Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 10:22

Partager cet article

Repost0
27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 11:30

Partager cet article

Repost0
27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 10:07

«J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes, avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie» dit Assia DJEBAR. Romancière d’expression française, académicienne, enseignante, poétesse, cinéaste d’expression arabe, historienne, critique d’art et dramaturge, de culture arabe et islamique, Assia DJEBAR est l’auteure la plus étudiée par les critiques littéraires et universitaires. Il est impossible de recenser, de façon exhaustive, les études qui lui sont consacrées. «Bâillonnée, voilée, ensevelie, veuve, coupée, étranglée : la voix de l'écrivain Assia Djebar voue le texte littéraire à une double révélation. Révélation de l'espace féminin tramé de secret, séparé, murmures entre les murs. Révélation aussi d'Algérie à plus d'une langue ou, comme elle décrit : «des Algéries». L'œuvre, retraversée ici dans son ampleur pour la première fois, n'a cessé de faire de la littérature le lieu de tous les combats : pour une mémoire algérienne occultée par l'histoire militaire française ; pour la liberté des femmes dans l'Islam ; contre la violence et pour une Algérie des différences et des pluralités culturelles» écrit Mireille CALLE-GRUBER. Traduite en 23 langues, Assia DJEBAR, souvent citée pour le Prix Nobel de Littérature, a remporté de nombreux prix littéraires et obtenu des distinctions et décorations. La contribution littéraire d’Assia DJEBAR oscille entre consolation et intransigeance. Dans la préface de son livre «Les Alouettes naïves», Assia DJEBAR donnait l’explication de sa vocation littéraire et de son combat politique, en parlant de «tangage incessant». En effet, elle écrivait : «Soyons francs, tantôt notre présent nous paraît sublime (héroïsme de la guerre de libération) et le passé devient celui de la déchéance (nuit coloniale), tantôt le présent à son tour apparaît misérable (nos insuffisances, nos incertitudes) et notre passé plus solide (chaîne des ancêtres, cordon ombilical de la mémoire)». Beida CHIKI la qualifie de  «fantaisiste, c'est à dire attentif à la rêverie qui touche au secret de l'être, sensible à la caresse de la poésie, à l'esprit de la musique qui partout s'insinue, et plus subtilement encore dans les césures de l'Histoire».

Dans sa contribution littéraire riche («L’Amour, la fantasia», «Vaste est la prison», «Loin de Médine», «Les Alouettes naïves»), Assia DJEBAR évoque son enfance, ses parents, sa terre natale, mais aussi la guerre d’indépendance, et toujours son besoin d'écriture, notamment au sujet de la femme-déesse et de la femme-victime. En effet, Assia DJEBAR a fait de son art, un moyen pour exprimer et agir contre «le trop lourd mutisme des femmes algériennes, l’invisibilité de leurs corps, revenue avec le retour d’une tradition rétrograde et plombée» dit-elle. Assia DJEBAR a choisi de donner la parole au monde muet des femmes : «Ma bouche ouverte expulse indéfiniment la souffrance des autres, des ensevelies avant moi», dit-elle. Ainsi, dans son film, «La Nouba des femmes du Mont Chenoua», tourné en 1976, elle y interroge la mémoire des paysannes sur la guerre. Assia rend hommage aux femmes algériennes à travers l’histoire de Zoulikha, une héroïne oubliée de la guerre d’indépendance d’Algérie montée au maquis en 1957 et portée disparue deux ans plus tard après son arrestation par l’armée française. Assia Djebbar lui consacre son roman «La femme sans sépulture» en 2002. Dans «Femmes d’Alger dans leur appartement», ce recueil de nouvelles raconte le vécu, la difficulté d’être, la révolte et la soumission, la rigueur de la Loi qui survit à tous les bouleversements et l’éternelle condition des femmes. En effet, en 1832, dans Alger récemment conquise, le peintre DELACROIX s’introduit quelques heures dans un harem, des prisonnières résignées, en attente perpétuelle. Il en rapporte un chef-d’œuvre, «Femmes d’Alger dans leur appartement», qui demeure un regard volé. Après la guerre d’indépendance dans laquelle les Algériennes jouèrent un rôle, les femmes ne veulent plus vivre en marge de la société, elles ont leur liberté à conquérir. Dans «La Zerda, ou les chants de l’oubli», prix au festival de Berlin de 1983, Assia DEJBAR fustige cette vision folklorique de l’histoire par les colonisateurs et réhabilite les chants des oubliés. En effet,  à l’instar de Pablo PICASSO, Assia DJEBAR désire arracher les femmes des modèles créés par DELACROIX pour leur garantir une émancipation physique, la libération des espaces fermés, une émancipation métaphysique, la libération du silence. Assia DEJBAR lutte contre la paresse intellectuelle et l’amnésie ; elle veut, à travers les femmes lutter contre l’oubli : «Ils veulent que rien ne se soit passé, ou presque pas passé… […] La foule, à Alger, et presque pareillement à Césarée, est emportée dans le fleuve morne du temps» dit-elle.

Les sentiments ambigus envers la France, la colonisation et le traumatisme de la guerre d’Algérie, sont autant de sujets tabous et suscitant parfois la passion. «Les Français considèrent les écrivains francophones comme folkloriques, pas très intéressants au fond» dit-elle. Pourtant, Assia DJEBAR estime que la langue française est devenue un espace d’altérité, d’écoute, de dialogue, de liberté et de créativité. «Pour moi, écrire-écrire de la seule écriture qui me pousse, et m’habite, et me commande, écrire en français pour transcrire tout de même voix des aïeules et vérités inversées, renversées, dans les jeux d’ombre et de réalité, ce serait cela écrire en francophonie» dit-elle. Avec le parrainage de Pierre NORA, la première femme maghrébine normalienne, à être élue dans l’Académie française, le 16 juin 2005, sur le 5ème siège, de Georges VEDEL, sera Mme Assia DJEBAR, une forme de réconciliation entre la France et l’Algérie, après la douloureuse guerre d’indépendance. «Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles» dira-t-elle dans son discours de réception du 22 juin 2006. L’œuvre d’Assia DJEBAR, loin d’être des «romans de femmes» ou des «romans de gare», est, en fait, une lutte, sans concession, pour la libération de la Femme. «Toute vierge qui se montre subit une sorte de prostitution !» écrit Quintus TERTULLIEN (160-220 après Jésus-Christ), né à Carthage (Tunisie), et issu d’une famille berbère romanisée et païenne. «L’obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n’est pas spécialité seulement «islamiste !» en conclut Assia DJEBAR. Elevée en Afrique du Nord, au carrefour de plusieurs civilisations latine, grecque, berbère et Arabe, aventurière de l’esprit et de la liberté, Assia DJEBAR écrit en français, et considère, comme KATEB Yacine (1929-1989), que la langue française est un «butin de guerre». «Tandis que l’homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour expirer notre désir : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons de retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle. Quatre langues qui sont autant d’ouvertures vers la liberté», dit-elle dans son roman historique «L’Amour, La Fantasia». Quand le gouvernement algérien a voulu lui imposer d’enseigner en Arabe à l’université, Assia DJEBAR dira «La langue française est mon armure». Par conséquent, il ne faudrait pas confondre le français «marginalisé quand il est créatif et critique» et le français «en habits d'apparat colonial». Assia DJEBAR revendique sa francité : «La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour». «J'ai le désir d'ensoleiller cette langue de l'ombre qu'est l'arabe des femmes» précise-t-elle. Cet engouement pour la langue française, fortement critiqué par une partie des auteurs algériens, est donc loin d’être un reniement. Bien au contraire. Assia DJEBAR dans son hybridité, a toujours réclamé son arrimage à ses racines arabo-islamiques en parlant des heures de la civilisation andalouse. «Je suis très touchée qu'à l'Académie […], on ait accepté de voir qu'il y'avait chez moi un vrai entêtement d'écrivain en faveur de la littérature et, à travers cette littérature, pour mes racines de langues arabe, de culture musulmane», dit-elle. En effet, la colonisation qui, en imposant le français aux Algériens, a créé chez eux une réaction vers un retour aux sources. «Je voudrais ajouter, en songeant aux si nombreuses Algériennes qui se battent aujourd’hui pour leurs droits de citoyennes (…) je me destinais à la philosophie. Passionnée, étais-je à vingt ans, par la stature d’Averroes, cet Ibn Rochd, andalou de génie dont l’audace de la pensée a revivifié l’héritage occidental, mais alors que j’avais appris au collège l’anglais, le latin et le grec, comme je demandais en vain à perfectionner mon arabe classique. (…) En ce sens, le monolinguisme français, institué en Algérie coloniale, tendant à dévaluer nos langues maternelles, nous poussa encore davantage à la quête des origines». Par conséquent, la culture c’est avant tout, «ce désir de vivre ensemble en leur donnant (aux jeunes) des repères identitaires qui leur évitent l’errance. C’est enfin réhabiliter l’histoire vraie de ce pays et donner à chacun son dû à l’aune de son apport à cette immense Algérie», dit-elle.

Née Fatma Zohra IMALHAYENE, le 30 juin 1936, à Cherchell, dans la Wilaya de Tipaza, anciennement Césarée de Maurétanie, une ville antique et côtière à une centaine de kilomètres d’Alger. Son père, Tahar IMALHAYENE, est instituteur et arabophone et sa mère, Bahia SAHRAOUI, issue d’une famille berbère des Berkani, avait un aïeul qui avait combattu auprès de l’Emir Abdelkader. Bahia aimait les musiques andalouses qu’Assia recopiait dans des cahiers et qui sont racontées en allant au hammam. La fratrie est composée de Samir, Hicham et Sakina.

L’image du père domine la contribution littéraire d’Assia DJEBAR. Son père Tahar Imalhayène, instituteur de profession, adhère, depuis sa création, au parti de Ferhat ABBAS, est conseiller général de Cherchell et délégué à l'Assemblée algérienne, élu dans le deuxième collège sous l'étiquette de son parti, l’Union démocratique du Manifeste algérien. Il démissionne de cette Assemblée en septembre 1955. Tahar était le fils d’un Algérien qui, ruiné en 1871, s’enrôla en 1884 dans les spahis, se battit pour la France au Tonkin et participa même, en grand uniforme, à la garde d’honneur qu’on réunit à Paris pour accueillir le tsar de toutes les Russies. Et c’est retraité, sur la place de son village, que ce grand-père décoré par la République attira l’attention d’un instituteur français. L’instituteur qui remarque l’ancien soldat, l’ancien soldat qui lui parle de ses fils, l’instituteur qui ouvre aux deux fils son école et, une décennie plus tard, votre père qui se retrouve lui-même, futur instituteur, à l’école normale musulmane de Bouzaréah. Il y sera le condisciple de Mouloud FERRAOUD, assassiné par l’OAS en 1962. «Il était le seul maître indigène, comme on disait, le seul musulman. L'école était fréquentée par des enfants d'ouvriers, des fils de prolétaires. Ils venaient pieds-nus, été comme hiver» dit-elle. Un jour, par la commune (ici vivait Germain, le plus riche colon d'Algérie), est arrivé de l'argent pour que les enfants aient des chaussures. «Mon père, naïf, a cru qu'elles étaient destinées aussi aux écoliers musulmans, et pas uniquement aux petits Blancs. Pas du tout ! Les indigènes n'auraient droit qu'à des espadrilles, lui a-t-on annoncé. Il a alors claqué la porte, estimant qu'il n'avait plus rien à faire en ce lieu. Encore aujourd'hui ce souvenir me bouleverse» écrit-elle. «Mon père était professeur de français. C’était un Algérien, il parlait arabe à la maison, tout en étant professeur. Au début nous vivions dans un petit village perdu dans les montagnes. Nous apprenions, parlions et écrivions français à l’école mais à la maison, comme ma mère parlait arabe, nous parlions arabe» dit-elle. Ses parents constituent un couple harmonieux et uni. «Mes parents, devant le peuple des femmes, formaient un couple, réalité extraordinaire» écrit-elle dans «l’Amour, la fantasia». La femme traditionnelle arabe ne désigne son mari autrement que par le prénom usuel correspondant à «lui». Sa mère apprendra, progressivement, la langue française et aura l’audace nouveauté d’appeler son père par son prénom. Son père, en voyage, écrira à sa mère une carte postale. Cette manifestation d’amour transgressant les codes de la pudeur fera que la vanité de sa mère en est secrètement flattée. Assia étudia à l’école primaire française, puis dans une école coranique.  «Dans ma première enfance, de cinq à dix ans, je vais à l’école française du village , puis en sortant, à l’école coranique […] Je fus privée de l’école coranique à dix ou onze ans, peu avant l’âge nubile. […] A onze ans, je partis en pension pour le cursus secondaire» écrit-elle.

Grâce au don d’amour du père, elle échappe ainsi à un avenir obscur, celui de l’enferment des jeunes filles nubiles. Après l’école primaire, elle fréquente le collège de Blida de 1946 à 1953, faute d’apprendre l’arabe classique, elle entame le grec ancien, le latin et l'anglais. Elle obtient le baccalauréat en 1953 puis entre en hypokhâgne au lycée Bugeaud d’Alger (lycée Emir Abdelkader). Assia DJEBAR est passionnée pour le basketball et l’athlétisme. Assia DJEBAR poursuit à Khâgne, au lycée Fénélon, à Paris.  Ancienne élève de l'Ecole normale, elle a été la première algérienne à être admise, en 1955, à l'Ecole Normale Supérieure de Sèvres en France.  Elle choisit, à l'âge de vingt ans lors de la publication, chez Julliard, de son premier roman «La Soif» en 1957 de prendre un pseudonyme : Assia DJEBAR, en arabe, «Assia» signifie «celle qui console, qui accompagne de sa présence» ou «la fleur immortelle», et «Djebar», intransigeance, l’un des 99 mots qualifiant la grandeur du Prophète. «Je ne m’appelle pas Assia Djebar. Quand «la Soif» est sorti, ce ne fut pas mon père qui fit scandale, mais la Directrice de Normale-Sup à Sèvres. J’étais exclue de Sèvres parce que je faisais la grève et parce qu’en plus j’écrivais. Je n’ai pas été exclue de ma société, mais de Sèvres ! Ce pseudonyme c’était un voile. Je brouillais les pistes» dit-elle.

En définitive sa contribution littéraire vise à consoler les cœurs meurtris ou les rayés de l’Histoire et dénoncer, sans pudeur ni égard pour une quelconque autorité, les bourreaux de ces derniers. Assia DJEBAR se démarque du verbe accusateur en vogue dans les milieux anticolonialistes ; elle conte à sa manière, singulière, l’altérité, la femme, l’Islam, la nuit du colonialisme, les heures sombres des deux pays qu’elle côtoie. Panser les plaies du passé, soulager les mauvaises cicatrices, libérer de l’oubli et du silence ces femmes invisibles au monde, tels sont les objectifs qu’assignent Assia DJEBAR. Ainsi, en pleine guerre de libération nationale, dans son roman «La Soif», Assia DJEBAR se singularise en désertant le champ strictement politique. Elle opte pour une «écriture d’audace et de courage» suivant une expression de Nadjib REDOUANE. Les femmes ont apporté leur contribution décisive dans cette lutte pour l’indépendance, mais celles que décrit Assia DJEBAR, dans ce roman de jeunesse, ce sont des portraits de jeunes filles algériennes soucieuses d’amour, de volupté, de dévoilement de leur corps, du désir de vivre et de jouir de la vie. A la suite de ce roman, Assia DJEBER a été présentée comme une «Françoise Sagan de l’Algérie musulmane», comme une bourgeoise. Elle aurait présenté «la caricature de la jeune fille algérienne occidentalisée» de son propre aveu. Mais Assia DJEBAR, d’une imagination fertile et d’un style vif, est déjà une écrivaine de la transgression révélant à la femme toutes ses potentialités physiques et morales, et sans fausse pudeur. «J’habite le mouvement irrépressible du corps au dehors» dit-elle. En effet, la narratrice de la «Soif», exprime un désir irrépressible d’émancipation des femmes par le langage du corps : «Il s'agit ici du mouvement du corps féminin: là se place la ligne la plus acérée de la transgression quand une société, au nom d'une tradition trahie et plombée, tente et réussit parfois, même aujourd'hui, à incarcérer ses femmes, c'est -à-dire la moitié d'elle-même. Ecrire pour moi, gardant à l'esprit cet horizon noir, c'est d'abord recréer dans la langue que j'habite le mouvement irrépressible du «corps au dehors», je dirai presque son envol» écrit-elle. Finalement, la découverte du corps, à côté de la guerre d’indépendance, est une révolution importante. Ce «corps mobile» pour Assia DJEBAR «c’est écrire pour sortir de soi, c’est la conquête de l’espace, la liberté de voir et d’être vu, l’élargissement de l’horizon, une envie de bouger, de voguer, de se dissoudre dans l’azur». Dans son deuxième roman, «Les Impatients» de 1958, Assia DJEBAR poursuit cette démarche intimiste, et explore l’intimité, les intrigues amoureuses entre jeunes, les jalousies et les rivalités entre femmes. Dalila est décidée à lutter malgré les menaces graves de l’homme jaloux. Cependant, pour Beïda CHIKI, ce roman participe «à la parole critique en mettant en scène des personnages armés d’une volonté d’épanouissement et révoltés contre la hiérarchie d’une bourgeoisie passive et sclérosée». En fait, dans ses écrits, Assia DJEBAR accorde une importance primordiale au langage du corps : «Tandis que l’homme continue à avoir quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour exprimer notre désir, avant d’ahaner : le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons retrouver les plus anciennes de nos idoles mères» dit-elle. Il faut sortir de la marge et du harem en utilisant la quatrième langue celle du corps.

Intransigeante, Assia DJEBAR le fut aussi durant la guerre d’indépendance, puis dans les terribles années 1990 où elle dut quitter son pays, une Algérie «de plus en plus écartelée entre désir et mort» ; intransigeante, elle l’est à travers le très beau «Oran, langue morte», arme sobre et lucide contre toutes les horreurs des dictatures intégristes. Intransigeante, elle l’est, après avoir fait la grève des examens pour protester contre les «événements» de la guerre d'Algérie, elle se voit contrainte de quitter l'E.N.S. suivit les consignes de l’U.G.E.M.A., l’Union générale des étudiants algériens, et renonça à passer les examens dus. Cette formation d’historienne aura cependant une influence indéniable sur son œuvre romanesque, marquée par un souci historique et une réelle connaissance des archives. Assia DJEBAR se marie en 1958, en premières noces, avec Walid GARN, un militant de la cause nationale Walid GARN (pseudonyme de l'homme de théâtre Ahmed Ould-Rouis), avec qui elle écrit «l’Aube rouge» en 1969 c’est pièce de théâtre «Rouge l'Aube» (1969), fétiche de ses oeuvres «pour la lutte de Libération nationale». Cette pièce jouée au 1er festival Culturel, Panafricain, dénonce la violence coloniale et les atrocités de l'armée française, et se termine par cette réplique poignante: «Comme toi, je ne peux rien voir, ni le bourreau, ni le martyr. Seulement le ciel et la pourpre de l'aube. Une aube rouge au-dessus du sang de mon frère». Le couple adopte Mohamed GARNE, en 1965, né le 19 avril 1960, du viol par sa mère, Kheira, de militaires français. Assia collabore au journal «El Moudjahid», en contact avec Frantz FANON, en réalisant des entretiens avec des réfugiés  algériens, à Tunis et au Maroc. Diplômée en histoire, en 1959, elle enseigne l'histoire moderne et contemporaine à l'Université  de Rabat et professeur d’histoire de 1962 à 1965 à l'Université d'Alger, de littérature et de sémiologie du cinéma de 1974 à 1980 ;  elle collabore avec la presse algérienne. Elle quitte l’Algérie en 1980 et se consacre au travail d’écrivain, et collabore avec le Centre Culturel algérien. Le choix de Paris est lié à celui de l’écriture, et à son rapport au féminisme : en Algérie «le spectacle du féminin ne rend possible qu’une écriture de militantisme, de journalisme, de protestation. Mais c’est justement parce que je suis écrivain que je suis partie» dit-elle. En 1980, elle épouse en secondes noces Malek ALLOULA, un écrivain, critique littéraire et poète, (1937-2015), mais Malek vit avec la styliste belge à partir de 1999, Véronique LEJEUNE.  Abdelkader ALLOULA, le frère de Malek, a été assassiné en 1994. Assia écrit avec lui, le film, la Zerda ou le chant de l’oubli. Assia DJEBAR a une fille adoptive, Jalila IMALHAYENE-DJENNANE, régularisée durant les événements douloureux des années 90, par notre association Intercapa, avec l’appui de Mme Marie-Laure COQUELET, marraine de mes enfants, qui a assisté au mariage de Jalila avec Mohamed DJENNANE. Par un curieux hasard du destin, Jalila avait travaillé à la mairie de Bagnolet Bagnolet de 2010 à 2014. Nos chemins se séparent, s’entrecroisent, puis se perdent. De 1983 à 1989, Assia DJEBAR représente l’émigration algérienne au conseil d’administration du Fonds d’Action Sociale. Assia DJEBAR ne renonce pas aux responsabilités universitaires et soutint sur le tard, en 1999, une thèse retraçant largement son propre parcours en littérature parmi ceux d’autres écrivaines du Maghreb. En 1995, elle accepte de partir travailler en Louisiane, comme professeur titulaire à Louisiana State University de Baton Rouge où elle dirige également un Centre d’études françaises et francophones de Louisiane. En 2001, elle quitte la Louisiane pour être à New York University professeur titulaire. En 2002, elle est nommée Silver Chair Professor.
 

La contribution littéraire d’Assia DJEBAR est habitée par trois points centraux : l’espace public, les voix des femmes et la question de la langue française. «L'œuvre d’Assia Djebar n'a cessé de faire de la littérature le lieu de tous les combats : pour une mémoire algérienne occultée par l'histoire militaire française ; pour la liberté des femmes dans l'islam ; contre la violence et pour une Algérie des différences et des pluralités culturelles», écrit Mireille CALLE-GRUBER. Ainsi, «Les alouettes naïves», paru en 1967, un roman d’amour et de guerre représente une véritable entrée dans l’écriture. L’héroïne du roman, N’fissa est une jeune femme étonnante et détonante dans cette Algérie des années 50. Grâce à son père qui a une «dévotion» pour les livres, elle bénéficie d’une éducation libérale, audacieuse. Elle ne porte pas le voile, elle fait des études à Alger, choisit elle-même son fiancé ; fiancé qu’elle accompagne dans le maquis avant qu’il ne se fasse tuer. Arrêtée, emprisonnée, son père arrive à la faire libérer et la ramène à la maison. Mais avec l’extension de la Guerre, l’étau se resserre, et elle doit prendre le chemin de Tunis où elle rencontre Rachid et Omar. Assia DJEBAR dénonce le recul de la société algérienne après la guerre, après une égalité fugitive entre l’homme et la femme, pendant la guerre. Une fois l’indépendance retrouvée, c’était le tour de l’exclusion et de la réclusion de la femme. C’est ce roman qui universalise la contribution littéraire d’Assia DJEBAR. «Les alouettes naïves» est le roman d’une génération perdue, d’une génération déracinée de jeunes Algériens marqués par la guerre, l’exil, l’attente d’un monde meilleur.  «L’individu est soucieux de se réapproprier ses origines, d’exorciser sa douleur, de trouver sa propre voix et de verbaliser son propre témoignage» écrit Diana LABONTU-ASTIER.

Par conséquent, Assia DJEBAR s’engage dans une vaste fresque aussi singulière que fascinante où s'entremêlent l'histoire algérienne, l'autobiographie et la mémoire des femmes. Assia DJEBAR joue pleinement son rôle d’historienne. Elle relate l’Histoire de l’Algérie, du Maghreb, l’histoire de la famille de la narratrice, de son couple, de ses mythes et de la langue berbère. L’histoire, c’est aussi la transmission par la parole ou les écrits, un moyen de lutter contre l’oubli, de laisser une trace. C’est un quatuor algérien, composé des romans suivants : «L’Amour, la fantasia», «Ombre sultane», «Vaste est la prison », et «Nulle part dans la maison de mon père».

«L’Amour, la fantasia», en 1985, est un mélange de récit collectif et d’autobiographie, une archéologie de soi. C’est un roman qui oscille entre le Moi dans l’histoire et le Moi dans la langue. Chaque événement personnel ne peut être compris qu’à la lumière de l’histoire lointaine et récente de l’Algérie. «Fillette arabe allant pour la première fois à l'école, un matin d'automne, main dans la main du père. Celui-ci, un fez sur la tête, la silhouette haute et droite dans son costume européen, porte un cartable, il est instituteur à l'école française. Fillette arabe dans un village du Sahel algérien» c’est ainsi que débute ce roman. Dans les années 50, conduire à l’école française sa fille, c’est audacieux et émancipateur : «le malheur fondra immanquablement sur eux» se disent les voisins. Elle y raconte son enfance, notamment ses vacances à la campagne avec ses cousines. Assia DJEBAR aborde son «aphasie amoureuse», le thème de la création du corps, de l’amour-passion, aller à l’école est une menace pour le conservatisme, une fille arabe, capable d’écrire une lettre, peut y exprimer ses passions amoureuses, à l’insu de ses parents : «l’amour qu’allumerait la plus simple des mises en scène apparaît comme un danger» écrit-elle. Aussi, dans l’Algérie traditionnelle, la fille nubile subie l’enfermement. Bien qu’Assia DJEBAR ait voué à son père une grande admiration, celui-ci, au fur et à mesure qu’elle grandit, est une ombre tutélaire qui se dresse contre elle. Ainsi, Assia raconte l’histoire d’une lettre écrite par un admirateur inconnu que son père a déchirée et jetée au panier, mais qu’elle a recollée pour proposer à ce garçon un échange de lettres amicales : «Le défi juvénile m’a libérée du cercle que des chuchotements d’aïeuls invisibles ont tracé autour de moi et en moi. Puis l’amour s’est transmué dans le tunnel du plaisir, argile conjugale» écrit-elle. La jeune Assia, découvre la bibliothèque du cousin absent, avec des photos érotiques et commence à lire Paul BOURGET, Colette et Agatha CHRISTIE. Ses cousines, qui ne sortaient jamais, sinon pour aller au bain maure, écrivaient, en secret, des lettres à des hommes arabes, dans le monde entier. «Écrire devant l'amour. Éclairer le corps, pour aider à lever l'interdit, pour dévoiler. Dévoiler et simultanément tenir secret ce qui doit le rester tant que n'intervient pas la fulgurance de la révélation» dit-elle. C’est ainsi que commence, dans son for intérieur, un insoupçonné et un étrange combat des femmes : «Jamais, jamais, je ne me laisserai mariée, un jour à un inconnu qui, aurait le droit de me toucher ! C’est pour cela que j’écris ! Quelqu’un viendra dans ce trou perdu pour me prendre : il sera inconnu pour mon père ou mon frère, certainement pas pour moi !» dit-elle.

«L’amour, la fantasia», relate aussi la prise d’Alger par les Français en 1830, et donc l’avènement de la colonisation considérée comme une razzia, un viol, une défloration : «l’invasion est devenue une entreprise de rapine» dit-elle. Assa DJEBAR dénonce, avec violence, la falsification de l’écriture de la prise d’Alger par les Français : «150 ans après, je prends la plume et je vais vous dire la vérité» dit-elle. La vérité enfouie se fait jour. En effet, la colonisation est décrite comme un pouvoir arbitraire ; sept femmes sont exécutées pour avoir accueilli les soldats français par des insultes. Un soldat tranche le pied d’une femme pour s’emparer de son bracelet en or. C’est l’union sacrée contre l’occupant sans titre. Assia DJEBAR y vante le courage et la dignité des femmes. «L'amour, la fantasia étant la première d'une série romanesque, l’histoire est utilisée dans ce roman comme quête de l’identité. Identité non seulement des femmes mais de tous le pays. (…) S’établit alors avec moi un rapport avec l’histoire du dix-neuvième siècle écrite par des officiers français, et un rapport avec le récit oral des Algériennes traditionnelles d’aujourd’hui. Deux passés alternent donc ; je pense que le plus important pour moi est de ramener le passé malgré ou à travers l’écriture, «mon écriture»  de langue française. Je tente d’ancrer cette langue française dans l’oralité des femmes traditionnelles. Je l’enracine ainsi» dit-elle. En effet,  face à un fantasme d’un pays dompté, l’auteure oppose une «Algérie-femme» impossible à dompter. Ainsi, les Algériennes s’enduisent le visage de boue et d’excréments, quand on les conduit de force dans le cortège du vainqueur : «L’indigène, même quand il semble soumis, n’est pas vaincu. Ne lève pas les yeux pour regarder son vainqueur. Ne le reconnaît pas» écrit-elle. A travers l'histoire, telle que la conte Assia DJEBAR, une vérité enfouie se fait jour, une vérité ancienne, comme au rebut, celle de la femme, de l'Algérienne, allant de l'étouffoir d'autrefois, du «bruissement des femmes reléguées», à la participation militante aux combats du maquis.

Dans «Ombre sultane» paru en 1987, le couple, l’amour, la critique de l’homme et la rébellion de la femme contre l’oppression, acquièrent toute leur étendue dans une fiction où psychologie et histoire se fondent dans l’arabesque des biographies entrelacées. Isma, la narratrice, dit Je, mais elle a une double voix. Elle raconte une histoire de femmes mariées au même homme. Isma raconte son amour incandescent pour son époux dont elle a eu une fille, mais elle parle aussi d'Hajila, la jeune femme qui lui a succédé dans le lit de son mari. Tout les oppose. Isma est une intellectuelle, une femme libre qui voyage entre Alger et Paris. Hajila vient d'un bidonville d'Alger, mariée sans son accord. En fait, c'est Isma qui a fourni Hajila à son ex-époux pour la remplacer auprès de lui et auprès de sa fille qui restait avec son père. Seulement ce second mariage n'a pas été heureux pour la jeune femme. Le mari a voulu la garder non seulement strictement voilée, mais encore cloitrée. Hajila a rusé et est parvenue à sortir, de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, voilée puis sans voile ; on dit «nue», jusqu’au moment où le mari le découvre et la bat. C’est un récit plein de pudeur, de voix chuchotantes, mais aussi de désirs féminins de s’affirmer. «Une fois de plus Assia Djebar sait trouver les mots pour parler des femmes algériennes et de leur aspiration. Elle parle en leur nom  et au nom de toutes celles qui n’ont jamais eu accès à la parole, à la lumière. Elle les libère du passé et de l’espace réservé à la femme» écrit Jean DEJEUX.

«Vaste est la prison» est paru en 1995. Le titre de cet ouvrage est tiré d’une complainte berbère rapportée par Jean AMROUCHE et chantée par sa sœur, Taos AMROUCHE : «Vaste est la prison qui m’écrase/ D’où me viendras-tu, délivrance ?». «Je vomis quoi, peut-être un long cri ancestral. Ma bouche ouverte expulse indéfiniment la souffrance des autres, des ensevelies avant moi, moi qui croyais apparaître à peine au premier rai de la première lumière», écrit-elle. C’est un texte éclaté, aux multiples références. Ce roman, où l’autobiographie et le récit fictif forment un thyrse, est divisé en quatre parties. Chacune d’elles est une quête ou une trouvaille. La première partie, «L’effacement dans le coeur», relate quelques moments d’une histoire d’amour impossible entre la narratrice, Isma, et un homme appelé simplement l’Aimé. La deuxième partie du roman, «L’effacement sur la pierre», retrace l’histoire de l’écriture lybique (berbère), écriture perdue et «retrouvée» à partir d’un monument bilingue (punique-berbère). Ce sont des faits et des personnages historiques qui sont évoqués ici. «Un silencieux désir», la troisième partie, présente, en alternance, le tournage d’un film par la narratrice et l’histoire des femmes de sa famille, à partir du premier mariage de sa grand-mère. La dernière partie, «Le sang de l’écriture», une sorte d’épilogue, évoque la difficulté d’écrire sur la situation actuelle en Algérie». Le tout est animé d’un fil conducteur : la naissance d’un pouvoir féminin. Ce pouvoir, Assia DJEBAR ne l’atteint qu’en recourant à la mémoire personnelle et à la mémoire collective. Cloîtrée, voilée, mariée dès son plus jeune âge, la figure de la femme algérienne rebute Isma. Celle-ci osera rompre au nom de toutes les femmes de son entourage les chaînes de la tradition. Tout au long de son récit, Assia DJEBAR revient sur une légende qui fait tant peur en Algérie. Les femmes mariées de force attendent l’invisible «voleur de mariée», auquel elles préfèreraient offrir leur virginité plutôt qu’à l’époux imposé. C’est la meilleure description de la condition de la femme, berbère qui plus est, à travers différents portraits, à différentes époques. L’écriture, la langue, la parole sont également abordées, comme des figures féminines qui se battent pour exister, résister à l’oubli, à l’effacement de soi.

«Nulle part dans la maison de mon père», en 2007, est un titre qui renvoie à la question de «l'exil», l'exil intérieur et l'exil spatial et familial. L’image de ce père aimé, sublimé mais elle renvoie aussi à un traumatisme. En effet, le père élève l’héroïne en l’entourant d’une protection qui entraîne, bien vite, l’apparition de toutes sortes d’interdits : vestimentaires, relationnels. Le puritanisme est de rigueur. Un texte où il est difficile de séparer l’auteur de la narratrice (personnage et auteur à la fois), avec un moi majestueux, serein, plein de pudeur. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie mais plutôt d’une somme de moments qui ont marqué son enfance et son adolescence. Nous sommes sous l’Algérie coloniale, peu avant la guerre. Fatima, le véritable prénom d’Assia DJEBAR et celui de la fille préférée du Prophète, est fille d’instituteur. A ce titre, elle est en rapport étroit avec la population européenne. Elle fréquente l’école des maîtres français, joue avec les enfants des colons. A la maison, on parle essentiellement la langue française. Malgré ça, l’empreinte de la tradition s’exprime à travers sa famille, les femmes voilées qu’elle croise dans la rue et au hammam, sa mère qui porte le Haik, ce grand voile blanc dont se couvraient les algériennes de l’époque. Mais c’est surtout le caractère rigoriste de son père qui la marquera le plus et un événement en particulier. Alors qu’elle essayait, en compagnie d’un petit garçon européen, d’apprendre à faire du vélo, son père la surprend et la fait rentrer sur le champ. Il lui reproche alors sévèrement d’avoir montré ses cuisses. Fatima n’avait que 6 ans. A partir de cet instant, l’insouciance d’une petite fille fait place à la crainte et à l’incompréhension. Pourtant le père de Fatima n’est pas si strict et traditionnel que ça. Elle peut sortir sans le voile, elle peut porter des jupes. Elle peut se rendre à son internat sans chaperon. En revanche, pas question de se vêtir d’une robe laissant les épaules et le dos dénudés. Fatima ne comprend pas pourquoi ces françaises peuvent ainsi se promener en toute liberté, sans surveillance et en tenue légère et que les algériennes soient, elles, emprisonnées dans leurs voiles et dans leurs maisons. Ce roman est aussi l’expression d’un mal être, d’un étouffement dont les responsables sont des hommes, le père d’abord, figure omniprésente, puis le futur mari. Un roman, est une longue marche vers la liberté ; il nous éclaire l’œuvre de l’auteure et sa prise de position dans le combat des femmes pour l’égalité. C’est une écriture d’une beauté attendrissante, bouleversante, ciselée, et sculptée.

Dans «Loin de Médine», publié en  1991, Assia DJEBAR, en historienne, se plonge dans les chroniques arabes de Ibn Saad, Ibn Hichem et Tabari ; elle se déplace à Médine, dans l’année 632 de l’ère chrétienne, au moment où le Prophète va mourir. Se croisent alors des destins de femmes fascinantes : bédouines reines de tribus ou prophétesses inspirées, mais d'abord chefs de guerre dans une Arabie en effervescence. A Médine même, d'autres héroïnes, musulmanes cette fois et des plus célèbres : Fatima, fille du Prophète, à la fierté indomptable d'une Antigone nouvelle, sera des mois durant «celle qui dit non à Médine». A l'autre extrême, Aïcha maintenant veuve de Mohamed, la plus vénérée et la plus jeune, s'installe peu à peu dans son rôle de «diseuse de mémoire». Entre ces deux pôles, les migrantes mecquoises, les affranchies, les errantes, tout un choeur d'anonymes, rapportent dans la ferveur la chaîne des «dits» du Prophète disparu. Un retour à l’imaginaire islamique, aux origines de la religion, celle d’Assia DJEBAR, qui démontre que dans les origines de l’Islam, il y a une grande place pour la dignité de la femme. C’est une réécriture de l’histoire. En effet, ce roman a été écrit au moment où l’Algérie vit des heures dramatiques avec la poussée islamiste. Assia DJEBAR, dans ce contexte particulier, dresse sa vision de toutes les femmes musulmanes afin de réhabiliter leur statut. En effet, Mohammed Ibn Jarir Al-TABARI (838-923), un historien irakien et exégèse du Coran, avait dressé, une vision masculine de l’histoire de l’Islam, dans laquelle la femme fut mise à l’écart. En laissant la femme dans l’ombre, en la réduisant au silence, ces historiens ont occulté leur rôle éminent, et ont donc falsifié l’histoire. Par conséquent, Assia DJEBAR réhabilite le discours féminin, en donnant la parole à 18 figures féminines que l’Histoire recense, mais marginalise. Elle fait appel, notamment, à la jeune princesse yéménite, Sann’a qui épouse Aswad, en fait c’est un imposteur, un faux prophète et elle découvre aussi que c’est un païen. Aïssa DJEBAR relate la révolte de Fatima, la fille du Prophète, dépossédée de son héritage paternel par les successeurs de Mohamed. Fatima s’oppose, farouchement, contre cette injustice, si elle meurt, auparavant, elle a dit «Non». Pour les femmes algériennes de notre temps, Assia DJEBAR pose un mythe fondateur, elles peuvent s’identifier et intégrer ce passé glorieux de l’Islam, à la fois comme maillon et réceptacle.

«Le Blanc d’Algérie» en 1996 est un cri de douleur, une litanie de noms et de morts, un dialogue suspendu avec l’ami : un requiem désespéré, un récit beau et liturgique. Les événements tragiques de l’Algérie nourrissent la fiction rendant compte du sang et de la violence, et l’auteure s’interroge : «Comment dès lors porter le deuil de nos amis, de nos confrères, sans auparavant avoir cherché à comprendre le pourquoi des funérailles d’hier, celle de l’utopie algérienne ?» écrit-elle. Assia DJEBAR juxtapose les événements des années 90, à ceux de l’indépendance et de la période qui suit. Assia DJEBAR convoque les témoins de l’histoire : l’émir Abdelkader, Youssef SEBTI, Frantz FANON, Tahar DJAOUT, Alloula et bien d’autres. «Comment s’étonner que la révolte, que la colère même déviée, même dévoyée, des «fous de Dieu», se soit attaquée dés le début, aux tombes des Chahids, les sacrifiés d’hier ?» écrit-elle. Elle visite le présent à l’aune du passé et refuse que ces voix de l’histoire défaillent. «Que dire surtout de ceux qui continuèrent à officier dans la confusion de ce théâtre politique si creux : dans leur discours, ils convoquèrent à tout propos les morts, à force de répéter «un million de morts », ils ne prêtent attention qu’aux qualificatifs, eux les survivants, les bien portants. Ainsi, s’amplifia la caricature d’un passé où indistinctement se mêlaient héros sublimés et meurtriers fratricides» écrit-elle.  Assia DJEBAR appelle donc à mettre fin à «l’auto-dévoration collective» pour un dialogue et une unité retrouvés.

D’autres romans méritent d’être cités. «Oran, langue morte» en 1997, est divisé en deux parties : «L’Algérie entre désir et mort» et «Entre France et Algérie». Un dicton algérien assure : «On rentre à Oran en courant et on en sort en fuyant». Une jeune Algérienne revient à Oran pour la mort de sa tante et revit les circonstances du meurtre de sa mère, en 1962 ; une Normande catholique, mère de huit enfants franco-algériens, est enterrée en grande pompe au cimetière musulman du village de son époux ; une institutrice signe son arrêt de mort en racontant à ses élèves l’histoire de la femme découpée en morceaux. Entre folie meurtrière et résistance farouche, des femmes tentent de survivre dans le quotidien ensanglanté de l’Algérie de ces dernières décennies. Les années continuent à passer et sa plume remue la plaie de la violence chaque jour. Oran, ville d’Abdelkader Alloula, le poète du théâtre assassiné le 11 mars 1993. Dans «Les Nuits de Strasbourg», en 1997 il s’agit d’une histoire d’amitié avec l’amie d’enfance, Ève, «Toi, ma soeur de Tébessa», une juive algérienne, mais surtout, c’est une histoire d’amour, où les langues et les corps s’accouplent entre Thelja, une Algérienne, et François, un Alsacien. «J’aime ce dialogue à la fois de nos corps, et la façon dont je peux délier enfin ma parole» s’exclame Thelja, jeune algérienne de trente ans, blottie entre les bras de son amant François, de vingt ans son aîné. Le couple s’est connu à Paris et la jeune femme se rend à présent à Strasbourg pour partager neuf nuits avec l’amant d’origine alsacienne. Dans «Ces voix qui m’assiègent», en 1999, ce sont les langues qui «assiègent», que cette écrivaine aime, depuis les langues orales de ses ancêtres qui ont bercé, qui ont nourri son enfance et sa première adolescence, jusqu’à la langue de sa formation intellectuelle, le français. «La disparition de la langue française» en 2003 laisse deviner la complexité de l’Histoire à travers le récit des expériences personnelles des héros. Il s’agit de la question de l’héritage culturel multiple de l’Algérie. L’auteur y consacre des pages pudiques et douces mêlant l’amour et la passion. La disparition de la langue française,  «Vingt ans d'exil vont-ils lui paraître irréels, coulée sombre s'évanouissant derrière lui ? Rues en lacis de la Casbah (celles de Pépé le Moko, lui disait en souriant Marise qui ne vint jamais jusqu'ici), il va les revoir dans le clair-obscur de ce vieil Alger, Djazirat el Bahdja, la belle, la glorieuse, si longtemps l'imprenable, la cité des pirates légendaires, bribes d'histoire que sa mémoire, à lui, l'enfant du quartier, ce matin sur la route macère». «La Disparition de la langue française» évoque le retour d'un homme en Algérie après un long exil. Pris au piège du souvenir, écartelé entre son éducation française, l'apprentissage de la rue dans l'Alger des années 50 et son engagement précoce dans la guerre d'indépendance, il ne reconnaît plus la terre natale.

Assia DJEBAR, qui résidait dans le 11ème arrondissement de Paris, disparait le 6 février 2015, à l’âge de 78 ans. Inhumée le vendredi 13 février 2015, à Cherchell, elle repose auprès de son père, décédé en 1995. La ministre de la Culture, Mme Nadia LABIDI, salue le legs d’Assia DJEBAR «à la culture nationale et universelle», elle qui était «profondément attachée à sa patrie». Assia est morte, mais elle est devenue immortelle : «J’écris contre la mort, j’écris contre l’oubli. J’écris dans l’espoir (dérisoire) de laisser une trace, une griffure sur un sable mouvant, dans la poussière qui monte, dans le Sahara qui monte» dit-elle. Assia DJEBAR rajoute : «Je ne suis pas un symbole. Ma seule activité consiste à écrire. Chacun de mes livres est un pas vers la compréhension de l’identité maghrébine, et une tentative d’entrer dans la modernité. Comme tous les écrivains, j’utilise ma culture et je rassemble plusieurs imaginaires».

De son vivant, Assia DJEBAR a été ostracisée et négligée par son pays d’origine, l’Algérie, et ses travaux mis à l’index n’ont pas été enseignés dans les écoles et les universités. Dans nos pays, dès que quelqu'un émerge, les autres au lieu de s'en réjouir, le saignent au couteau. Aussi, Assia été victime d’une Fatwa résultant de discours accusateurs et culpabilisateurs  suivant lesquels, elle a une éducation française ; elle a appris la langue et la culture de l’ennemi ; elle a choisi d’écrire dans cette langue étrangère. Ainsi, Rachid BOUDJEDRA considère que le français est une langue d’aliénation. «Assia DJEBAR compte parmi les premières intellectuelles à assumer sa francité et ne manque pas de mettre en évidence cette situation dramatique : la domination coloniale dans laquelle l’apprentissage de la langue s’accompagne tragiquement de la mort des siens» écrit Tassadit YACINE-TITOU. Assia DJEBAR, évoluant dans un monde d’hommes, n’avait pas que des amis. Ainsi, Mustapha LACHERAF a considéré que Malek HADDAD et Assia DJEBAR sont, «de tous les écrivains algériens, […] ceux qui connaissent le moins bien leur pays» et «ont tout ignoré, sinon de leur classe petite bourgeoise, du moins de tout ce qui avait trait à la société algérienne». Suivant LACHERAF ces auteurs n’ont que des lecteurs français qui ne connaissent pas l’Algérie. Certains auteurs vont même jusqu’à douter de l’authenticité de son engagement pour les femmes : «Le problème de nos écrivains francophones, c'est qu'ils font trop de calculs. Au début, ils sont honnêtes, mais plus ils avancent en célébrité plus leur crédibilité recule. Ils ne sont plus eux-mêmes. Aussi, il arrive un moment où ils ne représentent plus rien. L'exemple le plus apparent est celui de Assia Djebbar, je suis désolée de la nommer. Elle ne représente plus l'Algérie. Pour elle, l'image de la femme algérienne n'a pas évolué. Elle est toujours telle qu'elle l'avait décrite dans les années cinquante. Malheureusement, c'est cette image médiocre que les Européens nous demandent de brosser», écrit Ahlam MOSTAGHANEMI.

Si Assia DJEBAR est une expatriée de culture française, et qu’elle se définit comme une «fugitive», comme une «étrangère» à ce pays : «moi, la lointaine, presque l’étrangère, l’errante en tout cas», en revanche, sa contribution littéraire traite presque exclusivement de l’Algérie. En effet, elle se définit comme une écrivaine algérienne et musulmane : «Je voudrais me présenter devant vous comme simplement une femme-écrivain, issue d’un pays, l’Algérie tumultueuse et encore déchirée. J’ai été élevée dans une foi musulmane, celle de mes aïeux depuis des générations, qui m’a façonnée affectivement et spirituellement, mais à laquelle, je l’avoue, je me confronte, à cause de ses interdits dont je ne me délie pas encore tout à fait» dit-elle, en 2000 lors de la réception du Prix des éditeurs allemand. Contrairement à certaines insinuations malveillantes, Assia DJEBAR est nationaliste et fondamentalement anticolonialiste : «L’Afrique du Nord, du temps de l’Empire français, a subi, un siècle et demi durant, dépossession de ses richesses naturelles, déstructuration de ses assises sociales, et, pour l’Algérie, exclusion dans l’enseignement de ses deux langues identitaires, le berbère séculaire, et la langue arabe dont la qualité poétique ne pouvait alors, pour moi, être perçue que dans les versets coraniques qui me restent chers. Le colonialisme vécu au jour le jour par nos ancêtres, sur quatre générations au moins, a été une immense plaie ! Une plaie dont certains ont rouvert récemment la mémoire, trop légèrement et par dérisoire calcul électoraliste. La France, sur plus d’un demi-siècle, a affronté le mouvement irréversible et mondial de décolonisation des peuples. Il fut vécu, sur ma terre natale, en lourd passif de vies humaines écrasées, de sacrifices privés et publics innombrables, et douloureux, cela, sur les deux versants de ce déchirement» dit-elle lors de son discours de réception à l’Académie française du 22 juin 2016. Mais Assia DJEBAR récuse l’Algérie des mufles, des faux révolutionnaires, et surtout des fondamentalistes qui ont transformé son pays en un immense cimetière avide de plus de sacrifices : «Rien autour de nous : vous avez dit l’Algérie ? Celle de la souffrance d’hier, celle de la nuit coloniale, celle des matins de fièvre et de transe ? Vous avez dit cette terre, ce pays : non, un rêve de sable, non une caravane populeuse mais évanouie, non, un Sahara tout entier noyé de pétrole et de boue, un Sahara trahi. Une Algérie de sang, de ruisseaux de sang, de corps décapités et mutilés, de regards d’enfants stupéfaits» écrit-elle dans «Blanche Algérie». Assia DJEBAR a écrit l’histoire d’une Algérie rêvée, contre la mort, et pour la vie. Dans «l’Amour, la fantasia», elle est irrémédiablement animée d’un espoir et d’une espérance, pour la résurrection de son pays : «A l’idée d’une possible agonie de l’Algérie, par défi, par entêté espoir, l’écriture, de cinéma ou de littérature, doit rendre présente la vie, la douleur peut-être mais la vie, l’inguérissable mélancolie mais la vie !» écrit-elle.

Morte et devenue un cadavre exquis, Assia DJEBAR est encensée par l’Algérie ; elle fait désormais l’unanimité autour de sa brillante et originale contribution littéraire. Son cercueil enveloppé du drapeau algérien a été exposé à la population. Le président algérien Abdelaziz BOUTEFLIKA, dira «L’Algérie perd en la personne d’Assia Djebar une grande figure de la littérature algérienne et universelle connue pour son enracinement, son engagement, ainsi que la profondeur et la justesse de ses écrits». Première femme écrivaine, Assia DJEBAR, dans son héritage, a ouvert la voie aux sans voix. Par ailleurs, certains auteurs avaient bien aussi reconnu son talent littéraire : «Nul pourtant ne saurait nier à Assia Djebar l’attachement aux traditions ancestrales et à l’Islam, et encore moins son encrage viscéral dans la société féminine algérienne» écrit Ahmed DEJAOUI.  Mohamed DIB est enthousiaste : «Vous êtes allée là plus loin que jamais, et surtout plus loin de nous tous, vous avez atteint et touché notre horizon à tous, cet horizon sous lequel se profile tout ce qui fait ce que nous sommes» dit-il. Une bibliothèque, 1 rue Reynaldo Hahn, à Paris 20ème, porte le nom d’Assia DJEBAR. Il a été créé, depuis 2015, un prix littéraire Assia DJEBAR, décerné par le Ministre de la Culture algérien. Dans tous les pays du monde, en Afrique et notamment en Algérie, ses ouvrages devraient être au programme scolaire. Le Cercle des Amis d’Assia DJEBAR y travaille.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions d’Assia Djebar

1 - 1 – Ouvrages

DJEBAR (Assia) ou IMALHAYENE, Fatma-Zohra, Le Roman maghrébin francophone. Entre les langues et les cultures. Quarante ans d'un parcours : Assia Djebar, 1957-1997, Université Paul Valéry-Montpellier 3, mars 1999, 245 pages ;

DJEBAR (Assia), Ces voix qui m’assiègent : en marge de ma francophonie, Paris, Albin Michel 1999, 270 pages ;

DJEBAR (Assia), L’amour, la fantasia, Paris, Albin Michel, 1995, 257, pages ;

DJEBAR (Assia), La disparition de la langue française, Paris, Albin Michel, 2003, 293 pages ;

DJEBAR (Assia), La femme sans sépulture, Paris, Albin Michel, 2002, 219 pages ;

DJEBAR (Assia), La soif, Paris, R. Julliard, 1957, 165 pages ;

DJEBAR (Assia), Le blanc de l’Algérie, Paris, Albin Michel, 1995, 280  pages ;

DJEBAR (Assia), Les alouettes naïves, Paris, R. Julliard, 1967, 425 pages ;

DJEBAR (Assia), Les enfants du nouveau monde, Paris, Union générale d’éditions, 1973, 312  pages ;

DJEBAR (Assia), Les femmes d’Alger dans leur appartement, Paris, Albin Michel, 2002,  249 pages ;

DJEBAR (Assia), Les impatients, Paris, R. Julliard, 1958, 239 pages ;

DJEBAR (Assia), Les nuits de Strasbourg, Arles, Actes du Sud, 2003, 404 pages ;

DJEBAR (Assia), GARN (Walid), L’aube rouge, pièce en 4 actes, 10 tableaux, Paris, SNED, 1969, 102 pages ;

DJEBAR (Assia), Poèmes pour une Algérie heureuse, Paris, SNED, 1969, 84 pages ;

DJEBAR (Assia), Loin de Médine, filles d’Ismaël, Paris, Librairie générale française, 1995, 350 pages ;

DJEBAR (Assia), Mokeden (Malika), L’Algérie au féminin, Köln, Georg Reimer, 1999, 198 pages ;

DJEBAR (Assia), Nulle part dans la maison de mon père, Arles, Actes du Sud, Montréal, Leméac, 2007, 451 pages ;

DJEBAR (Assia), Ombre sultane, Paris, Albin Michel, 2006, 231 pages ;

DJEBAR (Assia), OULD-ROUIS (Ahmed), Ismaël ou essai sur la condition arabe, Ville et éditeur inconnus, 1967, 130 pages ;

DJEBAR (Assia), Poèmes pour une Algérie heureuse, Alger, SNED, 1968, 84 pages ;

DJEBAR (Assia), Vaste est la prison, Paris, Librairie générale française, 2002, 351 pages.

1 - 2 – Entretiens et articles

DJEBAR (Assia), «Interview», avec Mildred Mortimer, Research in African Literatures, été 1988, vol 19, n°2, pages 197-205 ;

DJEBAR (Assia), «Interview», avec Tahar BEN JELOUN, Le Monde, vendredi 29 mai 1987, page 10 ;

DJEBAR (Assia), «Les yeux de ma langue» Poétiques d’Edouard Glissant, colloque 11-13 mars 1998, Paris, La Sorbonne, pages 363-365 ;

DJEBAR (Assia), «Territoires et langues», entretien avec Lise Gauvin, Littérature, 1991, n°101, pages 73-87.

2 – Critiques d’Assia Djebar

AHCENE (Baayou), Interculturalité et éclatement des codes dans ces voix qui l’assiègent d’Assia Djebar, mémoire de magistère dirigé par Ali-Khodja Djamel, Université de Mentouri de Constantine (Algérie), 2006-2007, 142 pages ;

AMEUR (Souad), Ecriture féminine : images et portraits croisés de femmes, thèse sous la direction de Francis Claudon, Université, Paris-Est, 2013, 370 pages ;

AMHIS-OUKSEL (Djoher), Assia Djebar, une figure de l’aube, Alger, Casbah éditions, 2016, 142 pages ;

ASHOLT (Wolfgang), CALLE-GRUBER (Mireille), COMBE (Dominique), éditeurs, Assia Djebar, littérature et transmission, colloque de Cerisy-la-Salle, du 23 au 28 juin 2008, Paris, Presses Sorbonne nouvelle, 2010, 439 pages ;

BOUAISSI (Zahia), Femmes aux frontières de l’interdit : étude des premiers romans d’Assia Djebar, Université de Göteborg (Suède), 2009, 226 pages ;

Cahiers d’études maghrébines, «Spécial Assia Djebar», 22 octobre 2000, n°14, 131 pages ;

CALLE-GRUBER (Mireille), Assia Djebar ou la résistance de l’écriture : regards d’un écrivain d’Algérie, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, 282 pages ;

CALLE-GRUBER (Mireille), CIXOUS (Hélène), Au théâtre, au cinéma, au féminin, avec la participation d’Assia Djebar, Ariane Mnouchkine et Daniel Mesguich, Paris, L’Harmattan, 2001, 244 pages ;

CHAOUATI (Amel), AMAZIT (Sonia), CARTHE (Anne-Marie), DONADEY (Anne), Lire Assia Djebar, Alger, éditions Sédia, 2015, 195 pages ;

CHAOUTI (Amel), «L’œuvre d’Assia Djebar : quel héritage pour les intellectuels Algériens ?», El-Khitab, n°16, pages 35-44 ; 

CHIKI (Beïda), Assia Djebar, histoires et fantaisies, Paris, Presses Sorbonne nouvelle, 2007, 197 pages ;

CHIKI (Beïda), Littérature algérienne, désir d’histoire et esthétique, Paris, L’Harmattan, 1998, 200 pages ;

CLERC (Marie-Jeanne), Assia Djebar, écrire, transgresser, résister, Paris, L’Harmattan, 1997, 173 pages ;

CORVAISIER (Gaëlle), Histoire coloniale, fiction féminine, frictions en francophonies : études comparatives d’œuvres de Maryse Condé et d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Jean Bessière, Université de Paris 3, 2010, 295 pages ;

DEJEUX (Jean), Assia Djebar, romancière algérienne, cinéaste arabe, Sherbrook (Canada), Naaman, 1984, 117 pages ;

DEVARRIEUX (Claire), «Assia Djebar, mort d’une grande voix de l’émancipation des femmes», Libération du 7 février 2015 ;

GAFAITI (Hafid), La diasporisation de la littérature postcoloniale : Assia Djebar, Rachid Mimouni, Paris, L’Harmattan, 2005, 281 pages ;

GAFAITI (Hafid), Les femmes dans le roman algérien, Paris, L’Harmattan, 1996, 350 pages ;

GHARBI (Farah, Aïcha), L’intermédialité littéraire dans quelques récits d’Assia Djebar, Phd, Université de Montréal, Département des littératures de langue française, décembre 2009, 422 pages ;

GUBINSKA (Maria), «Quelques réflexions sur la première série romanesque d’Assia Djebar», Planeta Literatur, Journal of Global Literary Studies, 2014 (2) pages 31-41 ;

HAMANDIA (Zohra), Entre mémoire et désir : l’identité plurielle chez Assia Djebar, thèse sous la direction de Catherine Mayaux, Université de Franche-Comté, 2005, 416 pages ;

HARZOUN (Mustapha), «La disparition de la langue française, Assia Djebar, 2003», Hommes et migrations, février 2004, pages 128-129 ;

IVANTCHEVA-MERJANSKA (Irène), Ecrire dans la langue de l’autre : Assia Djebar et Julia Kristeva, Paris, L’Harmattan, 2015, 235 pages ;

KARZAZI (Wafaie), L’univers romanesque d’Assia Djebar, thèse, Université Bordeaux Montaigne, 1987, 453 pages ;

KIAN (Soheila), Ecriture et transgression d’Assia Djebar et de Leila Sebbar : les traversées des frontières, Paris, L’Harmattan, 2009, 180 pages ;

KIRSTEN (Husung), Hybridité et genre chez Assia Djebar et Nina Bouraoui, Paris, L’Harmattan, 2014, 284 pages ;

KOUADRI-MOSTEFAOUI (Bouali), Lecture de Assia Djebar : analyse linéaire de trois romans : «l’amour, la fantasia», «Ombre sultane», «la femme sans sépulture», Paris, L’Harmattan, 2011, 260 pages ; 

LABONTU-ASTIER (Diana), Assia Djebar, les alouettes naïves, étude critique, Paris, Honoré Campion, collection entre les lignes, 2014, 118 pages ;

LABONTU-ASTIER (Diana), L’image du corps féminin dans l’œuvre d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Claude Coste, Université de Grenoble, 2012, 444 pages ;

LACHERAF (Mustapha), «L’avenir de la culture algérienne», Les temps modernes, octobre 1963, n°209, 19ème année, pages 733-734 ;

LAGOUATI (Sofiane), Ecrire : le corps comme territoire entre les langues : «la diglossie littéraire» dans l’œuvre de Claude Ollier et Assia Djebar, thèse sous la direction de Mireille Calle-Gruber, 2008, 2 vol 591 pages ;

MILO (Giulivà), Lecture et pratique de l’histoire dans l’œuvre d’Assia Djebar, Bruxelles, préface de Beida Chiki, Bruxelles, New York, PIE, Peter Lang, 2007, 286 pages ;

MITTERRAND (Frédéric), OKS (Virginie), Assia Djebar, la soif d’écrire, Paris, Electron libre productions, 2007, film de 52 minutes ;

MOSBAHI (Mériem), Le thème de l’amour et de la guerre dans l’amour, la fantasia d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Rachid Raissi, Université Mohamed Kheider-Biskra, 2013-2014, 90 pages ;

QADER (Fatima), L’écriture féminine contemporaine et les représentations de la femme dans «Feux» de Marguerite Yourcenar, «Loin de Médine» d’Assia Djebar et «Te di la vida entera» de Zoé Valdès, thèse sous la direction d’Alain Montandon, Clermont Ferrand, Université Blaise Pascal, 2006, 2 vol, 518 pages ;

RANAIVOSON (Dominique), Assia Djebar : «L’amour la fantasia», Paris, Honoré Campion, 2016, 111 pages ;

REDOUANE (Najib), BENAYOUN-SZMIDT (Yvette), sous la direction de, Assia Djebar, Paris, L’Harmattan, 2008, 378 pages ;

REGAIEG (Najiba), «L’Algérie dans l’œuvre d’Assia Djebar», document pdf, 2014, 18 pages ;

REGAIEG (Najiba), De l’autobiographie à la fiction, ou le jeu de l’écriture, étude l’amour, la fantasia, et d’Ombre sultane d’Assia Djebar, thèse sous la direction de Charles Bonn, Université Paris 13, 1995, 371 pages ;

UMMTO (Fatima, Boukhelou), «Le Blanc de l’Algérie, œuvre historiographique et ré-écriture de l’histoire», El-Khitab, n°16, pages 179-192 ;

ZIMRA (Clarisse), «Comment peut-on être musulmane ? Assia Djebar repense Médine», Notre Librairie, sept juil 1994, n°118, pages 57-63.

Paris, le 27 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
 «Assia DJEBAR (1936-2015) une écrivaine algérienne adversaire résolue de la régression et la misogynie, entre consolation et intransigeance», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 12:16

Partager cet article

Repost0
19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 11:52

Romancier, dramaturge et poète visionnaire, par la radicalité de sa critique KATEB Yacine est considéré, grâce à son roman «Nedjma», comme le chef de file de la littérature algérienne. Tout est sorti de la prison et de l'amour, les deux sources de l'œuvre de KATEB Yacine. Il porte un regard lucide sur le drame du peuple algérien vivant entre la cruauté inouïe du colonialisme et le rejet du fondamentalisme religieux. Dans la colonisation, l’esclave en arrive à aimer ses chaînes, car après la conquête militaire, il a été entrepris l’assimilation et l’acculturation. Faisant appel à Tacite, à l’histoire de l’Antiquité, KATEB constate que Numides et Gaulois ont été vaincus par les Romains, dont le vaste empire a fini par s’effondrer.  Ecrivain réaliste, il voulait transformer le monde. «Je suis Algérien par mes ancêtres, internationaliste par mon siècle» et il précise : «Ni musulman, ni arabe, mais algérien». Ecrivain engagé, il estime que «le rôle de l’écrivain consiste à prendre position». En effet, «Nedjma» dénonce la colonisation et se situe dans «la période de l’affirmation de soi et du combat» écrit Jean DEJEUX. Poète rebelle, adversaire du colonialisme et partisan de l’indépendance, KATEB occupe en Algérie «la place du mythe ; comme dans toutes les sociétés, on ne connaît pas forcément son œuvre, mais il est inscrit dans les mentalités et le discours social». «Nedjma», conçue dans une grotte par un Algérien et une Française d’origine andalouse et juive islamisée, vivant en marge d’un monde perturbé, est le symbole d’une Algérie meurtrie et divisée par la guerre entière, mais toujours unie par l’amour de sa terre. La femme occupe une place de choix dans la libération de l’Algérie : «Gloire aux cités vaincues ; elles n’ont pas livré le sel des larmes, pas plus que les guerriers n’ont versé notre sang : la primeur en revient aux épouses, les veuves éruptives qui peuplent toute mort, les veuves conservatrices qui transforment en paix la défaite, n’ayant jamais désespéré des semailles, car le terrain perdu sourit aux sépultures, de même que la nuit est qu’ardeur et parfum, ennemie de la couleur et du bruit, car ce pays n’est pas encore venu au monde : trop de pères pour naître au grand jour, trop d’ambitions déçues, mêlées, confondues, contraintes de ramper dans les ruines» écrit-il dans «Nedjma». KATEB milite pour une Algérie libre, sans détour : «La grande importance de Kateb Yacine, c’est qu’il ne construit pas des ponts entre Orient et Occident, il a plutôt tendance à les miner ces ponts, à montrer que ces ponts ce sont des ponts artificiels, et que la réalité c’est celle du conflit» dit Gilles CARPENTIER. Par conséquent, «Nedjma» s’identifie aux héroïnes de la guerre de libération : «Elle fut la femme voilée de la terrasse, l’inconnue de la clinique, enfin femme sauvage sacrifiant son fils unique, sa noirceur native avait réapparu, visage dur, lisse et coupant. Nous n’étions pas assez virils pour elle. (…) Et le colt sous le sein».  Par la dimension métaphorique de sa contribution littéraire, KATEB Yacine reste ainsi l’une des figures les plus importantes et révélatrices de l’Histoire douloureuse de l’Algérie. «L’Auteur de Nedjma manipulera la plume à l’encontre de l’oppression comme d’autres manipuleront les armes pour combattre l’oppresseur» écrit le professeur Benaouda LEBDAI. «Nedjma, c’est l’héroïne du roman, qui d’ailleurs… enfin, ne domine pas tout à fait la scène, qui reste à l’arrière plan. C’est d’ailleurs le personnage symbolique de la femme orientale, qui est toujours obscure et qui est toujours présente également. Nedjma, c’est aussi une forme qui se profile, qui est à la fois la femme, le pays, l’ombre où se débattent les personnages […] principaux du roman, qui sont quatre jeunes Algériens dont je raconte les aventures et mésaventures. Algérie qui est actuellement noyée dans une espèce d’opacité, l’opacité d’un pays qui est en train de naître et dont les acteurs projettent des lueurs et finalement montrent le visage» dit KATEB Yacine. Aussi libre et libertaire, insolente et provocante, indéchiffrable et éblouissante que son œuvre, fut la vie de KATEB. Militant de toute son âme pour l’indépendance, au sein du Parti populaire algérien, puis du Parti communiste, il s’engage avant tout avec les «damnés de la terre», dont il est avide de connaître et faire entendre les combats : «Pour atteindre l’horizon du monde, on doit parler de la Palestine, évoquer le Vietnam en passant par le Maghreb» dit-il. Ainsi, «L’Homme aux sandales de caoutchouc» est, en 1970, une vaste fresque historique sur Ho-Chi-Minh et du Vietnam. Ecrivain réaliste, KATEB Yacine est adoubé par les «Lettres françaises» que dirige Louis ARAGON : «Yacine Kateb a 18 ans. Il est parti en France, il y a quinze jours. Conférences à Paris. Visites à Eluard, Aragon. M’a écrit une lettre enthousiaste. Je serais heureux qu’il réussisse à s’imposer. Il a un réel talent», écrit Emmanuel ROBLES qui l’a fortement soutenu. Pour Jean GRENIER, dans une lettre du 10 août 1951, de recommandation à Albert CAMUS, notre auteur est «enthousiaste et brûlant comme la poudre», Jean SENAC le présente en un écrivain qui «parle plus haut que le mot». KATEB Yacine est convaincu que les mots sont une arme contre l’oppression : «Beaucoup (…) n’ont pas besoin de livres pour vivre. Pauvres idéalistes ! Ils ne savent pas que les livres, à la fin des fins, resteront la dernière propriété de l’homme, propriété rarissime… Les révolutions commenceront plus que jamais dans les bibliothèques» dit-il.

SENAC qualifie «Nedjma» d’une allégorie en prise avec l’Histoire de l’Algérie en train de se faire (1er novembre 1954), un éclatement du récit réaliste s’opposant au nouveau roman code déjà dominant, une unicité d’une œuvre à venir. N’appartenant à aucune école de pensée, même s’il a lu William FAULKNER, James JOYCE, John DOS PASSOS et Bertolt BRECHT, le style de KATEB Yacine peut être parfois sinueux ; son récit n’est pas linéaire, les histoires s’enchevêtrent. «Ce qui fait la force du texte katébien, c’est sa non-transparence ; il n’est jamais de grandes proclamations de foi dans Nedjma, c’est dans la construction même du texte, dans la stratégie discursive que s’affirme l’indépendance» écrit Geneviève CHEVROLAT. Fragments, bourgeonnements, variantes, éclatement de la narration traditionnelle, par sa structure innovante et par sa densité poétique, le récit de KATEB écrit par spasmes et construit avec des guenilles comme des morceaux de jarre cassée, innove et déroute le lecteur. «Moi, j'ai choisi la Révolution. Je suis prêt à sacrifier beaucoup de recherches de formes pour atteindre les objectifs de fond, vitaux pour la littérature (...) Nous avons une réalité qui demande d’être appréhendée directement de façon vierge (…) il y a des gens qui parlent de [la Révolution] comme s'ils étaient des esthètes. Ils ne se rendent pas compte que c'est odieux ou ridicule. (…) Il faut tout repenser, il faut se libérer des tabous universitaires, ne pas se préoccuper d’être toujours à la mode» dit-il. C’est donc en raison de son refus perpétuel du conformisme que la biographie de KATEB nous éclaire sur le sens de son message : «La mémoire n’a pas de succession chronologique. En cela l’œuvre de Kateb Yacine est doublement œuvre de mémoire : elle est éclatement et récupération du passé, dans le cercle du temps et dans le polygone étoilé de l’espace. Mais pour approcher cet éclatement poétique et politique, constaté et refusé, il est utile en raison notamment de l’importance du contenu biographique de l’œuvre et parce que cette vie est significative de l’évolution suivie par la plupart des écrivains de la même génération de recomposer cette succession chronologique que la mémoire et l’écriture décomposent» écrit Gérard FAURE. KATEB Yacine décrit une sédimentation d’histoires, de drames et de conquêtes accumulées, enfouis, recouverts, mais jamais effacés. Brassant l’histoire depuis les temps reculés, KATEB estime que la colonisation française a été sanglante et destructrice : «Ni les Numides ni les Barbaresques n'ont enfanté en paix dans leur patrie. Ils nous la laissent vierge dans un désert ennemi, tandis que se succèdent les colonisateurs, les prétendants sans titre et sans amour» écrit KATEB Yacine. Les envahisseurs avaient «la hache d’une main, le sabre de l’autre» écrit-il dans «Nedjma». Mais dans leur tentative de dépersonnalisation de l’homme algérien, celui-ci s’est révélé d’une grande capacité de résistance : «La peuplade égarée se regroupait autour du bagne passionnel qu’ils appellent l’Islam, Nation, Front ou Révolution, comme si aucun mot n’avait assez de sel» écrit-il dans le «Polygone étoilé». KATEB Yacine dresse aussi, de façon critique, l’histoire du mouvement national algérien en faisant référence à l’élimination du M.L.T.D Messali HADJ : «On n’en finissait pas avec les crimes de Raspoutine. Il avait torpillé l’ancien parti du peuple» écrit-il dans le «Polygone étoilé». Et il y évoque aussi, «la vieille tyrannie» reprenant «pied, sous le costume national». La révolte de la jeunesse d’octobre 1988, mettant fin à l’hégémonie du parti unique, lui donnera raison.

Publié en 1956, au moment où la guerre d’Algérie est encore une plaie ouverte, Nedjma est une œuvre hermétique, mais c’est le fil conducteur de la contribution littéraire de KATEB Yacine, son noyau dur, en raison de sa force et de sa richesse. La construction du roman ne peut que désorienter le lecteur : la chronologie est fortement brouillée, les points de vue narratifs sont multiples, partagés entre celui d’un narrateur extérieur et ceux des quatre personnages principaux dont le roman épouse le flux et le reflux des prises de position. En fait, KATEB s’engage délibérément dans l’Histoire et s’engage pour l’Algérie indépendante. «Nedjma» ou en arabe, «l’étoile» symbolisant l’idéal nationaliste, rayonne et domine sur toute l’œuvre de KATEB Yacine : «Ce qui fait tenir le tout, c’est une sorte de vertige, cette ivresse qu’on éprouve à courir dans le grand vent : le centre vide du Polygone, l’Algérie rêvée à l’image du monde» dit Gilles CARPENTIER dans la préface du «Polygone étoilé». KATEB Yacine écrivait : «Il n’y a plus alors d’Orient, ni d’Occident». Tout ça c’est du vent. L’Esprit souffle où il veut. «Pour écrire Nedjma, il m’a fallu sept ans. C’est que l’art, comme le bon vin, exige beaucoup de temps» dit-il. KATEB Yacine se définit comme l’homme d’un seul livre, toute sa contribution littéraire pouvant se rattacher aux thèmes de l’amour et de la révolution dans «Nedjma». En effet, le «Polygone étoilé» constitue les fragments n’ayant pas trouvé leur place dans «Nedjma», les personnages sont les mêmes. On retrouve dans «le Polygone étoilé», poésie, théâtre, récit historique et chronique de presse, mais aussi cette constante d’une «Algérie rêvée, une Algérie plurielle, de par ses langues, ses races, ses religions, ses aspirations» écrit Mohand KHERROUB.  On a reproché à KATEB de publier sous des formes différentes, le même récit obsessionnellement repris et déplacé d’un texte à l’autre. En fait, en rupture avec ses prédécesseurs, et ses contemporains (Mouloud FERAOUN, Mohamed DIB et Mouloud MAMMERI), en écrivain réaliste, il insiste sur la dimension mythique et s’est arrogé le pouvoir de dire l’Histoire. S’insurgeant contre l’injustice et la tyrannie, il décrit «une Algérie multiple et contradictoire, agitée des soubresauts de sa longue et violente histoire, une Algérie jeune et âgée, musulmane et païenne, savante et sauvage» écrit Gilles CARPENTIER. Son héroïne, «Nedjma», se présente sous des facettes multiples. Tout d’abord, elle est la femme fatale, belle, perverse et dangereuse poussant ses prétendants à s’entredéchirer : «Et si loin qu’on remonte, une femme sauvage est occupée à dévorer les hommes, sans haine et sans pitié. De la vie à la mort, son choix reste équivoque. Elle est originaire de la tribu de l’aigle et du vautour» écrit dans «les Ancêtres redoublent de férocité». Ensuite, «Nedjma» est aussi la femme sauvage, mystérieuse et fuyante sachant diriger les hommes vers le combat : «Naïves et redoutables sont nos armes, comme le peuple qui accourt gagné par la prophétie, oui elle sera lavée de la défaite séculaire. Et notre terre, en enfance tombée, sa vieille ardeur se rallume» écrit-il. KATEB réaffirme que la littérature n’appartient pas seulement qu’aux Français. De même que «Nedjma» n’appartient ni à son père, ni à son mari, mais existe surtout dans le regard des quatre soupirants qui la convoitent la désirent. Enfin, Nedjma est la femme symbole de l’identité algérienne, Nedjma c’est l’Algérie. Nedjma est assimilée à Salammbô, personnage d’un roman historique de Gustave FLAUBERT ; il retrace cette atmosphère de violence folle, irrationnelle et paroxystique des scènes de bataille et de massacres. KATEB fait une allusion directe aux massacres du 8 mai 1945. Par ailleurs, «Nedjma» est la femme mythique, la Kahina, reine Berbère. Comme Madame Bovary de FLAUBERT qui s’est suicidée, «Nedjma» signe la mort d’un mythe, celui d’une France civilisatrice et bienfaitrice. Par conséquent, la contribution littéraire de KATEB est justement une laborieuse et chaotique reconquête de la mémoire, une nécessité de combattre cette histoire falsifiée, et d’inventer la Révolution. En effet, les autres principales œuvres de KATEB Yacine «Le Polygone éclaté» et «Le Cercle des représailles» tentent précisément de répondre à ce mal historique par le biais d'un univers violemment poétique, voué à la discontinuité et à l'errance. «Il n’y a rien d’autre : amours, misères, mort de l’Algérie colonisée ou de l’Algérie renaissant dans le sang et l’horreur» écrit Yves BENOT. Mélange de biographie et d’histoire, les personnages Rachid, Mourad, Lakhadar et Mustapha, ainsi que Nedjma sont encore condamnés à l’impuissance en raison des dissensions entre mouvements nationalistes. Le réel est transformé et prend une dimension mythique, collective et épique. KATEB dépeint la dignité et la tragédie des hommes dominés. Le choix de la polyphonie et de la pluralité des genres correspond ainsi à l'image d'une Algérie dispersée par la guerre et par l'émigration, mais que le «chaos créateur» se donne pour vocation de refaçonner, à la recherche de l'origine perdue. KATEB a dit lui-même que ses poèmes «Soliloques» sont liés au massacre à Sétif : «Ces poèmes ont été écrits alors que j’avais 15 ans, avant et après la manifestation du 8 mai 1945. J’étais interne au collège de Sétif. Ce jour-là c’était la fête, la victoire contre le Nazisme. On a entendu sonner les cloches, et les internes ont été autorisés à sortir. Il était à peu près dix heures du matin. Tout à coup j’ai vu arriver au centre de la ville un immense cortège. C’était mardi, jour de marché, il y avait beaucoup de monde, et même des paysans qui défilaient avec leurs vaches. A la tête du cortège, il y avait des scouts et des camarades de collège qui m’ont fait signe, et je les ai rejoints, sans savoir ce que je faisais. Immédiatement, ce fut la fusillade suivie d’une cohue extraordinaire». Il ajoute «le 13 mai, au matin, j’ai été arrêté par des inspecteurs qui m’ont conduit à la prison de la gendarmerie. Autour de la prison, on entendait des coups de feu, les exécutions sommaires avaient lieu en plein jour. Devant la mort, on se comprend, on se parle plus et mieux». Ces massacres du 8 mai 1945 font basculer KATEB Yacine dans le camp de la révolution : «Et quand je suis devenu collégien, plus tard au collège de Sétif, c’était beaucoup plus dur parce que là les camarades se moquaient du poète qui s’enfermait ou qui écrivait des vers, enfin qui n’était pas comme les autres. À ce moment-là il y a eu pour moi une espèce de nuit, de solitude qui a commencé jusqu’au moment où j’ai découvert les idées révolutionnaires, jusqu’au moment où en classe on a commencé à se passer les premiers journaux progressistes, révolutionnaires, nationalistes, communistes, etc. Ça a été comme une flamme dans un baquet d’essence, tout de suite ça m’a pris. Puis les événements se sont précipités, il y a eu les manifestations de 1945, je me trouvais dans la rue, j’ai été pris, emprisonné, toute ma famille a été profondément bouleversée par ça. Du point de vue personnel j’ai basculé vers la politique, si vous voulez. J’ai basculé vers ce qui était pour moi la révolution, mais encore très théorique, et surtout livresque, parce que je vivais dans un monde français, je lisais des livres français, lorsque je pensais à la révolution, je ne sais pas, je pensais à Napoléon ou Kléber mais je ne voyais pas le peuple algérien qui était devant moi tous les jours, c’est en prison que je l’ai vu» dit-il.

De son vrai nom, Mohammed KHELLOUTI, il a pris le pseudonyme de KATEB Yacine, parce que l'administration coloniale appelait les indigènes par leur patronyme suivi de leur prénom. KATEB, qui signifie «écrivain» en arabe, était issu d’une famille de lettrés de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien). Le 8 mai 1945, il n’a pas encore 16 ans, il participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l’indépendance. A Sétif, les policiers tuent le porte-drapeau Bouzid et trois Algériens. En représailles, la population tue 74 Européens. La loi martiale est instaurée et le grand massacre va commencer. Arrêté à Sétif, KATEB Yacine est incarcéré durant trois mois à la suite de la répression, qui fait 45 000 morts. Sa mère, à laquelle il est profondément attaché, c’est elle qui l’a initié à la tradition orale et à la poésie, sombrera dans la folie. Cette date du 8 mai marquera l’élément déclencheur de sa vocation littéraire. C’est en septembre 1945, à Annaba, qu’il tombe éperdument amoureux d’une de ses cousines, Zoulheikha, qui va inspirer «Nedjma» (étoile), rédigé en français, œuvre fondatrice qui a totalement bouleversé l’écriture maghrébine. «A ma libération, j’ai traversé une période d’abattement. J’étais exclu du collège, mon père agonisait, et ma mère perdait la raison. J’étais resté enfermé dans ma chambre, les fenêtres closes, plongé dans Beaudelaire. Puis, mon père m’a persuadé, pour changer d’air, d’aller à Annaba, où nous avions des parents. Là, ce fut le deuxième choc, l’amour. J’ai rencontré Nedjma. J’ai vécu près de 8 mois avec elle. C’était le bonheur absolu. Mais, en même temps, j’étais fasciné par les militants, les gens que j’avais connus en prison, et que je retrouvais, immanquablement. Il y a eu en moi un déchirement entre Nedjma et mes camarades. Et puis, elle était déjà mariée, j’étais trop jeune pour elle, je savais bien qu’il fallait rompre, mais c’était difficile» dit-il. KATEB rencontre au bar, un éditeur qui accepte de publier «Soliloques» ses poèmes de jeunesse, «on y retrouve deux thèmes majeurs : l’amour et la révolution» dit KATEB. «Soliloques» n’est pas encore «Nedjma», mais son acte de naissance. Dans cette histoire métaphorique où quatre jeunes gens, Rachid, Lakhdar, Mourad et Mustapha, gravitent autour de Nedjma en quête d’un amour incestueux, impossible et d’une réconciliation avec leur terre natale et les ancêtres, la jeune fille, belle et inaccessible, symbolise aussi l’Algérie résistant sans cesse à ses envahisseurs, depuis les Romains jusqu’aux Français. La question de l’identité, celle des personnages et d’une nation, est au cœur de l’œuvre, pluridimensionnelle, polyphonique.

«Nedjma» deviendra une référence permanente dans l’œuvre de KATEB, amplifiée en particulier dans «Le Polygone étoilé», mais aussi dans son théâtre «Le Cercle des représailles» et sa poésie. Pour Moa ABAID, comédien qui l’admirait, il était «un metteur en scène génial, proche de la réalité, qui a vraiment travaillé sur la construction du personnage pour parler au public, sans camouflage ni maquillage. Son utilisation de la métaphore et de l’allégorie n’est pas un évitement, puisqu’il a toujours dit haut et fort ce qu’il pensait, mais provient du patrimoine culturel arabo-musulman».

KATEB Yacine est né le 6 août 1929, Condé Smendou (Zirout Youcef), dans le Nord Constantinois, mais cette naissance a été déclarée le 26 août 1929. Il est issu d’un milieu qui sut lui apporter, avec le sentiment de son appartenance tribale, un contact familier avec les traditions populaires du Maghreb. Originaire d’un «lieu de séisme et de discorde ouvert aux quatre vents», il est passionnément attaché à retrouver ses racines et celles de son peuple. KATEB Yacine est un «Keblout», sa famille est issue d’une lignée berbère installée près de Nadhor, dans l’est du pays. Keblout, chef d’une tribu racine du peuple algérien, renvoie à l’image d’Abdel El Kader, ce nationaliste algérien brisé par le colonialisme. Keblout pourrait aussi se rattacher aux Almoravides qui ont islamisé le Sénégal ou aux origines du Maghreb entier, dans sa période la plus glorieuse. L’ancêtre Keblout est un Diogène oriental, «un sage paradoxal, poète et buveur, amoureux des belles étrangères» écrit Gilles CARPENTIER. Les Berbères, souvent tentés par la migration, doivent se rattacher à la famille, à la tribu, pour conserver leur patrimoine culturel : «Nous ne sommes que des tribus décimées. Ce n’est pas revenir en arrière que d’honorer notre tribu, le seul lien qui nous reste pour nous retrouver, même si nous espérons mieux que cela» écrit-il dans «Nedjma». Son père et sa mère, «un véritable théâtre arabe», sont cousins germains. «Mon père était avocat, mon père et ma mère, mon grand-père et ma grand-mère, mes oncles, mes tantes, tout ça, ça vient de la même tribu et nous sommes tous issus de mariages consanguins» écrit-il. Pourfendeur du système colonial, il estime que «la Justice n’est juste que pour les hommes égaux». Le colonialisme, assimilé au vautour, c’est la loi du plus fort : «Je suis de la tribu de l’aigle. Mais l’aigle a disparu. Un vautour le remplace. Les Ancêtres nous ont prédit que lorsque sonneront les dernières heures de la tribu, l’aigle noble et puissant devra céder sa place à l’oiseau de la mort et de la défaite» écrit-il dans «la poudre d’intelligence». Dans le processus de libération de l’Algérie, il assigne un rôle particulier aux Ancêtres : «Ce sont des âmes d'ancêtres qui nous occupent, substituant leur drame éternisé à notre juvénile attente, à notre patience d'orphelins ligotés à leur ombre de plus en plus pâle, cette ombre impossible à boire ou à déraciner, l'ombre des pères, des juges, des guides que nous suivons à la trace, en dépit de notre chemin» écrit-il dans «Nedjma».

Le jeune Yacine a vécu une enfance insouciante, heureuse et vagabonde. «La plus grande époque de ma vie, je crois que c’était quand j’étais gosse. Tout homme est dans l’enfant» dit-il. KATEB Yacine avait puisé dans sa famille, composée de gens lettrés, un goût prononcé pour les livres et la lecture. Son grand-père maternel était auxiliaire de justice. Son père, avec une double culture, française et musulmane, était un avocat indigène qui a travaillé à Sédrata, à Sétif et à Lafayette (Bougaâ). «Mon père était oukil, c’est-à-dire qu’il était une sorte d’avocat en justice musulmane, et il était appelé à souvent changer de résidence, de sorte que nous avons beaucoup déménagé pendant ma jeunesse. Mon père était aussi voyageur par tempérament. J’ai tenu déjà de lui et de ma mère une espèce de pratique quotidienne de la poésie, qu’on retrouve dans toute notre tribu. Ce qui est caractéristique de cette tribu c’est précisément que dans son sein un filon poétique qui se retrouve chez presque tous ses membres, de façon naïve, de façon plus approfondie, de façon plus ou moins affirmée» dit-il. Sa mère, Yasmina, «Elle, la source de tout. Elle se jetait dans le feu, partout où il y avait du feu. Ses jambes, ses bras, sa tête, n'étaient que brûlures. J'ai vécu ça, et je me suis lancé tout droit dans la folie d'un amour, impossible pour une cousine déjà mariée». KATEB lui a consacré, un poème, «La Rose de Blida» et se fait promoteur, à travers elle, du féminisme : «La question des femmes algériennes dans l'histoire m'a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m'a toujours semblé primordiale. Tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai fait jusqu'à présent a toujours eu pour source première ma mère. C'est ma mère qui a fait de moi ce que je suis. Je crois que c'est vrai pour la plupart des hommes. Certains le disent, d'autres l'ignorent, mais s'agissant notamment de la langue, s'agissant de l'éveil d'une conscience, c'est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l'enfant, c'est elle qui construit son monde» dit dans «Parce que c’est une femme». Son nationalisme, il le doit en partie, aux histoires que lui racontait sa mère : «Ma mère lorsque son mari s’absentait, avait peur la nuit. Pour me tenir éveillé, elle contait d’interminables légendes nationales où Abd-El-Kader se mêlait aux héros anciens qui tous évoquaient nostalgiquement la grandeur passée des Arabes aujourd’hui asservis» écrit-il.  

Après l'école coranique, qu'il apprécia peu, KATEB fréquenta l'école française, sur insistance de son père : «La langue française domine. Il te faudra la dominer et laisser en arrière tout ce que nous t’avons inculqué dans ta plus tendre enfance. Mais une fois passé maître dans la langue française sans danger revenir avec nous à ton point de départ». Cependant, KATEB nourrit des sentiments contradictoires à l’égard de la langue française : c’est un moyen de perdre sa personnalité, ses racines culturelles et religieuses ; on est «dans la gueule du loup», mais, en même temps, KATEB y découvrit la vertu libératrice de l'esprit critique. Très tôt, il est témoin de la colonisation de sa terre natale, et en subit les conséquences. L’apprentissage de la langue française est une première déchirure, mais aussi premier combat de sa vie. Il aura cette phrase : «La francophonie est une machine de guerre néocoloniale, qui ne peut que perpétuer notre aliénation, mais l’usage de la langue française ne signifie pas qu’on soit l’agent d’une puissance étrangère, et J’écris en français, mieux que les Français, pour dire que je ne suis pas français». Pour lui, la langue française est un butin de guerre : l’écriture est une lutte, et le poète, un «boxeur». «Je pense que la phrase de KATEB Yacine est encore d’actualité. Pourquoi ? Parce qu’elle signifie bien que si on a imposé une langue par la fameuse politique d’assimilation culturelle, dont il faut rappeler qu’elle ne s’adressait qu’à une minorité, l’apprenant colonisé, en choisissant d’être écrivain, en a fait son arme de révolte et de remise en cause du système, en la travaillant à partir de son imaginaire, de sa culture, de sa langue d’origine. J’aime bien dire que si la langue a été imposée au petit colonisé à son corps défendant, il n’est devenu écrivain, usant de cette langue, qu’à son corps consentant.  La langue appartient à celui ou celle qui la travaille avec les instruments qu’il ou elle se forge», dit Christine CHAULET ACHOUR.

KATEB luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait «révolutionner la révolution». Il considérait qu’il ne pouvait pas renoncer au «chaudron» (la langue française) : «J'ai honte d'avouer que ma plus ardente passion ne peut survivre hors du chaudron. C'est pourquoi, plutôt que de te promener au soleil, je préférerais de beaucoup te rejoindre dans une chambre noire, et n'en sortir qu'avec assez d'enfants pour être sûr de te retrouver. Et seule une troupe d'enfants alertes et vigilants peut se porter garante de la vertu maternelle» écrit-il. En effet, s’il considérait le français comme un «butin de guerre», il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le Tamazight (berbère) comme langues nationales.  Pour KATEB Yacine, libérer l'Algérie, c'était lui rendre sa véritable langue et son histoire. Écrivain d'abord de langue française, langue dans laquelle il a découvert le sens du mot «Révolution», il se met rapidement à l'arabe dialectal algérien pour se faire entendre de son peuple. À partir de l'Indépendance, il s'engage pour la reconnaissance du Tamazigth (berbère), langue d'avant la colonisation arabo-islamique. «Il faut créer un arabe moderne et rajeunir certains dialectes» dit-il.

En 1945, l'expérience de la prison lui a révélé «les deux choses qui [lui] sont les plus chères : la poésie et la Révolution». De retour en Algérie, en 1948, il entre au quotidien Alger Républicain et exerce divers métiers. Il est alors docker, puis il revient en France où il exerce divers métiers, publie son premier roman et part à l'étranger (Italie, Tunisie, Belgique, Allemagne...). Ensuite, il poursuivra ses voyages avec les tournées de ses différents spectacles.  Proche des milieux nationalistes, inscrit au Parti communiste, il travaille un temps comme journaliste, notamment à «Alger républicain», seul journal de gauche géré en ces années-là par Henri ALLEG ; ce journal interdit en 1955, mais réhabilité en 1962, sera interdit en 1965, sous BOUMEDIENE, puis autorisé, à nouveau, à la suite des émeutes d’octobre 1988. Il collaborera avec «Mercure de France», la revue «Esprit» et les «Lettres françaises». En 1950, son père meurt, et ayant la charge de ses deux jeunes sœurs et sa mère malade, KATEB s'exile en Europe, où il fait éditer romans et pièces de théâtre. Il vit dans une extrême précarité jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1954-1962), principalement en France, harcelé par la direction de la surveillance du territoire (DST), et voyageant beaucoup. Dans le bouleversement terrible et euphorique de 1962, il rentre en Algérie, mais déchante rapidement. Il s’y sent «comme un Martien» et entamera une seconde période de voyages  (Moscou, Hanoï, Damas, New York, Le Caire) : «En fait, je n’ai jamais cru que l’indépendance serait la fin des difficultés, je savais bien que ça serait très dur» dit-il.

KATEB Yacine est un poète du réalisme. «La réalité exprimée ici est celle du peuple algérien. (…) Il est permis à Nedjma du «Cadavre» de s’accomplir souterrainement jusqu’à devenir la femme des «Ancêtres», c’est l’Algérie, dramatique et toujours présente, qui anime la scène» écrit Edouard GLISSANT dans sa préface sur le «Cercle des représailles». KATEB revient à Paris, et monte la pièce «La femme sauvage», un autre nom de Nedjma. Il rentre en Algérie en 1972, où il dirige une troupe théâtrale que les autorités préfèrent reléguer à partir de 1978 au théâtre régional de Sidi-bel-Abbès, dans l'Ouest algérien. Il est confronté au manque d’actrices, de femmes qui travaillent au théâtre, ainsi qu’au manque de moyens financiers ; ce qui limite les déplacements, l’intendance (logement, nourriture), les décors, les costumes, la documentation et même la lumière. Mais il a pu toucher un public nouveau, notamment les jeunes. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (A.C.T.), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques, avec des moyens très simples et minimalistes, les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages, le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration. «Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (...) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle» dit-il.

KATEB Yacine abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont «Mohamed, prends ta valise», sa pièce culte, donnera le ton. «Nous travaillons toujours en arabe dialectal, pour la bonne raison que nous voulons toucher l’ensemble du public et pas seulement une partie du public. C’est-à-dire les gens du peuple, le grand public» dit-il. A travers son théâtre, il a voulu sensibiliser les Algériens sur l’Apartheid, ainsi que la guerre palestino-israélienne, et montant une pièce «Palestine trahie» qui retrace et remonte à l’histoire des religions, de manière à éclairer le présent. Il a été bouleversé par le massacre de Sabra et Chatilla. «Le Roi de l’Ouest» est un clin d’œil au conflit du Sahara Occidental. «Lorsque je suis allé au Vietnam, j’ai été frappé par le fait que les Vietnamiens ont porté presque toute leur histoire au théâtre, depuis l’invasion chinoise, il y a bien longtemps, plus d’un millénaire. Je voudrais faire la même chose en Algérie, c’est-à-dire porter notre histoire, ainsi que notre histoire brûlante actuelle, parce que là je touche à des thèmes d’actualité» dit-il.

Ses premières œuvres ont accompagné l'insurrection nationaliste contre le colonialisme français. Mais l'arrivée au pouvoir d'une bourgeoisie arrimée à l'arabe classique et à l'islam le conduit vers un autre combat. Surnommant les islamo-conservateurs les «Frères monuments», il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : «La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (...). S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde». En lisant «l’histoire des Berbères et des dynasties» d’Ibn KALDOUN (1332-1406), il écrit et monte «La voix des femmes», présentée pour la première fois, le 3 juillet 1971, à Tlemcen. Cette pièce relate le rôle des femmes dans l’Histoire en partant de la Kahina (début du VIIIème siècle), également appelée Dihya, la Yemma ou la maman, une reine berbère, symbole de la résistance Amazigh aux conquêtes étrangères (Romains, Arabes, Turcs, Français). Il fut une époque où les femmes avaient voix au chapitre. Peu à peu, la voix des femmes disparait et il ne reste plus que le lointain écho qui s’éloigne de plus en plus de son émetteur. KATEB retrace le siège de Tlemcen, par les Mérinides et la fondation du Maghreb central (aujourd’hui l’Algérie), par la tribu des Béni Abdelwed, originaire des Aurès, dont le chef Yaghmoracen résista victorieusement aux rois de l’Est et de l’Ouest.

Ses prises de position, toujours attendues et toujours fidèles à l'esprit du soulèvement de 1954, n'ont jamais cessé d'appeler à la libération de l'Algérie. Ainsi en octobre 1988, quand il proteste contre la répression des manifestations algéroises «Moi, je veux être perturbateur, même au sein de la perturbation. Il faut révolutionner la Révolution. Elle a des ornières» dit-il. Il constate, dépité, que l’indépendance a été décevante : «Tout ce que je peux dire, c’est que rien n’a changé pour le prolétaire émigré, même si son pays est indépendant, bien au contraire». Il écrit en Arabe, une pièce «Mohamed, prend ta valise» L’engagement politique de KATEB détermina fondamentalement ses choix esthétiques : «Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie». Libérer l’Algérie, c’était lui rendre sa véritable langue et son histoire. Écrivain d’abord de langue française, langue dans laquelle il a découvert le sens du mot «Révolution», il se met rapidement à l’arabe dialectal algérien pour se faire entendre de son peuple. En effet, KATEB reconnaît, à son époque, que l’arabe littéraire n’était pas maîtrisé par la grande masse de la population, et cette langue s’est sclérosée et ne s’est pas modernisée, suffisamment. De sorte qu’écrire en Arabe n’est pas forcément un gage de l’accès à une audience plus grande. Il s’engage donc dans la valorisation de l’Arabe dialectal. En 1967, il décide de ne plus écrire que pour le théâtre et parcourt l’Algérie, à partir de 1970, avec sa troupe de théâtre La Mer de Bab El-Oued. Sa rencontre, grâce à Jean-Marie SERREAU, avec Bertolt BRECHT, a été celle d’un jeune dramaturge, doué mais encore peu connu, et d’un grand maître de la scène, sûr de lui et euro-centriste sans le sentir. Ce fut un échange court, un dialogue de sourds : A BRECHT, qui avait alors dit à KATEB que le temps de la tragédie était fini, le dramaturge algérien répondra avec aplomb que son pays était justement entrain d’en vivre une. Ils finiront cependant avec le temps par se rencontrer dans le monde des idées et tendre vers la convergence : BRECHT qui voulait un théâtre marqué par le sérieux et la «distanciation» finira par ouvrir son théâtre au rire et au chant comme moyens didactiques tandis que KATEB abandonnera lentement le monde du tragique pour s’orienter vers un théâtre populaire qui, utilisant les mêmes armes et outils, se voudra une leçon de sciences politiques. Il écrira le «Cadavre encerclé».

Pour KATEB, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge «vraiment essentielle dans l’expression de l’homme». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. «Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (...). J’ai en tous les cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié». Un «pouvoir explosif» qu’il utilisera dans «Le Cadavre encerclé», où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au cœur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective. KATEB a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post-indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Il dénonce, avec férocité le fanatisme arabo-islamiste : «Les ennemis de la philosophie ont inventé le turban comme un rempart, protégeant contre toute science, leurs cranes désertiques» dit-il dans sa pièce, «la poudre d’intelligence». Et il dira, «le doute n’est qu’un grain de sable dans le désert de la foi».

Prix Jean AMROUCHE de 1963, KATEB Yacine obtient le Grand Prix national des lettres par l’Académie française en 1986. «Un grand écrivain ? Je suis un mythe plutôt. Je représentais jusqu’à présent un des aspects de l’aliénation de la culture algérienne. J’étais considéré comme un grand écrivain parce que la France en avait décidé ainsi» dit-il. Décédé en exil, le 28 octobre 1989, à Grenoble, sans avoir pu terminer les émeutes algériennes de la jeunesse du 5 octobre 1988 (contre le parti unique, la vie chère et la raréfaction des denrées de première nécessité ; les années 90 seront tragiques (plus de 150 000 morts, basculement dans le libéralisme), KATEB Yacine est inhumé au cimetière El Alia, dans la banlieue d’Alger, Oued Smar. Il avait trois enfants (Hans, Amazigh et Nadia). Dans le cortège où figurent des étudiants en lutte et des amis qui seront assassinés au cours de la décennie suivante, on chante l’Internationale en Tamazight. KATEB Yacine connaît toujours une popularité certaine en Algérie, où un colloque international lui a été consacré. En France, une bibliothèque municipale, au 202, Grand Place, à Grenoble, porte son nom. Ce «poète en trois langues», selon le titre du film que Stéphane GATTI lui a consacré, demeure un symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustice, et l’emblème d’une conscience insoumise, déterminée à rêver, penser et agir debout. «Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion» écrit-il. Rebelle à tous les pouvoirs, pourfendeur du colonialisme, de l'impérialisme et de tous les intégrismes, tout ce que la mort a fait de lui, c'est de le transporter du monde de la prétention à celui de la consécration. «Notre peuple sait bien qu’une guerre, comme la nôtre, n’ayant jamais cessé, ne sera jamais finie» écrit-il. Pour Edouard GLISSANT, KATEB Yacine n’est pas simplement un écrivain algérien, mais un écrivain du monde, il est l’un des plus grands écrivains du XXème siècle aux côtés de James JOYCE et William FAULKNER. Le temps serait-il donc un long mensonge ?

KATEB était avant tout un génie de la poésie, et il vouait une grande admiration pour l’émir Abdelkader (1808-1883), le nationaliste algérien.

J’ai caché la Vie d’Abdelkader.

J’ai ressenti la force des idées.

J’ai trouvé l’Algérie irascible. Sa respiration…

La respiration de l’Algérie suffisait.

Suffisait à chasser les mouches.

Puis l’Algérie elle même est devenue…

Devenue traîtreusement une mouche.

Mais les fourmis, les fourmis rouges,

Les fourmis rouges venaient à la rescousse.

Je suis parti avec les tracts.

Je les ai enterrés dans la rivière.

J’ai tracé sur le sable un plan…

Un plan de manifestation future.

Qu’on me donne cette rivière, et je me battrai.

Je me battrai avec du sable et de l’eau.

De l’eau fraîche, du sable chaud. Je me battrai.

J’étais décidé. Je voyais donc loin. Très loin.

Je voyais un paysan arc-bouté comme une catapulte.

Je l’appelais, mais il ne vint pas. Il me fit signe.

Il me fit signe qu’il était en guerre.

En guerre avec son estomac, Tout le monde sait…

Tout le monde sait qu’un paysan n’a pas d’esprit.

Un paysan n’est qu’un estomac. Une catapulte.

Moi j’étais étudiant. J’étais une puce.

Une puce sentimentale… Les fleurs des peupliers…

Les fleurs des peupliers éclataient en bourre soyeuse.

Moi j’étais en guerre. Je divertissais le paysan.

Je voulais qu’il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant mon père le paysan. Je bombardais la lune dans la rivière.

Bibliographie

1 – Contributions de KATEB Yacine :

1 – 1 – Ouvrages

KATEB (Yacine), Abdelkader et l’indépendance algérienne, Alger, En-Nahda, 1947, 44 pages ;

KATEB (Yacine), Eclats de mémoires, textes réunis par Olivier Corpet, Albert Dichy et Mireille Djaider, Paris, IMEC, 1994, 78 pages ;

KATEB (Yacine), L’homme aux sandales de caoutchouc, Paris, Seuil, 1970 et 2001, 283 pages ;

KATEB (Yacine), L’œuvre en fragments, textes présentés par Jacqueline Arnaud, Paris, Sindbad, 1986, 446 pages ;

KATEB (Yacine), La femme sauvage, Paris, Julliard, 1962,  pages 7-25 ;

KATEB (Yacine), Le cercle des représailles, préface d’Edouard Glissant, Paris, Seuil, 1959, 172 pages ;

KATEB (Yacine), Le polygone étoilé, préface de Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1966, 1994 et 1997, 186 pages ;

KATEB (Yacine), Loin de Nedjma, Alger, Laphonic, 1986, 93 pages ;

KATEB (Yacine), Minuit passé de douze heures : écrits journalistiques, 1947-1989, textes réunis par Amazigh Kateb, Paris, Seuil, 1999, 358 pages ;

KATEB (Yacine), Nedjma, préface Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1956 et 1996, 275 pages ;

KATEB (Yacine), Soliloques, Paris, La Découverte, 1991, 57 pages ;

KATEB (Yacine), Un poète comme boxeur, textes réunis et présentés par Gilles Carpentier, Paris, Seuil, 1994, 184 pages.

1 – 2 – Articles et Interviews

KATEB (Yacine), «Entretien avec Arlette Casas», Mots, 1998, (57) pages 96-108 ;

KATEB (Yacine), «Nedjma de Kateb Yacine, ou l’âme de l’Algérie» interview accordée à Yacine Gamarra, Les lettres françaises, 11 octobre 1956, n°649 ;

KATEB (Yacine), «Sa biographie, par lui-même», Les lettres françaises, 7 novembre 1963 ;

KATEB (Yacine), «Keblout et Nedjma», Europe, juin 1950, n°66, pages 27-29 ;

KATEB (Yacine), «Entretien télévisé du 14 août 1956, avec Pierre Desgraupes», dans l’émission Lecture pour Tous ;

KATEB (Yacine), «Interview», Les lettres françaises, 17 novembre 1971.

2 – Critique de KATEB Yacine

ABDOUN ISMAIL (Mohamed), Kateb Yacine, Alger, SNED, Paris, F. Nathan, 1983, 127 pages ;

AHMED (Azouz, Ali), L’écriture contre l’oubli, sociabilité et hétérogénéité, dans l’œuvre de Kateb Yacine, thèses, Queen’s University, Kingston, Ontario, Canada, août 2014, 212 pages ;

AMMARI (Messaoud), L’étoilement symbolique dans Nedjma de Kateb Yacine, mémoire de Master, sous la direction de Brahim Rahmani, Université Mohamed Kheider-Biskra (Algérie), 2014-2015, 61 pages ;

AMRANI (Mehana), La poétique de Kateb Yacine : l’autobiographie au service de l’histoire, Paris, L’Harmattan, 2012, 155 pages ;

ARNAUD (Jacques), La littérature maghrébine de langue française, Paris, Publisud, 1986, spéc tome 2, «Le cas de Kateb Yacine» 741 pages ;

AURBAKKEN (Kristine), L’étoile d’araignée : une lecture de Nedjma de Kateb Yacine, Paris, Plublisud, 1986, 224 pages ;

BEIDA (Chiki), DOUAIRE BANNY (Anne), Kateb au cœur d’une histoire polygonale, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, 324 pages ;

BENAMAR (Médiène), Kateb Yacine : le cœur entre les dents, Paris, Laffont, 2006, 343 pages ;

BENNAIR (Hakima), Réception de l’œuvre Kateb Yacine dans les champs littéraire, intellectuel et éditorial parisiens de 1947 à 1958, thèse sous la direction de Jacques Chevrier, Université Paris-Sorbonne, Paris IV, 2010 ;

BENOT (Yves), «L’œuvre de Kateb Yacine : poésie et vérité d’Algérie (1956-1966)», La Pensée, avril 1967, n°132, pages 103-113 ;

BLOCH (Béatrice), «Modernités farouches : Claude Simon, Kateb Yacine», La Lecture littéraire, janvier 1999 (3) pages 151-162 ;

BONN (Charles), «Kateb Yacine, 1929-1989», Revue du Monde musulman et de la méditerranée, 1989, n°52-53, pages 273-279 ;

BONN (Charles), Bibliographie, Kateb Yacine, avant-propos Nagget Khadda, Université Paris-Nord, Université Alger, mai 1996, 190 pages ;

BONN (Charles), Kateb Yacine «Nedjma», Paris L’Harmattan, 2009, 120 pages ;

BOUDJEMA (Maziane), Kateb Yacine : une avant-garde théâtrale, thèse sous la direction de Jean-Pierre Sarrazac, Paris, Université Sorbonne Nouvelle, 2008, 112 pages ;

BOUDRAA (Nabil), Hommage à Kateb Yacine, préface de Kamel Merarda, Paris, L’Harmattan, 2006, 214 pages ;

BOUKELOUF (Sabiha), Les instances énonçantes dans l’œuvre de Kateb Yacine, thèse sous la direction de Jean-Claude Coquet, Université de Paris VIII, 1997, 2 vol 637 pages ; 

BOULAABI (Ridha), Kateb Yacine, Nedjma, étude critique, Paris, Honoré Campion, 2015, 128 pages ;

BOUSAHA (Hassen), La technique romanesque chez Kateb Yacine, thèse sous la direction d’Henri-François Imbert, Université Paris Nanterre, 1980, 360 pages ;

BOUTALEB (Zoubida), Réalité et symbole dans «Nedjma», Alger, Office des publications universitaires, 1983, 195 pages ;

CARPENTIER (Gilles), Le poète comme un boxeur, entretiens 1956-1989 Kateb Yacine textes réunis, Paris, Seuil, 1994, 184 pages ;

Centre d’études littéraires francophones, Kateb Yacine, un intellectuel dans la révolution algérienne, Paris, L’Harmattan, 2002, 197 pages ;

CHERGI (Zebeida), Kateb Yacine, un théâtre et trois langues, Paris, Seuil, 2003, 75 pages ;

CHEVRLAT (Geneviève), «Intertextualité, subversion : Nedjma de Kateb Yacine», La revue des lettres et de traduction, 2008, n°13, pages 448-468 ;

CHIKI (Beida), DOUAIRE-BANNY (Anne), Kateb Yacine au cœur d’une histoire polygonale, Rennes, Presses université de Rennes, 2014, 324 pages ;

DA SILVA (Marina), «Kateb Yacine, l’éternel perturbateur», Le Monde diplomatique, novembre 20019, pages 31 ;

DEJEUX (Jean), «Hommage à Kateb Yacine, écrivain de l’Algérie profonde», Hommes et migrations, 1989, n°1127, pages 57-60 ;

DEJEUX (Jean), La littérature maghrébine d’expression française, Paris, PUF, 1992, spéc pages 22-29 ;

DIB (Mohamed), SENAC (Jean), BELAMRI (Rabah), ROBLES (Emmanuel), Hommage à Kateb Yacine, Paris, Awal, 1992, 254 pages ;

DJAIDER (Mireille), Le discours mythique dans l’œuvre romanesque de Kateb Yacine, sous la direction de Jean Raymond, Université de Provence, faculté des lettres et des sciences humaines, sans indication de date, 300 pages ;

DUGAS (Guy), «Dix ans dans la vie de Kateb Yacine, de Soliloques à Nedjma», Continents manuscrits, 2018 (10) pages 1-19 ;

FAURE (Gérard), «Kateb Yacine, un écrivain entre deux cultures, biographie de Kateb Yacine», Revue des Mondes musulmans et de la Méditerranée, 1974 (18) pages 65-92 ;

FERNANDES (Marie-Pierre), De l’autre côté avec Kateb Yacine, Villeurbanne, Golias, 1996, 108 pages ;

GAFAITI (Hafid), Kateb Yacine : un homme, une œuvre, un pays, une interview, Alger, Laphomic, 1986, 93 pages ;

GAHA (Kamel), Métaphore et métonymie dans le Polygone étoilé de Kateb Yacine, Tunis, Publications de l’Université, 1979, 319 pages ;

GATTI (Stéphane), Kateb Yacine, poète en trois langues, Paris, Centre national de la cinématographie, 2009, film de 55 minutes ;

GHOSN (Lilian), Nedjma de Kateb Yacine : du texte à l’histoire, thèse sous la direction de Jean Levaillant, Université de Vincennes, 1977, 210 pages ;

GIRAUT (Jacques), LECHERBONNIER (Bernard), Kateb Yacine : un intellectuel dans la révolution algérienne, Paris, L’Harmattan, 2002, 197 pages ;

GODARD (Colette), «Le théâtre algérien de Kateb Yacine», Le Monde, 11 septembre 1975 ;

GONTARD (Julien), Nedjma de Kateb Yacine essai sur la structure formelle du roman, Lieu et éditeur inconnus, 1975, 122 pages ;

HAMMADI (Marguerite), Nedjma de Kateb Yacine : ou l’aliénation d’un colonisé, Limoges UER des Lettres, 1979, 70 pages ;

Hommage à KATEB (Yacine), «Une œuvre mosaïque», Les lettres françaises, 7 novembre 2009, n°65, page III, numéro spécial sur Kateb Yacine ;

JULIEN (Anne-Yvonne), CAMELIN (Colette), AUTHIER (François Jean), Kateb Yacine et l’étoilement de l’œuvre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, 214 pages ;

KHELIFI (Ghania), Kateb Yacine, éclats et poèmes, préface de Kateb Yacine, Alger, ENAG, 1991, 136 pages ;

KHELLADI NEKKOURI, (Khedidja), Le discours mythique dans «Le cercle des représailles» de Kateb Yacine, thèse sous la direction de Jean Molino, Aix-Marseille 1, 1977, 264 pages ;

KHERROUB (Mohand, Ou Yahia), «La dimension thématique et métaphorique dans le Polygone étoilé de Kateb Yacine», El-Kitab, n°13, pages 31-45 ;

LAABI (Abdelatif), «A propos du Polygone étoilé de Kateb Yacine», Souffles, 1966,  n°4, pages 44-47 ;

LEBDAI (Benaouda) «Kateb Yacine, l’homme aux sandales de caoutchouc», Alger Républicain du vendredi 30 octobre 2009 ;

M’HENNI (Mansour), La quête du récit dans l’œuvre de Kateb Yacine, thèse sous la direction de Jacqueline Arnaud, Université de Paris, 13, 1986, 475 pages ;

MAGOUAL (Mohamed, Lakhdar), Kateb Yacine : l’indomptable démocrate, Alger, Apic, 2004, 158 pages ;

MAGOUAL (Mohamed, Lakhdar), Kateb Yacine, les harmonies poétiques, 1945-65, Alger, Casbah éditions, 2002, 239 pages ;

MDARHRI-ALAOUI, (Abdallah), Aspects de l'écriture narrative dans l'œuvre romanesque de Kateb Yacine, thèse de 3ème cycle, sous la direction d’André-Michel Rousseau, Aix-Marseille 1, 1975, 302 pages ;

MESTAOUI (Lobna), «Le butin de guerre camusien, de Kateb Yacine à Kamel Daoud», Méditerranée au Pluriel, 2017, n°36, pages 143-159 ;

MILKOVITCH-RIOUX (Catherine), TRESKOV Von (Isabelle), D’ici et d’ailleurs l’héritage de Kateb Yacine, Frankfurt, Peter Lang, 2016, 211 pages ;

RIADH-EL-FETH, Colloque international Kateb Yacine, 28, 29 et 30 octobre 1990, Alger, OPU, 378 pages ;

SBOUAI (Taïeb), La femme sauvage de Kateb Yacine, préface de Kateb Yacine, Paris, L’Arcantère, 1985, 145 pages ;

SEDIKI (Fatma-Zohra), Le traitement de l’histoire dans Nedjma de Kateb Yacine, thèse sous la direction de Jacques Chevrier, Université de Paris-Est, Créteil-Val-de-Marne, 1988, 125 pages ;

TAMBA (Saïd), Kateb Yacine, Paris, Seghers, 1991, 217 pages.

Paris, le 19 mai 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«KATEB Yacine (1929-1989), poète de l’amour et de la révolution, et sa Nedjma symbolisant l’Algérie», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Partager cet article

Repost0
17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 12:33

Partager cet article

Repost0
17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 12:24

Jusqu'ici les forces de l'ordre, dans ces tensions politiques et sociales, se sont acquittées de leur mission, particulièrement difficile, avec un grand professionnalisme. Cette fois-ci il y a eu la mort, à Saint-Louis, d'un jeune étudiant, Mohamed Fallou SENE ; la ligne rouge est franchie.

Des mesures à court terme s'imposent.

L'Etat devrait indemniser, sans délai, la famille de la victime. Nous leur présentons nos sincères condoléances. La vie de chaque Sénégalais est précieuse, unique et irremplaçable. Quelque soit l'issue de l'enquête en cours, un jeune homme qui ne réclamait que sa bourse, a perdu la vie. Le rôle de l’Etat, c’est de naturellement, maintenir l’ordre public, mais quand des dommages sont causés aux particuliers, il faut les réparer. Par conséquent, les moyens employés pour maintenir l'ordre public ont été disproportionnés par rapport à l'objectif à atteindre. Le résultat est là, on ne peut que gravement le déplorer.


Par ailleurs, un lourd contentieux, depuis 1973, sous SENGHOR, a créé un lourd climat de suspicion et de défiance entre le monde politique et la communauté éducative. Je rappelle que Oumar Blondin DIOP (1946-1973), un militant d'extrême gauche, détenu à Gorée, pour avoir lancé une grenade au passage du président POMPIDOU, avait reçu la visite de Jean COLLIN. Oumar DIOP, qui lui a craché au visage, avait été battu à mort, par ses geôliers, lorsque COLLIN a quitté les lieux. L'Etat est donc responsable de cette mort tragique. Dial DIOP a demandé, sans succès, la réouverture du dossier. Là aussi, plus de 40 ans après cette tragédie, l'Etat devrait faire un geste pour apaiser la douleur de la famille en débloquant une indemnisation. Arrêtons de tergiverser quand l'Etat est fautif. Ce n'est pas une faiblesse, mais c'est l'honneur d'un Etat de droit de reconnaître et réparer sa faute.


Depuis plusieurs décennies les universités sénégalaises sont secouées, en permanence, par des crises qui ont considérablement abaissé le niveau scolaire. Là aussi, pour éteindre durablement ce feu qui brûle tout, et met en danger l'avenir de nos enfants, il serait nécessaire de remettre aux étudiants ce qui leur est dû, dans les délais impartis, à savoir leurs bourses.


Les enseignants ont signé un accord avec l'Etat le 17 février 2014 et «le gouvernement et les syndicats conviennent, dans le cadre d’une commission ad hoc, d’étudier le niveau, les conditions et les modalités de la prise en charge de cette revendication pour la rendre soutenable par les finances publiques». Par conséquent, cet accord innovant (11 points de convergence), mais réaliste sur le plan budgétaire quand à sa faisabilité, est un droit ; ce n'est donc pas une mesure de faveur ou utopique. Je ne vois pourquoi, 4 années après, un plan d'apuration, acceptable, de ces dettes de l'Etat à l'égard des enseignants, n'est pas encore proposé. Il y a des enseignants qui ont acquis des échelons depuis de nombreuses années, sans aucune conséquence financière sur leur bulletin de salaire. Ce n’est pas normal.


Sur le moyen et long terme, il faudrait une commission spéciale pour proposer des mesures durables, afin de mettre fin à ces grèves qui ont saccagé notre système éducatif.


Je songe en particulier :

- à l’allongement de l'année scolaire trop courte. En effet, les cours ne démarrent jamais au temps prévu et l’année scolaire est déjà amputée des nombreuses fêtes musulmanes, laïques et chrétiennes, sans parler des grèves ; il faudrait aligner le calendrier scolaire à celui de la France ; ce que font les écoles privées sénégalaises. En effet, les enfants des riches ne sont plus inscrits à l'école publique devenue un repoussoir. Ce développement des écoles privées est la plus défiance à l’égard de notre système éducatif public ; c’est la marque de son échec, et l’appel, sans tarder, à une réforme durable.


- les programmes scolaires sont-ils adaptés ?


- quel modèle éducatif voulons-nous ? Quelle est la place de l'enseignement professionnel et notamment que fait-on de ces jeunes talentueux mais qui n'ont pas réussi à l'école ? Quel sort pour les diplômés chômeurs ? Quelle est la place, en particulier, des métiers de l'agriculture et de la pêche, restés à l’âge de la pierre ?


- les études scientifiques, en médecine ou les métiers du pétrole occupent une place trop faible par rapport aux filières de droit et lettres  représentant 75% des effectifs des étudiants. Ce déséquilibre flagrant nécessiterait un rééquilibrage.

D'une manière générale il faudrait aussi réfléchir sur cette révolution numérique, en termes d'opportunités, d'emplois pour les jeunes (dématérialisation, numérisation des documents, systèmes intranet permettant à des services d’échanger des informations).

Je songe notamment à l'Etat civil au Sénégal où les archives sont souvent perdues ou brûlées. Pour avoir un extrait de naissance c’est la croix et la bannière. On nous impose à revenir devant le juge, avec deux témoins. Une gestion électronique rendrait plus fiable l'état civil et serait un gain de temps pour tous.

Dans les autres administrations, notamment à l'éducation nationale, bien des documents (frais de mission, heures supplémentaires, gestion de la carrière), sont transmis des régions à Dakar par support papier et s'égarent.

Je me souviens quand, j’étais enseignant à l’université de Dakar, les étudiants, faute de moyens,  arrachaient les pages des articles qu’on leur demandait de lire. Je sais que la bibliothèque de l’UCAD a entrepris un travail remarquable de numérisation louable. Je les consulte, régulièrement. Mais il faudrait accélérer ce travail de numérisation aussi bien pour les bibliothèques que les archives nationales, régionales et départementales. A l'heure de la révolution informatique, la numérisation des livres ou articles fondamentaux permet l'égalité des chances de tous les élèves sur le territoire. Tout cela c’est des gisements d’emplois pour les jeunes.

Par ailleurs même si ce n'est pas le sujet, ce projet de privatisation des forages ruraux du Sénégal n'est ni opportun ni justifié c'est un grave attentat contre le monde rural. Si on veut une autosuffisance alimentaire il faudrait permettre à nos paysans un accès permanent à l'eau pour pouvoir travailler 12 sur 12 au lieu des 3 mois en hivernage seulement. Le bon sens aurait été de quadrupler ces forages gratuits.

Je n’ai pas encore compris pourquoi l’aéroport Léopold Sédar SENGHOR a été vendu aux Marocains, ainsi que certaines terres qui auraient pu être réservées aux paysans. Naturellement, je n’ai rien contre les Marocains qui sont nos amis de très longue date. Mais le libéralisme à tout-va, sans protection de nos intérêts fondamentaux, sans réciprocité, c’est brader notre patrimoine national. Si des promoteurs achètent nos terres, c’est qu’elles sont rentables. Quelle politique alors de défense de nos intérêts fondamentaux ?

Dans bien des secteurs, le président Macky SALL fait du bon travail, il a mon modeste soutien. En temps que militant de sa cause et celle du Sénégal, je dis qu’il est grand temps d'éteindre durablement et proprement cet incendie que représente la crise scolaire. Je soutiendrai, sans failles, tout ce qui va dans le bon sens, mais le rôle de chacun d’entre nous, est aussi d’alerter, en vue d’avance dans le bon sens.

Paris, le 16 mai 2018, par M. Amadou Bal BA  - http://baamadou.over-blog.fr/

 

Crises universitaires et scolaires récurrentes au Sénégal : éteindre durablement cet incendie" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr
Crises universitaires et scolaires récurrentes au Sénégal : éteindre durablement cet incendie" par M. Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr

Partager cet article

Repost0
14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 12:31

Partager cet article

Repost0
14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 12:29

Partager cet article

Repost0
11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 11:09

Partager cet article

Repost0

Liens