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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 16:00

Il n'est pas aisé de soutirer des confidences à Dominique qui dans sa grande pudeur ne veut pas s'exhiber. Mais pourtant connue et reconnue par le monde sélect des amateurs d'art cette artiste confirmée expose depuis ce 4 avril 2019 au numéro 93 de la rue Saint-Dominique, à Paris 7ème, non loin des domiciles privés de M. Emmanuel MACRON et d’Abdou DIOUF, dans le chic quartier de Rachida DATI. La rue Saint-Dominique me rappelle d’autres souvenirs anciens, c’est là avec mon ami, Mamadou DANSOKHO où nous venions chez Fanta et Mor M’BAYE nous régaler d’un bon riz au milieu de son impressionnante bibliothèque.

Dominique peint de tout, notamment la nature morte, l’acrylique, le figuratif, l'érotisme, surtout notre beau quartier du 19ème arrondissement et ses écluses. Dominique est passionnée pour les intérieurs des appartements parisiens : «J’ai commencé à réaliser des intérieurs lorsqu’une amie m’a proposée de représenter son appartement. Cela m’a plu car une pièce vide m’a semblée aussi évocatrice qu’un paysage» dit-elle. Dominique accorde une place importante aux couleurs et aux lumières.

Dominique qui a travaillé dans la haute couture, vient d'une famille d'artistes peintres, et son oncle en Belgique a des références solides en la matière. Aussi, Dominique a commencé à peindre, dès son jeune âge. D’origine belge, Dominique de GAUDRIC a vécu en Espagne, au Canada et en Côte-d’Ivoire, la France est devenue sa nouvelle patrie : «Ma vie professionnelle dans le domaine de la mode haute couture m’a permis de voyager et de découvrir de nouvelles lumières et de nouvelles ambiances, mais j’ai arrêté la peinture de trop longues années» dit-elle. Cette diversité symbolise aussi mon quartier au moment où le multiculturalisme fait tant peur à certains.  «C’est sans doute cette jeunesse cosmopolite qui m’a donné le goût d’observer et d’apprécier la variété du monde» dit Dominique. 

Paris, le 4 avril 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mme Dominique de GAUDRIC, une artiste du 19eme ardt discrète et bourrée de talent» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 21:49

Le cas hautement symbolique de Sibeth N’DIAYE, promue d'abord au rang de cheffe du service presse à l’Elysée, puis, depuis ce 31 mars 2019, porte-parole du gouvernement français, mériterait une attention particulière, dans un contexte de montée des populismes et de la démystification du système jupitérien. C'est une nomination importante, mais est-ce que, pourtant, cela va faire avancer le bien-vivre ensemble et améliorer la vie quotidienne des personnes en difficulté ?

Constatons que les forces de l’ordre continuent, à l’occasion d’un banal contrôle d’identité, d’étouffer, à mort, nos enfants, sans que justice ne soit rendue. Des parties entières de notre territoire, sont devenues des zones de relégation que Manuel VALLS avait qualifiées d’Apartheid. Sur le plan social, le mouvement des Gilets Jaunes a eu le mérite de pointer du doigt les graves injustices commises par le président des riches à l’égard des paupérisés. Pourtant, Jupiter, à travers son débat national, tente d’étouffer ces voix légitimes, en disant que ses réformes, tant décriées, vont continuer.

Par conséquent la nomination de Mme Sibeth N’DIAYE, au poste de porte-parole du gouvernement ne va pas, comme une baguette magique, solutionner toutes ces difficultés. M. MACRON, élu par défaut, Jupiter devenu rienologue, un Dieu du Vide mandaté par les riches, croit fermement que tout est communication ; sa politique, pour lui, serait bonne, mais on n’aurait pas bien compris, la pertinence de son action qui produira, un jour, des résultats.

Cependant, devant le refus de la classe politique de reconnaître que la France est devenue un Etat multiculturel et la poussée des idées de la haine, cette promotion de Mme Sibeth N’DIAYE, par son symbolisme, est un signal fort qu’il ne faudrait pas balayer d’un simple revers de la main. «C'est dans mon enfance que j'ai été chercher ces paroles souvent prononcées par nos parents pour nous aider, mes soeurs et moi, à briser les plafonds de verre : "Là où tu es, tu es à ta place". La France m'a beaucoup donné. Aujourd'hui, c'est à mon tour de le lui rendre», déclare Sibeth, celle qui a vaincu les adversités.

Mme Sibeth N’DIAYE, «La Olivia POPE», figure omniprésente pendant la campagne électorale aux côtés du candidat et garde rapprochée du président Emmanuel MACRON, a frappé les esprits. Il n’en reste pas moins que ce cas emblématique questionne toute la politique française d’intégration. Mme Sibeth N’DIAYE parlant couramment le Ouolof, est née le 13 décembre 1979, à Dakar, au Sénégal. Mme Sibeth N’DIAYE a grandi au Plateau, en centre-ville de Dakar. Dernière, d’une fratrie de quatre filles, elle reçoit une éducation à l’européenne dans une famille bourgeoise. Ses parents lui ont transmis «l’amour du travail, la passion de l’égalité et l’envie de se dépasser», dit Sibeth.

«Mon père aimait à répéter qu’il fallait être la meilleure à l’école pour viser toujours le plus haut possible» dit-elle. Son père, Fara N’DIAYE, membre fondateur du Parti de l’indépendance et du travail (P.I.T.) et de la F.E.A.N.F., était le numéro deux du Parti démocratique sénégalais (P.D.S) d’Abdoulaye WADE, ancien président du Sénégal de 2000 à 2012, qu’il a quitté en 1986 pour rejoindre l’équipe du président d’alors, le socialiste Abdou DIOUF (1981-2000), afin de travailler sur le Canal du Cayor, un projet destiné à alimenter en eau potable la ville de Dakar. Mais il faut préciser que Fara N’DIAYE n’a pas rejoint Abdou DIOUF pour des prébendes ou des postes. Il était un homme pétri de valeurs. Les raisons qui l’ont fait quitter le P.D.S sont plutôt d’ordre doctrinal. Sa conception intellectuelle de la lutte pour le «Sopi» était en rupture avec les méthodes violentes de son patron Abdoulaye WADE (voir mon post). Finalement, sachant que l’utilisation de la violence et de la terreur étaient les armes de prédilection de WADE pour combattre le régime socialiste. Il faut préciser que Fara N’DIAYE était une connaissance de longe date d’Abdou DIOUF : «Fara était pour moi un ami depuis la période de 1958-60, quand nous étions à la Cité universitaire de Paris. En outre, son épouse, Mireille, était la sœur d’Yves BRENNER, un de mes condisciples à l’Université de Dakar», écrit Abdou DIOUF, dans ses mémoires (Voir mon post sur Abdou DIOUF). Une partie de la famille de Sibeth resta proche d’Abdoulaye WADE. Ainsi, en 2000, lorsque maître WADE devient chef de l’Etat, la mère de Sibeth, Mireille N’DIAYE née BRENNER (1940-2015), d’origine allemande et togolaise, occupe le poste de présidente du Conseil constitutionnel. Elle le conservera jusqu’en 2010.

Sénégalaise d’origine, Sibeth N’DIAYE a acquis la nationalité française en juin 2016. «J’ai mis beaucoup de temps à me décider», confie-t-elle . «Une grande partie de ma famille réside au Sénégal, en particulier l’aînée de mes trois sœurs. Les autres vivent dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, au Togo, dont est originaire ma mère, et au Nigeria. Nous sommes plutôt des globe-trotteuses». Son prénom, Sibeth, signifie «qui a gagné beaucoup de combats» en langue Diola. Mme Sibeth N’DIAYE s'est engagée en politique alors qu'elle était encore étudiante, au sein de l'UNEF, un syndicat étudiant historiquement proche du Parti socialiste. C'est donc tout naturellement que la militante étudiante rejoint les rangs du Parti socialiste en 2002. Encartée, elle gravit les échelons du Parti socialiste, jusqu'à devenir secrétaire nationale chargée de la petite enfance en 2009. Sibeth s'est ainsi engagée, lors de la présidentielle de 2007, contre Nicolas SARKOZY et les «dangers» qu'il faisait courir selon elle à la France. Mme Sibeth N’DIAYE a débuté en politique dans le service de presse de Claude BARTELONNE, alors qu'il présidait le conseil général de Seine-Saint-Denis. Mme N’DIAYE a ensuite regagné Bercy, où elle a assuré les relations presse d'Arnaud MONTEBOURG, d'abord ministre du Redressement productif puis de l'Economie. Mme N’DIAYE est restée au Ministère après la démission du gouvernement de M. MONTEBOURG ; M. MACRON conserve Sibeth dans son équipe. Et lorsqu'il démissionne à son tour pour se lancer dans la bataille pour l'Elysée, elle l'accompagne. Tout le monde a reconnu les importantes qualités professionnelles de Sibeth durant cette campagne électorale, dont Mme Laurence HAIM estimant que «C’est une excellente conseillère qui connaît parfaitement le fonctionnement de la presse».

Il faut donc se réjouir de cette promotion fondée sur le mérite, hautement symbolique, car les symboles ont une importance particulière en politique. Cela signifie, dans les quartiers, il faudrait abandonner la colère stérile et garder l’espoir et l’espérance. On peut y arriver, à force de travail et d’abnégation. Mais ce travail nécessite parfois un coup de pouce.

Cependant, toutes les personnes issues de l’immigration, quand elles atteignent un certain niveau de responsabilité, font souvent l’objet d’attaques injustes. Ainsi, depuis quelques temps on entend une petite musique concernant «la Cool attitude» de Mme Sibeth N’DIAYE. Ses tresses et ses Adidas sont jugés, par une certaine presse haineuse, comme malséants. En effet, Mesdames Rama YADE, Rachida DATI ainsi que Christiane TAUBIRA, en raison de leurs origines ethniques, avaient fait l’objet d’attaques sexistes et indignes de la République, sans être défendues de façon vigoureuse. En particulier, Mme Christiane TAUBIRA, qualifiée de «singe» par une élue du Rassemblement national, qui avait critiqué, publiquement, le funeste projet de déchéance, avait été évincée, fort injustement du gouvernement par M. VALLS. En son temps, la réplique de Mme Rama YADE au sujet de la déclaration de M. SARKOZY, «l’homme Noir n’est pas entrée dans l’Histoire» lui avait valu la réprimande, puis la marginalisation et finalement l’éviction du gouvernement. Mme Najet VALLAUD-BELKACEM est souvent citée comme exemple de bonne intégration, mais a fini par s’éloigner du Parti socialiste.

On connaît les limites de cette diversité cosmétique se manifestant par une forte dépendance : «se soumettre ou se démettre» suivant une formule empruntée à Mac MAHON. En effet, cette diversité choisie, pour se faire bonne conscience, ou qu’on peut appeler «cosmétique», peut se révéler comme une démarche paternaliste. La personne ainsi cooptée ne représentant qu’elle-même, est enfermée dans de très forts liens de subordination, sans aucune marge de manœuvre. La vraie diversité devrait se fonder, non seulement sur les compétences, cela va de soi, mais aussi sur le militantisme avéré pour avoir une légitimité suffisante vis-à-vis de la base et du pouvoir politique, et porter ainsi des projets innovants, de nature à renforcer la cohésion sociale, promouvoir l’égalité réelle et changer, réellement, la vie des gens dans les quartiers, pour une République apaisée et pour le bien-vivre ensemble.

L’ambiguïté de la politique française d’intégration tient au fait que d’une part, théoriquement, la loi française garantie l’égalité des citoyens devant les emplois publics, mais que d’autre part, cette affirmation est très largement contredite par la réalité. En effet, la promesse républicaine d’égalité réelle de tous citoyens, devant la poussée du Front national et la lepénisation des esprits, questionne gravement sur la place des Français issus de l’immigration dans la sphère publique. Ce qui occupe, souvent une place importante dans le débat politique, ce sont les sujets stigmatisants : (Voile, laïcité, burqa, terrorisme, les rapports difficiles avec les forces de sécurité, etc.), en revanche, les enjeux de bonne intégration dans la société française sont occultés. Bref, l’hypocrisie, le paternalisme et le double langage ont discrédité la parole publique et les Français issus de l’immigration ont choisi de déserter le champ politique et de la citoyenneté faisant ainsi d’eux des proies faciles du Front National. Par ailleurs, les différentes organisations noires, comme le C.R.A.N., sensées soulever les questions fondamentales d’une bonne intégration de ces populations sont engluées dans leurs dissensions internes. Ces organisations multiples concurrentes et parfois éphémères sont discréditées par des comportements peu vertueux de certains de leurs dirigeants. En effet, ils ont souvent transformé ces nobles organisations en outils de promotion personnelle.

En définitive, l’enjeu essentiel du débat concernant la diversité reste fondamentalement la question de la citoyenneté. En effet, les Français issus de l’immigration ne devraient pas être ravalés au rang de citoyens de seconde zone dont le destin serait d’occuper des fonctions ingrates ou remplir les prisons dont les certains dirigeants se proposent d’agrandir la capacité d’accueil et renforcer le dispositif répressif. L’intégration n’a de sens que si, à égalité de droits et d’obligations, les Français issus de l’immigration se retrouvent dans tous les lieux de décisions, notamment au sein des partis politiques, aux instances délibérantes, dans la haute administration, la presse et la sphère économique.

Aux précédentes législatives de 2017, la France Insoumise comme le mouvement En Marche ont présenté des candidats de la diversité ; il faut que la France ressemble davantage à la diversité de la population qui la compose. Cependant et s'agissant du mouvement En Marche les députés ont été ravalés au rang de figurants et ont peu de valeur ajoutée dans le débat politique. Pire les personnalités issues de la diversité ont fait l'objet d'attaques et de menaces à caractère raciste (polémique sur les baskets de Sibeth NDIAYE et menaces contre Jean-François M'BAYE et injures à l'encontre de Laetitia AVI) sans que ces personnes ne soient défendues et soutenues énergiquement. Souhaitons bon courage à Mme Sibeth NDIAYE.

Les municipales de 2020 devraient être, à mon sens, l'occasion aussi de renforcer la présence de la diversité ravalée, pour l'instant, à des postes folkloriques. Il n'est pas normal qu'à Paris, une ville avec 116 nationalités, qu'il n'y ait aucun conseiller de Paris issu de l'immigration. C'est une grave injustice à corriger.

Sur le plan théorique, il règne un consensus, au sein de la classe politique, sur la nécessité de faire une place à la diversité, pour la représentation politique puisse être, réellement, à l’image du pays, devenu multicolore. Mais dès qu’il s’agit d’identifier un point de chute précis, chacun se dit : «c’est bien, mais pas dans ma circonscription !».

Là où la politique d’intégration est encore plus ambiguë, c’est au niveau de la haute administration, dans les postes dont la nomination soumise à la discrétion de l’autorité administrative. On se rappelle de cette déclaration de M. SARKOZY : «j’ai nommé le premier préfet musulman» qui en dit long sur cette ségrégation qui ne dit pas son nom. La deuxième génération des Français issus de l’immigration a fréquenté les grandes écoles, mais cependant leurs demandes d’emplois seront fréquemment rejetées avec ce motif fallacieux : «ne correspond pas au profil». A tel point que l’idée du C-V anonyme a ressurgi dans ces présidentielles de 2017. Est-ce vraiment le C-V qui est en cause, ou refus de voir que la lepénisation des esprits a fortement progressé dans ce pays ?

Si la communauté maghrébine a réussi à pénétrer, timidement, le secteur de la boucherie Halal et si les Chinois ont pris d’assaut les tabacs parisiens, en revanche, les Français issus d’Afrique sont confinés aux tâches ingrates, au chômage ou à la vente de produits illicites. En effet, les financements stériles d’associations ou subventions importantes aux entreprises investissant dans les quartiers, n’ont pas porté leurs fruits à la hauteur des ressources financières importantes dégagées. Il est grand temps de redéployer, de façon plus efficace, ces ressources publiques, dans le sens de l’intérêt de ces populations.

Une presse obséquieuse avait, hâtivement, salué la «présidence jupitérienne» le style d’Emmanuel MACRON, en fait un président des riches. Durant sa campagne électorale, le président MACRON avait dégagé un programme séduisant, et sur lequel, les actes devraient suivre la parole. En particulier, l’idée que l’Afrique, loin d’inspirer la peur, est «une zone d’opportunités» à saisir. La «Françafrique» est une conception paternaliste et victimisante, il faudrait y mettre fin, en choisissant une coopération équitable. La Francophonie est un espace de solidarité, nécessitant des visas pour les chercheurs et les étudiants, afin de renforcer les liens historiques entre la France et l’Afrique. Et s’agissant, du Franc C.F.A., c’est aux Africains de décider de leur souveraineté, le président MACRON, restant à l’écoute de leurs besoins. Sitôt élu, le président MACRON a montré son vrai visage, celui d’un jeune devenu le porte-drapeau d’un Ancien monde qu’il semblait condamner.

Souhaitons plein succès dans ses nouvelles missions à Mme Sibeth N’DIAYE, pour l’intérêt de la Diaspora et une coopération, mutuellement, avantageuse entre la France et l’Afrique.

Paris, le 31 mars 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Mme Sibeth N’DIAYE, porte-parole du gouvernement français et l’ambiguïté de la politique de promotion de la diversité en France», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 21:49

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28 mars 2019 4 28 /03 /mars /2019 23:59

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El Hadji Omar TALL, un géant de l’Histoire, propagateur de l’Islam en Afrique de l’Ouest et créateur du plus grand empire en Afrique noire (1848-1897), si méconnu et délégitimé, était un Saint, un organisateur, un stratège, un savant et un anticolonialiste. El Hadji Omar Foutiyou TALL, chef de la confrérie tidjane pour toute l’Afrique de l’Ouest, une tendance soufie, mystique et ascétique, aura contribué, de façon décisive, à l’islamisation du continent noir. Si son empire s’est effondré avec sa mort, correspondant ainsi avec la montée du colonialisme, en revanche, son influence sur l’Islam et le rayonnement de sa confrérie Tidjane sont demeurés, plus que jamais, vivaces.

On est donc étonné qu’au Sénégal, peu d’établissements, de rues ou d’universités portent son nom. Pourtant, Mohamadou Aliou THIAM, originaire de Aéré Lao, compagnon d’El Hadj Omar dès 1846, décrit, dans son «Qacida en Poular»,  l’ensemble des épisodes de la guerre sainte, ainsi que le voyage à la Mecque d’Omar Foutiyou TALL. Le Qacida, écrit en prose, en Peul, avec l’alphabet arabe, puis retranscrit, traduit en français et annoté par Henri GADEN (1867-1939), est un témoignage fidèle de la tradition orale ; c’est une véritable œuvre d’historien, d’un disciple de la première heure, ayant suivi pendant dix ans El Hadji Omar à Diégounko, dans l’Ouest de la région de Faranah, au Fouta Djallon, en Guinée. Mohamadou THIAM se retrouvera à Ségou avec Amadou Cheikhou, avant de mourir en 1911 au Fouta-Toro. Mamadi Aïssa DIAKITE, cadi et président du tribunal de la province de Nioro, a également retracé cette tradition historique et légendaire, dans un ouvrage traduit par Maurice DELAFOSSE. Cheikh Moussa CAMARA (1864-1945), de Ganguel, lui a consacré une bibliographie. Tout en reconnaissant la sainteté et le vaste savoir d’El Hadji Omar, Cheikh Moussa nie qu’il soit un descendant du Prophète Mohamed. Thierno Mountaga TALL (1914-2007), un descendant d’El Hadji Omar TALL, est l’auteur d’une biographie sur son ancêtre. Il est regrettable, qu’en dépit de ses connaissances et de la documentation transmise par les autorités françaises, que cet ouvrage, «El Hadji Oumar TALL, l’aigle de Alwar», se limite à la dimension mystique et ésotérique de son arrière-grand-père. Mountaga TALL a aussi annoté l’ouvrage de Fernand DUMONT : «El Hadji Omar sultan de l’Etat tidjanite», traduit de l’arabe. Oumar BA a eu le grand mérite de restituer, fidèlement, «la chronométrie du destin d’El Hadji Omar».

«Beaucoup de ce qu’on a pu écrire, en France, surtout sur El Hadj Omar et Ahmadou, est entaché de parti pris, parfois même de partialité haineuse et chauvine, marque une époque où l’on vengeait sur le Niger les insultes subis sur le Rhin» écrit Yves SAINT-MARTIN dans son ouvrage sur «L’empire toucouleur». Si la Bibliothèque nationale de France a choisi de l’ignorer, seules quelques références bibliographiques lui sont consacrées, nous avons, pourtant, différents témoignages d’administrateurs coloniaux. Dans ce fatras de littérature coloniale, souvent plein de calomnies et de haine, l’ouvrage d’Eugène MAGE (1837-1867), un contemporain d’El Hadji Omar et envoyé spécial de Faidherbe à Ségou, renferme de précieux témoignages, souvent tirés de témoignages et de la tradition orale «Je crois, pour qu’il soit mieux compris, devoir donner ici l’histoire d’El Hadj Omar, non peut-être telle que le ferait l’Européen, s’il s’en trouvait qui eût été mis à même de la connaître dans toute son exactitude, du moins telle que El Hadj a voulu qu’elle soit divulguée, telle surtout qu’on la racontait à Ségou» écrit Eugène MAGE. Un éminent africaniste, Maurice DELAFOSSE (1870-1926) s’est intéressé à cet illustre Fountankais. Certains témoignages, sans nuances, puent la propagande coloniale ; El Hadj Omar est présenté comme un fanatique et ambitieux. D’autres, même dans leur mépris souverain, intimidés par la sainteté du personnage, sont nuancés : «Il se distingua, dès sa jeunesse par une dévotion exaltée ; avant d’entreprendre le voyage qu’il a fait à la Mecque, il avait déjà des élèves qui lui attribuaient le pouvoir des miracles ; quelques marabouts de Saint-Louis tiennent, à grand honneur d’avoir été ses disciples. C’est un homme d’une figure remarquable, sur laquelle se peignent une vive intelligence, un sentiment de méditation et de calcul, reflet de sa profonde ambition» écrivent Frédéric CARRERE et Paul HOLLE. En effet, Paul HOLLE (1807-1862), qui l’affrontera en 1857, lors du siège de Médine, relate qu’El Hadji Omar a rencontré, en août 1847, à Bakel, le gouverneur Ernest BOURDON de GRAMMONT (1805-1847) et à Saint-Louis, en 1846, le lieutenant-colonel CAILLE, directeur des affaires politiques, à qui il dira son intention de pacifier le Sénégal, de rétablir l’harmonie entre les différentes races, le commerce et la sécurité de tous les pays. El Hadji Omar souhaitait commercer avec les Français : «Je suis l’ami des Blancs, je déteste l’injure. Je veux la paix ; Quand un Chrétien a payé la coutume, il doit pouvoir commercer avec sécurité. Lorsque je serai l’Almamy du Fouta, vous devriez me construire un fort ; je disciplinerai le pays, et des relations complètement amicales s’établiraient entre vous et moi» dit El Hadji Omar.

Initialement, El Hadj Omar ne voulait pas engager une guerre contre les Français, mais étendre l’Islam en Afrique de l’Ouest ; sa guerre sainte ne visait, officiellement, que les mécréants, pour «balayer et nettoyer les pays du paganisme» dit-il. En gage de bonne foi, El Hadji Omar avait remis à GIRARDOT, commandant des forces de Sénoudébou, un de ses fils comme otage, mais qualifié, par les Français, d’espion. Cependant, les raisons du dissentiment avec les Français sont multiples.

D’une part, jusqu’à la moitié du XIXème siècle, n’ayant pas les forces nécessaires pour s’y opposer, le colonisateur français était dans la résignation, dans l’attente de jours meilleurs. En effet, El Hadji Omar, avec ses nombreux partisans de Dinguiraye, au Fouta-Djalon, a réussi à islamiser notamment le Kaarta, le Ségou, le Cayor, le Baol, le Sine et le Saloum, ainsi que de nombreux territoires jusqu’au Tchad. Le colonialisme étant une entreprise de domination d’un peuple sur un autre ne pouvait pas tolérer les victoires d’El Hadj, fussent-elles purement religieuses : «Nos prétentions à la domination du Sénégal par un commencement d’exécution à la prise de Podor, en 1854, devaient bientôt nous mettre aux prises avec ce fanatique» écrit le colon, dans Sénégal et dépendances de 1861. Dans sa tactique, depuis les échecs à Médine et à Matam, El Hadji Omar, préférera ne plus affronter, directement les colons ; il mènera ses guerres vers le Bambouk, Farabana et Makhana. Les Français furent obligés de mobiliser 12 000 hommes à Farabana, pour tout en continuant de négocier avec El Hadj Omar.

D’autre part, le second élément de dissentiment, c’est que cet état de guerre menaçait les intérêts des traitants français. «Partout où on voulait faire du commerce, il fallait d’abord payer, sous le nom de coutumes, des droits au chefs indigènes, avant même de savoir si l’on ferait des affaires» écrit Faidherbe. «Les Blancs ne sont que des marchands ; Qu’ils apportent des marchandises dans leurs bateaux, qu’ils me paient un fort tribut lorsque je serai le maître des Noirs, et je vivrai en paix avec eux» déclare El Hadj Omar.

Par ailleurs, la France voulait entreprendre un chemin de fer Dakar-Niger, ce que contrarient, fortement, les conquêtes et l’ascension fulgurantes d’El Hadji Omar. Ainsi, lors de son séjour à N’Dar (Saint-Louis), El Hadj Omar a fait une déclaration qui a inquiété les autorités coloniales «Maintenant que je me sers de la force, et je ne cesserai que lorsque la paix me sera demandée par votre tyran (Le Gouverneur français du Sénégal) qui devra se soumettre à moi, suivant ces paroles de notre maître : Fais la guerre aux gens qui ne croient ni en Dieu, ni au Jugement dernier, ou qui ne se conforment aux ordres de Dieu, au sujet des choses défendues, ou qui ayant reçu une révélation, ne suivent pas la vraie religion, jusqu’à ce qu’ils paient le tribut religieux par la force et qu’ils soient humiliés. Quant à vous enfants de N’Dar, Dieu vous défend de vous réunir à eux ; il vous a déclaré que celui qui se réunira à eux, est un infidèle comme eux». El Hadi Omar envoie un ordre au Goy, au Boundou et aux Foutankais, pour bloquer les colons français à Podor et à Bakel. A partir de cet instant, El Hadji Omar est considéré comme un ennemi dangereux pour les Français «Les nouveaux ennemis que nous allons combattre étaient les plus redoutables de tous. Les guerres de religion sont impitoyables et le fanatisme inspire un courage qui ne recule devant rien, puisque ceux qui en sont animés, la mort elle-même, est regardée comme un bien» écrit la revue Sénégal et dépendance. Faidherbe a désigné El Hadji Omar comme étant l’ennemi n°1 des Français «Ce danger, El Hadji Omar en était l’incarnation vivante. (…) Intelligent, ambitieux, mais cruel, Omar El Hadji rêvait de devenir une sorte de Mahomet sénégalais ; il réussit à devenir un homme composé d’un Mahomet, d’un Abdel Kader et d’un brigand» écrit Henri CYRAL.

En 1856, Louis FAIDHERBE (1818-1889) confia une mission à Eugène-Abdon MAGE (1837-1869) et au docteur QUINTIN, en vue de l’expansion de la France vers l’Est, jusqu’au Niger en passant par le Mali dominé par l’empire fondé par El Hadji Omar : «Votre mission consiste à explorer la ligne qui joint nos établissements du Haut-Sénégal avec le Haut-Niger et spécialement avec Bamako, qui paraît le point le plus rapproché, en aval duquel le Niger ne présente plus d’obstacles à la navigation» écrit Faidherbe. MAGE se rendit le 12 octobre 1863 à Ségou, après un long voyage, il n’arrivera à destination que le 28 février 1864, El Hadji Omar était déjà mort. MAGE a recueilli la tradition orale sur la vie d’El Hadj Omar. Ahmadou signe un traité de commerce avec la France. Le colonel BRIERE de l’ISLE arrivé au Sénégal, en 1878, continuera cette politique d’expansion de la France.

El Hadj Omar TALL est né, suivant Thierno Mountaga TALL, le 21 mars 1794, à Halwar, un vendredi, premier jour du Ramadan. Sa date de naissance comporte des incertitudes, les auteurs ont retenu l’année 1797, j’ai opté la précision donnée par Mohamadou Aliou THIAM et confirmée par Thierno Mountaga TALL : «El Hadj Omar est né, non vers 1797, en 1794 ou 1795», les Peuls et Toucouleurs comptent, non pas par années, mais par saisons de pluies, précise Henri GADEN, le traducteur de Qacida. Son village natal, signifie une ville délicieuse en arabe, habitée par des hommes de principe : «Un qui ne faiblira pas, qui est sorti d’un village, celui-là béni de notre Fouta que l’on nomme Halwar, rendu brillant qui ne sera pas obscur» écrit Mohamadou Aliou THIAM. Halwar est situé dans l’actuelle région de Podor, à 18 km de N’Dioum et 30 km de la ville de Podor. Fils de Saidou TALL, un polygame père de douze enfants, il est le 8ème et dernier enfant de sa mère, Adama Aïssé Bint Elimane Ciré Samba Demba Aly Moctar THIAM. Les griots appellent souvent, El Hadj Omar, «Kodda» (cadet) Adama Aïssé, une mère d’une soumission légendaire, «la purifiée qui ne sera pas souillée. (..) Possédant les pleines lumières de la religion au-dedans et au-dehors, elle est un onguent au musc dont le parfum ne se dissipe pas» précise Mohamadou Aliou THIAM. El Hadi Omar a aussi reçu le surnom de «Oumaroul Foutiyou», ou Oumar le Foutankais ; il est issu de la caste des nobles, les Torodos, détenteurs du savoir. Il commence ses études coraniques d’abord avec son père, un dévot et savant, critique vis-à-vis de la confrérie Qadriyya encore dominante : «Une dispute s’était élevée entre mes parents et les habitants de Halwar, au sujet d’une mosquée que mon père voulait construire dans sa maison, pour ne pas être troublé dans ses prières. Les gens du village la lui rasèrent et le bâtirent, disant qu’il devait venir faire sa prière à la mosquée. Et, comme il refusait, ses adversaires le traduisirent en justice devant un autre marabout très renommé. Je l’accompagnai au village où devait se prononcer le jugement. Quand il eut entendu l’affaire l’Almamy Youssouf réfléchit, et me prenant par la main, dit aux deux parties : «Que vous sert-il de se disputer ? Rester en paix ; rentrez chez vous, et surtout, regardez bien cet enfant, car il vous commandera un jour» raconte El Hadj Omar. Il va approfondir ses études coraniques auprès des Maures Ida-Ou-Ali de tendance Tidjane, et reçu l’influence d’un marabout maure, Maouloud FALL. Il se rend aussi en Guinée, et aura comme maître, Abd el-Kérim ben Naguib, un lettré musulman originaire du Fouta-Djalon, membre de la confrérie Tidjaniya. Il reviendra plus tard en Guinée qui sera la base du lancement de son empire et son Jihad.

Les Français l’appellent «El Hadj» c’est-à-dire le pèlerin ; il a été à la Mecque à l’époque où les pèlerins vivaient de la mendicité, avec des périodes de longues pauses ; la plupart meurent avant d’arriver et beaucoup restent établis sur la route ne sentant pas le courage de revenir, ni d’aller plus loin. El Hadji Omar a accompli cet exploit, sans grandes difficultés, grâce à son éducation. La tradition orale veut que pour son départ à la Mecque, El Hadji Omar TALL n’avait comme viatique que trois épis de maïs «ces trois épis ne sont rien comparés aux bénédictions d’une mère et je suis armé de celles de ma mère» aurait-il dit. En 1827, et avec l’aide financière des Saint-Louisiens, il entreprend un pèlerinage à la Mecque, en passant par le Bornou, le Haoussa, le Ouadai et le Darfour et l’Egypte. Omar promet à Mohamadou BELLO (1781-1837), fils d’Ousmane Dan Fodio (1754-1817), un peul du Sokoto, au Nigéria, mais dont les ancêtres sont fountankais, à son retour, de marier sa fille. En fait, il s’agissait de jumelles : Omar mariera avec Ramatoulaye, et son frère, Alpha Amadou, prendra Hassinatou comme épouse. La tradition orale soutient que pendant son long séjour au Nigéria il a enseigné le Coran aux hommes et aux Djins (les esprits). Il s’est aussi marié avec Mariétou, la fille de Omar, sultan de Bornou ; elle lui donnera comme enfant, Aguibou (1843-1907). Durant ce périple de 17 ans, El Hadji Omar visitera le Niger, l’université Al-Azar au Caire, le Bornou et Jérusalem. Il séjourne à Médine de 1828 à 1831, ce qui lui permet d’approfondir ses connaissances du Coran, de la culture coranique et de l’arabe. Sa fille, Madinatou, est née à Médine. El Hadji Omar aura 28 femmes et 50 enfants.

Pendant son séjour, dans les lieux saints de l’islam, El Hadj Omar fait la connaissance du Khalife, Cheikh Muhammad Al Ghali, disciple d’Ahmad Al Tidjani, qui va exercer sur lui une influence déterminante : «Il donna à Cheikh Omar une autorisation sainte, c’est-à-dire complète. Il le fit Moqadem et même Khalifa pour les pays noirs Son «mentor» lui décernera le titre de khalife des Tidianes. Il lui enseigna en même temps un Istikhâra (divination) qui ne deviendra pas obscur, c’est-à-dire qui devrait lui dicter clairement ses décisions» écrit Mohamadou Aliou THIAM. Il revient sur ses pas en passant par le Caire, à son université religieuse, Jérusalem, le Bornou et le Haoussa. En raison de sa longue absence, son grand-frère Alpha Amadou vient le chercher et ils repartent ensemble au Sénégal, en 1838.

Après avoir échappé à une tentative d’assassinat, au Macina de la part du sultan Cheikh Amadou Lobbo (1776-1845), il sera mis au fer par le roi de Ségou, Tiéfolo DIARRA, pendant trois mois, et ne sera libéré que suite à une intervention de la sœur de ce roi, Nia DIARRA. Cette expérience douloureuse lui a peut-être inspiré un mépris des souverains despotiques païens, appelés «Kaffir». Il fera halte, pendant six mois, dans le royaume du Mandé, à Kankaba, et repartit en passant par Kankan. El Hadj Omar quitte le Soudan en 1840.

En 1841, c’est donc auréolé d’un prestige certain qu’El Hadj Omar va au Soudan en passant par le Nigeria, puis du Mali, il se rend en Guinée, à Diégounko, chez Mohamadou DIA, avant de retourner au Fouta-Toro, en passant par le Boundou, la Gambie, la haute Casamance, le RIP, le Saloum, le Sine, le Baol, le Cayor et le Oualo. Dans l’Etat peul Firdou, région de Kolda, Alpha Yaya BALDE, se convertit au Tidjanisme, il est le père de Moussa Mollo BALDE, (1846-1931) d’abord collaborateur du colonialisme, puis résistant. En 1846, à Saint-Louis, il bénit la mosquée Lodo ; il rencontre l’interprète Bou El Mogdad SECK (1826-1880), ainsi que CAILLE, directeur des affaires politiques de la colonie. Il s’entretiendra, en 1847, à Bakel avec le gouverneur, Ernest BOURDON de GRAMMONT (1805-1847). Les Socés de la Gambie l’accueillent avec bienveillance.

Lors de l’étape en Guinée, au Fouta-Djalon, Omar s’installe d’abord à Fodéagui, puis à Diégounko, près de Timbo, avec l’aide de l’Almamy Bocar, et y fonde une école religieuse (Zaouia). Mais El Hadji Omar, surveillé par l’aristocratie de Timbo et de Labé, n’y acquiert qu’une renommée fort modeste. Entre 1844 et 1845, il met à profit cette période de répit, pour rédiger son livre Ar Rimah, «Les Lances», invitant les musulmans à adopter la voie Tidjane, une connaissance approfondie de Dieu, une retraite intérieure et un ascétisme : «Tout sage qui désire se livrer, tôt ou tard, de ses mauvais penchants, doit se faire guider par un Cheikh, un directeur spirituel, très instruit, ayant une profonde connaissance de ses défauts et de leurs remèdes. Il se fera diriger par lui et se pliera à ses ordres avec une parfaite obéissance. Le disciple doit être à la disposition de son Cheikh, comme le cadavre est à la disposition du laveur» écrit-il. El Hadj Omar distribua de nombreux exemplaires de son livre aux notables du Fouta-Toro. En 1846, à son retour au Fouta-Toro, au lieu de s’y fixer, El Hadj Omar, en passant par Bakel et le Boundou de l’Almamy Bocar Sada, revient vers le Sud et fonde Dinguiraye, en Guinée, terrain à l’époque non habité et acheté au roi Guimba, jetant ainsi les prémisses de ce qui allait devenir, par la suite, un vaste empire musulman. «Une fois installé, il instruisait ses disciples, matin et soir. Lorsqu’il trouvait à acheter des armes, soit des fusils, soit des sabres, soit des flèches, soit des lances, il achetait toutes les armes qu’il trouvait» écrit Mamadi Aïssa. A chaque étape, il engrange de nouveaux partisans pour sa cause. Sa pensée religieuse s’affirme de plus en plus. Il écrit aux notables du Fouta-Toro «pour leur ordonner de faire la guerre sainte aux infidèles» précise Mamadi Aïssa. El Hadji Omar laisse le commandement de Dinguiraye à Ousmane Diawando, et s’engage, à partir du 21 mai 1854, résolument, dans la guerre sainte.

A la fin de sa vie, El Hadji Omar a été trahi par les Kounta de Tombouctou et les gens du Macina, qui se sont ligués contre lui. Les Bambara animistes et polygames étaient mécontents de la limitation du nombre des femmes par l’Islam à quatre : «C’était la coutume, chez les Bambara, que rien ne limitât le nombre des femmes de chacun en dehors de l’étendue de ses moyens, et il arrivait qu’un seul homme eût quarante épouses» écrit Mamadi Aïssa. Alpha Oumar Thierno Baïla WANE devait se faire remettre les femmes en surnombre et les envoyer à El Hadj Omar comme butins de guerre. Par ailleurs,  «lors de l’entrée du Marabout, Amadou Lobbo et Abdou Salam, dépossédés par leur neveu, Amadou Mo Amadou, avaient espéré trouver, dans son invasion, l’occasion de reprendre leur pouvoir ; aussi n’avaient-ils rien fait pour empêcher la mort de leur infortuné neveu. Cependant, dès que ces chefs eurent perdu l’espoir de se voir conférer par El Hadj le rang qu’ils convoitaient ; dès qu’ils surent que ce dernier avait manifesté l’intention de remettre à son fils Amadou le gouvernement du pays, ils commencèrent à former un complot de révolte» écrit Eugène MAGE. Tous ces princes, ainsi que le roi de Ségou, Ali DIARRA mis au fer, finiront par être exécutés ; ce sang des princes et roi du Mali qui a trop coulé, a fini par créer un profond mécontentement des populations maliennes. Si Moustapha, un esclave gérant le Nioro a été sage, en revanche, les nouveaux impôts de Amadou Cheikou à Ségou ont mis le feu aux poudres. Ahmed El-Bekkai, chef des Kounta de Tombouctou et les gens du Macina d’Amadou Lobbo, organisèrent un blocus contre El Hadj Omar, «si solide que les assiégés en furent réduits à manger des morts» écrit Mamadi Aïssa. Les renforts de Bandiagara, de Tidjani, fils d’Alpha Amadou, son frère, tardant à venir, El Hadji Omar est allé se réfugier dans une grotte, dans les montagnes, entre Hamdallahi et Bandiagara. Suivant Thierno Mountaga TALL, El Hadj disparaît le mercredi 28 février 1864. D’autres auteurs estiment qu’El Hadji Omar est mort le 12 février 1864 : «Il venait juste de terminer la prière de l’après-midi (Takoussaan). La poudre explosa. C’était une maladresse que l’un de ses hommes renversa des braises dessus», estime Mountaga TALL. Pour Mamadi Aïssa, El Hadji Omar est mort en septembre 1864, ce qui correspond aux dates indiquées par Eugène MAGE. Pour Mamadi Aïssa, les Foutankais lassés d’attendre les renforts de Tidjani, avaient commencé à trahir El Hadji Omar. C’est ainsi que les coalisés, les Kounta et les gens du Macina, ont pu engager une attaque dans la grotte, et «combattirent, avec acharnement, jusqu’à ce que le feu ayant été mis à de la poudre qui avait été répandue, il se produisit une explosion dans la grotte ; et, c’est ainsi que se termina la carrière d’El Hadji Omar» écrit-il. Le commandant LARTIGUE donne une version peu plausible, pour un musulman, celle du suicide : «Il dut se faire sauter dans une grotte, avec les tonneaux de poudre que portaient ses enfants, pour ne pas tomber entre les mains de ceux qui le poursuivaient». Une autre légende, recueillie par Paul SOLEILLET auprès de la population musulmane, consiste à soutenir qu’El Hadji Omar, cerné par l’ennemi, se retira dans une haute montagne, et qu’il y fut enlevé au Paradis. «Cheikh Oumar s’éclipse des falaises de Bandiagara, définitivement, aux yeux des hommes. Il fut ainsi le troisième homme à être élevé dans les cieux, après le Prophète Issa (Jésus) et Seydina Ali Ibn Abi Talib» écrit Thierno Mountaga TALL. Suivant, Mohamadou Aliou THIAM, après avoir vaincu les Kounta et les gens du Macina, Tidjani retourna à la montagne : «Les corps avaient été mis en pièces par l’explosion de la réserve de poudre et aucun ne put être reconnu. Il fit rassembler ces restes et les apporta à Bandiagara où il les fit enterrer».

I – El Hadji Omar et l’Islamisation de l’Afrique de l’Ouest

A – El Hadji Omar TALL, le savant et le miraculeux

L’épopée qui magnifie El Hadji Omar TALL accentue son côté combattant de la foi en y intégrant miracles et magie noire. Seule compte l’image du «gigantesque cavalier entouré d’un halo de lumière qui galope sur son destrier, pour disparaître à l’horizon» écrit Emile DUCOUDRAY. Les écrits de Cheikh Moussa CAMARA et de Mamadou Aliou THIAM ont renforcé cette dimension mystique d’El Hadji Omar TALL, le «Waliyou» (miraculeux et savant). Lors de son séjour à l’université Al Azar, en Egypte, sous Méhémet ALI (1769-1849) ses hôtes furent surpris par l’étendue de ses connaissances : «Le bélier universel à la tache noire à la tête, a compris toutes les sciences. (..) Tant enfin ils furent saisis de ces prodiges que fut la façon dont répondit le Cheikh à ces questions profondes, ardues, qui ne sont pas faciles. C’est un savant qui a compris toute chose qu’il a lue. C’est un homme qui excelle en connaissance profonde, il ne se trompe jamais» écrit Mohamadou Aliou THIAM.

D’une grande simplicité et généreux, El Hadji Omar, grand communicateur, les griots du Mali lui ont consacré une chanson traditionnelle, désormais attachée à son nom : «Tara» ; cette chanson était initialement un éloge funèbre, mais ses origines lointaines sont peules et se rattachent à l’histoire d’un chant ancien, le Yééla. Les qualités personnelles d’El Hadji Omar TALL ont été reconnues de tous : «Cet homme à qui on s’accorde à reconnaître une  grande éloquence, n’eût pas de peine à se faire passer aux yeux des Noirs du Sénégal, pour un être extraordinaire, doué d’un pouvoir surnaturel ; on croyait toute espèce de miracle possible de sa part ; on en racontait déjà» écrit la Revue Sénégal et dépendances de 1861. Paul SOLEILLET (1842-1886) a décrit El Hadj Omar. Ses yeux étaient expressifs, ses traits réguliers. Sans moustache, sa barbe était noire, soyeuse, partagée au menton. Il ne parut jamais avoir plus de trente ans. Personne ne l’avait jamais vu se moucher, cracher, suer, ni avoir chaud, ni avoir froid. Il pouvait rester indéfiniment sans manger, ni boire. Ses mains et ses pieds étaient parfaits. Il ne parut jamais fatigué de marcher, d’être à cheval ou immobile sur une natte. Sa voix était douce et s’entendait distinctement aussi bien de loin que de près. Il n’a jamais ri, ni pleuré, jamais il ne s’est mis en colère. Son visage était toujours calme et souriant. «La Justice est le droit de l’Homme, dans ce monde et dans l’autre ; là où la justice des hommes aura été en faute, celle de Dieu ne faillira» dit El Hadji Omar.

Homme modeste, érudit et doté de vastes connaissances, on prête à El Hadji Omar de nombreux miracles. Il aurait fait le Ramadan le premier jour de sa naissance : «Quand il naquit il refusa d’être allaité, les gens pensèrent qu’il était malade. (..) Les sages dirent : «ce bébé n’est pas souffrant, mais peut-être qu’il a en lui quelque chose de mystérieux. Peut-être que c’est un Saint» écrit Samba DIOP dans «Epopée africaine». Dès l’âge de quatre ans, son maître coranique a avoué qu’il est en avance sur lui.  A huit ans, il savait par cœur tout le Coran qu’il avait mémorisé. Talibé, il ne va quémander la pitance, mais à l’heure de présentation de la sébile, la sienne est bien achalandée. Aux champs, il refuse de cultiver, mais les parties dont il a la charge sont dégagées de toutes mauvaises herbes. Il traverse le fleuve, comme le Moïse de la Bible. Dans tout ce qu’il faisait, il semblait avoir le soutien des génies qui lui avaient prédit qu’il n’aura pas de funérailles. Il vaincra les païens, mais les «incirconcis aux oreilles rouges» domineront le continent noir. En Syrie, Omar guérit l’enfant handicapé d’un roi, Ibrahim Pacha (1789-1848). Dans son histoire du Sokoto, El Hadj Saïdou relate qu’il a sauvé de la soif une expédition menée contre le Gober en faisant venir, par ses prières l’eau dans un puit à sec, sans qu’une goutte d’eau ne se perdît à l’extérieur des murailles.

Omar TALL avait de l’éloquence et de la finesse. Ainsi, au Caire, les chefs religieux étaient sceptiques, un Noir pouvait-il en savoir autant qu’eux ? Ils le convoquèrent pour l’interroger et sonder ses connaissances théologiques. Un rhéteur malicieux lui lance, sournoisement, cette attaque : «O Miracles, exagération descendant du Prophète, rhétorique science toute splendeur que tu sois, mon âme se dégoûtera de toi si tu t’enveloppes de noir» lui dit un de ses détracteurs. La tradition orale défendue par Mahamadou Aliou THIAM, rapporte qu’El Omar répondit, brillamment, et triompha de tous les pièges, en leur clouant le bec : «L’enveloppe n’a jamais amoindri la valeur du trésor qui s’y trouve enfermé, Donc Ȏ poète inconséquent, ne tourne plus autour de la Kaaba, maison sacrée d’Allah, car elle est enveloppée de noir. Ȏ poète inattentif, ne lis donc plus le Coran, car ses versets sont écrits en noir. Ne réponds donc plus à l’appel de la prière, car le premier ton, fut donné, et sur l’ordre de Mohammed notre modèle par l’abyssin Bilal, donc un noir.  Hâte-toi de renoncer à ta tête couverte de cheveux noirs. N’oublie pas que c’est avec l’irremplaçable prunelle noire que l’œil parvient à discerner. Chez moi, dans le Tekrour, tout noirs que nous soyons, l’art de la grossièreté n’est cultivé que par les esclaves et les bouffons».

Né au temps des Almamy du Fouta-Toro qui ont instauré une République théocratique depuis 1776, El Hadj Omar TALL n’a pas été accepté facilement dans son pays. Le Jihad qu’il préconise et les troupes qu’il veut lever au Fouta-Toro, ainsi que la tentative de conciliation avec le colonisateur, ont été des sources de dissentiment avec les Almamy antiesclavagistes et résolument en guerre contre l’occupant français. Par ailleurs, El Hadj Omar a introduit la confrérie Tijiania en Afrique de l’Afrique de l’Ouest. Or les Almamy du Fouta-Toro sont d’une autre confrérie, celle des Qadriyya, dont le fondateur, au XIIème siècle, est l’iranien Abdel Kader El Jilani (1079-1166). Le tidjanisme omarien rejette toute hiérarchie sociale et prône l'égalité de tous les hommes, et «allait devenir une africanité, une négritude avant la lettre» écrit Gérard CHENET En effet, les adeptes du Tidjanisme, se fondent le Coran et la tradition prophétique, et se réfèrent, en particulier, tous à son fondateur, Cheikh Amet Tidjani, par la grâce et sainteté que lui a accordées le Seigneur, clôt l’arrivée de tout prophète ou envoyé de Dieu. Le Tidjanisme introduit le Wird (invocations obligatoires pour tout affilié), les Hizbs (prières écrites ou conseillées par le fondateur), le Wazifa (série de litanies et de prières spécifiques à réciter chaque jour), et respectent les 23 règles fondamentales de la confrérie, dont le Maouloud ou la célébration de l’anniversaire du Prophète, Mohamet.

A la suite de l’assassinat de l’Almamy, Abdoul Kader KANE le 4 avril 1807, en raison des rivalités et des dissensions entre les familles nobles, le Fouta-Toro est plongé dans une crise morale très profonde. El Hadji a dénoncé, avec virulence, l’affaissement de ces valeurs morales au Fouta-Toro, contraires, selon lui, à l’Islam : «Vous êtes comme des infidèles, buvant et mangeant l’injustice, et vos chefs violent la loi de Dieu, en opprimant les faibles» dit-il. Cependant, «nul n’étant prophète dans son pays» comme le dit un adage, El Hadji Omar TALL a failli être assassiné suite à un complot ourdi par Boubacar Aly Doundé, fils d’un chef des Bosséyabé. Avant de repartir en Guinée, il envoya ce message aux chefs du Fouta-Toro : «Vous avez refusé de me suivre pour travailler avec moi, à la conversion des infidèles. Mais, dans un temps, qui n’est pas éloigné,  vous accourez tous, sans que je vous appelle» écrit-il. 

Cheikh Moussa CAMARA, un des biographes d’El Hadji Oumar, a rappelé qu’il n’est pas un descendant du Prophète Mohamet. Il réitère le caractère fondamentalement peul d’El Hadji Oumar qui a renversé les royaumes Bambaras, jadis ennemis jurés des Toucouleurs. Pour Cheikh Moussa CAMARA, en dépit de ses grandes qualités, El Hadji Oumar est un mortel ; cependant, il a un pouvoir spirituel immense. Ainsi, pendant son voyage à la Mecque, il s’était engagé sur le chemin de terre fort dangereux et infesté de brigands. Il récitait pendant ses prières «Celui qui a ouvert ce qui avait été fermé» et il a échappé à tous les désagréments.

B – El Hadji Omar, le Jihadiste : balayer et nettoyer les pays du paganisme

A son retour de la Mecque, El Hadj Omar est devenu «un homme mûr et grave, instruit par ses lectures, ses conversations et ses nombreux voyages. Si la science de Dieu a été sa principale préoccupation, on peut penser qu’il avait aussi gardé les yeux ouverts sur le monde profane» écrit Yves SAINT-MARTIN. En effet, El Hadji Omar repart en Guinée, au Fouta-Djalon, et s’installe à Dinguiraye, en 1849, avec l’accord Yimba SAKHO, chef animiste des Diallonké de Tamba, qu’il paie en or, pour préparer la guerre sainte. «S’exiler, c’est s’enrichir» avait-il coutume de dire. «Un homme extraordinaire, de race Foulah, prenait une grande influence sur ses compatriotes. (…) Son renom de sainteté attirait autour de lui un si grand nombre de disciples qu’il put songer à en faire une armée» écrit J. PINCHON. «El Hadj achète, vend de la poudre d’or qu’il tire du Bouré, arme ses élèves, cultive, remplit ses greniers de mil et se fortifie. Possédant déjà une véritable armée qui chaque jour, grossissait» écrit Eugène MAGE. Il fait bâtir cette mosquée, en forme de meule, ressemblant à une grande case, avec l’aide d’Ousmane Diawando, ainsi qu’un «Tata» (fortification). A partir de ce moment, le colonisateur considéra qu’il menaçait ses intérêts : «Un plus redoutable adversaire se rencontra dans un marabout Toucouleur, Cheikh El Hadji Omar. (…) Etablit en 1848, entre les deux fleuves, à Dinguiraye, il se transporta au Nord du Sénégal, dans le Kaarta, pillant nos traitants et proclamant même qu’il conduirait ses troupes à Saint-Louis» écrit Henri WALLON. Dans la guerre sainte qu’il prépare, El Hadji Omar commence d’abord par avoir un territoire, des munitions et une armée solide dirigée par Alpha Oumar Thierno Baïla WANE, de Kanel dans le Damga, un fidèle des fidèles du «Sultan des Saints», comme le surnomment les Fountankais. Alpha Oumar lui achète le fameux cheval surnommé «M’Bollou», à Bokar Yéro Mody de Galoya. Il recrute notamment Thierno Mollé du Bosséya, fait Moqaddem. El Ehadji se fait assister, pour le génie militaire, par Samba BATHILY dit Samba N’DIAYE, d’origine Soninké et ancien otage pendant vingt ans à Saint-Louis.

Dans son appel à la guerre sainte, El Hadji Omar se remémore le passé prestigieux des Foutankais, flattant ainsi leurs égos : «Les fils du Fouta sont tels que nos premiers ancêtres ; laborieux et forts, la fine fleur de l’humanité et des droits. Fils du Fouta, retournez à vos origines : le Jihad contre les ennemis d’Allah (…). Le Mont Sinaï est à votre berceau à cause du Jihad. Fils du Fouta soyez dignes de vos ancêtres» dit El Hadji Omar. Il est sans doute influencé par la guerre sainte, au Nigéria, initiée par Ousmane DAN FODIO (1754-1817), sultan du Sokoto. El Hadj Omar voulait lancer la restauration et la réforme de l’Islam, en recourant au Jihad, estimant qu’il est investi, dans cette mission, par le Seigneur, la rétribution étant le paradis. El Hadji Omar se fonde explicitement sur un mysticisme inspiré de la Tidianiya, mettant l’accent sur la mortification et l’observation rigoureuse de l’Islam, par une série de rites. La tradition orale soutient qu’El Hadji Omar, un Mahdi investi d’une mission divine, serait le continuateur de l’action de Mahomet (571-632) : «Auparavant, je n’avais été autorisé par Mahomet et Cheikh Ahmet Tidjane qu’à rallier les incroyants à l’Islam et à les guider sur la voie correcte (…) ; puis j’ai été chargé de lancer le Jihad. (…) L’autorisation m’en a été donnée par une voix divine qui m’a dit : «Tu as maintenant la permission de conduire le Jihad. Cela se passerait le 6 septembre 1852» affirme El Hadji Omar. Mamadou Aliou THIAM affirme que l’autorisation de faire le Jihad aurait été donnée, pendant le voyage à la Mecque, par Mohamed El-GHALI : «Va balayer les pays ; c’est-à-dire va les nettoyer du paganisme. C’est là une mission de propagation de la foi par la guerre sainte» écrit THIAM. Mamadou Aïssata DIAKITE, petit-fils d’un Soninké disciple d’El Hadji, dans sa biographie, n’effleure que ce thème. «Le vieux monde africain, regénéré par la demi-civilisation musulmane, galvanisé par le fanatisme pressent que c’est par le fanatisme et par cette brèche de la vallée du Sénégal, que la race européenne, avec son cortège d’idées et d’institutions, pénétrera, avant peu, jusqu’au cœur de ce continent arriéré, il cherche à se défendre de cette invasion» écrit Louis FAIDHERBE. Naturellement, le colonisateur s’est évertué à démontrer que le Jihad est proscrit par les temps modernes : «Parmi les populations indigènes que nous avons eu à coloniser, il y a une ethnique qui n’acceptera jamais notre domination. Et il se trouve que cette ethnie est très répandue sur notre espace de colonisation. Il est urgent et impératif, pour notre présence en Afrique, de réussir à la diviser et leur opposer les autres ethnies moins rebelles. Car le jour où les Peuls se regrouperont, ils peuvent balayer sur leur passage toutes les forces coloniales» écrit FAIDHERBE.

A Dinguiraye, il prépare le Jihad (guerre sainte). Il acquiert une réputation de saint et rassemble de nombreux disciples qui formeront les cadres de son armée. Son armée, équipée d’armes légères européennes reçues de trafiquants britanniques de Sierra-Leone, s’attaque d’abord à Tamba, dont le chef, Yimba SAKHO, avait une réputation de cruauté terrible ; on l’accusait de donner des captifs en pâture aux vautours sacrés de son village. Par ailleurs le roi de Tamba, outre l’armement d’El Hadji qui l’inquiétait, est mécontent de la conversion à l’islam d’un de ses sujets : Diély Moussa DIABAKATE.  El Hadji Omar inflige en même temps une sévère défaite à Labata, un village allié et à Bandiougou KEITA, un descendant de Soundiata venu soutenir Tamba, lors du siège de six mois. Cette victoire lui ouvre l’accès au cours supérieur du Bafing et contrôlant ainsi les voies des mines d’or du Haut-Falémé, du Bambouk et du Bouré. Quittant la Guinée, il laisse la direction de Dinguiraye à une de ses filles, Aguibou. De 1850 à 1857, il s’empare du Bambouk et du Kaarta. Il occupe, quelques années plus tard, le Nioro, alors capitale du royaume païen des peuples bambaras, fondant ainsi un empire s’étendant du Haut-Sénégal à la Gambie. Il occupe, sans difficulté, les territoires du Mandingue et du Bambouk en 1853, avec leurs mines d’or. Il campe près du poste de Sénoudebou, et fait connaître au gouverneur de Bakel son intention de rester en paix avec les Français et propose, avec de l’or, de leur acheter des fusils et canons. Le gouverneur du Sénégal, Auguste-Léopold PROTET (1808-1862) rejette cette offre. El Hadji Omar attaque alors Makhana, chef lieu du Kaméra, et fait décapiter tous les hommes. Faidherbe fait fortifier Bakel, ce qui dissuadera les incursions d’El Hadji Omar.

El Hadi Omar affronte les Bambaras Massassi dont il prend la capitale Nioro et Ségou entre 1854 et 1861. En 1856, il annexe le royaume bambara du Kaarta et réprime sévèrement les révoltes. Luttant contre l’armée coloniale française, il fait construire, une fortification, à Koniakary non loin de Kayes. El Hadji Omar est rejoint par Alpha Oumar Thierno Baïla WANE. «Rien dans le Soudan occidental ne pouvait plus résister à El Hadj ; ceux qui auraient voulu se défendre étaient à la tête d’esclaves trop démoralisés pour résister à des hommes libres et fanatiques» écrit Eugène MAGE.

En avril 1857, il déclare la guerre contre le royaume du Khasso et assiège le fort de Médine, point stratégique pour le contrôle des routes menant vers la Mauritanie, la Guinée, la Gambie et le Sud-Ouest du Sénégal. Jusqu’à Podor, tout commerce, pour le colonisateur français était devenu impossible. Des villages entiers du Fouta, du Boundou et du Dimat sont sous ses ordres. Faidherbe met en place un poste de défense en septembre 1855 à Médine, car Bakel, est en révolte. Le 20 avril 1857, El Hadji Omar TALL attaque Médine, défendu par Paul HOLLE, un mulâtre saint-Louisien, avec 7 Européens 22 Sénégalais et 36 matelots. Mais ces faibles troupes n’auraient pas suffi à repousser les 20 000 fantassins d’El Hadji Omar. La défaite d’El Hadj est due, en partie, à l’indiscipline de Hamat Kouro WANE dit «Hadé Wadda» (celui qui fait ce qu’on lui défend). L’absence du stratège militaire, Alpha Oumar Thierno Baïla, qui n’était pas de l’expédition, resté au commandement du Nioro et Kaarta, a pénalisé El Hadj Omar. Par ailleurs, en grand stratège, Faidherbe a rassemblé à Médine tous les éléments, issus du Logo et du Kasso, hostiles à El Hadj Omar. Le gouverneur du Sénégal a mobilisé au total 580 hommes, avec des fusils, munitions et des barils de poudre, ainsi que divers alliés africains à la botte du colonisateur, : Fara Penda M’BODJ, nommé chef du Oualo, Boubacar Sada du Boundou, Babacar Ould Souedi Amet, chef des Douaich, des Maures. Pour faire face au Jihad d’El Hadji Omar, Faidherbe va conclure divers traités de paix : le 20 mai 1858 avec le Trarza, le 10 juin 1858 avec les Maures Brakna, le 18 août 1858, avec l’Almamy du Boundou et les chefs du Bambouk, le 19 août 1858 avec les chefs du Guoy, le 18 avril 1859 avec le Toro, le 10 septembre 1859 avec le Damga, une province du Fouta, particulièrement rebelle.

C’était l’époque où la domination française commençait à s’affirmer sur tout le Sénégal. En 1857, les troupes de Faidherbe et celles d’El Hadj Omar s’affrontèrent à Médine, puis à Matam du 13 au 16 avril 1859. C’est en août 1860, à Bakel, qu’un traité de paix fut signé entre Thierno Moussa, représentant d’El Hadji Omar, et les Français dont l’autorité est reconnue sur la rive gauche du fleuve, et la rive droite restant sous influence d’El Hadji Omar. «Tout pillage, toute expédition de guerre cessera d’un côté, comme de l’autre. Les sujets de l’un des pays n’iront pas en armes dans l’autre pays. Le commerce se fera librement entre les deux pays ; nous vendrons à El Hadj tout ce qu’il nous demandera», points 4 et 5 du traité.

Entre 1859 et 1862, El Hadji Omar remporte ses conquêtes sur le Niger et brise la résistance des Diawara en installant les Toucouleurs sur le Kingui. Marcoïa est pris le 20 novembre 1859 et le 22 mai 1860, les Bambaras venus au secours des Diawara connaissent une défaite à N’Ganno. Niamina, ville commerçante du Niger est conquise le 25 mai 1860.

El Hadj Oumar TALL s’attaqua aux royaumes bambaras de Kaarta et de Ségou, dirigés par les Diarra. En entrant dans Ségou, le 10 mars 1861, «il prenait possession du palais et des trésors accumulés depuis des siècles par les divers rois qui s’étaient succédés dans ce pays. Les différents chefs captifs écrirent, par des marabouts de l’intérieur, qu’ils voulaient se rendre à El Hadj. (…) Il imposait à tous de se raser la tête, de ne plus boire de liqueurs fermentées, de faire le Salam, de ne plus manger de chien, de chevaux, ni d’animaux morts de maladie ; il prenait des otages pour en faire des soldats», écrit Eugène MAGE. Les fétiches et temples païens sont détruits. En 1862, il confie Ségou à son fils Ahmadou, pour partir à la conquête d’Hamdallaye, capitale de l’Empire peul du Macina qui tombera le 16 mars 1862. Il est curieux de constater qu’El Hadji Omar ait fait la guerre contre Amadou Mo Amadou (Amadou fils d’Amadou, en Peul), petit-fils du fondateur du Macina, qui n’était pas un idolâtre, mais un musulman jugé hypocrite et non sincère : «il est notre petit-fils, son père est notre fils, et son grand-père est notre oncle et ami. (…) L’action est plus éloquente que la parole. Lorsque la parole et l’action divergent, prends en considération l’action» dit El Hadji Omar.

En effet, Amadou Mo Amadou avait préconisé à El Hadj Omar de ne pas poursuivre Ali DIARRA, le roi de Ségou en fuite qui cherchait à reprendre son trône «Si je t’ai demandé la paix, c’est que les gens de mon pays le désiraient ; Quant à moi, j’ai toujours souhaité me battre contre toi, si tu ne viens pas m’attaquer, je marcherai contre toi» dit Amadou Mo Amadou.  Après plusieurs échanges de lettres, El Hadji Omar finira par se défendre contre les attaques d’Amadou Mo Amadou, qui sera capturé après sa fuite et décapité le 15 mai 1862. Les trésors d’Amadou Mo Amadou entassés à Tombouctou furent récupérés. La vie d’Ali DIARRA, roi de Ségou est épargnée, mais il est mis aux fers.

Le 16 mai 1862, El Hadj Omar prend la capitale du Macina : Hamdallaye «Trois jours après son entrée à Hamdallaye, tout le Macina, chefs en tête, venait faire sa soumission au marabout, qui se trouve ainsi maître de la plus vaste étendue de territoire qu’un chef nègre n’eut jamais eu en son pouvoir. De Médine à Tombouctou, et de Trengela au Sahara, tout était soumis à sa loi» écrit Eugène MAGE. En 1864, c’est dans le Macina qu’une révolte va bloquer El Hadji Omar. En effet, le Macina est vaincu, mais non soumis. Les Qadiri de Cheikh Bécaye complotent et pactisent avec la France. La conspiration entre les gens du Macina, les Bambaras et les Kounta de Tombouctou. Replié dans une grotte à Déguembéré, El Hadji Omar attend les secours de son neveu, Tidjani, qui arriveront, tardivement.

II – El Hadji Omar et son héritage contrasté

A - El Hadji Omar, l’échec et la dislocation de son empire théocratique

Jusqu’en 1864, la France n’avait aucune maîtrise du territoire appelé alors le Soudan ; son dernier poste militaire s’arrêtait à Bakel. En effet, l’autorité d’El Hadj Omar dépassait, de son vivant cette zone, elle couvrait le Fouta-Toro, le Boundou et une partie de la Guinée : «La rapide extension des Foulahs et leur domination politique dans une grande partie du Soudan, depuis la haute région où le Kouara (Djoliba ou Niger et le Sénégal ont leurs sources jusqu’au fort au-delà du Tchad ; cette extension est un des phénomènes historiques les plus remarquables des temps modernes» écrit Jules BELIN de LAUNAY (1814-1883) dans l’introduction de l’ouvrage d’Eugène MAGE. Les colons ont été confrontés au pillage des maures à la résistance des anciens royaumes, et surtout au puissant empire mis en place par El Hadji Omar. Depuis la chute d’El Hadji Omar, la colonisation n’a cessé de remporter des victoires dans son entreprise de domination de l’Afrique. «L’histoire de la conquête, et surtout de l’occupation du cercle de Nioro est intimement lié à la destruction de l’empire toucouleur qui, lui-même comprenait la totalité du Soudan actuel» écrit le commandant de LARTIGUE. 

El Hadj Omar, de son vivant ne voulait pas assumer le pouvoir temporel ; il avait confié cette mission, à partir de 1860, à son fils, Ahmadou Cheikou (21 juin 1836, Sokoto- 15 décembre 1897, Sokoto), réformateur lettré et mystique, devenu le «Lamiddo Dioulbé», le commandeur des croyants, avec comme capitale Hamdallaye (Loué soit Dieu). Si Moustapha, un esclave gérant le Nioro a été sage, en revanche, les nouveaux impôts de Amadou Cheikou à Ségou ont déclenché la révolte. «A première vue, j’avais donné à Ahmadou dix-neuf ou vingt ans ; en réalité, il en avait trente ; il est plutôt grand et il est bien fait. Sa figure est très douce, son regard calme, il a l’air intelligent. Il bégaie un peu en parlant, il parle bas et très doucement. Il a l’œil grand, le profil du nez droit, les narines peu développées. (..)  Il est coiffé d’un bonnet bleu. (..) Il tenait à la main un chapelet, dont il défilait les graines en marmottant par les intervalles de la conversation. Devant lui, sur sa peau de chèvre, étaient posés un livre en arabe et des sandales ainsi que son sabre», écrit Eugène MAGE lors de son entrevue du 28 février 1864. «La théocratie fondée en 1818 au Macina par Cheikou Ahmadou, à son apogée en 1830, s’étendait du Nord au Sud entre Tomboctou et Djenné et à l’Ouest, les rives du Bani et du Niger» écrit Robert CORNEVIN.

Les Français estiment que cette République islamique très vaste, menace leurs intérêts. Ils entreprirent alors de liquider toutes les personnes censées contrarier la colonisation. «Dans la campagne de 1891-1892, le colonel Archinard avait planté notre drapeau et porté un nouveau coup à la puissance toucouleur. La campagne de 1892-1893 avait un double but : détruire la puissance d’Ahmadou, qui tentait de reconstituer son empire dans le Macina et refouler Samory qui continuait à inquiéter la région Sud de la colonie» écrivent les Renseignements coloniaux de 1896. Dans son rapport, le colonel ARCHINARD précise ces menaces : «Ahmadou, toujours hostile, profitant de ce qui lui restait de force et d’autorité, nous faisait attaquer dans le Nord de Sansanding et à l’Est de Ségou. (…) Ma conviction s’est faite et que je regardais Ahmadou comme l’âme de toutes les révoltes contre nous. (…) Il fallait enlever à Ahmadou l’ombre du prestige dont il jouissait encore, et pour cela le chasser du dernier royaume créé par son père et le priver du concours des Toucouleurs que le fanatisme musulman, l’orgueil vis-à-vis des autres Noirs et la haine contre nous, tenaient encore groupés autour de lui» écrit le colonel Louis ARCHINARD. En effet, Ahmadou avait entrepris de s’allier avec les forces de Samory TOURE (1830-1900). Ahmadou Cheikou, outre les Français, avaient de nombreux ennemis dont les Peuls du Macina, les Bambaras et une partie de sa famille contestait sa légitimité notamment à Ségou, le Bélédougou, le Mandingue et le Kaarta. En 1881, les Français s’installent à Kita.

Les Français ont appliqué une vieille recette «Diviser pour mieux régner», en exploitant, au maximum, les dissensions au sein des héritiers d’El Hadj Omar, pour mieux liquider Ahmadou Cheikou, moins conciliant ; cela préfigure, peut-être ce qu’allait être la Françafrique : installer des hommes de paille en Afrique. Aussi, le colon s’est attaché la collaboration d’Aguibou TALL (1843-1907), plus malléable et avide d’honneurs : «Aguibou n’avait hérité du fanatisme religieux de son père. Il semble bien qu’Aguibou ait assez faible caractère et que ses penchants de collectionneur l’aient rendu, plus que de raison, avide de cadeaux. Ce goût pour les présents le rendra docile aux arguments des commandants supérieurs du Soudan» écrit Yves SAINT-MARTIN. En effet, Aguibou avait d’abord hérité de la province autonome de Dinguiraye, une création de son père, à la conquête coloniale qui sera d’abord rattachée au Soudan, puis à la Guinée. «J’avais permis à Aguibou de recevoir tout le monde et d’accepter tous les témoignages d’attachement qui lui seront donnés» écrit Louis ARCHINARD (1850-1932). Il y avait un lourd contentieux entre Aguibou et Amadou Cheikhou. En effet, pendant qu’Ahmadou guerroyait dans le Kaarta, entre 1870 et 1874, Aguibou avait exercé la régence et géré le royaume en bon père de famille. A son retour, Ahmadou ne tint compte de cette bonne gestion, et remis Aguibou, brutalement, dans le rang. Il lui confisqua une partie de ses biens et de ses femmes, d’où le grand ressentiment d’Aguibou, qui se croyait d’ascendance plus noble que son demi-frère : «Mon frère, Ahmadou, m’a pris ma femme, Assa Coulibaly, avec seize autres femmes, deux captifs et mille gros d’or. C’est pour cette affaire entre Ahmadou et moi, que je suis passé au service des Français» écrit Aguibou dans une lettre de 1891 au colonel HUMBERT. Un parti se forma, tant à Dinguiraye, qu’à Ségou, pour demander l’accession d’Aguibou au pouvoir, mais Aguibou nommé à Dinguiraye, fut ainsi écarté, provisoirement, du centre de décision.

Aguibou décide, par le traité du 12 mars 1887, de placer Dinguiraye sous protectorat français, et devient un serviteur docile du colon. Le 6 avril 1890, Louis ARCHINARD prit la ville de Ségou à Madani qui alla se réfugier, chez son père à Nioro et dans le Kaarta. Ahmadou Cheikhou, confronté à des révoltes presque permanentes et des guerres de succession, se sentant menacé, sans se soumettre, Ahmadou émigra en 1893 à Sokoto, pour y répandre la Tidjianiyya, et il y meurt le 15 décembre 1897.

Louis ARCHINARD voulait, coûte que coûte briser la domination toucouleur et mis à la tête de Ségou de 1887 à 1892, Mari DIARRA, qui s’est révélé peu malléable ; il sera assassiné par les colons. En mars 1891, Sansanding est confié à Mademba DY (1842-1918), un ancien postier sénégalais et chef de la brigade télégraphique du Soudan. ARCHINARD exigea d’Aguibou une remise de la province autonome de Dinguiraye, comme tous les autres royaumes d’El Hadj Omar, annexés par la France. Aguibou s’exécuta, se déclara Français et prêt à se rendre partout où le gouverneur  lui dirait d’aller. Sous la menace des Sofas de Samory TOURE, Aguibou TALL ira, en 1892, se réfugier auprès de Louis ARCHINARD. Maky, le fils d’Aguibou, qui exerçait la régence à Dinguiraye est destitué et exilé à Kayes, en mars 1899 ; son cousin, Baba TALL est érigé, au rang, non pas de roi de Dinguiraye, mais de simple chef coutumier. Seule la Mosquée de Dinguiraye a résisté à la loi du temps. Le 4 mai 1893, ARCHINARD élève Aguibou TALL, au rang de «Fama», un roi fantoche du Macina, à Bandiagara, «en récompense de la fidélité et des bons sentiments témoignés par Aguibou à la France». Le 12 février 1903, la résidence de Bandiagara fut transformée en chef-lieu de cercle, un administrateur civil européen nommé. Aguibou perd son statut de roi, pour devenir un simple chef coutumier ; il meurt en 1907. Ainsi, prit fin l’empire d’El Hadj Omar, et commença la collaboration de ses héritiers, dont El Hadj Saïdou Nourou TALL (1882-1980), avec l’occupant français.

En définitive, El Hadji Omar a tenté de réaliser l’unité africaine, s’il n’avait pas été arrêté dans sa progression vers le Niger, en 1864. Au Fouta-Toro, le dernier Almamy, Ciré Baba Ly fut élu en 1880. Depuis 1877, le Fouta est morcelé avec le traité de Galoya. Et l’Almamy Babaly ne fut pas remplacé à sa mort, en 1890.

B – El Hadji Omar et le fabuleux destin de la confrérie Tidjaniyya,

El Hadji Omar est le continuateur, en Afrique de l’Ouest, de l’action de Cheikh Ahmed Tidjani (1737-1815), originaire de Ain Mahdi, dans le Sud algérien et mort, à Fès, au Maroc. Ce mouvement de Tajdîd ou «renouveau», fondé en 1781, se caractérise par le surgissement de figures, de réseaux, de structures, qui, par-delà leur diversité, ont en commun une forte démarche éducative, missionnaire et militante, et une révérence particulière à l’égard du Prophète, de son modèle et de son enseignement. C’est à la fois une continuité et une rupture avec le passé. El Hadji Omar a d’abord été initié au Tidjanisme par son maître Abdel Karim du Fouta-Djalon. Mais lors de son séjour à la Mecque, il rencontre Sidi Mohamed El GHALI qui le nomma Khalife général de la confrérie Tidjaniyya pour toute l’Afrique de l’Ouest.

Si l’empire toucouleur d’El Hadji Omar s’est disloqué à sa mort, en revanche, le destin et la survie du Tidjanisme sont exceptionnels. Ce message de rénovation des valeurs de l’Islam est plus que jamais vivace. Ainsi, Amat BA dit Maba Diakhou BA (1809-1867), du RIP, Almamy du Saloum et un descendant de Coly Tenguella BA, dont les ancêtres sont originaires de M’Bantou, près de Podor, rencontre El Hadj Omar en 1846, à Kabakoto. El Hadji Omar lui donne le Wird des Tidjanes et l’investit comme représentant de sa confrérie dans le Saloum. Il engage la guerre sainte en 1861 à la suite d’un différend avec le roi du Sine. Par son prestige, Maba Diakou BA installe, dans le Nioro du Rip, de nombreuses personnalités dont : Mame Mor Anta Sally M’Backé, père Cheikh Ahmadou Bamba M’Backé, fondateur du mouridisme ; et Mohamed NIASSE (1881-1959), aïeul de Cheikh Ibrahima NIASSE dit Baye NIASSE, installé à Taïba Niassène. Fodé Kaba DOUMBOYA (1818-1901), chef musulman diakhanké de Casamance. Maba Diakou BA offrira l’asile politique à Alboury N’DIAYE (1842-1898), bourba du Diolof, et à Lat-Dior DIOP (1842-1886), damel du Cayor, qui va se convertir à l’Islam, en 1864, son royaume étant resté longtemps animiste et esclavagiste. Un des héritages d’El Hadji Omar est donc l’islamisation massive des Ouolofs, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, tous les grands marabouts étant d’ascendance peule. En raison de son Jihad, une continuation de l’œuvre d’El Hadj Omar, il est déclaré ennemi n°1 par les colons et sera tué le 18 juillet 1867, à Somb, région de Fatick, dans une bataille contre Coumba N’Doffène DIOUF (1810-1871), le bourba du Sine. C’est la famille des NIASSE, à Kaolack, qui donnera, en 1920, le Wird et le Maouloud des Tidjane, à mon village, Danthiady et à Seddo, dans la région de Matam.

Continuateur de l’action d’El Hadji Omar TALL, au Sénégal, El Malik SY (1855-1922) a consacré un poème à son mentor : «Qui rendra ma vie heureuse après la disparition de mon maître Omar ? J’ai perdu celui qui refusait l’injustice, celui qui avait l’habitude de faire périr ceux qui altéraient la religion et les païens» écrit El Hadj Malick SY. En effet, El Hadji Omar a élevé El Hadj Malick SY, avant sa naissance, lors de son retour à la Mecque, à Oré Fondé, par l’intermédiaire de son oncle maternel Alpha Mayoro WELLE, au rang de Khalife général des Tidjanes. Par sa chaîne spirituelle, ainsi que par ses études, ses écrits et son pèlerinage, El Hadj Malick SY était devenu un des grands personnages de la vie religieuse au Sénégal. Cependant, contrairement à son mentor, El Hadji Malick SY, s’il est resté adepte du tidjanisme, était un collaborateur de la colonisation, il avait condamné le Jihad. Pour Cheikh Moussa CAMARA, un spécialiste de l’histoire des grandes familles du Fouta-Toro, les lointains ancêtres d’El Hadji Malick SY sont originaires du Boundou, du clan de la famille SY, des Almamy de cette contrée.

Mamadou Lamine DRAME (1840-1887) est l’un des partisans d’El Hadj Omar. Il rêvait de rétablir l’empire d’El Hadj Omar, discrédité, selon lui, par ses successeurs, en recréant le Wagadou, un territoire historique des Soninkés répartis entre le Sénégal, le Niger, le Fouta-Djalon, la Gambie. Après sa victoire sur le Boundou, la France ayant senti le danger, le combattit ; il succombera de ses blessures après un affrontement avec les forces de Joseph GALLIENI (1849-1916), le 9 décembre 1887.

EL Hadji Mamadou Saïdou BA (1900-1981) de Madina Gounasse (Haute-Casamance), et son Dakka, réunit les adeptes du Tidjanisme, notamment du Sénégal, de la Côte-d’Ivoire, de la Gambie où vivent une partie des descendants de Maba BA, de la Guinée-Bissau, du Mali et de la Mauritanie.

Finalement, l’héritage d’El Hadji Omar, concernant le Tidjanisme, est encore le plus vivace que jamais. Les grands hommes ne naissent que quand ils meurent. En ce sens, El Hadji Omar a toujours refusé de mourir, il a su résister à l’oubli du temps. Dans son «Qacida en Poular», Mohamadou Aliou THIAM raconte qu’au «jour de la Résurrection, le Bélier (Cheikh Ahmed Tidjani), conduira El Hadj Omar et ses disciples devant le Prophète Mahomet qui les introduira au 7ème ciel où les attendent les délices». En attendant cette lointaine échéance, la France a rendu, en 1994, au Sénégal, les archives de la famille d’El Hadj Omar TALL ; son sabre, ses sandales et son livre de Coran, confisqués par Louis ARCHINARD et rapatriés aux Invalides à Paris, sont, désormais, exposés, à Dakar, au Musée des civilisations noires, depuis le jeudi 6 décembre 2018. El Hadji Omar est donc, dans une certaine mesure, de retour parmi nous.

Bibliographie

1 – Contribution de El Hadji Oumar TALL

TALL (El Hadji Oumar), Les Rimâh, traité des sciences religieuses musulmanes, Maurice Puech éditeur scientifique, préface de Samba Dieng, Beyrouth, Albouraq, Paris, Soddil, 2017, 235 pages ;

TALL (El Hadji Oumar), Voila ce qui est arrivé, plaidoyer pour une guerre sainte en Afrique de l’Ouest, Sidi Mohamed Mahibou et Jean-Louis Triaud, Paris, édition du C.N.R.S, 1983, 261 pages.

2 – Critiques de El Hadji Oumar TALL

AISSA (Mamadi), Traditions historiques et légendaires du Soudan Occidental, traduction d’un manuscrit arabe par Maurice Delafosse, Paris, Publication du Comité de l’Afrique française, 1913, 104 pages, spéc «Histoire d’El Hadj Omar», pages 61-87 ;

AL-HAFIZ AL-TIDJANI (Muhammad), Al-Hadji Omar Tall (1794-1864), sultan de l’Etat tidjanite de l’Afrique occidentale, préface et traduit de l’arabe par Fernand Dumond, Dakar, Nouvelles éditions africaines, 1983, 191 pages ;

Anonyme, «Guerre contre El Hadj Omar et ses adhérents», Annuaire Sénégal et dépendances, 1861, pages 178-232 ;

ARCHINARD (Louis, colonel), «La campagne 1892-1893 au Soudan français»,  Renseignements coloniaux, supplément au Bulletin du comité de l’Afrique française, janvier 1896, pages 1-40 ;

BA (Amadou, Hampâté), DAGET (Jacques), L’empire peul du Macina, Paris, Mouton, Vol 1 (1818-1953), 1962, 306 pages ;

BA (Oumar), «Chronométrie du destin d’El Hadji Omar», Présence africaine, 1er semestre 1998, n°157, pages 181-191 ;

BATRAN (Aziz), «Les révolutions islamiques du XIXème siècle en Afrique de l’Ouest», in UNESCO, Histoire générale de l’Afrique, Vol VI, chapitre 21, pages 579-597 ;

BOUSBINA (Saïd), «El-Hajj Malick Sy, sa chaîne spirituelle dans la Tijaniyya et sa position à l’égard de la présence française», David Robinson, éditeur, Le temps des marabouts : itinéraires et stratégies en Afrique Occidentale, Paris, Karthala, 1997, pages 181-197 ;

CARRERE (Frédéric), HOLLE (Paul), De la Sénégambie française, Firmin Didot, 1855, 396 pages, spéc Chapitre XXX, «De Al Aguy Oumar», pages 191- 208 ;

CHENET (Gérard), El Hadji Oumar, la grande épopée des Toucouleurs, préface de Jean-Fernand Brierre, Paris, l’Harmattan, 2009, 174 pages ;

CORNEVIN (Robert), CORNEVIN (Marianne), Histoire générale de l’Afrique : L’Afrique précoloniale, du tournant du XVIème siècle au tournant du XXème siècle, Paris, Payot, 1966, vol 2, 638 pages, spéc sur El Hadji Omar TALL, pages 250-253 ;

COUTOULY de (François), «La ville toucouleur de la Guinée française, Dinguiray», Renseignements coloniaux, supplément juillet 1913, n°7, pages 241-245 ;

DELAFOSSE (Maurice), «Histoire d’El Hadj Omar», Renseignements coloniaux, août 1913, n°10, pages 355-367 ;

DELAFOSSE (Maurice), Le Haut-Niger (Soudan français), préface du gouverneur Clozel, Paris, Larose, 1912, 438 pages, spéc sur El Hadji Omar, Chapitre XI, pages 305-323 ;

DIARRASSOUBA (Chiaka), La grande épopée d’Al Hadji Omar, Bamako, (Mali), Les Métamorphoses, 1982, 73 pages ;

DIENG (Samba), Le geste de El Hadji Omar Tall et l’islamisation et l’épopée peule, Paris, Karthala, 2018, 478 pages ;

DIOP (Samba), Epopées africaines : NDiadiane N’Diaye et El Hadji Omar Tall, préface de Jacques Chevrier, Paris, L’Harmattan, 2003, 201 pages

DUCOUDRAY (Emile), KAKE (Ibrahima, Baba Kaké), El Hadji Omar, le prophète armé, Dakar, NEA, 1984, 75 pages ;

DUMOND (Fernand), L’Anti-sultan ou Al-Hajj Omar Tal du Fouta combattant de la foi (1794-1864), Dakar-Abidjan, NEA, 1974, 244 pages ;

Institut d’études africaines, Bicentenaire de la naissance du Cheikh El Hadji Oumar Al-Futi Tall, 1797-1998, colloque international 14-19 décembre 1998, 2001, 237 pages ;

KAMARA (Cheikh Moussa), La vie d’El-Hadji Omar, Dakar, éditions Hilal, 1975, 188 pages ;

KANE (Moustapha), FAGERBERG-DIALLO (Sonia), ROBINSON (David), «Une vision iconoclaste de la guerre sainte d’El Hajj Umar Taal», Cahiers d’études africaines, 1994, Vol 34, n°1-3, pages 385-417 ;

KANI (A. M.), The Intellectual Origin of the Sokoto Jihad, Ibadan (Nigéria) Imam, 1404H, 1984, 112 pages ;

KESTELOOT (Lilyan), DIENG (Bassirou), Les épopées d’Afrique Noire, Paris, Karthala, 2009, 626 pages, spéc sur l’épopée d’El Hadji Omar, pages 362-370 ;

LARTIGUE de (Commandant de la région du Sahel), «Notice historique sur la région du Sahel», Renseignements coloniaux, avril 1898, n°4, pages 69-101 ;

LE CHATELIER (Alfred), L’islam dans l’Afrique Occidentale française, Paris, G. Steinhel, 1899, 376 pages, spéc pages 167-189 et Annales de géographie, 1900, tome IX, pages 269-273 ; 

LY-TALL (Madina), Islam, pouvoirs traditionnels et pénétration française en Afrique de l’Ouest : Le mouvement omarien et ses relations avec la colonie du Sénégal (1796-1862), thèse sous la direction de Jean Devisse, Université Cheikh Anta Diop, faculté des lettres et sciences humaines, 1988, Vol I, 430 pages et Vol II, 853 pages ;

MAGE (Eugène-Abdon), Voyage dans le Soudan Occidental (Sénégambie, Niger) 1863-1866, Paris, Hachette, 1868, 307 pages, spéc Chapitre IV pages 86-119 pages ;

PINCHON (J), «Le Sénégal et le Soudan français, V, exploration et conquête du Haut Sénégal», Bulletin de la société de géographie de Saint-Quentin, nov-déc 1888, n°3, pages 45-49 ;

QUINTIN (Louis, docteur), «Etudes ethnographique sur les pays entre le Sénégal et le Niger», Bulletin de la société de géographie, septembre 1881, pages 177-218 et 303-333, spéc sur El Hadji Omar pages 319-331 ;

ROBINSON (David), «La question des sources dans le Jihad d’Al-Hajj Umar»,  Revue française d’histoire d’Outre-mer, 4ème trimestre 1985, n°269, pages 405-434 ;

ROBINSON (David), La guerre sainte d’Al-Hajji Umar : le Soudan Occidental au milieu du XIXème siècle, traduction de Henry Tourneux et Jean-Claude Vuillemin, Paris, Karthala, 1988, 413 pages ;

SAINT-MARTIN (Yves), «Un fils d’El Hadji Omar : Aguibou, roi de Dinguiray et du Macina (1843-1907)», Cahiers d’études africaines, 1968, n°9, vol 29, pages 144-178 ;

SAINT-MARTIN (Yves), L’empire toucouleur, 1848-1897, Paris, Le Livre africain, 1970, 189 pages, spéc sur El Hadj Omar et ses successeurs pages 29-106 ;

SALENC (Jules), «La vie d’El Hadj Omar», B.C.E.H.A.O.F., 1918, pages 405-431 ;

SOLEILLET (Paul), Voyage à Ségou (1878-1879), rédigé par Gabriel Gravier, 1887, 513 pages, spéc pages 317-363 ;

TALL (Thierno Mountaga), El Hadji Oumar Tall : l’aigle de Alwar, préface de Mamadou Racine Kassé, Dakar, L’Harmattan, 2017, 95 pages ;

TYAM (Mohammadou, Aliou), La vie d’El Hadji Omar, Qacida en Poular, transcription, traduction, notes et glossaire de Henri Gaden, Paris, Musée d’Histoire naturelle, Institut d’Ethnologie, 1935, 290 pages ;

WALLON (Henri), «Notice sur la vie et les travaux de Louis-Léon-César Faidherbe» J.O.R.F, 21 novembre 1892, pages 8-15 ;

WILLIS (John), In the Path of Allah : The Passion of Al-Hajji Umar : An Essay in the Nature of Charisma in Islam, Frank Cass, 1989 et 2013, 276 pages.

Paris, le 28 mars 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«El Hadji Oumar Foutiyou TALL (1794-1864), un géant de l’Histoire» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 18:55

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 18:43

Quand François HOLLANDE, attiré par l'uranium et l'odeur des matières premières précieuses, se targue d'avoir sauvé le Mali de l'avancée des jihadistes, il a menti par omission. Ce qu'on appelle, au Mali, l'islamisme c'est purement et simplement le massacre des Peuls soit par l'armée, soit par les Dogons, comme ce week-end avec 135 personnes tuées. Il faut arrêter ce massacre ; nous en appelons à la communauté internationale et au président Macky SALL, en particulier.

Les Peuls, 65 millions de personnes, sans doute venus d'Égypte, sont présents dans plus de 30 pays africains ; mais ils sont souvent victimes d'odieux crimes, dans l'indifférence totale. Ainsi en Guinée, sous Sékou TOURE, ce dictateur ayant échappé à quatre attentats de la Françafrique, avait inventé le concept de «complot Peul». Sékou TOURE avait ainsi liquidé ses opposants Peuls, dont le Secrétaire général de l'OUA, Boubacar DIALLO Telli (1925-1977). Les autres ont été détenus dans le sinistre camp BOIRO.

Le président Alpha CONDÉ de la Guinée, celui a déroulé le tapis rouge au putschiste Abdoulaye WADE, est connu pour ses nombreux massacres de Peuls. En difficulté devant Cellou Dalein DIALLO, aux élections de 2010 qui avait eu 47% des voix au 1er tour, Alpha CONDÉ n'a dû sa victoire qu'avec l'appui de la Françafrique, et en particulier de Vincent BOLLORÉ depuis lors mis en examen en France. Alpha CONDÉ ne connaît que le crime comme seule réponse à une demande de démocratie sincère et authentique.

La Mauritanie, cet Etat esclavagiste et raciste, avait, en 1989, massacré des Peuls et expulsé 70 000 autres au Sénégal. Cet État n'hésite pas de tirer sur nos pêcheurs ou de les expulser massivement.

En République centrafricaine, au Nigéria au Tchad, et pendant longtemps en Gambie, sous prétexte de lutte contre le fondamentalisme, au Niger, au Togo, au Bénin, en Côte-d’Ivoire partout les Peuls sont encore pourchassés et massacrés.

Au Sénégal où l'opposition est souvent bavarde et pleurnicharde, enfermée dans des débats oiseux, préférant dénoncer à-tout-va : «le Neddo Ko Bandoum», est devenue subitement silencieuse, face à ces crimes odieux contre l'humanité. Mais il y a des mots qui tuent, des silences complices et coupables. Notre Sénégal harmonieux et tolérant mériterait bien d'être défendu, plus énergiquement, contre toute tentation d’ethnicité, de populisme et de démagogie.

Dans les pays occidentaux, quand ce sont des gens du tiers-monde qui meurent la Tour Eiffel n'est pas éteinte, les chaînes de télévision d'information continue s'en foutent carrément, et aucun politicien ou associatif repu de subventions n'appellent à manifester à la Place de la République. C'est toujours cette indignation sélective et cette défense des droits de l'homme à géométrie variable, comme s'il y avait encore une hiérarchie de la valeur des vies : les sacrées et celles qui seraient quantité négligeable. On en revient à cette conception esclavagiste, colonialiste et ethnique de la démocratie.

Face à ces massacres répétitifs, impunis : Trop c'est trop.

Il est temps d'arrêter ces massacres, de dénoncer ces criminels et de les traduire devant la justice internationale pour crime contre l'humanité.

Pour un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel !

Paris, le 24 mars 2019, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Le génocide contre les Peuls en Afrique : un crime contre l’humanité» par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 18:58

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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 14:48

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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 14:42

Thierno Mamoudou Apha AW, un marabout et imam de Boinadji, dans la région de Matam, non loin de Ouro-Sogui, affirme avoir entendu une voix, en rêve qui lui aurait dit que tout individu qui sera rendra sur la colline entre Boinadji et Séddo, par le Sud, les vœux qu’il formulera seront, intégralement, exaucés, et sera délivré de toute difficulté. Aucune prière n’est nécessaire. Il a fait trois fois fait le rêve. Depuis lors une foule nombreuse de personnes du Fouta-Toro, dans le Nord du Sénégal, se pressent sur cette colline «miraculeuse», devenue un sanctuaire, un haut lieu de pèlerinage.

Cependant, le débat fait rage : Quelle est la part de vérité ou de manipulation de ce nouveau Prophète du Fouta-Toro ?

Je n’ai, pour l’instant, aucun savoir occulte, ni d’éléments objectifs pour confirmer ou infirmer ces dires. A ce stade, je me bornerais à rappeler des faits incontestables de l’Histoire.

Dans ma religion, le Coran, ainsi que les écrits du judaïsme auxquels il fait référence, n’ont jamais fait état d’une rencontre directe entre Dieu et un mortel. Ainsi, Moïse, que l’on appelle Moussa Aleyssalam, quand il a tenté de rencontrer Dieu, la montagne a été pulvérisée par la foudre. Le Prophète, Mohamet, paix soit Lui, a eu la révélation du Coran par l’intermédiaire d’un Ange. C’est également par l’intermédiaire d’un Ange qu’il s’est rendu au Ciel, mais n’a vu Dieu ; il lui a parlé avec un rideau qui faisait écran.

Sigmund FREUD, dans son fameux livre sur «l’interprétation du rêve», établit une distinction entre les rêves servent à communiquer ce que l’esprit conscient ne peut accepter. Depuis toujours, il y a eu des personnes qui prétendaient pouvoir prévoir des événements futurs, en se basant sur leurs rêves et des situations et éléments réels ou symboliques qu'ils contiennent.

Dans mon Fouta-Toro, il a bien existé des savoirs ancestraux qui ont presque tous disparus. Je me rappelle, enfant, qu’un forgeron, M. THIAM, était venu dans notre maison, vers 18 heures, il a dit que Danthiady, encore pauvre et insignifiant village, vers se redresser dans les décennies à venir. Mais il ne sera plus là. Par ailleurs, le grand-père, Doro Khady N’DIAYE, un chasseur et un magicien hors pair, avait prédit que le village de Danthiady s’agrandira d’Est en Ouest ; il avait aussi annoncé l’arrivée d’éminents de hauts cadres de l’administration issus du village : «O Ko Lammotoddo». Les familles avaient l’habitude de le consulter sur l’avenir de leurs enfants. Dès qu’il disait «O Ko Balédjo», celui-ci là sera «Noir», cela signifiait que l’enfant sera pauvre, et les familles pleuraient. Ces prédictions se sont toutes révélées justes.

Actuellement, avec le Net, des marabouts, charlatans, sorciers, prédicateurs ou autres imposteurs de la magie noire, sont nombreux au Burkina Faso. Avec leurs prétendues sciences occultes, ils escroquent une clientèle incrédule et désespérée, à la recherche d’un mieux-être. Leurs victimes ne sont pas seulement que des Africains, on y compte aussi nos cousins Antillais, parfois superstitieux. On se souvient encore dans les années récentes, de ce marabout du Burkina Faso, prétendant guérir le SIDA, le diabète et le cancer, pouvant lutter contre le mauvais sort et ouvrir la porte à tous les bonheurs. Il s’est révélé être le plus grand escroc de notre temps. On connaît à Paris, ces marabouts de Barbès, avec leur carte de visite et une promesse choc : «Grand médium, résout tous les problèmes». Grand psychologues et manipulateurs, ils commencent d’abord par vous questionner sur votre entourage et votre environnement. Puis il vous annonce un grand malheur, que vous pouvez éviter, si les payer.  Au Fouta-Toro, on a eu «Chopowel», celui qui martyrisait ses patients. En Afrique du Sud, ce prêtre qui prétendait avoir le pouvoir de ressusciter les morts.

Je ne vais pas discuter, inutilement, de bien-fondé ou non, du rêve de Thierno Mamoudou Alpha AW, de Bonaidji. Je n’en ai aucune compétence. J’appelle, seulement, compte tenu des précédents que je viens d’évoquer, qui eux sont véridiques, à la grande prudence, afin d’éviter la manipulation et les impostures de toutes sortes, pour des populations déjà fragiles. Ne rajoutons pas du malheur des nouvelles déconvenues. Etre croyant, ne signifie nullement poulet à plumer.

Merci à mon cousin et ami, Abdoulaye N’DIAYE de Nice, qui m’a procuré cette vidéo de FoutaTV.

Paris, le 17 mars 2019, par Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/

 

"La colline miraculeuse de Boinadji : Vérité ou imposture ?" par Amadou Bal BA baamadou.overblog.fr
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