d'un pays, du Congo belge devenu le Zaïre. 

L'étendue et les richesses minières et minérales du Congo (Diamant, cuivre, cobalt, argent, uranium, plomb, zinc, cadmium, or, étain, tungstène, manganèse, coltan, etc.) en ont fait, pour les Belges, un «magnifique gâteau africain», un libre-service pour les Occidentaux. En effet, l’indépendance a été une escroquerie, une formidable duperie. «La Belgique, la France qui ont décolonisé, malgré elles, sont présentes, actives. Ont leurs pions. Le pétrole, la stratégie. Tout a un rôle dans la grande guerre des positions. Les enjeux sont imbriqués. Vaste jeu d’échecs, les pions font illusion d’être les maîtres d’un jeu dont ils sont pourtant l’enjeu pitoyable. C’était presque un marché de dupes. C’est l’acheteur qui a été un vendeur à la solde, qui avait reçu une monnaie de singe ! Il avait vendu son âme au diable qui mène le bal. Et c’est le damné qui danse» écrit Tchicaya U Tam’si. MOBUTU, l’aide de camp de LUMUMBA, devenu maréchal, a régné d’une main de fer sur le Congo de 1965 à 1977. Laurent-Désiré KABILA a repris le pouvoir en 1997, mais une guerre civile éclate en 1998, faisant entre cette date et 2003, à elle seule, plus de 3 millions de morts. «Les quelques leaders qui avaient quelque peu réfléchi aux enjeux idéologiques de la libération de l’Afrique ont été vite balayés. Pas seulement par la méchanceté des Blancs, mais par les Africains eux-mêmes qui n’ont rien fait pour protéger Lumumba» écrit Mongo BETI.

Patrice LUMUMBA, fils de paysans modestes Tétéla, est baptisé le 2 juillet 1925 au village de Hiokamende-Onalua, dans le territoire de Katako-Kombe, dans la région de Sankuru, dans le nord du Kasaï, au Congo Kinshasa. Il va à l'école missionnaire catholique, puis fréquente une école protestante tenu par des religieux suédois. Ses études terminées, il cherche du travail dans la province du Kivu, et, est, pendant un temps, employé d’une société minière, à Kindu, jusqu'à ses 20 ans, en 1945. Il est déjà un de ceux qu'on appelle les «évolués», une minorité d'individus ayant bénéficié d'une éducation «moderne» et intellectuellement privilégiés. LUMUMBA travaille ensuite pour l'administration des postes à Stanleyville (Kisangani). En septembre 1954, il reçoit sa carte «d'immatriculé» : le détenteur de cette carte qui est une invention de l'administration coloniale est supposé vivre à «l'européenne», avoir de bonnes mœurs et de bonnes conduites. En 1955, LUMUMBA écrit dans divers journaux existants, crée une association, L'APIC (association du personnel indigène de la colonie) et entame ses activités politiques sous couvert du militantisme associatif.

En juin 1955, LUMUMBA a l'occasion de s'entretenir avec le roi BAUDOIN en voyage au Congo sur la situation des Congolais et de la communauté belge. A cette période, le ministre du Congo est Auguste BUISSERET (1888-1965), membre du parti libéral belge qui veut créer un enseignement public, ce qui plaît à Lumumba et à d'autres «évolués» membres de la section congolaise du parti libéral belge. LUMUMBA et quelques «notables» congolais, se rendent en Belgique sur invitation du Premier ministre. LUMUMBA est encore un dirigeant modéré, protégé par BUISSERET : «Le Noir est un homme qui prend en grande estime le maître qui l’apprécie, il reste attaché au chef qui le considère et le traite en homme» écrit-il en avril 1956.

A son retour LUMUMBA, employé de la Poste, est emprisonné, à Stanleyville du 6 juillet 1956 au 7 septembre 1957, pour une affaire de détournement de deniers publics, abus de confiance et faux en écritures ; il a utilisé un système habile de transferts différés de chèques, avec un transit sur son compte bancaire, au préjudice d’un grand magasin. Il reconnaît les détournements et propose de les rembourser en vendant sa maison, mais, son dynamisme et ses dons oratoires inquiètent les coloniaux, et l’église est hostile à un enseignement laïque que veut imposer son mentor BUISSERET. Le procès de LUMUMBA prend donc la tournure d’un règlement de compte politique. En effet, il est victime d’une jalousie et d’une cabale politique. Pendant sa détention, il lit, écrit et émet le souhait d’un «dialogue sincère entre les deux races en présence» faisant ainsi preuve de retenue. Mais l’autorité coloniale se méfie de lui et refuse de publier ses ouvrages. En détention, il envoie, le 10 janvier 1957, son manuscrit à l’Office de publicité, à Bruxelles, mais cet ouvrage ne sera publié, qu’à titre posthume, et portera le titre «Congo, terre d’avenir est-il menacé ?». A son époque bon nombre d’Africains écrivaient sur ce que le colon voulait entendre ; ils étaient prisonniers du paternalisme des colons. En revanche, «Patrice LUMUMBA, lui, a voulu, dans son livre dire aux Blancs ce qu’il pensait. Et il l’a dit avec beaucoup de circonlocutions et précautions oratoires. Et cela, en 1957, eût été d’une importance extraordinaire» écrit Jules CHOME. Dans ce livre, loin de l’étiquette de communiste qu’on lui affuble, LUMUMBA est resté, un modéré, très attaché à conserver des relations justes avec la Belgique : «Si vous parvenez un jour perdre le Congo ou à quitter ce pays hospitalier, ce serait de votre propre faute, et non la faute des autochtones qui ne souhaitent autre chose que de vivre mieux avec vous» écrit-il. Cet ouvrage est, en fait, un procès du colonialisme. Dans sa défense, au cours du procès de Stanleyville, il a avancé l’idée que les salaires des « évolués » ne sont pas décents, et qu’ils n’ont pas le prestige nécessaire pour être considérés comme des fonctionnaires. En effet, dans cet ouvrage, il y relate le caractère pernicieux et pervers du colonialisme qui ne fait pas confiance aux «évolués» : «L’élite autochtone, dont le loyalisme et le degré de civilisation ont été officiellement reconnus, par décision de la haute magistrature, doit être considérée comme un véritable allié, comme un précieux collaborateur du belge avec lequel il doit former une équipe homogène et dynamique pour la poursuite de la mission civilisatrice et la défense de leurs intérêts communs». Il propose de supprimer la peine de la chicote et d’installer une vraie égalité devant la justice : «L’idéale serait d’avoir, un jour, une juridiction unique applicable à la fois aux Blancs et aux Africains. Il faut, d’un côté, instaurer une justice égale pour tous les hommes et, d’un autre côté, modifier la façon de réprimer les délits à l’égard des indigènes». Publié en 1961, l’ouvrage paraissait décalé, tant la situation politique avait, considérablement, évolué.

A sa sortie de prison, LUMUMBA est révoqué de ses fonctions d’employé à la Poste par arrêté du 26 juillet 1957, il se rend à Léopoldville, où il avait séjourné entre juillet 1947 et avril 1948, lors de sa formation à l’école postale. Il reprend ses activités associatives de même qu’un nouvel emploi de directeur de la promotion commerciale de la brasserie du Bas-Congo, pour la bière Polar. Cet emploi lui permet de côtoyer, de plus près, les gens modestes fréquentant les bars, et il apprend, le Lingala, la langue dominante de la capitale afin de mieux communiquer avec eux. Ces contacts professionnels, au départ, prennent par la suite, des tournures politiques. Grand orateur et communicateur, il introduit des questions sociales et politiques, qui le rendent encore plus sympathiques auprès des petites gens, comme l’instruction des jeunes et des femmes, l’égalité des races, l’amitié belgo-congolaise, les concepts de liberté.

Au courant de cette année 1957, le gouvernement belge prend quelques mesures de libéralisation. Pour la première fois, syndicats et partis politiques vont être autorisés. En 1958 se tient en Belgique l'exposition universelle. Patrice LUMUMBA en profite pour nouer des contacts avec les cercles anticolonialistes belges et se documenter. C'est, sans doute, à cette période que la pensée politique de LUMUMBA prend forme. Mais contrairement à ce qui se passe dans les colonies françaises, la colonisation belge est dominée par le conservatisme.

Du 15 au 21 avril 1958, la conférence des Etats indépendants d’Afrique, à Accra au Ghana, organisée par Kwame N’KRUMAH, prend une résolution recommandant aux participants de «donner toute leur aide aux peuples dépendants dans leur lutte pour l’autodétermination et l’indépendance». LUMUMBA est invité en décembre 1958, à la 6ème conférence panafricaine d’Accra, et il y expose son programme politique en «dénonçant le colonialisme, l’impérialisme, le tribalisme et le séparatisme religieux, comme constituant des entraves sérieuses à l’éclosion d’une société africaine harmonieuse et fraternelle. Le Congo ne peut plus être considérée comme une colonie ni d’exploitation, ni de peuplement. Son accession à l’indépendance est la condition sine qua non de la paix. Le souffle libérateur qui traverse actuellement toute l’Afrique ne laisse pas le peuple congolais indifférent» dit-il le 11 décembre 1958.

Le 1er janvier 1959, il démissionne de ses fonctions en qualité de directeur commercial au Bas- Congo, et se lance, totalement, en politique. Il est le cofondateur du Mouvement National Congolais (MNC), créé le 4 octobre 1959. Il rencontre Joseph KASA-VUBU (1915-1969, 1er président du Congo indépendant), tenant, à l’époque, d’un discours radical, en réclamant une «indépendante immédiate». LUMUMBA, dans sa conception de l’Etat, refuse le fédéralisme, reste attaché à un Etat centralisé et préservé de l’ethnicité. Il y a plus de 400 dialectes au Congo. Il sera, sur ces points, trahis, par ses compagnons de route par des sécessions au Katanga et au Kasaï. LUMUMBA prononcera aussi, le 22 mars 1959, un discours fondateur à l’université d’Ibadan, au Nigéria, comportant des éléments importants de sa doctrine politique. Il se montre particulièrement attaché à l’unité africaine. Pour atteindre ses objectifs, plus facilement et plus rapidement, l’union vaut mieux que la division : «Ces divisions, sur lesquelles se sont toujours appuyées les puissances coloniales pour mieux asseoir leur domination, ont largement contribué, et elles contribuent encore, au suicide de l’Afrique. (…) Plus nous serons unis, mieux nous résisterons à l’oppression, à la corruption et aux manœuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du «diviser pour régner».

Mais cette indépendance ne signifie ni l’isolationnisme, ni la haine contre les Occidentaux ; il invite à la coopération dans la souveraineté et le respect mutuel : «Dans la lutte que nous menons pacifiquement aujourd’hui pour la conquête de notre indépendance, nous n’entendons pas chasser les Européens de ce continent, ni de nous accaparer de leurs biens ou les brimer. Nous ne sommes pas des pirates. Nous avons, au contraire, le respect des personnes et le sens du bien d’autrui. Notre seulement détermination, et nous voudrions que l’on nous comprenne, est d’extirper le colonialisme et l’impérialisme de l’Afrique. (…) Nous ne voulons pas nous séparer de l’Occident, car nous savons qu’aucun peuple au monde ne peut se suffire à lui-même. Nous sommes partisans de l’amitié entre les races, mais l’Occident doit répondre à notre appel. Les Occidentaux doivent comprendre que l’amitié n’est pas possible dans les rapports de sujétion et de subordination» dit-il. En septembre 1959, il publie un poème prémonitoire, «pleure ô noir frère bien-aimé», dans lequel il fustige les sévices du colonialisme et ses complices : «O Noir, bétail humain depuis des millénaires, tes cendres s’éparpillent à tous les cendres du ciel. Et tu bâtis jadis des temples funéraires où dorment les bourreaux d’un sommeil éternel. En ces siècles barbares de rapt et de carnage, signifiant pour toi l’esclavage ou la mort, tu t’étais réfugié en ces eaux profondes où l’autre mort guettait sous son masque fiévreux, sous la dent du félin, ou l’étreinte immonde et froide du serpent, t’écrasant peu à peu. (…) Martyrisés par leurs tyranniques maîtres, sur ce sol que tu chéris toujours, et tu feras du Congo, une nation libre et heureuse, au centre de cette gigantesque Afrique noire».

Le 13 janvier 1959, le Roi avait annoncé des réformes mais qui tardent à venir. LUMUMBA se lance dans une meilleure structuration du M.N.C. à Léopoldville (création de sections et d’un secrétariat permanent). Du 15 au 17 avril 1959, il séjourne en Guinée-Conakry et se renseigne sur l’organisation administrative et politique de ce pays. A son retour au Congo, il condamne l’administration coloniale qui veut organiser un simulacre de démocratie et un régime féodal, dans son discours du 1er juillet 1959. En octobre 1959, le M.N.C. organise une réunion unitaire à Stanleyville avec d'autres partis qui sont d'accord pour réclamer l'indépendance immédiate et inconditionnelle. Stanleyville accueille du 23 au 28 octobre 1959, le congrès du MNC : «Les Belges ont utilisé la violence pour se débarrasser de la domination hollandaise. Nous n’avons pas voulu utiliser la violence. (…) Tous les gens qui souffrent, qui veulent jouir de l’indépendance immédiate, ne se présenteront pas au bureau de vote, parce qu’il y va de votre suicide» dit-il, le 29 octobre 1959. Des émeutes, en marge de ce congrès, créent des troubles. Les forces de l'ordre interviennent, essayant d'arrêter LUMUMBA, et la foule de déplace et le protège. Ne pouvant y arriver, les policiers tirent dans le tas faisant 30 morts. Le 1er novembre 1959, LUMUMBA est arrêté pour avoir appelé à la désobéissance civile et au boycott des élections organisées par le pouvoir colonial, tant qu'une décision n'est pas prise pour la formation d'un gouvernement congolais.

«Les émeutes de Léopoldville viennent de bousculer l’évolution politique timide qui s’amorçait, lui imprimant un rythme plus rapide, plus nerveux, mettant à nu les faiblesses du pouvoir colonial» écrivent Jean OMASSOMBO et Benoît VERHAEGEN. Les autorités coloniales sont contraintes de libérer LUMUMBA pour participer à la Table ronde de Bruxelles qui avait démarré, sans cette grande figure de l’indépendance nationale. Libéré le 24 janvier 1960, et dès que LUMUMBA arrive en Belgique, la Table ronde change de dimension, c’est un triomphe et un sacre de ses luttes, et il réoriente les travaux de cette instance. La seule question pertinente est finalement la date des élections législatives, et celle de l’indépendance, fixée au 30 juin 1960.

Dans son discours du 30 juin 1960, au parlement congolais, pour la passation des pouvoirs, le roi BEAUDOIN de Belgique, dans une logique colonialiste, insiste que sur le fait que la libération du Congo n’est pas le fruit des luttes africaines, mais que  «L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique. Pendant 80 ans la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies qui, jadis ennemies, s'apprêtent à constituer ensemble le plus grand des Etats indépendants de l'Afrique, enfin pour appeler à une vie plus heureuse les diverses régions du Congo, que vous représentez ici, unies en un même parlement. (…) Lorsque Léopold II a entrepris la grande œuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement il ne s'est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur.». Après le discours de Joseph KASA VUBU, premier président du Congo, il n’était pas prévu que Patrice LUMUMBA, premier ministre et ministre de la défense, s’exprime. Mais, il a pris de court tout le monde, et s’est emparé du micro, devant le Roi des belges médusé. Dans sa réponse improvisée, Patrice LUMUMBA rappelle d’abord que l’indépendance n’est pas octroyée par la Belgique, mais résulte des luttes du peuple congolais : «Cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal. Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force». Il dit aussi que la colonisation n’était pas «une mission de civilisation», mais une entreprise de domination d’un peuple sur un autre peuple avec son lot d’injustices : «Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits ‘européens’ ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe. Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation !».

Il fixe l’objectif qu’il assigne à l’indépendance du Congo : «Ensemble mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir lorsqu’il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles».

Pour certains observateurs occidentaux, Patrice LUMUMBA en s’exprimant ainsi le 30 juin 1960, aurait mal parlé au Roi des belges, signant ainsi son arrêt de mort. En effet, un esclave devrait parler avec déférence à son maître. En fait, l’essentiel est ailleurs. En effet, pour les Occidentaux, Patrice LUMUMBA représente le diable, en pleine guerre froide, il serait un communiste à abattre. Sa fille, Juliana, estime que l’esprit des Congolais est tout autre. «Dans la presse on le décrivait comme un communiste parce que seulement il disait quelque qui était l’aspiration des gens, mais qui n’était absolument pas dans la mentalité, le vouloir des colons. Il voulait que l’homme noir, l’homme congolais soit digne, d’abord dans sa propre culture ; il voulait l’indépendance, mais dans l’égalité et le respect». LUMUMBA lui-même se définit comme étant un nationaliste : «Je ne suis pas communiste. On m’a toujours présenté comme un communiste, anti-blanc, anti-belge. Absolument pas. Je suis simplement un leader nationaliste qui lutte pour un idéal. Je ne suis pas communiste, et je ne le deviendrai jamais» dit-il.

Contrairement à Joseph KASA-VUBU, accommodant et malléable, Patrice LUMUMBA, est intransigeant. Pour cela, aux yeux des Occidentaux LUMUMBA, c’est le diable, il représente un danger pour leurs intérêts en Afrique, le Congo étant baptisé par les Belges de «Cœur des ténèbres». En effet, très populaire, et ayant un pouvoir magnétique sur les petites gens, LUMUMBA, un messie, était une menace pour les grandes sociétés minières. En effet, pour lui, «la masse ne demande pas seulement le bulletin de vote, mais surtout le pain et le progrès».

En dépit de l’indépendance formelle du Congo, les Belges, en fait, ne sont jamais partis. En effet, cinq jours seulement après l’indépendance, des militaires congolais se révoltent contre les officiers belges encore aux commandes dans l’armée congolaise, mais qui ne voulaient pas rendre le pouvoir. Le Parlement belge avait déjà voté un budget 100 000 F pour des opérations de sabotage au Congo.

Sans doute en concertation avec les Belges et les Américains, avec l’appui des sociétés minières, Moïse TSHOMBE proclame l’indépendance du Katanga le 11 juillet 1960. Mais il est contesté par des rebelles appartenant à la Balubakat, parti opposé à lui. Le gouvernement du Sud-Kasaï fait aussi sécession sous la direction d’Albert KALONDJI. Moïse TSHOMBE, surnommé «Monsieur Tiroir-caisse» demande aux belges, d’intervenir au Katanga. Ce pays riche en cuivre refuse de verser les recettes au gouvernement central, à Léopoldville, mais aux Katangais de TSHOMBE qui peuvent avec cette manne financière, désormais acheter des armes et recruter des mercenaires dont certains viennent d’Afrique du Sud, appelés «les Affreux» pour saper l’autorité de LUMUMBA. C’est la partition du pays et le désordre s’installe. La sécession du Katanga, devenue base arrière du colonisateur, est une trahison pour LUMUMBA, c’est la déception. Il rompt les relations diplomatiques avec la Belgique, pour avoir organisée cette balkanisation du Congo.

Patrice LUMUMBA est encore resté, en dépit de son nationalisme sans concession, dans le camp occidental. Il demande à l’ambassadeur américain à Léopoldville de l’aide, mais celui-ci lui conseille de faire appel aux Nations Unies. Il se rend aux Etats-Unis et demande l’aide américaine pour sauvegarder l’unité de son pays, et pour cela, il a besoin d’avions pour les transports de ses troupes dans les zones éloignées du Kasaï et du Katanga. «Nous voulons que vous nous compreniez et que vous nous aidiez et quand vous viendrez chez nous vous allez trouver un peuple ami et un peuple frère» dit-il à Washington. La presse américaine le qualifie de «Premier de la jungle», et il retourne dans son pays, sans être reçu par le président américain Dwight EISENHOWER (1890-1969), un anticommuniste notoire. LUMUMBA est mis sur table d’écoute avec un matériel fourni par les Américains, mais installé par les Belges. Les Américains avaient envisagé, un temps, de faire assassiner LUMUMBA avec un dentifrice empoisonné ou un par un chasseur de crocodiles.

En effet, les Belges sont en relation constante avec les services secrets américains pour organiser l’élimination de LUMUMBA. Comme les Etats-Unis n’ont pas donné suite à ses sollicitations, il se retourne vers les Soviétiques et signe son deuxième arrêt de mort. Les casques bleus des Nations Unies instrumentalisés par les Etats-Unis ne sont pas au Congo pour le protéger, mais pour défendre les intérêts des sociétés minières basées essentiellement au Katanga. En effet, la présence occidentale présente LUMUMBA comme un dangereux communiste : «est-ce sa barbe à la Méphistophélès, ses yeux qui roulent comme des boules de billard derrière se verres de lunettes, il y a quelque chose de terrifiant chez cet homme : il a la tête d’un Lénine africain» écrit un journaliste allemand.

Le 5 septembre 1960, KASA-VUBU destitue LUMUMBA, et installe le gouvernement Iléo entre septembre 1960 et février 1961. Mais ce gouvernement n’a aucune prise sur le pouvoir. Une longue période d’incertitude s’installe et ne prendra fin que le 3 août 1961, avec la nomination du gouvernement de Cyrille ADOULA, à Lovanium.

LUMUMBA avait choisi comme aide de camp, Désiré MOBUTU, mais, en fait, c’est  un agent de la CIA qui le placera en résidence surveillée. LUMUMBA s’enfuit, mais il est rattrapé lors de la traversée du fleuve en pirogue, et il est ramené à Léopoldville. A l’aéroport, MOBUTU convoque la presse internationale, LUMUMBA est exhibé menotté ; cela constitue une opération d’humiliation et de déchéance du Premier Ministre. Il est recueilli, d’abord, dans un camp des Nations Unis, Thysville, sous la surveillance des soldats suédois. Il tente de s’évader, mais il est repris. Un télégramme codé est envoyé aux Katangais : «Demande accord du Juif (Tshombé)  de recevoir Satan (Lumumba)». Par conséquent, LUMUMBA est envoyé chez son pire ennemi, Moïse TSHOMBE dont le gouvernement se réunit et décide, avec une voix prépondérante du Ministre de l’Intérieur, de son exécution ainsi que celle de ses deux compagnons : Maurice MPOLO et Joseph OKITO. Sans doute que Moïse TSHOMBE avait pris un engagement ferme auprès des belges pour exécuter cette vile mission. Deux officiers belges ont exécuté la sale besogne en forêt, et même mort, LUMUMBA est craint et redouté en raison de sa grande popularité auprès du peuple. La mort de LUMUMBA n’est pas annoncée tout de suite. Les Belges font d’abord une fausse déclaration prétendant que LUMUMBA s’est enfui, puis rattrapé par la population, il aurait été massacré.

Si la mort de LUMUMBA a été annoncée, officiellement, trois semaines plus tard, le 13 février 1961 les circonstances de sa mort n’ont été connues que 10 ans après. Plusieurs rumeurs non fondées circuleront longtemps sur la mort de LUMUMBA. Ainsi, on avait fait croire que LUMUMBA s’est échappé, puis massacré par les villageois. Ensuite, et pour le soustraire de ses souffrances, il avait été gravement molesté, avec de nombreuses cotes cassées, il aurait été achevé par un militaire belge et son corps serait conservé dans un frigo de l’Union minière du Haut Katanga. Les détails de son assassinat ne seront divulgués que plusieurs années après. En fait, le ministre belge Harold d’ASPREMONT écrit, dans un télex codé, le 5 octobre 1960 : «L’objectif principal est évidemment l’élimination ­définitive de Lumumba».  LUMUMBA est d’abord fusillé, puis son corps découpé et enfin dissous dans l’acide. Guy SOETE, qui n’a jamais été inquiété par la justice belge, les circonstances de cet assassinat particulièrement odieux : «J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba. En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper en morceaux, à la tronçonneuse, avant d’y verser de l’acide. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare» avoue Gérard SOETE, le 15 mai 2002, quarante ans après l’exécution de LUMUMBA. A la fin de leur sale besogne, les officiers belges prennent soin, toute de même, de récupérer les dents en or de LUMUMBA. Or, Guy SOETE, en dépit de cet aveu, n’a jamais été inquiété par la justice belge.

La commission d’enquête belge avait pour mission de dresser un inventaire complet des faits ayant entrainé la mort de LUMUMBA, d’identifier les éventuelles responsabilités et d’établir des responsabilités. Dans son rapport du 16 novembre 2001, cette Commission a simplement conclu à une «responsabilité morale» de la Belgique. C’est une seconde mort de LUMUMBA, en raison de ce déni grave de justice. Cet assassinat de LUMUMBA est un véritable crime contre l’humanité. Plusieurs chefs d’Etat africains qui avaient menacé les intérêts des Occidentaux, ont été massacrés. Il s’agit, pour les Occidentaux, pourtant attachés aux droits de l’homme, de recourir, si besoin au crime, pour conserver le contrôle des matières premières et avoir un débouché pour leurs entreprises. Le cas LUMUMBA est une jurisprudence annonçant la mise sous tutelle de l’Afrique. «C’est un drame sans fin, un deuil inachevé de la colonisation» estime Jean OMASSOMBO.

Langston HUGHES, poète d’Harlem Renaissance, devant la mort injuste et odieuse de Patrice LUMUMBA, écrit : «Lumumba était noir, son sang était rouge. Et pour avoir été un homme, ils l’ont tué. Ils ont enterré Lumumba dans une tombe anonyme. Mais, il n’y a pas besoin d’écriteau, car l’air est sa tombe. Le soleil, la lune et l’espace sont sa tombe». Jayne CORTEZ s’interroge «Qui a tué Lumumba ? Lumumba, notre chair des chairs !».  En dépit du destin tragique du héros de l’indépendance belge, dans une «Saison au Congo», Aimé CESAIRE reste optimiste, et le glorifie : soucieux de ne pas se couper des plus humbles de son peuple, LUMUMBA peut s’écrier : «Je suis un redresseur de vie, je parle et je rends l’Afrique à elle-même» écrit-il. L’Afrique a ses totems, et LUMUMBA relève de la mythologie révolutionnaire des indépendances.

Aimé CESAIRE a écrit «Une saison au Congo» en 1966, cinq années seulement après les événements dont il s'inspire : la décolonisation du Congo belge, et la très courte carrière politique d'un météore : LUMUMBA. Au moment où la pièce commence, LUMUMBA, qui a fondé fin 1958 le Mouvement national congolais, est sorti de la prison où l'ont jeté les Belges en janvier 1960, pour participer, à Bruxelles, à la table ronde qui décidera de l'indépendance du Congo, fixée au 30 juin 1960. Une saison au Congo, ce sont les six mois qui vont de cette date à l'assassinat de Lumumba, le 17 janvier 1961 : six mois qui ont fait du jeune homme politique, nommé premier ministre du nouvel Etat, le héros charismatique et christique d'une révolution avortée.

Tchicaya U Tam’si (1931-1988), dont la poésie est aussi circonstancielle parce liée aux contingences historiques, né Congolais, possède une seule passion : celle d'un seul et grand Congo, dont il croyait la réalisation possible sous l'égide de Patrice LUMUMBA. Il avait même lutté aux côté de Lumumba dès l'Indépendance du Congo-Léopoldville. De 1959 à 1961, Tchicaya avait témoigné, avec le monde entier, la tragédie congolaise et cela, ajouté à l'assassinat de son héros Patrice LUMUMBA, l'avait frappé en plein cœur. Tchicaya, «poète national du Congo de la souffrance», rêvait de voir le Congo réuni, libre, s’est envolé et le pays se trouve trahi, déchiré, exsangue, humilié. De cette tragédie est sortie son œuvre brûlante et passionnelle faite de six recueils de poésie dense et exigeante. La figure de LUMUMBA domine «Epitomé» de Tchicaya. «Le cœur, dont le mystère à peine élucidé, me déshabille, m’écorche, me crucifie, au sommaire de ma passion» écrit le poète criant sa douleur.  Comme le Christ qui a été trahi par les siens, le héros devient le Christ des Noirs, victimes de nombreux génocides. «Dès lors, la mort devient l’issue du Salut. Comme le Phénix qui renaît de ses cendres, le poète désire la mort pour recommencer une renaissance, une nouvelle vie» écrivent Marie-Rose ABOMO-MAURIN et Jean-Pierre BIYITI. «Le nom acquiert la valeur d’un épitaphe, nanti de valeurs de solennité et d’éternité» dit Claudia ORTNER-BUCHBERGER.

Dans «Ces fruits doux de l’arbre à pain», Tchicaya, avec une grande charge symbolique, accuse les Africains (Mobutu, Tshombé), d’avoir prêté forte au complot des Occidentaux. Sans absoudre la voracité et les crimes des Occidentaux, il met en cause les Africains souvent vulnérables à la manipulation. «Nos ennemis comptent sur nous-mêmes pour nous anéantir nous-mêmes ! Réduire nos forces d’abord, ensuite nous avoir à leur merci. Regarde ce qui est arrivé avec Lumumba, ce sont les Congolais qui se sont chargés d’avoir son sang sur la conscience, avec la complicité des Africains à qui on fait croire qu’il était l’ennemi de son propre pays et qu’il était bon qu’on l’élimine» écrit Tchicaya. Pour s’en sortir de cette tragédie des indépendances confisquées, il appartient aux Africains et à eux seuls de rechercher les voies et moyens de s’en sortir. Le dilemme est posé : il faut s’affranchir du joug du maître ou rester indéfiniment esclave.

Ce 17 janvier 1961, se sachant condamné par ses bourreaux, Patrice LUMUMBA écrit une dernière lettre à sa femme, Pauline Opango.

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai-je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo ! Vive l’Afrique !».

Bibliographie sélective

1 – Ecrits de Patrice LUMUMBA

LUMUMBA (Patrice), Africains levons-nous, Paris, Points, 2010, 53 pages, spéc le discours 22 mars 1959, pages 7-20 ;

LUMUMBA (Patrice), Dit et écrit, Kinshasa, éditions Nzoi, Paris, Association Culture-Afrique, 2003, 63 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Le Congo, terre d’avenir est-il menacé ?, Bruxelles, Office de Publicité, 1961, 218 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Patrice Lumumba : discours, lettres, textes, textes réunis par Norbert MBU-MPUTU, Lulu.com, 2010, 208 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Propos de Patrice Lumumba, premier ministre de la République du Congo, Bruxelles, Commission de Coordination, 1960, 79 pages ;

LUMUMBA (Patrice), Recueil de textes, préface de Georges Nzongola-Ntalaja, Genève, éditions du Cetim, 2013, 94 pages.

2 – Critiques de Patrick LUMUMBA

ABOMO MAURIN (Marie-Rose), BIYITTI BI ESSAM (Jean-Pierre), «Tchicaya U Tam’si ou le poète de la souffrance», Notre Librairie, mai-août 1999, n°137,  pages 46-51 ;

ADEBAYO (A.G.), «Tchicaya U Tam’si, poésie moderne, personnelle et passionnelle», Peuples Noirs, Peuples d’Afrique, 1983, n°33, pages 129-136 ;

BACQUELAINE (Daniel), WILLEMS (Ferdy), COENEN (Marie-Thérèse), Rapport de la Commission d’enquête parlementaire visant à déterminer les circonstances exactes de la mort de Patrice Lumumba et l’implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci, Bruxelles, 16 novembre 2001, vol 1, Doc 50 0312/006, 573 pages et vol 2, Doc 50 0312/007, pages à 577 à 988 ;

BRAECKMAN (Colette), Lumumba : un crime d’Etat, Bruxelles, Aden, collection sur des Charbons ardents, 2002, 110 pages ;

BRASSINE de BUISSIERE (Jacques), KESTERGAT (Jean), Qui a tué Patrice Lumumba ?, Louvain-La-Neuve, Paris, Duculot, 1961, 228 pages ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), «Réflexions sur le rapport de la commission parlementaire Lumumba», Bulletin trimestriel du CRAOCA, 2002, n°4, pages 42-69 ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), Congo : l’épopée des équipes administratives de 1964 à 1967, Bruxelles, octobre 2009, 173 pages ;

BRASSINE de la BUISSIERE (Jacques), Enquêtes sur la mort de Patrice Lumumba, thèse de doctorat, Bruxelles, 1991,  volumes 1 et 2, 601 pages et volume sur «les témoignages» ;

CESAIRE (Aimé), Une saison au Congo, Paris, Seuil, 1973, 116 pages ;

CHOME (Jules), «Un livre posthume de Patrice Lumumba (Le Congo terre d’avenir est-il menacé ?)», Remarques congolaises, 4 août 1961, n°30-31, pages 303-309 ;

CHOME (Jules), Patrice Lumumba et le communisme : variations à partir du livre de M. P Houart, Nendeln, Liechtenstein, Kraus, 1961, 79 pages ;

CHOME (Jules), Le gouvernement congolais et l’ONU, Bruxelles, éditions Remarques congolaises, 1961, 90 pages ;

CHOME (Jules), Moïse Tshombé et l’escroquerie katangaise, Bruxelles, éditions Fondation Joseph Jacquemotte, 1966, 421 pages ;

CORNEVIN (Robert), Histoire du Congo, Paris, Berger Levrault, 1970, 392 pages ;

DE VOS (Luc), GERARD (Emmanuel), GERARD-LIBOIS (Jules), Les secrets de l’affaire Lumumba, Bruxelles, Racine, 2005, 668 pages ;

DE WITTE (Ludo), L’assassinat de Patrice Lumumba, Paris, Karthala, 2000, 412 pages ;

DIARRA (D. Amara), «L’image de l’Afrique dans la poésie afro-américaine contemporaine», Notre Librairie, nov-déc 1984, n°77,  pages 75- 83, spéc 81 ;

DJIFFACK (André), «Tchicaya U Tam’si : L’Afrique des absurdités et des paradoxes», LittéRéalité, 2003, vol 15, n°1, pages 51-76 ;

DONK (Eveline), Lumumba Patrice : les cinquante derniers jours de sa vie, Bruxelles, Crisp, 1976, 195 pages ;

DUTOIT (Frédérique), «Quand le Congo ne sera qu’une saison que le sang assaisonne», Présence Africaine, 4ème trimestre, 1967, n°64, pages 138-145 ;

FORAN (John), «Lumumba by Raoul Peck», Journal of Haitian Studies, 2003, vol 9, n°1, pages 158-162 ;

G. B, «Le temps des assassins», Esprit, juillet-août 1966, vol 351, n°7/8, pages 66-67 ;

GUYARD (Mireille), «Les puissances occidentales et la crise congolaise : de la secession du Katanga à l’accord de Kitona (1960-1961)», Guerres mondiales et conflits contemporains, déc 1999, n°196, pages 53-63 ;

HALEN (Pierre), RIESZ (Jean), Patrice Lumumba : entre Dieu et diable, un héros africain dans ses images, Paris, Montréal, L’Harmattan, 1997,  389 pages ;

HEUSCH de (Luc), «Patrice Lumumba, premier ministre de la République du Congo», Académie royale des sciences d’Outre-mer, 1968, tome VI, 678-384 ;HEUSCH de (Luc), «Plaidoyer à la mémoire de Patrice Lumumba», Pourquoi l’épouser ?, Paris, Gallimard, 1971, 336 pages, spéc pages 289-315 ;

JEWSIEWICKI (Bogumil), «Corps interdits. La représentation christique de Lumumba comme rédempteur du peuple zaïrois», Cahiers d’études africaines, 1996, vol 36, n°141-142, pages 113-142 ;

KABATU-SUILA (Bernard), Patrice Emery Lumumba : béatifié ? Qui a chassé les Belges du Congo en 1960 ?, Kinshasa (Rdc), éditions Ka-Immo, 2004, 208 pages ;

KALONDJI DITUNA MULOPWE (Albert), Congo 1960 : La secession du Sud-Kasaï : La vérité du Mulopwe, Paris, L’Harmattan, 2005, 350 pages ;

LANG (G. M), «Epitomé Tchicaya U Tam’si et sa saison au Congo», Revue Canadienne des études africaines, 1980, vol 14, n°2, pages 295-305 ;

LANNEAU (Catherine), PETERMANN (Simon), Les acteurs de la décolonisation, Bruxelles, 2016, 171 pages ;

LEROUX (Pierre), Figure christique et messianique dans les œuvres de Dambudzo Marechera et Tchicaya U Tam’si, thèse sous la direction de Jean Bessière et Xavier Garnier, Paris, Sorbonne Nouvelle 3, 2016, 380 pages, spéc pages 211-215 ;

LIERDE Van (Jean), La pensée politique de Patrice Lumumba, préface de Jean-Paul Sartre, Paris, Présence Africaine, 1997, 401 pages ;

MUFONCOL (Tshiyoyo), Ces fruits si doux de l’arbre à pain et le postcolonialisme, mémoire de Master en littérature francophone, Université d’Oslo, 2007, 118 pages ;

MUSUASUA MUSUASUA (Antoine), Le vocabulaire politique des leaders nationalistes congolais : de P. E. Lumumba à L. D Kabila, thèse en science du langage, sous la direction de Guy Achard-Bayle, Université de Metz, Lorraine, 2005-2006, 445 pages, et de nombreux documents en annexe ;

MUTAMBA MAKOMBO KITATSHIMA (Jean-Marie), Du Congo belge au Congo indépendant : 1940-1960. Emergence des «évolués» et genèse du nationalisme, préface d’Elikia M’Bokolo, Kinshasa, I.F.E.P., 1998, 688 pages ;

NGAL (Georges), «Introduction à une lecture d’Epitomé de Tchicaya U Tam’si», Revue Canadienne des études africaines, 1975, vol 9, n°3, pages 523-530 ;

NGALIKPIMA (Venant, Fali), Cinquante-six après, que reste-t-il de Patrice Emery Lumumba ?, Paris, L’Harmattan, Collection Points de vue, 2017, 97 pages ;

NGOIE-NGALLA (Dominique), «Le Christ dans l’œuvre poétique de Tchicakaya U Tam’si», L’Afrique Littéraire, 1995, vol 87, pages 64-69 ;

NIGER (Paul), «L’assimilation, dernière forme du colonialisme», Esprit, 1962, vol 30, n°4, pages 518-532 ;

OMASOMBO TSONDA (Jean), «Lumumba, drame sans fin, deuil inachevé de la colonisation», Cahiers d’études africaines, 2004, vol XLIV, (1-2) n°173-174, pages 221-261 ;

OMASOMBO TSONDA (Jean), VERHAEGEN (Benoît), Patrice Lumumba : acteur politique : de la prison aux portes du pouvoir, juillet 1956  - février 1960, Paris, L’Harmattan, 2005, 406 pages ;

OMASOMBO TSONDA (Jean), VERHAEGEN (Benoît), Patrice Lumumba : jeunesse et apprentissage politique, 1925-1956, Paris, L’Harmattan, 1998, 265 pages ;

ORTNER-BUCHBERGER (Claudia), «Lumumba dans l’œuvre poétique de Tchicaya U Tam’si. Décomposition et recomposition d’un mythe», in Pierre Halen et Janos Riesz, Patrice Lumumba entre Dieu et Diable. Un héros africain dans ses images, Paris, L’Harmattan, 1997,  389 pages, spéc 380-387 ;

OSSITO MIDIOHOUAN (Guy), «Le leader charismatique dans la dramaturgie d’Aimé Césaire», Présence africaine, 3ème et 4ème trimestres 1995, n°151-152, pages 119-141 ;

PESTRE de ALMEIDA (Lilian), «Le bestiaire symbolique dans une saison au Congo : analyse stylistique des images zoomorphes dans la pièce de Césaire», Présence francophone, automne 1976, n°13, pages 93-105 ; 

RECHETNIAK (Nicolaï), Patrice Lumumba : champion de la liberté africaine, Moscou, éditions du Progrès, 1961, 188 pages ;

TCHICAYA (U Tam’si), «Arc musical» précédé de «Epitomé», introduction de Claire Céa, préface de Boniface Mongo-MBoussa, Paris, L’Harmattan, 2007, 170 pages ;

TCHICAYA (U Tam’si), Ces fruits si doux de l’arbe à pain, La main sèche, Légendes africaines, préface de Boniface Mongo-MBoussa, Paris, Gallimard, 2018, 752 pages ;

TURNER (Thomas), Ethnogenèse et nationalisme en Afrique centrale, préface Crawford Young, Paris, L’Harmattan, 2000, 456 pages ;

VANHOVE (Julien), Histoire du Ministère des colonies, Bruxelles, ARSOM, 1968, 168 pages ;

VOLODIN (Lev), Patrice Lumumba, patriote, combattant, humaniste, Moscou, Novosti, 1990, 41 pages ;

WILLAME (Jean-Claude), Patrice Lumumba : la crise congolais revisitée Paris, Karthala, 1990, 496 pages.

Paris, le 11 avril 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Patrice LUMUMBA, Premier congolais : L'insoumis (1925-1961).
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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 18:26

"Progrès timides de la démocratie en Afrique : accentuation des alternances démocratiques et affirmation du caractère civil des gouvernements, Mais nécessité de fixer des règles du jeu incontestables et transparentes" par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

M. Samura KAMARA,  candidat malheureux, vient de reconnaître sa défaite aux présidentielles de Sierra-Leone, face à M. Julius  Maada BIO, vainqueur, un ancien militaire.

Au Libéria, Georges WEAH, un ancien footballeur, a battu Joseph BOAKARI, Mme Ellen JOHNSON SIRLEAF, ne se représentant pas.

Au Kenya, après une séquence judiciaire annulant les présidentielles, et un nouveau scrutin émaillé de violences, tout est rentré dans l'ordre. M. Uhuru KENYATTA est confirmé vainqueur.

L'alternance en Gambie a été chaotique. Mais le président déchu a fini par s'enfuir avec l'avion présidentiel et a vidé les caisses de l'Etat.

Au Zimbabwe ce n'était pas une élection, mais à  92 ans, Robert MUGABE, président gateux, a négocié des conditions de départ pour ses vieux jours, sans coup d'Etat militaire ou effusion de sang.

La première alternance a eu lieu là où ne l'attendait pas, au Benin. Après de graves troubles en RCI, l'alternance avec Alassane WATTARA a finalement été acceptée.

Le Sénégal, après 40 ans de pouvoir socialiste, a connu deux alternances depuis 2000.

En définitive,  58 ans après les indépendances en Afrique, le caractère civil des gouvernements semble prévaloir sur les coups d'Etat militaires. L'alternance est devenue, petit à petit, un mode presque normal de dévolution du pouvoir.

Cependant, il subsiste encore de nombreux points de vigilance.

D'une part, on note encore des régimes préhistoriques, monarchiques ou dynastiques (Congo, Cameroun, Tchad, Gabon, Togo  Guinée équatoriale). En Angola, après 37 ans au pouvoir, le président a passé la main.

D'autre part, le statut de l'opposition  (liberté de manifestation procès jugés politiques, détentions arbitraires, non clarification des règles du jeu politiques souvent fluctuantes) et le financement des partis politiques ainsi que le statut des anciens chefs de l'Etat, restent à construire ou consolider. 

Il faudrait avec un statut du chef de l'Etat (ressources suffisantes, sauf pour les détournements dans les paradis fiscaux, amnistie et immunité sauf pour les crimes de sang ou contre l'humanité) pousser les dinosaures à la sortie, avec un grand coup de pied, là où je pense. Sans cela, la tendance naturelle est de s'accrocher indéfiniment au pouvoir pour se protéger contre les poursuites de ses successeurs.

Les règles du jeu politique après concertation de l'opposition devraient être soumises au référendum avec un parallélisme des formes pour leur modification. Si l'on s'engage dans le jeu politique on devrait accepter le verdict des urnes sous le contrôle d'un juge indépendant et de la presse. Au Sénégal, l'arrivée d'une presse indépendante qui transmet instantanément les résultats partiels, a été un outil remarquable empêchant toute contestation sérieuse. Par ailleurs le rapport que nous avons à l'argent pourri nos sociétés ; il faudrait instituer un système pas forcément d'emprisonnement, mais interdiction professionnelle de toute personne détentrice d'une parcelle de l'autorité publique, en cas de détournement de deniers publics. Je vois notamment au Sénégal des agents qui détournent les fonds d'un hôpital d'un centre des oeuvres sociales cela est criminel. 

Dans les règles du jeu, il y a la notion centrale de gestion saine des fonds publics. Dès que quelqu'un manie des fonds publics il s'en met plein les poches..Quand on fait de la politique les populations ne s'intéressent pas aux projets structurants pour préparent l'avenir pour nos enfants  ; ce que veulent cette horde de mendiants c'est quelque chose d'immédiat, un petit billet de banque. Cela incite les politiciens à détourner des fonds publics et à être cupides. Or, si on veut châtier les indélicats, toute cette bande d'affamés qui ont recelé ce vol, crient à la persécution politique. Cet argent c'est le notre ; soyons exigeants dans la gestion des fonds publics. Sans cela, nous resterons éternellement pauvres.

Une large liberté devrait accorder à l'opposition aussi bien dans sa liberté d'expression, ainsi que la liberté de manifestation. Cependant, la liberté et la responsabilité sont indissociables. Les acteurs politiques doivent respecter la cohésion nationale, et ne pas diviser la nation, ne pas diffamer ou ne pas appeler à l'insurrection. Pape DIOP du PDS, un opposant, appelle au "Ninki Nanka", au soulèvement populaire, comme lors du mouvement de juin 2011. A mon sens, l'opposition ne signifie pas l'irresponsabilité ; elle doit pouvoir critiquer le gouvernement, mais aussi et surtout proposer une alternance crédible ; le juge devrait surveiller les écarts venant à la fois du pouvoir que de l'opposition.

Au Sénégal, le débat fait rage autour du parrainage. Nous avons 155 partis politiques, et lors des législatives du 30 juillet 2017, avec des partis politiques dits "cabines téléphoniques", on avait eu 33 listes électorales. Finalement, depuis l'année 2000, au Sénégal seuls 4 partis politiques sortent vraiment du lot. Même en France, notre modèle, il y a un système parrainage, le F.N, les Communistes peinent, parfois, à avoir leurs parrains. Je crois qu'il faudrait, sans limiter le nombre de partis politiques, les rationaliser, à tout le moins, pour les candidatures aux présidentielles. Ces partis cabines téléphoniques polluent, en fait, le débat politique, mais ne le clarifient. Ces partis sont une façon de se "sucrer" et d'obtenir des avantages dans un système de report des voix au 2ème tour. Je crois, aussi, que l'enjeu, dans les règles du jeu, pour les élections, c'est programme contre programme et évaluer le bilan de l'équipe politique sortante. J'ai l'impression que l'opposition se cantonne dans l'invective, la diffamation, parfois dans la légitimation détournement de deniers publics (cas Karim et Khalifa), comme s'il y avait de bons voleurs quand on est dans l'opposition. L'opposition fait beaucoup de bruit, mais ne propose, pour l'instant, rien de crédible aux Sénégalais. En revanche le président Macky SALL, lui, continue de travailler, sereinement, pour les Sénégalais ; c'est notre MITTERRAND, "une Force tranquille". Il a continué, amplifié et étendu les travaux commencé timidement par Abdoulaye WADE. Les revendications sociales sont légitimes, mais le fait qu'un dirigeant syndicaliste aille voir un opposant et lui faire part une stratégie politique, ils sortent manifestement de leur rôle. Le gouvernement a lâché pour les enseignants, mais la surenchère risque de les perdre.

Paris, le 7 avril 2018,  par M. Amadou Bal BA - - http://baamadou.over-blog.fr/

Afrique alternances et accentuation du caractère civil des gouvernements
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