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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 09:10

Le président HOLLANDE face à la neutralisation de diverses forces : comment rebondir ? par Amadou Bal BA.



Dans l’affaire CAHUZAC, le PS a été presque aphone ; on n’a pas eu une défense vigoureuse de cette organisation manifestement déconnectée du gouvernement et du travail des parlementaires socialistes. Il est vrai que M. Harlem DESIR, qui a été choisi premier secrétaire par défaut, bloque avec son cabinet toutes les initiatives des Hollandais qui se sentent ligotés par les autres courants du PS ; une colère sourde des «Hollandais» gronde. Par

Ailleurs, Harlem DESIR que certains appellent, de façon désobligeante, le « Bounty », c’est-à-dire Noir à l’extérieur mais Blanc à l’intérieur, a choisi d’ignorer superbement la communauté noire et ne s’occupe que de sa carrière.

 

Mme AUBRY qui est silencieuse, mais a bien placé ses amis à des postes stratégiques ; elle attend, probablement, le moment opportun pour renaître de ses cendres. M. CAMBADELIS, en grand professionnel de la politique, une expérience incontestable, s’estime fort injustement dépossédé du trône, et attend un jour son heure. Le président Hollande, quand il était premier secrétaire, n’avait pas voulu créer un courant à lui. Une fois au pouvoir, M. HOLLANDE a choisi, dans une démarche de République irréprochable, de ne plus se mêler des affaires du Parti et n’a pas désigné un de ses partisans à la tête du PS. Or, le Président a besoin d’un soutien, sans failles, d’un parti dynamique et non pas léthargique, qui constitue une force de propositions, et assure une défense énergique des projets du gouvernement bien malmené dans l’opinion publique. Comment donc s’en sortir de forces concurrentes qui neutralisent le PS ? Les Hollandais disposent d’une association « Répondre à Gauche » ; faut-il la réactiver dans la perspective des municipales et renouer ainsi un dialogue direct avec le peuple et les forces vives de ce pays ? Cette échéance de 2014, jusqu’à son terme, n’est pas favorable à la reprise en mains du P.S. Qui pourrait parmi les Hollandais, au moment opportun, diriger le PS ? En dehors de M. Stéphane LE FOLL qui a la confiance du Président, le courage et la clairvoyance nécessaire pour ce genre de mission, le casting pourrait être laborieux.

Dans le fonctionnement du gouvernement, les Hollandais estiment que le Premier Ministre manque d’autorité et ne se fait pas toujours respecter par ses Ministres ; pour eux c’est la source principale de tous ces dysfonctionnements. Par ailleurs, le Président, dans la distribution des prébendes, aurait été sévère avec ses amis et les a oubliés. Qui pourrait un jour remplacer M. HERAULT ? M. VALLS ? Il a de l’énergie, c’est un bon communiquant, il est populaire, mais il est perçu comme un homme pressé. M. François REBSAMEN, le maire de Dijon et président du groupe socialiste au Sénat, un homme de réseaux ? Il a la confiance du Président et le talent nécessaire. Mais un seul homme peut décider du moment et de la personne : M. HOLLANDE.



Le Parti de Gauche a entamé, contre le Président de la République, des polémiques inutiles, comme les « 16 salopards» ou la menace de procéder à un «grand coup de balai». Et pourtant, un dépit de ce verbiage, il va falloir se retrouver, ensemble, aux municipales de 2014. M. MELENCHON qui avait fait une excellente campagne des présidentielles de 2012, a complètement raté, ses législatives ; il aurait pu être député sur une autre circonscription et faire valoir son talent de tribun à l’Assemblée Nationale. Le Parti socialiste n’a rien à voir avec son erreur d’appréciation. L’injure et l’invective devraient être bannis dans le débat d’idées, surtout quand on est des alliés.



Les Verts, plus modérés, appellent le Président, face aux graves interrogations, à délivrer des «réponses fortes», sans préciser lesquelles.

 

Le Front national se sent requinqué en vue de prochaines élections municipales et européennes de 2014. La Droite attend l’heure de sa revanche et fait de ces élections un test pour son retour aux affaires ; elle confirme sa ligne de droite dure décomplexée et raciste. Englué dans ses difficultés, le Parti socialiste a oublié sa promesse de droite de vote des étrangers aux élections locales, et la diversité est très mal représentée aux instances dirigeantes du Parti socialiste et dans la haute administration. Ces frustrations de la communauté noire risquent d’engendrer une abstention massive en 2014 et renforcer ainsi, de fait, l’Extrême-droite.


Le chef de l’Etat a montré, tout le courage qui l’anime en engageant des réformes pour l’équilibre des comptes publics et cela en dépit d’une opinion publique qui doute.

Dans tous les cas, le chef de l’Etat a besoin du soutien de tous, dans les diverses batailles qu’il mène (équilibre des comptes publics, lutte contre le chômage, moralisation de la vie publique, etc.). D’autres projets audacieux sont en cours, ou sont à venir (mariage pour tous, réforme des retraites, etc.). M. HOLLANDE a besoin du temps, pour engranger les fruits de tous ces efforts qui sont équitablement répartis. C’est un fin stratège qui sait où il va. Il n’est pas «faible», il a de l’autorité nécessaire, mais il a son style, sa manière, non conflictuelle, de résoudre des difficultés, y compris les plus graves. Quand on a été premier secrétaire du PS, pendant plus de 11 ans et qu’on ait survécu, après des primaires sanglantes au parti socialiste, pour devenir Président de la République, c’est qu’on est visionnaire, on a de la ressource, du recul nécessaire pour bien rebondir.

 

Paris le 21 avril 2013.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 08:11

Prières pour le printemps d'une République irréprochable
Il fait gris et moche, l'hiver s'incruste et démoralise ; le printemps se fait attendre.
Les présidents François HOLLANDE, en France, comme Macky SALL, au Sénégal, souffrent le martyr. Ils ont pris le pouvoir après des régimes de droite dure qui ont saccagé les acquis de la République et vidé les caisses de l'Etat. Les attentes de ceux qui souffrent sont importantes, mais il faut, au préalable, assainir les finances et les moeurs de la vie publique. Depuis le 17 avril 2013, Karim WADE, le fils de l'ancien président du Sénégal et ancien Ministre sous le régime de son père de président, est en prison pour avoir détourné plus de 1000 000 000 €. L'affaire CAHUZAC continue de faire des vagues. Pour ma part, la Politique c'est quelque chose de noble : c'est refuser de se servir et être au service des autres. Les présidents HOLLANDE et SALL sont honnêtes, et ont entrepris de redresser la situation ; ils ont besoin du temps et du soutien de tous ;  ils représentent, par conséquent, l'honneur en politique. Prions pour le retour du printemps.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 13:46
Mme Anne HIDALDO, a entamé ses ateliers thématiques : «Paris aujourd’hui et demain : oser la ville»

Mme HIDALGO, Première adjointe au Maire de Paris, candidate pour les municipales à Paris en 2014, a tenu le samedi 6 avril 2013, au Quartier Latin, un atelier intitulé «la ville qui ose » avec les interrogations suivantes :
- Quelle place pour la nature dans la ville ?
- Quels différents usages de l’espace public ?
- Comment mieux gérer les déchets et les valoriser ?
- Quels projets d’urbanisme pour Paris, pour le périphérique ?
- Tous mobiles, pouvons-nous mieux partager la rue ?
- La Métropole parisienne : comment ? pourquoi faire ?

Pour Mme HIDALGO « La ville qui ose », ce n’est pas un simple slogan ou un gadget. Depuis 2001, Paris a changé et le mode de vie des parisiens a changé. Paris est devenue une ville mondiale qui évolue vite, mais cette dimension ne doit pas faire oublier que tout le monde ne peut pas avancer au même rythme ; la bienveillance à l’égard de certaines personnes (jeunes, handicapés, aînés, étrangers), sera la marque de fabrique de Mme HIDALGO.

C’est au niveau de la Métropole que seront réglés certaines questions comme le logement, le transport, l’environnement, les équipements collectifs. Avant la création de cette métropole, il faudrait faire émerger les conditions de son identité. Mais comment passer d’une identité des communes à une identité commune ? Il faudrait valoriser le patrimoine industriel, culturel des villes environnantes et entamer un partage des grands équipements avec des tarifs harmonisés. Il a été recommandé de créer une université et un marathon de la Métropole parisienne, et engager un débat sur l’élection du 1er maire de cette métropole en 2020.

Dans cette perspective, Mme HIDALGO a annoncé une importante rencontre le 19 avril 2013 entre la ville de Paris et les communes environnantes, en vue de trouver des espaces fonciers qui pourront contribuer à résoudre la question aiguë de la crise du logement.

Paris a un important patrimoine bâti, avec une création artistique notable, en 2014, il sera poursuivi et engagé une transformation urbaine. Rien n’empêche d’envisager la construction en hauteur ; une densification n’est pas à écarter pour résoudre cette crise du logement et favoriser des espaces verts pour les espaces communs.

On a noté, à Paris, un sentiment de malpropreté lié à l’espace public dégradé, les encombrants et les incivilités. On a également observé un usage déviant de l’espace public : prières dans les rues, SDF, prostitutions, mendicité, marchands ambulants, trafiquants de drogue, prostitution, etc. L’espace n’est qu’un lieu de passage, mais c’est également un lieu de vie : quelle place particulière pour les tout petits, les jeunes, les handicapés, d ans un esprit de «bienveillance», cher à Mme HIDALGO, vivre notre idéal d’égalité et de solidarité.
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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 22:35
Coly Tenguella  BA (Fin XVème - XVIème siècles), unificateur du Fouta-Toro et fondateur de la dynastie des Déniyankobé
La négligence a fait tomber dans l’oubli, un valeureux peul Déniyanké, Coly Tenguella Diadié BA ou «Coly Poulo», l’unificateur du Fouta-Toro au début XVIème. Cet empire «s’étendait de l’Atlantique aux confins du domaine du Songhay. Il s’est édifié à partir du royaume du Fouta-Toro où régnait, depuis le début du XVIème siècle, la dynastie des Déniyankoobé, fondée par le conquérant peul, Koli Tengela. Cet empire était alors le plus vaste du Soudan occidental» écrit Jean BOULANGUE. Coly Tenguella BA est aussi le fondateur de la dynastie peule et animiste des Déniyankobé ayant régné, presque sur presque trois siècles, sur cet Etat jusqu’en 1776, avec l’avènement de la Révolution des Torodo, un Etat théocratique. Les peuls Déniyankobé de Coly Tenguella prirent la province du Toro, restée jusqu’ici à majorité Ouolof, et repoussèrent les Maures d’une bonne partie du Fouta-Toro. Etat centralisé, le Fouta-Toro est divisé par le Satigui en 7 différentes provinces (Dimat, Toro et Halaybé, Lao, Yirlaabé et Hébbyabé, Bosséya, Damga et N’Guénar), dont les chefs sont nommés par le Roi, et doivent participer à l’effort de guerre, en cas d’agression extérieure. Coly a libéré le Namandir de la domination du Bourba de Djolof avec l’aide des Sérères qui habitaient, à l’époque, le Fouta. Cette ascension de Coly Tenguella va donc correspondre avec la lente et progressive dislocation de l’empire du Djolof habité par des Peuls et des Ouolofs. En effet, l’empire du Djolof s'effondra en 1549, avec la mort du dernier empereur du Djolof, Lélé Fouli Fak NDIAYE, tué par Amari N’Goné Sobel FALL, lors de la bataille de Danki, près de Diourbel.
On sait peu de choses sur la vie de Coly Tenguella, du moins sur les causes de sa conquête du Fouta-Toro. Coly Tenguella BA est un véritable personnage de légende autour duquel ont été brodés divers mythes. Le colonisateur français fait démarrer l’histoire du Sénégal à l’année 1365, date de l’arrivée des commerçants dieppois. Jean BOULEGUE ne s’appuie que sur les écrits de JACQUEMIN et TEIXIERA DA MOTA. Cependant, il existe nombreuses autres sources arabes et françaises, dont les contributions de Cheikh Moussa CAMARA et Oumar KANE, ainsi que des documents inexploités de l’IFAN (Samba Alassane BA et Yaya WANE) auxquels j’ai pu accéder, révèlent donc la nécessité de réécrire l’histoire du Sénégal : «Quand la chèvre est présente, il ne faut pas bêler à la place de la chèvre» disait Amadou Hampâté BA.  Les études menées sur ce personnage majeur de l’histoire du Sénégal sont souvent approximatives et redondantes. Les sources arabes transcrites en français, portugaises, françaises et ou issues des traditions orales sont parfois divergentes sur les causes de son départ du Mali, sur l’itinéraire (Guinée, Gambie) qu’il a emprunté pour arriver au Fouta-Toro, et même sur ses origines ethniques, la durée du règne ou l’ordre de succession des Satigui.
Un point est constant : son père, Tenguella BA résidait à Kingui, province de Diâra, dans le Nioro, actuel Mali. Les sources écrites portugaises ont voulu attribuer à Coly Tenguella  des origines judéo-chrétiennes. Suivant Alavares d’ALAMADA, les Peuls ayant la peau claire, ce qui les prédestinait à commander les Nègres. On perçoit là toute l’idéologie qui tentait de justifier la domination coloniale. Certaines sources orales, sur lesquelles on ne va pas s’attarder, prétendent que Coly Tenguella serait un descendant du Mansa, Soundiata KEITA, de par sa mère qui s’appelle Nana KEITA. «Coly vient du pays mandingue, son nom était KEITA, qui équivaut au BA des Foulbé» écrit Samba Alassane BA.
Il est certain que Coly a fait ses premières armes en pays malinké «Dans sa jeunesse, Koli était berger, et la recherche de pâturages l’amenait à voyager loin dans la brousse. Ses camarades bergers, le prirent pour chef», note Siré Abbas SOH, dans ses «Chronique du Fouta». Son père était Peul, du clan des BA, donc originaire du Fouta-Toro, comme l’a établi Cheikh Moussa CAMARA, un spécialiste de la généalogie des familles du Fouta. Il n’est donc ni Malinké, ni Bambara. Tenguella Guédal BA, père également du guerrier Nima, était un peul, et ne descendait ni de Bilal, l’esclave et muezzin du Prophète Mohamet, ni de Soundiata KEITA.
Au début du XVIème siècle, loin des frontières actuelles artificielles héritées de la colonisation, le Mali dominait encore tous les territoires voisins, y compris le Fouta-Toro. «Les Peuls sont des alliés turbulents et versatiles qui deviennent bientôt des ennemis pour les empereurs Malinkés du Nord» écrit André ARCIN. On s’accorde à dire que Coly Tenguella BA est le fils d’un roi, à Kingui, dans le Diâra, battu et tué le 19 janvier 1512. A partir de là, nous avons des versions nuancées de cette tragédie. Soutenu probablement par l’Empereur du Manding, Tenguella Guéda BA prêcha la révolte contre l’Askia et fit la guerre au roi de Diâra parce que celui-ci a accepté la suzeraineté du Songhaï ; c’est ce qui causa la perte du père de Coly. «L’Armée de Askia, commandée par son frère, Amar, marche contre Tenguella, et le poursuivit jusqu’à Diâra, où elle le défît et le tua en 1512. Les bandes du chef Peul (Tenguella), sous le commandement de son fils, Koly, se réfugièrent dans le Badiar, au Nord du Fouta-Djallon» écrit Maurice DELAFOSSE dans «les Noirs de l’Afrique». En effet, pour Abderrahman Al-Sadi (1596-1665) auteur de «Tarikh Es-Soudan», un document arabe popularisé par l’explorateur, linguiste, géographe et ethnologue, Heinrich BARTH (1821-1865), relatant l’histoire du Soudan jusqu’en 1656, c’est Askia Mohamed (1443-1538), premier Askia de Gao et chef des Songhaï, qui a exécuté Tenguella BA. C’est la version la plus répandue. Suivant ES-SADI, Coly s’enfuit alors du Mali, pour rejoindre le Fouta-Toro. En effet, «le 19 mars 1512, Askia El Hadji Mohammed, entreprit son expédition contre «Le Maudit», le faux prophète, Tayenda (Tenguella) et le tua à Zara. Les circonstances voulurent que, à ce moment, Kalo (Coly), le fils de Tayenda, fût en expédition et absent de son père. Quand, il apprit ce qui venait d’arriver à son père, il s’enfuit avec les troupes qu’il avait avec lui, et alla se réfugier au Fouta» écrit Abderrahm AL-SADI dans «Tarikh Es-Soudan», un texte arabe traduit par Octave HOUDAS (1840-1916). Le «Tarikh Es-Soudan» précise «qu’il (Coly) à cet endroit (Le Fouta) et, après avoir machiné une trahison contre le Sultan, réussit à s’emparer de sa personne et le mit à mort. Kalo devient un puissant sultan avec de forces considérables» mentionne «Le Tarikh Es-Soudan».
Une autre source, non importante et très sérieuse, est «Le Tarikh El-Fettâch», entamé en 1519 par Mahmoud KATI (1468-1658), un ami de Askia Mohamed, mais achevé en 1665 par son petit-fils. Ce texte, retrouvé en 1911 par Albert BONNEL de MEZIERES (1870-1942), a été traduit en français, en 1913, par Octave HOUDAS (1840-1916) et Maurice DELAFOSSE (1870-1926). «Le Tarikh El-Fettâch» donne une autre version des faits. Le Fouta du Kingui venait d’être conquis par Coly, son père adoptif de Tenguella s’était séparé de lui, pour se porter roi, dans le Diâra, chef-lieu du Kingui, (cercle de Nioro, région de Kayes). Pour Mohamed KATI, ce n’est donc pas Askia Mohamed qui a tué Tenguella, mais Amar Komdiago, ou Koumfari Oumar, «Fari» étant un titre militaire de Gourma dans la région de Tombouctou : «C’est le 19 mars 1513 que fut tué l’imposteur, Téniedda (Tenguella) qui se prétendait être prophète et envoyé de Dieu. C’est le Kanfari, Amar Komdiago qui le tua sans que l’Askia lui eût donné l’ordre» écrit Mahmoud KATI.
Le père de Coly est décrit comme un prince puissant, valeureux, brave, doté d’envergure et enclin à la révolte. Il était venu dans le Kingui et s’y est proclamé roi. Suivant «Le Tarikh El-Fettâch», le motif de cette guerre serait une dispute entre Tenguella et Amar, «des querelles, des froissements et des rivalités» au cours desquelles, Tenguella, doté d’une armée puissante et bien entraînée, avait juré de «ruiner la capitale de son adversaire et d’en faire un désert».
Mohamed KATI donne une autre version du conflit également, à savoir qu’un Songhay partait chaque année au Fouta où il faisait du commerce. Tenguella BA ayant entendu parler de lui, l’avait capturé et confisqué ses biens. Ce Songhay s’est réfugié chez le Kurumina Fari, auprès duquel il porta plainte. A la suite de la chute de Tenguella, son vainqueur, Amar a ramassé un énorme butin et rapporta à Tindirma (cercle de Diré, région de Tombouctou), la tête de Tenguella, où elle fut enterrée.
Suivant la version de Mamadi Aïssa, s’inspirant de la tradition orale «Il y avait dans le Fouta, un prince appelé Satigui. Il marcha sur Diâra avec son armée et fit la guerre aux gens de Diâra. Mahmoudou vainquit les assaillants, les poursuivit depuis le territoire du Kingui jusqu’à celui du Fouta où il les atteignit, et les combattit dans ce pays. Mahmoudou fut tué dans cette guerre. Son armée revint à la ville, et on proclama roi son fils».
Les écrits des coloniaux sont inconsistants, mais donnent des bribes d’information sur l’itinéraire de Coly. En effet, avant d’arriver au Fouta-Toro, Coly Tenguella est passé par la Guinée, la Gambie et le Sine-Saloum. Coly avait séjourné en Guinée, dans une forteresse, dont il ne reste de nos jours que des ruines, à savoir la grotte de Guémé Sagan, dans la communauté rurale de Sinta, préfecture de Télimélé. André ARCIN est l’un des rares écrivains français, à avoir relaté cet itinéraire. Aidé par les Dialonké, les Koniagui et les Bassari, Coly Tenguella «avait réussi à acquérir une solide armée. Il avait, dit la légende, le pouvoir qui lui permettait de changer de forme et se rendre invisible, à son gré (Nibbi Nirké, en Peul). Il s’avance vers le Fouladou, mais n’entre pas dans le Mandingue. Il entra dans le massif montagneux du Fouta-Djallon et s’établit dans le Kébou, où il fonda sa capitale à Sangan, la montagne des Kan et des San. Il organisa un vaste royaume sur la plateau du Labé, un royaume des Koliyabé» écrit   André ARCIN dans son «Histoire de la Guinée». C’est Donald R WRIGHT qui a décrit le passage de Coly Tenguella BA en Gambie. Coly est arrivé en Gambie escorté de ses frères Boubou, Pathé, Yéro et Laba Tenguella. Il a installé son campement sous un grand baobab (Bankere, la force), dans l’un des 12 royaumes de la Gambie, le Niumi ou Barra. A cette époque, le Niumi, un Etat vassal du Saloum, devait s’acquitter, chaque année d’un tribut lourd. Coly Tenguela, en alliance avec Amary SONKO, s’insurgea contre cette domination et attaqua le Saloum. Des descendants de Coly Tenguella, les BA, vivent encore de nos jours en Gambie.
André ARCIN a  retracé le chemin suivi par Coly Tenguella à l’intérieur du Sénégal «Face à la confédération Sérère-Diola, ses guerriers eurent raison. Les Sérères furent rejetés dans leur habitat actuel, ainsi que les Diolas. Cependant, le conquérant traita avec les Sérères-Sine, et devint gendre de leur Roi, les enfants issus de son union, devant être des Guelwar» écrit-il. C’est à ce moment, que Coly Tenguella se dirigea vers le Fouta-Toro. Suivant Abdoulaye KANE, continuant sa route, Coly s’arrêta sur conseil de son guide, nommé Fouta, qui l’empêcha d’aller plus loin, son armée risquant d’être confrontée à un manque d’eau : «D’après les uns, c’est un peul, Dialalo, du nom de Oboss Diambel qui aurait suivi le perroquet, mais d’après une autre version, ce serait Fouta, le guide de Coly, qui le suit en trois étapes, jusqu’au Bosséya, où il prit quelques grappes de mil et revient jusqu’à l’endroit où il avait laissé Coly» écrit Abdoulaye KANE. Cette légende est également relatée dans par Siré Abbas SOH «Un jour que Koli était assis sous un arbre, en train de causer avec ses familiers, une perruche qui avait son nid sur cet arbre vint donner la becquée à ses petits et laisse tomber un grain de mil. Koli donna l’ordre de suivre la perruche. Un Peul alla jusqu’au bout, sans la perdre de vue. Elle les conduisit au milieu des champs du Fouta» écrit-il.
Le Peul, répondant au nom de Fouta, un courtisan de Coly, grand chasseur et connaisseur de la brousse, revient vers Coly et lui dit «J’ai vu un pays dont les plaines sont presque entièrement inondées. C’est là le pays dans lequel on doit vivre dans la paix et l’abondance». Suivant, Siré Abbas SOH, Coly avait une armée de 999 hommes, à son arrivée au Fouta-Toro, une partie des habitants effrayés s’enfuirent vers le Diolof. Il ne resta que les Farba et le Lam-Toro ; ils étaient les chefs du pays.  Devenu maître du pays, qui s’appelait Namandir (pays de l’abondance), il rebaptisa en «l’honneur de Fouta, cet homme qui l’avait découvert par son intelligence et sa bravoure» écrit Siré Abbas SOH.
L’empire Dénianké était animiste : «si la majorité de la population était fétichiste, une minorité de musulmans, remuante et active, sapait, sans cesse, l’autorité des Dénianké» écrit André ARCIN. C’est donc, en 1776 que la Révolution des Torodos, conduite par Thierno, Souleymane BAL, après 70 ans de crise dynastique des Déniyankobé, allait renverser le dernier Satigui.
I – Coly Tenguella BA, l’unificateur du Fouta-Toro
Pour quelles raisons, après le Mali, Coly Tenguella est-il venu au Fouta-Toro ?
Les raisons économiques sont, en partie, à la base de la conquête du Fouta-Toro par Coly Tenguella. En effet, il  est venu au Fouta-Toro pour rechercher un territoire plus propice, où il fait bon vivre ; le Fouta regorge de mil, de maïs, de niébé, de patates douces, coton et pastèques. Hormis l’assassinat de son père, la famine commençait à sévir sur le territoire du Mandé, au Mali.
Léon FAIDHERBE (1818-1889), gouverneur du Sénégal, donne deux versions, peu plausibles, de l’émergence de Coly Tenguella BA ; il «vint avec sa famille chez les Sérères-Sine, et où il fut parfaitement accueilli par le roi, qui épousa sa sœur. Koli-Teneba, devenu ambitieux, fit, avec l’aide de son beau-frère, la conquête du Toro. Voilà donc une tradition sur l’origine des Torodo». L’autre version consiste à soutenir que Coly serait originaire du «Foula-Dougou. Koly fit la conquête de tout le pays, depuis le Damga jusqu’aux frontières du Oualo. Les Socés du Damga furent sans doute refoulé dans le Ouli. Les Oulofs, qui ne voulaient pas subir la conquête, se réfugièrent dans les pays ouolofs de la côte» dit-il. Suivant Anne RAFFENEL (1809-1858), un explorateur, Coly Tenguella, dans son long voyage, arrivé entre le Bambouk et le Fouta-Djallon, ne savait pas quelle direction prendre, quand assis sous un arbre, un oiseau laisse tomber un grain de mil d’une rare grosseur : «Peu de temps après, la perruche ayant pris son vol vers le Nord-Ouest, Koli et son armée se mirent en route pour le suivre» écrit-il. «C’est à la fin du XVème siècle que s’opéra cette émigration des Dénianké arrivant au pays des Toucousors ou Toukourols, d’où ils chassèrent la tribu des Mandingues des Soussous ou Sossés, qui étaient établie dans ce pays depuis le commencement du XIIIème siècle, c’est-à-dire moins de 200 ans. Quand les Peuls arrivèrent dans ce pays, ils étaient sous le commandement du Satiric ou Satighi Koli» écrit le docteur L. QUENTIN.
Au début du XVIème siècle, Coly Tenguella BA libère le Tékrour de dominations externes, et rebaptise le pays, Fouta-Toro, du nom de la contrée dont il est originaire. Il existe donc désormais trois pays portant le nom de Fouta : Fouta Djallon, Fouta Kingui et Fouta-Toro, s’étendant à l’époque sur une partie du territoire mauritanien et sur le Boundou.
Comment alors expliquer le succès de Coly Tenguella, qui vient d’ailleurs, pour l’unification du Fouta-Toro ?
Sur le plan interne, face aux appétits de pouvoir, aux attaques incessantes des Maures, en raison de l’insécurité générale, surgit alors un personnage hors norme, Coly Tenguella, qui a su réunifier le Fouta-Toro. En ce début du XVIème siècle, le Fouta-Toro était déchiré par des divisions et des guerres intestines secouaient en permanence les différentes royautés. Les succès militaires de Coly militaires de Coly Tenguella viennent aussi de la longue et permanente lassitude des Foutankais victimes de l’anarchie, de l’insécurité et de guerres ancestrales. En effet, le Fouta-Toro, appelé anciennement le Tékrour, étaient par diverses populations hétérogènes : Peuls, Berbères ou Maures, Malinkés, Mandingues, Soninkés, Ouolofs et Sérères. Certains royaumes, notamment les Farba de Diowol et Farmabaal, ne cessaient de se battre entre eux. De nouveaux régnants ont pris le pouvoir, après la chute des Laam Termesse, mais les Maures se livrent à des razzias incessantes et la colonisation, qui est restée côtière, tente de s’infiltrer à l’intérieur du pays. A l’époque, le Fouta-Toro était un agrégat de peuples soumis à un pouvoir monarchique, mais avec d’importantes zones de turbulences et de révoltes : «Le Tékrour atteste l’anarchie permanente, due aux guerres sans trêve, qu’affrontaient des peuples voisins, mais ennemis. Le pouvoir procédait, avant tout, de la force, le conquérant de la veille cédant la place à celui du lendemain, et ainsi de suite» écrit Yaya WANE. La conquête du Fouta a été longue, compte tenu des résistances. Les dignitaires du Fouta, bien que divisés, par orgueil et méfiance, n’ont pas cédé facilement aux assauts de Coly.
Avant les Satiguis, sept dynasties (2 arabo-berbères, 1 Malinké, 1  Soninké et 3 Peul) se sont succédées au Fouta-Toro, dénommé auparavant, Tékrour ou Namandir. Les «Dia-Ogos», des arabo-berbères, pauvres, cultivaient la terre, travaillaient le fer ; ils étaient fétichistes. Ils ont été supplantés par la dynastie mandingue, «Les Manna», puis par les Diallonké, des Peuls appelés «les Tondiong», chassés par les Sarakollé, les «Tuge», eux-mêmes vaincus par les «Lam-Termesse», enfin éliminés par les «Lam-Taga».
En grand communicant, Coly Tenguella, un Peul, s’est présenté aux Fountankais, non pas comme un conquérant, mais un retour au pays de ses ancêtres, afin de retrouver le Paradis perdu. Par ailleurs, le retour au Fouta, pays de ses ancêtres, est pour Coly et ses armées une réussie tentative de retrouver le paradis perdu. En effet, pour  Mohamed KATI, dans son «Tarikh El-Fettach», le Nord du Mali, et notamment la dynastie des Askia, de Gao, était d’ascendance peule, des Torodos originaires du Fouta-Toro : «L’expression «Torodo» désigne proprement en Peul un individu appartement à une sorte de caste ou plutôt de parti politique qui s’est fondé au Fouta sénégalais ; chez les Maure et au Soudan pour désigner tout musulman originaire du Fouta-Toro. L’Askia El Hadji Mohammed n’était pas né au Fouta, mais sa famille était originaire de cette province» écrit dans un commentaire Octave HOUDAS.
En effet, Coly s’est présenté aux Foutankais, comme le libérateur de ses ancêtres du joug des Malinkés : «Ses frères vivaient en nomades, soumis à la tyrannie des empereurs Malinké et Songhay. Comme le Gaulois, Sigovèse entra en Germanie sous la conduite d’un aigle, Koli traversa le Ferlo à la suite d’une perruche et attaqua les Socé qui dominaient le Damga et le Boundou, peuples de nombreux Peuls. Les Ouolofs se soumirent en masse, les réfractaires étant rejetés vers l’Ouest, dans la région maritime» écrit André ARCIN. En tout cas, à son arrivée au Fouta-Toro certaines familles se rallièrent à sa cause, dont les N’DIAYE, d’ascendance Ouolof «Les N’Diaye étaient des Ouolofs et furent appelés, par la suite des Sebbé» écrit Abdoulaye KANE dans son «histoire des familles du Fouta».
Sur le plan externe, il est à noter qu’avant l’avant l’arrivée des Satigui sur le Fouta-Toro, une partie de ce territoire était sous le joug de l’Empire du Mali dont les représentants étaient les Farba. En effet, entre les XIème et XVIème siècles, le Tékrour anarchique sera finalement dominé par l’empire Soninké du Ghana, puis, par la suite annexé par l’empire mandingue du Ghana, à la suite d’une sanglante conquête. Le Ardo de Guédé et différents Farba dépendaient du Bourba de Djolof ; une partie du Fouta était donc sous la domination Ouolof. Coly Tenguella a su capter les souffrances et les espérances des Peuls qui étaient un peu partout minoritaires en Afrique Occidentale ; ils étaient persécutés au Mali, en Guinée et Fouta-Toro, dont une large partie était dominée par le Bourba du Djolof.
Si Coly Tenguella BA a vaincu et unifié le Fouta-Toro, il le doit aussi à son courage, son génie militaire. Dans sa conquête du Fouta-Toro, Coly Tenguella BA, allié des Sérères et accompagné d’une partie de sa famille, suivant Yaya WAGNE, avait une armée de 3333 hommes, dont une bonne partie se composait de ces vaillants et fidèles partisans guerriers : les «Sebbé Colyyaabé», (Tiéddo, au singulier). Les succès militaires sont dus, en grande partie, à la détermination de Coly Tenguella, un fin stratège, sa puissante armée, bien entraînée, était mobile avec des chevaux, il utilisait des arcs et des flèches. Les Foutankais, eux, se battaient souvent au couteau, au sabre ou à mains nues et à pied ; ils se déplaçaient difficilement avec leurs taureaux, moins mobiles et peu adaptés au terrain de combat. Coly a réorganisé, discipliné et hiérarchisé son armée autour de 7 commandants principaux dont les fameux Niima et Gata Coumba. Puis, il a élargi, par la suite, son commandement militaire aux descendants de certaines familles royales dont celle de Sawa Dondé. Sur le champ de bataille, Coly Tenguella a su galvaniser ses troupes en se faisant accompagner de «Bawdi Almari», tam-tams et de griots vantant la bravoure de ses «Djambarébé» (guerriers) ; un vrai guerrier peul, dans ses codes d’honneur, préfère mourir sur le terrain de combat que sur son lit. Durant les combats, les griots entonnent, notamment le «Yella», un chant de guerre. Les guerriers, abreuvés au code l’honneur de la bravoure, choisissent alors de donner leur chair aux vautours plutôt que de se rendre. Les forgerons sont mis à contribution pour fournir les armes et les pillages permettent d’assurer, efficacement la logistique et l’intendance.
Par ailleurs, pour pacifier le Fouta-Toro, Coly Tenguella épousait les filles et veuves de ses victimes, et distribuait les prébendes aux personnes ralliées à sa cause. La légende raconte que Coly demanda à ses sujets «comment son père faisait-il pour épouser ses femmes ?» ; on lui répondit : «Il payait la dot aux femmes qu’il voulait épouser». Coly rétorqua à cela : «Moi je tuerai leurs parents et les épouserai». Coly, en stratège, a donc associé ses victimes au pouvoir par les liens du mariage, et a ainsi conforté sa domination.
Cette attitude de conciliation à l’endroit des peuples conquis, rendait moins lourde la domination des Peuls et faisait participer réellement à l’exercice du pouvoir les vaincus. Cependant, Coly Tenguella sait aussi user de la force ou de méthodes déloyales, pour vaincre de certaines résistances, c’est un tueur politique. Ainsi, il a fait assassiner le Lam-Toro, après avoir conclu un traité de paix qu’il avait lui-même proposé. Il a fait assassiner le Farmabaal grâce à la trahison de son frère. Un autre Ardo a été tué à la suite de la trahison de sa femme ; il fit décapiter cette femme par la suite.
Coly Tenguella, durant son règne, eut le génie de structurer son administration pour la confier à des fidèles, notamment furent nommés : son frère Ameth Ali El Bana, chef du Toro à Guédé, neveu, Niobdi, chef des Irlabbé Hébbyabé, son fils Moussé Bassé, chef du Bossoya, son frère Ali Malliga, chef du Damga, etc. Les affaires entre particuliers étaient réglées par les chefs de province dont les décisions étaient irrévocables. Mais pour consolider son règne, il était obligé régulièrement de mener des guerres.
La conquête du Fouta n’a pas été de tout repos. Ainsi le N’Guénar a résisté, dit-on, pendant 7 ans, le Damga n’a cédé qu’au bout d’un an, le Bossoya, le Lao et le Toro n’ont été vaincus qu’après plus de 3 ans de combats acharnés. Démarrés vers 1520, la conquête et l’unification du Fouta ne seraient terminées que vers 1532.
Coly Tenguella établit sa capitale à Silla, suivant Yaya WANE, à Toumbéré Guingui, à côté de Kaédi, en Mauritanie, selon Cheikh Moussa CAMARA, il se transportera par la suite à Orkodiéré. Coly Tenguella BA mourut d’une fièvre, à Lamboussa, pays dont on ne connaît pas l’emplacement actuel. Yaya WANE situe sa mort en 1586.
II – Coly Tenguella, le Satigui, fondateur de la dynastie peule des Déniyankobé
Coly Tenguella est donc le fondateur de la dynastie des Déniyankobé ayant unifié le Fouta-Toro. Le mot «Déniyankobé» a été interprété de différentes manières. Pour André ARCIN, Dénianké sera issu de «Dénia», une région côtière du Maroc. En Malinké, «Dénia» est le diminutif de «Déniouma» désignant «le joli enfant» ou «l’enfant béni». En effet, pour Samba Alassane BA, Déniankobé, signifierait «chefs, une famille de guerriers venant du Dolo». Les Peuls Déniyanké sont «les habitants de «Déni», un village peul du Macina, au Mali. Ce terme est plus célèbre comme désignant la tribu peule dont étaient originaires Coly Tenguella BA et ses conquérants» écrit, en 1969, Yaya WANE, dans sa magistrale «histoire des Toucouleurs du Fouta-Toro».
Coly Tenguella a pris le titre dynastique de «Satigui». Jean-Baptiste LABAT (1663-1738) ou d’autres voyageurs emploient, par corruption du terme, le mot de «Satirique» ou «Siratic». Ce voyageur écrit que «Le milieu du lac de Cajor sépare les Etats de Jaloffes et des Foules, ou le royaume des Brac ou Satirique». Pour Yaya WANE, «Satigui» signifie «le Guide». Cheikh Moussa CAMARA pense, sans être affirmatif, que «Silatigi est, peut-être, le nom d’un ancêtre ou un titre royal».
Henri GADEN a donné l’explication la plus crédible, que je reprends à compte, à savoir que les Peuls étant des voyageurs et éleveurs, Tenguella avait pris les titres d’Ardo (chef peul), puis celui de «Saltigui», un terme mandingue, ou «Satigui» en Peul, signifiant «maître de la route» ou «chef de la migration», ou encore «celui qui ouvre le chemin», et donc celui ayant connaissance des choses pastorales et de la brousse, investi du culte des ancêtres et de leur génie.
A - La longévité et la relative bonne gouvernance de la dynastie des Déniyankobé
Coly Tenguella est resté dans la postérité en raison, notamment de la longévité de la dynastie des Déniyankobé qui ont régné sur le Fouta-Toro, du début du XVIème siècle jusqu’en 1776. Coly Tenguella  a effacé le nom de diverses dynasties qui avaient gouverné, auparavant, au Fouta-Toro. Abdoulaye KANE estime que la première capitale des Déniyanké était d’abord Agnam Godo ; elle sera par la suite transférée, au gré des circonstances, notamment à Diowol et à Orkodiéré. En revanche, Moussa CAMARA dit la première capitale se situerait à Toumbéré Guingui, dans l’actuelle Mauritanie.
Ce qui a marqué les esprits ce sont les 70 dernières années du règne des Satigui, en raison des guerres de la succession au trône, qui avaient plongé le Fouta-Toro, dans le Chaos, en raisin de cette crise dynastique et des pillages. Cependant, et hormis cette période sombre, et contrairement, à une idée reçue, les Satigui des temps anciens étaient attachés à une certaine bonne gouvernance, et respectés par la population. Jean-Baptiste LABAT a décrit, avec l’aide des notes d’André BRUE (1654-1738), lors de ses différents séjours au Sénégal entre 1697 et 1720, la grande vénération dont bénéficie le Satigui auprès de la part de la population : «Rien n’est plus respectueux que la posture où ils sont quand ils viennent demander justice ; ils sont à genoux, ils ôtent leur bonnet, leurs sandales. Ils entrent dans la salle, ils se prosternent le visage contre terre, au premier pas qu’ils font. Se jettent de la poussière sur la tête, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à une distance où le roi et ses conseillers les puissent entendre commodément» écrit LABAT. En effet, les hautes qualités morales de certains Satigui ont été louées par les historiens. Ainsi, Guéladio Tabara est considéré comme «un homme bon, vertueux et juste» par Mohamed KATI dans son «Tarik El-Fettâch».
Si le règne de Sawa Lammou a durée entre 30 et  37 ans, c’est probablement qu’il avait fait l’unanimité, pour ses qualités morales et son leadership, fondé sur l’équité. Pendant son règne, Abou Bakr, a «interdit l’injustice» dit Mohamed KATI. Il y a eu, tout de même, en 1707, Sawa Dondé qui a été tué par son frère Bocar Siré Sawa Lammou ; celui qui a commis ce parricide sera vite chassé du pouvoir. Cheikh Moussa CAMARA dit du Satigui Boubou Moussa (1721-1731), qu’il vainquit tous ses ennemis, refusant de fréquenter les injustes, sa parole est écoutée de tous. Claude JEANNEQUIN (1601-1660) est un des rares Occidentaux à s’être rendu au Fouta-Toro, lors de son voyage en 1638, au Sénégal, du temps de Sawa Lammou. A cette époque, le Satigui régnait sur un vaste territoire composé de 19 provinces englobant tout le Fouta-Toro, mais aussi le Boundou, le Wagadou et le N’Galam. Manuel TEIXERA DA MOTA (1666-1758) a recensé 18 provinces. Claude JEANNEQUIN nous relate un témoignage inestimable, notamment sur la vie quotidienne, les règles de succession et la justice.
Lorsqu’un Satigui décède, ses enfants sont contraints de quitter, momentanément le pays. Une enquête de mœurs est alors diligentée à l’effet de savoir si le défunt avait «moralement vécu», et s’il avait «mal vécu», ses enfants sont alors bannis, à jamais du pays. Un nouveau Satigui est élu, par un conseil de notables issus de l’aristocratie peule. Si la dynastie des Déniyankobé était animiste, le Fouta-Toro était déjà islamisé, même en cas de crime grave, le marabout ou le chef de village, ne pouvait que prononcer le bannissement. La peine de mort est réservée pour les assassinats ou complots contre le Roi. Cependant, le souverain peut les commuer en exil perpétuel. Il n’y a pas d’appel, le jugement est exécuté immédiatement.
Dans ses mémoires, André BRUE, retranscrits par LABAT, fait ainsi une description du Satigui : «Le roi Siratic était alors âgé de 56 ans. Il était d’une taille médiocre assez remplie ; ses cheveux et sa barbe commençaient à grisonner, chose extraordinaire parmi les Nègres à qui cela n’arrive que dans une vieillesse assez avancée. Il avait le nez aquilin et bien fait, la bouche toute petite, de belles dents, quoiqu’il eut les yeux petits. Rien de plus simple que son habit ; car il n’avait sur ses culottes qu’une chemise de toile de coton noir, avec un bonnet de même étoffe».
A l’époque, sans aucune emprise sur le Sénégal morcelé entre différents royaumes, les Français avaient établi des liens de coopération mutuellement avantageux avec le Fouta-Toro : «Laborieux, ils cultivent leurs terres avec soin, font de récoltes abondantes, de gros et petits mils, de coton, de tabac, de pois, et ils élèvent une quantité prodigieuse de bestiaux, de toutes espèces. (..) C’est dans leur pays que la Compagnie tire les plus beaux cuirs à meilleur marché. Ils aiment la chasse, et sont forts adroits», écrit LABAT. Les Européens achetaient aux Satigui de la gomme arabique et des défenses d’éléphant, et devaient s’acquitter de droits de douane (coutumes) pour faire du commerce au Fouta-Toro.
Il subsiste de graves incertitudes sur la datation, la durée et l’ordre du règne des différents Satigui, dont celui de Coly Tenguella, ainsi que le nombre des rois Satiguis. Ainsi, s’il est certain que le père de Coly, Tenguella, été tué le 19 janvier 1493, au Mali, David ROBINSON situe le règne de Coly Tenguella entre 1495 et 1512 (17 ans). En revanche, pour Oumar KANE la dynastie des Satigui s’étend entre 1512 et 1537 (25 ans). La durée du règne des Satigui est également entourée de graves flottements. En effet, Abdoulaye KANE a recensé 19 Satigui, dont les quatre premiers sont Guéladio Tabara, Ndiaye Houlèye, Sawa Lammou et Yéro Diam II. Sans établir de datation, Abdoulaye KANE estime que la durée totale du règne des Satigui serait de 243 années et 45 jours. Le plus court règne est de 45 jours pour Anta Coumba et les plus longs de 30 ans, respectivement pour Sawa Dondé, Guéladio Dondé et Soulèye N’DIAYE 1er. Abdoulaye KANE n’attribue que 2 ans au pouvoir pour Sawa Lammou, pourtant un des piliers de cette dynastie. Le manuscrit de Thierno Ciwol que cite Maurice DELAFOSSE, dans les «Chroniques du Fouta» de Ciré Abass SOH indique les Satigui auraient régné pendant 378 ans, pour Ciré Abass, cette durée serait de 381 ans. Ciré Abass SOH recense 22 Satigui, sans une date précise, et Maurice DELAFOSSE en a trouvé 28, pour un total de 264 années au pouvoir, si l’on compte «entre l’avènement de Koli, en 1512, au plutôt et celui de l’Imam Abdelkader en 1776» écrit-il dans ses notes. Les plus longs règnes sont attribués, respectivement, à Sawa Lammou 37 ans, Bocar Tabakali 33 ans et Laba 27 ans. Pour Abdoulaye KANE les 25 Satigui ont régné pour 313 ans.
Le Capitaine STEFF et Samba Alassane BA, ont fourni des listes incomplètes de Satigui et sans datation. Pour Oumar KANE aussi, la dynastie Déniyankobé, des Peuls Yalalbé ou Saybobé, a régné sur le Fouta-Toro, de 1512 environ à 1776, soit pendant 264 ans, si nous admettons que le Fouta-Toro a été conquis par Coly dès 1512, c’est-à-dire juste après la mort de son père Tenguella.
Le «Tarikh Es-Soudan» de ES-SADI, un contemporain des Satigui, et Cheikh Moussa CAMARA l’a repris à son compte, indique le premier successeur de Coly Tenguella, c’est son fils, Yéro Diam : «A sa mort, Kalo eut pour successeur son fils, Yoroyim (Yéro Diam). Quand ce dernier mourut, il fut remplacé par Kalaya-Tabara, un homme éminent, bon, juste et dont l’équité n’eût de pareil, excepté Kanka Moussa. A sa mort, c’est Kota, le fils de Yoroyim qui prit le pouvoir. Il eût lui-même pour successeur, son frère, Sanba-Lâm (Sawa Lammou), qui s’appliqua à faire régner la justice, et régna 37 ans. C’est son fils Abou-Bekr qui prit le pouvoir» note le «Tarikh Es-Soudan».
Cheikh Moussa CAMARA estime que Yéro Diam n’était pas le fils, mais le frère de Coly Tenguella : «Tenguella était le père de Coly, de Yéro Tenguella qu’on appelait Yéro Diam et Yéro Sarki. Il était aussi le père de Guéladio Tabara et Nima» écrit-il dans son «Florilège». Cheikh Moussa CAMARA a établi un ordre de succession suivant : Yéro Diam, Gata Yéro Diam, Sawa Lammou, Bocar Sawa Lammou (1640-1669), Ciré Sawa Lammou (1669-1702, devenu aveugle, Samba Bocar Sawa Lammou (1702-1707), Guéladio Bocar ou Guéladio Diégui (1710-1718), Boubou Moussa (1721-1731), Konko Boubou Moussa, Soulèye Boubou Moussa, Ciré Boubou Moussa, Bocar Boubou Moussa, Boubou Guayssiri ou Boubou Mody Bocar Sawa Lammou (1747-1749). Konko Boubou Moussa entre en conflit avec Samba Guéladio Diégui qui l’aurait assassiné, par un pêcheur de Dondou, appelé Boubou BOYE. Ce fut la lente descente dans les enfers de la dynastie des Déniyankobé. Samba Guéladio Diégui est le premier à faire appel aux Maures, dans cette guerre de succession. Pendant cette époque, André BRUE vend des armes aux Cayor et à tous les protagonistes de la guerre de succession des Satigui. A la mort de Samba Guéladio, à Diam Wélli, Konko Boubou Moussa se convertit à l’Islam et abdique à ses fonctions de Satigui. Soulèye N’DIAYE ou Soulèye Boubou (1745-1751), en raison de l’insécurité générale et de l’avancée de l’Islam perd toute estime de la population, mais il continue sa lutte contre certains Peuls, les Saybobé. Aly Mamoudou LY, appelé Thierno Mollé de Thilogne, est tué entre N’Douloumadji Founébé et N’Douloumadji Dembbé. Les Foutankais, las de ces désordres et de la famine, iront se réfugier au Boundou, au Diolof ou au Saloum.
Yaya WANE, se fondant sur la tradition orale, «Les Tarikh El Futiyu», des textes en Ajami, transcrivant le Peul en arabe, établis par des marabouts savants du Fouta-Toro, estime que le premier Satigui serait Labba Tenguella, succédant à son père pour trois ans, et Coly Tenguella n’a été intronisé qu’en deuxième position. Yaya WANE établit une liste de 27 Satiguis ayant régné sur le Fouta «Ce qui représente plus de quatre siècles, si l’on tient compte des quelques 64 années qu’aura durée le règne du fondateur de la dynastie. Or, ces quatre siècles de pouvoir des Déniankobé constituent presque le double de l’approximation la plus répandue, qui limite la présence des Satigi, soit au plus, à deux siècles et demi» écrit Yaya WANE.
David ROBINSON a établi un travail rigoureux avec une datation sur la base d’une liste de 37 Satigui entre 1495 et 1776, soit 281 ans, de longévité pour cette dynastie. Il est vrai que certains Satigui ont été, plusieurs fois au pouvoir, comme Boubacar Ciré (3 fois) Boubou Moussa (3 fois), Konko Boubou Moussa (2 fois), Samba Guéladio Diégui (2 fois), Soulèye N’DIAYE, l’Ancien (3 fois). Pour David ROBINSON, c’est Laba Tenguella, son frère qui a pris le pouvoir de 1532 à 1535. Yéro Diam, le fils de Coly, a pris, par la suite, le relais de 1535 à 1539, Guéladio Bambi de 1539-1563, Guéladio Tabara de 1563 à 1579, Guéladio Gayssiri de 1579 à 1580, Yéro Diam Coly, de 1580 à 1586, Diadié Garmi en 1586, Gata Coumba de 1586 à 1600, Sawa Lammou de 1600 à 1640 (30 ans), Bocar Tabakaly de 1640 à 1649, Ciré Takaly de 1669 à 1702, Samba Boly de 1702 à 1707, Samba Dondou de 1707 à 1709, Boubacar Ciré Sawa Lammou de 1709 à 1710, Guéladio Diégui de 1710 à 1718, Boubacar Ciré (Second règne) de 1718 à 1721, Boubou Moussa (1er règne) de 1718 à 1722, Boubacar Ciré (3ème règne) de 1722 à 1723, Boubou Moussa (2ème règne) de 1723 à 1724, Samba Ciré Sawa Lammou, en 1724, Boubou Moussa (3ème règne) de 1724 à 1725, Samba Guéladio Diégui (1er règne) de 1725 à 1726, Konko Boubou Moussa (1er règne)  de 1726 à 1738, Samba Guéladio Diégui (2ème règne) de 1738 à 1740, Konko Boubou Moussa (2ème règne) de 1741 à 1743, Soulèye N’DIAYE, l’Ancien, (1er règne) de 1743 à 1747, Boubacar Guayssiri.
B – Splendeur et décadence de la dynastie des Déniyankobé
La dynastie des Déniyankobé est héréditaire ou gérontocratique. Cette incertitude des règles de succession aura, par la suite, de lourdes conséquences sur sa survie : «Au début le pouvoir est certainement héréditaire, c’est-à-dire dévolu du père au fils aîné, ou bien de l’aîné au cadet. Mais la famille de Coly s’élargissant par la suite, il est probable que le pouvoir aura subi d’importantes rotations, puisqu’il aura pu être transmissible à l’aîné de l’ensemble des descendants mâles du premier Satigui ; ce qui équivaut, en somme, à une sorte de monarchie gérontocratique tournante» écrit Yaya WANE.
La famille royale, au cours d’un conseil privé, désigne le plus âgé ou le valeureux. C’est à ce titre que Laba Tenguella en raison de ses nombreuses victoires dont celle contre les Ouolof qui attaquaient le Fouta-Toro, a été désigné Satigui. Labba fut tué à Agnam, par un Damel qui avait fait une incursion dans le Fouta-Toro. Samba Tenguella, frère de Coly, succéda à Labba ; il n’a rien changé aux règles de gouvernement établies par Coly. Samba Tenguella a continué de livrer bataille aux Maures et aux Ouolof qui voulaient assujettir le Fouta. Mais les Satigui sont, en général, des souverains fainéants et pillards. Samba Tenguella fut vaincu et tué au cours d’une de ses expéditions.
Guéladio Tabara, fils de Coly, succéda alors à Samba, son oncle. Il mourut de maladie et fut remplacé par Sawa Lammou qui n’a régné que deux ans, pour être remplacé par son fils, Ciré Sawa Lammou ; ce dernier a régné pendant 30 ans sur le Fouta-Toro. Bokar Samba Lammou fut nommé Satigui, en remplacement de son père et régna pendant 20 ans et fut remplacé par Guéladio Dikoui, qui lui-même, à sa mort, a été remplacé par Guéladio Diégui (père de Samba Guéladio Diégui). En raison de sa très grande sévérité, Guéladio Diégui s’aliéna du soutien du Fouta et d’une bonne partie de sa famille royale. A la suite d’une révolte, Guéladio Diégui fut destitué au profit de Birame Boubou Moussa.
Guéladio Diégui qui était réfugié à Tiabou, près de Bakel, y mourut et la même nuit, le Satigui Birame Boubou Moussa succomba de maladie à Toumbéré Guingué, la capitale des Satigui. Boubou Moussa prit alors le pouvoir.
Boubou Moussa a régné pendant 23 ans, et a eu un réel soutien populaire en raison de la paix et la justice qui régnaient dans le pays. Cependant, de grandes dissensions eurent lieu concernant le partage du pouvoir. En effet, il distribua toutes les charges aux différents princes, sauf à Samba Guéladio Diégui ; celui-ci, absent du pays lors de la distribution des charges, se trouva affligé qu’aucune place ne lui avait été réservée et entra donc en conflit contre son oncle pourtant légitimement nommé Satigui.
Au sein de la dynastie des Satigui, le nom de Samba Guéladio Dégui nous est parvenu, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Samba Guéladio a soulevé la question de la Justice. L’histoire de Samba Guéladio Dégui est liée à des règles de succession qui ont, à un certain moment donné, mal fonctionné sous le règne de Boubou Moussa. Boubou Moussa, neveu de Guéladio Diégui. Boubou Moussa a opéré un changement dans le fonctionnement du royaume de Fouta-Toro qui va déclencher une guerre de succession et faire entrer Samba Guéladio Diégui en scène. En effet, il a eu la malencontreuse idée de créer des charges qu’il réserve aux dignitaires Déniyankobé et aux percepteurs d’impôts. Toutes les charges furent distribuées sans en réserver aucune pour Samba Guéladio Diégui, fils de son oncle Guéladio Dégui, ancien Satigui. Samba alla réclamer au Roi sa part, mais celui-ci lui répondit que la distribution est déjà faite, mais qu’il pouvait prendre tout ce qui est nécessaire pour vivre. Victime de l’usurpation du pouvoir par son oncle, le récit magnifie ce prince peul qui mena une longue guerre de succession pour le royaume des Déniankobé. «La fascination qu’exerce l’épopée de Samba Guéladio sur des générations de chercheurs est due beaucoup plus à l’ambiguïté du personnage qu’à l’originalité de la geste» écrivent Lilyan KESTELOOT et Bassirou DIENG dans «Les épopées d’Afrique noire».
Ensuite, Samba Guéladio Diégui concentre, à tout seul, les valeurs culturelles d’une époque : celles de l’Islam, mais aussi de l’animisme et de la féodalité des Peuls. «Le génie créateur d’un peuple se manifeste de différentes façons, mais reflète toujours dans ses manifestations la culture de ce peuple» écrit le professeur Amadou LY.
Samba affirme son indépendance, exhibe sa bravoure, indomptable, invincible et orgueilleux, il veut incarner l’indépendance du Fouta-Toro. Ceux que chantent les griots doivent se signaler par leur courage, leur intelligence, leur droiture, leur sens de l’honneur. En effet, le père Jean-Pierre LABAT fait remarquer le souci d’indépendance de Samba Guéladio : «La première chose qu’il fit, dès qu’il fut monté au trône, fut de chasser les Maures tous les endroits de ses Etats où il était établi, comme le seul moyen de conserver le Royaume de ses ancêtres». Chassé du trône, et sa mère humiliée, dans une version tirée des manuels scolaires, Samba séjourne dans un village, dans une contrée terrorisée par un monstre, «le Tiamaba», un redoutable caïman ou le «Guinârou», un animal mythique, alors qu’il n’avait que 6 ans, et épouse la fille du Roi.  Suivant une autre version du capitaine STEFF, n’ayant pas réussi à détrôner son oncle Boumoussa qui l’avait écarté, injustement, des charges princières, Samba Guéladio s’exile, pendant plus de sept ans, chez les Maures, dans le Macina. Les habitants de ce pays manquaient d’eau et ne possédaient qu’une seule source gardée par un lion, le «Niamara Dallal» à qui il fallait sacrifier, une fois toutes les trois semaines, une jeune fille. Arrivé dans la contrée, Samba fut hébergé par une pauvre femme qui lui servit une eau de mauvaise qualité et lui raconta le calvaire du village. Samba Guéladio tua le lion, SENGHOR parle de «M’Bardi Lalo», un lion, et coupa sa patte droite comme preuve. Le roi maure, Ellène Ben Zikri, promit une forte récompense à celui qui a tué le lion. Samba prouva que c’est lui qui avait tué le lion. Les hypocrites jaloux de la soudaine notoriété du nouveau venu, ont demandé au roi maure de soumettre Samba à une autre épreuve : débarrasser les Maures de Birama Gouroury, fils de Ardo Gouroury, roi du Macina, qui venait souvent piller les vaches blanches des Maures. Une version, proposée par Blaise CENDRARS (1887-1961), tirée de la tradition orale, les principaux personnages de la légende sont : le griot, Séwi Mallal, le captif Doungourou, Oummoulatôma, le cheval de Samba, Boussalarbi, le fusil magique, la mère de Samba N’Diorgual est une infirme en référence à la légende de Soundiata KEITA. En toile de fond on retrouve la contestation de la légitimité du pouvoir de l’oncle de Samba et réclame aux Maures une armée pour reconquérir le pouvoir.
Enfin, il est reproché à Samba Guéladio d’avoir fait assassiner son oncle Boubou Moussa, réintroduit le désordre et le chaos au Fouta-Toro, à travers son alliance avec les Maures. «Les cris d’alerte des hommes, les pleurs de femmes et des enfants, et les chansons des griots» apprirent aux Foutankais la disparition de leur vénéré Satigui, Boumoussa. Samba Guéladio entre à Gallé en triomphateur et se proclame Satigui, sans une intronisation de l’assemblée des notables. Depuis lors, on a coutume de dire, il est comme un lion au milieu d’un troupeau de moutons, sans berger. «Gniwa ala Gayanoko» disent les Peuls, en d’autres termes : «L’éléphant n’a pas de berger». Ivre de joie, Samba se livre à son activité favorite : le pillage. Il rançonne les Foutankais, sont devenus ses sujets. Samba a la gâchette facile. Il tue ceux qui lui résistent ou portent atteinte à son honneur. Il va même jusqu’à assassiner Guéladio Hindé, un très fidèle compagnon qu’il avait surpris avec sa femme. Mais ce meurtre annonce la fin du règne de Samba Guéladio et le déclin du règne des Déniyankobé.
Cependant, et sans nul doute, c’est la poussée de l’Islam qui a donné un coup de grâce à la dynastie des Déniyankobé : «Pendant longtemps, ces derniers (les Marabouts), vécurent misérables et de la charité publique pour ainsi dire, se contentant, comme tout marabout, de faire des prières et de mépriser les travailleurs» écrit le docteur QUENTIN.
En effet, les Déniyankobé sont des Peuls païens. Or, l’Islam ne cesse de progresser, sous l’effet de grandes confréries Quadriaya et Tidjiana, soutenues par les Touaregs qui veulent étendre et sécuriser leur commerce à toute l’Afrique occidentale : «Les Déniyanké eurent bientôt le tort, qu’ils avaient eu, de leur laisser prendre tant d’influence dans le pays et voulurent, mais trop tard, les traiter en esclaves. Peu à peu, le nombre de fidèles augmenta, et pendant deux ans, leur marabout tint en échec l’armée du Siratic» écrit L. QUENTIN.
En définitive, la dernière période de pouvoir des Satiguis aura été plutôt conciliante à l’égard de l’Islam. Certains Satiguis, abjurant le paganisme, se convertirent à l’Islam, comme Silèye N’DIAYE, le Jeune. Ils concédèrent de gigantesques propriétés terriennes, notamment à Thierno Sidiki DAFF à Kanel et Séno-Palél. Ils ont même donné pour épouse, leur propre fille richement doté, à Tapsirou Hamat WANE de Kanel. L’Islam, une religion ancienne au Fouta-Toro, commence à prendre de l’ampleur, les Musulmans devenant progressivement majoritaires, prennent conscience de leurs forces, et se révoltent contre le pouvoir arbitraire et les graves injustices des Satiguis. La guerre entre le parti des Torodo et les Satiguis, commencée vers 1750, allait durer plus de 26 ans. En effet, la Révolution menée par Thierno Souleymane BAL en 1776 a eu raison de la dynastie des Satiguis. Un Etat théocratique, fondé par Thierno Sileymane BAL, basé sur des règles de succession transparentes, sur la bonne gouvernance, et dont le souverain prenait le titre d’Almamy, vint alors remplacer la dynastie fondée par Coly Tenguella.
En dépit, de cette chute des Déniyankobé, le souvenir de leur règne est encore resté vivace et gravé à jamais dans le souvenir des Foutankobé.
 
 
Bibliographie sélective
AISSA (Mamadou), Traditions historiques et légendaires du Soudan Occidental, traduction de Maurice Delafosse, Paris, Comité de l’Afrique française, 1913, 104 pages, spéc page 45 ;
ARCIN (André), Histoire de la Guinée française, préface de Joseph Chailley, Paris, Augustin Challamel, 1911, 752 pages, spéc pages 9-15 et 62-68 ;
AWENENGO (Séverine) BARTHELEMY (Pascale), Ecrire l’histoire de l’Afrique autrement ?, Paris La Découverte, 2005, 282 pages ;
BA (Ibrahima), De l’origine des Fulbé, Peuls, à l’empire des Satigui, Déniyanké, Paris, l’Harmattan,  2014, 112 pages ;
BA (Oumar), Le Fouta-Toro à travers leur tradition nationale, orale et écrite, thèse de doctorat, Paris, La Sorbonne, 1973, 4 vol 1724 pages ;
BA (Samba, Alassane), Historique de la famille des Dénianké et des Almamy avant et après la pénétration française, Saint-Louis, MS, CRDS, Fonds GADEN, Cahier n°5, IFAN, manuscrit, non daté, de 12 pages (Merci au professeur Abdoulaye Baïla N’DIAYE, Directeur de l’IFAN) ;
BOULEGUE (Jean), «Empire Peul dans le Soudan Occidental au début du XVIIème siècle», in 2000 ans d’histoire, le sol, la parole et l’écrit, Mélanges en l’honneur de Raymond Mauny, Paris, Société française d’histoire d’Outre-mer, 1981, tome 2, pages 699-706 ;
CENDRARS (Blaise), Anthologie nègre, Paris, Sans Pareil, 1927, 336 pages, spéc chapitre X – 37 intitulé «La geste de Samba Guéladio Dégui», pages 133-147 ;
CHAVANE, Bruno, Villages de l’ancien Tekrour, Paris, Karthala, 1985, 188 pages ;
CISSOKO (Sékéné, Mody), SAMBOU (Kaoussou), Recueil des traditions orales des Mandingues de Gambie et de Casamance, Niger, Centre régional de documentation pour la tradition orale, avril 1974, 269 pages, spéc sur Coly, pages 8-11 ;
CORRERA (Issagha) KAMARA (Amadou), Samba Guéladio Diégui, texte Pulaar par Amadou Kamara traduit par Issagha Corréa, Dakar, IFAN, 1992, 257 pages ;
CROZALS (Jean--Marie), «Trois  Etats Foulbé du Soudan Occidental et Central : Le Fouta, le Macina, l’Adamaou», Annales de l’université de Grenoble, 1896, pages 257-279 ;
DELAFOSSE (Maurice), Les Noirs de l’Afrique, Paris, Payot, 1922, 139 pages, spéc pages 67-68 ;
EQUILBECQ (François-Victor), Essai sur la littérature merveilleuse des nègres suivie de contes indigènes de l’Ouest-Africain, Paris, E Leroux, 1913, 314 pages, spéc pages 94-96 ;
EQUILBECQ (François-Victor), La légende de Samba Guélâdio Dêgui, Prince du Fouta, Paris, NEA, 1997, 348 pages ;
ES-SA DI (Abderrahman), Tarikh Es-Soudan, traduction Octave Houdas, Paris, Alain Maisonneuve, 1913, réédité en 1981, 537 pages, spéc 127-128 ;
FAIDHERBE (Louis), Grammaire et vocabulaire de la langue Poul, Paris, Maisonneuve, 1882, 164 pages, spéc pages 16-17 ;
HALLE (Claude), «Notes sur Koly Tenguela», Recherches africaines, janvier-mars, 1960, n°1, pages 37-42 ;
JANNEQUIN (Claude), Voyage de Libye au royaume de Sénéga, Paris, Charles Roüillard, 1643, 228 pages, spéc 79-135 ; 
KAMARA (Shaykh Muusa), Florilège au jardin de l’histoire des Noirs, Zuhur Al-Basatin. L’aristocratie peule et la Révolution des clercs musulmans (Vallée du Sénégal), sous la direction et préface de Jean Schmitz, traduction de Saïd Bousbina, 1998, CNRS et ORSTOM, 460 pages, spéc sur les Satigui pages 93-130 ;
KANE (Abdoulaye), «Histoire origine des familles du Fouta-Toro», Bulletin du Comité des études historiques et scientifiques de l’AOF, 1916, pages 325-343, spéc sur les Satigui pages 330-333 ;
KANE (Oumar), «Essai de chronologie des Satigui du XVIIIème siècle», Bulletin de l’IFAN, 1970 (32) n°3, pages 755 – 765 ;
KANE (Oumar), «Samba Gélajo-Jégi», Bulletin IFAN, 1970 (32), n°4, pages 911-926 ;
KANE (Oumar), La première hégémonie peule : Le Fuuta Tooro de Koli  Tenella à Almaami Abdul, préface de Ahmadou Makhtar M’Bow, Paris, Karthala, Presses universitaires de Dakar, 2005, 672, spéc chapitre V, pages 159-216 ; thèse disponible également sur la bibliothèque numérique de l’UCAD, spéc pages 527 à  537 ;
KANE (Oumar), Le Fuuta-Toro des Satigi aux Almaami (1512 – 1807), Thèse d’Etat, Dakar, 1986, sous la direction de J DEVISSE, 3 volumes, 1124 pages,
KATI (Sidi, Mahmoud), Tarikh El-Fettâch ou chronique du chercheur, pour servir à l’histoire des villes, des armées et des principaux personnages du Tekrour, traduction de Octave Houdas et Maurice Delafosse, Paris, Leroux, 1913, 361 pages, spéc pages 72-73 et pages 145-147 ;
KESTELOOT (Lilyan) et DIENG (Bassirou), Les épopées d’Afrique Noire, Paris, Khartala, 2009, 626 pages, spéc pages 301-310 ;
LABAT (Jean-Baptiste 1663 1738), Nouvelle relation de l’Afrique occidentale contenant une description exacte du Sénégal, Paris, Pierre-François Giffart, 1728, 387 pages, tome III, intitulé du «royaume des Foulles ou des Siratique», spéc chapitres V et VI, pages 168- 279, et spéc chapitre XI pages 196-211, intitulé du «royaume des Foulles ou des Siratique» ;
LY (Amadou), L’épopée de Samba Guéladio Diégui : une version inédite, thèse de 3ème cycle, sous la direction de Lilyan Kesteloot, Dakar, Université de Dakar, 560 pages  (doc UCAD LTH 102) ;
NIANE (Djibril, Tamsir), «Koly Tenguella et le Tékrour», Recherches Africaines (études guinéennes), octobre-décembre 1959, pages 35-46, 1960, pages 32-36 et 1969, pages 58-68 ;
QUENTIN (L. Dr), «Etude ethnographique sur les pays entre le Sénégal et le Niger», Bulletin de la société de géographie, juillet-décembre 1881, pages 177-218 (étude sur les Satigui) et pages 303-333 ;
RAFFENEL (Anne), Nouveau voyage dans le pays des nègres, suivi d’études sur la colonie du Sénégal et de documents historiques, Paris, Imprimerie et librairie centrale des chemins de fer de Napoléon Chaix, 1856, vol II, 456 pages, spéc pages 317- 321 ;
ROBINSON (David), CURTIN (Philipp, D.) JOHNSON (James), “A Tentative Chronology of Futa Toro from the Sixteenth through the Nineteenth Centuries”, Cahiers d’Etudes Africaines, 1972, vol 12, n°48, pages 555-592 ;
SCHMITZ (Jean), Essai de généalogie historique, territorialité, segmentarisé et différenciation sociale dans la moyenne vallée du Sénégal, Paris, Orstom, non daté, 95 pages spéc pages  2, 18, 36-39 et 54-58 ;
SENGHOR (Léopold, Sédar), «Ballade de Samba Foul», Poèmes, Paris, Seuil, 1964 et 1990, pages 420-427 ;
SOH (Siré, Abbas), Histoire du Fouta-Toro, traduction et annotations de Maurice Delafosse et Henri Gaden, Paris, Leroux, 1913, pages 120-123, 139-140, 142-151, spéc, «tableau généalogique des Dénianké», pages 151-172 ;
STEFF (Capitaine), Histoire du Fouta-Toro, Dakar, IFAN, 1913, Fonds Brévié cahiers n°1-7 ; Fonds Gaden cahier n°1-338, 70 pages dactylographiées, spéc pages 26-50 ;
TAUTIN (L), «Etude critique sur l’ethnologie et l’ethnographie des peuples du bassin du Sénégal», Revue d’ethnographie, 1885, pages 61-80, spéc III, les «Foulbé» pages 137-147 et 260-261 ;
TEXEIRA DA MOTA (Avelino) éditeur scientifique, Un document nouveau pour l’histoire des Peuls au Sénégal pendant les XVème et XIVème siècles, Antonio Emilio Campos, traducteur Lisbonne, Junta de Investigações do Ultramar, 1969, n°83, 150 pages, un extrait du Boletim cultural da Guiné Portuguesa, Vol. XXIV, Outubro 1969, vol. XXIV, n°96, pages 781-860 ;
VIDAL (M.), Rapport sur la tenure des terres indigènes au Fouta, dans la Moyenne Vallée du Sénégal, Saint-Louis, MAS, Bulletin, 1924, n°72, 125 pages  ;
WANE (Yaya), «Les Toucouleurs du Fouta-Toro : stratification familiale et structure sociale», Dakar, Collection Initiatives et études africaines, 1969, n°XXV, 369 pages, spéc pages 14-18 ;
WRIGHT (Donald, R.), «Koli Tenguela in Sonko Traditions of Origin : An Example in Mandinka Oral Tradition», History of Africa, 1978, vol 5, pages 257-271.
Paris le 1er avril 2013, actualisé, le 15 novembre 2020, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
«Coly Tenguella  BA (Fin XVème - XVIème siècles), unificateur du Fouta-Toro et fondateur de la dynastie des Déniyankobé» par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 22:04

Pourquoi il faut faire confiance au Président François HOLLANDE ?
Le président Hollande est élu pour 5 ans et il n'est là que depuis 10 mois ; il a besoin du temps pour que les mesures prises puissent porter leurs fruits. Deux ans d'effort et trois ans pour mieux vivre.
La Gauche a trouvé la France en piteux état en 2012 (chômage et déficits massifs) ; il est courageux, de sa part, de tout mettre en oeuvre pour rétablir l'équilibre des comptes publics, dans la justice fiscale, en vue de l'efficacité économique et le maintien de notre modèle social exemplaire. Etre rigoureux mais refuser l'austérité, voila une ligne de conduite stratégique.
Les mesures prises découlent toutes de ses engagements lors de la campagne électorale de 2012, dans le souci d'apaiser et pour l'égalité réelle ; il fait ce qu'il dit et il dit ce qu'il fait ; c'est l'honneur de la politique que de restaurer la sincérité de la parole publique. Il n'est pas que dans le constat, mais dans l'action pour que cela change réellement.
Avec la guerre au Mali, la France est passée du statut de colonisateur à celui de libérateur. Un bon travail est fait en matière de sécurité, de natalité. Il s'engage à un non-cumul des mandats applicable avant la fin du quinquennat.
Le président Hollande a de l'autorité, mais il n'est pas autoritaire ; il a le sang froid, du recul, c'est un stratège qui sait où il va ; il est en ordre de bataille pour le retour de la confiance de la France en elle-même, pour une République exemplaire et apaisée.

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 17:46
La cathédrale Notre – Dame de Paris fête ses 850 ans (1 163 – 2 013), ça vaut détour par Amadou Bal BA
 

Notre-Dame de Paris, le monument le plus visité de France (14 000 000 de visiteurs par an), et c’est gratuit, fête ses 850 ans. Afin de restituer le paysage sonore du XVIIIème siècle,  la vieille dame, qui a fait peau neuve avec d’importants travaux de rénovation (grande orgue, travaux de transmissions informatiques, réaménagement du trésor,  restauration de la châsse Sainte-Geneviève, des murs et des statuettes, éclairage intérieur, etc.), s’est dotée, en ce printemps 2013, de 8 nouvelles cloches qui remplacent les 4 anciennes cloches, installée en 1856. Outre, les sonneries d’office, c’est une nouvelle interprétation des heures qui verra le jour avec des thèmes appropriés à chaque temps liturgique. Les 8 nouvelles cloches ont été conçues à la fonderie Cornille-Havard en France et le Bourdon Marie aux Pays-Bas. Une dizaine concerts sont prévus à l’occasion de jubilé des 850 ans.

 

Rappelons que c’est l’évêque Maurice de SULLY sur Loire (né en 1105 à Sully sur Loire, Orléans, mort à Paris le 11 septembre 1196) qui, en 1163, décida la construction d’un grandiose édifice, chef d’œuvre du Moyen Age, en remplacement des églises Notre-Dame et Saint-Étienne qui dataient du VIe siècle. C’est à Marie, la mère de Dieu, que l’évêque Maurice SULLY a voulu dédier la cathédrale toute entière, elle lui est consacrée, Notre-Dame de Paris ! On ne compte d’ailleurs pas moins de 37 représentations de la Vierge (sculptures, peintures, vitraux…).Selon Grégoire de Tours, l’ancienne église Notre-Dame serait construite par CLOVIS après la guérison de son fils CHILDEBERT. Commencés en 1163, sous Louis VII, les travaux de Notre-Dame de Paris, allaient durer jusqu’en 1330 environ. L’architecte de génie qui bâtit la cathédrale, initialement, sur un style gothique, demeure inconnu ; son œuvre va recevoir différentes retouches de différents architectes entre le XIIIe et le XIVe siècle (Jean de CHELLES, Pierre de MONTREUIL, Jean RAVY, Jean Le BOUTEILLER, etc.). Au cours des siècles, la cathédrale subira différentes transformations. Ainsi, en 1699 Louis XIV confie à Robert de Cotte la réalisation des travaux pour respecter le voeu de Louis XIII. Il en résultera la destruction du jubé, des stalles et du maître-autel. Quant aux murs, ils seront badigeonnés de blanc.

Pendant la Révolution, l’intérieur est pillé ; l’autel devient celui de la «Déesse de la Raison» et Notre-Dame sera ensuite transformée en entrepôt. L’église subit des sorts divers, et il n’en restait guère qu’un squelette effrité, avant d’être solennellement rendue au culte en 1802. Le fameux livre de Victor HUGO, Notre-Dame de Paris, paru en 1831, qui exprimait, à sa façon, le retour au Gothique, créa un mouvement qui aboutit en 1844, au décret de Louis-Philippe prescrivant la restauration, confiée à Jean-Baptiste LASSUS (décédé un peu tôt en 1857) et Eugène VIOLLET-le-DUC (1814-1879). Ces architectes refirent, avec une grande habilité, le décor d’antan. Les travaux intérieurs achevés, Mgr DARBOY avait consacré la cathédrale, le 31 mars 1864, cérémonie qui n’avait pas eu lieu au Moyen Age. La commune de Paris de 1871, en tuant l’archevêque, faillit aussi anéantir l’édifice qui n’échappa à l’incendie qu’au dernier moment. Depuis 1988, l’architecte Bernard FONQUERNIE a pris la direction des travaux de rénovation de Notre-Dame, qui se poursuivent encore.

Depuis sa construction, Notre-Dame est l’un des grands symboles de Paris et de la France. De grands évènements religieux et politiques s’y sont déroulés ce qui a fait dire à l’historien MICHELET que «Notre-Dame est à elle seule un livre d’histoire ». De faits marquants de l’histoire de France s’y déroulent : 1229, le jeudi saint, Raymond VII de Toulouse fait amende honorable; 1239, le roi Saint Louis, pieds nus, porte la couronne d'épines, les Parisiens y ont veillé le corps du roi Saint Louis qui était mort à Tunis ;  en 1302 le roi Philippe le Bel y a ouvert les premiers Etats Généraux du Royaume de France ;1430, Henri VI d'Angleterre est couronné roi de France; en 1455, début du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc ; Charles VII célèbre par un Te Deum la reprise de Paris ; le très politique mariage de la catholique Marguerite de Valois et du huguenot Henri de Navarre sera célébré dans la cathédrale en 1572. Ce dernier devra rester à la porte au cours de la cérémonie : "Paris vaut bien une messe" dira-t-il à cette occasion; 1590, les chefs de la Ligue jurent de ne jamais reconnaître le huguenot Henri IV ; en 1660, c'est le Te Deum célébré à l'occasion du mariage de Louis XIV ; c'est LUXEMBOURG - le tapissier de Notre-Dame - qui porte ici les drapeaux ennemis ; en 1668 Turenne abjure; le 10 mars 1687 Bossuet prononcera ici l'un des plus beaux textes de la littérature française, l'oraison funèbre du prince de Condé. Au XVIIIe - malgré Versailles, Notre-Dame garde encore sa place, et c'est là que les reines - Marie Leczynska, Marie-Antoinette, - viennent prier à leurs relevailles (cérémonie religieuse de bénédiction des femmes après leurs couches) ; le 2 décembre 1804, c'est le sacre de NAPOLEON, le sacre peint par Jacques-Louis DAVID et ses drapeaux d'Austerlitz «tapissent» eux aussi Notre-Dame en 1805 ; en 1811, baptême du roi de Rome ; 30 janvier 1853 mariage de Napoléon III ; le baptême du prince impérial en 1856.

Depuis 1918, la vieille église semble avoir plus que jamais repris sa place, avec les funérailles nationales de Maurice BARRES (1923), de FOCH (1929), du maréchal JOFFRE (1931), du président Raymond POINCARE (1934), du général LECLERC (1947), du maréchal de LATTRE de TASSIGNY (janvier 1952), de l’écrivain Paul CLAUDEL (février 1955), du maréchal JUIN (février 1967), et surtout la cérémonie de la Libération, le 26 août 1944, et le Te Deum de la Victoire, le 9 mai 1945 (Te deum cantique pour rendre grâce à Dieu d'une victoire ou de quelque autre événement heureux). Le 12 novembre 1970, en présence de nombreux chefs d'Etat étrangers, eurent lieu les obsèques officielles du général de Gaulle, alors que le même jour à Colombey-Les-Deux-Eglises se déroulait la cérémonie privée suivie de l'inhumation. Une cérémonie religieuse est également consacrée à François MITTERRAND le 11 janvier 1996 ; JEAN-PAUL II y est venu deux fois en 1980 et 1997, pour les journées mondiales de la jeunesse, etc.

Pour ceux qui ont la chance d’habiter en région parisienne, je vous invite à voir ou revoir ce joyeux de l’architecture gothique qui est placé plein cœur du Quartier Latin et sur les bords de la Seine, le jubilé se déroulera du 12 décembre 2012 au 11 décembre 2013. C’est Paris, c’est magique et c’est gratuit.

Paris le 24 mars 2013.

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 17:28

Quand on parle à un Occidental, et précisément à un Français, du Mali, ce qui lui vient, tout de suite, à l’esprit c’est naturellement la guerre actuelle contre les islamistes. Le Mali est également l’un des pays du plus pauvre, sur le plan économique, au monde. Tout cela est exact, mais le Mali c’est aussi autre chose : un pays d’une richesse culturelle et artistique inestimable.

 

Tout d’abord, le Mali, c’est un pays avec une histoire glorieuse. Les origines de l’Empire du Mali se perdent dans la légende. Suivant la tradition orale, son fondateur, Soundiata KEITA, (Le Lion du Mali) serait un enfant paralysé qui aurait réussi, un jour à marcher et gagner une guerre contre un peuple voisin, grâce à ses talents de chef militaire. Après sa victoire l’assemblée du peuple du Mali lui aurait donné le titre de «Mansa», c’est-à-dire de Roi des Rois en Mandingue. Entre le XIIème et le XIVème siècles, l’Empire Mandingue connaît son apogée notamment sous le règne de Kankan Moussa (1312-1337). Le Mali est alors un empire riche qui vit de son agriculture, du commerce de l’Or, du sel et du cuivre et fixe sa capitale à Niani. Le Mansa, à la suite de son fameux pèlerinage à la Mecque en 1324, diffuse l’Islam dans le pays en construisant de nombreuses mosquées, dont celles de GAO et TOMBOUCTOU. Le Mansa développe les rapports commerciaux avec le monde arabo-musulman et fait venir à sa cour un savant arabe, Ibn BATTUTA (né à Tanger, au Maroc 1304 – mort au Maroc en 1377) qui a séjourné au Mali entre 1352 et 1353. Dans son récit de voyage intitulé «Rihla», Ibn BATTUTA, a laissé un témoignage écrit sur la splendeur de l’Empire du Mali et sur l’honnêteté légendaire des gens de ce pays. A la fin du XIVème siècle, confrontés à des problèmes successions, le Mali est envahi par les Touaregs.

 

C’est au XVème siècle, sous le règne de Soni ALI (1464-1492) que l’empire du Mali reprend son souffle, les Touaregs sont battus. Après sa mort, son fils, Mouhammad TOURE, musulman, fonde la dynastie des Askia, fait un pèlerinage à la Mecque, fonde la nécropole royale à GAO et fait appel à des juristes et savants arabes pour son gouvernement. Tombouctou devient la capitale intellectuelle, religieuse et commerciale de l’Empire ; une université réputée y est créée. Les relations commerciales sont développées avec les Portugais autour de l’or, les esclavages et l’échange des chevaux. A la fin du XVIème siècle, les armées du Sultan du Maroc qui convoitent les routes commerciales et les mines de sel, après la défaite du 12 avril 1591, envahissent l’Empire du Mali et c’est le début du déclin de l’Empire du Songhai.

 

Le français, René CAILLIE (19-11-1799 – 17 mai 1838), fils d’un boulanger des Deux-Sèvres, est le premier à faire une description précise de Tomboctou, dans son journal intitulé « journal d’un voyage à Tombouctou». Il quitte Bordeaux pour le Sénégal, le 27 avril 1816, avec escadrille de 5 navires, dont la frégate La Méduse qui a sombré au large de Dakar. Le gouverneur du Sénégal, le baron ROGER, tente de le dissuader. Un an après son départ du Sénégal, il a le bonheur de toucher au but. Bonheur immédiatement terni par la réalité. C'était donc cela, Tombouctou ? Une ville africaine assoupie entre le fleuve et le désert. Aucune trace des richesses espérées (toits en or, dallages...) ni d'une quelconque effervescence intellectuelle et religieuse. Le 5 décembre 1828, à Paris, en présence de l'illustre paléontologue Georges Cuvier, la Société de Géographie lui fait fête et lui remet la somme de 10.000 francs promise au premier Européen qui ramènerait une description de Tombouctou. René Caillié publie son Journal d'un voyage à Tombouctou. C'est aussitôt un grand succès de librairie. L'explorateur peut désormais se reposer. Il revient dans sa région natale où il meurt d’épuisement le 17 mai 1838.

Ensuite, le Mali a vu naître et se développer la civilisation des Dogons, qui ont résisté à l’Islam et aux envahisseurs Touaregs. Les Dogons sont une mosaïque de peuples (Malinkés, Soninkés) qui ont refusé de se convertir à l’Islam, pour s’installer, notamment dans les falaises de Bandiagara. Ils ont pu ainsi préserver leur culture. Le sociologue français, Marcel GRIAULE, à travers son fameux ouvrage, «Le Dieu de l’eau», a popularisé leur histoire.  C’est dans les falaises de Bandiagara que le marabout El Hadji Omar TALL, qui résistait contre la pénétration coloniale française a disparu en 1864.

 

Ne l’oublions jamais et gardons-le toujours à l’esprit, le Mali, c’est le pays de Amadou Hampâté BA (né vers 1900, à Bandiagara, au Mali, décédé le 15 mai 1991 à Abidjan, RCI) qui avait mené un combat inlassable au service des cultures orales et du dialogue et la tolérance entre les Hommes. C’est lui qui avait prononcé cette phrase célèbre à l’UNESCO «En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est comme une bibliothèque du brûle». Il a nous a laissé, à travers ses ouvrages que je vous invite à lire ou relire, des témoignages éblouissants sur les traditions et cultures africaines, notamment dans Amkoullel, l’enfant peul, Oui, mon commandant, l’étrange destin de Wangrin, vie et enseignement de Thierno Bocar, contes initiatiques peuls.

 

Paris le 24 mars 2013, par M. Amadou Bal BA, baamadou.over-blog.fr

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:30

Après 24 ans d'absence, j'ai été à mon village natal, Danthiady, du 12 au 17 octobre 2012. Je m'autorise à vous faire part de mes impressions sur les profondes mutations qui semblent se dégager.

I - Globalement une amélioration considérable des conditions de vie

L'amélioration notable des conditions de  vie est visible à travers divers indicateurs :

 - Une natalité galopante. A l'indépendance, Danthiady comptait environ 3 000 habitants. Sans statistiques fiables, on estime que le village tourne maintenant autour de 5 000 habitants avec certaines conséquences : éclatement des grandes maisons (familles N'DIAYE, SY, SOW, DIALLO) en une multitude de concessions, prémices d'un individualisme, affaissement des moeurs avec l'émergence des mères célibataires, etc.

 - Un habitat plus confortable. On est passé de la case, en passant par le bâtiment en zinc, au bâtiment en dur, avec étage ; la climatisation a fait son apparition. Les maisons sont dotées de sanitaires, de meubles modernes, frigos et téléviseurs, etc.,

- la mondialisation est largement favorisée par l'accès à l'électricité et à l'Internet. Chacun a son téléphone portable, même si le crédit fait défaut, les calèches ont cédé le pas aux voitures, on n'envoie plus de lettres, mais des Sms ou des mails. Contrairement à la capitale, et grâce au barrage de Manantali, il y a peu de coupures d'électricité. Cependant, il est regrettable que l'énergie solaire n'ait pas été valorisée.

- Un très bon niveau de scolarisation (6 classes en primaire alors qu'au début de l'indépendance il n'y en avait que deux, un collège) : conséquences, les personnels de l'école primaire, du collège et du centre de santé sont issus du village.

- Une amélioration des conditions de santé. Un centre de santé a été crée par la ville de Val de Reuil et l'Association des ressortissants de Danthiady en France. De l'eau potable, avec des robinets, est accessible dans les maisons ; ce qui a amélioré la condition des femmes.

- Une monétisation de la terre ; les terrains à construire qui étaient donnés auparavant, se vendent maintenant. La consommation se mesure au nombre de boutiques qui pilulent dans le village.

D'autres bouleversements considérables attendent encore Danthiady. La route de Linguère sera intégralement bitumée avant la fin 2013. Déja, le tronçon Linguère Ranérou est achevé. En passant par Linguère, les automobilistes gagnent 255 km par rapport à la route de Saint-Louis. Par conséquent, Danthiady va retrouver tout son essor, à moyenne échéance.

II - Un village resté une zone rurale, mais attaché aux traditions

En dépit, de ces bouleversements, Danthiady reste marqué par des données séculaires :

- Un monde rural et agricole : les habitants de Danthiad continuent à cultiver le mil, l'arachide et à élever du bétail (ovins et caprins). Je suis arrivé en pleine saison de récolte, "kaolé", avec une chaleur étouffante de plus de 30 degrés la nuit, et ces moustiques qui inoculent dans toutes les familles le paludisme. L'hivernage a été excellent, la nature est verdoyante, mais elle est constamment menacée par un cheptel particulièrement important.

- Un monde solidaire et profondément humaniste. Dès que quelqu'un revient au village, tous les habitants du village défilent pour venir vous saluer. Les salamecs sont longs et parfois ennuyeux. Mais ce sont des moments intenses d'émotion. J'ai pris plus de 1200 photos et vidéos.

- Une célébration du mariage fondée sur la tradition - Mes cousins Qali et Ibrahim venaient de se marier, comme le veut la coutume, à des cousines. Les jeunes mariées ne doivent pas sortir pendant le jour, pour une période d'un mois ; elles portent autour de leur cou des gris-gris pour conjurer le mal.

- Un art funéraire séculaire, je suis allé me recueillir sur la tombe de ma petite maman. Comme le veut la tradition musulmane, le corps est mis à même le sol avec un linceul blanc. La seule entorse à la tradition a été de mettre une plaque commémorative. En dehors de cette entorse, l'herbe a poussé partout recouvrant toutes les anciennes sépultures.

- Un enseignement de l'islam par un marabout. Mon oncle Badara donne toujours des cours pour apprendre aux jeunes des versets coraniques. Son fils Omar, pour perpétuer cette tradition, est allé depuis 12 ans, apprendre le Coran à Dara, dans la Djolof.

 

Par Amadou Bal BA – Paris 19ème.

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:19

La réélection de Barack OBAMA aux Etats-Unis ou l’audace d’espérer en France, par M. Amadou Bal BA.

 

Je me réjouis pleinement de la victoire de OBAMA, et cela à plus d'un titre. D'aucuns croyaient que le premier mandat de OBAMA n'était qu'un accident de l'Histoire ; on avait voté, non pas pour OBAMA, mais contre M. BUSH. En fait s'il a été élu et réélu, au-delà de l'aspect symbolique de son appartenance ethnique, c'est parce que M. OBAMA a une vision claire, un choix de société à proposer aux Américains qui a été validé et confirmé. M. OBAMA a administré la preuve qu'avant d'être Noir, il était avant tout un être humain, un citoyen américain à part entière qui a des convictions à faire valoir et une ambition pour son pays.

Dans cette élection de 2012, nous avions deux camps qui s'affrontaient : une Droite dure représentée par M. ROMNEY, individualiste, secteur et belliqueuse qui voulait saccager les acquis sociaux, un Démocrate, M. OBAMA, fondamentalement optimiste pour l'avenir de son pays, non sectaire qui tendait la main à ses adversaires.

Cette victoire de M.  OBAMA me renvoie à des moments de bonheur intense qu'ont été l'élection de François MITTERRAND en 1981 et celle de François HOLLANDE en 2012. De toutes parts on s'interroge : peut-on avoir un OBAMA en France ?

C'est vrai que M. Harlem DESIR a été élu, même si c'est dans des conditions opaques, Premier Secrétaire du P.S. ; c'est une première pour mon parti qui pratique peu la diversité dans ses instances dirigeantes.

Il faut reconnaître que dans cette France républicaine qu'on aime tant, en dépit des progrès dans le mieux vivre ensemble, il y a encore, je m'autorise l'expression, des «points noirs» :

- on attend depuis 32 ans le droit de vote des étrangers aux élections locales ; apparemment la réforme tant promise a été reportée après les municipales de 2014 ; ce qui est un casius belli ;

- en dépit du contre discours de Dakar prononcé en octobre 2012 par M. HOLLANDE au Sénégal, la Francafrique sera t - elle vraiment remise en cause ?

- la haute administration ne reflète pas la société française dans sa diversité, notamment les cabinets ministériels ainsi les dirigeants des grandes institutions ; c'est bien d'avoir fait voter les emplois d'avenir pour nos jeunes en désespérance dans les cités, mais nous avons nos cadres qui aspirent avoir leur juste place dans la société française fondée sur le principe d'égalité, mais qui en est frileuse ;

- la régularisation des « sans-papiers » promise par le candidat HOLLANDE semble être oubliée.

 

Il ne faut pas «broyer du noir » en ce jour de joie et de bonheur ; je suis d'un pessimisme ensoleillé, et en référence à un ouvrage de M. Barack d'OBAMA, j’ai "l'audace d'espérer" que dans cette France républicaine, la condition des Noirs, avec François HOLLANDE, ne pourra que s'améliorer. Cependant, nous voulons, non pas des discours apaisants, comme très souvent on le fait au PS, mais des actes concrets ; car le changement ce n'est pas maintenant, c'est tout de suite qu’on le réclame.

 

M. Amadou BA Paris 19ème – 7 novembre 2012.

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 20:37

On a souvent présenté les sociétés africaines, comme des sociétés sans histoire. On connaît même les formules «L’homme africain n’est pas entré dans l’histoire» ou il faudrait apprécier «les bienfaits de la colonisation». Or, l’histoire du Fouta-Toro qui a été racontée par la tradition orale et de nombreux textes écrits par des Arabes, des Portugais, des Anglais et des Français à partir du Xème siècle, se confond avec celle du Sénégal. Le Fouta-Toro est la première région islamisée du Sénégal dès le IXème siècle et a transmis cette religion au reste du pays. On sait que chaque religion est porteuse de valeurs, d’une culture de civilisation et de paix. Bien avant les Etats-Unis, le Fouta-Toro connaissait le concept d’Etat, un Etat théocratique, tolérant et démocratique, fondé sur éthique en politique. Le Fouta-Toro, fier de son histoire et de son passé, est le dernier territoire sénégalais à se plier au joug colonial en 1881. La résistance de El Hadji Omar TALL a été la plus longue, la plus significative et la plus perturbatrice du régime colonial dont la pénétration s’est étendue, principalement, entre 1500 à 1750.

Le Fouta-Toro c’est ce territoire du Sénégal chargé d’histoire qui comprend neuf provinces dirigées chacune par un Roi : le Damga (Kanel), le N’Guénar (Ouro-Sogui), le Toro (N’Dioum), le Bosséya (Thilogne), le Halaybé, le Yirlabé Hébiybabé (Saldé), le Lao (Cascas), et le Dimat (Thilé Boubacar). Dans ses «Souvenirs du Sénégal» datés de 1892, MARCEL a décrit la vie quotidienne dans le royaume du Toro. Le chef du Toro a le titre de Lam ; durant la saison sèche, sa capitale est Guédé, en d’autres temps à N’Dioum. «Le Lam est toujours accompagné d’un factotum, sorte d’idiot superbement vétu d’un boubou de soie jaune d’or, ce bizarre personnage port d’un air majestueux le sabre de son maître» dit-il. Le Lam habite une belle case carrée, construite en terre battue : «Devant la façade principale de ce primitif palais, une aire de quatre à cin mètres de côté, sert de salon de réception ; on s’y accroupit sur des nattes et seuls les principaux notables y ont accès. Pour arriver à ce sanctuaire, il faut suivre les dédales d’un véritable labyrinthe bordé de hauts murs en terre battue, troué de portes basses gardées par des sentinelles armées de longs fusils à pierre, à deux coups» écrit, en 1892, M. MARCEL. Le Roi du Toro a trois femmes et de nombreuses concubines. Le Premier ministre du Lam est un captif de case portant le titre de «Diagoudine». Il est chargé de rendre la justice et de percevoir les impôts. Le cheval étant trop rare, l’armée du Toro ne comporte que des fantassins. Ils battent essentiellement contre les incursions maures. «Le Diagoudine actuel est une bête brutale et sauvage ; mais joignant la finesse à la force, il déploie en toute occasion une énergie intelligente» dit MARCEL. Le Fouta est essentiellement aristocratique. A la tête de chaque village se trouve un guide la prière, un Elimane et un chef. Les chefs Peuls portent le titre de «Ardo». Le Toro a été rattaché à partir de 1863 à la France, par un traité de protectorat, conservant ainsi, un certain temps son Roi.

Le Fouta est dominé par les Peuls et les Toucouleurs (Hal Poularéen), mais on y compte des minorités comme les Oulofs, les Sérères, les Soninkés, les Malinkés, les Bambaras, diverses tribus Maures ou Haratines. Situé le long du fleuve Sénégal, le Fouta-Toro est limité par le Boundou, le Ferlo, et le Djolof, à l’Ouest par le Cayor, le N’Djambou et le Walo, à l’Est par le N’Galam. Le Fouta-Toro historique est, dans les faits, éclaté entre la Mauritanie et le Sénégal.

Initialement, les Arabes appelaient le Fouta-Toro sous le nom de Tékrour ; ce qui désignait les Noirs du Soudan et de l’Abyssinie, puis par extension, il a servi à nommer les Noirs musulmans du Fouta-Toro. Le Tékrour, empire du IXème siècle, qui vend de l’or et des esclaves, sera annexé au XIIème siècle par l’empire Soninké du Ghana, et au XVème siècle par l’empire mandingue du Mali. Les Ouolofs, par déformation du mot Tékrour, ont appelé les habitants du Fouta les Toucouleurs. Les premiers occupants du Fouta-Toro seraient des Peuls, des Sérères, des Ouolofs et des Soninkés. Le chef de la contrée vaincu par les Dia Ogo se voit contraint de parler la langue peul «Hal Poular», c’est-à-dire qu’il reçoit l’injonction de désormais parler Peul. C’est Coly Ténguélla BA, un grand guerrier peul déniankobé, qui, en 1512, a utilisé pour la première fois des chevaux plus rapides et efficace que bœufs ; il réalisa l’unité du pays qui va désormais s’appeler le Fouta-Toro. L’origine du nom «Fouta» a fait l’objet de plusieurs interprétations. Alvise CA DA MOSTO (1430-1883), un navigateur portugais ayant visité l’Afrique entre 1445 et 1447, avait trouvé une explication fantaisiste, Toucouleur viendrait de l’anglais «Two Couleurs» (deux couleurs). Pour Yaya WANE estime, dans donner une tentative d’explication, part du constat que tout établissement peul reçoit le nom de «Fout». C’est pour cela, selon lui, que l’on retrouve le Fouta-Kingui au Mali, le Fouta-Boundou au Sénégal oriental et le Fouta-Djalon en Guinée. Pour le capitaine STEFF, un administrateur de la colonie de Mauritanie, le Fouta s’appelait Namandir, c’est-à-dire pays de l’abondance en référence au bien-être procuré par la fertilité des cultures hivernales dans le «Diéri» et les décrues du fleuve dans le «Walo». Un texte en arabe, de Siré Abbas SOW, traduit en français par Henir GADEN, un administrateur colonial, le Fouta-Toro serait une déformation de Tôr ou Tour, nom donné par les Arabes à la presqu’île du Sinaï en Egypte.

I – Le Fouta a contribué, de façon décisive, à l’islamisation du Sénégal

L’histoire du Fouta-Toro est consubstantiellement liée à celle du Sénégal ; les principaux dignitaires religieux ou figures historiques du Sénégal ont une ascendance foutankaise. Ainsi, contrairement à la légende, N’Diadiane N’DIAYE qui est devenu l’ancêtre mythique des Ouolofs, était en fait en fait un métis, fils du chef de guerre berbère almoravide, Aboubacar Ben Omar et de la princesse peul, Fatima SALL, fille du roi de Guédé, qui porte le titre de Lamtoro. Ahmadou Bamba M’Backé (1853 – 19 juillet 1927), le fondateur du mouridisme, comme El Hadji Malick SY ou Maba Diakhou, étaient également d’ascendance peul. Les Ouolofs et les Sérères résidaient au Fouta et ont fini, à la suite de persécutions et dès le XVème siècle, fuir cette contrée. Des personnalités politiques issues du Fouta ont joué ou continuent de jouer un rôle considérable dans la vie politique sénégalaise : Mamadou DIA, premier ministre sous SENGHOR, Kalidou DIALLO, ministre de l’éducation nationale, sous Abdoulaye WADE, Malick SALL, avocat, originaire de Danthiady, et depuis le 25 mars 2012, M. Macky SALL, président du Sénégal. Pays laïc, les Sénégalais étant à 95% musulmans.

Le Sénégal est le premier pays à se convertir, en Afrique occidentale à l’islam, dès le XIème siècle. En contact avec les Almoravides, les Foutankais ont défendu, avec une grande ardeur et souvent au péril de leur vie, l’islamisation du Sénégal. Deux figures historiques du Fouta ont contribué de façon déterminante à l’islamisation : Souleymane BAL et El Hadji Omar Foutiyou TALL (1797 – à Halwar près de Podor – 1864 à Denguébéré, près de Bandiagara, Mali).

Le Fouta est profondément religieux et superstitieux. Le pouvoir spirituel du marabout est permanent du berceau au cimetière, on vit à son ombre tutélaire du marabout, aussi pour le choix du nom de l’enfant qui vient de naître, l’éducation, le mariage, la santé à recouvrer, etc. Les Foutankais ont créé diverses écoles religieuses réputées, notamment N’Guidjilone, Ganguel avec Cheikh Moussa CAMARA, Boki Diawé, Thilogne et aujourd’hui à Madina Gounasse avec la famille BA. Ils se sont rendus souvent en Mauritanie parfaire leurs connaissances pour mieux les diffuser.

II – Le Fouta un Etat théocratique, parlementaire, centralisé

Le Royaume du Tekrour aurait été fondé avant le Xème siècle. Il fut d’abord dirigé par la dynastie des Dia Ogo. A la fin du Xème siècle, le dernier roi de cette dynastie fut tué par War Diabi, qui prit le pouvoir et donna naissance à une nouvelle dynastie, celle des Manna. War Diabi se convertit à l’Islam et lança la guerre sainte contre ses voisins non-musulmans. Le Tékrour était alors la première région islamisée du Sénégal. Bien situé sur les routes transsahariennes et grâce au fleuve Sénégal navigable, le Tékrour participait activement au commerce de l’or et des esclaves. Il devint un pays riche et puissant mais tomba sous la domination successive du Ghana (XIème siècle), du Mali (XIIIème siècle) puis du Djolof (XIVème siècle). SOW Siré Abbasse, originaire du village de Diaba a tracé l’histoire des dynasties régnantes sur le Fouta-Toro de l’année 850 à 1559. Ces travaux ont été complétés par les remarquables recherches du professeur Oumar KANE qui fait désormais autorité en la matière :

Les «Diâ Ogo» ou Oukka venus du Nord Syrie, sont les premiers à introduire la culture du gros mil. Ce sont aussi les ancêtres de nos bijoutiers, selon Abdoulaye KANE. Leur dernier roi est tué par Wâr Diâbi fondateur de la dynastie Manna.

Les «Manna» seraient originaires de Diâra, des Diakité ayant étendu leur suzeraineté sur le Fouta. Leur roi Wâr Diâbi mort en 1040 est le premier islamisateur du Tékrour.

Les «Tondiong» (captifs de l’Empire Mandingue ?) vers 1300. Des Tondiong sont des Sérèr mélangés aux Diâ Ogo. Avec des Mandingues ils contribuèrent au renversement des Diakité de Diâra au profit des Diâwara. C’est à l’époque des Tondiong que furent introduits les titres d’origine mandingue (Farba) et que fut fondé l’Empire du Diolof.

Du Hodh (région de Néma, Mauritanie), au XVème siècle, arrivent les «Lâm Termès» (1400-1450) avec une troupe composée de Peuls, Soninkés, Mandingues. Ils mirent fin à la domination des Tondiong. Puis ce fut le règne des «Lâm Tâga», à la tête de la tribu Peul métissée de Maures. L’un de ces Lâm Tâga, Moûssa Eli Banâ, s’installant à Guédé, dont il fit sa capitale, devint le Lâm Tôro.

La dynastie des Déniyankôbé durera de  1512 à 1776. En effet, en 1559, l’unité politique n’était pas réalisée. En effet la rive droite sous la domination des Lâm Termès et des Lâm Tâga et la partie de la rive gauche aux mains des Lâm Tôro, tout le reste du Fouta-Toro était sous la domination des Diawara de Diara, qui, eux-mêmes après avoir échappé à la suzeraineté mandingue, étaient passés dans la mouvance de l’Empire Songoy.

Le chef Peul, Coly Ténguella BA, père de Coly, nomadisant au Kingui, est tué en 1512 par Amar Komdiago, frère de l’Askia Mohamed de Gâo. Au Badiar, les bandes se reforment sous le commandement de Coly, fils de Ténguella, au nord du Foûta Dialon. De là, conquête du Fouta-Toro et l’agrandissement au dépens du Kaniâga et de la partie orientale du Diolof. Au Bambouk, avec la défaite infligée par Mamadou II, Coly Tenguella domina le fleuve de Dagana à Bakel, pour former la dynastie des Déniankobé. «Déni», d’où est tiré Déniankobé, est la mare ou auraient campé les troupes de Coly avant d’entreprendre la conquête du Fouta-Toro. A la fin du XVème siècle, le Tekrour fut conquis par Coly Ténguélla BA, un chef peul portant le titre de «Satigui», qui lui redonna son indépendance et créa un nouveau royaume, le Fouta-Toro, et une nouvelle dynastie, les «Déniankobé».

Au XVIème siècle, le Fouta-Toro se lança dans des guerres de conquête et agrandit son territoire aux dépens de ses voisins : le Djolof et le Cayor. Par la suite, la dynastie des Déniankobé dut faire face à des guerres de succession et à des attaques extérieures.  Pendant longtemps, le Fouta-Toro a été gouverné par les Peuls, mais ce sont des animistes inspirés par un pouvoir arbitraire : «Les familles des Dénianké étaient en possession de l’autorité souveraine chez les Torodos quand ils devinrent maîtres du Fouta. Son chef exerçait le pouvoir suprême ; cette famille était païenne et se conduisait de la manière la plus tyrannique, notamment envers les mahométans. Une révolution causée par ce despotisme cruel amena dans la forme de ce gouvernement un changement en Afrique» écrit, en 1818, Gaspard-Théodore MOLLIEN (1796-1872). En effet, c’est au Fouta, entre 1770 et 1776 que le parti des marabouts, dirigé par Thierno Souleymane BAL a renversé le dernier Satigui, Soulèye N’DIAYE et a instauré un Etat théocratique, électif, que l’on a appelé l’Almamiyat entre 1776 et 1891. Quand l’Almamy remporte la victoire sur le Satigui et le fait prisonnier, il «l’expose un jour entier au soleil, puis le dépouille, publiquement, des marques de la royauté, et le fait entrer dans la condition de simple sujet» dit MOLLIEN.

Thierno Sileymane BAL qui fit de l’Islam le principe du pouvoir civil et céda le pouvoir à Almamy Abdoul Kader KANE qui devint le premier Almamy (commandeur des croyants). L’Islam progresse, le voilà victorieux avec la mise en place des Almamy, chefs religieux et politiques. On construit alors des mosquées, installe des imams. On porte la guerre sainte chez les Maures, au Walo, au Cayor, au Boundou, etc. Le premier Almami, cet arbitre, mieux, un père qui aime et châtie à l’occasion, est tué à Goûriki Samba Diôm (après 30 ans de règne). Les règnes de ses successeurs sont généralement courts. Au Fouta-Toro des Almamy (chef des croyants), les décisions sont prises après la concertation au sein d’une instance des grands notables, le «Batou» ; les décisions sont prises après consultations des Ministres, de l’assemblée des délégués et des grands dignitaires représentant les différentes couches sociales. Entre 1805 et 1881, plus de 50 Almamy se sont succédés au Fouta-Toro. Ce sont les Foutankais qui élisent «le futur Almamy et l’investissent du pouvoir qui n’est plus le privilége d’une maison particulière» écrit Cheikh Moussa CAMARA. L’Almamy doit remplir des qualités morales (générosité, courage, droiture, savoir islamique, sans discrimination concernant la caste). L’Almamy, qui est à la fois chef politique et religieux, était élu ; ce n’était pas un simple héritage familial, le titre devait revenir au musulman le plus noble, le plus intègre et donc le plus méritant. On ne connaissait pas le système de déclaration de patrimoine, mais l’Almamy qui s’enrichissait de trop était évincé du pouvoir et ses biens confisqués.

«Au Fouta, le gouvernement est théocratique et électif. Mais l’élection est soumise à certaines régles qui en restreignent l’exercice. La Nation, dans l’ordre politique, est formée par différentes familles ou tribus. Chaque tribu acclame un candidat. Il appartient au Conseil suprême de choisir sur cette liste. Ce Conseil, dont l’autorité s’exerce d’une façon permanente pendant la vie de l’Almamy, qui a le droit de réprimander, de déposer, même de condamnation à mort du souverain, est tout puissant pendant l’interrègne» écrit, en 1883, Jacques de CROZALS (1848-1915).  Le Fouta est dirigé par une oligarchie théocratique, chacun a une portion du territoire, mais exerce le pouvoir sous l’autorité de l’Almamy. Le Conseil composé de Cinq personnes «est aussi puissant que le Conseil des Dix l’était dans l’ancienne République de Venise», écrit Anne RAFFENEL (1809-1858).  Le nouvel Almamy intronisé porte un turban blanc, emblème de la souveraineté et un bâton noir orné d’une petite pomme d’argent, d’un tabala pour annoncer les grandes nouvelles et un cheval richement orné. Il doit jurer sur le Coran de conserver la religion intacte de ses ancêtres et de mener la guerre sainte contre les infidèles : «L’Almamy ne peut rien faire sans l’avis du conseil. Lorsqu’ils sont mécontents de ce chef, ils se retirent pendant la nuit dans un lieu élevé ; après une longue délibération, l’Almamy est renvoyé ; un autre est sur le champ élu à sa place ; ils le font venir devant eux et lui adressent ces mots : «Nous t’avons choisi pour gouverner notre pays avec sagesse» écrit MOLLIEN. Par conséquent, le Fouta-Toro ressemble à un régime parlementaire ; le souverain a des pouvoirs limités «Chaque Etat Foula constitue une République théocratique dont le chef, l’Almamy, n’exerce le pouvoir temporel et spirituel qu’avec l’aide des Anciens et des notables», Georges RAYNAUD, pour le Fouta-Djallon. «Lorsque la déposition de l’Almamy est prononcée, ce sont les enfants qui la lui annoncent en poussant des cris et en jetant des pierres et de la boue sur sa case ; alors il se retire, abandonnant toutes les marques de l’autorité. S’il n’obéit pas aux ordres de son successeur, il s’expose à être fustigé par ses anciens sujets» précise MOLLIEN. L’Almamy a des pouvoirs propres : celui de mener la guerre et de lever des impôts (dîmes sur les productions végétales, sur les marchandises traversant le royaume et sur le sel).

Les provinces du Fouta sont celles qui ont le plus longtemps et les plus vaillamment résisté à la pénétration coloniale.    Anne RAFFENEL qui a séjourné au Sénégal entre 1843 et 1844 témoigne une «situation insurrectionnelle» et parle au Fouta-Toro d’un «parti de la guerre. Tout le long des rives, de nombreuses bandes de Peuls et de Toucouleurs harcelaient la petite escadrille lui envoyant des cris de fureur et de balles». Le sentiment national est très développé au Fouta-Toro en raison de l’ancienneté de ces Etats : «Le Fouta est un Etat exclusivement turbulent, divisé, incapable de s’entendre, et de se réunir, un peu sérieusement pour soutenir une guerre, à moins qu’il ne s’agisse de religion ; alors le Fouta n’est plus qu’un seul homme» Louis FAIDHERBE. Comme on vient de le voir une longue tradition étatique et démocratique existait avant l’arrivée des colons français. Le colonisateur constate l’existence de ces Etats du Fouta : «A l’époque où nous avons entrepris  de modifier notre situation vis-à-vis des Etats riverains du Sénégal, le Fouta était un grand pays s’étendant depuis le Damga jusqu’au marigot de NGuérer». La France doit payer un impôt pour faire du commerce dans le Fouta et s’inquiète de la résistance de ces Etats en ces termes : «Ce vaste territoire habité par des populations fanatiques, ne se soumettent que difficilement à l’autorité du chef électif, qui le sous titre d’Almamy, était appelé à les gouverner et les maintenir dans l’ordre, pour les communications dans le fleuve et pour la sécurité de notre commerce, malgré les lourds tributs que nous y payons», «La question du Fouta», in Moniteur et dépendances du Sénégal, 18 avril 1865. Le colonisateur, préoccupé par ces troubles au Fouta-Toro, fait construire une tour à Matam, en 1858. En dépit premier traité en 1859 avec le Fouta central, les Bosséiabé alliés aux Maures d’Ould Eyba, opposent une résistance farouche, et le colonisateur le mentionne : «Cette séparation (du Fouta central en 1859), devant soulever et souleva, plus tard, en effet, une grande opposition des Bosséiabé surtout, qui mirent tout en œuvre pour reconquérir leurs droits et leurs privilèges sur les provinces devenues indépendantes».

Le colonisateur décrit cette résistance en ces termes : «Ces Bosséiabé sont aujourd’hui les seuls, de la Rive gauche, qui soient étroitement alliés avec les Maures, et qui, par suite, s’opposent à l’idée fondamentale de notre politique au Sénégal»,  in «La question du Fouta», op. cit. page 68. Un soulèvement général eut lieu en 1862, au Fouta, en dépit de l’expédition punitive du gouverneur JAUREGUIBERRY. Les Foutankais, fiers de patrimoine culturel, historique et religieux n’ont pas facilement accepté le fait colonial, «Le scrupule religieux les fait encore hésiter  quelquefois, lorsqu’il s’agit de nous obéir», souligne le colon, in Moniteur et dépendances du Sénégal, 18 avril 1865, n°473, op. cit. page 69. El Hadjoi Omar TALL qui a mené une guerre sainte contre le colonisateur ne s’est jamais soumis. Mais son flis Aguibou TALL collaborera avec le colonisateur à partir de 1894.

III – Le Fouta, ses valeurs morales et son patrimoine culturel inestimable

Le Fouta traditionnel est un mélange de théocratie, de parlementarisme, et aussi et surtout d’un grand conservatisme teinté de féodalité, mèmes si ces valeurs ont tendance à s’affaisser, elles subsistent, largement encore, à l’aubre du XXIème siècle. Tout en restant profondément attachés à l’unité du Sénégal, les Foutankais revendiquent très jalousement leur langue, leur identité et valeurs culturelles. En dépit du dynamisme de la langue dominante, le Ouolof, les Foutankais sont restés conservateurs. Ces valeurs culturelles, autour du peul ou du Poular, sont notamment une société religieuse et hiérarchisée, organisée autour de la famille et solidaire. Louis FAIDHERBE reconnaît certaines qualités aux Foutankais : «l’attachement à leur religion, leur patriotisme, leur haine de l’esclavage ; aucun citoyen du Fouta n’est jamais réduit en esclavage ; ils ne font d’esclaves que sur les infidèles. Leur amour du travail, et surtout de l’agriculture, qui est chez eux tout à fait en honneur» dit-il.

La société foutankaise, dans son caractère féodal, est fondamentalement, inégalitaire. L’individu appartient à un lignage (Légnol) et à un village.  Chaque individu appartient, par la naissance, à une caste, et le mariage étant endogamique, se fait à l’intérieur de chaque caste ; les castes sont aussi un régime de spécialisation professionnelle. Cependant, l’élevage et l’agriculture ne sont pas des activités castées.  Cette société est répartie en trois principales castes de personnes. Les Nobles (Rimbés) qui comprend les Peuls, les Torobés, les Sebbés (guerriers), les Soubalbés (pêcheurs) et les Jawambé (nobles, mais courtisans). Les Torobé sont les gardiens du savoir islamique, et ont été souvent des Almamy, la classe régnante. En réalité, les Torodo, très vaniteux et orgueilleux, sont exploités par les griots, les castés. Cette noblesse du sang, ne correspond à rien. Les artisans (Niégnembé) et artistes (tisserands, forgerons, cordonniers, bûcherons, griots, guitaristes). Les esclaves, au bas de l’échelle sont, comme leurs biens, attachés à une famille ; jusqu’à présent les mariages entre les Torodo et les esclavages ne sont pas encouragés.

L’individu n’a aucun espace ; le groupe décide de tout. En contrepartie, c’est la solidarité sans failles, mais cette solidarité s’étend à toute la famille dont les limites ne sont pas parfois aisée à déceler. C’est également la solidarité entre toutes les personnes qui parlent la langue Poular. Le Fouta a un héritage culturel riche. Dans la tradition artistique le «Pécane» des pêcheurs qui a été popularisé par Guélaye Ali FALL, est d’une inspiration ésotérique ; il chante le mystère des eaux, l’apparition d’être surnaturels qui peuvent aider à vaincre l’hippopotame ou le crocodile. Le «Pécane» peut célébrer l’honneur et la vertu, ainsi que l’équilibre du groupe social. Ainsi, «Séguou Bali», met sa vie en péril en affrontant «Le N’Gaari Nawlé», non pour conquérir une femme convoîtée, mais gagner davantage les faveurs de son épouse. Cependant, il arrive aussi que le «Pécane», célèbre le héros tragique, sacrifié pour le compte du groupe social, l’amour et la passion pouvant conduire au désastre. Ainsi, comme le montre Ibrahima WANE, dans l’histoire «Balla Diérel», le sacrifice de l’individu se justifie par les intérêts supérieurs du groupe social. Balla, l’étranger, qui séduit la fille du Dialtaabé, le maître pêcheur, au grand dam des autres soupirants, pourtant du même statut que la belle Fatimata, est châtié, humilié et renvoyé chez lui, avec la complicité des forces du fleuve. Le «Goumbala» des «Sébbé» est un chant de guerre, une littérature héroique, avec thèmes bellicistes qui exalte le mépris de la mort et de la douleur, et valorise la bravoure et toutes les formes de courage. Ce sont des chansons dédiées souvent à Coly Ténguélla BA ou à Samba Guéladio Diégui son descendant. Mais ces valeurs traditionnelles du Fouta n’ont pas nui à l’unité nationale et font partie désormais du patrimoine culturel du Sénégal.

Il faut souligner que certains artistes ont largement contribué à l’intégration dans la société sénégalaise, de ce Fouta-Toro ultra conservateur. Il s’agit, dès l’indépendance, du guitariste Samba DIOP à travers son «Lélé» qui était souvent chanté à la radio, qui a contribution à décloisonner la culture Hal Poularéen et à mieux à la faire accepter par les autres. Samba a souvent chanté le Fouta, la beauté de la nuit, le charme des rencontres amoureuses. Ensuite, Samba Diabaré SAMB un griot Ouolof, mais qui savait manier parfaitement le Poular. On connaît le dicton, en peul, qu’il a rendu célèbre de la légende de Samba Guéladio Diégui «L’éléphant n’a pas de berger». Mais c’est surtout Baba Maal, un casté faisant de la musique son métier, en rupture cette tradition hiérarchique des Hal Poularéen, et s’exprimant parfaitement en Ouolof, a largement contribué à décloisonner la culture peule.

Bibliographie sélective

AL-NAQAR (Umar), «Takrur, the History of the Name», The Journal of African History, 1969, vol 10 (3) pages 365-374 ; 

Anonyme, «La question du Fouta», Moniteur du Sénégal et dépendances, 18 avril 1865, n°473, pages 68-70 ;

 

BRIGAUD (F), «Les grandes fresques de l’histoire du Sénégal», La Cité, février 1970, pages 13-27 ;

 

CROZALS de (Jacques),  Les Peuls, étude d’ethnologie africaine, Paris, Maisonneuve, 1883, 271 pages, spéc sur le Fouta-Toro, pages 236-245 ;

DJENIDI (Abdallah), «Cheikh Moussa Kamara et sa réflexion sur l’exercice du pouvoir au Fouta-Toro», Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, (Dakar), 1976, n°6, pages 308-316 ;

FAIDHERBE (Louis-Léon-César), «Populations noires des bassins du Sénégal et du Haut Niger», Bulletin de la Société de Géographie de Paris, mai et juin 1856, pages 281 – 300 ; 

HECQUARD (Hyacinthe), Voyage sur la côte et sur l’intérieur de l’Afrique Occidentale, Paris, Bernard et Cie, 1853, 409 pages,  spéc pages 253 (Fouta-Djalon) ;

KANE (Oumar) «Les unités territoriales du Fouta-Toro», Bulletin de IFAN n°3, 1973, pages 614 à 631 ;

KANE (Oumar), Le Fouta-Toro des Satigui aux Almani (1512 -1807), Dakar, thèse d’Etat, 1192 pages ;

MARTY (M.), Souvenirs du Sénégal, titres et parchemins des Nègres, Paris, S. Schaelber, 1892, 36 pages, spéc pages 3-12 (sur le Toro) ;

Mission d’aménagement du Fleuve Sénégal, Les hommes du Fouta-Toro : l’organisation sociale du Fouta-Toro, Dakar, texte dactylographie, juin 1960, 9 pages ;

MOLLIEN (Gaspard-Théodore), Découverte des sources du Sénégal et de la Gambie en 1818, précédée d’un récit inédit du naufrage de la Méduse, Paris, Charles Delagrave, 1889, 317 pages, spéc pages 170-178, sur le Fouta-Toro ;

RAFFENEL (Anne), Voyage dans l’Afrique Occidentale comprenant l’exploration du Sénégal (1843-1844), Paris, Arthus Bertrand, 1846, 511 pages, spéc 222-223 et 260-268 ;

RAYNAUD (Georges), «De l’exercice de la souveraineté chez les peuples africains», Bulletin de la Société d’Ethnographie, février 1890, 32ème année, 2ème série, n°38, pages 36-50 ;

ROBINSON (David), CURTIN (Philip D) et JOHNSON (James), «A Tentative of Chronology of Futa the Sixteenth through the Nighteenth Centuries», Cahiers d’Etudes Africaines, 1972, n°48 (12), pages 555-592 ;

SOH (Siré Abbas), originaire de Diaba, Chroniques du Fouta sénégalais, Paris Leroux, 1913, 358 pages texte en arabe traduit par Maurice DELAFOSSE et Henri GADEN ; 

SOW (Ibrahima), «Le monde des Soubalbé», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1982, tome 44, série B, n°3-4,  pages 237-320 ;

STEFF (capitaine), «Histoire du Fouta-Toro», Dakar, IFAN, 1913, Fonds Brévié cahiers n°1-7 ; Fonds Gaden cahier n°1-338, 70 pages dactylographiées, spéc pages 26 à 53 ;

WANE (Ibrahima), «Amour et honneur dans le Pékaan (épopée des pêcheurs du Fouta-Toro)», Ethiopiques, n°84, 1er semestre 2010, pages 63-71 ;

WANE (Yaya), «La condition sociale de la femme Toucouleur (Fouta-Toro)», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1966, tome 28, série B, n°3-4,  pages 771-839 ;

WANE (Yaya), «Le célibat en pays Toucouleur», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1969, tome 31, série B, n°3,  pages 717-732 ;

WANE (Yaya), «Les Toucouleurs du Fouta-Toro : stratification familiale et structure sociale», Dakar, Collection Initiatives et études africaines, 1969, n°XXV, 250 pages ;

WANE (Yaya), «Réflexions sur la dimension sacrale chez les Toucouleurs», Dakar, Bulletin de l’I.F.A.N., 1977, tome 39, série B, n°2,  pages 386-484.

Paris le 14 décembre 2014, actualisé le 23 mars 2018, par Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/

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